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Du XVème au XIXème siècle, la guerre France/Angleterre sur mers et sur terre, un sous-produit de la lutte des classes

lundi 15 juin 2015, par Robert Paris

Du XVème au XIXème siècle, la guerre France/Angleterre sur mers et sur terre, un sous-produit de la lutte des classes

On a souvent oublié aujourd’hui ce qu’ont été les diverses guerres franco-anglaises mais on a surtout oublié le contexte de luttes de classes qui a rythmé cette lutte de deux branches des familles régnantes qui couvrait la lutte de deux nations naissantes et de deux classes dirigeantes nationales en formation.

Les étapes les plus marquantes sont les suivantes :

- de 1337 à 1450 (avec quelques interruptions), c’est la « guerre de cent ans »

- de 1450 à 1480, Louis XI finit de battre l’alliance anglo-bourguignonne

- de 1689 à 1697, c’est la guerre de la Ligue d’Augsbourg

- de 1701 à 1713, c’est la guerre dite de la succession d’Espagne

- de 1740 à 1748, c’est la guerre de la succession d’Autriche

- de 1756 à 1763, c’est la « guerre de sept ans »

- de 1778 à 1783, c’est la guerre navale franco-anglaise

- de 1792 à 1799, ce sont les guerres de la révolution française

- de 1799 à 1804, ce sont les guerres du consulat

- de 1804 à 1815, ce sont les guerres napoléoniennes

Pendant de longues périodes, France et Angleterre ont été en guerre, sur mers comme sur terre, au point de prétendre qu’Anglais et Français seraient des « ennemis héréditaires » comme si c’étaient les peuples qui se détestaient.

La guerre dite « de cent ans » est la plus connue de ces affrontements au Moyen Age. Elle est plus connue pour avoir confronté des familles royales féodales, et même des descendants d’une même famille, que de découler de la lutte des classes. Mais les révolutions en France comme en Angleterre rythment ces périodes et la bourgeoisie pointe déjà son nez au sein du peuple et elle détermine de nouveaux intérêts à cet affrontement car l’intérêt national de la bourgeoisie va dans le sens de la conquête des marchés et des colonies, conquête pour laquelle les deux bourgeoisies sont des adversaires déclarés. Ce qui le démontre le mieux, c’est que la supériorité de l’Angleterre va découler, et entrainer à la fois, l’avancement de la révolution bourgeoise et l’affaiblissement de la féodalité. Par exemple, les méthodes militaires de l’Angleterre ont une avance qui découle de l’utilisation des hommes en armes et à pied (les « long bow » ou archers anglais, notamment) qui ne sont pas des nobles alors qu’en France on en est encore à la guerre entre seigneurs à cheval. D’où des défaites cuisantes comme à Crécy.

C’est l’affaiblissement des seigneurs terriens qui a causé cette révolution des techniques de la guerre anglaise. En effet, dans les années 1310-1330, la réduction de la proportion de cavaliers, et en particulier de cavaliers lourds, dans les troupes combattantes est l’évolution la plus importante par rapport à l’armée féodale traditionnelle. La diminution du nombre de propriétaires terriens suffisamment riches pour s’équiper en chevalier en est la principale cause. Il est donc décidé de recruter dans les catégories sociales inférieures, suivant un système de conscription, un corps armé moins onéreux à équiper ; l’infanterie également appelée « gens de pied », composés eux-mêmes de fantassins et de gens de trait (archers et arbalétriers). Selon les besoins, chaque paroisse est chargée de fournir un certain nombre d’homme valides, entraînés et équipés qui ne sont payés qu’en cas de guerre à l’extérieur du pays ; le roi peut ainsi exiger que tout propriétaire foncier jouissant d’un revenu de 40 livres sterling réponde à son appel. Ces fantassins appartiennent tous à la partie supérieure de la paysannerie, car ils doivent fournir leur équipement et leur bidet pour leur déplacement. Cette infanterie montée devenait alors plus mobile et économisait ses forces pour le combat. La cavalerie légère, était représentée par les hobelars (en) qui appartenaient le plus souvent à la classe aisée des propriétaires terriens. Le hobelar est équipé d’un plastron de cuir, d’un casque et des gantelets de fer, une épée, un couteau et une lance. L’archer monté était également représenté dans la classe aisée des propriétaires terriens. Son arme, le grand arc longbow, un arc encombrant de 2 m de haut, fera des ravages lors des batailles de la guerre de Cent Ans. Placé principalement en rangs serrés sur les ailles, abrités derrière une palissade principalement composée de pieux taillés en pointes, mais également derrière des charrettes et autres obstacles, ces archers étaient capables de décocher 6 flèches à la minute, faisant ainsi pleuvoir une pluie de flèches qui décime les charges ennemies. Ce corps des archers montés remplace entre 1320-1320 le corps des arbalétriers (à pied). Pour les autres classes de la paysannerie, ils composent selon le cas le corps les archers à pied, le corps des coutiliers ou celui des épéistes. Les troupes anglaises privilégient donc la défense sur l’attaque.

Les guerres civiles intérieures anglaises ont aussi appris à l’Etat anglais à faire évoluer ses techniques militaires en faisant appel aux soldats à pied issus du peuple.

Les Écossais, alliés aux Français, lors de la bataille de Bannockburn, ont écrasé, le 23 octobre 1295, la chevalerie anglaise pourtant très supérieure en nombre grâce à une armée essentiellement composée d’hommes d’armes à pied protégés des charges par un premier rang de piquiers. Les Anglais adaptent donc leur manière de combattre en diminuant la cavalerie mais en utilisant plus d’archers et d’hommes d’armes à pied protégés des charges par des pieux plantés dans le sol (ces unités, pour accroître leur mobilité, se déplacent à cheval mais combattent à pied). Édouard III met en œuvre cette nouvelle façon de combattre en soutenant Édouard Balliol contre les partisans de David II, le fils de Robert Bruce. Grâce à cette tactique, les Anglais remportent plusieurs batailles importantes dont la bataille de Dupplin Moor en 1332 et celle de Halidon Hill en 1333. David II doit s’enfuir et trouve refuge en France où il est accueilli par Philippe VI de Valois. Édouard Balliol devient roi d’Écosse, vassal de l’Angleterre et est honni par son peuple. Grâce à cette campagne, Édouard III peut disposer d’une armée moderne et rodée aux nouvelles tactiques. Il ne renonce pas pour autant aux grandes chevauchées des seigneurs mais seulement désormais pour piller la France sur de grandes distances grâce à son armée à cheval. Mais, dès qu’il y a affrontement face à face entre les deux armées, les Anglais mettent pied à terre et démontent les soldats français par leur pluie de flèches, en désarçonnant les cavaliers, en prenant des positions fixes qui déstabilisent toute charge à cheval.

La stratégie de charge frontale, qui était celle des armées féodales à cheval, est battue en brèche dès le début du XIVe siècle car une haie de piquiers suffit à briser les charges de chevalerie : ainsi à Courtrai, les Flamands ont écrasé la chevalerie française et à Bannockburn, les Écossais ont écrasé la chevalerie anglaise36 : les chevaliers désarçonnés et engoncés dans leurs lourdes armures sont des proies faciles pour les fantassins. Les guerres écossaises ont permis aux Anglais d’améliorer le principe en organisant leur armée autour de nombreux archers et hommes d’armes à pied (au fur et à mesure les archers armés d’une épée jouent les deux fonctions) protégés des charges par une haie de pieux. Ce système tactique va permettre aux Anglais d’enchaîner des victoires écrasantes malgré une grande infériorité numérique à Crécy, Poitiers ou Azincourt. D’autre part, ces armées de piétons n’ont que faire du code de l’honneur chevaleresque : en infériorité numérique, il est préférable de neutraliser définitivement un maximum d’adversaires : ainsi à Courtrai, Crécy, ou Azincourt, les chevaliers français sont massacrés plutôt que faits prisonniers pour en tirer rançon. De la même manière, les archers anglais très longs à entraîner sont mutilés de manière à ne plus pouvoir tirer.

La guerre maritime est encore plus marquée par cette supériorité militaire anglaise qui provient du développement d’une bourgeoisie qui a accédé au pouvoir d’Etat conjointement à une féodalité affaiblie par la guerre civile intérieure.

C’est dès le Moyen Age que commença à s’affirmer la suprématie maritime britannique, durablement établie au terme de la guerre de Sept Ans (1756-1763) et, lors de la guerre d’Indépendance américaine qui suivit (1776-1783), et seule la combinaison des flottes française et espagnole explique les revers que subit la Navy. Cette suprématie maritime permit à la Grande-Bretagne de se trouver en 1763 à la tête d’un « premier » empire colonial, centré sur le continent américain – des côtes du Labrador à la Floride – qui, s’il devait s’effondrer 20 ans plus tard avec la reconnaissance de l’indépendance des Treize colonies américaines, n’en allait pas moins se réinventer en se basant désormais sur l’Inde.

La conquête des colonies anglaise est bien plus avancée que celle de la France, du fait du caractère de plus en plus bourgeois du pouvoir d’Etat anglais. La défaite du protestantisme en France, marquée par des massacres, par la révocation de l’Edit de Nantes et un départ massif de la bourgeoisie protestante, n’y est pas pour rien. Ce sont les protestants qui sont les plus dynamiques des bourgeois colonisateurs comme on le revoit quand on visite La Rochelle, capitale protestante de la France, ou Nantes.

La révolution bourgeoise est très en avance en Angleterre par rapport à la France malgré une moins grande activité économique et richesse générale. Dès 1215, le roi Jean sans Terre, ayant accumulé défaites et pertes territoriales, doit concéder à la bourgeoisie la Grande Charte qui donne au Parlement anglais un pouvoir de contrôle sur la fiscalité.

