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Pétrole et impérialisme

dimanche 31 mai 2009, par Robert Paris

Le film : l’histoire brève du pétrole

L’histoire secrète du pétrole

Le Soudan en octobre 2004

Soudan : les rivalités impérialistes derrière la « crise du Darfour » Soutenez La Riposte : abonnez-vous à notre journal ou faites un don ! Soudan : les rivalités impérialistes derrière la « crise du Darfour »

Ces derniers mois, le sort dramatique de la population du Darfour, une province du Soudan occidental, a mobilisé une grande attention de la part des gouvernements, politiciens, journalistes et médias occidentaux. Des images terribles et des articles font état de la souffrance qui s’abat sur les darfouris , des activités meurtrières des milices janjawid armées par le régime de Khartoum, ou encore des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants désespérés qui ont été contraints d’abandonner leurs foyers et leurs terres pour chercher refuge dans le Tchad voisin ou dans des camps « humanitaires » de fortune.

Malheureusement, il n’y a rien d’exceptionnel dans ce qui se passe actuellement au Darfour. Dans l’ensemble du monde sous-développé, et particulièrement en Afrique, les famines, les déplacements massifs de population, les tortures, les viols, les pillages et les massacres sont courants. Et pourtant, il est rare que cela soit porté à l’attention du public occidental. Le type de couverture médiatique dont bénéficie la crise du Darfour - surtout en Grande Bretagne et aux Etats-Unis - est tout à fait exceptionnel.

La crise au Darfour dure depuis longtemps. Et pourtant, d’un point de vue purement pratique, on pourrait assez facilement répondre aux besoins immédiats de la population locale. Des centaines de milliers de gens sont désespérément affamés. Les nouveaux-nés, les personnes âgées et les malades meurent à un rythme alarmant. Certains comptes-rendus font état de près de 2 000 morts par jour. Pourquoi la nourriture n’arrive-t-elle pas ? Les discours sur le mauvais état des routes et les exactions des bandes armées, qui sont supposés empêcher la nourriture d’atteindre les camps, ne sont guère convaincants. Le fait est que la nourriture, l’eau, les abris et les médicaments pourraient facilement parvenir jusqu’aux camps par voie aérienne. Après tout, l’année dernière, en à peine quelques semaines, les gouvernements américain et britannique ont transporté en Irak, dans le but de l’attaquer, plus de 250 000 militaires avec tanks, véhicules, avions et toute une « logistique militaire ». Cependant, il est apparemment impossible d’acheminer quelques milliers de tonnes de fournitures au Darfour ! La vérité, dans cette affaire, c’est que l’administration américaine ne veut pas s’occuper du sort des tribus du Darfour, précisément parce qu’il s’agit d’un argument convenable pour l’imposition d’un embargo international contre le Soudan. Malgré leurs postures outragées face au « nettoyage ethnique » et au « génocide », les gouvernements occidentaux ont consacré très peu de moyens aux victimes de la famine et de la violence au Darfour.

En fait, les considérations « humanitaires » de Bush et de Blair - qui n’ont jamais hésité, comme en Irak, à infliger la souffrance et la mort pour défendre les intérêts de leurs classes capitalistes respectives - ne sont qu’un prétexte au service d’un impérialisme avide de profits et le pétrole. L’impérialisme américain, en particulier, cherche à se servir des souffrances de la population du Darfour dans le but d’obtenir un embargo commercial contre le Soudan, et ce afin de porter atteinte à l’exploitation du pétrole soudanais par ses principaux rivaux. La menace de l’embargo est essentiellement dirigée contre la Chine, la France, l’Inde et la Malaisie, qui ont tous des intérêts pétroliers au Soudan. Cette menace est aussi un moyen d’augmenter la pression sur le gouvernement soudanais et de renforcer les positions militaires et stratégiques des Etats-Unis dans cette partie du monde. Au nord-est du Soudan se trouvent la Mer Rouge et les terminaux pétroliers hautement stratégiques de la côte Ouest de l’Arabie Saoudite.

La pression intense de l’administration américaine pour l’imposition d’un embargo international contre le Soudan est une preuve suffisante du caractère totalement hypocrite de sa propagande « humanitaire ». La conséquence d’un tel embargo serait de plonger l’entière population du Soudan dans une situation similaire à celle qui existe au Darfour. Le Soudan est un pays extrêmement arriéré. Même sans les conséquences dévastatrices d’un embargo, la vaste majorité de la population est désespérément pauvre. Un embargo international ne signifierait rien d’autre que l’extension de la famine à l’ensemble du pays.

