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Accueil du site > 01 - Livre Un : PHILOSOPHIE > LIVRE UN - Chapitre 10 : Dialectique naturelle et sociale > Ordre et désordre, une question dialectique

Ordre et désordre, une question dialectique

jeudi 12 août 2010, par Robert Paris

Qu’est-ce que l’ordre et le désordre

Ce sont des notions relatives à un niveau donné de structure. L’ordre à un niveau peut être un désordre au niveau inférieur ou supérieur. La structure n’est pas donnée une fois pour toute mais sans cesse construite et déconstruite. Elle émane du niveau inférieur par émergence, ce qui ne veut pas dire que l e « but » du niveau inférieur soit de produire la structure de niveau supérieur. Il n’y a pas de finalité.

Cette conception est dialectique au sens où la structure émerge brutalement, où l’ordre et le désordre, loin de s’opposer diamétralement en s’annulant mutuellement par exemple, s’opposent mais se combinent, se créent mutuellement et sont interpénétrées.

La conception philosophique opposée, très couramment développée, est celle, métaphysique, qui était autrefois celle de l’ « ordre établi », « la continuité de l’ordre » ou du « but ». C’est ce qui amenait les philosophes à opposer diamétralement liberté (désordre) et nécessité (ordre). « Le monde est ordre, incarné. C’est à nous de nous harmoniser avec cet ordre. » écrit Henry Miller. Cette conception a infecté toutes les sciences. Citons, par exemple, le point de vue métaphysique de Joël de Rosnay dans « L’écologie et la vulgarisation scientifique » :

« Un système peut se définir comme un ensemble d’éléments en interaction dynamique, organisé en fonction d’une finalité. (…) La finalité peut être, par exemple, de maintenir sa propre structure. Les biologistes parlent de l’homéostasie d’un système : c’est-à-dire le maintien de sa structure par le renouvellement permanent de ses constituants. »

De Rosnay mêle ici des notions récentes et intéressantes à un point de vue métaphysique. Le renouvellement permanent sans modification de la structure n’est pas un but. Il n’a rien d’une finalité. La structure n’existe pas en permanence. Elle est en permanence supprimée et reconstruite, ce qui est très différent.

« L’idée d’assigner un but à la vie n’existe qu’en fonction du système religieux. » répond Sigmund Freud dans « Malaise dans la civilisation ».

Pour Monod, la vie est un mécanisme conservateur plus ou moins perturbé par le désordre : il écrit « Pour la théorie moderne l’évolution n’est nullement une propriété des êtres vivants puisqu’elle a sa racine dans les imperfections mêmes du mécanisme conservateur. » dans « Le hasard et la nécessité ».

Pour beaucoup de scientifiques, la science est la recherche de l’ordre, le désordre étant juste une gêne, une perturbation de la loi.

Les exemples foisonnent d’interactions entre ordre et désordre et de leur interaction dialectique et dynamique.

Il n’y a pas, d’un côté, l’ordre et, de l’autre, le désordre, chacun résidant dans des domaines séparés, disjoints et bien définis.

Au contraire, aucun ordre naturel n’existe sans un désordre sous-jacent, dans lequel il se meut, grâce auquel il gagne son dynamisme, qui maintient sa structure et, en même temps, peut la détruire puis la reconstruire et l’ordre lui-même fait partir d’un désordre aussi à plus grande échelle.

L’interaction d’échelle est toujours une interpénétration de l’ordre et du désordre. Un domaine comme la thermodynamique ne relate rien d’autre sous le nom d’entropie ou de néguentropie. Les systèmes isolés sont toujours entropiques : ils perdent des niveaux d’organisation de l’ordre. Les systèmes dissipatifs peuvent construire un nouvel ordre, émergent, à partir du désordre. Les exemples, là aussi, foisonnent. Les aimants magnétiques désordonnés de la matière peuvent s’auto-organiser en se mettant en parallèle pour construire un matériau magnétique, des aimants. En chauffant ces aimants, le désordre sous-jacent reprend le dessus et les petits aimants sous-jacents retrouvent leur désordre. Et ce n’est que l’un des multiples exemples comme les passages d’états de la matière (plasma, gazeux, liquide, solide) ou encore le passage du virtuel au réel dans les particules dites élémentaires. On retrouve également ces propriétés dans le vivant. Par exemple, le désordre du message neuronal construit l’ordre de pensée du cerveau. Sans ce désordre sous-jacent, le cerveau tombe gravement malade. De même pour le cœur. C’est grâce qu désordre des interactions moléculaires que la protéine approche du gène pur l’actionner au sein de l’ADN.

