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Le capitalisme peut-il s’effondrer de lui-même définitivement ?

vendredi 27 avril 2012, par Robert Paris

Karl Marx avait dit : " Le capitalisme ne sera jamais aussi vulnérable que quand il atteindra son apogée."

Léon Trotsky écrit dans "Le marxisme et notre époque" :

« La théorie de la catastrophe

L’esprit et le cœur des intellectuels de la classe moyenne et des bureaucrates syndicaux furent presque complètement hypnotisés par les réalisations du capitalisme entre l’époque de la mort de Marx et l’explosion de la guerre mondiale. L’idée d’un progrès graduel continu semblait établie pour toujours, cependant que l’idée de révolution était considérée comme un pur vestige de la barbarie. Aux pronostics de Marx, on opposait les pronostics contraires d’une distribution mieux équilibrée du revenu national, de l’atténuation des contradictions de classes et d’une réforme graduelle de la société capitaliste. Jean Jaurès, le plus doué des sociaux-démocrates de l’époque classique, espérait remplir graduellement la démocratie politique d’un contenu social. C’est en cela que consiste l’essence du réformisme. Tels étaient les pronostics opposés à ceux de Marx. Qu’en reste-t-il ?

La vie du capitalisme de monopole de notre époque n’est qu’une succession de crises. Chaque crise est une catastrophe. La nécessité d’échapper à ces catastrophes partielles au moyen de barrières doua­nières, de l’inflation, de l’accroissement des dépenses gouvernementales et des dettes, etc..., prépare le terrain pour de nouvelles crises, plus pro­fondes et plus étendues. La lutte pour les marchés, pour les matières premières, pour les colonies, rend les catastrophes militaires inévitables. Celles-ci préparent inéluctablement des catastrophes révolutionnaires. Vraiment, il n’est pas facile d’admettre avec Sombart que le capitalisme devient, avec le temps, de plus en plus « calme, posé, raisonnable » ! Il serait plus juste de dire qu’il est en train de perdre ses derniers vestiges de raison. En tout cas, il n’y a pas de doute que la "théorie de l’effon­drement" a triomphé de la théorie du développement pacifique. »

Le capitalisme peut-il s’effondrer de lui-même définitivement ?

Comment l’économie capitaliste fonctionne-t-elle ? Le premier ministre Cameron, lui-même, reconnaissait : « Beaucoup de gens s’interrogent sur la façon de s’en sortir mais aussi sur la manière dont toute l’économie fonctionne. » Et effectivement, du fait de la crise, beaucoup ont compris qu’ils ignoraient complètement le mode de fonctionnement du système qui domine leurs vies. Pourquoi tout pourrait-il s’effondrer alors que la technologie progresse, que la consommation progresse, que la demande solvable progresse et comment des sociétés très riches peuvent être valorisées de manière nulle par les marchés du jour au lendemain ? Le capitalisme peut-il mourir de lui-même ? La crise économique : quelle caractère inévitable ? Pourquoi il n’y a aucune raison de croire en le redémarrage du capitalisme ?

Même les organisations d’extrême gauche, qui sont par nature opposées au système capitaliste, sont gênées souvent d’imaginer que le capitalisme puisse, par lui-même, être arrivé à ses propres limites et s’effondrer sans révolution. C’est une mauvaise manière de poser le problème. Les révolutions viendront, avec les guerres et les fascismes, comme conséquences de l’effondrement. Bien sûr, la chute du pouvoir des classes dirigeantes ne peut qu’être le produit de la révolution, mais le fait que les classes dirigeantes aient atteint leurs limites ne l’est pas.

Quelles raisons aurions-nous de penser que le capitalisme peut retrouver sa dynamique de développement des investissements productifs et commerciaux ?

Aucun ! Dès qu’il trouve quelques fonds, c’est pour les jeter le plus vite possible dans les jeux financiers. Tous les derniers progrès consistent dans le développement informatique et technique des rapidités d’action des logiciels de fonctionnement des flux financiers pour jouer sur les trous et y gagner le plus d’argent possible. En face, la construction de valeur-travail ne suit pas…

Cette évolution nécrophile du capitalisme ne peut être entravée par les mesures étatiques qui se contentent de donner toutes les richesses fictives (purement monétaires) qu’elles possèdent ainsi que les services publics. Mais même ces derniers ne sont rien face à la rapacité du molosse. Au point que l’on a comparé cette situation au monstre auquel il fallait sans cesse fournir de la chair fraiche…

Les militants comme les travailleurs nous demandent souvent : sur quoi vous fondez-vous pour penser que le capitalisme ne se relèvera pas, il s’est bien relevé de multiples crises. Que signifie que le capitalisme serait mort ?

