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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
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		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1871, &#224; Paris, le premier pouvoir aux travailleurs a montr&#233; que le prol&#233;tariat &#233;tait une classe opprim&#233;e capable de b&#226;tir une autre soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185 &lt;br class='autobr' /&gt;
N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes... &lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de 1871 K. Marx - F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
Prolongements historiques et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1871, &#224; Paris, le premier pouvoir aux travailleurs a montr&#233; que le prol&#233;tariat &#233;tait une classe opprim&#233;e capable de b&#226;tir une autre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Commune de 1871&lt;br class='autobr' /&gt;
K. Marx - F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prolongements historiques et th&#233;oriques de la Commune&lt;br class='autobr' /&gt;
La question de l'&#201;tat&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; A. Bebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, 16-18 mars 1875&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Le projet de programme de Gotha] a transform&#233; le libre &#201;tat populaire en &#201;tat libre. Du point de vue grammatical, un &#201;tat libre est celui qui est libre &#224; l'&#233;gard de ses citoyens, autrement dit un &#201;tat &#224; gouvernement despotique. Il faudrait laisser tomber un tel bavardage sur l'&#201;tat, surtout apr&#232;s la Commune qui n'&#233;tait plus un &#201;tat au sens propre. L'&#201;tat populaire, les anarchistes nous l'ont assez jet&#233; &#224; la t&#234;te, bien que l'ouvrage de Marx contre Proudhon et ensuite le Manifeste disent express&#233;ment qu'avec l'instauration du r&#233;gime socialiste l'&#201;tat se dissout de lui-m&#234;me et finit par dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; &#201;tat &#187; n'&#233;tant qu'une institution transitoire, dont on se sert dans la lutte durant la r&#233;volution pour r&#233;primer de force ses adversaires, il est parfaitement absurde de parler de &#171; libre &#201;tat populaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si le prol&#233;tariat a besoin de l'&#201;tat, ce n'est point pour instaurer la libert&#233;, mais pour r&#233;primer ses adversaires, et sit&#244;t qu'il pourra &#234;tre question de libert&#233;, l'&#201;tat aura cess&#233; d'exister en tant que tel. En cons&#233;quence, nous proposerions de mettre partout &#224; la place du mot &#171; &#201;tat &#187; le mot &#171; communaut&#233; &#187;, (Gemeinwesen), excellent vieux mot allemand r&#233;pondant fort bien au mot fran&#231;ais &#171; Commune &#187;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ph. Van Patten&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 18 avril 1883&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; votre lettre du 2 avril sur la position de Karl Marx vis-&#224;-vis des anarchistes en g&#233;n&#233;ral et de Johann Most en particulier, je serai concis et clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1845, Marx et moi, nous avons pens&#233; que l'une des cons&#233;quences finales de la future r&#233;volution prol&#233;tarienne sera l'extinction progressive des organisations politiques appel&#233;es du nom d'&#201;tat. De tout temps, le but essentiel de cet organisme a &#233;t&#233; de maintenir et de garantir, par la violence arm&#233;e, l'assujettissement &#233;conomique de la majorit&#233; travailleuse par la stricte minorit&#233; fortun&#233;e. Avec la disparition de cette stricte minorit&#233; fortun&#233;e dispara&#238;t aussi la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir arm&#233; d'oppression, ou &#201;tat. Mais, en m&#234;me temps, nous avons toujours pens&#233; que, pour parvenir &#224; ce r&#233;sultat et &#224; d'autres, bien plus importants encore de la future r&#233;volution sociale, la classe ouvri&#232;re devait d'abord s'emparer du pouvoir politique de l'&#201;tat, afin d'&#233;craser gr&#226;ce &#224; lui la r&#233;sistance de la classe capitaliste et de r&#233;organiser les structures sociales. C'est ce que l'on peut lire d&#233;j&#224; dans le Manifeste communiste de 1847, chapitre II, fin. [1] (104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes mettent les choses sens dessus dessous. Ils d&#233;clarent que la r&#233;volution prol&#233;tarienne doit commencer en abolissant l'organisation politique de l'&#201;tat. Or, la seule organisation dont le prol&#233;tariat dispose apr&#232;s sa victoire, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'&#201;tat. Certes, cet &#201;tat doit subir des changements tr&#232;s consid&#233;rables avant de pouvoir remplir ses nouvelles fonctions. Mais, le d&#233;truire &#224; ce moment, ce serait d&#233;truire le seul organisme gr&#226;ce auquel le prol&#233;tariat victorieux puisse pr&#233;cis&#233;ment faire valoir la domination qu'il vient de conqu&#233;rir, &#233;craser ses adversaires capitalistes et entreprendre la r&#233;volution &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, faute de quoi toute victoire devra s'achever par une nouvelle d&#233;faite et par un massacre g&#233;n&#233;ral des ouvriers, comme ce fut le cas de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il que je vous donne express&#233;ment l'assurance que Marx s'est oppos&#233; &#224; cette stupidit&#233; anarchiste d&#232;s l'instant o&#249; elle lui apparut sous la forme que lui donne actuellement Bakounine ? Toute l'histoire interne de l'Association internationale des travailleurs en t&#233;moigne. Les anarchistes tentent depuis 1867 avec les proc&#233;d&#233;s les plus inf&#226;mes de s'emparer de la direction de l'Internationale, et Marx fut l'obstacle principal &#224; leur projet. Le r&#233;sultat d'une lutte de cinq ans, ce fut, au Congr&#232;s de La Haye en septembre 1872, l'exclusion des anarchistes de l'Internationale, et l'homme qui fit le plus pour obtenir cette exclusion, ce fut Marx. &#192; ce propos, notre vieil ami, F.A. Sorge de Hoboken, qui y assista en tant que d&#233;l&#233;gu&#233;, peut vous fournir des d&#233;tails, si vous le souhaitez...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eastbourne, 17 ao&#251;t 1883&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Dans la lutte de classe entre prol&#233;tariat et bourgeoisie, la monarchie bonapartiste (dont Marx a d&#233;fini les caract&#233;ristiques dans le 18-Brumaire, et moi-m&#234;me dans la Question du logement II, etc) joue un r&#244;le semblable &#224; celui de la monarchie absolue dans la lutte entre forces f&#233;odales et bourgeoisie. Or, ce combat ne peut &#234;tre livr&#233; jusqu'au bout sous l'ancienne monarchie absolue, mais seulement sous la monarchie constitutionnelle (Angleterre, France de 1789-1792 et 1815-1830). De m&#234;me, en ce qui concerne le combat entre bourgeoisie et prol&#233;tariat, c'est sous la R&#233;publique qu'il est men&#233; &#224; son terme. Comme des conditions favorables et les traditions r&#233;volutionnaires ont contribu&#233; &#224; ce que les Fran&#231;ais renversent le bonapartisme et instaurent la r&#233;publique bourgeoise, ils poss&#232;dent d&#233;j&#224; la forme o&#249; le combat doit &#234;tre men&#233; jusqu'&#224; son terme. Ils ont donc un avantage sur nous qui sommes embourb&#233;s dans un m&#233;lange de semi-f&#233;odalisme et de bonapartisme, puisque nous avons &#224; conqu&#233;rir la forme o&#249; se d&#233;roulera la lutte finale. Bref, du point de vue politique, ils nous devancent de toute une &#233;tape. Une restauration monarchiste aurait pour cons&#233;quence de remettre &#224; l'ordre du jour la lutte pour la restauration de la r&#233;publique bourgeoise, tandis que la poursuite de la r&#233;publique signifie une exacerbation croissante de la lutte de classe directe et non dissimul&#233;e. En cons&#233;quence, le premier r&#233;sultat imm&#233;diat de la r&#233;volution, pour ce qui est de la forme, peut et doit &#234;tre chez nous, la r&#233;publique bourgeoise [2]. Mais, ce ne peut &#234;tre alors qu'un bref point de passage, &#233;tant donn&#233; que nous avons la chance de ne pas avoir un parti bourgeois purement r&#233;publicain. La r&#233;publique bourgeoise, ayant &#224; sa t&#234;te le parti du progr&#232;s peut-&#234;tre, nous servira d'abord &#224; conqu&#233;rir la grande masse des ouvriers pour le socialisme r&#233;volutionnaire. C'est ce qui se r&#232;gle en un an ou deux, tous les partis de milieu encore possibles sans nous s'usant et se ruinant eux-m&#234;mes pendant ce laps de temps. C'est alors seulement que ce sera notre tour, et avec succ&#232;s. La grande erreur des Allemands, c'est de se repr&#233;senter la r&#233;volution comme quelque chose qui se r&#232;gle en une nuit [3]. En fait, c'est un processus de d&#233;veloppement des masses dans des conditions acc&#233;l&#233;r&#233;es, processus s'&#233;tendant sur des ann&#233;es. Chacune des r&#233;volutions qui s'est faite en une nuit (1830) s'est born&#233;e &#224; &#233;liminer une r&#233;action d'embl&#233;e sans espoir ou a conduit directement au contraire de ce qu'elle s'effor&#231;ait de r&#233;aliser (cf, 1848, France).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre F.E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 1er janvier 1894&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... En ce qui concerne votre question sur le passage de la Pr&#233;face du Manifeste se r&#233;f&#233;rant &#224; la Guerre civile en France *, vous serez sans doute d'accord avec la r&#233;ponse que j'en donne dans ma pr&#233;face de Mars 1891. [4] (165) Je vous en envoie un exemplaire pour le cas o&#249; vous n'en auriez pas. Il s'agit tout simplement de prouver que le prol&#233;tariat victorieux doit commencer par donner une forme nouvelle &#224; l'ancien &#201;tat et administration bureaucratiques et centralis&#233;s, avant de pouvoir utiliser l'&#201;tat &#224; ses fins. &#192; l'inverse, depuis 1848 tous les bourgeois r&#233;publicains, si violemment aient-ils attaqu&#233;s cette machine, tant qu'ils &#233;taient dans l'opposition - ont, sit&#244;t qu'ils sont parvenus au gouvernement, repris sans aucun changement cette machine pour l'utiliser, soit contre la r&#233;action, soit le plus souvent contre le prol&#233;tariat. Si, dans la Guerre civile en France 1871 nous avons port&#233; au compte de la Commune des plans plus ou moins conscients, alors que ses tendances lui &#233;taient plus ou moins inconscientes, ce n'est pas seulement parce que les circonstances le justifiaient, mais encore parce que c'est ainsi qu'il faut proc&#233;der. Les Russes ont fait preuve d'un grand bon sens, en mettant ce passage de la Guerre civile en annexe &#224; leur traduction du Manifeste. Si le cours des choses n'avait pas &#233;t&#233; aussi rapide, on aurait pu faire davantage encore &#224; l'&#233;poque...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 14 mars 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion de d&#233;mocratie change avec chaque demos (peuple) donn&#233; &#224; chaque fois, et ne nous fait donc pas avancer d'un pas. Ce qu'il y avait &#224; dire, &#224; mon avis, c'est que le prol&#233;tariat a besoin de formes d&#233;mocratiques pour s'emparer du pouvoir politique, mais comme toutes les formes politiques, elles ne sont que des moyens. Cependant, si l'on veut aujourd'hui, en Allemagne, la d&#233;mocratie comme butil faut s'appuyer sur les paysans et les petits bourgeois, autrement dit des classes en voie de disparition, c'est-&#224;-dire r&#233;actionnaires, par rapport au prol&#233;tariat, si l'on veut les maintenir artificiellement. En outre, il ne faut pas oublier que la forme cons&#233;quente de la domination bourgeoise est pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;publique d&#233;mocratique, devenue trop risqu&#233;e &#224; la suite du d&#233;veloppement d&#233;j&#224; atteint par le prol&#233;tariat, mais qui reste une forme encore possible de la domination bourgeoise pure, comme le montrent la France et les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe du lib&#233;ralisme comme &#171; un &#233;tat de choses d&#233;j&#224; atteint historiquement &#187; n'est en fait qu'une incons&#233;quence. La monarchie constitutionnelle lib&#233;rale est une forme ad&#233;quate de la domination bourgeoise : 1&#186; au d&#233;but, lorsque la bourgeoisie n'a pas encore r&#233;gl&#233; compl&#232;tement ses comptes avec la monarchie absolue ; 2&#186; &#224; la fin, lorsque le prol&#233;tariat rend d&#233;j&#224; trop risqu&#233;e la r&#233;publique d&#233;mocratique. Quoi qu'il en soit, la r&#233;publique d&#233;mocratique restera toujours la forme ultime de la domination bourgeoise, forme dans laquelle elle cr&#232;vera. Mais, il suffit sur cette salade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nim me prie de te saluer. Je n'ai pas vu Tussy hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton F.E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; A. Bebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 6 juin 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons d&#233;tourner les masses des partis lib&#233;raux, tant que ceux-ci n'ont pas eu l'occasion de se ridiculiser dans la pratique, en arrivant au pouvoir et en d&#233;montrant qu'ils sont des incapables. Nous sommes toujours, comme en 1848, l'opposition de l'avenir et nous devons donc avoir au gouvernement le plus extr&#234;me des partis actuels avant que nous puissions devenir vis-&#224;-vis de lui l'opposition actuelle. La stagnation politique c'est-&#224;-dire la lutte sans effet ni but des partis officiels telle qu'elle se pratique &#224; l'heure actuelle - ne peut pas nous servir &#224; la longue, comme le ferait un combat progressif de ces partis tendant au fur et &#224; mesure &#224; un glissement vers la gauche. C'est ce qui se produit en France, o&#249; la lutte politique se d&#233;roule comme toujours sous forme classique. Les gouvernements qui se succ&#232;dent sont de plus en plus orient&#233;s &#224; gauche ; le minist&#232;re Clemenceau est d&#233;j&#224; en vue, et ce ne sera pas le minist&#232;re de la bourgeoisie extr&#234;me. &#192; chaque glissement &#224; gauche, des concessions tombent en partage aux ouvriers (voir la derni&#232;re gr&#232;ve de Decazeville o&#249;, pour la premi&#232;re fois, la soldatesque n'est pas intervenue). Ce qui importe avant tout, c'est que le champ soit de plus en plus net pour la bataille d&#233;cisive et la position des partis claire et pure. Dans cette &#233;volution lente, mais irr&#233;sistible de la r&#233;publique fran&#231;aise, je tiens pour in&#233;vitable ce r&#233;sultat final : opposition entre les bourgeois radicaux jouant aux socialistes et les ouvriers vraiment r&#233;volutionnaires. Ce sera l'un des &#233;v&#233;nements les plus importants, et j'esp&#232;re qu'il ne sera pas interrompu. Je me r&#233;jouis de ce que nos gens ne soient pas encore assez forts &#224; Paris (et ils le sont d'autant plus en province) pour se laisser aller &#224; des putschs, par la force du verbe r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, dans la confuse Allemagne, l'&#233;volution ne se poursuit pas d'une mani&#232;re aussi classiquement pure qu'en France. Elle a trop de retard pour cela, nous n'arrivons &#224; ce stade que quand les autres l'ont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;. Mais, en d&#233;pit de la mesquinerie de nos partis officiels, la vie politique, quelle qu'elle soit, nous est bien plus favorable que l'actuel d&#233;sert politique o&#249; ne joue que le faisceau des intrigues de politique ext&#233;rieure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 11 d&#233;cembre 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Pour ce qui est de la d&#233;mocratie pure et de son r&#244;le &#224; l'avenir, je ne partage pas ton opinion. Il est &#233;vident qu'en Allemagne, elle jouera un r&#244;le bien plus insignifiant que dans les pays de d&#233;veloppement industriel plus ancien. Mais, cela n'emp&#234;che pas qu'elle acquerra, au moment de la r&#233;volution, une importance momentan&#233;e en tant que parti bourgeois extr&#234;me : c'est ce qui s'est d&#233;j&#224; pass&#233; en 1849 &#224; Francfort, du fait qu'elle repr&#233;sentait la derni&#232;re bou&#233;e de sauvetage de toute l'&#233;conomie bourgeoise et m&#234;me f&#233;odale. &#192; ce moment, toute la masse des r&#233;actionnaires se range derri&#232;re lui et le renforce : tout ce qui est r&#233;actionnaire se donne alors des allures d&#233;mocratiques. De mars &#224; septembre 1848, toute la masse f&#233;odale et bureaucratique renfor&#231;a ainsi les lib&#233;raux, afin de mater les masses r&#233;volutionnaires et, le coup r&#233;ussi, les lib&#233;raux furent &#233;conduits &#224; coups de pied, comme il fallait s'y attendre. C'est ainsi qu'en France, de mai 1848 aux &#233;lections de Bonaparte en d&#233;cembre, ce fut le parti r&#233;publicain pur du National, le parti le plus faible de tous, qui r&#233;gna du simple fait qu'il avait derri&#232;re lui toute la masse organis&#233;e de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui s'est pass&#233; &#224; chaque r&#233;volution : le parti le plus b&#233;nin qui puisse encore r&#233;gner, arrive au pouvoir, simplement parce que le vaincu voit en lui la derni&#232;re chance de salut. Or, on ne peut pas s'attendre &#224; ce qu'au moment de la crise, nous ayions derri&#232;re nous la majorit&#233; des &#233;lecteurs, c'est-&#224;-dire de la nation. Toute la classe bourgeoise et les vestiges des classes f&#233;odales poss&#233;dantes, une grande partie de la petite-bourgeoisie et de la population des campagnes se rangeront alors derri&#232;re le parti bourgeois extr&#234;me qui se donnera des allures r&#233;volutionnaires extr&#233;mistes, et je tiens pour tr&#232;s possible qu'il soit repr&#233;sent&#233; dans le gouvernement provisoire, voire qu'il en forme un moment la majorit&#233;. La minorit&#233; social-d&#233;mocrate du gouvernement parisien de F&#233;vrier a montr&#233; comment il ne fallait pas agir lorsqu'on est en majorit&#233;. Cependant, pour l'heure, c'est une question encore acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, les &#233;v&#233;nements peuvent se d&#233;rouler tout autrement en Allemagne, et ce sont pour des raisons militaires. Dans l'&#233;tat actuel des choses, l'impulsion, si elle vient de l'ext&#233;rieur, ne peut venir que de Russie ; mais si elle vient de l'Allemagne elle-m&#234;me, la r&#233;volution ne peut alors partir que de l'arm&#233;e. Un peuple sans armes contre une arm&#233;e moderne est, du point de vue militaire, une grandeur purement &#233;vanescente. Dans ce cas, nos r&#233;servistes de 20 &#224; 25 ans, qui ne votent pas mais qui sont exerc&#233;s dans le maniement des armes, entreraient en action, et la d&#233;mocratie pure pourrait &#234;tre sauv&#233;e. Mais, pr&#233;sentement, cette question est &#233;galement acad&#233;mique, bien que je sois oblig&#233; de l'envisager, &#233;tant pour ainsi dire le repr&#233;sentant du Grand Quartier g&#233;n&#233;ral du Parti. En tout cas, notre seul ennemi, le jour de la crise et le lendemain, ce sera l'ensemble de la r&#233;action group&#233;e autour de la d&#233;mocratie pure, et cela, me semble-t-il, ne doit pas &#234;tre perdu de vue...&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#224; F. Domela Nieuwenhuis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 22 f&#233;vrier 1881&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos du prochain Congr&#232;s de Zurich, la question que vous me posez [sur les mesures l&#233;gislatives &#224; prendre en vue d'assurer la victoire du socialisme en cas d'arriv&#233;e au pouvoir des socialistes] me semble des plus maladroites. Ce qu'il faut faire imm&#233;diatement &#224; un moment bien d&#233;termin&#233; de l'avenir d&#233;pend naturellement tout &#224; fait des circonstances historiques dans lesquelles il faut agir. Votre question se pose au pays des nuages et repr&#233;sente donc pratiquement un probl&#232;me fantasmagorique, auquel on ne peut r&#233;pondre qu'en faisant la critique de la question elle-m&#234;me. Nous ne pouvons r&#233;soudre une &#233;quation que si elle inclut d&#233;j&#224; dans ses donn&#233;es les &#233;l&#233;ments de sa solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, l'embarras dans lequel se trouve un gouvernement subitement form&#233; &#224; la suite d'une victoire populaire n'a rien de sp&#233;cifiquement &#171; socialiste &#187;. Au contraire. Les politiciens bourgeois victorieux se sentent aussit&#244;t g&#234;n&#233;s par leur &#171; victoire &#187;, quant aux socialistes, ils peuvent au moins intervenir sans se g&#234;ner et, vous pouvez &#234;tre s&#251;r d'une chose : un gouvernement socialiste n'arriverait jamais au pouvoir si les conditions n'&#233;taient pas d&#233;velopp&#233;es au point qu'il puisse avant toute chose prendre les mesures n&#233;cessaires &#224; intimider la masse des bourgeois de sorte qu'il conquiert ce dont il a le plus besoin : du temps pour une action durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me renverrez peut-&#234;tre &#224; la Commune de Paris. Mais, abstraction faite de ce qu'il s'agissait d'un simple soul&#232;vement d'une ville dans des conditions exceptionnelles, la majorit&#233; de la Commune n'&#233;tait pas socialiste, et ne pouvait pas l'&#234;tre. [5] Avec une faible dose de bon sens, elle aurait pu n&#233;anmoins obtenir avec Versailles un compromis utile &#224; toute la masse du peuple, seule chose qu'il &#233;tait possible d'atteindre &#224; ce moment-l&#224;. En mettant simplement la main sur la Banque de France, elle aurait pu effrayer les Versaillais et mettre fin &#224; leurs fanfaronnades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications g&#233;n&#233;rales de la bourgeoisie fran&#231;aise avant 1789 &#233;taient &#224; peu pr&#232;s &#233;tablies - mutatis mutandis - comme le sont de nos jours toutes les mesures &#224; prendre uniform&#233;ment par le prol&#233;tariat dans tous les pays &#224; production capitaliste, Mais, la fa&#231;on dont les revendications de la bourgeoisie fran&#231;aise ont &#233;t&#233; appliqu&#233;es, un quelconque Fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle en avait-il la moindre id&#233;e a priori ? L'anticipation doctrinaire et n&#233;cessairement fantasmagorique du programme d'action d'une r&#233;volution future ne ferait que d&#233;voyer la lutte pr&#233;sente. Le r&#234;ve de la ruine tout &#224; fait imminente du r&#233;gime enflammait les Chr&#233;tiens primitifs dans leur lutte contre l'Empire romain et leur donnait la certitude de vaincre. La compr&#233;hension scientifique de la dissolution in&#233;luctable et toujours plus grave sous nos yeux de l'ordre social dominant et les masses pouss&#233;es &#224; coups de fouet &#224; la passion r&#233;volutionnaire par les vieux simulacres de gouvernements, en m&#234;me temps que par le prodigieux d&#233;veloppement positif de moyens de production, tout cela suffit &#224; garantir qu'au moment o&#249; &#233;clatera une v&#233;ritable r&#233;volution prol&#233;tarienne, nous aurons &#233;galement les conditions de leur modus operandi imm&#233;diat, qui ne s'av&#233;rera certainement pas idyllique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis convaincu que la conjoncture de crise n'existe pas encore pour une nouvelle Association internationale des travailleurs. En cons&#233;quence, je consid&#232;re que tous les congr&#232;s ouvriers ou socialistes - pour autant qu'ils ne se pr&#233;occupent pas des conditions donn&#233;es imm&#233;diates de telle ou telle nation - ne sont pas seulement inutiles, mais encore nuisibles. Ils se perdront toujours en fum&#233;e, en rab&#226;chant mille fois des g&#233;n&#233;ralit&#233;s banales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amicalement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;votre d&#233;vou&#233; Karl Marx&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; J. Mesa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 24 mars 1891&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon cher Mesa,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; tr&#232;s heureux d'apprendre, par votre lettre du 2 courant, la publication imminente de votre traduction espagnole de la Mis&#232;re de la Philosophie de Marx. Il va sans dire que nous nous associons avec empressement &#224; cette oeuvre qui ne manquera pas de produire un effet des plus favorables sur le d&#233;veloppement du socialisme en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie proudhonienne, d&#233;molie dans ses bases par le livre de Marx, a certainement &#233;t&#233; balay&#233;e de la surface depuis la chute de la Commune de Paris. Mais, elle forme toujours le grand arsenal dans lequel les bourgeois radicaux pseudo-socialistes d'Europe occidentale puisent les formules propres &#224; endormir les ouvriers. Or, comme les ouvriers de ces m&#234;mes pays ont h&#233;rit&#233;, de leurs devanciers, de semblables phrases proudhoniennes, il arrive que, chez beaucoup d'entre eux, la phras&#233;ologie des radicaux trouve encore un &#233;cho. C'est le cas en France, o&#249; les seuls proudhoniens qu'il y ait encore, sont les bourgeois radicaux soi-disant socialistes. Et si je ne m'abuse, vous en avez aussi, dans vos Cort&#232;s et dans votre presse, de ces r&#233;publicains qui se pr&#233;tendent socialistes, parce qu'ils voient dans les id&#233;es proudhoniennes un moyen plausible tout trouv&#233; d'opposer au vrai socialisme, expression rationnelle et concise des aspirations du prol&#233;tariat, un socialisme bourgeois et de faux aloi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut fraternel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr. Engels&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; N.F. Danielson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 17 octobre 1893&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Si l'Europe occidentale avait &#233;t&#233; pour une telle r&#233;volution (socialiste) entre 1860-1870, si un tel bouleversement social avait &#233;t&#233; entrepris &#224; ce moment en Angleterre, France, etc., alors c'e&#251;t &#233;t&#233; aux Russes de montrer ce qu'ils auraient pu faire de leurs communaut&#233;s (agraires), [6] qui &#233;taient encore plus ou moins intactes. Or, l'Occident resta immobile. Aucune r&#233;volution de ce genre n'ayant &#233;t&#233; entreprise, le capitalisme s'y d&#233;veloppa au contraire &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;. Ainsi donc, comme il &#233;tait manifestement impossible de hausser les communaut&#233;s &#224; une forme de production dont elles &#233;taient s&#233;par&#233;es par une s&#233;rie de stades historiques, il ne leur reste plus qu'&#224; se d&#233;velopper de mani&#232;re capitaliste, ce qui me semble-t-il, est leur seule &#233;volution possible...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Lafargue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Reproduite dans le Socialiste, le 24 novembre 1900]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ah, mais nous avons la r&#233;publique en France &#187;, nous diront les ex-radicaux, &#171; chez nous, c'est autre chose. Nous pouvons utiliser le gouvernement pour des mesures socialistes ! &#187; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;publique, vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat, ne diff&#232;re de la monarchie qu'en ceci qu'elle est la forme politique toute faite pour la domination future du prol&#233;tariat. Vous avez sur nous l'avantage de l'avoir l&#224; ; nous autres, nous devrons perdre vingt-quatre heures pour la faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;publique, comme toute autre forme de gouvernement, est d&#233;termin&#233;e par ce qu'elle contient ; tant qu'elle est la forme de la d&#233;mocratie bourgeoise, elle nous est tout aussi hostile que n'importe quelle monarchie (sauf les formes de cette hostilit&#233;). C'est donc une illusion toute gratuite que de la prendre pour une forme socialiste par son essence ; que de lui confier, tant qu'elle est domin&#233;e par la bourgeoisie, des missions socialistes. Nous pourrons lui arracher des concessions, mais jamais la charger de l'ex&#233;cution de notre besogne &#224; nous. Encore si nous pouvions la contr&#244;ler par une minorit&#233; assez forte pour qu'elle p&#251;t se changer en majorit&#233; d'un jour &#224; l'autre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 3 avril 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liebknecht vient de me jouer un vilain tour. * Il a pris de mon introduction aux articles de Marx sur la France de 1848-1850 tout ce qui a pu lui servir pour soutenir la tactique, &#224; tout prix paisible et anti-violente, qu'il lui pla&#238;t de pr&#234;cher depuis quelque temps, surtout en ce moment o&#249; on pr&#233;pare des lois coercitives &#224; Berlin. Mais cette tactique, je ne la pr&#234;che que pour l'Allemagne d'aujourd'hui et encore sous bonne r&#233;serve. Pour la France, la Belgique, l'Italie, l'Autriche, cette tactique ne saurait &#234;tre suivie dans son ensemble, et pour l'Allemagne elle pourra devenir inapplicable demain...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Richard Fischer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 8 mars 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Fischer,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tenu compte autant qu'il &#233;tait possible de vos pr&#233;occupations, bien que, avec la meilleure volont&#233;, je ne comprenne pas pourquoi vos r&#233;ticences commencent &#224; la moiti&#233;. * Je ne peux tout de m&#234;me pas admettre que vous ayiez l'intention de prescrire, de tout votre corps et de toute votre &#226;me, la l&#233;galit&#233; absolue, la l&#233;galit&#233; en toutes circonstances, la l&#233;galit&#233; m&#234;me vis-&#224;-vis de ceux qui frisent la l&#233;galit&#233;, bref la politique qui consiste &#224; tendre la joue gauche &#224; celui qui vous a frapp&#233; la joue droite. Dans le Vorw&#228;rts, toutefois, certains pr&#234;chent parfois la r&#233;volution, avec la m&#234;me &#233;nergie que d'autres la repoussent, comme cela se faisait autrefois et se fera peut-&#234;tre encore &#224; l'avenir. Mais, je ne peux consid&#233;rer cela comme une position comp&#233;tente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'estime que vous n'avez rien &#224; gagner si vous pr&#234;chez le renoncement absolu &#224; l'intervention violente. Personne ne vous croira, et aucun parti d'aucun pays ne va aussi loin dans le renoncement au droit de recourir &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e, &#224; l'ill&#233;galit&#233;. [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, je dois tenir compte des &#233;trangers - Fran&#231;ais, Anglais, Suisses, Autrichiens, Italiens, etc. - qui lisent ce que j'&#233;cris : je ne peux me compromettre aussi compl&#232;tement &#224; leurs yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc accept&#233; vos modifications avec les exceptions suivantes- 1&#186; &#201;preuves, chez les masses, il est dit : &#171; elles doivent avoir compris pourquoi elles interviennent &#187; ; 2&#186; Le passage suivant : &#171; barrer toute la phrase de : &#171; le d&#233;clenchement sans pr&#233;paration de l'attaque &#187;, votre proposition contenant une inexactitude flagrante : le mot d'ordre &#171; d&#233;clenchement de l'attaque &#187; est utilis&#233; par les Fran&#231;ais, Italiens, etc. &#224; tout propos, mais ce n'est pas tellement s&#233;rieux ; 3&#186; &#201;preuve : &#171; Sur la r&#233;volution (Umsturz) sociale-d&#233;mocrate qui vit actuellement en s'en tenant &#224; la loi &#187;, vous voulez enlever &#171; actuellement &#187;, autrement dit transformer une tactique valable momentan&#233;ment et toute relative, en une tactique permanente et absolue. (168) Cela je ne peux pas le faire, sans me discr&#233;diter &#224; tout jamais. J'&#233;vite donc la formule de l'opposition, et je dis : &#171; Sur la r&#233;volution sociale-d&#233;mocrate, &#224; qui il convient si bien en ce moment pr&#233;cis&#233;ment de s'en tenir &#224; la loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne comprends absolument pas pourquoi vous trouvez dangereuse ma remarque sur l'attitude de Bismarck en 1866, lorsqu'il viola la Constitution. Il s'agit d'un argument lumineux, comme aucun autre ne le serait. Mais, je veux cependant vous faire ce plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, je ne peux absolument pas continuer de la sorte. J'ai fait mon possible pour vous &#233;pargner des d&#233;sagr&#233;ments dans le d&#233;bat. Mais vous feriez mieux de pr&#233;server le point de vue selon lequel l'obligation de respecter la l&#233;galit&#233; est de caract&#232;re juridique, et non moral, comme Bogoulavski vous l'a si bien montr&#233; dans le temps, et qu'elle cesse compl&#232;tement lorsque les d&#233;tenteurs du pouvoir violent la l&#233;gislation. Mais vous avez eu la faiblesse - ou du moins certains d'entre vous -de ne pas contrer comme il fallait les pr&#233;tentions de l'adversaire : reconna&#238;tre l'obligation l&#233;gale du point de vue moral, c'est-&#224;-dire obligatoire dans toutes les circonstances, au lieu de dire : vous avez le pouvoir et vous faites les lois, si nous les violons, vous pouvez nous traiter selon ces lois, cela nous devons le supporter, et c'est tout ; nous n'avons pas d'autre devoir, vous n'avez pas d'autre droit, C'est ce qu'ont fait les catholiques sous les lois de Mai, les vieux luth&#233;riens &#224; Meissen, le soldat mennonite qui figure dans tous les journaux, et vous ne devez pas d&#233;savouer cette position. Les projets anti-s&#233;ditieux sont de toute fa&#231;on vou&#233;s &#224; la ruine : ce genre de choses ne peut m&#234;me pas se formuler et, moins encore, se r&#233;aliser, lorsque ces gens sont au pouvoir, ils r&#233;priment et s&#233;vissent de toute fa&#231;on contre vous d'une mani&#232;re ou d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si vous voulez expliquer aux gens du gouvernement que vous n'attendez que parce que vous n'&#234;tes pas encore assez forts pour vous d&#233;brouiller tout seuls et parce que l'arm&#233;e n'est pas encore compl&#232;tement sap&#233;e, mais alors, mes braves, pourquoi ces vantardises quotidiennes dans la presse sur les progr&#232;s et succ&#232;s gigantesques du Parti ? Tout aussi bien que nous ces gens savent que nous avan&#231;ons puissamment vers la victoire, que nous serons irr&#233;sistibles dans quelques ann&#233;es, et c'est pour cela qu'ils veulent passer &#224; l'attaque maintenant, mais h&#233;las pour eux, ils ne savent pas comment s'y prendre. Nos discours ne peuvent rien changer &#224; cela : ils le savent aussi bien que nous et ils savent tout autant que, si nous avons le pouvoir, nous l'utiliserons comme cela nous servira &#224; nous, et non &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, si la question est d&#233;battue au Comit&#233; central, pensez un peu &#224; ceci : pr&#233;servez le droit de r&#233;sistance aussi bien que Bogouslavski nous l'a pr&#233;serv&#233; ; de vieux r&#233;volutionnaires -fran&#231;ais, italiens, espagnols, hongrois, anglais - figurent parmi ceux qui vous entendent, et que -sait-on jamais combien rapidement - le temps peut revenir o&#249; les choses deviennent s&#233;rieuses avec l'&#233;limination de la l&#233;galit&#233;, qui fut r&#233;alis&#233;e autrefois &#224; Wyden. Regardez donc les Autrichiens qui aussi ouvertement que possible menacent de la violence, si le suffrage universel n'est pas bient&#244;t instaur&#233;. Pensez &#224; vos propres ill&#233;galit&#233;s sous le r&#233;gime des lois anti-socialistes auquel on voudrait vous soumettre de nouveau. L&#233;galit&#233; aussi longtemps que cela nous arrange, mais pas de l&#233;galit&#233; &#224; tout prix, m&#234;me en paroles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton F. E.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Dans sa premi&#232;re &#233;bauche de l'Adresse sur la guerre civile, Marx &#233;crit &#224; ce propos : &#171; Sur la base existante de son organisation militaire, Paris &#233;difia une f&#233;d&#233;ration politique, selon un plan tr&#232;s simple. Elle consistait en une association de toute la Garde nationale, unie en toutes ses parties par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque compagnie, d&#233;signant &#224; leur tour les d&#233;l&#233;gu&#233;s de bataillons, qui, &#224; leur tour, d&#233;signaient des d&#233;l&#233;gu&#233;s g&#233;n&#233;raux, les g&#233;n&#233;raux de l&#233;gion - chacun d'eux devant repr&#233;senter un arrondissement et coop&#233;rer avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s des 19 autres arrondissements. Ces 20 d&#233;l&#233;gu&#233;s, &#233;lus &#224; la majorit&#233; par les bataillons de la Garde nationale, composaient le Comit&#233; central, qui, le 18 mars, prit l'initiative de la plus grande r&#233;volution de notre si&#232;cle... &#187; (cf. &#201;d. Soc., p. 209).&lt;br class='autobr' /&gt;
La forme prise d&#232;s le d&#233;but par la Commune confirme ainsi les id&#233;es de Marx et d'Engels sur la dictature du prol&#233;tariat, dont l'&#201;tat est une superstructure de force, violence concentr&#233;e de la classe au pouvoir : &#171; La r&#233;volution tout court - c'est-&#224;-dire le renversement du pouvoir existant et la d&#233;sagr&#233;gation des anciens rapports sociaux - est un acte politique. Le socialisme ne peut se r&#233;aliser sans cette r&#233;volution. Il lui faut cet acte politique dans la mesure o&#249; il a besoin de d&#233;truire et de dissoudre. Mais le socialisme repousse l'enveloppe politique l&#224; o&#249; commence son activit&#233; organisatrice, l&#224; o&#249; il poursuit son but &#224; lui, l&#224; o&#249; il est lui-m&#234;me. &#187; (Marx, le 10 ao&#251;t 1844, in &#201;crits militaires, p. 175-176). La Commune repr&#233;sentant tout cela, n'est donc plus un &#201;tat au sens propre, cf. Engels &#224; Bebel, 16-18 mars 1875.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La domination &#233;conomique de la bourgeoisie se compl&#232;te par une domination politique, qui &#233;tend le r&#232;gne de la bourgeoisie &#224; toute la nation et &#224; toutes les activit&#233;s. Les superstructures de l'&#201;tat bourgeois ont un caract&#232;re &#224; la fois historique et &#233;conomique : &#171; La violence (c'est-&#224;-dire le pouvoir &#233;tatique) est elle aussi une puissance &#233;conomique &#187;, &#233;crit Engels &#224; Schmidt, le 27 octobre 1890.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie n'est pleinement d&#233;velopp&#233;e qu'&#224; partir du moment o&#249; elle ne domine pas seulement la production sociale, mais a &#233;cart&#233; du pouvoir les classes f&#233;odales ou a cess&#233; de partager le pouvoir avec elles, autrement dit lorsqu'elle a instaur&#233; la R&#233;publique. Mais le mot de R&#233;publique pr&#234;te &#224; confusion. De nos jours, la bourgeoisie anglaise domine parfaitement avec la monarchie constitutionnelle et gouverne sans partage. Mais tant que l'&#201;tat bourgeois n'a pas atteint son plein &#233;panouissement, Marx et Engels admettaient que le prol&#233;tariat puisse utiliser l'&#201;tat faiblement d&#233;velopp&#233; de la bourgeoisie, &#171; le mouvement r&#233;publicain ne peut se d&#233;velopper sans transcro&#238;tre en mouvement de la classe ouvri&#232;re &#187; (cf. supra, p. 104). Autrement dit, il &#233;tait possible d'am&#233;nager l'&#201;tat bourgeois peu d&#233;velopp&#233;, en le modifiant dans le sens des int&#233;r&#234;ts ouvriers, en dictature du prol&#233;tariat. C'est dire qu'il &#233;tait possible de prendre pacifiquement le pouvoir. Cette hypoth&#232;se historique ne s'est pas v&#233;rifi&#233;e, et partout, il faut maintenant commencer &#224; briser par la violence l'appareil d'&#201;tat bourgeois, comme l'a enseign&#233; la Commune. L&#233;nine en explique les raisons : &#171; la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, c'est la violence exerc&#233;e contre la bourgeoisie ; et cette violence est n&#233;cessit&#233;e surtout, comme Marx et Engels l'ont expliqu&#233; maintes fois et de la fa&#231;on la plus explicite (notamment dans la Guerre civile en France et dans la pr&#233;face de cet ouvrage), par l'existence du militarisme et de la bureaucratie. Or, ce sont justement ces institutions, justement en Angleterre et en Am&#233;rique, qui, justement dans les ann&#233;es 70, &#233;poque &#224; laquelle Marx fit sa remarque, n'existaient pas. Maintenant, elles existent et en Angleterre et en Am&#233;rique. Cf. la R&#233;volution prol&#233;tarienne et le ren&#233;gat Kautsky, in V. L&#233;nine, la Commune de Paris, p. 100. En effet, dans un discours tenu apr&#232;s le Congr&#232;s de La Haye en Septembre 1872, Marx avait fait la remarque qu'il &#233;tait possible de prendre le pouvoir pacifiquement en Hollande, Angleterre, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte contre le fascisme a &#233;t&#233; fauss&#233;e, en Italie et en Allemagne, par l'id&#233;e qu'il fallait d&#233;fendre la d&#233;mocratie bourgeoise, en s'alliant avec les sociaux-d&#233;mocrates (qui avaient pourtant assassin&#233; Rosa Luxembourg et Liebknecht) ainsi que les d&#233;mocrates et r&#233;publicains bourgeois ou petits-bourgeois, qui furent en r&#233;alit&#233; les complices - conscients ou inconscients - du fascisme : sur une base aussi erron&#233;e, la lutte des communistes fut impuissante &#224; emp&#234;cher l'av&#232;nement des r&#233;gimes fascistes. Pour la d&#233;finition de la strat&#233;gie de lutte efficace contre le fascisme, cf. Communisme et fascisme, &#201;ditions &#171; Programme communiste &#187;, 1970, p. 35-158. La pr&#233;face &#224; ce choix de textes des ann&#233;es 20 est erron&#233;e, car elle cite p&#234;le-m&#234;le des d&#233;clarations et actes de la droite du centre et de la gauche du parti communiste allemand, dont elle exag&#232;re l'incoh&#233;rence, tandis qu'elle pr&#233;sente l'attitude du parti communiste italien comme infiniment plus coh&#233;rente en ne citant que des textes de la Gauche. Cette introduction d&#233;nigre ainsi syst&#233;matiquement les camarades et les ouvriers allemands, qui lutt&#232;rent les armes &#224; la main et furent soumis a une forte pression id&#233;ologique ext&#233;rieure (Zinoviev, Radek, Staline, etc.) qui changea sans arr&#234;t la direction du parti communiste allemand, en m&#234;me temps que sa politique et sa strat&#233;gie : cf. Trotsky, l'Internationale communiste apr&#232;s L&#233;nine, Paris, P.U.F. 1969, 2 vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cf. la traduction fran&#231;aise in la Guerre civile en France. 1871, op. cit., p. 291-302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4]Cf. plus haut &#224; la &#171; Pr&#233;face de 1872 au Manifeste Communiste &#187; o&#249; Marx et Engels affirment que l'une des le&#231;ons essentielles de la Commune a &#233;t&#233; qu'on ne peut utiliser l'appareil d'&#201;tat bourgeois : il faut le briser et cr&#233;er un &#201;tat prol&#233;tarien pour faire des transformations socialistes. Cela exclut la participation de communistes marxistes &#224; un gouvernement bourgeois. Engels le dit express&#233;ment, et ce dans deux hypoth&#232;ses : 1&#186; en cas de victoire de la d&#233;mocratie dans la r&#233;volution : &#171; Apr&#232;s la victoire commune, on pourrait nous offrir quelques si&#232;ges au gouvernement - mais TOUJOURS en minorit&#233;. Cela est le plus grand danger. Apr&#232;s F&#233;vrier 1848, les d&#233;mocrates socialistes fran&#231;ais (&#171; R&#233;forme &#187;, Ledru-Rollin, L. Blanc, Flocon, etc.) ont commis la faute d'accepter de pareils si&#232;ges. Minorit&#233; au gouvernement des r&#233;publicains purs (&#171; National &#187;, Marrast, Bastide, Marie), ils ont partag&#233; volontairement la responsabilit&#233; de toutes les infamies vot&#233;es et commises par la majorit&#233;, de toutes les trahisons de la classe ouvri&#232;re &#224; l'int&#233;rieur. Et pendant que tout cela se passait, la classe ouvri&#232;re &#233;tait paralys&#233;e par la pr&#233;sence au gouvernement de ces messieurs, qui pr&#233;tendaient l'y repr&#233;senter. &#187; Engels, &#224; F. Turati, le 26 janvier 1894 ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2&#186; En cas de victoire &#233;lectorale des seuls socialistes : &#171; Avant tout, je n'ai pas dit que &#171; le parti socialiste obtiendra la majorit&#233; et prendra ensuite le pouvoir &#187;. J'ai dit express&#233;ment, au contraire, qu'il y a dix probabilit&#233;s contre une que ceux qui sont au pouvoir utiliseront auparavant la force contre nous ; cela nous ram&#232;nerait du terrain de la majorit&#233; sur celui de la r&#233;volution. &#187; Fr. Engels, &#224; G. Bosio, le 6 f&#233;vrier 1892.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Marx estimait que la Commune &#233;tait fort &#233;loign&#233;e d'introduire le socialisme en France. En fait, elle inaugurait une longue phase de dictature du prol&#233;tariat et de luttes de classes farouches : telle &#233;tait aussi la conception de L&#233;nine pour lequel la r&#233;volution russe &#233;tait le premier acte de la r&#233;volution mondiale, contrairement &#224; Staline qui y vit le moyen de construire, dans un seul pays, le socialisme, au sens &#233;conomique et social. Dans sa premi&#232;re &#233;bauche de la Guerre civile en France, Marx &#233;crit : &#171; La Commune ne supprime pas les luttes de classes, par lesquelles la classe ouvri&#232;re s'efforce d'abolir toutes les classes et, par suite, toute domination de classe.... mais elle cr&#233;e l'ambiance rationnelle dans laquelle cette lutte de classe peut passer par ses diff&#233;rentes phases de la fa&#231;on la plus rationnelle et la plus humaine. Elle peut &#234;tre le point de d&#233;part de r&#233;actions violentes et, de r&#233;volutions tout aussi violentes &#187; (op. cit., pp. 215-216).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Marx fait allusion &#224; l'intrusion d'&#233;l&#233;ments douteux et de tra&#238;tres dans le Comit&#233; central de la Garde nationale parisienne, qui comprenait des blanquistes, des n&#233;o-jacobins, des proudhoniens, etc. La composition disparate de ce Conseil fut &#224; l'origine d'h&#233;sitations, de mollesse et de diverses erreurs (par exemple : ne pas attaquer Versailles, au moment o&#249; la r&#233;action ne s'y &#233;tait pas encore organis&#233;e, etc.). Marx attribue ici ces erreurs &#224; la doctrine proudhonienne de l'abstention en mati&#232;re politique : on notera que Tolain, proudhonien de droite, ne craignit pas de si&#233;ger dans l'Assembl&#233;e versaillaise. La Commune, &#233;lue le 26 mars, fut encore plus disparate, et prit encore moins d'initiatives, cf. notes nos 104 et 105.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans une lettre du 8 mars 1881 &#224; V&#233;ra Zassoulitch, Marx expliquait que le passage par le capitalisme n'&#233;tait une fatalit&#233; que pour les pays d'Europe occidentale. Les autres pays - et notamment la Russie - eussent pu, en th&#233;orie, sauter la phase capitaliste pour arriver directement au socialisme, si la r&#233;volution socialiste s'&#233;tait r&#233;alis&#233;e en Europe occidentale, de sorte qu'elle aurait apport&#233; son aide technique, fraternelle aux pays non encore d&#233;velopp&#233;s, Cf. l'article Marx et la Russie et Lettres de Marx &#224; V&#233;ra Zassoulitch, in l'Homme et la Soci&#233;t&#233;, n&#186; 5, pp. 149-180.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;chec de la Commune aura donc eu pour cons&#233;quence de forcer la Russie &#224; passer par l'enfer capitaliste ; les communaut&#233;s rurales, au lieu de pouvoir se transformer en unit&#233;s de production socialistes, &#233;tant condamn&#233;es &#224; prendre des formes plus ou moins capitalistes d'oppression de la masse paysanne russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Vers la fin de 1893, les d&#233;put&#233;s marxistes de la Chambre fran&#231;aise se trouv&#232;rent subitement d&#233;bord&#233;s par l'arriv&#233;e du groupe Millerand-Jaur&#232;s, transfuges du groupe radical. Les millerandistes (qui furent pour la participation au gouvernement bourgeois et furent durement fustig&#233;s par Engels et L&#233;nine) eurent la majorit&#233; absolue dans le groupe socialiste et prirent la t&#234;te du seul quotidien &#171; socialiste &#187;. Outre les 12 marxistes, le groupe socialiste comptait aussi 3 ou 4 allemanistes, 2 broussistes et 4 ou 6 blanquistes contre environ 30 millerandistes. Cf. la lettre de Fr. Engels &#224; Sorge, 30 d&#233;cembre 1893, in Correspondance Fr. Engels, K. Marx et divers, publi&#233;e par F.-A. Sorge, &#201;ditions Costes, 2 vol., 1950, tome Il, pp. 307-311. Comme on le voit, l'id&#233;e de la participation de socialistes ou de communistes &#224; un gouvernement bourgeois est &#233;trang&#232;re &#224; Marx aussi bien qu'&#224; Engels et &#224; L&#233;nine ; elle contredit l'enseignement fondamental de la Commune : briser la machine d'&#201;tat bourgeoise comme premi&#232;re mesure de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#192; propos de la Pr&#233;face d'Engels (1895), &#224; Luttes de classes en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Engels fait allusion &#224; sa Pr&#233;face du 3 mars 1895, cf. les Luttes de classes en France, le 18-Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, &#201;d. Soc., 1948, pp. 21-38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] M&#234;me au temps o&#249; le prol&#233;tariat pouvait prendre le pouvoir pacifiquement, il devait utiliser la violence pour transformer l'&#233;conomie capitaliste en &#233;conomie socialiste (cf. les mesures despotiques du Manifeste communiste de 1848). Mais il se trouve que les violences exerc&#233;es par l'&#201;tat sont l&#233;gales et, de ce fait, consid&#233;r&#233;es comme justes. M&#234;me si le grand nombre est de cet avis, le marxisme estime que l'&#201;tat est toujours violence concentr&#233;e, et la justice violence l&#233;galis&#233;e. M&#234;me la d&#233;mocratie n'est pas le but du communisme, puisqu'elle signifie que la minorit&#233; s'incline devant la majorit&#233;, dont le gouvernement s'appuie sur la force : cf. Marx-Engels, &#201;crits militaires, p. 127, Un parti &#233;tant un premier pas vers le gouvernement, forme concentr&#233;e de la violence, ne peut donc se taxer de parti de la paix et de la non-violence sans nier sa raison d'&#234;tre. Fid&#232;le disciple de Marx-Engels, L&#233;nine consid&#233;rait le communisme comme l'abolition des classes et de l'&#201;tat, et donc la fin de la d&#233;mocratie, cf L&#233;nine, l'&#201;tat et la r&#233;volution, chap. 6 : &#171; Engels et la suppression de la d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine, L'Etat et la r&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re pr&#233;face &#224; une nouvelle &#233;dition allemande du Manifeste communiste, sign&#233;e de ses deux auteurs, est dat&#233;e du 24 juin 1872. Karl Marx et Friedrich Engels y d&#233;clarent que le programme du Manifeste communiste &#034;est aujourd'hui vieilli sur certains points&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, notamment, a d&#233;montr&#233;, poursuivent-ils, que la &#034;classe ouvri&#232;re ne peut pas se contenter de prendre la machine de l'Etat toute pr&#234;te et de la faire fonctionner pour son propre compte.&#034;&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derniers mots de cette citation, mis entre guillemets, sont emprunt&#233;s par les auteurs &#224; l'ouvrage de Marx La Guerre civile en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx et Engels attribuaient &#224; l'une des le&#231;ons principales, fondamentales, de la Commune de Paris une port&#233;e si grande qu'ils l'ont introduite, comme une correction essentielle, dans le Manifeste communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose extr&#234;mement caract&#233;ristique : c'est pr&#233;cis&#233;ment cette correction essentielle qui a &#233;t&#233; d&#233;natur&#233;e par les opportunistes, et les neuf dixi&#232;mes, sinon les quatre-vingt-dix-neuf centi&#232;mes des lecteurs du Manifeste communiste, en ignorent certainement le sens. Nous parlerons en d&#233;tail de cette d&#233;formation un peu plus loin, dans un chapitre sp&#233;cialement consacr&#233; aux d&#233;formations. Qu'il nous suffise, pour l'instant, de marquer que l'&#034;interpr&#233;tation&#034; courante, vulgaire, de la fameuse formule de Marx cit&#233;e par nous est que celui-ci aurait soulign&#233; l'id&#233;e d'une &#233;volution lente, par opposition &#224; la prise du pouvoir, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, c'est exactement le contraire. L'id&#233;e de Marx est que la classe ouvri&#232;re doit briser, d&#233;molir la &#034;machine de l'Etat toute pr&#234;te&#034;, et ne pas se borner &#224; en prendre possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 avril 1871, c'est-&#224;-dire justement pendant la Commune, Marx &#233;crivait &#224; Kugelmann :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans le dernier chapitre de mon 18-Brumaire , je remarque, comme tu le verras si tu le relis, que la prochaine tentative de la r&#233;volution en France devra consister non plus &#224; faire passer la machine bureaucratique et militaire en d'autres mains, comme ce fut le cas jusqu'ici, mais &#224; la briser. (Soulign&#233; par Marx ; dans l'original, le mot est zerbrechen ). C'est la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution v&#233;ritablement populaire sur le continent. C'est aussi ce qu'ont tent&#233; nos h&#233;ro&#239;ques camarades de Paris&#034; (Neue Zeit , XX, 1, 1901-1902, p. 709). Les lettres de Marx &#224; Kugelmann comptent au moins deux &#233;ditions russes, dont une r&#233;dig&#233;e et pr&#233;fac&#233;e par moi.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Briser la machine bureaucratique et militaire&#034; : en ces quelques mots se trouve bri&#232;vement exprim&#233;e la principale le&#231;on du marxisme sur les t&#226;ches du prol&#233;tariat &#224; l'&#233;gard de l'Etat au cours de la r&#233;volution. Et c'est cette le&#231;on qui est non seulement tout &#224; fait oubli&#233;e, mais encore franchement d&#233;natur&#233;e par l'&#034;interpr&#233;tation&#034; dominante du marxisme, due &#224; Kautsky !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au passage du 18 Brumaire auquel se r&#233;f&#232;re Marx, nous l'avons int&#233;gralement reproduit plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux points surtout sont &#224; souligner dans ce passage de Marx. En premier lieu, il limite sa conclusion au continent. Cela se concevait en 1871, quand l'Angleterre &#233;tait encore un mod&#232;le du pays purement capitaliste, mais sans militarisme et, dans une large mesure, sans bureaucratie. Aussi Marx faisait-il une exception pour l'Angleterre, o&#249; la r&#233;volution et m&#234;me la r&#233;volution populaire paraissait possible, et l'&#233;tait en effet sans destruction pr&#233;alable de la &#034;machine d'Etat toute pr&#234;te&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, en 1917, &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re grande guerre imp&#233;rialiste, cette restriction de Marx ne joue plus. L'Angleterre comme l'Am&#233;rique, les plus grands et les derniers repr&#233;sentants de la &#034;libert&#233;&#034; anglo-saxonne dans le monde entier (absence de militarisme et de bureaucratisme), ont gliss&#233; enti&#232;rement dans le marais europ&#233;en, fangeux et sanglant, des institutions militaires et bureaucratiques, qui se subordonnent tout et &#233;crasent tout de leur poids. Maintenant, en Angleterre comme en Am&#233;rique, &#034;la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution populaire r&#233;elle&#034;, c'est la d&#233;molition, la destruction de la &#034;machine de l'Etat toute pr&#234;te&#034; (port&#233;e en ces pays, de 1914 &#224; 1917, &#224; une perfection &#034;europ&#233;enne&#034;, commune d&#233;sormais &#224; tous les Etats imp&#233;rialistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, ce qui m&#233;rite une attention particuli&#232;re, c'est cette remarque tr&#232;s profonde de Marx que la destruction de la machine bureaucratique et militaire de l'Etat est &#034;la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution v&#233;ritablement populaire &#034;. Cette notion de r&#233;volution &#034;populaire&#034; para&#238;t surprenante dans la bouche de Marx : et, en Russie, les adeptes de Pl&#233;khanov ainsi que les mench&#233;viks, ces disciples de Strouv&#233; qui d&#233;sirent passer pour des marxistes, seraient bien capables de qualifier son expression de &#034;lapsus&#034;. Ils ont r&#233;duit le marxisme &#224; une doctrine si platement lib&#233;rale que, en dehors de l'antith&#232;se : r&#233;volution bourgeoise et r&#233;volution prol&#233;tarienne, rien n'existe pour eux ; encore con&#231;oivent-ils cette antith&#232;se d'une mani&#232;re on ne peut plus scolastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on prend, &#224; titre d'exemple, les r&#233;volutions du XXe si&#232;cle, force sera de reconna&#238;tre que, de toute &#233;vidence, les r&#233;volutions portugaise et turque sont bourgeoises. Mais ni l'une, ni l'autre ne sont &#034;populaires&#034;, puisque la masse du peuple, son immense majorit&#233;, n'intervient d'une fa&#231;on visible, active, autonome, avec ses revendications &#233;conomiques et politiques propres, ni dans l'une, ni dans l'autre de ces r&#233;volutions. Par contre, la r&#233;volution bourgeoise russe de 1905-1907, sans avoir remport&#233; des succ&#232;s aussi &#034;&#233;clatants&#034; que ceux qui &#233;churent de temps &#224; autre aux r&#233;volutions portugaise et turque, a &#233;t&#233; sans conteste une r&#233;volution &#034;v&#233;ritablement populaire&#034;. Car la masse du peuple, sa majorit&#233;, ses couches sociales &#034;inf&#233;rieures&#034; les plus profondes, accabl&#233;es par le joug et l'exploitation, se sont soulev&#233;es spontan&#233;ment et ont laiss&#233; sur toute la marche de la r&#233;volution l'empreinte de leurs revendications, de leurs tentatives de construire &#224; leur mani&#232;re une soci&#233;t&#233; nouvelle &#224; la place de l'ancienne en cours de destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1871, le prol&#233;tariat ne formait la majorit&#233; du peuple dans aucun pays du continent europ&#233;en. La r&#233;volution ne pouvait &#234;tre &#034;populaire&#034; et entra&#238;ner v&#233;ritablement la majorit&#233; dans le mouvement qu'en englobant et le prol&#233;tariat et la paysannerie. Le &#034;peuple&#034; &#233;tait justement form&#233; de ces deux classes. Celles-ci sont unies par le fait que la &#034;machine bureaucratique et militaire de l'Etat&#034; les opprime, les &#233;crase, les exploite. Briser cette machine, la d&#233;molir , tel est v&#233;ritablement l'int&#233;r&#234;t du &#034;peuple&#034;, de sa majorit&#233;, des ouvriers et de la majorit&#233; des paysans ; telle est la &#034;condition premi&#232;re&#034; de la libre alliance des paysans pauvres et des prol&#233;taires ; et sans cette alliance, pas de d&#233;mocratie solide, pas de transformation socialiste possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers cette alliance, on le sait, que la Commune de Paris se frayait la voie. Elle n'atteignit pas son but pour diverses raisons d'ordre int&#233;rieur et ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, en parlant d'une &#034;r&#233;volution v&#233;ritablement populaire&#034;, et sans oublier le moins du monde les traits particuliers de la petite bourgeoisie (dont il a beaucoup et souvent parl&#233;), Marx tenait compte avec la plus grande rigueur des v&#233;ritables rapports de classes dans la plupart des Etats continentaux d'Europe en 1871. D'autre part, il constatait que la &#034;d&#233;molition&#034; de la machine de l'Etat est dict&#233;e par les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et des paysans, qu'elle les unit et leur assigne une t&#226;che commune : la suppression de ce &#034;parasite&#034; et son remplacement par quelque chose de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par quoi pr&#233;cis&#233;ment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. PAR QUOI REMPLACER LA MACHINE D'ETAT DEMOLIE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette question Marx ne donnait encore, en 1847, dans le Manifeste communiste , qu'une r&#233;ponse tout &#224; fait abstraite, ou plut&#244;t une r&#233;ponse indiquant les probl&#232;mes, mais non les moyens de les r&#233;soudre. La remplacer par l'&#034;organisation du prol&#233;tariat en classe dominante&#034;, par la &#034;conqu&#234;te de la d&#233;mocratie&#034;, telle &#233;tait la r&#233;ponse du Manifeste communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans verser dans l'utopie, Marx attendait de l'exp&#233;rience du mouvement de masse la r&#233;ponse &#224; la question de savoir quelles formes concr&#232;tes prendrait cette organisation du prol&#233;tariat en tant que classe dominante, de quelle mani&#232;re pr&#233;cise cette organisation se concilierait avec la plus enti&#232;re, la plus cons&#233;quente &#034;conqu&#234;te de la d&#233;mocratie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi limit&#233;e qu'ait &#233;t&#233; l'exp&#233;rience de la Commune, Marx la soumet &#224; une analyse des plus attentives dans sa Guerre civile en France. Citons les principaux passages de cet &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIXe si&#232;cle s'est d&#233;velopp&#233;, transmis par le moyen &#226;ge, &#034;le pouvoir centralis&#233; de l'Etat, avec ses organes, partout pr&#233;sents : arm&#233;e permanente, police, bureaucratie, clerg&#233; et magistrature&#034;. En raison du d&#233;veloppement de l'antagonisme de classe entre le Capital et le Travail, &#034;le pouvoir d'Etat prenait de plus en plus le caract&#232;re d'un pouvoir public organis&#233; aux fins de l'asservissement de la classe ouvri&#232;re, d'un appareil de domination de classe. Apr&#232;s chaque r&#233;volution qui marque un progr&#232;s de la lutte des classes, le caract&#232;re purement r&#233;pressif du pouvoir d'Etat appara&#238;t de fa&#231;on de plus en plus ouverte&#034;. Apr&#232;s la R&#233;volution de 1848-1849, le pouvoir d'Etat devient &#034;l'engin de guerre national du Capital contre le Travail&#034;. Le Second Empire ne fait que le consolider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'antith&#232;se directe de l'Empire fut la Commune&#034;. &#034;La Commune fut la forme positive&#034; &#034;d'une r&#233;publique qui ne devait pas seulement abolir la forme monarchique de la domination de classe, mais la domination de classe elle-m&#234;me.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consistait pr&#233;cis&#233;ment cette forme &#034;positive&#034; de r&#233;publique prol&#233;tarienne socialiste ? Quel &#233;tait l'Etat qu'elle avait commenc&#233; de fonder ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le premier d&#233;cret de la commune fut... la suppression de l'arm&#233;e permanente, et son remplacement par le peuple en armes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette revendication figure maintenant au programme de tous les partis qui se r&#233;clament du socialisme. Mais ce que valent leurs programmes, c'est ce qu'illustre au mieux l'attitude de nos socialistes-r&#233;volutionnaires et de nos mench&#233;viks qui, justement apr&#232;s la r&#233;volution du 27 f&#233;vrier, ont en fait refus&#233; de donner suite &#224; cette revendication !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune fut compos&#233;e des conseillers municipaux, &#233;lus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils &#233;taient responsables et r&#233;vocables &#224; tout moment. La majorit&#233; de ses membres &#233;taient naturellement des ouvriers ou des repr&#233;sentants reconnus de la classe ouvri&#232;re.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Au lieu de continuer d'&#234;tre l'instrument du gouvernement central, la police fut imm&#233;diatement d&#233;pouill&#233;e de ses attributs politiques et transform&#233;e en un instrument de la Commune, responsable et &#224; tout instant r&#233;vocable. Il en fut de m&#234;me pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l'administration. Depuis les membres de la Commune jusqu'au bas de l'&#233;chelle, la fonction publique devait &#234;tre assur&#233;e pour des salaires d'ouvriers. Les b&#233;n&#233;fices d'usage et les indemnit&#233;s de repr&#233;sentation des hauts dignitaires de l'Etat disparurent avec ces hauts dignitaires eux-m&#234;mes... Une fois abolies l'arm&#233;e permanente et la police, instruments du pouvoir mat&#233;riel de l'ancien gouvernement, la Commune se donna pour t&#226;che de briser l'outil spirituel de l'oppression, le &#034;pouvoir des pr&#234;tres&#034;... Les fonctionnaires de la justice furent d&#233;pouill&#233;s de leur feinte ind&#233;pendance... ils devaient &#234;tre &#233;lectifs, responsables et r&#233;vocables.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la Commune semblait avoir remplac&#233; la machine d'Etat bris&#233;e en instituant une d&#233;mocratie &#034;simplement&#034; plus compl&#232;te : suppression de l'arm&#233;e permanente, &#233;lectivit&#233; et r&#233;vocabilit&#233; de tous les fonctionnaires sans exception. Or, en r&#233;alit&#233;, ce &#034;simplement&#034; repr&#233;sente une oeuvre gigantesque : le remplacement d'institutions par d'autres fonci&#232;rement diff&#233;rentes. C'est l&#224; justement un cas de &#034;transformation de la quantit&#233; en qualit&#233;&#034; : r&#233;alis&#233;e de cette fa&#231;on, aussi pleinement et aussi m&#233;thodiquement qu'il est possible de le concevoir, la d&#233;mocratie, de bourgeoise, devient prol&#233;tarienne ; d'Etat (=pouvoir sp&#233;cial destin&#233; &#224; mater une classe d&#233;termin&#233;e), elle se transforme en quelque chose qui n'est plus, &#224; proprement parler, un Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mater la bourgeoisie et briser sa r&#233;sistance n'en reste pas moins une n&#233;cessit&#233;. Cette n&#233;cessit&#233; s'imposait particuli&#232;rement &#224; la Commune, et l'une des causes de sa d&#233;faite est qu'elle ne l'a pas fait avec assez de r&#233;solution. Mais ici, l'organisme de r&#233;pression est la majorit&#233; de la population et non plus la minorit&#233;, ainsi qu'avait toujours &#233;t&#233; le cas au temps de l'esclavage comme au temps du servage et de l'esclavage salari&#233;. Or, du moment que c'est la majorit&#233; du peuple qui mate elle-m&#234;me ses oppresseurs, il n'est plus besoin d'un &#034;pouvoir sp&#233;cial&#034; de r&#233;pression ! C'est en ce sens que l'Etat commence &#224; s'&#233;teindre. Au lieu d'institutions sp&#233;ciales d'une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e (fonctionnaires privil&#233;gi&#233;s, chefs de l'arm&#233;e permanente), la majorit&#233; elle-m&#234;me peut s'acquitter directement de ces t&#226;ches ; et plus les fonctions du pouvoir d'Etat sont exerc&#233;es par l'ensemble du peuple, moins ce pouvoir devient n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet &#233;gard, une des mesures prises par la Commune, et que Marx fait ressortir, est particuli&#232;rement remarquable : suppression de toutes les indemnit&#233;s de repr&#233;sentation, de tous les privil&#232;ges p&#233;cuniaires attach&#233;s au corps des fonctionnaires, r&#233;duction des traitements de tous les fonctionnaires au niveau des &#034;salaires d'ouvriers &#034;. C'est l&#224; justement qu'appara&#238;t avec le plus de relief le tournant qui s'op&#232;re de la d&#233;mocratie bourgeoise &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, de la d&#233;mocratie des oppresseurs &#224; la d&#233;mocratie des classes opprim&#233;es, de l'Etat en tant que &#034;pouvoir sp&#233;cial &#034; destin&#233; &#224; mater une classe d&#233;termin&#233;e &#224; la r&#233;pression exerc&#233;e sur les oppresseurs par le pouvoir g&#233;n&#233;ral de la majorit&#233; du peuple, des ouvriers et des paysans. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment sur ce point, particuli&#232;rement frappant et le plus important peut-&#234;tre en ce qui concerne la question de l'Etat, que les enseignements de Marx sont le plus oubli&#233;s ! Les commentaires de vulgarisation - ils sont innombrables - n'en parlent pas. Il est &#034;d'usage&#034; de taire cela comme une &#034;na&#239;vet&#233;&#034; qui a fait son temps, &#224; la mani&#232;re des chr&#233;tiens qui, une fois leur culte devenu religion d'Etat, ont &#034;oubli&#233;&#034; les &#034;na&#239;vet&#233;s&#034; du christianisme primitif avec son esprit r&#233;volutionnaire d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction du traitement des hauts fonctionnaires de l'Etat appara&#238;t &#034;simplement&#034; comme la revendication d'un d&#233;mocratisme na&#239;f, primitif. Un des &#034;fondateurs&#034; de l'opportunisme moderne, l'ex-social-d&#233;mocrate Ed. Bernstein, s'est maintes fois exerc&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter les plates railleries bourgeoises contre le d&#233;mocratisme &#034;primitif&#034;. Comme tous les opportunistes, comme les kautskistes de nos jours, il n'a pas du tout compris, premi&#232;rement, qu'il est impossible de passer du capitalisme au socialisme sans un certain &#034;retour&#034; au d&#233;mocratisme &#034;primitif&#034; (car enfin, comment s'y prendre autrement pour faire en sorte que les fonctions de l'Etat soient exerc&#233;es par la majorit&#233;, par la totalit&#233; de la population ?) et, deuxi&#232;mement, que le &#034;d&#233;mocratisme primitif&#034; bas&#233; sur le capitalisme et la culture capitaliste n'est pas le d&#233;mocratisme primitif des &#233;poques anciennes ou pr&#233;capitalistes. La culture capitaliste a cr&#233;&#233; la grande production, les fabriques, les chemins de fer, la poste, le t&#233;l&#233;phone, etc. Et, sur cette base l'immense majorit&#233; des fonctions du vieux &#034;pouvoir d'Etat&#034; se sont tellement simplifi&#233;es, et peuvent &#234;tre r&#233;duites &#224; de si simples op&#233;rations d'enregistrement, d'inscription, de contr&#244;le, qu'elles seront parfaitement &#224; la port&#233;e de toute personne pourvue d'une instruction primaire, qu'elles pourront parfaitement &#234;tre exerc&#233;es moyennant un simple &#034;salaire d'ouvrier&#034; ; ainsi l'on peut (et l'on doit) enlever &#224; ces fonctions tout caract&#232;re privil&#233;gi&#233;, &#034;hi&#233;rarchique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Electivit&#233; compl&#232;te, r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment de tous les fonctionnaires sans exception, r&#233;duction de leurs traitements au niveau d'un normal &#034;salaire d'ouvrier&#034;, ces mesures d&#233;mocratiques simples et &#034;allant de soi&#034;, qui rendent parfaitement solidaires les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et de la majorit&#233; des paysans, servent en m&#234;me temps de passerelle conduisant du capitalisme au socialisme. Ces mesures concernent la r&#233;organisation de l'Etat, la r&#233;organisation purement politique de la soci&#233;t&#233;, mais elles ne prennent naturellement tout leur sens et toute leur valeur que rattach&#233;es &#224; la r&#233;alisation ou &#224; la pr&#233;paration de l'&#034;expropriation des expropriateurs&#034;, c'est-&#224;-dire avec la transformation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e capitaliste des moyens de production en propri&#233;t&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, &#233;crivait Marx, a r&#233;alis&#233; ce mot d'ordre de toutes les r&#233;volutions bourgeoises, le gouvernement &#224; bon march&#233;, en abolissant ces deux grandes sources de d&#233;penses : l'arm&#233;e permanente et le fonctionnarisme d'Etat.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une infime minorit&#233; de la paysannerie ainsi que des autres couches de la petite bourgeoisie s'&#034;&#233;l&#232;ve&#034;, &#034;arrive&#034; au sens bourgeois du mot, c'est-&#224;-dire que seuls quelques individus deviennent ou des gens ais&#233;s, des bourgeois, ou des fonctionnaires nantis et privil&#233;gi&#233;s. L'immense majorit&#233; des paysans, dans tout pays capitaliste o&#249; il existe une paysannerie (et ces pays sont en majorit&#233;), sont opprim&#233;s par le gouvernement et aspirent &#224; le renverser ; ils aspirent &#224; un gouvernement &#034;&#224; bon march&#233;&#034;. Le prol&#233;tariat peut seul, s'acquitter de cette t&#226;che et, en l'ex&#233;cutant, il fait du m&#234;me coup un pas vers la r&#233;organisation socialiste de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. SUPPRESSION DU PARLEMENTARISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, &#233;crivait Marx, devait &#234;tre non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, ex&#233;cutif et l&#233;gislatif &#224; la fois.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Au lieu de d&#233;cider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante &#034;devait repr&#233;senter&#034; et fouler aux pieds [ver-und zertreten] le peuple au Parlement, le suffrage universel devait servir au peuple constitu&#233; en communes, comme le suffrage individuel sert &#224; tout autre employeur en qu&#234;te d'ouvriers, de surveillants, de comptables pour ses entreprises.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarquable critique du parlementarisme, formul&#233;e en 1871, est elle aussi aujourd'hui, du fait de la domination du social-chauvinisme et de l'opportunisme, au nombre des &#034;paroles oubli&#233;es&#034; du marxisme. Les ministres et les parlementaires de profession, les tra&#238;tres au prol&#233;tariat et les socialistes &#034;pratiques&#034; d'&#224; pr&#233;sent ont enti&#232;rement laiss&#233; aux anarchistes le soin de critiquer le parlementarisme ; et, pour cette raison d'une logique surprenante, ils qualifient d'&#034;anarchiste&#034; toute critique du parlementarisme ! ! On ne saurait s'&#233;tonner que le prol&#233;tariat des pays parlementaires &#034;avanc&#233;s&#034;, &#233;coeur&#233; &#224; la vue de &#034;socialistes&#034; tels que les Scheidemann, David, Legien, Sembat, Renaudel, Henderson, Vandervelde, Stauning, Branting, Bissolati et Cie, ait de plus en plus souvent accord&#233; ses sympathies &#224; l'anarcho-syndicalisme, encore que celui-ci soit le fr&#232;re jumeau de l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour Marx, la dialectique r&#233;volutionnaire n'a jamais &#233;t&#233; cette vaine phras&#233;ologie &#224; la mode, ce hochet qu'en ont fait Pl&#233;khanov, Kautsky et les autres. Marx a su rompre impitoyablement avec l'anarchisme pour son impuissance &#224; utiliser m&#234;me l'&#034;&#233;curie&#034; du parlementarisme bourgeois, surtout lorsque la situation n'est manifestement pas r&#233;volutionnaire ; mais il a su, en m&#234;me temps, donner une critique v&#233;ritablement prol&#233;tarienne et r&#233;volutionnaire du parlementarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cider p&#233;riodiquement, pour un certain nombre d'ann&#233;es, quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, &#233;crasera le peuple au Parlement, telle est l'essence v&#233;ritable du parlementarisme bourgeois, non seulement dans les monarchies constitutionnelles parlementaires, mais encore dans les r&#233;publiques les plus d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'on pose la question de l'Etat, si l'on consid&#232;re le parlementarisme comme une de ses institutions, du point de vue des t&#226;ches du prol&#233;tariat dans ce domaine, quel est donc le moyen de sortir du parlementarisme ? Comment peut-on s'en passer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force nous est de le dire et redire encore : les enseignements de Marx, fond&#233;s sur l'&#233;tude de la Commune, sont si bien oubli&#233;s que le &#034;social-d&#233;mocrate&#034; actuel (lisez : l'actuel tra&#238;tre au socialisme) est tout simplement incapable de concevoir une autre critique du parlementarisme que la critique anarchiste ou r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le moyen de sortir du parlementarisme ne consiste pas &#224; d&#233;truire les organismes repr&#233;sentatifs et le principe &#233;lectif, mais &#224; transformer ces moulins &#224; paroles que sont les organismes repr&#233;sentatifs en assembl&#233;es &#034;agissantes&#034;. &#034;La Commune devait &#234;tre non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, ex&#233;cutif et l&#233;gislatif &#224; la fois.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un organisme &#034;non parlementaire mais agissant&#034;, voil&#224; qui s'adresse on ne peut plus directement aux parlementaires modernes et aux &#034;toutous&#034; parlementaires de la social-d&#233;mocratie ! Consid&#233;rez n'importe quel pays parlementaire, depuis l'Am&#233;rique jusqu'&#224; la Suisse, depuis la France jusqu'&#224; l'Angleterre, la Norv&#232;ge, etc., la v&#233;ritable besogne d'&#034;Etat&#034; se fait dans la coulisse ; elle est ex&#233;cut&#233;e par les d&#233;partements, les chancelleries, les &#233;tats-majors. Dans le parlements, on ne fait que bavarder, &#224; seule fin de duper le &#034;bon peuple&#034;. Cela est si vrai que, m&#234;me dans la R&#233;publique russe, r&#233;publique d&#233;mocratique bourgeoise, tous ces vices du parlementarisme sont apparus aussit&#244;t, avant m&#234;me qu'elle ait eu le temps de constituer un v&#233;ritable parlement. Les h&#233;ros du philistinisme pourri - les Skob&#233;lev et les Ts&#233;r&#233;t&#233;li, les Tchernov et les Avksentiev - ont r&#233;ussi &#224; gangrener jusqu'aux Soviets, dont ils ont fait de st&#233;riles moulins &#224; paroles sur le mod&#232;le du plus &#233;coeurant parlementarisme bourgeois. Dans les Soviets, messieurs les ministres &#034;socialistes&#034; dupent les moujiks cr&#233;dules par leur phras&#233;ologie et leurs r&#233;solutions. Au sein du gouvernement, c'est un quadrille permanent, d'une part, pour faire asseoir &#224; tour de r&#244;le, autour de l'&#034;assiette au beurre&#034;, des sin&#233;cures lucratives et honorifiques, le plus possible de socialistes-r&#233;volutionnaires et de mench&#233;viks ; d'autre part, pour &#034;distraire l'attention&#034; du peuple. Pendant ce temps, dans les chancelleries, dans les &#233;tats-majors, on &#034;fait&#034; le travail &#034;d'Etat&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Di&#233;lo Naroda , organe des &#034;socialistes-r&#233;volutionnaires&#034;, parti dirigeant, avouait r&#233;cemment dans un &#233;ditorial, avec cette incomparable franchise des gens de la &#034;bonne soci&#233;t&#233;&#034;, o&#249; &#034;tous&#034; se livrent &#224; la prostitution politique, que m&#234;me dans les minist&#232;res appartenant aux &#034;socialistes&#034; (passez-moi le mot !), que m&#234;me l&#224; tout le vieil appareil bureaucratique reste en gros le m&#234;me, fonctionne comme par le pass&#233; et sabote en toute &#034;libert&#233;&#034; les mesures r&#233;volutionnaires ! Mais m&#234;me sans cet aveu, l'histoire de la participation des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks au gouvernement n'apporte-t-elle pas la preuve concr&#232;te qu'il en est ainsi ? Ce qui est caract&#233;ristique, en l'occurrence, c'est que, si&#233;geant au minist&#232;re en compagnie des cadets, MM. Tchernov, Roussanov, Zenzinov et autres r&#233;dacteurs du Di&#233;lo Naroda poussent l'impudence jusqu'&#224; raconter en public et sans rougir, comme une chose sans cons&#233;quence, que &#034;chez eux&#034;, dans leurs minist&#232;res, tout marche comme par le pass&#233; ! ! Phras&#233;ologie d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire pour duper Jacques Bonhomme, bureaucratisme et paperasserie pour &#034;combler d'aise&#034; les capitalistes : voil&#224; l'essence de l'&#034;honn&#234;te&#034; coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au parlementarisme v&#233;nal, pourri jusqu'&#224; la moelle, de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, la Commune substitue des organismes o&#249; la libert&#233; d'opinion et de discussion ne d&#233;g&#233;n&#232;re pas en duperie, car les parlementaires doivent travailler eux-m&#234;mes, appliquer eux-m&#234;mes leurs lois, en v&#233;rifier eux-m&#234;mes les effets, en r&#233;pondre eux-m&#234;mes directement devant leurs &#233;lecteurs. Les organismes repr&#233;sentatifs demeurent, mais le parlementarisme comme syst&#232;me sp&#233;cial, comme division du travail l&#233;gislatif et ex&#233;cutif, comme situation privil&#233;gi&#233;e pour les d&#233;put&#233;s, n'est plus. Nous ne pouvons concevoir une d&#233;mocratie, m&#234;me une d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, sans organismes repr&#233;sentatifs : mais nous pouvons et devons la concevoir sans parlementarisme, si la critique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise n'est pas pour nous un vain mot, si notre volont&#233; de renverser la domination de la bourgeoisie est une volont&#233; s&#233;rieuse et sinc&#232;re et non une phrase &#034;&#233;lectorale&#034; destin&#233;e &#224; capter les voix des ouvriers, comme chez les mench&#233;viks et les socialistes-r&#233;volutionnaires, chez les Scheidemann et les Legien, les Sembat et les Vandervelde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est extr&#234;mement symptomatique que, parlant des fonctions de ce personnel administratif qu'il faut &#224; la Commune comme &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, Marx prenne comme terme de comparaison le personnel &#034;de tout autre employeur&#034;, c'est-&#224;-dire une entreprise capitaliste ordinaire avec ses &#034;ouvriers, surveillants et comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas un grain d'utopisme chez Marx ; il n'invente pas, il n'imagine pas de toutes pi&#232;ces une soci&#233;t&#233; &#034;nouvelle&#034;. Non, il &#233;tudie, comme un processus d'histoire naturelle, la naissance de la nouvelle soci&#233;t&#233; &#224; partir de l'ancienne, les formes de transition de celle-ci &#224; celle-l&#224;. Il prend l'exp&#233;rience concr&#232;te du mouvement prol&#233;tarien de masse et s'efforce d'en tirer des le&#231;ons pratiques. Il &#034;se met &#224; l'&#233;cole&#034; de la Commune, de m&#234;me que tous les grands penseurs r&#233;volutionnaires n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; se mettre &#224; l'&#233;cole des grands mouvements de la classe opprim&#233;e, sans jamais les aborder du point de vue d'une &#034;morale&#034; p&#233;dantesque (comme Pl&#233;khanov disant : &#034;Il ne fallait pas prendre les armes&#034;, ou Ts&#233;r&#233;t&#233;li : &#034;Une classe doit savoir borner elle-m&#234;me ses aspirations&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne saurait &#234;tre question de supprimer d'embl&#233;e, partout et compl&#232;tement, le fonctionnarisme. C'est une utopie. Mais briser d'embl&#233;e la vieille machine administrative pour commencer sans d&#233;lai &#224; en construire une nouvelle, permettant de supprimer graduellement tout fonctionnarisme, cela n'est pas une utopie, c'est l'exp&#233;rience de la Commune, c'est la t&#226;che urgente, imm&#233;diate, du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme simplifie les fonctions administratives &#034;&#233;tatiques&#034; ; il permet de rejeter les &#034;m&#233;thodes de commandement&#034; et de tout ramener &#224; une organisation des prol&#233;taires (classe dominante) qui embauche, au nom de toute la soci&#233;t&#233;, &#034;des ouvriers, des surveillants, des comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas des utopistes. Nous ne &#034;r&#234;vons&#034; pas de nous passer d'embl&#233;e de toute administration, de toute subordination ; ces r&#234;ves anarchistes, fond&#233;s sur l'incompr&#233;hension des t&#226;ches qui incombent &#224; la dictature du prol&#233;tariat, sont fonci&#232;rement &#233;trangers au marxisme et ne servent en r&#233;alit&#233; qu'&#224; diff&#233;rer la r&#233;volution socialiste jusqu'au jour o&#249; les hommes auront chang&#233;. Nous, nous voulons la r&#233;volution socialiste avec les hommes tels qu'ils sont aujourd'hui, et qui ne se passeront pas de subordination, de contr&#244;le, &#034;surveillants et de comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est au prol&#233;tariat, avant-garde arm&#233;e de tous les exploit&#233;s et de tous les travailleurs, qu'il faut se subordonner. On peut et on doit d&#232;s &#224; pr&#233;sent, du jour au lendemain, commencer &#224; remplacer les &#034;m&#233;thodes de commandement&#034; propres aux fonctionnaires publics par le simple exercice d'une &#034;surveillance et d'une comptabilit&#233;&#034;, fonctions toutes simples qui, d&#232;s aujourd'hui, sont parfaitement &#224; la port&#233;e de la g&#233;n&#233;ralit&#233; des citadins, et dont ils peuvent parfaitement s'acquitter pour des &#034;salaires d'ouvriers&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est nous-m&#234;mes, les ouvriers, qui organiserons la grande production en prenant pour point de d&#233;part ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par le capitalisme, en nous appuyant sur notre exp&#233;rience ouvri&#232;re, en instituant une discipline rigoureuse, une discipline de fer maintenue par le pouvoir d'Etat des ouvriers arm&#233;s ; nous r&#233;duirons les fonctionnaires publics au r&#244;le de simples agents d'ex&#233;cution de nos directives, au r&#244;le &#034;de surveillants et de comptables&#034;, responsables, r&#233;vocables et modestement r&#233;tribu&#233;s (tout en conservant, bien entendu, les sp&#233;cialistes de tout genre, de toute esp&#232;ce et de tout rang) : voil&#224; notre t&#226;che prol&#233;tarienne, voil&#224; par quoi l'on peut et l'on doit commencer en accomplissant la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Ces premi&#232;res mesures, fond&#233;es sur la grande production, conduisent d'elles-m&#234;mes &#224; l'&#034;extinction&#034; graduelle de tout fonctionnarisme, &#224; l'&#233;tablissement graduel d'un ordre - sans guillemets et ne ressemblant point &#224; l'esclavage salari&#233; - o&#249; les fonctions de plus en plus simplifi&#233;es de surveillance et de comptabilit&#233; seront remplies par tout le monde &#224; tour de r&#244;le, pour ensuite devenir une habitude et dispara&#238;tre enfin en tant que fonctions sp&#233;ciales d'une cat&#233;gorie sp&#233;ciale d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un spirituel social-d&#233;mocrate allemand des ann&#233;es 70 a dit de la poste qu'elle &#233;tait un mod&#232;le d'entreprise socialiste. Rien n'est plus juste. La poste est actuellement une entreprise organis&#233;e sur le mod&#232;le du monopole capitaliste d'Etat. L'imp&#233;rialisme transforme progressivement tous les trusts en organisations de ce type. Les &#034;simples&#034; travailleurs, accabl&#233;s de besogne et affam&#233;s, y restent soumis &#224; la m&#234;me bureaucratie bourgeoise. Mais le m&#233;canisme de gestion sociale y est d&#233;j&#224; tout pr&#234;t. Une fois les capitalistes renvers&#233;s, la r&#233;sistance de ces exploiteurs mat&#233;e par la main de fer des ouvriers en armes, la machine bureaucratique de l'Etat actuel bris&#233;e, nous avons devant nous un m&#233;canisme admirablement outill&#233; au point de vue technique, affranchi de &#034;parasitisme&#034;, et que les ouvriers associ&#233;s peuvent fort bien mettre en marche eux-m&#234;mes en embauchant des techniciens, des surveillants, des comptables, en r&#233;tribuant leur travail &#224; tous, de m&#234;me que celui de tous les fonctionnaires &#034;publics&#034;, par un salaire d'ouvrier. Telle est la t&#226;che concr&#232;te, pratique, imm&#233;diatement r&#233;alisable &#224; l'&#233;gard de tous les trusts, et qui affranchit les travailleurs de l'exploitation en tenant compte de l'exp&#233;rience d&#233;j&#224; commenc&#233;e pratiquement par la Commune (surtout dans le domaine de l'organisation de l'Etat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'&#233;conomie nationale organis&#233;e comme la poste, de fa&#231;on que les techniciens, les surveillants, les comptables re&#231;oivent, comme tous les fonctionnaires, un traitement n'exc&#233;dant pas des &#034;salaires d'ouvriers&#034;, sous le contr&#244;le et la direction du prol&#233;tariat arm&#233; : tel est notre but imm&#233;diat. Voil&#224; l'Etat dont nous avons besoin, et sa base &#233;conomique. Voil&#224; ce que donneront la suppression du parlementarisme et le maintien des organismes repr&#233;sentatifs, - voil&#224; ce qui d&#233;barrassera les classes laborieuses de la corruption de ces organismes par la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. ORGANISATION DE L'UNITE DE LA NATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans une br&#232;ve esquisse d'organisation nationale que la Commune n'eut pas le temps de d&#233;velopper, il est dit express&#233;ment que la Commune devait &#234;tre la forme politique m&#234;me des plus petits hameaux de campagne...&#034; Ce sont les Communes qui auraient &#233;galement &#233;lu la &#034;d&#233;l&#233;gation nationale&#034; de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les fonctions, peu nombreuses, mais importantes, qui restaient encore &#224; un gouvernement central, ne devaient pas &#234;tre supprim&#233;es, comme on l'a dit faussement, de propos d&#233;lib&#233;r&#233;, mais devaient &#234;tre confi&#233;es &#224; des&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;fonctionnaires communaux, autrement dit strictement responsables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'unit&#233; de la nation ne devait pas &#234;tre bris&#233;e, mais au contraire organis&#233;e par la Constitution communale ; elle devait devenir une r&#233;alit&#233; gr&#226;ce &#224; la destruction du pouvoir d'Etat qui pr&#233;tendait &#234;tre l'incarnation de cette unit&#233;, mais voulait &#234;tre ind&#233;pendant de la nation m&#234;me, et sup&#233;rieur &#224; elle, alors qu'il n'en &#233;tait qu'une excroissance parasitaire. Tandis qu'il importait d'amputer les organes purement r&#233;pressifs de l'ancien pouvoir gouvernemental, ses fonctions l&#233;gitimes devaient &#234;tre arrach&#233;es &#224; une autorit&#233; qui pr&#233;tendait se placer au-dessus de la soci&#233;t&#233;, et rendues aux serviteurs responsables de la soci&#233;t&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quel point les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine n'ont pas compris - il serait peut-&#234;tre plus juste de dire : n'ont pas voulu comprendre-ces consid&#233;rations de Marx - c'est ce que montre on ne peut mieux le livre : Les Pr&#233;misses du socialisme et les t&#226;ches de le social-d&#233;mocratie, par lequel le ren&#233;gat Bernstein s'est acquis une c&#233;l&#233;brit&#233; &#224; la mani&#232;re d'Erostrate. Pr&#233;cis&#233;ment &#224; propos du passage de Marx, que nous venons de citer, Bernstein &#233;crivait que ce programme, &#034;par son contenu politique, accuse, dans tous ses traits essentiels, une ressemblance frappante avec le f&#233;d&#233;ralisme de Proudhon... En d&#233;pit de toutes les divergences existant, par ailleurs, entre Marx et le &#034;petit-bourgeois&#034; Proudhon (Bernstein &#233;crit &#034;petit-bourgeois&#034; entre guillemets, entendant y mettre de l'ironie), leur fa&#231;on de voir est sur ces points, semblable au possible&#034;. Sans doute, continue Bernstein, l'importance des municipalit&#233;s grandit, mais &#034;il me para&#238;t douteux que la premi&#232;re t&#226;che de la d&#233;mocratie soit cette suppression (&#034;Aufl&#246;sung&#034;, litt&#233;ralement : dissolution au sens propre comme au sens figur&#233;) des Etats modernes et ce changement complet (Umwandlung, m&#233;tamorphose) de leur organisation qu'imaginent Marx et Proudhon : formation d'une assembl&#233;e nationale de d&#233;l&#233;gu&#233;s des assembl&#233;es provinciales ou d&#233;partementales, lesquelles se composeraient &#224; leur tour de d&#233;l&#233;gu&#233;s des communes, de sorte que toute la forme ant&#233;rieure des repr&#233;sentations nationales dispara&#238;trait compl&#232;tement.&#034; (Bernstein, ouvr. cit&#233;, pp. 134 et 136, &#233;dit. allemande de 1899).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui est tout simplement monstrueux : confondre les vues de Marx sur la &#034;destruction du pouvoir d'Etat parasite&#034; avec le f&#233;d&#233;ralisme de Proudhon ! Mais ce n'est pas un effet du hasard, car il ne vient m&#234;me pas &#224; l'id&#233;e de l'opportuniste que Marx, loin de traiter ici du f&#233;d&#233;ralisme par opposition au centralisme, parle de la d&#233;molition de la vieille machine d'Etat bourgeoise existant dans tous les pays bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne vient &#224; l'id&#233;e de l'opportuniste que ce qu'il voit autour de lui, dans son milieu de philistinisme petit-bourgeois et de stagnation &#034;r&#233;formiste&#034;, &#224; savoir, uniquement les &#034;municipalit&#233;s&#034; ! Quant &#224; la r&#233;volution du prol&#233;tariat, l'opportuniste a d&#233;sappris m&#234;me d'y penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est ridicule. Mais il est remarquable que, sur ce point, on n'ait pas discut&#233; avec Bernstein. Beaucoup l'ont r&#233;fut&#233;, en particulier Pl&#233;khanov parmi les auteurs russes, et Kautsky parmi les auteurs d'Europe occidentale ; cependant, ni l'un ni l'autre n'ont rien dit de cette d&#233;formation de Marx par Bernstein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opportuniste a si bien d&#233;sappris &#224; penser r&#233;volutionnairement et &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la r&#233;volution qu'il voit du &#034;f&#233;d&#233;ralisme&#034; chez Marx, ainsi confondu avec le fondateur de l'anarchisme, Proudhon. Et Kautsky, et Pl&#233;khanov, qui pr&#233;tendent &#234;tre des marxistes orthodoxes et vouloir d&#233;fendre la doctrine du marxisme r&#233;volutionnaire, se taisent l&#224;-dessus. On d&#233;couvre ici l'une des racines de cette extr&#234;me indigence de vues sur la diff&#233;rence entre le marxisme et l'anarchisme, qui caract&#233;rise les kautskistes aussi bien que les opportunistes et dont nous aurons encore &#224; parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les consid&#233;rations d&#233;j&#224; cit&#233;es de Marx sur l'exp&#233;rience de la Commune, il n'y a pas trace de f&#233;d&#233;ralisme. Marx s'accorde avec Proudhon pr&#233;cis&#233;ment sur un point que l'opportuniste Bernstein n'aper&#231;oit pas. Marx est en d&#233;saccord avec Proudhon pr&#233;cis&#233;ment l&#224; o&#249; Bernstein les voit s'accorder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx s'accorde avec Proudhon en ce sens que tous deux sont pour la &#034;d&#233;molition&#034; de la machine d'Etat actuelle. Cette similitude du marxisme avec l'anarchisme (avec Proudhon comme avec Bakounine), ni les opportunistes, ni les kautskistes ne veulent l'apercevoir, car, sur ce point, ils se sont &#233;loign&#233;s du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx est en d&#233;saccord et avec Proudhon et avec Bakounine pr&#233;cis&#233;ment &#224; propos du f&#233;d&#233;ralisme (sans parler de la dictature du prol&#233;tariat). Les principes du f&#233;d&#233;ralisme d&#233;coulent des conceptions petites-bourgeoises de l'anarchisme. Marx est centraliste. Et, dans les passages cit&#233;s de lui, il n'existe pas la moindre d&#233;rogation au centralisme. Seuls des gens imbus d'une &#034;foi superstitieuse&#034; petite-bourgeoise en l'Etat peuvent prendre la destruction de la machine bourgeoise pour la destruction du centralisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le prol&#233;tariat et la paysannerie pauvre prennent en main le pouvoir d'Etat, s'organisent en toute libert&#233; au sein des communes et unissent l'action de toutes les communes pour frapper le Capital, &#233;craser la r&#233;sistance des capitalistes, remettre &#224; toute la nation, &#224; toute la soci&#233;t&#233;, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des chemins de fer, des fabriques, de la terre, etc., ne sera-ce pas l&#224; du centralisme ? Ne sera-ce pas l&#224; le centralisme d&#233;mocratique le plus cons&#233;quent et, qui plus est, un centralisme prol&#233;tarien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernstein est tout simplement incapable de concevoir la possibilit&#233; d'un centralisme librement consenti, d'une libre union des communes en nation, d'une fusion volontaire des communes prol&#233;tariennes en vue de d&#233;truire la domination bourgeoise et la machine d'Etat bourgeoise. Comme tout philistin, Bernstein se repr&#233;sente le centralisme comme une chose qui ne peut &#234;tre impos&#233;e et maintenue que d'en haut, par la bureaucratie et le militarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme s'il avait pr&#233;vu la possibilit&#233; d'une d&#233;formation de sa doctrine, Marx souligne &#224; dessein que c'est commettre sciemment un faux que d'accuser la Commune d'avoir voulu d&#233;truire l'unit&#233; de la nation et supprimer le pouvoir central. Marx emploie intentionnellement cette expression : &#034;organiser l'unit&#233; de la nation&#034;, pour opposer le centralisme prol&#233;tarien conscient, d&#233;mocratique, au centralisme bourgeois, militaire, bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais... il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine ne veulent justement pas entendre parler de la destruction du pouvoir d'Etat, de l'amputation de ce parasite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. DESTRUCTION DE L'ETAT PARASITE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; cit&#233; les passages correspondants de Marx sur ce point ; nous allons les compl&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;C'est en g&#233;n&#233;ral le sort des formations historiques enti&#232;rement nouvelles, &#233;crivait Marx, d'&#234;tre prises &#224; tort pour la r&#233;plique de formes plus anciennes, et m&#234;me &#233;teintes, de la vie sociale, avec lesquelles elles peuvent offrir une certaine ressemblance. Ainsi, dans cette nouvelle Commune, qui brise [bricht] le pouvoir d'Etat moderne, on a voulu voir un rappel &#224; la vie des communes m&#233;di&#233;vales... une f&#233;d&#233;ration de petits Etats, conforme aux r&#234;ves de Montesquieu et des Girondins... une forme excessive de la vieille lutte contre la surcentralisation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Constitution communale aurait restitu&#233; au corps social toutes les forces jusqu'alors absorb&#233;es par l'Etat parasite qui se nourrit sur la soci&#233;t&#233; et en paralyse le libre mouvement. Par ce seul fait, elle e&#251;t &#233;t&#233; le point de d&#233;part de la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la France...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;...la Constitution communale aurait mis les producteurs ruraux sous la direction intellectuelle des chefs-lieux de d&#233;partement et leur y e&#251;t assur&#233;, chez les ouvriers des villes, les d&#233;positaires naturels de leurs int&#233;r&#234;ts. L'existence m&#234;me de la Commune impliquait, comme quelque chose d'&#233;vident, l'autonomie municipale ; mais elle n'&#233;tait plus dor&#233;navant un contrepoids au pouvoir d'Etat, d&#233;sormais superflu.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Destruction du pouvoir d'Etat&#034;, cette &#034;excroissance parasitaire&#034; ; &#034;amputation&#034;, &#034;d&#233;molition&#034; de ce pouvoir ; &#034;le pouvoir d'Etat d&#233;sormais aboli&#034; - c'est en ces termes que Marx, jugeant et analysant l'exp&#233;rience de la Commune, parle de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci fut &#233;crit il y a moins d'un demi-si&#232;cle, et il faut aujourd'hui se livrer &#224; de v&#233;ritables fouilles pour retrouver et faire p&#233;n&#233;trer dans la conscience des larges masses un marxisme non frelat&#233;. Les conclusions tir&#233;es par Marx de ses observations sur la derni&#232;re grande r&#233;volution qu'il ait v&#233;cue ont &#233;t&#233; oubli&#233;es juste au moment o&#249; s'ouvrait une nouvelle &#233;poque de grandes r&#233;volutions du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La multiplicit&#233; des interpr&#233;tations auxquelles la Commune a &#233;t&#233; soumise, et la multiplicit&#233; des int&#233;r&#234;ts qui se sont r&#233;clam&#233;s d'elle montrent que c'&#233;tait une forme politique tout &#224; fait susceptible d'expansion, tandis que toutes les formes ant&#233;rieures de gouvernement avaient &#233;t&#233; essentiellement r&#233;pressives. Son v&#233;ritable secret, le voici : c'&#233;tait essentiellement un gouvernement de la classe ouvri&#232;re, le r&#233;sultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouv&#233;e qui permettait de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du Travail.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Sans cette derni&#232;re condition, la Constitution communale e&#251;t &#233;t&#233; une impossibilit&#233; et un leurre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les utopistes se sont efforc&#233;s de &#034;d&#233;couvrir&#034; les formes politiques sous lesquelles devait s'op&#233;rer la r&#233;organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;. Les anarchistes ont &#233;lud&#233; en bloc la question des formes politiques. Les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine ont accept&#233; les formes politiques bourgeoises de l'Etat d&#233;mocratique parlementaire comme une limite que l'on ne saurait franchir et ils se sont fendu le front &#224; se prosterner devant ce &#034;mod&#232;le&#034;, en taxant d'anarchisme toute tentative de briser ces formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute l'histoire du socialisme et de la lutte politique, Marx a d&#233;duit que l'Etat devra dispara&#238;tre et que la forme transitoire de sa disparition (passage de l'Etat au non-Etat) sera &#034;le prol&#233;tariat organis&#233; en classe dominante&#034;. Quant aux formes politiques de cet avenir, Marx n'a pas pris sur lui de les d&#233;couvrir. Il s'est born&#233; &#224; observer exactement l'histoire de la France, &#224; l'analyser et &#224; tirer la conclusion &#224; laquelle l'a conduit l'ann&#233;e 1851 : les choses s'orientent vers la destruction de la machine d'Etat bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand &#233;clata le mouvement r&#233;volutionnaire de masse du prol&#233;tariat, malgr&#233; l'&#233;chec de ce mouvement, malgr&#233; sa courte dur&#233;e et sa faiblesse &#233;vidente, Marx se mit &#224; &#233;tudier les formes qu'il avait r&#233;v&#233;l&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune est la forme, &#034;enfin trouv&#233;e&#034; par la r&#233;volution prol&#233;tarienne, qui permet de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du Travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune est la premi&#232;re tentative faite par la r&#233;volution prol&#233;tarienne pour briser la machine d'Etat bourgeoise ; elle est la forme politique &#034;enfin trouv&#233;e&#034; par quoi l'on peut et l'on doit remplacer ce qui a &#233;t&#233; bris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons plus loin que les r&#233;volutions russes de 1905 et de 1917, dans un cadre diff&#233;rent, dans d'autres conditions, continuent l'oeuvre de la Commune et confirment la g&#233;niale analyse historique de Marx.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'histoire fran&#231;aise du parti qui n'a de socialiste que le nom...</title>
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		<dc:date>2026-03-21T23:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'histoire fran&#231;aise du parti qui n'a de socialiste que le nom &lt;br class='autobr' /&gt;
Origines &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme dans tout conte pour enfants, il faudrait commencer par &#171; il &#233;tait une fois &#187; un parti qui se voulait v&#233;ritablement socialiste&#8230; qui &#233;tait r&#233;ellement implant&#233; dans la classe ouvri&#232;re et m&#234;me dont la majorit&#233; des militants et des adh&#233;rents comme des &#233;lecteurs &#233;taient ouvriers, qui pensait combattre contre le capitalisme et pour le renverser, contre l'Etat capitaliste et pour le renverser, contre l'imp&#233;rialisme, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19039 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/union-sacree-carte-postale-image-6d138.png' width=&#034;750&#034; height=&#034;423&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19040 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/francois_mitterrand_1942.jpg' width=&#034;250&#034; height=&#034;246&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19041 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/000-mitterrand-300x225.jpg' width=&#034;300&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19043 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/l-algerie-c-est-la-france-429d5-2.jpg' width=&#034;661&#034; height=&#034;346&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19042 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/1200x680-6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/1200x680-6.jpg' width=&#034;1200&#034; height=&#034;680&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19044 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/webp/_99189043_rwanda.jpg.webp' width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19046 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/maxresdefault-38.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/maxresdefault-38.jpg' width=&#034;1280&#034; height=&#034;720&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19045 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/1200x680_000_arp3942780.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/1200x680_000_arp3942780.jpg' width=&#034;1200&#034; height=&#034;680&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19011 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018725.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018725.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19010 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018749.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018749.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19012 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018754.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018754.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'histoire fran&#231;aise du parti qui n'a de socialiste que le nom&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Origines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans tout conte pour enfants, il faudrait commencer par &#171; il &#233;tait une fois &#187; un parti qui se voulait v&#233;ritablement socialiste&#8230; qui &#233;tait r&#233;ellement implant&#233; dans la classe ouvri&#232;re et m&#234;me dont la majorit&#233; des militants et des adh&#233;rents comme des &#233;lecteurs &#233;taient ouvriers, qui pensait combattre contre le capitalisme et pour le renverser, contre l'Etat capitaliste et pour le renverser, contre l'imp&#233;rialisme, le colonialisme, la guerre imp&#233;rialiste, contre toute forme d'exploitation et d'oppression, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parti a v&#233;ritablement exist&#233; mais il n'est m&#234;me plus concevable. Le simple fait, pour le parti socialiste d'autrefois, de se consid&#233;rer non comme un parti &#233;lectoral et de r&#233;formes mais comme un parti communiste r&#233;volutionnaire et de luttes de classes, non comme un parti national mais comme une section d'une internationale communiste r&#233;volutionnaire, comme un parti dont le but est la suppression de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production en dit long sur le chemin parcouru jusqu'au r&#233;formisme n&#233;o-lib&#233;ral propatronal de Hollande qui prend comme r&#233;f&#233;rence Cl&#233;menceau, glorifie la marche &#224; la premi&#232;re guerre mondiale et la fraternit&#233; des poilus des tranch&#233;es, qui pr&#233;sente les &#233;trangers comme des ennemis et affirme que les ouvriers sont des sans-dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme du Parti Ouvrier Fran&#231;ais de 1880 proclamait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Consid&#233;rant,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Que l'&#233;mancipation de la classe productive est celle de tous les &#234;tres humains sans distinction de sexe, ni de race,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Que les producteurs ne sauraient &#234;tre libres qu'autant qu'ils sont seront en possession des moyens de production (terres, usines, navires, banques, cr&#233;dits, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Qu'il n'y a que deux formes sous lesquelles les moyens de production peuvent leur appartenir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	La forme individuelle qui n'a jamais exist&#233; &#224; l'&#233;tat de fait g&#233;n&#233;ral et qui est &#233;limin&#233;e de plus en plus par le progr&#232;s industriel ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	La forme collective dont les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et intellectuels sont constitu&#233;s par le d&#233;veloppement m&#234;me de la soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Que cette appropriation collective ne peut sortir que de l'action r&#233;volutionnaire de la classe productive - ou prol&#233;tariat - organis&#233;e en parti politique distinct ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Qu'une pareille organisation doit &#234;tre poursuivie par tous les moyens dont dispose le prol&#233;tariat, y compris le suffrage universel transform&#233; en d'instrument de duperie qu'il a &#233;t&#233; jusqu'ici en instrument d'&#233;mancipation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs socialistes fran&#231;ais, se donnant pour but &#224; leurs efforts l'expropriation politique et &#233;conomique de la classe capitaliste et le retour &#224; la collectivit&#233; de tous les moyens de production&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_soc/pof/18800700.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_soc/pof/18800700.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Guesdistes &#233;taient alors de loin le courant le plus d&#233;termin&#233; et le plus solide. La FPTSF, form&#233;e en parti au Congr&#232;s de Lyon en 1878, d&#233;cida l'ann&#233;e suivante, au congr&#232;s de Marseille, d'&#233;laborer un &#8220;programme &#233;lectoral minimum&#8221; qui fut en fait dict&#233; par Marx &#224; Guesde. Cette influence marqua notamment ses consid&#233;rants qui stipulent que ce programme passe par la &#8220;propri&#233;t&#233; collective et ne peut sortir que de l'action r&#233;volutionnaire de la classe productive (ou prol&#233;tariat) organis&#233;e en parti politique distinct&#8221;. Ce programme fut confirm&#233; en congr&#232;s national au Havre en 1880. Guesde, Lafargue et Deville, furent les principaux animateurs de ce parti qui devint le Parti ouvrier en 1882 puis le Parti ouvrier fran&#231;ais en 1893. Le parti se battit non seulement pour des r&#233;formes mais aussi pour la conqu&#234;te du pouvoir politique par les prol&#233;taires. Cette organisation directement inspir&#233;e par le marxisme devient d'ailleurs la fraction socialiste la plus nombreuse en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Possibilistes de Paul Brousse qui fond&#232;rent en 1882 la F&#233;d&#233;ration des travailleurs socialistes de France (FTSF) subissaient l'influence r&#233;formiste du mutualisme f&#233;d&#233;raliste et anarchisant proudhonien. Ils affirmaient la n&#233;cessit&#233; de &#8220;fractionner le but id&#233;al socialiste en plusieurs &#233;tapes s&#233;rieuses, imm&#233;diatiser en quelque sorte quelques-unes des revendications pour les rendre enfin possibles&#8221;. Leur programme fit une place importante &#224; la conqu&#234;te des institutions, particuli&#232;rement des municipalit&#233;s et &#224; une alliance avec le parti r&#233;publicain radical bourgeois. Les Allemanistes de Jean Allemane qui form&#232;rent en 1890 le Parti ouvrier socialiste r&#233;volutionnaire (POSR) s'inspiraient dans leur vision f&#233;d&#233;raliste d'un syndicalisme autogestionnaire et d'un r&#233;formisme municipal. Quant au Comit&#233; r&#233;volutionnaire central d'&#201;douard Vaillant (CRC) cr&#233;&#233; en 1881 qui devient en 1889 le Parti socialiste r&#233;volutionnaire (PSR), il mit en avant la vision blanquiste selon laquelle une petite minorit&#233; conspirative bien organis&#233;e pourrait effectuer des actions r&#233;volutionnaires pour entra&#238;ner &#224; sa suite la masse du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Guesde en 1894 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Constitu&#233; en parti de classe ou de travail, le prol&#233;tariat, qui n'est pas limit&#233; aux seuls ouvriers dits manuels, qui comprend, devant et contre les inutiles et les nuisibles de la rente, du dividende et du profit, toutes les activit&#233;s, depuis les plus musculaires jusqu'aux plus c&#233;r&#233;brales, &#8211; l'ensemble des producteurs industriels, agricoles et scientifiques &#8211; aura, pour remettre la soci&#233;t&#233; en possession, pour reconstituer la patrimoine de l'humanit&#233; au b&#233;n&#233;fice de tous ceux qui la constituent, &#224; exproprier les expropriateurs de cette derni&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sa mission historique. Mais, avant tout, comme pr&#233;face et condition de cette expropriation &#233;conomique, il aura &#224; s'emparer du pouvoir politique, &#224; devenir le gouvernement, le facteur de la loi. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est gr&#226;ce &#224; l'Etat monopolis&#233; par elle et devenu entre ses mains un outillage de compression de plus en plus d&#233;velopp&#233; et de plus en plus perfectionn&#233;, que la petite minorit&#233; capitaliste peut continuer &#224; tenir, sous le joug, la grande majorit&#233; laborieuse. Tant que cet Etat &#8211; qui, dans tous les conflits entre les employ&#233;s et employeurs, entre salari&#233;s et salariants, joue le r&#244;le de l'&#233;p&#233;e de Brennus, faisant toujours et fatalement pencher la balance du c&#244;t&#233; du capital &#8211; n'aura pas &#233;t&#233; enlev&#233; &#224; ses d&#233;tenteurs actuels, il n'y aura rien de fait ni de faisable ; l'outil de la transformation nous manquera. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le collectivisme dont je vous ai dit longuement, au risque d'abuser de votre attention, la gen&#232;se et le but, est donc suspendu &#224; l'av&#232;nement politique ou gouvernemental des travailleurs, qu'ils arrivent au pouvoir pacifiquement ou au prix d'une de ces r&#233;volutions violentes qui ont &#233;t&#233; pour tous les partis en France, r&#233;publicains et monarchistes, orl&#233;anistes et bonapartistes, la condition de leur triomphe successif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du banquet de Saint-Mand&#233;, le 30 mai 1896, Millerand fit un discours qui servit de charte &#224; toutes les tendances r&#233;formistes, appelant &#224; l'unit&#233; de tous les socialistes autour des trois points suivants :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; substitution progressive de la propri&#233;t&#233; capitaliste par la propri&#233;t&#233; sociale ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; conqu&#234;te des pouvoirs publics par le suffrage universel ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; n&#233;cessit&#233; de ne pas sacrifier la patrie &#224; l'internationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le chef de file et le symbole de ce qu'allaient &#234;tre les socialistes de collaboration avec la bourgeoisie et l'Etat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6774&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6774&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quelques succ&#232;s &#233;lectoraux aux municipales de 1892 et aux l&#233;gislatives de 1893, plusieurs membres du POF, oubliant leur programme et l'objectif r&#233;volutionnaire, finirent m&#234;me par pr&#244;ner le r&#233;formisme, affirmant que le socialisme pouvaient &#234;tre atteint par la voie &#233;lectorale. Au poids du r&#233;formisme s'ajoutaient en outre les influences de la tradition artisanale et corporatiste port&#233;es par les d&#233;formations proudhoniennes et par la f&#233;d&#233;ration jurassienne de Bakounine, traduisant le poids de l'anarchisme en g&#233;n&#233;ral, mais aussi le poids du populisme boulangiste qui s&#233;vit dans le mouvement ouvrier en France, en particulier au sein du blanquisme. En 1889, les deux-tiers des d&#233;put&#233;s boulangistes venaient de la gauche et de l'extr&#234;me gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Jaur&#232;s en 1900 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A mes yeux, citoyens, l'id&#233;e de la lutte de classes, le principe de la lutte de classes, est form&#233; de trois &#233;l&#233;ments, de trois id&#233;es. D'abord, et &#224; la racine m&#234;me, il y a une constatation de fait, c'est que le syst&#232;me capitaliste, le syst&#232;me de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, divise les hommes en deux cat&#233;gories, divise les int&#233;r&#234;ts en deux vastes groupes, n&#233;cessairement et violemment oppos&#233;s. Il y a, d'un c&#244;t&#233;, ceux qui d&#233;tiennent les moyens de production et qui peuvent ainsi faire la loi aux autres, mais il y a de l'autre c&#244;t&#233; ceux qui, n'ayant, ne poss&#233;dant que leur force-travail et ne pouvant l'utiliser que par les moyens de production d&#233;tenus pr&#233;cis&#233;ment par la classe capitaliste, sont &#224; la discr&#233;tion de cette classe capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre les deux classes, entre les deux groupes d'int&#233;r&#234;ts, c'est une lutte incessante du salari&#233;, qui veut &#233;lever son salaire et du capitaliste qui veut le r&#233;duire ; du salari&#233; qui veut affirmer sa libert&#233; et du capitaliste qui veut le tenir dans la d&#233;pendance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; donc le premier &#233;l&#233;ment de la lutte de classes. La condition de fait qui le fonde, qui le d&#233;termine, c'est le syst&#232;me de la propri&#233;t&#233; capitaliste, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Et remarquez-le bien : comme ici il s'agit des moyens de travailler et, par cons&#233;quent, des moyens de vivre, il s'agit de ce qu'il y a pour les hommes d'essentiel, de fondamental, il s'agit de la vie priv&#233;e, de la vie de tous les jours. Et, par cons&#233;quent, un conflit qui a, pour principe, la division d'une soci&#233;t&#233; en poss&#233;dants et en non-poss&#233;dants n'est pas superficiel ; il va jusqu'aux racines m&#234;mes de la vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_soc/jaures/1900/11/jaures_19001126.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_soc/jaures/1900/11/jaures_19001126.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain de l'entr&#233;e individuelle du d&#233;put&#233; socialiste Millerand (qui deviendra par la suite pr&#233;sident de la R&#233;publique de 1920 &#224; 1924) dans le gouvernement de Waldeck-Rousseau en juin 1899, aux c&#244;t&#233;s d'un des pires massacreurs de la Commune, le g&#233;n&#233;ral de Galliffet. Guesde, Lafargue et Vaillant furent parmi les signataires d'un manifeste adress&#233; aux ouvriers : &#8220;Le Parti socialiste, parti de classe, ne saurait devenir, sous peine de suicide, un parti minist&#233;riel. Il n'a pas &#224; partager le pouvoir avec la bourgeoisie, dans les mains de laquelle l'&#201;tat ne peut &#234;tre qu'un instrument de conservation et d'oppression sociale. (&#8230;) Parti d'opposition nous sommes, parti d'opposition, nous devons rester, n'envoyant les n&#244;tres dans les Parlements et autres assembl&#233;es &#233;lectives qu'&#224; l'&#233;tat d'ennemis, pour combattre la classe ennemie et ses divers repr&#233;sentants politiques&#8221;. Guesde d&#233;fendit avec passion l'id&#233;e d'un lien entre le positionnement dans l'Affaire Dreyfus et la complaisance du parti envers le &#8220;minist&#233;rialisme&#8221; de Millerand en affirmant qu'il y avait une continuit&#233; dans la d&#233;rive : &#8220;Pour une &#339;uvre de justice et de r&#233;paration individuelle, il s'est m&#234;l&#233; &#224; la classe ennemie, et le voil&#224; maintenant entra&#238;n&#233; &#224; faire gouvernement commun avec cette classe&#8221;, et insista sur le fait que l'&#8220;unit&#233; socialiste (...) serait bris&#233;e &#224; tout jamais le jour o&#249; (...) vous subordonneriez votre action &#224; un morceau de la classe ennemie, qui ne saurait se joindre &#224; nous que pour nous arracher &#224; notre v&#233;ritable et n&#233;cessaire champ de bataille. La R&#233;volution qui vous incombe n'est possible que dans la mesure o&#249; vous resterez vous-m&#234;mes, classe contre classe, ne connaissant pas et ne voulant pas conna&#238;tre les divisions qui peuvent exister dans le monde capitaliste&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1901, lors du Congr&#232;s d'Ivry, le Parti Ouvrier Fran&#231;ais fusionne avec le Parti socialiste r&#233;volutionnaire d'Edouard Vaillant (blanquiste) pour former le Parti socialiste de France (PSDF). &lt;br class='autobr' /&gt;
En parall&#232;le, les socialistes dit &#171; ind&#233;pendants &#187; se regroupent autour de Jaur&#232;s. En mars 1902, ils fondent &#224; Tours le Parti socialiste fran&#231;ais (PSF).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1905, les diff&#233;rentes tendances socialistes s'unifient gr&#226;ce &#224; la pression de l'Internationale socialiste. La premi&#232;re d&#233;claration de prinicpe du parti socialiste de France a &#233;t&#233; adopt&#233;e en 1905 par la Section fran&#231;aise de l'Internationale ouvri&#232;re (SFIO). Elle d&#233;clarait dans son premier article :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Parti socialiste est un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d'&#233;change, c'est-&#224;-dire de transformer la soci&#233;t&#233; capitaliste en une soci&#233;t&#233; collectiviste ou communiste, et pour moyen l'organisation &#233;conomique et politique du prol&#233;tariat. Par son but, par son id&#233;al, par les moyens qu'il emploie, le parti socialiste, tout en poursuivant la r&#233;alisation des r&#233;formes imm&#233;diates revendiqu&#233;es par la classe ouvri&#232;re, n'est pas un parti de r&#233;forme, mais un parti de lutte des classes et de r&#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_soc/sfio/principes_sfio_1905.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_soc/sfio/principes_sfio_1905.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le compte-rendu par Rosa Luxemburg du congr&#232;s d'unification :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1905/05/unification.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1905/05/unification.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, toutes les ann&#233;es de luttes fratricides entre socialistes, ann&#233;es aussi de politique marqu&#233;e par l'&#233;lectoralisme ont amen&#233; la scission entre le mouvement politique socialiste et le mouvement syndical. Elle est proclam&#233;e par la CGT en 1906. Le parti socialiste n'influencera pas directement le mouvement des luttes ouvri&#232;res. La mont&#233;e ouvri&#232;re menant &#224; l'action directe prol&#233;tarienne insurrectionnelle n'aura pas son parti politique. Loin d'offrir une perspective de renversement de l'Etat bourgeois, le parti socialiste apparaissait plut&#244;t comme une organisation de r&#233;forme de l'Etat et de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division entre politique ditig&#233;e par le parti et lutte de classe dirig&#233;e par le syndicat va favoriser des deux c&#244;t&#233;s le r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intentions guerri&#232;res du gouvernement sont claires d&#232;s le 19 juillet 1913, lorsqu'il fait passer la Loi des trois ans qui instaure un service militaire de trois ans en vue de pr&#233;parer l'arm&#233;e fran&#231;aise &#224; la guerre avec l'Allemagne. Les socialistes affirment une opposition de principe, mais ne cherchent pas &#224; mobiliser leur base ouvri&#232;re. Les directions de la SFIO et de la CGT sont r&#233;volutionnaires en paroles, mais leur pratique est r&#233;formiste. Ce qui conduit des hommes fonci&#232;rement honn&#234;tes comme Jean Jaur&#232;s &#224; faire du pacifisme un combat id&#233;aliste, &#224; croire qu'ils pourraient convaincre au sommet de l'&#201;tat de &#171; l'erreur &#187; que repr&#233;sentait la guerre. L'&#233;chec fut cinglant : les socialistes furent soit tra&#238;tres soit impuissants dans cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;alablement, la bourgeoisie a pr&#233;f&#233;r&#233; assassiner le socialiste Jean Jaur&#232;s, adversaire r&#233;solu et dangereux de la guerre imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3348&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3348&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2540&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2540&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un socialiste, Almereyda, &#233;crit dans Le Bonnet rouge du 1er ao&#251;t 1914 : &#171; Bloc autour de la France menac&#233;e ! Le bloc que nous r&#233;clamions, il y a quatre mois, pour le salut de la r&#233;publique, nous l'appelons de tout notre c&#339;ur pour le salut de la patrie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour beaucoup, il ne semble plus y avoir d'espoir de paix. La SFIO affirme alors qu'il ne reste d&#233;sormais pour la classe ouvri&#232;re que son &#171; devoir envers la patrie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1914, la France entre dans la guerre mondiale. Les dirigeants socialistes et syndicalistes de France, n'ayant jamais d&#233;fendu la perspective d&#233;faitiste r&#233;volutionnaire en cas de guerre imp&#233;rialiste mondiale, basculent dans la collaboration &#224; la guerre imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 ao&#251;t 1914, trois dirigeants socialistes entrent au gouvernement de la guerre imp&#233;rialiste : Jules Guesde, Marcel Sembat et Albert Thomas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant toute la guerre, les socialistes votent les cr&#233;dits de guerre, cautionnent toutes les horreurs, justifient les buts de guerre de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Une infime minorit&#233; s'y oppose pendant la guerre. Les syndicalistes r&#233;volutionnaires regroup&#233;s autour de la revue La Vie ouvri&#232;re anim&#233;e par Pierre Monatte commencent &#224; contester le bien-fond&#233; de l'Union sacr&#233;e et d&#233;fendent le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire visant &#224; transformer la guerre mondiale en r&#233;volution mondiale pour abattre l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s de la SFIO de d&#233;cembre 1915 se prononce pour &#171; la poursuite de l'effort de guerre &#187; &#224; une large majorit&#233;, les tendances pacifistes appel&#233;es &#171; Minorit&#233; de guerre et zimmerwaldienne &#187; ne vont cesser de progresser. La Commission administrative permanente (CAP) &#233;lue au congr&#232;s de d&#233;cembre 1916 ne compte plus que 13 majoritaires contre 11 minoritaires. La r&#233;volution russe en 1917 et le trait&#233; de Brest-Litovsk sont suivis avec sympathie par les socialistes fran&#231;ais. Au congr&#232;s d'octobre 1918, la motion internationaliste de Jean Longuet l'emporte, et les minoritaires dominent d&#233;sormais la CAP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'apr&#232;s-guerre, avec la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res et des r&#233;voltes, une majorit&#233; rompt avec le r&#233;formisme du parti socialiste et fonde le parti communiste, section fran&#231;aise de l'Internationale communiste (SFIC). Le parti socialiste de France est plus r&#233;formiste et contre-r&#233;volutionnaire que jamais. Il est visc&#233;ralement hostile &#224; la r&#233;volution russe et au bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le personnage de L&#233;on Blum qui va marquer le parti socialiste est bien symptomatique de l'&#233;volution de ce parti. Il entre en politique au d&#233;but de la Premi&#232;re Guerre mondiale : en ao&#251;t 1914, r&#233;form&#233; pour cause de myopie, il devient chef de cabinet du socialiste Marcel Sembat dans le cadre du gouvernement d'Union sacr&#233;e. Le conseiller d'&#201;tat y apprend le quotidien de l'action gouvernementale. Lorsque Sembat d&#233;missionne le 12 d&#233;cembre 1916, L&#233;on Blum reprend ses fonctions au Conseil d'&#201;tat. Il a toujours soutenu l'effort de guerre et la politique de l'Union sacr&#233;e. Malgr&#233; les divisions de la SFIO sur la question de la guerre, Blum est rest&#233; convaincu qu'il s'agissait de la bonne option. Toutefois, tout en s'opposant aux pacifistes, il ne s'identifiait pas pour autant &#224; l'aile droite du parti. Ce n'est qu'un peu avant les &#233;lections l&#233;gislatives de 1919 que L&#233;on Blum acc&#232;de au cercle dirigeant de la SFIO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti socialiste est un parti de gouvernement, il prend parti pour le syst&#232;me et d&#233;nonce le radicalisme de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s mars 1919, des gr&#232;ves d&#233;marrent dans les mines, le textile, les chemins de fer et dans les banques. Ces &#233;v&#233;nements provoquent de fortes pressions sur la SFIO, o&#249; deux franges s'affrontent : les &#171; zimmerwaldiens &#187; et les r&#233;formistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mai 1919, une fraction active du parti socialiste de France autour de Boris Souvarine et Fernand Loriot est favorable &#224; l'adh&#233;sion &#224; l'internationale de L&#233;nine et Trotsky s'est organis&#233;e en &#171; Comit&#233; de la Troisi&#232;me internationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1920, au congr&#232;s de Strasbourg, les adh&#233;rents acceptent &#224; 92 % le retrait de la SFIO de la Deuxi&#232;me Internationale, discr&#233;dit&#233;e par son manque de fermet&#233; &#224; s'opposer &#224; la guerre. Il est d&#233;cid&#233; aussi d'envoyer une d&#233;l&#233;gation &#224; Moscou pour examiner les conditions d'un rattachement &#224; la Troisi&#232;me Internationale. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s sont Frossard et Cachin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne direction du parti (Blum, Guesde, Thomas) qui a cautionn&#233; l'union sacr&#233;e pendant la guerre veut continuer &#224; soutenir la contre-r&#233;volution apr&#232;s la guerre et pousse &#224; la rupture avec les partisans de L&#233;nine et Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Congr&#232;s de Tours de 1920, Blum proclame sa foi contre la r&#233;volution sociale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que la fin r&#233;volutionnaire, que l'id&#233;al r&#233;volutionnaire, ce soit la prise des pouvoirs publics en elle-m&#234;me et par elle-m&#234;me, ind&#233;pendamment de la transformation sociale dont elle doit devenir le moyen, cela, je le r&#233;p&#232;te, c'est une conception anarchiste. Car, lorsque vous raisonnez ainsi, quel est le seul r&#233;sultat positif, certain, que vous avez en vue ? C'est la destruction de l'appareil gouvernemental actuel. Lorsque vous vous fixez &#224; vous-m&#234;me comme but la prise du pouvoir, sans &#234;tre s&#251;r que cette prise du pouvoir puisse aboutir &#224; la transformation sociale, le seul but positif de votre renfort, c'est la destruction de ce qui est, et que l'on appelle l'appareil gouvernemental bourgeois. Erreur anarchiste dans son origine et qui, &#224; mon avis, est &#224; la racine de la doctrine communiste. Je fais en ce moment une d&#233;monstration, non pas pour g&#234;ner les uns ou servir les autres, mais pour apporter le plus possible de clart&#233; dans la discussion de cet ensemble de doctrines que j'ai, pour ma part, pendant des semaines, &#233;tudi&#233; avec un m&#233;lange de probit&#233; et d'anxi&#233;t&#233;. Ouvrez votre carte du&lt;br class='autobr' /&gt;
Parti. Quel est l'objet que le parti socialiste jusqu'&#224; pr&#233;sent se donnait &#224; lui-m&#234;me ? C'est la transformation du r&#233;gime &#233;conomique. Ouvrez les statuts de l'Internationale communiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lisez l'article dans lequel l'Internationale d&#233;finit son but. Quel est ce but ? La lutte &#224; la main arm&#233;e contre le pouvoir bourgeois. Je vais tout de suite vous montrer, faisant de votre propre doctrine un effort d'explication dont vous devriez me savoir plus de gr&#233;, &#224; quoi correspond, selon moi, cette conception. Je veux montrer &#224; quoi, dans la pens&#233;e de L&#233;nine et des r&#233;dacteurs des th&#232;ses, correspond cette nouvelle notion r&#233;volutionnaire. Elle r&#233;pond &#224; cette pens&#233;e, profond&#233;ment ancr&#233;e dans l'esprit des r&#233;dacteurs des th&#232;ses et qui revient sans cesse : c'est qu'il est impossible, avant la prise des pouvoirs publics, d'accomplir un travail de propagande et d'&#233;ducation ouvri&#232;re efficace. Ce qui revient &#224; dire que la conqu&#234;te des pouvoirs publics n'est pas seulement, comme nous l'avons toujours dit, la condition de la transformation sociale, mais qu'elle est d&#233;j&#224; la condition des premiers efforts d'organisation et de propagande qui devront plus tard mener &#224; cette transformation. Ce que pense L&#233;nine, c'est que tant que la domination de la classe capitaliste sur la classe ouvri&#232;re ne sera pas bris&#233;e par la violence, tout effort pour rassembler, &#233;duquer et organiser cette classe ouvri&#232;re demeurera n&#233;cessairement vain. De l&#224; cette sommation imp&#233;rative d'avoir &#224; prendre le pouvoir tout de suite, le plus vite possible, puisque c'est de cette conqu&#234;te que vont d&#233;pendre, non pas seulement vos efforts terminaux, mais vos efforts initiaux, puisque m&#234;me les premiers &#233;l&#233;ments de votre t&#226;che socialiste ne commenceront que quand vous aurez pris le pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cela - je demande pardon de le r&#233;p&#233;ter &#224; ceux qui l'ont d&#233;j&#224; entendu - je le con&#231;ois quand on est en pr&#233;sence d'un prol&#233;tariat tel que le prol&#233;tariat russe et d'un pays tel que la&lt;br class='autobr' /&gt;
Russie, o&#249; l'on n'avait fait avant la prise du pouvoir aucune propagande d'ensemble efficace.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut alors s'imaginer qu'avant tout il faut briser le pouvoir bourgeois pour que cette propagande m&#234;me devienne possible. Mais, dans nos pays occidentaux, est-ce que la situation est la m&#234;me ? &#187; Sa r&#233;ponse est bien entendu : non&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous croyons que, dans l'&#233;tat actuel de la soci&#233;t&#233; capitaliste, ce serait folie que de compter sur les masses inorganiques. Nous savons, en France, ce que sont les masses inorganiques. Nous savons derri&#232;re qui elles vont un jour et derri&#232;re qui elles vont le lendemain. Nous savons que les masses inorganiques &#233;taient un jour derri&#232;re Boulanger et marchaient un autre jour derri&#232;re Clemenceau&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pensons que tout mouvement de prise du pouvoir qui s'appuierait sur l'esp&#232;ce de passion instinctive, sur la violence moutonni&#232;re des masses profondes et inorganiques, reposerait sur un fondement bien fragile et serait expos&#233; &#224; de bien dangereux retours. Nous ne savons pas avec qui seraient, le lendemain, les masses que vous auriez entra&#238;n&#233;es la veille. Nous pensons qu'elles manqueraient peut-&#234;tre singuli&#232;rement de sto&#239;cisme r&#233;volutionnaire. Nous pensons qu'au premier jour o&#249; les difficult&#233;s mat&#233;rielles appara&#238;traient, le jour o&#249; la viande ou le lait arriveraient avec un peu de retard, vous ne trouveriez peut-&#234;tre pas chez elles la volont&#233; de sacrifice continu et sto&#239;que qu'exigent, pour triompher jusqu'au bout, les mouvements que vous envisagez. Et ceux qui auraient march&#233; derri&#232;re vous la veille seraient peut-&#234;tre, ce jour-l&#224;, les premiers &#224; vous coller au mur. Non, ce n'est pas par la tactique des masses inorganiques entra&#238;n&#233;es derri&#232;re vos avant-gardes communistes que vous avez des chances de prendre le pouvoir. Vous avez des chances de prendre le pouvoir dans ce pays, savez-vous comment ? Par de vastes mouvements ouvriers &#224; caract&#232;re organique, supposant une &#233;ducation et une puissance de moyens pouss&#233;s aussi loin que possible. Vous ne ferez pas la r&#233;volution avec ces bandes qui courent derri&#232;re tous les chevaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;affirme sa version : le socialisme par la voie parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'&#233;crit Trotsky sur le mouvement ouvrier en France en 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7128&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7128&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti socialiste est clairement devenu l'aile gauche politique de&#8230; la bourgeoisie. C'est pourtant encore un parti massivement compos&#233;&#8230; d'ouvriers que ce soit en militants, en adh&#233;rents, en sympathisants et en &#233;lecteurs ! Il a encore plus de poids dans la classe ouvri&#232;re que le PCF devenu stalinien. Ce qui, aujourd'hui, est difficile &#224; imaginer quand on voit le parti socialiste actuel, bourgeois, capitaliste, imp&#233;rialiste, qui lance &#171; la r&#233;forme &#187;, la &#171; r&#233;habilitation des entrepreneurs &#187;, en vue de privatiser l'&#233;conomie tout en finan&#231;ant massivement les capitalistes sur fonds publics, au nom d'un pr&#233;tendu lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; parti ouvrier &#187; ne m&#232;ne que des politiques ultra bourgeoises au gouvernement. Le cartel des gauches &#233;tait une coalition &#233;lectorale, constitu&#233;e dans une cinquantaine de d&#233;partements, pour les &#233;lections l&#233;gislatives de 1924 entre les radicaux ind&#233;pendants, le Parti radical et radical-socialiste, le Parti r&#233;publicain-socialiste auquel se joignirent des socialistes ind&#233;pendants, et la SFIO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cartel des gauches entre 1924 et 1926 signe une majorit&#233; de gauche &#224; la Chambre autour de la SFIO et des radicaux. Les socialistes pratiquent alors pour la premi&#232;re fois le soutien sans participation au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la mont&#233;e ouvri&#232;re &#224; partir de 1934 qui va mener le parti socialiste au gouvernement pour&#8230; contrer cette mont&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1934, la classe ouvri&#232;re, marqu&#233;e par la r&#233;ussite du fascisme en Allemagne, r&#233;agit spontan&#233;ment contre la menace fasciste en France et elle est bloqu&#233;e par les partis de gauche dont la SFIO et le PCF ainsi que les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7538&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7538&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &#233;crit en 1934 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le dernier Conseil National du parti socialiste fran&#231;ais atteste la force de la pression qui s'exerce sur l'&#233;tat-major parlementaire. L&#233;on Blum a reconnu qu'&#224; Tours, en 1920, il ne comprenait pas tout &#224; fait correctement le probl&#232;me de la prise du pouvoir, quand il soutenait qu'il fallait d'abord cr&#233;er les conditions de la socialisation, et ensuite... mais pourquoi ensuite lutter pour le pouvoir si les conditions de la socialisation peuvent &#234;tre cr&#233;&#233;es sans lui ! Ou alors B. a en vue les conditions &#233;conomiques, et non pas politiques. Mais ces conditions ne sont pas cr&#233;&#233;es, mais d&#233;truites au contraire par une lutte pour le pouvoir qui tra&#238;ne en longueur : le capitalisme ne se d&#233;veloppe pas, il se d&#233;compose. B. ne comprend pas davantage la situation maintenant. La lutte r&#233;volutionnaire pour le pouvoir, il y est contraint selon lui non par la situation g&#233;n&#233;rale du capitalisme, mais par la menace venant des fascistes, lesquels apparaissent &#224; ses yeux non comme le produit de la d&#233;composition du capitalisme, mais comme un danger ext&#233;rieur suspendu sur la paisible socialisation de la d&#233;mocratie (c'&#233;tait aussi la vieille illusion de Jaur&#232;s).&lt;br class='autobr' /&gt;
Que les chefs de la bourgeoisie soient aveugles devant les lois du d&#233;clin du capitalisme, c'est compr&#233;hensible : le mourant ne veut pas, ni ne peut, se rendre compte des &#233;tapes de sa propre agonie. Mais l'aveuglement de BIum et Cie, je crois bien qu'il d&#233;montre mieux que tout que ces messieurs sont, non pas l'avant-garde du prol&#233;tariat, mais tout au plus le flanc gauche, et le plus apeur&#233;, de la bourgeoisie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la guerre mondiale, Blum consid&#233;rait (et il consid&#232;re en fait encore) que les conditions n'&#233;taient pas m&#251;res pour le socialisme. Quels na&#239;fs r&#234;veurs &#233;taient donc Marx et Engels, qui d&#232;s la seconde moiti&#233; du XIX&#232;me si&#232;cle attendaient la r&#233;volution sociale et s'y pr&#233;paraient !&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Blum il existe (pour autant qu'il existe quoi que ce soit pour lui dans ce domaine) on ne sait quelle &#034; maturit&#233; &#034; &#233;conomique absolue de la soci&#233;t&#233; pour le socialisme, une maturit&#233; qui se d&#233;termine d'elle-m&#234;me, par ses seuls sympt&#244;mes objectifs... J'ai men&#233; la lutte contre cette conception m&#233;caniquement fataliste d&#232;s 1905 (Voir &#034; Bilans et Perspectives &#034;). Apr&#232;s cela, il y a eu la R&#233;volution d'Octobre (sans parler de tout le reste), mais ces dilettantes parlementaires n'ont rien appris !&lt;br class='autobr' /&gt;
Autant que j'en puis juger par les journaux qu'on m'envoie, les laquais de Staline en France &#8211; Thorez et Cie &#8211; ont tram&#233; un v&#233;ritable complot avec les chefs social-d&#233;mocrates de droite pour mener campagne contre les &#034; trotskystes &#034;, en commen&#231;ant par les organisations de jeunesses. Pendant combien de temps Staline et Boukharine nous ont-ils qualifi&#233;s &#034; d&#233;viation social-d&#233;mocrate &#034;, puis social-fasciste ! En d&#233;pit de toute la diff&#233;rence de circonstances historiques, le bloc Blum-Cachin et leur lutte en commun contre le &#034; trotskysme &#034; rappellent &#233;tonnamment le bloc Kerensky-Tseretelli de 1912 et sa chasse &#224; courre au bolchevisme. Leurs points de ressemblance, c'est l'esprit born&#233; du petit-bourgeois &#034; radical &#034;, c'est sa terreur devant une situation mena&#231;ante, c'est son &#233;garement quand il sent le sol se d&#233;rober sous lui, c'est son horreur de ceux qui lui disent tout haut ses v&#233;rit&#233;s et lui pr&#233;disent son sort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les diff&#233;rences &#8211; et des diff&#233;rences qui ne sont malheureusement pas minces &#8211; c'est :&lt;br class='autobr' /&gt;
a) que les organisations ouvri&#232;res conservatrices (S.F.I.O., C.G.T.) jouent en France un r&#244;le incomparablement plus grand qu'en 1917 en Russie ;&lt;br class='autobr' /&gt;
b) que le bolch&#233;visme a &#233;t&#233; honteusement compromis par la caricature du parti stalinien ;&lt;br class='autobr' /&gt;
c) que toute l'autorit&#233; de l'Etat sovi&#233;tique a &#233;t&#233; mise en oeuvre pour d&#233;sorganiser et d&#233;moraliser l'avant-garde prol&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bataille historique en France n'est pas encore perdue. Mais le fascisme a en la personne de Blum et des laquais de Staline d'inestimables auxiliaires. Thorez a retourn&#233; sens dessus dessous tous les raisonnements, les arguments et les m&#233;thodes de Thaelmann. Mais m&#234;me retourn&#233;e sens dessus dessous, la politique du stalinisme reste essentiellement la m&#234;me. En Allemagne les deux appareils &#8211; social-d&#233;mocrate et communiste &#8211; en menant une lutte de parade foraine, d&#233;sax&#233;e, ignorant les proportions, charlatanesque, ont d&#233;tourn&#233; l'attention des travailleurs du p&#233;ril qui montait ; en France aussi les deux appareils se sont mis d'accord sur les illusions par lesquelles il est possible de d&#233;tourner les travailleurs de la r&#233;alit&#233;. Le r&#233;sultat est le m&#234;me ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1935, partis de gauche et syndicats continuent &#224; freiner et canaliser la mont&#233;e ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1936, les partis de gauche et les syndicats, unis dans le rassemblement du front populaire (unis aussi avec le parti bourgeois du centre, le parti radical) sous le pr&#233;texte de combattre le fascisme, ne peuvent pas emp&#234;cher la mont&#233;e de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale (ils l'arr&#234;tent dans les services publics o&#249; ils sont le plus influents), mais, parvenus au gouvernement, ils l'arr&#234;tent en pr&#233;tendant signer un accord avec le patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du P.C.F. n'est pas identique &#224; celle de la S.F.I.O. L'un et l'autre sont des partis ouvriers. bourgeois contre-r&#233;volutionnaires. Mais la S.F.I.O. est directement li&#233;e &#224; sa bourgeoisie, au syst&#232;me imp&#233;rialiste. Le P.C.F. d&#233;pend enti&#232;rement de la bureaucratie du Kremlin : il est un rouage de son appareil international, et c'est par sa m&#233;diation qu'il est li&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme au maintien du capitalisme, de l'ordre bourgeois international. Les masses, malgr&#233; sa politique, sentent que ce parti n'est pas identique &#224; la vieille S.F.I.O.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le P.C.F. ne participe pas au gouvernement de L&#233;on Blum, il se borne a le soutenir. Ce qui contribue &#224; le faire appara&#238;tre comme un parti &#171; diff&#233;rent &#187; de la S.F.I.O. pass&#233;e depuis 1914 du c&#244;t&#233; de l'ordre bourgeois avec toute la social-d&#233;mocractie internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en r&#233;alit&#233;, c'est le P.C.F. qui va en 1936 s'opposer le plus f&#233;rocement, le plus directement, et d&#233;j&#224; le plus efficacement, au mouvement des masses, &#224; leurs aspirations r&#233;volutionnaires. Comme c'est lui qui a appuy&#233; le plus fermement pour que les radicaux appartiennent au front populaire&#8230; Ordre de Staline !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes, eux, cautionnent les crimes de Staline et des staliniens contre les trotskystes de Russi et d'ailleurs&#8230; Et notamment les proc&#232;s de Moscou&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; entre socialistes et staliniens a un fondement solide : la contre-r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique dite de &#171; Front populaire &#187; en France : contre le peuple travailleur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7814&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7814&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Blum explique plus tard comment le Front Populaire de 1936 consistait, face &#224; la menace de r&#233;volution prol&#233;tarienne, &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Blum :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais je dois vous dire qu'&#224; ce moment, dans la bourgeoisie et en particulier dans le monde patronal, on me consid&#233;rait, on m'attendait, on m'esp&#233;rait comme un sauveur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je tiens &#224; rappeler enfin que, dans ma profonde conviction, le vote rapide des lois sociales et la politique ouvri&#232;re que j'ai pratiqu&#233;e &#8211; outre qu'ils m'&#233;taient impos&#233;s par le respect des principes r&#233;publicains &#8211; ont &#233;t&#233; l'unique moyen de pr&#233;venir, en France, les plus graves convulsions civiles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En ce qui concerne ma pr&#233;tendue faiblesse envers les meneurs extr&#233;mistes, c'est l&#224; une question de politique g&#233;n&#233;rale de mon Gouvernement sur laquelle je me suis d&#233;j&#224; expliqu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je r&#233;p&#232;te que, dans la situation qu'a trouv&#233;e mon Gouvernement, une autre mani&#232;re d'agir aurait risqu&#233; de provoquer les pires convulsions civiles, encore infiniment plus redoutables pour la sant&#233; morale du pays, pour sa productivit&#233; industrielle et pour sa capacit&#233; &#233;ventuelle de d&#233;fense contre l'ennemi. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait in&#233;vitable qu'apr&#232;s une crise quasi r&#233;volutionnaire comme celle de mai juin 1936, l'effervescence se prolonge&#226;t pendant un certain temps, mais je reste convaincu que toute autre mani&#232;re d'agir l'aurait prolong&#233;e et aggrav&#233;e plut&#244;t qu'apais&#233;e, et j'ai conscience d'avoir rempli, honn&#234;tement le premier des devoirs de ma charge, qui &#233;tait de pr&#233;server la paix civile et de travailler &#224; la concorde publique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vous demande, Messieurs, de vous souvenir. Rappelez-vous que les 4 et 5 juin, il y avait un million de gr&#233;vistes. Rappelez-vous que toutes les usines de la r&#233;gion parisienne &#233;taient occup&#233;es. Rappelez-vous que le mouvement gagnait d'heure en heure et de proche en proche dans la France enti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des t&#233;moins oculaires l'ont dit. M. Albert Sarraut l'a dit, M. Frossard l'a dit. La panique, la terreur &#233;taient g&#233;n&#233;rales. Je n'&#233;tais pas sans rapports moi-m&#234;me avec les repr&#233;sentants du grand patronat et je me souviens de ce qu'&#233;tait leur &#233;tat d'esprit &#224; cette &#233;poque. Je me souviens de ce qu'on me disait ou me faisait dire par des amis communs : &#8220;Alors quoi ? C'est la r&#233;volution ? Alors quoi ? Qu'est-ce qu'on va nous prendre ? Qu'est-ce qu'on va nous laisser ?&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ouvriers occupaient les usines. Et peut-&#234;tre ce qui contribuait le plus &#224; la terreur, c'&#233;tait cette esp&#232;ce de tranquillit&#233;, cette esp&#232;ce de majest&#233; calme avec laquelle ils s'&#233;taient install&#233;s autour des machines, les surveillant, les entretenant, sans sortir dehors, sans aucune esp&#232;ce de signe de violence ext&#233;rieur. (...) M. Lebrun, me r&#233;pondit alors : &#8220;Les ouvriers ont confiance en vous. Puisque vous ne pouvez convoquer les Chambres avant samedi et que certainement dans votre d&#233;claration minist&#233;rielle vous allez leur promettre le vote imm&#233;diat des lois qu'ils r&#233;clament, alors, je vous en prie, d&#232;s demain, adressez-vous &#224; eux par la voix de la radio. Dites-leur que le Parlement va se r&#233;unir, que d&#232;s qu'il sera r&#233;uni vous allez lui demander le vote rapide et sans d&#233;lai des lois dont le vote figure sur leurs cahiers de revendications, en m&#234;me temps que le rel&#232;vement des salaires. Ils vous croiront, ils auront confiance en vous, et alors peut-&#234;tre ce mouvement s'arr&#234;tera-t-il ?&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai fait ce que me demandait M. le pr&#233;sident de la R&#233;publique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; comment L&#233;on Blum, chef &#171; socialiste &#187; de l'Etat, explique la politique du front populaire de 1935-1937 : une politique contre les gr&#232;ves ouvri&#232;res et la menace r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1936, il expliquait seulement qu' &#171; il faut distinguer l'exercice du pouvoir de la conqu&#234;te du pouvoir &#187; pour justifier de ne pas faire un seul pas en direction du&#8230; socialisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant fait l'unit&#233; avec les radicaux, il s'en servait pour dire que ce n'&#233;tait pas seuls que les partis &#171; socialiste &#187; et &#171; communiste &#187; avaient obtenu leurs places au gouvernement. Certes le parti socialiste pr&#233;sidait mais il ne dirigeait pas, selon Blum, le pays ! Et, du coup, il ne menait pas une politique plus socialiste qu'un autre gouvernement&#8230; Beau raisonnement ! Les staliniens appuyaient &#224; fond ce j&#233;suitisme. Les fans du front populaire oublient tout cela en affirmant que les &#171; conqu&#234;tes sociales &#187; seraient dues &#224; ce gouvernement. Mais Blum doit reconnaitre, lui, que ce sont les patrons affol&#233;s qui ont pouss&#233; &#224; signer les fameuses conqu&#234;tes sociales dont l'essentiel allait &#234;tre effac&#233;es par la suite par le gouvernement Blum lui-m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la gauche du front populaire qui a d&#233;fait les ouvriers en 1938, pr&#233;parant le terrain au fascisme de P&#233;tain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://matierevolution.org/spip.php?article8848&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://matierevolution.org/spip.php?article8848&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Septembre 1936. Les masses sont rentr&#233;es ; la gr&#232;ve n'a pu d&#233;boucher politiquement gr&#226;ce aux chefs de la S.F.I.O. et du P.C.F. La classe ouvri&#232;re a conquis des droits et des positions, mais l'ordre social n'est pas modifi&#233;. Le canon tonne en Espagne, et les masses fran&#231;aises sont d&#233;sarm&#233;es devant cette situation. Le d&#233;senchantement est perceptible. Si elles ne savent pas o&#249; elles veulent aller, en l'absence d'un parti r&#233;volutionnaire qui exprime en un programme leurs aspirations et leurs besoins, et le traduise en termes d'action et d'organisation politiques, les masses sentent que l'essentiel leur a &#233;chapp&#233;. La droite recommence &#224; agir. La Cagoule se manifeste. Les patrons s'organisent pour la contre-offensive. La hausse des prix r&#233;duit jour apr&#232;s jour les &#171; conqu&#234;tes &#187; des accords Matignon. La fuite des capitaux organis&#233;e par le grand capital aggrave les cons&#233;quences du d&#233;ficit de la balance du commerce ext&#233;rieur. Le 25 septembre, le franc est d&#233;valu&#233;. Le gouvernement de Front populaire refuse de mobiliser les masses, d'instituer le contr&#244;le des changes et des mouvements de capitaux. Il s'aligne sur les int&#233;r&#234;ts de la classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de la politique coloniale de la France aussi, le gouvernement de front populaire est plut&#244;t dans la continuit&#233; des gouvernements pr&#233;c&#233;dents&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'elle avait soutenu le Front populaire, l'&#201;toile nord-africaine de Messali Hadj est dissoute le 26 janvier 1937 en application du &#171; d&#233;cret R&#233;gnier &#187; qui r&#233;primait les manifestations contre la souverainet&#233; fran&#231;aise en Alg&#233;rie, marquant ainsi la fin de toute &#233;volution de la politique coloniale sous le Front populaire. Le Front populaire est pour une continuation de la colonisation du Maroc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En politique &#233;trang&#232;re, le plus remarquable est le refus absolu du gouvernement de front populaire du moindre soutien &#224; la r&#233;volution espagnole pendant que le fascisme allemand soutient &#224; fond les fascistes espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 mars 1937, le parti social fran&#231;ais (ex-Croix-de-Feu) d&#233;cide d'organiser une r&#233;union &#224; Clichy. Le gouvernement de Front populaire se refuse &#224; l'interdire.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'appel du maire S.F.I.O. de Clichy, Charles Auffray, du conseiller g&#233;n&#233;ral Naile, communiste, et du d&#233;put&#233; &#233;galement communiste Honel, une contre-manifestation est organis&#233;e. La police du ministre socialiste Marx Dormoy ouvre le feu. Bilan : 5 morts et des centaines de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dormoy et Blum accourus en smoking du gala de l'Op&#233;ra sont conspu&#233;s avec violence par les travailleurs : &#034;Dormoy assassin ! Dormoy d&#233;mission !&#034; Des dizaines de barricades ont &#233;t&#233; dress&#233;es, puis d&#233;cim&#233;es par la garde mobile de Dormoy et Daladier. Thorez, accouru &#224; l'appel du d&#233;put&#233; de Clichy Honel, n'ose dire mot. &#034;Sales trotskystes&#034;, lance-t-il seulement aux travailleurs qui se d&#233;fendent avec acharnement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; A Asni&#232;res, tout proche, des mouvements analogues se produisent. Sous les coups de feu des fascistes et de la police deux travailleurs sont gri&#232;vement bless&#233;s. Dans la nuit m&#234;me du 16 au 17, la nouvelle se r&#233;pand dans le prol&#233;tariat. Une &#233;motion profonde souleva tout le prol&#233;tariat parisien &#224; l'annonce par les journaux du massacre de Clichy. Il comprit que c'&#233;tait son avant-garde, son corps m&#234;me qui avait &#233;t&#233; mitraill&#233; par l'ordre de M. Blum. Dans la journ&#233;e du mercredi 17 une s&#233;rie d'entreprises commenc&#232;rent la gr&#232;ve. Dans une s&#233;rie d'usines (Renault, entre autres), les ouvriers arr&#234;t&#233;s arr&#234;taient le travail, pr&#233;paraient des r&#233;unions pour le midi et le soir, exigeaient la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et commen&#231;aient &#224; chasser les fascistes (surtout des contrema&#238;tres et des chefs de service). Les directions syndicales d'usine se r&#233;unirent d'urgence. Dans la soir&#233;e, l'union r&#233;gionale du bureau conf&#233;d&#233;ral &#233;tait saisie de centaines de r&#233;solutions exigeant une r&#233;ponse foudroyante. Mais l'objectif de la gr&#232;ve restait incertain. Et c'est l&#224;-dessus que jou&#232;rent les chefs r&#233;formistes pour briser le mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Blum prend la d&#233;fense du ministre de l'Int&#233;rieur : il argumente. Le gouvernement d&#233;fend les libert&#233;s, il a prot&#233;g&#233; la r&#233;union du P.S.F., il condamne l'initiative des &#233;lus du Front populaire de Clichy.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucune sanction ne sera prise contre les responsables de la fusillade.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;motion dans la classe ouvri&#232;re est immense&lt;br class='autobr' /&gt;
Les d&#233;put&#233;s communistes sont bien s&#251;r parmi les 362 d&#233;put&#233;s qui votent la confiance au gouvernement des fusilleurs de Clichy !&lt;br class='autobr' /&gt;
