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Abolir la propriété privée des moyens de production et des capitaux ou la laisser détruire l’humanité, il faut choisir !

jeudi 18 juin 2015, par Robert Paris

Jean Jaurès dans un discours à l’Assemblée :

« Il y a une constatation de fait, c’est que le système capitaliste, le système de la propriété privée des moyens de production, divise les hommes en deux catégories, divise les intérêts en deux vastes groupes, nécessairement et violemment opposés. Il y a, d’un côté, ceux qui détiennent les moyens de production et qui peuvent ainsi faire la loi aux autres, mais il y a de l’autre côté ceux qui, n’ayant, ne possédant que leur force-travail et ne pouvant l’utiliser que par les moyens de production détenus précisément par la classe capitaliste, sont à la discrétion de cette classe capitaliste. Voilà donc le premier élément de la lutte de classes. La condition de fait qui le fonde, qui le détermine, c’est le système de la propriété capitaliste, de la propriété privée. »

Abolir la propriété privée des moyens de production et des capitaux ou la laisser détruire l’humanité, il faut choisir !

Le premier élément indispensable de la conscience de classe du prolétariat, c’est la nécessité d’abolir la propriété privée des moyens de production qui signifie que l’immense majorité de la population soit privée... de tout droit sur les moyens de production indispensables pour travailler et vivre.

Les réformistes de tous poils s’y entendent à nous faire croire que l’on pourrait résoudre les problèmes les plus cruciaux qui frappent les travailleurs et les milieux populaires simplement avec une redistribution des richesses un tout petit peu plus égalitaire, en réduisant l’éventail des revenus, en pratiquant une imposition plus égalitaire, etc...

C’est vouloir cacher que l’état actuel du capitalisme nécessite plus que jamais de prendre conscience que la lutte des classes la plus résolue doit mener à son terme : la suppression de la propriété privée des moyens de production.

Il y a bien sûr d’autres éléments très fondamentaux dans la conscience de classe prolétarienne et d’abord la nécessité de détruire l’état bourgeois et la nécessité d’une conscience internationale, mais la suppression de la propriété privée des moyens de production doit toujours être placée en première ligne dans le drapeau de l’action du prolétariat.

Engels décrit ainsi l’objectif des communistes :

"avec la transformation des moyens de production en propriété sociale, le travail salarié, le prolétariat disparaîtront eux aussi"

(L’origine de la famille de la propriété privée et de l’Etat)

Engels écrit encore (dans son introduction aux "Luttes de classe en France") :

Ce qui donne encore à notre ouvrage (Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte" écrit par Marx) une importance toute particulière, c’est le fait qu’il prononce pour la première fois sous sa forme condensée la formule par laquelle, à l’unanimité, les partis ouvriers de tous les pays du monde réclament la réorganisation de l’économie : l’appropriation des moyens de production par la société. Dans le deuxième chapitre, à propos du « droit au travail », qui est caractérisé comme « la première formule maladroite dans laquelle se résument les prétentions révolutionnaires du prolétariat », on peut lire :

"Mais derrière le droit au travail il y a le pouvoir sur le capital, derrière le pouvoir sur le capital, l’appropriation des moyens de production, leur subordination à la classe ouvrière associée, c’est-à-dire la suppression du travail salarié ainsi que du capital et de leurs rapports réciproques."

Marx explique que le fondement même du capitalisme et du prolétariat, c’est l’expropriation du travailleur de la propriété de ses moyens de production :

Karl Marx, Le Capital - Livre premier - Le développement de la production capitaliste :

« Tendance historique de l’accumulation capitaliste

« Ainsi donc ce qui gît au fond de l’accumulation primitive du capital, au fond de sa genèse historique, c’est l’expropriation du producteur immédiat, c’est la dissolution de la propriété fondée sur le travail personnel de son possesseur.

La propriété privée, comme antithèse de la propriété collective, n’existe que là où les instruments et les autres conditions extérieures du travail appartiennent à des particuliers. Mais selon que ceux-ci sont les travailleurs ou les non-travailleurs, la propriété privée change de face. Les formes infiniment nuancées qu’elle affecte à première vue ne font que réfléchir les états intermédiaires entre ces deux extrêmes.

