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Il ne suffit pas d’une nouvelle constitution pour libérer de l’oppression le peuple travailleur du Maroc

mercredi 6 juillet 2011, par Robert Paris

La première nécessité au Maroc est une constitution. Les femmes, les enfants, les chômeurs, les sans logis, les sans études, les sans santé, les sans sécurité, les femmes contraintes à se prostituer pour nourrir leurs enfants, tous avaient besoin d’abord et avant tout … d’une nouvelle constitution. Bien !

Et cette nouvelle constitution va instaurer la démocratie.

Démocratie qui commence par le fait du prince…

Car le peuple n’a pas participé du tout à sa rédaction…

Cela ne fait rien, c’est du nouveau une constitution au Maroc…

C’est un texte qui fait qu’on n’aura plus le droit de réprimer ? Plus le droit de violer ? Plus le droit d’exploiter ? Plus le droit de prendre les richesses d’un pays et les livrer à une minorité ?

Plus le droit de vendre tout le pays pour le donner au plus offrant ?

Est-ce que la constitution empêchera un Maroc à deux, trois, quatre vitesses ? Est-ce qu’il n’y aura plus de bidonvilles, de petites filles mineures prostituées, de profiteurs de la drogue, de la prostitution, des arnaques de l’immobilier, de la vente en coupe réglée de tout le pays ? Est-ce que la royauté redonnera au peuple tout l’argent dont elle dispose à milliards ? Est-ce que les comptes en banque en Suisse vont être saisis pour permettre au peuple de se nourrir, de se vêtir, d’étudier, de se soigner ?Est-ce que le pays va cesser d’être la plate-forme du trafic des petits enfants, des femmes, du cannabis, des trafics immobiliers ?

La réponse est : NON, NON, et NON !!!!

« M6 » est ce roi funambule qui se tient en équilibre entre des univers que tout oppose. Celui de l’élite francophone formée au lycée Descartes qui fréquente les boîtes branchées de Marrakech et rêve de grands projets comme le futur complexe portuaire Tanger-Méditerranée. Et celui des bidonvilles de Sidi Moumen à Casablanca, des villages sans électricité.

Tout d’abord, rappelons que ce projet de constitution n’est pas une initiative spontanée du roi mais une concession de ce dernier face à la pression de la rue et des premières manifestations du 20 février. En effet, il suffit de constater que Mohamed VI est roi depuis juillet 1999 et qu’il n’a jamais initié, avant le 9 mars, la moindre révision constitutionnelle. Il a donc cédé à la pression et il ne faudrait pas que la monarchie récupère ou s’attribue cette « avancée » alors qu’elle a essentiellement subie.

Par ailleurs, rappelons que la voie retenue par le roi pour réviser la constitution n’est pas un modèle de processus démocratique : le roi a en effet écarté la voie de l’élection d’une assemblée constituante au suffrage universelle pour lui préférer un mécanisme lui permettant de contrôler étroitement le processus de révision de la constitution. Il a préféré créer une commission ad hoc restreinte dont il a choisi discrétionnairement tous les membres, et dont il a fixé la feuille de route. Plus lent mais plus légitime, l’élection d’une assemblée constituante aurait été préférable.

Encore une fois, sa majesté marque sa présence avec sa bienveillance sur tout un panel de conseils. La preuve avec les articles suivants : le roi préside le haut conseil religieux, le roi est le président de l’état et son représentant suprême, le roi -et non le peuple- désigne le nouveau président du gouvernement, le roi préside le conseil des ministres, le roi peut dissoudre les deux chambres, le roi préside le tout nouveau haut conseil de sécurité, le roi préside le haut conseil de la magistrature et cerise sur le gâteau comme le dicte la tradition : le discours royal ne peut faire l’objet de débat en aucun cas. Quelqu’un peut-il me faire comprendre comment un roi avec tant de pouvoirs peut occuper la fonction d’arbitre ? Arbitre de son propre jeu, peut être. Tant qu’on y est, notre arbitre a cité dans son discours qu’il avait adressé à son peuple un discours historique le 9 mars, de l’éloge de soi ne fera de mal à personne … Le must de la neutralité présumée de l’arbitre apparaît lorsqu’il vous incite à voter oui et proclame qu’il fera autant pour le bien du processus démocratique. Chapeau l’arbitre !

Venons-en au premier ministre, désormais président du gouvernement nommé par le roi et émanant du parti vainqueur des élections, autre point positif de ce projet constitutionnel. Cependant, les pouvoirs qui lui sont octroyés sont très minimes et portent une certaine illusion : Le président du gouvernement aura un pouvoir de nomination aux postes clés, mais ces nominations seront des suggestions à l’ordre du jour dans le conseil des ministres, conseil présidé par le roi je vous rappelle. Autre hic, on avait parlé de la confusion entre le conseil des ministres et le conseil du gouvernement, l’article 92 qui renvoie au 49 démontre que ce dernier est impuissant face au conseil des ministres : le conseil du gouvernement est supposé émettre des suggestions qui seront proposées au roi dans le conseil des ministres. En plus de cela, le nouveau pouvoir de dissolution du parlement octroyé au président du gouvernement est sous tutelle du roi et du conseil des ministres selon l’article 104.

Bref, le nouveau président du gouvernement aura à rassembler ses ministres pour apporter des suggestions à sa majesté qui aura toujours le dernier mot … une monarchie absolue sous le couvert d’une monarchie constitutionnelle et moderne.

Le pouvoir du roi s’étend sur le gouvernement : s’il ne dispose plus de la liberté totale de choisir le chef du gouvernement, puisqu’il doit le choisir au sein du parti politique arrivé en tête aux élections législatives, il nomme les ministres qui lui sont proposés par le chef du gouvernement, ce qui obligera ce dernier à négocier avec le roi le choix des ministres de son gouvernement (cela sera particulièrement vrai avec le ministre de la défense, le ministre du culte, le ministre de l’intérieur, de la justice, des affaires étrangères et de l’économie). Cet ascendant du roi sur le gouvernement est d’autant plus vrai qu’il peut discrétionnairement révoquer chacun des ministres sans l’accord du chef du gouvernement.

Dès lors, une fois nommés, les ministres verront dans le roi leur chef puisque leur maintien en fonction dépendra de ce dernier, étant précisé que le chef du gouvernement ne pourra révoquer ses ministres sans l’accord du roi. Par ailleurs, le roi dispose du pouvoir exclusif en matière religieuse et en matière militaire puisque non seulement il « est Chef Suprême des Forces Armées Royales » mais en plus il « nomme (seul) aux emplois militaires ».

