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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Une des plus importantes r&#233;volte d'esclaves noirs, l'insurrection oubli&#233;e de Sao Tom&#233; en 1595</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Esclaves Slaves</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>

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&lt;p&gt;Une des plus importantes r&#233;volte d'esclaves noirs, l'insurrection oubli&#233;e de Sao Tom&#233; en 1595 &lt;br class='autobr' /&gt;
S&#227;o Tom&#233; et sa petite &#238;le s&#339;ur Pr&#237;ncipe auraient &#233;t&#233; inhabit&#233;es lorsque certains explorateurs portugais sont arriv&#233;s vers 1470 CE. La premi&#232;re colonie r&#233;ussie de S&#227;o Tom&#233; a &#233;t&#233; &#233;tablie en 1493 par &#193;lvaro Caminha, qui a re&#231;u la terre sous forme de concession du roi portugais. Pr&#237;ncipe fut colonis&#233; en 1500 selon un arrangement similaire. Attirer des colons s'est av&#233;r&#233; difficile en raison de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Esclaves Slaves&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une des plus importantes r&#233;volte d'esclaves noirs, l'insurrection oubli&#233;e de Sao Tom&#233; en 1595&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S&#227;o Tom&#233; et sa petite &#238;le s&#339;ur Pr&#237;ncipe auraient &#233;t&#233; inhabit&#233;es lorsque certains explorateurs portugais sont arriv&#233;s vers 1470 CE. La premi&#232;re colonie r&#233;ussie de S&#227;o Tom&#233; a &#233;t&#233; &#233;tablie en 1493 par &#193;lvaro Caminha, qui a re&#231;u la terre sous forme de concession du roi portugais. Pr&#237;ncipe fut colonis&#233; en 1500 selon un arrangement similaire. Attirer des colons s'est av&#233;r&#233; difficile en raison de l'&#233;loignement et de la chaleur quasi-&#233;quatoriale des &#238;les, et la plupart des premiers habitants &#233;taient des &#171; ind&#233;sirables &#187; envoy&#233;s du Portugal, notamment des condamn&#233;s et des Juifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les colons ont trouv&#233; le sol volcanique de la r&#233;gion propice &#224; l'agriculture, notamment &#224; la culture du sucre. Mais la culture du sucre n&#233;cessitait beaucoup de main d'&#339;uvre, c'est pourquoi les Portugais commenc&#232;rent &#224; importer un grand nombre d'esclaves africains du continent, principalement de la Gold Coast, du delta du Niger et du royaume du Kongo.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1515, l'introduction d'un moulin &#224; eau conduisit bient&#244;t &#224; la culture massive du sucre. En 1517, un administrateur local rapportait au roi que &#171; les champs s'agrandissent et les sucreries aussi&#8230; Et les cannes [&#224; sucre] sont les plus grosses que j'aie jamais vues de ma vie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les premi&#232;res ann&#233;es, les conditions d'esclavage sur l'&#238;le semblaient relativement d&#233;tendues. Par exemple, en 1515, un d&#233;cret royal accorda l'affranchissement aux &#233;pouses africaines de colons blancs et &#224; leurs enfants m&#233;tis ; en 1520, une charte royale autorisait les mul&#226;tres propri&#233;taires, mari&#233;s et libres &#224; occuper des fonctions publiques. Mais suite &#224; l'introduction du syst&#232;me des grandes plantations, les conditions d'esclavage se sont durcies. De plus en plus d'esclaves ont commenc&#233; &#224; s'enfuir vers les montagnes, o&#249; ils ont d&#233;velopp&#233; de petites communaut&#233;s connues sous le nom de macambos , dont beaucoup &#233;taient confront&#233;s &#224; la famine. Tout au long du XVIe si&#232;cle, nous dit English-WP , il y eut de fr&#233;quents affrontements entre les habitants des macambos et les propri&#233;taires des plantations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite ceci :&lt;br class='autobr' /&gt;
La plus grande r&#233;volte d'esclaves eut lieu en juillet 1595, lorsque le gouvernement fut affaibli par des conflits entre l'&#233;v&#234;que et le gouverneur. Un esclave indig&#232;ne nomm&#233; Amador a recrut&#233; 5 000 esclaves pour attaquer et d&#233;truire les plantations, les sucreries et les maisons des colons. La r&#233;bellion d'Amador a effectu&#233; trois raids sur la ville et d&#233;truit 60 des 85 sucreries de l'&#238;le, mais a &#233;t&#233; vaincue par la milice au bout de trois semaines. Deux cents esclaves ont &#233;t&#233; tu&#233;s au combat, Amador et les autres chefs rebelles ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s, tandis que le reste des esclaves a &#233;t&#233; amnisti&#233; et renvoy&#233; dans leurs plantations. Ainsi prit fin l'un des plus grands soul&#232;vements d'esclaves de l'&#233;poque. De plus petites r&#233;bellions d'esclaves ont suivi aux XVIIe et XVIIIe si&#232;cles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle, les plantations sucri&#232;res de S&#227;o Tom&#233; commen&#231;aient &#224; faire face &#224; une concurrence massivement accrue de la part des plantations sucri&#232;res (&#233;galement d&#233;pendantes de l'esclavage) construites par les Anglais, les Espagnols et d'autres b&#226;tisseurs d'empire occidentaux dans les Cara&#239;bes. Tom&#233; diminu&#233;. Au milieu du XVIIe si&#232;cle, l'&#238;le &#233;tait devenue avant tout un point de transit pour les navires engag&#233;s dans la traite n&#233;gri&#232;re entre l'Afrique continentale et les Am&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://justworldnews-org.translate.goog/2021/03/16/1595-sao-tome-slave-rebellion-anglo-spanish-battles-ottoman-succession-shakespeare/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://justworldnews-org.translate.goog/2021/03/16/1595-sao-tome-slave-rebellion-anglo-spanish-battles-ottoman-succession-shakespeare/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte d'Amador, du nom de l'esclave qui l'a dirig&#233;e, est la tentative de r&#233;bellion la plus importante jamais survenue sur l'&#238;le de S&#227;o Tom&#233;. La r&#233;volte des esclaves de l'&#238;le commen&#231;a le 9 juillet 1595. Le chef de cette r&#233;volte fut d&#232;s le d&#233;but un esclave noir nomm&#233; Amador (qui appartenait &#224; Bernardo Vieira).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier groupe de rebelles, compos&#233; d'environ 200 personnes, a attaqu&#233; l'&#233;glise de Santa Trindade, une paroisse situ&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur de la ville, o&#249; ils ont tu&#233; quelques blancs qui se trouvaient dans l'&#233;glise en attendant la messe. Dans les jours qui ont suivi ce premier &#233;v&#233;nement, la r&#233;volte Le mouvement s'est propag&#233; et de nombreuses sucreries et fermes dans les r&#233;gions de Dalengue, Uba Ubundo et Praia Preta ont &#233;t&#233; incendi&#233;es par les &#233;meutiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 11 juillet 1595, les rebelles attaqu&#232;rent la ville, o&#249; eut lieu, dans le vieux march&#233;, une bataille ind&#233;cise avec les Portugais. Le lendemain, ils ont incendi&#233; des sucreries et d'autres fermes dans les r&#233;gions d'&#193;gua, Sab&#227;o et Dalhmanhe. Le nombre de rebelles n'a cess&#233; d'augmenter. Les sources font &#233;tat d'environ 2.000 personnes dans leurs rangs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 14 juillet, une grande bataille eut lieu pr&#232;s de la ville, qui se termina par le retrait des rebelles, qui furent vaincus et subirent de lourdes pertes. Selon des sources, sur 800 rebelles attaquants, plus de 300 ont &#233;t&#233; tu&#233;s. Malgr&#233; cette lourde d&#233;faite, les rebelles ne se sont pas rendus vaincus. Ils divisent leurs forces et tentent d'attaquer la ville de plusieurs c&#244;t&#233;s. Mais cette tentative &#233;choua &#233;galement, ce qui entra&#238;na une intervention des Portugais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les rebelles ont cependant continu&#233; &#224; maintenir la ville assi&#233;g&#233;e. Le 23 juillet, les Portugais tentent une &#233;vasion pour lever le si&#232;ge. Cette action a provoqu&#233; une vive r&#233;action de la part des rebelles, qui ont tent&#233; dans les jours qui ont suivi la conqu&#234;te d&#233;finitive de la ville. La bataille qui d&#233;cida du sort de la r&#233;bellion commen&#231;a &#224; l'aube du 28 juillet 1595, lorsque 5 000 rebelles prirent la ville d'assaut.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'attaque a dur&#233; environ quatre heures. Les assaillants, qui &#233;taient en nombre sup&#233;rieur aux d&#233;fenseurs, furent cependant repouss&#233;s par l'artillerie et les tranch&#233;es que les Portugais avaient construites entre-temps. Selon des documents, les rebelles ont perdu entre 200 et 500 hommes lors des affrontements. Mais la chose la plus importante qu'ils ont perdue, c'est la conviction de pouvoir poursuivre la r&#233;volte avec succ&#232;s. D&#232;s le lendemain, les premi&#232;res d&#233;fections se produisent dans les rangs des rebelles. En peu de temps, environ 4 000 rebelles ont demand&#233; pardon, ne laissant derri&#232;re eux que le chef de la r&#233;volte, Amador, avec quelques irr&#233;ductibles. Il se r&#233;fugie dans la for&#234;t, mais est captur&#233; &#224; la mi-ao&#251;t puis tu&#233;. La r&#233;volte a d&#233;vast&#233; l'&#233;conomie de l'&#238;le. Il semble qu'au total, environ 60 sucreries aient &#233;t&#233; d&#233;truit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-colonialvoyage-com.translate.goog/revolt-slaves-sao-tome-1595/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-colonialvoyage-com.translate.goog/revolt-slaves-sao-tome-1595/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur S&#227;o Tom&#233;-et-Principe, tous les 4 janvier sont ch&#244;m&#233;s depuis 2005. Ce jour-l&#224;, le pays honore la m&#233;moire d'Amador Vieira, qui prit la t&#234;te d'une r&#233;volte d'esclaves en 1595 et se donna le titre de &#171; Roi Amador &#187; avant d'&#234;tre sauvagement ex&#233;cut&#233; par les colons. Si celui-ci appara&#238;t sur les billets de 5 000 dobras et si une statue en sa m&#233;moire a &#233;t&#233; inaugur&#233;e par le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Nations unies Kofi Annan, en 2004, ce ne sont l&#224; que des vues d'artiste : le vrai visage du rebelle n'est aujourd'hui connu de personne&#8230; Et son histoire, celle d'une des premi&#232;res r&#233;voltes contre l'esclavage sur le continent, ne l'est gu&#232;re plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand S&#227;o Tome-et-Principe acquiert son ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du Portugal, le 12 juillet 1975, c'est &#224; presque 500 ans d'occupation que le pays met fin. Comme le signale l'historien Gerhard Seibert dans un texte tr&#232;s complet sur la r&#233;volte de 1595, c'est d&#232;s 1976 que le roi Amador appara&#238;t sur les billets de banque en dobras qui remplacent ceux en escudos santom&#233;ens. Dans un manuel scolaire produit &#224; la m&#234;me &#233;poque par Cuba (Organiza&#231;&#227;o dos Pioneiros de S&#227;o Tome e Pr&#237;ncipe), Amador est pr&#233;sent&#233; comme l'un des pionniers des luttes de lib&#233;ration. Il y est dit qu'il &#171; lib&#233;ra une grande partie du territoire national et, le 13 juillet 1595, fut proclam&#233; roi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1471 que les navigateurs portugais mettent pour la premi&#232;re fois le pied sur l'&#238;le de 964 km2 apparemment inhabit&#233;e. Une dizaine d'ann&#233;es plus tard, celle-ci acquiert pour eux une importance strat&#233;gique avec la construction du fort S&#227;o Jorge da Mina, connu aujourd'hui sous le nom d'Elmina (C&#244;te de l'or, actuel Ghana), qui devient l'un des centres majeurs de la traite des esclaves. Les Portugais, qui atteignent le fleuve Congo en 1483 et d&#233;veloppent leur empire, entendent faire de S&#227;o Tom&#233;-et-Principe &#224; la fois une colonie de peuplement, un port permettant &#224; leurs navires de faire rel&#226;che et une zone de production sucri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs tentatives de colonisation, dans les ann&#233;es 1480, &#233;chouent en raison du climat tropical, des maladies et du manque de nourriture. La premi&#232;re colonie solide est &#233;tablie par &#193;lvaro da Caminha entre 1493 et 1499, dans le nord-ouest de l'&#238;le. &#192; partir de 1522, l'&#238;le est propri&#233;t&#233; de la couronne portugaise et est dirig&#233;e par un gouverneur. Les premiers habitants en provenance d'Europe sont essentiellement des criminels d&#233;port&#233;s et des enfants juifs enlev&#233;s &#224; leurs parents r&#233;fugi&#233;s au Portugal apr&#232;s avoir fui l'Espagne en 1492.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien entendu, d&#232;s le d&#233;but de cette colonisation, les colons importent des esclaves africains pour effectuer les t&#226;ches les plus p&#233;nibles. Ils se fournissent au royaume du B&#233;nin, &#224; celui du Kongo et en Angola. &#171; Sous Caminha, &#233;crit Seibert, chaque colon recevait un homme et une femme esclave pour travailler avec lui, et chaque groupe de cinq enfants juifs recevait aussi un couple d'esclave pour prendre soin d'eux &#187;. Alors qu'&#224; Elmina et Arguim (au large des c&#244;tes de Mauritanie), les Portugais interdisent les unions mixtes, ils les autorisent &#224; S&#227;o Tom&#233;-et-Principe, comme au Cap Vert. C'est une strat&#233;gie &#233;conomique : les maladies tropicales d&#233;ciment les Blancs et il faut assurer le maintien de la colonie.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le d&#233;but du XVIe si&#232;cle, les femmes africaines des premiers colons sont affranchies (d&#233;cret royal de 1515) ainsi que les esclaves arriv&#233;s avec eux (1517). Ainsi na&#238;t une population d'Africains libres, les &#171; Forros &#187;. Mieux, les m&#233;tis, alors appel&#233;s &#171; mul&#226;tres &#187;, peuvent obtenir des emplois de fonctionnaires, voter et si&#233;ger au conseil municipal pour peu qu'ils soient propri&#233;taires et mari&#233;s. En 1534, le pape Paul III cr&#233;e un dioc&#232;se &#224; S&#227;o Tom&#233;, le second en Afrique apr&#232;s celui de Ribeira Grande, au Cap Vert. Entre le gouverneur, les propri&#233;taires de plantations et l'&#233;v&#234;que, les luttes de pouvoir sont fr&#233;quentes et entra&#238;nent une consid&#233;rable instabilit&#233; politique sur l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;videmment, la traite des esclaves constitue, en ce d&#233;but de XVIe si&#232;cle, la principale activit&#233; &#233;conomique de l'&#238;le. Captur&#233;s ou achet&#233;s sur le continent, les Africains sont employ&#233;s sur l'&#238;le mais aussi export&#233;s vers le Portugal ou vers Elmina. Autour de l'ann&#233;e 1525, ils commencent &#224; &#234;tre envoy&#233;s vers l'Am&#233;rique latine, dans les Cara&#239;bes et au Br&#233;sil. Sur S&#227;o Tom&#233;, les captifs sont d'abord utilis&#233;s pour la production de nourriture (ma&#239;s, manioc, bananes, pommes de terre, etc.) mais tr&#232;s vite, ils vont aussi &#234;tre employ&#233;s &#224; la production de sucre. Selon Robert Garfield (A History of S&#227;o Tome Island 1470-1655. The Key to Guinea, Mellen Research University Press, 1992), cit&#233; par Seibert, le nombre total d'esclaves durant le boom du sucre atteindrait entre 9 000 et 12 000 &#226;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1517, l'&#238;le compte deux fabriques sucri&#232;res. En 1595, il y en a d&#233;sormais 85. Les plantations qui alimentent ces fabriques sont concentr&#233;es dans les plaines du nord de l'&#238;le, entre Ponta Figo et Santana. Ailleurs r&#232;gne la for&#234;t tropicale, dense et difficilement accessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des plantations, o&#249; peuvent travailler jusqu'&#224; 400 esclaves, appartiennent &#224; des nobles portugais, &#224; des colons ou &#224; l'&#201;glise catholique. Barricad&#233;s derri&#232;re des palissades, certains propri&#233;taires disposent de leur propre milice d'esclaves et exercent sur leur petit monde une cruelle autorit&#233;. Comme partout o&#249; a exist&#233; l'esclavage, nombreux sont les esclaves qui r&#234;vent de fuir &#8211; et certains tentent le tout pour le tout en rejoignant les zones foresti&#232;res de l'&#238;le. Les caches de ces &#171; marrons &#187; sont alors connues sous le nom de &#171; mocambos &#187; et d&#232;s 1533, ils sont pourchass&#233;s par les autorit&#233;s locales, qui m&#232;nent contre eux une &#171; guerra do mato &#187; (guerre de brousse).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est durant le boom du sucre que le marronnage se d&#233;veloppe le plus, au milieu du XVIe si&#232;cle, alors que le nombre d'esclaves dans les plantations a significativement augment&#233;, &#233;crit Gerhard Seibert. En 1574, des esclaves marrons du mocambo ont attaqu&#233; la ville de S&#227;o Tom&#233; mais ont &#233;t&#233; repouss&#233;s par les colons. Des plantations plus isol&#233;es ont d&#251; &#234;tre abandonn&#233;es en raison de leurs fr&#233;quentes attaques. En d&#233;pit de leurs interventions militaires, les colons n'ont pas r&#233;ussi &#224; r&#233;occuper les parties sud et ouest de S&#227;o Tom&#233;, demeur&#233;es peu s&#251;res en raison de la proximit&#233; des communaut&#233;s marrons. &#171; Seibert pr&#233;cise par ailleurs que les communaut&#233;s marrons de S&#227;o Tom&#233;-et-Principe ont d'abord &#233;t&#233; appel&#233;es &#171; Angolas &#187; et &#171; Angolis &#187;, au XVIIIe si&#232;cle avant de gagner le nom d' &#171; Angolars &#187; au XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1595, l'industrie du sucre est en d&#233;clin dans l'&#238;le, concurrenc&#233;e notamment par le Br&#233;sil qui propose un produit de meilleure qualit&#233;. En outre, les tensions politiques sont &#224; leur comble entre l'&#233;v&#234;que catholique Francisco de Villanova et le gouverneur Fernando de Menezes. La querelle, autour d'une question d'h&#233;ritage et de propri&#233;t&#233;, s'aggrave au point que l'&#233;v&#234;que excommunie le gouverneur en ao&#251;t 1594&#8230; mais doit ensuite fuir vers Lisbonne, craignant pour sa vie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence le 9 juillet 1595 quand, pour une raison non document&#233;e, des esclaves cr&#233;oles p&#233;n&#232;trent dans la petite &#233;glise paroissiale de Trindade et y tuent les Blancs qui assistent &#224; la messe. Ces esclaves sont conduits par Amador, qui appartient &#224; Bernardo Vieira, L&#225;zaro, qui appartient &#224; Bernardo Coehlo, et Domingos Preto, qui appartient &#224; Afonso Rodrigues. Apr&#232;s ces premiers meurtres, Amador boit le vin de palme contenu dans le calice sacr&#233; et ordonne l'ex&#233;cution du pr&#234;tre Matias Lu&#237;s. Conduit &#224; l'ext&#233;rieur par un rebelle volontaire nomm&#233; &#193;lvaro, l'homme de Dieu est rel&#226;ch&#233;&#8230; &#171; Bien que mineur, cet incident qui tend &#224; diminuer l'autorit&#233; d'Amador d&#233;montre une certaine discordance et un malaise au sein du mouvement. Les m&#233;thodes sanguinaires du roi ne semblent pas, par la suite, avoir l'assentiment de tous. Cette discordance va s'amplifier avec le temps et les d&#233;saveux sur les m&#233;thodes provoquent dans premier temps des gestes de d&#233;sob&#233;issance qui, plus tard, s'ach&#232;vent par des abandons allant jusqu'&#224; la trahison &#187;, pr&#233;cise Izequiel Batista de Sousa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce premier acte, les esclaves gagnent la plantation de Pedro &#193;lvares Freire et le mettent &#224; mort. Ils &#233;pargnent sa femme et sa belle-m&#232;re mais br&#251;le sa maison et sa fabrique sucri&#232;re avec son corps &#224; l'int&#233;rieur. En deux jours, la r&#233;volte prend de l'ampleur. Le 11 juillet, en divers points de l'&#238;le, les esclaves br&#251;lent des plantations et d&#233;truisent 15 fabriques. Le gouverneur envoie des hommes arm&#233;s mais, inform&#233;s par un espion, les r&#233;volt&#233;s attaquent directement la ville, tuant trois Blancs et s'emparant de v&#234;tements avant de battre en retraite. Le lendemain, leur col&#232;re n'a pas d&#233;cru et ils poursuivent leurs exactions en d&#233;truisant quelque 30 fabriques. D&#233;sormais, Amador est &#224; la t&#234;te d'une petite arm&#233;e de 2 000 hommes. Le 14 juillet, il se proclame Roi de S&#227;o Tom&#233; et organise son arm&#233;e en quatre unit&#233;s de combat. En face, les colons et mul&#226;tres autrefois d&#233;sunis font d&#233;sormais cause commune contre l'esclave rebelle et les siens. Amador entend prendre la ville par ses quatre entr&#233;es principales. Lazaro attaque par la rue Santo Ant&#243;nio, Crist&#243;v&#227;o par Mato do Bois, Andre Gomes Garcia par Concei&#231;&#227;o et Domingos Preto par S&#227;o Jo&#227;o. Environ 800 esclaves participent au combat mais, moins bien arm&#233;s, ils sont repouss&#233;s. Trois cents d'entre eux sont tu&#233;s alors qu'ils ne font, du c&#244;t&#233; des colons, que trois ou quatre victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dizaine de jours plus tard, le 23 juillet, inform&#233;e par un espion, la milice des colons se rend dans la r&#233;gion d'&#193;gua Grande pour essayer d'y d&#233;busquer des rebelles. Pr&#233;venus par les cris de l'un des leurs, les esclaves sont r&#233;veill&#233;s en sursaut et affrontent les colons. Leur caporal, le Comte Silvestre, ancien esclave cr&#233;ole de la plantation de Rui Dias, est tu&#233; et ils doivent prendre la fuite. Apprenant la nouvelle, Amador fou de rage entend bien venger les siens en lan&#231;ant une arm&#233;e de 5 000 hommes contre la ville. Il met son projet &#224; ex&#233;cution le 28 juillet : apr&#232;s avoir fait halte derri&#232;re l'&#233;glise de Santo Ant&#243;nio, Amador attaque par la rue Madre Deus tandis que ses lieutenants, Crist&#243;v&#227;o, Ad&#227;o et Domingos Preto entrent par Praia Pequena, Campos do Bois, S&#227;o Jo&#227;o&#8230; o&#249; ils tombent sur des colons bien pr&#233;par&#233;s, prot&#233;g&#233;s par des tranch&#233;es et des pi&#232;ces d'artillerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les combats durent environ quatre heures, dans toute la ville. Deux cents esclaves tombent, Lazaro est bless&#233;, Ad&#227;o est captur&#233; et pendu. L'arm&#233;e des colons ne perd qu'un homme, qui plus est un jeune esclave, et emmen&#233;e par le capitaine Crist&#243;v&#227;o de Aguiar, elle se lance &#224; la poursuite des rebelles dans les terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 29 juillet, les esclaves qui s'&#233;taient enfuis commenc&#232;rent &#224; revenir en ville et &#224; solliciter la cl&#233;mence des autorit&#233;s, laissant Amador seul et isol&#233;, &#233;crit Seibert. Sans pouvoir et sans soldats, Amador chercha refuge dans l'int&#233;rieur de l'&#238;le. Il fut cependant trahi par l'un des siens et captur&#233;. Le 14 ao&#251;t 1595, Amador fut pendu, &#233;cartel&#233; et ses restes publiquement expos&#233;s en quatre endroits diff&#233;rents. &#187; Ses lieutenants furent eux aussi pendus, certains apr&#232;s avoir eu les mains tranch&#233;es. Seule consolation, les rebelles avaient r&#233;ussi &#224; d&#233;truire plus de 60 fabriques sucri&#232;res et il n'en restait plus qu'une vingtaine en &#233;tat de fonctionner dans l'&#238;le&#8230; L'industrie du sucre ne retrouvera une petite forme que bien des ann&#233;es plus tard et sera remplac&#233;e par la culture du caf&#233;, en 1787, et du cacao, en 1820. Le Portugal n'abolira l'esclavage qu'en 1875.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Amador est c&#233;l&#233;br&#233; le 4 janvier, alors que sa mort daterait plut&#244;t du 14 ao&#251;t, c'est parce qu'un livre de l'historien Raimundo Jos&#233; da Cunha Matos (1776-1839) paru en 1842 la situe au d&#233;but de 1796. Le m&#234;me Cunha Matos reprend &#224; son compte l'histoire &#8211; ou la l&#233;gende, selon les points de vue &#8211; d'une communaut&#233; d'Africains libres &#233;tabli sur l'&#238;le vers 1540 apr&#232;s le naufrage d'un navire n&#233;grier : les Angolars. Gerhard Seibert souligne que certains historiens portugais, en particulier le g&#233;ographe Francisco Tenreiro (1921-1963), ont fait d'Amador le chef des Angolars, de mani&#232;re &#224; mettre en doute l'existence d'esclaves marrons fuyant leurs atroces conditions d'exploitation. &#171; Niant l'existence de l'esclavage sur S&#227;o Tom&#233;, Tenreiro a r&#233;invent&#233; l'histoire de l'&#238;le en transformant la r&#233;volte des esclaves de 1595 en une attaque men&#233;e par Amador, d&#233;crit comme le chef des Angolars, eux-m&#234;mes pr&#233;sent&#233;s, pour les m&#234;mes raisons, comme les descendants d'un bateau n&#233;grier. Le mythe d'un Amador roi des Angolars a dissimul&#233; la v&#233;ritable dimension de l'histoire d'Amador, chef d'une des plus grandes r&#233;voltes d'esclaves. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Izequiel Batista de Sousa, ce mythe ne tient pas non plus : &#171; Je pense pour ma part qu'Amador n'&#233;tait pas un Angolar, c'&#233;tait &#224; mon avis un esclave cr&#233;ole n&#233; dans la plantation, tr&#232;s intelligent, &#233;duqu&#233; et qui savait peut-&#234;tre lire. Son arm&#233;e &#233;tait organis&#233;e &#224; la mani&#232;re portugaise. &#187; Reste que la version d'un Amador chef des Angolars, que l'on doit &#224; un historien en phase avec l'id&#233;ologie coloniale du r&#233;gime d'Ant&#243;nio de Oliveira Salazar, au Portugal, a, de nos jours encore, la vie dure &#8211; m&#234;me &#224; S&#227;o Tom&#233;-et-Principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jeuneafrique.com/1489836/culture/en-1595-a-sao-tome-le-roi-amador-mene-les-esclaves-a-la-revolte/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jeuneafrique.com/1489836/culture/en-1595-a-sao-tome-le-roi-amador-mene-les-esclaves-a-la-revolte/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/editionsmsh/58946?lang=fr&amp;mobile=1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/editionsmsh/58946?lang=fr&amp;mobile=1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jeuneafrique.com/1494869/culture/les-revoltes-desclaves-introduction-non-les-esclaves-netaient-pas-des-victimes-passives/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jeuneafrique.com/1494869/culture/les-revoltes-desclaves-introduction-non-les-esclaves-netaient-pas-des-victimes-passives/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.geo.fr/histoire/sao-tome-ou-la-terrible-experience-coloniale-du-roi-joao-ii-212583&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.geo.fr/histoire/sao-tome-ou-la-terrible-experience-coloniale-du-roi-joao-ii-212583&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_d%27esclaves&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_d%27esclaves&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.bibliomonde.fr/lalmanach/4-janvier-sao-tome-principe-amador-rei&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bibliomonde.fr/lalmanach/4-janvier-sao-tome-principe-amador-rei&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lorientlejour.com/article/348640/A_Sao_Tome%252C_l%2527histoire_est_indissociable_de_la_traite_des_Noirs.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lorientlejour.com/article/348640/A_Sao_Tome%252C_l%2527histoire_est_indissociable_de_la_traite_des_Noirs.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://une-autre-histoire.org/les-angolares-de-sao-tome/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://une-autre-histoire.org/les-angolares-de-sao-tome/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://go-gale-com.translate.goog/ps/i.do?id=GALE%7CA361352778&amp;sid=googleScholar&amp;v=2.1&amp;it=r&amp;linkaccess=fulltext&amp;issn=10571515&amp;p=IFME&amp;sw=w&amp;userGroupName=anon~a9ef7b0e&amp;aty=open-web-entry&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://go-gale-com.translate.goog/ps/i.do?id=GALE%7CA361352778&amp;sid=googleScholar&amp;v=2.1&amp;it=r&amp;linkaccess=fulltext&amp;issn=10571515&amp;p=IFME&amp;sw=w&amp;userGroupName=anon~a9ef7b0e&amp;aty=open-web-entry&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre r&#233;volte oubli&#233;e des esclaves noirs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_d%27esclaves_de_Saint-Leu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_d%27esclaves_de_Saint-Leu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment les Vikings ont disparu du Groenland ?</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8627</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8627</guid>
		<dc:date>2026-02-25T23:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pourquoi revisiter l'effondrement de la civilisation viking disparue au Groenland en 1360 ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord soulignons qu'il n'existe ni de soci&#233;t&#233; viking, ni de peuple viking. &#171; Viking &#187; est un mot anglais pour d&#233;noncer l'activit&#233; de piraterie en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas le nom d'un peuple, pas plus que Normands ou Northmen ou encore Norrois. &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Vikings &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%82ge_des_Vikings &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, il faut se pencher sur l'histoire du Groenland qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi revisiter l'effondrement de la civilisation viking disparue au Groenland en 1360 ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord soulignons qu'il n'existe ni de soci&#233;t&#233; viking, ni de peuple viking. &#171; Viking &#187; est un mot anglais pour d&#233;noncer l'activit&#233; de piraterie en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas le nom d'un peuple, pas plus que Normands ou Northmen ou encore Norrois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Vikings&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Vikings&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%82ge_des_Vikings&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%82ge_des_Vikings&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il faut se pencher sur l'histoire du Groenland qui est le produit des successions d'envahisseurs et de conqu&#233;rants&#8230; Les diff&#233;rentes civilisations successives ont toutes disparu et pas seulement les pr&#233;tendus &#171; Vikings &#187; qui sont en fait des colons Norv&#233;giens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Groenland&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Groenland&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La civilisation europ&#233;enne m&#233;di&#233;vale implant&#233;e au Groenland a disparu au XVe si&#232;cle d'abord dans l'&#233;tablissement de l'Ouest, puis, sans que les historiens aient de traces des &#233;v&#233;nements qui ont provoqu&#233; cette disparition, dans l'&#233;tablissement de l'Est. Toutefois l'arch&#233;ologie fournit de nombreux indices permettant de se faire une id&#233;e relativement claire de la situation dans les derni&#232;res ann&#233;es de la colonie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les chercheurs ont pu constater que le Groenland a progressivement connu une grave p&#233;nurie de fer ; ainsi, les arch&#233;ologues n'ont retrouv&#233; que tr&#232;s peu d'objets en fer (clous, etc.) et aucune arme, alors que l'analyse des cadavres montre qu'il s'agissait d'une soci&#233;t&#233; particuli&#232;rement violente. Les quelques outils retrouv&#233;s &#233;taient us&#233;s jusqu'&#224; la derni&#232;re limite. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tude des d&#233;potoirs de l'&#233;tablissement de l'Ouest montre que les derniers habitants avaient &#233;puis&#233; leurs r&#233;serves de combustible et de nourriture, et qu'ils sont certainement morts de faim et de froid. Avec la disparition de l'&#233;tablissement de l'Ouest, les colons perdirent l'acc&#232;s &#224; leurs principales exportations de haute valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a longtemps uniquement soulign&#233; un probl&#232;me climatique (point de vue d&#233;velopp&#233; par Jared Diamond qui en voit une explication g&#233;n&#233;rale &#224; toutes les chutes de civilisations !), mais on trouve maintenant des commentaires qui rajoutent crise &#233;conomique, sociale et conflits sociaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/moyen-age/pourquoi-les-vikings-ont-ils-disparu-du-groenland-69075.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/moyen-age/pourquoi-les-vikings-ont-ils-disparu-du-groenland-69075.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diamond ne veut pas voir les classes sociales mais la soci&#233;t&#233; viking reposait sur l'esclavage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nationalgeographic.fr/histoire/la-societe-viking-reposait-sur-esclavage-traite-humains-invasions-pillages&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nationalgeographic.fr/histoire/la-societe-viking-reposait-sur-esclavage-traite-humains-invasions-pillages&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et notamment, les Vikings traitaient les femmes captur&#233;es comme esclaves sexuels. Si un esclave venait &#224; mourir, ajoutait-il, &#171; ils le laissaient sur place comme nourriture pour les chiens et les oiseaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les esclaves &#233;taient extr&#234;mement mal trait&#233;s et ont tr&#232;s bien pu se r&#233;volter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volte g&#233;n&#233;rale a pu les amener &#224; jeter les corps des vikings &#224; la mer et les esclaves &#224; rentrer chez eux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre possibilit&#233; est que, dans le grand d&#233;nuement o&#249; ils &#233;taient, les Vikings aient essay&#233; d'esclavagiser les Inuits et que ceux-ci, bien plus en forme et plus adapt&#233;s, les aient &#233;cras&#233;s d&#233;finitivement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence &#233;tait incluse au sein de la soci&#233;t&#233; viking&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.science-et-vie.com/science-et-culture/cette-tribu-viking-etait-plus-violente-que-les-autres-177010.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.science-et-vie.com/science-et-culture/cette-tribu-viking-etait-plus-violente-que-les-autres-177010.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.slate.fr/sciences/268053/vikings-norvege-plus-violents-archeologie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.slate.fr/sciences/268053/vikings-norvege-plus-violents-archeologie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Vikings eux-m&#234;mes ont peut-&#234;tre contest&#233; leurs chefs et leur domination&#8230; Ce ne serait nullement &#233;tonnant pour un peuple de Norv&#233;giens&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/puc/10269?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/puc/10269?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;file :///C :/Users/Dell/Downloads/puc-10269.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volte sociale car les vikings &#233;taient divis&#233;s en classes sociales : &lt;br class='autobr' /&gt;
1.	Jarls (nobles)&lt;br class='autobr' /&gt;
2.	Karls (libres)&lt;br class='autobr' /&gt;
3.	Thralls (esclaves)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://hache-viking.com/blogs/blog-viking/viking-classes-sociales?srsltid=AfmBOopRDupRUtGnjVs4ZRELkJzc17CR9jAOxYvZ2cLAfImYCW0ODDNP&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://hache-viking.com/blogs/blog-viking/viking-classes-sociales?srsltid=AfmBOopRDupRUtGnjVs4ZRELkJzc17CR9jAOxYvZ2cLAfImYCW0ODDNP&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les savants du XXe si&#232;cle ont longtemps cru &#224; un sc&#233;nario simple : les Vikings auraient d&#233;truit leur environnement par la surexploitation et, incapables d'adaptation, auraient p&#233;ri de froid et de faim. &#171; Le vieux r&#233;cit disait, &#8220;Ces pauvres Norrois &#233;taient mal adapt&#233;s, alors ils sont morts quand le climat s'est refroidi&#8221; &#187;, r&#233;sume Thomas McGovern. Mais les nouvelles recherches pluridisciplinaires dessinent une image plus complexe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.slate.fr/culture/vikings-groenland-disparition-climat-peche-chasse-commerce-norvege-islande?utm_source=firefox-newtab-fr-fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.slate.fr/culture/vikings-groenland-disparition-climat-peche-chasse-commerce-norvege-islande?utm_source=firefox-newtab-fr-fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Centr&#233;e sur la soci&#233;t&#233; de l'&#238;le de P&#226;ques, l'ouvrage &#171; Effondrement &#187; de Jared Diamond pr&#233;sente la th&#232;se &#233;cologiste de l'environnement comme cause premi&#232;re des effondrements de civilisations. M&#234;me si c'est effectivement sa th&#232;se centrale, l'auteur ne s'en est pas content&#233;. Il a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; relever que les soci&#233;t&#233;s ont chang&#233;, ou sont disparues, du fait de r&#233;volutions. S'il d&#233;bute en r&#233;sumant sa th&#232;se en expliquant que : &#171; L'histoire de l'&#238;le de P&#226;ques nous rapproche aussi pr&#232;s que possible d'un cas &#171; pur &#187; d'effondrement d&#251; &#224; des facteurs &#233;cologistes &#8211; ici la d&#233;forestation totale qui conduisit &#224; la guerre, au renversement des &#233;lites, ainsi qu'&#224; la disparition massive de la population. &#187; Jared Diamond a particuli&#232;rement d&#233;velopp&#233; cette derni&#232;re th&#232;se dans les cas des Vikings, du peuple des pierres dress&#233;es de l'ile de P&#226;ques et des Mayas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1750&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1750&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons d'abord que le cas des 5.000 Vikings du Groenland, dont Diamond fait grand cas, doit &#234;tre mis &#224; l'&#233;cart puisque, selon l'auteur lui-m&#234;me, l'effondrement de cette colonie s'expliquerait par l'incapacit&#233; et le refus de ses membres de changer leur mode de vie pour s'adapter au &#171; Petit Age Glaciaire &#187; : il s'agirait donc d'une catastrophe naturelle, pas d'une catastrophe &#233;cologique &#171; anthropique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1046&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1046&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point n'est pas toujours soulign&#233; : le matriarcat des vikings alors que les femmes &#233;taient de plus en plus des esclaves. Il est possible que l'effondrement de la civilisation viking provienne d'une tentative avort&#233;e de passer du matriarcat au patriarcat&#8230; Cette fois, ce serait la r&#233;volte des femmes qui aurait fait p&#233;rir cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes avaient un r&#244;le important et notamment guerrier chez les vikings&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://horde-viking.com/blogs/blog-viking/guerriere-viking-skjaldmo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://horde-viking.com/blogs/blog-viking/guerriere-viking-skjaldmo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la l&#233;gende viking, Beowulf tue une d&#233;esse-m&#232;re de l'&#232;re matriarcale. Chez les anciens Vikings, c'&#233;tait la d&#233;esse Eir qui dominait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes vikings &#233;taient hautement consid&#233;r&#233;es dans les affaires religieuses. Dans la soci&#233;t&#233; scandinave, la v&#246;lva, tout autant pr&#234;tresse que proph&#233;tesse, &#233;tait g&#233;n&#233;ralement une femme &#226;g&#233;e ayant rompu avec les attaches familiales, qui errait &#224; travers le pays. On faisait appel &#224; ses services dans les situations graves, &#224; l'instar de la femme qui, avec l'aide de Gudrid, dirige les rituels pa&#239;ens pour mettre fin &#224; la famine, dans la saga d'Eirik le Rouge. Son autorit&#233; &#233;tait absolue et elle &#233;tait largement r&#233;mun&#233;r&#233;e pour ses services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la mythologie et les r&#233;cits historiques, les v&#246;lvur &#233;taient cens&#233;es poss&#233;der des pouvoirs tels qu'Odin lui-m&#234;me, le p&#232;re des dieux, faisait appel &#224; leurs services pour conna&#238;tre l'avenir des dieux : c'est notamment ce que rapporte la V&#246;lusp&#225;, dont le titre lui-m&#234;me se traduit par &#034;chant de la proph&#233;tesse&#034;. Parmi les plus c&#233;l&#232;bres v&#246;lvas de la litt&#233;rature scandinave, il y a lieu de citer la Heidi de la V&#246;lusp&#225; et la sorci&#232;re Gr&#243;a du lai de Svipdag (Svipdagsm&#225;l).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Homme ou femme pouvait &#234;tre m&#233;decin &#034;loeknir&#034;. La magie et la sorcellerie &#233;taient exerc&#233;es strictement par les femmes. Les sorciers masculins &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme homosexuels (passifs) ce qui avait une connotation tr&#232;s n&#233;gative de d&#233;shonneur, de couardise et non-virilit&#233; dans la soci&#233;t&#233; viking. Les Vikings pouvaient intervenir sur leur destin qui n'&#233;tait pas in&#233;luctable comme il le devint &#224; l'&#233;poque chr&#233;tienne. Le recourt aux magiciennes et aux sorci&#232;res &#233;tait un moyen de questionner les esprits et de s'en servir pour ex&#233;cuter les ordres du sorcier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anc&#234;tres des Viking avaient le culte d'une D&#233;esse M&#232;re et des grandes forces naturelles qu'ils ont repr&#233;sent&#233;es plus tard par la cr&#233;ation d'un panth&#233;on qui compte notamment Odin, Thor, Jord, Frigg, Freyja, Freyr... et le grand arbre Yggdrasill. Il existe des t&#233;moignages de l'&#233;poque romaine d&#233;crivant ceux que l'on nomme &#171; les p&#232;res des Vikings &#187; en ces termes :&#171; Ils (germains du nord) n'ont ni druides qui pr&#233;sident au culte des dieux, ni aucun go&#251;t pour les sacrifices, ils ne rangent au nombre des dieux que ceux qu'ils voient et dont ils ressentent manifestement les bienfaits, le Soleil, le feu, la Lune. Ils n'ont m&#234;me pas entendu parler des autres &#187; &#8212; Jules C&#233;sar, Commentaires sur la Guerre des Gaules VI, 21&#171; Ils r&#233;pugnaient &#224; pr&#233;senter leurs Dieux sous formes humaines, il leur semble peu convenable &#224; la grandeur des habitants du ciel, ils leur consacrent les bois, les bocages et donnent le nom de Dieux (et Landvaettir &#8211; esprits de la terre) &#224; cette r&#233;alit&#233; myst&#233;rieuse que leur seule pi&#233;t&#233; leur fait voir &#187; &#171; Aucun de ces peuples ne se distingue des autres par rien de notable, sinon qu'ils ont un culte commun pour Nerthus c'est-&#224;-dire la Terre M&#232;re, croient qu'elle intervient dans les affaires des hommes et circule parmi les peuples &#187; Tacite, Germania IX, 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mythes nordiques nous apprennent que deux familles divines cohabitent ensembles et forment le panth&#233;on nordique. La premi&#232;re et la plus ancienne, est la famille des Vanir. La seconde et la plus r&#233;cemment arriv&#233;e en sol scandinave, est la famille des Aesir. Les Vanes sont les premiers dieux (autochtones matriarcaux europ&#233;ens). Ils sont associ&#233;s aux cultes de la fertilit&#233;, de la f&#233;condit&#233;, de la sagesse et de la pr&#233;cognition. S&#233;dentaires, ils &#233;taient honor&#233;s comme divinit&#233;s de la fertilit&#233;, de l'amour, de la sexualit&#233;, de la nature, de la sant&#233;, de la chance, de la jeunesse et des animaux. Outre leurs attributs divins, on les consid&#232;re aussi comme des magiciens aux tr&#232;s grands et nombreux pouvoirs et comme des &#234;tres spirituels plein de sagesse et de conseils. Il n'y a ni dieux de la guerre, ni d&#233;esses du mariage. Chez eux, les hommes &#034;&#233;pousent&#034; leur s&#339;ur. Ils sont vaincus par les Ases (dieux des envahisseurs patriarcaux indo-aryens : Odin, Thor...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freyja est la d&#233;esse-m&#232;re nordique de la terre, de la fertilit&#233;, et de la beaut&#233;. Son nom signifie &#034;Dame&#034;. Freyja et son fr&#232;re Freyr (&#034;le Seigneur&#034;) sont les chefs des Vanir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fylgja d&#233;signe le placenta, les membranes qui suivent l'expulsion du nouveau-n&#233;, et,symboliquement, la figure tut&#233;laire, l'esprit, le double qui suit un homme et m&#234;me un clan. La femme-fylgja, la fylgjukona, est celle qui prot&#232;ge l'individu, se rapprochant de notre ange-gardien,mais aussi d'une famille. Elle est li&#233;e au culte des Dises, &#233;voquant les dhisanas v&#233;diques, d&#233;esses de la fertilit&#233; et de la f&#233;condit&#233;, mais aussi du destin. Dans la mythologie nordique les dises (vieux norrois : d&#237;sir ; au singulier : d&#237;s) forment un ensemble de divinit&#233;s f&#233;minines sur lesquelles peu de choses connues, &#224; l'exception qu'elles sont associ&#233;es &#224; la mort et la d&#233;ch&#233;ance. La fylgja est le double de l'individu, comparable au Ka &#233;gyptien et &#224; l' eidolon grec, une sorte d'ange gardien prenant la forme d'une entit&#233; f&#233;minine ou d'un animal prot&#233;geant la famille ou la personne qu'elle a adopt&#233;e. C'est un &#234;tre tut&#233;laire dont la fonction est la protection et la pr&#233;diction. Il se manifeste aux vivants pendant les r&#234;ves.&lt;br class='autobr' /&gt;
Po&#232;me &#233;pique anglo-saxon &#233;crit au VIIe si&#232;cle narrant les exploits du h&#233;ros scandinave Beowulf (bee-wolf, loup-abeille, ours), qui vient &#224; la rescousse du roi Hrothgar du Danemark, qui chaque nuit se fait d&#233;vorer ses guerriers par le monstre des mar&#233;cages Grendel. Celui-ci est le fils d'une ogresse vivant dans un lac souterrain. Beowulf les terrassera. Comme dans la mythologie grecque, nous avons un h&#233;ros masculin terrassant un monstre f&#233;minin ''de l'ancien monde'' ainsi que ses enfants. De nombreux universitaires pensent que ces mythes sont des all&#233;gories au nouvel ordre patriarcal terrassant l'ancien ordre matriarcal. Dans une version christianis&#233;e, Grendel serait un descendant de Ca&#239;n, hors ce dernier est souvent interpr&#233;t&#233; comme un symbole matriarcal : Abel (pasteur sacrificateur patriarcal) est pr&#233;f&#233;r&#233; par Yahv&#233; &#224; Ca&#239;n (agriculteur matriarcal). Dans la version cin&#233;matographique de Robert Zemeckis (2007), Grendel serait l'enfant adult&#232;re du roi Hrothgar avec l'ogresse (une sorci&#232;re s&#233;ductrice multiformes), venant ainsi se venger de ne pas avoir &#233;t&#233; reconnu par son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matricien.wordpress.com/wp-content/uploads/2012/03/matriarcat-celtique-germanique.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matricien.wordpress.com/wp-content/uploads/2012/03/matriarcat-celtique-germanique.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 978 que Sn&#230;bj&#246;rn Galti H&#243;lmsteinsson, un parent &#233;loign&#233; de l'aventurier norv&#233;gien Erik le Rouge, devint le premier Scandinave &#224; partir d'Islande pour rejoindre la c&#244;te occidentale du Groenland dans le but de coloniser ce territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son exp&#233;dition y dura un hiver, mais prit fin dans de tragiques conditions : des luttes intestines &#233;clat&#232;rent entre les Vikings et se sold&#232;rent par l'assassinat de Sn&#230;bj&#246;rn lui-m&#234;me. Les deux seuls survivants de cette trag&#233;die d&#233;cid&#232;rent alors de regagner l'Islande.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 982, Erik le Rouge (Eiriks Thorvaldsson, de son vrai nom), fut exil&#233; d'Islande apr&#232;s avoir &#233;t&#233; accus&#233; d'homicide. Il d&#233;cida alors de faire cap vers la terre jadis aper&#231;ue par Gunnbj&#246;rn, d&#233;clarant que &#171; s'il trouvait ce fameux pays, il ne reviendrait que pour rendre visite &#224; ses amis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses successeurs peuvent tr&#232;s bien avoir &#233;t&#233; victimes d'une r&#233;volte des Vikings, comme l'avait &#233;t&#233; Sn&#230;bj&#246;rn Galti H&#243;lmsteinsson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/moyen-age/pourquoi-les-vikings-ont-ils-disparu-du-groenland-69075.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/moyen-age/pourquoi-les-vikings-ont-ils-disparu-du-groenland-69075.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leif Erikson, son fils, fut le premier viking &#224; d&#233;couvrir l'Am&#233;rique qu'il nomma alors &#171; Vinland &#187;. Il invite Eirikr &#224; se joindre &#224; lui. Toutefois, d'apr&#232;s les l&#233;gendes norroises (scandinaves), Eirikr serait tomb&#233; de son cheval juste avant le voyage, aurait vu cette chute comme un mauvais signe et aurait finalement d&#233;cid&#233; de laisser son fils partir sans lui. Il reste alors au Groenland jusqu'&#224; sa mort &#224; la suite d'une &#233;pid&#233;mie, vers l'an 1010. Ic&#244;ne du d&#233;but du mythe scandinave au Groenland, il s'effacera peu &#224; peu quand les derniers colons scandinaves dispara&#238;tront du continent glac&#233; vers la fin du XIVe si&#232;cle, victimes d'un refroidissement du climat, de luttes avec les Inuits et de la famine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Erik_le_Rouge&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Erik_le_Rouge&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu aussi une d&#233;faite militaire viking d&#233;finitive en Angleterre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Stamford_Bridge&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Stamford_Bridge&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On date la fin du ph&#233;nom&#232;ne viking vers le milieu du XIe si&#232;cle. Parmi les hypoth&#232;ses, on retient la conversion au christianisme, qui a entra&#238;n&#233; la fin du commerce (et du rapt lors des raids) des esclaves et instaur&#233; une &#201;glise hostile aux raids, la concurrence commerciale des Frisons, l'unification des peuples scandinaves sous la direction de rois (dont l'int&#233;r&#234;t n'&#233;tait plus d'organiser des exp&#233;ditions de pillage &#224; l'&#233;tranger) et une meilleure organisation de la d&#233;fense chez les victimes (multiplication des ch&#226;teaux forts), avec des &#201;tats forts et organis&#233;s parfois m&#234;me apparus en r&#233;ponse aux Vikings (c'est le cas de la France, de la Grande-Bretagne, de la Russie et de l'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%82ge_des_Vikings&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%82ge_des_Vikings&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des films :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.arte.tv/fr/videos/072420-008-A/enquetes-archeologiques/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.arte.tv/fr/videos/072420-008-A/enquetes-archeologiques/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=7kueH2UkRJg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=7kueH2UkRJg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=cSWRoOUvc_s&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=cSWRoOUvc_s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=0oC9Wr9XPKc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=0oC9Wr9XPKc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=7e3SZahSYh8&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=7e3SZahSYh8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=N2mKtrltWDE&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=N2mKtrltWDE&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se climatique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=WrYu9xkpkyE&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=WrYu9xkpkyE&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=SuViBWYsmg0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=SuViBWYsmg0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion mais pas fin de l'Histoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=7e3SZahSYh8&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=7e3SZahSYh8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;volution bourgeoise - La naissance politique du capitalisme</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7921</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7921</guid>
		<dc:date>2026-01-11T23:04:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;volution bourgeoise &lt;br class='autobr' /&gt;
La naissance politique du capitalisme &lt;br class='autobr' /&gt;
(1890) &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment la bourgeoisie se souvient de sa propre r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a un an, on c&#233;l&#233;brait en France, comme dans tout le monde civilis&#233;, le centi&#232;me anniversaire de cette r&#233;volution qu'on appelle &#224; juste titre &#171; la Grande &#187;, parce qu'elle marque le point de d&#233;part d'une nouvelle p&#233;riode historique. Cet &#233;v&#233;nement apporta de nombreux bienfaits &#224; tout le monde civilis&#233; en g&#233;n&#233;ral et plus particuli&#232;rement &#224; la bourgeoisie, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volution bourgeoise
&lt;p&gt;La naissance politique du capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(1890)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la bourgeoisie se souvient de sa propre r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un an, on c&#233;l&#233;brait en France, comme dans tout le monde civilis&#233;, le centi&#232;me anniversaire de cette r&#233;volution qu'on appelle &#224; juste titre &#171; la Grande &#187;, parce qu'elle marque le point de d&#233;part d'une nouvelle p&#233;riode historique. Cet &#233;v&#233;nement apporta de nombreux bienfaits &#224; tout le monde civilis&#233; en g&#233;n&#233;ral et plus particuli&#232;rement &#224; la bourgeoisie, la bourgeoisie fran&#231;aise en premier lieu. Cette r&#233;volution mit fin &#224; la domination de la noblesse et assura &#224; la bourgeoisie le premier rang dans tous les domaines de la vie publique. Toutes les tentatives de la Restauration pour modifier l'&#233;tat des choses cr&#233;&#233; par la r&#233;volution rest&#232;rent vaines, d'autant plus que les r&#233;actionnaires n'essay&#232;rent m&#234;me pas d'&#233;liminer les cons&#233;quences les plus importantes, c'est-&#224;-dire les cons&#233;quences sociales de la grande r&#233;volution. Personne ne pouvait ignorer, m&#234;me &#224; ce moment-l&#224;, que, sous ce rapport, rien ne pouvait plus &#234;tre chang&#233; ; que, malgr&#233; toutes les &#171; indemnit&#233;s &#187; si g&#233;n&#233;reuses que soient accord&#233;es &#224; la noblesse f&#233;odale, son r&#244;le dirigeant dans la vie de la soci&#233;t&#233; &#233;tait d&#233;finitivement termin&#233;. Avec la grande r&#233;volution commen&#231;a le r&#232;gne incontest&#233; de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas &#233;tonnant que la bourgeoisie se soit souvenue de cet &#233;v&#233;nement important &#224; l'occasion de son centenaire. D&#233;j&#224; quelques ann&#233;es avant la c&#233;l&#233;bration de l'anniversaire de la r&#233;volution, la presse bourgeoise avait annonc&#233; sur tous les tons la grande f&#234;te &#224; venir. Mais observons d'un peu plus pr&#232;s comment la bourgeoisie se souvient de sa r&#233;volution. Comment cet &#233;v&#233;nement capital se repr&#233;sente-t-il dans son esprit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons devant nous le livre d'un des savants patent&#233;s de la bourgeoisie fran&#231;aise, Paul Janet ( Centenaire de 1789, Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise , par Paul Janet, Paris), qui est parfois compt&#233; parmi les philosophes &#8211; lui-m&#234;me ne semble pas y voir d'objection. Le fait que Paul Janet se trouve dans une sorte de rapport, incompr&#233;hensible pour nous, avec la science de la philosophie, nous est ici tr&#232;s utile, car un philosophe bourgeois, mieux que quiconque, peut nous &#233;clairer sur la philosophie bourgeoise de la grande r&#233;volution. Cherchons donc cette philosophie &#224; l'aide du livre pr&#233;cit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;bellion et r&#233;volution en Angleterre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'abord une br&#232;ve observation pr&#233;liminaire. L'Angleterre a travers&#233; ses orages r&#233;volutionnaires au XVIIe si&#232;cle, et il y eut alors deux r&#233;volutions : la premi&#232;re aboutit, entre autres, &#224; l'ex&#233;cution de Charles Ier, tandis que la seconde se termina par un banquet anim&#233; et l'av&#232;nement d'une nouvelle dynastie. Mais la bourgeoisie anglaise, dans l'appr&#233;ciation de ces r&#233;volutions, manifeste des vues tr&#232;s divergentes : tandis que la premi&#232;re, &#224; ses yeux, ne m&#233;rite m&#234;me pas le nom de &#171; r&#233;volution &#187; et est simplement d&#233;sign&#233;e comme &#171; la grande r&#233;bellion &#187;, la seconde re&#231;oit un nom plus euphonique : on l'appelle &#171; la glorieuse r&#233;volution &#187;. Le secret de cette diff&#233;renciation dans l'appr&#233;ciation des deux r&#233;volutions a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; par Augustin Thierry dans ses th&#232;ses sur les r&#233;volutions anglaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re r&#233;volution, le peuple a jou&#233; un r&#244;le important, dans la seconde, il n'a gu&#232;re particip&#233;. Mais quand un peuple monte sur la sc&#232;ne de l'histoire et commence &#224; d&#233;cider des destin&#233;es de son pays selon sa force et sa meilleure intelligence, alors les classes sup&#233;rieures (en l'occurrence la bourgeoisie) perdent leur humeur. Comme le peuple est toujours &#171; brut &#187; et que, si le diable r&#233;volutionnaire commence &#224; l'envahir, il devient aussi &#171; grossier &#187;, les classes sup&#233;rieures ont tendance &#224; exiger toujours de la politesse et des mani&#232;res douces, du moins elles les exigent du peuple. C'est pourquoi les classes sup&#233;rieures ont toujours tendance &#224; donner aux mouvements r&#233;volutionnaires, s'ils sont largement suivis par le peuple, le cachet de &#171; r&#233;bellion &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;volution et r&#233;bellion en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la France est particuli&#232;rement riche en &#171; grandes r&#233;voltes &#187; et en &#171; r&#233;volutions glorieuses &#187;. C'est seulement en France que les &#233;v&#233;nements se sont d&#233;roul&#233;s, du point de vue historique, d'une mani&#232;re oppos&#233;e &#224; celle qui pr&#233;valait dans l'Angleterre du XVIIe si&#232;cle. En Angleterre, par exemple, &#171; la grande r&#233;volte &#187; a pr&#233;c&#233;d&#233; &#171; la r&#233;volution glorieuse &#187;, tandis qu'en France, &#171; les r&#233;volutions glorieuses &#187; ont g&#233;n&#233;ralement d&#251; c&#233;der la place aux &#171; grandes r&#233;voltes &#187;. Ce fait s'est r&#233;p&#233;t&#233; tout au long du XVIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la &#171; glorieuse r&#233;volution &#187; de 1830 &#224; Paris, il y eut la &#171; grande r&#233;volte &#187; des tisserands de Lyon, assez consid&#233;rable, qui fit tant trembler toute la bourgeoisie ; apr&#232;s la &#171; glorieuse r&#233;volution &#187; de f&#233;vrier 1848, glorifi&#233;e m&#234;me par Lamartine, il y eut la &#171; grande r&#233;volte de juin &#187;, qui poussa la bourgeoisie &#224; chercher refuge dans les bras d'une dictature militaire ; apr&#232;s la &#171; tr&#232;s glorieuse &#187; r&#233;volution de septembre 1870, il y eut enfin, en mars de l'ann&#233;e suivante, la &#171; plus grande de toutes les r&#233;voltes fran&#231;aises &#187;. La bourgeoisie pr&#233;tend aujourd'hui que les &#171; grandes r&#233;voltes &#187; ont toujours nui &#224; la cause des &#171; glorieuses r&#233;volutions &#187;. Nous ne pouvons pas examiner ici la justesse de cette affirmation dans son application au XIXe si&#232;cle, mais nous devons c&#233;der la parole aux philosophes bourgeois sur les &#233;v&#233;nements du XVIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de ce si&#232;cle, il y eut en France une &#171; grande r&#233;bellion &#187; et une &#171; glorieuse r&#233;volution &#187; de 1789, et &#171; la grande r&#233;bellion &#187; qui joua un r&#244;le important en 1793. Apr&#232;s ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit, le lecteur pourra maintenant pr&#233;dire avec certitude ce que le philosophe bourgeois Paul Janet pense de ces mouvements r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Janet sur la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier chapitre de son livre, Janet dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arriver &#224; une &#233;valuation objective de la R&#233;volution fran&#231;aise, il faut distinguer trois choses &#224; son &#233;gard : le but, les moyens et les r&#233;sultats obtenus. Le but de la r&#233;volution &#8211; conqu&#233;rir l'&#233;galit&#233; civique et la libert&#233; politique &#8211; &#233;tait le plus sublime, le plus l&#233;gitime qu'un peuple ait jamais cherch&#233; &#224; atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les moyens &#233;taient mauvais : &#171; ils &#233;taient trop souvent violents, terribles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les r&#233;sultats, l'&#233;galit&#233; civique, selon Janet, est pleinement r&#233;alis&#233;e et ne laisse rien &#224; d&#233;sirer ; &#171; la libert&#233; politique &#187;, en revanche, &#171; ne s'est impos&#233;e en France que de fa&#231;on sporadique depuis la r&#233;volution et est encore aujourd'hui plus ou moins menac&#233;e &#187;. Elle ne sera assur&#233;e que lorsque le peuple fran&#231;ais aura renonc&#233; &#224; tous les moyens violents et ill&#233;gaux et aura appris une fois pour toutes &#224; consid&#233;rer sa r&#233;volution comme achev&#233;e, et enfin lorsque la r&#233;volution elle-m&#234;me sera pass&#233;e dans le pass&#233; historique aussi irr&#233;vocablement que ce fut d&#233;j&#224; le cas pour les r&#233;volutions en Angleterre et aux &#201;tats-Unis. &#171; Les conqu&#234;tes de la r&#233;volution doivent &#234;tre maintenues, mais il faut renoncer &#224; l'esprit r&#233;volutionnaire et aux moyens violents et ill&#233;gaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s bien. Mais n'oublions pas que des moyens r&#233;volutionnaires ont &#233;t&#233; employ&#233;s d&#232;s 1789, c'est-&#224;-dire non seulement au moment de la &#171; grande r&#233;bellion &#187;, mais aussi pendant la &#171; glorieuse r&#233;volution &#187;. Paul Janet doit-il condamner la &#171; glorieuse r&#233;volution &#187; &#224; cause de ses moyens de violence ? Non, au contraire. Dans sa description, les actes de violence pratiqu&#233;s pendant la &#171; glorieuse r&#233;volution &#187; apparaissent pleinement justifi&#233;s, hautement utiles et parfaitement efficaces. Il parle avec beaucoup d'&#233;loges des insurrections populaires dirig&#233;es contre la royaut&#233;, et il cherche m&#234;me &#224; prouver que, sans ces soul&#232;vements, le gouvernement aurait &#233;touff&#233; en germe toutes les r&#233;formes de l'Assembl&#233;e nationale, et que les grands objectifs de la r&#233;volution seraient alors rest&#233;s inaccessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il salue la prise de la Bastille comme &#171; la premi&#232;re apparition victorieuse du peuple de Paris sur la sc&#232;ne r&#233;volutionnaire &#187; ; et il s'exprime de la m&#234;me mani&#232;re approbatrice &#224; propos de la seconde apparition du m&#234;me peuple sur la m&#234;me sc&#232;ne, des &#233;v&#233;nements des 5 et 6 octobre, ainsi que de la prise des Tuileries. Arriv&#233; l&#224;, nota bene , apr&#232;s que Janet a d&#233;montr&#233; la n&#233;cessit&#233; in&#233;vitable d'&#233;liminer un roi qui n&#233;gociait avec l'ennemi d&#232;s le d&#233;but de la guerre, il ajoute d'un ton m&#233;lancolique : &#171; La France s'est peu &#224; peu habitu&#233;e &#224; r&#233;soudre les questions politiques avec des moyens aussi pitoyables. &#187; Mais il ne nous dit pas avec quels autres moyens la t&#226;che donn&#233;e et incontournable aurait pu &#234;tre accomplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'apr&#232;s la prise des Tuileries, c'est-&#224;-dire apr&#232;s cette derni&#232;re insurrection n&#233;cessaire, selon Janet, que le peuple de Paris, sous la plume de notre historien, se transforme peu &#224; peu en une populace domin&#233;e par les passions les plus basses. Il devient alors clair : une &#171; r&#233;volte &#187; est tout &#224; fait acceptable, seulement il ne faut pas se laisser entra&#238;ner par les passions les plus basses. L'historien bourgeois veut-il &#234;tre compris dans ce sens ? Pas du tout. On nous apprend aussit&#244;t que maintenant que &#171; la glorieuse r&#233;volution &#187; est termin&#233;e, toutes les insurrections manquent de sens et de justification. Nous y sommes enfin parvenus. Le roi est tomb&#233;, la noblesse est d&#233;truite, la bourgeoisie est &#233;lev&#233;e sur le bouclier. Que d&#233;sire le c&#339;ur de plus ? Maintenant, tais-toi, apr&#232;s avoir fait sur cette terre tout ce qui appartient &#224; la terre. Qui, si ce n'est la populace, penserait &#224; l'insurrection ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens condamn&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite ! Comme on pouvait s'y attendre, Paul Janet &#233;tend sa sympathie &#224; tous les partis qui se sont succ&#233;d&#233; &#224; la t&#234;te du mouvement, sauf au parti de la Montagne. Sur ce dernier il d&#233;verse toute la coupe de sa col&#232;re ; c'est &#224; ce parti qu'il r&#233;serve tous ses propos violents et ses &#233;pith&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ces m&#233;cr&#233;ants et la &#171; Gironde virile et g&#233;n&#233;reuse &#187;, Janet &#233;tablit ce parall&#232;le int&#233;ressant : &#171; Les uns, comme les autres, voulaient la r&#233;publique&#8230; &#187; Mais alors que &#171; les Girondins aspiraient &#224; une r&#233;publique libre, l&#233;gale et douce, les Montagnards aspiraient &#224; une r&#233;publique despotique et cruelle &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans &#233;gard pour la libert&#233;, ces derniers ne tenaient qu'&#224; l'&#233;galit&#233;. Certes, les deux partis &#233;taient favorables &#224; la souverainet&#233; du peuple, mais avec cette diff&#233;rence que les Girondins voulaient justement inclure dans &#171; le peuple &#187; tous les citoyens, tandis que pour les Montagnards, conform&#233;ment &#224; la perversit&#233; encore en vigueur aujourd'hui, le peuple ne se composait que des membres de la classe ouvri&#232;re, des personnes vivant de leur propre travail. Par cons&#233;quent, selon les Montagnards, gouverner devait &#234;tre l'apanage de cette seule classe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des points de vue divergents sur &#171; Le peuple &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme politique des Girondins diff&#233;rait donc essentiellement de celui des Montagnards. D'o&#249; vient cette diff&#233;rence ? Paul Janet lui-m&#234;me nous en donne suffisamment de renseignements. La diff&#233;rence venait de ce que le parti montagnard, comme nous l'avons vu, concevait les rapports entre les classes sociales alors existantes d'une mani&#232;re diff&#233;rente de celle des Girondins. Ceux-ci &#171; voulaient faire entendre que le peuple comprenait tous les citoyens &#187;, tandis que les premiers ne consid&#233;raient comme &#171; le peuple &#187; que la classe ouvri&#232;re ; les autres classes, selon les Montagnards, ne faisaient pas partie du &#171; peuple &#187;, parce que les int&#233;r&#234;ts de ces classes &#233;taient contraires &#224; ceux de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, &#224; proprement parler, les Girondins eux-m&#234;mes n'incluaient pas dans le &#171; peuple &#187; tous les citoyens, c'est-&#224;-dire toute la nation fran&#231;aise de l'&#233;poque, mais seulement le tiers-&#233;tat. Comprenaient-ils dans le &#171; peuple &#187; l'aristocratie et le haut clerg&#233; ? Pas du tout. L'abb&#233; Siey&#232;s lui-m&#234;me, qui n'a jamais &#233;t&#233; aussi loin que les Girondins, n'a-t-il pas, dans sa brochure Qu'est-ce que le tiers-&#233;tat ? , mis &#171; le peuple &#187;, c'est-&#224;-dire le tiers-&#233;tat, sans remords contre le petit groupe de privil&#233;gi&#233;s, c'est-&#224;-dire la noblesse et le haut clerg&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Girondins, qui combattaient les &#171; privil&#233;gi&#233;s &#187; avec beaucoup plus de d&#233;termination, &#233;taient sans doute d'accord avec Siey&#232;s sur ce point. Si, malgr&#233; tout, leur conception du &#171; peuple &#187; &#233;tait si diff&#233;rente de celle des Montagnards, cela ne pouvait s'expliquer que par le fait que les Montagnards avaient fait un pas de plus en classant parmi les &#171; privil&#232;ges &#187; les institutions sociales qui leur paraissaient sacr&#233;es et n&#233;cessaires. La question de savoir quelles classes devaient &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme &#171; privil&#233;gi&#233;es &#187; &#233;tait controvers&#233;e. Mais cela montre &#8212; et les explications de Paul Janet ne laissent place &#224; aucune autre interpr&#233;tation &#8212; que, selon les Montagnards, toutes les personnes et toutes les classes qui vivent du &#171; travail &#187;, mais du travail des autres et non du leur, appartiennent &#224; la cat&#233;gorie des &#171; privil&#233;gi&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut maintenant chercher &#224; &#233;claircir le point suivant : pourquoi les d&#233;fenseurs de la cause de la classe ouvri&#232;re penchaient-ils vers une r&#233;publique &#171; despotique et cruelle &#187; ? Pourquoi ne se montraient-ils pas plut&#244;t partisans d'une r&#233;publique &#171; l&#233;gale, libre et douce &#187; ? Cette circonstance doit &#234;tre ramen&#233;e &#224; deux causes, l'une ext&#233;rieure, l'autre int&#233;rieure. Tournons-nous d'abord vers la cause ext&#233;rieure, c'est-&#224;-dire vers les rapports qui existaient alors entre la France r&#233;volutionnaire et les autres &#201;tats europ&#233;ens.&lt;br class='autobr' /&gt;
La France menac&#233;e de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation de la France, au moment o&#249; le parti de la Montagne s'empara du pouvoir, &#233;tait des plus d&#233;sesp&#233;r&#233;es, oui, elle &#233;tait sans espoir. Janet dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les troupes ennemies envahirent le territoire fran&#231;ais de quatre c&#244;t&#233;s : du nord, les Anglais et les Autrichiens ; en Alsace, les Prussiens ; dans le Dauphin&#233;, jusqu'&#224; la ville de Lyon, les Pi&#233;montais ; et dans le Roussillon, les Espagnols. Et tout cela &#224; une &#233;poque o&#249; la guerre civile faisait rage de quatre c&#244;t&#233;s : en Normandie, en Vend&#233;e, &#224; Lyon et &#224; Toulon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ces ennemis d&#233;clar&#233;s, il y avait les partisans secrets de l'Ancien R&#233;gime, diss&#233;min&#233;s dans toute la France, qui &#233;taient pr&#234;ts &#224; aider subrepticement l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement, qui avait entrepris la lutte contre ces innombrables ennemis int&#233;rieurs et ext&#233;rieurs, n'avait ni argent ni troupes suffisantes ; il ne pouvait compter que sur une &#233;nergie sans bornes, sur l'appui actif des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires du pays et sur le courage colossal de ne reculer devant aucune mesure, si arbitraire, si ill&#233;gale ou si impitoyable f&#251;t-elle, aussi longtemps qu'elle &#233;tait n&#233;cessaire &#224; la d&#233;fense du pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e appelle des mesures d&#233;sesp&#233;r&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que les Montagnards eurent appel&#233; aux armes toute la jeunesse fran&#231;aise, sans pouvoir, avec les maigres ressources que leur procurait l'imp&#244;t, fournir m&#234;me partiellement des armes et des vivres aux arm&#233;es nouvellement form&#233;es, ils recoururent aux r&#233;quisitions, aux confiscations, aux emprunts forc&#233;s, d&#233;cr&#233;t&#232;rent le change des assignats , bref, ils impos&#232;rent aux classes poss&#233;dantes effray&#233;es des sacrifices d'argent, tout cela dans l'int&#233;r&#234;t d'un pays en p&#233;ril pour lequel le peuple sacrifiait son sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures de force &#233;taient absolument n&#233;cessaires pour sauver la France. Il n'y avait pas &#224; compter sur des contributions financi&#232;res volontaires, Janet l'admet lui-m&#234;me. La d&#233;termination et l'&#233;nergie de fer du gouvernement &#233;taient &#233;galement n&#233;cessaires pour pousser &#224; bout toutes les forces nouvelles de la France, Janet l'admet aussi. Mais lui, Paul Janet, aurait pr&#233;f&#233;r&#233; voir la dictature entre les mains de la &#171; noble et magnanime Gironde &#187; plut&#244;t que dans celles des abominables Montagnards. Si les Girondins &#233;taient sortis victorieux de la lutte contre la Montagne, alors, selon l'auteur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; eux aussi auraient &#233;t&#233; plac&#233;s dans la m&#234;me situation que les Montagnards ; ils auraient &#233;t&#233; oblig&#233;s de r&#233;primer les insurrections royalistes, de vaincre le parti d'opposition, de repousser les invasions, et l'on peut douter que, sans la dictature, ils eussent pu faire face &#224; tous ces maux. Mais leur dictature aurait &#233;t&#233; moins sanguinaire et aurait donn&#233; plus de place au droit et &#224; la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sur quelles couches de la population les doux Girondins auraient-ils pu s'appuyer ? Quand, apr&#232;s leur d&#233;faite &#224; Paris, ils cherch&#232;rent du secours en province, ils n'y trouv&#232;rent que l'appui passif de la bourgeoisie &#171; lente et ti&#232;de &#187;, pour reprendre l'expression de Janet, et l'appui malfaisant des royalistes, qu'ils durent eux-m&#234;mes rejeter. Et pouvaient-ils compter sur un appui plus efficace de la part de leurs partisans dans la lutte contre les ennemis &#233;trangers ? La Gironde n'a jamais trouv&#233; et ne trouvera jamais gr&#226;ce aupr&#232;s de la couche la plus basse et la plus r&#233;volutionnaire de la population, surtout &#224; Paris. Cette partie de la population avait &#233;videmment sur le &#171; peuple &#187; et ses int&#233;r&#234;ts des opinions tout &#224; fait diff&#233;rentes de celles de la Gironde, si admir&#233;e par Janet en raison de sa magnanimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment cette circonstance qui provoqua la chute de la Gironde et la victoire de la Montagne. La premi&#232;re fut presque exclusivement le fait de la &#171; classe moyenne lente et ti&#232;de &#187;. Pouvait-on accomplir quelque chose de substantiel avec de tels alli&#233;s ? Non, la Gironde mod&#233;r&#233;e et lib&#233;rale n'aurait jamais pu sauver la France de la situation critique dans laquelle elle se trouvait emp&#234;tr&#233;e en 1793.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la situation ext&#233;rieure de la France qui rendit n&#233;cessaire la dictature, celle des Montagnards. Et une fois qu'une dictature fut n&#233;cessaire, tous les discours sur une r&#233;publique &#171; libre, l&#233;gale et douce &#187; devinrent tout simplement ridicules. La dictature r&#233;volutionnaire devait n&#233;cessairement &#234;tre aussi rigide et aussi impitoyable que les ennemis ext&#233;rieurs qui l'avaient suscit&#233;e, tout comme le manifeste du duc de Brunswick et les menaces d'une Europe r&#233;actionnaire contre la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant aux causes internes qui emp&#234;ch&#232;rent les Montagnards de trouver une r&#233;publique &#171; libre, l&#233;gale et douce &#187; &#224; leur go&#251;t. Il faut ici tout d'abord attirer l'attention du lecteur sur les fameux droits de l'homme et du citoyen. Parmi ceux-ci, nous trouvons plusieurs droits qui correspondent aux int&#233;r&#234;ts de la classe la plus basse de la population ; mais nous en trouvons aussi un &#224; l'&#233;gard duquel cette classe fut oblig&#233;e, d&#232;s le d&#233;but, de maintenir une attitude particuli&#232;re et contradictoire. Il s'agit du droit de propri&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat et les &#171; droits de propri&#233;t&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment un &#171; sans- culotte &#187; parisien, par exemple, pourrait-il concevoir ce droit, alors que son nom seul indique qu'il est lui-m&#234;me d&#233;pourvu de toute propri&#233;t&#233; ? Comment pourrait-il exercer ce droit merveilleux qui lui est accord&#233; ? Les exemples ne manquent pas &#224; sa port&#233;e. La bourgeoisie s'est appropri&#233; bien des biens de l'aristocratie et de l'&#201;glise : pourquoi ne ferait-elle pas de m&#234;me avec les biens de la bourgeoisie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sans-culotte de cette &#233;poque avait &#224; traverser bien des jours p&#233;nibles, quoique joyeux. Il lui fallait souvent endurer la faim au sens le plus litt&#233;ral du terme, et la faim, on le sait, est mauvaise conseill&#232;re. D&#232;s lors, notre sans-culotte commen&#231;a &#224; manifester une grande indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de la propri&#233;t&#233; bourgeoise. La bourgeoisie r&#233;sista &#224; cela du mieux qu'elle put.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien comment cette lutte sociale devait influer sur la vie politique. La &#171; populace &#187; se rassembla en un parti qui lui &#233;tait propre et mit les Montagnards sur le bouclier. La &#171; populace &#187; de l'&#233;poque savait se battre et prit bient&#244;t le contr&#244;le. Il ne lui restait alors &#233;videmment plus qu'&#224; utiliser le pouvoir politique qu'elle venait d'acqu&#233;rir pour cr&#233;er des institutions sociales sous lesquelles le droit de propri&#233;t&#233; ne sonnerait plus comme une am&#232;re moquerie. Mais pour le prol&#233;tariat de l'&#233;poque, comme pour le prol&#233;tariat moderne, cela n'&#233;tait possible qu'&#224; une condition : l'abolition totale de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et de l'organisation sociale de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette derni&#232;re, dans les conditions qui pr&#233;valaient alors, &#233;tait tout simplement impensable pour deux raisons &#233;troitement li&#233;es. Le prol&#233;tariat de l'&#233;poque n'avait pas les capacit&#233;s requises, et les moyens de production de l'&#233;poque ne r&#233;pondaient m&#234;me pas aux conditions &#233;l&#233;mentaires de socialisation. C'est pourquoi ni le prol&#233;tariat de l'&#233;poque ni ses repr&#233;sentants les plus avanc&#233;s ne pouvaient m&#234;me concevoir cette id&#233;e. Il est vrai que dans la litt&#233;rature fran&#231;aise pr&#233;r&#233;volutionnaire on trouve quelques utopies communistes, mais celles-ci, pour les raisons que nous avons mentionn&#233;es, n'ont pu trouver ni cr&#233;dit ni reconnaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Raisons des tactiques terroristes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, que restait-il &#224; faire &#224; la &#171; populace &#187; momentan&#233;ment victorieuse ? Si l'on ne pouvait pas songer &#224; socialiser les moyens de production, il fallait n&#233;cessairement que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e y soit maintenue, et que la population indigente se contente d'empi&#233;ter sur son domaine par la force et par la violence. Et c'est &#224; cause de ces empi&#233;tements que la &#171; populace &#187; est encore aujourd'hui accus&#233;e par tous les historiens bourgeois. Les empi&#233;tements sur le domaine de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ont rendu impossible une r&#233;publique &#171; l&#233;gale &#187;, car la loi a &#233;t&#233; con&#231;ue pour prot&#233;ger pr&#233;cis&#233;ment cette propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique ne pouvait plus &#234;tre &#171; douce &#187;, car les classes poss&#233;dantes ne supportaient pas, les mains dans les poches, de telles atteintes &#224; leurs biens, mais cherchaient au contraire avec ardeur une occasion de mettre un terme &#224; cette &#171; domination de la populace &#187; nonchalante. La lutte entre le prol&#233;tariat de l'&#233;poque et les classes poss&#233;dantes devait &#234;tre men&#233;e, fatalement et in&#233;vitablement, par des moyens terroristes. C'est seulement par la terreur, dans un contexte de contradictions &#233;conomiques insolubles, que le prol&#233;tariat pouvait maintenir sa domination. Si le prol&#233;tariat avait atteint un stade de d&#233;veloppement plus &#233;lev&#233; et, d'autre part, si les conditions &#233;conomiques avaient &#233;t&#233; suffisamment avanc&#233;es pour assurer son bien-&#234;tre, il n'aurait pas eu besoin de recourir &#224; des mesures de terreur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Raisons de la &#171; l&#233;galit&#233; &#187; bourgeoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons la bourgeoisie, si lou&#233;e par les historiens pour son penchant pour la &#171; l&#233;galit&#233; &#187;. Elle ne laissait nullement ses ennemis en paix, et ne reculait pas devant les mesures d&#233;cisives dans les moments critiques ; mais sa cause &#233;tait alors si solide qu'elle n'avait pas &#224; craindre d'adversaire. Arriv&#233;e au pouvoir au cours de sa &#171; glorieuse &#187; r&#233;volution, la bourgeoisie a instaur&#233; l'ordre social qui convenait &#224; ses besoins, et elle l'a fait avec tant de rigueur que m&#234;me les r&#233;actionnaires les plus obstin&#233;s n'ont plus eu l'id&#233;e de l'abolir. Si ces derniers avaient tent&#233; une tentative dans ce sens, ils auraient vite &#233;t&#233; convaincus de son &#233;chec absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, il &#233;tait facile &#224; la bourgeoisie de parler de &#171; l&#233;galit&#233; &#187; ; lorsque votre cause a gagn&#233; et que vos ennemis ont &#233;t&#233; vaincus sans espoir, l'ordre de choses le plus conforme &#224; vos int&#233;r&#234;ts devient &#171; l&#233;gal &#187; ; recourriez-vous alors encore &#224; des moyens illicites ? Vous &#234;tes s&#251;r que d&#233;sormais vos privil&#232;ges seront amplement prot&#233;g&#233;s par la loi. La bourgeoisie a lutt&#233; pour la l&#233;galit&#233; en politique, parce que l'&#233;volution historique avait pleinement assur&#233; son triomphe en &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A sa place, le prol&#233;tariat n'aurait pas pu et n'aurait pas agi autrement. Que les porte-parole de la &#171; populace &#187;, les Montagnards, tout autant que les Girondins, aient &#233;lev&#233; au plus haut le principe de la libert&#233; et de la loi, c'est ce que prouve la constitution qu'ils ont r&#233;dig&#233;e, la plus libre jamais &#233;crite en France. La constitution introduisait la l&#233;gislation directe par les repr&#233;sentants du peuple et limitait au minimum les pouvoirs de l'ex&#233;cutif. Cependant, en raison de toutes les conditions ext&#233;rieures et int&#233;rieures de la France, il devenait impossible aux Montagnards d'appliquer la constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, on peut consid&#233;rer comme une r&#232;gle qui ne souffre aucune exception que telle classe sociale ou telle couche de la population, une fois arriv&#233;e au pouvoir, recourra d'autant plus volontiers &#224; la terreur que ses chances de se maintenir au pouvoir sont faibles. Au XIXe si&#232;cle, la bourgeoisie a d&#251; se rendre compte que sa domination sur le prol&#233;tariat devenait de plus en plus fragile et, par cons&#233;quent, elle s'efforce de plus en plus de le soumettre par la terreur. Elle a agi avec plus de f&#233;rocit&#233; contre les insurg&#233;s de Juin qu'en 1831 contre les tisserands de Lyon ; elle a agi avec beaucoup plus d'atrocit&#233; dans la r&#233;pression des Communards de 1871 qu'en Juin 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terreur exerc&#233;e par la bourgeoisie contre le prol&#233;tariat &#233;clipse de loin les atrocit&#233;s des Jacobins, qui ont d'ailleurs &#233;t&#233; grandement exag&#233;r&#233;es par les r&#233;actionnaires. Robespierre, compar&#233; &#224; Thiers, appara&#238;t comme un v&#233;ritable ange, et Marat, mis &#224; c&#244;t&#233; des cosaques de la presse bourgeoise de la semaine sanglante de mai, appara&#238;t comme un &#234;tre doux et bienveillant. Quiconque approfondit l'histoire de France de notre si&#232;cle doit &#234;tre enti&#232;rement d'accord avec l'&#233;crivain russe Herzen, lorsqu'il disait, apr&#232;s les journ&#233;es de juin, qu'il n'y avait pas de gouvernement plus f&#233;roce, et qu'il ne pouvait pas y en avoir de plus f&#233;roce que celui du boutiquier en furie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie responsable de la r&#233;action fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment cette f&#233;rocit&#233; des boutiquiers qui rendit impossible la consolidation durable de la libert&#233; politique en France. La bourgeoisie doit &#234;tre tenue seule responsable des d&#233;faillances r&#233;actionnaires qui caract&#233;risent l'histoire de la France au XIXe si&#232;cle. M&#234;me &#224; l'&#233;poque de la Restauration, la victoire des r&#233;actionnaires fut d'autant plus facile que la bourgeoisie, effray&#233;e &#224; mort par les ouvriers, les emp&#234;cha pendant longtemps d'entrer dans la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, pour calmer les &#233;crivains bourgeois qui tremblent &#224; la seule pens&#233;e de la terreur jacobine, nous allons exposer une v&#233;rit&#233; qui nous para&#238;t irr&#233;futable. La victoire de la classe ouvri&#232;re, qui se profile maintenant dans tous les pays civilis&#233;s, ne sera certainement pas entach&#233;e par la cruaut&#233;, car la victoire de la cause du travail est tellement assur&#233;e par le cours de l'histoire qu'il n'y aura plus besoin de terreur. Certes, les r&#233;actionnaires bourgeois seront bien avis&#233;s de s'abstenir de tenter de faire tr&#233;bucher le prol&#233;tariat victorieux et de faire preuve de sagesse en n'imitant pas les conspirateurs royalistes de la grande r&#233;volution. &#171; A la guerre comme &#224; la guerre &#187;, c'est un dicton vrai, et dans le feu de l'action, il pourrait &#234;tre dur pour les conspirateurs. Mais, r&#233;p&#233;tons-le, tout le cours de l'&#233;volution historique garantit le succ&#232;s du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Conditions favorables &#224; la r&#233;volution socialiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'occasion de la c&#233;l&#233;bration du centenaire de la grande r&#233;volution, la bourgeoisie fran&#231;aise s'est presque d&#233;lib&#233;r&#233;ment employ&#233;e &#224; d&#233;montrer au prol&#233;tariat ad oculos (aux yeux) la possibilit&#233; &#233;conomique et la n&#233;cessit&#233; d'une transformation sociale. L'Exposition universelle [1] lui a fourni une excellente d&#233;monstration du d&#233;veloppement sans pr&#233;c&#233;dent des moyens de production dans tous les pays civilis&#233;s, qui a d&#233;pass&#233; les plus audacieuses fantaisies des utopistes du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent. Dans ce sens, l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat, au lieu du noble r&#234;ve qu'elle &#233;tait au temps de Babeuf, est devenue une n&#233;cessit&#233; historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exposition a montr&#233;, en outre, que le d&#233;veloppement moderne des moyens de production, dans les conditions anarchiques qui r&#233;gissent la production, doit logiquement et n&#233;cessairement conduire &#224; des crises industrielles de plus en plus destructrices pour l'&#233;conomie mondiale. Pour &#233;chapper aux cons&#233;quences dangereuses de ces crises, il ne reste au prol&#233;tariat europ&#233;en qu'&#224; poser les bases d'une organisation planifi&#233;e de la production sociale, chose impossible pour les sans-culottes du si&#232;cle dernier. Non seulement les forces productives modernes rendent possible une telle organisation, mais elles y tendent. Sans une telle organisation, il n'est pas possible d'envisager la pleine utilisation de ces forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'atelier m&#233;canique moderne, la production a d&#233;j&#224; pris un caract&#232;re social ; il ne reste plus qu'&#224; harmoniser les diff&#233;rentes fonctions productives dans ces ateliers et, en cons&#233;quence, &#224; transformer la propri&#233;t&#233; du produit, c'est-&#224;-dire &#224; la faire passer de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#224; la propri&#233;t&#233; sociale. Atteindre ce but sera la t&#226;che du prol&#233;tariat europ&#233;en. Le Congr&#232;s socialiste international, r&#233;uni en juillet 1889, n'a pas manqu&#233; de rappeler au prol&#233;tariat cette grande t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons maintenant &#224; notre philosophe Paul Janet, que nous avons perdu de vue pendant un certain temps. Il vient de nous annoncer qu'il faut &#171; rester fid&#232;le &#224; l'esprit de la r&#233;volution, mais rejeter l'esprit r&#233;volutionnaire &#187;. En d'autres termes, l'humanit&#233; doit se contenter des r&#233;sultats de la grande r&#233;volution obtenue par la bourgeoisie, mais ne doit pas faire un pas de plus en avant.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;cessit&#233; d'une conscience de classe parmi les travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous pensons que c'est tout le contraire. Les objectifs de la bourgeoisie ne peuvent pas &#234;tre ceux de la classe ouvri&#232;re, et les r&#233;sultats obtenus par la premi&#232;re ne peuvent satisfaire la seconde. C'est pourquoi les ouvriers font un pas de plus lorsqu'ils rejettent l'esprit bourgeois de la grande r&#233;volution, mais restent fid&#232;les &#224; l'esprit r&#233;volutionnaire. Rester fid&#232;le &#224; cet esprit signifie lutter sans rel&#226;che et sans crainte pour un avenir meilleur, lutter implacablement contre tout ce qui est ancien et d&#233;pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie voudrait bien inculquer aux ouvriers l'id&#233;e que la soci&#233;t&#233; moderne ne conna&#238;t pas de divisions de classes, parce que le fondement de l'&#201;tat moderne est l'&#233;galit&#233; de tous devant la loi. Mais cette &#233;galit&#233; formelle ne peut pas plus consoler les ouvriers que, sous l'ancien r&#233;gime, l'&#233;galit&#233; proclam&#233;e de tous devant Dieu ne satisfaisait la bourgeoisie ; non contente de cette &#233;galit&#233; fantastique, la bourgeoisie ne se reposait pas avant d'&#234;tre entr&#233;e en possession de tous les biens terrestres possibles. Il n'est donc pas &#233;tonnant que le prol&#233;tariat ne se contente pas de fictions juridiques, sachant tr&#232;s bien que l'in&#233;galit&#233; &#233;conomique doit, dans la vie r&#233;elle, rendre illusoire toute autre &#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, la bourgeoisie voudrait faire croire aux ouvriers qu'il n'y a plus rien &#224; faire aujourd'hui dans le domaine &#233;conomique et qu'il ne faut donc que se livrer au jeu de la politique &#171; pure &#187;. Mais la &#171; politique pure &#187; n'est pour les ouvriers qu'une politique de pacotille au service des partis bourgeois, et la bourgeoisie est parfaitement consciente de la signification de cette esp&#232;ce de &#171; politique pure &#187;, du moins telle &#233;tait-elle son interpr&#233;tation lorsqu'elle &#233;tait en lutte avec la noblesse et le clerg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la brochure Qu'est-ce que le tiers-&#233;tat ? , d&#233;j&#224; cit&#233;e, et qui doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le programme de la bourgeoisie de 1789, les sophismes des &#171; purs politiques &#187;, qui se trouvaient alors dans les deux &#233;tats sup&#233;rieurs, &#233;taient r&#233;fut&#233;s avec beaucoup de talent. L'abb&#233; Siey&#232;s insistait sur le fait que la nation &#233;tait en r&#233;alit&#233; divis&#233;e en deux camps : dans l'un, les privil&#233;gi&#233;s ; dans l'autre, les opprim&#233;s ; et que cette division r&#233;elle devait se refl&#233;ter dans la politique. Il &#233;tait naturel et compr&#233;hensible que les privil&#233;gi&#233;s cherchassent &#224; pr&#233;server leurs int&#233;r&#234;ts au moyen de mesures politiques ; mais les opprim&#233;s ne devaient pas non plus n&#233;gliger la sauvegarde de leurs int&#233;r&#234;ts et devaient appara&#238;tre comme un parti unifi&#233; dans l'ar&#232;ne politique nouvellement ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, cette le&#231;on n'a pas perdu de son sens ni de son importance. Les conditions n'ont chang&#233; que dans la mesure o&#249; la bourgeoisie occupe aujourd'hui une position privil&#233;gi&#233;e. Et que reste-t-il aux ouvriers, sinon de se regrouper dans un parti s&#233;par&#233; des opprim&#233;s, oppos&#233; &#224; la bourgeoisie privil&#233;gi&#233;e ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Id&#233;es confuses sur la lutte des classes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du XVIIIe si&#232;cle, &#224; l'&#233;poque de la &#171; grande r&#233;volte &#187; de la &#171; populace &#187; fran&#231;aise, l'antagonisme de classe entre bourgeoisie et prol&#233;tariat n'&#233;tait encore qu'embryonnaire. C'est pourquoi la conscience de classe des prol&#233;taires devait &#234;tre assez floue. Lorsque, au cours de ce trait&#233;, nous avons essay&#233; d'expliquer l'argumentation de Paul Janet relative aux conceptions jacobines du &#171; peuple &#187;, nous leur avons attribu&#233; une attitude antagoniste &#224; l'&#233;gard de toutes les classes vivant du travail des autres. C'&#233;tait en r&#233;alit&#233; le seul sens possible de l'argumentation de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'est vrai que dans la mesure o&#249; les Montagnards, en r&#233;alit&#233; et par instinct, ont toujours cherch&#233; &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de la classe la plus pauvre de la population. Il en &#233;tait ainsi parce que leur conception comportait un trait qui, au cours d'une &#233;volution ult&#233;rieure, aurait pris un caract&#232;re tout &#224; fait bourgeois. Ce trait appara&#238;t clairement dans les discours de Robespierre. C'est par lui que s'explique la lutte des Jacobins contre les H&#233;bertistes et, en g&#233;n&#233;ral, leur lutte contre la pr&#233;tendue l&#233;gislation agraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces &#171; lois agraires &#187;, telles que se les repr&#233;sentaient leurs partisans, ne contenaient rien de communiste. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e et les objectifs petits-bourgeois qui lui &#233;taient &#233;troitement li&#233;s s'impos&#232;rent dans les programmes des r&#233;volutionnaires les plus extr&#233;mistes de l'&#233;poque. Seul Babeuf prit une position diff&#233;rente ; il apparut au dernier acte de la grande trag&#233;die, alors que les forces du prol&#233;tariat avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; enti&#232;rement &#233;puis&#233;es par les luttes pr&#233;c&#233;dentes. Le parti de la Montagne &#233;choua pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de cette contradiction profonde entre ses conceptions petites-bourgeoises et sa volont&#233; de repr&#233;senter les int&#233;r&#234;ts prol&#233;tariens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces contradictions sont &#233;trang&#232;res aux repr&#233;sentants actuels de la classe ouvri&#232;re, car le socialisme moderne et scientifique n'est que l'expression th&#233;orique de l'antagonisme insurmontable des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie et du prol&#233;tariat. La victoire prochaine de la classe ouvri&#232;re sous le drapeau du socialisme sera bien plus glorieuse que toutes les &#171; glorieuses &#187; r&#233;volutions de la bourgeoisie r&#233;unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force, la force pure, la force des ba&#239;onnettes et des canons, devient de plus en plus le seul appui de la domination bourgeoise. Et des &#171; th&#233;oriciens &#187; candides font leur apparition, qui reconnaissent sans plus de c&#233;r&#233;monie que l'ordre bourgeois actuel ne peut &#234;tre justifi&#233; th&#233;oriquement et n'a pas besoin d'une telle justification, parce que la bourgeoisie contr&#244;le les pouvoirs publics. Ainsi parle par exemple un professeur autrichien, Gumplowicz, dans son livre L'&#201;tat politique et le socialisme .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les repr&#233;sentants de la noblesse et du clerg&#233;, dans une des premi&#232;res sessions des &#201;tats, revinrent sur le fondement de leurs privil&#232;ges, le droit historique de conqu&#234;te, le th&#233;oricien de la bourgeoisie, l'abb&#233; Siey&#232;s, r&#233;pondit fi&#232;rement : &#171; Rien que cela, messieurs ? Nous serons conqu&#233;rants &#224; notre tour ! &#187; &#8212; ce qui veut dire : &#171; Rien que cela, messieurs ? Eh bien, nous serons conqu&#233;rants &#224; notre tour ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la classe ouvri&#232;re doit dire exactement cela aux partisans de la force bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'Exposition universelle est une grande exposition qui s'est tenue &#224; Paris &#224; l'occasion du centi&#232;me anniversaire de la prise de la Bastille. Elle s'est d&#233;roul&#233;e du 6 mai au 31 octobre 1889 et a attir&#233; plus de six millions de visiteurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le g&#233;nocide des Am&#233;rindiens</title>
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		<dc:date>2025-12-25T23:11:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Etats-Unis - USA</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rindiens</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pr&#232;s de 100 millions d'autochtones indiens de l'h&#233;misph&#232;re occidental ont &#233;t&#233; tu&#233;s ou sont morts pr&#233;matur&#233;ment du fait des Europ&#233;ens et de leurs descendants en cinq si&#232;cles, affirme l'historien am&#233;ricain et professeur &#224; l'universit&#233; d'Hawaii, David E. Stannard, dans son ouvrage intitul&#233; &#034;Holocauste am&#233;ricain : Christophe Colomb et la conqu&#234;te du Nouveau Monde&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La f&#234;te nationale de l'Action de gr&#226;ce (Thanksgiving), c&#233;l&#233;br&#233;e en novembre, remonterait quant &#224; elle aux ann&#233;es 1620. Il semble, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;Etats-Unis - USA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot302" rel="tag"&gt;Am&#233;rindiens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#232;s de 100 millions d'autochtones indiens de l'h&#233;misph&#232;re occidental ont &#233;t&#233; tu&#233;s ou sont morts pr&#233;matur&#233;ment du fait des Europ&#233;ens et de leurs descendants en cinq si&#232;cles, affirme l'historien am&#233;ricain et professeur &#224; l'universit&#233; d'Hawaii, David E. Stannard, dans son ouvrage intitul&#233; &#034;Holocauste am&#233;ricain : Christophe Colomb et la conqu&#234;te du Nouveau Monde&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#234;te nationale de l'Action de gr&#226;ce (Thanksgiving), c&#233;l&#233;br&#233;e en novembre, remonterait quant &#224; elle aux ann&#233;es 1620. Il semble, selon certains historiens, qu'elle soit li&#233;e &#224; un massacre d'indiens d'Am&#233;rique par des colons europ&#233;ens, qui apr&#232;s les avoir invit&#233;s &#224; un festin pour les remercier de leur aide et de leur accueil, les ont ensuite massacr&#233;s et remerci&#233; Dieu de leur avoir permis &#034;d'&#233;liminer les sauvages&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologie de la r&#233;volte des Indiens des Am&#233;riques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3128&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3128&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conqu&#234;te de l'Am&#233;rique par l' &#171; Ancien monde &#187; occidental, un grand crime de masse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5318&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5318&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;nocide colonial fran&#231;ais des peuples am&#233;rindiens cara&#239;bes des Petites Antilles de 1625-1660&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4110&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4110&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nocide_de_peuples_autochtones&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nocide_de_peuples_autochtones&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le g&#233;nocide des Am&#233;rindiens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les actes de g&#233;nocide en Am&#233;rique, parfois rassembl&#233;s sous le vocable controvers&#233; de &#171; g&#233;nocide de peuples autochtones &#187;, d&#233;signent certains meurtres collectifs, directs ou indirects, ainsi que d'autres pers&#233;cutions, perp&#233;tr&#233;s contre des villages, des tribus ou des ethnies am&#233;rindiennes, et qui, sans avoir les modalit&#233;s des grands g&#233;nocides du XXe si&#232;cle, pr&#233;sentent &#224; tout le moins certains caract&#232;res d'un g&#233;nocide. Ces crimes divers et espac&#233;s, commis entre les XVIe et XIXe si&#232;cles par des conqu&#233;rants et colons pour la plupart espagnols ou anglais, puis par des Euro-Am&#233;ricains, ont des causes complexes et ne sont pas la norme coloniale. L'immense majorit&#233; des Am&#233;rindiens tu&#233;s depuis 1492 sont les victimes des &#233;pid&#233;mies, des mauvais traitements inflig&#233;s sans dessein meurtrier et des guerres internes, europ&#233;ennes, intercoloniales, civiles et d'ind&#233;pendance (ces causes de mortalit&#233; &#233;tant par d&#233;finition exclues de la notion de g&#233;nocide). L'ethnocide qui, lui, est une constante coloniale m&#234;me en dehors des Am&#233;riques, fait aussi des victimes indirectes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les recherches sur ces sujets sont difficiles car le d&#233;ni et la culpabilit&#233; complique la collecte d'information. D'abord, les souffrances de descendants de natifs, qui ne forment plus que des minorit&#233;s dans leur pays, et le d&#233;ni des exterminations, m&#234;me s'il est aujourd'hui en g&#233;n&#233;ral absent des d&#233;bats en histoire, entra&#238;nent une r&#233;action importante des peuples concern&#233;s, au premier plan, puis des partisans de l'indig&#233;nisme et de certains militants anticolonialistes. Une des manifestations en est l'irruption, au sein des d&#233;bats, d'analyses et de th&#233;ories qui amplifient au d&#233;triment des faits la dimension g&#233;nocidaire de la colonisation. De natures tr&#232;s diff&#233;rentes, ces deux causes des difficult&#233;s rencontr&#233;es par les historiens se rejoignent malgr&#233; tout : La th&#232;se d'un &#171; g&#233;nocide indien &#187; aux proportions continentales tire en effet ses chiffres &#233;normes des donn&#233;es d&#233;mographiques les plus difficiles &#224; consid&#233;rer, compte tenu des falsifications des faits par les diff&#233;rents romans nationaux des colons au fil des si&#232;cles. Les peuples autochtones vivant le m&#234;me retrait d'humanit&#233; que les peuples noirs, leur consid&#233;ration par les historiens de l'&#233;poque avait un point de vu tronqu&#233; et negligent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oppression des Am&#233;rindiens en g&#233;n&#233;ral, les actes de g&#233;nocide en particulier, ont donc laiss&#233; des blessures dans la m&#233;moire collective et des tensions dans les &#233;tudes historiques que celle-ci impr&#232;gne. Dans certains pays, leur reconnaissance politique a eu lieu, mais reste souvent h&#233;sitante ou r&#233;serv&#233;e, comme en France ou aux &#201;tats-Unis o&#249; le mot &#171; g&#233;nocide &#187; est pratiquement &#233;cart&#233; du d&#233;bat politique alors que le d&#233;bat scientifique en fait un usage intensif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les faits et leur interpr&#233;tation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res d&#233;finitions du g&#233;nocide datant seulement du milieu du XXe si&#232;cle, des historiens se sont interrog&#233;s sur la pertinence d'un emploi r&#233;trospectif du terme, par exemple dans des travaux sur la colonisation am&#233;ricaine, ph&#233;nom&#232;ne tr&#232;s long, concernant des populations dont le d&#233;clin a commenc&#233; au d&#233;but du XVIe si&#232;cle, et qui n'est pas, loin de l&#224;, seulement meurtrier. Raphael Lemkin, le juriste qui a forg&#233; le terme, n'&#233;tait pas hostile &#224; cet emploi et travaillait m&#234;me, peu avant son d&#233;c&#232;s, sur le cas des Indiens d'Am&#233;rique1. Certains historiens aujourd'hui usent, souvent avec parcimonie, du mot &#171; g&#233;nocide &#187;, mais ne s'en contentent pas toujours : ils le nuancent parfois, selon les cas l'att&#233;nuent plus ou moins en utilisant et si possible en justifiant &#171; des termes proches de meurtres de masse, qui ont des connotations normatives l&#233;g&#232;rement diff&#233;rentes &#187;2, tels que &#171; g&#233;nocide partiel &#187;, &#171; extermination &#187;, &#171; massacre g&#233;nocidaire &#187; ou &#171; violence quasi g&#233;nocidaire &#187;. Les expressions juridiques &#171; acte de g&#233;nocide &#187; et &#171; acte g&#233;nocidaire &#187; sont souvent employ&#233;es, par exemple pour qualifier des actions de miliciens o&#249; l'intention de tuer plusieurs indig&#232;nes pour la raison qu'ils appartiennent &#224; une tribu d&#233;test&#233;e est manifeste. Toutefois, l'emploi de tels d&#233;riv&#233;s reste controvers&#233; et d'autres historiens les &#233;vitent pour travailler avec des notions moins pol&#233;miques, comme celle de massacre3.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Espagnols et les habitants des Antilles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux d&#233;buts de la conqu&#234;te espagnole, les hommes de Christophe Colomb, peu nombreux en 1492 et 1493, sont bien accueillis par les Tainos, des indig&#232;nes de langue arawak qui sont majoritaires sur Hispaniola et les &#238;les alentour. Quelques malentendus dus &#224; la barri&#232;re des langues mis &#224; part, les deux mondes s'entraident et &#233;changent, et les Tainos laissent les colons installer leurs petites villes fortifi&#233;es qui abriteront rapidement les renforts venus d'Espagne. Surviennent les premi&#232;res &#233;pid&#233;mies : non immunis&#233;s contre les maladies europ&#233;ennes telles que la rougeole, la grippe ou le typhus, des autochtones commencent &#224; mourir sans que, pour l'instant, leurs communaut&#233;s soient menac&#233;es ; la menace p&#232;se en premier lieu sur les colons, qui succombent en grand nombre &#224; des maladies[Lesquelles ?]4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Espagnols esp&#232;rent prendre des territoires riches en ressources et surtout soumettre par l'instruction les habitants qui vont produire les richesses. Ceux-ci doivent &#234;tre &#233;vang&#233;lis&#233;s et prot&#233;g&#233;s, doivent apprendre des techniques de production, travailler comme de bons chr&#233;tiens et accepter de donner en retour une partie des profits &#224; l'Espagne. C'est un projet intenable : eurocentr&#233;, il entra&#238;ne les indig&#232;nes vers une d&#233;culturation qu'ils vivent souvent mal ; en outre, les hommes cessent d'&#234;tre des bienfaiteurs quand ils comprennent qu'une fois arm&#233;s ils peuvent &#234;tre des ma&#238;tres, et les conquistadors ne font pas exception. Colomb et ses successeurs d&#233;couvrent les r&#233;alit&#233;s de la colonisation et essaient de s'y adapter : les Indiens, qui n'appr&#233;cient pas les abus, veulent se d&#233;barrasser des nouveaux venus, lesquels doivent les combattre et en faire des esclaves, m&#234;me si cela irrite le pouvoir en Espagne5,6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerriers du cacique Caonabo, &#233;poux d'Anacaona, intimident les visiteurs devenus envahisseurs, en assassinent certains, assi&#232;gent les autres. Mais les Espagnols r&#233;ussissent une attaque surprise sur un lieu tr&#232;s peupl&#233; en 1495 : cette &#171; bataille de La Vega Real &#187; est un tournant d&#233;cisif. Durant les ann&#233;es qui suivent, les autochtones qui r&#233;sistent encore, d&#233;sunis et affaiblis par les maladies, ne peuvent rien contre des soldats bien &#233;quip&#233;s qui montent des chevaux et dressent des chiens, et qui ont parfois d'autres indig&#232;nes pour alli&#233;s4. Apr&#232;s les massacres, c'est le travail forc&#233; de l'encomienda, accompagn&#233; d'abus gratuits et de brutalit&#233;s qui punissent les tentatives de fuite6. Quand la main-d'&#339;uvre vient &#224; manquer, les colons d&#233;placent les tribus des &#238;les voisines : elles subissent le m&#234;me sort funeste. Les recensements de population alarment les Espagnols qui finalement essaient, mais en vain, de stopper les &#233;pid&#233;miesNote 1. On estime la population d'Hispaniola en 1492 &#224; au moins 300 000 individus4, peut-&#234;tre 500 0007 ou davantageNote 2 ; trente ans plus tard, pr&#232;s de 90 % des Tainos ont d&#233;j&#224; disparu, emport&#233;s par les maladies principalement, ainsi que par les guerres d&#233;s&#233;quilibr&#233;es et les mauvais traitements8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population indig&#232;ne de l'&#238;le principale de Porto Rico, nomm&#233;e San Juan Bautista par Colomb, chute de peut-&#234;tre 30 000 en 1508 &#224; 1 148 habitants lors du recensement de 1530 : le d&#233;cret royal pris entre-temps pour &#233;manciper les Tainos n'emp&#234;che pas les colons de poursuivre leur oppression9. Tous les Arawaks des Grandes Antilles sont concern&#233;s par la chute d&#233;mographique, qui se poursuit pendant plusieurs dizaines d'ann&#233;es jusqu'&#224; leur disparition quasi compl&#232;te. Les Indiens Cara&#239;bes des Petites Antilles conna&#238;tront un d&#233;clin plus lent5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la plupart des historiens refusent de parler de g&#233;nocide au plein sens juridique du termeNote 3, cette longue s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements est dans la litt&#233;rature souvent appel&#233;e &#171; g&#233;nocide des Tainos &#187; ou &#171; g&#233;nocide des Arawaks &#187;. L'anthropologue Christian Duverger, par exemple, estime que l'extinction des Tainos, qui rend exceptionnel cet &#233;pisode de la Conquista, est suffisamment probante et qu'&#171; on peut parler de g&#233;nocide &#187;8. Le militant anticolonialiste Yves Benot imite pour sa part la formule &#171; homicide involontaire &#187; dans son expression &#171; g&#233;nocide involontaire &#187;5, paradoxale pour qui sait combien l'emploi du mot est justifi&#233; par la volont&#233; d'&#233;liminer physiquement un groupe humain : l'extermination des Arawaks, qui repr&#233;sentaient une main-d'&#339;uvre servile pr&#233;cieuse, est de facto et les maladies ont jou&#233; un r&#244;le ; les plus hautes autorit&#233;s en Espagne, malgr&#233; leurs pr&#233;jug&#233;s x&#233;nophobes, abominaient les meurtres de masse ; mais les premiers colons des Am&#233;riques ont r&#233;pandu la mort, par n&#233;gligence parfois, par sadisme lib&#233;r&#233; surtout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien Ben Kiernan, sp&#233;cialiste des g&#233;nocides, rappelle une interpr&#233;tation non restrictive de la d&#233;finition juridique, selon laquelle un g&#233;nocidaire peut viser une population particuli&#232;re, en sachant que la destruction au moins partielle de celle-ci s'ensuivra, mais sans que cette destruction le motive n&#233;cessairement, il peut poursuivre d'autres objectifs ; les formules ind&#233;pendantes &#171; extermination &#187; et &#171; crime contre l'humanit&#233; &#187;, dont l'emploi n'exige pas la preuve d'une intention de r&#233;duire un groupe (ethnique ou autre) mais celle d'une planification par une puissante autorit&#233;, peuvent aussi aider &#224; qualifier les violences et les meurtres de masse, sans &#234;tre incompatibles avec la notion de g&#233;nocide10. Dans le cas des Tainos, des conqu&#233;rants s&#233;duits par une id&#233;ologie proche de l'agrarianisme et d&#233;&#231;us de ne pas trouver assez d'or, se sont ent&#234;t&#233;s &#224; disloquer et &#233;puiser une ethnie affaiblie par le choc viral, des hommes et des femmes pr&#233;jug&#233;s inaptes &#224; cultiver la terre &#224; la mani&#232;re des civilis&#233;s, &#224; moins d'avoir ces civilis&#233;s comme ma&#238;tres ; m&#234;me sans connaissance scientifique sur les &#233;pid&#233;mies, ils ne pouvaient pas ignorer qu'un tel traitement entra&#238;nerait une h&#233;catombe11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexander Hinton (en), anthropologue tr&#232;s engag&#233; dans l'&#233;tude et la pr&#233;vention des g&#233;nocides, souligne le fait que la Shoah est un g&#233;nocide &#171; prototype &#187;, c'est-&#224;-dire dont l'&#233;tude, fondatrice et toujours intensive, affecte la recherche sur tous les &#233;v&#233;nements qu'on veut ranger dans la cat&#233;gorie du g&#233;nocide. Il estime qu'il s'agit d'un biais, sugg&#232;re la possibilit&#233; de focaliser sur d'autres prototypes et donne quelques exemples, dont la destruction des Tainos12.&lt;br class='autobr' /&gt;
La disparition des empires du continent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements des Antilles marquent les conquistadors de Tierra Firme et des contr&#233;es plus lointaines. Si les intellectuels et les observateurs de l'&#233;poque sont partag&#233;s entre la d&#233;nonciation des atrocit&#233;s coloniales qui m&#232;nent &#224; la destruction massive d'&#234;tres humains qui ont des droits (Bartolom&#233; de las Casas) et l'apologie de l'esclavage d'&#234;tres inf&#233;rieurs &#224; prot&#233;ger quand ils s'instruisent, &#224; massacrer quand ils guerroient (Juan Gin&#233;s de Sep&#250;lveda), les aventuriers au plus pr&#232;s des &#233;changes cordiaux puis des conflits avec les Am&#233;rindiens deviennent souvent brutaux en succombant &#224; la fi&#232;vre de l'or et &#224; la d&#233;testation de certaines tribus jug&#233;es dangereuses. Il en est ainsi de Vasco N&#250;&#241;ez de Balboa qui, selon Ben Kiernan, &#171; pr&#233;conise le g&#233;nocide &#187;13 &#224; Ferdinand le Catholique en 1513 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ces Indiens de Caribana ont mille fois m&#233;rit&#233; la mort, car c'est une race d&#233;testable. Dans d'autres occasions ils ont tu&#233; nombre de chr&#233;tiens, et m&#234;me quelques-uns des n&#244;tres, qui, en descendant le fleuve, perdirent un vaisseau. Aussi ce que je propose n'est pas de les faire esclaves, ils sont trop mauvais pour cela, mais de les br&#251;ler tous, grands ou petits, pour qu'il ne reste pas trace de si vilaines gens14. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des exterminations se pose pour les colonies espagnoles du continent : leur histoire contient des &#233;pisodes g&#233;nocidaires15 difficiles &#224; recenser, d'autant plus que les faits ne sont pas connus avec pr&#233;cision. Lorsqu'ils p&#233;n&#232;trent dans les empires de M&#233;soam&#233;rique et des Andes, les empires azt&#232;que et inca principalement, les Espagnols d&#233;couvrent des civilisations raffin&#233;es et de vastes soci&#233;t&#233;s, certes en manque d'unit&#233; et de coh&#233;sion, qui gagnent des guerres et r&#233;duisent des peuplades en esclavage. Ces puissances n'ont rien &#224; voir avec les Arawaks des Antilles. Les chercheurs s'accordent &#224; dire que la difficile conqu&#234;te de ces territoires n'est pas une campagne g&#233;nocidaire programm&#233;e : les petites exp&#233;ditions espagnoles &#233;chouent quelquefois, et d'autres fois doivent leur survie &#224; l'emploi d'une meilleure technologie, aux rivalit&#233;s entre Am&#233;rindiens, aux superstitions de ces derniers. Hern&#225;n Cort&#233;s, notamment, outrepasse les ordres du gouverneur de Cuba Diego Vel&#225;zquez, qui enverra d'ailleurs des hommes &#224; sa poursuite, et parvient p&#233;niblement &#224; rassurer ses troupes. Son projet et sa vie sont mis en p&#233;ril durant sa fuite de Mexico-Tenochtitlan. Les batailles acharn&#233;es, les massacres, les crimes de guerre et les ruses d&#233;loyales ne sont pas pour lui des plaisirs ou des buts mais, tout comme ses alliances avec des chefs indig&#232;nes aussi ambitieux que lui, sont les m&#233;thodes pour parvenir &#224; soumettre un pays tr&#232;s peupl&#233;16,17. Avant le si&#232;ge de Tenochtitlan (dont la r&#233;ussite est facilit&#233;e, si ce n'est permise, par l'&#233;pid&#233;mie de variole qui a affaibli la cit&#233;), Cort&#233;s &#233;vite de tuer des femmes et des enfants quand c'est possible et il repeuple les villes conquises11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'&#233;tude du ph&#233;nom&#232;ne g&#233;nocidaire colonial s'int&#233;resse &#224; plusieurs massacres de la Conquista, notamment ceux qui impliquent &#224; la fois Cort&#233;s, qui comparait les Azt&#232;ques &#224; des barbares et &#224; des Maures et faisait parfois r&#233;f&#233;rence &#224; la Rome antique et &#224; Jules C&#233;sar quand il s'adressait &#224; ses soldats18, et les Tlaxcalt&#232;ques, ennemis de longue date des Azt&#232;ques. En septembre 1519, le conquistador combat dans la province de Tlaxcala. La violence s'intensifiant (il s'est r&#233;solu &#224; br&#251;ler des villages et &#224; massacrer), il demande la paix aux chefs de la cit&#233;, qui acceptent finalement. Selon Bernal D&#237;az del Castillo, les demandes contenaient la menace d'une extermination de la population. En octobre, les Espagnols atteignent Cholula, une des grandes villes de l'Empire azt&#232;que, o&#249; bient&#244;t Cort&#233;s se sent menac&#233;. Confiant en son nouvel alli&#233; tlaxcalt&#232;que qui lui fournit quelques milliers de combattants, il pi&#232;ge et tue des nobles et des chefs de guerre, et ordonne une attaque pour &#233;liminer toute r&#233;sistance dans Cholula. S'ensuit un ample massacre ; les Tlaxcalt&#232;ques saccagent la ville. D'un autre niveau encore, le long si&#232;ge de Tenochtitlan en 1521 tourne au carnage pour la population civile de la capitale, emportant vraisemblablement des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants. L'empereur Cuauht&#233;moc est pendu en 1525. Cort&#233;s reconstruit la capitale d&#233;truite sur un mod&#232;le plus europ&#233;en. Le Mexique conna&#238;t alors, et pour de longues ann&#233;es, un syst&#232;me de servitude militariste et agraire11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attentif aux r&#233;cits comparant la prise violente de cit&#233;s azt&#232;ques &#224; la destruction de Troie ou de Carthage, Ben Kiernan pense que Cort&#233;s a compris en guerroyant, et aussi gr&#226;ce &#224; son s&#233;jour dans la splendide et puissante Tenochtitlan apr&#232;s le massacre de Cholula, que son entreprise d&#233;marr&#233;e avec quelques centaines de soldats espagnols ne r&#233;ussirait pas sans l'aide d'autochtones et sans faire tomber sur la soci&#233;t&#233; azt&#232;que un ch&#226;timent exemplaire. L'historien parle d'un &#171; g&#233;nocide au Mexique19,Note 4 &#187; qui n'a cess&#233; que graduellement : fin des massacres, prise de conscience des capacit&#233;s d'apprentissage des indig&#232;nes et du caract&#232;re mortif&#232;re de l'encomienda, interdiction timide de celle-ci en 1542, d&#233;clin du syst&#232;me dans les faitsNote 5. Lecteur de Kiernan, Norman Naimark (en) &#233;voque lui aussi un g&#233;nocide &#233;tendu20 ; il estime en outre que, dans le cadre colonial loin de l'Espagne, Cort&#233;s, comme Francisco Pizarro qui s'est perfidement jou&#233; de l'empereur inca Atahualpa, comme d'autres conquistadors encore, avait un &#171; &#233;tat d'esprit pathologique21 &#187;, &#233;tait dispos&#233; &#224; s'affranchir de la morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute des empires est accompagn&#233;e par un d&#233;peuplement massif principalement d&#251; &#224; des pand&#233;mies d&#233;vastatrices : l'effondrement d&#233;mographique est impossible &#224; chiffrer encore aujourd'hui mais toutes les sources qui ont avanc&#233; des estimations &#233;voquent plusieurs millions si ce n'est dizaines de millions d'habitants en moins dans l'Am&#233;rique hispanique et portugaise du XVIIe si&#232;cle, ce qui pourrait repr&#233;senter la disparition de 90 % de la population de 1492. Si beaucoup d'Indiens de l'Altiplano, par exemple, ont &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;s, des c&#244;tes dens&#233;ment peupl&#233;es ont &#233;t&#233; presque vid&#233;es de leurs habitants22. Il n'est pas prouv&#233; que des colons, comme pris de folie meurtri&#232;re alors qu'ils &#233;taient d'habitude inquiets face &#224; la d&#233;population, aient un jour utilis&#233; les maladies pour punir des autochtones qu'ils exploitaient ou aient sciemment empoisonn&#233; des r&#233;serves d'eau, comme cela a pu &#234;tre soup&#231;onn&#233;8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le philosophe Alain Brossat, qui a en t&#234;te le d&#233;peuplement mexicain autant que la disparition des Arawaks, m&#234;me si le terme &#171; g&#233;nocide &#187; est &#171; vou&#233; &#224; &#234;tre contest&#233; dans tout contexte o&#249; n'est pas attestable une intention exterminatrice tourn&#233;e contre un groupe humain particulier, demeure dans le cas pr&#233;sent cette notion fondamentale d'un d&#233;sastre que rien ne viendra jamais sauver &#187; : le c&#339;ur biologique et culturel d'une part de l'humanit&#233; a &#233;t&#233; annihil&#233;23.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les massacres britanniques sur la c&#244;te Est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les Espagnols ont toujours cherch&#233; &#224; convertir des &#226;mes au catholicisme, les puritains anglais ont &#233;t&#233; rapidement d&#233;courag&#233;s dans leurs tentatives d'&#233;vang&#233;lisation, pas assez fructueuses &#224; leurs yeux. D&#232;s le d&#233;but de la conqu&#234;te britannique, les nouveaux venus sur le continent (c&#244;te est des actuels &#201;tats-Unis), qui entretiennent par ailleurs des relations commerciales n&#233;cessaires avec les tribus rencontr&#233;es, se d&#233;terminent &#224; punir collectivement des Indiens, voire &#224; les massacrer, si un seul ou une poign&#233;e d'entre eux a menac&#233; la survie ou m&#234;me seulement l'expansion de la colonie, ou bien si le groupe a refus&#233; de payer tribut et s'est rebell&#233;. Les Powhatans de Virginie et leurs alli&#233;s subissent les foudres des colons d&#232;s 162224.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre des Pequots, en Nouvelle-Angleterre, est un des &#233;v&#233;nements les plus remarquables de cette p&#233;riode. Frapp&#233;s par des maladies venues d'Europe, les Pequots ne sont plus que quelques milliers en 1636 lorsqu'&#233;clate la guerre, &#224; la suite d'une m&#233;sentente sur le moyen de punir ou de r&#233;parer financi&#232;rement les meurtres de colons. Une escalade dans la violence et la x&#233;nophobie atteint un sommet le 26 mai 1637 : l'an&#233;antissement du grand village pequot de Missituck par le feu et les armes, planifi&#233; par un capitaine anglais et permis par son alliance avec des Am&#233;rindiens ennemis des Pequots, n'&#233;pargne ni les femmes ni les enfants. Il s'apparente &#224; un acte g&#233;nocidaireNote 6, qui n'est pas isol&#233; puisque les autorit&#233;s coloniales d&#233;cident m&#234;me d'en finir avec la nation pequot, qu'elles fantasment alors comme une entit&#233; malfaisante si ce n'est diabolique, en s'assurant, par des primes offertes aux autres tribus contre des scalps, par des r&#233;ductions en esclavage, que les Pequots survivants dilu&#233;s dans d'autres peuples ne pourront plus se regrouper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un n&#233;gationnisme historiographique a longtemps fait des exc&#232;s meurtriers des colons des actes pr&#233;ventifs ou de l&#233;gitime d&#233;fense. &#192; partir des ann&#233;es 1970, l'histoire de la guerre des Pequots est r&#233;vis&#233;e et l'intention exterminatrice soulign&#233;e : la question du g&#233;nocide pequot appara&#238;t25. Les auteurs qui argumentent contre la qualification g&#233;nocidaire, tels Steven T. Katz (en) ou Guenter Lewy, sont souvent des philosophes et des politologues qui se sont sp&#233;cialis&#233;s dans l'&#233;tude des g&#233;nocides mais qui font de la Shoah un arch&#233;type ou un &#233;talon n&#233;cessaire, alors que les nombreux historiens favorables &#224; la qualification g&#233;nocidaire se concentrent sur les d&#233;finitions juridiques et leur &#233;volutionNote 7. D'apr&#232;s Katz, plusieurs &#233;l&#233;ments font douter que, malgr&#233; l'horreur des crimes, les colonies de Nouvelle-Angleterre ont eu l'intention d'&#233;liminer physiquement les Pequots comme tels : ceux-ci ont &#233;t&#233; craints pour la menace qu'ils repr&#233;sentaient (ils attaquaient les Anglais depuis plusieurs mois) plus que par un racisme anti-indien qui, m&#234;me s'il existait chez beaucoup de puritains, ne les emp&#234;chait pas d'avoir des alli&#233;s am&#233;rindiens ; apr&#232;s les tueries impitoyables de mai 1637, les femmes et les enfants pequots captur&#233;s ont souvent &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;s, et la disparition de leur nation est culturelle avant d'&#234;tre physique ; en outre, des survivants pequots se sont &#224; nouveau regroup&#233;s quelques ann&#233;es apr&#232;s la guerre et ont m&#234;me &#233;t&#233; aid&#233;s par les colonies25. Ainsi, Katz th&#233;orise un manque de volont&#233; d'exterminer le groupe pequot en tant que tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien Benjamin Madley, qui conna&#238;t &#224; la fois les arguments de ce philosophe et ceux de ses adversaires, d&#233;clare sans h&#233;siter que les Pequots ont subi &#171; un des tout premiers g&#233;nocides dans ce qui deviendra les &#201;tats-Unis &#187;26 : quelle que soit l'origine de leur haine, les puritains ont voulu &#233;liminer et ont &#233;limin&#233; une nation particuli&#232;re, la nation pequot, en partie physiquement, ce qui reste conforme aux d&#233;finitions juridiques ; il est vain de chercher des degr&#233;s dans leur volont&#233; ou de montrer qu'ils l'ont perdue &#224; une &#233;poque. Pour &#201;lise Marienstras, l'intention exterminatrice est indubitable : &#171; Les survivants ont &#233;t&#233; poursuivis jusqu'&#224; la presque compl&#232;te disparition de la nation pequot, pour le plaisir de Dieu qui se r&#233;jouissait, au dire des colons, de la victoire de ses &#233;lus &#187;24. Marienstras accepte avec prudence le mot &#171; g&#233;nocide &#187; : &#171; Si la d&#233;finition du g&#233;nocide consiste [&#8230;] dans la destruction massive de populations d&#233;sign&#233;es &#224; la vindicte par leur qualit&#233; de collectivit&#233; [&#8230;] et s'il suffit de d&#233;cisions d'autorit&#233;s locales [&#8230;], alors on peut dire qu'il y eut un g&#233;nocide &#224; l'encontre des Pequots &#187;27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre du Roi Philip en 1676 est elle aussi men&#233;e &#224; outrance par la conf&#233;d&#233;ration de Nouvelle-Angleterre, apr&#232;s les attaques massives des Wampanoags contre ses &#233;tablissements. Alors que les Am&#233;rindiens sont vaincus, les Britanniques s'acharnent, massacrent, vendent des captifs comme esclaves. Par la suite et jusqu'&#224; la guerre d'ind&#233;pendance des &#201;tats-Unis, les autorit&#233;s royales, dont la politique est expansionniste autant que protectrice des sujets anglais et des Indiens, contiennent quelque peu la violence des guerres et des massacres auxquels se livrent aussi bien les premiers que les seconds24. Un des signes de la haine grandissante entre Am&#233;rindiens et colons anglais, annonciateur des trag&#233;dies du XIXe si&#232;cle, est la volont&#233; de plus en plus concr&#233;tis&#233;e de se d&#233;barrasser une fois pour toutes de l'opposant, parfois fantasm&#233; comme un mal objectif. Lors du si&#232;ge de Fort Pitt en 1763, quelques officiers et dirigeants dont Jeffery Amherst ont l'id&#233;e, pourtant difficile &#224; mettre en pratique, de d&#233;cimer des tribus en provoquant une &#233;pid&#233;mie de variole. Le capitaine Simeon Ecuyer d&#233;cide de son propre chef d'offrir des couvertures infect&#233;es &#224; des Delawares. On ignore l'efficacit&#233; de cet acte, et les crit&#232;res d&#233;finissant le g&#233;nocide n'y sont pas tous manifestes : aucun plan ni aucun ordre d'extermination n'&#233;tant venus des autorit&#233;s, il est difficile de pr&#234;ter au seul capitaine la volont&#233; et le pouvoir de d&#233;truire un groupe en tant que tel. Cependant, comme le note l'historienne &#201;lise Marienstras, l'intentionnalit&#233; d'une guerre par diffusion d'un agent biologique est attest&#233;e autant chez Amherst le dignitaire que chez Ecuyer le subordonn&#233;28.&lt;br class='autobr' /&gt;
