English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 12- Livre Douze : OU EN SONT LES GROUPES REVOLUTIONNAIRES ? > Polémique : les éditoriaux de Lutte Ouvrière face à la crise du (...)

Polémique : les éditoriaux de Lutte Ouvrière face à la crise du capitalisme...

samedi 6 août 2011, par Robert Paris

Les éditoriaux de Lutte Ouvrière face à la crise… et leurs limites

Lutte Ouvrière est un groupe d’extrême gauche de France qui peut sembler avoir conservé une orientation radicale et de classe. La révolution, le socialisme, le parti ouvrier révolutionnaire sont leurs objectifs affichés contrairement à certains groupes qui ont joué sur d’autres registres. Cependant, il y a loin de l’apparence à la réalité...

Une idée de fond ressort de ces éditoriaux de Lutte Ouvrière et elle est exprimée ainsi : « La crise n’en est pas une pour le grand capital. »

Et effectivement, cette vision de la situation est très différente de la nôtre.

Cela change tout de croire que le capitalisme est mort et que l’ère des révolutions est commencée à l’échelle mondiale, comme nous le pensons ou de croire que le capitalisme n’est pas vraiment en crise et que c’est seulement les pauvres qui connaissent une crise.

Rappelons que dire "de l’argent il y en a" n’a jamais prouvé que le capitalisme ne serait pas en crise. C’est au sommet de sa richesse qu’un système est amené à s’autodétruire sous le poids de ses propres contradictions.

Pour LO, il s’agirait d’une crise économique, des difficultés passagères, dans lesquelles les travailleurs ne devraient pas accepter de payer les frais d’une crise dont ils ne sont pas responsables.

Et comment ne pas payer ? En montrant leur force. Du coup, les classes dirigeantes, voyant le danger, reculeraient et accepteraient de payer eux-mêmes les frais de leur propre crise.

Mais l’argument est amené avec une certaine complexité puisqu’en même temps, LO suggère que dans cette lutte les travailleurs devraient prendre le contrôle des banques. Prendre le contrôle, est-ce la même chose que de prendre le pouvoir ? Il suffit de dire que la première étape pour prendre le pouvoir consiste à détruire l’appareil d’Etat, l’armée, la police, la justice, les appareils politiques et administratifs et on constatera que cela n’est dit du tout dans les éditoriaux de LO. Il est remarquable qu’autrefois, Lo disait cela dans son hebdomadaire dans un encart appelé "ce que nous voulons" et qu’ensuite, cette organisation a retiré ces propos...

Mais, au fait, est-il exact que le grand capital n’est pas vraiment en crise ?

Nous pensons que cela est complètement faux. Si c’était vrai, en quoi la perspective pourrait-elle être la prise de pouvoir par les travailleurs que LO fait mine de donner comme perspective ?

Si cela était vrai, pourquoi jouerait-elle à la chute de la bourse, aux actions nécrophiles des marchés, avec un risque évident d’effondrement général...

Du coup, on voit comment des formules apparemment radicales cachent une position qui ne l’est pas.

On nous dit : le prolétariat pourrait utiliser sa position pour imposer… Il pourrait taper du poing sur la table… Il pourrait mener des luttes comme celle des retraites en allant un peu plus loin…. Etc, etc. On lira les citations qui suivent.

Mais on n’y lira jamais que la politique des centrales syndicales dans la lutte des retraites a été à l’inverse de la lutte que les travailleurs avaient besoin de mener et c’est pourtant vrai.

On n’y lira pas que le système a atteint son apogée et donc ses limites et qu’il va à la barbarie, que notre seul autre choix est de casser le pouvoir d’Etat de la bourgeoisie.

On n’y lira pas que les travailleurs doivent s’organiser de manière autonome des partis de gouvernement et des centrales syndicales en comités d’usine, de bureau, de quartier, de travailleurs et de chômeurs…

On n’y lira pas que la perspective de ces comités est de prendre eux-mêmes le pouvoir après avoir pris le pouvoir sur les luttes et l’avoir enlevé aux réformistes…

On pourrait croire y lire dans les revendications une espèce de programme de transition mais la transition n’est pas faite puisqu’il s’agit, dans un vrai programme de transition, au travers d’une lutte sur des objectifs prolétariens simples d’amener les travailleurs à se voir et se comporter comme une future classe dirigeante. Il n’y a même pas dans les textes de LO l’aspiration que la classe ouvrière cesse de suivre comme des moutons des appareils réformistes à la botte du système...

