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Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 4- Ce qu’est le socialisme et ce qu’il n’est pas > La question du logement

La question du logement

samedi 3 mai 2014, par Robert Paris

Deux indicateurs de la question du logement : les nouvelles constructions à un pôle et les centres d’hébergement de l’autre...

Le nombre de sans abri augmente et les centres d’hébergement vont « progressivement » fermer :

« Madame Duflot avait promis d’en finir avec « une gestion au thermomètre" qui consiste à fermer aux « beaux jours » les centres d’hébergement.

Cette déclaration de l’ancienne Ministre du logement est lettre morte puisque les centres d’hébergement vont fermer progressivement.

La question du logement

« La crise du logement – à laquelle la presse de nos jours porte une si grande attention -, ne réside pas dans le fait universel que la classe ouvrière est mal logée, et vit dans des logis surpeuplés et malsains. Cette crise du logement-là n’est pas une particularité du moment présent ; elle n’est pas même un de ces maux qui soit propre au prolétariat moderne, et le distinguerait de toutes les classes opprimées qui l’ont précédé ; bien au contraire, toutes les classes opprimées de tous les temps en ont été à peu près également touchées. Pour mettre fin à cette crise du logement, il n’y a qu’un moyen : éliminer purement et simplement l’exploitation et l’oppression de la classe laborieuse par la classe dominante. Ce qu’on entend de nos jours par crise du logement, c’est l’aggravation particulière des mauvaises conditions d’habitation des travailleurs par suite du brusque afflux de la population vers les grandes villes ; c’est une énorme augmentation des loyers ; un entassement encore accru de locataires dans chaque maison et pour quelques-uns l’impossibilité de trouver même à se loger. Et si cette crise du logement fait tant parler d’elle, c’est qu’elle n’est pas limitée à la classe ouvrière, mais qu’elle atteint également la petite bourgeoisie. La crise du logement pour les travailleurs et une partie de la petite bourgeoisie dans nos grandes villes modernes est un des innombrables maux d’importance mineure et secondaire qui résultent de l’actuel mode de production capitaliste… L’extension des grandes villes modernes confère au terrain, dans certains quartiers, surtout dans ceux situés au centre, une valeur artificielle, croissant parfois dans d’énormes proportions ; les constructions qui y sont édifiées, au lieu de rehausser cette valeur, l’abaissent plutôt, parce qu’elles ne répondent plus aux conditions nouvelles ; on les démolit donc et on les remplace par d’autres. Ceci a lieu surtout pour les logements ouvriers qui sont situés au centre et dont le loyer, même dans les maisons surpeuplées, ne peut jamais ou du moins qu’avec une extrême lenteur, dépasser un certain maximum. On les démolit et à leur place on construit des boutiques, de grands magasins, des bâtiments publics A Paris, le bonapartisme avec son baron Haussmann a exploité au suprême degré cette tendance pour le plus grand profit de la spéculation et de l’enrichissement privé ; mais l’esprit d’Haussmann a soufflé aussi à Londres, Manchester, Liverpool, et il semble se sentir chez lui également à Berlin et Vienne. Il en résulte que les travailleurs sont refoulés du centre des villes vers la périphérie, que les logements ouvriers, et d’une façon générale les petits appartements deviennent rares et chers et que souvent même ils sont introuvables ; car dans ces conditions, l’industrie du bâtiment, pour qui les appartements à loyer élevé offrent à la spéculation un champ beaucoup plus vaste, ne construira jamais qu’exceptionnellement des logements ouvriers. »

Friedrich Engels dans « La question du logement »

La République bourgeoise a prétendu transformer les salariés les plus installés en classe moyenne notamment en leur permettant d’accéder à la propriété de leur logement. Le prix à payer a été un endettement massif dont l’exemple américain des subprimes a été très démonstratif…

La question du logement a longtemps été une des fiertés de la bourgeoisie, lui permettant par le municipalisme, les cités-jardins, l’épargne-logement et bien d’autres mesures de prétendre avoir résolu cette question cruciale pour les milieux populaires.