Guerres et &#233;purations ethniques aux &#201;tats-Unis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la conqu&#234;te de l'Ouest, le gouvernement f&#233;d&#233;ral des &#201;tats-Unis poursuit une politique expansionniste et doit en th&#233;orie prot&#233;ger les natifs qui en acceptent les principes, mais en pratique il perp&#233;tue l'ethnocide3, tarde parfois &#224; d&#233;couvrir et condamner les spoliations et les meurtres d'Am&#233;rindiens, pousse des tribus &#224; un exil douloureux aux cons&#233;quences parfois tragiques (&#233;pisode de la Piste des Larmes), autant d'&#233;v&#233;nements li&#233;s au ph&#233;nom&#232;ne g&#233;nocidaire colonial mais qui ne peuvent pas &#234;tre appel&#233;s &#171; g&#233;nocide &#187; en raison du manque d'intention de d&#233;truire ces tribus29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du g&#233;nocide appara&#238;t ailleurs. Le gouvernement de chaque nouvel &#201;tat membre des &#201;tats-Unis peut contester les vues du gouvernement f&#233;d&#233;ral, parfois jusqu'&#224; nier les droits des Indiens, par racisme ou parce qu'il les croit destin&#233;s &#224; une extinction naturelle : sans solution face aux tensions extr&#234;mes engendr&#233;es par les politiques coloniales et, souvent, par l'afflux impr&#233;vu de chercheurs d'or, certains &#201;tats oppriment plus ou moins s&#233;v&#232;rement la population autochtone, organisent le nettoyage ethnique ou d&#233;clenchent des guerres d&#233;s&#233;quilibr&#233;es3. Le Texas s'est construit entre 1821 et 1845, date de sa premi&#232;re int&#233;gration dans l'Union, en alternant, avec les tribus locales, les bons rapports et les pires (expulsions, exterminations)30 ; ses autorit&#233;s ont longtemps r&#233;compens&#233; les scalps d'Indiens, plusieurs ann&#233;es apr&#232;s la r&#233;int&#233;gration dans l'Union en 1870. Dans le Territoire du Dakota, les Sioux qui r&#233;sistaient &#224; l'internement dans des r&#233;serves pouvaient &#234;tre tu&#233;s par des chasseurs de primes31. Plusieurs massacres imputables cette fois-ci &#224; des militaires ou &#224; des miliciens, comme &#224; Sand Creek (Territoire du Colorado, 1864) et &#224; Wounded Knee (Dakota du Sud, 1890), sont per&#231;us par certains historiens comme des actes g&#233;nocidaires isol&#233;s3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1846 et 1849, la Californie est un territoire inorganis&#233; pris au Mexique et plac&#233; par les &#201;tats-Unis sous l'autorit&#233; d'un gouverneur militaire. Des immigrants am&#233;ricains, &#233;trangers aux pratiques &#233;conomiques locales, s'installent en nombre et empi&#232;tent sur des terres indiennes. Apr&#232;s la d&#233;couverte d'or se d&#233;veloppe une forme de travail forc&#233; dont les indig&#232;nes, bient&#244;t submerg&#233;s par la Ru&#233;e vers l'or, sont les premi&#232;res victimes. Les tensions sont vives et certains mineurs sont d&#233;termin&#233;s &#224; venger dans le sang toute r&#233;bellion. En r&#233;action au meurtre de deux Blancs par des Pomos et des Wappos qu'ils exploitaient pr&#232;s de Clear Lake en d&#233;cembre 1849, des milices autoproclam&#233;es (vigilantes) et l'arm&#233;e elle-m&#234;me se livrent &#224; des massacres sans discernement : les autorit&#233;s ferment les yeux. La l&#233;gislation du nouvel &#201;tat californien, qui vient de se doter d'une convention, prive rapidement les Indiens de nombreux droits, &#224; tel point que le kidnapping d'enfants ou encore la s&#233;paration forc&#233;e des hommes et des femmes deviennent des actes courants presque impossibles &#224; punir. Le mot &#171; extermination &#187; se lit dans la presse. Selon le premier gouverneur civil Peter Burnett, pionnier euro-am&#233;ricain hostile &#224; la pr&#233;sence des Noirs et des Chinois en Californie, &#171; une guerre d'extermination entre les races se poursuivra jusqu'&#224; l'extinction de la race indienne32 &#187;. Des op&#233;rations des milices anti-indiennes sont financ&#233;es. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral est impuissant. Des trait&#233;s sign&#233;s avec 119 tribus pour les rendre propri&#233;taires de r&#233;serves cens&#233;es les prot&#233;ger sont rejet&#233;s par le Congr&#232;s, qui pr&#233;f&#232;re en 1853 autoriser cinq petites &#171; r&#233;serves militaires &#187; au statut l&#233;gal ambigu : les Am&#233;rindiens y sont toujours menac&#233;s de mort, par la faim et par les crimes racistes. Durant la guerre de S&#233;cession et les ann&#233;es qui suivent, des milliers de Californiens engag&#233;s dans l'arm&#233;e poursuivent l'&#233;limination de groupes d'Indiens hostiles ou suppos&#233;s tels. La guerre des Modocs de 1872-1873 est leur derni&#232;re grande campagne33,34.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On estime qu'environ 150 000 Am&#233;rindiens habitaient la Californie en 1846 (ils &#233;taient probablement cinq fois plus &#224; l'arriv&#233;e des Espagnols mais les maladies europ&#233;ennes les avaient d&#233;cim&#233;s). Ils n'&#233;taient plus que 30 000 en 1870 ; les recenseurs en enregistrent 16 277 en 188035. On d&#233;nombre au moins 10 000 morts violentes pendant cette p&#233;riode de trente ans. Un exemple souvent cit&#233; est la quasi-disparition des Yukis : cette tribu, qui comptait entre 7 000 et 11 000 membres en 1850, vivait &#224; Round Valley, une magnifique plaine qui repr&#233;sentait beaucoup aux yeux de ces chasseurs-cueilleurs. L'intrusion des Euro-Am&#233;ricains et de leur b&#233;tail cause de graves incidents qui, en 1856, obligent le gouvernement de Californie &#224; isoler les indig&#232;nes dans le nord de leur vall&#233;e. Certains consentent, d'autres fuient et s'assimilent parfois &#224; des tribus voisines. La faim oblige certains Yukis &#224; retourner dans la vall&#233;e sur les propri&#233;t&#233;s de colons arm&#233;s qui nient leur humanit&#233; et les ha&#239;ssent. Tout s'encha&#238;ne. Une longue s&#233;rie de meurtres, de viols, d'enl&#232;vements, dans ou hors de la r&#233;serve o&#249; s&#233;vissent angoisse, famine et maladies, d&#233;truit la tribu, parfois sous les yeux de militaires et d'employ&#233;s f&#233;d&#233;raux passifs : on ne d&#233;nombre plus que 85 hommes et 215 femmes en 1864. Aujourd'hui, une centaine de Yukis vivent dans la nouvelle r&#233;serve indienne de Round Valley ; quelques locuteurs de yuki sont encore vivants mais on peut consid&#233;rer que cette langue est morte36,37.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des Indiens de Californie, de nombreux auteurs reconnaissent un g&#233;nocide, et parfois un g&#233;nocide d'&#201;tat selon les d&#233;finitions du terme les plus r&#233;pandues. Plusieurs livres ont &#233;t&#233; &#233;crits sur le sujet, tels que Genocide and Vendetta : The Indian Wars of Northern California par Lynwood Carranco et Estle Beard, Murder State : California's Native American Genocide, 1846-1873 par Brendan C. Lindsay, et surtout An American Genocide : The United States and the California Indian Catastrophe, 1846-1873 par Benjamin Madley, ouvrage volumineux paru en 2016, pris tr&#232;s au s&#233;rieux par l'&#201;tat de Californie. Dans un article33 o&#249; il mentionne les premiers comptes rendus favorables de plusieurs universitaires, Madley r&#233;sume sa th&#232;se : en installant ou en entretenant les conditions des violences, des fonctionnaires et &#233;lus californiens furent &#171; les principaux architectes &#187; d'une &#171; machine &#224; tuer &#187; dont la marche funeste fut ensuite facilit&#233;e au niveau f&#233;d&#233;ral ; la volont&#233; d'exterminer des groupes entiers et pas seulement des combattants est manifeste &#224; maints endroits ; les cinq actes de g&#233;nocide list&#233;s dans la d&#233;finition juridique internationale (le meurtre, l'atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; physique ou psychique, la soumission &#224; des conditions d'existence destructrices, l'entrave des naissances, le transfert forc&#233; d'enfants) sont tous rep&#233;rables. L'historien Alan Taylor a cependant r&#233;dig&#233; une critique o&#249; il estime que l'&#233;tiquette &#171; g&#233;nocide &#187;, trop appuy&#233;e sur une d&#233;finition juridique r&#233;cente et convoquant une comparaison avec les g&#233;nocides du XXe si&#232;cle, masque le caract&#232;re d&#233;centralis&#233; et populiste des crimes californiens : les enl&#232;vements de femmes et d'enfants, les meurtres, massifs, rapides, complets, &#171; presque g&#233;nocidaires dans leurs cons&#233;quences &#187;, ne sont toutefois pas imputables &#224; une machine &#224; tuer &#233;tatique mais &#224; une pluralit&#233; d'acteurs racistes, parfois financ&#233;s et encourag&#233;s, certes, mais aussi parfois contest&#233;s et entrav&#233;s par des autorit&#233;s faibles et divis&#233;es sur leurs objectifs38.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autres violences, exterminations et massacres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; la fin des ann&#233;es 1640, gr&#226;ce aux armes &#224; feu qu'ils se sont procur&#233;es, les Iroquois lancent des raids meurtriers contre les Hurons, leurs rivaux dans le commerce des fourrures avec les Europ&#233;ens, et font de nombreux captifs et esclaves. En mars 1649, le massacre cruel et impitoyable des habitants de Taenhatentaron, village o&#249; s'est &#233;tablie la mission j&#233;suite Saint-Ignace, pr&#233;cipite la dispersion des Hurons et la fin de leur conf&#233;d&#233;ration39,40. Tout en recommandant un emploi extr&#234;mement prudent et parcimonieux du mot &#171; g&#233;nocide &#187;, l'ethno-historien James Axtell (en) note que la destruction des Hurons ressemble au pr&#233;c&#233;dent massacre des Pequots dans la m&#233;thode et le r&#233;sultat : c'est une tentative d'annihilation d'une tribu, mais cette fois-ci op&#233;r&#233;e par d'autres Am&#233;rindiens41.&lt;br class='autobr' /&gt; Les autorit&#233;s coloniales fran&#231;aises, qui s'efforcent de garantir des rapports commerciaux pacifiques entre Fran&#231;ais et Am&#233;rindiens, sont pourtant responsables, au d&#233;but des ann&#233;es 1730, de la destruction de deux tribus qui s'opposent violemment &#224; leurs projets : les Natchez du Mississippi et les Mesquakies (Renards) du Wisconsin. Ces campagnes d'extermination exceptionnelles en Nouvelle-France sont, encore une fois, &#224; rapprocher du massacre des Pequots par les Anglais41. La r&#233;volte des Natchez, mat&#233;e radicalement par le gouverneur de Louisiane &#201;tienne de Perier, est probablement l'&#233;v&#233;nement le plus connu, mais la derni&#232;re &#171; guerre &#187; contre les Renards, parfois qualifi&#233;e de g&#233;nocide, a une particularit&#233; : le gouverneur g&#233;n&#233;ral Charles de La Boische fut inform&#233;, deux ans auparavant, que le roi Louis XV croyait en la n&#233;cessit&#233; de d&#233;truire la nation des Renards ; peu apr&#232;s le principal massacre, il renvoya en France une lettre triomphante42.&lt;br class='autobr' /&gt; Durant la conqu&#234;te du D&#233;sert en Argentine, la campagne men&#233;e entre 1879 et 1881 par le g&#233;n&#233;ral Julio Argentino Roca en vue de soumettre les Mapuches qui vivent dans le sud du pays et refusent, parfois violemment, d'&#234;tre assimil&#233;s, entra&#238;ne des abus haineux meurtriers de la part des militaires. Peu de chercheurs approuvent la revendication r&#233;cente de certains Mapuches qui voient dans ces actes un g&#233;nocide. Mais, par exemple, au sein de la th&#233;orie du g&#233;nocide comme pratique sociale de Daniel Feierstein, la qualification de g&#233;nocide se justifie m&#234;me quand le but du crime est de constituer une grande nation &#224; laquelle le groupe humain jadis vis&#233; pourra finalement appartenir43.&lt;br class='autobr' /&gt; Extermination des Selknam : Dans les ann&#233;es 1880, des chercheurs d'or et des &#233;leveurs de moutons europ&#233;ens colonisent la Terre de Feu. Le gouvernement colonial chilien &#8212; tout comme son homologue argentin &#8212; entend chasser les Selknams afin de &#171; civiliser &#187; le territoire, d'accorder des propri&#233;t&#233;s aux &#233;leveurs. S'ensuit une p&#233;riode de violences et de d&#233;placements forc&#233;s. Estimant que leurs biens sont menac&#233;s, ou parfois par simple jeu, des &#233;leveurs engagent des mercenaires pour assassiner les indig&#232;nes, ils les tirent au fusil ou leur envoient des chiens dress&#233;s &#224; tuer ; en 1896, ils sont assist&#233;s de six soldats envoy&#233;s &#224; leur demande pour mater les r&#233;bellions. Un gouverneur local juge la m&#233;chancet&#233; gratuite et les meurtres infond&#233;s et soutient l'initiative de missionnaires d'envoyer les Selknam &#224; l'&#238;le de Dawson44. La population selknam, r&#233;partie &#224; peu pr&#232;s &#233;quitablement en Chili et Argentine, passe de 3 500 ou 4 000 individus en 1880 &#224; 500 en 1905. Les survivants, dans un premier temps concentr&#233;s dans des r&#233;serves et frapp&#233;s par des maladies, s'&#233;teignent au cours du XXe si&#232;cle45. &#171; Extermination &#187; est le terme souvent employ&#233; par les universitaires pour qualifier ces actions contre les Selknams, mais &#171; g&#233;nocide &#187; est parfois rencontr&#233;[r&#233;f. n&#233;cessaire] &#233;tant donn&#233; que la responsabilit&#233; des autorit&#233;s coloniales est grandeNote 8.&lt;br class='autobr' /&gt; En 1982 et 1983, la dictature du g&#233;n&#233;ral Efra&#237;n R&#237;os Montt intensifie la guerre civile guat&#233;malt&#232;que : arm&#233;e et milices, qui recrutent parmi toutes les ethnies du pays et enr&#244;lent donc des indig&#232;nes, rasent des villages entiers et massacrent, souvent avec une cruaut&#233; extr&#234;me (d&#233;membrements, viols, enfants frapp&#233;s &#224; mort), les &#171; ennemis int&#233;rieurs &#187;, des dizaines de milliers de civils majoritairement mayas, suspect&#233;s ou non de supporter la gu&#233;rilla, mouvement insurrectionnel marxiste qui recrute principalement parmi les Am&#233;rindiens et se livre &#224; des massacres largement moins nombreux46,47. Dans leur ensemble, les crimes de R&#237;os Montt constituent aux yeux de nombreux observateurs un politicide davantage qu'un g&#233;nocide : l'appartenance &#224; une ethnie n'appara&#238;t pas comme la principale raison des meurtres collectifs46. Mais un proc&#232;s est intent&#233; contre l'ancien dictateur, qui est condamn&#233; le 10 mai 2013, dans son propre pays, pour divers crimes dont le g&#233;nocide de 1771 Mayas ixils. Selon Reed Brody, conseiller juridique de Human Rights Watch, les preuves montrent bien l'intention de d&#233;truire ces Ixils comme tels, et ces personnes pr&#233;cises (et peut-&#234;tre d'autres) sont les victimes d'un g&#233;nocide46. La d&#233;cision du tribunal est cependant cass&#233;e par la Cour constitutionnelle du Guatemala pour vices de forme ; le proc&#232;s reprend en 201548 mais le d&#233;c&#232;s de R&#237;os Montt en 2018 le laisse inachev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du &#171; g&#233;nocide am&#233;rindien &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence des actes de g&#233;nocide se prolonge dans le d&#233;ni exprim&#233; aux survivants. Le mal-&#234;tre parfois mortif&#232;re de nombreux descendants de natifs, qui se restructurent autour des id&#233;es floues de g&#233;nocide et d'holocauste, est analys&#233; comme une s&#233;quelle d'&#233;v&#233;nements honteux mal assimil&#233;s par les soci&#233;t&#233;s am&#233;ricaines49. L'insuffisante reconnaissance politique des injustices du colonialisme et de l'ethnocide poursuivi jusque dans l'&#232;re post-coloniale entra&#238;ne, &#224; partir des ann&#233;es 1970, un suremploi du terme &#171; g&#233;nocide &#187; dans le discours des partisans de l'indig&#233;nisme et de l'indianit&#233;, et m&#234;me un &#171; envahissement de l'analyse scientifique par la m&#233;moire &#187;, &#233;crit l'am&#233;ricaniste Fr&#233;d&#233;ric Dorel50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La controverse dite du g&#233;nocide indien ou am&#233;rindien, tr&#232;s vivante dans les ann&#233;es 1990 aux &#201;tats-Unis, int&#233;resse l'historiographie touchant, d'une part, le d&#233;peuplement am&#233;rindien, et d'autre part le &#171; ph&#233;nom&#232;ne meurtrier &#187;, processus qui amena &#224; plusieurs reprises, dans toutes les Am&#233;riques, la population d'immigration et la population autochtone &#224; se dresser l'une contre l'autre, jusqu'aux d&#233;bordements g&#233;nocidaires de soldats ou de gouvernants ayant perdu toute mesure. M&#234;me la th&#232;se d'un g&#233;nocide indien sur l'ensemble du continent, pourtant rejet&#233;e par l'essentiel des historiens et d&#233;nonc&#233;e pour ses possibles effets pervers, est susceptible de modifier les &#233;tudes dans tous ces domaines et de faire avancer ou reculer la reconnaissance des exterminations et autres crimes3.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;lude de la controverse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plusieurs si&#232;cles, les acteurs, les t&#233;moins, puis les historiens du d&#233;peuplement am&#233;rindien, incapables de l'expliquer correctement, invoquent la plupart du temps deux th&#232;ses qui tarent les indig&#232;nes et exon&#232;rent les colons : d'abord la th&#232;se providentialiste par laquelle les puritains fondent la doctrine de la volont&#233; divine d'une extinction ; et plus tard une th&#232;se qui s&#233;cularise la premi&#232;re en s'appuyant sur les progr&#232;s de l'humanit&#233; et le n&#233;o-darwinisme51. Parall&#232;lement se r&#233;pand dans le monde la l&#233;gende noire espagnole, qui exag&#232;re les s&#233;vices inflig&#233;s aux &#171; bons sauvages &#187; par des conquistadors cupides. De nos jours encore, ces th&#233;ories et repr&#233;sentations persistent chez de nombreux non-sp&#233;cialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir des ann&#233;es 1960, alors que la m&#233;thodologie scientifique a consid&#233;rablement &#233;volu&#233; et que la majorit&#233; des ethno-historiens, d&#233;laissant toute forme de n&#233;gationnisme, reconnaissent et analysent le ph&#233;nom&#232;ne meurtrier mais aussi les premiers contacts amicaux, fructueux entre Indiens et Europ&#233;ens jusqu'&#224; l'acculturation mutuelle et m&#234;me le m&#233;tissage, le d&#233;bat sur la d&#233;mographie pr&#233;colombienne s'installe, avec sa dimension &#233;pid&#233;miologique51. Dans les ann&#233;es 1970 et 1980 aux &#201;tats-Unis, l'id&#233;e effrayante de holocaust (un francophone dirait plus volontiers h&#233;catombe) fait ponctuellement son apparition, aussi bien dans le c&#233;l&#232;bre r&#233;cit historique de Dee Brown, Bury My Heart at Wounded Knee, que dans quelques publications scientifiques49. Ainsi l'anthropologue Russell Thornton (en) nomme holocaust l'effondrement d&#233;mographique am&#233;rindien principalement d&#251;, comme l'expliquaient avant lui d'autres chercheurs, &#224; des destructions physiques qui, pour la plupart, ont des causes naturelles (les maladies involontairement import&#233;es d'Europe). Thornton &#233;voque aussi longuement les actes de g&#233;nocide et l'ethnocide, ainsi que le repeuplement am&#233;rindien52.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant cette p&#233;riode, la formule &#171; g&#233;nocide indien &#187;, association d'id&#233;es de militants, est raill&#233;e dans des cercles conservateurs am&#233;ricains, et n'est prise au s&#233;rieux par aucun sp&#233;cialiste. Cependant, des glissements de sens sont observables dans les travaux de certains intellectuels, y compris en dehors des &#201;tats-Unis. Par exemple, en 1982, dans La Conqu&#234;te de l'Am&#233;rique, livre de morale qui n'est pas &#224; proprement parler une &#233;tude historique53,54, Tzvetan Todorov pr&#233;sente ainsi l'h&#233;catombe de dizaines de millions d'indig&#232;nes, en Am&#233;rique latine principalement, au XVIe si&#232;cle : &#171; Si le mot g&#233;nocide s'est jamais appliqu&#233; avec pr&#233;cision &#224; un cas, c'est bien &#224; celui-l&#224;. C'est un record, me semble-t-il, non seulement en termes relatifs (une destruction de l'ordre de 90 % et plus), mais aussi absolus, puisqu'on parle d'une diminution de la population estim&#233;e &#224; 70 millions d'&#234;tres humains. Aucun des grands massacres du vingti&#232;me si&#232;cle ne peut &#234;tre compar&#233; &#224; cette h&#233;catombe55,Note 9. &#187; D'apr&#232;s le s&#233;miologue fran&#231;ais, les conquistadors sont plus ou moins responsables selon les causes (il distingue le meurtre direct, les mauvais traitements et le choc microbien), et c'est pourquoi, malgr&#233; les objections qu'il anticipe, il s'autorise &#224; parler de &#171; g&#233;nocide &#187; avec assurance, et n&#233;anmoins ambigu&#239;t&#233;, laquelle sera, en m&#234;me temps que sa courte (non-)comparaison avec les trag&#233;dies du XXe si&#232;cle, instrumentalis&#233;e plus tard par les th&#233;oriciens du g&#233;nocide-holocauste continental56.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple : le politologue Lyman Legters explique que le gouvernement des &#201;tats-Unis pouvait difficilement ignorer les mortifications et les d&#233;c&#232;s caus&#233;s par le &#171; g&#233;nocide culturel &#187; (ethnocide) qu'il imposait aux descendants des Am&#233;ricains natifs, qui dans leur douleur manifeste ont raison de penser qu'ils sont victimes d'un g&#233;nocide57. Legters affirme qu'il utilise &#171; g&#233;nocide &#187; dans son sens premier juridique ; il interpr&#232;te malgr&#233; tout la d&#233;finition49. Ainsi le concept de g&#233;nocide, pris au d&#233;part dans sa vraie signification, s'&#233;tire et devient le temps d'une phrase ou deux &#233;puration, massacre, ethnocide, populicide, esclavagisme ou encore h&#233;catombe. D'autres mots peuvent subir le m&#234;me sort. Selon l'ethno-historien James Axtell (en), qui s'est pench&#233; sur ce probl&#232;me de &#171; langues fourchues &#187; dans le contexte parfois tendu des justes revendications des droits des Am&#233;rindiens, il arrive que des universitaires emploient sans rigueur un vocabulaire charg&#233; id&#233;ologiquement et capable de d&#233;former les faits58.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un g&#233;nocide aux proportions continentales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe David Stannard (en), professeur d'&#233;tudes am&#233;ricaines &#224; Hawa&#239;, affili&#233; &#224; la Soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine d'histoire, publie en 1992, ann&#233;e du 500e anniversaire de la d&#233;couverte de l'Am&#233;rique par Colomb, un essai au titre provocateur : American Holocaust : The Conquest of the New World. Ce lecteur de Todorov, mais aussi de Thornton entre autres, donne &#224; leurs concepts d'holocauste et de g&#233;nocide le m&#234;me sens et estime que la destruction de dizaines de millions d'Indiens des Am&#233;riques, y compris par des maladies, fut de loin le plus grand g&#233;nocide de l'histoire59. Pour justifier cette audace, il essaie de montrer que les &#233;pid&#233;mies, non r&#233;fl&#233;chies, et les maltraitances et tueries, r&#233;fl&#233;chies par les conqu&#233;rants, ont agi d&#232;s le premier contact entre l'Ancien et le Nouveau Monde et tout au long des si&#232;cles suivants comme deux forces, non pas compl&#233;mentaires comme le pensent la majorit&#233; des historiens, mais interd&#233;pendantes, d&#233;vastant progressivement les populations indig&#232;nes59. Dans certains cas o&#249; microbes et virus ont contribu&#233; &#224; r&#233;duire les possibilit&#233;s de r&#233;sistance de celles-ci, Stannard va jusqu'&#224; sugg&#233;rer que les Europ&#233;ens manipulaient intentionnellement la morbidit&#233;60. Notons que l'id&#233;e, &#233;tir&#233;e &#224; l'extr&#234;me, d'un g&#233;nocide faisant des victimes voulues par les meurtriers et des victimes non voulues incite ce chercheur &#224; ranger la traite n&#233;gri&#232;re atlantique dans cette cat&#233;gorie61.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Succ&#232;s commercial, American Holocaust est un pav&#233; dans la mare qui &#233;clipse rapidement les autres travaux de son auteur. Certains journalistes et commentateurs y voient un discours engag&#233; fascinant, une r&#233;action presque salutaire &#224; certaines &#233;tudes qui &#233;viteraient les mots f&#226;cheux et d&#233;criraient le ph&#233;nom&#232;ne meurtrier sous un angle encore trop favorable aux colons62. Pourtant, &#224; la m&#234;me p&#233;riode, l'anthropologue Gananath Obeyesekere, qui d&#233;crit le contact Europ&#233;ens-Indiens en critiquant les approches de Todorov63, le politologue Rudolph Rummel, qui trouve mati&#232;re &#224; r&#233;flexion chez Stannard sans pour autant accepter son concept de g&#233;nocide64, et d'autres chercheurs publient des travaux qui relativisent American Holocaust. L'historien Richard White (en) r&#233;pond &#224; Stannard que des cas isol&#233;s de g&#233;nocide ne rendent pas g&#233;nocidaire toute la politique &#224; l'&#233;gard des natifs65. Thornton lui-m&#234;me juge que le livre fait oublier que les naissances, les d&#233;c&#232;s et les migrations modifient la taille d'une population66. Des analyses plus r&#233;centes soulignent les inexactitudes et les biais m&#233;thodologiques d'un livre militant qui &#233;choue &#224; convaincre les sp&#233;cialistes mais encourage tout de m&#234;me quelques universitaires, parmi lesquels le militant marxiste cherokee Ward Churchill (en)67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, l'avocate d'origine colombienne Rosa Amelia Plumelle-Uribe expose, &#224; propos du g&#233;nocide indien, des th&#233;ories proches de celles de Churchill et voit aussi ce qu'elle appelle la &#171; f&#233;rocit&#233; blanche &#187; (c'est-&#224;-dire des supr&#233;macistes blancs) &#224; l'&#339;uvre dans la traite n&#233;gri&#232;re et dans la Shoah68. Il est difficile de savoir si les id&#233;es de vaste g&#233;nocide s&#233;duisent beaucoup, en dehors des &#201;tats-Unis, les personnes pr&#233;occup&#233;es par le sort des Am&#233;rindiens ou de leur culture. Jacques Chirac, alors pr&#233;sident de la R&#233;publique fran&#231;aise, a explicitement parl&#233; en 2005, dans une conversation priv&#233;e avec un journaliste, de l'existence &#8212; selon lui &#8212; d'un g&#233;nocide am&#233;rindien qui aurait &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233; apr&#232;s les conqu&#234;tes espagnoles au XVIe si&#232;cle : &#171; Apr&#232;s l'arriv&#233;e des hordes hispaniques en Am&#233;rique, c'est un des plus grands g&#233;nocides de l'histoire de l'humanit&#233;, qui a &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233; : 80 millions d'Am&#233;rindiens massacr&#233;s en un peu plus de cinquante ans, du Mexique &#224; la Terre de Feu, voil&#224; le travail ! Tout &#231;a, au nom de l'or et de la pr&#233;tendue sup&#233;riorit&#233; de notre religion ! &#187;69,Note 9.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'analyse historique et sociologique aujourd'hui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#201;lise Marienstras, sp&#233;cialiste de l'historiographie touchant les rapports entre populations d'immigration et populations autochtones, envisager la th&#232;se d'un g&#233;nocide ou de g&#233;nocides en Am&#233;rique n&#233;cessite de s'appuyer sur des donn&#233;es d&#233;mographiques, lesquelles ont &#233;t&#233; corrig&#233;es au cours du XXe si&#232;cle. Les th&#233;oriciens du g&#233;nocide continental ne proposant pas les r&#233;sultats d'une recherche conventionnelle en histoire, leur d&#233;marche est contest&#233;e par beaucoup. Une des raisons tient aux d&#233;fauts du proc&#233;d&#233; utilis&#233; pour qualifier ce &#171; g&#233;nocide &#187;56 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; dessiner une continuit&#233; entre la conqu&#234;te de Colomb et celle des Fran&#231;ais et des Anglais ;&lt;br class='autobr' /&gt; op&#233;rer par citations sorties de leur contexte, tronqu&#233;es ou interpr&#233;t&#233;es ;&lt;br class='autobr' /&gt; extrapoler le d&#233;sir ultime des colons d'effacer l'Indien de la surface du globe ;&lt;br class='autobr' /&gt; m&#234;ler dans la m&#234;me phrase les causes biologiques de la d&#233;population et les massacres ;&lt;br class='autobr' /&gt; avancer sans preuve des faits dont on n'a qu'une connaissance partielle (comme ceux relatifs &#224; la &#171; guerre biologique &#187; qu'auraient men&#233;e les Anglais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre raison est que ces auteurs qui trouvent les m&#234;mes mobiles g&#233;nocidaires dans la morbidit&#233;, l'esclavagisme, les guerres, les d&#233;portations, la d&#233;culturation ou encore la destruction des ressources (bisons, r&#233;coltes) et gonflent ainsi le nombre des victimes, c&#232;dent ensuite &#224; la concurrence des m&#233;moires, s'invitent dans la controverse sur la singularit&#233; du g&#233;nocide juif commis par les nazis, et tiennent alors des &#171; raisonnements &#224; la fois contradictoires, confus et fallacieux par abus d'anachronisme ou de comparaisons impossibles &#187;. Dans ce contexte, lorsqu'ils taxent leurs opposants d'un n&#233;gationnisme qui perp&#233;tue la violence raciste des anciens colons, le risque est ensuite un d&#233;placement absurde et pervers de la responsabilit&#233; du malheur des Am&#233;rindiens sur la communaut&#233; juive56. L'historien Anson Rabinbach estime lui aussi que les joutes sur fond de concurrence victimaire, qui opposent des &#171; exclusivistes &#187; (qui excluent les drames am&#233;ricains du domaine du g&#233;nocide et d&#233;fendent l'unicit&#233; de la Shoah) aux &#171; inclusivistes &#187; tels que Stannard, ont tendance &#224; obscurcir le d&#233;bat scientifique70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'Am&#233;rindiens &#224; la recherche de leur identit&#233;, ainsi que de nombreux militants, adoptent aujourd'hui des th&#233;ories plus l&#233;g&#232;res que celle de Stannard : ils rangent dans le &#171; g&#233;nocide &#187; les torts que les colons ont caus&#233;s, et n'y m&#234;lent pas le choc bact&#233;riologique qui a ravag&#233; les Am&#233;riques. En outre, ils s'efforcent de refuser les comparaisons d&#233;raisonnables avec les g&#233;nocides du XXe si&#232;cle. Fr&#233;d&#233;ric Dorel estime n&#233;anmoins que ces personnes fragilis&#233;es, parfois victimes d'une propagande anti-am&#233;ricaine qui obscurcit les aspects de la colonisation, finissent par se m&#233;fier des &#233;tudes historiques m&#233;thodiques : &#171; un voile affectif r&#233;prime l'observation rationnelle et semble autoriser les descendants d'une communaut&#233; opprim&#233;e &#224; d&#233;noncer les travaux des chercheurs au nom du martyre endur&#233;, dans une forme de comp&#233;tition, de guerre de la m&#233;moire et de la souffrance entre une position indig&#233;niste et une position scientifique &#187;. Dorel d&#233;plore cette attitude qui n'est pas du tout &#224; la hauteur de la cause qu'ils d&#233;fendent50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alfred Cave (en) estime que les approches de Churchill et de Stannard, bien qu'extr&#234;mes, ne sont pas ext&#233;rieures au d&#233;bat scientifique ; il d&#233;laisse cependant l'expression &#171; g&#233;nocide indien &#187; et regroupe dans celle de &#171; g&#233;nocide en Am&#233;riques &#187; diff&#233;rents actes g&#233;nocidaires et exterminations commandit&#233;es par une haute autorit&#233;, visant la plupart du temps une ou des tribus sp&#233;cifiques ; il montre aussi que le racisme anti-indien &#233;tait r&#233;pandu chez les colons71. Les travaux r&#233;cents des historiens t&#233;moignent que la controverse du &#171; g&#233;nocide am&#233;rindien &#187;, si tant est qu'elle soit bien nomm&#233;e, n'est pas &#233;teinte. D'ailleurs l'historien Benjamin Madley &#233;crit en 2015 que le d&#233;bat continue, non seulement pour qualifier des massacres particuliers, mais aussi pour savoir si le colonialisme, la guerre et les maladies ont pu se combiner jusqu'&#224; donner un aspect g&#233;nocidaire au d&#233;sastre d&#233;mographique. Comme la plupart des sp&#233;cialistes, Madley pr&#244;ne un retour aux &#233;tudes, m&#233;thodiques et d&#233;passionn&#233;es, de cas restreints tels que la guerre des Pequots ou l'extermination des Indiens de Californie72.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reconnaissance politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une prise de conscience est n&#233;e dans les ann&#233;es 1970, dans le sillage du mouvement des droits civiques aux &#201;tats-Unis. Souvent, la lutte des descendants de natifs et des activistes sensibles &#224; leur cause ne fait pas de distinction entre Am&#233;riques du Nord, Centrale et du SudNote 10. Les politiciens am&#233;ricains remarquent l'apparition du mot &#171; g&#233;nocide &#187; dans la litt&#233;rature, de la plus militante et passionn&#233;e &#224; la plus m&#233;thodique et savante. En 1992, alors qu'on c&#233;l&#232;bre l'anniversaire de la d&#233;couverte de l'Am&#233;rique, Lynne Cheney, alors directrice du National Endowment for the Humanities, importante organisation charg&#233;e de promouvoir la culture et l'&#233;ducation, d&#233;cide de rejeter tout texte qui comprendra le mot, un refus conforme aux vues du gouvernement r&#233;publicain de l'&#233;poque ; mais la gauche lib&#233;rale se m&#233;fie elle aussi du mot73.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 septembre 2000 sont c&#233;l&#233;br&#233;s les 175 ans du Bureau des affaires indiennes au secr&#233;tariat de l'Int&#233;rieur des &#201;tats-Unis. Le directeur du Bureau, Kevin Gover, un Indien Pawnee, pr&#233;sente les excuses de son administration pour &#171; le racisme et les actes inhumains commis dans le pass&#233; &#187; et promet de r&#233;parer les torts, dont ceux de &#171; l'&#233;puration ethnique par la propagation d&#233;lib&#233;r&#233;e d'&#233;pid&#233;mies, la destruction des troupeaux de bisons [...], et le meurtre l&#226;che de femmes et d'enfants &#187;74. En 2004, des s&#233;nateurs proposent que soient reconnus les d&#233;pr&#233;dations, les violations de trait&#233;s, les d&#233;placements forc&#233;s dans les r&#233;serves, les politiques injustes dont le gouvernement f&#233;d&#233;ral est responsable, mais aussi les affrontements arm&#233;s sanglants et les massacres, ainsi que les actes violents commis par des citoyens am&#233;ricains contre des natifs. Ce n'est qu'en 2009 que les excuses de la nation sont sign&#233;es, par le pr&#233;sident Barack Obama, bien que ces excuses, notamment, rendent implicites les massacres commis par des militaires et les d&#233;placements forc&#233;s75. Le mot &#171; g&#233;nocide &#187; n'est prononc&#233; &#224; aucun moment, &#233;crit &#224; aucun endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Benjamin Madley, si certains politiciens craignent les cons&#233;quences de la reconnaissance d'un g&#233;nocide, il faut aussi bl&#226;mer le d&#233;bat historique qui n'a pas trouv&#233; d'issue75. Cependant, Robert Przeklasa, chercheur au Centre pour les nations natives de Californie, consid&#232;re en 2015, un an avant la sortie du livre de Madley An American Genocide, que le d&#233;ni est scandaleux dans les cas les plus assur&#233;s : &#171; Des universitaires ont d&#233;montr&#233; avec force que le d&#233;partement d'&#201;tat &#224; l'&#233;ducation de Californie est dans l'erreur quand le bureau d&#233;clare que les &#233;v&#233;nements entourant la ru&#233;e vers l'or en Californie n'&#233;taient pas un g&#233;nocide. Depuis trop longtemps, le d&#233;partement d'&#201;tat a ignor&#233; la recherche et fourni &#224; des millions d'&#233;coliers sur plusieurs g&#233;n&#233;rations une information trompeuse sur cette p&#233;riode en taisant le g&#233;nocide. &#187;76 En juin 2019, le gouverneur d&#233;mocrate de Californie Gavin Newsom pr&#233;sente des excuses devant des repr&#233;sentants des peuples natifs, en d&#233;clarant notamment : &#171; C'&#233;tait un g&#233;nocide. Il n'y a pas d'autre fa&#231;on de le d&#233;crire. Et cela doit &#234;tre d&#233;crit ainsi dans les livres d'histoire. &#187; Apr&#232;s avoir entendu des t&#233;moignages, un &#171; Truth and Healing Council &#187; clarifiera le dossier historique sur la relation entre l'&#201;tat et les Am&#233;rindiens de Californie77,78. Selon Jessica Wolf, agent des relations avec les m&#233;dias &#224; l'UCLA, le pr&#233;d&#233;cesseur de Newsom, Jerry Brown, fut n&#233;anmoins le premier &#224; appr&#233;cier le livre de Madley et &#224; &#233;voquer publiquement le g&#233;nocide79.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extermination des Selknams et les meurtres de membres d'une autre peuplade tehuelche, les Aonikenks, sont qualifi&#233;s de g&#233;nocide en 2003 par une commission institu&#233;e par le gouvernement chilien : cette &#171; Commission pour la v&#233;rit&#233; historique et un nouveau traitement des peuples indig&#232;nes &#187; demande au gouvernement de prendre des dispositions afin d'&#233;viter que de tels agissements se reproduisent. En 2007, le comit&#233; de l'&#233;ducation du S&#233;nat chilien propose l'adoption d'une loi reconnaissant officiellement le g&#233;nocide45,80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 mai 2013, Navi Pillay, alors haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme, a salu&#233; la condamnation de l'ancien dictateur guat&#233;malt&#232;que Efra&#237;n R&#237;os Montt : &#171; Le Guatemala &#233;crit l'histoire, en devenant le premier pays au monde o&#249; un ancien chef d'&#201;tat est condamn&#233; pour g&#233;nocide par une juridiction nationale &#187;46.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mus&#233;ographie&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mus&#233;e du g&#233;nocide am&#233;rindien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mus&#233;e du g&#233;nocide am&#233;rindien (en) est situ&#233; dans la ville de Houston au Texas, &#201;tat o&#249; la pers&#233;cution des Indiens fut grande. Il se donne pour mission de &#171; mettre en lumi&#232;re la v&#233;rit&#233; historique en ayant recours &#224; une p&#233;dagogie fond&#233;e sur la documentation actuelle &#224; propos des &#233;v&#233;nements li&#233;s &#224; la quasi extermination ou, dans certains cas, l'extermination totale de tribus et de cultures natives. C'est un monument comm&#233;moratif d&#233;di&#233; aux victimes du nettoyage ethnique81. &#187; Le mus&#233;e poss&#232;de entre autres une trace &#233;crite, sur les registres comptables de Fort Pitt, d'un don de couvertures infect&#233;es par le virus de la variole, destin&#233; &#224; des membres de la tribu des Delawares82.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre mus&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le National Museum of the American Indian, cr&#233;&#233; en 2004 &#224; Washington, est une des principales institutions consacr&#233;es &#224; la culture am&#233;rindienne, et porte &#233;galement &#224; la connaissance du public l'oppression dont ces peuples ont &#233;t&#233; victimes de la part des Europ&#233;ens et des Am&#233;ricains. Dans un article intitul&#233; &#171; La repr&#233;sentation mus&#233;ale des g&#233;nocides &#187;, R. Greenberg &#233;crit : &#171; Au NMAI [National Museum of the American Indian], les trag&#233;dies v&#233;cues par les autochtones apr&#232;s le contact sont racont&#233;es et comm&#233;mor&#233;es, mais l'accent est plac&#233; sur l'enseignement des coutumes et des langues indiennes aux jeunes, l'adaptation &#224; la soci&#233;t&#233; contemporaine et la lutte pour l'&#233;quit&#233; [&#8230;]. Le mus&#233;e baigne dans le pass&#233;, mais celui-ci est pr&#233;sent&#233; comme une force positive de l'identit&#233; autochtone contemporaine83. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cas des peuples de l'Arctique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cas des peuples de l'Arctique (Inuits, etc.) est particulier dans la mesure o&#249; ils ont &#233;t&#233; m&#234;l&#233;s &#224; l'arriv&#233;e des Europ&#233;ens, et parfois rapproch&#233;s des Am&#233;rindiens pour cette raison historique84, mais en n&#233;gligeant les diff&#233;rences de taille que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; il y a une encore plus grande unit&#233; ethnique et culturelle85 ;&lt;br class='autobr' /&gt; il n'y a jamais eu de conflit arm&#233; avec les peuples europ&#233;ens ;&lt;br class='autobr' /&gt; ils existent aussi en Eurasie, avec une situation politique tr&#232;s diff&#233;rente ;&lt;br class='autobr' /&gt; ils subissent en revanche tous une lente pression sur leur mode de vie ;&lt;br class='autobr' /&gt; toutefois, leur habitat demeure relativement prot&#233;g&#233; d&#251; aux conditions climatiques extr&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, on constate les m&#234;mes sympt&#244;mes sociologiques : toxicomanie86, assistanat87, disparition des valeurs culturelles88.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bibliographie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Roxanne Dunbar-Ortiz (trad. de l'anglais par Pascal M&#233;noret), Contre-histoire des &#201;tats-Unis [&#171; An Indigenous Peoples' History of the United States &#187;], Marseille, Wildproject, coll. &#171; Le Monde qui vient &#187;, 2018 (original 2014), 323 p. (ISBN 978-2-918490-68-5 et 2-918490-68-7).&lt;br class='autobr' /&gt; (en) Norman M. Naimark, Genocide : A World History, New York, Oxford University Press, coll. &#171; New Oxford World History &#187;, 2017, 192 p. (ISBN 978-0-19-976526-3, lire en ligne [archive]), chap. 3 et 4. Document utilis&#233; pour la r&#233;daction de l'article&lt;br class='autobr' /&gt; (en) Benjamin Madley, An American Genocide : The United States and the California Indian Catastrophe, 1846-1873, Yale University Press, coll. &#171; The Lamar Series in Western History &#187;, 2016, 712 p. (ISBN 978-0-300-18136-4, lire en ligne [archive]). Document utilis&#233; pour la r&#233;daction de l'article&lt;br class='autobr' /&gt; (en) Benjamin Madley, &#171; Reexamining the American Genocide Debate : Meaning, Historiography, and New Methods &#187;, The American Historical Review, no 120:1,&#8206; f&#233;vrier 2015, p. 98-139 (lire en ligne [archive]). Document utilis&#233; pour la r&#233;daction de l'article&lt;br class='autobr' /&gt; (en) Alexander Laban Hinton, Andrew Woolford et Jeff Benvenuto, Colonial Genocide in Indigenous North America, Duke University Press, 2014, 360 p. (ISBN 978-0822357797).&lt;br class='autobr' /&gt; (en) Brenden Rensink, &#171; Genocide of Native Americans : Historical Facts and Historiographic Debates &#187;, dans Samuel Totten et Robert K. Hitchcock, Genocide of Indigenous Peoples, &#171; Genocide : A Critical Bibliographic Review &#187; vol. 8, Transaction Publishers, 2011, p. 15-36.&lt;br class='autobr' /&gt; (en) Donald Bloxham et A. Dirk Moses (dir.), The Oxford Handbook of Genocide Studies, Oxford, Oxford University Press, 2010, 696 p. (ISBN 978-0-19-923211-6, lire en ligne [archive]), chap. 15 et 16. Document utilis&#233; pour la r&#233;daction de l'article&lt;br class='autobr' /&gt; Pierre Chaunu, Conqu&#234;te et exploitation des nouveaux mondes, Paris, PUF, coll. &#171; Nouvelle Clio &#187;, 2010, 6e &#233;d. (1re &#233;d. 1969), 445 p. (ISBN 978-2130582465).&lt;br class='autobr' /&gt; (en) Alfred A. Cave, &#171; Genocide in the Americas &#187;, dans Dan Stone (&#233;d.), The Historiography of Genocide, Palgrave Macmillan, 2008, p. 273-296. Document utilis&#233; pour la r&#233;daction de l'article&lt;br class='autobr' /&gt; (en) Ben Kiernan, Blood and Soil : A World History of Genocide and Extermination from Sparta to Darfur, New Haven, Yale University Press, 2007, 724 p. (ISBN 978-0-300-10098-3, lire en ligne [archive]), chap. 2, 6 et 8. Document utilis&#233; pour la r&#233;daction de l'article&lt;br class='autobr' /&gt; Christian Duverger, &#171; Espagnols-Indiens : le choc des civilisations &#187;, L'Histoire, no 322,&#8206; juillet-ao&#251;t 2007, p. 14-21. Document utilis&#233; pour la r&#233;daction de l'article&lt;br class='autobr' /&gt; Fr&#233;d&#233;ric Dorel, &#171; La th&#232;se du &#171; g&#233;nocide indien &#187; : guerre de position entre science et m&#233;moire &#187;, Amnis, revue de civilisation contemporaine Europe/Am&#233;rique, no 6,&#8206; 1er septembre 2006 (lire en ligne [archive], consult&#233; le 1er ao&#251;t 2015). Document utilis&#233; pour la r&#233;daction de l'article&lt;br class='autobr' /&gt; &#201;lise Marienstras, &#171; Guerres, massacres ou g&#233;nocides ? R&#233;flexions historiographiques sur la question du g&#233;nocide des Am&#233;rindiens &#187;, dans David El Kenz (dir.), Le Massacre, objet d'histoire, Gallimard, coll. &#171; Folio histoire &#187;, 2005 (ISBN 978-2070306626), p. 275-302. Document utilis&#233; pour la r&#233;daction de l'article&lt;br class='autobr' /&gt; Pap Ndiaye, &#171; L'extermination des Indiens d'Am&#233;rique du Nord &#187;, dans Marc Ferro (dir.), Le Livre noir du colonialisme (XVIe &#8211; XXIe si&#232;cle). De l'extermination &#224; la repentance, Paris, Robert Laffont, 2003, p. 53-68.&lt;br class='autobr' /&gt; (en) George Raudzens (&#233;d.), Technology, Disease and Colonial Conquests, Sixteenth to Eighteenth Centuries : Essays Reappraising the Guns and Germs Theories, &#171; History of Warfare &#187; vol. 2, Brill Academic Publishers, 2001, 304 p. (ISBN 978-90-04-11745-7). Document utilis&#233; pour la r&#233;daction de l'article&lt;br class='autobr' /&gt; (en) Noble David Cook, Born to Die : Disease and New World Conquest, 1492&#8211;1650, Cambridge, Cambridge University Press, 1998, 264 p. (ISBN 978-0-521-62208-0).&lt;br class='autobr' /&gt; (en) David Stannard, American Holocaust : The Conquest of the New World, Oxford University Press, 1992. Document utilis&#233; pour la r&#233;daction de l'article&lt;br class='autobr' /&gt; (en) Russell Thornton, American Indian Holocaust and Survival : A Population History since 1492, Norman, University of Oklahoma Press, 1990 (1re &#233;d. 1987), 312 p. (ISBN 978-0806122205, lire en ligne [archive]). Document utilis&#233; pour la r&#233;daction de l'article&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes et r&#233;f&#233;rences&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;occupation est propre aux colons espagnols, selon Noble David Cook.&lt;br class='autobr' /&gt;
Beaucoup d'auteurs reproduisent l'estimation &#171; au moins 500 000 &#187; en rappelant que Bartolom&#233; de las Casas &#233;voquait plus d'un million d'habitants, un chiffre que les d&#233;mographes ne tiennent plus pour fiable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marienstras, par exemple, retient pour son analyse des grands d&#233;peuplements am&#233;ricains sous le joug colonial le jugement plus g&#233;n&#233;ral d'Yves Ternon, sp&#233;cialiste des g&#233;nocides, dans L'&#201;tat criminel. Les G&#233;nocides au XXe si&#232;cle, Seuil, 1995, p. 79 : &#171; La cat&#233;gorie du g&#233;nocide n'est pas celle du maximum ; ce ne sont ni le nombre de victimes ni le degr&#233; de cruaut&#233; dans les pratiques de mise &#224; mort qui d&#233;signent comme tel un meurtre collectif, mais le caract&#232;re voulu et planifi&#233; de ce meurtre et l'identit&#233; des victimes. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kiernan emploie le mot &#171; g&#233;nocide &#187; dans le sens donn&#233; dans la section pr&#233;c&#233;dente de cet article : ce g&#233;nocide mexicain ou mexica est essentiellement le r&#233;sultat d'actes non programm&#233;s par un &#201;tat ni motiv&#233;s par la destruction elle-m&#234;me ; la soci&#233;t&#233; azt&#232;que, comprise par les conquistadors comme une collectivit&#233; inf&#233;rieure, fut intentionnellement d&#233;truite jusqu'en son centre biologique, politique et culturel afin que la large population survivante, terroris&#233;e et soumise, rende l'Espagne plus riche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Tlaxcalt&#232;ques, notamment, ont &#233;chapp&#233; &#224; l'encomienda. Les partisans de cette forme d'esclavage firent entendre leur avis encore longtemps ; au Chili, elle ne fut d&#233;finitivement abolie qu'en 1791.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me Steven Katz, un auteur oppos&#233; &#224; la qualification g&#233;nocidaire, ne nie pas la pertinence d'une comparaison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les m&#233;thodes des diff&#233;rents acteurs de la controverse du g&#233;nocide indien ou bien des d&#233;bats sur des crimes particuliers tels que le massacre des Pequots sont r&#233;sum&#233;es, par exemple, par Alfred Cave (2008), Brenden Rensink (2011) ou encore Benjamin Madley (2015).&lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple, l'anthropologue Jean Jackson utilise indistinctement les deux mots dans ses comptes rendus des c&#233;l&#232;bres travaux d'Anne Chapman sur les Selknams[r&#233;f. n&#233;cessaire].&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chiffres de 70 ou 80 millions de morts sont des exag&#233;rations : ils ont bien leur origine dans des travaux d&#233;mographiques des ann&#233;es 1960, 70 et 80 mais, d'une part, ce sont des travaux parmi d'autres et aujourd'hui la plupart des sp&#233;cialistes &#233;voquent des chiffres r&#233;duits de moiti&#233;, et d'autre part une diminution de la population en valeur absolue n'est pas simplement un &#171; nombre de morts &#187;, encore moins un &#171; nombre de massacr&#233;s &#187;. Voir Cook 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le Comit&#233; de solidarit&#233; avec les Indiens des Am&#233;riques [archive], cr&#233;&#233; en 1978 sur la demande de repr&#233;sentants indiens des &#201;tats-Unis, est une association loi 1901 qui s'efforce de faire conna&#238;tre et de soutenir les peuples autochtones de toutes les Am&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 (en) Michael A. McDonnell et A. Dirk Moses, &#171; Raphael Lemkin as Historian of Genocide in the Americas &#187;, Journal of Genocide Research, vol. 7, no 4,&#8206; 2005, p. 501-529.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Norman Naimark, cit&#233; dans (en) Ben Kiernan, &#171; Blood and Soil &#187;, The American Historical Review, vol. 113, no 3,&#8206; juin 2008, p. 773.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Marienstras 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Raudzens 2001, p. 41-42.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Yves Benot, La Modernit&#233; de l'esclavage : Essai sur la servitude au c&#339;ur du capitalisme, La D&#233;couverte, coll. &#171; Textes &#224; l'appui / Histoire contemporaine &#187;, 2003, chap. 6, p. 90-98.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Naimark 2017, p. 38-39.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 (en) Karen Anderson C&#243;rdova, Hispaniola and Puerto Rico : Indian Acculturation and Heterogeneity, 1492&#8211;1550, th&#232;se de doctorat, Ann Arbor, Michigan, University Microfilms International, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Duverger 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 (en) &#171; Puerto Rico &#187; [archive], sur Genocide Studies Program, l'universit&#233; Yale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Kiernan 2007, introduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Kiernan 2007, chap. 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 (en) Alexander Laban Hinton, &#171; Critical Genocide Studies &#187;, Genocide Studies and Prevention : An International Journal, vol. 7, no 1,&#8206; avril 2012, p. 4-15 (lire en ligne [archive]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Kiernan 2007, p. 81.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Extrait de la lettre de N&#250;&#241;ez de Balboa au roi Ferdinand du 20 janvier 1513, trad. Paul Gaffarel, N&#250;&#241;ez de Balboa : La Premi&#232;re Travers&#233;e de l'Isthme am&#233;ricain, Paris, Librairie de la Soci&#233;t&#233; bibliographique, 1882, p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Naimark 2017, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 Yves Benot, La Modernit&#233; de l'esclavage : Essai sur la servitude au c&#339;ur du capitalisme, La D&#233;couverte, coll. &#171; Textes &#224; l'appui / Histoire contemporaine &#187;, 2003, chap. 6, section &#171; Effets de la conqu&#234;te de la terre ferme par les Espagnols &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 Vincent Gr&#233;goire, &#171; La conqu&#234;te du Mexique entre la panique et l'audace &#187;, Sens-Dessous, no 15,&#8206; 2015, p. 65-75 (lire en ligne [archive], consult&#233; le 28 ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 Kiernan 2007, p. 73-74.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 Kiernan 2007, p. 96.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 Naimark 2017, p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 Naimark 2017, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 Nicholas A. Robins, &#171; Colonial Latin America &#187;, dans Bloxham et Moses 2010, p. 307-308.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 Alain Brossat, &#171; M&#233;tissage culturel, diff&#233;rend et disparition &#187;, Lignes, vol. 3, no 6,&#8206; 2001, p. 42 (lire en ligne [archive]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 Marienstras 2005, p. 292.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 (en) Steven T. Katz, &#171; The Pequot War Reconsidered &#187;, The New England Quarterly, vol. 64, no 2,&#8206; juin 1991, p. 206-224.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 Madley 2015, p. 120.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 Marienstras 2005, p. 301-302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 Marienstras 2005, p. 289-290.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 Naimark 2017, p. 56.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 Kiernan 2007, chap. 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 Cave 2008, p. 285.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 Peter H. Burnett, &#171; Governor's Annual Message to the Legislature, January 7, 1851 &#187;, dans Journals of the Senate and Assembly of the State of California, at the Second Session of the Legislature, 1851-1852, San Francisco, G. K. Fitch &amp; Co. et V. E. Geiger &amp; Co., State Printers, 1852, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33 (en) Benjamin Madley, &#171; Genocide in the Golden State : a response to reviews by William Bauer, Jr., Margaret Jacobs, Karl Jacoby and Jeffrey Ostler &#187;, Journal of Genocide Research, no 19:1,&#8206; 2017, p. 154-163.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34 (en) Richard White, &#171; Naming America's Own Genocide &#187;, The Nation, vol. 303, nos 11-12,&#8206; 2016, p. 30 (lire en ligne [archive], consult&#233; le 19 ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35 Madley 2016, p. 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36 Naimark 2017, p. 56-60.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37 (en) Benjamin Madley, &#171; California's Yuki Indians : Defining Genocide in Native American History &#187;, Western Historical Quarterly, vol. 39, no 3,&#8206; 2008, p. 303-332.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38 (en) Alan Taylor, &#171; An American Genocide, by Benjamin Madley &#187;, The New York Times,&#8206; 27 mai 2016 (lire en ligne [archive], consult&#233; le 1er ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39 Denys Del&#226;ge, Le Pays renvers&#233; : Am&#233;rindiens et Europ&#233;ens en Am&#233;rique du Nord-Est, 1600-1664, Montr&#233;al, &#201;ditions du Bor&#233;al, 1991, 416 p. (ISBN 978-2890523708), chap. 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40 (en) Roger Carpenter, &#171; Making War More Lethal : Iroquois vs. Huron in the Great Lakes Region, 1609 to 1650 &#187;, Michigan Historical Review, vol. 27, no 2,&#8206; 2001, p. 33-51.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41 (en) James Axtell, Beyond 1492 : Encounters in Colonial North America, New York, Oxford University Press, 1992, p. 261.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42 Stephen Jay Fohl, The French and Indian Wars : New France's Situational Indian Policies During the Fox and Natchez Conflicts, 1701-1732 [archive], th&#232;se de ma&#238;trise des arts, Eastern Kentucky University, 2012, p. 23-26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43 (es) Daniel Feierstein et Pablo Scatizza, &#171; &#8220;La dictadura se propuso transformar a toda la sociedad&#8221; &#187;, 8300 web,&#8206; 30 juin 2009 (lire en ligne [archive]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44 (es) Comisionado Presidencial para Asuntos Ind&#237;genas, Informe Comisi&#243;n Verdad Hist&#243;rica y Nuevo Trato con les pueblos ind&#237;genas, 16 octobre 2008, 684 p. (lire en ligne [archive] [PDF]), p. 486-502.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45 (en) J&#233;r&#233;mie Gilbert, Nomadic Peoples and Human Rights, Routledge Research in Human Rights Law, 2014, 272 p. (ISBN 978-1-136-02016-2, lire en ligne [archive]), p. 23-24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46 Paulo A. Paranagua, &#171; Le g&#233;nocide des Mayas en d&#233;bat au Guatemala &#187;, Le Monde,&#8206; 14 mai 2013 (lire en ligne [archive]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47 &#171; Genocide in the Ixil Triangle [archive] &#187;, sur Guatemala Human Rights Commission (consult&#233; le 14 janvier 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48 &#171; Guatemala : l'ex-dictateur Rios Montt sera jug&#233; &#224; huis clos pour g&#233;nocide &#187;, Le Monde,&#8206; 26 ao&#251;t 2015 (lire en ligne [archive]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;49 (en) Maria Yellow Horse Brave Heart et Lemyra M. DeBruyn, &#171; The American Indian Holocaust : Healing Historical Unresolved Grief &#187;, Centers for American Indian and Alaska Native Health, Colorado School of Public Health/University of Colorado Anschutz Medical Campus, vol. 8, no 2,&#8206; 1998, p. 60-82 (lire en ligne [archive] [PDF]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50 Dorel 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;51 Marienstras 2005, p. 283-284.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;52 Thornton 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;53 Christian Duverger, &#171; Todorov (Tzvetan) La Conqu&#234;te de l'Am&#233;rique. La Question de l'autre &#187;, Archives de Sciences Sociales des Religions, vol. 55, no 2,&#8206; 1983, p. 283-284 (lire en ligne [archive]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;54 Marianne Mahn-Lot, &#171; Tzvetan Todorov, La Conqu&#234;te de l'Am&#233;rique. La Question de l'autre &#187;, Annales, vol. 38, no 6,&#8206; 1983, p. 1279-1280 (lire en ligne [archive]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;55 Tzvetan Todorov, La Conqu&#234;te de l'Am&#233;rique. La Question de l'autre, &#201;ditions du Seuil, 1982, p. 170.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;56 Marienstras 2005, p. 287-288.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;57 (en) Lyman Legters, &#171; The American genocide &#187;, Policy Studies Journal, vol. 16, no 4,&#8206; 1988, p. 768-777.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58 (en) James Axtell, After Colombus : Essays in the Ethnohistory of Colonial North America, New York, Oxford University Press, 1988, chap. 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;59 Stannard 1992, p. x-xii.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60 Marienstras 2005, p. 286.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;61 Stannard 1992, p. 151.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;62 (en) &#171; American Holocaust : Reviews [archive] &#187;, Oxford University Press Canada (consult&#233; le 15 janvier 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;63 (en) Gananath Obeyesekere, The Apotheosis of Captain Cook : European Mythmaking in the Pacific, Princeton University Press, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;64 (en) Rudolph Rummel, Death by Government, 1994 (lire en ligne [archive]), chap. 3 (&#171; Pre-Twentieth Century Democide &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;65 (en) Richard White, &#171; Morality and Mortality &#187;, The New Republic,&#8206; 18 janvier 1993, p. 33-35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;66 (en) Russell Thornton, &#171; American Holocaust &#187;, Journal of American History, vol. 80, no 4,&#8206; 1994, p. 1428 (lire en ligne [archive]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;67 (en) Guenter Lewy, &#171; Were American Indians the Victims of Genocide ? &#187;, Commentary,&#8206; septembre 2004 (lire en ligne [archive]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;68 Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La F&#233;rocit&#233; blanche : Des Non-Blancs aux Non-Aryens : G&#233;nocides occult&#233;s de 1492 &#224; nos jours, Paris, Albin Michel, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;69 Jacques Chirac, cit&#233; dans Franz-Olivier Giesbert, La Trag&#233;die du pr&#233;sident : Sc&#232;nes de la vie politique, 1986-2006, Paris, &#233;d. Flammarion, 10 mars 2006, 414 p., 24 cm (ISBN 2-08-068948-7, BNF 40133936), chap. 58 (&#171; Quand les masques tombent &#187;), p. 341.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;70 Anson Rabinbach (trad. Claire Drevon), &#171; Raphael Lemkin et le concept de g&#233;nocide &#187;, Revue d'histoire de la Shoah, no 189:2,&#8206; 2008, p. 511-554 (lire en ligne [archive]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;71 Cave 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72 Madley 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;73 Marienstras 2005, p. 285.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;74 Marienstras 2005, p. 297.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;75 Madley 2015, p. 102-103.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;76 Compte rendu du symposium Killing California Indians : Genocide in the Gold Rush Era, 2015, p. 15 (lire en ligne [archive] sur le site de l'universit&#233; de Californie &#224; Riverside).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;77 (en) Jill Cowan, &#171; &#034;It's Called Genocide&#034; : Newsom Apologizes to the State's Native Americans &#187;, The New York Times,&#8206; 19 juin 2019 (lire en ligne [archive], consult&#233; le 1er ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;78 (en) Taryn Luna, &#171; Newsom apologizes for California's history of violence against Native Americans &#187;, Los Angeles Times,&#8206; 18 juin 2019 (lire en ligne [archive], consult&#233; le 1er ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;79 (en) Jessica Wolf, &#171; Revealing the history of genocide against California's Native Americans &#187;, UCLA Newsroom,&#8206; 15 ao&#251;t 2017 (lire en ligne [archive]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;80 Les conclusions et recommandations de la Commission relatives au g&#233;nocide sont dans ce document [archive], p. 619 (p. 39 du pdf) ; voir aussi Steve Anderson, &#171; Slaughter of Chile's Indigenous Was Genocide, Say Legislators &#187; [archive], The Santiago Times, 27 ao&#251;t 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;81 Traduction du d&#233;but du texte &#171; Mission Statement [archive] &#187;, sur le site de l'American Indian Genocide Museum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;82 Brenda Norrell, &#171; Remembering Indian Genocide in Texas &#187; [archive], alternet.org, 23 septembre 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;83 Reesa Greenberg, &#171; La repr&#233;sentation mus&#233;ale des g&#233;nocides : gu&#233;rison ou traumatisme r&#233;actualis&#233; ? &#187;, Gradhiva [en ligne] (Revue d'anthropologie et d'histoire des arts), 5 | 2007, mis en ligne le 15 mai 2010, consult&#233; le 01 ao&#251;t 2015. URL : &lt;a href=&#034;http://gradhiva.revues.org/758&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gradhiva.revues.org/758&lt;/a&gt; [archive].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;84 Les familles am&#233;rindiennes d'Am&#233;rique du Nord [archive]. Pour une raison de commodit&#233;, la famille eskimo-al&#233;oute est class&#233;e parmi les &#171; familles am&#233;rindiennes &#187;, m&#234;me s'il s'agit d'un cas &#224; part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;85 Les peuples dits &#034;arctiques&#034; (Inuit, S&#226;mes, &#201;venks, etc.) [archive] Quoique ces peuples soient r&#233;partis sur une surface immense, et que leur nombre soit relativement faible, leurs v&#234;tements, leurs outils, leurs techniques, leur organisation sociale, leurs &#233;l&#233;ments culturels ont une ressemblance frappante, qu'ils soient originaires de Sib&#233;rie, du Nord de l'Europe ou de l'Am&#233;rique arctique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;86 Les jeunes autochtones durement touch&#233;s par l'alcoolisme et la toxicomanie [archive].&lt;br class='autobr' /&gt;
Soutien social et sant&#233; chez les Inuits de l'Arctique canadien [archive].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;87 &#201;crire l'inuktitut pour &#233;viter qu'il ne disparaisse ? [archive]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;source : &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Actes_de_g%C3%A9nocide_en_Am%C3%A9rique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Actes_de_g%C3%A9nocide_en_Am%C3%A9rique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Connaissez-vous la r&#233;volution du 10 ao&#251;t 1792 &#224; Paris ?</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7572</link>
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		<dc:date>2025-12-08T23:06:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Connaissez-vous la r&#233;volution du 10 ao&#251;t 1792 &#224; Paris ? &lt;br class='autobr' /&gt;
9 et 10 ao&#251;t 1792 &lt;br class='autobr' /&gt;
Mobilisation des sections populaires qui marchent sur les Tuileries &lt;br class='autobr' /&gt;
Cr&#233;ation d'une Commune insurrectionnelle qui d&#233;capite la Garde nationale, emp&#234;chant la r&#233;pression &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Roi se place sous la protection de l'Assembl&#233;e, install&#233; derri&#232;re le pr&#233;sident de s&#233;ance &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Assembl&#233;e tente de r&#233;sister en exigeant la dissolution de la Commune &lt;br class='autobr' /&gt;
11 ao&#251;t 1792 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Assembl&#233;e vote la suspension de la royaut&#233; et l'&#233;lection d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Connaissez-vous la r&#233;volution du 10 ao&#251;t 1792 &#224; Paris ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;9 et 10 ao&#251;t 1792&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mobilisation des sections populaires qui marchent sur les Tuileries&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;ation d'une Commune insurrectionnelle qui d&#233;capite la Garde nationale, emp&#234;chant la r&#233;pression&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Roi se place sous la protection de l'Assembl&#233;e, install&#233; derri&#232;re le pr&#233;sident de s&#233;ance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e tente de r&#233;sister en exigeant la dissolution de la Commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 ao&#251;t 1792&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e vote la suspension de la royaut&#233; et l'&#233;lection d'une Convention au suffrage universel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;fin ao&#251;t - d&#233;but septembre 1792&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elections de la Convention&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4-6 septembre 1792&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chasse aux suspects et Massacres de septembre dans les prisons&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Ministres de l'Int&#233;rieur (Roland) et de la Justice (Danton) laissent faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 septembre 1792&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victoire de Valmy (au cri de &#034;Vive la Nation&#034; et la Marseillaise, lanc&#233; par Kellermann)&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;re r&#233;union de la Convention qui la&#239;cise l'&#233;tat civil et autorise le divorce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 septembre 1792&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Convention proclame la R&#233;publique&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cit des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e du 10 ao&#251;t 1792 est, apr&#232;s le 14 juillet 1789, l'une des journ&#233;es les plus d&#233;cisives de la R&#233;volution fran&#231;aise, au point que certains historiens la qualifient de &#171; Seconde R&#233;volution &#187;. La pr&#233;paration de cette journ&#233;e est organis&#233;e et men&#233;e par la Commune insurrectionnelle de Paris et par les sections parisiennes. Apr&#232;s plusieurs assauts, la foule d'insurg&#233;s prend le palais des Tuileries, si&#232;ge du pouvoir ex&#233;cutif. C'est aussi la premi&#232;re fois, depuis le d&#233;but de la R&#233;volution, qu'une journ&#233;e r&#233;volutionnaire est dirig&#233;e &#233;galement contre l'Assembl&#233;e. Cette journ&#233;e r&#233;volutionnaire consomme la chute de la monarchie constitutionnelle. Sa pr&#233;paration est trop complexe pour qu'on puisse en attribuer la responsabilit&#233; &#224; un individu ou &#224; une faction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e du 10 ao&#251;t 1792 marque &#233;galement le d&#233;but de la premi&#232;re Terreur, dont le point culminant sera les massacres de Septembre. Cette premi&#232;re p&#233;riode prend fin avec la r&#233;union de la premi&#232;re session de la Convention nationale le 21 septembre 1792 qui abolit la monarchie et la victoire de Valmy, acquise le m&#234;me jour et connue &#224; Paris le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette insurrection et ses cons&#233;quences sont commun&#233;ment appel&#233;es par les historiens de la R&#233;volution fran&#231;aise simplement &#171; le 10 ao&#251;t &#187; ; les autres d&#233;signations sont &#171; journ&#233;e du 10 ao&#251;t &#187;, &#171; prise des Tuileries &#187;, &#171; insurrection du 10 ao&#251;t &#187; ou &#171; massacre du 10 ao&#251;t &#187;. En Suisse, d'o&#249; vient la garde du m&#234;me nom, cette journ&#233;e est connue sous le nom de &#171; massacre des Tuileries &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les volontaires et f&#233;d&#233;r&#233;s arrivent sans cesse &#224; Paris et, alors qu'un grand nombre d&#233;sire rejoindre l'arm&#233;e, les Jacobins enr&#244;lent ceux qui acceptent leur invitation, notamment environ 500 Marseillais emmen&#233;s par le girondin Barbaroux. Fran&#231;ois-Auguste Mignet &#233;crit que &#171; leur entreprise fut plusieurs fois projet&#233;e et suspendue. Le 26 juillet, une insurrection devait &#233;clater mais elle &#233;tait mal ourdie et P&#233;tion l'arr&#234;ta. Lorsque les f&#233;d&#233;r&#233;s marseillais arriv&#232;rent pour se rendre au camp de Soissons, les faubourgs devaient aller &#224; leur rencontre, et marcher avec eux &#224; l'improviste contre le ch&#226;teau. Cette insurrection manqua encore. Cependant l'arriv&#233;e des Marseillais encouragea les agitateurs de la capitale &#187;. Il est alors d&#233;cid&#233; de porter le coup d&#233;cisif le 10 ao&#251;t mais le r&#244;le du comit&#233; insurrecteur est mal connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les clubs politiques discutent ouvertement du d&#233;tr&#244;nement du roi, et le 3 ao&#251;t, P&#233;tion parle &#224; l'Assembl&#233;e, demandant la fin de la monarchie au nom de la commune et des sections. Le 8 ao&#251;t, la mise en accusation de La Fayette est discut&#233;e. &#171; Il fut absous ; mais tous ceux qui avaient vot&#233; pour lui furent hu&#233;s, poursuivis et maltrait&#233;s par le peuple, au sortir de la s&#233;ance &#187;, dont Vincent-Marie Vi&#233;not de Vaublanc et Quatrem&#232;re de Quincy. Ce harc&#232;lement s'accompagne de menaces de mort ou d'invasion de leur domicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple parisien ne veut pas attendre le r&#233;sultat de la derni&#232;re proposition de P&#233;tion de poursuivre le travail par la voie l&#233;gislative. La section des Quinze-vingts d&#233;clare le 9 ao&#251;t que, si le d&#233;tr&#244;nement n'est pas prononc&#233; le jour m&#234;me, &#224; minuit elle sonnera le tocsin et attaquera la r&#233;sidence royale des Tuileries. La totalit&#233; des quarante-huit sections de Paris, sauf une, la suit. P&#233;tion informe l'Assembl&#233;e l&#233;gislative que les sections ont &#171; repris leur souverainet&#233; &#187; et qu'il n'a pas d'autre pouvoir sur le peuple que celui de sa persuasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 9 une nouvelle Commune r&#233;volutionnaire prend possession de l'H&#244;tel de ville de Paris, si&#232;ge du gouvernement. Le plan des Jacobins de l'Assembl&#233;e, soutenu par l'arm&#233;e des f&#233;d&#233;r&#233;s, est de dissoudre le d&#233;partement de Paris, pour d&#233;mettre P&#233;tion, instituer une commune insurrectionnelle (un gouvernement municipal) et prendre les Tuileries d'assaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; minuit, le tocsin sonne. Les insurg&#233;s nomment un comit&#233; provisoire de la Commune, qui dirige l'insurrection depuis l'H&#244;tel de Ville. P&#233;tion est aux Tuileries, o&#249; il est convoqu&#233; par le roi, qui voulait s'assurer par lui de l'&#233;tat de Paris, et re&#231;oit l'autorisation de r&#233;pondre &#224; la force par la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de l'Assembl&#233;e, r&#233;veill&#233;e par le tocsin, a d&#233;marr&#233; une session d'urgence sous la pr&#233;sidence de Vergniaud. Apprenant que P&#233;tion est aux Tuileries, ils pensent qu'il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et veulent le faire d&#233;livrer. Ils lui font demander, comme l'avait fait le roi auparavant, de donner un &#233;tat de Paris. Il vient, &#224; cette requ&#234;te. Une d&#233;putation de l'H&#244;tel de Ville s'informe de lui aupr&#232;s de l'Assembl&#233;e, supposant &#233;galement qu'il est prisonnier des Tuileries. Il part avec elle et devient en fait prisonnier de la commune insurrectionnelle, sous la garde de trois cents hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le conseil de Danton la nouvelle commune somme alors le marquis de Mandat, commandant de la Garde Nationale, de se pr&#233;senter &#224; elle. C'est un pi&#232;ge. Ne connaissant pas le changement de r&#233;gime &#224; l'H&#244;tel de Ville, il ob&#233;it &#224; cet ordre. Il est arr&#234;t&#233;, accus&#233; d'avoir autoris&#233; les troupes &#224; tirer sur le peuple. Alors qu'il est envoy&#233; &#224; l'Abbaye, la foule le tue lorsqu'il quitte l'H&#244;tel de Ville. La commune conf&#232;re imm&#233;diatement le commandement de la Garde nationale &#224; Santerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre-Louis Roederer, le greffier du d&#233;partement de Paris, passait la nuit aux Tuileries. Les pr&#233;paratifs des Jacobins &#233;tant connus, un certain nombre de mesures de d&#233;fense avaient &#233;t&#233; prises. La Chronique des Cinquante jours de Roederer rapporte que, vers quatre heures du matin, la reine Marie-Antoinette l'avait appel&#233;, et qu'il avait alors &#233;t&#233; pr&#233;venu que le roi et la famille royale voulaient se r&#233;fugier &#224; l'Assembl&#233;e L&#233;gislative. &#171; Vous proposez, dit Dubouchage, de livrer le roi &#224; l'ennemi &#187;. Roederer remarqua alors que seulement deux jours auparavant, les deux tiers de l'Assembl&#233;e s'&#233;taient prononc&#233;s en faveur de La Fayette, et avaient soutenu que son plan &#233;tait le moins dangereux. La reine d&#233;cide n&#233;anmoins de r&#233;sister par la force, et Roederer y consent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lachesnaye, qui commandait les troupes au non-retour inexpliqu&#233; de Mandat, dit que les troupes de la Garde Nationale sont pr&#234;tes &#224; la d&#233;fense, mais il proteste contre la pr&#233;sence d'aristocrates &#171; irr&#233;guliers &#187;. Mandat avait auparavant conseill&#233; la reine de disperser ces gentilshommes, en vain, arguant que leur pr&#233;sence d&#233;courageait le z&#232;le des constitutionnels. Comme Mandat avant lui, Lachesnaye est contredit par la reine : &#171; Je r&#233;ponds d'eux o&#249; qu'ils soient ; ils avanceront en premier ou en dernier, dans les rangs, comme vous le voulez ; ils sont pr&#234;ts &#224; tout ce qui est n&#233;cessaire ; ce sont des hommes s&#251;rs &#187;. Joly, ministre de la justice et Champion, ministre de l'int&#233;rieur sont envoy&#233;s &#224; l'Assembl&#233;e pour s'informer du danger, et pour solliciter son aide et celle des commissaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revue des troupes par le roi &#224; cinq heures du matin montre que celui-ci ne peut pas compter sur tous ses protecteurs officiels. Les cris de &#171; vive le Roi ! &#187; m&#234;l&#233;s aux cris de &#171; vive la Nation ! &#187; et parfois &#171; vive P&#233;tion ! &#187; retentissent. Les bataillons arm&#233;s de piques sont ouvertement hostiles, criant &#171; &#224; bas le veto ! &#187; et &#171; &#224; bas le tra&#238;tre ! &#187;. Lorsque Louis XVI rentre, ils quittent leurs positions pour se placer pr&#232;s du Pont Royal et tournent leurs canons contre le ch&#226;teau. Deux autres bataillons, qui stationnent dans la cour, les imitent et se placent sur la place du Carrousel en position d'attaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les insurg&#233;s avaient forc&#233; l'arsenal, s'&#233;taient arm&#233;s et avan&#231;aient en plusieurs colonnes. La colonne forte de 15 000 personnes du faubourg Saint-Antoine sur la rive droite et la colonne de 5 000 insurg&#233;s du faubourg Saint-Marceau sur la gauche entament leur marche vers six heures ; leur nombre augmente au fur et &#224; mesure de leur progression. Les artilleurs se sont plac&#233;s sur le Pont-Neuf avec la consigne du d&#233;partement d'emp&#234;cher la jonction de ces colonnes, mais Manuel, le greffier de la ville, leur demande de se replier et le passage est alors lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#244;t dans la matin&#233;e du 10 ao&#251;t, les insurg&#233;s assaillent les Tuileries. L'avant-garde des faubourgs, compos&#233;e de f&#233;d&#233;r&#233;s marseillais et bretons se d&#233;ploie sur le Carrousel, tournant ses canons contre le ch&#226;teau. Joly et Champion reviennent de l'Assembl&#233;e, consid&#233;rant que les soixante ou quatre-vingts membres pr&#233;sents ne sont pas suffisamment nombreux et que leur proposition n'a pas &#233;t&#233; entendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres du &#171; d&#233;partement &#187;, men&#233;s par Roederer, le chef du d&#233;partement, se pr&#233;sentent eux-m&#234;mes devant la foule, faisant observer qu'une si grande foule ne pourrait acc&#233;der au roi, ou devant l'Assembl&#233;e nationale, et leur conseillent d'envoyer vingt d&#233;put&#233;s avec leurs requ&#234;tes, mais ils ne sont pas &#233;cout&#233;s. La foule se tourne vers la Garde nationale, lui rappelant l'article de loi qui lui demande de r&#233;pondre &#224; la force par la force s'ils sont attaqu&#233;s. Une toute petite part de la Garde nationale semble dispos&#233;e &#224; agir ainsi ; et une charge de canon est la seule r&#233;ponse des artilleurs. Roederer, voyant que les insurg&#233;s sont toujours triomphants, car ils sont ma&#238;tres du terrain, et qu'ils disposent de la force du nombre et de troupes, retourne pr&#233;cipitamment au ch&#226;teau, &#224; la t&#234;te du directoire ex&#233;cutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre quelques aristocrates arm&#233;s et un certain nombre de membres de la Garde nationale (y compris les officiers ayant r&#233;cemment d&#233;missionn&#233;), le palais est prot&#233;g&#233; par les Gardes suisses, soit environ 950 hommes. Seule une compagnie de ces gardes est normalement stationn&#233;e aux Tuileries, mais le retour du r&#233;giment (moins un d&#233;tachement de 300 hommes rest&#233;s pour escorter un convoi de grains en Normandie peu de jours auparavant) avait consign&#233; dans leurs quartiers les hommes durant la nuit du 9 au 10 ao&#251;t. Cependant, le d&#233;part de Mandat et des morts significatives affectent la situation. La Garde nationale voulait probablement (comme le pr&#233;voyait l'accord avec Mignet) ob&#233;ir aux ordres de Mandat pour employer la force contre la foule m&#234;l&#233;e de gardes provinciaux et de parisiens, mais ils se trouvent eux-m&#234;mes c&#244;te &#224; c&#244;te avec les nobles et les royalistes et manquant d'un commandement propre, ils sont alors dispers&#233;s et fraternisent avec les assaillants&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg, dans &#171; L'ann&#233;e 1793 &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le peuple de Paris engagea un nouveau combat. Ce fut la deuxi&#232;me r&#233;volution - la r&#233;volution populaire -, le 10 ao&#251;t 1792. Ce jour-l&#224;, le peuple prit d'assaut le Palais royal et l'H&#244;tel de ville. La bourgeoisie &#233;tait du c&#244;t&#233; du roi, qui, dot&#233; d'un pouvoir affaibli, d&#233;fendait ses int&#233;r&#234;ts contre ceux du peuple. Cela n'emp&#234;cha pas le peuple de renverser le tr&#244;ne. La bourgeoisie tenait l'H&#244;tel de ville et l'administration municipale d'une main ferme et voulut dominer le peuple avec sa police et la Garde nationale. Cela n'emp&#234;cha pas le peuple de prendre d'assaut l'H&#244;tel de ville, d'en expulser la bourgeoisie et de tenir dans ses mains calleuses l'administration municipale de Paris. En ce temps-l&#224;, l'administration de la Commune de Paris &#233;tait totalement ind&#233;pendante de l'administration de l'&#201;tat. La Commune, s'appuyant sur le peuple r&#233;volutionnaire victorieux, obligea la Convention (la nouvelle Assembl&#233;e nationale), qui se r&#233;unit en septembre 1792 et proclama aussit&#244;t la R&#233;publique, &#224; faire d'importantes concessions. Sans la puissance mena&#231;ante de ce peuple, la Convention aurait probablement fait aussi peu de choses que les Assembl&#233;es pr&#233;c&#233;dentes pour les masses populaires. La grande majorit&#233; des membres de la Convention &#233;taient hostiles aux changements impos&#233;s par la r&#233;volution du 10 ao&#251;t. Une partie de la Convention - le parti de la Gironde (ainsi nomm&#233;, car ses principaux dirigeants provenaient de ce d&#233;partement) - mena une lutte ouverte contre la souverainet&#233; de la Commune r&#233;volutionnaire de Paris. Les Girondins, repr&#233;sentants de la moyenne bourgeoisie r&#233;publicaine, &#233;taient d'ardents partisans de la R&#233;publique et des adversaires acharn&#233;s de toute r&#233;forme &#233;conomique d'ampleur au profit du peuple travailleur. Seule la minorit&#233; de la Convention, la Montagne (ainsi nomm&#233;e parce que ses membres occupaient les bancs les plus hauts dans la salle de la Convention), d&#233;fendait fid&#232;lement la cause du peuple travailleur. Aussi longtemps que les girondins si&#233;g&#232;rent &#224; la Convention, ceux de la Montagne ne purent la plupart du temps pratiquement rien faire, car les girondins avaient &#233;videmment toujours la majorit&#233; de leur c&#244;t&#233; (...). Examinons ce que le peuple travailleur obtint au cours de sa br&#232;ve p&#233;riode o&#249; il exer&#231;a un r&#244;le dominant. Les dirigeants du peuple, comme les membres de l'administration municipale et les montagnards souhaitaient ardemment la compl&#232;te lib&#233;ration &#233;conomique du peuple. Ils aspiraient sinc&#232;rement &#224; la r&#233;alisation de l'&#233;galit&#233; formelle de tous devant la loi, mais aussi &#224; une r&#233;elle &#233;galit&#233; &#233;conomique. Tous leurs discours et tous leurs actes &#233;taient bas&#233;s sur une id&#233;e : dans la r&#233;publique populaire, il ne devrait y avoir ni riches ni pauvres ; la r&#233;publique populaire, cela veut dire que l'&#201;tat libre b&#226;ti sur la souverainet&#233; populaire ne pourrait rester longtemps en place si le peuple, souverain politiquement, se trouvait d&#233;pendant des riches et domin&#233; &#233;conomiquement. (...) Apr&#232;s la chute de la Commune et de la Montagne, le prol&#233;tariat parisien pris par la faim se souleva encore quelques fois contre la Convention , en criant : &#171; Du pain et la Constitution de 1793. &#187; Ce n'&#233;taient toutefois plus que des faibles sursauts d'une flamme r&#233;volutionnaire en voie d'extinction. Les forces du prol&#233;tariat &#233;taient &#233;puis&#233;es ; quant &#224; la conjuration organis&#233;e en 1796 par le socialiste Babeuf contre le gouvernement d'alors, dans le but d'introduire une constitution socialiste, il fut tout aussi infructueux. Babeuf avait bien compris que l'&#233;galit&#233; &#233;conomique n'&#233;tait pas compatible avec la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, qu'il voulait socialiser. Il se trompait toutefois lorsqu'il supposait pouvoir l'appliquer dans la France d'alors avec l'aide d'une poign&#233;e de conjur&#233;s. Babeuf et ses amis pouvaient encore moins compter sur un succ&#232;s que les montagnards. Ses projets socialistes ont &#233;t&#233; &#233;touff&#233;s dans l'oeuf. (...) La conjuration de Babeuf n'a pu troubler qu'un instant le calme de la bourgeoisie fran&#231;aise repue qui s'enrichissait. Elle avait d&#233;j&#224; oubli&#233; les &#171; frayeurs de l'an 1793 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cit de Condorcet sur les &#233;v&#233;nements du 10 ao&#251;t 1792 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelque temps, l'inqui&#233;tude du peuple &#233;tait grande, son agitation extr&#234;me et tout augurait de l'action pour jeudi. Neuf sections diff&#233;rentes, alarm&#233;es par les rumeurs du d&#233;part du roi, que plusieurs circonstances rendaient probables, avaient d&#233;cid&#233; de se diriger vers le ch&#226;teau et ses environs, les armes &#224; la main. A minuit, le tocsin sonnait dans presque tous les quartiers de la ville ; les cris de tambour &#233;taient battus. L'Assembl&#233;e se rendit &#224; son lieu de r&#233;union. Le Maire de Paris et les officiers municipaux se rendent au ch&#226;teau. Jusqu'&#224; 17 heures, les seuls groupes aper&#231;us n'&#233;taient pas du tout alarmants. Soudain, des citoyens arm&#233;s sont apparus de partout. Ils se rendirent en masse au ch&#226;teau. Le roi prit peur et se rendit avec sa famille &#224; l'Assembl&#233;e nationale, accompagn&#233; des d&#233;put&#233;s du d&#233;partement. La population est rest&#233;e calme et, bien qu'elle ait d&#233;ploy&#233; un important appareil militaire, elle semblait dispos&#233;e &#224; ne commettre aucun acte de d&#233;sordre. Les commissaires de sections, r&#233;unis &#224; l'H&#244;tel de Ville, s'emparent de tous les pouvoirs municipaux, donnent des ordres, nomment un g&#233;n&#233;ral commandant et disposent de la force arm&#233;e. Les citoyens n'ont manifest&#233; qu'un souhait, qu'une volont&#233;. Les gendarmes municipaux, les f&#233;d&#233;r&#233;s , les gardes nationaux, les piquets, tous &#233;taient d'accord et pr&#234;ts &#224; mourir pour la m&#234;me cause. Leur force &#233;tait si imposante qu'on ne pouvait s'attendre &#224; la moindre r&#233;sistance de la part des occupants du ch&#226;teau, d'autant moins que les rois et sa famille &#233;taient partis. Les artilleurs de garde exprimaient les sentiments qui les animaient &#224; s'unir &#224; leurs concitoyens. Un grand nombre de gardes nationaux qui se trouvaient dans le ch&#226;teau firent de m&#234;me. Certains sont rest&#233;s parmi les 1 000 &#224; 1 200 gardes suisses. Ils donnaient des signes ext&#233;rieurs de fraternit&#233; ; ils jetaient des cartouches de papier par les fen&#234;tres, ils exhibaient le bonnet rouge. En cons&#233;quence les bourgeois, tromp&#233;s par les apparences, entr&#232;rent, pensant se rendre ma&#238;tres du ch&#226;teau sans tirer un coup de feu. A peine avaient-ils gravi les premi&#232;res marches de l'escalier que les Suisses leur tir&#232;rent dessus &#224; bout portant. Ils se retir&#232;rent dehors, point&#232;rent le canon et le combat commen&#231;a. Un grand nombre de citoyens furent tu&#233;s ou bless&#233;s, mais tr&#232;s peu de Suisses parvinrent &#224; s'&#233;chapper. Parmi les morts figuraient plusieurs jeunes hommes fid&#232;les au ch&#226;teau, portant l'uniforme suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens se sont comport&#233;s avec beaucoup de courage. On a vu les n&#233;cessiteux refuser de toucher aux restes des vaincus et remettre montres et tabati&#232;res pour venir en aide aux veuves dont les maris avaient p&#233;ri. Nous les avons vus mettre de c&#244;t&#233; les ustensiles de cuisine et l'argenterie. Quelques individus ayant tent&#233; de piller, le peuple leur rendit imm&#233;diatement justice. Les citoyens connus pour leur incivisme et leurs principes contre-r&#233;volutionnaires furent victimes du premier mouvement d'indignation et de fureur. Aucun magasin n'est pill&#233; et le meilleur ordre r&#232;gne partout sauf sur le th&#233;&#226;tre des combats. Malheureusement, plusieurs b&#226;timents prirent feu, soit &#224; cause de l'artillerie ou des fusillades, soit &#224; cause d'un accident dont la cause est encore inconnue. Nous esp&#233;rons que le calme sera compl&#232;tement r&#233;tabli et que les mesures que l'Assembl&#233;e vient d'adopter aboutiront &#224; la consolidation de la tranquillit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compar&#233; &#224; une copie de notre part, Pr&#233;sident de la Commission extraordinaire de l'Assembl&#233;e nationale soussign&#233;, le 11 ao&#251;t 1792, an IV de la Libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Condorcet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/france/revolution/condorcet/1792/events-august.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/france/revolution/condorcet/1792/events-august.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Michelet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'attaque du palais royal des Tuileries :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k39952g/f342.image.r=michelet%20r%C3%A9volutioncommune%20commune&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k39952g/f342.image.r=michelet%20r%C3%A9volutioncommune%20commune&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la nuit du 10 ao&#251;t :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2413809/f5.item.r=michelet%20jules%201792%20commune%20de%20pariscommune%20commune&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2413809/f5.item.r=michelet%20jules%201792%20commune%20de%20pariscommune%20commune&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; -----------&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michelet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tons-le, nul en particulier ne peut se vanter du 10 ao&#251;t, ni l'Assembl&#233;e, ni les Jacobins, ni la Commune. Le 10 ao&#251;t, comme le 14 juillet et le 6 octobre, est un grand acte du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acte d'&#233;nergie, de d&#233;vouement, de courage d&#233;sesp&#233;r&#233;, partant moins g&#233;n&#233;ral que les deux pr&#233;c&#233;dents ; &#8212; mais, si l'on consid&#232;re le sentiment universel d'indignation qui l'inspira, on peut le nommer ainsi : c'est un grand acte du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des millions d'hommes voulurent ; vingt mille hommes ex&#233;cut&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'individu fit peu ou rien. Il est juste n&#233;anmoins de remarquer que personne n'observa mieux le mouvement, ne s'y associa plus habilement que Danton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 juillet, aux Jacobins, il proposa que les f&#233;d&#233;r&#233;s, venus des d&#233;partements, fissent le lendemain, &#224; la f&#234;te du 14, un serment suppl&#233;mentaire, celui de rester &#224; Paris tant que la patrie serait en danger : &#171; Et s'ils disaient, les f&#233;d&#233;r&#233;s, ce que pense toute la France, que le danger de la patrie ne vient que du pouvoir ex&#233;cutif, qui leur &#244;terait donc le droit d'examiner cette question ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17, le procureur de la Commune, Manuel (sans aucun doute, sous l'influence de Danton) demanda, obtint que les sections, d&#233;sormais en permanence, eussent &#224; l'H&#244;tel de Ville un bureau central de correspondance, au moyen duquel elles s'entendraient entre elles d'une mani&#232;re s&#251;re et prompte. Mesure grave, qui cr&#233;ait l'unit&#233;, non plus fictive, mais r&#233;elle, active, de ce grand peuple de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27, les Cordeliers, sous la pr&#233;sidence de Danton, d&#233;cident que &#171; la Constituante ayant remis le d&#233;p&#244;t de la constitution &#224; tous les Fran&#231;ais, tous, dans le danger de la constitution, citoyens passifs aussi bien qu'actifs, sont admis, par la constitution m&#234;me, &#224; d&#233;lib&#233;rer, &#224; s'armer pour la d&#233;fendre ; que la section du Th&#233;&#226;tre-Fran&#231;ais les appelle &#224; elle &#187;, etc. L'arr&#234;t&#233; est sign&#233; de Danton et des secr&#233;taires Momoro et Chaumette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; ce moment supr&#234;me, la fameuse section des Cordeliers et Danton lui-m&#234;me s'effor&#231;aient de retenir encore sur l'insurrection un manteau de l&#233;galit&#233; ; ils attestaient la constitution, au moment o&#249; le salut de la France obligeait de la briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France fut sauv&#233;e par la France, par des masses inconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impulsion fut donn&#233;e par l'&#233;tranger m&#234;me, par ses menaces insolentes. Nous lui devons ce magnifique &#233;lan de col&#232;re nationale, d'o&#249; sortit la d&#233;livrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 juillet partit de Coblentz le manifeste, outrageusement imp&#233;rieux, du g&#233;n&#233;ral de la coalition, du duc de Brunswick. Ce prince, homme judicieux, le trouvait lui-m&#234;me absurde ; mais les rois lui impos&#232;rent cette &#339;uvre insens&#233;e de l'&#233;migration. On y annon&#231;ait une guerre &#233;trange, nouvelle, toute contraire au droit des nations polic&#233;es. Tout Fran&#231;ais &#233;tait coupable ; toute ville ou village qui r&#233;sisterait devrait &#234;tre d&#233;moli, br&#251;l&#233;. Quant &#224; la Ville de Paris, elle devait redouter des s&#233;v&#233;rit&#233;s terribles : &#171; Leurs Majest&#233;s rendant responsables de tous les &#233;v&#233;nements sur leur t&#234;te, pour &#234;tre jug&#233;s militairement, sans espoir de pardon, tous les membres de l'Assembl&#233;e, du d&#233;partement, du district, de la municipalit&#233;, les juges de paix, les gardes nationaux et tous autres&#8230; S'il &#233;tait fait la moindre violence au roi, on en tirerait une vengeance &#224; jamais m&#233;morable, en livrant Paris &#224; une ex&#233;cution militaire et une subversion totale &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce manifeste du 26 fut (chose bizarre !) le 28 connu &#224; Paris ; on e&#251;t dit qu'il venait des Tuileries et non de Coblentz. Il tomba comme sur la poudre tombe une &#233;tincelle. La section de Mauconseil sortit du vague terrain constitutionnel, d&#233;clara : 1o qu'il &#233;tait impossible de sauver la libert&#233; par la constitution ; 2o qu'elle abjurait son serment et ne reconnaissait plus Louis pour roi ; 3o que, le dimanche 5 ao&#251;t, elle se transporterait &#224; l'Assembl&#233;e et lui demanderait si elle voulait enfin sauver la patrie, se r&#233;servant, sur la r&#233;ponse, de prendre telle d&#233;termination ult&#233;rieure qu'il appartiendrait, et jurant de s'ensevelir, s'il le fallait, sous les ruines de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;claration fut sign&#233;e de six cents noms, enti&#232;rement inconnus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais insurrection ne fut plus clairement, plus nettement annonc&#233;e. Ceux qui, apr&#232;s la victoire, la r&#233;clam&#232;rent comme leur et comme pr&#233;par&#233;e par eux furent bien oblig&#233;s, pour faire croire qu'ils avaient tout fait, de supposer des myst&#232;res dans l'ombre desquels ils auraient agi. Tout indique, quoi qu'ils aient dit, que ces petits myst&#232;res ne firent rien ou pas grand'chose. Ce fut une conspiration immense, universelle, nationale, men&#233;e &#224; grand bruit sur la place, en plein soleil. Un de ceux qui t&#226;ch&#232;rent apr&#232;s de se donner l'honneur de la chose avait bien mieux dit avant : &#171; Nous sommes, en ce moment, un million de factieux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur quarante-huit sections, quarante-sept avaient vot&#233; la d&#233;ch&#233;ance de Louis XVI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la prononcer sans risque de collision, il fallait d&#233;sarmer la cour. La Gironde et les Jacobins &#233;taient d'accord l&#224;-dessus. Le Girondin Fauchet, le Jacobin Choudieu, demand&#232;rent, obtinrent de l'Assembl&#233;e que les troupes de ligne fussent envoy&#233;es &#224; la fronti&#232;re. L'Assembl&#233;e, sous cette double influence, ordonna le licenciement de l'&#233;tat-major de la garde nationale. C'&#233;tait briser, dans Paris, l'&#233;p&#233;e de La Fayette, &#233;mouss&#233;e d&#233;j&#224;, mais qui lui restait encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cour perdait ainsi ses d&#233;fenses et ses barri&#232;res. On alla encore plus loin ; on lui contesta les Suisses ; on remarqua qu'alors m&#234;me ils avaient leur chef, leur colonel g&#233;n&#233;ral &#224; Coblentz ; c'&#233;tait le comte d'Artois, et tel de leurs officiers &#233;tait pay&#233; &#224; Coblentz de l'argent de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'on s'effor&#231;ait de d&#233;sarmer la royaut&#233;, arrivait chaque jour dans Paris l'arm&#233;e de la R&#233;volution. Je parle des diff&#233;rents corps f&#233;d&#233;r&#233;s des d&#233;partements. Ces f&#233;d&#233;r&#233;s n'&#233;taient point des hommes quelconques, des volontaires pris au hasard ; c'&#233;taient ceux qui s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s &#224; l'&#233;lection pour combattre les premiers, ceux qui se destinaient aux armes, ceux qu'on avait &#233;lus sous l'influence des soci&#233;t&#233;s populaires, comme les plus ardents patriotes et les plus fermes soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les f&#233;d&#233;r&#233;s tomb&#232;rent dans la fermentation de Paris, comme un surcro&#238;t d'ardent levain. Re&#231;us chez les particuliers ou concentr&#233;s dans les casernes, inactifs et d&#233;vor&#233;s du besoin de l'action, ils allaient partout, se montraient partout, se multipliaient. Tout neufs et non fatigu&#233;s, ravis de se voir enfin (la plupart pour la premi&#232;re fois) sur le terrain des r&#233;volutions, au crat&#232;re m&#234;me du volcan, ces terribles voyageurs appelaient, h&#226;taient l'&#233;ruption. Ils prirent deux r&#233;solutions qui leur donn&#232;rent une grande force : celle de s'unir et faire corps, ils se cr&#233;&#232;rent un comit&#233; central aux Jacobins ; &#8212; et celle de rester &#224; Paris. Le 17 juillet, ils avaient adress&#233; &#224; l'Assembl&#233;e une audacieuse adresse : &#171; Vous avez d&#233;clar&#233; le danger de la patrie ; mais ne la mettez-vous pas en danger vous-m&#234;mes, en prolongeant l'impunit&#233; des tra&#238;tres ?&#8230; Poursuivez La Fayette, suspendez le pouvoir ex&#233;cutif, destituez les directoires de d&#233;partements, renouvelez le pouvoir judiciaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'indignation de l'Assembl&#233;e fut presque unanime ; elle passa &#224; l'ordre du jour. Les f&#233;d&#233;r&#233;s, &#233;tonn&#233;s de ce mauvais accueil, &#233;crivirent aux d&#233;partements : &#171; Vous ne nous reverrez plus ou vous nous verrez libres&#8230; Nous allons combattre pour la libert&#233;, pour la vie&#8230; Si nous succombons, vous nous vengerez, et la libert&#233; rena&#238;tra de ses cendres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux re&#231;us des Jacobins, ils &#233;taient aussi fort encourag&#233;s par la Commune de Paris. Le procureur de la Commune, Manuel, professa aux Jacobins cette doctrine nouvelle : que les f&#233;d&#233;r&#233;s, &#233;lus des d&#233;partements, en &#233;taient les repr&#233;sentants l&#233;gitimes. P&#233;tion, qui &#233;tait l&#224;, appuyait cette doctrine de sa pr&#233;sence, de la puissante autorit&#233; du premier magistrat de Paris. Paris m&#234;me, en sa personne, semblait adopter ces envoy&#233;s de la France, les encourager au combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 juillet, un festin civique fut donn&#233; aux f&#233;d&#233;r&#233;s sur l'emplacement des ruines de la Bastille, et la m&#234;me nuit, du 25 au 26, un directoire d'insurrection s'assembla au Soleil-d'Or, petit cabaret voisin. Il y avait cinq membres du comit&#233; des f&#233;d&#233;r&#233;s, de plus les deux chefs des faubourgs, Santerre et Alexandre, trois hommes d'ex&#233;cution, Fournier, dit l'Am&#233;ricain, Westermann et Lazouski, le Jacobin Antoine, les journalistes Carra et Gorsas, enfants perdus de la Gironde. Fournier apporta un drapeau rouge, avec cette inscription dict&#233;e par Carra : &#171; Loi martiale du peuple souverain contre la r&#233;bellion du pouvoir ex&#233;cutif. &#187; On devait s'emparer de l'H&#244;tel de Ville et des Tuileries, enlever le roi sans lui faire de mal et le mettre &#224; Vincennes. Le secret, confi&#233; &#224; trop de personnes, &#233;tait connu de la cour. Le commandant de la garde nationale alla trouver P&#233;tion et lui dit qu'il avait mis le ch&#226;teau en &#233;tat de d&#233;fense. P&#233;tion alla la nuit m&#234;me dissoudre les convives attard&#233;s du festin civique, qui croyaient combattre au jour. On se d&#233;cida &#224; attendre les f&#233;d&#233;r&#233;s de Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barbaroux, leur compatriote, avait &#233;crit &#224; Marseille d'envoyer &#224; Paris &#171; cinq cents hommes qui sussent mourir &#187;. Rebecqui, autre Marseillais, avait &#233;t&#233; les recruter, les choisir lui-m&#234;me. Il ne faut pas oublier que, depuis deux ou trois ans, la guerre, sous diverses formes, existait dans le Midi. Les &#233;meutes de Montauban, de Toulouse, le meurtrier combat de N&#238;mes en 1790, la guerre civile d'Avignon en 1790 et 1791, les affaires d'Arles, d'Aix, la derni&#232;re surtout o&#249; les gardes nationales avaient d&#233;sarm&#233; un r&#233;giment suisse, tout cela avait exalt&#233; dans ces contr&#233;es l'orgueil militaire, l'amour des combats, la furie de la R&#233;volution. Rebecqui et ses Marseillais &#233;taient alli&#233;s et amis du parti fran&#231;ais d'Avignon ; ils en consid&#233;raient les crimes comme d'excusables repr&#233;sailles. Les cinq cents hommes de Marseille, qui n'&#233;taient point du tout exclusivement Marseillais, &#233;taient d&#233;j&#224;, quoique jeunes, de vieux batailleurs de la guerre civile, faits au sang, tr&#232;s endurcis ; les uns, rudes hommes du peuple, comme sont les marins ou paysans de Provence, population &#226;pre, sans peur ni piti&#233; ; d'autres, bien plus dangereux, des jeunes gens de plus haute classe, alors dans leur premier acc&#232;s de fureur et de fanatisme, &#233;tranges cr&#233;atures, troubles et orageuses d&#232;s la naissance, vou&#233;es au vertige, telles qu'on n'en voit gu&#232;re de pareilles que sous ce violent climat. Furieux d'avance et sans sujet, qu'il vienne un sujet de fureur, vous retrouverez des Mainvielle, que rien ne fera reculer, non pas m&#234;me la Glaci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose, si l'on peut dire, les soutenait dans leurs col&#232;res et les rendait pr&#234;ts &#224; tout : c'est qu'ils se sentaient une foi. La foi r&#233;volutionnaire, formul&#233;e par un homme du Nord dans la Marseillaise, avait confirm&#233; le c&#339;ur du Midi. Tous maintenant, ceux m&#234;me qui ignoraient le plus les lois de la R&#233;volution, ses r&#233;formes et ses bienfaits, tous savaient, par une chanson, pourquoi ils devaient d&#232;s lors combattre, tuer, mourir. La petite bande des Marseillais, traversant villes et villages, exalta, effraya la France par son ardeur fr&#233;n&#233;tique &#224; chanter le chant nouveau. Dans leurs bouches, il prenait un accent tr&#232;s contraire &#224; l'inspiration primitive, accent farouche et de meurtre ; ce chant g&#233;n&#233;reux, h&#233;ro&#239;que, devenait un chant de col&#232;re ; bient&#244;t il allait s'associer aux. hurlements de la Terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barbaroux et Rebecqui all&#232;rent recevoir les Marseillais &#224; Charenton. Le premier, jeune, enthousiaste, g&#233;n&#233;reux, li&#233; d'une part aux Girondins par l'amiti&#233; des Roland, d'autre part fort intime avec ces hommes violents du Midi, r&#234;vait une grandiose et pacifique insurrection, une redoutable f&#234;te, o&#249; quarante mille Parisiens, accueillant les Marseillais, et, pour ainsi parler, les prenant dans leurs bras, emporteraient d'un &#233;lan, sans avoir besoin de combat, l'H&#244;tel de Ville, les Tuileries, entra&#238;neraient l'Assembl&#233;e, fonderaient la R&#233;publique. &#171; Cette insurrection pour la libert&#233; e&#251;t &#233;t&#233; majestueuse comme elle, sainte comme les droits qu'elle devait assurer, digne de servir d'exemple aux peuples ; pour briser leurs fers, il leur suffit de se montrer aux tyrans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Santerre promit les quarante mille hommes, et il en amena deux cents. Il n'avait aucune h&#226;te de donner aux Marseillais l'honneur d'un si grand mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barbaroux put voir bient&#244;t combien ce plan romanesque d'une insurrection innocente, g&#233;n&#233;reuse et pacifique, ex&#233;cut&#233;e par des mains furieuses et d&#233;j&#224; sanglantes, avait peu de vraisemblance. D&#232;s le lendemain, aux Champs-&#201;lys&#233;es, les Marseillais, invit&#233;s &#224; un festin, se trouv&#232;rent, &#224; deux pas des grenadiers des Filles-Saint-Thomas, et il y eut imm&#233;diatement une collision sanglante. Qui commen&#231;a ? On ne le sait. Les Marseillais, chargeant d'ensemble, eurent un avantage facile ; leurs adversaires furent mis en fuite. Le pont-levis des Tuileries s'abaissa pour les recevoir, se releva pour arr&#234;ter les Marseillais qui s'&#233;lan&#231;aient &#224; leur poursuite. Plusieurs des bless&#233;s, re&#231;us aux Tuileries, furent consol&#233;s et pans&#233;s par les dames de la cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite arm&#233;e f&#233;d&#233;r&#233;e, cinq cents Marseillais et trois cents Bretons, etc., en tout cinq mille hommes, &#233;tait au complet dans Paris, l'insurrection &#233;tait imminente. Tout le monde s'y attendait. Un muet tocsin sonnait dans les oreilles et dans les c&#339;urs. Le 3 ao&#251;t, il retentit dans l'Assembl&#233;e m&#234;me. P&#233;tion, &#224; la t&#234;te de la Commune, se pr&#233;sente &#224; la barre. Spectacle &#233;trange, le froid, le flegmatique P&#233;tion, ayant derri&#232;re lui ses dogues, les Danton et les Sergent, qui le poussaient par derri&#232;re, d&#233;bitant de sa voie glac&#233;e un br&#251;lant appel aux armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Commune vous d&#233;nonce le pouvoir ex&#233;cutif&#8230; Pour gu&#233;rir les maux de la France, il faut les attaquer dans leur source et ne pas perdre un moment. &#187; &#8212; Suivent les crimes de Louis XVI, ses projets sanguinaires contre Paris, les bienfaits de la nation envers lui, son ingratitude, le d&#233;tail des entraves qu'il met &#224; la d&#233;fense nationale, l'insolence des autorit&#233;s d&#233;partementales qui se font arbitres entre l'Assembl&#233;e et le roi et voudraient mettre la France en r&#233;publique f&#233;d&#233;rative&#8230; &#171; Nous aurions d&#233;sir&#233; pouvoir demander seulement la suspension momentan&#233;e de Louis XVI ; la constitution s'y oppose. Il invoque sans cesse la constitution ; nous l'invoquons &#224; notre tour et nous demandons la d&#233;ch&#233;ance&#8230; Il est douteux que la nation puisse se fier &#224; la dynastie ; nous demandons des ministres nomm&#233;s hors de l'Assembl&#233;e, par le scrutin des hommes libres, en attendant que la volont&#233; du peuple, notre souverain et le v&#244;tre, soit l&#233;galement prononc&#233;e en Convention nationale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un grand silence. La p&#233;tition fut renvoy&#233;e &#224; un comit&#233;. La question de la d&#233;ch&#233;ance fut ajourn&#233;e au jeudi 9 ao&#251;t. Ceci n'&#233;tait plus une furie de populace, une bravade de f&#233;d&#233;r&#233;s. C'&#233;tait la grande Commune qui prenait l'avant-garde, sommait l'Assembl&#233;e de la suivre. C'&#233;tait le roi de Paris qui venait d&#233;noncer le roi. Dans l'&#233;tat de mis&#232;re, de sourde fureur o&#249; &#233;tait la population, on pouvait craindre que la p&#233;roraison d'une telle harangue ne f&#251;t l'assaut des Tuileries, que les mots ne fussent des actes, que la cause de la libert&#233;, au lieu de se d&#233;cider par les batailles du Rhin, ne f&#251;t remise au hasard d'une &#233;meute de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;ance du soir fut courte. On rentra chez soi, on consulta les siens. C'est dans ces grandes circonstances que les hommes, incertains, flottants, suivent, sans bien s'en rendre compte, l'influence de leurs entourages, de leurs affections. Quand la lumi&#232;re de l'esprit vacille, on cherche celle du c&#339;ur. Il serait int&#233;ressant de savoir, en cette occasion, quelle fut la table du soir pour les grands chefs d'opinion, ce que fut ce soir l&#224; Robespierre &#224; la table des Duplay, Vergniaud chez Madame Roland ou Mlle Candeille. Autant qu'on peut conjecturer, soit par crainte pour la libert&#233; qui pouvait p&#233;rir en une heure, soit par instinct d'humanit&#233;, au moment de voir le sang couler, tous furent incertains ou recul&#232;rent &#224; l'apparition prochaine du terrible &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre ne dit rien le soir aux Jacobins, et tr&#232;s probablement s'abstint d'y aller, pour n'exprimer nulle opinion sur les mesures imm&#233;diates qu'il convenait de prendre. Il laissa passer le jour, ordinairement d&#233;cisif dans les r&#233;volutions de Paris, le dimanche (5 ao&#251;t). Il se tut le 3, il se tut le 4 et ne recouvra la parole qu'apr&#232;s que ce jour fut pass&#233;, le lundi 6 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la Gironde et les amis des Roland, qui &#233;taient dans l'action m&#234;me, ils ne s'abstinrent pas, mais se divis&#232;rent. La Gironde proprement dite, sa pens&#233;e, Brissot, sa parole, Vergniaud, redoutaient l'insurrection. Les amis des Girondins, le jeune Marseillais Barbaroux, l'appelaient et la pr&#233;paraient. Rien n'indique de quel c&#244;t&#233; pencha Madame Roland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut ici accuser personne. Il y avait lieu vraiment d'h&#233;siter et de r&#233;fl&#233;chir. Il y avait &#224; parier que la cour aurait le dessus si l'on hasardait le combat. La Gironde avait provoqu&#233;, ordonn&#233; l'organisation de l'arm&#233;e des piques, mais elle commen&#231;ait &#224; peine. Rien n'&#233;tait moins disciplin&#233;, moins exerc&#233;, moins imposant que les bandes des faubourgs. Les f&#233;d&#233;r&#233;s m&#234;mes, quoique braves, &#233;taient-ils de vrais soldats ? Pour l'arm&#233;e des ba&#239;onnettes, la garde nationale, il &#233;tait infiniment probable qu'une grande partie ne ferait rien, et qu'une autre, tr&#232;s nombreuse, serait contre l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque des Tuileries n'&#233;tait point chose facile. Le ch&#226;teau, du c&#244;t&#233; du Carrousel surtout, &#233;tait un fort redoutable. Il n'y avait pas de grille comme aujourd'hui, point de grand espace libre ; mais trois petites cours contre le ch&#226;teau, ferm&#233;es de murs, dont les jours donnaient sur le Carrousel et permettaient de tirer fort &#224; l'aise sur les assaillants. Ceux-ci parvenaient-ils &#224; p&#233;n&#233;trer, ils &#233;taient perdus, ce semble ; ces trois cours &#233;taient trois pi&#232;ges, justement comme cette cour du ch&#226;teau du Caire o&#249; le pacha fit si commod&#233;ment fusiller les Mameluks. Une fois l&#224;, on devait &#234;tre cribl&#233; des fen&#234;tres, foudroy&#233; de tous c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La garnison &#233;tait tr&#232;s s&#251;re. Elle devait, outre les gardes nationaux les plus d&#233;vou&#233;s, compter les bataillons suisses, cette milice brave et fid&#232;le, compter les restes de la garde constitutionnelle (nous l'avons vu, des Murat, des La Rochejaquelein), compter la noblesse fran&#231;aise, ainsi se nommaient eux-m&#234;mes les gentilshommes qui s'engageaient &#224; d&#233;fendre le ch&#226;teau. D'Hervilly, leur chef, &#233;tait une &#233;p&#233;e connue ; il avait form&#233;, recrut&#233; un petit corps redoutable, compos&#233; uniquement de ma&#238;tres d'armes qu'il &#233;prouvait lui-m&#234;me et de spadassins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y avait lieu de songer. Si l'insurrection venait se faire prendre, &#233;craser au traquenard des Tuileries, l'Assembl&#233;e elle-m&#234;me &#233;tait frapp&#233;e &#224; mort et perdait la force l&#233;gale, qui jusqu'ici &#233;tait dans ses mains. Si elle pouvait, de cette force, vaincre sans combat, pousser le roi de proche en proche &#224; remettre le pouvoir aux ministres patriotes, pourquoi livrer la grande cause au hasard d'un petit combat, aux chances d'une surprise, d'une panique peut-&#234;tre, d'un irr&#233;parable revers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles furent les pens&#233;es de la Gironde. L'ambition y fut pour quelque chose sans doute. Mais, l'ambition m&#234;me &#224; part, il faut reconna&#238;tre qu'il y avait bien lieu d'h&#233;siter. Disons aussi qu'&#224; cette grande &#233;poque, &#224; ce rare moment de patriotisme enthousiaste, l'&#233;go&#239;sme et l'int&#233;r&#234;t personnel, sans dispara&#238;tre enti&#232;rement, furent tout &#224; fait secondaires dans les r&#233;solutions des hommes. Il faut rendre cette justice alors aux hommes de tout parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 juillet, Brissot avait avou&#233; le motif, fort s&#233;rieux, qui, au moment de briser le tr&#244;ne, faisait h&#233;siter la Gironde ; il &#233;tait fond&#233; dans la vieille superstition, absurde, mais trop r&#233;elle, et qu'on ne pouvait m&#233;conna&#238;tre : &#171; Les hommes attachent au mot de roi une vertu magique qui pr&#233;serve leur propri&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette id&#233;e ajoutez un sentiment, naturel &#224; l'aspect de la fureur qu'on voyait gronder dans le peuple : la crainte d'une grande et terrible effusion de sang humain, qui renouvel&#226;t la Glaci&#232;re, calomni&#226;t la libert&#233;, d&#233;shonor&#226;t la France. On apprit qu'&#224; Marseille un contre-r&#233;volutionnaire avait &#233;t&#233; &#233;gorg&#233; par le peuple. &#192; Toulon, chose d&#233;plorable, fatale aux amis de la libert&#233;, c'&#233;tait la loi elle-m&#234;me, je veux dire ses principaux organes, sur lesquels on avait port&#233; le couteau. Le procureur g&#233;n&#233;ral syndic (nous dirions pr&#233;fet) du d&#233;partement, quatre administrateurs, l'accusateur public, un membre du district, d'autres citoyens encore, avaient &#233;t&#233; massacr&#233;s. Si de telles choses arrivaient si loin, contre des magistrats secondaires dont la responsabilit&#233; ne pouvait &#234;tre bien grande, que serait-ce contre le roi ? Que serait-ce ici, &#224; Paris, o&#249; depuis si longtemps les Marat et les Fr&#233;ron demandaient des t&#234;tes, du sang, des supplices atroces, des mutilations, des b&#251;chers ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fait r&#233;v&#233;l&#233; plus tard montre assez combien ceux m&#234;mes qui se mettaient en avant, P&#233;tion et autres, &#233;taient effray&#233;s sur le caract&#232;re de meurtri&#232;re violence qu'allait prendre la R&#233;volution. Duval d'Esprem&#233;nil celui qui l'avait jadis commenc&#233;e dans le Parlement, mais depuis fol et furieux dans le sens contraire, ayant parl&#233; indiscr&#232;tement pour la cour dans le jardin des Tuileries, fut reconnu, poursuivi de la foule, frapp&#233;, maltrait&#233; ; bient&#244;t tous ses v&#234;tements leur restaient aux mains ou tombaient sur lui en lambeaux sanglants. Il traversa, vivant encore, le Palais-Royal, se jeta heureusement dans la Tr&#233;sorerie, qui &#233;tait en face. On ferma les portes. La foule rugissait autour, allait les forcer. La pauvre petite femme de Duval (il venait de se marier) parvint &#224; traverser tout, voulant mourir avec lui. On alla chercher bien vite le maire de Paris. P&#233;tion vint en effet, entra, vit sur un matelas un spectre p&#226;le et sanglant. C'&#233;tait Duval, qui lui dit : &#171; Et moi aussi, P&#233;tion, j'ai &#233;t&#233; l'idole du peuple&#8230; &#187; Il n'avait pas fini ces mots que, soit l'exc&#232;s de la chaleur, soit terreur et pressentiment trop vrai de sa destin&#233;e prochaine, P&#233;tion s'&#233;vanouit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y avait lieu de songer, &#224; la veille du 10 ao&#251;t, Ce n'&#233;tait pas seulement la Gironde qui h&#233;sitait, c'&#233;taient d'excellents citoyens, Cambon par exemple, qui ne tinrent &#224; la Gironde que fort indirectement, qui n'en eurent nullement l'esprit et ne connurent d'autre sentiment que l'int&#233;r&#234;t de la France. Le 4 ao&#251;t, Cambon obtint que l'Assembl&#233;e demand&#226;t &#224; sa commission des Douze un rapport &#171; pour rappeler le peuple aux vrais principes de la constitution &#187;. Cette commission y travailla imm&#233;diatement, et Vergniaud vint, en son nom, s&#233;ance tenante, proposer d'annuler l'acte insurrectionnel de la section de Mauconseil, ce qui fut &#224; l'instant d&#233;cr&#233;t&#233; sans discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, nous le savons bien mieux aujourd'hui, Vergniaud et Cambon avaient tort. L'insurrection seule, la plus prompte insurrection, pouvait encore sauver la France. Il n'y avait pas un jour &#224; perdre. La royaut&#233; toujours aux Tuileries, servant de point de ralliement aux nobles et aux pr&#234;tres par tout le royaume, c'&#233;tait le plus formidable auxiliaire des arm&#233;es de la coalition. La reine attendait, appelait ces arm&#233;es, la nuit et le jour. Elle avouait &#224; ses femmes ses v&#339;ux et son esp&#233;rance. Une nuit, dit Mme Campan, que la lune &#233;clairait sa chambre, elle la contempla et me dit que, dans un mois, elle ne verrait pas cette lune, sans &#234;tre d&#233;gag&#233;e de ses cha&#238;nes. Elle me confia que tout marchait &#224; la fois pour la d&#233;livrer. Elle m'apprit que le si&#232;ge de Lille allait se faire, qu'on leur faisait craindre que, malgr&#233; le commandant militaire, l'autorit&#233; civile ne voul&#251;t d&#233;fendre la ville. Elle avait l'itin&#233;raire des princes et des Prussiens ; tel jour, ils devaient &#234;tre &#224; Verdun, et tel jour, &#224; un autre endroit. Qu'arriverait-il &#224; Paris ? Le roi n'&#233;tait pas poltron ; mais il avait peu d'&#233;nergie. &#171; Je monterais bien &#224; cheval, disait-elle encore, mais alors j'an&#233;antirais le roi&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde voyait aux portes de la France deux arm&#233;es disciplin&#233;es, redoutables par leurs pr&#233;c&#233;dents : la prussienne, pleine de la tradition du grand Fr&#233;d&#233;ric ; l'autrichienne et hongroise, illustre par les succ&#232;s de la guerre des Turcs. Ces deux arm&#233;es avaient de plus cette grave particularit&#233;, qu'elles venaient, presque sans coup f&#233;rir, d'&#233;touffer d&#233;j&#224; deux r&#233;volutions, celle de Hollande et de Belgique. Nul politique, nul militaire ne pouvait croire &#224; une r&#233;sistance s&#233;rieuse de la part de nos arm&#233;es d&#233;sorganis&#233;es, des masses indisciplin&#233;es qui venaient derri&#232;re, de nos g&#233;n&#233;raux suspects, d'une cour qui appelait l'ennemi. Un miracle seul pouvait sauver la France, et peu de gens l'attendaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madame Roland avoue sans d&#233;tour qu'elle complait peu sur la d&#233;fense du Nord, qu'elle examinait avec Barbaroux et Servan les chances de sauver la libert&#233; dans le Midi, d'y fonder une r&#233;publique. &#171; Nous prenions, dit-elle, des cartes g&#233;ographiques, nous tracions la ligne de d&#233;marcation. &#8212; Si nos Marseillais ne r&#233;ussissent pas, disait Barbaroux, ce sera notre ressource. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci n'&#233;tait pas particulier aux Girondins. Marat, la veille du 10 ao&#251;t, demanda &#224; l'un d'entre eux de le sauver &#224; Marseille et se tint pr&#234;t &#224; partir sous l'habit d'un charbonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vergniaud affirme que Robespierre avait la m&#234;me intention, et que c'&#233;tait aussi &#224; Marseille qu'il voulait se retirer. Quoiqu'on soit port&#233; &#224; douter de l'affirmation d'un ennemi sur un ennemi, j'avoue que le t&#233;moignage d'un tel homme, loyal, plein de c&#339;ur et d'honneur, me semble avoir beaucoup de poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux hommes seuls, parmi ceux qui influaient, paraissent avoir &#233;t&#233; immuablement oppos&#233;s &#224; l'id&#233;e de quitter Paris, les deux qui avaient du g&#233;nie, Vergniaud et Danton. La chose est &#224; peu pr&#232;s certaine pour Danton. Celui qui, apr&#232;s le 10 ao&#251;t, quand l'ennemi approchait, ne sourcilla pas et s'obstina &#224; faire face, celui-l&#224;, avant le 10, dans un p&#233;ril moins imminent, ne faiblit pas &#224; coup s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Vergniaud, la chose est certaine. Il donna son avis en pr&#233;sence d'environ deux cents d&#233;put&#233;s. Contre l'opinion de la plupart de ses amis, il dit : &#171; Que c'&#233;tait &#224; Paris qu'il fallait assurer le triomphe de la libert&#233; ou p&#233;rir avec elle ; que, si l'Assembl&#233;e sortait de Paris, ce ne pouvait &#234;tre que comme Th&#233;mistocle, avec tous les citoyens, en ne laissant que des cendres, ne fuyant un moment devant l'ennemi que pour lui creuser son tombeau. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vergniaud et Danton jug&#232;rent justement comme Richelieu, quand la reine Henriette lui faisait demander si elle pouvait se r&#233;fugier en France. Il &#233;crivit en marge de la lettre : &#8212; &#171; Faut-il dire &#224; la reine d'Angleterre que qui quitte sa place la perd ? &#187; &#8212; Et Louis XI disait : &#171; Si je perds le royaume et que je me sauve avec Paris, je me sauve la couronne sur la t&#234;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme allait-on s'y prendre pour r&#233;sister dans Paris ? La premi&#232;re chose &#233;tait d'en &#234;tre ma&#238;tre. Or, Paris n'avait point Paris, tant que l'ami des Prussiens &#233;tait dans les Tuileries. C'est par les Tuileries qu'il fallait commencer la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obtiendrait-on d'un peuple, peu aguerri jusque-l&#224;, un moment de col&#232;re g&#233;n&#233;reuse, un violent acc&#232;s d'h&#233;ro&#239;sme qui f&#238;t cette folie sublime ? Cela &#233;tait fort douteux. Ce peuple semblait trop mis&#233;rable, abattu peut-&#234;tre sous la pesanteur des maux. Le Girondin Grangeneuve, dans l'ardeur de son fanatisme, demanda cette gr&#226;ce au capucin Chabot, qu'il lui br&#251;l&#226;t la cervelle, le soir, au coin d'une rue, pour voir si cet assassinat, dont on e&#251;t certainement accus&#233; la cour, ne d&#233;ciderait pas le mouvement. Le capucin, peu scrupuleux, s'&#233;tait charg&#233; de l'affaire, mais, au moment, il eut peur, et Grangeneuve se promena toute la nuit attendant en vain la mort et d&#233;sol&#233; de ne pouvoir l'obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michelet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_VI/Chapitre_9&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Quel est le plus haut sommet de la R&#233;volution fran&#231;aise ? C'est la &#171; Commune insurrectionnelle &#187; de Paris !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 9 au 10 ao&#251;t 1792, sous la menace du danger ext&#233;rieur (le manifeste de Brunswick de l'arm&#233;e de la noblesse fran&#231;aise unie aux arm&#233;es f&#233;odales europ&#233;ennes vient d'&#234;tre publi&#233; et il affirme la lutte &#224; mort contre le peuple fran&#231;ais r&#233;volt&#233;) et la crainte d'une trahison de Louis XVI, 28 sections sur 48 nomment des commissaires &#224; pouvoirs illimit&#233;s. La Commune de Paris est supprim&#233;e ; Mandat, le commandant de la garde nationale de Paris, est assassin&#233; et remplac&#233; par Santerre. La commune insurrectionnelle qui prend sa place &#233;lit comme premier pr&#233;sident Huguenin. Par la suite, elle est dirig&#233;e par J&#233;r&#244;me P&#233;tion, Pierre Louis Manuel et son substitut Danton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 ao&#251;t et les jours suivants, les sections qui n'avaient pas &#233;lu de commissaires rejoignent les 28 premi&#232;res sections. Le 11, la section de la place Vend&#244;me, qui se rebaptise section des piques, &#233;lit Robespierre comme repr&#233;sentant. &#192; ce moment-l&#224;, 52 commissaires d&#233;sign&#233;s avec la participation des citoyens forment le Conseil g&#233;n&#233;ral de la Commune. Le 21 ao&#251;t, le Conseil g&#233;n&#233;ral de la Commune obtient que le d&#233;partement de Paris soit dissous : ainsi, la Commune prenait sa place, cumulant les pouvoirs communal et d&#233;partemental. Les rivalit&#233;s entre l'Assembl&#233;e l&#233;gislative finissante et la Commune durent jusqu'&#224; la fin du mois d'ao&#251;t. La Commune fait pression pour acc&#233;l&#233;rer les proc&#232;s des coupables du massacre du 10 ao&#251;t, et finit par obtenir le 17 ao&#251;t la cr&#233;ation d'un tribunal extraordinaire &#233;lu par les sections. L'Assembl&#233;e d&#233;cide de frapper en d&#233;cr&#233;tant le renouvellement du Conseil g&#233;n&#233;ral de la Commune ; mais celui-ci refuse, et fait annuler le d&#233;cret. L'Assembl&#233;e se contente de faire &#233;lire six repr&#233;sentants par chaque section pour compl&#233;ter le Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 septembre, la Commune d&#233;cr&#232;te de faire tirer le canon d'alarme, sonner le tocsin et battre la g&#233;n&#233;rale : c'est le d&#233;but des massacres de Septembre. Elle envoie des repr&#233;sentants inspecter les prisons, tenter de mod&#233;rer les massacres, mais globalement son action est peu d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille du 10 ao&#251;t 1792, les sections arrach&#232;rent &#224; l'Assembl&#233;e le droit de se r&#233;unir en permanence ; et apr&#232;s le 10 ao&#251;t non plus seulement ceux qui payaient le &#171; cens &#187; mais tous les citoyens y furent admis. (&#8230;) Nous voyons les premiers sympt&#244;mes de dualit&#233; de pouvoirs d&#232;s juillet 1789. A l'or&#233;e de la R&#233;volution, il y a dualit&#233; de pouvoirs non seulement entre le roi et l'Assembl&#233;e nationale, mais d&#233;j&#224; entre l'Assembl&#233;e nationale, interpr&#232;te des volont&#233;s de la haute bourgeoisie, et la Commune de Paris, cette derni&#232;re s'appuyant sur les couches inf&#233;rieures du tiers &#233;tat de la capitale. (&#8230;) La dualit&#233; de pouvoirs se manifesta d'une fa&#231;on beaucoup plus accus&#233;e &#224; l'occasion de l'insurrection du 10 ao&#251;t 1792. D&#232;s la seconde quinzaine de juillet, les sections avaient nomm&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s qui s'&#233;taient r&#233;unis &#224; l'H&#244;tel de Ville. (&#8230;) Le 10 ao&#251;t, l'assembl&#233;e des sections se substitua &#224; la Commune l&#233;gale et se constitua en Commune r&#233;volutionnaire. Celle-ci se pr&#233;senta face &#224; l'Assembl&#233;e bourgeoise comme l'organe de la volont&#233; populaire. (&#8230;) Mais la dualit&#233; de pouvoirs est un fait r&#233;volutionnaire et non constitutionnel. Elle peut durer un certain temps, mais pas tr&#232;s longtemps. (&#8230;) T&#244;t ou tard, l'un des pouvoirs finit par &#233;liminer l'autre. (&#8230;) &#171; La dualit&#233; de pouvoirs est, en son essence, un r&#233;gime de crise sociale : marquant un extr&#234;me fractionnement de la nation, elle comporte, en potentiel ou bien ouvertement, la guerre civile. &#187; Au lendemain du 10 ao&#251;t, les pouvoirs de la Commune r&#233;volutionnaire de Paris et ceux de l'Assembl&#233;e s'&#233;quilibr&#232;rent un instant. Cette situation qui provoqua une crise politique aigu&#235;, ne dura que quelques semaines. L'un des deux pouvoirs dut finalement s'effacer devant l'autre, et ce fut la Commune. Au lendemain du 10 ao&#251;t 1792, les pouvoirs de la Commune r&#233;volutionnaire de Paris et ceux de l'Assembl&#233;e s'&#233;quilibrent un instant. Cette situation, qui provoqua une crise politique aig&#252;e, ne persista que quelques semaines. La Commune eut le dessous. Le 31 mars 1793, la dualit&#233; de pouvoirs prit de nouveau une forme ouverte. Comme au 10 ao&#251;t, une Commune r&#233;volutionnaire s'&#233;tait substitu&#233;e &#224; la Commune et, face &#224; la Convention et &#224; son Comit&#233; de Salut public, elle avait fait figure de nouveau pouvoir. Mais la dualit&#233; ne dura cette fois, que l'espace d'un matin. Le pouvoir officiel s'empressa de faire rentrer dans le n&#233;ant la Commune insurrectionnelle. Apr&#232;s la chute des Girondins, la lutte entre la Convention et la Commune, entre le pouvoir borugeois et le pouvoir des masses, continua sourdement. Elle prit, &#224; nouveau, un caract&#232;re aigu, en novembre 1793, lorsque la Commune, se substituant &#224; la Convention, entra&#238;na le pays dans la campagne de d&#233;christianisation et imposa &#224; l'Assembl&#233;e le culte de la Raison. La bourgeoisie riposta en rognant les pouvoirs de la Commune qui, par le d&#233;cret du 4 d&#233;cembre, fut &#233;troitement subordonn&#233;e au pouvoir central. En f&#233;vrier-mars 1794, la lutte se raviva entre les deux pouvoirs. Celui issu des masses fut, alors, d'avantage repr&#233;sent&#233; par les soci&#233;t&#233;s populaires des sections, group&#233;es en un comit&#233; central, que par la Commune elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Francis Bacon et la R&#233;volution anglaise</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8325</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8325</guid>
