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La révolution en Inde

mardi 14 juillet 2009, par Robert Paris

Léon Trotsky

La Révolution en Inde

Ses tâches et ses dangers.

30 mai 1930

L’Inde est le pays colonial classique comme la Grande-Bretagne est la métropole classique. Toute la cruauté des classes dirigeantes et toutes les formes d’oppression que le capitalisme a utilisées contre les peuples arriérés d’Orient est résumé de la façon la plus complète et la plus épouvantable dans l’histoire de la gigantesque colonie sur laquelle les impérialistes britanniques se sont installés comme des sangsues pendant le dernier siècle et demi. La bourgeoisie britannique a soigneusement cultivé tous les restes de barbarie et toutes les institutions médiévales qui pouvaient être utiles à l’oppression de l’homme par l’homme. Elle a forcé ses agents féodaux à s’adapter à l’exploitation capitaliste coloniale et en a fait son lien, son organe, sa courroie de transmission pour les masses.

Les impérialistes britanniques se targuent de leurs chemins de fer, de leurs canaux, de leurs entreprises industrielles en Inde dans lesquelles ils ont investi presque l’équivalent de quatre milliards de dollars en or. Les avocats de l’impérialisme comparent triomphalement l’Inde actuelle avec l’Inde avant l’occupation coloniale. Mais qui peut douter un instant qu’une nation douée se développerait incomparablement plus vite et avec plus de succès si elle était affranchie du fardeau du pillage systématique et organisé ? Il suffit de mentionner les quatre milliards de dollars qui représentent l’investissement britannique en Inde pour imaginer ce que la Grande-Bretagne a pris en Inde dans le cours de peut-être cinq ou six ans.

Accordant à l’Inde des doses soigneusement mesurées de technologie et de culture, exactement assez pour faciliter l’exploitation de la richesse du pays, les Shylock de la Tamise ne pouvaient cependant pas empêcher les idées de l’indépendance économique et nationale et de liberté de se répandre de plus en plus largement dans les masses.

Comme dans les vieux pays bourgeois, les nombreuses nationalités qui existent en Inde ne peuvent fusionner en une seule nation que par une révolution qui les liera de plus en plus l’une à l’autre comme un tout. Mais, contrairement aux vieux pays, la révolution en Inde est une révolution coloniale dirigée contre des oppresseurs étrangers. Plus, c’est la révolution d’un pays historiquement arriéré où le servage féodal, les divisions de classe coexistent avec les antagonismes de classe de la bourgeoisie et du prolétariat, qui ont été grandement exacerbés dans la dernière période.

Le caractère colonial de la révolution indienne contre un des oppresseurs les plus puissants masque dans une certaine mesure les antagonismes sociaux internes du pays, particulièrement aux yeux de ceux pour qui cette dissimulation est avantageuse. En réalité, la nécessité de rejeter le système de l’oppression impérialiste dont les racines sont étroitement mêlées avec la vieille exploitation indigène, exige un effort révolutionnaire extraordinaire de la part des masses indiennes et en soi donne un élan considérable à la lutte de classes L’impérialisme britannique n’abandonnera pas ses positions de son plein gré. Tout en remuant humblement la queue devant l’Amérique, il dirigera toute son énergie et toute sa ruse contre l’Inde insurgée.

Quelle instructive leçon historique. La révolution indienne et même à son étape actuelle, alors qu’elle n’a coupé avec la direction traîtresse de la bourgeoisie nationale, est écrasée par le gouvernement "socialiste" de Mc Donald. Les répressions sanglantes de ces canailles de la II° Internationale, qui promettent d’introduire pacifiquement le socialisme dans leur pays représentent le dépôt initial sur lequel l’impérialisme britannique a en réserves pour l’Inde. Les plaisantes délibérations social-démocrates sur la réconciliation des intérêts de la Grande-Bretagne bourgeoise avec l’Inde démocratique sont un supplément nécessaire de la sanglante répression de Mc Donald qui est toujours prêt, entre deux exécutions, à la mille-et-unième commission de réconciliation.

La bourgeoisie britannique comprend très bien que la perte de l’Inde signifierait non seulement l’effondrement de sa puissance mondiale déjà pourrie mais aussi un effondrement social chez elle. C’est une lutte à mort. Toutes les forces seront mises en mouvement. Cela signifie que la révolution devra mobiliser toutes ses ressources. Des millions d’hommes ont commencé à se mettre en branle. Ils ont démontré une telle puissance spontanée que la bourgeoisie nationale a été obligée d’agir pour maîtriser le mouvement en émoussant son tranchant révolutionnaire.

Le mouvement de résistance passive de Gandhi est le nœud tactique qui lie la naïveté et l’aveuglement généreux des petits-bourgeois éparpillés aux manœuvres traîtresses de la bourgeoisie libérale. Le fait que le président de l’Assemblée législative indienne, c’est-à-dire l’institution officielle pour la collusion avec l’impérialisme ait abandonné son poste pour prendre la tête du mouvement pour le boycottage des biens britanniques a un caractère profondément symbolique. "Nous vous prouverons", disent les éléments de la bourgeoisie nationale à ces messieurs de la Tamise, "que nous vous sommes indispensables, que vous n’arriverez pas sans nous à apaiser les masses et que, pour cela, nous vous présenterons la note".

En guise de réponse, Mc Donald a mis Gandhi en prison. Il est possible que le laquais aille plus loin que ne le veut le maître, car il est consciencieux plus qu’il ne le doit afin de prouver qu’il est insoupçonnable. Il est possible que les conservateurs, impérialistes sérieux et expérimentés, ne seraient pas allés aussi loin à cette étape. Mais d’un autre côté, les dirigeants nationaux de la résistance passive ont eux-mêmes grand besoin de la répression pour rehausser leur réputation bien ébranlée. Mc Donald leur rend ce service. Tout en faisant tirer sur les ouvriers et les paysans, il arrête Gandhi après l’avoir prévenu, exactement comme le Gouvernement provisoire russe arrêtait les Kornilov et les Denikine.