La propriété privée du travailleur sur les moyens de son activité productive est le corollaire de la petite industrie, agricole ou manufacturière, et celle-ci constitue la pépinière de la production sociale, l’école où s’élaborent l’habileté manuelle, l’adresse ingénieuse et la libre individualité du travailleur. Certes, ce mode de production se rencontre au milieu de l’esclavage, du servage et d’autres états de dépendance. Mais il ne prospère, il ne déploie toute son énergie, il ne revêt sa forme intégrale et classique que là où le travailleur est le propriétaire libre des conditions de travail qu’il met lui-même en œuvre, le paysan, du sol qu’il cultive, l’artisan, de l’outillage qu’il manie, comme le virtuose, de son instrument.

Ce régime industriel de petits producteurs indépendants, travaillant à leur compte, présuppose le morcellement du sol et l’éparpillement des autres moyens de production. Comme il en exclut la concentration, il exclut aussi la coopération sur une grande échelle, la subdivision de la besogne dans l’atelier et aux champs, le machinisme, la domination savante de l’homme sur la nature, le libre développement des puissances sociales du travail, le concert et l’unité dans les fins, les moyens et les efforts de l’activité collective. Il n’est compatible qu’avec un état de la production et de la société étroitement borné. L’éterniser, ce serait, comme le dit pertinemment Pecqueur, « décréter la médiocrité en tout ». Mais, arrivé à un certain degré, il engendre de lui-même les agents matériels de sa dissolution. A partir de ce moment, des forces et des passions qu’il comprime, commencent à s’agiter au sein de la société. Il doit être, il est anéanti. Son mouvement d’élimination transformant les moyens de production individuels et épars en moyens de production socialement concentrés, faisant de la propriété naine du grand nombre la propriété colossale de quelques-uns, cette douloureuse, cette épouvantable expropriation du peuple travailleur, voilà les origines, voilà la genèse du capital. Elle embrasse toute une série de procédés violents, dont nous n’avons passé en revue que les plus marquants sous le titre de méthodes d’accumulation primitive.

L’expropriation des producteurs immédiats s’exécute avec un vandalisme impitoyable qu’aiguillonnent les mobiles les plus infâmes, les passions les plus sordides et les plus haïssables dans leur petitesse. La propriété privée, fondée sur le travail personnel, cette propriété qui soude pour ainsi dire le travailleur isolé et autonome aux conditions extérieures du travail, va être supplantée par la propriété privée capitaliste, fondée sur l’exploitation du travail d’autrui, sur le salariat [1].

Dès que ce procès de transformation a décomposé suffisamment et de fond en comble la vieille société, que les producteurs sont changés en prolétaires, et leurs conditions de travail, en capital, qu’enfin le régime capitaliste se soutient par la seule force économique des choses, alors la socialisation ultérieure du travail, ainsi que la métamorphose progressive du sol et des autres moyens de production en instruments socialement exploités, communs, en un mot, l’élimination ultérieure des propriétés privées, va revêtir une nouvelle forme. Ce qui est maintenant à exproprier, ce n’est plus le travailleur indépendant, mais le capitaliste, le chef d’une armée ou d’une escouade de salariés.

Cette expropriation s’accomplit par le jeu des lois immanentes de la production capitaliste, lesquelles aboutissent à la concentration des capitaux. Corrélativement à cette centralisation, à l’expropriation du grand nombre des capitalistes par le petit, se développent sur une échelle toujours croissante l’application de la science à la technique, l’exploitation de la terre avec méthode et ensemble, la transformation de l’outil en instruments puissants seulement par l’usage commun, partant l’économie des moyens de production, l’entrelacement de tous les peuples dans le réseau du marché universel, d’où le caractère international imprimé au régime capitaliste. A mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette période d’évolution sociale, s’accroissent la misère, l’oppression, l’esclavage, la dégradation, l’exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière sans cesse grossissante et de plus en plus disciplinée, unie et organisée par le mécanisme même de la production capitaliste. Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. L’heure de la propriété capitaliste a sonné. Les expropriateurs sont à leur tour expropriés.

L’appropriation capitaliste, conforme au mode de production capitaliste, constitue la première négation de cette propriété privée qui n’est que le corollaire du travail indépendant et individuel. Mais la production capitaliste engendre elle-même sa propre négation avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature. C’est la négation de la négation. Elle rétablit non la propriété privée du travailleur, mais sa propriété individuelle, fondée sur les acquêts de, l’ère capitaliste, sur la coopération et la possession commune de tous les moyens de production, y compris le sol.