Depuis le grand refroidissement du climat en Angleterre, ce pays est très dépendant de sa domination sur ses territoires de France, donc de ses guerres extérieures, et de son grand commerce donc de la bourgeoisie. La noblesse et la royauté d’Angleterre qui vont rapidement s’allier à la grande bourgeoisie auront conscience de la nécessité d’aider par des interventions étatiques le développement économique bourgeois de la société.

L’Angleterre a besoin de la Guyenne (car elle produit des vins qui à l’époque sont plus salubres que l’eau), des Flandres (dont les drapiers achètent la laine) et de la Bretagne (qui lui vend du sel indispensable à la conservation des aliments). A l’inverse, la France possède un large territoire continental d’un seul tenant, s’il n’est pas divisé par les oppositions entre grands seigneurs français et remis en cause par les Anglais, et ont moins besoin d’entretenir des guerres extérieures et un grand commerce aux lointains du point de vue de la classe dominante noble.

Depuis la reine Elizabeth, l’Angleterre royale a pris en compte les besoins de la bourgeoisie protestante et cessé de la contester, aussi bien sur le terrain économique, social, politique et religieux. Tous les moyens de l’Etat sont mis à la conquête coloniale et à la guerre pour les intérêts nationaux de l’Angleterre alors que la force de la monarchie appuyée sur la noblesse en France va entraîner un grand retard dans ce domaine.

La bourgeoisie, sur le plan militaire, est plus capable que les féodaux car le monde a changé de base, y compris sur le terrain militaire.

Le poids des grands féodaux affaiblit la centralisation de l’Etat en France, ce qui se marque durant les guerres où des chefs militaires, grands nobles français, attaquent seuls sans tenir compte des autres parties de l’armée, font de la guerre une affaire d’honneur personnel.

Les nominations de hauts nobles à la tête des armées en France amène des chefs de guerre féodaux qui ne connaissent rien à la marine obtenir des postes de hauts gradés de la marine française sans être même jamais monté sur un bateau et sans rien y connaitre aux batailles navales. Les seuls soldats de l’armée française qui sauront mener des batailles navales sont des sortes de bourgeois que sont les corsaires, qui naviguent pour piller les bateaux et qui sauront se battre y compris contre la marine de guerre anglaise.

Si les guerres entre France et Angleterre vont se faire sur le territoire de la France, c’est parce que la guerre civile anglaise s’est achevée avant celle de la France, libérant l’Etat anglais pour se mobiliser militairement afin de revendiquer le trône de France.

Il convient de rappeler que, du strict point de vue des règles royales de succession des familles royales, la revendication « anglaise » sur le trône est tout à fait légitime et même bien plus que celle de ses concurrents « français ». D’ailleurs, les rois d’Angleterre sont tout aussi « français » que les grands nobles de France puisqu’ils sont issus des Plantagenets et des Anjou, sont les grands seigneurs du Bordelais, de Guyenne (ou Gascogne), parfois de la Bretagne et de tout le sud de la France (souvent alliés au très grand seigneur de Bourgogne) aussi bien que de l’Angleterre. Les nations n’existent pas encore et la revendication d’avoir un « roi français » ne naitra qu’au cours de la guerre de cent ans. Le nationalisme sera inventé comme un mythe à usage populaire, s’appuyant déjà sur les aspirations de la bourgeoisie, car les féodaux et les rois ont absolument besoin du soutien financier et politique de la bourgeoisie des villes, et même d’un certain soutien militaire par des milices et des fortifications, pour mener leurs guerres.

L’affrontement entre les deux pays n’est pas qu’une question de couronne mais bel et bien un affrontement économique.

Par exemple, l’un des buts est de savoir qui dominera les Flandres. Et cela suppose d’intervenir dans les révolutions qui ont lieu dans ce pays et qui amènent la bourgeoisie des Flandres à intervenir directement politiquement et militairement (révolution d’Artevelde).

Les bourgeois Flamands, voulant échapper à la pression fiscale française, se révoltent de manière récurrente contre le roi de France, d’où les batailles successives de Courtrai (1302), de Mons-en-Pévèle (1304) et de Cassel (1328).

Édouard III intrigue en Flandre, son mariage avec Philippa de Hainaut lui permet de tisser des liens dans le Nord de la France et dans le Saint-Empire : Robert d’Artois est réfugié à Londres depuis 1336, il a acheté l’alliance du comte de Hainaut ainsi que celle de l’empereur Louis de Bavière pour 300 000 florins et le duc de Brabant ainsi que le comte Gueldre se tournent vers lui. Les Flamands sont outrés par le ralliement du comte Louis Ier de Flandre au roi de France et de la pression fiscale qui s’ensuit, mais en cas de relance du conflit avec le roi de France, ils devraient verser une lourde amende au pape (qui a le pouvoir de les excommunier ou de jeter l’interdit sur les villes flamandes). Il est prévu avec Jacob van Artevelde (membre de la grande bourgeoisie drapière de la ville flamande de Gand et homme fort de la bourgeoisie flamande) que les Flandres reconnaissent Édouard comme roi de France ce qui permet de contourner cet accord. Louis de Nevers réagit en arrêtant des marchands anglais. Édouard III coupe l’approvisionnement en laine de cette région en août 1336, menaçant son économie constituée essentiellement de draperie et de tissage. Mais surtout, il soutient l’industrie textile du Brabant auquel il est allié et prend des mesures incitatives pour faire venir en Angleterre les tisserands flamands désœuvrés pour y créer sa propre industrie textile. Si la Flandre reste neutre ou prend le parti du roi de France, elle risque de perdre tout son pouvoir économique et est menacée de ruine. La Flandre se révolte contre les Français en 1337.

Les Français, avec le renfort de mercenaires génois, ont le rapport de force maritime pour eux. Ainsi, la flotte française pille régulièrement les ports anglais. Une stratégie de blocus est imaginée car le vin de Guyenne et le sel de Bretagne ou de Poitou sont vitaux pour l’Angleterre. Le commerce de la laine vers les Flandres et du vin de Bordeaux est interrompu et les finances anglaises sont au plus mal. Les drapiers flamands sévèrement touchés par le conflit se soulèvent contre leur comte Louis Ier de Flandre. Ils sont conduits par Jacob van Artevelde qui a pris le pouvoir en Flandres et s’allient au roi d’Angleterre.

L’arrêt répété du trafic transmanche influence fortement l’industrie textile flamande qui, au début du conflit, importe de la laine anglaise. Pour combler ce manque, les Anglais vont se rendre moins dépendants économiquement des Flandres en transformant directement leur laine en vêtements. Pour cela, ils sont aidés par les mesures incitatives du roi d’Angleterre qui taxe les vêtements beaucoup moins que la laine et qui, dès 1337, accorde de larges privilèges à tout ouvrier étranger s’établissant dans les villes anglaises tout en interdisant l’exportation de laine vers les Flandres et l’importation de draps. Face à cette situation, de nombreux tisserands flamands itinérants viennent tenter leur chance en Angleterre et ce pays devient un centre international d’industrie du drap. C’est là que naîtra la formation de la grande industrie textile. Et c’est aussi ce qui imposera la domination anglaise. Le succès des affrontements ne découlera pas seulement des résultats des guerres mais des résultats économiques.

L’Angleterre favorise l’élevage et le commerce de la laine. L’artisanat et les villes se développent. La bourgeoisie et le parlement (celui-ci destitue Richard II en 1399 quand ce dernier tente de renforcer le pouvoir monarchique), prennent de plus en plus de puissance d’autant qu’avec la grande Peste de nombreux villages anglais ont été désertés. Le pays est de moins en moins agricole et de plus en plus artisanal et commerçant. Du fait des difficultés récurrentes à exporter la laine vers les Flandres, la lourdeur des taxes sur la laine et l’apparition de matières premières concurrentes (lin, soie et laine espagnole entre autres), l’Angleterre est devenue directement productrice de vêtements et de draps : son économie devient de plus en plus industrielle. La noblesse qui ne remplit plus son rôle de sécurisation des campagnes se discrédite en imposant lourdement les paysans afin de financer l’effort de guerre. Or, les paysans, de moins en moins nombreux, estiment que leur rôle social devrait être mieux reconnu (d’autant plus que de nombreuses batailles de la guerre de Cent Ans ont été gagnées grâce à leur talent d’archer) et répondent favorablement aux prêches des lollards qui répandent les idées de John Wyclif. Leur révolte contre Richard II est matée mais ce dernier finit par être renversé : la Monarchie anglaise a perdu de la crédibilité et du pouvoir. John Wyclif est un précurseur de la Réforme et le pays accueille favorablement le protestantisme à la Renaissance. D’autre part, les voies commerciales sont plus maritimes qu’en France, donc la nécessité d’un pouvoir centralisé fort sécurisant les routes est moins évidente : la noblesse est de moins en moins indispensable. On se dirige vers un pouvoir de moins en moins absolu et les libertés individuelles peuvent être progressivement revendiquées. La Renaissance amène la prise d’autonomie religieuse de l’Angleterre, puis l’avènement progressif d’une monarchie constitutionnelle.

Le commerce ayant repris avec l’Angleterre, les Français envoient leur flotte à L’Écluse, à l’embouchure du canal reliant Bruges à la Mer du Nord, pour imposer un blocus naval. Le 24 juin 1340, lors de la bataille de l’Écluse, la flotte française, y compris de nombreux navires bretons, subit une défaite totale qui inverse le rapport de force maritime. Cette défaite met fin au projet d’envoyer des troupes françaises soutenir les Écossais, et permet à Édouard III d’Angleterre de relancer le commerce de la laine. Au début des années 1340, le retour des laines anglaises ne ramène cependant pas la prospérité en Flandres et l’autorité de Jacob van Artevelde est de plus en plus contestée. De plus, le pape Clément VI ayant lancé une excommunication aux Flamands parjures, Louis de Flandre parvient à reprendre pied dans le comté et force Jacob van Artevelde à répondre par une fuite en avant. Ce dernier désavoue le comte de Flandre et propose le comté à Édouard de Woodstock, fils d’Édouard III d’Angleterre, le futur Prince noir. Mais il est trop tard pour lui. Contesté dans sa ville même de Gand, Jacob van Artevelde est assassiné lors d’une émeute le 17 ou le 24 juillet 1345. La Flandre abandonne dès lors Édouard III et se rallie à la France.