Seuls les pivertistes et les trotskystes d&#233;noncent les &#171; assassins de Clichy &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;sistance confuse mais farouche des masses, en l'absence d'un parti r&#233;volutionnaire, la politique des chefs, de la S.F.I.O. et du P.C.F. a sauv&#233; la bourgeoisie et d&#233;sarm&#233; la classe ouvri&#232;re. La r&#233;volution n'a pas &#233;t&#233; vaincue par la bourgeoisie, mais disloqu&#233;e de l'int&#233;rieur du mouvement ouvrier par les Blum et les Thorez. La classe ouvri&#232;re a cherch&#233; obstin&#233;ment une voie pour changer la soci&#233;t&#233;. Elle s'est, naturellement, tourn&#233;e vers les partis se r&#233;clamant du socialisme, du communisme. Ces partis l'ont conduite, de recul en recul, jusqu'&#224; la d&#233;moralisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 21 juin, le gouvernement Blum tombe, battu, mis en minorit&#233; au S&#233;nat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement Blum va-t-il faire appel aux masses pour chasser le S&#233;nat r&#233;actionnaire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Non. Le gouvernement d&#233;missionne dans une relative indiff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas eu de vote, pas de perte de voix de la gauche. Pourtant, Blum ne se contente pas de quitter la t&#234;te du gouvernement, il refuse qu'un socialiste ou dirigeant de gauche lui succ&#232;de, il veut que ce soit un du parti radical qui, soi-disant, est cens&#233; continuer l'&#339;uvre du Rassemblement populaire et du front populaire ! Blum a donn&#233; le signal de la faillite : d&#233;sormais, la d&#233;rive vers la droite ne va plus cesser. Et elle est cautionn&#233;e par la gauche puisque le gouvernement Chautemps est soutenu par le parti socialistes et le Rassemblement populaire. Mais en fait le front populaire est d&#233;j&#224; mort. Il a jou&#233; son r&#244;le : &#233;viter l'explosion ouvri&#232;re. Et maintenant, l'extr&#234;me droite peut se d&#233;chainer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, &#224; partir du gouvernement Chautemps, la France vire &#224; droite et les socialistes refusent de participer aux gouvernements successifs mais ne se radicalisent pas pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re politiquement battue par le Front populaire assiste impuissante &#224; l'irr&#233;sistible mont&#233;e de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le partis socialiste SFIO expulse de son sein les critiques de gauche, non seulement les trotskystes mais les pivertistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;crets-lois de Paul Reynaud vont d&#233;chirer les avanc&#233;es arrach&#233;es par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autoritarisme se d&#233;veloppe en France. Le 24 ao&#251;t 1939, un d&#233;cret-loi permet la saisie de toutes publications &#171; de nature &#224; nuire &#224; la d&#233;fense nationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux dirigeants socialistes vont maintenant basculer dans le fascisme comme Paul Faure, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti socialiste. Le &#171; socialiste &#187; Laval est un des grands chefs du p&#233;tainisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le front populaire en France n'a pas combattu contre la mont&#233;e fasciste. Elle lui a seulement pr&#233;par&#233; le terrain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://matierevolution.org/spip.php?article8815&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://matierevolution.org/spip.php?article8815&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes ont majoritairement soutenu les pleins pouvoirs &#224; P&#233;tain apr&#232;s avoir cautionn&#233; l'arrestation des dirigeants staliniens sous pr&#233;texte de l'entente Hitler-Staline et ont ensuite soutenu l'entente Hitler-P&#233;tain&#8230; On notera que cet &#233;pisode particuli&#232;rement peu glorieux pour la gauche est carr&#233;ment absent dans l'histoire du parti socialiste de wikipedia :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(France&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(France&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on veuille ou pas s'en souvenir, m&#234;me wikipedia doit discuter que la chambre du front populaire a soutenu les pleins pouvoirs &#224; P&#233;tain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Vote_des_pleins_pouvoirs_constituants_%C3%A0_Philippe_P%C3%A9tain&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Vote_des_pleins_pouvoirs_constituants_%C3%A0_Philippe_P%C3%A9tain&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls 32 d&#233;put&#233;s &#171; socialistes &#187; sur 149 ont vot&#233; non aux pleins pouvoirs &#224; P&#233;tain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux socialistes qui n'ont pas soutenu P&#233;tain, ils vont rapidement soutenir le pacte avec l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain et aussi avec Staline, pacte qui n'a rien d'un front d&#233;mocratique antifasciste comme l'ont pr&#233;tendu les socialistes&#8230; Ils vont s'aligner sur la &#171; r&#233;sistance &#187; essentiellement stalinienne ou gaulliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6937&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6937&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche socialiste a soutenu les staliniens, du moment qu'ils participaient au pacte anglo-am&#233;ricain. Plus question de leur reprocher le manque de d&#233;mocratie en URSS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article94&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article94&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; r&#233;sistance nationale &#187; est un camouflage de ces alignements au bloc imp&#233;rialisme-stalinisme. Elle servira aussi &#224; blanchir &#224; la lib&#233;ration des ex-p&#233;tainistes comme Mitterrand ou Guy Mollet (ou encore Sartre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6675&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6675&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7788&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7788&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche socialiste et stalinienne &#233;tait majoritaire en France &#224; la &#171; lib&#233;ration &#187; mais a choisi de cautionner la venue au pouvoir de De Gaulle qui n'&#233;tait nullement de gauche ni &#233;lu des fran&#231;ais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1375&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1375&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/07/ldc64_070146.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/07/ldc64_070146.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche participant au pouvoir a contribu&#233; autant qu'elle a pu &#224; une politique visant &#224; reconstituer les trusts capitalistes de France en faisant suer le fric des prol&#233;taires de France&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le gouvernement de la Lib&#233;ration, &#224; participation socialiste, a lanc&#233; la guerre coloniale &#224; Madagascar, en Alg&#233;rie et en Indochine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article465&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article465&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/05/ldc47_052145.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/05/ldc47_052145.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article731&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article731&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1946 &#224; 1951, aucune majorit&#233; n'&#233;tait possible sans la pr&#233;sence des socialistes, et toutes les crises minist&#233;rielles avaient tourn&#233; autour de leur participation au gouvernement. Sous la quatri&#232;me r&#233;publique, les socialistes ont particip&#233; &#224; toutes sortes de gouvernements de coalition avec la droite et le centre. Tous aussi anti-ouvriers les uns que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1956, la gauche fran&#231;aise unie sur le plan &#233;lectoral et dirig&#233;e par le &#171; socialiste &#187; Guy Mollet, &#233;lue sur le programme de paix en Alg&#233;rie, y lance une nouvelle guerre coloniale sanglante qui d&#233;marre un v&#233;ritable g&#233;nocide contre le peuple alg&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1956, la coalition de &#171; Front r&#233;publicain &#187;, compos&#233;e essentiellement de socialistes et de radicaux, gagna les &#233;lections avec 30% des voix et 170 d&#233;put&#233;s, gr&#226;ce &#224; une campagne pour &#171; la paix en Alg&#233;rie &#187;. Le dirigeant du Parti Socialiste Guy Mollet se retrouva &#224; la t&#234;te du gouvernement avec le soutien du Parti Communiste (qui repr&#233;sentait 26% des voix et 150 d&#233;put&#233;s). Pourtant, si Guy Mollet pr&#233;tendait que &#171; l'objectif de la France, la volont&#233; du gouvernement c'est avant tout de r&#233;tablir la paix &#187;, il ajoutait &#233;galement : &#171; Dans l'imm&#233;diat, le potentiel militaire des forces d&#233;ploy&#233;es en Alg&#233;rie ne peut encore &#234;tre diminu&#233;. Les besoins des troupes seront satisfaits et leur rel&#232;ve assur&#233;e. &#187; Mais le PCF fit comme s'il n'avait pas entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 mars 1956, les pouvoirs sp&#233;ciaux furent vot&#233;s avec l'apport du PCF. Ce vote signifiait pourtant la suspension de toutes les libert&#233;s individuelles en Alg&#233;rie et l'intensification de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 avril 1956, le gouvernement du socialiste Guy Mollet d&#233;cidait de rappeler 70000 soldats du contingent &#171; disponibles &#187; pour intensifier la guerre contre le peuple alg&#233;rien en lutte pour son ind&#233;pendance. Le service militaire passait de 18 mois &#224; 27 mois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Guy Mollet double en six mois les effectifs militaires d&#233;ploy&#233;s sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1551&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1551&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre octobre et novembre 1956, Guy Mollet associe la France &#224; la Grande-Bretagne et &#224; Isra&#235;l contre l'&#201;gypte lors de l'exp&#233;dition cons&#233;cutive &#224; la nationalisation de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez par Nasser. Cette man&#339;uvre militaire coloniale fut un &#233;chec retentissant, du fait de l'opposition de l'URSS, puis des &#201;tats-Unis. Elle scella le d&#233;clin des anciennes puissances coloniales face aux deux superpuissances et au Tiers monde &#233;mergent, dont Nasser &#233;tait l'un des repr&#233;sentants les plus embl&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1958, c'est encore le &#171; socialiste &#187; Guy Mollet qui va chercher De Goulle pour prendre le pouvoir et casser la quatri&#232;me r&#233;publique ! C'est le parti socialiste et le parti communiste qui vont lui donner les pouvoirs sous pr&#233;texte d'en finir avec les g&#233;n&#233;raux putschistes d'Alg&#233;rie et l'OAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vice-pr&#233;sident du Conseil dans le cabinet Pflimlin en mai 1958, Guy Mollet se rallie en effet au g&#233;n&#233;ral de Gaulle, car c'est selon lui le seul moyen d'&#233;viter &#171; une guerre civile sans arm&#233;e r&#233;publicaine &#187;. Il vote en cons&#233;quence les pleins pouvoirs &#224; Charles de Gaulle. Il est nomm&#233; ministre d'&#201;tat en juin de la m&#234;me ann&#233;e, participe &#224; la r&#233;daction de la nouvelle Constitution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses orientations sont tr&#232;s contest&#233;es au sein de la SFIO et les dissidents cr&#233;ent le Parti socialiste autonome en 1958, qui fusionnera en 1960 avec l'Union de la gauche socialiste pour fonder le Parti socialiste unifi&#233; (PSU).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1965, Guy Mollet participe &#224; la constitution de la F&#233;d&#233;ration de la gauche d&#233;mocrate et socialiste (FGDS) qui soutient la candidature de Fran&#231;ois Mitterrand &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Pourtant, Mitterrand est un homme au pass&#233; plus que douteux qui a &#233;t&#233; pr&#233;fet p&#233;tainiste et d&#233;cor&#233; par P&#233;tain. Son blanchiment par la r&#233;sistance est tout aussi douteux. La suite de son parcours politique montrera qu'il n'a jamais rompu avec le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sympathisant du colonel Fran&#231;ois de La Rocque, Mitterrand adh&#232;re aux Volontaires nationaux, organisation de jeunesse des Croix-de-feu en 1934. Cette adh&#233;sion &#224; la vision de La Rocque durera entre un et trois ans. Le 1er f&#233;vrier 1935, Fran&#231;ois Mitterrand participe &#224; la manifestation de l'Action fran&#231;aise contre les m&#233;decins &#233;trangers autoris&#233;s &#224; exercer en France, aux cris de &#171; La France aux Fran&#231;ais &#187; (plus connue sous le nom r&#233;ducteur de manifestation contre &#171; l'invasion m&#233;t&#232;que &#187;). En janvier 1935, Eug&#232;ne Deloncle fonde une organisation secr&#232;te d'extr&#234;me droite, l'Organisation secr&#232;te d'action r&#233;volutionnaire nationale, surnomm&#233;e la Cagoule par Maurice Pujo. C'est Eug&#232;ne Schueller, le fondateur de la soci&#233;t&#233; L'Or&#233;al, qui met ses moyens personnels et financiers &#224; disposition de la Cagoule et organise des r&#233;unions au si&#232;ge de sa soci&#233;t&#233;. Plusieurs jeunes gens, amis et &#233;tudiants pour la plupart, r&#233;sidant &#224; l'internat des p&#232;res maristes du 104, rue de Vaugirard &#224; Paris, fr&#233;quentent alors les chefs de la Cagoule. Sans tous adh&#233;rer au mouvement ou faire &#233;tat publiquement d'une quelconque approbation, on y retrouve Pierre Guillain de B&#233;nouville, Claude Roy, Fran&#231;ois Mitterrand et Andr&#233; Bettencourt. Mitterrand avait accept&#233; le double parrainage de cagoulards Gabriel Jeantet et Georges Soul&#232;s-Abellio lorsqu'il se vit remettre francisque en 1943. &#192; la Lib&#233;ration, Bouvyer b&#233;n&#233;ficie du t&#233;moignage en sa faveur de Fran&#231;ois Mitterrand, qui explique que l'ancien cagoulard avait cach&#233; chez lui du mat&#233;riel et fabriqu&#233; de faux papiers pour le Mouvement national des prisonniers de guerre, le mouvement de r&#233;sistance dirig&#233; par Fran&#231;ois Mitterrand et Maurice Pinot. En 1945, Mitterrand fut nomm&#233;, pour peu de temps, pr&#233;sident-directeur g&#233;n&#233;ral des &#201;ditions du Rond-Point (appartenant au groupe de Schueller), lesquelles publiaient un magazine intitul&#233; Votre Beaut&#233;. Durant l'hiver 1936, Fran&#231;ois Mitterrand participe &#224; des manifestations contre le professeur de droit public Gaston J&#232;ze. Ces manifestations, qui durent de janvier &#224; mars 1936, &#224; l'instigation de la droite nationaliste et de l'Action fran&#231;aise, demandent la d&#233;mission de Gaston J&#232;ze, pour avoir accept&#233; d'&#234;tre le conseiller d'Hail&#233; S&#233;lassi&#233;, n&#233;gus d'&#201;thiopie, chass&#233; d'Addis-Abeba par les troupes mussoliniennes. Install&#233; &#224; Vichy en janvier 1942, bien que recherch&#233; par les Allemands comme prisonnier &#233;vad&#233;, il occupe un emploi contractuel d'abord &#224; la L&#233;gion fran&#231;aise des combattants (LFC) puis en mai 1942, au Commissariat g&#233;n&#233;ral aux prisonniers de guerres et rapatri&#233;s et aux familles de prisonniers de guerre (sous les ordres de Maurice Pinot) dont la comp&#233;tence est principalement civique et sociale. En janvier 1943, le commissariat prendra cependant une orientation pro-nazie. Fran&#231;ois Mitterrand, alors chef de service de l'Information du commissariat pour la zone sud, d&#233;missionne. Il garde un poste &#224; la t&#234;te des centres d'entraide et c'est &#224; ce titre qu'il re&#231;oit la Francisque gallique en mars-avril 1943. Fran&#231;ois Mitterrand aurait tenu les propos suivants &#224; propos de Ren&#233; Bousquet, ancien secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la police du r&#233;gime de Vichy : &#171; Une carri&#232;re ainsi bris&#233;e &#224; trente-cinq ans, ce n'est pas supportable... Bousquet en souffrait cruellement. Imaginez cette cassure, cette carri&#232;re foudroy&#233;e ... &#187; En 1974, Ren&#233; Bousquet soutenait et apportait son concours financier au candidat Fran&#231;ois Mitterrand contre Val&#233;ry Giscard d'Estaing. Une photographie de l'&#233;poque t&#233;moigne de ces contacts entre les deux hommes, r&#233;unis autour d'une tabl&#233;e familiale dans la maison de Latche. En d&#233;fense, Fran&#231;ois Mitterrand d&#233;clarait que &#171; Ren&#233; Bousquet avait particip&#233; au financement de tous les principaux hommes politiques de gauche, des ann&#233;es 1950 au d&#233;but des ann&#233;es 1970, Pierre Mend&#232;s France compris &#187;. En 1981, apr&#232;s la victoire de Fran&#231;ois Mitterrand &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, Bousquet sera re&#231;u au palais de l'&#201;lys&#233;e &#171; pour parler politique &#187;. Pendant la pr&#233;sidence de Fran&#231;ois Mitterrand, la tombe de P&#233;tain est fleurie officiellement pour la premi&#232;re fois par le chef de l'Etat le 22 septembre 1984 (jour de la rencontre avec le chancelier Helmut Kohl &#224; Verdun), puis le 15 juin 1986 (70e anniversaire de la bataille de Verdun), puis chaque 11 novembre entre 1987 et 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 octobre 1942, Fran&#231;ois Mitterrand est donc re&#231;u par le mar&#233;chal P&#233;tain, avec plusieurs responsables du Comit&#233; d'entraide aux prisonniers rapatri&#233;s de l'Allier ; une photographie t&#233;moigne de cette rencontre compromettante. Et il aura la francisque ! Des ann&#233;es apr&#232;s on saura qu'il a toujours particip&#233; au comit&#233; pour la r&#233;habilitation de P&#233;tain et a re&#231;u un fasciste au sein de sa famille (de Grossouvre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier ou mars 1943, parrain&#233; par deux anciens &#171; cagoulards &#187; (Gabriel Jeantet, membre du cabinet du mar&#233;chal P&#233;tain, et Simon Arbellot), et apr&#232;s l'instruction de son dossier par Paul Racine, il est d&#233;cor&#233; de l'ordre de la Francisque par le mar&#233;chal P&#233;tain : il est le r&#233;cipiendaire no 2 202, d&#233;l&#233;gu&#233; du Service national des prisonniers de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a d'autre part &#233;t&#233; souvent ministre de 1947 &#224; 1954 sans mener la moindre politique &#171; socialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui est le dirigeant &#171; socialiste &#187; Mitterrand ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Mitterrand (ministre de l'int&#233;rieur, nov. 1954) proclame :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des Flandres au Congo (...), la loi s'impose et cette loi est fran&#231;aise. (...). Telle est notre r&#232;gle, non seulement parce que la Constitution nous l'impose, mais parce que cela est conforme &#224; nos volont&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Mitterrand, ministre de l'Int&#233;rieur du gouvernement Mend&#232;s France, d&#233;clarait &#224; l'Assembl&#233;e nationale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Faut-il que l'Alg&#233;rie ferme la boucle de cette ceinture du monde en r&#233;volte depuis quinze ans contre les nations qui pr&#233;tendaient les tenir en tutelle ? Eh bien ! non, cela ne sera pas, parce qu'il se trouve que l'Alg&#233;rie, c'est la France &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La France de Dunkerque &#224; Tamanrasset ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'Alg&#233;rie, c'est la France et la seul n&#233;gociation avec le peuple alg&#233;rien, c'est la guerre&#8230; &#187; : Mitterrand ministre qui a envoy&#233; en Alg&#233;rie les g&#233;n&#233;raux de l'Indochine pour qu'ils cassent des Alg&#233;riens comme ils avaient cass&#233; des Indochinois, par la torture&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand le garde des Sceaux, Fran&#231;ois Mitterrand, quitte son minist&#232;re, en mai 1957, en pleine guerre d'Alg&#233;rie, 45 nationalistes ont &#233;t&#233; guillotin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lui qui donna pour le gouvernement fran&#231;ais avis favorable donn&#233; &#233;galement par Mitterrand &#224; l'ex&#233;cution du militant communiste Fernand Iveton, lequel avait d&#233;pos&#233; dans son usine une bombe qui, d&#233;couverte &#224; temps, n'explosa pas. Fran&#231;ois Mitterrand &#8212; comme la totalit&#233; des membres du CSM &#8212; s'est bien oppos&#233; &#224; la gr&#226;ce du seul Europ&#233;en ex&#233;cut&#233; pendant la guerre d'Alg&#233;rie, un homme qui n'avait pourtant tu&#233; personne.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1960 &#224; 1970, il r&#233;affirme &#224; propos du colonialisme fran&#231;ais en Afrique qu'il veut maintenir : &#171; Je dis que le premier devoir de la France, c'est de tout faire pour que les liens ne soient pas coup&#233;s, de tout faire pour que nos fr&#232;res africains restent unis &#224; notre destin&#8230; La France reste celle qui conduit, celle dont on a besoin, celle &#224; laquelle on se rattache. Il ne pourra y avoir d'histoire de l'Afrique si la France est absente &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2021&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2021&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve383&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve383&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;fl&#233;chir plus profond&#233;ment au fascisme, le cas Mitterrand, entre cagoule et francisque, entre r&#233;habilitation des p&#233;tainistes et proches de Fran&#231;ois comme Bousquet, Grossouvre et B&#233;nouville, entre fascisme en France, massacres en Alg&#233;rie, massacres au Rwanda et massacres en Serbie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire notamment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://qgdecolonial.fr/mitterrand-hors-legende/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://qgdecolonial.fr/mitterrand-hors-legende/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/xipetotec/blog/110319/francois-mitterrand-une-carriere-cagoularde&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/xipetotec/blog/110319/francois-mitterrand-une-carriere-cagoularde&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mitterrand fasciste avec P&#233;tain &#224; Vichy, en Alg&#233;rie, en Serbie, au Rwanda, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2021&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2021&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces hommes politiques de tous bords, ces syndicats, ces m&#233;dias qui pr&#233;tendent parler contre le fascisme ont soutenu et respect&#233; le fasciste Mitterrand ! Aucun ne l'a d&#233;nonc&#233; ! Et le parti socialiste comme le parti communiste fran&#231;ais en ont fait le chef de la gauche, respect&#233; m&#234;me par la fausse extr&#234;me gauche qui a appel&#233; &#224; voter pour lui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Mai 1968, la gauche de Mitterrand tente une op&#233;ration politicienne suite &#224; la r&#233;volte de la jeunesse et aux gr&#232;ves. Mais cette gauche social-d&#233;mocrate et stalinienne pousse &#224; la reprise du travail, suite &#224; quoi les &#233;lections sont un raz de mar&#233;e de droite. La gauche est &#233;lectoralement balay&#233;e. Il lui faudra 23 ans pour r&#233;ussir &#224; faire &#233;lire un pr&#233;sident de gauche sous la cinqui&#232;me r&#233;publique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Mitterrand est officiellement d&#233;sign&#233; comme candidat du Parti socialiste le 24 janvier 1981 lors du congr&#232;s de Cr&#233;teil, apr&#232;s un vote lors duquel 83,64 % des adh&#233;rents s'expriment en sa faveur. Sa fonction de premier secr&#233;taire du parti, laiss&#233;e vacante, est d&#232;s lors occup&#233;e par Lionel Jospin. &#192; cette occasion, le PS fait la d&#233;monstration de son unit&#233;, tous les courants, y compris ceux de ses anciens adversaires comme Michel Rocard, se rangent derri&#232;re Mitterrand. Au cours du m&#234;me congr&#232;s, Le PS adopte un manifeste dessinant un programme de gouvernement en 110 propositions. D'apr&#232;s Michel Charasse, dans un livre qu'il a publi&#233; en 1996, c'est lui que Mitterrand aurait charg&#233;, peu de temps avant le Congr&#232;s, de r&#233;diger un programme clair en plusieurs points, comme celui que les communistes venaient d'&#233;laborer pour la candidature de Georges Marchais. Toutefois, ce programme ne sera vraiment mis en avant qu'apr&#232;s l'&#233;lection, et est &#233;clips&#233;, durant la campagne par le simple slogan &#171; Changer la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; gauche, Arlette Laguiller, Huguette Bouchardeau et Michel Cr&#233;peau se rallient rapidement &#224; Fran&#231;ois Mitterrand, entre le soir et le surlendemain du premier tour. C'est le cas de plusieurs leaders syndicaux, tels que Edmond Maire, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CFDT. Le 28 avril, le comit&#233; central du PCF se r&#233;unit. Charles Fiterman tance les sympathisants qui ont vot&#233; utile d&#232;s le premier tour : &#171; Vous n'avez pas mesur&#233; le risque que vous avez pris en contribuant &#224; diminuer l'influence de notre parti. &#187; Les dirigeants communistes se r&#233;solvent &#224; soutenir le candidat socialiste, ne pouvant pas vraiment faire autrement, risquant soit de ne pas &#234;tre suivis dans le cas contraire, soit d'&#234;tre accus&#233;s de faciliter la victoire de la droite. Le m&#234;me jour, Georges Marchais appelle donc &#224; voter pour Mitterrand. &#192; la t&#233;l&#233;vision, il d&#233;clare avoir obtenu certaines garanties en vue de l'adoption de certaines parties du programme communiste, et ajoute : &#171; M'avez-vous d&#233;j&#224; vu rouler gratuitement ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mitterrand a obtenu 51,76 % des voix exprim&#233;es, choisi par 15 708 602 &#233;lecteurs, soit 1 065 956 de plus que son adversaire, et 8 202 302 de mieux que son r&#233;sultat du premier tour, quand Val&#233;ry Giscard d'Estaing n'a ralli&#233; que 6 419 874 nouveaux &#233;lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1981, Fran&#231;ois Mitterrand est le premier pr&#233;sident de la R&#233;publique issu du parti socialiste. Pour la deuxi&#232;me fois en France, des communistes staliniens sont au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1981, lorsque Mitterrand fut &#233;lu, &#224; la t&#234;te de la coalition des gauches y compris le PCF, apr&#232;s 23 ans de pouvoir sans partage de la droite (malgr&#233; et m&#234;me gr&#226;ce &#224; mai 1968, le mouvement de gr&#232;ve &#233;tant trahi par la gauche et les syndicats), apr&#232;s des d&#233;cennies sans union de la gauche, les illusions du monde du travail, sur ce qu'il pouvait attendre d'un gouvernement de gauche, &#233;taient tr&#232;s grandes et d'autant plus qu'il comprenait des ministres communistes (pour la premi&#232;re fois depuis la lib&#233;ration) et un accord de programme (le &#171; programme commun &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sous les deux pr&#233;sidences de Mitterrand, de 1981 &#224; 1995, les attaques n'ont pas manqu&#233; contre la classe ouvri&#232;re. D&#232;s 1982, le gouvernement Mauroy a organis&#233; le blocage des salaires et interdit d'indexer ceux-ci sur le co&#251;t de la vie. Pendant ce temps-l&#224;, l'imp&#244;t sur les b&#233;n&#233;fices des soci&#233;t&#233;s, qui &#233;tait de 50% sous Giscard, passait &#224; 45% en 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique men&#233;e par les socialistes sous Mitterrand d&#233;&#231;ut &#224; tel point l'&#233;lectorat populaire que la majorit&#233; &#233;lue en 1981 fut battue aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1986, comme celle issue des urnes apr&#232;s la r&#233;&#233;lection de Mitterrand en 1988 fut lamin&#233;e aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1993. &#192; chaque fois la gauche pr&#233;para le terrain pour un retour de la droite, qui elle-m&#234;me, par son cynisme et sa morgue envers le monde du travail, permit au PS de se refaire une virginit&#233;. C'est ce que les commentateurs appellent &#171; l'alternance &#187;, mais une alternance dans laquelle ce sont toujours les poss&#233;dants qui sont les gagnants, et les classes populaires les perdantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche a fait ce que la droite n'avait pas os&#233; : lever le tabou de la privatisation des services publics, en vendant de larges parts de France Telecom et d'Air France, cette derni&#232;re sous l'&#233;gide du ministre communiste Gayssot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1981, Mitterrand avait remport&#233; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle et nomm&#233; un gouvernement d'Union de la gauche comprenant quatre ministres communistes, du jamais vu depuis la Lib&#233;ration. Sit&#244;t &#233;lu, en octobre il faisait une tourn&#233;e en Lorraine et d&#233;clarait : &#171; Aucun poste de travail ne peut &#234;tre supprim&#233; dans la sid&#233;rurgie sans qu'un autre n'ait &#233;t&#233; cr&#233;&#233; auparavant dans un autre secteur &#187;, d&#233;non&#231;ant &#224; Longwy &#171; le co&#251;t social d'un capitalisme sauvage. &#187; Mais il ne fallut pas attendre bien longtemps pour que les paroles de Mitterrand s'envolent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vot&#233;e au Parlement en octobre, la nationalisation compl&#232;te de la sid&#233;rurgie fut achev&#233;e en f&#233;vrier 1982, sans que les patrons y perdent un centime. Cette nationalisation &#233;tait pr&#233;sent&#233;e par le PCF, depuis des ann&#233;es, comme la panac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le mois de juin 1982, l'&#201;tat annon&#231;ait 12 000 suppressions d'emplois. En Lorraine, c'&#233;tait le d&#233;but de la fin de l'aci&#233;rie de Pompey, celle qui avait coul&#233; l'acier ayant servi &#224; b&#226;tir la tour Eiffel. &#171; J'ai vot&#233; pour eux en 1981. Aujourd'hui ils ferment mon usine &#187;, pleurait, d&#233;sesp&#233;r&#233;, un sid&#233;rurgiste de Pompey mont&#233; &#224; Paris pour manifester, cit&#233; par le journal Le Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins de deux ans plus tard, le 29 mars 1984, le gouvernement socialiste Mauroy - comportant toujours quatre ministres communistes - r&#233;visait le plan Acier et annon&#231;ait la suppression de 21 000 emplois suppl&#233;mentaires. Ce fut alors la col&#232;re et le sentiment d'une immense trahison chez les travailleurs. Dans la r&#233;gion de Nancy, les aci&#233;ries de Pompey &#233;taient d&#233;finitivement ray&#233;es de la carte et celles de Neuves-Maisons au trois quarts liquid&#233;es. Le tiers des emplois de l'usine de Gandrange (qui en comptait plus de 6 000 &#224; l'&#233;poque) &#233;taient condamn&#233;s. Mais, surtout, ce plan Acier sonnait le glas de la sid&#233;rurgie &#224; Longwy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les usines souffle alors un vent de col&#232;re. Le 4 avril est journ&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale interprofessionnelle en Lorraine. On d&#233;nombre 150 000 manifestants dans les villes de la r&#233;gion, soigneusement encadr&#233;s par les syndicats qui craignent plus que tout une explosion sociale, la r&#233;&#233;dition des &#233;meutes de Longwy de 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi 13 avril, les syndicats organisent une grande marche des sid&#233;rurgistes sur Paris. Loin de s'appuyer sur la col&#232;re des sid&#233;rurgistes et d'en faire une marche contre les licenciements, contre le patronat et le gouvernement, les syndicats lui donnent un caract&#232;re r&#233;gional avec, en t&#234;te de cort&#232;ge, majorettes en costume r&#233;gional et croix de Lorraine. Et pourtant, ce plan Acier est d&#233;cid&#233; quelques mois seulement apr&#232;s les licenciements massifs chez Talbot &#224; Poissy et, le 13 avril, c'est Citro&#235;n qui annonce pr&#232;s de 6 000 suppressions d'emplois. Les conf&#233;d&#233;rations n'ont pas appel&#233; l'ensemble des travailleurs &#224; venir &#224; la manifestation, tr&#232;s encadr&#233;e par le service d'ordre syndical et qui traverse des quartiers d&#233;serts de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En donnant &#224; la lutte des sid&#233;rurgistes un caract&#232;re r&#233;gional, en l'orientant sur le terrain de la politique industrielle, les conf&#233;d&#233;rations syndicales l'envoyaient sur une voie de garage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier ministre &#171; socialiste &#187; Pierre Mauroy annon&#231;a le 13 juin 1982 le blocage des salaires et des prix pour quatre mois. Dans une p&#233;riode o&#249; le rythme d'inflation annuel &#233;tait de 13 %, et o&#249; les salaires suivaient plus ou moins les prix au gr&#233; des n&#233;gociations d'entreprise, cela signifiait d'embl&#233;e une importante perte de pouvoir d'achat pour les travailleurs. Les prix ne furent en effet jamais r&#233;ellement bloqu&#233;s, car leur pr&#233;tendu blocage n'&#233;tait qu'un alibi pour justifier celui des salaires. Aux termes m&#234;mes de la loi, de nombreux prix n'&#233;taient pas concern&#233;s : ceux des produits agroalimentaires tributaires des accords europ&#233;ens, fruits et l&#233;gumes, c&#233;r&#233;ales, ainsi que ceux des produits p&#233;troliers, qui augment&#232;rent de 11 % en juillet. On vit fleurir dans les grandes surfaces les produits dits nouveaux, pour lesquels il n'y avait par d&#233;finition aucun point de comparaison. Les services officiels eux-m&#234;mes pr&#233;voyaient une hausse de 2,5 %. Il y eut aussi, &#224; la veille du blocage, une valse des &#233;tiquettes, que le gouvernement ne chercha pas &#224; stopper. En revanche les salaires furent r&#233;ellement bloqu&#233;s. La loi suspendait toute clause conventionnelle en mati&#232;re de hausse de salaire jusqu'au 31 octobre. Les augmentations programm&#233;es dans les entreprises, en particulier celles qui &#233;taient attendues pour le 1er juillet afin de r&#233;ajuster les salaires sur l'inflation, &#233;taient donc annul&#233;es. M&#234;me les compensations pr&#233;vues au moment des n&#233;gociations sur les 39 heures devenaient nulles et non avenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er novembre, le blocage prit officiellement fin. Les prix, qui n'avaient jamais &#233;t&#233; r&#233;ellement bloqu&#233;s, devinrent &#171; encadr&#233;s &#187;. Les loyers augment&#232;rent &#224; nouveau, les transports d'&#206;le-de-France &#233;galement, ainsi que le prix des aliments et des v&#234;tements. Quant aux salaires, le gouvernement exhorta les patrons &#224; &#171; ne pas les laisser d&#233;raper &#187;. &#192; la fin de l'ann&#233;e, leur blocage se traduisait par une importante perte de pouvoir d'achat pour le monde du travail. C'&#233;tait aussi signifier aux travailleurs qu'ils ne verraient pas le gouvernement de gauche soutenir leurs revendications. Loin d'&#234;tre de leur c&#244;t&#233;, il soutiendrait les int&#233;r&#234;ts du grand patronat comme l'avait fait la droite avant lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, ce n'&#233;tait qu'un d&#233;but. Un nouveau plan d'aust&#233;rit&#233; fut annonc&#233; en mars 1983. Lorsque les travailleurs de l'automobile entr&#232;rent en gr&#232;ve cette ann&#233;e-l&#224;, Mauroy d&#233;non&#231;a &#171; une gr&#232;ve des ayatollahs &#187; et envoya les CRS d&#233;loger les gr&#233;vistes de Talbot Poissy qui occupaient l'usine. En 1984, il annon&#231;a la suppression de 21 000 emplois dans la sid&#233;rurgie, alors qu'il avait affirm&#233; qu'il n'y tol&#233;rerait aucun licenciement. Toutes ces mesures du gouvernement Mitterrand furent ressenties comme des trahisons, provoquant ranc&#339;ur et &#233;c&#339;urement parmi les travailleurs. Beaucoup d&#233;sert&#232;rent les syndicats. Au m&#234;me moment, le Front national, qui n'&#233;tait alors qu'un groupuscule, commen&#231;a son ascension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7150&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7150&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1994, c'est le pr&#233;sident fran&#231;ais &#171; socialiste &#187; Mitterrand qui organise le g&#233;nocide rwandais. Il ne le soutient pas, il le met en place. C'est lui qui l'a propos&#233;, c'est lui qui l'a financ&#233;, c'est lui qui l'a organis&#233;, c'est lui qui l'a arm&#233; et soutenu jusqu'au bout, c'est lui qui a sauv&#233; les g&#233;nocidaires apr&#232;s leur d&#233;faite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2806&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2806&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la France de Mitterrand soutenait &#224; fond la dictature sanglante de Milosevic en Yougoslavie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7601&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7601&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6858&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6858&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mitterrand discute avec les assassins fascistes serbes Ratko Mladic, Radovan Karad&#382;i&#263;. Il les couvrira jusqu'au bout (voir les cachoteries de la DGSE&#8230;). Parlant des bosniaques victimes des massacres serbes, Fran&#231;ois Mitterrand &#233;crira dans son livre L'ann&#233;e des adieux &#224; la page 175 : &#171; Il est vrai que ce qu'ils cherchent depuis le d&#233;but, c'est l'internationalisation, si n&#233;cessaire, par des provocations. Il y a quelques jours, M. Boutros Ghali m'a dit &#234;tre s&#251;r que l'obus tomb&#233; sur le march&#233; de Sarajevo &#233;tait une provocation bosniaque &#187;. Le massacre de Srebrenica par les forces serbes de Radovan Karadzic appuy&#233;es par les milices ultranationalistes et racialistes de Ratko Mladic est consid&#233;r&#233; depuis comme le plus grand massacre europ&#233;en depuis 1945, &#224; la charge symbolique immense. Le pr&#233;sident Izetbegovitc d&#233;clare &#224; Mitterrand le 28 juin 1992 que les serbes fascistes ont mis en place des camps d'extermination et Mitterrand&#8230; n'en dira jamais un mot !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Courrier International &#233;crit sous la plume de Juan Goytisolo : &#171; Les d&#233;fenseurs de la cause bosniaque qui manifestaient &#224; Paris avec des pancartes repr&#233;sentant le pr&#233;sident fran&#231;ais sur les cr&#226;nes des victimes, avec pour l&#233;gende &#8220;Fran&#231;ois Ier, roi des Serbes&#8221;, avaient raison. Le g&#233;nocide de 120 000 Musulmans de Bosnie ob&#233;issait &#224; un machiav&#233;lisme qui pr&#233;f&#233;rait ignorer les &#8220;dommages collat&#233;raux&#8221; du si&#232;ge de Sarajevo. Jamais Fran&#231;ois Mitterrand n'exprima sa compassion pour les victimes ; cette indiff&#233;rence, dissimul&#233;e sous le masque d'une pr&#233;tendue impartialit&#233; envers &#8220;les parties impliqu&#233;es dans le conflit&#8221;, poussa les souffrances des Bosniaques aux confins de l'indicible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;ration &#233;crit : &#171; Dans une interview &#224; la Frankfurter Allgemeine Zeitung (29 novembre 1991), Fran&#231;ois Mitterrand justifie sa politique pro-serbe : &#171; Comme vous le savez, la Croatie faisait partie du bloc nazi, pas la Serbie&#8230; Pendant les premiers mois de la guerre en Bosnie, les informations sur les atrocit&#233;s commises par les troupes de Ratko Mladic n'avaient pas suffi &#224; &#233;mouvoir une opinion que l'affaire des faux charniers de Timisoara avait rendue sceptique. Il faudra, en ce mois d'ao&#251;t 1992, les images des camps serbes diffus&#233;s par les t&#233;l&#233;visions, les t&#233;moignages de r&#233;fugi&#233;s sur le &#171; nettoyage ethnique &#187; serbe, sur les viols de femmes bosniaques, pour que l'opinion occidentale commence &#224; basculer. &#171; Izetbegovic m'a dit qu'il avait donn&#233; la liste des camps &#224; Mitterrand lors de son voyage &#224; Sarajevo, affirme Bernard-Henri L&#233;vy. Et Mitterrand a refus&#233; de croire &#224; ces camps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France Inter d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, les serbe avaient h&#233;rit&#233; du gros de l'arsenal de l'arm&#233;e Yougoslave. Mais Fran&#231;ois Mitterrand restait farouchement oppos&#233;, m&#234;me &#224; la lev&#233;e de l'embargo sur les armes en ex-Yougoslavie qui aurait permis d'aider indirectement les bosniaques. Il disait qu'il ne fallait pas &#171; ajouter la guerre &#224; la guerre &#187;&#8230; Cet argument raisonne &#233;trangement aujourd'hui &#224; propos de la Syrie. Pour le conflit des Balkans, Fran&#231;ois Mitterrand dira plus tard &#171; moi vivant, jamais la France ne fera la guerre &#224; la Serbie &#187;. Pendant ces 27 et 28 juin 1992 Fran&#231;ois Mitterrand aura rencontr&#233; le pr&#233;sident Izetbegovic&#8230;Mais aussi le g&#233;n&#233;ral Mladic &#224; l'a&#233;roport avant de repartir&#8230; Ces deux hommes auront compris la vraie nature du voyage. Le si&#232;ge pouvait continuer de plus bel. Ils avaient compris que Fran&#231;ois Mitterrand resterait fid&#232;le &#224; la tradition pro serbe de la France. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le principal support de la Serbie &#233;tait Mitterrand et son entourage, prisonniers d'une mythologie pro-serbe remontant &#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale. Paradoxalement, un des principaux contrepoids &#224; Mitterrand &#233;tait Nicolas Kovac, Ambassadeur de la R&#233;publique de Bosnie-Herz&#233;govine, d'origine serbe... Parmi les pro-serbes notoires, on peut citer Jean-Pierre Chev&#232;nement, le g&#233;n&#233;ral Pierre-Maris Gallois, R&#233;gis Debray, Peter Handke, Daniel Salvatore, Schiffer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre clandestin de l'OCI (pseudo trotskiste) avant de rejoindre le PS, il est &#233;lu d&#233;put&#233; en 1981. Il occupe les fonctions de premier secr&#233;taire du PS jusqu'en 1988, puis celles de ministre d'&#201;tat, ministre de l'&#201;ducation nationale, dans les gouvernements Rocard et Cresson, entre 1988 et 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sign&#233; candidat &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1995 &#224; l'issue d'une primaire &#8211; une premi&#232;re de ce type sous la Cinqui&#232;me R&#233;publique &#8211; et de deux septennats Mitterrand, il est battu par Jacques Chirac, recueillant 47,4 % des voix au second tour. Il redevient dans la foul&#233;e premier secr&#233;taire du Parti socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de la gauche aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1997 lui permet de devenir Premier ministre pour une troisi&#232;me cohabitation. &#192; la t&#234;te d'une &#171; majorit&#233; plurielle &#187; pendant cinq ans, il contribue &#224; la mise en place des 35 heures et des emplois-jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sa politique est tellement populaire qu'il est &#233;limin&#233; d&#232;s le premier tour aux &#233;lections suivantes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche a fait ce que la droite n'avait pas os&#233; : lever le tabou de la privatisation des services publics, en vendant de larges parts de France Telecom et d'Air France, cette derni&#232;re sous l'&#233;gide du ministre communiste Gayssot. Le gouvernement a d'ailleurs franchi une premi&#232;re &#233;tape, en faisant voter par l'assembl&#233;e, en f&#233;vrier 1999, l'ouverture du march&#233; de l'&#233;lectricit&#233;. Le gouvernement Jospin a mis La Poste et la SNCF sur la m&#234;me voie de &#171; l'ouverture du march&#233; &#187; et de la rentabilisation par secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bradage pass&#233; de France Telecom et &#224; venir d'EDF n'&#233;tait pas simplement destin&#233; &#224; donner &#224; des bourgeois fran&#231;ais de nouvelles opportunit&#233;s de profits, il doit aider &#224; faire de ces groupes des g&#233;ants capitalistes mondiaux. EDF, qui r&#233;alise d&#233;j&#224; presque le quart de son chiffre d'affaires &#224; l'&#233;tranger veut faire passer cette part &#224; 50 % d'ici 2004/2005. Pour cela l'entreprise souhaite justement l'ouverture du march&#233; europ&#233;en pour conqu&#233;rir de nouvelles positions &#224; l'ext&#233;rieur et l'ouverture de son capital pour mobiliser des fonds sur les march&#233;s financiers et n&#233;gocier des fusions-acquisitions. Sous la tutelle de la gauche, EDF et GDF n'ont pas attendu leur privatisation pour se lancer dans la sp&#233;culation sur le march&#233; international de l'&#233;nergie. Elles ont mont&#233; leur propre filiale de trading (le m&#233;tier d'Enron, la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine dont la faillite fait actuellement scandale), EDF-trading (en collaboration avec Vivendi) et Gaselys (avec la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale). Mais pour grossir &#224; l'&#233;tranger et devenir des num&#233;ros un mondiaux, ces entreprises doivent bien pr&#233;senter la facture &#224; quelqu'un. Ce sera leurs salari&#233;s, dont les conditions de travail se d&#233;gradent, et les usagers, qui ont vu le gouvernement augmenter plusieurs fois les tarifs du gaz et de l'&#233;lectricit&#233;. L'avenir est programm&#233; : comme France Telecom, EDF et GDF tenteront de plus en plus de se lib&#233;rer des contraintes du service public, au profit de la rentabilit&#233; imm&#233;diate ...aux d&#233;pens des salari&#233;s comme des usagers. Tout en faisant passer au priv&#233; les secteurs les plus rentables du secteur public, il a soumis le reste &#224; une di&#232;te de 5 ans. D&#232;s 1997, il a proclam&#233; le &#171; gel de l'emploi public &#187;. Le plan Jupp&#233; de 1995 a &#233;t&#233; prolong&#233;. Les h&#244;pitaux ont continu&#233; d'&#234;tre rationn&#233;s en effectifs et en moyens. Dans la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1990, les d&#233;penses du secteur hospitalier avaient augment&#233; de 7 % par an, ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; insuffisant pour suivre le d&#233;veloppement de l'activit&#233;. Mais entre 1995 et 2000, cette augmentation a &#233;t&#233; de 7 % au total ! Un lit sur 15 a &#233;t&#233; supprim&#233; de 1994 &#224; 1999. En 2002, alors que le passage aux 35 heures aurait n&#233;cessit&#233; la cr&#233;ation d'au moins 80 000 postes, le gouvernement n'en promet que 40 000, et les hospitaliers exasp&#233;r&#233;s multiplient les gr&#232;ves. Gel de l'embauche, surcharge de travail, p&#233;nurie de moyens : le m&#234;me traitement a &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; aux transports, &#224; la poste ou encore &#224; l'&#233;ducation nationale. Le gouvernement &#034;de gauche&#034; a continu&#233; d'&#233;tendre la pr&#233;carit&#233; : sur 3,4 millions de salari&#233;s des trois fonctions publiques, il y a aujourd'hui 960 000 non titulaires et plus de 300 000 &#171; contrats aid&#233;s &#187; (CES, emplois-jeunes, contrats de ville&#8230;). De quoi donner envie de voir Jospin go&#251;ter &#224; son tour &#224; la pr&#233;carit&#233; de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche au gouvernement a bien s&#251;r mis en place de nouvelles lois, comme les 35 heures, pris des mesures budg&#233;taires, comme les emplois-jeunes, et avalis&#233; des r&#232;gles nouvelles, comme le PARE imposant aux ch&#244;meurs de nouvelles contraintes pour leur faire accepter n'importe quel travail &#224; n'importe quel prix. Mais si ces mesures ont eu des cons&#233;quences certaines sur les conditions de vie de bon nombre de salari&#233;s, leurs effets r&#233;els sur l'emploi sont, eux, tout &#224; fait incertains. Pour les 35 heures il n'a ainsi jamais &#233;t&#233; vraiment possible d'en &#233;valuer les effets sur l'emploi. Le gouvernement a pr&#233;tendu que l'application de la loi avait permis la cr&#233;ation de plusieurs centaines de milliers de postes. Mais personne n'a jamais pu savoir quelle &#233;tait dans ces chiffres la part des embauches en compensation de la r&#233;duction du temps de travail, et celle de &#171; l'effet d'aubaine &#187;, permettant aux patrons de rafler les cadeaux en mati&#232;re de charges sociales, pour des embauches qu'ils auraient de toutes fa&#231;ons &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; r&#233;aliser. Ce qui est par contre parfaitement palpable (surtout pour ceux qui les touchent), ce sont les milliards sous forme de baisses de charges sociales r&#233;cup&#233;r&#233;es par le patronat au titre de la pr&#233;tendue r&#233;duction du temps de travail. Et c'est aussi que cette loi concoct&#233;e et vot&#233;e par la gauche, a ouvert la porte &#224; une g&#233;n&#233;ralisation de la flexibilit&#233; et dans bien des cas d&#233;t&#233;rior&#233; les conditions de travail des salari&#233;s, en m&#234;me temps que donn&#233; lieu &#224; des r&#233;ductions de salaires ou de primes. Autre certitude, l'application des 35 heures a provoqu&#233; de tr&#232;s nombreux mouvements de gr&#232;ve et protestations &#8211; jusqu'&#224; aujourd'hui &#8211; r&#233;v&#233;lateurs de l'appr&#233;ciation des salari&#233;s concern&#233;s sur les pr&#233;tendus bienfaits de la loi. Quant aux emplois-jeunes, la gauche qui en avait promis 700 000 n'en a r&#233;alis&#233;s sur la l&#233;gislature qu'un peu moins de la moiti&#233;, cr&#233;&#233;s par les seuls secteurs public et associatif. Ces emplois ont certes &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s comme un d&#233;pannage bienvenu par une partie des jeunes concern&#233;s, en fin de scolarit&#233; ou d&#233;j&#224; au ch&#244;mage, ou encore salari&#233;s depuis peu et saisissant l'occasion de changer de patron. Mais ces emplois, sous forme de contrats de cinq ans, financ&#233;s &#224; 80 % par l'Etat, ont inaugur&#233; une nouvelle forme de pr&#233;carit&#233; et de salaire au rabais. Embauch&#233;s dans l'enseignement, dans la police, dans les transports en commun, dans les municipalit&#233;s, etc., les jeunes en question se sont souvent retrouv&#233;s &#224; boucher des trous dans des administrations qui ont ainsi pourvu les postes manquants en les payant en dessous du tarif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'a &#233;t&#233; fait par ailleurs par le gouvernement de gauche contre la pr&#233;carit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Sauf &#224; consid&#233;rer que la disposition de la derni&#232;re loi dite &#171; de modernisation sociale &#187;, passant de 6 % &#224; 10 % la prime de pr&#233;carit&#233; des CDD pour l'aligner sur celle des int&#233;rimaires, puisse constituer une r&#233;elle pression sur les patrons. La progression de la pr&#233;carit&#233; a au contraire accompagn&#233; la cr&#233;ation des nouveaux emplois, avec pour corollaire l'ins&#233;curit&#233; au travail. Entre 1999 et 2000 le nombre d'accidents du travail a ainsi progress&#233; de 4,6 % selon les chiffres du minist&#232;re de l'emploi qui pr&#233;cise que le secteur de l'int&#233;rim est particuli&#232;rement touch&#233; et que la pr&#233;carit&#233; et la flexibilit&#233; des horaires en sont les principales causes. Quant aux licenciements collectifs pour motif dit &#233;conomique, ils se sont mis &#224; grimper &#224; nouveau brutalement avec la rafale des plans sociaux au printemps dernier. En un an, de novembre 2000 &#224; novembre 2001, leur nombre a progress&#233; de 39,8 % pendant que le ch&#244;mage lui progressait de 12,7 %. Pour faire croire qu'il se pr&#233;occupait des licenciements &#233;conomiques, le gouvernement a propos&#233; un dispositif, toujours dans le cadre de cette loi de &#171; modernisation sociale &#187;, suscitant une longue discussion parlementaire. Le texte n'est finalement qu'une collection de dispositions l&#233;gales d&#233;j&#224; existantes et de vagues recommandations. Et de plus la d&#233;finition du licenciement &#233;conomique &#8211; fruit de concessions de Jospin au PCF mais qui ne pouvait tout au plus que permettre de retarder de quelques jours la mise en application des licenciements &#8211; a &#233;t&#233; retoqu&#233;e par le Conseil Constitutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : le point essentiel est que la gauche a fait passer dans le mouvement ouvrier l'id&#233;e de la r&#233;forme... id&#233;e reprise ensuite par Sarkozy pour casser tous les droits sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et finalement c'est Hollande qui l'a fait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui est Fran&#231;ois Hollande ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1992&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1992&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; socialistes &#187; Hollande-Valls lancent la &#171; r&#233;forme &#187; n&#233;o-lib&#233;rale en France&#8230; Ce que la droite n'a pas os&#233; faire jusque l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2728&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2728&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les &#171; socialistes &#187; Hollande-Valls au gouvernement qui lancent &#171; la France en guerre &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.org/spip.php?article4591&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.org/spip.php?article4591&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas juste un slogan !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2589&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2589&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve652&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve652&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2013, le Front de Gauche promeut la guerre au Mali&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2613&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2613&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique &#171; socialiste &#187; de Hollande, c'est simplement la d&#233;fense de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article2332&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article2332&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hollande est le dernier pr&#233;sident de la fran&#231;afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve835&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve835&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hollande (aid&#233; par Le Maire) a ruin&#233; l'Etat fran&#231;ais pour &#171; sauver &#187; les capitalistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3466&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3466&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6230&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6230&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4063&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4063&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trajectoire personnelle de Hollande d&#233;crit celle du parti dit &#171; socialiste &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hollande-Valls poussent la France dans le sens raciste, fasciste, policier, anti-immigr&#233;s, anti-musulmans, anti-sans papiers, anti-&#233;trangers, anti-Roms, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve572&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve572&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve573&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve573&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3386&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3386&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le but : Hollande-Valls s'attaquent &#224; la classe ouvri&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3188&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3188&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4037&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4037&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et soutenir le patronat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3640&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3640&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2428&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2428&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mitterrandiste M&#233;lenchon, une nouvelle version social-d&#233;mocrate du courant &#171; socialiste &#187; en France&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8466&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8466&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4419&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4419&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7798&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7798&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3579&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3579&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2012, ils ont fait le &#171; front de gauche &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2337&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2337&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; socialistes &#187; ont pr&#233;tendu reconstituer le front populaire aux c&#244;t&#233;s des m&#233;lenchonistes, des &#233;cologistes et autres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7817&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7817&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://matierevolution.org/spip.php?article8871&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://matierevolution.org/spip.php?article8871&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'a dur&#233; qu'une &#233;lection et ensuite, le parti socialiste s'est fait le meilleur d&#233;fenseur de Macron et du gouvernement Lecornu. Sans le PS, les deux auraient chut&#233; depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources historiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201707/9545/histoire-du-parti-socialiste-france-1878-1920-partie-i&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201707/9545/histoire-du-parti-socialiste-france-1878-1920-partie-i&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201711/9606/histoire-du-parti-socialiste-france-1878-1920-partie-ii-chaoti&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201711/9606/histoire-du-parti-socialiste-france-1878-1920-partie-ii-chaoti&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(France&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(France&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La social-d&#233;mocratie autrichienne ou la trahison permanente</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7648</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7648</guid>
		<dc:date>2026-03-08T23:14:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Autriche</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie autrichienne ou la trahison permanente &lt;br class='autobr' /&gt;
1915 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1915/07/lt19150713.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
Janvier 1918 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6263 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/rosdolsky/works/1967/10/rosdolsky.htm 1919 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/radek/works/1919/10/autriche.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
Juillet 1927 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_de_Juillet (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot270" rel="tag"&gt;Autriche&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La social-d&#233;mocratie autrichienne ou la trahison permanente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1915&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1915/07/lt19150713.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1915/07/lt19150713.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6263&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosdolsky/works/1967/10/rosdolsky.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosdolsky/works/1967/10/rosdolsky.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/radek/works/1919/10/autriche.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/radek/works/1919/10/autriche.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juillet 1927&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_de_Juillet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_de_Juillet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/austria/july-revolt/letter.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/austria/july-revolt/letter.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/austria/july-revolt/eye-witness.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/austria/july-revolt/eye-witness.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/austria/july-revolt/schreiber.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/austria/july-revolt/schreiber.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1929&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6953&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6953&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1929/11/lt19291113.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1929/11/lt19291113.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1930&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301117b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301117b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/writers/spector/1930/06/answer.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/writers/spector/1930/06/answer.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/lt19330613.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/lt19330613.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1934&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4809&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4809&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/newspape/fi/vol05/no07/berger.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/newspape/fi/vol05/no07/berger.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/shachtma/1934/02/austria.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/shachtma/1934/02/austria.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/newspape/ni/vol01/no01/max.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/newspape/ni/vol01/no01/max.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/shachtma/1934/07/austria.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/shachtma/1934/07/austria.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.wordpress.com/2014/04/02/la-guerre-civile-en-autriche-landau-1934/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bataillesocialiste.wordpress.com/2014/04/02/la-guerre-civile-en-autriche-landau-1934/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1920 &#224; 1934&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://libcom-org.translate.goog/article/1920-1934-death-austrian-left?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://libcom-org.translate.goog/article/1920-1934-death-austrian-left?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1984&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-dissentmagazine-org.translate.goog/article/the-dark-side-of-austrian-social-democracy/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-dissentmagazine-org.translate.goog/article/the-dark-side-of-austrian-social-democracy/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-wsws-org.translate.goog/en/articles/2004/03/aust-m23.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-wsws-org.translate.goog/en/articles/2004/03/aust-m23.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-wsws-org.translate.goog/en/articles/2007/01/aust-j20.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-wsws-org.translate.goog/en/articles/2007/01/aust-j20.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-wsws-org.translate.goog/en/articles/2008/10/aust-o03.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-wsws-org.translate.goog/en/articles/2008/10/aust-o03.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-wsws-org.translate.goog/en/articles/2009/01/book-j03.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-wsws-org.translate.goog/en/articles/2009/01/book-j03.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-wsws-org.translate.goog/en/articles/2015/06/12/soci-j12.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-wsws-org.translate.goog/en/articles/2015/06/12/soci-j12.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-wsws-org.translate.goog/en/articles/2017/10/09/aust-o09.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-wsws-org.translate.goog/en/articles/2017/10/09/aust-o09.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-lemonde-fr.translate.goog/en/international/article/2023/06/06/social-democrats-in-austria-announce-wrong-leader-due-to-an-excel-spreadsheet-error_6029296_4.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-lemonde-fr.translate.goog/en/international/article/2023/06/06/social-democrats-in-austria-announce-wrong-leader-due-to-an-excel-spreadsheet-error_6029296_4.html?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierinternational.com/une/une-du-jour-le-parti-social-democrate-autrichien-plonge-dans-le-chaos-a-cause-d-un-tableau-excel&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.courrierinternational.com/une/une-du-jour-le-parti-social-democrate-autrichien-plonge-dans-le-chaos-a-cause-d-un-tableau-excel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier en Autriche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/Mouvement_ouvrier_en_Autriche&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wikirouge.net/Mouvement_ouvrier_en_Autriche&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;tendu &#171; austro-marxisme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Austromarxisme&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Austromarxisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie d'Autriche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_social-d%C3%A9mocrate_d%27Autriche&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_social-d%C3%A9mocrate_d%27Autriche&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie en Autriche-Hongrie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/histoire-generale-du-socialisme-2--9782130363699-page-73.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/histoire-generale-du-socialisme-2--9782130363699-page-73.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Adler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article197341&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article197341&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Renner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article197646&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article197646&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Otto Bauer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article197360&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article197360&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Theodor K&#246;rner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article197538&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article197538&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adolf Sch&#228;rf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article197682&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article197682&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franz Jonas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article197513&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article197513&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Adler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article197339&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article197339&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max Adler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article197340&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article197340&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alfred Adler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article197337&amp;id_mot=15787&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article197337&amp;id_mot=15787&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Austerlitz&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article197354&amp;id_mot=15787&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article197354&amp;id_mot=15787&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heinrich Oberwinder&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article197602&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article197602&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vienne, ville social-d&#233;mocrate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://materialisme-dialectique.com/laustro-marxisme-et-vienne-comme-modele-socialiste/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://materialisme-dialectique.com/laustro-marxisme-et-vienne-comme-modele-socialiste/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier autrichien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article197784&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article197784&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article197783&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article197783&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parole &#224; la d&#233;fense de la social-d&#233;mocratie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/bauer/works/1923/03/Revo_autrichienne.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/bauer/works/1923/03/Revo_autrichienne.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quatri&#232;me partie du programme r&#233;volutionnaire : nos engagements pour le futur gouvernement r&#233;volutionnaire des soviets du peuple travailleur</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8647</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8647</guid>
		<dc:date>2026-03-04T23:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Abacar, Alex, Bianco, charlie, DD, F. Kletz, Faber Sperber, Karim, Karob, Max, Melissa, Mesoke Swallow, Ramata, Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed, Waraa</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Quatri&#232;me partie du programme r&#233;volutionnaire : nos engagements pour le futur gouvernement r&#233;volutionnaire des soviets du peuple travailleur &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi &#233;tonnant que cela puisse paraitre au premier abord, ce texte proclame nos engagements dans le nouveau type de pouvoir que constituera l'Etat des conseils du peuple travailleur des villes et des campagnes. Ce n'est pas du futurisme mais un engagement pour notre action politique et sociale d&#232;s maintenant. Et on remarquera que la plupart des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique194" rel="directory"&gt;10 - Textes programmatiques de La Voix des Travailleurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quatri&#232;me partie du programme r&#233;volutionnaire : nos engagements pour le futur gouvernement r&#233;volutionnaire des soviets du peuple travailleur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aussi &#233;tonnant que cela puisse paraitre au premier abord, ce texte proclame nos engagements dans le nouveau type de pouvoir que constituera l'Etat des conseils du peuple travailleur des villes et des campagnes. Ce n'est pas du futurisme mais un engagement pour notre action politique et sociale d&#232;s maintenant. Et on remarquera que la plupart des organisations, m&#234;me quand elles se disent r&#233;volutionnaires, se gardent bien de prendre des engagements sur ce qu'elles feraient en cas de r&#233;volution, sur le type de pouvoir qu'elles soutiendraient et sur la politique qu'elles y m&#232;neraient. Elles se cachent derri&#232;re un pr&#233;tendu r&#233;alisme pour ne s'engager &#224; rien, pour ne pas rompre avec les bureaucraties syndicales, avec l'appareil politique, institutionnel, administratif, policier, militaire, carc&#233;ral et bien s&#251;r financier et &#233;conomique de l'Etat capitaliste, pour ne pas s'engager &#224; le d&#233;molir pierre apr&#232;s pierre&#8230; Elles ne s'engagent pas plus &#224; d&#233;molir l'appareil militaire que l'appareil policier, pas plus l'appareil financier que celui des trusts, pas plus l'appareil administratif que judiciaire, etc. Elles ne s'engagent m&#234;me pas &#224; ne gouverner que par des soviets de travailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les organisations qui proclament &#171; une seule solution, la r&#233;volution &#187;, &#171; une seule voie, celle du socialisme &#187;, &#171; un seul but, le parti r&#233;volutionnaire &#187; sont faussement r&#233;volutionnaires si elles n'annoncent pas d&#232;s maintenant qu'elles rompent avec toutes les forces contre-r&#233;volutionnaires, qu'elles soient r&#233;formistes politiques ou syndicales et qu'elles ne les laisseront pas diriger lors de la prochaine vague r&#233;volutionnaire. Ces organisations veulent des ch&#232;ques en blanc, qu'on leur fasse confiance sans engagement, sans programme d'avenir, sans rupture compl&#232;te et publique avec le monde d'hier. Une telle rupture n&#233;cessite d'exposer d&#232;s maintenant quels seront leurs objectifs et comment elles souhaitent proc&#233;der pour y parvenir. Sinon, nous n'avons aucune raison de leur faire confiance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour notre part, nous prenons ici et aujourd'hui des engagements pour la r&#233;volution de demain qui devra, pour r&#233;ussir, mettre en place des soviets et leur donner la totalit&#233; du pouvoir et des richesses, les travailleurs, tous ceux qui ne vivent que de leur travail sans exploiter personne, &#233;tant les seuls &#224; avoir le droit de gouverner, de diriger, de d&#233;cider dans le nouvel Etat et &#224; profiter des richesses produites par la collectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous engageons donc, en premier, &#224; lutter pour que la totalit&#233; des d&#233;cisions gouvernementales, d&#232;s les d&#233;buts du nouveau pouvoir, soient exclusivement l'&#233;manation de conseils de travailleurs &#233;lus et r&#233;vocables issus d'assembl&#233;es d&#233;cisionnelles et souveraines (en somme des soviets) totalement ind&#233;pendants de l'ancien pouvoir capitaliste et de ses d&#233;fenseurs et profiteurs, qu'ils &#339;uvreront exclusivement pour le bien-&#234;tre de ceux qui vivent de leur travail, que celui-ci leur permette d'en vivre correctement en ayant les moyens (eux et leurs familles) de se loger, de se nourrir, de se soigner, de b&#233;n&#233;ficier de la s&#233;curit&#233;, d'avoir droit aux loisirs, de profiter d'une bonne &#233;ducation, de participer d&#233;mocratiquement &#224; toutes les d&#233;cisions. Et surtout que jamais leur travail ne b&#233;n&#233;ficie &#224; des profiteurs et des exploiteurs, que le b&#233;n&#233;fice de leurs efforts n'enrichisse pas des sp&#233;culateurs, des financiers, des exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous engageons &#224; ne jamais tenir compte, dans les d&#233;cisions du nouveau pouvoir, des int&#233;r&#234;ts du grand capital que ce soit celui du pays ou d'un autre pays, et toujours prendre les d&#233;cisions dans le sens des int&#233;r&#234;ts du peuple travailleur qui va des salari&#233;s, des ch&#244;meurs, des retrait&#233;s aux jeunes, aux femmes, aux petits paysans, aux petits p&#234;cheurs, aux petits artisans, aux petits commer&#231;ants, aux petits camionneurs, aux taxis individuels, aux petits auto-entrepreneurs, aux petits professions lib&#233;rales, aux nationalit&#233;s et religions opprim&#233;es, &#224; tous les opprim&#233;s du monde. Nous nous engageons &#224; toujours agir pour les unir et d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts contre ceux du grand capital. Nous nous engageons &#224; ce que le nouveau pouvoir ne d&#233;fende pas les int&#233;r&#234;ts d'un peuple ou d'une nation mais de tous et cherche par tous les moyens &#224; les unir pour d&#233;truire d&#233;finitivement et mondialement le capitalisme et l'imp&#233;rialisme. Un Etat victorieux dans un pays ou dans une r&#233;gion ne devra avoir de cesse que d'en finir avec les autres Etats capitalistes et imp&#233;rialistes et &#224; faire tous les sacrifices qui seront n&#233;cessaires pour y parvenir. Nous nous engageons &#224; ne jamais d&#233;fendre un int&#233;r&#234;t national contre l'int&#233;r&#234;t international des exploit&#233;s et opprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous engageons &#224; abolir toutes les lois, les r&#232;gles, les mesures capitalistes dress&#233;es contre les travailleurs : code du travail, justice sociale, dur&#233;e du travail, ch&#244;mage, retraites, licenciements, conditions de travail, risques professionnels, horaires, pressions de l'encadrement, hi&#233;rarchie, salaires, accidents du travail, sant&#233; au travail, fautes professionnelles, etc&#8230; Nous nous engageons que les nouvelles r&#232;gles ne servent qu'&#224; renforcer collectivement le monde du travail sans accepter aucune des &#171; lois &#187; du grand capital. Personne n'aura plus le droit d'emp&#234;cher quiconque d'avoir les moyens de vivre et de faire vivre une famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous engageons que la guerre soit combattue &#224; la racine par le nouveau pouvoir, en d&#233;sarmant compl&#232;tement la classe capitaliste, en retirant toute autorit&#233; sur les soldats &#224; la hi&#233;rarchie militaire, en permettant aux petits soldats d'&#233;lire leurs propres conseils qui prendront les d&#233;cisions aux c&#244;t&#233;s des soviets du peuple travailleur, en pla&#231;ant l'industrie d'armement, les stocks d'armes, les armes sp&#233;ciales (nucl&#233;aires, chimiques, bact&#233;riologiques, etc) sous le contr&#244;le des soviets de travailleurs et de soldats, en rendant criminelle toute liaison entre appareil militaire et int&#233;r&#234;ts capitalistes. Et, d&#232;s maintenant, cela suppose de militer pour tisser des liens entre la lutte des travailleurs et les petits soldats (et aussi les petits policiers qui refusent de participer &#224; la r&#233;pression des luttes et aux violences polici&#232;res). Cela suppose de militer au sein des travailleurs en faveur des droits des petits soldats et petits policiers de s'auto-organiser, de refuser des ordres violents contre la population, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose de s'engager &#224; d&#233;fendre individuellement tous les petits soldats et petits policiers qui refuseront d'ob&#233;ir &#224; des ordres de violences contre la population. Cela suppose de d&#233;noncer publiquement les organisations politiques et syndicales qui s'y refuseront. Tout comme les autres points soulev&#233;s pr&#233;c&#233;demment supposent de d&#233;noncer les organisations qui refusent d'unir toutes les nationalit&#233;s, en d&#233;fendant le nationalisme, qui refusent de se solidariser avec les r&#233;voltes et r&#233;volutions partout dans le monde, qui refusent de combattre leur propre imp&#233;rialisme, qui d&#233;fendent les int&#233;r&#234;ts d'une aristocratie ouvri&#232;re fond&#233;e sur les travailleurs les plus favoris&#233;s, etc. Dans tous les domaines, des engagements d'avenir ont une signification sur les engagements imm&#233;diats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous engageons que cet Etat des soviets soit fond&#233; sur la d&#233;molition des forces arm&#233;es du grand capital et sur l'armement du peuple travailleur ! Les travailleurs devront, avant m&#234;me l'av&#232;nement du nouvel Etat, &#234;tre organis&#233;s partout o&#249; cela sera possible, en milices, en gardes r&#233;volutionnaires, en bataillons, en arm&#233;e, etc. Nous nous engageons d&#232;s aujourd'hui &#224; d&#233;fendre aupr&#232;s des travailleurs l'importance de s'armer et de s'organiser en milices ouvri&#232;res. Nous nous engageons aussi &#224; d&#233;noncer et d&#233;masquer toutes les organisations politiques et syndicales qui se refusent &#224; d&#233;truire l'armement du grand capital et &#224; favoriser l'armement du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous engageons &#224; prendre toutes les mesures, &#224; chaque &#233;tape de la r&#233;volution permanente, de la formation de soviets r&#233;volutionnaires &#224; la fondation du pouvoir aux travailleurs, de la victoire de la bourgeoisie d'un pays au renversement mondial du capitalisme, au socialisme et au communisme, d'&#339;uvrer toujours non seulement pour d&#233;fendre les victoires acquises mais pour porter la lutte au-del&#224;, pour ne pas se contenter de d&#233;fendre le statu quo avec les forces ennemies encore en place, mais &#224; chercher toujours &#224; pousser plus loin la r&#233;volution. Nous engageons &#224; d&#233;noncer les partis et syndicats, qui, en p&#233;riode r&#233;volutionnaire, feraient semblant de vouloir la r&#233;volution, pour la diriger, la freiner, la d&#233;voyer, la limiter, la bureaucratiser, la conserver dans des limites sociales et politiques, dans des fronti&#232;res nationales, compatibles avec les forces qui subsisteraient du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous engageons &#224; combattre toutes les formes de bureaucratisme syndical, politique, &#233;tatique, &#233;conomique et autres. Cela suppose de le faire d&#232;s aujourd'hui. Les organisations qui pr&#233;tendent qu'elles le feront demain sans le faire aujourd'hui ne m&#233;ritent pas notre confiance. Fondamentalement, combattre le bureaucratisme, c'est toujours porter au maximum les capacit&#233;s autonomes des travailleurs, toujours prendre les d&#233;cisions collectivement, toujours doter la classe exploit&#233;e d'organismes fond&#233;s directement par elle pour prendre les d&#233;cisions. Et la doter &#233;galement des moyens de d&#233;mettre ces organismes, si cela est n&#233;cessaire. L&#224; encore, il ne faut pas dire qu'on le fera demain si on ne le fait pas aujourd'hui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la r&#233;volution ne peut pas toujours aller de l'avant, parfois il faut m&#234;me reculer momentan&#233;ment. Nous nous engageons &#224; dire &#224; chaque &#233;tape la v&#233;rit&#233; aux travailleurs, &#224; ne pas camoufler des reculs, &#224; ne pas les pr&#233;senter comme des victoires, &#224; ne pas enlever aux travailleurs les moyens d'analyser les forces en pr&#233;sence, les strat&#233;gies, les tactiques n&#233;cessaires. En somme, nous nous engageons &#224; ne jamais traiter le prol&#233;tariat comme des moutons devant suivre des bergers (m&#234;me si ceux-ci se disent r&#233;volutionnaires) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous engageons &#224; construire un Etat des soviets qui ne remplace pas les soviets, qui ne supprime pas l'auto-organisation des travailleurs et qui soit un Etat visant &#224;&#8230; sa propre suppression. Car le but de la r&#233;volution n'est pas la prise du pouvoir mais le socialisme et le communisme. Et d&#232;s lors, la r&#233;volution vise finalement &#224; la suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme, la suppression des classes sociales et de l'Etat&#8230; Cela se voit d&#232;s aujourd'hui, dans le comportement des organisations politiques et syndicales, quand elles ne s'orientent pas du tout dans cette direction. Toute organisation pr&#234;te &#224; diriger une lutte par les appareils bureaucratiques et sans auto-organisation des travailleurs, n'est pas de notre c&#244;t&#233; et doit &#234;tre d&#233;nonc&#233;e publiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les engagements d'un tel gouvernement prol&#233;tarien r&#233;volutionnaires sont multiples et j'en cite en vrac quelques unes sous forme de ce qui sera inadmissible pour ce pouvoir : interdiction de remettre les enfants mineurs entre les mains des pr&#234;tres de toutes religions, interdiction de toutes les formes du patriarcat, interdiction de payer les dettes des capitalistes, interdiction de laisser des armes &#224; quiconque n'ob&#233;it pas au pouvoir des travailleurs, interdiction de diffuser le racisme, la x&#233;nophobie, le nationalisme, la division des &#234;tres humains sous toutes ses formes, interdiction de tout pouvoir d'anciens capitalistes, interdiction de licencier, d'expulser, d'emprisonner pour dettes personnelles, interdiction de soumettre de force des enfants, interdiction d'emprisonner des enfants, interdiction d'exploiter des enfants, interdiction de fanatiser des enfants, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nous engageons que toutes les richesses appartiennent au peuple travailleur !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout est &#224; nous ! Rien n'est &#224; eux ! Tout ce qu'ils ont, ils nous l'ont vol&#233; ! Capital, entreprises, biens, et m&#234;me leurs armes, m&#234;me leur pouvoir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui travaillent nous habiller doivent pouvoir s'habiller, ceux qui se chargent de nos enfants doivent avoir les moyens de se charger de leurs enfants, ceux qui produisent notre nourriture doivent pouvoir se nourrir, ceux qui nous transportent doivent avoir les moyens de se transporter, ceux qui nous soignent dans les h&#244;pitaux et les EPHAD doivent pouvoir prot&#233;ger leur sant&#233;, ceux qui s'occupent de nos enfants dans les cr&#232;ches, &#233;coles et chez les nounous doivent pouvoir s'occuper de leurs enfants, ceux qui fabriquent des automobiles doivent en voir une, ceux qui fabriquent des logements doivent en avoir un, ceux qui font des routes ne doivent pas &#234;tre &#224; la rue, ceux qui travaillent dans les banques doivent avoir des sous en banque, ceux qui travaillent doivent vivre de leur travail et pas seulement enrichir ceux qui ne travaillent pas&#8230; Ceux qui produisent toutes les richesses ne doivent pas &#234;tre les seuls &#224; ne pas en b&#233;n&#233;ficier. En fait, ceux qui produisent n'ont pas d'autre solution pour ne pas devenir des esclaves que de prendre collectivement la totalit&#233; du pouvoir et des richesses et de n'en avoir aucune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui produisent des biens doivent poss&#233;der collectivement ces richesses, ils doivent poss&#233;der collectivement le pouvoir, ils doivent s'organiser pour cela en classe dirigeante, ils doivent refuser tout pouvoir et toute mainmise sur les richesses aux exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les aides sociales, co&#251;tent un pognon de dingues &#187;, qu'il disent les gouvernants pourris !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous qui ne vivons que de notre travail, et de plus en plus durement, le grand capital nous co&#251;te un pognon de dingues !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est &#224; nous ! Tout ce qu'ils ont dans leurs coffre-forts, ils nous l'ont vol&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule mani&#232;re de combattre &#224; la fois l'effondrement de la confiance des prol&#233;taires en leur propre force li&#233;e &#224; la perte des emplois, la perte de boussole li&#233;e au d&#233;saveu de la d&#233;mocratie capitaliste et &#224; la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite et aux d&#233;vastations de la mis&#232;re, de la peur, de la guerre, de la haine qui montent dans le monde capitaliste est d'affirmer la perspective socialiste li&#233;e &#224; l'auto-organisation du peuple travailleur. La principale force du peuple travailleur, c'est d'&#234;tre la seule classe sociale porteuse d'une nouvelle soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e de toutes les tares du syst&#232;me d'exploitation aujourd'hui historiquement d&#233;pass&#233; avant m&#234;me d'avoir &#233;t&#233; renvers&#233; de mani&#232;re r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'orientation qui peut diriger demain un nouveau mouvement des gilets jaunes afin d'en finir avec l'Etat des milliardaires, la loi des milliardaires, la justice des milliardaires et l'&#233;conomie des milliardaires et instaurer l'ordre et la d&#233;mocratie de tous ceux qui ne vivent que de leur travail, tout un programme !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avenir de l'humanit&#233; passe in&#233;luctablement par la mise en place mondiale de soviets de travailleurs et par leur prise de la totalit&#233; du pouvoir et des richesses...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOUT EST A NOUS ! NOUS VOULONS TOUT !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOUS NE LAISSERONS RIEN AUX MILLIARDAIRES ET A LEURS COPAINS DU POUVOIR !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui disait d&#233;j&#224; : &#171; qui fait la soupe doit la manger &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4305&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4305&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a dit la raison de la soumission des salari&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-2G.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-2G.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes rien, soyons tout !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5180&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5180&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien en effet dans ce syst&#232;me social parvenu &#224; une impasse historique, incapable de faire autre chose que d&#233;chirer le consensus social de la d&#233;mocratie bourgeoise, de faire reculer tous les acquis sociaux, d'abandonner tous les progr&#232;s du niveau de vie de la population, tous les droits sociaux et d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien effectivement pour le prol&#233;tariat : rien comme part du profit, rien comme part de la propri&#233;t&#233; capitaliste, rien comme part du pouvoir dans l'entreprise et hors de l'entreprise, rien comme droit politique, rien comme droit d'expression, au travail comme hors du travail, aucune repr&#233;sentations parlementaire, gouvernementale, institutionnelle, administrative, dans les conseils d'administration, chez les boursicoteurs, chez les sp&#233;culateurs, chez les banquiers, dans les trusts. Dans tout ce qui compte en r&#232;gne capitaliste, le prol&#233;tariat ne repr&#233;sente rien qu'un poids lourd, une g&#234;ne, une menace, un co&#251;t, un risque social et politique. C'est parce que le prol&#233;tariat est redevenu &#171; une classe dangereuse &#187; &#224; leurs yeux qu'ils veulent la frapper, d&#233;montrer qu'ils sont capables de la battre, qu'ils veulent en d&#233;coudre, qu'ils provoquent, m&#232;nent des attaques multiples, lancent des d&#233;clarations accusatrices et mena&#231;antes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien non plus au sein de l'entreprise : pas le droit d'y prendre la parole, de s'y r&#233;unir, d'y r&#233;diger et distribuer des tracts, rien pour y &#233;lire des d&#233;l&#233;gu&#233;s, les r&#233;unir, les coordonner entre les secteurs et les entreprises (les appareils syndicaux reconnus par patronat et gouvernement en ont le monopole), rien pour discuter de leurs points de vue, pour &#233;changer des avis sur la situation et la mani&#232;re d'y faire face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prol&#233;taires ne sont rien ! Rien dans le gouvernement, rien dans les trusts, rien dans les banques, rien dans la part de richesse, rien dans le capital, rien dans les d&#233;cisions, rien dans le pouvoir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les mouvements, la principale tromperie a toujours &#233;t&#233; de mise chez les pr&#233;tendus repr&#233;sentants politiques et syndicaux du peuple : cacher le vrai but des exploit&#233;s, des opprim&#233;s, de tous les pauvres. Et cet objectif, sans cesse occult&#233;, aujourd'hui comme hier est celui-ci : nous voulons gouverner par nous-m&#234;mes, g&#233;rer les biens que nous produisons par nous-m&#234;mes et ne laisser aucun pouvoir aux bandits qui nous dirigent et nous ont dirig&#233; ou encore qui pr&#233;tendent &#224; nous diriger &#224; l'avenir et qui ne veulent nullement renverser l'ancien syst&#232;me tout pourri et d&#233;cr&#233;pi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh oui, ce sont des balivernes parce que, devant l'animal f&#233;roce, sauvage et affam&#233;, il ne sert &#224; rien de se mod&#233;rer : c'est ou lui ou nous. Le capitalisme parvenu &#224; son terme est pire qu'un animal sauvage. On ne le convaincra pas de renoncer &#224; sa proie, c'est ou lui ou nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout, tous ces faux amis affirment que le peuple ne peut pas gouverner par lui-m&#234;me, d&#233;cider par lui-m&#234;me ni m&#234;me s'organiser par lui-m&#234;me pour mener &#224; une nouvelle soci&#233;t&#233; o&#249; le peuple poss&#232;dera lui-m&#234;me toutes les richesses qu'il a produites ! Ces faux amis, qui ne se sont jamais soumis aux suffrages r&#233;els et directs du peuple travailleur, qui sont par contre soumis au pouvoir des milliardaires, m&#234;me s'ils le critiquent pour le r&#233;former pr&#233;tendent-ils, affirment que nous n'avons pas besoin d'assembl&#233;es souveraines, pas besoin de comit&#233;s, de conseils, d'&#233;lus directs du peuple travailleur car leurs partis et syndicats seraient largement suffisants pour nous repr&#233;senter ! Tous disent que leurs programmes r&#233;pondent &#224; nos aspirations mais aucun n'introduit nos objectifs dans leurs programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4835&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4835&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, tout d'abord, nous devons avoir notre propre politique, notre propre gr&#232;ve, notre propre lutte sociale, organis&#233;e et dirig&#233;e par nous-m&#234;mes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1034&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1034&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6105&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6105&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5192&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5192&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1733&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1733&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article413&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article413&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nos propres &#233;lus, nos propres d&#233;l&#233;gu&#233;s, pas ceux des &#233;lections bourgeoises et des appareils syndicaux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5827&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5827&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5351&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5351&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2210&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2210&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partager les richesses ? Avec les exploiteurs ? Tromperie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7365&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7365&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1390&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1390&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article137&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article137&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4267&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4267&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre revendication la plus modeste : nous voulons TOUT !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5222&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5222&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas seulement changer la r&#233;partition mais le mode de production&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4267&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4267&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8434&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8434&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi prendre la totalit&#233; du pouvoir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3988&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3988&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se prot&#233;ger contre toutes les attaques politiques, sociales, fascistes et guerri&#232;res, le monde du travail doit gouverner lui-m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6004&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6004&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;truire le pouvoir du capital ou d&#233;truire la classe ouvri&#232;re, il n'y a pas d'autre choix&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3988&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3988&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayons pas peur de le dire : ce qu'il nous faut c'est la totalit&#233; du pouvoir : la direction de toute la soci&#233;t&#233; par les soviets et la dictature du prol&#233;tariat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6870&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6870&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8073&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8073&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8277&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8277&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAVAILLEURS ! C'EST A NOUS DE GOUVERNER MAINTENANT !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule r&#233;ponse &#224; la crise mondiale &#233;conomique, sociale, sanitaire, politique et militaire du syst&#232;me capitaliste est celle-ci : le gouvernement des travailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'effondrement g&#233;n&#233;ralis&#233; qui frappe violemment toute la soci&#233;t&#233; dans tous les pays, dans tous les domaines, &#224; tous les niveaux, on nous bassine partout avec des r&#233;ponses sur ce que nous devrions souhaiter que fassent les gouvernants, que ce soient en termes &#233;conomiques ou sociaux ou en termes sanitaires. Chacun y va de ses propositions au pouvoir en place, c'est-&#224;-dire au r&#232;gne des capitalistes et de leurs servants politiciens. Nous avons d&#233;j&#224; de multiples r&#233;ponses &#224; l'&#339;uvre dans le monde puisque les gouvernants des diff&#233;rents pays se sont gard&#233;s de donner exactement les m&#234;mes r&#233;ponses, que ce soit face &#224; la pand&#233;mie ou face &#224; la chute &#233;conomique et sociale. Cependant, toutes ces r&#233;ponses restent dans le m&#234;me cadre : celui du maintien &#224; tout prix du syst&#232;me en place, du capitalisme et de ses cons&#233;quences qui aujourd'hui sont la chute inexorable du mode de production comme du mode de vie qui lui &#233;tait attach&#233;, la chute violente de la sant&#233; publique en faisant clairement partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des politiques des gouvernants, parmi les propositions qui leur sont faites, on peut citer celles des partis de gauche, des &#233;cologistes, des syndicalistes, des autres d&#233;mocrates, de nombreux associatifs, etc., en somme de tous les r&#233;formistes, qui divergent sur presque tout sauf sur le fait qu'il n'est nullement question actuellement de se d&#233;barrasser du vieux syst&#232;me d'exploitation et qu'il faut, au contraire, d&#233;fendre l'&#233;conomie, tout en pr&#233;tendant d&#233;fendre ainsi les int&#233;r&#234;ts de la population !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos mesures &#233;conomiques et sociales ont un sens tr&#232;s simple : fini l'int&#233;r&#234;t des seuls possesseurs de capitaux et vive la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts du monde du travail !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type de mesures qui en d&#233;coulent n'a rien de sorcier : interdit de licencier, interdit de jeter &#224; la rue, interdit de couper l'&#233;lectricit&#233;, le gaz, le t&#233;l&#233;phone, interdit de fermer le compte en banque, interdit de contraindre un petit ind&#233;pendant &#224; la faillite, interdit de saisir les biens des d&#233;munis, interdit de refuser la nourriture, la sant&#233;, l'&#233;ducation aux plus d&#233;munis, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment nous financerons de telles mesures ? Ce n'est pas un myst&#232;re ! Finis les cadeaux sur fonds publics aux capitalistes, aux financiers, aux banquiers, aux boursicoteurs, aux sp&#233;culateurs, aux assureurs, &#224; tous les possesseurs de capitaux, aux propri&#233;taires actuels des usines, des bureaux et des capitaux. L'argent de tous ces gens-l&#224; a &#233;t&#233; vol&#233; au peuple travailleur et retourne au peuple travailleur ! Voil&#224; de grands moyens pour des grandes mesures publiques comme la mise en place d'un vrai service public de sant&#233;, avec multiplication des moyens et d'abord des effectifs en personnels de sant&#233;. Voil&#224; les moyens financiers d'une lutte massive contre la pand&#233;mie ! Cela signifie des embauches massives pour des ouvertures massives de lits d'h&#244;pitaux et des augmentations cons&#233;quentes des salaires ! Assez par contre de l'argent de l'h&#244;pital public pour nourrir les trusts pharmaceutiques, de mati&#232;re m&#233;dical ou la sant&#233; priv&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux consignes de s&#233;curit&#233; au travail, elles doivent &#234;tre mises en place par des comit&#233;s de travailleurs et pas par des directions aux mains des capitalistes ! Et les mesures nationales elles-m&#234;mes doivent &#234;tre d&#233;cid&#233;es par des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus de ces comit&#233;s &#224; un &#233;chelon plus &#233;lev&#233; et les d&#233;cisions mises en &#339;uvre sous le contr&#244;le des comit&#233;s locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non aux mesures antisociales et antid&#233;mocratiques sous pr&#233;texte de covid ! Les arm&#233;es permanentes et polices r&#233;pressives de la bourgeoisie sont dissoutes et font place au peuple en armes ! Non &#224; l'armement des militaires et paramilitaires, oui &#224; l'armement des travailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias aux mains des capitalistes, c'est fini : le peuple travailleur a toute libert&#233; d'expression !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui aux mesures de &#171; barri&#232;re sociale &#187; mais cette fois entre le Capital et le Travail !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non aux masques qui cachent la politique du capital derri&#232;re un soi-disant int&#233;r&#234;t national ! Oui aux masques qui prot&#232;gent du virus, et financ&#233;s sur fonds publics !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui au confinement de tous les profiteurs priv&#233;s dans une &#238;le d&#233;serte : ils sont nuisibles m&#234;me en quarantaine ! Pas de libert&#233; pour les ennemis de la libert&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui &#224; l'action politique de ceux qui ne vivent que de leur travail ! Non &#224; la magouille d&#233;magogique des politiciens capitalistes, de gauche, de droite et d'extr&#234;me droite !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non &#224; l'hypocrisie qui se cache derri&#232;re la pand&#233;mie pour imposer des mesures liberticides ! Oui &#224; la libert&#233; des exploit&#233;s et opprim&#233;s d&#233;fendue par eux-m&#234;mes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ceux qui le veulent et le peuvent du point de vue de leur sant&#233; et de leurs charges familiales doivent trouver du travail ! Tous ceux qui travaillent doivent avoir les moyens corrects de vivre et faire vivre leur famille mais qui ne travaille pas n'a pas &#224; recevoir des revenus de son oisivet&#233; dor&#233;e de paresseux milliardaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non aux pr&#233;tendus sauveurs ! Travailleurs, sauvons nous nous-m&#234;mes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui &#224; l'auto-organisation du monde du travail, seule habilit&#233;e &#224; d&#233;cider par elle-m&#234;me ce qui devra &#234;tre fait !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A bas le pouvoir capitaliste mais vive le pouvoir aux travailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sant&#233;, la s&#233;curit&#233;, le bien-&#234;tre, la paix, la vie de la population travailleuse ne sont plus du tout compatibles avec le capitalisme finissant et il faut donc en finir rapidement avec lui ! Vive le socialisme par le pouvoir aux travailleurs ! Vive le gouvernement du peuple travailleur par lui-m&#234;me &#224; l'&#233;chelle mondiale !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6004&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6004&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5314&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5314&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2962&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2962&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En avant vers le gouvernement ouvrier r&#233;volutionnaire !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et servons-nous de cette perspective pour d&#233;masquer d&#232;s &#224; pr&#233;sent tous nos faux amis !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ni fascisme, ni faux antifascisme social-patriote !</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8656</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8656</guid>
		<dc:date>2026-02-22T04:48:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>


		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;NI FASCISME, NI FAUX ANTIFASCISME SOCIAL-PATRIOTE &lt;br class='autobr' /&gt;
Le seul antifascisme coh&#233;rent est la puissance autonome du prol&#233;tariat &lt;br class='autobr' /&gt;
L'assassinat de Quentin D. &#224; Lyon : anatomie d'une polarisation bourgeoise et critique du faux antifascisme de l'extr&#234;me gauche fran&#231;aise &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &#8226; &#8226; &lt;br class='autobr' /&gt;
INTRODUCTION : LA POLARISATION COMME ARME CONTRE L'&#201;MERGENCE DES COMIT&#201;S DU PEUPLE TRAVAILLEUR &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a une question que cet article pose avant toutes les autres, et &#224; laquelle tous les textes analys&#233;s ici refusent de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_18961 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018570.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018570.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18962 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018571.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018571.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18963 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018573.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018573.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18964 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000059434-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000059434-2.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18965 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/1000059435-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/1000059435-2.jpg' width=&#034;1206&#034; height=&#034;1700&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;NI FASCISME, NI FAUX ANTIFASCISME SOCIAL-PATRIOTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul antifascisme coh&#233;rent est la puissance autonome du prol&#233;tariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assassinat de Quentin D. &#224; Lyon : anatomie d'une polarisation bourgeoise et critique du faux antifascisme de l'extr&#234;me gauche fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;INTRODUCTION : LA POLARISATION COMME ARME CONTRE L'&#201;MERGENCE DES COMIT&#201;S DU PEUPLE TRAVAILLEUR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une question que cet article pose avant toutes les autres, et &#224; laquelle tous les textes analys&#233;s ici refusent de r&#233;pondre : pourquoi, en 2026, alors que les conditions de vie des travailleurs se d&#233;gradent &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;, la politique n'est-elle pas organis&#233;e autour de comit&#233;s du peuple travailleur, sur tout le territoire, reliant les revendications imm&#233;diates &#8212; salaires, logement, sant&#233;, refus de l'&#233;conomie de guerre &#8212; &#224; la perspective d'un pouvoir ouvrier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; cette question est la cl&#233; de tout ce qui suit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Ce que la bourgeoisie et ses alli&#233;s social-patriotes craignent par-dessus tout&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas l'extr&#234;me droite qui fait peur au capital. L'extr&#234;me droite, le capital la finance, la tol&#232;re et l'utilise. Ce qui fait peur au capital, c'est l'&#233;mergence d'une organisation autonome de la classe ouvri&#232;re : des comit&#233;s dans les entreprises, dans les quartiers, dans les services publics, qui se f&#233;d&#232;rent sur tout le territoire, qui relient les luttes imm&#233;diates &#8212; augmentation des salaires, refus des licenciements, r&#233;sistance &#224; la destruction de l'h&#244;pital public, refus de payer l'&#233;conomie de guerre &#8212; &#224; une perspective plus large : celle d'un pouvoir du peuple travailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pouvoir du peuple travailleur a un nom dans la tradition marxiste r&#233;volutionnaire. C'est la dictature du prol&#233;tariat : non pas une dictature au sens vulgaire du terme &#8212; la domination d'un tyran ou d'un parti &#8212; mais la domination politique de la classe ouvri&#232;re organis&#233;e sur les classes qui l'exploitent, substituant ses propres organes &#224; l'&#201;tat bourgeois. C'est ce que la Commune de Paris &#233;bauchait en 1871, ce que les soviets construisaient en 1917, ce que les comit&#233;s r&#233;volutionnaires espagnols esquissaient en 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que la gauche bourgeoise, les directions social-patriotes et leurs alli&#233;s d'extr&#234;me gauche ne veulent pas. Non pas parce qu'ils sont n&#233;cessairement de mauvaise volont&#233; &#8212; mais parce que leur position dans l'appareil d'&#201;tat, dans les appareils syndicaux institutionnels, dans le jeu &#233;lectoral, les rend structurellement incapables de rompre avec le cadre bourgeois. Leur logique propre &#8212; d&#233;fendre les institutions, n&#233;gocier avec l'&#201;tat, pr&#233;server les positions acquises &#8212; les conduit &#224; stabiliser l'ordre, pas &#224; le renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. La polarisation comme technique de blocage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la polarisation &#8212; extr&#234;me droite contre antifascisme &#8212; est si utile. Elle n'est pas un accident, pas un simple effet de la communication politique. Elle est un dispositif actif de blocage de l'&#233;mergence de comit&#233;s du peuple travailleur. Ce dispositif fonctionne en trois temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier temps : d&#233;placer le terrain. La question centrale &#8212; qui poss&#232;de quoi, qui produit quoi, qui d&#233;cide quoi &#8212; est &#233;vacu&#233;e. Elle est remplac&#233;e par une question identitaire et morale : qui est fasciste, qui est antifasciste, qui m&#233;rite d'&#234;tre d&#233;fendu. Sur ce terrain-l&#224;, les revendications salariales n'ont pas de place. Les comit&#233;s d'usine n'ont pas de place. L'organisation autonome du prol&#233;tariat n'a pas de place. Il n'y a que deux camps, et chacun doit choisir le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me temps : absorber les &#233;nergies militantes. Les militants qui auraient pu construire un comit&#233; de lutte dans leur entreprise passent leurs week-ends &#224; d&#233;fendre les locaux de LFI ou &#224; documenter les groupes identitaires. L'&#233;nergie est r&#233;elle. Elle est capt&#233;e et r&#233;orient&#233;e. Non pas vers la construction des organes de la classe, mais vers la d&#233;fense d'un parti bourgeois qui, s'il gouvernait, g&#233;rerait la crise capitaliste comme tous les partis bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me temps : discipliner les franges r&#233;calcitrantes. Quand certains refusent le cadre, quand ils tentent de poser la question de classe, ils sont accus&#233;s de &#171; faire le jeu de l'extr&#234;me droite &#187; ou de &#171; ne pas &#234;tre de vrais antifascistes &#187;. C'est la fonction disciplinaire du front populaire. En 1937, cette discipline prenait la forme de l'&#233;limination physique (Nin, les militants du POUM). En 2026, elle prend la forme de la pression id&#233;ologique, de l'exclusion des plateformes, de l'accusation de complicit&#233; avec le fascisme. La m&#233;thode a chang&#233;. La logique est identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. L'antifascisme social-patriote : une politique contre toute r&#233;elle lutte de classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que la th&#232;se de cet article doit &#234;tre formul&#233;e dans toute sa clart&#233;. L'antifascisme des organisations analys&#233;es &#8212; LO, RP, NPA-R, NPA-A, PCR, GMI, UCL, CGT, Solidaires, tract VISA93 &#8212; n'est pas seulement une politique insuffisante ou maladroite. C'est une politique activement hostile &#224; toute r&#233;elle lutte de classe. Non par intention consciente, mais par effet structurel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;fendant LFI &#8212; parti bourgeois &#8212; au nom de l'antifascisme, ces organisations alignent les travailleurs derri&#232;re le programme &#233;lectoral d'une fraction de la bourgeoisie progressiste. En appelant &#224; l'&#171; unit&#233; &#187; sans poser la question de programme, elles dissolvent l'ind&#233;pendance de classe dans un bloc interclassiste. En demandant la protection de l'&#201;tat au lieu de construire l'autod&#233;fense ouvri&#232;re, elles maintiennent la classe dans la d&#233;pendance vis-&#224;-vis de l'&#201;tat qu'elle devrait renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout : en occupant l'espace militant avec la guerre des camps, elles emp&#234;chent l'&#233;mergence des seules structures qui pourraient transformer la situation. Des comit&#233;s du peuple travailleur, sur tout le territoire, li&#233;s entre eux, construits &#224; partir des luttes concr&#232;tes, articulant les revendications imm&#233;diates &#224; la perspective du pouvoir ouvrier &#8212; c'est cela que la polarisation extr&#234;me droite / antifascisme social-patriote rend impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. La question que cet article pose&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article qui suit analyse, texte par texte, comment chaque organisation a r&#233;agi &#224; l'&#233;v&#233;nement de Lyon. Il d&#233;montre leur convergence de fait avec la gauche bourgeoise r&#233;publicaine. Il retrace la continuit&#233; historique de cette logique de 1914 &#224; 2026. Il examine l'Espagne de 1936-1937 comme paradigme de ce que l'antifascisme peut faire &#224; une r&#233;volution en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question centrale n'est pas la d&#233;nonciation. La question centrale est constructive : comment, dans les conditions de 2026, construire ce troisi&#232;me p&#244;le &#8212; le p&#244;le du peuple travailleur organis&#233; ? Comment construire des comit&#233;s qui relient les revendications imm&#233;diates au programme r&#233;volutionnaire ? Comment construire une strat&#233;gie d'autod&#233;fense ouvri&#232;re r&#233;elle, collective, assum&#233;e, enracin&#233;e dans la classe ? Comment travailler &#224; l'int&#233;rieur des organisations existantes pour en disputer les bases aux directions social-patriotes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions sont pos&#233;es en conclusion. Elles sont la raison d'&#234;tre de cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article analyse, avec citations et liens &#224; l'appui, la r&#233;action de l'ensemble de l'&#171; extr&#234;me gauche &#187; fran&#231;aise &#8212; organisations trotskystes (LO, RP, NPA-R, PCR, GMI), libertaires (NPA-A, UCL) et autonomes (Contre Attaque, lundi.am, Dijoncter) &#8212; face &#224; l'assassinat de Quentin D. (Deranque) &#224; Lyon le 12 f&#233;vrier 2026, ainsi que la r&#233;action des syndicats CGT et Solidaires et du tract intersyndical VISA93 / CGT / FSU / Solidaires publi&#233; en r&#233;ponse &#224; cet &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se centrale : toutes ces organisations, aussi diverses qu'elles semblent, convergent vers la m&#234;me position que la gauche bourgeoise r&#233;publicaine (LFI, PS) et les syndicats social-patriotes (CGT, Solidaires, FSU). Cette convergence n'est pas un accident. Elle est la preuve que ces organisations ne d&#233;fendent pas un antifascisme de classe, mais un antifascisme r&#233;publicain bourgeois qui sert le grand capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. LES FAITS : UN MEURTRE POLITIQUE, PAS UN D&#201;BAT D'OPINIONS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un militant identitaire de 23 ans, Quentin Deranque, est mort &#224; Lyon apr&#232;s des affrontements survenus le 12 f&#233;vrier 2026 en marge d'une conf&#233;rence &#224; Sciences Po Lyon. Les informations publiques &#233;voquent une agression collective, un homme frapp&#233; au sol, et l'ouverture d'une enqu&#234;te pour homicide volontaire. Ces faits sont r&#233;els, ils sont graves, et ils m&#233;ritent d'&#234;tre &#233;nonc&#233;s tels quels.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte ne pr&#233;tend pas trancher ce que l'instruction judiciaire doit &#233;tablir. Mais ce qu'il affirme sans ambigu&#239;t&#233; sur le terrain politique : un acte qui provoque la mort d'un militant de base, non assum&#233; publiquement par aucune organisation, hors de tout cadre de lutte de masses, est du terrorisme substitutiste &#8212; c'est-&#224;-dire la substitution de l'exploit d'un groupe anonyme &#224; l'action collective de la classe. Trotsky l'&#233;crivait en 1911 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le terrorisme individuel est une tentative de substituer l'exploit d'un petit groupe &#224; l'action des masses. Il d&#233;sarme politiquement le prol&#233;tariat pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; la construction de ses propres organes est la t&#226;che historique centrale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Pourquoi les marxistes s'opposent au terrorisme individuel, 1911&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la biographie de la victime qui d&#233;finit la nature de l'acte. C'est la m&#233;thode. Un acte non assum&#233; politiquement, hors de tout mandat de classe, produit exactement l'effet que nous analysons : non pas l'affaiblissement du fascisme, mais la fourniture d'un levier &#224; l'appareil d'&#201;tat et la pr&#233;cipitation d'un front populaire qui dissout la politique de classe dans la d&#233;fense de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. LA MACHINE D'&#201;TAT ET LA DROITE : TRANSFORMER UN MEURTRE EN FEN&#202;TRE D'OPPORTUNIT&#201;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'annonce de la mort de Quentin Deranque, la droite gouvernementale et l'extr&#234;me droite parlementaire ont tent&#233; de saisir l'&#233;v&#233;nement pour l'ins&#233;rer dans un cadre pr&#233;existant : celui de la &#171; violence de l'ultragauche &#187;, de l'ennemi int&#233;rieur, du danger pour l'ordre r&#233;publicain. Le ministre de la Justice a d&#233;sign&#233; &#171; l'ultragauche &#187; comme responsable au moment m&#234;me o&#249; l'enqu&#234;te judiciaire &#233;tait &#224; peine ouverte. Ce n'est pas un d&#233;rapage. C'est une strat&#233;gie, et elle comporte plusieurs temps distincts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Les quatre temps de la m&#233;canique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier temps consiste &#224; d&#233;politiser l'ordre social r&#233;el. Depuis des mois, la p&#233;riode est marqu&#233;e par une d&#233;gradation acc&#233;l&#233;r&#233;e : chute du pouvoir d'achat, destruction des services publics, &#233;conomie de guerre int&#233;gr&#233;e au budget, r&#233;pression administrative qui s'&#233;tend. Ce contexte dispara&#238;t dans la s&#233;quence m&#233;diatique. Il est remplac&#233; par un autre cadre : non plus &#171; comment les institutions g&#232;rent la crise &#187;, mais &#171; comment l'extr&#234;me gauche violente menace l'ordre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second temps consiste &#224; fabriquer un ennemi int&#233;rieur homog&#232;ne. &#171; L'ultragauche &#187; est un terme op&#233;rationnel, pas descriptif. Il efface la diversit&#233; r&#233;elle des groupes pour construire un bloc imaginaire unifi&#233; et mena&#231;ant, autorisant le saut de l'accusation politique au traitement p&#233;nal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le troisi&#232;me temps est le plus important strat&#233;giquement : l'ouverture d'une fen&#234;tre r&#233;pressive. L'homicide devient pr&#233;texte &#224; acc&#233;l&#233;rer un durcissement qui &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; l'agenda. Dissolutions, surveillance, fichage, mise sous pression d'organisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me temps est la mise en cause de LFI comme cible politique. Une partie du r&#233;cit public cherche &#224; faire de La France Insoumise un responsable indirect &#8212; par le langage, par le &#171; climat &#187;. C'est une forme de conversion du politique en p&#233;nal : on fragilise LFI en l'associant &#224; une atmosph&#232;re de violence &#8212; ce qui, r&#233;ciproquement, aligne toute la gauche institutionnelle derri&#232;re elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Le 18 Brumaire permanent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cette s&#233;quence, il faut la situer dans le cadre que Marx a &#233;tabli dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852). Marx y analysait comment, dans les moments de crise de r&#233;gime, l'&#201;tat bourgeois se pose en arbitre au-dessus des classes en construisant une sc&#232;ne politique tripartite :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Toutes les r&#233;volutions pass&#233;es ont perfectionn&#233; la machine de l'&#201;tat au lieu de la briser. Les partis qui luttaient alternativement pour la domination consid&#233;raient la conqu&#234;te de cet &#233;difice comme la principale proie du vainqueur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, 1852&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macron op&#232;re exactement ce dispositif depuis 2024 : trois camps, deux ennemis qui s'affrontent, l'&#201;tat se renforce. Or la totalit&#233; des organisations analys&#233;es ici reprennent les cat&#233;gories de la &#171; pens&#233;e Macron &#187;. Le marxisme ne conna&#238;t que deux camps fondamentaux : la bourgeoisie et le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. LA POLARISATION COMME TECHNIQUE DE GOUVERNEMENT : BONAPARTISME ET GESTION DE CRISE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La polarisation n'est pas un accident culturel. C'est une technique de gouvernement en p&#233;riode de crise structurelle du capital. La comprendre comme telle &#8212; avant d'analyser les organisations &#8212; est la condition pour ne pas tomber dans leurs propres cat&#233;gories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. La m&#233;canique de la redirection&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la base mat&#233;rielle se d&#233;grade &#8212; et elle se d&#233;grade depuis des ann&#233;es &#8212; l'&#201;tat doit emp&#234;cher que la col&#232;re se convertisse en comit&#233;s du peuple travailleur li&#233;s entre eux sur tout le territoire. Il dispose pour cela de plusieurs m&#233;canismes. La r&#233;pression directe a un co&#251;t politique. La redirection de la col&#232;re est plus &#233;conomique : transformer la col&#232;re sociale en col&#232;re identitaire, transformer le conflit de classe en conflit de camps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, il faut un ennemi int&#233;rieur. &#171; L'ultragauche &#187; remplit parfaitement cette fonction : assez r&#233;elle pour &#234;tre cr&#233;dible, assez diffuse pour &#234;tre ind&#233;finiment extensible. Simultan&#233;ment, l'&#201;tat a besoin d'un bloc de stabilisation &#171; d&#233;mocratique &#187; : un camp qui canalise la col&#232;re dans des formes acceptables &#8212; indignation morale, unit&#233; r&#233;publicaine, d&#233;fense de la d&#233;mocratie. Ce bloc est objectivement stabilisateur non pas parce que ses membres le veulent, mais parce que c'est la fonction qu'il remplit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Le bonapartisme comme forme de transition vers l'autoritarisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Le 18 Brumaire, Marx analyse comment une situation de blocage entre les classes cr&#233;e les conditions d'une forme sp&#233;cifique de pouvoir : le bonapartisme. L'&#201;tat se constitue en arbitre apparent au-dessus des classes, capture une base sociale composite, et gouverne en s'appuyant sur l'appareil d'&#201;tat et l'arm&#233;e plut&#244;t que sur le suffrage et les partis. Le bonapartisme ne liquide pas les organisations ouvri&#232;res par la force brute, mais il les neutralise : en les int&#233;grant, en les divisant, en les submergeant sous des enjeux qui ne sont pas les leurs. Et il pr&#233;pare, si la crise s'aggrave, les conditions d'une solution plus dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La social-d&#233;mocratie et le fascisme, deux formes politiquement antagoniques mais historiquement compl&#233;mentaires, servent alternativement les besoins du capital financier. La domination de la m&#234;me super-classe, le capital financier, repose, dans ces deux syst&#232;mes, sur des rapports directement inverses entre les classes opprim&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Comment vaincre le fascisme ?, 1932-1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Note sur Cl&#233;ment M&#233;ric : la rigueur factuelle comme arme politique Il a circul&#233; l'affirmation selon laquelle, apr&#232;s la mort de Cl&#233;ment M&#233;ric en 2013, il n'y avait pas eu de minute de silence &#224; l'Assembl&#233;e nationale. C'est inexact : il y en a bien eu une, document&#233;e par les comptes rendus officiels de la s&#233;ance du 6 juin 2013. Ce point importe pour une raison strat&#233;gique : une analyse politique n'a pas besoin de faits inexacts pour &#234;tre juste. Si on reproduit une erreur, on offre &#224; l'adversaire un angle d'attaque facile. Les deux s&#233;quences sont diff&#233;rentes dans leur cadrage &#8212; parce que les besoins politiques du moment sont diff&#233;rents. La le&#231;on est : l'&#201;tat sait transformer n'importe quel homicide politique en levier, et choisit &#224; chaque fois un cadrage adapt&#233; &#224; ses besoins du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. FRONT UNIQUE OUVRIER VS FRONT POPULAIRE : LA DISTINCTION STRAT&#201;GIQUE D&#201;CISIVE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas d'abord une question de doctrine. C'est une question de strat&#233;gie : quelle politique permet &#224; la classe ouvri&#232;re de construire sa puissance propre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Le front unique : une tactique offensive pour disputer les masses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le but du Front unique des partis socialiste et communiste ne peut &#234;tre qu'un gouvernement de ce Front. La campagne du Front unique doit s'appuyer sur un programme de transition bien &#233;labor&#233;, c'est-&#224;-dire sur un syst&#232;me de mesures qui, avec un gouvernement ouvrier et paysan, doivent assurer la transition du capitalisme au socialisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, O&#249; va la France ?, octobre 1934&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky ne pose pas les conditions d'un &#171; vrai &#187; communisme comme pr&#233;alable &#224; l'action commune. Il dit : construisons ensemble sur la base du programme ouvrier &#8212; et c'est dans cette construction que les masses peuvent &#234;tre arrach&#233;es aux appareils r&#233;formistes. Le front unique est une m&#233;thode de lutte pour l'h&#233;g&#233;monie dans la classe, pas une fronti&#232;re s&#233;parant les purs des impurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Le front populaire : une trahison strat&#233;gique, pas morale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le front populaire n'est pas condamnable parce que ses participants sont de mauvaises personnes. Il est condamnable parce qu'il subordonne le programme ouvrier aux exigences de la bourgeoisie &#171; progressiste &#187;. En incluant des partis bourgeois, il prive le programme ouvrier de son autonomie de classe, l&#233;gitime l'&#201;tat bourgeois comme protecteur, et transforme la lutte contre le fascisme en lutte pour la d&#233;mocratie bourgeoise &#8212; ce qui laisse intact le capitalisme qui produit le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour tourner le Front populaire contre la bourgeoisie, il faut chasser les bourgeois du front populaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Les radicaux et le Front populaire, 11 juillet 1935, &#338;uvres, tome 6, p. 53&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che des r&#233;volutionnaires n'est pas de s'exclure moralement du mouvement, mais de lutter &#224; l'int&#233;rieur pour en chasser les bourgeois &#8212; en proposant aux bases syndicales et militantes une politique concr&#232;te qui contraste avec celle des directions. Ce que ne fait aucune des organisations analys&#233;es ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. LFI n'est pas le mouvement ouvrier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; 'Pour la libert&#233; !', en alliance avec Herriot et les v&#233;n&#233;rables dames de la Ligue des droits de l'homme, signifie soutenir les gouvernements semi-bonapartistes, semi-parlementaires, et rien d'autre. Le capital financier s'occupe d'armer les fascistes. Les staliniens restaurent la r&#233;putation gauche de Herriot &#224; l'aide des mascarades du 'Front populaire'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Encore une fois, o&#249; va la France ?, fin mars 1935&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remplacez Herriot par M&#233;lenchon, les staliniens par RP ou NPA-A, et la phrase est valide en 2026. &#171; D&#233;fendre LFI &#187; au nom de l'antifascisme, c'est restaurer la r&#233;putation gauche d'un parti bourgeois au d&#233;triment de la construction des organes de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. Ce que serait un front unique ouvrier en 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un front unique ouvrier en 2026 partirait des luttes concr&#232;tes : gr&#232;ves, r&#233;sistance &#224; l'&#233;conomie de guerre, d&#233;fense des protections sociales, contr&#244;le ouvrier. Il s'adresserait aux bases des organisations r&#233;formistes &#8212; non &#224; leurs directions &#8212; pour les gagner &#224; une politique de classe. Et il s'inscrirait dans la construction des comit&#233;s du peuple travailleur que nous d&#233;crivons en conclusion : organes reliant les revendications imm&#233;diates &#224; la perspective du pouvoir ouvrier. C'est ce travail-l&#224; qui est absent de tous les textes analys&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. TROTSKY, FASCISME ET AUTOD&#201;FENSE OUVRI&#200;RE : NI PACIFISME NI TERRORISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marxistes ne sont pas des pacifistes. Ce qu'ils condamnent &#8212; avec une pr&#233;cision que les textes analys&#233;s ici ignorent &#8212; c'est la confusion entre deux choses radicalement diff&#233;rentes : le terrorisme substitutiste et l'autod&#233;fense ouvri&#232;re organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Le terrorisme substitutiste : pourquoi le marxisme s'y oppose&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrorisme individuel ou groupusculaire substitue l'acte h&#233;ro&#239;que d'un petit groupe &#224; la mobilisation des masses. Son d&#233;faut n'est pas moral mais strat&#233;gique : il d&#233;charge les masses de la responsabilit&#233; de leur propre lib&#233;ration, il d&#233;sarme politiquement la classe au moment pr&#233;cis o&#249; elle devrait construire ses propres organes, il fournit &#224; l'&#201;tat le pr&#233;texte r&#233;pressif dont il a besoin pour frapper plus large, et il ne modifie pas les rapports de forces sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement ce qui s'est pass&#233; &#224; Lyon. L'acte n'a pas affaibli l'extr&#234;me droite identitaire d'un gramme. Il a renforc&#233; l'arsenal r&#233;pressif de l'&#201;tat, pr&#233;cipit&#233; la convergence front-populiste de l'extr&#234;me gauche derri&#232;re LFI, et d&#233;tourn&#233; l'&#233;nergie militante de la seule t&#226;che d&#233;cisive : la construction des comit&#233;s du peuple travailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. L'autod&#233;fense ouvri&#232;re organis&#233;e : ce que Trotsky d&#233;fend r&#233;ellement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'occasion de chaque gr&#232;ve et de chaque manifestation de rue, il faut propager l'id&#233;e de la n&#233;cessit&#233; de la cr&#233;ation de D&#233;tachements Ouvriers d'Autod&#233;fense. Il faut inscrire ce mot d'ordre dans le programme de l'aile r&#233;volutionnaire des syndicats. Il faut former pratiquement des d&#233;tachements d'autod&#233;fense partout o&#249; c'est possible, &#224; commencer par les organisations de jeunes, et les entra&#238;ner au maniement des armes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Programme de transition, 1938, chapitre 10&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les d&#233;mocrates petits bourgeois &#8212; y compris les sociaux-d&#233;mocrates, les staliniens et les anarchistes &#8212; poussent des cris d'autant plus forts sur la lutte contre le fascisme qu'ils capitulent plus l&#226;chement devant lui en fait. Aux bandes du fascisme, seuls peuvent s'opposer avec succ&#232;s des d&#233;tachements ouvriers arm&#233;s qui sentent derri&#232;re leur dos le soutien de dizaines de millions de travailleurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Programme de transition, 1938, chapitre 10&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Les cinq conditions : pourquoi Lyon n'est pas de l'autod&#233;fense ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Condition 1 &#8212; Collective : engage la classe, pas un groupuscule sans mandat. &#192; Lyon : groupe anonyme, sans organisation identifi&#233;e, sans mandat de la classe. Non remplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Condition 2 &#8212; Subordonn&#233;e &#224; la lutte de classe : articul&#233;e avec les gr&#232;ves, les organes de masse. L'affrontement a eu lieu hors de tout cadre de lutte ouvri&#232;re. Non remplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Condition 3 &#8212; Assum&#233;e politiquement : un parti ou une organisation assume ses d&#233;cisions devant la classe. Aucune organisation ne revendique cet acte. Non remplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Condition 4 &#8212; Encadr&#233;e par des organes de classe : jamais l'initiative d'un groupe opaque sans mandat. Non remplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Condition 5 &#8212; Visant des rapports sociaux : pas des individus dans leur vie civile. Quentin D. &#233;tait un jeune militant de base, pas un g&#233;n&#233;ral fasciste commandant une op&#233;ration. Non remplie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conclusion politique est nette : non pas condamnation morale au nom du pacifisme bourgeois, mais constat strat&#233;gique &#8212; cet acte est du terrorisme substitutiste qui d&#233;sarme la classe. Et le couvrir au nom de l'antifascisme, c'est l&#233;gitimer une m&#233;thode qui affaiblit objectivement le camp ouvrier et interdit la construction des comit&#233;s du peuple travailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI. LA CONTINUIT&#201; HISTORIQUE DU SOCIAL-PATRIOTISME (1914&#8211;2026) : UNE LOGIQUE STRUCTURELLE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se que nous d&#233;fendons &#8212; les organisations issues du mouvement ouvrier convergent avec la bourgeoisie r&#233;publicaine lorsque l'&#233;mergence d'un vrai pouvoir ouvrier menace &#8212; n'est pas une abstraction. Elle est &#233;tay&#233;e par une continuit&#233; de 110 ans. Ce qu'on identifie, c'est une logique structurelle r&#233;currente, pas une r&#233;p&#233;tition m&#233;canique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. 1914 : l'Union sacr&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1914, les partis sociaux-d&#233;mocrates votent les cr&#233;dits de guerre et soutiennent l'effort de guerre imp&#233;rial. Ce basculement n'est pas une erreur morale &#8212; c'est le produit d'une logique : des appareils r&#233;formistes int&#233;gr&#233;s aux institutions nationales, incapables de rompre avec l'&#201;tat quand l'&#201;tat exige l'unit&#233;. La CGT de 2026 qui appelle au &#171; respect de l'&#201;tat de droit &#187; suit exactement cette logique. Non par trahison consciente, mais par l'effet objectif de sa position institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. 1919 : Noske, Rosa Luxemburg et la le&#231;on fondamentale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La social-d&#233;mocratie a aid&#233; la bourgeoisie &#224; r&#233;primer la r&#233;volution en Allemagne, en Hongrie. Les ex&#233;cuteurs de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht sont les ex&#233;cuteurs de la social-d&#233;mocratie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifeste de l'Internationale Communiste, mars 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont pas les fascistes qui ont tu&#233; Rosa Luxemburg : ce sont des social-d&#233;mocrates alli&#233;s aux corps francs fascistes, au nom de l'ordre r&#233;publicain. La le&#231;on : une logique institutionnelle peut, quand la r&#233;volution menace l'ordre existant, amener une organisation ouvri&#232;re &#224; ouvrir la porte aux forces r&#233;actionnaires. Non par intention, mais par la dynamique propre &#224; sa position dans l'&#201;tat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Le stalinisme : &#233;limination des r&#233;volutionnaires au nom de l'unit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers de militants trotskystes sont &#233;limin&#233;s dans plusieurs pays par les r&#233;seaux staliniens. Au Vi&#234;tnam, des r&#233;volutionnaires trotskystes sont ex&#233;cut&#233;s apr&#232;s la prise de pouvoir du Vi&#234;t-minh (1945). En France et en Espagne, les militants de la IVe Internationale sont pourchass&#233;s par les staliniens avec la m&#234;me &#233;nergie que par la Gestapo. Dans tous ces cas : l'organisation qui s'est substitu&#233;e au mouvement ouvrier &#233;limine les r&#233;volutionnaires authentiques au nom de &#171; l'unit&#233; &#187; et de &#171; l'ordre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. 1945 : la gauche coloniale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1945, la r&#233;pression du soul&#232;vement de S&#233;tif en Alg&#233;rie &#8212; des dizaines de milliers de morts &#8212; a lieu sous un gouvernement auquel participent socialistes et communistes. La m&#234;me R&#233;publique &#171; antifasciste &#187; qui vient de vaincre Hitler organise des massacres coloniaux. Lorsque le mouvement ouvrier devient partie int&#233;grante de l'&#201;tat colonial, il agit selon la logique coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. Guerre d'Alg&#233;rie : Mitterrand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Mitterrand, ministre de l'Int&#233;rieur (1954&#8211;1955) puis garde des Sceaux (1956&#8211;1957), signe des condamnations &#224; mort contre des militants ind&#233;pendantistes alg&#233;riens. Ce fait document&#233; dit quelque chose d'essentiel : la gauche gouvernementale peut d&#233;fendre les libert&#233;s en m&#233;tropole et administrer la mort en colonie. L'&#201;tat de droit a des fronti&#232;res &#8212; celles de la domination imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Chili 1973 : le l&#233;galisme comme facteur d'&#233;crasement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le prol&#233;tariat ne peut s'appuyer sur l'&#201;tat bourgeois pour se d&#233;fendre contre la bourgeoisie. Il doit construire ses propres organes de d&#233;fense, ind&#233;pendants de l'&#201;tat capitaliste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, O&#249; va la France ?, 1934&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Chili, les partis ouvriers font confiance &#224; l'appareil militaire bourgeois. Augusto Pinochet, nomm&#233; par Allende, fait le coup d'&#201;tat. Le tract VISA93 demande implicitement la protection de l'&#201;tat bourgeois. C'est exactement la ligne Allende. Et nous savons o&#249; cela a conduit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. La logique structurelle commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces cas, le m&#234;me m&#233;canisme : une organisation issue du mouvement ouvrier s'int&#232;gre &#224; l'appareil d'&#201;tat bourgeois, privil&#233;gie la stabilit&#233; nationale au nom de la &#171; d&#233;mocratie &#187;, consid&#232;re les r&#233;volutionnaires comme des facteurs de d&#233;sordre, et agit pour les neutraliser. Ce que nous observons en 2026 n'est pas une r&#233;p&#233;tition m&#233;canique. Mais la logique structurelle est la m&#234;me : LO, RP, NPA-A, PCR, GMI, UCL, CGT, Solidaires et le tract VISA93 suivent ce m&#233;canisme au moment pr&#233;cis o&#249; la construction des comit&#233;s du peuple travailleur serait la t&#226;che centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII. L'ESPAGNE 1936&#8211;1939 : L'ANTIFASCISME CONTRE LA R&#201;VOLUTION &#8212; LE PARADIGME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple paradigmatique de ce que nous d&#233;montrons se trouve dans la r&#233;volution espagnole de 1936&#8211;1939. Jamais dans l'histoire le mot &#171; antifascisme &#187; n'a &#233;t&#233; utilis&#233; de fa&#231;on aussi massive et aussi criminelle pour &#233;touffer une r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Juillet 1936 : la r&#233;volution dans l'antifascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En Espagne, la r&#233;volution sociale avait en juillet 1936 un d&#233;veloppement beaucoup plus profond que la r&#233;volution russe de f&#233;vrier 1917. Le gouvernement n'&#233;tait plus qu'une fiction. Le pouvoir r&#233;el &#233;tait dans les mains des comit&#233;s ouvriers et des milices arm&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, La r&#233;volution espagnole et les dangers qui la menacent, 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1936, les travailleurs espagnols construisent exactement ce dont nous parlons dans l'introduction : des comit&#233;s r&#233;volutionnaires qui se substituent &#224; l'&#201;tat bourgeois, des collectivisations, un pouvoir ouvrier embryonnaire sur tout le territoire. C'est le mod&#232;le positif de ce que la polarisation de 2026 emp&#234;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. L'antifascisme stalino-bourgeois contre la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette id&#233;e que la r&#233;volution sociale doit c&#233;der le pas &#224; la d&#233;fense de la d&#233;mocratie bourgeoise contre le fascisme est fondamentalement fausse. Elle est la n&#233;gation de la r&#233;volution. Car le fascisme ne peut &#234;tre battu que par la r&#233;volution sociale, et non par la d&#233;fense de la d&#233;mocratie bourgeoise. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky, Le mouvement ouvrier, la guerre et la lutte de classes, 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d'ordre stalinien &#8212; &#171; D'abord gagner la guerre, ensuite la r&#233;volution &#187; &#8212; est exactement le mot d'ordre de 2026 : &#171; D'abord battre le fascisme, ensuite les questions sociales. &#187; La cons&#233;quence concr&#232;te : les comit&#233;s r&#233;volutionnaires dissous, les collectivisations d&#233;mantel&#233;es, les milices ouvri&#232;res int&#233;gr&#233;es dans une arm&#233;e bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Trois niveaux : CNT, POUM, Amis de Durruti/Munis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Niveau 1 &#8212; CNT-FAI direction : capitulation totale au front populaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction CNT entre au gouvernement bourgeois (septembre 1936), d&#233;signe quatre ministres anarchistes, d&#233;mant&#232;le les collectivisations. La Charte d'Amiens &#8212; ind&#233;pendance absolue vis-&#224;-vis de l'&#201;tat bourgeois &#8212; est viol&#233;e. L'UCL de 2026 qui appelle &#224; l'&#171; antifascisme populaire &#187; avec LFI r&#233;p&#232;te exactement cette capitulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Niveau 2 &#8212; POUM : organisation centriste, non r&#233;volutionnaire cons&#233;quente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le POUM n'&#233;tait pas une organisation r&#233;volutionnaire au sens l&#233;niniste du terme. C'&#233;tait une organisation centriste. Cette organisation ne voulait pas rompre avec les partis bourgeois. Au lieu de rassembler l'avant-garde autour d'un programme de la r&#233;volution socialiste, elle co-signait des manifestes avec des partis bourgeois. C'est pr&#233;cis&#233;ment le centrisme du POUM qui l'a emp&#234;ch&#233; d'appeler les travailleurs &#224; la rupture au moment o&#249; cette rupture &#233;tait la seule voie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, La le&#231;on de l'Espagne : le dernier avertissement, d&#233;cembre 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction du POUM par les staliniens est une cons&#233;quence de son centrisme, pas une punition m&#233;rit&#233;e. La question n'est pas : qui a &#233;t&#233; d&#233;truit ? Mais : qui a d&#233;fendu une ligne juste jusqu'au bout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Niveau 3 &#8212; Les Amis de Durruti et Munis : l'aile r&#233;volutionnaire cons&#233;quente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout le pouvoir &#224; la classe ouvri&#232;re et &#224; la paysannerie. Tout le pouvoir aux syndicats et aux comit&#233;s r&#233;volutionnaires. Junte r&#233;volutionnaire. Socialisation de l'&#233;conomie. D&#233;sarmement obligatoire de tous les corps arm&#233;s bourgeois. Armement du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amigos de Durruti, tract distribu&#233; lors des barricades de Barcelone, 4-5 mai 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le POUM, organisation centriste, n'a pas su s'&#233;lever jusqu'&#224; la politique r&#233;volutionnaire n&#233;cessaire. En mai 1937, quand les travailleurs tenaient les barricades de Barcelone, le POUM n'a pas appel&#233; &#224; prendre le pouvoir. Il a appel&#233; &#224; la n&#233;gociation. C'est cela le centrisme : ne pas assumer devant la classe les cons&#233;quences du programme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grandizo Munis, Jalones de derrota, promesa de victoria, 1948&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on pour 2026 est triple : la direction CNT (comme la CGT) capitule au bloc bourgeois ; le POUM (comme RP ou NPA-R) formule des critiques partielles tout en restant prisonnier du cadre du front populaire ; seuls les Amis de Durruti et Munis rompent avec ce cadre et assument la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution sociale. Ce sont eux qui construisaient l'&#233;quivalent des comit&#233;s du peuple travailleur &#8212; et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela qu'ils ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. Les &#233;v&#233;nements de mai 1937 et la g&#233;n&#233;alogie de &#171; Siamo Tutti Antifascisti &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est seulement quand la r&#233;pression a commenc&#233; que j'ai compris comment fonctionnait l'antifascisme stalinien. Son but n'&#233;tait pas de vaincre Franco. Son but &#233;tait de d&#233;truire la r&#233;volution. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
George Orwell, Hommage &#224; la Catalogne, 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2026, &#171; Siamo Tutti Antifascisti ! &#187; r&#233;unit CGT, Solidaires, UCL et LFI. En 1936, ce slogan a r&#233;uni la CNT r&#233;volutionnaire et Aza&#241;a, pr&#233;sident bourgeois. Le r&#233;sultat : les collectivisations d&#233;mantel&#233;es, Nin assassin&#233;, Franco vainqueur. Ce slogan ne d&#233;signe pas un camp contre le fascisme. Il d&#233;signe un camp contre la r&#233;volution, sous couvert d'antifascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII. LA CONVERGENCE : ANALYSE BLOC PAR BLOC&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le fait politique central que cet article d&#233;montre : la totalit&#233; des organisations dites d'&#171; extr&#234;me gauche &#187; converge, sur cet &#233;v&#233;nement, avec la gauche bourgeoise r&#233;publicaine et les syndicats social-patriotes. Pour chaque organisation, nous posons non seulement la question de ce qu'elles ont dit, mais aussi : qu'est-ce qu'une ligne de front unique ouvrier, orient&#233;e vers la construction de comit&#233;s du peuple travailleur, aurait exig&#233; d'elles concr&#232;tement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. R&#233;volution Permanente (RP) : six articles, z&#233;ro analyse de l'acte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RP qualifie l'acte d'&#171; accident &#187; : &#171; Regretter cette mort accidentelle ne doit pas emp&#234;cher de voir que la rh&#233;torique d&#233;ploy&#233;e par les responsables politiques met sous le tapis la r&#233;alit&#233; des violences de l'extr&#234;me droite. &#187; Un acte de terrorisme substitutiste est un &#171; accident &#187;. RP consacre un autre article &#224; la biographie militante de la victime pour justifier l'acte par son profil &#8212; m&#233;thode stalinienne : d&#233;signer l'ennemi, laisser d'autres l'&#233;liminer. RP pratique par ailleurs le doxxing d'adversaires, tout en concluant que la mort est la &#171; cons&#233;quence de la politique de ces groupes &#187; : logique directe d'appel &#224; l'&#233;limination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'une ligne juste aurait exig&#233; de RP : analyser l'acte comme terrorisme substitutiste &#8212; pas le couvrir. Proposer des comit&#233;s de d&#233;fense des lieux de travail contre les groupes fascistes. Rejeter la d&#233;fense de LFI et proposer une action commune aux bases syndicales sur les revendications imm&#233;diates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Lutte Ouvri&#232;re (LO) : le social-patriotisme apparatchik&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LO passe de Lyon &#224; la M&#233;diterran&#233;e, Netanyahou et la pr&#233;paration &#224; la guerre, sans jamais revenir sur l'acte. Raison structurelle : LO, dont les candidats sont pour la plupart des d&#233;l&#233;gu&#233;s CGT, ne peut pas se d&#233;marquer de M&#233;lenchon sans risquer ses positions syndicales. C'est le carri&#233;risme apparatchik d&#233;guis&#233; en antifascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'une ligne juste aurait exig&#233; de LO : utiliser son implantation syndicale pour proposer des formes d'action autonomes. Proposer des mots d'ordre concrets : augmentation des salaires, refus de l'&#233;conomie de guerre, comit&#233;s de r&#233;sistance dans les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. NPA-Anticapitaliste (NPA-A) : &#171; D&#233;fendre LFI est un imp&#233;ratif &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;fendre LFI face aux attaques est un imp&#233;ratif. C'est tout le mouvement ouvrier, toute la gauche combative dont l'existence m&#234;me est mise en cause par la fascisation en cours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NPA-A, D&#233;fendre LFI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky l'aurait dit : ce &#171; front unique antifasciste &#187; incluant LFI est un front populaire &#8212; &#171; par d&#233;finition, une trahison &#187;. L'Espagne de 1936 montre o&#249; cela m&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. NPA-R&#233;volutionnaires (NPA-R) : d&#233;fendre l'infrastructure du camp &#233;lectoral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NPA-R appelle &#224; prot&#233;ger &#171; les locaux et les r&#233;unions publiques organis&#233;es par les partis de gauche &#187;. La classe ouvri&#232;re mobilis&#233;e pour d&#233;fendre l'infrastructure &#233;lectorale de la bourgeoisie progressiste. Ce n'est pas la construction de comit&#233;s du peuple travailleur &#8212; c'est son exact contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. PCR : l'amalgame LFI = mouvement ouvrier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La CGT ne doit pas observer passivement la campagne de haine et les appels implicites &#224; la violence qui visent le mouvement de Jean-Luc M&#233;lenchon. Un front unique de toutes les organisations de gauche &#8211; politiques et syndicales &#8211; doit se former. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PCR, Campagne contre LFI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appeler la CGT &#224; d&#233;fendre &#171; le mouvement de Jean-Luc M&#233;lenchon &#187;, c'est appeler la CGT de 1936 &#224; d&#233;fendre L&#233;on Blum. C'est l'amalgame LFI = mouvement ouvrier dans sa forme la plus nue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. UCL : la capitulation anarchiste de 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UCL titre &#171; Mort d'un fasciste &#224; Lyon &#187; et objective le meurtre par le profil de la victime. C'est la m&#233;thode stalinienne contre le POUM. La tradition anarchiste s&#233;rieuse n'a jamais confondu la propagande par le fait avec l'assassinat d'un jeune militant de base. L'UCL trahit cette tradition en entrant dans le front populaire de 2026 comme la direction CNT trahissait la sienne en 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. Contre Attaque, lundi.am, Dijoncter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre Attaque pratique le doxxing organis&#233;, construisant le r&#233;cit du &#171; guet-apens fasciste &#187;. La question centrale &#8212; cet acte rel&#232;ve-t-il de la lutte de classes ? &#8212; n'est jamais pos&#233;e. lundi.am et Dijoncter traitent l'&#171; antifascisme de rue &#187; comme cat&#233;gorie politique l&#233;gitime, d&#233;tach&#233;e de la lutte de classes. L'antifascisme d&#233;tach&#233; de la lutte de classes n'est qu'un style politique. La CNT avait un antifascisme de rue &#8212; les milices les plus puissantes d'Espagne. Elle les a dissoutes au nom du front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'une ligne juste aurait exig&#233; : nommer l'acte comme terrorisme substitutiste. Proposer des d&#233;tachements ouvriers d'autod&#233;fense li&#233;s aux syndicats de base. Refuser tout appel incluant LFI et lancer un appel aux bases syndicales sur les revendications imm&#233;diates. Initier la construction de comit&#233;s de travailleurs dans les entreprises et les quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX. LES SYNDICATS ET LE TRACT VISA93 : SOCIAL-PATRIOTISME INSTITUTIONNEL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Solidaires : l'&#171; &#233;chec social collectif &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La mort d'un homme suite &#224; un d&#233;cha&#238;nement de violences est un drame et un &#233;chec social collectif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solidaires, Lyon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un acte planifi&#233; n'est pas un &#171; &#233;chec social &#187; &#8212; c'est un acte politique. La formule &#171; &#233;chec social collectif &#187; efface la responsabilit&#233; des organisateurs et renvoie la classe &#224; l'&#201;tat pour &#171; g&#233;rer &#187; le probl&#232;me. C'est l'exact oppos&#233; de la construction d'organes autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. CGT : l'&#201;tat de droit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La CGT groupe, en dehors de toute &#233;cole politique, tous les travailleurs conscients de la lutte &#224; mener pour la disparition du salariat et du patronat. Elle affirme la n&#233;cessit&#233; de la transformation compl&#232;te de la soci&#233;t&#233;, par l'expropriation capitaliste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charte d'Amiens, Congr&#232;s de la CGT, 1906&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT de 1906 exigeait la disparition du salariat. La CGT de 2026 appelle au &#171; respect de l'&#201;tat de droit &#187;. Ces deux positions ne sont pas deux variantes de la m&#234;me logique &#8212; elles sont dans des logiques oppos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Le tract intersyndical VISA93 / CGT / FSU / Solidaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tract est la preuve documentaire directe de la convergence. Son vocabulaire est enti&#232;rement r&#233;publicain bourgeois : &#171; libert&#233;s d&#233;mocratiques &#187;, &#171; droits &#187;, &#171; s&#233;curit&#233; &#187;, &#171; d&#233;mocratie r&#233;elle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absent : lutte de classes, capital, exploitation, salariat, dictature du prol&#233;tariat. Il propose : un front uni incluant LFI et la protection de l'&#201;tat. Il ne propose jamais : des d&#233;tachements ouvriers d'autod&#233;fense, des comit&#233;s du peuple travailleur, des organes de classe autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les r&#233;formistes inculquent syst&#233;matiquement aux ouvriers l'id&#233;e que la sacro-sainte d&#233;mocratie est assur&#233;e au mieux lorsque la bourgeoisie est arm&#233;e jusqu'aux dents et les ouvriers d&#233;sarm&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Programme de transition, 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demander &#224; l'&#201;tat capitaliste de nous prot&#233;ger de l'extr&#234;me droite, c'est demander &#224; Krupp de nous prot&#233;ger de Hitler. L'extr&#234;me droite est financ&#233;e et instrument&#233;e par le grand capital. L'&#201;tat qui &#171; nous prot&#232;ge &#187; est l'&#201;tat qui la tol&#232;re et la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X. DEUX CAMPS, FAUX ANTAGONISME : LES DEUX SONT ANTI-PROL&#201;TARIENS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; est somm&#233;e de choisir entre deux camps. Le camp A &#8212; l'extr&#234;me droite identitaire &#8212; est un ennemi direct et imm&#233;diat de la classe ouvri&#232;re : raciste, militariste, diviseur de la classe, r&#233;serve de nervis, candidate &#224; un r&#244;le de force d'ordre en cas de mont&#233;e r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp B &#8212; l'antifascisme social-patriote &#8212; n'est pas ennemi de la classe ouvri&#232;re au sens militaire.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais il l'est politiquement : il canalise la col&#232;re dans des formes inoffensives pour le capital, il r&#233;-aligne les organisations de masse derri&#232;re l'&#201;tat et la R&#233;publique, il devient le camp de stabilisation quand la crise monte. Et surtout : il emp&#234;che activement la construction des comit&#233;s du peuple travailleur qui rendraient les deux camps obsol&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'asym&#233;trie est d&#233;cisive : le camp A est un ennemi visible et imm&#233;diat. Le camp B est plus dangereux parce qu'il parle au nom du Bien &#8212; de la d&#233;mocratie, des libert&#233;s, de l'antifascisme &#8212; et qu'il capte ainsi une &#233;nergie militante r&#233;elle pour la mobiliser dans le sens de la reproduction du syst&#232;me. L'&#201;tat a besoin de ces deux camps pour administrer la crise. Le prol&#233;tariat n'a pas besoin d'un camp. Il a besoin de ses propres organes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XI. CONCLUSION : CONSTRUIRE LES COMIT&#201;S DU PEUPLE TRAVAILLEUR &#8212; MAINTENANT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement de Lyon de f&#233;vrier 2026 reproduit, dans sa structure, exactement l'Espagne de 1936 : l'antifascisme comme formule id&#233;ologique servant &#224; dissoudre la politique de classe dans un front populaire bourgeois. La cha&#238;ne est compl&#232;te :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1914 &#8594; Union sacr&#233;e. 1919 &#8594; Rosa Luxemburg assassin&#233;e par des social-d&#233;mocrates alli&#233;s aux corps francs. 1936 &#8594; miliciens espagnols d&#233;sarm&#233;s et Nin assassin&#233; par la coalition stalino-bourgeoise. &lt;br class='autobr' /&gt;
1945 &#8594; S&#233;tif et Ha&#239;phong par la gauche coloniale. 1973 &#8594; Chili. 2026 &#8594; tract VISA93, &#171; Siamo Tutti Antifascisti ! &#187;. Dans chaque cas, la m&#234;me logique : priorit&#233; &#224; l'unit&#233; r&#233;publicaine, liquidation de la politique de classe, &#233;crasement ou marginalisation des r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. La t&#226;che centrale : le programme de transition comme pont&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La t&#226;che strat&#233;gique consiste &#224; surmonter la contradiction entre la maturit&#233; des conditions objectives de la r&#233;volution et la non-maturit&#233; du prol&#233;tariat et de son avant-garde. Il faut aider les masses, dans le processus de leurs luttes quotidiennes, &#224; trouver le pont entre leurs revendications actuelles et le programme de la r&#233;volution socialiste. Ce pont doit consister en un syst&#232;me de revendications transitoires, partant des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la classe ouvri&#232;re et conduisant invariablement &#224; une seule et m&#234;me conclusion : la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Programme de transition, 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Les comit&#233;s du peuple travailleur : la t&#226;che concr&#232;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont la situation exige, c'est la construction, sur tout le territoire, de comit&#233;s du peuple travailleur enracin&#233;s dans les entreprises et les quartiers. Ces comit&#233;s sont le contraire des structures de front populaire : ils ne d&#233;fendent pas LFI, ils ne demandent pas la protection de l'&#201;tat, ils ne r&#233;duisent pas la politique &#224; la d&#233;fense de la d&#233;mocratie bourgeoise. Ils partent des revendications imm&#233;diates concr&#232;tes &#8212; augmentation des salaires, arr&#234;t de l'&#233;conomie de guerre, d&#233;fense des services publics, r&#233;sistance &#224; la destruction des protections collectives &#8212; et les lient &#224; la perspective d'un pouvoir du peuple travailleur : la dictature du prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire la domination politique de la classe ouvri&#232;re organis&#233;e sur les classes qui l'exploitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces comit&#233;s sont aussi la seule r&#233;ponse coh&#233;rente &#224; l'extr&#234;me droite. Non pas en la &#171; combattant &#187; dans la rue au travers d'actes non assum&#233;s qui renforcent l'arsenal r&#233;pressif de l'&#201;tat, mais en construisant la puissance propre de la classe &#8212; qui est la seule chose que l'extr&#234;me droite ne peut pas affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Les axes organisationnels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extension et la centralisation r&#233;elle des luttes : non pas des journ&#233;es d'action syndicales encadr&#233;es et d&#233;limit&#233;es, mais des dynamiques qui s'&#233;tendent d'un secteur &#224; l'autre et se donnent des formes de coordination autonomes par rapport aux appareils conf&#233;d&#233;raux. Comit&#233;s de gr&#232;ve. Comit&#233;s de quartier. Coordinations interprofessionnelles. Contr&#244;le ouvrier sur les conditions de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;tachements ouvriers d'autod&#233;fense li&#233;s &#224; ces comit&#233;s : unit&#233;s encadr&#233;es par les organes de la classe, assum&#233;es publiquement, enracin&#233;es dans les syndicats de base. C'est ce que le Programme de transition appelle. C'est ce que la direction CNT aurait d&#251; construire en Espagne au lieu d'entrer dans le gouvernement bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture avec le militarisme et l'&#233;conomie de guerre : ni un euro pour les arm&#233;es imp&#233;riales, rupture avec l'OTAN, solidarit&#233; internationale des prol&#233;taires contre leurs propres &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail dans les organisations existantes pour disputer les masses aux appareils : pas la proclamation de la rupture depuis l'ext&#233;rieur, mais la lutte pour l'h&#233;g&#233;monie &#224; l'int&#233;rieur des syndicats, en proposant aux bases syndicales une politique concr&#232;te qui contraste avec celle des directions social-patriotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. Ce qui manque et ce qui est urgent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il manque un parti authentiquement r&#233;volutionnaire qui fasse le lien entre les revendications imm&#233;diates et la perspective du pouvoir ouvrier. Pas un parti de militants purs qui d&#233;clarent leur rupture avec le r&#233;formisme. Un parti qui travaille dans les organisations existantes pour en disputer les bases &#224; leurs directions, qui initie les comit&#233;s du peuple travailleur sur des bases concr&#232;tes, qui construit les d&#233;tachements d'autod&#233;fense li&#233;s &#224; ces comit&#233;s, et qui assume publiquement devant la classe la perspective de la dictature du prol&#233;tariat comme seule issue r&#233;elle &#224; la crise capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans ce p&#244;le autonome, chaque mort politique sera absorb&#233;e par le dispositif de polarisation bourgeoise. La Jeune Garde &#8212; corps-franc de LFI arborant le logo de la SFIO nosk&#233;enne &#8212; continuera d'exister. Les organisations pseudo-r&#233;volutionnaires continueront de suivre. Et le slogan &#171; Siamo Tutti Antifascisti ! &#187; continuera de couvrir le front populaire, comme en 1936, comme en 1943, comme en 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pi&#232;ge n'est pas de choisir le &#171; bon mort &#187;. Le pi&#232;ge est d'accepter que la politique se r&#233;duise &#224; une guerre de camps &#8212; parce que cette guerre de camps ne menace pas le capital : elle le prot&#232;ge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une classe qui construit ses propres comit&#233;s &#8212; m&#234;me modestement, m&#234;me avec des forces limit&#233;es &#8212; est une classe qui existe politiquement. C'est ce travail qui est urgent. Pas demain. Maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; F&#233;vrier 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les citations des organisations sont issues des textes originaux avec liens v&#233;rifiables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#339;uvres de Marx et Trotsky sont consultables sur marxists.org/francais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#8226; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOURCES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Pourquoi les marxistes s'opposent au terrorisme individuel (1911)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifeste de l'Internationale Communiste (mars 1919)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 conditions d'admission &#224; l'IC, IIe Congr&#232;s (1920)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Comment vaincre le fascisme ? (1932-1933)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Qu'est-ce que le national-socialisme ? (juin 1933)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, O&#249; va la France ? (1934-1936)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Les radicaux et le Front populaire, &#338;uvres, tome 6 (juillet 1935)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Encore une fois, o&#249; va la France ? (mars 1935)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, La r&#233;volution espagnole et les dangers qui la menacent (1936)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Le mouvement ouvrier, la guerre et la lutte de classes (1936)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, La le&#231;on de l'Espagne : le dernier avertissement (d&#233;cembre 1937)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Programme de transition (1938)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;George Orwell, Hommage &#224; la Catalogne (1938)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grandizo Munis, Jalones de derrota, promesa de victoria (1948)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charte d'Amiens, Congr&#232;s de la CGT (1906)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agrupaci&#243;n de los Amigos de Durruti, tracts de mai 1937&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le mythe Adama Traor&#233; et le slogan &#034;d&#233;sarmer la police&#034; ne sont pas la bonne r&#233;ponse</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8645</link>
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		<dc:date>2026-02-14T23:40:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Certaines organisations choisissent de particulariser le cas d'Adama Traore en le prenant comme symbole des meurtres caus&#233;s par des policiers. Ils auraient pu choisir la mort de Nahel ou celle des deux jeunes de Clichy-sous-bois en 2005, Zyed et Bouna, ou encore celui de Zineb, une femme tu&#233;e &#224; Marseille pendant la r&#233;pression du mouvement des Gilets jaunes. Ils ont choisi Adama Traor&#233; non seulement comme symbole des violences polici&#232;res mais, pire, comme martyr et h&#233;ros ! L&#224;, c'est carr&#233;ment (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Certaines organisations choisissent de particulariser le cas d'Adama Traore en le prenant comme symbole des meurtres caus&#233;s par des policiers. Ils auraient pu choisir la mort de Nahel ou celle des deux jeunes de Clichy-sous-bois en 2005, Zyed et Bouna, ou encore celui de Zineb, une femme tu&#233;e &#224; Marseille pendant la r&#233;pression du mouvement des Gilets jaunes. Ils ont choisi Adama Traor&#233; non seulement comme symbole des violences polici&#232;res mais, pire, comme martyr et h&#233;ros ! L&#224;, c'est carr&#233;ment &#224; c&#244;t&#233; de la plaque !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces organisations affirment que le racisme est la raison essentielle de la violence polici&#232;re mais il y a aussi des violences contre les femmes, contre les jeunes, contre les paysans, contre les salari&#233;s en lutte, contre les manifestations. Le r&#244;le de la police est d'abord anti-social et contre-r&#233;volutionnaire. La violence polici&#232;re est un produit de la lutte des classes qui ne se combat pas en se contentant de d&#233;noncer&#8230; la police&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18937 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018437.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018437.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18938 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018443.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000018443.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18939 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000058488.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000058488.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sarmer la police et faire d'Adama Traor&#233; une figure mythique, voil&#224; ce que proclament certains :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18925 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/affiche-police.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/affiche-police.jpg' width=&#034;1000&#034; height=&#034;1400&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18929 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imageshhff.jpg' width=&#034;201&#034; height=&#034;251&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18928 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/images-150.jpg' width=&#034;168&#034; height=&#034;299&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18930 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/maxresdefault-37.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/maxresdefault-37.jpg' width=&#034;1280&#034; height=&#034;720&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18931 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/motion-police-twitter-2-1024x576.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/motion-police-twitter-2-1024x576.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;576&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_18932 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_fgh.jpg' width=&#034;201&#034; height=&#034;251&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18933 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titre-23.jpg' width=&#034;168&#034; height=&#034;299&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18934 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titremmm.jpg' width=&#034;168&#034; height=&#034;299&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18935 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titreoop.jpg' width=&#034;299&#034; height=&#034;168&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18936 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titresssd.jpg' width=&#034;168&#034; height=&#034;300&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable r&#233;ponse est ailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18924 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/1000052691-537d5-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/1000052691-537d5-3.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18926 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/casque1-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/casque1-2.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18927 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/casque6-3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/casque6-3.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mythe Adama Traor&#233; et le slogan &#034;d&#233;sarmer la police&#034; ne sont pas la bonne r&#233;ponse&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Adama Traor&#233; n'est pas un martyr&#8230;
&#8230;et la police fran&#231;aise n'est pas innocente de sa mort&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la mythologie du lumpen et contre l'impunit&#233; de la violence d'&#201;tat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une rupture avec la gauche bourgeoise et ses faux symboles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rompre clairement avec une imposture politique entretenue depuis des ann&#233;es par la gauche bourgeoise, y compris dans sa variante dite &#8220;r&#233;volutionnaire&#8221; : la mythologie Adama Traor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette imposture ne sert ni la lutte contre la police, ni la compr&#233;hension de l'&#201;tat, ni l'&#233;mancipation des exploit&#233;s. Elle sert la stabilisation de l'ordre existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adama Traor&#233; n'&#233;tait ni un militant, ni un travailleur en lutte, ni une victime politique cibl&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait un d&#233;linquant, issu du lumpenprol&#233;tariat, avec tout ce que cela implique : pratiques violentes, &#233;conomie parall&#232;le, rapports ambigus &#224; la police, et, dans de nombreux quartiers, cohabitation fonctionnelle entre petits trafics et appareil policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat n'est pas moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les morts ne produisent pas des martyrs. Et choisir un mauvais symbole est toujours une d&#233;faite de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La police : bras arm&#233; de la bourgeoisie, pas institution d&#233;viante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuser la sanctification d'Adama Traor&#233; ne signifie en rien d&#233;fendre la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police est, comme l'&#233;crivait Karl Marx, une bande d'hommes en armes au service de la classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'est ni neutre ni r&#233;formable : elle est un organe constitutif de l'&#201;tat bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son r&#244;le r&#233;el est connu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tol&#233;rer certaines ill&#233;galit&#233;s quand elles stabilisent un territoire ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; g&#233;rer les populations pauvres ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; frapper quand l'ordre social est menac&#233; politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la violence polici&#232;re structurelle s'exerce avant tout contre :
&lt;br /&gt;&#8212; les gilets jaunes,&lt;br class='autobr' /&gt;
les paysans en lutte,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les travailleurs en gr&#232;ve,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les territoires coloniaux comme Mayotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police n'&#233;crase pas le lumpen parce qu'il d&#233;range moralement ; elle &#233;crase la classe exploit&#233;e quand elle s'organise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;volution Permanente : une gauche du capital, pas une alternative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que le probl&#232;me devient politique, et non rh&#233;torique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution Permanente n'est pas ext&#233;rieure &#224; la gauche bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle y est structurellement li&#233;e par son int&#233;gration aux appareils syndicaux, par sa pratique de l'interpellation institutionnelle, et par son refus constant de rompre avec les m&#233;diations de l'&#201;tat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Choisir Adama Traor&#233; comme symbole central n'est pas une erreur de communication.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un choix de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que ce symbole permet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'&#233;viter la question du travail et du salariat ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'&#233;viter la critique des syndicats comme rouages de gestion de la force de travail ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'&#233;viter l'affrontement avec l'&#201;tat bourgeois dans ses formes &#8220;sociales&#8221; et &#8220;progressistes&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choisir Adama Traor&#233; permet une critique morale, individualis&#233;e, d&#233;connect&#233;e de la production, parfaitement compatible avec :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les directions syndicales,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les institutions,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la gauche parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une critique sans rupture, donc inoffensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une confusion volontaire : effacer la hi&#233;rarchie politique des violences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche bourgeoise refuse une distinction pourtant d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adama, ce n'est pas Malik Oussekine. Bien entendu, cela ne justifie pas de tuer Adama. Cela signifie seulement qu'il ne faut pas &#233;riger les Adama en h&#233;ros !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oussekine &#233;tait un &#233;tudiant, non violent, tu&#233; dans un contexte de r&#233;pression politique directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adama Traor&#233; meurt dans une s&#233;quence relevant de la gestion polici&#232;re violente d'un territoire et de la d&#233;linquance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confondre les deux, c'est :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; effacer la hi&#233;rarchie des violences d'&#201;tat ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dissoudre la lutte de classes dans l'&#233;motion ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; rendre impossible toute strat&#233;gie r&#233;volutionnaire s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette confusion n'est pas une erreur : elle est fonctionnelle &#224; une gauche int&#233;gr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#233;sultat : une critique neutralis&#233;e de la police&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force de choisir des symboles compatibles avec l'ordre existant, la gauche bourgeoise produit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une polarisation st&#233;rile &#8220;pro-flics / pro-Adama&#8221; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une rupture avec le monde du travail ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une critique de la police inaudible pour les classes populaires organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la police continue son travail r&#233;el : prot&#233;ger la propri&#233;t&#233;, &#233;craser les luttes, garantir l'ordre capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police anglaise n'est pas arm&#233;e mais l'Etat n'est pas moins un Etat du grand capital et l'Etat, lui, est arm&#233; ! Car, si on parle de d&#233;sarmer, il faut y rajouter de d&#233;sarmer l'Etat-major militaire ce qui suppose que les petits soldats ne lui ob&#233;issent plus et pas qu'ils jettent leurs armes &#224; la poubelle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sarmer la police ? Non. Armer le prol&#233;tariat. Et organiser les policiers qui refusent la r&#233;pression des luttes sociales aux c&#244;t&#233;s des exploit&#233;s auto-organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que la faillite politique de R&#233;volution Permanente appara&#238;t dans toute sa clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque prise de parole, le m&#234;me mot d'ordre est martel&#233; : &#171; d&#233;sarmer la police &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mot d'ordre n'a rien de r&#233;volutionnaire. Il est bourgeois, &#233;tatique, et historiquement contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Parce ce slogan part du point de vue de l'&#201;tat existant, et non de sa destruction. Il faudrait plut&#244;t que la police en armes passe aux c&#244;t&#233;s du prol&#233;tariat organis&#233; en soviets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police s&#233;par&#233;e du peuple travailleur est le vrai probl&#232;me &#8212; pas le fait qu'elle soit arm&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, Engels, Vladimir L&#233;nine, L&#233;on Trotsky n'ont jamais expliqu&#233; que le probl&#232;me central &#233;tait que la police ait des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est qu'elle soit :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; s&#233;par&#233;e du peuple,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; professionnalis&#233;e,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soustraite &#224; tout contr&#244;le populaire,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ob&#233;issant &#224; une hi&#233;rarchie r&#233;actionnaire,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; plac&#233;e au service d'une classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution marxiste n'a jamais &#233;t&#233; de pacifier l'ordre existant, mais :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dissoudre les corps arm&#233;s s&#233;par&#233;s,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; armer le peuple travailleur,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; transformer la s&#233;curit&#233; en fonction collective, exerc&#233;e par tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que disait r&#233;ellement la tradition marxiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti Ouvrier Fran&#231;ais de Jules Guesde et Paul Lafargue d&#233;fendait explicitement :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'armement du prol&#233;tariat,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la suppression de l'arm&#233;e et de la police permanentes,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; leur remplacement par une milice populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans L'&#201;tat et la r&#233;volution, L&#233;nine parle :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de dissolution des corps s&#233;par&#233;s,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'armement g&#233;n&#233;ral du peuple,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'agents mandat&#233;s, r&#233;vocables, responsables devant les assembl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky comme Barta, insiste sur le m&#234;me point :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la s&#233;curit&#233; r&#233;volutionnaire ne peut &#234;tre assur&#233;e que par des organes arm&#233;s sous contr&#244;le direct -des masses, jamais par une police amput&#233;e ou r&#233;form&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que R&#233;volution Permanente refuse d'assumer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand R&#233;volution Permanente appelle &#224; &#171; d&#233;sarmer la police &#187;, elle ne parle jamais de :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; garde nationale populaire,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; milices ouvri&#232;res,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; comit&#233;s arm&#233;s de quartier,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; contr&#244;le direct par les assembl&#233;es de travailleurs,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; r&#233;vocabilit&#233; de ceux qui exercent la fonction polici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que cela impliquerait :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une rupture frontale avec l'&#201;tat bourgeois ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une remise en cause des appareils syndicaux int&#233;gr&#233;s ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une perspective de pouvoir r&#233;el, incompatible avec une strat&#233;gie institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d'ordre &#171; d&#233;sarmer la police &#187; est donc :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; n&#233;gatif (on enl&#232;ve),
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sans perspective de pouvoir,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; parfaitement compatible avec la gauche municipale, parlementaire et syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit : un mot d'ordre de gauche du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aller jusqu'au bout de la critique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est pas : &#171; police arm&#233;e ou d&#233;sarm&#233;e ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est : qui exerce la fonction de s&#233;curit&#233;, avec quelles armes, sous quel contr&#244;le de classe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse mat&#233;rialiste est claire :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; suppression de la police comme corps s&#233;par&#233; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; fonction polici&#232;re exerc&#233;e par le peuple travailleur lui-m&#234;me ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; agents mandat&#233;s, r&#233;vocables, responsables devant des assembl&#233;es ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; armement contr&#244;l&#233; collectivement, pas monopolis&#233; par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment cette perspective que R&#233;volution Permanente refuse d'ouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle d&#233;nonce les violences polici&#232;res, mais sans jamais poser la question du pouvoir arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle critique la police, mais sans jamais appeler &#224; armer la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi sa critique est inoffensive, et c'est pourquoi elle choisit de mauvais symboles : ils permettent de parler de violence sans parler de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion : rompre avec la gauche du capital&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position r&#233;volutionnaire est simple et sans compromis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune mythologie du lumpen et aucune mythologie d'une police capitaliste sans armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune d&#233;fense de la police, bras arm&#233; de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune sanctification du lumpen, encore moins comme figure politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune confiance dans les appareils syndicaux comme m&#233;diations &#233;mancipatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune morale pour masquer des rapports de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une perspective claire : dissolution de la police s&#233;par&#233;e et assujettie &#224; la hi&#233;rarchie r&#233;actionnaire et armement du prol&#233;tariat organis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, tout le pouvoir aux soviets unis de travailleurs r&#233;volutionnaires et de petits policiers et petits soldats auto-organis&#233;s eux aussi en soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que la gauche dite &#8220;r&#233;volutionnaire&#8221; refusera cette rupture, elle restera ce qu'elle est d&#233;j&#224; : une gauche du capital, radicale en mots, int&#233;gr&#233;e en actes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18940 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000058547.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/1000058547.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18941 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/briser_l_armee-6.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/briser_l_armee-6.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18942 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/sans_titre1-4.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/sans_titre1-4.png' width=&#034;1414&#034; height=&#034;2000&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18943 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente_2-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente_2-2.jpg' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le &#034;trotskysme&#034; en 1917</title>