Pour transformer la propriété privée et morcelée, objet du travail individuel, en propriété capitaliste, il a naturellement fallu plus de temps, d’efforts et de peines que n’en exigera la métamorphose en propriété sociale de la propriété capitaliste, qui de fait repose déjà sur un mode de production collectif. Là, il s’agissait de l’expropriation de la masse par quelques usurpateurs ; ici, il s’agit de l’expropriation de quelques, usurpateurs par la masse. »

Notes

[1] « Nous sommes... dans une condition tout à fait nouvelle de la société... nous tendons à séparer complètement toute espèce de propriété d’avec toute espèce de travail. » (Sismondi : Nouveaux principes de l’Econ. polit., t. Il, p. 434.)

Dans "Principes du communisme", Engels écrivait fort justement, comparant esclave, serf et prolétaire :

« Le prolétaire, lui, ne peut se libérer qu’en supprimant la propriété privée elle-même... Le prolétaire se libère en supprimant la concurrence elle-même, la propriété privée et toutes les différences de classe... Quel doit être ce nouvel ordre social ? Il devra tout d’abord enlever l’exercice de l’industrie et de toutes les branches de la production, en général, aux individus isolés, se faisant concurrence les uns aux autres, pour les remettre à la société tout entière—ce qui signifie qu’elles seront gérées pour le compte commun, d’après un plan commun et avec la participation de tous les membres de la société. Il supprimera, par conséquent, la concurrence et lui substituera l’association. Etant donné d’autre part que l’exercice de l’industrie par des individus isolés implique nécessairement l’existence de la propriété privée et que la concurrence n’est pas autre chose que ce mode d’activité de l’industrie où un certain nombre de personnes privées la dirigent, la propriété privée est inséparable de l’exercice de l’industrie par des individus isolés, et de la concurrence. La propriété privée devra donc être également supprimée et remplacée par l’utilisation collective de tous les moyens de production et la répartition de tous les produits d’un commun accord, ce qu’on appelle la communauté des biens. La suppression de la propriété privée est même le résumé le plus bref et le plus caractéristique de cette transformation de toute la société que rend nécessaire le développement de l’industrie. Pour cette raison, elle constitue, à juste titre, la principale revendication des communistes. La suppression de la propriété privée n’était donc pas possible autrefois ? Non. Toute transformation de l’ordre social, tout changement dans les rapports de propriété, sont la conséquence nécessaire de l’apparition de nouvelles forces productives ne correspondant plus aux anciens rapports de propriété. La propriété privée elle-même est apparue de cette façon. Car la propriété privée n’a pas toujours existé. Lorsque, à la fin du moyen âge, un nouveau mode de production est apparu avec la manufacture, mode de production en contradiction avec la propriété féodale et corporative de l’époque, cette production manufacturière, ne correspondant plus aux anciens rapports de propriété, donna naissance à une nouvelle forme de propriété : la propriété privée. En effet, pour la manufacture et pour la première période du développement de la grande industrie, il n’y avait pas d’autre forme de propriété possible que la propriété privée, pas d’autre forme de société possible que la société basée sur la propriété privée. Tant qu’on ne peut pas produire une quantité suffisante de produits pour que non seulement il y en ait assez pour tous mais qu’il en reste encore un certain excédent pour l’augmentation du capital social et pour le développement des forces productives, il doit nécessairement y avoir une classe dominante, disposant des forces productives de la société, et une classe pauvre, opprimée. La constitution et le caractère de ces classes dépendent chaque fois du degré de développement de la production. La société du moyen âge, qui repose sur la culture de la terre, nous donne le seigneur féodal et le serf ; les villes de la fin du moyen âge nous donnent le maître artisan, le compagnon et le journalier ; le dix-septième siècle, le propriétaire de la manufacture et l’ouvrier ; le dix-neuvième siècle, le grand industriel et le prolétaire. Il est clair que jusqu’à présent, les forces productives n’étaient pas suffisamment développées pour produire assez pour tous et pour que la propriété privée soit devenue un poids, un obstacle à leur développement. Mais aujourd’hui : l) où par suite du développement de la grande industrie, il s’est constitué des capitaux et des forces productives d’une ampleur encore inconnue jusqu’ici, et où les moyens existent d’augmenter rapidement jusqu’à l’infini ces forces productives ; 2) où ces forces productives sont concentrées dans les mains d’un petit nombre de bourgeois, tandis que la grande masse du peuple est de plus en plus rejetée dans le prolétariat et que sa situation devient plus misérable et plus insupportable à mesure que les richesses de bourgeois augmentent ; 3) où ces forces productives puissantes, se multipliant avec une telle facilité, ont tellement dépassé le cadre de la propriété privée et du régime bourgeois qu’elles provoquent a chaque instant les troubles les plus considérables dans l’ordre social ; —aujourd’hui donc, la suppression de la propriété privée est devenue non seulement possible, mais même absolument nécessaire. La suppression de la propriété privée est-elle possible par voie pacifique ? Il serait souhaitable qu’il pût en être ainsi, et les communistes seraient certainement les derniers à s’en plaindre. Les communistes savent trop bien que toutes les conspirations sont, non seulement inutiles, mais même nuisibles. Ils savent trop bien que les révolutions ne se font pas arbitrairement et par décret, mais qu’elles furent partout et toujours la conséquence nécessaire de circonstances absolument indépendantes de la volonté et de la direction de partis déterminés et de classes entières. Mais ils voient également que le développement du prolétariat se heurte dans presque tous les pays civilisés à une répression brutale, et qu’ainsi les adversaires des communistes travaillent eux-mêmes de toutes leurs forces pour la révolution. Si