Le pouvoir de nomination du roi s’étend aux autres domaines : sur proposition du chef du gouvernement, il nomme

• les walis et gouverneurs (préfets),

• les directeurs d’administrations chargées de la sécurité intérieur (c’est-à-dire la police, les renseignements généraux, le gendarmerie etc.),

• les ambassadeurs (étant précisé que c’est lui qui signe les traités internationaux et qui accrédite les ambassadeurs),

• le directeur de la banque centrale,

• les « responsables des établissements et entreprises stratégiques » (ce qui vise, concrètement, la caisse des dépôts marocaines puisqu’il s’agit d’un établissement stratégique, sans compter les grandes entreprises marocaines telle que l’OCP, la RAM, ou encore les directeurs des établissements de mise en œuvre de la politique du tourisme puisque ce secteur est, au Maroc, stratégique etc.)

Il est également précisé qu’en présidant le conseil des ministres, le roi aura son mot à dire notamment sur la loi de finance annuelle puisqu’avant d’être soumise au parlement, elle devra être délibérée d’abord en conseil des ministres.

Par ailleurs, en matière de justice, la nomination des magistrats ne peut se faire sans son approbation, il préside le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire et dispose, de manière discrétionnaire, du droit de grâce.

En substance, sont de son ressort exclusif ou quasi-exclusif, l’armée, la police, le champ religieux, et les affaires étrangères. Il a par ailleurs la haute main sur la magistrature ainsi qu’un droit de regard certain sur le champ économique !

En revanche, le projet proposé est muet sur la limitation de l’intervention du roi et de la famille royale dans l’économie. Prévoir un encadrement de cet interventionnisme serait de bon aloi. Au-delà du gouvernement et de l’administration, le roi va pouvoir également exercer son ascendant sur le parlement par deux leviers : il dispose de la faculté discrétionnaire de dissoudre le parlement et il peut, avant sa promulgation, demander la relecture d’une loi votée par le parlement (rappelons que les parlementaires ne peuvent émettre une opinion qui « met en cause la forme monarchique de l’Etat, la religion musulmane ou qui constitue une atteinte au respect dû au Roi ».

Un exécutif et un gouvernement encore trop faible : face à un roi qui demeure puissant, le chef du gouvernement apparait faible et dépendant. Il est dépendant de la confiance que doit lui donner le parlement mais surtout il doit son maintien au Roi, puisque ce dernier peut le révoquer ou révoquer un ou plusieurs ministres individuellement. Le pouvoir de nomination du gouvernement est restreint puisque il dépend, pour de nombreux domaines, du roi ! Par ailleurs, son pouvoir de créer une norme juridique a été restreint car, le champ des questions qui relèvent de la loi a été étendu. Le conseil de gouvernement, présidé par le chef du gouvernement, est une nouvelle instance qui a une double fonction :

• d’une part préparer les questions qui relèvent du conseil des ministres, qui est présidé par le roi,

• et d’autre part traiter les questions qui relèvent du gouvernement, c’est-à-dire les nominations dont le roi ne veut pas connaître, les décrets d’application des lois, et les projets de lois à soumettre au parlement (sous réserve que certains doivent d’abord être validés par le conseil des ministres), décliner en politiques sectorielles la politique général et stratégique définie en conseil des ministres,

• puis enfin, prendre position sur des questions d’actualité notamment matière de droit de l’Homme.

Enfin, si le projet de constitution lui donne le pouvoir de « superviser l’action des entreprises et des établissements publics » il aura du mal à exercer ce pouvoir sur les administrations, établissements et entreprises publics dont les directeurs seront nommés par le roi ! Un parlement dominé : si le domaine de la loi est étendu, ce qui renforce a priori le rôle du parlement, d’autres dispositions du projet viennent en partie « annuler » cette extension. Bien que concrètement la menace soit rare, il peut être dissout par le roi. Par ailleurs, la souveraineté du peuple qu’il représente pourra constamment être discutée par le roi qui pourra demander la relecture (comprendre la révision) de toute loi votée par lui.

De même, il n’est pas maître de son ordre du jour qui lui est imposé par le gouvernement. Certes, il dispose de la faculté de censurer le gouvernement par la voie d’une motion de censure. Enfin, on ne peut que regretter le texte ne prévoit aucun contrôle de la part du parlement sur les nominations du roi ou du gouvernement. Une justice par vraiment indépendante : les dispositions relatives à la justice ne permettent pas de dire que celle-ci est véritablement indépendante ! Si il est clairement affirmé que « le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif » et que « est proscrite toute intervention dans les affaires de la justice » et « que dans sa fonction judiciaire, le juge ne saurait recevoir d’injonction ou d’instruction, ni être soumis à une quelconque pression », d’autres dispositions relativisent ces déclarations !

En effet, il est clairement indiqué : « les magistrats du parquet (..) doivent se conformer aux instructions écrites émanant de l’autorité hiérarchique ». Concrètement, émanant du gouvernement et du roi, puisque ce dernier approuve les nominations des magistrats et préside le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire lequel nomme les magistrats, gère « leur avancement, leur mise à la retraite et leur discipline », étant précisé qu’au moins la moitié des membres du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire devront leur place dans cette instance par la nomination du roi. Ainsi, un procureur sera tenu d’ouvrir une information ou de la clore s’il en reçoit l’instruction du gouvernement ou du roi.

Une liberté de pensée, d’expression et de la presse incertaine : si le projet affirme que l’opposition parlementaire dispose de « la liberté d’opinion, d’expression et de réunion », que « sont garanties les libertés de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes ses formes », que « la liberté de la presse ne peut être limitée par aucune forme de censure préalable » et que « tous ont le droit d’exprimer et de diffuser librement et dans les seules limites expressément prévues par la loi, les informations, les idées et les opinions », il n’en demeure pas moins que la loi peut limiter le droit à l’information, qu’il n’est pas possible d’émettre une opinion qui « remet en cause la forme monarchique de l’Etat, la religion musulmane ou qui constitue une atteinte au respect dû au roi » et qu’il conviendra de réformer le code de la presse qui prévoit des peines de prison lourdes concernant des délits de presse mineur.