Citations des éditoriaux de Lutte Ouvrière :

« Là où ils sont attaqués, les travailleurs auront à se défendre en menant des luttes au coup par coup pour faire reculer leur patron sur les attaques qu’ils subissent. Mais le monde du travail a des ressources plus grandes encore. Parce qu’il représente une force collective considérable, parce qu’il fait tourner l’économie et fonctionner toute la société, il peut utiliser sa position pour imposer des mesures vitales pour l’immense majorité des classes populaires et, en fait, pour la société toute entière. » - LO du 1er août 2011

« Que ce soit Sarkozy qui gagne à l’élection présidentielle ou son adversaire socialiste, ce sera aux salariés, aux pauvres, de payer. Et il en sera inévitablement ainsi jusqu’à ce que les classes populaires se décident à taper sur la table et assez fort pour que la classe capitaliste réalise qu’elle n’a pas seulement affaire à des dirigeants politiques, interchangeables dans l’obéissance aux riches, mais à toute la classe des exploités qui en a assez de payer pour une classe privilégiée irresponsable et pour une économie capitaliste débile. » – LO du 25 juillet 2011

« Un des objectifs essentiels des grandes luttes à venir devra être d’imposer le contrôle des entreprises industrielles, commerciales et bancaires par les travailleurs, par la population, afin de connaître leurs dépenses et leurs recettes, les marges prélevées et les dividendes versés aux actionnaires. Ce contrôle montrera comment le grand capital gruge toutes les classes productives. Seul ce contrôle permettra de s’opposer à la volonté des groupes capitalistes de faire payer le prix de la crise de leur économie aux exploités. » – LO du 27 juin 2011

« C’est un système fou. Il enrichit les possesseurs de capitaux et ruine les classes populaires. L’ensemble de l’économie en pâtit car les politiques d’austérité diminuent la consommation populaire et sapent encore plus la production. Tous les dirigeants de ce monde savent qu’ils dansent sur un volcan. Ils le disent eux-mêmes mais ils ne font rien. Ils ne font rien par respect de l’argent, de la propriété privée des capitaux. » – LO du 20 juin 2011

« Ceux qui nous dirigent savent tout cela, mais ils imposent quand même une politique d’austérité de plus en plus impitoyable. Ils l’imposent en brandissant le montant de la dette publique. Elle est, en effet, catastrophique. Mais elle n’a pas été creusée en offrant des salaires trop élevés aux travailleurs de l’État. Elle n’a pas été creusée pour aider les retraités ou les chômeurs. Elle a été creusée par les milliards versés aux banquiers, aux patrons et actionnaires des grandes entreprises, comme aux riches particuliers. (…)Ce n’est pas l’argent qui manque pour payer des salaires corrects. Ce n’est pas l’argent qui manque pour embaucher dans tous les services publics. Ce n’est pas l’argent qui manque pour assurer une retraite digne aux travailleurs âgés. Mais ceux qui dirigent la société, les politiques sur le devant de la scène et les capitalistes, les banquiers, les gros actionnaires qui tirent les ficelles en coulisse, mènent une politique de classe. Une politique qui aboutit à faire crever la majorité de la population afin que la minorité la plus riche s’en sorte bien malgré la crise. » – LO du 9 mai 2011

« Pour résorber le chômage, il n’y a aucun autre moyen que d’interdire les licenciements et de répartir le travail entre tous sans diminution de salaire. Pour arrêter l’érosion continue du pouvoir d’achat, il faut imposer une augmentation générale des salaires et des pensions de retraite et les protéger contre l’inflation par l’échelle mobile des salaires. Ces objectifs ne peuvent être imposés que par une explosion sociale, par une lutte collective de grande envergure de tous les exploités, menaçant les possédants non seulement dans leurs profits mais même dans leurs propriétés. » – LO du 21 février 2011

« En réalité, si la crise n’en est pas une pour le grand capital, c’est précisément parce que c’en est une pour les classes exploitées. Ces travailleurs grâce à qui s’accumulent ces milliards encaissés par les actionnaires qui les gaspillent ensuite dans la spéculation. Les profits gigantesques des grandes entreprises viennent de la surexploitation du monde du travail, des salaires insuffisants, de l’usure accrue au travail. L’État participe à ce système de vases communicants qui ne communiquent que dans un sens pour drainer l’argent des pauvres vers les riches. Les prélèvements de l’État, les économies sur les services publics sous prétexte de résorber la dette de l’État, sont destinés à compenser les milliards versés aux banques sous forme de cadeaux purs ou d’intérêts sur le dos des salariés. » - LO de janvier 2011