tout cela pousse finalement le prolétariat opprimé à la révolution, nous, communistes, nous défendrons alors par l’action, aussi fermement que nous le faisons maintenant par la parole, la cause des prolétaires. La suppression de la propriété privée est-elle possible d’un seul coup ? Non, pas plus qu’on ne peut accroître d’un seul coup les forces productives déjà existantes dans une mesure telle qu’on puisse établir une économie collective du jour au lendemain. La révolution prolétarienne, dont tout indique qu’elle approche, ne pourra par conséquent que transformer peu à peu la société actuelle et ne pourra supprimer complètement la propriété privée que quand on aura créé la quantité nécessaire de moyens de production. Quel cours prendra cette révolution ? Elle établira tout d’abord un régime démocratique et, par là même, directement ou indirectement, la domination politique du prolétariat. Directement en Angleterre, où les prolétaires constituent déjà la majorité du peuple. Indirectement en France et en Allemagne, où la majorité du peuple est composée non seulement de prolétaires, mais aussi de petits paysans et de petits bourgeois qui ne sont encore qu’en voie de prolétarisation, qui dépendent, en ce qui concerne la satisfaction de leurs intérêts politiques, de plus en plus du prolétariat, et qui devront, par conséquent, se rallier rapidement à ses revendications. Cela nécessitera peut-être une nouvelle lutte, mais qui ne peut se terminer que par la victoire du prolétariat. La démocratie ne serait d’aucune utilité pour le prolétariat s’il ne l’utilisait pas immédiatement pour prendre des mesures étendues comportant une atteinte directe à la propriété privée et assurant l’existence du prolétariat. Les plus importantes de ces mesures, telles qu’elles découlent nécessairement des conditions présentes, sont les suivantes : 1) limitation de la propriété privée au moyen d’impôts progressifs, de forts impôts sur les successions, suppressions du droit de succession en ligne collatérale (frères, neveux, etc., etc., ), emprunts forcés, etc. ; 2) expropriation progressive des propriétaires fonciers, des industriels, des propriétaires de chemins de fer et armateurs, en partie au moyen de la concurrence de l’industrie d’Etat, en partie directement contre indemnité en assignats ; 3) confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles insurgés contre la majorité du peuple ; 4) organisation du travail ou emploi des ouvriers dans des domaines, fabriques et ateliers nationaux, ce qui supprimera la concurrence des ouvriers entre eux et obligera ceux des industriels qui subsisteront encore à payer le même haut salaire que l’Etat ; 5) obligation au travail pour tous les membres de la société jusqu’à la suppression complète de la propriété privée ; constitution d’armées industrielles, particulièrement pour l’agriculture ; 6) centralisation dans les mains de l’Etat du système du crédit, du commerce, de l’argent, au moyen de la création d’une banque nationale, avec un capital d’Etat, et suppression de toutes les banques privées ; 7) multiplication des fabriques nationales, des ateliers, chemins de fer, navires, défrichement de toutes les terres et amélioration des terres déjà cultivées au fur et à mesure de l’augmentation des capitaux et du nombre des travailleurs dont dispose le pays ; 8) éducation de tous les enfants à partir du moment où ils peuvent se passer des soins maternels, dans des institutions nationales et aux frais de la nation. (Education et travail industriel) ; 9) construction de grands palais sur les domaines nationaux pour servir d’habitation à des communautés de citoyens occupés dans l’industrie ou l’agriculture, et unissant les avantages de la vie citadine a ceux de la vie à la campagne, sans avoir leurs inconvénients ; 10) destruction de toutes les habitations et quartiers insalubres et mal construits ; 11) droit de succession égal aux enfants légitimes et non légitimes ; 12) concentration de tous les moyens de transports dans les mains de l’Etat. Toutes ces mesures ne pourront naturellement pas être appliquées d’un seul coup. Mais chacune entraîne nécessairement la suivante. Une fois portée la première atteinte radicale à la propriété privée, le prolétariat se verra obligé d’aller toujours de l’avant et de concentrer de plus en plus dans les mains de l’Etat tout le capital, l’agriculture et l’industrie, les transports et les échanges. C’est le but que poursuivent toutes ces mesures. Elles seront applicables et obtiendront leur effet centralisateur au fur et à mesure de l’accroissement des forces productives du pays grâce au travail du prolétariat. Enfin, quand tout le capital, toute la production et tous les échanges seront concentrés dans les mains de l’Etat, la propriété privée tombera d’elle-même, l’argent deviendra superflu ; et la production sera augmentée et les hommes transformés à tel point qu’on pourra également supprimer les derniers rapports de l’ancienne société. Cette révolution se fera-t-elle dans un seul pays ? Non. La grande industrie, en créant le marché mondial, a déjà rapproché si étroitement les uns des autres les peuples de la terre, et notamment les plus civilisés, que chaque peuple dépend étroitement de ce qui se passe chez les autres. Elle a en outre unifié dans tous les pays civilisés le développement social à tel point que, dans tous ces pays, la bourgeoisie et le prolétariat sont devenus les deux classes les plus importantes de la société, et que l’antagonisme entre ces deux classes est devenu aujourd’hui l’antagonisme fondamental de la société. La révolution communiste, par conséquent, ne sera pas une révolution purement nationale. Elle se produira en même temps dans tous les pays civilisés, c’est-à-dire tout au moins en Angleterre, en Amérique, en France et en Allemagne. Elle se développera dans chacun de ces pays plus rapidement ou plus lentement, selon que l’un ou l’autre de ces pays possède une industrie plus développée, une plus grande richesse nationale et une masse plus considérable de forces productives. C’est pourquoi elle sera plus lente et plus difficile en Allemagne, plus rapide et plus facile en Angleterre. Elle exercera également sur tous les autres pays du globe une répercussion considérable et transformera