En outre, le texte ne garantit pas la protection des sources des journalistes. Ainsi, cette liberté d’expression et de la presse reste à confirmer ! Peut-on par exemple dire dorénavant, sans craindre la répression, qu’il n’est pas normal que le roi et la monarchie détiennent des sociétés qui interviennent massivement dans l’économie du pays ? Peut-on, sans craindre la répression, dire clairement son désaccord sur les nominations de certaines personnalités par le roi ? Peut-on écrire et dire qu’il faut réviser la constitution pour restreindre les pouvoirs du roi ? Les dépenses vraiment royales...

Les postes suivants datent de 2004 et comme vous le devinerez, il y a fort à parier qu’ils n’ont pas baissé, bien au contraire.

- 38 milliards de frais de déplacement

- 33 Milliards pour les nouveaux terrains et bâtiments dont la monarchie a envie

- 31 Milliards pour que le roi ou sa famille puissent donner des subventions et faire des donations

- 18 Milliards de produits énergétiques (allez comprendre)

- 13 Milliards en eau et électricité

- 12 Milliards de frais téléphoniques

- 7 milliards en carburant et lubrifiants

- 6 milliards pour le parc automobile

- 1 milliard pour la nutrition animale (essentiellement les chevaux)

- 3 Milliards pour les tenues vestimentaires

- 1 milliards minimum pour les fournitures de bureau

- 350 millions pour les abonnements et documentations

Autre donnée, le budget de la monarchie marocaine est 7 fois supérieure à celle de l’Espagne ! Rappelons que l’Espagne est 20 fois plus riche que le Maroc, allez comprendre quelque chose.

Selon Le Journal hebdomadaire, “le budget de l’Etat marocain prévoit une pension et une rente mensuelles de 1,8 million de dirhams [160 000 euros] au profit de la famille royale. Ce montant englobe les pensions versées au roi Mohammed VI et à ses frère et sœurs. Le frère du roi, Moulay Rachid, et ses sœurs ont leurs propres ‘salaires’, versés par l’Etat marocain en contrepartie de leurs fonctions officielles.”

Alors que la crise économique mondiale a eu des répercussions généralement négatives sur les fortunes des monarques du monde entier, Mohammed VI s’en tire plutôt bien : il a vu ses revenus presque doubler, contrairement aux autres. Il est à la tête d’un joli pactole s’élevant à 2,5 milliards de dollars [1,8 milliard d’euros] et il caracole à la septième place des rois les plus aisés du monde sur une liste comprenant quinze souverains. C’est ce que révèle le dernier palmarès du magazine américain Forbes. La publication spécialisée dans l’évaluation des fortunes des grandes célébrités de ce monde, notamment les monarques, place le roi du Maroc à la tête du classement relatif à l’accroissement des richesses pour l’année 2008. Sa fortune dépasse ainsi la fortune de l’émir du Qatar et elle est six fois supérieure à celle de l’émir du Koweït. Il laisse à la traîne les fortunes du prince de Monaco, Albert II, de la reine d’Angleterre, Elisabeth II, et de la reine Beatrix des Pays-Bas. La même source attribue cette augmentation à la hausse importante des prix du phosphate sur les marchés mondiaux de matières premières. “Ce qui est complètement faux, puisque l’Office chérifien des phosphates (OCP) est une entreprise publique et que le roi n’y possède pas de participations”, nuance un retraité de l’OCP. “Il est vrai que, dans le temps, une partie des bénéfices des phosphates était réservée à la monarchie, notamment durant le début du règne de Hassan II, en application d’un décret qui existait depuis le protectorat. Mais, depuis, ce décret a été abrogé”, poursuit-il.

Une telle augmentation de la fortune royale paraît peut-être tirée par les cheveux, mais les faits sont pourtant là : être aussi fortuné dans un pays où plus de 5 millions d’habitants vivent avec 10 dirhams par jour [0,88 euro], où le salaire minimum légal est de 55 dirhams par jour [5 euros], est plutôt troublant. Rappelons que le Maroc est toujours à la 126e place dans le classement du rapport mondial sur le développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et que le taux de pauvreté au Maroc est passé à 18,1 %. La dette extérieure publique du Maroc a enregistré une augmentation de 10 % par rapport à 2007, pour atteindre la somme de 11,9 milliards d’euros. Cela représente 20 % du PIB et 39 % des recettes courantes de la balance des paiements. Cette situation critique rend le train de vie fastueux du roi plus que choquant. Celui-ci perçoit une liste civile de 40 000 dollars mensuels non soumis à l’impôt. Dans son article, Forbes souligne également que l’entretien et la maintenance des douze palais royaux, répartis sur tout le territoire marocain, nécessitent une dépense évaluée à 1 million de dollars par jour. Car le palais est un gros employeur, avec pas moins de 1 100 postes budgétaires pour une masse salariale annuelle d’environ 70 millions de dollars. Le budget dédié au parc automobile est de 7 millions de dollars, auxquels s’ajoutent quelque 2 millions de dollars de dépenses vestimentaires. “Mohammed VI a amassé, depuis qu’il a succédé à son père Hassan II, en 1999, une importante fortune qui fait de lui l’un des monarques les plus riches de la ­planète”, confie une source ayant requis l’anonymat.