Mais, non seulement on n’avait résorbé ni le manque cruel de logements dans les grandes villes surpeuplées par l’attrait des emplois, ni le prix trop élevé des loyers et des prêts d’achat, ni la mainmise sur la construction, la vente et la location de logements par la bourgeoisie, petite, moyenne et grande, avec tous les surcoûts engendrés par la course au profit et le chantage à la pénurie appelé loi de l’offre et de la demande.

Tant qu’on laisse la production, la vente et la location des logements aux mains du profit capitaliste, il est impossible de résoudre durablement la question du logement, même si les prétendus réformateurs de droite, la social-démocratie, les staliniens et les verts prétendent le contraire.

Mais la crise a encore aggravé cette situation comme l’a démontré parfaitement l’exemple des subprimes américains ou espagnols…

Parmi les évolutions antisociales rapides et brutales de la société bourgeoise en France, il faut citer la question du logement et il faut remarquer que le passage au ministère du logement de la ministre prétendument « écolo », si elle a permis de supprimer des obligations légales (y compris écologiques) pour les patrons du Bâtiment, n’a pas du tout résolu ce problème.

Toutes les politiques de « logement social », et elles ont été diverses et nombreuses, n’ont nullement empêché que le problème, loin d’être réglé, s’aggrave et que la part des revenus salariés qui y sont consacrés s’accroît.

33% de la population en France dépense plus de la moitié de ses revenus pour le logement alors qu’en 2010, ils n’étaient que 26%...

18% des Français envisagent de déménager pour un endroit moins cher, un indice en hausse de 5 points par rapport à 2013.

En effet, cette question du logement, si elle est liée d’un côté aux conditions d’existence des salariés et des petites gens, dont elle grève durablement les économies ou pourrit la vie, est aussi liée à une bonne part des profits des capitalistes, spéculateurs immobiliers notamment.

La pénurie de logements au centre-ville suffit à imposer la loi des propriétaires qui louent, malgré plusieurs lois qui prétendaient défendre les locataires.

On est parvenu ainsi à imposer à nombre de salariés d’acheter à crédit en se saignant aux quatre veines pour avoir un logement.

Le résultat a été de super profits pour les trusts du Bâtiment.

Deux trusts du Bâtiment d’un même pays caracolent en tête dans le monde et ce pays, c’est… la France ! Les USA ne viennent qu’en dixième position…

Les trusts français Vinci et Bouygues dépassent leurs homologues espagnols, chinois, allemands et américains en termes de chiffre d’affaire, d’effectifs et de profits…

Voir ici Un grand nombre de salariés, y compris des salariés en fixe, n’ont pas de logement correct.

Environ quatre millions de personnes sont mal logées en France ! Si tous les courants politiques se revendiquent d’un « droit au logement » et même d’un « logement social », cela ne signifie nullement que quoique ce soit ait été fait pour qu’il soit vraiment respecté, même depuis la loi du logement opposable (DALO) de 2007 en France. Des textes nationaux comme internationaux ont été maintes fois votés sans que la réalité de la question du logement change beaucoup pour autant…

Comme textes internationaux, on peut citer par exemple la Charte sociale européenne, la Convention relative aux droits des personnes handicapées, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels à l’article 11 : « Les États parties au présent Pacte reconnaissent le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants, ainsi qu’à une amélioration constante de ses conditions d’existence. Les États parties prendront des mesures appropriées pour assurer la réalisation de ce droit et ils reconnaissent à cet effet l’importance essentielle d’une coopération internationale librement consentie", la Déclaration universelle des droits de l’homme, le « Principe 15 » des Principes de Jogjakarta, et le Droit international des droits de l’homme.

En termes nationaux, les lois rappelant le « droit au logement » pour tous sont légion : la loi Quilliot du 22 juin 1982 (« Le droit à l’habitat est un droit fondamental ») puis par la loi Mermaz du 6 juillet 1989, le droit au logement est l’objet principal de la loi du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, dite loi Besson selon laquelle « garantir le droit au logement constitue un devoir de solidarité pour l’ensemble de la nation ». Le droit au logement est réaffirmé dans la loi du 31 mai 1990 par son article 1 : « garantir le droit au logement constitue un devoir de solidarité pour l’ensemble de la nation ». La loi SRU du 13 décembre 2000 précise lui la notion de « logement décent ».