Un autre argument utilisé par l’administration américaine en faveur de sanctions économiques est l’accusation selon laquelle le gouvernement soudanais est en train de perpétrer un « génocide » au Darfour. Lors de la réunion du Conseil de Sécurité des Nations Unis qui s’est tenue début septembre, cette allégation a dominé les « débats » sur la question du Soudan. Personne n’a mentionné le problème du pétrole. Et pourtant, tous les partis en présence savaient parfaitement bien qu’il s’agissait du véritable enjeu - en particulier la délégation chinoise, qui s’est opposée avec véhémence à l’imposition d’un embargo. La délégation américaine a insisté sur l’utilisation du terme de « génocide » dans le but de renforcer l’argument en faveur d’un blocus économique, voire, à un stade ultérieur, d’une possible intervention militaire directe. Le terme « génocide » avait été utilisé de la même manière, à propos des Albanais, dans le but de justifier la guerre contre la Serbie, en 1999. A l’inverse, dans le cas du Rwanda, un pays relativement peu important pour les Etats-Unis, l’administration Clinton avait refusé de qualifier de « génocide » le carnage à grande échelle où près d’un million de Tutsis furent massacrés sans pitié. Les souffrances et la famine au Darfour ne sont que des pions sur l’échiquier du « grand jeu » des impérialistes. La lutte pour le contrôle du pétrole soudanais

En 1980, la France a acquis des droits d’exploration et d’exploitation des ressources pétrolières dans le secteur nommé « Bloc B » (actuellement le « Bloc 5 »), qui couvre une surface de 120 000 kilomètres carrés s’étendant du nord au sud du pays entre Malakal et Bor, et vers l’Est en direction de la frontière éthiopienne. Des sondages sismiques effectués par des ingénieurs français ont révélé que le bloc possède un potentiel considérable pour la production de pétrole. Actuellement, le Soudan détient les plus vastes ressources de pétrole inexploitées d’Afrique, plus vastes même que celles du Golfe de Guinée. Les exportations de pétrole représentent désormais 70% du PIB du Soudan. Cependant, en 1985, la France fut contrainte de suspendre ses activités dans cette zone en raison de la guerre qui faisait rage entre les forces armées soudanaises et l’Armée de Libération du Peuple Soudanais (APLS). Depuis longtemps, l’impérialisme français est le principal soutien occidental du régime soudanais, lui fournissant armes, chars, avions et renseignements militaires dans sa guerre contre les forces rebelles du Sud.

Dans le camp adverse, les Etats-Unis, utilisant des organisations de mercenaires et agissant par l’intermédiaire d’Etats africains voisins, ont soutenu les armées rebelles qui ont des bases en Ouganda, en Ethiopie et en Erythrée, pour affaiblir le gouvernement soudanais, empêcher Total-Fina-Elf de relancer ses opérations sur le « Bloc 5 » et peser plus lourd dans l’attribution des contrats d’exploration et d’exploitations pétrolières. Tandis qu’elle maintient la pression militaire et alimente la déstabilisation du pays, l’administration américaine veut empêcher tout autre pouvoir de mettre la main sur le pétrole soudanais. Comme nous l’avons vu, bien qu’elle ait obtenu, il y a 24 ans, des contrats pour l’exploitation et la production du pétrole soudanais, la France n’a pas été en mesure de procéder à cette exploitation en raison de la guerre dans le sud. La compagnie canadienne Talisman Energy a également subit de lourdes pressions de la part des Etats-Unis, et fait actuellement l’objet de poursuites aux Etats-Unis pour « complicité de génocide et de crimes de guerre », en référence aux opérations de Talisman au Soudan par le passé.

L’exploration pétrolière au Soudan a commencé au début des années 1960, mais les exportations de pétrole n’ont commencé qu’en 1993. Le groupe américain Chevron s’est retiré du Soudan en 1985, après y avoir investi 1,5 milliards de dollars. Chevron avait découvert du pétrole sur plusieurs sites, mais en trop petite quantité pour justifier le maintien de ses installations dans une zone de guerre. Les compagnies américaines ont quitté le Soudan avant que le véritable potentiel pétrolier du pays ne soit connu. En 1997, des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis ont rendu illégaux les investissements américains au Soudan. Depuis, la production de pétrole soudanais a atteint 500 000 barils par jour, contre 270 000 en 2003, et pourrait bien atteindre 750 000 barils par jour en 2006. Au demeurant, les profits pétroliers reviennent aux rivaux des Etats-Unis, et en particulier à la Chine.

L’émergence de la Chine comme puissance majeure sur l’arène mondiale pose un problème direct aux intérêts des impérialismes occidentaux et à l’impérialisme américain en particulier. En 2003, les importations du pétrole en Chine ont augmenté de 40% par rapport à l’année précédente. A l’heure actuelle, la Chine travaille sur environ 50 projets pétroliers et pétrochimiques majeurs au niveau international. La Chine a besoin de sécuriser ses propres ressources pétrolières. Ce besoin vital ne peut être assouvi qu’en s’attaquant à la position dominante des Etats-Unis.

Le pétrole soudanais représente 6% du total des importations chinoises de pétrole. Ce pourcentage est destiné à augmenter très rapidement, compte tenu des investissements massifs de la Chine dans l’industrie pétrolière soudanaise depuis 1990. La compagnie pétrolière nationale chinoise, la China National Petroleum Corporation (CNPC), possède 40% des actions de la Greater Nile Petroleum Operating Company (GNPOC), qui elle-même contrôle deux des plus importants gisements pétroliers dans le Haut Nil occidental, au Soudan. Vers la mi-2005, la CNPC commencera la production de pétrole dans le bassin de Melut, à l’Est du Nil. D’autres compagnies chinoises sont également impliquées dans la construction d’un pipeline long de 1400 kilomètres reliant le bassin de Melut à Port Soudan, où la Chine construit un terminal pétrolier pour l’exportation. La Chine est devenue le plus important partenaire commercial du Soudan. Il est significatif que les concessions pétrolières, dans la région du Darfour, soient toutes détenues par la CNPC.