« Le plus grand scandale réside dans le fait que, malgré la crise, ceux qui l’ont provoquée, en premier lieu les banquiers, ont continué à engranger des milliards de profits à travers le monde. Et le comble, c’est que ces banques et ces organismes financiers, qui étaient il y a deux ans au bord de la faillite, ont été renfloués par les centaines de milliards d’euros ou de dollars versés par tous les grands États. C’est avec ces milliards que les organismes financiers continuent à spéculer de plus belle, en prenant pour cible la dette des États. Sans se soucier le moins du monde des conséquences que cela peut avoir pour les populations, sans se soucier des risques qu’ils font prendre à la société. On a d’ailleurs déjà pu en mesurer les effets dans des pays comme la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne. Chaque jour, il devient de plus en plus urgent de mettre un coup d’arrêt à cette dérive. » - LO du 27 décembre 2010

« Les activités des banques sont sans doute nécessaires au fonctionnement de l’économie, mais pas ces banquiers parasites, pas ces spéculateurs irresponsables. Pour que le système bancaire et financier fonctionne au service de la collectivité, il serait indispensable d’enlever les banques des mains de ces profiteurs avides qui saignent le pays et de les unifier en une seule banque, dans chaque pays, sous le contrôle et l’autorité de la population. » – LO du 6 décembre 2010

« Pour augmenter les dividendes des actionnaires malgré la crise et un marché poussif, les capitalistes n’ont jamais rien trouvé de mieux qu’aggraver l’exploitation, augmenter le rythme du travail, diminuer les effectifs pour faire faire plus de travail par moins de travailleurs, rendre les emplois plus flexibles, bloquer voire réduire les salaires. Ce qu’ils appellent « améliorer la compétitivité » n’est rien d’autre que l’aggravation de l’exploitation. C’est pour la même raison que la bourgeoisie exige de l’État de rogner sur toutes les dépenses utiles à la population. Elle veut pouvoir puiser toujours plus dans les caisses publiques, dans celle du budget de l’État comme dans celles des retraites ou de l’assurance maladie. Les ministres expliquent que la rigueur est indispensable pour rembourser les dettes de l’État. Mais ces dettes ont été faites pour sauver, il y a deux ans, les banquiers menacés de faillite ou les patrons de l’automobile, de mévente ! Et c’est aux retraités, aux assurés sociaux, aux handicapés, qu’on fait payer le remboursement et les intérêts qui vont avec ! » – LO du 15 novembre 2010

« Après les manifestations de samedi dernier contre la nouvelle loi sur la retraite, le ministère de l’Intérieur s’est réjoui de ce que la participation y avait été « en très forte baisse ». La belle affaire ! Après deux mois de mouvements, personne ne s’attendait à ce que cette huitième journée mobilise plus que les manifestations précédentes. Mais il reste ce que le gouvernement comme les commentateurs n’ont pas vu parce qu’ils ne voulaient pas le voir. Bien que la loi ait déjà été votée par une majorité de députés et de sénateurs à la botte du pouvoir, des centaines de milliers de travailleurs ont tenu à descendre dans la rue pour dire que cette loi, votée ou pas, ils n’en veulent pas. Ils ont voulu montrer que la protestation ne s’arrête pas. Une protestation dont les motivations dépassent le recul de l’âge de départ à la retraite. Car tous les travailleurs savent ou pressentent que la loi sur la retraite, la dernière en date des attaques contre les conditions d’existence des travailleurs, sera suivie par beaucoup d’autres. (…) Les centrales syndicales, par leurs appels successifs à manifester, ont permis que le mouvement ait lieu. Les militants syndicaux et les travailleurs conscients ont fait le travail pour que le mouvement se développe. » – LO du 8 novembre 2010

Un article de WSWS :

"Le mois dernier, l’organisation française de « gauche » des classes moyennes, Lutte Ouvrière (LO), a publié son bilan des grèves d’octobre-novembre menées les étudiants et par les travailleurs des secteurs pétrolier et portuaire contre la réduction des retraites du président Nicolas Sarkozy. L’objectif principal de LO est de couvrir le rôle joué par les syndicats dans la trahison de la grève et par extension, son propre rôle.

Avec la réduction des retraites, à présent promulguée, le rôle des syndicats et de leurs partisans de « gauche » est évident : ils ont refusé la mobilisation entière et totale de la classe ouvrière et permis que des attaques historiques contre le niveau de vie continuent de par l’Europe. La bureaucratie syndicale a organisé un certain nombre de journées d’action nationale de protestations tout en isolant les grèves des travailleurs et en permettant à la police d’infiltrer les manifestations et de briser les blocages de dépôts de pétrole. Dans le même temps, ils ont participé à des manifestations communes avec le Parti socialiste (PS) en contribuant à la promotion de ce parti pro-patronal pour les élections présidentielles de 2012.