La loi a donc reconnu « le droit au logement opposable » qui permettrait en théorie d’empêcher une expulsion tant qu’on n’a pas trouvé de relogement. Mais tout a été fait par tous les bords politiciens comme des classes dirigeantes pour empêcher son application.

Le 20 mai 2008, le tribunal administratif de Paris a quand même reconnu le droit opposable au logement (DALO) dans une ordonnance rendue au bénéfice d’une famille mal logée qui contestait le rejet de son dossier par la préfecture. Au moment de son adoption, cette loi a été critiquée de tous côtés, mais ceux qui l’ont critiquée ont rarement proposé qu’on l’impose aux capitalistes.

Ségolène Royal, bien qu’elle approuve le principe de ce droit, estime, compte tenu de la pénurie d’habitations à loyers accessibles, que la réforme du gouvernement « n’est pas applicable ». « C’est une forme de tromperie ». Dans un discours du 11 février 2007 devant les militants socialistes, François Hollande a tourné en ridicule la reconnaissance du droit opposable par le gouvernement pour son irréalisme.

Le vice-président de la Région Île-de-France chargé du logement Jean-Luc Laurent (MRC) y voit lui aussi le risque d’un leurre par « une nouvelle défausse de l’État vers les collectivités locales ». Si la région IDF demande depuis à être reconnue autorité organisatrice, « nous ne sommes prêts à accepter cette nouvelle compétence que si l’État transfère tous les moyens financiers correspondants ».

Suite à la proposition de Jacques Chirac, l’UMP est devenue un soutien du DALO : « la pénurie de logements puisse devenir une cause de plainte en justice de manière à débloquer un certain nombre d’initiatives à la fois locales et nationales en faveur du logement car il existe aujourd’hui encore trop de freins », mais « l’idée est de libérer les initiatives et certainement pas de créer du conflit. » L’UMP déclare : « Promouvoir une France des propriétaires. »

Jean-Marie Le Pen (FN) a dénoncé le DALO : « Le droit au logement opposable, c’est une violation très directe du droit de la propriété, qui est non seulement garanti dans la Constitution mais qui est même un des quatre droits de l’homme de la révolution de 1789. »

« Le droit au logement opposable, c’est une très belle idée, sauf que c’est très dangereux pour notre pays », a jugé Guillaume Peltier pour le MPF. « Ça va faire glisser la société française vers une société de la dépense publique : qui va payer ? »

Pour Vincent Bénard, analyste à l’Institut Turgot, le droit opposable au logement est un « droit sans contrepartie » qui entretient l’idée fausse que l’État peut apporter une réponse à tout. La loi DALO étendrait le logement social à des limites telles que l’État serait de toute façon incapable d’y répondre étant donné sa situation financière ; Bénard considère que le problème essentiel est celui de l’offre insuffisante de logements qui ne peut être réglé que par une libération des contraintes pesant sur le foncier avec, entre autres, les plans locaux d’urbanisme, comme le reconnait Bernard Seillier, rapporteur au Sénat du projet de loi DALO. Pour Bénard, la crise actuelle du logement est due à cette trop forte intervention de l’État qui dissuade le marché de répondre à la demande existante.

Pour montrer à quel point une loi ne suffit pas si la volonté sociale et politique n’y est pas :

• À Paris, 7200 demandes ont été déposés et 10 familles relogées

• Dans les Hauts-de-Seine, 1779 demandes déposées, 6 familles relogées

• En Seine-Saint-Denis, 2685 dossiers déposés, 122 propositions de logements par la commission, 46 familles relogées

En théorie, selon la loi, l’Etat a le droit de réquisitionner les logements vacants et de les attribuer aux familles nécessiteuses mais il ne le fait pas…

Dans la réalité, l’Etat se contente de distribuer quelques logements provisoires d’urgence, de faire de timides pressions en faveur de la construction sociale, notamment des aides aux constructeurs et des incitations aux municipalités.