Répondons effectivement à ces questions.

La première des choses à demander à tous ceux qui discutent de la crise actuelle est : quelle est la nature de cette crise ? Même si des tonnes de textes ont été produits depuis 2008, très peu de textes font autre chose que décrire les formes de la crise et pas le fond. Par exemple pour 2008, ils ne parlent que de subprimes ce qui sous-entend que si on ne les avait pas créés il n’y aurait pas eu de crise. Ensuite, ils parlent surtout de la dette des Etats comme si c’était un facteur indépendant, comme si les Etats auraient pu faire autre chose que s’endetter mortellement. Ils parlent en fait de techniques qui ont permis de retarder la crise et les accusent ainsi d’être des causes de la crise… Selon nous, sans les subprimes et les « titres pourris », sans la titrisation de toutes les dettes, la crise aurait eu lieu bien avant. Le capitalisme n’avait que ce type de moyens de la retarder. De même qu’accuser les marchés financiers et les banquiers, c’est omettre que le capitalisme à ce stade ne peut nullement se passer de mettre dans les mécanismes financiers, en dehors du circuit de production et de commercialisation, l’essentiel de ses capitaux.

Pourquoi penser que ce n’est pas une crise classique de surproduction ou de sous-consommation ?

Parce que le problème n’est pas que le marché des biens se restreigne, mais que le marché des capitaux le fasse, c’est-à-dire qu’il y a une baisse ou une stagnation des produits estimés comme suffisamment rentables et qui, pour l’essentiel, ne sont pas des investissements productifs.

Du coup, la maladie que connaît actuellement le système n’est justement pas une maladie, une dérive ni un défaut soignable mais une limite. Le capitalisme a si bien réussi qu’il ne peut plus croître et doit nécessairement s’effondrer car ce système est incapable de stagner. C’est son succès qui amène le capitalisme à sa fin.

Moraliser, réguler, protéger par des barrières nationales, réformer le capitalisme, protéger soi-disant les travailleurs tout en conservant le système, tout cela n’est que tromperies, impasses sanglantes proposés aux peuples. Toutes les politiques d’autodéfense de chaque catégorie socio-professionnelle, des emplois de chaque industrie, de chaque région, de chaque pays, etc, sont des arnaques qui vont nécessairement fonctionner dans un premier temps, donnant des résultats politiques et sociaux catastrophiques, contribuant à rendre la vie dans la société bourgeoise plus insupportable chaque jour, sans pour autant que se profile une autre perspective, contribuant à affoler les peuples. La société va de toutes manières vers son effondrement violent. L’alternative est lutte des classes ou lute des races, guerre sociale ou guerre inter-impérialiste, révolution ou contre-révolution, socialisme ou fascisme. Cela change complètement la politique des révolutionnaires et ils sont loin souvent d’en avoir pris conscience...

La crise ? Mais quelle crise ? Qu’est-ce qui est en crise ?

De 2007 à 2012, le capitalisme est resté sur sa fin...

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Le capitalisme joue-t-il à se faire peur ou est-il à bout de souffle - Les contradictions insolubles du capitalisme

Pourquoi l’économie capitaliste ne repart pas ?

Le capitalisme est-il mort ou vivant ? Une question en débat

Pourquoi parler de crise du capitalisme est insuffisant et peut être trompeur pour caractériser la situation actuelle ?

Le point de vue de Wallerstein

Débat sur la signification de la situation actuelle du système capitaliste : crise ou mort du système ?

Q- Le temps qui s’est écoulé depuis la crise de 2008 n’est-il pas la preuve qu’on n’a pas mis le mot FIN au système d’exploitation qui domine le monde un peu prématurément ?