Le groupe Lutte Ouvrière – dont bon nombre de membres sont actifs dans les syndicats et ont défilé dans les cortèges avec le PS – a participé à cette action anti-classe ouvrière. En falsifiant ces événements, LO est en train de blanchir son propre bilan droitier.

LO commence par nier que les syndicats ont travaillé avec Sarkozy pour appliquer ces coupes sociales : « Les dirigeants syndicaux étaient en droit d’espérer que, sur une réforme concernant un problème social, ils seraient associés aux négociations et qu’ils pourraient justifier leur rôle et leur préférence pour les négociations par quelques succès susceptibles d’être brandis face au mécontentement de la base. Eh bien, associés aux négociations, ils ne l’ont pas été ! »

LO fait remarquer ici en passant la politique cynique des syndicats consistant à justifier leur rôle par de fausses affirmations selon lesquelles ils pourraient obtenir des concessions mineures. Mais LO nie par la suite que les syndicats ont travaillé avec Sarkozy. Ceci est un mensonge absurde.

Malgré la détermination de Sarkozy de faire ces coupes, les syndicats ont travaillé ouvertement avec le gouvernement par l’intermédiaire de personnalités tel le conseiller social de Sarkozy, Raymond Soubie. Durant les grèves d’octobre, un conseiller de Sarkozy avait même dit au journal Le Monde que « La méthode Soubie est à son apogée. » Le dirigeant de la Confédération française démocratique du Travail (CFDT), François Chérèque avait dit : « Que personne ne vienne me dire qu’il n’a pas eu Soubie pendant deux mois. »

L’objectif de cette collaboration était de faire passer les coupes malgré une opposition de masse. Le dirigeant du syndicat Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly, a expliqué que Soubie « a dû penser qu’il y aurait le rituel des manifestations, que personne ne dirait oui, mais que cela [les coupes] passerait. » En faisant remarquer que ceci avait provisoirement échoué en octobre, tandis que des grèves et des protestations des étudiants avaient eu lieu, Mailly a ajouté : « à force de tirer des ficelles, on fait des nœuds. »

Mailly, dont le syndicat a également participé à cette mascarade, ne voyait visiblement pas d’inconvénient à ce qu’on tire ses ficelles. Il n’est nullement une exception en cela : partout en Europe les syndicats ont appelé à des journées de protestation de 24 heures politiquement impuissantes pour « exercer une pression » sur l’Etat durant l’entrée en vigueur des coupes sociales au printemps dernier en Grèce et en automne en Espagne et en France. Aucun de ces événements n’a modifié la politique de l’Etat.

LO fait l’éloge de ce jeu politique corrompu avec l’explication mineure que les syndicats ne le faisaient qu’en raison de la pression exercée par les travailleurs. Cependant, selon LO, en appelant à faire grève pour préserver « leurs intérêts d’appareil, les confédérations syndicales ont ouvert des vannes dont les travailleurs ont profité pour exprimer leur ras-le-bol… Les premiers à s’engouffrer dans la brèche ouverte par les dirigeants syndicaux ont été les militants syndicaux eux-mêmes. »

La rhétorique guerrière utilisée par LO, qui semble raconter les exploits héroïques des chevaliers de la Table ronde, est complètement absurde quand elle s’applique à des bureaucrates tels Chérèque et Mailly.

LO a cependant une logique politique bien définie : encourager les travailleurs et les jeunes à croire qu’en exerçant une certaine « pression », les syndicats mèneront la lutte sociale en provoquant peut-être un changement dans la politique gouvernementale. En fait, les leçons tirées des récentes grèves montrent exactement le contraire : si les syndicats continuent de contrôler les grèves c’est pour les étouffer. Les coupes sociales de Sarkozy ont été promulguées sans modification aucune.

Durant les grèves d’octobre, le gouvernement s’est trouvé totalement isolé au moment où, à plusieurs reprises, plus de 3 millions de travailleurs défilaient dans des manifestations contre sa politique. Des sondages d’opinion montraient un soutien populaire de 70 pour cent en faveur des grèves qui se propageaient parmi les travailleurs des transports publics, des services municipaux, des services des transports routiers, de l’industrie automobile et de la grande distribution.

Néanmoins, les syndicats n’ont pas appelé à d’autres grèves et ont refusé de mobiliser la classe ouvrière pour défendre les blocages des raffineries de pétrole attaqués par la police. Privées d’une perspective pour s’opposer aux coupes sociales – ce qui aurait nécessité le renversement de Sarkozy et la lutte pour un gouvernement ouvrier basé sur une politique socialiste – les grèves se sont dissipées après le vote des coupes à l’Assemblée nationale.