Du coup, la question du logement est devenue l’un des thèmes de l’activité du militantisme social. voir ici

Cette crise du logement conduit à la baisse régulière du nombre de logements annuellement construits à un niveau nettement inférieur aux besoins, estimés par les experts à 316 000 par an. Le nombre de logements sociaux construits chaque année est en baisse constante et affiche un retard annuel de 9 000 à 12 000 unités par an depuis 1994 par rapport aux objectifs affichés. Pour l’année budgétaire 1998, sur les 50 000 PLA budgétisés, 28 000 seulement ont été consommés, puisque les collectivités locales sont de plus en plus réticentes à construire de nouveaux logements sociaux. Parallèlement, les logements considérés comme vétustes disparaissent petit à petit par démolition ce qui entraîne une réduction de la partie la plus « sociale » du parc locatif privé : de 1992 à 1996, ce parc a perdu 435 000 logements. Près de la moitié des ménages les plus pauvres y trouvaient leur place en 1984 contre seulement 9% aujourd’hui. De même, la réhabilitation du parc social public engendre souvent des augmentations importantes de loyer et donc l’exclusion des ménages les plus modestes. Les projets de reconstruction après démolition sont rares, n’aboutissent pas ou débouchent sur des programmes trop coûteux pour répondre aux attentes des mal-logés. Ce sont ainsi 12 000 logements sociaux qui ont été démolis en 1998, contre 6 000 en 1997.

Les politiques d’accession à la propriété, un vieillissement prématuré du parc HLM, la mauvaise réputation de certains quartiers et la carence des services publics accentuent la ségrégation spatiale qui divise profondément la ville et la société qui l’habite. Cette ségrégation urbaine peut vider de son sens le droit au logement si l’exercice de ce droit a pour effet de vous assigner à résidence dans un quartier impossible à habiter. La qualité du logement est à combiner à la qualité de son environnement urbain. Le droit au logement se conjugue avec le droit à la ville. Le logement n’est pas un simple abri. Il est aussi un domicile, une adresse, un moyen d’autonomie, un statut d’usager des services publics locaux, un usage des espaces publics environnants, un moyen essentiel de l’hospitalité...

Les « classes moyennes » ont toujours fourni aux bailleurs sociaux des locataires idéaux capables d’équilibrer socialement le peuplement d’un ensemble de logements. Cet équilibre est devenu une norme de gestion, immobilière et urbaine, d’équilibre sociologique et de mixité. La régression sociale et économique qu’a subi la classe moyenne font de ce bon locataire paré de toutes sortes de vertus un mythe, un souvenir. Ce qui n’empêche pas les bailleurs et bien des collectivités locales, qui trouvent sur ce point une convergence d’intérêt, de continuer à revendiquer ce devoir de mixité. La conséquence de cet affichage est de fonder leur refus de loger trop de pauvres, de Français d’origine étrangère, d’étrangers, de familles nombreuses ou mono-parentales,... Sous prétexte de mixité et grâce à l’absence de transparence des modalités d’attribution, on peut pratiquer tout à fait légitimement une politique de quotas à l’encontre des pauvres, des immigrés, etc. Car ce n’est pas en logeant ces gens là qu’on peut équilibrer un peuplement immobilier et urbain. On peut ainsi bloquer l’accès de ces populations indésirables même s’il faut au besoin laisser vacants de nombreux logements. La conséquence la plus évidente de cette politique est de dispenser le bailleur social de tout effort d’approfondissement de sa mission sociale : loger ceux qui n’ont pas de logement ou qui sont mal logés.

L’offre de logements sociaux ne s’étant pas pour autant développée dans les quartiers qui en sont dépourvus, elle se trouve de fait restreinte pour les populations défavorisées et/ou immigrées. Finalement, le droit à un environnement social équilibré l’emporte sur le droit au logement.