R- Bien sûr, tout le monde constate que l’injection massive de fonds par les banques centrales du monde entier a d’abord enrayé la chute brutale des bourses, des banques, des assurances et de tous les établissements financiers qui menaçait d’entraîner à brève échéance une rupture complète de l’économie mondiale. mais, depuis 2008, on constate également que rien n’est réglé, que le système est seulement en perfusion permanente.... Les investissements privés réels ont disparu. plus que jamais, il ne reste que la spéculation et celle-ci se fait surtout sur des valeurs nocives, misant sur la chute de telle ou telle économie, sur les dettes de tel ou tel pays....

Q- Sur quelle analyse économique peut-on s’appuyer pour affirmer que le fonctionnement capitaliste n’est pas malade mais mort ?

R- Eh bien, c’est assez simple et ne nécessite pas de grands graphiques ni des fonctions compliquées. "Normalement", le capitalisme est fondé sur l’investissement privé des quantités de fois supérieur à l’investissement public. Il en reste plus que ce dernier qui investit à perte dans l’immobilier, dans la bourse, dans les banques... Normalement, les banques centrales prêtent à intérêt. Là, elles prêtent aux banques et aux institutions financières... sans intérêt. Normalement, les banques prêtent aux investissements des particuliers. plus maintenant... Normalement, les Etats s’endettent mais pas pour des dizaines de générations à venir et là c’est le cas.Le système fait semblant de fonctionner grâce à ces injections sans limite d’argent bidon émis par les banques centrales. cela ne peut pas durer bien longtemps et ils le savent...

Q- L’affirmation selon laquelle le capitalisme est mort n’est-elle pas un acte de foi ? N’est-ce pas la manière d’avoir pris "positivement" la crise de 2008.

R- Pour parler de mort, il faut savoir de quoi on parle. Nous ne sommes pas dans un monde virtuel et nous savons bien que la classe capitaliste est toujours au pouvoir dans le monde. ce n’est donc pas de cela qu’il s’agit. D’autre part, nous n’avons pas dit que le capitalisme est train de mourir, qu’il est dans une phase mortifère, mais qu’il est mort, ce qui est très différent. Ce n’est pas un pronostic mais un constat : le fonctionnement capitaliste ne correspond plus aux critères de ce système fondé sur les investissements ou désinvestissements du capital privé...

Q- Quels critères sont-ils à prendre en considération pour apprécier l’état du fonctionnement ?

R- On pouvait lire en mai 2009 : de Laurent Berrebi, directeur des études économiques de Groupama AM

"La chute historique de l’investissement privé de près de 50% en rythme annualisé (RA) a fait plonger le PIB de 6,3% en T1 2009 : les dépenses d’investissement des entreprises y ont contribué à hauteur de 5 points et celles des ménages à hauteur de 1,3 point.

La pénurie de cash provenant d’une contraction du PIB nominal de 4,5%, d’un niveau de dette sans précédent, d’un crédit très cher et peu accessible pousse les entreprises à couper leurs dépenses de capacité (-70% en rythme annualisé) et leurs effectifs, de 600 000 en avril. L’envolée du chômage à 8,9% en avril et à 11% d’ici fin 2009 entretient la spirale baissière immobilière et rend précaire la stabilisation de la consommation des ménages qui semble se dessiner à la lumière des futures réductions d’impôts. D’ailleurs, la hausse de la consommation des ménages de 2% (RA) en T1 2009 fait illusion : le très bon mois de janvier soutenu par les aides sociales a été suivi par 3 baisses mensuelles consécutives.

La crise bilancielle durable de tous les agents privés provoquera de nouvelles vagues de provisions du système bancaire évaluées entre 500 et 600 Md$ par le FMI, comme par l’administration Obama, qui en revanche, limite le besoin de recapitalisation des banques à 75 Md$ contre 300 Md$, selon les estimations du FMI et les nôtres.

Le PIB s’est effondré de 2,5% soit 10% en rythme annualisé en T1 2009 avant de réduire son rythme de contraction de moitié en T2 2009. La cause : une situation financière catastrophique force les entreprises à couper leurs dépenses. La dette représente près de 120% de leur valeur ajoutée, contre 90% en 2000, alors que le coût de financement est très élevé et que les conditions d’emprunt sont excessivement difficiles.