		<dc:date>2025-09-15T22:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>


		<dc:subject>Angleterre Great Britain</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Francis Bacon (1561-1626) et la R&#233;volution anglaise (1642-1651 et 1688-1689), deux produits de la crise de la royaut&#233; et de l'av&#232;nement de la bourgeoisie &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire aussi : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3770 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7484 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6414 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6413 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6415 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4819 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot115" rel="tag"&gt;Angleterre Great Britain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Francis Bacon (1561-1626) et la R&#233;volution anglaise (1642-1651 et 1688-1689), deux produits de la crise de la royaut&#233; et de l'av&#232;nement de la bourgeoisie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3770&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3770&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7484&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7484&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6414&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6414&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6413&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6413&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4819&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4819&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5065&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5065&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6578&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6578&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4593&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4593&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a six Francis Bacon diff&#233;rents : un grand avocat, un &#233;minent philosophe, un scientifique, un homme d'&#233;tat, un po&#232;te et homme de th&#233;&#226;tre ! Philosophe des Lumi&#232;res avant la lettre, inventeur de la m&#233;thode scientifique, un des plus grands auteurs de th&#233;&#226;tre, Bacon ne nait pas de rien. Il provient de la mont&#233;e de la bourgeoisie qui la m&#232;nera &#224; contester la f&#233;odalit&#233; par la r&#233;volution sociale et &#224; renverser la royaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philosophe, avocat, homme politique et po&#232;te secret , Francis Bacon fut l'un des derniers et des plus grands hommes de la Renaissance. Ses trois premiers r&#244;les sont bien connus de l'histoire. Le quatri&#232;me est document&#233; dans des lettres priv&#233;es &#233;crites par Bacon et ses proches collaborateurs ; il est &#233;galement &#233;voqu&#233; plus ou moins ouvertement dans la po&#233;sie contemporaine. Bacon &#233;tait loin d'&#234;tre le seul &#224; &#233;crire en secret parmi ses pairs &#233;lisab&#233;thains. Cette pratique de la dissimulation fut un succ&#232;s, car il reste difficile d'identifier l'auteur ou les auteurs de nombreux chefs-d'&#339;uvre litt&#233;raires de cette &#233;poque.&lt;br class='autobr' /&gt;
En tant que philosophe , Bacon est toujours consid&#233;r&#233; comme un fondateur et un proph&#232;te de la science moderne. Bien que la science se soit &#233;loign&#233;e de sa m&#233;thodologie quelques d&#233;cennies apr&#232;s sa mort, son influence sur la recherche scientifique coop&#233;rative et l'exp&#233;rimentation m&#233;thodique fut fondamentale. Au-del&#224; de l'originalit&#233; de sa vision intellectuelle, c'est sa compr&#233;hension des r&#233;alit&#233;s socio-&#233;conomiques de l'apprentissage qui a permis &#224; la science telle que nous la connaissons de na&#238;tre. Contrairement &#224; de nombreux philosophes, son &#233;criture est magnifique &#8211; de nombreux non-philosophes ont lu Bacon avec admiration pour sa ma&#238;trise incomparable de l'anglais, &#224; la fois muscl&#233;e et musicale. Percy Bysshe Shelley a d'ailleurs d&#233;clar&#233; que &#171; Lord Bacon &#233;tait un po&#232;te &#187;, sans apparemment jamais s'&#234;tre jamais pos&#233; la question de la paternit&#233; de ses &#233;crits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; de ses exploits litt&#233;raires, la carri&#232;re de Bacon fut remarquable. Courtisan, avocat et homme politique de premier plan pendant la majeure partie de sa vie adulte, il devint, sous le r&#232;gne du roi Jacques Ier, Lord Chancelier et Vicomte de Saint-Alban, sans doute la deuxi&#232;me personnalit&#233; la plus importante d'Angleterre apr&#232;s Jacques lui-m&#234;me. Mais sa carri&#232;re politique se termina dans la disgr&#226;ce avec sa destitution pour corruption, et la r&#233;putation de Bacon fut ruin&#233;e. L'&#233;tude des preuves entourant la chute de Bacon sugg&#232;re qu'il fut probablement victime d'un coup d'&#201;tat politique, victime d'une politique de pouvoir jacobine. La Francis Bacon Society a ouvert la voie en attirant l'attention sur cette partie oubli&#233;e de l'histoire du XVIIe si&#232;cle. En 1996, l'ouvrage de Nieves Matthews, Francis Bacon : Histoire d'un assassinat de caract&#232;re, parut, qui a d&#233;j&#224; contribu&#233; &#224; restaurer sa r&#233;putation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dernier aspect controvers&#233; de la vie de Bacon r&#233;side dans la nature de sa po&#233;sie secr&#232;te. Comme chacun sait, certains &#233;crivains, dont beaucoup &#233;taient membres de la Francis Bacon Society, l'ont pr&#233;sent&#233; comme le v&#233;ritable auteur des pi&#232;ces de Shakespeare ; cela a donn&#233; lieu &#224; d'&#226;pres controverses, trop souvent marqu&#233;es par l'&#233;motivit&#233;, les pr&#233;jug&#233;s et un traitement peu scientifique des preuves. Il est int&#233;ressant pour l'&#233;tudiant de Bacon de constater qu'il a &#233;t&#233; ouvertement pr&#233;sent&#233; comme l'auteur de Shakespeare par deux autres po&#232;tes, Hall et Marston, en 1597, alors que seules deux &#339;uvres shakespeariennes avaient &#233;t&#233; publi&#233;es : les po&#232;mes d'influence classique V&#233;nus et Adonis et Le Viol de Lucr&#232;ce .&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette &#233;poque, Bacon avait 36 ans et Shakespeare 33, vraisemblablement tous deux au sommet de leur art litt&#233;raire. La carri&#232;re juridique et politique de Bacon n'avait pas encore v&#233;ritablement d&#233;but&#233;, et aucun ouvrage n'avait &#233;t&#233; publi&#233; sous son nom. Mais c'&#233;tait un enfant prodige reconnu qui avait quitt&#233; le Trinity College de Cambridge vers l'&#226;ge de 15 ans, ayant appris tout ce qu'il pouvait. Adolescent, il avait d&#233;j&#224; acquis une connaissance approfondie des classiques latins et grecs, et il existe des preuves de sa familiarit&#233; avec les langues et litt&#233;ratures fran&#231;aises, italiennes et espagnoles. Quoi qu'il en soit, Bacon &#233;tait consid&#233;r&#233; par plusieurs de ses contemporains, parmi lesquels des auteurs de po&#233;sie, cach&#233;s ou non, comme un po&#232;te de valeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu d'hommes ont &#233;t&#233; aussi v&#233;n&#233;r&#233;s &#224; son &#233;poque que Francis Bacon. De grands po&#232;tes et d'&#233;minents &#233;crivains l'ont admir&#233; de son vivant ; et pendant plus d'un si&#232;cle apr&#232;s sa mort, son influence et sa r&#233;putation posthume furent incomparables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://francisbaconsociety-co-uk.translate.goog/francis-bacon/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://francisbaconsociety-co-uk.translate.goog/francis-bacon/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le contexte de l'&#233;mergence de l'&#339;uvre &#171; Nouvelle Atlantide &#187; et de l'auteur Francis Bacon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Conditions &#233;conomiques, politiques et sociales : &#192; partir du XVIIe si&#232;cle, l'Angleterre s'impose comme l'une des principales puissances capitalistes d'Europe occidentale et conna&#238;t un d&#233;veloppement remarquable, tant sur le plan &#233;conomique que social. En mati&#232;re de moyens de subsistance, la formation et le d&#233;veloppement de la culture et de la science europ&#233;ennes pr&#233;modernes s'inscrivent dans le cadre de la formation et du d&#233;veloppement des relations sociales bourgeoises. Des changements fondamentaux commencent &#224; se produire dans le syst&#232;me de relations sociales et dans l'orientation des valeurs de l'humanit&#233;. Les sciences naturelles et la technologie s'affirment progressivement dans la soci&#233;t&#233;. Francis Bacon per&#231;oit le r&#244;le important de la science dans le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;. Le fort d&#233;veloppement des sciences naturelles et de la technologie aux premiers stades du capitalisme l'am&#232;ne &#224; affirmer que la science est le principal facteur de progr&#232;s social de l'histoire. L'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; o&#249; la science occupe une place importante refl&#232;te les besoins historiques de la bourgeoisie anglaise &#233;mergente &#224; l'&#233;poque de Francis Bacon. Pour accomplir cette t&#226;che, Francis Bacon se donne pour mission de conqu&#233;rir la nature, de d&#233;velopper la science et d'inventer la technologie. Toutes les &#339;uvres de Francis Bacon incarnent l'esprit r&#233;volutionnaire de l'&#233;poque dans la lutte contre le Moyen &#194;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage de Francis Bacon, &#171; La Nouvelle Atlantide &#187;, a &#233;t&#233; &#233;crit pour r&#233;pondre &#224; la troisi&#232;me mission du programme de &#171; Grande Restauration de la Science &#187;, qui consiste &#224; appliquer la m&#233;thode scientifique &#224; la cr&#233;ation de r&#233;alisations utiles &#224; la vie humaine. &#171; La Nouvelle Atlantide &#187; repr&#233;sente l'imagination de Francis Bacon de la Maison de Salomon comme un projet social particulier. &#192; travers les dialogues entre l'auteur et les dirigeants, Francis Bacon met l'accent sur &#171; la connaissance des causes et des mouvements secrets des choses &#187;. Cela marque une diff&#233;rence significative entre la p&#233;riode m&#233;di&#233;vale et la p&#233;riode pr&#233;moderne, o&#249; la connaissance scientifique est de plus en plus &#233;troitement li&#233;e au processus historico-social, permettant aux scientifiques de d&#233;velopper leur cr&#233;ativit&#233; et de mettre leurs innovations au service de la soci&#233;t&#233;, ou plus pr&#233;cis&#233;ment de leur application &#224; la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contexte culturel et intellectuel : Le mouvement des Lumi&#232;res est un courant intellectuel et culturel distinctif qui a &#233;merg&#233; en Europe occidentale &#224; la fin du XVIIe et au XVIIIe si&#232;cle. Le processus de formation et de d&#233;veloppement de la culture et de la science pr&#233;modernes europ&#233;ennes s'est d&#233;roul&#233; dans le cadre de la formation et du d&#233;veloppement des relations sociales bourgeoises, parall&#232;lement au fort d&#233;veloppement des sciences et des technologies, et au d&#233;veloppement des machines industrielles modernes, exigeant des connaissances scientifiques. La culture pr&#233;moderne europ&#233;enne est &#233;troitement li&#233;e au mouvement des Lumi&#232;res, et il est ind&#233;niable que ce mouvement est un courant intellectuel et culturel distinctif qui a &#233;merg&#233; en Europe occidentale &#224; la fin du XVIIe et au XVIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les penseurs des Lumi&#232;res consid&#232;rent que la diffusion du savoir, la science, les Lumi&#232;res et une &#233;ducation ad&#233;quate des individus sont les moyens fondamentaux de perfectionner la soci&#233;t&#233; et l'&#234;tre humain. Dans le contexte historique, d'importants philosophes repr&#233;sentatifs de la Renaissance ont eu une influence directe sur la pens&#233;e de Francis Bacon. Dans &#171; La Sainte Famille &#187;, Marx et Engels ont hautement appr&#233;ci&#233; la place de Francis Bacon dans l'histoire de la civilisation occidentale : il fut l'anc&#234;tre du mat&#233;rialisme britannique et de toute la science exp&#233;rimentale moderne. Dans son ouvrage &#171; Dialectique de la nature &#187;, Ph. Engels soulignait que : &#171; en termes de puissance intellectuelle, d'ambition et de caract&#232;re, en termes de diversit&#233; et d'harmonie, ils vivent tous des bienfaits de leur &#233;poque, participant activement &#224; la lutte pratique &#187; [4, p. 459-460]. Le contexte historique exige l'&#233;mergence de grands individus, et comme l'affirmaient Marx et Engels : &#171; &#8230; les philosophes ne poussent pas comme des champignons dans le sol, ils sont les produits de leur temps, de leur nation, dont le lait le plus subtil, le plus pr&#233;cieux et le plus intangible est concentr&#233; dans les pens&#233;es philosophiques &#187; (Marx et Engels, 1994, p. 156).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement culturel a jou&#233; un r&#244;le crucial dans la libert&#233; de recherche scientifique de la classe intellectuelle progressiste, favorisant ainsi l'&#233;mergence d'une nouvelle soci&#233;t&#233; rempla&#231;ant la soci&#233;t&#233; f&#233;odale conservatrice et stagnante. Ph. Engels notait : &#171; Telle est l'origine historique de la tromperie de l'esprit. Mais cela a aussi une cons&#233;quence positive : les intellectuels sont lib&#233;r&#233;s des limites du dogmatisme, du d&#233;tachement de la vie pratique &#187; (Marx, Engels, 1993, p. 10). L'&#233;tude des conditions d'&#233;mergence du mod&#232;le social id&#233;al de Francis Bacon et de l'ouvrage &#171; La Nouvelle Atlantide &#187; permet d'&#233;lucider les raisons profondes qui ont conduit Francis Bacon &#224; formuler et &#224; argumenter le mod&#232;le social id&#233;al dans son ouvrage. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue de Francis Bacon sur le mod&#232;le social id&#233;al &#224; travers l'&#339;uvre &#171; Nouvelle Atlantide &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; id&#233;ale mettant l'accent sur le r&#244;le de la connaissance scientifique et son application pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Nouvelle Atlantide &#187; relate un voyage en mer d'un an &#171; du P&#233;rou &#224; la Chine et au Japon, emportant des provisions pour douze mois &#187; (Francis Bacon, 1627, p. 1). La flotte, compos&#233;e de 51 membres, fut d&#233;tourn&#233;e par une temp&#234;te : &#171; Mais le vent tourna et s'arr&#234;ta &#224; l'ouest pendant plusieurs jours, si bien que nous ne p&#251;mes avancer que tr&#232;s peu, voire pas du tout, et nous avions l'intention de rebrousser chemin. &#187; (Francis Bacon, 1627, p. 1) et d&#233;barqu&#226;mes sur une &#238;le de l'oc&#233;an Pacifique : &#171; &#192; l'aube du lendemain, nous p&#251;mes discerner une terre plate &#224; nos yeux et couverte de bosquets, ce qui la rendait d'autant plus sombre. &#187; (Francis Bacon, 1627, p. 1-2). L'exp&#233;dition y d&#233;couvre une vie sup&#233;rieure &#224; celle des nations europ&#233;ennes. Alors qu'ils s'aventurent plus loin dans l'&#238;le, l'&#233;quipage rencontre des habitants &#224; bord d'une embarcation : &#171; huit personnes &#224; bord, dont l'une tenait &#224; la main un hampe de canne jaune, agr&#233;ment&#233;e de bleu aux deux extr&#233;mit&#233;s, qui mont&#232;rent &#224; bord de notre navire sans la moindre m&#233;fiance &#187; (Francis Bacon, 1627, p. 7). Les accomplissements inattendus de l'&#238;le de Bensalem sont pr&#233;sent&#233;s lors d'une rencontre entre l'un des responsables de la Maison de Salomon et l'auteur : &#171; Nous le rencontr&#226;mes dans une belle chambre richement d&#233;cor&#233;e. Il &#233;tait v&#234;tu d'une longue robe de taffetas bleu, doubl&#233;e de taffetas jaune, et orn&#233;e de boutons et de passants de la m&#234;me couleur. &#187; (Francis Bacon, 1627, p. 50). La Maison de Salomon est d&#233;crite comme un lieu de rencontre privil&#233;gi&#233;, o&#249; se concentre toute la puissance intellectuelle de l'&#238;le. &#192; travers sa repr&#233;sentation, Francis Bacon illustre l'impact de la science sur tous les aspects de la vie en soci&#233;t&#233;. Toutes les dimensions politiques, sociales, religieuses, culturelles et &#233;ducatives repr&#233;sent&#233;es par la Maison de Salomon contribuent &#224; affirmer le message de Francis Bacon. La richesse de la Maison de Salomon r&#233;side principalement dans sa capacit&#233; &#224; influencer et &#224; transformer le monde naturel, en produisant des biens qui surpassent les conditions de l'&#233;poque de Francis Bacon, notamment des temples, des palais, des villes, de magnifiques montagnes, notamment dans les domaines de la science, de l'art et de la production, ainsi que des inventions mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imagination de Francis Bacon des futures r&#233;alisations scientifiques &#224; travers l'image de la Maison de Salomon comprend : de hautes tours utilis&#233;es pour l'isolement, le refroidissement, la pr&#233;servation et l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes c&#233;lestes, le vent, la pluie, la neige, la gr&#234;le ; une grande et profonde grotte utilis&#233;e pour simuler des mines de minerai naturelles et &#233;galement les produits de nouveaux mat&#233;riaux m&#233;talliques artificiels ; de grands lacs d'eau douce, des lacs d'eau sal&#233;e ; des &#233;tangs d'eau douce filtr&#233;s &#224; partir d'eau sal&#233;e ; de grandes cascades et ruisseaux ; de nombreux puits et sources artificielles fabriqu&#233;s en simulant des ressources naturelles telles que le soufre, le mercure, l'acier, le bronze, le plomb, le nitrate et d'autres min&#233;raux ; de tr&#232;s grandes maisons, utilis&#233;es pour simuler des ph&#233;nom&#232;nes c&#233;lestes - tels que la neige, la gr&#234;le, la pluie et un grand nombre de cristaux tombant comme une pluie artificielle ; des salles de soins de sant&#233; avec une tr&#232;s bonne qualit&#233; d'air pour le traitement des maladies et les soins de sant&#233; ; de grands et beaux bains, avec de nombreuses herbes pour le traitement et la restauration du corps ; de grands jardins de fruits et l&#233;gumes, adapt&#233;s &#224; de nombreux types d'arbres et d'herbes greff&#233;es &#224; partir d'arbres sauvages offrant de nombreux avantages en plus de la recherche sur la m&#233;canique ; Maisons artistiques, grands fours simulant la chaleur du soleil, ateliers de production de parfums, maisons &#233;nerg&#233;tiques, maisons math&#233;matiques&#8230; Le chef de la Maison de Salomon &#233;num&#232;re abondamment et diversement la capacit&#233; cr&#233;atrice miraculeuse des &#234;tres humains. L'histoire continue et nous montre que les membres de la Maison de Salomon accomplissent diverses t&#226;ches. Ils &#233;changent et s'inspirent des connaissances d'autres nations. Parmi eux, des groupes entreprennent une s&#233;rie d'activit&#233;s d'exploration du monde naturel, bas&#233;es sur l'observation de la nature des objets et des ph&#233;nom&#232;nes, et des &#233;quipes de recherche m&#232;nent des exp&#233;riences scientifiques et appliquent les r&#233;sultats scientifiques &#224; des activit&#233;s cognitives et pratiques. Dans &#171; La Nouvelle Atlantide &#187;, Francis Bacon souligne le r&#244;le du savoir et de l'intelligence, aidant les &#234;tres humains non seulement &#224; expliquer correctement la nature, mais aussi &#224; la conqu&#233;rir et &#224; la transformer, conf&#233;rant ainsi &#224; la connaissance scientifique une valeur primordiale dans tous les aspects de la vie en soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que purement imaginative, l'&#339;uvre refl&#232;te le r&#234;ve de Francis Bacon d'appliquer les connaissances scientifiques &#224; des activit&#233;s concr&#232;tes, en mettant l'accent sur les capacit&#233;s pratiques humaines. En exploitant le potentiel et la capacit&#233; cr&#233;atrice de l'&#234;tre humain, refl&#233;t&#233;s par son impact sur la nature, elle explore le cheminement de l'&#234;tre humain vers la conqu&#234;te, l'exploitation et l'adaptation de la nature pour r&#233;pondre &#224; ses besoins de d&#233;veloppement, en s'appuyant sur les connaissances scientifiques, notamment les m&#233;thodes cognitives. Fran&#231;ais De la division des t&#226;ches entre les individus et les groupes, nous voyons que l'organisation scientifique, l'arrangement et l'attribution du travail social dans la &#171; Nouvelle Atlantide &#187; sont tr&#232;s scientifiques, de la p&#233;n&#233;tration &#224; l'acc&#232;s &#224; de nouvelles r&#233;alisations jusqu'&#224; l'explication, la collecte, la recherche et l'application : &#171; une exp&#233;dition hors de son royaume, dans deux navires, et sur ces navires un d&#233;tachement de trois de la Maison de Salomon, dont la mission &#233;tait de nous donner la connaissance des affaires et de l'&#233;tat des pays qu'ils traversaient ; en particulier des sciences, des arts, des manufactures et des inventions du monde ; et en m&#234;me temps de nous apporter des livres, des instruments et des mod&#232;les de toutes sortes ; certains d'entre eux reviendront, certains resteront l&#224; jusqu'au prochain emploi. &#187; (Francis Bacon, 1627, p. 19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ de recherche et les applications pratiques couvrent tous les domaines de la vie en soci&#233;t&#233;, du d&#233;veloppement &#233;conomique &#224; l'environnement, en passant par la sant&#233; et la justice sociale. On y constate &#233;galement un investissement s&#233;rieux et une attitude respectueuse envers les membres engag&#233;s dans des activit&#233;s scientifiques au service de la communaut&#233;. Gr&#226;ce aux conseils de l'auteur, on peut ais&#233;ment imaginer un cadre de vie agr&#233;able et paradisiaque sur cette &#238;le. La perspective de Francis Bacon dans son ouvrage exprime les grandes aspirations d'une soci&#233;t&#233; o&#249; les avanc&#233;es scientifiques convergent et s'appliquent pleinement &#224; la vie en soci&#233;t&#233;, servant de r&#233;f&#233;rence pour &#233;valuer le niveau de d&#233;veloppement d'une nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ses travaux, Francis Bacon a &#233;galement pr&#233;dit l'&#232;re de l'intelligence &#233;conomique aux g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; id&#233;ale o&#249; les dirigeants d'&#201;tat poss&#232;dent intelligence et vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; La Nouvelle Atlantide &#187;, l'image d'une soci&#233;t&#233; id&#233;ale o&#249; les dirigeants d'&#201;tat poss&#232;dent intelligence et vertu. On y per&#231;oit ais&#233;ment que le pouvoir est concentr&#233; entre les mains d'un seul individu (&#224; l'image d'un monarque dans une monarchie), repr&#233;sentant supr&#234;me de toute la population de l'&#238;le, et qui doit &#234;tre le plus sage et le plus respect&#233; : &#171; Il y a environ mille neuf cents ans r&#233;gnait sur cette terre un roi dont nous adorons le plus la m&#233;moire ; non par superstition, mais comme un instrument divin, bien qu'il f&#251;t un mortel ; son nom &#233;tait Salomon, et nous l'estimons comme le l&#233;gislateur de notre nation. Ce roi avait un c&#339;ur large, imp&#233;n&#233;trable pour le bien ; et il &#233;tait enti&#232;rement d&#233;termin&#233; &#224; rendre son royaume et son peuple heureux. &#187; (Francis Bacon, 1627, p. 30).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du royaume qui gouverne la soci&#233;t&#233; n'est pas r&#233;gi par le syst&#232;me de pouvoir &#233;tatique habituel de l'Angleterre contemporaine, ni m&#234;me par : &#171; Ce roi, d&#233;sireux d'allier humanit&#233; et politique &#187; (Francis Bacon, 1627, p. 31). Le consensus et l'attitude positive des habitants de cette soci&#233;t&#233; sont consid&#233;r&#233;s comme le fondement essentiel de la vie en soci&#233;t&#233;. La culture de l'&#238;le de Bensalem allie force des normes et cr&#233;ativit&#233;. Surtout, &#171; nous avons d&#233;couvert une telle humanit&#233;, une telle libert&#233; et un tel d&#233;sir d'accueillir des &#233;trangers, pour ainsi dire, que cela suffisait &#224; nous faire oublier tout ce qui nous &#233;tait cher dans nos propres pays &#187; (Francis Bacon, 1627, p. 36)&#8230; &#171; C'est une coutume des plus naturelles, pieuses et respectueuses, qui montre que cette nation est compos&#233;e de toutes les vertus &#187; (Francis Bacon, 1627, p. 37).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir public ne s'&#233;tablit pas selon le mod&#232;le de la succession h&#233;r&#233;ditaire, du syst&#232;me de classes et de l'h&#233;ritage, mais repose uniquement sur le crit&#232;re du niveau intellectuel : &#171; Si quelqu'un est sujet au vice ou adopte une conduite mauvaise, il est r&#233;primand&#233; et censur&#233; &#187; (Francis Bacon, 1627, p. 32). Par cons&#233;quent, &#171; des directives sont &#233;galement donn&#233;es concernant les mariages et le mode de vie que chacun doit suivre, ainsi que divers autres ordres et conseils similaires. Le gouverneur contribue, par son autorit&#233; publique, &#224; l'ex&#233;cution des d&#233;crets et ordres du Tirsan, s'ils sont d&#233;sob&#233;is ; bien que cela soit rarement n&#233;cessaire, tel est le respect et l'ob&#233;issance qu'ils t&#233;moignent &#224; l'ordre naturel &#187; (Francis Bacon, 1627, p. 37). Bien que les id&#233;es de Francis Bacon ne s'&#233;cartent pas des lois g&#233;n&#233;rales de l'&#233;poque et ne puissent transcender le cadre de sa position de classe dirigeante, ses vues refl&#232;tent les besoins historiques de la classe bourgeoise &#233;mergente en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, sur les questions politiques, Francis Bacon n'&#233;tait pas v&#233;h&#233;ment, car l'alliance entre la noblesse et la bourgeoisie anglaise ne posait pas la question de la prise du pouvoir. De plus, Francis Bacon &#233;tant issu de la noblesse, on comprend que la soci&#233;t&#233; id&#233;ale de la &#171; Nouvelle Atlantide &#187; maintienne des divisions de classe et des statuts. Mais ce qui est novateur chez Francis Bacon, c'est qu'avec son esprit de recherche scientifique incessante, ceux qui gouvernent la soci&#233;t&#233; appartiennent &#224; des individus intelligents, &#233;clair&#233;s et vertueux, et non aux propri&#233;taires fonciers f&#233;odaux, &#224; la bourgeoisie ou &#224; l'&#201;glise. Nous vivons dans un monde qui honore v&#233;ritablement la science, o&#249; la position et le r&#244;le des scientifiques sont valoris&#233;s, et o&#249; ils assument la fonction de gestionnaire et de gouvernement de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;file :///C :/Users/Dell/Downloads/IJOR-024-38435(10)4231-4240.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le v&#233;ritable anc&#234;tre du mat&#233;rialisme anglais et de toute science exp&#233;rimentale moderne, c'est Bacon. La science bas&#233;e sur l'exp&#233;rience de la nature constitue &#224; ses yeux la vraie science, et la physique sensible en est la partie la plus noble. Il se r&#233;f&#232;re souvent &#224; Anaxagore et ses homoiom&#233;ries, ainsi qu'&#224; D&#233;mocrite et ses atomes. D'apr&#232;s sa doctrine, les sens sont infaillibles et la source de toutes les connaissances. La science est la science de l'exp&#233;rience et consiste dans l'application d'une m&#233;thode rationnelle au donn&#233; sensible. Induction, analyse, comparaison, observation, exp&#233;rimentation, telles sont les conditions principales d'une m&#233;thode rationnelle. Parmi les propri&#233;t&#233;s inn&#233;es de la mati&#232;re, le mouvement est la premi&#232;re et la plus &#233;minente, non seulement en tant que mouvement m&#233;canique et math&#233;matique, mais plus encore comme instinct, esprit vital, force expansive, tourment de la mati&#232;re (pour employer l'expression de Jacob Boehme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes primitives de la mati&#232;re sont des forces essentielles vivantes, individualisantes, inh&#233;rentes &#224; elle, et ce sont elles qui produisent les diff&#233;rences sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Bacon, son fondateur, le mat&#233;rialisme rec&#232;le encore, de na&#239;ve fa&#231;on, les germes d'un d&#233;veloppement multiple. La mati&#232;re sourit &#224; l'homme total dans l'&#233;clat de sa po&#233;tique sensualit&#233; ; par contre, la doctrine aphoristique, elle, fourmille encore d'incons&#233;quences th&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la suite de son &#233;volution, le mat&#233;rialisme devient &#233;troit. C'est Hobbes qui syst&#233;matise le mat&#233;rialisme de Bacon. Le monde sensible perd son charme original et devient le sensible abstrait du g&#233;om&#232;tre. Le mouvement physique est sacrifi&#233; au mouvement m&#233;canique ou math&#233;matique ; la g&#233;om&#233;trie est proclam&#233;e science principale. Le mat&#233;rialisme se fait misanthrope. Pour pouvoir battre sur son propre terrain l'esprit misanthrope et d&#233;sincarn&#233;, le mat&#233;rialisme est forc&#233; de mortifier lui- m&#234;me sa chair et de se faire asc&#232;te. Il se pr&#233;sente comme un &#234;tre de raison, mais d&#233;veloppe aussi bien la logique inexorable de l'entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de Bacon, Hobbes proc&#232;de &#224; la d&#233;monstration suivante : si leurs sens fournissent aux hommes toutes leurs connaissances, il en r&#233;sulte que l'intuition, l'id&#233;e, la repr&#233;sentation, etc., ne sont que les fant&#244;mes du monde corporel plus ou moins d&#233;pouill&#233; de sa forme sensible. Tout ce que la science peut faire, c'est donner un nom &#224; ces fant&#244;mes. Un seul et m&#234;me nom peut &#234;tre appliqu&#233; &#224; plusieurs fant&#244;mes. Il peut m&#234;me y avoir des noms de noms. Mais il serait contradictoire d'affirmer d'une part que toutes les id&#233;es ont leur origine dans le monde sensible et de soutenir d'autre part qu'un mot est plus qu'un mot et qu'en dehors des entit&#233;s repr&#233;sent&#233;es, toujours singuli&#232;res, il existe encore des entit&#233;s universelles. Au contraire, une substance incorporelle est tout aussi contradictoire qu'un corps incorporel. Corps, &#234;tre, substance, tout cela est une seule et m&#234;me id&#233;e r&#233;elle. On ne peut s&#233;parer la pens&#233;e d'une mati&#232;re qui pense. Elle est le sujet de tous les changements. Le mot infini n'a pas de sens, &#224; moins de signifier la capacit&#233; de notre esprit d'additionner sans fin. C'est parce que la mat&#233;rialit&#233; seule peut faire l'objet de la perception et du savoir que nous ne savons rien de l'existence de Dieu. Seule est certaine ma propre existence. Toute passion humaine est un mouvement m&#233;canique, qui finit ou commence. Les objets des instincts, voil&#224; le bien. L'homme est soumis aux m&#234;mes lois que la nature. Pouvoir et libert&#233; sont identiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hobbes avait syst&#233;matis&#233; Bacon, mais sans avoir fond&#233; plus pr&#233;cis&#233;ment son principe de base, aux termes duquel les connaissances et les id&#233;es ont leur origine dans le monde sensible.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est Locke qui, dans son Essai sur l'entendement humain, a donn&#233; un fondement au principe de Bacon et de Hobbes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait Francis Bacon de mani&#232;re officielle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Bacon_(philosophe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Bacon_(philosophe&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La R&#233;volution anglaise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cette brochure, M. Guizot [1784-1874, historien fran&#231;ais ; ancien chef du gouvernement] entend prouver que Louis-Philippe et la politique men&#233;e par M. Guizot n'auraient pas d&#251; &#234;tre renvers&#233;s le 24 f&#233;vrier 1848, et que seul le caract&#232;re m&#233;chant des Fran&#231;ais est &#224; bl&#226;mer pour le fait que la monarchie de Juillet de 1830, apr&#232;s une existence de 18 ann&#233;es difficiles, s'est effondr&#233;e si ignominieusement et n'a pas acquis l'endurance dont jouit la monarchie anglaise depuis 1688.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la lecture de cette brochure, on s'est rendu compte que m&#234;me les hommes les plus brillants de l' Ancien R&#233;gime , ainsi que ceux &#224; qui l'on ne peut nier certains talents historiques, ont &#233;t&#233; tellement d&#233;sorient&#233;s par les &#233;v&#233;nements fatidiques de ce mois de f&#233;vrier qu'ils ont perdu tout sens de l'histoire et, en fait, ne comprennent plus leurs actions ant&#233;rieures. Au lieu de tirer de l'exp&#233;rience de la R&#233;volution de F&#233;vrier un aper&#231;u de la situation historique totalement diff&#233;rente et de la position totalement diff&#233;rente qu'occupent les classes dans la soci&#233;t&#233; sous la monarchie fran&#231;aise de 1830 et sous la monarchie anglaise de 1688, M. Guizot dissout ces diff&#233;rences par quelques phrases moralisatrices et affirme en conclusion que la politique renvers&#233;e le 24 f&#233;vrier &#233;tait &#171; seule celle qui pouvait ma&#238;triser la r&#233;volution, de la m&#234;me mani&#232;re qu'elle avait contr&#244;l&#233; l'&#201;tat &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Formul&#233;e concr&#232;tement, la question &#224; laquelle M. Guizot tente de r&#233;pondre est la suivante : pourquoi la soci&#233;t&#233; bourgeoise en Angleterre s'est-elle d&#233;velopp&#233;e en monarchie constitutionnelle plus longtemps qu'en France ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le passage suivant est caract&#233;ristique de la connaissance qu'a M. Guizot du cours du d&#233;veloppement bourgeois en Angleterre :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Sous George Ier et George II, l'esprit public prit une direction diff&#233;rente : la politique &#233;trang&#232;re cessa d'&#234;tre l'int&#233;r&#234;t majeur ; l'administration int&#233;rieure, le maintien de la paix, les questions financi&#232;res, coloniales et commerciales, ainsi que le d&#233;veloppement et la lutte pour un gouvernement parlementaire devinrent les principaux enjeux qui occup&#232;rent le gouvernement et le public. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
M. Guizot ne trouve dans le r&#232;gne de Guillaume III que deux points dignes d'&#234;tre mentionn&#233;s : la pr&#233;servation de l'&#233;quilibre des pouvoirs entre le Parlement et la Couronne, et la pr&#233;servation de l'&#233;quilibre europ&#233;en &#224; travers les guerres contre Louis XIV. Sous la dynastie des Hanovriens, &#171; l'opinion publique prend soudain une direction diff&#233;rente, sans qu'on sache comment ni pourquoi. &#187; On voit ici comment M. Guizot superpose les phrases les plus courantes des d&#233;bats parlementaires fran&#231;ais &#224; l'histoire anglaise, croyant ainsi l'expliquer. De la m&#234;me mani&#232;re, Guizot s'imagine qu'en tant que Premier ministre fran&#231;ais, il portait sur ses &#233;paules la responsabilit&#233; de pr&#233;server le juste &#233;quilibre entre le Parlement et la Couronne, ainsi que l'&#233;quilibre europ&#233;en des pouvoirs, alors qu'en r&#233;alit&#233;, il n'a fait que vendre la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise petit &#224; petit aux Juifs fortun&#233;s de Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
M. Guizot ne juge pas utile de mentionner que la lutte contre Louis XIV n'&#233;tait qu'une guerre de concurrence visant &#224; d&#233;truire la puissance navale et le commerce fran&#231;ais ; il ne mentionne pas non plus la domination de la bourgeoisie financi&#232;re par la cr&#233;ation de la Banque d'Angleterre sous Guillaume III, ni l'introduction de la dette publique qui re&#231;ut alors sa premi&#232;re sanction, ni le nouvel &#233;lan donn&#233; &#224; la bourgeoisie manufacturi&#232;re par l'application syst&#233;matique d'un syst&#232;me de tarifs protectionnistes. Pour Guizot, seules les phrases politiques ont un sens. Il ne mentionne m&#234;me pas que, sous la reine Anne, les partis au pouvoir n'ont pu se pr&#233;server, ainsi que la monarchie constitutionnelle, qu'en prolongeant par la force la dur&#233;e du Parlement &#224; sept ans, d&#233;truisant ainsi pratiquement toute influence que le peuple aurait pu exercer sur le gouvernement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous la dynastie des Hanovriens, l'Angleterre avait d&#233;j&#224; atteint un stade de d&#233;veloppement lui permettant de mener ses guerres de concurrence contre la France avec des moyens modernes. L'Angleterre elle-m&#234;me ne d&#233;fiait directement la France qu'en Am&#233;rique et aux Indes orientales, tandis que sur le continent, elle se contentait de payer des souverains &#233;trangers, comme Fr&#233;d&#233;ric II, pour mener la guerre contre la France. Et tandis que la politique &#233;trang&#232;re prenait une telle forme, M. Guizot d&#233;clare : &#171; La politique &#233;trang&#232;re cessa d'&#234;tre l'int&#233;r&#234;t principal &#187;, remplac&#233;e par &#171; le maintien de la paix &#187;. Concernant l'affirmation selon laquelle &#171; le d&#233;veloppement et la lutte pour un gouvernement parlementaire &#187; &#233;taient devenus une pr&#233;occupation majeure, on peut rappeler les incidents de corruption sous le minist&#232;re Walpole, qui, en effet, ressemblent beaucoup aux scandales devenus quotidiens sous M. Guizot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait que la R&#233;volution anglaise se soit d&#233;velopp&#233;e avec plus de succ&#232;s que la R&#233;volution fran&#231;aise peut &#234;tre attribu&#233;, selon M. Guizot, &#224; deux facteurs : premi&#232;rement, que la R&#233;volution anglaise avait un caract&#232;re profond&#233;ment religieux, et donc rompait en quelque sorte avec toutes les traditions pass&#233;es ; et deuxi&#232;mement, que d&#232;s le d&#233;but elle n'&#233;tait pas destructrice mais constructive, le Parlement d&#233;fendant les anciennes lois existantes contre les empi&#233;tements de la couronne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le premier point, M. Guizot semble avoir oubli&#233; que la philosophie libre-pensante qui le fait si fr&#233;mir lorsqu'il la voit dans la R&#233;volution fran&#231;aise n'a &#233;t&#233; import&#233;e en France que d'Angleterre. Son p&#232;re &#233;tait Locke, et chez Shaftesbury et Bolingbroke elle avait d&#233;j&#224; atteint cette forme ing&#233;nieuse qui a plus tard connu un si brillant d&#233;veloppement en France. Nous arrivons ainsi &#224; l'&#233;trange conclusion que la m&#234;me philosophie libre-pensante qui, selon M. Guizot, a ruin&#233; la R&#233;volution fran&#231;aise, &#233;tait l'un des produits les plus essentiels de la R&#233;volution religieuse anglaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au second point, Guizot oublie compl&#232;tement que la R&#233;volution fran&#231;aise, tout aussi conservatrice, a d&#233;but&#233; de mani&#232;re encore plus conservatrice que la R&#233;volution anglaise. L'absolutisme, particuli&#232;rement tel qu'il est finalement apparu en France, y &#233;tait &#233;galement une innovation, et c'est contre cette innovation que les parlements se sont r&#233;volt&#233;s pour d&#233;fendre les anciennes lois, les us et coutumes de l'ancienne monarchie et ses &#201;tats g&#233;n&#233;raux. Et tandis que la R&#233;volution fran&#231;aise devait ressusciter les anciens &#201;tats g&#233;n&#233;raux, silencieusement morts depuis Henri IV et Louis XIV, la R&#233;volution anglaise, au contraire, ne pr&#233;sentait aucun &#233;l&#233;ment classico-conservateur comparable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon M. Guizot, le principal r&#233;sultat de la R&#233;volution anglaise fut d'emp&#234;cher le roi de gouverner contre la volont&#233; du Parlement et de la Chambre des communes. Ainsi, pour lui, toute la r&#233;volution consiste simplement en ceci : au d&#233;but, les deux camps, la Couronne et le Parlement, outrepass&#232;rent leurs limites et all&#232;rent trop loin, jusqu'&#224; trouver leur juste &#233;quilibre sous Guillaume III et se neutraliser mutuellement. M. Guizot trouve superflu de mentionner que la soumission de la Couronne au Parlement signifiait la soumission &#224; la domination d'une classe. Il ne pense pas non plus n&#233;cessaire d'aborder le fait que cette classe a conquis le pouvoir n&#233;cessaire pour finalement faire de la Couronne son serviteur. Selon lui, toute la lutte entre Charles Ier et le Parlement ne portait que sur des privil&#232;ges purement politiques. Pas un mot n'est dit sur la raison pour laquelle le Parlement, et la classe qui y &#233;tait repr&#233;sent&#233;e, avaient besoin de ces privil&#232;ges. Guizot ne parle pas non plus de l'ing&#233;rence de Charles Ier dans la libre concurrence, qui rendit le commerce et l'industrie anglais de plus en plus impossibles ; ni de la d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard du Parlement dans laquelle Charles Ier, dans son besoin constant d'argent, se sentait d'autant plus profond&#233;ment &#224; mesure qu'il tentait de le d&#233;fier. Par cons&#233;quent, M. Guizot explique la r&#233;volution comme &#233;tant simplement due &#224; la mauvaise volont&#233; et au fanatisme religieux de quelques fauteurs de troubles qui ne se contentaient pas d'une libert&#233; mod&#233;r&#233;e. Guizot est tout aussi peu capable d'expliquer l'interrelation entre le mouvement religieux et le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Pour lui, bien s&#251;r, la R&#233;publique [celle de Crowmwell] est &#233;galement l'&#339;uvre d'une poign&#233;e de fanatiques ambitieux et malveillants. Nulle part il ne mentionne les tentatives faites pour &#233;tablir des r&#233;publiques &#224; Lisbonne, Naples et Messine &#224; cette &#233;poque &#8211; tentatives suivant l'exemple hollandais, comme l'Angleterre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que M. Guizot ne perde jamais de vue la R&#233;volution fran&#231;aise, il n'arrive m&#234;me pas &#224; la simple conclusion que la transition d'une monarchie absolue &#224; une monarchie constitutionnelle ne peut s'op&#233;rer qu'apr&#232;s de violentes luttes et en passant par une &#233;tape r&#233;publicaine, et que m&#234;me alors, l'ancienne dynastie, devenue inutile, doit c&#233;der la place &#224; une ligne secondaire usurpatrice. De ce fait, Guizot ne peut dire que les lieux communs les plus triviaux sur le renversement de la monarchie de la Restauration anglaise. Il ne cite m&#234;me pas les causes les plus imm&#233;diates : la crainte des nouveaux grands propri&#233;taires fonciers, qui avaient acquis des biens avant la restauration du catholicisme &#8212; biens vol&#233;s &#224; l'&#201;glise &#8212; de devoir les changer de mains ; l'aversion de la bourgeoisie commer&#231;ante et industrielle pour le catholicisme, religion qui ne convient plus du tout &#224; son commerce ; la nonchalance avec laquelle les Stuarts, pour leur propre b&#233;n&#233;fice et celui de leurs courtisans, vendirent toute l'industrie et le commerce de l'Angleterre au gouvernement fran&#231;ais, c'est-&#224;-dire au seul pays alors en mesure de pr&#233;senter &#224; l'Angleterre une concurrence dangereuse et souvent fructueuse, etc. Puisque M. Guizot omet les points les plus importants, il ne lui reste plus que le r&#233;cit tr&#232;s insatisfaisant et banal de simples &#233;v&#233;nements politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour M. Guizot, le grand myst&#232;re r&#233;side dans le caract&#232;re conservateur de la R&#233;volution anglaise, qu'il ne peut attribuer qu'&#224; l'intelligence sup&#233;rieure des Anglais, alors qu'en r&#233;alit&#233;, il r&#233;side dans l'alliance durable entre la bourgeoisie et une grande partie des propri&#233;taires fonciers, alliance qui constitue la diff&#233;rence majeure avec la R&#233;volution fran&#231;aise, qui d&#233;truisit les grandes propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res par sa politique de morcellement. La classe anglaise des grands propri&#233;taires fonciers, alli&#233;e &#224; la bourgeoisie &#8211; d&#233;j&#224; constitu&#233;e sous Henri VIII, soit dit en passant &#8211; ne se trouvait pas en opposition &#8211; comme le firent les propri&#233;taires f&#233;odaux fran&#231;ais en 1789 &#8211; mais en parfaite harmonie avec les besoins vitaux de la bourgeoisie. En r&#233;alit&#233;, leurs terres n'&#233;taient pas une propri&#233;t&#233; f&#233;odale, mais une propri&#233;t&#233; bourgeoise. D'une part, ils &#233;taient capables de fournir &#224; la bourgeoisie industrielle la main-d'&#339;uvre n&#233;cessaire &#224; l'industrie, et d'autre part, ils &#233;taient capables de d&#233;velopper une agriculture conforme aux normes de l'industrie et du commerce. Ainsi leurs int&#233;r&#234;ts communs avec la bourgeoisie, ainsi leur alliance avec elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Guizot, l'histoire anglaise s'ach&#232;ve avec la consolidation de la monarchie constitutionnelle. Pour lui, tout ce qui suit se r&#233;sume &#224; un jeu altern&#233; et plaisant entre Tories et Whigs, c'est-&#224;-dire au grand d&#233;bat entre Guizot et Thiers. En r&#233;alit&#233;, cependant, la consolidation de la monarchie constitutionnelle n'est que le d&#233;but du magnifique d&#233;veloppement et de la transformation de la soci&#233;t&#233; bourgeoise en Angleterre. L&#224; o&#249; Guizot ne voit qu'un calme paisible et une paix idyllique, se d&#233;roulent en r&#233;alit&#233; les conflits les plus violents et les r&#233;volutions les plus profondes. Sous la monarchie constitutionnelle, l'industrie manufacturi&#232;re conna&#238;t d'abord une expansion jusqu'alors inconnue, pour laisser place &#224; l'industrie lourde, &#224; la machine &#224; vapeur et aux usines colossales. Des classes enti&#232;res de la population disparaissent, remplac&#233;es par de nouvelles, aux conditions de vie et aux besoins nouveaux. Une nouvelle bourgeoisie, plus imposante, appara&#238;t ; tandis que l'ancienne bourgeoisie lutte contre la R&#233;volution fran&#231;aise, la nouvelle conquiert le march&#233; mondial. Il devient si tout-puissant qu'avant m&#234;me que le projet de loi de r&#233;forme ne lui conf&#232;re un pouvoir politique direct, il contraint ses adversaires &#224; promulguer des lois enti&#232;rement conformes &#224; ses int&#233;r&#234;ts et &#224; ses besoins. Il obtient une repr&#233;sentation directe au Parlement et l'utilise pour d&#233;truire les derniers vestiges de pouvoir r&#233;el laiss&#233;s aux propri&#233;taires fonciers. Il est enfin engag&#233; &#224; l'heure actuelle dans une d&#233;molition compl&#232;te des beaux codes de la Constitution anglaise, que M. Guizot admire tant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et tandis que M. Guizot f&#233;licite les Anglais de ce que les exc&#232;s r&#233;pr&#233;hensibles de la vie sociale fran&#231;aise, le r&#233;publicanisme et le socialisme, n'ont pas d&#233;truit les fondements de leur monarchie sacr&#233;e, les antagonismes de classe de la soci&#233;t&#233; anglaise ont en fait atteint un sommet qu'on ne trouve nulle part ailleurs, et la bourgeoisie, avec sa richesse et sa puissance productive incomparables, fait face &#224; un prol&#233;tariat qui poss&#232;de &#233;galement une puissance et une concentration incomparables. Le respect que M. Guizot t&#233;moigne &#224; l'Angleterre s'ajoute finalement au fait que, sous la protection de la monarchie constitutionnelle, des &#233;l&#233;ments de r&#233;volutions sociales plus nombreux et plus radicaux se sont d&#233;velopp&#233;s que dans tous les autres pays du monde r&#233;unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment o&#249; les fils de l'histoire anglaise se rejoignent, lorsque M. Guizot ne peut m&#234;me pas pr&#233;tendre trancher avec de simples phrases politiques, il se r&#233;fugie dans la charlatanerie religieuse, dans l'intervention arm&#233;e de Dieu. Ainsi, par exemple, le Saint-Esprit descend soudain sur l'arm&#233;e et emp&#234;che Cromwell de se proclamer roi. Devant sa conscience, Guizot se sauve par Dieu ; devant son public profane, il le fait par son style.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;alit&#233;, non seulement les rois s'en vont , mais aussi les capacit&#233;s de la bourgeoisie s'en vont .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/1850/02/english-revolution.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/1850/02/english-revolution.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/england/english-revolution/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/england/english-revolution/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/English_Revolution?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/English_Revolution?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> La guerre civile aux &#201;tats-Unis, vue par Marx et Engels</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7744</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7744</guid>
		<dc:date>2025-08-27T22:33:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis - USA</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; &#192; mon avis, la morale de tout cela c'est qu'une guerre de ce genre doit &#234;tre faite r&#233;volutionnairement et que les Yankees ont essay&#233; jusqu'ici de la faire constitutionnellement. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#224; Engels, le 7 ao&#251;t 1862. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx et Engels sur la guerre civile am&#233;ricaine &lt;br class='autobr' /&gt; https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr &lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre civile aux &#201;tats-Unis &lt;br class='autobr' /&gt;
par K. Marx - F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE &lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;Etats-Unis - USA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &#192; mon avis, la morale de tout cela c'est qu'une guerre de ce genre doit &#234;tre faite r&#233;volutionnairement et que les Yankees ont essay&#233; jusqu'ici de la faire constitutionnellement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#224; Engels, le 7 ao&#251;t 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels sur la guerre civile am&#233;ricaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre civile aux &#201;tats-Unis
&lt;p&gt;par K. Marx - F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx : LA QUESTION AM&#201;RICAINE EN ANGLETERRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;New York Daily Tribune, 11 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 18 septembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles que puissent &#234;tre ses qualit&#233;s intrins&#232;ques, la lettre de Mrs Beecher-Stowe &#224; lord Shaftesbury [1] a eu le grand m&#233;rite de contraindre les organes anti-nordistes de la presse londonienne &#224; exposer au grand public les pr&#233;tendues raisons de leur hostilit&#233; au Nord et de leurs sympathies mal dissimul&#233;es pour le Sud. Notons, en passant, que c'est l&#224; une attitude &#233;trange chez des gens qui affectent la plus grande horreur pour l'esclavage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuelle guerre am&#233;ricaine cause un bien gros tourment &#224; cette presse, car &#171; ce n'est pas un conflit pour l'abolition de l'esclavage &#187;, d'o&#249; il s'ensuit qu'on ne peut demander au citoyen britannique, &#226;me noble, rompue &#224; mener ses propres guerres et &#224; ne s'int&#233;resser &#224; celle des autres peuples que sous l'angle des &#171; grands principes humanitaires &#187;, d'&#233;prouver la moindre sympathie pour ses cousins du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'Economist affirme : &#171; D'abord, il est tout aussi impudent que faux de pr&#233;tendre que le conflit entre le Nord et le Sud soit une querelle pour la libert&#233; des n&#232;gres d'une part, et pour l'esclavage des n&#232;gres de l'autre. &#187; La Saturday Review d&#233;clare que le Nord &#171; ne proclame pas l'abolition, et n'a jamais pr&#233;tendu lutter contre l'esclavage. Le Nord n'a jamais inscrit sur ses drapeaux le symbole sacr&#233; de la justice envers les n&#232;gres. Son cri de guerre n'est pas l'abolition inconditionnelle de l'esclavage. &#187; Enfin, l'Examiner &#233;crit : &#171; Si nous avons &#233;t&#233; tromp&#233;s sur la signification r&#233;elle de ce sublime mouvement, qui en est responsable, sinon les f&#233;d&#233;ralistes eux-m&#234;mes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut bien reconna&#238;tre que, dans le premier cas, le point de d&#233;part est juste. La guerre n'a donc pas &#233;t&#233; commenc&#233;e pour abolir l'esclavage, et le gouvernement des &#201;tats-Unis s'est donne lui-m&#234;me le plus grand mal pour rejeter toute id&#233;e de ce genre. Mais alors, il faudrait se souvenir que ce n'est pas le Nord, mais le Sud, qui a commenc&#233; cette guerre, le premier ne faisant que se d&#233;fendre. En effet le Nord, apr&#232;s de longues h&#233;sitations et apr&#232;s avoir fait preuve d'une patience sans &#233;gale dans les annales de l'histoire europ&#233;enne, a fini par tirer l'&#233;p&#233;e, non pas pour briser l'esclavage, mais pour pr&#233;server l'Union. Le Sud, en revanche, a commenc&#233; la guerre en proclamant bien haut que l' &#171; institution particuli&#232;re &#187; &#233;tait le seul et principal but de la r&#233;bellion, mais, en m&#234;me temps, il confessait qu'il luttait pour la libert&#233; de r&#233;duire d'autres hommes en esclavage, libert&#233; qu'en d&#233;pit des d&#233;n&#233;gations du Nord, il pr&#233;tend menac&#233;e par la victoire du Parti r&#233;publicain [2] et par l'&#233;lection de Lincoln &#224; la pr&#233;sidence. Le Congr&#232;s des conf&#233;d&#233;r&#233;s s'est vant&#233; que la, nouvelle Constitution [3] - &#224; la diff&#233;rence de celle de Washington, Jefferson et Adams - a reconnu pour la premi&#232;re fois l'esclavage comme une chose bonne en soi et pour soi, un rempart de la civilisation et une institution divine. Alors que le Nord professe qu'il combat simplement pour pr&#233;server l'Union, le Sud se glorifie d'&#234;tre en r&#233;bellion pour faire triompher l'esclavage. M&#234;me si l'Angleterre anti-esclavagiste et id&#233;aliste ne se sent pas attir&#233;e par la d&#233;claration du Nord, comment se fait-il donc qu'elle n'ait pas &#233;prouv&#233; la plus vive r&#233;pulsion pour les aveux cyniques du Sud ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Saturday Review se tire de ce cruel dilemme, en refusant purement et simplement de croire aux d&#233;clarations des &#201;tats sudistes. Elle voit plus loin et d&#233;couvre &#171; que l'esclavage n'a pas grand-chose &#224; voir avec la s&#233;cession &#187; ; quant aux d&#233;clarations contraires de Jefferson Davis et compagnie, ce ne sont l&#224; que des &#171; poncifs &#187; &#224; peu pr&#232;s aussi d&#233;nu&#233;s de sens que ceux qui sont de r&#232;gle dans les proclamations, &#171; quand il est question d'autels viol&#233;s et de foyers d&#233;shonor&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arsenal des arguments des journaux anti-nordistes est extr&#234;mement r&#233;duit, et on s'aper&#231;oit qu'ils reprennent tous &#224; peu de chose pr&#232;s les m&#234;mes phrases, comme dans les formules d'une s&#233;rie math&#233;matique, qui reviennent &#224; intervalles r&#233;guliers avec de faibles variations ou combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist s'exclame : &#171; Hier encore, au moment o&#249; le mouvement de s&#233;cession commen&#231;ait &#224; prendre une forme s&#233;rieuse &#224; l'annonce de l'&#233;lection de M. Lincoln, le Nord offrit au Sud, s'il voulait demeurer dans l'Union, toutes les assurances possibles pour que continuent de fonctionner dans l'inviolabilit&#233; ses ha&#239;ssables institutions. Le Nord ne proclama-t-il pas solennellement qu'il renon&#231;ait &#224; s'immiscer dans ses affaires, tandis que les dirigeants nordistes proposaient au Congr&#232;s compromis sur compromis, bas&#233;s tous sur la concession qu'ils ne se m&#234;leraient pas de la question de l'esclavage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment se fait-il, dit l'Examiner, que le Nord f&#251;t pr&#234;t &#224; r&#233;aliser un compromis, en faisant au Sud les plus larges concessions en mati&#232;re d'esclavagisme ? Comment se fait-il qu'au Congr&#232;s certains aient propos&#233; une zone g&#233;ographique au sein de laquelle l'esclavage devait &#234;tre reconnu comme une institution n&#233;cessaire ? Les &#201;tats du Sud n'&#233;taient pas satisfaits pour autant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'Economist et l'Examiner eussent d&#251; demander, c'est non pas tant pourquoi le compromis Crittenden [4] et d'autres avaient &#233;t&#233; propos&#233;s au Congr&#232;s, mais pourquoi ils n'avaient pas &#233;t&#233; vot&#233;s. En fait ils font mine de croire que le Nord a accept&#233; ces propositions de compromis et que le Sud les a rejet&#233;es, alors qu'en r&#233;alit&#233; elles ont &#233;t&#233; vou&#233;es &#224; l'&#233;chec par le parti du Nord, qui avait assur&#233; l'&#233;lection de Lincoln. Ces propositions n'&#233;tant jamais devenues des r&#233;solutions, du fait qu'elles rest&#232;rent &#224; l'&#233;tat de v&#339;ux pieux, le Sud n'eut jamais l'occasion, et pour cause, de les rejeter ou les accepter. La remarque suivante de l'Examiner nous m&#232;ne au c&#339;ur de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Mrs Stowe pr&#233;tend que le parti esclavagiste d&#233;cida d'en finir avec l'Union lorsqu'il constata qu'il ne pouvait plus l'utiliser &#224; ses fins. Elle admet donc que le parti esclavagiste avait utilis&#233; jusque-l&#224; l'Union pour ses fins, mais il serait bon que Mrs Stowe montre clairement quand le Nord a commenc&#233; &#224; se dresser contre l'esclavagisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pu croire que l'Examiner et autres oracles de l'opinion publique en Angleterre s'&#233;taient assez familiaris&#233;s avec l'histoire la plus r&#233;cente pour ne pas recourir aux informations de Mrs Stowe sur un point d'aussi grande importance. L'usurpation croissante de l'Union par les puissances esclavagistes &#224; la suite de leur alliance avec le Parti d&#233;mocrate du Nord [5] est pour ainsi dire la formule g&#233;n&#233;rale de l'histoire des &#201;tats-Unis depuis le d&#233;but de ce si&#232;cle. Aux mesures successives de compromis correspond une mainmise progressive sur l'Union transform&#233;e de la sorte en esclave des propri&#233;taires du Sud. Chacun de ces compromis marque une nouvelle pr&#233;tention du Sud et une nouvelle concession du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, aucune des victoires successives du Sud ne fut remport&#233;e sans une chaude bataille pr&#233;alable contre l'une des forces adverses du Nord, qui se pr&#233;sentent sous divers noms de parti, avec de multiples mots d'ordre et sous toutes sortes de couleurs. Si le r&#233;sultat effectif et final de chacun de ces combats singuliers favorisait le Sud, un observateur attentif de l'histoire ne pouvait pas ne pas remarquer que chaque nouvelle avance de la puissance esclavagiste &#233;tait un pas de plus vers sa d&#233;faite finale. M&#234;me au temps du compromis du Missouri [6], les forces en lutte se contrebalan&#231;aient si &#233;troitement que Jefferson craignit - comme il ressort de ses M&#233;moires - que l'Union f&#251;t menac&#233;e d'&#233;clatement &#224; la suite de ce fatal antagonisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;tentions des puissances esclavagistes ne cess&#232;rent d'augmenter, lorsque le Kansas-Nebraska bill [7] d&#233;truisit pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des &#201;tats-Unis - comme M. Douglas le reconna&#238;t lui-m&#234;me - toute barri&#232;re l&#233;gale &#224; l'extension de l'esclavagisme dans les territoires des &#201;tats-Unis ; lorsqu'un candidat du Nord [8] acheta sa nomination pr&#233;sidentielle en promettant que l'Union se soumettrait ou ach&#232;terait Cuba pour en faire un nouveau champ de domination des esclavagistes ; lorsque ensuite la d&#233;cision de Dred Scott [9] proclama que l'extension de l'esclavagisme par le pouvoir f&#233;d&#233;ral &#233;tait la loi de la Constitution am&#233;ricaine [10], et qu'enfin le commerce d'esclaves africains &#233;tait rouvert de facto &#224; une &#233;chelle plus vaste qu'&#224; l'&#233;poque de son existence l&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, concurremment &#224; ces coupables faiblesses du Parti d&#233;mocrate du Nord fade aux pires usurpations du Sud, on constata, &#224; des signes ind&#233;niables, que le combat des forces oppos&#233;es devenait si intense que le rapport de force devait bient&#244;t se renverser. La guerre du Kansas [11], la formation du Parti r&#233;publicain et les nombreuses voix en faveur de M. Fr&#233;mont &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1856 [12] &#233;taient autant de preuves tangibles que le Nord avait accumul&#233; assez d'&#233;nergie pour corriger les aberrations que l'histoire des &#201;tats-Unis connaissait depuis un demi-si&#232;cle par la faute des esclavagistes, et pour la ramener aux v&#233;ritables principes de son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ces ph&#233;nom&#232;nes politiques, il y a un fait manifeste, d'ordre statistique et &#233;conomique, qui montre que l'usurpation de l'Union f&#233;d&#233;rale, au profit des esclavagistes avait atteint le point o&#249; ils devaient reculer de gr&#233; ou de force. Ce fait est le d&#233;veloppement du Nord-Ouest, les immenses efforts r&#233;alis&#233;s par sa population de 1850 &#224; 1860 [13], et l'influence nouvelle et revigorante qui en r&#233;sultait pour les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela repr&#233;sente-t-il un chapitre secret de l'histoire ? Fallait-il l' &#171; aveu &#187; de Mrs Beecher-Stowe pour faire d&#233;couvrir &#224; l'Examiner et autres lumi&#232;res politiques de la presse londonienne la v&#233;rit&#233; cach&#233;e, &#224; savoir que jusqu'ici, &#171; le parti esclavagiste avait utilis&#233; l'Union &#224; ses fins &#187; ? Est-ce la faute du Nord am&#233;ricain si les journalistes anglais ont &#233;t&#233; surpris par le heurt violent de forces antagoniques, dont la lutte &#233;tait la force motrice de l'histoire depuis un demi-si&#232;cle ? [14] Est-ce la faute des Am&#233;ricains si la presse anglaise tient pour un caprice &#233;lucubr&#233; en un jour ce qui est le r&#233;sultat venu &#224; maturation apr&#232;s de longues ann&#233;es de lutte ? Le simple fait que la formation et le d&#233;veloppement du Parti r&#233;publicain en Am&#233;rique aient &#224; peine &#233;t&#233; remarqu&#233;s par la presse londonienne montre &#224; l'&#233;vidence que ses tirades contre l'esclavage ne sont que du vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, les deux antipodes de la presse londonienne, le Times de Londres et le Reynold's Weekly Newspaper, le plus grand organe des classes respectables, et le seul organe de la classe ouvri&#232;re qui subsiste actuellement. juste avant que M. Buchanan n'ach&#232;ve sa carri&#232;re, le premier publia une apologie d&#233;taill&#233;e de son administration et une pol&#233;mique diffamatoire contre le mouvement r&#233;publicain. Pour sa part, le Reynold's, pendant le s&#233;jour &#224; Londres de Buchanan, en fit sa cible favorite et depuis lors n'a pas manqu&#233; une seule occasion de le mettre sur la sellette et de d&#233;noncer en lui un adversaire [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer au Nord la victoire du Parti r&#233;publicain, dont le programme se fonde sur l'opposition ouverte aux empi&#233;tements du syst&#232;me esclavagiste et &#224; l'utilisation abusive que font de l'Union les tenants de l'esclavagisme ? En outre, comment se fait-il que la grande majorit&#233; du Parti d&#233;mocrate du Nord se d&#233;tourne de ses liens traditionnels avec les chefs de l'esclavagisme, passe sur des traditions vieilles d'un demi-si&#232;cle et sacrifie de grands int&#233;r&#234;ts commerciaux et des pr&#233;jug&#233;s politiques plus grands encore pour voler au secours de l'actuelle administration r&#233;publicaine et lui offrir hommes et argent avec g&#233;n&#233;rosit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de r&#233;pondre &#224; ces questions, l'Economist s'exclame :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pouvons-nous oublier que les abolitionnistes sont d'habitude aussi f&#233;rocement pers&#233;cut&#233;s et maltrait&#233;s au Nord et &#224; l'Ouest qu'au Sud ? Peut-on nier que l'ent&#234;tement et l'indiff&#233;rence - pour ne pas dire la mauvaise foi - du gouvernement de Washington ont &#233;t&#233; pendant des ann&#233;es le principal obstacle &#224; nos efforts pour supprimer effectivement le commerce des esclaves sur la c&#244;te africaine ; qu'une partie consid&#233;rable des clippers actuellement engag&#233;s dans ce commerce est construite avec les capitaux du Nord, et exploit&#233;e par des marchands du Nord avec des &#233;quipages du Nord ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, en v&#233;rit&#233;, un chef-d'&#339;uvre de logique. L'Angleterre anti-esclavagiste ne peut sympathiser avec le Nord, qui s'attaque &#224; l'influence n&#233;faste des esclavagistes, parce qu'elle ne peut oublier que le Nord - tant qu'il &#233;tait soumis &#224; l'influence esclavagiste et que ses institutions d&#233;mocratiques &#233;taient souill&#233;es par les pr&#233;jug&#233;s des bourreaux d'esclaves - soutenait le commerce des esclaves et d&#233;criait les abolitionnistes. L'Angleterre ne peut sympathiser avec l'administration de M. Lincoln, parce qu'elle a d&#233;sapprouv&#233; l'administration de M. Buchanan ! En toute &#171; logique &#187;, elle doit fl&#233;trir l'actuel mouvement de renouveau du Nord et encourager ceux qui, au Nord, sympathisent avec le commerce des esclaves stigmatis&#233; par la plate-forme r&#233;publicaine [16], elle doit flirter avec la clique esclavagiste du Sud, qui &#233;difia un empire s&#233;par&#233;, parce que l'Angleterre ne pouvait oublier que le Nord d'hier n'&#233;tait pas le Nord d'aujourd'hui ! S'il. lui faut justifier son attitude par des faux-fuyants &#224; la Old Bailey [17], cela d&#233;montre avant tout que la fraction anti-nordiste de la presse anglaise est pouss&#233;e par des motifs cach&#233;s, c'est-&#224;-dire trop bas et trop inf&#226;mes pour &#234;tre exprim&#233;s ouvertement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des man&#339;uvres favorites de la presse anglaise &#233;tant de reprocher &#224; l'actuelle administration r&#233;publicaine les agissements des pr&#233;c&#233;dentes qui furent pro-esclavagistes, elle s'efforce dans la mesure du possible de persuader le peuple anglais que le New York Herald est le seul organe qui expose authentiquement l'opinion du Nord. Apr&#232;s que le Times de Londres eut ouvert la voie dans cette direction, le noyau esclavagiste des autres organes anti-nordistes, qu'ils soient grands ou petits, lui embo&#238;te le pas. Ainsi, l'Economist pr&#233;tend : &#171; Au plus fort de la guerre civile, il ne manque ni journaux ni politiciens &#224; New York pour exhorter les combattants, maintenant qu'ils ont de grandes arm&#233;es en campagne, &#224; ne pas lutter les uns contre les autres, mais contre la Grande-Bretagne, &#224; cesser toute querelle int&#233;rieure - y compris sur la question esclavagiste - pour envahir sans pr&#233;avis le territoire britannique avec des forces d'une sup&#233;riorit&#233; &#233;crasante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist sait parfaitement que les efforts du New York Herald, qui sont vivement encourag&#233;s par le Times de Londres et visent &#224; entra&#238;ner les &#201;tats-Unis dans une guerre avec l'Angleterre, ont pour seul but d'assurer la victoire de la s&#233;cession et de ruiner le mouvement de renaissance du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la presse anti-nordiste d'Angleterre fait une concession. Et la snob Saturday Review annonce : &#171; Ce qui est contestable dans l'&#233;lection de Lincoln et a pr&#233;cipit&#233; la crise, c'est purement et simplement la limitation de l'esclavage aux &#201;tats o&#249; il existait d&#233;j&#224;. &#187; Et l'Economist de remarquer : &#171; En effet, il est vrai que le but du Parti r&#233;publicain qui &#233;lut M. Lincoln, est d'emp&#234;cher l'extension de l'esclavage aux territoires non encore colonis&#233;s... Il est peut-&#234;tre vrai qu'un succ&#232;s complet et inconditionnel du Nord lui permettrait de limiter l'esclavage aux quinze &#201;tats dans lesquels il existe d&#233;j&#224;, ce qui pourrait &#233;ventuellement conduire &#224; sa disparition - mais ceci est plus vraisemblable que certain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1859 - &#224; l'occasion de l'exp&#233;dition de John Brown &#224; Harper's Ferry [18] - le m&#234;me Economist publiait une s&#233;rie d'articles d&#233;taill&#233;s afin de prouver qu'en raison d'une loi &#233;conomique, l'esclavage am&#233;ricain &#233;tait vou&#233; &#224; s'&#233;teindre graduellement d&#232;s lors qu'il ne serait plus en mesure de cro&#238;tre. Cette loi &#233;conomique fut parfaitement comprise par la clique esclavagiste. &#171; Si d'ici quinze ans, nous ne b&#233;n&#233;ficions pas d'un immense accroissement de terres &#224; esclaves, dit Toombs, nous devrons permettre aux esclaves de fuir de chez les Blancs, &#224; moins que les Blancs ne fuient devant les esclaves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La limitation de l'esclavage &#224; son territoire l&#233;gal, telle qu'elle fut proclam&#233;e par les r&#233;publicains, constitue le point de d&#233;part &#233;vident de la menace de s&#233;cession formul&#233;e pour la premi&#232;re fois &#224; la Chambre des repr&#233;sentants le 19 d&#233;cembre 1859. M. Singleton (Mississippi) demanda alors &#224; M. Curtis (Iowa) &#171; si le Parti r&#233;publicain n'admettrait plus que le Sud obtienne un pouce de territoire esclavagiste nouveau, tant que l'Union subsisterait &#187;. M. Curtis lui ayant r&#233;pondu que si, M. Singleton lui r&#233;pliqua que, dans ces conditions, l'Union serait dissoute. Il conseilla &#224; l'administration du Mississippi de sortir au plus t&#244;t de l'Union : &#171; Ces messieurs devraient se souvenir que Jefferson Davis a conduit nos forces arm&#233;es au Mexique ; or, il vit toujours, et pourrait fort bien commander l'arm&#233;e du Sud. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abstraction faite de la loi &#233;conomique, selon laquelle l'extension de l'esclavage est une condition vitale pour son maintien dans son territoire l&#233;gal, les leaders du Sud ne se sont jamais fait d'illusion sur la n&#233;cessit&#233; absolue de maintenir leur h&#233;g&#233;monie politique aux &#201;tats-Unis. Pour justifier ses propositions au S&#233;nat le 19 f&#233;vrier 1847, John Calhoun d&#233;clara sans ambages que &#171; le S&#233;nat &#233;tait le seul moyen d'assurer l'&#233;quilibre de pouvoir, laiss&#233; au Sud dans le gouvernement &#187; et que la formation d'&#201;tats esclavagistes nouveaux &#233;tait, devenue n&#233;cessaire &#171; pour conserver l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat &#187; [19]. Au reste, l'oligarchie des trois cent mille propri&#233;taires d'esclaves ne pourrait maintenir son pouvoir sur la pl&#232;be blanche sans l'app&#226;t de futures conqu&#234;tes et l'&#233;largissement de leurs territoires tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur des &#201;tats-Unis. Si d&#233;sormais -.selon l'oracle de la presse anglaise - le Nord a pris la ferme d&#233;cision de confiner l'esclavage dans ses limites actuelles et de le liquider ainsi par la voie l&#233;gale, cela ne devrait-il pas suffire &#224; lui assurer les sympathies de l'Angleterre &#171; anti-esclavagiste &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que les puritains anglais ne puissent vraiment &#234;tre content&#233;s que par une guerre abolitionniste expresse. L'Economist affirme : &#171; Comme il ne s'agit pas v&#233;ritablement d'une guerre pour l'&#233;mancipation de la race n&#232;gre, sur quelle base veut-on que nous sympathisions si chaleureusement avec la cause des f&#233;d&#233;r&#233;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fut un temps, dit l'Examiner, o&#249; nos sympathies allaient au Nord, parce que nous pensions qu'il s'opposait s&#233;rieusement aux empi&#233;tements des &#201;tats esclavagistes et d&#233;fendait l'&#233;mancipation comme une mesure de justice pour la race noire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans les m&#234;mes num&#233;ros o&#249; ces journaux racontent qu'ils ne peuvent sympathiser avec le Nord parce que sa guerre ne tend pas &#224; une v&#233;ritable abolition, nous lisons : &#171; Le moyen radical de proclamer l'&#233;mancipation des n&#232;gres, c'est d'appeler les esclaves &#224; une insurrection g&#233;n&#233;rale. &#187; Or, c'est l&#224; quelque chose &#171; dont la simple id&#233;e, est r&#233;pugnante et affreuse &#187; ; c'est pourquoi &#171; un compromis est bien pr&#233;f&#233;rable &#224; un succ&#232;s conquis &#224; un tel prix et souill&#233; d'un tel crime &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, les ardeurs anglaises pour une guerre abolitionniste sont purement hypocrites. Mais, on aper&#231;oit le pied fourchu du diable dans les phrases suivantes : &#171; Finalement, dit l'Economist, le tarif Morrill m&#233;rite notre gratitude et notre sympathie ; mais la certitude qu'en cas de triomphe du Nord, le tarif sera &#233;tendu &#224; toute la r&#233;publique est-elle une raison pour que nous aidions bruyamment &#224; son succ&#232;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Am&#233;ricains du Nord, dit l'Examiner, ne prennent rien d'autre au s&#233;rieux que leur tarif douanier qui les prot&#232;ge &#233;go&#239;stement... Les &#201;tats du Sud en ont assez d'&#234;tre d&#233;pouill&#233;s des fruits du travail de leurs esclaves par les tarifs protectionnistes du Nord. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Examiner et l'Economist se compl&#232;tent l'un l'autre. Ce dernier est assez honn&#234;te pour reconna&#238;tre finalement que, pour lui et les siens, la sympathie n'est d&#233;termin&#233;e que par une simple question de tarif douanier, tandis que le premier r&#233;duit la guerre entre le Sud et le Nord &#224; un simple conflit tarifaire, une guerre entre syst&#232;me protectionniste et libre-&#233;changiste. Peut-&#234;tre l'Examiner ne sait-il pas que m&#234;me ceux qui voulurent abroger l'acte de la Caroline du Sud en 1832 - comme le g&#233;n&#233;ral Jackson en t&#233;moigne - n'us&#232;rent du protectionnisme que comme d'un pr&#233;texte [20]. Quoi qu'il en soit, m&#234;me l'Examiner devrait savoir que l'actuelle r&#233;bellion n'a pas attendu l'adoption du tarif Morrill [21] pour &#233;clater. En fait, les sudistes ne pouvaient se plaindre de ce qu'ils &#233;taient d&#233;pouill&#233;s des fruits du travail de leurs esclaves par le syst&#232;me protectionniste du Nord, puisque le syst&#232;me libre-&#233;changiste &#233;tait en vigueur de 1846 &#224; 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier num&#233;ro, le Spectator caract&#233;rise d'une mani&#232;re frappante la pens&#233;e secr&#232;te d'un certain nombre d'organes anti-nordistes : &#171; Que souhaitent donc v&#233;ritablement ces organes anti-nordistes pour justifier la pr&#233;tention qu'ils ont de ne s'appuyer que sur l'inexorable logique ? Ils affirment que la s&#233;cession est d&#233;sirable, parce qu'elle est la seule fa&#231;on possible de faire cesser ce &#171; conflit fratricide qui n'a aucune raison d'&#234;tre. &#187; Mais voil&#224; qu'ils d&#233;couvrent ensuite d'autres raisons adapt&#233;es aux exigences morales du pays, maintenant que l'issue des &#233;v&#233;nements est claire. Bien s&#251;r, ces raisons ne sont mentionn&#233;es, r&#233;flexion faite, que comme humble apologie de la Providence et &#171; justification des voies du Seigneur envers l'homme &#187;, d&#232;s lors que la n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable est devenue manifeste aux yeux de tous. On d&#233;couvre ainsi qu'il serait d'un grand avantage pour les &#201;tats d'&#234;tre coup&#233;s en deux groupes rivaux. Chacun tiendrait en &#233;chec les ambitions de l'autre et neutraliserait sa force. Si l'Angleterre entrait en conflit avec l'un d'eux, la simple d&#233;fiance de chaque groupe adverse lui serait d'un grand secours. Et de remarquer qu'il s'ensuivrait une situation tr&#232;s favorable, qui nous lib&#233;rerait de la crainte et encouragerait la &#171; concurrence &#187; politique, cette grande sauvegarde de l'honn&#234;tet&#233; et de la franchise entre &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la situation express&#233;ment mise en &#233;vidence par la th&#233;orie de ceux qui commencent, chez nous, &#224; sympathiser avec le Sud. Traduit en bon anglais - et nous d&#233;plorons qu'un argument anglais ait besoin d'une traduction dans un tel sujet - cela signifie que si nous regrettons que cette &#171; guerre fratricide &#187; ait pris une telle ampleur, c'est pour esp&#233;rer qu'&#224; l'avenir elle continuera de susciter de redoutables convulsions, une s&#233;rie de petites guerres chroniques, de passions et de rivalit&#233;s entre les groupes d'&#201;tats rivaux. La v&#233;rit&#233; effective - et pr&#233;cis&#233;ment ce mode non anglais de ressentir cache cette v&#233;rit&#233;, bien qu'elle f&#251;t voil&#233;e de formules d&#233;centes - est cependant tr&#232;s nette : les groupes rivaux d'&#201;tats am&#233;ricains ne pourront vivre ensemble en paix et en harmonie. La situation d'inimiti&#233;, due aux causes m&#234;mes qui ont suscit&#233; le conflit actuel, deviendrait chronique. On a affirm&#233; que les diff&#233;rents groupes d'&#201;tats avaient des int&#233;r&#234;ts douaniers diff&#233;rents. Non seulement ces diff&#233;rents int&#233;r&#234;ts tarifaires seraient la source de petites guerres permanentes, d&#232;s lors, que les &#201;tats seraient s&#233;par&#233;s les uns des autres, mais encore l'esclavage - racine de tout le conflit - aggraverait les innombrables inimiti&#233;s, discordes et man&#339;uvres. Bref, il ne serait plus possible de r&#233;tablir un &#233;quilibre stable entre les &#201;tats rivaux. Et pourtant, on affirme que la perspective d'un conflit long et ininterrompu serait l'issue la plus favorable de la grande question qui est en train de se d&#233;cider actuellement. Au fond, ce que l'on juge le plus favorable dans le vaste conflit actuel, qui pourrait r&#233;tablir une unit&#233; politique nouvelle et plus puissante c'est l'alternative d'un grand nombre de petits conflits et d'un continent divis&#233; et affaibli que l'Angleterre n'aurait plus &#224; craindre. Nous ne nions pas que les Am&#233;ricains aient sem&#233; eux-m&#234;mes les germes de cette situation lamentable et regrettable par l'attitude inamicale et fanfaronne, qu'ils adoptent si souvent vis-&#224;-vis de l'Angleterre ; quoi qu'il en soit, nous devons bien avouer que nos propres sentiments sont vils et m&#233;prisables. Nous voyons bien qu'il n'existe aucun espoir d'une paix profonde et durable pour l'Am&#233;rique dans une solution boiteuse, puisqu'elle signifie involution et d&#233;sagr&#233;gation de la nation am&#233;ricaine en peuples et pays hostiles, et cependant nous levons les bras au ciel comme si nous &#233;tions effray&#233;s de l'actuelle guerre &#171; fratricide &#187;, alors qu'elle renferme la perspective d'une solution stable. Nous, souhaitons aux Am&#233;ricains un avenir fait d'innombrables et incessants conflits, qui seraient tout aussi fratricides, mais certainement bien plus d&#233;moralisants : nous le souhaitons uniquement pour &#234;tre lib&#233;r&#233;s de l'aiguillon de la concurrence am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La femme de lettres am&#233;ricaine Beecher-Stowe participa activement au mouvement pour l'abolition de l'esclavage. En septembre 1861, elle adressa une lettre ouverte &#224; lord Shaftesbury pour d&#233;noncer les conf&#233;d&#233;r&#233;s et exprimer son indignation devant l'attitude de l'Angleterre, qu'elle invitait &#224; prendre fait et cause pour les unionistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le Parti r&#233;publicain fut fond&#233; en r&#233;action aux empi&#233;tements de l'oligarchie esclavagiste. Il repr&#233;sentait les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie industrielle du Nord et jouit de l'appui des populations laborieuses. Pour &#233;liminer la puissance politique et sociale des esclavagistes, il limita l'esclavage &#224; ce qu'il &#233;tait, ce qui signifiait l'&#233;liminer progressivement. Quant aux terres non encore colonis&#233;es de l'Ouest, il en d&#233;cida l'attribution gratuite aux fermiers libres. Le Parti whig disparaissant peu &#224; peu &#224; la suite des &#233;lections de 1852, le champ &#233;tait dangereusement ouvert &#224; l'extension du Parti d&#233;mocrate pro-esclavagiste. L'abrogation du compromis du Missouri en 1854, rendit ce danger plus &#233;vident. D'&#233;normes meetings de protestation contre l'action du Congr&#232;s se tinrent d'un bout &#224; l'autre du Nord. Il en sortit le Parti r&#233;publicain, qui tint sa premi&#232;re convention &#224; Jackson, dans le Michigan, le 6 juillet 1854. Il se d&#233;veloppa rapidement &#224; l'&#233;chelle nationale par suite des &#233;v&#233;nements du Kansas (1854-1856), aggrav&#233;s par l'indignation suscit&#233;e dans le Nord par le manifeste d'Ostende (1854). En 1856, le nouveau parti entreprit sa premi&#232;re campagne pr&#233;sidentielle avec Fr&#233;mont en t&#234;te de liste. Quatre ans plus tard, il remportait l'&#233;lection de Lincoln, avec le mot d'ordre &#171; Libert&#233; d'expression ; libert&#233; d'acc&#232;s &#224; la terre ; libert&#233; du travail ; libert&#233; humaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La Constitution provisoire fut adopt&#233;e au Congr&#232;s de Montgomery (Alabama) du 4 f&#233;vrier 1861 par six &#201;tats esclavagistes du Sud - Caroline du Sud, G&#233;orgie, Floride, Alabama, Mississippi et Louisiane - qui &#233;taient sortis de l'Union am&#233;ricaine. Ce congr&#232;s proclama la cr&#233;ation de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud et choisit Jefferson Davis comme pr&#233;sident provisoire. Le Texas rejoignit la Conf&#233;d&#233;ration le 2 mars, les quatre &#201;tats fronti&#232;res esclavagistes, Virginie, Arkansas, Caroline du Nord et Tennessee, y adh&#233;r&#232;rent le 4 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &#192; la veille de la guerre de S&#233;cession, certains membres du Congr&#232;s tent&#232;rent de pr&#233;venir le conflit, en se livrant &#224; une s&#233;rie de man&#339;uvres parlementaires. En d&#233;cembre 1860, Crittenden, du Kentucky, proposa : 1) le vote d'un amendement constitutionnel qui remettrait en vigueur &#171; la ligne de compromis du Missouri &#187;, et 2) la promulgation d'une loi qui garantirait la protection de l'esclavage dans la r&#233;gion de &#171; Columbia &#187;. En ouvrant largement le vaste Sud-Ouest &#224; l'implantation de l'esclavage et en le prot&#233;geant au sein de la capitale f&#233;d&#233;rale, ce plan donnait satisfaction - en grande partie du moins - aux esclavagistes. Ce sont surtout les partisans de l&#224; distribution g&#233;n&#233;rale de la terre libre aux colons, qui s'oppos&#232;rent au projet de Crittenden. Finalement, priv&#233; du soutien n&#233;cessaire de ce groupement d&#233;cisif du Nord, le projet &#233;choua. Les projets de compromis propos&#233;s par Corwin, Weed et MeKean connurent le m&#234;me sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le Parti d&#233;mocrate, fond&#233; en 1828, rassemblait les planteurs, certains groupes de la bourgeoisie ainsi qu'une partie importante de fermiers et de petits-bourgeois des villes. Dans les ann&#233;es 1830 et 1840, il repr&#233;senta de plus en plus les int&#233;r&#234;ts des planteurs et de la grande bourgeoisie financi&#232;re du Nord, qui d&#233;fendait l'esclavage. Lorsque, apr&#232;s l'adoption du Kansas-Nebraska bill en 1854, l'esclavage mena&#231;a de submerger toute l'Union, il y eut une scission au sein du Parti d&#233;mocrate, qui permit la victoire de Lincoln en 1860.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le Compromis du Missouri marqua le d&#233;but d'une s&#233;rie de luttes politiques qui culmin&#232;rent dans la guerre de S&#233;cession. En 1820, le Sud esclavagiste se trouva dans une situation insolite. Le Nord libre avait d&#233;finitivement pris en main le contr&#244;le de la Chambre des repr&#233;sentants. Par cons&#233;quent, le Sud ne pouvait plus s'opposer &#224; l'&#233;laboration de lois favorables au Nord, ou de mesures dirig&#233;es contre le Sud, &#224; moins de dominer le S&#233;nat. Or, la majorit&#233; dans cette assembl&#233;e d&#233;pendait de l'entr&#233;e du Missouri en tant qu'&#201;tat esclavagiste. Pour emp&#234;cher le Sud d'avoir la majorit&#233; dans la Chambre Haute, le Nord demanda l'admission du Maine. A la suite de longs et violents d&#233;bats, les deux &#201;tats furent admis, maintenant ainsi l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat. De plus, le compromis du Missouri pr&#233;vit l'abolition de l'esclavage dans le territoire de la Louisiane situ&#233; au-del&#224; de la ligne du 360&#176; 30' de latitude nord. Ce compromis fut pratiquement annul&#233; en 1854 par l'adoption du Kansas-Nebraska bill.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gravit&#233; de cette lutte au niveau parlementaire fut pleinement comprise &#224; l'&#233;poque. Le 7 f&#233;vrier 1820, Jefferson &#233;crivait &#224; Hugh Nelson au sujet de la question du Missouri : &#171; C'est la plus importante qui ait jamais menac&#233; notre Union. M&#234;me aux plus noirs moments de la guerre r&#233;volutionnaire, je n'ai jamais &#233;prouv&#233; de craintes semblables &#224; celles que me cause cet incident. &#187; (Cf. T. Jefferson, Writings, ed. P. L. Ford, New York, 1899, vol. X, p. 156.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Le Kansas-Nebraska bill fut adopt&#233; en mai 1854 par le Congr&#232;s am&#233;ricain. Il stipulait la cr&#233;ation de deux territoires, en supposant que le Nebraska entrerait comme &#201;tat libre dans l'Union, contrairement au Kansas. Ainsi les forces du Nord et du Sud seraient &#233;galement repr&#233;sent&#233;es au S&#233;nat. En outre, cette loi, pr&#233;voyait l'annulation de la ligne s&#233;parant les &#201;tats libres des &#201;tats esclavagistes (compromis du Missouri). Les esclavagistes obtinrent ainsi ce qu'ils d&#233;siraient le plus ardemment : la reconnaissance que la zone de l'esclavagisme &#233;tait illimit&#233;e aux &#201;tats-Unis. Pour obtenir la sanction des d&#233;mocrates de l'Ouest, cette loi instaura la doctrine de la souverainet&#233; populaire dans chaque &#201;tat sur la question de l'introduction ou non de l'esclavage. Cette loi mena tout droit &#224; la guerre du Kansas, conflit qui servit lui-m&#234;me de prologue &#224; la guerre civile de 1861-1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] A titre d'ambassadeur des USA &#224; Londres, Buchanan publia le manifeste d'Ostende conjointement aux repr&#233;sentants diplomatiques de la France et de l'Espagne. Ce manifeste conseillait au gouvernement des USA d'acqu&#233;rir d'une mani&#232;re ou d'une autre l'&#238;le de Cuba qui appartenait &#224; l'Espagne. En 1856, Buchanan devint pr&#233;sident des USA, sous l'&#233;tiquette du Parti d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L'esclave Dred Scott suivit son ma&#238;tre le Dr Emerson, dans le territoire de Louisiane situ&#233; au-dessus de la ligne du 360&#176; 30' o&#249;, l&#233;galement, l'esclavage &#233;tait interdit. Dred y v&#233;cut un certain nombre d'ann&#233;es, s'y maria et eut des enfants. Par la suite, les Scott furent ramen&#233;s dans l'&#201;tat esclavagiste du Missouri. A la mort de leur ma&#238;tre, ils furent vendus &#224; un New-Yorkais, Samford, &#224; qui ils firent un proc&#232;s pour obtenir leur libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaire fut port&#233;e devant la Cour supr&#234;me qui &#233;tait non seulement en majeure partie compos&#233;e de sudistes, mais encore pr&#233;sid&#233;e par un sudiste, le juge Taney. En r&#233;digeant l'arr&#234;t pris par la majorit&#233;, ce dernier soutint que la Cour du Missouri n'avait pas pouvoir de juridiction dans cette affaire, puisque les Scott n'&#233;taient pas et ne pouvaient &#234;tre des citoyens au sens o&#249; l'entendait la Constitution. Qui plus est, le juge sauta sur l'occasion pour donner un arr&#234;t qui accordait aux esclavagistes ce qu'ils souhaitaient le plus : le droit de transf&#233;rer leurs biens meubles - esclaves y compris - dans n'importe quel territoire des &#201;tats-Unis, et d'y garder les esclaves m&#234;me si la l&#233;gislation de l'&#201;tat local ou du Congr&#232;s s'y opposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Malgr&#233; l'interdiction l&#233;gale du trafic d'esclaves africains, les planteurs sudistes n'en continuaient pas moins &#224; importer ces &#171; biens meubles &#187; apr&#232;s 1808. En d&#233;pit de l'absence de statistiques pr&#233;cises, des sources de l'&#233;poque montrent que la traite des Noirs &#233;tait plus importante que jamais. En 1840, on n'envoya pas moins de cent cinquante mille esclaves vers le Nouveau-Monde, contre quarante-cinq mille vers la fin du XVIII&#176; si&#232;cle. &#201;videmment, la plupart &#233;taient destin&#233;es aux &#201;tats-Unis. Au cours des ann&#233;es cinquante, on arma ouvertement des vaisseaux n&#233;griers &#224; New York et dans, le Maine ; selon le t&#233;moignage de Du Bois, quatre-vingt-cinq navires se livraient &#224; ce &#171; trafic illicite &#187;. Pendant ce temps, la Grande-Bretagne et les &#201;tats-Unis se livraient &#224; des tentatives hypocrites pour faire cesser le trafic d'esclaves en postant quelques navires au large de la c&#244;te d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Quand la loi Kansas-Nebraska fut vot&#233;e, un groupement anti-esclavagiste du Nord, dirig&#233; par Thayer, du Massachusetts, fonda une Soci&#233;t&#233; d'Aide aux &#233;migr&#233;s. Celle-ci se proposait d'envoyer au Kansas des sympathisants de la th&#233;orie de la terre libre, pour veiller &#224; ce que ce territoire entr&#226;t dans l'Union, en tant qu'&#201;tat libre. Pendant ce temps, les esclavagistes organis&#232;rent des bandes d'hommes de main recrut&#233;s dans la p&#232;gre du Missouri occidental.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces bandes envahirent le Kansas en octobre 1854, mais elles furent repouss&#233;es. Cependant, elles revinrent et impos&#232;rent par la terreur l'&#171; &#233;lection &#187; d'un d&#233;l&#233;gu&#233; pro-esclavagiste au Congr&#232;s. Dans les m&#234;mes conditions, on &#233;lit, en mars 1855, des magistrats favorables aux esclavagistes, mais les partisans de la terre libre refus&#232;rent de les reconna&#238;tre. Ils cr&#233;&#232;rent donc leur propre assembl&#233;e, r&#233;dig&#232;rent une constitution et demand&#232;rent &#224; &#234;tre admis dans l'Union. Entre-temps, Shannon, valet des int&#233;r&#234;ts esclavagistes, fut nomm&#233; gouverneur du territoire. La guerre civile &#233;clata en 1856 : les partisans de la terre libre (free soilers), conduits par le militant abolitionniste John Brown, organis&#232;rent des sections militaires et se mirent &#224; d&#233;sagr&#233;ger les forces esclavagistes. Le gouverneur Shannon fut remplac&#233; par un partisan plus fougueux de l'esclavagisme, un certain Woodson, qui en appela &#224; tous les &#171; bons citoyens &#187; pour &#233;craser l' &#171; insurrection &#187;. De toute &#233;vidence, cet appel s'adressait &#224; la p&#232;gre qui, saisissant l'allusion, envahit de nouveau le Kansas et, cette fois, pilla le pays jusqu'&#224; Ossawattomie. Les partisans de la terre, libre se dirig&#232;rent alors sur Lecompton et ne furent emp&#234;ch&#233;s de prendre la ville que par l'arriv&#233;e des troupes f&#233;d&#233;rales. Entre-temps, fut nomm&#233; un nouveau gouverneur : Geary, de Pennsylvanie ; gr&#226;ce &#224; une man&#339;uvre rapide, il put repousser les bandits hors du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] En 1856, Fr&#233;mont, le candidat r&#233;publicain, recueillit 1341264 voix, et Buchanan, le candidat d&#233;mocrate, 1 838 169 voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] En 1850, l'Illinois, l'Indiana, l'Iowa, l'Ohio, le Michigan et le territoire du Minnesota groupaient une population de 4 721 551 &#226;mes. Dix ans plus tard, il y avait 7 773 820 habitants dans cette r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Dans la Mis&#232;re de la Philosophie, Marx s'en prend &#224; Proudhon qui, dans toute cat&#233;gorie &#233;conomique, s'efforce de s&#233;parer le bon c&#244;t&#233; du mauvais, afin de ne retenir que le bon. Or, dit Marx, &#171; ce qui constitue le mouvement dialectique, c'est pr&#233;cis&#233;ment la coexistence de deux c&#244;t&#233;s contradictoires, leur lutte et leur fusion en une cat&#233;gorie nouvelle : rien qu'&#224; poser le probl&#232;me d'&#233;liminer le mauvais c&#244;t&#233;, on coupe court au mouvement dialectique &#187;. C'est ainsi que, d&#232;s 1847, Marx montre que la lutte f&#233;conde entre l'esclavage et le travail libre donne naissance &#224; une cat&#233;gorie nouvelle : le travail salari&#233; (libre et forc&#233;), qui permet l'industrialisation &#224; une &#233;chelle immense et la lutte pour le socialisme, Cf. Mis&#232;re de la Philosophie, chap. II, &#167;2, 4&#176; observation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Dans le texte publi&#233; par la New York Daily Tribune, nous lisons cette phrase qui contredit directement l'opposition qu'&#233;tablit Marx entre l'attitude du Times et du Reynold's en ce qui concerne Buchanan ; &#171; Pour sa part, Reynold's, durant le s&#233;jour de Buchanan &#224; Londres, &#233;tait l'un de ses favoris, et depuis lors n'a pas manqu&#233; une. seule occasion pour le mettre sur la sellette et d&#233;noncer ses adversaires. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que la New York Tribune ne se g&#234;nait pas pour modifier des passages entiers ou les supprimer, etc., si bien que Marx dut interrompre sa collaboration &#224; ce journal progressiste en mars 1862. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] En ce qui concerne la condamnation du trafic d'esclaves par le Parti r&#233;publicain, cf. le programme r&#233;publicain de 1860, neuvi&#232;me r&#233;solution, in : E. Stanwood, A History of President Elections, Boston 1888, p. 230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Old Bailey, nom donn&#233; &#224; la citadelle de la prison de Newgate &#224; Londres, o&#249; si&#233;geait le tribunal criminel central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le 16 octobre 1859, John Brown, &#224; la t&#234;te d'une troupe de vingt-deux hommes, dont cinq Noirs, tenta de s'emparer de l'arsenal f&#233;d&#233;ral et de l'armurerie de Harper's Ferry en Virginie, afin de provoquer un soul&#232;vement des esclaves dont les &#201;tats esclavagistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le colonel E. Lee, futur chef militaire des forces sudistes, fit prisonnier John Brown ainsi qu'un certain nombre de ses hommes. Au milieu de l'agitation populaire, ils furent jug&#233;s pour trahison et d&#233;clar&#233;s coupables. En d&#233;cembre 1859, Brown fut pendu. Le Nord protesta avec v&#233;h&#233;mence contre son ex&#233;cution. Brown encouragea les Noirs dans leur lutte contre l'esclavage et favorisa le rassemblement des forces abolitionnistes du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Cf. J. C. Calhoun, Works, ed. R. K. Crall&#233; (New York 1854), vol. IV, pp. 340, 341, 343.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] En juillet 1832, Jackson signa &#171; un tarif syst&#233;matiquement protectionniste &#187;, qui provoqua un large m&#233;contentement en Caroline du Sud. John C. Calhoun cristallisa dans son &#201;tat le sentiment qu'il fallait annuler le tarif protectionniste et faire s&#233;cession. Une session sp&#233;ciale des magistrats de la Caroline du Sud se r&#233;unit et ordonna la convocation d'une assembl&#233;e. Celle-ci adopta le 24 novembre 1832 une ordonnance annulant le tarif, appelant les citoyens de l'&#201;tat &#224; d&#233;fendre l'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du pouvoir f&#233;d&#233;ral et mena&#231;ant de faire s&#233;cession. Cette ordonnance devait prendre effet &#224; dater de f&#233;vrier 1833. Entre-temps, le pr&#233;sident Jackson agit en toute h&#226;te. Apr&#232;s avoir annonc&#233; son intention de faire appliquer par la force toutes les lois f&#233;d&#233;rales en Caroline du Sud, il envoya des troupes et des navires &#224; Charleston. Comme aucun des autres &#201;tats sudistes ne r&#233;agit, la Caroline du Sud plia bient&#244;t. Pour la d&#233;claration de Jackson sur le tarif consid&#233;r&#233; comme un pr&#233;texte pour faire s&#233;cession, cf. sa lettre au r&#233;v&#233;rend Andrew J. Crawford, dat&#233;e du 1er mai 1833, in : A. Jackson, Correspondance, ed. J. S. Bassett and J. F. Jameson, Washington 1931, vol. V, p. 72.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Le tarif Morrill est un droit douanier de caract&#232;re protectionniste, pr&#233;sent&#233; au Congr&#232;s par le r&#233;publicain Morrill et adopt&#233; en mai 1860. Les taxes douani&#232;res augment&#232;rent sensiblement &#224; la suite de ce tarif. D&#232;s le 4 f&#233;vrier, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des six &#201;tats se concert&#232;rent &#224; Montgomery pour former la Conf&#233;d&#233;ration sudiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