“Jamais Hassan II ni la famille royale ne sont apparus dans les classements des fortunes mondiales, établis notamment par le magazine américain Forbes”, ajoute cet observateur. Alors qu’elle était estimée à 500 millions de dollars au début des années 2000, la fortune de Mohammed VI a en effet été multipliée par cinq, à en croire le magazine américain. Et encore, ce n’est que la partie visible de l’iceberg. La fortune royale a toujours été enveloppée d’un halo de mystère. Rares sont les personnes qui ont osé faire des estimations de cette fortune. Dans les années 1990, Abdelmoumen Diouri, un opposant au régime, avait tenté de faire l’inventaire des biens de Hassan II. L’estimation, fortement contestée par le palais, établissait la fortune royale à quelque 10 milliards de francs en dépôt dans différentes banques européennes et américaines. Elle comprend, au Maroc, une vingtaine de palais, plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles qui ont été pour la plupart confisquées aux colons à la suite de la “marocanisation” instaurée par Hassan II, le groupe Omnium nord-africain (ONA : mines, agro-industrie, communications, assurances, distribution), la Sevam (emballage, embouteillage), Primarios (mobilier), la Compagnie chérifienne des textiles (CCT : textiles, films de serre agricole)… Plusieurs immeubles à Paris et à New York, de nombreuses propriétés en France et aux Etats-Unis. Au début de son règne, l’entourage du monarque avait peaufiné pour lui une image de “roi des pauvres”, qui a vite cédé la place à celle d’un roi amasseur de fortune. Aujourd’hui, il est plus que jamais présent dans le paysage économique du pays. Détenteur de la plus imposante fortune du pays, le roi est à la fois premier entrepreneur, ­premier banquier, premier exploitant ­agricole, etc. “Monarque exécutif”, comme il insiste pour le rappeler dans certains de ses discours, il bénéficie de pouvoirs constitutionnels lui conférant le statut hégémonique de juge et partie. Cette situation suscite de plus en plus de commentaires appuyés de la part d’investisseurs nationaux et étrangers. On se souvient du coup d’éclat de Miloud Chaâbi, patron d’Ynna Holding, qui a appelé à ce que le monarque “sorte des affaires”. La prévalence de la monarchie dans le secteur économique n’a jamais été aussi forte. Elle s’est accentuée depuis la mort de Hassan II. L’argument qui veut que le chef de l’Etat soit aussi aux commandes de l’économie pour mener la locomotive d’un royaume à la ­croissance présente plusieurs limites. La manière déséquilibrée dont sont menées ses affaires et la prédation de ses holdings depuis son accession au trône battent en brèche cette argumentation. La fortune royale a toujours été un grand tabou. L’estimation de Forbes est bien en deçà de la réalité. Et pour cause : du peu que l’on connaît à travers la cotation en Bourse (holdings ONA, SNI et autres), on atteint allègrement 1,5 milliard de dollars. Qu’en est-il du patrimoine foncier hérité de Hassan II, des nombreuses propriétés en France, aux Etats-Unis et en Amérique latine ? “C’est plutôt grâce à ce patrimoine foncier que la fortune du roi a été presque multipliée par deux en l’espace d’une année”, déclare un observateur. La flambée de l’immobilier qu’ont connue le Maroc et le reste du monde en 2006 et 2007 a fortement contribué à remplir les caisses de la monarchie. La montée en puissance du roi dans les affaires ces dernières années n’est que le prélude à des visées plus gargantuesques.

Le roi du Maroc est un des hommes les plus riches du monde alors qu’en 1956, son grand-père ne possédait aucune fortune notable. L’essentiel de cette immense fortune a été accumulé par Hassan II, père du roi actuel en ponctionnant l’économie marocaine. Elle est en grande partie investie à l’étranger.

Dans les années 1990, un opposant au régime, Abdelmoumern Diouri, en avait dressé un inventaire (contesté par le Palais) : quelque 10 milliards de francs déposés dans une vingtaine de banques française, américaine et suisse. Au Maroc, une vingtaine de palais, plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles (confisquées en 1963 aux colons français), le groupe ONA (Omnium nord-africain) présent dans tous les secteurs de l’économie… À l’étranger, plusieurs immeubles à Paris et à New-York, de nombreux pied-à-terre luxueux aux États-Unis et en France, notamment le château d’Armainvilliers (Seine-et-Marne) deux cents pièces et quatre cents hectares de parc… un portefeuille boursier considérable comprenant des titre américains et européens… Des rumeurs ont circulé sur les bénéfices que Hassan II aurait tiré du commerce du haschisch, cultivé au Nord du pays, mais sur ce trafic, rien n’a pu être prouvé.

En janvier 2000, Cheikh Yassine, le chef islamiste, exhortait le nouveau roi à « racheter et dépasser les crimes de son père » en rapatriant la fortune amassée par Hassan II pour alléger la dette extérieure du pays. Le jeune « roi des pauvres » s’est contenter d’interdire la publication de la lettre du vieux cheikh.

On notera que le terme de makhzen qui qualifie l’administration centrale sur laquelle s’appuyaient les sultans, aujourd’hui le roi, a donné en français le mot de « magazin ». C’est d’ailleurs le sens d’origine du mot arabe. À chaque changement de dynastie, la prise du pouvoir s’accompagnait du pillage des richesses des soumis et de leur accumulation dans les entrepôts royaux. Sur ce plan, comme sur bien d’autres, Hassan II a régné dans selon des traditions séculaires. Avec néanmoins une différence notable : ses richesses accumulées aux dépens au pays ont été placées en grande partie à l’étranger car Hassan II n’a jamais été très sûr de terminer sa vie sur son trône.

« Grâce à Tel Quel, les Marocains savent que le salaire du roi est de 36 000 euros mensuels (432 000 annuels), "ce qui reste relativement raisonnable comparé aux hauts salaires des chefs d’entreprises publiques", note le journal. Cette rémunération (dont on ignore si elle est soumise à impôt) s’accompagne toutefois "d’à-côtés budgétaires" de 170 000 euros, qui englobent les pensions versées au roi et à ses frères et soeurs. Le palais, lui, est un gros employeur avec pas moins de 1 100 postes budgétaires (dont 300 permanents au cabinet royal) pour une masse salariale annuelle d’environ 68 millions d’euros. Les rémunérations des conseillers royaux sont alignées sur celles des membres du gouvernement (5 500 euros par mois). S’il est difficile de quantifier le nombre de voitures dont dispose le palais, le budget dédié au parc automobile à 5,7 millions d’euros par an suggère quelques ordres de grandeur : il était prévu pour 2004 de commander pour 380 000 euros de « voitures utilitaires ». Ces chiffres (auxquels on peut ajouter par exemple 2 millions d’euros en dépenses vestimentaires) donneront évidemment le vertige dans un pays où le salaire minimum ne dépasse pas 200 euros et où la communication royale a peaufiné à Mohammed VI au début de son règne une image de "roi des pauvres". (...) le vrai tabou : la fortune personnelle - mobilière et foncière, au Maroc et à l’étranger - de Mohammed VI, comme de ses frères et soeurs. « 4 à 5 milliards de dollars », affirmait il y a quelque temps Forbes, la célèbre revue américaine des affaires. C’est là en tout cas où s’arrête l’enquête de l’hebdomadaire. » (extrait d’un article de José Garçon, Libération, 4 janvier 2005)

A l’aube du troisième millénaire le Maghreb vit les mœurs royales de Babylone, Persépolis, l’Egypte des pharaons et toutes ces antiques monarchies sans état d’âme ni pitié pour leurs sujets. La royauté du Maroc au royaume du tourisme sexuel…

Les résultats d’une enquête réalisée en janvier 2008 auprès de 500 prostituées viennent de paraître au Maroc. Précocité de l’âge du premier rapport sexuel rémunéré, complicité de la famille, niveau d’études élevé, cette étude infirme de nombreuses idées reçues sur la prostitution et met en lumière une réalité du royaume chérifien souvent tue.