Géographiquement, le Soudan occupe une position stratégique importante. La Chine est en train de consolider ses positions au Soudan, qui pourront alors servir de plateforme pour le commerce et le transport du pétrole entre l’Afrique Centrale, le Moyen-Orient et la Chine elle-même. Cette situation est inacceptable pour Washington, qui envisagerait même de diviser le Soudan en deux, voir en plusieurs entités séparées si cela devait s’avérer être le seul moyen d’assurer son accès aux champs pétroliers. Parmi les différents groupes qui composent les milices du sud, l’administration américaine a particulièrement favorisé ceux qui revendiquent la sécession. Un certain nombre de « missions Chrétiennes », bénéficiant d’importants soutiens financiers aux Etats-Unis, s’efforcent depuis plusieurs années d’alimenter la haine raciale contre les « Arabes ». Mais la politique de l’administration américaine ne se laisse pas influencer par des considérations religieuses. Non seulement le gouvernement américain a fourni entraînement militaire, armes et argent à l’APLS, mais il a aussi accordé son soutien au « Mouvement pour la Justice et l’Egalité » (JEM) basé au Darfour. Le JEM est lié au fondamentaliste Al Tourabi, qui a aidé Al Bachir a accéder au pouvoir en 1989. Al Tourabi fut évincé par Al Bachir en 2000, et signa un accord avec le APLS en 2001. Il est actuellement détenu par les autorités à Khartoum. Dictature, instabilité et guerres régionales

Le régime d’Al Bachir est une dictature islamique réactionnaire particulièrement vicieuse. L’histoire de ce régime est faite d’arrestations arbitraires, de coups de fouets, d’amputations, de tortures et d’exécutions. Comme le régime qui l’a précédé, la dictature actuelle est faible et instable. Elle repose essentiellement sur les élites dirigeantes musulmanes du nord et sur l’appareil répressif de l’armée et de la police.

Le Soudan est un exemple frappant de ce que les marxistes appellent le « développement combiné et inégal » des pays du Tiers-monde. Des entreprises industrielles modernes et des relations sociales correspondantes coexistent avec les formes sociales et économiques les plus primitives. Il n’existe aucune « nation soudanaise ». Dans le nord, la population majoritairement musulmane et de langue arabe est composée de différents peuples dispersés dans de vastes régions désertiques ou semi-désertiques. Dans les campagnes, les liens tribaux prédominent toujours. Même dans les villes, ces liens tribaux restent une composante majeure des relations sociales. Au sud, le Soudan s’étend vers les populations de l’Afrique « noire » qui ne sont ni musulmanes ni arabophones, et où le tribalisme repose sur une base économique et sociale encore plus primitive. Le sud a souffert d’une discrimination économique, politique et religieuse au profit de l’élite dirigeante du nord. Formellement, la charia - la loi islamique - est imposée aussi bien aux musulmans qu’aux non musulmans. Des tensions et conflits entre le nord et le sud sont récurrents dans l’histoire du Soudan, mais le début de la guerre actuelle et l’émergence de l’APLS remontent à 1983.

La classe dirigeante et l’appareil d’Etat fragile de Khartoum n’ont jamais été capables d’unifier le pays et d’affirmer leur autorité sur les peuples de cette partie extrêmement arriérée de l’Afrique. Dans les années 1980, sous la dictature de Nimeiri qui fut instaurée en 1969, l’armée soudanaise comptait seulement 50 000 hommes, pour une population d’environ 38 millions d’habitants. L’instabilité de cette dictature est résumée par le fait qu’entre 1969 et 1985, date à laquelle elle fut finalement renversée par une grève générale insurrectionnelle à Khartoum et Omdourman, on compte non moins de 25 tentatives de coup d’état, dont 18 dans les six premières années de cette période. L’une d’elle fut une tentative de la gauche, soutenue par le Parti Communiste, en juillet 1971. Mais Nimeiri survécut à ce coup et, par la suite, écrasa le PC. Initialement, le PC avait soutenu Nimeiri, en dépit de la présence des ultra-réactionnaires « Frères Musulmans » au sein du gouvernement. Les « Frères Musulmans » ont eux-mêmes tenté un coup d’Etat contre Nimeiri en juillet 1976.

Confronté à un mécontentement social grandissant à travers tout le pays, le régime de Nimeiri a tenté de provoquer des conflits inter-ethniques au Darfour et dans le sud en imposant un découpage « tribal » du territoire. Le sud a également été déstabilisé par l’arrivée de quelques 30 000 réfugiés armés fuyant l’Ouganda, suite à la chute d’Idi Amin. Dans l’armée soudanaise, l’agitation grandissait, surtout parmi les troupes originaires du Sud. Nimeiri lança une vague d’arrestations contre les dirigeants de l’opposition sudiste en janvier 1983, et les troupes rebelles stationnées à Bora se virent ordonner de quitter le sud pour être remplacées par des troupes pro-gouvernementales en provenance du nord. Quand elles refusèrent de partir, Nimeiri ordonna aux troupes loyales d’écraser les mutins. En conséquence, les mutineries et les désertions massives se répandirent dans pratiquement toutes les garnisons du sud, aboutissant à la création de l’APLS sous la direction du colonel John Garang.