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		<dc:date>2026-02-09T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le &#171; trotskysme &#187; en 1917 : &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis 1904, j'&#233;tais en dehors des deux fractions de la social-d&#233;mocratie. J'avais v&#233;cu les ann&#233;es de la premi&#232;re r&#233;volution, 1905-1907, c&#244;te &#224; c&#244;te avec les bolcheviks. Pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, je d&#233;fendis les m&#233;thodes de la r&#233;volution contre les mench&#233;viks dans la presse marxiste internationale. Je ne perdais cependant pas l'espoir de voir les mench&#233;viks s'orienter vers la gauche et je fis une s&#233;rie de tentatives d'unification. C'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le &#171; trotskysme &#187; en 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1904, j'&#233;tais en dehors des deux fractions de la social-d&#233;mocratie. J'avais v&#233;cu les ann&#233;es de la premi&#232;re r&#233;volution, 1905-1907, c&#244;te &#224; c&#244;te avec les bolcheviks. Pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, je d&#233;fendis les m&#233;thodes de la r&#233;volution contre les mench&#233;viks dans la presse marxiste internationale. Je ne perdais cependant pas l'espoir de voir les mench&#233;viks s'orienter vers la gauche et je fis une s&#233;rie de tentatives d'unification. C'est seulement pendant la guerre que je compris que ces tentatives seraient inutiles. A New-York, au d&#233;but de mars, j'&#233;crivis une s&#233;rie d'articles consacr&#233;s &#224; l'&#233;tude des forces de classes et des perspectives de la r&#233;volution russe. En ce m&#234;me temps, L&#233;nine envoyait de Gen&#232;ve &#224; P&#233;trograd ses Lettres de loin. Ecrits sur deux points du monde que s&#233;pare l'oc&#233;an, ces articles donnent une analyse identique de la situation et expriment des pr&#233;visions toutes pareilles. Toutes les formules essentielles &#8212;sur l'attitude &#224; prendre &#224; l'&#233;gard des paysans, de la bourgeoisie, du gouvernement provisoire, de la guerre, de la r&#233;volution internationale, sont absolument identiques. Sur la pierre &#224; aiguiser de l'histoire, v&#233;rification fut faite alors des rapports du &#171; trotskysme &#187; et du l&#233;ninisme. Cette v&#233;rification eut lieu dans les conditions d'une exp&#233;rience de chimie pure. Je ne connaissais pas le jugement de L&#233;nine. Je partais de mes propres pr&#233;misses et de ma propre exp&#233;rience r&#233;volutionnaire. Et j'indiquais les m&#234;mes perspectives, la m&#234;me ligne strat&#233;gique que donnait L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, peut-&#234;tre, &#224; cette &#233;poque, la question &#233;tait-elle claire pour tout le monde et la solution tout aussi bien pr&#233;vue pour tous. Non ! Au contraire ! Le jugement de L&#233;nine fut en cette p&#233;riode &#8212;jusqu'au 4 avril 1917, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; son apparition sur l'ar&#232;ne de P&#233;trograd,&#8212; un jugement personnel, individuel. Pas un des dirigeants du parti se trouvant alors en Russie, &#8212;pas un !&#8212; n'avait m&#234;me l'id&#233;e de gouverner vers la dictature du prol&#233;tariat, vers la r&#233;volution socialiste. La conf&#233;rence du parti qui avait r&#233;uni, &#224; la veille de l'arriv&#233;e de L&#233;nine, quelques dizaines de bolcheviks, avait montr&#233; qu'aucun d'eux n'allait en pens&#233;e au-del&#224; de la d&#233;mocratie. Ce n'est pas sans intention que les proc&#232;s-verbaux de cette conf&#233;rence restent cach&#233;s jusqu'&#224; ce jour. Staline &#233;tait d'avis de soutenir le gouvernement provisoire de Goutchkov-Milioukov et d'arriver &#224; une fusion des bolcheviks avec les mench&#233;viks. La m&#234;me attitude fut prise (ou bien une attitude encore plus opportuniste) par Rykov, Kam&#233;nev, Molotov, Tomsky, Kalinine et tous autres dirigeants ou &#224; demi dirigeants actuels. Iaroslavsky, Ordjonikidz&#233;, le pr&#233;sident du comit&#233; ex&#233;cutif central de l'Ukraine, P&#233;trovsky, et d'autres, publiaient, pendant la r&#233;volution de f&#233;vrier, &#224; Iakoutsk, en commun avec les mench&#233;viks, un journal appel&#233; le Social-D&#233;mocrate, dans lequel ils d&#233;veloppaient les id&#233;es les plus vulgaires de l'opportunisme provincial. Si l'on reproduisait actuellement certains articles du Social-D&#233;mocrate d'Iakoutsk dont Iaroslavsky &#233;tait le r&#233;dacteur en chef, on tuerait id&#233;ologiquement cet homme, en admettant toutefois qu'il soit possible de l'ex&#233;cuter id&#233;ologiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la garde actuelle du &#171; l&#233;ninisme &#187;. Qu'en diverses occasions, ces hommes aient r&#233;p&#233;t&#233; les paroles et imit&#233; les gestes de L&#233;nine, cela, je le sais. Mais, au d&#233;but de 1917, ils &#233;taient livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. La situation &#233;tait difficile. C'est alors qu'ils auraient d&#251; montrer ce qu'ils avaient appris &#224; l'&#233;cole de L&#233;nine et ce dont ils &#233;taient capables sans L&#233;nine. Qu'ils d&#233;signent seulement, parmi eux, un seul qui de lui-m&#234;me ait su aborder la position qui fut identiquement formul&#233;e par L&#233;nine &#224; Gen&#232;ve et par moi &#224; New-York. Ils ne trouveront pas un nom. La Pravda de P&#233;trograd, dont les r&#233;dacteurs en chef, avant l'arriv&#233;e de L&#233;nine, &#233;taient Staline et Kam&#233;nev, est rest&#233;e &#224; tout jamais un monument d'esprit born&#233;, d'aveuglement et d'opportunisme. Cependant la masse du parti, comme la classe ouvri&#232;re dans son ensemble, se dirigeait spontan&#233;ment vers la lutte pour le pouvoir. Il n'y avait pas en somme d'autre voie, ni pour le parti ni pour le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;fendre, pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, la perspective de la r&#233;volution permanente, il fallait des pr&#233;visions th&#233;oriques. Pour lancer, en mars 1917, le mot d'ordre de la lutte pour le pouvoir, il suffisait, ce me semble, du flair politique. Les facult&#233;s de pr&#233;vision et m&#234;me de flair ne se sont r&#233;v&#233;l&#233;es chez aucun &#8212;pas un !&#8212; des dirigeants actuels. Pas un d'entre eux, en mars 1917, n'avait d&#233;pass&#233; la position du petit bourgeois d&#233;mocrate de gauche. Aucun d'entre eux n'a pass&#233; convenablement l'examen de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arrivai &#224; P&#233;trograd un mois apr&#232;s L&#233;nine. Exactement le temps pendant lequel j'avais &#233;t&#233; retenu au Canada par Lloyd George. Je trouvai la situation dans le parti essentiellement modifi&#233;e. L&#233;nine avait fait appel &#224; la masse des partisans contre leurs tristes leaders. Il mena une lutte syst&#233;matique contre ces &#171; vieux bolcheviks &#8212;&#233;crivait-il&#8212; qui ont d&#233;j&#224; jou&#233; plus d'une fois un triste r&#244;le dans l'histoire de notre parti, r&#233;p&#233;tant sans y rien comprendre une formule apprise par coeur, au lieu d'&#233;tudier les particularit&#233;s de la nouvelle et vivante situation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kam&#233;nev et Rykov tent&#232;rent de r&#233;sister. Staline, en silence, se mit &#224; l'&#233;cart. Il n'existe pas, pour l'&#233;poque, un seul article o&#249; celui-ci ait fait effort pour juger sa politique de la veille et s'ouvrir un chemin dans le sens de la position l&#233;niniste. Il se tut tout simplement. Il s'&#233;tait trop compromis par la d&#233;sastreuse direction qu'il avait donn&#233;e pendant le premier mois de la r&#233;volution. Il pr&#233;f&#233;ra se retirer dans l'ombre. Il ne prit publiquement nulle part la d&#233;fense des id&#233;es de L&#233;nine. Il &#233;ludait et attendait. Durant les mois o&#249; se fit la pr&#233;paration th&#233;orique et politique d'Octobre, o&#249; s'engag&#232;rent le plus s&#233;rieusement les responsabilit&#233;s, Staline n'eut tout simplement pas d'existence politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'arrivai dans le pays, un bon nombre d'organisations social-d&#233;mocrates groupaient encore des mench&#233;viks et des bolcheviks. C'&#233;tait la cons&#233;quence naturelle de la position que Staline, Kam&#233;nev et d'autres avaient prise non seulement au d&#233;but de la r&#233;volution, mais aussi pendant la guerre, bien que, il faut en convenir, l'attitude de Staline en temps de guerre soit rest&#233;e inconnue de tous : il n'a pas &#233;crit une seule ligne sur cette question qui n'est pas d'une mince importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, les manuels de l'Internationale communiste, dans le monde entier &#8212;pour les Jeunesses communistes en Scandinavie et les pionniers en Australie&#8212; r&#233;p&#232;tent &#224; sati&#233;t&#233; que Trotsky, en ao&#251;t 1912, fit une tentative pour unifier les bolcheviks avec les mench&#233;viks. En revanche, il n'est dit nulle part que Staline, en mars 1917, pr&#234;chait une alliance avec le parti de Ts&#233;r&#233;telli et qu'en fait, jusqu'au milieu de 1917, L&#233;nine ne parvint pas &#224; d&#233;gager le parti du marais o&#249; l'avaient entra&#238;n&#233; les dirigeants temporaires d'alors, actuellement devenus les &#233;pigones. Le fait que pas un d'entre eux ne comprit, au d&#233;but de la r&#233;volution, le sens et la direction de celle-ci est maintenant interpr&#233;t&#233; comme proc&#233;dant de vues dialectiques particuli&#232;rement profondes, s'opposant &#224; l'h&#233;r&#233;sie du trotskysme qui osa non seulement comprendre les faits de la veille, mais aussi pr&#233;voir ceux du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, arriv&#233; &#224; P&#233;tersbourg, je d&#233;clarai &#224; Kam&#233;nev que je n'objectais rien aux fameuses &#171; th&#232;ses d'avril &#187; de L&#233;nine, qui d&#233;terminaient le cours nouveau du parti, Kam&#233;nev me r&#233;pondit seulement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je crois bien !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me d'avoir adh&#233;r&#233; en bonne et due forme au parti, je contribuai &#224; l'&#233;laboration des plus importants documents du bolchevisme. Il ne vint &#224; l'esprit de personne de demander si j'avais renonc&#233; au &#171; trotskysme &#187; comme l'ont voulu savoir, &#224; mille reprises, depuis, dans la p&#233;riode de d&#233;cadence des &#233;pigones, les Cachin, les Thaelmann et autres parasites de la r&#233;volution d'Octobre. Si, &#224; cette &#233;poque, on a pu voir le trotskysme oppos&#233; au l&#233;ninisme, ce fut seulement en ce sens que, dans les sph&#232;res sup&#233;rieures du parti, pendant avril, L&#233;nine fut accus&#233; de trotskysme. Kam&#233;nev en parlait ainsi, ouvertement et avec persistance. D'autres disaient de m&#234;me, mais d'une fa&#231;on plus circonspecte, dans les coulisses. Des dizaines de &#171; vieux bolcheviks &#187; me d&#233;clar&#232;rent, apr&#232;s mon arriv&#233;e en Russie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Maintenant, c'est f&#234;te dans votre rue !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus forc&#233; de d&#233;montrer que L&#233;nine n'avait pas adopt&#233; ma position, qu'il avait simplement &#233;tendu la sienne et que, par la suite de cette &#233;volution, o&#249; l'alg&#232;bre se simplifiait en arithm&#233;tique, l'identit&#233; de nos id&#233;es s'&#233;tait manifest&#233;e. Il en fut bien ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s nos premi&#232;res rencontres, et plus encore apr&#232;s les Journ&#233;es de juillet, L&#233;nine donnait l'impression d'une extr&#234;me concentration int&#233;rieure, d'un ramassement sur lui-m&#234;me pouss&#233; au dernier degr&#233; &#8212;sous des apparences de calme et de simplicit&#233; prosa&#239;que. Le r&#233;gime k&#233;renskyste semblait, en ces jours-l&#224;, tout-puissant. Le bolchevisme n'&#233;tait repr&#233;sent&#233; que par une &#171; petite bande insignifiante &#187;. C'est ainsi qu'il &#233;tait trait&#233; officiellement. Le parti lui-m&#234;me ne se rendait pas encore compte de la force qu'il allait avoir le lendemain. Et, cependant, L&#233;nine le conduisait, en toute assurance, vers les plus hautes t&#226;ches. Je m'attelai au travail et aidai L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mois avant Octobre, j'&#233;crivais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour nous, l'internationalisme n'est pas une id&#233;e abstraite, n'existant seulement que pour &#234;tre trahie &#224; la premi&#232;re occasion (ce qu'elle est pour un Ts&#233;r&#233;telli ou un Tchernov) ; c'est un principe qui nous dirige imm&#233;diatement et est profond&#233;ment pratique. Un succ&#232;s durable, d&#233;cisif, n'est pas concevable pour nous en dehors d'une r&#233;volution europ&#233;enne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; des noms de Ts&#233;r&#233;telli et de Tchernov, je ne pouvais pas alors encore ranger celui de Staline, philosophe du socialisme dans un seul pays. Je terminais mon article par ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution permanente contre le carnage permanent ! Telle est la lutte dont l'enjeu est le sort de l'humanit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut imprim&#233; dans l'organe central de notre parti, le 7 septembre et reproduit en brochure. Pourquoi mes critiques actuels gard&#232;rent-ils alors le silence sur le mot d'ordre h&#233;r&#233;tique d'une r&#233;volution permanente ? O&#249; &#233;taient-ils ? Les uns, comme Staline, attendaient les &#233;v&#233;nements en regardant de c&#244;t&#233; et d'autre ; les autres, comme Zinoviev, se cachaient sous la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la plus grosse question est celle-ci : comment L&#233;nine a-t-il pu tol&#233;rer ma propagande h&#233;r&#233;tique ? Quand il &#233;tait question de th&#233;orie, il ne connaissait ni condescendance ni indulgence. Comment a-t-il pu supporter que le &#171; trotskysme &#187; f&#251;t pr&#234;ch&#233; dans l'organe central du parti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er novembre 1917, &#224; une s&#233;ance du comit&#233; de P&#233;trograd (le proc&#232;s-verbal de cette s&#233;ance, historique sous tous rapports, est tenu secret jusqu'&#224; pr&#233;sent), L&#233;nine d&#233;clara que depuis que Trotsky s'&#233;tait convaincu de l'impossibilit&#233; d'une alliance avec les mench&#233;viks, &#171; il n'y avait pas de meilleur bolchevik que lui &#187;. Il montra par l&#224; clairement, et non pour la premi&#232;re fois, que si quelque chose nous s&#233;parait, ce n'&#233;tait pas la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, c'&#233;tait une question plus restreinte, quoique tr&#232;s importante, sur les rapports &#224; garder envers le mench&#233;visme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetant un coup d'oeil r&#233;trospectif, deux ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au moment de la conqu&#234;te du pouvoir, lorsque fut cr&#233;&#233;e la r&#233;publique des soviets, le bolchevisme avait attir&#233; &#224; lui tout ce qu'il y avait de meilleur dans les tendances de la pens&#233;e socialiste proches de lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-il y avoir l'ombre d'un doute qu'en parlant d'une fa&#231;on aussi marqu&#233;e des tendances de la pens&#233;e socialiste les plus proches du bolchevisme, L&#233;nine avait en vue tout d'abord ce que l'on appelle maintenant le &#171; trotskysme historique &#187; ? En effet, quelle autre tendance pouvait &#234;tre plus proche du bolchevisme que celle que je repr&#233;sentais ? Qui donc L&#233;nine pouvait-il avoir en Vue ? Marcel Cachin ? Thaelmann ? Pour L&#233;nine, lorsqu'il passait en revue l'&#233;volution du parti dans son ensemble, le trotskysme n'&#233;tait pas quelque chose d'&#233;tranger ou d'hostile ; c'&#233;tait, au contraire, le courant de la pens&#233;e socialiste le plus proche du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable marche des id&#233;es n'eut, on le voit, rien de commun avec la caricature mensong&#232;re qu'en ont faite, profitant de la mort de L&#233;nine et de la vague de r&#233;action, les &#233;pigones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv30.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv30.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore sur L&#233;nine, &#171; trotskiste &#187; en 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr16.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr16.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article143&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article143&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses de L&#233;nine en avril 1917, tax&#233;es de trotskistes par le groupe bolchevik conservateur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170410.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170410.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n26/H_Lenine_en_avril_1917_22_.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n26/H_Lenine_en_avril_1917_22_.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2017/09/rr5e-s16.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2017/09/rr5e-s16.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr15.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr15.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La contre-r&#233;volution de Kornilov pour &#233;craser le pouvoir montant des soviets</title>
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		<dc:date>2026-02-02T23:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

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&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution rel&#232;ve la t&#234;te &lt;br class='autobr' /&gt;
Durant les deux premiers mois, alors que, formellement, le pouvoir &#233;tait mis au compte du gouvernement de Goutchkov-Milioukov, il &#233;tait en fait concentr&#233; tout entier dans les mains du soviet. Durant les deux mois qui suivirent, le soviet faiblit : une partie de l'influence sur les masses passa aux bolcheviks, une parcelle du pouvoir fut transf&#233;r&#233;e, dans les portefeuilles des ministres socialistes, au gouvernement de coalition. D&#232;s le d&#233;but des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution rel&#232;ve la t&#234;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux premiers mois, alors que, formellement, le pouvoir &#233;tait mis au compte du gouvernement de Goutchkov-Milioukov, il &#233;tait en fait concentr&#233; tout entier dans les mains du soviet. Durant les deux mois qui suivirent, le soviet faiblit : une partie de l'influence sur les masses passa aux bolcheviks, une parcelle du pouvoir fut transf&#233;r&#233;e, dans les portefeuilles des ministres socialistes, au gouvernement de coalition. D&#232;s le d&#233;but des pr&#233;paratifs de l'offensive se renfor&#231;a automatiquement l'importance du commandement militaire, des organes du capital financier et du parti cadet. Avant de verser le sang des soldats, le comit&#233; ex&#233;cutif proc&#233;da &#224; une consid&#233;rable transfusion de son propre sang dans les art&#232;res de la bourgeoisie. En coulisse, les fils &#233;taient ramass&#233;s entre les mains des ambassades et des gouvernements de l'Entente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la conf&#233;rence interalli&#233;e qui s'ouvrit &#224; Londres, les amis d'Occident &#034; oubli&#232;rent &#034; d'inviter l'ambassadeur de Russie ; c'est seulement quand il se fut rappel&#233; &#224; leur souvenir qu'on l'appela, dix minutes avant l'ouverture de la s&#233;ance, et encore n'y avait-il plus de place pour lui autour de la table, de sorte qu'il fut oblig&#233; de se faufiler entre les Fran&#231;ais. Cette brimade inflig&#233;e &#224; l'ambassadeur du gouvernement provisoire et la d&#233;monstrative d&#233;mission des cadets du minist&#232;re se produisirent le 2 juillet : les deux &#233;v&#233;nements avaient un seul et m&#234;me but : obliger les conciliateurs &#224; baisser pavillon. La manifestation arm&#233;e qui se d&#233;ploya ensuite devait d'autant plus exasp&#233;rer les leaders sovi&#233;tiques que, sous le double coup, ils concentraient toute leur attention dans un sens oppos&#233;. D&#232;s lors qu'il fallait porter le joug sanglant &#224; la suite de l'Entente, l'on n'aurait su trouver de meilleurs intercesseurs que les cadets. Tcha&#239;kovsky, un des plus anciens r&#233;volutionnaires russes, qui s'&#233;tait transform&#233; au cours de longues ann&#233;es d'&#233;migration, en un lib&#233;ral mod&#233;r&#233; de type britannique, moralisait ainsi : &#034; Il faut de l'argent pour la guerre, or les Alli&#233;s ne donneront pas d'argent aux socialistes. &#034; Les conciliateurs &#233;taient g&#234;n&#233;s par cet argument, mais en comprenaient tout le poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport des forces s'&#233;tait nettement modifi&#233; au d&#233;savantage du peuple, mais personne ne pouvait dire dans quelle mesure. Les app&#233;tits de la bourgeoisie s'&#233;taient accrus en tout cas beaucoup plus que ses possibilit&#233;s. Dans cette ind&#233;termination se trouvait la source des conflits, car les forces des classes se v&#233;rifient par l'action et les &#233;v&#233;nements d'une r&#233;volution se ram&#232;nent &#224; de telles v&#233;rifications renouvel&#233;es. Quel que f&#251;t cependant, dans son &#233;tendue, le d&#233;placement du pouvoir de la gauche vers la droite, il touchait peu le gouvernement provisoire qui restait un n&#233;ant. On peut compter sur les doigts les hommes qui, dans les journ&#233;es critiques de juillet, s'int&#233;ress&#232;rent au cabinet minist&#233;riel du prince Lvov. Le g&#233;n&#233;ral Krymov, celui-l&#224; m&#234;me qui, nagu&#232;re, avait men&#233; des pourparlers avec Goutchkov au sujet de la d&#233;position de Nicolas II - nous reverrons bient&#244;t ce g&#233;n&#233;ral pour la derni&#232;re fois - envoya au prince un t&#233;l&#233;gramme qui se terminait par cette admonition : &#034; Il est temps de passer des paroles aux actes. &#034; Le conseil avait une r&#233;sonance de plaisanterie et n'en soulignait que plus nettement l'impuissance du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Au d&#233;but de juillet - &#233;crivait dans la suite le lib&#233;ral Nabokov - il y eut un bref moment o&#249; le pouvoir sembla reprendre de l'autorit&#233; ; c'&#233;tait apr&#232;s l'&#233;crasement de la premi&#232;re offensive bolcheviste. Mais le gouvernement provisoire ne sut pas profiter du moment, et les conditions favorables d'alors ne furent pas utilis&#233;es. Elles ne se repr&#233;sent&#232;rent pas. &#034; C'est dans le m&#234;me esprit que s'exprim&#232;rent d'autres repr&#233;sentants du camp de droite. En r&#233;alit&#233;, pendant les journ&#233;es de juillet, de m&#234;me qu'en g&#233;n&#233;ral dans tous les moments critiques, les parties composantes de la coalition poursuivaient des buts diff&#233;rents. Les conciliateurs eussent &#233;t&#233; tout &#224; fait dispos&#233;s &#224; permettre le d&#233;finitif &#233;crasement des bolcheviks s'il n'avait &#233;t&#233; &#233;vident qu'ayant r&#233;gl&#233; leur compte &#224; ces derniers, les officiers, les cosaques, les chevaliers de Saint-Georges et les bataillons de choc &#233;craseraient les conciliateurs eux-m&#234;mes. Les cadets voulaient aller jusqu'au bout pour balayer non seulement les bolcheviks, mais les soviets. Cependant, ce n'est pas par hasard que les cadets se trouvaient, &#224; tous les moments graves, hors du gouvernement. En fin de compte, ils en &#233;taient expuls&#233;s par la pression des masses, irr&#233;sistible, en d&#233;pit de tous les tampons conciliateurs. M&#234;me si les lib&#233;raux avaient r&#233;ussi &#224; s'emparer du pouvoir, ils n'auraient pu le garder. Les &#233;v&#233;nements l'ont d&#233;montr&#233; dans la suite avec une parfaite pl&#233;nitude. L'id&#233;e d'une possibilit&#233; que l'on aurait laiss&#233;e &#233;chapper en juillet est une illusion r&#233;trospective. En tout cas, la victoire de juillet, loin d'affermir le pouvoir, ouvrit au contraire une p&#233;riode de crise gouvernementale prolong&#233;e qui n'eut formellement sa solution que le 24 juillet et fut en somme une entr&#233;e en agonie, pour quatre mois, du r&#233;gime de f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conciliateurs &#233;taient d&#233;chir&#233;s entre la n&#233;cessit&#233; de r&#233;tablir une demi-amiti&#233; avec la bourgeoisie et le besoin de mod&#233;rer l'hostilit&#233; des masses. Le louvoiement devient pour eux une forme d'existence, les zigzags se transforment en oscillations fi&#233;vreuses, mais la ligne essentielle tourne brusquement vers la droite. Le 7 juillet, le gouvernement d&#233;cide toute une s&#233;rie de mesures de r&#233;pression. Mais, &#224; la m&#234;me s&#233;ance, comme en catimini, profitant de l'absence des &#034; anciens &#034;, c'est-&#224;-dire des cadets, les ministres socialistes propos&#232;rent au gouvernement d'entreprendre la r&#233;alisation du programme &#233;tabli en juin par le congr&#232;s des soviets. Cela amena imm&#233;diatement une nouvelle dislocation du gouvernement. Le prince Lvov, grand propri&#233;taire de biens-fonds, ancien pr&#233;sident de l'union des zemstvos, accusa le gouvernement de &#034; saper &#034; par sa politique agraire &#034; la conscience juridique du peuple &#034;. Les propri&#233;taires nobles s'inqui&#233;taient non d'avoir peut-&#234;tre &#224; perdre leurs patrimoines, mais de voir les conciliateurs &#034; s'efforcer de placer l'assembl&#233;e constituante devant le fait accompli &#034;. Tous les piliers de la r&#233;action monarchiste devinrent d&#232;s lors des partisans enflamm&#233;s de la pure d&#233;mocratie ! Le gouvernement d&#233;cida de confier le poste de ministre-pr&#233;sident &#224; Kerensky, en maintenant par-devers lui les portefeuilles de la Guerre et de la Marine. Tseretelli, nouveau ministre de l'Int&#233;rieur, dut r&#233;pondre devant le comit&#233; ex&#233;cutif au sujet des arrestations de bolcheviks. L'interpellation venait de Martov, et Tseretelli r&#233;pliqua, sans c&#233;r&#233;monie, &#224; son ancien camarade de parti, qu'il pr&#233;f&#233;rait avoir affaire &#224; Lenine plut&#244;t qu'&#224; Martov : avec le premier il savait comment se conduire, tandis que l'autre lui liait les mains... &#034; Je prends sur moi la responsabilit&#233; de ces arrestations ! &#034; - tel fut le d&#233;fi du ministre devant un auditoire qui dressait l'oreille. Tout en portant des coups &#224; gauche, les conciliateurs all&#232;guent le danger de droite. &#034; La Russie se trouve devant une dictature militaire - d&#233;clare Dan dans son rapport &#224; la s&#233;ance du 9 juillet. Nous avons l'obligation d'arracher la ba&#239;onnette des mains de la dictature militaire, Et nous ne pouvons le faire qu'en reconnaissant le gouvernement provisoire comme Comit&#233; de salut public. Nous devons donner au gouvernement des pouvoirs illimit&#233;s pour qu'il puisse extirper l'anarchie de gauche et la contre-r&#233;volution de droite... &#034; Comme si le gouvernement lui-m&#234;me, qui luttait contre les ouvriers, les soldats, les paysans, avait pu avoir dans les mains une autre ba&#239;onnette que celle de la contre-r&#233;volution ! Par deux cent cinquante-deux voix, devant quarante-sept abstentions, l'Assembl&#233;e unifi&#233;e prit cette r&#233;solution, &#034; 1&#176; Le pays et la r&#233;volution sont en danger. 2&#176; Le gouvernement provisoire est d&#233;clar&#233; gouvernement de salut de la r&#233;volution. 3&#176; On lui reconna&#238;t des pouvoirs illimit&#233;s. &#034; Cette d&#233;cision r&#233;sonnait comme un tonneau vide. Les bolcheviks qui assistaient &#224; la s&#233;ance s'abstinrent de voter, ce qui t&#233;moigne d'une indubitable perplexit&#233; dans les sommets du parti en ces jours-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mouvements de masse, m&#234;me &#233;cras&#233;s, ne passent jamais sans laisser des traces. La place du grand seigneur fut occup&#233;e, &#224; la t&#234;te du gouvernement, par un avocat radical ; le minist&#232;re de l'int&#233;rieur eut &#224; sa t&#234;te un ancien for&#231;at. On constate un remaniement pl&#233;b&#233;ien du pouvoir. Kerensky, Tseretelli, Tchernov, Skobelev, leaders du comit&#233; ex&#233;cutif, d&#233;terminaient d&#232;s lors la physionomie du gouvernement. N'est-ce pas l&#224; la r&#233;alisation du mot d'ordre des Journ&#233;es de juin : &#034; A bas les dix ministres capitalistes &#034; ? Non, c'est seulement la r&#233;v&#233;lation de l'inconsistance de ce mot d'ordre. Les ministres d&#233;mocrates ne prirent le pouvoir que pour le restituer aux ministres capitalistes. &#034; La coalition est morte, vive la coalition ! &#034; [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On joue solennellement la honteuse com&#233;die du d&#233;sarmement des mitrailleurs sur la place du palais, Plusieurs r&#233;giments sont dissous. Des soldats sont exp&#233;di&#233;s, par petits d&#233;tachements, comme renforts au front. Des quadrag&#233;naires sont ramen&#233;s &#224; la discipline et chass&#233;s vers les tranch&#233;es. Ce sont tous des agitateurs contre le r&#233;gime du kerenskysme. Ils sont quelques dizaines de mille et ils accompliront jusqu'&#224; l'automne un gros travail. Parall&#232;lement, on d&#233;sarme les ouvriers, quoique avec un moindre succ&#232;s. Sous la pression des g&#233;n&#233;raux - nous verrons bient&#244;t quelles formes elle prit - la peine de mort est r&#233;tablie sur le front. Mais, le m&#234;me jour, le 12 juillet, est promulgu&#233; un d&#233;cret limitant les achats et ventes de terres. La demi-mesure tardive, sous la menace de la hache du moujik, provoqua &#224; gauche des sarcasmes, &#224; droite des grincements de dents. Ayant interdit tout cort&#232;ge dans la rue - menace pour la gauche - Tseretelli leva la main contre les arrestations arbitraires, tentative pour intimider la droite. Kerensky, ayant r&#233;voqu&#233; le commandant en chef de la r&#233;gion militaire, donna pour motif &#224; la gauche que cet officier avait d&#233;truit des organisations ouvri&#232;res, &#224; la droite que cet homme avait manqu&#233; de r&#233;solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cosaques devinrent les authentiques h&#233;ros du Petrograd bourgeois. &#034; Il arriva parfois - raconte l'officier cosaque Grekov - que l'un des n&#244;tres, en uniforme, entrant dans un lieu public, dans un restaurant o&#249; il y avait beaucoup de monde, tout le public se levait et accueillait le nouveau venu par des applaudissements. &#034; Les th&#233;&#226;tres, les cin&#233;matographes et les jardins de divertissements organis&#232;rent plusieurs soir&#233;es de bienfaisance au profit des cosaques bless&#233;s et des familles de cosaques tu&#233;s. Le bureau du comit&#233; ex&#233;cutif se trouva forc&#233; d'&#233;lire une commission, ayant &#224; sa t&#234;te Tchkhe&#239;dze, pour participer &#224; la direction des fun&#233;railles &#034; des guerriers tomb&#233;s dans l'accomplissement de leur devoir r&#233;volutionnaire pendant les journ&#233;es des 3-5 juillet. &#034; Les conciliateurs durent vider jusqu'&#224; la lie la coupe de l'humiliation. Le c&#233;r&#233;monial commen&#231;a par un service religieux &#224; la cath&#233;drale Saint-Isaac. Les cercueils furent port&#233;s par Rodzianko, Milioukov, le prince Lvov et Kerensky, et processionnellement furent achemin&#233;s pour l'inhumation vers le monast&#232;re Alexandre-Nevsky. Sur le passage du cort&#232;ge, la milice &#233;tait absente, les cosaques s'&#233;taient charg&#233;s de maintenir l'ordre : la journ&#233;e des obs&#232;ques fut celle de leur enti&#232;re domination sur Petrograd. Les ouvriers et les soldats que les cosaques avaient massacr&#233;s, fr&#232;res de sang des victimes de f&#233;vrier, furent enterr&#233;s en tapinois, tout ainsi que, du temps du tsar, l'on avait inhum&#233; les victimes du 9 janvier 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; ex&#233;cutif de Cronstadt re&#231;ut du gouvernement la sommation d'avoir &#224; livrer imm&#233;diatement &#224; la disposition des autorit&#233;s judiciaires Raskolnikov, Rochal et le sous-lieutenant Remnev, sous menace d'un blocus de l'&#238;le de Cronstadt. A Helsingfors furent aussi arr&#234;t&#233;s, avec des bolcheviks, pour la premi&#232;re fois, des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Le prince Lvov, qui avait donn&#233; sa d&#233;mission, se plaignait dans les journaux de ce que &#034; les soviets, inf&#233;rieurs &#224; la morale g&#233;n&#233;rale de la haute politique, ne s'&#233;taient m&#234;me pas d&#233;barrass&#233;s des l&#233;ninistes, ces agents de l'Allemagne &#034;. Ce fut une affaire d'honneur pour les conciliateurs que de d&#233;montrer leur morale d'Etat ! Le 13 juillet, les comit&#233;s ex&#233;cutifs adoptent dans une s&#233;ance unifi&#233;e une motion pr&#233;sent&#233;e par Dan : &#034; Toutes personnes inculp&#233;es par le pouvoir judiciaire sont &#233;cart&#233;es des comit&#233;s ex&#233;cutifs jusqu'au jugement du tribunal. &#034; Les bolcheviks &#233;taient ainsi plac&#233;s effectivement hors la loi. Kerensky interdit toute la presse bolcheviste. En province on proc&#233;dait &#224; des arrestations de comit&#233;s agraires. Les Izvestia se lamentaient dans l'impuissance : &#034; Il y a seulement quelques jours, nous avons &#233;t&#233; t&#233;moins des d&#233;bordements de l'anarchie dans les rues de Petrograd. Aujourd'hui dans les m&#234;mes rues, se d&#233;versent sans retenue des discours contre-r&#233;volutionnaires, des discours de Cent-Noirs. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;giments les plus r&#233;volutionnaires ayant &#233;t&#233; dissous et les ouvriers d&#233;sarm&#233;s, le centre de gravit&#233; se d&#233;pla&#231;a plus encore vers la droite. Dans les mains de quelques hauts dirigeants militaires, des groupes industriels bancaires et cadets, se concentra manifestement une importante partie du pouvoir r&#233;el. L'autre partie restait comme devant dans les mains des soviets. La dualit&#233; de pouvoirs &#233;tait &#233;vidente, mais ce n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus la dualit&#233; de pouvoirs l&#233;galis&#233;e, bas&#233;e sur un contact ou une coalition, des mois pr&#233;c&#233;dents, c'&#233;tait la dualit&#233; de pouvoirs explosive de deux cliques : celle des militaires et bourgeois et celle des conciliateurs qui se redoutaient entre elles, mais en m&#234;me temps avaient besoin l'une de l'autre. Que restait-il &#224; faire ? Ressusciter la coalition. &#034; Apr&#232;s l'insurrection des 3-5 juillet - &#233;crit avec justesse Milioukov - l'id&#233;e de la coalition non seulement ne fut pas abandonn&#233;e, mais, au contraire, acquit pour un temps plus de force et de signification qu'elle n'en avait eu auparavant. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; provisoire de la Douma d'Etat se r&#233;veilla inopin&#233;ment et adopta une violente r&#233;solution contre le gouvernement de salut. Ce fut le dernier coup. Tous les ministres remirent leurs portefeuilles &#224; Kerensky, faisant ainsi de lui le centre de la souverainet&#233; nationale. Dans les destin&#233;es ult&#233;rieures de la r&#233;volution de f&#233;vrier, de m&#234;me que dans le sort personnel de Kerensky, ce moment prit une importance consid&#233;rable : dans le chaos des groupements, des d&#233;missions, des nominations, se dessina quelque chose dans le genre d'un point immuable autour duquel tournaient tous les autres. La d&#233;mission des ministres ne servit que d'introduction &#224; des pourparlers avec les cadets et les industriels. Les cadets pos&#232;rent leurs conditions : responsabilit&#233; des membres du gouvernement &#034; exclusivement devant leur conscience &#034; ; accord absolu avec les Alli&#233;s ; r&#233;tablissement de la discipline dans l'arm&#233;e ; aucune r&#233;forme sociale avant l'assembl&#233;e constituante. Un article qui n'&#233;tait point &#233;crit, c'&#233;tait l'exigence de diff&#233;rer les &#233;lections pour l'assembl&#233;e constituante. Cela s'appelait &#034; un programme ind&#233;pendant des partis et national &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me sens r&#233;pondirent les repr&#233;sentants du commerce et de l'industrie que les conciliateurs essayaient vainement d'opposer aux cadets. Le comit&#233; ex&#233;cutif confirma encore sa r&#233;solution d'octroyer au gouvernement de salut &#034; de pleins pouvoirs &#034; ; cela signifiait que l'on consentait &#224; l'ind&#233;pendance du gouvernement &#224; l'&#233;gard du soviet. Le m&#234;me jour, Tseretelli, en qualit&#233; de ministre de l'int&#233;rieur, lan&#231;a une circulaire invitant &#224; prendre &#034; des mesures urgentes et r&#233;solues pour mettre fin &#224; tous actes d'arbitraire dans le domaine des rapports agraires. &#034; Le ministre des approvisionnements, Pechekhonov, r&#233;clamait de son c&#244;t&#233; que l'on mit fin &#034; aux violences et aux actes criminels contre les propri&#233;taires de terres &#034;. Le gouvernement du salut de la r&#233;volution se recommandait, avant tout, comme un gouvernement de salut pour les propri&#233;taires de domaines. Mais il n'&#233;tait pas seulement cela. Un brasseur d'affaires, l'ing&#233;nieur Paltchinsky, qui cumulait les fonctions de directeur au minist&#232;re du Commerce et de l'Industrie, de pr&#233;pos&#233; principal au combustible et au m&#233;tal et le chef de la commission de la d&#233;fense nationale, appliquait &#233;nergiquement la politique du capital trust&#233;. L'&#233;conomiste menchevik Tcherevanine se plaignait &#224; la section &#233;conomique du soviet de ce que les heureuses initiatives de la d&#233;mocratie se brisaient au sabotage de Paltchinsky. Le ministre de l'Agriculture, Tchernov, sur lequel les cadets avaient report&#233; l'accusation d'intelligences avec les Allemands, se vit oblig&#233; &#034; aux fins de r&#233;habilitation &#034; de d&#233;missionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 juillet, le gouvernement, dans lequel pr&#233;dominaient les socialistes, promulgue un manifeste de dissolution de l'indocile Di&#232;te finlandaise o&#249; les social-d&#233;mocrates sont en majorit&#233;. Dans une note solennellement adress&#233;e aux Alli&#233;s &#224; l'occasion du troisi&#232;me anniversaire de la d&#233;claration de la guerre mondiale, le gouvernement, non content de renouveler le serment de fid&#233;lit&#233; rituel, annonce qu'il a eu le bonheur d'&#233;craser l'&#233;meute provoqu&#233;e par les agents de l'ennemi. Document inou&#239; de platitude ! En m&#234;me temps est publi&#233;e une loi draconienne contre les infractions &#224; la discipline chez les cheminots. Apr&#232;s que le gouvernement eut ainsi d&#233;montr&#233; sa maturit&#233; politique, Kerensky se d&#233;cida enfin &#224; r&#233;pondre &#224; l'ultimatum du parti cadet en ce sens que les exigences formul&#233;es par celui-ci &#034; ne pouvaient faire obstacle &#224; une entr&#233;e dans le gouvernement provisoire &#034;. Cette capitulation d&#233;guis&#233;e ne suffisait pourtant d&#233;j&#224; plus aux lib&#233;raux. Il leur fallait contraindre les conciliateurs &#224; s'agenouiller. Le comit&#233; central du parti cadet pr&#233;cisa que la d&#233;claration gouvernementale du 8 juillet, publi&#233;e apr&#232;s la rupture de la coalition - ramassis de lieux communs d&#233;mocratiques - n'&#233;tait pas acceptable pour lui et&#8230; rompit les pourparlers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque &#233;tait convergente. Les cadets agissaient en &#233;troite liaison non seulement avec les industriels et les diplomates alli&#233;s, mais aussi avec le corps des g&#233;n&#233;raux. Le comit&#233; principal de l'union des officiers au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral se trouvait sous la direction effective du parti cadet. Par l'interm&#233;diaire du haut commandement, les cadets pesaient sur les conciliateurs du c&#244;t&#233; le plus sensible. Le 8 juillet, le g&#233;n&#233;ral Kornilov, commandant en chef du front Sud-Ouest, donna l'ordre d'ouvrir sur les soldats qui reculeraient le feu des mitrailleuses et de l'artillerie. Soutenu par Savinkov, commissaire au front, ancien chef de l'organisation terroriste des socialistes-r&#233;volutionnaires, Kornilov avait d&#233;j&#224; pr&#233;c&#233;demment exig&#233; le r&#233;tablissement de la peine de mort sur le front, mena&#231;ant en cas contraire d'abandonner de son propre gr&#233; le commandement. Le t&#233;l&#233;gramme secret parut imm&#233;diatement dans la presse : Kornilov avait pris soin qu'il f&#251;t connu. Le g&#233;n&#233;ralissime Broussilov, le plus circonspect et &#233;vasif, moralisait en &#233;crivant &#224; Kerensky : &#034; Les le&#231;ons de la grande r&#233;volution fran&#231;aise que nous avons partiellement oubli&#233;es se rappellent pourtant &#224; nous imp&#233;rieusement... &#034; Ces le&#231;ons consistaient en ceci que les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, ayant vainement essay&#233; de reconstituer l'arm&#233;e &#034; sur des bases humanitaires &#034;, s'&#233;taient ensuite ralli&#233;s &#224; la peine de mort, et que &#034; leurs drapeaux victorieux avaient fait la moiti&#233; du tour du monde &#034;. A part cela, les g&#233;n&#233;raux n'avaient rien lu du livre de la r&#233;volution. Le 12 juillet, le gouvernement r&#233;tablit la peine de mort, &#034; en temps de guerre, pour les militaires coupables de certains crimes des plus graves &#034;. Cependant, le g&#233;n&#233;ral Klembovsky, commandant en chef du front Nord, &#233;crivait trois jours plus tard : &#034; L'exp&#233;rience a montr&#233; que les contingents auxquels &#233;taient affect&#233;es de nombreuses forces de compl&#233;ment devenaient absolument incapables de combattre. L'arm&#233;e ne peut &#234;tre saine si la source de ses renforts est pourrie. &#034; La source corrompue des renforts, c'&#233;tait le peuple russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 juillet, Kerensky convoqua au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral une conf&#233;rence des grands chefs de guerre avec la participation de T&#233;rechtchenko et de Savinkov. Kornilov &#233;tait absent : le recul sur son front battait son plein et n'arr&#234;ta que quelques jours apr&#232;s, lorsque les Allemands eux-m&#234;mes suspendirent leur avance &#224; l'ancienne fronti&#232;re de la Russie. Les noms des participants &#224; la conf&#233;rence : Broussilov, Alexe&#239;ev, Roussky, Klembovsky, D&#233;nikine, Romanovsky, tintaient comme l'&#233;cho d'une &#233;poque pr&#233;cipit&#233;e dans un ab&#238;me. Pendant quatre mois, les grands g&#233;n&#233;raux s'&#233;taient sentis &#224; demi morts. Maintenant ils ressuscitaient et, consid&#233;rant le ministre-pr&#233;sident comme l'incarnation de la r&#233;volution qui les avait molest&#233;s, lui infligeaient impun&#233;ment d'acerbes camouflets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s les donn&#233;es du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, les arm&#233;es du front Sud-Ouest, entre le 18 juin et le 6 juillet, avaient perdu environ cinquante-six mille hommes. Insignifiants sacrifices &#224; l'&#233;chelle de la guerre ! Mais deux insurrections, celle de f&#233;vrier et celle d'octobre, ont co&#251;t&#233; beaucoup moins cher. Qu'a donn&#233; l'offensive des lib&#233;raux et des conciliateurs, si ce n'est des morts, des d&#233;vastations et des calamit&#233;s ? Les bouleversements sociaux de 1917 ont modifi&#233; la face de la sixi&#232;me partie du monde et ont ouvert &#224; l'humanit&#233; de nouvelles possibilit&#233;s. Les cruaut&#233;s et les horreurs de la r&#233;volution, que nous ne voulons ni nier ni att&#233;nuer, ne tombent pas du ciel : elles sont ins&#233;parables de tout le d&#233;veloppement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Broussilov, rapportant les r&#233;sultats de l'offensive entreprise un mois auparavant, d&#233;clarait : &#034; &#233;chec complet &#034;. La cause en &#233;tait que &#034; les chefs, depuis le simple capitaine jusqu'au g&#233;n&#233;ralissime, n'avaient pas d'autorit&#233; &#034;. Comment et pourquoi l'avaient-ils perdue, il ne le dit pas. En ce qui concerne des op&#233;rations ult&#233;rieures, &#034; nous ne pouvons en pr&#233;parer avant le printemps &#034;. Insistant avec les autres sur les mesures de r&#233;pression, Klembovsky exprimait aussit&#244;t ses doutes sur leur efficacit&#233;. &#034; La peine de mort ? - Mais peut-on ex&#233;cuter des divisions enti&#232;res ? Les mettre en jugement ? - Mais alors la moiti&#233; de l'arm&#233;e se trouvera en Sib&#233;rie... &#034; Le chef d'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral rapportait : &#034; Cinq r&#233;giments de la garnison de Petrograd ont &#233;t&#233; dissous. Les instigateurs sont traduits devant la justice... Au total environ quatre-vingt-dix mille hommes seront &#233;vacu&#233;s de Petrograd. &#034; Cette mesure fut adopt&#233;e avec satisfaction. Personne ne songeait &#224; se demander quelles cons&#233;quences aurait l'&#233;vacuation de la garnison de Petrograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les comit&#233;s ? disait Alexe&#239;ev. &#034; Il est indispensable de les supprimer... L'histoire militaire, qui compte des milliers d'ann&#233;es a &#233;tabli ses lois. Nous avons voulu les violer et nous avons subi un fiasco. &#034; Cet homme entendait par &#034; lois de l'histoire &#034; le r&#232;glement du service en campagne. &#034; Derri&#232;re les anciens drapeaux - disait Roussky d'un ton vantard - les hommes marchaient comme derri&#232;re une chose sacr&#233;e et savaient mourir. Mais que nous ont amen&#233; les drapeaux rouges ? Ceci, que les troupes, d&#232;s lors, se rendaient par corps d'arm&#233;e entiers. &#034; Le v&#233;tuste g&#233;n&#233;ral avait oubli&#233; comment lui-m&#234;me, en ao&#251;t 1915, avait fait un rapport au conseil des ministres : &#034; Les exigences contemporaines de la technique militaire sont au-dessus de nos forces ; en tout cas, nous ne saurions nous mesurer avec les Allemands. &#034; Klembovsky soulignait malignement que l'arm&#233;e avait &#233;t&#233; d&#233;truite &#224; proprement parler non par les bolcheviks mais &#034; par d'autres &#034; qui avaient institu&#233; une n&#233;faste l&#233;gislation militaire, &#034; par des hommes qui ne comprenaient pas le genre de vie et les conditions d'existence d'une arm&#233;e &#034;. C'&#233;tait une allusion directe &#224; Kerensky. Denikine attaquait les ministres encore plus r&#233;solument : &#034; Vous avez pi&#233;tin&#233; dans la boue nos glorieux drapeaux de combat, c'est vous qui les ramasserez s'il y a en vous une conscience... &#034; Mais Kerensky ? Soup&#231;onn&#233; de manquer de conscience, il remercie bassement le soudard d'avoir &#034; exprim&#233; ouvertement et sinc&#232;rement son opinion &#034;. La d&#233;claration des droits du soldat ? &#034; Si j'avais &#233;t&#233; ministre au moment o&#249; on l'&#233;laborait, la d&#233;claration n'e&#251;t pas &#233;t&#233; promulgu&#233;e. Qui donc le premier a s&#233;vi contre les chasseurs sib&#233;riens ? Qui le premier a vers&#233; son sang pour ch&#226;tier les rebelles ? Un homme que j'avais plac&#233;, un commissaire &#224; moi. &#034; Le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res Terechtchenko minaude en mani&#232;re de consolation : &#034; Notre offensive, m&#234;me manqu&#233;e, a relev&#233; la confiance en nous des alli&#233;s. &#034; La confiance des alli&#233;s ! Est-ce pour cela que la terre tourne autour de son axe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Au moment pr&#233;sent, les officiers sont le seul contrefort de la libert&#233; et de la r&#233;volution &#034;, pr&#234;che Klembovsky. &#034; Un officier n'est pas un bourgeois - explique Broussilov - il est le v&#233;ritable prol&#233;taire. &#034; Le g&#233;n&#233;ral Roussky ajoute : &#034; Les g&#233;n&#233;raux aussi sont des prol&#233;taires. &#034; Supprimer les comit&#233;s, r&#233;tablir le pouvoir des vieux chefs, chasser de l'arm&#233;e la politique, c'est-&#224;-dire la r&#233;volution - tel est le programme des prol&#233;taires galonn&#233;s en g&#233;n&#233;raux. Kerensky n'objecte rien au programme m&#234;me ; ce qui le trouble, c'est seulement la question des d&#233;lais. &#034; En ce qui concerne les mesures propos&#233;es, - dit-il - je pense que le g&#233;n&#233;ral Denikine lui-m&#234;me n'insistera pas sur leur application imm&#233;diate... &#034; Les g&#233;n&#233;raux &#233;taient tous de parfaites m&#233;diocrit&#233;s. Mais ils ne pouvaient s'emp&#234;cher de se dire : &#034; Voil&#224; le langage qu'il faut tenir &#224; ces messieurs ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de la conf&#233;rence fut un changement dans le haut commandement. Le condescendant et souple Broussilov, nomm&#233; &#224; la place du circonspect officier de bureau Alexe&#239;ev, qui avait fait des objections &#224; l'offensive, &#233;tait maintenant destitu&#233; et remplac&#233; parle g&#233;n&#233;ral Kornilov. La permutation &#233;tait motiv&#233;e de diff&#233;rentes mani&#232;res : aux cadets, on promettait que Kornilov &#233;tablirait une discipline de fer ; aux conciliateurs, on affirmait que Kornilov &#233;tait l'ami des comit&#233;s et des commissaires ; Savinkov lui-m&#234;me garantissait les sentiments r&#233;publicains du g&#233;n&#233;ral. En r&#233;plique &#224; cette haute nomination, Kornilov exp&#233;dia au gouvernement un nouvel ultimatum : il n'acceptait son poste qu'aux conditions suivantes : &#034; Responsabilit&#233; devant sa propre conscience et devant le peuple ; interdiction d'intervenir dans les nominations aux postes &#233;lev&#233;s du commandement ; r&#233;tablissement de la peine de mort &#224; l'arri&#232;re. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point suscitait des difficult&#233;s : &#034; r&#233;pondre devant sa propre conscience et devant le peuple &#034;, Kerensky s'en &#233;tait d&#233;j&#224; charg&#233; et c'est une affaire qui ne souffre pas de concurrence. Le t&#233;l&#233;gramme de Kornilov fut publi&#233; dans le journal lib&#233;ral le plus r&#233;pandu. Les prudents politiciens de la r&#233;action faisaient la grimace. L'ultimatum de Kornilov &#233;tait celui du parti cadet, traduit seulement dans le langage immod&#233;r&#233; d'un g&#233;n&#233;ral de cosaques. Mais le calcul de Kornilov &#233;tait juste : par l'outrance des pr&#233;tentions et l'insolence du ton, l'ultimatum provoqua l'enthousiasme de tous les ennemis de la r&#233;volution, et, avant tout, des officiers du cadre. Kerensky fut boulevers&#233; et voulut imm&#233;diatement destituer Kornilov, mais il ne trouva point d'appui dans son gouvernement. A la fin des fins, sur le conseil de ses inspirateurs, Kornilov consentit, dans une explication verbale, &#224; reconna&#238;tre qu'il entendait par responsabilit&#233; devant le peuple une responsabilit&#233; devant le gouvernement provisoire. Pour le reste, l'ultimatum, sauf quelques petites r&#233;serves, fut accept&#233;. Kornilov devint g&#233;n&#233;ralissime. En m&#234;me temps un officier du g&#233;nie, Filonenko, lui &#233;tait attach&#233; comme commissaire, et l'ex-commissaire du front sud-ouest Savinkov &#233;tait plac&#233; &#224; la t&#234;te du minist&#232;re de la Guerre. L'un, personnage accidentel, parvenu ; l'autre, ayant un grand pass&#233; r&#233;volutionnaire ; tous deux, aventuriers achev&#233;s, pr&#234;ts &#224; tout comme Filonenko, ou du moins &#224; beaucoup comme Savinkov. Leur liaison &#233;troite avec Kornilov, contribuant &#224; la rapide carri&#232;re du g&#233;n&#233;ral, joua, comme nous le verrons, son r&#244;le dans le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conciliateurs c&#233;daient sur toute la ligne. Tseretelli allait r&#233;p&#233;tant : &#034; La coalition, c'est une union de salut. &#034; Dans les coulisses, les pourparlers, en d&#233;pit de la rupture formelle, allaient leur train. Pour acc&#233;l&#233;rer le d&#233;nouement, Kerensky, en accord &#233;vident avec les cadets, recourut &#224; une mesure purement th&#233;&#226;trale, c'est-&#224;-dire tout &#224; fait dans l'esprit de sa politique, mais en m&#234;me temps tr&#232;s efficace pour les buts qu'il poursuivait : il donna sa d&#233;mission et quitta la ville, abandonnant les conciliateurs &#224; leur d&#233;sespoir. Milioukov dit &#224; ce sujet : &#034; Par sa sortie d&#233;monstrative... il montra et &#224; ses adversaires, et &#224; ses rivaux, et &#224; ses partisans que, nonobstant leur appr&#233;ciation sur ses qualit&#233;s personnelles, il s'av&#233;rait indispensable dans la minute pr&#233;sente, simplement par la situation politique qu'il occupait au milieu de deux camps en lutte. &#034; La partie &#233;tait enlev&#233;e &#224; qui-perd-gagne. Les conciliateurs se pr&#233;cipit&#232;rent vers le &#034; camarade Kerensky &#034;, &#233;touffant leurs mal&#233;dictions, avec de franches supplications. Des deux c&#244;t&#233;s, cadets et socialistes, sans peine, impos&#232;rent au cabinet d&#233;capit&#233; la r&#233;solution de se d&#233;sister, en confiant &#224; Kerensky la t&#226;che de reconstituer un gouvernement &#224; son gr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour intimider d&#233;finitivement les membres des comit&#233;s ex&#233;cutifs d&#233;j&#224; suffisamment apeur&#233;s, on leur fait parvenir les derni&#232;res informations sur la situation qui empire sur le front. Les Allemands poussent sur les troupes russes, les lib&#233;raux poussent sur Kerensky, Kerensky pousse sur les conciliateurs. Les fractions des mencheviks et des socialistes-r&#233;volutionnaires si&#232;gent toute la nuit du 23 au 24 juillet, se morfondant dans leur impuissance. A la fin des fins, les comit&#233;s ex&#233;cutifs, par une majorit&#233; de cent quarante-sept voix contre quarante-six, devant quarante-deux abstentions - opposition inou&#239;e ! - approuvent que le pouvoir soit remis &#224; Kerensky sans conditions et sans limitations. Au congr&#232;s des cadets, qui avait lieu en m&#234;me temps, des voix s'&#233;lev&#232;rent pour le renversement de Kerensky, mais Milioukov remit &#224; leur place les impatients, proposant de se borner pour l'instant &#224; une simple pression. Cela ne signifie pas que Milioukov se f&#251;t fait des illusions au sujet de Kerensky. Mais il voyait en lui un point d'application pour les forces des classes poss&#233;dantes. Le gouvernement &#233;tant d&#233;barrass&#233; des soviets, il n'y aurait alors aucune difficult&#233; &#224; le d&#233;barrasser de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les dieux de la coalition avaient toujours soif. L'ordre d'arr&#234;ter Lenine pr&#233;c&#233;da la formation du gouvernement transitoire du 7 juillet. Maintenant il &#233;tait n&#233;cessaire de signaler par un acte de fermet&#233; la renaissance de la coalition. D&#232;s le 13 juillet avait paru dans le journal de Gorki - la presse bolcheviste n'existait d&#233;j&#224; plus - une lettre ouverte de Trotsky au gouvernement provisoire. La lettre disait : &#034; Vous ne pouvez avoir aucun motif logique de m'excepter du d&#233;cret en vertu duquel les camarades Lenine, Zinoviev et Kamenev font l'objet d'un mandat d'arrestation. En ce qui concerne le c&#244;t&#233; politique de l'affaire, vous ne pouvez avoir de motifs de douter que je sois un adversaire de la politique g&#233;n&#233;rale du gouvernement provisoire tout aussi irr&#233;conciliable que les camarades ci-dessus nomm&#233;s. &#034; Dans la nuit o&#249; se constituait le nouveau minist&#232;re, Trotsky et Lounatcharsky furent arr&#234;t&#233;s &#224; Petrograd, tandis qu'au front l'on arr&#234;tait le sous-lieutenant Krylenko, futur commandant en chef des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement qui vint au monde apr&#232;s une crise de trois semaines avait l'air &#233;tique. Il se composait de personnages de deuxi&#232;me et de troisi&#232;me plan, s&#233;lectionn&#233;s d'apr&#232;s le principe du moindre mal. Le vice-pr&#233;sident fut l'ing&#233;nieur Nekrassov, cadet de gauche, qui, le 27 f&#233;vrier, avait propos&#233;, pour l'&#233;crasement de la r&#233;volution, de confier le pouvoir &#224; l'un des g&#233;n&#233;raux du tsar. L'&#233;crivain Prokopovitch, sans parti et sans personnalit&#233;, domicili&#233; sur la lisi&#232;re entre les cadets et les mencheviks, devint ministre de l'Industrie et du Commerce. Ancien procureur, ensuite avocat radical, Zaroudny, fils du ministre &#034; lib&#233;ral &#034; d'Alexandre II, fut appel&#233; &#224; la Justice. Le pr&#233;sident du comit&#233; ex&#233;cutif paysan, Avksentiev, obtint le portefeuille de ministre de l'Int&#233;rieur. Le menchevik Skobelev resta ministre du Travail, le socialiste populiste Pechekhonov ministre de l'Approvisionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des lib&#233;raux entr&#232;rent dans le cabinet des figures tout aussi secondaires, n'ayant jou&#233; ni avant ni apr&#232;s des r&#244;les dirigeants. Au poste de ministre de l'Agriculture revint inopin&#233;ment Tchernov : dans les quatre jours qui s'&#233;taient &#233;coul&#233;s entre sa d&#233;mission et la nouvelle nomination, il avait d&#233;j&#224; eu le temps de se r&#233;habiliter. Dans son Histoire, Milioukov note impassiblement que le caract&#232;re des rapports de Tchernov avec les autorit&#233;s allemandes &#034; n'avait pas &#233;t&#233; &#233;lucid&#233; ; il est possible - ajoute-t-il que les indications du contre-espionnage russe ainsi que les soup&#231;ons de Kerensky, de Terechtchenko et d'autres &#224; cet &#233;gard fussent all&#233;s trop loin &#034;. La r&#233;int&#233;gration de Tchenov dans les fonctions de ministre de l'Agriculture n'&#233;tait rien de plus qu'un tribut au prestige du parti dirigeant des socialistes-r&#233;volutionnaires dans lequel Tchernov, d'ailleurs, perdait de plus en plus de son influence. En revanche, Tseretelli eut la pr&#233;voyance de rester en dehors du cabinet minist&#233;riel : en mai, l'on avait estim&#233; qu'il serait utile &#224; la r&#233;volution au sein du gouvernement ; maintenant il se disposait &#224; &#234;tre utile au gouvernement au sein du soviet. A partir de ce temps, Tseretelli remplit effectivement les obligations d'un commissaire de la bourgeoisie dans le syst&#232;me des soviets. &#034; Si les int&#233;r&#234;ts du pays &#233;taient contrecarr&#233;s par la coalition - disait-il en s&#233;ance du soviet de Petrograd - notre devoir serait d'inviter nos camarades &#224; sortir du gouvernement. &#034; Il ne s'agissait d&#233;j&#224; plus d'&#233;liminer, apr&#232;s &#233;puisement, les lib&#233;raux, comme Dan l'avait promis nagu&#232;re, mais bien, se sentant &#224; bout, d'abandonner en temps opportun le gouvernail. Tseretelli pr&#233;parait la remise int&#233;grale du pouvoir &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re coalition, form&#233;e le 6 mai, les socialistes &#233;taient en minorit&#233; ; mais ils &#233;taient en fait les ma&#238;tres de la situation ; dans le cabinet minist&#233;riel du 24 juillet, les socialistes &#233;taient en majorit&#233;, mais ils n'&#233;taient que l'ombre des lib&#233;raux&#8230; &#034; Malgr&#233; une petite pr&#233;pond&#233;rance nominale des socialistes - avoue Milioukov - la pr&#233;dominance effective dans le cabinet appartenait incontestablement aux partisans convaincus de la d&#233;mocratie bourgeoise. &#034; Il serait plus exact de dire : de la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Quant &#224; la d&#233;mocratie, l'affaire se pr&#233;sentait moins nettement. Dans le m&#234;me esprit, bien qu'avec une argumentation inattendue, le ministre Pechekhonov comparait la coalition de juillet &#224; celle de mai : en mai, la bourgeoisie avait besoin du soutien de la gauche ; &#224; pr&#233;sent, sous la menace d'une contre-r&#233;volution, l'appui de la droite nous est indispensable ; &#034; plus nous am&#232;nerons &#224; nous de forces de la droite, moins il en restera pour attaquer le pouvoir &#034;. Formule incomparable de strat&#233;gie politique : pour faire lever le si&#232;ge de la forteresse, mieux est d'ouvrir de l'int&#233;rieur la grand-porte. Telle &#233;tait la formule de la nouvelle coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action prenait l'offensive, la d&#233;mocratie battait en retraite. Les classes et les groupes que la r&#233;volution avait &#233;pouvant&#233;s, dans les premiers temps, relevaient la t&#234;te. Les int&#233;r&#234;ts qui, la veille, se dissimulaient encore, se d&#233;claraient ouvertement aujourd'hui. Les n&#233;gociants et les sp&#233;culateurs r&#233;clamaient l'extermination des bolcheviks et la libert&#233; du commerce ; ils &#233;levaient la voix contre toutes les limitations du trafic, m&#234;me contre celles qui avaient &#233;t&#233; &#233;tablies du temps du tsar, Les services d'approvisionnement qui avaient tent&#233; de lutter contre la sp&#233;culation &#233;taient d&#233;clar&#233;s coupables du manque de produits alimentaires. De ces services, la haine se reportait sur les soviets. L'&#233;conomiste menchevik Gromann d&#233;clarait que la campagne des commer&#231;ants &#034; s'&#233;tait particuli&#232;rement intensifi&#233;e apr&#232;s les &#233;v&#233;nements des 3-4 juillet &#034;. On rendait les soviets responsables des d&#233;faites, de la vie ch&#232;re et des cambriolages nocturnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inqui&#233;t&#233; par les machinations monarchistes et redoutant une explosion par choc en retour de la gauche, le gouvernement exp&#233;dia, le 1&#176; juillet, Nicolas Romanov, avec sa famille, &#224; Tobolsk. Le lendemain fut interdit le nouveau journal des bolcheviks Rabotchi I Soldat (Ouvrier et Soldat). De toutes parts l'on apprenait des arrestations en masse de comit&#233;s d'arm&#233;e. Les bolcheviks ne purent, &#224; la fin de juillet, r&#233;unir leur congr&#232;s qu'&#224; demi l&#233;galement. Les congr&#232;s d'arm&#233;e &#233;taient interdits, Et commenc&#232;rent &#224; se rassembler ceux qui, auparavant, restaient terr&#233;s chez eux : propri&#233;taires de terres, commer&#231;ants et industriels, chefs de la cosaquerie, clerg&#233;, chevaliers de Saint-Georges. Leurs voix &#233;taient toutes du m&#234;me ton, ne diff&#233;rant que par le degr&#233; de l'insolence. Le concert &#233;tait dirig&#233; indiscutablement, quoique non toujours ouvertement, par le parti cadet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#232;s du commerce et de l'industrie qui r&#233;unit, au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, environ trois cents repr&#233;sentants des plus importantes organisations de Bourse et d'entreprises, le discours-programme fut prononc&#233; par le roi du textile, Riabouchinsky, qui ne mit pas son flambeau sous le boisseau. &#034; Le gouvernement provisoire n'avait qu'une apparence de pouvoir... En fait s'y est install&#233;e une bande de charlatans de la politique... Le gouvernement pressure d'imp&#244;ts, en tout premier lieu, et rigoureusement, la classe des commer&#231;ants et des industriels... Est-il rationnel de donner de l'argent au dissipateur ? Ne vaudrait-il pas mieux, pour le salut de la patrie, mettre en tutelle les gaspilleurs ?... &#034; Et, enfin, pour conclure, cette menace : &#034; La main squelettique de la famine et de la mis&#232;re populaire saisira &#224; la gorge les amis du peuple ! &#034; La phrase sur la main squelettique de la famine, donnant son sens g&#233;n&#233;ral &#224; la politique des lock-out, s'ins&#233;ra d&#232;s lors fortement dans le vocabulaire politique de la r&#233;volution. Elle co&#251;ta cher aux capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Petrograd s'ouvrit le congr&#232;s des commissaires provinciaux. Les agents du gouvernement provisoire qui, d'apr&#232;s la conception premi&#232;re, devaient se dresser autour de lui comme un rempart, se group&#232;rent en r&#233;alit&#233; contre lui et, sous la direction de leur centre cadet, pass&#232;rent au fil de l'&#233;p&#233;e l'infortun&#233; ministre de l'Int&#233;rieur Avksentiev. &#034; On ne peut s'asseoir entre deux chaises : le gouvernement doit gouverner et non pas &#234;tre une marionnette. &#034; Les conciliateurs cherchaient &#224; se justifier et protestaient &#224; mi-voix, appr&#233;hendant que leur querelle avec les alli&#233;s ne f&#251;t entendue des bolcheviks. Le ministre socialiste sortit &#233;chaud&#233; du congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks prit peu &#224; peu le langage des lamentations et des r&#233;criminations. Dans ses colonnes commenc&#232;rent &#224; para&#238;tre des r&#233;v&#233;lations inattendues, Le 6 ao&#251;t, le journal socialiste-r&#233;volutionnaire Dielo Naroda (La Cause du Peuple) publia une lettre d'un groupe de socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, exp&#233;di&#233;e par eux en route vers le front : les signataires &#034; &#233;taient frapp&#233;s du r&#244;le jou&#233; par les junkers&#8230; Pratique r&#233;guli&#232;re des s&#233;vices, participation des junkers aux exp&#233;ditions punitives, s'accompagnant de l'envoi au poteau sans jugement ni instruction, sur l'ordre simple d'un commandant de bataillon... Les soldats exasp&#233;r&#233;s se sont mis &#224; tirer, en guet-apens, sur certains junkers... &#034; C'est ainsi que se pr&#233;sentait l'&#339;uvre d'assainissement de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action progressait, le gouvernement reculait. Le 7 ao&#251;t furent relax&#233;s les Cent-Noirs les plus fameux, complices des cercles raspoutiniens et des pogromes antis&#233;mites. Les bolcheviks restaient &#224; la prison de Kresty, o&#249; s'annon&#231;ait la gr&#232;ve de la faim des ouvriers, soldats et matelots d&#233;tenus. La section ouvri&#232;re du soviet de Petrograd envoya, ce jour-l&#224;, une adresse de f&#233;licitations &#224; Trotsky, &#224; Lounatcharsky, &#224; Kollonta&#239; et aux autres emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Industriels, commissaires provinciaux, le congr&#232;s des cosaques de Novotcherkask, la presse patriote, g&#233;n&#233;raux, lib&#233;raux - tous estimaient qu'il &#233;tait absolument impossible de proc&#233;der aux &#233;lections pour l'assembl&#233;e constituante en septembre ; mieux e&#251;t valu les diff&#233;rer jusqu'&#224; la fin de la guerre. A cela, le gouvernement ne pouvait cependant se r&#233;soudre. Mais un compromis fut trouv&#233; : la convocation de l'assembl&#233;e constituante fut remise au 28 novembre. Ce n'est pas sans maussaderie que les cadets accept&#232;rent le d&#233;lai : ils comptaient fermement que, dans les trois mois qui restaient, devaient se produire des &#233;v&#233;nements d&#233;cisifs qui transposeraient la question m&#234;me de l'assembl&#233;e constituante sur un autre plan. Ces esp&#233;rances se rattachaient de plus en plus ouvertement au nom de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;clame faite autour du nouveau &#034; g&#233;n&#233;ralissime &#034; se situa d&#233;sormais au centre de la politique bourgeoise. La biographie du &#034; premier g&#233;n&#233;ralissime populaire &#034; &#233;tait r&#233;pandue &#224; un nombre formidable d'exemplaires, avec le concours actif du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Lorsque Savinkov, en qualit&#233; de ministre de la Guerre, disait aux journalistes : &#034; Nous estimons &#034;, le &#034;nous &#034; signifiait non point Savinkov et Kerensky, mais Savinkov et Kornilov. Le bruit fait autour de Kornilov contraignait Kerensky &#224; se tenir sur ses gardes. Il circulait des rumeurs encore plus persistantes au sujet d'un complot au centre duquel se tiendrait le comit&#233; de l'union des officiers pr&#232;s le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Une entrevue personnelle du chef du gouvernement et du chef de l'arm&#233;e, au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, ne fit qu'attiser leur antipathie r&#233;ciproque. &#034; Cet &#233;tourdi, ce bavard veut me commander ? &#034; devait se dire Kornilov, &#034; Ce cosaque born&#233; et inculte se dispose &#224; sauver la Russie ? &#034; dut forc&#233;ment penser Kerensky. Chacun d'eux avait raison &#224; sa mani&#232;re. Le programme de Kornilov, comprenant la militarisation des usines et des chemins de fer, l'extension de la peine de mort &#224; l'arri&#232;re, et la subordination au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral de la r&#233;gion militaire de Petrograd avec la garnison de la capitale, avait &#233;t&#233; entre-temps connu des cercles conciliateurs. Derri&#232;re le programme officiel, l'on en devinait sans peine un autre, non exprim&#233; mais d'autant plus effectif. La presse de gauche donna l'alarme. Le comit&#233; ex&#233;cutif proposait une nouvelle candidature au poste de g&#233;n&#233;ralissime en la personne du g&#233;n&#233;ral Tcheremissov. On se mit &#224; parler ouvertement de la d&#233;mission prochaine de Kornilov. La r&#233;action fut en &#233;moi,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 ao&#251;t, le soviet de l'union des douze formations cosaques, celles du Don, du Kouban, du Terek, etc., d&#233;cida, non sans la participation de Savinkov, de porter &#034; hautement et fermement &#034; &#224; la connaissance du gouvernement et du peuple qu'il d&#233;clinait toute responsabilit&#233; pour la conduite des troupes cosaques sur le front et &#224; l'arri&#232;re au cas o&#249; le g&#233;n&#233;ral Kornilov, &#034; h&#233;ros et chef &#034;, serait destitu&#233;. La conf&#233;rence de l'union des chevaliers de Saint-Georges fut encore plus fermement mena&#231;ante pour le gouvernement : si Kornilov est destitu&#233;, l'union donnera imm&#233;diatement &#034; comme cri de guerre &#224; tous les chevaliers de Saint-Georges l'ordre d'agir en commun avec la cosaquerie &#034;, Pas un des g&#233;n&#233;raux ne protesta contre cette infraction &#224; la discipline, et la presse de l'ordre imprima avec enthousiasme des d&#233;cisions qui marquaient une menace de guerre civile. Le comit&#233; principal de l'union des officiers de l'arm&#233;e et de la flotte exp&#233;dia un t&#233;l&#233;gramme dans lequel il disait placer tous ses espoirs &#034; sur le bien-aim&#233; chef, le g&#233;n&#233;ral Kornilov &#034;, priant &#034; tous les honn&#234;tes gens &#034; de manifester &#224; celui-ci leur confiance. La conf&#233;rence des &#034; hommes publics &#034; de droite, qui si&#233;geait en ces jours-l&#224; &#224; Moscou, envoya &#224; Kornilov un t&#233;l&#233;gramme dans lequel elle joignait sa voix &#224; celle des officiers, des chevaliers de Saint-Georges et de la cosaquerie : &#034; Toute la Russie pensante vous regarde avec esp&#233;rance et foi. &#034; On ne pouvait parler plus clairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la conf&#233;rence prenaient part des industriels et des banquiers comme Riabouchinsky et Tretiakov, les g&#233;n&#233;raux Alexe&#239;ev et Broussilov, des repr&#233;sentants du clerg&#233; et du professorat, les leaders du parti cadet, Milioukov en t&#234;te. A titre de camouflage figuraient des repr&#233;sentants d'une &#034; union paysanne &#034; &#224; demi fictive qui devait assurer aux cadets un soutien dans les sph&#232;res sup&#233;rieures de la paysannerie. Au fauteuil pr&#233;sidentiel se dressait la figure monumentale de Rodzianko, qui remercia la d&#233;l&#233;gation d'un r&#233;giment cosaque pour avoir r&#233;prim&#233; le mouvement bolchevik. La candidature de Kornilov au r&#244;le de sauveteur du pays &#233;tait ainsi ouvertement pos&#233;e par les repr&#233;sentants les plus autoris&#233;s des classes poss&#233;dantes et instruites de la Russie. Apr&#232;s une pareille pr&#233;paration, le g&#233;n&#233;ralissime se pr&#233;sente derechef chez le ministre de la Guerre, aux fins de pourparlers sur le programme qu'il a pr&#233;sent&#233; pour le salut du pays. &#034; D&#232;s son arriv&#233;e &#224; Petrograd - dit le g&#233;n&#233;ral Loukomsky, chef de l'Etat-major de Kornilov, relatant cette visite - le g&#233;n&#233;ralissime se rendit au palais d'Hiver, accompagn&#233; de cosaques du Tek, avec deux mitrailleuses. D&#232;s que le g&#233;n&#233;ral Kornilov entra dans le palais, ces mitrailleuses furent descendues de l'automobile, et les cosaques du Tek mont&#232;rent la garde devant le portail pour venir, en cas de n&#233;cessit&#233;, au secours du g&#233;n&#233;ralissime, &#034; On supposait qu'il pourrait avoir besoin de cette aide contre le ministre-pr&#233;sident. &#034; Les mitrailleuses du Tek &#233;taient les armes de la bourgeoisie, braqu&#233;es sur les conciliateurs qui se jetaient dans ses jambes. Ainsi se pr&#233;sentait le gouvernement de salut, ind&#233;pendant des soviets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement apr&#232;s la visite de Kornilov, Kokochkine, membre du gouvernement provisoire, d&#233;clara &#224; Kerensky que les cadets donneraient leur d&#233;mission &#034; si le programme de Kornilov n'&#233;tait pas accept&#233; le jour m&#234;me &#034;. Bien que sans mitrailleuses, les cadets tenaient au gouvernement le langage p&#233;remptoire de Kornilov. Et cela r&#233;ussissait. Le gouvernement provisoire s'empressa d'examiner le rapport du g&#233;n&#233;ralissime et admit en principe la possibilit&#233; d'appliquer les mesures propos&#233;es par lui, &#034; jusques et y compris la peine de mort &#224; l'arri&#232;re &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mobilisation des forces de la r&#233;action s'ins&#233;ra naturellement le concile panrusse de l'Eglise qui, officiellement, avait pour but d'achever l'&#233;mancipation de l'Eglise orthodoxe jusque l&#224; captive de la bureaucratie, mais au fond devait prot&#233;ger l'Eglise contre la r&#233;volution. Depuis l'abolition de la monarchie, l'Eglise avait perdu son chef officiel. Ses rapports avec l'Etat, multis&#233;culaire d&#233;fenseur et protecteur, restaient en suspens. A vrai dire, le Saint-Synode, dans un mandement du 9 mars, s'&#233;tait empress&#233; de b&#233;nir la r&#233;volution accomplie et avait invit&#233; le peuple &#034; &#224; faire confiance au gouvernement provisoire &#034;. N&#233;anmoins, l'avenir &#233;tait lourd de menaces. Le gouvernement gardait le silence sur la question de l'Eglise comme sur d'autres probl&#232;mes. Le clerg&#233; avait compl&#232;tement perdu la t&#234;te. De temps &#224; autre, d'un point quelconque de la p&#233;riph&#233;rie, de la ville de Verny sur la fronti&#232;re avec la Chine, de quelque paroisse locale, arrivait un t&#233;l&#233;gramme assurant au prince Lvov que sa politique r&#233;pondait enti&#232;rement aux commandements de l'Evangile. S'accommodant de l'insurrection, l'Eglise n'osait pas se m&#234;ler aux &#233;v&#233;nements, cela se sentait plus nettement qu'ailleurs sur le front, o&#249; l'influence du clerg&#233; tomba en m&#234;me temps que la discipline de la peur. Denikine l'avoue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Si le corps des officiers lutta n&#233;anmoins pour ses droits de commandement et son autorit&#233; militaire, la voix des pasteurs se tut d&#233;s les premiers jours de la r&#233;volution et ils cess&#232;rent de participer en quelque fa&#231;on &#224; la vie active des troupes. &#034; Les congr&#232;s du clerg&#233; au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et dans les &#233;tats-majors des arm&#233;es pass&#232;rent compl&#232;tement inaper&#231;us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concile, qui &#233;tait avant tout une affaire de caste pour le clerg&#233; lui-m&#234;me, surtout pour son &#233;tage sup&#233;rieur, ne resta cependant point enferm&#233; dans les cadres de la bureaucratie eccl&#233;siastique : la soci&#233;t&#233; lib&#233;rale s'y raccrocha de toutes ses forces. Le parti cadet, n'ayant trouv&#233; dans le peuple aucune racine politique, r&#234;vait que l'Eglise, apr&#232;s r&#233;forme, lui servirait de truchement aupr&#232;s des masses. Dans la pr&#233;paration du concile, un r&#244;le actif fut jou&#233; &#224; c&#244;t&#233; et au-devant des princes de l'Eglise, par des politiciens la&#239;cs de diverses nuances, tels que le prince Troubetskoi, le comte Olsoufiev, Rodzianko, Samarine, des professeurs et des &#233;crivains lib&#233;raux. Le parti cadet essaya vainement de cr&#233;er autour du concile une ambiance de r&#233;formation eccl&#233;siastique, craignant, en m&#234;me temps, d'&#233;branler, par un mouvement imprudent, l'&#233;difice vermoulu. Il ne fut pas question d'une s&#233;paration de l'Eglise et de l'Etat, ni chez le clerg&#233;, ni parmi les r&#233;formateurs la&#239;cs. Les princes de l'Eglise &#233;taient naturellement enclins &#224; affaiblir le contr&#244;le de l'Etat sur les affaires int&#233;rieures, mais &#224; condition que l'Etat continu&#226;t non seulement &#224; prot&#233;ger leur situation privil&#233;gi&#233;e, leurs terres et revenus, mais continu&#226;t aussi &#224; couvrir la part du lion de leurs d&#233;penses. De son c&#244;t&#233;, la bourgeoisie lib&#233;rale &#233;tait dispos&#233;e &#224; garantir &#224; l'orthodoxie le maintien de sa situation d'Eglise dominante, mais sous condition qu'elle appr&#238;t &#224; desservir d'une nouvelle fa&#231;on dans les masses les int&#233;r&#234;ts des classes dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici commen&#231;aient de grosses difficult&#233;s. Le m&#234;me Denikine note avec consternation que la r&#233;volution russe &#034; ne cr&#233;a pas un seul mouvement religieux populaire plus ou moins perceptible &#034;, Il serait plus exact de dire qu'&#224; mesure que de nouvelles couches populaires &#233;taient entra&#238;n&#233;es dans la r&#233;volution, elles tournaient presque automatiquement le dos &#224; l'Eglise, m&#234;me si auparavant elles avaient &#233;t&#233; li&#233;es avec celle-ci. Dans les campagnes, certains pr&#234;tres pouvaient encore avoir une influence personnelle d&#233;pendant de leur attitude &#224; l'&#233;gard de la question agraire. Dans les villes, personne, non seulement dans les milieux ouvriers, mais m&#234;me dans la petite bourgeoisie, n'avait id&#233;e de s'adresser au clerg&#233; pour obtenir la solution des probl&#232;mes soulev&#233;s par la r&#233;volution. La pr&#233;paration du concile rencontra l'enti&#232;re indiff&#233;rence du peuple. Les int&#233;r&#234;ts et les passions des masses trouvaient leur expression dans le langage des mots d'ordre socialistes, mais non dans les textes de th&#233;ologiens. La Russie arri&#233;r&#233;e suivait son histoire en br&#251;lant les &#233;tapes : elle se trouva forc&#233;e de sauter non seulement l'&#233;poque de la R&#233;formation, mais aussi celle du parlementarisme bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Con&#231;u pendant les mois du flux de la r&#233;volution, le concile co&#239;ncida avec les semaines de son reflux. Cela accentua encore sa teinte r&#233;actionnaire. La composition du concile, le cercle des probl&#232;mes abord&#233;s par lui, m&#234;me le c&#233;r&#233;monial de son ouverture - tout t&#233;moignait de modifications radicales dans l'attitude des diff&#233;rentes classes &#224; l'&#233;gard de l'Eglise. A l'office divin, dans la cath&#233;drale de l'Assomption, &#224; c&#244;t&#233; de Rodzianko et des cadets, se trouv&#232;rent pr&#233;sents Kerensky et Avksentiev. Le maire de Moscou, Roudnev, socialiste-r&#233;volutionnaire, d&#233;clara dans son discours d'ouverture :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Tant que vivra le peuple russe, la foi chr&#233;tienne br&#251;lera dans son &#226;me. &#034; La veille encore, ces gens-l&#224; se consid&#233;raient comme des descendants directs de l'&#233;ducateur russe Tchemychevsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concile exp&#233;diait dans toutes les directions des appels imprim&#233;s, r&#233;clamait un pouvoir fort, d&#233;non&#231;ait les bolcheviks et, dans le m&#234;me ton que le ministre du Travail Skobelev, conjurait &#034; les ouvriers de travailler sans m&#233;nager leurs forces et de subordonner leurs revendications au bien de la patrie &#034;. Mais le concile r&#233;serva une attention particuli&#232;re &#224; la question agraire. Les m&#233;tropolites et les &#233;v&#234;ques n'&#233;taient pas moins que les propri&#233;taires nobles &#233;pouvant&#233;s et exasp&#233;r&#233;s par l'ampleur du mouvement agraire, et leurs appr&#233;hensions au sujet des terres de l'Eglise et des monast&#232;res les prenaient &#224; l'&#226;me beaucoup plus violemment que le probl&#232;me de la d&#233;mocratisation des paroisses. Sous menace de la col&#232;re divine et de l'excommunication, le mandement du concile exige &#034; la restitution imm&#233;diate aux &#233;glises, aux couvents, aux paroisses et aux particuliers des terres, des bois et des r&#233;coltes qui ont &#233;t&#233; pill&#233;s &#034;. C'est ici qu'il convient de rappeler la voix clamant dans le d&#233;sert ! Le concile tra&#238;na de semaine en semaine et ne parvint &#224; l'apog&#233;e de son &#339;uvre, le r&#233;tablissement du patriarcat, aboli par Pierre le Grand deux cents ans auparavant, qu'apr&#232;s la r&#233;volution d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de juillet, le gouvernement d&#233;cida de convoquer pour le 13 ao&#251;t, &#224; Moscou, une conf&#233;rence d'Etat, comprenant toutes les classes et les institutions publiques du pays. La composition de la conf&#233;rence fut fix&#233;e par le gouvernement lui-m&#234;me. En compl&#232;te contradiction avec les r&#233;sultats de toutes les &#233;lections d&#233;mocratiques qui avaient eu lieu dans le pays, aucune n'&#233;tant except&#233;e, le gouvernement prit des mesures pour assurer d'avance &#224; l'assembl&#233;e un nombre &#233;gal de repr&#233;sentants des classes poss&#233;dantes et du peuple. C'est seulement sur la base de cet &#233;quilibre artificiel que le gouvernement de salut de la r&#233;volution esp&#233;rait encore se sauver lui-m&#234;me. Ces &#233;tats g&#233;n&#233;raux n'&#233;taient dot&#233;s d'aucun droit d&#233;fini. &#034; La conf&#233;rence.., n'obtenait - d'apr&#232;s Milioukov - tout au plus qu'une voix consultative &#034; : les classes poss&#233;dantes voulaient donner &#224; la d&#233;mocratie un exemple d'abn&#233;gation, pour s'emparer ensuite, d'autant plus s&#251;rement, de la totalit&#233; du pouvoir. On pr&#233;senta comme but officiel de la conf&#233;rence &#034; l'union du pouvoir d'Etat avec toutes les forces organis&#233;es du pays &#034;. La presse parlait de la n&#233;cessit&#233; de resserrer, de r&#233;concilier, de stimuler, de remonter les esprits. En d'autres termes les uns n'avaient pas le d&#233;sir et les autres n'&#233;taient pas capables de dire clairement dans quels buts, &#224; proprement parler, se r&#233;unissait la conf&#233;rence. Donner aux choses leur nom devint encore ici la t&#226;che des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En fran&#231;ais dans le texte. Note du Traducteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky et Kornilov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments de bonapartisme dans la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas peu &#233;crit pour dire que les malheurs qui suivirent, y compris l'av&#232;nement des bolcheviks, eussent pu &#234;tre &#233;vit&#233;s, si, &#224; la place de Kerensky, s'&#233;tait trouv&#233; &#224; la t&#234;te du pouvoir un homme dou&#233; d'une pens&#233;e claire et d'un caract&#232;re ferme. Il est incontestable que Kerensky manquait de l'un et de l'autre. Mais pourquoi donc certaines classes sociales se trouv&#232;rent-elles forc&#233;es de hisser pr&#233;cis&#233;ment Kerensky sur le pavois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour rafra&#238;chir nos souvenirs d'histoire, les &#233;v&#233;nements d'Espagne nous montrent une fois de plus comment une r&#233;volution, d&#233;lavant les limites habituelles de la politique, obnubile dans les premiers temps d'une rose brume tous et tout. M&#234;me ses ennemis s'efforcent, dans cette phase, de prendre sa couleur : en ce mim&#233;tisme s'exprime la tendance &#224; demi instinctive des classes conservatrices &#224; s'adapter &#224; des transmutations mena&#231;antes, pour en souffrir le moins possible. La solidarit&#233; de la nation, bas&#233;e sur une phras&#233;ologie inconsistante, transforme l'activit&#233; conciliatrice en une fonction politique indispensable. Les id&#233;alistes petits-bourgeois, qui regardent par-dessus les classes, qui pensent en phrases toutes faites, qui ne savent ce qu'ils veulent et adressent &#224; tout le monde leurs v&#339;ux les meilleurs, sont, dans ce stade, les seuls leaders concevables de la majorit&#233;. Si Kerensky avait eu une pens&#233;e claire et une volont&#233; ferme, il e&#251;t &#233;t&#233; absolument inutilisable dans son r&#244;le historique. Ceci n'est point une appr&#233;ciation r&#233;trospective. C'est ainsi qu'en jugeaient les bolcheviks dans le feu des &#233;v&#233;nements. &#034; Avocat d'affaires politiques, social-r&#233;volutionnaire qui se trouvait &#224; la t&#234;te des travaillistes, radical d&#233;pourvu de la moindre doctrine socialiste, Kerensky refl&#233;tait le plus compl&#232;tement la premi&#232;re &#233;poque de la r&#233;volution, son amorphie &#034; nationale &#034;, l'id&#233;alisme flamboyant de ses esp&#233;rances et de ses attentes, &#233;crivait l'auteur de ces lignes, dans la prison de Kerensky, apr&#232;s les journ&#233;es de juillet. Kerensky parlait de la terre et de la libert&#233;, de l'ordre, de la paix des peuples, de la d&#233;fense de la patrie, de l'h&#233;ro&#239;sme de Liebknecht, disait que la r&#233;volution russe devait &#233;tonner le monde par sa magnanimit&#233; et agitait, en cette occasion, un mouchoir de soie rouge. Le petit bourgeois, &#224; demi r&#233;veill&#233;, &#233;coutait avec enthousiasme de tels discours : il lui semblait que c'&#233;tait lui-m&#234;me qui parlait du haut de la tribune. L'arm&#233;e accueillit Kerensky comme celui qui la d&#233;livrait de Goutchkov. Les paysans entendirent parler de lui comme d'un travailliste, d'un d&#233;put&#233; des moujiks. Les lib&#233;raux &#233;taient s&#233;duits par l'extr&#234;me mod&#233;ration des id&#233;es sous l'informe radicalisme des phrases... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la p&#233;riode des embrassades g&#233;n&#233;rales ne dure pas longtemps. La lutte des classes ne s'apaise au d&#233;but de la r&#233;volution que pour se r&#233;veiller sous la forme de la guerre civile. Dans la mont&#233;e f&#233;erique du mouvement conciliateur est d'avance inclus son in&#233;vitable &#233;croulement. Que Kerensky ait rapidement perdu sa popularit&#233;, un journaliste fran&#231;ais, personnage officieux, Claude Anet, l'expliquait par ce fait que le manque de tact poussait le politicien socialiste &#224; des actes qui &#034; s'harmonisaient peu &#034; avec son r&#244;le. &#034; Il fr&#233;quente les loges imp&#233;riales. Il habite le palais d'Hiver ou celui de Tsarsko&#239;e. Il couche dans le lit des empereurs de Russie. Un peu trop de vanit&#233;, et qui s'&#233;tale ; cela choque dans ce pays le plus simple du monde. &#034; [Claude ANET, La R&#233;volution russe, juin-novembre 1917, p. 15-16].Le tact dans les petites comme dans les grandes choses suppose l'intelligence de la situation et de la place qu'on y occupe. Il n'y en avait pas apparence chez Kerensky. Elev&#233; par la confiance des masses, il leur &#233;tait absolument &#233;tranger, ne les comprenait pas et ne s'int&#233;ressait nullement &#224; savoir comment elles prenaient la r&#233;volution et quelles d&#233;ductions elles en tiraient. Les masses attendaient de lui des actes audacieux, mais il demandait aux masses de ne pas le g&#234;ner dans sa magnanimit&#233; et son &#233;loquence. A l'&#233;poque o&#249; Kerensky rendait une visite th&#233;&#226;trale &#224; la famille du tsar en d&#233;tention, des soldats qui gardaient le Palais, disaient au commandant : &#034; Nous, on couche sur des planches, on est mal nourri, mais le Nikolachka, bien qu'il soit arr&#234;t&#233;, il a de la viande, m&#234;me qu'il en fait jeter aux ordures. &#034; Ces mots l&#224; n'&#233;taient pas &#034;magnanimes &#034;, mais ils exprimaient ce que ressentaient les soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'&#233;tant arrach&#233; &#224; ses entraves s&#233;culaires, le peuple, &#224; chaque pas, franchissait la limite que lui avaient indiqu&#233;e les leaders cultiv&#233;s. Kerensky &#233;jaculait &#224; ce propos, &#224; la fin d'avril : &#034; Se peut-il que le libre Etat russe soit un Etat d'esclaves r&#233;volt&#233;s ?... Je regrette de n'&#234;tre pas mort il y a deux mois : je serais mort avec un grand r&#234;ve &#034;, etc. Par cette mauvaise rh&#233;torique, il esp&#233;rait influer sur les ouvriers, les soldats, les matelots, les paysans. L'amiral Koltchak raconta par la suite, devant le tribunal sovi&#233;tique, comment le ministre radical de la Guerre avait fait en mai la tourn&#233;e des b&#226;timents de la flotte de la mer Noire, pour r&#233;concilier les matelots avec les officiers. L'orateur, apr&#232;s chaque discours croyait avoir atteint son but : &#034; Eh bien, vous voyez, monsieur l'Amiral, tout est arrang&#233;... &#034; Mais rien n'&#233;tait arrang&#233; : la d&#233;b&#226;cle de la flotte commen&#231;ait seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus on allait, plus Kerensky irritait les masses par ses coquetteries, ses vantardises, sa forfanterie. Au cours d'un voyage sur le front, il criait avec emportement, dans son wagon, &#224; son aide de camp, calculant peut-&#234;tre qu'il serait entendu par les g&#233;n&#233;raux :&#034; Foutez-moi dehors ces maudits comit&#233;s ! &#034; Se pr&#233;sentant &#224; la flotte de la Baltique, Kerensky ordonna au comit&#233; central des marins de se pr&#233;senter &#224; lui sur le vaisseau-amiral. Le Tsentrobalt, en tant qu'organe sovi&#233;tique, n'&#233;tait pas subordonn&#233; au ministre et consid&#233;ra cet ordre comme un outrage. Le pr&#233;sident du comit&#233;, le matelot Dybenko, r&#233;pondit : &#034; Si Kerensky veut causer avec le Tsentrobalt, qu'il vienne nous voir. &#034; N'est-ce pas une intol&#233;rable insolence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les navires o&#249; Kerensky engagea avec les matelots des causeries politiques, l'affaire n'allait pas mieux, particuli&#232;rement sur le vaisseau Respoublika, anim&#233; de sentiments bolcheviks, o&#249; le ministre fut interrog&#233; point par point. Pourquoi, &#224; la Douma d'Empire, avait-il vot&#233; pour la guerre ? Pourquoi avait-il ajout&#233; sa signature &#224; la note imp&#233;rialiste de Milioukov du 21 avril ? Pourquoi avait-il assign&#233; aux s&#233;nateurs du tsar six mille roubles de pension par an ? Kerensky refusa de r&#233;pondre &#224; ces questions perfides que lui posaient des hommes &#034; qui n'&#233;taient pas de ses amis &#034;. L'&#233;quipage d&#233;clara s&#232;chement que les explications du ministre &#034; n'&#233;taient pas satisfaisantes... &#034; C'est dans un silence s&#233;pulcral que Kerensky descendit du vaisseau. &#034; Des esclaves en r&#233;volte !&#034; disait l'avocat radical en grin&#231;ant des dents. Mais les matelots &#233;prouvaient un sentiment de fiert&#233; : &#034;Oui, nous &#233;tions des esclaves, et nous nous sommes soulev&#233;s ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le sans-g&#234;ne de son attitude &#224; l'&#233;gard de l'opinion d&#233;mocratique, Kerensky provoquait &#224; chaque pas des demi-conflits avec les leaders sovi&#233;tiques qui marchaient dans la m&#234;me voie que lui, mais en se retournant plus souvent vers les masses. D&#232;s le 8 mars, le comit&#233; ex&#233;cutif, effray&#233; par les protestations de la base, d&#233;clara &#224; Kerensky que la mise en libert&#233; des policiers d&#233;tenus &#233;tait inadmissible. Quelques jours apr&#232;s, les conciliateurs se virent oblig&#233;s de protester contre l'intention qu'avait le ministre de la Justice d'exp&#233;dier la famille imp&#233;riale en Angleterre. Et encore deux ou trois semaines plus tard, le comit&#233; ex&#233;cutif posait la question g&#233;n&#233;rale d'une &#034; r&#233;gularisation des rapports &#034; avec Kerensky. Mais ces relations ne furent pas et ne pouvaient &#234;tre r&#233;gularis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout aussi malencontreusement se pr&#233;sentait l'affaire sur la ligne du parti. Au congr&#232;s socialiste-r&#233;volutionnaire du d&#233;but de juin, Kerensky fut mis en ballottage dans les &#233;lections du comit&#233; central, ayant obtenu cent trente-cinq voix sur deux cent soixante-dix. Combien se d&#233;menaient les leaders, expliquant &#224; droite et &#224; gauche que &#034; bien des suffrages avaient &#233;t&#233; refus&#233;s au camarade Kerensky parce qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; surcharg&#233; d'occupations &#034;. En r&#233;alit&#233;, si les socialistes-r&#233;volutionnaires d'&#233;tat-major et de d&#233;partements minist&#233;riels adoraient Kerensky, en tant que source de profits, les vieux socialistes-r&#233;volutionnaires li&#233;s avec les masses le consid&#233;raient sans confiance et sans estime. Mais ni le comit&#233; ex&#233;cutif, ni le parti socialiste-r&#233;volutionnaire ne pouvaient se passer de Kerensky : il &#233;tait indispensable comme anneau de liaison de la coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bloc sovi&#233;tique, le r&#244;le dirigeant appartenait aux mencheviks : ils imaginaient les d&#233;cisions, c'est-&#224;-dire les moyens d'&#233;luder les actes. Mais, dans l'appareil gouvernemental, les populistes avaient sur les mencheviks une &#233;vidente pr&#233;pond&#233;rance qui se traduisait le plus clairement par la situation dominante de Kerensky. Demi-cadet, demi-socialiste-r&#233;volutionnaire, Kerensky &#233;tait dans le gouvernement non point le repr&#233;sentant des soviets comme Tseretelli ou Tchernov, mais un lien vivant entre la bourgeoisie et la d&#233;mocratie. Tseretelli-Tchernov repr&#233;sentaient un des aspects de la coalition. Kerensky &#233;tait l'incarnation personnelle de la coalition m&#234;me. Tseretelli se plaignait de la pr&#233;dominance en Kerensky des &#034; motifs individuels &#034;, ne comprenant pas qu'ils &#233;taient ins&#233;parables de sa fonction politique. Tseretelli lui-m&#234;me, en qualit&#233; de ministre de l'Int&#233;rieur, &#233;mit une circulaire sur le th&#232;me du commissaire provincial qui doit s'appuyer sur toutes &#034; les forces vives &#034; locales, c'est-&#224;-dire sur la bourgeoisie et les soviets, et appliquer la politique du gouvernement provisoire sans c&#233;der &#034; aux influences des partis &#034;. Ce commissaire id&#233;al, s'&#233;levant au-dessus des classes et des partis hostiles pour puiser en lui-m&#234;me et dans la circulaire sa vocation - c'est bien en effet un Kerensky &#224; la mesure d'une province ou d'un district. Pour couronner le syst&#232;me, on avait absolument besoin de l'ind&#233;pendant commissaire panrusse au palais d'Hiver. A d&#233;faut de Kerensky, le syst&#232;me conciliateur e&#251;t &#233;t&#233; comme une coupole d'&#233;glise sans croix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la mont&#233;e de Kerensky est pleine d'enseignements. Il &#233;tait devenu ministre de la Justice gr&#226;ce &#224; l'insurrection de f&#233;vrier qu'il redoutait. La manifestation d'avril des &#034; esclaves r&#233;volt&#233;s &#034; le fit ministre de la Guerre et de la Marine. Les combats de juillet, provoqu&#233;s par &#034; les agents de l'Allemagne&#034;, le plac&#232;rent &#224; la t&#234;te du gouvernement. Au d&#233;but de septembre, le mouvement des masses fait encore du chef du gouvernement un g&#233;n&#233;ralissime. La dialectique du r&#233;gime conciliateur et, en m&#234;me temps, sa m&#233;chante ironie consistaient en ceci que, par leur pression, les masses devaient &#233;lever Kerensky &#224; la cime extr&#234;me avant de le renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecartant avec m&#233;pris le peuple qui lui avait donn&#233; le pouvoir, Kerensky n'en recherchait que plus avidement les signes d'approbation de la soci&#233;t&#233; cultiv&#233;e. D&#232;s les premiers jours de la r&#233;volution, le docteur Kichkine, leader des cadets de Moscou, racontait, &#224; son retour de Petrograd : &#034; N'&#233;tait Kerensky, nous n'aurions pas ce que nous avons. Son nom sera inscrit en lettres d'or sur les tables de l'histoire. &#034; Les &#233;loges des lib&#233;raux devinrent un des plus importants crit&#232;res politiques de Kerensky. Mais il ne pouvait et ne voulait d&#233;poser simplement sa popularit&#233; aux pieds de la bourgeoisie. Au contraire, il prenait de plus en plus le go&#251;t de voir toutes les classes &#224; ses propres pieds. &#034; L'id&#233;e d'opposer et d'&#233;quilibrer entre elles la repr&#233;sentation de la bourgeoisie et celle de la d&#233;mocratie - t&#233;moigne Milioukov - n'&#233;tait pas &#233;trang&#232;re &#224; Kerensky d&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution. Cette orientation proc&#233;dait naturellement de tout le cours de son existence qui s'&#233;tait pass&#233;e entre le barreau lib&#233;ral et les cercles clandestins. Assurant obs&#233;quieusement &#224; Buchanan que &#034; le soviet mourrait de sa mort naturelle &#034;, Kerensky, &#224; chaque pas, donnait &#224; craindre &#224; ses coll&#232;gues bourgeois la col&#232;re du soviet. Mais, dans les cas, fr&#233;quents, o&#249; les leaders du comit&#233; ex&#233;cutif &#233;taient en d&#233;saccord avec Kerensky, il les mena&#231;ait de la plus effroyable catastrophe : la d&#233;mission des lib&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Kerensky r&#233;p&#233;tait qu'il ne voulait pas &#234;tre le Marat de la r&#233;volution russe, cela signifiait qu'il refusait de prendre des mesures de rigueur contre la r&#233;action, mais non point du tout contre &#034; l'anarchie &#034;. Telle est en g&#233;n&#233;ral la morale des adversaires de la violence en politique ; ils la repoussent tant qu'il s'agit de modifier ce qui existe ; mais, pour la d&#233;fense de l'ordre, ils ne reculent pas devant la r&#233;pression la plus implacable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode de la pr&#233;paration de l'offensive sur le front, Kerensky devint le personnage particuli&#232;rement favori des classes poss&#233;dantes. Terechtchenko racontait &#224; droite et &#224; gauche combien nos alli&#233;s appr&#233;ciaient hautement &#034; les efforts de Kerensky &#034; ; tr&#232;s s&#233;v&#232;re pour les conciliateurs, la Rietch des cadets soulignait invariablement sa pr&#233;dilection pour le ministre de la Guerre ; Rodzianko lui-m&#234;me reconnaissait que &#034; ce jeune homme...ressuscite chaque jour avec une vigueur redoubl&#233;e, pour le bien de la patrie et pour le travail constructeur &#034;. Par de tels jugements, les lib&#233;raux voulaient cajoler Kerensky. Mais en somme, ils ne pouvaient ne pas voir que Kerensky travaillait pour eux. &#034; ...Pensez un peu - demandait Lenine - ce qui arriverait si Goutchkov se mettait &#224; donner des ordres d'offensive, &#224; dissoudre des r&#233;giments, &#224; arr&#234;ter des soldats, &#224; interdire des congr&#232;s, &#224; crier apr&#232;s les hommes de troupe, les tutoyant et les traitant de &#034; l&#226;ches &#034; etc. Mais Kerensky peut encore se payer ce &#034; luxe &#034;, tant qu'il n'a pas dilapid&#233; la confiance, &#224; vrai dire vertigineusement d&#233;croissante, dont le peuple lui a fait cr&#233;dit... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offensive, qui avait relev&#233; la r&#233;putation de Kerensky dans les rangs de la bourgeoisie, mina d&#233;finitivement sa renomm&#233;e dans le peuple. Le krach de l'offensive fut en somme le krach de Kerensky dans les deux camps. Mais, chose frappante : ce qui le rendait &#034; irrempla&#231;able &#034; d&#233;sormais, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment qu'il f&#251;t compromis des deux c&#244;t&#233;s. Sur le r&#244;le de Kerensky dans la cr&#233;ation de la deuxi&#232;me coalition, Milioukov s'exprime ainsi :&#034; Le seul homme qui f&#251;t possible &#034;, mais, h&#233;las ! &#034; non celui dont on avait besoin... &#034; Les dirigeants de la politique lib&#233;rale n'avaient d'ailleurs jamais pris Kerensky trop au s&#233;rieux. Et les larges cercles de la bourgeoisie faisaient de plus en plus retomber sur lui la responsabilit&#233; de tous les coups du sort. &#034; L'impatience des groupes anim&#233;s d'esprit patriotique &#034; les incitait, d'apr&#232;s le t&#233;moignage de Milioukov, &#224; rechercher un homme fort. Pendant un temps, l'amiral Koltchak fut d&#233;sign&#233; pour ce r&#244;le. L'installation d'un homme fort au gouvernail &#034; se concevait selon d'autres proc&#233;d&#233;s que ceux de pourparlers et d'accords &#034;. On peut le croire sans peine. &#034; Sur un r&#233;gime d&#233;mocratique, sur la volont&#233; populaire, sur l'Assembl&#233;e constituante - &#233;crit Stankevitch au sujet du parti cadet - les espoirs &#233;taient d&#233;j&#224; abandonn&#233;s ; les &#233;lections municipales dans toute la Russie n'avaient-elles pas d&#233;j&#224; donn&#233; une &#233;crasante majorit&#233; de socialistes ?... Et alors l'on se met &#224; rechercher dans les transes un pouvoir qui serait capable non point de persuader, mais seulement d'ordonner. &#034; Plus exactement parlant : un pouvoir qui serait capable de prendre la r&#233;volution &#224; la gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la biographie de Kornilov et dans les particularit&#233;s de son caract&#232;re, il n'est pas facile de d&#233;celer des traits qui auraient justifi&#233; sa candidature au poste de sauveteur. Le g&#233;n&#233;ral Martynov qui, en temps de paix, avait &#233;t&#233; le chef de service de Kornilov, et, pendant la guerre, son compagnon de d&#233;tention dans une forteresse autrichienne, caract&#233;rise Kornilov dans les termes suivants : &#034; Se distinguant par sa pers&#233;v&#233;rance laborieuse et par une grande pr&#233;somption, il &#233;tait, pour les capacit&#233;s intellectuelles, un homme de la moyenne ordinaire d&#233;nu&#233; de larges vues. &#034; Martynov inscrit &#224; l'actif de Kornilov deux traits : la bravoure personnelle et le d&#233;sint&#233;ressement. Dans un milieu o&#249; l'on se pr&#233;occupait avant tout de s&#233;curit&#233; personnelle et o&#249; l'on chapardait sans retenue, de telles qualit&#233;s sautaient aux yeux. Quant aux capacit&#233;s strat&#233;giques, surtout celle d'appr&#233;cier une situation dans son ensemble, dans ses &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et moraux, Kornilov n'en avait pas l'ombre. &#034; Au surplus, il lui manquait le talent d'organisateur dit Martynov - et son caract&#232;re aussi irascible que d&#233;s&#233;quilibr&#233; le rendait peu apte &#224; des actes rationnels. &#034; Broussilov, qui avait observ&#233; toute l'activit&#233; militaire de son subordonn&#233; au cours de la guerre mondiale, parlait de lui avec un absolu d&#233;dain : &#034; Chef d'un intr&#233;pide d&#233;tachement de partisans, et rien de plus... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende officielle qui fut cr&#233;&#233;e autour de la division de Kornilov &#233;tait dict&#233;e par le besoin qu'avait l'opinion patriotique de d&#233;couvrir des taches claires sur un fond sombre. &#034; La 48&#176; division, &#233;crit Martynov, fut an&#233;antie uniquement par suite de la d&#233;testable direction... de Kornilov lui-m&#234;me, qui.., ne sut pas organiser la retraite et qui surtout modifia &#224; plusieurs reprises ses d&#233;cisions et perdit du temps... &#034; Au dernier moment, Kornilov abandonna &#224; la merci du sort la division qu'il avait jet&#233;e dans le panneau, pour tenter d'&#233;chapper lui-m&#234;me &#224; la captivit&#233;. Cependant, apr&#232;s avoir err&#233; pendant quatre jours, le g&#233;n&#233;ral malchanceux se rendit aux Autrichiens et ne s'&#233;vada que plus tard. &#034; Rentr&#233; en Russie, dans des interviews donn&#233;es &#224; divers correspondants de journaux, Kornilov enjoliva l'histoire de son &#233;vasion des fleurs vives de la fantaisie. &#034; Sur les prosa&#239;ques rectifications apport&#233;es &#224; la l&#233;gende par des t&#233;moins bien inform&#233;s, nous n'avons point motif de nous arr&#234;ter. Apparemment d&#232;s alors, Kornilov prend go&#251;t &#224; la r&#233;clame journalistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la r&#233;volution, Kornilov &#233;tait un monarchiste de la nuance r&#233;actionnaire Cent-Noir. Prisonnier, lisant les gazettes, il r&#233;p&#233;ta &#224; plus d'une reprise qu'il aurait &#034; fait pendre avec plaisir tous ces Goutchkov et Milioukov &#034;. Mais les id&#233;es politiques ne l'occupaient, comme en g&#233;n&#233;ral les hommes de cette sorte, que dans la mesure o&#249; elles le touchaient directement lui-m&#234;me. Apr&#232;s la r&#233;volution de f&#233;vrier, Kornilov se d&#233;clara tr&#232;s ais&#233;ment r&#233;publicain. &#034;Il d&#233;brouillait tr&#232;s mal - dit encore le m&#234;me Martynov - les int&#233;r&#234;ts enchev&#234;tr&#233;s des diff&#233;rentes couches de la soci&#233;t&#233; russe, ne connaissait ni les groupements de partis, ni les personnalit&#233;s. &#034; Mencheviks, socialistes-r&#233;volutionnaires et bolcheviks se confondaient pour lui en une seule masse hostile qui emp&#234;chait les commandants de commander, les propri&#233;taires de jouir de leurs propri&#233;t&#233;s, les fabricants de poursuivre la production, les marchands de commercer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de la Douma d'Etat, d&#232;s le 2 mars, s'&#233;tait raccroch&#233; au g&#233;n&#233;ral Kornilov, et, sous la signature de Rodzianko, insistait aupr&#232;s du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral pour qu'il nomm&#226;t &#034; le noble h&#233;ros, illustre dans toute la Russie &#034; commandant en chef des troupes de la r&#233;gion militaire de Petrograd. Sur le t&#233;l&#233;gramme de Rodzianko, le tsar, qui avait d&#233;j&#224; cess&#233; d'&#234;tre tsar, &#233;crivit : &#034; Approuv&#233;. &#034; C'est ainsi que la capitale r&#233;volutionnaire fut dot&#233;e de son premier g&#233;n&#233;ral rouge. Dans les proc&#232;s-verbaux du comit&#233; ex&#233;cutif du 10 mars est consign&#233;e cette phrase sur Kornilov : &#034; G&#233;n&#233;ral de vieille formation, qui veut mettre fin &#224; la r&#233;volution. &#034; Dans les premiers jours, le g&#233;n&#233;ral essaya d'ailleurs de se montrer du beau c&#244;t&#233; et, non sans quelque bruit, accomplit le rite de l'arrestation de la tsarine : cela lui fut compt&#233; un bon point. D'apr&#232;s les souvenirs du colonel Kobylinsky, qu'il nomma commandant de Tsarsko&#239;e-Selo, il se d&#233;couvre cependant que Kornilov jouait deux cartes diff&#233;rentes. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; &#224; la tsarine, raconte Kobylinsky, en termes discrets, &#034; Kornilov me dit : &#034; Colonel, laissez-nous seuls. Allez et mettez-vous de l'autre c&#244;t&#233; de la porte. &#034; Je sortis. Cinq minutes apr&#232;s, Kornilov me rappela. Je rentrai. La souveraine me tendit la main... &#034; C'est clair ; Kornilov avait recommand&#233; le colonel comme un ami. Par la suite, nous avons connaissance des sc&#232;nes d'embrassades entre le Tsar et son &#034; ge&#244;lier &#034; Kobylinsky. En qualit&#233; d'administrateur ; Kornilov s'av&#233;ra &#224; son nouveau poste le dernier des m&#233;diocres. &#034; Ses collaborateurs imm&#233;diats &#224; Petrograd - &#233;crit Stankevitch se plaignaient constamment de son inaptitude au travail et &#224; la direction des affaires. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov ne se maintint pourtant pas longtemps dans la capitale. Pendant les journ&#233;es d'avril, il essaya, non point sans incitations de la part de Milioukov, d'effectuer une premi&#232;re saign&#233;e de la r&#233;volution, mais se heurta &#224; la r&#233;sistance du comit&#233; ex&#233;cutif, d&#233;missionna, obtint le commandement d'une arm&#233;e, et, ensuite, du front Sud-Ouest. Sans attendre l'institution l&#233;gale de la peine de mort, Kornilov donna l'ordre de fusiller les d&#233;serteurs et d'exposer les cadavres avec des &#233;criteaux sur les routes, mena&#231;a de peines rigoureuses les paysans qui s'attaqueraient aux droits de la propri&#233;t&#233; domaniale, forma des bataillons de choc et, en toute occasion propice, mena&#231;a du poing Petrograd. Ainsi se dessina autour de son nom une aur&#233;ole aux yeux du corps des officiers et des classes poss&#233;dantes. Mais aussi bien des commissaires de Kerensky se dirent : il ne reste plus d'autre espoir qu'en Kornilov. Quelques semaines apr&#232;s, le combatif g&#233;n&#233;ral, avec sa triste exp&#233;rience de commandant de division, devenait le g&#233;n&#233;ralissime de nombreux millions d'hommes, d'une arm&#233;e en d&#233;composition que l'Entente voulait forcer &#224; combattre jusqu'&#224; la victoire totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov en perdit la t&#234;te. Son ignorance politique et l'&#233;troitesse de ses perspectives faisaient de lui une proie facile pour les chercheurs d'aventures. D&#233;fendant obstin&#233;ment ses pr&#233;rogatives personnelles, &#034; l'homme au c&#339;ur de lion et &#224; la cervelle de mouton &#034;, comme l'ont caract&#233;ris&#233; le g&#233;n&#233;ral Alexe&#239;ev et, ensuite, Verkhovsky, c&#233;dait facilement &#224; l'influence d'autrui, du moment qu'elle convenait &#224; son ambition particuli&#232;re. Amicalement dispos&#233; pour Kornilov, Milioukov note en lui &#034; une confiance pu&#233;rile dans les gens qui savaient le flatter &#034;. Le plus proche inspirateur du g&#233;n&#233;ralissime, portant le modeste titre d'officier d'ordonnance, fut un certain Zavo&#239;ko, personnage louche, ancien propri&#233;taire, sp&#233;culateur en p&#233;troles et aventurier, dont la plume en imposait particuli&#232;rement &#224; Kornilov : Zavo&#239;ko poss&#233;dait en effet le style s&#233;millant du flibustier que rien n'arr&#234;te. L'officier d'ordonnance &#233;tait l'impresario de la r&#233;clame, l'auteur d'une biographie &#034; populaire &#034; de Kornilov, le r&#233;dacteur de rapports, d'ultimatum et, en g&#233;n&#233;ral, de tous documents qui, selon l'expression du g&#233;n&#233;ral, exigeaient &#034; un style vigoureux, artistique &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Zavo&#239;ko se joignait un autre chercheur d'aventures, Nadine, ancien d&#233;put&#233; de la premi&#232;re Douma, ayant pass&#233; plusieurs ann&#233;es dans l'&#233;migration, qui avait toujours sa pipe anglaise &#224; la bouche et qui, pour cela, se consid&#233;rait comme un sp&#233;cialiste des questions internationales. L'un et l'autre &#233;taient &#224; main droite de Kornilov, assurant sa liaison avec les foyers de contre-r&#233;volution. Son flanc gauche &#233;tait couvert par Savinkov et Filonenko :soutenant par tous les moyens l'opinion exag&#233;r&#233;e que le g&#233;n&#233;ral se faisait de lui-m&#234;me, ils se souciaient de l'emp&#234;cher de se rendre pr&#233;matur&#233;ment impossible aux yeux de la d&#233;mocratie. &#034; A lui venaient honn&#234;tes et malhonn&#234;tes gens sinc&#232;res et intrigants, politiciens, militaires et aventuriers - &#233;crit dans son pathos le g&#233;n&#233;ral Denikine - et tous disaient d'une seule voix : &#034; Sois le sauveur ! &#034; Quelle &#233;tait la proportion des honn&#234;tes et des malhonn&#234;tes, il n'est pas facile de l'&#233;tablir. En tout cas, Kornilov se consid&#233;rait s&#233;rieusement comme appel&#233; au &#034; sauvetage &#034; et se trouva par suite le concurrent direct de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rivaux se d&#233;testaient tout &#224; fait sinc&#232;rement l'un l'autre. &#034; Kerensky - selon Martynov - s'&#233;tait assimil&#233; un ton altier dans ses rapports avec les vieux g&#233;n&#233;raux. Le modeste et laborieux Alexe&#239;ev, et Broussilov le diplomate, se laissaient traiter de haut en bas, mais cette tactique &#233;tait inapplicable au vaniteux et susceptible Kornilov qui.., de son c&#244;t&#233;, regardait de haut l'avocat Kerensky. &#034; Le plus faible des deux &#233;tait dispos&#233; &#224; des concessions et offrait de s&#233;rieuses avances. Du moins, &#224; la fin de juillet, Kornilov d&#233;clara &#224; Denikine que, des sph&#232;res gouvernementales, des invites lui &#233;taient faites &#224; entrer dans le cabinet minist&#233;riel. &#034; Ah ! Non ! ces messieurs sont trop li&#233;s avec les soviets... Je leur dis : donnez-moi le pouvoir et je m&#232;nerai une lutte d&#233;cisive. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les pieds de Kerensky, le sol &#233;tait mouvant comme celui des tourbi&#232;res. Il cherchait une issue, ainsi que toujours, dans le domaine des improvisations oratoires : r&#233;unir, proclamer, d&#233;clarer. Le succ&#232;s personnel du 21 juillet, quand il s'&#233;leva au-dessus des camps hostiles de la d&#233;mocratie et de la bourgeoisie, en qualit&#233; d'homme irrempla&#231;able, sugg&#233;ra &#224; Kerensky l'id&#233;e d'une conf&#233;rence d'Etat &#224; Moscou. Ce qui se passait &#224; huis clos au palais d'Hiver devait &#234;tre report&#233; sur une sc&#232;ne ouverte. Que le pays voie de ses propres yeux que tout craque par toutes les coutures. si Kerensky ne prend en main les guides et le fouet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Furent invit&#233;s &#224; participer &#224; la conf&#233;rence d'Etat, d'apr&#232;s la liste officielle,&#034; les repr&#233;sentants des organisations politiques, sociales, d&#233;mocratiques, nationales, commerciales et industrielles, coop&#233;ratives, les dirigeants des organes de la d&#233;mocratie, les hauts repr&#233;sentants de l'arm&#233;e, des institutions scientifiques, des universit&#233;s, les membres de la Douma d'Etat des quatre l&#233;gislatures &#034;. On pr&#233;voyait environ quinze cents participants ; il s'en rassembla environ deux mille cinq cents, et l'&#233;largissement &#233;tait tout &#224; l'avantage de l'aile droite. Le journal moscovite des socialistes-r&#233;volutionnaires &#233;crivait avec reproche &#224; l'adresse de son gouvernement : &#034; Contre cent cinquante repr&#233;sentants du travail surgissent cent vingt repr&#233;sentants de la classe commer&#231;ante et industrielle. Contre cent d&#233;put&#233;s paysans sont invit&#233;s cent repr&#233;sentants de propri&#233;taires de terres. Contre cent repr&#233;sentants du soviet il y aura trois cents membres de la Douma d'Etat... &#034; Le journal du parti de Kerensky mettait en doute qu'une pareille conf&#233;rence donn&#226;t au gouvernement &#034; l'appui qu'il cherchait &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conciliateurs se rendirent &#224; la Conf&#233;rence &#224; contrec&#339;ur : il faut, se disaient-ils pour se convaincre entre eux, tenter honn&#234;tement d'arriver &#224; un accord. Mais comment faire avec les bolcheviks ? Il &#233;tait indispensable de les emp&#234;cher &#224; tout prix d'intervenir dans le dialogue entre la d&#233;mocratie et les classes poss&#233;dantes. Par une d&#233;cision sp&#233;ciale du comit&#233; ex&#233;cutif, les fractions des partis &#233;taient priv&#233;es du droit de se prononcer sans l'assentiment de son praesidium. Les bolcheviks d&#233;cid&#232;rent de lire, au nom du parti, une d&#233;claration et de quitter la conf&#233;rence. Le praesidium qui surveillait de pr&#233;s chacun de leurs mouvements exigea d'eux qu'ils renon&#231;assent &#224; une intention criminelle. Alors les bolcheviks, sans aucune h&#233;sitation, rendirent leurs cartes d'entr&#233;e. Ils pr&#233;paraient une r&#233;ponse diff&#233;rente, plus convaincante : la parole &#233;tait &#224; Moscou prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque d&#232;s les premiers jours de la r&#233;volution, les partisans de l'ordre opposaient, en toute occasion convenable, le &#034; pays &#034; calme au turbulent Petrograd. La convocation de l'assembl&#233;e constituante &#224; Moscou &#233;tait un des mots d'ordre de la bourgeoisie. Le &#034; marxiste &#034; Potressov, nationalo-lib&#233;ral, prof&#233;rait des mal&#233;dictions sur Petrograd, qui s'imaginait &#234;tre &#034; un nouveau Paris &#034;. Comme si les Girondins n'avaient pas menac&#233; de leurs foudres le vieux Paris et ne lui avaient pas propos&#233; de r&#233;duire son r&#244;le &#224; 1/83 ! Un menchevik de province disait, en juin, au congr&#232;s des soviets : &#034; N'importe quel Novotcherkask refl&#232;te beaucoup plus justement les conditions d'existence dans toute la Russie que Petrograd. &#034; Au fond, les conciliateurs, de m&#234;me que la bourgeoisie, cherchaient un appui non dans les r&#233;elles dispositions d'esprit du &#034; pays &#034;, mais dans l'illusion consolante qu'ils se cr&#233;aient eux-m&#234;mes. Maintenant qu'ils allaient avoir &#224; t&#226;ter le pouls de l'opinion politique de Moscou, les organisateurs de la conf&#233;rence &#233;taient promis &#224; une cruelle d&#233;sillusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conf&#233;rences contre-r&#233;volutionnaires qui se succ&#233;daient depuis les premiers jours du mois d'ao&#251;t, &#224; commencer par le congr&#232;s des propri&#233;taires fonciers et en finissant par le concile eccl&#233;siastique, ne mobilis&#232;rent pas seulement les sph&#232;res poss&#233;dantes de Moscou, mais mirent &#233;galement sur pied les ouvriers et les soldats. Les menaces de Riabouchinsky, les appels de Rodzianko, la fraternisation des cadets avec les g&#233;n&#233;raux cosaques - tout cela avait lieu sous les yeux des basses couches moscovites, tout cela &#233;tait interpr&#233;t&#233; par les agitateurs bolcheviks sur les traces toutes chaudes des comptes rendus des journaux. Le danger d'une contre-r&#233;volution prit, cette fois, des formes tangibles, et m&#234;me personnelles. Dans les fabriques et les usines passa une vague d'indignation. &#034; Si les soviets sont impuissants- &#233;crivait le journal moscovite des bolcheviks - le prol&#233;tariat doit se resserrer autour de ses organisations viables. &#034; Au premier rang s'avanc&#232;rent les syndicats qui se trouvaient d&#233;j&#224;, en majorit&#233;, sous une direction bolcheviste. L'&#233;tat d'esprit dans les usines &#233;tait tellement hostile &#224; la conf&#233;rence d'Etat que l'id&#233;e, venue d'en bas, d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, fut adopt&#233;e presque sans opposition &#224; la r&#233;union des repr&#233;sentants de toutes les cellules de l'organisation moscovite des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats se saisirent de l'initiative. Le soviet moscovite, par une majorit&#233; de trois cent soixante-quatre voix contre trois cent quatre, se pronon&#231;a contre la gr&#232;ve. Mais comme, dans les s&#233;ances de fractions, les ouvriers mencheviks et socialistes-r&#233;volutionnaires votaient pour la gr&#232;ve et ne se soumettaient qu'&#224; la discipline de parti, la d&#233;cision du soviet dont la composition n'avait pas &#233;t&#233; renouvel&#233;e depuis longtemps, d&#233;cision prise d'ailleurs contre la volont&#233; de sa r&#233;elle majorit&#233;, n'&#233;tait gu&#232;re faite pour arr&#234;ter les ouvriers de Moscou. L'assembl&#233;e des directions de quarante et un syndicats d&#233;cida d'appeler les ouvriers &#224; une gr&#232;ve protestataire d'un jour. Les soviets de quartiers se trouv&#232;rent en majorit&#233; du c&#244;t&#233; du parti et des syndicats, les usines r&#233;clam&#232;rent imm&#233;diatement de nouvelles &#233;lections au soviet de Moscou, qui s'&#233;tait non seulement laiss&#233; distancer par les masses, mais &#233;tait tomb&#233; dans un grave antagonisme avec elles. Dans le soviet de rayon de Zamoskvorietchie (faubourg de Moscou au sud de la Moscova), en accord avec les comit&#233;s d'usine, on exigea que les d&#233;put&#233;s qui avaient march&#233; &#034; contre la volont&#233; de la classe ouvri&#232;re &#034; fussent remplac&#233;s, et cela par cent soixante-quinze voix contre quatre, devant dix-neuf abstentions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit qui pr&#233;c&#233;da la gr&#232;ve fut n&#233;anmoins pleine d'alarmes pour les bolcheviks de Moscou. Le pays marchait sur les traces de Petrograd, mais avec du retard. La manifestation de juillet avait &#233;chou&#233; &#224; Moscou : non seulement la majorit&#233; de la garnison, mais celle des ouvriers ne s'&#233;tait pas hasard&#233;e &#224; descendre dans la rue, contre la voix du soviet. Qu'arriverait-il cette fois-ci ? Le matin apporta la r&#233;ponse. L'opposition des conciliateurs n'emp&#234;cha pas la gr&#232;ve de devenir une puissante manifestation d'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard de la coalition et du gouvernement. Deux jours auparavant, le journal des industriels de Moscou &#233;crivait pr&#233;somptueusement : &#034; Que le gouvernement de Petrograd vienne bien vite &#224; Moscou, qu'il pr&#234;te l'oreille &#224; la voix des lieux sacr&#233;s, des cloches, des saintes tours du Kremlin.&#034; Aujourd'hui, la voix des lieux sacr&#233;s se trouvait &#233;touff&#233;e par le silence qui pr&#233;c&#232;de un orage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un membre du comit&#233; moscovite des bolcheviks, Piatnitsky, &#233;crivit dans la suite : &#034; La gr&#232;ve.., se passa magnifiquement. Ni lumi&#232;re, ni tramways ; les fabriques, les usines, les ateliers et les d&#233;p&#244;ts des chemins de fer ne travaillaient pas, et m&#234;me les gar&#231;ons de restaurant &#233;taient en gr&#232;ve. &#034; Milioukov a ajout&#233; &#224; ce tableau un trait pris sur le vif : &#034; Les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui s'&#233;taient rassembl&#233;s pour la conf&#233;rence.., ne pouvaient voyager en tramway ou d&#233;jeuner dans un restaurant &#034; : cela leur permit, de l'aveu de l'historien lib&#233;ral, d'appr&#233;cier d'autant mieux la force des bolcheviks qui n'&#233;taient pas admis &#224; la conf&#233;rence. Les Izvestia du soviet de Moscou d&#233;finirent int&#233;gralement l'importance de la manifestation du 12 ao&#251;t : &#034; En d&#233;pit de la d&#233;cision des soviets.., les masses suivirent les bolcheviks. &#034; Quatre cent mille ouvriers firent gr&#232;ve &#224; Moscou et dans la banlieue sur l'appel du parti qui, depuis cinq semaines, avait subi tous les coups et dont les leaders &#233;taient encore retir&#233;s dans la vie clandestine ou bien emprisonn&#233;s. Le nouvel organe du parti &#224; Petrograd, le Prol&#233;tarii, avant d'&#234;tre interdit, avait eu le temps de poser aux conciliateurs cette question : &#034; De Petrograd &#224; Moscou, mais de Moscou, o&#249; irez-vous ? &#034; Les ma&#238;tres de la situation devaient eux-m&#234;mes se poser cette question. A Kiev, &#224; Kostroma, &#224; Tsaritsyne, eurent lieu des gr&#232;ves protestataires d'un jour, g&#233;n&#233;rales ou partielles. L'agitation s'empara de tout le pays. Partout, dans les coins les plus retir&#233;s, les bolcheviks avertissaient que la conf&#233;rence d'Etat avait un caract&#232;re bien prononc&#233; de complot contre-r&#233;volutionnaire :vers la fin d'ao&#251;t, le contenu de cette formule se d&#233;couvrit int&#233;gralement aux yeux du peuple entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Conf&#233;rence, de m&#234;me que la bourgeoisie moscovite, s'attendaient &#224; une manifestation arm&#233;e des masses, &#224; des escarmouches, &#224; des combats, &#224; &#034; des journ&#233;es d'ao&#251;t &#034;. Mais pour les ouvriers, descendre dans la rue, c'e&#251;t &#233;t&#233; s'exposer aux coups des chevaliers de Saint-Georges, des d&#233;tachements d'officiers, des junkers, de certains contingents de cavalerie qui br&#251;laient du d&#233;sir de prendre leur revanche sur la gr&#232;ve. Appeler la garnison &#224; descendre dans la rue, c'e&#251;t &#233;t&#233; y introduire une scission et faciliter l'&#339;uvre de la contre-r&#233;volution qui se dressait, le doigt sur la d&#233;tente. Le parti ne demandait pas qu'on sortit dans la rue, et les ouvriers eux-m&#234;mes, justement guid&#233;s par leur flair, &#233;vitaient une collision ouverte. La gr&#232;ve d'un jour r&#233;pondait le mieux du monde &#224; la situation : on ne pouvait la dissimuler comme la conf&#233;rence avait mis au panier la d&#233;claration des bolcheviks. Lorsque la ville fut plong&#233;e dans les t&#233;n&#232;bres, toute la Russie aper&#231;ut la main bolcheviste sur le commutateur. Non, Petrograd n'est point isol&#233; ! &#034; A Moscou, sur l'esprit patriarcal et la r&#233;signation duquel &#233;taient plac&#233;es de nombreuses esp&#233;rances, les quartiers ouvriers montr&#232;rent tout &#224; coup les dents &#034; ; c'est ainsi que Soukhanov a d&#233;termin&#233; l'importance de cette journ&#233;e. C'est en l'absence des bolcheviks, mais devant une r&#233;volution prol&#233;tarienne montrant les dents, que la conf&#233;rence de coalition fut oblig&#233;e de si&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Moscovites raillaient Kerensky venu chez eux pour &#034; se faire couronner &#034;. Mais, le lendemain, arriva du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, dans le m&#234;me but, Kornilov, qui fut re&#231;u par de nombreuses d&#233;l&#233;gations, dont celle du concile eccl&#233;siastique. Sur le quai devant lequel le train s'arr&#234;ta saut&#232;rent des cosaques du Tek, en caftans d'un rouge vif, sabres courb&#233;s mis au clair, qui firent la haie des deux c&#244;t&#233;s. Des dames enthousiastes couvrirent de fleurs le h&#233;ros qui passa en revue la garde et les d&#233;putations. Le cadet Roditchev termina son discours d'accueil par cette exclamation : &#034; Sauvez la Russie, et le peuple reconnaissant vous couronnera. &#034; Des sanglots patriotiques &#233;clat&#232;rent. Morozova, n&#233;gociante millionnaire, se pr&#233;cipita &#224; genoux. Des officiers port&#232;rent &#224; bras tendus Kornilov vers le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que le g&#233;n&#233;ralissime passait en revue les chevaliers de Saint-Georges, les junkers, l'&#233;cole des sous-lieutenants, la sotnia de cosaques qui s'&#233;taient align&#233;s sur la place devant la gare, Kerensky, en qualit&#233; de ministre de la Guerre et de rival, passait en revue les troupes de la garnison de Moscou. De la gare, Kornilov se dirigea, sur le chemin traditionnel des tsars, vers la chapelle de la Vierge Iverska&#239;a, o&#249; il eut un service religieux en pr&#233;sence de l'escorte des musulmans du Tek coiff&#233;s d'&#233;normes bonnets &#224; poils. &#034; Cette circonstance - &#233;crit au sujet de l'office religieux cosaque Grekov - disposa encore mieux en faveur de Kornilov tous les croyants de Moscou. &#034; La contre-r&#233;volution, pendant ce temps, s'effor&#231;ait de s'emparer de la rue. Des autos r&#233;pandaient largement une biographie de Kornilov avec son portrait. Les murs &#233;taient couverts d'affiches invitant le peuple &#224; pr&#234;ter son aide au h&#233;ros. Comme investi du pouvoir, Kornilov recevait dans son wagon les politiciens, les industriels, les financiers. Les repr&#233;sentants des banques lui firent un rapport sur la situation financi&#232;re du pays. &#034; De tous les membres de la Douma - &#233;crit significativement l'octobriste Chidlovsky - se rendit chez Kornilov dans son wagon le seul Milioukov, qui eut avec lui une conversation dont la teneur m'est inconnue. &#034; Sur cet entretien, nous saurons plus tard de Milioukov lui-m&#234;me ce qu'il jugera utile de raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;paration d'un coup d'Etat militaire battait alors son plein. Quelques jours avant la conf&#233;rence, Kornilov avait ordonn&#233; sous pr&#233;texte de soutenir Riga, d'appr&#234;ter quatre divisions de cavalerie pour marcher sur Petrograd. Le r&#233;giment de cosaques d'Orenbourg fut exp&#233;di&#233; par le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral sur Moscou pour &#034; maintenir l'ordre &#034;, mais, sur l'injonction de Kerensky, se trouva retenu en cours de route. Dans ses d&#233;positions ult&#233;rieures &#224; la commission d'enqu&#234;te sur l'affaire Kornilov, Kerensky d&#233;clara : &#034; Nous avions &#233;t&#233; avertis que, pendant la conf&#233;rence de Moscou, la dictature serait proclam&#233;e.&#034; Ainsi, pendant les journ&#233;es solennelles de l'union nationale, le ministre de la Guerre et le g&#233;n&#233;ralissime s'occupaient de se contre-balancer strat&#233;giquement. Mais le d&#233;corum &#233;tait gard&#233; dans la mesure du possible. Les rapports des deux camps oscillaient entre des assurances officiellement amicales et la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Petrograd, malgr&#233; la r&#233;serve des masses - l'exp&#233;rience de juillet ne passa pas sans laisser des traces - d'en haut, des &#233;tats-majors et des r&#233;dactions, avec une persistance enrag&#233;e, se r&#233;pandaient des bruits sur le soul&#232;vement prochain des bolcheviks. Les organisations du parti &#224; Petrograd, par un manifeste public, pr&#233;vinrent les masses de la possibilit&#233; d'appels provocateurs venant des ennemis. Le soviet de Moscou prit, entre-temps, ses mesures. On cr&#233;a un comit&#233; r&#233;volutionnaire non d&#233;clar&#233; publiquement, de six personnes, comprenant deux d&#233;l&#233;gu&#233;s de chacun des partis sovi&#233;tiques, y compris les bolcheviks. Un ordre secret interdit de laisser faire la haie aux chevaliers de Saint-Georges, aux officiers et aux junkers dans les rues o&#249; passait Kornilov. Aux bolcheviks qui, depuis les journ&#233;es de juillet, n'avaient plus officiellement acc&#232;s dans les casernes, l'on distribuait maintenant avec un grand empressement des laissez-passer : sans les bolcheviks, il &#233;tait impossible de conqu&#233;rir les soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que, sur la sc&#232;ne, les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires menaient des pourparlers avec la bourgeoisie au sujet de la cr&#233;ation d'un pouvoir fort contre les masses dirig&#233;es par les bolcheviks, les m&#234;mes mencheviks et socialistes-r&#233;volutionnaires, dans la coulisse, d'accord avec les bolcheviks qu'ils n'avaient pas admis &#224; la conf&#233;rence, pr&#233;paraient les masses &#224; la lutte contre le complot de la bourgeoisie. S'&#233;tant oppos&#233;s la veille &#224; une gr&#232;ve d&#233;monstrative, les conciliateurs appelaient aujourd'hui les ouvriers et les soldats &#224; des pr&#233;paratifs de lutte. L'indignation m&#233;prisante des masses n'emp&#234;chait pas celle-ci de r&#233;pondre &#224; l'appel dans des dispositions combatives qui effrayaient les conciliateurs puisqu'elles ne les r&#233;jouissaient. Une criante duplicit&#233;, ayant pris un caract&#232;re de trahison presque ouverte &#224; l'&#233;gard des deux parties, e&#251;t &#233;t&#233; inconcevable si les conciliateurs avaient continu&#233; consciemment &#224; mener leur politique ; en r&#233;alit&#233;, ils en subissaient seulement les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De gros &#233;v&#233;nements &#233;taient, &#233;videmment, en suspens dans l'atmosph&#232;re. Mais durant les journ&#233;es de la conf&#233;rence, personne, apparemment, ne visait &#224; un coup d'Etat. En tout cas, il n'existe aucune confirmation des bruits all&#233;gu&#233;s plus tard par Kerensky, ni dans les documents, ni dans la litt&#233;rature des conciliateurs, ni dans les M&#233;moires de l'aile droite. Il ne s'agissait encore que de pr&#233;paratifs. D'apr&#232;s Milioukov - et son t&#233;moignage est conforme au d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements - Kornilov lui-m&#234;me s'&#233;tait d&#233;j&#224; fix&#233; avant la conf&#233;rence une date pour agir : le 27 ao&#251;t. Cette date restait, bien entendu, connue de peu de personnes. Les demi-initi&#233;s, comme toujours dans des cas pareils, anticipaient le jour du grand &#233;v&#233;nement et les rumeurs qui le devan&#231;aient de tous c&#244;t&#233;s confluaient vers les autorit&#233;s : il semblait que le coup d&#251;t &#234;tre port&#233; d'une heure &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pr&#233;cis&#233;ment, la mentalit&#233; exalt&#233;e des sph&#232;res bourgeoises et du corps des officiers pouvait facilement amener &#224; Moscou, sinon une tentative de coup d'Etat, du moins une manifestation contre-r&#233;volutionnaire dans le but d'un essai de forces. Encore plus probable &#233;tait la tentative de d&#233;tacher des &#233;l&#233;ments de la conf&#233;rence quelque centre de salut de la patrie qui e&#251;t fait concurrence aux soviets : de cela la presse de droite parlait ouvertement. Mais l'on n'en arriva point l&#224; : les masses g&#234;n&#232;rent. Si quelqu'un eut un moment l'id&#233;e de rapprocher l'heure des actes d&#233;cisifs, il fallut se dire, sous le coup de la gr&#232;ve : nous ne r&#233;ussirons pas &#224; prendre la r&#233;volution &#224; l'improviste, les ouvriers et les soldats sont sur leurs gardes, il faut diff&#233;rer. Et m&#234;me une procession populaire vers l'ic&#244;ne Iverska&#239;a, organis&#233;e par les popes et les lib&#233;raux en accord avec Kornilov, fut d&#233;command&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il devint clair qu'un danger direct n'existait pas, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks s'empress&#232;rent de pr&#233;tendre que rien de particuli&#232;rement grave ne s'&#233;tait produit, Ils refus&#232;rent m&#234;me de renouveler aux bolcheviks leurs laissez-passer pour les casernes, bien que, de l&#224;, l'on continu&#226;t &#224; r&#233;clamer avec insistance des orateurs bolcheviks. &#034; Le Maure a fait son &#339;uvre &#034;, devaient se dire entre eux d'un air malin Tseretelli, Dan et Khintchouk qui &#233;tait alors pr&#233;sident du soviet de Moscou. Mais les bolcheviks ne se disposaient nullement &#224; occuper la position du Maure. Ils n'en &#233;taient encore qu'&#224; pr&#233;parer l'accomplissement de leur propre t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute soci&#233;t&#233; de classes a besoin d'une unit&#233; de volont&#233; gouvernementale. La dualit&#233; de pouvoirs est, en son essence, un r&#233;gime de crise sociale : marquant un extr&#234;me fractionnement de la nation, elle comporte, en potentiel ou bien ouvertement, la guerre civile. Personne ne voulait plus de la dualit&#233; de pouvoirs. Au contraire, tous d&#233;siraient avidement un pouvoir solide, unanime, une autorit&#233; &#034; de fer &#034;. En juillet, le gouvernement de Kerensky &#233;tait investi de pouvoirs illimit&#233;s. La conception &#233;tait de placer, au-dessus de la d&#233;mocratie et de la bourgeoisie qui se paralysaient entre elles, d'apr&#232;s un accord mutuel, une &#034; v&#233;ritable &#034; autorit&#233;. L'id&#233;e d'un ma&#238;tre du destin s'&#233;levant au-dessus des classes n'est. pas autre chose que l'id&#233;e du bonarpartisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on plante sym&#233;triquement deux fourchettes dans un bouchon, celui-ci, apr&#232;s avoir fortement oscill&#233;, finira par tenir en &#233;quilibre m&#234;me sur la t&#234;te d'une &#233;pingle : nous avons l&#224; le mod&#232;le m&#233;canique du supr&#234;me arbitre bonapartiste. Le degr&#233; de solidit&#233; d'un pareil pouvoir, si l'on fait abstraction des conditions internationales, est d&#233;termin&#233; par la stabilit&#233; de l'&#233;quilibre des classes antagonistes &#224; l'int&#233;rieur du pays. Au milieu de mai, Trotsky d&#233;signait Kerensky, en s&#233;ance du soviet de Petrograd, comme &#034; le point math&#233;matique du bonapartisme russe &#034;. L'immat&#233;rialit&#233; de la d&#233;finition montre qu'il s'agissait non de l'individu, mais de la fonction. Au d&#233;but de juillet, l'on s'en souvient, tous les ministres, sur injonction de leurs partis, d&#233;missionn&#232;rent, laissant &#224; Kerensky le soin de constituer le pouvoir. Le 21 juillet, cette exp&#233;rience se renouvela sous une forme plus d&#233;monstrative. Les parties hostiles entre elles en appelaient &#224; Kerensky, chacune voyait en lui quelque chose d'elle-m&#234;me, toutes deux lui juraient fid&#233;lit&#233;. Trotsky &#233;crivait de la prison : &#034; Dirig&#233; par des politiciens qui craignent tout, le soviet n'a pas os&#233; prendre le pouvoir. Repr&#233;sentant toutes les cliques de la propri&#233;t&#233;, le parti cadet n'a pas encore pu s'emparer du pouvoir. Restait &#224; chercher un grand conciliateur, un interm&#233;diaire, un arbitre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le manifeste que Kerensky publia sous son propre nom, il proclamait devant le peuple : &#034; Moi, en qualit&#233; de chef du gouvernement.., je ne me crois pas en droit de m'arr&#234;ter devant ce fait que des modifications [dans la structure du pouvoir]...accro&#238;tront ma responsabilit&#233; dans les affaires de la direction supr&#234;me. &#034; C'est l&#224;, sans m&#233;lange, la phras&#233;ologie du bonapartisme. Et pourtant, malgr&#233; l'appui de la droite et de la gauche, l'affaire n'alla pas au-del&#224; de la phras&#233;ologie. O&#249; en est la cause ? Pour qu'un petit corse p&#251;t s'&#233;lever au-dessus de la jeune nation bourgeoise, il avait fallu que la r&#233;volution r&#233;gl&#226;t pr&#233;alablement son probl&#232;me essentiel : la r&#233;partition des terres entre les paysans, et que, sur la nouvelle base sociale, se constitu&#226;t une arm&#233;e victorieuse. Au XVIII&#176; si&#232;cle, la r&#233;volution ne pouvait aller plus loin : elle pouvait seulement refluer. Dans ces reculs, cependant, ses conqu&#234;tes essentielles &#233;taient mises en danger. Il fallait les maintenir &#224; tout prix. L'antagonisme approfondi, mais encore tr&#232;s loin de sa maturit&#233; entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat, tenait la nation, &#233;branl&#233;e jusqu'aux assises, dans une extr&#234;me tension. Un &#034; arbitre &#034; national dans ces conditions &#233;tait indispensable. Napol&#233;on garantissait aux grands bourgeois la possibilit&#233; de r&#233;aliser des b&#233;n&#233;fices, aux paysans la possession de leurs lotissements, aux fils de paysans et aux va-nu-pieds la possibilit&#233; du pillage pendant la guerre. Le juge avait le sabre au poing et remplissait lui-m&#234;me les obligations de l'huissier. Le bonapartisme du premier Bonaparte &#233;tait solidement bas&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'Etat de 1848 ne donna point et ne pouvait donner des terres aux paysans : ce n'&#233;tait pas une grande r&#233;volution substituant un r&#233;gime social &#224; un autre, c'&#233;tait un remaniement politique sur les bases d'un m&#234;me r&#233;gime social. Napol&#233;on III n'avait pas derri&#232;re lui une arm&#233;e victorieuse. Les deux &#233;l&#233;ments principaux du bonapartisme classique &#233;taient inexistants. Mais il y avait d'autres conditions propices, non moins efficaces. Le prol&#233;tariat qui, en cinquante ans, avait grandi, montra en juin sa force mena&#231;ante ; cependant, il se trouva encore incapable de saisir le pouvoir. La bourgeoisie redoutait et le prol&#233;tariat, et la victoire sanglante qu'elle avait remport&#233;e sur lui. Le paysan propri&#233;taire avait pris peur devant l'insurrection de juin et voulait que l'Etat le prot&#233;ge&#226;t contre les partageux. Enfin, le puissant essor industriel qui dura, avec de courtes interruptions pendant deux dizaines d'ann&#233;es, ouvrait &#224; la bourgeoisie des sources in&#233;gal&#233;es d'enrichissement. Ces conditions se trouv&#232;rent suffisantes pour un bonapartisme d'&#233;pigone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la politique de Bismarck, qui s'&#233;levait lui aussi &#034; au-dessus des classes&#034;, il y avait, comme on l'a plus d'une fois indiqu&#233;, des traits indubitables de bonapartisme, bien que sous des apparences de l&#233;gitimisme. La stabilit&#233; du r&#233;gime de Bismarck &#233;tait assur&#233;e par ce fait que, n&#233; apr&#232;s une r&#233;volution impotente, il avait donn&#233; la solution ou la demi-solution d'un aussi grand probl&#232;me national que celui de l'unit&#233; allemande, qu'il avait apport&#233; la victoire dans trois guerres, des indemnit&#233;s et une puissante floraison capitaliste. Cela suffit pour des dizaines d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur des Russes qui se posaient en candidats aux Bonaparte n'&#233;tait pas du tout en ceci qu'ils ne ressemblaient ni au premier Napol&#233;on, ni m&#234;me &#224; Bismarck : l'histoire sait se servir de succ&#233;dan&#233;s. Mais ils avaient contre eux une grande r&#233;volution qui n'avait pas encore r&#233;solu ses propres probl&#232;mes ni &#233;puis&#233; ses forces. Le paysan qui n'avait pas encore obtenu la terre &#233;tait contraint par la bourgeoisie de guerroyer pour les domaines des nobles. La guerre n'amenait que des d&#233;faites. Il n'&#233;tait m&#234;me pas question d'un essor industriel : au contraire, le d&#233;sarroi causait constamment de nouvelles d&#233;vastations. Si le prol&#233;tariat recula, ce ne fut toujours que pour resserrer ses rangs. La classe paysanne se mettait seulement en branle pour une derni&#232;re pouss&#233;e contre les ma&#238;tres. Les nationalit&#233;s opprim&#233;es passaient &#224; l'offensive contre le despotisme russificateur. A la recherche de la paix, l'arm&#233;e se liait de plus en plus &#233;troitement avec les ouvriers et leur parti. En bas l'on se massait, en haut l'on faiblissait. Il n'y avait point d'&#233;quilibre. La r&#233;volution restait en pleine verdeur. Il n'est pas &#233;tonnant que le bonapartisme se soit trouv&#233; an&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels comparaient les r&#244;les du r&#233;gime bonapartiste dans la lutte entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat &#224; celui de l'ancienne monarchie absolue dans la lutte entre les f&#233;odaux et la bourgeoisie. Les traits de ressemblance sont indubitables, mais ils ne subsistent plus, pr&#233;cis&#233;ment, l&#224; o&#249; se manifeste le contenu social du pouvoir. Le r&#244;le d'arbitre entre les &#233;l&#233;ments de l'ancienne et de la nouvelle soci&#233;t&#233; &#233;tait, en une certaine p&#233;riode, r&#233;alisable dans la mesure o&#249; les deux r&#233;gimes d'exploitation avaient besoin de se d&#233;fendre contre les exploit&#233;s. Mais, d&#233;j&#224;, entre les f&#233;odaux et les serfs, il ne pouvait y avoir d'interm&#233;diaire &#034; impartial &#034;, En conciliant les int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires nobles de domaines et ceux du jeune capitalisme, l'autocratie tsariste agissait &#224; l'&#233;gard des paysans non comme un interm&#233;diaire, mais comme un fond&#233; de pouvoir des classes exploiteuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le bonapartisme n'&#233;tait pas un arbitre entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie ; il &#233;tait en r&#233;alit&#233; le pouvoir le plus concentr&#233; de la bourgeoisie sur le prol&#233;tariat. Ayant mis la botte sur la nuque de la nation, le Bonaparte qui vient &#224; son tour ne peut que mener une politique de protection de la propri&#233;t&#233; de la rente, du profit. Les particularit&#233;s du r&#233;gime ne vont pas au-del&#224; des moyens de protection. Le garde ne se tient pas devant la porte, il est assis sur le pinacle ; mais sa fonction est la m&#234;me. L'ind&#233;pendance du bonapartisme est donc, &#224; un haut degr&#233;, toute d'apparence, de simulacre, de d&#233;cor : elle a pour symbole le manteau imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exploitant adroitement la terreur du bourgeois devant l'ouvrier, Bismarck, dans toutes ses r&#233;formes politiques et sociales, restait invariablement le fond&#233; de pouvoir des classes poss&#233;dantes qu'il ne trahit jamais, En revanche, la pression croissante du prol&#233;tariat lui permit indubitablement de s'&#233;lever au-dessus du corps des junkers, au-dessus des capitalistes, en qualit&#233; d'accablant arbitre bureaucratique : en cela consistait sa fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime sovi&#233;tique admet une tr&#232;s consid&#233;rable ind&#233;pendance du pouvoir par rapport au prol&#233;tariat et &#224; la paysannerie, par cons&#233;quent aussi &#034; un arbitrage&#034; entre l'un et l'autre, dans la mesure o&#249; leurs int&#233;r&#234;ts, bien qu'ils engendrent des frottements et des conflits, ne sont pourtant pas inconciliables au fond. Mais il ne serait pas facile de trouver un arbitre &#034; impartial &#034; entre l'Etat sovi&#233;tique et l'Etat bourgeois, du moins dans la sph&#232;re des int&#233;r&#234;ts essentiels des deux parties. Ce qui emp&#234;che l'Union sovi&#233;tique d'adh&#233;rer &#224; la Soci&#233;t&#233; des Nations ce sont, sur le terrain international, les m&#234;mes causes sociales qui, dans les cadres nationaux, excluent la possibilit&#233; d'une &#034; impartialit&#233; &#034; effective et non affect&#233; du pouvoir entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans avoir les forces du bonapartisme, le kerenskysme en avait tous les vices. Il ne s'&#233;levait au-dessus de la nation que pour la corrompre par sa propre impuissance. Si, en paroles, les leaders de la bourgeoisie et de la d&#233;mocratie avaient promis &#034; d'ob&#233;ir &#034; &#224; Kerensky, en r&#233;alit&#233; le tout-puissant arbitre ob&#233;issait &#224; Milioukov, et surtout &#224; Buchanan. Kerensky poursuivait la guerre imp&#233;rialiste, prot&#233;geait les domaines des nobles contre les attentats, diff&#233;rait les r&#233;formes sociales jusqu'&#224; des temps meilleurs. Si son gouvernement &#233;tait faible, c'&#233;tait pour cette raison m&#234;me que la bourgeoisie ne pouvait du tout placer au pouvoir des gens &#224; elle. Cependant, quelle que f&#251;t la nullit&#233; du &#034; gouvernement de salut &#034;, son caract&#232;re conservateur-capitaliste s'accroissait &#233;videmment &#224; mesure qu'augmentait son &#034; ind&#233;pendance &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre que le r&#233;gime de Kerensky &#233;tait, pour la p&#233;riode donn&#233;e, une forme in&#233;vitable de la domination bourgeoise, n'excluait pas, du c&#244;t&#233; des politiciens bourgeois, un extr&#234;me m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard de Kerensky, ni des pr&#233;paratifs pour se d&#233;barrasser de lui le plus vite passible. Dans le milieu des classes poss&#233;dantes il n'y avait pas de d&#233;saccord sur la n&#233;cessit&#233; d'opposer &#224; l'arbitre national, mis en avant par la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, un personnage choisi dans leurs propres rangs. Pourquoi pr&#233;cis&#233;ment Kornilov ? Le candidat aux Bonaparte devait correspondre au caract&#232;re de la bourgeoisie russe arri&#233;r&#233;e, isol&#233;e du peuple, d&#233;cadente, inapte. Dans l'arm&#233;e qui n'avait gu&#232;re connu que des d&#233;faites humiliantes, il n'&#233;tait pas facile de trouver un g&#233;n&#233;ral populaire. Kornilov fut pr&#233;conis&#233; par s&#233;lection entre d'autres candidats encore moins recevables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les conciliateurs ne pouvaient s'unir dans une coalition avec les lib&#233;raux, ni s'accorder avec eux sur un candidat au r&#244;le de sauveteur : ce qui les en emp&#234;chait, c'&#233;taient les probl&#232;mes non r&#233;solus de la r&#233;volution. Les lib&#233;raux ne faisaient pas confiance aux d&#233;mocrates. Les d&#233;mocrates n'accordaient pas leur confiance aux lib&#233;raux. Kerensky, &#224; vrai dire, ouvrait largement les bras &#224; la bourgeoisie ; mais Kornilov donnait &#224; comprendre sans &#233;quivoque que, d&#232;s la premi&#232;re possibilit&#233;, il tordrait le cou &#224; la d&#233;mocratie. D&#233;coulant in&#233;luctablement de l'&#233;volution pr&#233;c&#233;dente, le conflit entre Kornilov et Kerensky &#233;tait la traduction des incompatibilit&#233;s du double pouvoir dans le langage explosif d'ambitions personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que parmi le prol&#233;tariat et la garnison de Petrograd s'&#233;tait form&#233;e, au d&#233;but de juillet, une aile impatiente, m&#233;contente de la politique trop circonspecte des bolcheviks, il s'accumula, chez les classes poss&#233;dantes, au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, des impatiences &#224; l'&#233;gard de la politique temporisatrice de la direction cadette. Cet &#233;tat d'esprit se traduisit par exemple au congr&#232;s des cadets, o&#249; certains r&#233;clam&#232;rent le renversement de Kerensky. Plus violemment encore, l'impatience politique se manifestait en dehors des cadres du parti cadet, dans les &#233;tats-majors militaires, o&#249; l'on ressentait une crainte continuelle devant les soldats, dans les banques submerg&#233;es par l'inflation, dans les propri&#233;t&#233;s o&#249; le toit br&#251;lait sur la t&#232;te du ma&#238;tre. &#034; Vive Kornilov ! &#034; devint le mot d'ordre de l'espoir, du d&#233;sespoir, de la soif de vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'accord en tout sur le programme de Kornilov, Kerensky discutait les d&#233;lais : &#034;On ne peut pas faire tout cela d'un coup. &#034; Reconnaissant la n&#233;cessit&#233; de se s&#233;parer de Kerensky, Milioukov r&#233;pliquait aux impatients : &#034; Il est peut-&#234;tre encore trop t&#244;t. &#034; De m&#234;me que de l'&#233;lan des masses de Petrograd &#233;tait sortie la demi-insurrection de juillet, l'impatience des propri&#233;taires suscita le soul&#232;vement de Kornilov en ao&#251;t. Et de m&#234;me que les bolcheviks s'&#233;taient vus contraints de se placer sur le terrain d'une manifestation arm&#233;e pour en garantir, si possible, le succ&#232;s, et, en tout cas, pour la prot&#233;ger contre un &#233;crasement, les cadets se trouv&#232;rent forc&#233;s, dans les m&#234;mes buts, de se mettre sur le terrain de l'insurrection de Kornilov. Dans ces limites, on observe une &#233;tonnante sym&#233;trie. Mais dans les cadres de cette sym&#233;trie il y a une compl&#232;te opposition des buts, des m&#233;thodes et des r&#233;sultats. Elle se d&#233;couvrit &#224; nous tout &#224; fait par la suite des &#233;v&#233;nements. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complot de K&#233;rensky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de Moscou avait seulement aggrav&#233; la situation du gouvernement, ayant d&#233;voil&#233;, selon la juste estimation de Milioukov, que &#034; le pays &#233;tait partag&#233; en deux camps entre lesquels il ne pouvait y avoir ni r&#233;conciliation, ni accord sur le fond &#034;. La Conf&#233;rence rehaussa l'&#233;tat d'&#226;me de la bourgeoisie et aiguillonna son impatience. D'autre part, elle donna une nouvelle impulsion au mouvement des masses. La gr&#232;ve moscovite ouvre une p&#233;riode de regroupement acc&#233;l&#233;r&#233; des ouvriers et des soldats vers la gauche. Les bolcheviks grandissent d&#232;s lors irr&#233;sistiblement. Parmi les masses ne se maintiennent que les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et, partiellement, les mencheviks de gauche. L'organisation mencheviste de P&#233;trograd signala son &#233;volution politique en excluant Ts&#233;r&#233;telli de la liste des candidats &#224; la Douma municipale. Le 16 ao&#251;t la conf&#233;rence des socialistes-r&#233;volutionnaires de P&#233;trograd, par vingt-deux voix contre une, exigea la dissolution de l'Union des officiers attach&#233;s au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et r&#233;clama d'autres mesures d&#233;cisives pour obvier &#224; la contre-r&#233;volution. Le 18 ao&#251;t, le Soviet de P&#233;trograd, malgr&#233; les objections de son pr&#233;sident Tchkh&#233;idz&#233;, mit &#224; l'ordre du jour la question de la suppression de la peine de mort. Avant le vote de la r&#233;solution, Ts&#233;r&#233;telli demande d'un ton provocant : &#034; Si, apr&#232;s votre d&#233;cision, la peine de mort n'est pas abrog&#233;e, eh bien, appellerez-vous la foule dans la rue pour exiger le renversement du gouvernement ? &#034; - &#034; Oui ! lui crient en r&#233;ponse les bolcheviks, oui, nous appellerons la foule et chercherons &#224; obtenir le renversement du gouvernement. &#034; &#034; Vous avez, maintenant, lev&#233; bien haut la t&#234;te &#034;, dit Ts&#233;r&#233;telli. Les bolcheviks levaient la t&#234;te avec les masses. Les conciliateurs baissaient la t&#234;te quand la masse la levait. La revendication de l'abolition de la peine de mort est adopt&#233;e &#224; la presque-unanimit&#233; des voix, environ neuf cents contre quatre. Ces quatre : Ts&#233;r&#233;telli, Tchkh&#233;idz&#233;, Dan, Liber ! Quatre jours apr&#232;s, au Congr&#232;s d'unification des mencheviks et des groupes voisins, o&#249;, sur les questions essentielles, l'on adoptait les r&#233;solutions de Ts&#233;r&#233;telli contre l'opposition de Martov, on admit sans d&#233;bat l'exigence d'une abolition imm&#233;diate de la peine de mort : Ts&#233;r&#233;telli se taisait, n'&#233;tant plus en &#233;tat de r&#233;sister &#224; la pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'atmosph&#232;re politique qui se chargeait de plus en plus intervinrent les &#233;v&#233;nements du front. Le 19 ao&#251;t, les Allemands rompirent la ligne des troupes russes pr&#233;s d'Ikskul et, le 21, occup&#232;rent Riga. L'accomplissement de la proph&#233;tie de Kornilov fut, comme il en avait &#233;t&#233; convenu d'avance, le signal de l'offensive politique de la bourgeoisie. La presse d&#233;cupla sa campagne contre les &#034; ouvriers qui ne travaillaient pas &#034; et les &#034; soldats qui ne combattaient point &#034;. La r&#233;volution se trouvait responsable en tout : elle avait livr&#233; Riga, elle se dispose &#224; rendre P&#233;trograd. La campagne contre l'arm&#233;e, aussi enrag&#233;e que six semaines ou deux mois auparavant, n'avait cette fois pas ombre de justification. En juin, les soldats avaient effectivement refus&#233; de prendre l'offensive : ils ne voulaient pas bouleverser le front, tirer les Allemands de leur passivit&#233;, recommencer les batailles. Mais, sous Riga, l'initiative de l'offensive appartenait &#224; l'ennemi et l'&#233;tat d'esprit des soldats devenait diff&#233;rent. Ce furent justement les effectifs de la 12e arm&#233;e, les plus touch&#233;s par la propagande, qui s'av&#233;r&#232;rent les moins susceptibles de panique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un commandant d'arm&#233;e, le g&#233;n&#233;ral Parsky, se flattait, et non tout &#224; fait sans raison, de voir la retraite s'ex&#233;cuter &#034; exemplairement &#034;, d'une fa&#231;on non comparable aux retraites de Galicie et de la Prusse orientale. Le commissaire Vo&#239;tinsky disait dans un rapport : &#034; Nos troupes, dans le secteur de la rupture du front, accomplissent sans r&#233;plique et valeureusement les t&#226;ches qui leur incombent, mais elles ne sont pas en &#233;tat de r&#233;sister longtemps &#224; la pression de l'ennemi, et elles reculent lentement, pas &#224; pas, subissant de formidables pertes. J'estime indispensable de noter la haute valeur des chasseurs lettons dont les survivants, quoique compl&#232;tement &#233;puis&#233;s, furent ramen&#233;s au combat&#8230; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus &#233;lev&#233; &#233;tait encore le ton du rapport du pr&#233;sident du Comit&#233; de l'arm&#233;e, le menchevik Koutchine : &#034; L'&#233;tat d'esprit des soldats est surprenant. D'apr&#232;s le t&#233;moignage des membres du comit&#233; et des officiers, la capacit&#233; de r&#233;sistance est telle qu'on n'en avait jamais vu de pareille.&#034; Un autre repr&#233;sentant de la m&#234;me arm&#233;e apportait, quelques jours plus tard, ce rapport en s&#233;ance du Bureau du Comit&#233; ex&#233;cutif : &#034; A l'arri&#232;re-garde du front rompu se trouvait seulement une brigade lettonne, compos&#233;e presque exclusivement de bolcheviks. Ayant re&#231;u l'ordre de marcher [la brigade], avec ses drapeaux rouges et ses fanfares, avan&#231;a et se battit tr&#232;s courageusement. &#034; Dans le m&#234;me esprit, bien qu'en termes plus r&#233;serv&#233;s, Stank&#233;vitch &#233;crivait plus tard : &#034; M&#234;me &#224; l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e, o&#249; se trouvaient des personnages qui, au su de tous, cherchaient la possibilit&#233; de rejeter la faute sur les soldats, je ne pus avoir communication d'un seul fait concret, montrant inex&#233;cut&#233; non seulement un ordre de combat mais, en g&#233;n&#233;ral, un ordre quelconque. &#034; Les &#233;quipages de la flotte dans l'op&#233;ration de descente &#224; Mondsund, montr&#232;rent, comme il r&#233;sulte des documents officiels, une consid&#233;rable fermet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;lever le moral des troupes, particuli&#232;rement des chasseurs lettons et des marins de la Baltique, il n'&#233;tait pas indiff&#233;rent loin de l&#224; - qu'il s'ag&#238;t cette fois imm&#233;diatement de la d&#233;fense des deux centres de la r&#233;volution : Riga et P&#233;trograd. Les contingents les plus avanc&#233;s en &#233;taient d&#233;j&#224; venus &#224; se p&#233;n&#233;trer de cette id&#233;e bolcheviste que &#034; ficher la ba&#239;onnette en terre &#034;, ce n'est pas r&#233;soudre la question de la guerre ; que la lutte pour la paix est ins&#233;parable de la lutte pour la conqu&#234;te du pouvoir, c'est-&#224;-dire d'une nouvelle r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si m&#234;me certains commissaires, intimid&#233;s par la pression des g&#233;n&#233;raux, exag&#233;raient la r&#233;sistance de l'arm&#233;e, il n'en reste pas moins ce fait que soldats et matelots ex&#233;cutaient les ordres et se faisaient tuer. Ils ne pouvaient faire davantage. Mais la d&#233;fense, en somme, n'existait tout de m&#234;me plus. Si invraisemblable que ce soit, la 12e arm&#233;e fut enti&#232;rement prise au d&#233;pourvu. Tout faisait d&#233;faut : hommes, canons, munitions, masques &#224; gaz. Le service de liaison se r&#233;v&#233;la d&#233;sastreusement organis&#233;. Les attaques devaient &#234;tre diff&#233;r&#233;es par ce fait que, pour des fusils russes, l'on recevait des cartouches du mod&#232;le japonais. Or, il ne s'agissait point accidentellement d'un seul secteur du front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La signification de la perte de Riga n'&#233;tait pas un secret pour le haut commandement. Comment donc expliquer la situation exceptionnellement pitoyable des forces et ressources de d&#233;fense de la 12e arm&#233;e ? &#034;&#8230; Les bolcheviks - &#233;crit Stank&#233;vitch &#8212; s'&#233;taient d&#233;j&#224; mis &#224; r&#233;pandre le bruit que la ville aurait &#233;t&#233; livr&#233;e aux Allemands &#224; dessein, parce que le commandement voulait se d&#233;barrasser de ce nid, de cette p&#233;pini&#232;re du bolchevisme. Ces bruits ne pouvaient que rencontrer cr&#233;ance dans l'arm&#233;e o&#249; l'on savait qu'en somme il n'y avait eu ni d&#233;fense ni r&#233;sistance. &#034; Effectivement, d&#232;s d&#233;cembre 1916, les g&#233;n&#233;raux Roussky et Broussilov s'&#233;taient plaints de ce que Riga &#233;tait &#034; la plaie du front Nord &#034;, un &#034; nid gagn&#233; par la propagande &#034;, contre lequel on ne pouvait lutter autrement que par des ex&#233;cutions. Abandonner les ouvriers et les soldats de Riga &#224; la s&#233;v&#232;re &#233;cole de l'occupation militaire allemande devait &#234;tre le r&#234;ve secret de nombreux g&#233;n&#233;raux du front Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne pensait, bien entendu, que le g&#233;n&#233;ralissime e&#251;t donn&#233; l'ordre de livrer Riga. Mais tous les hauts commandants avaient lu le discours de Kornilov et l'interview de son chef d'&#233;tat-major, Loukomsky. Cela tenait enti&#232;rement lieu d'un ordre. Le g&#233;n&#233;ral en chef des troupes du front Nord, Klembovsky, appartenait &#224; l'&#233;troite clique des conspirateurs et, par cons&#233;quent, attendait la reddition de Riga comme le signal des actes de sauvetage. Et, dans des conditions plus normales, les g&#233;n&#233;raux russes pr&#233;f&#233;raient ouvrir les places et battre en retraite. Maintenant qu'ils &#233;taient relev&#233;s d'avance de leurs responsabilit&#233;s par le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, et comme l'int&#233;r&#234;t politique les poussait dans la voie du d&#233;faitisme, ils ne firent m&#234;me pas une tentative de d&#233;fense. Que tel ou tel g&#233;n&#233;ral ait ajout&#233; au sabotage passif de la d&#233;fense une activit&#233; nocive, c'est une question subsidiaire, difficilement soluble par son essence m&#234;me. Il serait n&#233;anmoins na&#239;f d'admettre que les g&#233;n&#233;raux se soient abstenus de donner le coup de pouce au destin dans toutes les occasions o&#249; leurs actes de f&#233;lonie pouvaient passer impun&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journaliste am&#233;ricain John Reed, qui savait voir et &#233;couter, et qui a laiss&#233; un livre immortel de chroniques sur les journ&#233;es de la R&#233;volution d'Octobre, d&#233;clare sans ambages qu'une consid&#233;rable partie des classes poss&#233;dantes de Russie pr&#233;f&#233;rait la victoire des Allemands au triomphe de la r&#233;volution et ne se g&#234;nait pas pour en parler ouvertement. &#034; Au cours d'une soir&#233;e que je passai chez un marchand de Moscou - raconte John Reed, entre autres exemples - on demanda pendant le th&#233; aux onze personnes pr&#233;sentes qui elles pr&#233;f&#233;raient de Guillaume ou des bolcheviks. Dix voix contre une se prononc&#232;rent pour Guillaume. &#034; (Dix jours qui &#233;branl&#232;rent le Monde, &#233;dition fran&#231;aise, p. 33.) Le m&#234;me &#233;crivain am&#233;ricain s'entretint sur le front Nord avec des officiers &#034; qui pr&#233;f&#233;raient franchement le d&#233;sastre militaire &#224; la coop&#233;ration avec les comit&#233;s de soldats &#034; (p. 33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'accusation politique formul&#233;e par les bolcheviks, et non par eux seuls, il suffisait parfaitement que la reddition de Riga entr&#226;t dans le plan des conspirateurs et e&#251;t sa date pr&#233;cis&#233;ment fix&#233;e sur leur calendrier. Cela se lisait tout &#224; fait nettement entre les lignes du discours de Kornilov &#224; Moscou. Les &#233;v&#233;nements qui suivirent &#233;lucid&#232;rent compl&#232;tement ce c&#244;t&#233; de l'affaire. Mais nous avons aussi un t&#233;moignage direct auquel l'auteur, par sa personnalit&#233;, communique, dans le cas pr&#233;sent, une authenticit&#233; irr&#233;cusable. Milioukov raconte dans son Histoire : &#034; A Moscou m&#234;me, Kornilov avait indiqu&#233; dans son discours le moment au-del&#224; duquel il ne voulait plus diff&#233;rer des d&#233;marches r&#233;solues &#034; pour sauver le pays de la perdition et l'arm&#233;e de la d&#233;b&#226;cle &#034;. Ce moment fut la chute de Riga pr&#233;dite par lui. Ce fait, &#224; son avis, devait provoquer un sursaut patriotique&#8230; D'apr&#232;s ce que Kornilov me d&#233;clara personnellement, dans notre entrevue du 13 ao&#251;t &#224; Moscou, il ne voulait pas manquer cette occasion, et l'instant du conflit ouvert avec le gouvernement de K&#233;rensky se pr&#233;sentait dans son esprit comme tout &#224; fait d&#233;termin&#233;, jusques et y compris une date fix&#233;e d'avance, le 27 ao&#251;t. &#034; Peut-on s'exprimer plus clairement ? Pour r&#233;aliser sa marche sur P&#233;trograd, Kornilov avait besoin de la reddition de Riga quelques jours avant l'&#233;ch&#233;ance pr&#233;vue. Renforcer les positions de Riga, prendre de s&#233;rieuses mesures de d&#233;fense, c'e&#251;t &#233;t&#233; annuler le plan d'une autre campagne, infiniment plus importante pour Kornilov. Si Paris vaut une messe, le pouvoir vaut bien Riga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la semaine qui s'&#233;coula entre la reddition de Riga et le soul&#232;vement de Kornilov, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral devint le r&#233;servoir central des calomnies contre l'arm&#233;e. Les informations de l'&#233;tat-major russe et de la presse russe trouvaient un &#233;cho imm&#233;diat dans la presse de l'Entente. Les journaux patriotes russes, &#224; leur tour, reproduisaient avec ravissement les railleries et les outrages du Times, du Temps ou du Matin, &#224; l'adresse de l'arm&#233;e russe. Le front des soldats fr&#233;mit de vexation, d'indignation et de col&#232;re. Les commissaires et les comit&#233;s, presque tous conciliateurs et patriotes, se sentirent atteints au plus vif. De tous c&#244;t&#233;s vinrent des protestations. Parmi les plus frappantes fut la lettre du Comit&#233; ex&#233;cutif du front de Roumanie, de la r&#233;gion militaire d'Odessa et de la flotte de la mer Noire, groupement d&#233;sign&#233; par abr&#233;viation sous le nom de Roumtch&#233;rod, qui exigeait du Comit&#233; ex&#233;cutif central &#034; qu'il &#233;tabl&#238;t devant toute la Russie la dignit&#233; et la bravoure sans exemple des soldats du front roumain ; qu'on arr&#234;t&#226;t dans la presse la campagne contre les soldats qui tombaient quotidiennement par milliers, en des combats acharn&#233;s, d&#233;fendant la Russie r&#233;volutionnaire&#8230; &#034;. Sous l'influence des protestations d'en bas, les sommets conciliateurs sortirent de leur passivit&#233;. &#034; Il semble qu'il n'y ait point de boue que les journaux bourgeois n'aient d&#233;vers&#233;e sur l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire &#034;, &#233;crivaient les Izvestia au sujet de leurs alli&#233;s dans le bloc. Mais rien n'agissait. Traquer l'arm&#233;e, c'&#233;tait une indispensable partie du complot au centre duquel se tenait le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement apr&#232;s l'abandon de Riga, Kornilov donna par t&#233;l&#233;graphe l'ordre de fusiller pour l'exemple plusieurs soldats sur la route, sous les yeux des autres. Le commissaire Vo&#239;tinsky et le g&#233;n&#233;ral Parsky r&#233;pondirent qu'&#224; leur avis de telles mesures n'&#233;taient nullement justifi&#233;es par la conduite des soldats. Kornilov, hors de lui, d&#233;clara, dans une r&#233;union des repr&#233;sentants de comit&#233;s qui se trouvaient au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, qu'il traduisait en jugement Vo&#239;tinsky et Parsky pour avoir donn&#233; des comptes rendus inexacts sur la situation dans l'arm&#233;e, c'est-&#224;-dire, comme l'explique Stank&#233;vitch, pour &#034; n'avoir pas rejet&#233; la faute sur les soldats &#034;. Pour compl&#233;ter le tableau, il faut ajouter que, le m&#234;me jour, Kornilov ordonna aux &#233;tats-majors d'arm&#233;e de communiquer des listes d'officiers bolcheviks au Comit&#233; principal de l'Union des officiers, savoir &#224; l'organisation contre-r&#233;volutionnaire &#224; la t&#234;te de laquelle se trouvait le cadet Novosiltsev et qui &#233;tait le plus important levier du complot. Tel &#233;tait ce g&#233;n&#233;ralissime, le &#034; premier soldat de la r&#233;volution ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se d&#233;cidant &#224; soulever un pan du voile, les Izvestia &#233;crivaient : &#034; Une myst&#233;rieuse clique, extraordinairement proche des hautes sph&#232;res du commandement, accomplit une &#339;uvre monstrueuse de provocation&#8230; &#034; Sous le nom de &#034; myst&#233;rieuse clique &#034;, l'on entendait Kornilov et son &#233;tat-major. Les fulgurations de la guerre civile imminente &#233;clairaient d'une nouvelle lumi&#232;re non seulement l'aujourd'hui, mais l'hier. Pour leur propre d&#233;fense, les conciliateurs se mirent &#224; d&#233;noncer la conduite suspecte du commandement pendant l'offensive de juin. Dans la presse p&#233;n&#233;traient des informations de d&#233;tail de plus en plus nombreuses sur les divisions et les r&#233;giments calomni&#233;s perfidement par les &#233;tats-majors. &#034; La Russie est en droit d'exiger - &#233;crivaient les Izvestia - qu'on lui d&#233;voile toute la v&#233;rit&#233; sur notre retraite de juillet. &#034; Ces lignes &#233;taient avidement lues par les soldats, les matelots, les ouvriers, particuli&#232;rement par ceux qui, pr&#233;tendus coupables de la catastrophe sur le front, continuaient &#224; remplir les prisons. Deux jours plus tard, les Izvestia se virent forc&#233;es de d&#233;clarer, d&#233;j&#224; plus ouvertement, que &#034; le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, par ses communiqu&#233;s, jouait une partie d&#233;termin&#233;e contre le gouvernement provisoire et la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#034;. Le gouvernement &#233;tait figur&#233; dans ces lignes comme l'innocente victime des desseins du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Mais, pourrait-on penser, le gouvernement avait toutes possibilit&#233;s de remettre &#224; la raison les g&#233;n&#233;raux. S'il ne le fit pas, c'est qu'il ne le voulait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la protestation mentionn&#233;e ci-dessus contre la pers&#233;cution qui frappait tra&#238;treusement les soldats, le &#034; Roumtch&#233;rod &#034; indiquait avec une particuli&#232;re indignation que &#034; les informations de l'&#233;tat-major&#8230;, soulignant la noble conduite du corps des officiers, semblaient diminuer consciemment le d&#233;vouement des soldats &#224; la cause de la r&#233;volution &#034;. La protestation du &#034; Roumtch&#233;rod &#034; parut dans la presse du 22 ao&#251;t, et, le jour suivant, fut publi&#233;e une ordonnance de K&#233;rensky, consacr&#233;e &#224; la glorification du corps des officiers qui &#034; depuis les premiers jours de la r&#233;volution avait d&#251; subir une diminution de ses droits &#034;, et des outrages imm&#233;rit&#233;s de la part de la masse des soldats &#034; qui dissimulait sa poltronnerie sous des mots d'ordre id&#233;ologiques &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que ses plus proches adjoints, Stank&#233;vitch, Voltinsky et autres, protestaient contre la campagne de d&#233;nigrement vis-&#224;-vis des soldats, K&#233;rensky se joignait d&#233;monstrativement &#224; cette campagne, la couronnant de son ordonnance provocatrice de ministre de la Guerre et de chef du gouvernement. Par la suite, K&#233;rensky a reconnu que, d&#232;s la fin de juillet, il avait eu en main &#034; des renseignements pr&#233;cis &#034; sur la conspiration d'officiers group&#233;s autour du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. &#034; Le Comit&#233; principal de l'Union des officiers - d'apr&#232;s K&#233;rensky - d&#233;tachait de son milieu des conspirateurs actifs ; ses propres membres &#233;taient les agents de la conspiration dans les localit&#233;s ; c'&#233;taient eux &#233;galement qui donnaient aux manifestations l&#233;gales de l'Union le ton qu'il fallait. &#034; Ceci est absolument juste. Il convient seulement d'ajouter que &#034; le ton qu'il fallait &#034; &#233;tait celui de la calomnie &#224; l'&#233;gard de l'arm&#233;e, des comit&#233;s et de la r&#233;volution, le ton m&#234;me dont est p&#233;n&#233;tr&#233;e l'ordonnance de K&#233;rensky en date du 23 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer cette &#233;nigme ? Que K&#233;rensky n'ait pas men&#233; une politique r&#233;fl&#233;chie et cons&#233;quente, c'est absolument indiscutable. Mais il e&#251;t fallu qu'il f&#251;t un d&#233;ment pour que, connaissant le complot des officiers, il all&#226;t exposer sa t&#234;te sous le sabre des conspirateurs et les aider, en m&#234;me temps &#224; se masquer. L'explication de la conduite si inconcevable &#224; premi&#232;re vue de K&#233;rensky est en r&#233;alit&#233; tr&#232;s simple : lui-m&#234;me &#233;tait &#224; ce moment complice de la conspiration contre le r&#233;gime sans issue de la R&#233;volution de F&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque vint le moment des aveux, K&#233;rensky d&#233;clara lui-m&#234;me que, des cercles de la cosaquerie, du corps des officiers et du milieu des politiciens bourgeois, on lui avait propos&#233; plus d'une fois une dictature personnelle. &#034; Mais cela tombait sur un sol st&#233;rile&#8230; &#034; La position de K&#233;rensky &#233;tait en tout cas telle que les leaders de la contre-r&#233;volution avaient la possibilit&#233;, sans rien risquer, d'&#233;changer avec lui des vues sur un coup d'&#201;tat. &#034; Les premi&#232;res conversations sur la dictature, sous forme d'un l&#233;ger sondage &#034;, commenc&#232;rent, d'apr&#232;s D&#233;nikine, au d&#233;but de juin, c'est-&#224;-dire au moment o&#249; se pr&#233;parait l'offensive du front. A ces pourparlers assistait fr&#233;quemment aussi K&#233;rensky, et dans ces cas-l&#224;, il y &#233;tait bien entendu, avant tout pour Kerensky lui-m&#234;me, que c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment lui qui se placerait au centre de la dictature. Soukhanov dit fort justement de lui : &#034; Il &#233;tait kornilovien sous condition d'&#234;tre &#224; la t&#234;te du kornilovisme. &#034; Pendant les journ&#233;es du krach de l'offensive, K&#233;rensky avait promis &#224; Kornilov et &#224; d'autres g&#233;n&#233;raux beaucoup plus qu'il ne pouvait tenir. &#034; Dans ses randonn&#233;es vers le front - raconte le g&#233;n&#233;ral Loukomsky - K&#233;rensky se gargarisait de vaillance et, avec ses compagnons de route, discuta plus d'une fois de la cr&#233;ation d'un pouvoir ferme, de la formation d'un directoire ou de la transmission du Pouvoir &#224; un dictateur. &#034; Conform&#233;ment &#224; son caract&#232;re, K&#233;rensky apportait dans ces entretiens un &#233;l&#233;ment informe de n&#233;gligence et de dilettantisme. Les g&#233;n&#233;raux, par contre, &#233;taient port&#233;s vers des id&#233;es achev&#233;es d'&#233;tat-major.