LA GUERRE CIVILE NORD-AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 25.10.1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 20 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des mois, les quotidiens et hebdomadaires qui donnent le ton au reste de la presse londonienne, ressassent la m&#234;me litanie sur la guerre civile am&#233;ricaine. Tout en insultant les libres &#201;tats du Nord, ils se d&#233;fendent anxieusement du soup&#231;on de sympathiser avec les &#201;tats esclavagistes du Sud. En fait, ils &#233;crivent toujours deux types d'articles : l'un pour attaquer le Nord, l'autre pour excuser leurs attaques contre le Nord. Qui s'excuse s'accuse. (Fr.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs arguments sont par essence l&#233;nifiants : la guerre entre le Nord et le Sud est un simple conflit tarifaire. Elle n'a donc rien &#224; voir avec les principes, ni avec la question de l'esclavage ; en fait, il s'agit de la soif de pouvoir qu'&#233;prouve le Nord. En outre, m&#234;me si le bon droit &#233;tait du c&#244;t&#233; des nordistes, c'est en vain que l'on tenterait de mettre sous le joug par la violence huit millions d'Anglo-Saxons. Enfin, la s&#233;paration d'avec le Sud n'affranchirait-elle pas le Nord de tout rapport avec l'esclavage des Noirs et ne lui assurerait-elle pas - &#233;tant donn&#233; ses vingt millions d'habitants et son immense territoire - un d&#233;veloppement sup&#233;rieur, dont il ne soup&#231;onne m&#234;me pas l'ampleur ? En cons&#233;quence, le Nord devrait saluer la s&#233;cession comme un &#233;v&#233;nement heureux, au lieu d'essayer de la mater au moyen d'une guerre civile sanglante et inefficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons consid&#233;rer point par point le plaidoyer de la presse anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit entre le Nord et le Sud - telle est la premi&#232;re excuse - n'est qu'une simple guerre tarifaire, une guerre entre syst&#232;mes protectionniste et libre-&#233;changiste, l'Angleterre se tenant &#233;videmment du c&#244;t&#233; de la libert&#233; commerciale. Le propri&#233;taire d'esclaves peut-il jouir pleinement des fruits du travail de ses esclaves, ou doit-il en &#234;tre partiellement frustr&#233; par les protectionnistes du Nord ? Telle est la question qui se pose dans cette guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait r&#233;serv&#233; au Times de faire cette brillante d&#233;couverte, l'Economist, l'Examiner, la Saturday Review et tutti quanti s'attachant &#224; exposer ce th&#232;me en d&#233;tail. Il vaut d'&#234;tre not&#233; que cette d&#233;couverte n'a pas &#233;t&#233; faite &#224; Charleston, mais &#224; Londres. Naturellement, chacun sait en Am&#233;rique que le syst&#232;me du libre-&#233;change pr&#233;valait de 1846 &#224; 1861, et qu'il fallut attendre 1861 pour que le repr&#233;sentant Morrill fasse voter son syst&#232;me de protection tarifaire par le Congr&#232;s, apr&#232;s que la r&#233;bellion eut &#233;clat&#233;. Il n'y a donc pas eu de s&#233;cession parce que le Congr&#232;s avait vot&#233; le syst&#232;me tarifaire de Morrill, mais, dans le meilleur des cas, ce syst&#232;me fut adopt&#233; au Congr&#232;s parce que la s&#233;cession avait &#233;clat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la Caroline du Sud eut en 1831 sa premi&#232;re crise de s&#233;cession, les lois protectionnistes de 1828 lui servirent certes de pr&#233;texte, mais seulement de pr&#233;texte, comme on l'a su par la d&#233;claration du g&#233;n&#233;ral Jackson [1]. En fait, on n'a pas repris cette fois-ci ce vieux pr&#233;texte. Au Congr&#232;s de la s&#233;cession de Montgomery, on a &#233;vit&#233; toute allusion &#224; la question tarifaire, parce que la culture sucri&#232;re de la Louisiane - l'un des &#201;tats les plus influents du Sud - d&#233;pend enti&#232;rement de la protection tarifaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la presse londonienne soutient dans son plaidoyer que la guerre des &#201;tats-Unis vise uniquement au maintien de l'Union par la force. Les nordistes ne peuvent se r&#233;soudre &#224; effacer quinze &#233;toiles de leur drapeau. Les Yankees veulent se tailler une place &#233;norme sur la sc&#232;ne mondiale. Certes, il en serait tout autrement si cette guerre &#233;tait men&#233;e pour l'abolition de l'esclavage ! Mais, comme la Saturday Review le d&#233;clare cat&#233;goriquement, cette guerre n'a rien &#224; voir avec la question de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, il faut rappeler que la guerre n'a pas &#233;t&#233; provoqu&#233;e par le Nord, mais par le Sud. Le Nord se trouve sur la d&#233;fensive. Pendant des mois, il a regard&#233; sans broncher les s&#233;cessionnistes s'emparer des forts, des arsenaux militaires, des installations portuaires, des b&#226;timents de douane, des bureaux de paierie, des navires et d&#233;p&#244;ts d'armes de l'Union, insulter son drapeau et faire prisonniers des corps de troupe entiers. Finalement, les s&#233;cessionnistes d&#233;cid&#232;rent de contraindre le gouvernement de l'Union &#224; sortir de sa passivit&#233; par un acte de guerre retentissant, et c'est pour cette seule raison qu'ils bombard&#232;rent Fort Sumter pr&#232;s de Charleston. Le 11 avril (1861), leur g&#233;n&#233;ral Beauregard avait appris, lors d'une rencontre avec le commandant de Fort Sumter, le major Anderson, que la place disposait seulement de trois jours de vivres et devait donc rendre les armes, pass&#233; ce d&#233;lai. Afin de h&#226;ter la reddition, les s&#233;cessionnistes ouvrirent aux premi&#232;res heures du lendemain (12 avril) le bombardement, qui devait aboutir &#224; la chute de la place en quelques heures. A peine cette nouvelle parvint-elle par t&#233;l&#233;graphe &#224; Montgomery, le si&#232;ge du Congr&#232;s de la s&#233;cession, que le ministre de la Guerre Walker d&#233;clara publiquement au nom de la nouvelle Conf&#233;d&#233;ration : &#171; Nul ne peut dire o&#249; finira la guerre commenc&#233;e aujourd'hui. &#187; [2] En m&#234;me temps, il proph&#233;tisa &#171; qu'avant le 1&#176; mai le drapeau de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud flotterait sur le d&#244;me du vieux Capitole de Washington et sous peu sans doute aussi sur le Faneuil Hall de Boston &#187;, [3] C'est seulement apr&#232;s qu'il y eut la proclamation, dans laquelle Lincoln rappela soixante quinze mille hommes pour la protection de l'Union. Le bombardement de Fort Sumter coupa la seule voie constitutionnelle possible, &#224; savoir la convocation d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du peuple am&#233;ricain, comme Lincoln l'avait propos&#233; dans son adresse inaugurale [4]. Il ne restait plus &#224; Lincoln d'autre choix que de s'enfuir de. Washington, d'&#233;vacuer le Maryland et le Delaware, d'abandonner le Missouri et la Virginie, ou de r&#233;pondre &#224; la guerre par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la question de savoir quel est le principe de la guerre civile am&#233;ricaine, le Sud lui-m&#234;me r&#233;pond par le cri de guerre lanc&#233; au moment de la rupture de la paix. Stephens, le vice-pr&#233;sident de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, d&#233;clara au Congr&#232;s de la s&#233;cession que ce qui distinguait essentiellement la Constitution nouvellement tram&#233;e &#224; Montgomery de celle de Washington et Jefferson, c'&#233;tait que, d&#233;sormais et pour la premi&#232;re fois, l'esclavage &#233;tait reconnu comme une institution bonne en soi et comme le fondement de tout l'&#233;difice de l'&#201;tat, alors que les p&#232;res de la r&#233;volution, emp&#234;tr&#233;s qu'ils &#233;taient dans les pr&#233;jug&#233;s du XVIII&#176; si&#232;cle, avaient trait&#233; l'esclavage comme un mal import&#233; d'Angleterre et devant &#234;tre &#233;limin&#233; progressivement. Un autre matamore du Sud, M. Speeds, s'&#233;cria, &#171; Il s'agit pour nous de fonder une grande r&#233;publique esclavagiste (a great slave republic). &#187; Comme on le voit, le Nord a tir&#233; l'&#233;p&#233;e simplement pour d&#233;fendre l'Union, et le Sud n'a-t-il pas d&#233;j&#224; d&#233;clar&#233; que le maintien de l'esclavage n'&#233;tait plus compatible pour longtemps avec l'existence de l'Union ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le bombardement de Fort Sumter donna le signal de l'ouverture des hostilit&#233;s, la victoire &#233;lectorale du Parti r&#233;publicain du Nord - l'&#233;lection de Lincoln &#224; la pr&#233;sidence - donna le signal de la s&#233;cession. Lincoln fut &#233;lu le 6 novembre 1860. Le 8 novembre 1860, c'&#233;tait le t&#233;l&#233;gramme de la Caroline du Sud : &#171; La s&#233;cession est consid&#233;r&#233;e ici comme un fait accompli. &#187; Le 10 novembre, l'Assembl&#233;e l&#233;gislative de G&#233;orgie mit en chantier ses plans de s&#233;cession, et le 15 novembre une session sp&#233;ciale d&#233; l'Assembl&#233;e l&#233;gislative du Mississippi &#233;tait convoqu&#233;e pour d&#233;battre de la s&#233;cession. A vrai dire, la victoire de Lincoln elle-m&#234;me n'&#233;tait que le r&#233;sultat d'une scission dans le camp d&#233;mocrate. Durant la bataille &#233;lectorale, les d&#233;mocrates du Nord avaient concentr&#233; leurs voix sur Douglas, et ceux du Sud sur Breckinridge, et cet &#233;parpillement des voix d&#233;mocrates permit la victoire du Parti r&#233;publicain. D'o&#249; provient, d'une part, la sup&#233;riorit&#233; du Parti r&#233;publicain dans le Nord , et, d'autre part, la division au sein du Parti d&#233;mocrate, dont les membres, au Nord et au Sud, op&#233;raient de concert depuis plus d'un demi-si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidence de Buchanan repr&#233;senta le point culminant de la domination sur l'Union que le Sud avait fini par usurper gr&#226;ce &#224; son alliance avec les d&#233;mocrates du Nord. Le dernier Congr&#232;s continental de 1787 et le premier Congr&#232;s constitutionnel de 1789-1790 avaient l&#233;galement banni l'esclavage de tous les territoires de la R&#233;publique au nord-ouest de l'Ohio. (Comme on le sait, les territoires sont les noms donn&#233;s aux colonies situ&#233;es &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des &#201;tats-Unis, tant qu'elles n'ont pas atteint le niveau de population constitutionnellement prescrit pour la formation d'&#201;tats autonomes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le compromis dit du Missouri (1820) [5], &#224; la suite duquel le Missouri est entr&#233; dans les rangs des &#201;tats-Unis en tant qu'&#201;tat esclavagiste, exclut l'esclavage de tout le territoire au-del&#224; du 360&#176; 30' de latitude nord, et &#224; l'ouest du Missouri. Ce compromis fit avancer la zone de l'esclavage de plusieurs degr&#233;s de longitude, tandis que par ailleurs on assignait des limites g&#233;ographiques tr&#232;s pr&#233;cises &#224; sa propagation future. Cette barri&#232;re g&#233;ographique fut &#224; son tour renvers&#233;e en 1854 par ce que l'on appelle le Kansas-Nebraska bill [6], dont. le promoteur fut Stephen A. Douglas, alors leader de la d&#233;mocratie du Nord. Le bill adopt&#233; par les deux chambres du Congr&#232;s abolit le compromis du Missouri, pla&#231;a sur le m&#234;me pied esclavage et libert&#233;, ordonna au gouvernement de l'Union de les traiter avec la m&#234;me indiff&#233;rence, et laissa &#224; la souverainet&#233; populaire le soin de d&#233;cider s'il fallait ou non introduire l'esclavage dans un territoire. Ainsi, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des &#201;tats-Unis, on abolissait toute limitation g&#233;ographique et l&#233;gale &#224; l'extension de l'esclavage dans les territoires. De par cette nouvelle l&#233;gislation, tout le territoire, jusque-l&#224; libre du Nouveau-Mexique et cinq fois plus grand que l'&#201;tat de New York, fut transform&#233; en pays d'esclavage, et la zone esclavagiste fut prolong&#233;e, de la fronti&#232;re de la R&#233;publique mexicaine, jusqu'au 381&#176; de latitude nord. En 1859, le Nouveau-Mexique fut dot&#233; d'un Code de l'esclavage qui rivalisait de barbarie avec les l&#233;gislations du Texas et de l'Alabama. Cependant, comme le recensement de 1860 l'indique, le Nouveau-Mexique compte &#224; peine une cinquantaine d'esclaves sur environ cent mille habitants. Il a donc suffit au Sud d'envoyer au-del&#224; de la fronti&#232;re une poign&#233;e d'aventuriers avec quelques esclaves pour rassembler, avec l'aide du gouvernement central de Washington, de ses fonctionnaires et fournisseurs du Nouveau-Mexique, un semblant de repr&#233;sentation populaire en vue d'octroyer &#224; ce territoire l'esclavage et d'imposer partout la domination des esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette m&#233;thode commode ne s'av&#233;ra pas efficace dans les autres territoires. C'est pourquoi, le Sud fit un pas de plus, et le Congr&#232;s en appela &#224; la Cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis. Cette cour, compos&#233;e de neuf juges, dont cinq appartenant au Sud, &#233;tait depuis longtemps l'instrument le plus docile des esclavagistes. Elle d&#233;cida, en 1857, dans le m&#233;morable cas Dred Scott [7], que chaque citoyen am&#233;ricain avait le droit d'emporter avec lui sur n'importe quel territoire toute propri&#233;t&#233; reconnue par la Constitution. Or, la Constitution reconnaissait la propri&#233;t&#233; d'esclaves ; on obligea ainsi le gouvernement de l'Union &#224; prot&#233;ger cette propri&#233;t&#233;. En cons&#233;quence, sur une base constitutionnelle, les esclaves pouvaient &#234;tre contraints par leurs ma&#238;tres &#224; travailler dans tous les territoires, et il &#233;tait loisible &#224; chaque, esclavagiste en particulier d'introduire l'esclavage - m&#234;me contre la volont&#233; de la majorit&#233; des colons - dans tous les territoires libres jusque-l&#224;. On d&#233;nia ainsi aux assembl&#233;es l&#233;gislatives locales le droit d'interdire l'esclavage, et on imposa au Congr&#232;s et au gouvernement de l'Union le devoir de favoriser les promoteurs de l'esclavagisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le compromis du Missouri de 1820 avait &#233;tendu la limite g&#233;ographique de l'esclavagisme dans les territoires, si le Kansas-Nebraska bill de 1854 avait effac&#233; toute fronti&#232;re g&#233;ographique et l'avait remplac&#233;e par une barri&#232;re politique - la volont&#233; de la majorit&#233; des colons - la Cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis, par sa d&#233;cision de 1857, abattait toute entrave politique et transformait tous les territoires de la R&#233;publique, pr&#233;sents et futurs, de libres &#201;tats en serres chaudes de l'esclavagisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, sous le gouvernement de Buchanan, on aggrava en 1850 la l&#233;gislation sur l'extradition des esclaves en fuite ; et on l'appliqua impitoyablement dans les &#201;tats du Nord [8]. Il apparut que le vocation constitutionnelle du Nord &#233;tait de rattraper les esclaves pour les ma&#238;tres du Sud. D'autre part, en vue de freiner autant que possible la colonisation des territoires par de libres colons, le parti esclavagiste mit en &#233;chec toute la l&#233;gislation sur la libert&#233; du sol, c'est-&#224;-dire les r&#232;glements assurant aux colons une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de terres d'&#201;tat libres de charges [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique int&#233;rieure aussi bien qu'ext&#233;rieure des &#201;tats-Unis se mit au service des esclavagistes. De fait, Buchanan avait acc&#233;d&#233; &#224; la dignit&#233; pr&#233;sidentielle gr&#226;ce au manifeste d'Ostende, o&#249; il proclamait que l'acquisition de Cuba, soit &#224; titre on&#233;reux soit par la force des armes, &#233;tait la grande t&#226;che de la politique nationale [10]. Sous son gouvernement, le Nord du Mexique fut d&#233;j&#224; distribu&#233; aux sp&#233;culateurs fonciers am&#233;ricains, qui attendaient avec impatience le signal pour envahir Chihuahua, Coahuila et Sonora [11]. Les continuelles exp&#233;ditions de pirates et de flibustiers contre les &#201;tats d'Am&#233;rique centrale [12] &#233;taient dirig&#233;es, s'il vous pla&#238;t, de la Maison-Blanche de Washington. En liaison intime avec cette politique ext&#233;rieure, qui se proposait ouvertement de conqu&#233;rir des territoires nouveaux afin d'y introduire l'esclavage et la domination des esclavagistes, se situait la r&#233;ouverture du commerce des esclaves secr&#232;tement appuy&#233;e par le gouvernement de l'Union [13]. Stephen A. Douglas lui-m&#234;me d&#233;clara le 20 ao&#251;t 1859 au S&#233;nat am&#233;ricain : &#171; L'an dernier, nous avons import&#233; plus de n&#232;gres d'Afrique que jamais auparavant au cours d'une ann&#233;e, m&#234;me &#224; l'&#233;poque o&#249; le commerce des esclaves &#233;tait encore l&#233;gal. Le nombre des esclaves import&#233;s l'ann&#233;e derni&#232;re se serait &#233;lev&#233; &#224; quinze mille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propagation par la force arm&#233;e de l'esclavage &#224; l'ext&#233;rieur, tel &#233;tait le but avou&#233; de la politique nationale. De fait, l'Union &#233;tait devenue l'esclave des trois cent mille esclavagistes, qui dominaient le. Sud. Ce r&#233;sultat d&#233;coulait d'une s&#233;rie de compromis que le Sud devait &#224; son alliance avec les d&#233;mocrates du Nord. Toutes les tentatives renouvel&#233;es p&#233;riodiquement, depuis 1817, pour r&#233;sister aux empi&#233;tements croissants des esclavagistes &#233;chou&#232;rent devant cette alliance. Enfin, ce fut le tournant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que fut vot&#233; le Kansas-Nebraska bill qui effa&#231;ait la ligne fronti&#232;re de l'esclavage et en soumettait l'application &#224; la volont&#233; des colons dans les territoires nouveaux, les &#233;missaires arm&#233;s des esclavagistes - voyous des r&#233;gions fronti&#232;res du Missouri et de l'Arkansas - se pr&#233;cipit&#232;rent sur le Kansas, le couteau de chasse dans une main et le revolver dans l'autre, afin d'en chasser les colons et les traitant avec une cruaut&#233; sans nom. Ces raids de brigandage trouvaient appui aupr&#232;s du gouvernement central de Washington. D'o&#249; l'immense r&#233;action. Dans tout le nord, et notamment dans le nord-ouest, il se forma une organisation auxiliaire pour apporter au Kansas un soutien en hommes, armes et argent [14]. De cette organisation auxiliaire, naquit le Parti r&#233;publicain, qui doit donc son existence &#224; la lutte pour d&#233;fendre le Kansas. Apr&#232;s l'&#233;chec de la tentative pour transformer par la force le Kansas en un territoire &#224; esclaves, le Sud s'effor&#231;a d'aboutir au m&#234;me r&#233;sultat au moyen d'intrigues politiques. Le gouvernement de Buchanan, en particulier, mit tout en oeuvre pour rel&#233;guer le Kansas parmi les &#201;tats esclavagistes des &#201;tats-Unis, en lui imposant une constitution pro-esclavagiste. D'o&#249; une lutte nouvelle, conduite cette fois pour l'essentiel au Congr&#232;s de Washington. M&#234;me Stephen A. Douglas, le chef des d&#233;mocrates du Nord intervint alors (1857-1858) contre le gouvernement et ses alli&#233;s du Sud, parce que l'octroi d'une constitution esclavagiste contredisait le principe de la souverainet&#233; des colons garantie par le Nebraska bill de 1854. Douglas, s&#233;nateur de l'Illinois, un &#201;tat du nord-ouest, e&#251;t naturellement perdu toute son influence, s'il avait voulu conc&#233;der au Sud le droit de d&#233;poss&#233;der, par la force des armes ou par des actes du Congr&#232;s, les territoires colonis&#233;s par le Nord [15]. Apr&#232;s avoir cr&#233;&#233; le Parti r&#233;publicain, la lutte pour le Kansas provoquait maintenant la premi&#232;re scission au sein du Parti d&#233;mocrate lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti r&#233;publicain se donna une premi&#232;re plate-forme, &#224; l'occasion des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1856. Bien que son candidat - John Fr&#233;mont - ne f&#251;t pas victorieux, le nombre consid&#233;rable de voix qu'il remporta prouva en tout cas que le parti croissait rapidement notamment au nord-ouest [16]. Lors de leur seconde Convention nationale pour les &#233;lections pr&#233;sidentielles (17 mai 1860), les r&#233;publicains enrichirent leur programme de 1856 de quelques additions seulement. Il contenait essentiellement les points suivants : il ne faut plus c&#233;der le moindre pouce de terrain aux esclavagistes ; il faut que cesse la politique de banditisme vis-&#224;-vis de l'ext&#233;rieur ; il faut stigmatiser la r&#233;ouverture du commerce des esclaves ; enfin, il faut &#233;dicter des lois sur la libert&#233; de la terre, afin de promouvoir la libre colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point d&#233;cisif et vital de ce programme &#233;tait qu'on ne c&#233;derait plus un pouce de terrain nouveau &#224; l'esclavagisme ; au contraire on devait le tenir cantonn&#233; dans les limites des &#201;tats o&#249; il subsistait d&#233;j&#224; l&#233;galement [17]. Ainsi, l'esclavage devait-il formellement &#234;tre confin&#233;. Or, l'extension progressive du territoire et du domaine de l'esclavagisme au-del&#224; de leurs limites anciennes est une loi vitale pour les &#201;tats esclavagistes de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture des articles d'exportation du sud - coton, tabac, sucre, etc. - pratiqu&#233;e par les esclaves, est r&#233;mun&#233;ratrice, aussi longtemps seulement qu'elle s'effectue avec de larges apports d'esclaves, sur une vaste &#233;chelle et d'immenses espaces de terres naturellement fertiles, qui n'exigent qu'un travail simple. La culture intensive qui ne d&#233;pend pas tant de la fertilit&#233; du sol que des placements de capitaux, de l'intelligence et de l'&#233;nergie du travailleur, est contraire &#224; la nature de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste &#224; une rapide transformation d'&#201;tats, tels que le Maryland et la Virginie, qui utilisaient autrefois des esclaves pour produire des articles d'exportation, en &#201;tats qui &#233;l&#232;vent des esclaves pour les exporter ensuite vers les &#201;tats situ&#233;s plus au sud. M&#234;me en Caroline du Sud, o&#249; les esclaves repr&#233;sentent les quatre-septi&#232;mes de la population, la production de coton est rest&#233;e enti&#232;rement stationnaire depuis des ann&#233;es du fait de l'&#233;puisement du sol. Et effectivement, de par la seule force des choses, la Caroline du Sud s'est d&#233;j&#224; partiellement transform&#233;e en un &#201;tat d'&#233;levage des esclaves, puisque chaque ann&#233;e elle vend d&#233;j&#224; pour quatre millions de dollars d'esclaves aux &#201;tats de l'extr&#234;me sud et du sud-ouest. Sit&#244;t que ce point est atteint, il devient indispensable d'acqu&#233;rir des territoires nouveaux pour qu'une partie des ma&#238;tres d'esclaves occupent de nouvelles bandes de terres fertiles, la partie abandonn&#233;e derri&#232;re eux se transformant en territoire d'&#233;levage d'esclaves destin&#233;s &#224; la vente sur le march&#233;. Il ne fait donc aucun doute que, sans l'acquisition de la Louisiane, du Missouri et de l'Arkansas par les &#201;tats-Unis, l'esclavage se serait &#233;teint depuis longtemps en Virginie et au Maryland. Au Congr&#232;s s&#233;cessionniste de Montgomery, l'un des porte-parole du Sud - le s&#233;nateur Toombs - a formul&#233; d'une mani&#232;re frappante la loi &#233;conomique qui commande l'extension continuelle du territoire de l'esclavage : &#171; Si d'ici quinze ans nous ne b&#233;n&#233;ficions pas d'un immense accroissement des terres &#224; esclaves, nous devrons permettre aux esclaves de fuir de chez les Blancs, &#224; moins que les Blancs ne fuient devant les esclaves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le sait, les mandats des. diff&#233;rents &#201;tats &#224; la Chambre des repr&#233;sentants du Congr&#232;s d&#233;pendent du nombre d'habitants de leur population respective. Comme la population des &#201;tats libres cro&#238;t infiniment plus vite que celle des &#201;tats esclavagistes, le nombre des repr&#233;sentants du Nord doit bient&#244;t d&#233;passer de loin celui des repr&#233;sentants. du Sud. Le v&#233;ritable si&#232;ge de la puissance politique du Sud se d&#233;place toujours plus vers le S&#233;nat am&#233;ricain, o&#249; chaque &#201;tat - que sa population soit forte ou faible - dispose de deux postes de s&#233;nateurs. Pour maintenir son influence au S&#233;nat et, par ce truchement, son h&#233;g&#233;monie sur les &#201;tats-Unis, le Sud a donc besoin de cr&#233;er sans cesse de nouveaux &#201;tats esclavagistes. Or, de n'est possible qu'en gagnant des pays &#233;trangers - le Texas par exemple - ou en transformant les territoires appartenant aux &#201;tats-Unis, d'abord en territoires &#224; esclaves, puis en &#201;tats esclavagistes, comme c'est le cas du Missouri, de l'Arkansas, etc. John Calhoun - adul&#233; par les esclavagistes et consid&#233;r&#233; comme leur homme d'&#201;tat par excellence - d&#233;clarait d&#233;j&#224; le 19 f&#233;vrier 1847 au S&#233;nat, que seule cette Chambre mettait la balance du pouvoir aux mains du Sud, que, l'extension du territoire esclavagiste &#233;tait indispensable pour pr&#233;server cet &#233;quilibre entre le Sud et le Nord au S&#233;nat, et que les tentatives de cr&#233;ation par la force de nouveaux &#201;tats esclavagistes se justifiaient donc pour le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le nombre des actuels, esclavagistes dans le sud de l'Union atteint &#224; peine trois cent mille, soit une oligarchie tr&#232;s mince &#224; laquelle font face des millions de &#171; pauvres Blancs &#187; (poor Whites), dont la masse cro&#238;t sans cesse en raison de la concentration de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, et dont les conditions ne sont comparables qu'&#224; celles des pl&#233;b&#233;iens romains &#224; l'&#233;poque du d&#233;clin extr&#234;me de Rome. C'est seulement par l'acquisition - ou la perspective d'acquisition - de territoires nouveaux, ou par des exp&#233;ditions de flibusterie qu'il est possible d'accorder les int&#233;r&#234;ts de ces &#171; pauvres Blancs &#187; &#224; ceux des esclavagistes, et de donner &#224; leur turbulent besoin d'activit&#233; une direction qui ne soit pas dangereuse, puisqu'elle fait miroiter &#224; leurs yeux l'espoir qu'ils peuvent devenir un jour eux-m&#234;mes des propri&#233;taires d'esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un strict confinement de l'esclavage dans son ancien domaine devrait donc - de par les lois &#233;conomiques de l'esclavagisme - conduire &#224; son extinction progressive, puis - du point de vue politique - ruiner l'h&#233;g&#233;monie exerc&#233;e par les &#201;tats esclavagistes du Sud gr&#226;ce au S&#233;nat, et enfin exposer, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de leurs &#201;tats, l'oligarchie esclavagiste &#224; des dangers de plus en plus mena&#231;ants de la part des &#171; pauvres Blancs &#187;. Bref, les r&#233;publicains attaquaient &#224; la racine la domination des esclavagistes, en proclamant le principe qu'ils s'opposeraient par la loi &#224; toute extension future des territoires &#224; esclaves. La victoire &#233;lectorale des r&#233;publicains devait donc pousser &#224; la lutte ouverte entre le Nord et le Sud. Toutefois, cette victoire &#233;tait elle-m&#234;me conditionn&#233;e par la scission dans le camp d&#233;mocrate, ainsi que nous l'avons d&#233;j&#224; mentionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour le Kansas avait d&#233;j&#224; provoqu&#233; une coupure entre le Parti esclavagiste et ses alli&#233;s d&#233;mocrates du Nord. Lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1860, le m&#234;me conflit &#233;clatait sous une forme encore plus g&#233;n&#233;rale. Les d&#233;mocrates du Nord, avec leur candidat Douglas, firent d&#233;pendre l'introduction de l'esclavage dans les territoires de la volont&#233; de la majorit&#233; des colons. Le parti esclavagiste - avec son candidat Breckinridge - soutint que la Constitution des &#201;tats-Unis - comme la Cour supr&#234;me l'avait d&#233;clar&#233; - entra&#238;nait l&#233;galement l'esclavage dans son sillage ; en soi et pour soi, l'esclavage &#233;tait d&#233;j&#224; l&#233;gal sur tout le territoire et n'exigeait aucune naturalisation particuli&#232;re. Ainsi donc, tandis que les r&#233;publicains interdisaient tout &#233;largissement des territoires esclavagistes, le parti sudiste pr&#233;tendait que tous les territoires de la r&#233;publique &#233;taient ses domaines r&#233;serv&#233;s. Et, de fait, il tenta, par exemple au Kansas, d'imposer de force &#224; un territoire l'esclavage, gr&#226;ce au gouvernement central, contre la volont&#233; des colons. Bref, il faisait maintenant de l'esclavage la loi de tous les territoires de l'Union. Cependant, faire cette concession n'&#233;tait pas au pouvoir des chefs d&#233;mocrates : elle aurait simplement fait d&#233;serter leur arm&#233;e dans le camp r&#233;publicain. Au reste, la &#171; souverainet&#233; des colons &#187; &#224; la Douglas ne pouvait satisfaire le parti des esclavagistes. Ce qu'ils voulaient r&#233;aliser devait se faire dans les quatre ann&#233;es suivantes sous le nouveau pr&#233;sident et par le gouvernement central : aucun d&#233;lai n'&#233;tait permis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;chappait pas aux esclavagistes qu'une nouvelle puissance &#233;tait n&#233;e, le Nord-ouest, dont la population avait presque doubl&#233; de 1850 &#224; 1860 et qui &#233;tait maintenant sensiblement &#233;gale &#224; la population blanche des &#201;tats esclavagistes [18]. Or, cette puissance n'&#233;tait pas encline, de par ses traditions, son temp&#233;rament et son mode de vie, &#224; se laisser tra&#238;ner de compromis en compromis, comme l'avaient fait les vieux &#201;tats du nord-est. L'Union n'avait d'int&#233;r&#234;t pour le Sud que si elle lui donnait le pouvoir f&#233;d&#233;ral pour r&#233;aliser sa politique esclavagiste. Si ce n'&#233;tait plus le cas, il valait mieux rompre maintenant plut&#244;t que d'assister pendant encore quatre ans au d&#233;veloppement du Parti r&#233;publicain et &#224; l'essor du Nord-Ouest, pour engager la lutte sous des auspices plus d&#233;favorables. Le parti esclavagiste joua donc son va-tout. Lorsque les d&#233;mocrates du Nord refus&#232;rent de jouer plus longtemps le r&#244;le de &#171; pauvres Blancs &#187; du Sud, le Sud donna la victoire &#224; Lincoln en &#233;parpillant ses voix ; il tira ensuite l'&#233;p&#233;e, en prenant cette victoire pour pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, tout le mouvement reposait - et repose encore - sur la question des esclaves. Certes, il ne s'agit pas directement d'&#233;manciper - ou non - les esclaves au sein des &#201;tats esclavagistes existants ; il s'agit bien plut&#244;t de savoir si vingt millions d'hommes libres du Nord vont se laisser dominer plus longtemps par une oligarchie de trois cent mille esclavagistes, si les immenses territoires de la R&#233;publique serviront de serres chaudes au d&#233;veloppement d'&#201;tats libres ou d'&#201;tats esclavagistes, si, enfin, la politique nationale de l'Union aura pour devise la propagation arm&#233;e de l'esclavage au Mexique et en Am&#233;rique centrale et m&#233;ridionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre article, nous examinerons ce. que vaut l'assertion de la presse londonienne, selon laquelle le Nord devrait approuver la s&#233;cession comme la solution la plus favorable et au demeurant, la seule possible du conflit en cours [19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Comme l'indiquent les deux notes pr&#233;c&#233;dentes, la d&#233;claration de Jackson relative au tarif servit de simple pr&#233;texte pour faire s&#233;cession. D&#232;s 1828, la Caroline du Sud fit une premi&#232;re offensive pour son annulation : ses assembl&#233;es nomm&#232;rent un comit&#233; de sept membres pour contester la constitutionnalit&#233; du tarif protectionniste de 1828. Ce comit&#233; mit au point, un rapport, r&#233;dig&#233; en fait par John C. Calhoun, alors vice-pr&#233;sident des &#201;tats-Unis. Ce document, connu par la suite sous le nom de D&#233;claration de la Caroline du Sud, proclamait que la loi sur les tarifs de 1828 &#233;tait inconstitutionnelle et demandait au Congr&#232;s de l'annuler. Les Chambres donn&#232;rent leur accord &#224; ce projet qui fut ensuite envoy&#233; au S&#233;nat o&#249; il fut accept&#233; (f&#233;vrier 1829). Si la Caroline du Sud n'agita pas dans sa D&#233;claration de 1828 une action plus &#233;nergique (c'est-&#224;-dire proclamation publique du droit &#224; la s&#233;cession), c'est parce qu'elle croyait qu'on adopterait un tarif moins &#233;lev&#233; d&#232;s que le pr&#233;sident &#233;lu Jackson serait au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. Times du 27 avril 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Faneuil Hall, connu sous le nom de &#171; Berceau de la libert&#233; &#187; &#233;tait le lieu de rendez-vous des r&#233;volutionnaires de Boston au cours de la guerre d'Ind&#233;pendance. Un riche marchand, Peter Faneuil, en avait fait don &#224; la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans son discours inaugural, Lincoln d&#233;clara nettement qu'il &#233;tait d'avis que les populations pouvaient amender la Constitution si elles le d&#233;siraient : &#171; Sans recommander que l'on fasse des amendements, dit-il, je reconnais sans arri&#232;re-pens&#233;e que le peuple exerce pleinement le contr&#244;le sur toute cette question... Je me risquerais m&#234;me &#224; ajouter qu'&#224; mes yeux le syst&#232;me conventionnel est pr&#233;f&#233;rable, en cela m&#234;me qu'il permet au peuple de faire des amendements. &#187; Cf. A. Lincoln, Inaugural Address, March 4, 1861, reproduit dans : H. Greeley, The American Conflict, Hartford 1864, vol I. p. 425.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les suffrages exprim&#233;s lors de l'&#233;lection de 1860 se r&#233;partissent comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de voix&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voix au colll&#232;ge &#233;lectoral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lincoln&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 866 452&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;180&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douglas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 376 957&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;112&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Breckinridge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;849 781&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bell&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;588 879&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi donc, si l'on ajoute les voix de Douglas &#224; celles de Breckinridge on obtient 360 286 de plus que celles de Lincoln.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le Compromis du Missouri marqua le d&#233;but d'une s&#233;rie de luttes politiques qui culmin&#232;rent dans la guerre de S&#233;cession. En 1820, le Sud esclavagiste se trouva dans une situation insolite. Le Nord libre avait d&#233;finitivement pris en main le contr&#244;le de la Chambre des repr&#233;sentants. Par cons&#233;quent, le Sud ne pouvait plus s'opposer &#224; l'&#233;laboration de lois favorables au Nord, ou de mesures dirig&#233;es contre le Sud, &#224; moins de dominer le S&#233;nat. Or, la majorit&#233; dans cette assembl&#233;e d&#233;pendait de l'entr&#233;e du Missouri en tant qu'&#201;tat esclavagiste. Pour emp&#234;cher le Sud d'avoir la majorit&#233; dans la Chambre Haute, le Nord demanda l'admission du Maine. A la suite de longs et violents d&#233;bats, les deux &#201;tats furent admis, maintenant ainsi l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat. De plus, le compromis du Missouri pr&#233;vit l'abolition de l'esclavage dans le territoire de la Louisiane situ&#233; au-del&#224; de la ligne du 360&#176; 30' de latitude nord. Ce compromis fut pratiquement annul&#233; en 1854 par l'adoption du Kansas-Nebraska bill.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gravit&#233; de cette lutte au niveau parlementaire fut pleinement comprise &#224; l'&#233;poque. Le 7 f&#233;vrier 1820, Jefferson &#233;crivait &#224; Hugh Nelson au sujet de la question du Missouri : &#171; C'est la plus importante qui ait jamais menac&#233; notre Union. M&#234;me aux plus noirs moments de la guerre r&#233;volutionnaire, je n'ai jamais &#233;prouv&#233; de craintes semblables &#224; celles que me cause cet incident. &#187; (Cf. T. Jefferson, Writings, ed. P. L. Ford, New York, 1899, vol. X, p. 156.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le Kansas-Nebraska bill fut adopt&#233; en mai 1854 par le Congr&#232;s am&#233;ricain. Il stipulait la cr&#233;ation de deux territoires, en supposant que le Nebraska entrerait comme &#201;tat libre dans l'Union, contrairement au Kansas. Ainsi les forces du Nord et du Sud seraient &#233;galement repr&#233;sent&#233;es au S&#233;nat. En outre, cette loi, pr&#233;voyait l'annulation de la ligne s&#233;parant les &#201;tats libres des &#201;tats esclavagistes (compromis du Missouri). Les esclavagistes obtinrent ainsi ce qu'ils d&#233;siraient le plus ardemment : la reconnaissance que la zone de l'esclavagisme &#233;tait illimit&#233;e aux &#201;tats-Unis. Pour obtenir la sanction des d&#233;mocrates de l'Ouest, cette loi instaura la doctrine de la souverainet&#233; populaire dans chaque &#201;tat sur la question de l'introduction ou non de l'esclavage. Cette loi mena tout droit &#224; la guerre du Kansas, conflit qui servit lui-m&#234;me de prologue &#224; la guerre civile de 1861-1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] L'esclave Dred Scott suivit son ma&#238;tre le Dr Emerson, dans le territoire de Louisiane situ&#233; au-dessus de la ligne du 360&#176; 30' o&#249;, l&#233;galement, l'esclavage &#233;tait interdit. Dred y v&#233;cut un certain nombre d'ann&#233;es, s'y maria et eut des enfants. Par la suite, les Scott furent ramen&#233;s dans l'&#201;tat esclavagiste du Missouri. A la mort de leur ma&#238;tre, ils furent vendus &#224; un New-Yorkais, Samford, &#224; qui ils firent un proc&#232;s pour obtenir leur libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaire fut port&#233;e devant la Cour supr&#234;me qui &#233;tait non seulement en majeure partie compos&#233;e de sudistes, mais encore pr&#233;sid&#233;e par un sudiste, le juge Taney. En r&#233;digeant l'arr&#234;t pris par la majorit&#233;, ce dernier soutint que la Cour du Missouri n'avait pas pouvoir de juridiction dans cette affaire, puisque les Scott n'&#233;taient pas et ne pouvaient &#234;tre des citoyens au sens o&#249; l'entendait la Constitution. Qui plus est, le juge sauta sur l'occasion pour donner un arr&#234;t qui accordait aux esclavagistes ce qu'ils souhaitaient le plus : le droit de transf&#233;rer leurs biens meubles - esclaves y compris - dans n'importe quel territoire des &#201;tats-Unis, et d'y garder les esclaves m&#234;me si la l&#233;gislation de l'&#201;tat local ou du Congr&#232;s s'y opposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La loi sur les esclaves en fuite, adopt&#233;e par le Congr&#232;s de 1850, compl&#233;tait la loi de 1793 sur l'extradition des esclaves en fuite. La loi de 1850 pr&#233;voyait en effet que tous les &#201;tats disposeraient de fonctionnaires charg&#233;s de livrer les esclaves fugitifs. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral devait employer tous les moyens dont il disposait pour reprendre possession des esclaves fugitifs, et il d&#233;niait aux esclaves le, droit d'&#234;tre jug&#233;s par un jury ou de t&#233;moigner pour leur d&#233;fense. Pour chaque Noir captur&#233; et renvoy&#233; &#224; l'esclavage, la r&#233;compense se montait &#224; dix dollars. La loi pr&#233;voyait une peine de mille dollars et six mois de prison pour quiconque s'opposait &#224; l'application de la loi. Les masses populaires furent exasp&#233;r&#233;es par cette loi, et le mouvement abolitionniste s'en trouva renforc&#233;. La loi devint pratiquement inapplicable au d&#233;but de la guerre civile, et fut abolie d&#233;finitivement en 1864.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L'attribution gratuite de parcelles de terre libres dans l'Ouest consid&#233;r&#233; comme domaine d'&#201;tat &#233;tait la revendication essentielle des free soilers, membres d'un parti abolitionniste fond&#233; en 1848 et demandant la libert&#233; des terres. Ces free soilers, qui &#233;taient tout naturellement en comp&#233;tition avec les esclavagistes dans la colonisation des territoires nouveaux devaient exiger l'interdiction de l'esclavage dans les r&#233;gions &#224; coloniser et l'annulation des ventes de terres aux gros propri&#233;taires et sp&#233;culateurs. Le Congr&#232;s et le gouvernement de Washington oppos&#232;rent une vive r&#233;sistance &#224; ces revendications. En 1854, une loi sur la libert&#233; du sol vint en discussion au S&#233;nat ; les d&#233;mocrates du Sud s'y oppos&#232;rent aussit&#244;t, parce qu'elle &#233;tait &#171; teint&#233;e &#187; d'abolitionnisme. Bien qu'ayant &#233;t&#233; adopt&#233;e par la Chambre des repr&#233;sentants, le S&#233;nat refusa de ratifier cette loi. Ce n'est qu'en 1860 qu'elle fut vot&#233;e avec cette restriction cependant : la terre n'&#233;tait pas attribu&#233;e gratuitement, mais contre paiement de vingt-cinq dollars par acre. Pourtant, le pr&#233;sident Buchanan lui opposa son veto. Ce n'est qu'en 1862, apr&#232;s la victoire r&#233;publicaine et la d&#233;faite des &#201;tats esclavagistes, que la loi fut d&#233;finitivement adopt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Pour s'assurer de nouveaux territoires &#224; esclaves, le Sud chercha &#224; s'agrandir non seulement en direction de l'ouest, mais encore du sud. Apr&#232;s avoir spoli&#233; le Mexique de certaines r&#233;gions, les esclavagistes se tourn&#232;rent vers l'Espagne, en vue d'acheter Cuba ou de s'en emparer par les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] De 1857 &#224; 1859, des capitalistes am&#233;ricains, sous la direction de Charles P. Stone, manifest&#232;rent un grand int&#233;r&#234;t pour les mines et les terres tr&#232;s fertiles de Sonora. Ils commenc&#232;rent par y installer des soci&#233;t&#233;s d'aide aux &#233;migrants : c'&#233;tait le premier pas vers l'annexion. La politique mexicaine du pr&#233;sident Buchanan servait parfaitement ces int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques particuliers. Aussit&#244;t apr&#232;s son entr&#233;e en fonction. Buchanan autorisa le paiement au Mexique d'une somme de douze &#224; quinze millions pour la Basse-Californie et une large portion de Sonora et de Chihuahua. En 1858, il recommanda au Congr&#232;s que le Gouvernement am&#233;ricain assum&#226;t un protectorat temporaire sur Sonora et Chihuahua et y &#233;tablisse des postes militaires. Dans son article sur l'Intervention au Mexique, Marx &#233;voque le fait que Palmerston expropria les cr&#233;anciers anglais de l'&#201;tat mexicain et fit c&#233;der le Texas aux esclavagistes nord-am&#233;ricains. Il &#233;claire ainsi les v&#233;ritables mobiles de l'exp&#233;dition au Mexique de 1860 et le contenu r&#233;el de la collusion imp&#233;rialiste entre les sudistes et l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Au cours des ann&#233;es 1850, les puissances esclavagistes ne convoitaient pas seulement Cuba, et le Nord du Mexique, mais encore l'Am&#233;rique centrale. Des exp&#233;ditions de flibustiers furent organis&#233;es notamment contre le Nicaragua pour en faire la base d'un immense empire esclavagiste. William Walker joua un r&#244;le essentiel dans cette entreprise. En 1855, il s'empara de Grenade ; les esclavagistes du Sud appuy&#232;rent sa proclamation instaurant et l&#233;galisant l'esclavage dans ces pays. Mais, l'aide des esclavagistes ne fut pas assez forte pour le maintenir contre la coalition des &#201;tats d'Am&#233;rique centrale. En 1857, Walker fut renvers&#233;, et ses tentatives ult&#233;rieures de reconqu&#234;te &#233;chou&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] La Constitution am&#233;ricaine de 1787 l&#233;galisa l'esclavage des Noirs dans les &#201;tats o&#249; il existait d&#233;j&#224; et y permit l'achat de Noirs dans d'autres &#201;tats. C'est en mars 1807 seulement que le Congr&#232;s interdit d'importer des esclaves d'Afrique ou d'autres &#201;tats, par une loi qui entra en vigueur le 1er janvier 1808 et pr&#233;voyait certaines mesures contre la traite des Noirs, et notamment la confiscation des navires et chargements transportant les Noirs. En fait, cette loi fut continuellement tourn&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme on l'a vu dans la note 10, le commerce des esclaves, quoique interdit d'une certaine mani&#232;re refleurit au cours des ann&#233;es 1850. Malgr&#233; les efforts de la Convention commerciale du Sud de 1859, la traite ne fut pas l&#233;galis&#233;e ; toutes les lois en ce sens &#233;chou&#232;rent m&#234;me en G&#233;orgie, Alabama, Louisiane et au Texas. L'&#233;chec en &#233;tait d&#251; en grande partie &#224; une contradiction au sein m&#234;me de la classe esclavagiste : les &#201;tats fronti&#232;res et orientaux qui pratiquaient l'&#233;levage des Noirs pour les vendre aux &#201;tats esclavagistes en expansion redoutaient la concurrence africaine et une d&#233;pression du prix des esclaves par suite d'une &#171; offre &#187; trop abondante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Des organisations d'aide aux colons du Kansas furent cr&#233;&#233;es en 1854-1855 dans une s&#233;rie d'&#201;tat du Nord et du Nord-Ouest (Massachusetts, New York, Pennsylvanie, Ohio, Illinois, etc.). La premi&#232;re connut le jour en avril 1854 au Massachusetts. Ces organisations se proposaient de lutter contre l'expansion de l'esclavagisme et d'installer des petits, colons au Kansas. Elles s'occupaient du recrutement de colons, du soutien financier, du transport d'appareils agricoles au Kansas, du logement des colons et de leur approvisionnement. Enfin, elles envoy&#232;rent des armes au Kansas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce mouvement atteignit son apog&#233;e en &#233;t&#233; 1856 avec la guerre du Kansas. En juillet 1856, le Congr&#232;s de Buffalo d&#233;cida la cr&#233;ation d'un comit&#233; national d'aide au Kansas. Des divergences de vues emp&#234;ch&#232;rent d'organiser cette aide selon un plan unitaire. N&#233;anmoins, cette activit&#233; eut une grande influence sur l'opinion publique et contribua &#224; soutenir les forces qui cr&#233;eront le Parti r&#233;publicain. &#192; la fin de la guerre civile, cette organisation s'occupa de la colonisation de l'Or&#233;gon et de la Floride. Elle exista jusqu'en 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Ainsi, le 9 d&#233;cembre 1857, Douglas, sous la pression de ses &#233;lecteurs d&#233;clara au S&#233;nat : &#171; ... si cette constitution devait nous &#234;tre impos&#233;e de force, en violation aux principes fondamentaux de libre gouvernement, et d'une mani&#232;re qui serait un simulacre et une insulte, je r&#233;sisterais jusqu'au bout... Je tiens au-grand principe de la souverainet&#233; populaire... et je m'efforcerai de le d&#233;fendre contre les assauts de quiconque, &#187; CI. S. A. Douglas, Speech on the President's Message delivered in the Senate of the United States, December 9, 1857, Washington 1857, P. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Sur les 1 341 264 voix obtenues par Fr&#233;mont en 1856, 559 864 provenaient des &#201;tats du Nord-Ouest (Ohio, Michigan, Indiana, Illinois, Wisconsin et Iowa), soit 41,7 % du total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] &#192; cet &#233;gard, la plate-forme r&#233;publicaine de 1860 affirmait : &#171; La condition normale sur tout le territoire des &#201;tats-Unis est celle de la libert&#233; ; nos anc&#234;tres r&#233;publicains, lorsqu'ils ont aboli l'esclavage sur tout notre territoire national, ont ordonn&#233; que personne ne puisse sans proc&#232;s l&#233;gal et jug&#233;, &#234;tre d&#233;pouill&#233; de sa vie, de sa libert&#233; ou de sa propri&#233;t&#233;. Il est donc de notre devoir... de maintenir ces stipulations de la Constitution contre toute les tentatives de violation. Nous d&#233;nions au Congr&#232;s, aux assembl&#233;es locales ou &#224; quiconque le droit de donner une existence l&#233;gale &#224; l'esclavage en quelque territoire que ce soit des &#201;tats-Unis. &#187; Cf. E. Stanwood, History of Presidential Elections, Boston 1888, pp. 220-230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] En 1860, les sept &#201;tats du Nord-Ouest (Indiana, Illinois, Iowa, Michigan, Minnesota, Ohio et Wisconsin) avaient une population de 7 773 820 habitants, tandis que la population blanche des quinze &#201;tats esclavagistes du Sud s'&#233;levait &#224; 8 036 940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] On trouvera cet article dans la partie militaire, sous le titre : &#171; La guerre civile aux &#201;tats-Unis &#187;, in Die Presse, 7 novembre 1861, pp. 76-88.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LE COMMERCE BRITANNIQUE DU COTON&lt;br class='autobr' /&gt;
New York Daily Tribune, 14 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 21 septembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La continuelle hausse de prix du coton brut commence &#224; avoir des effets s&#233;rieux sur l'industrie cotonni&#232;re, dont la consommation a diminu&#233; maintenant de vingt-cinq pour cent par rapport &#224; la normale. Ce r&#233;sultat signifie que le taux de production diminue quotidiennement, que les fabriques ne travaillent que trois ou quatre jours par semaine et qu'une partie des machines a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e, soit dans les entreprises qui pratiquent la journ&#233;e de travail raccourcie, soit dans celles qui jusqu'ici travaillaient &#224; plein temps, mais sont ferm&#233;es temporairement. Dans certaines localit&#233;s, par exemple &#224; Blackburn, la journ&#233;e de travail raccourcie s'accompagne d'une r&#233;duction de salaires. Quoi qu'il en soit, la tendance &#224; diminuer la journ&#233;e de travail n'en est qu'&#224; ses d&#233;buts, et nous pouvons pr&#233;dire avec certitude que d'ici quelques semaines on passera, dans cette branche de production tout enti&#232;re, aux trois jours de travail par semaine, en m&#234;me temps qu'on arr&#234;tera une grande partie des machines dans la plupart des entreprises. En g&#233;n&#233;ral, les fabricants et n&#233;gociants anglais n'ont pris connaissance que fort lentement et avec r&#233;ticence de l'&#233;tat pr&#233;caire de leur approvisionnement en coton. Ils disaient : &#171; Toute la derni&#232;re r&#233;colte am&#233;ricaine a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; achemin&#233;e vers l'Europe depuis longtemps. Le travail pour la nouvelle r&#233;colte vient tout juste de commencer. Nous n'aurions pas pu obtenir une balle de coton de plus, m&#234;me si nous n'avions pas entendu parler de guerre et de blocus. La saison de. la navigation ne commence pas avant fin novembre, et il faut g&#233;n&#233;ralement attendre fin d&#233;cembre pour qu'aient lieu de larges exportations. Jusque-l&#224;, il est sans grande importance que le coton reste dans les plantations ou qu'il soit achemin&#233; vers les ports sit&#244;t qu'il est mis en balles. Si le blocus s'arr&#234;te &#224; un moment quelconque avant la fin de l'ann&#233;e, nous serons certainement approvisionn&#233;s normalement en coton en mars ou avril, comme si le blocus n'avait pas exist&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tr&#233;fonds de leur &#226;me de boutiquier, les fabricants nourrissaient l'espoir qu'avant la fin de l'ann&#233;e toute la crise am&#233;ricaine serait termin&#233;e et le blocus avec elle, ou bien que lord Palmerston forcerait le blocus par la violence. Cependant, on a plus ou moins abandonn&#233; cette derni&#232;re id&#233;e, lorsqu'on s'est aper&#231;u &#224; Manchester, entre autres circonstances,- que si le Gouvernement britannique prenait l'offensive sans y avoir &#233;t&#233; provoqu&#233;, il se heurterait &#224; la force unie de deux gigantesques groupes d'int&#233;r&#234;ts, &#224; savoir les capitalistes de la finance qui ont investi un &#233;norme capital dans les entreprises industrielles d'Am&#233;rique du Nord, et les marchands de c&#233;r&#233;ales qui trouvent en Am&#233;rique du Nord leur principale source d'approvisionnement. L'espoir que le blocus serait lev&#233; &#224; temps pour satisfaire les exigences de Liverpool et de Manchester ou que la guerre am&#233;ricaine s'ach&#232;verait par un compromis avec les s&#233;cessionnistes a fait place &#224; un ph&#233;nom&#232;ne inconnu jusqu'ici sur le march&#233; cotonnier anglais, &#224; savoir les op&#233;rations cotonni&#232;res am&#233;ricaines &#224; Liverpool, qui se manifestent soit par des sp&#233;culations, soit par des r&#233;exp&#233;ditions en Am&#233;rique. En cons&#233;quence, le march&#233; cotonnier de Liverpool connaissait une agitation f&#233;brile au cours des deux derni&#232;res semaines, les placements sp&#233;culatifs de capitaux des n&#233;gociants de Liverpool &#233;tant soutenus par les placements sp&#233;culatifs de capitaux des fabricants de Manchester et d'ailleurs, qui cherchaient &#224; s'approvisionner en r&#233;serves de mati&#232;res premi&#232;res pour l'hiver. On constate quelle est, en gros, l'ampleur de ces transactions dans le fait qu'une partie consid&#233;rable des hangars de stockage de Manchester sont d&#233;j&#224; bourr&#233;s de ces r&#233;serves et qu'au cours de la semaine du 15 au 22 septembre la vari&#233;t&#233; du coton de qualit&#233; moyenne est mont&#233;e de trois huiti&#232;mes de dollar par livre et la vari&#233;t&#233; la meilleure de cinq huiti&#232;mes de dollar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la guerre am&#233;ricaine, le prix du coton n'a cess&#233; de monter, cependant que le d&#233;s&#233;quilibre fatal entre le prix des mati&#232;res premi&#232;res et celui du fil et du tissu ne devint manifeste qu'au cours des derni&#232;res semaines d'ao&#251;t. Jusque-l&#224;, chaque hausse s&#233;rieuse du prix du coton manufactur&#233; qui devait r&#233;sulter de la diminution consid&#233;rable de l'offre am&#233;ricaine, &#233;tait compens&#233;e par une augmentation des r&#233;serves stock&#233;es en premi&#232;re main et par des consignations sp&#233;culatives vers la Chine et l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ces march&#233;s asiatiques furent bient&#244;t engorg&#233;s. Ainsi, le Calcutta Price Current du 7 ao&#251;t 1861 &#233;crit : &#171; Les r&#233;serves en stock s'accumulent ; depuis notre derni&#232;re parution, les arrivages n'atteignent pas moins de vingt-quatre millions de yards de coton lisse. Les rapports en provenance de la m&#233;tropole nous apprennent que les approvisionnements par bateaux vont se poursuivre bien au-del&#224; de nos besoins. Tant que cela durera, nous ne pourrons esp&#233;rer d'am&#233;lioration... Le. march&#233; de Bombay est, lui aussi, largement satur&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres circonstances contribu&#232;rent aussi &#224; la contraction du march&#233; indien. La derni&#232;re famine dans les provinces du nord-ouest fut suivie des ravages du chol&#233;ra, tandis que dans tout le Bengale inf&#233;rieur les chutes de pluie ininterrompues endommag&#232;rent gravement la r&#233;colte de riz. Des lettres de Calcutta, arriv&#233;es cette semaine en Angleterre, nous apprennent que les ventes donn&#232;rent le prix net de neuf dollars et quart par livre de fil n&#176; 40, alors qu'on ne le trouve pas &#224; moins de onze dollars et trois huiti&#232;mes &#224; Manchester ; de m&#234;me, les ventes de toile de quarante pouces marqu&#232;rent par pi&#232;ce des pertes de sept dollars et demi, neuf dollars et douze dollars, par rapport aux prix pratiqu&#233;s &#224; Manchester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me sur le march&#233; chinois, on assiste &#224; une d&#233;pression des prix due &#224; l'accumulation des stocks de marchandises import&#233;es. Dans ces conditions et la demande de coton manufactur&#233;, britannique diminuant, les prix ne peuvent, certes, aller de pair avec l'augmentation croissante des prix du coton brut ; au contraire, dans de nombreux cas, le filage, le tissage et l'impression du coton cessent de payer les frais de production. Prenons par exemple le cas suivant que nous communique l'un des plus grands fabricants de Manchester, pour ce qui concerne le filage brut :&lt;br class='autobr' /&gt;
17 sept. 1860 : Par livre : Marge de vente : Co&#251;t du filage par livre :&lt;br class='autobr' /&gt;
Co&#251;ts du coton : 6 1/4 d. 4 d. 3 d.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trame 16 vendue pour : 10 1/4 d. &#8212; &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Profit : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 d. par livre.&lt;br class='autobr' /&gt;
17 sept. 1861 : Par livre : Marge de vente : Co&#251;t du filage par livre :&lt;br class='autobr' /&gt;
Co&#251;ts du coton : 9 d. 2 d. 3 1/2 d.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trame 16 vendue pour : 11 d. &#8212; &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Perte : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 1/2 d. par livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation de coton indien augmente rapidement Si les prix continuent de monter, les approvisionnements indiens augmenteront. Cependant, il est impossible de changer, en quelques mois, toutes les conditions de production et de modifier le cours des &#233;changes commerciaux. L'Angleterre est ainsi en train de payer tr&#232;s cher sa longue et odieuse administration du vaste empire indien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux principaux obstacles auxquels se heurteront ses tentatives de remplacer le coton am&#233;ricain par l'indien, sont le manque de moyens de transport et de communication sur tout le territoire indien, et la situation mis&#233;rable du paysan indien, qui le rend inapte &#224; exploiter les conditions favorables. Les Anglais eux-m&#234;mes sont &#224; l'origine de ces deux difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie moderne de l'Angleterre repose en g&#233;n&#233;ral sur deux axes &#233;galement mis&#233;rables. L'un est la pomme de terre, qui &#233;tait le seul moyen d'alimentation de la population irlandaise et d'une grande partie de la classe ouvri&#232;re anglaise. Cet axe se brisa, lors de la maladie de la pomme de terre et de la catastrophe qui en r&#233;sulta pour l'Irlande [1]. Il faut trouver maintenant une base plus large pour la reproduction et la conservation de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second axe de l'industrie anglaise &#233;tait le coton cultiv&#233; par les esclaves des &#201;tats-Unis. L'actuelle crise am&#233;ricaine force l'industrie anglaise &#224; &#233;largir le champ de son approvisionnement et &#224; lib&#233;rer le coton des oligarchies productrices et consommatrices d'esclaves. Aussi longtemps que les fabricants de coton anglais d&#233;pendaient du coton cultiv&#233; par des esclaves, on pouvait affirmer en v&#233;rit&#233; qu'ils s'appuyaient sur un double esclavage : l'esclavage indirect de l'homme blanc en Angleterre, et l'esclavage direct de l'homme noir de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Marx fait allusion ici &#224; la disette de pommes de terre en 1845-1847. A la suite de cette catastrophe, les petits tenanciers irlandais, incapables de payer les m&#233;tayages, furent chass&#233;s en masse par leurs propri&#233;taires. La col&#232;re paysanne &#233;clata lors de la r&#233;volte de 1848. La r&#233;pression de ce soul&#232;vement entra&#238;na une &#233;migration massive vers les &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le IV&#176; chapitre in&#233;dit du Capital, Marx montre que cette &#233;migration a eu un double effet : en Angleterre, la production augmenta beaucoup plus vite que la population ; l'Am&#233;rique b&#233;n&#233;ficia d'une force vitale qui lui permit de d&#233;passer bient&#244;t l'Angleterre. Dans le Capital, Marx affirme que le capitalisme est un mode de production social historiquement transitoire. &#192; l'exemple de son mod&#232;le anglais, il d&#233;montre donc que le capital na&#238;t, se d&#233;veloppe, d&#233;cline et meurt. Cette loi, Marx l'illustre, dans le VI&#176; chapitre, par l'&#233;migration irlandaise, qui suscite la cr&#233;ation d'un rival capitaliste en Am&#233;rique, et marque le d&#233;clin du capital anglais dans le monde : &#171; La population irlandaise a baiss&#233; de huit &#224; cinq millions et demi environ, au cours de ces quinze derni&#232;res ann&#233;es. Toutefois la production de b&#233;tail s'est quelque peu accrue, et lord Dufferin qui veut convertir l'Irlande en un simple p&#226;turage &#224; moutons, se trouve confirm&#233; dans ses vues lorsqu'il affirme que les Irlandais sont encore trop nombreux. En attendant, ils ne transportent pas seulement leurs os en Am&#233;rique, mais encore leur chair : leur vengeance sera terrible outre-Atlantique. &#187; (Pages &#233;parses). Marx citait l'impr&#233;cation de Didon mourante de Virgile (En&#233;ide) : Exoriare nostris ex ossibus ultor (Qu'un vengeur naisse un jour de nos cendres). Marx notait &#233;galement que l'&#233;migration des capitaux vers les colonies et l'Am&#233;rique eu &#233;gard au fonds annuel d'accumulation d&#233;passait nettement le nombre des &#233;migr&#233;s eu &#233;gard &#224; l'augmentation annuelle de la population : l'imp&#233;rialisme anglais creusait sa propre tombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LA CRISE EN ANGLETERRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 6 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 1er novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il y a quinze ans, l'Angleterre est maintenant confront&#233;e &#224; une crise &#233;conomique, qui menace d'attaquer &#224; la racine tout son syst&#232;me &#233;conomique. Comme on sait, la pomme de terre repr&#233;sentait la nourriture exclusive de l'Irlande et d'une partie consid&#233;rable de la classe ouvri&#232;re anglaise, lorsque la maladie de la pomme de terre de 1845 et de 1846 frappa de consomption la racine de vie irlandaise. Les r&#233;sultats de cette grande catastrophe sont connus. La population irlandaise diminua de deux millions, dont une moiti&#233; p&#233;rit de faim et l'autre s'enfuit de l'autre c&#244;t&#233; de l'oc&#233;an Atlantique. En m&#234;me temps, cet affreux malheur contribua &#224; la victoire du parti libre-&#233;changiste anglais ; l'aristocratie fonci&#232;re anglaise fut contrainte de c&#233;der l'un de ses monopoles les plus lucratifs, et l'abolition des lois c&#233;r&#233;ali&#232;res assura une base plus large et plus saine &#224; la reproduction et &#224; la vie de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coton est pour la branche d'industrie dominante de la Grande-Bretagne ce que la pomme de terre a &#233;t&#233; pour l'agriculture irlandaise. La subsistance d'une masse de population plus grande que celle de l'&#201;cosse tout enti&#232;re, ou &#233;gale aux deux tiers de l'actuelle population d'Irlande, d&#233;pend du travail de transformation du coton. En effet, d'apr&#232;s le recensement de 1861, la population de l'&#201;cosse s'&#233;l&#232;ve &#224; 3 061 117 habitants, celle de l'Irlande &#224; 5 764 543, tandis que plus de quatre millions de personnes vivent directement ou indirectement de l'industrie cotonni&#232;re en Angleterre et en &#201;cosse. Cette fois, ce n'est certes pas le plant de coton qui est malade. Sa production n'est pas le monopole de certaines r&#233;gions du monde. Au contraire, il n'existe pas une seule plante fournissant le tissu des v&#234;tements qui pousse en des lieux aussi vari&#233;s d'Am&#233;rique, d'Asie et d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monopole cotonnier des &#201;tats esclavagistes de l'Union am&#233;ricaine n'est pas un produit de la nature, mais de l'histoire. Il naquit et se d&#233;veloppa parall&#232;lement au monopole de l'industrie cotonni&#232;re anglaise sur le march&#233; mondial. En 1793 - vers l'&#233;poque o&#249; se firent les grandes d&#233;couvertes m&#233;caniques en Angleterre - un quaker du Connecticut, Ely Whitney, inventa le cotton gin, une machine &#224; s&#233;parer le duvet de la graine de coton. Avant cette invention, le travail le plus intensif de toute une journ&#233;e d'un Noir ne suffisait pas pour s&#233;parer une livre de duvet de ses graines. Apr&#232;s l'invention de la machine &#224; &#233;grener le coton, une vieille femme noire pouvait facilement fournir en un jour cinquante livres de duvet de coton, et des am&#233;liorations progressives eurent t&#244;t fait de doubler le rendement de cette machine. D&#232;s lors, il n'y eut plus d'entraves &#224; la culture du coton aux &#201;tats-Unis. Il poussa rapidement main dans la main avec l'industrie cotonni&#232;re anglaise qui devint une grande puissance commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette &#233;volution, il y eut des moments o&#249; l'Angleterre sembla prendre peur, du danger que pouvait repr&#233;senter ce monopole am&#233;ricain du coton. Ce fut le cas, par exemple : lorsque l'&#233;mancipation des Noirs dans les colonies anglaises fut achet&#233;e pour vingt millions de livres anglaises. On prit conscience que l'industrie du Lancashire et du Yorkshire reposait sur la souverainet&#233; du fouet esclavagiste en Georgie et en Alabama, au moment m&#234;me o&#249; le peuple anglais s'imposait de grands sacrifices pour abolir l'esclavage dans ses propres colonies. Cependant, la philanthropie ne fait pas l'histoire, et moins que tout l'histoire commerciale. De tels doutes surgirent chaque fois qu'il y eut une disette de coton aux &#201;tats-Unis, d'autant qu'un tel fait naturel &#233;tait exploit&#233; par les esclavagistes pour faire monter au maximum le prix du coton par toutes sortes d'artifices. Les fileurs de coton et les tisserands anglais mena&#231;aient alors de se r&#233;volter contre le &#171; roi du coton. &#187; On &#233;chafauda diff&#233;rents projets pour s'approvisionner en coton dans les pays d'Asie et d'Afrique, par exemple en 1850. Cependant, il suffit &#224; chaque fois qu'une disette soit suivie d'une bonne r&#233;colte aux &#201;tats-Unis pour mettre en pi&#232;ces ces vell&#233;it&#233;s d'&#233;mancipation. Qui plus est, le monopole cotonnier de l'Am&#233;rique atteignit, au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, une ampleur jusqu'ici insoup&#231;onn&#233;e, partie en raison de la l&#233;gislation libre-&#233;changiste, qui abolit le droit de douane suppl&#233;mentaire frappant le coton cultiv&#233; par des esclaves, partie en raison des gigantesques progr&#232;s effectu&#233;s simultan&#233;ment par l'industrie cotonni&#232;re anglaise et la culture du coton en Am&#233;rique au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. D&#233;j&#224; en 1857, la consommation de coton s'&#233;leva en Angleterre &#224; environ un milliard et demi de livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici qu'&#224; pr&#233;sent la guerre civile am&#233;ricaine menace soudain ce grand pilier de l'industrie anglaise. L'Union bloque les ports des &#201;tats sudistes, afin de couper la principale. source de revenus de la s&#233;cession, en emp&#234;chant l'exportation de sa derni&#232;re r&#233;colte de coton ; mais, la Conf&#233;d&#233;ration a donn&#233; &#224; ce blocus sa v&#233;ritable force contraignante lorsqu'elle d&#233;cida de ne pas exporter elle-m&#234;me la moindre balle de coton, afin d'obliger l'Angleterre &#224; venir chercher directement son coton dans les ports du Sud. Il s'agissait d'amener l'Angleterre &#224; rompre le blocus par la force, puis &#224; d&#233;clarer la guerre &#224; l'Union, en jetant son &#233;p&#233;e dans la balance en faveur des &#201;tats esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la guerre civile am&#233;ricaine, le prix du coton n'a cess&#233; de monter en Angleterre, quoique pendant longtemps &#224; un degr&#233; moindre qu'on ne s'y attendait. Dans l'ensemble, le monde des affaires anglais semblait consid&#233;rer avec beaucoup de flegme la crise am&#233;ricaine. La raison de cette attitude pleine de sang-froid est &#233;vidente. Depuis longtemps d&#233;j&#224;, toute la derni&#232;re r&#233;colte am&#233;ricaine se trouve en Europe. Le produit de la nouvelle r&#233;colte n'est jamais embarqu&#233; avant la fin novembre, et ce n'est que fin d&#233;cembre que les exp&#233;ditions prennent vraiment de l'ampleur. Jusqu'ici, il est donc relativement indiff&#233;rent que les balles de coton restent dans les plantations ou soient exp&#233;di&#233;es dans les ports du Sud aussit&#244;t apr&#232;s que le coton soit mis en balles. De la sorte, si, &#224; un moment quelconque avant la fin de l'ann&#233;e, le blocus prenait fin, l'Angleterre pouvait &#234;tre assur&#233;e qu'elle recevrait en mars ou en avril son approvisionnement normal en coton, comme s'il n'y avait jamais eu de blocus.,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde des affaires anglais, dans une large mesure abus&#233; par la presse anglaise, se ber&#231;a de l'illusion folle que le spectacle d'une guerre de six mois s'ach&#232;verait par la reconnaissance de la Conf&#233;d&#233;ration de la part des &#201;tats-Unis. Vers la fin du mois d'ao&#251;t cependant, on vit appara&#238;tre des Am&#233;ricains sur le march&#233; de Liverpool afin d'y acheter du coton, soit en vue de sp&#233;culations en Europe, soit en vue de le r&#233;exp&#233;dier en Am&#233;rique du Nord. Ce fait extraordinaire ouvrit les yeux des Anglais. Ils commenc&#232;rent &#224; comprendre le s&#233;rieux de la situation. Depuis, le march&#233; de Liverpool se trouve en un &#233;tat d'excitation f&#233;brile. Bient&#244;t, le prix du coton monta de cent pour cent au-del&#224; de son niveau moyen. La sp&#233;culation cotonni&#232;re prit le m&#234;me caract&#232;re fr&#233;n&#233;tique que la sp&#233;culation ferroviaire de 1845. Les usines de filage et de tissage du Lancashire et d'autres centres de l'industrie du coton britannique ramen&#232;rent leur temps de travail &#224; trois jours par semaine, une partie arr&#234;ta compl&#232;tement ses machines, et l'in&#233;vitable r&#233;action sur les autres branches d'industrie ne se fit pas attendre. Toute l'Angleterre tremble en ce moment, &#224; l'approche de la plus grande catastrophe &#233;conomique qui l'ait menac&#233;e &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation de coton indien est naturellement en train d'augmenter, et les prix &#233;lev&#233;s assureront encore une augmentation ult&#233;rieure des importations de la patrie originelle du coton. Cependant, il est impossible de r&#233;volutionner les conditions de production et le cours des &#233;changes commerciaux pour ainsi dire en quelques mois. L'Angleterre paie maintenant sa longue et catastrophique administration de l'Inde. Ses tentatives d&#233;sordonn&#233;es de remplacer le coton am&#233;ricain par du coton indien se heurtent &#224; deux grands obstacles. Le manque de moyens de communication et de transport en Inde, et la mis&#233;rable condition du paysan indien qui l'emp&#234;che d'exploiter &#224; son profit les circonstances favorables du moment [1]. En outre, il faudrait que la culture du coton indien passe par tout un processus d'am&#233;liorations pour prendre la place du coton am&#233;ricain. M&#234;me dans les conditions les plus favorables, il faudrait des ann&#233;es pour que l'Inde puisse produire la quantit&#233; de coton requise pour l'exportation. Or, il est statistiquement &#233;tabli que le stock de coton de Liverpool sera &#233;puis&#233; d'ici quatre mois. Il ne tiendra jusque-l&#224; que si l'on continue d'appliquer la limitation du temps de travail &#224; trois jours par semaine et l'arr&#234;t total d'une partie plus importante encore des machines. Or, les districts manufacturiers souffrent d&#233;j&#224; des pires maux sociaux. Mais, si le blocus am&#233;ricain se poursuit au-del&#224; de janvier, que se passera-t-il alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le lecteur a constat&#233; sans doute que ce passage de l'article de Die Presse correspond litt&#233;ralement &#224; un passage final de l'article pr&#233;c&#233;dent de la New York Tribune. Lorsque deux articles se recoupent presque enti&#232;rement nous n'en reproduirons qu'un seul, quitte &#224; ajouter en note les passages qui diff&#232;rent et apportent un &#233;claircissement int&#233;ressant pour le sujet trait&#233;. Lorsqu'un article renferme des passages sans aucun rapport avec notre th&#232;me, nous n'en reproduisons que le parties qui int&#233;ressent directement notre sujet. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LE COMMERCE BRITANNIQUE&lt;br class='autobr' /&gt;
New York Daily Tribune, 23 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 2 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure actuelle, l'Angleterre ne suit aucune ligne politique g&#233;n&#233;rale. Tout le monde, jusqu'au moindre citoyen, est enti&#232;rement absorb&#233; par ses affaires et la crise am&#233;ricaine. Dans un article pr&#233;c&#233;dent, j'ai attir&#233; votre attention sur l'&#233;tat f&#233;brile du march&#233; cotonnier de Liverpool. Au cours des deux derni&#232;res semaines, il a manifest&#233; tous les sympt&#244;mes de la mode, des chemins de fer de 1845. M&#233;decins, dentistes, avocats, cuisini&#232;res, ouvriers, employ&#233;s, lords, com&#233;diens, pasteurs, soldats, marins, journalistes, institutrices, hommes et femmes, tous sp&#233;culent sur le coton. Souvent les op&#233;rations d'achat et de vente, de rachat et de revente ne portent que sur une, deux, trois ou quatre balles. Les quantit&#233;s plus consid&#233;rables restent dans le m&#234;me hangar, mais changent parfois vingt fois de propri&#233;taire. On peut acheter du coton &#224; dix heures, le revendre &#224; onze heures, et faire un b&#233;n&#233;fice d'un demi-penny par livre. Les m&#234;mes balles passent ainsi par plusieurs mains en l'espace, de douze heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il s'est produit cette semaine une sorte de r&#233;action. Il faut l'attribuer au seul fait que le shilling forme un chiffre rond, puisqu'il se compose de douze pence, et que la plupart des sp&#233;culateurs ont d&#233;cid&#233; de vendre sit&#244;t que le prix de la balle de coton atteindrait le shilling. En cons&#233;quence, il y a eu un accroissement subit des offres de coton, et donc une r&#233;action sur son prix. Mais, ce ne peut &#234;tre qu'un ph&#233;nom&#232;ne passager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les Britanniques se seront faits &#224; l'id&#233;e qu'une livre de coton puisse co&#251;ter quinze pence, cette limite passag&#232;re &#224; la sp&#233;culation aura disparu, et la fi&#232;vre de sp&#233;culation redoublera de violence. Cette &#233;volution contient un moment favorable aux &#201;tats-Unis et d&#233;favorable a ceux qui voudraient rompre le blocus [1]. D&#233;j&#224; les sp&#233;culateurs ont publi&#233; des protestations disant, non sans fondement, que tout acte belliqueux du Gouvernement britannique serait un acte d'injustice &#224; l'&#233;gard des hommes d'affaires qui, ayant plac&#233; leur confiance dans le respect du principe de non-intervention proclam&#233; et revendiqu&#233; par le Gouvernement britannique, ont fait leurs calculs sur cette base, ont sp&#233;cul&#233; &#224; l'int&#233;rieur, abandonn&#233; leurs commandes &#224; l'ext&#233;rieur et achet&#233; le coton d'apr&#232;s l'&#233;valuation d'un prix qu'ils comptent obtenir apr&#232;s le d&#233;roulement de processus naturels, probables et pr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist d'aujourd'hui publie un article insens&#233; dans lequel les statistiques sur la population et l'extension g&#233;ographique des &#201;tats-Unis l'am&#232;nent &#224; la conclusion qu'on y trouve assez d'espace pour fonder au moins sept empires gigantesques et qu'en cons&#233;quence les unionistes devaient chasser de leur c&#339;ur &#171; le r&#234;ve d'un domaine o&#249; ils r&#233;gneraient sans limites &#187;. La seule conclusion rationnelle que l'Economist e&#251;t pu tirer de ses propres donn&#233;es statistiques, &#224; savoir que les partisans du Nord, m&#234;me s'ils le voulaient, ne pourraient abandonner leurs revendications sans livrer &#224; l'esclavagisme des &#201;tats et des territoires gigantesques, &#171; o&#249; l'esclavage survivrait artificiellement et ne pourrait s'affirmer comme institution permanente &#187;, cette conclusion, la seule rationnelle, ce journal est m&#234;me incapable de l'aborder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Dans l'article intitul&#233; &#171; Notes &#233;conomiques &#187; (Die Presse, 3.11.1861), o&#249; Marx reprend pour le journal viennois certains arguments d&#233;velopp&#233;s dans la New York Tribune, il en vient aussi &#224; la conclusion que l'&#233;volution &#233;conomique joue en faveur des &#201;tats-Unis et restreint en cons&#233;quence les moyens de pression de l'imp&#233;rialisme de I'Angleterre de Palmerston : &#171; Il ressort un fait Important des derni&#232;res statistiques sur le commerce ext&#233;rieur anglais. Alors qu'au cours des neuf premiers mois de cette ann&#233;e, les exportations anglaises vers les &#201;tats-Unis ont baiss&#233; de plus de 25 %, le port de New York * &#224; lui tout seul a augment&#233; de plus de 6 millions de livres ses exportations vers l'Angleterre au cours des huit premiers mois de cette ann&#233;e. Pendant cette m&#234;me p&#233;riode, l'exportation de l'or am&#233;ricain vers l'Angleterre a pratiquement cess&#233;, alors qu'&#224; l'inverse depuis quelques semaines l'or anglais afflue vers New York. En fait, le d&#233;ficit am&#233;ricain est couvert par les achats de l'Angleterre et de la France &#224; la suite des mauvaises r&#233;coltes de ces pays. Par ailleurs, le tarif Morrill et les &#233;conomies ins&#233;parables d'une guerre civile ont ruin&#233; en m&#234;me temps la consommation de produits anglais et fran&#231;ais en Am&#233;rique du Nord. Que l'on compare ces faits statistiques avec les j&#233;r&#233;miades du Times sur la ruine financi&#232;re de l'Am&#233;rique du Nord ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* New York est au centre du compromis final entre le Sud et le Nord pour deux raisons : c'est le si&#232;ge de la traite des esclaves, du march&#233; de la monnaie, des capitaux et des cr&#233;ances hypoth&#233;caires des plantations du Sud, et ensuite l'interm&#233;diaire de l'Angleterre. C'est donc, tout naturellement, la place forte des d&#233;mocrates li&#233;s au Sud. Dans l'article &#171; Affaires am&#233;ricaines &#187; (in Die Presse, 17.12.1861), Marx &#233;crit : &#171; Le lord-maire de Londres n'est un homme d'&#201;tat que dans l'imagination des &#233;crivains de vaudeville et de faits divers parisiens. En revanche, le maire de New York est une v&#233;ritable puissance. Au d&#233;but de la s&#233;cession, le sinistre Fernando Wood, a &#233;chafaud&#233; un plan pour proclamer l'ind&#233;pendance de New York, en tant que r&#233;publique urbaine, en accord bien s&#251;r avec Jefferson Davis. Son plan &#233;choua en raison de l'opposition &#233;nergique du Parti r&#233;publicain de l'Empire City. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels : LES LE&#199;ONS DE LA GUERRE AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
The Volunteer journal for Lancashire and Cheshire [1], n&#176; 66 du 6.12.1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques semaines, nous avons attir&#233; l'attention du public sur le proc&#232;s d'&#233;puration qui s'impose dans l'arm&#233;e am&#233;ricaine de volontaires [2]. Nous n'avons alors nullement &#233;puis&#233; les le&#231;ons pr&#233;cieuses que cette guerre donne aux volontaires de ce c&#244;t&#233;-ci de l'Atlantique. Nous nous permettons donc de revenir sur ce th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont on a conduit la guerre jusqu'ici en Am&#233;rique, est effectivement sans pr&#233;c&#233;dent. Du Missouri &#224; la baie de Chesapeake, on trouve face &#224; face un million de soldats divis&#233;s presque dans la m&#234;me proportion entre les deux camps adverses. Or, cette situation dure depuis plus de six mois sans qu'il y ait eu une seule action importante. Dans le Missouri, les deux arm&#233;es avancent tour &#224; tour, se retirent, livrent une bataille, avancent et reculent de nouveau, sans en venir &#224; un r&#233;sultat tangible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, apr&#232;s sept mois de marches en avant et en arri&#232;re, &#224; l'occasion de quoi le pays a sans doute &#233;t&#233; atrocement ravag&#233;, les choses paraissent plus &#233;loign&#233;es que jamais d'une d&#233;cision. Apr&#232;s une p&#233;riode assez longue d'une apparente neutralit&#233; - en r&#233;alit&#233;, de pr&#233;paration - la situation semble analogue au Kentucky ; en Virginie occidentale, nous assistons constamment &#224; de petits accrochages sans r&#233;sultat notable ; et, sur les deux rives du Potomac, le gros des deux arm&#233;es est concentr&#233; &#224; port&#233;e de vue sans que personne n'ait l'intention d'attaquer, prouvant par l&#224; que, dans l'&#233;tat actuel des choses, il serait sans int&#233;r&#234;t de remporter une victoire. De fait, cette mani&#232;re st&#233;rile de conduire la guerre peut encore durer des mois, si certaines circonstances, qui n'ont rien a voir avec cette situation, ne provoquent pas de changements majeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des deux c&#244;t&#233;s, les Am&#233;ricains ne disposent pratiquement que de volontaires. Le petit noyau de l'ancienne arm&#233;e r&#233;guli&#232;re des &#201;tats-Unis, ou bien a &#233;t&#233; dissous, ou bien est trop faible pour agir sur les masses &#233;normes de recrues non encore form&#233;es qui sont r&#233;unies sur le th&#233;&#226;tre de guerre. Pour faire de tous ces hommes des soldats, on ne dispose m&#234;me pas d'un nombre suffisant de sergents instructeurs. C'est pourquoi, l'entra&#238;nement des troupes est fort long, et on ne saurait dire combien il faudra de temps pour que l'excellent mat&#233;riel de soldats concentr&#233; sur les deux rives du Potomac soit en &#233;tat d'avancer en masse, afin de livrer ou d'accepter la bataille avec des forces combin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les soldats pouvaient &#234;tre form&#233;s &#224; l'art militaire, il n'y aurait pas assez d'officiers pour les commander. On manque notamment d'officiers de compagnie - qui &#233;videmment ne peuvent sortir tout pr&#234;ts des rangs des civils - voire d'officiers pour commander les bataillons, m&#234;me si on voulait nommer &#224; un tel poste les lieutenants ou cornettes. Il faut donc un nombre consid&#233;rable de commandants du civil ; mais quiconque est tant soit peu au courant de la situation de nos propres volontaires pensera aussit&#244;t que McClellan ou Beauregard ne font. pas preuve d'une prudence exag&#233;r&#233;e, lorsqu'ils refusent de faire ex&#233;cuter des actions offensives ou des man&#339;uvres strat&#233;giques compliqu&#233;es par des commandants du civil, qui ne sont &#224; ce poste que depuis six mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons cependant que cette difficult&#233; soit pour l'essentiel aplanie, que les commandants du civil aient acquis, en m&#234;me temps que leurs uniformes, les connaissances, l'exp&#233;rience et l'assurance n&#233;cessaires &#224; l'ex&#233;cution de leur service, du moins en ce qui concerne l'infanterie. Mais, qu'en est-il de la cavalerie ? Former militairement un r&#233;giment de cavalerie exige plus de temps et d'exp&#233;rience de la part des officiers instructeurs qu'il n'en faut pour former un r&#233;giment d'infanterie. Admettons que tous les hommes qui rejoignent leur corps sachent d&#233;j&#224; monter &#224; cheval - c'est-&#224;-dire s'y tenir correctement, ma&#238;triser la monture, la nourrir et la soigner - il n'en reste pas moins que cela raccourcira a peine le temps qu'il faut pour les instruire. L'&#233;quitation militaire, une ma&#238;trise telle que le cheval se laisse conduire pour tous les mouvements exig&#233;s par les &#233;volutions de la cavalerie, tout cela diff&#232;re enti&#232;rement de l'&#233;quitation propre aux civils. La cavalerie de Napol&#233;on que sir William Napier (History of the Peninsular War) estimait presque plus que la cavalerie anglaise d'aujourd'hui, se composait - comme chacun sait - des cavaliers les plus pi&#232;tres qui aient jamais orn&#233; une selle. Or, beaucoup de nos cavaliers d'occasion trouvent qu'ils ont encore un certain nombre de choses &#224; apprendre, lorsqu'ils entrent dans un corps mont&#233; de volontaires. Il n'est donc pas &#233;tonnant de constater que les Am&#233;ricains n'aient qu'une cavalerie tr&#232;s m&#233;diocre, et que le peu dont ils disposent - quelques troupes d'irr&#233;guliers (rangers) &#224; la mani&#232;re cosaque ou indienne est incapable d'une attaque en ordre compact. En ce qui concerne l'artillerie et les troupes du g&#233;nie, leur situation est sans doute pire encore. Ces deux armes ont un caract&#232;re hautement scientifique et exigent une instruction longue et minutieuse des officiers ainsi que des sous-officiers, instruction plus pouss&#233;e encore que dans l'infanterie. Au surplus, l'artillerie est une arme plus complexe que la cavalerie elle-m&#234;me ; elle exige des batteries de canons, et donc des chevaux dress&#233;s pour leur man&#339;uvre, et deux groupes d'hommes exp&#233;riment&#233;s, les canonniers et les conducteurs. En outre, il faut de nombreux fourgons &#224; munitions, de grands laboratoires pour la poudre, des forges et autres ateliers : tout cela doit &#234;tre &#233;quip&#233; de machines compliqu&#233;es. On dit que les f&#233;d&#233;r&#233;s ont six cents batteries en campagne, mais on s'imagine comment elles sont servies, car on sait qu'en partant de z&#233;ro il est absolument impossible de mettre sur pied, en six mois, cent batteries compl&#232;tes, convenablement &#233;quip&#233;es et bien servies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, admettons une fois de plus que toutes ces difficult&#233;s aient &#233;t&#233; aplanies et que les &#233;l&#233;ments combattants des deux camps ennemis soient pr&#234;ts &#224; entrer en action. Encore faudrait-il qu'ils puissent se d&#233;placer. En outre, il faut approvisionner une arm&#233;e, et dans un pays relativement peu peupl&#233; comme la Virginie, le Kentucky et le Missouri, une grande arm&#233;e doit &#234;tre approvisionn&#233;e essentiellement gr&#226;ce au syst&#232;me des d&#233;p&#244;ts. Il faut constituer des r&#233;serves de munitions ; l'arm&#233;e doit &#234;tre accompagn&#233;e de forgerons militaires, de selliers, de menuisiers et autres artisans, afin de tenir le mat&#233;riel de guerre en bon &#233;tat de fonctionnement. Or, toutes ces choses indispensables faisaient d&#233;faut en Am&#233;rique ; il fallut d'abord commencer par organiser tout cela, et rien ne prouve qu'au moins l'intendance et les transports de l'une des deux arm&#233;es aient d&#233;pass&#233; aujourd'hui le stade pr&#233;paratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique - le Nord aussi bien que le Sud, la F&#233;d&#233;ration aussi bien que la Conf&#233;d&#233;ration - ne disposait pour ainsi dire d'aucune organisation militaire. L'arm&#233;e de ligne &#233;tait absolument insuffisante, ne serait-ce que du point de vue quantitatif, pour faire campagne contre un adversaire s&#233;rieux. Il n'y avait gu&#232;re de milice. Les guerres pr&#233;c&#233;dentes de l'Union n'exig&#232;rent jamais un gros effort des forces militaires du pays. Dans les ann&#233;es 1812 &#224; 1814, l'Angleterre ne disposait plus gu&#232;re de soldats, et le Mexique se d&#233;fendit surtout avec des bandes d&#233;pourvues de discipline. C'est un fait que l'Am&#233;rique, en raison de sa situation g&#233;ographique, n'avait pas d'ennemi qui e&#251;t pu l'attaquer d'o&#249; que ce soit avec plus de trente &#224; quarante mille soldats, et, pour cette force num&#233;rique, l'immense &#233;tendue du pays repr&#233;sente un obstacle bien plus terrible que toute arm&#233;e que l'Am&#233;rique pourrait lui opposer. Cependant, son arm&#233;e suffisait &#224; constituer le noyau pour quelque cent mille volontaires et &#224; leur assurer une formation militaire en un d&#233;lai appropri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d&#232;s lors que la guerre civile oppose entre eux plus d'un million d'hommes, tout le syst&#232;me s'effondre, et il faut tout reprendre par le d&#233;but. Le fait est l&#224;. Deux corps de troupe gigantesques et patauds, chacun craignant l'autre et redoutant presque autant une victoire qu'une d&#233;faite, se font face et cherchent &#224; grands frais &#224; se transformer en une organisation &#224; peu pr&#232;s r&#233;guli&#232;re. Aussi terrible que soit le prix, il doit &#234;tre pay&#233; du fait de l'absence totale d'une base organis&#233;e sur laquelle on pourrait &#233;difier l'arm&#233;e. Il ne peut en &#234;tre autrement, &#233;tant donn&#233; l'ignorance et l'inexp&#233;rience qui r&#232;gnent dans tous les domaines militaires ! Certes, ces d&#233;penses &#233;normes n'apportent qu'un avantage extr&#234;mement faible d'efficacit&#233; et d'organisation, mais peut-il en &#234;tre autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les volontaires britanniques peuvent remercier leur bonne &#233;toile, car ils disposent d&#232;s le commencement d'une importante arm&#233;e de m&#233;tier bien disciplin&#233;e et exp&#233;riment&#233;e, qui les prend sous son aile. Abstraction faite des pr&#233;juges propres &#224; tout corps de m&#233;tier, cette arm&#233;e a bien accueilli et convenablement trait&#233; les volontaires. Nous voulons esp&#233;rer que nul ne pense qu'une organisation de volontaires peut, d'une mani&#232;re ou d'une autre, rendre superflue l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. Si certains volontaires le pensaient, il leur suffirait de jeter un coup d'&#339;il sur l'&#233;tat des deux arm&#233;es am&#233;ricaines de volontaires pour constater leur ignorance et leur pr&#233;somption. Aucune arm&#233;e nouvellement form&#233;e de civils ne peut &#234;tre efficace, si elle n'est pas soutenue et aid&#233;e par les gigantesques ressources intellectuelles et mat&#233;rielles qui se trouvent entre les mains d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re relativement forte, en ce qui concerne surtout l'organisation, cette force principale des arm&#233;es r&#233;guli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons que l'Angleterre soit menac&#233;e d'une invasion, et comparons ce qui s'y produirait avec ce qui se passe en Am&#233;rique. En Angleterre, tout le travail suppl&#233;mentaire qu'entra&#238;ne la formation d'une ann&#233;e de volontaires de trois cent mille hommes serait pris en charge par le minist&#232;re de la Guerre, avec l'aide de quelques fonctionnaires qu'il serait facile de trouver parmi les experts militaires bien entra&#238;nes. Il existe assez d'officiers en demi-solde, qui pourraient sans doute prendre sous leur contr&#244;le trois ou quatre bataillons de volontaires, et, avec un peu de peine, chaque bataillon pourrait &#234;tre flanqu&#233; d'un adjudant et d'un commandant. Bien s&#251;r, la cavalerie ne pourrait pas &#234;tre organis&#233;e aussi rapidement, mais une r&#233;organisation &#233;nergique des volontaires de l'artillerie avec des officiers et des conducteurs de l'artillerie royale pourrait doter de nombreuses batteries de campagne d'hommes capables. Les ing&#233;nieurs du pays n'attendent qu'une occasion pour recevoir la formation de l'&#233;l&#233;ment militaire de leur m&#233;tier, de sorte qu'ils seraient des officiers du g&#233;nie de tout premier plan. Les services de l'intendance et des transports sont d&#233;j&#224; sur pied et peuvent facilement &#234;tre am&#233;lior&#233;s pour couvrir les besoins de quatre cent mille hommes aussi bien que ceux de cent mille. Rien ne serait laiss&#233; au hasard, en d&#233;sordre ; partout on aiderait et on soutiendrait les volontaires, qui ne doivent pas aller &#224; t&#226;tons dans l'obscurit&#233;. D&#232;s lors, si l'Angleterre se pr&#233;cipite dans une guerre - abstraction faite des fautes qui sont in&#233;vitables - nous ne voyons aucune raison pour que l'organisation militaire ne soit pas au point en l'espace de six semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de consid&#233;rer l'Am&#233;rique pour se rendre compte de la valeur d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re pour l'organisation d'une arm&#233;e de volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les articles de Marx et d'Engels, m&#234;me s'ils paraissent dans la &#171; presse bourgeoise &#187;, ont une grande, port&#233;e pratique. En effet, chaque sujet est choisi pour telle presse, am&#233;ricaine ou europ&#233;enne, suivant les probl&#232;mes locaux et imm&#233;diats qui int&#233;ressent directement les acteurs du drame. Ainsi, Marx et Engels font-ils profiter leur &#171; camp &#187; de leur exp&#233;rience &#233;conomique, sociale, politique et militaire, en intervenant avec les moyens dont Ils disposent dans le cours br&#251;lant des &#233;v&#233;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article ci-dessus a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par Engels pour le mouvement des volontaires qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; en Angleterre en 1859, au moment de la menace bonapartiste d'invasion. Engels tire, pour ces volontaires, l'exp&#233;rience de la guerre civile am&#233;ricaine. C'est sous cet angle particulier que seront donc analys&#233;s ici les probl&#232;mes militaires am&#233;ricains&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien qu'il soit partisan de la mani&#232;re radicale, Engels explique qu'aux &#201;tats-Unis il est recommandable que les op&#233;rations militaires &#171; tra&#238;nent &#187; tout d'abord pendant un temps assez long, et ce pour des raisons qui ne sont pas purement techniques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cf. &#224; propos de cet article, la correspondance Marx-Engels du 1 d&#233;cembre 1861, l. c., tome VII, pp. 43, 44 (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Engels fait allusion au passage suivant de l'article du 22 novembre 1861 sur les Officiers volontaires : &#171; Lieutenant A. B., chass&#233; de l'arm&#233;e pour conduite d&#233;shonorante ; C. D., ray&#233; des cadres ; capitaine E. F., renvoy&#233; du service des &#201;tats-Unis &#187; - tels sont quelques &#233;chantillons des derni&#232;res nouvelles militaires qui nous parviennent en quantit&#233; d'Am&#233;rique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les &#201;tats-Unis ont envoy&#233; en campagne une tr&#232;s importante arm&#233;e de volontaires au cours de ces huit derniers mois ; ils n'ont &#233;pargn&#233; ni leur peine ni leur argent pour rendre cette arm&#233;e combative ; en outre, cette arm&#233;e avait l'avantage d'&#234;tre presque tout le temps en contact &#233;troit avec les positions avanc&#233;es de l'ennemi, qui n'osa jamais attaquer en masse ni exploiter &#224; fond une victoire. Ces conditions favorables compensent en r&#233;alit&#233; dans une large mesure les difficult&#233;s que conna&#238;t l'organisation des volontaires am&#233;ricains du fait qu'ils ne b&#233;n&#233;ficient que d'un tr&#232;s faible soutien de la part du tout Petit noyau de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re et manquent d'adjudants exp&#233;riment&#233;s et d'instructeurs. Par chance, il y a en Am&#233;rique beaucoup d'hommes qui sont &#224; la fois qualifi&#233;s et dispos&#233;s &#224; aider les volontaires &#224; s'organiser. Il s'agit, soit de soldats et officiers allemands, qui ont subi un entra&#238;nement militaire r&#233;gulier et ont d&#233;j&#224; combattu lors des campagnes r&#233;volutionnaires de 1848-1849, soit de soldats anglais, qui ont &#233;migr&#233; au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si, dans ces conditions, il a fallu proc&#233;der malgr&#233; tout &#224; une v&#233;ritable &#233;puration parmi les officiers ; c'est qu'il existe une faiblesse non pas dans le syst&#232;me m&#234;me des volontaires, mais dans le mode de nomination des officiers de volontaires, qui, sans exception, ont &#233;t&#233; choisis par les soldats dans leurs propres rangs. C'est seulement apr&#232;s huit mois de campagne face &#224; l'ennemi que le gouvernement des &#201;tats-Unis se risque &#224; exiger que les officiers volontaires aient une certaine qualification pour la t&#226;che qu'ils ont entrepris de remplir lorsqu'ils ont accept&#233; leur fonction. Or, la cons&#233;quence en est de tr&#232;s nombreux licenciements, volontaires ou forc&#233;s, sans parler des innombrables renvois pour des motifs plus ou moins d&#233;shonorants, Il ne fait pas de doute que si l'arm&#233;e du Potomac faisait face &#224; une troupe bien organis&#233;e et renforc&#233;e d'un nombre appropri&#233; de soldats de m&#233;tier, elle e&#251;t &#233;t&#233; bient&#244;t mise en d&#233;route, malgr&#233; son importance num&#233;rique et l'indubitable courage personnel de ses soldats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels ont constamment d&#233;fendu l'id&#233;e qu'il fallait organiser les forces r&#233;volutionnaires spontan&#233;es pour vaincre dans une r&#233;volution, et l'exp&#233;rience de dizaines de r&#233;volutions malheureuses a confirm&#233; ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels et Karl Marx : LA GUERRE CIVILE AUX &#201;TATS-UNIS&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 19 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Laisse-le courir, il ne m&#233;rite pas ta col&#232;re ! &#187; Encore et toujours, la sagesse d'&#201;tat anglaise par la bouche de lord John Russell - adresse au Nord des &#201;tats-Unis ce conseil de Leporello &#224; l'amante d&#233;laiss&#233;e par Don Juan [1]. Si le Nord laisse le champ libre au Sud, il se d&#233;barrasse de toute liaison avec l'esclavage - son p&#233;ch&#233; originel historique - et pose les bases d'un d&#233;veloppement nouveau et sup&#233;rieur [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, si le Nord et le Sud &#233;taient deux pays aussi nettement distincts que l'Angleterre et le Hanovre, par exemple, leur s&#233;paration ne serait pas plus difficile que celle de ces deux &#201;tats [3]. Mais, il se trouve que, par rapport au Nord, le &#171; Sud &#187; ne forme ni un territoire g&#233;ographiquement bien d&#233;limit&#233;, ni une unit&#233; morale. Ce n'est pas un pays, mais un mot d'ordre de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil d'une s&#233;paration &#224; l'amiable impliquerait que la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, au lieu d'avoir pris l'offensive dans la guerre civile, se batte pour le moins dans un but d&#233;fensif. On fait mine de croire qu'il ne s'agit pour le parti esclavagiste que d'unifier les territoires qu'il dominait jusqu'ici, afin d'en faire un groupe d'&#201;tats ind&#233;pendants, en les soustrayant &#224; l'autorit&#233; de l'Union. Rien n'est plus faux. &#171; Le Sud a besoin de son territoire tout entier. Il veut et doit l'avoir. &#187; C'est en poussant ce cri de guerre que les s&#233;cessionnistes ont envahi le Kentucky. Par &#171; territoire tout entier &#187;, ils entendent d'abord tout ce que l'on appelle les &#201;tats fronti&#232;res (border states) : Delaware, Maryland, Virginie, Caroline du Nord, Kentucky, Tennessee, Missouri et Arkansas. Ensuite, ils revendiquent tout le territoire situ&#233; au sud de la ligne, qui va de l'angle nord-ouest du Missouri &#224; l'oc&#233;an Pacifique. En cons&#233;quence, ce que les esclavagistes appellent &#171; le Sud &#187;, c'est plus des trois quarts de l'actuel territoire de l'Union. Une large fraction du territoire ainsi revendiqu&#233; se trouve encore en possession de l'Union et devrait d'abord &#234;tre conquise &#224; ses d&#233;pens. Mais, tous les territoires que l'on appelle &#201;tats fronti&#232;res - et m&#234;me ceux qui se trouvent en la possession de la Conf&#233;d&#233;ration - n'ont jamais &#233;t&#233; de v&#233;ritables &#201;tats esclavagistes. Ils constituent bien plut&#244;t le territoire des &#201;tats-Unis, dans lequel les syst&#232;mes de l'esclavage et du travail libre existent c&#244;te &#224; c&#244;te et luttent pour l'h&#233;g&#233;monie ; en fait c'est l&#224; o&#249; se d&#233;roule la bataille entre le Sud et le Nord, entre l'esclavage et la libert&#233;. La Conf&#233;d&#233;ration du Sud ne m&#232;ne donc pas une guerre de d&#233;fense, mais une guerre de conqu&#234;te en vue d'&#233;tendre et de perp&#233;tuer l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cha&#238;ne de montagnes qui commence en Alabama et s'&#233;tend vers le nord jusqu'au fleuve Hudson - v&#233;ritable colonne vert&#233;brale des &#201;tats-Unis - divise le soi-disant Sud en trois parties. La r&#233;gion montagneuse, form&#233;e par les montagnes d'Alleghany avec leurs deux cha&#238;nes parall&#232;les, le Cumberland Range &#224; l'ouest et les Blue Ridge Mountains &#224; l'est, s&#233;pare, tel un coin, les plaines basses de la c&#244;te ouest de l'Atlantique de celles des vall&#233;es m&#233;ridionales du Mississippi. Les deux plaines basses s&#233;par&#233;es par la zone montagneuse, avec leurs immenses marais &#224; riz et leurs vastes plantations de coton, repr&#233;sentent actuellement l'aire proprement dite de l'esclavagisme. Le long coin enfonc&#233; par la zone montagneuse jusqu'au c&#339;ur de l'esclavagisme - avec l'espace libre qui lui correspond, le climat revigorant et un sous-sol riche en charbon, en sel, en calcaire, en minerai de fer, en or, bref en toutes les mati&#232;res. premi&#232;res n&#233;cessaires &#224; un d&#233;veloppement industriel diversifi&#233; - est d&#233;j&#224; en majeure partie une terre de libert&#233;. De par sa nature physique, le sol ne peut &#234;tre cultiv&#233; ici avec profit que par de petits fermiers libres. Ici, le syst&#232;me esclavagiste ne v&#233;g&#232;te que sporadiquement et n'a jamais pris racine Dans la plupart des &#201;tats fronti&#232;res, les habitants des hauts plateaux forment le noyau de la libre population qui prend parti pour le Nord, ne serait-ce que dans un but d'autopr&#233;servation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons en d&#233;tail les territoires contest&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Delaware, l'&#201;tat fronti&#232;re qui se situe le plus au nord-est, est, en fait et moralement, en la possession de l'Union. Tous les efforts des s&#233;cessionnistes pour former ne serait-ce qu'une fraction qui leur soit favorable ont &#233;chou&#233; depuis le d&#233;but de la guerre, face &#224; une population unanime. La fraction esclavagiste de cet &#201;tat est depuis fort longtemps en d&#233;cadence. Entre les seules ann&#233;es 1850 et 1860, le nombre des esclaves a diminu&#233; de moiti&#233; : la population totale de 112 218 n'en compte plus maintenant que 1798. Malgr&#233; cela, le Delaware est revendiqu&#233; par la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, et, de fait, le Nord ne pourrait plus le tenir militairement, si le Sud s'emparait du Maryland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Maryland, on assiste au m&#234;me conflit entre les hauts plateaux et les basses plaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un total de 687 034 habitants, il y a 87 188 esclaves. Les &#233;lections g&#233;n&#233;rales les plus r&#233;centes ont prouv&#233; de mani&#232;re frappante que la majorit&#233; &#233;crasante du peuple &#233;tait en faveur de l'Union. L'arm&#233;e, forte de trente mille hommes, qui occupe actuellement le Maryland, ne doit pas seulement servir de r&#233;serve &#224; l'arm&#233;e du Potomac, mais encore tenir en &#233;chec la r&#233;bellion esclavagiste &#224; l'int&#233;rieur du pays. On constate ici le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne que dans les &#201;tats fronti&#232;res, o&#249; la grande masse du peuple est pour le Nord, tandis qu'un parti esclavagiste num&#233;riquement insignifiant est pour le Sud. Le parti esclavagiste compense cette faiblesse num&#233;rique par les moyens de force que lui assurent un long exercice du pouvoir dans tous les services de l'&#201;tat, des habitudes h&#233;r&#233;ditaires de l'intrigue politique et la concentration de grands moyens financiers entre quelques mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Virginie repr&#233;sente actuellement le plus grand cantonnement militaire : le gros des forces de la s&#233;cession et de l'arm&#233;e de l'Union s'y font face. Dans les hauts plateaux du nord-ouest de la Virginie, la masse des esclaves s'&#233;l&#232;ve &#224; quinze mille, tandis qu'une population libre, vingt fois plus nombreuse, est constitu&#233;e de paysans autonomes. Les basses plaines de l'est de la Virginie, en revanche, comptent environ un demi-million d'esclaves. L'&#233;levage et la vente des Noirs dans les &#201;tats du sud repr&#233;sentent sa principale source de revenus. A peine les chefs de bandes des basses plaines eurent-ils fait passer l'ordonnance de s&#233;cession &#224; l'assembl&#233;e l&#233;gislative d'&#201;tat de Richmond et ouvert en toute h&#226;te les portes de la Virginie &#224; l'arm&#233;e sudiste, que le nord-ouest de la Virginie se d&#233;tacha de la s&#233;cession, s'&#233;rigea en &#201;tat nouveau et &#224; pr&#233;sent elle d&#233;fend son territoire les armes &#224; la main sous le drapeau de l'Union, contre les envahisseurs sudistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tennessee, avec 1 109 847 habitants, dont 275 784 esclaves se trouvent entre les mains de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, qui applique &#224; tout le pays la loi martiale et un syst&#232;me de proscription &#233;voquant l'&#233;poque du triumvirat romain. Lorsque, au cours de l'hiver 1861, les esclavagistes voulurent convoquer une assembl&#233;e populaire pour ratifier la s&#233;cession, la majorit&#233; de la population refusa cette convocation, afin de couper court &#224; tout pr&#233;texte au mouvement de s&#233;cession [4]. Plus tard, lorsque le Tennessee fut conquis militairement par la Conf&#233;d&#233;ration du Sud et soumis &#224; un r&#233;gime de terreur, un tiers du corps &#233;lectoral continua de se d&#233;clarer en faveur de l'Union [5]. Comme dans la plupart des &#201;tats fronti&#232;res, le v&#233;ritable centre de la r&#233;sistance contre le parti esclavagiste se trouve dans la r&#233;gion montagneuse, dans l'est du pays. Le 17 juin 1861, une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du peuple du Tennessee oriental se r&#233;unit &#224; Greenville et se d&#233;clara pour l'Union. Elle d&#233;l&#233;gua au S&#233;nat de Washington l'ancien gouverneur Andrew Johnson, l'un des plus fervents Unionistes et publia une declaration of grievances, un cahier de dol&#233;ances, qui d&#233;voilait tous les moyens d'escroquerie, d'intrigue et de terreur utilis&#233;s pour faire sortir le Tennessee de l'Union lors des &#171; &#233;lections &#187;. Depuis, l'est du Tennessee est tenu en &#233;chec par les forces arm&#233;es des s&#233;cessionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le nord de l'Alabama, le nord-ouest de la G&#233;orgie et le nord de la Caroline du Nord, on trouve les m&#234;mes conditions que dans l'ouest de la Virginie et l'est du Tennessee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus &#224; l'ouest, dans l'&#201;tat fronti&#232;re du Missouri, avec 1 173 317 habitants et 114 965 esclaves - dont la plupart sont concentr&#233;s dans la partie nord-ouest de l'&#201;tat - l'assembl&#233;e populaire s'est prononc&#233;e en faveur de l'Union en ao&#251;t 1861 [6]. Jackson - gouverneur de l'&#201;tat et instrument du parti esclavagiste - s'&#233;tant rebell&#233; contre l'assembl&#233;e l&#233;gislative du Missouri, fut d&#233;clar&#233; hors la loi et se trouve maintenant &#224; la t&#234;te de hordes arm&#233;es. Celles-ci envahirent le Missouri &#224; partir du Texas, de l'Arkansas et du Tennessee, afin de lui faire plier le genou devant la Conf&#233;d&#233;ration et de briser ses liens avec l'Union par l'&#233;p&#233;e. A c&#244;t&#233; de la Virginie, le Missouri constitue actuellement le th&#233;&#226;tre principal de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nouveau-Mexique n'est pas un &#201;tat, mais un simple territoire. Sous la pr&#233;sidence de Buchanan, les sudistes y envoy&#232;rent vingt-cinq esclaves &#224; la suite desquels ils introduisirent une constitution esclavagiste confectionn&#233;e &#224; Washington. Comme le Sud l'admet lui-m&#234;me, cet &#201;tat ne lui a rien demand&#233;. Mais, le Sud veut le Nouveau-Mexique, et vomit en cons&#233;quence une bande d'aventuriers du Texas par-del&#224; ses fronti&#232;res. Le Nouveau-Mexique a implor&#233; la protection du gouvernement de l'Union contre ces &#171; lib&#233;rateurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a not&#233; que nous avons soulign&#233; le rapport num&#233;rique entre esclaves et hommes libres dans les diff&#233;rents &#201;tats fronti&#232;res. De fait, ce rapport est d&#233;cisif. C'est le thermom&#232;tre d'apr&#232;s lequel il faut mesurer le feu vital du syst&#232;me esclavagiste. L'&#226;me de tout le mouvement s&#233;cessionniste est la Caroline du Sud. Elle compte 402 541 esclaves contre 301 271 hommes libres. En second vient le Mississippi qui a donn&#233; &#224; la Conf&#233;d&#233;ration du Sud son dictateur Jefferson Davis. Il compte 436 696 esclaves contre 354 699 hommes libres. En troisi&#232;me, vient l'Alabama avec 435 132 esclaves contre 529 164 hommes libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier des &#201;tats fronti&#232;res contest&#233;s qu'il nous reste &#224; mentionner est le Kentucky. Son histoire la plus r&#233;cente est particuli&#232;rement caract&#233;ristique de la politique de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud. Sur 1 135 713 habitants, le Kentucky compte 225 490 esclaves. Dans les trois &#233;lections g&#233;n&#233;rales successives - en hiver 1861, pour le Congr&#232;s des &#201;tats fronti&#232;res ; en juin 1861, pour le Congr&#232;s de Washington, et enfin en ao&#251;t 1861 pour les l&#233;gislatives de l'&#201;tat du Kentucky - une majorit&#233; toujours croissante se pronon&#231;a pour l'Union. En revanche, Mageffin, le gouverneur du Kentucky, et tous les dignitaires de l'&#201;tat sont de fanatiques partisans du parti esclavagiste, tout comme Breckinridge, le repr&#233;sentant du Kentucky au S&#233;nat de Washington, vice-pr&#233;sident des &#201;tats-Unis sous Buchanan et candidat du parti esclavagiste en 1860 lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles. Trop faible pour gagner le Kentucky &#224; la s&#233;cession, l'influence du parti esclavagiste &#233;tait cependant assez forte pour l'amener &#224; une d&#233;claration de neutralit&#233; lorsque la guerre &#233;clata. La Conf&#233;d&#233;ration reconnut la neutralit&#233;, tant qu'elle servait ses int&#233;r&#234;ts et qu'il lui fallait abattre la r&#233;sistance du Tennessee oriental. A peine ce but fut-il atteint, qu'elle frappa aux portes du Kentucky &#224; coups de crosse, en proclamant : &#171; Le Sud a besoin de son territoire tout entier. Il veut et doit l'obtenir ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le sud-ouest et le sud-est, ses corps de francs-tireurs envahirent simultan&#233;ment cet &#201;tat &#171; neutre &#187;. Le Kentucky s'&#233;veilla ainsi de son r&#234;ve de neutralit&#233;, son assembl&#233;e l&#233;gislative prit ouvertement parti pour l'Union, encadra le gouverneur f&#233;lon d'un comit&#233; de salut public, appela le peuple aux armes, d&#233;clara Breckinridge hors la loi et ordonna aux s&#233;cessionnistes d'&#233;vacuer imm&#233;diatement le territoire envahi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le signal de la guerre. Une arm&#233;e de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud fait mouvement vers Louisville, tandis que des volontaires accourent de l'Illinois, de l'Indiana et de l'Ohio pour sauver le Kentucky des &#233;missaires arm&#233;s de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives de la Conf&#233;d&#233;ration pour annexer le Missouri et le Kentucky, par exemple, contre la volont&#233; de la population d&#233;montrent l'inanit&#233; du pr&#233;texte selon lequel elle lutte pour d&#233;fendre les droits des divers &#201;tats, face aux empi&#233;tements de l'Union. Certes, elle reconna&#238;t le droit aux diff&#233;rents &#201;tats formant - d'apr&#232;s elle - le &#171; Sud &#187; de se s&#233;parer de l'Union, mais leur d&#233;nie celui d'y rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique la guerre contre l'ext&#233;rieur, la dictature militaire &#224; l'int&#233;rieur, et l'esclavage partout, leur donnent pour l'heure un semblant d'harmonie, les &#201;tats esclavagistes eux-m&#234;mes ne manquent pas d'&#233;l&#233;ments r&#233;calcitrants. Un exemple frappant en est le Texas avec 180 388 esclaves contre 601 039 habitants. La loi de 1845 en vertu de laquelle le Texas est entr&#233; dans les rangs des &#201;tats-Unis, en tant qu'&#201;tat esclavagiste, lui donnait le droit de former de son territoire non seulement un, mais cinq &#201;tats. Ainsi, le Sud e&#251;t gagn&#233; dix nouvelles voix, au lieu de deux, au S&#233;nat am&#233;ricain ; or, l'augmentation du nombre de ses voix au S&#233;nat &#233;tait l'un des buts principaux de sa politique d'alors. Cependant, de 1845 &#224; 1860, les esclavagistes ne r&#233;ussirent m&#234;me pas &#224; d&#233;couper en deux &#201;tats le Texas, o&#249; la population allemande joue un r&#244;le important, car, dans le second &#201;tat, le parti du travail libre l'e&#251;t emport&#233; sur le parti esclavagiste [7]. Est-il meilleure preuve de la force de l'opposition contre l'oligarchie esclavagiste au Texas m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Georgie est le plus grand et le plus peupl&#233; des &#201;tats esclavagistes. On y compte 462 230 esclaves sur un total de 1 057 327 habitants, soit environ la moiti&#233; de la population. Malgr&#233; cela, le parti esclavagiste ne parvint pas jusqu'ici &#224; faire sanctionner par un vote g&#233;n&#233;ral de la population la Constitution octroy&#233;e au Sud &#224; Montgomery [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'assembl&#233;e d'&#201;tat de la Louisiane, qui se r&#233;unit le 21 mars 1861 &#224; La Nouvelle-Orl&#233;ans, Roselius, le v&#233;t&#233;ran politique de l'&#201;tat d&#233;clara : &#171; La Constitution de Montgomery n'est pas une constitution, mais une conspiration. Elle n'instaure pas un gouvernement du peuple, mais une oligarchie d&#233;testable qui ne conna&#238;t pas de limites. Il ne fut pas permis au peuple d'intervenir &#224; cette occasion. L'assembl&#233;e de Montgomery a creus&#233; la tombe de la libert&#233; politique, et l'on nous invite aujourd'hui &#224; assister &#224; ses obs&#232;ques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'oligarchie des trois cent mille esclavagistes n'utilisa pas seulement l'assembl&#233;e de Montgomery pour proclamer la s&#233;paration du Sud d'avec le Nord, mais l'exploita encore pour bouleverser la constitution interne des &#201;tats esclavagistes et compl&#233;ter l'asservissement de la partie blanche de la population, qui entendait conserver encore quelque ind&#233;pendance sous la protection et la constitution d&#233;mocratique de l'Union. D&#233;j&#224;, entre 1856 et 1860, les porte-parole politiques, les juristes, les autorit&#233;s morales et religieuses du parti esclavagiste n'avaient pas tant cherch&#233; &#224; d&#233;montrer que l'esclavage des Noirs &#233;tait justifi&#233;, mais que la couleur de la peau n'y faisait rien, la classe ouvri&#232;re &#233;tant partout n&#233;e pour l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, au sens le plus plein, la guerre de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud est une guerre de conqu&#234;te, destin&#233;e &#224; l'extension et &#224; la perp&#233;tuation de l'esclavage. La plus grande partie des &#201;tats fronti&#232;res et des territoires ne se trouve pas encore aux mains de l'Union, bien qu'ils aient pris parti pour elle par le moyen des urnes, puis par celui des armes. Cependant, la Conf&#233;d&#233;ration les compte dans le &#171; Sud &#187; et cherche &#224; les arracher de force &#224; l'Union. Dans les &#201;tats fronti&#232;res qu'elle occupe pour le moment, la Conf&#233;d&#233;ration tient en &#233;chec par la loi martiale les r&#233;gions montagneuses en grande partie favorables au mode de vie libre. A l'int&#233;rieur des &#201;tats esclavagistes proprement dits, elle supplante la d&#233;mocratie existant jusqu'ici en instaurant le pouvoir sans bornes de l'oligarchie des trois cent mille esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En abandonnant ses plans de conqu&#234;te, la Conf&#233;d&#233;ration du Sud renoncerait &#224; son principe vital et au but de la s&#233;cession. De fait, la s&#233;cession ne s'est produite que parce qu'au sein de l'Union la transformation des &#201;tats fronti&#232;res et des territoires en &#201;tats esclavagistes ne semble pas r&#233;alisable ind&#233;finiment. Au reste, s'il c&#233;dait pacifiquement &#224; la Conf&#233;d&#233;ration du Sud les territoires contest&#233;s, le Nord abandonnerait &#224; la r&#233;publique esclavagiste plus des trois quarts de tout le territoire des &#201;tats-Unis. Le Nord perdrait enti&#232;rement le golfe du Mexique, l'oc&#233;an Atlantique, &#224; l'exception d'une mince bande de terre s'&#233;tendant de la baie de Pensacola &#224; celle du Delaware, et se couperait elle-m&#234;me de l'oc&#233;an Pacifique. Le Missouri, le Kansas, le Nouveau-Mexique, l'Arkansas et le Texas entra&#238;neraient &#224; leur suite la Californie [9]. Incapables d'arracher &#224; la R&#233;publique esclavagiste ennemie l'embouchure du Mississippi au sud, les grands &#201;tats agricoles, situ&#233;s dans le bassin entre les Montagnes-Rocheuses et les Alleghanys, dans les vall&#233;es du Mississippi, du Missouri et de l'Ohio, seraient contraints, de par leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, &#224; se d&#233;tacher du Nord et &#224; entrer dans la Conf&#233;d&#233;ration du Sud. A leur tour, ces &#201;tats du nord-ouest entra&#238;neraient, dans la m&#234;me ronde de la s&#233;cession, tous les &#201;tats nordistes situ&#233;s plus &#224; l'est, &#224; l'exception peut-&#234;tre de la Nouvelle-Angleterre [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce ne serait pas la dissolution de l'Union, mais sa r&#233;organisation sur la base de l'esclavage, sous le contr&#244;le reconnu de l'oligarchie esclavagiste. Le plan d'une telle r&#233;organisation a &#233;t&#233; ouvertement proclam&#233; par les principaux porte-parole du Sud au Congr&#232;s de Montgomery. Il explique le paragraphe de la nouvelle constitution, qui ouvre la porte de la nouvelle Conf&#233;d&#233;ration &#224; tout &#201;tat de l'ancienne Union. Le syst&#232;me esclavagiste empesterait toute l'Union. Dans les &#201;tats du Nord, o&#249; l'esclavage est pratiquement irr&#233;alisable, la classe ouvri&#232;re blanche serait progressivement abaiss&#233;e &#224; la condition d'ilote. Ce serait purement et simplement l'application du principe hautement proclam&#233;, selon lequel seules certaines races seraient aptes &#224; &#234;tre libres : comme, dans le Sud, le travail proprement dit est r&#233;serv&#233; aux Noirs, il serait r&#233;serv&#233; dans le Nord aux Allemands et aux Irlandais, ou &#224; leurs descendants directs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuelle lutte entre le Sud et le Nord est donc essentiellement un conflit entre deux syst&#232;mes sociaux, entre le syst&#232;me de l'esclavage et celui du travail libre. La lutte a &#233;clat&#233;, parce que les deux syst&#232;mes ne peuvent pas coexister plus longtemps en paix sur le continent nord-am&#233;ricain. Elle ne peut finir qu'avec la victoire de l'un ou de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les &#201;tats fronti&#232;res et les territoires contest&#233;s, o&#249; les deux syst&#232;mes sont en lutte pour l'h&#233;g&#233;monie, sont comme une &#233;pine dans la chair du Sud, il ne faut pas m&#233;conna&#238;tre, par ailleurs, qu'au cours de la guerre ils ont repr&#233;sent&#233; jusqu'ici le point faible du Nord. Sur ordre des conjur&#233;s du Sud, une fraction des esclavagistes de ces districts a simul&#233; hypocritement sa loyaut&#233; au Nord, tandis qu'une autre fraction trouvait que ses int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats et ses id&#233;es traditionnelles la rapprochaient de l'Union. Ces deux fractions ont pareillement paralys&#233; le Nord. La crainte d'alt&#233;rer l'humeur des esclavagistes &#171; loyaux &#187; des &#201;tats fronti&#232;res et de les jeter dans les bras de la s&#233;cession, en d'autres termes : les m&#233;nagements empreints de prudence vis-&#224;-vis des int&#233;r&#234;ts, pr&#233;jug&#233;s et sentiments de ces alli&#233;s douteux, c'est ce qui a frapp&#233; l'Union depuis le d&#233;but de la guerre d'une faiblesse incurable, en la poussant dans la voie des demi-mesures, en l'amenant &#224; manquer hypocritement aux principes inh&#233;rents &#224; la guerre, en &#233;pargnant le point le plus vuln&#233;rable de l'ennemi, la racine du mal : l'esclavage lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, r&#233;cemment encore, Lincoln a r&#233;voqu&#233; pusillanimement la proclamation du Missouri de Fr&#233;mont sur l'&#233;mancipation des Noirs appartenant aux rebelles [11], c'est uniquement en &#233;gard aux violentes protestations des esclavagistes &#171; loyaux &#187; du Kentucky. Quoi qu'il en soit, un tournant a &#233;t&#233; atteint en cette mati&#232;re. Avec le Kentucky, le dernier &#201;tat fronti&#232;re a pris rang parmi les champs de bataille entre Sud et Nord. D&#232;s lors qu'il s'agit d'une v&#233;ritable guerre pour les &#201;tats fronti&#232;res dans les &#201;tats fronti&#232;res eux-m&#234;mes, leur perte ou leur conqu&#234;te est soustraite &#224; la sph&#232;re des d&#233;bats diplomatiques ou parlementaires. Une fraction des esclavagistes jettera bas le masque de la loyaut&#233;, l'autre se satisfera de la perspective d'une indemnisation mon&#233;taire, telle que la Grande-Bretagne en versa aux planteurs de l'Inde occidentale [12]. Les &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes poussent &#224; la proclamation du mot d'ordre d&#233;cisif : l'&#233;mancipation des esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les plus but&#233;s parmi les d&#233;mocrates et diplomates du Nord se sentent attir&#233;s par cette formule, comme le montrent diverses manifestations tout &#224; fait r&#233;centes. Dans une lettre ouverte, le g&#233;n&#233;ral Cass, ministre de la Guerre sous Buchanan et, jusqu'ici, l'un des alli&#233;s les plus z&#233;l&#233;s du Sud, a proclam&#233; que l'&#233;mancipation des esclaves &#233;tait la condition sine qua non du salut de l'Union. Dans sa derni&#232;re &#171; revue &#187; d'octobre, le Dr Brownson - le porte-parole du parti catholique du Nord et, selon son propre aveu, l'adversaire le plus d&#233;cid&#233; de l'&#233;mancipation des esclaves de 1836 &#224; 1860 - publie un article en faveur de l'abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous avons combattu l'abolition, dit-il entre autres, tant que nous estimions qu'elle mena&#231;ait l'Union, il nous faut lutter aujourd'hui d'autant plus &#233;nergiquement contre le maintien de l'esclavage que nous sommes persuad&#233;s qu'il est d&#233;sormais incompatible avec la continuation de l'Union ou de la nation comme libre &#201;tat r&#233;publicain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le World, organe new-yorkais des diplomates du cabinet de Washington, conclut l'un de ses derniers articles &#224; sensation contre les abolitionnistes par ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le jour o&#249; l'on d&#233;cidera que c'est, ou bien l'esclavage, ou bien l'Union qui doit dispara&#238;tre, on aura prononc&#233; la sentence de mort de l'esclavage. Si le Nord ne peut vaincre sans l'&#233;mancipation, il vaincra avec l'&#233;mancipation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. l'op&#233;ra Don Juan de Mozart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. &#224; propos de cet article, la correspondance Marx-Engels des 3 et 5 d&#233;cembre 1861, l. c., tome VII, pp. 47-48 et 50-56. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#192; la mort du dernier repr&#233;sentant de la dynastie des Hanovre en 1837, ce fut la fin de l'union personnelle entre l'Angleterre et le Hanovre, qui subsistait depuis 1714.