Un an après la grève générale de 1985, des élections législatives furent organisées et le gouvernement de Sadiq Al Mahdi fut formé. La guerre dans le sud continuait. Sadiq Al Mahdi avait promis de réviser l’imposition de la charia , mais il ne l’a pas fait. L’APLS a pris la ville de Bor dans le sud. En 1989, le gouvernement fut finalement renversé par le coup d’Etat mené par Al Bachir, qui est resté au pouvoir depuis.

Comme Nimeiri avant lui, Al Bachir a tenté de consolider sa position dans le nord grâce à une politique « d’arabisation » et « d’islamisation » du sud. Mais ce programme ne peut jamais aboutir dans les faits. Les peuples du sud n’accepteront jamais l’imposition de la charia , et le gouvernement de Khartoum est bien trop faible pour battre militairement les forces sudistes. En même temps, L’APLS s’est montrée incapable de prendre Khartoum au cours de 20 ans de guerre pendant lesquels quelques 2 millions de personnes ont perdu la vie. Les termes de « l’accord de paix »

Sous la pression de Washington, un accord sur la guerre dans le sud a finalement été signé début 2004, sur la base du « Protocole de Machakos ». Il prévoit une division des ressources pétrolières entre le gouvernement de Khartoum et une « administration autonome » dans le sud, avec la promesse d’un référendum sur l’indépendance du sud après une période de transition de six ans. Si cet accord était appliqué, cela signifierait que le sud « autonome », bien que nominalement sous l’autorité de l’aile politique de l’APLS, deviendrait en fait un Etat pétrolier satellite de l’impérialisme américain. Ce marché signifie effectivement la marginalisation de la France et la mainmise des compagnies américaines sur une majeure partie des réserves de pétrole connues. Cependant, les stratèges américains ne se contentent pas de cela, et font pression désormais pour acquérir toujours plus de contrôle territorial, notamment sur les trois provinces du centre du Soudan.

Seul le contrôle total du Soudan peut satisfaire les appétits des corporations pétrolières et des stratèges militaires américains. Leur véritable but est d’obtenir un « changement de régime ». Par le moyen de harcèlements politiques et économiques et en apportant son soutien à tout groupe armé prêt à combattre le gouvernement de Khartoum, l’impérialisme américain espère déstabiliser et finalement renverser le régime actuel. L’installation d’un régime au service des intérêts américains ouvrirait les vastes réserves pétrolières du Soudan aux compagnies américaines, au détriment de leurs rivaux. L’Angleterre, la Norvège et l’Italie soutiennent la stratégie américaine, dans l’espoir de se voir attribuer une part du butin à un stade ultérieur. Tony Blair a déclaré qu’il était prêt à envoyer 5 000 hommes au Soudan. Bien sur, tout cela est officiellement dans l’intérêt de « l’aide humanitaire » et du « maintient de la paix ». Il en est toujours ainsi lorsque des grands pouvoirs se préparent au pillage et à la guerre !

C’est dans le contexte de la guerre entre le nord et le sud, conjugué avec les conséquences désastreuses de la famine et de la sécheresse, que le dernier conflit armé au Darfour a éclaté. Deux mouvements armés distincts sont engagés dans la lutte contre le gouvernement de Khartoum. L’Armée de Libération Soudanaise (ALS) s’est alliée à l’APLS dans le sud. L’administration américaine a contribué au financement et à l’armement de cette organisation. Il y a aussi le JEM, lié à Al Tourabi, qui a également bénéficié de l’appui des Etats-Unis, en dépit du fait qu’il soit dirigé par des Al Tourabi a publiquement soutenu Ben Laden et a applaudi les attaques contre le World Trade Center en 2001. Al Bachir a armé et financé les soi-disant milices janjawid qui ont mené, avec l’aide des troupes régulières, des attaques meurtrières contre des villages suspectés de sympathie envers l’ALS ou le JEM, saisissant les terres, les récoltes et les stocks de vivres. Les attaques janjawid ont été fréquemment précédées de raids aériens des forces armées. Par exemple, pendant l’été 2003, l’aviation gouvernementale a bombardé plusieurs fois les villes d’Al Tina, Kornoy et Kutum dans le nord du Darfour. Kutum fut bombardé trois jours après le retrait de l’opposition armée. La résolution 1556, adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU, qui menace le gouvernement soudanais de sanctions si les milices janjawid ne sont pas désarmées, n’a rien résolue. Al Bachir a simplement renforcé les forces de sécurité dans la zone et incorporé une partie des janjawid dans ces mêmes forces.