Fondamentalement, la matière est née de l’agitation permanente et pleine d’énergie du vide quantique. Ce dernier est défini non comme l’absence de toute matière ou de toute énergie mais comme le milieu matériel le plus symétrique. Attention : cela ne veut pas dire que c’est l’état le plus ordonné mais le plus désordonné. L’ordre est, au contraire, la rupture de symétrie, comme le rappelle Edouard Brézin dans son exposé pour l’Université de tous les savoirs sous le titre « Symétries et symétries brisées et les changements d’état de la matière » : « Du côté symétrie-dissymétrie nous trouvons ordre et désordre qui leur sont étroitement associés. Mais que l’on y prenne garde, c’est à la symétrie qu’est associé le désordre, alors que l’ordre résulte de la symétrie brisée, qui n’est pas l’absence de symétrie. »

L’état fondamental de la matière est donc le désordre et non l’ordre…

Les cycles désordre-ordre-désordre

L’auto-organisation : un ordre issu du désordre

L’équilibre et le non-équilibre

La symétrie brisée

Dans "Le dualisme des ondes et des corpuscules dans l’oeuvre d’Albert Einstein", il écrit :

"Mon raisonnement était le suivant : puisque l’onde régulière envisagée par la mécanique ondulatoire usuelle donne par ses lignes de courant une représentation exacte d’un ensemble de trajectoires que le corpuscule peut parcourir , on peut admettre qu’elle conduit à une représentation statistique tout à fait exacte (...) mais il paraît bien difficile de penser qu’elle fournisse à elle seule une représentation complète de la réalité physique puisqu’elle ne contient aucun élément qui permette d’y retrouver le corpuscule. Convaincu que la véritable solution du problème des ondes et des corpuscules devait permettre de se représenter le corpuscule comme une sorte d’accident local incorporé dans la structure d’une onde, j’en arrivais à me dire que la réalité physique ne pouvait pas être représentée par des solutions régulières de l’équation des ondes, mais qu’elle devait l’être bien plutôt par d’autres solutions de cette même équation des ondes comportant une singularité en général mobile que l’on pourrait assimiler au corpuscule. J’ai pu assez rapidement apercevoir entre l’onde régulière et l’onde singulière une relation (le théorème de guidage) qui m’était apparue (et m’apparaît encore aujourd’hui) comme tout à fait importante. A l’heure actuelle, il m’est possible d’en donner l’énoncé général suivant : « Supposons qu’il soit possible de coupler les solutions de l’équation des ondes de façon qu’à toute solution régulière corresponde une solution à singularité mobile qui possède les mêmes lignes de courant : alors la singularité mobile suivra nécessairement l’une des lignes de courant. » (…) On pouvait m’objecter que ma théorie faisait intervenir une solution à singularité des équations du champ et qu’elle n’était pas en accord avec les conceptions d’Einstein qui, pour de très fortes raisons, ne voulait pas admettre de solution à singularité. En réalité, j’ai reconnu dans ces dernières années que cette difficulté n’était pas réelle : on peut très bien, en effet, substituer sans inconvénient à l’onde à singularité ponctuelle une onde présentant une « bosse » au sens d’Einstein, c’est-à-dire comportant une très petite région où le champ aurait des valeurs très élevées, mais non infinies : la relation de guidage reste la même pour le mouvement de la bosse. On peut même supposer, si l’on veut, qu’à l’intérieur de la bosse l’équation de l’onde ne coïncide plus avec l’équation des ondes phi, mais qu’elle a une forme plus compliquée, par exemple non-linéaire. On se rend compte alors aisément que, l’onde pouvant être conçue comme un champ à bosse, la représentation du corpuscule fournie par la théorie de la double solution coïncide exactement avec l’image du corpuscule préconisée par Einstein. Mais comme ici, en dehors de la bosse, le champ a un caractère ondulatoire, on obtient aussi une image très claire du dualisme onde-corpuscule dans laquelle le corpuscule apparaît bien comme un accident local incorporé dans une onde. (…) Une tout autre manière de voir se développait grâce aux travaux de MM. Niels Bohr et Max Born et de leurs brillants élèves MM. Heisenberg et Dirac. (…) A côté d’un corpuscule à l’aspect fuyant qui n’est plus un objet bien défini dans l’espace et dans le temps, l’onde régulière phi n’a plus du tout le caractère d’une réalité physique classique : elle n’est plus qu’une fonction mathématique servant à représenter les probabilités respectives des divers résultats des observations ou mesures faites sur le corpuscule. »

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