complètement leur mode de développement. Elle est une révolution universelle ; elle aura, par conséquent, un terrain universel. Quelles seront les conséquences de la suppression de la propriété privée ? En enlevant aux capitalistes privés toutes les forces productives et tous les moyens de transport, ainsi que l’échange et la répartition des produits, en les administrant d’après un plan établi en fonction des ressources et des besoins de la collectivité, la société supprimera tout d’abord toutes les conséquences néfastes qui sont liées au système qui régit actuellement la grande industrie. Les crises disparaissent ; la production élargie, qui est, en réalité, dans la société actuelle, une surproduction et constitue une cause si importante de misère ne suffira plus aux besoins et devra être élargie encore davantage. Au lieu de créer de la misère, la production au-delà des besoins de la société assurera la satisfaction des besoins de tous et fera apparaître de nouveaux besoins, en même temps que les moyens de les satisfaire. Elle sera la condition et la cause de nouveaux progrès qu’elle réalisera sans jeter périodiquement, comme c’était le cas jusqu’ici, le trouble dans la société. La grande industrie, libérée du joug de la propriété, s’étendra dans de telles proportions que son extension actuelle apparaîtra aussi mesquine que la manufacture à côté de la grande industrie moderne. Le développement de l’industrie mettra à la disposition de la société une masse de produits suffisante pour satisfaire les besoins de tous. De même, l’agriculture, qui, sous le régime de la propriété privée et du morcellement, a du mal à profiter des perfectionnements déjà réalisés et des découvertes scientifiques, connaîtra un essor tout nouveau et mettra à la disposition de la société une quantité tout à fait suffisante de produits. Ainsi, la société fabriquera suffisamment de produits pour pouvoir organiser la répartition de façon à satisfaire les besoins de tous ses membres. La division de la société en classes différentes, antagonistes sera rendue ainsi superflue. Elle deviendra non seulement superflue, mais encore incompatible avec le nouvel ordre social. L’existence des classes est provoquée par la division du travail. Dans la nouvelle société, la division du travail, sous ses formes actuelles, disparaîtra complètement. Car, pour porter la production industrielle et agricole au niveau que nous avons dit, les moyens mécaniques et chimiques ne suffisent pas. Les capacités des hommes qui utilisent ces moyens devront être également développées dans la même proportion. De même que les paysans et les ouvriers de manufacture du siècle dernier modifièrent toute leur façon de vivre et devinrent même des hommes complètement différents après avoir été incorporés dans la grande industrie, de même la gestion collective des forces productives par l’ensemble de la société et le nouveau développement de la production qui en résultera nécessiteront et créeront des hommes complètement différents de ceux d’aujourd’hui. La gestion sociale de la production ne peut être assurée par des hommes qui, comme c’est le cas aujourd’hui, seraient étroitement soumis à une branche particulière de la production, enchaînés à elle, exploités par elle, n’ayant développé qu’une seule de leurs facultés aux dépens des autres et ne connaissant qu’une branche ou même qu’une partie d’une branche de la production. Déjà, l’industrie actuelle a de moins en moins besoin de tels hommes. L’industrie exercée en commun, et suivant un plan, par l’ensemble de la collectivité suppose des hommes dont les facultés sont développées dans tous les sens et qui sont en état de dominer tout le système de la production. La division du travail, déjà minée par le progrès du machinisme, et qui fait de l’un un paysan, de l’autre un cordonnier, du troisième un ouvrier d’usine, du quatrième un spéculateur à la Bourse, disparaîtra donc complètement. L’éducation donnera la possibilité aux jeunes gens de s’assimiler rapidement dans la pratique tout le système de la production, elle les mettra en état de passer successivement de l’une à l’autre des différentes branches de la production selon les besoins de la société ou leurs propres inclinations. Elle les libérera, par conséquent, de ce caractère unilatéral qu’impose à chaque individu la division actuelle du travail. Ainsi, la société organisée sur la base communiste donnera à ses membres la possibilité d’employer dans tous les sens leurs facultés, elles-mêmes harmonieusement développées. Il en résulte que toute différence entre les classes disparaîtra aussi inévitablement. De telle sorte que la société communiste, d’une part, est incompatible avec l’existence des classes et, d’autre part, fournit elle-même les moyens de supprimer ces différences de classes. De ce fait, l’antagonisme entre la ville et la campagne disparaîtra également. L’exercice de l’agriculture et de l’industrie par les mêmes hommes, au lieu d’être le fait de classes différentes, est une condition nécessaire de l’organisation communiste, ne serait-ce que pour des raisons tout à fait matérielles. La dispersion dans les villages de la population occupée à l’agriculture, à côté de la concentration de la population industrielle dans les villes, est un phénomène qui correspond à une étape de développement encore inférieure de l’agriculture et de l’industrie, un obstacle au progrès, qui se fait sentir dès maintenant. L’association générale de tous les membres de la société en vue de l’utilisation collective et rationnelle des forces productives, l’extension de la production dans des proportions telles qu’elle puisse satisfaire les besoins de tous, la liquidation d’un état de choses dans lequel les besoins des uns ne sont satisfaits qu’aux dépens des autres, la suppression complète des classes et de leurs antagonismes, le développement complet des capacités de tous les membres de la société grâce à la suppression de la division du travail telle qu’elle était réalisée jusqu’ici, grâce à l’éducation basée sur le travail, au changement d’activité, à la participation de tous aux jouissances créées par tous, à la fusion entre la ville et la campagne—telles seront les principales conséquences de la suppression de la propriété privée. »