Les régimes du Tchad et de la Libye ont aussi des intérêts à défendre au Darfour. Le territoire des Zaghawa s’étend des deux côtés de la frontière entre le Soudan et le Tchad, et c’est ce groupe ethnique qui constitue le socle de la dictature d’Idriss Deby au Tchad. Il en était de même pour la dictature précédente d’Hissène Habré. Les événements du Darfour ont donc une incidence directe sur le destin du régime tchadien. Le régime libyen, qui est en conflit avec le Tchad au sujet de leur frontière commune, est impliqué dans les conflits du Darfour, où il tente de saper les bases d’Idriss Deby.

La diplomatie française souhaiterait un accord de paix au Soudan qui permettrait à la France d’exploiter les champs pétroliers du « Block 5 », mais elle comprend que les bases des négociations actuelles signifient la fin de toute perspective de développement ultérieur pour la France dans le pays, compte tenu de la place prépondérante qui reviendrait aux Etats-Unis dans le sud et de l’influence grandissante de la Chine dans la région. Les événements du Darfour, comme c’est le cas de bien d’autres conflits armés en Afrique, sont une expression, entre autres, de la rivalité qui oppose l’impérialisme américain et l’impérialisme français sur ce continent, où la France a déjà perdu beaucoup de terrain.

Fondamentalement, la politique des Etats-Unis envers le Soudan est similaire à celle qu’ils ont mené contre la Libye et à leur politique d’avant-guerre vis-à-vis de l’Irak. Elle consiste dans l’utilisation de sanctions économiques et de harcèlements militaires, assortis de la promesse de la levée des sanctions - ou, au contraire, d’un embargo économique total, voire d’une intervention militaire directe, selon le comportement de sa victime. La faiblesse du régime soudanais le rend incapable de résister indéfiniment à ce type de brutalité impérialiste. Al Bachir a tenté de satisfaire les exigences de Washington, comme le montre les termes généreux du protocole de Machakos, qui place un tiers du pays sous le contrôle des Etats-Unis. Traduit dans le langage hypocrite de la diplomatie internationale, le sud du Soudan doit être placé « sous l’égide des Etats-Unis » dans le cadre d’une « attention internationale soutenue » qui serait nécessaire pour « garantir la paix ». Mais alors, comme se fut le cas avec Saddam Hussein et les fameuses « inspections » de l’ONU, de nouvelles concessions toujours plus contraignantes sont exigées. Comme avec la Libye, les stratèges de l’impérialisme américain seraient prêts à lever les sanctions, mais seulement s’ils peuvent mettre la main sur les ressources et les infrastructures pétrolières soudanaises.

Compte tenu du positionnement de la Chine, qui a tiré avantage de l’impasse du conflit entre la France et les Etats-Unis afin de s’assurer une position solide sur les champs pétroliers soudanais, les objectifs américains ne pourront être atteints que par le renversement complet du gouvernement d’Al Bachir et l’installation d’un régime au service des intérêts des Etats-Unis. La tentative de coup d’Etat du 24 septembre 2004 fut le fait d’éléments proches d’Al Tourabi et du JEM. Même si ce coup avait rencontré un début de succès, il est peu probable qu’Al Tourabi aurait pu conserver le pouvoir, étant donnée son impopularité dans la capitale. L’administration américaine ne l’aurait pas soutenu non plus en raison de ses liens trop évidents avec Ben Laden et sa réputation de dirigeant fondamentaliste. Pour l’heure, Washington se borne à encourager les attaques du JEM au Darfour, afin de créer des difficultés au régime actuel. Mais le soutien américain au JEM ne pourra aller plus loin que cela.

A l’heure actuelle, les services secrets américains tentent de recruter des complices dans les hautes sphères de l’armée et préparent aux Etats-Unis une équipe d’agents civils corrompus d’origine soudanaise. Etant donné l’enlisement des forces américaines en Irak, il semble improbable que les Etats-Unis puissent dans l’immédiat organiser une intervention militaire de grande échelle au Soudan. Cependant, selon toute probabilité, l’administration américaine va travailler à faire tomber le régime de l’intérieur, et pressera alors l’ONU d’envoyer « une force de maintien de la paix » pour fournir un soutien militaire à un gouvernement « intérimaire » fantoche. En attendant, le Darfour sera maintenu en état d’ébullition, ce qui fournira une justification commode pour l’imposition de sanctions contre le Soudan et pour le renforcement des troupes étrangères dans cette région. La « ruée vers l’Afrique » des grandes puissances se poursuit, et les peuples du Soudan et du reste du continent continuent à en payer le prix par la famine, la maladie et la mort.

Greg Oxley Layla Koureychi

Le Mexique et l’impérialisme britannique

Article écrit par Léon Trotsky en 1938, après la nationalisation du pétrole menée à bien par le gouvernement de Lázaro Cárdenas. Dans ce texte, il marque les critères de base de la position que doivent avoir les révolutionnaires face à des mesures de ce type adoptées par des gouvernements bourgeois.

