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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires > La Révolution française et l’esclavage des Noirs

La Révolution française et l’esclavage des Noirs

samedi 11 mai 2013, par Robert Paris

François Hollande, représentant en titre des intérêts bourgeois français hérités des négriers, ayant déclaré que la France ne pouvait absolument pas suivre l’Angleterre et indemniser les descendants des victimes de l’esclavage organisé par les bourgeois français négrier, (ce que son ancienne femme Royal aurait pu appeler sa pingritude !) nous rappelons ici ce qu’a été l’esclavage des Noirs que la bourgeoisie négrière française n’a absolument pas abandonné de son plein gré...

« Le seul choix possible, le plus digne, le plus grand, c’est la mémoire, la vigilance et la transmission », a déclaré M. Hollande, adressant ainsi une nouvelle fin de non recevoir aux revendications de réparations matérielles portée par quelques voix associatives. Il reste ainsi fidèle à la ligne déjà explicitée lors de son voyage au Sénégal en octobre dernier et de son hommage aux victimes de la traite transatlantique sur l’île de Gorée. François Hollande a prôné vendredi « la paix des mémoires réconciliées » auxquelles il faut « donner un avenir », lors d’une cérémonie au Jardin du Luxembourg. Il propose que la bourgeoisie négrière jette un regard réconcilié aux familles d’anciens esclaves des Antilles qui restent à peine invitées sur leur territoire pendant que les familles d’esclavagistes y règnent toujours maîtres !!!

La mémoire d’un Hollande n’est nullement celle qui rappelle que la grande richesse de la bourgeoisie française a dû une grande part de sa fortune à ce "commerce triangulaire" qui a saigné le continent africain...

A bas la France de Hollande qui accepte de se réconcilier avec ses victimes en blanchissant ses propres crimes et refuse de blanchir l’ouvrier licencié "coupable" d’un jet d’oeuf contre les forces de l’ordre défendant le patron licencieur...

Le seul "dédommagement" des opprimés et des exploités serait, aux Antilles comme en France, comme ailleurs, d’ôter le pouvoir et la richesse aux exploiteurs et de leur enlever définitivement le moyen d’exploiter !

La Révolution française et l’esclavage des Noirs

Avertissement : nombre de ces textes sont des points de vue plus ou moins hypocrites ou odieux sur l’esclavage et nous les citons volontairement pour montrer comment les esclavagistes ouverts ou honteux défendaient leur position et leurs intérêts.

Ce sont les révoltes et révolutions qui ont mis fin à l’esclavage des esclaves des Antilles et d’Amérique et pas le bon vouloir des législateurs

Révolte des Noirs de Saint-Domingue en 1758

Ce qu’était l’esclavage : un mode de production

Auteurs contre l’esclavage

Réflexions sur le sort des Noirs des colonies

Le Code noir des colonies

Les Noirs des colonies en 1777 En 1789 …

Bahia 1798 : la révolution des Jacobins Noirs L’esclavage aux Etats-Unis par Elisée Reclus

Victor Hugo contre l’esclavage

Le sort des Noirs américains et la guerre civile

La voix de Durozoi, un royaliste défenseur des esclavagistes aux colonies

Le point de vue de Condorcet

Le point de vue de S.Listant

Le point de vue de J. Raimond

Une adresse de 1793

Le point de vue d’Olympe de Gouges

Une discussion sur l’esclavage

L’abolition de l’esclavage

L’Espagne et l’esclavage

Le point de vue de A. Cohut sur l’abolition

Le point de vue d’Agénor de Gasparin

Décret du 27 avril 1848 abolissant l’esclavage

Ce fut dans les années 1750 qu’une double crise du système colonial esclavagiste se fit sentir. Tout d’abord, le marché des captifs situé en Afrique s’épuisait et les guerres fomentées pour le fournir devaient être menées de plus en plus loin à l’intérieur du continent. Le prix des captifs haussa. Négociants, colons et économistes durent envisager de nouvelles formes de reproduction de la main-d’œuvre. Une des solutions proposées fut de remplacer la main-d’œuvre en pratiquant l’élevage d’esclaves sur place, dans les colonies. Nous avons aperçu que ce système avait été expérimenté à petite échelle dans la plantation même avec les esclaves créoles. Restait à le généraliser ce qui demanderait aux colons, dans la langue de l’économie politique classique, de nouveaux investissements pour faire naître les bébés esclaves, les nourrir, les élever et épargner la main-d’œuvre maintenant valorisée par l’aide au travail manuel. Une autre solution fut de trouver une main-d’œuvre non plus capturée, et le système des Kuli de l’Inde qui s’engageaient pour un temps et étaient payés, fut expérimenté aussi à la fin du XVIIIe siècle. Une troisième solution consistait à aller coloniser directement l’Afrique pour y créer des plantations qui dispenseraient du transport de la main-d’œuvre, et ce fut aussi expérimenté.