Si l’Inde est une composante de la domination interne de la bourgeoisie britannique, alors, de même la domination impérialiste du capital britannique sur l’Inde est un élément composant de l’ordre interne de l’Inde. Cette question ne peut être simplement réduite à celle de l’expulsion de quelques dizaines de milliers d’exploiteurs étrangers. Ils ne peuvent être séparés des oppresseurs de l’intérieur et, plus la pression des masses grandit, moins les oppresseurs de l’intérieur veulent se séparer des oppresseurs étrangers. De même qu’en Russie la liquidation du tsarisme, avec son endettement à l’égard du capital financier mondial, n’a été possible que parce que, pour la paysannerie, l’abolition de la monarchie était nécessaire pour celle des magnats grands propriétaires, dans la même mesure en Inde la lutte contre l’oppression impérialiste développe dans les masses innombrables de la paysannerie opprimée et semi-paupérisée l’idée qu’il faut liquider les grands propriétaires féodaux, leurs agents et intermédiaires, les fonctionnaires locaux et les hyènes de l’usure.

Le paysan indien veut une distribution "juste" de la terre. C’est la base de la démocratie. Et c’est en même temps la base sociale de la révolution démocratique dans son ensemble.

A la première étape de leur lutte, les paysans arriérés, inexpérimentés et dispersés, qui, dans chaque village, s’opposent aux représentants individuels d’un régime, recourent toujours à la résistance passive. Ils ne paient pas loyers ou taxes, ils se cachent dans les bois, désertent du service militaire, etc. Les formules tolstoïennes de résistance passive étaient en un sens la première phase de l’éveil révolutionnaire des masses paysannes russes. Le gandhisme représente le même phénomène en ce qui concerne les masses du peuple indien. plus Gandhi est personnellement "sincère", plus il est utile aux maîtres en tant qu’instrument pour discipliner les masses. Le soutien de la bourgeoisie à la résistance passive à l’impérialisme n’est qu’une condition préliminaire à sa résistance sanglante aux masses révolutionnaires.

Des formes passives de lutte, les paysans ont plus d’une fois dans l’histoire passé aux guerres les plus sévères et les plus sanguinaires contre leurs ennemis immédiats : les propriétaires, les fonctionnaires locaux et les usuriers. Le Moyen-Age a connu nombre de guerres paysannes semblables en Europe ; mais il est aussi plein de répressions impitoyables contre les paysans. La résistance passive des paysans aussi bien que leurs sanglants soulèvements ne peuvent devenir une révolution que sous la direction d’une classe urbaine qui devient alors le chef de la nation révolutionnaire et, après la victoire, le porteur du pouvoir révolutionnaire. A l’époque actuelle, seul le prolétariat est une telle classe, même en Orient.

Il est vrai que le prolétariat indien est plus faible numériquement que même le prolétariat russe à la veille de 1905 ou 1917. Cette faible dimension comparative du prolétariat en Russie était l’argument principal de tous les philistins, de tous les Martynov, de tous les mencheviks, contre la perspective de la révolution permanente. L’idée même que le prolétariat russe, écartant la bourgeoisie, pouvait s’emparer de la révolution agraire des paysans, l’encourager et monter sur sa vague jusqu’à la dictature révolutionnaire leur semblait fantaisiste. Ils pensaient qu’ils étaient réalistes quand ils comptaient sur la bourgeoisie libérale, s’appuyant sur les masses des villes et de la campagne, pour réaliser la révolution démocratique. Mais il s’avéra que les statistiques de population n’étaient pas des indicateurs pour le rôle économique et politique des différentes classes. La Révolution d’Octobre l’a montré une fois pour toutes et de façon très convaincante.

Si le prolétariat indien est aujourd’hui plus faible numériquement que le russe, cela ne signifie nullement que ses possibilités révolutionnaires ne soient pas aussi grandes ; la faiblesse numérique du prolétariat russe comparé aux prolétariats américain et britannique n’a pas été un obstacle à la dictature du prolétariat en Russie. Au contraire, toutes les particularités sociales qui ont rendu la révolution d’Octobre possible et inévitable existent en Inde sous une forme plus aigüe. Dans ce pays de paysans pauvres, l’hégémonie de la ville n’est pas moins établie que dans la Russie tsariste. La concentration de la puissance industrielle, commerciale et bancaire aux mains de la grande bourgeoisie et principalement de la bourgeoisie étrangère, d’un côté, la croissance rapide d’un prolétariat industriel de l’autre, excluent la possibilité d’un rôle indépendant de la petite bourgeoisie urbaine et même dans une certaine mesure de la petite bourgeoisie intellectuelle. Cela transforme la mécanique politique de la révolution en lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie pour la direction des masses paysannes. Il ne manque qu’une seule condition : un parti bolchevique. Et c’est là le problème.

Nous avons constaté la façon dont Staline et Boukharine ont appliqué la conception menchevique de la révolution démocratique à la Chine. Armés d’un appareil puissant, ils ont été capables d’appliquer dans l’action les formules bolcheviques et, pour cette raison, ont étés obligés de les pousser à leur terme. Pour assurer le rôle dirigeant de la bourgeoisie, dans la révolution bourgeoise (c’est l’idée de base du menchevisme russe), la bureaucratie stalinienne a transformé le jeune P.C. de Chine en une section subordonnée du parti bourgeois national. Selon les termes sur lesquels Staline et Tchang Kaï-Chek s’étaient officiellement mis d’accord par l’intermédiaire de l’actuel commissaire à l’éducation, Boubnov, les communistes ne pouvaient occuper qu’un tiers des postes à I’intérieur du Guomindang. Le parti du prolétariat est ainsi entré dans la révolution comme captif officiel de la bourgeoisie avec la bénédiction de l’Internationale Communiste. Le résultat est connu : la bureaucratie stalinienne a détruit la révolution chinoise. Ce fut un crime politique sans équivalent dans l’Histoire.