Fort de sa nouvelle maîtrise maritime, une armée d’Édouard III d’Angleterre débarque à Brest en 1343. Toutefois, son allié Jean de Montfort est capturé à Nantes, puis meurt en 1345. Charles de Blois reste seul prétendant au duché de Bretagne. Une trêve est signée en Bretagne, les Anglais gardent le contrôle de Brest jusqu’en 1397.

Les méthodes féodales de guerre mènent à des défaites de la royauté et mènent aussi la bourgeoisie à prendre conscience de ses propres intérêts qui la distinguent des nobles et d’une royauté qui leur est trop liée. La bourgeoisie commence à prendre conscience qu’elle doit devenir la véritable classe nationale. C’est ce qu’exprime au cours de la guerre de cent ans la bourgeoisie parisienne au travers de la personnalité d’Etienne Marcel, de même que la bourgeoisie flamande l’avait exprimé au travers de Artevelde, lui aussi marchand drapier. La révolution bourgeoise est sans cesse liée aux guerres franco-anglaises, côté anglais comme côté français.

Les défaites de Crécy et Poitiers ont jeté le discrédit sur la noblesse, qui est censée justifier sa supériorité sociale sur le champ de bataille et y a démontré au contraire son incapacité militaire. Le roi étant prisonnier, son fils aîné, le dauphin Charles, réunit les états généraux à partir du 15 octobre 1356. Étienne Marcel, le prévôt des marchands de Paris, y voit la possibilité de mettre en place une forme de régime parlementaire. Allié au parti navarrais regroupé autour de l’évêque de Laon Robert Le Coq, il impose le 7 novembre 1356 la création d’un comité de 80 membres au sein des états généraux (pour faciliter les discussions) qui appuie leurs revendications. Les états généraux, déclarent le dauphin lieutenant du roi et défenseur du royaume en l’absence de son père et lui adjoignent un conseil de douze représentants de chaque ordre. Le dauphin est proche du courant réformateur et n’est pas hostile aux réformes proposées. Mais, bien vite, de profonds désaccords surviennent entre le conseil et le dauphin qui refuse de faire juger les anciens conseillers de son père honnis pour avoir brutalement dévalué la monnaie à plusieurs reprises pour renflouer les caisses de l’État84 ainsi que de faire libérer Charles le Mauvais qui bénéficie d’un fort soutien et pourrait provoquer un changement dynastique. En février 1357, le dauphin accepte une grande ordonnance, promulguée le 3 mars, qui prévoit le contrôle des finances par les États Généraux, l’épuration de l’administration (et particulièrement des collecteurs d’impôts), et enfin le remplacement du conseil du roi par un conseil de tutelle au dauphin, où seraient présents douze députés de chaque ordre des États Généraux, mais où il n’est plus question de la libération de Charles de Navarre qui ferait peser un danger réel pour la couronne des Valois.

Le 22 février 1358, Étienne Marcel, escorté par de nombreux hommes en armes et à la tête d’une foule rageuse, envahit le palais royal de la Cité où réside le dauphin. Voulant s’interposer, le maréchal de Champagne Jean de Conflans et le maréchal de Normandie Robert de Clermont sont tués devant le dauphin, qui croit sa dernière heure arrivée. Marcel l’oblige à coiffer le chaperon rouge et bleu et à renouveler l’ordonnance de 1357. Puis, c’est la chasse à l’homme au cours de laquelle l’avocat général, Renaud d’Acy, qui s’était réfugié dans une pâtisserie, est égorgé férocement.

Il force ensuite le dauphin à ratifier le meurtre de ses conseillers. Le dauphin ne peut qu’accepter un nouveau changement institutionnel ; son conseil est épuré : quatre bourgeois y rentrent, le gouvernement et les finances sont aux mains des états113, Charles le Mauvais reçoit un commandement militaire et de quoi financer une armée de 1 000 hommes, le dauphin, lui, obtient de devenir régent du royaume ce qui permet de ne plus tenir compte des décisions du roi tant qu’il est en captivité (et en particulier des traités de paix inacceptables).

Préférant s’éloigner de la fureur parisienne, le dauphin Charles quitte la capitale pour Compiègne : la noblesse s’y réunit séparément des deux autres états, pour ratifier la nouvelle ordonnance, à l’abri de toute agitation. Champenois et Bourguignons sont choqués par l’assassinat des maréchaux et rallient le camp du dauphin. Ce dernier fait solennellement condamner Étienne Marcel par les députés. Fort de ce soutien, il s’empare des forteresses de Montereau et de Meaux. L’accès de Paris par l’est est bloqué. Au sud et à l’ouest, les compagnies écument le pays et il est crucial pour Étienne Marcel de préserver les communications avec les villes des Flandres : il faut dégager la route du nord.

Mais la lutte des classes ne se limite pas à la lutte entre bourgeoisie et féodalité. Le petit peuple est sans cesse de la partie. C’est le cas dans Paris mais aussi dans les campagnes.

À la fin du mois de mai 1358, se déclenche la Grande Jacquerie : des paysans (principalement de petits propriétaires fonciers), excédés par le renforcement de la rente seigneuriale alors que le prix du blé baisse, se révoltent contre la noblesse. Cette dernière, déjà discréditée par les défaites de Crécy et de Poitiers, n’est plus en mesure de protéger les petites gens. Ce mouvement décrit par les chroniqueurs de l’époque comme extrêmement violent (cette violence a probablement été exagérée) est principalement dirigé contre les nobles qui, s’ils ne sont pas massacrés, voient leurs châteaux pillés et brûlés. 5 000 hommes se regroupent rapidement autour d’un chef charismatique : Guillaume Carl, qui reçoit très rapidement des renforts de la part d’Étienne Marcel, dont l’objectif est de libérer Paris de l’encerclement que le dauphin est en train de réaliser en privilégiant l’accès nord qui permet de communiquer avec les puissantes villes des Flandres.

Le 9 juin, les hommes du prévôt de Paris et une partie des jacques conduisent un assaut sur le marché de Meaux où se trouvent le régent et sa famille pour s’assurer de sa personne. C’est un échec : alors que les jacques se ruent à l’assaut de la forteresse sur le pont qui permet d’y accéder, les portes s’ouvrent et ils sont balayés par une charge de cavalerie. Mais l’affrontement avec le gros des forces de Guillaume Carl se déroule à Mello le 10 juin. Pressé par la noblesse, dont il est le meneur, et particulièrement par les Picquigny auxquels il doit la liberté et dont le frère vient d’être massacré par les jacques, Charles le Mauvais prend la tête de la répression. Il engage des mercenaires anglais, rallie la noblesse, s’empare de Guillaume Carl venu négocier et charge les jacques décapités. C’est un massacre : la jacquerie se termine dans un bain de sang dont Charles le Mauvais porte la responsabilité alors que le dauphin a su garder les mains propres. Le Navarrais, fort de son succès contre les jacques, rallie Étienne Marcel espérant que la noblesse qu’il vient de mener à la victoire le suive. Mais, comme on l’a vu à Compiègne, la noblesse n’a pas pardonné l’assassinat des maréchaux et se place sous la bannière du dauphin. Les troupes du dauphin sont rejointes par les compagnies qui rêvent de participer au pillage de Paris. Charles de Navarre attend des renforts anglais pour compenser ses pertes ; les Parisiens loyalistes y voient une trahison et se rebellent à leur tour. Le 31 juillet 1358, Étienne Marcel est exécuté. La révolution parisienne est décapitée mais elel renaitra bientôt, toujours aux mains de la bourgeoisie.

Après les révolutions bourgeoise, populaire et paysanne de France, la guerre se calme momentanément car c’est l’Angleterre qui subit la révolution. Une révolte des paysans est déclenchée par la crise économique qui sévit alors en Angleterre à la suite de l’interruption des commerces du sel, des vins et de la laine, les hausses d’impôts nécessaires à l’entretien de l’armée et le discrédit qui frappe la noblesse du fait de ses défaites à répétition en France. L’insurrection est coordonnée par des prédicateurs lollards dont les idées égalitaires séduisent. Elle prend le contrôle de Londres avant d’être matée par Richard II.

Quand la guerre franco-anglaise reprend, elle a à nouveau le caractère d’une guerre de classe liée aux luttes révolutionnaires et populaires.

En fait, ce sont deux systèmes économiques, sociaux et religieux qui se font face. La France, pays avec une agriculture florissante et un système féodal et religieux puissant d’une part ; l’Angleterre d’autre part, pays d’élevage qui vend sa laine aux drapiers des Flandres. C’est un pays où l’artisanat et la bourgeoisie des villes prennent de l’importance. Les Armagnacs défendent le modèle français, Jean sans Peur, pour prendre le contrôle de Paris, milite pour le modèle anglais (d’autant que les Flandres appartiennent au duché de Bourgogne) promettant baisses d’impôts et contrôle de la monarchie par les états généraux et est soutenu par les artisans et les universitaires parisiens. Il se rend ainsi maitre de Paris et donc du roi en 1413. Ses alliés les Cabochiens (du nom de leur chef le boucher Simon Caboche qui dirige la bourgeoisie parisienne et les masses révolutionnaires de Paris) font régner la terreur. Le 27 mai 1413, l’ordonnance Cabochienne est rédigée et promulguée dans l’esprit de la grande ordonnance de 1357. Mais leurs exactions ont fini par lasser les Parisiens qui appellent les Armagnacs à la rescousse. Jean sans Peur doit fuir et se rapproche des Anglais.