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Au d&#233;but 1861, le peuple du Tennessee s'opposa &#224; la convocation d'une assembl&#233;e devant d&#233;lib&#233;rer du probl&#232;me de la s&#233;cession, par 69 673 voix contre 57 798. Le bastion de l'Union qu'&#233;tait le Tennessee oriental vota contre ce projet par une majorit&#233; de 25 611, tandis que le Tennessee central ne r&#233;unit qu'une faible majorit&#233; et que le Tennessee occidental l'accepta par 15 118 voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le 16 juin 1861, le peuple du Tennessee vota comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee oriental&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 780&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee central&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58 265&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 198&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee occidental&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 127&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 117&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camps militaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 741&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;104 913&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47 238&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] En mars 1861, une convention, r&#233;unie au Missouri, s'opposa &#224; la s&#233;cession par 89 voix contre 1. Cependant, les esclavagistes dominaient l'administration d'&#201;tat au point que le Missouri fut lentement, mais s&#251;rement aiguill&#233; dans l'orbite de la Conf&#233;d&#233;ration. Pour r&#233;agir contre *cette &#233;volution, une convention refl&#233;tant les v&#233;ritables sentiments de la population, se r&#233;unit &#224; Jefferson City fin juillet. Le gouverneur Jackson, chef du parti esclavagiste, y fut d&#233;pos&#233;, et remplac&#233; par un partisan de l'Union, Gambie. Ainsi, en ao&#251;t 1861, le gouvernement de l'&#201;tat du Missouri passa d&#233;finitivement aux c&#244;t&#233;s de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Avant 1848, un nombre consid&#233;rable d'Allemands, esp&#233;rant instaurer un &#201;tat ind&#233;pendant, arriv&#232;rent eu Texas o&#249; ils furent bien accueillis par l'administration., Ils furent suivis, en 1848 et 1849, par des milliers de r&#233;volutionnaires allemands. En 1850, la population de souche allemande formait environ le cinqui&#232;me de la population blanche de cet &#201;tat ; &#201;videmment, les anciens r&#233;volutionnaires allemands &#233;taient en grande majorit&#233; anti-esclavagistes. En 1853, ils organis&#232;rent une soci&#233;t&#233; abolitionniste, le Prier Verein. Un an plus tard, une convention r&#233;unie &#224; San Antonio r&#233;clama la fin de l'esclavagisme. Au moment o&#249; &#233;clata la guerre civile, la plupart des Allemands se s&#233;par&#232;rent de l'&#201;tat esclavagiste et rest&#232;rent fid&#232;les au gouvernement de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Plut&#244;t que de courir le risque d'un rejet de la Constitution de Montgomery par la population, les esclavagistes la soumirent pour ratification &#224; l'assembl&#233;e d'&#201;tat. Cette derni&#232;re, sous le contr&#244;le esclavagiste, l'accepta sans autre forme de proc&#232;s, le 16 mars 1861. Cette m&#233;thode fut reprise par d'autres &#201;tats du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En 1860-1861, les partisans des &#201;tats sudistes s'efforc&#232;rent de s&#233;parer la Californie de l'Union nord-am&#233;ricaine en cr&#233;ant une r&#233;publique &#171; neutre &#187; sur l&#224; c&#244;te du Pacifique. Le gouvernement de Lincoln sut d&#233;jouer &#224; temps ces intrigues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] La Nouvelle-Angleterre, situ&#233;e au nord-est des USA, &#233;tait constitu&#233;e par un groupe de six &#201;tats fortement industrialis&#233;s (Maine, Massachusetts Connecticut, Rhode Island, Vermont, New Hampshire). C'&#233;tait le centre du mouvement abolitionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] En ao&#251;t 1861, le g&#233;n&#233;ral, Fr&#233;mont proclama la confiscation des biens de toute personne, qui, au Missouri, prendrait les armes contre le gouvernement de Washington ou aiderait l'ennemi de quelque fa&#231;on que ce soit. Le manifeste d&#233;clarait en outre que les esclaves de ces tra&#238;tres seraient &#233;mancip&#233;s. Pour appliquer ces d&#233;cisions, le g&#233;n&#233;ral Fr&#233;mont cr&#233;a des bureaux pour l'abolition de l'esclavage et les d&#233;clarations de libert&#233;. Lincoln ordonna officiellement &#224; Fr&#233;mont de mettre sa proclamation en accord avec la loi sur la confiscation et d'annuler les d&#233;cisions relatives &#224; l'affranchissement des esclaves (la loi adopt&#233;e le 6 ao&#251;t 1861 par le Congr&#232;s ne pr&#233;voyait que la lib&#233;ration des esclaves qui avaient &#233;t&#233; directement utilis&#233;s par les rebelles &#224; des fins militaires). Comme Fr&#233;mont refusa d'ex&#233;cuter les ordres pr&#233;sidentiels, il fut d&#233;mis de son poste de commandant en chef de l'arm&#233;e du Missouri en octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Apr&#232;s le soul&#232;vement des esclaves noirs de la Jama&#239;que, le parlement anglais adopta en 1833 la loi sur l'abolition de l'esclavage dans les colonies. En Inde occidentale, le gouvernement versa aux propri&#233;taires deux livres sterling par esclave affranchi. Les sommes vers&#233;es devaient &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;es par des imp&#244;ts ult&#233;rieurs frappant la population, et en premier les Noirs eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LA DESTITUTION DE FR&#201;MONT&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 19 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destitution de Fr&#233;mont du poste de commandant en chef du Missouri marque un tournant historique dans le cours de la guerre civile am&#233;ricaine. Fr&#233;mont a expi&#233; deux p&#233;ch&#233;s graves. Il fut le premier candidat du Parti r&#233;publicain &#224; la dignit&#233; pr&#233;sidentielle (1856), et c'est le premier g&#233;n&#233;ral du Nord, qui (le 30 ao&#251;t 1861) mena&#231;a les esclavagistes de l'&#233;mancipation des esclaves [1]. Il reste donc un rival pour les futurs candidats &#224; la pr&#233;sidence et un obstacle pour les actuels faiseurs de compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux derni&#232;res d&#233;cennies, une singuli&#232;re pratique s'est d&#233;velopp&#233;e aux &#201;tats-Unis : &#233;viter de faire &#233;lire &#224; la pr&#233;sidence un homme ayant occup&#233; une place d&#233;cisive dans son propre parti. Certes, on utilise le nom de ces personnalit&#233;s au cours de la campagne &#233;lectorale, mais sit&#244;t qu'on aborde l'affaire elle-m&#234;me, on les laisse choir pour les remplacer par des m&#233;diocrit&#233;s inconnues et d'influence purement locale. C'est de cette fa&#231;on que Polk, Pierce, Buchanan, etc., devinrent pr&#233;sidents. Il en fut de m&#234;me de A. Lincoln. En fait, le g&#233;n&#233;ral Andrew Jackson fut le dernier pr&#233;sident des &#201;tats-Unis &#224; devoir sa dignit&#233; &#224; son importance personnelle, alors que tous ses successeurs la doivent au contraire &#224; l'insignifiance de leur personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'ann&#233;e &#233;lectorale de 1860, les noms les plus distingu&#233;s du Parti r&#233;publicain &#233;taient Fr&#233;mont et Seward. Connu pour ses aventures durant la guerre du Mexique [2], son audacieuse exp&#233;dition de Californie et sa candidature de 1856, Fr&#233;mont &#233;tait un personnage trop repr&#233;sentatif pour entrer en consid&#233;ration, sit&#244;t qu'il s'agissait non plus d'effectuer une d&#233;monstration r&#233;publicaine, mais de viser un succ&#232;s r&#233;publicain. C'est pourquoi, il ne fut pas candidat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va autrement de Seward, s&#233;nateur r&#233;publicain au Congr&#232;s de Washington, gouverneur de l'&#201;tat de New York et, depuis la naissance du Parti r&#233;publicain, indiscutablement son meilleur orateur. Il fallut toute une s&#233;rie de d&#233;faites mortifiantes pour amener M. Seward &#224; renoncer &#224; sa propre candidature et &#224; patronner de sa voix celui qui, &#224; l'&#233;poque, &#233;tait encore plus ou moins un inconnu, A. Lincoln. Cependant, d&#232;s qu'il s'aper&#231;ut de l'&#233;chec de sa propre candidature, il s'imposa lui-m&#234;me, en tant que Richelieu r&#233;publicain, &#224; un homme qu'il tenait lui-m&#234;me pour un Louis XIII r&#233;publicain. Il contribua donc &#224; faire de Lincoln le pr&#233;sident, &#224; condition qu'il f&#238;t de lui le secr&#233;taire d'&#201;tat, dignit&#233; que l'on peut comparer dans une certaine mesure &#224; celle d'un premier ministre anglais. De fait, &#224; peine Lincoln &#233;tait-il &#233;lu pr&#233;sident, que Seward fut assur&#233; du secr&#233;tariat d'&#201;tat. On assista aussit&#244;t &#224; un curieux changement d'attitude du D&#233;mosth&#232;ne du Parti r&#233;publicain, devenu c&#233;l&#232;bre, parce qu'il proph&#233;tisa un &#171; conflit irr&#233;pressible &#187; entre le syst&#232;me du travail libre et celui de l'esclavage. Bien s&#251;r qu'il f&#251;t &#233;lu le 6 novembre 1860, Lincoln ne devait acc&#233;der &#224; la fonction pr&#233;sidentielle que le 4 mars 1861. Dans l'intervalle, au cours de la session d'hiver du Congr&#232;s, Seward se fit le centre de toutes les tentatives de compromis. Les organes sudistes dans le Nord - par exemple le New York Herald, dont la b&#234;te noire avait &#233;t&#233; jusqu'ici Seward - se mirent soudain &#224; vanter ses m&#233;rites d'homme d'&#201;tat de la r&#233;conciliation et, effectivement, ce ne fut pas sa faute si la paix a tout prix ne fut pas conclue. Manifestement, Seward utilisait le secr&#233;tariat d'&#201;tat comme tremplin et se pr&#233;occupait moins du pr&#233;sent &#171; conflit irr&#233;pressible &#187; [3] que de la future pr&#233;sidence. Il a prouv&#233; une fois de plus que les virtuoses de la langue &#233;taient des hommes d'&#201;tat dangereux auxquels on ne peut faire confiance. Qu'on lise ses d&#233;p&#234;ches d'&#201;tat ! C'est un m&#233;lange ignoble de grands mots et de petit esprit, de force apparente et de faiblesse r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Seward, Fr&#233;mont &#233;tait un rival dangereux qu'il fallait perdre. Cette entreprise apparut d'autant plus facile que, conform&#233;ment &#224; ses habitudes d'avocat, Lincoln a une aversion pour tout ce qui est g&#233;nial, s'accroche anxieusement &#224; la lettre de la Constitution et redoute tout pas qui pourrait d&#233;cevoir les &#171; loyaux &#187; esclavagistes des &#201;tats fronti&#232;res. Le caract&#232;re de Fr&#233;mont offrit un autre pr&#233;texte. C'est manifestement un homme de pathos, quelque peu excessif et hyperbolique, port&#233; aux envol&#233;es m&#233;lodramatiques. Le gouvernement l'incita tout d'abord &#224; d&#233;missionner volontairement en l'accablant de toutes sortes de chicanes. Lorsque cette m&#233;thode &#233;choua, il lui enleva son commandement, au moment pr&#233;cis o&#249; l'arm&#233;e qu'il avait organis&#233;e lui-m&#234;me se trouvait face &#224; face avec l'ennemi dans le sud-ouest du Missouri et qu'il fallait livrer la bataille d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;mont est l'idole des &#201;tats du nord-ouest qui le c&#233;l&#232;brent comme pathfinder (&#233;claireur). Ils consid&#232;rent sa destitution comme une injure personnelle. Si le gouvernement de l'Union subit encore quelques revers comme ceux de Bull Run et de Balls Bluff [4], il aura donn&#233; lui-m&#234;me John Fr&#233;mont pour chef &#224; l'opposition, qui se dressera alors contre lui et brisera l'actuel syst&#232;me diplomatique de conduite de la guerre. Nous reviendrons plus tard sur les accusations publi&#233;es par le minist&#232;re de la Guerre de Washington contre le g&#233;n&#233;ral destitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En ao&#251;t 1861, le g&#233;n&#233;ral, Fr&#233;mont proclama la confiscation des biens de toute personne, qui, au Missouri, prendrait les armes contre le gouvernement de Washington ou aiderait l'ennemi de quelque fa&#231;on que ce soit. Le manifeste d&#233;clarait en outre que les esclaves de ces tra&#238;tres seraient &#233;mancip&#233;s. Pour appliquer ces d&#233;cisions, le g&#233;n&#233;ral Fr&#233;mont cr&#233;a des bureaux pour l'abolition de l'esclavage et les d&#233;clarations de libert&#233;. Lincoln ordonna officiellement &#224; Fr&#233;mont de mettre sa proclamation en accord avec la loi sur la confiscation et d'annuler les d&#233;cisions relatives &#224; l'affranchissement des esclaves (la loi adopt&#233;e le 6 ao&#251;t 1861 par le Congr&#232;s ne pr&#233;voyait que la lib&#233;ration des esclaves qui avaient &#233;t&#233; directement utilis&#233;s par les rebelles &#224; des fins militaires). Comme Fr&#233;mont refusa d'ex&#233;cuter les ordres pr&#233;sidentiels, il fut d&#233;mis de son poste de commandant en chef de l'arm&#233;e du Missouri en octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Les &#201;tats-Unis firent la guerre au Mexique, de 1846 &#224; 1848 ; les &#201;tats-Unis conquirent pr&#232;s de la moiti&#233; du pays, notamment tout le Texas, la Nouvelle-Californie et le Nouveau-Mexique. Les planteurs du Sud et la bourgeoisie financi&#232;re furent &#224; l'origine de cette campagne de brigandage imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] L'expression est de Seward, cf. son discours du 25 octobre 1858 &#224; Rochester, in : W.H. Seward, Works, ed. G.E. Baker, Boston 1884, vol. IV, pp. 289-302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Sur la rivi&#232;re Bull Run, pr&#232;s de la ville de Mannassas, au sud-ouest de Washington, eut lieu le 21 juillet 1861 la premi&#232;re bataille importante de la guerre civile am&#233;ricaine. L'arm&#233;e du Sud triompha des troupes nordistes plus nombreuses, mais mal pr&#233;par&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la bataille de Balls Bluff, au nord-ouest de Washington, les arm&#233;es sudistes an&#233;antirent le 21 octobre 1861 plusieurs r&#233;giments de l'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral Stone qui avaient travers&#233; le Potomac sans renforts. Ces deux batailles mirent en &#233;vidence les lacunes s&#233;rieuses au sein de l'organisation et de la direction des arm&#233;es nordistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : AFFAIRES AM&#201;RICAINES&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 f&#233;vrier 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 3 mars 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Lincoln n'ose pas faire un pas en avant tant que le cours des &#233;v&#233;nements et l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral de l'opinion publique permettent de temporiser. Mais, une fois qu' &#171; Old Abe &#187; s'est convaincu lui-m&#234;me qu'un tel tournant s'est produit, il surprend autant ses amis que ses ennemis par la soudainet&#233; d'une op&#233;ration men&#233;e avec le moins de bruit possible. Ainsi, de la mani&#232;re la moins voyante, il vient d'ex&#233;cuter un coup, qui, six mois auparavant, e&#251;t pu lui co&#251;ter le si&#232;ge de pr&#233;sident et qui, il y a peu de mois encore e&#251;t suscit&#233; une temp&#234;te de protestations. Nous parlons de l'&#233;limination de McClellan de son poste de commandant en chef de toutes les arm&#233;es de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, Lincoln avait remplac&#233; le ministre de la Guerre Cameron par un juriste &#233;nergique et implacable, Mr Edwin Stanton. Celui-ci lan&#231;a aussit&#244;t un ordre du jour aux g&#233;n&#233;raux Buell, Halleck, Sherman et autres commandants de services entiers ou de chefs d'exp&#233;ditions, leur enjoignant d'attendre &#224; l'avenir que leur parviennent directement tous les ordres, publics et secrets, du minist&#232;re de la Guerre, et, de m&#234;me, de r&#233;pondre directement a ce minist&#232;re. Enfin, Lincoln donna quelques ordres qu'il signa lui-m&#234;me en tant que &#171; commandant en chef de l'arm&#233;e et de la marine &#187;, titre qui lui revenait de par la Constitution. De cette mani&#232;re &#171; tranquille &#187;, le &#171; jeune Napol&#233;on &#187; [1] fut d&#233;pouill&#233; du commandement supr&#234;me qu'il exer&#231;ait jusque-l&#224; sur toutes les arm&#233;es et fut r&#233;duit &#224; la seule direction de l'arm&#233;e du Potomac, bien qu'il gard&#226;t le titre de &#171; commandant en chef &#187; [2]. Les succ&#232;s remport&#233;s au Kentucky, au Tennessee et sur la c&#244;te Atlantique ont inaugur&#233; favorablement la prise en main du commandement supr&#234;me par le pr&#233;sident Lincoln.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poste de commandant en chef, occup&#233; jusque-l&#224; par McClellan, a &#233;t&#233; l&#233;gu&#233; aux &#201;tats-Unis par l'Angleterre et correspond &#224; peu pr&#232;s a la dignit&#233; de grand conn&#233;table dans l'arm&#233;e fran&#231;aise de l'ancien r&#233;gime. Pendant la guerre de Crim&#233;e, l'Angleterre elle-m&#234;me d&#233;couvrit que cette vieille institution &#233;tait d&#233;sormais inad&#233;quate. Elle r&#233;alisa donc un compromis gr&#226;ce auquel une partie des attributs du commandant en chef fut transmise au minist&#232;re de la Guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour juger de la tactique fabienne, [3] de McClellan, nous manquons encore du mat&#233;riel voulu. Mais, il ne fait pas de doute que son action entravait la conduite des op&#233;rations militaires en, g&#233;n&#233;ral. On peut dire de McClellan ce que Macaulay disait d'Essex : &#171; Les fautes militaires d'Essex d&#233;coulent essentiellement de ses sentiments politiques timor&#233;s. Certes, il est honn&#234;te, mais il n'est nullement attach&#233; &#224; la cause du Parlement : en dehors d'une grande d&#233;faite, il ne craint rien davantage qu'une grande victoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des officiers form&#233;s &#224; West Point et appartenant &#224; l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, McClellan est plus ou moins li&#233; par l'esprit de corps &#224; ses anciens camarades qui se trouvent dans le camp ennemi. Il jalouse, lui aussi, les parvenus que sont &#224; ses yeux les &#171; soldats du civil &#187;. Pour lui, la guerre doit &#234;tre men&#233;e de mani&#232;re purement technique, comme une affaire, en ayant toujours en vue de restaurer l'Union sur sa base ancienne, et c'est pourquoi il convient avant tout de se tenir en dehors de toute tendance et principe r&#233;volutionnaires. En v&#233;rit&#233;, c'est l&#224; une bien curieuse conception d'une guerre qui est essentiellement une guerre de principes ! Les premiers g&#233;n&#233;raux du Parlement anglais partageaient la m&#234;me erreur. &#171; Mais, dit Cromwell dans son adresse au parlement-croupion du 4 juillet 1653, comme tout cela a chang&#233; lorsque la direction a &#233;t&#233; assum&#233;e par des hommes p&#233;n&#233;tr&#233;s de l'esprit de religiosit&#233; et de foi ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Star de Washington, l'organe particulier de McClellan, d&#233;clare encore dans son dernier num&#233;ro : &#171; Le but de toutes les combinaisons militaires du g&#233;n&#233;ral McClellan est le r&#233;tablissement de l'Union sous la forme exacte o&#249; elle existait avant que n'&#233;clat&#226;t la r&#233;bellion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant donc si, sur le Potomac, l'arm&#233;e &#233;tait employ&#233;e sous les yeux du commandant en chef &#224; la chasse aux esclaves ! Tout r&#233;cemment encore, McClellan fit expulser du camp par ordre expr&#232;s la famille des musiciens Kutchinson, qui y chantait des chansons... anti-esclavagistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part de telles manifestations &#171; contre les tendances &#187;, McClellan prenait sous sa haute protection les tra&#238;tres de l'arm&#233;e unioniste. Par exemple, il promut Maynard &#224; un grade sup&#233;rieur, bien que ce f&#251;t un agent des s&#233;cessionnistes, comme le prouvent les documents officiels du comit&#233; d'enqu&#234;te de la Chambre des repr&#233;sentants. Du g&#233;n&#233;ral Patterson, dont la trahison provoqua la d&#233;faite de Manassas, jusqu'au g&#233;n&#233;ral Stone, qui organisa la d&#233;faite de Balls Bluff en connivence directe avec l'ennemi. McClellan savait soustraire tout tra&#238;tre militaire &#224; la cour martiale, voire le plus souvent l'emp&#234;cher d'&#234;tre renvoy&#233; de son poste. A ce sujet, le comit&#233; d'enqu&#234;te du Congr&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; les faits les plus surprenants. Lincoln r&#233;solut de d&#233;montrer par une mesure &#233;nergique, que lorsqu'il assumait le commandement supr&#234;me, l'heure des tra&#238;tres &#224; &#233;paulettes avait sonn&#233;, et qu'un tournant s'&#233;tait produit dans la politique de guerre. Sur son ordre, le g&#233;n&#233;ral Stone fut arr&#234;t&#233; dans son lit le 10 f&#233;vrier &#224; deux heures du matin et conduit au fort Lafayette. Quelques heures plus tard, parvint l'ordre de son arrestation, sign&#233; de Stanton et contenant l'accusation de haute trahison passible de la cour martiale. L'arrestation de Stone et sa mise en accusation ont eu lieu sans que le g&#233;n&#233;ral McClellan en f&#251;t inform&#233; au pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'il restait inactif et portait les lauriers tress&#233;s &#224; l'avance, McClellan &#233;tait manifestement r&#233;solu &#224; ne pas permettre qu'un autre g&#233;n&#233;ral le devan&#231;&#226;t. Les g&#233;n&#233;raux Halleck et Pope avaient pr&#233;par&#233; un mouvement combin&#233; pour contraindre &#224; une bataille d&#233;cisive le g&#233;n&#233;ral Price, qui avait d&#233;j&#224; &#233;chapp&#233; une fois &#224; Fr&#233;mont par suite d'une intervention de Washington. Un t&#233;l&#233;gramme de McClellan leur interdit de mener &#224; bien leur entreprise. Un t&#233;l&#233;gramme semblable, adress&#233; au g&#233;n&#233;ral Halleck, &#171; annula l'ordre &#187; d'enlever le fort Columbus, &#224; un moment o&#249; ce fort se trouvait &#224; moiti&#233; sous l'eau. McClellan avait express&#233;ment d&#233;fendu aux g&#233;n&#233;raux de l'Ouest de correspondre entre eux. Chacun devait commencer par s'adresser &#224; Washington, s'il voulait combiner un mouvement. Le pr&#233;sident Lincoln vient de leur rendre leur indispensable libert&#233; d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de, lire le pan&#233;gyrique que le New York Herald dresse sans arr&#234;t au g&#233;n&#233;ral McClellan pour juger de la qualit&#233; de sa politique militaire. C'est le h&#233;ros, selon le c&#339;ur du Herald. Le fameux Bennett, propri&#233;taire et r&#233;dacteur en chef du Herald, r&#233;gnait dans le temps sur les administrations de Pierce et de Buchanan par l'entremise de ses &#171; repr&#233;sentants sp&#233;ciaux &#187;, alias correspondants &#224; Washington. Sous l'administration Lincoln, il essaya de reconqu&#233;rir ce m&#234;me pouvoir par un d&#233;tour gr&#226;ce &#224; son &#171; repr&#233;sentant sp&#233;cial &#187;, le Dr Ives, sudiste notoire et fr&#232;re d'un officier ayant d&#233;sert&#233; pour la Conf&#233;d&#233;ration et qui avait r&#233;ussi &#224; gagner la faveur de McClellan. Sous le patronage de McClellan, il semble que cet Ives ait joui de grandes privaut&#233;s, notamment &#224; l'&#233;poque o&#249; Cameron fut &#224; la t&#234;te du minist&#232;re de la Guerre. Il attendait manifestement que Stanton lui accord&#226;t les m&#234;mes privil&#232;ges et, en cons&#233;quence, il se pr&#233;senta le 8 f&#233;vrier au bureau militaire, o&#249; le ministre de la Guerre, son secr&#233;taire en chef et quelques membres du Congr&#232;s d&#233;lib&#233;raient sur des mesures militaires &#224; prendre. On le mit &#224; la porte, mais il se dressa sur ses ergots et, en battant en retraite, il mena&#231;a de faire ouvrir le feu par le Herald sur l'actuel minist&#232;re de la Guerre, s'il lui retirait son &#171; privil&#232;ge particulier &#187;, &#224; savoir &#234;tre dans la confidence des d&#233;lib&#233;rations de cabinet, des t&#233;l&#233;grammes, informations g&#233;n&#233;rales et nouvelles de guerre. Le lendemain 9 f&#233;vrier, le Dr Ives avait r&#233;uni tout l'&#233;tat-major de McClellan pour un d&#238;ner au champagne. Mais, la malchance vient vite. Un sous-officier suivi de six hommes, qui s'empara du puissant Ives et l'emmena au fort MacHenry, o&#249; - comme l'ordre du ministre de la Guerre le dit express&#233;ment - il est tenu sous surveillance &#233;troite en tant qu'espion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Nom donn&#233; &#224; McClellan par ses partisans d&#233;mocrates, parce qu'il avait &#233;t&#233; nomm&#233; commandant en chef des troupes de l'Union d&#232;s l'&#226;ge de trente-quatre ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En mars 1862, Lincoln lan&#231;a &#224; l'arm&#233;e l' &#171; ordre du jour g&#233;n&#233;ral n&#176; 3 &#187; dans lequel il enjoignait &#224; McClellan de prendre &#171; la t&#234;te de l'arm&#233;e du Potomac jusqu'&#224; nouvel ordre &#187; et l'informait qu'il &#233;tait &#171; relev&#233; du commandement des autres d&#233;partements militaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le g&#233;n&#233;ral romain Quintus Fabius Maximus surnomm&#233; Cunctator (temporiseur), s'effor&#231;a au cours de la seconde guerre punique (218-201 av. J.-C.) d'utiliser les immenses avantages et r&#233;serves d'ordre militaire dont il disposait pour s'attirer les bonnes gr&#226;ces de l'arm&#233;e. Son plan consistait &#224; &#233;viter toute bataille d&#233;cisive et &#224; se d&#233;fendre dans des camps retranch&#233;s. Chaque erreur de l'adversaire &#233;tait utilis&#233;e pour remonter le moral de l'arm&#233;e romaine par de petites victoires et effacer l'effet d&#233;primant des d&#233;faites pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels et Karl Marx : LA GUERRE CIVILE AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 et 27 mars 1862.&lt;br class='autobr' /&gt;
I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous quelque angle qu'on la consid&#232;re, la guerre civile am&#233;ricaine pr&#233;sente un spectacle sans parall&#232;le dans les annales de l'histoire militaire. L'immense &#233;tendue du territoire disput&#233;, l'ampleur des lignes d'op&#233;ration et du front, la puissance num&#233;rique des arm&#233;es ennemies, dont la cr&#233;ation n'a pu pratiquement s'appuyer sur aucune base d'organisation ant&#233;rieure, le co&#251;t fabuleux de ces arm&#233;es, leur mode de direction et les principes g&#233;n&#233;raux de tactique et de strat&#233;gie r&#233;gissant cette guerre, tout cela est nouveau pour l'observateur europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conspiration s&#233;cessionniste, organis&#233;e, patronn&#233;e et soutenue bien avant qu'elle n'&#233;clat&#226;t par l'administration de Buchanan, a donn&#233; au Sud un avantage initial, gr&#226;ce auquel seule elle pouvait esp&#233;rer atteindre ses buts. Menac&#233; par sa population d'esclaves [1] et par d&#233; forts &#233;l&#233;ments unionistes parmi les Blancs, disposant d'un nombre d'hommes libres trois fois moins &#233;lev&#233; que le Nord, mais plus prompt &#224; l'attaque gr&#226;ce &#224; ses innombrables oisifs, assoiff&#233;s d'aventures, tout d&#233;pendait pour le Sud d'une offensive rapide, audacieuse, voire t&#233;m&#233;raire. Si les sudistes parvenaient &#224; s'emparer de Saint-Louis, de Cincinnati, de Washington, de Baltimore et peut-&#234;tre de Philadelphie, ils pouvaient soulever un mouvement de panique, cependant que la diplomatie et la corruption eussent assur&#233; &#224; tous les &#201;tats esclavagistes la reconnaissance de leur ind&#233;pendance. En revanche, si cette premi&#232;re offensive &#233;chouait - du moins sur ses points d&#233;cisifs - leur situation devait empirer de jour en jour, parall&#232;lement au d&#233;veloppement des forces du Nord. C'est ce que comprirent parfaitement les hommes qui, dans un esprit v&#233;ritablement bonapartiste, organis&#232;rent la conspiration s&#233;cessionniste, puis ouvrirent la campagne. Leurs bandes d'aventuriers submerg&#232;rent le Missouri et le Tennessee, tandis que les troupes plus r&#233;guli&#232;rement organis&#233;es envahirent la Virginie orientale et pr&#233;par&#232;rent un coup de main en direction de Washington. Ce coup ayant &#233;chou&#233;, la campagne sudiste &#233;tait perdue du point de vue militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nord entra en guerre &#224; contrec&#339;ur dans un demi-sommeil, comme il fallait s'y attendre &#233;tant donn&#233; le d&#233;veloppement plus &#233;lev&#233; de son industrie et de son commerce. Le m&#233;canisme social &#233;tait infiniment plus complexe ici qu'au Sud, et il fallut bien plus de temps pour imprimer &#224; son appareil une direction aussi inhabituelle. L'enr&#244;lement des volontaires pour trois mois s'av&#233;ra &#234;tre une grave erreur, encore qu'elle f&#251;t sans doute in&#233;vitable [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du Nord devait consister d'abord &#224; se tenir sur la d&#233;fensive sur tous les points d&#233;cisifs, afin d'organiser ses forces, les exercer et les pr&#233;parer &#224; des batailles d&#233;cisives par des op&#233;rations de faible envergure et peu risqu&#233;es ; puis - d&#232;s que l'organisation se trouvait quelque peu renforc&#233;e et que les &#233;l&#233;ments f&#233;lons &#233;taient plus ou moins &#233;cart&#233;s de son arm&#233;e - &#224; passer &#224; une offensive &#233;nergique et ininterrompue, en vue de reconqu&#233;rir avant tout le Kentucky, le Tennessee, la Virginie et la Caroline du Nord. La transformation des civils en soldats devait co&#251;ter plus de temps au Nord qu'au Sud. Mais, une fois cela achev&#233;, on pouvait se fier &#224; la sup&#233;riorit&#233; individuelle du nordiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, si nous faisons abstraction des erreurs qui ont une source plus politique que militaire, le Nord a agi conform&#233;ment &#224; ces principes : la petite guerre au Missouri et en Virginie occidentale, tandis qu'elle prot&#233;geait les populations unionistes, accoutumait les troupes au service de campagne et au feu, sans les exposer &#224; des d&#233;faites d&#233;cisives. La grave humiliation de Bull Run [3] &#233;tait, d'une certaine mani&#232;re, la cons&#233;quence d'une erreur ant&#233;rieure : l'enr&#244;lement des volontaires pour trois mois. Il est absurde de demander &#224; de nouvelles recrues d'attaquer de front une puissante position, situ&#233;e sur un terrain difficile et occup&#233;e par un adversaire &#224; peine inf&#233;rieur en nombre. La panique qui s'empara au moment d&#233;cisif de l'arm&#233;e unioniste, et dont la cause n'a toujours pas &#233;t&#233; clarifi&#233;e, ne pouvait surprendre quiconque est tant soit peu familiaris&#233; avec l'histoire des guerres populaires. De tels incidents se produisirent fr&#233;quemment chez les troupes fran&#231;aises de 1792-1795 [4], mais n'emp&#234;ch&#232;rent aucunement ces m&#234;mes soldats de gagner les batailles de Jemappes et de Fleurus, de Montenotte, Castiglione et Rivoli. Les railleries de la presse europ&#233;enne sur la panique de Bull Run n'ont qu'une seule excuse &#224; leur sottise : les fanfaronnades d'une partie de la presse nord-am&#233;ricaine avant le d&#233;clenchement de la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;pit de six mois cons&#233;cutif &#224; la d&#233;faite de Manassas fut exploit&#233; plus efficacement par le Nord que par le Sud. Non seulement les rangs nordistes grossirent bien plus que les rangs sudistes, mais leurs officiers re&#231;urent une meilleure instruction ; la discipline et l'entra&#238;nement des troupes ne se heurt&#232;rent pas aux m&#234;mes obstacles qu'au Sud. Les tra&#238;tres et les incapables furent en grande partie &#233;cart&#233;s : le temps de la panique de Bull Run appartient au pass&#233;. Certes, il ne faut pas juger les deux arm&#233;es selon les crit&#232;res propres aux principales arm&#233;es europ&#233;ennes, voire &#224; l'ancienne arm&#233;e r&#233;guli&#232;re des &#201;tats-Unis. En fait, Napol&#233;on r&#233;ussit &#224; parfaire en un mois, dans ses casernes, l'entra&#238;nement des bataillons de nouvelles recrues, puis &#224; les entra&#238;ner &#224; la marche dans le second, et les conduire &#224; l'ennemi le troisi&#232;me. Mais, alors, chaque bataillon recevait un compl&#233;ment suffisant d'officiers et de sous-officiers &#233;prouv&#233;s ; et, enfin, on attribuait &#224; chaque compagnie de vieux soldats, pour qu'au jour de la bataille les jeunes troupes fussent entour&#233;es, ou mieux encadr&#233;es par les v&#233;t&#233;rans. Or, toutes ces conditions font d&#233;faut &#224; l'Am&#233;rique. Sans la masse consid&#233;rable de l'exp&#233;rience militaire de ceux qui ont &#233;migr&#233; en Am&#233;rique, &#224; la suite des convulsions r&#233;volutionnaires de 1848-1849, l'organisation des arm&#233;es de l'Union e&#251;t exig&#233; un temps plus long encore [5]. Le nombre tr&#232;s r&#233;duit des morts et des bless&#233;s par rapport au nombre total des troupes engag&#233;es (habituellement de un sur vingt) d&#233;montre que la plupart des engagements, m&#234;me les plus r&#233;cents, au Kentucky et au Tennessee, ont &#233;t&#233; effectu&#233;s principalement en utilisant des armes &#224; feu &#224; longue distance, et que les rares charges &#224; la ba&#239;onnette s'arr&#234;taient bient&#244;t devant le feu de l'ennemi, ou bien mettaient l'adversaire en fuite avant m&#234;me qu'on en v&#238;nt au corps &#224; corps. Dans l'intervalle, la nouvelle campagne s'est ouverte sous des auspices plus favorables, avec l'avance de Buell et Halleck &#224; travers le Kentucky en direction du Tennessee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir reconquis le Missouri et la Virginie occidentale, l'Union ouvrit la campagne en avan&#231;ant en direction du Kentucky [6]. Les s&#233;cessionnistes tenaient l&#224; trois fortes positions ou camps retranch&#233;s : Columbus sur le Mississippi &#224; leur gauche ; Bowling Green au centr&#233; ; Mill Springs sur la rivi&#232;re de Cumberland &#224; leur droite. Leur ligne s'&#233;tendait d'ouest en est, sur plus de trois cents milles. L'ampleur de cette ligne enlevait aux trois corps engag&#233;s toute possibilit&#233; de se soutenir mutuellement, et offrait aux troupes de l'Union la chance de pouvoir attaquer chacun d'eux isol&#233;ment et avec des forces sup&#233;rieures. La grande erreur des s&#233;cessionnistes fut, dans la disposition de leurs forces, de vouloir tenir tout le terrain occup&#233;. Le Kentucky e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;fendu avec bien plus d'efficacit&#233; au moyen d'un seul camp puissamment fortifi&#233;, au centre du pays, pr&#233;par&#233; comme champ de bataille pour un engagement d&#233;cisif et tenu par le gros de l'arm&#233;e : ou bien il aurait attir&#233; le gros des forces unionistes, ou bien il les aurait mises dans une position p&#233;rilleuse, d&#232;s lors qu'elles eussent tent&#233; d'attaquer une concentration de troupes aussi forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions donn&#233;es, les unionistes r&#233;solurent d'attaquer les trois camps l'un apr&#232;s l'autre, en cherchant &#224; en faire sortir l'ennemi par une s&#233;rie de man&#339;uvres en vue de l'obliger &#224; accepter le combat en rase campagne. Ce plan correspondant &#224; toutes les r&#232;gles de l'art militaire fut ex&#233;cut&#233; avec d&#233;cision et rapidit&#233;. Vers la mi-janvier, un corps d'environ quinze mille unionistes marcha sur Mill Springs [7], tenu par vingt mille s&#233;cessionnistes. Les unionistes man&#339;uvr&#232;rent si bien qu'ils firent croire &#224; leurs adversaires qu'ils n'avaient affaire qu'&#224; un faible d&#233;tachement. Le g&#233;n&#233;ral Zollicoffer tomba aussit&#244;t dans le pi&#232;ge : il sortit de son camp retranch&#233; et attaqua les unionistes. Trop tard, il se rendit compte qu'il avait en face de lui une force sup&#233;rieure. Il fut tu&#233;, et ses troupes subirent une d&#233;faite aussi compl&#232;te que les unionistes &#224; Bull Run. Mais, cette fois-ci, la victoire fut tout autrement exploit&#233;e. L'arm&#233;e vaincue fut &#233;troitement talonn&#233;e jusqu'&#224; ce que, &#233;puis&#233;e, d&#233;moralis&#233;e, ayant perdu son artillerie de campagne et ses trains d'&#233;quipage, elle parvint &#224; son camp de Mill Springs. Ce camp ayant &#233;t&#233; &#233;difi&#233; sur le c&#244;t&#233; nord de la rivi&#232;re de Cumberland, en cas d'une nouvelle d&#233;faite, la garnison avait la retraite coup&#233;e, hormis par le fleuve, au moyen de quelques navires a vapeur ou de barques de rivi&#232;re. Nous avons not&#233; qu'en g&#233;n&#233;ral les camps s&#233;cessionnistes sont &#233;difi&#233;s sur la rive ennemie des fleuves. Il n'est pas seulement de r&#232;gle, mais encore pratique de s'aligner de la sorte, mais &#224; condition d'avoir un pont &#224; dos. Dans ce cas, le camp sert de t&#234;te de pont et donne &#224; ceux qui le tiennent le privil&#232;ge de jeter leurs forces &#224; volont&#233; sur l'une ou l'autre rive du fleuve, c'est-&#224;-dire de dominer compl&#232;tement le cours d'eau. En revanche, un camp sur le c&#244;t&#233; ennemi du fleuve, sans pont &#224; dos, coupe toute voie de retraite apr&#232;s un engagement malheureux, et force les troupes &#224; capituler ou les expose au massacre et &#224; la noyade, comme ce fut le cas pour les unionistes pr&#232;s de Ball's Bluff sur la rive ennemie du Potomac o&#249; la trahison du g&#233;n&#233;ral Stone les avait envoy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les s&#233;cessionnistes vaincus eurent atteint leur camp de Mill Springs, ils comprirent aussit&#244;t qu'il leur fallait ou bien repousser l'attaque de l'ennemi contre leurs retranchements, ou bien capituler sous peu. Or apr&#232;s l'exp&#233;rience du matin, ils avaient perdu confiance en leur capacit&#233; de r&#233;sistance. En cons&#233;quence, lorsque les unionistes avanc&#232;rent le lendemain pour attaquer le camp, ils s'aper&#231;urent que l'ennemi avait mis la nuit &#224; profit pour traverser le fleuve, en leur abandonnant le camp, les trains d'&#233;quipage, l'artillerie et l'approvisionnement. De cette mani&#232;re, l'extr&#233;mit&#233; droite de la ligne s&#233;cessionniste &#233;tait repouss&#233;e vers le Tennessee, et le Kentucky oriental, o&#249; la masse de la population est hostile au parti esclavagiste, fut reconquis par l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment - vers la mi-janvier - les unionistes commenc&#232;rent les pr&#233;paratifs pour d&#233;loger les s&#233;cessionnistes de Columbus et de Bowling Green. Une puissante flotte de vaisseaux &#224; mortiers et de canonni&#232;res blind&#233;es &#233;tait tenue pr&#234;te, et la nouvelle fut lanc&#233;e aux quatre vents qu'elle servirait &#224; convoyer une nombreuse arm&#233;e le long du Mississippi, de Cairo &#224; Memphis et &#224; La Nouvelle-Orl&#233;ans. En fait, toutes les d&#233;monstrations sur le Mississippi n'&#233;taient que de simples man&#339;uvres de diversion. Au moment d&#233;cisif, les canonni&#232;res furent achemin&#233;es sur l'Ohio, puis de l&#224; sur le Tennessee qu'elles remont&#232;rent jusqu'&#224; Fort Henry. Avec Fort Donelson sur la rivi&#232;re de Cumberland, cette place forte constituait la seconde ligne de d&#233;fense des s&#233;cessionnistes au Tennessee. La position avait &#233;t&#233; bien choisie, car, en cas de retraite derri&#232;re le Cumberland, ce cours d'eau couvrirait leur front tout comme le Tennessee prot&#233;geait leur flanc gauche, l'&#233;troite bande de terre entre les deux fleuves &#233;tant suffisamment couverte par les deux forts ci-dessus mentionn&#233;s. Cependant, gr&#226;ce &#224; une action rapide, les unionistes enfonc&#232;rent m&#234;me la seconde ligne, avant qu'ils aient attaqu&#233; l'aile gauche et le centre de la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re semaine de f&#233;vrier, les canonni&#232;res unionistes firent leur apparition devant Fort Henry, qui fut enlev&#233; apr&#232;s un court bombardement. La garnison put s'&#233;chapper et rejoindre Fort Donelson, car les forces terrestres, dont disposait l'exp&#233;dition n'&#233;taient pas assez nombreuses pour encercler la place. Les canonni&#232;res redescendirent donc le Tennessee jusqu'&#224; l'Ohio et, de l&#224; par le Cumberland, remont&#232;rent jusqu'&#224; Fort Donelson. Une canonni&#232;re isol&#233;e remonta hardiment le Tennessee, en plein c&#339;ur de l'&#201;tat du m&#234;me nom, en fr&#244;lant l'&#201;tat du Missouri ; elle progressa jusqu'&#224; Florence dans le nord de l'Alabama, o&#249; une s&#233;rie de marais et de bancs (connus sous le nom de Muscle Shoals) interdit toute poursuite de la navigation. Le fait qu'une seule canonni&#232;re ait pu accomplir cette longue croisi&#232;re d'au moins cent cinquante milles et revenir ensuite sans avoir subi la moindre attaque prouve que les sentiments unionistes pr&#233;valent le long du fleuve et seront fort utiles le jour o&#249; les troupes de l'Union avanceront jusque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;dition fluviale sur le Cumberland combinait cependant ses mouvements avec ceux des forces terrestres, sous le g&#233;n&#233;ral Halleck et Grant. Les s&#233;cessionnistes stationn&#233;s &#224; Bowling Green furent induits en erreur par la d&#233;monstration des unionistes. Ils rest&#232;rent tranquillement dans leur camp pendant la semaine qui suivit la chute de Fort Henry, tandis que Fort Donelson &#233;tait encercl&#233; c&#244;t&#233; terre par quarante mille unionistes et que le c&#244;t&#233; fleuve &#233;tait menac&#233; par une puissante flotte de canonni&#232;res. Comme le camp de Mill Springs et Fort Henry, Fort Donelson a le cours d'eau &#224; dos, sans disposer d'un pont pour la retraite. C'est la place la plus forte que les unionistes aient attaqu&#233;e jusqu'ici. Les travaux de fortification avaient &#233;t&#233; effectu&#233;s avec le plus grand soin ; en outre, la place &#233;tait assez vaste pour contenir et loger vingt mille hommes. Au premier jour de l'attaque, les canonni&#232;res r&#233;duisirent au silence les batteries, dont le feu &#233;tait dirig&#233; sur le c&#244;t&#233; du fleuve, et bombard&#232;rent l'int&#233;rieur du p&#233;rim&#232;tre fortifi&#233;, tandis que les troupes terrestres repoussaient les avant-postes ennemis et for&#231;aient le gros des s&#233;cessionnistes &#224; chercher protection juste sous les canons de leurs propres travaux fortifi&#233;s. Le second jour, il semble que les canonni&#232;res, qui avaient &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;prouv&#233;es la veille, n'aient pas r&#233;alis&#233; grand-chose. En revanche, les troupes terrestres eurent &#224; mener une bataille longue et chaude par endroits avec les colonnes de la garnison, qui tentaient de percer l'aile droite de l'ennemi pour s'assurer une ligne de retraite en direction de Nashville. Cependant, une attaque &#233;nergique de l'aile droite des unionistes sur l'aile gauche des s&#233;cessionnistes et d'importants renforts au profit de l'aile gauche unioniste d&#233;cid&#232;rent de la victoire des assaillants. Diff&#233;rents postes fortifi&#233;s ext&#233;rieurs furent pris d'assaut. Coinc&#233;e dans sa ligne de d&#233;fense int&#233;rieure, sans aucune voie de retraite et manifestement hors d'&#233;tat de r&#233;sister &#224; un nouvel assaut, la garnison se rendit sans condition le lendemain.&lt;br class='autobr' /&gt;
II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Fort Donelson, l'artillerie, le train d'&#233;quipage et le mat&#233;riel de guerre de la garnison tomb&#232;rent entre les mains des unionistes ; trente mille s&#233;cessionnistes se rendirent le jour de la capitulation ; mille autres le lendemain, et sit&#244;t que l'avant-garde des vainqueurs parut devant Clarksville, cette ville situ&#233;e sur le cours sup&#233;rieur du Cumberland ouvrit ses portes. Les s&#233;cessionnistes y avaient &#233;galement stock&#233; d'importantes r&#233;serves de vivres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise de Fort Donelson cache cependant un petit myst&#232;re : la fuite du g&#233;n&#233;ral Floyd avec cinq mille hommes le second jour du bombardement. Ces fuyards &#233;taient trop nombreux pour dispara&#238;tre comme par enchantement durant la nuit, sur les bateaux &#224; vapeur. Quelques mesures de pr&#233;caution de la part des assaillants eussent pu pr&#233;venir leur fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept jours apr&#232;s la reddition de Fort Donelson, les f&#233;d&#233;r&#233;s occup&#232;rent Nashville. La distance entre ces deux localit&#233;s est d'environ cent milles anglais. Il leur a donc fallu faire quinze milles par jour, sur des routes d&#233;fonc&#233;es et durant la saison la plus mauvaise de l'ann&#233;e : cela fait honneur aux troupes unionistes. A la nouvelle de la chute de Fort Donelson, les s&#233;cessionnistes &#233;vacu&#232;rent Bowling Green ; une semaine plus tard, ils abandonn&#232;rent Columbus et se retir&#232;rent sur une &#238;le du Mississippi, quarante-cinq milles plus au sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union avait ainsi enti&#232;rement reconquis le Kentucky. Il se trouve que les s&#233;cessionnistes ne pourront tenir le Tennessee que s'ils livrent et gagnent une grande bataille [8]. Il semble qu'ils aient concentr&#233; plus de soixante-cinq mille hommes dans ce but. Cependant, rien n'emp&#234;che les unionistes de leur opposer une force encore bien sup&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conduite des op&#233;rations dans la campagne du Kentucky m&#233;rite les plus vifs &#233;loges. La reconqu&#234;te d'un territoire aussi vaste, l'avance en direction de l'Ohio jusqu'au Cumberland en un seul mois, tout cela r&#233;v&#232;le une &#233;nergie, une d&#233;cision et une rapidit&#233; d'ex&#233;cution que les arm&#233;es r&#233;guli&#232;res d'Europe ont rarement &#233;gal&#233;es. Que l'on compare, par exemple, la lente progression des Alli&#233;s de Magenta &#224; Solferino en 1859, sans poursuite de l'ennemi en retraite, sans tentative d'isoler les tra&#238;nards ou de d&#233;border et d'encercler des corps de troupe entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Halleck et Grant en particulier donnent de bons exemples de conduite militaire &#233;nergique. En laissant compl&#232;tement de c&#244;t&#233; Columbus et Bowling Green, ils concentr&#232;rent leurs forces aux points d&#233;cisifs - Fort Henry et Fort Donelson - qu'ils attaqu&#232;rent rapidement et avec &#233;nergie, rendant ainsi Columbus et Bowling Green intenables. Ensuite, ils se mirent aussit&#244;t en marche vers Clarksville et Nashville, sans laisser le temps aux s&#233;cessionnistes en retraite d'occuper de nouvelles positions, dans le nord du Tennessee. Durant cette rapide poursuite, le corps d'arm&#233;e s&#233;cessionniste de Columbus resta compl&#232;tement coup&#233; du centre et de l'aile droite de son arm&#233;e. Des journaux anglais ont injustement critiqu&#233; cette op&#233;ration. M&#234;me si l'attaque de Fort Donelson e&#251;t &#233;chou&#233;, les s&#233;cessionnistes pouvaient &#234;tre retenus pr&#232;s de Bowling Green par le g&#233;n&#233;ral Buell : ils n'eussent donc pu d&#233;tacher une troupe suffisante pour permettre &#224; la. garnison de poursuivre les unionistes en rase campagne et menacer leur retraite. Par ailleurs, Columbus est si &#233;loign&#233; qu'ils ne pouvaient en aucun cas intervenir dans les op&#233;rations conduites par Grant. De fait, lorsque les unionistes eurent nettoy&#233; le Missouri des s&#233;cessionnistes, Columbus n'&#233;tait plus pour ces derniers qu'un poste d&#233;pourvu de tout int&#233;r&#234;t. Les troupes de sa garnison durent se retirer en toute h&#226;te sur Memphis ou m&#234;me l'Arkansas, afin de ne pas &#234;tre oblig&#233;s de rendre leurs armes sans gloire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite du nettoyage du Missouri et de la reconqu&#234;te du Kentucky, le th&#233;&#226;tre de guerre s'est r&#233;tr&#233;ci au point que les diff&#233;rentes arm&#233;es peuvent coop&#233;rer dans une certaine mesure sur toute la ligne d'op&#233;ration et s'entraider pour atteindre certains r&#233;sultats. En d'autres termes, c'est maintenant seulement que la guerre prend un caract&#232;re strat&#233;gique et que la configuration g&#233;ographique du pays rev&#234;t un int&#233;r&#234;t nouveau. C'est &#224; pr&#233;sent aux g&#233;n&#233;raux nordistes de d&#233;couvrir le talon d'Achille des &#201;tats cotonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la prise de Nashville, il ne pouvait y avoir d'op&#233;ration strat&#233;gique commune aux arm&#233;es du Kentucky et &#224; celles du Potomac, s&#233;par&#233;es par de trop longues distances. Certes, elles se trouvaient sur la m&#234;me ligne de front, mais leurs lignes d'op&#233;ration &#233;taient compl&#232;tement diff&#233;rentes. C'est seulement avec l'avance victorieuse dans le Tennessee que les mouvements des arm&#233;es du Kentucky prennent de l'importance pour le th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux am&#233;ricains influenc&#233;s par McClellan ont fait grand bruit de la th&#233;orie &#171; anaconda &#187; d'enveloppement, qui pr&#233;conise qu'une immense ligne d'arm&#233;es encercle la r&#233;bellion, resserre progressivement ses membres et &#233;trangle finalement l'ennemi. C'est pur enfantillage. C'est un r&#233;chauff&#233; du soi-disant syst&#232;me de cordon invent&#233; en Autriche vers 1770, utilis&#233; contre les Fran&#231;ais de 1792 &#224; 1797 avec tant d'obstination et marqu&#233; par les &#233;checs incessants que l'on sait. A Jemappes, Fleurus et, tout particuli&#232;rement &#224; Montenotte, Millesimo, Dego, Castiglione et Rivoli, le syst&#232;me de l'&#233;tranglement a fait long feu. Les Fran&#231;ais coupaient en deux l' &#171; anaconda &#187;, en concentrant leur attaque sur un point avec des forces sup&#233;rieures, puis ils mettaient en pi&#232;ces, l'un apr&#232;s l'autre, les morceaux de l' &#171; anaconda &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#201;tats plus ou moins peupl&#233;s et centralis&#233;s, il existe toujours un centre, dont l'occupation par l'ennemi brise le plus souvent la r&#233;sistance nationale. Paris en est un exemple frappant. Cependant, les &#201;tats esclavagistes ne poss&#232;dent pas un tel centre. Ils sont peu peupl&#233;s et ne poss&#232;dent gu&#232;re de grandes villes, sauf &#231;&#224; et l&#224; sur la c&#244;te. Cependant, il faut se demander s'il existe au moins un centre de gravit&#233; militaire, dont la capture briserait les reins de la r&#233;sistance, ou bien - comme ce fut le cas de la Russie jusqu'en 1812 - faut-il, pour remporter la victoire, occuper chaque village et chaque localit&#233;, en un mot : occuper toute la p&#233;riph&#233;rie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetons donc un coup d'&#339;il sur la configuration g&#233;ographique de Secessia, avec sa longue bande c&#244;ti&#232;re sur l'Atlantique et sur le golfe du Mexique. Aussi longtemps que les conf&#233;d&#233;r&#233;s tenaient le Kentucky et le Tennessee, son territoire formait un ensemble bien compact. La perte de ces deux &#201;tats a enfonc&#233; dans leur territoire un gigantesque coin qui s&#233;pare les &#201;tats situ&#233;s sur la c&#244;te nord de l'oc&#233;an Atlantique des &#201;tats situ&#233;s sur le golfe du Mexique. La route directe de la Virginie et des deux Carolines au Texas &#224; la Louisiane, au Mississippi et m&#234;me, en partie, &#224; l'Alabama, passe par le Tennessee que les unionistes viennent d'occuper. La seule route qui, apr&#232;s la conqu&#234;te totale du Tennessee par l'Union, relie les deux sections des &#201;tats esclavagistes, passe par la G&#233;orgie. Cela d&#233;montre que la G&#233;orgie est la cl&#233; de Secessia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En perdant la G&#233;orgie, la Conf&#233;d&#233;ration a &#233;t&#233; coup&#233;e en deux sections qui ne disposent plus d'aucune communication entre elles. Or, il est impensable que les s&#233;cessionnistes puissent reconqu&#233;rir la G&#233;orgie, car les forces militaires unionistes y seraient concentr&#233;es en une position centrale, tandis que leurs adversaires, divis&#233;s en deux camps, auraient &#224; peine suffisamment de forces pour mener une attaque conjointe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faudrait-il conqu&#233;rir toute la G&#233;orgie, y compris la c&#244;te sud de Floride, pour mener &#224; bien une telle op&#233;ration ? Nullement. Dans un pays ou les communications, notamment entre deux points &#233;loign&#233;s, d&#233;pendent bien plus du chemin de fer que des routes terrestres, il suffit d'enlever la voie ferr&#233;e. La ligne de chemin de fer la plus m&#233;ridionale entre les &#201;tats du golfe du Mexique et ceux de la c&#244;te nord de l'Atlantique passe par Macon et Gordon, pr&#232;s de Milledgeville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation de ces deux points couperait donc Secessia en deux et permettrait aux unionistes de battre une partie apr&#232;s l'autre. Il ressort de ce que nous venons de dire qu'aucune r&#233;publique sudiste n'est viable sans la possession du Tennessee. En effet, sans le Tennessee, le point vital de la G&#233;orgie ne se trouve qu'&#224; huit ou dix jours de marche de la fronti&#232;re. Le Nord tient donc sans cesse le Sud &#224; la gorge : &#224; la moindre pression de son poing, le Sud doit c&#233;der ou reprendre la lutte pour survivre, dans des conditions o&#249; une seule d&#233;faite lui enl&#232;ve toute perspective de victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;coule de ces consid&#233;rations que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Potomac n'est pas la position la plus importante du th&#233;&#226;tre de guerre. La prise de Richmond et l'avance de l'arm&#233;e du Potomac vers le sud - difficiles &#224; cause des nombreux cours d'eau qui coupent la ligne de marche - pourraient avoir un terrible effet psychologique, mais du point de vue purement militaire, elles ne d&#233;cideraient rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision de la campagne repose sur l'arm&#233;e du Kentucky, qui occupe actuellement le Tennessee, territoire sans lequel la s&#233;cession ne peut vivre. Il faudrait donc renforcer cette arm&#233;e, aux d&#233;pens des autres et en sacrifiant toutes les op&#233;rations mineures. Ses prochains points d'attaque seraient Chattanooga et Dalton sur le Tennessee sup&#233;rieur, ces villes &#233;tant les n&#339;uds ferroviaires les plus importants de tout le Sud. Apr&#232;s leur occupation, les &#201;tats de l'est et de l'ouest de Secessia ne seraient plus reli&#233;s que par les lignes de communication de G&#233;orgie. Il ne resterait plus qu'&#224; couper la ligne de chemin de fer suivante de l'Atlanta en G&#233;orgie, et enfin de d&#233;truire la derni&#232;re liaison entre les deux sections, en occupant Macon et Gordon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, si le plan &#171; anaconda &#187; &#233;tait poursuivi, en d&#233;pit de tous les succ&#232;s remport&#233;s localement et m&#234;me sur le Potomac, la guerre pourrait se prolonger &#224; l'infini, cependant que les difficult&#233;s financi&#232;res et les complications diplomatiques pourraient cr&#233;er une nouvelle marge de man&#339;uvre pour le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En 1860, l'Alabama, la G&#233;orgie, la Louisiane, le Mississippi, la Floride, la Caroline du Sud et le Texas avaient au total 4 969 141 habitants, dont 46,5 %, soit 2 312 350, &#233;taient des esclaves. Dans deux de ces &#201;tats - la Caroline du Sud et le Mississippi - les esclaves &#233;taient plus nombreux que l'ensemble des Blancs et Noirs libres. La Virginie, le Tennessee, la Caroline du Nord et l'Arkansas comptaient 4 134 191 habitants en 1860, dont 29,2 % d'esclaves soit 1208 758. Ne serait-ce que du point de vue militaire, une politique radicalement abolitionniste e&#251;t cass&#233; les reins aux sudistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En r&#233;ponse aux actes de guerre de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, le gouvernement de Lincoln avait appel&#233;, le 15 avril 1861, soixante-quinze mille volontaires au service arm&#233;, croyant pouvoir r&#233;gler le conflit en trois mois. En fait, la guerre de S&#233;cession tra&#238;na jusqu'en 1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sur la rivi&#232;re Bull Run, pr&#232;s de la ville de Mannassas, au sud-ouest de Washington, eut lieu le 21 juillet 1861 la premi&#232;re bataille importante de la guerre civile am&#233;ricaine. L'arm&#233;e du Sud triompha des troupes nordistes plus nombreuses, mais mal pr&#233;par&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans sa lettre &#224; Marx du 26.9.1851, Engels explique que la premi&#232;re phase d'une r&#233;volution implique toujours la spontan&#233;it&#233; et l'anarchie, qui affectent et dissolvent l'ancien r&#233;gime : &#171; Il est &#233;vident que la d&#233;sorganisation des arm&#233;es et le rel&#226;chement absolu de la discipline furent aussi bien la condition que le r&#233;sultat de toute r&#233;volution qui ait triomph&#233; jusqu'ici. La France dut attendre 1792 pour r&#233;organiser une petite arm&#233;e de soixante &#224; quatre-vingt mille hommes, celle de Dumouriez, qui cependant se d&#233;composa bient&#244;t. On peut donc dire qu'il n'y eut pratiquement aucune arm&#233;e organis&#233;e en France jusqu'&#224; la fin 1793. &#187; Et de montrer que la discipline d&#233;pend des buts politiques poursuivis, et non de la dictature militaire, du moins en p&#233;riodes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Comme durant la premi&#232;re r&#233;volution am&#233;ricaine, des forces progressives de plusieurs nations europ&#233;ennes aid&#232;rent l&#232;s Am&#233;ricains dans leur lutte au cours de la guerre anti-esclavagiste. parmi les r&#233;volutionnaires allemands de 1848 qui avaient &#233;migr&#233; aux &#201;tats-Unis, il y avait des bourgeois lib&#233;raux tels que Schurz et Kapp, et des amis communistes de Marx et d'Engels tels que Weydemeyer et Anneke (cf. Correspondance Marx-Engels, des 29.5. et 4.6.1862, l. c., pp. 113-116 : Anneke informait directement Engels de ce qui se passait sur le th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations am&#233;ricain). On estime &#224; deux cent mille le nombre des Allemands qui se port&#232;rent volontaires pour aider le Nord &#224; combattre les esclavagistes. Ils firent profiter de leur exp&#233;rience les arm&#233;es nordistes peu aguerries et mal organis&#233;es au d&#233;but des hostilit&#233;s.. Certains r&#233;volutionnaires de 1848 organis&#232;rent leurs propres d&#233;tachements, par exemple le 8&#176; r&#233;giment de volontaires allemands. L'action de Marx et d'Engels en faveur du Nord anti-esclavagiste se relie &#233;videmment &#224; ce mouvement concret aux &#201;tats-Unis. Comme on le sait, Marx avait envisag&#233;, &#224; un moment donn&#233;, d'&#233;migrer aux &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par comparaison, voici les chiffres en ce qui concerne la participation des Noirs (ou esclaves) &#224; la lutte aux c&#244;t&#233;s du Nord : on n'a compt&#233; que 186 017 hommes de couleur ayant servi dans les arm&#233;es nordistes durant la guerre. Sur ce chiffre, 123 156 &#233;taient en service en juillet 1865 (on sait que les Noirs furent tardivement accept&#233;s de mani&#232;re officielle dans l'arm&#233;e). Les Noirs se battirent avec un courage extraordinaire, et perdirent 68 178 hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Du point de vue militaire et politique, la campagne du Kentucky de 1862 fut d'une importance d&#233;cisive. La ligne de d&#233;fense des conf&#233;d&#233;r&#233;s, de Columbus &#224;, Bowling Green, avait deux centres vitaux au Tennessee, Fort Henry et Fort Donelson. Ces places fortes d&#233;fendaient deux importants passages au c&#339;ur du Sud, les rivi&#232;res Cumberland et Tennessee. Leur prise ne permit pas seulement aux nordistes d'ouvrir une br&#232;che profonde dans la Conf&#233;d&#233;ration sudiste, mais encore de rendre intenable la position des sudistes au Kentucky. C'est pourquoi, ces deux forts furent l'objectif imm&#233;diat de la campagne de l'Union, et Grant les occupa les 6 et 15.2.1862. La prise de Fort Donelson entra&#238;na l'&#233;vacuation des positions de Bowling Green, de Columbus et de Nashville (au Tennessee).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces victoires de l'Union eurent de grandes cons&#233;quences militaires. Par le fleuve du Tennessee, les nordistes purent p&#233;n&#233;trer jusqu'au nord de l'Alabama et m&#234;me en G&#233;orgie. Ce fut la premi&#232;re amorce pour enfoncer un coin jusqu'au golfe du Mexique et couper la Conf&#233;d&#233;ration sudiste en deux parties isol&#233;es l'une de l'autre. En outre, ces succ&#232;s permirent d'occuper le Kentucky, &#201;tat fronti&#232;re vital, et de r&#233;cup&#233;rer une partie du Tennessee. Les nordistes avanc&#232;rent en tout de deux cents milles. Par ailleurs, ces victoires eurent un grand retentissement politique. Elles montr&#232;rent &#224; l'Europe - et notamment &#224; l'Angleterre - que le Sud n'&#233;tait pas invincible sur les champs de bataille. Enfin, elles enlev&#232;rent les derniers doutes qui pouvaient subsister sur le r&#244;le du Kentucky dans le conflit, et permirent d'entreprendre une guerre plus r&#233;volutionnaire contre les esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] En ce qui concerne l'&#233;tude d&#233;taill&#233;e du rapport des forces arm&#233;es lors des diff&#233;rentes op&#233;rations, aux divers moments de la guerre de S&#233;cession am&#233;ricaine, cf. The War of the Rebellion : A Compilation of the Official Records of the Union en cinquante-six volumes. La s&#233;rie I traite particuli&#232;rement de cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] De fait, les conf&#233;d&#233;r&#233;s engag&#232;rent une double campagne au Kentucky et au Maryland en septembre 1862, mais ils furent battus. Cf. les articles ci-apr&#232;s : &#171; La situation en Am&#233;rique du Nord &#187; (10 novembre 1862), et &#171; Les &#233;v&#233;nements d'Am&#233;rique du Nord &#187; (12 octobre 1862). Comme Marx et Engels l'ont mis en &#233;vidence, le Sud devait attaquer en raison de la nature m&#234;me de ses conditions sociales, tandis que le Nord, en raison de ses. h&#233;sitations essentiellement politiques, se tenait sur la d&#233;fensive, bien qu'il jou&#238;t d'une sup&#233;riorit&#233; sociale et militaire incontestable. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1862/05/km18620520.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1862/05/km18620520.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/gcus/gcus.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/gcus/gcus.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les r&#233;volutions de 1830 et 1832 en France </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les r&#233;volutions de 1830 et 1832 en France par Victor Hugo, Auguste Blanqui et Karl Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;volution de 1830 et 1832 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_Glorieuses &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_r%C3%A9publicaine_%C3%A0_Paris_en_juin_1832 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Maximilien_Lamarque &lt;br class='autobr' /&gt;
Victor Hugo dans &#171; Les Mis&#233;rables &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_(1908)/Tome_4/Livre_1/01 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les r&#233;volutions de 1830 et 1832 en France par Victor Hugo, Auguste Blanqui et Karl Marx&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution de 1830 et 1832&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_Glorieuses&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_Glorieuses&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_r%C3%A9publicaine_%C3%A0_Paris_en_juin_1832&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_r%C3%A9publicaine_%C3%A0_Paris_en_juin_1832&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Maximilien_Lamarque&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Maximilien_Lamarque&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Hugo dans &#171; Les Mis&#233;rables &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_(1908&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_(1908&lt;/a&gt;)/Tome_4/Livre_1/01&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_(1908&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_(1908&lt;/a&gt;)/Tome_4/Livre_1/02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_(1908&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_(1908&lt;/a&gt;)/Tome_4/Livre_1/03&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_(1908&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_(1908&lt;/a&gt;)/Tome_4/Livre_1/04&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_(1908&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables_(1908&lt;/a&gt;)/Tome_4/Livre_1/05&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_10/01&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_10/01&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_10/02&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_10/02&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_10/03&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_10/03&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_10/04&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_10/04&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_10/05&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_10/05&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_12/05&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_12/05&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_13/02&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_4/Livre_13/02&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_5/Livre_1/01&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_5/Livre_1/01&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_5/Livre_1/01&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables/Tome_5/Livre_1/01&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auguste Blanqui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeune &#233;tudiant au temps de la Restauration, il adh&#232;re en 1824 &#224; la Charbonnerie, organisation subversive qui complotait la chute de la monarchie des Bourbons. Sans rompre avec son milieu, Blanqui s'initie ainsi au monde souterrain des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes et des conspirations. Il est bless&#233; en 1827 dans des manifestations d'&#233;tudiants au quartier Latin. En 1829, il entre au journal Le Globe comme st&#233;nographe, mais sa vie est d&#233;sormais partag&#233;e entre les conspirations et les emprisonnements. Il combat le r&#233;gime de Charles X, en juillet 1830, les armes &#224; la main ; &#233;tudiant en droit, il participe au Comit&#233; des &#233;coles qui, en janvier 1831, manifeste contre le r&#233;gime de Juillet. Arr&#234;t&#233; une premi&#232;re fois, il est &#224; nouveau condamn&#233; en 1832, au moment du proc&#232;s des &#171; quinze &#187;, comme membre de la Soci&#233;t&#233; des amis du peuple, dissoute. Il devait d&#233;sormais passer une grande partie de sa vie en prison, ce qui explique le nom donn&#233; &#224; l'une de ses premi&#232;res biographies, L'Enferm&#233;, &#233;crite par Gustave Geffroy. Il est arr&#234;t&#233; en 1836 comme dirigeant de la Soci&#233;t&#233; des familles qu'avait fond&#233;e Barb&#232;s, et condamn&#233; &#224; deux ans de prison pour fabrication d'explosifs. Graci&#233; par l'amnistie de 1837, il milite dans la Soci&#233;t&#233; des saisons, et pr&#233;pare l'insurrection du 12 mai 1839 &#224; Paris ; celle-ci &#233;choue, Blanqui s'enfuit, mais, arr&#234;t&#233; en octobre, il est condamn&#233; &#224; mort en janvier 1840. Sa peine est commu&#233;e en r&#233;clusion &#224; vie. Il est intern&#233; au Mont-Saint-Michel puis &#224; la prison et &#224; l'h&#244;pital de Tours et graci&#233; en 1844. Arriv&#233; &#224; Paris le 25 f&#233;vrier 1848, Blanqui fonde la Soci&#233;t&#233; r&#233;publicaine centrale, r&#233;clame l'ajournement des &#233;lections en organisant les manifestations du 17 mars et du 16 avril. Le 15 mai, il tente de prendre le pouvoir, est encore arr&#234;t&#233; et condamn&#233; &#224; dix ans de prison &#224; Belle-Ile. Il milite &#224; nouveau contre le second Empire en regroupant des &#233;tudiants et des ouvriers ; emprisonn&#233;, il s'&#233;vade et se r&#233;fugie en Belgique vers 1865.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1830/appel-etudiants.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1830/appel-etudiants.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1831/blanqui_1831.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1831/blanqui_1831.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1832/rapport.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1832/rapport.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1834/liberateur.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1834/liberateur.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Les luttes de classes en France &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/03/km18500301.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/03/km18500301.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les 14 juillet d'hier, d'aujourd'hui et de demain</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8317</link>
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		<dc:date>2025-07-14T04:08:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>

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&lt;p&gt;Avec le 14 juillet, la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise capitaliste pr&#233;tend f&#234;ter l'instauration de la R&#233;publique tout en affirmant de plus en plus que la R&#233;volution fran&#231;aise qui l'a mise en place n'&#233;tait qu'un bain de sang gratuit et horrifiant, d&#233;montrant que toute r&#233;volution n'est qu'un massacre et d&#233;tournant les masses de cette perspective de changement r&#233;elle&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que les classes exploiteuses, compl&#232;tement d&#233;pass&#233;es par le cours imp&#233;tueux de l'Histoire, essaient de se persuader qu'elles (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec le 14 juillet, la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise capitaliste pr&#233;tend f&#234;ter l'instauration de la R&#233;publique tout en affirmant de plus en plus que la R&#233;volution fran&#231;aise qui l'a mise en place n'&#233;tait qu'un bain de sang gratuit et horrifiant, d&#233;montrant que toute r&#233;volution n'est qu'un massacre et d&#233;tournant les masses de cette perspective de changement r&#233;elle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que les classes exploiteuses, compl&#232;tement d&#233;pass&#233;es par le cours imp&#233;tueux de l'Histoire, essaient de se persuader qu'elles vont d&#233;tourner la lave du volcan social et politique qui gronde d&#233;j&#224; et qui ne peux que les engloutir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, ce n'est pas seulement des r&#233;volutions bourgeoises et prol&#233;tariennes que les classes poss&#233;dantes n'ont pas tir&#233; les le&#231;ons et ne veulent absolument pas les tirer. C'est m&#234;me du cours &#233;conomique du capitalisme. Celui-ci n'est plus que l'ombre lui-m&#234;me. Au lieu de construire les pyramides du capitalisme, l'industrie productive, il creuse sa tombe, avec ses dettes, ses hypoth&#232;ques, ses sp&#233;culations, ses titres n&#233;crophiles, ses cryptomonaies, ses bulles, son faux capital, son vrai endettement et, au bout, sa marche au fascisme et &#224; la guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me la R&#233;publique, m&#234;me la d&#233;mocratie, construite autrefois par les r&#233;volutions, de l'Angleterre aux Etats-Unis et &#224; la France, &#224; l'Europe, n'est plus qu'une caricature de pr&#233;sidentielle monarchique pr&#233;-fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me la prosp&#233;rit&#233;, fond&#233;e sur le dynamisme du capitalisme, a perdu sa base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cracher sur la r&#233;volution qui lui a donn&#233; naissance, c'est bien la seule chose que le monde capitaliste soit encore capable de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise d'&#233;vocation de la R&#233;volution fran&#231;aise, l'irruption des masses populaires dans l'ar&#232;ne des classes poss&#233;dantes en reversant le pouvoir d'Etat et l'arm&#233;e, on a droit &#224; un hommage g&#233;n&#233;ral aux arm&#233;es et aux guerres de la France, &#224; un soutien r&#233;affirm&#233; au nationalisme militariste de l'un des plus guerriers de tous les imp&#233;rialismes occidentaux !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fil&#233; du 14 juillet est devenu celui d'une pr&#233;tendue unit&#233; entre les travailleurs de France et leurs exploiteurs qui sont en m&#234;me temps ceux qui &#233;crasent les peuples avec leurs arm&#233;es imp&#233;rialistes. Et elles n'&#233;crasent pas que les peuples &#171; &#233;trangers &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le peuple de France, comme de celui de toutes les nations imp&#233;rialistes ferait bien se souvenir que, quand il a fait la r&#233;volution, le peuple a eu d'abord contre lui les arm&#233;es de toutes les nations imp&#233;rialistes &#224; commencer par la sienne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution du peuple travailleur s'organisant en soviets pour exercer son propre pouvoir aura comme premier adversaire l'arm&#233;e de son propre pays et il devra, sous peine de mort, dissoudre cette arm&#233;e, d&#233;moraliser ses troupes, d&#233;t&#226;cher les petits soldats de la hi&#233;rarchie militaire, amener la base de l'arm&#233;e &#224; se soulever et &#224; s'organiser elle-m&#234;me en soviets li&#233;s aux soviets de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;pisodes de &#034;14 juillet&#034; des r&#233;volt&#233;s ne se cantonnent pas &#224; la France et &#224; 1789. L'Angleterre, les Eats-Unis et m&#234;me la Suisse les avaient devanc&#233;s. Chez eux aussi, la bourgeoisie capitaliste aimerait bien effacer ce pass&#233; r&#233;volutionnaire pour &#233;viter qu'il se reproduise !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence r&#233;volutionnaire n'est que la r&#233;ponse des exploit&#233;s et des opprim&#233;s. Leurs exploiteurs et oprresseurs aimeriaent bien d&#233;sarmer le peuple travailleur et l'emp&#234;cher de rendre coup pour coup...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, f&#234;tons le 14 juillet &#224; venir des peuples travailleurs dont la vague des &#034;printemps&#034; a &#233;t&#233; le signe avant-coureur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici comment la bourgeoisie d&#233;peint aujourd'hui la R&#233;volution qui lui a pourtant donn&#233; le pouvoir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/histoire/la-revolution-francaise-comme-un-fleuve-de-sang-20190429&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lefigaro.fr/histoire/la-revolution-francaise-comme-un-fleuve-de-sang-20190429&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/livres/une-puissance-sanguinaire-etait-lachee-un-roman-fleuve-sur-la-revolution-francaise-20250712&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lefigaro.fr/livres/une-puissance-sanguinaire-etait-lachee-un-roman-fleuve-sur-la-revolution-francaise-20250712&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.revuepolitique.fr/la-violence-politique-de-la-revolution-francaise/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.revuepolitique.fr/la-violence-politique-de-la-revolution-francaise/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-inflexions-2016-1-page-73?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://shs.cairn.info/revue-inflexions-2016-1-page-73?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://canabae.enseigne.ac-lyon.fr/spip/IMG/pdf/Violences_revolutionnaires.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://canabae.enseigne.ac-lyon.fr/spip/IMG/pdf/Violences_revolutionnaires.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pur/17393?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pur/17393?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;LA R&#201;VOLUTION FRAN&#199;AISE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire du capitalisme en France fut douloureuse et difficile. Son retard ne fit qu'accentuer la force avec laquelle l'&#233;conomie bourgeoise brisa ses entraves. Des mesures h&#233;ro&#239;ques &#233;taient n&#233;cessaires, bien au-del&#224; des capacit&#233;s des lib&#233;raux fran&#231;ais. Le lib&#233;ralisme fran&#231;ais ne pouvait qu'initier les &#233;v&#233;nements ; il fallait un radicalisme extr&#234;me, alli&#233; &#224; des &#233;l&#233;ments d'anarchisme et de communisme, pour remporter la victoire. N&#233;anmoins, bien que radicale, la R&#233;volution fran&#231;aise en a port&#233; les fruits aux mains des lib&#233;raux. En bref, pour parvenir &#224; la r&#233;volution politique, le capitalisme fran&#231;ais a ouvert la voie &#224; la r&#233;volution sociale. Ce sont les barbares de l'int&#233;rieur, les sans-culottes et les radicaux jacobins, qui ont port&#233; la r&#233;volution jusqu'aux murs de Moscou et port&#233; un coup irr&#233;parable &#224; l' Ancien R&#233;gime . La R&#233;volution fran&#231;aise est all&#233;e aussi loin qu'une r&#233;volution bourgeoise pouvait aller tout en conservant son caract&#232;re capitaliste. Au cours de cette r&#233;volution, les radicaux les plus extr&#233;mistes d'Angleterre et d'Am&#233;rique ont p&#226;li.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la R&#233;volution fran&#231;aise, le capitalisme mondial &#233;tendait son attaque de la p&#233;riph&#233;rie vers le centre, de la &#171; petite &#238;le &#233;troite &#187; qu'est l'Angleterre et des lointaines colonies am&#233;ricaines jusqu'au c&#339;ur m&#234;me de l'ordre ancien. (*1) Il en &#233;tait capable, car les mains des marchands et des fabricants &#233;taient d&#233;sormais renforc&#233;es par l'introduction du machinisme, c'est-&#224;-dire par la r&#233;volution industrielle. Face &#224; ce nouveau d&#233;veloppement, l'&#233;tranglement des forces productives mondiales par l'ancien ordre f&#233;odal &#233;tait devenu intol&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps, le capitalisme fran&#231;ais cherchait &#224; s'&#233;manciper. Sup&#233;rieur m&#234;me &#224; l'Angleterre au XIVe si&#232;cle (*2), le capitalisme fran&#231;ais avait soutenu une monarchie absolue afin de mettre fin au syst&#232;me f&#233;odal. Cependant, l'ordre f&#233;odal &#233;tait in&#233;branlable. Par la captivit&#233; babylonienne, la France for&#231;a le pape &#224; devenir fran&#231;ais et, &#224; Avignon, trois quarts de si&#232;cle plus tard, une fois le pape rentr&#233; &#224; Rome et le schisme termin&#233;, elle le contraignit &#224; respecter constamment l'int&#233;grit&#233; de la monarchie absolue fran&#231;aise (*3). Cela ne servit qu'&#224; consolider l'&#201;glise catholique et la classe aristocratique qui y adh&#233;rait. La France &#233;chappa ainsi &#224; la R&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, aux XVIe et XVIIe si&#232;cles, le capitalisme fran&#231;ais, envieux de la victoire des capitalistes r&#233;formateurs ailleurs, tenta &#224; nouveau, par l'interm&#233;diaire des huguenots, de se faire entendre. Pour d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts, les huguenots d&#233;clar&#232;rent que l'&#201;tat &#233;tait le r&#233;sultat d'un contrat social (non pas, toutefois, entre un homme et un autre, mais entre des sujets et leurs dirigeants), et que le roi ne devait pas violer ce contrat, consacr&#233; par la volont&#233; de Dieu. Le roi ne devait pas violer la tradition, en particulier la tradition fran&#231;aise ancienne selon laquelle le chef politique devait &#234;tre guid&#233; par le Parlement. Afin de se pr&#233;server, les huguenots soutinrent un roi protestant contre un catholique ; ils s'empar&#232;rent d'importantes parties de la France et les conserv&#232;rent pendant pr&#232;s d'un si&#232;cle. Ils forc&#232;rent les ordres f&#233;odaux &#224; faire des concessions leur accordant la tol&#233;rance. Mais leurs efforts finirent par &#233;chouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les huguenots fran&#231;ais succomb&#232;rent au moment m&#234;me o&#249; les capitalistes anglais prosp&#233;raient gr&#226;ce aux guerres civiles, et en partie gr&#226;ce &#224; la r&#233;ussite des Anglais. Le capitalisme fran&#231;ais &#233;tait &#233;touff&#233; par la r&#233;ussite des Anglais &#224; chasser le commerce fran&#231;ais des mers. De l'autre c&#244;t&#233;, il &#233;tait &#233;cras&#233; par le poids de la r&#233;action europ&#233;enne. Ainsi, la situation entre la France et l'Angleterre en 1688 renversa la situation entre l'Angleterre et la Hollande en 1648. Les rebelles anglais furent alors aid&#233;s par les Hollandais, qui leur fournirent m&#234;me plus tard un roi, Guillaume d'Orange. En France, cependant, les huguenots ne purent que souffrir des attaques anglaises contre les int&#233;r&#234;ts fran&#231;ais. Et avec la d&#233;faite des huguenots, le capitalisme fran&#231;ais fut encore plus en recul. Des dizaines de milliers d'entre eux furent chass&#233;s de France vers l'Angleterre et les colonies anglaises, o&#249; ils continu&#232;rent &#224; enrichir les Anglais et &#224; pr&#233;parer le jour o&#249; ils r&#233;duiraient encore davantage les Fran&#231;ais. L'exode des huguenots hors de France eut, dans une large mesure, le m&#234;me effet sur ce pays que l'exil des Juifs et des Maures en Espagne. Les forces progressistes furent r&#233;duites en miettes. L'imposante industrie de l'&#201;tat f&#233;odal d&#233;cadent et parasitaire s'alourdit et se stabilise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le capitalisme mondial ne parvenait pas &#224; se d&#233;barrasser des dirigeants fran&#231;ais de l'int&#233;rieur, il pouvait, et commen&#231;ait effectivement, &#224; desserrer leur emprise de l'ext&#233;rieur. La victoire des capitalistes anglais avait consid&#233;rablement lib&#233;r&#233; les forces productives anglaises. Toutes les colonies fran&#231;aises importantes &#8211; le Canada, l'Inde, les Antilles &#8211; &#233;taient prises par les Anglais. L'&#201;tat fran&#231;ais &#233;tait rapidement en faillite. Partout en France, l'Angleterre parvenait &#224; s'acheter des partisans qui harcelaient sans cesse la monarchie fran&#231;aise par des guerres incessantes. Ces guerres &#233;taient d'autant plus in&#233;vitables que la seule solution pour les anciens ordres fonciers &#233;tait de s'assurer davantage de terres. &#192; cet &#233;gard &#233;galement, la sup&#233;riorit&#233; de l'argent et du capital marchand sur la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re se manifestait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais &#192; la fin du XVIIIe si&#232;cle, la situation avait &#233;volu&#233; vers une situation intol&#233;rable dans des r&#233;gions enti&#232;res d'Europe et particuli&#232;rement en France, la t&#234;te du continent europ&#233;en. &#187; (*4) Un si&#232;cle plus t&#244;t, le capitalisme fran&#231;ais avait &#233;t&#233; consid&#233;rablement renforc&#233; par le changement du paiement des rentes, du paiement en nature au paiement en argent. Ce changement dans le paiement des rentes, accompli sous Louis XIV au XVIIe si&#232;cle, acc&#233;l&#233;ra consid&#233;rablement la rupture des anciennes relations sociales &#224; la campagne. La paysannerie pauvre fut pouss&#233;e entre les mains de l'usurier. Les anciens communs du village furent d&#233;mantel&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment, l'effondrement et la faillite de l'ancien ordre ont fait que la pression est devenue plus forte que jamais sur la petite noblesse, qui a commenc&#233; &#224; harceler la paysannerie avec la plus grande m&#233;chancet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les guerres civiles anglaises, les grands aristocrates vivaient &#224; la campagne et avaient adopt&#233; une attitude patriarcale envers &#171; leurs &#187; paysans. Cela contribua &#224; neutraliser la masse de la paysannerie la plus pauvre d'Angleterre. En revanche, en France, &#224; l'exception de la Vend&#233;e , presque tous les domaines &#233;taient g&#233;r&#233;s par des propri&#233;taires absent&#233;istes r&#233;sidant &#224; Paris et &#224; la cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, des agriculteurs et des paysans capitalistes apparurent en France, produisant pour un vaste march&#233;. Cet &#233;v&#233;nement eut une importance consid&#233;rable, car la croissance du capitalisme agraire signifiait que d&#233;sormais, ce n'&#233;tait plus le seigneur f&#233;odal, mais le capitaliste urbain, qui pouvait diriger et repr&#233;senter le paysan. &#192; l'avant-garde de la paysannerie dans son ensemble se trouvait le groupe le plus prosp&#232;re des agriculteurs capitalistes. C'est ce groupe, et non les gentilshommes bourgeois des campagnes, qui mena les masses agraires pendant la R&#233;volution fran&#231;aise. Parall&#232;lement, la faillite de la classe dirigeante contraignit l'&#201;tat &#224; alourdir consid&#233;rablement la charge fiscale pesant sur les producteurs de richesses. Dans la confusion la plus totale, l'aristocratie fut contrainte de faire appel aux chefs de file des &#233;conomistes et des banquiers capitalistes pour l'aider &#224; se sortir de ses difficult&#233;s. Ainsi, les capitalistes dirigeants devinrent les sauveurs de la soci&#233;t&#233; et les chefs intellectuels de l'&#233;poque : les lib&#233;raux fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce tournant historique, la R&#233;volution am&#233;ricaine &#233;clata. Les lib&#233;raux fran&#231;ais se ralli&#232;rent rapidement aux Am&#233;ricains, mobilisant la France de tout leur poids. Le r&#233;sultat fut d&#233;cisif, non seulement pour les Anglais, mais aussi pour les Fran&#231;ais. Si l'Angleterre perdait ses colonies, Louis XVI perdrait la t&#234;te. L'intervention dans les affaires am&#233;ricaines co&#251;ta cher au roi de France et rapprocha l'effondrement financier et la faillite g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat. Parall&#232;lement, le capitalisme fran&#231;ais put se sentir encourag&#233; par l'affaiblissement relatif des Anglais &#224; prendre le contr&#244;le de l'&#201;tat des mains paralys&#233;es de l'ancien r&#233;gime, non seulement pour mener des r&#233;formes internes, mais aussi pour jeter les bases de la reconqu&#234;te de l'h&#233;g&#233;monie mondiale perdue par l' Ancien R&#233;gime . La victoire des f&#233;d&#233;ralistes conservateurs aux &#201;tats-Unis, avec l'adoption de la Constitution et la formation d'un gouvernement national, contrarie les projets d'alliance des lib&#233;raux et des d&#233;mocrates fran&#231;ais avec l'Am&#233;rique. Sous Napol&#233;on, le capitalisme fran&#231;ais allait faire ses efforts les plus h&#233;ro&#239;ques pour acc&#233;der &#224; la puissance mondiale, mais, &#224; ce moment-l&#224;, alli&#233; non plus au peuple mais aux despotes de l'Europe, il &#233;tait vou&#233; &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formateurs lib&#233;raux fran&#231;ais se composaient de deux sections principales. L'une &#233;tait compos&#233;e de lettr&#233;s et de scientifiques. Ceux-ci n'attaquaient pas la monarchie elle-m&#234;me, mais ses alli&#233;s, en particulier l'&#201;glise, cette derni&#232;re non pas comme une incarnation de la religion, mais comme une institution intol&#233;rante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principaux porte-parole de ce groupe avaient &#233;t&#233; en Angleterre, ou pouvaient lire et parler anglais. (*5) Locke &#233;tait leur principal philosophe. En substituant le &#171; d&#233;isme &#187; et le &#171; scepticisme &#187; aux dogmes de l'&#201;glise, en discr&#233;ditant la morale dominante, en louant l'empirisme scientifique (*6) des Anglais, en appelant &#224; une libert&#233; intellectuelle compl&#232;te, ces &#233;l&#233;ments pr&#233;par&#232;rent dans une certaine mesure la voie aux &#233;v&#233;nements qui allaient suivre. Cependant, ces lib&#233;raux n'avaient aucune influence sur les masses qu'ils m&#233;prisaient. (*7) Comme Voltaire l'a expos&#233;, il &#171; pr&#233;f&#233;rerait &#234;tre gouvern&#233; par un lion que par cent rats &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart de ces id&#233;alistes protestaient contre la sombre doctrine de l'&#201;glise selon laquelle la mis&#232;re &#233;tait in&#233;vitable. Ils affirmaient qu'il &#233;tait possible d'&#234;tre heureux sur cette terre &#8211; que dis-je, le bonheur &#233;tait le but de l'homme. Mais pour la plupart d'entre eux, le bonheur signifiait simplement la libert&#233; au sein de la classe sociale &#224; laquelle on appartenait. L'&#233;galit&#233; sociale &#233;tait une pure utopie. Cependant, au sein de ce groupe, une gauche se formait, concevant le bonheur comme se trouvant dans la vertu. La vertu passait par la justice sociale, et la justice sociale signifiait la libert&#233; pour tous ; celle-ci pr&#233;supposait &#224; son tour l'&#233;galit&#233; et reposait sur la fraternit&#233; humaine. Les Fran&#231;ais tiraient clairement les le&#231;ons des R&#233;volutions am&#233;ricaine et anglaise, o&#249; des croyances similaires avaient pr&#233;valu. (*8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici, sur la question de la d&#233;mocratie, que les lettr&#233;s lib&#233;raux de gauche commenc&#232;rent &#224; rompre avec la droite, comme les encyclop&#233;distes. &#171; Les encyclop&#233;distes n'attaquaient aucune des institutions politiques &#233;tablies de leur temps. Ils s'opposaient &#224; l'absolutisme, &#224; l'obscurantisme et au formalisme ; ils ne s'approchaient jamais suffisamment de la r&#233;alit&#233; pour &#233;tablir un lien entre les faux pr&#233;jug&#233;s qu'ils ha&#239;ssaient et les institutions politiques fondamentales de la soci&#233;t&#233; qu'ils connaissaient. &#187; (*9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, l'aile gauche croyait que ce n'&#233;tait pas le roi qui &#233;tait souverain, mais la nation. La souverainet&#233; r&#233;sidait dans le peuple, dans la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Les &#339;uvres de Rousseau (*10), le plus c&#233;l&#232;bre chef de file de cette opinion, devinrent la bible des futurs r&#233;volutionnaires intellectuels, tant girondins que jacobins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rousseau soutenait que le v&#233;ritable l&#233;gislateur &#233;tait le peuple tout entier, et que seule une telle l&#233;gislation pouvait exprimer la volont&#233; g&#233;n&#233;rale de mani&#232;re &#224; &#234;tre respect&#233;e de droit plut&#244;t que de soci&#233;t&#233;. La souverainet&#233; du peuple, son pouvoir de l&#233;gif&#233;rer, &#233;tait inali&#233;nable, absolu, indispensable et indestructible. (*11) Celui qui usurpait le pouvoir souverain &#233;tait un despote qui ne pouvait gouverner que par la force et qui ne pouvait l&#233;gitimement emp&#234;cher les r&#233;volutions pour r&#233;tablir de bonnes relations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es de Rousseau furent interpr&#233;t&#233;es par nombre de ses lecteurs comme extr&#234;mement r&#233;volutionnaires. Rousseau lui-m&#234;me en &#233;tait tout le contraire. Lorsqu'il &#233;crivait : &#171; L'homme na&#238;t libre ; et partout o&#249; il est encha&#238;n&#233; &#187;, sa phrase suivante stipulait : &#171; On se croit ma&#238;tre des autres, et pourtant on reste plus esclave qu'eux. &#187; (*12) En bref, les ma&#238;tres &#233;taient plus esclaves que leurs sujets et personne n'y &#233;chappait. De plus, la t&#226;che de Rousseau n'&#233;tait pas d'expliquer ce passage de la libert&#233; &#224; l'esclavage, ni de protester contre cet esclavage ni de montrer comment y mettre fin, mais simplement de d&#233;couvrir ce qui le rendait l&#233;gitime. Si le passage &#224; l'esclavage universel ne pouvait &#234;tre l&#233;gitim&#233;, alors la r&#233;volution &#233;tait in&#233;vitable. La r&#233;volution &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment ce que Rousseau voulait nier. Pour Rousseau, &#171; l'ordre social est un droit sacr&#233;. &#187; (*13)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rousseau a constat&#233; que l'esclavage de l'humanit&#233; &#233;tait in&#233;vitablement li&#233; &#224; la nature m&#234;me de tout ordre social et &#233;tait l&#233;gitim&#233; par un contrat social que l'homme isol&#233; et brutal, dans l'&#233;tat de nature, avait conclu afin d'obtenir les bienfaits de la vie en soci&#233;t&#233;. En cimentant ce contrat social, l'homme isol&#233; a renonc&#233; &#224; sa libert&#233; naturelle, mais a obtenu la libert&#233; civile et la moralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les Fran&#231;ais, l'id&#233;e que l'homme est par nature un animal social et qu'il ne devient v&#233;ritablement homme qu'en int&#233;grant la soci&#233;t&#233; &#233;tait toujours pr&#233;sente. Chez Locke, au contraire, l'homme &#233;tait moral et jouissait de droits inali&#233;nables avant m&#234;me d'int&#233;grer la soci&#233;t&#233;. Rousseau contestait &#233;galement ici les id&#233;es de Hobbes, qui pensait que l'homme &#233;tait originellement immoral et avait besoin du gouvernement pour le corriger. Pour Rousseau, l'homme primitif n'&#233;tait ni bon ni mauvais, mais simplement une brute sans morale. Ce n'est qu'en perdant sa libert&#233; naturelle en int&#233;grant la soci&#233;t&#233; qu'il a acquis une libert&#233; morale et est devenu v&#233;ritablement ma&#238;tre de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les principes moraux d&#233;coulaient directement de l'ordre social, tout comme le flux des droits prot&#233;g&#233;s par l'&#201;tat. L'homme naturel n'avait aucun droit ; c'est la soci&#233;t&#233; qui le conf&#233;rait, quels qu'ils soient, et transformait la possession en propri&#233;t&#233;. Mais si la propri&#233;t&#233; ne venait que des bonnes gr&#226;ces de l'ordre social, elle pouvait aussi &#234;tre retir&#233;e par cet ordre social chaque fois que n&#233;cessaire. L'&#201;tat &#233;tait donc le ma&#238;tre de tous les biens ; la communaut&#233;, loin de les spolier, ne faisait que leur assurer une possession l&#233;gitime et transformer l'usurpation en droit v&#233;ritable et la jouissance en propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un individu adh&#232;re &#224; l'ordre social, il place sa personne et tout son pouvoir sous la direction supr&#234;me de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale. La volont&#233; g&#233;n&#233;rale a toujours raison, m&#234;me si elle doit contraindre les r&#233;calcitrants &#224; ob&#233;ir. &#171; Cela ne signifie rien d'autre que de le forcer &#224; &#234;tre libre ; car c'est la condition qui, en donnant chaque citoyen &#224; sa patrie, le garantit contre toute d&#233;pendance personnelle. &#187; (*15)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation de Rousseau selon laquelle la nation &#233;tait souveraine, que tous devaient ob&#233;ir &#224; la volont&#233; g&#233;n&#233;rale, ne signifiait pas qu'il &#233;tait n&#233;cessairement favorable &#224; la d&#233;mocratie. Au contraire, &#233;crivait-il, &#171; S'il y avait un peuple de dieux, son gouvernement serait d&#233;mocratique. Un gouvernement aussi parfait n'est pas fait pour l'homme. &#187; Car &#171; Il est contraire &#224; l'ordre naturel que le grand nombre gouverne et que le petit nombre soit gouvern&#233;. &#187; Rousseau lui-m&#234;me, suivant Montesquieu, &#233;tait favorable &#224; une monarchie pour la France, et il pouvait le faire, malgr&#233; sa th&#233;orie de la souverainet&#233; populaire, au motif qu'&#171; il n'est pas bon que celui qui fait les lois les ex&#233;cute&#8230; &#187; (*16). Puisque, par pr&#233;somption, le peuple faisait les lois, il fallait quelqu'un pour les appliquer. Dans un &#201;tat grand et puissant, cela ne pouvait se faire que par une monarchie, et par une monarchie absolue qui plus est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Rousseau, &#171; ni le sort ni le vote n'ont de place dans un gouvernement monarchique. &#187; (*17) Un parlement n'&#233;tait pas non plus meilleur. Puisque la souverainet&#233; ne pouvait &#234;tre ali&#233;n&#233;e et n'&#233;tait pas divisible, les d&#233;put&#233;s au parlement ne pouvaient pas &#234;tre les repr&#233;sentants mais simplement les intendants de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale. La repr&#233;sentation parlementaire, id&#233;alis&#233;e par Locke comme l'essence de la d&#233;mocratie et redout&#233;e par Hobbes pour la m&#234;me raison, &#233;tait ridiculis&#233;e par Rousseau comme n'ayant rien &#224; voir avec la v&#233;ritable d&#233;mocratie. Des gens comme Cromwell n'&#233;taient que des &#233;go&#239;stes ou des hypocrites. (*18) Ainsi, si la volont&#233; g&#233;n&#233;rale devait s'exprimer par le biais d'une monarchie absolue, Rousseau la favorisait. Il ne pouvait y avoir de r&#233;volution contre la volont&#233; g&#233;n&#233;rale et donc pas de r&#233;volution contre son agent, la monarchie absolue, appliquant ses lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En aucun cas, il ne faut comprendre la th&#233;orie de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale comme signifiant n&#233;cessairement la r&#232;gle de la majorit&#233;. La volont&#233; g&#233;n&#233;rale ne co&#239;ncidait m&#234;me pas avec la somme des volont&#233;s individuelles. La &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; d&#233;signait la volont&#233; repr&#233;sentant le bien commun, un peu comme l'&#171; esprit public &#187;. Les Fran&#231;ais, contrairement aux Am&#233;ricains, avaient des traditions sociales &#233;tablies de longue date, difficiles &#224; briser par le nouvel ordre capitaliste. Le &#171; bien commun &#187; ne signifiait pas n&#233;cessairement le bien de la majorit&#233; des individus de la soci&#233;t&#233;, car la soci&#233;t&#233; ne devait pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une agr&#233;gation d'individus. Cette id&#233;e devait &#234;tre d&#233;velopp&#233;e ult&#233;rieurement par les Anglais, et surtout par les Am&#233;ricains. Elle ne pouvait pas &#234;tre la th&#233;orie des lib&#233;raux fran&#231;ais avant la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais L'objectif de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#233;tait le bien de tous. &#171; Si nous demandons en quoi consiste pr&#233;cis&#233;ment le plus grand bien de tous, qui devrait &#234;tre la fin de tout syst&#232;me de l&#233;gislation, nous le trouverons r&#233;duit &#224; deux objets principaux, la libert&#233; et l'&#233;galit&#233;&#8230; &#187; &#171; &#8230; par &#233;galit&#233;, nous devons entendre, non pas que les degr&#233;s de pouvoir et de richesse doivent &#234;tre absolument identiques pour tous ; mais que le pouvoir ne sera jamais assez grand pour permettre la violence, et sera toujours exerc&#233; en vertu du rang et de la loi ; et que, en mati&#232;re de richesses, aucun citoyen ne sera jamais assez riche pour en acheter un autre, et aucun assez pauvre pour &#234;tre forc&#233; de se vendre&#8230; &#187; (*19) Ainsi, l'&#201;tat ne devait admettre ni les riches ni les mendiants. Trente ans plus tard, ce devait devenir l'id&#233;al de nombreux Jacobins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rousseau, comme Locke et les Am&#233;ricains, &#233;tait parti du principe d'un contrat social. Pour le lib&#233;ral anglais, cela impliquait le droit de rompre le contrat chaque fois que la majorit&#233; le d&#233;cidait ; pour l'Am&#233;ricain, cela signifiait le droit de chaque individu &#224; d&#233;cider lui-m&#234;me de participer ou non ; pour les deux, la soci&#233;t&#233; existait pour assurer la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; individuelles. Pour le Fran&#231;ais, tout droit de d&#233;cision individuelle avait &#233;t&#233; abandonn&#233; depuis longtemps ; m&#234;me la majorit&#233; ne pouvait rompre le contrat social. En cela, Rousseau rejoignait Hobbes : l'humanit&#233; &#233;tait li&#233;e &#224; jamais, non pas &#224; l'&#201;tat comme le voulait Hobbes, mais &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions particuli&#232;res de l'Am&#233;rique ont pouss&#233; les lib&#233;raux &#224; nier l'existence des classes. C'&#233;tait en soi une bonne th&#233;orie de classe pour les capitalistes. Ce d&#233;ni de l'existence des classes a permis &#224; la bourgeoisie am&#233;ricaine de d&#233;montrer aux classes populaires que tout homme pouvait devenir capitaliste, et ainsi de diriger toute sa haine uniquement contre les vestiges f&#233;odaux qui r&#233;gnaient sur la sup&#233;riorit&#233; de classe. En France, au contraire, il &#233;tait n&#233;cessaire de ne pas nier l'existence des classes, mais de souligner leur &#233;galit&#233;, d'exiger une &#233;coute universelle et de souligner la sup&#233;riorit&#233; de la nation sur toutes les classes. Bien que Rousseau lui-m&#234;me ait pu exprimer les aspirations de la paysannerie fran&#231;aise, ses id&#233;es ont finalement aid&#233; la bourgeoisie, vers laquelle, soit dit en passant, le paysan devait se tourner pour trouver un leadership. Pour les capitalistes fran&#231;ais, &#234;tre trait&#233;s sur un pied d'&#233;galit&#233; en tant que classe signifiait leur victoire, dans la mesure o&#249; ils avaient toutes les forces de l'histoire de leur c&#244;t&#233;. Cela s'est clairement manifest&#233; au cours de la R&#233;volution fran&#231;aise elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, que ce soit en France, en Am&#233;rique ou ailleurs, une classe qui lutte pour le pouvoir doit lutter non seulement au nom de sa propre classe, mais au nom de la nation tout enti&#232;re, au nom de l'humanit&#233; tout enti&#232;re. Ce n'est qu'en &#233;tant assur&#233;e de lutter pour le progr&#232;s de l'humanit&#233; tout enti&#232;re qu'elle peut gagner ces alli&#233;s et &#233;tablir le moral qui lui permettra de vaincre. Il ne fait aucun doute qu'&#224; cette &#233;poque, la classe capitaliste &#233;tait la seule &#224; pouvoir r&#233;ellement repr&#233;senter les int&#233;r&#234;ts de la nation. La Nation souveraine ne pouvait signifier que la classe capitaliste &#233;tait souveraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de l'homme primitif par Rousseau l'avait &#233;galement conduit &#224; la conclusion que &#171; Tous les hommes naissent &#233;gaux &#187; &#8211; mais pas au sens psychologique du terme de l'Anglais Locke, qui affirmait que tous naissaient avec un esprit vierge, model&#233;s par leur environnement. En France et en Am&#233;rique, cela signifiait que tous &#233;taient venus au monde dans des conditions &#233;gales, confront&#233;s &#224; des forces naturelles &#233;gales. C'&#233;tait certainement vrai aussi bien pour la masse des agrariens fran&#231;ais que pour les immigrants am&#233;ricains. Mais alors que la th&#233;orie fran&#231;aise impliquait que cela avait &#233;t&#233; le cas dans un pass&#233; lointain, avant que l'humanit&#233; ne forme un pacte pour &#233;tablir un ordre social, mais que cela avait chang&#233; au cours de cet ordre social, en Am&#233;rique, il s'agissait d'une question du pr&#233;sent r&#233;el. Les Fran&#231;ais, comme les Anglais, reconnaissaient l'ordre social ; en Am&#233;rique, l'ordre social devait &#234;tre cr&#233;&#233;. Alors que les Fran&#231;ais soulignaient qu'un environnement similaire apportait des droits similaires &#224; toutes les classes, pour les Am&#233;ricains, un environnement similaire signifiait des chances &#233;gales d'avancement pour tous les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier chapitre de son Contrat social , Rousseau appelait &#224; l'instauration d'une religion d'&#201;tat, une profession de foi civile dont le souverain fixerait les articles non pas comme dogmes religieux, mais comme sentiments sociaux. L'&#201;tat serait aussi l'&#201;glise, et le Prince, le Pontife. Les dogmes de cette religion civile seraient tr&#232;s simples : la reconnaissance de l'existence de la Divinit&#233;, le bonheur des justes et le ch&#226;timent des m&#233;chants, et la saintet&#233; du contrat social et de ses lois. Il ne devait y avoir aucune intol&#233;rance. C'est ce type de religion que Robespierre allait plus tard tenter de perp&#233;tuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc qu'il est difficile de qualifier Rousseau de r&#233;volutionnaire. En effet, m&#234;me dans son essai, r&#233;put&#233; le plus r&#233;volutionnaire, son &#171; Discours sur l'in&#233;galit&#233; &#187;, Rousseau appelait les peuples &#224; respecter les liens sacr&#233;s de leurs communaut&#233;s respectives, &#224; ob&#233;ir scrupuleusement aux lois et &#224; tous ceux qui les &#233;laboraient ou les administraient, etc. (*20)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi pouvaient donc consister les implications r&#233;volutionnaires, pour que tous les instigateurs &#224; venir y croient avec tant de ferveur ? Premi&#232;rement, Rousseau d&#233;montrait la corruption de la soci&#233;t&#233; de l'&#233;poque et qualifiait constamment d'inique l' Ancien R&#233;gime f&#233;odal , revenant toujours aux R&#233;publiques grecque et romaine pour mod&#232;les. Deuxi&#232;mement, il y avait l'argument de Rousseau selon lequel aucun droit n'&#233;tait sacr&#233; ou divin, mais provenait de la soci&#233;t&#233;, qui pouvait les reprendre &#224; son gr&#233;. Troisi&#232;mement, il y avait sa th&#233;orie selon laquelle la v&#233;ritable in&#233;galit&#233; na&#238;t non pas de la nature, mais de l'ordre social. Le fondement m&#234;me de l'ordre social et du droit r&#233;sidait dans l'in&#233;galit&#233; de possession, qu'ils perp&#233;tuaient &#224; leur tour. Quatri&#232;mement, il y avait sa doctrine fondamentale de la souverainet&#233; du peuple &#224; laquelle &#233;tait subordonn&#233; m&#234;me le prince ou le roi, la monarchie &#233;tant tol&#233;r&#233;e non de droit divin, mais comme une commodit&#233; adapt&#233;e &#224; certaines conditions mat&#233;rielles pr&#233;valant dans les grandes nations. Dans tous les cas, le gouvernement n'&#233;tait qu'un corps interm&#233;diaire &#233;tabli entre les sujets et les souverains pour ex&#233;cuter les lois et maintenir la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il y avait les aspects philosophiques des &#233;crits de Rousseau. Repoussant l'intellectualisme aride des &#171; Philosophes &#187;, Rousseau rejetait le rationalisme au nom de l'id&#233;e que c'est la compassion, le seul bien-&#234;tre de son prochain, qui fait avancer le monde. Cette attitude impr&#233;gna profond&#233;ment tous ses &#233;crits et lui valut l'affection de tous les radicaux de la R&#233;volution fran&#231;aise qui allaient le suivre. Rousseau combattait non seulement les encyclop&#233;distes p&#233;dants, mais aussi les &#233;conomistes physiocrates bourgeois et serviles qui, au nom de la &#171; science &#187;, ne symbolisaient que le gaspillage et le luxe du riche parasite. (*21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les grands &#233;crivains fran&#231;ais de l'&#233;poque, Rousseau &#233;tait le seul &#224; comprendre que le principal probl&#232;me &#233;tait d'adapter l'ordre social aux besoins de la paysannerie. Il a maintes fois ridiculis&#233; la soci&#233;t&#233; artificielle de l' Ancien R&#233;gime et appel&#233; &#224; un retour &#224; la vie simple et rustique de la campagne. (*22) L'appel au &#171; retour &#224; la nature &#187; de Rousseau n'impliquait en aucun cas un retour &#224; l'&#233;tat pr&#233;social de la nature, mais seulement un retour &#224; la vie qui &#233;tait naturelle au paysan. &#171; Souvenez-vous que les murs des villes sont construits avec les ruines des maisons de la campagne. Pour chaque palais que je vois s'&#233;lever dans la capitale, mon &#339;il de l'esprit voit un pays tout entier d&#233;sol&#233;. &#187; (*23) Toute sa th&#233;orie morale et politique &#233;tait de nature &#224; s&#233;duire &#233;norm&#233;ment la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;alisation de la vie paysanne par Rousseau allait de pair avec les revendications du paysan &#224; &#234;tre laiss&#233; tranquille, &#224; &#234;tre libre de vendre ses produits et d'acheter et de vendre ses terres. Pourtant, de telles pratiques ne bouleverseraient-elles pas les fondements m&#234;mes de l'ordre ancien ? Nous avons vu que ce n'est que lorsque le capitalisme aura p&#233;n&#233;tr&#233; les campagnes, affectant chaque paysan et chaque paysan avec les capitalistes urbains, qu'il deviendra suffisamment puissant pour d&#233;fier l' Ancien R&#233;gime europ&#233;en. Le capitalisme fran&#231;ais pourrait bien reprendre les termes de Rousseau, non pas pour &#233;riger le paysan en ma&#238;tre, mais pour l'encha&#238;ner au char de guerre de la classe capitaliste montante qui r&#233;clamait la fin de toute interf&#233;rence avec les &#171; lois naturelles &#187; de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me branche principale des lib&#233;raux fran&#231;ais &#233;tait compos&#233;e des &#233;conomistes physiocrates. Pour eux, la loi naturelle signifiait la loi de l'&#233;conomie et, par cons&#233;quent, selon eux, la fin du gouvernement n'&#233;tait pas le bonheur, mais la science, ou la v&#233;rit&#233;. C'est dans la v&#233;rit&#233; que r&#233;side le bonheur. Pour eux, la soci&#233;t&#233; &#233;tait fond&#233;e sur le bien-&#234;tre. Le guide du bien-&#234;tre n'&#233;tait pas la morale, trop variable et relative, mais la nature, l'application des lois sociales naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les porte-parole de ces id&#233;es savaient pertinemment que le capitalisme fran&#231;ais &#233;tait loin derri&#232;re celui de l'Angleterre et qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de le rattraper. Il fallait d&#233;velopper la science, am&#233;liorer les arts, diffuser le savoir, afin de produire davantage de biens pour r&#233;pondre aux besoins de l'humanit&#233;. C'&#233;tait, d'une certaine mani&#232;re, le point de vue oppos&#233;, mais compl&#233;mentaire, de celui des lettr&#233;s de gauche qui, s'int&#233;ressant au monde paysan, avaient insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; d'une vie simple et rustique et d'une &#233;conomie parcimonieuse. Tandis que les hommes de lettres pr&#244;naient l'abstinence, les physiocrates pr&#233;conisaient l'augmentation de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les physiocrates fran&#231;ais furent les premiers &#224; comprendre que pour que leur &#233;conomie capitaliste surpasse celle de l'Angleterre, il &#233;tait n&#233;cessaire de s'affranchir compl&#232;tement de toute r&#233;glementation &#233;tatique restrictive. Les guerres civiles anglaises avaient d&#233;but&#233; sur la question de l'imp&#244;t ; les Am&#233;ricains avaient soulev&#233; la question du libre-&#233;change, mais sous couvert de lutte contre l'imp&#244;t. Il revendiquait aux Fran&#231;ais d'&#233;tendre cette lutte et, suivis en partie par les Am&#233;ricains, de lancer le slogan &#171; laissez-faire, laissez faire &#187;. Libert&#233; du commerce, libert&#233; de l'industrie, libre-&#233;change en France, fin de toutes les restrictions f&#233;odales qui entravaient la production, abolition des p&#233;ages int&#233;rieurs, abolition de la corv&#233;e, abolition du travail forc&#233; et statutaire, meilleure reconnaissance du tiers &#233;tat, telles &#233;taient les revendications des physiocrates. (*24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier leurs pr&#233;tentions, les physiocrates soulignaient que toute la valeur provenait de l'agriculture et que le reste de la France &#233;tait soutenu par le travail des agriculteurs. L&#224; encore, le physiocrate s'en prenait au paysan (*25) et, comme &#224; cette &#233;poque le prol&#233;tariat n'&#233;tait pas encore une classe &#224; part enti&#232;re, c'&#233;tait le capitaliste, seule section articul&#233;e de l'industrie, qui pr&#233;tendait parler au nom de tous les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise se d&#233;ploya dans les proportions d'un Niagara impressionnant. Mille Shakespeare n'auraient pu inventer les apog&#233;es qui s'accumul&#232;rent tandis que ce grand drame se jouait sur la sc&#232;ne de l'histoire. Pour la premi&#232;re fois, c'est la nation tout enti&#232;re, le peuple, qui parle. C'est ce qui distingue les Fran&#231;ais des R&#233;volutions am&#233;ricaine et anglaise. C'est ce qui inspire la peur &#224; un Edmund Burke (*26) ou &#224; un Thomas Jefferson. C'est ce qui pousse Thomas Paine vers la guillotine (*27). C'est la guerre des paysans. La masse laborieuse l&#232;ve maintenant sa puissante main pour frapper. Et, plus encore, c'est la masse laborieuse &#224; la t&#234;te de laquelle se dresse la ville, et la ville supr&#234;me du tout-Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que lors des r&#233;volutions pr&#233;c&#233;dentes, la classe r&#233;volt&#233;e elle-m&#234;me avait ses racines &#224; la campagne, &#224; travers le gentilhomme bourgeois de campagne. C'est le gentilhomme de campagne qui mobilisait le paysan et l'apprenti. Mais en France, le gentilhomme de campagne n'avait aucune force. Ce n'&#233;tait pas lui, mais le paysan ais&#233; et moyen (le &#171; koulak &#187;, comme l'appellent les Russes) qui repr&#233;sentait les classes urbaines. Or, le koulak n'&#233;tait ni un gentilhomme raffin&#233;, ni un bourgeois des villes. Le capitaliste s'exprimait directement depuis la ville, et le koulak et le paysan des campagnes devaient suivre son exemple brutal du mieux qu'ils pouvaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant toute la dur&#233;e de la R&#233;volution, la nation ne put &#233;chapper au programme de la bourgeoisie. Tous les lib&#233;raux, de droite comme de gauche, tous les lettr&#233;s et les &#233;conomistes, les hommes politiques et les juristes, croyaient au droit de propri&#233;t&#233; priv&#233;e. C'&#233;tait l'id&#233;e de Voltaire, de Rousseau, de Danton, de Robespierre, de Marat et d'H&#233;bert, qui tous jouaient diverses variations sur le m&#234;me air. (*28) &#171; La Gironde et la Montagne &#233;taient toutes deux des partis bourgeois, et la Convention ne comptait peut-&#234;tre aucun membre du prol&#233;tariat. &#187; (*29) Si nous voyons les mod&#233;r&#233;s c&#233;der la place aux Girondins, et les Girondins an&#233;antis par les Jacobins, puis les Jacobins d&#233;truits par l'Empereur, ce n'est pas &#224; cause d'une querelle sur l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e du sol et des moyens de production, mais d'une querelle sur qui devait obtenir cette propri&#233;t&#233;. &#192; mesure que la guillotine r&#233;volutionnaire progressait, les royalistes pouvaient se convertir aux r&#233;publicains, les r&#233;publicains aux d&#233;mocrates, les d&#233;mocrates aux anarchistes, mais aucun ne pouvait &#233;chapper au cadre du capitalisme. La R&#233;volution, bien que men&#233;e parfois sans, voire contre, la bourgeoisie, resta bourgeoise jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans exception, tous les &#171; philosophes &#187; &#233;taient monarchistes. Certains d'entre eux ne pr&#244;naient m&#234;me pas une monarchie constitutionnelle. Ils souhaitaient simplement une monarchie r&#233;form&#233;e, plus attentive aux pri&#232;res des capitalistes. (*30) Les physiocrates, conseillers du roi, ne cherchaient pas &#224; renverser l'ordre social. Ils aspiraient uniquement &#224; un despotisme scientifique plut&#244;t qu'&#224; une ligne non scientifique et chaotique. Ce ne sont pas ces &#233;l&#233;ments qui ont provoqu&#233; la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1614, aucun Parlement n'avait &#233;t&#233; convoqu&#233; en France. Il &#233;tait d&#233;sormais n&#233;cessaire de le faire. Les Trois &#201;tats furent convoqu&#233;s. Les capitalistes, battus deux fois contre un, d&#233;cid&#232;rent de fusionner tous les &#201;tats en un seul &#201;tat g&#233;n&#233;ral (*31) o&#249; ils pourraient obtenir la majorit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s. Les mod&#233;r&#233;s ou les lib&#233;raux &#233;taient au pouvoir. Le Tiers &#201;tat, soutenu par la pression des masses, organisa l'Assembl&#233;e nationale. Alors que le roi h&#233;sitait entre la reconnaissance ou la non-reconnaissance des capitalistes, les masses parisiennes pass&#232;rent &#224; l'action et prirent d'assaut le symbole de l'aristocratie, la Bastille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des barricades furent &#233;rig&#233;es dans les rues. Jusqu'alors, les lib&#233;raux avaient simplement r&#233;clam&#233; des r&#233;unions r&#233;guli&#232;res des &#201;tats et une Constitution pour la monarchie. Ils r&#233;clamaient des juges &#233;lectifs et une plus grande consid&#233;ration pour les int&#233;r&#234;ts capitalistes. Effray&#233;e, la bourgeoisie se pr&#233;senta alors &#224; la noblesse pour l'abolition des droits f&#233;odaux. Cependant, ce ne furent pas les droits essentiels qui furent ainsi abandonn&#233;s ; seuls les services f&#233;odaux particuliers, p&#233;nibles pour la paysannerie, furent c&#233;d&#233;s. Quant aux autres, ils devaient &#234;tre achet&#233;s &#224; la noblesse trente fois leur valeur annuelle. N&#233;anmoins, les paysans &#233;taient toujours avides de terres ; les masses urbaines mouraient toujours de faim. Tandis que les riches se rassemblaient dans leurs salons et les mod&#233;r&#233;s dans leurs caf&#233;s, les plus pauvres afflu&#232;rent dans les clubs jacobins et les masses envahirent les rues. La bourgeoisie se retrouva de plus en plus prisonni&#232;re des masses r&#233;volutionnaires, et la D&#233;claration des droits de l'homme fut adopt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette D&#233;claration de 1789 stipulait que le but de toute association politique &#233;tait de garantir les droits naturels de l'homme : libert&#233;, propri&#233;t&#233;, s&#233;curit&#233; et r&#233;sistance &#224; l'oppression. La libert&#233; &#233;tait d&#233;finie comme le pouvoir de faire tout ce qui ne nuit pas &#224; autrui, la loi fixant les limites de &#171; tout &#187; et de &#171; nuire &#187;. La souverainet&#233; r&#233;sidait dans la nation. La libert&#233; d'expression et de presse devait exister, mais si toutes les religions devaient &#234;tre tol&#233;r&#233;es, la religion catholique devait demeurer religion d'&#201;tat. Une s&#233;paration des pouvoirs devait &#234;tre instaur&#233;e. Il convient de noter que les droits de r&#233;union et d'association publiques n'&#233;taient pas mentionn&#233;s. En revanche, le droit de propri&#233;t&#233; &#233;tait d&#233;clar&#233; inviolable et sacr&#233;, et l'expropriation ne pouvait avoir lieu qu'en cas de besoin urgent de la nation et lorsque le propri&#233;taire &#233;tait d&#251;ment indemnis&#233;. Lorsque la D&#233;claration stipulait que les hommes naissent et vivent libres et &#233;gaux devant les lois, elle stipulait &#233;galement que des distinctions sociales pouvaient &#234;tre &#233;tablies, mais &#171; uniquement pour des raisons d'utilit&#233; commune &#187;. Les classes sociales &#233;taient clairement reconnues dans ce document lib&#233;ral, et ce n'est qu'en 1791 que l'&#201;glise et l'&#201;tat furent formellement s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans commenc&#232;rent &#224; s'emparer des grands domaines ; en ville, les masses pill&#232;rent pour se nourrir, les nobles s'enfuirent, et le roi se retrouva seul face aux lib&#233;raux qui se ralli&#232;rent &#224; lui pour emp&#234;cher la R&#233;volution de s'&#233;tendre. Malgr&#233; leur D&#233;claration des droits de l'homme, les lib&#233;raux adopt&#232;rent une loi divisant les citoyens en deux cat&#233;gories : les &#171; actifs &#187; et les &#171; passifs &#187;. Les &#171; actifs &#187; &#233;taient les propri&#233;taires moyens et ais&#233;s, les &#171; passifs &#187;, les pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls les &#171; actifs &#187; pouvaient prendre part au gouvernement. La masse populaire &#233;tait priv&#233;e de ses droits civiques. Les &#233;lecteurs de l'Assembl&#233;e nationale devaient &#234;tre propri&#233;taires fonciers ; ils devaient se r&#233;unir une fois, puis se dissoudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;cision arriva juste &#224; temps, car les masses avaient d&#233;j&#224; march&#233; sur Versailles et avaient amen&#233; le roi et l'Assembl&#233;e nationale &#224; Paris, o&#249; l'Assembl&#233;e ne pouvait se r&#233;unir que sous &#233;troite surveillance. Cette seconde action des masses for&#231;a les lib&#233;raux &#224; se d&#233;placer plus &#224; gauche. Ils d&#233;cid&#232;rent donc de confisquer les biens de l'&#201;glise, faisant ainsi du clerg&#233; les ennemis les plus acharn&#233;s de la R&#233;volution.(*32) Ils modifi&#232;rent les lois sur l'h&#233;ritage afin de d&#233;mocratiser la propri&#233;t&#233;. Ils abolirent tous les titres ; ils r&#233;organis&#232;rent l'arm&#233;e afin de la mettre au service des capitalistes. Ils pos&#232;rent les bases d'une base d'imposition plus &#233;quitable et supprim&#232;rent les exon&#233;rations ant&#233;rieures. Ils accord&#232;rent une certaine autonomie locale aux villes et aux communes de province. Ils confisqu&#232;rent les biens de la noblesse &#233;migr&#233;e . Ils &#233;labor&#232;rent une nouvelle et retentissante D&#233;claration des droits de l'homme. En bref, la bourgeoisie s'effor&#231;a d'accorder aux masses les privil&#232;ges de la noblesse et du clerg&#233;, afin d'arr&#234;ter la R&#233;volution et de la r&#233;server aux lib&#233;raux. Cependant, tout cela n'&#233;tait que sur le papier ; en r&#233;alit&#233;, l'Assembl&#233;e ne r&#233;alisa que tr&#232;s peu de ce programme ambitieux. (*33)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1789 &#224; 1791, ce sont les lib&#233;raux mod&#233;r&#233;s et fortun&#233;s qui d&#233;tiennent le pouvoir, et la noblesse contre-attaque. Apr&#232;s tout, toute la puissance europ&#233;enne est derri&#232;re la noblesse d&#233;poss&#233;d&#233;e. Le roi a tent&#233; de fuir le pays (*34) pour aller &#224; la rencontre des nobles &#233;migr&#233;s et envahir la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La royaut&#233; &#233;tait ainsi condamn&#233;e. Jusque-l&#224;, m&#234;me les Jacobins avaient &#233;t&#233; favorables &#224; un roi. Danton lui-m&#234;me n'avait-il pas pr&#234;t&#233; serment de soutenir une monarchie constitutionnelle ? Et le pr&#233;tendant au tr&#244;ne, le duc d'Orl&#233;ans, membre du Club des Jacobins, n'intriguait-il pas activement ses membres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il devint de plus en plus difficile de mater le peuple, qui se retourna d&#233;sormais non seulement contre le roi, mais aussi contre les &#171; patriotes &#187;, la bourgeoisie. &#192; peine une monarchie constitutionnelle fut-elle &#233;tablie que l'ancien ordre envahit la France, et celle-ci fut contrainte de d&#233;clarer la guerre &#224; l'Autriche. Ni la Manche ni l'oc&#233;an Atlantique ne lui barraient la route. Comble du malheur, les capitalistes anglais se rangeaient d&#233;sormais derri&#232;re l' Ancien R&#233;gime pour tenter d'&#233;craser la classe capitaliste fran&#231;aise montante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors devenu la guerre. &#171; Mais dans l'esprit des r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, c'&#233;tait un nouveau genre de guerre. C'&#233;tait une guerre pour rendre le monde s&#251;r pour la d&#233;mocratie et le nationalisme. C'&#233;tait une guerre, non pas entre dynastes ou entre peuples, mais entre despotes et des nationalit&#233;s. C'&#233;tait une guerre, non pas pour le gain mat&#233;riel, mais pour le bien-&#234;tre de l'humanit&#233;. &#187; Accompagnant la d&#233;claration officielle des hostilit&#233;s se trouvait cette remarquable proclamation : &#171; L'Assembl&#233;e nationale proclame que la nation fran&#231;aise, fid&#232;le aux principes consacr&#233;s par sa constitution, &#171; de n'entreprendre aucune guerre en vue de conqu&#234;te ni d'employer jamais ses forces contre la libert&#233; d'aucun peuple &#187;, ne prend les armes que pour le maintien de sa propre libert&#233; et de son ind&#233;pendance ; &#8230; que la nation fran&#231;aise ne confond jamais ses fr&#232;res avec ses v&#233;ritables ennemis ; &#8230; qu'elle adopte d'avance tous les &#233;trangers qui, abjurant la cause de ses ennemis, se rangeront sous ses banni&#232;res et consacreront leurs efforts &#224; la d&#233;fense de la libert&#233;, et qu'elle favorisera par tous les moyens en son pouvoir leur &#233;tablissement en France&#8230; &#187; (*35)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre ! Les Allemands &#233;taient aux portes de Paris. Cela modifia enti&#232;rement le rapport de forces et exacerba tous les mouvements ; face &#224; cette crise nationale, la nation enti&#232;re fut contrainte &#224; l'autod&#233;fense. (*36) Les lib&#233;raux et leur Assembl&#233;e nationale furent d&#233;sormais &#233;cart&#233;s. Les masses march&#232;rent sur les Tuileries et emprisonn&#232;rent le roi. Les massacres de septembre 1792 eurent lieu pour d&#233;barrasser Paris des &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires. (*37) Les &#233;lections devinrent libres pour tous. L'Assembl&#233;e l&#233;gislative bicam&#233;rale c&#233;da la place &#224; la Convention monocam&#233;rale. Ce fut au tour des anciens lib&#233;raux mod&#233;r&#233;s de fuir le pays. Dans la nouvelle Convention, les nouveaux lib&#233;raux, les Girondins, plus &#224; gauche que les anciens, prirent la t&#234;te. Ceux qui avaient occup&#233; l'extr&#234;me gauche de l'ancienne Assembl&#233;e &#233;taient bien plus &#224; droite dans la nouvelle Convention. L'aile gauche restait occup&#233;e par les Montagnards, anciens lib&#233;raux devenus radicaux, qui savaient que le seul salut de la France r&#233;sidait dans la confiance dans les masses, et qui entendaient sauver la R&#233;volution &#224; tout prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, les Girondins, ou lib&#233;raux de gauche, commenc&#232;rent &#224; perdre le contr&#244;le de la situation. Le roi avait &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;. La R&#233;publique avait &#233;t&#233; proclam&#233;e en 1793. Cette id&#233;e de r&#233;publique n'&#233;tait pas nouvelle. Certes, r&#233;g&#233;n&#233;rer l'humanit&#233; en hissant le drapeau r&#233;publicain sur les capitales europ&#233;ennes ne faisait pas partie du programme philosophique du XVIIIe si&#232;cle en France, mais d&#232;s les premiers jours de l'essor du capitalisme, cette id&#233;e avait &#233;t&#233; popularis&#233;e. Les humanistes et les publicistes de la Renaissance avaient attir&#233; l'attention sur les r&#233;alisations des r&#233;publiques grecque et romaine de l'Antiquit&#233;, et &#171; On trouve dans le L&#233;viathan de Hobbes une complainte c&#233;l&#232;bre selon laquelle les troubles civils en Angleterre au XVIIe si&#232;cle &#233;taient dus &#224; l'&#233;tude des classiques grecs et latins. &#187; (*38)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cit&#233;s-&#201;tats italiennes, la Suisse et le Commonwealth anglais avaient d&#233;j&#224; donn&#233; l'exemple des r&#233;publiques. Selon Montesquieu, ces pr&#233;c&#233;dents d&#233;montraient simplement que pour une r&#233;publique, il fallait un territoire restreint (*39), l'absence de luxe et de grandes fortunes, ainsi qu'une abondante vertu publique. La victoire de la R&#233;volution am&#233;ricaine a finalement an&#233;anti cette sagesse politique et d&#233;montr&#233; la faisabilit&#233; d'une r&#233;publique, m&#234;me dans des pays &#233;tendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui distinguait nettement l'exp&#233;rience fran&#231;aise de toutes les pr&#233;c&#233;dentes &#233;tait le fait que toutes les autres r&#233;publiques avaient &#233;t&#233; oligarchiques et dictatoriales, et certainement non d&#233;mocratiques. Il est vrai que les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais ont souvent couvert leurs innovations de r&#233;f&#233;rences aux traditions grecques et romaines. N&#233;anmoins, ce n'&#233;tait l&#224; qu'un exemple de plus de la r&#232;gle selon laquelle les innovations sociales sont souvent introduites sous couvert de vieilles coutumes renouvel&#233;es. En fait, contrairement &#224; tous les exemples pr&#233;c&#233;dents, la R&#233;publique fran&#231;aise &#233;tait destin&#233;e &#224; entrer dans l'histoire comme la plus grande tentative de d&#233;mocratie &#171; pure &#187; dont le capitalisme soit capable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fuite du roi tra&#238;tre for&#231;a les masses &#224; comprendre que la France pouvait exister sans royaut&#233; et conduisit &#224; l'instauration de la R&#233;publique. Et avec la R&#233;publique vint la guerre avec l'Angleterre, car rien n'exasp&#233;rait davantage les lib&#233;raux whigs d'Angleterre que la destitution puis l'ex&#233;cution du roi et l'instauration d'une r&#233;publique d&#233;mocratique. Le lib&#233;ral Pitt l'exprima tr&#232;s clairement dans son discours de 1793 : &#171; En deux ou trois ans, ils avaient assist&#233; en France &#224; une r&#233;volution fond&#233;e sur des principes incompatibles avec tout gouvernement r&#233;gulier, hostiles &#224; la monarchie h&#233;r&#233;ditaire, &#224; la noblesse et &#224; tous les ordres privil&#233;gi&#233;s. &#187; (*40) Pitt connaissait bien la diff&#233;rence entre les r&#233;volutions am&#233;ricaine et fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, une nouvelle constitution et une autre D&#233;claration des droits furent &#233;labor&#233;es pour tenter d'introduire v&#233;ritablement la d&#233;mocratie dans la nation. Les lib&#233;raux disparurent, la d&#233;mocratie fit son apparition. &#171; Cette c&#233;l&#232;bre Constitution de 93, longtemps consid&#233;r&#233;e comme le fer de lance du sans-culotisme, est probablement le projet de d&#233;mocratie pure le plus complet jamais con&#231;u. Non seulement elle reconnaissait formellement le peuple comme seule source principale du pouvoir, mais elle lui en d&#233;l&#233;guait directement l'exercice. Chaque mesure devait &#234;tre soumise aux assembl&#233;es primaires des &#171; sections &#187;, au nombre de quarante-quatre mille dans toute la France. Les magistrats devaient &#234;tre r&#233;&#233;lus aux intervalles les plus courts possibles &#224; la majorit&#233; simple. Le corps l&#233;gislatif central devait &#234;tre renouvel&#233; chaque ann&#233;e, compos&#233; de d&#233;l&#233;gu&#233;s des assembl&#233;es primaires, dot&#233;s de mandats imp&#233;ratifs. &#187; (*41) C'est ainsi que les Clubs triomph&#232;rent des Salons et des Caf&#233;s. Les Jacobins accomplirent ce que les Niveleurs n'avaient pas pu faire. Cependant, avant que cette Constitution jacobine radicale puisse &#234;tre mise en vigueur, toute la population fut contrainte de prendre les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Montagne des Jacobins s'attaqua vigoureusement &#224; de nombreux probl&#232;mes que les Lib&#233;raux de gauche avaient refus&#233; de r&#233;soudre. Les droits f&#233;odaux furent enfin abolis et les paysans furent incit&#233;s &#224; s'emparer des terres des grands domaines. Il convient toutefois de noter que la d&#233;cision de la pr&#233;c&#233;dente Assembl&#233;e lib&#233;rale de c&#233;der les terres communales villageoises saisies par l'aristocratie, non pas aux habitants du village, mais &#224; des particuliers, fut maintenue. (*42) Le prix du pain et des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; avait atteint des sommets. Les Jacobins radicaux fix&#232;rent un prix maximum &#224; ces produits. De plus, afin de financer la guerre et de r&#233;primer la contre-r&#233;volution qui se pr&#233;parait aux quatre coins de la France, les Jacobins d&#233;cid&#232;rent de confisquer une partie des biens des riches. Un emprunt forc&#233; d'un milliard de francs fut consenti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution avait commenc&#233; sous le slogan : Libert&#233;, &#201;galit&#233; et Fraternit&#233;. Les riches lib&#233;raux avaient mis l'accent sur la Libert&#233;. Le petit propri&#233;taire d&#233;sesp&#233;r&#233;, devenu radical, mettait l'accent sur l'&#201;galit&#233;. &#171; &#8230; le propri&#233;taire ne doit pas &#234;tre riche et tous doivent &#234;tre propri&#233;taires. C'est le trait distinctif de la th&#233;orie jacobine. &#187; (*43) Sous la pression de la guerre civile et nationale, le jacobin fut contraint de reconna&#238;tre que le droit de la soci&#233;t&#233; &#233;tait sup&#233;rieur au droit de l'individu, et le lib&#233;ral qui croyait que la propri&#233;t&#233; &#233;tait un droit individuel fut bient&#244;t inform&#233; par le jacobin qu'il s'agissait d'un pouvoir social et que l'&#201;tat pouvait &#234;tre le protecteur du plus grand nombre aux d&#233;pens de quelques-uns.