Avec l’idée réactionnaire du socialisme dans un seul pays en 1924, Staline a avancé le mot d’ordre des "partis ouvriers et paysans à deux classes" pour l’Inde comme pour tous les pays d’Orient. C’était là un autre mot d’ordre qui continuait à exclure une politique indépendante et un parti indépendant du prolétariat. Le malheureux Roy est devenu depuis ce temps l’apôtre du parti fourre-tout au-dessus des classes, "populaire" ou "démocratique". L’histoire du marxisme, les développements du XIX° siècle, l’expérience des trois révolutions russes, tout, tout est passé devant ces messieurs sans laisser de trace. Ils n’ont pas encore compris que le "parti ouvrier et paysan" n’est concevable que sous la forme du Guomindang ! c’est-à-dire sous la forme d’un parti bourgeois qui entraine derrière lui les ouvriers et les paysans pour les trahir et les écraser ensuite. Il n’a jamais existé dans l’histoire d’autre type de parti au-dessus des classes, fourre-tout. Après tout, Roy - agent de Staline en Chine, prophète de la lutte contre le ’trotskysme" et exécutant du bloc martynoviste des quatre classes - est devenu le bouc émissaire des crimes de la bureaucratie stalinienne après la défaite inévitable de la révolution chinoise.

On a passé en Inde six ans à des expériences débilitantes et démoralisantes pour réaliser la formule stalinienne des partis à deux classes, ouvriers et paysans. Les résultats sont là : de faibles "partis ouvriers et paysans" de province, qui vacillent, claudiquent ou simplement se désintègrent et disparaissent précisément au moment où ils sont supposés agir, au moment de la marée révolutionnaire. Mais il n’existe pas de parti prolétarien. Il faudra le créer à la chaleur des événements. Et pour cela, il est nécessaire d’enlever tout le fatras accumulé par la direction bureaucratique. Telle est la situation ! Depuis 1924, la direction de l’Internationale Communiste a fait tout son possible pour laisser le prolétariat indien impuissant, pour affaiblir la volonté de l’avant-garde, pour lui rogner les ailes.

Pendant que Roy et les autres élèves de Staline perdaient de précieuses années à élaborer un programme démocratique pour un parti au-dessus des classes, la bourgeoisie nationale a tiré un profit maximum de leur gaspillage pour prendre le contrôle des syndicats.

Un Guomindang a été créé en Inde, non en tant que parti politique mais en tant que "parti" à l’intérieur des syndicats. Maintenant cependant ses créateurs ont été effrayés de leur propre travail et ont sauté de côté, calomniant les "exécutants". Cette fois, on le sait, les centristes ont sauté "à gauche", mais cela n’arrange pas les affaires. La position officielle de l’Internationale Communiste sur les problèmes de la révolution indienne est un tel fouillis de confusion que cela semble particulièrement destiné à désorienter l’avant-garde prolétarienne et la plonger dans le désespoir. Au moins la moitié du temps, cela arrive parce que la direction s’efforce sans cesse de dissimuler ses erreurs de la veille. Le reste de la confusion peut être attribué à la nature malheureuse du centrisme.

Nous ne faisons pas référence maintenant au programme de l’Internationale Communiste qui donne un rôle révolutionnaire à la bourgeoisie coloniale, approuvant totalement les constructions de Brandler et Roy, qui continuent à porter le chapeau Martynov-Staline. Et nous ne parlons pas des innombrables éditions des "Problèmes du léninisme" où le discours contbue dans toutes les langues du monde sur les partis à deux classes, ouvriers et paysans. Non. nous nous bornons à l’actualité, à la dernière façon de poser la question en Orient, conformément aux erreurs de la troisième période de l’Internationale Communiste.

Le mot d’ordre central de l’I.C. pour l’Inde comme pour la Chine, reste encore la dictature démocratique des ouvriers et des paysans. Personne ne sait, personne n’explique, parce que personne ne comprend ce que ce mot d’ordre signifie à présent en 1930, après l’expérience des quinze années écoulées. En quoi la dictature démocratique des ouvriers et des paysans diffère-t-elle de la dictature du Guomindang qui a massacré les ouvriers et les paysans ? Les Manouilsky et les Kuusinen répondront peut-être qu’ils parlent maintenant de la dictature des trois classes (ouvriers, paysans et petite bourgeoisie urbaine) et pas de quatre comme en Chine où Staline a si heureusement attiré dans ce bloc son allié Tchiang-Kaï-Chek.

S’il en est ainsi, répondons-nous, alors faites une effort pour nous expliquer pourquoi vous rejetez la bourgeoisie nationale comme un allié en Inde, ce même allié pour le rejet duquel en Chine vous avez exclu les bolcheviks du parti communiste avant de les emprisonner ? La Chine est un pays semi-colonial. Il n’y a pas en Chine de caste puissante de seigneurs féodaux avec leurs agents. Mais l’Inde est un pays colonial classique avec de puissants restes du régime de caste féodal. Si Staline et Martynov font découler le rôle révolutionnaire de la bourgeoisie chinoise de la présence en Chine d’une oppression étrangère et de restes féodaux, chacune de ces raisons devrait être deux fois plus valable dans l’application à la Chine. Cela veut dire que la bourgeoisie indienne, conformément à la lettre du programme de l’I.C., a infiniment plus de droits à revendiquer son inclusion dans le bloc stalinien que la bourgeoisie chinoise avec son inoubliable Tchiang-Kaï-chek et le "loyal" Wang-Jing-Weï . Mais puisque ce n’est pas le cas, puisque, en dépit de l’oppression de l’impérialisme britannique et de tout l’héritage du Moyen-Age, la bourgeoisie indienne n’est capable que d’un rôle contre-révolutionnaire et non révolutionnaire alors il vous faut condamner implacablement votre propre politique de trahison en Chine et corriger immédiatement votre programme dans lequel cette politique n’a laissé de façon couarde que de sinistres traces !