A la forte implication de l’Etat dans la production et la gestion du logement a succédé, depuis une vingtaine d’années (réforme de 1977), un désengagement de la régulation du foncier au profit des mécanismes du marché et parfois des collectivités locales. La politique du logement qui s’est développée tend à confier au marché le soin de produire les logements nécessaires à la satisfaction des besoins. Dans cette conception, le rôle des pouvoirs publics nationaux ou locaux se limite à corriger les dysfonctionnements du marché en faveur des populations défavorisées (tendance à subventionner la personne et non plus la pierre) : traitement de l’urgence, solvabilité de certaines catégories, régulation par l’Aide personnalisée au logement (APL) ou l’Allocation logement (AL). Ces politiques ont fait la preuve de leur échec. Malgré quelques effets d’annonce, l’intervention de l’Etat n’est pas ciblée sur les publics défavorisés qui ont le plus besoin de la solidarité nationale, bien au contraire. Les moyens budgétaires vont d’abord dans le soutien au secteur marchand par le biais des exonérations fiscales (amortissement Malandain, Périssol ou Besson) et des multiples incitations qui ont largement alimenté la spéculation immobilière et déréglé le marché du logement dans certaines agglomérations. Ces pratiques « libérales » se sont appuyées sur la croissance rapide des dépenses publiques.

Le volume financier consacré aux aides à la personne (APL, AL) augmente moins vite que le nombre de bénéficiaires. Leur montant s’en trouve raboté un peu plus chaque année et leur non-indexation contribue à en réduire l’effet solvabilisateur. Paradoxalement, ces aides à la personne ont elles-mêmes induit une tendance à l’augmentation des loyers. Quant aux interventions directement sociales, comme le Fonds de solidarité logement (FSL) ou l’Aide à la gestion sociale des organismes, elles s’avèrent dans l’incapacité de suivre la croissance des besoins.

D’année en année, l’efficacité directe de la l’intervention publique se réduit et l’addition de mesures ponctuelles d’urgence ne fait que repousser le moment où l’ensemble de l’édifice doit être reconstruit. De plan d’urgence en plan d’urgence, on a opéré un resserrement de fait de l’intervention publique sur la constitution d’une filière d’exception pour les plus démunis (logement temporaire, dont la durée dépend du bon vouloir de l’administration quand il ne s’agit pas d’une place en unité de vie collective). On assiste à un glissement du droit au logement au droit à l’assistance au logement. Le recours homéopathique à la réquisition de logements depuis 1995 constitue, en dépit d’une reconnaissance de fait de la gravité de la crise du logement et d’un affichage volontariste, le symbole patent de l’impuissance publique. Jusqu’aux années 70, le mouvement HLM avait absorbé une bonne part de la demande des classes populaires. Il accueillait en 1996 17,6% des ménages français et représentait environ 40% du parc locatif.

La réforme de l’aide à la pierre, remplacée en partie par l’aide à la personne, avait prétendu intégrer progressivement sur le marché libre le patrimoine public. L’arrêt de la croissance, la montée du chômage et de la précarisation, la remise en cause du salariat ont radicalement modifié la perspective d’origine. Le logement social n’est plus aujourd’hui en position de faire face à l’exclusion croissante des ménages modestes du parc social privé et au développement d’une demande très peu solvable. Il n’a pas été conçu pour accueillir les plus déshérités. Il se trouve fragilisé par le désengagement financier de l’Etat et la paupérisation des locataires. L’ascenseur social est aujourd’hui en panne. L’Assemblée nationale a voté, mercredi 26 septembre 2012, l’augmentation de 20 à 25 % de la proportion minimale de logements sociaux dans les villes, en ajoutant un taux minimum de 10 % dans des petites communes, lors du débat sur le projet de loi pour le logement social.

Toute la gauche, se félicitant de "l’élan" donné au logement social, a voté pour cette mesure contre laquelle l’UMP et le centre ont mené, dans la nuit de mardi à mercredi, une longue bataille d’amendements, lui reprochant une "logique collectiviste" ne tenant pas compte de la "réalité du terrain".