Le texte a été repris de http://www.marxistsfr.cjb.net/

La campagne internationale que les milieux impérialistes mènent contre l’expropriation des entreprises pétrolières au Mexique par le gouvernement mexicain a été marquée par tous les traits des bacchanales de la propagande impérialisme, combinant l’impudence, l’hypocrisie et la spéculation sur l’ignorance avec l’assurance arrogante de l’impunité. Le signal de cette campagne a été donné par le gouvernement britannique quand il a décidé de boycotter le pétrole mexicain. Le boycottage, on le sait, implique toujours l’auto-boycottage qui s’accompagne donc de grands sacrifices de la part de celui qui boycotte. Jusqu’à récemment, la Grande-Bretagne était le plus gros consommateur de pétrole mexicain, pas par sympathie pour le peuple mexicain, naturellement, mais en fonction des avantages qu’elle y trouvait. En Grande-Bretagne, le principal consommateur de pétrole est l’Etat, avec sa marine gigantesque et une aviation qui grandit rapidement. Un boycottage du pétrole mexicain par le gouvernement britannique signifie donc un boycottage simultané non seulement de l’industrie britannique, mais de sa défense nationale. Le gouvernement de M. Chamberlain a manifesté avec son habituelle franchise que les profits des brigands impérialistes passaient avant les intérêts même de l’État. Les classes opprimées et les peuples opprimés doivent enregistrer profondément cette conclusion fondamentale.

Aussi bien chronologiquement que politiquement, le soulèvement du général Cedillo, est sorti de la politique de Chamberlain. La doctrine Monroe interdit à l’amirauté britannique d’appliquer un blocus militaire naval de la côte du Mexique. Il leur faut agir par l’intermédiaire d’agents à l’intérieur, qui, il est vrai, n’arborent pas ouvertement le drapeau anglais, mais servent pourtant les mêmes intérêts que Chamberlain - les intérêts d’une clique de magnats du pétrole. Dans le Livre Blanc publié par la diplomatie britannique il y a seulement quelques jours, nous pouvons être certains qu’il n’est pas question des négociations de ses agents avec le général Cedillo. La diplomatie impérialiste mène ses affaires les plus importantes sous le couvert du secret.

Afin de discréditer l’expropriation aux yeux de l’opinion publique bourgeoise, on la présente comme une mesure « communiste ». L’ignorance historique se combine ici avec la tromperie délibérée. Le Mexique semi-colonial est en train de lutter pour son indépendance nationale, politique et économique. C’est là la signification fondamentale de la révolution mexicaine à cette étape. Les magnats du pétrole ne sont pas des capitalistes de base, ils ne sont pas de la bourgeoisie ordinaire. S’étant emparés des ressources naturelles les plus riches d’un pays étranger, campés sur leurs milliards et soutenus par les forces militaires et diplomatiques de leur métropole, ils s’efforcent d’établir dans le pays soumis un régime de féodalisme impérialiste, leur subordonnant législation, jurisprudence et administration. Dans ces conditions, l’expropriation est l’unique moyen efficace de sauvegarder l’indépendance nationale et les conditions élémentaires de la démocratie.

La décision que prendra le développement ultérieur du Mexique dépend de façon décisive de facteurs de caractère international. Mais c’est une question pour l’avenir. La révolution mexicaine est en train de réaliser le même travail qu’ont réalisé, par exemple, les Etats-Unis d’Amérique en trois quarts du siècle dernier, en commençant par la guerre révolutionnaire pour l’Indépendance et en terminant par la guerre civile pour l’abolition de l’esclavage et l’unification nationale. Le gouvernement britannique a tout fait, à la fin du XVIII° siècle, non seulement pour maintenir les Etats-Unis dans un statut de colonie, mais, plus tard, dans les années de guerre civile, il a soutenu les négriers du Sud contre les abolitionnistes du Nord, essayant au compte de ses intérêts impérialistes de précipiter la jeune république dans l’arriération économique et la désunion nationale.

Aux Chamberlain de cette époque aussi l’expropriation des propriétaires d’esclaves semblait une mesure « bolchevique » diabolique. En réalité, la tâche historique des Nordistes consistait à déblayer le terrain pour un développement démocratique indépendant de la société bourgeoise. C’est cette tâche précisément qu’est en train de résoudre à cette étape le gouvernement du Mexique. Le général Càrdenas prend place parmi les hommes d’Etat qui ont accompli un travail comparable à celui de Washington, Jefferson, Abraham Lincoln et du général Grant. Et ce n’est bien entendu pas un hasard si, dans ce cas également, le gouvernement britannique se trouve de l’autre côté de la tranchée de l’Histoire. La presse mondiale, en particulier la presse française, aussi absurde que cela puisse paraître, continue à introduire systématiquement mon nom dans la question de l’expropriation de l’industrie du pétrole. Si j’ai déjà une fois réfuté ce mensonge tout de suite, ce n’est pas du tout que je craigne « les responsabilités », comme l’a insinué un agent bavard du G.P.U. Au contraire, je considérerais comme un honneur de porter même une part de responsabilité pour la mesure courageuse et progressiste prise par le gouvernement mexicain. Mais je n’ai pas pour cela la moindre base. J’ai d’abord appris dans la presse le décret d’expropriation. Mais, naturellement, ce n’est pas la question. En lançant mon nom, on poursuit un double objectif. D’abord, les organisateurs de cette campagne cherchent à donner à l’expropriation une coloration « bolchevique ». Deuxièmement, ils essaient de porter un coup à l’amour-propre national du Mexique. Les impérialistes essaient de présenter l’affaire comme si les hommes d’Etat du Mexique étaient incapables de déterminer leur propre voie. Quelle misérable et ignoble psychologie héréditaire de négriers ! C’est précisément parce que le Mexique appartient aujourd’hui encore à ces nations arriérées qui sont obligées aujourd’hui de lutter pour leur indépendance qu’il est apparu plus d’audace de pensée chez ses hommes d’Etat qu’il n’en a été donné aux reliquats d’un grand passé. Nous avons plus d’une fois été témoins dans l’histoire de phénomènes semblables !