En 1788, une Société des Amis des Noirs fut créée à Paris, sur le modèle britannique, à l’initiative du banquier genevois Clavière, qui en confia l’organisation à son secrétaire Brissot. L’objectif de cette société était de faire connaître la traite des captifs et de persuader les planteurs que leur intérêt bien compris consistait à lui substituer l’élevage d’esclaves sur place, une des solutions que nous avons déjà aperçues.

Lorsque l’élevage aura été organisé dans les colonies, les esclaves créoles pourront espérer franchir l’étape suivante, celle du " rachat " de leur liberté pour se transformer en travailleurs salariés " libres ", Il ne s’agit donc pas d’une abolition de l’esclavage, mais bien d’une suppression de la traite des captifs africains, avec une perspective ouverte sur un affranchissement futur contrôlé par les maîtres. En attendant, les esclaves restent des esclaves, mais connaîtront un " adoucissement " de leurs conditions de travail depuis que leurs maîtres se soucient d’épargner la main-d’œuvre.

En juillet 1789, les colons obtinrent une représentation de la population blanche’ des colonies dans l’Assemblée constituante. Six députés furent nommés pour Saint-Domingue. L’Assemblée avait refusé la demande des colons blancs de représenter la population esclave et celle des libres de couleur.

En septembre 1789, la Société des citoyens de couleur rédigea son cahier de doléance : elle limitait ses revendications à une égalité en droits entre les maîtres blancs et de couleur et proposait même à la classe des maîtres de renforcer sa cohésion face à une éventuelle révolte des esclaves, dans le but de contrôler le processus de suppression de l’esclavage s’il fallait aller jusque-là.

Toutefois, lorsque Julien Raimond entra dans la Société des citoyens de couleur à la fin du mois d’octobre 1789, le ton changea. Raimond avait compris que la proposition d’unifier la classe des maîtres de toutes les couleurs était dépassée. Il précisa ses positions entre octobre et décembre 1789. Il estimait que la société coloniale esclavagiste et ségrégationniste, qui n’ouvrait aucun espace de droit et de liberté, devait être détruite. Les libres de couleur n’obtiendraient jamais l’égalité en droit parce que le préjugé de couleur était directement lié à l’esclavage. C’était donc l’esclavage qu’il fallait détruire. De plus, les citoyens de couleur devaient s’appuyer sur les principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et s’allier avec la Révolution en France pour entamer la société coloniale esclavagiste.

Raimond rencontra l’abbé Grégoire, député à l’Assemblée, qui l’introduisit à la Société des Amis de la Constitution, dit club des Jacobins, où il commença à informer quelques révolutionnaires français des réalités coloniales : préjugé de couleur et esclavage, mais aussi projets des colons et manœuvres que le parti des Lameth et Barnave fomentait.

À Saint-Domingue, le parti ségrégationniste profita de la Révolution en France pour prendre le pouvoir en créant des assemblées coloniales réservées aux Blancs. Le juge Ferrand de Beaudière fut assassiné par le parti ségrégationniste du Sud en novembre 1789, pour avoir aidé des libres de couleur à rédiger une pétition, dans laquelle ils réclamaient de pouvoir participer aux élections des assemblées coloniales. L’Assemblée générale de Saint-Domingue se réunit en mars 1790 et interdit aux libres de couleur de sortir de leur paroisse sans autorisation et de s’armer.

La situation se dégrada très rapidement et des libres de couleur s’enfuirent pour échapper aux menaces et aux violences que les ségrégationnistes exerçaient contre eux. Des zones de refuge se formèrent dans les trois provinces de l’île.