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens lib&#233;raux de l'&#233;cole encyclop&#233;diste croyaient que toute propri&#233;t&#233; appartenait &#224; l'&#201;tat, mais que le roi &#233;tait l'&#201;tat. La seule condition &#233;tait que l'&#201;tat soit raisonnable. Les physiocrates avaient d&#233;clar&#233; que la propri&#233;t&#233; &#233;tait un droit individuel inh&#233;rent. Ceux plus &#224; gauche, comme Rousseau, Morelly et Mably, avaient d&#233;clar&#233; que la propri&#233;t&#233; appartenait &#224; l'&#201;tat, mais que l'&#201;tat &#233;tait la nation. Morelly et Mably ont construit des utopies communistes. Apr&#232;s 1791, l'id&#233;e de la propri&#233;t&#233; comme int&#233;r&#234;t social plut&#244;t que comme droit individuel s'est impos&#233;e. Alors que les paysans souhaitaient que l'&#201;tat s'empare et rationalise la terre, ils posaient comme condition que l'&#201;tat ne d&#233;tienne pas la terre, mais la redistribue &#224; la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Jacobins &#233;taient &#224; l'origine un groupe parlementaire de l'Assembl&#233;e nationale, les clubs ayant &#233;t&#233; organis&#233;s pour surveiller et contr&#244;ler les administrations locales. Au d&#233;but, la quasi-totalit&#233; de leurs membres &#233;tait compos&#233;e de bourgeois, dont beaucoup &#233;taient francs-ma&#231;ons (*44), et ce n'est qu'avec l'avanc&#233;e de la R&#233;volution que les cotisations ont &#233;t&#233; r&#233;duites et que les plus pauvres ont &#233;t&#233; admis. Cet organisme, qui ne comptait que 2 &#224; 4 % de la population urbaine (8 &#224; 10 % dans les villages) et, au plus fort de la Terreur, ne comptait pas plus de cinq cent mille membres environ, dont seulement 10 &#224; 15 % &#233;taient des &#171; actifs &#187;, a fait pour la petite bourgeoisie r&#233;volutionnaire pendant la R&#233;volution fran&#231;aise ce que le Parti communiste a fait pour le prol&#233;tariat pendant la R&#233;volution russe de 1917. Il a servi d'&#233;tat-major et de force motrice au capitalisme r&#233;volutionnaire, tant contre l'aristocratie que contre les masses pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; l'id&#233;e re&#231;ue, les Jacobins, loin d'&#234;tre des b&#234;tes d&#233;bauch&#233;es, &#233;taient plut&#244;t puritains dans leurs m&#339;urs. Ils consid&#233;raient l'ivrognerie, le jeu et la prostitution comme des p&#233;ch&#233;s (la plupart des prostitu&#233;es &#233;taient notoirement royalistes). Ils devinrent des fanatiques de la &#171; religion de l'humanit&#233; &#187;. Leur objectif &#233;tait proclam&#233; : une soci&#233;t&#233; vertueuse et travailleuse, sans luxe ni vices, o&#249; l'individu se conformait aux normes de d&#233;cence de la classe moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc clair que les Jacobins n'&#233;taient pas de la trempe de Spartacus ou de Karl Marx. Lorsqu'ils &#233;taient au pouvoir, tous les fonctionnaires &#233;taient membres des Clubs et y pr&#233;sentaient leurs arguments en premier. Les Jacobins se s&#233;par&#232;rent de plus en plus du peuple. Dans de nombreux Clubs, les ouvriers ne furent admis que pendant une br&#232;ve p&#233;riode, au plus fort de la Terreur, et seulement sous la pression. (*45)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs des Jacobins petits-bourgeois &#233;taient Danton, Marat et Robespierre. L'aile droite &#233;tait soutenue par Danton. Il pr&#244;nait une terreur plus mod&#233;r&#233;e et plus br&#232;ve ; il ne poursuivait pas les ennemis de la R&#233;volution avec la m&#234;me implacabilit&#233;. Ses vues sur le travail &#233;taient extr&#234;mement limit&#233;es : il se contenta de proposer l'abolition des longs apprentissages et de pr&#233;coniser un salaire suffisant pour permettre, apr&#232;s trois ans, de se lancer dans les affaires. (*46)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marat fut assassin&#233; au cours de la R&#233;volution par la contre-r&#233;volutionnaire Charlotte Corday. Au d&#233;but, Marat &#233;tait lib&#233;ral ; il &#233;tait contre la R&#233;publique et se m&#233;fiait du peuple. Il s'orienta ensuite progressivement vers la gauche. C'est lui qui consolida v&#233;ritablement le contr&#244;le du Club des Jacobins, qui &#233;tablit le Tribunal r&#233;volutionnaire, qui pr&#244;na la dictature drastique qui consolida la r&#233;volution sous le couvert des Comit&#233;s de salut public et de bienfaisance publique. Il fut le v&#233;ritable chien de garde de la r&#233;volution. Marat s'habillait d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#224; l'image des classes populaires, mais son attrait s'adressait &#224; la classe moyenne. &#171; On pourrait dire &#187;, d&#233;clara Jaur&#232;s, &#171; qu'il n'appela le prol&#233;tariat &#224; la rescousse que par d&#233;sespoir de voir le plan normal de la R&#233;volution perturb&#233; par la stupidit&#233; de la bourgeoisie mod&#233;r&#233;e. &#187; (*47) Marat fut le grand r&#233;volutionnaire pratique. Il &#233;tait pour l'armement du peuple, pour le d&#233;sarmement de la cour, pour la d&#233;capitation des chefs de la contre-r&#233;volution, pour la Terreur dans sa forme la plus dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre Marat et Danton se trouvait Robespierre, qui &#233;tait le chef supr&#234;me, car il savait le mieux comment suivre les &#233;v&#233;nements qu'il &#233;tait devenu le symbole. Comme les autres Montaignards, il souhaitait d'abord instaurer la R&#233;publique, puis envisager des r&#233;formes sociales. Si Danton &#233;tait suffisamment conservateur pour se marier catholique, Robespierre &#233;tait suffisamment radical pour proclamer le d&#233;isme comme religion officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que la petite bourgeoisie, sous la direction des Jacobins, &#233;cartait les lib&#233;raux de gauche, ce fut au tour des couches les plus basses des masses laborieuses, artisans et pl&#233;b&#233;iens mobilis&#233;s dans la rue, de pr&#233;senter leurs propres revendications. &#192; la Convention, ils oppos&#232;rent la Commune. (*48) Ils souhaitaient la confiscation de tous les biens d&#233;passant le strict n&#233;cessaire &#224; chaque individu. Ils pr&#233;conisaient les mesures les plus s&#233;v&#232;res contre la contre-r&#233;volution, ou contre toute tendance conciliante avec la contre-r&#233;volution. C'&#233;taient les Enrag&#233;s men&#233;s par H&#233;bert, Chaumette, Roux et d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; leur droite se trouvait H&#233;bert. Il souhaitait que la Commune domine la Convention, dont les Girondins avaient &#233;t&#233; expuls&#233;s, mais n'insistait pas sur la question de la nourriture, de la terre et du travail. En revanche, Roux, Chaumette et d'autres ne respectaient pas la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais ne pouvaient pas s'associer au communiste Bab&#339;uf, car ils aspiraient &#224; une d&#233;mocratie et non &#224; une dictature ouvri&#232;re. Chez eux, il y avait donc une tendance marqu&#233;e &#224; l'anarchisme. H&#233;bert et les autres &#233;taient &#233;galement ath&#233;es et souhaitaient que l'&#201;tat d&#233;clare la guerre &#224; toute religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient &#233;galement de noter qu'au fil de la r&#233;volution, l'&#201;glise s'est scind&#233;e en une &#201;glise constitutionnelle et une &#201;glise ancienne. Sous la Convention, toutes les &#233;glises ont &#233;t&#233; attaqu&#233;es, m&#234;me les protestantes, et le dimanche a &#233;t&#233; supprim&#233; lorsque le nouveau calendrier a &#233;t&#233; &#233;tabli sous la pression de la gauche. Le 24 novembre 1753, la Commune de Paris d&#233;cr&#232;te : &#171; 1) que toutes les &#233;glises et tous les temples, quelle que soit la religion ou la secte, ayant exist&#233; &#224; Paris, seront imm&#233;diatement ferm&#233;s ; 2) que tous les pr&#234;tres et ministres de quelque religion que ce soit seront tenus personnellement et individuellement responsables de tous troubles caus&#233;s par des opinions religieuses ; 3) que quiconque exigera l'ouverture d'une &#233;glise ou d'un temple sera arr&#234;t&#233; comme suspect ; 4) que les comit&#233;s r&#233;volutionnaires seront invit&#233;s &#224; surveiller &#233;troitement tous les pr&#234;tres ; 5) qu'il sera demand&#233; &#224; la Convention de promulguer un d&#233;cret excluant les pr&#234;tres de l'exercice des fonctions publiques de toute nature et de tout emploi dans les manufactures nationales. &#187; (*49)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec ce programme &#233;galitaire qu'H&#233;bert, secr&#233;taire de la Commune de Paris, s'opposa &#224; la Convention. Un communisme, certes fragmentaire et partiel, s'&#233;tait d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233; au cours de la R&#233;volution. L'id&#233;e dominante du mouvement communiste dans les campagnes en 1793 &#233;tait l'&#233;galit&#233; devant la terre, la propri&#233;t&#233; de la terre &#224; toute la nation et la garantie de moyens d'existence &#224; chacun. Dans les villes, comme &#224; Lyon, les ouvriers r&#233;clamaient d&#233;j&#224; un salaire d&#233;cent, la nationalisation des mines et la reprise des usines d&#233;saffect&#233;es. Face &#224; la situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e qui les attendait, m&#234;me les Jacobins durent socialiser les &#233;changes de produits et mettre fin &#224; toute libert&#233; commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression des &#233;v&#233;nements, la Commune fixa les salaires et les prix. La bourse fut ferm&#233;e et la sp&#233;culation cessa. Des assignats furent &#233;mis comme monnaie. L'enseignement gratuit fut instaur&#233;. La Commune accorda &#233;galement une ration de pain gratuite &#224; chaque famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;aliser les objectifs de la Commune, il aurait fallu que les masses populaires progressent vers l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et la socialisation des moyens de production. Mais un tel programme &#233;tait impensable &#224; l'&#233;poque, pour un grand nombre de personnes, car les moyens de production ne se pr&#234;taient pas &#224; la socialisation et il n'existait pas de v&#233;ritable prol&#233;tariat. Ces id&#233;es n'ont donc pas &#233;merg&#233; ; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e devait perdurer, et l'empi&#233;tement de la &#171; population &#187; n'&#233;tait que temporaire. (*50)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut alors au tour des radicaux jacobins petits-bourgeois de bloquer la r&#233;volution. Toute d&#233;fense de la loi agraire, du communisme agraire, devint passible de la peine de mort. Les syndicats furent interdits et les gr&#233;vistes guillotin&#233;s. Les clubs jacobins engag&#232;rent une lutte acharn&#233;e contre les sections de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les commissaires et l'arm&#233;e sp&#233;ciale de la Commune furent d'abord attaqu&#233;s. Robespierre fit ex&#233;cuter d'abord H&#233;bert et Clootz, membres de la Commune, puis Danton, s'imposant ainsi comme un dictateur absolu. Il instaura des ex&#233;cutions massives. &#171; Ce serait une erreur de croire que ce sont surtout les classes ais&#233;es qui souffrirent. Au contraire, sur 2 750 victimes de Robespierre, seulement 650 appartenaient aux classes sup&#233;rieures ou moyennes. Les charrettes&#8230; &#233;taient en grande partie occup&#233;es par des ouvriers. &#187; (*51)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction des forces de la Commune de Paris par Robespierre a, &#224; son tour, priv&#233; les Jacobins r&#233;volutionnaires de leur base. Les Jacobins &#233;taient arriv&#233;s au pouvoir pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils s'&#233;taient si fermement attach&#233;s aux masses. Alors qu'ils s'attaquaient aux couches les plus pauvres des travailleurs, les Jacobins se sont retrouv&#233;s isol&#233;s de leurs anciens partisans, tandis que leurs ennemis r&#233;actionnaires les encerclaient de toutes parts et portaient coup sur coup &#224; la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier coup fut l'ex&#233;cution de Robespierre lui-m&#234;me. Se croyant fermement ancr&#233; au c&#339;ur de la Terreur, qu'il avait transform&#233;e en un syst&#232;me insens&#233;, il avait tellement perdu le contact avec la r&#233;alit&#233; qu'il s'imaginait encore &#234;tre l'idole des masses, qui le d&#233;testaient d&#233;sormais. Les r&#233;actionnaires, pourtant plus avis&#233;s, le pr&#233;cipit&#232;rent vers la mort, le 27 juillet 1794 (Thermidor).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre, en effet, avait perdu son utilit&#233; historique pour la France. La France r&#233;publicaine avait su vaincre ses ennemis continentaux, repousser les Anglais et s'unir &#224; la Belgique. La raison m&#234;me de la Terreur, qui saignait tant &#8211; r&#233;volutionnaire qui plus est &#8211; avait d&#233;sormais disparu. &#192; l'instar de Danton, dont l'opportunisme avait &#233;t&#233; utile tant que ses tentatives pour emp&#234;cher la guerre avec l'Angleterre en n&#233;gociant avec Fox avaient une chance de r&#233;ussir, et dont la politique de temporisation &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec d&#232;s la d&#233;faite de Fox face &#224; Pitt et la d&#233;claration de guerre, Robespierre, maintenant que la France avait besoin non pas de la Terreur mais de la consolidation de toutes les classes derri&#232;re la nouvelle bourgeoisie victorieuse, ne repr&#233;sentait plus que l'&#233;chafaudage de l'histoire qu'il fallait d&#233;molir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Robespierre, la R&#233;volution fran&#231;aise avait atteint son apog&#233;e dans les circonstances. Nous avons vu que &#171; la R&#233;volution &#233;tait r&#233;solument et syst&#233;matiquement individualiste. La th&#233;orie socialiste n'avait jou&#233; aucun r&#244;le dans sa pr&#233;paration, et les th&#233;ories socialistes n'ont jou&#233; aucun r&#244;le dans son projet de reconstruction. Tous les hommes d'&#201;tat de la R&#233;volution ont jug&#233; n&#233;cessaire de souligner leur adh&#233;sion &#224; l'article de la D&#233;claration des droits qui proclame que la propri&#233;t&#233; est un droit inviolable et sacr&#233;, et lorsqu'en 1796 un mouvement socialiste se manifesta &#224; Paris, il fut promptement et impitoyablement r&#233;prim&#233;. &#187; (*52)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise n'a jamais &#233;t&#233;, fondamentalement, une r&#233;volution des sans-propri&#233;taires, mais une r&#233;volution pour la lib&#233;ration des forces productives de la propri&#233;t&#233;. Les paysans fran&#231;ais souhaitaient avant tout la fin des obstacles s&#233;culaires au libre d&#233;veloppement de leurs terres. &#192; cet &#233;gard, la R&#233;volution fran&#231;aise contrastait fortement avec les guerres civiles anglaises. En France, il existait un nombre important et en constante augmentation de paysans propri&#233;taires libres. L'histoire agraire de l'Angleterre, au contraire, pourrait se r&#233;sumer par l'expression &#171; &#233;limination de la yeomanry &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysan fran&#231;ais &#233;tait d&#233;sormais satisfait. Il souhaitait avant tout la s&#233;curit&#233; dans ses nouvelles possessions et la stabilit&#233; du gouvernement, ainsi que la fin de la guerre civile. Tant que Paris repr&#233;senterait la guerre paysanne et la d&#233;fense des terres conquises contre les invasions &#233;trang&#232;res, les paysans suivraient l'exemple de Paris ; ils n'iraient pas plus loin. Et lorsque Paris chercha &#224; orienter la r&#233;volution vers le communisme, les paysans &#233;taient pr&#234;ts &#224; mener une lutte acharn&#233;e contre Paris jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui manquait &#224; la dictature de Robespierre, c'&#233;tait son incapacit&#233; &#224; instaurer l'ordre et la stabilit&#233; n&#233;cessaires aux propri&#233;taires nouvellement enrichis par la R&#233;volution. Le r&#233;gime politique de Robespierre ne pouvait g&#233;rer Paris ; il ne pouvait pas non plus assurer de bonnes relations entre Paris et la campagne ; il ne reconnaissait pas suffisamment la nouvelle classe de sp&#233;culateurs, de financiers et d'agioteurs de toutes sortes, apparue au cours de la R&#233;volution et des guerres &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette classe de nouveaux riches qui allait jouer un r&#244;le d&#233;cisif dans la p&#233;riode suivante. Contrairement &#224; la bourgeoisie guind&#233;e de Louis XVI, ces parvenus savaient jouer avec les phrases r&#233;volutionnaires, devenir d'excellents d&#233;magogues et acc&#233;der aux plus hautes fonctions de la R&#233;volution et du Parti jacobin. Le socialiste Jaur&#232;s, dans son &#233;tude de la R&#233;volution fran&#231;aise, d&#233;peint la Convention comme une assembl&#233;e profond&#233;ment bourgeoise, compos&#233;e en grande partie de professionnels consum&#233;s par l'envie de la noblesse, mais anim&#233;s d'une passion prosa&#239;que pour les rentes et les dividendes. Ce sont ces hommes qui conspir&#232;rent pour guillotiner Robespierre et qui form&#232;rent le Directoire apr&#232;s lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Thermidor, &#171; Il fut alors d&#233;cid&#233; que le Directoire serait &#233;lu, non par des assembl&#233;es primaires, mais par la L&#233;gislature de France. Ce corps&#8230; devait &#234;tre compos&#233; de deux Conseils, renouvelables par tiers chaque ann&#233;e&#8230; &#187;. Le suffrage universel fut abandonn&#233; au profit d'un syst&#232;me &#224; la fois limit&#233; et indirect ; les grandes villes furent divis&#233;es en districts administrables ; les clubs et les assembl&#233;es arm&#233;es&#8230; formellement interdits. Le projet g&#233;n&#233;ral &#233;tait que le pouvoir soit transf&#233;r&#233; de la d&#233;mocratie &#224; la bourgeoisie &#233;clair&#233;e. &#187; (*53)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les Thermidoreaux chassaient les Jacobins petits-bourgeois du Parlement, la droite, repr&#233;sentant des &#233;l&#233;ments de l' Ancien R&#233;gime , commen&#231;a &#224; rassembler ses forces pour un nouveau coup d'&#201;tat contre le Parlement. Effray&#233;, le Directoire fit appel &#224; Napol&#233;on, qui avait d&#233;j&#224; montr&#233; les dents &#224; Toulon contre les Anglais, pour d&#233;fendre le Parlement et le Directoire (Vend&#233;miaire 1795). Ainsi, quelques coups de mitraille, surtout pour effrayer, dispers&#232;rent la populace royaliste. Le Parlement &#233;tait sauv&#233;, mais il devait d&#233;sormais sa vie, non aux masses, mais &#224; Napol&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, la guerre contre l' Ancien R&#233;gime europ&#233;en s'&#233;tait transform&#233;e en une affaire extr&#234;mement s&#233;rieuse avec l'entr&#233;e en guerre de l'Angleterre. Les Anglais avaient d&#233;clar&#233; la guerre d&#232;s l'entr&#233;e en Belgique des Fran&#231;ais et avaient aid&#233; les d&#233;mocrates des Pays-Bas &#224; chasser l'ancien ordre. Le lib&#233;ralisme anglais ne devait s'essouffler qu'apr&#232;s plus de vingt ans de guerre, faisant des Pays-Bas une fois de plus la proie de l'imp&#233;rialisme anglais. Ainsi, le lib&#233;ralisme anglais s'av&#233;ra &#234;tre le principal soutien du f&#233;odalisme continental et devint le principal d&#233;fenseur du tsar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France trouva relativement facile de g&#233;rer seule l' Ancien R&#233;gime , mais l'Angleterre fut une autre affaire. Pour faire face au nouveau danger, le capitalisme r&#233;volutionnaire fran&#231;ais tenta d'abord, par l'interm&#233;diaire de l'homme de droite Carnot, d'inciter les anciens &#233;l&#233;ments royalistes &#224; se ranger derri&#232;re lui et &#224; reconna&#238;tre ainsi les fruits de la R&#233;volution. Carnot parvint ainsi &#224; faire adopter des lois assouplissant le traitement jusque-l&#224; r&#233;serv&#233; aux pr&#234;tres et aux &#233;migr&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de cette r&#233;action qui s'intensifiait, eut lieu le seul soul&#232;vement communiste, celui men&#233; par Bab&#339;uf en 1796, qui fut r&#233;prim&#233;. Auparavant, une effroyable Terreur blanche avait s&#233;vi. &#192; Lyon, par exemple, trois cents Jacobins avaient &#233;t&#233; enferm&#233;s dans un hangar entour&#233; d'un cordon. Le hangar fut alors incendi&#233;, et les Jacobins furent consum&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bab&#339;uf pr&#233;figurait nombre des principes fondamentaux du communisme. Il fut le premier &#224; fonder ses doctrines sur le seul prol&#233;tariat, &#224; pr&#234;cher la lutte des classes, l'&#233;chec des r&#233;formes, la n&#233;cessit&#233; de la dictature des travailleurs et &#224; reconna&#238;tre que seule une r&#233;volution sociale, fond&#233;e sur l'art de l'insurrection, pouvait r&#233;soudre les probl&#232;mes des masses. Loin de croire que la r&#233;volution &#233;tait une chose du futur, il la consid&#233;rait comme tr&#232;s proche, soigneusement pr&#233;par&#233;e, et se montra tr&#232;s habile en propagande. (*54)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, l'aile gauche du Directoire, sous la direction de Barras, envoya Napol&#233;on &#224; la rencontre des Autrichiens en Italie. Au terme d'une s&#233;rie de marches et d'engagements brillants, Napol&#233;on for&#231;a l'Autriche &#224; signer la paix de Campo-Formio (1797), qui obligea enfin les Habsbourg &#224; reconna&#238;tre la R&#233;volution fran&#231;aise ainsi que son annexion des anciens Pays-Bas autrichiens (Belgique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; cette victoire, le capital financier parvenu put faire appel &#224; Napol&#233;on pour &#233;craser l'aile droite alors en charge du Parlement. Avec l'aide de Napol&#233;on (18 fructidor 1797), le Directoire de Barras devint ind&#233;pendant du Parlement, mais enti&#232;rement d&#233;pendant de Napol&#233;on. Le 18 brumaire 1799, Napol&#233;on d&#233;truisit le pouvoir du Directoire pour devenir le Premier Consul. &#171; La pierre angulaire de l'administration centrale &#233;tait le Premier Consul, assist&#233; du Conseil d'&#201;tat, organisme auquel &#233;tait confi&#233;e l'initiative l&#233;gislative et la juridiction supr&#234;me d'appel en mati&#232;re administrative&#8230; Un petit corps d'une centaine de Tribuns autoris&#233;s &#224; d&#233;battre mais non &#224; voter, une Assembl&#233;e l&#233;gislative autoris&#233;e &#224; voter mais non &#224; d&#233;battre, un S&#233;nat nomm&#233; par le chef de l'&#201;tat et charg&#233; de sauvegarder les principes de la Constitution et de nommer les Tribuns et les l&#233;gislateurs &#224; partir de listes qui lui &#233;taient soumises, apr&#232;s que la volont&#233; populaire eut &#233;t&#233; pass&#233;e au crible par une succession complexe de tamis &#8211; tels &#233;taient les compliments creux adress&#233;s au principe d&#233;mocratique. &#187; Peu &#224; peu, des parties du d&#233;guisement, devenues g&#234;nantes, furent modifi&#233;es ou supprim&#233;es. &#187; (*55)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, malgr&#233; ce syst&#232;me de gouvernement, ou peut-&#234;tre plut&#244;t &#224; cause de lui, Napol&#233;on ne manquait pas du soutien enthousiaste du lib&#233;ralisme fran&#231;ais. Pour ces lib&#233;raux, il &#233;tait clair que &#171; les besoins de la France &#233;taient tels que seuls les plus hauts pouvoirs de l'administration technique &#233;taient en mesure d'y r&#233;pondre. Dix ann&#233;es d'anarchie avaient d&#233;truit les routes, d&#233;sorganis&#233; les h&#244;pitaux, interrompu l'&#233;ducation et d&#233;sorganis&#233; toutes les institutions caritatives du pays. Quarante-cinq d&#233;partements &#233;taient signal&#233;s comme &#233;tant en &#233;tat de guerre civile chronique. Des bandes de brigands, fortes de deux, trois, huit cents hommes, ratissaient le pays, pillaient les diligences, s'introduisaient dans les prisons, fouettaient ou massacraient les collecteurs d'imp&#244;ts. La majeure partie du clerg&#233; &#233;tait en r&#233;bellion ouverte contre l'&#201;tat. Personne n'ob&#233;issait &#224; la loi. Les conscrits refusaient de servir ; les colonnes mobiles charg&#233;es de surveiller les r&#233;gions troubl&#233;es devaient se d&#233;brouiller seules et vivre de rapines. &#187; Le cr&#233;dit commercial avait disparu, car la monnaie s'&#233;tait d&#233;pr&#233;ci&#233;e, l'&#201;tat s'&#233;tait d&#233;clar&#233; en faillite partielle et les croiseurs anglais avaient depuis longtemps interrompu le commerce ext&#233;rieur&#8230; Le gouvernement &#233;tait aux mains de&#8230; r&#233;volutionnaires de seconde zone dont les noms n'avaient aucun prestige et dont la personnalit&#233; ne supportait pas un examen approfondi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bonapartisme marquait la victoire du lib&#233;ralisme-radicalisme sous la seule forme que la France pouvait cr&#233;er &#224; l'&#233;poque. Les Jacobins, arm&#233;s d'un balai de fer, avaient balay&#233; l' Ancien R&#233;gime en France et, avec eux, les lib&#233;raux capitalistes et leurs repr&#233;sentants de la vieille &#233;cole, dont la vie &#233;tait li&#233;e &#224; l'Ancien R&#233;gime, &#224; ses lois, &#224; ses rapports de propri&#233;t&#233;, &#224; ses coutumes, &#224; son id&#233;ologie, que ces &#233;coles voulaient r&#233;former mais dont elles ne pouvaient se d&#233;faire. &#192; l'&#233;poque, une rupture aussi violente &#233;tait vitale pour le bien-&#234;tre de la France. La R&#233;volution industrielle et la f&#233;rocit&#233; de la contre-attaque f&#233;odale l'exigeaient imp&#233;rativement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour utiliser le balai de fer, les Jacobins avaient tr&#232;s t&#244;t eu recours &#224; une dictature fractionnaire. Marat, en effet, avait tr&#232;s t&#244;t per&#231;u la n&#233;cessit&#233; d'une telle dictature et avait propos&#233; Danton. Mais Danton avait collabor&#233; avec la Maison d'Orl&#233;ans, et c'est Robespierre qui forma la t&#234;te de la dictature jacobine. Nous avons d&#233;j&#224; expliqu&#233; pourquoi la dictature jacobine ne pouvait assurer la victoire du nouveau capitalisme. Il &#233;tait devenu n&#233;cessaire de retirer les principales forces de la R&#233;volution des mains de la ville et de les confier &#224; la campagne, pour qu'elle ne soit domin&#233;e qu'indirectement par les principaux &#233;l&#233;ments bourgeois de la finance et de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fut accompli en donnant le pouvoir &#224; l'arm&#233;e, compos&#233;e en grande partie de paysans issus de la R&#233;volution, dirig&#233;e par Napol&#233;on. Les nouveaux riches &#233;taient trop faibles pour se gouverner eux-m&#234;mes. L' Ancien R&#233;gime &#233;tait trop faible pour d&#233;fier le nouvel ordre. Le prol&#233;tariat et les masses urbaines avaient &#233;t&#233; &#233;cras&#233;s. La r&#233;volution bourgeoise allait enfin &#234;tre l&#233;gu&#233;e &#224; la bourgeoisie radicale elle-m&#234;me, dont les int&#233;r&#234;ts &#233;taient enti&#232;rement confi&#233;s &#224; cet excellent repr&#233;sentant, Napol&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Napol&#233;on comprenait bien qu'il &#233;tait l'enfant de la R&#233;volution. Il en comprenait aussi clairement les lois. Plus tard, en exil, il r&#233;v&#233;la sa compr&#233;hension par des d&#233;clarations telles que : &#171; Mon grand principe &#233;tait de me pr&#233;munir contre la r&#233;action et d'enterrer le pass&#233; dans l'oubli. &#187; (*57) &#171; R&#232;gle g&#233;n&#233;rale ; pas de r&#233;volution sociale sans terreur&#8230; Comment, en effet, comprendre qu'on puisse dire &#224; ceux qui poss&#232;dent la fortune et les situations publiques : &#171; Partez, et laissez-nous vos fortunes et vos situations ! &#187; sans les avoir d'abord intimid&#233;s et rendus toute d&#233;fense impossible ! &#187; (*58) &#171; Mon but &#233;tait de d&#233;truire tout le syst&#232;me f&#233;odal, tel qu'organis&#233; par Charlemagne. Dans cette optique, j'ai cr&#233;&#233; une noblesse parmi le peuple, afin d'engloutir les restes de la noblesse f&#233;odale. Les fondements de mes id&#233;es sur l'aptitude &#233;taient les capacit&#233;s et la valeur personnelle ; &#8230; J'ai recherch&#233; le v&#233;ritable m&#233;rite dans tous les rangs de la grande masse du peuple fran&#231;ais et j'ai eu le souci d'organiser un v&#233;ritable et g&#233;n&#233;ral syst&#232;me d'&#233;galit&#233;. &#187; (*59)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie radicale sous Napol&#233;on s'effor&#231;a de garantir aux paysans les acquis de la r&#233;volution. Napol&#233;on lui-m&#234;me veilla &#224; ne s'imposer que par la m&#233;thode d&#233;mocratique du pl&#233;biscite. &#171; J'ai toujours &#233;t&#233; d'avis que la souverainet&#233; r&#233;sidait dans le peuple. En fait, le gouvernement imp&#233;rial &#233;tait une sorte de r&#233;publique. &#187; (*60) Ainsi, les confiscations de terres furent confirm&#233;es ; un nouveau Code civil fut &#233;tabli ; une r&#233;organisation compl&#232;te de la vie politique fut &#233;labor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, Napol&#233;on s'effor&#231;a de rallier &#224; sa cause une partie de l'ancienne classe dirigeante et de la r&#233;concilier avec le nouveau r&#233;gime du Capital. Un concordat fut conclu avec le Pape ; les &#233;glises catholiques furent rouvertes ; mais le catholicisme n'&#233;tait pas religion d'&#201;tat. L'&#201;tat d&#233;cida de reconna&#238;tre sur un pied d'&#233;galit&#233; protestants, juifs et catholiques, et, partant du principe que le peuple devait avoir une religion et que celle-ci devait &#234;tre contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat, il entreprit de soutenir financi&#232;rement non seulement les pr&#234;tres, mais aussi les ministres, les rabbins et les mollahs. Ainsi, Napol&#233;on pouvait se vanter : &#171; Mon syst&#232;me consistait &#224; n'avoir aucune religion pr&#233;dominante, mais &#224; garantir une parfaite libert&#233; de conscience et de pens&#233;e, &#224; rendre tous les hommes &#233;gaux&#8230; J'ai tout rendu ind&#233;pendant de la religion. &#187; (*61)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment, Napol&#233;on accorda l'amnistie aux &#233;migr&#233;s et incita cent cinquante mille d'entre eux &#224; retourner servir la France bourgeoise. Il r&#233;tablit le calendrier traditionnel. Il cr&#233;a un nouvel ordre titulaire &#8211; la L&#233;gion d'honneur &#8211; et s'effor&#231;a de rassembler sous son drapeau les meilleurs talents, anciens et nouveaux. Il s'ensuivit naturellement que, sous le premier Consulat, la valeur des titres du gouvernement fran&#231;ais tripla presque (*62), au grand avantage des sp&#233;culateurs et des agioteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unification militaire de toutes les forces &#233;tait devenue un imp&#233;ratif cat&#233;gorique pour la France. N'oublions jamais que Napol&#233;on dut combattre non seulement l'ordre social d&#233;labr&#233; du f&#233;odalisme, mais aussi le syst&#232;me &#233;conomique sup&#233;rieur du capitalisme anglais, dont le monopole industriel serait totalement ruin&#233; si le nouveau syst&#232;me fran&#231;ais r&#233;ussissait. C'est pour cette raison que le lib&#233;ralisme anglais se lan&#231;a si d&#233;sesp&#233;r&#233;ment contre le radicalisme bourgeois fran&#231;ais. Pendant les guerres napol&#233;oniennes, la r&#233;volution industrielle en Angleterre progressa &#224; un rythme effr&#233;n&#233;, surmontant la r&#233;sistance fran&#231;aise. (*63)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, Napol&#233;on luttait pour la diffusion de la culture capitaliste. C'est sous son r&#232;gne que l'industrie manufacturi&#232;re, notamment chimique, s'est consid&#233;rablement d&#233;velopp&#233;e, que la France a connu de grands progr&#232;s et que des talents de toutes sortes se sont d&#233;velopp&#233;s. Un syst&#232;me de poids et mesures hautement perfectionn&#233; a &#233;t&#233; mis en place et r&#233;pandu dans toute l'Europe. Ponts, routes, canaux, boulevards et une multitude d'ouvrages publics, etc., ont &#233;t&#233; construits. Comme l'affirmait Napol&#233;on, &#171; J'ai mis&#233; toute la gloire de mon r&#232;gne sur la transformation de mon empire. &#187; (*64) Les brevets, qui avaient jalousement emp&#234;ch&#233; le continent de b&#233;n&#233;ficier des avanc&#233;es techniques de l'Angleterre, ont &#233;t&#233; vol&#233;s &#224; l'Angleterre et utilis&#233;s partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Napol&#233;on mit ainsi un terme au &#171; roman de la R&#233;volution &#187; et tenta d'en assurer les conqu&#234;tes. Il se vantait de ne pas appartenir &#224; la race des &#171; id&#233;ologues &#187;, mais d'avoir substitu&#233; une &#232;re de &#171; travail &#187; &#224; une &#232;re de &#171; paroles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; d'unir toutes les forces dans la lutte contre l'Angleterre avait pouss&#233; le gouvernement napol&#233;onien &#224; adopter une th&#233;orie paternelle de l'&#201;tat qui signifiait la fin de certaines mesures de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le laissez-faire qui avait &#233;t&#233; propos&#233;. D&#233;j&#224;, avant m&#234;me Napol&#233;on, la R&#233;volution fran&#231;aise avait d&#251; se pencher sur la question du contr&#244;le total des prix et des salaires. Les Girondins avaient d&#233;fendu le libre-&#233;change, les Jacobins le protectionnisme en politique &#233;trang&#232;re, et la Commune de Paris elle-m&#234;me avait pes&#233; lourdement sur la question. On peut donc dire que le syst&#232;me commercial de Napol&#233;on Ier trouve ses racines dans la l&#233;gislation restrictionniste de la Convention nationale. (*65)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie radicale de Napol&#233;on &#233;tait pr&#234;te &#224; tout pour se maintenir. L'&#201;tat entreprit de former les m&#339;urs du peuple, de monopoliser l'&#233;ducation et de dominer la presse. Une censure massive fut instaur&#233;e. Le gouvernement n'h&#233;sita pas &#224; exproprier des biens pour des raisons d'utilit&#233; publique. L'industrie nationale fut prot&#233;g&#233;e de la concurrence. L'approvisionnement alimentaire &#233;tait soumis &#224; une r&#233;glementation s&#233;v&#232;re ; les bouchers et les boulangers parisiens furent contraints de s'affilier &#224; des corporations d'&#201;tat, b&#233;n&#233;ficiant d'un monopole officiel de l'approvisionnement selon des conditions fix&#233;es par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lutte contre l'ordre ancien, le radicalisme napol&#233;onien fran&#231;ais incita les peuples d'Europe &#224; renverser leurs despotes. Napol&#233;on forma toutes sortes de r&#233;publiques : batave, helv&#233;tique, cisalpine, l&#233;gurienne, romaine, parth&#233;nop&#233;enne, italienne. Apr&#232;s Marengo, une nouvelle carte de l'Europe fut cr&#233;&#233;e. L'ordre ancien fut renvers&#233;, pour ne plus jamais retrouver sa force. En Italie, l'id&#233;e d'une unit&#233; italienne sous une R&#233;publique fut sem&#233;e et prit racine. En Prusse, les serfs furent lib&#233;r&#233;s et la question agraire fut quelque peu r&#233;gl&#233;e en faveur des masses. Napol&#233;on fut salu&#233; par le peuple, m&#234;me &#224; Vienne, centre d'influence des Habsbourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout, le Bourbonisme s'&#233;crasa. Une lign&#233;e de dirigeants d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s fut an&#233;antie en Espagne, en Italie et ailleurs. La Pologne fut arrach&#233;e aux tsars ; le Saint-Empire romain germanique fut r&#233;duit en miettes ; la Prusse fut r&#233;volutionn&#233;e ; l'unification allemande fut amorc&#233;e. L'ordre ancien ne se releva jamais de ces coups, et m&#234;me pendant la Restauration, de 1820 &#224; 1848, les nombreux soul&#232;vements en Europe eurent tous pour objectif un gouvernement constitutionnel et un retour au Code Napol&#233;on . Une nouvelle donne avait &#233;t&#233; donn&#233;e &#224; l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de Premier Consul &#224; Empereur par Napol&#233;on en 1804 marqua la lib&#233;ration compl&#232;te de la R&#233;volution fran&#231;aise des vestiges de la petite-bourgeoisie d&#233;mocratique. La bourgeoisie s'appropria alors les titres de l'aristocratie. Une nouvelle noblesse fut cr&#233;&#233;e non seulement pour honorer pleinement les vainqueurs, mais aussi pour montrer &#224; l'ancien r&#233;gime europ&#233;en que le nouveau r&#233;gime &#233;tait stable, que la domination de ses int&#233;r&#234;ts patrimoniaux &#233;tait assur&#233;e et que, pour que l'ancienne aristocratie puisse subsister &#8211; et l'ex&#233;cution du duc d'Enghien par Napol&#233;on constituait une menace pour tous ceux qui osaient conspirer contre le nouvel ordre &#8211; elle devait faire la paix avec le capital r&#233;volutionnaire. Et apr&#232;s Austerlitz, I&#233;na et Friedland, rares furent les anciennes familles qui ne form&#232;rent pas volontiers des alliances avec les nouveaux ducs. En 1810, Napol&#233;on &#233;pousa Marie-Louise d'Autriche pour parachever la victoire du nouvel ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'empereur, Napol&#233;on &#233;tait d&#233;sormais contraint de r&#233;primer, et non plus seulement de d&#233;velopper, les forces productives. Dans sa lutte contre l'Angleterre, il tenta de couper court au commerce mondial et d'&#233;touffer le d&#233;veloppement de peuples entiers. Pour poursuivre ses guerres, il dut imposer une paix &#233;crasante aux Prussiens ; il dut vider l'Europe de ses richesses ; il dut &#233;craser les aspirations des peuples r&#233;clamant leur &#233;mancipation. Ce furent les peuples d'Espagne, de Prusse, de Saint-Domingue, qui d&#233;truisirent l'&#233;lite de son arm&#233;e. (*66) Ce n'est pas l'Angleterre unie aux despotes, mais l'Angleterre unie aux peuples d'Europe qui triompha finalement&#8230; m&#234;me si les despotes reprirent leur tr&#244;ne pour l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour de Louis XVIII, en 1815, ne r&#233;tablit en rien l'ordre ancien en France. Une constitution fut &#233;labor&#233;e sur le mod&#232;le anglais. Le roi fut contraint de garantir la libert&#233; de la presse, la tol&#233;rance religieuse, la libert&#233; des sujets et les titres fonciers de la R&#233;volution. Louis XVIII conserva les codes, l'Universit&#233;, la L&#233;gion d'honneur, la Banque, les pr&#233;fets et la noblesse imp&#233;riale de Napol&#233;on. Lorsque le Bourbon Charles X tenta de les supprimer, il fut d&#233;pos&#233;, et le lib&#233;ralisme fran&#231;ais couronna ses efforts lors de la R&#233;volution de 1830 avec Louis-Philippe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#201;SUM&#201;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire du lib&#233;ralisme, bien qu'obtenue par une petite minorit&#233; de la population, n'est pourtant pas un simple tumulte de palais, mais un v&#233;ritable soul&#232;vement r&#233;volutionnaire. Notre analyse se limite donc &#224; &#233;tudier comment une classe peut mener une v&#233;ritable r&#233;volution et prendre le pouvoir tout en restant minoritaire. Quelles sont les forces qui se mobilisent pour produire un tel r&#233;sultat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne classe dirigeante est r&#233;duite &#224; une clique manifestement parasitaire, entravant manifestement le progr&#232;s. De ce fait, elle ne peut compter sur le soutien des masses et se retrouve isol&#233;e. L&#224; o&#249; la majorit&#233; de la population se tient &#224; l'&#233;cart, comme en Angleterre et en Am&#233;rique, la lutte se r&#233;duit &#224; opposer uniquement deux minorit&#233;s de la nation, les &#233;l&#233;ments modernes gagnant toujours plus de soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouveaux rapports de production et de distribution des richesses naissent des m&#339;urs et des id&#233;aux nouveaux, et finalement des id&#233;es nouvelles. S'appuyant sur ces m&#339;urs plus modernes, la bourgeoisie impr&#232;gne le corps de ses adversaires de l'&#233;ther de ses codes &#233;thiques et pr&#233;pare la lutte pour le pouvoir politique par une attaque tous azimuts, de flanc comme de derri&#232;re, sur les questions de moralit&#233;. Fournissant &#224; la bourgeoisie les armes mat&#233;rielles pour critiquer et ch&#226;tier l'ordre ancien, l'histoire fournit &#233;galement aux capitalistes l'arme de la critique pour d&#233;moraliser leurs ennemis. Les bourgeois fortun&#233;s doivent se faufiler pour surgir ; mais avant l'attaque, il y a la parole d&#233;sarmante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que le gouvernement s'isole du peuple, son pouvoir se r&#233;duit encore davantage, car il a permis aux nouvelles classes de rejoindre ses rangs et de partager une partie de l'autorit&#233;. Lorsque ces groupes bourgeois abandonnent le gouvernement ou restent neutres, l'appareil d'&#201;tat se retrouve plong&#233; dans le chaos dans de nombreux d&#233;partements, notamment celui du Tr&#233;sor. Les ordres anciens et parasites, qui comptaient sur la loyaut&#233; et la comp&#233;tence des financiers et des capitalistes, sont plong&#233;s dans une confusion totale lorsque leurs serviteurs bourgeois cherchent &#224; s'emparer du pouvoir. Cette confusion engendre une nouvelle action centrifuge, dispersant les groupes dirigeants en fragments &#8211; clerg&#233;, petite noblesse, aristocratie, propri&#233;taires fonciers, royaut&#233;, etc. &#8211; qui peuvent alors &#234;tre &#233;cras&#233;s s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance de l'aristocratie est affaiblie par la bourgeoisie de plusieurs mani&#232;res. En Angleterre, les &#233;l&#233;ments fortun&#233;s se sont infiltr&#233;s dans les classes fonci&#232;res, les corrompant et les soudoyant. Le groupe interm&#233;diaire important &#233;tait ici celui des gentilshommes ruraux qui affront&#232;rent l'aristocratie sur son propre terrain et la vainquirent, tout en repr&#233;sentant le nouvel ordre. En Angleterre, le combat pouvait &#234;tre rapidement compromis, et le peuple ne manquait aucune occasion de se mobiliser en masse pour son propre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la R&#233;volution am&#233;ricaine, les anciens ma&#238;tres perdirent le contr&#244;le en raison de diff&#233;rents facteurs : d'abord, l'immense distance et le co&#251;t de la lutte ; ensuite, la pr&#233;occupation de ces dirigeants pour les conflits europ&#233;ens qui mobilisaient leur attention, les puissantes nations europ&#233;ennes se h&#226;tant d'aider les rebelles am&#233;ricains. Les colonies am&#233;ricaines, devenues trop puissantes par rapport &#224; la m&#232;re patrie, se s&#233;par&#232;rent pour former leur nation ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la situation &#233;tait encore diff&#233;rente. La bourgeoisie y &#233;tait relativement trop faible pour attaquer frontalement le gouvernement et prendre le pouvoir. Le peuple, exasp&#233;r&#233; par les anachronismes d'un gouvernement en faillite qui avait r&#233;ussi &#224; susciter la haine la plus profonde des masses, fut contraint d'agir. En Angleterre et en Am&#233;rique, le peuple &#233;tait neutre ou n'&#233;tait pas directement impliqu&#233; ; en France, il demeurait la seule force comp&#233;tente. La R&#233;volution fran&#231;aise fut donc la premi&#232;re grande r&#233;volution populaire de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs facteurs doivent &#234;tre soulign&#233;s ici comme &#233;tant de la plus haute importance. Tout d'abord, ce sont les masses populaires qui ont agi, men&#233;es par les Jacobins petits-bourgeois. Cela conf&#232;re &#224; l'histoire de France un caract&#232;re extr&#234;mement instable, car ce que le peuple a fait une fois, il croit pouvoir le refaire. Les pauvres acqui&#232;rent un immense prestige ; rien ne peut tarir le flot cr&#233;atif d'initiative et d'ambition qui circule parmi les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La minorit&#233; bourgeoise ne l'emporte que parce que les travailleurs ne sont pr&#234;ts &#224; accepter aucun autre syst&#232;me de propri&#233;t&#233; que le syst&#232;me capitaliste ; autrement dit, tandis que les riches anglais et am&#233;ricains ont acc&#233;d&#233; au pouvoir par fracas, les Fran&#231;ais ont gagn&#233; par d&#233;faut, par l'incapacit&#233; du peuple &#224; modifier l'ordre social &#224; son profit. N&#233;anmoins, ce n'est pas la vieille bourgeoisie qui acc&#232;de au pouvoir apr&#232;s que la population s'est cogn&#233;e la t&#234;te contre les murs du syst&#232;me et est tomb&#233;e &#233;puis&#233;e, mais une nouvelle bourgeoisie qui s'adresse aux masses et &#339;uvre selon leurs slogans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois au pouvoir, cette petite fraction de la population, la bourgeoisie, h&#233;rite du probl&#232;me complexe d'inciter les anciennes forces dirigeantes &#224; abandonner leur lutte et d'emp&#234;cher de nouveaux &#233;l&#233;ments de contester leur pouvoir par la base. En Angleterre, la bourgeoisie a fait d'importantes concessions &#224; l'aristocratie, lui permettant de conserver des postes importants et de renforcer les rangs de la noblesse avec de nouveaux membres issus des classes ais&#233;es. En Am&#233;rique, ce probl&#232;me n'a pas exist&#233;, l'aristocratie ayant fui le pays. En France, la bourgeoisie a tent&#233; par tous les moyens de s'allier aux anciennes forces, par l'interm&#233;diaire de Napol&#233;on et de Louis-Philippe, mais chaque fois leur alliance a &#233;t&#233; rompue par l'action du peuple. Ce n'est qu'en 1871 que la bourgeoisie fran&#231;aise, dans son ensemble, a v&#233;ritablement pris le pouvoir en son nom propre, et m&#234;me alors, c'est la Commune prol&#233;tarienne de Paris qui a mis en d&#233;route les royalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, la bourgeoisie est contrainte de r&#233;soudre le probl&#232;me : comment une minorit&#233; capitaliste peut-elle conserver le pouvoir et emp&#234;cher le peuple de la chasser ? Fondamentalement, les nouvelles cliques peuvent pr&#233;server leur pouvoir principalement parce que la nation prosp&#232;re g&#233;n&#233;ralement sous leur r&#233;gime. Lorsque les contradictions du capitalisme obligent enfin le petit propri&#233;taire &#224; s'exprimer en son nom propre, il est ind&#233;niable qu'il le fait. Aux &#201;tats-Unis, en effet, il a pris le contr&#244;le total du gouvernement ; mais sans r&#233;sultats notables, la classe moyenne se contentant de laisser les riches tranquilles, partageant elle aussi les richesses. Ce n'est que plus tard que l'importance du r&#232;gne de la petite bourgeoisie a &#233;clat&#233; lors de la puissante guerre de S&#233;cession. En Angleterre et en France, la petite bourgeoisie a obtenu une repr&#233;sentation parlementaire, mais n'a jamais obtenu le pouvoir de d&#233;poss&#233;der les couches sup&#233;rieures. Dans chaque cas, grands et petits propri&#233;taires ont pu former des alliances stables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France comme aux &#201;tats-Unis, la philosophie dominante tend &#224; &#234;tre le radicalisme plut&#244;t que le lib&#233;ralisme. En France, cela s'explique par le fait que le pouvoir de la bourgeoisie est en r&#233;alit&#233; l'&#339;uvre du peuple, dirig&#233; par les &#233;l&#233;ments d&#233;sesp&#233;r&#233;s de la petite bourgeoisie. Aux &#201;tats-Unis, la phras&#233;ologie radicale est un &#233;l&#233;ment n&#233;cessaire de l'appareil par lequel une fraction insignifiante et faible de la soci&#233;t&#233; peut duper et s&#233;duire le peuple, le radicalisme &#233;tant l'expression appropri&#233;e des classes moyennes qui dominent la politique. Avec l'&#233;viction de toutes les couches sociales repr&#233;sentant l'ancien ordre f&#233;odal, en Am&#233;rique, les conservateurs bourgeois se transforment naturellement en lib&#233;raux, tandis que la petite bourgeoisie adopte des phras&#233;s radicaux extr&#234;mes. Il n'y a rien de plus conservateur aux &#201;tats-Unis que le lib&#233;ralisme, car, avec la destitution des aristocrates, aucune classe ne se situe au-dessus des lib&#233;raux. &#192; mesure que chaque classe progresse mat&#233;riellement, elle revendique plus haut ses droits politiques. [Pendant la R&#233;volution am&#233;ricaine, seuls les prol&#233;taires sont rest&#233;s silencieux, car ils n'existaient gu&#232;re que comme esclaves muets et serviteurs sous contrat.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie, apr&#232;s avoir bien d&#233;masqu&#233; les anciens dirigeants comme une petite clique inapte au pouvoir, doit maintenant d&#233;montrer pourquoi elle, autre point social, devrait conserver ce pouvoir. Comme l'a d&#233;clar&#233; Disraeli : &#171; La Chambre des communes n'est pas plus la Chambre du peuple que la Chambre des lords ; et les Communes d'Angleterre, comme les pairs d'Angleterre, ne sont ni plus ni moins qu'une classe privil&#233;gi&#233;e, privil&#233;gi&#233;e dans les deux cas pour le bien commun, in&#233;gale sans doute en nombre, mais toutes deux, compar&#233;es &#224; la nation enti&#232;re, ne formant, en termes num&#233;riques, qu'une fraction insignifiante de la masse. &#187; (*67)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cherchant &#224; r&#233;soudre pr&#233;cis&#233;ment ce probl&#232;me de justification du r&#232;gne de la nouvelle minorit&#233;, le lib&#233;ralisme devient un mouvement qui vise &#224; faire appara&#238;tre la minorit&#233; comme s'il s'agissait du peuple tout entier et &#233;tablit des r&#232;gles par lesquelles seule la bourgeoisie peut conqu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici les ruses politiques du lib&#233;ralisme : privil&#233;gier le Parlement plut&#244;t que le peuple ; reconna&#238;tre les &#233;lections mais restreindre le droit de vote ; &#233;laborer une constitution mais bloquer la volont&#233; de la majorit&#233; ; parler de d&#233;mocratie mais pratiquer l'oligarchie ; en g&#233;n&#233;ral, substituer un syst&#232;me de fraude et de coercition &#224; un autre. Une fois au pouvoir, les lib&#233;raux pr&#244;nent la paix, la tol&#233;rance, le fair-play, la r&#232;gle d'or, la voie m&#233;diane, la vision des deux camps, le respect des r&#232;gles que nous avons &#233;tablies, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les capitalistes ont lib&#233;r&#233; des forces qu'ils ne peuvent contr&#244;ler. Ils ne peuvent arr&#234;ter que momentan&#233;ment la r&#233;volution qui se d&#233;roule sans cesse. Ainsi, le r&#232;gne de la bourgeoisie est un h&#233;ritage de troubles, de changements et de r&#233;volutions constants, qui ne peut cesser tant que la classe la plus basse, la classe ouvri&#232;re, n'est pas enfin en mesure de prendre le pouvoir et de p&#233;renniser la r&#233;volution en la menant &#224; son terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de bas de page&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La population de l'Angleterre, du Pays de Galles et de l'&#201;cosse &#224; l'&#233;poque de Cromwell &#233;tait d'environ cinq millions et demi, celle des colonies am&#233;ricaines en 1776 de moins de trois millions ; en 1789, en France, il y en avait vingt-cinq millions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La conqu&#234;te des villes flamandes, centres de tissage (1328), non seulement bouleversa l'&#233;quilibre entre l'Angleterre et la France en faveur de la France, mais mena&#231;a aussi de perturber gravement l'&#233;conomie anglaise. La guerre de Cent Ans s'ensuivit. La victoire temporaire des Anglais jeta le d&#233;sordre en France et provoqua la premi&#232;re r&#233;volte paysanne, la Jacquerie (1358). La perte d&#233;finitive de la France par les Anglais entra&#238;na la guerre des Deux-Roses, la d&#233;cimation de toute la vieille noblesse d'Angleterre et des r&#233;voltes r&#233;p&#233;t&#233;es de la paysannerie anglaise (1381, 1450, 1500). Tout cela ne fit qu'acc&#233;l&#233;rer la rupture de l'ordre f&#233;odal et l'av&#232;nement des monarchies absolues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. C'&#233;tait la p&#233;riode de la Renaissance. &#192; cette &#233;poque, la rupture avec l'&#201;glise catholique &#233;tait intenable ; le capital commercial et financier cherchait &#224; gagner son soutien. La France, pays le plus puissant et le plus d&#233;velopp&#233;, fut la premi&#232;re &#224; tenter l'exp&#233;rience et y r&#233;ussit un temps. C'est ce qui aviva consid&#233;rablement la guerre de Cent Ans et conduisit directement au protestantisme anglais, tout comme plus tard la soumission du pape &#224; d'autres puissances nationalistes conduisit &#224; la R&#233;forme allemande et au scepticisme machiav&#233;lique. Le pape et l'&#201;glise &#233;taient vendus aux ench&#232;res au plus offrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La tension s'est exprim&#233;e dans les r&#233;voltes aux Pays-Bas autrichiens et en Pologne, ainsi que dans les r&#233;formes inaugur&#233;es par les despotes &#171; &#233;clair&#233;s &#187; de Russie, de Prusse et d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Helv&#233;tius, La Fayette, Voltaire, Roland, Mirabeau, Brissot, Rousseau, tous avaient v&#233;cu en Angleterre et parlaient anglais. Tous connaissaient les &#339;uvres de Locke et de Newton. (Voir C. D. Hazen : R&#233;volution fran&#231;aise, I, 93-94.) Montesquieu consid&#233;rait l'Angleterre comme le pays le plus libre du monde. Il pr&#244;nait une monarchie constitutionnelle avec s&#233;paration des pouvoirs entre le l&#233;gislatif et l'ex&#233;cutif. La libert&#233; civile devait &#234;tre accord&#233;e progressivement, &#224; mesure que les hommes s'y sentiraient mieux. Montesquieu pr&#244;nait une r&#233;forme du droit p&#233;nal et s'opposait au droit d'a&#238;nesse ; il &#233;tait favorable au d&#233;membrement des grands domaines, &#224; un imp&#244;t progressif, &#224; des lois somptuaires et &#224; une plus grande &#233;mancipation des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Voltaire, Montesquieu et Rousseau &#233;taient tous d&#233;istes. Voltaire, cependant, souhaitait non pas la s&#233;paration de l'&#201;glise catholique et de l'&#201;tat, mais plut&#244;t une &#201;glise contr&#244;l&#233;e (comme l'&#201;glise anglicane). Rousseau, lui aussi, &#233;tait favorable &#224; une religion d'&#201;tat. Nombre d'encyclop&#233;distes &#233;taient &#233;galement d&#233;istes. (Comme le furent plus tard au XIXe si&#232;cle Proudhon, Fourier, Saint-Simon et Louis Blanc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Lafayette en est un bon exemple. &#171; Lafayette ne croyait pas que les masses pouvaient &#234;tre condamn&#233;es &#224; une amende pour obtenir la citoyennet&#233; et, comme ses contemporains, il croyait que seule la classe bourgeoise devait participer aux &#233;lections et au gouvernement. &#187; (J.S. Penman : Lafayette and Three Revolutions , p. 119.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. &#171; D&#233;j&#224; en 1778, Turgot&#8230; &#233;crit que l'Am&#233;rique est l'espoir du genre humain et peut devenir son mod&#232;le&#8230; &#187; &#171; En 1783, le duc de La Rochefoucauld traduisit de ses propres mains les treize constitutions des &#201;tats am&#233;ricains, les publiant anonymement ; tandis que Mercier, en 1791, affirme clairement : &#171; L'&#233;mancipation de l'Am&#233;rique nous a donn&#233; les pens&#233;es et bient&#244;t la voix d'hommes libres ; elle nous a fait entrevoir la possibilit&#233; de la r&#233;sistance et la n&#233;cessit&#233; d'une constitution. &#187; Il nous dit que les troupes envoy&#233;es outre-Atlantique &#233;taient revenues comme &#233;lectrifi&#233;es. &#187; (EF Henderson : Symbol and Satire in the French Revolution, p. 4-5.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. J. Peixotto : La R&#233;volution fran&#231;aise et le socialisme fran&#231;ais moderne, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Les principales &#339;uvres de Rousseau ont &#233;t&#233; &#233;crites entre 1750 et 1762.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Voir JJ Rousseau : Contrat social, livre 11 (Everyman's Edition, traduit par GDH Cole.) 12. J. Rousseau : Contrat social et discours, livre I, ch. I, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Le m&#234;me, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Le m&#234;me, Livre I, Ch. IX, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Le m&#234;me, livre I, chapitre VII, p. 18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Le m&#234;me, Livre III, Ch. IV, pp. 58-59.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Le m&#234;me, livre IV, ch. III, p. 96.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Le m&#234;me, livre IV, chapitre VIII, p. 119&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Le m&#234;me, Livre II, Ch- XI, p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Voir Rousseau : &#171; Discours sur l'origine de l'in&#233;galit&#233; &#187;, ouvrage cit&#233; (Everyman's Edition), p. 246.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Voir Rousseau : &#171; Discours sur les arts et les sciences &#187;, ouvrage cit&#233;. Voir &#233;galement l'introduction de l'&#233;diteur Vaughan dans &#201;crits politiques de Rousseau, 2 vol. (&#233;dition de 1915).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Voir Rousseau : &#201;mile ou l'&#201;ducation (&#233;dition pour tous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. Rousseau : Contrat social, livre III, chap. XIII, p. 81.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Voir Gide et Rist : Histoire des doctrines &#233;conomiques, pour les vues des physiocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Le physiocrate n'h&#233;sitait pas &#224; tirer les conclusions de sa th&#233;orie selon lesquelles, puisque seul l'agriculteur produisait de la valeur, lui seul devait &#234;tre tax&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Les lib&#233;raux anglais, William Pitt et Edmund Burke, s'oppos&#232;rent violemment &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise. De m&#234;me qu'ils combattirent la R&#233;volution am&#233;ricaine, ils combattirent la R&#233;volution fran&#231;aise avec encore plus de violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Il est rapport&#233; que Paine ne fut sauv&#233; de la guillotine que par une erreur du ge&#244;lier. Paine &#233;tait girondin et s'opposait &#224; l'ex&#233;cution du roi. Son livre , L'&#194;ge de Raison , &#233;tait dirig&#233; contre l'ath&#233;isme des radicaux fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Comme ce fut le cas pour les Locke, les Cromwell et les Lilburne, les Franklin, les Jefferson et les Paine, et tous les autres principaux dirigeants d'Angleterre et des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ni dans les cahiers ni dans les brochures qui r&#233;sult&#232;rent de la convocation des &#201;tats g&#233;n&#233;raux, il n'y a aucune doctrine socialiste importante ou g&#233;n&#233;rale. &#187; (H.J. Laski. La tradition socialiste dans la R&#233;volution fran&#231;aise, p. 7.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. G. Elton : L'id&#233;e r&#233;volutionnaire en France, 1789-1871, p. 61.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. Turgot, Necker et Mirabeau &#233;taient de ce type. Mirabeau devint un agent r&#233;mun&#233;r&#233; du roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. Le lib&#233;ral Necker s'y opposa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. C'est la trag&#233;die du clerg&#233; : il a &#233;t&#233; le premier &#224; &#234;tre sacrifi&#233; par la bourgeoisie, comme il l'a &#233;t&#233; par l'aristocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33. &#171; Il ne faut pas oublier que pour plus des deux tiers des lois fondamentales faites entre 1789 et 1793, aucune tentative n'a m&#234;me &#233;t&#233; faite pour les mettre en &#339;uvre. &#187; (P. Kropotkine : La Grande R&#233;volution fran&#231;aise, 1789-1793, p. 216.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34. Le roi fut prot&#233;g&#233; des masses par le lib&#233;ral Lafayette, qui massacra la foule rassembl&#233;e au Champs-de-Mars . Plus tard, Lafayette se rangea tra&#238;treusement du c&#244;t&#233; des envahisseurs &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. CJH Hayes : L'&#233;volution historique du nationalisme moderne, pp. 39-40.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36. On estime que pr&#232;s d'un million et demi d'hommes ont servi dans les arm&#233;es de la R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. &#192; propos des massacres de septembre, Napol&#233;on Ier a fait cette remarque int&#233;ressante : &#171; Leur &#233;nergie eut un effet &#233;lectrique, par la crainte qu'elle inspirait aux uns et l'exemple qu'elle donna aux autres : cent mille volontaires rejoignirent l'arm&#233;e et la r&#233;volution fut sauv&#233;e. &#187; ( The Opinions and Reflections of Napoleon I, &#233;dit&#233; par LC Breed, p. 447.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. HAL Fisher : La tradition r&#233;publicaine en Europe, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. Voir Baron de Mantesquieu : L'Esprit des lois, I, Livre VIII, 130 (&#233;dition Bohn, 1878) ; aussi I, Livre V, 44 et suiv.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40. Cit&#233; dans FW Hirst : The Political Economy of War, pp. 51-52.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41. E. Belfort Bax : L'histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42. Kropotkine donne ceci comme l'une des raisons de la contre-r&#233;volution vend&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43. HJ Laski : Les traditions socialistes dans la R&#233;volution fran&#231;aise, p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44. RF Gould affirme que les loges fran&#231;aises prosp&#233;r&#232;rent consid&#233;rablement en 1788 et 1789, alors que la temp&#234;te r&#233;volutionnaire se pr&#233;parait, bien qu'il affirme &#233;galement que de nombreux membres furent guillotin&#233;s. Voir son Histoire de la franc-ma&#231;onnerie dans le monde, III, 49-50 (&#233;dition de 1936).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi Haywood et Craig (A History of Freemasonry), qui attribuent la rupture survenue entre le Grand Orient fran&#231;ais et la Grande Loge britannique au fait que le premier n'insistait plus sur la croyance en Dieu et en l'immortalit&#233; de l'&#226;me comme condition pr&#233;alable &#224; l'adh&#233;sion, et adoptait &#224; la place le principe de &#171; libert&#233; absolue de conscience et de solidarit&#233; humaine &#187; dans sa constitution (p. 295).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. Cahill (Franc-ma&#231;onnerie et mouvement antichr&#233;tien) soutient que les deux principes fondamentaux de la franc-ma&#231;onnerie sont, premi&#232;rement, l'indiff&#233;rence en mati&#232;re de religion, et, deuxi&#232;mement, une tendance au cosmopolitisme ou &#224; l'internationalisme (pp. 6-7), et d&#233;clare : &#171; La franc-ma&#231;onnerie est l'ennemi central de l'&#201;glise catholique &#187; (p. viii).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les membres de cet ordre secret bourgeois figurent Marat, Danton, Robespierre et d'autres r&#233;volutionnaires fran&#231;ais de premier plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45. Voir C. Brinton : Les Jacobins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46. &#171; &#8230; Danton n'&#233;tait pas r&#233;publicain&#8230; Jamais, m&#234;me en 1790, il n'avait imagin&#233; que la France puisse &#234;tre une r&#233;publique. Jusqu'&#224; un certain point, il &#233;tait d&#233;mocrate, mais il y avait aussi en lui un certain conservatisme social ; ses habitudes &#233;taient celles de la classe moyenne&#8230; &#187; &#171; &#8230; un Louis-Philippe aurait certainement &#233;t&#233; la meilleure des r&#233;publiques aux yeux de Danton ; et au pire, il se serait content&#233; de Louis XVI, prot&#233;g&#233; des influences contre-r&#233;volutionnaires et tenu sous tutelle par l'Assembl&#233;e. &#187; (L. Madelin : Danton, p. 77-78.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47. Cit&#233; par LR Gottschalk : Jean Paul Marat, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48. La Commune &#233;tait le peuple organis&#233; en &#171; Sections &#187; de la ville. Du 10 ao&#251;t 1792 jusqu'&#224; la Convention, le 21 septembre, la Commune de Danton d&#233;tenait le pouvoir. De cette date jusqu'au 2 juin 1793, c'est la Convention, sous la direction des comit&#233;s dictatoriaux, qui assura le pouvoir. De juin 1793 &#224; d&#233;cembre, la Commune d'H&#233;bert domina la sc&#232;ne, avant de c&#233;der la place au Comit&#233; de salut public de Robespierre jusqu'au 27 juillet 1794 (Thermidor). (Comparer avec E. Belfort Bax : The Story of the French Revolution, p. 71.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;49. Donn&#233; dans CJH Hayes , The Historical Evolution of Modern Nationalism, p. 74.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50. Voir G. Pickhanov : La R&#233;volution bourgeoise, brochure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;51. E. Belfort Bax, ouvrage cit&#233;, p. 86.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;52. HAL Fisher : Bonapartisme, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;53. HAL Fisher : La tradition r&#233;publicaine en Europe , p. 132.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;54. La tradition de Baboeuf se perp&#233;tue au XIXe si&#232;cle, notamment chez les Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;55. HAL Fisher , Bonapartisme, pp. 30-31.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;56. Le m&#234;me, pp. 25-26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;57. Opinions et r&#233;flexions de Napol&#233;on, &#233;dit&#233; par LC Breed, p. 464.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58. Le m&#234;me, p. 448.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;59. Le m&#234;me, p. 467.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60. Le m&#234;me, p. 496.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;61. Opinions et r&#233;flexions de Napol&#233;on, p. 273.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;62. Voir FP Stearns : Napol&#233;on et Machiavel, pp. 16-17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;63. Selon Gaskell, Artisans and Machinery, p. 37, cit&#233; par J.H. Rose : Napoleonic Studies, p. 195, l'am&#233;lioration des machines et la baisse des co&#251;ts furent si importantes qu'un rouleau de tissu qui co&#251;tait 39 shillings et 9 pence en 1795 ne co&#251;tait plus que 15 shillings en 1810. La baisse du prix du fil de coton n&#176; 100 fut encore plus importante, passant de 38 shillings en 1786 et 19 shillings en 1795 &#224; 6 shillings et 9 pence en 1807, puis &#224; 2 shillings et 11 pence en 1832. (Voir Gaskell, idem, p. 344.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;64. Le Corse : Journal de la vie de Napol&#233;on dans ses propres mots, pp. 281-282. (R.M. Johnston, &#233;diteur.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;65. Voir FL Nussbaum : La politique commerciale dans la R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;66. Napol&#233;on envoya une arm&#233;e de trente mille soldats d'&#233;lite (quatre fois plus nombreuse que l'arm&#233;e de Cornwallis &#224; Yorktown) pour vaincre les Noirs &#224; Saint-Domingue. Napol&#233;on souhaitait cr&#233;er un vaste domaine en Am&#233;rique centrale et se constituer une puissante arm&#233;e noire. Les Jacobins, contrairement &#224; la politique des Girondins lib&#233;raux, avaient lib&#233;r&#233; les esclaves ; Napol&#233;on avait r&#233;tabli l'esclavage et avait m&#234;me pr&#244;n&#233; la polygamie comme voie de sortie vers le Nouveau Monde. Tous ces r&#234;ves furent an&#233;antis par la victoire des Noirs sous Toussaint Louverture. Les oiseaux de proie d&#233;vor&#232;rent les os de l'arm&#233;e fran&#231;aise. (Voir E.L. Andrews : Napoleon and America, p. 27, 29.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;67. Disraeli le Jeune : D&#233;fense de la Constitution anglaise, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES GUERRES CIVILES ANGLAISES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, tout au long de l'histoire, les lib&#233;raux ont initi&#233; des r&#233;volutions et les ont combattues. Ils se sont oppos&#233;s &#224; la d&#233;mocratie, tout en la revendiquant. Ils ont combattu les r&#233;publiques, bien que des r&#233;publiques aient &#233;t&#233; fond&#233;es en leur nom. Ils ont soutenu des dictateurs, bien que ceux-ci aient ensuite &#233;cras&#233; les lib&#233;raux. Le lib&#233;ralisme est donc une activit&#233; politique complexe aux couleurs du cam&#233;l&#233;on ; on ne peut l'appr&#233;hender en dehors d'une situation historique concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lib&#233;ralisme n'est pas un esprit &#233;ternel, fruit d'une conception immacul&#233;e, comme certains lib&#233;raux voudraient nous le faire croire ; c'est un mouvement de chair et de sang, dot&#233; d'une histoire bien d&#233;finie dans le temps et l'espace. Son foyer traditionnel a &#233;t&#233; les pays d&#233;velopp&#233;s o&#249; le capitalisme a d&#233;finitivement renvers&#233; la domination de l'&#233;conomie f&#233;odale et rapidement &#233;tendu ses march&#233;s. Le lib&#233;ralisme, &#224; ses d&#233;buts, &#233;tait l'expression de la classe capitaliste, d&#233;j&#224; triomphante dans la sph&#232;re &#233;conomique, tentant de conqu&#233;rir le terrain politique. Les bastions du mouvement &#233;taient &#8211; et demeurent aujourd'hui &#8211; l'Angleterre, la France et les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lib&#233;ralisme, co&#239;ncidant avec l'essor et la domination du capitalisme, a mis plusieurs si&#232;cles &#224; m&#251;rir et a travers&#233; plusieurs &#233;tapes. Avec l'apparition du capital marchand comme puissant moteur aux XIVe et XVe si&#232;cles, la Renaissance est arriv&#233;e ; avec le d&#233;veloppement du commerce et l'essor des manufactures (usines artisanales) aux XVIe et XVIIe si&#232;cles, la R&#233;forme a suivi. L'industrie moderne a marqu&#233; le d&#233;but de la R&#233;volution populaire. La Renaissance et la R&#233;forme ont marqu&#233; le d&#233;but du mouvement connu dans le monde politique sous le nom de lib&#233;ral, bien que ces d&#233;veloppements ant&#233;rieurs se soient principalement limit&#233;s aux domaines culturel et &#233;thique de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Renaissance n'aurait pas pu na&#238;tre dans les structures rudimentaires et stables des chevaliers f&#233;odaux. Pour que les arts prosp&#232;rent, les villes &#233;taient n&#233;cessaires ; pour que les villes se cr&#233;ent, il fallait avant tout le commerce et l'argent. En M&#233;diterran&#233;e, apr&#232;s les croisades religieuses du XIIe si&#232;cle, le commerce connut un essor consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les hommes d'argent firent leurs d&#233;buts. Retranch&#233;s derri&#232;re les cit&#233;s-&#201;tats qu'ils contr&#244;laient, ils purent d&#233;velopper une culture qui leur &#233;tait propre. Voyageant aux quatre coins du monde, br&#251;lant de curiosit&#233; et s'enrichissant de connaissances toujours plus nombreuses, ils purent d&#233;passer l'ignorance d'une vie provinciale mesquine et envisager le merveilleux panorama kal&#233;idoscopique du monde tel qu'ils le connaissaient alors. De telles exp&#233;riences devaient conf&#233;rer aux g&#233;nies de cette &#233;poque une polyvalence, une catholicit&#233; et une profondeur qui ont, &#224; juste titre, donn&#233; le nom de &#171; Renaissance &#187; &#224; toute cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art et la science suivirent les hommes d'argent du capital marchand. L'essor et l'h&#233;g&#233;monie des cit&#233;s italiennes dans le commerce m&#233;diterran&#233;en engendr&#232;rent une formidable fermentation sociale. De plus en plus d'intellectuels se d&#233;tourn&#232;rent de la terre pour la mer, et de la campagne pour la ville. Ils commenc&#232;rent &#224; raviver les traditions de la Rome antique et de la Gr&#232;ce, &#224; souligner la gloire des cit&#233;s m&#233;diterran&#233;ennes de l'Antiquit&#233;, et m&#234;me &#224; faire allusion, de mani&#232;re mena&#231;ante, aux r&#233;publiques d'autrefois. Ainsi, les marchands entam&#232;rent leur lutte pour le pouvoir en faisant appel au pass&#233;, en d&#233;montrant qu'avant m&#234;me l'av&#232;nement du f&#233;odalisme, les marchands et les cit&#233;s-&#201;tats avaient introduit l'art, la science et la culture dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'&#233;poque de Michel-Ange, de L&#233;onard de Vinci et de bien d'autres qui se distingu&#232;rent, non seulement comme artistes dans un domaine donn&#233;, peinture, sculpture ou architecture, mais aussi comme artisans et scientifiques, capables de passer librement d'une branche du savoir &#224; l'autre. C'&#233;tait aussi l'&#233;poque du d&#233;veloppement de la litt&#233;rature, celle de Bocace et de Dante. Plus tard, la science connut un essor consid&#233;rable dans toutes ses branches, des math&#233;matiques &#224; la g&#233;ologie. Les noms de Galil&#233;e, Keppler et Copernic sont encore aujourd'hui des noms qui suscitent l'&#233;vocation. Les langues modernes commenc&#232;rent &#224; se d&#233;velopper. Les historiens firent leur apparition. Un v&#233;ritable essor fut marqu&#233; par la science politique avec des hommes comme Machiavel. La coterie f&#233;odale fut abandonn&#233;e &#224; ses disputes th&#233;ologiques, et si l'&#233;l&#233;ment marchand ne parvenait pas encore &#224; renverser les int&#233;r&#234;ts fonciers ancr&#233;s dans le pass&#233;, il pouvait les contourner, les saper et les occulter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes leurs actions, les artistes de la Renaissance se rapprochaient &#233;troitement des riches. Ils bris&#232;rent l'architecture aust&#232;re des ch&#226;teaux f&#233;odaux et construisirent des demeures lumineuses et a&#233;r&#233;es, dignes non pas des chevaliers rustres et combatifs d'autrefois, mais des princes marchands dont les principales occupations se d&#233;roulaient dans de somptueuses salles de banquet et des boudoirs. Le style rococo de la fin de la Renaissance s'imposa comme parfaitement adapt&#233; au luxe nouvellement acquis. L'art de la peinture connut un d&#233;veloppement consid&#233;rable, le portrait en particulier, car cet art est mieux appr&#233;ci&#233; par ceux qui appr&#233;cient davantage les s&#233;ances &#224; l'int&#233;rieur que les promenades &#224; cheval. Naturellement, dans ces circonstances, les femmes commenc&#232;rent &#224; s'affirmer ; elles devinrent un objet d'art autant que le sujet des artistes. L'&#232;re du salon &#233;tait proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la M&#233;diterran&#233;e commen&#231;ait &#224; perdre de son importance avec l'ouverture de l'Atlantique, et que l'Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, puis la France et l'Angleterre se voyaient offrir de glorieuses opportunit&#233;s, la Renaissance suivit dans l'ordre exact. La br&#232;ve p&#233;riode d'h&#233;g&#233;monie hispano-portugaise fut marqu&#233;e par les avanc&#233;es scientifiques du prince Henri de Portugal, les &#233;crits des juristes-th&#233;ologiens espagnols, et plus tard les peintures de V&#233;lasquez. Cependant, les fluctuations de l'histoire laiss&#232;rent bient&#244;t ces pays en d&#233;sh&#233;rence, progressivement transform&#233;s en d&#233;serts culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essor du commerce avec les Pays-Bas marqua le d&#233;but de la Renaissance flamande, puis hollandaise. Au XVIIe si&#232;cle, au moins la moiti&#233; de la population n&#233;erlandaise &#233;tait compos&#233;e de marchands, d'artisans ou de marins. C'est au cours de ce si&#232;cle que les N&#233;erlandais atteignirent leur apog&#233;e en termes de statut relatif et de puissance politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; cette &#233;poque, non seulement le commerce se d&#233;veloppait, mais aussi l'industrie manufacturi&#232;re ; la culture esth&#233;tique &#233;tait ainsi contrainte de partager la place avec la science pratique, tant naturelle que sociale. L'art, ce coq qui chante, se trouvait de plus en plus supplant&#233; par la prosa&#239;que poule caquetante de la science, qui pondait r&#233;guli&#232;rement ses &#339;ufs d'or. En Hollande, il y avait non seulement un Rembrandt et un Franz Hals, mais aussi un Spinoza et un Descartes, qui tous deux choisirent d&#233;lib&#233;r&#233;ment de faire des Pays-Bas leur patrie d'adoption. Tandis que la Hollande osait mener une insurrection qui aboutit d'abord &#224; une r&#233;publique non d&#233;mocratique, puis &#224; une monarchie constitutionnelle, pratiquement la premi&#232;re du genre o&#249; la bourgeoisie exer&#231;ait un contr&#244;le absolu, le Hollandais Grotius &#233;tablissait une justification th&#233;orique de ces d&#233;veloppements pour tenter de jeter les bases d'un droit international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'essor des usines aux XVIe et XVIIe si&#232;cles et la diffusion de nouvelles m&#233;thodes de production, les capitalistes qui avaient b&#226;ti leur richesse gr&#226;ce &#224; la circulation des marchandises se trouv&#232;rent d&#233;sormais soutenus par des hommes qui avaient transform&#233; l'argent en capital, c'est-&#224;-dire des hommes qui produisaient r&#233;ellement des marchandises pour un march&#233; mondial dans un syst&#232;me industriel bas&#233; sur des artisans qualifi&#233;s, maniant des outils sp&#233;cialis&#233;s et travaillant contre r&#233;mun&#233;ration. Il &#233;tait temps pour ces capitalistes et capitalistes de transformer la culture, l'art, la litt&#233;rature et la science en coutumes et en m&#339;urs. Cependant, pour changer l'&#233;thique d'un pays, il fallait tenir compte des institutions religieuses de l'&#233;poque, en particulier de l'&#201;glise catholique, qui avait fig&#233; l'&#233;thique des anciennes classes dirigeantes en pr&#233;ceptes moraux &#233;ternels, consacr&#233;s par Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas supposer que l'&#201;glise catholique ait &#233;t&#233; imperm&#233;able &#224; l'influence de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et des biens personnels, par opposition aux terres et aux biens immobiliers. Bien au contraire. Nous pouvons affirmer avec certitude que le pape r&#233;sidait en Italie, ou plut&#244;t que l'&#233;v&#234;que romain atteignit et conserva son statut &#233;lev&#233; de pape, pr&#233;cis&#233;ment parce que l'Italie avait &#233;t&#233;, et continuait d'&#234;tre, le pays commercial le plus d&#233;velopp&#233;. S'il est vrai que l'&#201;glise catholique poss&#233;dait un vaste patrimoine foncier, et fonda m&#234;me sa conduite &#224; plusieurs reprises sur cet int&#233;r&#234;t, il n'en demeure pas moins vrai que le pape, en tant que pape, tirait sa puissance financi&#232;re non de ses domaines fonciers, mais de l'&#233;norme afflux d'or et de richesses personnelles qui affluaient sur lui de toute l'Europe. Ses &#233;missaires, en collectant les d&#238;mes qui lui &#233;taient dues, ne collectaient ni terres ni nature, mais des richesses pouvant servir de monnaie, &#224; savoir des m&#233;taux pr&#233;cieux et des bijoux de toutes sortes. Le pape &#233;tait l'homme d'affaires le plus riche de toute l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que l'&#201;glise catholique a pu devenir catholique. La propri&#233;t&#233; fonci&#232;re conduit &#224; la provincialit&#233;, &#224; la singularit&#233;. L'argent, en revanche, peut circuler dans toutes les directions et est consid&#233;r&#233; comme un &#233;quivalent universel ; c'est v&#233;ritablement un objet catholique. Faut-il s'&#233;tonner que ce soient les Juifs, hommes d'argent et commer&#231;ants par excellence, qui aient pu transcender l'ancienne mythologie particulariste et parvenir &#224; la croyance en un seul Dieu ? A-t-il jamais exist&#233; un monoth&#233;isme qui ne soit pas li&#233; aux routes et aux p&#233;r&#233;grinations commerciales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette double base mat&#233;rielle de l'&#201;glise catholique, terre et argent, donna lieu &#224; de graves conflits, tant dans les relations entre l'&#201;glise et la Couronne qu'au sein m&#234;me de l'&#201;glise. Les positions strat&#233;giques &#233;taient d&#233;tenues par les &#233;v&#234;ques, et les luttes qui en r&#233;sultaient tournaient autour de la question : qui devait les contr&#244;ler, le roi ou le pape ? Au Moyen &#194;ge, lorsque l'argent jouait un r&#244;le tr&#232;s secondaire par rapport &#224; la terre, les &#233;v&#234;ques ne se sentaient nullement inf&#233;rieurs ; c'&#233;taient eux qui contr&#244;laient les terres de chaque pays. Comme les biens immobiliers ne pouvaient &#234;tre transf&#233;r&#233;s &#224; Rome, les &#233;v&#234;ques &#233;taient bien plus &#233;troitement li&#233;s &#224; l'aristocratie locale, dont ils &#233;taient le plus souvent issus, qu'au pape. Bien que cens&#233;s &#234;tre &#233;lus par le clerg&#233; du dioc&#232;se, les &#233;v&#234;ques devinrent bient&#244;t enti&#232;rement subordonn&#233;s aux dirigeants temporels dont ils &#233;taient en r&#233;alit&#233; les mandataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, le roi &#233;tait souvent heureux de collaborer &#233;troitement avec les &#233;v&#234;ques. Ils pouvaient cautionner ses usurpations ; ils &#233;taient de bien meilleurs agents du gouvernement que les autres nobles ; ils &#233;taient bien plus instruits et cultiv&#233;s et, surtout, ils n'avaient pas le droit de se marier et ne pouvaient donc pas constituer de patrimoine familial susceptible de menacer le pouvoir de la Couronne. Ainsi, dans sa lutte contre le pouvoir des chevaliers et seigneurs f&#233;odaux, le roi jugea dans son int&#233;r&#234;t de favoriser les &#233;v&#234;ques, d&#233;j&#224; &#233;loign&#233;s de toute ambition d'h&#233;ritage et de domination politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'essor du commerce et le transfert de la propri&#233;t&#233;, de l'immobilier &#224; la propri&#233;t&#233; mobili&#232;re, donn&#232;rent au pape l'occasion mat&#233;rielle de briser l'emprise de la Couronne sur les &#233;v&#234;ques. Le principal instrument &#224; cette fin fut les croisades, gr&#226;ce auxquelles l'&#201;glise catholique romaine accro&#238;t consid&#233;rablement sa richesse et sa position, non seulement gr&#226;ce au regain d'importance de la M&#233;diterran&#233;e, mais aussi gr&#226;ce &#224; l'affaiblissement du f&#233;odalisme entra&#238;n&#233; par les croisades. Durant cette p&#233;riode, le pape s'affranchit du contr&#244;le de l'empereur du Saint-Empire romain germanique et d&#233;clara que seuls les cardinaux, et non le souverain temporel, pouvaient l'&#233;lire. C'est &#233;galement &#224; cette &#233;poque qu'il brisa l'emprise de la Couronne sur les &#233;v&#234;ques et les rendit responsables devant l'&#201;glise seule, Rome s'arrogeant le pouvoir de les d&#233;placer d'un pays &#224; l'autre, selon les besoins. D&#233;sormais, les dirigeants du Vatican se concentr&#232;rent sur la construction d'une machine hautement efficace et centralis&#233;e, immens&#233;ment sup&#233;rieure &#224; tous ses rivaux, une machine qui atteignit son apog&#233;e avec les organisations vraiment remarquables des j&#233;suites, des franciscains, des dominicains et des jans&#233;nistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soutenue par les hommes d'affaires de l'&#233;poque, l'&#201;glise catholique &#233;tendit rapidement son influence pour prot&#233;ger et favoriser le commerce. Cela pouvait se faire principalement gr&#226;ce aux tribunaux eccl&#233;siastiques et au droit canon qui, avec l'essor de l'&#201;glise, devint le principal instrument de l'&#201;tat pour g&#233;rer les affaires et les biens personnels. Les tribunaux eccl&#233;siastiques traitaient toutes les affaires impliquant des eccl&#233;siastiques, des personnes li&#233;es &#224; l'&#201;glise ou n&#233;cessitant la protection de l'&#201;glise, comme celles concernant les moines, les &#233;tudiants, les crois&#233;s, les veuves, les orphelins, les personnes d&#233;munies, etc. Ils jugeaient &#233;galement les affaires impliquant les rites ou les interdits de l'&#201;glise, comme le mariage, les testaments, les contrats sous serment, l'usure, le blasph&#232;me, la sorcellerie, l'h&#233;r&#233;sie, etc. C'&#233;tait le lieu o&#249; l'on pouvait venir pour r&#233;gler ses affaires personnelles, et les marchands affluaient naturellement pour obtenir justice et r&#233;gler leurs diff&#233;rends. L'histoire de la science juridique moderne commence avec la renaissance de l'&#233;tude du droit romain au XIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La somme d'argent qui commen&#231;a bient&#244;t &#224; circuler entre les mains de l'&#201;glise peut &#234;tre d&#233;duite du fait que, lors du Grand Jubil&#233; de 1300, les dons d'argent furent si importants &#224; Rome qu'il fallut deux assistants, travaillant jour et nuit avec des r&#226;teaux, pour &#233;carter les offrandes d'argent d&#233;pos&#233;es devant l'autel. Ainsi fut solidement consolid&#233;e l'alliance entre l'&#201;glise et le Commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que l'&#201;glise catholique s'est rapidement totalement commercialis&#233;e. Les dirigeants commerciaux et financiers sont devenus papes, et l'&#201;glise est devenue le grand m&#233;c&#232;ne de la Renaissance avec toutes ses implications lib&#233;rales. Cela n'explique-t-il pas le fait qu'une grande partie de l'art de l'&#233;poque soit religieuse par ses sujets ? Tant que le commerce et l'argent ont continu&#233; &#224; ouvrir les march&#233;s mondiaux et &#224; d&#233;velopper l'Europe occidentale, l'internationalisme catholique n'a pu &#234;tre combattu avec succ&#232;s, et tant que l'argent est rest&#233; confin&#233; &#224; la seule sph&#232;re de la circulation et n'&#233;tait pas encore devenu un capital-argent au sens large du terme, l'&#201;glise catholique a pu conserver sa supr&#233;matie dans son domaine. Cependant, plus tard, avec l'essor de la production marchande, des propri&#233;taires d'usines et des salari&#233;s, une &#233;conomie politique s'est d&#233;velopp&#233;e, vou&#233;e &#224; adopter des orientations nationales et &#224; contrecarrer la politique ultramontaine de l'&#201;glise catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant exploit&#233; l'&#201;glise catholique au maximum, les capitalistes naissants &#233;taient d&#233;sormais pr&#234;ts &#224; transf&#233;rer leur all&#233;geance du pape au roi, dans un effort pour construire une monarchie absolue capable d'unifier la nation derri&#232;re les classes productrices de marchandises du pays.(*1) Le changement du mode de production des richesses, le passage de l'autosuffisance f&#233;odale &#224; la production marchande capitaliste, signifiait un changement non seulement dans la relation de l'homme aux objets naturels, mais surtout dans la relation d'homme &#224; homme dans la production des n&#233;cessit&#233;s de la vie. Ceci, &#224; son tour, exigeait un changement de conduite, d'attitude, de morale, de coutumes, d'&#233;thique. Face &#224; ces changements, l'&#201;glise catholique, se trouvant d&#233;pass&#233;e, commen&#231;a &#224; lutter de toutes ses forces. La R&#233;forme et la Contre-R&#233;forme en furent le r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc avec les textes religieux de la R&#233;forme que le lib&#233;ralisme politique prend v&#233;ritablement son essor. Au fil de la lutte, les combats moraux et religieux deviennent bient&#244;t politiques. La jurisprudence s'&#233;mancipe de la th&#233;ologie. Avec l'&#233;volution du capitalisme et l'av&#232;nement de la R&#233;volution, le lib&#233;ralisme &#233;merge comme un mouvement politique ind&#233;pendant et mature. En tant que mouvement politique sp&#233;cifique, on peut donc dire que le lib&#233;ralisme date g&#233;n&#233;ralement du XVIIIe si&#232;cle (XVIIe si&#232;cle chez les Anglais et les Hollandais) et atteint sa maturit&#233; au XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;ralisme et R&#233;volution &#8211; qui pourrait croire aujourd'hui qu'ils &#233;taient autrefois jumeaux ? Pourtant, cette p&#233;riode, marqu&#233;e par l'essor du lib&#233;ralisme, fut marqu&#233;e par la &#171; Grande R&#233;bellion &#187; de 1640-1660 et la &#171; Glorieuse R&#233;volution &#187; de 1688 en Angleterre. Elle vit la R&#233;volution am&#233;ricaine de 1776 et la Grande R&#233;volution fran&#231;aise de 1789, ainsi que la s&#233;rie de r&#233;volutions europ&#233;ennes qui culmin&#232;rent en 1848. C'est au cours de ces &#233;v&#233;nements que le lib&#233;ralisme trouva sa meilleure expression, s'affirma pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, l'Angleterre fut le premier grand pays o&#249; la classe marchande capitaliste et les autres int&#233;r&#234;ts capitalistes, profitant de sa situation g&#233;ographique favorable, des &#233;v&#233;nements europ&#233;ens et de leur propre d&#233;veloppement social avanc&#233;, purent imposer leur volont&#233; par la r&#233;volution et, progressivement, par une s&#233;rie de compromis, prendre le contr&#244;le de l'&#201;tat. L'Angleterre b&#233;n&#233;ficiait de la difficult&#233; d'&#234;tre envahie par des forces r&#233;actionnaires ext&#233;rieures, gr&#226;ce &#224; la puissance de sa marine d&#233;fendant la Manche tumultueuse et aux dissensions et guerres intestines qui affaiblissaient ses rivaux. Une &#233;tude des guerres civiles anglaises du XVIIe si&#232;cle nous permettra de retracer l'&#233;volution du lib&#233;ralisme depuis ses d&#233;buts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la lutte entre les anciennes classes dirigeantes et les nouvelles, revendiquant leur place dans la vie politique anglaise, a pu &#234;tre r&#233;gl&#233;e en Angleterre, c'est parce que ces int&#233;r&#234;ts, tant ruraux que urbains, fusionnaient depuis un certain temps. D'un c&#244;t&#233;, il ne subsistait, au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle, que des vestiges de l'ancienne noblesse f&#233;odale. Les domaines ruraux &#233;taient g&#233;r&#233;s selon des principes commerciaux, et une aristocratie r&#233;cemment anoblie, financi&#232;rement proche des int&#233;r&#234;ts capitalistes urbains, s'&#233;tait constitu&#233;e. De l'autre, les marchands et les riches, retranch&#233;s dans les villes, s'&#233;taient fortement renforc&#233;s, avaient p&#233;n&#233;tr&#233; les campagnes et form&#233; leur propre petite noblesse rurale. Ainsi, si, au fond, le conflit anglais &#233;tait une lutte entre une nouvelle classe capitaliste et l'ancienne classe des propri&#233;taires fonciers, les nouveaux &#233;l&#233;ments &#233;taient pourtant implant&#233;s &#224; la campagne comme &#224; la ville, et face &#224; eux se dressait une classe de propri&#233;taires fonciers modernis&#233;e, profond&#233;ment impr&#233;gn&#233;e par le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un indice important pour comprendre les rapports de force sociaux de l'&#233;poque, un indice g&#233;n&#233;ralement n&#233;glig&#233; et pourtant riche d'enseignements, est fourni par la position de la marine marchande anglaise. Apr&#232;s la d&#233;couverte de l'Am&#233;rique, l'histoire du monde s'&#233;tait d&#233;finitivement d&#233;plac&#233;e de la terre &#224; la mer, et les anciens seigneurs et chevaliers se retrouv&#232;rent abandonn&#233;s &#224; leur sort. Les f&#233;odaux avaient peut-&#234;tre fi&#232;re allure &#224; cheval, mais ils n'&#233;taient pas &#224; leur avantage sur un navire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capitalistes naissants, contr&#244;lant enti&#232;rement la marine marchande, n'ont pas tard&#233; &#224; exploiter les immenses possibilit&#233;s qui s'offraient &#224; eux. La grandeur de l'Angleterre reposait sur sa marine marchande, pilier de sa marine. Gr&#226;ce &#224; elle, elle pouvait atteindre une puissance &#233;conomique et une supr&#233;matie mondiale sans pr&#233;c&#233;dent. Combien de temps encore les hommes &#224; l'origine de cette marine marchande pourraient-ils &#234;tre priv&#233;s du pouvoir politique du pays ? Cette question fut pr&#233;cipit&#233;e lorsque le roi imposa de lourdes taxes sur le tonnage et les exp&#233;ditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Anglais avaient d&#233;j&#224; l'exemple inspirant des Hollandais. La Hollande, en prenant le contr&#244;le d'une part importante du commerce mondial, du commerce baltique, du commerce des &#233;pices vers l'Est, etc., et en d&#233;veloppant ses usines et ses villes, avait r&#233;ussi &#224; s'affranchir de l'emprise f&#233;odale de l'Espagne, la battant &#224; plusieurs reprises en haute mer. Cette libert&#233;, &#224; son tour, lib&#233;ra tellement la puissance des Hollandais qu'ils devinrent ma&#238;tres de la mer, et les marchands et la classe capitaliste des Pays-Bas prosp&#233;r&#232;rent consid&#233;rablement.(*2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment &#224; ce d&#233;veloppement commercial et financier, adapt&#233; aux besoins modernes de l'&#233;poque et port&#233; par la grande place bancaire d'Amsterdam, la Hollande instaura une monarchie limit&#233;e et donna l'exemple, non seulement en politique mais aussi dans la culture g&#233;n&#233;rale, aux lib&#233;raux anglais. La tol&#233;rance religieuse, m&#234;me &#224; l'&#233;gard des Juifs, s'&#233;tablit d&#233;finitivement. Grotius &#233;labora une grande th&#233;orie du droit naturel et des droits naturels de l'homme. Les disciples de Descartes se d&#233;velopp&#232;rent alors une &#233;cole mat&#233;rialiste scientifique, tandis que Spinoza, dans son ouvrage &#171; &#201;thique et politique &#187;, nous offre un point de vue extraordinairement proche de celui des Anglais.(*3) La broderie de ces motifs hollandais par les Anglais t&#233;moigne du lien extr&#234;mement &#233;troit qui existait entre les deux pays, lien symbolis&#233; par l'arriv&#233;e de Guillaume d'Orange pour administrer le syst&#232;me constitutionnel anglais en 1688.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens dirigeants anglais repr&#233;sentaient des classes &#233;conomiques qui n'&#233;taient plus utiles &#224; la soci&#233;t&#233;, des classes qui imposaient des r&#232;gles et des r&#233;glementations telles qu'elles &#233;touffaient le progr&#232;s &#233;conomique. L'affaiblissement de la puissance &#233;conomique avait conduit au d&#233;clin social et au parasitisme politique. Une seule classe &#233;tait capable de renverser l'incube de la monarchie absolue et de briser les entraves qui entravaient l'industrie et le commerce. &#192; une &#233;poque o&#249; le prol&#233;tariat naissait et o&#249; la ville devait prendre le contr&#244;le, cette classe ne pouvait &#234;tre que celle qui contr&#244;lait les nouvelles forces de plus en plus dominantes du commerce et de l'industrie, &#224; savoir les capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres civiles anglaises, bien que provoqu&#233;es par la lourde taxation impos&#233;e par le roi &#224; la bourgeoisie sans son consentement, furent men&#233;es au nom de textes religieux, comme si les questions religieuses, et non &#233;conomiques, &#233;taient les enjeux fondamentaux. Au XVIIe si&#232;cle, c'&#233;tait le seul moyen par lequel la classe capitaliste, encore immature, pouvait exprimer ses int&#233;r&#234;ts. C'&#233;tait d'ailleurs l'approche traditionnelle. Une classe en lutte pour le pouvoir passe g&#233;n&#233;ralement &#224; l'offensive sous des slogans et des th&#233;ories d&#233;fensives traditionnelles. Contre les classes aristocratiques fonci&#232;res soutenant le pape et l'&#201;glise catholique, les hommes d'affaires de toute l'Europe soutenaient Calvin, Luther ou tout autre mouvement protestant contre le pape. Calvin s'&#233;tait plaint que le pape faisait du christianisme un commerce ; lui, &#224; son tour, voulait que le commerce soit chr&#233;tien. Le calvinisme s'empara de toutes les vertus de la classe capitaliste et les transforma en la lumi&#232;re &#233;ternelle du Seigneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois le monde r&#233;gl&#233; &#224; leur convenance, les classes moyennes se persuad&#232;rent qu'elles &#233;taient les ennemies convaincues de la violence et les ferventes du principe d'ordre. Tant qu'elles n'avaient pas encore remport&#233; de victoires, elles furent partout le fer de lance de la r&#233;volution. Il n'est pas totalement illusoire de dire que, sur une sc&#232;ne plus restreinte, mais avec des armes non moins redoutables, Calvin fit pour la bourgeoisie du XVIe si&#232;cle ce que Marx fit pour le prol&#233;tariat du XIXe, ou que la doctrine de la pr&#233;destination satisfit le m&#234;me d&#233;sir d'assurance que les forces de l'univers sont du c&#244;t&#233; des &#233;lus, que la th&#233;orie du mat&#233;rialisme historique allait apaiser &#224; une autre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, l'approche protestante religieuse fut d'autant plus facilit&#233;e ; la querelle de la classe dirigeante anglaise avec le pape, un si&#232;cle plus t&#244;t, avait d&#233;j&#224; pris la forme violente d'une rupture avec le catholicisme et de l'organisation d'une &#201;glise &#233;piscopale protestante anglaise. En religion, comme en &#233;conomie, l'aristocratie avait d&#233;j&#224; adopt&#233; certaines des formules des marchands, et la voie &#233;tait ouverte &#224; la classe capitaliste pour d&#233;clarer que son combat pour le calvinisme, le puritanisme ou le s&#233;paratisme, selon le cas, n'&#233;tait que le prolongement logique de ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; devenu le mode d'action accept&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture d'Henri VIII avec l'&#201;glise catholique, survenue au XVIe si&#232;cle, apr&#232;s que le pape eut partag&#233; le Nouveau Monde entre l'Espagne et le Portugal, eut plusieurs cons&#233;quences pour l'Angleterre. Elle eut pour effet direct : premi&#232;rement, de mettre fin &#224; l'ing&#233;rence du pape dans les affaires nationales et internationales ; deuxi&#232;mement, de transf&#233;rer le clerg&#233;, autrefois agent d'une puissance &#233;trang&#232;re, &#224; celui de la monarchie absolue anglaise ; troisi&#232;mement, de confisquer les terres de l'&#201;glise ; quatri&#232;mement, d'acc&#233;l&#233;rer le processus d'augmentation des loyers, de saisie des biens communs et d'expulsion des locataires ; cinqui&#232;mement, d'engager la lutte contre les puissances catholiques pour les colonies mondiales, en contradiction avec la bulle du pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rupture avec l'&#201;glise consolida l'&#233;conomie nationale, r&#233;duisit encore davantage le pouvoir de la noblesse et favorisa les classes commer&#231;antes et financi&#232;res. Si cette rupture fut si violente, compar&#233;e &#224; la lutte entre le roi de France et l'&#201;glise catholique, elle s'expliquait en partie par la puissance et la maturit&#233; accrues du capitalisme national anglais, et en partie par la forte opposition que rencontrait l'Angleterre de la part des puissances papales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, deux si&#232;cles plus t&#244;t, la mont&#233;e du nationalisme fran&#231;ais ne pouvait que faire des compromis, et non rompre avec l'&#201;glise catholique. Lors de leur victoire temporaire sur le pape lors de la captivit&#233; babylonienne (1305-1377) &#224; Avignon, les Fran&#231;ais avaient convaincu le pape de privil&#233;gier leurs propres int&#233;r&#234;ts nationaux, notamment ceux de leur rival, l'Angleterre. En 1376, un rapport fut d&#233;pos&#233; au Parlement anglais indiquant que les imp&#244;ts lev&#233;s par le pape en Angleterre &#233;taient cinq fois sup&#233;rieurs &#224; ceux per&#231;us par le roi. Il n'est donc pas &#233;tonnant que les Anglais aient commenc&#233; &#224; se rebeller et &#224; produire des h&#233;r&#233;tiques tels que Wyclif. Ainsi se dessina la lign&#233;e du protestantisme anglais, de Wyclif &#224; Henri VIII, puis &#224; Cromwell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lutte contre le catholicisme &#8211; et c'est la menace d'un retour &#224; l'&#201;glise catholique par les Stuarts qui aviva le conflit &#8211; la classe moyenne parvint &#224; consolider une alliance solide avec une grande partie des nouveaux propri&#233;taires terriens, car ces derniers craignaient de devoir abandonner les terres et les biens eccl&#233;siastiques vol&#233;s en cas de retour du catholicisme. On estime qu'un dixi&#232;me du territoire anglais aurait alors chang&#233; de mains. De plus, la saisie des Communes et d'autres terres par les grands propri&#233;taires avait chass&#233; la paysannerie et fourni le prol&#233;tariat n&#233;cessaire aux capitalistes. Ceci explique l'alliance qui unissait la classe moyenne anglaise &#224; la majeure partie des grands propri&#233;taires terriens, et c'est cette alliance qui distingue essentiellement la R&#233;volution anglaise de la R&#233;volution fran&#231;aise, o&#249; une grande partie de la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re fut d&#233;truite par le morcellement des terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il y e&#251;t encore une nombreuse paysannerie libre en Angleterre &#224; cette &#233;poque, il n'en demeure pas moins vrai que, si, sous le r&#233;gime f&#233;odal, les propri&#233;taires terriens avaient tent&#233; de lier leurs serfs &#224; la terre, ils les chass&#232;rent de leurs terres au XVIIe si&#232;cle. C'est ainsi que la R&#233;volution puritaine resta une lutte &#233;troite entre le roi et la classe moyenne, tandis que la masse des paysans pauvres se contentait d'assister, sans rien apporter &#224; aucun camp. Le faible nombre d'hommes composant les arm&#233;es en campagne atteste amplement que les paysans ne particip&#232;rent gu&#232;re aux guerres civiles anglaises : &#224; Marston Moor, le roi disposait de dix-huit mille hommes, le Parlement de vingt-six mille ; &#224; Naseby, le roi n'en comptait que neuf mille. Les deux camps durent recourir &#224; la conscription et &#224; la r&#233;quisition. En 1645, au plus fort de la guerre, le Parlement ne comptait que soixante &#224; soixante-dix mille hommes dans toutes ses arm&#233;es.(*5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des si&#232;cles, aucune classe n'a &#233;t&#233; assez forte pour d&#233;fier l'&#201;tat f&#233;odal. La classe dirigeante avait donc impos&#233; non seulement ses codes juridiques, mais aussi ses normes morales. Morale et loi s'&#233;taient fusionn&#233;es ; politique publique et moralit&#233; sociale semblaient identiques. Et puisque, dans un &#201;tat stagnant, c'est la morale et non la politique qui pr&#233;domine, il &#233;tait tout &#224; fait normal que l'&#201;glise dirige et que l'&#201;tat agisse comme son agent de police. Avec l'&#233;mergence de nouvelles classes puissantes au XVIe si&#232;cle pour d&#233;fier l'ordre ancien, la morale c&#233;da le pas &#224; la politique ; les tribunaux furent retir&#233;s &#224; l'&#201;glise, qui ne devint que le d&#233;partement eccl&#233;siastique de l'&#201;tat.(*6) Les premiers protestants ne contest&#232;rent pas cet &#233;tat de fait ; en fait, leur premi&#232;re plainte fut que l'&#201;tat ne contr&#244;lait pas suffisamment l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de rappeler que ce sont les classes commer&#231;antes et financi&#232;res qui, issues du f&#233;odalisme, ont soutenu le roi dans sa lutte contre les barons brigands f&#233;odaux et eccl&#233;siastiques et, &#224; leurs propres fins, ont favoris&#233; l'av&#232;nement de la monarchie absolue. Naturellement, ces &#233;l&#233;ments ont h&#233;sit&#233; &#224; attaquer l'autorit&#233; monarchique en tant que telle au d&#233;part. En g&#233;n&#233;ral, il est plus facile et plus s&#251;r de s'attaquer &#224; la moralit&#233; de la classe dirigeante qu'&#224; son pouvoir d'&#201;tat. Par cons&#233;quent, les classes en qu&#234;te de pouvoir d'&#201;tat pr&#233;parent le coup d'&#201;tat en attaquant de front la morale et les m&#339;urs de la classe dirigeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, alors que les capitalistes entamaient leur lutte pour le profit, le libre-&#233;change et le libre march&#233;, et que ce conflit les poussait &#224; lutter pour un gouvernement bon march&#233; et bienveillant, leur programme, celui du lib&#233;ralisme du XVIIe si&#232;cle, s'attaqua &#224; celui de l'ordre ancien. Contre la religion catholique, le lib&#233;ralisme &#233;rigea la religion protestante, plus urbaine.(*7) Il ne combattait pas la religion, mais intensifiait la ferveur religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lib&#233;ralisme du XVIIe si&#232;cle ne s&#233;parait pas l'&#201;glise de l'&#201;tat. Au contraire, les premiers protestants cherchaient &#224; guider l'&#201;tat en substituant leur &#201;glise &#224; celle de l'aristocratie. Le pasteur devenait ainsi leur chef politique. L'&#201;tat th&#233;ocratique puritain &#233;tabli en Nouvelle-Angleterre en est l'exemple le plus frappant. L'&#201;glise-&#201;tat y &#233;tait pouss&#233;e &#224; son extr&#234;me extr&#234;me ; tous les aspects de la vie &#233;taient cens&#233;s &#234;tre r&#233;gis par la loi divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la doctrine du droit divin des rois, le lib&#233;ralisme religieux a oppos&#233; la doctrine calviniste de la pr&#233;destination afin de prouver au capitaliste que les m&#234;mes lois &#233;ternelles de Dieu que l'aristocratie revendiquait &#233;taient en r&#233;alit&#233; de son c&#244;t&#233;. Alors que le capitaliste d&#233;clarait que la Loi &#233;tait ant&#233;rieure au Roi et sup&#233;rieure &#224; lui, et r&#233;clamait la primaut&#233; de la Loi contre celle des Rois, qui la violent(*8), l'aristocrate insistait sur le fait que la Loi du Royaume s'exprimait par l'interm&#233;diaire du Roi. Dans les deux cas, la loi de la soci&#233;t&#233; d&#233;pendait de la loi divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais Contre le luxe de l'&#201;glise catholique s'opposait l'asc&#233;tisme du protestant ; contre la licence de l'aristocratie, l'&#233;conomie, la discipline et la mod&#233;ration, la sobri&#233;t&#233; et la diligence des entrepreneurs. Tous deux pr&#244;naient le r&#232;gne de la propri&#233;t&#233;, mais tandis que l'aristocratie, &#171; l'&#233;lite de naissance et de talents &#187;, voulait que la minorit&#233; des propri&#233;taires terriens honor&#233;s par la volont&#233; de Dieu gouverne, l'homme d'affaires voulait que &#171; l'&#233;lite de caract&#232;re &#187; dirige, et ces qualit&#233;s qui constituaient le caract&#232;re &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment les vertus divines qu'il poss&#233;dait lui-m&#234;me en abondance. Si le catholique concevait le pape princier comme incarnant le monopole de la pi&#233;t&#233;, l'homme d'affaires protestant prenait Dieu du sein du pr&#234;tre et le mettait dans son propre sein. En religion, comme ailleurs, la concurrence rempla&#231;ait le monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;glise lib&#233;rale s'est battue sur tous les fronts contre l'ancien ordre, dont le clerg&#233; catholique n'&#233;tait qu'une partie. L'&#201;glise catholique avait interdit, sous pr&#233;texte d'usure, le pr&#234;t d'argent &#224; int&#233;r&#234;t ; celui-ci &#233;tait d&#233;sormais autoris&#233;. L'ancienne &#201;glise avait pr&#244;n&#233; la charit&#233; envers les mendiants ; la mendicit&#233; &#233;tait d&#233;sormais consid&#233;r&#233;e comme un crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le protestantisme n'avait cependant apport&#233; aucun bien aux masses pauvres d'Angleterre. Avec l'essor du capitalisme, leur niveau de vie s'est d&#233;grad&#233;. Au Moyen &#194;ge, &#171; &#8230; heureusement pour le peuple anglais&#8230; son habitude, m&#234;me dans les conditions difficiles de son existence et malgr&#233; son mode de vie malsain, &#233;tait de toujours subsister gr&#226;ce &#224; des provisions abondantes et naturellement de haute qualit&#233;. Ils mangeaient du pain de froment, buvaient de la bi&#232;re d'orge et disposaient de viande bon march&#233;, quoique peut-&#234;tre grossi&#232;re, en abondance. Le mouton et le b&#339;uf &#233;taient &#224; la port&#233;e d'un nombre bien plus important de personnes qu'aujourd'hui. &#187;(*9) &#171; Je trouve que le XVe si&#232;cle et le premier quart du XVIe si&#232;cle ont &#233;t&#233; l'&#226;ge d'or du travailleur anglais, si l'on interpr&#232;te les salaires qu'il gagnait par le co&#251;t des n&#233;cessit&#233;s de la vie. &#192; aucune &#233;poque, les salaires, relativement parlant, n'ont &#233;t&#233; aussi &#233;lev&#233;s, et la nourriture n'a jamais &#233;t&#233; aussi bon march&#233;.(*10) &#187; Les salaires &#233;taient d'environ six pence par jour, alors que le co&#251;t hebdomadaire moyen de la nourriture n'&#233;tait que de six pence. La journ&#233;e de travail durait huit heures. Les ouvriers &#233;taient souvent pay&#233;s pour les dimanches et jours f&#233;ri&#233;s, et subvenaient &#224; leurs besoins.(*11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sous Henri VIII que le changement radical s'est produit. La monnaie a &#233;t&#233; d&#233;valu&#233;e, les salaires ont chut&#233;, les guildes qui prot&#233;geaient les artisans ont &#233;t&#233; d&#233;truites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus se poursuivit sous la reine &#201;lisabeth. Entre le milieu du r&#232;gne d'&#201;lisabeth et le d&#233;clenchement de la guerre parlementaire, les prix doubl&#232;rent.(*12) Le paup&#233;risme s'accrut consid&#233;rablement. Les salaires furent fix&#233;s &#224; un niveau extr&#234;mement bas. En 1593, &#171; Le travail d'une ann&#233;e enti&#232;re ne fournirait pas &#224; l'ouvrier la quantit&#233; qu'en 1495 il gagnait avec quinze semaines de travail. &#187;(*13)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La demande de main-d'&#339;uvre &#233;tait tr&#232;s forte, car les march&#233;s s'&#233;tendaient et les machines n'&#233;taient pas encore introduites. Les capitalistes d&#233;clar&#232;rent, avec Luther, que les p&#232;lerinages, les f&#234;tes des saints et les monast&#232;res &#233;taient des pr&#233;textes &#224; l'oisivet&#233; et devaient &#234;tre supprim&#233;s ; les vagabonds devaient &#234;tre bannis ou contraints au travail. D'innombrables auteurs propos&#232;rent des projets d'hospices r&#233;form&#233;s, qui seraient &#224; la fois des lieux de punition et de formation. Si, sous les traditions f&#233;odales, l'individu faisait appel &#224; l'autorit&#233; et aux forces sociales, il ne pouvait d&#233;sormais compter que sur sa volont&#233; et son travail individuels. L'homme, l'individu lui-m&#234;me, devint le centre de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que les guerres civiles anglaises du XVIIe si&#232;cle progressaient, de nouvelles forces commenc&#232;rent &#224; entrer en sc&#232;ne et &#224; donner une nouvelle couleur au mouvement lib&#233;ral. La Grande R&#233;bellion commen&#231;a &#224; d&#233;passer ses objectifs initiaux, tout comme la R&#233;volution fran&#231;aise un si&#232;cle plus tard. Apr&#232;s la premi&#232;re guerre civile (1642-1646), les lib&#233;raux, qui en Angleterre &#233;taient les presbyt&#233;riens, prirent le contr&#244;le du gouvernement par le biais du Long Parlement. Ces lib&#233;raux regroupaient les &#233;l&#233;ments ais&#233;s m&#233;contents de leur manque de pouvoir politique. Ils cherchaient &#224; rendre le roi responsable devant eux, mais ne souhaitaient en aucun cas un pouvoir sup&#233;rieur &#224; celui que leur conf&#233;rait une monarchie constitutionnelle o&#249; ils avaient voix au chapitre.(*14) Cependant, ce ne furent pas ces &#233;l&#233;ments ais&#233;s qui avaient men&#233; la guerre. Les petits et moyens propri&#233;taires avaient fait les frais des combats, et d&#233;j&#224; les masses commen&#231;aient &#224; s'agiter. Ils tent&#232;rent de pousser la R&#233;volution toujours plus &#224; gauche, et ce furent eux qui transform&#232;rent le lib&#233;ralisme en radicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les radicaux s'&#233;taient s&#233;par&#233;s des presbyt&#233;riens et, comme tous les mouvements de l'&#233;poque prenaient une tournure religieuse, avaient organis&#233; les ind&#233;pendants. Pendant la guerre de S&#233;cession, ces ind&#233;pendants form&#232;rent le Parti des Niveleurs. Ces derniers, &#224; leur tour, se divis&#232;rent en diverses sectes, selon la position sociale de leurs membres. &#192; droite, repr&#233;sentant la partie sup&#233;rieure de ces couches moyennes, les &#171; gentilshommes de la campagne &#187;, se trouvaient les puritains(*15) (correspondant, par leurs convictions religieuses, &#224; l'&#201;glise congr&#233;gationaliste des &#201;tats-Unis, bien qu'en Angleterre, certains conservassent leurs presbytres). Cette partie sup&#233;rieure parvint &#224; rallier une grande partie de la noblesse et du clerg&#233;, ainsi que des couches populaires d'artisans et de paysans, et c'est ce groupe qui dominait. Les chefs militaires et politiques des puritains &#233;taient Cromwell et Ireton ; l'&#233;l&#233;ment puritain formait la caste des officiers subalternes de l'Arm&#233;e de R&#233;bellion (les officiers sup&#233;rieurs &#233;taient principalement presbyt&#233;riens). Cependant, peu de ces officiers faisaient partie des Niveleurs, qui, en tant que yeomen et apprentis de la ville, constituaient la majeure partie des soldats de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les puritains, une lutte &#233;clata entre les soldats ordinaires et ceux qu'ils consid&#233;raient comme les &#171; gentilshommes &#187; ind&#233;pendants, et les soldats form&#232;rent leur propre conseil auquel furent &#233;lus deux membres de chaque compagnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opinions de Cromwell sur les Niveleurs et son parti pris de classe sont bien illustr&#233;es par ce qui suit : &#171; C'est une certaine satisfaction si une r&#233;publique doit p&#233;rir, qu'elle p&#233;risse par les hommes et non par les mains de personnes qui diff&#232;rent peu des b&#234;tes ! Si elle doit n&#233;cessairement souffrir, elle souffrira plut&#244;t des hommes riches que des hommes pauvres qui, comme le dit Salomon, &#171; lorsqu'ils oppriment, ne laissent derri&#232;re eux qu'une pluie battante. &#187; (*16)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la gauche des puritains, compos&#233;e d'&#233;l&#233;ments encore plus pauvres, se trouvaient des groupes tels que les anabaptistes(*17) et les quakers(*18). Cette aile gauche des ind&#233;pendants, diff&#233;rente des puritains, &#233;tait qualifi&#233;e de &#171; s&#233;paratiste &#187; car elle pr&#244;nait la s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat. Alors que les puritains fusionnaient la morale et le droit et souhaitaient moraliser l'&#201;tat, l'aile gauche s&#233;paratiste pr&#244;nait la tol&#233;rance mutuelle, m&#234;me si l'extr&#234;me gauche &#233;tait hostile &#224; l'&#201;tat en tant que tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Quakers pourraient &#234;tre d&#233;crits, d'une certaine mani&#232;re, comme des anarchistes religieux aux id&#233;es social-d&#233;mocrates. Vivant et s'habillant simplement et conform&#233;ment aux r&#232;gles, les Quakers consid&#233;raient tous les chr&#233;tiens, m&#234;me les femmes, comme des pr&#234;tres. Ils refusaient de se d&#233;voiler devant qui que ce soit. Ils pr&#244;naient la s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat et s'opposaient &#224; tout clerg&#233; r&#233;mun&#233;r&#233; ainsi qu'au paiement de la d&#238;me. R&#233;pudiant la guerre, pr&#244;nant la r&#233;forme p&#233;nale et p&#233;nitentiaire, la diffusion la plus large possible de l'&#233;ducation et de la science, et s'opposant &#224; l'esclavage, les Quakers jou&#232;rent un r&#244;le majeur dans le mouvement r&#233;formateur du XVIIIe si&#232;cle. Leur religion &#233;tait sans rituel et ils furent les fondateurs de la philanthropie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Bellers, chef reconnu des Quakers, consid&#233;rait que le travail &#233;tait l'&#233;talon de valeur permettant de mesurer tous les biens de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Il &#233;crivait : &#171; S'il n'y avait pas d'ouvriers, il n'y aurait pas de Lords. Et si les ouvriers ne produisaient pas plus de nourriture et d'industries que ce qui leur permettait de subsister, chaque gentilhomme serait ouvrier, et les hommes oisifs mourraient de faim. &#187; (*19) Cependant, &#224; l'&#233;poque des guerres civiles, ce n'est pas Bellers, dont l'influence viendra plus tard, qui fut le p&#232;re spirituel des Quakers, mais Jerrard Winstanley. (*20)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Winstanley &#233;tait le chef de l'extr&#234;me gauche, connue sous le nom de &#171; Vrais Niveleurs &#187; ou &#171; Creuseurs &#187;. On les appelait &#171; Creuseurs &#187; parce qu'ils osaient creuser sur les terres communales, les reprenant aux propri&#233;taires et les restituant au peuple tout entier. Dans une &#233;mouvante &#171; D&#233;claration des pauvres opprim&#233;s d'Angleterre : adress&#233;e &#224; tous ceux qui se disent ou sont appel&#233;s seigneurs de manoir &#187;, les &#171; Creuseurs &#187; affirmaient hardiment : &#171; &#8230; la Terre n'a pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e expr&#232;s pour que vous en soyez les seigneurs, et nous pour &#234;tre vos esclaves&#8230; &#187;. C'est pourquoi nous sommes r&#233;solus &#224; ne plus nous laisser tromper, ni &#224; ne plus &#234;tre soumis &#224; votre crainte servile, car la Terre a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour nous autant que pour vous. &#187; (*21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage principal(*22), Winstanley pr&#244;ne un syst&#232;me de soci&#233;t&#233; o&#249; la terre serait cultiv&#233;e en commun, o&#249; l'achat et la vente, causes de guerre, seraient abolis, o&#249; l'argent ne circulerait pas, o&#249; il existerait des entrep&#244;ts communs o&#249; chacun apporterait ses biens et o&#249; chacun aurait le devoir de travailler. Il y affirme avec conviction : &#171; Nul ne peut &#234;tre riche, mais il doit l'&#234;tre, soit par son propre travail, soit par celui d'autres hommes qui l'aident. Si un homme n'a pas d'aide de son voisin, il ne pourra jamais amasser des biens de plusieurs centaines ou de milliers de dollars par an. Si d'autres hommes l'aident &#224; travailler, alors ces richesses sont ses voisins, autant que les siennes ; car elles sont le fruit du travail d'autrui autant que du sien. &#187;(*23)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#233;gime propos&#233; par Winstanley, il n'y aurait ni avocats ni eccl&#233;siastiques. Le mariage serait fond&#233; sur l'amour. L'administration de l'&#201;tat serait &#233;lue chaque ann&#233;e, tous ayant le droit de vote, &#224; l'exception de ceux qui aidaient le roi et des capitalistes qui achetaient ou vendaient les produits de la terre.