L’hebdomadaire français Marianne, organe bien connu du Front populaire français, affirme même que, dans la question du pétrole, le gouvernement du général Cárdenas agit non seulement d’accord avec Trotsky mais aussi... dans l’intérêt de Hitler. Il s’agit, voyez-vous, de priver du pétrole, en cas de guerre, les « démocraties » au grand cœur et, en sens inverse, de ravitailler l’Allemagne et les nations fascistes. Ce n’est pas d’un iota plus intelligent que les procès de Moscou. L’humanité apprend, non sans étonnement, que la Grande-Bretagne est privée de pétrole mexicain à cause de la mauvaise volonté du général Cárdenas et pas du fait de l’auto-boycottage de Chamberlain. Mais, alors, les « démocraties » possèdent un moyen simple de paralyser le complot « fasciste » : qu’elles achètent du pétrole mexicain, encore du pétrole mexicain, toujours du pétrole mexicain ! Toute personne honnête et sensée ne doute absolument pas que, si le Mexique devait se trouver obligé de vendre son or liquide aux pays fascistes, la responsabilité en incomberait entièrement et complètement aux gouvernements des « démocraties » impérialistes.

Dans le dos de Marianne et des gens de son acabit, il y a les souffleurs de Moscou. Au premier coup d’œil cela paraît absurde puisque d’autres souffleurs de la même école se servent de livrets diamétricalement opposés. Mais tout le secret consiste cri ce que les amis du G.P.U. adaptent leurs idées en fonction des degrés géographiques de latitude et de longitude. Si certains d’entre eux promettent de soutenir le Mexique, d’autres peignent le général Cárdenas comme un allié de Hitler. De ce dernier point de vue, il faudrait considérer le soulèvement pétrolier de Cadillo, semble-t-il, comme une lutte dans l’intérêt de la démocratie mondiale.

Abandonnons pourtant les pitres et les intrigants à leur sort. Ce n’est pas à eux que nous pensons, mais aux ouvriers ayant une conscience de classe, dans le monde entier. Sans succomber aux illusions et sans crainte de la calomnie, les ouvriers avancés soutiendront totalement le peuple mexicain dans sa lutte contre les impérialistes. L’expropriation du pétrole, ce n’est ni du socialisme, ni du communisme. Mais c’est une mesure hautement progressiste d’auto-défense nationale. Marx, bien sûr, ne considérait pas Abraham Lincoln comme un communiste ; mais cela ne l’empêchait pas de nourrir la plus profonde sympathie pour la lutte que Lincoln dirigeait. La Ière Internationale envoya au président de la guerre civile un message de salut et Lincoln, dans sa réponse, apprécia hautement ce soutien moral.

Le prolétariat international n’a aucune raison d’identifier son programme avec le programme du gouvernement mexicain. Les révolutionnaires n’ont nul besoin de changer de couleur, de s’adapter et de jouer les flatteurs à la manière de l’école du G.P.U. de ces courtisans qui, au moment du danger vont vendre et trahir le camp le plus faible. Sans abandonner sa propre identité, chaque organisation ouvrière honnête dans le monde entier, et avant tout la Grande-Bretagne, a le devoir de prendre une position intransigeante face aux brigands impérialistes, leur diplomatie, leur presse et leurs mercenaires fascistes. La cause du Mexique, comme la cause de l’Espagne, comme la cause de la Chine, est la cause de la classe ouvrière internationale. La lutte autour du pétrole mexicain n’est qu’une des escarmouches de la ligne avancée des batailles à venir entre les oppresseurs et les opprimés.