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation non forc&#233;e de K&#233;rensky aux entretiens de g&#233;n&#233;raux l&#233;galisait pour ainsi dire l'id&#233;e d'une dictature militaire &#224; laquelle, par prudence devant la r&#233;volution non encore &#233;touff&#233;e, l'on donnait le plus souvent le nom de Directoire. En quelle mesure jouaient ici un r&#244;le des r&#233;miniscences historiques sur le gouvernement de la France apr&#232;s Thermidor ? Il est difficile de le dire. Mais, ind&#233;pendamment d'un camouflage purement verbal, le Directoire pr&#233;sentait pour le d&#233;but cette incontestable commodit&#233; d'admettre la co-subordination des ambitions personnelles. Dans le Directoire, il devait se trouver une place non seulement pour K&#233;rensky et Kornilov, mais aussi pour Savinkov, m&#234;me pour Filonenko : en g&#233;n&#233;ral, pour des hommes &#034; &#224; la volont&#233; de fer &#034;, comme s'exprimaient eux-m&#234;mes les candidats au Directoire. Chacun d'eux se ber&#231;ait de l'id&#233;e de passer ensuite d'une dictature collective &#224; une dictature personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour traiter en conspirateur avec le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, K&#233;rensky n'avait pas besoin, par cons&#233;quent, d'op&#233;rer quelque revirement brusque : il suffisait de d&#233;velopper et de continuer ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; commenc&#233;. Il estimait en outre qu'il pourrait donner &#224; la conspiration des g&#233;n&#233;raux la direction convenable, la faisant tomber non seulement sur les bolcheviks, mais, en de certaines limites, sur les t&#234;tes de ses alli&#233;s et tuteurs fastidieux du milieu des conciliateurs. K&#233;rensky man&#339;uvrait ainsi afin, tout en &#233;vitant de d&#233;noncer &#224; fond les conspirateurs, de leur faire une bonne peur et de les introduire dans sa combinaison. Il atteignit m&#234;me, en ceci, la limite au-del&#224; de laquelle le chef du gouvernement se serait d&#233;j&#224; transform&#233; en un conspirateur ill&#233;gal. &#034; K&#233;rensky avait besoin d'une &#233;nergique pression sur lui de la droite, des cliques capitalistes, des ambassades alli&#233;es et, particuli&#232;rement, du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral - &#233;crivait Trotsky au d&#233;but de septembre - pour l'aider &#224; prendre d&#233;finitivement ses franches coud&#233;es. K&#233;rensky voulait utiliser la mutinerie des g&#233;n&#233;raux pour consolider sa dictature. &#034; Le moment du tournant fut celui de la Conf&#233;rence d'&#201;tat. Emportant de Moscou, avec l'illusion de possibilit&#233;s illimit&#233;es, le sentiment humiliant d'un &#233;chec personnel, K&#233;rensky se r&#233;solut enfin &#224; rejeter les doutes et &#224; se montrer &#224; eux de toute sa taille. A eux ? A qui donc ? A tous. Avant tout aux bolcheviks qui, sous la pompeuse mise en sc&#232;ne nationale, avaient gliss&#233; la mine d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Par l&#224; m&#234;me, mettre &#224; la raison, une fois pour toutes, les droites, tous ces Goutchkov et Milioukov, qui ne le prennent pas au s&#233;rieux, raillent ses gestes, consid&#232;rent son pouvoir comme une ombre de pouvoir. Enfin donner une solide le&#231;on &#224; &#034; ces autres &#034; pr&#233;cepteurs de la conciliation, dans le genre du d&#233;test&#233; Ts&#233;r&#233;telli, qui avait os&#233; le corriger et l'admonester, lui, l'&#233;lu de la nation, m&#234;me &#224; la Conf&#233;rence d'&#201;tat. K&#233;rensky r&#233;solut fermement et d&#233;finitivement de prouver au monde entier qu'il n'&#233;tait pas du tout l' &#034; hyst&#233;rique &#034;, le &#034; cabotin &#034;, la &#034; ballerine &#034; que d&#233;signaient en sa personne, de plus en plus ouvertement, les officiers de la Garde et des Cosaques, mais qu'il &#233;tait un homme de fer, ayant ferm&#233; son c&#339;ur &#224; double tour et jet&#233; la clef dans la mer, en d&#233;pit des supplications d'une belle inconnue dans une loge de th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stank&#233;vitch note en K&#233;rensky, ces jours-l&#224;, &#034; un effort pour prononcer quelque parole nouvelle compatible avec l'anxi&#233;t&#233; et la perturbation du pays. K&#233;rensky&#8230; d&#233;cida d'&#233;tablir dans l'arm&#233;e des sanctions disciplinaires. Probablement se disposait-il &#224; proposer au gouvernement d'autres mesures r&#233;solues. &#034; Stank&#233;vitch connaissait seulement des intentions du chef ce que celui-ci jugeait opportun de lui communiquer. En r&#233;alit&#233;, les desseins de K&#233;rensky allaient &#224; cette &#233;poque d&#233;j&#224; beaucoup plus loin. Il avait d&#233;cid&#233; de ruiner d'un seul coup le terrain sous les pieds de Kornilov, en r&#233;alisant le programme de ce dernier et en s'attachant ainsi la bourgeoisie. Goutchkov n'avait pu d&#233;clencher l'offensive des troupes : lui, K&#233;rensky, l'avait pu. Kornilov ne peut r&#233;aliser le programme de Kornilov. Lui, K&#233;rensky, le pourra. La gr&#232;ve de Moscou a rappel&#233;, il est vrai, que, dans cette voie, des obstacles surgiront. Mais les Journ&#233;es de Juillet ont montr&#233; que, sur ce point, l'on peut aussi prendre le dessus. Il faut seulement, cette fois-ci, pousser le travail jusqu'au bout, sans se laisser prendre au coude par les amis de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, il est indispensable de remanier totalement la garnison de P&#233;trograd : remplacer les r&#233;giments r&#233;volutionnaires par des contingents &#034; sains &#034; qui ne se retourneraient pas vers les soviets. Sur ce plan, il n'y a pas possibilit&#233; de traiter avec le Comit&#233; ex&#233;cutif, et c'est d'ailleurs inutile : le gouvernement est reconnu ind&#233;pendant, et sous cette enseigne, a &#233;t&#233; couronn&#233; &#224; Moscou. A vrai dire, les conciliateurs entendent l'ind&#233;pendance comme une formalit&#233;, comme moyen d'apaiser les lib&#233;raux. Mais lui, K&#233;rensky, transformera le formel en r&#233;alit&#233; : ce n'est pas en vain qu'&#224; Moscou il a d&#233;clar&#233; n'&#234;tre ni avec les droites, ni avec les gauches, et que l&#224; est sa force. Maintenant, il va le prouver en fait ! Les lignes de conduite du Comit&#233; ex&#233;cutif et de K&#233;rensky, dans les journ&#233;es qui suivirent la Conf&#233;rence, continu&#232;rent &#224; diverger : les conciliateurs s'&#233;taient effray&#233;s devant les masses poss&#233;dantes. Les masses populaires exigeaient l'abolition de la peine de mort sur le front. Kornilov, les cadets, les ambassades de l'Entente, r&#233;clamaient l'institution de cette peine &#224; l'arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 ao&#251;t, Kornilov t&#233;l&#233;graphiait au ministre-pr&#233;sident : &#034; J'insiste sur la n&#233;cessit&#233; urgente de soumettre &#224; mes ordres la r&#233;gion de P&#233;trograd. &#034; Le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral allongeait ouvertement la main vers la capitale. Le 24 ao&#251;t, le Comit&#233; ex&#233;cutif prit son courage &#224; deux mains, exigeant publiquement du gouvernement qu'il m&#238;t fin &#034; aux proc&#233;d&#233;s contre-r&#233;volutionnaires &#034; et entrepr&#238;t &#034; sans retard et de toute son &#233;nergie &#034; la r&#233;alisation des r&#233;formes d&#233;mocratiques. C'&#233;tait un langage nouveau. K&#233;rensky &#233;tait forc&#233; de choisir entre une adaptation &#224; la plate-forme d&#233;mocratique qui, malgr&#233; toute sa d&#233;bilit&#233;, pouvait amener une rupture avec les lib&#233;raux et les g&#233;n&#233;raux, et le programme de Kornilov qui devait mener in&#233;vitablement &#224; un conflit avec les soviets. K&#233;rensky d&#233;cida de tendre la main &#224; Kornilov, aux cadets, &#224; l'Entente. Il voulait &#224; tout prix &#233;viter une lutte ouverte du c&#244;t&#233; de la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que, le 21 ao&#251;t, furent consign&#233;s en &#233;tat d'arrestation chez eux les grands-ducs Michel Alexandrovitch et Paul Alexandrovitch. Plusieurs autres personnages furent par la m&#234;me occasion gard&#233;s &#224; vue. Mais tout cela &#233;tait trop peu s&#233;rieux et il fallut aussit&#244;t &#233;largir les prisonniers : &#034; &#8230; Il se trouva - d&#233;clara bien plus tard K&#233;rensky dans ses t&#233;moignages sur l'affaire Kornilov - que l'on nous avait consciemment dirig&#233;s sur une fausse route. &#034; Il faudrait ajouter : avec le concours de K&#233;rensky lui-m&#234;me. Car enfin il &#233;tait absolument &#233;vident que pour les conspirateurs s&#233;rieux, c'est-&#224;-dire pour toute la moiti&#233; droite de la Conf&#233;rence de Moscou, il ne s'agissait nullement du r&#233;tablissement de la monarchie, mais de l'&#233;tablissement de la dictature de la bourgeoisie sur le peuple. Dans ce sens, Kornilov et tous ses partisans rejetaient non sans rire les incriminations concernant des desseins &#034; contre-r&#233;volutionnaires &#034;, c'est-&#224;-dire monarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que quelque part, dans des arri&#232;re-cours, chuchotaient entre eux d'anciens dignitaires, aides de camp, demoiselles d'honneur, Cent-Noirs attach&#233;s &#224; la Cour, sorciers, moines, ballerines. Mais c'&#233;tait une grandeur absolument insignifiante. La victoire de la bourgeoisie ne pouvait venir que sous la forme d'une dictature militaire. La question de la monarchie n'aurait pu se poser qu'&#224; une des &#233;tapes ult&#233;rieures, mais, toutefois, sur la base de la contre-r&#233;volution bourgeoise et non avec l'aide des demoiselles d'honneur raspoutiniennes. Pour la p&#233;riode envisag&#233;e, la r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait la lutte de la bourgeoisie contre le peuple, sous le drapeau de Kornilov. Cherchant une alliance avec ce camp-l&#224;, K&#233;rensky &#233;tait d'autant plus volontiers dispos&#233; &#224; se camoufler devant les gauches suspectes en arr&#234;tant fictivement les grands-ducs. Le m&#233;canisme &#233;tait si clair que le journal moscovite des bolcheviks &#233;crivit d&#232;s alors : &#034; Arr&#234;ter une paire de poup&#233;es sans cervelle de la clique Romanov, et laisser en libert&#233;&#8230; la clique militaire des commandants, Kornilov en t&#234;te, c'est tromper le peuple. &#034; Ainsi se rendaient odieux les bolcheviks, parce qu'ils voyaient tout et parlaient de tout hautement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'animateur et guide de K&#233;rensky en ces journ&#233;es critiques, c'est Savinkov, aventurier de grande envergure, r&#233;volutionnaire du genre sportif qui, de l'&#233;cole du terrorisme individuel, a retenu le m&#233;pris de la masse ; homme dou&#233; et volontaire, ce qui ne l'emp&#234;cha pas, d'ailleurs, d'&#234;tre pendant plusieurs ann&#233;es un instrument entre les mains du fameux agent provocateur Azef : sceptique et cynique, se consid&#233;rant, et non sans raison, comme en droit de regarder K&#233;rensky de haut en bas, et, tout en portant la main droite &#224; la visi&#232;re, de le mener respectueusement de la main gauche par le bout du nez. Savinkov en imposait &#224; K&#233;rensky en tant qu'homme d'action et Kornilov en tant qu'authentique r&#233;volutionnaire dont le nom &#233;tait historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milioukov rapporte un curieux r&#233;cit de la premi&#232;re rencontre du commissaire et du g&#233;n&#233;ral, d'apr&#232;s Savinkov lui-m&#234;me : &#034; G&#233;n&#233;ral - disait Savinkov - je sais que si les circonstances en viennent l&#224; que vous deviez me faire fusiller, vous le ferez. &#034; Puis, apr&#232;s une pause, il ajouta : &#034; Mais si les circonstances se pr&#233;sentent ainsi que je doive vous faire fusiller, je le ferai &#233;galement. &#034; Savinkov &#233;tait passionn&#233; de litt&#233;rature, connaissait Corneille et Hugo, &#233;tait enclin &#224; prendre le grand genre. Kornilov se disposait &#224; en finir avec la r&#233;volution sans se soucier des formules du pseudo-classicisme et du romantisme. Mais le g&#233;n&#233;ral, lui non plus, n'&#233;tait nullement &#233;tranger aux charmes d'un &#034; puissant style artistique &#034; : les paroles de l'ancien terroriste devaient agr&#233;ablement chatouiller ce qui subsistait d'un fonds h&#233;ro&#239;que dans l'ancien Cent-Noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article de journal &#233;crit beaucoup plus tard, &#233;videmment inspir&#233; et peut-&#234;tre r&#233;dig&#233; par Savinkov, ses propres plans &#233;taient expliqu&#233;s d'une fa&#231;on assez transparente. &#034; Du temps encore qu'il &#233;tait commissaire, - disait l'article - Savinkov en vint &#224; cette conviction que le gouvernement provisoire ne serait pas en mesure de tirer le pays d'une p&#233;nible situation. Ici devaient agir d'autres forces. Cependant, tout le travail dans ce sens ne pouvait s'effectuer que sous l'enseigne du gouvernement provisoire, en particulier de K&#233;rensky. C'e&#251;t &#233;t&#233; une dictature r&#233;volutionnaire r&#233;alis&#233;e par une main de fer. Cette main, Savinkov la vit&#8230;, celle du g&#233;n&#233;ral Kornilov. &#034; K&#233;rensky comme camouflage &#034; r&#233;volutionnaire &#034;, Kornilov comme main de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le r&#244;le du troisi&#232;me, l'article fait silence. Mais il n'est pas douteux que Savinkov cherchait &#224; r&#233;concilier le g&#233;n&#233;ral en chef et le premier ministre, non sans l'intention de les &#233;liminer tous les deux. Pendant un certain temps, cette arri&#232;re-pens&#233;e devint tellement manifeste que K&#233;rensky, sur les protestations de Kornilov, juste &#224; la veille de la Conf&#233;rence d'&#201;tat, for&#231;a Savinkov &#224; donner sa d&#233;mission. Cependant, comme tout ce qui se passait g&#233;n&#233;ralement dans cette sph&#232;re, la d&#233;mission n'&#233;tait point d'un caract&#232;re d&#233;finitif. &#034; Le 17 ao&#251;t, il se v&#233;rifia - d&#233;clara Filonenko - que Savinkov et moi conservions nos postes et que le ministre-pr&#233;sident acceptait en principe le programme d&#233;velopp&#233; dans le rapport pr&#233;sent&#233; par le g&#233;n&#233;ral Kornilov, Savinkov et moi-m&#234;me. &#034; Savinkov, &#224; qui K&#233;rensky, le 17 ao&#251;t, avait &#034; ordonn&#233; de pr&#233;parer un projet de loi sur les mesures &#224; prendre &#224; l'arri&#232;re &#034;, cr&#233;a dans ce but une commission sous la pr&#233;sidence du g&#233;n&#233;ral Apouchkine. S&#233;rieusement apeur&#233; par Savinkov, K&#233;rensky, cependant, finit par se r&#233;soudre &#224; l'utiliser pour son grand plan, et non seulement lui conserva le minist&#232;re de la Guerre, mais lui donna, de surcro&#238;t, celui de la Marine. Cela signifiait, d'apr&#232;s Milioukov, que pour le gouvernement &#034; le temps &#233;tait venu d'agir, m&#234;me avec le risque de faire descendre dans la rue les bolcheviks &#034;. Savinkov, en cette circonstance, &#034; disait ouvertement qu'avec deux r&#233;giments il serait facile d'&#233;craser la r&#233;bellion des bolcheviks et de dissoudre leurs organisations &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#233;rensky comme Savinkov comprenait parfaitement, surtout apr&#232;s la Conf&#233;rence de Moscou, que le programme de Kornilov ne serait, en aucun cas, accept&#233; par les soviets conciliateurs. Le Soviet de P&#233;trograd qui, la veille encore, a exig&#233; l'abolition de la peine de mort au front, se dressera avec deux fois plus d'&#233;nergie, demain, contre l'&#233;tablissement de la peine de mort &#224; l'arri&#232;re ! Le danger &#233;tait, par cons&#233;quent, en ceci que le mouvement contre le coup d'&#201;tat m&#233;dit&#233; par K&#233;rensky aurait &#224; sa t&#234;te non les bolcheviks, mais les soviets. Pourtant l'on ne pouvait s'arr&#234;ter devant cela : car enfin il s'agissait du salut du pays ! &#034; Le 22 ao&#251;t - &#233;crit K&#233;rensky - Savinkov se rendit au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, entre autres choses (!) pour exiger, mandat&#233; par moi, du g&#233;n&#233;ral Kornilov qu'il m&#238;t &#224; la disposition du gouvernement un corps de cavalerie. &#034; Savinkov lui-m&#234;me d&#233;finissait de la fa&#231;on suivante cette mission comme s'il &#233;tait oblig&#233; de se justifier devant l'opinion publique : &#034; Solliciter du g&#233;n&#233;ral Kornilov un corps de cavalerie pour la vraie r&#233;alisation de l'&#233;tat de si&#232;ge &#224; P&#233;trograd et pour la protection du gouvernement provisoire contre toutes men&#233;es attentatoires, particuli&#232;rement (!) contre celles des bolcheviks, de qui l'attaque&#8230; d'apr&#232;s les donn&#233;es du contre-espionnage &#224; l'&#233;tranger, se pr&#233;parait de nouveau en liaison avec une descente allemande et un soul&#232;vement en Finlande&#8230; &#034; Les donn&#233;es fantaisistes du contre-espionnage devaient tout simplement dissimuler ce fait que le gouvernement lui-m&#234;me, selon les termes de Milioukov, assumait &#034; le risque d'appeler les bolcheviks dans la rue &#034;, c'est-&#224;-dire &#233;tait pr&#234;t &#224; provoquer un soul&#232;vement. Et comme la promulgation des d&#233;crets sur la dictature militaire &#233;tait fix&#233;e aux derni&#232;res journ&#233;es d'ao&#251;t, c'est vers les m&#234;mes d&#233;lais que Savinkov fixait l'&#233;meute attendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 ao&#251;t fut interdit, sans aucun motif apparent, l'organe des bolcheviks, Prol&#233;tarii (Le Prol&#233;taire). Publi&#233; pour le remplacer, le Rabotchii (L'Ouvrier) &#233;crivait que son pr&#233;d&#233;cesseur &#034; avait &#233;t&#233; interdit le lendemain du jour o&#249;, &#224; l'occasion de la rupture du front de Riga, il avait appel&#233; les ouvriers et les soldats &#224; tenir bon, &#224; rester calmes. Quelle est la main qui se pr&#233;occupait ainsi d'emp&#234;cher les ouvriers de savoir que le parti les met en garde contre la provocation ? &#034; Cette question visait en pleine poitrine. Le sort de la presse bolcheviste se trouvait entre les mains de Savinkov. L'interdiction du journal offrait deux avantages : elle irritait les masses et emp&#234;chait le parti de les prot&#233;ger contre une provocation qui venait, cette fois, directement, des hauteurs gouvernementales.D'apr&#232;s les proc&#232;s-verbaux du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, peut-&#234;tre l&#233;g&#232;rement stylis&#233;s, mais, dans l'ensemble, correspondant parfaitement au caract&#232;re de la situation et des personnages en sc&#232;ne, Savinkov d&#233;clara &#224; Kornilov : &#034; Il sera donn&#233; satisfaction &#224; vos exigences, Lavr Gu&#233;orgui&#233;vitch, sous peu de jours. Mais, en ce cas, le gouvernement craint qu'&#224; P&#233;trograd il n'en r&#233;sulte de s&#233;rieuses complications&#8230; La publication de vos exigences&#8230; poussera &#224; agir les bolcheviks&#8230; On ignore comment se comporteront les soviets &#224; l'&#233;gard de la nouvelle loi. Ces derniers peuvent &#233;galement se dresser contre le gouvernement&#8230; C'est pourquoi je vous prie de donner des ordres pour que le 3e corps de cavalerie soit, vers la fin d'ao&#251;t, cantonn&#233; sous P&#233;trograd et mis &#224; la disposition du gouvernement provisoire. Dans le cas o&#249;, avec les bolcheviks, agiraient aussi des membres des soviets, nous serons oblig&#233;s de s&#233;vir contre eux. &#034; L'&#233;missaire de K&#233;rensky ajouta que les mesures devaient &#234;tre les plus r&#233;solues et les plus impitoyables - &#224; quoi Kornilov r&#233;pondit qu'il &#034; ne comprenait pas d'autres mesures &#034;. Plus tard, quand il dut se justifier, Savinkov ajoutait : &#034; Si, au moment de l'insurrection des bolcheviks, les soviets avaient &#233;t&#233; bolcheviks&#8230; &#034; Mais ce n'&#233;tait l&#224; qu'une ruse grossi&#232;re : les d&#233;crets annon&#231;ant le coup d'&#201;tat de K&#233;rensky devaient suivre dans trois ou quatre jours. Il s'agissait, par cons&#233;quent, non des soviets de l'avenir, mais de ceux qui existaient &#224; la fin d'ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parer aux malentendus et ne pas provoquer l'action des bolcheviks &#034; avant le temps venu &#034;, on s'entendit sur le dispositif suivant : pr&#233;alablement concentrer &#224; P&#233;trograd un corps de cavalerie, ensuite d&#233;clarer la ville en &#233;tat de si&#232;ge et, seulement apr&#232;s, promulguer les nouvelles lois qui devaient provoquer le soul&#232;vement des bolcheviks. Dans le proc&#232;s-verbal du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ce plan est &#233;crit noir sur blanc : &#034; Afin que le gouvernement provisoire sache exactement quand il faudra d&#233;clarer la circonscription militaire de P&#233;trograd en &#233;tat de si&#232;ge, et quand promulguer la nouvelle loi, il faut que le g&#233;n&#233;ral Kornilov t&#233;l&#233;graphie &#224; lui, Savinkov, la date pr&#233;cise o&#249; le corps de cavalerie approchera de P&#233;trograd. &#034; Les g&#233;n&#233;raux conspirateurs avaient compris, d'apr&#232;s les termes de Stank&#233;vitch, &#034; que Savinkov et K&#233;rensky&#8230; voulaient accomplir un certain coup d'&#201;tat avec l'aide du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Il ne fallait pas autre chose. Ils se h&#226;taient de consentir &#224; toutes les exigences et conditions&#8230; &#034; D&#233;vou&#233; &#224; K&#233;rensky, Stank&#233;vitch fait cette r&#233;serve qu'au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral &#034; l'on associait erron&#233;ment &#034; K&#233;rensky et Savinkov. Mais comment pouvait-on les dissocier, du moment que Savinkov &#233;tait venu avec un mandat de K&#233;rensky nettement formul&#233; ? K&#233;rensky lui-m&#234;me &#233;crit : &#034; Le 25 ao&#251;t, Savinkov revient du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et me rapporte que des troupes seront envoy&#233;es &#224; la disposition du gouvernement provisoire, conform&#233;ment &#224; la convention. &#034; Pour le 26 au soir est fix&#233;e l'adoption par le gouvernement du projet de loi sur les mesures pour l'arri&#232;re qui devait devenir le prologue des actes d&#233;cisifs du corps de cavalerie. Tout est pr&#234;t. Il ne reste qu'&#224; appuyer sur un bouton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements, les documents, les t&#233;moignages des participants, enfin les aveux de K&#233;rensky lui-m&#234;me, d&#233;montrent de concert que le ministre-pr&#233;sident, &#224; l'insu d'une partie de son propre gouvernement, derri&#232;re le dos des soviets qui lui avaient pass&#233; le pouvoir, en se cachant du parti auquel il se disait adh&#233;rent, se mit en accord avec les sommit&#233;s du g&#233;n&#233;ralat pour modifier radicalement le r&#233;gime d'&#201;tat avec l'aide de la force arm&#233;e .Dans le langage de la l&#233;gislation criminelle, cette fa&#231;on d'agir a une d&#233;nomination parfaitement fix&#233;e, du moins pour le cas o&#249; l'entreprise ne conduit pas &#224; la victoire. La contradiction entre le caract&#232;re &#034; d&#233;mocratique &#034; de la politique de K&#233;rensky et le plan de sauvetage du pays au moyen du sabre ne peut sembler insoluble que d'un point de vue superficiel. En r&#233;alit&#233;, le plan d'une action de la cavalerie d&#233;coulait enti&#232;rement de la politique conciliatrice. En d&#233;couvrant cette causalit&#233;, l'on peut, dans une notable mesure, faire abstraction non seulement de la personnalit&#233; de K&#233;rensky, mais aussi des particularit&#233;s du milieu national : il s'agit de la logique objective du mouvement conciliateur dans les conditions de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Ebert, mandataire du peuple en Allemagne, conciliateur et d&#233;mocrate, non seulement agissait sous la direction des g&#233;n&#233;raux du Hohenzollern, derri&#232;re le dos de son propre parti, mais se trouva, d&#232;s le d&#233;but de d&#233;cembre 1918, complice direct d'une conspiration militaire ayant pour but l'arrestation de l'organe supr&#234;me des conseils et la proclamation d'Ebert lui-m&#234;me pr&#233;sident de la R&#233;publique. Ce n'est pas par hasard que K&#233;rensky pr&#233;sentait plus tard Ebert comme l'id&#233;al d'un homme d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque tous les desseins, ceux de K&#233;rensky, ceux de Savinkov, ceux de Kornilov, se furent &#233;croul&#233;s, K&#233;rensky, qui avait la t&#226;che difficile d'effacer les traces, certifiait ceci : &#034; Apr&#232;s la Conf&#233;rence de Moscou, il fut clair pour moi que la plus prochaine tentative de coup d'&#201;tat viendrait de droite, et non de gauche. &#034; Il est absolument incontestable que K&#233;rensky avait peur du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et de la sympathie dont la bourgeoisie entourait les conspirateurs militaires. Mais il n'en r&#233;sultait pas moins qu'avec le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, K&#233;rensky jugeait n&#233;cessaire de lutter, non au moyen d'un corps de cavalerie, mais en appliquant de sa propre part le programme de Kornilov. L'&#233;quivoque complice du premier ministre n'accomplit pas simplement une mission d'affaires pour laquelle aurait suffi un t&#233;l&#233;gramme chiffr&#233; du palais d'Hiver &#224; Mohilev - non, il se pr&#233;sentait en entremetteur pour r&#233;concilier Kornilov avec K&#233;rensky, c'est-&#224;-dire accorder leurs plans et, par l&#224;, assurer au coup d'&#201;tat, dans la mesure du possible, un cours de l&#233;galit&#233;. K&#233;rensky semblait dire, par l'interm&#233;diaire de Savinkov : &#034; Agissez, mais dans les limites de mon dessein. Vous &#233;viterez ainsi le risque et obtiendrez presque tout ce que vous voulez. &#034; Savinkov donnait pour sa part cette indication : &#034; Ne d&#233;passez pas pr&#233;matur&#233;ment les limites des plans de K&#233;rensky. &#034; Telle &#233;tait l'originale &#233;quation &#224; trois inconnues. C'est seulement sous ce rapport que l'appel de K&#233;rensky demandant au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, par l'interm&#233;diaire de Savinkov, un corps de cavalerie, est compr&#233;hensible. Les conspirateurs &#233;taient sollicit&#233;s par un complice hautement plac&#233;, qui se maintenait dans sa propre l&#233;galit&#233; et s'effor&#231;ait de s'assujettir le complot m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les commissions donn&#233;es &#224; Savinkov, une seule semblait &#234;tre une mesure effectivement dirig&#233;e contre le complot de la droite : elle concernait le Comit&#233; principal des officiers dont la suppression &#233;tait exig&#233;e par la conf&#233;rence p&#233;tersbourgeoise du parti de K&#233;rensky. Mais la formule m&#234;me de la commission est remarquable : &#034; dans la mesure du possible, liquider l'Union des officiers &#034;. Il est encore plus remarquable que Savinkov, loin de trouver cette possibilit&#233;, ne la recherch&#226;t m&#234;me pas. La question fut tout simplement enterr&#233;e, comme inopportune. La commission m&#234;me n'&#233;tait donn&#233;e que pour avoir, sur le papier, une trace, une justification devant les gauches : les mots &#034; dans la mesure du possible &#034; signifi&#232;rent que l'ex&#233;cution n'&#233;tait pas exig&#233;e. Comme pour souligner plus cr&#251;ment le caract&#232;re d&#233;coratif de la commission, elle &#233;tait libell&#233;e en premi&#232;re ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayant d'att&#233;nuer de quelque fa&#231;on le sens accablant du fait que, s'attendant &#224; un coup de droite, il avait d&#233;barrass&#233; la capitale des r&#233;giments r&#233;volutionnaires et s'&#233;tait dans le m&#234;me temps adress&#233; &#224; Kornilov pour obtenir des troupes &#034; s&#251;res &#034;, K&#233;rensky all&#233;gua plus tard les trois conditions sacramentelles pos&#233;es par lui pour l'appel d'un corps de cavalerie. C'est ainsi que, consentant &#224; soumettre &#224; Kornilov la r&#233;gion militaire de P&#233;trograd, K&#233;rensky y mettait cette condition que l'on d&#233;tacherait de la r&#233;gion la capitale et la banlieue, pour que le gouvernement ne se trouv&#226;t pas tout &#224; fait dans les mains du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, car, comme s'exprimait K&#233;rensky dans son milieu, &#034; l&#224;, nous serions mang&#233;s &#034;. Cette condition prouve seulement que, r&#234;vant de subordonner les g&#233;n&#233;raux &#224; son propre dessein, K&#233;rensky n'avait &#224; sa disposition rien d'autre que d'impuissantes arguties. Que K&#233;rensky n'ait pas voulu se laisser d&#233;vorer, on peut le croire sans preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux autres conditions &#233;taient sur un m&#234;me niveau : Kornilov ne devait ni inclure dans le corps exp&#233;ditionnaire la division dite &#034; sauvage &#034;, compos&#233;e de montagnards du Caucase, ni placer le g&#233;n&#233;ral Krymov &#224; la t&#234;te du corps. Du point de vue de la protection des int&#233;r&#234;ts de la d&#233;mocratie, c'&#233;tait v&#233;ritablement avaler le chameau et passer au tamis les moustiques. Mais, par contre, du point de vue du camouflage du coup port&#233; &#224; la r&#233;volution, les conditions de K&#233;rensky avaient un sens incomparablement plus profond. Diriger contre les ouvriers de P&#233;trograd des montagnards caucasiens qui ne parlaient pas le russe e&#251;t &#233;t&#233; trop imprudent : le tsar lui-m&#234;me ne l'avait point os&#233; en son temps ! L'incommodit&#233; de la d&#233;signation du g&#233;n&#233;ral Krymov, sur lequel le Comit&#233; ex&#233;cutif poss&#233;dait des renseignements suffisamment pr&#233;cis, &#233;tait persuasivement motiv&#233;e par Savinkov all&#233;guant au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral les int&#233;r&#234;ts de la cause commune : &#034; Il serait f&#226;cheux, disait-il, - dans le cas d'un soul&#232;vement &#224; P&#233;trograd, que ce mouvement f&#251;t &#233;cras&#233; justement par le g&#233;n&#233;ral Krymov. A son nom, l'opinion publique rattachera peut-&#234;tre des aspirations sur lesquelles il ne se guide pas&#8230; &#034; Enfin, le fait m&#234;me que le chef du gouvernement, appelant un d&#233;tachement de troupes dans la capitale, prend les devants avec une &#233;trange pri&#232;re : ne pas envoyer la division &#034; sauvage &#034; et ne pas d&#233;signer Krymov, d&#233;nonce aussi clairement qu'il se puisse K&#233;rensky comme ayant connu pr&#233;alablement non seulement le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral du complot, mais aussi la composition projet&#233;e de l'exp&#233;dition punitive et les candidatures des principaux ex&#233;cuteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, cependant, de ces circonstances secondaires, il est absolument &#233;vident que le corps de cavalerie de Kornilov ne pouvait nullement &#234;tre utilisable pour la d&#233;fense de la &#034; d&#233;mocratie &#034;. En revanche, K&#233;rensky ne pouvait pas douter que, de toutes les parties de l'arm&#233;e, ce corps serait le plus s&#251;r instrument contre la r&#233;volution. A vrai dire, il e&#251;t &#233;t&#233; plus avantageux d'avoir &#224; P&#233;trograd un d&#233;tachement d&#233;vou&#233; personnellement &#224; K&#233;rensky dress&#233; au-dessus des droites et des gauches. Cependant, comme le montrera toute la marche ult&#233;rieure des &#233;v&#233;nements, ces troupes-l&#224; n'existaient pas dans la r&#233;alit&#233;. Pour combattre la r&#233;volution, il n'y avait personne d'autre que les korniloviens : c'est &#224; eux que recourut K&#233;rensky.Les mesures militaires compl&#233;t&#232;rent seulement la politique. Le cours g&#233;n&#233;ral du gouvernement provisoire, pendant une quinzaine &#224; peu pr&#232;s, s&#233;parant la Conf&#233;rence de Moscou du soul&#232;vement de Kornilov, aurait &#233;t&#233; en somme suffisant par lui-m&#234;me pour prouver que K&#233;rensky se disposait non &#224; lutter contre les droites, mais &#224; faire front unique avec elles contre le peuple. N&#233;gligeant les protestations du Comit&#233; ex&#233;cutif &#224; l'&#233;gard de sa politique contre-r&#233;volutionnaire, le gouvernement fait, le 26 ao&#251;t, une d&#233;marche audacieuse en faveur des propri&#233;taires de terres en d&#233;cidant &#224; l'improviste un rel&#232;vement des prix du pain au double. Le caract&#232;re odieux de cette mesure, prise d'ailleurs sur les exigences ouvertes de Rodzianko, la rapprochait d'une provocation consciente vis-&#224;-vis des masses affam&#233;es. K&#233;rensky essayait &#233;videmment d'acheter l'extr&#234;me flanc droit de la Conf&#233;rence de Moscou pour une grosse ristourne. &#034; Je suis v&#244;tre ! &#034; disait-il &#224; l'Union des officiers, dans son ordonnance flatteuse sign&#233;e le jour m&#234;me o&#249; Savinkov partait engager des pourparlers au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. &#034; Je suis v&#244;tre ! &#034; se h&#226;tait de crier K&#233;rensky aux propri&#233;taires nobles &#224; la veille des repr&#233;sailles d'une cavalerie sur tout ce qui restait encore de la R&#233;volution de F&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;positions de K&#233;rensky devant la commission d'enqu&#234;te nomm&#233;e par lui-m&#234;me furent indignes. Comparaissant en t&#233;moin, le chef du gouvernement se sentait en somme le principal accus&#233; et, de plus, pris en flagrant d&#233;lit. De tr&#232;s exp&#233;riment&#233;s fonctionnaires, qui comprenaient parfaitement le m&#233;canisme des &#233;v&#233;nements, firent semblant de croire s&#233;rieusement aux explications du chef du gouvernement. Mais les autres mortels, dont des membres du parti de K&#233;rensky, se demandaient avec une franche stup&#233;faction comment un seul et m&#234;me corps pouvait &#234;tre utile &#224; la r&#233;alisation du coup d'&#201;tat et &#224; sa r&#233;pression. Il y avait d&#233;j&#224; trop d'inadvertance, du c&#244;t&#233; d'un &#034; socialiste-r&#233;volutionnaire &#034;, &#224; introduire dans la capitale une troupe destin&#233;e &#224; l'&#233;trangler. Il est vrai que les Troyens avaient jadis introduit dans les murs de leur propre ville un d&#233;tachement ennemi ; mais ils ne savaient pas, du moins, ce que contenait la carcasse du cheval de bois. Et, encore, un historien de l'antiquit&#233; conteste la version du po&#232;te : d'apr&#232;s Pausanias, on n'aurait pu croire Hom&#232;re que si l'on avait estim&#233; que les Troyens &#233;taient &#034; des imb&#233;ciles, priv&#233;s m&#234;me d'une ombre de raison &#034;. Que dirait l'ancien des t&#233;moignages de K&#233;rensky ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de Kornilov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but du mois d'ao&#251;t, Kornilov ordonna de transf&#233;rer la division &#034; sauvage &#034; et le 3e corps de cavalerie du front Sud-Ouest au rayon compris dans le triangle ferroviaire : Nevel-Novosokolniki-V&#233;liki&#233; Louki pr&#233;sentant une base commode pour une marche sur P&#233;trograd, sous l'aspect d'une r&#233;serve pour la d&#233;fense de Riga. Alors m&#234;me, le g&#233;n&#233;ralissime d&#233;cidait qu'une division de Cosaques serait concentr&#233;e dans le rayon situ&#233; entre Vyborg et Bi&#233;loostrov : au point dress&#233; sur la t&#234;te m&#234;me de la capitale &#8212; de Bi&#233;loostrov &#224; P&#233;trograd, il n'y a que trente kilom&#232;tres ! &#8212; l'on donnait l'apparence d'une r&#233;serve pour d'&#233;ventuelles op&#233;rations en Finlande. Ainsi, m&#234;me avant la Conf&#233;rence de Moscou, l'on avait mis en branle pour frapper un coup sur P&#233;trograd les quatre divisions de cavalerie consid&#233;r&#233;es comme les plus utilisables contre les bolcheviks. Pour ce qui est de la division caucasienne, on en parlait, dans l'entourage de Kornilov, tr&#232;s simplement : &#034; Les montagnards, peu leur importe qui massacrer. &#034; Le plan strat&#233;gique &#233;tait simple. Trois divisions venant du sud devaient &#234;tre transport&#233;es par chemin de fer jusqu'&#224; Tsarsko&#239;&#233;-S&#233;lo, Gatchina et Krasno&#239;&#233;-S&#233;lo, d'o&#249;, &#034; sit&#244;t inform&#233;es de d&#233;sordres commenc&#233;s &#224; P&#233;trograd et pas plus tard que le matin du 1er septembre &#034;, elles seraient avanc&#233;es en ordre de bataille pour l'occupation de la partie sud de la capitale, sur la rive gauche de la N&#233;va. La division cantonn&#233;e en Finlande devait, en m&#234;me temps, occuper la partie nord de P&#233;trograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l'interm&#233;diaire de l'Union des officiers, Kornilov entra en liaison avec les soci&#233;t&#233;s patriotiques de la capitale qui disposaient, d'apr&#232;s leurs propres termes, de deux mille hommes parfaitement arm&#233;s ; mais, ayant besoin d'officiers exp&#233;riment&#233;s pour l'instruction, Kornilov promit de donner des chefs pr&#233;lev&#233;s sur le front sous pr&#233;texte de cong&#233;s. Pour contr&#244;ler l'&#233;tat d'esprit des ouvriers et des soldats de P&#233;trograd et l'activit&#233; des r&#233;volutionnaires, un contre-espionnage secret fut institu&#233;, &#224; la t&#234;te duquel fut plac&#233; le colonel de la division &#034; sauvage &#034; Heimann. L'affaire &#233;tait men&#233;e dans les cadres des r&#232;glements militaires, le complot disposait de l'appareil du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de Moscou n'avait que fortifi&#233; Kornilov dans ses plans. A vrai dire, Milioukov, d'apr&#232;s son propre r&#233;cit, recommandait de diff&#233;rer, car K&#233;rensky, disait-il, avait encore en province une popularit&#233;. Mais un conseil de ce genre ne pouvait avoir d'influence sur le g&#233;n&#233;ral d&#233;cha&#238;n&#233; : il s'agissait en fin de compte non de K&#233;rensky, mais des Soviets ; au surplus, Milioukov n'&#233;tait pas un homme d'action : un civil, et pis encore, un professeur. Les banquiers, les industriels, les g&#233;n&#233;raux cosaques se faisaient pressants, les m&#233;tropolites b&#233;nissaient. L'officier d'ordonnance Zavo&#239;ko se portait garant du succ&#232;s. De toutes parts venaient des t&#233;l&#233;grammes de f&#233;licitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diplomatie alli&#233;e participait activement &#224; la mobilisation des forces contre-r&#233;volutionnaires. Sir George Buchanan tenait entre ses mains de nombreux fils du complot. Les attach&#233;s militaires des Alli&#233;s pr&#232;s le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral donnaient l'assurance de leurs meilleurs sentiments. &#034;En particulier &#8211; t&#233;moigne D&#233;nikine &#8211; le repr&#233;sentant de la Grande-Bretagne le faisait en termes touchants. &#034; Derri&#232;re les ambassades se tenaient leurs gouvernements. Par une d&#233;p&#234;che du 23 ao&#251;t, le commissaire du gouvernement provisoire &#224; l'&#233;tranger, Svatikov, communiquait de Paris qu'au cours des audiences d'adieux, le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res Ribot &#034; s'int&#233;ressait avec une extr&#234;me curiosit&#233; &#224; savoir quel &#233;tait dans l'entourage de K&#233;rensky l'homme ferme et &#233;nergique, et le pr&#233;sident Poincar&#233; posait de nombreuses questions sur... Kornilov &#034;. Tout cela &#233;tait connu du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Kornilov ne voyait aucun motif de diff&#233;rer et d'attendre. Vers le 20, deux divisions de cavalerie furent avanc&#233;es dans la direction de P&#233;trograd. Le jour de la chute de Riga, l'on convoqua au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral quatre officiers de chaque r&#233;giment, au total environ quatre mille grad&#233;s, pour &#034; l'&#233;tude des mortiers anglais &#034;. On expliqua tout de suite aux officiers les plus s&#251;rs qu'il s'agissait d'&#233;craser pour toujours &#034; le P&#233;trograd bolcheviste &#034;. Le m&#234;me jour, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ordonna de remettre d'urgence aux divisions de cavalerie plusieurs caisses de grenades : ces projectiles &#233;taient ce qu'il y avait de mieux pour les combats de rues. &#034;Il fut convenu &#8212; &#233;crit le chef d'&#233;tat-major Loukomsky &#8212; que tout devait &#234;tre pr&#234;t pour le 26 ao&#251;t. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que les troupes de Kornilov approcheront de P&#233;trograd, l'organisation int&#233;rieure &#034; doit agir dans la capitale, occuper l'Institut Smolny et s'efforcer d'arr&#234;ter les leaders bolcheviks &#034;. Il est vrai que ces leaders ne se montraient &#224; l'Institut Smolny que pendant les s&#233;ances ; en revanche, s'y tenait en permanence le Comit&#233; ex&#233;cutif qui fournissait des ministres et continuait &#224; consid&#233;rer K&#233;rensky comme son vice-pr&#233;sident. Mais, dans une grande affaire, il n'y a ni possibilit&#233;, ni besoin de sauver les nuances. Kornilov, en tout cas, ne s'en occupait point, &#034; Il est temps &#8211; disait-il &#224; Loukomsky &#8211; de pendre les agents et espions de l'Allemagne, L&#233;nine le premier, et de chasser le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats, mais de le chasser de telle fa&#231;on qu'il ne puisse plus se r&#233;unir nulle part&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov avait fermement d&#233;cid&#233; de confier la direction de l'op&#233;ration &#224; Krymov, qui, dans ces milieux, jouissait de la r&#233;putation d'un g&#233;n&#233;ral hardi et r&#233;solu. &#034;Krymov &#233;tait alors gai, jovial &#233;crit de lui D&#233;nikine &#8211; et envisageait avec foi l'avenir. &#034; Au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral l'on avait foi en Krymov. &#034;Je suis persuad&#233; &#8211; &#233;crivait de lui Kornilov &#8211; qu'il n'h&#233;sitera pas, en cas de n&#233;cessit&#233;, &#224; faire pendre tous les membres du Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats. &#034; Le choix d'un g&#233;n&#233;ral &#034; gai, jovial &#034;, &#233;tait donc des plus r&#233;ussis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plein dans le cours de ces travaux qui distrayaient un peu du front allemand, Savinkov arriva au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral pour pr&#233;ciser le vieil accord en y apportant des amendements d'importance secondaire. Pour frapper sur l'ennemi commun, Savinkov rappela la date m&#234;me que Kornilov avait depuis longtemps choisie pour agir contre K&#233;rensky : six mois &#233;coul&#233;s depuis la r&#233;volution. Bien que le plan du coup d'&#201;tat se f&#251;t scind&#233; en deux courants, les parties, l'une et l'autre, essayaient d'op&#233;rer sur les &#233;l&#233;ments communs du plan : Kornilov pour un camouflage, K&#233;rensky pour entretenir ses propres illusions. La proposition de Savinkov convenait au mieux au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral : le gouvernement lui-m&#234;me tendait le cou, Savinkov se pr&#233;parait &#224; serrer le n&#339;ud coulant. Les g&#233;n&#233;raux du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral se frottaient les mains. &#034;&#199;a mord !&#034; disaient-ils comme des p&#234;cheurs heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov accepta d'autant plus volontiers des concessions qu'elles ne lui co&#251;taient rien. Quelle importance y a-t-il &#224; soustraire la garnison de P&#233;trograd aux ordres du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral du moment que les troupes de Kornilov entrent dans la capitale ? Ayant accept&#233; les deux autres conditions, Kornilov les viola imm&#233;diatement : la division &#034; sauvage &#034; fut d&#233;sign&#233;e comme avant-garde et Krymov fut mis &#224; la t&#234;te de toute l'op&#233;ration. Kornilov ne jugeait pas m&#234;me n&#233;cessaire de sauver les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks discutaient ouvertement les conditions essentielles de leur tactique : un parti de masses ne saurait en effet agir autrement. Le gouvernement et le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ne pouvaient ignorer que les bolcheviks s'opposaient aux manifestations, loin de les provoquer. Mais, de m&#234;me que le d&#233;sir est parfois le p&#232;re de la pens&#233;e, la n&#233;cessit&#233; politique devient aussi la m&#232;re des pronostics. Toutes les classes dirigeantes parlaient de l'insurrection imminente parce qu'elles en avaient besoin &#224; tout prix. Tant&#244;t on donnait comme prochaine, tant&#244;t comme retard&#233;e de quelques jours la date de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au minist&#232;re de la Guerre, c'est-&#224;-dire chez Savinkov &#8211; communiquait la presse &#8211; on envisageait la prochaine manifestation &#034; tr&#232;s s&#233;rieusement &#034;. La Rietch d&#233;clarait que l'initiative du mouvement &#233;tait prise par la fraction bolcheviste du Soviet de P&#233;trograd. En qualit&#233; de politicien, Milioukov &#233;tait &#224; tel point engag&#233; dans la question de l'imaginaire soul&#232;vement des bolcheviks qu'il jugea de son honneur de maintenir cette version en qualit&#233; d'historien. &#034;Dans les documents de contre-espionnage publi&#233;s plus tard &#8211; &#233;crit-il &#8211; c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment que se rapportent de nouvelles assignations d'argent allemand pour les &#034; entreprises de Trotsky &#034;. Avec le contre-espionnage russe, le savant historien oublie que Trotsky, que l'&#233;tat-major allemand d&#233;signait par son nom pour la commodit&#233; des patriotes russes, &#034; pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment &#034; &#8211; du 23 juillet au 4 septembre se trouvait en prison. Si l'axe de la terre n'est qu'une ligne imaginaire, cela n'emp&#234;che pas, comme on sait, la terre de tourner. C'est &#233;galement ainsi que le plan de l'op&#233;ration Kornilovienne tournait autour d'un imaginaire mouvement des bolcheviks, pris comme axe. Cela pouvait parfaitement suffire pour la p&#233;riode pr&#233;paratoire. Mais, pour le d&#233;nouement, il fallait tout de m&#234;me quelque chose de plus mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des dirigeants de la conspiration militaire, l'officier Winberg, dans des notes int&#233;ressantes qui r&#233;v&#232;lent ce qui se passa dans la coulisse, confirmait compl&#232;tement les indications des bolcheviks sur le travail accompli par la provocation militaire. Milioukov se trouva forc&#233;, sous la pression des faits et des documents, de reconna&#238;tre que &#034; les soup&#231;ons des milieux d'extr&#234;me-gauche tombaient juste ; l'agitation dans les usines faisait indubitablement partie des t&#226;ches qu'avaient &#224; accomplir les organisations d'officiers &#034;. Mais cela n'&#233;tait pas de grand secours : les bolcheviks, comme s'en plaint le m&#234;me historien, d&#233;cid&#232;rent de &#034; ne pas se laisser faire &#034; les masses ne se d&#233;cidaient pas &#224; marcher sans les bolcheviks. Cependant, l'on tint compte aussi, dans le plan, de cet obstacle qui fut, pour ainsi dire, paralys&#233; d'avance. Le &#034; Centre r&#233;publicain &#034;, comme se d&#233;nommait l'organe dirigeant des conspirateurs &#224; P&#233;trograd, d&#233;cida tout simplement de se substituer aux bolcheviks : le truquage du soul&#232;vement r&#233;volutionnaire fut confi&#233; au colonel de Cosaques Doutov. En janvier 1918, Doutov, comme ses amis politiques lui demandaient &#034; ce qui avait d&#251; se passer, le 28 ao&#251;t 1917 &#034;, r&#233;pondit litt&#233;ralement ceci : &#034; Entre le 28 ao&#251;t et le 2 septembre, sous apparence de bolcheviks, c'&#233;tait moi qui devais agir. &#034; Tout avait &#233;t&#233; pr&#233;vu. Ce n'est pas en vain que le plan avait &#233;t&#233; travaill&#233; par les officiers de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#233;rensky, &#224; son tour, lorsque Savinkov fut rentr&#233; de Mohilev, &#233;tait enclin &#224; penser que les malentendus &#233;taient &#233;limin&#233;s et que le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral &#233;tait totalement entr&#233; dans son plan. &#034;Il y eut des moments &#8211; &#233;crit Stank&#233;vitch &#8211; o&#249; tous les personnages non seulement crurent agir dans une seule direction, mais se repr&#233;sent&#232;rent pareillement la m&#233;thode d'action. &#034; Ces heureux moments ne dur&#232;rent pas longtemps, A l'affaire se m&#234;la le hasard qui, comme tous les hasards historiques, ouvrit le clapet de la n&#233;cessit&#233;. K&#233;rensky re&#231;ut la visite de Lvov, octobriste, membre du premier gouvernement provisoire, celui-l&#224; m&#234;me qui, en qualit&#233; d'expansif haut-procureur du tr&#232;s saint synode, avait rapport&#233; qu'en cet endroit si&#233;geaient &#034; des idiots et des coquins &#034;. Le sort de Lvov &#233;tait de r&#233;v&#233;ler que, sous l'apparence d'un plan unique, il y avait deux plans dont l'un &#233;tait dirig&#233; contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En qualit&#233; de politicien ch&#244;meur mais verbeux, Lvov prenait part aux interminables palabres sur la transformation du pouvoir et le sauvetage du pays, tant&#244;t au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, tant&#244;t au palais d'Hiver. Cette fois il vint offrir son entremise pour un remaniement du Cabinet sur des bases nationales, intimidant avec bienveillance K&#233;rensky en le mena&#231;ant des foudres du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral m&#233;content. Inquiet, le ministre-pr&#233;sident d&#233;cida d'utiliser Lvov pour contr&#244;ler le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et, du m&#234;me coup, apparemment, son complice Savinkov. K&#233;rensky se d&#233;clara favorable &#224; un courant dans le sens d'une dictature, ce qui n'&#233;tait pas hypocrite, et encouragea Lvov &#224; continuer ses d&#233;marches, mais c'&#233;tait l&#224; une ruse de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Lvov s'en fut revenu au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, d&#233;j&#224; investi des pleins pouvoirs de K&#233;rensky, les g&#233;n&#233;raux consid&#233;r&#232;rent la mission comme une preuve que le gouvernement &#233;tait m&#251;r pour la capitulation. La veille encore, K&#233;rensky, par l'interm&#233;diaire de Savinkov, s'&#233;tait vu oblig&#233; d'appliquer le programme de Kornilov sous la protection d'un corps de Cosaques ; aujourd'hui, K&#233;rensky proposait d&#233;j&#224; au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral de reconstituer conjointement le pouvoir. Il faut pousser &#224; la roue &#8211; d&#233;cid&#232;rent fort justement les g&#233;n&#233;raux. Kornilov expliqua &#224; Lvov que le soul&#232;vement pr&#233;vu des bolcheviks ayant pour but &#034; le renversement de l'autorit&#233; du gouvernement provisoire et la conclusion de la paix avec l'Allemagne, &#224; laquelle les bolcheviks livreraient la flotte de la mer Baltique &#034;, il ne restait d'autre issue que &#034; l'imm&#233;diate transmission du pouvoir par le gouvernement aux mains du g&#233;n&#233;ralissime &#034;. Kornilov ajoutait : &#034; Quel que soit ce g&#233;n&#233;ralissime. &#034; Mais il ne se disposait pas du tout &#224; c&#233;der sa place &#224; quelqu'un. Son inamovibilit&#233; &#233;tait d'avance garantie par le serment des chevaliers de Saint-Georges, de l'Union des officiers et du Soviet des troupes cosaques. Pour assurer la &#034; s&#233;curit&#233; &#034; de K&#233;rensky et de Savinkov vis-&#224;-vis des bolcheviks, Kornilov priait instamment ces deux hommes de venir au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral se mettre sous sa protection personnelle. L'officier d'ordonnance Zavo&#239;ko indiquait &#224; Lvov, sans &#233;quivoque, en quoi consisterait pr&#233;cis&#233;ment cette protection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rentr&#233; &#224; Moscou, Lvov, en &#034; ami &#034;, persuada ardemment K&#233;rensky d'accepter la proposition de Kornilov &#034; pour sauver la vie des membres du gouvernement provisoire et, principalement, la sienne propre &#034;. K&#233;rensky ne pouvait pas ne pas comprendre, enfin, que le jeu politique avec la dictature prenait une tournure s&#233;rieuse et pouvait finir tout &#224; fait mal pour lui. Ayant d&#233;cid&#233; d'agir, il appela avant tout Kornilov au t&#233;l&#233;phone pour v&#233;rification : Lvov avait-il bien fait la commission ? K&#233;rensky posait les questions non seulement de sa propre part, mais au nom de Lvov, bien que ce dernier f&#251;t absent de la conversation. &#034;Pareil proc&#233;d&#233; &#8211; note Martynov &#8211; convenable &#224; un d&#233;tective, &#233;tait, bien entendu, inconvenant de la part du chef du gouvernement. &#034; K&#233;rensky parlait, le lendemain, de son d&#233;part pour le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, en compagnie de Savinkov, comme d'une chose d&#233;cid&#233;e. Tout le dialogue par fil para&#238;t en somme invraisemblable : Le chef d&#233;mocrate du gouvernement et le g&#233;n&#233;ral &#034; r&#233;publicain &#034; discutent de se c&#233;der l'un &#224; l'autre le pouvoir comme s'il s'agissait d'une place dans un wagon-lit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milioukov a parfaitement raison quand, dans l'exigence de Kornilov demandant qu'on lui passe le pouvoir, il voit seulement &#034; la continuation de tous ces pourparlers engag&#233;s depuis longtemps sur la dictature, la r&#233;organisation du pouvoir, etc. &#034; Milioukov va trop loin quand, sur cette base, il essaie de pr&#233;senter l'affaire en tel sens qu'il n'y aurait pas eu, en somme, de complot du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Kornilov, indubitablement n'aurait pu formuler ses exigences, par l'interm&#233;diaire de Lvov, s'il n'avait &#233;t&#233; d'abord complice de K&#233;rensky. Ce qui n'emp&#234;che pas que, sous un complot commun, Kornilov en dissimulait un autre, le sien. Au moment o&#249; K&#233;rensky et Savinkov se disposaient &#224; liquider les bolcheviks &#8211; et partiellement les soviets &#8211; Kornilov avait l'intention de liquider aussi le gouvernement provisoire. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que ne voulait pas K&#233;rensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soir&#233;e du 26, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral put effectivement penser, pendant quelques heures, que le gouvernement capitulait sans combat. Cela signifiait non point qu'il n'y avait pas eu de conspiration, mais que le complot semblait devoir bient&#244;t triompher. Une conspiration victorieuse trouve toujours les moyens de se l&#233;galiser. &#034;Je vis le g&#233;n&#233;ral Kornilov apr&#232;s cette conversation &#034;, t&#233;moigna le prince Troubetsko&#239;, diplomate, qui repr&#233;sentait aupr&#232;s du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res, &#034; Un soupir de soulagement lui &#233;chappa et, comme je lui demandais si le gouvernement se montrait bien dispos&#233; en tout, il r&#233;pondit oui. &#034; Kornilov se trompait. Juste &#224; partir de ce moment, le gouvernement en la personne de K&#233;rensky, cessait de se montrer bien dispos&#233; pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral a ses plans ? Ainsi, il est question non d'une dictature, en g&#233;n&#233;ral, mais de la dictature de Kornilov ? A K&#233;rensky, comme par moquerie, l'on propose le poste de ministre de la Justice ? Kornilov, effectivement avait &#233;t&#233; assez imprudent pour en faire allusion &#224; Lvov. S'identifiant &#224; la r&#233;volution, K&#233;rensky criait au ministre des Finances N&#233;krassov : &#034; Je ne leur livrerai pas la r&#233;volution ! &#034;L'ami d&#233;sint&#233;ress&#233;, Lvov, fut aussit&#244;t arr&#234;t&#233; et passa une nuit d'insomnie au palais d'Hiver, avec deux sentinelles &#224; ses pieds, &#233;coutant, en grin&#231;ant des dents, &#034; K&#233;rensky triomphant qui, de l'autre c&#244;t&#233; du mur, dans une chambre contigu&#235;, celle d'Alexandre II, &#233;tant satisfait de la bonne marche de son affaire, vocalisait sans fin des roulades d'op&#233;ras &#034;. En ces heures-l&#224;, K&#233;rensky se sentait un extraordinaire afflux d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;trograd, en ces m&#234;mes journ&#233;es, vivait d'une double anxi&#233;t&#233;. La tension politique, exag&#233;r&#233;e &#224; dessein par la presse, comportait une explosion. La chute de Riga rapprocha le front. La question de l'&#233;vacuation de la capitale, pos&#233;e par les circonstances de la guerre longtemps avant la chute de la monarchie, prit une nouvelle acuit&#233;. Les personnes fortun&#233;es quittaient la ville. La fuite de la bourgeoisie provenait de ses appr&#233;hensions devant une nouvelle insurrection, beaucoup plus que devant une invasion de l'ennemi. Le 26 ao&#251;t, le Comit&#233; central du parti bolchevik revenait &#224; la charge : &#034; De louches personnalit&#233;s&#8230; m&#232;nent une agitation provocatrice, soi-disant au nom de notre parti. &#034; Les organes dirigeants du Soviet de P&#233;trograd, des syndicats, des comit&#233;s de fabriques et d'usines, d&#233;claraient le m&#234;me jour : pas une organisation ouvri&#232;re, pas un parti politique n'appelle &#224; une manifestation quelconque. N&#233;anmoins, les bruits qui couraient sur le renversement, pour le jour suivant, du gouvernement, ne cessaient pas une heure. &#034;Dans les cercles gouvernementaux &#8211; disait la presse &#8211; on indique la d&#233;cision prise unanimement d'&#233;craser toute tentative de manifestation. &#034; Les mesures &#233;taient prises m&#234;me pour provoquer la manifestation avant de l'&#233;craser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 27, non seulement les journaux ne communiquaient encore rien des intentions de mutinerie du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, mais, au contraire, une interview de Savinkov assurait que &#034; le g&#233;n&#233;ral Kornilov jouissait de la confiance absolue du gouvernement provisoire &#034;. Le jour du semestriel anniversaire s'&#233;coulait dans un calme rare. Les ouvriers et les soldats &#233;vitaient tout ce qui aurait pu ressembler &#224; une manifestation. La bourgeoisie, craignant des d&#233;sordres, restait enferm&#233;e chez elle. Les rues &#233;taient d&#233;sertes. Les tombes des victimes de F&#233;vrier sur le Champ-de-Mars semblaient oubli&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin de la journ&#233;e longuement attendue qui devait apporter le salut du pays, le g&#233;n&#233;ralissime re&#231;ut du ministre-pr&#233;sident un ordre t&#233;l&#233;graphique : r&#233;signer ses fonctions entre les mains du chef de l'&#233;tat-major et se rendre imm&#233;diatement &#224; P&#233;trograd. L'affaire prenait du coup une tournure absolument impr&#233;vue. Le g&#233;n&#233;ral comprit, d'apr&#232;s ses propres termes, &#034; qu'il y avait double jeu &#034;. A plus juste titre, il e&#251;t pu dire que son double jeu &#224; lui avait &#233;t&#233; d&#233;couvert. Kornilov d&#233;cide de ne pas c&#233;der. Les exhortations de Savinkov par fil direct ne servirent de rien. &#034;Contraint d'agir ouvertement &#8211; disait le g&#233;n&#233;ralissime dans son manifeste au peuple &#8211; moi, g&#233;n&#233;ral Kornilov, je d&#233;clare que le gouvernement provisoire, sous la pression de la majorit&#233; bolcheviste des soviets, agit en complet accord avec les plans de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral allemand, au moment m&#234;me o&#249; va se produire une descente de l'ennemi sur les rivages de Riga, d&#233;truit l'arm&#233;e et bouleverse &#224; l'int&#233;rieur le pays. &#034; Ne d&#233;sirant pas c&#233;der le pouvoir aux tra&#238;tres, lui, Kornilov, &#034; pr&#233;f&#232;re mourir au champ d'honneur &#034;. Sur l'auteur de ce manifeste, Milioukov &#233;crivait plus tard, avec une nuance d'admiration : &#034; Homme r&#233;solu, ne reconnaissant nulle subtilit&#233; juridique et allant droit au but d&#232;s l'instant qu'il l'avait reconnu juste. &#034; Un g&#233;n&#233;ralissime qui pr&#233;l&#232;ve des troupes sur le front dans le dessein de renverser son propre gouvernement ne peut, effectivement, &#234;tre tax&#233; de pr&#233;dilection pour &#034; les subtilit&#233;s juridiques &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#233;rensky destitua Kornilov par acte d'autorit&#233; personnelle. Le gouvernement provisoire, en ce temps, n'existait d&#233;j&#224; plus : le soir du 26, messieurs les ministres donn&#232;rent une d&#233;mission qui, par un heureux concours de circonstances, r&#233;pondait aux d&#233;sirs de tous les partis. D&#233;j&#224;, quelques jours avant la rupture du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral avec le gouvernement, le g&#233;n&#233;ral Loukomsky avait averti Lvov par l'interm&#233;diaire d'Aladyine : &#034; Il ne serait pas mauvais de pr&#233;venir les cadets qu'ils aient, pour le 27 ao&#251;t, &#224; quitter tous le gouvernement provisoire pour placer celui-ci dans une situation difficile et, par l&#224;-m&#234;me, s'&#233;pargner des d&#233;sagr&#233;ments. &#034; Les cadets ne manqu&#232;rent pas de prendre bonne note de cette recommandation. D'autre part, K&#233;rensky lui-m&#234;me d&#233;clara au gouvernement qu'il jugeait possible de combattre la mutinerie de Kornilov &#034; seulement sous condition que le pouvoir lui f&#251;t remis &#224; lui-m&#234;me int&#233;gralement &#034;. Les autres ministres ne semblaient attendre que cet heureux motif pour d&#233;missionner &#224; leur tour. C'est ainsi que la coalition fut soumise &#224; une v&#233;rification de plus. &#034; Les ministres du parti cadet &#8211; &#233;crit Milioukov &#8211; d&#233;clar&#232;rent que, pour l'instant, ils d&#233;missionnaient sans pr&#233;juger de leur participation future au gouvernement provisoire. &#034; Fid&#232;les &#224; leur tradition, les cadets voulaient attendre &#224; l'&#233;cart les r&#233;sultats des journ&#233;es de lutte pour prendre une d&#233;cision selon l'issue. Ils ne doutaient pas que les conciliateurs leur garderaient indemnes leurs places. En se d&#233;chargeant de la responsabilit&#233;, les cadets, avec tous les autres ministres d&#233;missionnaires, prirent part ensuite &#224; plusieurs conf&#233;rences gouvernementales, &#034; de caract&#232;re priv&#233; &#034;. Les deux camps, se pr&#233;parant &#224; la guerre civile, se groupaient, dans l'ordre &#034; priv&#233; &#034;, autour du chef du gouvernement, muni de tous les pleins pouvoirs imaginables, mais non d'une r&#233;elle autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le t&#233;l&#233;gramme de K&#233;rensky re&#231;u au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral : &#034; Tous &#233;chelons dirig&#233;s sur P&#233;trograd et la banlieue doivent &#234;tre arr&#234;t&#233;s et ramen&#233;s &#224; leurs postes ant&#233;rieurs &#034;, Kornilov nota : &#034; Ne pas ex&#233;cuter cet ordre, diriger les troupes sur P&#233;trograd. &#034; L'affaire du soul&#232;vement arm&#233; &#233;tait ainsi solidement mise sur la voie. Ceci doit &#234;tre compris litt&#233;ralement : trois divisions de cavalerie, par convois de chemin de fer, s'avan&#231;aient vers la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proclamation de K&#233;rensky aux troupes de P&#233;trograd disait : &#034; Le g&#233;n&#233;ral Kornilov, apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; son patriotisme et sa fid&#233;lit&#233; au peuple&#8230; a lev&#233; des r&#233;giments du front et&#8230; les a exp&#233;di&#233;s contre P&#233;trograd. &#034; K&#233;rensky passait sous silence, prudemment que les r&#233;giments du front n'avaient pas seulement &#233;t&#233; pr&#233;lev&#233;s, de son su, mais sur son injonction directe, pour exercer la r&#233;pression sur la garnison m&#234;me devant laquelle il d&#233;non&#231;ait maintenant la f&#233;lonie de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ralissime mutin n'avait pas la langue dans sa poche : &#034; ... Les tra&#238;tres ne sont pas parmi nous &#8211; disait-il dans son t&#233;l&#233;gramme &#8211; mais l&#224;-bas, &#224; P&#233;trograd o&#249;, pour de l'argent allemand, avec la complaisance criminelle du gouvernement, la Russie a &#233;t&#233; vendue et se vend&#034; C'est ainsi que la calomnie lanc&#233;e contre les bolcheviks se frayait sans cesse de nouvelles et nouvelles voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'excitation nocturne dans lequel le pr&#233;sident du Conseil des ministres en d&#233;mission chantait des airs d'op&#233;ras passa bient&#244;t. La lutte contre Kornilov, quelque tour qu'elle pr&#238;t, mena&#231;ait des plus p&#233;nibles cons&#233;quences. &#034; Dans la premi&#232;re nuit du soul&#232;vement du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral &#8211; &#233;crit K&#233;rensky &#8211; parmi les milieux sovi&#233;tiques de soldats et d'ouvriers &#224; P&#233;tersbourg, la rumeur commen&#231;a &#224; se r&#233;pandre obstin&#233;ment d'une connivence de Savinkov avec le mouvement du g&#233;n&#233;ral Kornilov. &#034; La rumeur d&#233;signait K&#233;rensky imm&#233;diatement apr&#232;s Savinkov, et la rumeur ne se trompait pas. Il y avait &#224; redouter pour bient&#244;t les plus terribles r&#233;v&#233;lations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Tard dans la nuit du 25 au 26 ao&#251;t &#034; &#8211; raconte K&#233;rensky &#8211; entra dans son cabinet, tr&#232;s &#233;mu, le directeur du minist&#232;re de la Guerre. &#8211; &#034; Monsieur le ministre, me d&#233;clara Savinkov, en rectifiant la position, je vous prie de m'arr&#234;ter imm&#233;diatement comme complice du g&#233;n&#233;ral Kornilov. Mais si vous avez confiance en moi, je vous prie de me donner la possibilit&#233; de prouver effectivement au peuple que je n'ai rien de commun avec les r&#233;volt&#233;s... &#034; En r&#233;ponse &#224; cette d&#233;claration, poursuit K&#233;rensky, je nommai sur-le-champ Savinkov g&#233;n&#233;ral-gouverneur provisoire de P&#233;trograd, lui attribuant les plus larges pouvoirs pour la d&#233;fense de P&#233;trograd contre les troupes du g&#233;n&#233;ral Kornilov&#034; Bien plus : sur la demande de Savinkov, K&#233;rensky lui adjoignit comme suppl&#233;ant Filonenko. L'affaire de la mutinerie, de m&#234;me que celle de la r&#233;pression, &#233;tait ainsi circonscrite dans le milieu du &#034; directoire &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une si h&#226;tive nomination de Savinkov au poste de g&#233;n&#233;ral-gouverneur &#233;tait dict&#233;e &#224; K&#233;rensky par sa lutte pour la sauvegarde de sa situation politique : si K&#233;rensky avait d&#233;nonc&#233; Savinkov aux soviets, Savinkov e&#251;t imm&#233;diatement d&#233;nonc&#233; K&#233;rensky. Par contre, ayant obtenu de K&#233;rensky, non sans chantage, la possibilit&#233; de se l&#233;galiser par une ostensible participation aux man&#339;uvres contre Kornilov, Savinkov devait faire tout le possible pour blanchir K&#233;rensky. &#034;Le g&#233;n&#233;ral-gouverneur &#034; &#233;tait n&#233;cessaire non point tant pour combattre la contre-r&#233;volution que pour effacer les traces du complot. Le travail bien concert&#233; des complices commen&#231;a imm&#233;diatement en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;A quatre heures du matin, le 28 ao&#251;t &#8211; t&#233;moigne Savinkov je rentrai, sur l'appel de K&#233;rensky, au palais d'Hiver, et trouvai l&#224; le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;ev et T&#233;r&#233;chtchenko. Nous f&#251;mes tous quatre d'accord sur ce point que l'ultimatum de Lvov n'&#233;tait rien de plus qu'un malentendu. &#034; Le r&#244;le d'interm&#233;diaire dans ce conciliabule d'avant l'aube appartint au nouveau g&#233;n&#233;ral-gouverneur. Le dirigeant dans la coulisse &#233;tait Milioukov : au cours de la journ&#233;e, il se montra ouvertement sur la sc&#232;ne. Alex&#233;&#239;ev, bien qu'il d&#233;nomm&#226;t Kornilov &#034; t&#234;te de mouton &#034;, &#233;tait avec lui dans le m&#234;me camp. Les conspirateurs et leurs assistants firent une derni&#232;re tentative pour pr&#233;senter comme &#034; un malentendu &#034; tout ce qui s'&#233;tait pass&#233;, c'est-&#224;-dire pour tromper ensemble l'opinion publique afin de sauver ce que l'on pouvait du plan commun. La division sauvage, le g&#233;n&#233;ral Krymov, les &#233;chelons de Cosaques, Kornilov refusant de se d&#233;mettre, la marche sur la capitale, tout cela n'est rien de plus que les d&#233;tails d'un &#034; malentendu &#034; ! Effar&#233; par le sinistre enchev&#234;trement des circonstances, K&#233;rensky ne criait d&#233;j&#224; plus : &#034; Je ne leur livrerai pas la r&#233;volution ! &#034;Aussit&#244;t apr&#232;s s'&#234;tre entendu avec AIex&#233;&#239;ev, il entra dans la salle de r&#233;ception des journalistes au palais d'Hiver et leur demanda d'&#233;laguer de tous les journaux son manifeste d&#233;clarant tra&#238;tre Kornilov. Lorsque, d'apr&#232;s les r&#233;ponses des journalistes, il se r&#233;v&#233;la que cette t&#226;che &#233;tait techniquement inex&#233;cutable, K&#233;rensky s'&#233;cria : &#034; Je le regrette beaucoup ! &#034; Ce mince &#233;pisode, consign&#233; dans les journaux du lendemain, &#233;claire avec une vivacit&#233; in&#233;galable le personnage du super-arbitre de la nation, d&#233;finitivement emp&#234;tr&#233;. K&#233;rensky incarnait si parfaitement et la d&#233;mocratie et la bourgeoisie qu'il se trouvait maintenant, en m&#234;me temps, le plus haut repr&#233;sentant de l'autorit&#233; de l'&#201;tat et un conspirateur criminel devant elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin du 28, la rupture entre le gouvernement et le g&#233;n&#233;ralissime devint un fait accompli aux yeux de tout le pays. A l'affaire se m&#234;la imm&#233;diatement la Bourse. Si le discours prononc&#233; &#224; Moscou par Kornilov, mena&#231;ant de la chute de Riga, avait &#233;t&#233; marqu&#233; chez les boursiers par une baisse des valeurs russes, la nouvelle de la r&#233;volte ouverte des g&#233;n&#233;raux eut pour r&#233;action une hausse g&#233;n&#233;rale. Par sa cote d&#233;sastreuse du R&#233;gime de F&#233;vrier, la Bourse donna l'expression irr&#233;prochable des &#233;tats d'opinion et des espoirs des classes poss&#233;dantes, qui ne doutaient pas de la victoire de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef d'&#233;tat-major Loukomsky &#224; qui K&#233;rensky avait ordonn&#233; la veille de prendre sur lui, provisoirement, le commandement, r&#233;pondit : &#034; Je n'estime pas possible d'assumer la fonction du g&#233;n&#233;ral Kornilov, car il s'ensuivrait dans l'arm&#233;e une explosion qui perdait la Russie. &#034; D&#233;compte fait du commandant en chef du Caucase, qui attesta non sans retard, sa fid&#233;lit&#233; au gouvernement provisoire, les autres grands chefs, sur des tons vari&#233;s, soutenaient les exigences de Kornilov. Inspir&#233; par les cadets, le Comit&#233; principal de l'Union des officiers exp&#233;dia &#224; tous les &#233;tats-majors de l'arm&#233;e et de la flotte ce t&#233;l&#233;gramme : &#034; Le gouvernement provisoire nous ayant d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; plus d'une fois son impuissance d'&#201;tat, a maintenant d&#233;shonor&#233; son nom par la provocation et ne peut rester plus longtemps &#224; la t&#234;te de la Russie... &#034; Le pr&#233;sident d'honneur de l'Union des officiers &#233;tait le m&#234;me Loukomsky ! Au g&#233;n&#233;ral Krasnov, nomm&#233; chef du 3e corps de cavalerie, l'on d&#233;clara au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral : &#034; Personne ne prendra la d&#233;fense de K&#233;rensky. C'est seulement une promenade. Tout est pr&#233;par&#233;. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les calculs optimistes des dirigeants et des inspirateurs du complot, l'on a une id&#233;e assez juste d'apr&#232;s un t&#233;l&#233;gramme chiffr&#233; du prince Troubetsko&#239; au ministre des Affaires &#233;trang&#232;res : &#034; Jugeant m&#251;rement de la situation &#8211; &#233;crit-il &#8211; on doit avouer que tout le commandement, l'&#233;crasante majorit&#233; du corps des officiers et les meilleurs effectifs combattants suivront Kornilov. De son c&#244;t&#233; se rangeront &#224; l'arri&#232;re toute la cosaquerie, la majorit&#233; des &#201;coles militaires et &#233;galement les meilleures troupes. A la force physique il convient d'ajouter&#8230; l'assentiment de toutes les couches de la population non socialiste et, dans les basses classes&#8230; une indiff&#233;rence qui se soumettra au premier coup de cravache. Il n'est pas douteux qu'une immense quantit&#233; de socialistes de mars ne tardera pas &#224; se ranger du c&#244;t&#233; de Kornilov, au cas o&#249; il vaincrait. &#034; Troubetsko&#239; repr&#233;sentait non seulement les esp&#233;rances du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, mais aussi les dispositions des missions alli&#233;es. Dans le d&#233;tachement de Kornilov qui marchait &#224; la conqu&#234;te de P&#233;trograd se trouvaient des autos blind&#233;es anglaises avec un personnel anglais : et c'&#233;tait l&#224;, doit-on penser, l'effectif le plus s&#251;r. Le chef de la mission militaire anglaise en Russie, le g&#233;n&#233;ral Knox, reprochait au colonel am&#233;ricain Robbins de ne pas soutenir Kornilov. &#034;Je ne m'int&#233;resse pas au gouvernement de K&#233;rensky disait le g&#233;n&#233;ral britannique &#8211; il est trop faible ; il faut une dictature militaire, il faut des Cosaques, ce peuple a besoin du knout ! La dictature est exactement ce qu'il faut. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces voix, de diverses parts, atteignaient le palais d'Hiver et agissaient d'une fa&#231;on bouleversante sur ses habitants. Le succ&#232;s de Kornilov semblait in&#233;luctable. Le ministre N&#233;krassov apprit &#224; ses amis que la partie &#233;tait d&#233;finitivement perdue et qu'il ne restait plus qu'&#224; mourir honn&#234;tement. &#034;Certains dirigeants en vue du Soviet &#8211; affirme Milioukov &#8211; pressentant le sort qui les attendait dans le cas o&#249; Kornilov serait vainqueur, se h&#226;taient d&#233;j&#224; de se faire &#233;tablir des passeports pour l'&#233;tranger. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'heure en heure arrivaient des informations, l'une plus que l'autre mena&#231;ante, sur l'approche des troupes de Kornilov. La presse bourgeoise les recueillait avidement, les exag&#233;rait, les amplifiait, cr&#233;ant une atmosph&#232;re de panique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A midi et demi, le 28 ao&#251;t : &#034; Un d&#233;tachement envoy&#233; par le g&#233;n&#233;ral Kornilov s'est concentr&#233; aux approches de Louga. &#034; A deux heures et demie : &#034; Par la gare d'Or&#233;dej ont pass&#233; neuf nouveaux trains avec des troupes de Kornilov. Dans le train de t&#234;te se trouve un bataillon de cheminots. &#034; A trois heures de l'apr&#232;s-midi : &#034; La garnison de Louga s'est rendue aux troupes du g&#233;n&#233;ral Kornilov et a livr&#233; toutes ses armes. La gare et tous les &#233;difices gouvernementaux de Louga sont occup&#233;s par les troupes de Kornilov. &#034; A six heures du soir : &#034; Deux &#233;chelons de troupes de Kornilov ont fait une perc&#233;e, venant de Narva, et se trouvent &#224; une demi-verste de Gatchina. Deux autres &#233;chelons sont en route, marchant sur Gatchina. &#034; A deux heures du matin, le 29 ao&#251;t : &#034; A la station d'Antropchino (&#224; trente-trois kilom&#232;tres de P&#233;trograd) un combat a commenc&#233; entre les troupes du gouvernement et celles de Kornilov. Des deux c&#244;t&#233;s il y a des tu&#233;s et des bless&#233;s. &#034; Dans la m&#234;me nuit, l'on apprit que Kal&#233;dine mena&#231;ait de couper P&#233;trograd et Moscou de leurs communications avec le Sud, grenier de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, les commandants en chef des fronts, la mission britannique, le corps des officiers, les &#233;chelons, les bataillons de la voie ferr&#233;e, la cosaquerie, Kal&#233;dine, tout cela est entendu dans la salle de malachite du palais d'Hiver comme les sons des trompettes du Jugement dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec d'in&#233;vitables att&#233;nuations, K&#233;rensky lui-m&#234;me en fait l'aveu : &#034; La journ&#233;e du 28 ao&#251;t fut pr&#233;cis&#233;ment celle des plus grandes incertitudes &#8211; &#233;crit-il &#8211; des plus grands doutes sur la force des adversaires de Kornilov, de la plus grande nervosit&#233; dans les milieux de la d&#233;mocratie m&#234;me&#034; Il n'est pas difficile de se repr&#233;senter ce qui se cache sous ces mots. Le chef du gouvernement se rongeait &#224; se demander non seulement quel &#233;tait des deux camps le plus fort, mais aussi quel &#233;tait le plus redoutable pour lui personnellement. &#034;Nous ne sommes pas avec vous, la droite, ni avec vous, la gauche &#034; &#8211; de telles paroles semblaient d'un bel effet sur la sc&#232;ne du th&#233;&#226;tre de Moscou. Traduites dans le langage de la guerre civile pr&#234;te &#224; &#233;clater, elles signifiaient que le petit cercle de K&#233;rensky pouvait s'av&#233;rer inutile tant aux droites qu'aux gauches. &#034; Tous &#8211; &#233;crit Stank&#233;vitch &#8211; nous &#233;tions comme &#233;tourdis de d&#233;sespoir devant l'accomplissement d'un drame qui ruinait tout. Du degr&#233; de notre d&#233;sarroi on peut juger par ce fait que, m&#234;me apr&#232;s la rupture publique entre le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et le gouvernement, des tentatives &#233;taient faites pour arriver &#224; une r&#233;conciliation quelconque&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'id&#233;e d'une m&#233;diation... en ces circonstances, naissait d'elle-m&#234;me &#034;, d&#233;clare Milioukov, qui pr&#233;f&#233;rait agir en qualit&#233; de tierce personne. Le soir du 28, il se pr&#233;senta au palais d'Hiver pour &#034; conseiller &#224; K&#233;rensky de renoncer au point de vue rigoureusement formel d'une violation de la loi &#034;. Le leader lib&#233;ral, comprenant que l'on doit savoir distinguer dans une noix le fruit de la coquille, &#233;tait en m&#234;me temps l'homme le mieux apte &#224; l'emploi de m&#233;diateur loyal. Le13 ao&#251;t, Milioukov avait appris directement de Kornilov que celui-ci fixait son soul&#232;vement au 27. Le lendemain, le 14, Milioukov r&#233;clama, dans son discours &#224; la Conf&#233;rence, que &#034; la prise imm&#233;diate des mesures indiqu&#233;es par le g&#233;n&#233;ralissime ne f&#238;t pas l'objet de soup&#231;ons, de paroles comminatoires ou m&#234;me de r&#233;vocations &#034;. Jusqu'au 27, Kornilov devait rester en dehors des soup&#231;ons ! En m&#234;me temps, Milioukov promettait &#224; K&#233;rensky son appui &#034; de bon gr&#233; et sans contestations &#034;. Voil&#224; quand il est &#224; propos de se rappeler la corde de la potence qui soutient, elle aussi, &#034; sans contestations &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, K&#233;rensky avoue que Milioukov, se pr&#233;sentant &#224; lui avec une offre de m&#233;diation, &#034; avait choisi un moment bien commode pour lui d&#233;montrer que la force r&#233;elle &#233;tait du c&#244;t&#233; de Kornilov &#034;. L'entretien se termina si heureusement qu'en sortant de l&#224;, Milioukov indiqua &#224; ses amis politiques le g&#233;n&#233;ral AIex&#233;&#239;ev comme un successeur de K&#233;rensky contre lequel Kornilov ne ferait pas d'objection. AIex&#233;&#239;ev magnanime donna son consentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re Milioukov venait celui qui &#233;tait plus grand que lui. Tard dans la soir&#233;e, l'ambassadeur britannique Buchanan remit au ministre des Affaires &#233;trang&#232;res une note par laquelle les repr&#233;sentants des puissances alli&#233;es proposaient unanimement leurs bons services &#034; dans des int&#233;r&#234;ts d'humanit&#233; et dans le d&#233;sir de pr&#233;venir une catastrophe irr&#233;parable &#034;. La m&#233;diation officielle entre le gouvernement et le g&#233;n&#233;ral mutin&#233; n'&#233;tait pas autre chose qu'un soutien et une prime d'assurance &#224; la r&#233;volte. En r&#233;ponse, T&#233;r&#233;chtchenko exprimait, au nom du gouvernement provisoire, &#034; un extr&#234;me &#233;tonnement&#034; au sujet du soul&#232;vement de Kornilov dont le programme avait &#233;t&#233; en grande partie adopt&#233; par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un &#233;tat d'abandon et de prostration, K&#233;rensky ne trouva rien de mieux que d'organiser encore une interminable conf&#233;rence avec ses ministres d&#233;missionnaires. Juste au moment o&#249; il se livrait &#224; cette occupation d&#233;sint&#233;ress&#233;e, l'on re&#231;ut des informations particuli&#232;rement alarmantes sur l'avance des &#233;chelons ennemis. N&#233;krassov estimait que &#034; dans quelques heures, les troupes de Kornilov seraient probablement d&#233;j&#224; &#224; P&#233;trograd&#8230; &#034; Les anciens ministres se mirent &#224; conjecturer : &#034; Comment conviendrait-il d'&#233;difier, en pareilles circonstances, le pouvoir gouvernemental ? &#034; L'id&#233;e d'un directoire revint &#224; la surface. La droite et la gauche envisag&#232;rent avec sympathie la pens&#233;e d'inclure dans la composition du &#034; directoire&#034; le g&#233;n&#233;ral AIex&#233;&#239;ev. Le cadet Kokochkine estimait qu'AIex&#233;&#239;ev devait &#234;tre plac&#233; &#224; la t&#234;te du gouvernement. D'apr&#232;s certains t&#233;moignages, l'offre de c&#233;der le pouvoir &#224; quelqu'un d'autre fut faite par K&#233;rensky lui-m&#234;me, qui mentionna nettement son entretien avec Milioukov. Personne ne fit d'objection. La candidature d'AIex&#233;&#239;ev r&#233;conciliait tout le monde. Le plan de Milioukov semblait tout proche de sa r&#233;alisation. Mais l&#224;, comme il convient au moment de la plus haute tension, un coup dramatique fut frapp&#233; &#224; la porte : dans la salle voisine attendait une d&#233;putation du Comit&#233; pour combattre la contre-r&#233;volution. Elle arrivait &#224; temps : l'un des nids les plus dangereux de la contre-r&#233;volution &#233;tait la conf&#233;rence pitoyable, poltronne et d&#233;loyale des korniloviens, des m&#233;diateurs et des capitulards dans une salle du palais d'Hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouvel organe sovi&#233;tique fut constitu&#233; en s&#233;ance unifi&#233;e des deux Comit&#233;s ex&#233;cutifs, celui des ouvriers et soldats, celui des paysans, le soir du 27, et se composa de repr&#233;sentants sp&#233;cialement d&#233;l&#233;gu&#233;s par les trois partis sovi&#233;tiques, par les deux Comit&#233;s ex&#233;cutifs, par le centre des syndicats et le Soviet de P&#233;trograd. Par la cr&#233;ation d'un Comit&#233; de combat ad hoc l'on reconnaissait en somme que les institutions sovi&#233;tiques dirigeantes se sentaient elles-m&#234;mes caduques et, pour les t&#226;ches r&#233;volutionnaires, avaient besoin d'une transfusion de sang frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraints de chercher l'appui des masses contre le g&#233;n&#233;ral, les conciliateurs se h&#226;taient de mettre l'&#233;paule gauche en avant. Du coup se trouv&#232;rent oubli&#233;s les discours affirmant que toutes les questions de principe devaient &#234;tre r&#233;serv&#233;es jusqu'&#224; l'Assembl&#233;e constituante. Les mencheviks d&#233;clar&#232;rent qu'ils exigeraient du gouvernement la proclamation imm&#233;diate de la r&#233;publique d&#233;mocratique, la dissolution de la Douma d'&#201;tat et l'application des r&#233;formes agraires : c'est par cette raison que le nom de &#034; r&#233;publique&#034; apparut pour la premi&#232;re fois dans la d&#233;claration du gouvernement concernant la trahison du g&#233;n&#233;ralissime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question du pouvoir, les Comit&#233;s ex&#233;cutifs reconnurent indispensable de laisser pour l'instant le gouvernement tel qu'il &#233;tait, en rempla&#231;ant les cadets sortis par des &#233;l&#233;ments d&#233;mocratiques ; et, pour la solution d&#233;finitive de la question, de convoquer tr&#232;s prochainement un Congr&#232;s de toutes les organisations qui s'&#233;taient unies &#224; Moscou sur la plate-forme de Tchkh&#233;idz&#233;. Apr&#232;s les pourparlers nocturnes il se trouva, cependant, que K&#233;rensky repoussait r&#233;solument un contr&#244;le d&#233;mocratique sur le gouvernement. Sentant le sol se d&#233;rober sous lui de droite et de gauche, il s'accrocha de toutes ses forces &#224; l'id&#233;e d'un &#034; directoire &#034;, dans laquelle se sont d&#233;pos&#233;s pour lui les r&#234;ves non encore refroidis d'un pouvoir fort. Apr&#232;s de nouveaux d&#233;bats, lassants et st&#233;riles, &#224; l'Institut Smolny, il est d&#233;cid&#233; de s'adresser encore une fois &#224; l'unique et irrempla&#231;able K&#233;rensky, en le priant de consentir au projet initial des Comit&#233;s ex&#233;cutifs. A sept heures et demie du matin, Ts&#233;r&#233;telli revient annoncer que K&#233;rensky refuse de faire des concessions, exige &#034; un soutien sans r&#233;serves &#034;, mais consent &#224; combattre avec &#034; toutes les forces de l'&#201;tat &#034; la contre-r&#233;volution. Ext&#233;nu&#233;s par une nuit blanche, les Comit&#233;s ex&#233;cutifs se rendent enfin &#224; l'id&#233;e inconsistante d'un &#034; directoire &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement solennel pris par K&#233;rensky de lancer les &#034; forces de l'&#201;tat &#034; dans la lutte contre Kornilov ne l'emp&#234;cha pas, comme on sait, de mener avec Milioukov, Alex&#233;&#239;ev et les ministres d&#233;missionnaires, des pourparlers au sujet d'une capitulation pacifique devant le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral qui furent interrompus, la nuit, par un toc-toc &#224; la porte. Quelques jours plus tard, le menchevik Bogdanov, un des membres actifs du Comit&#233; de d&#233;fense, exposait, en termes circonspects, mais non &#233;quivoques, au Soviet de P&#233;trograd, la forfaiture de K&#233;rensky. &#034;Lorsque le gouvernement provisoire tergiversait et qu'on ne savait trop comment se terminerait l'aventure de Kornilov, des m&#233;diateurs se pr&#233;sent&#232;rent, tels que Milioukov et le g&#233;n&#233;ral AIex&#233;&#239;ev&#8230; &#034; Le Comit&#233; de d&#233;fense intervint et &#034; de toute son &#233;nergie &#034; exigea la lutte ouverte. &#034;Sous notre influence &#8211; continuait Bogdanov &#8211; le gouvernement a cess&#233; tous les pourparlers et a repouss&#233; toutes propositions de Kornilov&#8230; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que le chef du gouvernement, hier encore conspirateur contre le camp de gauche, s'en trouva le prisonnier politique, les ministres cadets qui avaient d&#233;missionn&#233; le 26 seulement pour se donner le temps de r&#233;fl&#233;chir, d&#233;clar&#232;rent qu'ils quittaient d&#233;finitivement le gouvernement, ne d&#233;sirant pas endosser la responsabilit&#233; des actes de K&#233;rensky dans la r&#233;pression d'une r&#233;volte si patriotique, si loyale, si salutaire. Les ministres d&#233;missionn&#232;rent, les conseilleurs, les amis, quittaient l'un apr&#232;s l'autre le palais d'Hiver. Ce fut, d'apr&#232;s les termes de K&#233;rensky lui-m&#234;me, &#034; un exode en masse d'un lieu manifestement condamn&#233; &#224; sa perte &#034;. Il y eut une nuit, celle du 28 au 29, o&#249; K&#233;rensky &#034; se promenait presque tout seul dans le palais d'Hiver &#034;. Les airs de bravoure ne venaient plus &#224; l'esprit. &#034;La responsabilit&#233; qui pesait sur moi en ces journ&#233;es atrocement longues &#233;tait v&#233;ritablement inhumaine. &#034; C'&#233;tait principalement une responsabilit&#233; pour le sort de K&#233;rensky lui-m&#234;me : tout le reste s'accomplissait d&#233;j&#224; ind&#233;pendamment de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie se mesure avec la d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 ao&#251;t, tandis que le palais d'Hiver &#233;tait secou&#233; d'une fi&#232;vre de peur, le prince Bagration, commandant la division &#034; sauvage &#034;, rapportait par t&#233;l&#233;graphe &#224; Kornilov que &#034; les allog&#232;nes rempliraient leur devoir envers la patrie et, sur un ordre de leur supr&#234;me h&#233;ros&#8230; verseraient leur derni&#232;re goutte de sang &#034;. Quelques heures apr&#232;s, le mouvement de la division s'interrompit, et, le 31 ao&#251;t, une d&#233;putation sp&#233;ciale, &#224; la t&#234;te de laquelle &#233;tait le m&#234;me Bagration, assurait &#224; K&#233;rensky que la division se soumettait enti&#232;rement au gouvernement provisoire. Tout cela se produisit non seulement sans combat, mais m&#234;me sans un coup de feu. L'affaire n'alla pas jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de sang, pas m&#234;me jusqu'&#224; la premi&#232;re. Les soldats de Kornilov ne tent&#232;rent m&#234;me pas d'employer les armes pour s'ouvrir la route de P&#233;trograd. Les chefs n'os&#232;rent pas le leur commander. Nulle part, les troupes du gouvernement n'eurent &#224; recourir &#224; la force pour arr&#234;ter l'&#233;lan des d&#233;tachements de Kornilov. Le complot se d&#233;composa, se pulv&#233;risa, se volatilisa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer cela, il suffit d'examiner de plus pr&#232;s les forces qui entr&#232;rent dans la lutte. Avant tout, nous serons forc&#233;s d'&#233;tablir &#8211; et cette d&#233;couverte ne sera pas pour nous inattendue &#8211; que l'&#233;tat-major des conspirateurs &#233;tait toujours l'ancien &#233;tat-major tsariste, une chancellerie de gens sans cervelle, incapables de m&#233;diter d'avance, dans le grand jeu qu'ils engageaient, deux ou trois coups de suite. Bien que Kornilov e&#251;t fix&#233; quelques semaines auparavant la date du coup d'&#201;tat, rien n'avait &#233;t&#233; pr&#233;vu et calcul&#233; comme il convient. La pr&#233;paration purement militaire du soul&#232;vement avait &#233;t&#233; effectu&#233;e maladroitement, n&#233;gligemment, &#224; l'&#233;tourdie. Des modifications compliqu&#233;es dans l'organisation et le commandement furent entreprises &#224; la veille m&#234;me de la mise en branle, et d&#233;j&#224; en cours de route. La division &#034; sauvage &#034; qui devait porter &#224; la r&#233;volution le premier coup comptait en tout treize cent cinquante combattants auxquels manquaient six cents fusils, mille lances et cinq cents sabres. Cinq jours avant l'ouverture des hostilit&#233;s, Kornilov donna l'ordre de transformer la division en corps d'arm&#233;e. Pareille mesure, d&#233;j&#224; condamn&#233;e par les manuels d'instruction, &#233;tait &#233;videmment consid&#233;r&#233;e comme indispensable pour entra&#238;ner les officiers en relevant leurs traitements. &#034;Le t&#233;l&#233;gramme annon&#231;ant que les armes manquantes seraient fournies &#224; Pskov &#8211; &#233;crit Martynov &#8211; ne fut re&#231;u par Bagration que le 31 ao&#251;t, apr&#232;s l'&#233;chec d&#233;finitif de toute l'entreprise. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; mandater les instructeurs du front &#224; P&#233;trograd, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ne s'en occupa aussi qu'&#224; la toute derni&#232;re minute. Les officiers qui acceptaient la mission &#233;taient largement munis d'argent et voyageaient en wagons sp&#233;ciaux. Mais les h&#233;ros du patriotisme ne se h&#226;taient pas tellement, doit-on croire, de sauver le pays. Deux jours plus tard, la communication ferroviaire entre le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et la capitale se trouva coup&#233;e et la plupart des mandataires ne parvinrent pas, en somme, sur les lieux de leurs exploits projet&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la capitale, il existait cependant une organisation affid&#233;e aux korniloviens, comptant jusqu'&#224; deux mille membres. Les conspirateurs &#233;taient divis&#233;s en groupes charg&#233;s de t&#226;ches sp&#233;ciales : saisies des autos blind&#233;es, arrestation et assassinat des membres les plus en vue du Soviet, arrestation du gouvernement provisoire, prise des &#233;tablissements les plus importants. D'apr&#232;s Winberg, pr&#233;sident de l'Union du Devoir militaire, &#034; &#224; l'arriv&#233;e des troupes de Krymov, les principales forces de la r&#233;volution devaient d&#233;j&#224; &#234;tre bris&#233;es, an&#233;anties ou mises hors d'&#233;tat de nuire, de sorte que Krymov n'aurait plus eu qu'&#224; r&#233;tablir l'ordre en ville &#034;. A vrai dire, &#224; Mohilev, on estimait exag&#233;r&#233; ce programme d'action et l'on mettait la t&#226;che principale &#224; la charge de Krymov. Mais aussi le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral attendait des d&#233;tachements du Centre r&#233;publicain une aide tr&#232;s s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les conspirateurs de P&#233;trograd ne se manifest&#232;rent absolument en rien, n'&#233;lev&#232;rent pas la voix, ne firent pas &#339;uvre du petit doigt, comme s'ils n'avaient m&#234;me pas exist&#233;. Winberg explique cette &#233;nigme assez simplement. Il se trouva que le colonel Heimann, qui dirigeait le contre-espionnage, avait pass&#233; les heures les plus d&#233;cisives dans un restaurant de banlieue et que le colonel Sidorine, directement charg&#233; par Kornilov d'unifier l'activit&#233; de toutes les Soci&#233;t&#233;s patriotiques de la capitale, ainsi que le colonel Ducimeti&#232;re, pr&#233;pos&#233; &#224; la section militaire, &#034; avaient disparu et l'on ne put les trouver nulle part &#034;. Le colonel de Cosaques Doutov, qui devait marcher &#034; sous les apparences du bolchevisme &#034; se lamenta plus tard : &#034; Je courais... les appeler &#224; descendre dans la me, mais personne ne me suivit. &#034; Les fonds destin&#233;s &#224; l'organisation furent, d'apr&#232;s Winberg, rafl&#233;s et dilapid&#233;s par les principaux participants. Le colonel Sidorine, affirme D&#233;nikine, &#034; s'enfuit en Finlande, emportant les derni&#232;res ressources de l'organisation, quelque chose comme cent cinquante mille roubles &#034;. Lvov, dont nous avons dit l'arrestation au palais d'Hiver, raconta plus tard qu'un des donateurs secrets qui devait remettre aux officiers une somme consid&#233;rable, se rendit &#224; l'endroit convenu, mais trouva les conspirateurs dans un tel &#233;tat d'ivresse qu'il ne se d&#233;cida pas &#224; leur remettre l'argent. Winberg lui-m&#234;me estime que, n'eussent &#233;t&#233; ces &#034; impr&#233;vus &#034; v&#233;ritablement f&#226;cheux, le plan pouvait &#234;tre enti&#232;rement couronn&#233; de succ&#232;s. Mais il reste une question : pourquoi, autour de l'entreprise patriotique, se trouv&#232;rent group&#233;s principalement des ivrognes, des dilapidateurs et des tra&#238;tres ? N'est-ce pas parce que toute t&#226;che historique mobilise ses cadres ad&#233;quats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La composition m&#234;me des effectifs du complot n'&#233;tait pas fameuse, &#224; commencer par les hauts dirigeants. &#034; Le g&#233;n&#233;ral Kornilov &#8211; d&#233;clare le cadet de droite Izgo&#239;ev &#8211; &#233;tait des plus populaires&#8230; parmi la population pacifique, mais non parmi les troupes, du moins celles de l'arri&#232;re que j'ai observ&#233;es. &#034; Sous le terme de population pacifique, Izgo&#239;ev entend le public de 1a Perspective Nevsky. Quant aux masses populaires du front et de l'arri&#232;re, Kornilov leur &#233;tait &#233;tranger, odieux, d&#233;test&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nomm&#233; commandant du 3e corps de cavalerie, le g&#233;n&#233;ral Krasnov, monarchiste, qui tenta bient&#244;t de se mettre dans la vassalit&#233; de Guillaume II, s'&#233;tonna de voir que &#034; Kornilov, ayant con&#231;u un grand dessein, &#233;tait rest&#233; lui-m&#234;me &#224; Mohilev, dans un palais, entour&#233; de Turkm&#232;nes et de brigades de choc, comme s'il ne croyait pas lui-m&#234;me au succ&#232;s&#034;. Comme le journaliste fran&#231;ais Claude Anet demandait &#224; Kornilov pourquoi, &#224; la minute d&#233;cisive, lui-m&#234;me n'avait pas march&#233; sur P&#233;trograd, 1e chef de la conspiration r&#233;pondit : &#034; J'&#233;tais malade, j'avais un fort acc&#232;s de malaria et mon &#233;nergie habituelle fit d&#233;faut. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup trop d'accidents malheureux : il en est toujours ainsi quand une affaire est d'avance condamn&#233;e &#224; sa perte. Dans leur &#233;tat d'esprit les conspirateurs h&#233;sitaient entre une ivresse de forfanterie qui ne conna&#238;t pas d'obstacles et une compl&#232;te prostration devant le premier obstacle r&#233;el. L'affaire consistait non point en la malaria de Kornilov, mais en une maladie beaucoup plus intime, fatale, incurable, qui paralysait la volont&#233; des classes poss&#233;dantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cadets niaient s&#233;rieusement que Kornilov e&#251;t des intentions contre-r&#233;volutionnaires, entendant par l&#224; la restauration de la monarchie des Romanov. Comme s'il s'agissait de cela ! Le &#034; r&#233;publicanisme &#034; de Kornilov n'emp&#234;chait nullement le monarchiste Loukomsky de marcher avec lui de pair &#224; compagnon, ni le pr&#233;sident de l'Union du Peuple russe, Rimsky-Korsakov, de t&#233;l&#233;graphier &#224; Kornilov, le jour du soul&#232;vement : &#034; Je prie ardemment Dieu de vous aider &#224; sauver la Russie, je me mets enti&#232;rement &#224; votre disposition. &#034; Les partisans Cent-Noirs du tsarisme n'&#233;taient pas rebut&#233;s par le fanion r&#233;publicain bon march&#233;. Ils comprenaient que le programme de Kornilov consistait en lui-m&#234;me, en son pass&#233;, en ses soutaches de Cosaque, en ses liaisons et ressources financi&#232;res et surtout en sa disposition sinc&#232;re &#224; pratiquer l'&#233;gorgement de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se d&#233;nommant dans ses manifestes &#034; fils de paysan &#034;, Kornilov fondait le plan du coup d'&#201;tat enti&#232;rement sur la cosaquerie et les montagnards. Dans les troupes lanc&#233;es contre P&#233;trograd il ne se trouvait pas un seul effectif d'infanterie. Le g&#233;n&#233;ral n'avait point acc&#232;s aupr&#232;s du moujik et il ne tentait m&#234;me point de s'en ouvrir un. Il se trouva, il est vrai, au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral dans la personne d'un certain &#034; professeur &#034;, un r&#233;formateur agraire, dispos&#233; &#224; promettre &#224; tout soldat une quantit&#233; fantastique de d&#233;ciatines de terre. Mais le manifeste pr&#233;par&#233; &#224; ce sujet ne fut m&#234;me pas publi&#233; : ce qui retint les g&#233;n&#233;raux de faire de la d&#233;magogie agraire, ce fut la crainte tout &#224; fait fond&#233;e d'effaroucher et d'&#233;carter les propri&#233;taires nobles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un paysan de Mohilev, Tadeusz qui avait observ&#233; de pr&#233;s l'entourage du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral pendant ces journ&#233;es, raconte que, parmi les soldats et dans les campagnes, personne n'ajoutait foi aux manifestes du g&#233;n&#233;ral : &#034; Il veut le pouvoir, mais, au sujet de la terre, pas un mot et, au sujet de la guerre, pas davantage. &#034; Sur les questions les plus vitales, les masses avaient appris d'une fa&#231;on ou d'une autre &#224; se d&#233;brouiller en six mois de r&#233;volution. Kornilov apportait au peuple la guerre, la d&#233;fense des privil&#232;ges des g&#233;n&#233;raux et de la propri&#233;t&#233; des nobles. Il ne pouvait rien lui donner de plus, et le peuple n'attendait de lui rien d'autre. Dans cette impossibilit&#233; d'avance &#233;vidente pour les conspirateurs eux-m&#234;mes de s'appuyer sur le troupier paysan, sans parler des ouvriers, s'exprimait la condamnation sociale de la clique Kornilovienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau des forces politiques qu'avait dessin&#233; le diplomate du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, le prince Troubetsko&#239;, &#233;tait juste en bien des choses, mais erron&#233; en un point : dans le peuple, il n'existait point trace de cette indiff&#233;rence qui dispose &#034; &#224; encaisser n'importe quel coup de cravache &#034; : au contraire, les masses semblaient attendre seulement la menace de la cravache pour montrer quelles sources d'&#233;nergie et d'abn&#233;gation se dissimulaient dans leurs profondeurs. L'erreur commise dans l'appr&#233;ciation de l'&#233;tat d'esprit des masses r&#233;duisait en poussi&#232;re tous les autres calculs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complot &#233;tait men&#233; par des cercles qui sont habitu&#233;s &#224; ne rien faire, qui ne savent rien faire sans les &#233;l&#233;ments de la base, sans la force ouvri&#232;re, sans la chair &#224; canon, sans ordonnances, domesticit&#233;, greffiers, chauffeurs, porteurs, cuisini&#232;res, blanchisseuses, aiguilleurs t&#233;l&#233;graphistes, palefreniers, cochers. Or, tous ces petits rouages humains, imperceptibles, innombrables, indispensables, tenaient pour les soviets et contre Kornilov. La r&#233;volution &#233;tait omnipr&#233;sente. Elle p&#233;n&#233;trait partout, enveloppant le complot. Partout elle avait l'&#339;il, et l'oreille, et la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;al de l'&#233;ducation militaire, c'est que le soldat agisse en dehors de la surveillance de ses chefs comme s'il &#233;tait sous leurs yeux. Or, les soldats et les matelots russes de 1917, qui n'ex&#233;cutaient pas les ordres officiels m&#234;me sous les yeux des commandants, saisissaient au vol, avidement, les ordres de la r&#233;volution et, plus souvent encore, les ex&#233;cutaient, de leur propre initiative, avant m&#234;me de les avoir re&#231;us. Les innombrables serviteurs de la r&#233;volution, ses agents, &#233;claireurs et militants n'avaient besoin ni d'exhortations ni de surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formellement, la liquidation du complot se trouvait entre les mains du gouvernement. Le Comit&#233; ex&#233;cutif y concourait. Mais en r&#233;alit&#233;, la lutte se d&#233;veloppait par des voies toutes diff&#233;rentes. Tandis que K&#233;rensky, courb&#233; sous le fardeau de la &#034; responsabilit&#233; surhumaine &#034;, arpentait tout seul les parquets du palais d'Hiver, le Comit&#233; de d&#233;fense, qui s'appelait &#233;galement &#034; Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire &#034;, d&#233;ployait une large activit&#233;. D&#232;s le matin, des instructions t&#233;l&#233;graphiques sont exp&#233;di&#233;es aux employ&#233;s des chemins de fer, des postes et t&#233;l&#233;graphes et aux soldats. &#034; Tous les mouvements de troupe &#8211; rapportait Dan ce jour-l&#224; m&#234;me &#8211; s'accomplissent sur les ordres du gouvernement provisoire et sont contresign&#233;s par le Comit&#233; de la d&#233;fense publique. &#034; Si l'on rejette les termes conventionnels, cela signifiait que le Comit&#233; de d&#233;fense disposait des troupes sous la forme du gouvernement provisoire. En m&#234;me temps, l'on entreprend de d&#233;truire les nids korniloviens dans P&#233;trograd m&#234;me, l'on proc&#232;de &#224; des perquisitions et &#224; des arrestations dans les &#233;coles militaires et dans les organisations d'officiers. La main du Comit&#233; se sentait partout. On ne s'inqui&#233;tait gu&#232;re du g&#233;n&#233;ral-gouverneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations sovi&#233;tiques d'en bas, &#224; leur tour, n'attendaient pas les appels d'en haut. Le travail principal &#233;tait concentr&#233; dans les quartiers. Aux heures des plus grandes h&#233;sitations du gouvernement et des fastidieux pourparlers du Comit&#233; ex&#233;cutif avec K&#233;rensky, les soviets de quartier se resserr&#232;rent entre eux et d&#233;cid&#232;rent de d&#233;clarer la conf&#233;rence interdistricts ouverte en permanence ; d'introduire leurs repr&#233;sentants dans l'&#233;tat-major form&#233; par le Comit&#233; ex&#233;cutif ; de cr&#233;er une milice ouvri&#232;re ; d'&#233;tablir le contr&#244;le des soviets de quartiers sur les commissaires du gouvernement ; d'organiser des &#233;quipes volantes pour l'arrestation des agitateurs contre-r&#233;volutionnaires. Dans leur ensemble, ces mesures signifiaient qu'on s'attribuait non seulement de consid&#233;rables fonctions gouvernementales, mais aussi les fonctions du Soviet de P&#233;trograd. Par la logique m&#234;me de la situation, les plus hauts organes sovi&#233;tiques durent se restreindre fortement pour c&#233;der la place &#224; ceux de la base. L'entr&#233;e des quartiers de P&#233;trograd dans l'ar&#232;ne de la lutte modifia du coup la direction et l'ampleur de celle-ci. De nouveau se d&#233;couvrit, par l'exp&#233;rience, l'in&#233;puisable vitalit&#233; de l'organisation sovi&#233;tique : paralys&#233;e d'en haut par la direction des conciliateurs, elle se ranimait, au moment critique, en bas, sous l'impulsion des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les bolcheviks qui inspiraient les quartiers, le soul&#232;vement de Kornilov n'&#233;tait pas le moins du monde inattendu. Ils avaient pr&#233;vu, pr&#233;venu, et s'&#233;taient trouv&#233;s les premiers &#224; leur poste. D&#232;s la s&#233;ance unifi&#233;e des Comit&#233;s ex&#233;cutifs du 27 ao&#251;t, Sokolnikov avait communiqu&#233; que le parti bolchevik avait pris toutes les mesures qui d&#233;pendaient de lui pour avertir le peuple du danger et pour pr&#233;parer la d&#233;fense ; les bolcheviks se d&#233;claraient dispos&#233;s &#224; combiner leur action combative avec celle des organes du Comit&#233; ex&#233;cutif. Dans une s&#233;ance de nuit de l'organisation militaire des bolcheviks, &#224; laquelle particip&#232;rent des d&#233;l&#233;gu&#233;s de nombreux contingents de troupes, il fut d&#233;cid&#233; d'exiger l'arrestation de tous les conspirateurs, d'armer les ouvriers, de leur donner des moniteurs choisis parmi les soldats, d'assurer la d&#233;fense de la capitale avec les &#233;l&#233;ments de la base et, en m&#234;me temps, de se pr&#233;parer &#224; la cr&#233;ation d'un pouvoir r&#233;volutionnaire d'ouvriers et de soldats. L'Organisation militaire convoqua des meetings dans toute la garnison. Les soldats &#233;taient invit&#233;s &#224; se tenir en garde, fusil &#224; la main, en &#233;tat de sortir au premier signal d'alarme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Bien que les bolcheviks fussent en minorit&#233; &#8211; &#233;crit Soukhanov &#8211; il est absolument clair que dans le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire l'h&#233;g&#233;monie leur appartenait. &#034; Il en donne la raison : &#034; Si le Comit&#233; voulait agir s&#233;rieusement, il devait agir r&#233;volutionnairement &#034; et, pour des actes r&#233;volutionnaires, &#034; seuls les bolcheviks avaient des moyens r&#233;els &#034;, car les masses les suivaient. La tension de la lutte en tous lieux et partout poussait en avant les &#233;l&#233;ments les plus actifs et les plus hardis. Cette s&#233;lection automatique haussait in&#233;vitablement les bolcheviks, consolidait leur influence, concentrait entre leurs mains l'initiative, leur transmettait en fait la direction, m&#234;me dans celles des organisations o&#249; ils se trouvaient en minorit&#233;. Plus on se rapproche du quartier, de l'usine, de la caserne, plus incontestable et compl&#232;te est la domination des bolcheviks. Toutes les cellules du parti sont mises sur pied. Dans les groupes corporatifs des grandes usines, des permanences de bolcheviks sont organis&#233;es. Au Comit&#233; de quartier du parti se tiennent aussi des repr&#233;sentants des petites entreprises. La liaison s'allonge, venant d'en bas, de l'atelier, par les quartiers, jusqu'au Comit&#233; central du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression imm&#233;diate des bolcheviks et des organisations qu'ils dirigeaient, le Comit&#233; de d&#233;fense reconnut souhaitable d'armer des groupes d'ouvriers pour la protection de leurs quartiers, des fabriques, des usines. Les masses n'attendaient que cette sanction. Dans les quartiers, d'apr&#232;s la presse ouvri&#232;re, se form&#232;rent aussit&#244;t &#034; des files impressionnantes d'hommes d&#233;sireux de faire partie de la Garde rouge &#034;. Des cours s'ouvrirent pour le maniement du fusil et le tir. En qualit&#233; de moniteurs, on fit venir des soldats exp&#233;riment&#233;s. D&#232;s le 29, des compagnies (droujiny) se form&#232;rent dans presque tous les quartiers. La Garde rouge se d&#233;clara pr&#234;te &#224; faire avancer imm&#233;diatement un effectif comptant quarante mille fusils. Ceux des ouvriers qui n'avaient pas d'armes form&#232;rent des droujiny pour creuser des tranch&#233;es, b&#226;tir des blindages, tendre des fils de fer barbel&#233;s. Le nouveau g&#233;n&#233;ral-gouverneur Paltchinsky, qui avait remplac&#233; Savinkov &#8211; K&#233;rensky n'avait pas r&#233;ussi &#224; garder son complice plus de trois jours &#8211; ne put se dispenser de reconna&#238;tre, dans un communiqu&#233; sp&#233;cial, que, d&#232;s qu'il fut besoin de proc&#233;der &#224; des travaux de sape pour la d&#233;fense de la capitale, &#034; des milliers d'ouvriers... donnant de leur personne sans r&#233;clamer de r&#233;tribution, ex&#233;cut&#232;rent en quelques heures un immense travail qui, sans leur aide, aurait exig&#233; plusieurs journ&#233;es &#034;. Cela n'emp&#234;cha pas Paltchinsky, &#224; l'exemple de Savinkov, d'interdire le journal bolchevik, le seul que les ouvriers estimassent le leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise g&#233;ante de Poutilov devient le centre de la r&#233;sistance dans le district de Peterhof. On cr&#233;e en h&#226;te des droujiny de combat. Le travail dans l'usine marche et jour et nuit : on s'occupe du montage de nouveaux canons pour former des divisions prol&#233;tariennes d'artillerie. L'ouvrier Minitchev raconte : &#034; On travailla, ces jours-l&#224;, &#224; raison de seize heures par jour... On monta environ cent canons. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vikjel (Comit&#233; ex&#233;cutif panrusse des cheminots), r&#233;cemment cr&#233;&#233;, dut imm&#233;diatement recevoir le bapt&#234;me du feu. Les cheminots avaient des motifs particuliers de redouter la victoire de Kornilov, qui avait inscrit dans son programme l'&#233;tat de si&#232;ge sur les voies ferr&#233;es. La base, encore ici, devan&#231;ait de loin ses dirigeants. Les cheminots d&#233;montaient et obstruaient les voies pour arr&#234;ter les troupes de Kornilov : l'exp&#233;rience de la guerre servait &#224; quelque chose. Ils prirent aussi des mesures pour isoler le foyer du complot, Mohilev, en arr&#234;tant la circulation tant dans le sens du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral que dans l'autre sens. Les employ&#233;s des postes et t&#233;l&#233;graphes se mirent &#224; intercepter et &#224; exp&#233;dier au Comit&#233; les t&#233;l&#233;grammes et les ordres du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, ou bien des copies. Les g&#233;n&#233;raux s'&#233;taient accoutum&#233;s pendant les ann&#233;es de guerre &#224; croire que les transports et les services de liaison &#233;taient des questions de technique. Ils devaient maintenant constater que c'&#233;taient des questions de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats, moins que tous enclins &#224; la neutralit&#233; politique, n'attendaient pas des invitations sp&#233;ciales pour occuper des positions de combat. Le syndicat des ouvriers de la voie ferr&#233;e armait ses membres, les exp&#233;diait sur la ligne pour la surveillance et la destruction de la voie, pour la garde des ponts, etc. ; par leur ardeur et leur r&#233;solution, les ouvriers poussaient en avant le Vikjel, plus bureaucratique et mod&#233;r&#233;. Le syndicat des m&#233;tallurgistes mit &#224; la disposition du Comit&#233; de d&#233;fense de tr&#232;s nombreux employ&#233;s et versa une forte somme pour couvrir ses d&#233;penses. Le syndicat des chauffeurs mit &#224; la disposition du Comit&#233; des moyens de transport, ses ressources techniques. Le syndicat des typos, en quelques heures, organisa la parution des journaux pour le lundi, afin de tenir la population au courant des &#233;v&#233;nements et r&#233;alisa, en m&#234;me temps, le plus efficace de tous les contr&#244;les possibles sur la presse. Le g&#233;n&#233;ral rebelle avait frapp&#233; du pied sur le sol, des l&#233;gions &#233;taient sorties de terre ; seulement c'&#233;taient des l&#233;gions ennemies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de P&#233;trograd, dans les garnisons voisines, dans les grandes gares, dans la flotte, le travail se poursuivait jour et nuit : on v&#233;rifiait les contingents que l'on formait, les ouvriers s'armaient, des d&#233;tachements &#233;taient envoy&#233;s pour monter la garde le long de la voie ferr&#233;e, la liaison s'&#233;tablissait aussi bien avec les points environnants qu'avec Smolny. Le Comit&#233; de d&#233;fense n'eut pas tant &#224; exhorter et &#224; lancer des appels qu'&#224; enregistrer et &#224; diriger. Ses plans se trouvaient toujours d&#233;pass&#233;s. La r&#233;sistance &#224; la mutinerie du g&#233;n&#233;ral se transformait en un coup de filet populaire contre les conspirateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Helsingfors, l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de toutes les organisations sovi&#233;tiques cr&#233;a un Comit&#233; r&#233;volutionnaire qui d&#233;l&#233;gua &#224; la maison du g&#233;n&#233;ral-gouverneur, &#224; la Kommandantur, au contre-espionnage, et &#224; d'autres tr&#232;s importantes institutions ses commissaires. D&#232;s lors, sans la signature de ces derniers, pas un ordre n'est valable. Les t&#233;l&#233;graphes et les t&#233;l&#233;phones sont pris sous contr&#244;le. Les repr&#233;sentants officiels du r&#233;giment de Cosaques cantonn&#233; &#224; Helsingfors, principalement les officiers, tentent de proclamer la neutralit&#233; : ce sont des korniloviens camoufl&#233;s. Le lendemain, au Comit&#233;, se pr&#233;sentent des Cosaques du rang, ils d&#233;clarent que tout le r&#233;giment est contre Kornilov. Des repr&#233;sentants des Cosaques sont pour la premi&#232;re fois introduits dans le Soviet. Dans ce cas comme dans bien d'autres, un aigu conflit de classes rejette les officiers &#224; droite et les hommes du rang &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet de Cronstadt, ayant eu le temps de se remettre des blessures de juillet, fit savoir par d&#233;p&#234;che que &#034; la garnison de Cronstadt &#233;tait pr&#234;te, comme un seul homme, &#224; prendre la d&#233;fense de la r&#233;volution au premier appel du Comit&#233; ex&#233;cutif &#034;. Les hommes de Cronstadt ne savaient pas encore, en ces jours-l&#224;, &#224; quel point la d&#233;fense de la r&#233;volution les prot&#233;geait eux-m&#234;mes contre les mesures d'extermination : ils ne pouvaient que le deviner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, bient&#244;t apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet, au sein du gouvernement provisoire, il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de d&#233;manteler la forteresse de Cronstadt, en tant que nid de bolcheviks. Cette mesure, d'apr&#232;s un accord avec Kornilov, &#233;tait expliqu&#233;e officiellement par des &#034; motifs strat&#233;giques &#034;. Sentant que les choses tournaient mal, les matelots oppos&#232;rent une r&#233;sistance. &#034; La l&#233;gende d'une trahison au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral &#8211; &#233;crivait K&#233;rensky apr&#232;s avoir lui-m&#234;me accus&#233; Kornilov de trahison &#8211; s'&#233;tait tellement enracin&#233;e &#224; Cronstadt que toute tentative pour enlever les pi&#232;ces d'artillerie provoquait l&#224;-bas une v&#233;ritable fureur de la foule. &#034; C'&#233;tait le gouvernement qui avait charg&#233; Kornilov de rechercher les moyens de liquider Cronstadt. Le g&#233;n&#233;ral avait trouv&#233; ce moyen : aussit&#244;t apr&#232;s l'&#233;crasement de la capitale, Krymov devait faire marcher une brigade avec de l'artillerie sur Oranienbaum, et sous la menace des batteries c&#244;ti&#232;res, exiger de la garnison de Cronstadt le d&#233;sarmement de la forteresse et la rentr&#233;e des &#233;quipages sur le continent, o&#249; les matelots auraient subi en masse la r&#233;pression. Mais, au moment m&#234;me o&#249; Krymov entreprenait d'ex&#233;cuter le projet du gouvernement, celui-ci se trouva forc&#233; de demander aux hommes de Cronstadt protection contre Krymov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; ex&#233;cutif, par t&#233;l&#233;phonogramme &#224; Cronstadt et &#224; Vyborg, demanda l'envoi &#224; P&#233;trograd d'importants effectifs de troupes. D&#232;s le matin du 29, les contingents commenc&#232;rent &#224; arriver. C'&#233;taient, principalement, des d&#233;tachements bolcheviks : pour que l'appel du Comit&#233; ex&#233;cutif e&#251;t de l'efficacit&#233;, il avait fallu confirmation du Comit&#233; central des bolcheviks. Un peu auparavant, vers le milieu de la journ&#233;e du 28, sur un ordre de K&#233;rensky, qui ressemblait beaucoup &#224; une obs&#233;quieuse pri&#232;re, la garde du palais d'Hiver avait &#233;t&#233; prise par les matelots du croiseur Aurore, dont une partie de l'&#233;quipage &#233;tait pourtant encore incarc&#233;r&#233;e &#224; la prison de Kresty pour avoir particip&#233; &#224; la manifestation de juillet. Pendant leurs heures de libert&#233;, les matelots venaient &#224; la prison visiter les hommes de Cronstadt d&#233;tenus, ainsi que Trotsky, Raskolnikov et autres. &#034; N'est-il pas temps d'arr&#234;ter le gouvernement ? &#034; demandaient les visiteurs. &#034; Non, pas encore &#034;, entendent-ils en r&#233;ponse : &#034; Mettez le fusil &#224; l'&#233;paule de K&#233;rensky, tirez sur Kornilov. Ensuite, on r&#233;glera les comptes avec K&#233;rensky. &#034; En juin et juillet, ces matelots n'&#233;taient gu&#232;re dispos&#233;s &#224; pr&#234;ter attention aux arguments de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire. En ces deux mois non tout &#224; fait r&#233;volus, ils avaient beaucoup appris. S'ils posent la question de l'arrestation du gouvernement, c'est plut&#244;t par autocritique et pour en avoir la conscience nette. Eux-m&#234;mes saisissent l'in&#233;luctable continuit&#233; des &#233;v&#233;nements. Dans la premi&#232;re quinzaine de juillet : battus, condamn&#233;s, calomni&#233;s ; &#224; la fin d'ao&#251;t, la garde la plus s&#251;re du palais d'Hiver contre les korniloviens ; ils ouvriront &#224; la fin d'octobre, sur le palais d'Hiver, le feu des canons de l'Aurore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les matelots consentent encore &#224; diff&#233;rer jusqu'&#224; un certain point le r&#232;glement g&#233;n&#233;ral des comptes avec le r&#233;gime de F&#233;vrier, ils ne veulent pas subir un jour de plus l'autorit&#233; des officiers korniloviens. Le commandement qui leur avait &#233;t&#233; impos&#233; par le gouvernement apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet s'&#233;tait av&#233;r&#233; presque partout et en tous lieux partisan des conspirateurs. Le Soviet de Cronstadt r&#233;voqua imm&#233;diatement le commandant d&#233;sign&#233; par le gouvernement et en nomma un autre de son choix. Les conciliateurs ne criaient d&#233;j&#224; plus &#224; la s&#233;cession de la R&#233;publique de Cronstadt. Cependant, l'affaire ne se borna point partout &#224; de simples destitutions : en plusieurs endroits, cela fut pouss&#233; jusqu'&#224; des repr&#233;sailles sanglantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Cela commen&#231;a &#224; Vyborg &#8211; dit Soukhanov &#8211; par des s&#233;vices sur les g&#233;n&#233;raux et les officiers, exerc&#233;s par des attroupements de matelots et de soldats devenus f&#233;roces et pris de panique. &#034; Non, ces foules n'&#233;taient point devenues f&#233;roces et l'on ne saurait gu&#232;re parler dans le cas pr&#233;sent d'une panique. Le matin du 29, le Tsentroflot (Comit&#233; central de la flotte) avait exp&#233;di&#233; au g&#233;n&#233;ral Oranovsky, commandant &#224; Vyborg, pour communication &#224; la garnison, un t&#233;l&#233;gramme sur la r&#233;volte du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Le Commandant garda par devers lui le t&#233;l&#233;gramme pendant toute une journ&#233;e et, quand on lui demanda ce qui se passait, r&#233;pondit qu'il n'avait re&#231;u aucune information. Quand les matelots perquisitionn&#232;rent, ils trouv&#232;rent chez lui la d&#233;p&#234;che. Pris en flagrant d&#233;lit, le g&#233;n&#233;ral se d&#233;clara partisan de Kornilov. Les matelots le fusill&#232;rent, ainsi que deux autres officiers qui avaient d&#233;clar&#233; partager ses id&#233;es. Aux officiers de la flotte de la Baltique, les matelots r&#233;clamaient la signature de d&#233;clarations de fid&#233;lit&#233; &#224; la r&#233;volution et, comme quatre officiers du vaisseau de ligne P&#233;tropavlovsk avaient refus&#233; de donner leur signature, se d&#233;clarant korniloviens, ils furent, par d&#233;cision de l'&#233;quipage, fusill&#233;s sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soldats et les matelots &#233;taient en danger de mort. L'&#233;puration sanglante &#233;tait pr&#233;vue non seulement pour P&#233;trograd et Cronstadt, mais pour toutes les garnisons du pays. D'apr&#232;s la conduite de leurs officiers qui avaient repris courage, d'apr&#232;s leur ton, d'apr&#232;s leurs regards obliques, les soldats et les matelots pouvaient deviner &#224; coup s&#251;r le sort qui les attendait dans le cas de la victoire du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. L&#224; o&#249; l'atmosph&#232;re &#233;tait particuli&#232;rement &#233;chauff&#233;e, ils se h&#226;taient de couper la route aux ennemis en opposant &#224; l'&#233;puration pr&#233;vue par le corps des officiers leur &#233;puration &#224; eux, matelots et soldats. La guerre civile a, comme on le sait, ses lois, et celles-ci n'ont jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;es comme des lois humanitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tchkh&#233;idz&#233; exp&#233;diait imm&#233;diatement &#224; Vyborg et &#224; Helsingfors un t&#233;l&#233;gramme condamnant les lynchages, consid&#233;r&#233;s comme un &#034; coup mortel pour la r&#233;volution &#034;. K&#233;rensky, de son c&#244;t&#233;, t&#233;l&#233;graphiait &#224; Helsingfors : &#034; J'exige que l'on mette fin imm&#233;diatement aux violences abominables. &#034; Si l'on recherche la responsabilit&#233; politique de certains lynchages &#8211; sans oublier que la r&#233;volution est dans l'ensemble un genre de lynchage &#8211; la responsabilit&#233; dans le cas donn&#233; retombait totalement sur le gouvernement et les conciliateurs qui, au moment du danger, recouraient aux masses r&#233;volutionnaires pour les livrer ensuite au corps des officiers contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que pendant la Conf&#233;rence de Moscou, quand on s'attendait d'heure en heure &#224; un coup d'&#201;tat, maintenant encore, ayant rompu avec le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, K&#233;rensky s'adressa aux bolcheviks, les priant &#034; d'exercer leur influence sur les soldats, pour prendre la d&#233;fense de la r&#233;volution &#034;. Tout en ayant appel&#233; les matelots bolcheviks &#224; la protection du palais d'Hiver, K&#233;rensky ne relaxait pas, cependant, ses prisonniers de juillet. Soukhanov &#233;crit &#224; ce sujet : &#034; La situation au moment o&#249; Alex&#233;&#239;ev minaudait avec K&#233;rensky, tandis que Trotsky restait en prison, &#233;tait absolument intol&#233;rable. &#034; Il n'est pas difficile d'imaginer l'&#233;motion qui r&#233;gnait dans les prisons surpeupl&#233;es. &#034; Nous &#233;tions bouillants d'indignation &#8211; raconte l'enseigne de vaisseau Raskolnikov &#8211; contre le gouvernement provisoire qui, en des journ&#233;es si angoissantes... continuait &#224; laisser pourrir &#224; Kresty des r&#233;volutionnaires comme Trotsky... &#034; Qu'ils sont l&#226;ches, ah ! qu'ils sont l&#226;ches ! &#8211; disait Trotsky &#224; la promenade, tournant en rond avec nous &#8211; ils devraient d&#233;clarer imm&#233;diatement Kornilov hors-la-loi pour que n'importe quel soldat d&#233;vou&#233; &#224; la r&#233;volution se sente en droit d'en finir avec lui. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e des troupes de Kornilov &#224; P&#233;trograd aurait signifi&#233; avant tout l'extermination des bolcheviks arr&#234;t&#233;s. Dans un ordre au g&#233;n&#233;ral Bagration qui devait avec l'avant-garde entrer dans la capitale, Krymov n'avait pas oubli&#233; d'indiquer ceci sp&#233;cialement : &#034; Mettre sous bonne garde les prisons et maisons d'arr&#234;t, mais, en aucun cas, ne relaxer les personnes qui y sont d&#233;tenues. &#034; C'&#233;tait tout un programme dont l'inspirateur avait &#233;t&#233; Milioukov d&#232;s les Journ&#233;es d'Avril : &#034; Ne relaxer en aucun cas. &#034; Il n'y eut pas, en ces jours-l&#224;, &#224; P&#233;trograd, un seul meeting o&#249; l'on ne formul&#226;t l'exigence de la lib&#233;ration des emprisonn&#233;s de juillet. Des d&#233;l&#233;gations, l'une apr&#232;s l'autre, se rendaient au Comit&#233; ex&#233;cutif, lequel, &#224; son tour, envoyait ses leaders en pourparlers au palais d'Hiver. Bien en vain ! L'ent&#234;tement de K&#233;rensky dans cette question est d'autant plus remarquable que, pendant une journ&#233;e ou deux, il avait consid&#233;r&#233; la situation du gouvernement comme d&#233;sesp&#233;r&#233;e et que, par cons&#233;quent, il se condamnait au r&#244;le de ge&#244;lier principal, gardant les bolcheviks r&#233;serv&#233;s &#224; la potence du g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant que les masses dirig&#233;es par les bolcheviks, luttant contre Kornilov, n'aient pas accord&#233; la moindre confiance &#224; K&#233;rensky. Il s'agissait pour elles non de prot&#233;ger le gouvernement, mais de d&#233;fendre la r&#233;volution. D'autant plus r&#233;solue et intr&#233;pide &#233;tait leur lutte. La r&#233;sistance &#224; la mutinerie sortait des rails, des pierres, de l'air m&#234;me. Les cheminots de la gare de Louga, &#224; laquelle &#233;tait parvenu Krymov, se refusaient obstin&#233;ment &#224; mettre en marche les trains transportant des troupes, et all&#233;guaient le manque de locomotives. Les &#233;chelons de Cosaques se trouv&#232;rent aussi encercl&#233;s par des soldats arm&#233;s faisant partie de la garnison de Louga qui comptait vingt mille hommes. Il n'y eut pas de collisions ; ce qui se passa fut bien plus dangereux, il y eut contact, intelligence, compr&#233;hension mutuelle. Le Soviet de Louga avait eu le temps d'imprimer la d&#233;claration du gouvernement destituant Kornilov, et ce document fut largement r&#233;pandu d&#232;s lors parmi les &#233;chelons. Les officiers dissuadaient les Cosaques de pr&#234;ter foi aux agitateurs. Mais la n&#233;cessit&#233; m&#234;me de dissuader &#233;tait d'un sinistre augure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t re&#231;u l'ordre de Kornilov : aller de l'avant, Krymov, sous la menace des ba&#239;onnettes, exigea que les locomotives fussent pr&#234;tes dans un demi-heure. La menace sembla efficace. Les locomotives, quoique avec de nouvelles anicroches, furent avanc&#233;es ; mais l'on ne pouvait marcher n&#233;anmoins, car la voie avait &#233;t&#233; d&#233;molie et bloqu&#233;e pour plus d'une journ&#233;e enti&#232;re. Cherchant &#224; &#233;chapper &#224; la propagande corruptrice, Krymov retira, le soir du 28, ses troupes &#224; quelques verstes de Louga. Mais les agitateurs p&#233;n&#233;tr&#232;rent imm&#233;diatement dans les villages : c'&#233;taient des soldats, des ouvriers, des cheminots &#8211; on ne pouvait leur &#233;chapper, ils se r&#233;pandaient partout. Les Cosaques commenc&#232;rent m&#234;me &#224; se r&#233;unir en meetings. Sous l'assaut de la propagande et maudissant son impuissance, Krymov attendait vainement Bagration : les cheminots avaient arr&#234;t&#233; les &#233;chelons de la division &#034; sauvage &#034;, lesquels devaient aussi subir, dans les plus prochaines heures, une attaque morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si veule, si l&#226;che m&#234;me que f&#251;t la d&#233;mocratie des conciliateurs en soi, les forces de masses sur lesquelles, de nouveau, elle s'appuya &#224; moiti&#233; contre Kornilov, ouvraient devant elle des ressources in&#233;puisables d'action. Les socialistes-r&#233;volutionnaires et les bolcheviks consid&#233;raient que leur t&#226;che n'&#233;tait pas de vaincre les troupes de Kornilov en bataille rang&#233;e, mais de les attirer &#224; eux. C'&#233;tait voir juste. Contre la &#034; conciliation &#034; sur cette ligne, les bolcheviks, eux aussi, n'objectaient rien, bien entendu : au contraire, c'&#233;tait l&#224; leur m&#233;thode essentielle ; les bolcheviks demandaient seulement que, derri&#232;re les agitateurs et les parlementaires, se tinssent pr&#234;ts, sous les armes, les ouvriers et les soldats. Pour influencer moralement les effectifs de Kornilov, on trouva du coup un choix illimit&#233; de moyens et de voies. C'est ainsi qu'&#224; la rencontre de la division &#034; sauvage &#034; fut envoy&#233;e une d&#233;l&#233;gation musulmane &#224; laquelle on int&#233;gra des autorit&#233;s indig&#232;nes qui s'&#233;taient aussit&#244;t manifest&#233;es, en commen&#231;ant par le petit-fils de l'illustre Chamil, qui avait h&#233;ro&#239;quement d&#233;fendu le Caucase contre le tsarisme. Les montagnards ne permirent pas &#224; leurs officiers d'arr&#234;ter la d&#233;l&#233;gation : c'e&#251;t &#233;t&#233; en contradiction avec les coutumes s&#233;culaires de l'hospitalit&#233;. Les pourparlers s'ouvrirent et devinrent, du coup, le commencement de la fin. Les commandants envoy&#233;s par Kornilov pour expliquer toute cette campagne, all&#233;gu&#232;rent des &#233;meutes d'agents de l'Allemagne qui auraient &#233;clat&#233; &#224; P&#233;trograd. Or, les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui &#233;taient arriv&#233;s directement de la capitale, non seulement niaient le fait d'une &#233;meute, mais, documents en mains, prouvaient que Krymov &#233;tait un rebelle et conduisait ses troupes contre le gouvernement. Que pouvaient r&#233;pliquer &#224; cela les officiers de Krymov ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le wagon de l'&#233;tat-major de la division &#034; sauvage &#034;, les soldats plant&#232;rent le drapeau rouge avec cette inscription : &#034; La Terre et la Libert&#233;. &#034; Le commandant de l'&#233;tat-major ordonna de rouler le drapeau sur la hampe : &#034; simplement pour &#233;viter une confusion avec un signal de la voie ferr&#233;e &#034;, expliqua monsieur le colonel. L'&#233;quipe de l'&#233;tat-major ne fut pas satisfaite de cette l&#226;che explication et mit le colonel en &#233;tat d'arrestation. Ne se trompait-on point au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral quand on disait qu'il serait indiff&#233;rent aux montagnards du Caucase d'&#233;gorger n'importe qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain matin, un colonel apporta, de la part de Kornilov, cet ordre &#224; Krymov : concentrer le corps d'arm&#233;e, marcher rapidement sur P&#233;trograd et l'occuper &#034; &#224; l'improviste &#034;. Au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, &#233;videmment, l'on essayait encore de fermer les yeux sur la r&#233;alit&#233;. Krymov r&#233;pondit que les contingents du corps &#233;taient dispers&#233;s sur diff&#233;rentes voies ferr&#233;es et qu'en certains endroits des effectifs descendaient des trains ; qu'il n'avait pour l'instant &#224; sa disposition que huit sotnias de Cosaques ; que les voies ferr&#233;es avaient &#233;t&#233; d&#233;t&#233;rior&#233;es, bloqu&#233;es, barricad&#233;es, et que l'on ne pouvait avancer que par une marche en campagne ; enfin, qu'il ne pouvait &#234;tre m&#234;me question d'une occupation impr&#233;vue de P&#233;trograd maintenant que les ouvriers et les soldats s'&#233;taient rang&#233;s sous le fusil dans la capitale et la banlieue. L'affaire se compliquait encore, &#233;tant donn&#233; que la possibilit&#233; &#233;tait d&#233;finitivement perdue d'effectuer l'op&#233;ration &#034; d'une fa&#231;on inopin&#233;e &#034; pour les troupes de Krymov lui-m&#234;me : sentant que les choses allaient tourner mal, les troupes r&#233;clamaient des explications. On dut leur r&#233;v&#233;ler le conflit existant entre Kornilov et K&#233;rensky, c'est-&#224;-dire mettre officiellement &#224; l'ordre du jour la pratique des meetings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre &#224; l'arm&#233;e publi&#233; par Krymov &#224; ce moment disait : &#034; Cette nuit, j'ai re&#231;u du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et de P&#233;trograd une information disant que, dans la capitale, des &#233;meutes ont commenc&#233;... &#034; Cette imposture devait justifier une campagne d&#232;s lors tout &#224; fait ouverte contre le gouvernement. Un ordre de Kornilov lui-m&#234;me, en date du 29 ao&#251;t, disait : &#034; Le service de contre-espionnage de Hollande nous rapporte que : a) ces jours-ci l'on pr&#233;voit une attaque simultan&#233;e sur tout le front dans le but de d&#233;loger et de contraindre &#224; fuir notre arm&#233;e d&#233;compos&#233;e ; b) un soul&#232;vement est pr&#233;par&#233; en Finlande ; c) on se propose de faire sauter les ponts sur le Dni&#233;per et sur la Volga ; d) une insurrection de bolcheviks s'organise &#224; P&#233;trograd. &#034; C'est ce &#034; rapport &#034; m&#234;me que Savinkov all&#233;guait encore le 23 : la Hollande n'&#233;tait mentionn&#233;e que pour jeter de la poudre aux yeux, le document, d'apr&#232;s toutes les donn&#233;es, avait &#233;t&#233; fabriqu&#233; &#224; la mission militaire fran&#231;aise ou bien avec sa collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#233;rensky t&#233;l&#233;graphiait le m&#234;me jour &#224; Krymov : &#034; A P&#233;trograd, calme complet. On n'attend aucune manifestation. N'avons aucunement besoin de votre corps d'arm&#233;e. &#034; La manifestation devait &#234;tre provoqu&#233;e par les d&#233;crets d'&#233;tat de si&#232;ge de K&#233;rensky lui-m&#234;me. Comme le gouvernement avait d&#251; diff&#233;rer sa provocation, K&#233;rensky avait toutes raisons d'estimer qu ' &#034; on ne s'attendait &#224; aucune manifestation &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne voyant point d'issue, Krymov fit la tentative absurde de marcher sur P&#233;trograd avec ses huit sotnias. C'&#233;tait plut&#244;t un geste par acquit de conscience et, bien entendu, il n'en r&#233;sulta rien. Ayant rencontr&#233; &#224; quelques verstes de Louga des avant- postes, Krymov revint sur ses pas, sans m&#234;me essayer de livrer bataille. Au sujet de cette &#034; op&#233;ration &#034; unique, absolument fictive, Krasnov, chef du 3e corps de cavalerie, &#233;crivait plus tard : &#034; Il fallait frapper sur P&#233;trograd avec une force de quatre-vingt-six escadrons et sotnias, et l'on frappa avec une seule brigade comptant huit faibles sotnias, pour une moiti&#233; manquant de chefs. Au lieu de frapper avec le poing, on tapa avec le petit doigt : ceci fit mal au petit doigt et ceux que l'on frappait ne sentirent rien. &#034; Au fond, il n'y eut m&#234;me pas un coup du petit doigt. Personne ne s'en ressentit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cheminots, pendant ce temps, faisaient ce qu'ils avaient &#224; faire. De myst&#233;rieuse fa&#231;on, les &#233;chelons &#233;taient dirig&#233;s sur d'autres voies que celles de leur destination. Les r&#233;giments tombaient sur des divisions qui n'&#233;taient pas les leurs, les effectifs d'artillerie &#233;taient coinc&#233;s dans des impasses, les &#233;tats-majors perdaient leur liaison avec leurs contingents. Toutes les grandes stations avaient leurs soviets, leurs comit&#233;s de cheminots et de soldats. Les t&#233;l&#233;graphistes les tenaient au courant de tous les &#233;v&#233;nements, de tous les d&#233;placements, de toutes les modifications. Les m&#234;mes t&#233;l&#233;graphistes interceptaient les ordres de Kornilov. Les informations d&#233;favorables pour les korniloviens &#233;taient imm&#233;diatement transcrites en nombreux exemplaires, transmises, affich&#233;es, communiqu&#233;es de bouche en bouche. Le m&#233;canicien, l'aiguilleur, le graisseur devenaient des agitateurs. C'est dans cette ambiance qu'avan&#231;aient, ou bien, pis encore, restaient sur place les &#233;chelons de Kornilov. Le commandant, ayant bient&#244;t senti que la situation &#233;tait d&#233;sesp&#233;r&#233;e, ne se h&#226;tait &#233;videmment pas d'avancer et, par son attitude passive, facilitait le travail des contre-conspirateurs du transport. Les &#233;l&#233;ments de l'arm&#233;e de Krymov furent ainsi diss&#233;min&#233;s dans les stations, les bifurcations et les impasses de huit voies ferr&#233;es. Quand on &#233;tudie d'apr&#232;s la carte quel fut le sort des &#233;chelons de Kornilov, on peut garder cette impression que les conspirateurs auraient jou&#233;, sur le r&#233;seau ferroviaire, &#224; colin-maillard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Presque partout &#8211; dit le g&#233;n&#233;ral Krasnov, notant ses observations de la nuit du 29 au 30 ao&#251;t &#8211; nous avons vu un seul et m&#234;me tableau. Ici sur la voie, l&#224; dans un wagon, ou bien assis sur des selles, pr&#232;s de chevaux moreaux et bai-brun qui penchaient vers eux la t&#234;te, se tenaient accroupis ou debout des dragons et, parmi eux, quelque figure gesticulante, portant la capote du soldat. &#034; Le nom de cette &#034; figure gesticulante &#034; devint bient&#244;t l&#233;gion. De P&#233;trograd continuaient &#224; arriver d'innombrables d&#233;l&#233;gations de r&#233;giments, envoy&#233;es &#224; la rencontre des korniloviens : avant de se battre, tous voulaient s'expliquer. Les troupes r&#233;volutionnaires avaient le ferme espoir que l'affaire s'arrangerait sans bataille. Cela se confirma : les Cosaques acc&#233;daient volontiers. L'&#233;quipe de liaison du corps d'arm&#233;e, s'&#233;tant empar&#233;e d'une locomotive, exp&#233;dia des d&#233;l&#233;gu&#233;s sur toute la ligne, On expliqua &#224; chaque &#233;chelon la situation qui s'&#233;tait cr&#233;&#233;e. Il y eut d'incessants meetings au cours desquels montait un cri : on nous a tromp&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Non seulement les chefs de division &#8211; d&#233;clare le m&#234;me Krasnov &#8211; mais m&#234;me les chefs de r&#233;giment ne savaient pas o&#249; se trouvaient leurs escadrons et leurs sotnias... Le manque de nourriture et de fourrage, naturellement, irritait encore plus les hommes. Les hommes... voyaient toute l'incoh&#233;rence de ce qui se passait autour d'eux et se mirent &#224; arr&#234;ter les officiers et les sup&#233;rieurs. &#034; La d&#233;l&#233;gation du Soviet, ayant organis&#233; son &#233;tat-major, communiquait : &#034; Constamment, il y a fraternisation... Nous sommes absolument s&#251;rs que l'on peut consid&#233;rer le conflit comme liquid&#233;. De tous c&#244;t&#233;s arrivent des d&#233;l&#233;gations... &#034; La direction des contingents &#233;tait prise par des comit&#233;s qui se substituaient aux chefs. Tr&#232;s rapidement fut cr&#233;&#233; un soviet de d&#233;put&#233;s du corps d'arm&#233;e, et l'on en d&#233;tacha une d&#233;l&#233;gation d'une quarantaine d'hommes pour l'envoyer au gouvernement provisoire. Les Cosaques commenc&#232;rent &#224; d&#233;clarer hautement qu'ils n'attendaient qu'un ordre de P&#233;trograd pour arr&#234;ter Krymov et les autres officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stank&#233;vitch retrace le tableau qu'il trouva sur sa route, &#233;tant parti le 30 avec Voltinsky dans la direction de Pskov. A P&#233;trograd, l'on croyait que Tsarsko&#239;&#233;-S&#233;lo avait &#233;t&#233; occup&#233; par les korniloviens, mais l'on n'y avait trouv&#233; personne. &#034; A Gatchina, personne... Sur la route, jusqu'&#224; Louga, personne. A Louga, calme et tranquillit&#233;... Nous arriv&#226;mes jusqu'&#224; un village ou devait se trouver l'&#233;tat-major du corps d'arm&#233;e. D&#233;sert... Il se v&#233;rifia que, de bonne heure dans la matin&#233;e, les Cosaques avaient quitt&#233; la place, se rendant dans la direction oppos&#233;e &#224; celle de P&#233;trograd. &#034; La r&#233;volte refluait, se fractionnait, &#233;tait absorb&#233;e par le sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au palais d'Hiver, on appr&#233;hendait encore un peu l'adversaire. K&#233;rensky fit une tentative pour entrer en pourparlers avec le commandement des rebelles : cette voie lui semblait plus s&#251;re que l'initiative &#034; anarchique &#034; de la base, Il exp&#233;dia &#224; Krymov des d&#233;l&#233;gu&#233;s et, &#034; pour le salut de la Russie &#034;, le pria de venir &#224; P&#233;trograd, lui garantissant, sur l'honneur, toute s&#233;curit&#233;. Press&#233; de tous c&#244;t&#233;s et ayant compl&#232;tement perdu la t&#234;te, le g&#233;n&#233;ral se h&#226;ta, bien entendu, d'accepter l'invitation. Sur les traces de Krymov partit pour P&#233;trograd une d&#233;putation de Cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fronts ne soutinrent pas le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Une tentative plus s&#233;rieuse fut faite seulement par le front du Sud-Ouest. L'&#233;tat-major de D&#233;nikine avait entrepris en temps voulu des mesures pr&#233;liminaires. Les effectifs attach&#233;s &#224; la garde de l'&#233;tat-major sur lesquels on ne pouvait compter avaient &#233;t&#233; remplac&#233;s par des Cosaques. Dans la nuit du 26 au 27, l'imprimerie avait &#233;t&#233; occup&#233;e. L'&#233;tat-major essayait de jouer le r&#244;le d'un ma&#238;tre de la situation s&#251;r de lui et avait m&#234;me interdit au Comit&#233; du front de se servir du t&#233;l&#233;graphe. Mais les illusions ne subsist&#232;rent m&#234;me pas quelques heures. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de diff&#233;rents contingents se pr&#233;sent&#232;rent au Comit&#233; avec des offres de soutien. Survinrent des autos blind&#233;es, des mitrailleuses, des canons. Le Comit&#233; subordonna imm&#233;diatement &#224; son contr&#244;le l'activit&#233; de l'&#233;tat-major, auquel l'initiative ne fut laiss&#233;e que dans le domaine des op&#233;rations de guerre. Vers trois heures, le 28, l'autorit&#233; sur le front Sud-Ouest fut enti&#232;rement concentr&#233;e entre les mains du Comit&#233;. &#034; Jamais encore &#8211; se lamentait D&#233;nikine &#8211; l'avenir du pays n'avait paru si sombre, notre impuissance si vexante et si accablante. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les autres fronts, l'affaire tourna d'une fa&#231;on encore moins dramatique : il suffisait aux chefs d'arm&#233;e de regarder autour d'eux pour &#233;prouver l'afflux de sentiments amicaux &#224; l'&#233;gard des commissaires du gouvernement provisoire. Vers le matin du 29, au palais d'Hiver, l'on avait d&#233;j&#224; des t&#233;l&#233;grammes portant des assurances de fid&#233;lit&#233; du g&#233;n&#233;ral Chtcherbatchev, du front roumain, du g&#233;n&#233;ral Valou&#239;ev, du front Ouest, et de Prjewalski, du front du Caucase. Sur le front Nord, o&#249; le commandant en chef &#233;tait un kornilovien d&#233;clar&#233;, Klembovsky, Stank&#233;vitch avait nomm&#233; comme son suppl&#233;ant un certain Savitsky. &#034; Savitsky, qui n'&#233;tait gu&#232;re connu jusqu'alors, nomm&#233; par t&#233;l&#233;gramme au moment du conflit &#8211; &#233;crit Stank&#233;vitch lui-m&#234;me &#8211; pouvait en toute assurance s'adresser &#224; n'importe quel attroupement de soldats &#8211; infanterie, Cosaques, ordonnances et m&#234;me junkers &#8211; avec n'importe quel ordre, quand bien m&#234;me il se serait agi d'arr&#234;ter le commandant en chef &#8211; et l'ordre &#233;tait ex&#233;cut&#233; sans discussion.,. &#034; Ce fut sans les moindres complications que Klembovsky fut remplac&#233; par le g&#233;n&#233;ral Bontch-Brou&#239;&#233;itch qui, par l'interm&#233;diaire de son fr&#232;re, bolchevik connu, fut un des premiers appel&#233; dans la suite au service du gouvernement bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les affaires n'allaient gu&#232;re mieux pour le pilier du parti militaire dans le sud, l'ataman des troupes du Don, Kal&#233;dine. A P&#233;trograd l'on disait que Kal&#233;dine mobilisait les contingents cosaques et que des &#233;chelons du front venaient le rejoindre sur le Don. Or, &#034; l'ataman &#8211; d'apr&#232;s un de ses biographes &#8211; parcourait les bourgs cosaques &#224; bonne distance du chemin de fer... s'entretenant paisiblement avec les habitants &#034;. Kal&#233;dine, effectivement, man&#339;uvrait avec plus de circonspection qu'on ne le croyait dans les cercles r&#233;volutionnaires. Il avait choisi le moment du soul&#232;vement d&#233;clar&#233;, dont l'heure lui &#233;tait connue d'avance, pour parcourir &#034; pacifiquement &#034; les villages cosaques, afin de se trouver, durant les journ&#233;es critiques, &#224; l'&#233;cart du t&#233;l&#233;graphe et de tout autre contr&#244;le et de t&#226;ter en m&#234;me temps l'opinion de la population cosaque. Le 27, il avait t&#233;l&#233;graphi&#233; en cours de route &#224; son suppl&#233;ant Boga&#239;evsky : &#034; Il faut soutenir Kornilov par tous les moyens. &#034; Cependant, ses rapports directs avec la population cosaque prouv&#232;rent justement que les ressources et les forces n'existaient, en somme, point : les Cosaques cultivateurs de bl&#233; ne songeaient nullement &#224; se lever pour la d&#233;fense de Kornilov. Lorsque l'&#233;chec du soul&#232;vement devint &#233;vident, ce que l'on appelait &#034; le gouvernement militaire &#034; du Don d&#233;cida de diff&#233;rer l'expression de son opinion &#034; jusqu'&#224; &#233;lucidation du r&#233;el rapport de forces &#034;, Gr&#226;ce &#224; cette man&#339;uvre, les sommets de la cosaquerie du Don r&#233;ussirent &#224; se jeter &#224; l'&#233;cart en temps opportun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A P&#233;trograd, &#224; Moscou, sur le Don, sur le front, sur les voies que suivaient les &#233;chelons, partout et en tous lieux Kornilov avait des sympathisants, des partisans, des amis. Leur nombre semblait &#233;norme si l'on en juge par les t&#233;l&#233;grammes, les adresses de f&#233;licitations et les articles de journaux. Mais, chose &#233;trange : maintenant que l'heure &#233;tait venue pour eux de se montrer, ils avaient disparu. En bien des cas, la cause n'en r&#233;sidait nullement dans des l&#226;chet&#233;s individuelles. Parmi les officiers korniloviens, il y avait un bon nombre de braves. Mais leur bravoure ne trouvait pas de point d'appui. A partir du moment o&#249; les masses commenc&#232;rent &#224; s'agiter, les individus isol&#233;s n'eurent plus acc&#232;s aux &#233;v&#233;nements. Non seulement les grands industriels, banquiers, professeurs, ing&#233;nieurs, mais aussi les &#233;tudiants, m&#234;me les officiers tremp&#233;s se trouv&#232;rent &#233;cart&#233;s, effac&#233;s, rejet&#233;s. Ils observaient les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulaient devant eux comme du haut d'un balcon. Avec le g&#233;n&#233;ral D&#233;nikine il ne leur restait rien d'autre qu'&#224; maudire leur impuissance vexante et accablante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 ao&#251;t, le Comit&#233; ex&#233;cutif exp&#233;dia &#224; tous les soviets une joyeuse nouvelle : &#034; Dans les troupes de Kornilov, c'est une compl&#232;te d&#233;composition. &#034; Pendant un temps l'on oublia que Kornilov avait choisi pour son entreprise les contingents les plus patriotes, les plus aptes au combat, les mieux pr&#233;serv&#233;s de l'influence des bolcheviks. Le processus de la d&#233;composition consistait en ceci que les soldats cessaient d&#233;finitivement de faire confiance aux officiers, d&#233;couvrant en eux des ennemis. La lutte pour la r&#233;volution contre Kornilov marquait un approfondissement de la d&#233;composition de l'arm&#233;e, c'est-&#224;-dire, pr&#233;cis&#233;ment, ce que l'on reprochait aux bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Messieurs les g&#233;n&#233;raux eurent enfin la possibilit&#233; de v&#233;rifier la force de r&#233;sistance de la r&#233;volution qui leur semblait si friable, si d&#233;bile, si accidentellement victorieuse de l'ancien r&#233;gime. Depuis les Journ&#233;es de F&#233;vrier, on r&#233;p&#233;tait &#224; tout propos la formule fanfaronne de la soldatesque : donnez-moi un r&#233;giment solide et je leur montrerai de quoi il retourne. L'exp&#233;rience du g&#233;n&#233;ral Khabalov et du g&#233;n&#233;ral Ivanov, &#224; la fin de f&#233;vrier, n'avait rien appris aux grands capitaines de la race de ceux qui montrent le poing apr&#232;s la bataille. C'&#233;tait fr&#233;quemment d'apr&#232;s leurs voix que les strat&#232;ges civils r&#233;glaient aussi leur chant. L'octobriste Chidlovsky affirmait que si, en f&#233;vrier, s'&#233;taient montr&#233;s dans la capitale &#034; des contingents non particuli&#232;rement consid&#233;rables, solidement unis par la discipline et l'esprit militaire, la R&#233;volution de F&#233;vrier e&#251;t &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e en quelques jours &#034;. Le fameux Boublikov, agitateur parmi les cheminots, &#233;crivait : &#034; Il e&#251;t suffi d'une seule division disciplin&#233;e venue du front pour que l'insurrection f&#251;t radicalement &#233;cras&#233;e. &#034; Plusieurs officiers qui particip&#232;rent aux &#233;v&#233;nements affirmaient &#224; D&#233;nikine qu ' &#034; un seul bataillon solide ayant &#224; sa t&#234;te un chef qui comprendrait ce qu'il voulait, pouvait mettre sens dessus dessous toute la situation &#034;. Du temps o&#249; Goutchkov &#233;tait ministre de la Guerre, le g&#233;n&#233;ral Krymov vint du front le trouver et lui offrit &#034; de nettoyer P&#233;trograd avec une seule division, bien entendu non point sans effusion de sang &#034;. L'affaire n'eut pas lieu uniquement parce que &#034; Goutchkov ne consentit pas &#034;. Enfin, Savinkov, pr&#233;parant pour le futur Directoire son propre &#034; 27 ao&#251;t &#034;, affirmait que deux r&#233;giments suffiraient parfaitement pour r&#233;duire les bolcheviks en cendres et en poussi&#232;re. Maintenant, le destin donnait &#224; tous ces messieurs, en la personne d'un g&#233;n&#233;ral &#034; gai et all&#232;gre &#034;, l'enti&#232;re possibilit&#233; de v&#233;rifier &#224; quel point leurs calculs h&#233;ro&#239;ques &#233;taient fond&#233;s. Sans coup f&#233;rir, t&#234;te basse, mortifi&#233; et piteux, Krymov arriva au palais d'Hiver. K&#233;rensky ne laissa pas &#233;chapper l'occasion de jouer avec lui une sc&#232;ne path&#233;tique dans laquelle les effets &#224; bon march&#233; &#233;taient garantis d'avance. Revenu de chez le premier ministre au minist&#232;re de la Guerre, Krymov se logea une balle dans la t&#234;te. C'est ainsi que tourna la tentative faite pour r&#233;primer la r&#233;volution &#034; non point sans effusion de sang &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au palais d'Hiver, on eut un soupir de soulagement en songeant qu'une affaire si lourde de complications se terminait &#224; souhait, et l'on se h&#226;ta d'en revenir &#224; l'ordre du jour, c'est-&#224;-dire &#224; la reprise des affaires interrompues. Comme g&#233;n&#233;ralissime, K&#233;rensky se nomma lui-m&#234;me : pour garder son alliance politique avec le corps des vieux g&#233;n&#233;raux, il lui &#233;tait excessivement difficile de trouver un personnage plus congru. Comme chef d'&#233;tat-major du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, il choisit Alex&#233;&#239;ev qui avait failli, deux jours auparavant, devenir premier ministre. Apr&#232;s des tergiversations et des consultations, le g&#233;n&#233;ral, non sans une grimace de d&#233;dain, accepta la nomination dans le but, expliqua-t-il aux siens, de liquider pacifiquement le conflit. L'ancien chef d'&#233;tat-major du g&#233;n&#233;ralissime Nicolas Romanov se retrouvait dans les m&#234;mes fonctions sous K&#233;rensky. Il y avait de quoi s'&#233;tonner ! &#034; Seul, Alex&#233;&#239;ev, gr&#226;ce &#224; ses accointances avec le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et &#224; son &#233;norme influence dans les sph&#232;res sup&#233;rieures des militaires &#8211; c'est ainsi que plus tard K&#233;rensky essaya d'expliquer l'extravagante nomination &#8211; pouvait s'acquitter avec succ&#232;s de la transmission sans douleur du commandement des mains de Kornilov en de nouvelles mains. &#034; Tout au contraire ! La d&#233;signation d'Alex&#233;&#239;ev, c'est-&#224;-dire d'un affid&#233;, pouvait seulement inspirer aux conspirateurs l'id&#233;e de prolonger la r&#233;sistance s'il leur en restait la moindre possibilit&#233;. En r&#233;alit&#233;, Alex&#233;&#239;ev se trouva mis en avant par K&#233;rensky, apr&#232;s la liquidation du soul&#232;vement, pour la raison m&#234;me qui avait fait appeler Savinkov au d&#233;but de la r&#233;bellion : il fallait &#224; tout prix garder les ponts du c&#244;t&#233; de droite. Le nouveau g&#233;n&#233;ralissime estimait maintenant particuli&#232;rement indispensable de refaire amiti&#233; avec les g&#233;n&#233;raux : apr&#232;s la forte secousse, il devrait en effet r&#233;tablir solidement l'ordre et, par cons&#233;quent, aurait besoin d'un pouvoir doublement ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, il ne restait d&#233;j&#224; rien de l'optimisme qui y avait r&#233;gn&#233; deux jours auparavant. Les conspirateurs cherchaient des voies de retraite. Un t&#233;l&#233;gramme exp&#233;di&#233; &#224; K&#233;rensky disait que Kornilov, &#034; consid&#233;rant la situation strat&#233;gique&#034; , &#233;tait dispos&#233; &#224; se d&#233;mettre en paix du commandement s'il &#233;tait d&#233;clar&#233; que &#034; l'on cr&#233;ait un gouvernement fort &#034;. Apr&#232;s ce gros ultimatum de celui qui capitulait, en venait un autre plus petit : lui, Kornilov, estimait &#034; en somme inadmissibles les arrestations de g&#233;n&#233;raux et d'autres personnes avant tout indispensables &#224; l'arm&#233;e &#034;. K&#233;rensky, tout heureux, fit aussit&#244;t un pas vers son adversaire en annon&#231;ant par radio que les ordres du g&#233;n&#233;ral Kornilov concernant les op&#233;rations de guerre &#233;taient obligatoires pour tous. Kornilov lui-m&#234;me &#233;crivait &#224; ce sujet &#224; Krymov le m&#234;me jour : &#034; Voici un &#233;pisode unique dans l'histoire mondiale : un g&#233;n&#233;ralissime accus&#233; de forfaiture et de trahison envers la patrie, et traduit pour cela devant un tribunal, a re&#231;u l'ordre de continuer &#224; commander les arm&#233;es... &#034; Cette nouvelle manifestation de la pusillanimit&#233; de K&#233;rensky rendit imm&#233;diatement courage aux conspirateurs qui craignaient encore de faire un mauvais march&#233;. Malgr&#233; le t&#233;l&#233;gramme envoy&#233; quelques heures auparavant d&#233;clarant inadmissible une lutte int&#233;rieure &#034; en ce moment &#233;pouvantable &#034;, Kornilov, &#224; demi r&#233;tabli dans ses droits, exp&#233;dia deux hommes &#224; Kal&#233;dine pour le prier &#034; de faire pression &#034; et, en m&#234;me temps, fit cette proposition &#224; Krymov : &#034; Si la situation le permet, agissez ind&#233;pendamment dans l'esprit de l'instruction que je vous ai donn&#233;e. &#034; L'esprit de l'instruction &#233;tait ceci : renverser le gouvernement et pendre tous les membres du Soviet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;ev, nouveau chef d'&#233;tat-major, partit occuper le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Au palais d'Hiver, on consid&#233;rait encore cette op&#233;ration comme s&#233;rieuse. En r&#233;alit&#233;, Kornilov avait directement &#224; sa disposition : un bataillon de chevaliers de Saint-Georges, un r&#233;giment d'infanterie &#034; kornilovien &#034; et un r&#233;giment de cavalerie du Tek. Le bataillon des chevaliers de Saint-Georges, d&#232;s le d&#233;but, s'&#233;tait rang&#233; du c&#244;t&#233; du gouvernement. Le r&#233;giment &#034; kornilovien &#034; et celui du Tek &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme fid&#232;les ; mais une partie d'entre eux avait aussi fait d&#233;fection. Le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral n'avait pas du tout d'artillerie &#224; sa disposition. En de telles conditions l'on ne pouvait parler de r&#233;sistance. Alex&#233;&#239;ev d&#233;buta dans sa mission en faisant &#224; Kornilov et &#224; Loukomsky des visites c&#233;r&#233;monieuses au cours desquelles, doit-on penser, de c&#244;t&#233; et d'autre, l'on usa unanimement du vocabulaire de la soldatesque &#224; l'adresse de K&#233;rensky, nouveau g&#233;n&#233;ralissime. Pour Kornilov comme pour Alex&#233;&#239;ev il &#233;tait clair que l'on devait, en tout cas, remettre &#224; une autre &#233;ch&#233;ance le salut du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tandis qu'au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral l'on arrangeait si heureusement la paix sans vainqueurs ni vaincus, l'atmosph&#232;re &#224; P&#233;trograd s'&#233;chauffait extr&#234;mement et l'on attendait impatiemment au palais d'Hiver des nouvelles rassurantes de Mohilev pour les transmettre au peuple. Alex&#233;&#239;ev &#233;tait accabl&#233; de questions incessantes. Le colonel Baranovsky, homme de confiance de K&#233;rensky, se plaignait par fil direct : &#034; Les soviets sont en effervescence, on ne peut d&#233;charger l'atmosph&#232;re qu'en manifestant de l'autorit&#233; et en arr&#234;tant Kornilov et autres... &#034; Cela ne r&#233;pondait nullement aux intentions d'Alex&#233;&#239;ev. &#034; Je vois avec un profond regret &#8211; r&#233;plique le g&#233;n&#233;ral &#8211; que mes appr&#233;hensions de nous voir d&#233;finitivement tomb&#233;s pour l'instant dans les griffes tenaces des soviets correspondent &#224; un fait incontestable. &#034; Sous le pronom famili&#232;rement employ&#233; de &#034; nous &#034;, est sous-entendu le groupe de K&#233;rensky dans lequel Alex&#233;&#239;ev, pour att&#233;nuer sa pointe, se comprend conventionnellement aussi. Le colonel Baranovsky lui r&#233;pond du m&#234;me ton : &#034; Dieu aidant, nous &#233;chapperons aux griffes tenaces du Soviet dans lesquelles nous sommes pris. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine les masses avaient-elles sauv&#233; K&#233;rensky des griffes de Kornilov, que le leader de la d&#233;mocratie se h&#226;tait d&#233;j&#224; de se mettre en accord avec Alex&#233;&#239;ev contre les masses : &#034; Nous &#233;chapperons aux griffes tenaces du Soviet. &#034; Alex&#233;&#239;ev dut n&#233;anmoins se soumettre &#224; la n&#233;cessit&#233; et proc&#233;der &#224; l'arrestation rituelle des principaux conspirateurs. Kornilov, sans opposer de r&#233;sistance, fut mis aux arr&#234;ts de rigueur &#224; domicile quatre jours apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; au peuple : &#034; Je pr&#233;f&#232;re la mort plut&#244;t que d'&#234;tre destitu&#233; de mes fonctions de g&#233;n&#233;ralissime. &#034; La Commission extraordinaire d'enqu&#234;te qui arriva &#224; Mohilev arr&#234;ta de son c&#244;t&#233; le ministre adjoint des Voies et Communications, plusieurs officiers de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral, le malencontreux diplomate Aladyine, ainsi que tous les membres pr&#233;sents du Comit&#233; principal de l'Union de officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premi&#232;res heures qui suivirent la victoire, les conciliateurs gesticulaient vivement. Avksentiev lui-m&#234;me lan&#231;ait des foudres. Pendant trois jours, les rebelles avaient laiss&#233; les fronts d&#233;munis d'instructions ! &#034; Mort aux tra&#238;tres ! &#034; criaient les membres du Comit&#233; ex&#233;cutif. Avksentiev faisait &#233;cho &#224; ces voix : oui, la peine de mort avait &#233;t&#233; r&#233;tablie sur la demande de Kornilov et de ses affid&#233;s, &#034; elle serait d'autant plus r&#233;solument appliqu&#233;e &#224; ces derniers &#034;. (Temp&#234;te prolong&#233;e d'applaudissements.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Concile eccl&#233;siastique de Moscou, qui s'&#233;tait inclin&#233; une quinzaine auparavant devant Kornilov, en tant que restaurateur de la peine de mort, suppliait maintenant par t&#233;l&#233;gramme le gouvernement, &#034; au nom de Dieu et de l'amour du Christ pour le prochain &#034;, de sauvegarder la vie du g&#233;n&#233;ral malheureux. D'autres leviers furent mis en branle. Mais le gouvernement ne songeait aucunement &#224; une r&#233;pression sanglante. Lorsque la d&#233;l&#233;gation de la division &#034; sauvage &#034; se pr&#233;senta &#224; K&#233;rensky au palais d'Hiver, comme un des soldats, en r&#233;ponse aux phrases vagues du nouveau g&#233;n&#233;ralissime, disait que &#034; les commandants tra&#238;tres devaient &#234;tre impitoyablement frapp&#233;s &#034;, K&#233;rensky l'interrompit par ces mots : &#034; Votre affaire est maintenant d'ob&#233;ir &#224; vos chefs et, quant &#224; nous, nous ferons tout le n&#233;cessaire. &#034; Positivement, cet homme estimait que les masses devaient monter sur la sc&#232;ne quand il frapperait du pied gauche et dispara&#238;tre quand il frapperait du pied droit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Nous ferons nous-m&#234;mes tout le n&#233;cessaire. &#034; Mais tout ce qu'ils firent semblait aux masses inutile, sinon suspect et p&#233;rilleux. Les masses ne se trompaient point ; au sommet, l'on se pr&#233;occupait plut&#244;t de r&#233;tablir la situation d'o&#249; &#233;tait sortie la campagne de Kornilov. &#034; D&#232;s les premiers interrogatoires auxquels proc&#233;d&#232;rent les membres de la commission d'enqu&#234;te &#8211; raconte Loukomsky &#8211; il s'av&#233;ra que tous nous traitaient avec la plus extr&#234;me bienveillance. &#034; C'&#233;taient, en somme, des complices et des camoufleurs. Le procureur militaire, Chablovsky, donnait aux accus&#233;s une consultation pour leur apprendre &#224; tromper la justice. Les organisations du front envoyaient des protestations. &#034; Les g&#233;n&#233;raux et leurs complices sont trait&#233;s autrement qu'en criminels devant l'&#201;tat et le peuple... Les rebelles ont une enti&#232;re libert&#233; de communication avec le monde ext&#233;rieur. &#034; Loukomsky confirme : &#034; L'&#233;tat-major du g&#233;n&#233;ralissime nous informait de toutes les questions qui nous int&#233;ressaient. &#034; Les soldats indign&#233;s tent&#232;rent plus d'une fois de traduire les g&#233;n&#233;raux devant leur propre justice, et les d&#233;tenus n'&#233;chapp&#232;rent aux repr&#233;sailles que gr&#226;ce &#224; une division polonaise contre-r&#233;volutionnaire install&#233;e &#224; Bykhov, lieu o&#249; ils &#233;taient incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 septembre, le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;ev &#233;crivit &#224; Milioukov, du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, une lettre traduisant l'indignation l&#233;gitime des conspirateurs devant la conduite de la grande bourgeoisie qui, d'abord, les avait pouss&#233;s en avant et, apr&#232;s la d&#233;faite, les avait abandonn&#233;s &#224; leur propre sort. &#034; Vous savez jusqu'&#224; un certain point &#8211; &#233;crivait, non sans causticit&#233;, le g&#233;n&#233;ral &#8211; que certains cercles de notre soci&#233;t&#233; non seulement &#233;taient au courant de tout, non seulement sympathisaient id&#233;ologiquement, mais aidaient comme ils pouvaient Kornilov... &#034; Au nom de l'Union des officiers, Alex&#233;&#239;ev exigeait de Vychn&#233;gradsky, Poutilov et d'autres capitalistes consid&#233;rables qui avaient tourn&#233; le dos aux vaincus, une souscription imm&#233;diate de trois cent mille roubles au profit &#034; des familles affam&#233;es de ceux avec lesquels ils &#233;taient li&#233;s par une communaut&#233; d'id&#233;es et de pr&#233;paration ! &#034; La lettre s'achevait par une v&#233;ritable menace : &#034; Si la presse honn&#234;te n'entreprend pas imm&#233;diatement d'expliquer &#233;nergiquement l'affaire... le g&#233;n&#233;ral Kornilov sera contraint de d&#233;voiler largement devant le tribunal toute la pr&#233;paration, tous les pourparlers avec des personnalit&#233;s et des cercles, leur participation &#034;, etc. Au sujet des r&#233;sultats pratiques de ce lamentable ultimatum, D&#233;nikine communique : &#034; C'est seulement &#224; la fin d'octobre que Kornilov re&#231;ut de Moscou environ quarante mille roubles. &#034; Milioukov, pendant ce temps, s'&#233;tait en somme absent&#233; de l'ar&#232;ne politique : d'apr&#232;s la version officielle des cadets, il &#233;tait parti &#034; se reposer en Crim&#233;e &#034;. Apr&#232;s tant de tracas, le leader lib&#233;ral avait effectivement besoin de repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La com&#233;die de l'enqu&#234;te tra&#238;na jusqu'&#224; l'insurrection bolcheviste, apr&#232;s quoi Kornilov et ses complices furent non seulement mis en libert&#233;, mais munis par le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral de K&#233;rensky de tous les documents indispensables. Ce furent les g&#233;n&#233;raux fugitifs qui d&#233;clench&#232;rent la guerre civile. En raison des vis&#233;es sacr&#233;es qui liaient Kornilov avec le lib&#233;ral Milioukov et le Cent-Noir Rimsky-Korsakov, des centaines de milliers d'hommes tomb&#232;rent, le Midi et l'Est de la Russie furent pill&#233;s et d&#233;vast&#233;s, l'&#233;conomie du pays fut d&#233;finitivement &#233;branl&#233;e, la r&#233;volution fut contrainte &#224; la terreur rouge. Kornilov, ayant &#233;chapp&#233; sans encombre &#224; la justice de K&#233;rensky, tomba bient&#244;t sur le front de la guerre civile, frapp&#233; par un obus bolchevik. Le sort de Kal&#233;dine ne fut gu&#232;re diff&#233;rent. Le &#034; gouvernement militaire &#034; du Don exigea non seulement que l'ordre d'arr&#234;ter Kal&#233;dine f&#251;t rapport&#233;, mais que celui-ci f&#251;t r&#233;tabli dans ses fonctions d'ataman. K&#233;rensky, l&#224; encore, ne perdit pas une occasion de reculade. Skob&#233;lev arriva &#224; Novotcherkassk, apportant des excuses au &#034; cercle militaire cosaque &#034;. Le ministre d&#233;mocrate fut l'objet de sarcasmes raffin&#233;s et, l&#224;, Kal&#233;dine lui-m&#234;me fut le premier &#224; railler. Le triomphe du g&#233;n&#233;ral cosaque ne fut pourtant point durable. Coinc&#233; de tous c&#244;t&#233;s par la r&#233;volution bolcheviste, chez lui, sur le Don, Kal&#233;dine se suicida quelques mois plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le drapeau de Kornilov passa ensuite aux mains du g&#233;n&#233;ral D&#233;nikine et de l'amiral Koltchak, dont les noms se rattachent &#224; la principale p&#233;riode de la guerre civile. Mais tout cela concerne d&#233;j&#224; 1918 et les ann&#233;es suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les masses expos&#233;es aux coups&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes imm&#233;diates des &#233;v&#233;nements d'une r&#233;volution sont les modifications dans la conscience des classes en lutte. Les rapports mat&#233;riels d'une soci&#233;t&#233; d&#233;terminent seulement le courant suivi par ces processus. Par leur nature, les modifications de la conscience collective ont un caract&#232;re &#224; demi occulte ; &#224; peine parvenus &#224; une tension d&#233;termin&#233;e, les nouveaux &#233;tats d'esprit et les id&#233;es percent au dehors sous la forme d'actions de masses qui &#233;tablissent un nouvel &#233;quilibre social, d'ailleurs tr&#232;s instable. La marche de la r&#233;volution &#224; chaque nouvelle &#233;tape met &#224; nu le probl&#232;me du pouvoir pour le recouvrir encore, imm&#233;diatement apr&#232;s, d'un masque &#8212; en attendant de le d&#233;pouiller de nouveau. Tel est aussi le m&#233;canisme d'une contre-r&#233;volution avec cette diff&#233;rence que le film se d&#233;roule ici &#224; rebours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se passe aux cimes gouvernementales et sovi&#233;tiques n'est nullement indiff&#233;rent pour la marche des &#233;v&#233;nements. Mais on ne peut comprendre le sens r&#233;el de la politique d'un parti et d&#233;chiffrer les man&#339;uvres des leaders qu'&#224; condition de d&#233;couvrir les profonds processus mol&#233;culaires dans la conscience des masses. En juillet, les ouvriers et les soldats avaient essuy&#233; une d&#233;faite, mais, en octobre, par un assaut irr&#233;sistible, ils s'empar&#232;rent du pouvoir. Que s'&#233;tait-il pass&#233; dans leurs esprits pendant ces quatre mois ? Comment avaient-ils r&#233;agi sous les coups qui pleuvaient d'en haut ? Avec quelles id&#233;es, quels sentiments, avaient-ils consid&#233;r&#233; la tentative faite par la bourgeoisie pour s'emparer du pouvoir ? Le lecteur devra revenir en arri&#232;re, vers la d&#233;faite de juillet. Fr&#233;quemment, l'on est oblig&#233; de reculer pour mieux sauter. Or, devant nous s'annonce le saut d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'historiographie sovi&#233;tique officielle, une opinion s'est &#233;tablie, et est devenue une sorte de lieu commun, d'apr&#232;s laquelle l'assaut livr&#233; au parti en juillet &#8212; r&#233;pressions combin&#233;es avec la calomnie &#8212; aurait pass&#233; sans laisser presque aucune trace sur les organisations ouvri&#232;res. C'est absolument inexact. A vrai dire, la d&#233;faillance dans les rangs du parti et le reflux &#224; son &#233;gard des ouvriers et des soldats dur&#232;rent peu de temps, quelques semaines. Le renouveau survint si vite et, surtout si temp&#233;tueux qu'il effa&#231;a &#224; moiti&#233; le souvenir m&#234;me des journ&#233;es d'accablement et de prostration : les victoires projettent en g&#233;n&#233;ral une autre lumi&#232;re sur les d&#233;faites qui les ont pr&#233;par&#233;es. Mais, &#224; mesure que l'on publie les proc&#232;s-verbaux des organisations locales du parti, l'on voit appara&#238;tre avec une nettet&#233; de plus en plus grande l'affaissement de la r&#233;volution en juillet, qui se ressentait, en ces jours-l&#224;, d'autant plus douloureusement que la mont&#233;e pr&#233;c&#233;dente avait eu un caract&#232;re plus incessant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute d&#233;faite, proc&#233;dant d'un rapport de forces d&#233;termin&#233;, modifie &#224; son tour ce rapport au d&#233;savantage de la partie vaincue, car le vainqueur prend de l'assurance ; tandis que le vaincu perd confiance en lui-m&#234;me. Or, telle ou telle appr&#233;ciation de la force que l'on a constitue un &#233;l&#233;ment extr&#234;mement important du rapport objectif des forces. Une d&#233;faite directe fut essuy&#233;e par les ouvriers et les soldats de P&#233;trograd qui, dans leur &#233;lan en avant, s'&#233;taient heurt&#233;s, d'un c&#244;t&#233;, au manque de clart&#233; et aux contradictions de leurs propres desseins, d'autre part, &#224; l'&#233;tat arri&#233;r&#233; de la province et du front. C'est pourquoi, dans la capitale, les cons&#233;quences de la d&#233;faite se manifest&#232;rent avant tout, et avec la plus grande violence. Cependant, absolument inexactes sont les affirmations si fr&#233;quentes dans la m&#234;me litt&#233;rature officielle, d'apr&#232;s lesquelles la d&#233;faite de juillet aurait pass&#233; presque inaper&#231;ue pour la province. C'est th&#233;oriquement invraisemblable et c'est d&#233;menti par le t&#233;moignage des faits et des documents. Lorsque de grandes questions se posaient, tout le pays, spontan&#233;ment, tournait chaque fois la t&#234;te vers P&#233;trograd. La d&#233;faite des ouvriers et des soldats de la capitale devait justement produire une &#233;norme impression sur les couches les plus avanc&#233;es de la province. L'&#233;pouvante, la d&#233;sillusion, l'apathie se produisaient en diverses parties du pays sous des aspects diff&#233;rents, mais s'observaient partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaissement de la r&#233;volution se traduisit avant tout dans un extr&#234;me affaiblissement de la r&#233;sistance des masses aux adversaires. Tandis que les troupes introduites &#224; P&#233;trograd proc&#233;daient officiellement &#224; des actes punitifs, en d&#233;sarmant les soldats et les ouvriers, des bandes &#224; demi volontaires, sous leur couverture, commettaient impun&#233;ment des attentats sur les organisations ouvri&#232;res. Apr&#232;s la destruction de la r&#233;daction de la Pravda et de l'imprimerie des bolcheviks, on saccage les locaux du syndicat des m&#233;tallurgistes. Par la suite, les coups sont dirig&#233;s sur les soviets de quartier. Les conciliateurs ne sont pas &#233;pargn&#233;s : le 10, une attaque eut lieu contre un des si&#232;ges du parti &#224; la t&#234;te duquel se trouvait le ministre de l'Int&#233;rieur Ts&#233;r&#233;telli. Dan eut besoin d'une bonne dose d'abn&#233;gation pour &#233;crire au sujet de l'arriv&#233;e des troupes : &#034; Au lieu de voir p&#233;rir la r&#233;volution, nous sommes maintenant t&#233;moins de son nouveau triomphe. &#034; Ce triomphe allait si loin que, d'apr&#232;s le menchevik Prouchitsky, les passants, dans les rues, s'ils avaient l'air d'ouvriers et &#233;taient soup&#231;onn&#233;s de bolchevisme, se trouvaient en danger de subir de cruels s&#233;vices. Quel irr&#233;cusable sympt&#244;me d'un brusque changement de toute la situation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lazis, membre du comit&#233; bolchevik de P&#233;trograd, par la suite agent connu de la Tch&#233;ka, notait dans son joumal : &#034; 9 juillet. Dans la ville, on a saccag&#233; toutes nos imprimeries. Personne n'ose imprimer nos journaux et nos tracts. Nous recourons au montage d'une typographie clandestine. Le quartier de Vyborg est devenu un refuge pour tous. Ici se sont transport&#233;s le Comit&#233; de P&#233;trograd et les membres du Comit&#233; central qui sont poursuivis. Dans le local de garde de l'usine Renault le Comit&#233; est en conf&#233;rence avec L&#233;nine. On a pos&#233; la question d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Chez nous, au Comit&#233;, les voix se sont partag&#233;es. J'ai vot&#233; pour l'appel &#224; la gr&#232;ve. L&#233;nine, apr&#232;s avoir expliqu&#233; la situation, a propos&#233; de renoncer &#224; cette solution&#8230; 12 juillet. La contre-r&#233;volution est victorieuse. Les soviets impuissants. Les junkers d&#233;cha&#238;n&#233;s tombent d&#233;j&#224; m&#234;me sur les mencheviks. Certains &#233;l&#233;ments du parti sont h&#233;sitants. L'afflux des membres s'est interrompu&#8230; Mais, dans nos rangs, il n'y a pas encore de fuites. &#034; Apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet, &#034; l'influence des socialistes-r&#233;volutionnaires sur les usines de P&#233;trograd fut forte &#034;, &#233;crit l'ouvrier Sisko. L'isolement des bolcheviks relevait automatiquement le poids sp&#233;cifique et le sentiment intime des conciliateurs. Le 16 juillet, un d&#233;l&#233;gu&#233; de Vassili-Ostrov rapporte &#224; la Conf&#233;rence bolcheviste de la ville que l'&#233;tat d'esprit dans le district est &#034; dans l'ensemble &#034; plein d'entrain, &#224; l'exception de quelques usines. &#034; A l'usine Baltique, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks nous &#233;crasent. &#034; En cet endroit, l'affaire fut pouss&#233;e tr&#232;s loin : le comit&#233; d'usine d&#233;cida que les bolch&#233;viks suivraient les obs&#232;ques des Cosaques tu&#233;s, et l'ordre fut ex&#233;cut&#233;&#8230; Les d&#233;fections officielles de membres du parti sont, &#224; vrai dire, insignifiantes : dans tout le rayon, sur quatre mille membres, il n'y en eut pas plus de cent &#224; se retirer ouvertement. Mais un bien plus grand nombre, dans les premiers jours, se mit &#224; l'&#233;cart sans dire mot. &#034; Les Journ&#233;es de Juillet &#8212; disait par la suite l'ouvrier Minitchev dans ses souvenirs &#8212; nous montr&#232;rent qu'il y avait aussi dans nos rangs des individus qui, craignant pour leur peau, &#034; avalaient &#034; leurs cartes du parti et reniaient celui-ci. Mais ils ne furent pas nombreux&#8230; &#034;, ajoute-t-il d'un ton rassurant. &#034; Les &#233;v&#233;nements de juillet &#8212; &#233;crit Chliapnikov &#8212; et toute la campagne de violences et de calomnies qui s'y rattache contre nos organisations interrompirent cette mont&#233;e de notre influence qui, au d&#233;but de juillet, avait atteint une vigueur formidable&#8230; Notre parti lui-m&#234;me &#233;tait dans une demi-l&#233;galit&#233; et menait une lutte d&#233;fensive, s'appuyant principalement sur les syndicats et les comit&#233;s de fabriques ou d'usines. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accusation lanc&#233;e contre les bolcheviks d'&#234;tre au service de l'Allemagne ne pouvait point ne pas produire une impression m&#234;me sur les ouvriers de P&#233;trograd, du moins sur une partie consid&#233;rable d'entre eux. Celui qui h&#233;sitait se retira. Celui qui &#233;tait pr&#234;t &#224; adh&#233;rer fut pris d'h&#233;sitation. M&#234;me parmi ceux qui avaient d&#233;j&#224; adh&#233;r&#233;, un bon nombre recul&#232;rent. A la manifestation de juillet, outre les bolcheviks, particip&#232;rent largement des ouvriers appartenant aux socialistes-r&#233;volutionnaires et aux mencheviks. Sous le coup re&#231;u, ils furent les premiers &#224; sauter en arri&#232;re sous le couvert des drapeaux de leurs partis : il leur semblait maintenant qu'ayant enfreint la discipline, ils avaient v&#233;ritablement commis une faute. Une large couche d'ouvriers sans parti, suiveurs du parti, s'&#233;loigna &#233;galement de lui sous l'influence de la calomnie officiellement r&#233;pandue et juridiquement pr&#233;sent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette atmosph&#232;re politique modifi&#233;e, les coups de la r&#233;pression &#233;taient d'un effet beaucoup plus fort. Olga Ravitch, une des anciennes et actives militantes du parti, membre du Comit&#233; de P&#233;trograd, disait plus tard dans son rapport : &#034; Les Journ&#233;es de Juillet caus&#232;rent dans l'organisation un tel d&#233;sarroi que, durant les trois premi&#232;res semaines, il ne pouvait m&#234;me &#234;tre question d'une activit&#233; quelconque. &#034; Ravitch a ici en vue principalement l'activit&#233; ouverte du parti. Pendant longtemps, il fut impossible de m&#233;nager la parution du journal du parti : on ne trouvait point d'imprimerie qui consent&#238;t &#224; servir les bolcheviks. Et la r&#233;sistance ne venait pas toujours des patrons : il y eut une imprimerie o&#249; les ouvriers menac&#232;rent d'arr&#234;ter le travail dans le cas o&#249; l'on imprimerait un journal bolchevik, et le patron r&#233;silia l'affaire d&#233;j&#224; conclue. Pendant un certain temps, P&#233;trograd fut pourvue par le journal de Cronstadt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le flanc d'extr&#234;me-gauche sur l'ar&#232;ne ouverte se trouvait &#234;tre, en ces semaines, le groupe des mencheviks internationalistes. Les ouvriers allaient volontiers entendre les conf&#233;rences de Martov, chez qui l'instinct du militant s'&#233;tait r&#233;veill&#233; dans la p&#233;riode de recul, quand on &#233;tait contraint non de frayer &#224; la r&#233;volution de nouvelles voies, mais de lutter pour conserver les restes de ses conqu&#234;tes. Le courage de Martov &#233;tait celui du pessimisme. &#034; Sur la r&#233;volution &#8212; disait-il en s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif &#8212; l'on a, apparemment, mis le point final&#8230; Si l'on est arriv&#233; &#224; ceci que&#8230; la voix de la paysannerie et des ouvriers n'a point de place dans la r&#233;volution russe, nous descendrons de la sc&#232;ne honn&#234;tement, nous rel&#232;verons ce d&#233;fi non point par un renoncement silencieux, mais par une franche bataille. &#034; Martov proposait de descendre de la sc&#232;ne en combattant franchement &#224; des camarades de son parti qui, comme Dan et Ts&#233;r&#233;telli, appr&#233;ciaient la victoire remport&#233;e par les g&#233;n&#233;raux et les Cosaques sur les ouvriers et les soldats comme une victoire de la r&#233;volution sur l'anarchie. Sur le fond de la campagne effr&#233;n&#233;e men&#233;e contre les bolcheviks et de l'attitude promptement rampante des conciliateurs devant les Cosaques galonn&#233;s, la conduite de Martov le rehaussait beaucoup, en ces p&#233;nibles semaines, aux yeux des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus particuli&#232;rement accablante fut la crise de juillet pour la garnison de P&#233;trograd. Les soldats, au sens politique, &#233;taient de loin en retard sur les ouvriers. La section des soldats, au Soviet, demeurait l'appui des conciliateurs alors que, d&#233;j&#224;, la section ouvri&#232;re suivait les bolcheviks. A cela ne contredisait nullement le fait que les soldats se montraient particuli&#232;rement dispos&#233;s &#224; brandir leurs armes. Dans la manifestation, ils jou&#232;rent un r&#244;le plus agressif que les ouvriers, mais, sous les coups, reflu&#232;rent bien loin en arri&#232;re. Le flot d'hostilit&#233; contre les bolcheviks jaillit tr&#232;s haut dans la garnison de P&#233;trograd, &#034; Apr&#232;s la d&#233;faite &#8212; raconte l'ancien soldat Mitr&#233;vitch &#8212; je ne me montre pas dans ma compagnie, autrement on pourrait s'y faire tuer, tant que la bourrasque n'est pas pass&#233;e. &#034; C'est justement dans les r&#233;giments les plus r&#233;volutionnaires, qui avaient march&#233; aux premiers rangs pendant les Journ&#233;es de Juillet et qui avaient par cons&#233;quent essuy&#233; les coups les plus durs, que l'influence du parti tomba &#224; tel point qu'il fut impossible d'y reconstituer l'organisation, m&#234;me trois mois plus tard : sous la trop violente secousse, ces effectifs furent comme moralement r&#233;duits en miettes. L'organisation militaire dut fortement se replier sur elle-m&#234;me. &#034; Apr&#232;s la d&#233;faite de juillet &#8212; &#233;crit l'ancien soldat Minitchev &#8212; on consid&#233;rait l'organisation pas tr&#232;s amicalement, non seulement chez les camarades du sommet de notre parti, mais m&#234;me dans certains comit&#233;s de quartier. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Cronstadt, le parti perdait deux cent cinquante membres. L'&#233;tat d'esprit de la garnison dans la forteresse bolcheviste s'&#233;tait consid&#233;rablement affaiss&#233;. La r&#233;action avait d&#233;ferl&#233; m&#234;me jusqu'&#224; Helsingfors. Avksentiev, Bounakov, l'avocat Sokolov &#233;taient arriv&#233;s pour amener les vaisseaux bolcheviks &#224; r&#233;sipiscence. Ils obtinrent certains r&#233;sultats. En arr&#234;tant des bolcheviks dirigeants, en utilisant la calomnie officielle, en mena&#231;ant, on r&#233;ussit &#224; obtenir des d&#233;clarations de loyalisme m&#234;me du cuirass&#233; bolchevik P&#233;tropavlovsk. En tout cas, sur l'exigence formul&#233;e de livrer &#034; les instigateurs &#034;, tous les vaisseaux oppos&#232;rent un refus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en allait gu&#232;re autrement &#224; Moscou. &#034; La campagne haineuse de la presse bourgeoise - dit Piatnitsky - produisit une panique m&#234;me parmi certains membres du Comit&#233; de Moscou. &#034; L'organisation, apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet, fut affaiblie en nombre. &#034; Jamais on n'oubliera &#8212; &#233;crit l'ouvrier moscovite Rat&#233;khine &#8212; un moment terriblement p&#233;nible. Le pl&#233;num s'assemble (celui du soviet de Zamoskvor&#233;tchi&#233;)&#8230; Nos camarades bolcheviks, comme je vois, ne sont pas trop nombreux&#8230; Tout droit vient sur moi Sti&#233;klov, un des camarades &#233;nergiques, et, prof&#233;rant &#224; peine les mots, me demande s'il est vrai que L&#233;nine a &#233;t&#233; amen&#233; avec Zinoviev dans un wagon plomb&#233; ; s'il est vrai qu'ils touchent de l'argent allemand ? Mon coeur se serrait douloureusement &#224; entendre de pareilles questions. Un autre camarade s'approche, Konstantinov : O&#249; est L&#233;nine ? Il s'est envol&#233;, dit-on&#8230; Qu'est.ce qui va se passer maintenant ? Et ainsi de suite. &#034; Cette sc&#232;ne prise sur le vif nous introduit sans erreur dans las &#233;tats d'&#226;me par lesquels pass&#232;rent alors les ouvriers avanc&#233;s. &#034; La parution des documents publi&#233;s par Alexinsky &#8212; &#233;crit Davydovsky, artilleur &#224; Moscou &#8212; provoqua un terrible bouleversement dans la brigade. Notre batterie, la plus bolcheviste, fut elle-m&#234;me &#233;branl&#233;e sous le coup de ce mensonge inf&#226;me&#8230; Il semblait que nous eussions perdu toute confiance. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet &#8212; &#233;crit V. Iakovl&#233;va, qui &#233;tait alors membre du Comit&#233; central et dirigeait le travail dans la vaste province de Moscou &#8212; tous les rapports des localit&#233;s &#233;taient unanimes &#224; signaler non seulement une brusque d&#233;moralisation dans les masses, mais m&#234;me une hostilit&#233; certaine &#224; l'&#233;gard de notre parti. En des cas assez nombreux, l'on assomma nos orateurs. Le nombre des membres diminua fortement, et certaines des organisations cess&#232;rent m&#234;me tout &#224; fait d'exister, surtout dans le Midi. &#034; Vers le milieu d'ao&#251;t, aucune modification sensible ne s'&#233;tait encore produite. Le travail se fait dans les masses pour la conservation de l'influence, on n'observe point d'accroissement des organisations. Dans les gouvernements de Riazan et de Tambov, il ne se cr&#233;e point de nouvelles liaisons, il ne surgit point de cellules bolchevistes ; dans l'ensemble, ce sont les patrimoines des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;vr&#233;inov, qui militait dans la prol&#233;tarienne Kinechma, se rappelle combien p&#233;nible devint la situation apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de Juillet, quand, dans sa grande conf&#233;rence de toutes les organisations publiques, fut pos&#233;e la question d'exclure les bolcheviks du Soviet. Les d&#233;fections dans le parti prenaient des proportions si consid&#233;rables parfois que c'est seulement apr&#232;s une nouvelle r&#233;vision des listes de membres que l'organisation commen&#231;a &#224; vivre d'une vie normale. A Toula, gr&#226;ce &#224; une s&#233;rieuse s&#233;lection pr&#233;liminaire des ouvriers, l'organisation ne subit pas l'&#233;preuve des l&#226;chages, mais sa soudure avec les masses faiblit. A Nijni-Novgorod, apr&#232;s la campagne de r&#233;pression conduite sous la direction du colonel Verkhovsky et du menchevik Khintchouk, une d&#233;pression marqu&#233;e survint : aux &#233;lections &#224; la douma municipale, le parti ne r&#233;ussit &#224; faire passer que quatre d&#233;put&#233;s. A Kalouga, la fraction bolcheviste tenait compte de la possibilit&#233; pour elle d'&#234;tre &#233;limin&#233;e du Soviet. En certains points de la r&#233;gion moscovite, les bolcheviks se trouvaient forc&#233;s de sortir non seulement des soviets, mais m&#234;me des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Saratov, o&#249; les bolcheviks gardaient des rapports tr&#232;s pacifiques avec les conciliateurs et se disposaient encore, &#224; la fin de juin, &#224; pr&#233;senter aux &#233;lections, pour la douma municipale, une liste commune avec eux, les soldats, apr&#232;s l'orage de juillet, furent &#224; tel point mont&#233;s contre les bolcheviks qu'ils envahissaient les assembl&#233;es &#233;lectorales, arrachaient aux bolcheviks leurs bulletins et malmenaient les agitateurs. &#034; Il nous devint difficile &#8212; &#233;crit L&#233;b&#233;dev &#8212; de nous montrer dans les assembl&#233;es &#233;lectorales. Fr&#233;quemment l'on nous criait : espions de l'Allemagne, provocateurs !&#8230; &#034; Dans les rangs des bolcheviks de Saatov, il se trouva un bon nombre de pusillanimes : &#034; Beaucoup d'entre eux d&#233;claraient qu'ils quittaient le parti, d'autres se cach&#232;rent. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Kiev, qui jouissait depuis longtemps de la r&#233;putation d'un centre de Cent-Noirs, la campagne de pers&#233;cution contre les bolcheviks se d&#233;cha&#238;na avec une violence particuli&#232;re et s'en prit bient&#244;t aux mencheviks et aux socialistes-r&#233;volutionnaires. La d&#233;pression du mouvement r&#233;volutionnaire se ressentait surtout ici fortement : aux &#233;lections &#224; la douma municipale, les bolcheviks n'obtinrent au total que 6% des suffrages. A la conf&#233;rence g&#233;n&#233;rale de la ville, les rapporteurs se plaignaient &#034; de remarquer partout de l'apathie et de l'inaction &#034;. Le journal du parti se trouva forc&#233; de devenir hebdomadaire au lieu d'&#234;tre quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissolution et le d&#233;placement des r&#233;giments les plus r&#233;volutionnaires devaient d&#233;j&#224;, par soi, non seulement abaisser le niveau politique des garnisons, mais agir aussi d'une fa&#231;on accablante sur les ouvriers des localit&#233;s qui se sentaient plus fermes lorsqu'ils sentaient derri&#232;re leur dos des troupes amies. C'est ainsi que le transfert du 57e r&#233;giment de Tver modifia brusquement la situation politique, aussi bien parmi les soldats que parmi les ouvriers : m&#234;me dans les syndicats, l'influence des bolcheviks devint insignifiante. Cela se manifesta dans une mesure encore Plus forte &#224; Tiflis, o&#249; les mencheviks, la main dans la main avec l'&#233;tat-major, remplac&#232;rent les contingents bolcheviks par des r&#233;giments tout &#224; fait arri&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En certains endroits, selon la composition de la garnison, le niveau des ouvriers de la localit&#233; et des causes accidentelles, la r&#233;action politique prenait une expression paradoxale. A Iaroslavl, par exemple, les bolcheviks, en juillet, se trouv&#232;rent presque totalement exclus du soviet ouvrier, mais conserv&#232;rent une influence pr&#233;pond&#233;rante dans le soviet des d&#233;put&#233;s soldats. En quelques localit&#233;s, les &#233;v&#233;nements de juillet sembl&#232;rent passer effectivement sans laisser de traces, sans avoir arr&#234;t&#233; la croissance du parti. Pour autant que l'on en puisse juger, ce fut observ&#233; dans des cas o&#249; la retraite g&#233;n&#233;rale co&#239;ncidait avec l'entr&#233;e dans l'ar&#232;ne r&#233;volutionnaire de couches nouvelles arri&#233;r&#233;es, C'est ainsi que, en juillet, dans certains districts textiles, on commen&#231;a &#224; observer un afflux sensible d'ouvri&#232;res vers les organisations. Mais le tableau d'ensemble du reflux n'en est pas modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acuit&#233; ind&#233;niable, m&#234;me exag&#233;r&#233;e, de la r&#233;action devant la d&#233;faite partielle &#233;tait, en son genre, la ran&#231;on pay&#233;e par les ouvriers et surtout par les soldats pour avoir trop facilement, trop rapidement, trop incessamment, adh&#233;r&#233; aux bolcheviks dans les mois pr&#233;c&#233;dents. Le brusque revirement de l'&#233;tat d'esprit des masses produisait une s&#233;lection automatique et, de plus, sans erreur dans les cadres du parti. Sur ceux qui, en ces jours-l&#224;, ne trembl&#232;rent point, l'on pouvait compter pour la suite. Ils constituaient un noyau dans l'atelier, dans l'usine, dans le quartier. A la veille d'octobre les organisateurs jet&#232;rent plus d'une fois autour d'eux des regards scrutateurs lorsqu'il s'agissait de nominations ou d'envois en mission, se rappelant comment tel ou tel s'&#233;tait conduit pendant les Journ&#233;es de Juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au front, o&#249; tous les rapports se pr&#233;sentent plus d&#233;pouill&#233;s, la r&#233;action de Juillet prit un caract&#232;re particuli&#232;rement violent. Le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral utilisa les &#233;v&#233;nements avant tout pour cr&#233;er des effectifs sp&#233;ciaux, ceux &#034; du devoir devant la patrie libre &#034;. Dans les r&#233;giments, des brigades de choc &#233;taient organis&#233;es. &#034; J'ai vu bien des fois des oudarniki (membres des brigades de choc) &#8212; raconte D&#233;nikine &#8212; et je les ai toujours vus concentr&#233;s en eux-m&#234;mes et moroses. Dans les r&#233;giments, on les consid&#233;rait avec r&#233;serve ou bien m&#234;me avec hostilit&#233;. &#034; Les soldats voyaient, non sans raison, dans ces &#034; contingents du devoir &#034;, les noyaux d'une garde pr&#233;torienne. &#034; La r&#233;action ne lambinait pas &#8212; raconte, au sujet du front roumain qui retardait sur les autres, le socialiste-r&#233;volutionnaire Degtiarev, qui adh&#233;ra par la suite aux bolcheviks. Nombre de soldats furent arr&#234;t&#233;s comme d&#233;serteurs. Les officiers relev&#232;rent la t&#234;te et affich&#232;rent du d&#233;dain pour les comit&#233;s d'arm&#233;e ; &#231;&#224; et l&#224;, les chefs essay&#232;rent d'imposer de nouveau le salut militaire. &#034; Les commissaires proc&#233;daient &#224; l'&#233;puration de l'arm&#233;e. &#034; Dans presque chaque division &#8212; &#233;crit Stank&#233;vitch &#8212; on avait son bolchevik dont le nom &#233;tait plus connu dans la troupe que celui du chef de division&#8230; Nous &#233;liminions progressivement une notori&#233;t&#233; apr&#232;s l'autre. &#034; En m&#234;me temps, sur tout le front, on s'occupait de d&#233;sarmer les contingents insubordonn&#233;s. Commandants et commissaires prenaient appui pour cela sur les Cosaques et sur les brigades sp&#233;ciales qui &#233;taient odieuses aux soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour de la chute de Riga, la conf&#233;rence des commissaires du front Nord et des repr&#233;sentants des organisations d'arm&#233;e reconnut indispensable d'appliquer plus syst&#233;matiquement des mesures de r&#233;pression rigoureuses. Des hommes furent fusill&#233;s pour avoir fraternis&#233; avec les Allemands. Bien des commissaires, s'&#233;chauffant &#224; l'&#233;vocation de vagues images de la R&#233;volution fran&#231;aise, tent&#232;rent de faire preuve d'une poigne de fer. Ils ne comprenaient pas que les commissaires jacobins s'&#233;taient appuy&#233;s sur la base, n'avaient pas &#233;pargn&#233; les aristocrates et les bourgeois et que, seule, l'autorit&#233; pl&#233;b&#233;ienne les armait implacablement pour implanter dans les troupes une rigoureuse discipline. Les commissaires de K&#233;rensky n'avaient aucune base populaire sous les pieds, aucune aur&#233;ole morale sur la t&#234;te. Ils &#233;taient, aux yeux des soldats, des agents de la bourgeoisie, des fourriers de l'Entente, tout simplement. Ils pouvaient, pendant un temps, intimider l'arm&#233;e &#8212; ils y parvinrent effectivement, jusqu'&#224; un certain point &#8212; mais ils &#233;taient impuissants &#224; lui donner une nouvelle vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bureau du Comit&#233; ex&#233;cutif, &#224; P&#233;trograd, un rapport, au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, disait que, dans l'&#233;tat d'esprit de l'arm&#233;e, s'&#233;tait produit un revirement favorable, que l'on s'&#233;tait remis &#224; faire l'exercice ; mais que, d'autre part, l'on observait une aggravation des d&#233;nis de justice, de l'arbitraire, de l'oppression. C'est avec une acuit&#233; particuli&#232;re que vint &#224; se poser la question du corps des officiers : celui-ci &#034; est compl&#232;tement isol&#233;, il forme des organisations &#224; lui, tr&#232;s ferm&#233;es &#034;. Et d'autres donn&#233;es prouvent qu'en apparence, sur le front, il y eut plus d'ordre, que les soldats cess&#232;rent de se mutiner pour des motifs insignifiants et accidentels. Mais d'autant plus concentr&#233; devenait leur m&#233;contentement devant la situation dans l'ensemble. Dans le discours prudent et diplomatique du menchevik Koutchine &#224; la Conf&#233;rence d'&#201;tat, sous des notes apaisantes, passait en sourdine un avertissement inqui&#233;tant. &#034; Il y une indubitable volte-face ; incontestablement le calme existe, mais, citoyens, il y a aussi autre chose, il y a un certain sentiment de d&#233;sillusion, et nous appr&#233;hendons &#224; l'extr&#234;me ce sentiment-l&#224;&#8230; &#034; La victoire temporairement remport&#233;e sur les bolcheviks &#233;tait avant tout une victoire sur les nouvelles esp&#233;rances des soldats, sur leur foi en un avenir meilleur. Les masses &#233;taient devenues plus circonspectes, la discipline semblait avoir augment&#233;. Mais, entre les dirigeants et les soldats, l'ab&#238;me s'&#233;tait creus&#233; plus profond, Quoi et qui engloutirait-il demain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action de Juillet trace en quelque sorte une ligne d&#233;finitive de partage des eaux entre la R&#233;volution de F&#233;vrier et celle d'Octobre. Les ouvriers, les garnisons de l'arri&#232;re, le front, partiellement m&#234;me, comme on le verra plus loin, les paysans recul&#232;rent, firent un bond en arri&#232;re, comme s'ils avaient re&#231;u un coup en pleine poitrine. Le coup avait en r&#233;alit&#233; un caract&#232;re beaucoup plus moral que physique, mais il n'en &#233;tait pas moins effectif. Durant les quatre premiers mois tous les processus de masses avaient une seule direction : &#224; gauche. Le bolchevisme croissait, s'affermissait, s'enhardissait. Mais voici que le mouvement s'est heurt&#233; &#224; un barrage. En fait, il se d&#233;couvrit que, dans les voies de la R&#233;volution de F&#233;vrier, l'on ne pouvait avancer davantage. Bien des gens crurent que la r&#233;volution &#233;tait en somme arriv&#233;e &#224; son point mort. En r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait la R&#233;volution de F&#233;vrier qui avait tout donn&#233; d'elle jusqu'au fond. Cette crise int&#233;rieure de la conscience des masses, combin&#233;e avec la r&#233;pression et la calomnie, mena &#224; la perturbation et &#224; des reculades, &#224; des paniques en certains cas. Les adversaires s'enhardirent. Dans la masse elle-m&#234;me monta &#224; la surface tout ce qu'il y avait d'arri&#233;r&#233;, d'inerte, de m&#233;content, &#224; cause des commotions et des privations. Ces coups de ressac, dans le torrent de la r&#233;volution sont d'une violence irr&#233;sistible : on dirait qu'ils se conforment aux lois d'une hydrodynamique sociale. Il est impossible de remonter un pareil flux de retour &#8212; il ne reste qu'&#224; ne pas s'y abandonner, &#224; ne pas se laisser submerger, &#224; se maintenir, en attendant que le flot de la r&#233;action se soit &#233;puis&#233;, et &#224; pr&#233;parer, pendant ce temps, des points d'appui pour une nouvelle offensive.En observant certains r&#233;giments qui, le 3 juillet, avaient march&#233; sous les banni&#232;res bolchevistes et qui, une semaine apr&#232;s, r&#233;clam&#232;rent des ch&#226;timents rigoureux contre les agents du Kaiser, les sceptiques &#233;clair&#233;s pouvaient, semblait-il, chanter victoire : les voil&#224; bien, vos masses, voil&#224; comme elles tiennent et sont capables de comprendre ! Mais c'est du scepticisme &#224; bon march&#233;. Si les masses, effectivement, modifiaient leurs sentiments et pens&#233;es sous l'influence de circonstances accidentelles, l'on ne saurait expliquer la puissante causalit&#233; qui caract&#233;rise le d&#233;veloppement des grandes r&#233;volutions. Plus profonde est l'emprise sur des millions de gens dans le peuple, plus le d&#233;veloppement de la r&#233;volution est r&#233;gulier, et c'est avec une plus grande certitude que l'on peut pr&#233;dire l'encha&#238;nement des &#233;tapes suivantes. Il faut seulement ne pas oublier que le d&#233;veloppement politique des masses a lieu non pas en ligne droite, mais suivant une courbe complexe : telle est, en somme, l'orbite de tout processus mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions objectives poussaient imp&#233;rieusement les ouvriers, les soldats et les paysans &#224; se ranger sous le drapeau des bolcheviks. Mais les masses, s'engageant dans cette voie, entraient en lutte avec leur propre pass&#233;, avec leurs croyances d'hier, et partiellement d'aujourd'hui. A un tournant difficile, au moment de l'&#233;chec et de la d&#233;sillusion, les vieux pr&#233;jug&#233;s, qui n'ont pas encore &#233;t&#233; cuv&#233;s, remontent &#224; la surface, et les adversaires s'y accrochent naturellement comme &#224; une planche de salut. Tout ce qu'il y avait chez les bolcheviks de peu clair, d'inhabituel, d'&#233;nigmatique &#8212; nouveaut&#233; des id&#233;es, cr&#226;nerie, d&#233;dain de toutes les autorit&#233;s anciennes et nouvelles &#8212; tout cela avait maintenant trouv&#233; d'un coup une explication simple, persuasive dans son absurdit&#233; : espions de l'Allemagne ! L'accusation lanc&#233;e contre les bolcheviks misait en somme sur le pass&#233; d'esclavage du peuple, sur un h&#233;ritage de t&#233;n&#232;bres, de barbarie, de superstition &#8212; et cette mise n'&#233;tait pas mal plac&#233;e. La grande imposture patriotique dans le courant de juillet et d'ao&#251;t restait un facteur politique de toute premi&#232;re importance, formant accompagnement &#224; toutes les questions d'actualit&#233;. Les orbes de la calomnie s'&#233;largissaient sur le pays avec la presse des cadets, gagnant la province, les territoires limitrophes de l'&#233;tranger, p&#233;n&#233;trant dans les coins perdus. A la fin de juillet, l'Organisation bolcheviste d'Ivanovo-Vozn&#233;ssensk exigeait encore l'ouverture d'une campagne plus &#233;nergique contre la pers&#233;cution ! La question du poids sp&#233;cifique de la calomnie dans la lutte politique d'une soci&#233;t&#233; civilis&#233;e attend encore son sociologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, n&#233;anmoins, la r&#233;action, parmi les ouvriers et les soldats, nerveuse et bouillonnante, n'&#233;tait ni profonde ni solide. Les usines d'avant-garde, &#224; P&#233;trograd, se redress&#232;rent peu de jours apr&#232;s la d&#233;faite, protest&#232;rent contre les arrestations et la calomnie, frapp&#232;rent aux portes du Comit&#233; ex&#233;cutif, r&#233;tablirent les liaisons. A la fabrique d'armes de Sestroretsk, les ouvriers reprirent bient&#244;t le gouvernail entre leurs mains : l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du 20 juillet d&#233;cidait de verser leur paye aux ouvriers pour les journ&#233;es de manifestation, &#224; condition que le montant des salaires f&#251;t totalement employ&#233; &#224; des publications pour le front. Le travail d'agitation ouverte des bolcheviks &#224; P&#233;trograd reprend, d'apr&#232;s le t&#233;moignage d'Olga Ravitch, vers le 20 juillet. Dans des meetings qui ne r&#233;unissent pas plus de deux cents &#224; trois cents personnes, en diff&#233;rentes parties de la ville, prennent la parole trois hommes : Sloutsky, qui fut tu&#233; plus tard par les Blancs en Crim&#233;e, Volodarskj,, qui fut tu&#233; par les socialistes-r&#233;volutionnaires &#224; P&#233;trograd, et Evdokimov, m&#233;tallurgiste de P&#233;trograd, l'un des orateurs les plus capables de la r&#233;volution. En ao&#251;t, l'agitation faite par le parti acquiert plus d'ampleur. D'apr&#232;s une note de Raskolnikov, Trotsky, arr&#234;t&#233; le 23 juillet, donna en prison le tableau suivant de la situation en ville : &#034; Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires&#8230; continuent &#224; pers&#233;cuter avec acharnement les bolch&#233;viks. On ne cesse d'arr&#234;ter nos camarades. Mais, dans les cercles du parti, il n'y a point d'accablement. Au contraire, tous regardent l'avenir avec espoir, estimant que les mesures de r&#233;pression consolideront seulement la popularit&#233; du parti&#8230; Dans les quartiers ouvriers, l'on ne remarque pas non plus de d&#233;moralisation. &#034; Effectivement, bient&#244;t, une assembl&#233;e des ouvriers de vingt-sept entreprises du district de Peterhof vota une r&#233;solution protestant contre le gouvernement irresponsable et sa politique contre-r&#233;volutionnaire. Les districts prol&#233;tariens se ranimaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'au sommet, au palais d'Hiver et au palais de Tauride, l'on &#233;difiait une nouvelle coalition, l'on s'abouchait, brisait et raccommodait &#8212; en ces jours m&#234;mes et aux m&#234;mes heures, les 21-22 juillet, se produisit &#224; P&#233;trograd un &#233;v&#233;nement de la plus haute importance, sans doute &#224; peine remarqu&#233; dans le monde officiel, mais qui signalait l'affermissement d'une autre coalition plus solide : celle des ouvriers de P&#233;trograd et des soldats de l'arm&#233;e du front. Dans la capitale survinrent des d&#233;l&#233;gu&#233;s des arm&#233;es en campagne, qui protestaient, au nom de leurs contingents, contre l'&#233;touffement de la r&#233;volution sur le front. Pendant quelques jours, ils frapp&#232;rent vainement aux portes du Comit&#233; ex&#233;cutif. On ne les recevait pas, on les &#233;vin&#231;ait, on cherchait &#224; se d&#233;barrasser d'eux. Pendant ce temps arrivaient de nouveaux d&#233;l&#233;gu&#233;s qui devaient passer par la m&#234;me fili&#232;re. &#233;conduits, ils retombaient les uns sur les autres dans les couloirs et les salles de r&#233;ception, se lamentaient, d&#233;blat&#233;raient, cherchaient ensemble une issue. Ils y &#233;taient aid&#233;s par les bolcheviks. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#233;cid&#232;rent d'avoir des &#233;changes de vues avec les ouvriers, les soldats, les matelots de la capitale, qui les accueillirent &#224; bras ouverts, les log&#232;rent, les h&#233;berg&#232;rent. Dans une conf&#233;rence que personne d'en haut n'avait convoqu&#233;e, qui avait surgi d'en bas, il y eut, comme participants, des d&#233;l&#233;gu&#233;s de vingt-neuf r&#233;giments du front, de quatre-vingt-dix usines de P&#233;trograd, de matelots de Cronstadt et des garnisons de la banlieue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au centre de la conf&#233;rence se trouvaient des d&#233;l&#233;gu&#233;s venus des tranch&#233;es ; parmi eux, il y avait aussi quelques jeunes officiers. Les ouvriers de P&#233;trograd &#233;coutaient les hommes du front avec avidit&#233;, t&#226;chant de ne pas perdre un mot de ce qu'ils disaient. Ceux-ci racontaient comment l'offensive et ses cons&#233;quences d&#233;voraient la r&#233;volution. D'obscurs soldats, qui n'&#233;taient pas du tout des agitateurs, d&#233;crivaient dans des causeries simplistes le traintrain journalier de la vie du front. Ces d&#233;tails &#233;taient bouleversants, car ils montraient clairement la remont&#233;e de tout ce qui &#233;tait le plus d&#233;test&#233; dans le vieux r&#233;gime. Le contraste entre les esp&#233;rances de nagu&#232;re et la r&#233;alit&#233; d'aujourd'hui frappa droit aux c&#339;urs et mit les pens&#233;es &#224; l'unisson. Bien que, parmi les d&#233;l&#233;gu&#233;s du front, les socialistes-r&#233;volutionnaires fussent vraisemblablement en majorit&#233;, une violente r&#233;solution bolcheviste fut adopt&#233;e presque &#224; l'unanimit&#233; : il n'y eut que quatre abstentions. La r&#233;solution adopt&#233;e ne restera pas lettre morte : une fois s&#233;par&#233;s, les d&#233;l&#233;gu&#233;s raconteront la v&#233;rit&#233;, diront comment ils ont &#233;t&#233; repouss&#233;s par les leaders conciliateurs et comment ils ont &#233;t&#233; re&#231;us par les ouvriers. Les tranch&#233;es accorderont foi &#224; leurs rapporteurs, ceux-ci ne tromperont point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la garnison m&#234;me de P&#233;trograd, le d&#233;but du revirement se dessina vers la fin du mois, surtout apr&#232;s les meetings auxquels avaient particip&#233; des repr&#233;sentants du front. Il est vrai que les r&#233;giments qui avaient le plus souffert ne pouvaient pas encore se relever de leur apathie. En revanche, dans les contingents qui &#233;taient rest&#233;s le plus longtemps sur une position patriotique et qui avaient gard&#233; la discipline pendant les premiers mois de la r&#233;volution, l'influence du parti s'accroissait sensiblement. L'Organisation militaire, qui avait particuli&#232;rement souffert de l'&#233;crasement, commen&#231;a &#224; se reprendre. Comme toujours apr&#232;s des d&#233;faites, dans les cercles du parti, l'on consid&#233;rait avec malveillance les dirigeants du travail dans l'arm&#233;e, leur faisant grief de fautes effectives ou imaginaires et d'entra&#238;nements. Le Comit&#233; central s'associa de plus pr&#232;s l'Organisation militaire, &#233;tablit sur elle, par l'interm&#233;diaire de Sverdlov et de Dzerjinski, un contr&#244;le plus direct, et le travail reprit, plus lentement qu'auparavant, mais plus s&#251;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de juillet, la situation des bolcheviks dans les usines de P&#233;trograd &#233;tait d&#233;j&#224; r&#233;tablie ; les ouvriers s'&#233;taient resserr&#233;s sous le m&#234;me drapeau ; pourtant c'&#233;taient d&#233;j&#224; d'autres hommes, plus m&#251;rs, c'est-&#224;-dire plus prudents, mais aussi plus r&#233;solus. &#034; Dans les usines, nous jouissons d'une influence formidable, illimit&#233;e, rapportait Volodarsky, le 27 juillet, au Congr&#232;s des bolcheviks. Le travail du parti est rempli principalement par les ouvriers eux-m&#234;mes&#8230; L'organisation a mont&#233; d'en bas, et c'est pourquoi nous avons toute raison de penser qu'elle ne se disloquera pas. &#034; L'Union de la Jeunesse comptait &#224; cette &#233;poque jusqu'&#224; cinquante mille membres et subissait de plus en plus l'influence des bolcheviks. Le 7 ao&#251;t, la section ouvri&#232;re du Soviet adopte une r&#233;solution pour l'abolition de la peine de mort. En signe de protestation contre la Conf&#233;rence d'&#201;tat, les travailleurs de Poutilov pr&#233;l&#232;vent le salaire d'une journ&#233;e comme souscription &#224; la presse ouvri&#232;re. A la Conf&#233;rence des Comit&#233;s de fabriques et d'usines, une r&#233;solution est unanimement adopt&#233;e, d&#233;clarant que la Conf&#233;rence de Moscou est &#034; une tentative d'organisation des forces contre-r&#233;volutionnaires &#034;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cronstadt cicatrisait aussi ses blessures. Le 20 juillet, un meeting sur la place de l'Ancre exige la remise du pouvoir aux soviets, l'envoi au front des Cosaques ainsi que des gendarmes et des sergents de ville, l'abolition de la peine de mort, l'admission &#224; Tsarskoi&#233;-S&#233;lo de d&#233;l&#233;gu&#233;s de Cronstadt pour v&#233;rifier si Nicolas II, dans sa d&#233;tention, est suffisamment et rigoureusement surveill&#233;, la dislocation des &#034; bataillons de la Mort &#034;, la confiscation des journaux bourgeois, etc. En m&#234;me temps, un nouvel amiral, Tyrkov, ayant pris le commandement de la forteresse, ordonna d'amener sur les vaisseaux de guerre le drapeau rouge, et de hisser le drapeau portant la croix de Saint-Andr&#233;. Les officiers et une partie des soldats rev&#234;tirent leurs galons et &#233;paulettes. Les matelots de Cronstadt protest&#232;rent. La commission gouvernementale d'enqu&#234;te sur les &#233;v&#233;nements des 3-5 juillet fut contrainte de quitter Cronstadt sans r&#233;sultat pour rentrer &#224; P&#233;trograd : elle fut accueillie par des sifflets, des protestations et m&#234;me des menaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement d'opinion se produisait dans toute la flotte. &#034; A la fin de juillet et au commencement d'ao&#251;t &#8212; &#233;crit un des dirigeants en Finlande, Zalejsky &#8212; on sentait nettement que non seulement la r&#233;action ext&#233;rieure n'avait pas r&#233;ussi &#224; briser les forces r&#233;volutionnaires d'Helsingfors, mais, qu'au contraire, ici, l'on notait un mouvement tr&#232;s net vers la gauche et un large accroissement de sympathies pour les bolch&#233;viks. &#034; Les matelots avaient &#233;t&#233;, dans une mesure consid&#233;rable, les instigateurs de la manifestation de Juillet, ind&#233;pendamment et partiellement contre le gr&#233; du parti qu'ils soup&#231;onnaient de mod&#233;ration et presque d'esprit conciliateur. L'exp&#233;rience de la manifestation arm&#233;e leur montra que la question du pouvoir ne se r&#233;solvait pas si simplement. Un &#233;tat d'opinion anarchiste c&#233;dait la place &#224; de la confiance &#224; l'&#233;gard du parti. Tr&#232;s int&#233;ressant, sur ce point, est un rapport du d&#233;l&#233;gu&#233; d'Helsingfors &#224; la fin de juillet : &#034; Sur les petites unit&#233;s navales, c'est l'influence des socialistes-r&#233;volutionnaires qui pr&#233;domine ; mais sur les grands vaisseaux de guerre, croiseurs et cuirass&#233;s, tous les matelots sont ou bien des bolcheviks ou bien des sympathisants. Tel &#233;tait (et pr&#233;c&#233;demment aussi) l'&#233;tat d'esprit des matelots sur le P&#233;tropavlovsk et sur le R&#233;publique, et apr&#232;s les 3-5 juillet, sont venus &#224; nous le Gangout, le S&#233;bastopol, le Rurik, l'Andre&#239; Pervozvanny, le Diana, le Gromobo&#239;, l'India. Ainsi nous avons dans les mains une formidable force de combat&#8230; Les &#233;v&#233;nements du 3 au 5 juillet ont beaucoup appris aux matelots, leur montrant qu'il ne suffisait pas d'&#234;tre dans un certain &#233;tat d'esprit pour atteindre le but. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En retard sur P&#233;trograd, Moscou suit le m&#234;me chemin. &#034; Peu &#224; peu, l'atmosph&#232;re asphyxiante a commenc&#233; &#224; se dissiper &#8212; raconte l'artilleur Davydovsky &#8212; la masse des soldats commence &#224; revenir &#224; elle et nous reprenons l'offensive sur tout le front. Cette imposture qui a arr&#234;t&#233; un moment le mouvement de la masse vers la gauche a seulement renforc&#233; ensuite son afflux vers nous. &#034; Sous les coups, l'amiti&#233; des usines et des casernes se resserrait plus &#233;troitement. Un ouvrier de Moscou, Strelkov, raconte comment des rapports &#233;troits s'&#233;tablirent progressivement entre l'usine Michelsohn et le r&#233;giment voisin. Les comit&#233;s d'ouvriers et de soldats d&#233;cidaient fr&#233;quemment, en s&#233;ances unifi&#233;es, des questions pratiques de la vie et de l'usine et du r&#233;giment. Les ouvriers organisaient pour les soldats des soir&#233;es d'&#233;ducation et d'instruction, leur achetaient des journaux bolcheviks et s'employaient par tous les moyens &#224; leur venir en aide. &#034; Si quelqu'un est puni &#8212; raconte Strelkov &#8212; on accourt aussit&#244;t vers nous porter plainte&#8230; Pendant les meetings de rues, si quelqu'un brutalise un ouvrier de Michelsohn, il suffit qu'un soldat ait connaissance du fait, et aussit&#244;t l'on vient par groupes entiers pour le d&#233;livrer. Or, les vexations &#233;taient alors nombreuses. On nous empoisonnait avec les l&#233;gendes de l'or allemand, de la trahison et tous les l&#226;ches mensonges des conciliateurs. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence moscovite des Comit&#233;s de fabriques et d'usines, &#224; la fin de juillet, prit d'abord des tons mod&#233;r&#233;s, mais &#233;volua fortement vers la gauche en une semaine de travaux et, vers la fin, adopta une r&#233;solution nettement color&#233;e de bolchevisme. En ces m&#234;mes journ&#233;es, un d&#233;l&#233;gu&#233; de Moscou, Podbielsky, rapportait ceci au Congr&#232;s du parti : &#034; Six soviets de quartier sur dix se trouvent entre nos mains&#8230; Devant la pers&#233;cution actuellement organis&#233;e, nous n'avons de salut que dans la classe ouvri&#232;re, qui soutient fermement le bolchevisme. &#034; Au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, lors des &#233;lections dans les usines de Moscou, ce sont, au lieu des mencheviks, et des socialistes-r&#233;volutionnaires, les bolch&#233;viks qui passent d&#233;j&#224;. L'accroissement de l'influence du parti se manifesta avec fougue dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; la veille de la Conf&#233;rence. Les Izvestia officielles de Moscou &#233;crivaient : &#034; Il est enfin temps de comprendre que les bolcheviks ne constituent pas des groupes irresponsables, qu'ils sont un des d&#233;tachements de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire organis&#233;e, derri&#232;re lequel se tiennent de larges masses, non peut-&#234;tre toujours disciplin&#233;es, mais en revanche totalement d&#233;vou&#233;es &#224; la r&#233;volution. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaiblissement, en juillet, des positions du prol&#233;tariat rendit courage aux industriels. Un congr&#232;s des treize plus importantes organisations d'entreprises, et dans ce nombre des &#233;tablissements bancaires, cr&#233;a un Comit&#233; de d&#233;fense de l'industrie qui se chargea de la direction des lock-out et en g&#233;n&#233;ral de toute la politique d'offensive contre la r&#233;volution. Les ouvriers r&#233;pliqu&#232;rent par de la r&#233;sistance. Dans tout le pays d&#233;ferla une vague de grandes gr&#232;ves et d'autres collisions. Si les d&#233;tachements les plus exp&#233;riment&#233;s du prol&#233;tariat montr&#232;rent de la prudence, les nouvelles couches, fra&#238;chement form&#233;es, s'engag&#232;rent d'autant plus r&#233;solument dans la lutte. Si les m&#233;tallurgistes restaient dans l'expectative et se pr&#233;paraient, les ouvriers du textile faisaient irruption sur le terrain, ainsi que ceux des industries du caoutchouc, du papier, du cuir. Il y avait un sursaut des couches les plus arri&#233;r&#233;es et soumises de travailleurs. Kiev fut troubl&#233;e par une violente gr&#232;ve de veilleurs de nuit et de portiers : parcourant les immeubles, les gr&#233;vistes &#233;teignaient les lampes, enlevaient les clefs des ascenseurs, ouvraient les portes sur la rue, etc. Chaque conflit, quel qu'en f&#251;t le motif, avait tendance &#224; s'&#233;tendre sur toute une branche de l'industrie et &#224; acqu&#233;rir un caract&#232;re de principe. Avec le soutien des ouvriers de tout le pays, les peaussiers de Moscou ouvrirent, en ao&#251;t, une longue et opini&#226;tre lutte pour conqu&#233;rir aux comit&#233;s de fabriques le droit de d&#233;cider de l'embauche et du cong&#233;diement des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bien des cas, surtout en province, les gr&#232;ves prirent un caract&#232;re dramatique, allant jusqu'&#224; l'arrestation par les gr&#233;vistes des entrepreneurs et des administrateurs. Le gouvernement pr&#234;chait aux ouvriers l'abn&#233;gation, entrait en coalition avec les industriels, envoyait des Cosaques dans le bassin du Donetz et relevait du double les tarifs sur le bl&#233; et sur les commandes de fournitures de guerre. Tout en portant au plus haut l'indignation des ouvriers, cette politique n'arrangeait pas non plus les entrepreneurs. &#034; Avec la clairvoyance de Skob&#233;lev &#8212; d&#233;clare plaintivement Auerbach, un des capitaines de l'industrie lourde &#8212; les commissaires du Travail dans les localit&#233;s n'&#233;taient pas encore arriv&#233;s &#224; y voir clair&#8230; Dans le minist&#232;re m&#234;me&#8230; l'on n'accordait point confiance aux agents que l'on avait en province&#8230; Les repr&#233;sentants des ouvriers &#233;taient convoqu&#233;s &#224; P&#233;trograd et, dans le palais de Marbre, on les exhortait, on les invectivait, on les r&#233;conciliait avec les industriels, les ing&#233;nieurs. &#034; Mais tout cela ne conduisait &#224; rien : &#034; Les masses ouvri&#232;res, vers ce temps-l&#224;, tombaient d&#233;j&#224; de plus en plus sous l'influence de meneurs plus r&#233;solus et d&#233;cid&#233;s dans leur d&#233;magogie. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;faitisme &#233;conomique constituait le principal instrument des entrepreneurs contre la dualit&#233; de pouvoirs dans les usines. A la conf&#233;rence des comit&#233;s de fabriques et d'usines, dans la premi&#232;re quinzaine d'ao&#251;t, l'on d&#233;non&#231;a en d&#233;tail la politique nocive des industriels, tendant &#224; d&#233;sorganiser et &#224; arr&#234;ter la production, Outre des manigances financi&#232;res, on appliquait largement le recel des mat&#233;riaux, la fermeture des ateliers de fabrication d'instruments ou de r&#233;parations, etc. Sur le sabotage men&#233; par les entrepreneurs, d'&#233;clatants t&#233;moignages sont donn&#233;s par John Reed qui, en qualit&#233; de correspondant am&#233;ricain, avait acc&#232;s dans les cercles les plus divers, obtenait des informations confidentielles des agents diplomatiques de l'Entente et pouvait &#233;couter les francs aveux des politiciens russes bourgeois. &#034; Le secr&#233;taire de la section p&#233;tersbourgeoise du parti cadet &#8212; &#233;crit Reed &#8212; me disait que la d&#233;composition de l'&#233;conomie faisait partie de la campagne men&#233;e pour discr&#233;diter la r&#233;volution. Un diplomate alli&#233; dont j'ai promis sur parole de ne pas r&#233;v&#233;ler le nom, confirmait le fait sur la base de ses informations personnelles. Je connais des charbonnages pr&#233;s de Kharkov qui furent incendi&#233;s ou noy&#233;s par les propri&#233;taires. Je connais des manufactures textiles de la r&#233;gion moscovite o&#249; les ing&#233;nieurs, en abandonnant le travail, mettaient les machines hors d'&#233;tat, Je connais des employ&#233;s de la voie ferr&#233;e que les ouvriers surprirent &#224; d&#233;t&#233;riorer des locomotives. &#034; Telle &#233;tait l'atroce r&#233;alit&#233; &#233;conomique. Elle r&#233;pondait non point aux illusions des conciliateurs, non point &#224; la politique de coalition, mais &#224; la pr&#233;paration du soul&#232;vement kornilovien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le front, l'union sacr&#233;e se greffait aussi mal qu'&#224; l'arri&#232;re. L'arrestation de certains bolcheviks &#8212; d&#233;clare Stank&#233;vitch en se lamentant &#8212; ne r&#233;solvait pas du tout la question. &#034; La criminalit&#233; &#233;tait dans l'atmosph&#232;re, ses contours n'&#233;taient pas nets parce qu'elle avait contamin&#233; toute la masse. &#034; Si les soldats devinrent plus mod&#233;r&#233;s, c'est uniquement parce qu'ils avaient appris, dans une certaine mesure, &#224; discipliner leur haine. Mais quand ils &#233;taient exc&#233;d&#233;s, leurs v&#233;ritables sentiments se manifestaient d'autant plus clairement, Une des compagnies du r&#233;giment de Doubno, que l'on avait ordonn&#233; de dissoudre pour refus d'accepter le capitaine r&#233;cemment nomm&#233;, souleva quelques autres compagnies, ensuite tout le r&#233;giment, et lorsque le colonel tenta de r&#233;tablir l'ordre par les armes, il fut tu&#233; &#224; coups de crosse. Cela se passa le 31 juillet. Si, dans d'autres r&#233;giments, l'affaire n'alla pas jusque-l&#224;, elle pouvait toujours, d'apr&#232;s le sentiment intime du corps des officiers, en arriver &#224; ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu d'ao&#251;t, le g&#233;n&#233;ral Chtcherbatchev communiquait au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral : &#034; L'&#233;tat d'esprit des contingents d'infanterie, &#224; l'exception des bataillons de la Mort, est extr&#234;mement instable ; parfois, pendant plusieurs journ&#233;es, les dispositions de certains &#233;l&#233;ments de l'infanterie se sont brusquement modifi&#233;es dans un sens diam&#233;tralement oppos&#233;. &#034; Bien des commissaires commenc&#232;rent &#224; comprendre que les m&#233;thodes de juillet ne r&#233;solvaient rien. &#034; La pratique des tribunaux militaires r&#233;volutionnaires sur le front Ouest &#8212; communique le 22 ao&#251;t le commissaire Jamandt &#8212; introduit de terribles dissensions entre le commandement et la masse de la population, discr&#233;ditant l'id&#233;e m&#234;me de ces tribunaux&#8230; &#034; Le programme de salut de Kornilov, d&#232;s avant la r&#233;bellion du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, avait &#233;t&#233; suffisamment &#233;prouv&#233; et avait conduit dans la m&#234;me impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui effrayait plus que tout les classes poss&#233;dantes, c'&#233;taient les sympt&#244;mes de d&#233;composition de la cosaquerie : l&#224;, il y avait menace d'un &#233;croulement du dernier rempart. Les r&#233;giments de Cosaques &#224; P&#233;trograd, en f&#233;vrier, avaient abandonn&#233; la monarchie sans r&#233;sistance. Il est vrai que, chez elles, &#224; Novotcherkassk, les autorit&#233;s cosaques avaient essay&#233; de dissimuler le t&#233;l&#233;gramme annon&#231;ant l'insurrection et avaient c&#233;l&#233;br&#233; avec la solennit&#233; habituelle, le 1er mars, un service fun&#232;bre en l'honneur d'Alexandre II. Mais, en fin de compte, la cosaquerie &#233;tait pr&#234;te &#224; se dispenser du tsar et avait m&#234;me d&#233;couvert, dans son pass&#233;, des traditions r&#233;publicaines. Mais elle ne voulait pas aller au-del&#224;. Les Cosaques, d&#232;s le d&#233;but, refus&#232;rent d'envoyer leurs d&#233;put&#233;s au Soviet de P&#233;trograd, pour ne pas se mettre au niveau des ouvriers et des soldats, et constitu&#232;rent un Soviet des troupes cosaques, groupant les douze formations de leur caste, en la personne de leurs dirigeants de l'arri&#232;re. La bourgeoisie s'effor&#231;ait, et non sans succ&#232;s, de s'appuyer sur les Cosaques contre les ouvriers et les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le politique de la cosaquerie &#233;tait d&#233;termin&#233; par sa situation particuli&#232;re dans l'&#201;tat. Elle repr&#233;sentait depuis des si&#232;cles une originale caste inf&#233;rieure privil&#233;gi&#233;e. Le Cosaque ne payait aucun imp&#244;t et disposait d'un lot de terre beaucoup plus consid&#233;rable que celui du paysan. Dans trois r&#233;gions voisines, celles du Don, du Kouban et du Terk, trois millions d'habitants cosaques poss&#233;daient vingt-trois millions de d&#233;ciatines de terres, alors que, pour quatre millions trois cent mille &#226;mes de la population paysanne, il ne revenait dans les m&#234;mes r&#233;gions que six millions de d&#233;ciatines : chaque Cosaque poss&#233;dait en moyenne cinq fois plus qu'un paysan. Parmi les Cosaques eux-m&#234;mes, la terre &#233;tait distribu&#233;e bien entendu tr&#232;s in&#233;galement. Il y avait l&#224; de gros propri&#233;taires et des koulaks plus puissants que dans le Nord ; il y avait aussi des pauvres. Tout Cosaque &#233;tait tenu de r&#233;pondre au premier appel de l'&#201;tat, avec son cheval et son &#233;quipement. Les Cosaques riches couvraient largement cette d&#233;pense, gr&#226;ce &#224; l'exemption de l'imp&#244;t. Ceux de la base pliaient sous le fardeau des obligations de la caste. Ces donn&#233;es essentielles expliquent suffisamment la situation contradictoire dans la cosaquerie, Par ses couches inf&#233;rieures, elle touchait de pr&#232;s &#224; la paysannerie, par ses sommets &#8212; aux propri&#233;taires nobles. En m&#234;me temps, les hautes et les basses couches &#233;taient unies par la conscience de leur particularisme, de leur &#233;tat d'&#233;lection, et &#233;taient accoutum&#233;es &#224; consid&#233;rer de leur haut non seulement l'ouvrier, mais m&#234;me le paysan. C'est ce qui rendait le Cosaque moyen si apte &#224; exercer la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les ann&#233;es de guerre, lorsque les jeunes g&#233;n&#233;rations se trouvaient sur les fronts, les bourgs cosaques &#233;taient r&#233;gent&#233;s par les vieux, porteurs de traditions conservatrices, &#233;troitement li&#233;s avec leur corps d'officiers. Sous apparence de ressusciter la d&#233;mocratie cosaque, les gros propri&#233;taires, chez eux, pendant les premiers mois de la r&#233;volution, convoqu&#232;rent ce que l'on appela les cercles militaires, lesquels &#233;lurent des atamans, des pr&#233;sidents en leur genre, et, aupr&#232;s d'eux, &#034; des gouvernements militaires &#034;, Les commissaires officiels et les soviets de la population non cosaque n'avaient pas de pouvoir dans ces r&#233;gions, car les Cosaques &#233;taient plus solides, plus riches et mieux arm&#233;s. Les socialistes-r&#233;volutionnaires essay&#232;rent de cr&#233;er des soviets communs de d&#233;put&#233;s paysans et cosaques, mais ces derniers ne donnaient pas leur assentiment, craignant, non sans raison, que la r&#233;volution agraire ne leur enlev&#226;t une partie des terres. Ce n'est pas en vain que Tchernov, en qualit&#233; de ministre de l'Agriculture, laissa tomber cette phrase : &#034; Les Cosaques devront se serrer un peu sur leurs terres. &#034; Plus important encore &#233;tait le fait que les paysans de la r&#233;gion et les soldats des r&#233;giments d'infanterie disaient, de plus en plus fr&#233;quemment, &#224; l'adresse des Cosaques : &#034; Nous en viendrons &#224; mettre la main sur vos terres, vous avez assez r&#233;gn&#233;. &#034; C'est ainsi que se pr&#233;sentait l'affaire &#224; l'arri&#232;re, dans le bourg cosaque, partiellement aussi dans la garnison de P&#233;trograd, au centre m&#234;me de la vie politique. Ainsi s'explique aussi la conduite des r&#233;giments cosaques dans la manifestation de Juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le front, la situation &#233;tait essentiellement diff&#233;rente. Au total, pendant l'&#233;t&#233; de 1917, les troupes cosaques engag&#233;es dans l'action se composaient de cent soixante-deux r&#233;giments et de cent soixante et onze sotnias. &#201;loign&#233;s de leurs bourgs, les Cosaques du front partageaient avec toute l'arm&#233;e les &#233;preuves de la guerre et, quoique avec un retard consid&#233;rable, passaient par l'&#233;volution de l'infanterie, perdaient foi en la victoire, s'exasp&#233;raient devant le g&#226;chis, murmuraient contre les chefs, vivaient dans l'angoisse de la paix et de la rentr&#233;e au foyer. Pour la police du front et de l'arri&#232;re, l'on d&#233;tacha peu &#224; peu quarante-cinq r&#233;giments et jusqu'&#224; soixante-cinq sotnias ! Les Cosaques &#233;taient de nouveau transform&#233;s en gendarmes. Les soldats, les ouvriers, les paysans grognaient contre eux, leur rappelant l'&#339;uvre de bourreaux qu'ils avaient accomplie en 1905. Bien des Cosaques qui, d'abord, avaient &#233;t&#233; fiers de leur conduite en F&#233;vrier, avaient maintenant le c&#339;ur d&#233;chir&#233;. Le Cosaque commen&#231;ait &#224; maudire sa naga&#239;ka et refusa plus d'une fois de la prendre en service command&#233;. Les d&#233;serteurs, parmi les hommes du Don et du Kouban, &#233;taient peu nombreux : ils avaient peur de leurs vieux au village. Dans l'ensemble, les contingents cosaques rest&#232;rent beaucoup plus longtemps entre les mains du commandement que l'infanterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du Don, du Kouban, l'on apprenait au front que les sommets de la cosaquerie, assist&#233;s par les anciens, avaient &#233;tabli un pouvoir &#224; eux, sans demander l'avis du Cosaque du front. Cela r&#233;veillait les antagonismes sociaux assoupis : &#034; Nous rentrerons &#224; la maison, nous le leur ferons voir &#034;, dirent plus d'une fois les hommes du front. Krasnov, g&#233;n&#233;ral cosaque, un des chefs de la contre-r&#233;volution sur le Don, d&#233;crivit pittoresquement comment les solides contingents cosaques se d&#233;sagr&#233;geaient sur le front : &#034; On commen&#231;a &#224; tenir des meetings o&#249; l'on adopta les r&#233;solutions les plus extravagantes. Les Cosaques cess&#232;rent de panser et de nourrir r&#233;guli&#232;rement leurs chevaux. Il &#233;tait inutile de songer &#224; leur faire faire l'exercice. Ils se d&#233;cor&#232;rent de n&#339;uds cramoisis, se par&#232;rent de rubans rouges et, quant &#224; respecter les officiers, ne voulurent plus en entendre parler. &#034; Pourtant, avant d'en arriver d&#233;finitivement &#224; cet &#233;tat d'esprit, le Cosaque h&#233;sita longtemps, se grattant la nuque, cherchant de quel c&#244;t&#233; il se tournerait. Dans une minute critique, il n'&#233;tait par cons&#233;quent point facile de deviner d'avance comment se conduirait tel ou tel contingent cosaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 ao&#251;t, le Cercle militaire du Don fit bloc avec les cadets pour les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante. Le bruit s'en r&#233;pandit imm&#233;diatement dans l'arm&#233;e. &#034; Parmi les Cosaques &#8212; &#233;crit l'un des leurs, l'officier Ianov &#8212; le bloc fut vivement d&#233;savou&#233;. Le parti cadet n'avait pas de racines dans l'arm&#233;e. &#034; En effet, l'arm&#233;e d&#233;testait les cadets, les identifiant &#224; tous ceux qui &#233;touffent les masses populaires. &#034; Les vieux vous ont vendus aux cadets ! &#034; disaient les soldats taquins. &#034; On le leur montrera ! &#034; r&#233;pliquaient les Cosaques. Sur le front Sud-Ouest, les contingents de Cosaques dans une r&#233;solution sp&#233;ciale, d&#233;clar&#232;rent les cadets &#034; ennemis jur&#233;s et oppresseurs du peuple laborieux &#034; et exig&#232;rent que fussent exclus du Cercle militaire tous ceux qui avaient os&#233; conclure un accord avec les cadets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov, Cosaque lui-m&#234;me, comptait fermement sur l'aide de la cosaquerie, surtout de celle du Don, et avait compl&#233;t&#233; avec des effectifs cosaques le d&#233;tachement destin&#233; &#224; op&#233;rer le coup d'&#201;tat. Mais les Cosaques ne boug&#232;rent point pour soutenir &#034; le fils d'un paysan &#034;. Dans leurs bourgs, ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre avec acharnement, sur place, leurs terres, mais n'avaient aucune propension &#224; s'engager dans une rixe entre des tiers. Le 3e corps de cavalerie ne justifia point non plus les esp&#233;rances. Si les Cosaques regardaient d'un mauvais &#339;il la fraternisation avec les Allemands, sur le front de P&#233;trograd ils all&#232;rent volontiers au devant des d&#233;sirs des soldats et des matelots : par cette fraternisation, le plan de Kornilov &#233;choua sans effusion de sang. Ainsi, sous les esp&#232;ces de la cosaquerie, s'affaiblissait et s'&#233;croulait le dernier support de la vieille Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, bien loin au-del&#224; des fronti&#232;res du pays, sur le territoire fran&#231;ais, l'on proc&#233;da, &#224; l'&#233;chelle d'un laboratoire, &#224; une tentative de &#034; r&#233;surrection &#034; des troupes russes, en dehors de la port&#233;e des bolcheviks, et, par cons&#233;quent, d'autant plus probante. Pendant l'&#233;t&#233; et l'automne, dans la presse russe, p&#233;n&#233;tr&#232;rent, mais rest&#232;rent dans le tourbillon des &#233;v&#233;nements presque inaper&#231;ues, des informations sur la r&#233;volte arm&#233;e qui avait &#233;clat&#233; dans les troupes russes en France. Les soldats des deux brigades russes qui se trouvaient en ce pays &#233;taient, d'apr&#232;s l'officier Lissovsky, d&#232;s janvier 1917, par cons&#233;quent avant la r&#233;volution, &#034; fermement persuad&#233;s d'avoir &#233;t&#233; tous vendus aux Fran&#231;ais, en &#233;change de munitions &#034;. Les soldats ne se trompaient pas tellement. A l'&#233;gard des patrons alli&#233;s, ils ne nourrissaient &#034; pas la moindre sympathie &#034;, et &#224; l'&#233;gard de leurs officiers &#8212; pas la moindre confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle de la r&#233;volution trouva les brigades d'exportation pour ainsi dire politiquement pr&#233;par&#233;es &#8212; et n&#233;anmoins les prit &#224; l'improviste. Il n'y avait pas lieu d'attendre des officiers des explications sur l'insurrection : l'ahurissement s'av&#233;rait d'autant plus grand que l'officier &#233;tait plus &#233;lev&#233; en grade. Dans les camps apparurent des patriotes d&#233;mocrates venus des milieux de l'&#233;migration. &#034; On put observer plus d'une fois &#8212; &#233;crit Lissovsky &#8212; comment certains diplomates et officiers des r&#233;giments de la Garde&#8230; avan&#231;aient aimablement des si&#232;ges &#224; d'anciens &#233;migr&#233;s. &#034; Dans les r&#233;giments surgirent des institutions &#233;lectives, et, &#224; la t&#232;te du Comit&#233;, fut plac&#233; un soldat letton qui se distingua bient&#244;t. L&#224; encore, par cons&#233;quent, l'on avait trouv&#233; son &#034; allog&#232;ne &#034;. Le 1er r&#233;giment, qui avait &#233;t&#233; form&#233; &#224; Moscou et se composait presque enti&#232;rement d'ouvriers, de commis et employ&#233;s de magasin, en g&#233;n&#233;ral d'&#233;l&#233;ments prol&#233;tariens et &#224; demi prol&#233;tariens, &#233;tait arriv&#233; le premier sur la terre de France, un an auparavant et, pendant l'hiver, avait combattu sur le front champenois. Mais &#034; la maladie de la d&#233;composition atteignit avant tout ce r&#233;giment m&#234;me &#034;. Le 2e r&#233;giment, qui avait dans ses rangs un fort pourcentage de paysans, garda son calme plus longtemps. La 2e brigade, presque enti&#232;rement compos&#233;e de paysans sib&#233;riens, semblait tout &#224; fait s&#251;re. Fort peu de temps apr&#232;s l'insurrection de F&#233;vrier, la 1re brigade &#233;tait sortie de la subordination. Elle ne voulait combattre ni pour l'Alsace ni pour la Lorraine. Elle ne voulait pas mourir pour la belle France. Elle voulait essayer de vivre dans la Russie neuve. La brigade fut ramen&#233;e &#224; l'arri&#232;re et cantonn&#233;e au centre de la France dans le camp de La Courtine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Au milieu de bourgades bourgeoises &#8212; raconte Lissovsky &#8212; dans un immense camp, commenc&#232;rent &#224; vivre en des conditions tout &#224; fait particuli&#232;res, insolites, environ dix mille soldats russes mutin&#233;s et arm&#233;s, n'ayant pas aupr&#232;s d'eux d'officiers et n'acceptant pas, r&#233;solument, de se soumettre &#224; quiconque. &#034; Komilov trouva une occasion exceptionnelle d'appliquer ses m&#233;thodes d'assainissement avec le concours de Poincar&#233; et de Ribot, qui avaient tant de sympathie pour lui. Le g&#233;n&#233;ralissime russe ordonna, par t&#233;l&#233;gramme, de r&#233;duire &#034; les hommes de La Courtine &#224; l'ob&#233;issance &#034; et de les exp&#233;dier &#224; Salonique. Mais les mutins ne c&#233;daient pas. Vers le 1er septembre, on fit avancer de l'artillerie lourde et, &#224; l'int&#233;rieur du camp, l'on colla des affiches portant le t&#233;l&#233;gramme comminatoire de Kornilov. Mais, justement alors, dans la marche des &#233;v&#233;nements, s'ins&#233;ra une nouvelle complication : les journaux fran&#231;ais publi&#232;rent la nouvelle que Kornilov lui-m&#234;me &#233;tait d&#233;clar&#233; tra&#238;tre et contre-r&#233;volutionnaire. Les soldats mutin&#233;s d&#233;cid&#232;rent d&#233;finitivement qu'il n'y avait aucune raison pour eux d'aller mourir &#224; Salonique, et qui plus est sur l'ordre d'un g&#233;n&#233;ral tra&#238;tre. Vendus en &#233;change de munitions, les ouvriers et les paysans r&#233;solurent de tenir t&#234;te. Ils refus&#232;rent d'avoir des pourparlers avec aucune personne du dehors. Pas un soldat ne sortait plus du camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La 2e brigade russe fut avanc&#233;e contre la 1re. L'artillerie occupa des positions sur les pentes des collines voisines ; l'infanterie, selon toutes les r&#232;gles de l'art du g&#233;nie, creusa des tranch&#233;es et des avanc&#233;es vers La Courtine. Les environs furent solidement encercl&#233;s par des chasseurs alpins, afin que pas un seul Fran&#231;ais ne p&#233;n&#233;tr&#226;t sur le th&#233;&#226;tre de la guerre entre deux brigades russes. C'est ainsi que les autorit&#233;s militaires de la France mettaient en sc&#232;ne sur leur territoire une guerre civile entre Russes, apr&#232;s l'avoir pr&#233;cautionneusement entour&#233;e d'une barri&#232;re de ba&#239;onnettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale. Par la suite, la France gouvernante organisa la guerre civile sur le territoire de la Russie elle-m&#234;me en l'encerclant avec les fils barbel&#233;s du blocus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Une canonnade en r&#232;gle, m&#233;thodique, sur le camp, fut ouverte. &#034; Du camp sortirent quelques centaines de soldats dispos&#233;s &#224; se rendre. On les re&#231;ut, et l'artillerie rouvrit aussit&#244;t le feu. Cela dura quatre fois vingt-quatre heures. Les hommes de La Courtine se rendaient par petits d&#233;tachements. Le 6 septembre, il ne restait en tout qu'environ deux centaines d'hommes qui avaient d&#233;cid&#233; de ne pas se rendre vivants. A leur t&#234;te &#233;tait un Ukrainien nomm&#233; Globa, un baptiste, un fanatique : en Russie, on l'e&#251;t appel&#233; un bolchevik. Sous le tir de barrage des canons, des mitrailleuses et des fusils, qui se confondit en un seul grondement, un v&#233;ritable assaut fut donn&#233;. A la fin des fins, les mutins furent &#233;cras&#233;s. Le nombre des victimes est rest&#233; inconnu. L'ordre, en tout cas, fut r&#233;tabli. Mais, quelques semaines apr&#232;s, d&#233;j&#224;, la 2e brigade, qui avait tir&#233; sur la 1re, se trouva prise de la m&#234;me maladie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soldats russes avaient apport&#233; une terrible contagion &#224; travers les mers, dans leurs musettes de toile, dans les plis de leurs capotes et dans le secret de leurs &#226;mes. Par l&#224; est remarquable ce dramatique &#233;pisode de La Courtine, qui repr&#233;sente en quelque sorte une exp&#233;rience id&#233;ale, consciemment r&#233;alis&#233;e, presque sous la cloche d'une machine pneumatique, pour l'&#233;tude des processus int&#233;rieurs pr&#233;par&#233;s dans l'arm&#233;e russe par tout le pass&#233; du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mar&#233;e montante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nergique moyen de la calomnie s'av&#233;ra une arme &#224; deux tranchants. Si les bolcheviks sont des espions de l'Allemagne, pourquoi donc la nouvelle en vient-elle principalement d'hommes qui sont le plus odieux au peuple ? Pourquoi la presse cadette qui, &#224; tout propos, attribue aux ouvriers et aux soldats les mobiles les plus bas, accuse-t-elle plus bruyamment et r&#233;solument que tous les bolcheviks ? Pourquoi tel ing&#233;nieur ou tel chef d'atelier r&#233;actionnaire, qui s'&#233;tait cach&#233; depuis l'insurrection, a-t-il repris maintenant courage et maudit-il ouvertement les bolcheviks ? Pourquoi, dans les r&#233;giments les officiers les plus r&#233;actionnaires se sont-ils enhardis et pourquoi, accusant L&#233;nine et compagnie, dressaient-ils le poing jusque sous le nez des soldats, comme si les tra&#238;tres &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment les soldats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque usine avait ses bolcheviks. &#034; Est-ce que je ressemble &#224; un espion allemand, hein, les gars ? &#034;, demandait le serrurier ou le tourneur dont toute la vie intime &#233;tait connue des ouvriers. Fr&#233;quemment, les conciliateurs eux-m&#234;mes, en combattant l'assaut de la contre-r&#233;volution, allaient plus loin qu'ils ne voulaient et, malgr&#233; eux, frayaient la route aux bolcheviks. Le soldat Pire&#239;ko raconte comment le m&#233;decin-major Markovitch, partisan de Pl&#233;khanov, r&#233;futa, dans un meeting de soldats, l'accusation lanc&#233;e contre L&#233;nine, d'&#234;tre un espion, pour d&#233;molir d'autant plus d&#233;cisivement les id&#233;es politiques de L&#233;nine, comme inconsistantes et p&#233;rilleuses. En vain ! &#034; Du moment que L&#233;nine est intelligent et n'est pas un espion, pas un tra&#238;tre et qu'il veut conclure la paix, nous le suivrons &#034;, disaient les soldats apr&#232;s l'assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temporairement arr&#234;t&#233; dans sa croissance, le bolchevisme recommen&#231;ait avec assurance &#224; d&#233;ployer ses ailes. &#034; Le ch&#226;timent ne tarde pas, &#233;crivait Trotsky au milieu d'ao&#251;t. Traqu&#233;, pers&#233;cut&#233;, calomni&#233;, notre parti ne s'est jamais accru aussi rapidement que dans ces derniers temps. Et ce processus ne tardera point &#224; passer des capitales &#224; la province, des villes aux villages et &#224; l'arm&#233;e&#8230; Toutes les masses laborieuses du pays apprendront, dans de nouvelles &#233;preuves, &#224; lier leur sort &#224; celui de notre parti. &#034; P&#233;trograd continuait &#224; marcher en t&#234;te. Il semblait qu'un balai tout-puissant travaillait dans les usines, expulsant de tous les coins et recoins l'influence des conciliateurs. &#034; Les derni&#232;res forteresses de la d&#233;fense nationale s'&#233;croulent&#8230; &#8212; communiquait le journal bolchevik. Y a-t-il bien longtemps que ces messieurs de la d&#233;fense nationale r&#233;gnaient sans partage dans l'immense usine Oboukhovsky ?&#8230; Maintenant, ils ne peuvent m&#234;me pas se montrer. &#034; Aux &#233;lections de la douma municipale de P&#233;trograd, le 20 ao&#251;t, le nombre des suffrages exprim&#233;s fut d'environ 55O 000, beaucoup moins qu'aux &#233;lections de juillet pour les doumas de quartier. Ayant perdu plus de 375 000 voix, les socialistes-r&#233;volutionnaires avaient n&#233;anmoins recueilli encore plus de 200 000 voix, soit 37 % du total. Les cadets n'obtinrent qu'un cinqui&#232;me. &#034; Notre liste mencheviste &#8212; &#233;crit Soukhanov &#8212; n'obtint que 23 000 pauvres voix. &#034; D'une fa&#231;on inattendue pour tous, les bolcheviks eurent presque 200 000 suffrages, environ le tiers du total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la conf&#233;rence r&#233;gionale des syndicats de l'Oural qui eut lieu au milieu d'ao&#251;t et qui groupa l50 000 ouvriers, sur toutes les questions les d&#233;cisions adopt&#233;es &#233;taient de caract&#232;re bolchevik. A Kiev, &#224; la conf&#233;rence des comit&#233;s de fabriques et d'usines, le 20 ao&#251;t, la r&#233;solution des bolcheviks fut adopt&#233;e par une majorit&#233; de 161 voix contre 35, avec 13 abstentions. Aux &#233;lections d&#233;mocratiques pour la douma municipale d'Ivanovo-Voznessensk, juste au moment du soul&#232;vement de Kornilov, les bolcheviks, sur 102 si&#232;ges, en obtinrent 58, les socialistes-r&#233;volutionnaires 24, les mencheviks - 4. A Cronstadt fut &#233;lu pr&#233;sident du Soviet le bolchevik Brekman, et le bolchevik Pokrovsky devint maire. Si la progression est loin d'&#234;tre partout aussi marqu&#233;e, s'il y a &#231;&#224; et l&#224; du retard, le bolchevisme monte, dans le courant du mois d'ao&#251;t, sur presque toute l'&#233;tendue du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de Kornilov donne &#224; la radicalisation des masses une puissante impulsion. Sloutsky rappela &#224; ce sujet les paroles de Marx : la r&#233;volution a besoin, par moments, d'&#234;tre aiguillonn&#233;e par la contre-r&#233;volution. Le danger suscitait non seulement l'&#233;nergie, mais aussi la perspicacit&#233;. La pens&#233;e collective se mit &#224; travailler sous une haute tension. Les mat&#233;riaux utiles aux d&#233;ductions ne manquaient point. On avait d&#233;clar&#233; que la coalition &#233;tait indispensable pour la d&#233;fense de la r&#233;volution ; or l'alli&#233; dans la coalition se trouvait &#234;tre partisan de la contre-r&#233;volution. La conf&#233;rence de Moscou avait &#233;t&#233; annonc&#233;e comme une d&#233;monstration de l'unit&#233; nationale. Seul le Comit&#233; central des bolcheviks avait donn&#233; cet avertissement : &#034; La conf&#233;rence&#8230; se transformera in&#233;vitablement en un organe de complot de la contre-r&#233;volution. &#034; Les &#233;v&#233;nements avaient apport&#233; la v&#233;rification. Maintenant, K&#233;rensky lui-m&#234;me d&#233;clarait : &#034; La conf&#233;rence de Moscou&#8230; c'est le prologue du 27 ao&#251;t&#8230; Ici, l'on compte ses forces&#8230; Ici, pour la premi&#232;re fois, fut pr&#233;sent&#233; &#224; la Russie son futur dictateur, Kornilov&#8230; &#034; Comme si ce n'&#233;tait pas K&#233;rensky lui-m&#234;me qui avait &#233;t&#233; l'initiateur, l'organisateur et le pr&#233;sident de cette conf&#233;rence, et comme si ce n'&#233;tait pas lui qui avait pr&#233;sent&#233; Kornilov en tant que &#034; premier soldat &#034; de la r&#233;volution ! Comme si ce n'&#233;tait pas le gouvernement provisoire qui avait arm&#233; Kornilov, lui donnant la ressource de la peine de mort contre les soldats, et comme si les avertissements des bolcheviks n'avaient pas &#233;t&#233; proclam&#233;s d&#233;magogiques ! La garnison de P&#233;trograd se rappelait en outre, que, deux jours avant le soul&#232;vement de Kornilov, les bolcheviks avaient exprim&#233;, dans une s&#233;ance de la section des soldats, un soup&#231;on, demandant si les r&#233;giments d'avant-garde n'&#233;taient pas &#233;vacu&#233;s de la capitale dans des intentions contre-r&#233;volutionnaires. A cela, les repr&#233;sentants des mencheviks et des socialistes-r&#233;volutionnaires r&#233;pondaient par une exigence comminatoire : ne pas mettre en discussion les ordres de combat du g&#233;n&#233;ral Kornilov. Dans ce sens, une r&#233;solution avait &#233;t&#233; adopt&#233;e. &#034; On voit que les bolcheviks ne s&#232;ment pas &#224; tout vent ! &#034; &#8212; voil&#224; ce que devait maintenant se dire l'ouvrier ou le soldat sans-parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les g&#233;n&#233;raux conspirateurs, d'apr&#232;s l'accusation tardive des conciliateurs eux-m&#234;mes, &#233;taient coupables non seulement de la reddition de Riga, mais de la perc&#233;e de Juillet, pourquoi donc traquait-on les bolcheviks et fusillait-on les soldats ? Si les provocateurs militaires avaient tent&#233; de faire descendre dans la rue les ouvriers et les soldats, le 27 ao&#251;t, n'avaient-ils pas jou&#233; aussi leur r&#244;le dans les conflits sanglants du 4 juillet ? Quelle est, par suite, la place de K&#233;rensky dans toute cette histoire ? Contre qui appelait-il le 3e corps de cavalerie ? Pourquoi nomma-t-il Savinkov G&#233;n&#233;ral-gouvemeur, et Filonenko vice-gouverneur ? Et qui est ce Filonenko, candidat au directoire ? D'une fa&#231;on inattendue retentit la r&#233;ponse de la division des autos blind&#233;es : Filonenko qui y avait servi comme lieutenant infligeait aux soldats les pires humiliations et vexations. D'o&#249; &#233;tait sorti le louche homme d'affaires Zavo&#239;ko ? Que signifie en g&#233;n&#233;ral cette s&#233;lection d'aventuriers &#224; l'extr&#234;me sommet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits &#233;taient simples, clairs, m&#233;morables pour beaucoup, accessibles &#224; tous, irr&#233;fragables et accablants. Les &#233;chelons de la division &#034; sauvage &#034;, les rails qu'on avait fait sauter, les accusations r&#233;ciproques du palais d'Hiver et du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, les d&#233;positions de Savinkov et de K&#233;rensky, tout cela parlait de soi-m&#234;me. Quel acte d'accusation irr&#233;futable contre les conciliateurs et leur r&#233;gime ! Le sens de la pers&#233;cution dirig&#233;e contre les bolcheviks devint d&#233;finitivement clair : il y avait l&#224; un &#233;l&#233;ment indispensable dans la pr&#233;paration du coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers et les soldats, dont les yeux s'&#233;taient dessill&#233;s, &#233;taient pris d'un vif sentiment de honte pour eux-m&#234;mes. Ainsi, L&#233;nine se cachait uniquement parce qu'il avait &#233;t&#233; l&#226;chement calomni&#233; ? Ainsi, d'autres &#233;taient incarc&#233;r&#233;s pour faire plaisir aux cadets, aux g&#233;n&#233;raux, aux banquiers, aux diplomates de l'Entente ? Ainsi, les bolcheviks ne courent pas apr&#232;s les places et sin&#233;cures, et ils sont d&#233;test&#233;s en haut lieu pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils ne veulent pas adh&#233;rer &#224; la soci&#233;t&#233; par actions qui s'appelle la coalition ! Voil&#224; ce qu'avaient compris les travailleurs, les simples gens, les opprim&#233;s. Et, de ces dispositions d'esprit, avec le sentiment d'une faute commise &#224; l'&#233;gard des bolcheviks, proc&#233;d&#232;rent un incoercible d&#233;vouement au parti et la foi en ses leaders.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'aux derni&#232;res journ&#233;es, les vieux soldats, les &#233;l&#233;ments du cadre de l'ann&#233;e, les artilleurs, le corps des sous-officiers t&#226;chaient de tenir tant qu'ils pouvaient. Ils ne voulaient pas mettre une croix sur leurs travaux, leurs exploits, leurs sacrifices de combattants : &#233;tait-il possible que tout cela e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;pens&#233; en pure perte ? Mais lorsque le dernier appui eut &#233;t&#233; d&#233;truit sous leurs pieds, ils se retourn&#232;rent brusquement &#8212; &#224; gauche, &#224; gauche ! &#8212; face aux bolcheviks. Maintenant ils &#233;taient compl&#232;tement entr&#233;s dans la r&#233;volution, avec leurs galons de sous-officiers, avec leur trempe de vieux soldats et en serrant les m&#226;choires : ils avaient perdu la partie &#224; la guerre, mais cette fois-ci ils allaient pousser le travail jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rapports des autorit&#233;s locales, militaires et civiles, le bolchevisme devient, entre-temps, le synonyme de toute action de masses en g&#233;n&#233;ral, de revendications audacieuses, de r&#233;sistance &#224; l'exploitation, de mouvement en avant ; en un mot c'est l'autre nom de la r&#233;volution. Ainsi, c'est donc &#231;a, le bolchevisme ? se disent les gr&#233;vistes, les matelots protestataires, les femmes de soldats m&#233;contentes, les moujiks r&#233;volt&#233;s. Les masses &#233;taient comme contraintes d'en haut &#224; identifier leurs pens&#233;es intimes et leurs revendications avec les mots d'ordre du bolchevisme. C'est 'ainsi que la r&#233;volution prenait &#224; son service l'arme dirig&#233;e contre elle. Dans l'histoire, non seulement le rationnel devient absurde mais, quand cela est n&#233;cessaire pour la marche de l'&#233;volution, l'absurde devient aussi rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La modification de l'atmosph&#232;re politique se manifesta tr&#232;s clairement &#224; la s&#233;ance unifi&#233;e des Comit&#233;s ex&#233;cutifs, le 30 ao&#251;t, lorsque les d&#233;l&#233;gu&#233;s de Cronstadt exig&#232;rent qu'on leur fit place dans cette haute institution. Est-ce concevable ? Ici, o&#249; les hommes forcen&#233;s de Cronstadt n'avaient connu que des bl&#226;mes et des excommunications, si&#233;geront d&#233;sormais leurs repr&#233;sentants ? Mais, comment refuser ? Hier encore &#233;taient venus &#224; la d&#233;fense de P&#233;trograd les matelots et les soldats de Cronstadt. Les matelots de l'Aurore montent la garde au palais d'Hiver. Apr&#232;s s'&#234;tre concert&#233;s entre eux, les leaders propos&#232;rent aux hommes de Cronstadt quatre si&#232;ges avec voix consultative. La concession fut adopt&#233;e s&#232;chement, sans effusions de gratitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Apr&#232;s le soul&#232;vement de Kornilov &#8212; raconte Tchin&#233;nov, soldat de la garnison de Moscou &#8212; tous les effectifs avaient d&#233;j&#224; pris la couleur du bolchevisme&#8230; Tous &#233;taient frapp&#233;s de voir comment s'&#233;taient r&#233;alis&#233;es les pr&#233;visions (des bolcheviks)&#8230; annon&#231;ant que le g&#233;n&#233;ral Kornilov serait bient&#244;t sous les murs de P&#233;trograd. &#034; Mitr&#233;vitch, soldat de la division des autos blind&#233;es, rem&#233;more les h&#233;ro&#239;ques l&#233;gendes qui passaient de bouche en bouche apr&#232;s la victoire remport&#233;e sur les g&#233;n&#233;raux rebelles : &#034; Il n'&#233;tait mot que de bravoure et de prouesses et l'on disait que, si telle &#233;tait la vaillance, l'on pourrait se battre avec le monde entier. L&#224;, les bolcheviks reprirent vie. &#034; Relax&#233; de prison pendant les journ&#233;es de la campagne de Kornilov, Antonov-Ovs&#233;enko partit imm&#233;diatement pour Helsingfors. &#034; Un formidable revirement s'est accompli dans les masses. &#034; Au Congr&#232;s r&#233;gional des soviets en Finlande, les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite se trouv&#232;rent en quantit&#233; insignifiante, la direction venait des bolcheviks coalis&#233;s avec les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Comme pr&#233;sident du Comit&#233; r&#233;gional des soviets, l'on &#233;lut Smilga qui, malgr&#233; son extr&#234;me jeunesse, &#233;tait membre du Comit&#233; central des bolcheviks, tirait fortement vers la gauche et avait manifest&#233;, d&#232;s les Journ&#233;es d'Avril, son inclination &#224; secouer le gouvernement provisoire. Comme pr&#233;sident du Soviet de Helsingfors, s'appuyant Sur la garnison et les ouvriers russes, fut &#233;lu le bolchevik Scheinmann, futur directeur de la Banque d'&#201;tat des soviets, homme circonspect et de nature bureaucratique, mais qui marchait, en ce temps-l&#224;, sur le m&#234;me pied que les autres dirigeants. Le gouvernement provisoire interdit aux Finlandais de convoquer le S&#233;im (la Di&#232;te) dissous par lui. Le Comit&#233; r&#233;gional invita le S&#233;im &#224; se r&#233;unir, se chargeant d'assurer sa protection. Quant aux ordres du gouvernement provisoire rappelant de Finlande divers contingents militaires, le Comit&#233; refusa de les ex&#233;cuter. En r&#233;alit&#233;, les bolcheviks avaient &#233;tabli la dictature des soviets en Finlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de septembre, un journal bolchevik &#233;crit : &#034; D'un grand nombre de villes russes, nous apprenons que les organisations de notre parti, dans cette derni&#232;re p&#233;riode, se sont fortement accrues. Mais, ce qui est encore plus important, c'est la mont&#233;e de notre influence dans les plus larges masses d&#233;mocratiques d'ouvriers et de soldats. &#034; &#034; M&#234;me dans les entreprises o&#249; l'on ne voulait pas, au d&#233;but, nous &#233;couter - &#233;crit Av&#233;rine, bolch&#233;vik d'&#201;kat&#233;rinoslav &#8212; pendant les journ&#233;es komiloviennes, les ouvriers &#233;taient de notre c&#244;t&#233;. &#034; &#034; Lorsque se r&#233;pandit le bruit que Kal&#233;dine mobilisait les Cosaques contre Tsaritsyne et Saratov &#8212; &#233;crit Antonov, un des dirigeants bolcheviks de Saratov &#8212; lorsque ces bruits furent confirm&#233;s et renforc&#233;s par le soul&#232;vement du g&#233;n&#233;ral Kornilov, la masse, en quelques jours, &#233;limina ses anciens pr&#233;jug&#233;s. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal bolchevik de Kiev communique, le 19 septembre : &#034; Aux nouvelles &#233;lections des repr&#233;sentants de l'arsenal au Soviet, douze camarades ont &#233;t&#233; &#233;lus, tous bolcheviks. Tous les candidats mencheviks ont &#233;t&#233; rejet&#233;s ; la m&#234;me chose se passe dans un grand nombre d'autres usines. Des informations du m&#234;me genre se rencontrent d&#232;s lors quotidiennement dans les pages de la presse ouvri&#232;re ; les journaux hostiles s'efforcent vainement de passer sous silence ou de d&#233;pr&#233;cier la croissance du bolchevisme. Les masses r&#233;veill&#233;es semblent s'efforcer de regagner le temps perdu par suite d'h&#233;sitations, d'achoppements et de reculs temporaires. Un flux g&#233;n&#233;ral monte, obstin&#233;, irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre du Comit&#233; central des bolcheviks, Varvara Isakovl&#233;va, qui nous a dit, en juillet-ao&#251;t, l'extr&#234;me affaiblissement des bolcheviks dans toute la r&#233;gion de Moscou, t&#233;moigne maintenant d'un brusque revirement. &#034; Dans la seconde quinzaine de septembre &#8212; rapporte-t-elle devant la Conf&#233;rence &#8212; des militants du bureau r&#233;gional ont parcouru la r&#233;gion&#8230; Leurs impressions ont &#233;t&#233; absolument identiques : partout, dans tous les d&#233;partements, avait lieu le processus d'une bolchevisation int&#233;grale des masses. Et tous notaient &#233;galement que le village r&#233;clamait le bolchevisme&#8230; &#034; Dans les endroits o&#249;, apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet les organisations du parti se sont effondr&#233;es, elles sont revenues &#224; la vie et s'accroissent rapidement. Dans les rayons o&#249; l'on n'admettait pas les bolcheviks, surgissent spontan&#233;ment des cellules bolchevistes. M&#234;me dans les provinces arri&#233;r&#233;es de Tambov et de Riazan, dans ces citadelles des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks, o&#249; les bolcheviks, au cours de leurs pr&#233;c&#233;dentes tourn&#233;es, se montraient rarement, n'esp&#233;rant rien, s'accomplit maintenant un v&#233;ritable revirement : l'influence des bolcheviks s'affermit de jour en jour, les organisations des conciliateurs s'&#233;croulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la conf&#233;rence bolcheviste de la r&#233;gion moscovite, un mois apr&#232;s le soul&#232;vement de Kornilov, un mois avant l'insurrection des bolcheviks, respirent l'assurance et l'&#233;lan. A Nijni-Novgorod, apr&#232;s deux mois de d&#233;faillance, le Parti se remit &#224; vivre de sa pleine vie. Les ouvriers socialistes-r&#233;volutionnaires passent par centaines dans les rangs des bolcheviks. A Tver, une large agitation du parti ne se d&#233;clencha qu'apr&#232;s les journ&#233;es korniloviennes. Les conciliateurs sont blackboul&#233;s, on ne les &#233;coute plus, on les chasse. Dans le gouvernement de Vladimir, les bolcheviks se sont tellement fortifi&#233;s qu'au congr&#232;s r&#233;gional des soviets l'on n'a trouv&#233; au total que cinq mencheviks et trois socialistes-r&#233;volutionnaires. A Ivanovo-Voznessensk, le Manchester russe, les bolcheviks, en tant que ma&#238;tres pourvus de pleins pouvoirs, ont assum&#233; tous le travail dans les soviets, la douma, et le zemstvo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations du parti s'accroissent, mais la mont&#233;e de sa force d'attraction est infiniment plus rapide. Le manque de corr&#233;lation entre les ressources techniques des bolcheviks et leur coefficient de densit&#233; politique trouve son expression dans le nombre relativement faible des membres du parti devant la mont&#233;e grandiose de son influence. Les &#233;v&#233;nements entra&#238;nent si rapidement et imp&#233;rieusement les masses dans leur tourbillon que les ouvriers et les soldats n'ont pas le temps de s'organiser en parti. Ils n'ont m&#234;me pas le temps de comprendre la n&#233;cessit&#233; d'une organisation sp&#233;ciale de parti. Ils s'impr&#232;gnent des mots d'ordre du bolchevisme aussi naturellement qu'ils respirent. Que le parti soit un laboratoire compliqu&#233; o&#249; ces mots d'ordre sont &#233;labor&#233;s par une exp&#233;rience collective, cela ne leur est pas clair. Derri&#232;re les soviets tiennent plus de vingt millions d'&#226;mes. Le parti qui, m&#234;me &#224; la veille de l'insurrection d'Octobre, ne comptait dans ses rangs, au plus, que deux cent quarante mille membres, entra&#238;ne, par l'interm&#233;diaire des syndicats, des comit&#233;s d'usines, des soviets, avec toujours plus d'assurance, des millions d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'incommensurable pays boulevers&#233; jusqu'au fond, avec son in&#233;puisable diversit&#233; de conditions locales et de niveaux politiques, ont lieu, quotidiennement, des &#233;lections : aux doumas, aux zemstvos, aux soviets, aux comit&#233;s d'usines, aux syndicats, aux comit&#233;s militaires ou agraires. Et, par toutes ces &#233;lections, s'affirme constamment un m&#234;me fait invariable : la mont&#233;e des bolcheviks. Les &#233;lections aux doumas de quartier de Moscou frapp&#232;rent particuli&#232;rement le pays par le brusque revirement de l'&#233;tat d'esprit des masses. Le &#034; grand &#034; parti des socialistes-r&#233;volutionnaires, sur 375 000 suffrages qu'il avait recueillis en juin, n'en gardait &#224; la fin de septembre que 54 000. Les mencheviks, qui avaient eu 76 000 voix, &#233;taient tomb&#233;s jusqu'&#224; 16 000, Les cadets avaient conserv&#233; 101 000 voix, n'en ayant perdu qu'environ 8 000. En revanche, les bolcheviks, partant de 75 000 suffrages s'&#233;taient relev&#233;s jusqu'&#224; 198 000. Si, en juin, les socialistes-r&#233;volutionnaires avaient rassembl&#233; environ 58 &#176;% des voix, en septembre les bolcheviks en group&#232;rent environ 52 %. La garnison vota, &#224; 90 %, pour les bolcheviks, dans certains effectifs &#224; plus de 95 % ; dans les ateliers de l'artillerie lourde, sur 2 347 voix, les bolcheviks en obtinrent 2 286.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le remarquable chiffre d'abstentions des &#233;lecteurs portait principalement sur les petites gens des villes qui, dans l'ivresse des premi&#232;res illusions, avaient adh&#233;r&#233; aux conciliateurs pour rentrer bient&#244;t dans leur n&#233;ant. Les mencheviks avaient absolument fondu. Les socialistes-r&#233;volutionnaires avaient r&#233;uni deux fois moins de suffrages que les cadets. Les cadets, deux fois moins que les bolcheviks. Les suffrages obtenus en septembre par les bolcheviks, avaient &#233;t&#233; conquis de haute lutte avec tous les autres partis. C'&#233;taient de solides voix. On pouvait compter sur elles. L'&#233;rosion des groupes interm&#233;diaires, la stabilit&#233; consid&#233;rable du camp bourgeois et la croissance gigantesque du parti prol&#233;tarien le plus d&#233;test&#233; et pers&#233;cut&#233;, tout cela pr&#233;sentait les sympt&#244;mes infaillibles de la crise r&#233;volutionnaire, &#034; Oui, les bolcheviks travaillaient avec z&#232;le et infatigablement &#8212; &#233;crit Soukhanov, qui appartint lui-m&#234;me au parti battu des mencheviks &#8212; ils &#233;taient dans les masses, devant les m&#233;tiers, quotidiennement, constamment&#8230; Ils &#233;taient devenus leurs, parce qu'ils &#233;taient toujours l&#224;, dirigeant dans les petits d&#233;tails, comme dans les choses importantes, toute la vie de l'usine et de la caserne&#8230; La masse vivait et respirait avec les bolcheviks. Elle &#233;tait entre les mains du parti de L&#233;nine et de Trotsky. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La carte politique du front se distinguait par d'extr&#234;mes bigarrures, Il y avait des r&#233;giments et des divisions qui n'avaient encore jamais entendu ni vu un bolchevik ; nombre de ceux-ci &#233;taient sinc&#232;rement &#233;tonn&#233;s quand on les accusait de bolchevisme. D'autre part, il se trouvait des contingents qui prenaient leurs propres dispositions anarchiques, avec une vague nuance d'esprit Cent-Noir, pour le plus pur bolchevisme. L'&#233;tat d'opinion du front se r&#233;glait dans une m&#234;me direction. Mais, dans le grandiose torrent politique qui avait pour lit des tranch&#233;es, intervenaient fr&#233;quemment des courants contraires, des remous et pas mal de troubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre, les bolcheviks bris&#232;rent le cordon et obtinrent acc&#232;s au front d'o&#249; ils avaient &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;s, et sans plaisanterie, pendant deux mois. Officiellement, l'interdiction n'&#233;tait pas encore lev&#233;e. Les comit&#233;s conciliateurs faisaient tout leur possible pour emp&#234;cher les bolcheviks de p&#233;n&#233;trer dans leurs d&#233;tachements ; mais tous leurs efforts restaient inutiles. Les soldats avaient tellement entendu parler de leur propre bolchevisme que tous, sans exception, &#233;taient avides de voir et d'&#233;couter un bolchevik en chair et en os. Les obstacles de pure forme, retardements et anicroches, suscit&#233;s par les membres des comit&#233;s &#233;taient balay&#233;s par la pression des soldats d&#232;s qu'ils avaient vent de l'arriv&#233;e d'un bolchevik. Une vieille r&#233;volutionnaire, Evgu&#233;nia Boch, qui avait fait un gros travail en Ukraine, a laiss&#233; de vifs souvenirs sur ses audacieuses excursions dans le bled primitif des soldats. Les avertissements alarmants des amis, faux ou sinc&#232;res, &#233;taient chaque fois rejet&#233;s. Dans une division que l'on caract&#233;risait comme furieusement hostile aux bolcheviks, l'oratrice, abordant avec beaucoup de prudence son sujet, constatait bient&#244;t que les auditeurs &#233;taient avec elle. &#034; Pas un graillonnement, pas un toussotement, personne ne se mouchait &#8212; en quoi sont les premiers signes de fatigue d'un auditoire de soldats &#8212; silence complet et de l'ordre. &#034; L'assembl&#233;e se termina par une bruyante ovation en l'honneur de l'audacieuse agitatrice. En g&#233;n&#233;ral, toute la tourn&#233;e d'Evgu&#233;nia Boch &#224; l'arri&#232;re du front fut en son genre une marche triomphale. Moins h&#233;ro&#239;quement, avec moins d'effet, mais pour le fond identiquement, l'affaire fut men&#233;e par les agitateurs d'un moindre calibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Id&#233;es, mots d'ordre, g&#233;n&#233;ralisations, nouveaux ou bien convaincants d'une fa&#231;on nouvelle, faisaient irruption dans la vie stagnante des tranch&#233;es. Des millions de t&#234;tes de soldats ressassaient les &#233;v&#233;nements, &#233;tablissant le bilan de leur exp&#233;rience politique. &#034; &#8230; Chers camarades, ouvriers et soldats &#8212; &#233;crit un homme du front &#224; la r&#233;daction du journal &#8212; ne laissez pas faire cette m&#233;chante lettre K, qui a livr&#233; le monde entier &#224; un carnage sanglant. Il y a le premier massacreur, Kolka (Nicolas II), K&#233;rensky, Komilov, Kal&#233;dine, les kadets, et ils ont tous la lettre K, Les Kosaques aussi, c'est des gens dangereux pour nous&#8230; (sign&#233;) : Sidor Nikola&#239;ev. &#034; Il ne faut point chercher ici de superstition : il n'y a seulement qu'un proc&#233;d&#233; de mn&#233;monique politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement parti du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ne pouvait pas ne pas faire vibrer chaque fibre chez les soldats. La discipline ext&#233;rieure, pour le r&#233;tablissement de laquelle l'on avait d&#233;pens&#233; tant d'efforts et tant fait de victimes, se rel&#226;chait de nouveau sur toutes les coutures. Le commissaire militaire du front Ouest, Jdanov, communique : &#034; L'&#233;tat d'esprit est en g&#233;n&#233;ral celui de la nervosit&#233;&#8230; de la suspicion &#224; l'&#233;gard des officiers, de l'expectative ; le refus d'ob&#233;ir aux ordres est expliqu&#233; par ce fait qu'on transmet aux soldats les ordres de Kornilov qui ne doivent pas &#234;tre ex&#233;cut&#233;s, &#034; Dans le m&#234;me esprit, Stank&#233;vitch, qui rempla&#231;a Filonenko au poste de haut-commissaire, &#233;crit : &#034; La masse des soldats&#8230; se sentit entour&#233;e de tous c&#244;t&#233;s par la trahison&#8230; Celui qui cherchait &#224; l'en dissuader lui paraissait &#233;galement tra&#238;tre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les officiers de cadre, l'effondrement de l'aventure kornilovienne signifiait l'&#233;croulement des derniers espoirs. En son for int&#233;rieur, le commandement, m&#234;me avant cela, ne se sentait gu&#232;re brillant. Nous observ&#226;mes, fin du mois d'ao&#251;t, les militaires conspirateurs &#224; P&#233;trograd, ivres, fanfarons, veules. Maintenant, le corps des officiers se sentait d&#233;finitivement honni et condamn&#233;. &#034; Cette haine, cette pers&#233;cution &#8212; &#233;crit l'un d'eux &#8212; l'absolu d&#233;s&#339;uvrement et la perp&#233;tuelle attente d'une arrestation ou d'une mort ignominieuse chassaient les officiers vers les restaurants, les cabinets particuliers, les h&#244;tels de passage&#8230; C'est dans cette ambiance d'ivresse asphyxiante que sombr&#232;rent les officiers. &#034; Par contre, les soldats et les matelots vivaient dans une sobri&#233;t&#233; plus grande qu'elle n'avait jamais &#233;t&#233; : ils avaient &#233;t&#233; pris d'un nouvel espoir. Les bolcheviks, d'apr&#232;s Stank&#233;vitch, &#034; relev&#232;rent la t&#234;te et se sentirent absolument ma&#238;tres dans l'arm&#233;e&#8230; Les comit&#233;s de la base commenc&#232;rent &#224; se transformer en cellules bolchevistes. Toutes les &#233;lections dans l'arm&#233;e donnaient un stup&#233;fiant accroissement de suffrages bolcheviks. En outre, l'on ne peut se dispenser de noter que la meilleure arm&#233;e, la plus disciplin&#233;e, non seulement sur le front Nord, mais, peut-&#234;tre, sur tout le front russe, la 5&#232;me, donna la premi&#232;re un comit&#233; bolchevik d'arm&#233;e &#034;. D'une fa&#231;on encore plus &#233;clatante, plus nette, plus color&#233;e, la flotte se bolchevisait. Les marins de la Baltique hiss&#232;rent, le 8 septembre, sur tous les vaisseaux, les pavillons de combat, pour montrer qu'ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; lutter pour la transmission du pouvoir aux mais du prol&#233;tariat et de la paysannerie. La flotte r&#233;clamait une tr&#234;ve imm&#233;diate sur tous les fronts, la remise des terres &#224; la discr&#233;tion des comit&#233;s paysans et l'&#233;tablissement d'un contr&#244;le ouvrier sur la production. Trois jours apr&#232;s, le Comit&#233; central de la flotte de la mer Noire, plus arri&#233;r&#233; et mod&#233;r&#233;, soutint les hommes de la Baltique, en formulant le mot d'ordre de la remise du pouvoir aux soviets. Pour le m&#234;me mot d'ordre, au milieu de septembre, &#233;l&#232;vent la voix vingt-trois r&#233;giments d'infanterie sib&#233;riens et lettons de la 12e arm&#233;e. Derri&#232;re eux se rangent constamment de nouveaux effectifs. La revendication du pouvoir pour les soviets ne dispara&#238;t plus des ordres du jour de l'arm&#233;e et de la flotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Les assembl&#233;es de matelots &#8212; raconte Stank&#233;vitch &#8212; se composaient pour les neuf dixi&#232;mes uniquement de bolcheviks. &#034; Le nouveau commissaire aupr&#232;s du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral eut &#224; d&#233;fendre, &#224; Reval, devant les matelots, le gouvernement provisoire. D&#232;s les premiers mots, il sentit toute la vanit&#233; de ses tentatives. Au seul mot de &#034; gouvernement &#034;, l'auditoire se renfermait col&#233;reusement en lui-m&#234;me : &#034; Des vagues d'indignation, de haine et de d&#233;fiance d&#233;ferlaient aussit&#244;t sur toute la foule. C'&#233;tait &#233;clatant, c'&#233;tait fort, passionn&#233;, irr&#233;sistible, et cela se fondait dans un hurlement unanime : &#034; A bas ! &#034; On ne peut que rendre justice au conteur qui n'oublie pas de noter la beaut&#233; de la pression de masses qui lui &#233;taient mortellement hostiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la paix, enterr&#233;e pour deux mois, revient maintenant &#224; la surface avec une force d&#233;cupl&#233;e. Dans une s&#233;ance du Soviet de P&#233;trograd, un officier arriv&#233; du front, Doubassov, d&#233;clara : &#034; Quoi que vous disiez ici, les soldats ne combattront plus. &#034; Il y eut des exclamations : &#034; Les bolcheviks eux-m&#234;mes ne disent pas cela !&#8230; &#034; Mais l'officier, qui n'&#233;tait pas bolchevik, para le coup : &#034; Je vous transmets ce que je sais et ce que les soldats m'ont charg&#233; de vous transmettre. &#034; Un autre homme du front, un soldat morose, portant une capote grise impr&#233;gn&#233;e de la salet&#233; et de la puanteur des tranch&#233;es, d&#233;clara, en ces m&#234;mes journ&#233;es de septembre, au Soviet de P&#233;trograd, que les soldats avaient besoin de la paix, de n'importe laquelle, &#034; m&#234;me si que ce serait une paix d&#233;gueulasse &#034;. Ces &#226;pres mots d'un soldat jet&#232;rent le trouble dans le Soviet. On en &#233;tait donc arriv&#233; si loin ! Les soldats, sur le front, n'&#233;taient pas des gamins, Ils comprenaient parfaitement que, avec &#034; la carte de guerre &#034; que l'on avait devant soi, la paix ne pouvait &#234;tre qu'un acte de violence. Et, pour traduire cette opinion-l&#224;, le d&#233;l&#233;gu&#233; des tranch&#233;es avait express&#233;ment choisi le mot le plus grossier, qui exprimait toute la violence de son aversion &#224; l'&#233;gard de la paix du Hohenzollern. Mais c'est Pr&#233;cis&#233;ment en d&#233;pouillant ainsi son jugement que le soldat contraignit ses auditeurs &#224; comprendre qu'il n'y avait point d'autre voie, que la guerre avait &#233;tiol&#233; l'arm&#233;e, que la paix &#233;tait imm&#233;diatement indispensable et &#224; quelque prix que ce f&#251;t. Les paroles de l'orateur venu des tranch&#233;es furent reproduites avec des sarcasmes par la presse bourgeoise qui les attribua aux bolcheviks. La phrase sur la paix &#034; d&#233;gueulasse &#034; ne sortait plus d&#233;sormais de l'ordre du jour, comme &#233;tant l'expression la plus extr&#234;me de la barbarie et de la dissolution du peuple !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les conciliateurs n'&#233;taient nullement dispos&#233;s, de m&#234;me que le dilettante politique Stank&#233;vitch, &#224; admirer la magnificence du flot montant, qui mena&#231;ait de les balayer de l'ar&#232;ne r&#233;volutionnaire. Avec stup&#233;faction et &#233;pouvante, ils constataient, chaque jour, qu'ils ne disposaient d'aucune force de r&#233;sistance. En somme, sous la confiance des masses &#224; l'&#233;gard des conciliateurs, depuis les premi&#232;res heures de la r&#233;volution, se cachait un malentendu, historiquement in&#233;vitable, mais non durable : pour le d&#233;celer, il ne fallut tout au plus que quelques mois. Les conciliateurs furent forc&#233;s de causer avec les ouvriers et les soldats sur un tout autre ton que celui qu'ils avaient tenu au Comit&#233; ex&#233;cutif et particuli&#232;rement au palais d'Hiver. Les leaders responsables des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks, de semaine en semaine, osaient moins se montrer en place publique. Les agitateurs de deuxi&#232;me et de troisi&#232;me ligne s'adaptaient au radicalisme social du peuple &#224; l'aide de formules &#233;quivoques, ou bien, sinc&#232;rement, se laissaient gagner par les &#233;tats d'esprit des usines, des puits de mines et des casernes, parlaient leur langage et se d&#233;tachaient de leurs propres partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matelot Khovrine montre, dans ses M&#233;moires, comment les marins qui d&#233;claraient se rattacher aux socialistes-r&#233;volutionnaires luttaient en r&#233;alit&#233; pour la plate-forme bolcheviste. M&#234;me chose &#233;tait observ&#233;e partout et en tous lieux. Le peuple savait ce qu'il voulait, mais ne savait pas quel nom donner &#224; cela, Le &#034; malentendu &#034; inh&#233;rent &#224; la R&#233;volution de F&#233;vrier affectait la masse, tout le peuple, surtout &#224; la campagne, o&#249; il persistera plus longtemps qu'&#224; la ville. On ne pouvait introduire de l'ordre dans le chaos que par l'exp&#233;rience. Les &#233;v&#233;nements, grands et petits, secouaient inlassablement les partis de masses, les amenant &#224; se mettre en accord avec leur politique, non avec leur enseigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a un remarquable exemple du quiproquo entre les conciliateurs et les masses dans le serment qui fut pr&#234;t&#233;, au d&#233;but de juillet, par deux mille mineurs du Donetz, agenouill&#233;s, t&#232;te d&#233;couverte, en pr&#233;sence d'une foule d'environ cinq mille personnes qui participaient. &#034; Nous jurons sur les t&#234;tes de nos enfants, devant Dieu, le ciel et la terre, avec tout ce qu'il y a de sacr&#233; pour nous sur la terre, que jamais nous ne l&#226;cherons la libert&#233; obtenue par nous le 28 f&#233;vrier 1917 ; croyant aux socialistes-r&#233;volutionnaires, aux mencheviks, nous jurons de ne jamais &#233;couter les l&#233;ninistes, parce que ceux-ci, bolcheviks-l&#233;ninistes, conduisent par leur agitation la Russie &#224; sa perte, alors que les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, ensemble comme un seul, disent : la terre au peuple, la terre sans rachat, le r&#233;gime capitaliste doit s'&#233;crouler apr&#232;s la guerre et, au lieu du capitalisme, il doit y avoir un r&#233;gime socialiste&#8230; Nous jurons de suivre ces partis, en marchant de l'avant, sans reculer devant la mort. &#034; Le serment des mineurs, dirig&#233; contre les bolcheviks, menait en r&#233;alit&#233; directement vers l'insurrection bolcheviste. L'&#233;cale de F&#233;vrier et le noyau d'octobre apparaissent dans cette charte na&#239;ve et enflamm&#233;e avec une telle &#233;vidence qu'ils &#233;puisent &#224; leur mani&#232;re le probl&#232;me de la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre, les mineurs du Donetz, sans manquer ni &#224; eux-m&#234;mes, ni &#224; leur serment, avaient d&#233;j&#224; tourn&#233; le dos aux conciliateurs, Il en advint de m&#234;me dans les contingents les plus arri&#233;r&#233;s des mineurs de l'Oural. Un membre du Comit&#233; ex&#233;cutif, le socialiste-r&#233;volutionnaire Oj&#233;gov, repr&#233;sentant de l'Oural, visita au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, son usine d'Ijevsky. &#034; Je fus stup&#233;fait &#8212; &#233;crit-il dans son rapport empreint d'affliction &#8212; des brusques modifications qui s'&#233;taient produites en mon absence : l'organisation du parti des socialistes-r&#233;volutionnaires qui, par le nombre (huit mille personnes) et par son activit&#233;, &#233;tait connue dans toute la r&#233;gion de l'Oural&#8230; &#233;tait d&#233;compos&#233;e, affaiblie et r&#233;duite &#224; cinq cents personnes, par suite de l'intervention d'agitateurs irresponsables. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport d'Oj&#233;gov ne pr&#233;senta rien d'impr&#233;vu pour le Comit&#233; ex&#233;cutif : le m&#234;me tableau s'observait &#224; P&#233;trograd. Si, apr&#232;s l'&#233;crasement de juillet, les socialistes-r&#233;volutionnaires dans les usines, pour un temps remont&#232;rent et m&#234;me, par-ci par-l&#224;, &#233;largirent leur influence, leur d&#233;clin n'en fut que plus irr&#233;sistible ensuite. &#034; Il est vrai, le gouvernement de K&#233;rensky fut alors vainqueur &#8212; &#233;crivait plus tard le socialiste-r&#233;volutionnaire V. Zenzinov &#8212; les manifestants bolcheviks avaient &#233;t&#233; dispers&#233;s et leurs leaders arr&#234;t&#233;s, mais c'&#233;tait une victoire &#224; la Pyrrhus. &#034; C'est absolument juste : de m&#234;me que le roi d'&#201;pire, les conciliateurs avaient remport&#233; la victoire en la payant de leur arm&#233;e. &#034; Si, auparavant, jusqu'aux 3-5 juillet &#8212; &#233;crit un ouvrier de P&#233;trograd nomm&#233; Skorinko &#8212; les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires pouvaient se montrer en certains endroits chez les ouvriers sans risquer d'&#234;tre siffl&#233;s, ils n'avaient plus maintenant cette garantie&#8230; &#034; Des garanties, en g&#233;n&#233;ral, il ne leur en restait d&#233;j&#224; plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti des socialistes-r&#233;volutionnaires non seulement perdait son influence, mais changeait aussi de composition sociale. Les ouvriers r&#233;volutionnaires ou bien avaient d&#233;j&#224; trouv&#233; le temps de passer aux bolcheviks, ou bien, s'&#233;cartant, passaient par une crise intime. Par contre, embusqu&#233;s dans les usines pendant la guerre, les fils des boutiquiers, les koulaks et de petits fonctionnaires en &#233;taient venus &#224; se persuader que leur place &#233;tait exactement dans le parti socialiste-r&#233;volutionnaire. Mais, en septembre, eux aussi n'osaient plus se d&#233;nommer &#034; socialistes-r&#233;volutionnaires &#034;, du moins &#224; P&#233;trograd. Le parti &#233;tant abandonn&#233; par les ouvriers, les soldats, dans certaines provinces d&#233;j&#224; m&#234;me par les paysans ; il lui restait les fonctionnaires conservateurs et les couches de la petite bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que les masses &#233;veill&#233;es par l'insurrection donn&#232;rent leur confiance aux socialistes-r&#233;volutionnaires et aux mencheviks, les deux partis ne se lass&#232;rent pas de c&#233;l&#233;brer la haute conscience du peuple. Mais lorsque les masses, passant par l'&#233;cole de &#233;v&#233;nements, commenc&#232;rent &#224; se tourner brusquement vers les bolcheviks, les conciliateurs attribu&#232;rent la responsabilit&#233; de leur propre effondrement &#224; l'ignorance du peuple. Cependant, les masses ne consentaient point &#224; croire qu'elles &#233;taient devenues plus ignorantes ; au contraire, il leur semblait qu'elles comprenaient main tenant ce qu'elles n'avaient pas compris auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant sa mue et s'affaiblissant, le parti socialiste-r&#233;volutionnaire se d&#233;chirait d'ailleurs sur ses coutures sociales, et ses membres &#233;taient rejet&#233;s dans des camps hostiles entre eux. Dans les r&#233;giments, dans les campagnes, subsistaient les socialistes-r&#233;volutionnaires qui, d'accord avec les bolcheviks et, ordinairement, sous leur direction, se d&#233;fendaient des coups port&#233;s par les socialistes-r&#233;volutionnaires gouvemementaux. L'aggravation de la lutte des flancs oppos&#233;s appela &#224; l'existence un petit groupe interm&#233;diaire. Sous la direction de Tchernov, ce groupe essayait de sauver l'unit&#233; entre les pers&#233;cuteurs et les pers&#233;cut&#233;s, s'embrouillait, tombait dans des contradictions inextricables, fr&#233;quemment ridicules et compromettait encore plus le parti. Pour s'ouvrir la possibilit&#233; de parler devant un auditoire de masses, les orateurs socialistes-r&#233;volutionnaires devaient, avec insistance, se pr&#233;senter comme des &#034; gauches &#034;, comme des internationalistes, n'ayant rien de commun avec la clique des &#034; socialistes-r&#233;volutionnaires de mars &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet, les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche pass&#232;rent &#224; une opposition d&#233;clar&#233;e, sans rompre encore formellement avec le parti, mais en empruntant tardivement les arguments et les mots d'ordre des bolcheviks. Le 21 septembre, Trotsky, non sans une id&#233;e p&#233;dagogique de derri&#232;re la t&#232;te, d&#233;clara &#224; la s&#233;ance du Soviet de P&#233;trograd que, pour les bolcheviks, il devenait &#034; de plus en plus facile de s'entendre avec les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche &#034;. A la fin des fins, ces derniers se d&#233;tach&#232;rent en un parti ind&#233;pendant pour inscrire dans le livre de la r&#233;volution une de ses pages les plus extravagantes. Ce fut la derni&#232;re d&#233;flagration du radicalisme intellectuel ind&#233;pendant, et il n'en resta, quelques mois apr&#232;s Octobre, qu'un petit tas de cendres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;renciation atteignit tout aussi profond&#233;ment les mencheviks. Leur organisation de P&#233;trograd se trouvait en vive opposition vis-&#224;-vis du Comit&#233; central. Le noyau principal, dirig&#233; par Ts&#233;r&#233;telli, n'ayant pas comme les socialistes-r&#233;volutionnaires des r&#233;serves paysannes, se d&#233;sagr&#233;geait encore plus rapidement que ces derniers. Les groupes social-d&#233;mocrates interm&#233;diaires qui n'avaient pas adh&#233;r&#233; aux deux camps principaux tentaient encore d'obtenir l'unification des bolcheviks avec les mencheviks : ils gardaient encore quelque chose des illusions de mars, quand Staline lui-m&#234;me estimait souhaitable l'union avec Ts&#233;r&#233;telli et esp&#233;rait qu' &#034; &#224; l'int&#233;rieur du parti, nous nous d&#233;barrasserions des petits dissentiments &#034;. Vers le 20 ao&#251;t eut lieu la fusion des mencheviks avec les unificateurs eux-m&#233;mes. La pr&#233;pond&#233;rance notable, au Congr&#233;s d'unification, fut le lot de l'aile droite, et la r&#233;solution de Ts&#233;r&#233;telli pour la guerre et pour la coalition avec la bourgeoisie fut vot&#233;e par cent dix-sept voix contre soixante-dix-neuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de Ts&#233;r&#233;telli dans le parti h&#226;tait la d&#233;faite de ce m&#234;me parti dans la classe ouvri&#232;re. L'organisation des ouvriers mencheviks de P&#233;trograd, extr&#234;mement peu nombreuse, suivait Martov, le poussant en avant, s'irritant de son ind&#233;cision et se pr&#233;parant &#224; passer aux bolcheviks. Vers le milieu de septembre, l'organisation de Vassili-Ostrov passa presque tout enti&#232;re au parti bolchevik, Cela acc&#233;l&#233;ra la fermentation dans les autres quartiers et en province. Les leaders de diff&#233;rents courants du menchevisme, en des s&#233;ances communes, s'accusaient rageusement l'un l'autre de l'effondrement du parti. Le journal de Gorki, rattach&#233; au flanc gauche des mencheviks, communiquait &#224; la lin de septembre que l'organisation du parti &#224; P&#233;trograd, qui comptait r&#233;cemment encore environ dix mille membres, &#034; avait cess&#233; d'exister en fait&#8230; La derni&#232;re conf&#233;rence de la capitale n'avait pu se r&#233;unir faute du quorum. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pl&#233;khanov attaquait de droite les mencheviks ; &#034; Ts&#233;r&#233;telli, et ses amis, sans le d&#233;sirer et le concevoir eux-m&#234;mes, fraient la route &#224; L&#233;nine. &#034; Les dispositions politiques de Ts&#233;r&#233;telli lui-m&#234;me pendant les journ&#233;es de la mar&#233;e montante de septembre sont vivement marqu&#233;es dans les Souvenirs du cadet Nabokov : &#034; Le trait le plus caract&#233;ristique de son &#233;tat d'esprit d'alors, c'&#233;tait la peur devant la puissance grandissante du bolchevisme. Je me rappelle comment, dans un entretien avec moi en t&#234;te &#224; t&#234;te, il me disait que les bolcheviks pourraient bien s'emparer du pouvoir. &#034; Bien s&#251;r &#8212; disait-il &#8212; ils ne tiendront pas plus de deux ou trois semaines, mais imaginez seulement quels seront les d&#233;g&#226;ts. C'est ce qu'il faut &#233;viter &#224; tout prix. &#034; Sa voix avait un ton d'anxi&#233;t&#233; panique indubitable&#8230; &#034; Devant Octobre, Ts&#233;r&#233;telli passait par les m&#234;mes &#233;tats d'&#226;me que Nabokov connaissait bien depuis les Journ&#233;es de F&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrain o&#249; les bolcheviks agissaient coude &#224; coude avec les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, bien que constamment en lutte avec eux, c'&#233;taient les soviets. Les modifications dans les forces relatives des partis sovi&#233;tiques, &#224; vrai dire non du premier coup, avec des retards in&#233;vitables et des atermoiements artificiels, trouvaient leur expression dans la composition des soviets et dans leur fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des soviets de province &#233;taient d&#233;j&#224; avant les Journ&#233;es de Juillet des organes du pouvoir &#8212; &#224; Ivanovo-Voznessensk, &#224; Lougansk, &#224; Tsaritsyne, &#224; Khersone, &#224; Tomsk, &#224; Vladivostok, &#8212; sinon formellement, du moins en fait, sinon constamment, du moins &#233;pisodiquement. Le soviet de Krasno&#239;arsk imposa tout &#224; fait de son propre chef le r&#233;gime des cartes de distribution pour les objets de consommation individuelle, Le soviet conciliateur de Saratov fut oblig&#233; d'intervenir dans les conflits &#233;conomiques, d'op&#233;rer l'arrestation de certains entrepreneurs, de confisquer le tramway appartenant &#224; une compagnie belge, d'&#233;tablir le contr&#244;le ouvrier et d'organiser la production dans les usines abandonn&#233;es. Dans l'Oural o&#249;, depuis 1905, pr&#233;dominait l'influence politique du bolchevisme, les soviets exer&#231;aient fr&#233;quemment la justice et la r&#233;pression vis-&#224;-vis des citoyens, cr&#233;&#232;rent dans quelques usines leur milice, pr&#233;levant pour la payer des fonds sur la caisse de l'usine, organis&#232;rent le contr&#244;le ouvrier qui approvisionnait les entreprises en mati&#232;res premi&#232;res et en combustible, veillait &#224; l'&#233;coulement des articles fabriqu&#233;s et &#233;tablissait les tarifs. Dans certaines r&#233;gions, les soviets confisqu&#232;rent les terres des propri&#233;taires nobles pour les remettre aux collectivit&#233;s de cultivateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les entreprises mini&#232;res de Simsk, les soviets organis&#232;rent une direction usini&#232;re r&#233;gionale qui se subordonna toute l'administration, la caisse, la comptabilit&#233; et la r&#233;ception des commandes. Par cet acte, la nationalisation de la r&#233;gion mini&#232;re de Simsk &#233;tait &#233;bauch&#233;e, &#034; D&#232;s le mois de juillet &#8212; &#233;crit B. Eltsin, &#224; qui nous empruntons ces donn&#233;es &#8212; dans les usines de l'Oural, non seulement tout &#233;tait dans les mains des bolcheviks, mais ceux-ci donnaient d&#233;j&#224; des le&#231;ons pratiques pour la solution des probl&#232;mes politiques, agraires et &#233;conomiques, &#034; Ces le&#231;ons &#233;taient primitives, non ramen&#233;es &#224; un syst&#232;me, non &#233;clair&#233;es par une th&#233;orie, mais, en bien des points, elles pr&#233;d&#233;terminaient les voies futures. Le tournant de Juillet atteignit beaucoup plus imm&#233;diatement les soviets que le parti ou les syndicats, car, dans la lutte de ces jours-l&#224;, il s'agissait avant tout de la vie ou de la mort des soviets. Le parti et les syndicats conservent leur importance pendant les P&#233;riodes &#034; paisibles &#034; comme pendant une dure r&#233;action : les t&#226;ches et les m&#233;thodes changent, mais non point les fonctions essentielles. Mais les soviets ne peuvent tenir que sur la base d'une situation r&#233;volutionnaire et disparaissent avec elle. Unifiant la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re, ils la placent face &#224; face devant une t&#226;che qui se dresse au-dessus de tous les besoins des particuliers, des groupes et des corporations, au-dessus d'un programme de rafistolages, d'amendements et de r&#233;formes en g&#233;n&#233;ral, car c'est le probl&#232;me de la conqu&#234;te du pouvoir. Le mot d'ordre : &#034; Tout le pouvoir aux soviets ! &#034; semblait cependant an&#233;anti avec la manifestation des ouvriers et des soldats en juillet. La d&#233;faite, ayant affaibli les bolcheviks dans les soviets, avait infiniment plus affaibli les soviets dans l'&#201;tat. Le &#034; gouvernement de salut &#034; signifiait un renouveau de l'ind&#233;pendance de la bureaucratie. Les soviets refusant de prendre le pouvoir, c'e&#251;t &#233;t&#233; pour eux un abaissement devant les commissaires, une atrophie, un d&#233;p&#233;rissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin de l'importance du Comit&#233; ex&#233;cutif central trouva sa vive expression ext&#233;rieure : le gouvernement invita les conciliateurs &#224; &#233;vacuer le palais de Tauride, qui exigeait des r&#233;parations, para&#238;t-il, pour l'Assembl&#233;e constituante. On r&#233;serva aux soviets, dans la seconde quinzaine de juillet, l'&#233;difice de l'Institut Smolny, o&#249; jusque-l&#224; avaient re&#231;u leur &#233;ducation des jeunes filles de la haute noblesse. La presse bourgeoise &#233;crivait d&#232;s lors, au sujet du transfert aux soviets de la maison des &#034; petites oies blanches &#034;, presque du m&#234;me ton qu'auparavant elle avait parl&#233; de la saisie du palais de Kczesinska par les bolcheviks. Diverses organisations r&#233;volutionnaires, et dans ce nombre les syndicats, qui s'&#233;taient install&#233;s par r&#233;quisition dans des &#233;difices subirent en m&#234;me temps une attaque au sujet de l'occupation des immeubles. Il ne s'agissait pas d'autre chose que d'expulser la r&#233;volution ouvri&#232;re des logements trop vastes dont elle s'&#233;tait empar&#233;e aux d&#233;pens de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. La presse des cadets ne connaissait point de limites &#224; son indignation, &#224; vrai dire tardive, devant les intrusions d'un peuple de vandales dans les droits de la propri&#233;t&#233; particuli&#232;re et &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; la fin de juillet, un fait inattendu fut d&#233;couvert, par l'interm&#233;diaire des typos : les partis qui se groupent autour du fameux Comit&#233; de la Douma d'&#201;tat se sont depuis longtemps, para&#238;t-il empar&#233;s pour leurs besoins de la tr&#232;s riche imprimerie d'Empire, de ses services d'exp&#233;dition et de ses droits &#224; la diffusion des imprim&#233;s, Les brochures d'agitation du parti cadet &#233;taient non seulement imprim&#233;es gratuitement, mais gratuitement exp&#233;di&#233;es, par tonnes enti&#232;res, et en grande vitesse, dans tout le pays. Le Comit&#233; ex&#233;cutif, se trouvant oblig&#233; de v&#233;rifier l'accusation, se trouva aussi forc&#233; de la confirmer. Le parti cadet d&#233;couvrit, il est vrai, un nouveau motif de s'indigner ; peut-on, en effet, m&#234;me un instant, mettre sur le m&#234;me plan la saisie des &#233;tablissements de l'&#201;tat dans des buts de destruction et l'utilisation du mat&#233;riel de l'&#201;tat pour la d&#233;fense des valeurs sup&#233;rieures ? En un mot, si ces messieurs volaient un peu l'&#201;tat, c'&#233;tait dans son propre int&#233;r&#234;t. Mais, cet argument ne semblait pas &#224; tous convaincant. Les ouvriers du b&#226;timent s'obstinaient &#224; croire qu'ils avaient plus de droits &#224; un local pour leur syndicat que n'en avaient les cadets sur l'Imprimerie nationale. Le diff&#233;rend ne se produisait pas par hasard : il menait, en effet, &#224; la seconde r&#233;volution. Les cadets durent, en tout cas, se mordre un peu la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des instructeurs du Comit&#233; ex&#233;cutif, ayant parcouru dans la seconde quinzaine d'ao&#251;t les soviets du Midi de la Russie, o&#249; les bolcheviks &#233;taient consid&#233;rablement plus faibles que dans le Nord, consignait ainsi ses observations peu r&#233;confortantes ; &#034; L'&#233;tat d'esprit politique se modifie notablement&#8230; Aux sommets des masses s'accroissent des dispositions r&#233;volutionnaires provoqu&#233;es par la conversion de la politique du gouvernement provisoire&#8230; Dans la masse, l'on ressent de la fatigue et de l'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de la r&#233;volution. On observe un sensible refroidissement vis-&#224;-vis des soviets... Les fonctions des soviets sont peu &#224; peu r&#233;duites. &#034; Que les masses fussent fatigu&#233;es de voir les oscillations des interm&#233;diaires d&#233;mocrates, c'est absolument indiscutable, Cependant, elles se refroidissaient non point &#224; l'&#233;gard de la r&#233;volution, mais vis-&#224;-vis des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks. La situation devenait particuli&#232;rement intol&#233;rable dans les endroits o&#249; le pouvoir, malgr&#233; tous les programmes, se concentrait entre les mains des soviets conciliateurs : li&#233;s par la capitulation d&#233;finitive du Comit&#233; ex&#233;cutif devant la bureaucratie, ils n'osaient plus faire usage de leur pouvoir et compromettaient seulement les soviets aux yeux des masses. Une partie consid&#233;rable du travail quotidien, routinier, &#233;tait d'ailleurs d&#233;tourn&#233;e des soviets vers les municipalit&#233;s d&#233;mocratiques. Une partie plus grande encore allait aux syndicats et aux comit&#233;s de fabriques et d'usines. Il devenait de moins en moins clair de savoir si les soviets survivaient et ce qui les attendait pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les premiers mois de leur existence, les soviets, ayant devanc&#233; de loin toutes les organisations, s'&#233;taient charg&#233;s de l'&#233;dification des syndicats, des comit&#233;s d'usines, des clubs et de la direction de leur travail. Mais les organisations ouvri&#232;res, ayant trouv&#233; le temps de se mettre sur pied, passaient de plus en plus sous la direction des bolcheviks. &#034; Les comit&#233;s de fabriques et d'usines&#8230; &#8212; &#233;crivait Trotsky en ao&#251;t &#8212; ne se cr&#233;ent point dans des meetings improvis&#233;s. La masse les compose de ceux qui, sur place, dans la vie quotidienne de l'entreprise, ont prouv&#233; leur fermet&#233;, leur diligence et leur d&#233;vouement aux int&#233;r&#234;ts des ouvriers. Et voici que ces comit&#233;s d'usines&#8230; sont, pour l'&#233;crasante majorit&#233;, compos&#233;s de bolcheviks. &#034; Il ne pouvait plus &#234;tre question d'une tutelle sur les comit&#233;s d'usines et les syndicats exerc&#233;e par les soviets conciliateurs ; au contraire, ici s'ouvrait le champ d'une lutte acharn&#233;e. Sur les questions qui touchaient les masses au vif, les soviets se trouvaient de moins en moins capables de faire opposition aux syndicats et aux comit&#233;s d'usines, C'est ainsi que les syndicats de Moscou r&#233;alis&#232;rent la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale malgr&#233; la d&#233;cision du Soviet, Sous une forme moins &#233;clatante, des conflits identiques se produisaient en tous lieux, et ce n'&#233;taient pas les soviets qui en sortaient d'ordinaire vainqueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouss&#233;s par leur propre conduite dans une impasse, les conciliateurs se trouv&#232;rent forc&#233;s &#034; d'imaginer &#034; pour les soviets des occupations accessoires, de les aiguiller sur la voie des entreprises culturelles, en somme, de les distraire. En vain : les soviets &#233;taient cr&#233;&#233;s pour mener &#224; la conqu&#234;te du pouvoir ; pour les autres probl&#232;mes, il existait d'autres organisations ; mieux adapt&#233;es. &#034; Tout le travail qui passait par le canal menchevik et socialiste-r&#233;volutionnaire &#8212; &#233;crit un bolchevik de Saratov, Antonov &#8212; perdit son sens&#8230; Dans une s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif, nous en &#233;tions &#224; b&#226;iller jusqu'&#224; l'inconvenance, par ennui : elle &#233;tait mesquine et vide, cette parlote de socialistes-r&#233;volutionnaires et de mencheviks. &#034; Les soviets an&#233;mi&#233;s pouvaient de moins en moins servir d'appui &#224; leur centre de P&#233;trograd, La correspondance entre Smolny et les localit&#233;s &#233;tait en d&#233;croissance : rien &#224; &#233;crire, rien &#224; proposer ; il ne restait point de perspectives ni de t&#226;ches, L'isolement vis-&#224;-vis des masses prit une forme extr&#234;mement sensible de crise financi&#232;re. Les soviets de conciliateurs dans les localit&#233;s restaient eux-m&#234;mes sans ressources et ne pouvaient subventionner leur &#233;tat-major de Smolny : les soviets de gauche refusaient d'une fa&#231;on d&#233;monstrative leur aide financi&#232;re au Comit&#233; ex&#233;cutif, tar&#233; par sa participation au travail de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus du d&#233;p&#233;rissement des soviets se croisait cependant avec des processus d'un ordre diff&#233;rent, partiellement contraire. De lointaines r&#233;gions limitrophes, des districts arri&#233;r&#233;s, des coins perdus s'&#233;veillaient et formaient des soviets qui, dans les premiers temps, montraient de la fra&#238;cheur r&#233;volutionnaire, tant qu'ils n'&#233;taient pas tomb&#233;s sous l'influence corruptrice du centre ou bien sous la r&#233;pression du gouvernement. Le chiffre total des soviets augmentait rapidement. Vers la fin du mois d'ao&#251;t, le service d'enregistrement du Comit&#233; ex&#233;cutif comptait jusqu'&#224; six cents soviets, derri&#232;re lesquels se groupaient vingt-trois millions d'&#233;lecteurs. Le syst&#232;me sovi&#233;tique officiel s'&#233;levait au-dessus de l'oc&#233;an humain qui ondulait puissamment et poussait ses vagues vers la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renouveau politique des soviets, co&#239;ncidant avec leur bolchevisation, commen&#231;ait par en bas. A P&#233;trograd, les quartiers furent les premiers &#224; &#233;lever la voix. Le 21 juillet, la d&#233;l&#233;gation de la conf&#233;rence interdistricts des soviets pr&#233;senta au Comit&#233; ex&#233;cutif une liste de revendications : dissoudre la Douma d'Empire, confirmer l'immunit&#233; des organisations d'arm&#233;e par un d&#233;cret du gouvernement, restituer la presse de gauche, suspendre le d&#233;sarmement des ouvriers, mettre fin aux arrestations massives, juguler la presse de droite, en finir avec les dislocations de r&#233;giments et la peine de mort sur le front. L'att&#233;nuation des exigences politiques, comparativement &#224; celles de la manifestation de Juillet, est absolument &#233;vidente ; mais ce n'&#233;tait que le premier pas d'un convalescent. En restreignant les mots d'ordre, les rayons s'effor&#231;aient d'&#233;largir la base. Les dirigeants du Comit&#233; ex&#233;cutif f&#233;licit&#232;rent diplomatiquement les soviets de quartier de &#034; leur tact &#034;, mais ramen&#232;rent le discours &#224; ceci que tous les maux provenaient de l'insurrection de Juillet. Les partis se s&#233;par&#232;rent courtoisement, mais froidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au programme des soviets de quartier s'ouvre une campagne imposante. Les Izvestia, de jour en jour, impriment des r&#233;solutions des soviets, des syndicats, des usines, des vaisseaux de guerre, des troupes, exigeant la dissolution de la Douma d'Empire, la suspension des mesures prises contre les bolcheviks et l'&#233;limination de ceux qui favorisent la contre-r&#233;volution. Sur ce fond essentiel s'&#233;l&#232;vent des voix plus radicales. Le 22 juillet, le Soviet de la province de Moscou, d&#233;passant sensiblement le Soviet de Moscou m&#234;me, vota une r&#233;solution r&#233;clamant la remise du pouvoir aux soviets. Le 26 juillet, le soviet d'Ivanovo-Voznessensk &#034; stigmatise de son m&#233;pris &#034; le moyen de lutte employ&#233; contre le parti des bolcheviks et envoie ses salutations &#224; L&#233;nine, &#034; glorieux leader du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles &#233;lections, qui eurent lieu &#224; la fin de juillet et dans la premi&#232;re quinzaine d'ao&#251;t, en de nombreux endroits, amen&#232;rent, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, un renforcement des fractions bolchevistes dans les soviets. Dans Cronstadt &#233;cras&#233;e et vilipend&#233;e devant toute la Russie, le nouveau soviet comptait cent bolcheviks, soixante-quinze socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, douze mencheviks internationalistes, sept anarchistes, plus de quarte-vingt-dix sans-parti, dont pas un ne se d&#233;cida &#224; avouer des sympathies pour les conciliateurs. Au congr&#232;s r&#233;gional des soviets de l'Oural, qui s'ouvrit le 18 ao&#251;t, il y eut quatre-vingt-six bolcheviks, quarante socialistes-r&#233;volutionnaires, vingt-trois mencheviks. L'objet de la haine particuli&#232;re de la presse bourgeoise devient Tsaritsyne, o&#249; non seulement le soviet est devenu bolchevik, mais o&#249; l'on a &#233;lu comme maire le leader des bolcheviks de l'endroit, Minine, Contre Tsaritsyne qui &#233;tait une taie sur l'&#339;il pour l'ataman du Don, Kal&#233;dine, K&#233;rensky envoya, sans aucun pr&#233;texte s&#233;rieux, une exp&#233;dition punitive avec ce seul but : d&#233;truire le nid r&#233;volutionnaire. A P&#233;trograd, &#224; Moscou, dans tous les districts industriels, les mains se l&#232;vent de plus en plus nombreuses pour les motions bolchevistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin du mois d'ao&#251;t amena les soviets &#224; une v&#233;rification. Sous le coup du danger, le regroupement int&#233;rieur se produisit tr&#232;s rapidement, g&#233;n&#233;ralement, et avec des frottements relativement peu importants, En province comme &#224; P&#233;trograd, au premier plan se mirent les bolcheviks, h&#233;ritiers pr&#233;somptifs du syst&#232;me sovi&#233;tique officiel. Mais, dans la composition m&#234;me des partis conciliateurs, les socialistes de &#034; Mars &#034;, les politiciens des antichambres de minist&#232;res et de bureaux, &#233;taient temporairement refoul&#233;s par des &#233;l&#233;ments plus combatifs, tremp&#233;s dans la lutte clandestine. Pour un nouveau groupement de forces, il fallut une nouvelle forme d'organisation. Nulle part, la direction de la d&#233;fense r&#233;volutionnaire ne se concentra entre les mains des comit&#233;s ex&#233;cutifs : tels que les trouva l'insurrection, ils &#233;taient peu aptes &#224; combattre. Partout se cr&#233;aient des comit&#233;s sp&#233;ciaux de d&#233;fense, des comit&#233;s r&#233;volutionnaires, des &#233;tats-majors. Ils s'appuyaient sur les soviets, leur rendaient des comptes, mais pr&#233;sentaient une nouvelle s&#233;lection d'&#233;l&#233;ments et de nouvelles m&#233;thodes d'action en corr&#233;lation avec le caract&#232;re r&#233;volutionnaire des t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet de Moscou, comme pendant les journ&#233;es de la Conf&#233;rence d'&#201;tat, constitua un groupe de combat de six hommes qui seuls avaient le droit de disposer des forces arm&#233;es et de proc&#233;der &#224; des arrestations. S'&#233;tant ouvert &#224; la fin d'ao&#251;t, le Comit&#233; r&#233;gional de Kiev proposa aux soviets locaux de ne pas h&#233;siter &#224; destituer les repr&#233;sentants peu s&#251;rs du pouvoir, aussi bien les militaires que les civils, et &#224; prendre des mesures pour l'arrestation imm&#233;diate des contre-r&#233;volutionnaires comme pour l'armement des ouvriers. A Viatka, le comit&#233; du soviet s'attribua de pleins pouvoirs exceptionnels, y compris la disposition de la force arm&#233;e. A Tsaritsyne, tout le pouvoir passa &#224; l'&#233;tat-major du soviet. A Nijni-Novgorod, le comit&#233; r&#233;volutionnaire mit ses hommes de garde &#224; la poste et au t&#233;l&#233;graphe. Le soviet de Krasno&#239;arsk concentra dans ses mains le pouvoir civil et militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec telles ou telles d&#233;viations, parfois essentielles, ce tableau se reproduisait presque partout. Et ce n'&#233;tait nullement une simple imitation de P&#233;trograd : le caract&#232;re des soviets, repr&#233;sentants de masses, fixait le d&#233;terminisme extr&#234;me de leur &#233;volution int&#233;rieure, provoquant une r&#233;action homog&#232;ne de leur part devant les grands &#233;v&#233;nements. Alors que, entre les deux &#233;l&#233;ments de la coalition, passait le front de la guerre civile, les soviets r&#233;unirent effectivement autour d'eux toutes les forces vives de la nation. Se brisant contre cette muraille, l'offensive des g&#233;n&#233;raux tomba en poussi&#232;re. On ne pouvait demander une le&#231;on plus d&#233;monstrative. &#034; Malgr&#233; tous les efforts faits par le pouvoir pour &#233;carter et priver de force les soviets &#8212; disait &#224; ce sujet une d&#233;claration des bolcheviks &#8212; les soviets manifest&#232;rent toute l'invincibilit&#233;&#8230; de la puissance et de l'initiative des masses populaires dans la p&#233;riode de la r&#233;pression exerc&#233;e contre la mutinerie kornilovienne&#8230; Apr&#232;s cette nouvelle &#233;preuve que rien n'effacera plus de la conscience des ouvriers, des soldats et des paysans, le cri de ralliement pouss&#233; d&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution par notre parti &#8212; &#034; tout le pouvoir aux soviets &#034; &#8212; devint la voix de tout le pays r&#233;volutionnaire. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les doumas municipales, qui avaient tent&#233; de rivaliser avec les soviets, s'&#233;clips&#232;rent pendant les jours de danger et s'effac&#232;rent. La Douma de P&#233;trograd envoyait obs&#233;quieusement une d&#233;l&#233;gation au Soviet &#034; pour &#233;lucider la situation g&#233;n&#233;rale et &#233;tablir un contact &#034;. Il e&#251;t sembl&#233; que les soviets, &#233;lus par une partie de la population de la ville, devaient avoir moins d'influence et de puissance que les doumas &#233;lues par la population tout enti&#232;re. Mais la dialectique du processus r&#233;volutionnaire montre que, dans certaines conditions historiques, la partie est infiniment plus grande que le tout. De m&#234;me que dans le gouvernement, les conciliateurs &#224; la douma faisaient bloc avec les cadets contre les bolcheviks, et ce bloc paralysait la douma, ainsi que le gouvernement. Par contre, le Soviet s'av&#233;ra la forme naturelle d'une collaboration d&#233;fensive des conciliateurs avec les bolcheviks contre l'offensive de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les journ&#233;es korniloviennes s'ouvrit, pour les soviets, un nouveau chapitre. Bien qu'il rest&#226;t encore aux conciliateurs un bon nombre de &#034; bourgs pourris &#034;, surtout dans la garnison, le Soviet de P&#233;trograd donna de la bande si fortement dans le sens bolchevik qu'il &#233;tonna les deux camps : celui de droite et celui de gauche. Dans la nuit du 31 ao&#251;t au 1er septembre, toujours sous la pr&#233;sidence du m&#234;me Tchkh&#233;idz&#233;, le Soviet vota pour le pouvoir des ouvriers et des paysans. Les membres de la base des factions conciliatrices soutinrent presque tous la r&#233;solution des bolcheviks. La motion concurrente de Ts&#233;r&#233;telli recueillit une quinzaine de voix. Le pr&#233;sidium conciliateur n'en croyait pas ses yeux. De droite, l'on exigea un vote nominal qui dura jusqu'&#224; trois heures du matin. Pour ne point voter ouvertement contre leurs partis, bien des d&#233;l&#233;gu&#233;s sortirent. Et pourtant, malgr&#233; tous les moyens de pression, la r&#233;solution des bolcheviks obtint, apr&#232;s pointage, 279 voix contre 115. C'&#233;tait un fait de grande importance. C'&#233;tait le commencement de la fin. Le pr&#233;sidium, abasourdi, d&#233;clara qu'il d&#233;posait ses pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 septembre, &#224; la session unifi&#233;e des organes sovi&#233;tiques russes en Finlande, fut adopt&#233;e par 700 voix contre 13, avec 36 abstentions, une r&#233;solution pour le pouvoir des soviets. Le 5, le Soviet de Moscou marcha dans la voie de P&#233;trograd : par 355 suffrages contre 254, non seulement il exprima sa d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard du gouvernement provisoire, consid&#233;r&#233; comme instrument de contre-r&#233;volution, mais il condamna la politique de coalition du Comit&#233; ex&#233;cutif. Le pr&#233;sidium &#224; la t&#234;te duquel se trouvait Khintchouk d&#233;clara qu'il donnait sa d&#233;mission. Le Congr&#232;s des soviets de la Sib&#233;rie centrale qui s'ouvrit le 5 septembre &#224; Krasno&#239;arsk se d&#233;roula tout entier sous le drapeau du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8, la r&#233;solution des bolcheviks est adopt&#233;e au soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers de Kiev par une majorit&#233; de 130 voix contre 66, bien que la fraction bolcheviste officielle ne compt&#226;t que 95 membres. Au Congr&#232;s des soviets de Finlande qui s'ouvrit le 10, 150 000 matelots, soldats et ouvriers russes &#233;taient repr&#233;sent&#233;s par 65 bolcheviks, 48 socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et quelques sans-parti. Le Soviet des d&#233;put&#233;s paysans de la province de P&#233;trograd &#233;lut comme d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique le bolchevik Sergu&#233;iev. Il fut manifeste, encore une fois, que dans les cas o&#249; le parti r&#233;ussit, par l'interm&#233;diaire des ouvriers ou des soldats, &#224; se lier directement avec le village, la classe paysanne se place volontiers sous son drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;pond&#233;rance du parti bolchevik dans le Soviet de P&#233;trograd se confirma dramatiquement dans la s&#233;ance historique du 9 septembre. Toutes les fractions avaient convoqu&#233; le ban et l'arri&#232;re-ban de leurs membres : &#034; Il s'agit du sort du Soviet. &#034; La r&#233;union fut d'environ un millier de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats. Le vote du 1er septembre avait-il &#233;t&#233; un simple &#233;pisode, engendr&#233; par la composition accidentelle de l'assembl&#233;e, ou bien signifiait-il un complet changement de la politique du Soviet ? c'est ainsi qu'&#233;tait pos&#233;e la question. Craignant de ne pas r&#233;unir la majorit&#233; des voix contre le pr&#233;sidium dans lequel entraient tous les leaders conciliateurs : Tchkh&#233;idz&#233;, Ts&#233;r&#233;telli, Tchernov, Gotz, Dan, Skob&#233;lev, la fraction bolcheviste proposa d'&#233;lire un Pr&#233;sidium sur les bases proportionnelles ; cette proposition qui, jusqu'&#224; un certain point, estompait l'acuit&#233; du conflit de principe et qui provoqua, par cons&#233;quent, un v&#233;h&#233;ment bl&#226;me de L&#233;nine, eut cet avantage tactique qu'elle garantit un appui aux &#233;l&#233;ments h&#233;sitants. Mais Ts&#233;r&#233;telli repoussa le compromis. Le pr&#233;sidium veut savoir si le Soviet a effectivement chang&#233; de direction : &#034; Nous ne pouvons appliquer la tactique des bolcheviks. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de r&#233;solution apport&#233; par la droite disait que le vote du 1er septembre ne correspondait point &#224; la ligne politique du Soviet qui continuait &#224; faire confiance &#224; son pr&#233;sidium. Il ne restait plus aux bolcheviks qu'&#224; relever le d&#233;fi, et ils y proc&#233;d&#232;rent en hommes tout pr&#234;ts. Trotsky, qui parut au Soviet pour la premi&#232;re fois apr&#232;s sa mise en libert&#233;, et qui fut accueilli avec ferveur par une partie consid&#233;rable de l'assembl&#233;e (les deux parties pesaient, dans leur for int&#233;rieur, les applaudissements : majorit&#233; ou non-majorit&#233; ?) demanda avant le vote une explication : K&#233;rensky faisait-il toujours partie du pr&#233;sidium ? Apr&#232;s une minute d'h&#233;sitation, le pr&#233;sidium, ayant r&#233;pondu affirmativement, lui qui &#233;tait d&#233;j&#224; bien charg&#233; de p&#233;ch&#233;s, s'attachait lui-m&#234;me au pied un lourd boulet. L'adversaire n'avait besoin que de cela. &#034; Nous &#233;tions profond&#233;ment persuad&#233;s &#8212; d&#233;clara Trotsky &#8212; &#8230; que K&#233;rensky ne pouvait faire partie du pr&#233;sidium. Nous nous &#233;tions tromp&#233;s. Actuellement, entre Dan et Tchkh&#233;idz&#233;, se dresse le fant&#244;me de K&#233;rensky&#8230; Quand on vous invite &#224; approuver la ligne politique du pr&#233;sidium, n'oubliez pas que, par l&#224;-m&#234;me, l'on vous propose d'agr&#233;er la politique de K&#233;rensky. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;ance eut lieu dans une tension qui atteignait la limite. L'ordre se maintint gr&#226;ce &#224; l'effort de tous et de chacun pour ne pas en arriver &#224; une explosion. Tous voulaient faire au plus vite le compte des amis et des adversaires. Tous comprenaient que l'on d&#233;cidait la question du pouvoir, de la guerre, du sort de la r&#233;volution, On d&#233;cida que l'on voterait en sortant par une porte. On invita &#224; sortir ceux qui acceptaient la d&#233;mission du pr&#233;sidium : il &#233;tait plus facile de sortir &#224; la minorit&#233; qu'&#224; la majorit&#233;, A tous les bouts de la salle, une agitation passionn&#233;e, mais &#224; mi-voix. Le vieux pr&#233;sidium ou bien un nouveau ? La coalition ou bien le pouvoir sovi&#233;tique ? Devant les portes, beaucoup de peuple s'&#233;tait amass&#233;, beaucoup trop &#224; l'estimation du pr&#233;sidium, Les leaders des bolcheviks comptaient, de leur c&#244;t&#233;, qu'il leur manquerait environ une centaine de voix pour avoir la majorit&#233; : &#034; Et ce sera encore beau ! &#034; se disaient-ils, se consolant d'avance. Les ouvriers et les soldats, en longues files, s'alignent devant les portes. Une rumeur contenue de voix, de brefs &#233;clats de discussion. D'un c&#244;t&#233;, un cri perce : &#034; Korniloviens ! &#034; Et d'autre part : &#034; H&#233;ros de Juillet ! &#034; La proc&#233;dure se prolonge environ une heure. Les plateaux de l'invisible balance oscillent. Le pr&#233;sidium, dans une &#233;motion &#224; peine contenue, reste tout le temps sur l'estrade. Enfin, le scrutin a &#233;t&#233; contr&#244;l&#233; et est annonc&#233; : pour le pr&#233;sidium et la coalition, 414 voix contre 519, et 67 abstentions ! La nouvelle majorit&#233; applaudit temp&#233;tueusement, avec exaltation et fureur, Elle en a le droit : la victoire a co&#251;t&#233; cher. Une bonne partie de la route a &#233;t&#233; parcourue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans avoir pu encore se remettre du coup port&#233;, les leaders d&#233;poss&#233;d&#233;s descendent de l'estrade, la face longue. Ts&#233;r&#233;telli ne peut se retenir de formuler une proph&#233;tie mena&#231;ante. &#034; Nous descendons de cette tribune &#8212; crie-t-il, se retournant &#224; demi dans sa marche &#8212; conscient d'avoir port&#233; pendant six mois hautement et dignement le drapeau de la r&#233;volution. Maintenant, ce drapeau est pass&#233; en vos mains. Nous pouvons seulement exprimer le souhait que vous le teniez au moins pour la moiti&#233; de ce d&#233;lai ! &#034; Ts&#233;r&#233;telli s'&#233;tait cruellement tromp&#233; au sujet des d&#233;lais comme au sujet de tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet de P&#233;trograd, anc&#234;tre de tous les autres soviets, se trouva d&#233;sormais sous la direction des bolcheviks qui &#233;taient encore hier &#034; une insignifiante poign&#233;e de d&#233;magogues &#034;. Trotsky rappela, du haut de la tribune du pr&#233;sidium, que les bolcheviks n'avaient pas encore &#233;t&#233; lav&#233;s de l'accusation d'&#234;tre au service de l'&#233;tat-major allemand. &#034; Que les Milioukov et les Goutchkov racontent jour par jour leur existence. Ils ne le feront pas, mais nous, nous sommes, pour chaque jour, pr&#234;ts &#224; rendre compte de nos actes, nous n'avons rien &#224; cacher au peuple russe&#8230; &#034; Le Soviet de P&#233;trograd adopta une r&#233;solution sp&#233;ciale, stigmatisant de son m&#233;pris les auteurs, les propagateurs et les auxiliaires de la calomnie. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks entraient dans leur droits de succession, Leur h&#233;ritage se trouva &#224; la fois grandiose et extr&#234;mement mince, Le Comit&#233; ex&#233;cutif central supprima &#224; temps voulu au Soviet de P&#233;trograd les deux journaux qu'il avait cr&#233;&#233;s, tous les services de direction, toutes les ressources financi&#232;res et techniques, y compris les machines &#224; &#233;crire et les encriers. De nombreuses automobiles qui, depuis les Journ&#233;es de F&#233;vrier, avaient &#233;t&#233; mises &#224; la disposition du Soviet, se trouv&#232;rent sans exception livr&#233;es &#224; l'Olympe conciliateur. Les nouveaux dirigeants n'avaient ni caisse, ni journal, ni appareils de bureaux, ni moyen de transport, ni porte-plume, ni crayons. Rien que des murs d&#233;pouill&#233;s et l'ardente confiance des ouvriers et des soldats. Cela se trouva parfaitement suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le revirement radical de la politique du Soviet, les rangs des conciliateurs commenc&#232;rent &#224; fondre encore plus rapidement. Le 11 septembre, quand Dan d&#233;fendait devant le Soviet de P&#233;trograd la coalition, alors que Trotsky se pronon&#231;ait pour le pouvoir des soviets, la coalition fut repouss&#233;e par toutes les voix contre dix, avec sept abstentions ! Le m&#234;me jour, le Soviet de Moscou condamna &#224; l'unanimit&#233; les mesures de r&#233;pression contre les bolcheviks. Les conciliateurs se virent bient&#244;t rejet&#233;s dans un &#034; fort &#233;troit secteur de droite, pareil &#224; celui que les bolcheviks avaient occup&#233;, au d&#233;but de la r&#233;volution, sur la gauche. Mais quelle diff&#233;rence ! Les bolcheviks avaient toujours &#233;t&#233; plus forts dans les masses que dans les soviets. Les conciliateurs, par contre, conservaient encore dans les soviets plus de place que dans les masses. Les bolcheviks, dans la p&#233;riode de leur faiblesse, avaient pour eux l'avenir. Aux conciliateurs il ne restait qu'un pass&#233; dont ils n'avaient pas lieu d'&#234;tre fiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En modifiant son courant, le Soviet de P&#233;trograd changea aussi d'aspect. Les leaders conciliateurs disparurent tout &#224; fait de l'horizon, se retranchant dans le Comit&#233; ex&#233;cutif ; ils furent remplac&#233;s au Soviet par des &#233;toiles de deuxi&#232;me et de troisi&#232;me grandeur. Avec Ts&#233;r&#233;telli, Tchernov, Avksentiev, Skob&#233;lev, cess&#232;rent de se montrer des amis et des admirateurs des ministres d&#233;mocrates, les officiers radicaux et les dames, les &#233;crivains &#224; demi socialistes, les personnes instruites et r&#233;put&#233;es. Le Soviet devint plus homog&#232;ne, plus gris, plus sombre, plus s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re coalition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fid&#232;le &#224; sa tradition : ne r&#233;sister &#224; aucun choc s&#233;rieux, le gouvernement provisoire s'effondra, comme on se le rappelle, dans la nuit du 26 ao&#251;t. Les cadets sortirent pour faciliter le travail de Kornilov. Les socialistes sortirent pour faciliter le travail de K&#233;rensky. Une nouvelle crise gouvernementale s'ouvrit. Avant tout se posa la question de K&#233;rensky lui-m&#234;me : le chef du gouvernement se trouvait complice de la conspiration. L'indignation contre lui &#233;tait si grande qu'&#224; entendre seulement mentionner son nom, les leaders conciliateurs recouraient m&#234;me au vocabulaire bolchevik. Tchernov, qui venait de sauter du train minist&#233;riel en pleine marche, &#233;crivait dans l'organe central de son parti au sujet du &#034; cafouillis dans lequel on n'arrivait pas &#224; comprendre o&#249; finissait Kornilov et o&#249; commen&#231;ait Filonenko avec Savinkov, o&#249; finissait Savinkov et o&#249; commen&#231;ait le gouvernement provisoire, en tant que tel &#034;. L'allusion &#233;tait suffisamment claire : &#034; Le gouvernement provisoire en tant que tel &#034;, - c'&#233;tait bien K&#233;rensky qui appartenait au m&#234;me parti que Tchernov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en se soulageant l'&#226;me avec des gros mots, les conciliateurs d&#233;cid&#232;rent qu'ils ne pourraient se passer de K&#233;rensky. S'ils emp&#234;ch&#232;rent K&#233;rensky d'amnistier Kornilov, ils s'empress&#232;rent eux-m&#234;mes d'amnistier K&#233;rensky. En guise de compensation ce dernier accepta de faire une concession au sujet du mode de gouvernement de la Russie. La veille encore, l'on estimait que cette question ne pouvait &#234;tre d&#233;cid&#233;e que par l'Assembl&#233;e constituante. Maintenant, les obstacles juridiques &#233;taient d'un seul coup &#233;cart&#233;s. La destitution de Kornilov dans la d&#233;claration du gouvernement s'expliquait par la n&#233;cessit&#233; &#034; de sauver la patrie, la libert&#233; et le r&#233;gime r&#233;publicain &#034;. Cette aum&#244;ne purement verbale et d'ailleurs tardive &#224; la gauche ne consolidait nullement, bien entendu, l'autorit&#233; du gouvernement, d'autant plus que Kornilov lui aussi se d&#233;clarait r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 ao&#251;t, K&#233;rensky dut cong&#233;dier Savinkov qui, quelques jours apr&#232;s, fut exclu m&#234;me du parti socialiste-r&#233;volutionnaire si accueillant &#224; tous. Mais l'on nomma aussit&#244;t au poste de g&#233;n&#233;ral-gouverneur quelqu'un qui valait politiquement autant que Savinkov, Paltchinsky, lequel commen&#231;a par interdire le journal des bolch&#233;viks. Les Comit&#233;s ex&#233;cutifs protest&#232;rent. Les Izvestia d&#233;nomm&#232;rent cet acte &#034; une grossi&#232;re provocation &#034;. Paltchinsky dut &#234;tre balay&#233; dans les trois jours. Combien peu K&#233;rensky se disposait en g&#233;n&#233;ral &#224; changer le cours de sa politique, on le voit par ce fait que, d&#232;s le 31, il formait un nouveau gouvernement avec la participation des cadets. M&#234;me les socialistes-r&#233;volutionnaires ne purent accepter cela : ils menac&#232;rent de rappeler leurs repr&#233;sentants. La nouvelle recette gouvernementale fut trouv&#233;e par Ts&#233;r&#233;telli : &#034; Conserver l'id&#233;e de la coalition et se d&#233;barrasser de tous les &#233;l&#233;ments qui p&#232;sent d'un poids trop lourd sur le gouvernement. &#034; &#034; L'id&#233;e de la coalition se fortifie - chantait en accompagnement Skob&#233;lev - mais, dans la composition du gouvernement, il ne peut y avoir de place pour le parti qui est li&#233; avec la conspiration de Kornilov. &#034; K&#233;rensky n'&#233;tait pas d'accord avec cette limitation et, dans son genre, il avait raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coalition avec la bourgeoisie, mais &#224; l'exclusion du parti bourgeois dirigeant, &#233;tait d'une &#233;vidente absurdit&#233;. C'est ce qu'indiqua Kam&#233;nev qui, dans une s&#233;ance unifi&#233;e des Comit&#233;s ex&#233;cutifs, avec le ton qui lui est propre de sermonneur, tirait des conclusions des &#233;v&#233;nements r&#233;cents : &#034; Vous voulez nous jeter sur la voie encore plus dangereuse d'une coalition avec des groupes irresponsables. Mais vous avez oubli&#233; la coalition form&#233;e et consolid&#233;e par les p&#233;rilleux &#233;v&#233;nements de ces jours derniers, la coalition entre le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, la paysannerie et l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire. &#034; L'orateur bolchevik rappela les paroles prononc&#233;es par Trotsky, le 25 mai, d&#233;fendant les marins de Cronstadt contre les accusations de Ts&#233;r&#233;telli : &#034; Lorsqu'un g&#233;n&#233;ral contre-r&#233;volutionnaire tentera de passer le n&#339;ud coulant au cou de la r&#233;volution, les cadets savonneront la corde, mais les matelots de Cronstadt surgiront pour lutter et mourir avec nous. &#034; Ce rappel tombait au c&#339;ur de la situation. Devant les palabres sur &#034; l'unit&#233; de la d&#233;mocratie &#034; et sur la &#034; coalition honn&#234;te &#034;, Kam&#233;nev r&#233;pondait : &#034; L'unit&#233; de la d&#233;mocratie d&#233;pend de savoir si vous irez ou non dans une coalition avec le district de Vyborg&#8230; Toute autre coalition est malhonn&#234;te. &#034; Le discours de Kam&#233;nev produisit indubitablement une impression que Soukhanov enregistre en ces termes : &#034; Kam&#233;nev parla avec beaucoup d'intelligence et de tact. &#034; Mais l'affaire n'alla pas au-del&#224; d'une impression. Les voies des deux parties &#233;taient d&#233;termin&#233;es d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture des conciliateurs avec les cadets avait en somme, d&#233;s le d&#233;but, un caract&#232;re tout &#224; fait d&#233;monstratif. Les lib&#233;raux korniloviens comprenaient eux-m&#234;mes que, sous peu, ils feraient mieux de rester dans l'ombre. Dans la coulisse, l'on avait d&#233;cid&#233;, d'apr&#232;s un accord &#233;vident avec les cadets, de cr&#233;er un gouvernement &#224; tel point &#233;lev&#233; au-dessus de toutes les forces r&#233;elles de la nation que son caract&#232;re provisoire ne ferait doute pour personne. Outre K&#233;rensky, le Directoire, compos&#233; de cinq membres, comprenait le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res T&#233;r&#233;chtchenko, qui &#233;tait d&#233;j&#224; devenu inamovible gr&#226;ce &#224; sa liaison avec la diplomatie de l'Entente ; le commandant du corps d'arm&#233;e de Moscou, Verkhovsky, promu d'urgence pour cette fin, de colonel qu'il &#233;tait, au grade de g&#233;n&#233;ral ; l'amiral Verd&#233;revsky, relax&#233; d'urgence, pour ce but, de la prison ; enfin, le douteux menchevik Nikitine que son propre parti reconnut bient&#244;t suffisamment m&#251;r pour &#234;tre exclu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir vaincu Kornilov par les mains d'autrui, K&#233;rensky, semblait-il, se souciait seulement d'appliquer le programme kornilovien. Kornilov voulait unir le pouvoir du g&#233;n&#233;ralissime &#224; celui du chef de gouvernement. K&#233;rensky r&#233;alisa cela. Kornilov avait l'intention de dissimuler une dictature personnelle sous les apparences d'un Directoire de cinq membres. K&#233;rensky r&#233;alisa cela. Tchernov, dont la d&#233;mission &#233;tait exig&#233;e par la bourgeoisie, fut expuls&#233; par K&#233;rensky du palais d'Hiver. Le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;iev, h&#233;ros du parti cadet et candidat de ce dernier au poste de ministre-pr&#233;sident, fut nomm&#233; par K&#233;rensky chef de l'&#233;tat-major du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, c'est-&#224;-dire, en fait, chef de l'arm&#233;e. Dans un ordre du jour &#224; l'arm&#233;e et &#224; la flotte, K&#233;rensky enjoignait de cesser la lutte politique dans les troupes, c'est-&#224;-dire d'en revenir au point de d&#233;part. Du fond de son refuge, L&#233;nine caract&#233;risait la situation au sommet avec l'extr&#234;me simplicit&#233; qui lui &#233;tait propre : &#034; K&#233;rensky est un kornilovien qui s'est brouill&#233; avec Kornilov par hasard et qui continue &#224; &#234;tre en liaison des plus intimes avec les autres korniloviens. &#034; Un seul malheur : la victoire remport&#233;e sur la contre-r&#233;volution est beaucoup plus profonde qu'il ne le fallait pour les plans personnels de K&#233;rensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Directoire se h&#226;ta de faire sortir de prison l'ancien ministre de la Guerre Goutchkov, consid&#233;r&#233; comme un des instigateurs du complot. Sur les instigateurs cadets, la justice, en g&#233;n&#233;ral, ne leva point le bras. Dans ces conditions, il devenait de plus en plus difficile de retenir plus longtemps les bolcheviks sous les verrous. Le gouvernement trouva une issue : sans relever les bolcheviks du chef d'accusation, les mettre en libert&#233; sous caution. Le Soviet syndical de P&#233;trograd prit &#224; sa charge &#034; l'honneur de verser la caution pour le digne leader du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &#034; : le 4 septembre, Trotsky fut relax&#233; sous une caution modeste, fictive en somme, de trois mille roubles. Dans son Histoire des troubles en Russie, le g&#233;n&#233;ral D&#233;nikine &#233;crit path&#233;tiquement : &#034; Le 1er septembre, le g&#233;n&#233;ral Kornilov fut mis en &#233;tat d'arrestation, mais, le 4 septembre, le m&#234;me gouvernement provisoire remit en libert&#233; Bronstein-Trostky. La Russie doit se souvenir de ces deux dates. &#034; La lib&#233;ration des bolcheviks sous garantie se continua pendant plusieurs jours. Les lib&#233;r&#233;s des prisons ne perdaient pas de temps : les masses attendaient et appelaient, le parti avait besoin d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour de la mise en libert&#233; de Trotsky, K&#233;rensky publia un ordre du jour dans lequel, reconnaissant que &#034; les Comit&#233;s avaient assur&#233; un appui essentiel au pouvoir gouvernemental &#034;, il leur ordonnait de cesser d'agir. M&#234;me les Izvestia reconnurent que l'auteur de cette ordonnance avait montr&#233; &#034; une assez faible compr&#233;hension &#034; des circonstances. La conf&#233;rence interdistricts des soviets &#224; P&#233;trograd d&#233;cida : &#034; ne point dissoudre les organisations r&#233;volutionnaires pour la lutte vis-&#224;-vis de la contre-r&#233;volution &#034;. La pression d'en bas &#233;tait si forte que le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, conciliateur, r&#233;solut de ne pas admettre les ordres de K&#233;rensky et appela ses organes locaux, &#034; en raison de la situation alarmante qui subsistait, &#224; travailler avec l'&#233;nergie et l'endurance de nagu&#232;re &#034;. K&#233;rensky se tut : il ne lui restait rien d'autre &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tout-puissant chef du Directoire devait, &#224; chaque pas, constater que la situation avait chang&#233;, que la r&#233;sistance s'&#233;tait accrue et qu'il fallait modifier quelque chose, du moins en paroles. Le 7 septembre, Verkhovsky d&#233;clara &#224; la presse que le programme de r&#233;g&#233;n&#233;ration de l'arm&#233;e, &#233;labor&#233; avant le soul&#232;vement de Kornilov, devait &#234;tre, pour le moment, rejet&#233;, car &#034; dans l'&#233;tat psychologique actuel de l'arm&#233;e &#034;, il n'am&#232;nerait qu'une plus compl&#232;te d&#233;composition de celle-ci. Pour marquer la nouvelle &#232;re, le ministre de la Guerre parut devant le Comit&#233; ex&#233;cutif. Que l'on ne s'inqui&#232;te pas : le g&#233;n&#233;ral Al&#233;x&#233;iev partira et, en m&#234;me temps, partiront tous ceux qui, d'une fa&#231;on ou d'une autre, ont eu des accointances avec le soul&#232;vement kornilovien. Il faut inculquer &#224; l'arm&#233;e de sains principes &#034; non point par des mitrailleuses et des naga&#239;kas, mais en propageant les id&#233;es du droit, de la justice et d'une s&#233;v&#232;re discipline &#034;. Cela sentait tout &#224; fait les journ&#233;es printani&#232;res de la r&#233;volution. Mais, au dehors, c'&#233;tait septembre, l'automne venait. Alexe&#239;ev fut effectivement destitu&#233; quelques jours apr&#232;s, et il fut remplac&#233; par le g&#233;n&#233;ral Doukhonine : l'avantage de ce g&#233;n&#233;ral &#233;tait en ceci qu'on ne le connaissait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre de revanche pour les concessions, les ministres de la Guerre et de la Marine exigeaient du Comit&#233; ex&#233;cutif une aide imm&#233;diate : les officiers se trouvent plac&#233;s sous l'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s, cela va surtout mal dans la flotte de la Baltique, il faut obtenir l'apaisement des matelots. Apr&#232;s de longs d&#233;bats, il fut d&#233;cid&#233;, comme toujours, d'envoyer &#224; la flotte une d&#233;l&#233;gation, et les conciliateurs insist&#232;rent pour que l'on y compr&#238;t des bolcheviks, et, avant tout, Trotsky : c'est seulement dans ce cas que la d&#233;l&#233;gation peut compter r&#233;ussir. &#034; Nous repoussons r&#233;solument - r&#233;pliqua Trotsky - la forme de collaboration avec le gouvernement qu'a d&#233;fendue Ts&#233;r&#233;telli&#8230; Le gouvernement m&#232;ne une politique radicalement fausse, antipopulaire et incontr&#244;l&#233;e ; et lorsque cette politique tombe dans une impasse ou aboutit &#224; une catastrophe, les organisations r&#233;volutionnaires ont l'ingrat devoir de rem&#233;dier aux cons&#233;quences in&#233;vitables&#8230; Une des t&#226;ches de cette d&#233;l&#233;gation, comme vous la formulez, est de mener une enqu&#234;te dans les garnisons sur &#034; les forces obscures &#034;, c'est-&#224;-dire sur les provocateurs et les espions&#8230; Avez-vous donc oubli&#233; que moi-m&#234;me je suis cit&#233; en justice d'apr&#232;s l'article 108 du code ?&#8230; Dans la lutte contre les lynchages, nous marchons par nos propres voies&#8230; non point la main dans la main avec le procureur et le contre-espionnage, mais comme parti r&#233;volutionnaire qui persuade, organise et &#233;duque. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La convocation de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e pendant les journ&#233;es du soul&#232;vement kornilovien. Elle devait, encore une fois, montrer la force de la d&#233;mocratie, inspirer du respect pour elle aux adversaires de droite et de gauche, et - ce n'&#233;tait pas le moindre des probl&#232;mes - refr&#233;ner K&#233;rensky, en proie &#224; une nouvelle ardeur. Les conciliateurs comptaient s&#233;rieusement soumettre le gouvernement &#224; une quelconque repr&#233;sentation improvis&#233;e jusqu'&#224; la convocation de l'Assembl&#233;e constituante. La bourgeoisie, d'avance, fut hostile &#224; la Conf&#233;rence, voyant en elle une tentative pour consolider les positions que la d&#233;mocratie avait reconquises apr&#232;s la victoire sur Kornilov. &#034; La manigance de Ts&#233;r&#233;telli - &#233;crit Milioukov dans son Histoire - &#233;tait en somme une compl&#232;te capitulation devant les plans de L&#233;nine et de Trotsky. &#034; Tout au contraire : la manigance de Ts&#233;r&#233;telli visait &#224; paralyser la lutte des bolcheviks pour le pouvoir des soviets. La Conf&#233;rence d&#233;mocratique s'opposait au congr&#232;s des soviets. Les conciliateurs voulaient cr&#233;er pour eux une nouvelle base, essayant d'&#233;craser les soviets par une combinaison artificielle de toutes sortes d'organisations. Les d&#233;mocrates r&#233;partissaient les voix selon leur gr&#233;, se guidant sur une seule pr&#233;occupation : s'assurer une majorit&#233; incontestable. Les organisations du sommet se trouv&#232;rent repr&#233;sent&#233;es d'une fa&#231;on incomparablement plus compl&#232;te que celles de la base. Les organes d'administration autonome, dans ce nombre les zemstvos non d&#233;mocratis&#233;s, obtinrent une pr&#233;pond&#233;rance formidable sur les soviets. Les coop&#233;rateurs se trouv&#232;rent dans le r&#244;le de dispensateurs des destins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coop&#233;rateurs qui, auparavant, n'avaient occup&#233; aucune place dans la politique, s'engag&#232;rent pour la premi&#232;re fois sur ce terrain pendant les journ&#233;es de la Conf&#233;rence de Moscou et, d&#232;s lors, commenc&#232;rent &#224; figurer non autrement que comme repr&#233;sentants de vingt millions de leurs membres, ou bien, encore plus simplement, au nom de &#034; la moiti&#233; de la population de la Russie &#034;. Par ses racines, la coop&#233;ration s'implantait dans la campagne au moyen de ses couches sup&#233;rieures qui approuvaient la &#034; juste &#034; expropriation des propri&#233;taires nobles sous condition que leurs propres lots, &#224; eux coop&#233;rateurs, fr&#233;quemment tr&#232;s importants, feraient l'objet non seulement d'une protection, mais d'une augmentation. Les leaders de la coop&#233;ration &#233;taient recrut&#233;s parmi les intellectuels lib&#233;ralo-populistes, partiellement lib&#233;ralo-marxistes, qui &#233;tablissaient un pont naturel entre les cadets et les conciliateurs. A l'&#233;gard des bolcheviks, les coop&#233;rateurs manifestaient une haine analogue &#224; celle du koulak pour le journalier insoumis. Pour se fortifier contre les bolcheviks, les conciliateurs s'agripp&#232;rent avidement aux coop&#233;rateurs qui avaient jet&#233; le masque de la neutralit&#233;. L&#233;nine stigmatisait cruellement les cuisiniers de l'officine d&#233;mocratique. &#034; Dix soldats ou ouvriers convaincus d'une fabrique arri&#233;r&#233;e - &#233;crivait-il - valent mille fois mieux que des centaines de d&#233;l&#233;gu&#233;s&#8230; frelat&#233;s. &#034; Trotsky d&#233;montrait au Soviet de P&#233;trograd que les fonctionnaires de la coop&#233;ration exprimaient aussi peu la volont&#233; politique des paysans qu'un m&#233;decin n'exprime les intentions politiques de ses clients ou qu'un commis des postes n'exprime les opinions des exp&#233;diteurs et des destinataires de lettres. &#034; Les coop&#233;rateurs doivent &#234;tre de bons organisateurs, marchands, comptables, mais, quant &#224; la d&#233;fense des droits de classe, les paysans comme les ouvriers la remettent &#224; leurs soviets. &#034; Cela n'emp&#234;cha pas les coop&#233;rateurs d'obtenir cent cinquante si&#232;ges et, avec les zemstvos r&#233;form&#233;s et toutes autres organisations que l'on tirait par les cheveux, d'alt&#233;rer compl&#232;tement le caract&#232;re de la repr&#233;sentation des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet de P&#233;trograd mit dans la liste de ses d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Conf&#233;rence L&#233;nine et Zinoviev. Le gouvernement donna l'ordre de les arr&#234;ter tous deux &#224; leur entr&#233;e dans l'&#233;difice du th&#233;&#226;tre, mais non point dans la salle m&#234;me des s&#233;ances : tel &#233;tait, &#233;videmment, le compromis entre les conciliateurs et K&#233;rensky. Mais l'affaire se borna &#224; une manifestation politique du Soviet : ni L&#233;nine ni Zinoviev ne se disposaient &#224; se montrer &#224; la Conf&#233;rence. L&#233;nine estimait que les bolcheviks n'avaient en somme rien &#224; y faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence s'ouvrit le 14 septembre, exactement un mois apr&#232;s la Conf&#233;rence d'&#201;tat, dans la salle de spectacle du th&#233;&#226;tre Alexandrine. Le chiffre des repr&#233;sentants valid&#233;s s'&#233;leva &#224; mille sept cent soixante-quinze. Environ mille deux cents assist&#232;rent &#224; l'ouverture. Les bolcheviks, bien entendu, &#233;taient en minorit&#233;. Mais, malgr&#233; tous les subterfuges du syst&#232;me &#233;lectoral, ils repr&#233;sentaient un groupe tr&#232;s imposant qui, sur certaines questions, rassemblait autour de lui plus du tiers de l'assistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il de la dignit&#233; d'un gouvernement fort de para&#238;tre devant on ne sait quelle conf&#233;rence &#034; particuli&#232;re &#034; ? Cette question fut l'objet de grandes tergiversations au palais d'Hiver et, par r&#233;percussion, d'&#233;motions profondes au th&#233;&#226;tre Alexandrine. A la fin des fins, le chef du gouvernement d&#233;cida de se produire devant la d&#233;mocratie. &#034; Accueilli par des applaudissements - dit Chliapnikov, racontant l'apparition de K&#233;rensky - il se dirigea vers le praesidium pour serrer la main &#224; ceux qui si&#233;geaient au bureau. Le tour vint &#224; nous (bolcheviks) qui &#233;tions assis &#224; peu de distance l'un de l'autre. Nous &#233;change&#226;mes un coup d'&#339;il et conv&#238;nmes rapidement de ne point lui serrer la main. Un geste th&#233;&#226;tral par-dessus la table - je me d&#233;tournai de la main qui m'&#233;tait tendue, et K&#233;rensky, le bras en avant, ne trouvant point nos mains, alla plus loin. &#034; Le chef du gouvernement trouva le m&#234;me accueil sur le flanc oppos&#233;, chez les korniloviens. Or, exception faite des bolcheviks et des korniloviens, il ne restait d&#233;j&#224; plus de forces r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraint par toutes les circonstances de pr&#233;senter des explications au sujet de son r&#244;le dans le complot, K&#233;rensky, cette fois encore, compta trop sur ses facult&#233;s d'improvisation. &#034; Je sais ce qu'ils voulaient, - ces mots lui &#233;chapp&#232;rent, - parce qu'avant de chercher Kornilov ils venaient me trouver et me proposaient cette route. &#034; De la gauche, l'on crie : &#034; Qui est-ce qui venait ?&#8230; Qui est-ce qui offrait ? &#034; &#201;pouvant&#233; par la r&#233;sonance de ses propres paroles, K&#233;rensky s'&#233;tait d&#233;j&#224; renferm&#233; en lui-m&#234;me. Mais les dessous politiques du complot se d&#233;couvrirent m&#234;me pour les moins avertis. Un conciliateur ukrainien, Porch, d&#233;clarait, &#233;tant de retour, &#224; la Rada de Kiev : &#034; K&#233;rensky n'a pas r&#233;ussi &#224; d&#233;montrer qu'il &#233;tait &#233;tranger &#224; l'insurrection kornilovienne. &#034; Mais le chef du gouvernement s'assena lui-m&#234;me, dans son discours, un autre coup non moins dur. Quand, en r&#233;ponse &#224; des phrases dont tout le monde &#233;tait las : &#034; Au moment du danger, tous viendront et s'expliqueront &#034;, etc., on lui criait : &#034; Eh bien, et la peine de mort ? &#034;, l'orateur, ayant perdu son &#233;quilibre d'une fa&#231;on tout &#224; fait inattendue pour tous, comme probablement pour lui-m&#234;me, s'&#233;cria : &#034; Attendez d'abord qu'au moins une sentence de mort ait &#233;t&#233; sign&#233;e par moi, g&#233;n&#233;ralissime, et alors je vous permettrai de me maudire. &#034; Un soldat s'avance vers l'estrade et lui crie &#224; bout portant : &#034; Vous &#234;tes le malheur du pays ! &#034; Tiens, tiens ! Lui, K&#233;rensky, &#233;tait pr&#234;t &#224; oublier le haut poste qu'il occupait pour s'expliquer avec la Conf&#233;rence simplement en homme. &#034; Mais tous ne comprennent pas ici l'homme. &#034; Par suite, il emploiera le langage du pouvoir : &#034; Quiconque osera&#8230; &#034; H&#233;las ! on avait d&#233;j&#224; entendu &#231;a &#224; Moscou, et Kornilov avait pourtant os&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Si la peine de mort &#233;tait indispensable, - demandait Trotsky dans son discours, - comment donc lui, K&#233;rensky, se d&#233;cide-t-il &#224; dire qu'il n'en fera pas usage ? Et si, d'autre part, il croit possible de s'engager devant la d&#233;mocratie &#224; ne pas appliquer la peine de mort&#8230; il transforme le r&#233;tablissement de cette peine en un acte d'&#233;tourderie qui d&#233;passe les bornes de la criminalit&#233;. &#034; Toute la salle &#233;tait d'accord l&#224;-dessus, les uns en silence, les autres bruyamment. &#034; K&#233;rensky, par son aveu, discr&#233;dita fortement et lui-m&#234;me et le gouvernement provisoire &#224; ce moment-l&#224; &#034;, d&#233;clare son coll&#232;gue et admirateur, D&#233;mianov, adjoint au ministre de la Justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas un des ministres n'a pu raconter ce que le gouvernement avait fait &#224; proprement parler, sinon de r&#233;soudre les probl&#232;mes de sa propre existence. Des mesures &#233;conomiques ? On ne peut en indiquer une seule. Une politique de paix ? &#034; Je ne sais - disait l'ancien ministre de la Justice, Zaroudny, le plus franc de tous si le gouvernement provisoire a fait quelque chose &#224; cet &#233;gard, je n'en ai rien vu. &#034; Zaroudny se plaignait d'un ton stup&#233;fait de constater que &#034; tout le pouvoir s'&#233;tait trouv&#233; entre les mains d'un seul homme &#034; qui, d'un signe, convoquait ou renvoyait des ministres. Ts&#233;r&#233;telli, imprudemment, reprit ce th&#232;me : &#034; Que la d&#233;mocratie s'en prenne &#224; elle-m&#234;me si, en haut, son repr&#233;sentant a le vertige. &#034; Mais justement Ts&#233;r&#233;telli incarnait plus que tous autres en lui-m&#234;me ces traits de la d&#233;mocratie qui engendrait les tendances bonapartistes du pouvoir. &#034; Pourquoi K&#233;rensky a-t-il occup&#233; la place qu'il d&#233;tient aujourd'hui ? - r&#233;pliquait Trotsky ; l'accession de K&#233;rensky n'est due qu'&#224; la faiblesse et &#224; l'irr&#233;solution de la d&#233;mocratie&#8230; Je n'ai pas entendu ici un seul orateur qui aurait pris sur lui l'honneur peu enviable de d&#233;fendre le Directoire ou son pr&#233;sident&#8230; &#034; Apr&#232;s une explosion de protestations, l'orateur continue : &#034; Je regrette beaucoup que ce point de vue, qui trouve dans la salle une si v&#233;h&#233;mente expression, n'ait pas &#233;t&#233; traduit d'une fa&#231;on nette &#224; cette tribune. Pas un orateur n'est mont&#233; ici pour nous dire : &#034; A quoi bon discutez-vous avec l'ancienne coalition, pourquoi r&#233;fl&#233;chissez-vous&#8230; &#224; la coalition future ? Nous avons K&#233;rensky et cela nous suffit&#8230; &#034; Mais la fa&#231;on bolcheviste de poser la question joint presque automatiquement Ts&#233;r&#233;telli &#224; Zaroudny, et eux deux &#224; K&#233;rensky. Milioukov &#233;crivait l&#224;-dessus fort justement : Zaroudny pouvait se plaindre de l'autoritarisme de K&#233;rensky. Ts&#233;r&#233;telli pouvait indiquer que le chef du gouvernement avait le vertige - &#034; c'&#233;taient des mots &#034; ; mais lorsque Trotsky constatait qu'&#224; la Conf&#233;rence personne ne s'&#233;tait charg&#233; de d&#233;fendre ouvertement K&#233;rensky &#034; l'assembl&#233;e sentit tout de suite que celui qui parlait &#233;tait l'ennemi commun &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet du pouvoir, ceux qui le repr&#233;sentaient n'en parlaient point autrement que comme d'un fardeau et d'une calamit&#233;. La lutte pour le pouvoir ? Le ministre P&#233;ch&#233;khonov pr&#234;chait : &#034; Le pouvoir se pr&#233;sente maintenant tel que tous s'en d&#233;tournent en se signant. &#034; Ainsi vraiment ? Kornilov ne se d&#233;tournait pas avec des signes de croix. Mais la le&#231;on toute r&#233;cente &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; demi oubli&#233;e. Ts&#233;r&#233;telli s'indignait contre les bolcheviks qui ne prenaient pas eux-m&#234;mes le pouvoir et qui poussaient au pouvoir les soviets. La pens&#233;e de Ts&#233;r&#233;telli fut reprise par d'autres. Oui, les bolcheviks doivent prendre le pouvoir, disait-on &#224; mi-voix au bureau du pr&#233;sidium. Avksentiev se tourna vers Chliapnikov, qui &#233;tait assis non loin de lui : &#034; Prenez le pouvoir, les masses vous suivent. &#034; R&#233;pondant &#224; son voisin sur le m&#234;me ton, Chliapnikov proposa que le pouvoir f&#251;t d'abord d&#233;pos&#233; sur le bureau du pr&#233;sidium. Les d&#233;fis &#224; demi ironiques qui s'adressaient aux bolcheviks, soit dans le discours &#224; la tribune, soit dans les entretiens de couloirs, &#233;taient partiellement des railleries, partiellement des investigations. Que pensent faire par la suite ces hommes qui sont arriv&#233;s &#224; la t&#234;te des soviets de P&#233;trograd, de Moscou et de nombreux soviets provinciaux ? Est-il possible qu'ils osent r&#233;ellement s'emparer du pouvoir ? On n'y croyait pas. Deux jours avant le discours provocant de Ts&#233;r&#233;telli, la Rietch &#233;crivait que le meilleur moyen de se d&#233;barrasser du bolchevisme pour de longues ann&#233;es serait de confier &#224; ses leaders les destin&#233;es du pays ; mais &#034; ces tristes h&#233;ros du jour ne s'empressent nullement de saisir le pouvoir dans son int&#233;gralit&#233;,&#8230; pratiquement leur position ne peut &#234;tre prise en consid&#233;ration d'aucun point de vue. &#034; Cette arrogante conclusion &#233;tait, pour le moins, h&#226;tive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense avantage des bolcheviks, jusqu'&#224; pr&#233;sent peut-&#234;tre non encore appr&#233;ci&#233; comme il conviendrait, consistait en ceci qu'ils comprenaient parfaitement leurs adversaires, on pourrait dire qu'ils voyaient en eux par transparence. ils y &#233;taient aid&#233;s par la m&#233;thode mat&#233;rialiste, et par l'&#233;cole l&#233;niniste de la clart&#233; et de la simplicit&#233;, et par la vive circonspection d'hommes qui ont r&#233;solu de marcher jusqu'au bout. Par centre, les lib&#233;raux et les conciliateurs se figuraient les bolcheviks suivant les besoins du moment. Il ne pouvait en &#234;tre autrement : les partis auxquels leur d&#233;veloppement n'a pas laiss&#233; d'issue n'ont jamais montr&#233; la capacit&#233; de regarder la r&#233;alit&#233; en face, de m&#234;me qu'un malade incurable n'est pas capable de regarder en face sa maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, sans croire au soul&#232;vement des bolcheviks, les conciliateurs le redoutaient. C'est ce que K&#233;rensky exprima mieux que tous. &#034; Ne vous y trompez pas - s'&#233;cria-t-il tout &#224; coup dans son discours - ne croyez pas que, si je suis traqu&#233; par les bolcheviks, il n'y ait pas derri&#232;re moi les forces de la d&#233;mocratie. Ne croyez pas que je manque de points d'appui. Sachez bien que si vous entreprenez quelque chose, les chemins de fer s'arr&#234;teront, les d&#233;p&#234;ches ne seront pas transmises&#8230; &#034; Une partie de la salle applaudit, une partie, troubl&#233;e, se tait, le groupe bolchevik rit aux &#233;clats. Mauvaise, la dictature qui est oblig&#233;e de d&#233;montrer qu'elle ne manque pas de points d'appui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux d&#233;fis ironiques, aux accusations de l&#226;chet&#233; et aux menaces absurdes, les bolcheviks r&#233;pondirent dans leur d&#233;claration : &#034; Luttant pour la conqu&#234;te du pouvoir en vue de la r&#233;alisation de son programme, notre parti n'a jamais tendu et ne tend point &#224; s'emparer du pouvoir contre la volont&#233; organis&#233;e de la majorit&#233; des masses laborieuses du pays. &#034; Cela signifiait : nous prendrons le pouvoir en tant que parti de la majorit&#233; sovi&#233;tique. Les termes concernant &#034; la volont&#233; organis&#233;e des travailleurs &#034; se rapportaient au prochain congr&#232;s des soviets. &#034; Parmi les d&#233;cisions et propositions de la Conf&#233;rence pr&#233;sente&#8230; - disait la d&#233;claration, - peuvent trouver leur voie de r&#233;alisation seulement celles qui seront admises par le Congr&#232;s panrusse des soviets&#8230; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Trotsky lisait la d&#233;claration des bolcheviks, mentionnant la n&#233;cessit&#233; d'armer imm&#233;diatement les ouvriers, des exclamations persistantes &#233;clat&#232;rent sur les bancs de la majorit&#233; : &#034; Pour quoi, pour quoi ? &#034; C'&#233;tait toujours la m&#234;me note d'alarme et de provocation. Pour quoi ? &#034; Pour constituer effectivement une citadelle oppos&#233;e &#224; la contre-r&#233;volution &#034;, r&#233;pond l'orateur. Mais non seulement pour cela. &#034; Je vous dis, au nom de notre parti et des masses prol&#233;tariennes qui le suivent, que les ouvriers arm&#233;s&#8230; d&#233;fendront le pays de la r&#233;volution contre les troupes imp&#233;rialistes avec un h&#233;ro&#239;sme tel que l'histoire de Russie n'en a jamais connu de pareil&#8230; &#034; Ts&#233;r&#233;telli caract&#233;risa cette promesse qui divisait nettement la salle comme une phrase vide de sens. L'histoire de l'arm&#233;e rouge a, dans la suite, r&#233;fut&#233; ce qu'il disait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les heures ardentes o&#249; les leaders conciliateurs repoussaient la coalition avec les cadets &#233;taient rest&#233;es loin en arri&#232;re : sans les cadets, la coalition se trouva impossible. On n'allait pas, vraiment, prendre le pouvoir soi-m&#234;me ! &#034; Nous aurions pu nous saisir du pouvoir d&#232;s le 27 f&#233;vrier - ratiocinait Skob&#233;lev mais&#8230; nous employ&#226;mes toute la vertu de notre influence &#224; aider les &#233;l&#233;ments bourgeois &#224; se remettre de leur trouble&#8230; pour qu'ils vinssent au pouvoir. &#034; Pourquoi donc ces messieurs avaient-ils emp&#234;ch&#233; les korniloviens, remis de leur trouble, de s'emparer du pouvoir ? Un pouvoir purement bourgeois, expliquait Ts&#233;r&#233;telli, est encore impossible : cela provoquerait une guerre civile. Il fallait battre Kornilov pour que, par son entreprise d'aventurier, il n'emp&#234;ch&#226;t point la bourgeoisie de venir au pouvoir en quelques &#233;tapes. &#034; Maintenant que la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire est sortie victorieuse, le moment est particuli&#232;rement favorable pour une coalition. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie politique de la coalition fut exprim&#233;e par son leader Berkenheim : &#034; Que nous le voulions ou non, la bourgeoisie est la classe &#224; laquelle appartiendra le pouvoir. &#034; Le vieux r&#233;volutionnaire populiste Minor suppliait la Conf&#233;rence de se prononcer unanimement pour la coalition. Autrement, &#034; inutile de se faire des illusions : nous &#233;gorgerons &#034;. &#8211; Qui ? criait-on des si&#232;ges de gauche. &#034; Nous nous &#233;gorgerons entre nous &#034;, termina Minor dans un silence sinistre. Mais pourtant, d'apr&#232;s l'id&#233;e des cadets, le bloc gouvernemental &#233;tait n&#233;cessaire pour la lutte contre la &#034; voyouterie anarchique &#034; des bolcheviks : &#034; En cela r&#233;sidait proprement l'id&#233;e de la coalition &#034;, expliqua Milioukov avec une enti&#232;re franchise. Alors que Minor esp&#233;rait que la coalition permettrait de ne pas s'entr'&#233;gorger, Milioukov, par contre, esp&#233;rait fermement que la coalition donnerait la possibilit&#233;, &#224; forces jointes, d'&#233;gorger les bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les d&#233;bats sur la coalition, Riazanov lut un &#233;ditorial de la Rietch du 29 ao&#251;t que Milioukov avait retir&#233; au dernier moment, laissant dans le journal une colonne blanche : &#034; Oui, nous n'avons pas peur de dire que le g&#233;n&#233;ral Kornilov poursuivait les m&#234;mes desseins que ceux que nous estimons indispensables pour le salut de la patrie. &#034; La citation fut impressionnante. &#034; Oh ! oui, des sauveteurs ! &#034; - ces mots partent de la gauche de l'assembl&#233;e. Mais les cadets ont des d&#233;fenseurs : car enfin l'&#233;ditorial n'a pas &#233;t&#233; imprim&#233; ! En outre, les cadets n'ont pas &#233;t&#233; tous pour Kornilov, il faut faire une diff&#233;rence entre les p&#233;cheurs et les justes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; On dit que l'on ne peut accuser le parti cadet d'avoir particip&#233; tout entier au soul&#232;vement kornilovien, - r&#233;pliquait Trotsky. Ici, Znamensky nous a dit, non point pour la premi&#232;re fois, &#224; nous autres bolcheviks : vous avez protest&#233; parce que nous rendions responsable tout votre parti pour le mouvement des 3-5 juillet ; ne revenez pas aux m&#234;mes erreurs, ne rendez pas responsables tous les cadets pour le soul&#232;vement de Kornilov. Mais, dans cette comparaison, il y a, selon moi, un petit lapsus : quand on accusait les bolcheviks d'avoir provoqu&#233; le mouvement des 3-5 juillet, il s'agissait de les inviter &#224; prendre place non au minist&#232;re, mais bien plut&#244;t dans la prison de Kresty. Cette distinction, je l'esp&#232;re, ne sera pas contest&#233;e par (le ministre de la Justice) Zaroudny. Nous aussi disons : si vous d&#233;sirez tra&#238;ner les cadets en prison pour le mouvement kornilovien, ne faites pas la chose en gros, mais examinez s&#233;par&#233;ment chaque cadet sous toutes ses faces. (Rires ; des voix : Bravo !) Mais s'il s'agit de faire entrer le parti cadet dans le minist&#232;re, le point d&#233;cisif n'est pas de savoir si tel ou tel cadet s'est trouv&#233; dans la coulisse en accord avec Kornilov ; de savoir que Maklakov se tenait &#224; la table d'&#233;coute quand Savinkov menait des pourparlers t&#233;l&#233;graphiques avec Kornilov ; de savoir que Roditchev s'&#233;tait rendu dans la province du Don et avait eu des pourparlers politiques avec Kal&#233;dine ; non, l'affaire n'est point l&#224; ; elle consiste en ceci que toute la presse bourgeoise ou bien a salu&#233; ouvertement l'action de Kornilov, ou bien a gard&#233; un silence prudent, en attendant la victoire de celui-ci&#8230; Voil&#224; pourquoi je dis que vous n'avez point de partenaires pour la coalition ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, un repr&#233;sentant d'Helsingfors et de Sv&#233;aborg, le matelot Chichkine, disait, sur le m&#234;me th&#232;me, plus bri&#232;vement et persuasivement : &#034; Le minist&#232;re de coalition ne jouira chez les matelots de la flotte baltique et de la garnison de Finlande ni de la confiance, ni d'un appui&#8230; Contre la cr&#233;ation d'un minist&#232;re de coalition, les matelots ont hiss&#233; les pavillons de combat. &#034; Les arguments de la raison n'agissaient point. Le matelot Chichkine employait l'argument des pi&#232;ces d'artillerie navale. Il fut enti&#232;rement approuv&#233; par d'autres matelots qui montaient la garde aux issues de la salle des s&#233;ances. Boukharine raconta plus tard comment &#034; les matelots plac&#233;s en sentinelles par K&#233;rensky pour prot&#233;ger la Conf&#233;rence d&#233;mocratique contre nous autres bolcheviks, s'adressaient &#224; Trotsky et lui demandaient en faisant cliqueter leurs ba&#239;onnettes : &#034; Est-ce qu'on va pouvoir bient&#244;t travailler avec ce truc-l&#224; ? &#034; Il n'y avait l&#224; qu'une r&#233;p&#233;tition de la question que les matelots de l'Aurore avaient pos&#233;e dans leur entrevue avec les prisonniers de Kresty. Mais maintenant les temps approchaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on n&#233;glige les nuances, il est facile d'&#233;tablir dans la Conf&#233;rence trois groupes : un centre vaste mais extr&#234;mement instable, qui n'ose pas prendre le pouvoir, accepte la coalition mais ne veut point des cadets ; une aile droite, faible, qui tient pour K&#233;rensky et la coalition avec la bourgeoisie sans aucune limitation ; une aile gauche, deux fois plus forte, qui tient pour le pouvoir des soviets, ou bien pour un gouvernement socialiste. A la r&#233;union des d&#233;l&#233;gu&#233;s sovi&#233;tiques de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, Trotsky se pronon&#231;a pour la transmission du pouvoir aux soviets, Martov pour un minist&#232;re socialiste homog&#232;ne. La premi&#232;re formule r&#233;unit quatre vingt-six suffrages, la deuxi&#232;me, quatre-vingt-dix-sept. Formellement il n'y avait gu&#232;re que la moiti&#233; des soviets ouvriers et soldats qui eussent &#224; ce moment des bolcheviks &#224; leur t&#234;te, l'autre moiti&#233; h&#233;sitait entre les bolcheviks et les conciliateurs. Mais les bolcheviks parlaient au nom des puissants soviets des centres les plus industriels et les plus instruits du pays ; dans les soviets, ils &#233;taient infiniment plus forts que dans la Conf&#233;rence et, dans le prol&#233;tariat et l'arm&#233;e, infiniment plus forts que dans les soviets. Les soviets attard&#233;s ne cessaient pas de chercher &#224; rejoindre les plus avanc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la coalition vot&#232;rent &#224; la Conf&#233;rence 766 d&#233;put&#233;s contre 688, avec 38 abstentions. Les deux camps &#233;taient presque en &#233;quilibre ! Un amendement excluant les cadets de la coalition r&#233;unit une majorit&#233; : 595 voix contre 493 avec 72 abstentions. Mais l'&#233;limination des cadets rendait la coalition inop&#233;rante. Par suite, la r&#233;solution dans l'ensemble fut rejet&#233;e par une majorit&#233; de 813 voix, c'est-&#224;-dire par un bloc des flancs extr&#234;mes, partisans r&#233;solus et adversaires irr&#233;conciliables de la coalition, contre le centre qui avait fondu jusqu'&#224; 183 voix, avec 80 abstentions. Ce fut le mieux group&#233; de tous les votes ; mais il fut aussi st&#233;rile que l'id&#233;e m&#234;me de la coalition avec les cadets qu'il repoussait. &#034; Sur la question radicalement essentielle - &#233;crit justement Milioukov - la Conf&#233;rence resta ainsi sans opinion et sans formule. &#034; Que restait-il &#224; faire aux leaders ? Fouler aux pieds la volont&#233; de la &#034; d&#233;mocratie &#034;, qui avait rejet&#233; leur propre volont&#233;. On convoque un pr&#233;sidium de repr&#233;sentants des partis et des groupes pour r&#233;viser la question d&#233;j&#224; r&#233;solue par le pl&#233;num. R&#233;sultat : 50 voix pour la coalition, 60 contre. Maintenant, semble-t-il, c'est clair. La question de la responsabilit&#233; du gouvernement devant l'organe permanent de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique est ent&#233;rin&#233;e &#233;galement, &#224; l'unanimit&#233;, par le m&#234;me pr&#233;sidium &#233;largi. Pour l'adjonction &#224; cet organe de repr&#233;sentants de la bourgeoisie, 56 mains se l&#232;vent contre 48 avec 10 abstentions. Survient K&#233;rensky pour d&#233;clarer qu'&#224; un gouvernement purement socialiste il refuse de participer. Apr&#232;s cela, le probl&#232;me se ram&#232;ne &#224; renvoyer dans leurs foyers les membres de cette malheureuse Conf&#233;rence, en la rempla&#231;ant par une institution dans laquelle les partisans d'une coalition inconditionn&#233;e seraient en majorit&#233;. Pour arriver au r&#233;sultat d&#233;sir&#233;, il suffit de conna&#238;tre les r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de l'arithm&#233;tique. Au nom du pr&#233;sidium, Ts&#233;r&#233;telli soumet &#224; la Conf&#233;rence une motion disant en substance que l'organe repr&#233;sentatif est appel&#233; &#034; &#224; collaborer &#224; la cr&#233;ation du pouvoir &#034; et que le gouvernement doit &#034; sanctionner cet organe &#034; : les r&#234;ves de remontrances &#224; K&#233;rensky sont ainsi renvoy&#233;s aux archives. Compl&#233;t&#233; dans la proportion convenable avec des repr&#233;sentants de la bourgeoisie, le futur Soviet de la R&#233;publique, ou pr&#233;parlement, aura pour t&#226;che de sanctionner un gouvernement de coalition comptant des cadets. La r&#233;solution de Ts&#233;r&#233;telli signifie exactement le contraire de ce que voulait la Conf&#233;rence et de ce que venait de d&#233;cider le praesidium. Mais la d&#233;composition, l'effondrement, la d&#233;moralisation sont tels que l'assembl&#233;e adopte la capitulation qu'on lui propose sous une forme l&#233;g&#232;rement d&#233;guis&#233;e par 829 voix contre 106, avec 69 abstentions. &#034; Eh bien ! vous avez remport&#233; la victoire pour le moment, messieurs les conciliateurs et messieurs les cadets - &#233;crit le journal des bolcheviks. Jouez votre jeu. Faites une nouvelle exp&#233;rience. Ce sera la derni&#232;re, nous vous le garantissons. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; La Conf&#233;rence d&#233;mocratique - dit Stank&#233;vitch - frappa m&#234;me ceux qui en avaient pris l'initiative par une extraordinaire dispersion de la pens&#233;e. &#034; Dans les partis conciliateurs, &#034; compl&#232;te discorde &#034; ; de droite, dans le milieu bourgeois, &#034; grognements sourds, calomnie colport&#233;es &#224; mi-voix, lent grignotement des derniers restes de l'autorit&#233; gouvernementale&#8230; Et seulement &#224; gauche, consolidation des forces et de l'&#233;tat d'esprit &#034;. Voil&#224; ce que dit un adversaire, voil&#224; comment t&#233;moigne un ennemi qui, en Octobre encore, tirera sur les bolcheviks. La parade de la d&#233;mocratie &#224; P&#233;trograd fut pour les conciliateurs ce que pour K&#233;rensky avait &#233;t&#233;, &#224; Moscou, la parade de l'unit&#233; nationale : une confession publique d'incapacit&#233;, une revue du marasme politique. Si la Conf&#233;rence d'&#201;tat avait donn&#233; une impulsion au soul&#232;vement de Kornilov, la Conf&#233;rence d&#233;mocratique d&#233;blaya d&#233;finitivement la route pour l'insurrection des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de se s&#233;parer, la Conf&#233;rence constitua un organe permanent, en y d&#233;l&#233;guant 15 % de l'effectif de chaque groupe, au total environ 350 d&#233;l&#233;gu&#233;s. Les institutions des classes poss&#233;dantes devaient obtenir en outre 120 si&#232;ges. Le gouvernement ajouta de son c&#244;t&#233; 20 si&#232;ges pour les Cosaques. Le tout devait constituer le Soviet de la R&#233;publique, ou pr&#233;parlement, qui devait repr&#233;senter la nation jusqu'&#224; la convocation de l'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude &#224; prendre &#224; l'&#233;gard du Soviet de la R&#233;publique posa imm&#233;diatement pour les bolcheviks un grave probl&#232;me de tactique : irait-on ou n'irait-on pas ? Le boycottage des institutions parlementaires du c&#244;t&#233; des anarchistes et des demi-anarchistes est dict&#233; par le d&#233;sir de ne pas soumettre leur impuissance &#224; la v&#233;rification des masses et de conserver ainsi leur droit &#224; une attitude passivement alti&#232;re qui ne donne pas froid aux ennemis ni chaud aux amis. Un parti r&#233;volutionnaire n'a le droit de tourner le dos au parlement que s'il se donne pour but imm&#233;diat de renverser le r&#233;gime existant ; pendant les ann&#233;es qui se sont &#233;coul&#233;es entre les deux r&#233;volutions, L&#233;nine a &#233;tudi&#233; d'une fa&#231;on tr&#232;s p&#233;n&#233;trante les probl&#232;mes du parlementarisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me un parlement censitaire peut s'av&#233;rer, et s'est av&#233;r&#233; plus d'une fois dans l'histoire, comme l'expression d'un rapport effectif des classes : telles furent, par exemple, les Doumas d'Empire apr&#232;s la d&#233;faite de la R&#233;volution de 1905-1907. Boycotter de tels parlements, c'est boycotter le rapport effectif des forces au lieu de le modifier dans le sens de la r&#233;volution. Mais le pr&#233;parlement de Ts&#233;r&#233;telli-K&#233;rensky ne r&#233;pondait en aucune mesure au rapport des forces. Il &#233;tait engendr&#233; par l'impuissance et la ruse des sommets, par la croyance en une mystique des institutions, par le f&#233;tichisme de la forme, par l'espoir de soumettre &#224; ce f&#233;tichisme un ennemi infiniment plus fort et de le discipliner ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour forcer la r&#233;volution &#224; passer, pliant le dos et t&#232;te basse, sous le joug du pr&#233;parlement, il fallait pr&#233;alablement sinon &#233;craser la r&#233;volution, du moins lui infliger une d&#233;faite s&#233;rieuse. En r&#233;alit&#233;, la d&#233;faite avait &#233;t&#233; essuy&#233;e trois semaines auparavant par l'avant-garde de la bourgeoisie. La r&#233;volution, par contre, trouvait un afflux de forces. Elle se donnait pour but non point une r&#233;publique bourgeoise, mais une r&#233;publique d'ouvriers et de paysans, et elle n'avait aucun motif de passer en rampant sous le joug du pr&#233;parlement, alors qu'elle se d&#233;veloppait de plus en plus largement dans les soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 septembre, le Comit&#233; central des bolcheviks convoqua une conf&#233;rence du parti, compos&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s bolcheviks de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, des membres du Comit&#233; central et du Comit&#233; de P&#233;trograd. En qualit&#233; de rapporteur au nom du Comit&#233; central, Trotsky proposa le mot d'ordre du boycottage &#224; l'&#233;gard du pr&#233;parlement. Cette proposition rencontra l'opposition r&#233;solue des uns (Kam&#233;nev, Rykov, Riazanov) et l'assentiment des autres (Sverdlov, Ioff&#233;, Staline). Le Comit&#233; central, s'&#233;tant divis&#233; &#224; parties &#233;gales sur la question litigieuse, se vit forc&#233;, en d&#233;pit des statuts et de la tradition du parti, de soumettre la question &#224; la d&#233;cision de la Conf&#233;rence. Deux rapporteurs : Trotsky et Rykov, se pr&#233;sent&#232;rent pour exprimer des points de vue oppos&#233;s. Il pouvait sembler, et cela semblait &#224; la majorit&#233;, que les ardents d&#233;bats avaient un caract&#232;re de pure tactique. En r&#233;alit&#233;, la discussion renouvelait les dissensions d'avril et pr&#233;parait celles d'Octobre. La question &#233;tait de savoir si le parti adaptait ses t&#226;ches au d&#233;veloppement de la r&#233;publique bourgeoise ou bien si, vraiment, il se donnait pour but de conqu&#233;rir le pouvoir. Par une majorit&#233; de soixante-dix-sept voix contre cinquante, la conf&#233;rence du parti repoussa le mot d'ordre du boycottage. Le 22 septembre, Riazanov trouva la possibilit&#233; de d&#233;clarer &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, au nom du parti, que les bolcheviks envoyaient leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s au pr&#233;parlement pour &#034; d&#233;noncer, dans cette nouvelle forteresse des conciliateurs, toutes tentatives d'une nouvelle coalition avec la bourgeoisie &#034;. Cela avait un ton radical. Mais, au fond, cela signifiait que l'on remplacerait la politique de l'action r&#233;volutionnaire par la politique d'une opposition accusatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses d'avril de L&#233;nine avaient &#233;t&#233; formellement assimil&#233;es par tout le parti ; mais, dans chaque grande question, en dessous d'elles, &#233;mergeaient les &#233;tats d'esprit de mars, encore tr&#232;s forts dans la couche sup&#233;rieure du parti qui, en bien des points du pays, commen&#231;ait seulement &#224; se s&#233;parer des mencheviks. L&#233;nine ne put se m&#234;ler &#224; la discussion qu'avec du retard. Le 23 septembre, il &#233;crivait : &#034; Il faut boycotter le pr&#233;parlement. Il faut se retirer dans les soviets d'ouvriers, de soldats et de paysans, se retirer dans les syndicats, se retirer en g&#233;n&#233;ral dans les masses. Il faut les appeler &#224; la lutte. Il faut leur donner un mot d'ordre juste et clair : chasser la bande bonapartiste de K&#233;rensky avec son fallacieux pr&#233;parlement&#8230; Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires n'ont pas accept&#233;, m&#234;me apr&#232;s l'aventure kornilovienne, notre compromis&#8230; Lutte implacable contre eux. Implacable leur exclusion de toutes les organisations r&#233;volutionnaires&#8230; Trotsky &#233;tait pour le boycottage. Bravo, camarade Trotsky ! Le mot d'ordre du boycottage est battu dans la fraction des bolcheviks qui se sont r&#233;unis &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique. Mais vive le boycottage ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus la question p&#233;n&#233;trait profond&#233;ment dans le parti, plus d&#233;finitivement se modifiait le rapport des forces en faveur du boycottage. Dans presque toutes les organisations locales se constituaient une majorit&#233; et une minorit&#233;. Dans le Comit&#233; de Kiev, par exemple, les partisans du boycottage, ayant &#224; leur t&#234;te Evgu&#233;nia Boch, constituaient une faible minorit&#233;, mais d&#233;j&#224;, quelques jours apr&#232;s, &#224; la conf&#233;rence de la ville, une majorit&#233; &#233;crasante votait une r&#233;solution de boycottage du pr&#233;parlement : &#034; On ne doit pas perdre du temps &#224; bavarder et &#224; semer des illusions. &#034; Le parti se h&#226;tait de corriger ses sommets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, se d&#233;battant contre les molles pr&#233;tentions de la d&#233;mocratie, K&#233;rensky faisait tout ce qu'il pouvait pour montrer aux cadets qu'il avait le poing solide. Le 18 septembre, il &#233;dicta l'ordonnance inattendue de dissoudre le Comit&#233; central de la flotte de guerre. Les matelots r&#233;pondirent : &#034; Consid&#233;rer l'ordonnance de dissolution du Tsentroflot comme ill&#233;gale, donc non applicable et exiger qu'elle soit imm&#233;diatement rapport&#233;e. &#034; A l'affaire se m&#234;la le Comit&#233; ex&#233;cutif ; il procura &#224; K&#233;rensky un pr&#233;texte de forme pour retirer, trois jours apr&#232;s, son ordonnance. A Tachkent, le Soviet, compos&#233; en majorit&#233; de socialistes-r&#233;volutionnaires, avait pris entre ses mains le pouvoir, destituant les vieux fonctionnaires. K&#233;rensky envoya au g&#233;n&#233;ral d&#233;sign&#233; pour r&#233;primer le soul&#232;vement de Tachkent un t&#233;l&#233;gramme : &#034; N'entrer dans aucuns pourparlers avec les mutins&#8230; Les mesures les plus d&#233;cisives sont n&#233;cessaires. &#034; Les troupes arriv&#232;rent, occup&#232;rent la ville et mirent en &#233;tat d'arrestation les repr&#233;sentants du pouvoir sovi&#233;tique. Imm&#233;diatement &#233;clata une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, avec la participation de quarante syndicats ; pendant huit jours les journaux ne sortirent point, la garnison se mit en effervescence. C'est ainsi que, poursuivant le fant&#244;me de l'ordre, le gouvernement semait l'anarchie bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour m&#234;me o&#249; la Conf&#233;rence avait vot&#233; une r&#233;solution contre la coalition avec les cadets, le Comit&#233; central du parti cadet invita Konovalov et Kichkine &#224; accepter l'offre faite par K&#233;rensky d'entrer dans le cabinet minist&#233;riel. La baguette du chef d'orchestre &#233;tait, disait-on, celle de Buchanan. Il ne faut pas, probablement, prendre cela trop &#224; la lettre ; sinon Buchanan lui-m&#234;me, c'&#233;tait son ombre qui menait le concert : il fallait cr&#233;er un gouvernement acceptable pour les Alli&#233;s. Les industriels et les financiers de Moscou s'ent&#234;taient, cherchaient &#224; se mettre en valeur, posaient des ultimatums. La Conf&#233;rence d&#233;mocratique s'&#233;puisait dans des votes successifs, s'imaginant qu'ils avaient une signification r&#233;elle. En r&#233;alit&#233;, la question se d&#233;cidait au palais d'Hiver, dans les s&#233;ances pl&#233;ni&#232;res des d&#233;bris du gouvernement avec les repr&#233;sentants des partis de coalition. Les cadets y envoyaient leurs korniloviens les plus ouvertement d&#233;clar&#233;s. Tous essayaient de se persuader mutuellement de la n&#233;cessit&#233; de l'unit&#233;. Ts&#233;r&#233;telli, intarissable puits de lieux communs, d&#233;couvrit que l'obstacle principal &#224; un accord &#034; se trouvait jusqu'&#224; pr&#233;sent dans une m&#233;fiance r&#233;ciproque&#8230; Cette m&#233;fiance doit &#234;tre &#233;limin&#233;e &#034;. Le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res T&#233;r&#233;chtchenko calcula que sur cent quatre-vingt-dix-sept jours d'existence du gouvernement r&#233;volutionnaire, cinquante-six avaient &#233;t&#233; occup&#233;s par des crises. Et il n'expliqua pas &#224; quoi avaient &#233;t&#233; employ&#233;s les autres jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que la Conf&#233;rence d&#233;mocratique n'e&#251;t adopt&#233; la r&#233;solution de Ts&#233;r&#233;telli, contraire &#224; ses desseins, les correspondants des journaux anglais et am&#233;ricains communiquaient par t&#233;l&#233;graphe que la coalition avec les cadets &#233;tait garantie et donnaient avec assurance les noms des nouveaux ministres. De son c&#244;t&#233;, le Conseil moscovite des personnalit&#233;s en vue, sous la pr&#233;sidence du toujours lui-m&#234;me Rodzianko, f&#233;licitait un de ses membres, Tr&#233;tiakov, d'avoir &#233;t&#233; invit&#233; &#224; participer au gouvernement. Le 9 ao&#251;t, ces messieurs avaient envoy&#233; un t&#233;l&#233;gramme &#224; Kornilov : &#034; A l'heure dangereuse d'une p&#233;nible &#233;preuve, toute la Russie pensante tourne ses regards vers vous avec espoir et avec foi. &#034; K&#233;rensky accepta avec condescendance l'existence d'un pr&#233;parlement, sous condition que &#034; l'on reconna&#238;trait que l'organisation du pouvoir et le recrutement des membres du gouvernement appartiendraient uniquement au gouvernement provisoire &#034;, Cette condition humiliante fut dict&#233;e par les cadets. La bourgeoisie ne pouvait, bien entendu, ne point comprendre que la composition de l'Assembl&#233;e constituante serait pour elle beaucoup moins favorable que celle du pr&#233;parlement : &#034; Les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante doivent - d'apr&#232;s Milioukov - donner un r&#233;sultat tout &#224; fait accidentel et, peut-&#234;tre, d&#233;sastreux. &#034; Si, n&#233;anmoins, le parti cadet, qui avait r&#233;cemment encore essay&#233; de subordonner le gouvernement &#224; la Douma tsariste, refusait cat&#233;goriquement de reconna&#238;tre au pr&#233;parlement des droits l&#233;gislatifs, c'&#233;tait seulement et exclusivement parce qu'il ne perdait pas l'espoir d'annihiler l'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Ou bien Kornilov, ou bien L&#233;nine &#034; - c'est ainsi que Milioukov posait l'alternative. L&#233;nine, de son c&#244;t&#233;, &#233;crivait : &#034; Ou bien le pouvoir des soviets, ou bien le kornilovisme. Il n'y a pas de milieu. &#034; C'est &#224; ce point que Milioukov et L&#233;nine co&#239;ncidaient dans leur jugement sur la situation, et non point par hasard : en contrepoids aux h&#233;ros de la phrase conciliatrice c'&#233;taient deux repr&#233;sentants s&#233;rieux des classes fondamentales de la soci&#233;t&#233;. D&#233;j&#224; la Conf&#233;rence d'&#201;tat de Moscou avait clairement montr&#233;, d'apr&#232;s les termes m&#234;mes de Milioukov, que &#034; le pays se partageait en deux camps entre lesquels il ne pouvait y avoir de conciliation ni d'accord sur le fond &#034;. Mais l&#224; o&#249;, entre deux camps de la soci&#233;t&#233;, il ne peut y avoir d'accord, l'affaire se r&#233;sout par la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni les cadets, ni les bolcheviks ne retiraient, cependant, le mot d'ordre de l'Assembl&#233;e constituante. Pour les cadets elle &#233;tait n&#233;cessaire comme la plus haute instance en appel contre les r&#233;formes sociales imm&#233;diates, contre les soviets, contre la r&#233;volution. L'ombre que la d&#233;mocratie projetait devant elle, sous l'apparence de l'Assembl&#233;e constituante - la bourgeoisie s'en servait pour s'opposer &#224; la vivante d&#233;mocratie. La bourgeoisie n'aurait pu ouvertement rejeter l'Assembl&#233;e constituante qu'apr&#232;s avoir &#233;cras&#233; les bolcheviks. Elle en &#233;tait encore loin. A l'&#233;tape indiqu&#233;e, les cadets s'effor&#231;aient de garantir l'ind&#233;pendance du gouvernement contre les organisations li&#233;es avec les masses afin de se le soumettre d'autant plus s&#251;rement et int&#233;gralement ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les bolcheviks aussi, qui ne voyaient point d'issue dans les voies de la d&#233;mocratie formelle, ne renon&#231;aient pas encore &#224; l'id&#233;e d'une Assembl&#233;e constituante. Et ils ne pouvaient faire autrement sans briser avec le r&#233;alisme r&#233;volutionnaire. La marche ult&#233;rieure des &#233;v&#233;nements cr&#233;erait-elle des conditions pour la victoire compl&#232;te du prol&#233;tariat ? Cela ne pouvait &#234;tre pr&#233;vu avec une absolue certitude. Mais, en dehors de la dictature des soviets et jusqu'&#224; cette dictature, l'Assembl&#233;e constituante devait se montrer comme la plus haute conqu&#234;te de la r&#233;volution. Exactement comme les bolcheviks d&#233;fendaient les soviets de conciliateurs et les municipalit&#233;s d&#233;mocratiques contre Kornilov, ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre l'Assembl&#233;e constituante contre les attentats de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de trente jours se termina enfin par la cr&#233;ation d'un nouveau gouvernement. Le principal r&#244;le apr&#232;s K&#233;rensky revenait &#224; un des plus riches industriels de Moscou Konovalov, qui, au d&#233;but de la r&#233;volution, finan&#231;ait le journal de Gorki, avait &#233;t&#233; ensuite membre du premier gouvernement de coalition, avait d&#233;missionn&#233; en protestant apr&#232;s le premier Congr&#232;s des soviets, &#233;tait entr&#233; dans le parti cadet quand celui-ci &#233;tait m&#251;r pour l'affaire kornilovienne, et rentrait maintenant dans le gouvernement, en qualit&#233; de vice-pr&#233;sident et de ministre du Commerce et de l'Industrie. Outre Konovalov, les postes minist&#233;riels furent occup&#233;s par : Tr&#233;tiakov, pr&#233;sident du Comit&#233; de la Bourse de Moscou, et Smirnov, pr&#233;sident du Comit&#233; des Industries de guerre de Moscou. Le sucrier de Kiev, T&#233;r&#233;chtchenko, restait ministre des Affaires &#233;trang&#232;res. Les autres ministres, dans ce nombre les socialistes, ne se distinguaient point par des signes particuliers, mais &#233;taient tout dispos&#233;s &#224; ne point rompre l'harmonie. L'Entente pouvait &#234;tre d'autant plus satisfaite du gouvernement, qu'&#224; Londres on laissait comme ambassadeur le vieux diplomate Nabokov, qu'on envoyait &#224; Paris le cadet Maklakov, alli&#233; de Kornilov et de Savinkov, &#224; Berne le &#034; progressiste &#034; Efr&#233;mov : la lutte pour la paix d&#233;mocratique &#233;tait remise entre des mains s&#251;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration du nouveau gouvernement donnait une parodie perfide de la d&#233;claration de la d&#233;mocratie &#224; Moscou. Le sens de la coalition n'&#233;tait cependant pas inclus dans le programme des transformations ; il avait d'essayer de parachever l'&#339;uvre des Journ&#233;es de Juillet : d&#233;capiter la r&#233;volution en &#233;crasant les bolcheviks. Mais l&#224;, le Rabotchi Pout (la Voie ouvri&#232;re), une des m&#233;tamorphoses de la Pravda, rappelait insolemment aux Alli&#233;s ceci : &#034; Vous avez oubli&#233; que les bolcheviks sont maintenant les soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats ! &#034; Ce rappel tombait juste sur le point douloureux. &#034; De soi-m&#234;me - reconna&#238;t Milioukov se posait la question fatale : N'est-il pas trop tard ? N'est-il pas trop tard pour d&#233;clarer la guerre aux bolcheviks ? &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, probablement, vraiment trop tard. Le jour o&#249; se formait le nouveau gouvernement avec six ministres bourgeois et dix &#224; demi-socialistes, s'achevait la formation du nouveau Comit&#233; ex&#233;cutif du Soviet de P&#233;trograd, qui comprenait treize bolcheviks, six socialistes-r&#233;volutionnaires et trois mencheviks. La coalition gouvernementale fut accueillie par le Soviet dans une r&#233;solution propos&#233;e par Trotsky, son nouveau pr&#233;sident. &#034; Le nouveau gouvernement&#8230; entrera dans l'histoire de la r&#233;volution comme un gouvernement de guerre civile&#8230; La nouvelle de la formation d'un nouveau pouvoir rencontrera du c&#244;t&#233; de toute la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire une seule r&#233;ponse : D&#233;mission !&#8230; S'appuyant sur cette voix unanime de la v&#233;ritable d&#233;mocratie, le congr&#232;s panrusse des soviets cr&#233;era un pouvoir v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire. &#034; Les adversaires avaient envie de ne voir dans cette r&#233;solution qu'un vote ordinaire de d&#233;fiance. En r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait un programme d'insurrection. Pour que le programme f&#251;t rempli, il faudrait juste un mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La courbe &#233;conomique continuait &#224; d&#233;cliner brutalement. Le gouvernement, le Comit&#233; ex&#233;cutif central, le pr&#233;parlement bient&#244;t reconstitu&#233; enregistraient les faits et les sympt&#244;mes de d&#233;clin comme des motifs contre l'anarchie, les bolcheviks, la r&#233;volution. Mais ils n'avaient m&#234;me pas l'ombre d'un plan &#233;conomique. Le service qui existait aupr&#232;s du gouvernement pour la r&#233;glementation de l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale ne fit pas une seule d&#233;marche s&#233;rieuse. Les industriels fermaient les entreprises. Le mouvement ferroviaire &#233;tait restreint par suite du manque de charbon. Dans les villes s'&#233;teignaient les centrales d'&#233;lectricit&#233;. La presse hurlait &#224; la catastrophe. Les prix montaient. Les ouvriers faisaient gr&#232;ve, une cat&#233;gorie apr&#232;s l'autre, malgr&#233; les avertissements du parti, des soviets, des syndicats. N'&#233;vitaient les conflits que les couches de la classe ouvri&#232;re qui marchaient d&#233;j&#224; enti&#232;rement vers l'insurrection. Et, semble-t-il, c'&#233;tait P&#233;trograd qui restait le plus calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par son inattention devant les masses, par son indiff&#233;rence &#233;tourdie devant leurs besoins, par des phrases provocatrices en r&#233;ponse aux protestations et aux cris de d&#233;sespoir, le gouvernement soulevait tout le monde contre lui. On e&#251;t cru qu'il faisait expr&#232;s de rechercher des conflits. Les ouvriers et les employ&#233;s de chemins de fer, presque depuis l'insurrection de F&#233;vrier, r&#233;clamaient un rel&#232;vement des salaires. Les commissions se succ&#233;daient, personne ne donnait de r&#233;ponse, les cheminots &#233;taient de plus en plus irrit&#233;s. Les conciliateurs les calmaient. Le Vikjel (Comit&#233; ex&#233;cutif panrusse des cheminots) imposait la mod&#233;ration. Mais, le 24 septembre, il y eut une explosion. C'est seulement alors que le gouvernement se ressaisit, certaines concessions furent faites aux cheminots, et la gr&#232;ve, qui &#233;tait d&#233;j&#224; arriv&#233;e &#224; s'&#233;tendre &#224; une grande partie du r&#233;seau, cessa le 27 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ao&#251;t et septembre deviennent les mois d'une rapide aggravation de la situation &#233;conomique. D&#233;j&#224;, pendant les journ&#233;es korniloviennes, la ration de pain avait &#233;t&#233; r&#233;duite, &#224; Moscou comme &#224; P&#233;trograd, &#224; une demi-livre par jour. Dans le district de Moscou, on commen&#231;a &#224; ne plus d&#233;livrer que deux livres par semaine. Les contr&#233;es de la Volga, le Midi, le front et l'arri&#232;re tout proche, toutes les r&#233;gions du pays passent par une terrible crise d'approvisionnement. Dans la r&#233;gion textile voisine de Moscou, certaines fabriques commenc&#232;rent &#224; &#234;tre affam&#233;es au sens litt&#233;ral du mot. Les ouvriers et les ouvri&#232;res de la fabrique Smirnov - le propri&#233;taire avait justement &#233;t&#233; enr&#244;l&#233; en ces jours-l&#224; comme contr&#244;leur d'&#201;tat dans la nouvelle coalition minist&#233;rielle - manifestaient dans la localit&#233; voisine d'Or&#233;khovo-Zou&#233;vo avec des pancartes : &#034; Nous avons faim. &#034; &#034; Nos enfants ont faim. &#034; &#034; Quiconque n'est pas avec nous est contre nous. &#034; Les ouvriers d'Or&#233;khovo-Zou&#233;vo et les soldats de l'h&#244;pital militaire de l'endroit partageaient avec les manifestants leurs mis&#233;rable rations : c'&#233;tait une autre coalition qui s'&#233;levait contre celle du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux, chaque jour, enregistraient de nouveaux et de nouveaux foyers de conflits et de r&#233;voltes. Les protestations venaient des ouvriers, des soldats, du petit peuple des villes. Les femme de soldats exigeaient un rel&#232;vement des allocations, le logement et le bois d'hiver. L'agitation des Cent-Noirs t&#226;chait de se trouver un aliment dans la faim des masses. Le journal cadet de Moscou, les Rouski&#233; Vi&#233;domosti (Informations russes) qui, autrefois, combinait le lib&#233;ralisme avec le populisme, consid&#233;rait maintenant avec haine et d&#233;go&#251;t le v&#233;ritable peuple. &#034; Dans toute la Russie a d&#233;ferl&#233; une grande vague de d&#233;sordre, &#233;crivaient les professeurs lib&#233;raux. La violence des &#233;l&#233;ments d&#233;cha&#238;n&#233;s et de stupides pogromes&#8230; g&#234;nent plus que tout la lutte contre le flot&#8230; Recourir aux mesures de r&#233;pression, &#224; la collaboration de la force arm&#233;e&#8230; mais, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette force arm&#233;e, dans la personne des soldats des garnisons locales, qui joue le r&#244;le principal dans les pogromes&#8230; La foule&#8230; descend dans la rue et commence &#224; se sentir ma&#238;tresse de la situation. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur de Saratov faisait savoir au ministre de la Justice Maliantovitch, qui, &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re r&#233;volution, s'&#233;tait compt&#233; parmi les bolcheviks : &#034; Le principal malheur, contre lequel il n'y a point possibilit&#233; de lutter, ce sont les soldats&#8230; Les lynchages, les arrestations et perquisitions arbitraires, toutes les r&#233;quisitions possibles - tout cela, dans la majorit&#233; des cas, est effectu&#233; ou bien exclusivement par des soldats, ou bien avec leur participation directe. &#034; A Saratov m&#234;me, dans les chefs-lieux de districts, dans les bourgs, &#034; compl&#232;te d&#233;ficience d'une aide quelconque aux services judiciaires &#034;. Le parquet n'arrive pas &#224; enregistrer les crimes qui sont accomplis par tout le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks ne se faisaient pas d'illusions au sujet des difficult&#233;s qui devaient les assaillir avec le pouvoir. &#034; En proclamant le mot d'ordre : &#034; Tout le pouvoir aux soviets ! &#034; - disait le nouveau pr&#233;sident du Soviet de P&#233;trograd - nous savons que ce mot d'ordre ne caut&#233;risera pas instantan&#233;ment tous les ulc&#232;res. Nous avons besoin d'un pouvoir constitu&#233; sur le mod&#232;le de la direction d'un syndicat qui donne aux gr&#233;vistes tout ce qu'il peut, ne cache rien, et quand il ne peut donner, en convient franchement&#8230; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des premi&#232;res s&#233;ances du gouvernement fut consacr&#233;e &#224; &#034; l'anarchie &#034; dans les provinces, surtout dans les campagnes. Il fut de nouveau reconnu indispensable &#034; de ne point s'arr&#234;ter devant les mesures les plus r&#233;solues &#034;. Entre temps, le gouvernement d&#233;couvrait que la cause des insucc&#232;s de la lutte contre las d&#233;sordres r&#233;sidait dans &#034; l'insuffisante popularit&#233; &#034; des commissaires gouvernementaux parmi les masses de la population paysanne. Pour rem&#233;dier &#224; la situation, il fut d&#233;cid&#233; d'organiser d'urgence dans toutes les provinces qu'avaient gagn&#233;es les d&#233;sordres &#034; des comit&#233;s extraordinaires du gouvernement provisoire &#034;. D&#232;s lors, la paysannerie devra accueillir les exp&#233;ditions punitives par des acclamations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'irr&#233;sistibles forces historiques entra&#238;naient les dirigeants vers la chute. Personne ne croyait s&#233;rieusement au succ&#232;s du nouveau gouvernement. L'isolement de K&#233;rensky &#233;tait irr&#233;parable. Les classes poss&#233;dantes ne pouvaient oublier qu'il avait trahi Kornilov. &#034; Quiconque &#233;tait pr&#234;t &#224; se battre contre les bolcheviks - &#233;crit l'officier cosaque Kakliouguine - ne voulait pas le faire au nom et pour la d&#233;fense du gouvernement provisoire. &#034; Tout en s'accrochant au pouvoir, K&#233;rensky lui-m&#234;me n'osait en faire un emploi quelconque. La force croissante de la r&#233;sistance paralysait &#224; fond sa volont&#233;. Il &#233;ludait toutes d&#233;cisions et &#233;vitait le palais d'Hiver, o&#249; la situation l'obligeait &#224; agir. Presque imm&#233;diatement apr&#232;s la formation du nouveau gouvernement, il glissa subrepticement la pr&#233;sidence &#224; Konovalov et partit lui-m&#234;me pour le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, o&#249; l'on n'avait pas le moins du monde besoin de lui. Il ne revint &#224; P&#233;trograd que pour ouvrir le pr&#233;parlement. Retenu par les ministres, il n'en repartit pas moins, le 14, pour le front. K&#233;rensky fuyait un sort qui le harcelait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Konovalov, le plus proche collaborateur de K&#233;rensky et son rempla&#231;ant, tombait, d'apr&#232;s Nabokov, dans le d&#233;sespoir en voyant l'inconstance de K&#233;rensky et l'absolue impossibilit&#233; de compter sur sa parole. Mais les &#233;tats d'&#226;me des autres membres du Cabinet diff&#233;raient peu de ceux de leur chef. Les ministres scrutaient anxieusement, pr&#234;taient l'oreille, attendaient, se tiraient d'affaire par des paperasses et s'occupaient de v&#233;tilles. Le ministre de la Justice Maliantovitch fut, raconte Nabokov, extr&#234;mement pr&#233;occup&#233; quand il apprit que les s&#233;nateurs n'avaient pas voulu recevoir leur nouveau coll&#232;gue Sokolov en redingote noire. &#034; Qu'en pensez-vous ? Que faut-il faire ? demandait Maliantovitch angoiss&#233;. D'apr&#232;s un rite &#233;tabli par K&#233;rensky et qui &#233;tait rigoureusement observ&#233;, les ministres s'interpellaient entre eux, non point selon l'usage russe, par le pr&#233;nom et le patronyme, comme de simples mortels, mais, d'apr&#232;s la fonction - &#034; Monsieur le ministre de ceci ou de cela &#034; - comme il convient aux repr&#233;sentants d'un pouvoir fort. Les souvenirs de ceux qui furent du gouvernement ont un air satirique. Au sujet de son ministre de la Guerre, K&#233;rensky lui-m&#234;me &#233;crivait par la suite : &#034; Ce fut la plus malencontreuse de toutes les nominations : Verkhovsky apporta dans son activit&#233; quelque chose d'imperceptiblement comique. &#034; Mais le malheur est en ceci qu'une nuance de comique involontaire s'&#233;tendait sur toute l'activit&#233; du gouvernement provisoire : ces gens ne savaient ce qu'ils avaient &#224; faire ni comment se tourner. Ils ne gouvernaient pas, mais ils jouaient aux gouvernants comme des &#233;coliers jouent au soldat - seulement c'&#233;tait bien moins amusant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlant en t&#233;moin, Milioukov caract&#233;rise en traits fort nets l'&#233;tat d'esprit du chef du gouvernement en cette p&#233;riode : &#034; Ayant perdu le terrain sous lui, plus cela durait, plus K&#233;rensky manifestait tous les sympt&#244;mes d'un &#233;tat pathologique qui pourrait s'appeler, dans le langage de la m&#233;decine, &#034; une neurasth&#233;nie psychique &#034;. Le cercle des proches amis savait depuis longtemps qu'apr&#232;s des moments d'extr&#234;me d&#233;ch&#233;ance de l'&#233;nergie, dans la matin&#233;e, K&#233;rensky passait, dans la seconde moiti&#233; de la journ&#233;e, &#224; une extr&#234;me excitation sous l'influence des produits pharmaceutiques qu'il absorbait. &#034; Milioukov explique l'influence particuli&#232;re du ministre cadet Kichkine, psychiatre de sa profession, par son habile fa&#231;on de traiter le patient. Nous laissons enti&#232;rement ces renseignements sous la responsabilit&#233; de l'historien lib&#233;ral qui avait, &#224; vrai dire, toutes les possibilit&#233;s de savoir la v&#233;rit&#233;, mais qui &#233;tait loin de choisir toujours la v&#233;rit&#233; comme son plus haut crit&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les t&#233;moignages d'un Stank&#233;vitch, si proche de K&#233;rensky, confirment la caract&#233;ristique sinon psychiatrique, du moins psychologique, donn&#233;e par Milioukov. &#034; K&#233;rensky produisit sur moi - &#233;crit Stank&#233;vitch - l'impression de quelque chose de d&#233;sertique dans toute la situation et d'un calme &#233;trange, inou&#239;. Aupr&#232;s de lui se trouvaient seulement ses in&#233;vitables petits &#034; aides de camp &#034;. Mais il n'y avait plus la foule qui l'avait auparavant entour&#233;, ni les d&#233;l&#233;gations, ni les projecteurs&#8230; Il y eut d'&#233;tranges loisirs et j'eus la rare possibilit&#233; de causer avec lui pendant des heures enti&#232;res, au cours desquelles il montrait une bizarre nonchalance. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute nouvelle transformation du gouvernement s'accomplissait au nom d'un pouvoir fort, et chaque nouveau cabinet minist&#233;riel d&#233;butait sur le ton majeur, pour tomber peu de jours apr&#232;s dans la prostration. Il attendait ensuite une impulsion ext&#233;rieure pour s'&#233;crouler. L'impulsion &#233;tait chaque fois donn&#233;e par le mouvement des masses. La transformation du gouvernement, si l'on rejette les apparences trompeuses, se produisait chaque fois dans une direction oppos&#233;e au mouvement des masses. Le passage d'un gouvernement &#224; un autre &#233;tait rempli par une crise qui, chaque fois, prenait un caract&#232;re de plus en plus persistant et morbide. Chaque nouvelle crise gaspillait une partie du pouvoir de l'&#201;tat, affaiblissait la r&#233;volution, d&#233;moralisait les dirigeants. Le Comit&#233; ex&#233;cutif des deux premiers mois avait pu tout faire, m&#234;me appeler nominalement au pouvoir la bourgeoisie. Dans les deux mois qui suivirent, le gouvernement provisoire, joint au Comit&#233; ex&#233;cutif, pouvait encore beaucoup, m&#234;me ouvrir une offensive sur le front. Le troisi&#232;me gouvernement, avec un Comit&#233; ex&#233;cutif affaibli, &#233;tait capable d'entreprendre l'&#233;crasement des bolcheviks, mais n'&#233;tait pas capable de le mener jusqu'au bout. Le quatri&#232;me gouvernement, qui surgit apr&#232;s la plus longue crise, n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus capable de rien. A peine n&#233;, il se mourait et, les yeux ouverts, attendait son fossoyeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la r&#233;volution russe de L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quelques contre-r&#233;volutions marquantes de l'Histoire</title>
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		<dc:date>2026-01-28T23:32:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;Quelques contre-r&#233;volutions marquantes de l'Histoire &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que la contre-r&#233;volution ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6334 &lt;br class='autobr' /&gt;
France, Cathares 1209, une contre-r&#233;volution sociale sanglante, de type fasciste, couverte par des pr&#233;jug&#233;s religieux &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5252 &lt;br class='autobr' /&gt;
France : Saint-Barth&#233;lemy 1572 : la religion, pr&#233;texte et moyen d'une contre-r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article403 &lt;br class='autobr' /&gt;
Allemagne 1525 (contre la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques contre-r&#233;volutions marquantes de l'Histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la contre-r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6334&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6334&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France, Cathares 1209, une contre-r&#233;volution sociale sanglante, de type fasciste, couverte par des pr&#233;jug&#233;s religieux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5252&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5252&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France : Saint-Barth&#233;lemy 1572 : la religion, pr&#233;texte et moyen d'une contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article403&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article403&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allemagne 1525 (contre la guerre des paysans)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/00/fe1850.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/00/fe1850.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France &#8211; Thermidor 1794&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allemagne 1848 : r&#233;volution et contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1852/00/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1852/00/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Europe 1848&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5683&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5683&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France &#8211; 18 Brumaire 1851&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article347&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article347&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France &#8211; Paris 1871, la contre-r&#233;volution de Thiers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5912&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5912&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2194&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2194&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6060&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6060&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6401&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6401&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2559&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2559&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3170&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3170&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russie1917 : Kornilov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr33.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr33.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russie 1918 : la terreur blanche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6061&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6061&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finlande 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3802&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3802&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialistes unis aux fascistes &#8211; Allemagne 1918-1919&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3081&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3081&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2172&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2172&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2171&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2171&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascisme &#8211; Italie 1922&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6893&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6893&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russie 1928 et suites : la contre-r&#233;volution stalinienne assassine massivement les r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Argentine 1930&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_d%27%C3%89tat_de_1930_en_Argentine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_d%27%C3%89tat_de_1930_en_Argentine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nazisme &#8211; Allemagne 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article635&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article635&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5194&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5194&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3483&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3483&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5808&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5808&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6398&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6398&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5273&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5273&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espagne 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6967&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6967&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1545&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1545&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/morrow/espagne/morrow_table.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/morrow/espagne/morrow_table.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_12.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_12.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6766&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6766&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Europe 1941 : fascisme et extermination des Juifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chili 1973&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article119&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article119&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Argentine 1976&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2127&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2127&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cambodge 1975&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1001&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1001&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article999&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article999&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iran 1979&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article249&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article249&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yougoslavie 1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6857&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6857&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rwanda 1994&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2513&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2513&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ukraine 2013-2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve691&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve691&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article3198&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article3198&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3144&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3144&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syrie 2011&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4768&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4768&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terrorisme 2015-2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maghreb et monde arabe apr&#232;s 2011&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve511&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve511&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bandes arm&#233;es terroristes de la contre-r&#233;volution s&#232;ment la mort, la peur et la haine. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui manipule le terrorisme et instrumentalise la &#171; guerre contre le terrorisme &#187; ? Ce sont les classes dirigeantes capitalistes ! Et leur v&#233;ritable cible, c'est le prol&#233;tariat ! Leur vrai but est le triomphe de la contre-r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; viennent les guerres, les guerres mondiales, les fascismes et les terrorismes ? De la contre-r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3638&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3638&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eph&#233;m&#233;rides des r&#233;voltes, des r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions dans le monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7245&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7245&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les r&#233;volutions (et les contre-r&#233;volutions, ins&#233;parables des premi&#232;res) qui d&#233;cident de l'avenir du monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes aussi arment la contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4874&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4874&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky sur la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article273&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article273&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;ses sur la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article591&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article591&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes d'extr&#234;me gauche ont-ils raison de s&#233;parer et d'opposer diam&#233;tralement des situations (ou des p&#233;riodes) contre-r&#233;volutionnaires et des situations (ou des p&#233;riodes) r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3411&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3411&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vue de la contre-r&#233;volution pr&#233;ventive en cas d'effondrement &#233;conomique, la bourgeoisie mondiale s'entraine &#224; la lutte arm&#233;e contre le prol&#233;tariat des villes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3927&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3927&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>G&#233;n&#233;raux fran&#231;ais assassins et imb&#233;ciles, racont&#233;s par eux-m&#234;mes&#8230;</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8605</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8605</guid>
		<dc:date>2026-01-25T23:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;raux fran&#231;ais assassins et imb&#233;ciles, racont&#233;s par eux-m&#234;mes&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; Les g&#233;n&#233;raux, encore appel&#233;s &#034;les bouchers&#034; !... &lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Mandon : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si notre pays flanche parce qu'il n'est pas pr&#234;t &#224; sacrifier ses enfants, parce qu'il faut dire les choses... si on n'est pas pr&#234;t &#224; cela, alors on est &#224; &#224; risque. Ce qu'il nous manque, c'est la force d'&#226;me pour accepter de nous faire mal pour prot&#233;ger ce que l'on est. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Burkhard (pr&#233;c&#233;dent chef d'&#233;tat-major) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous pouvons construire le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_18843 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesghjk.jpg' width=&#034;201&#034; height=&#034;251&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18844 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/f60d018e61fc85e501a12b1c8072b354.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/f60d018e61fc85e501a12b1c8072b354.jpg' width=&#034;736&#034; height=&#034;1308&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18845 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesqsd-2.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/png/onlesaurajkl.png' width=&#034;449&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18846 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesqsdf.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18847 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesffgh.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/signal-2025-12-06-112439_002.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/signal-2025-12-06-112439_002.jpg' width=&#034;1000&#034; height=&#034;1000&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18852 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/webp/63215.webp' width=&#034;604&#034; height=&#034;396&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;G&#233;n&#233;raux fran&#231;ais assassins et imb&#233;ciles, racont&#233;s par eux-m&#234;mes&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Les g&#233;n&#233;raux, encore appel&#233;s &#034;les bouchers&#034; !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Mandon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si notre pays flanche parce qu'il n'est pas pr&#234;t &#224; sacrifier ses enfants, parce qu'il faut dire les choses... si on n'est pas pr&#234;t &#224; cela, alors on est &#224; &#224; risque. Ce qu'il nous manque, c'est la force d'&#226;me pour accepter de nous faire mal pour prot&#233;ger ce que l'on est. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Burkhard (pr&#233;c&#233;dent chef d'&#233;tat-major) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous pouvons construire le mod&#232;le d'arm&#233;e le plus coh&#233;rent, le mieux &#233;quip&#233; possible, le mieux entra&#238;n&#233;, mais si la nation n'est pas consciente de ses responsabilit&#233;s, de sa force, de ses valeurs, si elle n'est pas soud&#233;e par une coh&#233;sion nationale, je crains que la bataille ne soit pas livr&#233;e, faute de volont&#233;. Cette coh&#233;sion est attaqu&#233;e, notamment dans le champ informationnel, qui est la cible principale de tous nos adversaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Lecointre (pr&#233;c&#233;dent chef d'&#233;tat-major) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Europe doit recoloniser l'Afrique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rien ne vaut d'aller se battre pour notre destin commun, nous europ&#233;ens c'est la m&#233;diterran&#233;e et l'Afrique, Il y a n&#233;cessit&#233; d'agir collectivement en Afrique et en m&#233;diterran&#233;e. L'Afrique est un continent qui est de plus en plus en train de s'enfoncer dans la destruction des appareils d'&#233;tat. L'Europe devra se d&#233;cider &#224; aller d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts, y compris par les moyens militaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral de Villiers (pr&#233;c&#233;dent chef d'&#233;tat-major) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La France n'est pas pr&#234;te pour la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut r&#233;armer en acc&#233;l&#233;r&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons savour&#233; les dividendes de la paix quand les &#201;tats-puissances se r&#233;armaient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si rien ne change, nous serons les faibles du monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Napol&#233;on 1er :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et que me fiche &#224; moi la mort d'un million d'hommes ?! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne va pas chercher une &#233;paulette sur un champ de bataille quand on peut l'avoir dans une antichambre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les r&#232;glements sont faits pour les soldats et non pour les guerriers ; la bataille se rit du code, elle en exige un nouveau, innov&#233; par elle et pour elle et qui dispara&#238;t d&#232;s qu'elle est termin&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral de Gaulle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parfois, les militaires, s'exag&#233;rant l'impuissance relative de l'intelligence, n&#233;gligent de s'en servir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quels soldats ! Dommage que les emmerdements qu'ils causent soient encore plus grands que leurs succ&#232;s ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les g&#233;n&#233;raux, au fond, me d&#233;testent, je le leur rend bien. Tous des cons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Afrique ? C'est tout simple, je vais vous expliquer, c'est noir et &#231;a grouille ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un pays qui produit 365 sortes de fromages ne peut pas perdre la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai entendu vos points de vue. Ils ne rencontrent pas les miens. La d&#233;cision est prise &#224; l'unanimit&#233;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral P&#233;tain en 1916 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Courage ! On les aura ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'artillerie conquiert, l'infanterie occupe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Nivelle en 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous romprons le front allemand quand nous voudrons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Foch :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Accepter l'id&#233;e d'une d&#233;faite, c'est &#234;tre vaincu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Nivelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons la m&#233;thode, c'est celle qui nous a permis &#224; moi et Mangin, de repousser les ennemis &#224; Verdun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Fayolle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai compris que ce qui agitait les grands chefs, c'&#233;tait avant tout de faire quelque chose pour se signaler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 avril : &#171; Foch est venu nous exposer son plan. Il n'a aucune id&#233;e de man&#339;uvre. Joffre n'ose pas dire qu'il faut percer. &#192; quoi rime cette bataille ? &#187; Le 3 juillet : &#171; Le front boche est perc&#233; sur huit kilom&#232;tres et l'on ne va pas l'exploiter ! &#187; Le 12 juillet : &#171; Cette bataille a toujours &#233;t&#233; une bataille sans but. &#187; Le 4 novembre : &#171; Foch ? Attaquez, attaquez, c'est toute sa doctrine. Pour lui, les troupes sont toujours pr&#234;tes &#224; attaquer ind&#233;finiment. Il n'entend rien &#224; la pratique de la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Joffre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je tordrai les boches avant deux mois ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une troupe qui ne peut plus avancer devra co&#251;te que co&#251;te garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plut&#244;t que de reculer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon centre c&#232;de, ma droite recule, situation excellente, j'attaque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'un d&#233;jeuner au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, Joffre &#224; un convive lui demandant ses intentions, alors que la guerre de mouvement semblait abandonn&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je les grignote. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral de Lavrezac en 1914 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Attaquons ! Attaquons ! Con comme la lune ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral P&#233;tain :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le danger de 75 divisions allemandes venant nous attaquer est sensiblement moins grave que la d&#233;moralisation de notre arm&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;quilibre des forces adverses en pr&#233;sence sur le front du Nord et du Nord-Est ne permet pas d'envisager, pour le moment, la rupture du front suivie de l'exploitation strat&#233;gique. &#187; P&#233;tain prenait une d&#233;cision essentielle avec cette directive et orientait la guerre vers l'usure de l'ennemi avec le minimum de pertes... Pour cela, &#171; point n'est besoin... de monter de grosses attaques en profondeur, &#224; objectifs &#233;loign&#233;s... Ces attaques sont co&#251;teuses, car l'assaillant s'y use g&#233;n&#233;ralement plus que le d&#233;fenseur. Elles sont al&#233;atoires (et elles exposent) l'attaque &#224; se briser contre la premi&#232;re position imparfaitement d&#233;truite... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Joffre et les fusill&#233;s pour l'exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au moment o&#249; s'engage une bataille dont d&#233;pend le salut du pays, [&#8230;] aucune d&#233;faillance ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233;e &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain et les fusill&#233;s pour l'exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les faits tels qu'ils sont rapport&#233;s sont parfaitement exacts. Le 7 novembre, le g&#233;n&#233;ral commandant la division m'a transmis la plainte &#233;tablie contre le chasseur Bourgund. Il me faisait remarquer, qu'en raison de la situation tr&#232;s difficile dans laquelle se trouvait sa division et des d&#233;faillances qui s'&#233;taient produites peu auparavant, il lui paraissait n&#233;cessaire de faire des exemples et de proc&#233;der sans d&#233;lai &#224; la r&#233;pression des fautes commises. Il concluait en me demandant l'autorisation de faire passer par les armes le chasseur Bourgund sur la culpabilit&#233; duquel il ne pouvait exister aucun doute.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai donn&#233; l'ordre de proc&#233;der imm&#233;diatement &#224; l'ex&#233;cution de ce chasseur, estimant alors, comme encore maintenant, qu'en des circonstances pareilles, il est du devoir du commandement d'assurer de semblables responsabilit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour maintenir l'esprit d'ob&#233;issance et la discipline parmi les troupes, une premi&#232;re impression de terreur est indispensable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Blanc et les fusill&#233;s pour l'exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai tu&#233; de ma main douze fuyards, &#233;crit le g&#233;n&#233;ral Blanc, et ces exemples n'ont pas suffi &#224; faire cesser l'abandon du champ de bataille. Pendant la bataille de l'Yser, le g&#233;n&#233;ral de Bazelaire fit fusiller six tirailleurs tir&#233;s au sort dans une compagnie qui avait refus&#233; de marcher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Ministre de la Guerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous voulez la victoire. Prenez-en les moyens rapides, brutaux, &#233;nergiques et d&#233;cisifs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ordres &#233;crits de permission de tuer ont &#233;t&#233; retrouv&#233;s, comme celui du g&#233;n&#233;ral commandant la 152&#232;me DI : &#171; En cas de r&#233;sistance, il y aura lieu de forcer l'ob&#233;issance de cet homme [&#8230;]. Le mar&#233;chal des logis Dartois ne devra pas h&#233;siter &#224; br&#251;ler la cervelle du soldat Hurtault Raoul s'il refuse de marcher. &#187; Et, effectivement, le 26 mai 1915, le mar&#233;chal en question abbat Raoul Hurtault de six balles dans la t&#234;te, en pr&#233;sence d'une dizaine de t&#233;moins. Sa fiche de d&#233;c&#232;s le dit &#171; tu&#233; &#224; l'ennemi &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une lettre &#233;crite par le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain assume aussi pleinement l'ordre d'ex&#233;cution du soldat Henri Bourgund, fusill&#233; sans jugement pr&#233;alable, le 8 novembre 1914, &#224; Sainte-Catherine (Pas de Calais).&lt;br class='autobr' /&gt;
Une note du g&#233;n&#233;ral Boutegourd justifie aussi l'ex&#233;cution de sept hommes ayant fui &#224; la suite de quelques coups de canon qu'il jugeait avoir &#233;t&#233; &#171; inoffensifs &#187; (!). C'est m&#234;me une d&#233;p&#234;che t&#233;l&#233;graphique du g&#233;n&#233;ral Joffre qui s'adresse ainsi, le 4 septembre 1914, &#224; ses subordonn&#233;s et incite &#224; la rigueur dans l'ex&#233;cution des sentences : &#171; Vous autorise prendre toute mesure que vous jugerez n&#233;cessaires pour maintien ordre et discipline ; je couvre enti&#232;rement ces mesures &#187; et une note du g&#233;n&#233;ral de Castelnau, commandant la 2&#232;me arm&#233;e, qui, le 10 octobre 1914, prescrit la conduite &#224; tenir face aux troupes qui se d&#233;bandent : &#171; &#8230; il est du devoir absolu de tout grad&#233; de ramener &#233;nergiquement au feu tout homme qui tente de s'enfuir et en faisant m&#234;me usage de ses armes, sans aucune h&#233;sitation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Sarrail, commandant de la 3&#232;me arm&#233;e, &#233;crit ainsi au g&#233;n&#233;ral Durand qui parle de l'&#233;puisement de ses hommes : &#171; Pas de si, pas de mais, vous attaquerez. Pas de repli, tenir jusqu'au dernier. Faites des exemples ! &#187;. L'avis d'un commissaire-rapporteur (l'&#233;quivalent du procureur) justifiant le refus de la cl&#233;mence est particuli&#232;rement &#233;clairant : &#171; En temps de guerre, dans l'application de la peine, il faut envisager le point de vue de l'exemplarit&#233; comme infiniment sup&#233;rieur au point de vue du ch&#226;timent. Il s'agit moins de punir un coupable que d'emp&#234;cher par la s&#233;v&#233;rit&#233; de la r&#233;pression la contagion du mal. &#187; C'est ainsi que le Conseil de guerre refuse de surseoir &#224; l'ex&#233;cution du soldat Jean Brunet, du Puy-de-D&#244;me, malgr&#233; le recours en gr&#226;ce qu'il avait obtenu, pour qu'il serve d'exemple aux autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Lyautey :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand les talons claquent &#224; mon apparition, l'entends les cerveaux se fermer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la plus monumentale &#226;nerie que le monde ait jamais faite. &#187; (sur la premi&#232;re guerre mondiale)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Vanuxem :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En mati&#232;re de tactique, il y a toujours deux solutions, la bonne et&#8230; celle de l'&#233;cole de guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;menceau, chef de guerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma formule est la m&#234;me partout. Politique int&#233;rieure ? Je fais la guerre. Politique &#233;trang&#232;re ? Je fais la guerre. Je fais toujours la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La guerre, c'est une chose trop grave pour la confier &#224; des militaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La justice militaire est &#224; la justice ce que la musique militaire est &#224; la musique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Etat a une longue histoire, elle est pleine de sang. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proverbe italien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le sang du soldat qui fait la grandeur du g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Churchill, chef de guerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il &#233;tait une fois un officier de cavalerie qui &#233;tait si b&#234;te que ses camarades s'en &#233;taient aper&#231;us. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sternberg :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Personne, pas m&#234;me un g&#233;n&#233;ral en chef, n'arriverait &#224; persuader de vrais moutons de s'&#233;gorger entre eux. Ils ne comprendraient pas. Ils n'iraient pas. Les humains, eux, comprennent et ils y vont. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Carnets secrets de la Grande Guerre &#187; par le g&#233;n&#233;ral Emile Fayolle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Fayolle y appara&#238;t comme un militaire lucide prenant tr&#232;s vite conscience de l'ent&#234;tement criminel de l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e fran&#231;aise, qui ne conna&#238;t qu'une seule mani&#232;re de faire la guerre : &#171; l'offensive &#224; outrance &#187;, quel qu'en soit le prix. Il faut dire que cette doctrine est celle qui a &#233;t&#233; enseign&#233;e pendant des ann&#233;es &#224; l'&#233;cole de guerre, en particulier quand le g&#233;n&#233;ral Foch en &#233;tait le directeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces attaques incessantes provoquent des h&#233;catombes parfaitement inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 octobre, Fayolle &#233;crit dans ses carnets : &#171; Les responsabilit&#233;s du commandement sont terribles. Que d'attaques mal con&#231;ues, mal mont&#233;es, mal appuy&#233;es, qui co&#251;tent des centaines et quelquefois des milliers d'hommes ! C'est une pens&#233;e angoissante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il participe ainsi &#224; la premi&#232;re bataille de l'Artois au printemps 1915, qui se solde, comme les autres, par un &#233;chec. Il se rend compte de l'absurdit&#233; des attaques partielles que le commandement s'obstine &#224; d&#233;clencher :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces petites attaques sur des fronts de&lt;br class='autobr' /&gt;
10 &#224; 200 m&#232;tres sont stupides (...). Cela se paie par des milliers de morts. Si ces morts &#233;taient utiles ! Mais non, il s'agit de quelques tranch&#233;es, de quelques m&#232;tres de terrain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#233;n&#233;raux qui imposent ces attaques sont &#171; des hommes dangereux &#187;. &#171; Je me demande si les grands chefs qui se mettent en avant dans la guerre actuelle ne sont pas ceux qui ne se pr&#233;occupent en aucune fa&#231;on des vies humaines qui leur sont confi&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; grand catholique &#187; ne pratique gu&#232;re la charit&#233; chr&#233;tienne quand il juge ses sup&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joffre ? &#171; Il n'est pas un grand homme, tant s'en faut. C'est un organisateur, soit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un caract&#232;re, soit encore. Mais pas un g&#233;n&#233;ral... Nous avons une arm&#233;e ac&#233;phale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foch ne sait que r&#233;p&#233;ter &#171; Attaquez !&lt;br class='autobr' /&gt;
Attaquez ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;tain, quant &#224; lui, &#171; se gobe avec une inconscience admirable &#187; et &#171; raconte s&#233;rieusement que la R&#233;publique a peur de lui &#187;. C'est avec un m&#233;lange de fascination et de r&#233;pulsion que le g&#233;n&#233;ral Fayolle, en janvier 1915, rapporte &#224; son propos l'&#233;pisode dramatique qui sera le point de d&#233;part du livre &#171; Un long dimanche de fian&#231;ailles &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des 40 soldats d'une unit&#233; voisine qui se sont mutil&#233;s &#224; une main avec un coup de fusil, P&#233;tain voulait en faire fusiller. Aujourd'hui, il recule. Il donne l'ordre de les lier et de les jeter de l'autre c&#244;t&#233; du parapet aux tranch&#233;es les plus rapproch&#233;es de l'ennemi. Ils y passeront la nuit. Il n'a pas dit si on les y laisserait mourir de faim. Caract&#232;re, &#233;nergie ! O&#249; finit lecaract&#232;re et o&#249; commence la f&#233;rocit&#233;, la sauvagerie ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il d&#233;plore les &#171; petites &#187; attaques,&lt;br class='autobr' /&gt;
Fayolle veut encore croire &#224; l'efficacit&#233; des offensives g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 septembre 1915, il esp&#232;re que celle que Joffre s'appr&#234;te &#224; lancer en&lt;br class='autobr' /&gt;
Champagne sera d&#233;cisive. Il commande alors la 6e arm&#233;e apr&#232;s avoir &#233;t&#233; promu g&#233;n&#233;ral de division au printemps &#224; la suite d'une nouvelle vague de limogeages de g&#233;n&#233;raux. Mais cette offensive &#233;choue, comme les pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fayolle ne cache pas son d&#233;sarroi : &#171; Je suis d&#233;sorient&#233; depuis le 11. Je n'admets plus que la perc&#233;e soit possible, tout au moins dans l'&#233;tat actuel. Que ferons-nous au printemps ? On a d&#233;pens&#233; 160 000 hommes en Champagne pour ne pas r&#233;ussir. Va-t-on recommencer et perdre encore plus pour un r&#233;sultat aussi limit&#233; et incomplet ? Et si l'on ne recommence pas ces h&#233;catombes ? Que devient la guerre ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une impasse totale, et aucune solution n'est en vue : &#171; On n'improvise pas la guerre. D'ailleurs, il n'est pas s&#251;r que m&#234;me dans les hautes sph&#232;res, on comprenne la situation actuelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, il n'y a plus qu'&#224; attendre un miracle. Mais pour Fayolle, ce n'est pas une boutade. Catholique fervent, il est en effet persuad&#233; qu'un &#171; miracle de la bont&#233; de Dieu est toujours possible &#187; et que seule une intervention divine peut donner la victoire &#224; la France. Ses carnets sont remplis de ce genre d'invocations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er janvier 1917, il &#233;crit qu'il &#171; met l'ann&#233;e nouvelle sous la protection de la vierge miraculeuse &#187;, et le 14 juin de la m&#234;me ann&#233;e, il c&#233;l&#232;bre la &#171; f&#234;te du Sacr&#233;-C&#339;ur qui sauvera la France &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1916, il re&#231;oit une nouvelle promotion et se retrouve g&#233;n&#233;ral de corps d'arm&#233;es. En juillet, il prend part &#224; la bataille de la Somme, qui se prolonge jusqu'en novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la plus grande boucherie que la guerre ait connue avec celle de Verdun : 442 000 morts ou disparus, dont beaucoup de soldats anglais, pour un gain d&#233;risoire de 8 &#224; 12 km. Cet &#233;chec provoque le remplacement de Joffre par Nivelle. Mais Fayolle &#233;chappe &#224; la purge et commande par la suite la 4e, puis la 1ere arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1917, il est envoy&#233; de l'autre c&#244;t&#233; des Alpes avec six divisions pour soutenir l'arm&#233;e italienne apr&#232;s le d&#233;sastre de Caporetto. Cette d&#233;faite ne l'&#233;tonne pas outre mesure, tant les soldats transalpins lui paraissent &#171; lamentables &#187;. Ses divisions doivent faire face &#224; une nouvelle offensive des empires centraux qui n'aboutit pas, et cela &#171; bien plus par la faiblesse de leur &#233;tat-major que par la qualit&#233; des renforts dirig&#233;s par Fayolle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1918, le g&#233;n&#233;ral Fayolle est rappel&#233; en France au lendemain du d&#233;clenchement de la grande offensive allemande. Il est &#224; la t&#234;te d'un corps d'arm&#233;e de r&#233;serve de 55 divisions. Il joue un r&#244;le important dans la contre-offensive des alli&#233;s en juillet. L'effondrement de l'arm&#233;e allemande et la r&#233;volution qui a commenc&#233; &#224; Berlin et dans toute l'Allemagne d&#233;bouche sur l'armistice du 11 novembre. En d&#233;cembre, le g&#233;n&#233;ral Fayolle entre &#224; Mayence, o&#249; il se montre favorable aux ind&#233;pendantistes rh&#233;nans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1920, il entre au Conseil sup&#233;rieur de la guerre et devient mar&#233;chal en 1921. Il meurt en 1928 et a droit &#224; des obs&#232;ques nationales. Il est inhum&#233; aux Invalides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n69/cmo_069.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n69/cmo_069.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Films sur les g&#233;n&#233;raux assassins et imb&#233;ciles :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=yQIEjelTbx4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=yQIEjelTbx4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Zdk2skqen3A&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=Zdk2skqen3A&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=soIlPvd7XZI&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=soIlPvd7XZI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=lONrx_DsCew&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=lONrx_DsCew&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Nj9_EI23_Sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=Nj9_EI23_Sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18851 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/528014830_1172898211547333_3134945475753188715_n-1024x1024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/528014830_1172898211547333_3134945475753188715_n-1024x1024.jpg' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1024&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18850 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/4ea1841490cd0f1762d00beee810d7f0.jpg' width=&#034;734&#034; height=&#034;340&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18853 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/efce08ee7dce23c50aeb5a86edc646c0.jpg' width=&#034;735&#034; height=&#034;404&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18854 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/webp/citation-victor-hugo-50484.webp' width=&#034;398&#034; height=&#034;255&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18855 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/webp/30965.webp' width=&#034;604&#034; height=&#034;396&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18856 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/une_citation-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/une_citation-2.jpg' width=&#034;1200&#034; height=&#034;630&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le g&#233;n&#233;ral Bugeaud :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64792722.texteImage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64792722.texteImage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/r1848_1155-8814_1908_num_5_29_1918&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/r1848_1155-8814_1908_num_5_29_1918&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://survie.org/decolonisons/2023/332-novembre-2023/article/boucher-et-croquemitaine-du-peuple-algerien-bugeaud&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://survie.org/decolonisons/2023/332-novembre-2023/article/boucher-et-croquemitaine-du-peuple-algerien-bugeaud&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63657721.texteImage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63657721.texteImage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#233;cit du g&#233;n&#233;ral Mangin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2017-1-page-59?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://shs.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2017-1-page-59?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mangin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'attention particuli&#232;re du Commandement et m&#234;me du Gouvernement fran&#231;ais avait &#233;t&#233; attir&#233;e sur Verdun. &#187; &#8230; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me de fortifications con&#231;u par le g&#233;n&#233;ral S&#233;r&#233; de Rivi&#232;re en 1875 n'avait &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; qu'en partie ; mais les deux barri&#232;res Belfort-&#201;pinal, Toul-Verdun, constituaient sur notre fronti&#232;re de l'Est un obstacle qui paraissait tr&#232;s fort &#224; nos ennemis, malgr&#233; la m&#233;fiance dont il &#233;tait devenu l'objet chez nous ; en outre, c'&#233;tait face &#224; l'Est que se concentrait l'arm&#233;e fran&#231;aise, sur une ligne de plus en plus avanc&#233;e. Une &#233;tude du Feld-Mar&#233;chal von Schlieffen sur la bataille de Cannes avait transport&#233; dans le domaine de la haute strat&#233;gie la tactique d'Hannibal : fixer l'adversaire sur tout son front et l'entourer en l'attaquant par les deux ailes. Le g&#233;n&#233;ral baron de Falkenhausen en avait d&#233;duit un plan d'op&#233;rations qui d&#233;ployait 44 corps d'arm&#233;e allemands entre la Suisse et la mer du Nord avec avance par les deux ailes, mais surtout par la droite en Belgique, avec rabattement &#224; travers le Nord de la France o&#249; les places Lille-Maubeuge, puis La F&#232;re-Laon-Reims, rest&#233;es inachev&#233;es, n'offraient pas d'obstacles s&#233;rieux. Il avait expos&#233; cette conception dans son &#233;tude la Guerre de masses qui avait &#233;t&#233; librement discut&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage la Guerre d'aujourd'hui, le g&#233;n&#233;ral von Bernhardi avait object&#233; que ce plan faisait &#233;tat de formations de r&#233;serve employ&#233;es en premi&#232;re ligne d&#232;s le commencement des op&#233;rations et jugeait cet emploi imprudent et d'ailleurs inutile. Il dit &#224; ce propos : &#171; Entreprendre une attaque d&#233;cisive avec des troupes qui ne satisfont point &#224; toutes les exigences, et qui, peut-&#234;tre, seront en partie nouvellement constitu&#233;es, comme les divisions de r&#233;serve, par exemple, ce serait presque commettre un crime contre l'esprit de la guerre ; car, ainsi que Clausewitz l'enseignait d&#233;j&#224;, on ne doit jamais attendre du seul mot d'arm&#233;e constitu&#233;e ce qui ne peut &#234;tre donn&#233; que par la r&#233;alit&#233;. &#187; Il proposait hardiment de concentrer les forces allemandes entre la Lorraine et le Limbourg hollandais, en laissant le champ libre &#224; l'arm&#233;e fran&#231;aise au Sud de Metz : plus elle s'avancerait vers l'Est, plus sa situation serait critique, car les arm&#233;es allemandes, pivotant autour de sa gauche, marcheraient sur Paris d&#233;couvert et prendraient l'arm&#233;e fran&#231;aise &#224; revers : la concentration fran&#231;aise se faisant N.-S. face &#224; l'Est, la concentration allemande se ferait N.O.-S.E. ; c'&#233;tait l'ordre oblique du Grand Fr&#233;d&#233;ric ressuscit&#233;, et non pas Cannes, mais Leuthen. Et Bernhardi, apr&#232;s avoir us&#233; d'une pr&#233;caution oratoire en indiquant qu'il s'agit d'un exemple th&#233;orique, d&#233;veloppe sommairement les artistiques man&#339;uvres de ce vaste front, r&#233;solument offensif &#224; droite, en profitant pour ses attaques &#233;chelonn&#233;es du magnifique r&#233;seau ferr&#233; de la Belgique et de la Hollande, d&#233;fensif &#224; gauche avec Metz-Thionville, Tr&#232;ves-Luxembourg, Mayence et la ligne du Mein ; front tr&#232;s articul&#233;, bris&#233; de coupures ; et il revient sur ce principe qu'un front strat&#233;gique ne peut &#234;tre une ligne de d&#233;fense tactique coh&#233;rente et souligne de nouveau l'importance de l'&#233;chelonnement dans la d&#233;fensive encore plus que dans l'offensive. Car la guerre de l'avenir sera toute de mouvement ; l'auteur l'a d&#233;j&#224; &#233;tabli en &#233;tudiant les guerres les plus r&#233;centes : &#171; &#192; l'avenir, il n'y aura de batailles durant des journ&#233;es enti&#232;res que si l'on rencontre sur le th&#233;&#226;tre de la guerre des conditions analogues &#224; celles qu'on trouvait en Mandchourie. Mais une telle hypoth&#232;se n'a aucune vraisemblance. Les adversaires de l'Allemagne sont contraints &#224; l'offensive s'ils veulent obtenir quelque r&#233;sultat. Quant &#224; nous, nous ne nous d&#233;fendrons s&#251;rement pas derri&#232;re des remparts et des foss&#233;s. Le g&#233;nie du peuple allemand nous en pr&#233;servera. Un r&#233;seau de chemins de fer tr&#232;s dense, relativement aux chemins de fer de Mandchourie, et un riche r&#233;seau de routes utilisables assurent une grande libert&#233; de mouvements sur la plupart des th&#233;&#226;tres de guerre en Europe. Toutes ces circonstances me font croire, en d&#233;pit de la tendance tr&#232;s r&#233;pandue &#224; se terrer, plut&#244;t &#224; une guerre de mouvement et d'op&#233;rations qu'&#224; une guerre de positions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a d&#233;j&#224; oppos&#233; la conception m&#233;canique de la guerre, qui met en ligne des masses aussi grandes que possible et les juxtapose de front, &#224; la conception g&#233;niale, qui les fait man&#339;uvrer selon les m&#233;thodes expos&#233;es dans son ouvrage : &#171; C'est l'esprit qui d&#233;cide de tout &#224; la guerre, l'esprit des chefs et l'esprit des troupes. Aujourd'hui encore, la r&#233;solution et la hardiesse assurent une sup&#233;riorit&#233; d&#233;cisive. Aujourd'hui encore, les fi&#232;res pr&#233;rogatives de l'initiative ont gard&#233; leur valeur. Aujourd'hui encore, la victoire n'est pas attach&#233;e &#224; un syst&#232;me d&#233;termin&#233;, et on peut la remporter m&#234;me contre des forces sensiblement sup&#233;rieures, avec les formes de combat les plus diverses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, Bernhardi a d&#233;j&#224; &#233;tabli que ces masses formidables des arm&#233;es actuelles fondront rapidement, tant par suite des pertes que parce que la vie moderne les a rendues en grande partie impropres &#224; la vie de campagne, et la guerre sera courte, surtout contre la France : &#171; L'effort qu'on doit fournir d&#232;s le d&#233;but est si grand qu'il est bien difficile de le d&#233;passer, du moins pour des pays comme la France, qui font appel d&#232;s la premi&#232;re mobilisation &#224; toutes leurs ressources en hommes jusqu'&#224; la derni&#232;re limite. Si cette arm&#233;e obtient la victoire, on n'a pas de raison de tenter un effort d&#233;sesp&#233;r&#233;. Si, au contraire, la guerre prend une tournure d&#233;favorable, ce peuple, sentant ses forces &#233;puis&#233;es, n'apercevra aucun espoir dans la continuation de la guerre et, par suite, la tension qui rendait possible une lev&#233;e en masse diminuera rapidement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il examine les conditions dans lesquelles se d&#233;veloppe une guerre d'invasion, o&#249; la puissance envahie voit son moral d&#233;cro&#238;tre &#224; mesure que s'avance le vainqueur : &#171; D&#233;j&#224; la guerre de 1870-71 se d&#233;roula comme nous l'indiquons ici. On peut s'attendre dans l'avenir &#224; ce que les &#233;v&#233;nements prennent un cours encore plus caract&#233;ristique. &#187; &#8212; &#171; Si l'on s'est terr&#233; au Transvaal et en Mandchourie, c'est parce que les Boers faisaient une guerre d'atermoiement ; de m&#234;me les Russes et m&#234;me les Japonais, &#233;taient souvent r&#233;duits &#224; manier la pelle par l'allure tra&#238;nante de la lutte, oblig&#233;s &#224; la d&#233;fensive par la difficult&#233; des communications, qui retardait l'arriv&#233;e des renforts et du ravitaillement. Mais dans les luttes de l'avenir, la fortification de campagne restera d'un usage exceptionnel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernhardi exprime les id&#233;es qui avaient cours dans l'arm&#233;e allemande, et non la doctrine du Grand &#201;tat-Major, celle de Schlieffen, qui l'avait dirig&#233; pendant dix-huit ans et qui avait &#233;t&#233; le vrai successeur de Moltke l'ancien ; Falkenhausen est beaucoup plus pr&#232;s de cette doctrine que Bernhardi. Aussi nous voyons au d&#233;but des op&#233;rations les divisions de r&#233;serve form&#233;es en corps d'arm&#233;e, qui figurent &#224; c&#244;t&#233; des corps actifs. 38 corps d'arm&#233;e, &#8212; au lieu de 41, &#8212; s'alignent de la Suisse &#224; la mer du Nord. Le grand &#201;tat-major a exig&#233; le passage &#224; travers la Belgique, au m&#233;pris du trait&#233; de 1831 que le Chancelier dut traiter de &#171; chiffon de papier. &#187; Mais la pr&#233;vision de la guerre, &#171; fra&#238;che et joyeuse, &#187; de l'offensive &#224; outrance, dont la facilit&#233; cro&#238;t avec les progr&#232;s de l'invasion, elle est commune &#224; tous. L'aile gauche en Lorraine ne commencera son mouvement que quand l'aile droite sera en mesure de faire sentir sa pression, et par cons&#233;quent sur ce th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations une d&#233;fensive provisoire est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan de concentration est l'ensemble des dispositions qui, apr&#232;s la mobilisation, rassemblent les arm&#233;es en vue des op&#233;rations actives. Il d&#233;pend donc de la situation politique, des forces en pr&#233;sence, de la rapidit&#233; de mobilisation et de transport, des intentions qu'on suppose &#224; l'ennemi ; ce dispositif initial porte en germe le d&#233;veloppement des op&#233;rations ult&#233;rieures. L'Entente cordiale, en nous rendant les forces immobilis&#233;es pour la d&#233;fense des c&#244;tes, et les projets probables d'invasion allemande en Belgique, ont modifi&#233; le plan de concentration fran&#231;ais &#224; plusieurs reprises ; nos lois militaires et les variations de la confiance qu'inspiraient nos r&#233;serves sont &#233;galement intervenues. En dernier lieu, des transports plus rapides avaient permis en 1913 d'avancer notablement notre zone de concentration : le plan 17 disposait les arm&#233;es fran&#231;aises face &#224; l'Est, quatre arm&#233;es entre Belfort et Montm&#233;dy, &#8212; (1re Dubail, 2e Castelnau, 3e Ruffey, 5e Lanrezac), &#8212; et une en r&#233;serve vers Commercy (4e de Langle) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas que l'&#201;tat-major fran&#231;ais ait cru en 1913 au respect de la neutralit&#233; belge par les Allemands, ni qu'il ait ignor&#233; le nombre des divisions de r&#233;serve susceptibles de se joindre aux 25 corps actifs du temps de paix. Mais on pensait que l'ennemi respecterait le c&#339;ur m&#234;me de la Belgique, le triangle Li&#232;ge-Anvers-Namur, o&#249; l'arm&#233;e belge devait se concentrer &#224; l'abri des places fortes s&#233;rieuses pour y garder une attitude expectante, apr&#232;s une protestation de son gouvernement ; on ne croyait pas, malgr&#233; l'avis exprim&#233; par le g&#233;n&#233;ral Michel, pr&#233;d&#233;cesseur du g&#233;n&#233;ral Joffre dans les fonctions de g&#233;n&#233;ralissime d&#233;sign&#233;, qu'Anvers serait un des premiers objectifs de l'arm&#233;e allemande, car c'&#233;tait alors forcer l'Angleterre &#224; entrer dans la lutte en m&#234;me temps que la Belgique. En outre, l'emploi de divisions et surtout de corps d'arm&#233;e de r&#233;serve ne paraissait pas probable au d&#233;but des hostilit&#233;s, car ils manqueraient d'entra&#238;nement et de coh&#233;sion. D&#232;s lors, une pareille extension du front allemand am&#232;nerait un affaiblissement g&#233;n&#233;ral et paraissait une imprudence qu'on arrivait m&#234;me &#224; souhaiter : l'attaque violente en Lorraine sur la gauche allemande trouverait moins de r&#233;sistance et son avance mettrait le gros des forces ennemies dans une situation fort difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est une offensive &#224; outrance que pr&#233;conisaient &#224; l'envi les th&#233;oriciens militaires en m&#234;me temps que tous les &#201;tats-majors. L'arm&#233;e fran&#231;aise s'&#233;tait impos&#233; en 1870 une d&#233;fensive tactique fond&#233;e sur la puissance des feux de l'armement nouveau ; sous pr&#233;texte qu'un fusil &#224; tir rapide et de grande port&#233;e est &#233;videmment plus avantageux au d&#233;fenseur post&#233; qu'&#224; l'assaillant qui s'avance &#224; d&#233;couvert, nos troupes s'&#233;taient fig&#233;es, de par leur r&#232;glement, dans des positions choisies &#224; l'avance, et ce m&#233;pris de la man&#339;uvre avait &#233;t&#233; cruellement puni. En outre, nous avions attendu l'ennemi sur notre territoire au lieu d'attaquer hardiment sur le sien. Nous serions impardonnables de retomber dans de telles fautes. L'assaillant, par le seul fait qu'il attaque, soumet le d&#233;fenseur &#224; sa volont&#233; et prend sur lui un ascendant moral qui, avec des troupes fran&#231;aises, multiplie toutes les brillantes qualit&#233;s de la race, l'entrain et l'initiative, qui s'atrophient dans la d&#233;fense. Il est d'ailleurs &#233;vident que, par d&#233;finition, la d&#233;fense passive ne peut obtenir aucun r&#233;sultat positif, puisqu'elle a uniquement pour but d'emp&#234;cher les progr&#232;s de l'attaque : Faire la guerre, c'est attaquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de ces v&#233;rit&#233;s avaient &#233;t&#233; pouss&#233;es &#224; l'extr&#234;me. &#192; toutes les &#233;poques il est arriv&#233; que, sur certaines parties du champ de bataille, l'assaillant lui-m&#234;me soit amen&#233; &#224; prendre une attitude d&#233;fensive, tout au moins provisoirement, et &#224; y attendre le r&#233;sultat de sa man&#339;uvre. Presque toujours d'ailleurs, la d&#233;fense s'accompagne de contre-attaques pr&#233;vues dont peut r&#233;sulter une avance du d&#233;fenseur, soit limit&#233;e dans son but, soit commencement d'une v&#233;ritable attaque qui se terminera par une grande victoire, comme &#224; Austerlitz, par exemple. Renoncer &#224; toute d&#233;fensive, c'est renoncer &#224; toute man&#339;uvre et se condamner &#224; une attaque frontale, toujours la m&#234;me, proie facile pour les man&#339;uvres de l'ennemi pr&#233;venu. Plus le champ de bataille s'&#233;tend, plus il contiendra de zones d&#233;fensives : O&#249; ? Quand ? Comment attaquer ? C'est l&#224; toute la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une surench&#232;re d'offensive s&#233;vissait dans tous les milieux militaires. Au nom de l'&#171; unit&#233; de doctrine, &#187; soigneusement gard&#233;e par la &#171; discipline intellectuelle, &#187; l'offensive s'imposait &#224; l'&#233;tat de dogme intangible, ses fervents rivalisaient d'ardeur, et c'est &#224; qui se montrerait le plus agressif. C'est peut-&#234;tre ici le lieu de remarquer que ces formes de croyances religieuses donn&#233;es aux id&#233;es militaires ont eu une malheureuse cons&#233;quence qui pesa lourdement sur la dur&#233;e de la guerre : apr&#232;s les premiers &#233;checs, dus &#224; l'emploi de proc&#233;d&#233;s vicieux, le dogme s'&#233;croula dans beaucoup d'esprits superficiels et devenus sceptiques ; et un peu plus tard l'offensive fut d&#233;clar&#233;e impossible par d'autres th&#233;oriciens qui arriv&#232;rent au point de ne plus concevoir la guerre que comme une lutte d'usure dont il &#233;tait chim&#233;rique d'attendre la fin par la victoire des armes. Mais en 1913 la victoire se bornait &#224; avoir fait dispara&#238;tre dans le dernier r&#232;glement (Instruction sur la conduite des grandes unit&#233;s) non seulement l'id&#233;e, mais m&#234;me le mot de d&#233;fensive. Erreur plus grave encore, le r&#232;glement du 3 d&#233;cembre 1913 prescrivait &#224; l'attaque une allure pr&#233;cipit&#233;e, qu'elle doit &#234;tre en &#233;tat de prendre pour tenter une surprise ou pour profiter d'un d&#233;sarroi ou d'une faute de l'ennemi, mais qu'on ne peut &#233;riger en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale ; il formulait : &#171; L'artillerie ne pr&#233;pare plus les attaques, elle les appuie. &#187; Dans le dessein excellent de faire p&#233;n&#233;trer l'id&#233;e juste de l'offensive dans tous les rangs de l'arm&#233;e, le dogmatisme avait syst&#233;matis&#233; nos r&#232;glements et s'&#233;tendait &#224; des prescriptions formelles qui, pour &#233;viter tout pr&#233;texte &#224; retard, allaient jusqu'&#224; supprimer toute pr&#233;paration ; les armes nouvelles : fusil &#224; r&#233;p&#233;tition et &#224; trajectoire tr&#232;s tendue, mitrailleuse, canon de campagne &#224; tir rapide, artillerie lourde, dont les effets &#233;taient encore mal connus, auraient vraiment d&#251; inspirer un peu de prudence, &#224; tout le moins dans la prise de contact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter qu'en France comme en Allemagne on croyait &#224; la guerre courte, toute de mouvement, et qu'on voulait emp&#234;cher l'adversaire de se fixer et le bousculer avant qu'il n'e&#251;t le temps d'organiser des positions d&#233;fensives. Les financiers et les &#233;conomistes &#233;taient presque tous d'accord pour penser que le monde civilis&#233; ne pourrait supporter plus de quelques mois le fardeau jusqu'alors inou&#239; d'une guerre qui serait extr&#234;mement co&#251;teuse en argent et en richesses de toute nature, et qui lui enl&#232;verait la grande majorit&#233; de ses producteurs ; l'interd&#233;pendance des nations multiplierait les ruines par r&#233;percussion et interviendrait certainement tr&#232;s vite pour arr&#234;ter les hostilit&#233;s ; de tr&#232;s rares clairvoyants &#233;taient seuls &#224; affirmer qu'une nation trouve toujours de l'argent pour faire la guerre, et que bien heureusement aucun gouvernement issu de la volont&#233; populaire ne serait en &#233;tat de traiter avant que le sort des armes n'e&#251;t d&#233;cid&#233; de la victoire, quelles que fussent les ruines &#233;conomiques et financi&#232;res dont l'effet p&#232;serait sur l'avenir plus que sur le pr&#233;sent. Pour la France en particulier, l'entente avec l'Angleterre lui assurait la ma&#238;trise de la mer et, au point de vue &#233;conomique, une incontestable sup&#233;riorit&#233; de r&#233;sistance. Ses pr&#233;occupations &#233;taient sans doute uniquement tourn&#233;es vers les &#339;uvres de paix, &#8212; et trop uniquement peut-&#234;tre. C'est seulement une guerre d&#233;fensive qu'on pouvait pr&#233;voir. Mais croire que des consid&#233;rations mat&#233;rielles, quelque importantes qu'elles fussent, pourraient peser sur ses r&#233;solutions apr&#232;s l'agression de l'ennemi, c'&#233;tait m&#233;conna&#238;tre le moral de la nation en armes ; sous le choc brusque et inattendu, l'instinct de conservation collectif se r&#233;veille, la figure de la Patrie se dresse, et les morts parlent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. &#8212; LA BATAILLE DES FRONTI&#200;RES ET LA RETRAITE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de juillet, l'Allemagne avait pris un certain nombre de mesures qui pr&#233;paraient son entr&#233;e en campagne. Le 31 juillet, l'&#233;tat de &#171; menace de guerre &#187; Kriegsgefahrzustand fut proclam&#233; et lui permit la mobilisation de 6 classes de r&#233;serves. En m&#234;me temps, les voies ferr&#233;es et les lignes t&#233;l&#233;graphiques &#233;taient coup&#233;es sur la fronti&#232;re d'Alsace-Lorraine. Le 1er ao&#251;t l'Allemagne d&#233;clarait la guerre &#224; la Russie, le 3 ao&#251;t &#224; la France, le 4 ao&#251;t &#224; l'Angleterre. La guerre avec la Russie, alli&#233;e de la France, ayant &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e d&#232;s le 1er ao&#251;t, il semblait bien qu'une d&#233;claration de guerre &#224; la France &#233;tait inutile ; n&#233;anmoins il importait de lever tous les doutes &#224; cet &#233;gard : l'ambassadeur d'Allemagne avait donc ordre, si, contre toute attente, le gouvernement fran&#231;ais proclamait sa neutralit&#233;, de r&#233;clamer comme gage l'occupation de Toul et de Verdun par les troupes allemandes, injure grossi&#232;re qui, de toute fa&#231;on, rendait in&#233;vitable la guerre d&#233;cid&#233;e par le gouvernement allemand. Avant toute d&#233;claration de guerre, des patrouilles allemandes avaient franchi la fronti&#232;re sur 17 points diff&#233;rents, cherchant vainement un incident qui p&#251;t servir de pr&#233;texte aux hostilit&#233;s : mais les troupes fran&#231;aises s'&#233;taient, par ordre du gouvernement, &#233;loign&#233;es de 10 kilom&#232;tres du territoire d'Alsace-Lorraine et de Belgique. Il fallut donc recourir &#224; l'imagination pure et inventer de toutes pi&#232;ces un bombardement de Nuremberg par des avions fran&#231;ais, d&#233;menti ult&#233;rieurement par les autorit&#233;s locales elles-m&#234;mes, et la pr&#233;sence tout aussi fausse d'officiers fran&#231;ais en Belgique. En for&#231;ant le gouvernement imp&#233;rial allemand &#224; recourir &#224; ces pr&#233;textes d&#233;risoires et mensongers, le gouvernement fran&#231;ais bravait quelques inconv&#233;nients militaires assez s&#233;rieux, mais il d&#233;montrait &#224; l'Europe et au monde civilis&#233; tout entier de quel c&#244;t&#233; &#233;tait la volont&#233; d'agression et agissait fortement sur l'opinion publique en Angleterre, aussi ind&#233;cise que le gouvernement britannique ; le reste fut fait par la violation de la neutralit&#233; belge et la menace sur Anvers, qui ne pouvait tomber sous la coupe de l'Allemagne sans redevenir &#171; un pistolet charg&#233; au c&#339;ur de l'Angleterre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angleterre en effet avait demand&#233; &#224; la France et &#224; l'Allemagne si elles avaient l'intention de respecter la neutralit&#233; belge garantie par les trait&#233;s de 1831 et 1837 ; la France s'y &#233;tait engag&#233;e aussit&#244;t, mais l'Allemagne avait envoy&#233; imm&#233;diatement un ultimatum &#224; la Belgique pour l'aviser du passage de ses troupes et r&#233;pondu ensuite &#224; l'Angleterre que l'invasion de la Belgique et du Grand-Duch&#233; de Luxembourg &#233;tait commenc&#233;e et que des &#171; raisons strat&#233;giques &#187; ne permettaient pas d'arr&#234;ter la marche de ses arm&#233;es. Et le 4 ao&#251;t, en remettant ses passeports &#224; l'ambassadeur d'Angleterre, le chancelier Bethmann-Hollweg pronon&#231;ait les paroles m&#233;morables : &#171; Vous allez donc nous faire la guerre pour un chiffon de papier ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 ao&#251;t en effet, le Grand-Duch&#233; de Luxembourg avait &#233;t&#233; occup&#233; sans r&#233;sistance, malgr&#233; le trait&#233; de 1867, par lequel le roi de Prusse s'&#233;tait port&#233; garant de sa neutralit&#233; perp&#233;tuelle, et la convention de 1902 par laquelle l'empereur d'Allemagne avait de nouveau proclam&#233; la neutralit&#233; du Grand-Duch&#233; et stipul&#233; qu'en aucun cas les chemins de fer dont l'Allemagne assurait l'exploitation ne seraient employ&#233;s au transport de ses troupes. Le 3 ao&#251;t, la Belgique avait repouss&#233; dignement l'ultimatum de l'Allemagne et refus&#233; d'autoriser le passage de l'arm&#233;e allemande sur son territoire ; dans la soir&#233;e, la Belgique fut envahie et les op&#233;rations contre Li&#232;ge commenc&#233;es sous les ordres du g&#233;n&#233;ral von Emmich. Il s'agissait de rassembler rapidement des brigades qui n'avaient pas encore tout leur effectif de guerre au complet et d'attaquer par surprise un camp retranch&#233; avant que sa d&#233;fense e&#251;t &#233;t&#233; organis&#233;e. L'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral von Emmich comptait au total 120&#8239;000 hommes. Les 4 et 5 ao&#251;t, le g&#233;n&#233;ral Leman, qui ne disposait que de 40&#8239;000 hommes de garnison, infligea sur la ligne des forts un sanglant &#233;chec aux premi&#232;res attaques, men&#233;es avec une pr&#233;cipitation et un m&#233;pris de l'adversaire qui m&#233;ritaient une punition. Mais la ville n'avait pas d'enceinte continue ; la place &#233;tait menac&#233;e d'investissement par le mouvement des arm&#233;es allemandes qui avaient franchi la Meuse en amont et en aval de Li&#232;ge. Gr&#226;ce &#224; l'esprit de d&#233;cision et &#224; l'initiative de Ludendorff qui suivait l'op&#233;ration comme officier d'&#201;tat-major et prit le commandement d'une brigade dont le chef venait d'&#234;tre tu&#233;, les Allemands arriv&#232;rent &#224; rompre par surprise la ligne belge entre deux forts le 6 et &#224; p&#233;n&#233;trer dans la ville le 7 ao&#251;t. Le g&#233;n&#233;ral Leman fit retraiter la division d'arm&#233;e et une brigade suppl&#233;mentaire mises &#224; sa disposition et qui &#233;chapp&#232;rent ainsi &#224; l'enveloppement. Chaque fort d&#233;tach&#233; se d&#233;fendit isol&#233;ment et n&#233;cessita la mise en batterie des plus gros calibres ; le g&#233;n&#233;ral Leman fut pris le 14, enseveli vivant sous les ruines du fort Loncin, dont un obus de 420 avait atteint le d&#233;p&#244;t de munitions. Les derni&#232;res r&#233;sistances se prolong&#232;rent jusqu'au 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense de Li&#232;ge avait inflig&#233; &#224; l'offensive allemande un retard consid&#233;rable, et l'arm&#233;e fran&#231;aise avait le temps de s'&#233;tirer vers le Nord et de rectifier ses premi&#232;res dispositions. La magnifique attitude de la Belgique, dress&#233;e &#224; la parole de son Roi magnanime et refusant de s'incliner devant la force brutale, se fixait dans un geste h&#233;ro&#239;que, qui faisait r&#233;fl&#233;chir le monde civilis&#233; tout entier. Bien lente &#224; s'&#233;mouvoir, la conscience universelle ne pouvait m&#233;conna&#238;tre qu'un crime contre la foi jur&#233;e venait de se commettre et que le ch&#226;timent pourrait bien venir des victimes elles-m&#234;mes, car elles trouvaient, dans la conscience de leur bon droit, des forces impr&#233;vues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les circonstances dont s'accompagnait cette violation des trait&#233;s les plus solennels la rendaient particuli&#232;rement odieuse. Les incendies, les pillages, les ex&#233;cutions sommaires sans jugement, les massacres de femmes et d'enfants avaient accompagn&#233; les troupes allemandes dans leur marche &#224; travers le pays neutre. Vainement les coupables ont invoqu&#233; l'attitude de la population civile belge, qui aurait pris part &#224; la lutte et tendu des guet-apens ; c'est tout au plus si l'on peut admettre que les soldats allemands ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement mis en garde contre les francs-tireurs belges qui n'ont jamais exist&#233;, et excit&#233;s &#224; l'avance contre les habitants essentiellement paisibles ; la nervosit&#233; des premiers combats aidant, quelques-unes des atrocit&#233;s ont pu &#234;tre commises avec l'id&#233;e de se venger, &#8212; l&#226;chement d'ailleurs, &#8212; sur une population d&#233;sarm&#233;e, en confondant de parti pris les innocents et les coupables suppos&#233;s. Si la population civile s'&#233;tait livr&#233;e &#224; des actes hostiles contre les soldats allemands, les premi&#232;res victimes eussent &#233;t&#233; les hommes du corps de cavalerie von der Marwitz, qui, du 4 au 17 ao&#251;t, escadronna dans tout le pays entre Li&#232;ge et Dinant. Les patrouilles et les cavaliers isol&#233;s qui l'&#233;clairaient, ses nombreuses estafettes, ses convois &#233;chelonn&#233;s sur de longues distances offraient une proie facile &#224; l'hostilit&#233; des habitants. Mais, incit&#233; &#224; une prudente sagesse par sa dispersion forc&#233;e, ce corps de cavalerie se conduisit &#224; peu pr&#232;s honn&#234;tement ; il fut accueilli avec une r&#233;serve assur&#233;ment antipathique, mais qui ne s'exprima par aucun acte de violence, et aucun fait nettement r&#233;pr&#233;hensible n'a &#233;t&#233; reproch&#233; &#224; ce corps. Il est donc faux que la guerre de francs-tireurs ait &#233;t&#233; organis&#233;e par les Belges ; le haut commandement allemand est pleinement responsable de toutes les atrocit&#233;s, et si quelques-uns de ces crimes ont &#233;t&#233; commis par des troupes que leurs chefs avaient suggestionn&#233;es et qui pouvaient all&#233;guer de bonne foi la n&#233;cessit&#233; de leur d&#233;fense, la responsabilit&#233; demeure enti&#232;re sur le commandement. La m&#234;me sauvagerie d&#233;shonora l'invasion allemande en Lorraine ; il s'agissait d'un syst&#232;me de guerre qui visait &#224; terroriser la population civile, &#224; la faire refluer en d&#233;sordre vers sa capitale, afin de briser toute r&#233;sistance par l'&#233;pouvante et d'obtenir plus rapidement la paix &#224; l'Ouest pour pouvoir se retourner vers l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs nous tenons l'aveu complet dans la lettre de Guillaume II &#224; l'Empereur d'Autriche Fran&#231;ois-Joseph : &#171; Mon &#226;me se d&#233;chire, mais il faut tout mettre &#224; feu et &#224; sang, &#233;gorger hommes, femmes, enfants et vieillards, ne laisser debout ni un arbre ni une maison. Avec ces proc&#233;d&#233;s de terreur, les seuls capables de frapper un peuple aussi d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; que le peuple fran&#231;ais, la guerre finira avant deux mois, tandis que, si j'ai des &#233;gards humanitaires, elle peut se prolonger des ann&#233;es. Malgr&#233; toute ma r&#233;pugnance, j'ai donc d&#251; choisir le premier syst&#232;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc bien de propos d&#233;lib&#233;r&#233; que l'Allemagne, d&#232;s le d&#233;but d'une guerre d&#233;clar&#233;e par elle, s'enfon&#231;ait dans la barbarie par une r&#233;gression syst&#233;matique : la neutralit&#233; des petits &#201;tats, solennellement garantie, est viol&#233;e sans le moindre scrupule ; les conventions qui exceptent de la lutte la population civile sont supprim&#233;es, en m&#234;me temps que toute notion d'humanit&#233; Quels que soient les engagements pris, ils cessent d'exister d&#232;s qu'ils apportent une g&#234;ne &#224; la rapidit&#233; des op&#233;rations. Il faut constater qu'en changeant de ma&#238;tre, l'Allemagne prussianis&#233;e n'a pas chang&#233; d'&#226;me, et qu'aucun membre de son nouveau gouvernement, aucun chef de parti notable n'a encore trouv&#233; un mot de bl&#226;me pour le m&#233;pris de la foi jur&#233;e, du droit des gens et des principes les plus &#233;l&#233;mentaires de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 ao&#251;t, l'entr&#233;e des troupes allemandes en Belgique motiva une variante, d'ailleurs pr&#233;vue, au plan de concentration fran&#231;ais : au lieu de limiter sa gauche &#224; Longwy, l'arm&#233;e fran&#231;aise l'&#233;tendra jusqu'&#224; M&#233;zi&#232;res, la 5e arm&#233;e (g&#233;n&#233;ral Lanrezac) se d&#233;pla&#231;ant vers le Nord, faisant place &#224; la 4e arm&#233;e (g&#233;n&#233;ral de Langle), qui ne prendra pas son emplacement de r&#233;serve vers Commercy et se formera en ligne entre la 3e et la 5e arm&#233;es. Ce changement n'affecte que le plan de transport, dont l'ex&#233;cution n'est pas commenc&#233;e ; c'est une complication pour la Compagnie des chemins de fer de l'Est et pour les &#201;tats-majors, mais les corps de troupe ne s'en douteront m&#234;me pas. &#192; partir du 4, la zone de 10 kilom&#232;tres &#233;vacu&#233;e le long de la fronti&#232;re est r&#233;occup&#233;e par les corps de couverture, tr&#232;s facilement dans la plaine lorraine, avec quelque difficult&#233; dans les Vosges. Il faut insister sur ce fait que cette mesure, d'un haut int&#233;r&#234;t politique, n'a eu qu'une r&#233;percussion &#224; peu pr&#232;s insignifiante sur la situation militaire. La mobilisation de l'arm&#233;e fran&#231;aise l'a fait passer du pied de paix au pied de guerre du 1er au 5 ao&#251;t ; sa concentration s'op&#232;re du 5 au 12 ao&#251;t pour le gros des transports, et le 18 tout est &#224; pied d'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ultimatum de l'Allemagne &#224; la Belgique, le 3 ao&#251;t, avait &#233;t&#233; imm&#233;diatement suivi d'une offre de secours des troupes fran&#231;aises ; mais le Roi des Belges, par un dernier scrupule, attendit la violation mat&#233;rielle de son territoire pour le r&#233;clamer le 4. C'est le 6 seulement que le corps de cavalerie du g&#233;n&#233;ral Sordet franchit la fronti&#232;re avec ses trois divisions, appuy&#233;es de trois bataillons d'infanterie. Il poussa jusqu'&#224; Li&#232;ge le 8, cherchant le contact avec les forces belges les plus avanc&#233;es. Mais la ville &#233;tait prise et la garnison retir&#233;e sur la Gette. Il se replia sur la Lesse, en contact avec le corps de cavalerie du g&#233;n&#233;ral von der Marwitz. Le corps &#233;tait &#233;tay&#233; &#224; droite par les 4e et 9e divisions de cavalerie, qui &#233;clairaient les 4e et 3e arm&#233;es fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Commandement fran&#231;ais avait constat&#233; l'avance allemande en Belgique ; l'attaque de Li&#232;ge indiquait bien toute l'amplitude du mouvement, qui ne se limitait pas &#224; la rive Sud de la Meuse, comme on l'avait pens&#233;, mais allait &#233;videmment s'&#233;tendre &#224; travers toute la Belgique. Les corps actifs qui l'ex&#233;cutaient &#233;taient bien ceux qu'on attendait de ce c&#244;t&#233;, mais les corps de r&#233;serve, qui doublaient l'importance des forces ennemies, n'&#233;taient pas encore signal&#233;s, et les renseignements recueillis faisaient admettre un peu h&#226;tivement que la concentration allemande s'ex&#233;cutait suivant le plan connu depuis deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi le g&#233;n&#233;ral Joffre admet que le groupement principal des forces ennemies semble vers Metz-Thionville-Luxembourg. Par l'instruction g&#233;n&#233;rale no 1 du 8 ao&#251;t, il indique son intention de livrer la bataille toutes forces r&#233;unies, sa droite appuy&#233;e au Rhin. S'il y avait lieu, sa gauche reculerait au besoin pour &#233;viter de s'engager isol&#233;ment ; elle s'avancerait au contraire si la droite allemande &#233;tait retard&#233;e devant Li&#232;ge ou se rabattait vers le Sud. La 1re arm&#233;e marchera sur Sarrebourg et le Donon, couverte &#224; droite par le 7e corps ; un groupement de divisions de r&#233;serve investira Strasbourg ; la 2e arm&#233;e marchera sur Sarrebruck en se couvrant vers Metz &#224; l'Ouest. Les 3e et 4e arm&#233;es sont provisoirement dans l'expectative, pr&#234;tes &#224; attaquer l'ennemi, s'il d&#233;bouche, ou &#224; se porter en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t opportun d'accrocher la gauche ennemie et de prendre dans la plaine d'Alsace, le plus t&#244;t possible, une position qui assure le d&#233;bouch&#233; des Vosges sur un large front. D&#232;s le 7, les troupes fran&#231;aises franchissent la fronti&#232;re et prennent Altkirch et occupent le 8 Mulhouse, &#233;vacu&#233; par les Allemands. Mais l'ennemi se renforce et menace par Cernay de tourner les positions fran&#231;aises, faiblement occup&#233;es. Le 7e corps doit &#233;vacuer Mulhouse le 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration fut recommenc&#233;e le 14 par le g&#233;n&#233;ral Pau qui, avec une arm&#233;e d'Alsace de 150&#8239;000 hommes, reprend Altkirch et Mulhouse et s'&#233;tend jusqu'au Rhin, apr&#232;s le beau combat de Dornach le 19. En m&#234;me temps, la 1re arm&#233;e (g&#233;n&#233;ral Dubail, 200&#8239;000 hommes) commence &#224; descendre les cols des Vosges, et la 2e (g&#233;n&#233;ral de Castelnau, 200&#8239;000 hommes) p&#233;n&#232;tre en Lorraine annex&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le front de l'arm&#233;e Castelnau est resserr&#233; entre les forts de Metz et les &#233;tangs de Dieuze. Elle passe la fronti&#232;re le 14, sa cavalerie atteint Ch&#226;teau-Salins le 17 ; l'arm&#233;e franchit la Seille le 19, apr&#232;s des engagements, et atteint Delme et Morhange, sa gauche appuy&#233;e aux divisions de r&#233;serve, qui tiennent la position du Grand Couronn&#233; de Nancy. L'arm&#233;e Dubail est ralentie dans les Vosges, mais sa gauche progresse avec l'arm&#233;e Castelnau et occupe Sarrebourg le 18 avec la division de Maud'huy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennemi attendait l'attaque fran&#231;aise sur une position soigneusement &#233;tudi&#233;e d&#232;s le temps de paix et dont les travaux avaient &#233;t&#233; commenc&#233;s le 1er ao&#251;t ; c'&#233;tait, dans l'ensemble, une ligne fortifi&#233;e couvrant les communications entre Metz et Strasbourg et r&#233;unissant les deux camps retranch&#233;s. La VIe arm&#233;e allemande, form&#233;e de tous les contingents bavarois (200&#8239;000 hommes) sous le commandement du prince Ruprecht de Bavi&#232;re, y &#233;tait &#233;tablie sur les collines entre la Sarre et la Seille, ainsi que la droite de la VIIe arm&#233;e (120&#8239;000 hommes, g&#233;n&#233;ral von Heeringen). La r&#233;sistance allemande, faible le 14, s'&#233;tait accrue &#224; mesure que l'attaque se rapprochait de cette ligne et avait &#233;t&#233; particuli&#232;rement tenace le 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille de Morhange-Sarrebourg s'engagea le 20, sur un terrain pr&#233;par&#233; &#224; loisir ; les batteries allemandes sont abrit&#233;es, l'artillerie lourde sur plates-formes en b&#233;ton ; le tir est assur&#233; par des rep&#232;res et r&#233;gl&#233; par de nombreux avions. Les deux corps de droite de l'arm&#233;e Castelnau sont arr&#234;t&#233;s dans les tranch&#233;es, par un feu violent, puis contre-attaqu&#233;s. Ils battent en retraite. &#192; gauche, les troupes magnifiques de l'ardent 20e corps attaquent avant l'heure, s'engouffrent dans l'entonnoir de Morhange, o&#249; elles se heurtent aux m&#234;mes obstacles, et sont ramen&#233;es de m&#234;me ; un vide s'est produit &#224; sa droite, menac&#233;e d'&#234;tre tourn&#233;e. Il faut rectifier la ligne et se reporter en arri&#232;re de 10 &#224; 15 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e Dubail avait assez p&#233;niblement d&#233;bouch&#233; le 19 en avant de Sarrebourg ; le 20 au matin, sa progression se heurte &#224; une r&#233;sistance accrue et &#224; des tirs d'artillerie de tout calibre qui pr&#233;parent l'attaque allemande ordonn&#233;e pour 11 heures. &#192; l'heure dite, les Bavarois s'&#233;branlent, et le combat devient tr&#232;s violent, avec de lourdes pertes de chaque c&#244;t&#233;. L'ordre est donn&#233; d'&#233;vacuer Sarrebourg. &#192; la droite de l'arm&#233;e, l'attaque allemande n'a avanc&#233; que tr&#232;s peu. C'est, dans l'ensemble de ce front, un combat ind&#233;cis, et le g&#233;n&#233;ral Dubail donne l'ordre de reprendre le lendemain une attaque m&#233;thodique, pied &#224; pied. Mais la retraite de la 2e arm&#233;e entra&#238;nait celle de la 1re arm&#233;e. Apr&#232;s la rude journ&#233;e du 20, cette retraite s'ex&#233;cute en bon ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ordre du g&#233;n&#233;ral Joffre, l'arm&#233;e de Castelnau se maintient sur le Grand Couronn&#233; de Nancy qu'elle ach&#232;ve d'organiser, entre la Meurthe et la Moselle, sur les hauteurs de Saffais-Belchamp. D&#233;fendant successivement les lignes de la Meurthe et de la Mortagne, l'arm&#233;e Dubail occupe le 24 un front sensiblement perpendiculaire. Elle avait d&#232;s le 23 l'ordre de prendre l'offensive si l'arm&#233;e Castelnau &#233;tait attaqu&#233;e. Les Allemands n'avaient pas l'intention d'assaillir de front la position de Nancy, mais de la tourner en for&#231;ant la trou&#233;e de Charmes. Ils l'essaient vainement : l'arm&#233;e Dubail r&#233;siste sur tout son front. C'est alors le g&#233;n&#233;ral de Castelnau qui prend l'offensive en criant &#224; ses troupes : &#171; En avant ! partout ! et &#224; fond ! &#187;, menace les arri&#232;res de l'ennemi le 25 ao&#251;t et le fait reculer. Le g&#233;n&#233;ral Dubail, qui a opportun&#233;ment pr&#234;t&#233; au g&#233;n&#233;ral de Castelnau un corps d'arm&#233;e et une division de cavalerie, repousse les 26 et 27, dans la r&#233;gion de Saint-Di&#233;, des tentatives pour passer le long des Vosges : la trou&#233;e de Charmes est barr&#233;e aux VIe et VIIe arm&#233;es allemandes, qui ont &#233;prouv&#233; un sanglant &#233;chec en s'avan&#231;ant sans pr&#233;cautions suffisantes dans l'angle droit form&#233; par les 1re et 2e arm&#233;es fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas par sa droite que le g&#233;n&#233;ral Joffre a l'intention de faire son effet principal. L'arm&#233;e d'Alsace du g&#233;n&#233;ral Pau devait s'appuyer au Rhin ; les 1re et 2e arm&#233;es devaient avant tout fixer l'ennemi et l'emp&#234;cher de faire glisser ses forces vers le Nord-Ouest. C'est vers le Grand-Duch&#233; de Luxembourg et le Luxembourg belge que le g&#233;n&#233;ral Joffre comptait porter son effort par la 3e arm&#233;e (g&#233;n&#233;ral Ruffey) et la 4e arm&#233;e (g&#233;n&#233;ral de Langle de Cary). Remontant vers le Nord, la 5e arm&#233;e (g&#233;n&#233;ral Lanrezac) s'&#233;tend de M&#233;zi&#232;res &#224; Hirson, et obtient le 14 seulement l'autorisation de se porter en Belgique vers Dinant et Charleroi. &#192; sa gauche, l'arm&#233;e anglaise du mar&#233;chal French d&#233;barquait 4 divisions au lieu de 6 annonc&#233;es, &#8212; au total 70&#8239;000 hommes. &#8212; Plus loin, l'arm&#233;e belge rassemblait ses 6 divisions vers la Gette, entre Namur et Anvers. &#8212; En arri&#232;re, le g&#233;n&#233;ral d'Amade formait une petite arm&#233;e compos&#233;e de 3 divisions territoriales &#224; partir du 16, augment&#233;e de 3 divisions de r&#233;serve &#224; partir du 25. Le g&#233;n&#233;ral Fournier disposait de 30&#8239;000 hommes pour d&#233;fendre Maubeuge ; le g&#233;n&#233;ral Percin &#224; Lille s'effor&#231;ait d'organiser la d&#233;fense de la place, que le ministre de la Guerre, c&#233;dant malheureusement &#224; la demande des autorit&#233;s civiles, d&#233;clarait &#171; ville ouverte &#187; le 24 ao&#251;t, malgr&#233; le g&#233;n&#233;ral en chef, et contrairement &#224; la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21, l'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral de Langle d&#233;bouche sur le front Sedan-Montm&#233;dy et franchit la Semoy. L'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral Ruffey s'&#233;chelonne sur sa droite. Elles ont devant elles l'arm&#233;e du kronprinz allemand et celle du duc de Wurtemberg. Le pays est montueux, tr&#232;s bois&#233; et avec des fonds mar&#233;cageux, d'un parcours difficile ; un brouillard &#233;pais g&#234;ne les vues. L'exploration est &#224; peu pr&#232;s impossible, la reconnaissance par les avant-gardes p&#233;nible, les renseignements sur l'ennemi manquent. On chemine forc&#233;ment par colonnes, mal soud&#233;es entre elles ; l'arm&#233;e fran&#231;aise n'est pas encore rompue aux liaisons lat&#233;rales entre les &#233;tats-majors voisins ; le quartier g&#233;n&#233;ral de l'Arm&#233;e est trop &#233;loign&#233; et d'ailleurs ne pourrait sans une perte de temps consid&#233;rable centraliser les renseignements pour les r&#233;partir ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces conditions tr&#232;s d&#233;favorables que le 22 s'engage la bataille des Ardennes. Nos t&#234;tes de colonnes sont arr&#234;t&#233;es par des organisations d&#233;fensives tr&#232;s s&#233;rieuses ; elles sont prises de flanc avant leur d&#233;ploiement par les contre-attaques ennemies et tombent sous le feu bien ajust&#233; d'une artillerie post&#233;e et invisible, tandis que l'artillerie fran&#231;aise se met en batterie tr&#232;s difficilement et cherche ses objectifs. Au centre, un corps d'arm&#233;e ayant chang&#233; d'itin&#233;raire sans pr&#233;venir son voisin le d&#233;couvre, ce qui permet &#224; l'ennemi de le prendre de flanc et &#224; revers ; il s'ensuit un recul qui rompt notre ligne. Le corps colonial s'acharne contre des organisations solides et subit sans r&#233;sultat des pertes &#233;normes, qui, pour une seule division, atteignent les trois quarts de l'effectif. Les deux corps de gauche sont compromis par l'&#233;chec du centre. Celui de droite avait pu arr&#234;ter son recul gr&#226;ce &#224; la r&#233;sistance de la 3e arm&#233;e &#224; Virton et &#224; Ethe. Les renseignements arrivent tardivement au g&#233;n&#233;ral de Langle ; il croyait, dans la nuit du 22 au 23, pouvoir reprendre ses attaques, et c'est seulement le 23 &#224; onze heures qu'apr&#232;s h&#233;sitation il donne l'ordre de battre en retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e Ruffey n'avait pu progresser, mais elle &#233;tait moins &#233;prouv&#233;e, malgr&#233; les durs combats soutenus par sa gauche, et elle restait en mesure de reprendre l'attaque. Elle a &#224; sa droite l'arm&#233;e de Lorraine r&#233;cemment form&#233;e sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Maunoury pour masquer la place de Metz et ult&#233;rieurement l'investir. La capture d'ordres allemands le 23 annon&#231;ait le mouvement d'un corps allemand contre la 3e arm&#233;e, combin&#233; avec celui d'une brigade venant de Metz ; apr&#232;s quelques h&#233;sitations, le G.&#8239;Q.&#8239;G. permit au g&#233;n&#233;ral Maunoury d'attaquer de flanc ces colonnes le 23, et de les rejeter en d&#233;sordre vers l'Est. Mais ce succ&#232;s resta tout local ; l'arm&#233;e Ruffey avait re&#231;u l'ordre de se replier derri&#232;re la Meuse et deux divisions de l'arm&#233;e Maunoury s'embarqu&#232;rent pour la Somme, o&#249; leur pr&#233;sence &#233;tait n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps de cavalerie du g&#233;n&#233;ral Sordet, tr&#232;s fatigu&#233; par son raid vers Li&#232;ge, s'&#233;tait repli&#233; en arri&#232;re de la Lesse, suivi par le corps de cavalerie von der Marwitz ; les cavaleries s'&#233;taient t&#226;t&#233;es ; &#224; cheval, les Fran&#231;ais s'&#233;taient trouv&#233;s indiscutablement sup&#233;rieurs aux Allemands. Aussi von der Marwitz avait-il prescrit d'employer la tactique de l' &#171; envoilement, &#187; &#233;tudi&#233;e longtemps d'avance. Sur tout son front s'&#233;tendait une ligne de petits postes solidement d&#233;fendus par des cyclistes, des fantassins ou des cavaliers pied &#224; terre. Quelques patrouilles &#224; cheval amenaient devant eux nos escadrons qui &#233;taient d&#233;cim&#233;s &#224; loisir par le tir des hommes post&#233;s. &#192; l'abri de ce r&#233;seau, von der Marwitz fit filer tout son corps de cavalerie vers la Meuse. Le g&#233;n&#233;ral Sordet, pr&#233;venu de ce mouvement, ne jugea pas &#224; propos de profiter du passage que son infanterie d'appui lui ouvrait au nord de la Lesse et alla repasser la Meuse &#224; Hasti&#232;res le 15, tandis que la cavalerie allemande, soutenue par deux bataillons de chasseurs et quelques groupes d'artillerie lourde, attaquait et prenait Dinant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a conclu de ces op&#233;rations que la cavalerie ne peut &#234;tre group&#233;e par grandes unit&#233;s de cette importance, d'un maniement beaucoup trop pesant, et que pareil emploi de la cavalerie ne se retrouvera plus. Il faut penser bien au contraire que les moyens automobiles permettent &#224; la cavalerie de garder aupr&#232;s d'elle l'appui qui lui est n&#233;cessaire pour vaincre les petites r&#233;sistances locales improvis&#233;es et pour prolonger son effort dans l'espace et dans le temps. Si le corps Sordet avait dispos&#233; d'une brigade d'infanterie en camions auto, d'un r&#233;giment de 3 bataillons cyclistes, d'un ou deux r&#233;giments d'artillerie port&#233;e, de quelques groupes d'auto-mitrailleuses et d'auto-canons, de convois automobiles au lieu de ses interminables trains attel&#233;s, de T.&#8239;S.&#8239;F., d'une forte escadrille d'avions, il aurait certainement g&#234;n&#233; beaucoup les op&#233;rations du si&#232;ge de Li&#232;ge et retard&#233; la marche des troupes allemandes en Belgique. Un tel corps comprendrait plus de fantassins et d'artilleurs que de cavaliers, mais qu'importe ? il permettrait d'occuper rapidement une vaste &#233;tendue de pays et de s'assurer les voies de communication et les ressources de toute nature ; un corps ainsi constitu&#233; serait un excellent instrument de poursuite qui, renforc&#233; selon les circonstances, emp&#234;cherait l'ennemi de se ressaisir. &#8212; Malgr&#233; l'absence de mat&#233;riel moderne, la formation du corps de cavalerie Sordet n'est pas &#224; bl&#226;mer du c&#244;t&#233; fran&#231;ais, pas plus que la formation des corps de cavalerie von der Marwitz et de Richthofen, qui couvrirent utilement le mouvement initial des colonnes allemandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dinant n'&#233;tait d&#233;fendu que par un bataillon et fut enlev&#233; gr&#226;ce &#224; l'emploi des obusiers lourds dont les projectiles avaient un grand effet moral, surtout dans les lieux habit&#233;s. Mais le 1er corps fran&#231;ais, qui arrivait pr&#233;cis&#233;ment &#224; hauteur de Dinant, reprit rapidement la ville et la citadelle. Il s'&#233;tendit le long de la Meuse pendant que les deux autres corps de l'arm&#233;e Lanrezac se portaient vers la Sambre. Le corps Sordet, passant de la droite &#224; la gauche de l'arm&#233;e Lanrezac, la prolonge vers le Nord-Ouest. Il se heurte le 19 aux t&#234;tes de colonnes allemandes et doit battre en retraite. Le 18, l'arm&#233;e belge se repliait sur Anvers, capitale l&#233;gale du pays en temps de guerre, centre des approvisionnements militaires, et consid&#233;r&#233; &#224; ce double titre comme la base d'op&#233;rations dont elle ne devait pas se laisser couper. Or les communications avec Anvers &#233;taient imm&#233;diatement menac&#233;es par des forces sup&#233;rieures ; l'arm&#233;e fran&#231;aise &#233;tait hors d'&#233;tat de lui porter secours avant le 23 ou 24 et l'arm&#233;e anglaise commen&#231;ait &#224; peine ses d&#233;barquements vers Maubeuge ; on con&#231;oit donc que l'arm&#233;e belge, ne pouvant conserver ses positions sur la Gette, se soit repli&#233;e sur Anvers, o&#249; elle esp&#233;rait conserver intactes, &#224; l'abri des fortifications de Brialmont, ses forces importantes, tout en retenant hors des op&#233;rations des effectifs ennemis &#224; tout le moins &#233;quivalents aux siens. Tout en comprenant cette r&#233;solution, il faut regretter que les 6 divisions d'arm&#233;e n'aient point retrait&#233; lentement sur la Sambre ou sur la Meuse, o&#249; elles eussent &#233;t&#233; d'un secours pr&#233;cieux et peut-&#234;tre d&#233;cisif. Mais l'unit&#233; de commandement manquait aux arm&#233;es alli&#233;es. Le chef n'est point l&#224;, qu'elles attendront de longues ann&#233;es, qui seul conna&#238;t la situation g&#233;n&#233;rale et peut r&#233;gler pour le but commun les efforts de tous, en ayant su d'abord inspirer &#224; chacun cette conviction profonde que les forces et les int&#233;r&#234;ts sont pes&#233;s dans une juste balance ; c'est seulement apr&#232;s de p&#233;nibles &#233;preuves que les gouvernements ont enfin aper&#231;u le seul moyen de jouer la terrible partie qui leur &#233;tait impos&#233;e : mettre toutes les cartes dans une m&#234;me main, bien choisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Namur, dont un r&#233;giment fran&#231;ais est accouru renforcer la garnison, est attaqu&#233; les 21 et 22 par l'artillerie lourde allemande des plus gros calibres et les 305 autrichiens, qui op&#233;raient en Belgique depuis quinze jours, alors que la d&#233;claration de guerre de l'Autriche-Hongrie &#224; la Belgique a eu lieu le 22 ao&#251;t. Namur tomba le 23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche des Alli&#233;s &#233;tait attaqu&#233;e par l'arm&#233;e von B&#252;low (200&#8239;000 h.) et l'arm&#233;e von Kluck (230&#8239;000 h.), cependant que l'arm&#233;e saxonne von Hausen (120&#8239;000 h.) arrivait sur la Meuse vers Dinant. L'arm&#233;e Lanrezac est tardivement renforc&#233;e par un corps d'arm&#233;e qui prolonge sa gauche, deux divisions d'Afrique qui renforceront les deux corps d&#233;j&#224; &#233;tablis sur la Sambre, et le groupe de divisions de r&#233;serve Valabr&#232;gue, dont une division va relever sur la Meuse le 1er corps d'Esp&#233;rey et le rendre &#224; la bataille face au Nord. Elle compte alors 280&#8239;000 hommes. L'arm&#233;e anglaise (4 divisions d'infanterie, une division de cavalerie &#8212; 70&#8239;000 h.), concentr&#233;e le 21, se portait en ligne le 22 sur le front Cond&#233;-Mons, en liaison avec l'arm&#233;e Lanrezac. Son chef, le Feld-Mar&#233;chal sir John French, avait re&#231;u du Minist&#232;re de la guerre lord Kitchener des instructions fort limitatives qui attiraient son attention avant tout sur la n&#233;cessit&#233; absolue de m&#233;nager strictement ses effectifs, tout en entrant &#171; le plus possible dans le point de vue de nos alli&#233;s. &#187; Si un mouvement en avant lui &#233;tait demand&#233; sans le concours d'importantes forces fran&#231;aises, il devra en r&#233;f&#233;rer &#224; son ministre avant de l'ex&#233;cuter : &#171; Votre commandement est enti&#232;rement ind&#233;pendant et jamais, en aucun cas et en aucun sens, vous ne serez sous les ordres d'un g&#233;n&#233;ral alli&#233;. &#187; Le particularisme, le &#171; quant &#224; soi &#187; britannique ne peut s'affirmer avec plus de nettet&#233;, et si l'unit&#233; de commandement appara&#238;t &#224; ce moment, c'est pour se voir d&#233;clarer &#224; tout jamais irr&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20, le g&#233;n&#233;ral Joffre avait donn&#233; l'ordre au g&#233;n&#233;ral Lanrezac de prendre l'offensive au Nord de la Sambre, sa gauche passant par Charleroi ; le 20, Namur tenait encore ; le g&#233;n&#233;ral Joffre comptait que l'arm&#233;e anglaise, qui ne fut pr&#234;te que le 22, serait en mesure de l'appuyer et qu'il arriverait &#224; temps pour secourir l'arm&#233;e belge, qui avait d&#233;j&#224; retrait&#233; sur Anvers. En outre, les renforts de la 5e arm&#233;e commen&#231;aient &#224; peine &#224; arriver et c'est seulement le 23 que le g&#233;n&#233;ral Lanrezac pouvait se porter en avant, pr&#234;t en m&#234;me temps que l'arm&#233;e britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le 21 le mouvement de rabattement allemand en Belgique amenait les arm&#233;es allemandes sur la Sambre ; l'arm&#233;e B&#252;low attaquait Namur par sa gauche et l'arm&#233;e Lanrezac sur la Sambre ; emport&#233;s par la furie d'offensive qui s&#233;vissait alors, les deux corps qui la d&#233;fendaient vinrent combattre imprudemment dans les bas-fonds au lieu de se retrancher sur les collines de la rive droite comme le commandant de l'arm&#233;e l'avait prescrit, et ils &#233;prouv&#232;rent de lourdes pertes. La journ&#233;e du 22 fut encore plus meurtri&#232;re, en particulier pour les troupes d'Afrique, qui attaquaient &#224; fond sans pr&#233;paration et m&#234;me sans reconnaissances, et dont les uniformes &#233;clatants offraient une cible admirable aux mitrailleuses allemandes ouvrant le feu &#224; courte distance. Les deux corps engag&#233;s sont rejet&#233;s &#224; une dizaine de kilom&#232;tres en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le 23, le g&#233;n&#233;ral Lanrezac dispose de toutes ses forces et peut attaquer &#224; son tour. Sa gauche, renforc&#233;e d'un corps d'arm&#233;e, contiendra l'ennemi, tandis que son 1er corps d'Esp&#233;rey va prendre l'offensive ; d&#233;j&#224; il s'engage en belle ordonnance quand sa droite est tourn&#233;e et l'oblige &#224; suspendre son mouvement : la division de r&#233;serve qui gardait la Meuse a c&#233;d&#233; devant l'attaque de toute l'arm&#233;e saxonne von Hausen qui a repris Dinant ; l'arm&#233;e Lanrezac est tourn&#233;e par sa droite et coup&#233;e de l'arm&#233;e de Langle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral d'Esp&#233;rey lance contre ce nouvel assaillant ses seules forces disponibles, deux bataillons actifs, conduits par leur g&#233;n&#233;ral de brigade, qui r&#233;tablissent la situation en reprenant de haute lutte le village de Onhaye. La division de r&#233;serve se reforme et le coup est par&#233;. Cette vive action a arr&#234;t&#233; l'arm&#233;e saxonne pour deux jours. Mais l'un des corps du centre a c&#233;d&#233;. Le mar&#233;chal French &#224; gauche se trouve isol&#233;, en fl&#232;che, attaqu&#233; par l'arm&#233;e von Kluck, et il a d&#251; reculer. Le g&#233;n&#233;ral Lanrezac, revenu &#224; son Q.&#8239;G. de Chimay, envisage l'ensemble de la situation de son arm&#233;e, et il prend la d&#233;cision de battre en retraite. Mais, c'est seulement par le G.&#8239;Q.&#8239;G. de Vitry-le-Fran&#231;ois que le mar&#233;chal French est pr&#233;venu de ce mouvement qui d&#233;couvre sa droite : l'insuffisance, ou plut&#244;t l'absence de liaison entre les deux arm&#233;es &#233;clate &#224; ce moment. La responsabilit&#233; est commune aux deux &#201;tats-majors, mais elle retombe dans sa presque totalit&#233; sur l'&#201;tat-major fran&#231;ais, d'abord et surtout parce que c'est l'arm&#233;e fran&#231;aise qui se repliait et qui devait pr&#233;venir sa voisine, mais aussi parce que, se croyant mieux instruit, l'&#201;tat-major fran&#231;ais avait le devoir de veiller au bien commun ; enfin le concours pr&#234;t&#233; par l'Angleterre &#224; la France avait une port&#233;e morale qu'on ne pouvait mesurer &#224; la quotit&#233; des effectifs d&#233;barqu&#233;s ; il aurait fallu que l'&#201;tat-Major fran&#231;ais pass&#226;t par-dessus les malentendus fatals au d&#233;but et se mit &#224; la temp&#233;rature de la nation qui, naturellement et sans calcul, accueillait l'aide britannique, dont personne ne pouvait soup&#231;onner l'importance future, avec toute la chaleur de son grand c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24, le g&#233;n&#233;ral Joffre coordonne la retraite qu'il n'a pas command&#233;e et prescrit au g&#233;n&#233;ral Lanrezac de prendre son appui de gauche sur Maubeuge, tout en restant li&#233; &#224; la 3e arm&#233;e de Langle ; le 25, la 5e arm&#233;e Lanrezac a pu traverser la difficile for&#234;t d'Ardenne ; une initiative opportune a utilis&#233; des unit&#233;s de r&#233;serve pour couvrir son flanc droit et arr&#234;ter les t&#234;tes de colonnes de l'arm&#233;e saxonne von Hausen qui ont franchi la Meuse vers Givet, et la 5e arm&#233;e se trouve sur la ligne Rocroy-Hirson-Avesnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une note adress&#233;e le 24 ao&#251;t aux arm&#233;es fran&#231;aises, le g&#233;n&#233;ral Joffre a condens&#233; les enseignements qui r&#233;sultent des premiers combats et signal&#233; &#224; tous les fautes qui ont amen&#233; de graves m&#233;comptes : il a rappel&#233; la n&#233;cessit&#233; de la liaison entre l'infanterie et l'artillerie, la pr&#233;paration des attaques par le canon, les formations dilu&#233;es que doit prendre la troupe assaillante, l'organisation de la position apr&#232;s sa conqu&#234;te, l'appui d'infanterie &#224; donner &#224; la cavalerie, qui doit savoir m&#233;nager ses chevaux. Il a pris des sanctions malheureusement n&#233;cessaires en changeant le commandement de certaines grandes unit&#233;s et il continuera. Le 25, son instruction g&#233;n&#233;rale no 2 oriente les commandants d'arm&#233;e. En pr&#233;cisant l'axe de retraite assign&#233; &#224; chaque arm&#233;e, il indique nettement son intention de constituer &#224; sa gauche, au moyen des 3e 4e et 5e arm&#233;es et de l'arm&#233;e anglaise, une masse capable de reprendre l'offensive d&#232;s que les circonstances le permettront ; une 6e arm&#233;e Maunoury va se former vers Amiens avec les divisions venant de l'arm&#233;e de Lorraine, de l'arm&#233;e d'Alsace et du camp retranch&#233; de Paris (7 divisions, qui seront ensuite renforc&#233;es de trois autres divisions). Une instruction particuli&#232;re du 27 prescrit &#224; la 6e arm&#233;e une offensive sur la droite ennemie, afin de l'envelopper. Le g&#233;n&#233;ral Joffre pense que cette arm&#233;e pourra prononcer son mouvement vers le 2 septembre, quand le reste des arm&#233;es fran&#231;aises sera vers la ligne Reims-Verdun. Car la droite (1re et 2e arm&#233;es) doit tenir ses positions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La 3e et la 4e arm&#233;es arrivent sur la Meuse. La 3e arm&#233;e y combat le 28, avec succ&#232;s dans l'ensemble, particuli&#232;rement vers sa gauche. Elle pourrait sans doute rejeter l'ennemi sur la rive droite dans la journ&#233;e du lendemain, mais le moment n'est pas venu d'une offensive g&#233;n&#233;rale et le g&#233;n&#233;ral Joffre maintient l'ordre de retraite pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La 5e arm&#233;e, qui a sa gauche vers Avesnes, donne la main &#224; la 4e entre Rocroy et M&#233;zi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e anglaise est le 24 vers Maubeuge ; sa gauche parvient le 25 vers Le Cateau, renforc&#233;e d'une division qui vient de d&#233;barquer. Mais sa droite, qui retraite sur Landrecies, y est attaqu&#233;e violemment dans la soir&#233;e ; la cavalerie anglaise montre sa sup&#233;riorit&#233; sur la division de cavalerie de la garde allemande, et deux divisions de r&#233;serve fran&#231;aises d&#233;gagent la droite britannique. Le 26, la gauche anglaise et le centre (40&#8239;000 hommes) sont menac&#233;s d'&#234;tre coup&#233;s et envelopp&#233;s par le gros de l'arm&#233;e von Kluck (180&#8239;000 hommes) ; deux divisions de r&#233;serve de l'arm&#233;e d'Amade et le corps de cavalerie Sordet les d&#233;gagent, et, le 28, l'arm&#233;e anglaise occupe la ligne La F&#232;re-Noyon. Elle a &#233;chapp&#233; &#224; l'emprise allemande et ne sera plus s&#233;rieusement menac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Joffre est venu conf&#233;rer avec sir John French le 26 &#224; Saint-Quentin et le 27 &#224; Noyon. Il l'a remerci&#233; officiellement le 27 &#171; pour les inappr&#233;ciables services rendus par l'arm&#233;e britannique pendant les derniers jours ; &#187; il l'a assur&#233; qu'&#224; sa droite la 5e arm&#233;e recevra des ordres pour le d&#233;livrer de la pression exag&#233;r&#233;e de l'ennemi, en m&#234;me temps qu'une 6e arm&#233;e va se former &#224; sa gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, vers Amiens les divisions de l'arm&#233;e Maunoury commen&#231;aient &#224; arriver ; mais l'avance ennemie les obligeait &#224; reporter plus au Sud leurs gares de d&#233;barquement. Cette arm&#233;e Maunoury se formait cependant et son chef annon&#231;ait qu'il serait pr&#234;t &#224; attaquer d&#232;s le 1er septembre, si la situation le commandait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28, un nouvel entretien r&#233;unit &#224; Compi&#232;gne le g&#233;n&#233;ral Joffre et les chefs de l'arm&#233;e anglaise. Les pertes subies &#224; Landrecies et surtout au Cateau sont enfin connues (environ 15&#8239;000 hommes) et ont vivement frapp&#233; le commandement ; un commandant de corps d'arm&#233;e propose la retraite vers la mer et le rembarquement pour l'Angleterre, Ce &#171; conseil du d&#233;sespoir &#187; est &#233;cart&#233;, mais la base navale sera report&#233;e de la Manche sur l'Oc&#233;an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 28 et 29, l'arm&#233;e Lanrezac fait front pour ralentir l'avance allemande. Malgr&#233; quelque flottement vers la gauche, les trois corps de droite remportent &#224; Guise un beau succ&#232;s et regagnent du terrain. Mais cette avance ne pouvait &#234;tre maintenue : la droite de l'arm&#233;e Lanrezac &#233;tait trop &#233;loign&#233;e de l'arm&#233;e de Langle, et &#224; sa gauche l'arm&#233;e anglaise continue &#224; battre en retraite. Sur place les combattants s'entendaient, mais dans les &#201;tats-Majors le particularisme continuait &#224; s&#233;vir : le 28, sir Douglas Haig, commandant le 1er corps, avait promis l'appui de son artillerie pour le 29, de son infanterie pour le 30 au soir, sous r&#233;serve de l'approbation du mar&#233;chal French ; mais la nuit il &#233;tait oblig&#233; de retirer cette promesse : &#171; en raison des instructions g&#233;n&#233;rales de l'arm&#233;e, il ne pouvait, &#224; son grand regret, participer &#224; cette op&#233;ration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recul de l'arm&#233;e anglaise entra&#238;nait le reste de la ligne, et il devenait impossible de s'arr&#234;ter &#224; hauteur de Reims. Sur les instances du g&#233;n&#233;ral Joffre, le mar&#233;chal French dirige sa retraite vers l'Est de Paris, au lieu de l'Ouest, renon&#231;ant &#224; se rapprocher de ses bases maritimes ; sir John French a refus&#233; de s'arr&#234;ter le 31, malgr&#233; la demande pressante du Pr&#233;sident de la R&#233;publique, de lord Kitchener et du gouvernement britannique, &#171; parce que, dit-il, aucun signe d'arr&#234;t ne se manifestait sur la ligne des Alli&#233;s. &#187; La droite fran&#231;aise tient ferme en Lorraine avec les arm&#233;es Dubail et Castelnau ; afin de combler le vide qui se creuse entre les 4e et 5e arm&#233;es, le g&#233;n&#233;ral Joffre y forme un d&#233;tachement qui va s'appeler 9e arm&#233;e sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Foch. Les transports de troupes sont incessants de la droite vers la gauche pour la formation de cette nouvelle arm&#233;e et le renforcement de la 6e arm&#233;e Maunoury. &#192; l'extr&#234;me gauche, les divisions de territoriale du g&#233;n&#233;ral d'Amade couvrent Rouen contre les entreprises de la cavalerie ennemie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er septembre, le g&#233;n&#233;ral Joffre oriente ses commandants d'arm&#233;e sur ses intentions par une instruction g&#233;n&#233;rale. Il constate la n&#233;cessit&#233; de prendre du champ en pivotant autour de sa droite pour &#233;chapper au mouvement d&#233;bordant qui menace sa gauche et pour regrouper et reconstituer ses forces ; &#171; d&#232;s que la 5e arm&#233;e aura &#233;chapp&#233; &#224; la menace d'enveloppement, les arm&#233;es reprendront l'offensive. &#187; Au centre, le mouvement de repli des arm&#233;es pourra se prolonger jusqu'au Sud de la ligne Bray-Nogent-sur-Seine-Arcis-sur-Aube-Vitry-le-Fran&#231;ois-Nord de Bar-le-Duc, &#171; sans que cette indication implique que cette limite doive forc&#233;ment &#234;tre atteinte. &#187; Les 1re et 2e arm&#233;es participeront &#224; l'offensive dans la mesure o&#249; les circonstances le permettront, de m&#234;me que les troupes mobiles du camp retranch&#233; de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2, les intentions du g&#233;n&#233;ralissime fran&#231;ais se confirment et se pr&#233;cisent ; le mar&#233;chal French a propos&#233; de s'arr&#234;ter sur la Marne avec les arm&#233;es fran&#231;aises ; et il convient de signaler cette intention de couvrir Paris, cette aide effective et cordiale qui s'offre spontan&#233;ment : elle montre que l'id&#233;e de la man&#339;uvre expos&#233;e dans les instructions du 25 ao&#251;t et du 1er septembre a &#233;t&#233; comprise. Mais le g&#233;n&#233;ral Joffre estime que le moment de l'offensive n'est pas encore venu et demande seulement &#224; l'arm&#233;e anglaise de tenir quelque temps sur la Marne comme elle offre de le faire, tout en se d&#233;clarant tr&#232;s &#233;prouv&#233;e, puis de se replier sur la Seine, o&#249; elle s'&#233;tablira de Melun &#224; Juvisy en participant &#224; la d&#233;fense du camp retranch&#233; de Paris. Il pr&#233;viendra le mar&#233;chal French de la date de l'offensive, &#224; laquelle il lui demandera de prendre part &#171; dans un d&#233;lai assez rapproch&#233; &#187;. Et sir John French r&#233;pond sur le ton le plus amical qu'il a parfaitement compris la man&#339;uvre et il promet &#171; une cordiale coop&#233;ration en toutes choses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le 2 septembre, sur l'avis du g&#233;n&#233;ralissime, le Gouvernement a quitt&#233; Paris, apr&#232;s quelques h&#233;sitations ; le Pr&#233;sident de la R&#233;publique, le Pr&#233;sident du Conseil Viviani, le vice-pr&#233;sident Briand auraient voulu se transporter aux arm&#233;es, pendant que le reste du Gouvernement serait parti pour Bordeaux ; mais cette solution fut &#233;cart&#233;e et le Gouvernement tout entier s'installa &#224; Bordeaux. Le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni avait &#233;t&#233; nomm&#233; le 25 ao&#251;t gouverneur et commandant en chef des arm&#233;es de Paris, mais &#224; cette date Paris est dans la zone des arm&#233;es et sous le commandement du g&#233;n&#233;ral Joffre. En lui demandant ses instructions le 3 au matin, le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni indique son intention de se d&#233;fendre &#224; outrance, mais ne parle pas de prendre l'offensive. Le g&#233;n&#233;ral Joffre lui r&#233;pond dans la nuit du 3 au 4 en lui faisant pr&#233;voir la coop&#233;ration des troupes actives de Paris dans la direction de Meaux, lors de l'offensive pr&#233;vue par son instruction du 1er septembre, sans pr&#233;ciser de date ; dans la journ&#233;e, il lui indique l'utilit&#233; de faire appuyer la gauche anglaise par une partie de l'arm&#233;e Maunoury, mais l'offensive g&#233;n&#233;rale n'appara&#238;t pas comme imminente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la journ&#233;e du 3 septembre cependant que les avions de reconnaissance ont commenc&#233; &#224; signaler le mouvement des colonnes allemandes, qui s'infl&#233;chit vers le Sud-Est, contournant le camp retranch&#233;. Les renseignements de la cavalerie et des avant-postes confirment ce mouvement. Aussi le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni prescrit le 4 au matin au g&#233;n&#233;ral Maunoury de se pr&#233;parer &#224; attaquer vers l'Est, dans le flanc des colonnes allemandes, en liaison avec les troupes anglaises, et le mande pr&#232;s de lui. Le mar&#233;chal French parait encore ind&#233;cis ; le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni va &#224; son quartier g&#233;n&#233;ral et, &#224; d&#233;faut du mar&#233;chal absent, il convainc son &#233;tat-major, qui croit pouvoir assurer la coop&#233;ration de l'arm&#233;e britannique. De retour &#224; Paris et fort de cette promesse, il conf&#232;re avec le g&#233;n&#233;ral Joffre par t&#233;l&#233;phone et signe aussit&#244;t son ordre d'attaque &#224; l'arm&#233;e Maunoury pour la journ&#233;e du lendemain 5 : la bataille de l'Ourcq va s'engager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est l&#224; qu'un commencement, qui pouvait se limiter &#224; l'effort de l'arm&#233;e Maunoury et de l'arm&#233;e britannique, coup de boutoir &#224; peine plus important et mieux ajust&#233; que celui de Guise le 29 ao&#251;t. Est-ce vraiment le moment de l'offensive g&#233;n&#233;rale ? Faut-il arr&#234;ter les arm&#233;es fran&#231;aises avant la fin du repli primitivement envisag&#233; pour les jeter toutes ensemble en avant ? Faut-il attendre un ou deux jours que la droite allemande avec von Kluck soit encore plus avanc&#233;e dans la poche qu'elle ne soup&#231;onne pas et livrer bataille sur la Seine ? Mais les circonstances seront-elles alors aussi favorables et la gauche de l'arm&#233;e Lanrezac ne sera-t-elle pas compromise, ainsi que la droite de l'arm&#233;e anglaise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son quartier g&#233;n&#233;ral de Ch&#226;tillon-sur-Seine, &#224; la fin de la journ&#233;e du 4, au milieu des officiers qui lui apportent &#224; tout instant les renseignements sur l'immense front de ses arm&#233;es, le g&#233;n&#233;ral Joffre p&#232;se toutes ces raisons. L'occasion passe, que les anciens repr&#233;sentaient sous la figure d'une femme chauve, n'ayant qu'un cheveu&#8230; De sa forte main il saisit le cheveu, et se levant, il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Eh bien ! Messieurs, on se battra sur la Marne ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette parole, qui a d&#233;cid&#233; du sort de la guerre, est traduite aussit&#244;t en ordres que le t&#233;l&#233;graphe et le t&#233;l&#233;phone transmettent aux arm&#233;es. Et le lendemain, de l'Ourcq aux Vosges, les soldats vibreront en &#233;coutant la parole immortelle de leur g&#233;n&#233;ral en chef : &#171; Au moment o&#249; s'engage une bataille d'o&#249; d&#233;pend le salut du pays, il importe de rappeler &#224; tous que le moment n'est plus de regarder en arri&#232;re : tous les efforts doivent &#234;tre employ&#233;s &#224; attaquer et &#224; refouler l'ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra, co&#251;te que co&#251;te, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plut&#244;t que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune d&#233;faillance ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA BATAILLE DE LA MARNE ET LA COURSE &#192; LA MER&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#232;s le 5 que la 6e arm&#233;e Maunoury, sur l'ordre du g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni, approuv&#233; par le g&#233;n&#233;ral Joffre, engage la bataille de l'Ourcq. Elle couvre Paris en faisant face au Nord et au Nord-Est ; elle se redresse dans cette journ&#233;e autour de sa droite pour faire face &#224; l'Est, en bousculant devant elle les arri&#232;re-gardes de von Kluck. Le lendemain 6 est le jour fix&#233; pour l'attaque g&#233;n&#233;rale. Von Kluck rappelle vers le Nord deux corps d'arm&#233;e qui faisaient face &#224; l'arm&#233;e anglaise dans la r&#233;gion de Coulommiers ; il a une forte sup&#233;riorit&#233; num&#233;rique devant la gauche du g&#233;n&#233;ral Maunoury qui plie l&#233;g&#232;rement, et il a &#233;chapp&#233; au danger de l'enveloppement. Le 7 et le 8, la lutte devient tr&#232;s rude sur cette partie du champ de bataille ; le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni y envoie des renforts en utilisant les auto-taxis r&#233;quisitionn&#233;s dans Paris ; des alternatives de succ&#232;s et de revers, des mouvements inqui&#233;tants de va-et-vient font envisager au g&#233;n&#233;ral Maunoury la n&#233;cessit&#233; d'organiser une position de repli derri&#232;re la gauche, pour ne pas &#234;tre tourn&#233; &#224; son tour. Le 9, trois nouveaux corps d'arm&#233;e allemands l'attaquent avec violence ; une colonne de 15&#8239;000 hommes d&#233;bouche sur ses arri&#232;res et va forcer sa gauche &#224; se replier. Mais le g&#233;n&#233;ral Joffre lui annonce le succ&#232;s des autres arm&#233;es et le g&#233;n&#233;ral Maunoury ordonne de reprendre l'attaque, co&#251;te que co&#251;te. Il progresse, surtout par sa droite, en liaison avec l'arm&#233;e britannique, et il lance dans la nuit un ordre d'offensive g&#233;n&#233;rale pour la journ&#233;e du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Von Kluck n'avait attaqu&#233; que pour masquer sa retraite, car le mar&#233;chal French, marchant du Nord au Sud, mena&#231;ait de tourner sa gauche : l'avance fran&#231;aise ne rencontre plus que les arri&#232;re-gardes allemandes, et la poursuite commence pour ne s'arr&#234;ter qu'au Nord de l'Aisne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aile droite de l'arm&#233;e anglaise &#233;tait reli&#233;e &#224; la 5e arm&#233;e d'Esp&#233;rey par le corps de cavalerie Conneau, qui n'avait pas de force offensive suffisante pour entamer l'action. On ne peut s'&#233;tonner que le d&#233;bouch&#233; de sir John French ait &#233;t&#233; un peu lent au d&#233;but. Les Allemands, en jetant devant lui les corps de cavalerie de von der Marwitz et de Richthofen, avaient r&#233;ussi &#224; ralentir sa marche. Pourtant, le 6, il &#233;tait &#224; Coulommiers ; le 7, il bousculait toute cette cavalerie ; le 8, le 1er corps sir Douglas Haig atteignait et accrochait les arri&#232;re-gardes ; le 9, les trois corps britanniques passaient la Marne et prenaient &#224; revers l'arm&#233;e von Kluck, qui devait battre en retraite en pleine nuit. &#8212; La grande poursuite commen&#231;ait le 10 et continua jusqu'au Chemin des Dames, infligeant d&#232;s le d&#233;but &#224; l'ennemi de lourdes pertes, capturant prisonniers, canons et mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bataille de la Marne. &#8212; La fa&#231;on vigoureuse dont entra dans la bataille la 5e arm&#233;e d'Esp&#233;rey fut certainement l'une des causes les plus importantes de la victoire. D&#232;s le 6, cette arm&#233;e avan&#231;ait r&#233;solument en repoussant une violente contre-attaque. Le 7, elle franchissait le Grand Morin et atteignait le Petit Morin. Le 8, elle d&#233;passait la ligne Vauchamps-Montmirail-Marchais. L'ennemi, tr&#232;s &#233;prouv&#233;, cessait de r&#233;sister s&#233;rieusement &#224; partir du 9, o&#249; elle franchit la Marne. Von B&#252;low tenta de faire t&#234;te au Sud et &#224; l'Ouest de Reims, mais il fut bouscul&#233; le 11 &#224; Thillois et ne se ressaisit que le 13 sur les positions au Nord du camp retranch&#233; (Berru-Brimont-Chemin des Dames).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la matin&#233;e du 6, les Allemands attaquaient la 9e arm&#233;e Foch en m&#234;me temps qu'elle prenait l'offensive ; vraisemblablement ils cherchaient &#224; percer le front fran&#231;ais dans les plaines champenoises pour r&#233;pondre &#224; l'action de la 6e arm&#233;e fran&#231;aise sur leur droite ; quoi qu'il en soit, leur pointe &#233;tait l&#224;, avec une densit&#233; de troupes plus forte que sur le reste de leur ligne, et tr&#232;s sup&#233;rieure &#224; celle que leur opposait la 9e arm&#233;e. &#8212; La droite du g&#233;n&#233;ral Foch r&#233;siste &#233;nergiquement et sa gauche progresse ; la situation reste stationnaire le 7, malgr&#233; des efforts vigoureux des deux c&#244;t&#233;s ; mais le 8, la progression de la gauche ne reprend que faiblement, tandis que la droite c&#232;de. La situation para&#238;t s&#233;rieuse, mais le g&#233;n&#233;ral Foch r&#233;pond de tout, et d'ailleurs l'avance du g&#233;n&#233;ral d'Esp&#233;rey doit fatalement le soulager, puisqu'il a tenu : car, &#224; la rigueur, il suffisait qu'il t&#238;nt sur ses positions sans se laisser couper d'avec l'arm&#233;e plac&#233;e &#224; sa gauche ; mais le g&#233;n&#233;ral Foch veut davantage : il ose, en pleine bataille, enlever la division Grossetti de sa gauche pour la porter &#224; sa droite qu'il d&#233;gage ainsi. L'arm&#233;e d'Esp&#233;rey est en mesure de lui pr&#234;ter un corps d'arm&#233;e qui d&#233;borde les marais de Saint-Gond par le Nord et il enl&#232;ve le ch&#226;teau de Mondement qui commande le plateau de S&#233;zanne. Ces belles man&#339;uvres am&#232;nent la retraite de l'ennemi. &#8212; Le g&#233;n&#233;ral Foch passe la Marne le 12 et donne la main &#224; l'arm&#233;e d'Esp&#233;rey &#224; l'Est de Reims.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; sa droite, la 4e arm&#233;e de Langle de Cary avait &#233;t&#233; particuli&#232;rement &#233;prouv&#233;e par ses rudes batailles dans le Luxembourg et sur la Meuse ; son d&#233;bouch&#233; est particuli&#232;rement difficile. &#8212; C'est surtout l'avance de sa gauche qui importe &#224; l'ensemble du mouvement ; le g&#233;n&#233;ral de Langle y dirige donc un corps d'arm&#233;e que lui envoie le g&#233;n&#233;ral Dubail, puis deux divisions prises &#224; sa droite, qui se contentera de r&#233;sister. Cette gauche progresse faiblement les 6, 7, 8 ; la bataille, les 9 et 10, se concentre au milieu de sa ligne, autour de Vitry-le-Fran&#231;ois. Enfin, le g&#233;n&#233;ral de Langle est d&#233;gag&#233; par l'avance du g&#233;n&#233;ral Foch, comme le g&#233;n&#233;ral Foch l'avait &#233;t&#233; par l'avance du g&#233;n&#233;ral d'Esp&#233;rey. Il occupe Vitry et Sermaize le 11, sa gauche passe la Marne le 12, et suit la retraite de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le 12 que le g&#233;n&#233;ral Joffre peut affirmer sa victoire dans un ordre du jour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La bataille qui se livre depuis cinq jours s'ach&#232;ve en une victoire incontestable ; la retraite des Ire IIe et IIIe arm&#233;es allemandes s'accentue devant notre gauche et notre centre. &#192; son tour, la IVe arm&#233;e ennemie commence &#224; se replier au Nord de Vitry et de Sermaize. Partout l'ennemi laisse sur place de nombreux bless&#233;s et des quantit&#233;s de munitions. Partout on fait des prisonniers ; en gagnant du terrain, nos troupes constatent des traces de l'intensit&#233; de la lutte et de l'importance des moyens mis en &#339;uvre par les Allemands pour essayer de r&#233;sister &#224; notre &#233;lan. La reprise vigoureuse de l'offensive a d&#233;termin&#233; le succ&#232;s. Tous, officiers, sous-officiers et soldats, avez r&#233;pondu &#224; mon appel&#8230; Vous avez bien m&#233;rit&#233; de la patrie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pivot Est de la man&#339;uvre. &#8212; Le 31 ao&#251;t, le g&#233;n&#233;ral Sarrail avait remplac&#233; le g&#233;n&#233;ral Ruffey dans le commandement de la 3e arm&#233;e. L'ordre du g&#233;n&#233;ral Joffre avait suspendu l'offensive qu'il comptait prendre le 1er septembre, et qui malheureusement n'&#233;tait plus compatible avec la situation g&#233;n&#233;rale. Le 2, pour &#233;viter un trop grand allongement du front, il fallait se replier pour rester en liaison avec la 4e arm&#233;e qui retraitait, et le g&#233;n&#233;ral Joffre a d&#233;termin&#233; les troupes dont il doit renforcer la garnison de Verdun, envisageant ainsi la n&#233;cessit&#233; o&#249; se trouverait le g&#233;n&#233;ral Sarrail de laisser la d&#233;fense de cette place &#224; ses propres forces. Le g&#233;n&#233;ral Sarrail use r&#233;solument de la latitude qui lui est laiss&#233;e et s'accroche &#224; Verdun, allongeant sa gauche pour rester en liaison avec l'arm&#233;e de Langle et faisant en m&#234;me temps face au Nord pour d&#233;fendre la place, et face &#224; l'Est pour menacer de flanc l'arm&#233;e du kronprinz qui marche vers le Sud. Il re&#231;oit le 4 la directive suivante : &#171; La 3e arm&#233;e, dont la mission est d'op&#233;rer &#224; la droite du groupement principal de nos arm&#233;es, 4e, 9e et 5e se repliera lentement, en se maintenant, si possible, sur le flanc de l'ennemi et dans une formation lui permettant &#224; tout instant de passer facilement &#224; l'offensive, face au Nord-Ouest. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;l&#232;vements forc&#233;s sur la droite fran&#231;aise ont r&#233;duit la 3e arm&#233;e &#224; deux corps actifs et un groupe de divisions de r&#233;serve. Le 6 septembre, l'un de ces corps attaque vers le Nord et l'autre vers l'Ouest, avec une division de cavalerie pour relier les deux attaques. Mais c'est le moment que le kronprinz a choisi pour couper la 3e arm&#233;e de la 4e et encercler Verdun. Il enl&#232;ve Revigny, et d&#233;j&#224; sa cavalerie tente le passage de cette br&#232;che qui doit l'amener sur les arri&#232;res de nos 1re et 2e arm&#233;es, quand elle se heurte &#224; un corps que le g&#233;n&#233;ral Joffre a enlev&#233; au g&#233;n&#233;ral de Castelnau pour combler le vide croissant entre les arm&#233;es Sarrail et de Langle. L'artillerie de ce corps d'arm&#233;e fait merveille et r&#233;tablit la situation. Le 10, le kronprinz &#233;choue dans une violente attaque contre le 6e corps &#224; la ferme de Vaux-Sainte-Marie, tandis qu'un corps allemand, parti de Metz pour prendre notre ligne &#224; revers, &#233;choue dans la Wo&#235;vre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de la situation d&#233;gage enti&#232;rement la 3e arm&#233;e le 12 et elle suit la retraite de l'arm&#233;e du kronprinz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'extr&#234;me droite, la 1re arm&#233;e Dubail et la 2e Castelnau ne cessaient de s'affaiblir par les pr&#233;l&#232;vements incessants qu'exigeait le renforcement du centre et de la gauche fran&#231;ais, tandis qu'au contraire l'arm&#233;e du kronprinz Ruprecht de Bavi&#232;re et l'arm&#233;e von Heeringen se renfor&#231;aient par des formations nouvelles. L'offensive entam&#233;e par les arm&#233;es fran&#231;aises apr&#232;s la victoire de la trou&#233;e de Charmes s'arr&#234;te peu &#224; peu, &#224; cause de cette disproportion de forces, des organisations d&#233;fensives de l'ennemi, qui se perfectionnent, et de son artillerie lourde, qui se met en batterie ; du 24 ao&#251;t au 2 septembre, on s'enterre des deux c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne fran&#231;aise tient le Grand-Couronn&#233; de Nancy avec un groupement de divisions de r&#233;serve, puis la Mortagne, et rejoint les Vosges par le col de la Chipotte au Sud de Saint-Di&#233;, qui a &#233;t&#233; pris le 27 par les Allemands. Les deux partis attachent une &#233;gale importance &#224; la position de Nancy, dont la prise ouvrirait une large br&#232;che dans la ligne fran&#231;aise et ferait sauter un large pan de la d&#233;fense, en produisant un grand effet moral. Le 4, l'attaque se prononce sur un large front, avec quelques succ&#232;s locaux ; le 5, la ligne tient bon au Sud de Nancy ; l'ennemi d&#233;bouche des bois au pied du Grand-Couronn&#233; ; les 6 et 7 la bataille s'acharne autour du mont d'Amance et de la Montagne Sainte-Genevi&#232;ve ; l'ennemi avance au prix de pertes consid&#233;rables ; la question de l'&#233;vacuation de Nancy se pose : ne vaut-il pas mieux se replier derri&#232;re la Meurthe et la Mortagne, o&#249; la position Saffais-Belchamp offre une bonne ligne de r&#233;sistance ? Le g&#233;n&#233;ral Joffre prescrit de garder &#224; tout prix le Grand-Couronn&#233; et, peu &#224; peu, la bataille languit. L'empereur Guillaume II, qui a pr&#233;par&#233; son entr&#233;e triomphale dans la capitale lorraine, doit retourner &#224; Metz avec son escorte triomphale. Vaincu sur la Marne, l'ennemi ne peut continuer son attaque contre la droite fran&#231;aise. Le 12, il bat en retraite et les troupes fran&#231;aises rentrent dans Pont-&#224;-Mousson, Nom&#233;ny, Lun&#233;ville, Saint-Di&#233;, Baccarat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La course &#224; la mer. &#8212; Au milieu de septembre, l'arm&#233;e allemande fait front, les deux arm&#233;es se fixent de plus en plus &#224; l'Est et au centre et cherchent &#224; d&#233;border r&#233;ciproquement l'aile Nord de leur adversaire. La 5e arm&#233;e d'Esp&#233;rey et l'arm&#233;e anglaise disputent le Chemin des Dames. La 6e arm&#233;e Maunoury s'&#233;tend entre l'arm&#233;e anglaise et l'Oise vers Noyon, et &#224; sa gauche quatre divisions territoriales et un corps de cavalerie sont sur la Somme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 18 septembre, la 2e arm&#233;e Castelnau quitte la Lorraine et vient d&#233;barquer ses trois corps d'arm&#233;e entre l'Oise et la Somme, et la lutte devient tr&#232;s rude dans la r&#233;gion Roye-Lassigny, avec des oscillations dont l'amplitude va en diminuant. Mais les arm&#233;es allemandes tirent de leur front convexe une plus grande facilit&#233; de transport vers la gauche fran&#231;aise, et le g&#233;n&#233;ral Joffre, qui la sent de plus en plus menac&#233;e, cr&#233;e vers Arras le 30 septembre une nouvelle arm&#233;e sous les ordres du g&#233;n&#233;ral de Maud'huy. La situation &#233;tait si grave au commencement d'octobre que le commandement local envisageait la retraite sur la Somme, qui e&#251;t livr&#233; &#224; l'ennemi la c&#244;te de la Manche jusqu'&#224; l'embouchure de cette rivi&#232;re. Repoussant cette proposition, qui pourrait avoir sur la suite des op&#233;rations les cons&#233;quences les plus graves, le g&#233;n&#233;ral Joffre envoya sur place le g&#233;n&#233;ral Foch, avec le titre d'adjoint au commandant en chef, et la mission de commander les op&#233;rations dans la r&#233;gion Nord et de coordonner l'action des troupes fran&#231;aises avec celle des Alli&#233;s anglais et belges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'arm&#233;e britannique, sur l'instance tr&#232;s raisonnable du mar&#233;chal French, &#233;tait transport&#233;e dans le Nord vers Hazebrouck du 5 au 20 octobre ; sir John French avait bien voulu admettre que les divisions pourraient &#234;tre engag&#233;es en cas d'urgence d&#232;s leur arriv&#233;e, sans attendre le rassemblement g&#233;n&#233;ral de ses forces. La confraternit&#233; d'armes s'&#233;tablissait de plus en plus. Anvers, o&#249; s'&#233;tait repli&#233;e l'arm&#233;e belge &#224; partir du 13 septembre, &#233;tait bombard&#233; depuis le 28, et tomba le 9 octobre. La retraite de l'arm&#233;e belge sur l'Yser fut prot&#233;g&#233;e par une division anglaise et la brigade de fusiliers marins fran&#231;ais qui avaient pris position en avant de Gand. Le g&#233;n&#233;ral d'Urbal prit le commandement de l'arm&#233;e fran&#231;aise de Belgique que des renforts port&#232;rent bient&#244;t &#224; cinq corps d'arm&#233;e et deux divisions de cavalerie. Le front des Flandres &#233;tait constitu&#233; et la gauche des Alli&#233;s s'&#233;tendait jusqu'&#224; la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'Yser, des combats s'engag&#232;rent &#224; partir du 16 octobre et dur&#232;rent jusqu'au 10 novembre. La division Grossetti r&#233;tablit la situation &#224; Nieuport et soutint l'arm&#233;e belge ext&#233;nu&#233;e et manquant de munitions, jusqu'&#224; ce qu'elle p&#251;t border la rivi&#232;re &#224; Dixmude ; la brigade de fusiliers marins, command&#233;e par l'amiral Ronarc'h, se couvrit de gloire, avec les bataillons s&#233;n&#233;galais, trop oubli&#233;s. Plus au Sud, vers Ypres, la ligne des Alli&#233;s formait un saillant difficile &#224; tenir et violemment attaqu&#233;, parce qu'il barrait la route entre l'Yser et la Lys. La bataille y fit rage du 25 octobre au 13 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arm&#233;es allemandes du duc de Wurtemberg et du prince Ruprecht de Bavi&#232;re, chacune de 5 corps d'arm&#233;e, sont venues soutenir les 4 corps de cavalerie de von der Marwitz et sont &#224; pied d'&#339;uvre le 21 octobre ; 5 corps d'arm&#233;e nouveaux les renforcent en pleine bataille avec des unit&#233;s d'Ersatz. L'empereur Guillaume II est &#224; Courtrai, animant de sa pr&#233;sence les 800&#8239;000 Allemands qui se heurtent au nouveau front d'Arras &#224; Nieuport et, concentrant bient&#244;t leur effort dans la r&#233;gion d'Ypres, veulent percer pour rejeter &#224; la mer les forces alli&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les Belges se battent pour conserver &#224; leur pavillon le dernier lambeau de territoire qui leur reste, les Anglais pour prot&#233;ger les ports de la Manche contre l'&#233;tablissement des bases sous-marines et a&#233;riennes qui menaceraient directement leur &#238;le, les Fran&#231;ais pour sauver leur patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les inondations se tendent sur l'Yser ; les d&#233;fenses s'organisent, l'ordre se met dans la confusion in&#233;vitable du d&#233;but ; cavaliers pied &#224; terre et fantassins, Fran&#231;ais avec Anglais et Belges cessent de combattre p&#234;le-m&#234;le. Le g&#233;n&#233;ral Foch, sans avoir le commandement effectif, sait inspirer &#224; tous la confiance qui l'anime, la t&#233;nacit&#233; dans la r&#233;sistance, l'ardeur dans La contre-attaque ; un prestige croissant donne &#224; ses conseils l'autorit&#233; qui emporte les &#201;tats-Majors alli&#233;s vers les solutions viriles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux moments les plus graves, o&#249; la volont&#233; du chef pourrait vaciller, le g&#233;n&#233;ral Foch arrive avec son optimisme serein et communicatif, un clair r&#233;sum&#233; de la situation ponctu&#233; de gestes expressifs, une d&#233;cision &#233;nergique qu'il condense parfois en une courte note laiss&#233;e &#224; port&#233;e de la main : le g&#233;n&#233;ral Foch ne commande pas, il persuade, et cet avis n'est nullement un ordre ; mais il reste l&#224;, &#233;crit, suggestionne la volont&#233;, prolonge et mat&#233;rialise la parole du g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais, apr&#232;s que d'autres devoirs ont appel&#233; son action sur d'autres points du champ de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; il est besoin, les troupes fran&#231;aises arrivent en renfort ou agissent par des attaques lat&#233;rales : les Alli&#233;s constatent de leurs yeux que c'est &#224; tous que le g&#233;n&#233;ral Foch demande le maximum d'effort, et ils le donnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point critique de l'action fut d&#233;pass&#233; le 31 octobre. Mais l'arriv&#233;e de la garde allemande fut le signal d'une violente attaque les 10 et 11 novembre. Puis la lutte s'amortit, les d&#233;fenses s'&#233;tablirent des deux c&#244;t&#233;s, et au milieu de novembre, le front se fixa. Dans les deux camps, on s'&#233;tait enterr&#233; de plus en plus dans des organisations qui se perfectionnaient chaque jour. Les lignes de tranch&#233;es se doublaient, se triplaient, r&#233;unies par des boyaux et par des bretelles permettant de cloisonner toute avance de l'adversaire. Des nappes de fil de fer s'&#233;tendaient en avant des fronts, toujours plus denses et plus compliqu&#233;es ; les abris souterrains se perfectionnaient, les deuxi&#232;mes positions se cr&#233;aient, puis les positions de repli, les centres de r&#233;sistance, dot&#233;s d'enceinte continue. L'attaque recherchait en m&#234;me temps les proc&#233;d&#233;s nouveaux contre cette d&#233;bauche impr&#233;vue de moyens d&#233;fensifs et de nouveaux engins s'improvisaient. Les Allemands mettaient en batterie des lance-mines de divers calibres, les Fran&#231;ais exhumaient du fond des arsenaux les mortiers lisses des anciens si&#232;ges. Les mod&#232;les de grenades variaient &#224; l'infini ; les charges allong&#233;es et les brouettes blind&#233;es se pr&#233;paraient a d&#233;truire les r&#233;seaux de fils de fer. De la Suisse &#224; la mer du Nord, la guerre de mouvement &#233;tait termin&#233;e et la guerre de positions commen&#231;ait. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapide expos&#233; permet de saisir les conditions qui ont pr&#233;sid&#233; au d&#233;but de la grande guerre et d'expliquer les premiers revers des arm&#233;es fran&#231;aises et les succ&#232;s qui les ont suivis. En 1911, le plan 17 avait avanc&#233; la zone de concentration des arm&#233;es fran&#231;aises parce qu'une &#233;tude plus serr&#233;e des transports avait permis de gagner plusieurs jours sur les premiers calculs ; ce changement couvrait contre l'invasion ennemie une notable partie du territoire fran&#231;ais et donnait satisfaction au principe de l'offensive qui r&#233;gnait alors dans tous les &#233;tats-majors. La violation du territoire belge par les arm&#233;es allemandes &#233;tait pr&#233;vue, par une variante qui portait en ligne l'arm&#233;e gard&#233;e en r&#233;serve. Cette variante joua d&#232;s le 2 ao&#251;t, &#233;tendant jusqu'&#224; M&#233;zi&#232;res le front qui s'arr&#234;tait primitivement &#224; Longwy. Mais le commandement fran&#231;ais ne pensait pas que le mouvement d&#233;bordant &#224; travers la Belgique d&#251;t s'&#233;tendre sur la rive Nord de la Meuse, parce qu'il ne croyait pas que les Allemands emploieraient leurs divisions de r&#233;serve en premi&#232;re ligne d&#232;s le d&#233;but des op&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confirm&#233; dans cette id&#233;e par les premiers renseignements sur l'ennemi, malheureusement tr&#232;s incomplets, le g&#233;n&#233;ral Joffre indique le 8 ao&#251;t son intention de livrer la bataille sur tout son front, la droite au Rhin : dans son instruction g&#233;n&#233;rale no 1, le r&#244;le de sa gauche reste encore ind&#233;cis et d&#233;pendra des circonstances. Par suite de l'importance des forces allemandes qui s'engagent en Belgique, il est amen&#233; en effet &#224; l'&#233;tendre un peu tardivement vers le Nord jusqu'&#224; la Sambre et &#224; donner la main &#224; l'arm&#233;e anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille s'engage le 20 en Lorraine avec les arm&#233;es Dubail et Castelnau, le 21 en Luxembourg avec les arm&#233;es Ruffey et de Langle, qui toutes ont l'ordre d'attaquer. L'arm&#233;e Lanrezac, qui a le m&#234;me ordre, n'est en mesure de l'ex&#233;cuter que le 23, parce que ses renforts ne sont pas arriv&#233;s, mais elle est elle-m&#234;me attaqu&#233;e d&#232;s le 21. Dans cette bataille des fronti&#232;res, les troupes fran&#231;aises &#233;prouvent un grave &#233;chec parce que leur instruction a &#233;t&#233; pouss&#233;e uniquement dans le sens d'une offensive brutale, que leur armement est insuffisant en mitrailleuses et en canons lourds, que leur r&#232;glement ne leur permet pas de profiter de la sup&#233;riorit&#233; de leur canon de campagne dans la pr&#233;paration des attaques, et que des fautes de commandement viennent exag&#233;rer encore les insuffisances de mat&#233;riel et les d&#233;fauts de l'instruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les raisons techniques qu'il faut chercher avant tout les causes de ces premiers revers. Sans doute, l'organisation des r&#233;serves &#233;tait insuffisante dans l'arm&#233;e fran&#231;aise ; leur encadrement &#233;tait n&#233;glig&#233;, et l'effectif du temps de paix ne permettait pas de donner aux corps de r&#233;serve un certain nombre de r&#233;giments actifs, comme dans l'arm&#233;e allemande. Sans doute, la variante pr&#233;vue pour l'invasion de la Belgique &#233;tait insuffisante, et il e&#251;t fallu une deuxi&#232;me variante admettant le mouvement &#224; large envergure pr&#233;vu par Falkenhausen avec une large utilisation des r&#233;serves, par Bernhardi avec un sacrifice vers l'Est. Mais si le groupe des arm&#233;es Ruffey et de Langle avait remport&#233; un v&#233;ritable succ&#232;s, les arm&#233;es von B&#252;low et von Kluck eussent &#233;t&#233; singuli&#232;rement compromises, toutes leurs communications resserr&#233;es, puis menac&#233;es. Et les arm&#233;es du Luxembourg, m&#234;me en cas d'action ind&#233;cise, auraient vu leurs adversaires reculer, si les arm&#233;es de Lorraine avaient avanc&#233;. Tel &#233;tait l'avantage de l'offensive que le g&#233;n&#233;ral Joffre prenait r&#233;solument, toutes forces r&#233;unies, la droite au Rhin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La retraite s'imposait sur tout le front par suite de nombreux &#233;checs locaux, dont quelques-uns &#233;taient d'importance. Elle s'accompagna de coups de boutoir vigoureusement port&#233;s qui facilit&#232;rent le regroupement des unit&#233;s, leur remise en mains, leur renforcement. L'instruction g&#233;n&#233;rale no 2 du 20 ao&#251;t avait pr&#233;vu une nouvelle offensive vers le 2 septembre, men&#233;e par la gauche alli&#233;e convenablement renforc&#233;e : les circonstances recul&#232;rent l'ex&#233;cution de ce projet, mais il resta dans l'id&#233;e de tous. La n&#233;cessit&#233; de prendre du champ s'&#233;tant impos&#233;e, l'instruction g&#233;n&#233;rale no 4 du 1er septembre indiqua une nouvelle limite beaucoup plus &#233;loign&#233;e &#171; sans que cette limite doive forc&#233;ment &#234;tre atteinte ; &#187; en reculant, le g&#233;n&#233;ral Joffre pivote autour de sa droite, mais il ordonne : &#171; D&#232;s que la 5e arm&#233;e aura &#233;chapp&#233; &#224; la menace d'enveloppement, les arm&#233;es reprendront l'offensive. &#187; Tous ses subordonn&#233;s imm&#233;diats connaissent donc l'intention du commandant en chef de passer &#224; l'offensive d&#232;s que les circonstances le permettront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni constate le 3 le mouvement de glissement des arm&#233;es allemandes vers l'Est de Paris. Le 4 au matin, il prend d'initiative toutes ses dispositions pour porter dans le flanc de l'ennemi la 6e arm&#233;e Maunoury, qui devra &#234;tre pr&#234;te &#224; attaquer le 5 septembre. Par son action personnelle, il l&#232;ve les derni&#232;res h&#233;sitations de l'&#201;tat-Major anglais, qui promet le concours de ses forces. Il pr&#233;sente alors au g&#233;n&#233;ral Joffre un ensemble de renseignements concordants et de dispositions heureuses qui d&#233;termineront la d&#233;cision du g&#233;n&#233;ral en chef d'avancer l'heure de l'offensive. Le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni a donc une part des plus grandes dans la victoire de la Marne, et sa gloire laisse enti&#232;re celle du mar&#233;chal Joffre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faute de l'ennemi qui se pr&#233;sentait t&#234;te baiss&#233;e dans une sourici&#232;re s'explique par bien des raisons ; l'&#201;tat-major allemand n'avait pas &#233;chapp&#233; &#224; la d&#233;formation des travaux sur la carte, qui sch&#233;matisent la guerre et en exag&#232;rent le caract&#232;re g&#233;om&#233;trique. L'&#233;tat des troupes, le caract&#232;re des chefs, les mille impond&#233;rables qui d&#233;cident du succ&#232;s ne trouvent point de place dans les &#233;tudes th&#233;oriques, tr&#232;s utiles, mais auxquelles il ne faut pas demander plus qu'elles ne peuvent donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une arm&#233;e qui bat en retraite doit &#234;tre poursuivie &#224; marches forc&#233;es, c'est pour l'adversaire une proie facile, &#224; laquelle il ne faut pas laisser le temps de souffler. Un camp retranch&#233; se pr&#233;sente, il faut le n&#233;gliger, car sa garnison, surtout s'il s'agit de la capitale d'un grand &#201;tat, est fix&#233;e par la d&#233;fense des organisations fortifi&#233;es, et son Gouverneur ne saurait l'aventurer sans engager gravement sa responsabilit&#233;. Telles furent les premi&#232;res r&#233;ponses des &#201;tats-majors allemands aux questions indiscr&#232;tes que, longtemps apr&#232;s l'&#233;v&#233;nement, leur pos&#232;rent quelques journalistes neutres. Le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni, en jetant toutes ses forces actives dans la m&#234;l&#233;e, n'avait pas jou&#233; selon les r&#232;gles du jeu et il aurait &#233;t&#233; fort mal not&#233; dans un &#171; Kriegspiel &#187; du Grand &#201;tat-Major. Von Kluck dit &#224; l'un, pensivement : &#171; Nous avons peut-&#234;tre &#233;t&#233; trop savants. &#187; Et &#224; un autre, Su&#233;dois : &#171; Si vous voulez les raisons mat&#233;rielles de l'&#233;chec, reportez-vous aux journaux du temps ; ils vous parleront du manque de munitions, du ravitaillement d&#233;fectueux : tout ceci est exact. Mais il y a une raison qui prime les autres, une raison qui, &#224; mon avis, est enti&#232;rement d&#233;cisive : car elle a permis aux autres de se manifester&#8230; Eh bien ! &#8212; dit von Kluck en appuyant sur chaque syllabe et en me regardant attentivement, &#8212; c'est l'aptitude tout &#224; fait extraordinaire et particuli&#232;re au soldat fran&#231;ais de se ressaisir rapidement. C'est l&#224; un facteur qui se traduit difficilement en chiffres et qui, par cons&#233;quent, d&#233;route le calculateur le plus pr&#233;cis et le plus pr&#233;voyant. Que des hommes se fassent tuer sur place, c'est l&#224; une chose bien connue et escompt&#233;e dans chaque plan de bataille ; on pr&#233;voit que les compagnies X. Y. Z. doivent se faire tuer sans reculer &#224; tel endroit pr&#233;cis pendant tant et tant de temps et on en tire des conclusions utiles. Mais que des hommes ayant recul&#233; pendant dix jours, &#8212; et la voix de von Kluck semble s'alt&#233;rer, &#8212; que des hommes couch&#233;s par terre &#224; demi morts de fatigue puissent reprendre le fusil et attaquer au son du clairon, c'est l&#224; une chose avec laquelle nous n'avons jamais appris &#224; compter ; c'est l&#224; une possibilit&#233; dont il n'a jamais &#233;t&#233; question dans nos &#201;coles de guerre&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni la victoire de la trou&#233;e de Charmes, ni celle de Guise, ni les actions vigoureuses qui s'&#233;taient produites au cours de cette longue retraite, n'avaient ouvert les yeux des &#201;tats-majors allemands sur l'&#233;tat r&#233;el des arm&#233;es fran&#231;aises : sur cette ligne immense, certains corps avaient d&#251; se replier sans avoir combattu, d'autres n'avaient eu que des actions heureuses, et ceux-l&#224; m&#234;me qui avaient le plus souffert br&#251;laient de se venger. La facult&#233; de rebondissement que poss&#232;de la nation fran&#231;aise et dont elle a donn&#233; tant de preuves au cours de sa longue histoire, para&#238;t inconnue de ses ennemis. On l'a dit tr&#232;s justement, c'est le soldat fran&#231;ais qui a vaincu sur la Marne. Oui, c'est bien la race qui a fait le miracle, et cette v&#233;rit&#233; ne fait qu'accro&#238;tre la gloire du Chef qui a cru en elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fatigue g&#233;n&#233;rale et la p&#233;nurie de munitions dans les deux camps provoqua une accalmie ; l'attaque fran&#231;aise &#233;tait en inf&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle par son insuffisance en artillerie lourde et en mitrailleuses ; on s'enterra. La lutte se transporta vers le Nord, en terrain encore libre, mais les m&#234;mes causes y produisirent les m&#234;mes effets. La bataille de la Marne &#233;tait pour les Alli&#233;s une grande victoire, compl&#233;t&#233;e par le coup d'arr&#234;t qui maintenait les Allemands loin des c&#244;tes de la Manche. Cet ensemble fixait le sort de la guerre, mais les conditions de la lutte retardaient la d&#233;cision finale : en 1914, les moyens de d&#233;fense paraissaient sup&#233;rieurs aux moyens d'attaque et, dans ce duel fameux entre la cuirasse et l'obus, la cuirasse &#233;tait momentan&#233;ment la plus forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'unit&#233; de commandement que les Empires centraux devaient leurs victoires en Russie et en Serbie. M. Aristide Briand, pr&#233;sident du Conseil depuis le 30 octobre 1915, avait lanc&#233; une formule heureuse qui la pr&#233;parait pour l'Entente : L'unit&#233; d'action sur l'unit&#233; de front. &#201;videmment les arm&#233;es alli&#233;es ont d&#233;j&#224; b&#233;n&#233;fici&#233; d'une certaine solidarit&#233; : l'avance russe en Prusse orientale en ao&#251;t 1914 a eu son influence sur la victoire de la Marne, et r&#233;ciproquement les offensives d'Artois et de Champagne ont limit&#233; les progr&#232;s allemands en Pologne et en Livonie. Mais il fallait &#233;tablir une coordination permanente entre des actions tr&#232;s &#233;loign&#233;es, men&#233;es par des Gouvernements bien diff&#233;rents et avec des moyens bien dissemblables. Le 6 d&#233;cembre, les g&#233;n&#233;raux Joffre, Haig, Alexeieff et Cadorna se r&#233;unirent &#224; Chantilly sous la pr&#233;sidence du g&#233;n&#233;ralissime qui venait de recevoir le commandement de toutes les arm&#233;es fran&#231;aises, y compris celle de Salonique. Une offensive g&#233;n&#233;rale fut d&#233;cid&#233;e, qui devait commencer simultan&#233;ment sur tous les fronts, d&#232;s que l'arm&#233;e anglaise serait pourvue des renforts qu'elle attendait, et que l'arm&#233;e russe tr&#232;s &#233;prouv&#233;e aurait pu se reconstituer ; si l'ennemi attaque le premier sur un point du front, l'assailli sera secouru par ses alli&#233;s dans toute la limite du possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#233;j&#224;, au milieu de novembre 1915, le Haut Commandement germanique avait pris la d&#233;cision d'attaquer &#224; Verdun pendant l'hiver 1916 et en Italie au printemps, avec le Tyrol comme point de d&#233;part. La pr&#233;paration de ces deux offensives soulageait d'autant les fronts de Russie et de Serbie en artillerie lourde d'arm&#233;e et en divisions d'infanterie. Quelques actions locales occupent le d&#233;but de l'hiver et attirent l'attention des Alli&#233;s, vers la Champagne d'abord, &#224; Tahure, du 6 au 12 janvier ; vers les Flandres, &#224; Nieuport et Het-Sas, le 24 janvier ; vers l'Artois, &#224; Th&#233;lus le 23 janvier et &#224; Givenchy le 28 ; vers la Picardie le 29, &#224; Frise ; vers l'Alsace &#224; Seppois le 13 f&#233;vrier. Il s'agit moins d'atteindre des objectifs limit&#233;s que de rechercher par des exp&#233;riences pratiques dans quelles conditions il est possible de raccourcir beaucoup la pr&#233;paration d'artillerie n&#233;cessaire aux attaques en augmentant le nombre des batteries en action : on se contente alors de r&#233;glages sommaires, on tire sur zones &#233;troites, et la destruction est moins compl&#232;te qu'avec le m&#234;me nombre de projectiles tir&#233;s &#224; loisir ; mais l'effet moral et l'&#233;branlement physique produits par les d&#233;tonations r&#233;p&#233;t&#233;es et incessantes, par l'avalanche de fonte et d'acier qui ravage le terrain en quelques heures au point de rendre le paysage m&#233;connaissable, par les pertes qui font tomber brusquement l'effectif des d&#233;fenseurs sans possibilit&#233; de renforcement, voil&#224;, les facteurs nouveaux dont on &#233;tudie l'efficacit&#233;, et qui permettront d'enlever la position avant que l'adversaire ait eu le temps d'amener ses renforts en artillerie et en infanterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix de Verdun s'explique par sa situation en saillant dans le trac&#233; g&#233;n&#233;ral du front fran&#231;ais : c'est de ce fait un point faible. En outre, ce saillant est coup&#233; par la Meuse, et dans sa pointe le d&#233;fenseur aura &#224; livrer bataille avec une rivi&#232;re &#224; dos. Cette pointe est la t&#234;te de pont d'une attaque fran&#231;aise qui aurait comme objectif le bassin de Briey et Metz ; en la faisant sauter on ferme la porte, on rectifie la ligne et on consolide en m&#234;me temps la position &#224; Saint-Mihiel, o&#249; la ligne allemande est bien aventur&#233;e. C'est l&#224; un minimum de succ&#232;s, mais on peut bien esp&#233;rer la prise de tout le camp retranch&#233;, qui sera d'un consid&#233;rable effet moral et qui ouvrira dans la ligne fran&#231;aise une br&#232;che permettant tous les espoirs. Des deux voies qui permettaient le ravitaillement de Verdun l'une est coup&#233;e, l'autre le sera d&#232;s le d&#233;but de l'attaque, et le camp retranch&#233; ne disposera plus que d'un petit chemin de fer &#224; voie d'un m&#232;tre, le &#171; Meusien, &#187; tandis que sur le front allemand qui lui fait face viennent aboutir quatorze voies normales : les transports de troupes, de vivres et surtout de munitions sont donc tout en faveur de l'attaque, qui en outre aura pu pr&#233;parer ses ravitaillements &#224; l'avance, tandis que la d&#233;fense devra tout improviser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les industriels allemands ont attir&#233; l'attention du Haut Commandement sur la n&#233;cessit&#233; d'annexer le bassin de Briey, dont les mines de fer compl&#232;tent si bien les houill&#232;res de Sarrebruck et si, par &#233;puisement des deux partis, les n&#233;gociations s'engagent sur les positions de combat, sans qu'une action d&#233;cisive ait culbut&#233; l'un des deux adversaires, on tiendra forc&#233;ment compte de ces positions et il y a grand int&#233;r&#234;t &#224; gagner du terrain autour des mines convoit&#233;es. Enfin Verdun, pris par les Prussiens en 1792 et en 1870, est l'un des trois &#233;v&#234;ch&#233;s (Metz-Toul-Verdun) donn&#233;s &#224; la France par Henri II au XVIe si&#232;cle et o&#249; fut sign&#233; le trait&#233; de 843 qui a partag&#233; l'Empire de Charlemagne entre ses trois petits-fils : cit&#233; gauloise, oppidum romain, citadelle du Roi Tr&#232;s Chr&#233;tien, camp retranch&#233; de la R&#233;publique Fran&#231;aise, Verdun a toujours exerc&#233; une fascination singuli&#232;re sur les imaginations germaniques, et sa prise, qui apparaissait comme relativement facile, pouvait &#234;tre c&#233;l&#233;br&#233;e en elle-m&#234;me comme une grande victoire en Allemagne et dans tous les pays neutres. Telles sont les raisons qui ont motiv&#233; le choix de l'attaque allemande et ont fait &#233;carter des objectifs plus rapproch&#233;s de Paris et capables de procurer des avantages strat&#233;giques plus importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attention particuli&#232;re du Commandement et m&#234;me du Gouvernement fran&#231;ais avait &#233;t&#233; attir&#233;e sur Verdun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de la prise de Li&#232;ge, de Namur, d'Anvers et de Maubeuge et de plusieurs forts d'arr&#234;t en France, l'importance de la fortification permanente, &#8212; m&#234;me la plus moderne, &#8212; avait sembl&#233; bien diminu&#233;e. On pensait que les obusiers de gros calibres avaient la puissance de d&#233;truire ou de rendre intenable en quelques heures l'ouvrage le mieux organis&#233;, et que, par cons&#233;quent, les camps retranch&#233;s devaient se transformer compl&#232;tement, si on voulait leur permettre de jouer leur r&#244;le protecteur ; il fallait en reporter la d&#233;fense tr&#232;s en avant des anciens ouvrages et emp&#234;cher l'ennemi d'entreprendre un si&#232;ge qui ne pouvait se prolonger au del&#224; de quelques jours, de quelques heures peut-&#234;tre : le temps de mettre en batterie l'artillerie &#224; grande puissance et de r&#233;gler son tir sur des objectifs connus longtemps &#224; l'avance. En cons&#233;quence, un d&#233;cret du 3 ao&#251;t 1915 avait supprim&#233; les &#171; places fortes &#187; avec leur organisation autonome dans un p&#233;rim&#232;tre &#233;troitement limit&#233;, et elles avaient &#233;t&#233; remplac&#233;es par des &#171; r&#233;gions fortifi&#233;es &#187; beaucoup plus &#233;tendues. L'application de ce d&#233;cret avait donn&#233; lieu &#224; de f&#226;cheuses exag&#233;rations ; il fallait &#233;loigner de la place les ouvrages de d&#233;fense, puisque la port&#233;e des canons avait augment&#233;, mais c'&#233;tait une erreur de croire, comme conclusion d'exp&#233;riences encore mal connues, &#224; l'inefficacit&#233; compl&#232;te de la fortification, et il fallait simplement admettre que la protection des ouvrages devrait cro&#238;tre, comme toujours, avec la puissance des projectiles. &#192; Verdun en particulier, ce fut une faute de n&#233;gliger leur entretien et leur d&#233;fense. Les tourelles cuirass&#233;es n'ont subi que des avaries r&#233;parables, les abris profonds ou suffisamment b&#233;tonn&#233;s sont rest&#233;s constamment utilisables ; les forts et les ouvrages modernes ont &#233;t&#233; tels quels d'un tr&#232;s pr&#233;cieux secours, malgr&#233; leurs avaries ; les forts plus anciens ont n&#233;cessit&#233; des travaux d'approfondissement assez consid&#233;rables, mais ont pu servir utilement. Les troupes ont trouv&#233; par instants un abri sur, des repas chauds, des approvisionnements certains en vivres et en munitions et, gr&#226;ce &#224; cet ensemble, elles ne sont jamais arriv&#233;es au dernier degr&#233; d'&#233;puisement. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut pr&#233;voir que dans l'avenir la cuirasse et le b&#233;ton continueront &#224; jouer leur r&#244;le ; les abris se feront plus profonds, avec des communications enterr&#233;es dont certaines auront des amorces de d&#233;gagement &#224; ouvrir au dernier moment, selon plusieurs variantes &#233;tudi&#233;es &#224; l'avance ; r&#233;seaux t&#233;l&#233;phoniques et aqueducs &#224; l'&#233;preuve s'imposeront ; protection perfectionn&#233;e contre les gaz toxiques, ouvrages permanents &#224; compl&#233;ter en cas d'attaque par des abris de mitrailleuses en quinconces, etc&#8230; les moyens de la d&#233;fense continueront vraisemblablement &#224; se perfectionner en m&#234;me temps que les engins de l'attaque. Gagner du temps, garder un point d'appui important, &#233;conomiser les effectifs, tel a toujours &#233;t&#233; le r&#244;le de la fortification, qui ne donne jamais la d&#233;cision, mais qui peut permettre de la pr&#233;parer. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;gion fortifi&#233;e de Verdun &#233;tait sous le commandement du g&#233;n&#233;ral Herr, qui avait &#224; organiser sa d&#233;fense. Il &#233;tablit le trac&#233; et l'amorce de trois positions successives, de quatre sur certaines parties de son front, et demanda la main-d'&#339;uvre et les mat&#233;riaux n&#233;cessaires &#224; leur cr&#233;ation. Mais les moyens &#233;taient limit&#233;s pour l'ensemble du front et le g&#233;n&#233;ral Herr ne put qu'&#233;baucher sa t&#226;che. Le colonel Driant, d&#233;put&#233; de Nancy, commandait un groupe de bataillons de chasseurs dans la r&#233;gion fortifi&#233;e de Verdun. Depuis longtemps inquiet de la situation, il en entretint la Commission de l'arm&#233;e de la Chambre, dont il faisait partie, et le Pr&#233;sident de la Commission signala cette inqui&#233;tude au ministre de la Guerre, le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni, qui demanda des &#233;claircissements au g&#233;n&#233;ral Joffre le 16 d&#233;cembre 1915. D&#232;s le surlendemain, le g&#233;n&#233;ral Joffre fit conna&#238;tre les dispositions g&#233;n&#233;rales qu'il avait prises sur tout son front, affirma, &#8212; un peu rapidement, &#8212; qu'elles &#233;taient r&#233;alis&#233;es &#224; Verdun, et se plaignit que le gouvernement e&#251;t accueilli des plaintes ou r&#233;clamations de ses subordonn&#233;s. Le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni r&#233;pondit, au nom du Conseil des Ministres, que le gouvernement gardait toute sa confiance au g&#233;n&#233;ral en chef et &#233;carta ainsi tout conflit d'autorit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la fin de 1915, la construction de voies &#233;troites, l'installation de d&#233;p&#244;ts de munitions et de nombreuses batteries se r&#233;v&#233;laient en Champagne en m&#234;me temps qu'en Lorraine, puis les indices se multipli&#232;rent dans la r&#233;gion de Verdun. Le 20 janvier, le g&#233;n&#233;ral Joffre y envoya en mission le g&#233;n&#233;ral de Castelnau, qu'il avait nomm&#233; major g&#233;n&#233;ral des arm&#233;es fran&#231;aises apr&#232;s entente avec le gouvernement. Le g&#233;n&#233;ral de Castelnau insista pour que des moyens d'action plus consid&#233;rables fussent mis en &#339;uvre dans cette r&#233;gion et l'obtint. &#192; partir du 1er f&#233;vrier, les travaux furent pouss&#233;s tr&#232;s activement gr&#226;ce &#224; deux divisions territoriales de renfort, mais il &#233;tait bien tard. En m&#234;me temps, une arm&#233;e se rassemblait sur les arri&#232;res de la r&#233;gion qui apparaissait comme de plus en plus menac&#233;e : la valeur de quatre corps d'arm&#233;e et une importante artillerie lourde. Mais la menace sur le front de Champagne n'&#233;tait pas &#233;cart&#233;e, et il e&#251;t &#233;t&#233; imprudent de fixer ces r&#233;serves en les introduisant pr&#233;matur&#233;ment sur le front m&#234;me. Comme on pr&#233;voyait que l'unique voie normale de ravitaillement, &#8212; Verdun-Sainte-Menehould, &#8212; serait coup&#233;e en cas d'attaque, la route Verdun-Bar-le-Duc fut charg&#233;e &#224; 7 m&#232;tres de large pour permettre une circulation intense des camions automobiles ; d'autre part, le Meusien, chemin de fer &#224; voie &#233;troite, avait &#233;t&#233; tr&#232;s am&#233;lior&#233;. En fait, toutes les pr&#233;cautions &#233;taient prises par les &#233;tats-majors pour approvisionner largement l'arm&#233;e toute pr&#234;te &#224; secourir Verdun, qui va se porter en ligne et qui ne manquera jamais ni de vivres, ni de munitions. Mais le g&#233;n&#233;ral Herr, qui commande la r&#233;gion fortifi&#233;e, n'a &#224; sa disposition sur les deux rives de la Meuse que neuf divisions d'infanterie et six r&#233;giments d'artillerie lourde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a devant lui en premi&#232;re ligne dix-sept et bient&#244;t dix-neuf divisions, appuy&#233;es d'un d&#233;ploiement d'artillerie jusqu'alors in&#233;gal&#233;. Le front allemand reste inerte depuis de longs mois. &#192; cette p&#233;riode de la guerre et pendant longtemps encore, on consid&#233;rait comme n&#233;cessaire de placer la troupe d'attaque &#224; distance d'assaut, 200 m&#232;tres ou 250 m&#232;tres, abrit&#233;e dans des parall&#232;les de d&#233;part, afin de raccourcir le plus possible l'espace &#224; parcourir en terrain d&#233;couvert, tout en lui &#233;pargnant les coups trop courts de son artillerie pendant la destruction des tranch&#233;es et des d&#233;fenses ennemies ; l'assaillant a pris soin de ne pas r&#233;v&#233;ler ses intentions par l'&#233;tablissement de ces parall&#232;les, et il reste dans sa ligne, &#233;loign&#233;e parfois de 800 m&#232;tres de la ligne fran&#231;aise, car aucun d&#233;fenseur n'y sera en &#233;tat de tirer apr&#232;s le bombardement inou&#239; qui est pr&#233;par&#233;, et les batteries fran&#231;aises, d&#233;truites ou d&#233;sorganis&#233;es, ne seront plus &#224; craindre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 f&#233;vrier &#224; 7&#8239;h.&#8239;15, le bombardement commen&#231;ait contre tout le front Nord de la r&#233;gion fortifi&#233;e, de Malancourt aux &#201;parges, &#8212; 22 kilom&#232;tres, &#8212; sur les deux rives de la Meuse. La destruction des premi&#232;res et deuxi&#232;mes positions et celle des batteries se poursuivent simultan&#233;ment par les calibres moyens (150 et 210) ; celle des ouvrages fortifi&#233;s par les gros calibres (280, 305, 380, 420) ; le tir est particuli&#232;rement intense entre la Meuse et la Wo&#235;vre. &#8212; Les tranch&#233;es et les boyaux sont &#224; peu pr&#232;s nivel&#233;s, les fils de fer ont disparu. Les crat&#232;res creus&#233;s par l'explosion des gros projectiles donnent &#224; tout le paysage un aspect lunaire, nouveau &#224; ce moment, et qui deviendra vite familier. &#192; 16&#8239;h.&#8239;45, entre le bois d'Hautmont et Herbebois, sur un front de 4 kilom&#232;tres, l'attaque d'infanterie sort par trois vagues successives, tr&#232;s denses, et p&#233;n&#232;tre dans la position fran&#231;aise. Elle y rencontre des difficult&#233;s impr&#233;vues ; quelques &#233;l&#233;ments de tranch&#233;es subsistent, avec leurs d&#233;fenseurs ; des groupes sortent de rares abris &#233;pargn&#233;s, qui luttent bravement, &#224; peine abrit&#233;s, en infligeant &#224; l'assaillant group&#233; des pertes sensibles ; sur un front aussi restreint, ces r&#233;sistances locales suffisent &#224; retarder beaucoup l'avance allemande, tr&#232;s faible &#224; sa gauche, un peu plus forte &#224; sa droite. Mais le 22, le village de Hautmont est enlev&#233;, qui prend &#224; revers la ligne fran&#231;aise jusqu'&#224; la Meuse, ainsi que le bois des Caures, o&#249; le colonel Driant et le commandant Renouard sont tu&#233;s apr&#232;s une d&#233;fense h&#233;ro&#239;que. Le 23, la perc&#233;e continue et sa progression fait tomber d'autres positions sur ses deux flancs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant les trois journ&#233;es, deux divisions fran&#231;aises fortement diminu&#233;es par le bombardement ont lutt&#233; contre cinq divisions allemandes. Le 24, la bataille continue, les Fran&#231;ais renforc&#233;s de deux divisions, les Allemands de six r&#233;giments. La d&#233;fense, tout en reculant, contient l'attaque en avant des villages de Samogneux, Beaumont et Ornes. Le recul est lent, mais c'est le recul. Chaque m&#232;tre de terrain est ch&#232;rement pay&#233;, mais l'attaque progresse, et l'arriv&#233;e des renforts n'a pas suffi &#224; l'arr&#234;ter. Le g&#233;n&#233;ral de Langle de Cary, commandant le groupe des arm&#233;es du centre, envisage la n&#233;cessit&#233; du repli sur la rive gauche de la Meuse, qui doit se faire pos&#233;ment, sous peine de devenir un d&#233;sastre ; en tout cas, les troupes rest&#233;es dans la Wo&#235;vre vont se trouver tr&#232;s &#233;loign&#233;es des ponts et sont menac&#233;es d'&#234;tre coup&#233;es : leur repli sur les c&#244;tes de Meuse lui para&#238;t s'imposer. Le g&#233;n&#233;ral de Langle expose ses vues au g&#233;n&#233;ral en chef qui lui donne toute latitude sur ce dernier point, et le laisse seul juge des n&#233;cessit&#233;s du combat, et il ajoute : &#171; Mais vous devez tenir face au Nord entre la Meuse et la Wo&#235;vre par tous les moyens dont vous disposez. &#187; En cons&#233;quence, le g&#233;n&#233;ral de Langle donne l'ordre aux troupes de la Wo&#235;vre de se replier sur le pied des Hauts de Meuse, comme il en a la latitude, et continue le combat sur son front Nord, comme il en a l'ordre formel. Le g&#233;n&#233;ral de Castelnau, qui a obtenu du g&#233;n&#233;ral Joffre de retourner &#224; Verdun, voit le g&#233;n&#233;ral de Langle &#224; son quartier g&#233;n&#233;ral le 25 &#224; 4 heures du matin ; il confirme les ordres du g&#233;n&#233;ral Joffre, et le g&#233;n&#233;ral de Langle t&#233;l&#233;graphie au g&#233;n&#233;ral Herr : &#171; La d&#233;fense de la Meuse se fait sur la rive droite, il ne peut donc &#234;tre question d'arr&#234;ter l'ennemi que sur cette rive. &#187; Le g&#233;n&#233;ral de Castelnau arrive &#224; 7 heures du matin &#224; Verdun, o&#249; sa seule pr&#233;sence apporte du calme et du r&#233;confort. Sans intervenir directement dans la bataille, il r&#232;gle l'arriv&#233;e des renforts, qui arrivent maintenant nombreux, et veille &#224; leur utilisation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les renseignements qui arrivent de la ligne de feu sont confus et tr&#232;s inqui&#233;tants. Une 7e division de renfort, qui se battait tr&#232;s &#233;nergiquement depuis la veille, sa gauche &#224; la Meuse, se replia dans la journ&#233;e sur l'ordre de son g&#233;n&#233;ral et s'&#233;tablit sur la c&#244;te de Belleville. Une initiative heureuse arr&#234;ta l'ennemi par un infranchissable barrage d'artillerie et permit &#224; une autre division de reprendre une partie du terrain abandonn&#233;. Mais il semble bien que si l'ennemi s'&#233;tait acharn&#233; ce jour-l&#224;, s'il e&#251;t engag&#233; au bon moment des r&#233;serves fra&#238;ches, il serait parvenu &#224; tout le moins sur la c&#244;te de Belleville, et ce progr&#232;s e&#251;t rendu bien difficile notre maintien sur la rive droite. Mais il attaquait sur un trop petit front, se limitant entre la Meuse et la Wo&#235;vre, et dans ces conditions, l'arriv&#233;e de renforts restreints suffisait &#224; fermer la br&#232;che et &#224; limiter le recul. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au centre, on s'est battu toute la journ&#233;e autour du fort de Douaumont, dont la tourelle de 155 a tir&#233; &#224; peu pr&#232;s constamment depuis quatre jours ; le fort n'a aucune garnison, sauf l'&#233;quipe de vingt-trois canonniers qui sert cette pi&#232;ce et qui, &#224; bout de forces, dort au petit jour. Une patrouille du 24e brandebourgeois, trouvant baiss&#233; le pont-levis, p&#233;n&#232;tre dans le fort et s'y installe sans tirer un coup de fusil. Tel est le r&#233;sultat du d&#233;cret mal compris, qui transformait les camps retranch&#233;s en r&#233;gions fortifi&#233;es, et peut-&#234;tre aussi d'une insuffisance de liaison entre deux unit&#233;s de premi&#232;re ligne qui auraient d&#251; se souder &#233;troitement dans le fort de Douaumont, au lieu de s'y appuyer toutes deux, l'une &#224; l'Est, l'autre &#224; l'Ouest du fort. L'important ouvrage d'Hardaumont, qui compl&#233;tait la d&#233;fense des forts de Douaumont et de Vaux, n'avait pas de garnison, et il fut abandonn&#233; &#224; l'ennemi sans un simulacre de r&#233;sistance. &lt;br class='autobr' /&gt;