D’accord mais Engels écrivait cela en 1847 : pourquoi affirmer que ce programme (la suppression de la propriété privée des moyens de production) est rendu plus actuel encore par la situation récente du capitalisme, en particulier depuis 2007-2008 ?

Eh bien, chacune des aspirations sociales et politiques des prolétaires ne peut effectivement qu’aboutir à cette perspective.

Inversement, du moment que le cadre juridique, social et politique est fondé sur le respect de la division en classes sociales, sur le droit absolu des possesseurs de capitaux d’en faire ce qui leur chante, ce que l’on appelle la propriété privée des moyens de production, et qu’il est admis que le salarié n’est qu’un invité dans l’entreprise qui ne lui appartient nullement, il est également convenu que le salarié n’a aucun droit politique dans cette entreprise, qu’il n’a pas de droit à l’emploi non plus, ni aucun droit à décider ou à diriger ce qui se passe dans l’entreprise. Il n’a ni le droit de rédiger et distribuer des tracts ou journaux, ni le droit de se réunir, ni le droit de s’organiser sur la base de l’entreprise. Il n’a pas le droit de s’adresser à ses camarades de travail. Il est donc un mineur dans la société civile et un être dépendant, dépourvu de moyens d’intervention politique. Ce n’est pas une particularité de tel ou tel pays de démocratie bourgeoise mais une généralité dans tous.