le 5 juin 1938

TOTALitarisme en Birmanie

En septembre dernier, les manifestations menées par les moines bouddhistes et des jeunes birmans ont été fortement réprimées par la junte militaire au pouvoir. Ces événements sont comparables au mouvement de 1988 qui avaient tenté de renverser la dictature militaire. Mais celle-ci est aujourd’hui en place depuis 45 ans et laisse la grande majorité de la population birmane dans une misère immense et ce avec l’assentiment des pays impérialistes et notamment de la France. Une violente répression des manifestations Les premières manifestations en Birmanie ont démarré au mois d’août pour protester contre les augmentations des prix de pétrole et de gaz. En effet, le junte militaire venait de décider de manière arbitraire, les augmentations du prix de l’essence de 66% (alors qu’il avait déjà augmenté de 500% en octobre 2006), du prix du diesel de 100% et de celui du gaz comprimé de 535%. En quelques semaines, les manifestations et rassemblements organisés par de jeunes moines bouddhistes, au départ isolés et dispersés, ont reçu le soutien de la population. Ils se sont développés et se sont transformés en un véritable mouvement d’opposition et de protestation contre la junte militaire au pouvoir. Le 24 septembre 2007, 100 000 personnes ont manifesté à Rangoon, la capitale birmane. Face à l’ampleur de ce mouvement et afin d’éviter qu’il puisse remettre en question le régime militaire, les généraux n’ont pas hésité à envoyer l’armée pour réprimer fortement les manifestants. Après les premières grosses manifestations, Rangoon était complètement quadrillée et bloquée par la police. Des milices militaires circulaient toute la journée dans la ville pour répéter l’illégalité des manifestations et l’interdiction de tout rassemblement supérieur à 5 personnes. Lorsque que de nouveaux rassemblements ont eu lieu, les militaires n’ont pas hésité à faire directement feux sur les manifestants (faisant des dizaines de morts) et à arrêter des milliers de personnes dont on est sans nouvelle encore aujourd’hui. Une dictature militaire cautionnée par les impérialistes. Face à une telle violence les pays de l’ONU ont été forcés de réagir et plusieurs déclarations ont été faites condamnant les actes de la junte, mais c’est avec l’appui de certains de ces pays que la dictature militaire est en place en Birmanie. Alors que le pays détient de grandes richesses naturelles (réserves de gaz) c’est aujourd’hui l’un des états les plus pauvres du monde. La très grande majorité de la population vit dans une misère énorme et 9 personnes sur 10 gagnent l’équivalent de 70 centimes par jour. A côté de cela, les généraux se sont offerts une capitale bunker dont les coûts auraient absorbé entre 1 et 2 % du PIB ces dernières années. Au niveau du budget, la santé reçoit 0.5% des dépenses budgétaires alors que la défense en reçoit 35%. L’armée est composée de plus de 400 000 hommes et continue de se développer en multipliant les achats d’armes auprès de la Chine et de la Russie (artillerie, tanks) et de l’Inde (hélicoptères de technologie supérieure). Pour l’économie chinoise, le pétrole et le gaz birmans sont vitaux et c’est pour cela que la Chine doit entretenir de bonnes relations avec la junte au pouvoir. Total allié de la junte Suite à la violente répression des manifestations, Sarkozy appelait le 26 septembre dernier les investisseurs "Total par exemple" à "faire preuve de la plus grande retenue" quant aux investissements en Birmanie et demandait à ce qu’il n’y en ait pas de nouveaux. Mais cette déclaration fait preuve de la plus grande hypocrisie. TOTAL extrait 17.4 millions de mètres cubes de gaz naturel par jour de ses puits birmans selon son site internet. La multinationale a utilisé à son profit l’esclavagisme pratiqué par la junte militaire birmane, sans aucune retombée économique pour la population. Ses investissements ont contribué à enrichir et renforcer la dictature au pouvoir. En 92, Total signait un contrat d’exploitation gazière. Le groupe français a investi 1.2 milliard de dollars dans la construction du gazoduc Yanada reliant le champ gazier du même nom à la Thaïlande et en détient 31.24% des actions. C’est pour cet investissement très controversé que Bernard Kouchner aura rédigé en 2003 un rapport qui dédouane la compagnie pétrolière française face aux accusations de complicité de crime contre l’humanité (rapport, financé par Total, du "BK Conseil", la mégalomanie n’a pas de limites même quand il s’agit de la souffrance du peuple birman). Pour justifier ses activités le groupe pétrolier affirme qu’il ne faut pas isoler cette dictature. Total dit n’avoir aucunement l’intention de quitter le pays, jugeant qu’un retrait forcé ne conduirait qu’au remplacement de Total par d’autres sociétés. En juillet 1996, Aung San Suu Kyi (dirigeante oppositionnelle de la National League for Democracy) déclarait que "la firme Total est devenue le principal soutien du régime birman". La situation est donc très complexe et difficile pour la population birmane qui vit dans une très grande misère. Les luttes de 1988 ou celle de 2007 n’ont pas réussi à renverser le régime dictatorial en place. Mais d’ailleurs, est ce que la lutte pour la " démocratie " et de " simples " manifestations peuvent suffire à renverser une telle dictature. ? D’autant plus si les ressources naturelles restent aux mains de multinationales comme Total qui reste un des premiers piliers du régime. La tâche pour saper les bases de la dictature des généraux se trouvent autant en Birmanie qu’en France. Les discussions entre les différents pays impérialistes au sujet de la Birmanie n’ont pas lieu dans le but d’améliorer les conditions de vie du peuple birman mais dans celui de contrôler au mieux les ressources naturelles et les richesses de cette région. Pour changer réellement les choses, loin des déclarations de l’ONU, les jeunes et les travailleurs birmans ne devront compter que sur leurs propres luttes, leurs organisations ainsi que sur la solidarité avec les travailleurs d’autres pays.

Lise de Luca

L’Egalité n°128, novembre-décembre 2007

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