(*24) Des hommes pauvres, &#233;prouv&#233;s par la lutte, seraient choisis pour diriger le Commonwealth.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les plus militants des Niveleurs, comme John Lilburne, se sont &#233;loign&#233;s du programme extr&#234;me des Diggers ; Lilburne, en effet, a express&#233;ment d&#233;menti toute sympathie pour leurs vues.(*25)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 avril parut un nouveau manifeste, dans lequel lui [Lilburne] et ses camarades protestaient contre l'application du terme &#171; Niveleurs &#187; &#224; eux-m&#234;mes, surtout si l'on entendait par l&#224; un d&#233;sir d'&#171; &#233;galisation des conditions de vie des hommes &#187; et la suppression du droit et du titre de propri&#233;t&#233; de chacun sur ce qui lui appartient. (*26) Pourtant, parmi la masse des pauvres qui composaient le Parti des Niveleurs, seuls les Diggers repr&#233;sentaient exclusivement les int&#233;r&#234;ts des travailleurs. Nombre d'entre eux &#233;taient d&#233;istes, certains ath&#233;es ; plus tard, beaucoup se sont identifi&#233;s aux Quakers. (*27)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la premi&#232;re guerre civile prenait fin avec la victoire du Long Parlement et des presbyt&#233;riens sur le roi, ces lib&#233;raux constat&#232;rent que l'arm&#233;e commen&#231;ait &#224; prendre au s&#233;rieux les th&#233;ories de la d&#233;mocratie. (*28) Les niveleurs de l'arm&#233;e insistaient sur le fait que, puisque le Parlement lui-m&#234;me ne repr&#233;sentait qu'une minorit&#233;, il devait c&#233;der au peuple. Le Parlement avait conserv&#233; les lois sur la chasse et les d&#238;mes, ainsi que les privil&#232;ges des grandes compagnies commerciales, et, effray&#233;, il commen&#231;a &#224; faire des ouvertures au roi et tenta de dissoudre l'arm&#233;e. Sur ce, l'arm&#233;e fit irruption au Parlement, &#233;limina les lib&#233;raux et ne laissa que les ind&#233;pendants dans un Parlement croupion. (*29) Cela conduisit &#224; la seconde guerre civile (1648-1649), au cours de laquelle les forces du roi, bien que d&#233;sormais aid&#233;es par les presbyt&#233;riens lib&#233;raux, furent d&#233;finitivement &#233;cras&#233;es. (*30)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but, la bourgeoisie craignait que la guerre civile ne bouleverse trop profond&#233;ment la structure de la propri&#233;t&#233;. Au d&#233;but, l'arm&#233;e du Parlement &#233;tait dirig&#233;e par plusieurs grands seigneurs, mais apr&#232;s la d&#233;faite du roi &#224; Marston Moor, ces officiers craignaient mortellement, non pas d'&#234;tre vaincus, mais de trop battre le roi. Ils sabot&#232;rent donc la suite de la guerre et Cromwell fut contraint de porter plainte contre le comte de Manchester. (*31) Alors que les anciens officiers renon&#231;aient &#224; leurs fonctions, l'Arm&#233;e Mod&#232;le de Cromwell prit la t&#234;te. &#192; son tour, Cromwell tenta de restreindre la composition de l'arm&#233;e. Le capitaine Cromwell d&#233;clara &#224; son cousin Hampden : &#171; Ils ne s'entendraient jamais avec une bande de pauvres cabarets et d'apprentis de la ville qui combattaient des hommes d'honneur. Pour faire face &#224; des hommes d'honneur, il leur faut des hommes de religion. &#187; (*32) N&#233;anmoins, malgr&#233; tous les efforts de Cromwell, ses hommes commenc&#232;rent &#224; &#233;chapper &#224; tout contr&#244;le et &#224; cr&#233;er leurs propres Soviets de soldats et leur propre double pouvoir au Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propri&#233;taires ais&#233;s et moyens avaient vaincu l'aristocratie ; les propri&#233;taires moyens et pauvres avaient vaincu les riches lib&#233;raux. C'&#233;tait maintenant au tour des propri&#233;taires moyens de subir la pression des classes pauvres, compos&#233;es de fermiers, d'apprentis et d'artisans. Sous leur pression pl&#233;b&#233;ienne, Charles Ier fut ex&#233;cut&#233; et le Commonwealth fut proclam&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Niveleurs, en tant que parti d&#233;mocrate, d&#233;fendaient le suffrage universel, les droits du soldat face &#224; ceux de l'officier, l'&#233;galit&#233; des circonscriptions &#233;lectorales, des parlements bisannuels, une R&#233;publique et une restriction rigoureuse des droits du Parlement face &#224; ceux du peuple. &#192; ces propositions s'ajoutaient des revendications pour un imp&#244;t direct proportionnel &#224; la fortune, ainsi que des mesures visant &#224; garantir l'emploi et un soutien d&#233;cent aux pauvres, aux personnes &#226;g&#233;es et aux malades. Cependant, m&#234;me ce groupe d&#233;mocrate n'irait pas jusqu'&#224; exiger le vote des salari&#233;s ou des indigents. (*33)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude des principaux gentlemen puritains envers les int&#233;r&#234;ts des travailleurs &#233;tait tr&#232;s claire. &#171; Les esprits enthousiastes qui se pressaient &#224; la Chambre des communes, les yeomen qui chevauchaient avec Hampden, les hommes qui combattirent et gagn&#232;rent &#224; Marston Moor et &#224; Naseby, ne pensaient pas plus au paysan et &#224; l'ouvrier, ne se souciaient pas plus de leur am&#233;lioration, que les patriotes irlandais de 1782 ne se souciaient des kernes et des cottiers dont ils vivaient. Car, au c&#339;ur de cette bataille de g&#233;ants, les Anglais pauvres, qui vivaient de salaires, s'enfon&#231;aient de plus en plus bas, et prenaient rapidement leur place, contrastant avec l'opulence engendr&#233;e par le commerce et la multiplication de l'activit&#233; manufacturi&#232;re, comme les b&#251;cherons et les tireurs d'ouvrages mis&#233;rables d'une Angleterre prosp&#232;re et progressiste. &#187; (*34)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'agitation des Leveller s'exacerba en 1647, les dirigeants de la Model Army &#233;nonc&#232;rent la loi en termes clairs. Cromwell&#8230; qualifia la proposition de suffrage universel d'anarchie et fit voter le renvoi des officiers et des agitateurs de leurs r&#233;giments. (*35) Et &#171; Ireton d&#233;veloppa sa th&#233;orie de la Constitution anglaise, &#224; savoir qu'elle visait &#224; garantir la propri&#233;t&#233;. &#192; cette fin, elle avait limit&#233; le suffrage &#224; ceux qui avaient un int&#233;r&#234;t fixe dans le royaume. Une fois &#233;tendu ce droit &#224; tous les hommes au motif que, par nature, ils y avaient droit, comme n&#233;cessaire &#224; leurs libert&#233;s, toute propri&#233;t&#233; avait disparu ; car on pouvait argumenter sur le m&#234;me terrain que, par nature, tout homme avait droit &#224; toute propri&#233;t&#233; dont il avait besoin pour subvenir &#224; ses besoins. &#187; (*36) Lorsque certains des pauvres soldats s'avanc&#232;rent et demand&#232;rent quels &#233;taient leurs droits puisqu'ils ne poss&#233;daient pas de propri&#233;t&#233;, Ireton r&#233;pondit effront&#233;ment le droit de vivre sous le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le Parlement avait tent&#233; de restreindre le pouvoir du Roi, les Niveleurs tent&#232;rent de d&#233;finir ses pouvoirs. Au d&#233;but de leur lutte contre les privil&#232;ges de la Couronne, en 1640, les dirigeants du Parlement s'&#233;taient bien gard&#233;s de nier que la source du droit r&#233;sidait dans le Roi, mais avaient simplement affirm&#233; que ses pouvoirs l&#233;gislatifs &#233;taient limit&#233;s par la loi fondamentale du pays. C'&#233;tait cette loi fondamentale, en effet, qui prot&#233;geait les pr&#233;rogatives l&#233;gislatives de la Couronne. Plus tard, en 1642, le Parlement commen&#231;a &#224; affirmer qu'il &#233;tait le seul interpr&#232;te de la v&#233;ritable nature du droit du pays. &#171; Le pouvoir d'interpr&#233;ter la constitution du royaume fut le pont qui permit au Long Parlement de passer de la doctrine de la supr&#233;matie du droit &#224; celle de la supr&#233;matie du Parlement. &#187; (*37) Finalement, le Parlement d&#233;cida d'affirmer qu'il &#233;tait, et lui seul, habilit&#233; &#224; faire la loi, car, d&#233;clara-t-on, il &#233;tait le conseil supr&#234;me du Roi, dont le Roi &#233;tait tenu de suivre les conseils. Le Parlement devint ainsi une sorte de cour supr&#234;me sans appel et assuma les fonctions de tribunal, de conseil et de l&#233;gislature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#171; si tout acte royal de la part du Roi pouvait &#234;tre suppos&#233; &#234;tre le r&#233;sultat d'un conseil, et s'il lui &#233;tait interdit d'accepter d'autres conseils que celui du Parlement, il devenait un simple automate pour enregistrer ses d&#233;crets. &#187; (*38) Le Parlement avait commenc&#233; la lutte avec la pr&#233;tention que le Roi devait &#233;couter les repr&#233;sentants du peuple, il a fini par refuser au Roi toute voix et par revendiquer un pouvoir absolu non seulement sur le Roi mais aussi sur le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut alors au tour des Niveleurs de souligner le ridicule de la part du Parlement de pr&#233;tendre repr&#233;senter la nation dans son ensemble alors que tant de citoyens &#233;taient priv&#233;s de leurs droits. Si le peuple pouvait parfois r&#233;voquer le pouvoir qu'il avait accord&#233; &#224; un roi, il pouvait &#233;galement r&#233;voquer celui qu'il avait accord&#233; &#224; ses repr&#233;sentants, et que la v&#233;ritable source du droit ne r&#233;sidait pas dans le Parlement, mais dans le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; gentlemen &#187; ind&#233;pendants, qui, sous la pression des &#233;v&#233;nements, s'&#233;taient alli&#233;s aux soldats contre le Parlement lib&#233;ral, en vinrent bient&#244;t aux mains avec leur aile gauche. Les dirigeants d&#233;mocrates furent fusill&#233;s ou emprisonn&#233;s. Le mouvement insurrectionnel au sein de l'arm&#233;e fut r&#233;prim&#233; avec fermet&#233;. Le Parlement croupion, d&#233;sormais r&#233;duit &#224; une poign&#233;e de membres et totalement inutile, fut dissous (*39), le Protectorat instaur&#233; et la R&#233;volution termin&#233;e (*40).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories constitutionnelles des Niveleurs n'ont cependant pas disparu. Autour du principe fondamental de la limitation du pouvoir gouvernemental par la loi supr&#234;me, les Niveleurs ont d&#233;velopp&#233; un ensemble de doctrines constitutionnelles et politiques qui sugg&#232;rent les principales th&#233;ories du droit constitutionnel am&#233;ricain. La souverainet&#233; du peuple, le droit inali&#233;nable de l'individu, la force obligatoire de la loi supr&#234;me, l'application du droit politique par l'action judiciaire : toutes ces doctrines sont am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous Cromwell, le gouvernement se limita &#224; des propositions lib&#233;rales limit&#233;es. Toutes les concessions furent faites aux classes ais&#233;es. Seul un petit nombre de dirigeants royalistes perdirent la totalit&#233; de leurs biens, les autres devant simplement payer des amendes allant d'un dixi&#232;me &#224; un tiers de la valeur de leurs biens. Les titres de propri&#233;t&#233; ne furent pas abolis, et l'&#201;glise et l'&#201;tat ne furent pas s&#233;par&#233;s, bien qu'une certaine tol&#233;rance f&#251;t permise, m&#234;me envers les Juifs. (*42) Des r&#233;formes lib&#233;rales furent mises en &#339;uvre dans les tribunaux, en droit civil et p&#233;nal, et en fiscalit&#233;. Le mariage civil fut instaur&#233; (*43) &#224; cette &#233;poque, l'all&#232;gement des peines de prison pour dettes fut instaur&#233; et des mesures de protection pour les ali&#233;n&#233;s furent instaur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cromwell posa les bases de la politique imp&#233;rialiste de l'Angleterre. Sous son r&#232;gne, la premi&#232;re guerre commerciale fut d&#233;clench&#233;e contre la Hollande, le nationalisme fut encourag&#233;, la marine fut profond&#233;ment r&#233;organis&#233;e et la r&#233;action fut vaincue. Le Royaume-Uni fut sauv&#233;, l'&#201;cosse et l'Irlande soumises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces &#233;v&#233;nements, les lib&#233;raux s'empress&#232;rent de mettre fin &#224; leur opposition &#224; la dictature de Cromwell. Ils l'exhort&#232;rent m&#234;me &#224; prendre la couronne, car &#224; leurs yeux, r&#233;publique et d&#233;mocratie &#233;taient tout aussi insupportables. Plus tard, &#224; la mort de Cromwell, ce groupe lib&#233;ral put mener la &#171; Glorieuse R&#233;volution Whig &#187; et introduire la lign&#233;e de Guillaume d'Orange en Angleterre sur la base d'une monarchie constitutionnelle et de la supr&#233;matie du Parlement, sous le contr&#244;le des grands capitalistes. (*44)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les couches sup&#233;rieures de la classe moyenne &#233;taient sorties triomphantes de la r&#233;volution politique du XVIIe si&#232;cle. Mais la pression avait &#233;t&#233; rude, et elles avaient &#233;t&#233; contraintes de proposer des th&#233;oriciens capables de dissocier la politique de la religion et de tenter d'exprimer leur position en termes scientifiques. De telles politiques devinrent d'autant plus n&#233;cessaires que les lib&#233;raux tentaient d'&#233;laborer une P&#233;tition des droits pour eux-m&#234;mes et des constitutions pour les colonies am&#233;ricaines. Sensibles aux progr&#232;s g&#233;n&#233;raux de la science, les whigs lib&#233;raux furent contraints de devenir des pionniers de la science politique et de l'&#233;laboration de constitutions. C'est de la classe moyenne sup&#233;rieure que naquirent les premiers th&#233;oriciens modernes du lib&#233;ralisme ; Locke (*45) et Hume, respectivement pr&#233;curseur et fondateur de l'&#233;cole utilitariste, domin&#232;rent la sc&#232;ne en Angleterre et en Am&#233;rique pendant plus d'un si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les riches capitalistes qui arrivaient au pouvoir en Angleterre comprenaient clairement qu'ils n'&#233;taient parvenus &#224; cette position que gr&#226;ce &#224; des compromis. Avec leur esprit lib&#233;ral, ils s'&#233;taient oppos&#233;s &#224; la fois &#224; l'Ancien R&#233;gime et &#224; la R&#233;volution. L'&#233;volution des guerres civiles avait r&#233;v&#233;l&#233; la faible proportion de la population qu'ils constituaient. Ils s'empress&#232;rent alors de faire la paix avec tous les &#233;l&#233;ments possibles, qu'ils soient royalistes ou d&#233;mocrates. Les troubles de la R&#233;bellion et de la Restauration, ainsi que les luttes de pouvoir des diff&#233;rents groupes, leur avaient montr&#233; la n&#233;cessit&#233; d'un nouveau programme et d'un nouvel ensemble de principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que les Lib&#233;raux comme les Radicaux, dans leur lutte contre la Monarchie Absolue, avaient r&#233;clam&#233; un gouvernement par la loi et non par un seul homme. La loi devait &#234;tre la loi divine, telle qu'elle transparaissait dans les coutumes et lois traditionnelles du pays, loi que Charles Ier, pr&#233;tendait-on, avait viol&#233;e. Mais la violence de la R&#233;volution avait, semble-t-il, suscit&#233; de nombreuses conceptions de Dieu et une grande diversit&#233; de points de vue. Si les Lib&#233;raux voulaient &#233;tablir un gouvernement stable, il &#233;tait vital pour eux de transiger avec le plus grand nombre possible de sectes et de les tol&#233;rer toutes, &#224; l'exception des irr&#233;conciliables partisans de la r&#233;volution ou de la contre-r&#233;volution active. Pour ce faire, il leur fallait abandonner compl&#232;tement ce qui leur semblait &#234;tre des lois divines inad&#233;quates et s'efforcer de trouver une base plus durable et plus stable &#224; leur th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Anglais, les lois de la nature &#233;taient encore plus propices que les lois divines. La nature avait &#233;t&#233; b&#233;n&#233;fique pour les Anglais. Elle les avait plac&#233;s au c&#339;ur m&#234;me du commerce mondial. Elle avait cr&#233;&#233; un canal houleux entre eux et leurs rivaux ; elle leur avait fourni de nombreux groupes d'excellents artisans ; elle &#233;tait le r&#233;servoir des mat&#233;riaux de leur production, gr&#226;ce auxquels ils avaient b&#226;ti l'&#233;conomie la plus solide du monde. L'Angleterre produisait depuis longtemps la laine la plus fine. D&#233;sormais, les tisserands flamands, chass&#233;s en Angleterre par les guerres de Hollande, &#233;taient disponibles. Au XVIIe si&#232;cle, les min&#233;raux &#233;taient &#233;galement exploit&#233;s. Il s'ensuivit naturellement que l'Angleterre devait &#234;tre le berceau de la physique, des math&#233;matiques, de l'invention et des sciences (Bacon, Newton). Puisque les lois de la nature &#233;taient bienveillantes, elles furent progressivement id&#233;alis&#233;es comme &#233;ternelles, synth&#233;tis&#233;es en loi naturelle ; et de cette loi naturelle naquirent les &#171; droits naturels de l'homme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des si&#232;cles avant John Locke, diverses th&#233;ories du droit naturel avaient &#233;t&#233; avanc&#233;es. Dans leur lutte contre les pouvoirs temporels, les papes et les th&#233;oriciens de l'&#201;glise catholique avaient souvent tent&#233; de d&#233;montrer que la Loi de Dieu ne signifiait pas n&#233;cessairement la Loi du Roi. De fait, les J&#233;suites avaient &#233;tabli une th&#233;orie syst&#233;matique du tyrannicide, applicable partout o&#249; le Roi r&#233;pudiait la Loi de Dieu. Sous saint Thomas d'Aquin, au XIIIe si&#232;cle, fut &#233;labor&#233;e la th&#233;orie de l'&#201;glise selon laquelle la Loi de Dieu s'exprime &#224; travers le droit naturel, un ensemble de principes moraux &#233;ternels, consacr&#233;s par Dieu et l'&#201;glise, et &#224; d&#233;couvrir par la raison ; ou, comme le dit saint Thomas d'Aquin : le droit naturel &#233;tait le reflet de la &#171; raison de la sagesse divine gouvernant l'univers tout entier &#187;. (*46)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; vu que la croissance du pouvoir de l'&#201;glise catholique co&#239;ncida avec l'effondrement du f&#233;odalisme et l'&#233;mergence de la Renaissance. En instaurant son syst&#232;me de droit naturel au-dessus des r&#232;gles et pr&#233;ceptes des &#201;tats, l'&#201;glise refl&#233;tait en r&#233;alit&#233; une nouvelle morale et une nouvelle culture naissantes gr&#226;ce aux hommes d'argent. Parall&#232;lement, elle renfor&#231;ait sa propre autorit&#233; et celle du droit canon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;galement constat&#233; qu'au XVIe si&#232;cle, avec l'essor du syst&#232;me industriel et l'intensification des luttes de classes au sein de chaque pays, l'&#201;glise devint subordonn&#233;e &#224; l'&#201;tat national, m&#234;me dans les pays catholiques. Et lorsque l'Espagne commen&#231;a &#224; gouverner l'Italie et &#224; nommer les papes, les intellectuels de l'&#201;glise, incapables de dominer l'&#201;tat, ne purent que tenter de le contr&#244;ler. C'est ce que la grande organisation j&#233;suite entreprit ; pendant des si&#232;cles, elle r&#233;ussit avec brio &#224; consolider les int&#233;r&#234;ts du roi catholique et de l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement &#224; cette &#233;poque que le droit romain fut adopt&#233; dans toute l'Europe. Lorsque la Rome antique devint un grand &#201;tat, les anciennes r&#232;gles des Douze Tables, qui avaient guid&#233; les dirigeants des anciens clans ou gens, ne convenaient plus aux nouvelles conditions. Ces anciennes r&#232;gles furent modifi&#233;es par les jurisconsultes, notamment en ce qui concernait les membres d'autres groupes que les membres des tribus romaines. Un corpus de droit appel&#233; ius gentium fut compil&#233;, englobant &#233;galement des principes cens&#233;s &#234;tre de validit&#233; universelle, soutenus par la moralit&#233; et la d&#233;cence de toutes les communaut&#233;s. Les normes du ius gentium devinrent homologues &#224; celles du droit naturel. Le droit naturel fut ainsi consid&#233;r&#233; comme le droit applicable &#224; toute l'humanit&#233;, ind&#233;pendamment des lois civiles, et qui devait s'appliquer &#224; toutes les races et nations dans leur conduite entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ius gentium avait &#233;t&#233; codifi&#233; sous l'empereur romain chr&#233;tien Justinien. S'appuyant sur ce code et se conformant aux nouveaux d&#233;veloppements politiques europ&#233;ens du XVIe si&#232;cle, une &#233;cole de juristes-th&#233;ologiens s'est d&#233;velopp&#233;e, naturellement principalement en Espagne, et a fait du ius gentium un corpus de droit naturel capable de restreindre les &#201;tats et de limiter leurs activit&#233;s, tant &#224; l'&#233;gard d'autres &#201;tats (le contr&#244;le de l'Espagne sur le Vatican ?) qu'&#224; l'&#233;gard de la relation de l'&#201;tat &#224; ses sujets. Parall&#232;lement, l'activit&#233; individuelle pouvait &#233;galement &#234;tre limit&#233;e par ces principes de droit naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la mont&#233;e de la r&#233;volte protestante, et surtout avec la rupture des Hollandais avec l'Espagne et l'&#201;glise catholique, la jurisprudence et le droit furent d&#233;finitivement s&#233;par&#233;s de la th&#233;ologie, et le syst&#232;me de droit naturel fut con&#231;u comme fond&#233;, non pas sur le droit canonique ou eccl&#233;siastique, ni m&#234;me sur le droit romain exclusivement, mais uniquement sur la raison &#233;ternelle. Cependant, avec Grotius, la pieuse croyance fut &#233;galement avanc&#233;e selon laquelle la volont&#233; de Dieu est de ne vouloir que la raison, et en Angleterre, le m&#234;me point de vue fut exprim&#233; plus tard par Blackstone. (*47) Ainsi, selon ces penseurs, le droit civil &#8211; les pr&#233;ceptes et commandements de l'&#201;tat &#8211; est limit&#233; par certains principes moraux &#233;ternels et sup&#233;rieurs au droit de l'&#201;tat. Par cette fiction du droit naturel, la nouvelle classe &#233;conomique imposait sa propre moralit&#233; et tentait de conformer le droit aux nouvelles normes n&#233;cessaires &#224; la classe montante. Chez Grotius, comme plus tard chez Blackstone, ce droit naturel abstrait se traduit par les &#171; droits naturels &#187; des humains que le droit est tenu de d&#233;fendre. (*48)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en Angleterre, au d&#233;but, la loi naturelle n'&#233;tait pas con&#231;ue comme s'opposant &#224; la loi divine. En effet, elle faisait partie int&#233;grante de la loi divine, telle qu'elle fonctionnait. Cependant, par ce proc&#233;d&#233;, la th&#233;orie se concentra sur la loi naturelle et &#233;luda la loi surnaturelle de Dieu. Nous avons vu que le protestantisme avait fait descendre Dieu du ciel et l'avait centr&#233; sur l'homme. La religion &#233;tait devenue terrestre, et les philosophes devinrent de plus en plus mat&#233;rialistes. Bient&#244;t, la loi de l'&#201;glise put &#234;tre ignor&#233;e. (*49)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Loi naturelle se substitua non seulement &#224; la Loi divine, mais aussi aux lois humaines. Le droit de l'&#201;tat devait se conformer &#224; la Loi naturelle telle qu'elle &#233;tait alors con&#231;ue. L'homme faisait partie de la nature. (*50) Il poss&#233;dait des droits naturels en tant que partie int&#233;grante de la Loi naturelle. En cela, les Anglais se distinguaient des th&#233;ologiens espagnols et de l'&#201;glise qui les avaient pr&#233;c&#233;d&#233;s, car ils tendaient &#224; fonder la Loi naturelle sur le m&#234;me fondement que toute loi scientifique. En m&#234;me temps, cependant, les Anglais identifiaient autant que possible cette Loi naturelle aux droits historiques des Anglais et aux anciennes coutumes du pays. De m&#234;me que la science d&#233;couvrait les lois de la physique, des math&#233;matiques, de l'astronomie, etc., la raison humaine pouvait d&#233;couvrir les Droits naturels et &#233;ternels de l'Homme. Une fois d&#233;couverts, ceux-ci ne pouvaient &#234;tre modifi&#233;s ni par la soci&#233;t&#233; ni par les lois de l'&#201;tat, car cela constituerait une violation de la Loi naturelle et ne pourrait entra&#238;ner que r&#233;volution et destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents, lors de l'&#233;laboration d'un syst&#232;me id&#233;al de droit naturel sup&#233;rieur au droit positif de l'&#201;tat, il n'y avait en aucun cas eu de tentative de renverser l'autorit&#233; temporelle de l'&#201;tat sur ses sujets. En effet, les doctrines de Thomas d'Aquin servaient de soutien &#224; l'autorit&#233; plut&#244;t que de moyen de l'&#233;branler, car l'id&#233;e que le droit positif devait se conformer au droit naturel pouvait toujours servir &#224; prouver que, quel que soit le droit civil, il &#233;tait v&#233;ritablement conforme aux principes &#233;ternels et immuables de Dieu et de la Nature. Telle &#233;tait essentiellement la position suffisante de Blackstone. La grande importance des th&#233;oriciens lib&#233;raux anglais r&#233;sidait cependant dans le fait qu'ils utilisaient les principes du droit naturel pour &#171; briser l'autorit&#233; et les r&#232;gles de l'&#201;tat telles qu'elles existaient alors &#187;. Avec Locke, comme plus tard avec Thomas Paine et Rousseau, les th&#233;ories du droit naturel prennent une tournure r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc la th&#232;se des lib&#233;raux de 1688 et du XVIIIe si&#232;cle. Elle &#233;tait le r&#233;sultat in&#233;vitable de leur position politique. Les lib&#233;raux combattaient les religions positives des classes sup&#233;rieures et inf&#233;rieures avec une m&#233;taphysique agnostique et sceptique. Contre les lois dogmatiques, &#233;ternelles et immuables, de telle ou telle &#201;glise qui proclamait comme souveraines soit l'ancienne aristocratie, soit la nouvelle d&#233;mocratie, les lib&#233;raux &#233;rig&#232;rent alors les lois &#233;ternelles et immuables de la nature, par lesquelles eux seuls pouvaient gouverner. Dieu devint de plus en plus impersonnel et finit par dispara&#238;tre compl&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVIIe si&#232;cle, ni l'un ni l'autre des combattants ne parvenaient &#224; adopter une perspective historique et &#233;volutionniste. Les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels et les positions des classes en conflit &#233;taient contraints de prendre des formes &#171; &#233;ternelles &#187; et &#171; inali&#233;nables &#187;. Avec une science encore peu d&#233;velopp&#233;e et une masse d'agriculteurs illettr&#233;s, c'&#233;tait la m&#233;thode la plus efficace, et en fait la seule, dont disposaient les lib&#233;raux ; ils devaient trouver pour leur domination une base &#171; solide &#187; et &#171; &#233;ternelle &#187; aussi fiable que celle qu'avaient poss&#233;d&#233;e les anciennes classes dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les royalistes et les radicaux, la position des lib&#233;raux, b&#233;n&#233;ficiaires de la r&#233;volution lib&#233;rale de compromis de 1688, les contraignit &#224; un programme totalement &#233;clectique et conciliant, empruntant tant&#244;t &#224; tel groupe, tant&#244;t &#224; tel autre, pour justifier les choses telles qu'elles &#233;taient. Ath&#233;isme et &#201;glise catholique, royaut&#233; et d&#233;mocratie, propri&#233;taires terriens et pl&#233;b&#233;iens, toutes les factions devaient &#234;tre combattues, toutes apais&#233;es. Et tandis que les lib&#233;raux cherchaient &#224; &#233;quilibrer les unes avec les autres, il leur semblait qu'eux seuls &#233;taient tol&#233;rants, justes et impartiaux, capables de voir les deux c&#244;t&#233;s de chaque sujet. Leur position, fond&#233;e sur le bon sens et le juste milieu, devint pour eux la m&#233;thode id&#233;ale pour atteindre le plus grand progr&#232;s constant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici une diff&#233;rence entre les lib&#233;raux et les radicaux : l'un parle de &#171; tol&#233;rance &#187;, l'autre d'&#171; intol&#233;rance &#187;. Mais comme Thomas Paine l'a vivement remarqu&#233; &#224; ce sujet : &#171; La tol&#233;rance n'est pas le contraire de l'intol&#233;rance, mais en est la contrefa&#231;on. Tous deux sont des despotismes. L'un s'arroge le droit de refuser la libert&#233; de conscience, et l'autre de l'accorder. &#187; (*51) Cet accent mis sur la tol&#233;rance s'accompagne de l'accent mis sur la force de la raison et de la persuasion. Pourtant, l'intellect ne peut &#234;tre qu'un guide et non une force. Il ne peut se substituer aux sensations visc&#233;rales, aux &#233;motions et aux passions humaines qui seules peuvent pousser les gens &#224; changer le monde. La philosophie sociale de la raison ne pouvait &#234;tre adopt&#233;e que par ceux qui &#233;taient particuli&#232;rement favoris&#233;s, qui pouvaient refuser d'agir avec trop de vigueur, qui, en bref, repr&#233;sentaient une petite clique capable de s'imposer par l'intrigue, mais jamais par la lutte, au pouvoir. Tels &#233;taient, en substance, les lib&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les questions de religion et de philosophie, le lib&#233;ralisme &#233;clectique s'est r&#233;v&#233;l&#233; un v&#233;ritable esquiveur habile &#224; &#233;luder les probl&#232;mes ; il a subtilis&#233; des &#233;l&#233;ments fragmentaires aux programmes tant&#244;t d'un camp, tant&#244;t de l'autre. (*52) Dieu existait. Mais on ne pouvait le conna&#238;tre que par la raison intuitive, non par la logique. La religion &#233;tait fond&#233;e sur la foi. Or, foi et religion doivent toutes deux respecter les lois de la nature, qui sont raisonnables. Le christianisme lui-m&#234;me avait raison, mais seulement parce qu'il &#233;tait raisonnable. Quant aux miracles et aux actes de la providence, tout &#233;tait possible, pourvu qu'ils soient raisonnables. Cependant, la connaissance ne venait-elle pas de Dieu, et l'homme n'&#233;tait-il pas dot&#233; &#224; la naissance de capacit&#233;s diff&#233;rentes, dont les nobles &#233;taient les plus nombreux ? Non, l'homme &#233;tait enti&#232;rement conditionn&#233; par son environnement. Il est venu au monde avec un esprit vide ; (*53) tous y sont entr&#233;s de mani&#232;re &#233;gale ; toute connaissance (opinion) d&#233;coulait d'une exp&#233;rience sensationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la mati&#232;re ou substance, ind&#233;pendante de la pens&#233;e, existait aussi r&#233;ellement, (*54) bien qu'elle aussi, comme Dieu, ne p&#251;t jamais &#234;tre connue. (*55) Tout ce que nous pouvions conna&#238;tre, c'&#233;taient les qualit&#233;s, les caract&#233;ristiques, les actions de la mati&#232;re ou de la substance. Les vues de la science n'&#233;taient que des opinions changeantes. De plus, la mati&#232;re, existant et agissant ind&#233;pendamment de l'homme, affectait l'homme. La volont&#233; de l'homme n'&#233;tait donc pas libre, mais d&#233;termin&#233;e par l'environnement. (*56) L'homme faisait-il donc partie de la mati&#232;re ; la mati&#232;re pouvait-elle penser ? Oui, la mati&#232;re pouvait penser. Mais la mati&#232;re ne pouvait se substituer &#224; Dieu ; elle &#233;tait simplement la mani&#232;re dont Dieu agissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour la philosophie. Qu'en est-il de la politique ? La classe capitaliste montante, dans sa lutte contre les f&#233;odaux bien &#233;tablis, fut contrainte d'invoquer un autre terrain que celui des distinctions de classe pour justifier son pouvoir. Au statut du f&#233;odalisme, la bourgeoisie opposait le &#171; Contrat &#187;, terme qu'elle connaissait mieux que quiconque et gr&#226;ce auquel elle avait accumul&#233; richesse et pouvoir. &#192; la question : &#171; Quelle &#233;tait l'origine et la justification du pouvoir d'&#201;tat ? &#187;, ces nouveaux hommes d'affaires r&#233;pondaient que l'&#201;tat &#233;tait n&#233;, non comme expression de la volont&#233; immuable de Dieu, mais comme le contrat volontaire par lequel les hommes esp&#233;raient obtenir la libert&#233;. M&#234;me une partie de l'aristocratie anglaise, devenue profond&#233;ment bourgeoise, avait commenc&#233; &#224; justifier son existence sur la base du Contrat social. Leur nouveau th&#233;oricien &#233;tait Hobbes (*57), qui affirmait que l'homme &#224; l'&#233;tat de nature avait pr&#233;c&#233;d&#233; l'homme &#224; l'&#233;tat social. Pour Hobbes, l'homme &#233;tait n&#233; mauvais. L'&#233;tat de nature &#233;tait marqu&#233; par la lutte de tous pour des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels. Pour &#233;chapper &#224; cette condition intol&#233;rable, les hommes s'&#233;taient unis pour former une soci&#233;t&#233; dot&#233;e d'une hi&#233;rarchie d&#233;finie, dirig&#233;e par un monarque. Ainsi, l'homme naturel atteignit la libert&#233; gr&#226;ce au pouvoir de l'&#201;tat. Libert&#233; signifiait pouvoir. La monarchie absolue &#233;tait intangible ; cela reviendrait &#224; rompre le caract&#232;re sacr&#233; du contrat originel. De plus, la monarchie absolue signifiait une soci&#233;t&#233; ordonn&#233;e, seule capable d'apporter la libert&#233; &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que certaines sections de l'aristocratie aient pu utiliser le &#171; Contrat &#187; comme argument de d&#233;fense montre &#224; quel point les opinions capitalistes avaient p&#233;n&#233;tr&#233; les plus hautes couches de la soci&#233;t&#233; anglaise. &#192; mesure que les nobles devaient se soumettre &#224; la classe capitaliste, leur th&#233;orie devait &#233;voluer d'une d&#233;fense du Statut &#224; une d&#233;fense du Contrat, du recours &#224; la force &#224; la persuasion et &#224; la raison, de la foi dans le droit divin &#224; une m&#233;taphysique mat&#233;rialiste. Les aristocrates d&#233;fendaient autrefois le statut rigide de leur caste par le droit divin. Maintenant, ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; admettre qu'ils n'avaient pas gouvern&#233; depuis la nuit des temps, qu'il existait un syst&#232;me de soci&#233;t&#233; &#171; naturelle &#187; ant&#233;rieur au leur. Cependant, les aristocrates ne l'ont admis que pour affirmer que leur r&#232;gne avait fait progresser les forces mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; et, par l'ordre et le pouvoir, avait fait surgir la libert&#233; du chaos. C'est la d&#233;faite que subissait l'aristocratie qui rendait si sombres les vues de Hobbes. Assur&#233;ment, l'homme &#233;tait mauvais pour l' Ancien R&#233;gime . Mais, d'ailleurs, les forces mat&#233;rielles de la nature &#233;taient tout aussi favorables aux capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Progressivement, les lib&#233;raux ont &#233;largi et embelli la th&#233;orie du contrat social pour l'adapter &#224; leurs propres int&#233;r&#234;ts. Leur programme admettait &#233;galement que les classes n'avaient pas toujours r&#233;gn&#233; et qu'il existait un &#233;tat de nature primitif. Pour eux, cependant, l'homme dans l'&#233;tat de nature n'&#233;tait pas mauvais, mais bon. L'&#201;tat politique n'&#233;tait pas n&#233;cessaire &#224; la moralisation de l'homme. (*58) La loi naturelle lui avait conf&#233;r&#233; certains droits naturels. Ces droits naturels figuraient dans la P&#233;tition des droits de 1688. Ils &#233;taient fond&#233;s sur la n&#233;cessit&#233; pour chaque homme de vivre, de jouir de la libert&#233; et de poss&#233;der des biens. Afin de mieux garantir ces droits, les hommes avaient conclu un accord volontaire pour former une soci&#233;t&#233;. Cet accord n'&#233;tait pas &#233;ternel. Le pass&#233; ne pouvait lier &#224; jamais le pr&#233;sent et l'avenir. Lorsque la majorit&#233; souhaitait modifier l'accord, lorsqu'elle se sentait priv&#233;e de ses droits naturels inali&#233;nables, elle avait le droit de se r&#233;volter et de renverser l'&#201;tat. (*59) La souverainet&#233; r&#233;sidait dans la communaut&#233; dans son ensemble. Le lib&#233;ralisme est ainsi devenu une th&#233;orie de justification de la r&#233;volution, du moins de la r&#233;volution lib&#233;rale de 1688.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En politique, comme en religion, le lib&#233;ralisme adoptait une approche individualiste qui devint plus tard la principale. La libert&#233; individuelle &#233;tait l'objectif de chaque individu en soci&#233;t&#233;. N&#233;anmoins, puisque la libert&#233; ne doit pas signifier la libert&#233; d'interf&#233;rer avec son prochain, qui devait d&#233;cider o&#249; commen&#231;ait la libert&#233; de l'un et o&#249; finissait celle de l'autre ? L'&#201;tat devait &#234;tre le juge, l'&#201;tat au-dessus des classes. Ainsi, le lib&#233;ralisme justifiait l'&#201;tat, du moins l'&#201;tat lib&#233;ral de 1688, et affirmait &#224; la populace que la R&#233;volution devait y mettre fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En politique, les lib&#233;raux pr&#244;naient une monarchie, mais une monarchie constitutionnelle, la Couronne d&#233;pendant d'un Parlement o&#249; ils dominaient toutes les fonctions, y compris la responsabilit&#233; minist&#233;rielle, le contr&#244;le financier et l'arm&#233;e. Si les lib&#233;raux s'opposaient &#224; certains &#171; bourgs pourris &#187; afin de s'assurer quelques si&#232;ges suppl&#233;mentaires au Parlement, ils &#233;taient &#233;galement oppos&#233;s &#224; un &#233;largissement du droit de vote. Afin de contrer la Couronne, ils &#233;taient favorables &#224; la division des pouvoirs gouvernementaux entre les pouvoirs l&#233;gislatif et ex&#233;cutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine &#233;conomique, les lib&#233;raux ont clairement d&#233;montr&#233; que ce sont les riches groupes commerciaux qui ont remport&#233; la bataille du pouvoir. Ici aussi, nous nous tournons vers Locke. Selon lui, la propri&#233;t&#233; reposait sur le travail et naissait lorsque, dans le communisme primitif, un individu consacrait son travail &#224; un objet. (*60) Bien s&#251;r, pour Locke, les propri&#233;taires des moyens de production, tels que les entrepreneurs d'usine, faisaient &#233;galement partie des travailleurs. Chaque individu, et en particulier les riches capitalistes anglais, avait le plein droit d'utiliser sa propri&#233;t&#233; &#224; son avantage. Locke s'est &#233;galement battu pour que les riches re&#231;oivent de l'&#201;tat des pi&#232;ces d'or compl&#232;tes en remboursement des pi&#232;ces l&#233;g&#232;res pr&#234;t&#233;es. (*61) Locke &#233;tait un mercantiliste. Pour lui, la richesse signifiait l'or, et il appartenait &#224; sa classe. Il s'opposa &#224; la baisse du taux d'int&#233;r&#234;t par la loi. En politique &#233;trang&#232;re, il promouva cette politique coloniale mercantiliste impitoyable qui contribua au d&#233;clenchement de la R&#233;volution am&#233;ricaine. (*62)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son attitude envers les travailleurs, Locke &#233;tait extr&#234;mement s&#233;v&#232;re. Il pr&#244;nait le travail obligatoire pour les enfants des fileurs de lin irlandais, qui devaient &#234;tre envoy&#233;s dans des &#171; &#233;coles &#187; pour travailler. Son projet de r&#233;forme des lois sur les pauvres consistait &#224; supprimer les boutiques de brandy et &#224; contraindre les indigents valides &#224; travailler. Les mendiants devaient &#234;tre envoy&#233;s sur des navires gouvernementaux pendant trois ans sous une discipline stricte, sous peine de trois ans de prison. Les autres indigents devaient &#234;tre confi&#233;s &#224; des fabricants selon un plan similaire &#224; celui pr&#233;conis&#233; pour les enfants des fileurs de lin irlandais. (*63) Tel &#233;tait le lib&#233;ralisme anglais aux XVIIe et XVIIIe si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;notes de bas de page&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. C'est ce soutien royal aux entreprises qui pousse les historiens &#224; qualifier ces monarques absolus de &#171; bienveillants &#187;, sans aucun doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. C'est dans le cadre de cette lutte pour la puissance maritime que Grotius &#233;crivit son ouvrage sur la Libert&#233; des mers et, lorsque la Hollande envahit les p&#234;cheries sous contr&#244;le anglais, imposa la r&#233;plique acerbe de l'Anglais Selden dans son livre, Mare Clausum , ou La Mer ferm&#233;e. Plus tard, la bataille pour la libert&#233; des mers fut reprise par les Am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Grotius a &#233;crit son &#339;uvre principale, Les Droits de la guerre et de la paix , en 1625 ; les &#339;uvres de Spinoza ont &#233;t&#233; publi&#233;es en 1670 et 1677.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. RH Tawney : La religion et l'essor du capitalisme, pp. 111-112&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Voir CH Firth : Cromwell's Army, p 22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Le grand philosophe de ce changement &#233;tait Machiavel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &#171; Comme le christianisme primitif et le socialisme moderne, le calvinisme &#233;tait en grande partie un mouvement urbain ; comme eux, &#224; ses d&#233;buts, il fut propag&#233; de pays en pays, en partie par des commer&#231;ants et des ouvriers &#233;migr&#233;s ; et son bastion se trouvait pr&#233;cis&#233;ment dans les groupes sociaux pour lesquels le syst&#232;me traditionnel d'&#233;thique sociale, qui traitait les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques comme un aspect mineur des affaires humaines, devait para&#238;tre hors de propos ou artificiel. Comme on pouvait s'y attendre de la part des repr&#233;sentants d'une foi dont le si&#232;ge &#233;tait &#224; Gen&#232;ve, et plus tard de ses adeptes les plus influents dans les grands centres d'affaires, comme Anvers et son arri&#232;re-pays industriel, Londres et Amsterdam, ses dirigeants adress&#232;rent leur enseignement, non pas exclusivement, certes, mais n&#233;anmoins principalement, aux classes engag&#233;es dans le commerce et l'industrie, qui formaient les &#233;l&#233;ments les plus modernes et les plus progressistes de l'&#233;poque. &#187; (R.H. Tawney : Religion and the rise of Capitalism, p. 104.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Coke l'a bien exprim&#233; au roi Jacques en 1612 : &#171; Le roi ne doit &#234;tre soumis &#224; aucun homme, si ce n'est &#224; Dieu et &#224; la Loi. &#187; Mais Coke n'a pas manqu&#233; d'ajouter que si le roi commettait une faute, il en &#233;tait responsable non pas devant les tribunaux, mais seulement devant Dieu. (Voir R. Pound : The Spirit of the Common Law, p. 61, qui, cependant, n&#233;glige soigneusement le deuxi&#232;me point des remarques de Coke concernant le manque de pouvoir des tribunaux. Voir Bracton's Note Book, &#233;dit&#233; par F. W. Maitland, 1, 29-33.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. JET Rogers : Work and Wages, p.81 (&#233;dition abr&#233;g&#233;e de Six Centuries of work and Wages, &#233;dition Swann Sonnenschein de 1891).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Le m&#234;me, p. 27&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Le m&#234;me, p.28 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Le m&#234;me, p.45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Le m&#234;me, p 58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Les lib&#233;raux ne voulaient pas d'imp&#244;ts, sauf par l'interm&#233;diaire du Parlement, pas d'arrestations arbitraires ni de proc&#232;s autoritaires, pas de cantonnement des soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Naturellement, les puritains se tourn&#232;rent vers la Hollande et l'Am&#233;rique pour trouver leur inspiration. Il faut noter qu'en Am&#233;rique, les puritains et les ind&#233;pendants de gauche, incarn&#233;s par les P&#232;lerins et Roger Williams, &#233;taient mutuellement hostiles. Les seconds &#233;taient favorables aux fermiers, les premiers aux locataires et aux ouvriers agricoles qui s'installaient dans leurs colonies. Le d&#233;mocrate Hooker dut quitter le Massachusetts puritain pour le Connecticut, o&#249; il fut d&#233;cid&#233; que les &#233;lecteurs n'&#233;taient pas tenus d'&#234;tre membres d'une &#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Cromwell, cit&#233; dans E. Bernstein : Cromwell et le communisme, p. 164.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Personne ne pouvait &#234;tre plus hostile que Cromwell aux doctrines de ces hommes, que l'on commence maintenant &#224; appeler les Niveleurs. &#187; (SR Gardner : The History of the Great Civil War, 1642-1649, 111, 216.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, les anabaptistes avaient &#233;t&#233; responsables des guerres paysannes en Allemagne. Ils avaient donc une tradition communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Les Quakers venaient tout juste de na&#238;tre &#224; cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. J. Bellers : Un essai pour employer les pauvres au profit (imprim&#233; en 1723), p.1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. &#171; Il est presque impossible de lire les premiers pamphlets th&#233;oriques de Winstanley sans &#234;tre frapp&#233; par la similitude de pens&#233;e et de doctrine avec celles que d&#233;fendent encore aujourd'hui la Soci&#233;t&#233; des Amis, ou Quakers, dont le nom d'origine parmi eux, rappelons-le, &#233;tait les Enfants de la Lumi&#232;re. &#187; (LH Berens : The Digger Movement in the Days of the Commonwealth, p. 49.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Le m&#234;me, pp.90-91.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. La loi de la libert&#233; dans une plate-forme ou la vraie magistrature r&#233;tablie (1652).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. Le m&#234;me, p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Winstanley fut ainsi un pr&#233;curseur de la th&#233;orie de L&#233;nine sur la dictature d&#233;mocratique des ouvriers et des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. GP Gooch : Id&#233;es d&#233;mocratiques anglaises au XVIIe si&#232;cle, pp. 178-179.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. SR Gardner : Histoire du Commonwealth et du Protectorat, 1649-1660, 1, 47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Ce qui suit peut clarifier quelque peu cette situation compliqu&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cat&#233;gorie politique &#8211; Lib&#233;raux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point de vue religieux &#8211; Presbyt&#233;rien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cat&#233;gorie politique : Radicaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vision religieuse &#239;&#191;&#189; Ind&#233;pendant (&#171; Gentlemen &#187; Puritains) ; leader : Cromwell&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cat&#233;gorie politique : Radicaux-Niveleurs (chef : Lilburne)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point de vue religieux : Ind&#233;pendants (puritains) &#8211; S&#233;paratistes (quakers) ; leader : Bellers (anabaptistes, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cat&#233;gorie politique - &#171; Vrais &#187; niveleurs ou creuseurs (socialistes-r&#233;volutionnaires) (leader : Winstanley)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point de vue religieux : th&#233;iste, d&#233;iste ou ath&#233;e (certains quakers et anabaptistes)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Voir &#171; L'Accord du Peuple tel que pr&#233;sent&#233; au Conseil de l'Arm&#233;e, le 28 octobre 1647 &#187; dans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SR. Gardner : Histoire de la Grande Guerre Civile, 1642-1649, 111, 607-609, Annexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. Dans cette attaque contre le Long Parlement, &#171; Cromwell a rejoint l'arm&#233;e parce qu'il souhaitait emp&#234;cher le d&#233;clenchement de l'anarchie ou de la guerre civile. &#187; (CH Firth - Oliver Cromwell, p. 164.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. Les presbyt&#233;riens lib&#233;raux d&#233;tenaient la Cit&#233; de Londres ; contrairement &#224; Paris en 1793, le Londres lib&#233;ral &#233;tait contre les radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. T. Carlyle : Lettres et discours d'Oliver Cromwell, I, 195 (&#233;dition de 1897).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. Le m&#234;me, p.128.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33. Sous l'influence des Niveleurs, Harrington &#233;crivit son Utopie , Le Commonwealth d'Oc&#233;anie .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34. JET Rogers : ouvrage cit&#233;, p.97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. TC Pease : Le mouvement des niveleurs , p.224.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36. Le m&#234;me, p.219.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. Le m&#234;me, p.7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. Le m&#234;me, p.20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. En 1640, il y avait 490 membres du Parlement ; en 1649, il n'y en avait plus que 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La politique de Cromwell avait consist&#233; &#224; &#233;tablir un Parlement m&#233;prisable. Il y parvint, et le Parlement qu'il avait cr&#233;&#233; devint la ris&#233;e de la nation. Le jour arriva o&#249; le Parlement, reconnaissant son indignit&#233;, c&#233;da son autorit&#233; &#224; Cromwell. &#187; ( Notes de Napol&#233;on sur l'histoire anglaise, p. 111, publi&#233; en 1905.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40. Les capitalistes anglais r&#233;ussirent &#224; stopper la R&#233;volution bien plus facilement que les Fran&#231;ais un si&#232;cle plus tard. Cette fin brutale de la R&#233;volution fit appara&#238;tre tous les personnages principaux comme contrari&#233;s et confin&#233;s. On peut ainsi distinguer Oliver Cromwell &#224; la fois dans Robespierre et Bonaparte ; John Lilburne dans Marat et H&#233;bert. Il faut cependant se m&#233;fier de telles comparaisons, sujettes &#224; des interpr&#233;tations erron&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41. Travail de TC Pease cit&#233;, p. 363.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42. Les catholiques et les juifs &#233;taient plus tol&#233;rants que les unitariens. Cependant, lors des r&#233;volutions am&#233;ricaine et fran&#231;aise, les principaux lib&#233;raux &#233;taient alors soit unitariens, soit d&#233;istes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43. Les diff&#233;rents groupes religieux avaient des politiques diff&#233;rentes concernant le mariage. Les catholiques interdisaient le divorce ; les anglicans, le divorce pour adult&#232;re seulement ; les puritains pr&#244;naient le mariage civil, et le divorce pour abandon de mari et mauvais traitements. Au Massachusetts (puritain), la peine capitale &#233;tait autrefois inflig&#233;e aux adult&#232;res. Plus tard, elle fut remplac&#233;e par le marquage au fer rouge. &#192; Plymouth, les s&#233;paratistes &#233;taient plus mod&#233;r&#233;s. Quant aux quakers, ils tol&#233;raient le divorce pour toutes les raisons invoqu&#233;es dans la Bible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44. Il n'est pas &#233;tonnant qu'en 1899, une statue du r&#233;gicide Cromwell ait &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e &#224; Westminster avec le consentement de la Couronne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45. Locke est n&#233; en 1632 et fut contraint de fuir en Hollande en 1683 apr&#232;s la Restauration (1660-1688). Il retourna en Angleterre en 1689. Ses principales &#339;uvres furent &#233;crites entre 1689 et 1700.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46. Voir R. Pound : Law and Morals, p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est donc &#233;vident que la loi naturelle n'est rien d'autre que la participation de la cr&#233;ature raisonnable &#224; la loi &#233;ternelle. &#187; (Saint Thomas d'Aquin : Somme th&#233;ologique, deuxi&#232;me partie, premi&#232;re question XCI, article 2, p. 12, traduction de 1915 des P&#232;res dominicains.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47. Voir, par exemple, Wm. Blackstone : Commentaries of the Laws of England, I, 39 (&#233;dition Harper de 1858).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48. S'appuyant sur l'autorit&#233; de l'Empire et de l'&#201;glise en tant qu'organisme international, Grotius en appela &#224; l'humanit&#233; comme d&#233;tentrice du v&#233;ritable droit des gens. (Voir H. Grotius : The Rights of War and Peace, p. 9, &#233;dition de 1901.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;49. Selon Bacon, les disputes th&#233;ologiques ne faisaient qu'entraver le progr&#232;s de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50. Selon John Locke, le sens moral de l'homme venait de Dieu et faisait partie de la Loi divine. Il lui a &#233;t&#233; donn&#233; par le raisonnement intuitif. Ainsi, la morale de Locke : faire le bien (prendre du plaisir) ; &#233;viter le mal (la douleur) ; reposait sur la th&#233;ologie et diff&#233;rait des fondements moraux de Hume et de Bentham, qui lui succ&#233;d&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;51. T. Paine : Droits de l'homme. (&#201;crits, &#233;dition de 1896 de MD Conway, II, 325.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;52. Les arguments lib&#233;raux pr&#233;sent&#233;s ici sont ceux tir&#233;s des &#339;uvres de John Locke.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;53. Voir J. Locke : An Essay Concerning Human Understanding, Livre I (&#233;dition AC Fraser).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;54. Le m&#234;me, Livre II, ch. II, par. 2, p.145.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;55. Le m&#234;me, Livre II, ch. XXVIII, par. 30, p. 415.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;56. C'est ici que les Anglais Hume et Locke diff&#232;rent d'Emmanuel Kant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;57. Son &#339;uvre principale fut Le L&#233;viathan (1651).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58. Ce point de vue semble &#233;galement partag&#233; par l'Anglais Guillaume d'Ockam, qui &#233;crivit ses &#339;uvres plus de deux si&#232;cles avant Locke. Selon lui, le d&#233;veloppement moral de l'homme est pass&#233; par trois &#233;tapes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) L'&#233;tape pr&#233;c&#233;dant la Chute, lorsque toutes choses &#233;taient communes et que tous les hommes &#233;taient libres et &#233;gaux ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) l'&#233;tape apr&#232;s la Chute o&#249; les lois de la Raison &#233;taient n&#233;cessaires ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) le stade de la m&#233;chancet&#233;, o&#249; l'&#201;tat est apparu et, avec lui, la servitude &#233;conomique et politique. (Voir M. Beer : Social Struggles in the Middle Ages, p. 113.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;59. J. Locke : Du gouvernement civil, deux trait&#233;s, livre II, ch. VIII, par. 95, p. 164 (&#233;dition Everyman) ; &#233;galement, ch. XVI, par. 196, p. 217.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait &#233;galement l'avis de Blackstone (voir Wm. Blackstone : ouvrage cit&#233;, pp. 41-42).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60. Le m&#234;me, Livre II, ch. V.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;61. Voir Karl Marx : Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique, pp. 93-94.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;62. Locke &#233;tait commissaire du Board of Trade. Il fut &#233;galement l'un des premiers propri&#233;taires de la Banque d'Angleterre, cr&#233;&#233;e par une loi du Parlement en 1694.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;63. Voir Fowler : Locke , pp. 96-98&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA R&#201;VOLUTION AM&#201;RICAINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes &#233;l&#233;ments de la bourgeoisie radicale qui, en Angleterre, avaient &#233;t&#233; men&#233;s par Cromwell, vaincus lors de la Restauration et plus tard, en 1688, contraints de c&#233;der le pouvoir aux lib&#233;raux whigs, r&#233;ussirent, dans les colonies am&#233;ricaines, &#224; atteindre leurs objectifs et &#224; conserver le pouvoir jusqu'au bout. La R&#233;volution am&#233;ricaine est donc la Seconde Guerre civile anglaise. De m&#234;me que Cromwell &#233;tait pr&#234;t &#224; s'allier temporairement aux radicaux, allant m&#234;me jusqu'&#224; ex&#233;cuter le roi, de m&#234;me, en Am&#233;rique, ceux du m&#234;me type &#233;taient pr&#234;ts &#224; s'engager violemment dans la guerre civile, menant m&#234;me &#224; l'ind&#233;pendance. Les avocats parlaient ; les gentilshommes de la campagne comme Washington se battaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premiers temps de la colonisation, ce sont les capitalistes qui ont p&#233;n&#233;tr&#233; le Nouveau Monde. Les colonies s'&#233;taient &#233;tablies sous l'&#233;gide de soci&#233;t&#233;s commerciales telles que les Compagnies de Londres et de Virginie, etc. Ces soci&#233;t&#233;s capitalistes avaient obtenu de vastes pouvoirs en vertu de leurs chartes ; elles pouvaient battre monnaie, r&#233;glementer le commerce, disposer de leurs biens, collecter les imp&#244;ts, g&#233;rer leur tr&#233;sorerie et assurer leur d&#233;fense. Chacune d'elles disposait d'une constitution et d'un territoire. Elles constituaient en quelque sorte des &#201;tats dans les &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement anglais avait &#233;t&#233; bien diff&#233;rent de celui des Fran&#231;ais ou des Espagnols. Dans le cas fran&#231;ais, la colonisation avait &#233;t&#233; effectu&#233;e non par des compagnies &#224; charte g&#233;r&#233;es par des financiers, mais par le gouvernement central fran&#231;ais lui-m&#234;me. Le niveau le plus &#233;lev&#233; que les Fran&#231;ais pouvaient atteindre dans le Nouveau Monde &#233;tait celui de la chasse et du pi&#233;geage. Les colons fran&#231;ais, submerg&#233;s par les &#233;l&#233;ments primitifs, se mari&#232;rent largement avec les habitants indiens et adopt&#232;rent leurs occupations. La colonisation espagnole fut marqu&#233;e par l'exportation hors d'Espagne, non pas de travailleurs, mais de gentilshommes conquistadors qui s'attaqu&#232;rent aux soci&#233;t&#233;s indiennes des Cara&#239;bes et d'Am&#233;rique du Sud, r&#233;duisirent en esclavage la population et exploit&#232;rent ces pays sans piti&#233; ni limite. Ainsi, le d&#233;veloppement capitaliste &#233;tait interdit aux Espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire des riches en Angleterre avait cependant cr&#233;&#233; une situation enti&#232;rement diff&#233;rente. Partout, et pas seulement en Am&#233;rique du Nord, le r&#244;le principal de l'exploration et de la colonisation avait &#233;t&#233; confi&#233; aux nouvelles classes. Une Compagnie anglaise du Levant, une Compagnie de Moscovie, une Compagnie des Indes orientales, et d'autres, avaient &#233;t&#233; constitu&#233;es ; elles t&#233;moignaient amplement des nouvelles tendances de l'&#233;poque. Toutes ces compagnies disposaient de pouvoirs consid&#233;rables, et c'est dans leur administration que les capitalistes acqui&#232;rent l'exp&#233;rience qui leur permettra plus tard de prendre si facilement le contr&#244;le du gouvernement anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux colons eux-m&#234;mes : &#171; Les colons n'&#233;taient pas des Anglais conservateurs, satisfaits et prosp&#232;res ; ils &#233;taient en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale des aventuriers m&#233;contents et agit&#233;s, des pauvres, des vagabonds et m&#234;me des criminels, ou bien ils &#233;taient ceux dont les vues sur le gouvernement et la religion ne s'accordaient pas avec les pratiques qui pr&#233;valaient en Angleterre. &#187; (*1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;portation vers les colonies (en particulier vers le Maryland et la Virginie) de v&#233;ritables criminels, principalement apolitiques, &#233;tait si courante qu'elle suscita de vives protestations des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique. Francis Bacon d&#233;clarait que &#171; c'est une honte et un malheur de prendre pour partenaires la lie du peuple et les m&#233;chants condamn&#233;s &#187; (Essai sur les plantations) ; et l'Assembl&#233;e de Virginie interdit en 1617 l'importation de condamn&#233;s (interdiction toutefois annul&#233;e par le roi). Quel que soit le nombre total de criminels ainsi d&#233;port&#233;s dans les colonies r&#233;ticentes, on sait qu'entre 1717 et 1775, plus de 10 000 condamn&#233;s furent envoy&#233;s d'une seule prison anglaise (Old Bailey). (Voir le r&#233;cit de Buder, American Historical Review, II, 12 et suiv.) (*2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc conclure qu'en r&#233;alit&#233;, par le processus de colonisation, les classes moyennes d'Angleterre &#8211; la petite noblesse terrienne, les marchands et les yeomen, avec leur psychologie et leurs valeurs sociales &#8211; se sont reproduites dans un nouvel environnement. Il existe cependant une diff&#233;rence tr&#232;s significative : lors de leur installation dans les colonies am&#233;ricaines, toutes ces classes ont progress&#233; (et recul&#233;) dans l'&#233;chelle des droits de propri&#233;t&#233; et du statut social. Ici, &#224; l'exception des agents et des familles des forces directes de la Couronne, les gentilshommes puritains et la haute bourgeoisie constituaient la couche sup&#233;rieure. Winthrop, Endicott et Easton du Massachusetts, William Penn et Lord Baltimore, ainsi que bien d'autres personnalit&#233;s de la vie am&#233;ricaine, appartenaient &#224; cette petite noblesse terrienne, comme l'avaient &#233;t&#233; Cromwell, Hampden et Pym.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le territoire vierge et libre de l'Am&#233;rique et les opportunit&#233;s exceptionnelles qui l'accompagnaient, conjugu&#233;s &#224; l'impossibilit&#233; d'un contr&#244;le strict de la m&#233;tropole, milit contre la cristallisation de classes rigides. Tocqueville consid&#233;rait le sol am&#233;ricain comme absolument oppos&#233; &#224; l'aristocratie territoriale, et m&#234;me le g&#233;n&#233;ral britannique Carlson &#233;crivit dans son pays qu'il ne croyait pas que la dignit&#233; du tr&#244;ne britannique puisse &#234;tre pr&#233;serv&#233;e dans les for&#234;ts am&#233;ricaines. Voici une des raisons pour lesquelles la masse des pl&#233;b&#233;iens &#233;tait tout &#224; fait dispos&#233;e &#224; fonder ses revendications d'&#233;galit&#233; sur la loi de la nature et &#224; traiter ces lois comme s'il s'agissait des lois de la for&#234;t. La nature &#233;tait un substitut appr&#233;ciable &#224; la soci&#233;t&#233;. Dans la nature sauvage, au moins, l'inhumanit&#233; de l'homme envers l'homme pouvait &#234;tre &#233;vit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;r&#233;s de la r&#233;sistance des classes qui pesaient si lourdement sur eux dans leur pays, les gentilshommes ruraux des colonies s'&#233;lev&#232;rent rapidement au sommet et tent&#232;rent de dominer toutes les autres classes. Dans certaines communaut&#233;s de Nouvelle-Angleterre, par exemple, des lois furent promulgu&#233;es tr&#232;s t&#244;t p&#233;nalisant quiconque exhibait des ornements ou autres ornements superflus dans sa tenue. &#201;taient toutefois exempt&#233;s de cette r&#232;gle tous les magistrats, leurs familles et les officiers militaires, ou &#171; ceux dont la qualit&#233; et le statut &#233;taient sup&#233;rieurs &#224; la moyenne, bien que maintenant d&#233;chus &#187;. (*3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les puritains et les gentilshommes ruraux ne furent pas les seuls &#224; obtenir des positions sociales sup&#233;rieures &#224; celles qu'ils occupaient auparavant en Angleterre ; toutes les classes connurent le m&#234;me d&#233;veloppement et progress&#232;rent d'un cran. Le yeoman anglais devint fermier en Am&#233;rique ; l'apprenti compagnon et ma&#238;tre. Bref, apparemment, toute la roue de l'&#233;volution sociale tournait &#224; l'envers ; au lieu que le paysan soit chass&#233; de la terre pour devenir prol&#233;taire, ici, dans d'innombrables cas, le prol&#233;taire europ&#233;en put devenir fermier et retourner &#224; la terre. &#192; l'exception importante des esclaves et des domestiques (*4), les classes sociales n'existaient apparemment plus en tant que telles, et les diff&#233;rences entre les individus devinrent des questions de degr&#233; et non de nature. Les conflits de classes se transform&#232;rent en comp&#233;tition individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tout ce d&#233;veloppement, les vastes espaces, les sols vierges et les for&#234;ts denses furent les facteurs d&#233;cisifs. Les classes sup&#233;rieures le comprirent instinctivement et mirent tout en &#339;uvre pour bloquer la colonisation occidentale. Elles firent venir des esclaves noirs. Elles import&#232;rent des serviteurs sous contrat. Elles mont&#232;rent m&#234;me parfois les Indiens contre les pionniers. Elles firent tout ce qui &#233;tait en leur pouvoir pour augmenter le prix des terres (*5) et, faute de succ&#232;s, elles tent&#232;rent de s'accaparer le march&#233; foncier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique devint ainsi un paradis pour les requins de l'immobilier. Une v&#233;ritable manie de la sp&#233;culation fonci&#232;re s'empara des classes ais&#233;es. Une soci&#233;t&#233; obtint deux millions et demi d'acres, une autre un demi-million. Plus tard, le Congr&#232;s attribua cinq millions d'acres &#224; l'Ohio Land Company, dans laquelle George Washington lui-m&#234;me d&#233;tenait des int&#233;r&#234;ts. L'apog&#233;e fut atteinte au XIXe si&#232;cle avec les subventions fabuleuses accord&#233;es aux chemins de fer. Inutile de pr&#233;ciser que la sp&#233;culation &#233;tait monnaie courante dans toutes les l&#233;gislatures, et que les escroqueries fonci&#232;res &#233;taient monnaie courante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout cela en vain ! La fronti&#232;re s'est rapidement d&#233;plac&#233;e vers l'ouest, de la ligne de chute des rivi&#232;res de l'est jusqu'aux Appalaches. Et lorsque la Grande-Bretagne a d&#233;cr&#233;t&#233; qu'il ne fallait plus s'&#233;tendre &#224; l'ouest des sources appalachiennes des rivi&#232;res, la loi a &#233;t&#233; viol&#233;e, et le pionnier de l'Ouest est devenu le plus fervent partisan du mouvement ind&#233;pendantiste. Derri&#232;re tout cela se dressaient les for&#234;ts de pins et les ressources naturelles de tout un continent, invitant sans cesse &#224; l'exploitation et d&#233;terminant tout le mode de vie am&#233;ricain. L'esclave pouvait consid&#233;rer la nature comme son refuge, le serviteur sous contrat comme son &#233;chappatoire, le ruin&#233; comme son &#171; New Deal &#187;, l'aventurier et l'ambitieux comme son arc-en-ciel. &#171; Go West &#187; &#233;tait, pour les jeunes comme pour les moins jeunes, la voie vers une prosp&#233;rit&#233; perp&#233;tuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination prolong&#233;e des facteurs frontaliers sur la vie am&#233;ricaine a confirm&#233; l'illusion d'une absence de classes sociales dans la vie coloniale et les d&#233;buts de l'Am&#233;rique. En effet, les distinctions de classes &#233;taient difficiles &#224; maintenir en Occident. Les classes sociales sont li&#233;es &#224; la propri&#233;t&#233;, et celle-ci &#233;tait rare &#224; la fronti&#232;re. Il n'y avait aucune s&#233;paration entre les moyens et outils de production et le producteur direct. En Occident, le terme &#171; travail &#187; en est venu &#224; englober l'agriculteur, l'artisan et tous ceux qui poss&#233;daient et contr&#244;laient les instruments de leur production. &#192; cet &#233;gard, l'Occident n'a fait que perp&#233;tuer la situation pr&#233;capitaliste qui avait marqu&#233; l'Am&#233;rique d&#232;s ses origines. &#192; ses d&#233;buts, l'Am&#233;rique &#233;tait loin d'&#234;tre une terre capitaliste ; l'exploitation de l'homme par l'homme y &#233;tait extr&#234;mement limit&#233;e. Pratiquement tous les immigrants &#233;taient partis de z&#233;ro ; toute richesse qu'ils avaient acquise l'avait &#233;t&#233; &#224; la sueur de leur front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici aussi, il faut rendre un grand hommage &#224; M&#232;re Nature. Ce n'est pas parce que l'Am&#233;ricain a travaill&#233; plus dur que l'Europ&#233;en qu'il a r&#233;ussi l&#224; o&#249; ce dernier a &#233;chou&#233;. En effet, le travail am&#233;ricain &#233;tait notoirement gaspilleur compar&#233; &#224; celui des pays plus d&#233;velopp&#233;s. C'est parce qu'en Am&#233;rique, travail et possession des produits du travail &#233;taient indissociables, parce que le travail pouvait jouir de ses fruits sans une arm&#233;e de parasites, parce que le sol vierge ne n&#233;cessitait que tr&#232;s peu de d&#233;penses suppl&#233;mentaires, outre le travail, pour &#234;tre si fertile que l'Am&#233;rique &#233;tait capable non seulement de concurrencer l'Europe et de vendre moins cher que celle-ci, mais aussi d'offrir &#224; ses producteurs un niveau de vie confortable. L'expression : &#171; La nature est la m&#232;re, le travail le p&#232;re de toute valeur &#187; pouvait bien &#234;tre appr&#233;ci&#233;e dans ce nouveau monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que la quasi-totalit&#233; des colons &#233;taient pauvres a conduit, aux &#201;tats-Unis, &#224; une sorte d'id&#233;alisation du pauvre et de l'homme ordinaire. En Angleterre, on oublierait volontiers son peuple ; ce n'est pas le cas de ce c&#244;t&#233;-ci de l'Atlantique. Pourtant, il ne faut pas confondre pauvres et prol&#233;taires. La masse des &#233;migrants formant la &#171; classe m&#232;re &#187; de base, une classe si nombreuse qu'elle croyait qu'aucune autre classe n'existait, et donc aucune classe du tout, n'&#233;tait compos&#233;e ni de prol&#233;taires ni de bourgeois, mais d'&#233;l&#233;ments de la classe moyenne petite-bourgeoise, en qu&#234;te de prosp&#233;rit&#233; et d'abondance. Dans l'h&#233;misph&#232;re occidental, l'id&#233;e de classe s'est dissoute dans sa matrice de masse ; autrement dit, il y avait des masses, mais pas de classes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de grands capitaux et l'absence de classes sociales clairement d&#233;finies en Occident ont donn&#233; &#224; de nombreux historiens l'id&#233;e que la d&#233;mocratie y a prosp&#233;r&#233; d&#232;s ses origines. Or, ce n'est pas tout &#224; fait vrai. L'Occident ne nous a pas seulement donn&#233; la d&#233;mocratie ; il nous a aussi transmis un m&#233;pris salutaire pour tout gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut jamais oublier que la d&#233;mocratie est essentiellement un type d'&#201;tat o&#249; le peuple est cens&#233; contr&#244;ler les affaires politiques, soit directement, soit par l'interm&#233;diaire de repr&#233;sentants. Ses caract&#233;ristiques fondamentales incluent non seulement le droit de vote et d'&#233;ligibilit&#233;, mais aussi une multitude de libert&#233;s civiles, parmi lesquelles les libert&#233;s d'expression, de presse et de r&#233;union sont les plus importantes. Or, en se d&#233;pla&#231;ant vers l'Ouest, la tendance des pionniers et des pionniers &#233;tait de s'&#233;loigner de toute loi gouvernementale et &#233;tatique, aussi mod&#233;r&#233;e soit-elle. Il ne s'agissait pas de &#171; lib&#233;raliser le droit &#187; ; &#224; la fronti&#232;re, la loi &#233;tait totalement absente. Toute action n&#233;cessaire &#233;tait men&#233;e par un groupe compos&#233; directement des personnes concern&#233;es. Il n'y avait ni tribunaux, ni police, ni prisons, ni forces arm&#233;es de l'&#201;tat, ni collecteurs d'imp&#244;ts. La meilleure description de l'&#233;tat originel de la fronti&#232;re ne se r&#233;sume pas &#224; une d&#233;mocratie primitive, mais &#224; un libertarisme primitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que chaque individu &#224; la fronti&#232;re &#233;tait libre d'agir presque exactement comme il l'entendait, et que la parole, la presse, les rassemblements et autres activit&#233;s &#233;taient totalement libres, a donn&#233; l'impression qu'il s'agissait de droits civiques, ce qui a &#233;t&#233; suivi, &#224; son tour, de la pr&#233;somption que l&#224; o&#249; il y a des droits civiques, il doit y avoir une d&#233;mocratie. La r&#233;ponse &#224; cela est qu'il ne peut y avoir de droits civiques sans la sanction de l'&#201;tat. &#192; la fronti&#232;re, il n'y avait pas d'&#201;tat du tout. Le droit positif &#233;tait devenu un code moral fond&#233; sur la loi du sauvage. D&#233;mocratie signifie litt&#233;ralement le pouvoir du peuple ; le pionnier ne tol&#233;rait aucune r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y avait entraide et entraide, mais on ne peut certainement pas qualifier la d&#233;mocratie d'&#233;tat de soci&#233;t&#233; o&#249; chacun fuit l'&#201;tat et pr&#244;ne sa disparition. Enfin, la d&#233;mocratie ne signifie pas seulement un ensemble de droits civiques ; elle doit inclure le droit du peuple de voter et de choisir ses propres dirigeants. &#192; la fronti&#232;re, il n'y avait ni scrutin ni dirigeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, lorsque les trappeurs, les hommes des bois et les colons squatteurs c&#233;d&#232;rent la place aux colons, un &#201;tat &#224; part enti&#232;re apparut, m&#234;me si celui-ci ne faisait gu&#232;re office que de gendarme et ne touchait que l&#233;g&#232;rement aux agriculteurs. Malgr&#233; ce passage de la vie rurale &#224; la vie agraire, le sh&#233;rif et le magistrat rest&#232;rent longtemps les seuls fonctionnaires de l'&#201;tat pr&#233;sents dans de vastes r&#233;gions du pays, &#224; l'exception des fonctionnaires du gouvernement venus percevoir les paiements dus aux entreprises priv&#233;es ou &#224; l'&#201;tat pour les terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat qui se forma dans ces communaut&#233;s occidentales fut per&#231;u sous un angle totalement diff&#233;rent de celui qui pr&#233;valait dans les communaut&#233;s europ&#233;ennes. En Occident, l'&#201;tat, tel Topsy, &#171; s'est simplement d&#233;velopp&#233; &#187;. Il n'y eut pas, comme en Angleterre, de lutte de classes pour le contr&#244;le de l'&#201;tat, un &#201;tat que tous respectaient et craignaient. En Occident, au d&#233;but, la masse des petits paysans put se prot&#233;ger sans le vote, et lorsque la d&#233;mocratie du vote s'installa, elle ne s'accompagna pas d'une r&#233;volution d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays d&#233;mocratiques europ&#233;ens, o&#249; les classes populaires ont d&#251; prendre des mesures drastiques avant que les classes dirigeantes ne c&#232;dent leur autorit&#233; ou consentent &#224; partager le pouvoir, les masses ont appris &#224; v&#233;n&#233;rer et &#224; respecter l'&#201;tat qui a subi une influence si dure. En Occident, en revanche, cet &#201;tat n&#233;gligeable n'inspirait pas crainte, mais m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne, avide de richesse, ne voulait s'embarrasser de politique, alors que tant d'or se trouvait dans ces collines et ces for&#234;ts. La politique &#233;tait r&#233;serv&#233;e aux faibles, aux incomp&#233;tents, aux malhonn&#234;tes. Ainsi, le sh&#233;rif &#233;tait loin d'&#234;tre l'homme le plus respect&#233; de la communaut&#233;, en g&#233;n&#233;ral. Dans le Sud, il &#233;tait &#233;clips&#233; par le planteur, dont il &#233;tait l'agent servile. Dans l'Ouest, il &#233;tait probablement un &#233;chec populaire qui a r&#233;cup&#233;r&#233; sa position financi&#232;re perdue en empochant tous les droits et les revenus de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agriculteurs occidentaux n'avaient pas &#224; se soucier de la politique et de l'&#201;tat, car ils pouvaient vivre confortablement sans cela. Plus tard, les agriculteurs occidentaux allaient payer le prix fort pour l'indiff&#233;rence de leurs anc&#234;tres &#224; l'&#233;gard de la politique. Puis, dans ses luttes contre le lib&#233;ralisme des int&#233;r&#234;ts commerciaux, l'Occident allait &#234;tre contraint au populisme radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque coloniale, l'Occident parvenait &#224; survivre non pas en conqu&#233;rant, mais en &#233;chappant au pouvoir de l'&#201;tat. Cette attitude d'&#233;vasion politique et de fuite a marqu&#233; l'Am&#233;ricain et l'a conduit &#224; une forme de pacifisme d'un c&#244;t&#233; et &#224; la criminalit&#233; de l'autre. Et avec la fuite est venue la vitesse physique. On l'observait particuli&#232;rement en mer, o&#249; le trafic d'alcool et l'&#233;vasion judiciaire &#233;taient des sources de profits consid&#233;rables. Un auteur affirme que la grande vitesse des navires, tels que les Yankee Clippers, rendus c&#233;l&#232;bres plus tard, &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment due &#224; cette n&#233;cessit&#233; de pouvoir fuir. (*7) L'Am&#233;ricain n'&#233;tait cependant pas l&#226;che ; fuir n'&#233;tait qu'une des exigences de ce mode de subsistance. De m&#234;me que les colons dans leur ensemble fuyaient les contradictions et les luttes de l'Europe, les hommes les plus alertes et les plus &#233;nergiques de la c&#244;te Est, bloqu&#233;s par les diff&#233;renciations de classe croissantes dans les colonies, poursuivirent rapidement leur fuite vers l'Ouest, hors de port&#233;e du contr&#244;le de l'&#201;tat, privant ainsi les masses orientales de certains de leurs meilleurs &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant la d&#233;mocratie dans les communaut&#233;s les plus &#233;tablies de la c&#244;te atlantique, depuis les d&#233;buts de la colonisation, la qualification fonci&#232;re &#233;tait la seule exigence universelle primordiale, la consid&#233;ration dominante pendant pr&#232;s de deux si&#232;cles. En Nouvelle-Angleterre, lorsque seuls les membres des compagnies pouvaient voter, le droit d'adh&#233;rer &#224; la compagnie &#233;tait strictement limit&#233;. Apr&#232;s la disparition des compagnies et la transformation des colonies en institutions purement politiques, des limitations tout aussi strictes du droit de vote furent appliqu&#233;es. Ainsi, dans les &#201;tats originels qui &#233;labor&#232;rent des constitutions au d&#233;but de la guerre d'Ind&#233;pendance, la d&#233;mocratie &#233;tait tr&#232;s faible. Les constitutions adopt&#233;es &#224; la h&#226;te reprenaient les restrictions de droit de vote d&#233;j&#224; en vigueur dans les colonies et, apr&#232;s l'ind&#233;pendance, ces restrictions furent maintenues. Une qualification fonci&#232;re &#233;tait en vigueur dans chacun des treize &#201;tats originels, et dans cinq d'entre eux, la propri&#233;t&#233; devait &#234;tre immobili&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essor du capitalisme am&#233;ricain et de sa bourgeoisie commerciale et industrielle entra&#238;na la disparition du droit de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Ces modifications n'abandonn&#232;rent cependant pas le principe selon lequel seuls les propri&#233;taires fonciers &#233;taient &#233;ligibles au vote, mais substitu&#232;rent simplement une forme de propri&#233;t&#233; &#224; une autre, la propri&#233;t&#233; fiscale ou personnelle &#224; la propri&#233;t&#233; immobili&#232;re. Ces restrictions persist&#232;rent jusqu'au milieu du XIXe si&#232;cle, ne disparaissant pour l'essentiel qu'avec l'av&#232;nement de la guerre de S&#233;cession (bien que maintenues par le Delaware jusqu'en 1897).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre pleinement le poids des restrictions en vigueur &#224; l'&#233;poque coloniale, il est n&#233;cessaire de retracer la r&#233;partition des richesses du pays &#224; cette &#233;poque. Imm&#233;diatement avant la R&#233;volution am&#233;ricaine, sur une population de pr&#232;s de deux millions et trois quarts d'habitants, quelques milliers seulement poss&#233;daient la quasi-totalit&#233; des terres des grands domaines et des vastes plantations. Parall&#232;lement, environ la moiti&#233; de la population &#233;tait compos&#233;e de petits agriculteurs et d'artisans, dont la plupart parvenaient &#224; peine &#224; vivre d'une existence pr&#233;caire, bien qu'il y ait une minorit&#233; ais&#233;e consid&#233;rable. Il est probable qu'environ la moiti&#233; de la population am&#233;ricaine appartenait soit &#224; la cat&#233;gorie des serviteurs blancs sous contrat, soit &#224; celle des esclaves noirs. (*8) Dans le Sud, le nombre de Noirs d&#233;passait g&#233;n&#233;ralement celui de la population blanche. En Pennsylvanie, les Noirs repr&#233;sentaient 20 % de la population totale, &#224; New York 16 %. Ces personnes constituaient la masse des travailleurs et ne poss&#233;daient rien, pas m&#234;me leur force de travail. Leurs chances d'atteindre dans leurs anciennes communaut&#233;s la position d'homme libre et de propri&#233;taire foncier n&#233;cessaire pour leur permettre de prendre part au gouvernement &#233;taient minces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi la classe ouvri&#232;re libre, rares &#233;taient ceux qui pouvaient participer au gouvernement ou voter de toute leur vie. &#192; cette &#233;poque, les salaires des travailleurs libres &#233;taient en moyenne inf&#233;rieurs &#224; 2 dollars par semaine, les ouvriers agricoles gagnaient environ trente cents par jour, tandis que les charpentiers gagnaient parfois jusqu'&#224; cinquante-deux cents par jour. Aucun crime n'emprisonnait autant de personnes que l'endettement. Les enfants dont les parents &#233;taient incapables de subvenir &#224; leurs besoins &#233;taient astreints au travail forc&#233; pendant des ann&#233;es, rendant pratiquement insurmontable le mur de restrictions dress&#233; sur leur chemin vers la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit de vote, une fois acquis, ne s'accompagnait cependant pas du droit d'exercer une fonction publique. Des milliers d'hommes en &#226;ge de voter &#233;taient l&#233;galement exclus de toute fonction publique, de la magistrature, de la fonction de juge ou de l&#233;gislateur, ou encore du poste de gouverneur. De nombreux &#201;tats exigeaient que les titulaires de fonctions publiques soient riches. Dans un &#201;tat, le gouverneur devait poss&#233;der 500 acres de terre. Dans un autre, il devait poss&#233;der un patrimoine de 25 000 dollars, et dans un autre encore, de 50 000 dollars. Pour si&#233;ger dans l'une ou l'autre branche de la l&#233;gislature de certains &#201;tats, les conditions &#233;taient similaires. Dans le Maryland, le Delaware et le New Jersey, les candidats aux &#233;lections l&#233;gislatives devaient poss&#233;der 15 000 dollars de biens immobiliers ou mobiliers. Au sud de la Pennsylvanie, l'exigence fonci&#232;re &#233;tait g&#233;n&#233;rale. Pour devenir s&#233;nateur en Caroline du Nord, il fallait poss&#233;der 300 acres, tandis qu'en Caroline du Sud, les repr&#233;sentants devaient poss&#233;der au moins 500 acres et dix Noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons trait&#233; de la d&#233;mocratie &#224; l'Ouest et &#224; l'Est ; qu'en est-il du Sud ? &#192; l'&#233;poque coloniale, dans le Sud, l'&#171; &#201;tat &#187;, pour les masses, &#233;tait la plantation (*9), c'est-&#224;-dire que chaque propri&#233;taire de plantation disposait de sa propre police ; les seules autres forces disponibles &#233;taient la troupe du sh&#233;rif, compos&#233;e des propri&#233;taires de plantation et de leurs agents, et la milice. L'&#201;tat intervenait tr&#232;s rarement dans les affaires des propri&#233;taires de plantation. Il laissait ces propri&#233;taires d'esclaves en toute libert&#233;, pratiquement jusqu'&#224; la guerre de S&#233;cession, de faire exactement ce qu'ils voulaient, non seulement avec leurs esclaves, mais aussi, plus g&#233;n&#233;ralement, avec la &#171; pauvre racaille blanche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Sud, il n'y avait pas de place pour des &#233;l&#233;ments interm&#233;diaires entre les riches propri&#233;taires de plantations et les &#171; pauvres blancs &#187;. Le mode de production du Sud imposa l'extension rapide du syst&#232;me des grandes plantations et l'expulsion de tous les yeomans et des agriculteurs moyens. Ces derniers int&#233;gr&#232;rent les rangs des esclavagistes ou furent chass&#233;s. Des personnalit&#233;s comme Jefferson, John Marshall et Patrick Henry &#233;taient tous des pionniers de ce type, progressivement enrichis par le d&#233;veloppement du Sud et qui prirent position aux c&#244;t&#233;s des riches de leurs communaut&#233;s. La capitulation de ces hommes devant l'esclavagisme au pouvoir illustre la faiblesse de la classe dont ils &#233;taient issus. En fin de compte, Jefferson, Henry et leurs semblables servirent de leurres pour attirer les agriculteurs ind&#233;pendants de l'Ouest dans les mains de l'aristocratie sudiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc dire que, dans le Sud, l'importance de l'&#201;tat politique n'existait que dans le domaine de la politique &#233;trang&#232;re, c'est-&#224;-dire dans la d&#233;termination des relations de la classe esclavagiste en tant que telle avec les autres &#201;tats, territoires et pays. Dans le Sud, &#224; l'int&#233;rieur, il n'y avait pas d'&#201;tat d&#233;mocratique, car il n'y avait pas de d&#233;mocratie et parce qu'il y avait tr&#232;s peu d'&#201;tat. Chez les planteurs individuels, comme chez les pionniers individuels, chaque homme &#233;tait un roi. Il s'agissait d'un point de contact direct entre le Sud et l'Ouest, un point sur lequel la squirarchie sudiste capitalisa pour p&#233;n&#233;trer la fronti&#232;re occidentale et gagner cette derni&#232;re &#224; la cause du Sud agraire contre le Nord commer&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissant de c&#244;t&#233; les esclaves et les serviteurs sous contrat, on peut dire que la grande masse d'immigrants qui a afflu&#233; sur les c&#244;tes am&#233;ricaines au XVIIIe si&#232;cle &#233;tait compos&#233;e d'&#233;l&#233;ments d&#233;termin&#233;s &#224; am&#233;liorer leurs conditions sociales au moment de leur d&#233;part d'Europe et &#224; voler de leurs propres ailes. Ces &#233;l&#233;ments formaient la grande classe ouvri&#232;re &#8211; celle des agriculteurs et des artisans non capitalistes qui combinaient la propri&#233;t&#233; des moyens de production avec le plein contr&#244;le de leur travail. Ce que ces gens d&#233;siraient avant tout, c'&#233;tait la paix et la tranquillit&#233;, afin qu'une application assidue &#224; leur travail leur apporte l'abondance. Il n'&#233;tait donc pas rare que nombre d'entre eux se convertissent aux Quakers, ni que nombre d'entre eux refusent de prendre part &#224; la R&#233;volution am&#233;ricaine. La Pennsylvanie &#233;tait l'&#201;tat le plus loyal &#224; la Couronne britannique. Refusant toute activit&#233; militariste, les Am&#233;ricains rempla&#231;aient le faste de la conqu&#234;te par la dignit&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre digne, le travail devait &#234;tre ind&#233;pendant. Avec un continent entier qui l'attendait, quel immigrant serait pr&#234;t &#224; se soumettre volontairement &#224; travailler pour quelqu'un d'autre ? Tout homme libre travaillait pour lui-m&#234;me ; travailler pour autrui &#233;tait consid&#233;r&#233; comme indigne d'un homme. Ainsi, le pionnier et le squatteur, par exemple, consid&#233;raient le Noir, travaillant dans l'int&#233;r&#234;t et pour le bien-&#234;tre de son ma&#238;tre, comme un travail r&#233;serv&#233; &#224; un animal. L'esclave &#233;tait donc une b&#234;te et non un humain, puisque tout v&#233;ritable humain ne travaille que pour lui-m&#234;me. De plus, puisque chaque &#234;tre humain na&#238;t libre et &#233;gal, comme l'&#233;taient les Indiens, et que le destin du Noir &#233;tait de ne pas na&#238;tre ainsi, cela prouvait que le Noir &#233;tait bel et bien de souche sous-humaine. De ce fait, surtout dans le Sud, une profonde antipathie se d&#233;veloppa entre le pionnier ind&#233;pendant et le Noir servile, sentiment soigneusement entretenu par la caste esclavagiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux &#171; pauvres blancs &#187;, leur mis&#233;rable ind&#233;pendance &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment pr&#233;serv&#233;e gr&#226;ce &#224; l'esclavage. Si l'esclavage avait &#233;t&#233; aboli, leurs jours de chasse et de p&#234;che auraient &#233;t&#233; r&#233;volus. Ces rustres avaient donc un int&#233;r&#234;t personnel profond &#224; traquer les esclaves, dont ils &#233;taient les limiers, et &#224; les lyncher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de telles circonstances, le concept m&#234;me de prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire un corps permanent de salari&#233;s, sans propri&#233;t&#233;, n'ayant que leur force de travail &#224; vendre &#224; ceux qui contr&#244;lent les moyens de production, semblait une id&#233;e &#233;trang&#232;re, anti-am&#233;ricaine. C'&#233;tait une pratique que les colons avaient fuie dans l'Ancien Monde ; ils luttaient avec acharnement contre sa r&#233;surrection dans le Nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si toutes les classes avaient progress&#233; et r&#233;gress&#233; lors de leur installation dans les colonies am&#233;ricaines, si les couches moyennes en Angleterre &#233;taient devenues les couches sup&#233;rieures en Am&#233;rique, et que les ouvriers &#233;taient d&#233;sormais entrepreneurs et agriculteurs, qui resterait pour effectuer le travail du prol&#233;tariat ? O&#249; le fermier moyen trouverait-il ses ouvriers ? Comment g&#233;rerait-il les plantations ? Qui s'occuperait des usines ? Si chacun travaillait pour son propre compte, comment le capital s'accumulerait-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique libre se trouvait face &#224; un dilemme. Personne ne pouvait assumer le r&#244;le du prol&#233;tariat. L'Am&#233;rique disposant d'un sol vierge accessible &#224; tous, il &#233;tait extr&#234;mement difficile de recruter et de conserver du personnel salari&#233;. Pour s'assurer un prol&#233;tariat, il fallait l'encha&#238;ner. Le fait m&#234;me que l'Am&#233;rique soit &#171; la terre de la libert&#233; &#187; la contraignit &#224; devenir le foyer classique de l'esclavage. Le prol&#233;tariat &#233;tait repr&#233;sent&#233;, en premier lieu, par l'esclave noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, les bons chr&#233;tiens de Virginie estim&#232;rent qu'ils ne devaient pas asservir leurs semblables baptis&#233;s, et les premiers Noirs amen&#233;s par les Hollandais furent donc r&#233;duits &#224; l'esclavage. (*10) Tr&#232;s vite, ces scrupules furent balay&#233;s. Le traitement r&#233;serv&#233; aux esclaves est bien d&#233;crit par un &#233;crivain de l'&#233;poque, Benezet, &#233;crivant au XVIIIe si&#232;cle : &#171; &#8230; en Jama&#239;que, si six Noirs nouvellement import&#233;s sur dix survivent &#224; l'&#233;levage, cela est consid&#233;r&#233; comme un achat rentable ; et dans la plupart des autres plantations, si les Noirs vivent huit ou neuf ans, leur travail est consid&#233;r&#233; comme une compensation suffisante pour leur co&#251;t. &#187; (*11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de ce vaste commerce d'esclaves pratiqu&#233; par les bons lib&#233;raux de l'&#233;poque sont d&#233;crites par le m&#234;me auteur dans un autre passage : &#171; &#8230; nous pouvons, avec un certain degr&#233; de certitude, conclure qu'au moins cent mille Noirs sont achet&#233;s et amen&#233;s &#224; bord de nos navires chaque ann&#233;e depuis les c&#244;tes d'Afrique&#8230; &#187; Ceci est confirm&#233; par l'Histoire du commerce et du commerce d'Anderson, imprim&#233;e en 1764, o&#249; il est dit &#224; la page 68 de l'appendice : &#171; L'Angleterre fournit &#224; ses colonies am&#233;ricaines des esclaves noirs, dont le nombre s'&#233;l&#232;ve &#224; plus de cent mille chaque ann&#233;e. &#187; Lorsque les navires sont remplis d'esclaves, ils partent pour nos plantations en Am&#233;rique, et peuvent faire deux ou trois mois de voyage, p&#233;riode pendant laquelle, &#224; cause de la salet&#233; et de la puanteur qui les entourent, des maladies &#233;clatent fr&#233;quemment, qui en emportent un grand nombre, un cinqui&#232;me, un quart, voire parfois un tiers. On peut donc pr&#233;sumer qu'en calculant mod&#233;r&#233;ment le nombre d'esclaves, Achet&#233;s par nos marchands africains chaque ann&#233;e, pr&#232;s de trente mille meurent pendant le voyage et pendant la saison des r&#233;coltes. Ajoutez &#224; cela le nombre prodigieux de victimes des incursions et des guerres intestines&#8230; Il est tout aussi choquant de lire les r&#233;cits de Sir Hans Sloan et d'autres, ainsi que les traitements inhumains et cruels inflig&#233;s aux Noirs qui survivent &#224; la saison des r&#233;coltes dans les &#238;les, souvent pour des transgressions auxquelles le ch&#226;timent qu'ils re&#231;oivent est sans commune mesure. &#171; Et les horribles ex&#233;cutions qui y sont fr&#233;quemment pratiqu&#233;es d&#232;s la d&#233;couverte des complots ourdis par les Noirs pour recouvrer leur libert&#233; ; certains sont bris&#233;s vifs sur une roue, d'autres br&#251;l&#233;s vifs, ou plut&#244;t r&#244;tis vifs ; d'autres encore sont affam&#233;s, un pain suspendu devant leur bouche. &#187; (*12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait qu'en Am&#233;rique le prol&#233;tariat ait &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233; &#224; l'origine par l'esclave a influenc&#233; toute la vie du peuple am&#233;ricain. La classe ouvri&#232;re &#233;tant constitu&#233;e d'une caste d'esclaves, nul autre qu'un esclave ne se reconnaissait comme appartenant &#224; une classe dot&#233;e d'un statut social fixe. L'attaque brutale contre les Noirs n'&#233;tait pas du tout consid&#233;r&#233;e comme une attaque contre le travail. Ce n'est qu'au XIXe si&#232;cle, avec l'&#233;mancipation de l'esclave, que le Noir se r&#233;v&#232;le sous son v&#233;ritable jour historique. On constate alors que le Noir repr&#233;sente bien le prol&#233;taire typique et repr&#233;sente le simple travail non qualifi&#233;. On commence alors &#224; reconna&#238;tre qu'en Am&#233;rique, la classe ouvri&#232;re en tant que telle est d'abord principalement noire ; que le Noir est au c&#339;ur du probl&#232;me du travail, et que le travail est au c&#339;ur du probl&#232;me noir. Il devient de plus en plus &#233;vident que le lynchage du Noir, si ostensiblement pratiqu&#233; aux &#201;tats-Unis, n'est qu'un moyen parmi d'autres de maintenir le travail &#224; sa place. Le caract&#232;re r&#233;volutionnaire sauvage inh&#233;rent &#224; la lutte des travailleurs am&#233;ricains pour l'&#233;mancipation peut &#234;tre attribu&#233; en partie aux r&#233;bellions des esclaves noirs.(*13)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVIIIe si&#232;cle, le d&#233;veloppement capitaliste des colonies am&#233;ricaines commen&#231;a &#224; se heurter &#224; la r&#233;sistance du gouvernement whig d'Angleterre. L'attitude de ces lib&#233;raux whigs se refl&#232;te dans le type de constitution accord&#233;e &#224; la Caroline, r&#233;dig&#233;e par John Locke lui-m&#234;me. Selon cette constitution, les terres devaient &#234;tre d&#233;tenues &#224; l'origine par un groupe de propri&#233;taires, le plus &#226;g&#233; &#233;tant le Palatin (&#224; la mani&#232;re d'un prince ind&#233;pendant). Les propri&#233;taires devaient se r&#233;server un cinqui&#232;me des terres comme propri&#233;t&#233; personnelle, une autre grande partie devait &#234;tre divis&#233;e en baronnies et manoirs, d&#233;tenus par une aristocratie et cultiv&#233;s par des serfs, le reste &#233;tant des propri&#233;t&#233;s franches. Politiquement, la Caroline devait &#233;viter une d&#233;mocratie nombreuse et devenir une oligarchie (avec toutefois une assembl&#233;e populaire). Tel &#233;tait le type de soci&#233;t&#233; que les lib&#233;raux anglais avaient imagin&#233; pour l'Am&#233;rique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations entre l'Angleterre et l'Am&#233;rique n'auraient pas pu s'envenimer avant 1763 ; elles le firent ensuite rapidement. D'une part, avec la fin de la guerre de Sept Ans en 1763, le gouvernement britannique avait obtenu le contr&#244;le total du continent nord-am&#233;ricain. Ne craignant plus les Fran&#231;ais et n'ayant plus &#224; les combattre, le roi et le Parlement n'avaient plus &#224; se soucier autant des colons am&#233;ricains. Ils n'avaient pas non plus besoin d'une milice autochtone. Les Indiens pouvaient d&#233;sormais devenir une force, non pas du roi de France contre les Britanniques, mais du roi britannique contre les colonies. Avec le d&#233;but de la r&#233;volution industrielle, il &#233;tait temps d'&#233;laborer un v&#233;ritable plan permettant d'exploiter au mieux l'Am&#233;rique au profit des hommes d'affaires lib&#233;raux au pouvoir en Grande-Bretagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les colons am&#233;ricains comprenaient &#233;galement l'&#233;volution des relations entre la m&#233;tropole et les colonies apr&#232;s la fin de la guerre de 1763. Durant la guerre, les colonies am&#233;ricaines avaient d&#233;velopp&#233; et test&#233; leurs forces arm&#233;es ; elles &#233;taient convaincues de pouvoir faire face &#224; tous les arrivants sur leur nouveau territoire. En battant les Fran&#231;ais, elles avaient prouv&#233; &#224; maintes reprises leur sup&#233;riorit&#233;, m&#234;me sur les troupes d'&#233;lite britanniques. D&#233;sormais, la France n'&#233;tait plus &#224; craindre. Une voie &#233;tait ouverte &#224; une expansion compl&#232;te vers l'Ouest, que seule la Couronne britannique bloquait. En effet, dans toute lutte contre la Couronne et le Parlement britanniques, les colons &#233;taient tenus de recevoir l'aide de leur ancien ennemi, la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement lib&#233;ral britannique accentua progressivement sa pression sur les groupes coloniaux &#233;conomiques dominants. Les dettes des planteurs du Sud envers les entreprises britanniques devinrent plus difficiles &#224; rembourser, l'expansion vers l'Ouest fut interdite, certains types de produits manufactur&#233;s furent proscrits, le transport maritime fut fortement limit&#233; par une multitude de r&#232;gles on&#233;reuses, les imp&#244;ts furent augment&#233;s ; m&#234;me les for&#234;ts devinrent des r&#233;serves royales, avec interdiction d'abattre certains arbres r&#233;serv&#233;s &#224; la Royal Navy de Sa Majest&#233;. Au sein des colonies, les agents du gouvernement britannique commenc&#232;rent &#224; prendre un contr&#244;le de plus en plus quasi total. La question devenait de plus en plus claire : qui allait gouverner les colonies, les classes &#233;conomiquement dominantes ou la bourgeoisie britannique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essentiellement, la R&#233;volution am&#233;ricaine n'&#233;tait pas la lutte d'un peuple opprim&#233; contre un roi tyrannique, comme on l'a si souvent suppos&#233; et diffus&#233; (*14), mais la lutte des riches marchands, n&#233;gociants, exp&#233;diteurs, planteurs et fabricants naissants am&#233;ricains pour repousser les obstacles mis sur leur chemin par un gouvernement capitaliste dirig&#233; par un Parlement lib&#233;ral (Whig).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la lutte des Am&#233;ricains ne f&#251;t pas dirig&#233;e contre le Roi, mais contre le Parlement, fut reconnu par tous les chefs de la R&#233;volution. Dans leurs d&#233;bats et pol&#233;miques contre les Britanniques, ils soulign&#232;rent &#224; maintes reprises que le Parlement n'avait aucun droit de les taxer, car ils ne relevaient pas de sa juridiction, mais directement du Roi. Ils &#233;labor&#232;rent une th&#233;orie de l'Empire britannique, qui fut plus tard accept&#233;e par le Parlement et instaur&#233;e dans un syst&#232;me de gouvernement du Dominion et d'autonomie locale. Ayant refus&#233; de reconna&#238;tre l'autorit&#233; du Parlement sur eux, les colons, dans la D&#233;claration d'ind&#233;pendance, ne mentionn&#232;rent jamais nomm&#233;ment le Parlement, soulignant plut&#244;t la tyrannie du Roi, dont l'autorit&#233;, bien que limit&#233;e par les droits des Anglais et la loi naturelle selon Dieu (*15), &#233;tait toujours reconnue. De fait, &#224; plusieurs reprises en 1778, le roi Georges voulut mettre fin &#224; la guerre, mais son minist&#232;re whig l'en emp&#234;cha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur lutte contre la Couronne britannique au Parlement, les groupes dirigeants am&#233;ricains pouvaient compter sur le soutien de l'importante nouvelle immigration qui affluait r&#233;guli&#232;rement dans les colonies. Nombre de ces immigrants n'avaient aucune tradition de soumission &#224; la Couronne (huguenots fran&#231;ais, Hollandais, Su&#233;dois, Allemands), ou &#233;taient hostiles &#224; la Grande-Bretagne (Irlandais). La puissance am&#233;ricaine gagnait rapidement de jour en jour. Au sein des colonies, l'expulsion des loyalistes d'Am&#233;rique et la confiscation de leurs terres allaient in&#233;vitablement attirer de nombreux &#233;l&#233;ments du c&#244;t&#233; de la R&#233;volution, des &#233;l&#233;ments qui n'avaient rien &#224; perdre et beaucoup &#224; gagner d'une nouvelle r&#233;partition des richesses in&#233;vitable dans toute r&#233;volution. Les r&#233;volutionnaires am&#233;ricains pouvaient assur&#233;ment compter enti&#232;rement sur l'Occident pour les accompagner jusqu'au bout. De fait, ce sont les &#233;l&#233;ments poss&#233;dants les plus proches de l'Occident, repr&#233;sent&#233;s par Patrick Henry, Jefferson et d'autres, qui plaid&#232;rent avec le plus d'urgence et de force en faveur de la rupture. Pour rester dans le droit chemin, m&#234;me les lib&#233;raux devaient parler comme des radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, la lutte de la bourgeoisie pour le pouvoir avait abouti &#224; la Grande R&#233;bellion, g&#233;n&#233;ralement reconnue comme une guerre civile. Aux &#201;tats-Unis, la R&#233;bellion n'a pas &#233;t&#233; con&#231;ue comme telle. Au lieu d'une th&#233;orie des luttes de classes ouvertes, nous avons adopt&#233; le concept de guerre nationale pour la libert&#233;. Ainsi s'est form&#233;e la tradition selon laquelle la r&#233;volution n'a rien &#224; voir avec les luttes de classes. Au contraire, la R&#233;volution am&#233;ricaine a &#233;t&#233; analys&#233;e comme une lutte contre le statut et la rigidit&#233; des classes impos&#233;s &#224; la vie am&#233;ricaine. Ainsi, les Britanniques en sont venus &#224; symboliser la domination de classe et ont &#233;t&#233; per&#231;us comme s'effor&#231;ant diaboliquement d'introduire les coutumes et les formations de classe europ&#233;ennes dans l'atmosph&#232;re pure de l'Am&#233;rique. Le destin de l'Am&#233;rique &#233;tait ainsi envisag&#233; comme une lutte incessante, non pas de classe contre classe, mais de l'absence de classes du nouveau monde, contre la pl&#233;nitude des classes de l'ancien monde. Selon cette th&#233;orie, la R&#233;volution am&#233;ricaine n'&#233;tait pas un exemple d'insurrection de classe contre un ennemi int&#233;rieur, mais une r&#233;bellion nationale contre les forces de classe obscures d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est un fait, cependant, que non seulement la R&#233;volution am&#233;ricaine elle-m&#234;me fut un exemple classique de l'aboutissement de la lutte des classes pour le pouvoir, mais qu'elle incita les classes populaires am&#233;ricaines &#8211; esclaves, serviteurs sous contrat, pl&#233;b&#233;iens, agriculteurs &#8211; &#224; identifier leurs int&#233;r&#234;ts &#224; ceux de la R&#233;volution et &#224; d&#233;clencher leurs propres luttes de classes pour satisfaire leurs besoins particuliers. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette &#233;volution que les couches dirigeantes am&#233;ricaines redoutaient le plus et qu'elles s'efforc&#232;rent de r&#233;primer. George Washington aurait pr&#233;f&#233;r&#233; perdre la guerre plut&#244;t que de laisser les classes populaires triompher. Au cours de la R&#233;volution, les soi-disant &#171; patriotes &#187; et les r&#233;volutionnaires fortun&#233;s, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, prirent la fuite et abandonn&#232;rent la cause ; le peuple en fit les frais, et, finalement, ce furent les Fran&#231;ais qui sauv&#232;rent la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les riches colons ont jou&#233; un r&#244;le honteux dans la R&#233;volution am&#233;ricaine. New York et Philadelphie &#233;taient loyalistes jusqu'&#224; la moelle. Les lib&#233;raux, qui n'avaient pas h&#233;sit&#233; &#224; vendre des armes aux Fran&#231;ais contre leurs propres fr&#232;res lors de la guerre de Sept Ans, n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; vendre beaucoup de mat&#233;riel de guerre &#224; l'arm&#233;e britannique en 1776. Ils particip&#232;rent peu aux combats ; ils refus&#232;rent m&#234;me de contribuer au financement de la guerre. Les d&#233;penses militaires chut&#232;rent r&#233;guli&#232;rement, passant de vingt-quatre millions de dollars en 1777-1778 &#224; dix millions en 1779, &#224; trois millions en 1780 et &#224; moins de deux millions en 1781. Sans les g&#233;n&#233;reux pr&#234;ts fran&#231;ais, l'arm&#233;e nationale aurait tout perdu. Au lieu de s'imposer pour financer sa guerre, la bourgeoisie fit de son mieux pour en transf&#233;rer enti&#232;rement le fardeau sur les masses. Elle &#233;mit du papier-monnaie qui perdit rapidement toute valeur ; elle refusa de trouver les moyens de payer les soldats. Les lib&#233;raux refus&#232;rent m&#234;me d'assurer les fonctions gouvernementales les plus essentielles. Dans les jours les plus sombres de la guerre, &#171; le Congr&#232;s devint bient&#244;t insignifiant en nombre, seulement dix ou douze membres y assistaient (dix ou douze membres sur les pr&#232;s de 350 qui avaient &#233;t&#233; &#233;lus !), et ceux-ci vaquaient &#224; leurs occupations ou se reposaient selon leur caprice. &#187; (*16)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crainte des riches Am&#233;ricains de perdre le contr&#244;le de la situation et de voir les masses dominer l'arm&#233;e, comme &#224; l'&#233;poque de Cromwell, emp&#234;cha les &#171; patriotes &#187; de l'&#233;poque de constituer une arm&#233;e puissante ou d'entra&#238;ner les masses dans la R&#233;volution. Il est certain que la masse du peuple ne participa pas &#224; la guerre d'Ind&#233;pendance ; les arm&#233;es am&#233;ricaines furent de tout temps tr&#232;s r&#233;duites, environ trente mille hommes, et elles furent trait&#233;es de mani&#232;re abominable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des milliers de Continentaux &#233;taient souvent pratiquement nus ; Chastellux en trouva plusieurs centaines dans un camp d'infirmes, non pas parce qu'ils &#233;taient malades, mais parce qu'ils n'&#233;taient m&#234;me pas couverts de haillons. &#187; (*17) Durant le rude hiver de 1777, des dizaines de soldats moururent de faim. Le 1er f&#233;vrier 1778, sur les dix-sept mille hommes que comptait l'arm&#233;e, seuls cinq mille &#233;taient en activit&#233;, plus de quatre mille &#233;taient inaptes &#224; cause de leur nudit&#233;, et plusieurs milliers &#233;taient frapp&#233;s d'incapacit&#233; par des maladies de toutes sortes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment &#224; cette politique g&#233;n&#233;rale visant &#224; emp&#234;cher la participation des masses, George Washington refusa d'abord d'accepter les Noirs lib&#233;r&#233;s dans l'arm&#233;e ; ce n'est que lorsque les Britanniques menac&#232;rent de lib&#233;rer les esclaves noirs des rebelles et commenc&#232;rent &#224; fomenter des insurrections noires que les Noirs furent accept&#233;s dans l'arm&#233;e. &#171; Un relev&#233; officiel des Noirs sous le commandement de Washington en 1778 montre une moyenne de 54 Noirs par bataillon. &#187; (*18) Bient&#244;t, l'arm&#233;e continentale comptait plus de quatre mille Noirs. (*19) Avec la b&#233;n&#233;diction d'Alexander Hamilton, qui pensait que l'esclavage pr&#233;parait les hommes &#224; l'arm&#233;e, car plus les soldats sont proches des machines, mieux c'est, et avec l'approbation du g&#233;n&#233;ral Greene, qui trouvait les Noirs d'excellents soldats, des efforts furent faits pour inciter les Noirs &#224; s'enr&#244;ler pour des raisons de libert&#233;. La m&#234;me chose fut faite avec les serviteurs sous contrat qui &#233;taient &#233;galement lib&#233;r&#233;s de leurs liens s'ils acceptaient de s'enr&#244;ler. C'est ainsi que la bourgeoisie s'est d&#233;rob&#233;e &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Washington prit les mesures les plus s&#233;v&#232;res pour emp&#234;cher les officiers de fr&#233;quenter les simples soldats et alla m&#234;me jusqu'&#224; renvoyer, en disgr&#226;ce, un officier commissionn&#233; pour avoir couch&#233; et mang&#233; avec des simples soldats. (*20) Quelle diff&#233;rence avec l'arm&#233;e de Cromwell, qui avait &#233;lu ses propres d&#233;l&#233;gu&#233;s et g&#233;r&#233; ses propres affaires ! Pas &#233;tonnant que tant de soldats d&#233;sertent &#224; la premi&#232;re occasion !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations conduisent &#224; la conclusion g&#233;n&#233;rale que la R&#233;volution am&#233;ricaine n'&#233;tait en aucun cas une r&#233;volution populaire. Elle l'&#233;tait bien moins que la guerre civile anglaise, plus d'un si&#232;cle auparavant. Nous avons constat&#233; que, durant les guerres civiles anglaises, les propri&#233;taires pauvres et la masse pl&#233;b&#233;ienne avaient form&#233; leur propre parti, celui des Niveleurs et des B&#234;cheurs, et avaient pr&#233;sent&#233; leurs revendications en leur nom propre. Rien de tout cela ne s'est produit lors de la R&#233;volution am&#233;ricaine. Comment expliquer cette diff&#233;rence consid&#233;rable entre les deux r&#233;volutions ? Pourquoi le peuple n'a-t-il pas r&#233;ussi &#224; faire valoir ses revendications au sein de ses propres partis ? La r&#233;ponse &#224; cette question est simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'exception des esclaves noirs, totalement inarticul&#233;s, des engag&#233;s et autres domestiques blancs, qui esp&#233;raient une am&#233;lioration ult&#233;rieure de leur situation, la masse des gens ordinaires &#233;tait mieux lotie que dans leur ancien pays. Leurs principales revendications &#233;taient de pouvoir vivre leur vie, cultiver leurs propres terres et travailler avec leurs propres outils. Ils n'&#233;taient pas d&#233;sesp&#233;r&#233;ment affam&#233;s au point d'&#234;tre pr&#234;ts &#224; risquer leur vie dans une guerre civile. On &#233;tait venu en Am&#233;rique pour &#233;chapper aux luttes sociales, et non pour en engager de nouvelles. Les pionniers, bien s&#251;r, soutenaient avec enthousiasme la cause de la R&#233;volution, mais ils n'avaient aucune revendication particuli&#232;re &#224; formuler, car, malgr&#233; les r&#233;glementations britanniques, ils avaient hardiment progress&#233; vers l'ouest et s'&#233;taient empar&#233;s de ce qu'ils convoitaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, partout o&#249;, dans une localit&#233; donn&#233;e, il &#233;tait possible d'utiliser la R&#233;volution comme pr&#233;texte pour d&#233;poss&#233;der les riches et les loyalistes, cela se faisait avec d&#233;termination. On peut m&#234;me dire que le terrorisme des gu&#233;rilleros eut des cons&#233;quences bien plus graves que celui de l'arm&#233;e continentale r&#233;guli&#232;re. Les Minute Men &#233;taient compos&#233;s de tels &#233;l&#233;ments, tout comme la milice d'&#201;tat. &#192; la fin de la R&#233;volution, cent mille loyalistes avaient &#233;t&#233; chass&#233;s du pays et leurs biens, estim&#233;s &#224; quarante millions de dollars, confisqu&#233;s. Mais le simple fermier et pionnier refusait de s'engager dans l'arm&#233;e ou de combattre, surtout lorsqu'il prenait conscience des conditions auxquelles les soldats devaient faire face face aux Britanniques. Mieux valait rester chez soi et s'occuper des labours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation peut se r&#233;sumer ainsi : l'essentiel de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire &#233;tait compos&#233; d'&#233;l&#233;ments pauvres, agraires et pl&#233;b&#233;iens ; la majeure partie des officiers appartenaient aux classes ais&#233;es et riches. (*21) Dans les relations sociales g&#233;n&#233;rales, le tableau &#233;tait diff&#233;rent. Seule une minorit&#233; des riches &#233;tait du c&#244;t&#233; de la R&#233;volution, la majeure partie restant royaliste. Ainsi, en ce qui concerne les couches sociales sup&#233;rieures, soit elles combattaient la R&#233;volution, soit, si elles adh&#233;raient &#224; sa cause, elles se tenaient, pour la plupart, loin &#224; l'arri&#232;re-plan. Cependant, il est ind&#233;niable que la petite minorit&#233; issue des rangs des riches qui joua un r&#244;le actif, soit comme initiateurs ou contr&#244;leurs par l'interm&#233;diaire des Comit&#233;s de Correspondance et du Congr&#232;s Continental, soit comme officiers dans l'arm&#233;e, dominait totalement la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution am&#233;ricaine est un exemple o&#249; la bourgeoisie elle-m&#234;me a initi&#233; et men&#233; sa propre r&#233;volution et en a gard&#233; le contr&#244;le jusqu'au bout. Pour ce faire, cependant, elle devait veiller &#224; ce que le peuple lui-m&#234;me ne s'implique pas trop dans la lutte ; on se retrouve ainsi dans une situation paradoxale o&#249; les officiers de l'arm&#233;e &#233;dictent des r&#232;gles destin&#233;es &#224; emp&#234;cher la masse populaire d'y adh&#233;rer et de faire sienne la cause r&#233;volutionnaire. Les classes populaires auraient pu &#234;tre gagn&#233;es avec enthousiasme &#224; la R&#233;volution. En r&#233;alit&#233;, le pays est devenu &#224; peu pr&#232;s &#233;galement divis&#233; quant &#224; la l&#233;gitimit&#233; de la lutte ; en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les classes sup&#233;rieures de l'Est se rangeaient du c&#244;t&#233; du roi, tandis que les couches les plus pauvres de la population, surtout &#224; l'Ouest, se rangeaient du c&#244;t&#233; de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces couches pauvres, cependant, ne furent jamais impliqu&#233;es dans la lutte. Non pas qu'elles fussent neutres, mais plut&#244;t contraintes &#224; la passivit&#233; par l'activit&#233; &#233;sot&#233;rique des dirigeants bourgeois de la R&#233;volution. Parall&#232;lement, le peuple &#233;tait trop pr&#233;occup&#233; par l'accumulation des richesses disponibles et disponibles pour prendre l'initiative de former ses propres arm&#233;es populaires, avec ses propres revendications et ses propres officiers. &#192; cela s'ajoute le fait que la masse des esclaves et des serviteurs sous contrat ne pouvait prendre les armes sans l'autorisation de leurs ma&#238;tres ou le soutien des fractions ind&#233;pendantes de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agriculteurs et les pionniers avaient si peu d'int&#233;r&#234;t pour l'&#201;tat qu'ils le c&#233;d&#232;rent volontiers aux radicaux, dont la D&#233;claration d'ind&#233;pendance, affirmant que tous les hommes &#233;taient cr&#233;&#233;s &#233;gaux et dot&#233;s de droits inali&#233;nables que nul ne pouvait leur retirer, les attirait vivement. Pourquoi se soucieraient-ils du vote ? Ils pouvaient obtenir des terres et du pain sans lui. Plus tard, lorsque l'agriculteur se tourna vers la politique, lors des r&#233;voltes de Shays et de la r&#233;volte du Whisky, ce fut parce que l'&#201;tat, d&#233;sormais d&#233;velopp&#233; en Nouvelle-Angleterre et ailleurs, ne le laissait plus tranquille et &#233;tait d&#233;termin&#233; &#224; lui faire payer la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la R&#233;volution, les cliques oligarchiques au pouvoir se content&#232;rent de laisser des radicaux comme Thomas Paine s'avancer pour alimenter la chair &#224; canon. Paine tenait en effet des propos mielleux, car il &#233;tait non seulement radical, mais il croyait aussi en d'importantes r&#233;formes sociales. Sous la pression de la R&#233;volution am&#233;ricaine et face aux &#233;v&#233;nements de la R&#233;volution fran&#231;aise qui se d&#233;roulaient sous ses yeux, Paine ira jusqu'&#224; pr&#244;ner, avant sa mort, la d&#233;mocratie politique, l'&#233;galit&#233; des droits pour les femmes, l'abolition de l'esclavage des Noirs, l'arbitrage international, des conceptions rationnelles du mariage et du divorce, la cl&#233;mence envers les animaux, les pensions de retraite, les allocations de maternit&#233;, les subventions aux enfants des plus pauvres, les usines municipales pour lutter contre le ch&#244;mage, les syndicats, l'&#233;ducation obligatoire, l'entretien des veuves, l'imp&#244;t progressif sur le revenu, l'abolition des gouvernements co&#251;teux et inutiles, la r&#233;duction des armements par accord international, et d'autres id&#233;es similaires. M&#234;me un George Washington aurait pu employer un tel homme ; il a utilis&#233; les &#233;crits r&#233;volutionnaires de Paine comme mat&#233;riel de d&#233;clamation pour les soldats de Valley Forge, afin de d&#233;tourner leur esprit de la trahison des m&#234;mes cliques dirigeantes que Washington repr&#233;sentait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, les dirigeants lib&#233;raux de la R&#233;volution d&#233;testaient profond&#233;ment les masses et craignaient les villes. Cela devait appara&#238;tre clairement lors de la r&#233;daction de la Constitution. Madison put alors &#233;crire &#224; Jefferson : &#171; Prot&#233;ger le bien public et les droits priv&#233;s contre le danger des sans-propri&#233;t&#233; ou des prol&#233;taires, tout en pr&#233;servant l'esprit et la forme du gouvernement populaire, tel &#233;tait alors le principal objectif des enqu&#234;tes de la Convention. &#187; (*22) D'autres se donn&#232;rent beaucoup de mal pour tenter de prouver qu'une R&#233;publique n'est pas n&#233;cessairement une D&#233;mocratie. John Adams, sans &#233;gal en mati&#232;re de phras&#233;ologie pendant la R&#233;volution, d&#233;clara plus tard : &#171; La d&#233;mocratie n'a jamais &#233;t&#233; et ne sera jamais aussi durable que l'aristocratie ou la monarchie ; mais tant qu'elle dure, elle est plus sanglante que l'une ou l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a jamais eu de d&#233;mocratie qui ne se soit pas suicid&#233;e. &#187; (*23) Chas. et Mary Beard r&#233;sument la question en affirmant que le terme &#171; d&#233;mocrate &#187;, dans l'opinion des &#171; p&#232;res fondateurs &#187;, &#233;tait aussi malodorant que le terme &#171; bolchevique &#187; l'aurait &#233;t&#233; dans les cercles polis de Washington &#224; l'&#233;poque du pr&#233;sident Harding. (*24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour combattre ces masses, une Soci&#233;t&#233; secr&#232;te de Cincinnati fut cr&#233;&#233;e imm&#233;diatement apr&#232;s la fin de la guerre d'Ind&#233;pendance, dont l'adh&#233;sion &#233;tait r&#233;serv&#233;e aux seuls officiers ayant combattu sous les ordres de Washington. (*25) Ne voulant prendre aucun risque, le &#171; P&#232;re de la Patrie &#187; lui-m&#234;me en devint le pr&#233;sident. La Soci&#233;t&#233; &#233;tait un ordre h&#233;r&#233;ditaire et il ne fait aucun doute que son poids penchait dans la plupart des cas du c&#244;t&#233; des riches conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La motivation &#233;conomique imm&#233;diate de la cr&#233;ation de la Soci&#233;t&#233; de Cincinnati &#233;tait d'assurer aux officiers la demi-solde &#224; vie promise par le Congr&#232;s continental de 1780. Bien que les soldats pauvres fussent priv&#233;s de leurs arri&#233;r&#233;s de solde, la caste privil&#233;gi&#233;e des officiers n'h&#233;sita pas &#224; tenter d'obtenir du Congr&#232;s qu'il les soutienne. La Soci&#233;t&#233; fut donc, &#224; ses d&#233;buts, principalement un groupe de pression organis&#233; visant &#224; assurer aux officiers une aisance financi&#232;re &#224; vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cela n'aurait pas suffi &#224; justifier l'existence d'une appartenance h&#233;r&#233;ditaire. Les officiers de l'arm&#233;e continentale, formant la minorit&#233; la plus disciplin&#233;e et la plus comp&#233;tente, se consid&#233;raient comme les premiers b&#233;n&#233;ficiaires des privil&#232;ges particuliers que l'aristocratie anglaise s'&#233;tait arrog&#233;s en Am&#233;rique. Naturellement, cette clique d'officiers se pr&#234;tait &#224; l'id&#233;e de construire une monarchie et une aristocratie am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils furent second&#233;s dans cette d&#233;marche par les aristocrates fran&#231;ais ayant combattu pendant la R&#233;volution am&#233;ricaine et qui se virent accorder une place d'honneur particuli&#232;re au sein de la Soci&#233;t&#233;. C'est d'ailleurs l'un d'eux qui r&#233;digea la m&#233;daille et le sceau finalement adopt&#233;s. Le drapeau de la Soci&#233;t&#233; ne portait aucune trace de rouge, mais &#233;tait compos&#233; de rayures blanches et bleues, la fleur de lys dor&#233;e de la noblesse fran&#231;aise rempla&#231;ant les &#233;toiles du drapeau am&#233;ricain. Il est d'ailleurs int&#233;ressant de noter que Louis XVI et la Cour de France firent grand bruit autour de la Soci&#233;t&#233; de Cincinnati, la noblesse fran&#231;aise versant d'importantes sommes d'argent &#224; l'organisation. Naturellement, lorsque les t&#234;tes de ces aristocrates commenc&#232;rent &#224; rouler sous la guillotine pendant la R&#233;volution fran&#231;aise, la Soci&#233;t&#233; de Cincinnati devint l'adversaire le plus acharn&#233; de la d&#233;mocratie radicale fran&#231;aise, et la France, de son c&#244;t&#233;, d&#233;cr&#233;ta la mort de tous ses membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes ais&#233;es de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine all&#232;rent trop loin en croyant pouvoir &#233;tablir une nouvelle aristocratie h&#233;r&#233;ditaire aux &#201;tats-Unis, ou que l'arm&#233;e, en tant que groupe, pouvait jouer un r&#244;le d&#233;cisif dans les affaires am&#233;ricaines. La Soci&#233;t&#233; devint aussit&#244;t la cible de vives attaques de la part des lib&#233;raux, non seulement aux &#201;tats-Unis, mais aussi en France. Franklin consid&#233;rait cette Soci&#233;t&#233; comme la menace la plus s&#233;rieuse pour l'esprit r&#233;publicain et d&#233;mocratique du Nouveau Monde. (*26) Mirabeau, dans son pamphlet fran&#231;ais (*27), souligna que le Rhode Island r&#233;voquait tous les privil&#232;ges de tous ses citoyens membres de la Soci&#233;t&#233; et les d&#233;clarait incapables d'exercer toute fonction. Plusieurs l&#233;gislatures adopt&#232;rent des lois privant de leurs droits les adh&#233;rents, le Massachusetts &#233;tant particuli&#232;rement solennel dans sa condamnation. Les lib&#233;raux am&#233;ricains voyaient dans la Soci&#233;t&#233; une force motrice pour l'organisation d'une arm&#233;e permanente, et, comme ces gens &#233;taient principalement des hommes d'affaires et des agriculteurs qui ne voulaient pas &#234;tre accabl&#233;s par les fardeaux d'un &#233;tablissement militaire, qui &#233;taient fatigu&#233;s de la guerre et qui, surtout, ne d&#233;siraient pas devenir subordonn&#233;s &#224; un groupe de parvenus militaires, ils furent prompts &#224; d&#233;noncer et &#224; condamner les Cincinnati.