La « réalité » en question est celle du profit immobilier que PS comme UMP n’ont cessé de défendre, faisant que cette nouvelle loi n’a pas plus changé la situation que les anciennes lois…

La France compte une moyenne de moins de 70 logements pour mille habitants (ou 7%), ce qui est dérisoire et ne peut nullement dénouer la situation à terme, d’autant que ce nombre tend à diminuer plutôt qu’à augmenter alors que la population demandeuse ne cesse d’augmenter… D’autres dispositifs ont prétendu régler la question…

Le système du « 1 % logement » a créé en 1943 par le patronat et les syndicats du Nord, à l’initiative d’Albert Prouvost, patron de la Lainière de Roubaix, puis rendu obligatoire en 1953 : tout employeur d’au moins dix salariés doit investir pour eux dans la construction de logements au moins 1 % de la masse salariale, ou bien cotiser à l’un des 220 "comités interprofessionnels du logement" ou à une Chambre de commerce et d’industrie. Les cotisations permettent de réserver des logements ou financer des prêts. Les salariés sont souvent informés par leur comité d’entreprise.

Le taux de cotisation est progressivement diminué pour atteindre 0,45 % et 0,5 % est affecté aux aides personnelles au logement, via son fonds national. Ensuite, de 1995 à 2002, sous les gouvernements d’Alain Juppé et de Lionel Jospin, 5 milliards d’euros sont prélevés par l’État, pour financer le Prêt à taux zéro.

La prétention à avoir résolu la question du logement par l’accession à la propriété et par les politiques sociales a mené à une impasse. Finalement, c’est la crise qui ramène la question du logement à ce qu’elle était : une question sociale de première importance pour une part de plus en plus considérable de la société, qui touche le prolétariat le plus précaire mais aussi de plus en plus des salariés en fixe mal payés et même des petits bourgeois.

Selon la Fondation Abbé-Pierre, le nombre de sans-abris a augmenté de 50 % depuis 2011…

En France, 3,6 millions de personnes sont soit privées de domicile personnel, soit vivent dans des conditions très difficiles (privation de confort ou surpeuplement), soit sont en situation d’occupation précaire (hôtel, caravanes…) selon la Fondation Abbé-Pierre.

Selon une compilation 2002-2008 de l’INSEE parue en janvier 2011, la France comptait dans la décennie 2000 environ 250 000 personnes privées de logement.

33 000 personnes vivent en France « entre la rue et les dispositifs d’accueil d’urgence ». Cette population de SDF est essentiellement masculine (83 %), urbaine et francilienne à hauteur d’un tiers (36 %).

La France compte par ailleurs quelque 100 000 personnes accueillies pour des durées longues dans des services d’hébergement social ou dans un logement bénéficiant d’un financement public.

Outre ces personnes sans domicile, d’autres sont privées de logement personnel : en 2006, 38 000 personnes vivaient à l’hôtel (dont 20 % de moins de 20 ans) dans des conditions médiocres, souvent sans sanitaire ou cuisine. L’hébergement chez des amis ou connaissances concernaient 79 000 personnes en 2000.

Selon l’étude de l’Insee de 2004 :

• trois sans-abri sur dix ont un emploi, en général précaire (contrat à durée déterminée, intérim) ; ce sont le coût du logement (en progression importante depuis 1995) et l’insuffisance des logements sociaux à prix très modérés qui les maintiennent à la rue ;

• quatre sans-abri sur dix sont inscrits à l’Agence nationale pour l’emploi. Selon les statistiques officielles, 35% des sans logis ont un emploi…

En France, travailler ne met plus à l’abri de la précarité. Le discours démocratique et républicain est un mensonge.

L’accès à la propriété est un miroir aux alouettes. Entre 2005 et 2011, l’endettement des ménages a bondi de 58%, essentiellement du fait de la hausse des crédits à l’habitat, indique l’Insee. Les ménages de moins de 30 ans empruntent désormais sur 25 ans plutôt que sur 20.

Entre 2005 et 2011, les crédits à l’habitat ont progressé. Conséquence directe : l’endettement des ménages - souvent contracté pour se loger - a bondi sur cette même période. « En lien avec la hausse des prix de l’immobilier, le montant moyen restant à rembourser au titre des crédits à l’habitat a crû de 58 % entre 2005 et 2011 », note l’Insee dans son rapport annuel dressant un « portrait social » de la France.