L’armée française rattrape le roi d’Angleterre Henri V en Picardie. Au moment crucial, montrant à nouveau leurs tares féodales, les grands nobles qui défendent le roi français se divisent : les Armagnacs rechignent à laisser le commandement au duc de Bourgogne qui retire ses troupes. La chevalerie française paie une nouvelle fois ses insuffisances sociales qui entraînent des divisions et la faiblesse de son commandement : les Anglais taillent en pièces « la fine fleur de la noblesse de France » à Azincourt, le 25 octobre 1415.

Le roi anglais Henri V parvient à s’imposer comme roi de France mais meurt dans son château de Vincennes, près de Paris. Les rois anglais ne parviendront finalement pas à s’imposer en France. La bourgeoisie soutiendra le nationalisme français que lancent alors les nobles autour du dauphin et de « Jeanne d’Arc ».

La royauté française, celle de Louis XI, a ensuite utilisé la révolution suisse des Cantons pour disposer de troupes à pied capables de battre les armées anglaises. Les Suisses, payés pour leurs interventions avec l’armée française, n’avaient plus rien à voir avec l’ancienne armée féodale. Louis XI modernisa l’armée royale en remplaçant la milice des francs-archers par une infanterie permanente organisée sur le modèle suisse, connues sous le nom de Bandes françaises ou bandes de Picardie. C’est la toute fin de la guerre de cent ans.

A la guerre de cent ans va succéder « la guerre de sept ans », là encore menée par une France d’un royauté liée à la noblesse et une Angleterre de plus en plus défenseur des intérêts de la bourgeoisie.

La guerre de Sept Ans (1756-1763), que les Anglais dénomment « French and Indian War » (la guerre contre les Français et les Indiens), est la principale guerre du XVIIIe siècle. Les hostilités ont débuté deux ans avant la déclaration de guerre officielle avec une échauffourée dans les forêts du Nouveau Monde : une poignée de Virginiens sous le commandement d’un certain... George Washington (22 ans), attaque une délégation française et tue son chef, Jumonville, dans le dessein de s’emparer de Fort-Duquesne, un fort qui tient la vallée de l’Ohio, la « Belle Rivière ».

De riposte en réaction, Londres, qui n’arrive pas à l’emporter sur terre, ordonne la saisie de 300 navires de commerce français dans différents ports, partout dans le monde. La guerre générale devient dès lors inéluctable... En prévision de celle-ci, le gouvernement anglais ne néglige aucune précaution. C’est ainsi qu’il ordonne la déportation des Acadiens francophones susceptibles de trahir la couronne.

La Guerre de Sept Ans opposa principalement la France à la Grande-Bretagne d’une part, l’Autriche à la Prusse d’autre part. Cependant, par le jeu des alliances et des opportunismes, la plupart des pays européens et leurs colonies se sont retrouvés en guerre. Le début de la guerre est généralement daté au 29 août 1756 (attaque de la Saxe par Frédéric II) bien que l’affrontement ait débuté plus tôt dans les colonies d’Amérique du Nord avant de dégénérer en guerre ouverte en Europe.

Se déroulant sur le continent européen mais aussi en Amérique, aux Indes et sur les mers, en impliquant toutes les grandes puissances européennes, cette guerre sera a posteriori considérée par les historiens comme la première guerre mondiale !

La guerre de Sept Ans est un conflit majeur du XVIIIe siècle, est comparé à la Première Guerre mondiale parce qu’elle s’est déroulée sur de nombreux théâtres d’opérations (Europe, Amérique du Nord, Inde…) et s’est traduite par un rééquilibrage important des puissances européennes. De là est né l’Empire britannique, puissance hégémonique tout au long du XIXe siècle, dont l’affirmation fait presque entièrement disparaître le Premier espace colonial français, l’espace dominateur mondial durant le XVIIe et la première partie du XVIIIe siècle. En Europe, c’est la Prusse qui s’affirme.

En Europe continentale, la principale zone de friction est la Silésie. C’est une province riche et peuplée conquise en 1742 par le royaume de Prusse aux dépens du royaume de Bohême lors de la guerre de succession d’Autriche. Si la toute jeune Marie-Thérèse de Habsbourg obtient bien d’être confirmée sur le trône de Vienne, avec le titre d’archiduchesse d’Autriche, de reine de Hongrie et de Bohême (son mari François de Lorraine portant le titre d’empereur romain germanique), en revanche Frédéric II réussit son coup de main sur la Silésie. En 1754, Marie-Thérèse ne s’est toujours pas résolue à la perte de cette province.

De leur côté, les Français s’inquiètent depuis longtemps des visées de la Grande-Bretagne sur leur domaine colonial (Nouvelle-France, Antilles, Inde française). Le conflit larvé entre la France et la Grande-Bretagne tourne autour de plusieurs points :

• La possession de l’immense territoire de la Louisiane (situé entre les Grands Lacs, le golfe du Mexique, les Appalaches et le Mississippi)

• La concurrence dans le lucratif commerce de peaux au détriment du respect des traités avec les différentes tribus amérindiennes

• La crainte des Britanniques de voir l’influence des catholiques grandir via les colonies françaises et la présence de missionnaires en Nouvelle-France

• La zone de pêche au large de Terre-Neuve est très poissonneuse et les droits de pêche sont contestés par les uns et les autres.

Le point le plus crucial est sans conteste le contrôle de la vallée de l’Ohio. Ce territoire est convoité par les Français, les Britanniques mais aussi les Iroquois. Les Britanniques fondent leur revendication sur le traité d’Utrecht de 1713 : ce traité stipule que les Iroquois sont des sujets de la couronne britannique. Or, comme l’Ohio est considéré comme une terre ancestrale iroquoise, les Britanniques s’en estiment les propriétaires légitimes. Mais, concrètement, cette zone est sous le contrôle des Français grâce à la présence de plusieurs forts.

La France est dans une situation inconfortable autant dans ses colonies qu’en Europe. Durant la guerre de succession d’Autriche, elle n’a rien obtenu de son alliance avec la Prusse si ce n’est un statu quo, mais ses finances ont été durement éprouvées par cette guerre inutile. La paix séparée conclue par les Prussiens en 1745 et leur alliance avec les Britanniques en 1756 ont fortement contrarié la France et, encouragé par sa cour (dont la marquise de Pompadour, favorite du roi), Louis XV se résigne à un renversement d’alliance pour abandonner la Prusse et s’allier avec l’Autriche. Ce traité d’alliance, signé en mai 1756 et nommé traité de Versailles, vise à contrecarrer la montée en puissance de la Prusse et met fin à plusieurs siècles d’inimitié avec Vienne. Le 21 mars 1757, la France conclut une convention avec la Suède qui fait référence au besoin de maintenir les résultats de la paix de Westphalie. La Suède promet une armée de 35 000 hommes, subsidiée par la France.

La Grande-Bretagne possède déjà un empire colonial très étendu, très peuplé (à l’inverse des colonies françaises) et qui rapporte beaucoup d’argent à la couronne. Depuis maintenant plusieurs siècles, la Grande-Bretagne (et son prédécesseur, l’Angleterre) ne possède plus d’armée puissante et, malgré la guerre civile anglaise au siècle précédent et la création de la New model army par Oliver Cromwell et Thomas Fairfax, l’armée britannique reste de petite taille et très orientée vers le feu. Elle est principalement utilisée pour maintenir la paix intérieure et pour la conquête et la pacification des colonies. Le point fort des Britanniques est la déjà fameuse Royal Navy. Comme Mahan l’expliqua plus tard, elle est le fondement de la puissance britannique qui permet de maîtriser le commerce maritime, de contrôler et de conquérir les colonies et, militairement parlant, de déplacer la frontière de la Grande-Bretagne sur les côtes de ses adversaires et non sur les siennes.

Les deux puissances présentes en Amérique du Nord devaient irrémédiablement se télescoper. Plus que les combats menés sur le territoire américain, ce sont les conflits européens qui influencent par leur issu le partage du territoire américain.

Entre 1689 et 1697, c’est la guerre de la ligue d’Augsbourg. Cette ligue est formée par de nombreux pays européens en opposition à Louis XIV et à sa politique expansionniste. Le monarque français convoitait en effet le Saint Empire Romain Germanique. Pendant cette période, les français, les anglais et leurs alliés, se livrent à des combats notamment sur le sol américain, en usant des alliances avec les Indiens. La paix de Ryswick, fragile, rétablit finalement le statu quo.

Entre 1701 et 1713, un nouveau conflit européen influence l’Amérique ; c’est la guerre de succession d’Espagne. La plupart des pays européens (Angleterre, Provinces-Unies, Saint Empire Romain Germanique) s’opposent à ce que le petit fils de Louis XIV, Philippe d’Anjou, accède au trône d’Espagne, prenant ainsi la tête de deux puissants royaumes d’alors, la France et l’Espagne. L’Espagne, la France et l’Angleterre se partageant alors le gros du territoire américain, des conflits vont embraser le continent durant cette période. Au nord, les colonies anglaises et la Nouvelle France s’affrontent sur leurs frontières. Au sud, on s’affronte par Indiens interposés. En 1713 le traité d’Utrecht met fin à la guerre. Les accords conclus avantagent considérablement le Royaume-Uni : la Nouvelle-France perd ses territoires de Terre-Neuve, la baie d’Hudson et l’Acadie.