À Paris, le lobby colonial avait réussi à prendre la direction de l’Assemblée constituante grâce au parti des Lameth Barnave. Les trois frères Lameth appartenaient à la grande noblesse picarde. Charles de Lameth avait épousé Marie Picot, riche propriétaire de sucreries à Saint-Domingue. Un négociant bordelais avait baptisé un de ses navires négriers Comtesse de Lameth en hommage à Marie Picot. Quant à Barnave, il avait habilement joué de son récent passé de brillant révolutionnaire du Dauphiné pour tromper la confiance du parti patriote en se mettant au service du parti colonial. Arrivé à Paris comme député du Dauphiné, Barnave avait été reçu par ses amis Lameth et logeait chez eux. Les frères Lameth, dont Alexandre et Charles étaient députés à l’Assemblée, étaient aussi membres du club Massiac, où se réunissaient les colons, de la Société des Amis des Noirs et du club des Jacobins qu’ils peuplaient de leurs amis esclavagistes et ségrégationnistes. Notons encore que le président de l’assemblée générale de Saint-Domingue, élu en mars 1790, n’était autre que Bacon de la Chevalerie, un oncle de Barnave.

Le parti des Lameth Barnave joua la carte des colons ségrégationnistes. Barnave fut même nommé président du comité des colonies de l’Assemblée constituante, chargé de présenter les projets de lois. Sans pouvoir entrer ici dans les détails, on retiendra que Barnave, qui réussit à tromper la confiance du parti patriote jusqu’en octobre 1790, tenait l’Assemblée dans l’ignorance de l’état de guerre civile qui régnait à Saint-Domingue. Et ce fut Julien Raimond qui, informé lui-même par ses frères de Saint-Domingue, éclairait les révolutionnaires français, leur permettait de comprendre le double jeu de Barnave et dévoilait ses manœuvres. Ce fut grâce à Julien Raimond que le côté gauche se forgea un point de vue et des principes à défendre en 1790-91. Ce côté gauche fut au départ formé de Raimond, Grégoire, Brissot et se développa chez les Amis de la Constitution avec Robespierre, Milscent et quelques autres, bref, une poignée qui parvint à comprendre la situation et à imposer un véritable débat à l’Assemblée constituante. Ce débat sur les colonies eut lieu du 11 au 15 mai 1791. Le 13 mai, l’Assemblée vota la constitutionnalisation de l’esclavage dans les colonies, et le 15 mai, une mesure qui reconnaissait l’égalité en droit aux libres de couleur lorsqu’ils étaient nés de père ET de mère libres. Ceux qui ne remplissaient pas cette condition restaient sans droits.

Le 23 septembre, après le tournant droitier qui suivit l’échec de la fuite du roi et la fusillade du Champ de Mars, Barnave n’hésita pas à faire revenir l’Assemblée sur le décret du 15 mai, qui fut supprimé. Le préjugé de couleur accompagnait maintenant la constitutionnalisation de l’esclavage dans les colonies.

Le côté gauche s’était opposé à ces décrets qui violaient les principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et son article un : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". Il avait donc été battu. Mais pas complètement dans le sens où un véritable débat avait eu lieu cinq jours durant. Et ce débat avait permis d’éclairer quelques réalités coloniales, ainsi que la politique des Lameth Barnave. Julien Raimond s’était fait entendre et reconnaître par les patriotes. Et c’était cela qui représentait la véritable victoire du côté gauche naissant. Ce fut encore au lendemain de ce débat que la Société des Amis de la Constitution, noyautée par les Lameth Barnave, put se débarrasser des nombreux esclavagistes qui la peuplaient jusque-là. Le côté gauche, s’il avait échoué à l’Assemblée, avait par contre réussi à faire en partie la lumière sur la question coloniale dans la Société des Amis de la Constitution. Mais au moment où l’Assemblée constituante venait de constitutionnaliser l’esclavage et le préjugé de couleur dans les colonies, l’insurrection des esclaves, qui commença dans la nuit du 22 au 23 août 1791, rendit cette politique caduque.

L’Assemblée constituante fut remplacée par l’Assemblée législative, élue au suffrage censitaire, en octobre 1791. La réponse à l’insurrection des esclaves fut d’organiser la répression, accompagnée du décret du 4 avril 1792 qui reconnaissait les droits politiques à tous les libres de couleur. Si le législateur en France imaginait que cette mesure pourrait renforcer la classe des maîtres, à Saint-Domingue on savait qu’elle était déjà dépassée.