« Les travailleuses du sexe ne forment pas une catégorie homogène », c’est ce que l’enquête de l’Organisation Panafricaine de Lutte contre le Sida au Maroc (OPALS-Maroc) vient de dévoiler. Réalisée en janvier 2008 auprès de 500 prostituées marocaines, dans sept villes du pays, Azrou, Khénifra, Béni Mellal, Meknès, Fès, Agadir et Rabat, cette enquête met en lumière un phénomène peu évoqué au Maroc. Une partie des résultats est tristement prévisible mais beaucoup sont très surprenants.

La pauvreté est le premier facteur qui pousse certaines femmes à vendre leur corps mais le poids de l’analphabétisme- lié aux revenus- est également très lourd. C’est un facteur d’exclusion sociale et professionnelle. 31,5% des prostituées interrogées dans cette étude ne sont jamais allées à l’école. Pourtant un résultat détonne : 21,1% d’entre elles sont arrivées jusqu’à l’enseignement supérieur et possèdent parfois même un diplôme. Comment expliquer cela ? Le chômage des jeunes diplômées et le temps d’inemploi avant le premier travail semblent être les raisons les plus pertinentes. Alors qu’on pensait que la prostitution était réservée aux plus illettrées, il semble que la faiblesse des bourses universitaires pousse certaines étudiantes à trouver dans la prostitution une alternative financière.

D’autres chiffres surprennent. 13% des prostituées interrogées sont des « célibataires vierges » qui ont toujours leur hymen. Ce chiffre met en lumière le problème de la sacro-sainte virginité demandée avant le mariage et les pratiques exercées par certaines femmes pour avoir malgré tout une activité sexuelle. Les fondements de la société marocaine sont à nouveau ébranlés dans cette étude lorsqu’on apprend que 59,4% de ces femmes ont eu leur premier rapport sexuel rémunéré entre 9 et 15 ans. Une femme interrogée avoue même avoir eu son premier rapport à 9ans. Par ailleurs 32,6% des femmes ont pratiqué ou subi un acte sexuel entre 6 et 15 ans. La faible probabilité que l’enfant de 6 ans soit consentant renvoie encore une fois aux problèmes de la pédophilie et aux violences sexuelles infligées aux jeunes filles, dans un pays où la sexualité est taboue. Les mariages forcés malgré l’interdiction récente de se marier avant 18ans sont encore monnaie courante.

La situation familiale des prostituées marocaines interrogées est assez révélatrice. 39,5% d’entre elles sont divorcées. Outre les problèmes économiques, la difficulté sociale à retrouver un mari est grande. De nombreuses femmes divorcées sont rejetées par leur famille ou leur entourage, accusées d’avoir causé le divorce. Sur le panel de femmes questionnées, 4% sont mariées. Ce chiffre est faible mais pourtant éloquent. Elles se prostituent généralement en cachette pour subvenir aux besoins de la famille quand le mari est pauvre ou absent. Cependant certaines ont reconnu être poussées par leur conjoint ou leur famille dans cette voie-là. Le cliché de la femme qui vend son corps sous le regard honteux et accusateur de sa famille est égratigné. La prostitution est parfois encouragée par une famille complice voire coupable.

L’OPALS s’est également penchée sur l’exposition au SIDA des prostituées. Bien que la prévalence du VIH au Maroc soit seulement de 1%, la maladie est surreprésentée chez les prostituées. 2,59% des péripatéticiennes sont séropositives. L’étude met en cause le manque de campagnes de sensibilisation mais aussi le refus courant d’utiliser le préservatif chez les prostituées et leurs clients. 43,5% des prostituées ne se protègent pas. Coût trop élevé des préservatifs, difficulté à s’en procurer, manque d’informations sur les risques et les symptômes de la maladie, le chemin à parcourir est encore long. La peur d’être arrêtée par la police est également importante. Lors des campagnes de ratissage de la police, « un préservatif dans le sac à main d’une fille est une preuve (suffisante pour estimer) que celle-ci se livre à la prostitution », indique l’étude. Le Maroc au service des financiers

On nous demande de nous féliciter que le Maroc ait pu améliorer sa note du risque souverain d’un cran (un notch), passant de BB+ à BBB- pour sa dette à terme externe et de BBB à BBB+ pour sa dette à terme domestique. Ces lettres-notes en quoi consistent-elles ? Il s’agit de symboles que les agences de notation utilisent pour qualifier le profil d’un risque de contrepartie (crédit) ou d’un risque émetteur (émission obligataire) que ce soit pour le Corporate ou pour les Etats. La notation d’un crédit (credit rating) mesure la capacité d’un emprunteur à faire face à sa dette (debt service capacity), c’est-à-dire à honorer ses engagements. Les notes sont déclinées par les agences sous forme d’une échelle de notation graduée decrescendo du meilleur profil risque (AAA) au risque le plus dégradé (D), passant par les B et les C, en single, double ou triple. De plus, les agences de notation procèdent à un sous-assemblage par cohorte de notes, les bonnes formant l’ensemble de « l’investment grade » avec borne supérieure (AAA) et borne inférieure (BBB), les moins bonnes et sensibles constituant l’ensemble du « speculative grade ». Le Maroc a donc quitté l’ensemble des « speculatives » pour se hisser dans la cour de l’« investment grade ». En tout cas, en termes de ratio dette et déficit budgétaire rapporté au PIB, le Maroc est plus performant que l’Union européenne ou les USA.

Notre pays a fait d’énormes efforts et de sacrifices au détriment de son développement pour réduire drastiquement sa dette externe et faire ainsi la fortune des financiers.

Grâce à ses notes, notre pays est aujourd’hui dans une meilleure posture en termes d’accès au financement sur les marchés financiers internationaux, de même qu’il est en droit de prétendre à l’application d’une faible prime de risque sur des emprunts éventuels.