A l’issu de ce deuxième conflit franco-anglais, l’influence française sur le continent est quasiment réduite à néant. A l’infériorité démographique déjà pesante, il faut rajouter l’amputation territoriale, très importante. Cependant, la Nouvelle-France rebondit rapidement et de 1713 jusqu’aux années 1740 se réorganise militairement en construisant une ligne de défense dans la région des grands lacs et en fortifiant les grandes villes.

En 1740, une guerre éclate en Europe, au sujet de la succession d’Autriche. Un troisième conflit franco-anglais s’amorce alors en Amérique. En 1745, des colons de la Nouvelle-Angleterre prennent Louisbourg. Le traité d’Aix la Chapelle, mettant fin à la guerre de succession d’Autriche, rend finalement la ville aux français en 1748. Mais la paix est précaire, et rien n’est réglé entre les deux camps.

Une quatrième et dernière guerre franco-anglaise a lieu en Amérique au moment de la guerre de sept ans (1756-1763), qui a opposé les deux pays pour la suprématie coloniale. Côté français, le marquis de Montcalm est envoyé pour défendre les possessions françaises en Amérique. Une série de brillantes victoires marquent ses débuts. Côté anglais, James Wolfe et Jeffrey Amherst frappent fort en emportant Louisbourg, en 1758. Dès lors, l’armée anglaise, soutenue par les miliciens américains, remonte audacieusement le fleuve Saint-Laurent en direction de Québec. Le débarquement anglais provoque la bataille des plaines d’Abraham, restée célèbre, pendant laquelle les deux commandants d’armée Wolfe et Montcalm perdent la vie. L’année suivante, en 1760, Montréal tombe et la Nouvelle France est complètement brisée par les anglais. Le traité de Paris, en 1763, donne la Nouvelle France à l’Angleterre. La couronne anglaise devient alors seule maîtresse en Amérique du nord.

Un point qui va contribuer à relier inéluctablement la guerre franco-anglaise à la lutte révolutionnaire de la bourgeoisie contre de la féodalité, c’est la révolution américaine. C’est pour faire pièce à la concurrence anglaise, et bien entendu pas par idéal social et politique, que l’Etat royal français choisit de soutenir la révolution indépendantiste américaine, en envoyant notamment Lafayette en Amérique.

Mais la révolution française, elle-même, va être marquée par la guerre franco-anglaise. Le succès des insurgés américains aura un contre coup sur la révolution sur le continent européen, même si le nationalisme français répugne souvent à le reconnaître. Et tout d’abord parce que la supériorité maritime de l’Angleterre est ainsi remise en cause.

Dès que la révolution bourgeoise démarre sur le continent, l’Angleterre, loin de soutenir cette révolution bourgeoise, alors qu’elle-même a été longtemps la seule à avoir fait triompher une révolution bourgeoise (la première d’ailleurs à couper la tête de son roi et à imposer un parlement dictant sa loi).

Là aussi ce n’est pas par idéal social et politique que l’Angleterre combat la France de la révolution et soutient contre elle l’Europe féodale mais par intérêt économique et stratégique, du fait déjà de la concurrence des intérêts des deux bourgeoisies dans la conquête du monde. De ce point de vue aussi, guerres et luttes de classes sont imbriqués de manière dialectique.

La raison fondamentale de tout le mouvement historique de cette époque est la concurrence économique des bourgeoisies et des nations qui apparaissent. Si la France devient bourgeoise, elle devient une concurrente extrêmement dangereuse des intérêts anglais, que ce soit sur le continent européen ou dans le reste du monde.

La guerre d’indépendance américaine se présenta comme une occasion d’effacer l’affront de sa défaite dans les guerres indiennes et de la perte de ses colonies en Amérique du Nord. La Grande-Bretagne n’a pas capitulé uniquement à cause de la défaite de Yorktown. La France avait tout fait pour l’obliger à disperser ses forces. Elle avait attaqué les Britanniques en Inde, colonie précieuse s’il en était, source de la fortune des Pitt. Elle avait également attaqué Malte, conquis Minorque (qui était la grande base navale britannique de Méditerranée, avant Malte), assiégeait Gibraltar qui était sur le point de tomber. La France encerclait les Antilles britanniques, et elle faisait manœuvrer depuis des mois 60 000 hommes en Bretagne, prêts à débarquer en Grande-Bretagne quasiment vidée de troupes. Des vaisseaux français croisaient, pavillon haut, au large de Southampton, provoquant une panique à la bourse de Londres. Le soutien financier des Insurgents, par les canaux espagnols d’abord, puis directement, n’est pas, pour la France, la seule cause du coût exorbitant de l’indépendance américaine.

Depuis la déclaration de l’indépendance, les Américains avaient reçu de la France des secours plutôt moraux qu’effectifs. Au début de 1777, Beaumarchais fait partir trois navires chargés d’armes, suivis de neuf autres en septembre. La flotte de Beaumarchais va compter jusqu’à 40 unités. Les envois d’armes fournis par le gouvernement de Louis XVI furent une aide efficace, même si Beaumarchais cherchait à y gagner de l’argent, ce qui d’ailleurs ne fût pas le cas, les Américains estimant que les armes fournies étaient un don... À la bataille de Saratoga, les milices américaines sont massivement équipées de fusils et de canons français dont les fleurs de lys ont été limées.

Vergennes et Louis XVI décident donc, le 6 février 1778, de signer avec Benjamin Franklin un traité d’amitié et d’alliance officielle avec les Provinces-Unies d’Amérique, auquel était joint un traité d’alliance défensive pour le cas où la Grande-Bretagne déclarerait la guerre à la France4. La France reconnaît l’indépendance des Provinces, chacun s’engage à ne signer aucune paix séparée, et les Provinces s’engagent à protéger les possessions françaises d’Amérique. La nouvelle parvint le 3 mai au Congrès américain. Elle fut accueillie par des réjouissances publiques et provoqua le plus vif enthousiasme.

En Grande-Bretagne, Lord Chatham se fit transporter à la Chambre et proposa de déclarer immédiatement la guerre à la maison de Bourbon. Son discours terminé, il tomba évanoui et mourut dans la même journée. Sa motion fut adoptée et l’ambassadeur britannique auprès de la cour de Versailles immédiatement rappelé. Lord North voulut conjurer le péril en offrant aux colonies ce qu’elles avaient demandé depuis 1774, avec une amnistie illimitée. Les Américains repoussèrent tout arrangement qui n’avait pas pour base la reconnaissance de leur indépendance. La guerre continua avec un caractère de plus en plus violent.

Les batailles s’engagent en Amérique, dans les Antilles.

Une flotte de douze vaisseaux et de quatre frégates partit de Toulon pour l’Amérique, sous les ordres du comte d’Estaing.

Une autre fut rassemblée à Brest pour combattre dans les mers d’Europe. Dès l’entrée en guerre Française, la Grande-Bretagne tente de cloitrer la marine française dans ses eaux.

Le combat de la Belle-Poule (capitaine de La Clochetterie) ouvre les hostilités le 17 juin contre le HMS Arethusa. Le comte d’Orvilliers, qui sort de Brest le mois suivant avec trente-deux vaisseaux, tient la fortune indécise, dans la bataille d’Ouessant, contre la flotte britannique de l’amiral Keppel le 27 juillet 1778. L’affrontement naval Brest-Ouessant, dans la Manche, reste indécis : les deux forces se retirent finalement.

Un débarquement de 40 000 hommes est envisagé dans des îles britanniques proches, mais la logistique française ne suivant pas, l’opération est abandonnée. Sur le continent, la France se protège par l’alliance autrichienne, qui même si elle ne s’engage pas dans les combats, affirme son soutien diplomatique à la France.

Dans le reste de l’Europe, la « ligue des neutres » refuse de prendre parti. Puis, voyant la France tenir effectivement tête à la Royal Navy, la Hollande devient pro-française, les Espagnols viennent aider la France en 1779 (traité d’Aranjuez et la Hollande en 1780. La Grande-Bretagne est en difficulté face à la « ligue de la liberté des mers » (mars 1780). L’intervention française est d’abord maritime et non décisive, puis l’envoi en 1780 des 6 000 hommes de Rochambeau est décisif.

En 1779, 3 500 Français affrontaient déjà 3 000 Britanniques dans la bataille de Savannah, mais l’attaque française est trop précipitée, mal préparée, et échoue.

Pour les batailles périphériques, Britanniques et Français s’affrontent pour la domination des Antilles. Aux Antilles, la flotte française guidée par le marquis de Bouillé déployait une activité et des talents que l’impéritie des amiraux et les mauvais temps paralysèrent souvent, mais qui jetèrent pourtant sur les armes françaises un éclat nouveau. La Dominique fut prise ; mais les Britanniques s’emparèrent de Sainte-Lucie que d’Estaing fut incapable de recouvrer, en laissant échapper l’occasion de détruire l’escadre anglaise surprise au mouillage (7 vaisseaux alors qu’il en avait 12), et en se lançant dans un débarquement qui fut un sanglant échec

D’Estaing compensa la perte de Sainte-Lucie en s’emparant des îles de Saint-Vincent et de la Grenade, en présence de la flotte commandée par l’amiral Byron. Il débarqua sur l’île dont il fit la conquête rapidement et livra une dure bataille navale à Byron, le 6 juillet 1779. Ce dernier, qui eut quatre vaisseaux hors de combat, dut se retirer, mais d’Estaing n’exploita pas la victoire en laissant l’Anglais faire retraite avec ses navires en remorque.

Cependant les succès des Français aux Antilles avaient eu un grand retentissement en Europe. Rodney fut envoyé pour le remplacer aux Indes occidentales. Il n’eut guère de succès en 1780 face à l’escadre de Guichen qu’il rencontra trois fois sans succès, mais infligea deux lourdes défaites aux Espagnols qui bloquaient Gibraltar.