En effet, les esclaves insurgés étaient divisés en bandes multiples. Certaines d’entre elles s’organisèrent à partir des plantations que les maîtres avaient fuies, d’autres partirent dans les mornes défricher des terres afin de se nourrir. Des rapports nouveaux prenaient forme entre des esclaves insurgés et des libres de couleur.

Par ailleurs, des libres de couleur dans leurs refuges fortifiés, négociaient des concordats avec des colons ségrégationnistes, maintenant contraints de composer. Enfin, des colons ségrégationnistes n’hésitaient pas à armer leurs propres esclaves pour les envoyer détruire les plantations de leurs concurrents de couleur et encourager les esclaves de ces derniers à se révolter !

Ce fut dans ce contexte que l’Assemblée législative envoya une Commission civile chargée d’appliquer le décret du 4 avril 1792 qui supposait d’une part de réprimer l’insurrection des esclaves, d’autre part de rétablir les libres de couleur dans leurs droits politiques. Les Commissaires civils, Polverel et Sonthonax, étaient des amis de la Révolution de Saint-Domingue et de la Société des citoyens de couleur et s’étaient instruits dans les débats au club des Jacobins. Julien Raimond leur avait longuement expliqué la situation de Saint-Domingue et recommandé ses amis qui se battaient pour tenter de rapprocher les libres de couleur des esclaves et surmonter les immenses difficultés qu’une telle entreprise supposait.

Les Commissaires civils arrivés au Cap en septembre 1792, préparèrent les conditions d’application du décret du 4 avril, déjouèrent des complots de colons farouchement opposés à leur présence, formèrent des Légions de l’Egalité en recrutant des soldats de couleur et réorganisèrent les instances administratives en y associant des libres de couleur. Avec les esclaves insurgés, les Commissaires civils s’employèrent à gagner leur confiance en faisant des lois en leur faveur et en les appliquant. Par exemple, lorsque des esclaves insurgés se trouvaient abandonnés ou prisonniers, les Commissaires considérèrent qu’il n’était pas possible de les rendre à leur ancien maître sans risque de représailles. Ils décidèrent alors de les affranchir et de les incorporer aux forces militaires qu’ils dirigeaient. Ils créaient ainsi des refuges pour ces esclaves insurgés, et leur apprenaient la protection des lois, chose inconnue jusque-là. Cependant en France, la Convention, menée par le parti girondin, ne soutint pas l’effort des Commissaires civils qui lui demandaient de décréter d’urgence l’abolition de l’esclavage. Au contraire, elle choisit de déclarer la guerre à la Grande-Bretagne le 1er février 1793, puis à l’Espagne le 7 mars. Elle nomma aussi Galbaud gouverneur de Saint-Domingue. Au même moment, des colons négociaient avec le gouvernement britannique une intervention armée pour empêcher l’abolition de l’esclavage qui semblait imminente. La marine britannique fut renforcée à la Jamaïque et incorpora des colons officiers français. La guerre était préparée, elle eut lieu.

Galbaud débarqua au Cap, avec ses troupes, début mai 1793. Il prit le parti des colons esclavagistes et se rebella contre les Commissaires civils qui représentaient le pouvoir civil légitime. Galbaud était sur le point de remporter la victoire contre les Commissaires lorsque des esclaves insurgés dans les environs estimèrent que leur heure était venue. Ils entrèrent au Cap, écrasèrent les forces de Galbaud le 23 juin et sauvèrent les Commissaires civils. Galbaud prit la fuite et déclencha le départ précipité d’environ dix mille colons. Ce fut la fin de la domination des colons à Saint-Domingue.