Force est de reconnaître que notre pays a fait d’énormes efforts et de sacrifices au détriment de son développement pour réduire drastiquement sa dette externe (en devises). Celle-ci se chiffrait à 21,3 milliards de dollars US en 1992 et le service de la dette absorbait à lui seul le tiers du budget de l’Etat. Le Maroc est parvenu à comprimer sa dette extérieure de plus de la moitié, pour partie en remboursement et pour partie en reconversion, nonobstant la reprise à la hausse constatée depuis 2008. Cet effort de désendettement a abouti grâce à une gestion active de la dette via la convertibilité en investissement ou le refinancement à des taux bonifiés en concomitance pour rembourser les dettes les plus onéreuses.

Bien entendu, le recours au re-profilage de la dette externe en dette domestique a ses inconvénients et ses limites- accaparement de l’épargne disponible par le Trésor Public et son corollaire l’assèchement des liquidités bancaires avec tous ses effets induits sur l’investissement…etc. Mais ces réflexions relèvent d’un autre débat qui n’est pas l’objet de cette chronique. En revanche, celle-ci remue un autre registre, celui du manque d’en phase entre le « sovereign credit rate » et le « human development index » du Maroc. En effet, si notre pays est parvenu à convaincre Standard and Poor’s (S&P) pour qu’elle décerne l’investment grade à son risque souverain, force est de constater aussi que le même S&P a relevé une faiblesse de nos indicateurs sociaux. Il est recommandé que le niveau de vie de nos concitoyens converge pour s’aligner sur les standards observés par les pays de même rating que le nôtre. Cette observation nous renvoie à la faiblesse de notre IDH, un indicateur qui mesure l’évolution d’un pays selon les critères de base du développement humain : qualité de la santé, le niveau d’alphabétisation des adultes, le taux brut de scolarisation et le niveau de PIB per capita, apprécié en terme de parité de pouvoir d’achat en US$ (PPA).

Le rapport du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) sur le développement humain, dans son édition 2009 classe le Maroc au 130e rang (sur 182), avec un IDH de 0,65 dans la borne inférieure du niveau moyen de développement humain. La valeur de l’IDH- elle se situe entre 0 et 1- mesure le chemin parcouru par un pays et combien il lui en reste pour atteindre l’idéal souhaité de 1. Là où le bât blesse – un véritable paradoxe- c’est que notre pays est bien loti en instances d’œuvres sociales, dont la plus prestigieuse et la mieux pourvue en ressources reste l’INDH (Initiative Nationale pour le Développement Humain). Elle s’est fixée comme cibles la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Dans ce cadre et depuis sa création en 2005, l’INDH a déboursé pas moins de 11 milliards de DH en projets dits sociaux. Et pourtant, le classement de notre pays n’a pas été à la hauteur d’un tel niveau de dépenses. Pour mesurer l’ampleur des dépenses engagées par l’INDH, il suffit de les rapporter aux budgets alloués à la santé pour constater qu’elles en sont largement supérieures. Ainsi, et si ce ne sont pas les ressources financières qui font défaut, où réside donc le problème ? Est-ce dans le choix des préposés à la gestion de l’INDH ? Est-ce dans le ciblage des projets portés par cette instance ? Est-ce dans la mauvaise allocation des ressources financières de l’INDH ? Autant de questions qui méritent réflexion !

Les percées macro-économiques ont peu de sens et relèveraient plutôt du « window dressing » comptable, si elles ne se traduisaient pas par un « upgrading » social.

1 Investment grade= profil risque auquel l’on peut prêter, placer ou y investir son argent à plus ou moins long terme.

Speculative grade= profil risque auquel l’on peut prêter ou placer (à l’exclusion de l’investissement) son argent, mais à court terme (l’horizon d’un an). Comment accéder à la démocratie ? Et quelle démocratie ?

« Comment peut-on parler de l’avènement d’une monarchie constitutionnelle au Maroc quand le roi détient encore tous les pouvoirs décisionnels ? ».

Le Mouvement du 20 février, revendiquant des changements politiques profonds, a appelé les Marocains à boycotter massivement le référendum sur le projet de Constitution présenté par le roi Mohammed VI, a précisé un communiqué publié, hier, sur la page Facebook du mouvement, qui compte plus de 60.000 membres. Le Mouvement appelle également, tous les citoyennes et les citoyens à manifester pacifiquement dimanche prochain dans tout le Maroc pour protester contre ce projet qui ne répond pas aux conditions d´une Constitution démocratique. Déçus et outrés par le tout nouveau projet de réforme constitutionnelle proposé par le roi, les jeunes Marocains ne comptent donc pas seulement boycotter le référendum, mais également organiser des marches, à travers l´ensemble des grandes villes du Maroc.

« Nous avons retenu le principe d´organiser des marches pacifiques à travers tout le Maroc pour dénoncer la nouvelle Constitution que nous jugeons loin de répondre aux attentes du peuple marocain », nous fait savoir Khalid Djalal, membre du Mouvement du 20 février, joint par nos soins.

Selon cet animateur, le Mouvement boycotte le projet de Constitution et le rejette dans le fond et dans la forme, d´où sa décision d´organiser plusieurs marches à travers les différentes grandes villes du Maroc. « Nous sommes attachés à nos justes revendications pour la dignité, la démocratie et la justice sociale, par des moyens pacifiques », a-t-il encore souligné.

Rappelons que Mohammed VI a proposé, vendredi dernier, une réforme de la Constitution qui renforce, notamment les pouvoirs du Premier ministre issu du parti vainqueur des élections. Néanmoins, le souverain conservera, à travers cette Constitution, de larges prérogatives politiques et religieuses.

Le Mouvement du 20 février, qui tire son nom de la première grande manifestation au Maroc dans le cadre de la contestation des régimes arabes, a décidément pris sa décision de maintenir la pression pour exiger l´avènement d´une véritable monarchie constitutionnelle. Car, selon le Mouvement, le roi continue toujours de disposer de pouvoirs exorbitants. Egalement, les membres du Mouvement soutiennent qu´ils ne peuvent pas considérer qu´il y a une avancés démocratique dans la nouvelle Constitution tant que le souverain conserve toutes ses prérogatives de chef de l´Etat et de Commandeur des croyants. « Comment peut-on parler de l´avènement d´une monarchie constitutionnelle au Maroc alors que le roi préside encore le Conseil des ministres et le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire ? Il reste le chef de l´armée et préside un Conseil supérieur de sécurité, nouvellement créé. Il reste également l´autorité ultime en matière religieuse », s´est interrogé Madjid Aalam, membre du Mouvement du 20 février.