L’engagement de La Fayette dans la guerre d’indépendance est certainement l’aboutissement d’une orientation personnelle, mais il est surtout le produit d’un plan longuement mûri par Charles de Broglie, ancien chef du Service diplomatique Secret de Louis XV. Un plan élaboré depuis plus d’une décennie, pour venger le pays du traité de 1763, que de Broglie, comme bien d’autres grands serviteurs de l’État, juge infamant. Louis XV vient de mourir depuis peu de temps, la diplomatie de Louis XVI n’est pas bien fixée. Le choix de La Fayette pour peser sur l’engagement de la France dans cette revanche sur l’Angleterre n’est pas dû aux qualités militaires du personnage lesquelles, à 18 ans, restent à découvrir. Il est choisi par Charles de Broglie, parce qu’il vient d’épouser une Noailles. La famille Noailles est une parente de la famille royale (?). Le beau-père de La Fayette est le duc d’Ayen, futur chef de famille, héritier du titre de Duc de Noailles. Il est, par ailleurs, marquis de Maintenon, héritier de l’épouse morganatique de Louis XIV.

L’engagement de La Fayette dans une mission secrète, officiellement interdite par le roi pour ses militaires, ne peut que peser sur l’engagement officieux du pays au côté des Insurgents. Un palier en attendant que l’engagement soit officiel. Et c’est ainsi que les Américains le reçoivent, le comprennent et le proclameront pour soutenir leur cause auprès de la moitié de leur population, celle qui hésite à entrer dans la rébellion. On mesurera le poids de cette transgression à la fureur du duc d’Ayen, demandant au roi, une lettre de cachet à l’encontre de son gendre. De retour en France, à son arrivée à la Cour, en février 1779 La Fayette attira de nouveau l’attention sur la situation des Américains, auprès du gouvernement, plus préoccupé jusque-là d’intrigues et de futilités que de politique et de guerre7. La Fayette joignit ses instances à celles de l’envoyé américain John Laurens pour obtenir du roi un secours en hommes et en argent, et la nouvelle de l’échec subi par le comte d’Estaing devant Savannah fut le dernier argument qui décida le cabinet de Versailles à exécuter dans toute sa rigueur le traité d’alliance offensive et défensive conclu avec Franklin le 6 février 1778.

Il fut décidé que la France enverrait aux Américains une escadre de sept vaisseaux de ligne pour agir sur les côtes, un corps de troupes qui devait être de 10 000 ou 12 000 hommes et une somme de six millions de livres. M. de Rochambeau fut nommé commandant en chef du corps expéditionnaire, et le chevalier de Ternay fut mis à la tête de l’escadre.

La Fayette se préoccupa ensuite des moyens d’exécution. Il fit comprendre aux ministres que, s’il ne commandait pas en chef le corps expéditionnaire, ce qui serait surprenant pour les Américains, il fallait du moins mettre à sa tête un général français qui consentirait à ne servir que sous les ordres du général en chef américain8.

Le choix qui dans ces conditions fut fait du comte de Rochambeau le satisfit pleinement, et, sans attendre le départ du corps expéditionnaire, il s’embarqua à Rochefort, le 18 février 1780, sur la frégate l’Hermione, que le roi lui avait donnée comme étant très bonne voilière.

La Fayette revint sur l’Hermione à Boston, le 28 avril 1780, reprendre son poste dans la guerre de l’indépendance, précédant les secours en hommes, en effets et en argent qu’il avait obtenus du gouvernement français. Les instructions données à M. de La Fayette par le ministre des affaires étrangères portaient que, pour prévenir toute méprise et tout retard, il placerait tant à Rhode Island qu’au cap Henry, à l’embouchure de la Chesapeake, un officier français chargé d’attendre l’escadre, qui devait atterrir en l’un de ces deux points, et de lui donner toutes les informations dont elle aurait besoin en arrivant9.

Suivant avec précision le plan élaboré par Charles de Broglie, ancien chef du Service diplomatique secret du roi Louis XV, la France attaqua l’Angleterre aux Indes, point très sensible pour les Anglais, aux bases navales stratégiques anglaises - Malte et Minorque, conquises-, à Gibraltar, sur le point de tomber lors de Yorktown, au Sénégal, -territoire reconquis-, aux Caraïbes anglaises... et en Angleterre elle-même. La flotte et les armées anglaises étaient totalement dispersées sur le globe. L’Amérique ne pouvait pas recevoir de renforts, il n’y avait plus de troupes et de navires pour défendre l’île d’Angleterre, elle-même. La flotte française fera une bordée, remarquée, pavillons hauts, dans le baie de Southampton, sans l’ombre d’une résistance. Ce qui déclenchera une panique boursière le lendemain à Londres. Et les Anglais savaient que 60 000 soldats français manœuvraient depuis 6 mois en Bretagne ayant pour objectif d’envahir l’Angleterre. C’est dans ce contexte que débarque en 1780, à Newport, sur le territoire de ce qui sera les États-Unis, le corps expéditionnaire français aux ordres du comte de Rochambeau et fort de 6 000 hommes. Il était emmené par une escadre de dix vaisseaux aux ordres du chevalier de Ternay.

Avant de commencer ses opérations, Rochambeau attendait des renforts que le comte de Guichen devait lui amener de France ; mais celui-ci avait rencontré dans les Antilles, l’amiral Rodney, qui obligea le convoi français à se réfugier à la Guadeloupe. Washington ne put qu’envoyer quelques renforts, avec La Fayette, aux patriotes du Sud, et se résigna à remettre à la campagne prochaine l’expédition décisive qu’il concertait avec Rochambeau.

La bataille de la baie de Chesapeake (septembre 1781) livrée par François Joseph Paul de Grasse met en fuite une partie de la flotte britannique et encercle Cornwallis dans Yorktown, où il attend désespérément les renforts promis. L’action française est absolument décisive. La Marine royale débarque plus 3 200 hommes venus des Antilles pour commencer l’encerclement des 8 000 Anglais, en attendant l’arrivée des 8 000 soldats de Rochambeau qui manœuvrent à marches forcées depuis Newport et en contournant New-York. De Grasse improvise une flottille de transport dans l’immense baie de la Chesapeake pour hâter leur arrivée, alors que Barras de saint-Laurent (12 vaisseaux, 18 transports de troupes) arrive avec l’artillerie de siège quelques jours après la bataille navale. Pour renforcer encore le contingent français, De Grasse n’hésite pas à débarquer 2 500 marins. C’est lui, en fait, qui mène toutes les opérations terrestres et navales en attendant l’arrivée des troupes de George Washington, de La Fayette et de Rochambeau. Washington qui marche le long de la côte arrive à Williamsburg le 14 septembre, soit 14 jours après le début du débarquement français et 9 jours après la bataille navale. Le 17, de Grasse et Washington se rencontrent sur le navire amiral, le Ville de Paris pour organiser les opérations. À New-York, Clinton reste sans réaction, car il ne comprend pas la destination prise par Rochambeau et Washington. Lorsqu’il se décide enfin le 17 octobre à envoyer 7 000 hommes en renfort vers le sud, il est beaucoup trop tard.

Cornwallis, qui n’a plus rien à espérer de la mer, se retranche au bout de la presqu’île, dans la petite bourgade de Yorktown. Le 29 septembre commence l’investissement méthodique de la place par les coalisés : 3 600 américains et 11 000 français. Washington qui a le commandement théorique mais qui n’a ni les effectifs, ni l’expérience de la guerre de siège, doit laisser faire les Français. Après douze jours et douze nuits passées à s’approcher des positions anglaises en creusant des tranchées, l’artillerie entre en action, Washington tirant symboliquement le premier coup de canon. Les nouveaux canons Gribeauval incendient deux des trois frégates dans le port, et concentrent ensuite leurs tirs sur les deux redoutes (forts), positions capitales pour les britanniques. Au feu terrestre s’ajoute le feu des canons de marine de De Grasse. Écrasée par cette pluie de boulets, la position de Cornwallis devient intenable, d’autant qu’il n’a presque plus de munitions et de vivres. Le 19 octobre, il doit capituler sans condition, avec ses quatorze régiments anglais et hessois.

Cette éclatante victoire laisse aux vainqueurs 214 canons, 22 étendards et 8 000 prisonniers qui défilent en habit rouge entre une rangée de soldats français et une autre d’Américains. La nouvelle de la victoire est accueillie par des transports de joie dans toute l’Amérique et à Versailles. « Jamais la France n’eut un avantage aussi marqué sur l’Angleterre que celui-là » dit Rochambeau en triomphant.

Lorsque les renforts britanniques arrivent, une semaine plus tard, il est trop tard, la Grande-Bretagne a perdu ses treize colonies d’Amérique.

En Inde, ce sont les Britanniques qui avancent, prenant Pondichéry et tous les autres comptoirs français sur la côte de Coromandel. Les combats décisifs ont déjà eu lieu sur le sol américain, ces luttes périphériques sont la tentative d’éclats permettant de mieux négocier à Paris. L’enjeu n’est pourtant pas secondaire, puisqu’il s’agit de maintenir ouverte la route de l’océan Indien et d’empêcher l’effondrement de l’empire hollandais que ces derniers sont incapables de défendre, après la déclaration de guerre anglaise de 1780. L’escadre de Suffren sauva le Cap d’un débarquement anglais après avoir endommagé l’escadre de Johnstone à La Praya en 1781, puis remonta sur l’Inde en 1782. Il y mena, presque coupé de France, de durs combats contre les forces anglaises mais sans pouvoir les anéantir. Il sauva cependant Ceylan d’une invasion anglaise, plaça ces derniers en position défensive, reprit la base hollandaise de Trinquemalay et signa une alliance franco-indienne contre les Anglais. La paix, signée en 1783, interrompit les opérations, et la France retrouva ses comptoirs par la négociation.