Au même moment en France, le 4 juin 1793, la Société des citoyens de couleur fut reçue à la Convention et lui demanda un décret abolissant l’esclavage. Les citoyens de couleur avaient adopté le drapeau de l’égalité de l’épiderme, expression de la Révolution de Saint-Domingue. Sur ce drapeau tricolore était peint sur la couleur bleue un noir, sur la blanche un blanc et sur la rouge un métissé, tous armés d’une pique et coiffés d’un bonnet de la liberté. Les trois couleurs représentaient en France l’égalité des droits, c’est-à-dire la suppression des trois ordres (clergé, noblesse, tiers-état), tandis qu’elles représentaient à Saint-Domingue l’égalité de l’épiderme, soit le refus de l’esclavage et du préjugé de couleur et l’affirmation de l’unité du genre humain. L’universel se dédoublait en deux singularités, expression de la recherche d’une alliance, non d’une confusion. Cette symbolique exprima l’entrée des Africains dans l’Humanité : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen avait pris vie en Amérique.

À Saint-Domingue, le nouveau peuple qui venait de prendre le Cap renouvela la municipalité qui, conduite par Richebourg, organisa des assemblées de citoyens pour débattre des modalités concrètes de l’abolition de l’esclavage. Il ne suffisait pas de déclarer l’abolition, il fallait trouver les formes d’un nouveau contrat social et les moyens d’assurer l’existence d’un peuple qui venait de naître et était alors formé de ces esclaves insurgés, de libres de couleur et de blancs qui acceptaient la suppression de la société esclavagiste et avaient rallié la Révolution de Saint-Domingue.

Le 24 août 1793, la Commune du Cap réunie autour de Richebourg votait la liberté générale des Africains et de leurs descendants et porta l’acte dressé au Commissaire civil Sonthonax.

Ce dernier soutint la décision des citoyens du Cap et, le 29 août, publiait ensemble la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et l’acte d’abolition de l’esclavage, puis chargea Polverel de l’appliquer dans les provinces de l’Ouest et du Sud. Il proposa enfin d’élire une députation pour informer la Convention des nouvelles de Saint-Domingue.

Les élections de cette députation eurent lieu le 23 septembre 1793. Les nouveaux libres et leurs alliés allaient élire une députation tricolore : deux noirs, deux blancs, deux métissés pour informer la Révolution française et lui demander son alliance.

Au même moment, à l’appel des colons esclavagistes, la marine britannique débarquait au Môle Saint-Nicolas, dans le Nord, et à Jérémie au Sud. Les Espagnols de leur côté occupaient des poches sur la frontière depuis juillet. Ce fut dans ce contexte menaçant que le drapeau vivant de l’égalité de l’épiderme que représentait la députation de Saint-Domingue s’embarqua fin septembre. La députation formée de Belley, Dufaÿ et Mills rencontra d’immenses difficultés pour atteindre son but car, pour le parti colonial, elle ne devait pas arriver vivante. Elle y parvint cependant et entra dans la Convention le 3 février 1794 : son élection par le nouveau peuple de Saint-Domingue était reconnue.

Le lendemain, 16 pluviôse an II-4 février 1794, la Convention écouta un long discours de Dufaÿ sur la situation de Saint-Domingue et les manœuvres du parti colonial allié aux forces britanniques. Puis, la Convention décida d’élargir la conquête de la liberté générale, faite par les esclaves insurgés de Saint-Domingue, à toutes les colonies françaises : "La Convention nationale déclare aboli l’esclavage des nègres dans toutes les colonies ; en conséquence, elle décrète que tous les hommes sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies sont citoyens français et jouiront de tous les droits assurés par la constitution."

La députation proposait à la Révolution française de s’allier, non en envoyant des soldats, il y en avait bien suffisamment à Saint-Domingue, mais pour s’engager dans une politique commune contre les ennemis de la Révolution de Saint-Domingue : les colons esclavagistes alliés aux Espagnols et aux Anglais.

La Convention accepta cette offre et chargea le Comité de salut public et le ministre de la marine des suites à donner. Les informations de la députation permirent à la Convention de poursuivre les auteurs des manœuvres contre-révolutionnaires du parti colonial. Puis, le 12 avril 1794, une expédition de sept navires partait pour les Iles du Vent et découvrait que le parti esclavagiste avait livré la Guadeloupe, Sainte Lucie et la Martinique aux Anglais.