Mais cela n’épuise pas la question. Si on construit en Inde un bloc sans la bourgeoisie et contre la bourgeoisie, qui va le diriger ? Les Manouilsky et les Kuusinen vont peut-être répondre avec leur habituelle indignation hautaine "Quoi, le prolétariat, bien sur !". Bien, répondons-nous, tout à fait digne d’éloges. Mais si la révolution indienne se développe sur la base d’un bloc des ouvriers, des paysans et de la petite-bourgeoisie si ce bloc va être dirigé non contre l’impérialisme et le féodalisme mais aussi contre la bourgeoisie nationale liée à eux dans toutes les questions fondamentales ; si à la tête de ce bloc, se tient le prolétariat ; si le bloc remporte la victoire seulement en balayant ses ennemis par une insurrection armée et élève ainsi le prolétariat au rôle de dirigeant réel de toute la nation, alors la question se pose : entre quelles mains le prolétariat sera-t-il après la victoire, sinon dans celles du prolétariat ? Que signifie dans un tel cas la dictature démocratique des ouvriers et des paysans, distincte de la dictature du prolétariat dirigeant la paysannerie ? En d’autres termes, en quoi l’hypothétique dictature des ouvriers et des paysans diffèrera-t-elle de la dictature véritable établie par Octobre ?

Il n’existe pas de réponse à cette question. Il ne peut pas y en avoir. A travers ce cours du développement historique, la "dictature démocratique" est devenue non seulement une fiction vide mais un piège traltre pour le prolétariat. Beau mot d’ordre qui admet deux interprétations diamétralement opposées : l’une étant la dictature du Guomindang et l’autre la dictature d’Octobre ! Mais elles s’excluent mutuellement l’une l’autre. En Chine, les staliniens interprété la dictature démocratique de deux façons : d’abord comme une dictature du Guomindang de droite, et ensuite de gauche. Mais comment l’expliquent-ils en Inde ? Ils se taisent, Ils sont obligés de garder le silence par peur d’ouvrir les yeux de leurs partisans sur leurs crimes. Cette conspiration du silence est en réalité une conspiration contre la révolution indienne. Et toutes les clameurs actuelles d’extrême ou d’ultra-gauche n’améliorent pas la situation d’un iota car les victoires de la révolution ne sont pas assurées par les clameurs et le vacarme mais par la clarté politique.

Mais tout ce qu’on vient de dire ne déroule pas encore l’écheveau embrouillé. Quelques nouveaux fils sont précisément pris dans ce nœud. En donnant à la révolution un caractère démocratique abstrait et en lui permettant de n’atteindre la dictature du prolétariat qu’après l’établissement d’une espèce de "dictature démocratique" mystique ou mystificatrice, nos stratèges rejettent en même temps le mot d’ordre politique central de tout mouvement démocratique révolutionnaire qui est précisément celui de l’Assemblée constituante. Pourquoi ? Sur quelle base ? C’est tout à fait incompréhensible. La révolution démocratique signifie l’égalité pour le paysan - avant tout, l’égalité dans la distribution de la terre. L’égalité de loi dépend d’abord de cette égalité-là. L’Assemblée constituante, où les représentants du peuple entier règlent formellement leurs comptes avec le passé mais où en réalité les différentes classes règlent leurs comptes entre elles, est l’expression généralisée naturelle et inévitable des tâches démocratiques de la révolution non seulement dans la conscience des masses en train de s’éveiller, mais aussi dans la conscience de la classe ouvrière elle-même. Nous en avons parlé plus pleinement à propos de la Chine et nous ne voyons pas la nécessité de le répéter ici. Ajoutons seulement que la grande variété des formes provinciales en Inde, la diversité des formes de gouvernement et leurs non moins diverses interpénétrations avec les rapports féodaux et de caste donnent au mot d’ordre de l’Assemblée constituante en Inde un contenu révolutionnaire démocratique d’une particulière profondeur.

Le théoricien de la révolution indienne dans le P.C.U.S. actuellement est Safarov qui, par le bonheur d’une capitulation a transféré ses activités. Dans un article programmatique du Bolchevik sur les forces et les tâches de la révolution en Inde, Safarov tourne avec prudence autour de la question de l’Assemblée constituante comme un rat expérimenté tourne autour d’un morceau de fromage sur un ressort. Ce sociologue ne veut en aucune façon tomber une seconde fois dans le piège trotskyste. Traitant la question sans trop de cérémonie, il oppose à l’Assemblée constituante cette perspective :

"Le développement d’une nouvelle montée révolutionnaire sur la base ( !) de la lutte pour I’hégémonie prolétarienne conduit à la conclusion (conduit qui ? comment ? pourquoi ?) que la dictature du prolétariat en Inde ne peut être réalisée que sous la forme soviétique" (Bolchevik., n’5, 1930 p-100)

Lignes étonnantes ! Martynov multiplié par Safarov. Martynov, nous connaissons. Lenine disait, non sans tendresse :

"Safartchik va devenir gauchiste, Safartchik va faire des bourdes."

La perspective safaroviste mentionnée plus haut n’invalide pas cette caractérisation. Safarov est devenu très gauchiste et il faut reconnaître qu’il n’a pas démenti la seconde partie de la prédiction de Lenine. Pour commencer, la montée révolutionnaire des masses développe "sur la base" de la lutte des communistes pour l’hégémonie prolétarienne. Tout le processus est renversé et mis tête en bas. Nous pensons que l’avant-garde prolétarienne entre ou se prépare à entrer ou devrait entrer en lutte pour son hégémonie sur la base d’une nouvelle montée révolutionnaire. La perspective de la lutte, selon Safarov, est la dictature du prolétariat et de la paysannerie. Ici, au nom du gauchisme, on s’est débarrassé du mot "démocratique". Mais on ne dit pas franchement quel type de dictature à deux classes se trouve là : un type Guomindang ou un type Octobre. Ce dont nous sommes surs c’est sa parole d’honneur que la dictature sera réalisée" seulement sous la forme soviétique". Cela sonne très noble. Pourquoi ie mot d’ordre d’Assemblée constituante ? Safarov n’est prêt à être d’accord qu’avec la "forme" soviétique.