Outre la décision du Mouvement, il convient aussi de signaler que les trois formations politiques officielles du Maroc ont réagi favorablement au projet de Constitution, tandis que les trois partis de gauche, le Parti socialiste unifié, le Parti d´avant-garde démocratique et socialiste et la Voie démocratique ont, pour leur part, appelé à boycotter le scrutin.

Les chaînes de télévision, toutes contrôlées par l’Etat, ont accordé une très large place aux partisans des réformes. Si les partis politiques qui y sont opposés ont bénéficié d’un certain temps d’antenne réparti à la va-vite par décret ministériel, la campagne référendaire a été largement déséquilibrée dans un effort manifeste de marginaliser les voix dissonantes.

Lors des meetings officiels de promotion de la révision constitutionnelle, les autorités ont affrété bus et camions pour transporter des milliers de citoyens encouragés à soutenir massivement la monarchie, et à qui drapeaux, effigies du roi, nourriture et boissons gratuites ont été distribués.

Des agents du ministère de l’Intérieur ont encadré de violentes contre-manifestations mobilisant des hordes de jeunes embrigadés et payés pour casser les attroupements contestataires aux cris de « Vive le roi, mort aux traîtres ! », à l’image des baltajiyas de Moubarak sur la Place Tahrir, au Caire. L’Etat a ordonné aux corporations professionnelles (taxis, restaurateurs…) et aux prédicateurs et imams des mosquées de s’exprimer en faveur des réformes et fait défiler dans les rues des membres de confréries soufies appelant à l’obéissance au roi, en sa qualité de « Commandeur des croyants ».

Vers 16h, à la dispersion des fidèles venus pour la grande prière du vendredi à la mosquée As-Sunna, limitrophe du Palais royal de Rabat, la piété avait un air de mobilisation politique. L’imam a harangué ses ouailles dans son prêche appelant à la participation des « bons musulmans » au référendum par « devoir de citoyenneté » et pour la « consécration de la démocratie, Inch’Allah [si Dieu le veut] ! ». Au Maroc, paradis des riches, enfer des autres, l’armée n’échappe pas à la règle

Il est vrai que les corps tels que l’armée, la police, la gendarmerie...constituent des instruments de répression. Leur raison d’existence est de défendre les intérêts des classes dominantes, de veiller sur les "biens des riches", de réprimer les mouvements légitimes des sans-droits, de "casser" les grèves légitimes des travailleurs, de persécuter les militant-es...mais il est vrai aussi que ces corps de répression sont composés de strates et de couches sociales différentes.

Au Maroc les officiers, les cadres, vivent le paradis terrestre aussi bien avant qu’après la retraite : des salaires colossaux, des avantages scandaleux, des dons "étatiques" sans limites (fermes, terrains de construction, pâturages, licences de pêches, de transport d’exploitation de carrières...). et n’oublions pas l’immunité réelle dont ils jouissent contre toute poursuite juridique. D’un autre côté nous retrouvons les sous-officiers et surtout les soldats, les policiers simples...qui touchent, comme leurs concitoyens travailleurs, des salaires ( soldes) de misère.

Une fois retraités, ni vus ni connus ; Ils sont jetés à la rue comme des vauriens. C’est l’ingratitude des nantis pour qui ils ont bossé pendant des années.

On connaît aujourd’hui le drame que vivent les soldats retraités, les veuves, les orphelins (à Meknès, Fès, salé, Ouazzane...). A Casablanca, des centaines de policiers retraités, des veuves et orphelins sont sommés de quitter les "logements de fonction" sans aucune alternative, alors que les officiers retraités, les cadres supérieurs de l’Etat retraités ( tous les ministères compris)continuent d’occuper de véritables palais, continuent de piller la richesse nationale, continuent de jouir de privilèges sans retenue aucune... Ces victime de l’ingratitude de l’Etat des riches, ont rejoint aujourd’hui le mouvement des sans-droit au logement. Ils ne font que réclamer leur dû.

La dernière victime des décisions arbitraires de "délogement" n’est autre que le policier retraité Mouard Mustapha, âgé de 74 ans. En juillet 2009, il fut sommé d’évacuer le logement qu’il occupe pendant des décennies.

sa pension ne lui permet pas de prendre en location un logement. Ses enfants (la plus jeune a 38 ans) sont sans travail (comme la plus part des enfants des déshérités), l’épouse au foyer...Mustapha tomba paralysé. Hospitalisé dans une clinique. Il y a quelques jours on le mit à la porte. Les 9 mois de la prise en charge par l’AMO sont terminés. Il est transporté "chez lui". Le vendredi 16 avril il assiste à un "délogement" dans conditions inhumaines. Il rechute et perd la vie le dimanche 18 avril 2010.

Aujourd’hui, des millions de marocains vivent une situation cauchemardesque (précarité d’habitation, chômage, pas d’enseignement public, pas de soins...) : le Maroc est un véritable paradis pour les riches et un véritable enfer pour les travailleurs et autres démunis.

C’est un eldorado pour les exploiteurs, les parasites, les corrompus, les pilleurs des deniers publics, les fraudeurs, les spéculateurs sans scrupule, les commerçants de la drogue et du sexe. Les sans-droit de citoyenneté ont raison de se révolter. Il est de notre devoir de les soutenir. Il est de notre devoir d’oeuvrer plus que jamais pour un changement profond de la société. Le changement ne peut se faire que par la voie de la lutte des masses populaires conscientes et organisées, loin des illusions électoralistes réformistes sous la houlette du makhzen.

La SOLIDARITE avec les mouvements protestataires des victimes nous interpelle.

La VOIE de changement nous interpelle.