La guerre dans les Caraïbes prenait un caractère inédit : l’alliance des forces esclavagistes et ségrégationnistes, avec à leur tête le gouvernement anglais, se dressait contre la révolution de l’égalité de l’épiderme. La Guadeloupe et la Guyane se libérèrent et abolirent l’esclavage en juin 1794. En 1795, Sainte-Lucie, la Grenade et Saint-Vincent réussirent l’abolition, mais furent reprises par les forces britanniques et remises en esclavage en 1796. Un vent de révolte souffla dans l’Amérique soumise à l’esclavage, des îles à sucre aux plantations du continent : la grande espérance de la liberté générale était mise à l’ordre du jour.

Retournons à Saint-Domingue où nous avons laissé son nouveau peuple en train de construire une nouvelle société. En août 1793, le maire du Cap, Richebourg, proposa de substituer à la propriété privée de la terre la propriété commune et de recourir à une association capital travail intéressant les travailleurs aux résultats. Un système portionnaire permettrait de réserver un tiers des revenus aux investissements et aux frais de production, un tiers aux cultivateurs et un tiers à l’impôt.

Polverel reprit la proposition de Richebourg dans le règlement de culture du 31 octobre 1793, complété par celui du 7 février 1794, en ce qui concerne les sucreries. Les domaines abandonnés par leurs propriétaires furent déclarés biens nationaux et gérés par les municipalités. Le système portionnaire fut organisé dans un esprit que nous dirions autogestionnaire aujourd’hui : les cultivateurs des deux sexes décidaient en assemblée générale de l’organisation du travail et élisaient les conducteurs de travaux. Polverel suivit la mise en application du règlement de culture d’octobre 1793 dans les provinces de l’Ouest et du Nord, en corrigea des points particuliers en janvier 1794 et put en vérifier le fonctionnement jusqu’à son départ en juin 1794.

Les règlements de Polverel concernaient les plantations nationalisées. Un système de simple rémunération des travailleurs avait été instauré ailleurs : deux systèmes coexistèrent donc. Et puis encore, on sait que les esclaves insurgés avaient été nombreux à quitter les plantations pour vivre dans les mornes en y défrichant des terres nouvelles. Ce fut là qu’ils inventèrent une forme de petite exploitation familiale indépendante qui devint une norme de la nouvelle société paysanne haïtienne, mêlant des pratiques individuelles et collectives. La reconnaissance de cette voie paysanne, avec son système de propriété spécifique et d’exploitation indépendante, fut la revendication principale des ci-devant esclaves. De 1802 à 1804 ce furent eux qui menèrent la guerre d’indépendance à la victoire, mais ce ne fut qu’en 1828 que le président Boyer donna une existence légale à cette revendication populaire. Il apparaît que la grande exploitation agricole a été étouffée par un refus obstiné du peuple pour le travail salarié considéré comme trop proche de l’esclavage. On notera que cette voie paysanne permit au peuple haïtien de vivre et de se multiplier en défrichant les terres incultes tout au long du XIXe siècle. Et ce ne fut que lorsque l’occupation du sol fut achevée que ce système entra en crise au début du XXe siècle.

Les commissaires civils Polverel et Sonthonax quittèrent Saint-Domingue en juin 1794. Ils arrivèrent en France au moment du 9 thermidor an II-27 juillet 1794 qui renversait la Convention montagnarde.

La réaction thermidorienne ouvrit un processus de contre-révolution en France qui commença par interrompre la politique d’alliance entre les révolutions des deux côtés de l’Atlantique, renoua avec une politique conquérante et colonialiste sous le Directoire, puis ouvertement esclavagiste et ségrégationniste avec le Consulat de Bonaparte.

À Saint-Domingue, Toussaint Louverture, un des chefs d’esclaves insurgés qui se battait pour la liberté générale, rallia les commissaires civils et le gouverneur Laveaux, au printemps 1794. Allié jusque-là aux Espagnols parce qu’il en recevait des avantages matériels, il changea de camp, adopta le drapeau de l’égalité de l’épiderme et, en juin 1794 à la suite d’une série de succès militaires, écrasa les Espagnols et fut nommé général par Laveaux.