Bien que le poids des mensualités soit resté stable, les ménages ont du encore davantage étaler leur remboursements. La durée des emprunts s’est allongée, « en particulier ceux des primo-accédants » souligne l’Institut national de la statistique et des études économiques. Si les ménages jeunes (de moins de 30 ans) s’endettaient sur 20 ans en moyenne en 2005, en 2011 ils s’engagent désormais sur un quart de siècle !

Pourquoi ? D’une part : les prix de l’immobilier ont fortement augmenté entre 2005 et 2011 : la pierre a pris 4% par an, soit 29% sur une période de six ans. Dans le même temps, les revenus des ménages n’ont progressé que de12%.

« Les ménages primo-accédants ont par conséquent dû accroître leur montant d’endettement plus fortement », indique l’Insee. D’autre part, des taux d’intérêt très bas (jusqu’à 3,48% en novembre 2005, puis 5,32% en 2008 et enfin 3,43% en 2010) ont permis aux jeunes d’emprunter. L’endettement pour l’habitat a ainsi bondi de 81%, passant de 442 milliards d’euros début 2005 à 800 milliards fin 2011.

Si Engels se moquait, dans « La question du logement » de la prétention de Proudhon de résoudre cette question sociale par l’accession à la propriété grâce au crédit, la situation actuelle rappelle qu’Engels avait raison : on ne combat pas les conséquences de l’exploitation capitaliste avec ses propres armes…

10 Messages de forum

  • La question du logement 26 août 2014 21:45

    De mai à fin juillet, les mises en chantier de logements neufs ont encore baissé de 13,3% sur un an à 73.468 unités. Une baisse qui atteint 16% pour les logements ordinaires (hors logements en résidence). Depuis un an (entre août 2013 et juillet 2014), la baisse des mises en chantier atteint près de 11% à 305.079 unités. Côté perspectives, l’indicateur des permis de construire (futures mises en chantier) n’est pas non plus orienté à la hausse même si la baisse est moins marquée. De mai à fin juillet, les permis délivrés sont en recul de 1,1% à 101.885 unités. Mais sur douze mois (août 2013 à juillet 2014), les permis de conduire chutent encore de 17% à 391.474 unités. Le constat est donc sans appel : la crise du logement s’est aggravée depuis un an.

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  • La question du logement 12 octobre 2014 18:37

    La société Paris habitat OPH, qui détient la moitié des HLM de la capitale, est accusée d’avoir prélevé à tort des charges locatives liées à l’entretien des ascenseurs. Le préjudice totale avoisinerait 3 millions d’euros.

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  • La question du logement 20 décembre 2014 08:49

    Un bailleur a menacé ses locataires d’expulsion s’ils permettaient l’accès de l’immeuble ou donnaient à manger aux sans-abri, provoquant un tollé. C’est le patron de d’immeubles HLM de Saint-Ouen Habitat Public qui est à l’origine de ce message de menaces antisocial !!!

    On devrait bailler son congé à ce directeur du "logement social", pour se faire comprendre de ces patrons anti-sociaux !

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  • La question du logement 8 mars 2015 13:08

    Lycéens sans papier et sans toit : la solidarité s’organise

    Le collectif MIE20 et le syndicat lycéen la FIDL mettent la pression pour que des solutions soient trouvées aux lycéens sans papier qui dorment dans la rue.

    Lycéens, professeurs, militants de RESF, de la LDH, citoyens solidaires…ils étaient une petite centaine à se mobiliser ce mardi 14 octobre devant la mairie du 20e pour alerter les pouvoirs publics de l’indigne situation d’une dizaine de lycéens du 20e sans papier et laissés pour compte dans la rue, depuis plusieurs mois pour certains d’entre eux. En cause, la non-prise en charge de ces jeunes, mineurs ou pas, par l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance), service de la ville de Paris débordé et en déficit de moyens.

    Mardi 14 octobre, une centaine de manifestants se sont retrouvés devant la mairie du 20e pour soutenir les lycéens sans papiers et sans hébergement – Photo Olivier Prêtre

    La mobilisation, à l’initiative du collectif MIE20 (Mineurs Isolés Etrangers du 20e arrondissement), a permis de marquer des points.