Solidarité Maroc - Ali Fkir

Désormais, la répression policière ne devra être utilisée qu’exceptionnellement face aux manifestants du Mouvement du 20 février. Mais le pouvoir a trouvé un autre moyen de faire taire les contestataires : de jeunes désœuvrés recrutés sur tout le territoire par des partis politiques et indirectement par la Direction de la Surveillance du Territoire (DST). Ils se font appeller les "Baltajias de Sidna". Pour 100 dirhams (10 euros), ces nouveaux combattants du roi, qui pour la plupart ne connaissent rien de la Constitution, sont appelés pour défendre le trône. Leurs armes ? Le drapeau national, le portrait du souverain et surtout des barres de fer, des couteaux et des sabres ! Les autorités du royaume font aussi appel à la religion pour encourager les Marocains à voter oui à sa nouvelle Constitution par l’entremise de la secte soufie Boutchichia. Les membres de cette secte, qui peuplent la haute et moyenne administration et ont pour "guide suprême" Hamza Kadiri Boutchichi, se sont manifestés dimanche. Ils étaient des milliers à s’être réunis à Casablanca pour faire concurrence à la manifestation du Mouvement du 20 février prévu ce jour-là. Pour se faire, des partis politiques ont mobilisé des centaines de bus pour rapatrier les adeptes de la secte. Sauf que le mouvement, lui, s’est rassemblé partout au Maroc, et pas seulement dans la capitale économique…

Et la prostitution !!!

Ils ont entre 9 et 15 ans et se prostituent. Ce terme choque plus d’un. D’aucuns préfèrent parler « d’exploitation sexuelle à des fins commerciales ». Ces sensibilités n’empêchent pas ces enfants de vendre tous les jours leur corps à 50 dirhams (dh), et ce, afin de subvenir aux besoins de toute une famille.

La pauvreté est un facteur déterminant qui pousse les enfants à s’engouffrer dans le monde de la prostitution. Les résultats d’une enquête, menée à Marrakech auprès des jeunes enfants prostitués, pointent leurs conditions sociales. Ce n’est pas une révélation, mais plutôt une confirmation sur le terrain. L’étude d’ailleurs, selon ses commanditaires, l’Amadec (association marocaine pour le développement communautaire) avec le soutien de l’Unicef, ne s’est pas voulue quantitative, mais plutôt un premier jalon pour briser le tabou à Marrakech. « Il s’agissait pour nous de pénétrer dans ce monde et confirmer des données qui existent depuis belle lurette, mais jamais dénoncées », tient à souligner Mustapha Berre, président de l’association.

Pauvreté, éclatement de la cellule familiale, maltraitance au sein de la famille, démission de l’école, absence de repères éducatifs sexuels et également le travail précoce...Tous ces facteurs ont fait des enfants des objets sexuels aujourd’hui. A cela s’ajoute ce « consentement » de la société, qui ferme les yeux sur les abus sexuels sur les enfants. Il aura fallu du temps et du doigté pour faire parler cette centaine d’enfants en leur garantissant l’anonymat sur leur identité, mais aussi sur leurs quartiers. Les entretiens s’achevaient souvent par les sanglots de ces enfants, sanglots traduisant tout leur désarroi.

Ceux qui ont parlé aux enquêteurs ne sont pas représentatifs de l’étendue du phénomène à Marrakech, que personne ne peut évaluer et où l’exploitation sexuelle des enfants est aussi liée à leur placement précoce chez les maâlems pour apprendre un métier. Ceux qui ont osé parler n’appartiennent pas à cette catégorie et ne font pas partie de réseaux qui, vraisemblablement, existent dans la cité ocre.

Ce sont uniquement « des indépendants », mais souvent entraînés par des pairs. Arrachés à leur innocence très tôt, alors qu’ils devraient être à l’école ou du moins profiter de leur enfance, ces victimes se vendent à 50 dh la passe (4,5 euros), parfois, les plus chanceux peuvent “gagner” beaucoup plus par nuit, du moins les garçons. Certains clients, principalement de vieux touristes, avides de chair fraîche, payent jusqu’à 2 000 DH la passe (182 euros). Mais le plus souvent, c’est à bas prix que ces enfants se vendent. La montée en puissance du tourisme dans la ville, avec des endroits fermés, a élargi le fléau, bien que ce ne soit pas la grande cause de cette prostitution.

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2 Messages de forum

  • Le Maroc est un pays très pauvre, quoi qu’on en pense quand on voit toutes les richesses ... des riches, avec 3 000 dollars de revenus par an et par habitant mais c’est une moyenne car 7 millions de personnes vivent avec 2 dollars par jour, 90 % des habitants ont moins de 270 euros par mois. On note aussi de très fortes inégalités. Les premières manifestations étudiantes datent de 2004 au Maroc et ont été réprimées devant le Parlement. Les jeunes diplômés se rassemblent fréquemment pour demander des emplois. Déjà, en 2007, plusieurs d’entre eux avaient essayé de s’immoler par le feu, soit bien avant les événements de Tunisie. Les émeutes de la faim ont aussi ébranlé le Maroc en 2007 et le gouvernement avait subventionné les produits de première nécessité (le pain, l’huile, le sucre) mais aussi l’essence. En 2009, des violences ont éclaté à Sidi Ifni et aussi à Casablanca, la plus grande ville économique du royaume du Maroc. Fin 2010, c’était au tour de Al Hoceima, de Mohammedia , de Tinghir ou de Laâyoun au Sahara occidental de connaître des manifestations violentes et des affrontements avec la police. Tous ces mouvements sont pour l’instant disséminés sans de vraie coordination générale au pays. La croissance de 4 % du pays n’est pas suffisante pour offrir du travail aux jeunes diplômés et en outre, les récoltes ont été mauvaises en 2010. Ainsi, le climat social s’aggrave au Maroc.

    Mohamed VI a été surnommé le « roi des pauvres », à cause des quelques réformes engagées et parce qu’il a créé, entre autres, une fondation ayant contribué au relogement d’habitants du plus grand bidonville de Casablanca, rasé après les attentats islamistes de 2003. En fait, selon le magazine américain Forbes, il serait le septième monarque le plus riche du monde, devançant les émirs du Qatar ou du Koweït. Sa fortune, estimée à 2,5 milliards de dollars, aurait été multipliée par cinq depuis son accession au trône.

    D’après Forbes, ses biens comprendraient, au Maroc, une vingtaine de palais, des milliers d’hectares de terres agricoles provenant des domaines laissés par les anciens colons que la famille royale a accaparés au lieu de les redistribuer aux paysans, le groupe Omnium nord-africain (ONA) spécialisé dans les mines, dont celles de phosphate, la Compagnie chérifienne de textiles, le mobilier Primaros, l’agro-industrie, la distribution, les assurances, etc. À l’étranger, il posséderait des immeubles et des propriétés en France et aux États-Unis. Rien n’est dit évidemment à propos de comptes bancaires dans des paradis fiscaux...

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