Avec un taux d’utilisation des capacités de production tombé à un plus bas historique depuis la fin de la seconde guerre mondiale à près de 70%, contre un précédent plus bas à 74% en 1974, les surcapacités considérables ôtent tout pouvoir de marché aux entreprises qui accentuent leurs suppressions d’emplois. Le taux de chômage remonte à 8,9% en mars, soit près de 14,5 millions de demandeurs d’emplois et 1,2 million de demandeurs d’emplois supplémentaire sur les 3 premiers mois de 2009. Alors que les conditions de crédit aux ménages restent très difficiles avec une dette représentant près de 85% de leur revenu disponible contre 65% en 2004, les ventes au détail accentuent leur repli (-0,6% en mars, après -0,3% le mois précédent) ; le marché automobile s’est stabilisé en mars grâce à la prime à la casse en Allemagne, tous les autres marchés continuant de plonger. Dans ce contexte, la déflation semble poindre : l’inflation sous-jacente est maintenant en-dessous de 1,5% pour tous les pays excepté la Belgique et chute dans les pays à culture inflationniste."

Le point faible de l’activité a été une nouvelle fois l’investissement privé, en baisse de 20,4% en rythme annuel (après une chute de 50,5% déjà au premier trimestre). Cette composante du PIB a contribué négativement à la croissance à hauteur de 2,64 points. L’investissement le plus touché est l’immobilier résidentiel (-29,3%, après -38,2% au premier trimestre), qui a retiré 0,88 point de croissance. L’évolution des stocks a aussi pesé, retirant 0,83 point de croissance.

Q- Pourtant, on est toujours sous le capitalisme ! Alors, qu’entend-tu par mort du système ?

R- Tu as raison. Si tu traites le capitalisme comme un objet, il semble toujours là. J’avais fait remarquer qu’un arbre au bord d’une route semble vivant mais sans l’étudier de près, il est difficile de dire si c’est vrai ou illusoire. Le soleil semble toujours bien dynamique mais ce n’est pas le rayonnement extérieur qui va nous dire s’il fonctionne ou est arrêté mais lesémissions de neutrinos du noyau... C’est une question philosophique...

Q- je ne vois pas ce que la philosophie vient faire dans cette question purement économique et objective...

R- Eh bien , la philosophie est celle qui est nécessaire pour étudier un système dynamique fondé sur le désordre et faisant apparaitre des structures par émergence et fondé aussi sur des contradictions dynamiques, c’est-à-dire dialectiques, enfin fondé sur des discontinuités et des sauts. Cette philosophie n’est pas celle qui sert à étudier des objets fixes....

Q- L’économie n’est pourtant pas de la physique ni de la philo...

R- peut-être que si justement ... Il est peut-être nécessaire de philosopher de manière scientifique tout autant sur l’état du monde que sur la matière et cela semble manquer tout autant...

Dans la philosophie courante, on croit savoir distinguer simplement ce qui est vivant de ce qui est mort. Et pourtant le simple exemple des prions nous indique que la distinction n’a rien de simple. Ou encore l’exemple des virus... On croit savoir établir des frontières étanches entre concepts comme vivant et mort, comme entre une espèce et une autre ou comme matière et lumière, matière et vide mais la physique s’ingénie à franchir ces barrières...

Dans le domaine des sociétés humaines, les barrières sont du même type. Il est difficile de dire quand une société a chuté. Qui pourrait nous dire quand le tribalisme est mort, quand le féodalisme est décédé, quand le patriarcat a disparu, quand la supériorité chinoise sur le monde s’est éteinte, quand la politique des blocs a achevé sa vie. dire cela n’est pas simplement constater que ce sont des processus complexes. ce n’est certainement pas dire que c’était des processus continus. Au contraire, ce sont des grands chocs et des changements radicaux. Et leur étude est un domaine des sciences : celui des changements brutaux de structure appelé "transition de phase".

On appelle également le domaine scientifique et philosophique en même temps, celui des "systèmes auto-organisés". Cela s’oppose à la notion d’ordre préexistant. Dans de tels systèmes, c’est le désordre qui produit l’ordre. Les systèmes auto-organisés peuvent brutalement sauter d’un état à un autre et l’ordre qui apparaît est émergent.

Or, on ne raisonne pas sur des systèmes auto-organisés comme sur des structures fixes....

Le capitalisme est effectivement un ordre fondé sur le désordre. C’est la multiplicité des interactions sur les marchés qui produit l’ordre économique et social.

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