L’essence de l’épigonisme - sa méprisable et sinistre essence - réside dans le fait que, des processus réels du passé et de ses leçons, il n’abstrait que la simple forme et en fait un fétiche. C’est ce qui est arrivé avec les soviets. Sans rien dire du caractère de classe de la dictature - une dictature de la bourgeoisie sur le prolétariat, comme le Guomindang, ou une dictature du prolétariat sur la bourgeoisie comme le type Octobre ? - Safarov abuse quelqu’un, lui-même d’abord, avec la forme soviétique de la dictature. Comme si les soviets ne pouvaient pas être une arme pour tromper les ouvriers, et les paysans ! Qu’étaient d’autre les soviets mencheviks-social-révolutionnaires de 1917 ? Rien d’autre qu’une arme pour soutenir le pouvoir de la bourgeoisie et la préparatÎon de sa dictature . qu’étaient les soviets social-démocrates en Allemagne et Autriche en 1918-1919 ? Des organes pour sauver la bourgeoisie et tromper les ouvriers. Avec un nouveau développement du mouvement révolutionnaire en Inde, avec l’apparition de luttes de classes plus puissantes et la faiblesse du parti communiste - et cette dernière est inévitable si la confusion safaroviste continue à prévaloir - la bourgeoisie nationale indienne elle-même peut créer des soviets d’ouvriers et de paysans pour les diriger exactement comme elle dirige maintenant les syndicats. Afin d’étrangler la révolution comme la social-démocratie allemande, en prenant la tête des soviets, l’a étranglée. Le caractère traître du mot d’ordre de dictature démocratique réside dans le fait qu’il ne ferme pas nettement une telle possibilité à nos ennemis, une fois pour toutes.

Le parti communiste indien, dont la création a été reportée pendant six ans - et quelles années - est maintenant privé, dans les circonstances d’une montée révolutionnaire, d’une des armes les plus importantes pour mobiliser les masses, précisément le mot d’ordre démocratique d’Assemblée constituante. Au lieu de cela, ce jeune parti qui n’a pas encore fait ses premiers pas, est affligé du mot d’ordre abstrait des soviets comme une forme de la dictature abstraite, c’est-à-dire une dictature dont personne ne sait de quelle classe elle est. C’est réellement l’apothéose de la confusion. Et tout cela avec, comme d’habitude, des retouches et un camouflage continuels d’une situation très sérieuse et pas du tout réjouissante.

La presse officielle, particulièrement le même Safarov, dépeint la situation comme si le nationalisme bourgeois en Inde était déjà un cadavre, comme si le communisme avait soit gagné ou était en train de gagner l’allégeance du prolétariat lequel, à son tourt a presque entraîné la paysannerie derrière lui. Les dirigeants et leurs sociologues, de la manière la plus inconsciente, prennent leurs désirs pour des réalités. Pour être plus exact, ils affirment ce qui aurait pu être avec une politique juste pendant les six dernières années au lieu de se qui s’est réellement produit comme résultat d’une politique erronée. Mais quand l’inconstance des inventions et des réalités apparaitra, ceux qu’on blâmera, ce seront les communistes indiens, comme mauvais exécutants de l’inconsistance générale - qui est avancée comme une ligne générale.

L’avant-garde du prolétariat indien est encore sur le seuil de ses grandes tâches et il a devant lui une longue route. Une série de défaites serait le révélateur non seulement de l’arriération du prolétariat et de la paysannerie, mais aussi des péchés de la direction. La principale tâche actuelle est une conception marxiste claire des forces motrices de la révolution et une perspective juste, une politique à longue portée qui rejette les formules bureaucratiques stéréotypées mais qui, dans l’accomplissement des grandes tâches révolutionnaires, s’adapte avec soin aux véritables étapes de l’éveil politique et de la croissance révolutionnaire de la classe ouvrière.

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From the day the second imperialist world war began, we were all very concerned. Not to say that the machinations of Chamberlain and his gang had enmeshed us in their glib talk about "defence of democracy." What worried the Communists, leaders and rank and file, was how to effectively harness the opportunity and create confidence in the Indian National Congress that the working class would not fall behind in the fight against imperialism and for independence.

It was increasingly evident that the top leadership in the Congress was hesitant and wavering. It was adopting dilatory tactics, and going in for negotiations with the Viceroy.

The country was seething with discontent. The Defence of India Ordinance was demoralising quite a lot of political workers in the Congress fold through its ruthless provisions. "It is no more a question of going to jail as in the Civil Disobedience days ; this time you face the gallows ! Let us not be rash, let us move with circumspection" — this was the advice freely given by responsible "leaders."

The Communists were faced with the task of breaking the spell of the Ordinance, and creating confidence in the masses. We, in Bombay, determined to give the lead, and naturally our first task was to organise a one-day political strike with the dominant section of the local working class, the textile workers, shouldering the burden.

We were faced with tremendous obstacles.

The local nationalist newspapers were crowing the imperialist tune under the direct gaze of the Press Censor. They refused to give us even a few odd lines in a remote corner of their journals for the purpose of giving the call. Legal leaflets and handbills could not be issued, as the owners of printing presses refused to risk "confiscation" by publishing our manifesto or appeal. Even the Kranti, our Marathi-weekly, and the National Front had been forced to close down because no press was prepared to print "Communist" newspapers.

The police made bando-bast to prevent processions by enforcing the requisite of a "pass" to be previously obtained from the local police station.

Our most popular comrades on the textile front, the office bearers of the Girni Kamgar Union, were bound down by "bail-conditions." They were prohibited from addressing meetings, or otherwise taking part, directly or indirectly, in the furtherance of any strike. Thus, Comrades Dange, Mirajkar, Mrs. Dange, Patkar, Bhise and Bhogle were not available to us.

The Congress Socialist Party was not ready to co-operate.

The Trade Unions would have to be left out of count in order not to deprive the workers of their legal organisations in these days of economic hardship entailed by the War.

Besides all this, the issue would be a straight political one, not permitting the use of economic grievances for rallying support. A clear anti-war call would be given, the Ordinance would be defied in action and not in mere words, and we were to be ready for the full consequences of the action.