La prise de Yorktown fut décisive pour la cause de l’indépendance américaine. Les Britanniques, qui occupaient encore New York, Savannah et Charleston, se tinrent sur la défensive (voir Campagne franco-américaine aux États-Unis).

Dans les Antilles, les Britanniques ne conservaient d’autre île importante que la Jamaïque. De Grasse, poussé par les Espagnols et les ordres de Versailles voulut la leur enlever. Mais attaqué près des Saintes par des forces supérieures commandées par Rodney, alors qu’il escortait un gros convoi, il fut battu et fait prisonnier le 12 avril 1782. Cette affaire, qui couta 7 vaisseaux à la marine française, stoppa le projet de débarquement sur la Jamaïque, mais ne remit pas en cause la victoire franco-américaine en Amérique du Nord. D’autres batailles d’importances ont lieu, telle celle de Saint-Pierre-et-Miquelon. On constate par ailleurs que la Royal Navy, délivrée du poids de la guerre en Amérique du Nord, semble reprendre la main et inflige des pertes importantes à la marine française la dernière année de la guerre. Outre la défaite des Saintes, les renforts envoyés en Inde en 1782 pour soutenir l’action de Suffren sont en grande partie saisis dans l’Atlantique.

La défense du siège de Gibraltar fut un dernier succès pour les Britanniques. Un frère de Louis XVI, le comte d’Artois, s’y était porté avec 20 000 hommes pour aider les Espagnols qui assiégeaient la place sans succès depuis 1779. Quarante vaisseaux, dont douze français, bloquaient la forteresse côté mer. Cette flotte imposante, s’était montrée incapable à cause de la médiocrité des vaisseaux espagnols et de leur chef, d’intercepter les convois de ravitaillement escortés par la Royal Navy. La flotte espagnole avait même essuyé deux lourdes défaites en 1780 et perdu plusieurs navires. Tout l’effort de guerre retombait encore une fois sur la France, qui après avoir assuré la victoire à Yorktown, défendu victorieusement les possessions hollandaises aux Antilles et aux Indes, se retrouvait à faire le siège d’une place qui ne concernait pas ses intérêts vitaux. Louis XVI refusa la demande de Madrid d’y consacrer 40 vaisseaux français, mais accepta que soit tenté un assaut général au moyen de batteries flottantes. 200 canons du côté de la terre et 10 batteries flottantes ouvrirent le 13 septembre un feu terrible contre la citadelle, bien défendue par sa redoutable position et par le gouverneur Elliot, qui avait fait installer depuis longtemps une forte artillerie dans des galeries creusées dans la falaise. Les batteries flottantes (au blindage de chêne) ne résistèrent pas au tir à boulets rouges des Anglais et explosèrent les unes après les autres. Gibraltar resta aux Britanniques. Le débarquement franco-espagnol à Minorque, lui, réussit, et la base anglaise qui constituait une menace permanente pour Barcelone et Toulon capitula.

À partir de la Bataille de Yorktown, des négociations secrètes s’engagent directement entre Londres et Washington, dont Benjamin Franklin se garde d’informer la France. La Grande-Bretagne cède les 13 colonies et leur accorde toutes les positions au sud des Grands Lacs et à l’Est du Mississippi. En faisant ceci, elle brise l’union France-Province-Unies, et limite donc la force de la France et de l’Espagne dans les négociations futures.

Cependant la dette de la Grande-Bretagne était considérablement accrue. Lord North dut quitter la direction des affaires pour céder la place à un ministère whig qui demanda la paix au cabinet de Versailles. La France, qui n’était pas moins épuisée, accepta ces propositions. Les préliminaires furent arrêtés à Paris, le 30 novembre 1782, entre les plénipotentiaires des puissances belligérantes, au nombre desquels étaient pour les États-Unis Benjamin Franklin, John Adams, John Jay, et Henry Laurens. Le traité définitif fut signé le 3 février 1783.

Cette nouvelle fut rapidement portée en Amérique. Le 11 mars 1783, Lauzun partit de Wilmington pour ramener dans leur patrie les derniers soldats français. Ainsi l’indépendance des États-Unis était fondée, et le monde comptait une grande nation de plus.

Une victoire limitée dut donc être signée en septembre 1783, lors du traité de Paris. La France gagne (ou récupère) des territoires en Amérique, en Afrique, et en Indes, ainsi que des droits accrus (pêche à Terre-Neuve). Les pertes du traité de Paris (1763) et du Traité d’Utrecht (1713) sont en partie récupérées : Tobago, Sainte-Lucie, la zone de la rivière Sénégal, ainsi que des droits de pêche accrus à Terre-Neuve, etc. L’Espagne récupère la Floride, Minorque, mais Gibraltar reste britannique.

Guerre lointaine, sur mer, donc nécessairement chère : plus d’un milliard de livres tournois. Les finances de l’État sont désastreuses, les expédients financiers sont mis à contribution par Necker, et lorsqu’il tombe en 1781 (affaire du Conte Bleu) c’est une succession de Secrétaire d’État aux Finances jusqu’à Calonne, instabilité qui fragilise les réformes nécessaire au rétablissement des finances françaises. Le commerce est également durement freiné par cette guerre, mais redémarre dès 1783.

Cette guerre est surtout importante pour le prestige et la fierté de la France, elle retrouve un rôle d’arbitre européen. La France ne devient pourtant pas le principal partenaire commercial des États-Unis, malgré des dépenses militaires particulièrement élevées. Des troupes ont été envoyées très loin, donc très coûteusement, d’environ 1 milliard de livres tournois, posant la France face à un gouffre financier total de 3,315 milliards de livres tournois.

Une autre conséquence est l’aura qu’en acquièrent les idées des Lumières, enfin mises en application dans la déclaration de 1776, par la victoire de 1783, et par la Constitution de 1787 : les élites libérales sont ravies. Mais ceci a aussi son contre-effet : les conservateurs se crispent, la noblesse se replie sur elle-même et sur ses privilèges en une réaction nobiliaire. Le 22 mai 1781, l’Édit de Ségur ferme les postes militaires de rang supérieur aux roturiers pour les réserver à la noblesse.

En Inde, l’affrontement entre Britanniques et Français s’effectue à travers leurs deux monopoles d’État : la Compagnie française des Indes orientales et la British East India Company. Leur puissance est avant tout économique et elles ne possèdent que quelques comptoirs le long de la côte est de l’Inde. Les hostilités éclatent dès 1756 alors que les deux camps se préparent à une guerre imminente.

L’un des puissants princes indiens, le Nawab Siradj al-Dawla, intime l’ordre aux Français et aux Britanniques d’arrêter leurs préparatifs sinon il considérera la situation comme un casus belli. Si les Français cèdent, les Britanniques poursuivent. En conséquence, les armées de Siradj al-Dawla attaquent et prennent possession de tous les comptoirs britanniques du Bengale, y compris Calcutta. En réponse, les Britanniques montent une expédition à partir de Madras qui leur permet de reprendre possession de leurs comptoirs et de faire plier le Nawab. Dans la foulée, l’armée britannique prend le comptoir de Chandernagor aux Français le 23 mars 1757. Le Nawab cherche alors à se rapprocher des Français en vue de chasser les Britanniques. La victoire britannique de Plassey sur les troupes franco-indiennes et la trahison de l’oncle de Siradj al-Dawla, Mir Jafar, défont les alliances et permettent aux Britanniques de s’assurer le contrôle du Nord-Est de l’Inde.

En 1758, le conflit se porte alors dans le Sud-Est de l’Inde autour des comptoirs de Madras et Pondichéry. La campagne est dirigée par les Français pour prendre Madras. Versailles envoie une division navale avec 4 000 hommes de renfort commandé par Lally-Tollendal qui arrive au début de 1758. Après une série de victoires mineures, l’armée française et ses alliés locaux mettent le siège à Madras en décembre mais, avec l’arrivée de renforts britanniques par la mer, le siège est levé en février 1759. Profitant de renforts en provenance d’Europe, le nouveau général en chef britannique, le colonel Eyre Coote, reprend un certain nombre de possessions autour de Madras. La bataille décisive a lieu au Fort Wandiwash : le 22 janvier 1760, l’armée britannique y défait les troupes françaises. Poussant son avantage tout au long de l’année, Coote parvient à assiéger et prendre Pondichéry le 15 janvier 1761, le général français Thomas Arthur de Lally-Tollendal capitule. La ville est ravagée de fond en comble par les troupes anglaises.

En Inde : les cinq comptoirs de Pondichéry, Kârikâl, Yanaon, Mahé et Chandernagor sont rendus aux Français mais avec interdiction de les fortifier ou d’y stationner une armée (donnant de facto le contrôle de l’Inde aux Britanniques).

La guerre, qui en est à sa quatrième année en Europe et à sa deuxième en Inde commence à mal tourner pour les Français. Lally-Tollendal, arrivé en 1758 avec la division de d’Aché est maintenant en difficulté. Le chef français, après quelques succès dans le Dekkan (prise de Gondelour et du Surate) a échoué lourdement en essayant de prendre Madras en novembre 1758. Le port anglais a résisté au siège grâce à la défense énergique du général Laurence, et surtout à cause de l’absence de soutien naval à l’offensive française. La division navale de d’Aché, après les deux combats difficiles où les forces de Pocock ont été tenues en échec, a dû en effet quitter les eaux indiennes à l’arrivée de la mousson d’hiver. La côte de Coromandel étant impraticable pendant cette période, les vaisseaux français sont allés se mettre à l’abri sur leur base habituelle de l’île-de-France, à deux mois de navigation de Pondichéry. Les Anglais, mieux installés en Inde, disposent sur la côte occidentale du port de Bombay où leurs vaisseaux peuvent hiverner en sécurité en restant proche du théâtre d’opération. Les résultats ne se sont pas fait attendre : dès février 1759, à la fin de la mousson, l’escadre de Pocock est reparue devant Madras pour ravitailler celle-ci. En février 1759, Lally-Tollendal a dû lever le siège de la principale base anglaise sur la côte orientale de l’Inde.