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude, chez beaucoup, allait changer au cours des cinq ann&#233;es suivantes. La Soci&#233;t&#233;, bien s&#251;r, pr&#244;nait un gouvernement national fort et, face &#224; la multiplication des troubles dans les &#201;tats et &#224; l'intensification de la peur bourgeoise des masses, la Soci&#233;t&#233; de Cincinnati devint un pilier de la &#171; loi et de l'ordre &#187;. Les statuts de la Soci&#233;t&#233; stipulaient notamment que l'un des principaux objectifs de l'organisation &#233;tait de pr&#233;server l'int&#233;grit&#233; de l'union. Un autre objectif &#233;tait d'honorer l'empire am&#233;ricain, et un troisi&#232;me objectif &#233;tait d'&#233;tablir une correspondance mutuelle permettant d'exprimer les d&#233;cisions des membres sur l'&#233;tat politique et social du pays. La nature de ces d&#233;cisions est bien illustr&#233;e par la r&#233;solution de la Soci&#233;t&#233; du Massachusetts, adopt&#233;e en octobre 1786, concernant la r&#233;bellion populaire men&#233;e par Shay. &#171; En cette p&#233;riode alarmante, o&#249; tous les droits publics et priv&#233;s sont bafou&#233;s, o&#249; notre constitution, fruit du travail et du sang, est &#233;branl&#233;e dans ses fondements, il est du devoir de chaque individu et de chaque classe de citoyens de prendre leur d&#233;fense. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En tant que citoyens et cr&#233;anciers publics, cette Soci&#233;t&#233; s'int&#233;resse &#224; la pr&#233;servation de la Constitution ; et tant que la vie et les bienfaits qui en d&#233;coulent, tant que la foi publique et le cr&#233;dit priv&#233; demeurent l'objet sacr&#233; du gouvernement, conform&#233;ment &#224; son institution originelle, cette Soci&#233;t&#233; s'engage &#224; la soutenir par tous les moyens et par tous les efforts en son pouvoir. &#187; (*28)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si la &#171; foi publique &#187;, illustr&#233;e par le paiement des pensions, et le &#171; cr&#233;dit priv&#233; &#187; en mati&#232;re de paiement des dettes n'&#233;taient plus des objets &#171; sacr&#233;s &#187; du gouvernement, une r&#233;volte arm&#233;e allait-elle s'ensuivre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance de la Soci&#233;t&#233; de Cincinnati a &#233;t&#233; largement sous-estim&#233;e. On oublie g&#233;n&#233;ralement que la Convention constitutionnelle convoqu&#233;e &#224; Philadelphie en mai 1787 avait &#233;t&#233; express&#233;ment convoqu&#233;e pour co&#239;ncider avec la Convention de la Soci&#233;t&#233; de Cincinnati. Est-il alors faux de supposer que les membres de la Soci&#233;t&#233; participaient &#224; une conspiration secr&#232;te &#224; l'origine des actes ill&#233;gaux de la Convention ? Aucun de ceux qui ont refus&#233; d'assister au conclave de Philadelphie ou qui se sont absent&#233;s n'&#233;tait membre de la Soci&#233;t&#233; de Cincinnati. On oublie &#233;galement qu'un bon tiers des cinquante-cinq d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Convention f&#233;d&#233;rale &#233;taient membres de la Soci&#233;t&#233;, et que cette proportion constituait l'&#233;pine dorsale du caucus f&#233;d&#233;raliste. Plus tard, la Soci&#233;t&#233; de Cincinnati devait fournir, sous Washington, le secr&#233;taire d'&#201;tat, le secr&#233;taire au Tr&#233;sor et trois secr&#233;taires &#224; la Guerre, ainsi que, sous Adams, le pr&#233;sident de la Cour supr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de la R&#233;volution marqua le d&#233;but de la guerre civile. Une puissante r&#233;volte, connue sous le nom de r&#233;bellion de Shays, &#233;clata en Nouvelle-Angleterre, dont l'objectif &#233;tait de faire avancer la r&#233;volution vers une issue plus d&#233;mocratique. Pendant la R&#233;volution am&#233;ricaine, en G&#233;orgie &#233;galement, il y avait eu deux ex&#233;cutifs et deux l&#233;gislatures, l'un repr&#233;sentant les riches, l'autre les pauvres. En Caroline du Sud et en Virginie, un &#226;pre conflit du m&#234;me ordre &#233;clata.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;bellion de Shays repr&#233;sentait bien le mouvement des niveleurs am&#233;ricains. Les agriculteurs rebelles d&#233;fendaient la d&#233;mocratie, la terre gratuite et une plus grande &#233;galit&#233;. Ils r&#233;sistaient au fardeau de la guerre qui leur &#233;tait impos&#233;. La dette du Massachusetts, qui s'&#233;levait &#224; environ cent mille livres avant la R&#233;volution, s'&#233;levait &#224; pr&#232;s de trois millions de livres, dont environ deux cent cinquante mille &#233;taient dues aux soldats. (*29) Non seulement les soldats avaient &#233;t&#233; pay&#233;s en monnaie sans valeur (rembours&#233;e int&#233;gralement par la suite lorsqu'elle &#233;tait pass&#233;e aux mains de sp&#233;culateurs sans scrupules), mais beaucoup avaient perdu leurs fermes et leurs moyens de subsistance. En revanche, tout avait &#233;t&#233; mis en &#339;uvre pour que les riches puissent monopoliser les fruits de la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les classes ais&#233;es &#233;taient &#224; la hauteur de l'urgence. De m&#234;me qu'elles savaient se soustraire &#224; la guerre, elles savaient aussi s'infiltrer au pouvoir. Sous couvert de se r&#233;unir pour discuter de transactions commerciales et r&#233;viser les Articles de la Conf&#233;d&#233;ration, les dirigeants d&#233;cid&#232;rent de cr&#233;er un nouveau gouvernement national puissant afin de pr&#233;server leur h&#233;g&#233;monie de classe. La convention constitutionnelle se tint en secret. Elle &#233;tait ill&#233;gale. Elle &#233;quivalait presque &#224; un coup d'&#201;tat, mais les d&#233;l&#233;gu&#233;s en sortirent avec un projet de Constitution &#224; ratifier en urgence. (*30)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;l&#233;gu&#233;s avaient &#233;t&#233; soigneusement s&#233;lectionn&#233;s par les l&#233;gislatures des &#201;tats, elles-m&#234;mes compos&#233;es de riches propri&#233;taires fonciers &#233;lus par une faible proportion de la population. Rufus King, d&#233;l&#233;gu&#233; du Massachusetts, &#233;crivit : &#171; Si le Massachusetts envoie des d&#233;put&#233;s, pour l'amour de Dieu, faites attention &#224; qui ils sont. &#187; (*31) Du Sud venaient des propri&#233;taires d'esclaves, des planteurs et des avocats ; le Nord envoyait des marchands, des banquiers, des armateurs, des propri&#233;taires fonciers et leurs avocats. Le Rhode Island n'envoya aucun d&#233;l&#233;gu&#233;, et sur les soixante-cinq envoy&#233;s par les douze autres &#201;tats, dix ne se pr&#233;sent&#232;rent m&#234;me pas et seize refus&#232;rent ou ne sign&#232;rent pas le document qui fut adopt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette Constitution pr&#233;par&#233;e en secret regorge de toutes sortes de dispositions antid&#233;mocratiques. Craignant que la &#171; populace &#187; ne contr&#244;le certains &#201;tats, un gouvernement national fort fut mis en place, ind&#233;pendant de tous les &#201;tats. L'appareil gouvernemental &#233;tait divis&#233; en trois divisions interd&#233;pendantes : l'ex&#233;cutif, le l&#233;gislatif et le judiciaire. Pourtant, chacune concentrait un haut degr&#233; de pouvoir. Le Pr&#233;sident devint un ex&#233;cutif puissant, dot&#233; de pouvoirs sup&#233;rieurs &#224; ceux du roi d'Angleterre de l'&#233;poque, ou de tout autre fonctionnaire europ&#233;en &#233;lu depuis. Le Pr&#233;sident pouvait opposer son veto aux lois et nommer (concurremment avec le S&#233;nat) les fonctionnaires administratifs et les juges des cours f&#233;d&#233;rales inf&#233;rieures et supr&#234;mes. Son &#233;lection &#233;tait aussi &#233;loign&#233;e que possible du vote populaire. Il &#233;tait choisi par un Coll&#232;ge des grands &#233;lecteurs dont le mode d'&#233;lection &#233;tait laiss&#233; au choix des l&#233;gislatures des &#201;tats. Si les votes des grands &#233;lecteurs ne donnaient pas de majorit&#233; claire, la Chambre des repr&#233;sentants &#233;tait habilit&#233;e &#224; &#233;lire le Pr&#233;sident. &#171; Mais pour choisir le Pr&#233;sident, le vote sera pris par les &#201;tats, les repr&#233;sentants de chacun. &#187; &#171; L'&#201;tat ayant une voix. &#187; (*32) En 1824, Jackson et en 1876, Tilden &#8211; le &#171; choix du peuple &#187; pour le poste de pr&#233;sident &#8211; furent priv&#233;s de leur fonction lorsque l'&#233;lection fut confi&#233;e au Congr&#232;s ; le &#171; peuple &#187; comptait pour peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir l&#233;gislatif fut subdivis&#233; en une l&#233;gislature bicam&#233;rale, seule la Chambre des repr&#233;sentants &#233;tant &#233;lue directement par le peuple. La Constitution elle-m&#234;me pr&#233;voyait que seule la minorit&#233; de la population poss&#233;dant les qualifications fonci&#232;res requises pour voter aux assembl&#233;es l&#233;gislatives des &#201;tats pouvait &#233;lire des repr&#233;sentants. Ainsi, les restrictions au vote alors en vigueur dans les &#201;tats furent int&#233;gr&#233;es au droit constitutionnel du pays. Pour contr&#244;ler la r&#233;activit&#233; du Congr&#232;s aux souhaits des masses, le S&#233;nat fut cr&#233;&#233;. Les s&#233;nateurs, comme le Pr&#233;sident, devaient &#234;tre des hommes d'&#226;ge m&#251;r et ne devaient pas &#234;tre &#233;lus par le peuple, mais choisis par les assembl&#233;es l&#233;gislatives des &#201;tats. Les grands propri&#233;taires fonciers, &#233;lus par les petits propri&#233;taires, s'assuraient ainsi doublement de pouvoir contr&#244;ler le S&#233;nat. Il fallut un si&#232;cle et quart et un amendement constitutionnel pour accorder au peuple le droit d'&#233;lire des s&#233;nateurs. Si le peuple souhaitait destituer ses repr&#233;sentants, il pourrait devoir attendre six ans pour le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vertu de la Constitution, les magistrats sont nomm&#233;s &#224; vie par un seul homme, le Pr&#233;sident, et, comme lui, ils ne sont pas directement responsables devant le peuple. Ils ne peuvent &#234;tre r&#233;voqu&#233;s que par une proc&#233;dure de destitution, que seul le S&#233;nat est habilit&#233; &#224; lancer. Leurs salaires ne peuvent pas non plus &#234;tre r&#233;duits pendant leur mandat. Ils deviennent ainsi totalement ind&#233;pendants de la volont&#233; du peuple. De tous les vestiges de la monarchie, cette inamovibilit&#233; &#224; vie accord&#233;e aux magistrats &#233;tait la plus flagrante et la plus offensante, contraire au principe d&#233;mocratique de responsabilit&#233; envers le peuple. Bient&#244;t, une attaque contre l'ind&#233;pendance du pouvoir judiciaire fut lanc&#233;e. Des proc&#233;dures de destitution furent engag&#233;es et, pendant un temps, la &#171; violation des juges &#187; se g&#233;n&#233;ralisa. Mais cette protestation resta lettre morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les P&#232;res fondateurs pr&#233;voyaient &#233;galement que la Constitution, une fois accept&#233;e, ne pourrait &#234;tre amend&#233;e qu'avec la plus grande difficult&#233;. Il fallait les deux tiers des membres des deux chambres du Congr&#232;s, ou les l&#233;gislatures ou conventions des trois quarts des &#201;tats, pour qu'un amendement entre en vigueur. La Constitution &#233;tait si antid&#233;mocratique qu'elle ne mentionnait m&#234;me pas les libert&#233;s civiles, et Alexander Hamilton s'est oppos&#233; &#224; l'inclusion du droit &#224; un proc&#232;s avec jury. (*33)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais L'opposition &#224; la Constitution a conduit &#224; de tels conflits que, pour que la Constitution soit adopt&#233;e, il a &#233;t&#233; convenu d'adopter des amendements visant &#224; garantir les libert&#233;s civiles du peuple. En Virginie, o&#249; la bataille d&#233;cisive a &#233;t&#233; livr&#233;e, malgr&#233; le fait qu'environ un quart du total des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;taient des officiers qui avaient combattu sous Washington et qui &#233;taient tous membres de la Soci&#233;t&#233; secr&#232;te de Cincinnati, et malgr&#233; le fait que les constitutionnalistes avaient soigneusement pr&#233;par&#233; et obtenu la s&#233;lection de leurs hommes dans dix districts constituants o&#249; l'&#233;lectorat &#233;tait farouchement oppos&#233; &#224; la Constitution, la Constitution n'aurait pas &#233;t&#233; approuv&#233;e m&#234;me dans ces conditions si les partisans n'avaient pas accept&#233; d'adopter vingt amendements, y compris des points tels que : aucune arm&#233;e ou troupes r&#233;guli&#232;res ne devrait &#234;tre lev&#233;e ou maintenue en temps de paix sans un vote des deux tiers des deux chambres du Congr&#232;s pr&#233;sentes ; les pr&#233;rogatives de la Cour supr&#234;me devaient &#234;tre r&#233;duites de mani&#232;re &#224; la rendre presque impuissante, etc. Cependant, une fois la Virginie ratifi&#233;e, ces promesses ne furent jamais tenues, et &#224; peine dix amendements furent finalement adopt&#233;s d&#233;clarant (1) que le gouvernement f&#233;d&#233;ral ne pouvait pas emp&#234;cher la libert&#233; d'expression, de presse et de r&#233;union ; (2) le droit de p&#233;tition ; (3) le droit de d&#233;tenir et de porter des armes ; (4) le droit &#224; un proc&#232;s rapide avec jury sur mise en accusation par un grand jury ; (5) et l'interdiction des cautions ou des amendes excessives et des peines cruelles. Bient&#244;t, cependant, ces amendements furent s&#233;v&#232;rement modifi&#233;s par d&#233;cision judiciaire, par action ex&#233;cutive ou par l&#233;gislation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que le pr&#233;ambule de la Constitution commence par &#171; Nous, le peuple&#8230; &#187;, pas plus de cinq pour cent de la population n'a vot&#233; sur la question, seulement cent mille voix ayant &#233;t&#233; exprim&#233;es pour la Constitution et soixante mille contre, ou avec l'approbation de seulement deux treizi&#232;mes des hommes blancs adultes de la population. La grande majorit&#233; des pauvres, les petits agriculteurs, les pionniers et les artisans, et m&#234;me une grande majorit&#233; de ceux qui avaient le droit de vote, &#233;taient oppos&#233;s &#224; l'adoption et &#224; la ratification de la Constitution, tandis que les millions d'esclaves noirs et de serviteurs sous contrat n'&#233;taient pas du tout en mesure d'exprimer leur opinion. La tr&#232;s nette d&#233;marcation de classe entre pour et contre la Constitution s'est cristallis&#233;e dans le surnom donn&#233; &#224; ses partisans de &#171; Washingtoniens &#187; et &#224; ses opposants de &#171; Shayites &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les f&#233;d&#233;ralistes craignaient tellement que le peuple finisse par l'emporter qu'ils lanc&#232;rent aussit&#244;t une campagne sans pr&#233;c&#233;dent pour son adoption pr&#233;cipit&#233;e. Ils n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; s'allier &#224; d'anciens loyalistes et antir&#233;volutionnaires. Tous les riches &#233;taient favorables &#224; la Constitution et leurs importantes ressources financi&#232;res furent investies dans la lutte pour la cr&#233;ation de journaux et l'acquisition de l'opinion publique. Ils convoqu&#232;rent pr&#233;cipitamment plusieurs conventions d'&#201;tat avant que le grand public ne soit inform&#233; des conclusions des s&#233;ances secr&#232;tes de la Convention de Philadelphie. Cette h&#226;te f&#233;brile fut bien d&#233;montr&#233;e par le fait que seulement vingt pour cent des hommes ayant le droit de vote purent voter. L'approbation de cinq &#201;tats fut adopt&#233;e &#224; la h&#226;te en un mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les riches n'&#233;taient pas non plus &#224; l'abri de recourir &#224; la force pour parvenir &#224; leurs fins. En Pennsylvanie, pour &#233;viter une approbation trop rapide et informer le public de la situation, les anticonstitutionnalistes &#233;taient rest&#233;s &#224; l'&#233;cart de la Convention. Pour obtenir le quorum, les f&#233;d&#233;ralistes ont fait irruption au domicile des anticonstitutionnalistes et les ont tra&#238;n&#233;s &#224; la Chambre des repr&#233;sentants, o&#249; ils ont &#233;t&#233; retenus de force. Les affaires ont &#233;t&#233; trait&#233;es &#224; la h&#226;te et la Constitution a &#233;t&#233; ratifi&#233;e par 43 voix contre 23. Ailleurs, l'opposition s'est renforc&#233;e au fil du temps, le vote dans les trois plus grands &#201;tats &#233;tant tr&#232;s serr&#233; : le Massachusetts 187 contre 168, la Virginie 89 contre 79, New York 30 contre 27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Constitution des &#201;tats-Unis s'est r&#233;v&#233;l&#233;e un excellent m&#233;canisme gr&#226;ce auquel les quelques milliers de grands propri&#233;taires d'esclaves ont pu, pendant de nombreuses ann&#233;es, dominer totalement la politique du pays tout entier. Cette esclavagisme contr&#244;lait les centaines de milliers de petits propri&#233;taires d'esclaves et gouvernait les douze millions d'habitants du Sud au moment de la guerre de S&#233;cession. B&#233;n&#233;ficiant d'une repr&#233;sentation au Congr&#232;s disproportionn&#233;e par rapport &#224; leur nombre &#8211; la Constitution garantissait des repr&#233;sentants suppl&#233;mentaires aux trois cinqui&#232;mes de tous les esclaves noirs &#8211; et &#233;tant proches du si&#232;ge du gouvernement, Jefferson y veilla &#8211; les propri&#233;taires d'esclaves du Sud purent occuper le r&#244;le principal au sein du gouvernement f&#233;d&#233;ral. Gr&#226;ce &#224; ce contr&#244;le, ils provoqu&#232;rent la chute de toutes les classes moyennes de l'ouest des &#201;tats du Sud. Gr&#226;ce au Compromis du Missouri, ils conserv&#232;rent au S&#233;nat une voix &#233;gale &#224; celle du Nord et de l'Ouest r&#233;unis. Ces quelques milliers de Sudistes obstru&#232;rent tous les pores de l'appareil gouvernemental et pr&#233;domin&#232;rent dans les trois branches du gouvernement : ex&#233;cutif-administratif, l&#233;gislatif et judiciaire. La plupart des pr&#233;sidents &#233;taient leurs hommes de main et, par leurs nominations, ils occupaient la majorit&#233; des postes minist&#233;riels et de la Cour supr&#234;me, dont les principaux juges &#233;taient les leurs. Leur majorit&#233; aux postes importants de l'arm&#233;e leur permit de pr&#233;parer l'in&#233;vitable insurrection et de transf&#233;rer secr&#232;tement beaucoup d'armes et de munitions au Sud. Sur cette base, ils domin&#232;rent non seulement le Sud, mais la nation tout enti&#232;re. trente-deux millions d'&#226;mes jusqu'&#224; la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que les riches s'unirent pour mettre fin &#224; la &#171; p&#233;riode critique de l'histoire am&#233;ricaine &#187; et b&#226;tir un nouvel &#201;tat afin d'&#233;craser les pauvres et de briser toute opposition et toute interf&#233;rence avec leurs objectifs. Le fait que la Constitution et le gouvernement des &#201;tats-Unis aient &#233;t&#233; &#233;tablis non par la R&#233;volution, mais par la Contre-R&#233;volution, se manifestait par le type de gouvernement mis en place sous Washington et Adams. Sous leur direction, de vastes concessions de terres furent distribu&#233;es &#224; des escrocs de l'immobilier, les soldats r&#233;volutionnaires furent escroqu&#233;s de mani&#232;re inadmissible au profit de sp&#233;culateurs, une lourde taxe fut impos&#233;e sur le whisky (seul moyen permettant d'exp&#233;dier facilement les c&#233;r&#233;ales par-dessus les montagnes vers l'Est), affectant la grande masse des agriculteurs. Lorsque ceux-ci se r&#233;volt&#232;rent, des mesures s&#233;v&#232;res furent prises pour les r&#233;primer. Une loi sur les &#233;trangers fut vot&#233;e, stipulant que le pr&#233;sident pouvait expulser du pays tout &#233;tranger soup&#231;onn&#233; de machinations contre le gouvernement, etc., et, dans certains cas, emprisonner l'accus&#233; aussi longtemps qu'il le souhaitait. Une loi sur la s&#233;dition fut &#233;galement adopt&#233;e &#224; la h&#226;te &#224; l'&#233;poque, pr&#233;voyant des sanctions pour quiconque publiait des &#233;crits malveillants contre les fonctionnaires du gouvernement ou dans l'intention d'attiser contre eux la haine du peuple am&#233;ricain. Ainsi, le peuple fut inform&#233; du vainqueur de la guerre, et les agrariens de l'Ouest, pourtant tr&#232;s actifs, furent brutalement ramen&#233;s &#224; la raison et amen&#233;s &#224; comprendre qu'ils avaient int&#233;r&#234;t &#224; pr&#234;ter attention &#224; l'&#201;tat, car celui-ci allait les prendre en compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cliques fortun&#233;es purent conserver le contr&#244;le essentiellement parce qu'il y avait encore trop de richesses et d'opportunit&#233;s &#224; saisir pour qu'un v&#233;ritable mouvement r&#233;volutionnaire social puisse perdurer. Les r&#233;voltes de Shay et de Whiskey s'essouffl&#232;rent rapidement. On pouvait s'enrichir sans se soucier de savoir qui d&#233;tenait le pouvoir d'&#201;tat. (*34) Si l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral gagna, ce ne fut pas gr&#226;ce &#224; sa force, mais parce que la masse d&#233;cisive du peuple abandonna la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Washington termina son mandat et quitta le pouvoir sous les injures du peuple. Les f&#233;d&#233;ralistes, cependant, ne quitt&#232;rent pas le pouvoir sans s'&#234;tre assur&#233;s au pr&#233;alable que la situation am&#233;ricaine serait irr&#233;vocablement fa&#231;onn&#233;e en leur faveur. En politique &#233;trang&#232;re, ils s'assur&#232;rent que les &#201;tats-Unis n'apporteraient aucune aide &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise. La sanglante insurrection des Noirs en Ha&#239;ti en 1791 leur fit froid dans le dos. Les f&#233;d&#233;ralistes s'empress&#232;rent d'envoyer les plus fervents opposants &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise comme &#233;missaires am&#233;ricains en France, et d&#233;couvrirent que la R&#233;volution am&#233;ricaine devait combattre le peuple fran&#231;ais et non s'allier &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de soutenir les radicaux fran&#231;ais, Washington s'effor&#231;a de conclure pr&#233;cipitamment un trait&#233; avec l'Angleterre. Ainsi, dans le grand conflit europ&#233;en qui faisait alors rage entre la R&#233;volution fran&#231;aise et la Contre-R&#233;volution anglaise, l'Am&#233;rique fut contrainte de soutenir les r&#233;actionnaires. Le trait&#233; Jay fut le pacte le plus humiliant jamais conclu par l'Am&#233;rique, l'Angleterre obtenant des concessions pr&#233;cieuses, tandis que les Am&#233;ricains n'en obtinrent pratiquement aucune. (*35)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la principale contribution des f&#233;d&#233;ralistes &#224; la perp&#233;tuation du pouvoir fut l'instauration du principe de supr&#233;matie judiciaire, le pouvoir des tribunaux d'annuler les lois du Congr&#232;s ou du Pr&#233;sident et de devenir les seuls gardiens de la Constitution. Afin d'asseoir solidement ce principe, les f&#233;d&#233;ralistes, avant de quitter le pouvoir, inond&#232;rent les tribunaux de leurs membres et cr&#233;&#232;rent de nombreux nouveaux postes de juges. Ils &#233;vinc&#232;rent sournoisement John Marshall du poste de juge en chef, bien que Marshall f&#251;t alors secr&#233;taire d'&#201;tat, et durent recourir &#224; la mesure draconienne consistant &#224; obtenir la d&#233;mission du juge en chef en exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'alors, il n'&#233;tait pas du tout &#233;vident que les tribunaux disposaient d'un tel pouvoir. En Angleterre, il avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; qu'ils ne pouvaient annuler la l&#233;gislation. Il est vrai que l'histoire des colonies &#233;tait quelque peu diff&#233;rente. D&#232;s les premiers temps, le Conseil priv&#233;, tribunal de la Couronne, avait annul&#233; la l&#233;gislation et d'autres mesures coloniales. Cela ne pouvait toutefois constituer un pr&#233;c&#233;dent, car le Conseil priv&#233; &#233;tait subordonn&#233; au roi et au Parlement et ne faisait qu'ex&#233;cuter leurs volont&#233;s. De m&#234;me, les tribunaux coloniaux avaient parfois d&#233;clar&#233; que la l&#233;gislation violait telle ou telle disposition d'une charte ou d'une constitution. Pourtant, l&#224; encore, les tribunaux coloniaux se contentaient d'interpr&#233;ter le sens du Parlement et du Roi en Conseil. Enfin, dans certains cas, les juges avaient &#233;galement re&#231;u des pouvoirs l&#233;gislatifs. Mais cela avait &#233;t&#233; express&#233;ment pr&#233;vu par une loi. (*36)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, lorsque John Marshall devint juge en chef, la question fut vivement d&#233;battue. La Convention n'avait pas os&#233; ins&#233;rer dans la Constitution une disposition conf&#233;rant un tel pouvoir &#224; la Cour supr&#234;me. Madison et d'autres membres de la Convention constitutionnelle &#233;taient favorables &#224; la cr&#233;ation d'un Conseil de r&#233;vision compos&#233; du Pr&#233;sident et des juges de la Cour supr&#234;me, charg&#233; de statuer sur la constitutionnalit&#233; des lois du Congr&#232;s et de contraindre le Congr&#232;s &#224; r&#233;examiner les lois rejet&#233;es par une majorit&#233; des deux tiers si elles devaient devenir loi. Cela aurait priv&#233; le Pr&#233;sident seul de son droit de veto et aurait &#233;galement priv&#233; les tribunaux du pouvoir d'annulation judiciaire. La proposition fut rejet&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certains &#201;tats, les tribunaux eux-m&#234;mes niaient avoir le pouvoir d'annuler les lois du pouvoir l&#233;gislatif. Ainsi, au d&#233;but, la Cour supr&#234;me a d&#251; agir avec beaucoup de lenteur et de prudence. Elle a commenc&#233; par d&#233;cider qu'elle pouvait d&#233;clarer nulle et non avenue l'action de n'importe quel &#201;tat de l'Union lorsqu'elle &#233;tait contraire &#224; la Constitution des &#201;tats-Unis. Ce n'est que plus tard que Marshall a annul&#233; les lois du Congr&#232;s. Il est de fait que ni Jefferson, ni Jackson, ni Lincoln n'ont reconnu ce pouvoir ; ce n'est qu'apr&#232;s la fin de la guerre de S&#233;cession que la bourgeoisie a d&#233;velopp&#233; le pouvoir judiciaire &#224; son ampleur actuelle. (*37)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'il n'existe aucun pays au monde o&#249; les juges disposent d'un pouvoir aussi important qu'aux &#201;tats-Unis, il serait judicieux d'&#233;tudier de plus pr&#232;s les forces qui, dans la vie am&#233;ricaine, ont conduit &#224; une telle situation. La cl&#233; du probl&#232;me r&#233;side dans le fait que la R&#233;publique am&#233;ricaine a &#233;t&#233; &#233;tablie sans r&#233;volution d&#233;mocratique. Nous avons d&#233;j&#224; not&#233; qu'il n'y avait eu ni luttes insurrectionnelles d&#233;cisives des masses opprim&#233;es, ni combats de rue, ni barricades. Les luttes individuelles ont remplac&#233; les conflits de classes. Ces &#233;l&#233;ments individuels pouvaient se mordre et s'&#233;gratigner mutuellement pour d&#233;terminer la part de chacun, mais le r&#232;glement de telles querelles ne n&#233;cessitait pas l'intervention de l'arm&#233;e. Une simple intervention polici&#232;re et judiciaire suffisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres pays, comme l'Angleterre et la France, constamment perturb&#233;s par des guerres internes et externes, les gouvernements &#233;taient devenus fortement centralis&#233;s, dot&#233;s d'un pouvoir ex&#233;cutif puissant, seul capable de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de la classe dirigeante existante avec pr&#233;cision et c&#233;l&#233;rit&#233;. Dans ces pays, les tribunaux &#233;taient clairement des instruments subordonn&#233;s, et non des contr&#244;leurs, de l'&#201;tat. Aux &#201;tats-Unis, en revanche, entour&#233;s d'un d&#233;sert sans limites, la soci&#233;t&#233; n'avait gu&#232;re besoin d'une centralisation ex&#233;cutive &#224; la t&#234;te d'une importante force militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Am&#233;rique, le probl&#232;me consistait principalement &#224; r&#233;tablir l'ordre dans ce chaos sauvage. Chaque colon devait d&#233;limiter son territoire. Cela constituait une affaire pour l'avocat et le tribunal foncier. D&#232;s qu'il s'agissait de prot&#233;ger la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, il devenait n&#233;cessaire de faire appel au magistrat et au sh&#233;rif. Et dans de nombreuses r&#233;gions du pays, ces deux seuls fonctionnaires du gouvernement &#233;taient connus. En Angleterre et dans d'autres pays, la principale mission des tribunaux, surtout au d&#233;but, &#233;tait de maintenir l'ordre. Il n'en &#233;tait pas tout &#224; fait ainsi en Am&#233;rique. Personne ne savait, bien souvent, si des meurtres &#233;taient commis &#224; la campagne ; c'est le droit des contrats et le droit immobilier qui ont attir&#233; tant d'avocats de ce c&#244;t&#233;-ci de l'Atlantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;galement se rappeler que l'agriculteur moyen ne savait ni lire ni &#233;crire et, m&#234;me s'il le pouvait, il ne pouvait pas suivre les subtilit&#233;s de la common law anglaise. Comme le dit de Toqueville : &#171; L'avocat fran&#231;ais est simplement un homme qui conna&#238;t parfaitement les lois de son pays ; mais l'avocat anglais ou am&#233;ricain ressemble aux hi&#233;rophantes d'&#201;gypte, car, comme eux, il est le seul interpr&#232;te d'une science occulte. &#187; (*38)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas un hasard si les avocats, et non les soldats ou les ministres, ont jou&#233; un r&#244;le si important dans la vie sociale am&#233;ricaine. Plus tard, lorsque la politique britannique a &#233;volu&#233; vers la science de l'&#233;laboration des constitutions pour les colonies, ce sont les avocats qui ont d&#251; pr&#233;parer les dossiers &#224; plaider devant le Conseil priv&#233; et d'autres organismes britanniques. Ainsi, devant les tribunaux britanniques, &#233;taient d&#233;battus non seulement les droits et devoirs individuels, mais aussi les libert&#233;s politiques. Lorsque la R&#233;volution am&#233;ricaine a &#233;clat&#233;, ce n'&#233;tait pas sous un d&#233;luge de textes religieux, mais sous l'effet de trait&#233;s politiques et de m&#233;moires juridiques. La politique s'&#233;tait alors compl&#232;tement &#233;mancip&#233;e de la th&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;finir la politique nationale en statuant sur les droits de propri&#233;t&#233; d'un plaignant ou d'un d&#233;fendeur, rien ne saurait mieux illustrer l'absence de classes et l'individualisme de la vie am&#233;ricaine. Ce ne sont pas les relations politiques qui semblaient primer, mais les relations priv&#233;es. De cette mani&#232;re, la Cour a ridiculis&#233; les autres instruments de l'&#201;tat et, dans l'affaire opposant l'homme d'affaires John Doe &#224; l'&#201;tat, elle a trait&#233; John Doe comme s'il &#233;tait un &#201;tat &#224; part enti&#232;re et une puissance &#233;gale &#224; celle de l'autre partie. L'individualisme de John Doe &#233;rig&#233; en pouvoir d'&#201;tat, les int&#233;r&#234;ts publics d&#233;rog&#233;s &#224; la valeur des revendications priv&#233;es, telle est la m&#233;thode proc&#233;durale classique d&#233;sormais profond&#233;ment ancr&#233;e dans la vie am&#233;ricaine. Dans le langage des lib&#233;raux am&#233;ricains, la Cour est devenue id&#233;alis&#233;e comme s'interposant entre le peuple et le despotisme gouvernemental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire des r&#233;volutionnaires en 1783 a fermement &#233;tabli le lib&#233;ralisme, ainsi que son association habituelle avec les th&#232;ses radicales, comme la tradition fondamentale du pays. D&#233;sormais, tout groupe, m&#234;me le plus conservateur, qui souhaitait prendre le pouvoir devait s'exprimer &#224; la lumi&#232;re de la D&#233;claration d'Ind&#233;pendance, au nom du lib&#233;ralisme, voire du radicalisme. Il y a donc une grande diff&#233;rence entre le lib&#233;ralisme conciliant des Britanniques et le lib&#233;ralisme radical des Am&#233;ricains. En Am&#233;rique, les conservateurs doivent toujours se pr&#233;senter comme des r&#233;formistes lib&#233;raux ; en Angleterre, au contraire, les r&#233;formistes lib&#233;raux s'efforcent toujours de prouver qu'ils sont conservateurs et respectables. Cette diff&#233;rence est apparue clairement au moment m&#234;me de la R&#233;volution, car durant tout le XVIIIe si&#232;cle, les Whigs &#233;taient pratiquement indiscernables des Tories. (L'&#233;crasante majorit&#233; de ces derniers avait alors renonc&#233; &#224; leurs pr&#233;tentions jacobites et j&#233;suites.) Pendant la R&#233;volution, cependant, une scission s'est produite parmi les Whigs, certains s'opposant aux politiques de la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, en menant la guerre contre la m&#232;re patrie, le lib&#233;ralisme am&#233;ricain devait adopter une approche diff&#233;rente de celle de la version anglaise qu'il s'effor&#231;ait de d&#233;truire. Il devait &#234;tre plus &#224; gauche et appara&#238;tre plus radical. Les colons europ&#233;ens en Am&#233;rique n'avaient pas &#224; recommencer l'histoire depuis le d&#233;but ; ils pouvaient s'approprier les &#233;crits des lib&#233;raux europ&#233;ens et les am&#233;liorer. C'est ce qu'ils firent notamment avec les &#339;uvres de John Locke, qui avait &#233;tabli le droit des citoyens &#224; renverser tout gouvernement qui s'appropriait des biens sans consentement et n'agissait pas selon la raison. Prendre les lib&#233;raux anglais au mot &#8211; voil&#224; une ironie assum&#233;e. John Locke, l'homme politique, fut contraint de combattre John Locke, l'&#233;conomiste mercantiliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lib&#233;raux am&#233;ricains se sont attach&#233;s au culte des lois de la nature bien plus fortement que les conciliateurs anglais n'avaient os&#233; le faire. On peut dire qu'ils ont d&#233;ifi&#233; la nature comme ils ont d&#233;natur&#233; Dieu. (*39) Selon Locke, l'humanit&#233; n'avait pas prosp&#233;r&#233; lorsque, dans un lointain pass&#233;, elle vivait dans un &#171; &#233;tat de nature &#187;. L'humanit&#233; avait besoin d'une vie sociale sans laquelle l'existence serait difficilement supportable. Les Am&#233;ricains diff&#233;raient cat&#233;goriquement de Locke sur ce point. Pour eux, la nature &#233;tait quelque chose de proche, mais de tr&#232;s r&#233;el et de proche. L'Am&#233;ricain n'avait-il pas grandement prosp&#233;r&#233; dans cet &#171; &#233;tat de nature &#187; ? Un tel &#233;tat n'&#233;tait-il pas meilleur que la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne artificielle que les lib&#233;raux anglais allaient imposer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Anglais, le droit naturel en &#233;tait venu &#224; d&#233;signer les lois scientifiques de la morale. Pour les Am&#233;ricains, le droit naturel signifiait les sciences naturelles et, grands naturalistes, ils interpr&#233;taient les droits naturels comme les r&#232;gles de conduite devant guider les hommes dans leurs relations mutuelles pour ma&#238;triser les &#233;tendues sauvages de la for&#234;t et de la mer. Devenu lui-m&#234;me primitif, le colon am&#233;ricanis&#233; ne pouvait qu'id&#233;aliser l'homme primitif comme &#233;tant &#171; libre comme nature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;ricain n'avait gu&#232;re d'utilit&#233; pour la soci&#233;t&#233; ni pour l'&#201;tat. Les lois de la g&#233;ographie et de la botanique se substituaient largement aux lois et aux luttes sociales, et la relation de l'homme &#224; la nature devint bien plus primordiale &#224; ses yeux que la relation d'homme &#224; homme. L'immensit&#233; du paysage am&#233;ricain influen&#231;a profond&#233;ment sa constitution. (*40) Pour conqu&#233;rir et contr&#244;ler ces vastes espaces, vitesse et rythme soutenus &#233;taient n&#233;cessaires. Ainsi se d&#233;veloppa tout un mode de vie bien plus adaptable au radicalisme qu'au lib&#233;ralisme pos&#233;. Si les Britanniques, avec Locke, &#233;taient pass&#233;s de la r&#233;v&#233;lation &#224; la raison, les Am&#233;ricains pass&#232;rent du raisonnement aux r&#233;flexes moteurs. Ce n'est pas la raison, mais l'&#233;nergie qui avait d&#233;vast&#233; les for&#234;ts. M&#234;me le lib&#233;ralisme devait faire preuve d'un certain dynamisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois que les lib&#233;raux anglais parlaient de droits naturels, ces droits n'&#233;taient que des devoirs du gouvernement, car ils r&#233;clamaient les droits des sujets reconnus depuis longtemps par la Magna Carta, tels que l'interdiction des ch&#226;timents cruels, l'interdiction des imp&#244;ts sans loi, l'interdiction de l'arm&#233;e sans le consentement du Parlement, le proc&#232;s par jury, des &#233;lections libres et fr&#233;quentes, le droit de p&#233;tition, etc. &#192; l'inverse, les lib&#233;raux am&#233;ricains ne reconnaissaient aucun devoir. Les droits anglais &#233;taient ancr&#233;s dans la tradition ; les droits am&#233;ricains, pour combattre la variante anglaise, devaient rompre avec la tradition et revenir directement &#224; l'individu et &#224; la nature. Le Congr&#232;s continental avait soulign&#233;, en 1774, que les Am&#233;ricains poss&#233;daient les droits qui leur appartenaient en vertu des lois immuables de la nature et des principes de la Constitution anglaise. En 1776, dans la D&#233;claration d'ind&#233;pendance, ce dernier point des droits des Anglais fut abandonn&#233;, et les hommes furent reconnus comme poss&#233;dant des droits inh&#233;rents et inali&#233;nables &#224; la vie, &#224; la libert&#233; et &#224; la propri&#233;t&#233;, d&#233;coulant directement de la nature. (*41)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois les d&#233;s jet&#233;s pour l'ind&#233;pendance, il &#233;tait impossible aux Am&#233;ricains d'affirmer que leurs &#171; droits d'Anglais &#187; &#233;taient bafou&#233;s. Cela aurait transform&#233; le conflit en une simple querelle de famille. Il n'aurait eu aucun attrait pour le monde ext&#233;rieur, en particulier pour la France, dont on attendait tant et dont on avait tant besoin. Pour obtenir l'aide de la France, les colons devaient lui faire comprendre qu'ils combattaient pour l'ind&#233;pendance et non pour la r&#233;conciliation. Sinon, la R&#233;volution aurait &#233;t&#233; perdue d'avance. C'est cette circonstance, plus que toute autre, qui a contribu&#233; &#224; la conviction que la R&#233;volution am&#233;ricaine n'&#233;tait pas une guerre civile. Dans une guerre civile, les r&#233;volutionnaires tentent de conqu&#233;rir le pouvoir d'&#201;tat d'un pays ; dans la R&#233;volution am&#233;ricaine, leur objectif &#233;tait de rompre avec l'ancien pouvoir d'&#201;tat. Ainsi, Disraeli pouvait affirmer que les Am&#233;ricains se battaient, non pour la libert&#233;, mais pour l'ind&#233;pendance. (*42)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Am&#233;rique, la loi naturelle signifiait les lois du pr&#233;sent. La tradition n'avait pas une grande importance ; &#224; certains &#233;gards, elle &#233;tait m&#234;me odieuse. Avec l'afflux d'immigrants venus d'autres pays que l'Angleterre, les coutumes devenaient confuses et floues. De plus, l'Am&#233;rique &#233;mergeait comme nation. La th&#233;orie abstraite et les r&#232;gles rigides de l'Europe ne pouvaient rivaliser avec la pratique empirique des agriculteurs et des propri&#233;taires am&#233;ricains prosp&#232;res. (*43)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus des Am&#233;ricains de se soumettre &#224; la tradition s'incarne non seulement dans des actions telles que l'abolition du droit d'a&#238;nesse et de la pr&#233;rogative, mais aussi dans des dispositions directes de la Constitution o&#249;, sans regarder ni en avant ni en arri&#232;re, mais en mettant l'accent uniquement sur l'individu pr&#233;sent devant elle, il est pr&#233;vu qu'aucun titre de noblesse ne sera accord&#233;, aucune loi ex post facto ne sera adopt&#233;e, et &#171; aucun coupable de trahison ne pourra corrompre le sang ou entra&#238;ner la confiscation, sauf du vivant de la personne atteinte. &#187; (*44)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'atrophie du d&#233;veloppement d'id&#233;es telles que le devoir l&#233;gal et l'obligation sociale, une telle situation &#233;tait le produit in&#233;vitable de la vie am&#233;ricaine. L'&#233;cart entre riches et pauvres n'&#233;tait pas aussi profond qu'en Angleterre. Ni les classes sociales ni la pression gouvernementale n'existaient dans ce nouveau pays, si ce n'est dans la mesure o&#249; elles &#233;taient incarn&#233;es par les exigences des puissances europ&#233;ennes. Le pays &#233;tait vaste et avait toujours &#233;t&#233; non seulement &#233;loign&#233; de la gestion anglaise, mais aussi mal contr&#244;l&#233; de l'int&#233;rieur. Ainsi, en apparence, le programme des lib&#233;raux am&#233;ricains ressemblait davantage &#224; celui des niveleurs anglais qu'&#224; celui des lib&#233;raux anglais. Sans classes f&#233;odales &#224; craindre, sans grande pression de classe venue d'en bas mena&#231;ant de substituer un autre syst&#232;me, le lib&#233;ral am&#233;ricain pouvait adopter son lib&#233;ralisme &#171; lib&#233;ral &#187; et faire quelques pas vers le radicalisme.(*45)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, avec un continent entier pour arri&#232;re-cour et avec la plus grande libert&#233; de mouvement et de locomotion, il &#233;tait tout naturel que la libert&#233; soit l'aspect privil&#233;gi&#233; plut&#244;t qu'un meilleur gouvernement, et que la libert&#233; d'action, la libert&#233; de contr&#244;le, la repr&#233;sentation directe et l'action soient si hautement pris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que le lib&#233;ral anglais souhaitait contr&#244;ler l'&#201;tat, l'Am&#233;ricain r&#233;clamait sa lib&#233;ration. &#192; la monarchie anglaise, les Am&#233;ricains opposaient la R&#233;publique. &#192; l'&#201;tat centralis&#233;, ils opposaient des groupes sociaux d&#233;centralis&#233;s. Au lieu de r&#233;clamer le cantonnement l&#233;gal des troupes, ils tent&#232;rent de supprimer l'arm&#233;e permanente. D'ailleurs, le gouvernement devint pour un temps un simple gendarme, peu puissant d'ailleurs. Jefferson estimait que le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins. Le gouvernement n'a pour but que d'emp&#234;cher les hommes de se nuire mutuellement et de les prot&#233;ger des interf&#233;rences mutuelles. (*46)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Anglais avaient admis le droit &#224; la r&#233;volution ; les Am&#233;ricains non seulement l'ont inscrit directement dans la D&#233;claration d'ind&#233;pendance, mais, avec Jefferson, ont appel&#233; &#224; une r&#233;volution tous les vingt ans. (*47) Mais si la r&#233;volution devait &#234;tre permanente en Am&#233;rique, c'est uniquement parce que l'action y &#233;tait perp&#233;tuelle. Une telle philosophie de la r&#233;volution tous les vingt ans &#233;tait parfaitement pertinente dans un pays &#233;voluant si rapidement qu'une seule g&#233;n&#233;ration pouvait voir d&#233;filer sous ses yeux toute l'&#233;volution de l'esp&#232;ce humaine, depuis la chasse et la p&#234;che jusqu'&#224; la machinofacture, o&#249; les enfants, rentrant chez eux apr&#232;s vingt ans, ne pouvaient plus reconna&#238;tre leur lieu de naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution am&#233;ricaine a bris&#233; l'&#233;chine de l'&#233;cole mercantiliste d'&#233;conomistes. Une nouvelle &#233;cole, les Physiocrates, &#233;mergeait en France et allait s'&#233;tendre aux &#201;tats-Unis, exprimant les nouveaux &#233;v&#233;nements et int&#233;r&#234;ts. Benjamin Franklin, l'un de leurs chefs de file, fut l'un des premiers &#224; fonder l'&#233;conomie politique sur des bases scientifiques. Les Physiocrates, &#224; la diff&#233;rence des Mercantilistes, affirmaient que toute richesse provenait de la production et non de la circulation, mais que la seule v&#233;ritable productivit&#233; &#233;tait celle de l'agriculture. Que toute richesse provienne de l'agriculture &#233;tait naturellement la conclusion &#224; laquelle &#233;taient parvenus les premiers capitalistes des pays agraires. Les Physiocrates pr&#244;naient le libre-&#233;change international. Sur ce point, Franklin rejoignait Adam Smith, chef de file de l'&#201;cole classique anglaise d'&#233;conomistes. Mais si Smith consid&#233;rait le libre-&#233;change comme une question de justice, Franklin le pr&#233;conisait par opportunisme. Franklin ainsi non seulement anticipait une bonne partie de l'&#233;conomie politique moderne (*48), mais fut &#233;galement parmi les premiers &#224; ancrer les principes fondamentaux de l'&#233;cole politique utilitariste, alors en voie de fondation en Angleterre. La R&#233;volution industrielle &#233;tait proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;notes de bas de page&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. TV Smith : La philosophie am&#233;ricaine de l'&#233;galit&#233;, p. 10, citant EB Andrews : La p&#233;riode coloniale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le m&#234;me, p. 10, note de bas de page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Voir Weeden, Histoire &#233;conomique et sociale de la Nouvelle-Angleterre, 1620-1789, I, 288-289.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Le terme &#171; serviteur &#187; &#233;tait utilis&#233; pour d&#233;signer toute personne qui rendait service, l'ouvrier comme le domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. La hausse des prix fonciers commen&#231;a &#224; se faire sentir au XVIIIe si&#232;cle. En 1732, les Penn augment&#232;rent le prix de leurs terres de 10 livres sterling pour 100 acres et 2 shillings de redevance &#224; 15 livres et demi-penny par acre ; et en 1738, Lord Baltimore augmenta le sien de 2 livres sterling pour 100 acres &#224; 5 livres sterling. (EC Kirkland. History of American Economic Life, p. 35.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque de vastes &#233;tendues de terres de l'Ouest furent saisies (par exemple, par l'Ohio Land Company), aucune petite parcelle ne fut vendue, mais seulement des lots de 640 acres &#224; 1 dollar l'acre, puis &#224; 2 dollars l'acre. Les pauvres furent ainsi tenus &#224; l'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Par exemple, &#171; En 1839, il a &#233;t&#233; signal&#233; dans le Mississippi que 90 % des amendes per&#231;ues par les sh&#233;rifs et les greffiers n'&#233;taient pas comptabilis&#233;es. &#187; (WE DuBois : Gift of the Black Folk, p. 228.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. EC Kirkland, ouvrage cit&#233;, p. 241.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Les cat&#233;gories adopt&#233;es en Virginie &#224; l'&#233;poque &#233;taient les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. serviteurs blancs sous contrat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. domestiques blancs sans contrat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a. ceux qui sont venus volontairement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b. ceux qui sont venus involontairement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) ceux qui ont &#233;t&#233; emport&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) ceux envoy&#233;s pour le bien de leur pays&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) probablement aussi les &#171; gar&#231;ons de service &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Serviteurs noirs chr&#233;tiens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Serviteurs indiens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Les serviteurs mul&#226;tres (dont la servitude &#233;tait la sanction pour avoir une m&#232;re blanche et un p&#232;re indien, noir ou mul&#226;tre, ou, apr&#232;s 1723, pour &#234;tre descendus par la lign&#233;e maternelle d'une telle combinaison d'anc&#234;tres)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Esclaves indiens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Esclaves noirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Affaires judiciaires concernant l'esclavage am&#233;ricain et les Noirs, &#233;dit&#233; par HT Catterall, I, 53-54. 9. Les demeures priv&#233;es des riches planteurs impressionnaient souvent les observateurs comme si les b&#226;timents avaient un caract&#232;re d'&#201;tat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Catterall, ouvrage cit&#233;, pp. 56-61.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Citation donn&#233;e dans A. Benezet : A Caution and Warning to Great Britain and Her Colonies, p.10 (La meilleure &#233;dition semble &#234;tre la deuxi&#232;me am&#233;ricaine, publi&#233;e par D. Hall &amp; W. Sellers, Philadelphie, 1767.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Le m&#234;me, pp. 41-43.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Des preuves int&#233;ressantes de r&#233;voltes noires peuvent &#234;tre trouv&#233;es dans John R. Commons and Associates : Documentary History of American Industrial Society, II, 75-125.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. M&#234;me L&#233;nine (Oulianov), leader de la R&#233;volution d'octobre 1917 en Russie, s'est laiss&#233; prendre par cette propagande am&#233;ricaine. Voir sa &#171; Lettre aux travailleurs am&#233;ricains &#187;, o&#249; il reprend ces plaisanteries populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Voir C. Becker : La D&#233;claration d'Ind&#233;pendance, en particulier pp. 131-132.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. AJ Beveridge : Vie de John Marshall, I, 124.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Beveridge : ouvrage cit&#233;, I, 86.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. RH Belcher : La premi&#232;re guerre civile am&#233;ricaine, II, 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. WEB Du Bois : Don du peuple noir, p. 94, citant WB Hartgrove- Journal of Negro History, I, 125-129.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Beveridge, ouvrage cit&#233;, I, 120.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Selon le g&#233;n&#233;ral Greene, les soldats de base se comportaient bien mieux que leurs officiers. (Voir CK Bolton : The Private Soldier Under Washington, p. 134-135.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Voir J. Madison : &#171; Lettre du 24 octobre 1787 &#187;, Works , I, 351-353.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Divide pour impera, l'axiome r&#233;prouv&#233; de la tyrannie est, sous certaines conditions, la seule politique par laquelle une r&#233;publique peut &#234;tre administr&#233;e selon des principes justes. &#187; (Le m&#234;me, I, 353.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. J. Adams : &#338;uvres , VI, 483-484.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les points de vue des autres d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Convention constitutionnelle, voir J. Madison : The Debates in the Federal Convention of 1787, p. 32 (Gerry) ; p. 34 (Randolph) ; p. 115-118 (Hamilton). Voir &#233;galement les pages 167-168 pour une autre illustration des points de vue de Madison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. C. et Mary Beard : L'essor de la civilisation am&#233;ricaine, I, 372.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Il convient de garder &#224; l'esprit que nombre d'officiers avaient re&#231;u leurs titres et leurs commandements non pas gr&#226;ce &#224; leur exp&#233;rience militaire, mais gr&#226;ce &#224; leur richesse et &#224; leur capacit&#233; &#224; recruter. Le n&#233;potisme &#233;tait monnaie courante. (Voir CK Bolton : ouvrage cit&#233;, p. 129.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Cette attitude n'emp&#234;cha cependant pas Franklin d'accepter une adh&#233;sion honorifique &#224; l'organisation en 1789.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. &#171; Consid&#233;rations sur l'Ordre de Cincinnatus &#187;. Cette brochure est en r&#233;alit&#233; une copie de l'attaque d'A. Burke contre la Soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Le Boston Magazine, 1786, p. 368.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. Voir GR Minot : L'histoire des insurrections dans le Massachusetts, pp. 5-6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. Pour une bonne analyse, voir CA Beard : Economic Interpretation of the Constitution of the United States.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. R. King : Vie et correspondance, I, 201 ; &#233;galement donn&#233; dans JT Austen : La vie d'Elbridge Gerry, I, 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. Constitution des &#201;tats-Unis, article II, section 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33. Voir The Federalist, n&#176; 83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34. Ce n'est que longtemps apr&#232;s la D&#233;claration d'Ind&#233;pendance que Jefferson adh&#233;ra &#224; la dangereuse doctrine du suffrage masculin. Quant au lib&#233;ral Franklin, il s'opposa d'abord au suffrage universel. &#171; Quant &#224; ceux qui ne poss&#232;dent pas de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re dans un comt&#233;, leur permettre de voter pour les l&#233;gislateurs est une irr&#233;gularit&#233;. &#187; ( Franklin : Bigelow Edition, III, 496.) Franklin ne s'opposa pas au syst&#232;me anglais des Rotten Boroughs. Ce n'est que pendant, ou plut&#244;t apr&#232;s, la R&#233;volution que Franklin d&#233;clara que le droit de vote &#233;tait le droit commun des hommes libres. ( Franklin , Smythe Edition, IX, 342.) Mais il exclut sp&#233;cifiquement &#171; les mineurs, les domestiques (c'est-&#224;-dire les ouvriers) et autres personnes susceptibles d'&#234;tre influenc&#233;es ind&#251;ment. &#187; (Franklin, Bigelow Edition, VIII, 411.) &#192; la Convention constitutionnelle, cependant, Franklin faisait partie de l'aile la plus d&#233;mocrate, contrairement &#224; Hamilton .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. AJ Beveridge : Vie de John Marshall, II, 114.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36. Dans l'ordonnance du Nord-Ouest de 1787, les juges avaient ce pouvoir avec le gouverneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. Voir CG Haines : La doctrine am&#233;ricaine de la supr&#233;matie judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. A. de Tocqueville : De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique, I, 282. (Colonial Press Ed, 1899-1900.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. Pour cette expression, voir C. Becker : D&#233;claration d'ind&#233;pendance, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40. Aujourd'hui encore, les Am&#233;ricains s'int&#233;ressent bien plus aux paysages (chutes du Niagara, parc de Yellowstone, etc.) qu'aux monuments historiques. Et l'on serait compl&#232;tement perdu dans de nombreuses grandes villes am&#233;ricaines, comme Chicago, si l'on ne se rappelait pas toujours, tel un voyageur errant dans la nature, o&#249; se trouvent les directions nord, est, sud et ouest. En Europe, en revanche, les avenues portent le nom d'&#233;v&#233;nements sociaux et de personnages historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41. Voir G. Jellinek : D&#233;claration des droits de l'homme, pp. 27-28, &#233;galement p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42. Disraeli, Le Jeune : D&#233;fense de la Constitution anglaise, p. 59 (&#233;dition 1935).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43. Selon MJ Bonn, les traits distinctifs de l'Am&#233;rique sont ses m&#233;thodes, caract&#233;ris&#233;es par un m&#233;pris total des traditions &#233;tablies, des changements soudains de cap, une indiff&#233;rence totale aux cons&#233;quences lointaines et un &#233;clectisme &#171; cocktail &#187;. (Voir Pr&#233;face : L'Exp&#233;rience am&#233;ricaine, par MJ Bonn.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je crois qu'aucun pays du monde civilis&#233; ne pr&#234;te autant d'attention &#224; la philosophie qu'aux &#201;tats-Unis&#8230; &#201;chapper &#224; l'esclavage des syst&#232;mes et des habitudes, des maximes familiales, des opinions de classe et, dans une certaine mesure, des pr&#233;jug&#233;s nationaux ; n'accepter la tradition que comme moyen d'information, et les faits existants que comme une le&#231;on servant &#224; faire autrement et &#224; faire mieux ; chercher la raison des choses par soi-m&#234;me, et en soi seul ; tendre aux r&#233;sultats sans &#234;tre li&#233; aux moyens, et viser le fond par la forme ; telles sont les principales caract&#233;ristiques de ce que j'appellerai la m&#233;thode philosophique des Am&#233;ricains. &#187; (De Tocqueville, ouvrage cit&#233;, II, 3.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44. Article II, Section 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45. Par ailleurs, les lib&#233;raux am&#233;ricains ont beaucoup appris par la suite des radicaux fran&#231;ais. Jefferson, Franklin et Paine ont pass&#233; des ann&#233;es en France. Sous Jefferson, les lib&#233;raux se sont prononc&#233;s en faveur de la suppression du droit d'a&#238;nesse et de la r&#233;tribution, ainsi que d'une r&#233;forme du droit p&#233;nal. Il convient toutefois de noter que Jefferson a organis&#233;, non pas un parti d&#233;mocrate, mais un parti r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46. Voir &#171; Premier discours inaugural de Jefferson &#187;, 4 mars 1801, &#201;crits, VIII, 4 (&#233;dition Ford). Voir aussi &#171; Premier message de Jefferson au Congr&#232;s &#187;, 8 d&#233;cembre 1801, VIII, 123.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47. Si Jefferson &#233;tait pour la R&#233;volution, il &#233;tait en faveur d'une r&#233;volution de la campagne contre la ville. S'il s'exprima favorablement &#224; la r&#233;bellion de Shays, ce fut apr&#232;s sa d&#233;faite et aussi parce qu'il s'agissait d'une lutte contre les capitalistes du Nord. S'il se pr&#233;senta comme d&#233;mocrate, c'est parce que le planteur sudiste concluait son alliance avec l'Ouest contre le Nord et l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir &#171; Lettre &#224; William S. Smith &#187;, 13 novembre 1787 , &#201;crits, IV, 467. &#201;galement, &#171; Lettre &#224; James Madison &#187;, 20 d&#233;cembre 1787, IV, 479-480.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48. Franklin fut parmi les premiers &#224; comprendre que le travail est la source de la valeur, &#224; comprendre l'utilit&#233; de l'argent comme moyen d'&#233;change et &#224; croire que tout commerce est une tromperie. (Voir LG Carey : Franklin's Economic Views , p. 41-43 ; voir Karl Marx : Capital, I, 59, note de bas de page, &#233;dition Kerr.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les articles pr&#233;c&#233;dents sont de Weisbod&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Voltaire et les guerres civiles en France</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6847</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Voltaire &lt;br class='autobr' /&gt;
An Essay Upon the Civil Wars in France &lt;br class='autobr' /&gt;
https://archive.org/details/anessayuponcivi00voltgoog/page/n4/mode/2up &lt;br class='autobr' /&gt;
Voltaire Essai sur les guerres civiles de France &lt;br class='autobr' /&gt;
ESSAI SUR LES GUERRES CIVILES DE FRANCE[1] &lt;br class='autobr' /&gt;
Henri le Grand naquit, en 1553, &#224; Pau, petite ville, capitale du B&#233;arn : Antoine de Bourbon, duc de Vend&#244;me, son p&#232;re, &#233;tait du sang royal de France, et chef de la branche de Bourbon (ce qui autrefois signifiait bourbeux), ainsi appel&#233;e d'un fief de ce nom, qui tomba dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voltaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;An Essay Upon the Civil Wars in France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://archive.org/details/anessayuponcivi00voltgoog/page/n4/mode/2up&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archive.org/details/anessayuponcivi00voltgoog/page/n4/mode/2up&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voltaire &lt;br class='autobr' /&gt;
Essai sur les guerres civiles de France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ESSAI&lt;br class='autobr' /&gt;
SUR&lt;br class='autobr' /&gt;
LES GUERRES CIVILES&lt;br class='autobr' /&gt;
DE FRANCE[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri le Grand naquit, en 1553, &#224; Pau, petite ville, capitale du B&#233;arn : Antoine de Bourbon, duc de Vend&#244;me, son p&#232;re, &#233;tait du sang royal de France, et chef de la branche de Bourbon (ce qui autrefois signifiait bourbeux), ainsi appel&#233;e d'un fief de ce nom, qui tomba dans leur maison par un mariage avec l'h&#233;riti&#232;re de Bourbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maison de Bourbon, depuis Louis IX jusqu'&#224; Henri IV, avait presque toujours &#233;t&#233; n&#233;glig&#233;e, et r&#233;duite &#224; un tel degr&#233; de pauvret&#233; qu'on a pr&#233;tendu que le fameux prince de Cond&#233;, fr&#232;re d'Antoine de Navarre, et oncle de Henri le Grand, n'avait que six cents livres de rente de son patrimoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re de Henri &#233;tait Jeanne d'Albret, fille de Henri d'Albret, roi de Navarre, prince sans m&#233;rite, mais bonhomme, plut&#244;t indolent que paisible, qui soutint avec trop de r&#233;signation la perte de son royaume, enlev&#233; &#224; son p&#232;re par une bulle du pape, appuy&#233;e des armes de l'Espagne. Jeanne, fille d'un prince si faible, eut encore un plus faible &#233;poux, auquel elle apporta en mariage la principaut&#233; de B&#233;arn, et le vain titre de roi de Navarre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce prince, qui vivait dans un temps de factions et de guerres civiles, o&#249; la fermet&#233; d'esprit est si n&#233;cessaire, ne fit voir qu'incertitude et irr&#233;solution dans sa conduite. Il ne sut jamais de quel parti ni de quelle religion il &#233;tait. Sans talent pour la cour, et sans capacit&#233; pour l'emploi de g&#233;n&#233;ral d'arm&#233;e, il passa toute sa vie &#224; favoriser ses ennemis et &#224; ruiner ses serviteurs, jou&#233; par Catherine de M&#233;dicis, amus&#233; et accabl&#233; par les Guises, et toujours dupe de lui-m&#234;me. Il re&#231;ut une blessure mortelle au si&#232;ge de Rouen, o&#249; il combattit pour la cause de ses ennemis contre l'int&#233;r&#234;t de sa propre maison. Il fit voir, en mourant, le m&#234;me esprit inquiet et flottant qui l'avait agit&#233; pendant sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeanne d'Albret &#233;tait d'un caract&#232;re tout oppos&#233; : pleine de courage et de r&#233;solution, redout&#233;e de la cour de France, ch&#233;rie des protestants, estim&#233;e des deux partis. Elle avait toutes les qualit&#233;s qui font les grands politiques, ignorant cependant les petits artifices de l'intrigue et de la cabale. Une chose remarquable est qu'elle se fit protestante dans le m&#234;me temps que son &#233;poux redevint catholique[2] et fut aussi constamment attach&#233;e &#224; sa nouvelle religion qu'Antoine &#233;tait chancelant dans la sienne. Ce fut par l&#224; qu'elle se vit &#224; la t&#234;te d'un parti, tandis que son &#233;poux &#233;tait le jouet de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jalouse de l'&#233;ducation de son fils, elle voulut seule en prendre le soin. Henri apporta en naissant toutes les excellentes qualit&#233;s de sa m&#232;re, et il les porta dans la suite &#224; un plus haut degr&#233; de perfection. Il n'avait h&#233;rit&#233; de son p&#232;re qu'une certaine facilit&#233; d'humeur, qui dans Antoine d&#233;g&#233;n&#233;ra en incertitude et en faiblesse, mais qui dans Henri fut bienveillance et bon naturel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne fut pas &#233;lev&#233;, comme un prince, dans cet orgueil l&#226;che et eff&#233;min&#233; qui &#233;nerve le corps, affaiblit l'esprit, et endurcit le c&#339;ur. Sa nourriture &#233;tait grossi&#232;re, et ses habits simples et unis. Il alla toujours nu-t&#234;te. On l'envoyait &#224; l'&#233;cole avec des jeunes gens de m&#234;me &#226;ge ; il grimpait avec eux sur les rochers et sur le sommet des montagnes voisines, suivant la coutume du pays et des temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'il &#233;tait ainsi &#233;lev&#233; au milieu de ses sujets, dans une sorte d'&#233;galit&#233;, sans laquelle il est facile &#224; un prince d'oublier qu'il est n&#233; homme, la fortune ouvrit en France une sc&#232;ne sanglante ; et, au travers des d&#233;bris d'un royaume presque d&#233;truit, et sur les cendres de plusieurs princes enlev&#233;s par une mort pr&#233;matur&#233;e, lui fraya le chemin d'un tr&#244;ne qu'il ne put r&#233;tablir dans son ancienne splendeur qu'apr&#232;s en avoir fait la conqu&#234;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Henri II, roi de France, chef de la branche des Valois, fut tu&#233;, &#224; Paris, dans un tournoi qui fut en Europe le dernier de ces romanesques et p&#233;rilleux divertissements. Il laissa quatre fils : Fran&#231;ois II, Charles IX, Henri III, et le duc d'Alen&#231;on. Tous ces indignes descendants de Fran&#231;ois Ier mont&#232;rent successivement sur le tr&#244;ne, except&#233; le duc d'Alen&#231;on, et moururent, heureusement, &#224; la fleur de leur &#226;ge, et sans post&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#232;gne de Fran&#231;ois II fut court, mais remarquable. Ce fut alors que perc&#232;rent ces factions et que commenc&#232;rent ces calamit&#233;s qui, pendant trente ans successivement, ravag&#232;rent le royaume de France. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;pousa la c&#233;l&#232;bre et malheureuse Marie Stuart, reine d'&#201;cosse, que sa beaut&#233; et sa faiblesse conduisirent &#224; de grandes fautes, &#224; de plus grands malheurs, et enfin &#224; une mort d&#233;plorable. Elle &#233;tait ma&#238;tresse absolue de son jeune &#233;poux, prince de dix-huit ans, sans vices et sans vertus, n&#233; avec un corps d&#233;licat et un esprit faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incapable de gouverner par elle-m&#234;me, elle se livra sans r&#233;serve au duc de Guise, fr&#232;re de sa m&#232;re. Il influait sur l'esprit du roi par son moyen, et jetait par l&#224; les fondements de la grandeur de sa propre maison. Ce fut dans ce temps que Catherine de M&#233;dicis, veuve du feu roi, et m&#232;re du roi r&#233;gnant, laissa &#233;chapper les premi&#232;res &#233;tincelles de son ambition, qu'elle avait habilement &#233;touff&#233;e pendant la vie de Henri II. Mais, se voyant incapable de l'emporter sur l'esprit de son fils et sur une jeune princesse qu'il aimait passionn&#233;ment, elle crut qu'il lui &#233;tait plus avantageux d'&#234;tre pendant quelque temps leur instrument, et de se servir de leur pouvoir pour &#233;tablir son autorit&#233;, que de s'y opposer inutilement. Ainsi les Guises gouvernaient le roi et les deux reines. Ma&#238;tres de la cour, ils devinrent les ma&#238;tres de tout le royaume : l'un, en France, est toujours une suite n&#233;cessaire de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maison de Bourbon g&#233;missait sous l'oppression de la maison de Lorraine ; et Antoine, roi de Navarre, souffrit tranquillement plusieurs affronts d'une dangereuse cons&#233;quence. Le prince de Cond&#233;, son fr&#232;re, encore plus indignement trait&#233;, t&#226;cha de secouer le joug, et s'associa pour ce grand dessein &#224; l'amiral de Coligny, chef de la maison de Ch&#226;tillon. La cour n'avait point d'ennemi plus redoutable. Cond&#233; &#233;tait plus ambitieux, plus entreprenant, plus actif ; Coligny &#233;tait d'une humeur plus pos&#233;e, plus mesur&#233; dans sa conduite, plus capable d'&#234;tre chef d'un parti : &#224; la v&#233;rit&#233; aussi malheureux &#224; la guerre que Cond&#233;, mais r&#233;parant souvent par son habilet&#233; ce qui semblait irr&#233;parable ; plus dangereux apr&#232;s une d&#233;faite que ses ennemis apr&#232;s une victoire ; orn&#233; d'ailleurs d'autant de vertus que des temps si orageux et l'esprit de faction pouvaient le permettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les protestants commen&#231;aient alors &#224; devenir nombreux : ils s'aper&#231;urent bient&#244;t de leurs forces. &lt;br class='autobr' /&gt;
La superstition, les secr&#232;tes fourberies des moines de ce temps-l&#224;, le pouvoir immense de Rome, la passion des hommes pour la nouveaut&#233;, l'ambition de Luther et de Calvin, la politique de plusieurs princes, servirent &#224; l'accroissement de cette secte, libre &#224; la v&#233;rit&#233; de superstition, mais tendant aussi imp&#233;tueusement &#224; l'anarchie que la religion de Rome &#224; la tyrannie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les protestants avaient essuy&#233; en France les pers&#233;cutions les plus violentes, dont l'effet ordinaire est de multiplier les pros&#233;lytes. Leur secte croissait au milieu des &#233;chafauds et des tortures. Cond&#233;, Coligny, les deux fr&#232;res de Coligny, leurs partisans, et tous ceux qui &#233;taient tyrannis&#233;s par les Guises, embrass&#232;rent en m&#234;me temps la religion protestante. Ils unirent avec tant de concert leurs plaintes, leur vengeance, et leurs int&#233;r&#234;ts, qu'il y eut en m&#234;me temps une r&#233;volution dans la religion et dans l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re entreprise fut un complot pour arr&#234;ter les Guises &#224; Amboise, et pour s'assurer de la personne du roi. Quoique ce complot e&#251;t &#233;t&#233; tram&#233; avec hardiesse et conduit avec secret, il fut d&#233;couvert au moment o&#249; il allait &#234;tre mis en ex&#233;cution. Les Guises punirent les conspirateurs de la mani&#232;re la plus cruelle, pour intimider leurs ennemis, et les emp&#234;cher de former &#224; l'avenir de pareils projets. Plus de sept cents protestants furent ex&#233;cut&#233;s ; Cond&#233; fut fait prisonnier, et accus&#233; de l&#232;se-majest&#233; ; on lui fit son proc&#232;s, et il fut condamn&#233; &#224; mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le cours de son proc&#232;s, Antoine, roi de Navarre, son fr&#232;re, leva en Guyenne, &#224; la sollicitation de sa femme et de Coligny, un grand nombre de gentilshommes, tant protestants que catholiques, attach&#233;s &#224; sa maison. Il traversa la Gascogne avec son arm&#233;e ; mais, sur un simple message qu'il re&#231;ut de la cour en chemin, il les cong&#233;dia tous en pleurant. &#171; Il faut que j'ob&#233;isse, dit-il ; mais j'obtiendrai votre pardon du roi. &#8212; Allez, et demandez pardon pour vous-m&#234;me, lui r&#233;pondit un vieux capitaine ; notre s&#251;ret&#233; est au bout de nos &#233;p&#233;es. &#187; L&#224;-dessus la noblesse qui le suivait s'en retourna avec m&#233;pris et indignation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Antoine continua sa route, et arriva &#224; la cour. Il y sollicita pour la vie de son fr&#232;re, n'&#233;tant pas s&#251;r de la sienne. Il allait tous les jours chez le duc et chez le cardinal de Guise, qui le recevaient assis et couverts, pendant qu'il &#233;tait debout et nu-t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#233;tait pr&#234;t alors pour la mort du prince de Cond&#233;, lorsque le roi tomba tout d'un coup malade, et mourut. Les circonstances et la promptitude de cet &#233;v&#233;nement, le penchant des hommes &#224; croire que la mort pr&#233;cipit&#233;e des princes n'est point naturelle, donn&#232;rent cours au bruit commun que Fran&#231;ois II avait &#233;t&#233; empoisonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa mort donna un nouveau tour aux affaires. Le prince de Cond&#233; fut mis en libert&#233; : son parti commen&#231;a &#224; respirer ; la religion protestante s'&#233;tendit de plus en plus ; l'autorit&#233; des Guises baissa, sans cependant &#234;tre abattue ; Antoine de Navarre recouvra une ombre d'autorit&#233; dont il se contenta ; Marie Stuart fut renvoy&#233;e en &#201;cosse ; et Catherine de M&#233;dicis, qui commen&#231;a alors &#224; jouer le premier r&#244;le sur ce th&#233;&#226;tre, fut d&#233;clar&#233;e r&#233;gente du royaume pendant la minorit&#233; de Charles IX, son second fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se trouva elle-m&#234;me embarrass&#233;e dans un labyrinthe de difficult&#233;s insurmontables, et partag&#233;e entre deux religions et diff&#233;rentes factions, qui &#233;taient aux prises l'une avec l'autre, et se disputaient le pouvoir souverain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette princesse r&#233;solut de les d&#233;truire par leurs propres armes, s'il &#233;tait possible. Elle nourrit la haine des Cond&#233;s contre les Guises ; elle jeta la semence des guerres civiles ; indiff&#233;rente et impartiale entre Rome et Gen&#232;ve[3], uniquement jalouse de sa propre autorit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Guises, qui &#233;taient z&#233;l&#233;s catholiques, parce que Cond&#233; et Coligny &#233;taient protestants, furent longtemps &#224; la t&#234;te des troupes. Il y eut plusieurs batailles livr&#233;es : le royaume fut ravag&#233; en m&#234;me temps par trois ou quatre arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conn&#233;table Anne de Montmorency fut tu&#233; &#224; la journ&#233;e de Saint-Denis, dans la soixante et quatorzi&#232;me ann&#233;e de son &#226;ge. Fran&#231;ois, duc de Guise, fut assassin&#233; par Poltrot, au si&#232;ge d'Orl&#233;ans. Henri III, alors duc d'Anjou, grand prince dans sa jeunesse, quoique roi de peu de m&#233;rite dans la maturit&#233; de l'&#226;ge, gagna la bataille de Jarnac contre Cond&#233;, et celle de Moncontour contre Coligny.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conduite de Cond&#233;, et sa mort funeste &#224; la bataille de Jarnac, sont trop remarquables pour n'&#234;tre pas d&#233;taill&#233;es. Il avait &#233;t&#233; bless&#233; au bras deux jours auparavant. Sur le point de donner bataille &#224; son ennemi, il eut le malheur de recevoir un coup de pied d'un cheval fougueux, sur lequel &#233;tait mont&#233; un de ses officiers. Le prince, sans marquer aucune douleur, dit &#224; ceux qui &#233;taient autour de lui : &#171; Messieurs, apprenez par cet accident qu'un cheval fougueux est plus dangereux qu'utile dans un jour de bataille. Allons, poursuivit-il, le prince de Cond&#233;, avec une jambe cass&#233;e et le bras en &#233;charpe, ne craint point de donner bataille, puisque vous le suivez. &#187; Le succ&#232;s ne r&#233;pondit point &#224; son courage : il perdit la bataille ; toute son arm&#233;e fut mise en d&#233;route. Son cheval ayant &#233;t&#233; tu&#233; sous lui, il se tint tout seul, le mieux qu'il put, appuy&#233; contre un arbre, &#224; demi &#233;vanoui, &#224; cause de la douleur que lui causait son mal, mais toujours intr&#233;pide, et le visage tourn&#233; du c&#244;t&#233; de l'ennemi. Montesquiou, capitaine des gardes du duc d'Anjou, passa par l&#224; quand ce prince infortun&#233; &#233;tait en cet &#233;tat, et demanda qui il &#233;tait. Comme on lui dit que c'&#233;tait le prince de Cond&#233;, il le tua de sang-froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la mort de Cond&#233;, Coligny eut sur les bras tout le fardeau du parti. Jeanne d'Albret, alors veuve, confia son fils &#224; ses soins. Le jeune Henri, alors &#226;g&#233; de quatorze ans, alla avec lui &#224; l'arm&#233;e, et partagea les fatigues de la guerre. Le travail et les adversit&#233;s furent ses guides et ses ma&#238;tres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa m&#232;re et l'amiral n'avaient point d'autre vue que de rendre en France leur religion ind&#233;pendante de l'&#201;glise de Rome, et d'assurer leur propre autorit&#233; contre le pouvoir de Catherine de M&#233;dicis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catherine &#233;tait d&#233;j&#224; d&#233;barrass&#233;e de plusieurs de ses rivaux. Fran&#231;ois, duc de Guise, qui &#233;tait le plus dangereux et le plus nuisible de tous, quoiqu'il f&#251;t de m&#234;me parti, avait &#233;t&#233; assassin&#233; devant Orl&#233;ans. Henri de Guise, son fils, qui joua depuis un si grand r&#244;le dans le monde, &#233;tait alors fort jeune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prince de Cond&#233; &#233;tait mort. Charles IX, fils de Catherine, avait pris le pli qu'elle voulait, &#233;tant aveugl&#233;ment soumis &#224; ses volont&#233;s. Le duc d'Anjou, qui fut depuis Henri III, &#233;tait absolument dans ses int&#233;r&#234;ts ; elle ne craignait d'autres ennemis que Jeanne d'Albret, Coligny, et les protestants. Elle crut qu'un seul coup pouvait les d&#233;truire tous, et rendre son pouvoir immuable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle pressentit le roi, et m&#234;me le duc d'Anjou, sur son dessein. Tout fut concert&#233; ; et les pi&#232;ges &#233;tant pr&#233;par&#233;s, une paix avantageuse fut propos&#233;e aux protestants. Coligny, fatigu&#233; de la guerre civile, l'accepta avec chaleur. Charles, pour ne laisser aucun sujet de soup&#231;on, donna sa s&#339;ur en mariage au jeune Henri de Navarre. Jeanne d'Albret, tromp&#233;e par des apparences si s&#233;duisantes, vint &#224; la cour avec son fils, Coligny, et tous les chefs des protestants. Le mariage fut c&#233;l&#233;br&#233;[4] avec pompe : toutes les mani&#232;res obligeantes, toutes les assurances d'amiti&#233;, tous les serments, si sacr&#233;s parmi les hommes, furent prodigu&#233;s par Catherine et par le roi. Le reste de la cour n'&#233;tait occup&#233; que de f&#234;tes, de jeux, et de mascarades. Enfin une nuit, qui fut la veille de la Saint-Barth&#233;lemy, au mois d'ao&#251;t 1572, le signal fut donn&#233; &#224; minuit. Toutes les maisons des protestants furent forc&#233;es et ouvertes en m&#234;me temps. L'amiral de Coligny, alarm&#233; du tumulte, sauta de son lit. Une troupe d'assassins entra dans sa chambre ; un certain Besme, Lorrain[5] qui avait &#233;t&#233; &#233;lev&#233; domestique dans la maison de Guise, &#233;tait &#224; leur t&#234;te : il plongea son &#233;p&#233;e dans le sein de l'amiral, et lui donna un coup de revers sur le visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune Henri, duc de Guise, qui forma ensuite la ligue catholique, et qui fut depuis assassin&#233; &#224; Blois, &#233;tait &#224; la porte de la maison de Coligny, attendant la fin de l'assassinat, et cria tout haut : Besme, cela est-il fait ? Imm&#233;diatement apr&#232;s, les assassins jet&#232;rent le corps de l'amiral par la fen&#234;tre. Coligny tomba et expira aux pieds de Guise, qui lui marcha sur le corps ; non qu'il f&#251;t enivr&#233; de ce z&#232;le catholique pour la pers&#233;cution, qui dans ce temps avait infect&#233; la moiti&#233; de la France, mais il y fut pouss&#233; par l'esprit de vengeance, qui, bien qu'il ne soit pas en g&#233;n&#233;ral si cruel que le faux z&#232;le pour la religion, m&#232;ne souvent &#224; de plus grandes bassesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant tous les amis de Coligny &#233;taient attaqu&#233;s dans Paris : hommes, enfants, tout &#233;tait massacr&#233; sans distinction : toutes les rues &#233;taient jonch&#233;es de corps morts. Quelques pr&#234;tres, tenant un crucifix d'une main et une &#233;p&#233;e de l'autre, couraient &#224; la t&#234;te des meurtriers, et les encourageaient, au nom de Dieu, &#224; n'&#233;pargner ni parents ni amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mar&#233;chal de Tavannes, soldat ignorant et superstitieux, qui joignait la fureur de la religion &#224; la rage du parti, courait &#224; cheval dans Paris, criant aux soldats : &#171; Du sang, du sang ! La saign&#233;e est aussi salutaire au mois d'ao&#251;t que dans le mois de mai. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le palais du roi fut un des principaux th&#233;&#226;tres du carnage, car le prince de Navarre logeait au Louvre, et tous ses domestiques &#233;taient protestants. Quelques-uns d'entre eux furent tu&#233;s dans leurs lits avec leurs femmes ; d'autres s'enfuyaient tout nus, et &#233;taient poursuivis par les soldats sur les escaliers de tous les appartements du palais, et m&#234;me jusqu'&#224; l'antichambre du roi. La jeune femme de Henri de Navarre, &#233;veill&#233;e par cet affreux tumulte, craignant pour son &#233;poux et pour elle-m&#234;me, saisie d'horreur et &#224; demi morte, sauta brusquement de son lit pour aller se jeter aux pieds du roi son fr&#232;re. &#192; peine eut-elle ouvert la porte de sa chambre que quelques-uns de ses domestiques protestants coururent s'y r&#233;fugier. Les soldats entr&#232;rent apr&#232;s eux, et les poursuivirent en pr&#233;sence de la princesse. Un d'eux, qui s'&#233;tait cach&#233; sous son lit, y fut tu&#233; ; deux autres furent perc&#233;s de coups de hallebarde &#224; ses pieds ; elle fut elle-m&#234;me couverte de sang. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y avait un jeune gentilhomme qui &#233;tait fort avant dans la faveur du roi, &#224; cause de son air noble, de sa politesse, et d'un certain tour heureux qui r&#233;gnait dans sa conversation : c'&#233;tait le comte de La Rochefoucauld, bisa&#239;eul du marquis de Montendre, qui est venu en Angleterre pendant une pers&#233;cution moins cruelle, mais aussi injuste. La Rochefoucauld[6] avait pass&#233; la soir&#233;e avec le roi dans une douce familiarit&#233;, o&#249; il avait donn&#233; l'essor &#224; son imagination. Le roi sentit quelques remords, et fut touch&#233; d'une sorte de compassion pour lui : il lui dit deux ou trois fois de ne point retourner chez lui, et de coucher dans sa chambre ; mais La Rochefoucauld r&#233;pondit qu'il voulait aller trouver sa femme. Le roi ne l'en pressa pas davantage, et dit : &#171; Qu'on le laisse aller ; je vois bien que Dieu a r&#233;solu sa mort. &#187; Ce jeune homme fut massacr&#233; deux heures apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y en eut fort peu qui &#233;chapp&#232;rent de ce massacre g&#233;n&#233;ral. Parmi ceux-ci, la d&#233;livrance du jeune La Force est un exemple illustre de ce que les hommes appellent destin&#233;e. C'&#233;tait un enfant de dix ans[7]. Son p&#232;re, son fr&#232;re a&#238;n&#233;, et lui, furent arr&#234;t&#233;s en m&#234;me temps par les soldats du duc d'Anjou, Ces meurtriers tomb&#232;rent sur tous les trois tumultuairement, et les frapp&#232;rent au hasard. Le p&#232;re et les enfants, couverts de sang, tomb&#232;rent &#224; la renverse les uns sur les autres. Le plus jeune, qui n'avait re&#231;u aucun coup, contrefit le mort, et le jour suivant il fut d&#233;livr&#233; de tout danger. Une vie si miraculeusement conserv&#233;e dura quatre-vingt-cinq ans. Ce fut le c&#233;l&#232;bre mar&#233;chal de La Force, oncle de la duchesse de La Force, qui est pr&#233;sentement en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant plusieurs de ces infortun&#233;es victimes fuyaient du c&#244;t&#233; de la rivi&#232;re. Quelques-uns la traversaient &#224; la nage pour gagner le faubourg Saint-Germain. Le roi les aper&#231;ut de sa fen&#234;tre, qui avait vue sur la rivi&#232;re : ce qui est presque incroyable, quoique cela ne soit que trop vrai, il tira sur eux avec une carabine[8]. Catherine de M&#233;dicis, sans trouble, et avec un air serein et tranquille au milieu de cette boucherie, regardait du haut d'un balcon qui avait vue sur la ville, enhardissait les assassins, et riait d'entendre les soupirs des mourants et les cris de ceux qui &#233;taient massacr&#233;s. Ses filles d'honneur vinrent dans la rue avec une curiosit&#233; effront&#233;e, digne des abominations de ce si&#232;cle : elles contempl&#232;rent le corps nu d'un gentilhomme nomm&#233; Soubise, qui avait &#233;t&#233; soup&#231;onn&#233; d'impuissance, et qui venait d'&#234;tre assassin&#233; sous les fen&#234;tres de la reine[9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cour, qui fumait encore du sang de la nation, essaya quelques jours apr&#232;s de couvrir un forfait si &#233;norme par les formalit&#233;s des lois. Pour justifier ce massacre, ils imput&#232;rent calomnieusement &#224; l'amiral une conspiration qui ne fut crue de personne. On ordonna au parlement de proc&#233;der contre la m&#233;moire de Coligny. Son corps fut pendu par les pieds avec une cha&#238;ne de fer au gibet de Montfaucon. Le roi lui-m&#234;me eut la cruaut&#233; d'aller jouir de ce spectacle horrible. Un de ses courtisans l'avertissant de se retirer, parce que le corps sentait mauvais, le roi r&#233;pondit : &#171; Le corps d'un ennemi mort sent toujours bon. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible de savoir s'il est vrai que l'on envoya la t&#234;te de l'amiral &#224; Rome. Ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'il y a &#224; Rome, dans le Vatican, un tableau o&#249; est repr&#233;sent&#233; le massacre de la Saint-Barth&#233;l&#233;my, avec ces paroles : &#171; Le pape approuve la mort de Coligny. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le jeune Henri de Navarre fut &#233;pargn&#233; plut&#244;t par politique que par compassion de la part de Catherine, qui le retint prisonnier jusqu'&#224; la mort du roi, pour &#234;tre caution de la soumission des protestants qui voudraient se r&#233;volter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeanne d'Albret &#233;tait morte subitement trois ou quatre jours auparavant. Quoique peut-&#234;tre sa mort e&#251;t &#233;t&#233; naturelle, ce n'est pas toutefois une opinion ridicule de croire qu'elle avait &#233;t&#233; empoisonn&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ex&#233;cution ne fut pas born&#233;e &#224; la ville de Paris. Les m&#234;mes ordres de la cour furent envoy&#233;s &#224; tous les gouverneurs des provinces de France. Il n'y eut que deux ou trois gouverneurs qui refus&#232;rent d'ob&#233;ir aux ordres du roi. Un entre autres, appel&#233; Montmorin, gouverneur d'Auvergne, &#233;crivit &#224; Sa Majest&#233; la lettre suivante, qui m&#233;rite d'&#234;tre transmise &#224; la post&#233;rit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [10] Sire, j'ai re&#231;u un ordre, sous le sceau de Votre Majest&#233;, de faire mourir tous les protestants qui sont dans ma province. Je respecte trop Votre Majest&#233; pour ne pas croire que ces lettres sont suppos&#233;es ; et si (ce qu'&#224; Dieu ne plaise) l'ordre est v&#233;ritablement &#233;man&#233; d'elle, je la respecte aussi trop pour lui ob&#233;ir[11]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces massacres port&#232;rent au c&#339;ur des protestants la rage et l'&#233;pouvante. Leur haine irr&#233;conciliable sembla prendre de nouvelles forces : l'esprit de vengeance les rendit plus forts et plus redoutables. &lt;br class='autobr' /&gt;
Peu de temps apr&#232;s, le roi fut attaqu&#233; d'une &#233;trange maladie qui l'emporta au bout de deux ans. Son sang coulait toujours, et per&#231;ait au travers des pores de sa peau : maladie incompr&#233;hensible, contre laquelle &#233;choua l'art et l'habilet&#233; des m&#233;decins, et qui fut regard&#233;e comme un effet de la vengeance divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la maladie de Charles, son fr&#232;re, le duc d'Anjou, avait &#233;t&#233; &#233;lu roi de Pologne : il devait son &#233;l&#233;vation &#224; la r&#233;putation qu'il avait acquise &#233;tant g&#233;n&#233;ral, et qu'il perdit en montant sur le tr&#244;ne. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s qu'il apprit la mort de son fr&#232;re, il s'enfuit de Pologne, et se h&#226;ta de venir en France se mettre en possession du p&#233;rilleux h&#233;ritage d'un royaume d&#233;chir&#233; par des factions fatales &#224; ses souverains, et inond&#233; du sang de ses habitants. Il ne trouva en arrivant que partis et troubles, qui augment&#232;rent &#224; l'infini. &lt;br class='autobr' /&gt;
Henri, alors roi de Navarre, se mit &#224; la t&#234;te des protestants, et donna une nouvelle vie &#224; ce parti. D'un autre c&#244;t&#233;, le jeune duc de Guise commen&#231;ait &#224; frapper les yeux de tout le monde par ses grandes et dangereuses qualit&#233;s. Il avait un g&#233;nie encore plus entreprenant que son p&#232;re ; il semblait d'ailleurs avoir une heureuse occasion d'atteindre &#224; ce fa&#238;te de grandeurs dont son p&#232;re lui avait fray&#233; le chemin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le duc d'Anjou, alors Henri III, &#233;tait regard&#233; comme incapable d'avoir des enfants, &#224; cause de ses infirmit&#233;s, qui &#233;taient les suites des d&#233;bauches de sa jeunesse. Le duc d'Alen&#231;on, qui avait pris le nom de duc d'Anjou, &#233;tait mort en 1584, et Henri de Navarre &#233;tait l&#233;gitime h&#233;ritier de la couronne. Guise essaya de se l'assurer &#224; lui-m&#234;me, du moins apr&#232;s la mort de Henri III, et de l'enlever &#224; la maison des Capets, comme les Capets l'avaient usurp&#233;e sur la maison de Charlemagne, et comme le p&#232;re de Charlemagne l'avait ravie &#224; son l&#233;gitime souverain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais si hardi projet ne parut si bien et si heureusement concert&#233;, Henri de Navarre et toute la maison de Bourbon &#233;tait protestante. Guise commen&#231;a &#224; se concilier la bienveillance de la nation, en affectant un grand z&#232;le pour la religion catholique : sa lib&#233;ralit&#233; lui gagna le peuple ; il avait tout le clerg&#233; &#224; sa d&#233;votion, des amis dans le parlement, des espions &#224; la cour, des serviteurs dans tout le royaume. Sa premi&#232;re d&#233;marche politique fut une association sous le nom de sainte Ligue contre les protestants pour la s&#251;ret&#233; de la religion catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La moiti&#233; du royaume entra avec empressement dans cette nouvelle conf&#233;d&#233;ration. Le pape Sixte-Quint donna sa b&#233;n&#233;diction &#224; la Ligue, et la prot&#233;gea comme une nouvelle milice romaine. Philippe II, roi d'Espagne, selon la politique des souverains qui concourent toujours &#224; la ruine de leurs voisins, encouragea la Ligue de toutes ses forces, dans la vue de mettre la France en pi&#232;ces, et de s'enrichir de ses d&#233;pouilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Henri III, toujours ennemi des protestants, fut trahi lui-m&#234;me par des catholiques, assi&#233;g&#233; d'ennemis secrets et d&#233;clar&#233;s, et inf&#233;rieur en autorit&#233; &#224; un sujet qui, soumis en apparence, &#233;tait r&#233;ellement plus roi que lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule ressource pour se tirer de cet embarras &#233;tait peut-&#234;tre de se joindre avec Henri de Navarre, dont la fid&#233;lit&#233;, le courage, et l'esprit infatigable, &#233;taient l'unique barri&#232;re qu'on pouvait opposer &#224; l'ambition de Guise, et qui pouvait retenir dans le parti du roi tous les protestants ; ce qui e&#251;t mis un grand poids de plus dans sa balance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi, domin&#233; par Guise, dont il se d&#233;fiait, mais qu'il n'osait offenser, intimid&#233; par le pape, trahi par son conseil et par sa mauvaise politique, prit un parti tout oppos&#233; ; il se mit lui-m&#234;me &#224; la t&#234;te de la sainte Ligue. Dans l'esp&#233;rance de s'en rendre le ma&#238;tre, il s'unit avec Guise, son sujet rebelle, contre son successeur et son beau-fr&#232;re, que la nature et la bonne politique lui d&#233;signaient pour son alli&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Henri de Navarre commandait alors en Gascogne une petite arm&#233;e, tandis qu'un grand corps de troupes accourait &#224; son secours de la part des princes protestants d'Allemagne ; il &#233;tait d&#233;j&#224; sur les fronti&#232;res de Lorraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi s'imagina qu'il pourrait tout &#224; la fois r&#233;duire le Navarrois, et se d&#233;barrasser de Guise. Dans ce dessein, il envoya le Lorrain avec une tr&#232;s-petite et tr&#232;s-faible arm&#233;e contre les Allemands, par lesquels il faillit &#224; &#234;tre mis en d&#233;route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fit marcher en m&#234;me temps Joyeuse, son favori, contre le Navarrois, avec la fleur de la noblesse fran&#231;aise, et avec la plus puissante arm&#233;e qu'on e&#251;t vue depuis Fran&#231;ois Ier. Il &#233;choua dans tous ces desseins : Henri de Navarre d&#233;fit enti&#232;rement &#224; Coutras cette arm&#233;e si redoutable, et Guise remporta la victoire sur les Allemands. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Navarrois ne se servit de sa victoire que pour offrir une paix s&#251;re au royaume, et son secours au roi. Mais, quoique vainqueur, il se vit refus&#233;, le roi craignant plus ses propres sujets que ce prince. &lt;br class='autobr' /&gt;
Guise retourna victorieux &#224; Paris, et y fut re&#231;u comme le sauveur de la nation. Son parti devint plus audacieux, et le roi plus m&#233;pris&#233; ; en sorte que Guise semblait plut&#244;t avoir triomph&#233; du roi que des Allemands. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le roi, sollicit&#233; de toutes parts, sortit, mais trop tard, de sa profonde l&#233;thargie. Il essaya d'abattre la Ligue : il voulut s'assurer de quelques bourgeois les plus s&#233;ditieux : il osa d&#233;fendre &#224; Guise l'entr&#233;e de Paris ; mais il &#233;prouva &#224; ses d&#233;pens ce que c'est que de commander sans pouvoir. Guise, au m&#233;pris de ses ordres, vint &#224; Paris ; les bourgeois prirent les armes ; les gardes du roi furent arr&#234;t&#233;s, et lui-m&#234;me fut emprisonn&#233; dans son palais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rarement les hommes sont assez bons ou assez m&#233;chants. Si Guise avait entrepris dans ce jour sur la libert&#233; ou la vie du roi, il aurait &#233;t&#233; le ma&#238;tre de la France ; mais il le laissa &#233;chapper apr&#232;s l'avoir assi&#233;g&#233;, et en fit ainsi trop ou trop peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri III s'enfuit &#224; Blois, o&#249; il convoqua les &#233;tats g&#233;n&#233;raux du royaume. Ces &#233;tats ressemblaient au parlement de la Grande-Bretagne, quant &#224; leur convocation ; mais leurs op&#233;rations &#233;taient diff&#233;rentes. Comme ils &#233;taient rarement assembl&#233;s, ils n'avaient point de r&#232;gles pour se conduire : c'&#233;tait en g&#233;n&#233;ral une assembl&#233;e de gens incapables, faute d'exp&#233;rience, de savoir prendre de justes mesures ; ce qui formait une v&#233;ritable confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guise, apr&#232;s avoir chass&#233; son souverain de sa capitale, osa venir le braver &#224; Blois, en pr&#233;sence d'un corps qui repr&#233;sentait la nation. Henri et lui se r&#233;concili&#232;rent solennellement ; ils all&#232;rent ensemble au m&#234;me autel ; ils y communi&#232;rent ensemble. L'un promit par serment d'oublier toutes les injures pass&#233;es, l'autre d'&#234;tre ob&#233;issant et fid&#232;le &#224; l'avenir ; mais dans le m&#234;me temps le roi projetait de faire mourir Guise, et Guise de faire d&#233;tr&#244;ner le roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guise avait &#233;t&#233; suffisamment averti de se d&#233;fier de Henri ; mais il le m&#233;prisait trop pour le croire assez hardi d'entreprendre un assassinat. Il fut la dupe de sa s&#233;curit&#233; ; le roi avait r&#233;solu de se venger de lui et de son fr&#232;re le cardinal de Guise, le compagnon de ses ambitieux desseins, et le plus hardi promoteur de la Ligue. Le roi fit lui-m&#234;me provision de poignards, qu'il distribua &#224; quelques Gascons qui s'&#233;taient offerts d'&#234;tre les ministres de la vengeance. Ils tu&#232;rent Guise dans le cabinet du roi[12] ; mais ces m&#234;mes hommes qui avaient tu&#233; le duc ne voulurent point tremper leurs mains dans le sang de son fr&#232;re, parce qu'il &#233;tait pr&#234;tre et cardinal ; comme si la vie d'un homme qui porte une robe longue et un rabat &#233;tait plus sacr&#233;e que celle d'un homme qui porte un habit court et une &#233;p&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi trouva quatre soldats, qui, au rapport du j&#233;suite Maimbourg, n'&#233;tant pas si scrupuleux que les Gascons, tu&#232;rent le cardinal pour cent &#233;cus chacun. Ce fut sous l'appartement de Catherine de M&#233;dicis que les deux fr&#232;res furent tu&#233;s ; mais elle ignorait parfaitement le dessein de son fils, n'ayant plus alors la confiance d'aucun parti, et &#233;tant m&#234;me abandonn&#233;e par le roi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si une telle vengeance e&#251;t &#233;t&#233; rev&#234;tue des formalit&#233;s de la loi, qui sont les instruments naturels de la justice des rois, ou le voile naturel de leur iniquit&#233;, la Ligue en e&#251;t &#233;t&#233; &#233;pouvant&#233;e ; mais, manquant de cette forme solennelle, cette action fut regard&#233;e comme un affreux assassinat, et ne fit qu'irriter le parti. Le sang des Guises fortifia la Ligue, comme la mort de Coligny avait fortifi&#233; les protestants. Plusieurs villes de France se r&#233;volt&#232;rent ouvertement contre le roi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il vint d'abord &#224; Paris ; mais il en trouva les portes ferm&#233;es, et tous les habitants sous les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fameux duc de Mayenne, cadet du feu duc de Guise, &#233;tait alors dans Paris. Il avait &#233;t&#233; &#233;clips&#233; par la gloire de Guise pendant sa vie ; mais, apr&#232;s sa mort, le roi le trouva aussi dangereux ennemi que son fr&#232;re : il avait toutes ses grandes qualit&#233;s, auxquelles il ne manqua que l'&#233;clat et le lustre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le parti des Lorrains &#233;tait tr&#232;s-nombreux dans Paris. Le grand nom de Guise, leur magnificence, leur lib&#233;ralit&#233;, leur z&#232;le apparent pour la religion catholique, les avaient rendus les d&#233;lices de la ville. Pr&#234;tres, bourgeois, femmes, magistrats, tout se ligua fortement avec Mayenne pour poursuivre une vengeance qui leur paraissait l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veuve du duc pr&#233;senta une requ&#234;te au parlement contre les meurtriers de son mari. Le proc&#232;s commen&#231;a suivant le cours ordinaire de la justice ; deux conseillers furent nomm&#233;s pour informer des circonstances du crime ; mais le parlement n'alla pas loin, les principaux &#233;tant singuli&#232;rement attach&#233;s aux int&#233;r&#234;ts du roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Sorbonne ne suivit point cet exemple de mod&#233;ration : soixante et dix docteurs publi&#232;rent un &#233;crit par lequel ils d&#233;clar&#232;rent Henri de Valois d&#233;chu de son droit &#224; la couronne, et ses sujets dispens&#233;s du serment de fid&#233;lit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'autorit&#233; royale n'avait pas d'ennemis plus dangereux que ces bourgeois de Paris nomm&#233;s les Seize, non &#224; cause de leur nombre, puisqu'ils &#233;taient quarante, mais &#224; cause des seize quartiers de Paris, dont ils s'&#233;taient partag&#233; le gouvernement. Le plus consid&#233;rable de tous ces bourgeois &#233;tait un certain Le Clerc, qui avait usurp&#233; le grand nom de Bussi. C'&#233;tait un citoyen hardi, et un m&#233;chant soldat, comme tous ses compagnons. Ces Seize avaient acquis une autorit&#233; absolue, et devinrent dans la suite aussi insupportables &#224; Mayenne qu'ils avaient &#233;t&#233; terribles au roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs les pr&#234;tres, qui ont toujours &#233;t&#233; les trompettes de toutes les r&#233;volutions, tonnaient en chaire, et assuraient de la part de Dieu que celui qui tuerait le tyran entrerait infailliblement en paradis. Les noms sacr&#233;s et dangereux de J&#233;hu et de Judith, et tous ces assassinats consacr&#233;s par l'&#201;criture sainte, frappaient partout les oreilles de la nation. Dans cette affreuse extr&#233;mit&#233;, le roi fut enfin forc&#233; d'implorer le secours de ce m&#234;me Navarrois qu'il avait autrefois refus&#233;. Ce prince fut plus sensible &#224; la gloire de prot&#233;ger son beau-fr&#232;re et son roi qu'&#224; la victoire qu'il avait remport&#233;e sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il mena son arm&#233;e au roi ; mais avant que ses troupes fussent arriv&#233;es, il vint le trouver, accompagn&#233; d'un seul page. Le roi fut &#233;tonn&#233; de ce trait de g&#233;n&#233;rosit&#233;, dont il n'avait pas &#233;t&#233; lui-m&#234;me capable. Les deux rois march&#232;rent vers Paris &#224; la t&#234;te d'une puissante arm&#233;e, La ville n'&#233;tait point en &#233;tat de se d&#233;fendre. La Ligue touchait au moment de sa ruine enti&#232;re, lorsqu'un jeune religieux de l'ordre de saint Dominique changea toute la face des affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son nom &#233;tait Jacques Cl&#233;ment ; il &#233;tait n&#233; dans un village de Bourgogne, appel&#233; Sorbonne[13] et alors &#226;g&#233; de vingt-quatre ans. Sa farouche pi&#233;t&#233;, et son esprit noir et m&#233;lancolique, se laiss&#232;rent bient&#244;t entra&#238;ner au fanatisme par les importunes clameurs des pr&#234;tres. Il se chargea d'&#234;tre le lib&#233;rateur et le martyr de la sainte Ligue. Il communiqua son projet &#224; ses amis et &#224; ses sup&#233;rieurs : tous l'encourag&#232;rent et le canonis&#232;rent d'avance. Cl&#233;ment se pr&#233;para &#224; son parricide par des je&#251;nes et par des pri&#232;res continuelles pendant des nuits enti&#232;res. Il se confessa, re&#231;ut les sacrements, puis acheta un bon couteau. Il alla &#224; Saint-Cloud, o&#249; &#233;tait le quartier du roi, et demanda &#224; &#234;tre pr&#233;sent&#233; &#224; ce prince, sous pr&#233;texte de lui r&#233;v&#233;ler un secret dont il lui importait d'&#234;tre promptement instruit. Ayant &#233;t&#233; conduit devant Sa Majest&#233;, il se prosterna avec une modeste rougeur sur le front, et il lui remit une lettre qu'il disait &#234;tre &#233;crite par Achille de Harlay, premier pr&#233;sident. Tandis que le roi lit, le moine le frappe dans le ventre, et laisse le couteau dans la plaie ; ensuite, avec un regard assur&#233;, et les mains sur sa poitrine, il l&#232;ve les yeux au ciel, attendant paisiblement les suites de son assassinat. Le roi se l&#232;ve, arrache le couteau de son ventre, et en frappe le meurtrier au front. Plusieurs courtisans accoururent au bruit. Leur devoir exigeait qu'ils arr&#234;tassent le moine pour l'interroger, et t&#226;cher de d&#233;couvrir ses complices ; mais ils le tu&#232;rent sur-le-champ, avec une pr&#233;cipitation qui les fit soup&#231;onner d'avoir &#233;t&#233; trop instruits de son dessein. Henri de Navarre fut alors roi de France par le droit de sa naissance, reconnu d'une partie de l'arm&#233;e, et abandonn&#233; par l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le duc d'&#201;pernon, et quelques autres, quitt&#232;rent l'arm&#233;e, all&#233;guant qu'ils &#233;taient trop bons catholiques pour prendre les armes en faveur d'un roi qui n'allait point &#224; la messe. Ils esp&#233;raient secr&#232;tement que le renversement du royaume, l'objet de leurs d&#233;sirs et de leur esp&#233;rance, leur donnerait occasion de se rendre souverains dans leur pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant l'attentat de Cl&#233;ment fut approuv&#233; &#224; Rome, et ce moine ador&#233; dans Paris. La sainte Ligue reconnut pour son roi le cardinal de Bourbon, vieux pr&#234;tre, oncle de Henri IV, pour faire voir au monde que ce n'&#233;tait pas la maison de Bourbon, mais les h&#233;r&#233;tiques, que sa haine poursuivait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le duc de Mayenne fut assez sage pour ne pas usurper le titre de roi ; et cependant il s'empara de toute l'autorit&#233; royale, pendant que le malheureux cardinal de Bourbon, appel&#233; roi par la Ligue, fut gard&#233; prisonnier par Henri IV le reste de sa vie, qui dura encore deux ans. La Ligue, plus appuy&#233;e que jamais par le pape, secourue des Espagnols, et forte par elle-m&#234;me, &#233;tait parvenue au plus haut point de sa grandeur, et faisait sentir &#224; Henri IV cette haine que le faux z&#232;le inspire, et ce m&#233;pris que font na&#238;tre les heureux succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri avait peu d'amis, peu de places importantes, point d'argent, et une petite arm&#233;e ; mais son courage, son activit&#233;, sa politique, suppl&#233;aient &#224; tout ce qui lui manquait. Il gagna plusieurs batailles, et entre autres celle d'Ivry sur le duc de Mayenne, une des plus remarquables qui aient jamais &#233;t&#233; donn&#233;es. Les deux g&#233;n&#233;raux montr&#232;rent dans ce jour toute leur capacit&#233;, et les soldats tout leur courage. Il y eut peu de fautes commises de part et d'autre. Henri fut enfin redevable de la victoire &#224; la sup&#233;riorit&#233; de ses connaissances et de sa valeur : mais il avoua que Mayenne avait rempli tous les devoirs d'un grand g&#233;n&#233;ral : &#171; Il n'a p&#233;ch&#233;, dit-il, que dans la cause qu'il soutenait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se montra apr&#232;s la victoire aussi mod&#233;r&#233; qu'il avait &#233;t&#233; terrible dans le combat. Instruit que le pouvoir diminue souvent quand on en fait un usage trop &#233;tendu, et qu'il augmente en l'employant avec m&#233;nagement, il mit un frein &#224; la fureur du soldat arm&#233; contre l'ennemi ; il eut soin des bless&#233;s, et donna la libert&#233; &#224; plusieurs personnes. Cependant tant de valeur et tant de g&#233;n&#233;rosit&#233; ne touch&#232;rent point les ligueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres civiles de France &#233;taient devenues la querelle de toute l'Europe. Le roi Philippe II &#233;tait vivement engag&#233; &#224; d&#233;fendre la Ligue : la reine &#201;lisabeth donnait toutes sortes de secours &#224; Henri, non parce qu'il &#233;tait protestant, mais parce qu'il &#233;tait ennemi de Philippe II, dont il lui &#233;tait dangereux de laisser cro&#238;tre le pouvoir. Elle envoya &#224; Henri cinq mille hommes, sous le commandement du comte d'Essex, son favori, auquel elle fit depuis trancher la t&#234;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le roi continua la guerre avec diff&#233;rents succ&#232;s. Il prit d'assaut tous les faubourgs de Paris dans un seul jour. Il e&#251;t peut-&#234;tre pris de m&#234;me la ville s'il n'e&#251;t pens&#233; qu'&#224; la conqu&#233;rir ; mais il craignit de donner sa capitale en proie aux soldats, et de ruiner une ville qu'il avait envie de sauver. Il assi&#233;gea Paris ; il leva le si&#233;ge, il le recommen&#231;a ; enfin il bloqua la ville, et lui coupa toutes les communications, dans l'esp&#233;rance que les Parisiens seraient forc&#233;s, par la disette des vivres, &#224; se rendre sans effusion de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Mayenne, les pr&#234;tres, et les Seize, tourn&#232;rent les esprits avec tant d'art, les envenim&#232;rent si fort contre les h&#233;r&#233;tiques, et remplirent leur imagination de tant de fanatisme, qu'ils aim&#232;rent mieux mourir de faim que de se rendre et d'ob&#233;ir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moines et les religieux donn&#232;rent un spectacle qui, bien que ridicule en lui-m&#234;me, fut cependant un ressort merveilleux pour animer le peuple. Ils firent une esp&#232;ce de revue militaire, marchant par rang et de file, et portant des armes rouill&#233;es par-dessus leurs capuchons, ayant &#224; leur t&#234;te la figure de la vierge Marie, branlant des &#233;p&#233;es, et criant qu'ils &#233;taient tout pr&#234;ts &#224; combattre et &#224; mourir pour la d&#233;fense de la foi ; en sorte que les bourgeois, voyant leurs confesseurs arm&#233;s, croyaient effectivement soutenir la cause de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la disette d&#233;g&#233;n&#233;ra en famine universelle : ce nombre prodigieux de citoyens n'avait d'autre nourriture que les sermons des pr&#234;tres et que les miracles imaginaires des moines, qui, par ce pieux artifice, avaient dans leurs couvents toutes choses en abondance, tandis que toute la ville &#233;tait sur le point de mourir de faim. Les mis&#233;rables Parisiens, tromp&#233;s d'abord par l'esp&#233;rance d'un prompt secours, chantaient dans les rues des ballades et des lampons contre Henri : folie qu'on ne pourrait attribuer &#224; quelque autre nation avec vraisemblance, mais qui est assez conforme au g&#233;nie des Fran&#231;ais, m&#234;me dans un &#233;tat si affreux. Cette courte et d&#233;plorable joie fut bient&#244;t enti&#232;rement &#233;touff&#233;e par la mis&#232;re la plus r&#233;elle et la plus &#233;tonnante : trente mille hommes moururent de faim dans l'espace d'un mois. Les malheureux citoyens, press&#233;s par la famine, essay&#232;rent de faire une esp&#232;ce de pain avec les os des morts, lesquels &#233;tant bris&#233;s et bouillis formaient une sorte de gel&#233;e ; mais cette nourriture si peu naturelle ne servait qu'&#224; les faire mourir plus promptement. On conte (et cela est attest&#233; par les t&#233;moignages les plus authentiques) qu'une femme tua et mangea son propre enfant[14]. Au reste, l'inflexible opini&#226;tret&#233; des Parisiens &#233;tait &#233;gale &#224; leur mis&#232;re. Henri eut plus de compassion pour leur &#233;tat qu'ils n'en avaient eux-m&#234;mes : son bon naturel l'emporta sur son int&#233;r&#234;t particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il souffrit que ses soldats vendissent en particulier toutes sortes de provisions &#224; la ville. Ainsi on vit arriver ce qu'on n'avait pas encore vu, que les assi&#233;g&#233;s &#233;taient nourris par les assi&#233;geants : c'&#233;tait un spectacle bien singulier que de voir les soldats qui, du fond de leurs tranch&#233;es, envoyaient des vivres aux citoyens, qui leur jetaient de l'argent de leurs remparts. Plusieurs officiers, entra&#238;n&#233;s par la licence si ordinaire &#224; la soldatesque, troquaient un aloyau pour une fille ; en sorte qu'on ne voyait que femmes qui descendaient dans des baquets, et des baquets qui remontaient pleins de provisions. Par l&#224; une licence hors de saison r&#233;gna parmi les officiers ; les soldats amass&#232;rent beaucoup d'argent : les assi&#233;g&#233;s furent soulag&#233;s, et le roi perdit la ville ; car dans le m&#234;me temps une arm&#233;e d'Espagnols vint des Pays-Bas. Le roi fut oblig&#233; de lever le si&#232;ge, et d'aller &#224; sa rencontre au travers de tous les dangers et de tous les hasards de la guerre, jusqu'&#224; ce qu'enfin les Espagnols ayant &#233;t&#233; chass&#233;s du royaume, il revint une troisi&#232;me fois devant Paris, qui &#233;tait toujours plus opini&#226;tre &#224; ne point le recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces entrefaites, le cardinal de Bourbon, ce fant&#244;me de la royaut&#233;, mourut[15]. On tint une assembl&#233;e &#224; Paris, qui nomma les &#233;tats g&#233;n&#233;raux du royaume pour proc&#233;der &#224; l'&#233;lection d'un nouveau roi. L'Espagne influait fortement sur ces &#233;tats : Mayenne avait un parti consid&#233;rable qui voulait le mettre sur le tr&#244;ne. Enfin Henri, ennuy&#233; de la cruelle n&#233;cessit&#233; de faire &#233;ternellement la guerre &#224; ses sujets, et sachant d'ailleurs que ce n'&#233;tait pas sa personne, mais sa religion qu'ils ha&#239;ssaient, r&#233;solut de rentrer au giron de l'&#201;glise romaine. Peu de semaines apr&#232;s, Paris lui ouvrit ses portes. Ce qui avait &#233;t&#233; impossible &#224; sa valeur et &#224; sa magnanimit&#233;, il l'obtint facilement en allant &#224; la messe, et en recevant l'absolution du pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le peuple, chang&#233; dans ce jour salutaire,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;t son vrai roi, son vainqueur, et son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors on admira ce r&#232;gne fortun&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et commenc&#233; trop tard, et trop t&#244;t termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Autrichien trembla. Justement d&#233;sarm&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome adopta Bourbon, Rome s'en vit aim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Discorde rentra dans l'&#233;ternelle nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; reconna&#238;tre un roi Mayenne fut r&#233;duit ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, soumettant enfin son c&#339;ur et ses provinces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fut le meilleur sujet du plus juste des princes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henriade, fin du dernier chant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#8226; &#8226; L'auteur avait &#233;crit ce morceau en anglais (Note de Voltaire, 1768), lorsqu'on imprima la Henriade &#224; Londres. (Id., 1775.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#8226; &#8226; Voyez une note du chant II, pages 69-70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#8226; &#8226; Voyez les notes du chant II, page 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#8226; &#8226; Le 18 auguste 1572.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#8226; &#8226; Voltaire a dit plus tard que Besme &#233;tait Allemand ; voyez page 78. Il &#233;tait Boh&#233;mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#8226; &#8226; Voyez page 81.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#8226; &#8226; Il serait donc n&#233; en 1562 ; mais ce compte diff&#232;re des chiffres qui sont donn&#233;s page 85.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#8226; &#8226; Voyez page 82.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#8226; &#8226; Voyez page 81.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#8226; &#8226; Dans le Nouvelliste du Parnasse, dont les r&#233;dacteurs &#233;taient les abb&#233;s Desfontaines et Granet, on observe que le traducteur (l'abb&#233; Granet lui-m&#234;me) ne donne pas le texte de la lettre de Montmorin, mais la traduction qu'il a faite sur la traduction que Voltaire en avait faite en anglais. (B.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&#8226; &#8226; En 1802, dans une s&#233;ance particuli&#232;re de l'Institut, M. Dulaure lut un m&#233;moire dans lequel il prouve que cette lettre est suppos&#233;e, parce que : 1&#176; le gouverneur d'Auvergne, en 1572, s'appelait et signait Saint-Herem, et non Montmorin, quoique de la m&#234;me famille ; 2&#176; le mot protestant n'&#233;tait employ&#233; alors que par quelques &#233;crivains protestants eux-m&#234;mes : les catholiques se servaient des mots religionnaires, huguenots, calvinistes, pr&#233;tendus r&#233;form&#233;s, ceux de la religion pr&#233;tendue r&#233;form&#233;e ; 3&#176; le style de la lettre n'est pas celui du temps ; 4&#176; ce n'est pas celui du gouverneur de l'Auvergne ; 5&#176; cette lettre est contraire &#224; son caract&#232;re et &#224; sa conduite ant&#233;rieure, puisqu'il avait pers&#233;cut&#233; les protestants ; 6&#176; si les r&#233;form&#233;s d'Auvergne &#233;chapp&#232;rent au massacre, ce fut parce que l'ordre envoy&#233; de la cour au gouverneur de la province fut enlev&#233; par un calviniste au capitaine Combelle, natif de Clermont, qui en &#233;tait porteur : celui-ci n'ayant pu qu'&#233;noncer verbalement cet ordre rigoureux, le gouverneur ne voulut pas prendre sur lui de l'ex&#233;cuter sans l'avoir re&#231;u par &#233;crit ; mais la fureur de la cour s'&#233;tant ralentie apr&#232;s les massacres, on ne voulut pas exp&#233;dier un nouvel ordre pour l'Auvergne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#226;teau Saint-Ange, b&#226;ti par Henri IV pour la belle Gabrielle, n'est qu'&#224; trois lieues du ch&#226;teau de Fontainebleau, dont les Montmorin &#233;taient gouverneurs ; et ce fut chez M. de Caumartin, &#224; Saint-Ange, que Voltaire commen&#231;a la Henriade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici le lieu de remarquer aussi que Jean Hennuyer, &#233;v&#234;que de Lisieux, &#224; qui l'on fait honneur d'avoir, dans son dioc&#232;se, emp&#234;ch&#233; le massacre des protestants, loin d'avoir &#233;t&#233; leur protecteur, avait montr&#233;, en 1561, une vive opposition au c&#233;l&#232;bre &#233;dit du 17 janvier, qui leur permettait de faire des pr&#234;ches hors des villes. Il ne para&#238;t m&#234;me pas qu'&#224; l'&#233;poque de la Saint-Barth&#233;l&#233;my, Hennuyer, qui &#233;tait aum&#244;nier de Charles IX et confesseur de Catherine de M&#233;dicis, f&#251;t dans son dioc&#232;se ; ce fut, dit-on, &#224; Guy du Longchamp de Fumichon, gouverneur, ainsi qu'&#224; Tannegui Leveneur de Carrouges, et aux officiers municipaux de Lisieux, que les protestants de cette ville durent leur salut. Voyez dans le Mercure diverses lettres, 1746, second volume de juin et premier de d&#233;cembre ; 1748, septembre, et second volume de d&#233;cembre. L'abb&#233; Leb&#339;uf, auteur de cette derni&#232;re lettre, fait honneur &#224; Matignon, gouverneur des bailliages d'Alen&#231;on (d'o&#249; d&#233;pendait Lisieux), de Caen, et du Cotentin, d'avoir emp&#234;ch&#233;, dans son gouvernement, le massacre des protestants. (B.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&#8226; &#8226; Voyez page 99.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13&#8226; &#8226; Voyez la note 2 de la page 134.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14&#8226; &#8226; C'est un &#233;pisode du dixi&#232;me chant, vers 282 et suivants ; voyez page 252.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15&#8226; &#8226; Le 9 mai 1590.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Essai_sur_les_guerres_civiles_de_France&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Essai_sur_les_guerres_civiles_de_France&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire ensuite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Si%C3%A8cle_de_Louis_XIV&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Si%C3%A8cle_de_Louis_XIV&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Suppl%C3%A9ment_au_Si%C3%A8cle_de_Louis_XIV/%C3%89dition_Garnier&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Suppl%C3%A9ment_au_Si%C3%A8cle_de_Louis_XIV/%C3%89dition_Garnier&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Pr%C3%A9cis_du_si%C3%A8cle_de_Louis_XV&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Pr%C3%A9cis_du_si%C3%A8cle_de_Louis_XV&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Id%C3%A9es_r%C3%A9publicaines/%C3%89dition_Garnier&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Id%C3%A9es_r%C3%A9publicaines/%C3%89dition_Garnier&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=voltaire+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=voltaire+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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