A meeting of all Communists unanimously decided for the strike to be called on October 2. The die was cast.

Our campaign immediately started with barely three weeks in hand. With hurricane speed meetings of contacts were convened, areas divided up, and details chalked out. From the first day, the street-corner meetings were organised. All our speakers, good, bad and indifferent, were posted in different localities. Under the Red Flag gathered toiling men and women to listen to the clear analysis of the war, the repudiation of any and every compromise, the exposure of "neutrality," the reasons why the working class was forced to take the lead and point the way to the rest of the nation, a call to immediate action.

From all corners came the demand for handbills and leaflets. With great difficulty the Manifesto was printed anyhow and circulated. The Congress Ministry had distributed 1,300,000 handbills, and the Bombay Provincial Trades Union Congress had printed 120,000 before the general strike on November 7. Only ten thousand copies of the Manifesto could be printed for the strike on October 2. Further handbills were not possible to get.

Every day, after the mills closed, the working-class area hummed with activity. Cyclists with red flags went shouting by. In the night men with burning torches appeared at strategic corners and harangued the crowd. A new cadre, which had not touched the textile workers before, took street-corner and chawl meetings and gave convincing proof of the ramifications of Communists in the city. They argued and carried conviction, patiently explaining the difficulties that loomed large before the workers. In the morning as the workers went to their mills and factories, they were greeted by hand-written posters in their chawls, on the walls of buildings, on the stairs they mounted, at the gates they entered, even on the road on which they walked. Group meetings of "contacts," the gatherings of promising workers selected for their mettle in previous local strike struggles, were organised by the hundred. Everywhere the effort was to clearly understand the political implications of the strike. These contacts emerging from these "study circles" widened the net of organisation, and proved to be the pivot of the strike. They brought home the lesson that effective Trade Union work is indispensable for a party professing Marxism because that alone can supply the necessary links with the working masses and permit you to test and choose the right men. The patient work of our comrades for the last so many years in the Girni Karngai Union was yielding its result.

Four days previous to the strike the first blow was received as com. Sawant was arrested with a bundle of anti-war posters and taken to the lock-up. The comrades resolved, "We shall be more careful. We cannot afford to lose comrades like this." The campaign was further intensified on the last days but no arrest of a similar kind could be effected by the police.

The rally of workers at Delisle Road mustered only ten thousand men and a sprinkling of women workers.

"This means that the strike to-morrow will be a flop" said an interested press reporter in the hearing of our comrades.

"I beg your pardon," came the prompt reply, "what you do not see is the character of the gathering. We are working on a different basis this time. We are not relying on agitation and mass enthusiasm so much as on effective organisation. Here in this meeting there are representatives from every centre and area. The picked men, the contacts, are here. And we are confident about success to-morrow."

But the press representative went away unconvinced. He had witnessed the rally that preceded the November 7 general strike. It had reached the colossal figure of nearly a lac. This rally could not impress him.

Com. Joglekar presided at the rally. In his characteristic style, he brought the grimness of the occasion to bear on the workers since Parulekar, Joint Secretary of the All-India Trade Union Congress and a member of the Servants of India Society, spoke next. In burning words, he tore the veil that covers the propaganda by the Government. "Why should you offer your lives at the altar of this British Empire ? This is a war between two dacoits. Let them fight between themselves, Why should we, the toilers, their victims, help them ?" Comrade Ranadive made the best speech of the day. In quiet argumentative style, he posed one problem after another and demolished the bogey held up before the workers against the strike on October 2.

"We are told we shall lose a week’s wages by going on a day’s strike. But who can deny that if we do not strike on this political issue, if we do not give the call for action so that national independence may be achieved, we shall lose not a week’s wages but the wages of a whole life-time, the wages of freedom from slavery, the wages of happiness from misery, the wages of relief from stark exploitation that is our misfortune to-day, and harder chains to-morrow ? … We are not stealing the initiative from anybody. Through the strike, we assure the Congress, the Indian nation, that the working class will be solidly behind every struggle for attaining freedom, whatever the cost, however big the sacrifice demanded … We give our assurance by deeds and not only by words To-day the British lion has fallen into a pit which he dug himself. He had meant it for Soviet Russia, the land where Workers and Peasants rule. It is not our good fortune to claim that we have pushed him into the pit. But it is certainly our good fortune that he is in it. We are not going to help him to come out. The lion is telling us : "Pull me out by my tail, dear lamb, and we shall be eternal friends." But we know full well that the lion will eat us up if he is once extricated. So all we are ready to do is to push him deeper down, to cover the pit, along with him, with dust and sand, and give this vicious exploiting Empire a decent burial ...."

There was loud and long applause. "Victory to the Red Flag," "Down with Imperialist War," "Long Live Indian Independence," burst forth from every corner.

The meeting transformed itself into a procession, headed by the women with torchlights. Till late in the night, these men and women marched through streets and by-lanes carrying the message for the next day.

All night there was feverish activity. The finishing touches to the arrangements were completed by 2 a.m. And by 4 a.m. the pickets with Red Flags had already reached every mill-gate. Over and above these there were pickets posted at strategic corners and chawl-gates. Then with baited breath we waited. I turned to Comrade Bukhari and asked : "What is your estimate of success ?" A mysterious jumble of lines gathered on his forehead and with the left eye half-closed, he haltingly said : "Success — I am certain about. But numbers — I fear it may not reach even 50 per cent. of November 7. You see, the odds are too great."

I asked Comrade Vaidya the same question. He said : "The Bombay working class has never failed us. But I agree the odds are very great. No press, no handbills, no effective opposition to give momentum, no effective aid from others. They are trying to kill us by isolation, by putting us in cold storage .... Yes, yes, I believe we can draw easily about thirty thousand or so — because the issue is a straight political general strike, and the terror of the Defence of India Act is so wide毗pread in the city."