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  • La question du logement 30 juillet 2015 05:21

    Un bidonville abritant quelque 300 personnes, dont de nombreux enfants, a été évacué tôt ce matin à Grenoble par un important dispositif de police, à la demande de la municipalité EELV-Parti de Gauche.

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  • La question du logement 18 décembre 2015 07:20

    En France, 3,8 millions de personnes sont mal logées ou n’ont pas de logement personnel selon un rapport sur le mal-logement.

    La crise du logement va bien au-delà et touche 12 millions de personnes au total à des degrés divers.

    Les chiffres de cette Enquête nationale logement (ENL) soulignent que le nombre de personnes en situation de mal-logement est en nette augmentation, mais aussi que la gravité de leur situation s’accroit d’année en année. Une évolution qui frappe les personnes sans domicile, comme celle hébergées chez des tiers, celles qui sont contraintes à un effort financier pour se loger excessif par rapport à leurs ressources ou les foyers souffrant du froid à domicile.

    Plus précisément, 643 000 personnes, privées de logement personnel, sont hébergées chez des tiers de manière très contrainte. Plus de la moitié (339 000) sont des adultes de plus de 25 ans obligés, après une période de logement autonome, de revenir habiter chez leurs parents ou grands-parents, alors que 69 000 personnes de 17 à 59 ans sont hébergées par des personnes avec lesquelles elles n’ont aucun lien de parenté direct. D’autres (153 000) sont des plus de 25 ans également vivant toujours chez leurs parents sans jamais avoir été en mesure, pour raisons financières, d’accéder à un logement personnel. Enfin, 83 000 personnes âgées (plus de 60 ans) sont également hébergées chez un tiers sans lien de parenté direct.

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  • La question du logement 9 juillet 2016 18:33

    Le gouvernement supprime des APL de 80.000 foyers sur les 6,5 millions de bénéficiaires… Et ce n’est qu’un premier pas vers la diminution des APL et leur modulation… Mais le gouvernement ne veut pas diminuer les aides aux patrons et les crédits d’impôts en leur faveur ! L’un explique l’autre !

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  • La question du logement 13 octobre 2016 17:09

    Le mode de calcul des APL se durcit encore un peu plus à partir du lundi 10 octobre. Désormais, les personnes qui possèdent un bien immobilier ou 30 000 euros sur leur compte ou même sur leur livret A, ne pourront plus bénéficier d’aides.

    C’est une catastrophe pour certains bénéficiaires des ALP...

    600 000 Français seraient concernés !!!

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  • Alors que la misère grandit en France, que les aides au logement diminuent, les aides aux spéculateurs immobiliers augmentent. Les bandits qui font de l’immobilier un fromage, tous les grands « acheteurs de biens » à milliards ont droit à des aides et des suppressions d’impôts pour tous les grands travaux qu’ils réalisent, aides dont les particuliers qui voudraient faire des travaux ne voient pas la couleur. La question du logement s’aggrave et les profits sur le dos des victimes aussi…

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  • La question du logement 3 juillet 07:52

    « L’extension des grandes villes modernes confère au terrain, dans certains quartiers, surtout ceux situés au centre, une valeur artificielle croissant parfois dans d’énormes proportions, les constructions qui y sont édifiées, au lieu de rehausser cette valeur, l’abaisseront plutôt, parce qu’elles ne répondent plus aux conditions nouvelles, on les démolit donc et on les remplace par d’autres. Ceci a lieu surtout pour les logements ouvriers qui sont situés au centre et dont le loyer, même dans les maisons surpeuplées ne peut jamais, ou du moins qu’avec une extrême lenteur dépasser un certain maximum. On les démolit et à leur place on construit des boutiques, des grands magasins, des bâtiments publics… Il en résulte que les travailleurs sont refoulés du centre vers la périphérie, que les logements ouvriers et d’une façon générale les petits appartements deviennent rares et chers et que souvent même ils sont introuvables. Car dans ces conditions, l’industrie du bâtiment, pour qui les appartements à loyer élevé offrent à la spéculation un champ beaucoup plus vaste, ne construira jamais qu’exceptionnellement des logements ouvriers. »

    Engels, La question du logement – 1872

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