La journ&#233;e &#233;tait mauvaise. La prise de Douaumont fut annonc&#233;e au monde entier dans un communiqu&#233; triomphal : &#171; &#192; l'Est de la Meuse, devant Sa Majest&#233; l'Empereur et Roi qui &#233;tait sur le front, nous avons remport&#233; des succ&#232;s importants&#8230; Dans une vigoureuse pouss&#233;e en avant, des r&#233;giments de Brandebourg sont arriv&#233;s jusqu'au village et au fort de Douaumont qu'ils ont enlev&#233; d'assaut. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette transposition de la v&#233;rit&#233; &#233;tait un peu hardie ; dans une guerre de peuples, o&#249; l'opinion jouait un r&#244;le encore pus important que par le pass&#233;, elle servait certainement la cause allemande en donnant &#224; ce nom de Douaumont, jusqu'alors inconnu, la valeur d'un symbole : la possession en apparaissait comme l'enjeu de la bataille engag&#233;e. Mais quand, relevant le d&#233;fi, les Fran&#231;ais reprendront Douaumont, le prix que les Allemands ont donn&#233; &#224; sa possession mesurera leur d&#233;faite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Joffre mande &#224; Chantilly le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain, qui dirigeait &#224; l'arri&#232;re l'instruction des divisions mises successivement au repos : &#171; &#199;a ne va pas mal, &#187; lui dit-il d&#232;s l'abord avec son robuste optimisme, et il l'envoie prendre le commandement de l'arm&#233;e en formation sur la rive gauche de la Meuse, qui devra intervenir au moment utile. Le g&#233;n&#233;ral de Castelnau pensa que cette heure avait sonn&#233; d&#232;s que le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain fut arriv&#233; sur les lieux et lui conf&#233;ra le commandement, car les &#233;v&#233;nements d&#233;passaient le cadre de la &#171; r&#233;gion fortifi&#233;e de Verdun, &#187; dont l'&#233;tat-major, d'ailleurs, n'&#233;tait pas outill&#233; pour diriger des op&#233;rations de l'importance pr&#233;sente. &lt;br class='autobr' /&gt;
Renseign&#233; sommairement sur les op&#233;rations du 24 et du 25, le g&#233;n&#233;ral Joffre t&#233;l&#233;graphie dans la soir&#233;e du 25 aux g&#233;n&#233;raux de Castelnau, P&#233;tain et Herr : &#171; J'ai donn&#233; hier, 24 f&#233;vrier, l'ordre de r&#233;sister sur la rive droite de la Meuse, au Nord de Verdun. Tout chef qui, dans les circonstances actuelles, donnera un ordre de retraite sera traduit en conseil de guerre. &#187; Il avait paru au g&#233;n&#233;ral en chef que certains replis avaient &#233;t&#233; pr&#233;matur&#233;ment ordonn&#233;s ; sans condamner les auteurs de ces ordres avant de les avoir entendus, il assumait virilement la responsabilit&#233; de la r&#233;sistance, avec le risque des pertes en mat&#233;riel et en prisonniers sur la rive droite de la Meuse, et, par un ordre formel, il abolissait toute vell&#233;it&#233; de retraite. Certes la gloire est grande de ceux qui ont ex&#233;cut&#233; cet ordre, et qui, par leur science militaire, leur esprit d'organisation, leur connaissance de la troupe et leur action personnelle, ont gagn&#233; cette grande bataille. Mais l'acteur principal, dont le r&#244;le est trop peu connu, qui, de la premi&#232;re sc&#232;ne jusqu'au dernier acte de ce grand drame, n'a cess&#233; de les d&#233;charger du lourd fardeau des responsabilit&#233;s en cas de revers, c'est le g&#233;n&#233;ral Joffre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au t&#233;l&#233;gramme du g&#233;n&#233;ral en chef, il faut ajouter une constatation : la conduite des g&#233;n&#233;raux qui l'avaient motiv&#233; a &#233;t&#233; l'objet d'une enqu&#234;te approfondie ; l'opportunit&#233; du repli reste discutable, mais tout soup&#231;on de d&#233;faillance a &#233;t&#233; nettement &#233;cart&#233;. L'heure est venue o&#249; toute v&#233;rit&#233; peut et doit &#234;tre dite ; s'il y avait quelques ombres &#224; ce magnifique tableau, elles ne sauraient lui nuire, mais il n'y en a pas. Certes, tous les traits ne s'y pr&#233;sentent point sur le m&#234;me plan ni avec la m&#234;me valeur, mais tous ont leur place dans l'ensemble. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain prend le commandement le 26 f&#233;vrier. Aussit&#244;t le front s'organise pour la d&#233;fense pied &#224; pied, accompagn&#233;e de vigoureuses contre-attaques ; il est divis&#233; en secteurs, entre lesquels se r&#233;partit l'artillerie lourde qui arrive ; pour l'approvisionnement, les &#233;tudes ant&#233;rieures encore un peu th&#233;oriques sont r&#233;alis&#233;es ; la route entre Bar-le-Duc et Verdun, qui craque sous le poids sans cesse croissant des camions automobiles, est r&#233;par&#233;e par des &#233;quipes de territoriaux et doubl&#233;e par des pistes lat&#233;rales. La situation reste tr&#232;s confuse, &#224; tel point que, le 26, le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain ignore la prise de Douaumont et craint pour les forts de Vaux et de Souville, peu rapproch&#233;s de Verdun, et qui ne sont pas encore menac&#233;s. Il engage ses renforts et la lutte est tr&#232;s vive sur le sommet de Douaumont. Notre ligne d&#233;passe le fort &#224; l'Est et &#224; l'Ouest, et l'enserre ; sur ce point devenu capital, la bataille fait rage. C'est seulement le 4 mars que le front fran&#231;ais se fixe pour quelques semaines &#224; 200 m&#232;tres au Sud du fort. Sans doute les contre-attaques prescrites procurent rarement un gain de terrain appr&#233;ciable, mais elles brisent l'offensive allemande, d&#233;concert&#233;e par cette nouvelle figure de la r&#233;sistance. Le g&#233;n&#233;ral Joffre ne cesse de rappeler leur n&#233;cessit&#233; ; il &#233;crit au g&#233;n&#233;ral P&#233;tain, le 27 f&#233;vrier : &#171; Au point o&#249; en est la bataille, vous sentez comme moi que la meilleure mani&#232;re d'enrayer l'effort que prononcera l'ennemi est de l'attaquer &#224; notre tour. &#187; Et le 1er mars : &#171; Vous disposez maintenant de forces plus nombreuses que celles qui vous sont oppos&#233;es&#8230; Il faut surtout que vous preniez l'initiative d'actions offensives visant des buts d&#233;finis. &#187; Il faut le dire, cette volont&#233; d'agression n'est pas comprise de tous. Le r&#233;flexe ne s'est pas encore cr&#233;&#233; de rendre le coup instinctivement, sit&#244;t re&#231;u, et de reprendre la tranch&#233;e, sit&#244;t perdue, &#8212; quand tranch&#233;e il y a. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les attaques ant&#233;rieures ont donn&#233; naissance &#224; des &#233;tudes fort utiles, qui ont servi de base &#224; de v&#233;ritables r&#232;glements, bien con&#231;us ; mais un certain formalisme en est r&#233;sult&#233;, qui p&#232;se sur la d&#233;cision et surtout sur l'ex&#233;cution ; on croit encore n&#233;cessaire l'&#233;tablissement des divers plans qui r&#232;glent le r&#244;le de chacun dans l'attaque, et surtout la r&#233;union de moyens puissants, comme s'il s'agissait d'enlever une position organis&#233;e &#224; loisir. Le vieux principe a &#233;t&#233; perdu de vue de songer &#224; l'ennemi en se disant toujours : &#171; Il pleut dans mon camp, mais il pleut dans le sien. &#187; Cette comparaison naturelle am&#232;nerait souvent des r&#233;flexions consolantes : &#171; Il vient de me bousculer, mais il ne sait plus o&#249; est sa ligne ; son artillerie tire au hasard et la mienne a ses objectifs pr&#233;cis. Il marche en terrain inconnu, dont je connais chaque motte de terre. Mon tir va couper ses ravitaillements, et mes hommes se sont rapproch&#233;s de tous leurs d&#233;p&#244;ts. &#187; La m&#233;thode s'enseigne, mais seule la pratique d&#233;veloppe le sens de l'improvisation quand il n'est pas inn&#233;, et, toutes choses &#233;tant &#233;gales d'ailleurs, il sera toujours plus facile d'attaquer que de contre-attaquer. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'attaque allemande ne progressait plus sur la rive droite qu'avec une extr&#234;me lenteur. Le long de la Meuse elle &#233;tait g&#234;n&#233;e par les feux de la d&#233;fense qui la prenaient d'&#233;charpe et m&#234;me de revers. Le Kronprinz se d&#233;cida enfin &#224; &#233;largir son front d'attaque sur la rive gauche de la Meuse, essayant trop tard de r&#233;parer le vice initial de son offensive. Le 4 mars, il demanda &#224; son groupe d'arm&#233;es le supr&#234;me effort pour prendre Verdun, &#171; le c&#339;ur de la France. &#187; Apr&#232;s deux jours de bombardement, il attaque avec deux divisions le 6 mars. Mais les Fran&#231;ais l'attendaient l&#224; depuis quinze jours ; ils c&#233;d&#232;rent avec une m&#233;diocre r&#233;sistance le passage du ruisseau de Forges et la partie de leur ligne qui &#233;tait domin&#233;e par les feux de la rive droite et qu'ils ne tenaient plus que par de gros avant-postes. Le lendemain les Allemands continu&#232;rent &#224; avancer, achetant leurs progr&#232;s de plus en plus cher, mais ils durent s'arr&#234;ter devant le Mort-Homme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du 8 au 11, la bataille s'&#233;tendit simultan&#233;ment sur les deux rives. Il y eut quelques progr&#232;s insignifiants sur la rive gauche, mais le Mort-Homme tint bon, de m&#234;me que la c&#244;te du Poivre sur la rive droite. Les Allemands s'avanc&#232;rent jusqu'aux abords du fort de Vaux, dont ils annonc&#232;rent la prise dans un nouveau communiqu&#233; retentissant : &#171; Le fort de Vaux, ainsi que les nombreuses fortifications voisines, ont &#233;t&#233; enlev&#233;s dans une brillante attaque de nuit par les r&#233;giments de r&#233;serve de Posen&#8230; &#187; On peut supposer que des prisonniers allemands amen&#233;s dans le fort et traversant sa superstructure ont &#233;t&#233; pris pour une victorieuse troupe d'attaque. Il fallut d&#233;mentir le surlendemain en d&#233;clarant que le fort cuirass&#233; &#233;tait devenu &#171; un monceau de ruines sans valeur &#187; et avait &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;. Le premier communiqu&#233; semble bien le r&#233;sultat d'une erreur, mais le second est un mensonge. &#8212; Tous les t&#233;moignages dans les deux camps, et notamment, la correspondance des soldats, t&#233;moignent de l'acharnement de la lutte dans ces journ&#233;es et de la vaillance d&#233;ploy&#233;e par les deux adversaires. Les Fran&#231;ais ont remarqu&#233; particuli&#232;rement parmi leurs ennemis les troupes bavaroises, dont le sang &#233;tait r&#233;pandu sans compter par le commandement prussien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Joffre avait senti qu'il avait gagn&#233; la premi&#232;re manche de cette terrible partie. Bien que sobre de paroles, il remercia les soldats de Verdun : &#171; L'Allemagne esp&#233;rait, leur dit-il, que la prise de Verdun raffermirait le courage de ses alli&#233;s et convaincrait les pays neutres de sa sup&#233;riorit&#233;. Elle avait compt&#233; sans vous&#8230; La lutte n'est pas termin&#233;e, car les Allemands ont besoin d'une victoire. Vous saurez la leur arracher&#8230; Vous serez de ceux dont on dira : ils ont barr&#233; aux Allemands la route de Verdun. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ralissime ose donc annoncer &#224; ses soldats que la bataille va continuer ; il rel&#232;ve le d&#233;fi de son ennemi, qui attache &#224; la prise de Verdun une importance morale, &#224; d&#233;faut d'une importance strat&#233;gique qu'elle n'a pas : l'Allemand n'a pas obtenu la perc&#233;e rapide qu'il pouvait esp&#233;rer, et son but se limite &#224; la prise des forts sur la rive droite de la Meuse, rectification de front d'une importance toute locale ; il en est r&#233;duit &#224; donner &#224; cet objectif une importance factice : Verdun, &#171; pierre angulaire de la principale forteresse de la France &#187;, etc&#8230; Le g&#233;n&#233;ral Joffre tiendra donc, et sa victoire sera rehauss&#233;e des d&#233;clarations m&#234;me de l'ennemi. Il vient fr&#233;quemment sur place, pour deux ou trois jours, il garde la 2e arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral P&#233;tain sous son commandement imm&#233;diat, s'all&#233;geant ainsi de l'interm&#233;diaire &#171; groupe d'arm&#233;es, &#187; organe souvent inutile, parfois nuisible, toujours pesant et retardataire, quand il n'est pas tenu par une personnalit&#233; puissante ; tant que Verdun sera le seul th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations, le g&#233;n&#233;ral Joffre y exercera une action directe. Il peut ainsi y calculer strictement l'emploi de ses forces, car il doit r&#233;server les moyens d'action n&#233;cessaires &#224; l'offensive franco-anglaise qui se pr&#233;pare dans la Somme, selon le plan d'op&#233;rations arr&#234;t&#233; en d&#233;cembre 1915 dont il poursuit imperturbablement l'ex&#233;cution. Sir Douglas Haig a bien voulu &#233;tendre son front et lib&#233;rer ainsi la 10e arm&#233;e fran&#231;aise, dont les forces pourront &#234;tre employ&#233;es en renforts &#224; Verdun ; le g&#233;n&#233;ral anglais offre de contribuer directement &#224; la bataille qui s'y est engag&#233;e : le g&#233;n&#233;ral Joffre d&#233;cline ses propositions, voulant laisser toutes les forces britanniques &#224; l'offensive projet&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les 12 et 13 mars, le bombardement allemand reprit sur les deux rives de la Meuse avec une extr&#234;me violence ; le 14, une petite avance rapprocha du Mort-Homme la ligne assaillante, arr&#234;t&#233;e par quelques contre-attaques heureuses. Le 16, le village et le fort de Vaux r&#233;sist&#232;rent avec succ&#232;s &#224; de violents assauts r&#233;p&#233;t&#233;s jusqu'&#224; cinq fois. Mais le 20 &#224; la nuit, apr&#232;s une furieuse pr&#233;paration d'artillerie, les Allemands s'emparaient du bois d'Avocourt, m&#233;diocrement d&#233;fendu par une troupe qui parait s'&#234;tre laiss&#233; impressionner par le jet de liquides enflamm&#233;s en tr&#232;s grande quantit&#233;. Toutefois, les jours suivants, l'assaillant essaya vainement de d&#233;boucher du bois : une artillerie bien r&#233;gl&#233;e arr&#234;tait tout mouvement en avant. Mont&#233;e &#224; loisir, une contre-attaque fran&#231;aise reprit le 29 ce bois qui faisait saillant dans les lignes et pouvait servir de base &#224; une progression g&#234;nante pour l'ensemble. Une lutte violente continua pendant quatre jours pour la possession de ce terrain, qui finalement resta aux Fran&#231;ais. Mais, en revanche, tout le saillant de Malancourt tomba aux mains des Allemands, les Fran&#231;ais durent &#233;vacuer B&#233;thincourt et se replier sur la rive Sud du ruisseau de Forges ; ils perdirent m&#234;me le sommet du Mort-Homme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la rive droite, la fin de mars avait vu la lente progression des Allemands d&#233;passer l&#233;g&#232;rement le village de Vaux. Le 2 avril, descendant les pentes de Douaumont, ils s'emparaient du bois de la Caillette, et franchissaient le ravin du Bazil ; aucune ligne de d&#233;fense, aucune troupe de r&#233;serve ne les s&#233;paraient plus du fort de Souville. M&#234;me, ils avaient d&#233;pass&#233; les feux de barrage de l'artillerie fran&#231;aise. &#192; ce moment entrait en ligne la 5e division, qui, devan&#231;ant l'heure de la rel&#232;ve, lan&#231;a d'initiative son premier r&#233;giment &#224; la contre-attaque. L'incertitude sur le terrain c&#233;d&#233; enlevait toute pr&#233;cision au tir de l'artillerie, qui ne pouvait soutenir efficacement la ligne de contre-attaque, mais cette incertitude &#233;tait la m&#234;me dans les deux camps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il fallait avant tout arr&#234;ter l'ennemi, o&#249; il serait, et ensuite le repousser. Les dispositions prises dans la nuit, le combat s'engagea le 3 au matin par un premier succ&#232;s de bon augure. Les jours suivants, l'artillerie put ajuster ses feux, le bois de la Caillette fut repris en entier, tous les abords de Souville et le Nord de Vaux largement d&#233;gag&#233;s, malgr&#233; l'arriv&#233;e de renforts allemands. On remarqua que cette division avait d&#233;pens&#233; moins de monde pour regagner le terrain que la division pr&#233;c&#233;dente pour le perdre. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e prit corps de continuer avec la m&#234;me troupe et de reprendre Douaumont. La 5e division fut mise au repos, et le plan d'attaque &#233;tabli, qui escomptait une progression de la division plac&#233;e &#224; sa gauche. Or cette division perdit du terrain au lieu d'en gagner et l'objectif &#224; atteindre se trouva tout &#224; fait en fl&#232;che ; les divisions voisines jug&#233;es hors d'&#233;tat de participer &#224; l'op&#233;ration, la base de d&#233;part devint trop &#233;troite. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, l'attaque partit le 22 vers midi, apr&#232;s une assez bonne pr&#233;paration d'artillerie et, d'un magnifique &#233;lan, elle atteignit le fort en 11 minutes et en occupait la superstructure, sauf l'angle Nord-Ouest. &#192; droite et &#224; gauche, les objectifs assign&#233;s &#233;taient atteints presque compl&#232;tement. Mais l'ennemi tenait dans l'int&#233;rieur du fort et l'ext&#233;rieur fut bient&#244;t balay&#233; par les tirs de son artillerie ; aux mitrailleuses non d&#233;molies des tourelles s'en joignaient d'autres remises en batterie peu &#224; peu. Les renforts allemands arriv&#232;rent d&#232;s le 23, parce qu'ils &#233;taient pr&#234;ts pour une attaque projet&#233;e ; les renforts fran&#231;ais &#233;taient trop &#233;loign&#233;s, et le commandant de l'attaque ne les avait pas sous ses ordres. La lutte dura deux jours, mais le fort fut reperdu le 25. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis la lutte se ranime autour de Vaux. Le bombardement augmente chaque jour d'intensit&#233; &#224; la fin de mai ; Damloup est pris le 2 juin et le fort entour&#233; de trois c&#244;t&#233;s. Les Allemands occupent enfin la superstructure, et le commandant Raynal continue la d&#233;fense dans les locaux int&#233;rieurs, avec une t&#233;nacit&#233; h&#233;ro&#239;que. Le fort tomba le 7 juin. Sa chute d&#233;couvrait le fort de Souville, d&#233;j&#224;, menac&#233; par la progression allemande qui descendait de Douaumont ; la ferme de Thiaumont tombe, le bois de la Caillette est repris ; il semble que l'h&#233;ro&#239;sme du soldat fran&#231;ais soit impuissant devant cette avance en quelque sorte m&#233;canique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain a pris le commandement du groupe des arm&#233;es fran&#231;aises du Centre et le g&#233;n&#233;ral Nivelle celui de l'arm&#233;e de Verdun. Le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain a d&#233;j&#224;, en mai, attir&#233; l'attention du g&#233;n&#233;ral Joffre sur la gravit&#233; de la situation. Il y revient le 11 juin et insiste pour que l'offensive projet&#233;e sur la Somme ait lieu le plus t&#244;t possible. D&#232;s le lendemain, le g&#233;n&#233;ral Joffre r&#233;pond que toutes les dispositions sont prises &#224; cet effet, mais qu'il faut &#224; tout prix continuer la lutte sur la rive droite et risquer m&#234;me la perte des batteries qui se replieraient bien difficilement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant l'avance allemande continue sur la rive droite, malgr&#233; l'&#233;nergie du g&#233;n&#233;ral Nivelle, qui ne cesse de prescrire la contre-attaque instinctive, imm&#233;diate. C'est sur ce terrain que se concentre tout l'effort de l'agresseur, qui monte une grande op&#233;ration ayant pour premiers objectifs l'ouvrage de Froide-Terre, le village de Fleury et le fort de Souville. Cette ligne atteinte, les anciens forts de la c&#244;te Saint-Michel-Belleville seront facilement enlev&#233;s et les Fran&#231;ais seront accul&#233;s &#224; la Meuse, les ponts sous le tir de l'artillerie allemande. Dix-neuf r&#233;giments, appartenant &#224; sept divisions diff&#233;rentes, vont s'engager, les renforts et les r&#233;serves tr&#232;s approch&#233;s de la premi&#232;re ligne pour profiter des premiers succ&#232;s et assurer la puissance et la continuit&#233; de l'effort. C'&#233;tait l'attaque la plus importante et la plus massive que Verdun e&#251;t jamais support&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'artillerie a &#233;t&#233; tr&#232;s renforc&#233;e et commence sa pr&#233;paration d&#232;s le 20 juin avec une intensit&#233; jusqu'alors inou&#239;e. Le 23 au matin, les tranch&#233;es de premi&#232;re ligne sont litt&#233;ralement retourn&#233;es et l'infanterie allemande ne trouve presque aucun d&#233;fenseur dans le commencement de son attaque. Elle atteint le ravin du Bazil, Fleury, l'ouvrage de Thiaumont, et p&#233;n&#232;tre m&#234;me dans les foss&#233;s de l'ouvrage de Froide-Terre, o&#249; les &#233;l&#233;ments avanc&#233;s sont faits prisonniers. Mais les contre-attaques fran&#231;aises l'arr&#234;tent. Le g&#233;n&#233;ral Mangin, qui commande le secteur &#224; cheval sur la Meuse, les lance sans r&#233;pit. Elles se heurtent aux attaques allemandes, et leur progression est au d&#233;but tr&#232;s lente. Mais celle de l'ennemi est arr&#234;t&#233;e et sa volont&#233; sera bient&#244;t domin&#233;e. L'acharnement des deux adversaires s'&#233;quilibre et le cours de la bataille est &#224; un point mort, mais on sent d&#233;j&#224; que le mouvement est pr&#232;s de changer de sens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, le soir du 23, la situation &#233;tait grave, car la vague allemande &#233;tait bien pr&#232;s de battre cette c&#244;te de Belleville, derni&#232;re digue qui la s&#233;parait de Verdun. Elle atteignait la t&#234;te des ravins descendant de Froide-Terre vers la Meuse, et la c&#244;te du Poivre &#233;tait menac&#233;e d'&#234;tre submerg&#233;e avec ses d&#233;fenseurs pris &#224; revers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Nivelle, commandant l'arm&#233;e, conf&#232;re avec le g&#233;n&#233;ral Mangin. Tous deux sont d'accord pour penser qu'il faut contre-attaquer &#224; outrance ; le front menac&#233; est dans une position d'&#233;quilibre instable et ne peut trouver son salut que dans le mouvement en avant ; le g&#233;n&#233;ral Nivelle approuve les ordres donn&#233;s en cons&#233;quence. En rentrant &#224; son Quartier g&#233;n&#233;ral, il trouve le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain qui s'assure que toutes les mesures sont pr&#234;tes pour l'&#233;vacuation de la rive droite, pr&#233;par&#233;e dans le moindre d&#233;tail quand il commandait l'arm&#233;e de Verdun. Les positions de repli par &#233;chelon sont fix&#233;es &#224; l'avance, de fa&#231;on que cette savante retraite ne laisse aucun troph&#233;e &#224; l'ennemi. Mais &#224; cette disposition d'esprit qui lui fait envisager le pire, le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain joint une admirable fermet&#233; d'&#226;me. Sauf le g&#233;n&#233;ral Nivelle, aucun de ses subordonn&#233;s ne se doute qu'il ne pense pas que l'arm&#233;e puisse conserver ses positions sur la rive droite. Quand il demande qu'on pr&#233;pare l'opinion publique &#224; la nouvelle de cette retraite, c'est &#224; l'arri&#232;re qu'il pense ; &#224; ses soldats et &#224; leurs chefs, il montre un visage impassible et continue &#224; dire : &#171; On les aura ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Nivelle ne l'a pas convaincu. Pour la troisi&#232;me fois, le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain expose au commandant en chef le danger de la situation. Le tiers de l'artillerie fran&#231;aise est sur la rive droite et serait perdu en cas de revers, si elle n'est pas repli&#233;e avant que l'artillerie allemande batte les ponts de la Meuse, et trois jours sont n&#233;cessaires &#224; l'ex&#233;cution de ce repli ; il serait prudent de le commencer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le g&#233;n&#233;ral Joffre est imperturbable. Il r&#233;pond le 26 que la pr&#233;paration de l'offensive franco-anglaise est commenc&#233;e et r&#233;p&#232;te que Verdun doit se d&#233;fendre sur la rive droite ; s'il r&#233;sulte de cette r&#233;solution une perte de mat&#233;riel, le g&#233;n&#233;ral en chef en prend toute la responsabilit&#233;. En lui pr&#233;sentant le t&#233;l&#233;gramme qu'il a fait r&#233;diger dans ce sens, l'aide-major g&#233;n&#233;ral attire son attention sur cette d&#233;cision, et sur la responsabilit&#233; qu'il assume ainsi : &#171; J'en ai pris bien d'autres ! &#187; r&#233;pond placidement le g&#233;n&#233;ral Joffre en signant. Au ministre de la guerre qui l'invitait &#224; h&#226;ter l'attaque franco-anglaise, il exposa la situation g&#233;n&#233;rale ; le d&#233;clenchement de l'offensive projet&#233;e avait &#233;t&#233; subordonn&#233; au renforcement des arm&#233;es anglaise et russe en hommes et en mat&#233;riel ; l'heure &#233;tait venue, et le canon de la Somme faisait entendre son grondement. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'offensive admise par tous les alli&#233;s le 6 d&#233;cembre 1915 dans les conf&#233;rences de Chantilly avait &#233;t&#233; concert&#233;e entre le g&#233;n&#233;ral Joffre et sir Douglas Haig au cours de l'hiver. Les Anglais avaient une tendance naturelle &#224; prononcer leur principal effort vers la c&#244;te afin de menacer les bases navales qui servaient aux attaques des sous-marins allemands ; sir Douglas entra n&#233;anmoins dans les vues du g&#233;n&#233;ral en chef fran&#231;ais, et &#224; la fin de f&#233;vrier 1916, &#224; la veille de l'offensive contre Verdun, les deux chefs s'&#233;taient mis en complet accord pour ex&#233;cuter jointivement une attaque d&#233;cisive &#224; cheval sur la Somme. Elle devait commencer vers le 1er juillet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Foch, commandant le groupe des arm&#233;es du Nord, devait ex&#233;cuter cette attaque avec 39 divisions, r&#233;parties entre 3 arm&#233;es sur un front de 50 kilom&#232;tres, et disposerait d'une importante artillerie lourde. L'arm&#233;e britannique prolongerait le front d'attaque de 20 kilom&#232;tres vers le Nord ; la bataille de Verdun eut comme seule cons&#233;quence de faire relever la 10e arm&#233;e fran&#231;aise par l'arm&#233;e britannique, et le g&#233;n&#233;ral Joffre, voulant la laisser tout enti&#232;re &#224; la pr&#233;paration de son offensive, d&#233;clina l'offre de sir Douglas Haig de la faire coop&#233;rer &#224; la d&#233;fense de Verdun. Ces troupes toutes nouvelles, auxquelles la conscription vot&#233;e en janvier 1916 venait de donner enfin une base de recrutement solide, avaient besoin d'un certain temps pour s'organiser et s'instruire. Les 4 divisions du combat de Mons, &#8212; 70&#8239;000 hommes, &#8212; qui composaient &#171; la m&#233;prisable petite arm&#233;e du mar&#233;chal French &#187; s'&#233;taient successivement augment&#233;es, et les forces britanniques en France comprenaient 54 divisions, &#8212; plus d'un million de combattants. Leur artillerie et leurs munitions, par suite d'une fabrication activement pouss&#233;e sous la direction de M. Lloyd George, donnaient enfin satisfaction &#224; tous leurs besoins dans la bataille moderne, m&#233;connus au d&#233;but de la campagne. Sur tout le front anglo-fran&#231;ais, la pr&#233;paration du champ de bataille fut men&#233;e avec la plus grande activit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la bataille de Verdun usait les r&#233;serves fran&#231;aises et le front d'attaque dut &#234;tre r&#233;duit peu &#224; peu. Pour son offensive, le g&#233;n&#233;ral Foch ne dispose plus le 1er juillet que de 16 divisions, formant la 6e arm&#233;e sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Fayolle. En revanche, l'artillerie est formidable : 900 pi&#232;ces lourdes, 1&#8239;100 canons de tranch&#233;e, 6 millions et demi de projectiles pour un mois de bataille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sir Douglas Haig attaque sur 25 kilom&#232;tres de front, de Serre &#224; Gom&#233;court, avec 15 divisions en premi&#232;re ligne, 4 en deuxi&#232;me ligne, 2 en r&#233;serve (4e arm&#233;e, g&#233;n&#233;ral Rawlinson, 6e arm&#233;e, g&#233;n&#233;ral Gough). &lt;br class='autobr' /&gt;
L'entente entre les deux g&#233;n&#233;raux en chef &#233;tait parfaite. &#192; la fin de mai, sir Douglas &#233;crivait au g&#233;n&#233;ral Joffre : &#171; La question doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme s'il n'y avait qu'une seule arm&#233;e sur le front anglo-fran&#231;ais. &#187; D&#233;j&#224; le g&#233;n&#233;ral Alexeieff avait t&#233;l&#233;graphi&#233; : &#171; Je me range sous le commandement du g&#233;n&#233;ral Joffre. &#187; Et il l'avait prouv&#233; par la magnifique offensive de Broussiloff. La confiance de ses pairs cr&#233;ait des devoirs nouveaux au g&#233;n&#233;ral Joffre, avec des responsabilit&#233;s nouvelles. Il &#233;tait en son pouvoir de h&#226;ter l'attaque anglaise ; le gouvernement fran&#231;ais le d&#233;sirait beaucoup, afin de d&#233;gager Verdun le plus t&#244;t possible ; mais la h&#226;ter, c'&#233;tait la compromettre, et le g&#233;n&#233;ral Joffre resta in&#233;branlable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 21 juin, sa directive pour les deux arm&#233;es disait : &#171; Il faut s'attendre &#224; livrer une longue et dure bataille&#8230; Le but essentiel des op&#233;rations est de porter une masse de man&#339;uvre sur le faisceau des lignes de communication de l'ennemi que jalonnent Cambrai-Le Cateau-Maubeuge. La route Bapaume-Cambrai devra donc &#234;tre l'axe de la progression initiale. &#187; Il demande que la situation soit envisag&#233;e d'un regard viril, et n&#233;anmoins il reste plein d'espoir, envisageant des objectifs &#233;loign&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas d'un seul bond que le g&#233;n&#233;ral Joffre comptait les atteindre. Apr&#232;s les exp&#233;riences de 1915, la perc&#233;e &#224; travers les organisations fortifi&#233;es n'&#233;tait plus envisag&#233;e que comme le r&#233;sultat d'une lutte d'usure, m&#233;thodiquement poursuivie ; des attaques successives &#224; objectifs limit&#233;s devaient rejeter peu &#224; peu l'ennemi de la zone o&#249; il s'&#233;tait fortifi&#233;, tout en lui infligeant des pertes sup&#233;rieures &#224; celles de l'assaillant ; enfin, il serait oblig&#233; de livrer bataille en rase campagne, apr&#232;s un nombre de semaines ou de mois qu'on ne pouvait calculer et, apr&#232;s l'avoir ainsi domin&#233;, on en aurait raison. Son front sans cesse press&#233; et reculant sans cesse finirait par s'effondrer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette m&#233;thode tr&#232;s sage visait &#224; l'&#233;conomie de l'infanterie : l'artillerie conquiert, l'infanterie occupe. L'ennemi est forc&#233; de tenir constamment la position avec des forces assez denses, puisqu'il ignore le moment de l'attaque ; l'assaillant, au contraire, ne fait entrer en ligne ses troupes d'attaque qu'au moment choisi par lui et jusque-l&#224;, il n'offre que le minimum de troupes aux coups du d&#233;fenseur. Les longues et minutieuses pr&#233;parations que n&#233;cessite l'attaque et surtout les tirs de destruction prolong&#233;s indiquent &#224; peu pr&#232;s &#224; coup s&#251;r le front menac&#233;, mais l'assaillant garde encore le b&#233;n&#233;fice de la surprise tactique et l'instant choisi reste inconnu de l'ennemi. Le calcul s'est v&#233;rifi&#233; et les pertes allemandes ont &#233;t&#233; sur la Somme incomparablement plus fortes que les fran&#231;aises. Mais les pertes fran&#231;aises ont &#233;t&#233; tr&#232;s lourdes ; la progression en terrain boulevers&#233; &#233;tait co&#251;teuse. Puis on ne peut compter que l'attaque r&#233;ussira &#224; tout coup ; quelles que soient les pr&#233;cautions prises, le hasard jouera toujours son r&#244;le &#224; la guerre et on ne peut l'&#233;carter enti&#232;rement en affirmant qu'on emploie une m&#233;thode scientifique. Or, une attaque qui &#233;choue est toujours tr&#232;s co&#251;teuse, m&#234;me si on n'a mis en ligne que le nombre d'hommes strictement n&#233;cessaire. Dans la lutte au milieu des positions fortifi&#233;es, le terrain s'ach&#232;te au prix de beaucoup de vies humaines, d'autant plus que le temps laiss&#233; &#224; l'ennemi pour se r&#233;tablir apr&#232;s chaque affaire et pour reconstituer son syst&#232;me d'artillerie augmente les pertes de l'attaque suivante ; il faut s'avancer m&#233;thodiquement, certes, mais avec toute la rapidit&#233; que permet la situation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il aurait donc fallu m&#233;diter, &#8212; et appliquer, &#8212; les recommandations du g&#233;n&#233;ral Foch dans l'une de ses instructions : &#171; Il reste entendu d'ailleurs que la poursuite m&#233;thodique d'objectifs d&#233;termin&#233;s n'exclut pas l'exploitation imm&#233;diate aussi &#233;tendue que possible, dans une direction quelconque, d'une d&#233;faite ou m&#234;me d'un d&#233;sarroi de l'ennemi se produisant au cours des op&#233;rations, &#233;ventualit&#233; &#224; laquelle doit &#234;tre pr&#233;par&#233;e l'initiative de tous les commandants de grandes unit&#233;s. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s 1915, l'&#233;ventualit&#233; qu'envisageait le g&#233;n&#233;ral Foch s'&#233;tait produite, en Artois le 9 mai devant la division marocaine et le 25 septembre devant la 5e division, en Champagne le 25 septembre devant le 1er corps colonial ; l'&#233;loignement des r&#233;serves avait emp&#234;ch&#233; d'en profiter. Il en fut de m&#234;me par deux fois en 1916 sur la Somme. La formule de l'attaque s'&#233;tait faite trop rigide et c'est en vain que le g&#233;n&#233;ral Foch s'effor&#231;ait de l'assouplir. &lt;br class='autobr' /&gt;
La pr&#233;paration d'artillerie avait &#233;t&#233; fix&#233;e &#224; cinq jours et commen&#231;a le 24 juin. Mais les journ&#233;es des 27 et 28 ayant &#233;t&#233; m&#233;diocres par suite du mauvais temps, le tir de destruction fut prolong&#233; de deux jours et l'attaque partit le 1er juillet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Allemands croyaient que l'arm&#233;e fran&#231;aise &#233;tait hors de cause, &#233;puis&#233;e par la bataille de Verdun, et incapable d'une attaque s&#233;rieuse. La pr&#233;paration d'artillerie leur avait sembl&#233; une simple diversion, destin&#233;e &#224; d&#233;tourner leur attention du front britannique. Sur la rive gauche, les trois lignes de leur premi&#232;re position furent enlev&#233;es d'un seul &#233;lan par le 1er corps colonial, avec les villages solidement fortifi&#233;s qui la jalonnaient et que l'artillerie lourde avait consciencieusement d&#233;molis. Sur la rive droite, le 20e corps s'&#233;tait avanc&#233; &#224; la m&#234;me allure, parti deux heures avant, et avait obtenu les m&#234;mes r&#233;sultats. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus &#224; gauche, le 13e corps anglais avait d&#233;bouch&#233; aussi brillamment, ainsi que le 15e, qui contournait la position de Fricourt, qu'on comptait faire tomber par d&#233;bordement. Mais au Nord de Fricourt, la progression fut plus difficile, et ce redoutable point d'appui restait intact. La gauche anglaise &#233;tait partie d'un &#233;lan imp&#233;tueux ; elle avait rapidement progress&#233;, mais le magnifique courage de ces jeunes troupes manquait d'exp&#233;rience : de toutes parts, derri&#232;re la ligne d'attaque, des &#238;lots de r&#233;sistance s'&#233;taient r&#233;v&#233;l&#233;s, dont les mitrailleuses prenaient de flanc et de dos les assaillants ; les d&#233;fenseurs sortaient des abris laiss&#233;s intacts : il fallut reculer, apr&#232;s une lutte acharn&#233;e qui causa de lourdes pertes, et dans la nuit, sur la moiti&#233; du front, l'attaque anglaise avait d&#251; regagner les tranch&#233;es de d&#233;part. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sir Douglas Haig prit la d&#233;cision de recommencer, sur le front confi&#233; au g&#233;n&#233;ral Gough, la pr&#233;paration d'artillerie, et de continuer l'attaque avec sa droite par l'arm&#233;e Rawlinson li&#233;e avec l'arm&#233;e Fayolle, qui poursuivait ses succ&#232;s, particuli&#232;rement rapides sur la rive gauche de la Somme. Le 5, les Allemands ne se d&#233;fendaient plus que sur la ligne Biaches-Barleux-Villers-Carbonnel ; il n'y avait plus rien entre le 1er corps colonial et P&#233;ronne. &#192; sa gauche, le 20e corps rencontrant une plus grande r&#233;sistance mettra de longs jours pour arriver &#224; sa hauteur. Les ex&#233;cutants, et particuli&#232;rement la 2e division coloniale Mazillier, sentaient parfaitement la port&#233;e du succ&#232;s qu'ils venaient d'obtenir et qu'ils demandaient &#224; exploiter. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;sistance allemande se concentrait sur Biaches et la Maisonnette qui, pris les 9 et 10, chang&#232;rent quatre fois de ma&#238;tres du 15 au 17 pour rester finalement aux Fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la rive droite, le 20e corps continuait son attaque m&#233;thodique et, d&#232;s le 2 au soir, enlevait la deuxi&#232;me position allemande, bombard&#233;e pendant toute la journ&#233;e. Le m&#234;me jour, l'arm&#233;e anglaise enlevait Fricourt, et dans la journ&#233;e du 3, ses progr&#232;s tr&#232;s notables lui furent en partie enlev&#233;s par les contre-attaques allemandes. La lutte se poursuivait avec un acharnement terrible de part et d'autre ; chaque point d'appui, village ou lacis de tranch&#233;es, est le th&#233;&#226;tre de bombardements violents, puis d'attaques et de contre-attaques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 14 juillet, l'arm&#233;e britannique attaqua sur un front de six kilom&#232;tres, enlevant les trois lignes de tranch&#233;es qui constituaient la deuxi&#232;me position allemande, et elle continua le m&#234;me jour de progresser sur Orvillers et Bazentin, faisant 2&#8239;000 prisonniers ; malgr&#233; les violentes contre-attaques allemandes, son avance continua jusqu'au 20, Apr&#232;s une courte accalmie, la lutte reprit pour la possession de Pozi&#232;res, qui resta aux Australiens le 25, et de Longueval, d&#233;finitivement aux Britanniques le 27. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les troupes fran&#231;aises appuyaient solidement ces attaques et en m&#234;me temps s'avan&#231;aient sur la rive gauche vers Soy&#233;court et Estr&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les deux g&#233;n&#233;raux en chef jug&#232;rent ces op&#233;rations un peu trop dispers&#233;es et s'entendirent de nouveau pour une action en commun. Le 30 juillet, la 4e arm&#233;e Rawlinson et la 6e arm&#233;e Fayolle attaqu&#232;rent ensemble avec succ&#232;s pendant les premiers jours d'ao&#251;t. En ao&#251;t, la ligne anglaise s'avan&#231;ait autour de Guillemont et de Thiepval, la fran&#231;aise vers Maurepas, que le 1er corps Guillaumat enleva brillamment le 24. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s la fin d'ao&#251;t, l'usure allemande &#233;tait visible ; en deux mois, les Allemands avaient perdu sur la Somme autant d'hommes qu'en six mois &#224; Verdun et fait passer sur les deux terrains &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me nombre de divisions, 40 sur la Somme, 43 &#224; Verdun. Les pertes des Alli&#233;s &#233;taient loin d'&#234;tre aussi grandes. L'arm&#233;e fran&#231;aise en particulier comptait 28&#8239;000 morts et 40&#8239;000 &#233;vacu&#233;s. Il y avait donc un int&#233;r&#234;t de plus en plus &#233;vident &#224; augmenter ce front d'attaque, et &#224; revenir dans la mesure du possible &#224; la conception primitive en l'&#233;tendant vers le Sud. &lt;br class='autobr' /&gt;
La 10e arm&#233;e a sa gauche li&#233;e &#224; la 6e vers Barleux, et sa droite s'&#233;tend vers le Sud &#224; mesure qu'arrivent les disponibilit&#233;s du front fran&#231;ais. Son front forme un angle obtus orient&#233; &#224; gauche Nord-Est Sud-Ouest puis &#224; droite Nord-Sud. C'est surtout par sa gauche qu'agira son chef, le g&#233;n&#233;ral Micheler, qui doit tout d'abord faire tomber le saillant allemand de Vermandovillers ; il compte atteindre la Somme vers Saint-Christ et doit couvrir ensuite vers le Sud la droite de la 6e arm&#233;e op&#233;rant dans la direction Bapaume-Cambrai. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chacune des deux arm&#233;es a 13 divisions ; la 6e qui fait l'effort principal sur la rive droite de la Somme, en a 4 en premi&#232;re ligne sur son front de 8 kilom&#232;tres. La 10e en a 9 en premi&#232;re ligne sur un front de 18 kilom&#232;tres. Le 3 septembre, apr&#232;s une pr&#233;paration d'artillerie qui dura cinq jours, la 6e arm&#233;e enl&#232;ve toute la premi&#232;re ligne allemande, dans un &#233;lan superbe ; vers dix-sept heures, les villages de Fleury et de Forest &#233;taient atteints, ainsi que les tranch&#233;es &#224; l'Est de Combles. L'arm&#233;e anglaise d&#233;passait Guillemont et atteignait la partie Sud de Guinchy. Le 4, l'avance de la 6e arm&#233;e continua sur la rive droite ; les Britanniques, violemment contre-attaqu&#233;s, ripost&#232;rent. L'arm&#233;e Micheler entra vigoureusement en action sur la rive gauche et s'empara de toute la premi&#232;re position allemande, faisant tomber Vermandovillers d&#233;bord&#233;. Les jours suivants, la progression s'y ralentit. Mais elle continue sur la rive droite, malgr&#233; les violentes contre-attaques allemandes. Le 14, Bouchavesnes fut pris par la 6e brigade de chasseurs Messimy, et la rapidit&#233; de ce succ&#232;s surprit l'ennemi, mais ne fut pas exploit&#233;. La br&#232;che fut d'ailleurs bouch&#233;e le lendemain, avant que les Fran&#231;ais eussent eu le temps de l'&#233;largir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du 15 au 26, les deux arm&#233;es progress&#232;rent le long du ravin de Combles, qui formait leur limite, et cette position, couverte par des tranch&#233;es &#224; contre-pente que l'artillerie ne pouvait atteindre que difficilement, tomba. Alors sir Douglas Haig lan&#231;a en avant sa 6e arm&#233;e Gough, maintenue dans l'attente depuis son &#233;chec du 1er juillet ; elle emporta Thiepval le 26. Mais apr&#232;s ces deux beaux succ&#232;s le mauvais temps ralentit de nouveau les op&#233;rations ; la pluie est un ennemi tr&#232;s redoutable dans un terrain crev&#233; de trous d'obus qui se transforment en cuvettes et o&#249; toutes les voies de communication ont disparu. Pourtant les deux arm&#233;es progressaient et d&#233;passaient ensemble la route de Bapaume &#224; P&#233;ronne au Nord de Bouchavesnes au milieu d'octobre ; les arm&#233;es fran&#231;aises resserraient le cercle autour de P&#233;ronne, pendant que les arm&#233;es anglaises &#233;largissaient leur terrain d'action vers le Nord dans la vall&#233;e de l'Ancre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Joffre proposait au g&#233;n&#233;ral sir Douglas Haig de continuer l'action et de pr&#233;parer par une pression continue une grande offensive pour le printemps de 1917. Mais le g&#233;n&#233;ral en chef anglais estima que ses troupes avaient besoin d'un repos prolong&#233;, afin de se reformer et de compl&#233;ter l'instruction des renforts ; les troupes britanniques s'arr&#234;taient devant Bapaume et les troupes fran&#231;aises devant P&#233;ronne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette bataille, qu'ils appelaient the big push (la grande pouss&#233;e), les Britanniques avaient fait le v&#233;ritable apprentissage de la guerre. Le rapport officiel de sir Douglas Haig r&#233;capitule les r&#233;sultats obtenus par la bataille de la Somme, qui sont : Verdun d&#233;gag&#233;, l'offensive russe lib&#233;r&#233;e par la fixation des divisions ennemies sur le front occidental, l'usure de 127 divisions allemandes, et il ajoute : &#171; En ce qu'ils sont dus aux forces britanniques, ils furent atteints par des troupes dont la tr&#232;s grande majorit&#233; avait &#233;t&#233; lev&#233;e et instruite pendant la guerre. Beaucoup d'entre elles, et surtout les rel&#232;ves, comptaient par mois leur temps de service et eurent sur la Somme leur premi&#232;re le&#231;on de la guerre. Nous &#233;tions contraints d'employer h&#226;tivement des officiers et des soldats inexp&#233;riment&#233;s, ou de retarder l'offensive jusqu'&#224; leur compl&#232;te instruction. Que de telles troupes aient tant fait, et contre une arm&#233;e et une nation dont le principal souci &#233;tait depuis tant d'ann&#233;es la pr&#233;paration &#224; la guerre, c'est un exploit sans pr&#233;c&#233;dent dans aucune histoire. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le champ de bataille de Verdun, la fin du mois de juin avait vu l'arr&#234;t de la progression allemande par les contre-attaques fran&#231;aises. Le terrain gagn&#233; d'un seul coup le 23 juin &#233;tait repris pied &#224; pied ; aux abords de l'ouvrage de Thiaumont la lutte restait toujours aussi rude ; les oscillations du front diminuaient d'amplitude, mais le sens du mouvement s'&#233;tablissait vers le Nord, au d&#233;triment de l'assaillant. L'ouvrage, &#8212; ou plut&#244;t la petite bosse qui marquait l'emplacement de l'ouvrage, &#8212; &#233;tait pris et repris au point qu'il changea seize fois de ma&#238;tre au cours de l'&#233;t&#233; ; les l&#233;g&#232;res avances que la ligne allemande avait pouss&#233;es au del&#224; des cr&#234;tes &#233;taient r&#233;duites peu &#224; peu et, de ce c&#244;t&#233;, l'initiative de l'attaque appartenait aux Fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vers Fleury-Souville au contraire, l'offensive allemande continuait &#224; progresser l&#233;g&#232;rement. Les Fran&#231;ais avaient &#233;t&#233; rejet&#233;s presque compl&#232;tement du village, qu'ils avaient repris en partie le 27 juin. Le kronprinz remonta une forte attaque contre le fort de Souville ; le 11 juillet, apr&#232;s une violente pr&#233;paration d'artillerie et une projection d'obus asphyxiants qui encageait le terrain d'attaque, il lan&#231;a treize r&#233;giments appartenant &#224; cinq divisions diff&#233;rentes depuis les pentes Est de Thiaumont jusqu'au bois de Vaux-Chapitre. L'attaque progressa un peu le 11 ; tr&#232;s peu le 12 ; pourtant un petit d&#233;tachement fut captur&#233; sur la superstructure du fort de Souville. Quelques contre-attaques mont&#233;es &#224; l'improviste avaient limit&#233; le gain de cette puissante offensive, tr&#232;s co&#251;teuse en hommes, &#224; une profondeur de 400 m&#232;tres au Sud de Fleury, sur une largeur de 800&#8239;m. &#192; force de t&#233;nacit&#233;, une contre-attaque bien mont&#233;e reprit tout le terrain perdu en faisant des prisonniers. &#192; partir du 20 juillet, ce sont les Fran&#231;ais qui attaquent, devant Souville comme autour de Thiaumont. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis le 11, le commandement du g&#233;n&#233;ral Mangin s'est &#233;tendu sur ce secteur, et cette unit&#233; d'action permet de puissantes concentrations de feux. Les attaques locales peuvent &#234;tre pr&#233;c&#233;d&#233;es de pr&#233;paration sur un grand front, qui laisse l'ennemi ind&#233;cis sur le point pr&#233;cis o&#249; l'action va se d&#233;rouler. Souvent plusieurs attaques se produisent en m&#234;me temps &#224; plusieurs kilom&#232;tres de distance. Ces petites op&#233;rations sont organis&#233;es dans le d&#233;tail, et les nombreux prisonniers faits sur tout le front renseignent sur l'effectif des troupes allemandes, sur leur &#233;tat moral et physique, sur la marche des rel&#232;ves et des ravitaillements, qui fournissent des objectifs aux tirs de harc&#232;lement ex&#233;cut&#233;s pendant la nuit. La tranch&#233;e &#224; attaquer est encag&#233;e par des tirs de 75 qui se fixent derri&#232;re elle et emp&#234;chent les d&#233;fenseurs de fuir ; en m&#234;me temps, elle est pilonn&#233;e par l'artillerie lourde qui tue ou enterre ses d&#233;fenseurs : avant l'attaque, il arrive souvent que des groupes entiers viennent se rendre en d&#233;clarant la position intenable. La progression des attaques est pr&#233;c&#233;d&#233;e &#224; 70 ou 80 m&#232;tres d'un tir d'artillerie de campagne qui se d&#233;place devant elle &#224; son allure : c'est le barrage roulant qui fait son apparition d&#232;s la fin de juin. Les Fran&#231;ais obtiennent ainsi un maximum de r&#233;sultat avec un minimum de pertes. Pendant les mois de juillet et d'ao&#251;t ils font 3&#8239;500 prisonniers et leur avance est continue. Le village de Fleury, repris et reperdu au commencement d'ao&#251;t, reste aux Fran&#231;ais &#224; partir du 17 ao&#251;t, reconquis par le r&#233;giment colonial du Maroc. Toute la cr&#234;te Fleury-Thiaumont est fran&#231;aise et les abords de Souville sont bien d&#233;gag&#233;s vers le Nord-Est. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'ennemi attaque maintenant Souville par l'Est, en partant du fort de Vaux. Il gagne environ 1&#8239;200 m&#232;tres et sa pression est g&#234;nante. Alors l'unit&#233; de commandement se fait entre la Meuse et la Wo&#235;vre, et elle produit tous ses r&#233;sultats : au d&#233;but de septembre, l'ennemi est rejet&#233; des positions qu'il venait de prendre et confin&#233; aux abords du fort de Vaux, de l'autre c&#244;t&#233; d'une cr&#234;te dont la contre-pente donne une bonne position &#224; la d&#233;fense de Souville. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devant Souville et la ligne des forts, une barri&#232;re solide avait &#233;t&#233; reconstitu&#233;e, comprenant plusieurs positions bien organis&#233;es, la bataille s'&#233;tait assoupie sur la rive droite et les Fran&#231;ais avaient repris l'offensive de la Meuse &#224; la Wo&#235;vre, puis la sup&#233;riorit&#233; sur leurs ennemis. Le 13 septembre, le Pr&#233;sident de la R&#233;publique &#233;tait venu apporter &#224; la Ville martyre la croix de la L&#233;gion d'honneur et les d&#233;corations que les souverains des pays alli&#233;s lui avaient conf&#233;r&#233;es ; dans les casemates de la citadelle, pendant une c&#233;r&#233;monie d'une &#233;mouvante simplicit&#233;, il avait prononc&#233; un &#233;loquent discours qui consacrait la Victoire. Mais il fallait garder tout son prestige &#224; ce mot qu'on osait enfin prononcer. Les &#233;v&#233;nements avaient prouv&#233; que toute attaque bien pr&#233;par&#233;e commence toujours par r&#233;ussir et qu'il est bien difficile de limiter une avance victorieuse : les Fran&#231;ais n'avaient pu le faire qu'en attaquant eux-m&#234;mes. Donc il fallait avant tout &#233;loigner l'ennemi de la barri&#232;re enfin reconstitu&#233;e. L'heure &#233;tait pass&#233;e des petites attaques visant &#224; la reprise de quelques centaines de m&#232;tres ; elles avaient permis de faire dispara&#238;tre successivement les petites ou grandes poches que la ligne allemande avait creus&#233;es dans la fran&#231;aise, mais c'&#233;tait seulement en portant d'un seul bond toute la ligne en avant qu'on pouvait gagner utilement du terrain. Une op&#233;ration de grande envergure s'imposait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Nivelle en prescrivit l'&#233;tude au g&#233;n&#233;ral Mangin qui envisagea la reprise de Douaumont comme cons&#233;quence possible du succ&#232;s ; ce projet fut adopt&#233; apr&#232;s discussion, et le fort n'entra qu'ensuite parmi les objectifs de l'attaque. De m&#234;me pour le fort de Vaux. Le but devint alors de reconstituer dans son int&#233;grit&#233; la barri&#232;re des forts autour de Verdun. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Mangin disposait de tous les moyens n&#233;cessaires pour mener &#224; bien l'op&#233;ration ; d'abord une artillerie tr&#232;s puissante : 289 pi&#232;ces de campagne et de montagne (calibres 65 &#224; 95&#8239;mm), 314 pi&#232;ces lourdes (100 &#224; 400&#8239;mm). Trois divisions attaquaient en premi&#232;re ligne, avec deux bataillons s&#233;n&#233;galais et un bataillon somali ; trois divisions &#233;taient sous ses ordres imm&#233;diats en seconde ligne ; en outre, les divisions voisines du front d'attaque mettaient chacune un r&#233;giment en ligne. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ennemi lui opposait sept divisions en premi&#232;re ligne, mais dispos&#233;es tr&#232;s en profondeur ; seize bataillons en premi&#232;re ligne, six en soutien imm&#233;diat dans la zone &#224; conqu&#233;rir, onze en soutien &#224; proximit&#233; qui seront tous engag&#233;s le soir de l'attaque, 25 en r&#233;serve, qui viendront ensuite boucher les trous. Les Fran&#231;ais ont rep&#233;r&#233; 209 batteries allemandes (environ 800 pi&#232;ces) susceptibles d'entrer en action lors de leur offensive. Apr&#232;s trois jours de tir de destruction, ils simul&#232;rent une attaque g&#233;n&#233;rale : cette ruse eut plein succ&#232;s et 130 batteries se r&#233;v&#233;l&#232;rent (soit environ 530 pi&#232;ces) et furent contre-battues le surlendemain, jour de l'attaque, si bien que 90 batteries allemandes seulement ouvrirent le feu ce jour-l&#224;, et dans des conditions assez d&#233;favorables dont leur tir se ressentit. La sup&#233;riorit&#233; initiale de l'artillerie allemande avait donc disparu par l'action de son ennemie, mieux organis&#233;e et mieux command&#233;e. Cette action &#233;tait escompt&#233;e dans la conception de l'attaque : le commandement fran&#231;ais savait qu'il disposerait de moyens qui au d&#233;but seraient inf&#233;rieurs &#224; ceux de la d&#233;fense et qu'il prendrait la sup&#233;riorit&#233; au cours de l'action. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les effectifs d'infanterie &#233;taient sensiblement &#233;gaux dans les deux camps. Le dispositif des divisions allemandes accol&#233;es sur de tr&#232;s petits fronts se pr&#234;tait moins bien &#224; la man&#339;uvre que celui des divisions fran&#231;aises dont le front &#233;tait sensiblement double ; mais surtout l'exp&#233;rience des actions ant&#233;rieures avait montr&#233; l'efficacit&#233; des proc&#233;d&#233;s employ&#233;s sur ce terrain : un barrage de projectiles de campagne tombant derri&#232;re les tranch&#233;es y clouait le d&#233;fenseur, que l'artillerie lourde et les engins de tranch&#233;e mettaient hors d'&#233;tat de combattre. En m&#234;me temps, le tir d'autres pi&#232;ces lourdes bouchait l'orifice des abris profonds du temps de paix qui servaient de places d'armes &#224; la d&#233;fense : quand la vague d'assaut se mettrait en route, pr&#233;c&#233;d&#233;e &#224; 70 ou 80 m&#232;tres de son barrage d'accompagnement, elle ne trouverait plus que de rares r&#233;sistances locales et s'avancerait jusqu'aux abris profonds dont les d&#233;fenseurs seraient faits prisonniers. Le g&#233;n&#233;ral Mangin put affirmer aux g&#233;n&#233;raux Joffre et Nivelle, deux heures avant l'attaque, que 22 bataillons allemands allaient &#234;tre an&#233;antis. Quant aux forts, ils &#233;taient &#233;ventr&#233;s ; on ne pouvait calculer leur prise avec la m&#234;me certitude que la conqu&#234;te du terrain, mais l'occupation de la superstructure &#233;tait certaine et la prise totale paraissait une question d'heures, de deux ou trois jours au plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si un pareil succ&#232;s pouvait &#234;tre escompt&#233; avec une telle certitude, ce n'&#233;tait ni gr&#226;ce &#224; l'accumulation des moyens mat&#233;riels, puisqu'au d&#233;but de la lutte l'artillerie allemande &#233;tait indiscutablement tr&#232;s sup&#233;rieure en nombre, en port&#233;e, en rapidit&#233; de tir, et m&#234;me en calibres (sauf pour quelques pi&#232;ces fran&#231;aises de 400 et 370&#8239;mm dont le tir est localis&#233; contre les forts), ni gr&#226;ce &#224; l'action de masses d'infanterie qui submergeraient l'adversaire sous le nombre, puisque la densit&#233; de l'attaque sera faible afin de n'exposer aux pertes que le nombre d'hommes exactement suffisant pour obtenir le r&#233;sultat ; c'est gr&#226;ce &#224; l'emploi de m&#233;thodes logiques, de proc&#233;d&#233;s de tir bien con&#231;us qui assurent la sup&#233;riorit&#233; sur l'artillerie ennemie et qui permettent de compenser dans une large mesure l'inf&#233;riorit&#233; en nombre et en mat&#233;riel ; c'est gr&#226;ce &#224; l'&#233;lan des troupes, &#224; leur confiance dans leurs chefs ; et ce sont l&#224; des facteurs de succ&#232;s qui se retrouveront dans l'avenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est gr&#226;ce aussi &#224; une parfaite union dans le commandement, le commandant de l'arm&#233;e fournissant &#224; son subordonn&#233; qui attaque tous les moyens en son pouvoir et les demandant &#224; l'arri&#232;re quand ils ne sont pas &#224; sa disposition ; c'est gr&#226;ce aussi &#224; une connaissance parfaite d'un terrain sp&#233;cial, &#224; l'exp&#233;rience d'une tr&#232;s &#226;pre lutte de plusieurs mois sur ce terrain o&#249; les m&#234;mes chefs et les m&#234;mes &#201;tats-majors ont &#233;t&#233; maintenus ; c'est gr&#226;ce encore aux fautes de l'ennemi, qui n'a presque partout qu'une seule ligne de d&#233;fense devant laquelle il n'a pu &#233;tablir que des obstacles rudimentaires. Ces conditions se retrouveront sur le m&#234;me terrain deux mois plus tard ; mais elles &#233;taient exceptionnelles et pesaient d'un poids tr&#232;s lourd en faveur des Fran&#231;ais. C'&#233;tait aller trop loin que de tirer de ces deux exp&#233;riences des d&#233;ductions d'ordre absolument g&#233;n&#233;ral et d'en extraire une formule rigide, la recette de la victoire. Mais la tendance &#224; g&#233;n&#233;raliser est bien dans le caract&#232;re national, et d'ailleurs elle donne souvent d'excellents r&#233;sultats ; le syst&#232;me et la formule satisfont &#224; ce besoin ; ils &#233;pargnent la discussion, et m&#234;me la r&#233;flexion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Commenc&#233;e le 20 et poursuivie jusqu'au 24 avec une intensit&#233; croissante, la pr&#233;paration d'artillerie a produit ses effets habituels. Les Allemands sont venus se rendre isol&#233;ment ou par petits groupes : un pigeon voyageur &#233;gar&#233; a apport&#233; le message de d&#233;tresse d'un commandant de bataillon qui d&#233;clare ses troupes hors d'&#233;tat de combattre. Enfin, &#224; 11 h. 40, l'artillerie allonge son tir et l'infanterie fran&#231;aise sort des parall&#232;les de d&#233;part. Un brouillard intense a cach&#233; son mouvement &#224; l'ennemi, qui n'ouvrira le feu que 12 minutes apr&#232;s l'instant de l'assaut, alors que les deux premi&#232;res vagues ont franchi ses tranch&#233;es. Elle atteint en une heure son premier objectif. Elle s'y organise tr&#232;s rapidement. Dans l'ordre initial, cette pause devait &#234;tre d'une demi-heure ; le commandant du groupe d'arm&#233;es, jugeant prudent de s'asseoir fortement sur la position dont la conqu&#234;te &#233;tait &#224; peu pr&#232;s certaine, avait insist&#233; pour qu'elle f&#251;t beaucoup plus longue et l'avait fait, apr&#232;s discussion, fixer &#224; deux heures. Mais le bombardement du fort avait &#233;t&#233; tr&#232;s efficace ; un projectile de 420 avait d&#233;termin&#233; une explosion suivie d'incendie ; on pouvait penser qu'il y avait grand avantage &#224; se h&#226;ter pour profiter du d&#233;sarroi : aussi le g&#233;n&#233;ral Mangin avait-il fix&#233; &#224; une heure le temps d'arr&#234;t et en rendit compte. &lt;br class='autobr' /&gt;
La 38e division Guyot de Salins forme la gauche. Son r&#233;giment colonial du Maroc p&#233;n&#232;tre dans le fort de Douaumont, &#233;vacu&#233; la veille sous la menace d'explosion, et o&#249; les Allemands commen&#231;aient &#224; revenir et &#224; installer leurs mitrailleuses ; mais la mar&#233;e montante des assaillants les submergea. Au centre, l'&#233;lan de la 133e division Passaga, &#8212; la Gauloise, &#8212; avait enlev&#233; tous les obstacles et elle s'&#233;tait &#233;tablie entre l'angle Nord-Est de Douaumont et l'&#233;tang de Vaux. &#192; droite, devant le front de la 74e division Lardemelle, la pr&#233;paration d'artillerie avait &#233;t&#233; insuffisante sur certains centres de r&#233;sistance et la progression &#233;tait plus difficile. Une artillerie plus puissante, devenue disponible, &#233;crasa la calotte du fort ; des pi&#232;ces longues enfil&#232;rent les casemates, dont la face tourn&#233;e vers Verdun &#233;tait simplement ma&#231;onn&#233;e au lieu d'&#234;tre b&#233;tonn&#233;e ; enfin l'avance dans la direction de Douaumont permit de mettre des pi&#232;ces de campagne en batterie au seul emplacement d'o&#249; elles pouvaient battre les pentes tr&#232;s raides &#224; l'Est du fort, dont elles coupaient ainsi les communications. La pression de l'infanterie continuait apr&#232;s la rel&#232;ve de la division Lardemelle par la 9e division Andlauer ; l'ennemi &#233;vacua le fort o&#249; le g&#233;n&#233;ral Andlauer s'installa le 3. Il occupa les villages de Vaux et de Damloup, donnant de l'air autour de l'ouvrage. &lt;br class='autobr' /&gt;
La reprise des forts de Douaumont et de Vaux &#233;tait un &#233;v&#233;nement consid&#233;rable, qui consacrait aux yeux du monde entier la victoire de Verdun. 6&#8239;000 prisonniers la soulignaient. Mais ce grand succ&#232;s r&#233;clamait un compl&#233;ment. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le 21 octobre, le g&#233;n&#233;ral Mangin avait signal&#233; au g&#233;n&#233;ral Nivelle la n&#233;cessit&#233; qui s'imposerait, apr&#232;s l'enl&#232;vement des objectifs assign&#233;s &#224; l'op&#233;ration du 24, de s'emparer de la cr&#234;te Douaumont-Hardaumont et de la c&#244;te du Poivre, qui toutes deux avaient des vues dans l'int&#233;rieur des positions &#224; conqu&#233;rir, et de donner de l'air autour du fort de Douaumont. Le g&#233;n&#233;ral Nivelle donc envisageait une op&#233;ration d'ensemble, mais il &#233;tait tr&#232;s limit&#233; par les moyens mis &#224; sa disposition : &#171; Le front d'attaque ne devra pas d&#233;passer celui de trois divisions, d&#251;t-il y avoir une solution de continuit&#233; au centre. Les munitions seront celles que nous &#233;conomiserons sur nos allocations journali&#232;res. &#187; Mais le g&#233;n&#233;ral Mangin insista sur les avantages d'une attaque s'&#233;tendant de la Meuse &#224; la Wo&#235;vre, m&#234;me s'il fallait attendre d'avoir des troupes et des munitions disponibles. C'est &#224; cette id&#233;e que s'arr&#234;ta le commandement. Devant le groupement Mangin, le front allemand &#233;tait tenu par cinq divisions en premi&#232;re ligne et quatre en deuxi&#232;me ligne pouvant intervenir en une nuit, et 247 batteries &#233;taient signal&#233;es en action (960 pi&#232;ces environ). L'attaque fran&#231;aise disposa de quatre divisions en premi&#232;re ligne, 4 en seconde ligne, et de 740 canons. Elle &#233;tait donc en inf&#233;riorit&#233; vis-&#224;-vis de la d&#233;fense. Mais elle pouvait tabler sur les r&#233;sultats obtenus le 24 octobre. Son artillerie prit en effet rapidement la sup&#233;riorit&#233; sur l'artillerie allemande ; gr&#226;ce &#224; la progression plus profonde, il y eut parmi les prisonniers treize officiers d'artillerie dont le t&#233;moignage confirme en d&#233;tail cette incontestable sup&#233;riorit&#233;. Quant &#224; l'infanterie, l'effondrement des premi&#232;res lignes amenant &#224; coup s&#251;r la destruction compl&#232;te des 13 bataillons qui les d&#233;fendaient et partiellement celle des 13 bataillons en soutien sur le terrain &#224; conqu&#233;rir, l'attaque pourrait donc affronter la l&#233;g&#232;re disproportion num&#233;rique du d&#233;part. &lt;br class='autobr' /&gt;
Instruit par l'exp&#233;rience du 24 octobre, l'ennemi avait organis&#233; trois lignes de r&#233;sistance, munies de r&#233;seaux de fil de fer ; en outre, l'&#233;loignement de l'objectif final introduisait une part plus grande de hasard ; il fallait donc mettre plus de souplesse dans le m&#233;canisme du barrage roulant et en varier la nature. L'ordre d'attaque du groupement Mangin sp&#233;cifiait : &#171; Chaque objectif devra &#234;tre atteint d'embl&#233;e et d'un seul &#233;lan &#224; l'allure de 100 m&#232;tres en quatre minutes. L'infanterie sera pr&#233;c&#233;d&#233;e &#224; 70 ou 80 m&#232;tres par des obus percutants et &#224; 150 m&#232;tres par des obus explosifs fusants et percutants. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Toutefois, quand les circonstances l'exigeront et que ce sera possible, gr&#226;ce aux observations &#224; vue &#233;tendue, les tirs d'artillerie seront conduits &#224; la demande de la marche de l'infanterie ; les g&#233;n&#233;raux commandant les divisions organiseront &#224; cet effet une liaison aussi intime que possible entre l'infanterie et l'artillerie. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le grand obstacle dans l'organisation de l'attaque &#233;tait l'&#233;tat du terrain, affreusement boulevers&#233; par dix mois de luttes incessantes ; dans l'argile d&#233;tremp&#233;e o&#249; l'eau sourd &#224; toutes les altitudes, les trous d'obus, presque jointifs, &#233;taient en cette saison pleins d'eau glac&#233;e. Sans un am&#233;nagement complet du terrain, toute attaque faisait naufrage dans la boue. Il fallut construire 25 kilom&#232;tres de route, dont plusieurs en madriers, 10 kilom&#232;tres de voie Decauville et de nombreux r&#233;seaux t&#233;l&#233;phoniques, cr&#233;er partout des d&#233;p&#244;ts de vivres et de munitions, des emplacements de batteries camoufl&#233;s, am&#233;nager des sources et des conduites d'eau, etc.. La rigueur de la saison, particuli&#232;rement &#226;pre sur les Hauts de Meuse, rendait ces travaux tr&#232;s p&#233;nibles. Mais les soldats les sentaient n&#233;cessaires : ils furent ex&#233;cut&#233;s en cinq semaines avec une abn&#233;gation compl&#232;te et un entrain merveilleux par les divisions qui se succ&#233;d&#232;rent sur ce terrain jusqu'&#224; l'entr&#233;e en ligne des divisions d'attaque. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 15 d&#233;cembre, vers 10 heures, apr&#232;s une pr&#233;paration d'artillerie aussi compl&#232;te que possible, les r&#233;giments fran&#231;ais sortent des tranch&#233;es, attaquant de la Meuse &#224; la Wo&#235;vre. &#192; gauche, la 126e division Muteau enl&#232;ve Vacherauville et la c&#244;te du Poivre, o&#249; elle s'&#233;tablit ; la 38e Guyot de Salins, revenue sur le terrain de ses exploits, s'empare de Louvemont ; la 37e Garnier-Duplessis s'avance jusqu'au bois des Cauri&#232;res o&#249; elle lutte pied &#224; pied ; la 133e Passaga prend l'ouvrage d'Hardaumont et le village de Bezonvaux. La progression, ralentie sur certains points, am&#232;ne l'attaque sur son deuxi&#232;me objectif le 18. En m&#234;me temps, d&#232;s le 15, des reconnaissances offensives sont all&#233;es bien au del&#224; de leurs objectifs et, prot&#233;g&#233;es par leur barrage roulant, ont d&#233;truit des canons et ramen&#233; 11&#8239;387 prisonniers, dont 284 officiers. En y ajoutant le chiffre des tu&#233;s et des bless&#233;s graves, on ne peut &#233;valuer les pertes de l'ennemi &#224; moins de 25&#8239;000 hommes, sur un front de 10 kilom&#232;tres. 115 canons ont &#233;t&#233; pris et d&#233;truits, et la d&#233;fense de Verdun est &#233;tablie sur la partie la plus &#233;troite des c&#244;tes de Meuse, dans une excellente position. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'effet moral produit par cette victoire fut consid&#233;rable dans les deux camps. Les Allemands en tir&#232;rent fort prudemment beaucoup d'enseignements utiles, et reconnurent notamment l'impossibilit&#233; de r&#233;duire la d&#233;fense &#224; des lignes de tranch&#233;es r&#233;guli&#232;res, objectifs trop visibles pour l'artillerie ennemie. Les Fran&#231;ais y virent une &#233;clatante confirmation des m&#233;thodes employ&#233;es le 24 octobre : sans diminuer ce succ&#232;s, il e&#251;t fallu remarquer que les objectifs les plus &#233;loign&#233;s (3&#8239;km.) qui, d'apr&#232;s l'horaire fix&#233;, devaient &#234;tre atteints en quelques heures, n'avaient &#233;t&#233; conquis que le quatri&#232;me jour. Assur&#233;ment, ce n'e&#251;t pas &#233;t&#233; la condamnation des proc&#233;d&#233;s employ&#233;s, et en particulier de l'horaire fix&#233; &#224; l'avance : mais c'e&#251;t &#233;t&#233; &#233;tablir la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;voir que cet horaire pourrait ne pas &#234;tre suivi, et qu'il faudrait man&#339;uvrer ; car l'avance ne se produit pas toujours avec une exactitude m&#233;canique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 12 d&#233;cembre, l'Allemagne avait fait pour la premi&#232;re fois des ouvertures de paix qui paraissaient destin&#233;es &#224; d&#233;tendre les &#233;nergies dans les gouvernements, les arm&#233;es et les peuples de l'Entente. En remerciant ses troupes victorieuses, le g&#233;n&#233;ral Mangin constatait les r&#233;sultats obtenus, les esp&#233;rances qu'ils faisaient concevoir pour l'avenir, et il ajoutait : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mes amis !&lt;br class='autobr' /&gt;
S'avouant incapables de nous vaincre sur les champs de bataille, nos sauvages agresseurs osent nous tendre le pi&#232;ge grossier d'une paix pr&#233;matur&#233;e. Tout en ramassant de nouvelles armes, ils crient &#171; Kamarad. &#187; Vous connaissez ce geste. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nos p&#232;res de la R&#233;volution refusaient de traiter avec l'ennemi tant qu'il souillait le sol sacr&#233; de la Patrie, tant qu'il n'&#233;tait pas repouss&#233; hors des fronti&#232;res naturelles, tant que le triomphe du droit et de la libert&#233; n'&#233;tait pas assur&#233; contre les tyrans. Nous, nous ne traiterons jamais avec les gouvernements parjures pour qui les trait&#233;s ne sont que des chiffons de papier, et avec les assassins et les bourreaux de femmes et d'enfants. Apr&#232;s la victoire finale qui les mettra hors d'&#233;tat de nuire, nous leur dicterons nos volont&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#192; leurs hypocrites ouvertures, la France a r&#233;pondu par la gueule de vos canons et la pointe de vos ba&#239;onnettes. Vous avez &#233;t&#233; les bons ambassadeurs de la R&#233;publique ; elle vous remercie. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un coup d'&#339;il d'ensemble sur l'ann&#233;e 1916 permet de se rendre compte de la r&#233;percussion r&#233;ciproque des &#233;v&#233;nements militaires qui se sont d&#233;roul&#233;s sur les divers th&#233;&#226;tres d'op&#233;rations. &lt;br class='autobr' /&gt;
La sc&#232;ne s'ouvre le 21 f&#233;vrier par l'offensive allemande contre Verdun. &#192; la fois terrible et mesquine, elle se prononce sur un front trop &#233;troit, qui s'&#233;largit un peu, mais pour se r&#233;tr&#233;cir de nouveau ; malgr&#233; la formidable artillerie dont elle dispose et l'emploi sans compter de l'infanterie en formations profondes, elle n'avance que p&#233;niblement et ne sait pas profiter du vide qui se trouve devant elle certains jours. Quand elle se d&#233;cide &#224; s'&#233;tendre sur la rive gauche de la Meuse, il est trop tard : la d&#233;fense s'est ressaisie et organis&#233;e. Sa progression se r&#233;duit donc &#224; une avance tr&#232;s lente, pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une sorte de broiement m&#233;canique des organisations fran&#231;aises avec leurs d&#233;fenseurs sous des tirs d'une intensit&#233; croissante ; mais l'avance est continue et les alli&#233;s peuvent craindre la chute de la citadelle fran&#231;aise. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'attaque pr&#233;ventive sur le front fran&#231;ais s'accompagne bient&#244;t d'une op&#233;ration analogue sur le front italien. Le 15 mai, l'arm&#233;e austro-hongroise attaque dans le Trentin sous les ordres de l'archiduc Eug&#232;ne avec 38 divisions appuy&#233;es d'une tr&#232;s forte artillerie. Son avance de 12 &#224; 20 kilom&#232;tres rejette les Italiens sur les derni&#232;res pentes des montagnes qui dominent la plaine de l'Adige, mena&#231;ant tous les arri&#232;res de la d&#233;fense sur la rive gauche de l'Adige. Les Italiens se ressaisissent et contre-attaquent sur certains points. En m&#234;me temps, l'offensive russe de Galicie ram&#232;ne vers le Nord toutes les forces autrichiennes disponibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devan&#231;ant l'heure fix&#233;e, afin de secourir l'Italie menac&#233;e, le g&#233;n&#233;ral Broussiloff attaque le 4 juin du Pripet &#224; la fronti&#232;re roumaine sur un front de 350 kilom&#232;tres ; &#224; la fin de juin, il atteint le Stockod en Volhynie et les Carpathes au Sud de la Galicie, et s'est avanc&#233; &#224; plus de 100 kilom&#232;tres de sa base de d&#233;part, ayant captur&#233; plus de 200 000 prisonniers. L'offensive austro-allemande en Italie est arr&#234;t&#233;e, 4 divisions allemandes sont appel&#233;es du front de France au commencement de juin, 4 autres &#224; la fin du mois. Coup&#233;e d'arr&#234;ts forc&#233;s par la n&#233;cessit&#233; de r&#233;tablir les voies ferr&#233;es et d'organiser son ravitaillement, l'offensive de Broussiloff ne s'arr&#234;te qu'en septembre, ayant captur&#233; 420 000 prisonniers, 2500 mitrailleuses et lance-bombes et 600 canons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le Trentin, le commandement autrichien se voit forc&#233; &#224; battre en retraite &#224; la fin de juin pour raccourcir son front, ne disposant plus des forces n&#233;cessaires &#224; sa d&#233;fense contre l'attitude agressive qu'a prise son ennemi. La pression des Italiens s'exerce sur les nouvelles positions, puis en ao&#251;t et septembre ils attaquent sur l'Isonzo. Gorizia tombe entre leurs mains et ils prennent pied sur le plateau du Carso. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant l'offensive de la Somme se pr&#233;parait &#224; partir &#224; la date pr&#233;vue le 6 d&#233;cembre 1915 ; la sentant venir, le haut commandement allemand d&#233;clenche contre Verdun la plus forte attaque qu'il ait jamais mont&#233;e. Elle obtient des succ&#232;s notables, mais les contre-attaques fran&#231;aises commencent enfin &#224; regagner du terrain. L'offensive anglo-fran&#231;aise se d&#233;clenche le 1er juillet, les Allemands ripostent sur Verdun le 11 par une attaque contre Souville presque aussi importante que celle du 23 juin. Le gain de terrain qu'elle obtient est tr&#232;s faible, et il est perdu les jours suivants, malgr&#233; l'arriv&#233;e de troupes fra&#238;ches le 21 juillet. D&#232;s ce moment, l'attaque a chang&#233; de sens et les Fran&#231;ais en ont pris l'initiative. Ils reprennent la cr&#234;te de Fleury et les abords de Thiaumont au commencement d'ao&#251;t, le village de Fleury le 17 ao&#251;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la bataille de la Somme se fait de plus en plus rude et n&#233;cessite des renforts continuels. L'attaque progresse m&#233;thodiquement, sans que les Allemands puissent l'arr&#234;ter par les contre-attaques o&#249; pourtant ils s'acharnent. &#192; Verdun, ils renoncent &#224; attaquer entre la Meuse et Souville, mais essayent encore, &#224; la fin d'ao&#251;t et dans les premiers jours de septembre, de tourner Souville en partant de Vaux ; ils &#233;chouent de nouveau. C'est alors que Hindenburg et Ludendorff, qui ont pris le commandement le 29 ao&#251;t, constatent l'impossibilit&#233; de mener activement la lutte sur les deux th&#233;&#226;tres d'op&#233;rations et renoncent &#224; celui de Verdun. Comme une premi&#232;re barri&#232;re a &#233;t&#233; reconstitu&#233;e en avant de la citadelle fran&#231;aise et que le commandement fran&#231;ais pr&#233;pare une offensive d'ensemble et cesse les actions de d&#233;tail, une accalmie se produit &#224; Verdun. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle co&#239;ncide avec un redoublement d'activit&#233; sur la Somme par l'entr&#233;e en action de la 10e arm&#233;e Micheler, qui &#233;tend le front fran&#231;ais vers la droite et augmente l'usure allemande. La 6e arm&#233;e Gough joue le m&#234;me r&#244;le &#224; la gauche anglaise. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Roumanie est entr&#233;e en ligne le 28 ao&#251;t et envahit la Transylvanie o&#249; l'appellent ses fils soumis au joug de l'Autriche, dont les troupes sont promptement refoul&#233;es. En m&#234;me temps elle avance en Dobroudja, qu'elle lib&#232;re des Bulgares. Mais cette intervention &#233;tait bien tardive, particuli&#232;rement au point de vue militaire ; car l'offensive de Broussiloff touchait &#224; sa fin ; en outre, c'&#233;tait contre la Bulgarie qu'il e&#251;t fallu marcher, afin de donner la main aux arm&#233;es de l'Entente d&#233;barqu&#233;es &#224; Salonique. Mais le Pr&#233;sident du Conseil des Ministres russe St&#252;rmer insistait pour qu'on m&#233;nage&#226;t la Bulgarie, et promettait un important concours militaire, qui ne vint pas. Les Empires centraux virent la n&#233;cessit&#233; de mettre hors de cause ce nouvel adversaire et de s'assurer les ressources roumaines en bl&#233; et en p&#233;trole. Avec le concours effectif des troupes allemandes et de leurs &#233;tats-majors, les arm&#233;es roumaines furent refoul&#233;es de Transylvanie en septembre ; en novembre, Falkenhayn passait les Carpathes, puis Mackensen le Danube. Le 7 d&#233;cembre, Bucarest &#233;tait pris apr&#232;s une grande bataille et l'arm&#233;e roumaine retraitait sur le Sereth, o&#249; elle se reforma. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'arm&#233;e alli&#233;e d'Orient, sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Sarrail, avait recueilli l'arm&#233;e serbe ; elle ne put entrer en action qu'au milieu de septembre pour une avance qui l'amena &#224; Monastir. Les troupes turques &#233;taient attir&#233;es en Asie par l'avance du grand-duc Nicolas en Arm&#233;nie et par la marche des Anglais vers Bagdad, et leur action en Europe se trouvait diminu&#233;e de beaucoup. Pour la sc&#232;ne finale, le rideau se rel&#232;ve sur le d&#233;cor de Verdun, o&#249; les victoires du 24 octobre et du 15 d&#233;cembre consacrent la ruine des esp&#233;rances allemandes de l'ann&#233;e 1916, qui s'&#233;tait annonc&#233;e si belle pour les Empires centraux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous cherchons &#224; &#233;tablir le bilan de cette ann&#233;e 1916, nous constatons d'abord que pour pr&#233;venir l'offensive g&#233;n&#233;rale de l'Entente, l'arm&#233;e allemande attaquait Verdun en f&#233;vrier et l'arm&#233;e austro-hongroise le Trentin en mai. Pour pr&#233;venir la m&#234;me offensive en 1917, le commandement allemand ne trouve d'autre pr&#233;caution qu'un vaste repli abandonnant aux arm&#233;es anglo-fran&#231;aises un terrain &#233;tendu pr&#233;alablement d&#233;vast&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;chec des attaques contre Verdun et l'usure qui r&#233;sulte de l'offensive sur la Somme d&#233;termine &#224; la fin d'ao&#251;t le changement dans le commandement allemand : au g&#233;n&#233;ral de Falkenhayn succ&#232;dent le mar&#233;chal Hindenburg et le g&#233;n&#233;ral Ludendorff. Leur premier soin est d'arr&#234;ter l'offensive contre Verdun au commencement de septembre ; ils d&#233;cident en m&#234;me temps de soutenir l'arm&#233;e austro-hongroise qui c&#232;de devant l'avance des Roumains en Transylvanie. Mais cette r&#233;solution a &#233;t&#233; prise au pied lev&#233;, sous la pression imm&#233;diate des &#233;v&#233;nements. Ludendorff, qui est le cerveau des deux Dioscures, le directeur de la raison sociale Hindenburg-Ludendorff, nous dit qu'il n'e&#251;t jamais os&#233; pareille entreprise, s'il e&#251;t connu la situation r&#233;elle du front occidental. Et pourtant, le fait qu'on l'appelait au commandement effectif aurait pu lui ouvrir les yeux : &#171; La situation sur le front Ouest &#233;tait tendue &#224; un point que je n'aurais pas imagin&#233;, dit-il, mais je ne vis pas du premier coup d'&#339;il toute sa gravit&#233;. La r&#233;solution importante de retirer du front Ouest, engag&#233; dans de si rudes combats, plus de divisions encore et de les envoyer &#224; l'Est, pour y r&#233;tablir la situation par une offensive et porter &#224; la Roumanie un coup d&#233;cisif, e&#251;t &#233;t&#233; trop difficile &#224; prendre. &#187; C'est seulement &#224; Cambrai, pendant une conf&#233;rence qui s'ouvre le 7 septembre, qu'il commence &#224; comprendre la situation et l'ab&#238;me qui s&#233;pare le front fran&#231;ais du front russe o&#249; il vient de diriger les op&#233;rations pendant deux ans : il faut s'arr&#234;ter sur ce passage de ses Souvenirs de guerre et constater une fois de plus la difficult&#233; extr&#234;me pour le commandement de reconstituer, &#224; travers le papier, la r&#233;alit&#233; des faits. &#171; L'image que je m'&#233;tais faite de ce qui se passait &#224; Verdun et sur la Somme prit &#224; mes yeux des couleurs plus sombres apr&#232;s ce que j'eus &#224; entendre. &#187; Et il comprend la puissance mat&#233;rielle de l'attaque. Il ne faut pas lui demander s'il comprend sa puissance morale, qui est hors de port&#233;e de ses facult&#233;s : &#171; La puissance d&#233;fensive de notre infanterie s'usa &#224; tel point que l'attaque en masses de l'ennemi put r&#233;ussir. Nous ne perdions pas seulement notre ressort moral, mais nous perdions aussi sans compter le sang r&#233;pandu en abondance, un nombre important de prisonniers et beaucoup de mat&#233;riel de guerre. &#187; Il enregistre les demandes de renforts de toute sorte en hommes et en mat&#233;riel : &#171; Il nous &#233;tait plus facile de satisfaire aux demandes par suite de l'arr&#234;t de l'attaque sur Verdun ; il fallait cependant que nous continuions d'escompter l&#224;-bas une forte consommation de forces, ne f&#251;t-ce que par suite des conditions locales. Il &#233;tait possible que les Fran&#231;ais attaquassent eux-m&#234;mes en partant de la forteresse. Verdun devenait comme un ulc&#232;re toujours ouvert qui d&#233;vorait nos forces. Il e&#251;t &#233;t&#233; plus raisonnable de ramener nos positions vers l'arri&#232;re, en de&#231;&#224; du champ d'entonnoirs. Je n'avais pas, &#224; cette &#233;poque, une id&#233;e exacte des difficult&#233;s locales que pr&#233;sentait la lutte devant Verdun. &#187; Il tient sur la Somme, parce qu'aucune position n'a &#233;t&#233; am&#233;nag&#233;e &#224; l'arri&#232;re, et fait fl&#232;che de tout bois : &#233;conomies sur les autres arm&#233;es, formation de divisions nouvelles. Mais il reste tr&#232;s pr&#233;occup&#233; de la question des munitions et de tout le mat&#233;riel de guerre, qui s'affirme tr&#232;s inf&#233;rieur &#224; celui de l'Entente. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mois de septembre, calme &#224; Verdun, lui appara&#238;t comme effroyable : &#171; L'ennemi prit Guinchy et Bouchavesnes. Le 17 vit un grand combat sur la rive Sud ; nous perd&#238;mes Berny et Derni&#233;court. Au Sud de la Somme, la bataille diminua d'intensit&#233;, mais le feu roulant d'artillerie continua. Au Nord de la Somme, les combats se poursuivirent ; le 25 commen&#231;a la lutte la plus terrible de cette bataille de la Somme, si fertile en rudes combats. Grandes furent nos pertes, l'ennemi prit Raucourt, Morval, Gueudecourt et Combles qu'on se disputa chaudement. Le 26, le coin de Thiepval tomba. De nouvelles attaques ennemies, le 28, &#233;chou&#232;rent. Les demandes qu'on nous adressait, tant en officiers qu'en troupes, &#233;taient extraordinairement &#233;lev&#233;es. Les rel&#232;ves qu'on avait pr&#233;vues &#224; Cambrai et tout le plan de rel&#232;ves projet&#233; pour le front occidental ne suffiraient bient&#244;t plus. Des divisions et d'autres troupes durent &#234;tre jet&#233;es en toute h&#226;te sur le front de la Somme et y tenir tr&#232;s longtemps. Le temps consacr&#233; au repos ou &#224; l'instruction sur un front calme se r&#233;duisait de plus en plus. Les troupes s'usaient. Nous &#233;tions toujours &#224; la veille d'une catastrophe. &#187; On ne saurait assez insister sur cet aveu, criant de sinc&#233;rit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les indiscutables succ&#232;s remport&#233;s sur la Roumanie, malgr&#233; la vaillance des soldats roumains, ont d&#233;livr&#233; les Empires centraux d'un grand p&#233;ril et leur ont procur&#233; des ressources importantes ; mais Ludendorff, qui a d&#233;cid&#233; et poursuivi cette offensive, en r&#233;sume les r&#233;sultats : &#171; En d&#233;pit de la victoire sur l'arm&#233;e roumaine, nous &#233;tions plus faibles en ce qui concerne la conduite g&#233;n&#233;rale de la guerre. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est tr&#232;s facile aujourd'hui de constater cette situation, et elle appara&#238;tra encore plus clairement quand l'ensemble des t&#233;moignages en aura pr&#233;cis&#233; le contour et les dimensions. Les renseignements du 2e bureau de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral permettaient au g&#233;n&#233;ral Joffre de s'en faire une id&#233;e suffisamment exacte pour qu'il p&#251;t demander &#224; sir Douglas Haig de continuer la pression sur le front anglo-fran&#231;ais jusqu'&#224; la bataille du printemps 1917. Personne n'en peut douter, si l'unit&#233; de commandement avait exist&#233; sur le front anglo-fran&#231;ais, le g&#233;n&#233;ral Joffre aurait poursuivi son dessein. Nous le savons aujourd'hui, l'&#233;tat de l'arm&#233;e allemande ne lui permettait pas de continuer la m&#234;me r&#233;sistance, et la situation au printemps 1917 e&#251;t &#233;t&#233; la m&#234;me qu'en juillet 1918 au moment o&#249; la premi&#232;re offensive men&#233;e &#224; fond, par un commandement unique, commen&#231;ait contre une avance arriv&#233;e &#224; la limite de son effort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute, en 1916, il e&#251;t &#233;t&#233; souhaitable qu'&#224; Verdun la formule entre &#171; camp retranch&#233; &#187; et &#171; r&#233;gion fortifi&#233;e &#187; e&#251;t &#233;t&#233; trouv&#233;e, mais il s'agit l&#224; d'un point de d&#233;tail ; que sur la Somme, entre le commandement supr&#234;me, qui concevait juste, et les ex&#233;cutants qui comprenaient bien, l'interm&#233;diaire e&#251;t compris aussi bien qu'&#224; Verdun, mais c'&#233;tait l&#224; question accessoire de personnes, qui se f&#251;t r&#233;gl&#233;e sur le terrain au cours de l'action. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, il est permis de l'affirmer, la victoire finale pouvait &#234;tre obtenue d&#232;s le printemps 1917 par les proc&#233;d&#233;s employ&#233;s en 1916, quelle que f&#251;t par ailleurs la rigidit&#233; dans l'emploi d'une formule nouvelle de l'offensive, que le g&#233;n&#233;ral Foch e&#251;t assouplie, que les ex&#233;cutants eussent &#233;largie, et que les interm&#233;diaires appliquaient aveugl&#233;ment. Les Fran&#231;ais sont frondeurs, en m&#234;me temps que tr&#232;s suffisamment disciplin&#233;s et on se r&#233;p&#233;tait un propos attribu&#233; &#224; une personnalit&#233; militaire : &#171; En 1915 nous avons march&#233; comme des enfants, en 1916 comme des vieillards ; il faut enfin marcher comme des hommes. &#187; Ces propos et d'autres plus l&#233;gers, qui n'&#233;taient point n&#233;gligeables et qui se r&#233;p&#233;taient un peu partout, s'aggravaient du chiffre des pertes, qu'on exag&#233;rait d'ailleurs, et qui paraissait d&#233;montrer que l'action men&#233;e par les proc&#233;d&#233;s qualifi&#233;s de scientifiques &#233;tait encore plus co&#251;teuse que les attaques de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, jug&#233;es inconsid&#233;r&#233;es. En fait, l'offensive de la Somme co&#251;tait en cinq mois sensiblement moins que celle de Champagne en deux semaines, et le commandement fran&#231;ais avait grandement profit&#233; de l'exp&#233;rience. On lui reprochait de ne pas assez tenir compte des le&#231;ons de la guerre nouvelle, et bien au contraire, le d&#233;faut que les &#233;v&#233;nements paraissaient faire constater chez lui, c'est de tomber dans l'empirisme et de varier trop vite ses m&#233;thodes en attribuant trop de valeur aux r&#233;sultats imm&#233;diats. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec de Verdun avait fait disgracier le g&#233;n&#233;ral von Falkenhayn qui, le 29 ao&#251;t 1916, avait &#233;t&#233; remplac&#233; par le mar&#233;chal Hindenburg dans son poste de chef d'&#201;tat-Major g&#233;n&#233;ral des arm&#233;es allemandes avec le g&#233;n&#233;ral Ludendorff comme premier Quartier Ma&#238;tre g&#233;n&#233;ral. &lt;br class='autobr' /&gt;
La bataille de la Somme avait &#233;t&#233; parfaitement appr&#233;ci&#233;e en Angleterre ; l'arm&#233;e anglaise avait subi de lourdes pertes et sa progression &#233;tait plus lente dans l'ensemble que celle de l'arm&#233;e fran&#231;aise, mais ce n'est pas la topographie qui permet de d&#233;terminer la valeur respective en pareil cas et les comparaisons &#233;taient oiseuses ; sir Douglas Haig avait compris, utilise et d&#233;velopp&#233; les magnifiques qualit&#233;s de t&#233;nacit&#233; que poss&#233;daient ses troupes. Il fut tr&#232;s justement &#233;lev&#233; &#224; la dignit&#233; de Field Marshall, la plus haute du Royaume Uni. &lt;br class='autobr' /&gt;
En France, l'opinion publique, souveraine ma&#238;tresse, se r&#233;duisait, par suite des n&#233;cessit&#233;s de la censure, au milieu parlementaire, dont le Gouvernement d&#233;pendait imm&#233;diatement. Or le Parlement ne disposait que de renseignements fragmentaires, qui ne lui permettaient pas de se rendre compte du r&#244;le du commandement dans les op&#233;rations. On exag&#233;rait les pertes fran&#231;aises sur la Somme et celles de l'ennemi &#233;taient inconnues ; la lutte essentiellement ingrate qui s'y poursuivait n'avait pas amen&#233; les r&#233;sultats imm&#233;diats qu'on avait escompt&#233;s. Il fut donc admis que la responsabilit&#233; du g&#233;n&#233;ral Foch &#233;tait engag&#233;e et qu'il convenait de le sacrifier ; enlev&#233; &#224; son commandement, il fut plac&#233; dans une demi-disgr&#226;ce. Par r&#233;percussion, l'autorit&#233; du g&#233;n&#233;ralissime se trouvait atteinte. R&#233;solument optimiste, ayant foi en une prompte victoire, le g&#233;n&#233;ral Joffre avait tard&#233; &#224; r&#233;clamer du Gouvernement l'effort mat&#233;riel n&#233;cessit&#233; par la forme, impr&#233;vue pour tous, que la guerre avait prise ; notamment une augmentation consid&#233;rable de l'artillerie lourde demandait au pr&#233;alable la construction d'usines et par cons&#233;quent un laps de temps devant lequel il avait recul&#233;. On &#233;tait surpris de son calme imperturbable dans les circonstances extr&#234;mes et cette qualit&#233; ma&#238;tresse se retournait contre lui : il apparaissait comme &#171; install&#233; dans la guerre, &#187; &#233;tat pour lui normal et qui par cons&#233;quent ne devait jamais prendre fin. Il avait poursuivi ses desseins avec une fermet&#233; in&#233;branlable et il s'&#233;tait soustrait r&#233;solument &#224; toute influence ext&#233;rieure, confin&#233; strictement dans sa lourde t&#226;che militaire. On songea donc qu'un autre chef ayant le commandement sur le front occidental trouverait le proc&#233;d&#233; nouveau qui permettrait d'arriver &#224; une solution plus rapide. Le g&#233;n&#233;ral Joffre prendrait le commandement de toutes les arm&#233;es fran&#231;aises et aurait sous ses ordres ce nouvel organe. Une discussion p&#233;nible s'ensuivit. Finalement, le mar&#233;chal Joffre fut &#233;lev&#233; &#224; la dignit&#233; de mar&#233;chal de France, sans r&#244;le bien d&#233;fini. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Nivelle qui avait command&#233; avec &#233;clat l'arm&#233;e de Verdun, lui succ&#233;da. Mais il n'aura pas la m&#234;me ind&#233;pendance que son pr&#233;d&#233;cesseur : il devra tenir compte des influences qui ont provoqu&#233; la crise d'o&#249; est sortie son &#233;l&#233;vation, et apporter dans la guerre une formule nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Comment_finit_la_guerre/03&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Comment_finit_la_guerre/03&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Comment_finit_la_guerre/04&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Comment_finit_la_guerre/04&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#233;cit du g&#233;n&#233;ral Baron de Marbot&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions au printemps de 1799. La R&#233;publique existait encore, et le gouvernement se composait d'un Directoire ex&#233;cutif de cinq membres et de deux Chambres, dont l'une portait le titre de Conseil des Anciens et l'autre de Conseil des Cinq-Cents. Mon p&#232;re recevait chez lui nombreuse soci&#233;t&#233;. J'y fis connaissance de son ami intime, le g&#233;n&#233;ral Bernadotte, et des hommes les plus marquants de l'&#233;poque, tels que Joseph et Lucien Bonaparte, Defermon, Napper-Tandy, chef des Irlandais r&#233;fugi&#233;s en France, le g&#233;n&#233;ral Joubert, Salicetti, Garran, Cambac&#233;r&#232;s. Je voyais aussi souvent chez ma m&#232;re Mme Bonaparte et Mme de Condorcet, et quelquefois Mme de Sta&#235;l, d&#233;j&#224; c&#233;l&#232;bre par ses &#339;uvres litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;tais que depuis un mois &#224; Paris, lorsque, les pouvoirs de la l&#233;gislature &#233;tant expir&#233;s, il fallut proc&#233;der &#224; de nouvelles &#233;lections. Mon p&#232;re, fatigu&#233; des tiraillements incessants de la vie politique, et regrettant de ne plus prendre part aux beaux faits d'armes de nos arm&#233;es, d&#233;clara qu'il n'accepterait plus la d&#233;putation, et qu'il voulait reprendre du service actif. Les &#233;v&#233;nements le servirent &#224; souhait. &#192; la rentr&#233;e des nouvelles Chambres, il y eut un changement de minist&#232;re. Le g&#233;n&#233;ral Bernadotte eut celui de la guerre ; il avait promis &#224; mon p&#232;re de l'envoyer &#224; l'arm&#233;e du Rhin, et celui-ci allait se rendre &#224; Mayence, lorsque le Directoire, apprenant la d&#233;faite de l'arm&#233;e d'Italie command&#233;e par Sch&#233;rer, lui donna pour successeur le g&#233;n&#233;ral Joubert qui commandait &#224; Paris la 17e division militaire (devenue depuis la 1re). Ce poste devenu vacant, et le Directoire comprenant que sa haute importance politique exigeait qu'il f&#251;t confi&#233; &#224; un homme capable et tr&#232;s ferme, le fit proposer &#224; mon p&#232;re par le ministre de la guerre Bernadotte. Mon p&#232;re, qui n'avait cess&#233; de faire partie de la l&#233;gislature que pour retourner &#224; la guerre, refusa le commandement de Paris ; mais Bernadotte lui montrant la lettre de service d&#233;j&#224; sign&#233;e, en lui disant que comme ami il le priait d'accepter, et que comme ministre il le lui ordonnait, mon p&#232;re se r&#233;signa, et d&#232;s le lendemain il alla s'installer au grand quartier g&#233;n&#233;ral de la division de Paris, alors situ&#233; quai Voltaire, au coin de la rue des Saints-P&#232;res, et qu'on a d&#233;moli depuis pour construire plusieurs maisons. Mon p&#232;re avait pris pour chef d'&#233;tat-major le colonel M&#233;nard, son ancien ami. J'&#233;tais charm&#233; de tout le train militaire dont mon p&#232;re &#233;tait entour&#233;. Son quartier g&#233;n&#233;ral ne d&#233;semplissait pas d'officiers de tous grades. Un escadron, un bataillon et six bouches &#224; feu &#233;taient en permanence devant ses portes, et l'on voyait une foule d'ordonnances aller et venir. Cela me paraissait plus amusant que les th&#232;mes et les versions de Sor&#232;ze.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France, et surtout Paris, &#233;taient alors fort agit&#233;s. On &#233;tait &#224; la veille d'une catastrophe. Les Russes, command&#233;s par le c&#233;l&#232;bre Souwaroff, venaient de p&#233;n&#233;trer en Italie, o&#249; notre arm&#233;e avait &#233;prouv&#233; une grande d&#233;faite &#224; Novi. Le g&#233;n&#233;ral en chef Joubert avait &#233;t&#233; tu&#233;. Souwaroff vainqueur se dirigeait sur notre arm&#233;e de Suisse, command&#233;e par Mass&#233;na.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions peu de troupes sur le Rhin. Les conf&#233;rences de paix entam&#233;es &#224; Rastadt avaient &#233;t&#233; rompues et nos ambassadeurs assassin&#233;s ; enfin, toute l'Allemagne s'armait de nouveau contre nous, et le Directoire, tomb&#233; dans le m&#233;pris, n'ayant ni troupes ni argent pour en lever, venait, pour se procurer des fonds, de d&#233;cr&#233;ter un emprunt forc&#233; qui avait achev&#233; de lui ali&#233;ner tous les esprits. On n'avait plus d'espoir qu'en Mass&#233;na pour arr&#234;ter les Russes et les emp&#234;cher de p&#233;n&#233;trer en France. Le Directoire impatient lui exp&#233;diait courrier sur courrier pour lui ordonner de livrer bataille ; mais le moderne Fabius, ne voulant pas compromettre le salut de son pays, attendait que quelque fausse man&#339;uvre de son p&#233;tulant ennemi lui donn&#226;t l'occasion de le battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici doit se placer une anecdote qui prouve &#224; combien peu de chose tient quelquefois la destin&#233;e des &#201;tats, comme aussi la gloire des chefs d'arm&#233;e. Le Directoire, exasp&#233;r&#233; de voir que Mass&#233;na n'ob&#233;issait pas &#224; l'ordre r&#233;it&#233;r&#233; de livrer bataille, r&#233;solut de le destituer ; mais, comme il craignait que ce g&#233;n&#233;ral en chef ne t&#238;nt pas compte de cette destitution et ne la m&#238;t dans sa poche, si on la lui adressait par un simple courrier, le ministre de la guerre re&#231;ut l'ordre d'envoyer en Suisse un officier d'&#233;tat-major charg&#233; de remettre publiquement &#224; Mass&#233;na sa destitution et au chef d'&#233;tat-major Ch&#233;rin des lettres de service qui lui conf&#233;reraient le commandement de l'arm&#233;e. Le ministre Bernadotte, ayant fait conna&#238;tre confidentiellement ces dispositions &#224; mon p&#232;re, celui-ci les d&#233;sapprouva en lui faisant comprendre ce qu'il y avait de dangereux, &#224; la veille d'une affaire d&#233;cisive, de priver l'arm&#233;e de Suisse d'un g&#233;n&#233;ral en qui elle avait confiance, pour remettre le commandement &#224; un g&#233;n&#233;ral plus habitu&#233; au service des bureaux qu'&#224; la direction des troupes sur le terrain. D'ailleurs, la position des arm&#233;es pouvait changer : il fallait donc charger de cette mission un homme assez sage pour appr&#233;cier l'&#233;tat des choses, et qui n'all&#226;t pas remettre &#224; Mass&#233;na sa destitution, &#224; la veille ou au milieu d'une bataille. Mon p&#232;re persuada au ministre de confier cette mission &#224; M. Gault, son aide de camp, qui, sous le pr&#233;texte ostensible d'aller v&#233;rifier si les fournisseurs avaient livr&#233; le nombre de chevaux stipul&#233;s dans leurs march&#233;s, se rendit en Suisse avec l'autorisation de garder ou de remettre la destitution de Mass&#233;na et les lettres de commandement au g&#233;n&#233;ral Ch&#233;rin, selon que les circonstances lui feraient juger la chose utile ou dangereuse. C'&#233;tait un pouvoir immense confi&#233; &#224; la prudence d'un simple capitaine ! M. Gault ne d&#233;mentit pas la bonne opinion qu'on avait eue de lui. Arriv&#233; au quartier g&#233;n&#233;ral de l'arm&#233;e suisse cinq jours avant la bataille de Zurich, il vit les troupes si remplies de confiance en Mass&#233;na, et celui-ci si calme et si ferme, qu'il ne douta pas du succ&#232;s, et gardant le plus profond silence sur ses pouvoirs secrets, il assista &#224; la bataille de Zurich, puis revint &#224; Paris, sans que Mass&#233;na se f&#251;t dout&#233; que ce modeste capitaine avait eu entre ses mains le pouvoir de le priver de la gloire de remporter une des plus belles victoires de ce si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destitution imprudente de Mass&#233;na e&#251;t probablement entra&#238;n&#233; la d&#233;faite du g&#233;n&#233;ral Ch&#233;rin, l'entr&#233;e des Russes en France, celle des Allemands &#224; leur suite, et peut-&#234;tre enfin le bouleversement de l'Europe ! Le g&#233;n&#233;ral Ch&#233;rin fut tu&#233; &#224; la bataille de Zurich sans s'&#234;tre dout&#233; des intentions du gouvernement &#224; son sujet. La victoire de Zurich, tout en emp&#234;chant les ennemis de p&#233;n&#233;trer dans l'int&#233;rieur, n'avait cependant donn&#233; au Directoire qu'un cr&#233;dit momentan&#233; ; le gouvernement croulait de toutes parts : personne n'avait confiance en lui. Les finances &#233;taient ruin&#233;es ; la Vend&#233;e et la Bretagne &#233;taient en compl&#232;te insurrection ; l'int&#233;rieur d&#233;garni de troupes ; le Midi en feu ; les Chambres en d&#233;saccord entre elles et avec le pouvoir ex&#233;cutif ; en un mot, l'&#201;tat touchait &#224; sa ruine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les hommes politiques comprenaient qu'un grand changement &#233;tait n&#233;cessaire et in&#233;vitable ; mais, d'accord sur ce point, ils diff&#233;raient d'opinion sur l'emploi du rem&#232;de. Les vieux r&#233;publicains, qui tenaient &#224; la Constitution de l'an III, alors en vigueur, crurent que pour sauver le pays il suffisait de changer quelques membres du Directoire. Deux de ces derniers furent renvoy&#233;s et remplac&#233;s par Gohier et Moulins ; mais ce moyen ne fut qu'un tr&#232;s faible palliatif aux calamit&#233;s sous lesquelles le pays allait succomber, et l'anarchie continua de l'agiter. Alors, plusieurs directeurs, au nombre desquels &#233;tait le c&#233;l&#232;bre Siey&#232;s, pens&#232;rent, ainsi qu'une foule de d&#233;put&#233;s et l'immense majorit&#233; du public, que pour sauver la France il fallait remettre les r&#234;nes du gouvernement entre les mains d'un homme ferme et d&#233;j&#224; illustr&#233; par les services rendus &#224; l'&#201;tat. On reconnaissait aussi que ce chef ne pouvait &#234;tre qu'un militaire ayant une grande influence sur l'arm&#233;e, capable, en r&#233;veillant l'enthousiasme national, de ramener la victoire sous nos drapeaux et d'&#233;loigner les &#233;trangers qui s'appr&#234;taient &#224; franchir les fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler ainsi, c'&#233;tait d&#233;signer le g&#233;n&#233;ral Bonaparte ; mais il se trouvait en ce moment en &#201;gypte, et les besoins &#233;taient pressants. Joubert venait d'&#234;tre tu&#233; en Italie. Mass&#233;na, illustr&#233; par plusieurs victoires, &#233;tait un excellent g&#233;n&#233;ral &#224; la t&#234;te d'une arm&#233;e active, mais nullement un homme politique. Bernadotte ne paraissait ni assez capable ni assez sage pour r&#233;parer les maux de la France. Tous les regards des novateurs se port&#232;rent donc sur Moreau, bien que la faiblesse de son caract&#232;re et sa conduite assez peu claire au 18 fructidor inspirassent quelques craintes sur ses aptitudes gouvernementales. Cependant il est certain que, faute de mieux, on lui proposa de se mettre &#224; la t&#234;te du parti qui voulait renverser le Directoire, et qu'on lui offrit de lui confier les r&#234;nes de l'&#201;tat avec le titre de pr&#233;sident ou de consul. Moreau, bon et brave guerrier, manquait de courage politique, et peut-&#234;tre se d&#233;fiait-il de ses propres moyens pour conduire des affaires aussi embrouill&#233;es que l'&#233;taient alors celles de la France. D'ailleurs, &#233;go&#239;ste et paresseux, il s'inqui&#233;tait fort peu de l'avenir de sa patrie et pr&#233;f&#233;rait le repos de la vie priv&#233;e aux agitations de la politique ; il refusa donc, et se retira dans sa terre de Grosbois pour se livrer au plaisir de la chasse qu'il aimait passionn&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abandonn&#233;s par l'homme de leur choix, Siey&#232;s et ceux qui voulaient avec lui changer la forme du gouvernement, ne se sentant ni assez de force ni assez de popularit&#233; pour atteindre leur but sans l'appui de la puissante &#233;p&#233;e d'un g&#233;n&#233;ral dont le nom rallierait l'arm&#233;e &#224; leurs desseins, se virent contraints de songer au g&#233;n&#233;ral Bonaparte. Le chef de l'entreprise, Siey&#232;s, alors pr&#233;sident du Directoire, se flattait qu'apr&#232;s avoir mis Bonaparte au pouvoir, celui-ci, ne s'occupant que de la r&#233;organisation et de la conduite des arm&#233;es, lui laisserait la conduite du gouvernement dont il serait l'&#226;me, et Bonaparte seulement le chef nominal. La suite prouva combien il s'&#233;tait tromp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imbu de cette pens&#233;e, Siey&#232;s, par l'entremise du d&#233;put&#233; corse Salicetti, envoya en &#201;gypte un agent secret et s&#251;r pour informer le g&#233;n&#233;ral Bonaparte du f&#226;cheux &#233;tat dans lequel se trouvait la France, et lui proposa de venir se mettre &#224; la t&#234;te du gouvernement. Et comme il ne doutait pas que Bonaparte n'accept&#226;t avec r&#233;solution et ne rev&#238;nt promptement en Europe, Siey&#232;s mit tout en &#339;uvre pour assurer l'ex&#233;cution du coup d'&#201;tat qu'il m&#233;ditait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lui fut facile de faire comprendre &#224; son coll&#232;gue directeur Roger-Ducos que la puissance leur &#233;chappait journellement, et que, le pays &#233;tant &#224; la veille d'une compl&#232;te d&#233;sorganisation, le bien public et leur int&#233;r&#234;t priv&#233; devaient les engager &#224; prendre part &#224; l'&#233;tablissement d'un gouvernement ferme, dans lequel ils trouveraient &#224; se placer d'une mani&#232;re moins pr&#233;caire et bien plus avantageuse. Roger-Ducos promit son concours aux projets de changement ; mais les trois autres directeurs, Barras, Gohier et Moulins, ne voulant pas consentir &#224; quitter le pouvoir, Siey&#232;s et les meneurs de son parti r&#233;solurent de se passer d'eux et de les sacrifier lors de l'&#233;v&#233;nement qui se pr&#233;parait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il &#233;tait difficile, ou du moins p&#233;rilleux, m&#234;me avec la pr&#233;sence du g&#233;n&#233;ral Bonaparte, de changer les constitutions, de renverser le Directoire et d'&#233;tablir un autre gouvernement sans l'appui de l'arm&#233;e et surtout de la division qui occupait Paris. Afin de pouvoir compter sur elle, il fallait &#234;tre s&#251;r du ministre de la guerre et du g&#233;n&#233;ral commandant la 17e division militaire. Le pr&#233;sident Siey&#232;s chercha donc &#224; gagner Bernadotte et mon p&#232;re, en les faisant sonder par plusieurs d&#233;put&#233;s de leurs amis, d&#233;vou&#233;s aux projets de Siey&#232;s. J'ai su depuis que mon p&#232;re avait r&#233;pondu aux demi-ouvertures que l'astucieux Siey&#232;s lui avait fait faire : &#171; Qu'il convenait que les malheurs du pays demandaient un prompt rem&#232;de ; mais qu'ayant jur&#233; le maintien de la Constitution de l'an VI, il ne se servirait pas de l'autorit&#233; que son commandement lui donnait sur les troupes de sa division pour les porter &#224; renverser cette Constitution. &#187; Puis il se rendit chez Siey&#232;s, lui remit sa d&#233;mission de commandant de la division de Paris et demanda une division active. Siey&#232;s s'empressa de la lui accorder, tant il &#233;tait aise d'&#233;loigner un homme dont la fermet&#233; dans l'accomplissement de ses devoirs pouvait faire avorter le coup d'&#201;tat projet&#233;. Le ministre Bernadotte suivit l'exemple de mon p&#232;re et fut remplac&#233; par Dubois-Cranc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Siey&#232;s fut pendant quelques jours assez embarrass&#233; pour donner un successeur &#224; mon p&#232;re ; enfin, il remit le commandement de Paris au g&#233;n&#233;ral Lefebvre qui, r&#233;cemment bless&#233; &#224; l'arm&#233;e du Rhin, se trouvait en ce moment dans la capitale. Lefebvre &#233;tait un ancien sergent des gardes fran&#231;aises, brave militaire, bon g&#233;n&#233;ral d'ex&#233;cution, quand on le dirigeait de pr&#232;s, mais cr&#233;dule au dernier point, et ne s'&#233;tant jamais rendu compte de la situation politique de la France ; aussi, avec les mots habilement plac&#233;s de gloire, patrie et victoire, on &#233;tait certain de lui faire faire tout ce qu'on voulait. C'&#233;tait un commandant de Paris tel que le voulait Siey&#232;s, qui ne se donna m&#234;me pas la peine de le gagner ni de le pr&#233;venir de ce qu'on attendait de lui, tant il &#233;tait certain qu'au jour de l'&#233;v&#233;nement Lefebvre ne r&#233;sisterait pas &#224; l'ascendant du g&#233;n&#233;ral Bonaparte et aux cajoleries du pr&#233;sident du Directoire. Il avait bien jug&#233; Lefebvre, car, au 18 brumaire, celui-ci se mit avec toutes les troupes de sa division sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Bonaparte, lorsqu'il marcha contre le Directoire et les Conseils pour renverser le gouvernement &#233;tabli et cr&#233;er le Consulat, ce qui valut plus tard au g&#233;n&#233;ral Lefebvre une tr&#232;s haute faveur aupr&#232;s de l'Empereur, qui le nomma mar&#233;chal duc de Danzig, s&#233;nateur, et le combla de richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai retrac&#233; rapidement ces &#233;v&#233;nements, parce qu'ils expliquent les causes qui conduisirent mon p&#232;re en Italie et eurent une si grande influence sur sa destin&#233;e et sur la mienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Depuis que mon p&#232;re avait accept&#233; un commandement en Italie, une division &#233;tait devenue vacante &#224; l'arm&#233;e du Rhin, et il l'aurait pr&#233;f&#233;r&#233;e ; mais une fatalit&#233; in&#233;vitable l'entra&#238;nait vers ce pays o&#249; il devait trouver son tombeau ! Un de ses compatriotes et ami, M. Lach&#232;ze, que je pourrais appeler son mauvais g&#233;nie, avait &#233;t&#233; longtemps consul de France &#224; Livourne et &#224; G&#234;nes, o&#249; il avait quelques affaires d'int&#233;r&#234;t personnel &#224; r&#233;gler. Ce maudit homme, pour entra&#238;ner mon p&#232;re vers l'Italie, lui faisait sans cesse le tableau le plus exag&#233;r&#233; des beaut&#233;s de ce pays, de l'avantage qu'il y avait d'ailleurs &#224; ramener la victoire sous les drapeaux d'une arm&#233;e malheureuse, tandis qu'il n'y avait aucune gloire &#224; acqu&#233;rir pour lui &#224; l'arm&#233;e du Rhin, dont la situation &#233;tait bonne. Le c&#339;ur de mon malheureux p&#232;re se laissa prendre &#224; ses beaux raisonnements. Il pensa qu'il y avait plus de m&#233;rite &#224; se rendre l&#224; o&#249; il y avait le plus de dangers, et persista &#224; aller en Italie, malgr&#233; les observations de ma m&#232;re, qu'un pressentiment secret portait &#224; d&#233;sirer que mon p&#232;re f&#251;t plut&#244;t sur le Rhin ; ce pressentiment ne la trompait point&#8230; elle ne revit plus son &#233;poux !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son ancien aide de camp, le capitaine Gault, mon p&#232;re venait d'adjoindre un autre officier, M. R***, que lui avait donn&#233; son ami le g&#233;n&#233;ral Augereau. M. R*** avait le grade de chef d'escadron. Il appartenait &#224; une famille de Maintenon, avait des moyens et de l'&#233;ducation dont il ne se servait que fort rarement, car, par un travers d'esprit alors assez commun, il se complaisait &#224; prendre des airs de sacripant, toujours jurant, sacrant et ne parlant que de pourfendre les gens avec son grand sabre. Ce matamore n'avait qu'une seule qualit&#233;, tr&#232;s rare &#224; cette &#233;poque : il &#233;tait toujours mis avec la plus grande recherche. Mon p&#232;re, qui avait accept&#233; M. R*** pour aide de camp sans le conna&#238;tre, en eut regret bient&#244;t ; mais il ne pouvait le renvoyer sans blesser son ancien ami Augereau. Mon p&#232;re ne l'aimait pas, mais il pensait, peut-&#234;tre avec raison, qu'un g&#233;n&#233;ral doit utiliser les qualit&#233;s militaires d'un officier, sans trop se pr&#233;occuper de ses mani&#232;res personnelles. Comme il ne se souciait pas de faire soci&#233;t&#233; avec M. R*** pendant un long voyage, il l'avait charg&#233; de conduire de Paris &#224; Nice ses &#233;quipages et ses chevaux, ayant sous ses ordres le vieux piqueur Spire, homme d&#233;vou&#233; et habitu&#233; &#224; commander aux gens d'&#233;curie. Celle de mon p&#232;re &#233;tait nombreuse : il avait alors quinze chevaux, qui, avec ceux de ses aides de camp, de son chef d'&#233;tat-major et des adjoints de celui-ci, ceux des fourgons, etc., etc., formaient une assez forte caravane dont R*** &#233;tait le chef. Il partit plus d'un mois avant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re prit dans sa berline le fatal M. Lach&#232;ze, le capitaine Gault et moi. Le colonel M&#233;nard, chef d'&#233;tat-major, suivait avec un de ses adjoints dans une chaise de poste. Un grand dr&#244;le de valet de chambre de mon p&#232;re remplissait en avant les fonctions de courrier. Nous voyagions en uniforme. J'avais un bonnet de police fort joli. Il me plaisait tant, que je voulais l'avoir toujours sur la t&#234;te, et, comme je la passais fr&#233;quemment hors de la porti&#232;re, parce que la voiture me donnait le mal de mer, il advint que pendant la nuit, et lorsque mes compagnons dormaient, ce bonnet tomba sur la route. La voiture attel&#233;e de six vigoureux chevaux allait un train de chasse, je n'osai faire arr&#234;ter et je perdis mon bonnet. Mauvais pr&#233;sage ! Mais je devais &#233;prouver de bien plus grands malheurs dans la terrible campagne que nous allions entreprendre. Celui-ci m'affecta vivement ; cependant, je me gardai bien d'en parler, de crainte d'&#234;tre raill&#233; sur le peu de soin que le nouveau soldat prenait de ses effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re s'arr&#234;ta &#224; M&#226;con, chez un ancien ami. Nous pass&#226;mes vingt-quatre heures chez lui et continu&#226;mes notre course vers Lyon. Nous n'en &#233;tions plus qu'&#224; quelques lieues et changions de chevaux au relais de Limonest, lorsque nous remarqu&#226;mes que tous les postillons avaient orn&#233; leurs chapeaux de rubans tricolores, et qu'il y avait des drapeaux pareils aux crois&#233;es de toutes les maisons. Nous &#233;tant inform&#233;s du sujet de cette d&#233;monstration, on nous r&#233;pondit que le g&#233;n&#233;ral en chef Bonaparte venait d'arriver &#224; Lyon !&#8230; Mon p&#232;re, croyant avoir la certitude que Bonaparte &#233;tait encore au fond de l'&#201;gypte, traita cette nouvelle de conte absurde ; mais il resta confondu, lorsque, ayant fait appeler le ma&#238;tre de poste qui arrivait &#224; l'instant de Lyon, celui-ci lui dit : &#171; J'ai vu le g&#233;n&#233;ral Bonaparte que je connais parfaitement, car j'ai servi sous ses ordres en Italie. Il loge &#224; Lyon, dans tel h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a avec lui son fr&#232;re Louis, les g&#233;n&#233;raux Berthier, Lannes et Murat, ainsi qu'un grand nombre d'officiers et un mameluk. &#187; Il &#233;tait difficile d'&#234;tre plus positif. Cependant la r&#233;volution avait donn&#233; lieu &#224; tant de supercheries, et les partis s'&#233;taient montr&#233;s si ing&#233;nieux &#224; inventer ce qui pouvait servir leurs projets, que mon p&#232;re doutait encore lorsque nous entr&#226;mes &#224; Lyon par le faubourg de Vaise. Toutes les maisons &#233;taient illumin&#233;es et pavois&#233;es de drapeaux, on tirait des fus&#233;es, la foule remplissait les rues au point d'emp&#234;cher notre voiture d'avancer ; on dansait sur les places publiques, et l'air retentissait des cris de : &#171; Vive Bonaparte qui vient sauver la patrie !&#8230; &#187; Il fallut bien alors se rendre &#224; l'&#233;vidence et convenir que Bonaparte &#233;tait vraiment dans Lyon. Mon p&#232;re s'&#233;cria : &#171; Je pensais bien qu'on le ferait venir, mais je ne me doutais pas que ce serait sit&#244;t : le coup a &#233;t&#233; bien mont&#233; ! Il va se passer de grands &#233;v&#233;nements. Cela me confirme dans la pens&#233;e que j'ai bien fait de m'&#233;loigner de Paris : du moins, &#224; l'arm&#233;e, je servirai mon pays sans prendre part &#224; aucun coup d'&#201;tat qui, tout n&#233;cessaire qu'il paraisse, me r&#233;pugne infiniment. &#187; Cela dit, il tomba dans une profonde r&#234;verie, pendant les longs moments que nous m&#238;mes &#224; fendre la foule, pour gagner l'h&#244;tel o&#249; notre logement &#233;tait pr&#233;par&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus nous approchions, plus le flot populaire &#233;tait compact, et en arrivant &#224; la porte, nous la v&#238;mes couverte de lampions et gard&#233;e par un bataillon de grenadiers. C'&#233;tait l&#224; que logeait le g&#233;n&#233;ral Bonaparte, auquel on avait donn&#233; les appartements retenus depuis huit jours pour mon p&#232;re. Celui-ci, homme fort violent, ne dit mot cependant, et lorsque le ma&#238;tre d'h&#244;tel vint d'un air assez embarrass&#233; s'excuser aupr&#232;s de lui d'avoir &#233;t&#233; contraint d'ob&#233;ir aux ordres de la municipalit&#233;, mon p&#232;re ne r&#233;pondit rien, et l'aubergiste ayant ajout&#233; qu'il avait fait faire notre logement dans un h&#244;tel fort bon, quoique de second ordre, tenu par un de ses parents, mon p&#232;re se contenta de charger M. Gault d'ordonner aux postillons de nous y conduire. Arriv&#233;s l&#224;, nous trouv&#226;mes notre courrier. C'&#233;tait un homme tr&#232;s vif qui, &#233;chauff&#233; par la longue course qu'il venait de faire et par les nombreuses rasades qu'il avalait &#224; chaque relais, avait fait un tapage du diable, lorsque, arriv&#233; bien avant nous dans le premier h&#244;tel, il y avait appris que les appartements retenus pour son ma&#238;tre avaient &#233;t&#233; donn&#233;s au g&#233;n&#233;ral Bonaparte. Les aides de camp de ce dernier, entendant ce vacarme affreux, et en ayant appris la cause, &#233;taient all&#233;s pr&#233;venir leur patron qu'on avait d&#233;log&#233; le g&#233;n&#233;ral Marbot pour lui. Dans le m&#234;me instant, le g&#233;n&#233;ral Bonaparte, dont les crois&#233;es &#233;taient ouvertes, aper&#231;ut les deux voitures de mon p&#232;re arr&#234;t&#233;es devant la porte. Il avait ignor&#233; jusque-l&#224; le mauvais proc&#233;d&#233; de son h&#244;te envers mon p&#232;re, et comme le g&#233;n&#233;ral Marbot, commandant de Paris peu de temps avant, et actuellement chef d'une division de l'arm&#233;e d'Italie, &#233;tait un homme trop important pour &#234;tre trait&#233; sans fa&#231;on, et que d'ailleurs Bonaparte revenait avec l'intention de se mettre bien avec tout le monde, il ordonna &#224; l'un de ses officiers de descendre promptement pour offrir au g&#233;n&#233;ral Marbot de venir militairement partager son logement avec lui. Mais, voyant les voitures repartir avant que son aide de camp p&#251;t parler &#224; mon p&#232;re, le g&#233;n&#233;ral Bonaparte sortit &#224; l'instant m&#234;me &#224; pied pour venir en personne lui exprimer ses regrets. La foule qui le suivait jetait de grands cris de joie qui, en approchant de notre h&#244;tel, auraient d&#251; nous pr&#233;venir ; mais nous en avions tant entendu depuis que nous &#233;tions en ville, qu'aucun de nous n'eut la pens&#233;e de regarder dans la rue. Nous &#233;tions tous r&#233;unis dans le salon o&#249; mon p&#232;re se promenait &#224; grands pas, plong&#233; dans de profondes r&#233;flexions, lorsque tout &#224; coup le valet de chambre, ouvrant la porte &#224; deux battants, annonce : &#171; Le g&#233;n&#233;ral Bonaparte ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci courut, en entrant, embrasser mon p&#232;re, qui le re&#231;ut tr&#232;s poliment, mais froidement. Ils se connaissaient depuis longtemps. L'explication relative au logement devait &#234;tre, entre de tels personnages, trait&#233;e en peu de mots ; il en fut ainsi. Ils avaient bien d'autres choses &#224; se dire ; aussi pass&#232;rent-ils seuls dans la chambre &#224; coucher, o&#249; ils rest&#232;rent en conf&#233;rence pendant plus d'une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ce temps, les g&#233;n&#233;raux et officiers venus d'&#201;gypte avec le g&#233;n&#233;ral Bonaparte causaient avec nous dans le salon. Je ne pouvais me lasser de consid&#233;rer leur air martial, leurs figures bronz&#233;es par le soleil d'Orient, leurs costumes bizarres et leurs sabres turcs suspendus par des cordons. J'&#233;coutais avec attention leurs r&#233;cits sur les campagnes d'&#201;gypte et les combats qui s'y &#233;taient livr&#233;s. Je me complaisais &#224; entendre r&#233;p&#233;ter ces noms c&#233;l&#232;bres : Pyramides, Nil, Grand-Caire, Alexandrie, Saint-Jean d'Acre, le d&#233;sert, etc., etc. Mais ce qui me charmait le plus &#233;tait la vue du jeune mameluk Roustan. Il &#233;tait rest&#233; dans l'antichambre, o&#249; j'allai plusieurs fois pour admirer son costume qu'il me montrait avec complaisance. Il parlait d&#233;j&#224; passablement fran&#231;ais, et je ne me lassai pas de le questionner. Le g&#233;n&#233;ral Lannes se rappela m'avoir fait tirer ses pistolets, lorsqu'en 1793 il servait &#224; Toulouse sous les ordres de mon p&#232;re, au camp du Miral. Il me fit beaucoup d'amiti&#233;s, et nous ne nous doutions pas alors ni l'un ni l'autre que je serais un jour son aide de camp, et qu'il mourrait dans mes bras &#224; Essling !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Murat &#233;tait n&#233; dans la m&#234;me contr&#233;e que nous, et comme il avait &#233;t&#233; gar&#231;on de boutique chez un mercier de Saint-C&#233;r&#233; &#224; l'&#233;poque o&#249; ma famille y passait les hivers, il &#233;tait venu fr&#233;quemment apporter des marchandises chez ma m&#232;re. D'ailleurs, mon p&#232;re lui avait rendu plusieurs services dont il fut toujours reconnaissant. Il m'embrassa donc en me rappelant qu'il m'avait souvent tenu dans ses bras dans mon enfance. Je ferai plus tard la biographie de cet homme c&#233;l&#232;bre, parti de si bas et mont&#233; si haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Bonaparte et mon p&#232;re, &#233;tant rentr&#233;s dans le salon, se pr&#233;sent&#232;rent mutuellement les personnes de leur suite. Les g&#233;n&#233;raux Lannes et Murat &#233;taient d'anciennes connaissances pour mon p&#232;re, qui les re&#231;ut avec beaucoup d'affabilit&#233;. Il fut assez froid avec le g&#233;n&#233;ral Berthier, qu'il avait cependant vu jadis &#224; Versailles, lorsque mon p&#232;re &#233;tait garde du corps et Berthier ing&#233;nieur. Le g&#233;n&#233;ral Bonaparte, qui connaissait ma m&#232;re, m'en demanda tr&#232;s poliment des nouvelles, me complimenta affectueusement d'avoir, si jeune encore, adopt&#233; la carri&#232;re des armes, et me prenant doucement par l'oreille, ce qui fut toujours la caresse la plus flatteuse qu'il f&#238;t aux personnes dont il &#233;tait satisfait, il dit, en s'adressant &#224; mon p&#232;re : &#171; Ce sera un jour un second g&#233;n&#233;ral Marbot. &#187; Cet horoscope s'est v&#233;rifi&#233; ; je n'en avais point alors l'esp&#233;rance, cependant je fus tout fier de ces paroles : il faut si peu de chose pour enorgueillir un enfant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite termin&#233;e, mon p&#232;re ne laissa rien transpirer de ce qui avait &#233;t&#233; dit entre le g&#233;n&#233;ral Bonaparte et lui ; mais j'ai su plus tard que Bonaparte, sans laisser p&#233;n&#233;trer positivement ses projets, avait cherch&#233;, par les cajoleries les plus adroites, &#224; attirer mon p&#232;re dans son parti, mais que celui-ci avait constamment &#233;lud&#233; la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choqu&#233; de voir le peuple de Lyon courir au-devant de Bonaparte comme s'il e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;j&#224; le souverain de la France, mon p&#232;re d&#233;clara qu'il d&#233;sirait partir le lendemain, d&#232;s l'aube du jour. Mais ses voitures ayant besoin de r&#233;parations, force lui fut de passer une journ&#233;e enti&#232;re &#224; Lyon. J'en profitai pour me faire confectionner un nouveau bonnet de police, et, enchant&#233; de cette emplette, je ne m'occupai nullement des conversations politiques que j'entendais autour de moi et auxquelles, &#224; vrai dire, je ne comprenais pas grand'chose. Mon p&#232;re alla rendre au g&#233;n&#233;ral Bonaparte la visite qu'il en avait re&#231;ue. Ils se promen&#232;rent fort longtemps seuls dans le petit jardin de l'h&#244;tel, pendant que leur suite se tenait respectueusement &#224; l'&#233;cart. Nous les voyions tant&#244;t gesticuler avec chaleur, tant&#244;t parler avec plus de calme ; puis Bonaparte, se rapprochant de mon p&#232;re avec un air patelin, passer amicalement son bras sous le sien, probablement pour que les autorit&#233;s qui se trouvaient dans la cour et les nombreux curieux qui encombraient les crois&#233;es du voisinage, pussent dire que le g&#233;n&#233;ral Marbot adh&#233;rait aux projets du g&#233;n&#233;ral Bonaparte, car cet homme habile ne n&#233;gligeait aucun moyen pour parvenir &#224; ses fins ; il s&#233;duisait les uns et voulait faire croire qu'il avait gagn&#233; aussi ceux qui lui r&#233;sistaient par devoir. Cela lui r&#233;ussit &#224; merveille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re sortit de cette seconde conversation encore plus pensif qu'il n'&#233;tait sorti de la premi&#232;re, et en entrant &#224; l'h&#244;tel, il ordonna le d&#233;part pour le lendemain ; mais le g&#233;n&#233;ral Bonaparte devait faire ce jour-l&#224; une excursion autour de la ville pour visiter les hauteurs fortifiables, et tous les chevaux de poste &#233;taient retenus pour lui. Je crus pour le coup que mon p&#232;re allait se f&#226;cher. Il se contenta de dire : &#171; Voil&#224; le commencement de l'omnipotence ! &#187; et ordonna qu'on t&#226;ch&#226;t de se procurer des chevaux de louage, tant il lui tardait de s'&#233;loigner de cette ville et d'un spectacle qui le choquait. On ne trouva point de chevaux disponibles. Alors le colonel M&#233;nard, qui &#233;tait n&#233; dans le Midi et le connaissait parfaitement, fit observer que la route de Lyon &#224; Avignon &#233;tant horriblement d&#233;fonc&#233;e, il &#233;tait &#224; craindre que nos voitures ne s'y brisassent, et qu'il serait pr&#233;f&#233;rable de les embarquer sur le Rh&#244;ne, dont la descente nous offrirait un spectacle enchanteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re, fort peu amateur de pittoresque, aurait dans tout autre moment rejet&#233; cet avis ; mais comme il lui donnait le moyen de quitter un jour plus t&#244;t la ville de Lyon, dont le s&#233;jour lui d&#233;plaisait dans les circonstances actuelles, il consentit &#224; prendre le Rh&#244;ne. Le colonel M&#233;nard loua donc un grand bateau ; on y conduisit les deux voitures, et le lendemain, de grand matin, nous nous embarqu&#226;mes tous. Cette r&#233;solution faillit nous faire p&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions en automne, les eaux &#233;taient tr&#232;s basses, le bateau touchait et s'engravait &#224; chaque instant, on craignait qu'il ne se d&#233;chir&#226;t. Nous couch&#226;mes la premi&#232;re nuit &#224; Saint-P&#233;ray, puis &#224; Tain, et m&#238;mes deux jours &#224; descendre jusqu'&#224; la hauteur de l'embouchure de la Dr&#244;me. L&#224; nous trouv&#226;mes beaucoup plus d'eau et march&#226;mes rapidement ; mais un de ces coups de vent affreux, qu'on nomme le mistral, nous ayant assaillis &#224; un quart de lieue au-dessus de Pont-Saint-Esprit, les bateliers ne purent gagner le rivage. Ils perdirent la t&#234;te et se mirent en pri&#232;res au lieu de travailler, pendant que le courant et un vent furieux poussaient le bateau vers le pont ! Nous allions heurter contre la pile du pont et &#234;tre engloutis, lorsque mon p&#232;re et nous tous, prenant des perches &#224; crocs et les portant en avant fort &#224; propos, par&#226;mes le choc contre la pile vers laquelle nous &#233;tions entra&#238;n&#233;s. Le contre-coup fut si terrible qu'il nous fit tomber sur les bancs ; mais la secousse avait chang&#233; la direction du bateau, qui, par un bonheur presque miraculeux, enfila le dessous de l'arche. Les mariniers revinrent alors un peu de leur terreur et reprirent tant bien que mal la direction de leur barque ; mais le mistral continuait, et les deux voitures, offrant une r&#233;sistance au vent, rendaient la man&#339;uvre presque impossible. Enfin, &#224; six lieues au-dessus d'Avignon, nous f&#251;mes jet&#233;s sur une tr&#232;s grande &#238;le, o&#249; la pointe du bateau s'engrava dans le sable, de mani&#232;re &#224; ne plus pouvoir l'en retirer sans l'assistance de beaucoup d'ouvriers, et nous penchions tellement de c&#244;t&#233;, que nous craignions d'&#234;tre submerg&#233;s &#224; chaque instant. On pla&#231;a quelques planches entre le bateau et le rivage ; puis, au moyen d'une corde qui servait d'appui, nous d&#233;barqu&#226;mes tous sans accident, mais non sans danger. Il &#233;tait impossible de penser &#224; se rembarquer par un vent aussi affreux, quoique sans pluie ; nous p&#233;n&#233;tr&#226;mes donc dans l'int&#233;rieur de l'&#238;le, qui &#233;tait fort grande et que nous cr&#251;mes d'abord inhabit&#233;e ; mais enfin, nous aper&#231;&#251;mes une esp&#232;ce de ferme o&#249; nous trouv&#226;mes des bonnes gens qui nous re&#231;urent tr&#232;s bien. Nous mourions de faim, mais il &#233;tait impossible d'aller chercher des provisions sur le bateau, et nous n'avions que tr&#232;s peu de pain. Ils nous dirent que l'&#238;le &#233;tait remplie de poules qu'ils y laissaient vivre &#224; l'&#233;tat sauvage et qu'ils tuaient &#224; coups de fusil quand ils en avaient besoin. Mon p&#232;re aimait beaucoup la chasse, il avait besoin de faire tr&#234;ve &#224; ses soucis, on prit les fusils des paysans, des fourches, des b&#226;tons, et nous voil&#224; partis en riant pour la chasse aux poules. On en tua plusieurs, quoiqu'il ne f&#251;t pas facile de les joindre, car elles volaient comme des faisans. Nous ramass&#226;mes beaucoup de leurs &#339;ufs dans les bois, et de retour &#224; la ferme, on alluma en plein champ un grand feu autour duquel nous nous &#233;tabl&#238;mes au bivouac, pendant que le valet de chambre, aid&#233; par la fermi&#232;re, accommodait les volailles et les &#339;ufs de diverses fa&#231;ons. Nous soup&#226;mes gaiement et nous couch&#226;mes ensuite sur du foin, personne n'ayant os&#233; accepter les lits que les bons paysans nous offraient, tant ils nous parurent peu propres. Les bateliers et un domestique de mon p&#232;re, qu'on avait laiss&#233;s de garde pr&#232;s du bateau, vinrent nous pr&#233;venir au point du jour que le vent &#233;tait tomb&#233;. Tous les paysans et matelots prirent alors des pelles et des pioches, et apr&#232;s quelques heures d'un travail fort p&#233;nible, ils remirent la barque &#224; flot, et nous p&#251;mes continuer notre voyage vers Avignon, o&#249; nous arriv&#226;mes sans autre accident. Ceux que nous avions &#233;prouv&#233;s furent augment&#233;s par la renomm&#233;e, de sorte que le bruit courut &#224; Paris que mon p&#232;re et toute sa suite avaient p&#233;ri dans les eaux du Rh&#244;ne. L'entr&#233;e d'Avignon, surtout lorsqu'on arrive par le Rh&#244;ne, est tr&#232;s pittoresque ; le vieux ch&#226;teau papal, les remparts dont la ville est entour&#233;e, ses nombreux clochers et le ch&#226;teau de Villeneuve, plac&#233;s en face d'elle, font un effet admirable ! Nous trouv&#226;mes &#224; Avignon Mme M&#233;nard et une de ses ni&#232;ces, et pass&#226;mes trois jours dans cette ville, dont nous visit&#226;mes les charmants environs, sans oublier la fontaine de Vaucluse. Mon p&#232;re ne se pressait pas de partir, parce que M. R*** lui avait &#233;crit que les chaleurs, encore tr&#232;s fortes dans le Midi, l'avaient forc&#233; de ralentir sa marche, et mon p&#232;re ne voulait pas arriver avant ses chevaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'Avignon, nous all&#226;mes &#224; Aix. Mais arriv&#233;s sur les bords de la Durance, qu'on traversait alors en bac, nous trouv&#226;mes cette rivi&#232;re tellement grossie et d&#233;bord&#233;e qu'il &#233;tait impossible de passer avant cinq ou six heures. On d&#233;lib&#233;rait pour savoir si on allait retourner &#224; Avignon, lorsque le fermier du bac, esp&#232;ce de monsieur, propri&#233;taire d'un charmant petit castel situ&#233; sur la hauteur &#224; cinq cents pas du rivage, vint prier mon p&#232;re de venir s'y reposer jusqu'&#224; ce que ses voitures fussent embarqu&#233;es. Il accepta, esp&#233;rant que ce ne serait que pour quelques heures ; mais il para&#238;t que de grands orages avaient eu lieu dans les Alpes, o&#249; la Durance prend sa source, car cette rivi&#232;re continua de cro&#238;tre toute la journ&#233;e. Nous f&#251;mes donc forc&#233;s d'accepter pour la nuit l'hospitalit&#233; qu'offrait tr&#232;s cordialement le ma&#238;tre du ch&#226;teau, et comme il faisait beau, nous nous promen&#226;mes toute la journ&#233;e. Cet &#233;pisode de voyage ne me d&#233;plut nullement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, les eaux &#233;tant encore plus furieuses que la veille, notre h&#244;te, qui &#233;tait un chaud r&#233;publicain et qui connaissait assez bien la rivi&#232;re pour juger qu'il nous serait impossible de la traverser avant vingt-quatre heures, se rendit en toute h&#226;te, et &#224; notre insu, dans la petite ville de Cavaillon, qui n'est qu'&#224; deux lieues de l&#224; sur la m&#234;me rive que Bompart. Il alla pr&#233;venir tous les patriotes de la localit&#233; et des environs qu'il avait chez lui le g&#233;n&#233;ral de division Marbot. Puis ce monsieur revint triomphant dans son castel, o&#249; nous v&#238;mes arriver une heure apr&#232;s une cavalcade compos&#233;e des plus chauds patriotes de Cavaillon, qui venaient supplier mon p&#232;re de vouloir bien accepter un banquet qu'ils lui offraient au nom des notables de cette ville &#171; toujours si &#233;minemment r&#233;publicaine &#187; ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re, auquel ces ovations n'&#233;taient nullement agr&#233;ables, refusa d'abord ; mais ces citoyens firent tant et tant d'instances, disant que tout &#233;tait d&#233;j&#224; ordonn&#233; et que les convives se trouvaient r&#233;unis, qu'il c&#233;da enfin, et nous nous rend&#238;mes &#224; Cavaillon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus bel h&#244;tel &#233;tait orn&#233; de guirlandes et garni de chapeaux noirs de la ville et de la banlieue. Apr&#232;s des compliments infinis, on prit place autour d'une table immense, couverte des mets les plus recherch&#233;s et surtout d'ortolans, oiseaux qui se plaisent beaucoup dans ce pays. On pronon&#231;a des discours virulents contre les ennemis de la libert&#233; ; on porta de nombreuses sant&#233;s, et le d&#238;ner ne finit qu'&#224; dix heures du soir. Il &#233;tait un peu tard pour retourner &#224; Bompart ; d'ailleurs, mon p&#232;re ne pouvait convenablement se s&#233;parer de ses h&#244;tes &#224; la sortie de table ; il se d&#233;termina donc &#224; coucher &#224; Cavaillon, de sorte que le reste de la soir&#233;e se passa en conversations assez bruyantes. Enfin, peu &#224; peu, chaque invit&#233; regagna son logis, et nous rest&#226;mes seuls. Mais, le lendemain, &#224; son r&#233;veil, M. Gault ayant demand&#233; &#224; l'aubergiste quelle &#233;tait la quote-part que devait mon p&#232;re pour l'immense festin de la veille, qu'il croyait &#234;tre un pique-nique, o&#249; chacun paye son couvert, cet homme lui remit un compte de plus de 1, 500 francs, les bons patriotes n'ayant pas pay&#233; un tra&#238;tre sou !&#8230; On nous dit bien que quelques-uns avaient exprim&#233; le d&#233;sir de payer leur part, mais que la tr&#232;s grande majorit&#233; avait r&#233;pondu que ce serait faire injure au g&#233;n&#233;ral Marbot !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le capitaine Gault &#233;tait furieux de ce proc&#233;d&#233;, mais mon p&#232;re, qui au premier moment n'en revenait pas d'&#233;tonnement, se prit ensuite &#224; rire aux &#233;clats, et dit &#224; l'aubergiste de venir chercher son argent &#224; Bompart, o&#249; nous retourn&#226;mes sur-le-champ, sans faire la moindre observation &#224; notre ch&#226;telain, dont on r&#233;compensa tr&#232;s largement les serviteurs ; puis nous profit&#226;mes de la baisse des eaux pour traverser enfin la Durance et nous rendre &#224; Aix. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quoique je ne fusse pas encore en &#226;ge de parler politique avec mon p&#232;re, ce que je lui avais entendu dire me portait &#224; croire que ses id&#233;es r&#233;publicaines s'&#233;taient grandement modifi&#233;es depuis deux ans, et que ce qu'il avait entendu au d&#238;ner de Cavaillon avait achev&#233; de les &#233;branler ; mais il ne t&#233;moigna aucune mauvaise humeur au sujet du pr&#233;tendu pique-nique. Il s'amusait m&#234;me de la col&#232;re de M. Gault, qui r&#233;p&#233;tait sans cesse : &#171; Je ne m'&#233;tonne pas que, malgr&#233; la chert&#233; des ortolans, ces dr&#244;les en eussent fait venir une si grande quantit&#233;, et demandassent tant de bouteilles de vins fins !&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir pass&#233; la nuit &#224; Aix, nous part&#238;mes pour nous rendre &#224; Nice. C'&#233;tait notre derni&#232;re journ&#233;e de poste ; nous traversions la montagne et la belle for&#234;t de l'Esterel, lorsque nous rencontr&#226;mes le chef de brigade (ou colonel) du 1er de housards qui, escort&#233; d'un officier et de plusieurs cavaliers conduisant des chevaux &#233;clop&#233;s, revenait de l'arm&#233;e, et se rendait au d&#233;p&#244;t de Puy en Velay. Ce colonel se nommait M. Picart ; on lui laissait son r&#233;giment en raison de ses qualit&#233;s d'administrateur, et on l'envoyait souvent au d&#233;p&#244;t pour y faire &#233;quiper des hommes et des chevaux, qu'il exp&#233;diait ensuite aux escadrons de guerre, o&#249; il paraissait tr&#232;s rarement et restait fort peu. En apercevant M. Picart, mon p&#232;re fit arr&#234;ter sa voiture, mit pied &#224; terre, et apr&#232;s m'avoir pr&#233;sent&#233; &#224; mon colonel, il le tira &#224; part pour le prier de lui indiquer un sous-officier sage et bien &#233;lev&#233; dont il p&#251;t faire mon mentor. Le colonel indiqua le mar&#233;chal des logis Pertelay. Mon p&#232;re fit prendre le nom de ce sous-officier, et nous continu&#226;mes notre route jusqu'&#224; Nice, o&#249; nous trouv&#226;mes le commandant R*** &#233;tabli dans un excellent h&#244;tel avec nos &#233;quipages et nos chevaux en tr&#232;s bon &#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville de Nice &#233;tait remplie de troupes, parmi lesquelles se trouvait un escadron du 1er de housards, auquel j'appartenais. Ce r&#233;giment, en l'absence de son colonel, &#233;tait command&#233; par un tr&#232;s brave chef d'escadron nomm&#233; Muller (c'&#233;tait le p&#232;re de ce pauvre malheureux adjudant du 7e de housards qui fut bless&#233; d'un coup de canon, aupr&#232;s de moi, &#224; Waterloo). En apprenant que le g&#233;n&#233;ral de division venait d'arriver, le commandant Muller se rendit chez mon p&#232;re, et il fut convenu entre eux qu'apr&#232;s quelques jours de repos je ferais le service dans la 7e compagnie, command&#233;e par le capitaine Mathis, homme de m&#233;rite, qui plus tard devint colonel sous l'Empire et mar&#233;chal de camp sous la Restauration. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quoique mon p&#232;re f&#251;t fort bon pour moi, il m'en imposait tellement, que j'&#233;tais aupr&#232;s de lui d'une tr&#232;s grande timidit&#233;, timidit&#233; qu'il supposait encore plus grande qu'elle ne l'&#233;tait r&#233;ellement ; aussi disait-il que j'aurais d&#251; &#234;tre une fille, et il m'appelait souvent mademoiselle Marcellin : cela me chagrinait beaucoup, surtout depuis que j'&#233;tais housard. C'&#233;tait donc pour vaincre cette timidit&#233; que mon p&#232;re voulait que je fisse le service avec mes camarades ; d'ailleurs, ainsi que je l'ai d&#233;j&#224; dit, on ne pouvait entrer dans l'arm&#233;e que comme simple soldat. Mon p&#232;re aurait pu, il est vrai, m'attacher &#224; sa personne, puisque mon r&#233;giment faisait partie de sa division ; mais, outre la pens&#233;e indiqu&#233;e ci-dessus, il d&#233;sirait que j'apprisse &#224; seller et brider mon cheval, soigner mes armes, et ne voulait pas que son fils jou&#238;t du moindre privil&#232;ge, ce qui aurait produit un mauvais effet parmi les troupes. C'&#233;tait d&#233;j&#224; beaucoup qu'on m'adm&#238;t &#224; l'escadron sans me faire faire un long et ennuyeux apprentissage au d&#233;p&#244;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je passai plusieurs jours &#224; parcourir avec mon p&#232;re et son &#233;tat-major les environs de Nice, qui sont fort beaux ; mais le moment de mon entr&#233;e &#224; l'escadron &#233;tant arriv&#233;, mon p&#232;re demanda au commandant Muller de lui envoyer le mar&#233;chal des logis Pertelay. Or, il faut que vous sachiez qu'il existait au r&#233;giment deux fr&#232;res de ce nom, tous deux mar&#233;chaux des logis, mais n'ayant entre eux aucune ressemblance physique ni morale. On croirait que l'auteur de la pi&#232;ce les Deux Philibert a pris ces deux hommes pour types, l'a&#238;n&#233; des Pertelay &#233;tant Philibert le mauvais sujet, et le jeune Pertelay, Philibert le bon sujet. C'&#233;tait ce dernier que le colonel avait entendu d&#233;signer pour mon mentor ; mais comme, press&#233; par le peu de temps que mon p&#232;re et lui avaient pass&#233; ensemble, M. Picart avait oubli&#233; en nommant Pertelay d'ajouter le jeune, et que, d'ailleurs, celui-ci ne faisait pas partie de l'escadron qui se trouvait &#224; Nice, tandis que l'a&#238;n&#233; servait pr&#233;cis&#233;ment dans la 7e compagnie, dans laquelle j'allais entrer, le commandant Muller crut que c'&#233;tait de l'a&#238;n&#233; que le colonel avait parl&#233; &#224; mon p&#232;re, et qu'on avait choisi cet enrag&#233; pour d&#233;niaiser un jeune homme aussi doux et aussi timide que je l'&#233;tais. Il nous envoya donc Pertelay a&#238;n&#233;. Ce type des anciens housards &#233;tait buveur, tapageur, querelleur, bretteur, mais aussi, brave jusqu'&#224; la t&#233;m&#233;rit&#233; ; du reste, compl&#232;tement ignorant de tout ce qui n'avait pas rapport &#224; son cheval, &#224; ses armes et &#224; son service devant l'ennemi. Pertelay jeune, au contraire, &#233;tait doux, poli, tr&#232;s instruit, et comme il &#233;tait fort bel homme et tout aussi brave que son fr&#232;re, il e&#251;t certainement fait un chemin rapide si, bien jeune encore, il n'e&#251;t trouv&#233; la mort sur un champ de bataille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais revenons &#224; l'a&#238;n&#233;. Il arrive chez mon p&#232;re, et que voyons-nous ? Un luron, tr&#232;s bien tenu, il est vrai, mais le shako sur l'oreille, le sabre tra&#238;nant, la figure enlumin&#233;e et coup&#233;e en deux par une immense balafre, des moustaches d'un demi-pied de long qui, relev&#233;es par la cire, allaient se perdre dans les oreilles, deux grosses nattes de cheveux tress&#233;s aux tempes, qui, sortant de son shako, tombaient sur la poitrine, et avec cela, un air ! !&#8230; un air de chenapan, qu'augmentaient encore des paroles saccad&#233;es ainsi qu'un baragouin franco-alsacien des plus barbares. Ce dernier d&#233;faut ne surprit pas mon p&#232;re, car il savait que le 1er de housards &#233;tait l'ancien r&#233;giment de Bercheny, dans lequel on ne recevait jadis que les Allemands, et o&#249; les commandements s'&#233;taient faits, jusqu'en 1793, dans la langue allemande, qui &#233;tait celle le plus en usage parmi les officiers et les housards, presque tous n&#233;s dans les provinces des bords du Rhin ; mais mon p&#232;re fut on ne peut plus surpris de la tournure, des r&#233;ponses et de l'air ferrailleur qu'avait mon mentor. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai su plus tard qu'il avait h&#233;sit&#233; &#224; me mettre entre les mains de ce gaillard-l&#224;, mais que M. Gault lui ayant fait observer que le colonel Picart l'avait d&#233;sign&#233; comme le meilleur sous-officier de l'escadron, mon p&#232;re s'&#233;tait d&#233;termin&#233; &#224; en essayer. Je suivis donc Pertelay, qui, me prenant sans fa&#231;on sous le bras, vint dans ma chambre, me montra &#224; placer mes effets dans mon portemanteau et me conduisit dans une petite caserne situ&#233;e dans un ancien couvent et occup&#233;e par l'escadron du 1er de housards. Mon mentor me fit seller et desseller un joli petit cheval que mon p&#232;re avait achet&#233; pour moi ; puis il me montra &#224; placer mon manteau et mes armes ; enfin il me fit une d&#233;monstration compl&#232;te, et songea, lorsqu'il m'eut tout expliqu&#233;, qu'il &#233;tait temps d'aller d&#238;ner, car mon p&#232;re, d&#233;sirant que je mangeasse avec mon mentor, nous avait affect&#233; une haute paye pour cette d&#233;pense. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pertelay me conduisit dans une petite auberge dont la salle &#233;tait remplie de housards, de grenadiers et de soldats de toutes armes. On nous sert, et l'on place sur la table une &#233;norme bouteille d'un gros vin rouge des plus violents, dont Pertelay me verse une rasade. Nous trinquons. Mon homme vide son verre, et je pose le mien sans le porter &#224; mes l&#232;vres, car je n'avais jamais bu de vin pur, et l'odeur de ce liquide m'&#233;tait d&#233;sagr&#233;able. J'en fis l'aveu &#224; mon mentor, qui s'&#233;cria alors d'une voix de stentor : &#171; Gar&#231;on !&#8230; apporte une limonade &#224; ce gar&#231;on qui ne boit jamais de vin !&#8230; &#187; Et de grands &#233;clats de rire retentissent dans toute la salle !&#8230; Je fus tr&#232;s mortifi&#233;, mais je ne pus me r&#233;soudre &#224; go&#251;ter de ce vin et n'osai cependant demander de l'eau : je d&#238;nai donc sans boire !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'apprentissage de la vie de soldat est fort dur en tout temps. Il l'&#233;tait surtout &#224; l'&#233;poque dont je parle. J'eus donc quelques p&#233;nibles moments &#224; passer. Mais ce qui me parut intol&#233;rable fut l'obligation de coucher avec un autre housard, car le r&#232;glement n'accordait alors qu'un lit pour deux soldats. Seuls, les sous-officiers couchaient isol&#233;ment. La premi&#232;re huit que je passai &#224; la caserne, je venais de me coucher, lorsqu'un grand escogriffe de housard qui arrivait une heure apr&#232;s les autres s'approche de mon lit, et voyant qu'il y avait d&#233;j&#224; quelqu'un, d&#233;croche la lampe et la met sous mon nez pour m'examiner de plus pr&#232;s, puis il se d&#233;shabille. Tout en le voyant faire, j'&#233;tais loin de penser qu'il avait la pr&#233;tention de se placer aupr&#232;s de moi ; mais bient&#244;t je fus d&#233;tromp&#233;, lorsqu'il me dit durement : &#171; Pousse-toi, conscrit ! &#187; Puis il entre dans le lit, se couche de mani&#232;re &#224; en occuper les trois quarts et se met &#224; ronfler sur le plus haut ton ! Il m'&#233;tait impossible de fermer l'&#339;il, surtout &#224; cause de l'odeur affreuse que r&#233;pandait un gros paquet plac&#233; par mon camarade sous le traversin pour s'exhausser la t&#234;te. Je ne pouvais comprendre ce que ce pouvait &#234;tre. Pour m'en assurer, je coule tout doucement la main vers cet objet et trouve un tablier en cuir, tout impr&#233;gn&#233; de la poix dont se servent les cordonniers pour cirer leur fil !&#8230; Mon aimable camarade de lit &#233;tait l'un des gar&#231;ons du bottier du r&#233;giment ! J'&#233;prouvai un tel d&#233;go&#251;t que je me levai, m'habillai et allai &#224; l'&#233;curie me coucher sur une botte de paille. Le lendemain, je fis part de ma m&#233;saventure &#224; Pertelay, qui en rendit compte au sous-lieutenant du peloton. Celui-ci &#233;tait un homme bien &#233;lev&#233; ; il se nommait Leisteinschneider (en allemand, lapidaire). Il devint, sous l'Empire, colonel, premier aide de camp de Bessi&#232;res, et fut tu&#233;. M. Leisteinschneider, comprenant combien il devait m'&#234;tre p&#233;nible de coucher avec un bottier, prit sur lui de me faire donner un lit dans la chambre des sous-officiers, ce qui me causa un tr&#232;s grand plaisir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que la R&#233;volution e&#251;t introduit un grand rel&#226;chement dans la tenue des troupes, le 1er de housards avait toujours conserv&#233; la sienne aussi exacte que lorsqu'il &#233;tait Bercheny ; aussi, sauf les dissemblances physiques impos&#233;es par la nature, tous les cavaliers devaient se ressembler par leur tenue, et comme les r&#233;giments de housards portaient alors non seulement une queue, mais encore de longues tresses en cadenettes sur les tempes, et avaient des moustaches retrouss&#233;es, on exigeait que tout ce qui appartenait au corps e&#251;t moustaches, queue et tresses. Or, comme je n'avais rien de tout cela, mon mentor me conduisit chez le perruquier de l'escadron, o&#249; je fis emplette d'une fausse queue et de cadenettes qu'on attacha &#224; mes cheveux d&#233;j&#224; passablement longs, car je les avais laiss&#233;s pousser depuis mon enr&#244;lement. Cet accoutrement m'embarrassa d'abord ; cependant je m'y habituai en peu de jours, et il me plaisait, parce que je me figurais qu'il me donnait l'air d'un vieux housard ; mais il n'en fut pas de m&#234;me des moustaches : je n'en avais pas plus qu'une jeune fille, et comme une figure imberbe aurait d&#233;par&#233; les rangs de l'escadron, Pertelay, se conformant &#224; l'usage de Bercheny, prit un pot de cire noire et me fit avec le pouce deux &#233;normes crocs qui, couvrant la l&#232;vre sup&#233;rieure, me montaient presque jusqu'aux yeux. Et comme &#224; cette &#233;poque les shakos n'avaient pas de visi&#232;re, il arrivait que pendant les revues, ou lorsque j'&#233;tais en vedette, positions dans lesquelles on doit garder une immobilit&#233; compl&#232;te, le soleil d'Italie, dardant ses rayons br&#251;lants sur ma figure, pompait les parties humides de la cire avec laquelle on m'avait fait des moustaches, et cette cire en se dess&#233;chant tirait mon &#233;piderme d'une fa&#231;on tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able ! cependant je ne sourcillais pas ! J'&#233;tais housard ! Ce mot avait pour moi quelque chose de magique ; d'ailleurs, embrassant la carri&#232;re militaire, j'avais fort bien compris que mon premier devoir &#233;tait de me conformer aux r&#232;glements. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re et une partie de sa division &#233;taient encore &#224; Nice lorsqu'on apprit les &#233;v&#233;nements du 18 brumaire, le renversement du Directoire et l'&#233;tablissement du Consulat. Mon p&#232;re avait trop m&#233;pris&#233; le Directoire pour le regretter, mais il craignait qu'enivr&#233; par le pouvoir, le g&#233;n&#233;ral Bonaparte, apr&#232;s avoir r&#233;tabli l'ordre en France, ne se born&#226;t pas au modeste titre de Consul, et il nous pr&#233;dit que dans peu de temps il voudrait se faire roi. Mon p&#232;re ne se trompa que de titre ; Napol&#233;on se fit empereur quatre ans apr&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelles que fussent ses pr&#233;visions pour l'avenir, mon p&#232;re se f&#233;licitait de ne pas s'&#234;tre trouv&#233; &#224; Paris au 18 brumaire, et je crois que s'il y e&#251;t &#233;t&#233;, il se serait fortement oppos&#233; &#224; l'entreprise du g&#233;n&#233;ral Bonaparte. Mais &#224; l'arm&#233;e, &#224; la t&#234;te d'une division plac&#233;e devant l'ennemi, il voulut se renfermer dans l'ob&#233;issance passive du militaire. Il repoussa donc les propositions que lui firent plusieurs g&#233;n&#233;raux et colonels de marcher sur Paris &#224; la t&#234;te de leurs troupes : &#171; Qui, leur dit-il, d&#233;fendra les fronti&#232;res si nous les abandonnons, et que deviendra la France si &#224; la guerre contre les &#233;trangers nous joignons les calamit&#233;s d'une guerre civile ? &#187; Par ces sages observations, il maintint les esprits exalt&#233;s ; cependant, il n'en fut pas moins tr&#232;s affect&#233; du coup d'&#201;tat qui venait d'avoir lieu. Il idol&#226;trait sa patrie, et e&#251;t voulu qu'on p&#251;t la sauver sans l'asservir au joug d'un ma&#238;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit qu'en me faisant faire le service de simple housard, mon p&#232;re avait eu pour but principal de me faire perdre cet air d'&#233;colier un peu niais, dont le court s&#233;jour que j'avais fait dans le monde parisien ne m'avait pas d&#233;barrass&#233;. Le r&#233;sultat passa ses esp&#233;rances, car vivant au milieu des housards tapageurs, et ayant pour mentor une esp&#232;ce de pandour qui riait des sottises que je faisais, je me mis &#224; hurler avec les loups, et de crainte qu'on se moqu&#226;t de ma timidit&#233;, je devins un vrai diable. Je ne l'&#233;tais cependant pas encore assez pour &#234;tre re&#231;u dans une sorte de confr&#233;rie qui, sous le nom de clique, avait des adeptes dans tous les escadrons du 1er de housards. &lt;br class='autobr' /&gt;