LO juge irréprochable l’attitude des syndicats : « Il est puéril d’en accuser l’absence d’appels dans ce sens [pour une grève générale] de la part des confédérations syndicales. » Au lieu de cela, LO impute la faute à la classe ouvrière. En affirmant de façon absurde qu’il y avait très peu de grèves dans les autres secteurs industriels, LO absout de toute responsabilité les confédérations syndicales : « Mais elles n’ont rien freiné non plus car, en l’occurrence, elles n’avaient rien à freiner. »

LO mène ici ses falsifications vers leur conclusion logique : si les syndicats n’ont rien trahi, c’est parce qu’il n’y avait pas d’opposition à trahir au sein de la classe ouvrière. Seul un parti lié aussi servilement à la bureaucratie syndicale, comme Lutte Ouvrière, et hostile aux intérêts de vastes couches de travailleurs peut avancer une telle position.

En effet, LO considère la promulgation des coupes de Sarkozy comme une quasi-victoire. Le groupe insiste pour dire que personne ne devrait imiter « certains militants démoralisés qui parlent d’échec parce que Sarkozy n’a pas reculé. » Après avoir coupé court toute discussion réelle sur les grèves, LO dit que sa tâche est à présent de « dévoiler les manœuvres des partis réformistes, à commencer par le Parti socialiste. »

LO écrit : « Les gouvernements socialistes des autres pays d’Europe ne se comportent pas différemment des autres… les travailleurs ne s’attendent pas à être protégés par un gouvernement socialiste. » En remarquant que les travailleurs ne voteraient pour le PS que pour battre Sarkozy, LO précise qu’« une prime sur ce terrain [va] à Strauss-Kahn [le directeur du Fond monétaire international et candidat probable du PS en 2012] qui a le plus de chances de l’emporter. » Toutefois, LO ajoute, « bien malin est celui qui pourrait dire en quoi consiste son côté ‘homme de gauche’ ».

En dépit des commentaires tièdes de LO la chose n’est pas difficile à comprendre. Strauss-Kahn est un banquier, un membre de groupe de pression corporatiste et un ténor de longe date du PS qui a supervisé l’imposition des coupes du FMI en Grèce et en Irlande. Ce n’est pas un homme de gauche ou un réformiste, mais un tueur à gages financier organisant l’appauvrissement de masse des travailleurs.

LO en est parfaitement conscient en écrivant : « Aussi, si les directions syndicales ont quelques raisons d’espérer trouver, avec un gouvernement de gauche [PS], une meilleure place pour elles-mêmes, l’entente entre elles et le gouvernement de gauche ne se fera pas à l’avantage de la classe ouvrière, mais à son détriment. »

C’est là un commentaire révélateur. Bien que le groupe discute pour savoir si certains responsables du PS sont « de gauche » et laisse passer le fait que la bureaucratie syndicale a étouffé les grèves, LO sait pleinement que l’on a affaire là à des individus de droite qui planifient des attaques historiques contre la classe ouvrière. Cela ne l’incite toutefois pas à reconsidérer son soutien aux syndicats.

Ceci soulève la question suivante : Est-ce-que LO est un parti de gauche ? Sans aucun doute LO avancerait la conclusion de sa déclaration pour prouver que le groupe est de gauche. Il exprime l’espoir que les travailleurs adopteront une forme de « politique qui, en cessant de respecter la propriété privée des moyens de production, les lois du marché et la dictature du profit individuel, ouvrira une autre perspective devant la société. »

Ceci paraît être radical, même presque marxiste, à un détail près : Tout en appelant les travailleurs à cesser de respecter le capitalisme, LO maintient son respect sans bornes pour la bureaucratie syndicale qui impose vraiment l’austérité capitaliste aux travailleurs. Malgré ses slogans creux, LO – tout comme ses co-partis « d’extrême gauche » tels le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et le Parti ouvrier indépendant (POI) – met en fait en avant une politique pro-establishment.

Ces partis défilent régulièrement dans les manifestations avec les contingents du PS en contribuant à donner au candidat potentiel Strauss-Kahn des références de « gauche » totalement injustifiées. Leurs campagnes présidentielles sont tributaires de l’obtention de centaines de signatures de responsables PS locaux pour être inscrits sur les listes électorales. Ils ne sont pas moins indépendants du PS qu’ils le sont des bureaucraties syndicales et qu’ils traitent tous comme de vrais dirigeants de la lutte de la classe ouvrière."

La suite

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0