I asked a young worker lad : "What are the workers feeling ? Will there be a strike ?" He was visibly annoyed. "Have you doubts about it ? Come to my chawl and speak to the workers themselves. The worker is quite confident about the strike. We have done it before, we shall do it again." And then the momentous day arrived. All our sober calculations were smashed up by the militant working class. The Bombay textile proletariat rose to the occasion and gave a bigger and a better demonstration than November 7.

We had only one motor-lorry to give the call on the day of the strike. The loud-speaker was not available. Nor were Comrades Dange or Mirajkar available.

Police arrangements were thorough. In front of every mill-gate, at every street-corner, the police with their lathis strutted about under the direct supervision of a sergeant or a sub-inspector. In three or four places, armed policemen with rifles were present in batches of twelve and more. Four loaded police vans continuously patrolled the labour areas, going round and round, stopping before each mill-gate, exchanging greetings and going ahead.

But where were the workers ?

The slogan given was : "You need not stir out of your houses. Do not throng near mill-gates, or the police may take the excuse for a lathi-charge or more." And the order was being obeyed. The streets remained empty, especially in front of mill-gates.

Picketing was hardly needed.

At the Morarjee Mills I got mixed up with some Bhaya workers. One of them was saying : "Bhaiya, this time we must not be disgraced like last time. We are not going in at all — nowhere near the gates. They blamed us as strike-breakers. Don’t you remember the rebuke of Swamiji when he came here the other day ?" And the others — to a man — concurred.

In Madanpura, the Muslim workers seemed equally determined. "This is our strike, too. The Britisher is no friend of Islam. And we know the Red Flag stands equally for everybody."

I asked : "What is the position in your area ?"

The prompt reply came : "More than fifty per cent. of Muslim workers have obeyed the Red Flag consciously." At Worli, a dozen women workers were arguing strenuously. I overheard : "Who is going to stop me ? Come, I shall lead you in."

"No, no, you are foolish — what will you gain by going in ?"

"Are you going to lose wages for these good-for-nothings ?"

"Don’t say that — I am not coming. I am a follower of these Red Flaggers. Have you never heard Usha-tai speaking at a meeting ?"

In the end all went home. They said the children at home were better company than the inhuman machines.

We almost ran into two volunteers with Red Flags being pursued by a dozen lathi-wielding policemen under the valiant lead of an Anglo-Indian Sergeant at Foras Road. The volunteers complained that they had been assaulted, the flag torn up and now they were being bodily hustled from the area.

We asked the sergeant why he was behaving in this fashion. "I don’t want anybody lurking about here. They tried to hold a meeting in the garden next door to the Mill. Supposing they throw stones from there. I shall not permit it."

We had to sternly tell him that he was over-stepping the bounds of his duties, that he could not stop meetings like this in anticipation of stone-throwing.

"I do not care. I am the master here." And he started strutting about the place, brandishing his "stick."

A crowd had collected. We decided to report him to higher authori氟ies. We got our volunteers to resume their meeting as well as picket-posts with the flags. As we were moving away to the police station, the sergeant walked up. "Look here, mister, I did not mean any harm. The flag was accidentally torn. Honest truth. Let us treat the whole incident as closed."

And when we told him that his explanation was unsatisfactory, he said : "But I am an Indian, I was born in India, I wish to live in India. We are all brothers."

This was something new from an Anglo-Indian sergeant.

But the police tried to keep a neutral attitude in most cases. They did not take sides as on November 7.

At Worli the manager and higher staff of a mill came out and started using undue pressure on their men to get in, actually hustling some of them inside. The volunteer at the gate gave an extempore speech. In order to silence him a stone was pelted at him from inside the mill gate. It caught him in the back. The result was at once visible. Even the dozen or so who had weakened and were about to be dragged in walked away disgusted with the mill authorities. The manager made a piteous appeal, saying he was a "labour-wallah," but to no avail. In half an hour, the fifty who had previously gone in also came out and joined the strike. The mill completely closed down for the day by 9 a.m.

At Kohinoor Mills men were brought into the mills from 3 a.m. Nearly one thousand five hundred — nearly half the complement — were in by 8 a.m. But by 11.30 a.m. the whole mill came out en masse and joined the strike.

Nearly 40 mills remained completely closed from the beginning, not a single worker crossing the gate. Another 15 tried to work with depleted complements, but most of them had to give up the ghost by noon.

In the north of Bombay, where the labour areas are situated, all the colleges and the most important schools also closed down. Nearly ten thousand students came on the streets. Three meetings of students took place, and fiery speeches against War and declaring solidarity with the workers were made. It is interesting to note in this connection that these students attended the evening Kamgar Maidan meeting and the workers greeted them with "Vidyarthi-Kamgaranchi Jai."

At Girgaon, a group of hotel workers went from restaurant to restaurant with two demands : (1) one hotel-worker to join the group in propaganda ; (2) the restaurant to shut down in sympathy with the strike.

The Dharavi leather workers had joined the strike. So also a majority of the Ambarnath match factory workers. The seamen held a demonstration and meeting in sympathy. Sections of building workers laid down their tools.

Comrade Taher was first arrested for "obstruction to traffic" and released. Once again he was arrested for "stone-throwing" and bailed out for Rs.10.

Two volunteers were also arrested for "obstruction," and bailed out for varying amounts.

But the whole day passed without a single affray or "incident." The workers behaved with great restraint and earned the unstinted unanimous compliment even from the hostile local press that the strike was absolutely peaceful and no force was used at any stage.

By 9 a.m. the strike was practically complete. It totalled 89,000 workers when we approached the desk of Comrades Deshpande and Bhandarkar at the Kranti office for reports from the various centres The comrades had worked with iron discipline. The organisation functioned through the new contacts and had worked wonderfully The Phoenix Mills workers, men and women, on strike for the last six months, had done yeomen service. After the success of November 7 interested parties had maintained that the success of the general strike was due to the unholy alliance made by the Communists with Ambedkar. Ambedkar and his party have now declared for co-operation with Britain. And yet the call of the Communists had found a bigger response from workers than November 7, and in a sober and quieter mood. The strike had made a record in numbers and in the peaceful way in which it was accomplished.