Après le départ des Commissaires civils qui ne furent pas remplacés, Laveaux confia l’avenir de la Révolution de Saint-Domingue à Toussaint Louverture. Pour l’heure il s’agissait de mener une guerre de libération pour chasser les occupants acharnés à vouloir rétablir l’esclavage. Il s’agissait de faire face aux forces britanniques : Louverture se battait dans le Nord, Rigaud dans le Sud, tandis que l’Ouest était aux mains de Montalembert, un de ces officiers colons français passés dans les forces britanniques. Ces redoutables adversaires avaient réussi à attirer à eux une partie des libres de couleur, qui refusaient la liberté générale, mais qui entrèrent en conflit avec les autorités d’occupation britannique qui ne purent s’empêcher de les traiter selon leurs vues ségrégationnistes. Le résultat fut de les renvoyer du côté de Rigaud et de Louverture.

Depuis le départ de Laveaux en 1796, Toussaint Louverture menait une politique indépendante de fait. En 1798 le gouvernement britannique, convaincu d’avoir perdu la partie, négocia avec lui des accords diplomatiques et commerciaux. La même année, le gouvernement français tenta de reprendre le contrôle de Saint-Domingue et envoya le général Hédouville avec des forces armées et des colons revanchards qui croyaient retourner dans leur société esclavagiste. Louverture laissa Hédouville affronter le refus que le nouveau peuple de Saint-Domingue exprima : Hédouville opéra une prompte retraite, mais laissa un cadeau empoisonné. En effet, il dégagea secrètement Rigaud de l’autorité de Louverture et lui confia le commandement du Sud : c’était préparer la guerre des épidermes et la partition de Saint-Domingue. Louverture mena la guerre contre Rigaud et la gagna en juillet 1800.

Depuis la chute de la Convention montagnarde, Louverture avait pris conscience des progrès de la contre-révolution en France même. Avec le coup d’état du 18 brumaire, il comprit que le danger d’une entreprise militaire contre la révolution de l’égalité de l’épiderme en Amérique se rapprochait. En effet, la nouvelle Constitution du 13 décembre 1799 qui établissait le Consulat avait supprimé toute trace d’une déclaration des droits de l’homme et du citoyen en France : la liberté n’était plus un droit naturel, mais une simple concession du gouvernement. Dans un arrêté du 25 décembre 1799 adressé à Saint-Domingue, Bonaparte avait explicité la distance qu’il prenait avec les principes d’un droit de nature constituante protégeant les personnes. On peut lire : "Art. 5. Les mots suivants : Braves noirs, souvenez-vous que le peuple français seul reconnaît votre liberté et l’égalité de vos droits, seront écrits en lettres d’or sur tous les drapeaux des bataillons de la garde nationale de la colonie de Saint-Domingue." Louverture eut connaissance de ce texte en juin 1800 et refusa une telle inscription au motif suivant :

"Ce n’est pas une liberté de circonstance concédée à nous seuls que nous voulons, c’est l’adoption absolue du principe que tout homme né rouge, noir ou blanc ne peut être la propriété de son semblable. Nous sommes libres aujourd’hui parce que nous sommes les plus forts. Le Consul maintient l’esclavage à la Martinique et à Bourbon ; nous serons donc esclaves quand il sera le plus fort."

Ce fut donc pour parer à un danger qu’il considérait comme imminent que Louverture unifia l’île en annexant la partie espagnole abandonnée "à la France" par le traité de Bâle de 1795. En janvier 1801, l’unification était réalisée et, bien que peu peuplée, cette partie de l’île bénéficia de la liberté générale, élargissant d’autant l’espace de l’égalité de l’épiderme en Amérique.

Le 4 février 1801, jour anniversaire du décret d’abolition de l’esclavage par la Convention montagnarde le 4 février 1794, Louverture convoqua une assemblée dont il avait choisi les membres, afin d’élaborer une constitution qui fut achevée en juillet suivant. Celle-ci établissait le pouvoir du gouverneur Toussaint Louverture, général en chef des armées de Saint-Domingue, à vie, déclarait que l’esclavage ne pouvait exister dans ce pays, proclamait l’indépendance de Saint-Domingue et proposait au gouvernement français un lien privilégié sur un pied d’égalité. Enfin, Louverture se prépara à une défense armée en mettant l’île en défense et en organisant des milices populaires armées. Il organisa également le ravitaillement en armes et en subsistances en traitant en particulier avec les États-Unis. Louverture envoya sa Constitution de 1801 à Bonaparte. La réponse de ce dernier fut la guerre d’extermination. (Extraits d’un texte de Florence Gauthier)

La révolution française à la Martinique

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