Les deux adversaires attendent des renforts pour reprendre la campagne qui s’annonce peut-être décisive pour la suite de l’année 1759. Côté anglais, on joue avec un coup d’avance, puisque Pocock, sorti de l’hivernage de Bombay en avril, est de facto en position d’assurer le blocus de Pondichéry où se sont repliées le gros des forces de Lally-Tollendal. Côté français, la situation est beaucoup plus délicate, car la Marine royale est sur la défensive dans l’Atlantique où sont engagés l’essentiel de ses moyens. Elle a maintenant bien du mal à assurer les liaisons avec les Antilles alors que celles avec le Canada sont presque rompues depuis la chute de Louisbourg et que tous les postes sur la côte d’Afrique sont tombés.

À l’île-de-France on déploie cependant une activité fébrile pour rassembler des troupes et renforcer la division navale de d’Aché. Cette dernière, composée en 1757-1758 d’un vaisseau de 74 canons accompagné de huit vaisseaux armés de la Compagnies des Indes françaises, est maintenant formée de quatre vaisseaux de guerre grâce à l’arrivée de trois vaisseaux de 64 canons commandés par Froger de l’Éguille, qui s’additionnent à sept vaisseaux armés de Compagnies des Indes. La Compagnies des Indes fait — comme le veut d’ailleurs sa mission — des efforts considérables pour armer et financer cette force5. On s’appuie sur les ressources locales de l’archipel des Mascareignes, mais on fait aussi venir des approvisionnements de Madagascar et du Cap de Bonne-Espérance, en profitant de la neutralité néerlandaise. Un coup de chance vient en aide aux Français : la capture d’un riche vaisseau de la Compagnie anglaise permet d’éponger une large partie des dépenses, mais la préparation de la division, qui a demandé des mois, explique qu’on entre en campagne très tard dans la saison6. Ce n’est que début septembre que d’Aché se présente dans les eaux indiennes. Pocock, parfaitement au courant de l’arrivée de la force française guette celle-ci entre Pondichéry et Negapatam. Pocock dispose maintenant d’une véritable escadre. Sa division, composée de 9 vaisseaux en 1758, est maintenant passée à 11 unités, dont neuf de guerre, complétée de deux navires armés de la Compagnies anglaise des Indes et d’un brûlot6. Outre l’avantage du nombre, Pocock dispose aussi d’un net avantage qualitatif car la puissance de feu d’un vaisseau de ligne, — même à canons égaux — est toujours supérieure à celle d’un navire armé de la Compagnie des Indes. L’équipage d’un vaisseau de ligne est nettement plus nombreux et exclusivement entrainé à la guerre, alors qu’un Indiaman reste sur le fond un navire de commerce dont l’équipage n’a pas le même niveau de formation militaire.

George Pocock affronte trois fois le comte d’Aché au large des côtes indiennes. Il est repoussé à chaque rencontre, mais garde finalement la maitrise des eaux autour de Pondichéry car les vaisseaux français se replient sur l’île-de-France.

Sur le papier, c’est une victoire tactique française. Le 15 septembre 1759, Pondichéry est en vue. Les renforts y sont débarqués avec une forte somme d’argent. Pourtant elle est sans lendemain, car les troupes mises à terre ne seront pas suffisantes pour redresser la situation alors que l’état-major français est en crise. Lally-Tollendal, bon combattant mais mauvais diplomate, a rejeté les alliances avec les nababs, ne comprend pas les Hindous, qu’il considère comme des Sauvages, ne veut faire la guerre qu’à l’européenne et méprise les cipayes. Le chef français, dont le caractère est très difficile, s’est brouillé aussi avec ses officiers et les administrateurs de la Compagnie. Les efforts faits par d’Aché pour ravitailler Pondichéry se révèlent donc illusoires. Dès le 27 septembre, soit 12 jours après son arrivée, d’Aché lève l’ancre pour se replier sur l’île-de-France, abandonnant la place à son sort. L’arrivée de la mousson d’hiver, en octobre, n’est pas la seule explication à ce départ précipité : tout indique que d’Aché, qui témoignera après la guerre contre Lally-Tollendal, s’est brouillé à son tour avec ce dernier.

Le conflit, encore indécis en 1759, va basculer en faveur des Anglais qui reçoivent aussi des renforts importants et n’hésitent pas, eux à s’appuyer sur des troupes indiennes nombreuses. Ils font la reconquête du terrain perdu dans le Carnatic, puis viennent mettre le siège devant Pondichéry en mars 1760 avec 4 000 hommes débarqués d’Angleterre et plus de 10 000 cipayes soutenus par 16 vaisseaux de ligne. La ville, soumise à un blocus complet, ne sera plus ravitaillée et tombera en janvier 1761 après une résistance désespérée. Elle sera ravagée de font en comble par les vainqueurs peu de temps avant que d’Aché ne rentre en France. Versailles récupérera Pondichéry et les autres comptoirs avec le traité de paix de 1763, mais en se contentant désormais d’y faire du commerce et en renonçant à toute influence politique en Inde.

Il faudrait même parler de sixième guerre internationale venue de l’Europe car il faut y rajouter la guerre inter-européenne issue de la révolution française et se terminant par les guerres napoléoniennes (1792-1802) et y rajouter les guerres de Yougoslavie (1991-2001). Dans ces dernières, les grands Etats européens ont chacun choisi un camp, une des parties provenues de l’explosion de la Yougoslavie. L’Europe unie n’a donc pas été le facteur de paix qu’elle prétend être.

La Révolution française et le Premier Empire ont entraîné la formation de plusieurs coalitions lors des guerres contre la France entre 1789 et 1815 :

La Première Coalition est une coalition formée entre 1793 et 1797, par les puissances européennes contre la France révolutionnaire.

La Deuxième Coalition (1798 - 1800) désigne le deuxième groupement de plusieurs puissances européennes pour contenir la France révolutionnaire, si possible abattre le régime républicain et rétablir la monarchie.

La Troisième Coalition a été conclue en 1805 contre Napoléon Ier entre le Royaume-Uni, la Russie, l’Autriche et la Suède,

La Quatrième Coalition (1806-1807) fut formée le 1er octobre 1806 contre la France napoléonienne par le Royaume-Uni, la Russie et la Prusse, cette dernière refusant la nouvelle organisation de l’Allemagne (Confédération du Rhin), imposée par Napoléon.

La Cinquième Coalition est une alliance entre l’Autriche et le Royaume-Uni formée en 1809 pour combattre l’Empire français de Napoléon.

La Sixième Coalition (1812-1814) réunit le Royaume-Uni et la Russie, rejoints plus tard par la Prusse, puis par la Suède, l’Autriche et un certain nombre d’États allemands contre la France de Napoléon,

La Septième Coalition est formée en toute hâte en 1815 après le retour de Napoléon Ier et avant son entrée à Paris.

Les guerres coloniales ont aussi rythmé les relations conflictuelles entre la France et l’Angleterre. Au passage, remarquons que la thèse selon laquelle la guerre entre puissances coloniales concurrentes expliquerait le lancement de la guerre mondiale est infirmée par l’entente France/Angleterre en 1914-1918 et dans les années qui ont suivi. Pourtant, si la France était en lutte contre une autre puissance coloniale, c’était bel et bien l’Angleterre bien plus que l’Allemagne, malgré l’affaire du Maroc de 1911.

La confrontation franco-anglaise dans les colonies d’Afrique et la défaite cuisante française, d’où il sortira une entente franco-anglaise juste avant la guerre mondiale, est appelée la « crise de Fachoda » car c’est à Fachoda, à l’époque un poste militaire égyptien dans le Soudan du sud, que les deux armées se sont fait face le 18 septembre 1898 avec une domination écrasante de l’Angleterre, réduisant à néant les prétentions françaises sur le Soudan et l’Egypte et limitant le colonialisme français au Tchad. Les troupes françaises y ont subi une défaite sans combat…

En réalité, la confrontation coloniale de la France et de l’Angleterre ne concernait pas seulement l’Afrique, mais aussi le Maghreb, l’Asie, tout le Moyen Orient sans parler de l’empire ottoman.

Dans l’imaginaire collectif français, la crise de Fachoda reste comme une profonde humiliation infligée par un Royaume-Uni triomphant, hautain et forcément de mauvaise foi. En somme, l’image même de la « perfide Albion » (l’Angleterre) abondamment reprise par la presse et les caricaturistes de l’époque. Mais, loin de signaler le début d’une lutte armée entre France et Angleterre, on assiste au tournant vers l’entente anglo-franco-russe qui mènera à la première guerre mondiale !!!

Si cette première guerre mondiale va infirmer cette « haine héréditaire » entre France et Angleterre, les trouvant alliées cette fois contre l’Allemagne et l’Autriche, elle montre, par contre, que la guerre est le produit de la lutte des classes, la bourgeoisie allemande, tard venue du fait du retard de la révolution bourgeoise en Allemagne, est contrainte de remettre en question le statu quo des puissances du fait de la crise économique et de la crise sociale qui en découle. A nouveau la révolution sociale est reliée à la guerre et cette dernière ne peut pas s’expliquer seulement par les affrontements de nations mais par les affrontements de classes sociales….

En fait, dans les guerres franco-anglaises, le gagnant a été... la bourgeoisie des deux pays et le perdant la noblesse des deux pays !

La confrontation coloniale franco-anglaise en Afrique

La confrontation anglo-française au Canada

Une bataille franco-anglaise en Inde

Lutte des classes révolutionnaire à Paris, au beau milieu de la guerre de cent ans

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