As we went along to the historic Kamgar Maidan, Comrade Ranadive remarked : "For the next strike, we need only one public rally, on meetings of contacts and one handbill, and the task would be accomplished." Nobody contradicted him, so well was everybody impressed by the cool, silent and yet effective strength displayed by the workers There was no fuss, no excitement, but with quiet, determined, grim faces they had forged a huge political weapon for themselves and evolved the technique of its use.

We reached the Kamgar Maidan and a sea of heads greeted us The maidan was decked in huge Red Flags. Comrade Shahid, with his stentorian voice and wide, sweeping gestures, was casting a spell on the audience.

Comrade Guran retailed in song, in a beautifully-worded Marathi povada, the history of the Russian worker before, during and after the Revolution. Every phrase was eagerly taken in, and as he stretched the pitch of the last words, thundering applause greeted him. Comrade Tambitkar sang, and the huge multitude, transformed into a militant mood, sang with him, rocking to the tune.

Comrade Joglekar once again presided at the meeting and gave a stirring call to action. "We, the workers of Bombay, have proved to-day that we shall never be found wanting in the struggle for inde殆endence .... English statesmen shall no more fix who is our friend..... This Hitler whom they called a friend yesterday is now the worst criminal on earth .... We have nothing to do with their quarrels. We stand for a free India and are determined to achieve our indepen查ence."

Comrade Ranadive moved the main resolution of the day. In a speech which went directly to the heart of the workers he explained how the war had come about, who was involved in it and why. He said : "If Gandhiji stands pledged to non-violence, it is not understandable why he wants India to support Britain which has resorted to violence We have had a peaceful exhibition of our strength to-day, and we pledge that till the last worker is alive, we shall fight for the cause so dear to the Indian nation." He gave the history of the workers’ struggle in Bombay and India, and asked, "With what face can imperialists and foreign capitalists ask us to-day to help them ? Have they for柞otten their own misdeeds ? And what is the guarantee that the shoot枰ngs on workers, the Jallian-wallas, will not be repeated in the future ? We are not likely to give milk to the serpent who has bitten us before and whose teeth have not been drawn by us .... If the Russian worker could effect a revolution during the last World War, the Indian worker can also rise to the same heights now."

He ended up amidst cheers when he declared : "They say the war will last for three years. We have sworn to-day to resist imperialism and within the three years, we are sure of bringing it down to dust."

The resolution was read out :

"This meeting declares its solidarity with the international working class and the peoples of the world, who are being dragged into the most destructive war by the Imperialist Powers. The meeting regards the present war as a challenge to the international solidarity of the working-class, and declares that it is the common task of the workers and people of different countries to defeat this imperialist conspiracy against humanity, so that peace and goodwill is restored among the nations of the world.

"This meeting condemns the Nazi aggression against Poland, and expresses its deep sympathy with the Polish people, who have been the victims of barbarous atrocities.

"This meeting is further of opinion that the war between Nazi Germany and British Imperialism is born out of Imperialist rivalry and that British Imperialism is neither defending democracy nor the independence of nations.

"This meeting, therefore, is of opinion that loyalty to Indian freedom demands resistance to war on the part of the Indian people.

"This meeting strongly protests against the attempts of the Govern柒ent to exploit Indian resources and man-power and impose the war on India in spite of India’s declared opposition to it.

"This meeting strongly condemns the Viceregal Ordinances which virtually place the country under martial law regime and demands their immediate repeal.

"This meeting is of opinion that the full resources of the country should be utilised at this critical stage for forcing the pace of Indian democracy. This meeting, therefore, requests the coming meeting of the All-India Congress Committee to give a bold lead to the country, by throwing overboard all compromise proposals and starting a nation-洲ide war-resistance movement.

This meeting pledges itself to war resistance and declares that any other path at this critical juncture would be a crime against Indian freedom and independence."

Comrade Bukhari in his simple and forceful Urdu, seconded the resolution. He explained the task of the working class in the present epoch, dilated on the foreign policy of Soviet Russia, and appealed to the Congress to launch a country-wide struggle from which we must emerge victorious.

Comrade Parulekar was greeted by the workers as he advanced to the microphone. He said : "To-day your success has created a stir in the Assembly Chambers. Prime Minister Kher acknowledged to me that the strike has been a phenomenal success. I greet you on your strength and unity."

Comrade Indulal Yagnik, Joint Secretary of the All-India Kisan Sabha, then rose to give fraternal greetings on behalf of the A.I.K.S. and the Forward Bloc.

"I am returning from my tour of Gujerat and I bring you the admira氟ion and affection of the peasants. You know how to do things in a big way. We, the poor peasants, live in small isolated villages, but we too are copying your example. We have also started resistance against war."

The resolution was adopted amidst loud slogans of "Down with Imperialist War," "Long Live Indian Freedom."

The meeting adopted a resolution supporting the demand of workers for wage adjustment to prices.

"This meeting is firmly of opinion that the rise in prices, permitted under Government authority, is extortionate and excessive. It has entailed severe hardship on poor and middle sections of the population.

"This meeting therefore demands immediate legislation guaranteeing increase in wages with the rise in prices. This meeting further calls upon the workers of Bombay to organise a conference to create sanctions behind the above demand."

The meeting then adopted a resolution demanding from the Congress Government a fair settlement to the Phoenix Mills Strike. Comrade Laljee Pendse explained in detail the need of building up the Girni Kamgar Union into a mass union and how a sound trade union can be the basis of a sound political party. Comrade Tambitkar made an impassioned appeal for the redress of the grievances of the Phoenix Mills workers, retailed their miseries and showed how firmly they had borne the brunt of a long strike to save the Bombay working class from retrenchment and unemployment.

The Marathi version of the International was cheered to an echo and the meeting dispersed.

We were all tired out after a strenuous day. But the Kranti office carried on discussions for another two hours, evaluating the gains, measuring the next advance, wondering what the morrow would bring us.

The Bombay Strike

S. S. Batliwala

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