Nous voulons empêcher que des millions de prolétaires perdent leur emploi ? Il faut interdire les licenciements. Mais comment le faire sans supprimer la propriété privée des entreprises et des capitaux, qui autorise les propriétaires à faire ce qu’ils veulent de "leurs" entreprises et de "leurs" capitaux ?

Nous voulons empêcher les entreprises de l’électricité, du gaz et du téléphone de couper les appartements de ceux qui n’ont pas pu payer, empêcher les banques de fermes les comptes des prolétaires qui sont dans le rouge, il faut supprimer la propriété privée de ces entreprises et banques.

Mais si c’est l’Etat qui gère ces entreprises ? Eh bien supprimer la propriété privée, c’est aussi supprimer la propriété privée des capitalistes sur l’Etat !

Nous voulons que l’Etat cesse d’utiliser les fonds publics au service des seuls capitalistes ? Il faut retirer aux capitalistes leur propriété sur leurs capitaux et sur les entreprises car c’est ce qui leur donne toute propriété sur l’Etat bourgeois.

C’est à la propriété privée des moyens de production que se heurte le développement capitaliste des années 2000 et c’est ce qui provoque la rupture finale de 2007-2008. C’est elle qui fait que le capitalisme a atteint son plus haut niveau et ne peut plus que s’effondrer, même si cet effondrement est retardé pour quelques années par les mesures artificielles, contre-rentables du point de vue capitaliste, des injections massives et même affolantes des banques centrales. Ces tentatives n’étant clairement pas des essais de sauver le système comme lors des multiples crises précédentes, puisque ces manières capitalistes de gérer les crises ont toujours consisté à « laisser mourir les canards boiteux » c’est-à-dire des trusts et des banques non rentables. Il est clair que le capitalisme a lui-même sonné son propre glas, même si cela ne signifie nullement que la classe capitaliste cède le pouvoir. Cela signifie en tout cas que c’est seulement sur la base de la propriété collective des moyens de production que la société peut continuer à aller de l’avant en se fondant sur les avancées des activités économiques, productives, techniques et scientifiques de l’humanité.

Pourquoi la dynamique du capitalisme se heurte à ses propres limites : son succès lui-même étouffe dans les limites de la propriété privée des moyens de production

La suite

La propriété contre la personne humaine

3 Messages de forum

  • Le gouvernement a décidé de "gratter" le moindre sou y compris du côté de ceux qui en ont le moins. Dans son collimateur : les chômeurs et les bénéficiaires, ceux de la CMU complémentaire de la Réunion et des territoires d’outremer notamment… Pôle emploi va mobiliser 200 conseillers pour contrôler les chômeurs dans le but de les empêcher de « de s’enkyster dans le chômage de longue durée ». Tous les demandeurs d’emploi sont concernés, des contrôles aléatoires venant s’ajouter aux contrôles ciblés de certaines catégories, comme les chômeurs de longue durée ou ceux qui ne trouvent pas de travail dans des secteurs qui recrutent. Alors qu’une personne sur deux qui a le droit au RSA ne le demande pas et n’en bénéficie pas, le gouvernement laisse entendre dans les média qu’il y a de faux chômeurs, de faux bénéficiaires des aides sociales et que cela expliquerait une bonne partie des trous…

    Par contre, le gouvernement se garde de parler de la vraie fraude, celle des patrons et capitalistes, fraude des banques, fraude aux cotisations sociales, par les entreprises, estimée en 2007 entre 8 et 14 milliards d’euros par le Conseil des prélèvements obligatoires, et qui aurait doublé depuis cette date ou l’évasion fiscale par les capitalistes, qui coûte chaque année à l’État français l’équivalent de ce qui est collecté chaque année par l’impôt sur le revenu ! Il semble plus simple à ce gouvernement de pointer du doigt le « chômeur-assisté-fraudeur ».

    Haro sur les chômeurs, sur les fonctionnaires, sur les sans papiers, sur les aides sociales et « redonner la confiance aux entrepreneurs », on voit qu’il s’agit bien d’un gouvernement de classe, de la classe capitaliste.

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  • Les entreprises publiques n’ont plus un centime pour leur propre fonctionnement, plus un centime pour les salaires, plus un centime pour les emplois mais elles mettent leur argent dans les marchés financiers ! Ainsi, les travaux du nouveau « pôle d’excellence » Paris-Saclay n’est pas directement financé par l’Etat mais devra recevoir les dividendes de placements financiers de celui-ci… s’il y en a… Il en va de même de bien des fonds publics, comme ceux pour payer les constructions dans les hôpitaux. S’ils n’ont pas d’argent pour les salariés ni pour le service public, ni même pour remplacer les partants en retraite, les services publics en ont pour distribuer des revenus importants aux cadres dirigeants, chargés de transformer le service public en une entreprise au service des financiers et des banquiers ! L’exemple le plus typique est celui de Macron, un produit direct de la grande banque et il le prouve bien. On trouve aussi l’exemple de Gallet, PDG de Radio France qui distribue des sommes colossales aux hauts cadres, se multiplie en opérations financières et de com, tout en déclarant son entreprise en faillite, en menaçant tous les secteurs de l’activité culturelle, y compris les orchestres, soi-disant pour rétablir les finances qu’il est le premier à plomber… Un autre exemple connu est celui de Martin Hirsch qui a prétendu, pour sauver bien entendu les hôpitaux menacés de faillite, supprimer les 35 heures, supprimer les RTT, imposer la grande équipe, remplacer les lits d’hôpitaux par l’ambulatoire, bloquer les salaires, supprimer les primes, supprimer la prise en compte des pauses repas et des temps d’habillage-déshabillage sur le temps de travail et autres multiples attaques frontales contre les personnels de l’hôpital public. En même temps, ce monsieur l’austérité distribue des sommes importantes aux cadres de l’APHP chargés d’une politique uniquement financière qui ne profite qu’aux trusts pharmaceutiques, aux trusts du Bâtiment et aux marchés financiers.

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  • On ne peut pas se contenter de se plaindre que la politique du gouvernement qui ne serait pas assez à gauche, comme le font bien gentiment les Montebourg et autres Mélenchon, les Verts ou même l’extrême gauche… Faire croire qu’une politique « de gauche » en pleine période d’effondrement du capitalisme serait possible est le propre de tous les réformistes, politique comme syndicaux. Ils font croire que l’Etat, s’il était normalement dirigé, avec une politique favorable à la majorité de la population, pourrait résoudre les problèmes que pose la crise du capitalisme. Mais il n’en est rien et pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’Etat a toujours été au service exclusif de la classe exploiteuse et il ne peut en être autrement tant qu’on n’aura pas renversé cet Etat bourgeois. Ce qui change, c’est seulement qu’en période de crise profonde du capitalisme il n’est plus possible de le cacher, les politiques de gauche, de droite et d’extrême droite convergeant inévitablement et d’autant plus profondément que la crise s’aggrave. On a déjà vu cela par exemple à la fin des années trente… Ensuite, le capitalisme est incapable de s’auto-réformer car sa crise provient de causes profondes que le capitalisme est incapable de changer : de la baisse massive de ses investissements productifs causée non pas par la concurrence mais par la limite de ses investissements rentables. Pas plus que les arbres, le capitalisme ne peut grandir jusqu’au ciel. Sa recherche de profits considérables finit par bloquer les investissements et le système ne parvient plus à perdurer qu’en massant ses investissements dans la finance et dans la spéculation. Les Etats, loin de combattre cette tendance nécrophile du capitalisme, ne peuvent qu’aider les spéculateurs et leur éviter la faillite pour éviter celle de l’ensemble du système.

    Ces hommes politiques qui n’ont que le mot réforme à la bouche se gardent bien de reparler de la réforme des banques, de la réformes des circuits financiers, de la réforme du système lui-même et ne veulent mettre à la réforme que nos emplois, nos salaires, le code du travail et les services publics, les allocations chômage, les aides sociales afin d’aider sans cesse plus le grand capital et retarder ainsi un effondrement à terme inévitable.

    Les syndicats se refusent à regarder la situation en face car l’aggravation de la lutte des classes mène aussi inévitablement la classe dirigeante à s’attaquer mortellement aux petits privilèges des appareils syndicaux et eux aussi essaient de retarder une échéance fatale.

    Ils ne comptent nullement sur les luttes de la classe ouvrière, ni pour faire vraiment reculer les capitalistes et leur Etat ni même pour sauver les droits syndicaux ! Ils ne comptent que sur la négociation, sur la concertation, c’est-à-dire sur la collaboration de classe. Quand le MEDEF lance la lutte des classes, les bureaucraties syndicales prêchent la modération !!!

    C’est pour cela que les travailleurs, pour se défendre, pour transformer la défensive en offensive, comme pour transformer la société, ne peuvent compter que sur eux-mêmes et surtout pas sur les dirigeants réformistes politiques et syndicaux.

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