La clique se composait des plus mauvaises t&#234;tes comme des plus braves soldats du r&#233;giment. Les membres de la clique se soutenaient entre eux envers et contre tous, surtout devant l'ennemi. Ils se donnaient entre eux le nom de loustics et se reconnaissaient &#224; une &#233;chancrure pratiqu&#233;e au moyen d'un couteau dans l'&#233;tain du premier bouton de la rang&#233;e de droite de la pelisse et du dolman. Les officiers connaissaient l'existence de la clique ; mais comme ses plus grands m&#233;faits se bornaient &#224; marauder adroitement quelques poules et moutons, ou &#224; faire quelques niches aux habitants, et que d'ailleurs les loustics &#233;taient toujours les premiers au feu, les chefs fermaient les yeux sur la clique. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais si &#233;tourneau, que je d&#233;sirais tr&#232;s vivement faire partie de cette soci&#233;t&#233; de tapageurs ; il me semblait que cela me poserait d'une fa&#231;on convenable parmi mes camarades ; mais j'avais beau fr&#233;quenter la salle d'armes, apprendre &#224; tirer la pointe, la contre-pointe, le sabre, le pistolet et le mousqueton, donner en passant des coups de coude &#224; tout ce qui se trouvait sur mon chemin, laisser tra&#238;ner mon sabre et placer mon shako sur l'oreille, les membres de la clique, me regardant comme un enfant, refusaient de m'admettre parmi eux. Une circonstance impr&#233;vue m'y fit recevoir &#224; l'unanimit&#233;, et voici comment. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'arm&#233;e d'Italie occupait alors la Ligurie et se trouvait &#233;tendue sur un long cordon de plus de soixante lieues de long, dont la droite &#233;tait au golfe de la Spezzia, au del&#224; de G&#234;nes, le centre &#224; Finale et la gauche &#224; Nice et au Var, c'est-&#224;-dire &#224; la fronti&#232;re de France. Nous avions ainsi la mer &#224; dos et faisions face au Pi&#233;mont, qu'occupait l'arm&#233;e autrichienne dont nous &#233;tions s&#233;par&#233;s par la branche de l'Apennin qui s'&#233;tend du Var &#224; Gavi. Dans cette fausse position, l'arm&#233;e fran&#231;aise &#233;tait expos&#233;e &#224; &#234;tre coup&#233;e en deux, ainsi que cela advint quelques mois apr&#232;s ; mais n'anticipons pas sur les &#233;v&#233;nements. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re ayant re&#231;u l'ordre de r&#233;unir sa division &#224; Savone, petite ville situ&#233;e au bord de la mer &#224; dix lieues en de&#231;&#224; de G&#234;nes, pla&#231;a son quartier g&#233;n&#233;ral dans l'&#233;v&#234;ch&#233;. L'infanterie fut r&#233;partie dans les bourgs et villages voisins, pour observer les vall&#233;es par o&#249; d&#233;bouchent les routes et chemins qui conduisent au Pi&#233;mont. Le 1er de housards, qui de Nice s'&#233;tait rendu &#224; Savone, fut plac&#233; au bivouac, dans une plaine appel&#233;e la Madona. Les avant-postes ennemis &#233;taient &#224; Dego, &#224; quatre ou cinq lieues de nous, sur le revers oppos&#233; de l'Apennin, dont les cimes &#233;taient couvertes de neige, tandis que Savone et ses environs jouissaient de la temp&#233;rature la plus douce. Notre bivouac e&#251;t &#233;t&#233; charmant, si les vivres y eussent &#233;t&#233; plus abondants ; mais il n'existait point encore de grande route de Nice &#224; G&#234;nes ; la mer &#233;tait couverte de croiseurs anglais, l'arm&#233;e ne vivait donc que de ce que lui portaient par la Corniche quelques d&#233;tachements de mulets, ou de ce qui provenait du chargement de petites embarcations qui se glissaient inaper&#231;ues le long des c&#244;tes. Ces ressources pr&#233;caires suffisaient &#224; peine pour fournir au jour le jour le grain n&#233;cessaire pour soutenir les troupes ; mais, heureusement, le pays produit beaucoup de vin, ce qui soutenait les soldats et leur faisait supporter les privations avec plus de r&#233;signation. Or donc, un jour que par un temps d&#233;licieux ma&#238;tre Pertelay, mon mentor, se promenait avec moi sur les rivages de la mer, il aper&#231;oit un cabaret situ&#233; dans un charmant jardin plant&#233; d'orangers et de citronniers, sous lesquels &#233;taient plac&#233;es des tables entour&#233;es de militaires de toutes armes, et me propose d'y entrer. Bien que je n'eusse pu vaincre ma r&#233;pugnance pour le vin, je le suis par complaisance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est bon de dire qu'&#224; cette &#233;poque, le ceinturon des cavaliers n'&#233;tait muni d'aucun crochet, de sorte que quand nous allions &#224; pied, il fallait tenir le fourreau du sabre dans la main gauche, en laissant le bout tra&#238;ner par terre. Cela faisait du bruit sur le pav&#233; et donnait un air tapageur. Il n'en avait pas fallu davantage pour me faire adopter ce genre. Mais voil&#224; qu'en entrant dans le jardin public dont je viens de parler, le bout du fourreau de mon sabre touche le pied d'un &#233;norme canonnier &#224; cheval, qui se pr&#233;lassait &#233;tendu sur une chaise, les jambes en avant. L'artillerie &#224; cheval, qu'on nommait alors artillerie volante, avait &#233;t&#233; form&#233;e au commencement des guerres de la R&#233;volution, avec des hommes de bonne volont&#233; pris dans les compagnies de grenadiers, qui avaient profit&#233; de cette occasion pour se d&#233;barrasser des plus turbulents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les canonniers volants &#233;taient renomm&#233;s pour leur courage, mais aussi pour leur amour des querelles. Celui dont le bout de mon sabre avait touch&#233; le pied me dit d'une voix de stentor et d'un ton fort brutal : &#171; Housard !&#8230; ton sabre tra&#238;ne beaucoup trop !&#8230; &#187; J'allais continuer de marcher sans rien dire, lorsque ma&#238;tre Pertelay, me poussant le coude, me souffle tout bas : &#171; R&#233;ponds-lui : Viens le relever ! &#187; Et moi de dire au canonnier : &#171; Viens le relever. &#8213; Ce sera facile &#187;, r&#233;plique celui-ci. &#8213; Et Pertelay de me souffler de nouveau : &#171; C'est ce qu'il faudra voir ! &#187; &#192; ces mots, le canonnier, ou plut&#244;t ce Goliath, car il avait pr&#232;s de six pieds de haut, se dresse sur son s&#233;ant d'un air mena&#231;ant&#8230; mais mon mentor s'&#233;lance entre lui et moi. Tous les canonniers qui se trouvent dans le jardin prennent aussit&#244;t parti pour leur camarade, mais une foule de housards viennent se ranger aupr&#232;s de Pertelay et de moi. On s'&#233;chauffe, on crie, on parle tous &#224; la fois, je crus qu'il y allait avoir une m&#234;l&#233;e g&#233;n&#233;rale ; cependant, comme les housards &#233;taient au moins deux contre un, ils furent les plus calmes. Les artilleurs comprirent que s'ils d&#233;gainaient, ils auraient le dessous, et l'on finit par faire comprendre au g&#233;ant qu'en fr&#244;lant son pied du bout de mon sabre, je ne l'avais nullement insult&#233;, et que l'affaire devait en rester l&#224; entre nous deux ; mais comme, dans le tumulte, un trompette d'artillerie d'une vingtaine d'ann&#233;es &#233;tait venu me dire des injures, et que dans mon indignation je lui avais donn&#233; une si rude pouss&#233;e qu'il &#233;tait all&#233; tomber la t&#234;te la premi&#232;re dans un foss&#233; plein de boue, il fut convenu que ce gar&#231;on et moi, nous nous battrions au sabre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sortons donc du jardin, suivis de tous les assistants, et nous voil&#224; aupr&#232;s du rivage de la mer, sur un sable fin et solide, dispos&#233;s &#224; ferrailler. Pertelay savait que je tirais passablement le sabre ; cependant il me donne quelques avis sur la mani&#232;re dont je dois attaquer mon adversaire, et attache la poign&#233;e de mon sabre &#224; ma main avec un gros mouchoir qu'il roule autour de mon bras. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ici le moment de vous dire que mon p&#232;re avait le duel en horreur, ce qui, outre ses r&#233;flexions sur ce barbare usage, provenait, je crois, de ce que dans sa jeunesse, lorsqu'il &#233;tait dans les gardes du corps, il avait servi de t&#233;moin &#224; un camarade qu'il aimait beaucoup et qui fut tu&#233; dans un combat singulier dont la cause &#233;tait des plus futiles. Quoi qu'il en soit, lorsque mon p&#232;re prenait un commandement, il prescrivait &#224; la gendarmerie d'arr&#234;ter et de conduire devant lui tous les militaires qu'elle surprendrait croisant le fer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que le trompette d'artillerie et moi connussions cet ordre, nous n'en avions pas moins mis dolman bas et sabre au poing ! Je tournais le dos &#224; la ville de Savone, mon adversaire y faisait face, et nous allions commencer &#224; nous escrimer, lorsque je vois le trompette s'&#233;lancer de c&#244;t&#233;, ramasser son dolman et se sauver en courant !&#8230; &#171; Ah ! l&#226;che ! m'&#233;criai-je, tu fuis !&#8230; &#187; Et je veux le poursuivre, lorsque deux mains de fer me saisissent par derri&#232;re au collet !&#8230; Je tourne la t&#234;te&#8230; et me trouve entre huit ou dix gendarmes !&#8230; Je compris alors pourquoi mon antagoniste s'&#233;tait sauv&#233;, ainsi que tous les assistants que je voyais s'&#233;loigner &#224; toutes jambes, y compris ma&#238;tre Pertelay, car chacun avait peur d'&#234;tre arr&#234;t&#233; et conduit devant le g&#233;n&#233;ral. &lt;br class='autobr' /&gt;
Me voil&#224; donc prisonnier et d&#233;sarm&#233;. Je passe mon dolman et suis d'un air fort penaud mes gardiens, auxquels je ne dis pas mon nom, et qui me conduisent &#224; l'&#233;v&#234;ch&#233;, o&#249; logeait mon p&#232;re. Celui-ci &#233;tait en ce moment avec le g&#233;n&#233;ral Suchet (depuis mar&#233;chal), qui &#233;tait venu &#224; Savone pour conf&#233;rer avec lui d'affaires de service. Ils se promenaient dans une galerie qui donne sur la cour. Les gendarmes me conduisent au g&#233;n&#233;ral Marbot sans se douter que je suis son fils. Le brigadier explique le motif de mon arrestation. Alors mon p&#232;re, prenant un air des plus s&#233;v&#232;res, me fait une tr&#232;s vive remontrance. Cette admonestation faite, mon p&#232;re dit au brigadier : &#171; Conduisez ce housard &#224; la citadelle. &#187; Je me retirai donc sans mot dire, et sans que le g&#233;n&#233;ral Suchet, qui ne me connaissait pas, se f&#251;t dout&#233; que la sc&#232;ne &#224; laquelle il venait d'assister se f&#251;t pass&#233;e entre le p&#232;re et le fils. Ce ne fut que le lendemain que le g&#233;n&#233;ral Suchet connut la parent&#233; des personnages, et depuis il m'a souvent parl&#233; en riant de cette sc&#232;ne. Arriv&#233; &#224; la citadelle, vieux monument g&#233;nois situ&#233; aupr&#232;s du port, on m'enferma dans une immense salle qui recevait le jour par une lucarne donnant sur la mer. Je me remis peu &#224; peu de mon &#233;motion : la r&#233;primande que je venais de subir me paraissait m&#233;rit&#233;e ; cependant j'&#233;tais moins affect&#233; d'avoir d&#233;sob&#233;i au g&#233;n&#233;ral que d'avoir fait de la peine &#224; mon p&#232;re. Je passai donc le reste de la journ&#233;e assez tristement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le soir, un vieil invalide des troupes g&#233;noises m'apporta une cruche d'eau, un morceau de pain de munition et une botte de paille sur laquelle je m'&#233;tendis sans pouvoir manger. Je ne pus dormir, d'abord parce que j'&#233;tais trop &#233;mu, ensuite &#224; cause des &#233;volutions que faisaient autour de moi de gros rats qui s'empar&#232;rent bient&#244;t de mon pain. J'&#233;tais dans l'obscurit&#233;, livr&#233; &#224; mes tristes r&#233;flexions, lorsque, vers dix heures, j'entends ouvrir les verrous de ma prison. J'aper&#231;ois Spire, l'ancien et fid&#232;le serviteur de mon p&#232;re. J'appris par lui qu'apr&#232;s mon envoi &#224; la citadelle, le colonel M&#233;nard, le capitaine Gault et tous les officiers de mon p&#232;re lui ayant demand&#233; ma gr&#226;ce, le g&#233;n&#233;ral l'avait accord&#233;e et l'avait charg&#233;, lui Spire, de venir me chercher et de porter au gouverneur du fort l'ordre de mon &#233;largissement. On me conduisit devant ce gouverneur, le g&#233;n&#233;ral Buget, excellent homme qui avait perdu un bras &#224; la guerre. Il me connaissait et aimait beaucoup mon p&#232;re. Il crut donc, apr&#232;s m'avoir rendu mon sabre, devoir me faire une longue morale que j'&#233;coutai assez patiemment, mais qui me fit penser que j'allais en subir une autre bien plus s&#233;v&#232;re de la part de mon p&#232;re. Je ne me sentais pas le courage de la supporter et r&#233;solus de m'y soustraire si je le pouvais. Enfin, on nous conduit au del&#224; des portes de la citadelle ; la nuit &#233;tait sombre, Spire marchait devant moi avec une lanterne, et tout en cheminant dans les rues &#233;troites et tortueuses de la ville, le bonhomme, enchant&#233; de me ramener, faisait l'&#233;num&#233;ration de tout le confortable qui m'attendait au quartier g&#233;n&#233;ral ; mais, par exemple, disait-il, tu dois t'attendre &#224; une s&#233;v&#232;re r&#233;primande de ton p&#232;re !&#8230; Cette derni&#232;re phrase fixa mes irr&#233;solutions, et, pour laisser &#224; la col&#232;re de mon p&#232;re le temps de se calmer, je me d&#233;cide &#224; ne pas para&#238;tre devant lui avant quelques jours, et &#224; retourner rejoindre mon bivouac &#224; la Madona. J'aurais bien pu m'esquiver sans faire aucune niche au pauvre Spire ; mais, de crainte qu'il ne me poursuiv&#238;t &#224; la clart&#233; de la lumi&#232;re qu'il portait, je fais d'un coup de pied voler sa lanterne &#224; dix pas de lui et je me sauve en courant, pendant que le bonhomme, cherchant sa lanterne &#224; t&#226;tons, s'&#233;crie : &#171; Ah ! petit coquin&#8230; je vais le dire &#224; ton p&#232;re ; il a, ma foi, bien fait de te mettre avec ces bandits de housards de Bercheny ! belle &#233;cole de garnements !&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir err&#233; quelque temps dans les rues solitaires, je retrouvai enfin le chemin de la Madona et j'arrivai au bivouac du r&#233;giment. Tous les housards me croyaient en prison. D&#232;s qu'on me reconnut &#224; la lueur des feux, on m'environne, on m'interroge et l'on rit aux &#233;clats lorsque je raconte comment je me suis d&#233;barrass&#233; de l'homme de confiance charg&#233; de me conduire chez le g&#233;n&#233;ral. Les membres de la clique, surtout, sont charm&#233;s de ce trait de r&#233;solution et d&#233;cident &#224; l'unanimit&#233; que je suis admis dans leur soci&#233;t&#233;, qui justement se pr&#233;parait &#224; faire cette nuit m&#234;me une exp&#233;dition, pour aller jusqu'aux portes de Dego enlever un troupeau de b&#339;ufs appartenant &#224; l'arm&#233;e autrichienne. Les g&#233;n&#233;raux fran&#231;ais, ainsi que les chefs de corps, &#233;taient oblig&#233;s de para&#238;tre ignorer les courses que les soldats faisaient au del&#224; des avant-postes afin de se procurer des vivres, puisqu'on ne pouvait s'en procurer r&#233;guli&#232;rement. Dans chaque r&#233;giment, les plus braves soldats avaient donc form&#233; des bandes de maraudeurs qui savaient, avec un talent merveilleux, conna&#238;tre les lieux o&#249; l'on pr&#233;parait les vivres pour les ennemis, et employer la ruse et l'audace pour s'en emparer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un fripon de maquignon &#233;tant venu pr&#233;venir la clique du 1er de housards qu'un troupeau de b&#339;ufs qu'il avait vendu aux Autrichiens parquait dans une prairie &#224; un quart de lieue de Dego, soixante housards, arm&#233;s seulement de leurs mousquetons, partirent pour les enlever. Nous f&#238;mes plusieurs lieues dans la montagne, par des chemins d&#233;tourn&#233;s et affreux, afin d'&#233;viter la grande route, et nous surpr&#238;mes cinq Croates commis &#224; la garde du troupeau, endormis sous un hangar. Enfin, pour qu'ils n'allassent pas donner l'&#233;veil &#224; la garnison de Dego, nous les attach&#226;mes, et les laissant l&#224;, nous enlev&#226;mes le troupeau sans coup f&#233;rir. Nous rentr&#226;mes au bivouac harass&#233;s, mais ravis d'avoir fait une bonne niche &#224; nos ennemis, et ensuite de nous &#234;tre procur&#233; des vivres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai cit&#233; ce fait que pour faire conna&#238;tre l'&#233;tat de mis&#232;re dans lequel se trouvait d&#233;j&#224; l'arm&#233;e d'Italie, et pour montrer &#224; quel point de d&#233;sorganisation un tel abandon peut jeter les troupes, dont les chefs sont oblig&#233;s non seulement de tol&#233;rer de semblables exp&#233;ditions, mais de profiter des vivres qu'elles procurent, sans avoir l'air de savoir d'o&#249; ils proviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureux dans ma carri&#232;re militaire, je n'ai point pass&#233; par le grade de brigadier, car de simple housard je devins d'embl&#233;e mar&#233;chal des logis, et voici comment. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la gauche de la division de mon p&#232;re, se trouvait celle que commandait le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, dont le quartier g&#233;n&#233;ral &#233;tait &#224; Finale. Cette division, qui occupait la partie de la Ligurie o&#249; les montagnes sont le plus escarp&#233;es, n'&#233;tait compos&#233;e que d'infanterie, la cavalerie ne pouvant se mouvoir que par petits d&#233;tachements dans les rares passages qui sur ce point s&#233;parent le littoral de la M&#233;diterran&#233;e d'avec le Pi&#233;mont. Le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, ayant re&#231;u du g&#233;n&#233;ral en chef Championnet l'ordre de pousser avec la plus forte partie de sa division une reconnaissance en avant du mont Santo-Giacomo, au del&#224; duquel se trouvent quelques vall&#233;es, &#233;crivit &#224; mon p&#232;re pour le prier de lui pr&#234;ter pour cette exp&#233;dition un d&#233;tachement de cinquante housards. Cela ne pouvait se refuser. Mon p&#232;re acquies&#231;a donc &#224; la demande du g&#233;n&#233;ral S&#233;ras et d&#233;signa le lieutenant Leisteinschneider pour commander ce d&#233;tachement, dont mon peloton faisait partie. Nous part&#238;mes de la Madona pour nous rendre &#224; Finale. Il n'y avait alors au bord de la mer qu'un fort mauvais chemin nomm&#233; la Corniche. Le lieutenant s'&#233;tant d&#233;mis le pied &#224; la suite d'une chute de cheval, le militaire le plus &#233;lev&#233; en grade &#233;tait apr&#232;s lui le mar&#233;chal des logis Canon, beau jeune homme, ayant beaucoup de moyens, d'instruction, et surtout d'assurance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, &#224; la t&#234;te de sa division, se porta le lendemain sur le mont Santo-Giacomo, que nous trouv&#226;mes couvert de neige et sur lequel nous bivouaqu&#226;mes. On devait, le jour suivant, marcher en avant avec la presque certitude de trouver les ennemis ; mais quel en serait le nombre ?&#8230; C'est ce que le g&#233;n&#233;ral ignorait compl&#232;tement, et comme les ordres du g&#233;n&#233;ral en chef lui prescrivaient de reconna&#238;tre la position des Autrichiens sur ce point de la ligne, mais avec d&#233;fense d'engager le combat s'il trouvait les ennemis en force, le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras avait r&#233;fl&#233;chi qu'en portant sa division d'infanterie en avant au milieu des montagnes, o&#249; souvent on n'aper&#231;oit les colonnes que lorsqu'on se trouve en face d'elles au d&#233;tour d'une gorge, il pourrait &#234;tre amen&#233;, malgr&#233; lui, &#224; un combat s&#233;rieux contre des forces sup&#233;rieures et oblig&#233; de faire une retraite dangereuse. Il avait donc r&#233;solu de marcher avec pr&#233;caution et de lancer &#224; deux ou trois lieues en avant de lui un d&#233;tachement qui p&#251;t sonder le pays et surtout faire quelques prisonniers, dont il esp&#233;rait tirer d'utiles renseignements, car les paysans ne savaient ou ne voulaient rien dire. Mais, comme le g&#233;n&#233;ral sentait aussi qu'un d&#233;tachement d'infanterie serait compromis s'il l'envoyait trop loin, et que, d'ailleurs, des hommes &#224; pied lui apporteraient trop tard les nouvelles qu'il d&#233;sirait ardemment savoir, ce fut aux cinquante housards qu'il donna la mission d'aller &#224; la d&#233;couverte et d'explorer le pays. Or, comme la contr&#233;e est fort entrecoup&#233;e, il remit une carte &#224; notre sous-officier, lui donna toutes les instructions &#233;crites et de vive voix, en pr&#233;sence du d&#233;tachement, et nous fit partir deux heures avant le jour, en nous r&#233;p&#233;tant qu'il fallait absolument marcher jusqu'&#224; ce que nous ayons joint les avant-postes ennemis, auxquels il d&#233;sirait vivement qu'on p&#251;t enlever quelques prisonniers. &lt;br class='autobr' /&gt;
M. Canon disposa parfaitement son d&#233;tachement. Il pla&#231;a une petite avant-garde, mit des &#233;claireurs sur les flancs, et prit enfin toutes les pr&#233;cautions d'usage dans la guerre de partisans. Arriv&#233;s &#224; deux lieues du camp que nous venons de quitter, nous trouvons une grande auberge. Notre sous-officier questionne le ma&#238;tre, et apprend qu'&#224; une forte heure de marche nous rencontrerons un corps autrichien, dont il ne peut d&#233;terminer la force, mais il sait que le r&#233;giment qui est en t&#234;te est compos&#233; de housards tr&#232;s m&#233;chants, qui ont maltrait&#233; plusieurs habitants de la contr&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces renseignements pris, nous continuons notre marche. Mais &#224; peine &#233;tions-nous &#224; quelques centaines de pas, que M. Canon se tord sur son cheval, en disant qu'il souffre horriblement, et qu'il lui est impossible d'aller plus loin, et il remet le commandement du d&#233;tachement au sous-officier Pertelay a&#238;n&#233;, le plus ancien apr&#232;s lui. Mais celui-ci fait observer qu'&#233;tant Alsacien, il ne sait pas lire le fran&#231;ais, et ne pourra par cons&#233;quent rien conna&#238;tre &#224; la carte qu'on lui donne, ni rien comprendre aux instructions &#233;crites donn&#233;es par le g&#233;n&#233;ral : il ne veut donc pas du commandement. Tous les autres sous-officiers, anciens Bercheny aussi peu lettr&#233;s que Pertelay, refusent pour les m&#234;mes motifs ; il en est de m&#234;me des brigadiers. En vain, pour les d&#233;cider, je crus devoir offrir de lire les instructions du g&#233;n&#233;ral et d'expliquer notre marche sur la carte &#224; celui des sous-officiers qui voudrait prendre le commandement ; ils refus&#232;rent de nouveau, et, &#224; ma grande surprise, toutes ces vieilles moustaches me r&#233;pondirent : &#171; Prends-le toi-m&#234;me, nous te suivrons et t'ob&#233;irons parfaitement. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le d&#233;tachement exprimant le m&#234;me d&#233;sir, je compris que si je refusais, nous n'irions pas plus loin, et que l'honneur du r&#233;giment serait compromis, car enfin il fallait bien que l'ordre du g&#233;n&#233;ral S&#233;ras f&#251;t ex&#233;cut&#233;, surtout lorsqu'il s'agissait peut-&#234;tre d'&#233;viter une mauvaise affaire &#224; sa division. J'acceptai donc le commandement, mais ce ne fut qu'apr&#232;s avoir demand&#233; &#224; M. Canon s'il se trouvait en &#233;tat de le reprendre. Alors il recommence &#224; se plaindre, nous quitte et retourne &#224; l'auberge. J'avoue que je le croyais r&#233;ellement indispos&#233; ; mais les hommes du d&#233;tachement, qui le connaissaient mieux, se livr&#232;rent sur son compte &#224; des railleries fort blessantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois pouvoir dire sans jactance que la nature m'a accord&#233; une bonne dose de courage. J'ajouterai m&#234;me qu'il fut un temps o&#249; je me complaisais au milieu des dangers. Les treize blessures que j'ai re&#231;ues &#224; la guerre et quelques actions d'&#233;clat en sont, je pense, une preuve suffisante. Aussi, en prenant le commandement des cinquante hommes qu'une circonstance aussi extraordinaire pla&#231;ait sous mes ordres, moi simple housard, &#226;g&#233; de dix-sept ans, je r&#233;solus de prouver &#224; mes camarades que, si je n'avais encore ni exp&#233;rience ni talents militaires, j'avais au moins de la valeur. Je me mis donc r&#233;solument &#224; leur t&#234;te, et marchai dans la direction o&#249; je savais que nous trouverions l'ennemi. Nous cheminions depuis longtemps, lorsque nos &#233;claireurs aper&#231;oivent un paysan qui cherche &#224; se cacher. Ils courent &#224; lui, l'arr&#234;tent et l'am&#232;nent. Je le questionnai ; il venait, para&#238;t-il, de quatre ou cinq lieues de l&#224;, et pr&#233;tendait n'avoir rencontr&#233; aucune troupe autrichienne. J'&#233;tais certain qu'il mentait, par crainte ou par astuce, car nous devions &#234;tre tr&#232;s pr&#232;s des cantonnements ennemis. Je me souvins alors d'avoir lu dans le Parfait partisan, dont mon p&#232;re m'avait donn&#233; un exemplaire, que pour faire parler les habitants du pays qu'on parcourt &#224; la guerre, il faut quelquefois les effrayer. Je grossis donc ma voix, et, t&#226;chant de donner &#224; ma figure juv&#233;nile un air farouche, je m'&#233;criai : &#171; Comment, coquin, tu viens de traverser un pays occup&#233; par un gros corps d'arm&#233;e autrichienne, et tu pr&#233;tends n'avoir rien vu ?&#8230; Tu es un espion !&#8230; Allons, qu'on le fusille &#224; l'instant ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Je fais mettre pied &#224; terre &#224; quatre housards, en leur faisant signe de ne faire aucun mal &#224; cet homme, qui, se voyant saisi par les cavaliers dont les carabines venaient d'&#234;tre arm&#233;es devant lui, fut pris d'une telle frayeur, qu'il me jura de dire tout ce qu'il savait. Il &#233;tait domestique d'un couvent, on l'avait charg&#233; de porter une lettre aux parents du prieur, en lui recommandant, s'il rencontrait les Fran&#231;ais, de ne pas leur dire o&#249; &#233;taient les Autrichiens ; mais puisqu'il &#233;tait forc&#233; de tout avouer, il nous d&#233;clara qu'il y avait &#224; une lieue de nous plusieurs r&#233;giments ennemis cantonn&#233;s dans les villages, et qu'une centaine de housards de Barco se trouvaient dans un hameau que nous apercevions &#224; une tr&#232;s petite distance. Questionn&#233; sur la mani&#232;re dont ces housards se gardaient, le paysan r&#233;pondit qu'ils avaient en avant des maisons une grand'garde compos&#233;e d'une douzaine d'hommes &#224; pied, plac&#233;s dans un jardin entour&#233; de haies, et qu'au moment o&#249; il avait travers&#233; le hameau, le reste des housards se pr&#233;parait &#224; conduire les chevaux &#224; l'abreuvoir, dans un petit &#233;tang situ&#233; de l'autre c&#244;t&#233; des habitations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir entendu ces renseignements, je pris &#224; l'instant ma r&#233;solution, qui fut d'&#233;viter de passer devant la grand'garde qui, se trouvant retranch&#233;e derri&#232;re les haies, ne pouvait &#234;tre attaqu&#233;e par des cavaliers, tandis que le feu de ses carabines me tuerait peut-&#234;tre quelques hommes et avertirait de l'approche des Fran&#231;ais. Il fallait donc tourner le hameau, gagner l'abreuvoir et tomber &#224; l'improviste sur les ennemis. Mais par o&#249; passer pour ne pas &#234;tre aper&#231;u ? J'ordonnai donc au paysan de nous conduire, en faisant un d&#233;tour, et lui promis de le laisser aller d&#232;s que nous serions de l'autre c&#244;t&#233; du hameau que j'apercevais. Cependant, comme il ne voulait pas marcher, je le fis prendre au collet par un housard, tandis qu'un autre lui tenait le bout d'un pistolet sur l'oreille. Force lui fut donc d'ob&#233;ir ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous guida fort bien ; de grandes haies masquaient notre mouvement. Nous tournons compl&#232;tement le village et apercevons, au bord du petit &#233;tang, l'escadron autrichien faisant tranquillement boire ses chevaux. Tous les cavaliers portaient leurs armes, selon l'usage des avant-postes ; mais les chefs des Barco avaient n&#233;glig&#233; une pr&#233;caution tr&#232;s essentielle &#224; la guerre, qui consiste &#224; ne faire boire et d&#233;brider qu'un certain nombre de chevaux &#224; la fois, et &#224; ne laisser entrer les pelotons dans l'eau que les uns apr&#232;s les autres, afin d'en avoir toujours la moiti&#233; sur le rivage, pr&#234;ts &#224; repousser l'ennemi. Se confiant &#224; l'&#233;loignement des Fran&#231;ais et &#224; la surveillance du post&#233; plac&#233; en t&#234;te du village, le commandant ennemi avait jug&#233; inutile de prendre cette pr&#233;caution : ce fut ce qui le perdit. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s que je fus &#224; cinq cents pas du petit &#233;tang, je fis l&#226;cher notre guide, qui se sauva &#224; toutes jambes, pendant que, le sabre &#224; la main, et apr&#232;s avoir d&#233;fendu &#224; mes camarades de crier avant le combat, je me lance au triple galop sur les housards ennemis, qui ne nous aper&#231;urent qu'un instant avant que nous fussions sur la rive de l'&#233;tang ! Les berges de l'&#233;tang &#233;taient presque partout trop &#233;lev&#233;es pour que les chevaux pussent les gravir, et il n'existait de passage praticable que celui qui servait d'abreuvoir au village : il est vrai qu'il &#233;tait fort large. Mais plus de cent cavaliers &#233;taient agglom&#233;r&#233;s sur ce point, ayant tous la bride au bras et la carabine au crochet, enfin dans une qui&#233;tude si parfaite que plusieurs chantaient. Qu'on juge de leur surprise ! Je les fais assaillir tout d'abord par un feu de mousquetons qui en tue quelques-uns, en blesse beaucoup et met aussi une grande quantit&#233; de leurs chevaux &#224; bas. Le tumulte est complet ! N&#233;anmoins, le capitaine, ralliant autour de lui les hommes qui se trouvent le plus pr&#232;s du rivage, veut forcer le passage pour sortir de l'eau et faire sur nous un feu qui, bien que mal nourri, blessa cependant deux hommes. Les ennemis fondent ensuite sur nous ; mais Pertelay ayant tu&#233; d'un coup de sabre leur capitaine, les Barco sont refoul&#233;s dans l'&#233;tang. Plusieurs veulent s'&#233;loigner de la mousqueterie et gagnent l'autre rive ; plusieurs perdent pied, un bon nombre d'hommes et de chevaux se noient, et ceux des cavaliers autrichiens qui parviennent de l'autre c&#244;t&#233; de l'&#233;tang, ne pouvant faire franchir la berge &#224; leurs chevaux, les abandonnent, et, s'accrochant aux arbres du rivage, se sauvent en d&#233;sordre dans la campagne. Les douze hommes de la grand'garde accourent au bruit ; nous les sabrons, et ils fuient aussi. Cependant une trentaine d'ennemis restaient encore dans l'&#233;tang ; mais craignant de pousser leurs chevaux au large, voyant que la pi&#232;ce d'eau n'avait pas d'autre issue abordable que celle que nous occupions, ils nous cri&#232;rent qu'ils se rendaient, ce que j'acceptai, et &#224; mesure qu'ils parvenaient au rivage, je leur faisais jeter leurs armes &#224; terre. La plupart de ces hommes et de ces chevaux &#233;taient bless&#233;s ; mais comme je voulais cependant avoir un troph&#233;e de notre victoire, je fis choisir dix-sept cavaliers et autant de chevaux en bon &#233;tat, que je pla&#231;ai au milieu de mon d&#233;tachement ; puis, abandonnant tous les autres Barco, je m'&#233;loignai au galop, en contournant de nouveau le village. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien me prit de faire prompte retraite, car, ainsi que je l'avais pr&#233;vu, les fuyards avaient couru pr&#233;venir les cantonnements voisins, auxquels le bruit de la fusillade avait d&#233;j&#224; donn&#233; l'&#233;veil. Tous prirent les armes, et une demi-heure apr&#232;s, il y avait plus de quinze cents cavaliers sur les rives du petit &#233;tang, et plusieurs milliers de fantassins suivaient de pr&#232;s ; mais nous &#233;tions d&#233;j&#224; &#224; deux lieues de l&#224;, nos bless&#233;s ayant pu soutenir le galop. Nous nous arr&#234;t&#226;mes un instant sur le haut d'une colline pour les panser, et nous r&#238;mes beaucoup, en voyant au loin plusieurs colonnes ennemies se mettre sur nos traces, car nous avions la certitude qu'elles ne pouvaient nous joindre, parce que, craignant de tomber dans une embuscade, elles n'avan&#231;aient que fort lentement et en t&#226;tonnant. Nous &#233;tions donc hors de danger. Je donnai &#224; Pertelay deux housards des mieux mont&#233;s et le fis partir au galop pour aller pr&#233;venir le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras du r&#233;sultat de notre mission ; puis, remettant le d&#233;tachement dans l'ordre le plus parfait, nos prisonniers toujours au centre et bien surveill&#233;s, je repris au petit trot le chemin de l'auberge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il me serait impossible de d&#233;crire la joie de mes camarades et les f&#233;licitations qu'ils m'adressaient pendant le trajet ; tous se r&#233;sumaient en ces mots qui, selon eux, exprimaient le nec plus ultra des &#233;loges : &#171; Tu es vraiment digne de servir dans les housards de Bercheny, le premier r&#233;giment du monde ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, que s'&#233;tait-il pass&#233; &#224; Santo-Giacomo pendant que je faisais mon exp&#233;dition ? Apr&#232;s plusieurs heures d'attente, le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, impatient d'avoir des nouvelles, aper&#231;oit, du haut de la montagne, de la fum&#233;e &#224; l'horizon ; son aide de camp place l'oreille sur un tambour pos&#233; &#224; terre, et par ce moyen usit&#233; &#224; la guerre, il entend le bruit lointain de la mousqueterie. Le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, inquiet, et ne doutant plus que le d&#233;tachement de cavalerie ne soit aux prises avec l'ennemi, prend un r&#233;giment d'infanterie pour se porter avec lui jusqu'&#224; l'auberge. Arriv&#233; l&#224;, il voit sous le hangar un cheval de housard attach&#233; au r&#226;telier : c'&#233;tait celui du mar&#233;chal des logis Canon. L'aubergiste para&#238;t, le g&#233;n&#233;ral le questionne et apprend que le sous-officier de housards n'a pas d&#233;pass&#233; l'auberge, et qu'il est depuis plusieurs heures dans la salle &#224; manger. Le g&#233;n&#233;ral y entre, et que trouve-t-il ? M. Canon endormi au coin du feu, et ayant devant lui un &#233;norme jambon, deux bouteilles vides et une tasse de caf&#233; ! On r&#233;veille le pauvre mar&#233;chal des logis ; il veut encore s'excuser en parlant de son indisposition subite ; mais les restes accusateurs du formidable d&#233;jeuner qu'il venait de faire, ne permettaient pas de croire &#224; sa maladie ; aussi le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras le traita-t-il fort rudement. Sa col&#232;re s'augmentait &#224; la pens&#233;e qu'un d&#233;tachement de cinquante cavaliers, confi&#233; &#224; la direction d'un simple soldat, avait probablement &#233;t&#233; d&#233;truit par l'ennemi, lorsque Pertelay et les deux housards qui l'accompagnaient arriv&#232;rent au galop, annon&#231;ant notre triomphe et la prochaine arriv&#233;e de dix-sept prisonniers. Comme le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, malgr&#233; cet heureux r&#233;sultat, accablait encore M. Canon de reproches, Pertelay lui dit avec sa rude franchise : &#171; Ne le grondez pas, mon g&#233;n&#233;ral ; il est si poltron que, s'il nous e&#251;t conduits, jamais l'exp&#233;dition n'e&#251;t r&#233;ussi ! &#187; Cette mani&#232;re d'arranger les choses aggrava naturellement la position d&#233;j&#224; si f&#226;cheuse de M. Canon, que le g&#233;n&#233;ral fit aussit&#244;t arr&#234;ter. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'arrivai sur ces entrefaites. Le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras cassa le pauvre M. Canon, et lui fit &#244;ter ses galons en pr&#233;sence du r&#233;giment d'infanterie et des cinquante housards ; puis, venant &#224; moi, dont-il ignorait le nom, il me dit : &#171; Vous avez parfaitement rempli une mission qu'on ne confie ordinairement qu'&#224; des officiers ; je regrette que les pouvoirs d'un g&#233;n&#233;ral de division n'aillent pas jusqu'&#224; pouvoir faire un sous-lieutenant ; le g&#233;n&#233;ral en chef seul a cette facult&#233;, je lui demanderai ce grade pour vous, mais en attendant je vous nomme mar&#233;chal des logis. &#187; Et il ordonna &#224; son aide de camp de me faire reconna&#238;tre devant le d&#233;tachement. Pour remplir cette formalit&#233;, l'aide de camp dut me demander mon nom, et ce fut seulement alors que le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras apprit que j'&#233;tais le fils de son camarade le g&#233;n&#233;ral Marbot. Je fus bien aise de cette aventure, puisqu'elle devait prouver &#224; mon p&#232;re que la faveur n'avait pas d&#233;cid&#233; ma promotion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les renseignements que le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras tira des prisonniers l'ayant d&#233;termin&#233; &#224; se porter en avant, le lendemain, il envoya l'ordre &#224; sa division de descendre des hauteurs de San-Giacomo et de venir bivouaquer le soir m&#234;me aupr&#232;s de l'auberge. Les prisonniers furent exp&#233;di&#233;s sur Finale ; quant aux chevaux, ils appartenaient de droit aux housards. Ils &#233;taient tous bons, mais, suivant l'usage du temps, qui avait pour but de favoriser les officiers mal mont&#233;s, un cheval de prise n'&#233;tait jamais vendu que cinq louis. C'&#233;tait un prix convenu, et l'on payait au comptant. D&#232;s que le camp fut &#233;tabli, la vente commen&#231;a. Le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, les officiers de son &#233;tat-major, les colonels et chefs de bataillon des r&#233;giments de sa division, eurent bient&#244;t enlev&#233; nos dix-sept chevaux, qui produisirent la somme de 85 louis. Elle fut remise &#224; mon d&#233;tachement, qui, n'ayant pas re&#231;u de solde depuis plus de six mois, fut enchant&#233; de cette bonne aubaine, dont les housards m'attribu&#232;rent le m&#233;rite. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais quelques pi&#232;ces d'or sur moi ; aussi, pour payer ma bienvenue comme sous-officier, non seulement je ne voulus pas prendre la part qui me revenait sur la vente des chevaux de prise, mais j'achetai &#224; l'aubergiste trois moutons, un &#233;norme fromage et une pi&#232;ce de vin, avec lesquels mon d&#233;tachement fit bombance. Ce jour, l'un des plus beaux de ma vie, &#233;tait le 10 frimaire an VIII. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain et les jours suivants, la division du g&#233;n&#233;ral S&#233;ras eut avec l'ennemi divers petits engagements pendant lesquels je continuai &#224; commander mes cinquante housards, &#224; la satisfaction du g&#233;n&#233;ral dont j'&#233;clairais la division. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, dans son rapport au g&#233;n&#233;ral Championnet, fit un &#233;loge pompeux de ma conduite, dont il rendit &#233;galement compte &#224; mon p&#232;re ; aussi lorsque, quelques jours apr&#232;s, je ramenai le d&#233;tachement &#224; Savone, mon p&#232;re me re&#231;ut-il avec les plus grandes d&#233;monstrations de tendresse. J'&#233;tais ravi ! Je rejoignis le bivouac, o&#249; tout le r&#233;giment &#233;tait r&#233;uni ; mon d&#233;tachement m'y avait devanc&#233;. Les cavaliers racont&#232;rent ce que nous avions fait, et toujours en me donnant la plus belle part du succ&#232;s. Je fus donc re&#231;u avec acclamation par les officiers et soldats, ainsi que par mes nouveaux camarades les sous-officiers, qui m'offrirent les galons de mar&#233;chal des logis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fut ce jour-l&#224; que je vis pour la premi&#232;re fois Pertelay jeune, qui revenait de G&#234;nes, o&#249; il avait &#233;t&#233; d&#233;tach&#233; plusieurs mois. Je me liai avec cet excellent homme et regrettai de ne l'avoir pas eu pour mentor au d&#233;but de ma carri&#232;re, car il me donna de bons conseils qui me rendirent plus calme et me firent rompre avec les gaillards de la clique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral en chef Championnet, voulant faire quelques op&#233;rations dans l'int&#233;rieur du Pi&#233;mont, vers Coni et Mondovi, et n'ayant que fort peu de cavalerie, prescrivit &#224; mon p&#232;re de lui envoyer le 1er de housards qui, du reste, ne pouvait plus rester &#224; la Madona, faute de fourrages. Je me s&#233;parai avec bien du regret de mon p&#232;re, et partis avec le r&#233;giment. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous suiv&#238;mes la Corniche jusqu'&#224; Albenga, travers&#226;mes l'Apennin malgr&#233; la neige, et entr&#226;mes dans les fertiles plaines du Pi&#233;mont. Le g&#233;n&#233;ral en chef soutint dans les environs de Fossano, de Novi et de Mondovi, une suite de combats dont les uns furent favorables et les autres contraires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans quelques-uns de ces combats, j'eus l'occasion de voir le g&#233;n&#233;ral de brigade Macard, soldat de fortune, que la tourmente r&#233;volutionnaire avait port&#233; presque sans transition du grade de trompette-major &#224; celui d'officier g&#233;n&#233;ral ! Le g&#233;n&#233;ral Macard, v&#233;ritable type de ces officiers cr&#233;&#233;s par le hasard et par leur courage, et qui, tout en d&#233;ployant une valeur tr&#232;s r&#233;elle devant l'ennemi, n'en &#233;taient pas moins incapables par leur manque d'instruction d'occuper convenablement les postes &#233;lev&#233;s, &#233;tait remarquable par une particularit&#233; tr&#232;s bizarre. Ce singulier personnage, v&#233;ritable colosse d'une bravoure extraordinaire, ne manquait pas de s'&#233;crier lorsqu'il allait charger &#224; la t&#234;te de ses troupes : &#171; Allons, je vais m'habiller en b&#234;te !&#8230; &#187; Il &#244;tait alors son habit, sa veste, sa chemise, et ne gardait que son chapeau empanach&#233;, sa culotte de peau et ses grosses bottes !&#8230; Ainsi nu jusqu'&#224; la ceinture, le g&#233;n&#233;ral Macard offrait aux regards un torse presque aussi velu que celui d'un ours, ce qui donnait &#224; sa personne l'aspect le plus &#233;trange ! Une fois habill&#233; en b&#234;te, comme il le disait lui-m&#234;me avec raison, le g&#233;n&#233;ral Macard se lan&#231;ait &#224; corps perdu, le sabre au poing, sur les cavaliers ennemis, en jurant comme un pa&#239;en ; mais il parvenait rarement &#224; les atteindre, car &#224; la vue si singuli&#232;re et si terrible &#224; la fois de cette esp&#232;ce de g&#233;ant &#224; moiti&#233; nu, couvert de poils et dans un si &#233;trange &#233;quipage, qui se pr&#233;cipitait sur eux en poussant des hurlements affreux, les ennemis se sauvaient de tous c&#244;t&#233;s, ne sachant trop s'ils avaient affaire &#224; un homme ou &#224; quelque animal f&#233;roce extraordinaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Macard &#233;tait n&#233;cessairement d'une compl&#232;te ignorance, ce qui amusait quelquefois beaucoup les officiers plus instruits que lui plac&#233;s sous ses ordres. Un jour, l'un de ceux-ci vint lui demander la permission d'aller &#224; la ville voisine se commander une paire de bottes. &#171; Parbleu, lui dit le g&#233;n&#233;ral Macard, cela arrive bien, et puisque tu vas chez un bottier, mets-toi l&#224;, prends-moi mesure, et commande-m'en aussi une paire. &#187; L'officier, fort surpris, r&#233;pond au g&#233;n&#233;ral qu'il ne peut lui prendre mesure, ignorant absolument comme il fallait s'y prendre pour cela, et n'ayant jamais &#233;t&#233; bottier. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Comment, s'&#233;crie le g&#233;n&#233;ral, je te vois quelquefois passer des journ&#233;es enti&#232;res &#224; crayonner et &#224; tirer des lignes vis-&#224;-vis des montagnes, et lorsque je te demande ce que tu fais l&#224;, tu me r&#233;ponds : &#171; Je prends la mesure de ces montagnes. &#187; Donc, puisque tu mesures des objets &#233;loign&#233;s de toi de plus d'une lieue, que viens-tu me conter que tu ne saurais me prendre mesure d'une paire de bottes, &#224; moi qui suis l&#224; sous ta main ?&#8230; Allons, prends-moi vite cette mesure sans faire de fa&#231;on ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'officier assure que cela lui est impossible, le g&#233;n&#233;ral insiste, jure, se f&#226;che, et ce ne fut qu'&#224; grand'peine que d'autres officiers, attir&#233;s par le bruit, parvinrent &#224; faire cesser cette sc&#232;ne ridicule. Le g&#233;n&#233;ral ne voulut jamais comprendre qu'un officier qui mesurait des montagnes ne p&#251;t prendre mesure d'une paire de bottes &#224; un homme !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ne croyez pas par cette anecdote que tous les officiers g&#233;n&#233;raux de l'arm&#233;e d'Italie fussent du genre du brave g&#233;n&#233;ral Macard. Loin de l&#224;, elle comptait un grand nombre d'hommes distingu&#233;s par leur instruction et leurs mani&#232;res ; mais &#224; cette &#233;poque, elle renfermait encore quelques chefs qui, ainsi que je l'ai dit tout &#224; l'heure, &#233;taient fort d&#233;plac&#233;s dans les rangs sup&#233;rieurs de l'arm&#233;e. Ils en furent &#233;vinc&#233;s peu &#224; peu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er de housards prit part &#224; tous les combats qui se livr&#232;rent &#224; cette &#233;poque dans le Pi&#233;mont, et fut sur le point d'&#233;prouver de tr&#232;s grandes pertes dans les rencontres avec la grosse cavalerie autrichienne. Apr&#232;s plusieurs marches et contremarches et une suite de petits engagements presque journaliers, le g&#233;n&#233;ral en chef Championnet, ayant r&#233;uni la gauche et le centre de son arm&#233;e entre Coni et Mondovi, attaqua, le 10 niv&#244;se, plusieurs divisions de l'arm&#233;e ennemie. Le combat eut lieu dans une plaine entrecoup&#233;e de monticules et de bouquets de bois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er de housards, attach&#233; &#224; la brigade du g&#233;n&#233;ral Beaumont, fut plac&#233; &#224; l'extr&#233;mit&#233; de l'aile droite fran&#231;aise. Vous savez que la quantit&#233; de cavaliers et d'officiers qui entre dans la composition d'un escadron est d&#233;termin&#233;e par les r&#232;glements. Notre r&#233;giment, ayant souffert dans les affaires pr&#233;c&#233;dentes, au lieu de mettre quatre escadrons en ligne, ne put en mettre ce jour-l&#224; que trois ; mais cela fait, il restait une trentaine d'hommes hors les rangs, dont cinq sous-officiers. J'&#233;tais du nombre, ainsi que les deux Pertelay. On nous forma en deux pelotons, dont le brave et intelligent Pertelay jeune eut le commandement. Le g&#233;n&#233;ral Beaumont, qui connaissait sa capacit&#233;, le chargea d'&#233;clairer le flanc droit de l'arm&#233;e, en lui donnant, sans autre instruction, l'ordre d'agir pour le mieux suivant les circonstances. Nous nous &#233;loignons donc du r&#233;giment et allons explorer la contr&#233;e. Pendant ce temps, le combat s'engage vivement entre les deux corps d'arm&#233;e. Une heure apr&#232;s, nous revenions sur les n&#244;tres sans avoir rien rencontr&#233; sur les flancs, lorsque Pertelay jeune aper&#231;oit en face de nous, et par cons&#233;quent &#224; l'extr&#233;mit&#233; gauche de la ligne ennemie, une batterie de huit pi&#232;ces dont le feu faisait beaucoup de ravages dans les rangs fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par une imprudence impardonnable, cette batterie autrichienne, afin d'avoir un tir plus assur&#233;, s'&#233;tait port&#233;e sur un petit plateau situ&#233; &#224; sept ou huit cents pas en avant de la division d'infanterie &#224; laquelle elle appartenait. Le commandant de cette artillerie se croyait en s&#251;ret&#233;, parce que le point qu'il occupait dominant toute la ligne fran&#231;aise, il pensait que si quelque troupe s'en d&#233;tachait pour venir l'attaquer, il l'apercevrait, et aurait le temps de regagner la ligne autrichienne. Il n'avait pas consid&#233;r&#233; qu'un petit bouquet de bois, plac&#233; fort pr&#232;s du point qu'il occupait, pouvait rec&#233;ler quelque parti fran&#231;ais. Il n'en contenait point encore, mais Pertelay jeune r&#233;solut d'y conduire son peloton et de fondre de l&#224; sur la batterie autrichienne. Pour cacher son mouvement aux artilleurs ennemis, Pertelay jeune, sachant tr&#232;s bien qu'&#224; la guerre on ne fait aucune attention &#224; un cavalier isol&#233;, nous expliqua son dessein, qui &#233;tait de nous faire aller individuellement prendre un d&#233;tour par un chemin creux pour nous rendre les uns apr&#232;s les autres derri&#232;re le bois plac&#233; &#224; gauche de la batterie ennemie, puis de nous &#233;lancer de l&#224; tous &#224; la fois sur elle, sans crainte de ses boulets, puisque nous arriverions par le flanc des pi&#232;ces que nous enl&#232;verions et conduirions &#224; l'arm&#233;e fran&#231;aise. Le mouvement s'ex&#233;cute sans que les artilleurs autrichiens le remarquent. Nous partons un &#224; un, et nous gagnons par une marche circulaire le derri&#232;re du petit bois, o&#249; nous reformons le peloton. Pertelay jeune se met &#224; notre t&#234;te, nous traversons le bois et nous nous &#233;lan&#231;ons le sabre &#224; la main sur la batterie ennemie, au moment o&#249; elle faisait un feu terrible sur nos troupes ! Nous sabrons une partie des artilleurs ; le reste se cache sous les caissons, o&#249; nos sabres ne peuvent les atteindre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Selon les instructions donn&#233;es par Pertelay jeune, nous ne devions ni tuer, ni blesser les soldats du train, mais les forcer, la pointe du sabre au corps, &#224; pousser leurs chevaux en avant et &#224; conduire les pi&#232;ces jusqu'&#224; ce que nous ayons atteint la ligne fran&#231;aise. Cet ordre fut parfaitement ex&#233;cut&#233; pour six pi&#232;ces, dont les conducteurs rest&#233;s &#224; cheval ob&#233;irent &#224; ce qu'on leur prescrivit ; mais ceux des deux autres canons, soit par frayeur, soit par r&#233;solution, se jet&#232;rent &#224; bas de leurs chevaux, et bien que quelques housards prissent ces animaux par la bride, ils ne voulurent pas marcher. Les bataillons ennemis peu &#233;loign&#233;s arrivent au pas de course au secours de leur batterie ; les minutes &#233;taient des heures pour nous ; aussi Pertelay jeune, satisfait d'avoir pris six pi&#232;ces, ordonna-t-il d'abandonner les autres et de nous diriger au galop avec notre capture sur l'arm&#233;e fran&#231;aise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette mesure &#233;tait prudente, elle devint fatale &#224; notre brave chef, car &#224; peine e&#251;mes-nous commenc&#233; notre retraite, que les artilleurs et leurs chefs, sortant de dessous les caissons o&#249; ils avaient trouv&#233; un asile assur&#233; contre nos sabres, chargent &#224; mitraille les deux pi&#232;ces que nous n'avions pu enlever, et nous envoient une gr&#234;le de bisca&#239;ens dans les reins !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous concevez que trente cavaliers, six pi&#232;ces attel&#233;es chacune de six chevaux conduits par trois soldats du train, tout cela, marchant en d&#233;sordre, pr&#233;sente une grande surface ; aussi les bisca&#239;ens port&#232;rent-ils presque tous. Nous e&#251;mes deux sous-officiers et plusieurs housards tu&#233;s ou bless&#233;s, ainsi qu'un ou deux conducteurs ; quelques chevaux furent aussi mis hors de combat, de sorte que la plupart des attelages, se trouvant d&#233;sorganis&#233;s, ne pouvaient plus marcher. Pertelay jeune, conservant le plus grand sang-froid, ordonne de couper les traits des chevaux tu&#233;s ou hors de service, de remplacer par des housards les conducteurs morts ou bless&#233;s, et de continuer rapidement notre course. Mais les quelques minutes que nous avions perdues &#224; faire cet arrangement avaient &#233;t&#233; utilis&#233;es par le chef de la batterie autrichienne ; il nous lance une seconde bord&#233;e de mitraille, qui nous cause de nouvelles pertes. Cependant nous &#233;tions si acharn&#233;s, si r&#233;solus &#224; ne pas abandonner les six pi&#232;ces que nous venions de prendre, que nous parvenons encore &#224; tout r&#233;parer tant bien que mal et &#224; nous remettre en marche. D&#233;j&#224; nous allions toucher la ligne fran&#231;aise, et nous nous trouvions hors de la port&#233;e de la mitraille, lorsque l'officier d'artillerie ennemie fait changer les projectiles et nous envoie deux boulets, dont l'un fracasse les reins du pauvre Pertelay jeune ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant notre attaque sur la batterie autrichienne et son r&#233;sultat avaient &#233;t&#233; aper&#231;us par l'arm&#233;e fran&#231;aise, dont les g&#233;n&#233;raux port&#232;rent les lignes en avant. Les ennemis recul&#232;rent, ce qui permit aux d&#233;bris du peloton du 1er de housards de revenir sur le terrain o&#249; nos malheureux camarades &#233;taient tomb&#233;s. Pr&#232;s d'un tiers du d&#233;tachement &#233;tait tu&#233; ou bless&#233;. Nous &#233;tions cinq sous-officiers au commencement de l'action, trois avaient p&#233;ri : il ne restait plus que Pertelay a&#238;n&#233; et moi. Le pauvre gar&#231;on &#233;tait bless&#233; et souffrait encore plus moralement que physiquement, car il adorait son fr&#232;re, que nous regrettions tous aussi bien vivement ! Pendant que nous lui rendions les derniers devoirs et relevions les bless&#233;s, le g&#233;n&#233;ral Championnet arriva aupr&#232;s de nous avec le g&#233;n&#233;ral Suchet, son chef d'&#233;tat-major. Le g&#233;n&#233;ral en chef avait vu la belle conduite du peloton. Il nous r&#233;unit aupr&#232;s des six pi&#232;ces que nous venions d'enlever, et apr&#232;s avoir donn&#233; les plus grands &#233;loges au courage avec lequel nous avions d&#233;barrass&#233; l'arm&#233;e fran&#231;aise d'une batterie qui lui faisait &#233;prouver de tr&#232;s grandes pertes, il ajouta que pour nous r&#233;compenser d'avoir ainsi sauv&#233; la vie &#224; un grand nombre de nos camarades, et contribu&#233; au succ&#232;s de la journ&#233;e, il voulait user du pouvoir que lui donnait un d&#233;cret r&#233;cent du premier Consul, qui venait d'instituer des armes d'honneur, et qu'il accordait au peloton trois sabres d'honneur et une sous-lieutenance, nous autorisant &#224; d&#233;signer nous-m&#234;mes ceux qui devraient recevoir ces r&#233;compenses. Nous regrettions encore plus vivement la perte du brave Pertelay jeune, qui aurait fait un si bon officier ! Pertelay a&#238;n&#233;, un brigadier et un housard obtinrent des sabres d'honneur qui, trois ans apr&#232;s, donn&#232;rent droit &#224; la croix de la L&#233;gion d'honneur. Il restait &#224; d&#233;signer celui d'entre nous qui aurait une sous-lieutenance. Tous mes camarades prononc&#232;rent mon nom, et le g&#233;n&#233;ral en chef, se rappelant ce que le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras lui avait &#233;crit sur la conduite que j'avais tenue &#224; San-Giacomo, me nomma sous-lieutenant !&#8230; Il n'y avait qu'un mois que j'&#233;tais mar&#233;chal des logis. Je dois avouer cependant que dans l'attaque et l'enl&#232;vement des pi&#232;ces, je n'avais rien fait de plus que mes camarades ; mais, ainsi que je l'ai d&#233;j&#224; dit, aucun de ces bons Alsaciens ne se sentait en &#233;tat de commander et d'&#234;tre officier. Ils me d&#233;sign&#232;rent donc &#224; l'unanimit&#233;, et le g&#233;n&#233;ral en chef voulut bien tenir compte de la proposition que le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras avait faite pr&#233;c&#233;demment en ma faveur ; peut-&#234;tre aussi, je dois le dire, fut-il bien aise de faire plaisir &#224; mon p&#232;re. Ce fut du moins ainsi que celui-ci appr&#233;cia mon prompt avancement, car d&#232;s qu'il en fut inform&#233;, il m'&#233;crivit pour me d&#233;fendre d'accepter. J'ob&#233;is ; mais comme mon p&#232;re avait &#233;crit dans le m&#234;me sens au g&#233;n&#233;ral Suchet, chef d'&#233;tat-major, celui-ci lui ayant r&#233;pondu que le g&#233;n&#233;ral en chef se trouverait certainement bless&#233; qu'un de ses g&#233;n&#233;raux de division e&#251;t la pr&#233;tention de d&#233;sapprouver les nominations qu'il avait faites en vertu de pouvoirs &#224; lui conf&#233;r&#233;s par le gouvernement, mon p&#232;re m'autorisa &#224; accepter, et je fus reconnu sous-lieutenant le 10 niv&#244;se an VII (d&#233;cembre 1799). &lt;br class='autobr' /&gt;
Je fus un des derniers officiers promus par le g&#233;n&#233;ral Championnet, qui, n'ayant pu se maintenir en Pi&#233;mont devant des forces sup&#233;rieures, se vit contraint de repasser l'Apennin et de ramener l'arm&#233;e dans la Ligurie. Ce g&#233;n&#233;ral &#233;prouva tant de douleur, en voyant une partie de ses troupes se d&#233;bander, parce qu'on ne lui donnait plus le moyen de les nourrir, qu'il mourut le 25 niv&#244;se, quinze jours apr&#232;s m'avoir fait officier. Mon p&#232;re, se trouvant le plus ancien g&#233;n&#233;ral de division, fut provisoirement investi du commandement en chef de l'arm&#233;e d'Italie, dont le quartier g&#233;n&#233;ral &#233;tait &#224; Nice. Il s'y rendit et s'empressa de renvoyer en Provence le peu de cavalerie qui restait encore, car il n'existait plus aucune provision de fourrages en Ligurie. Le 1er de housards rentra donc en France, mais mon p&#232;re me retint pour remplir aupr&#232;s de lui les fonctions d'aide de camp. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant notre s&#233;jour &#224; Nice, mon p&#232;re re&#231;ut du ministre de la guerre l'ordre d'aller prendre le commandement de l'avant-garde de l'arm&#233;e du Rhin, o&#249; son chef d'&#233;tat-major, le colonel M&#233;nard, devait le suivre. Nous f&#251;mes tous fort satisfaits de cette nouvelle situation, car la mis&#232;re avait jet&#233; les troupes de l'arm&#233;e d'Italie dans un tel d&#233;sordre qu'il paraissait impossible de se maintenir en Ligurie ; mon p&#232;re n'&#233;tait pas f&#226;ch&#233; de s'&#233;loigner d'une arm&#233;e en d&#233;composition, qui allait ternir ses lauriers par une honteuse retraite, dont le r&#233;sultat serait de se faire rejeter en France derri&#232;re le Var. Mon p&#232;re se pr&#233;para donc &#224; partir d&#232;s que le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na, nomm&#233; pour le remplacer, serait arriv&#233;, et il d&#233;p&#234;cha pour Paris M. Gault, son aide de camp, afin d'y acheter des cartes et faire divers pr&#233;paratifs pour notre campagne sur le Rhin. Mais le destin en avait d&#233;cid&#233; autrement, et la tombe de mon malheureux p&#232;re &#233;tait marqu&#233;e sur la terre d'Italie ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Mass&#233;na, en arrivant, ne trouva plus que l'ombre d'une arm&#233;e : les troupes sans paye, presque sans habits et sans chaussures, ne recevant que le quart de la ration, mouraient d'inanition ou bien d'une &#233;pid&#233;mie affreuse, r&#233;sultat des privations intol&#233;rables dont elles &#233;taient accabl&#233;es ; les h&#244;pitaux &#233;taient remplis et manquaient de m&#233;dicaments. Aussi des bandes de soldats, et m&#234;me des r&#233;giments entiers, abandonnaient journellement leur poste, se dirigeant vers le pont du Var, dont ils for&#231;aient le passage pour se rendre en France et se r&#233;pandre dans la Provence, quoiqu'ils se d&#233;clarassent pr&#234;ts &#224; revenir quand on leur donnerait du pain ! Les g&#233;n&#233;raux ne pouvaient lutter contre tant de mis&#232;re ; leur d&#233;couragement augmentait chaque jour, et tous demandaient des cong&#233;s ou se retiraient sous pr&#233;texte de maladie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mass&#233;na avait bien l'espoir d'&#234;tre rejoint en Italie par plusieurs des g&#233;n&#233;raux qui l'avaient aid&#233; &#224; battre les Russes en Helv&#233;tie, entre autres par Soult, Oudinot et Gazan ; mais aucun d'eux n'&#233;tait encore arriv&#233;, et il fallait pourvoir au besoin pressant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mass&#233;na, n&#233; &#224; la Turbie, bourgade de la petite principaut&#233; de Monaco, &#233;tait l'Italien le plus rus&#233; qui ait exist&#233;. Il ne connaissait pas mon p&#232;re, mais &#224; la premi&#232;re vue il jugea que c'&#233;tait un homme au c&#339;ur magnanime, aimant sa patrie par-dessus tout, et pour l'engager &#224; rester, il l'attaqua par son endroit sensible, la g&#233;n&#233;rosit&#233; et le d&#233;vouement au pays, lui exposant combien il serait beau &#224; lui de continuer &#224; servir dans l'arm&#233;e d'Italie malheureuse, plut&#244;t que d'aller sur le Rhin, o&#249; les affaires de la France &#233;taient en bon &#233;tat. Il ajouta que, du reste, il prenait sur lui l'inex&#233;cution des ordres que le gouvernement avait adress&#233;s &#224; mon p&#232;re, si celui-ci consentait &#224; ne pas partir. Mon p&#232;re, s&#233;duit par ces discours, et ne voulant pas laisser le nouveau g&#233;n&#233;ral en chef dans l'embarras, consentit &#224; rester avec lui. Il ne mettait pas en doute que son chef d'&#233;tat-major, le colonel M&#233;nard, son ami, ne renon&#231;&#226;t aussi &#224; aller sur le Rhin, puisque lui restait en Italie ; mais il en fut autrement. M&#233;nard s'en tint &#224; l'ordre qu'il avait re&#231;u, bien qu'on l'assur&#226;t qu'on le ferait annuler s'il y consentait. Mon p&#232;re fut tr&#232;s sensible &#224; cet abandon. M&#233;nard se h&#226;ta de regagner Paris, o&#249; il se fit accepter comme chef d'&#233;tat-major du g&#233;n&#233;ral Lefebvre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re se rendit &#224; G&#234;nes, o&#249; il prit le commandement des trois divisions dont se composait l'aile droite de l'arm&#233;e. Malgr&#233; la mis&#232;re, le carnaval fut assez gai dans cette ville ; les Italiens aiment tant le plaisir ! Nous &#233;tions log&#233;s au palais Centurione, o&#249; nous pass&#226;mes la fin de l'hiver 1799 &#224; 1800. Mon p&#232;re avait laiss&#233; Spire &#224; Nice, avec le gros de ses bagages. Il prit le colonel Sacleux pour chef d'&#233;tat-major ; c'&#233;tait un homme fort estimable, bon militaire, d'un caract&#232;re fort doux, mais grave et s&#233;rieux. Celui-ci avait pour secr&#233;taire un charmant jeune homme nomm&#233; Colindo, fils du banquier Trepano, de Parme, qu'il avait recueilli &#224; la suite d'aventures trop longues &#224; raconter. Il fut pour moi un excellent ami. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au commencement du printemps de 1800, mon p&#232;re apprit que le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na venait de donner le commandement de l'aile droite au g&#233;n&#233;ral Soult, nouvellement arriv&#233; et bien moins ancien que lui, et il re&#231;ut l'ordre de retourner &#224; Savone se remettre &#224; la t&#234;te de son ancienne division, la troisi&#232;me. Mon p&#232;re ob&#233;it, quoique son amour-propre f&#251;t bless&#233; de cette nouvelle destination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, de bien grands &#233;v&#233;nements se pr&#233;paraient autour de nous en Italie. Mass&#233;na avait re&#231;u quelques renforts, r&#233;tabli un peu d'ordre dans son arm&#233;e, et la c&#233;l&#232;bre campagne de 1800, celle qui amena le m&#233;morable si&#232;ge de G&#234;nes et la bataille de Marengo, allait s'ouvrir. Les neiges dont &#233;taient couvertes les montagnes qui s&#233;paraient les deux arm&#233;es &#233;tant fondues, les Autrichiens nous attaqu&#232;rent, et leurs premiers efforts port&#232;rent sur la troisi&#232;me division de l'aile droite, qu'ils voulaient s&#233;parer du centre et de la gauche en la rejetant de Savone sur G&#234;nes. D&#232;s que les hostilit&#233;s recommenc&#232;rent, mon p&#232;re et le colonel Sacleux envoy&#232;rent &#224; G&#234;nes tous les non-combattants ; Colindo &#233;tait de ce nombre. Quant &#224; moi, je nageais dans la joie, anim&#233; que j'&#233;tais par la vue des troupes en marche, les mouvements bruyants de l'artillerie et le d&#233;sir qu'a toujours un jeune militaire d'assister &#224; des op&#233;rations de guerre. J'&#233;tais loin de me douter que cette guerre deviendrait si terrible et me co&#251;terait bien cher ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La division de mon p&#232;re, tr&#232;s vivement attaqu&#233;e par des forces infiniment sup&#233;rieures, d&#233;fendit pendant deux jours les c&#233;l&#232;bres positions de Cadibone et de Montenotte ; mais enfin, se voyant sur le point d'&#234;tre tourn&#233;e, elle dut se retirer sur Voltri et de l&#224; sur G&#234;nes, o&#249; elle s'enferma avec les deux autres divisions de l'aile droite. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'entendais tous les g&#233;n&#233;raux instruits d&#233;plorer la n&#233;cessit&#233; qui nous for&#231;ait &#224; nous s&#233;parer du centre et de l'aile gauche ; mais j'&#233;tais alors si peu au fait de la guerre, que je n'en &#233;tais nullement affect&#233;. Je comprenais bien que nous avions &#233;t&#233; battus ; mais comme j'avais pris de ma main, en avant de Montenotte, un officier de housards de Barco, et m'&#233;tais empar&#233; de son panache que j'avais fi&#232;rement attach&#233; &#224; la t&#234;ti&#232;re de la bride de mon cheval, il me semblait que ce troph&#233;e me donnait quelque ressemblance avec les chevaliers du moyen &#226;ge, revenant charg&#233;s des d&#233;pouilles des infid&#232;les. Ma vanit&#233; pu&#233;rile fut bient&#244;t rabattue par un &#233;v&#233;nement affreux. Pendant la retraite, et au moment o&#249; mon p&#232;re me donnait un ordre &#224; porter, il re&#231;ut une balle dans la jambe gauche, celle qui d&#233;j&#224; avait &#233;t&#233; bless&#233;e d'une balle &#224; l'arm&#233;e des Pyr&#233;n&#233;es. La commotion fut si forte, que mon p&#232;re serait tomb&#233; de cheval s'il ne se f&#251;t appuy&#233; sur moi. Je l'&#233;loignai du champ de bataille ; on le pansa, je voyais couler son sang et je me mis &#224; pleurer&#8230; Il chercha &#224; me calmer et me dit qu'un guerrier devait avoir plus de fermet&#233;&#8230; On transporta mon p&#232;re &#224; G&#234;nes, au palais Centurione, qu'il avait occup&#233; pendant le dernier hiver. Nos trois divisions &#233;tant entr&#233;es dans G&#234;nes, les Autrichiens en firent le blocus par terre et les Anglais par mer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne me sens pas le courage de d&#233;crire ce que la garnison et la population de G&#234;nes eurent &#224; souffrir pendant les deux mois que dura ce si&#232;ge m&#233;morable. La famine, la guerre et un terrible typhus firent des ravages immenses !&#8230; La garnison perdit dix mille hommes sur seize mille, et l'on ramassait tous les jours dans les rues sept &#224; huit cents cadavres d'habitants de tout &#226;ge, de tout sexe et de toute condition, qu'on portait derri&#232;re l'&#233;glise de Carignan dans une &#233;norme fosse remplie de chaux vive. Le nombre de ces victimes s'&#233;leva &#224; plus de trente mille, presque toutes mortes de faim !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour comprendre jusqu'&#224; quel point le manque de vivres se fit sentir parmi les habitants, il faut savoir que l'ancien gouvernement g&#233;nois, pour contenir la population de la ville, s'&#233;tait de temps imm&#233;morial empar&#233; du monopole des grains, des farines et du pain, lequel &#233;tait confectionn&#233; dans un immense &#233;tablissement garni de canons et gard&#233; par des troupes, de sorte que lorsque le doge ou le S&#233;nat voulaient pr&#233;venir ou punir une r&#233;volte, ils fermaient les fours de l'&#201;tat et prenaient le peuple par la famine. Bien qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; nous &#233;tions la Constitution g&#233;noise e&#251;t subi de grandes modifications, et que l'aristocratie n'y e&#251;t que fort peu de pr&#233;pond&#233;rance, il n'y avait cependant pas une seule boulangerie particuli&#232;re, et l'ancien usage de faire le pain aux fours publics s'&#233;tait perp&#233;tu&#233;. Or, ces fours publics, qui alimentaient habituellement une population de plus de cent vingt mille &#226;mes, rest&#232;rent ferm&#233;s pendant quarante-cinq jours, sur soixante que dura le si&#232;ge ! les riches n'ayant pas plus que les pauvres le moyen de se procurer du pain !&#8230; Le peu de l&#233;gumes secs et de riz qui se trouvait chez les marchands avait &#233;t&#233; enlev&#233; &#224; des prix &#233;normes d&#232;s le commencement du si&#232;ge. Les troupes seules recevaient une faible ration d'un quart de livre de chair de cheval et d'un quart de livre de ce qu'on appelait du pain, affreux m&#233;lange compos&#233; de farines avari&#233;es, de son, d'amidon, de poudre &#224; friser, d'avoine, de graine de lin, de noix rances et autres substances de mauvaise qualit&#233;, auxquelles on donnait un peu de solidit&#233; en y m&#234;lant quelques parties de cacao, chaque pain &#233;tant d'ailleurs int&#233;rieurement soutenu par de petits morceaux de bois, sans quoi il serait tomb&#233; en poudre. Le g&#233;n&#233;ral Thibauld, dans son journal du si&#232;ge, compare ce pain &#224; de la tourbe m&#233;lang&#233;e d'huile !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant quarante-cinq jours, on ne vendit au public ni pain ni viande. Les habitants les plus riches purent (et seulement vers le commencement du si&#232;ge) se procurer quelque peu de morue, des figues et autres denr&#233;es s&#232;ches, ainsi que du sucre. L'huile, le vin et le sel ne manqu&#232;rent jamais ; mais que sont ces denr&#233;es sans aliments solides ? Tous les chiens et les chats de la ville furent mang&#233;s. Un rat se vendait fort cher. Enfin, la mis&#232;re devint si affreuse, que lorsque les troupes fran&#231;aises faisaient une sortie, les habitants les suivaient en foule hors des portes, et l&#224;, riches et pauvres, femmes, enfants et vieillards, se mettaient &#224; couper de l'herbe, des orties et des feuilles qu'ils faisaient ensuite cuire avec du sel&#8230; Le gouvernement g&#233;nois fit faucher l'herbe qui croissait sur les remparts, puis il la faisait cuire sur les places publiques et la distribuait ensuite aux malheureux malades qui n'avaient pas la force d'aller chercher eux-m&#234;mes et de pr&#233;parer ce grossier aliment. Nos troupes elles-m&#234;mes faisaient cuire des orties et toutes sortes d'herbes avec de la chair de cheval. Les familles les plus riches et les plus distingu&#233;es leur enviaient cette viande, toute d&#233;go&#251;tante qu'elle f&#251;t, car la p&#233;nurie des fourrages avait rendu presque tous les chevaux malades, et l'on distribuait m&#234;me la chair de ceux qui mouraient d'&#233;tisie !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant la derni&#232;re partie du si&#232;ge, l'exasp&#233;ration du peuple g&#233;nois &#233;tait &#224; craindre. On l'entendait s'&#233;crier qu'en 1746 leurs p&#232;res avaient massacr&#233; une arm&#233;e autrichienne, qu'il fallait essayer de se d&#233;barrasser de m&#234;me de l'arm&#233;e fran&#231;aise, et qu'en d&#233;finitive, il valait mieux mourir en combattant, que de mourir de faim apr&#232;s avoir vu succomber leurs femmes et leurs enfants. Ces sympt&#244;mes de r&#233;volte &#233;taient d'autant plus effrayants, que s'ils se fussent r&#233;alis&#233;s, les Anglais par mer et les Autrichiens par terre seraient indubitablement accourus joindre leurs efforts &#224; ceux des insurg&#233;s pour nous accabler. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au milieu de dangers si imminents et de calamit&#233;s de tous genres, le g&#233;n&#233;ral en chef Mass&#233;na restait impassible et calme, et pour &#233;viter toute tentative d'&#233;meute, il fit proclamer que les troupes fran&#231;aises avaient ordre de faire feu sur toute r&#233;union d'habitants qui s'&#233;l&#232;verait &#224; plus de quatre hommes. Nos r&#233;giments bivouaquaient constamment sur les places et dans les rues principales, dont les avenues &#233;taient munies de canons charg&#233;s &#224; mitraille. Ne pouvant se r&#233;unir, les G&#233;nois furent dans l'impossibilit&#233; de se r&#233;volter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous vous &#233;tonnerez sans doute que le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na m&#238;t tant d'obstination &#224; conserver une place dont il ne pouvait nourrir la population et sustenter &#224; peine la garnison. Mais G&#234;nes pesait alors d'un poids immense dans les destin&#233;es de la France. Notre arm&#233;e &#233;tait coup&#233;e ; le centre et l'aile gauche s'&#233;taient retir&#233;s derri&#232;re le Var, tandis que Mass&#233;na s'&#233;tait enferm&#233; dans G&#234;nes pour retenir devant cette place une partie de l'arm&#233;e autrichienne, l'emp&#234;chant ainsi de porter toutes ses forces sur la Provence. Mass&#233;na savait que le premier Consul r&#233;unissait &#224; Dijon, &#224; Lyon et &#224; Gen&#232;ve, une arm&#233;e de r&#233;serve, avec laquelle il se proposait de passer les Alpes par le Saint-Bernard, afin de rentrer en Italie, de surprendre les Autrichiens et de tomber sur leurs derri&#232;res, pendant qu'ils ne s'occupaient que du soin de prendre G&#234;nes. Nous avions donc un immense int&#233;r&#234;t &#224; conserver cette ville le plus longtemps possible, ainsi que le prescrivaient les ordres du premier Consul, dont les pr&#233;visions furent justifi&#233;es par les &#233;v&#233;nements. Mais revenons &#224; ce qui m'advint pendant ce si&#232;ge m&#233;morable. &lt;br class='autobr' /&gt;
En apprenant qu'on avait transport&#233; &#224; G&#234;nes mon p&#232;re bless&#233;, Colindo Trepano accourut aupr&#232;s de son lit de douleur, et c'est l&#224; que nous nous retrouv&#226;mes. Il m'aida de la mani&#232;re la plus affectueuse &#224; soigner mon p&#232;re, et je lui en sus d'autant plus de gr&#233;, qu'au milieu des calamit&#233;s dont nous &#233;tions environn&#233;s, mon p&#232;re n'avait personne aupr&#232;s de lui. Tous les officiers d'&#233;tat-major re&#231;urent l'ordre d'aller faire le service aupr&#232;s du g&#233;n&#233;ral en chef. Bient&#244;t on refusa des vivres &#224; nos domestiques, qui furent contraints de prendre un fusil et de se ranger parmi les combattants pour avoir droit &#224; la ch&#233;tive ration que l'on distribuait aux soldats. On ne fit exception que pour un jeune valet de chambre nomm&#233; Oudin et pour un jeune jockey qui soignait nos chevaux ; mais Oudin nous abandonna d&#232;s qu'il eut appris que mon p&#232;re &#233;tait atteint du typhus. Cette affreuse maladie, ainsi que la peste avec laquelle elle a beaucoup d'analogie, se jette presque toujours sur les bless&#233;s et sur les individus d&#233;j&#224; malades. Mon p&#232;re en fut atteint, et dans le moment o&#249; il avait le plus besoin de soins, il n'avait aupr&#232;s de lui que moi, Colindo et le jockey Bastide. Nous suivions de notre mieux les prescriptions du docteur, nous ne dormions ni jour ni nuit, &#233;tant sans cesse occup&#233;s &#224; frictionner mon p&#232;re avec de l'huile camphr&#233;e et &#224; le changer de lit et de linge. Mon p&#232;re ne pouvait prendre d'autre nourriture que du bouillon, et je n'avais pour en faire que de la mauvaise chair de cheval ; mon c&#339;ur &#233;tait d&#233;chir&#233; !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
La Providence nous envoya un secours. Les grands b&#226;timents des fours publics &#233;taient contigus aux murs du palais que nous habitions ; les terrasses se touchaient. Celle des fours publics &#233;tait immense ; on y faisait le m&#233;lange et le broiement des grenailles de toute esp&#232;ce qu'on ajoutait aux farines avari&#233;es pour faire le pain de la garnison. Le jockey Bastide avait remarqu&#233; que lorsque les ouvriers de la manutention avaient quitt&#233; la terrasse, elle &#233;tait envahie par de nombreux pigeons qui, nich&#233;s dans les divers clochers de la ville, avaient l'habitude de venir ramasser le peu de grains que le criblage avait r&#233;pandus sur les dalles. Bastide, qui &#233;tait d'une rare intelligence, franchissant le petit espace qui s&#233;parait les deux terrasses, alla tendre sur celle des fours publics des lacets et autres engins, avec lesquels il prenait des pigeons dont nous faisions du bouillon pour mon p&#232;re, qui le trouvait excellent en comparaison de celui de cheval. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux horreurs de la famine et du typhus, se joignaient celles d'une guerre acharn&#233;e et incessante, car les troupes fran&#231;aises combattaient toute la journ&#233;e du c&#244;t&#233; de terre contre les Autrichiens, et d&#232;s que la nuit mettait un terme &#224; leurs attaques, les flottes anglaise, turque et napolitaine, que l'obscurit&#233; d&#233;robait au tir des canons du port et des batteries de la c&#244;te, s'approchaient de la ville, sur laquelle elles lan&#231;aient une immense quantit&#233; de bombes, qui faisaient des ravages affreux !&#8230; Aussi, pas un instant de repos !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le bruit du canon, les cris des mourants, p&#233;n&#233;traient jusqu'&#224; mon p&#232;re et l'agitaient au dernier point : il regrettait de ne pouvoir se mettre &#224; la t&#234;te des troupes de sa division. Cet &#233;tat moral empirait sa position ; sa maladie s'aggravait de jour en jour ; il s'affaiblissait visiblement. Colindo et moi ne le quittions pas un instant. Enfin, une nuit, pendant que j'&#233;tais &#224; genoux aupr&#232;s de son lit pour imbiber sa blessure, il me parla avec toute la pl&#233;nitude de sa raison, puis, sentant sa fin approcher, il pla&#231;a sa main sur ma t&#234;te, l'y promena d'une fa&#231;on caressante en disant : &#171; Pauvre enfant, que va-t-il devenir, seul et sans appui, au milieu des horreurs de ce terrible si&#232;ge ?&#8230; &#187; Il balbutia encore quelques paroles, parmi lesquelles je d&#233;m&#234;lai le nom de ma m&#232;re, laissa tomber ses bras et ferma les yeux !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quoique bien jeune, et depuis peu de temps au service, j'avais vu beaucoup de morts sur le terrain de divers combats et surtout dans les rues de G&#234;nes ; mais ils &#233;taient tomb&#233;s en plein air, encore couverts de leurs v&#234;tements, ce qui donne un aspect bien diff&#233;rent de celui d'un homme qui meurt dans son lit, et je n'avais jamais &#233;t&#233; t&#233;moin de ce dernier et triste spectacle. Je crus donc que mon p&#232;re venait de c&#233;der au sommeil. Colindo comprit la v&#233;rit&#233;, mais n'eut pas le courage de me la dire, et je ne fus tir&#233; de mon erreur que plusieurs heures apr&#232;s, lorsque M. Lach&#232;ze &#233;tant arriv&#233;, je lui vis relever le drap du lit sur la figure de mon p&#232;re, en disant : &#171; C'est une perte affreuse pour sa famille et ses amis !&#8230; &#187; Alors seulement je compris l'&#233;tendue de mon malheur&#8230; Ma douleur fut si d&#233;chirante qu'elle toucha m&#234;me le g&#233;n&#233;ral en chef Mass&#233;na, dont le c&#339;ur n'&#233;tait cependant pas facile &#224; &#233;mouvoir, surtout dans les circonstances pr&#233;sentes, o&#249; il avait besoin de tant de fermet&#233;. La position critique dans laquelle il se trouvait lui fit prendre &#224; mon &#233;gard une mesure qui me parut atroce, et que cependant je prendrais aussi moi-m&#234;me si je commandais dans une ville assi&#233;g&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#233;viter tout ce qui aurait pu affaiblir le moral des troupes, le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na avait d&#233;fendu la pompe des fun&#233;railles, et comme il savait que je n'avais pas voulu quitter la d&#233;pouille mortelle de mon p&#232;re bien-aim&#233;, qu'il pensait que mon projet &#233;tait de l'accompagner jusqu'&#224; sa tombe, et qu'il craignait que les troupes ne s'attendrissent en voyant un jeune officier, &#224; peine au sortir de l'enfance, suivre en sanglotant la bi&#232;re de son p&#232;re, g&#233;n&#233;ral de division, victime de la terrible guerre que nous soutenions, Mass&#233;na vint le lendemain avant le jour dans la chambre o&#249; gisait mon p&#232;re, et, me prenant par la main, il me conduisit sous un pr&#233;texte quelconque dans un salon &#233;loign&#233;, pendant que sur son ordre douze grenadiers, accompagn&#233;s seulement d'un officier et du colonel Sacleux, enlev&#232;rent la bi&#232;re en silence et all&#232;rent la d&#233;poser dans la tombe provisoire, sur les remparts du c&#244;t&#233; de la mer. Ce ne fut qu'apr&#232;s que cette triste c&#233;r&#233;monie fut termin&#233;e, que le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na m'en instruisit en m'expliquant les motifs de sa d&#233;cision&#8230; Non, je ne pourrai exprimer le d&#233;sespoir dans lequel cela me jeta !&#8230; Il me semblait que je perdais une seconde fois mon pauvre p&#232;re que l'on venait d'enlever &#224; mes derniers soins !&#8230; Mes plaintes furent vaines, et il ne me restait plus que d'aller prier sur la tombe de mon p&#232;re. J'ignorais o&#249; elle &#233;tait, mais mon ami Colindo avait suivi de loin le convoi, et il me conduisit&#8230; Ce bon jeune homme me donna en cette circonstance les preuves d'une touchante sympathie, quand chaque individu ne pensait qu'&#224; sa position personnelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Presque tous les officiers d'&#233;tat-major de mon p&#232;re avaient &#233;t&#233; tu&#233;s ou emport&#233;s par le typhus. Sur onze que nous &#233;tions avant la campagne, il n'en restait plus que deux : Le commandant R*** et moi ! Mais R*** ne s'occupait que de lui et, au lieu de servir d'appui au fils de son g&#233;n&#233;ral, il continua d'habiter seul en ville. M. Lach&#232;ze m'abandonna aussi !&#8230; Il n'y eut que le bon colonel Sacleux qui me donna quelques marques d'int&#233;r&#234;t ; mais le g&#233;n&#233;ral en chef lui ayant donn&#233; le commandement d'une brigade, il &#233;tait constamment hors des murs, occup&#233; &#224; repousser les ennemis. Je restai donc seul dans l'immense palais Centurione, avec Colindo, Bastide et le vieux concierge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une semaine s'&#233;tait &#224; peine &#233;coul&#233;e depuis que j'avais eu le malheur de perdre mon p&#232;re, lorsque le g&#233;n&#233;ral en chef Mass&#233;na, qui avait besoin d'un grand nombre d'officiers autour de lui (car il en faisait tuer ou blesser quelques-uns presque tous les jours), me fit ordonner d'aller faire aupr&#232;s de lui le service d'aide de camp, ainsi que le faisaient R*** et tous les officiers des g&#233;n&#233;raux morts ou hors d'&#233;tat de monter &#224; cheval. J'ob&#233;is&#8230; Je suivais toute la journ&#233;e le g&#233;n&#233;ral en chef dans les combats, et, lorsque je n'&#233;tais pas retenu au quartier g&#233;n&#233;ral, je rentrais, et la nuit venue, Colindo et moi, passant au milieu des mourants et des cadavres d'hommes, de femmes et d'enfants qui encombraient les rues, nous allions prier au tombeau de mon p&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
La famine augmentait d'une fa&#231;on effrayante dans la place. Un ordre du g&#233;n&#233;ral en chef prescrivait de ne laisser &#224; chaque officier qu'un seul cheval, tous les autres devaient &#234;tre envoy&#233;s &#224; la boucherie. Mon p&#232;re en avait laiss&#233; plusieurs ; il m'aurait &#233;t&#233; tr&#232;s p&#233;nible de savoir qu'on allait tuer ces pauvres b&#234;tes. Je leur sauvai la vie en proposant &#224; des officiers d'&#233;tat-major de les leur donner en &#233;change de leurs montures us&#233;es que je livrai &#224; la boucherie. Ces chevaux furent plus tard pay&#233;s par l'&#201;tat sur la pr&#233;sentation de l'ordre de livraison ; je conservai un de ces ordres comme monument curieux ; il porte la signature du g&#233;n&#233;ral Oudinot, chef d'&#233;tat-major de Mass&#233;na. &lt;br class='autobr' /&gt;
La perte cruelle que je venais d'&#233;prouver, la position dans laquelle je me trouvais et la vue des sc&#232;nes vraiment horribles auxquelles j'assistais tous les jours, avaient en peu de temps m&#251;ri ma raison plus que ne l'auraient fait plusieurs ann&#233;es de bonheur. Je compris que la mis&#232;re et les calamit&#233;s du si&#232;ge rendant &#233;go&#239;stes tous ceux qui, quelques mois auparavant, comblaient mon p&#232;re de pr&#233;venances, je devais trouver en moi-m&#234;me assez de courage et de ressources, non seulement pour me suffire, mais pour servir d'appui &#224; Colindo et &#224; Bastide. Le plus important &#233;tait de trouver le moyen de les nourrir, puisqu'ils ne recevaient pas de vivres des magasins de l'arm&#233;e. J'avais bien, comme officier, deux rations de chair de cheval et deux rations de pain, mais tout cela r&#233;uni ne faisait qu'une livre pesant d'une tr&#232;s mauvaise nourriture, et nous &#233;tions trois !&#8230; Nous ne prenions plus que tr&#232;s rarement des pigeons, dont le nombre avait infiniment diminu&#233;. En ma qualit&#233; d'aide de camp du g&#233;n&#233;ral en chef, j'avais bien mon couvert &#224; sa table, sur laquelle on servait une fois par jour du pain, du cheval r&#244;ti et des pois chiches ; mais j'&#233;tais tellement courrouc&#233; de ce que le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na m'avait priv&#233; de la triste consolation d'accompagner le cercueil de mon p&#232;re, que je ne pouvais me r&#233;soudre &#224; aller prendre place &#224; sa table, quoique tous mes camarades y fussent et qu'il m'y e&#251;t engag&#233; une fois pour toutes. Mais enfin, le d&#233;sir de secourir mes deux malheureux commensaux me d&#233;cida &#224; aller manger chez le g&#233;n&#233;ral en chef. D&#232;s lors, Colindo et Bastide eurent chacun un quart de livre de pain et autant de chair de cheval. Moi-m&#234;me, je ne mangeais pas suffisamment, car &#224; la table du g&#233;n&#233;ral en chef les portions &#233;taient extr&#234;mement exigu&#235;s, et je faisais un service tr&#232;s p&#233;nible ; aussi sentais-je mes forces s'affaiblir, et il m'arrivait souvent d'&#234;tre oblig&#233; de m'&#233;tendre &#224; terre pour ne pas tomber en d&#233;faillance. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Providence vint encore &#224; notre secours. Bastide &#233;tait n&#233; dans le Cantal, et avait rencontr&#233; l'hiver d'avant un autre Auvergnat de sa connaissance &#233;tabli &#224; G&#234;nes, o&#249; il faisait un petit commerce. Il alla le voir et fut frapp&#233;, en entrant chez lui, de sentir l'odeur que r&#233;pand la boutique d'un &#233;picier. Il en fit l'observation &#224; son ami, en lui disant : &#171; Tu as des provisions ?&#8230; &#187; Celui-ci en convint en lui demandant le secret, car les provisions de tout genre qu'on d&#233;couvrait chez les particuliers &#233;taient enlev&#233;es et transport&#233;es dans les magasins de l'arm&#233;e. L'intelligent Bastide offrit alors de lui faire acheter la portion de denr&#233;es qu'il aurait de trop par quelqu'un qui le solderait sur-le-champ et garderait un secret inviolable, et il vint m'informer de sa d&#233;couverte. Mon p&#232;re avait laiss&#233; quelques milliers de francs. J'achetai donc et fis porter de nuit chez moi beaucoup de morue, de fromage, de figues, de sucre, de chocolat, etc., etc. Tout cela fut horriblement cher ; l'Auvergnat eut presque tout mon argent, mais je m'estimai trop heureux d'en passer par o&#249; il voulut, car, d'apr&#232;s ce que j'entendais dire journellement au quartier g&#233;n&#233;ral, le si&#232;ge devait &#234;tre encore fort long, et la famine aller toujours en augmentant, ce qui, malheureusement, se r&#233;alisa. Ce qui doublait le bonheur que j'avais eu de me procurer des subsistances, c'&#233;tait la pens&#233;e que je sauvais la vie de mon ami Colindo qui, sans cela, serait litt&#233;ralement mort de faim, car il ne connaissait dans l'arm&#233;e que moi et le colonel Sacleux, qui ne tarda pas &#224; &#234;tre frapp&#233; d'un affreux malheur ; voici en quelles circonstances : &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na, attaqu&#233; de toutes parts, voyant ses troupes moissonn&#233;es par des combats continuels et par la famine, oblig&#233; de contenir une population immense que la faim poussait au d&#233;sespoir, se trouvait dans une position des plus critiques, et sentait que pour maintenir le bon ordre dans l'arm&#233;e, il fallait y &#233;tablir une discipline de fer. Aussi tout officier qui n'ex&#233;cutait pas ponctuellement ses ordres &#233;tait-il impitoyablement destitu&#233;, en vertu des pouvoirs que les lois d'alors conf&#233;raient aux g&#233;n&#233;raux en chef. Plusieurs exemples de ce genre avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faits, lorsque, dans une sortie que nous pouss&#226;mes &#224; six lieues de la place, la brigade command&#233;e par le colonel Sacleux ne s'&#233;tant pas trouv&#233;e, &#224; l'heure indiqu&#233;e, dans une vall&#233;e dont elle devait fermer le passage aux Autrichiens, ceux-ci s'&#233;chapp&#232;rent, et le g&#233;n&#233;ral en chef, furieux de voir manquer le r&#233;sultat de ses combinaisons, destitua le pauvre colonel Sacleux, en le signalant dans un ordre du jour. Sacleux avait bien pu ne pas comprendre ce qu'on attendait de lui, mais il &#233;tait fort brave. Certainement, il se serait, dans son d&#233;sespoir, fait sauter la cervelle, s'il n'avait eu &#224; c&#339;ur de r&#233;tablir son honneur. Il prit un fusil, et se pla&#231;a dans les rangs comme soldat&#8230; Il vint un jour nous voir ; Colindo et moi e&#251;mes le c&#339;ur navr&#233;, en voyant cet excellent homme habill&#233; en simple fantassin. Nous f&#238;mes nos adieux &#224; Sacleux, qui, apr&#232;s la reddition de la place, fut r&#233;int&#233;gr&#233; dans son grade de colonel par le premier Consul, &#224; la demande de Mass&#233;na lui-m&#234;me, que Sacleux avait forc&#233;, par son courage, &#224; revenir sur son compte. Mais l'ann&#233;e suivante, Sacleux, voyant la paix faite en Europe, et voulant se laver compl&#232;tement du reproche qui lui avait &#233;t&#233; adress&#233; si injustement, demanda &#224; aller faire la guerre &#224; Saint-Domingue, o&#249; il fut tu&#233; au moment o&#249; il allait &#234;tre nomm&#233; g&#233;n&#233;ral de brigade !&#8230; Il est des hommes qui, malgr&#233; leur m&#233;rite, ont une destin&#233;e bien cruelle : celui-ci en est un exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne puis parler que tr&#232;s succinctement des op&#233;rations du si&#232;ge ou blocus que nous soutenions. Les fortifications de G&#234;nes ne consistaient, &#224; cette &#233;poque, du c&#244;t&#233; de la terre, qu'en une simple muraille flanqu&#233;e de tours ; mais ce qui rendait la place tr&#232;s susceptible d'une bonne d&#233;fense, c'est qu'elle est entour&#233;e, &#224; peu de distance, par des montagnes dont les sommets et les flancs sont garnis de forts et de redoutes. Les Autrichiens attaquaient constamment ces positions ; d&#232;s qu'ils en enlevaient une, nous marchions pour la reprendre, et le lendemain ils cherchaient encore &#224; s'en emparer ; s'ils y parvenaient, nous allions les en chasser derechef. Enfin, c'&#233;tait une navette continuelle, avec des chances diff&#233;rentes, mais, en r&#233;sultat, nous finissions par rester ma&#238;tres du terrain. Ces combats &#233;taient souvent tr&#232;s vifs. Dans l'un d'eux, le g&#233;n&#233;ral Soult, qui &#233;tait le bras droit de Mass&#233;na, gravissait &#224; la t&#234;te de ses colonnes le Monte-Corona, pour reprendre le fort de ce nom que nous avions perdu la veille, lorsqu'une balle lui brisa le genou au moment o&#249; les ennemis, infiniment plus nombreux que nous, descendaient en courant du haut de la montagne. Il &#233;tait impossible que le peu de troupes que nous avions sur ce point p&#251;t r&#233;sister &#224; une telle avalanche. Il fallut donc battre en retraite. Les soldats port&#232;rent quelque temps le g&#233;n&#233;ral Soult sur leurs fusils, mais les douleurs intol&#233;rables qu'il &#233;prouvait le d&#233;cid&#232;rent &#224; ordonner qu'on le d&#233;pos&#226;t au pied d'un arbre, o&#249; son fr&#232;re et un de ses aides de camp rest&#232;rent seuls aupr&#232;s de lui, pour le pr&#233;server de la fureur des premiers ennemis qui arriveraient sur lui. Heureusement, il se trouva parmi ceux-ci des officiers qui eurent beaucoup d'&#233;gards pour leur illustre prisonnier. La capture du g&#233;n&#233;ral Soult ayant exalt&#233; le courage des Autrichiens, ils nous pouss&#232;rent tr&#232;s vivement jusqu'au mur d'enceinte qu'ils se pr&#233;paraient &#224; attaquer, lorsqu'un orage affreux vint assombrir le ciel d'azur que nous avions eu depuis le commencement du si&#232;ge. La pluie tombait &#224; torrents. Les Autrichiens s'arr&#234;t&#232;rent, et la plupart d'entre eux cherch&#232;rent &#224; s'abriter dans les cassines ou sous des arbres. Alors le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na, dont le principal m&#233;rite consistait &#224; mettre &#224; profit toutes les circonstances impr&#233;vues de la guerre, parle &#224; ses soldats, ranime leur ardeur, et les faisant soutenir par quelques troupes venues de la ville, il leur fait croiser la ba&#239;onnette et les ram&#232;ne au plus fort de l'orage contre les Autrichiens vainqueurs jusque-l&#224;, mais qui, surpris de tant d'audace, se retirent en d&#233;sordre. Mass&#233;na les poursuivit si vigoureusement qu'il parvint &#224; couper un corps de trois mille grenadiers, qui mirent bas les armes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'&#233;tait pas la premi&#232;re fois que nous faisions de nombreux prisonniers, car le total de ceux que nous avions enlev&#233;s depuis le commencement du si&#232;ge se montait &#224; plus de huit mille ; mais n'ayant pas de quoi les nourrir, le g&#233;n&#233;ral en chef les avait toujours renvoy&#233;s, &#224; condition qu'ils ne serviraient pas contre nous avant six mois. Les officiers avaient tenu religieusement leur promesse ; quant aux malheureux soldats qui, rentr&#233;s dans le camp autrichien, ignoraient l'engagement que leurs chefs avaient pris pour eux, on les incorporait dans d'autres r&#233;giments et on les for&#231;ait &#224; combattre encore contre les Fran&#231;ais. S'ils retombaient entre nos mains, ce qui arrivait souvent, nous les rendions de nouveau ; on les incorporait derechef dans d'autres bataillons, et il y eut ainsi une grande quantit&#233; de ces hommes qui, de leur propre aveu, furent pris quatre ou cinq fois pendant le si&#232;ge. Le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na, indign&#233; d'un tel manque de loyaut&#233; de la part des g&#233;n&#233;raux autrichiens, d&#233;cida cette fois que les trois mille grenadiers qu'il venait de prendre seraient retenus, officiers et soldats, et pour que le soin de les garder n'augment&#226;t pas le service des troupes, il fit placer ces malheureux prisonniers sur des vaisseaux ras&#233;s, au milieu du port, et fit braquer sur eux une partie des canons du m&#244;le ; puis il envoya un parlementaire au g&#233;n&#233;ral Ott, qui commandait le corps autrichien devant G&#234;nes, pour lui reprocher son manque de bonne foi et le pr&#233;venir qu'il ne se croyait tenu de donner aux prisonniers que la moiti&#233; de la ration que recevait un soldat fran&#231;ais, mais qu'il consentait &#224; ce que les Autrichiens s'entendissent avec les Anglais, pour que des barques apportassent tous les jours des vivres aux prisonniers et ne les quittassent qu'apr&#232;s les leur avoir vu manger, afin qu'on ne cr&#251;t pas que lui, Mass&#233;na, se serv&#238;t de ce pr&#233;texte pour faire entrer des vivres pour ses propres troupes. Le g&#233;n&#233;ral autrichien, esp&#233;rant qu'un refus am&#232;nerait Mass&#233;na &#224; lui rendre ses trois mille hommes qu'il comptait probablement faire combattre encore contre nous, refusa la proposition philanthropique qui lui &#233;tait faite ; alors Mass&#233;na ex&#233;cuta ce qu'il avait annonc&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La ration des Fran&#231;ais se composait d'un quart de livre d'un pain affreux et d'une &#233;gale quantit&#233; de chair de cheval : les prisonniers ne re&#231;urent donc que la moiti&#233; de chacune de ces denr&#233;es ; ils n'avaient par cons&#233;quent par jour qu'un quart de livre pesant pour toute nourriture !&#8230; Ceci avait lieu quinze jours avant la fin du si&#232;ge. Ces pauvres diables rest&#232;rent tout ce temps-l&#224; au m&#234;me r&#233;gime. En vain, tous les deux ou trois jours, le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na renouvelait-il son offre au g&#233;n&#233;ral ennemi, celui-ci n'accepta jamais, soit par obstination, soit que l'amiral anglais (lord Keith) ne voul&#251;t pas consentir &#224; fournir ses chaloupes, de crainte, disait-on, qu'elles ne rapportassent le typhus &#224; bord de la flotte. Quoi qu'il en soit, les malheureux Autrichiens hurlaient de rage et de faim sur les pontons. C'&#233;tait vraiment affreux !&#8230; Enfin, apr&#232;s avoir mang&#233; leurs brodequins, havresacs, gibernes et m&#234;me peut-&#234;tre quelques cadavres, ils moururent presque tous d'inanition !&#8230; Il n'en restait gu&#232;re que sept &#224; huit cents, lorsque, la place ayant &#233;t&#233; remise &#224; nos ennemis, les soldats autrichiens, en entrant dans G&#234;nes, coururent vers le port et donn&#232;rent &#224; manger &#224; leurs compatriotes avec si peu de pr&#233;caution, que tous ceux qui avaient surv&#233;cu jusque-l&#224; p&#233;rirent&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai voulu rapporter cet horrible &#233;pisode, d'abord comme un nouvel exemple des calamit&#233;s que la guerre entra&#238;ne apr&#232;s elle, et surtout pour fl&#233;trir la conduite et le manque de bonne foi du g&#233;n&#233;ral autrichien, qui contraignit ses malheureux soldats faits prisonniers et rendus sur parole &#224; reprendre les armes contre nous, bien qu'il se f&#251;t engag&#233; &#224; les renvoyer en Allemagne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les divers combats qui signal&#232;rent le si&#232;ge de G&#234;nes, je courus de bien grands dangers. Je me bornerai &#224; citer les deux principaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai d&#233;j&#224; dit que les Autrichiens et les Anglais se relayaient pour nous tenir constamment sous les armes. En effet, les premiers nous attaquaient d&#232;s l'aurore du c&#244;t&#233; de terre, nous combattaient toute la journ&#233;e et allaient se reposer la nuit, pendant que la flotte de lord Keith venait nous bombarder, et t&#226;chait de s'emparer du port &#224; la faveur de l'obscurit&#233;, ce qui for&#231;ait la garnison &#224; une grande surveillance de ce c&#244;t&#233; et l'emp&#234;chait de prendre le moindre repos. Or, une nuit que le bombardement &#233;tait encore plus violent que de coutume, le g&#233;n&#233;ral en chef Mass&#233;na, pr&#233;venu qu'&#224; la lueur des feux de Bengale allum&#233;s sur la plage, on apercevait de nombreuses embarcations anglaises charg&#233;es de troupes s'avan&#231;ant vers les m&#244;les du port, monta sur-le-champ &#224; cheval avec tout son &#233;tat-major et l'escadron de ses guides qui l'accompagnait partout. Nous &#233;tions au moins cent cinquante &#224; deux cents cavaliers, lorsque, passant sur une petite place nomm&#233;e Campetto, le g&#233;n&#233;ral en chef s'arr&#234;ta pour parler &#224; un officier qui revenait du port, et comme chacun se pressait autour de lui, un cri se fait entendre : &#171; Gare la bombe ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les yeux se portent en l'air, et l'on voit un &#233;norme bloc de fer rouge pr&#234;t &#224; tomber sur ce groupe d'hommes et de chevaux resserr&#233;s dans un tr&#232;s petit espace. Je me trouvais plac&#233; le long du mur du grand h&#244;tel dont la porte &#233;tait surmont&#233;e d'un balcon de marbre. Je pousse mon cheval dessous, et plusieurs de mes voisins firent de m&#234;me ; mais ce fut pr&#233;cis&#233;ment sur le balcon que tomba la bombe. Elle le r&#233;duisit en morceaux, puis rebondissant sur le pav&#233;, elle &#233;clata avec un bruit affreux au milieu de la place qu'elle &#233;claira momentan&#233;ment de ses lugubres flammes, auxquelles succ&#233;da la plus compl&#232;te obscurit&#233;&#8230; On s'attendait &#224; de grandes pertes ; le plus profond silence r&#233;gnait. Il fut interrompu par la voix du g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na qui demandait si quelqu'un &#233;tait bless&#233;&#8230; Personne ne r&#233;pondit, car, par un hasard vraiment miraculeux, pas un des nombreux &#233;clats de la bombe n'avait frapp&#233; les hommes ni les chevaux agglom&#233;r&#233;s sur la petite place ! Quant aux personnes qui, comme moi, &#233;taient sous le balcon, elles furent couvertes de poussi&#232;re, de fragments de dalles et de colonnes, mais sans avoir &#233;t&#233; bless&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit qu'habituellement les Anglais ne nous bombardaient que la nuit ; mais cependant, un jour qu'ils c&#233;l&#233;braient je ne sais quelle f&#234;te, leur flotte pavois&#233;e s'approcha de la ville en plein midi et s'amusa &#224; nous envoyer une grande quantit&#233; de projectiles. Celle de nos batteries qui avait le plus d'avantage pour r&#233;pondre &#224; ce feu &#233;tait plac&#233;e pr&#232;s du m&#244;le, sur un gros bastion en forme de tour nomm&#233; la Lanterne. Le g&#233;n&#233;ral en chef me chargea de porter au commandant de cette batterie l'ordre de ne tirer qu'apr&#232;s avoir bien fait pointer, et de r&#233;unir tous ses feux sur un brick anglais, qui &#233;tait venu insolemment jeter l'ancre &#224; peu de distance de la Lanterne. Nos artilleurs tir&#232;rent avec tant de justesse qu'une de nos bombes de cinq cents, tombant sur le brick anglais, le per&#231;a depuis le pont jusqu'&#224; la quille, et il s'enfon&#231;a en un clin d'&#339;il dans la mer. Cela irrita tellement l'amiral anglais qu'il fit avancer imm&#233;diatement toutes ses bombardes contre la Lanterne, sur laquelle elles ouvrirent un feu tr&#232;s violent. Ma mission remplie, j'aurais d&#251; retourner aupr&#232;s de Mass&#233;na ; mais on dit avec raison que les jeunes militaires, ne connaissant pas le danger, l'affrontent avec plus de sang-froid que ne le font les guerriers exp&#233;riment&#233;s. Le spectacle dont j'&#233;tais t&#233;moin m'int&#233;ressait vivement. La plate-forme de la Lanterne, garnie de dalles en pierres, &#233;tait tout au plus grande comme une cour de moyenne &#233;tendue et &#233;tait arm&#233;e de douze bouches &#224; feu, dont les aff&#251;ts &#233;taient &#233;normes. Bien qu'il soit tr&#232;s difficile &#224; un navire en mer de lancer des bombes avec justesse sur un point qui pr&#233;sente aussi peu de surface que la plate-forme d'une tour, les Anglais en firent cependant tomber plusieurs sur la Lanterne. Au moment o&#249; elles arrivaient, les artilleurs s'abritaient derri&#232;re et dessous les grosses pi&#232;ces de bois des aff&#251;ts. Je faisais comme eux, mais cet asile n'&#233;tait pas s&#251;r, parce que la plate-forme pr&#233;sentant une grande r&#233;sistance aux bombes qui ne pouvaient s'enfoncer, elles roulaient rapidement sur les dalles, sans qu'on p&#251;t pr&#233;voir la direction qu'elles prendraient, et leurs &#233;clats passaient dessous et derri&#232;re les aff&#251;ts en serpentant sur tous les points de la plate-forme. Il &#233;tait donc absurde de rester l&#224;, lorsque, ainsi que moi, on n'y &#233;tait pas oblig&#233; ; mais j'&#233;prouvais un plaisir affreux, si on peut s'exprimer ainsi, &#224; courir &#231;&#224; et l&#224; avec les artilleurs d&#232;s qu'une bombe tombait, et &#224; revenir ensuite avec eux aussit&#244;t qu'elle avait &#233;clat&#233; et que ses d&#233;bris &#233;taient immobiles. C'&#233;tait un jeu qui pouvait me co&#251;ter cher. Un canonnier eut les jambes bris&#233;es, d'autres soldats furent bless&#233;s tr&#232;s gri&#232;vement, car les &#233;clats de bombe, &#233;normes morceaux de fer, font d'affreux ravages sur tout ce qu'ils touchent. L'un d'eux coupa en deux une grosse poutre d'aff&#251;t contre laquelle j'allais m'abriter. Cependant je restais toujours sur la plate-forme, lorsque le colonel Mouton, qui devint plus tard mar&#233;chal comte de Lobau, et qui, ayant servi sous les ordres de mon p&#232;re, me portait int&#233;r&#234;t, m'ayant aper&#231;u en passant aupr&#232;s de la Lanterne, vint m'ordonner imp&#233;rativement d'en sortir et d'aller aupr&#232;s du g&#233;n&#233;ral en chef o&#249; &#233;tait mon poste. Il ajouta : &#171; Vous &#234;tes bien jeune encore, mais apprenez qu'&#224; la guerre c'est une folie de s'exposer &#224; des dangers inutiles : seriez-vous plus avanc&#233; lorsque vous vous seriez fait broyer une jambe, sans qu'il en r&#233;sult&#226;t aucun avantage pour votre pays ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai jamais oubli&#233; cette le&#231;on, dont j'ai remerci&#233; depuis le mar&#233;chal Lobau, et j'ai souvent pens&#233; &#224; la diff&#233;rence qu'il y aurait eu dans ma destin&#233;e si j'eusse eu une jambe emport&#233;e &#224; l'&#226;ge de dix-sept ans !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/M%C3%A9moires_du_G%C3%A9n%C3%A9ral_Baron_de_Marbot/Tome_1/Chapitre_XIII&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/M%C3%A9moires_du_G%C3%A9n%C3%A9ral_Baron_de_Marbot/Tome_1/Chapitre_XIII&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le g&#233;n&#233;ral Dupont :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Dupont, qui est surtout connu par la capitulation de Baylen, obtient en ce moment un regain de c&#233;l&#233;brit&#233;. Deux officiers sup&#233;rieurs en retraite, le lieutenant-colonel Clerc et le lieutenant-colonel Titeux, renouvellent sa biographie, l'un en plaidant pour lui les circonstances att&#233;nuantes, l'autre avec une intention marqu&#233;e d'apologie ; l'un dans un ouvrage de taille ordinaire, l'autre dans trois &#233;normes volumes de dimensions formidables. Qu'y a-t-il au fond de cette r&#233;surrection ? Quelle part de v&#233;rit&#233; s'en d&#233;gage-t-il ? Que savons-nous de plus sur le caract&#232;re du personnage ? Sa conduite pendant la campagne d'Espagne, l'acte auquel il a attach&#233; son nom, sont-ils mieux expliqu&#233;s, en deviennent-ils plus clairs aux yeux de la post&#233;rit&#233; ? C'est ce que nous nous proposons de rechercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de porter un jugement sur la capitulation de Baylen, il est n&#233;cessaire de bien conna&#238;tre le pass&#233; du g&#233;n&#233;ral Dupont, ses &#233;tats de services, l'opinion qu'avaient de lui ses chefs, ses compagnons d'armes, ses subordonn&#233;s. Qu'avait-il fait jusque-l&#224;, quelle confiance pouvait-on mettre en lui, que le croyait-on capable de faire ? Le lieutenant-colonel Titeux r&#233;pond &#224; ces questions avec une rare abondance de renseignemens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral &#233;tait n&#233; en 1765 dans la Charente. A l'&#226;ge de dix-neuf ans, il entrait dans un corps fran&#231;ais lev&#233; par le comte de Maillebois pour le service de la Hollande, il servit dans l'artillerie hollandaise et en 1791 rentra en France comme sous-lieutenant d'infanterie. L'ann&#233;e suivante, il &#233;tait &#224; la journ&#233;e de Valmy et au combat des Islettes. En 1793, sa belle conduite partout o&#249; il avait pass&#233; lui valait le grade de g&#233;n&#233;ral de brigade. Carnot, qui l'avait distingu&#233; &#224; l'arm&#233;e du Nord, lui confia alors la direction du cabinet topographique, grand bureau militaire qu'il venait de cr&#233;er en dehors du minist&#232;re de la Guerre pour centraliser la direction des arm&#233;es. C'est l&#224; que s'&#233;laboraient les plans de campagne ; c'est l&#224; qu'arrivaient jour et nuit les courriers extraordinaires qui apportaient les rapports des g&#233;n&#233;raux en chef ; c'est de l&#224; que partaient les instructions et les ordres qui leur &#233;taient adress&#233;s. Avant de prendre le commandement de l'arm&#233;e d'Italie, Bonaparte passa au cabinet topographique et examina longuement sur la carte, avec le g&#233;n&#233;ral Dupont, le terrain sur lequel il allait combattre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nomm&#233; en 1797 g&#233;n&#233;ral de division et maintenu au poste de confiance qu'il occupe, Dupont entretient une correspondance active avec les g&#233;n&#233;raux ou avec les chefs d'&#233;tat-major des diff&#233;rentes arm&#233;es. Ses archives, que sa famille a soigneusement conserv&#233;es, contiennent des lettres de Berthier, de Hoche, de Kellermann, de Mass&#233;na. Apr&#232;s les trait&#233;s de B&#226;le et de Campo-Formio, on lui confie la direction du d&#233;p&#244;t de la Guerre, avec la mission de r&#233;unir tous les documens, tous les mat&#233;riaux n&#233;cessaires pour &#233;crire l'histoire des glorieux &#233;v&#233;nemens militaires qui viennent de s'accomplir. Ministre de la Guerre par int&#233;rim, le 18 et le 19 brumaire, il est tout &#224; fait dans la confiance et dans les confidences de Bonaparte auquel il t&#233;moigne un d&#233;vouement absolu. Il rentre alors dans le service actif comme chef d'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral de l'ann&#233;e qui va gagner la bataille de Marengo. Dans cette journ&#233;e qui commence si mal et qui finit si bien, gr&#226;ce &#224; l'arriv&#233;e de Desaix, gr&#226;ce surtout &#224; l'&#233;nergique intervention de Kellermann, Dupont remplit honorablement ses fonctions sans d&#233;ployer cependant aucune qualit&#233; sup&#233;rieure. Parmi les nombreux historiens qui ont racont&#233; la bataille, il n'est venu &#224; l'esprit de personne de mettre son r&#244;le en relief. Il y fait son devoir, tout son devoir, il n'y a pas attach&#233; son nom. Charg&#233; du commandement de l'aile droite de l'arm&#233;e d'Italie, sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Brune, il joua un r&#244;le plus important &#224; la journ&#233;e de Pozzolo. L&#224; il fit preuve, en effet, d'une d&#233;cision et d'une &#233;nergie peu communes. Pouss&#233; en avant par son chef et ensuite abandonn&#233; par lui, il eut avec moins de 9 000 hommes &#224; soutenir le choc de 45 000 Autrichiens. Il leur r&#233;sista pendant dix-huit heures, et, renforc&#233; &#224; la fin par les troupes du g&#233;n&#233;ral Suchet, il resta ma&#238;tre du champ de bataille en faisant &#224; l'ennemi 4 000 prisonniers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi la journ&#233;e de Pozzolo, si honorable pour nos armes, ne tient-elle presque aucune place et ne laisse-t-elle presque aucune trace dans notre histoire militaire ? Son nom qui ne d&#233;core aucune de nos rues, aucun de nos quais ou de nos ponts, n'est gu&#232;re connu que des sp&#233;cialistes. C'est cependant un fait d'armes beaucoup plus important que d'autres combats de la premi&#232;re campagne d'Italie. Mais Bonaparte &#233;tait &#224; ces combats, pas &#224; Pozzolo. Son nom rayonne d'un tel &#233;clat qu'il &#233;clipse tout ce qui n'est pas lui. Les belles actions de ses lieutenans disparaissent dans la l&#233;gende qui se fait autour de sa gloire. Lui-m&#234;me y contribue par le soin continuel qu'il prend de se montrer seul en sc&#232;ne. En acteur consomm&#233;, il laisse volontiers dans l'ombre les &#233;v&#233;nemens auxquels il n'a pris aucune part pour concentrer l'attention du public sur ceux o&#249; il paye de sa personne et qu'il dirige lui-m&#234;me. Dans la distribution de la renomm&#233;e comme dans le gouvernement de la France, il rapporte tout &#224; lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il exerce n&#233;anmoins un tel ascendant que ses subordonn&#233;s se r&#233;signent &#224; la maigre part qu'il leur laisse. Dupont, qui aurait pu se plaindre, se contente de souligner l'incapacit&#233; et l'injustice du g&#233;n&#233;ral Brune, sans vouloir s'en prendre au Premier Consul. Rentr&#233; &#224; Paris, il continue &#224; entretenir avec lui les relations les plus cordiales. Il figure m&#234;me au premier rang des g&#233;n&#233;raux qui insistent pour que le Premier Consul se fasse Empereur. En revanche l'Empereur le nomme grand-officier de la L&#233;gion d'honneur. Il serait donc tout &#224; fait contraire &#224; la v&#233;rit&#233; historique de pr&#233;senter Dupont &#224; cette &#233;poque de sa vie comme une victime des rancunes imp&#233;riales. Il est vrai qu'il ne fut pas compris en 1804 dans la premi&#232;re promotion des mar&#233;chaux de France. Mais le m&#233;ritait-il r&#233;ellement ? Etait-ce en tous cas un choix qui s'imposait ? Aucun des contemporains, aucun des &#233;crivains militaires ne la pens&#233;. M. le lieutenant-colonel Titeux est le premier qui fasse grief &#224; Napol&#233;on de cette omission comme d'une injustice voulue, pr&#233;m&#233;dit&#233;e. Bien des motifs d'ordre divers ont pu dicter les premiers choix faits par le ma&#238;tre. Nous serions mal venus au bout d'un si&#232;cle &#224; en contester le m&#233;rite et &#224; vouloir juger mieux que lui de la valeur respective de ses g&#233;n&#233;raux. Qui donc les connaissait plus &#224; fond que lui, qui avait plus d'int&#233;r&#234;t &#224; les bien choisir, non seulement pour sa gloire, mais pour le succ&#232;s de ses armes ? &lt;br class='autobr' /&gt;
En tous cas il offrait au nouveau grand-officier de la L&#233;gion d'honneur l'occasion de se distinguer encore en le pla&#231;ant comme divisionnaire au 6e corps dans la campagne de 1805. Sous les ordres de Ney, Dupont se trouva pr&#232;s d'Ulm, &#224; Haslach, dans une situation peu diff&#233;rente de celle o&#249; il s'&#233;tait trouv&#233; &#224; Pozzolo sous les ordres de Brune. Avec 5 000 hommes il eut &#224; soutenir l'effort de 25 000 Autrichiens ; l&#224; aussi, il les mit en d&#233;route et leur fit 4 000 prisonniers. L&#224; aussi, comme au passage du Mincio, il se trouvait seul sur la m&#234;me rive que l'ennemi pendant que le gros de l'arm&#233;e fran&#231;aise restait sur la rive oppos&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette journ&#233;e qui lui fait tant d'honneur et que M. Thiers appelle extraordinaire, il eut le tort grave de corriger une faute de l'Empereur. Celui-ci n'aimait pas qu'on p&#251;t m&#234;me entrevoir qu'il s'&#233;tait tromp&#233;. Aussi ni la bataille de Haslach, ni le nom de Dupont ne figurent-ils dans les bulletins de la Grande Arm&#233;e. D&#233;tails tout &#224; fait secondaires aux yeux du ma&#238;tre, dans l'ensemble glorieux d'une campagne qui avait commenc&#233; par la capitulation de l'arm&#233;e autrichienne &#224; Ulm et fini par Austerlitz. C'est toujours au fond la m&#234;me pens&#233;e qui n'a rien de d&#233;sobligeant pour Dupont personnellement, qui ne le vise pas en particulier, qui s'applique &#224; ses camarades aussi bien qu'&#224; lui : tout rapporter, tout subordonner &#224; la gloire de Napol&#233;on. La preuve que la personne de Dupont n'est pas syst&#233;matiquement mise &#224; l'&#233;cart, c'est que son nom est tr&#232;s honorablement cit&#233; &#224; propos d'une autre affaire, du combat d'Albeck dont l'Empereur peut recueillir plus directement le b&#233;n&#233;fice. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui se sont occup&#233;s des campagnes de Napol&#233;on savent depuis longtemps qu'il ne faut pas prendre &#224; la lettre les bulletins militaires dict&#233;s par lui. Si le fond en demeure vrai, les d&#233;tails subissent des modifications et des retouches calcul&#233;es avec intention pour frapper l'opinion avec plus de force, pour faire valoir davantage les conceptions strat&#233;giques et le g&#233;nie militaire de l'homme. Sous le conqu&#233;rant il y a le com&#233;dien toujours pr&#233;occup&#233; de l'effet. On risquerait de grossir outre mesure l'importance de Dupont en supposant l'Empereur acharn&#233; contre lui, occup&#233; &#224; chaque instant de le diminuer. Il s'agit de tout autre chose, d'un proc&#233;d&#233; habituel, d'une alt&#233;ration fr&#233;quente de la v&#233;rit&#233;, d&#232;s qu'on trouve int&#233;r&#234;t &#224; l'alt&#233;rer. Les M&#233;moires de Dupont lui-m&#234;me nous offrent un exemple de la libert&#233; avec laquelle l'Empereur proc&#233;dait en pareil cas. Apr&#232;s la bataille de Montebello Dupont &#233;crivait pour le ministre de la Guerre les d&#233;tails de l'action dans la maison o&#249; se trouvait le Premier Consul ; celui-ci s'approche et, lisant le rapport &#224; mesure qu'on l'&#233;crivait, il dit tout &#224; coup : &#171; Vous mettez 1 500 prisonniers, ce n'est pas assez ; portez-les &#224; 3 000 ; &#187; et se reprenant aussit&#244;t : &#171; Non, mettez 6 000. Casteggio sonne mal, le nom de combat est trop faible ; il faut frapper l'opinion, mettez bataille de Montebello, cela fera plus d'effet &#224; Paris. &#187; Ici il exag&#233;rait pour faire valoir un succ&#232;s. Ailleurs il diminue les chiffres pour pallier un &#233;chec ou pour qu'un lieutenant n'obtienne pas une part de gloire qu'il veut se r&#233;server pour lui seul. Il n'y a rien l&#224; qui ressemble &#224; un parti pris contre quelqu'un, &#224; des rancunes ou &#224; des ressentimens personnels. &lt;br class='autobr' /&gt;
M. le lieutenant-colonel Titeux a beau grouper une s&#233;rie de petits faits : il ne r&#233;ussit pas &#224; d&#233;montrer que, soit dans la campagne d'Italie, soit dans la campagne d'Autriche ou dans celle de Prusse, l'Empereur ait t&#233;moign&#233; &#224; Dupont des sentimens hostiles. Ne pas le r&#233;compenser, ne pas le nommer dans certaines circonstances, ne veut pas dire qu'on a contre lui des griefs. Cela peut simplement vouloir dire aussi qu'on n'a pas pour lui un go&#251;t tr&#232;s vif et qu'on ne le traite pas en favori. Napol&#233;on, comme beaucoup de souverains, plus m&#234;me que beaucoup de souverains, &#224; cause du d&#233;veloppement formidable de sa personnalit&#233;, avait des amis du premier et du second degr&#233;. Dupont n'&#233;tait probablement que du second degr&#233;, ce qui n'implique aucune pr&#233;vention contre lui, ce qui n'emp&#234;chait pas l'Empereur de causer famili&#232;rement avec lui la veille de la bataille de Friedland, de le f&#233;liciter le lendemain et de le nommer grand-aigle de la L&#233;gion d'honneur. Il serait difficile d'appeler cela une disgr&#226;ce, de transformer un t&#233;moignage si &#233;clatant de satisfaction en une marque secr&#232;te d'hostilit&#233;. La v&#233;rit&#233; est qu'avant la capitulation de Baylen, Dupont ne fut ni jalous&#233;, ni maltrait&#233; par l'Empereur. Le commandement m&#234;me qui lui fut confi&#233; en Espagne indiquait que, sans avoir pour lui une amiti&#233; ou une pr&#233;f&#233;rence particuli&#232;res, Napol&#233;on comptait sur lui comme sur un de ses meilleurs soldats. Il ne le traita durement qu'apr&#232;s Baylen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est temps d'&#233;tudier de pr&#232;s ce douloureux &#233;pisode de l'&#233;pop&#233;e imp&#233;riale, premier &#233;chec inflig&#233; &#224; nos armes apr&#232;s tant d'ann&#233;es de gloire. MM. Clerc et Titeux mettent entre nos mains tous les &#233;l&#233;mens d'information : documens recueillis aux Archives de la Guerre, aux Archives nationales, m&#233;moires in&#233;dits et correspondance du g&#233;n&#233;ral Dupont, lettres et rapports des g&#233;n&#233;raux espagnols, ouvrages militaires et g&#233;ographiques. Aucun d&#233;tail n'&#233;chappe &#224; leur &#233;rudition. Tous deux sont d'accord pour ne rien laisser subsister des accusations v&#233;h&#233;mentes port&#233;es par Napol&#233;on dans un premier mouvement de col&#232;re contre un lieutenant malheureux. Les gros mots de trahison et d'infamie seraient ici d&#233;plac&#233;s. Il y a bien des ann&#233;es qu'on ne les prononce plus. Depuis pr&#232;s de cinquante ans, M. Thiers en a fait justice dans un r&#233;cit plein de mesure. Dupont avait fait ses preuves sur vingt champs de bataille, il &#233;tait brave, d'une bravoure incontest&#233;e. Quoi qu'ait pu dire l'Empereur dans une explosion de fureur sinc&#232;re ou feinte, personne n'avait le droit de supposer qu'il e&#251;t capitul&#233; par l&#226;chet&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les reproches qu'on lui adresse sont d'un ordre tout diff&#233;rent. Avant d'en aborder l'examen, &#233;tablissons bien les responsabilit&#233;s, comme la fait le premier avec beaucoup de force M. le lieutenant-colonel Clerc. La capitulation de Baylen ne peut pas &#234;tre isol&#233;e des &#233;v&#233;nemens qui la pr&#233;c&#232;dent ; elle n'est que la cons&#233;quence lointaine d'une politique et d'une strat&#233;gie d&#233;plorables. L'Empereur reconnaissait &#224; Sainte-H&#233;l&#232;ne le mal que lui avait fait la guerre d'Espagne. Si cette &#226;me orgueilleuse avait &#233;t&#233; capable de remords, elle aurait avou&#233; qu'il ne s'agissait pas seulement d'une de ces fautes qui perdent un empire, mais d'un de ces crimes qui d&#233;shonorent un r&#232;gne. La d&#233;loyaut&#233; avec laquelle fut trait&#233;e la famille royale d'Espagne est la cause initiale de tous les malheurs qui suivirent. Par le guet-apens de Bayonne, Napol&#233;on r&#233;ussit &#224; rendre populaire une dynastie sans cr&#233;dit et sans prestige. Il lui donne une aur&#233;ole, celle du malheur. Le prince des Asturies allait &#234;tre envelopp&#233; dans le m&#233;pris universel qui s'attachait &#224; son p&#232;re et &#224; sa m&#232;re. En mettant la main sur son h&#233;ritage, en lui substituant un &#233;tranger, l'Empereur fait de lui l'&#233;lu de la nation, le repr&#233;sentant de la religion et de la patrie. Une nation, une religion, une patrie, grandes forces morales dont Napol&#233;on m&#233;connut constamment la port&#233;e dans ses combinaisons de famille, dans les remaniemens qu'il fit subir &#224; la carte de l'Europe. Il ne se demandait pas ce qui convenait aux peuples, ce qui r&#233;pondait &#224; leurs besoins, &#224; leurs traditions ou &#224; leurs croyances. Il imposait d'en haut ses candidats et, dans sa confiance en lui-m&#234;me, il ne lui venait m&#234;me pas &#224; l'esprit que les &#233;lus de son choix ne seraient pas accueillis avec gratitude par les populations. Ne suffisait-il pas qu'il les e&#251;t choisis ? Quelqu'un pouvait-il contester sa toute-puissance et sa clairvoyance ? Ailleurs, il rencontra des races molles et des sujets dociles. En Espagne, il se heurta sans le pr&#233;voir, sans m&#234;me l'avoir soup&#231;onn&#233;, avec une inconscience extraordinaire, &#224; la r&#233;sistance d'une race fi&#232;re et violente. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fut comme une tra&#238;n&#233;e de poudre. Quoique l'arm&#233;e fran&#231;aise se pr&#233;sent&#226;t encore en alli&#233;e, la mauvaise foi de son chef l'avait discr&#233;dit&#233;e d'avance. En quelques jours, une partie de la population des villages, des bourgs, des villes se leva pour repousser l'&#233;tranger, l'envahisseur, l'ennemi de la foi et de la patrie. Dans ce pays peu centralis&#233; o&#249; chaque province conserve une sorte d'autonomie, on commence par l'insurrection locale. On surveille les routes, on garde les d&#233;fil&#233;s des montagnes, on se jette par bandes sur les convois isol&#233;s, sur les tra&#238;nards, sur les bless&#233;s. Chaque groupe agit pour son compte en attendant une organisation centrale. Plus tard on s'organisera, on cr&#233;era un gouvernement, des chefs et des arm&#233;es. Pour le moment, il s'agit de ne laisser aux Fran&#231;ais aucune illusion sur le sort qui leur est r&#233;serv&#233;, de leur pr&#233;senter partout, sur toutes les routes o&#249; ils passeront, la pointe des poignards ou le canon des carabin&#233;s. C'est la guerre nationale, mais c'est aussi la guerre sainte. Les pr&#234;tres et les moines sont autoris&#233;s &#224; prendre les armes pourvu que ce soit pour tuer des Fran&#231;ais. On compose des batteries d'artillerie et des compagnies d'infanterie avec des s&#233;minaristes. Des corps de combattans portent des croix sur la poitrine et invoquent l'exemple des Croisades. On s'embusque la nuit pour guetter, pour frapper l'adversaire, et on croit gagner le ciel par l'assassinat. Explosion effrayante de patriotisme et de fanatisme dont l'Empereur ne sait ni pr&#233;voir, ni comprendre la violence ! Pendant que l'Espagne se soul&#232;ve presque tout enti&#232;re, il continue &#224; vivre dans une atmosph&#232;re de confiance et de s&#233;curit&#233;. Ces bandes de paysans arm&#233;s ne lui inspirent aucune inqui&#233;tude. Quelques exp&#233;ditions bien conduites en viendront facilement &#224; bout. Ce serait peut-&#234;tre vrai s'il avait envoy&#233; en Espagne la fleur de son arm&#233;e, ses meilleurs soldats et ses meilleurs g&#233;n&#233;raux, surtout s'il avait fait tout de suite l'effort n&#233;cessaire. Cent cinquante mille hommes vigoureusement command&#233;s auraient pu &#233;touffer l'insurrection dans l'&#339;uf et momentan&#233;ment au moins intimider le pays. Mais aucune pr&#233;caution n'avait &#233;t&#233; prise. L'Empereur ne sachant m&#234;me pas qu'il y avait une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re espagnole, comptant n'avoir affaire qu'&#224; des paysans sans coh&#233;sion, sans discipline et sans chefs, croyait pouvoir les r&#233;duire en quelques semaines par de simples promenades militaires. Au moment le plus critique, sa correspondance t&#233;moigne d'un optimisme tr&#232;s inattendu de la part d'un esprit si avis&#233; et en g&#233;n&#233;ral si averti. &lt;br class='autobr' /&gt;
Contre un ennemi qu'il d&#233;daigne il ne croit pas n&#233;cessaire de se livrer &#224; un grand effort. Pour des op&#233;rations de gendarmerie, les seules qu'il pr&#233;voie, les soldats seront toujours assez bons et les chefs suffisans. Il entend d'ailleurs ne pas se d&#233;pouiller, il tient &#224; conserver sous sa main les effectifs de la Grande Arm&#233;e, ses r&#233;gimens les plus solides et l'&#233;lite de ses g&#233;n&#233;raux. C'est de ce c&#244;t&#233; seulement que doivent se porter les grands coups, c'est l&#224; o&#249; il se trouve de sa personne que doivent &#234;tre concentr&#233;s les moyens d'action les plus puissans. Ses lieutenans qui se battent au loin se tireront d'affaire comme ils pourront. Quant &#224; lui, il a besoin de rester ma&#238;tre de toutes ses forces. Aussi n'enverra-t-il en Espagne que des g&#233;n&#233;raux et des soldats de second ordre : Murat, le plus hardi de ses cavaliers, Savary, le plus fid&#232;le et le plus ob&#233;issant de ses s&#233;ides, tous deux d'un d&#233;vouement presque aveugle, mais tous deux &#233;trangers aux grandes conceptions militaires, sans initiative personnelle hors de la vue du chef, infiniment plus en &#233;tat d'ex&#233;cuter un ordre donn&#233; que de le donner eux-m&#234;mes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re eux un ramassis de soldats venus de tous les coins de la France, les uns trop vieux, d&#233;j&#224; us&#233;s, m&#233;contens, arrach&#233;s malgr&#233; eux aux d&#233;p&#244;ts de l'int&#233;rieur o&#249; ils n'aspiraient qu'&#224; se reposer ; les autres au contraire trop jeunes, sans aucune instruction militaire, pris par anticipation dans la classe de 1808. Entre eux nulle coh&#233;sion, nulle solidit&#233;, nulle habitude de servir et de se battre ensemble. Ils ne se sentaient pas les coudes et leur chef ne les sentait pas dans sa main, pour emprunter au langage des troupiers deux expressions un peu vulgaires, mais singuli&#232;rement pittoresques. &#171; Un corps sans &#226;me, une vraie p&#233;taudi&#232;re, &#187; disait le g&#233;n&#233;ral Belliard. Ce fut le malheur de Dupont. Dans ses campagnes ant&#233;rieures, il avait command&#233; des soldats admirables, habitu&#233;s &#224; vaincre, pleins de confiance en eux-m&#234;mes et capables de toutes les audaces. A leur t&#234;te, en deux occasions m&#233;morables, il avait attaqu&#233; et battu un ennemi cinq fois sup&#233;rieur en nombre dans les conditions les plus dangereuses, ayant une rivi&#232;re &#224; dos, au risque d'y &#234;tre jet&#233;. Sa t&#233;nacit&#233; personnelle avait contribu&#233; au succ&#232;s, mais il n'h&#233;sitait pas &#224; reconna&#238;tre tout ce qu'il devait &#224; la valeur de ses r&#233;gimens. Voici comment il en parlait dans une lettre adress&#233;e &#224; sa femme : &#171; Il n'y a jamais eu de bataille gagn&#233;e plus gaiement ; la bravoure de nos troupes &#233;tait si grande que l'action la plus violente semblait &#234;tre un jeu. C'&#233;tait avec des cris de joie et au pas de course que nous faisions des colonnes enti&#232;res prisonni&#232;res de guerre. &#187; Apr&#232;s la bataille d'Haslach, il &#233;crivait encore modestement : &#171; Au reste, je ne m'en fais pas accroire, et je rapporte tout &#224; la fortune et &#224; la bravoure de nos troupes. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1808, en Andalousie, il n'aurait pu tenir le m&#234;me langage ; il l'aurait pu d'autant moins que, si la qualit&#233; de ses troupes avait sensiblement diminu&#233;, aucune de ses anciennes campagnes ne pr&#233;sentait les difficult&#233;s qu'il avait &#224; vaincre cette fois, si loin de sa base d'op&#233;rations, engag&#233; malgr&#233; lui dans la plus p&#233;rilleuse des aventures, au milieu d'un pays soulev&#233; tout entier, sans point d'appui, presque sans ressources, en face d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re trois fois plus nombreuse que la sienne, d&#233;bordant d'enthousiasme et d'ardeur patriotique. Lorsqu'on suit de pr&#232;s les &#233;v&#233;nemens, tout s'encha&#238;ne et tout s'explique, tout pr&#233;pare la catastrophe finale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme point de d&#233;part une id&#233;e fausse : l'ignorance absolue des moyens de d&#233;fense des Espagnols. L'Empereur qui, de Bayonne, pr&#233;tend diriger les op&#233;rations, ne sait rien du pays qu'il veut conqu&#233;rir. Il n'a pas la plus l&#233;g&#232;re id&#233;e de la r&#233;sistance que lui opposeront les m&#339;urs, les sentimens religieux, le patriotisme des habitans. Il croit n'avoir devant lui que des bandes indisciplin&#233;es dont on viendra facilement &#224; bout. Quand il ordonne &#224; Dupont de marcher sur Cadix, il croit lui prescrire une op&#233;ration facile, presque une simple op&#233;ration de police. Mais la situation est tout autre qu'il ne la suppose. Non seulement l'Andalousie est d&#233;fendue par son sol montagneux, par ses rochers, par ses gorges &#233;troites si favorables &#224; la guerre de surprises et d'embuscades. Mais, sans compter les gu&#233;rillas, elle ne manque ni de soldats disciplin&#233;s, ni de cadres inf&#233;rieurs, ni d'officiers. Ce ne sont pas des bandes de partisans qui vont fermer la route &#224; Dupont. C'est une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re de 34 000 hommes, puissamment organis&#233;e par la junte supr&#234;me de S&#233;ville, pourvue d'une artillerie excellente, command&#233;e par un officier vigoureux, plein de patriotisme, Casta&#241;os. Contre de tels adversaires, de quelles ressources dispose Dupont ? Quels &#233;l&#233;mens de combat Napol&#233;on lui met-il entre les mains ? N'en croyons presque jamais les chiffres officiels donn&#233;s par l'Empereur. C'est un calcul chez lui de grossir les forces qu'il attribue &#224; ses lieutenans pour augmenter leur responsabilit&#233;. De loin, sans tenir compte des d&#233;chets, il estime l'arm&#233;e de Dupont &#224; 21 000 hommes. En r&#233;alit&#233; pour traverser l'Andalousie, en d&#233;falquant les malades, les tra&#238;nards &#233;gorg&#233;s sur les routes, les d&#233;serteurs, il ne reste au malheureux g&#233;n&#233;ral que 12 000 combattans valides. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dupont fait la guerre depuis trop longtemps pour ne pas comprendre la gravit&#233; de la situation. En attendant qu'il puisse prendre l'adversaire corps &#224; corps, il se sent entour&#233; d'ennemis invisibles, coup&#233; de ses communications avec le quartier g&#233;n&#233;ral, menac&#233; sur ses derri&#232;res et sur ses flancs. Il envoie &#224; Madrid courrier sur courrier pour demander du secours. Malheureusement on intercepte ses lettres, on assassine ses envoy&#233;s. Savary, esprit court et de peu d'envergure, ne suppl&#233;e pas par son initiative &#224; l'absence de relations avec le corps d'arm&#233;e d'Andalousie. Ne recevant de loin en loin que de rares messages, il ne soup&#231;onne m&#234;me pas l'existence d'un p&#233;ril. Lorsque enfin, &#224; la suite d'une d&#233;p&#234;che plus pressante arriv&#233;e par hasard, il se d&#233;cide &#224; faire partir le g&#233;n&#233;ral Vedel pour servir d'&#233;chelon et d'appui &#224; Dupont, il conserve contre toute &#233;vidence un imperturbable optimisme. Vedel n'a pas pour instructions, comme il aurait d&#251; l'avoir, de se porter avec rapidit&#233; au secours de Dupont, d'op&#233;rer co&#251;te que co&#251;te sa jonction avec un corps d'arm&#233;e en danger. Dans la pens&#233;e du quartier g&#233;n&#233;ral, le danger n'existe pas. Vedel ne doit se pr&#233;occuper de la situation de Dupont que si celle-ci devenait chanceuse. &#171; Ce que l'on n'a aucune raison de pr&#233;sumer, ajoute Savary, puisque jusqu'&#224; cette heure les plus grandes insurrections ont &#233;t&#233; dissip&#233;es par moins de vingt coups de canon et deux bataillons. &#187; &#8212; &#171; Je n'ai plus d'inqui&#233;tude pour Dupont, &#187; &#233;crivait-il un peu plus tard. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tel est l'&#233;tat d'esprit du quartier g&#233;n&#233;ral, quelques jours avant Baylen ; voil&#224; les illusions dont on se berce &#224; la veille de la catastrophe. Savary d'ailleurs n'a que la direction nominale des op&#233;rations. Au-dessus de lui plane l'Empereur qui tranche souverainement toutes les questions, qui parle et ordonne en ma&#238;tre. Le corps de Dupont, la conqu&#234;te de l'Andalousie : choses secondaires pour lui, affaires de d&#233;tails que le temps arrangera. Il &#233;crit m&#234;me qu'un &#233;chec que recevrait Dupont n'aurait pas d'importance. Ce qui importe avant tout, c'est de ne pas d&#233;couvrir Madrid, si&#232;ge du gouvernement, centre du quartier g&#233;n&#233;ral. Habitu&#233; &#224; la centralisation fran&#231;aise, il s'imagine que tenir la capitale, c'est tenir le pays. Raison de plus pour que Savary, lui aussi, se d&#233;sint&#233;resse de ce qui se passe au-del&#224; de Madrid et n'envoie qu'en rechignant des renforts &#224; Dupont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici se pose la question capitale, celle qui domine tout le d&#233;bat. Dans les pr&#233;paratifs de la campagne, dans l'ordre de marche, dans les &#233;l&#233;mens de combat qu'on met &#224; sa disposition, aucune responsabilit&#233; ne p&#232;se sur Dupont. Ce n'est pas de sa faute si, au lieu de concentrer les troupes fran&#231;aises autour de Madrid et de n'envahir l'Espagne que progressivement, avec m&#233;thode et en forces, on le dirige vers Cadix en le laissant en l'air sur la route, avec des soldats de qualit&#233; m&#233;diocre, en nombre insuffisant. Ce n'est pas de sa faute si personne, ni &#224; Bayonne, ni au quartier g&#233;n&#233;ral, n'a paru soup&#231;onner l'existence de l'arm&#233;e nombreuse et forte qui allait lui &#234;tre oppos&#233;e. Sa responsabilit&#233; ne commence qu'au moment de l'action ; en face de l'ennemi, sur le champ de bataille, a-t-il fait tout ce qu'il &#233;tait humainement possible de faire pour &#233;viter la catastrophe ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, r&#233;pond le lieutenant-colonel Titeux, qui n'admet pas que le g&#233;n&#233;ral Dupont ait pu commettre une faute, qui le consid&#232;re comme un homme de guerre sup&#233;rieur et le proclame impeccable. &#8212; Non, r&#233;pond le lieutenant-colonel Clerc. Il a choisi librement, volontairement un mauvais terrain de combat. Lorsqu'il r&#233;partissait ses troupes d'Andujar &#224; Mengibar, il entreprenait contrairement aux r&#232;gles de la guerre une op&#233;ration d'une extr&#234;me difficult&#233;, en essayant de d&#233;fendre le passage d'un fleuve presque partout gu&#233;able au mois de juillet, que des colonnes ennemies pouvaient traverser sur plusieurs points &#224; sa droite et &#224; sa gauche, de fa&#231;on &#224; l'envelopper. Qu'on n'invoque pas surtout pour le justifier les ordres formels qui lui prescrivaient de rester &#224; Andujar et de s'y d&#233;fendre jusqu'&#224; la derni&#232;re extr&#233;mit&#233;. Si formels qu'ils fussent, ces ordres donn&#233;s de loin lui laissaient toujours la latitude de se mouvoir dans un certain rayon. Au passage du Mincio, &#224; Pozzolo, Dupont avait autrefois r&#233;clam&#233; cette libert&#233; de mouvemens aupr&#232;s de Brune, son chef direct et imm&#233;diat, pr&#233;sent comme lui sur les lieux. Comment ne lui aurait-elle pas appartenu dans des conditions si diff&#233;rentes, lorsque ses chefs &#233;taient &#224; des centaines de lieues et que lui seul pouvait juger des difficult&#233;s du terrain ? C'&#233;tait &#224; lui d'interpr&#233;ter la pens&#233;e du quartier g&#233;n&#233;ral, qui ne connaissait qu'imparfaitement la topographie du pays. Rester &#224; Andujar, cela pouvait vouloir dire se maintenir dans la r&#233;gion, garder l'entr&#233;e de l'Andalousie, surtout ne pas reculer d'une mani&#232;re apparente. L'id&#233;e d'un recul exasp&#233;rait Napol&#233;on, comme une sorte d'humiliation pour ses armes, en face d'ennemis aussi m&#233;prisables que lui apparaissaient les Espagnols. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'&#233;tait donc pas question de reculer sensiblement, mais il &#233;tait possible de se concentrer un peu en arri&#232;re sur les hauteurs de Baylen pour dominer le cours du Guadalquivir. En choisissant cette position, Dupont &#233;vitait jusqu'&#224; l'apparence de se rapprocher de la Sierra Morena, car il en restait encore &#224; deux journ&#233;es d'&#233;tape. En revanche, il diminuait de vingt-quatre heures la distance qui le s&#233;parait des renforts attendus. Il lui suffisait d'expliquer en quelques lignes la situation &#224; ses chefs pour &#234;tre assur&#233; d'avance de leur approbation. Le lieutenant-colonel Titeux convient lui-m&#234;me qu'on ne pouvait se maintenir &#224; Andujar qu'&#224; la condition d'occuper solidement Baylen. La meilleure mani&#232;re d'ex&#233;cuter les ordres re&#231;us &#233;tait donc d'occuper tout de suite ce dernier point. L'injonction de tenir &#224; Andujar comportait comme cons&#233;quence essentielle l'occupation ant&#233;rieure de Baylen. Dupont aurait pu r&#233;pondre qu'il laissait ce soin &#224; Vedel. Mais pourquoi &#224; Vedel ? Quelle confiance m&#233;ritait de sa part un subordonn&#233; qu'il connaissait &#224; peine, auquel il &#233;tait bien imprudent de confier une t&#226;che si importante avant d'&#234;tre &#233;difi&#233; sur son m&#233;rite ! Faute d'avoir ex&#233;cut&#233; lui-m&#234;me &#224; temps cette op&#233;ration capitale, au lieu d'en laisser le soin &#224; un lieutenant qui ne sut pas l'ex&#233;cuter, le g&#233;n&#233;ral Dupont, pour n'&#234;tre pas coup&#233; de sa ligne de retraite, se vit forc&#233; de l'entreprendre dans des conditions d&#233;sastreuses et succomba &#224; la peine. Lorsque, le 18 juillet 1808, il se d&#233;cidait enfin &#224; marcher sur Baylen, il infirmait d'avance l'argument de ses apologistes, il reconnaissait lui-m&#234;me que l'ordre de rester &#224; Andujar n'avait rien d'imp&#233;rieusement &#233;troit, puisqu'il y d&#233;sob&#233;issait sous la pression des circonstances. Ce qu'il faisait ce jour-l&#224;, il aurait eu le droit de le faire quelques jours plus t&#244;t et il aurait sauv&#233; son arm&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, il &#233;tait trop tard. Il se d&#233;battait d&#233;j&#224; dans une situation presque d&#233;sesp&#233;r&#233;e. L'arm&#233;e espagnole, trois fois sup&#233;rieure &#224; la sienne, le tenait entre deux feux : devant lui, de l'autre c&#244;t&#233; du Guadalquivir, deux divisions command&#233;es par Casta&#241;os ; derri&#232;re lui, l'attendant &#224; Baylen m&#234;me, deux autres divisions command&#233;es par Reding. Il en &#233;tait r&#233;duit &#224; r&#233;gler son ordre de marche comme s'il devait &#234;tre attaqu&#233; &#224; la fois en t&#234;te et en queue. Pr&#233;caution trop justifi&#233;e par les &#233;v&#233;nemens ! Pour comprendre l'horreur de la situation, il faut se repr&#233;senter le champ de bataille du 19 juillet. M. le lieutenant-colonel Titeux en trace un tableau saisissant. &lt;br class='autobr' /&gt;
La plus grande partie des soldats de Dupont &#233;taient des conscrits, presque des enfans. Beaucoup n'avaient pas vingt ans. Transport&#233;s sans transition d'un pays temp&#233;r&#233; dans un climat br&#251;lant o&#249; la temp&#233;rature ne s'abaissait gu&#232;re au-dessous de 40 degr&#233;s, ils souffraient cruellement sous ce ciel de feu. Depuis leur d&#233;part de Cordoue o&#249; ils avaient s&#233;journ&#233;, ils ne recevaient qu'un huiti&#232;me de ration par jour : ni vin, ni eau-de-vie, ni linge, ni m&#233;dicamens pour arr&#234;ter les progr&#232;s de la dysenterie, qui faisaient dans leurs rangs d'affreux ravages. Ils se raidissaient n&#233;anmoins et s'effor&#231;aient de ne pas rester en arri&#232;re, sachant que tout homme isol&#233; &#233;tait un homme perdu, que les paysans ne feraient pas gr&#226;ce aux retardataires. Ils march&#232;rent ainsi toute la nuit du 18 au 19 juillet par une chaleur suffocante, sous des flots de poussi&#232;re. Leur chef les conduisait &#224; l'assaut de la position de Baylen qu'il aurait pu occuper plusieurs jours auparavant, que Vedel avait commis la faute d'abandonner, et o&#249; l'ennemi s'&#233;tait install&#233; sans r&#233;sistance. &lt;br class='autobr' /&gt;
De trois heures du matin &#224; midi, ils attaqu&#232;rent intr&#233;pidement les deux divisions de l'arm&#233;e espagnole command&#233;es par Reding, solidement retranch&#233;es en avant de Baylen, couvertes par une puissante artillerie, dont les pi&#232;ces de 12 &#233;crasaient nos batteries de 4. Ces attaques meurtri&#232;res demeur&#232;rent sans r&#233;sultat. Dans les fortes positions qu'il occupait, l'ennemi ne recula sur aucun point, malgr&#233; l'&#233;nergie des assaillans. C'&#233;tait une troupe d'&#233;lite, recrut&#233;e avec le plus grand soin, brave et fanatis&#233;e. Elle ne c&#233;da pas un pouce de terrain. &lt;br class='autobr' /&gt;
A midi, &#224; l'heure la plus chaude de la journ&#233;e, il devint &#233;vident qu'on ne r&#233;ussirait pas &#224; s'ouvrir un passage &#224; travers les lignes espagnoles, que la route de Madrid &#233;tait ainsi ferm&#233;e et qu'il ne restait que peu de chances de salut. Retourner en arri&#232;re vers Andujar ne paraissait pas moins impossible. On se heurterait in&#233;vitablement &#224; Casta&#241;os et aux deux autres divisions espagnoles. De quelque c&#244;t&#233; que l'on jette les yeux, sur son front, sur ses flancs, sur ses derri&#232;res, partout l'ennemi, un ennemi f&#233;roce et implacable. Il y a bien Vedel qui pourrait prendre les Espagnols &#224; revers et appara&#238;tre comme un sauveur : Mais Vedel ne para&#238;t pas, il n'est qu'&#224; trois lieues de Baylen, il entend le canon depuis le matin, et, pendant que ses camarades agonisent, il s'arr&#234;te paisiblement, sans le moindre souci du drame qui s'accomplit, pour laisser reposer et manger ses soldats. Lorsque tout espoir de succ&#232;s et tout espoir de secours s'&#233;vanouissent ainsi, un immense d&#233;couragement s'empare des conscrits de Dupont. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les hommes accabl&#233;s par la fatigue et par la soif se couchent haletans sur la terre br&#251;lante. Il y en a qui jettent leurs armes pour aller chercher quelques gouttes d'eau dans le lit dess&#233;ch&#233; des torrens. Pour comble de malheur, &#224; ce moment-l&#224; m&#234;me, la brigade suisse abandonne nos rangs et passe &#224; l'ennemi ; il reste &#224; peine 2 000 hommes au drapeau. C'est alors, mais alors seulement, qu'apr&#232;s avoir pay&#233; de sa personne, apr&#232;s avoir conduit plusieurs fois avec la plus grande bravoure ses r&#233;gimens au feu, Dupont crut n'avoir d'autre ressource pour sauver les d&#233;bris de son arm&#233;e que d'entrer en pourparlers avec l'ennemi. Le mot de capitulation n'est pas encore prononc&#233;. Le g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais se borne &#224; demander au g&#233;n&#233;ral Reding une suspension d'armes et la facult&#233; de se retirer sur Madrid. Mais pendant ce temps la situation de Dupont s'aggrave encore. Un courrier de Savary intercept&#233; par les Espagnols leur apprend que les choses vont mal pour les Fran&#231;ais du c&#244;t&#233; de Madrid. D'autre part, l'arm&#233;e de Casta&#241;os, qui suit Dupont de pr&#232;s, arrive sur ses derri&#232;res. Les exigences des Espagnols s'accroissent naturellement avec les avantages qui se succ&#232;dent pour eux. Ils veulent bien accorder la suspension d'armes, mais ils refusent la route du quartier g&#233;n&#233;ral. Ils exigent que toutes les troupes d&#233;posent leurs armes et soient consid&#233;r&#233;es comme prisonni&#232;res de guerre. La duret&#233; de la capitulation est adoucie par des paroles &#233;logieuses pour la bravoure admirable des soldats fran&#231;ais, adoucie &#233;galement par la promesse qui leur est faite de les ramener imm&#233;diatement en France. Mais ce n'en est pas moins une capitulation, sans qu'il soit permis d'&#233;quivoquer sur un terme si clair, si uniform&#233;ment admis dans les usages de la guerre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aurait-il &#233;t&#233; possible &#224; Dupont de ne pas comprendre Vedel dans son d&#233;sastre : Vedel rest&#233; en dehors des lignes espagnoles sur la route de Madrid, en mesure peut-&#234;tre de regagner avec ses r&#233;gimens le quartier g&#233;n&#233;ral ? Question d&#233;licate &#224; r&#233;soudre, sur laquelle il est difficile de conna&#238;tre aujourd'hui l'exacte v&#233;rit&#233;. Vedel essaya bien de s'&#233;chapper ; il se porta sur Sainte-H&#233;l&#232;ne avec l'intention d'effectuer sa retraite. Mais, d&#232;s que le g&#233;n&#233;ral Reding eut connaissance de ce mouvement, il mena&#231;a de rompre les n&#233;gociations et de rouvrir le feu. Dupont n'aurait sans doute pas mieux demand&#233; que de sauver son lieutenant, mais les Espagnols auraient-ils consenti &#224; signer une capitulation si Vedel n'avait pas d&#251; y &#234;tre compris ? Lui-m&#234;me ne paraissait pas tr&#232;s en mesure de se tirer d'affaire. Comme Dupont, dans la m&#234;me proportion que lui, il &#233;tait victime d'un accident de guerre que l'Empereur n'avait pas su pr&#233;voir : l'impossibilit&#233; d'assurer le ravitaillement de l'arm&#233;e, &#224; une telle distance du quartier g&#233;n&#233;ral, dans un pays de montagnes arides, o&#249; chaque homme &#233;tait un ennemi, o&#249; chaque mouvement de terrain pouvait receler une embuscade. Aucune s&#233;curit&#233; n'existait plus pour les convois qui n'&#233;taient pas escort&#233;s par des forces imposantes. De l&#224; pour les soldats une effroyable mis&#232;re, la privation de tout, les horreurs de la faim et de la soif. &#171; Depuis huit jours, &#233;crivait le 19 juillet Vedel au g&#233;n&#233;ral Belliard, je n'ai pas eu un morceau de pain &#224; donner &#224; ma troupe ; j'ai fait distribuer il y a cinq jours le reste de mon biscuit, il y en avait &#224; peine pour deux jours. Le soldat a v&#233;cu de citrouilles, de concombres et de quelques ch&#232;vres qu'on a ramass&#233;es dans les montagnes. &#187; Il tra&#238;nait avec lui plus de 2 000 malades ; dans une marche de nuit, il laissa en arri&#232;re 800 hommes qui furent &#233;gorg&#233;s par les Espagnols. Dans un tel &#233;tat d'affaiblissement, avec des soldats si &#233;puis&#233;s, il aurait r&#233;ussi difficilement &#224; atteindre les d&#233;fil&#233;s de la Sierra Morena o&#249; une cinqui&#232;me division espagnole l'attendait pour l'&#233;craser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et cependant c'&#233;tait l'unique chance de salut. Beaucoup d'hommes seraient certainement rest&#233;s en route, mais beaucoup aussi auraient pass&#233; &#224; travers tout pour rejoindre le quartier g&#233;n&#233;ral, comme le firent des groupes isol&#233;s. Ce que quelques centaines d'hommes ont pu faire, des milliers d'hommes l'auraient tent&#233; avec plus de chances de succ&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
La question du corps de Vedel &#233;cart&#233;e, aurait-il &#233;t&#233; possible &#224; Dupont de ne pas capituler ? Le lieutenant-colonel Clerc rappelle &#224; ce propos l'exemple que donna le mar&#233;chal Soult dans la campagne de Portugal, un an apr&#232;s Baylen. Une s&#233;rie de malheurs, une pointe audacieuse de l'arm&#233;e anglaise, l'abandon d'un poste qu'il croyait occup&#233; par un de ses lieutenans, l'avaient accul&#233; &#224; une situation en apparence d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Sur sa droite et sur sa gauche, des masses ennemies convergeaient pour l'envelopper par derri&#232;re. Il ne lui restait d'autre issue qu'un &#233;troit sentier de montagne. D&#233;j&#224; il entendait dire autour de lui qu'il n'avait plus qu'un parti &#224; prendre : capituler. &#171; J'en connais un autre, r&#233;pliqua-t-il &#233;nergiquement. Que chacun fasse son devoir comme j'en donnerai l'exemple, et je garantis que je ram&#232;nerai l'arm&#233;e en Espagne. &#187; Il la ramena, en effet, apr&#232;s avoir fait sauter son artillerie et br&#251;l&#233; ses bagages. &lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend tr&#232;s bien le sentiment d'humanit&#233; et de piti&#233; qui peut troubler jusqu'au fond du c&#339;ur le commandant d'une troupe, m&#234;me le plus brave, lorsque, apr&#232;s avoir fait des efforts d&#233;sesp&#233;r&#233;s, il s'aper&#231;oit que ses moyens de r&#233;sistance sont &#233;puis&#233;s, qu'il ne lui reste plus qu'&#224; laisser massacrer ses soldats ou &#224; se rendre. S'il se rend alors, ce n'est point par l&#226;chet&#233;, c'est pour sauver la vie de ses hommes. Encore faut-il qu'il soit assur&#233; de les sauver. S'il n'y r&#233;ussit pas, si la capitulation n'est pas observ&#233;e ou si elle entra&#238;ne des cons&#233;quences d&#233;sastreuses pour ceux qui y sont compris, comment le justifier d'avoir d&#233;pos&#233; les armes au lieu de s'en servir jusqu'&#224; la derni&#232;re extr&#233;mit&#233; ? Ce fut le cas de Dupont. C'&#233;tait un soldat d'un incontestable courage ; il s'&#233;tait tr&#232;s bien battu partout o&#249; il s'&#233;tait trouv&#233; ; le jour m&#234;me de Baylen il avait conduit ses troupes au feu avec une admirable &#233;nergie. Lorsqu'il vit la partie d&#233;sesp&#233;r&#233;e, il crut de tr&#232;s bonne foi, en capitulant, sauver ses malheureux soldats &#233;puis&#233;s, mourant de fatigue, de faim et de soif. Le malheur voulut qu'au lieu de les sauver, il les condamn&#226;t &#224; la plus lente et &#224; la plus douloureuse des agonies. Tout aurait mieux valu pour eux que le sort qu'il leur fit. La mort imm&#233;diate, sous la ba&#239;onnette ou sous le couteau des Espagnols, aurait &#233;t&#233; cent fois moins cruelle que la longue torture des pontons de Cadix ou de l'&#238;le de Cabrera. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la faute des Espagnols, dira-t-on. D'accord. Mais, c'est aussi la faute de celui qui a eu confiance en eux. Sur cette terre d'Andalousie, violente et cruelle, au milieu de ces passions nationales et religieuses exasp&#233;r&#233;es, quel fond pouvait-on faire sur un morceau de papier sign&#233; par quelques hommes ? En admettant qu'ils fussent sinc&#232;res, qui pouvait r&#233;pondre que les clauses de la capitulation seraient accept&#233;es par le gouvernement r&#233;volutionnaire dont ils d&#233;pendaient ? Ce fut, en effet, la junte de S&#233;ville qui refusa cyniquement de se consid&#233;rer comme engag&#233;e et qui infligea aux 17 000 soldats de Vedel et de Dupont un traitement bien diff&#233;rent de celui qui avait &#233;t&#233; convenu. Avant de mettre sa signature au bas du texte, dans les heures qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent, Dupont e&#251;t pu recueillir quelques indices sur l'&#233;tat d'esprit de ses adversaires. Il aurait pu se souvenir que ses propres malades venaient d'&#234;tre &#233;gorg&#233;s &#224; l'h&#244;pital de Manzanar&#232;s. La menace faite par Reding de massacrer la division fran&#231;aise la plus rapproch&#233;e de lui, si Vedel bougeait, &#233;tait significative. Ce qui ne l'&#233;tait pas moins, c'est la d&#233;sinvolture avec laquelle les Espagnols au cours d'une suspension d'armes, dont une des conditions est l'immobilit&#233; des deux parties, s'attribuaient la libert&#233; de se mouvoir qu'ils nous interdisaient. Dans les journ&#233;es qui suivirent le 19 juillet, ils ne cess&#232;rent de man&#339;uvrer pour nous serrer de plus pr&#232;s et m&#234;me pour envelopper Vedel, rest&#233; en dehors de leurs lignes. Ils se r&#233;servaient le droit de s'approvisionner, mais ils ne permettaient pas le passage des vivres destin&#233;s &#224; nos troupes. En tout, on sentait, de leur part, avec une haine implacable une mauvaise foi inqui&#233;tante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin arriva le jour du d&#233;part, le jour o&#249; devait commencer la stricte ex&#233;cution des clauses de la capitulation. Aucun doute ne fut plus alors possible sur les intentions des vainqueurs. Les stipulations du 19 juillet &#233;taient formelles et ne pouvaient donner prise &#224; aucune &#233;quivoque. Il avait &#233;t&#233; stipul&#233; que les prisonniers qui avaient d&#233;pos&#233; leurs armes &#224; Baylen se rendraient par journ&#233;es d'&#233;tape &#224; San Lucar et &#224; Rota pour &#234;tre embarqu&#233;s sur des vaisseaux avec &#233;quipages espagnols et transport&#233;s en France au port de Rochefort. L'arm&#233;e espagnole se chargeait de les escorter et assurait leur s&#233;curit&#233; jusqu'au port d'embarquement. Il en fut, h&#233;las ! tout autrement. Les soldats d'escorte, responsables de la vie de chaque prisonnier aux termes m&#234;mes de la capitulation, se bornaient &#224; faire rentrer dans le rang, &#224; coups de crosse de fusil, tous ceux que leur faiblesse ou un besoin pressant obligeaient &#224; s'arr&#234;ter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout retardataire &#233;tait perdu. &#171; Les habitans arrivaient pour le massacrer, dit un chirurgien militaire qui faisait partie d'une des colonnes. Nous n'avions qu'&#224; nous retourner pour &#234;tre t&#233;moins de ces assassinats et, ne l'eussions-nous pas fait, des cris lamentables et les chants barbares des &#233;gorgeurs ne nous r&#233;v&#233;laient que trop ce qui se passait. Femmes, enfans, vieillards, tous s'en m&#234;laient. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque les malheureux arriv&#232;rent &#224; Cadix, apr&#232;s des marches forc&#233;es sous un ciel de feu, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; insult&#233;s et menac&#233;s cent fois sur la route, sans jamais rencontrer une marque de sympathie, au fond d'une province o&#249; il n'y avait pas un habitant qui ne f&#251;t un ennemi, trouv&#232;rent-ils au moins les b&#226;timens de transport qu'on leur avait promis, qui devaient les ramener en France ? Ceux qui pour faire accepter la capitulation y avaient ins&#233;r&#233; cette promesse n'&#233;taient pas en mesure de la tenir. Il ne d&#233;pendait pas d'eux d'introduire des b&#226;timens &#233;trangers dans le port de Rochefort alors bloqu&#233; par les Anglais. D'ailleurs, comme le savaient d'avance les signataires de la capitulation, et comme l'avouait un des membres de la junte de S&#233;ville, il n'y avait, &#224; Cadix, ni b&#226;timens de transport, ni ressources pour s'en procurer. &lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;ponse aux r&#233;clamations du g&#233;n&#233;ral Dupont, on lui r&#233;pondait avec ironie : &#171; Je suis persuad&#233; que ni le g&#233;n&#233;ral Casta&#241;os, ni vous, n'avez cru la capitulation ex&#233;cutable. Casta&#241;os a voulu sortir d'embarras, et vous, obtenir des conditions qui, bien qu'irr&#233;alisables, honorassent votre reddition. Chacun de vous a obtenu ce qu'il d&#233;sirait, et maintenant la n&#233;cessit&#233; impose ses lois. &#187; Rien de plus dur n'a &#233;t&#233; dit au g&#233;n&#233;ral Dupont. C'&#233;tait lui donner &#224; choisir entre le r&#244;le de dupe et celui de complice. Le malheureux avait beau multiplier les protestations, rappeler la parole donn&#233;e et les signatures &#233;chang&#233;es. On lui r&#233;pondait invariablement : &#171; Pourquoi voulez-vous que nous observions les termes d'une capitulation, vous qui n'avez rien respect&#233;, vous qui avez envahi l'Espagne sous le voile de l'alliance et de l'amiti&#233;, vous qui avez emprisonn&#233; notre roi, vous qui occupez, malgr&#233; lui, ses palais et son royaume, vous qui venez troubler notre tranquillit&#233;, vous qui apportez dans ce pays pacifique la guerre et l'esprit de conqu&#234;te. &#187; L'odieuse conduite de l'Empereur envers Charles IV fournissait &#224; nos ennemis un argument terrible, comme un exemple qui leur avait &#233;t&#233; donn&#233;, comme une justification anticip&#233;e de leur mauvaise foi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des 17 000 hommes qui capitul&#232;rent &#224; Baylen, bien peu devaient revoir la France. Leur sort fut &#233;pouvantable. Leurs souffrances nous ont &#233;t&#233; racont&#233;es par plusieurs d'entre eux, officiers, m&#233;decins, sous-officiers, soldats. C'est un martyrologe de six ann&#233;es. D'abord l'entassement sur les pontons de Cadix, vieux b&#226;timens hors d'usage, beaucoup trop petits pour une telle foule. Dans un seul de ces pontons, on empila jusqu'&#224; 1 800 hommes &#224; la fois, couch&#233;s comme des porcs les uns sur les autres, sur des planches goudronn&#233;es. Pas d'air, des odeurs m&#233;phitiques montant du fond de la cale, partout la vermine, &#224; peine quelques gouttes d'eau potable. Pour surcro&#238;t de souffrance, une nourriture insuffisante apport&#233;e irr&#233;guli&#232;rement. Le journal des privations, tenu par une des victimes pendant le premier trimestre de l'ann&#233;e 1809, renferme des d&#233;tails qui font fr&#233;mir. Au commencement d'un hiver qui fut tr&#232;s pluvieux, on ne fournit aux prisonniers, ni hamacs, ni couvertures. Lorsqu'il pleut, l'eau filtre dans l'entrepont. Un jour, ils ne re&#231;oivent pas de pain, le lendemain, pas de l&#233;gumes, le surlendemain, pas de vivres du tout. Il n'y a de r&#233;gularit&#233; que dans leur mis&#232;re. Aussi d'horribles maladies se d&#233;clarent-elles parmi eux. Sans alimens pour r&#233;parer leurs forces, sans m&#233;dicamens, sans soins, ils meurent par milliers, les cadavres s'accumulent. On a commenc&#233; par les jeter &#224; la mer, mais, les habitans de la ville se plaignant que tant de morts empoisonnent l'eau du port, on oblige chaque ponton &#224; conserver ses cadavres jusqu'&#224; ce que des corv&#233;es viennent les chercher pour les ensevelir sur la c&#244;te. Quatre, cinq, six jours se passent sans que la douloureuse besogne soit accomplie. Un jour, dit un t&#233;moin occulaire, j'ai compt&#233; jusqu'&#224; 98 morts sur notre gaillard d'avant. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#238;lot de Cabrera, o&#249; on les transporte ensuite, r&#233;serve aux survivans toutes les vari&#233;t&#233;s de la souffrance humaine. Un d&#233;sert, presque enti&#232;rement d&#233;pourvu de terre v&#233;g&#233;tale, pas une habitation ; ni habitans, ni animaux domestiques ; des rochers, des grottes, des pr&#233;cipices, des arbustes &#233;pineux et rabougris, un petit bois de pins, une seule source pour toute l'&#238;le. C'est l&#224; que le gouvernement espagnol abandonne 6 000 Fran&#231;ais qu'il condamne &#224; se tirer d'affaire tout seuls comme Robinson. Encore n'ont-ils pas comme lui un b&#226;timent naufrag&#233; pour aller y chercher des instrumens, de la poudre et des armes. On ne leur fournit rien, pas une pioche, pas une b&#234;che, pas un outil de ma&#231;on ou de menuisier. On les laisse tout nus sur la terre toute nue. C'est &#224; eux de s'ing&#233;nier pour se construire des huttes, pour entretenir et pour raccommoder leurs v&#234;temens. On ne leur doit que quelques onces de pain et de l&#233;gumes, apport&#233;s tous les quatre jours par une barque qui vient de Palma. Tant pis si la nourriture est insuffisante, si le gros temps retarde la barque, si l'on reste quelquefois jusqu'&#224; neuf jours sans vivres, si les uniformes us&#233;s tombent en lambeaux, si la source unique tarit presque en &#233;t&#233;, s'il faut attendre pendant vingt-quatre heures son tour de boire une gorg&#233;e d'eau ! Le gouvernement espagnol n'en a cure, il ne r&#233;pond m&#234;me pas aux g&#233;missemens des int&#233;ress&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme sur les pontons de Cadix, des milliers de ces malheureux succombent en quelques mois. Beaucoup sont morts de faim, beaucoup de maladies caus&#233;es par les variations de la temp&#233;rature, par des nuits tr&#232;s froides apr&#232;s des journ&#233;es tr&#232;s chaudes, beaucoup de nostalgie et de d&#233;sespoir. Ils ont mang&#233; des rats, des souris, des l&#233;zards. Ils ont fait cuire des plantes v&#233;n&#233;neuses, des peaux de mouton, quelquefois m&#234;me des d&#233;bris de corps humains. Il y en a qui sont rest&#233;s tout nus des mois entiers, la peau tann&#233;e par le soleil et par l'air de la mer. Il y en a que la mis&#232;re et les privations ont rendus fous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'en 1814, la paix &#233;tant conclue avec l'Espagne, une flottille fran&#231;aise alla recueillir les survivans, il en restait environ 2 000. Voici l'&#233;tat dans lequel les trouv&#232;rent nos marins, suivant le t&#233;moignage d'un officier de la flottille : &#171; A la vue de notre pavillon qui leur annon&#231;ait le jour de la d&#233;livrance, les prisonniers, semblables &#224; des spectres, se tra&#238;n&#232;rent le long des rochers ; ils en descendirent avec peine les escarpemens pour se pr&#233;cipiter vers le rivage en poussant des cris de joie&#8230; Deux cents de ces malheureux, frapp&#233;s d'ali&#233;nation mentale, erraient au milieu de rochers inaccessibles, n'ayant d'abri que des cavernes. &#187; Il est difficile de juger avec indulgence une capitulation qui a entra&#238;n&#233; des cons&#233;quences aussi d&#233;sastreuses. On le peut d'autant moins que les signataires de la capitulation n'ont point partag&#233; le sort de leurs soldats, qu'ils ont &#233;t&#233; ramen&#233;s en France pendant que ceux-ci agonisaient sur les pontons de Cadix ou dans le d&#233;sert de Cabrera. Notre piti&#233; va si naturellement &#224; ceux qui sont morts de faim, de privations et de mis&#232;re, qu'il ne nous en reste plus pour les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'il apprit la capitulation de Baylen, l'Empereur &#233;prouva un des plus violens acc&#232;s de col&#232;re auxquels il se soit livr&#233; dans le cours de sa vie. Ce mot, qu'il avait &#233;t&#233; si satisfait d'appliquer &#224; l'arm&#233;e autrichienne et &#224; l'arm&#233;e prussienne en l'accompagnant de toutes les formes de la courtoisie militaire pour rendre hommage au courage malheureux, lui devenait odieux d&#232;s qu'il &#233;tait appliqu&#233; &#224; l'arm&#233;e fran&#231;aise. Les expressions les plus grossi&#232;res et les plus insultantes se pressent sur ses l&#232;vres, Il parle de trahison, de l&#226;chet&#233;, de d&#233;shonneur. Dupont et les g&#233;n&#233;raux qui ont sign&#233; la capitulation sont des mis&#233;rables qui ont perdu leur arm&#233;e. Il les fera fusiller, l'outrage inflig&#233; &#224; l'uniforme fran&#231;ais sera lav&#233; dans leur sang. Il apprend qu'on les a s&#233;par&#233;s de leurs soldats, retenus prisonniers de guerre contre la foi jur&#233;e et qu'on les ram&#232;ne &#224; Toulon. Aussit&#244;t ses ordres sont donn&#233;s. D&#232;s son d&#233;barquement Dupont est arr&#234;t&#233;, on saisit tous ses papiers, on le conduit &#224; Paris, o&#249; il est &#233;crou&#233; &#224; la prison militaire de l'Abbaye avec les g&#233;n&#233;raux Marescot, Vedel, Chabert et le capitaine de Villoutreys, coupables d'avoir pris part aux n&#233;gociations du 19 juillet. Les autres officiers du corps de la Gironde qui d&#233;barquent successivement &#224; Toulon et &#224; Marseille ne sont pas arr&#234;t&#233;s, mais on refuse de les entendre et de les interroger. Chacun d'eux en arrivant re&#231;oit personnellement du ministre de la Guerre l'ordre de se rendre &#224; l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e d'Espagne ou &#224; l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e d'Italie, d&#232;s qu'il aura purg&#233; sa quarantaine. Le ma&#238;tre ne veut pas que tous ces t&#233;moins puissent se voir et se concerter pour &#233;garer sa justice. Ce n'est pas une enqu&#234;te qu'il demande, c'est un jugement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce ne fut pas aussi facile qu'il le croyait d'abord. Sa premi&#232;re pens&#233;e avait &#233;t&#233; de faire juger le g&#233;n&#233;ral Dupont et ses coaccus&#233;s par la haute cour imp&#233;riale. D&#233;j&#224; les pr&#233;paratifs &#233;taient faits au Luxembourg, le g&#233;n&#233;ral avait m&#234;me choisi ses d&#233;fenseurs. Puis l'Empereur se ravisa : les renseignemens qu'il recueillit lui firent craindre un acquittement et il renon&#231;a, pour le moment du moins, &#224; faire instruire un proc&#232;s r&#233;gulier. Les accus&#233;s n'y gagn&#232;rent rien. On les maintint dans la prison de l'Abbaye, o&#249; ils occupaient des chambres malsaines, empoisonn&#233;es d'odeurs f&#233;tides. Plusieurs d'entre eux tomb&#232;rent malades, les m&#233;decins conclurent &#224; la n&#233;cessit&#233; de les d&#233;placer et on les envoya s&#233;par&#233;ment dans des maisons de sant&#233; voisines de Paris, sous la surveillance de gendarmes qu'ils &#233;taient tenus de loger et d'entretenir. Aucune consid&#233;ration d'humanit&#233; ne put fl&#233;chir en leur faveur le ressentiment de l'Empereur. Le g&#233;n&#233;ral Chabert, r&#233;duit au tiers de sa solde d'activit&#233; et sans fortune, faisait valoir l'impossibilit&#233; o&#249; il se trouvait de faire vivre sa famille et de subvenir aux frais de la maladie qu'il avait contract&#233;e &#224; l'Abbaye, Le ministre de la Guerre transmit cette touchante supplique au ma&#238;tre, qui de sa main &#233;crivit en marge : &#171; Refus&#233;. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les ann&#233;es passaient sans que les accus&#233;s eussent pu faire valoir leurs moyens de d&#233;fense et obtenir des juges. L'Empereur ne d&#233;sarmait pas pour cela. Il attendait son heure. Un d&#233;cret imp&#233;rial du 12 f&#233;vrier 1812 ordonna la r&#233;union au Palais des Tuileries d'un conseil d'enqu&#234;te, compos&#233; de quinze grands dignitaires choisis par le souverain, et charg&#233; d'&#233;mettre un avis sur la conduite du g&#233;n&#233;ral Dupont et de ses coaccus&#233;s &#224; Baylen. Ce conseil tint six s&#233;ances, du 17 au 26 f&#233;vrier, sous la pr&#233;sidence de l'archichancelier Cambac&#233;r&#232;s. Les accus&#233;s comparurent devant lui sans d&#233;fenseurs. On leur lut le r&#233;quisitoire du procureur g&#233;n&#233;ral et chacun d'eux eut deux jours pour r&#233;diger sa d&#233;fense de m&#233;moire, car on leur avait pris tous leurs papiers. Dupont particuli&#232;rement ne put obtenir aucune des pi&#232;ces qui att&#233;nuaient sa responsabilit&#233;, aucune des lettres, aucun des ordres qu'il avait re&#231;us du quartier g&#233;n&#233;ral. Le jugement leur enleva &#224; tous leurs grades et leurs d&#233;corations. De plus le g&#233;n&#233;ral Dupont &#233;tait tenu de ne jamais r&#233;sider &#224; moins de vingt lieues de la r&#233;sidence imp&#233;riale. L'Empereur, aggravant la peine, le fit incarc&#233;rer au fort de Joux, puis de l&#224; &#224; la citadelle de Doullens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tels &#233;taient les proc&#233;d&#233;s de la justice imp&#233;riale. Comme pour le duc d'Enghien, ce n'est pas un jugement ; c'est une condamnation voulue et prononc&#233;e d'avance. M. le lieutenant-colonel Titeux s'en &#233;tonne et y trouve une preuve de l'hostilit&#233; personnelle que l'Empereur nourrissait contre le g&#233;n&#233;ral Dupont. La preuve de cette hostilit&#233; n'existe nulle part. Ne rapetissons pas la question. Il s'agit de tout autre chose, de la fortune m&#234;me de l'Empire. Au moment o&#249;, Napol&#233;on, &#224; l'apog&#233;e de sa puissance, remanie la carte de l'Europe, o&#249;, apr&#232;s de prodigieux succ&#232;s, il installe les membres de sa famille sur les tr&#244;nes qu'il a rendus vacans, lorsque les rois et les peuples s'inclinent devant sa volont&#233; souveraine et le proclament invincible, voici que tout &#224; coup la nouvelle se r&#233;pand que l'arm&#233;e fran&#231;aise, une de ces arm&#233;es qui ont vaincu l'Autriche, la Prusse et la Russie, qui sont le symbole m&#234;me de l'honneur et de la gloire militaire, vient de capituler, et devant qui ? Devant une nation qui ne compte pas aux yeux de l'Empereur, qu'il consid&#232;re comme la proie naturelle de son ambition : la nation espagnole. Entrons un instant dans la pens&#233;e du ma&#238;tre, repr&#233;sentons-nous l'effet que dut produire, sur un esprit si plein de sa grandeur pr&#233;sente et future, l'annonce que les soldats d'Austerlitz et d'I&#233;na avaient mis bas les armes devant des paysans et des bandits espagnols. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne r&#233;fl&#233;chit pas, il ne s'informe pas, il ne cherche pas &#224; faire &#233;quitablement la part des responsabilit&#233;s. Il voit rouge, il se sent &#224; la fois humili&#233; et menac&#233;. Quel parti ses ennemis ne vont-ils pas tirer contre lui de cette aventure ? N'est-il pas d&#233;montr&#233; d&#233;sormais qu'il y a une limite &#224; sa toute-puissance, qu'il n'a pas pour toujours encha&#238;n&#233; la fortune ? N'est-ce pas aussi la r&#233;v&#233;lation de ce qu'il y a de dangereux pour lui dans la guerre d'Espagne ? Pour nous qui connaissons l'avenir, c'est le glas fun&#232;bre qui commence &#224; sonner. Les 17000 victimes de Baylen ne sont que l'avant-garde des centaines de milliers de soldats qu'engloutira la P&#233;ninsule, soldats qui manqueront sur d'autres champs de bataille, qui eussent pu sauver la fortune de la France &#224; Leipzig et &#224; Waterloo. Le conqu&#233;rant ne voit pas comme nous la cons&#233;quence de ses actes, il ne devine pas encore ce que lui co&#251;tera la folie criminelle de la guerre d'Espagne. Peut-&#234;tre cependant a-t-il eu un frisson d'inqui&#233;tude et un pressentiment sinistre. En tous cas, il a &#233;prouv&#233; une humiliation profonde, et cela suffit pour expliquer sa fureur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le soldat aussi, l'homme qui a cr&#233;&#233; la premi&#232;re arm&#233;e du monde, qui fait reposer toute sa grandeur sur l'accomplissement des vertus militaires, se r&#233;volte contre l'id&#233;e de capitulation. Bon pour les Autrichiens de capituler &#224; Ulm, pour les Prussiens de capituler &#224; Ratkau ! Est-ce que la Grande Arm&#233;e conna&#238;t de telles faiblesses ? Verrait-on d&#233;sormais les soldats fran&#231;ais accepter la possibilit&#233; de d&#233;poser leurs armes aux pieds de l'ennemi ? Une telle honte doit rester un fait isol&#233;, unique dans nos annales militaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
On n'examinera pas si les signataires de la capitulation de Baylen ont des circonstances att&#233;nuantes &#224; faire valoir, s'ils n'ont fait que subir par la faute des autres une n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable. On les traitera avec ignominie, comme des criminels, afin d'&#233;viter le retour de semblables faiblesses. Leur condamnation servira d'avertissement et d'exemple. Tout le monde conna&#238;tra le sort qui attend ceux qui, dans l'avenir, oseraient capituler. Ni gr&#226;ce, ni piti&#233;, ni justice pour eux. La d&#233;gradation et le d&#233;shonneur. Puisque, contre toutes les pr&#233;visions, une telle d&#233;faillance a pu se produire dans une telle arm&#233;e, la loi en emp&#234;chera le retour. Berthier traduisait certainement la pens&#233;e imp&#233;riale lorsque, dans les d&#233;lib&#233;rations du Conseil d'enqu&#234;te, il pronon&#231;ait la parole d&#233;cisive : &#171; Un corps d'arm&#233;e ne doit jamais capituler en rase campagne, son devoir est de br&#251;ler tous ses &#233;quipages, de se serrer en masse et de se faire jour &#224; la ba&#239;onnette, ou de mourir honorablement. &#187; Deux mois apr&#232;s, en vertu d'un d&#233;cret, toute capitulation en rase campagne &#233;tait d&#233;clar&#233;e criminelle et punissable de mort. C'&#233;tait l'&#233;pilogue de la journ&#233;e de Baylen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_G%C3%A9n%C3%A9ral_Dupont&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_G%C3%A9n%C3%A9ral_Dupont&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le g&#233;n&#233;ral Foch&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;M. le mar&#233;chal Foch nous adresse la lettre suivante, que nous nous empressons d'ins&#233;rer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trofeunteuniou, le 5 ao&#251;t 1921. &lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur le directeur et cher confr&#232;re, &lt;br class='autobr' /&gt;
La Revue des Deux Mondes, dans son num&#233;ro du 1er ao&#251;t et sous la signature de M. Victor Giraud, pr&#233;sente le 20e corps d'arm&#233;e et son chef, &#224; la bataille de Morhange de 1914, sous un jour contraire en certains points &#224; la r&#233;alit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le 20 (ao&#251;t) &#224; l'aube, emport&#233; par sa fougue, est-il &#233;crit, le commandant du 20e corps lance la 39e division &#224; l'attaque des hauteurs de Marthil-Baronville, d&#233;couvrant son flanc gauche. A 4 heures du matin, un formidable orage d'artillerie lourde s'abat sur les troupes fran&#231;aises, et peu apr&#232;s, tout le IIIe corps bavarois, d&#233;valant des bois, se rue &#224; l'assaut. En une demi-heure, la 39e division, en d&#233;pit de tout son h&#233;ro&#239;sme, est bouscul&#233;e, et &#224; 8 heures, elle est en pleine retraite, entra&#238;nant dans son mouvement la 11e division ; presque tous ses chefs de corps sont hors de combat, et elle a d&#251; laisser aux mains des Bavarois les deux tiers de son artillerie divisionnaire. D&#233;couverte par la retraite du 20e corps, vivement press&#233;e par les Allemands, la 68e division de r&#233;serve se replie &#224; son tour. Quant aux 15e et 16e corps, leur offensive a &#233;t&#233; retard&#233;e par le brouillard. Attaqu&#233;s par des forces tr&#232;s importantes, fort &#233;prouv&#233;s par l'artillerie lourde allemande, ils r&#233;trogradent eux aussi d&#233;fendant pied &#224; pied le terrain et se d&#233;gageant, surtout le 16&#176; corps, par de vives contre-attaques. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est un grave &#233;chec dont les causes strat&#233;giques et tactiques sont multiples et complexes, mais dont il s'agit de limiter les effets, en attendant de le r&#233;parer. A 10 heures 30, le g&#233;n&#233;ral de Castelnau donne &#224; toutes ses troupes l'ordre de se retirer par &#233;chelons&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
A lire ces lignes, l'insucc&#232;s et la retraite du 20e corps auraient d&#233;cid&#233; du sort des autres corps d'arm&#233;e, auxquels la fortune se montre moins s&#233;v&#232;re dans le r&#233;cit. Son &#233;chec aurait entra&#238;n&#233; celui de l'arm&#233;e, fix&#233; d&#233;finitivement l'issue de la rencontre et motiv&#233; l'ordre de retraite lanc&#233; &#224; 10 heures 30 par le commandant de l'arm&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire document&#233;e fera conna&#238;tre un jour les causes strat&#233;giques et tactiques comme aussi les erreurs morales qui ont pr&#233;sid&#233; &#224; la conduite des &#233;v&#233;nements. D&#232;s aujourd'hui, certaines erreurs mat&#233;rielles du r&#233;cit sont &#224; rectifier : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La 39e division lanc&#233;e &#224; l'aube &#224; l'attaque des hauteurs de Marthil-Baronville. &#187; Erreur, disons-nous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque &#224; 4 heures, dans la matin&#233;e du 20, l'attaque allemande part avec la violence expos&#233;e, la 39e division n'a encore engag&#233; aucune entreprise offensive. Elle continue de tenir les positions conquises la veille et qui &#233;taient les objectifs assign&#233;s &#224; sa marche de ce jour, notamment le signal de Marthil. Elle commence ses pr&#233;paratifs pour agir, mais pas avant 6 heures. Franchement devanc&#233;e, elle se trouve de suite engag&#233;e dans une puissante action dont l'ennemi a pris l'initiative. A la guerre, on est toujours deux. C'est l'attaque qu'elle a &#224; recevoir, au lieu de la lancer comme il est &#233;crit. Sa situation est l'inverse de celle que lui fait l'&#233;crivain. Comment s'en retire-t-elle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; A 8 heures, elle est en pleine retraite, entra&#238;nant dans son mouvement la 11e division, &#187; est-il &#233;crit encore. Erreur, disons-nous de nouveau : &lt;br class='autobr' /&gt;
A 8 heures, en r&#233;alit&#233;, la division a &#233;t&#233; &#233;prouv&#233;e, oui, mais elle est &#233;tablie &#224; la lisi&#232;re Nord de la for&#234;t de Ch&#226;teau-Salins ; elle y restera jusqu'apr&#232;s midi ; elle tient la ligne de Ch&#226;teau-Brehain, Brehain, Achain ; elle est en liaison &#233;troite avec la 11e division toujours &#224; P&#233;vange, un de ses objectifs de la veille. &#171; En pleine retraite ? &#187; Non. Au 20e corps on ne bat en retraite que sur des ordres formels. Pour qui a vu les troupes, ce jour-l&#224; notamment, cet esprit y r&#232;gne de haut en bas. En fait, la 39e division ne quittera la corne Nord de la for&#234;t de Ch&#226;teau-Salins qu'&#224; midi 45 ; et de m&#234;me, la r&#233;gion avoisinante des localit&#233;s ci-dessus indiqu&#233;es. Mais &#224; ce moment, les ordres de retraite sont depuis longtemps partis d'en haut, et l'ont touch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la 11e division qui aurait &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;e dans ce mouvement de retraite, toujours d&#232;s 8 heures, l'erreur est aussi compl&#232;te. Elle tient dans la matin&#233;e les positions gagn&#233;es la veille et se maintient toute la journ&#233;e sur les hauteurs qui les dominent : hauteurs Sud d'Habondange et de Conthil-Riche, Lidrequin et Haut de Koking. Bien plus, de ces derniers points elle aspire et se pr&#233;pare &#224; r&#233;pondre aux appels de l'arm&#233;e formul&#233;s d&#232;s 7 heures, r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; 8 heures 15, d'attaquer vers Lidrezing pour d&#233;gager le 15e corps. Car ce corps d'arm&#233;e contre-attaqu&#233; sur tout son front depuis la r&#233;gion de Bideffstroff jusqu'&#224; la lisi&#232;re Sud-Est de la for&#234;t de Bride et Koking est dans une situation critique. Il est demand&#233; par l'arm&#233;e au 20e corps, &#224; 8 heures 15, &#171; d'attaquer imm&#233;diatement vers Lidrezing pour enrayer l'offensive ennemie et d&#233;gager le 15e corps. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
La 11e division ne quittera cette r&#233;gion que dans la soir&#233;e, et avec ses arri&#232;re-gardes dans la nuit, apr&#232;s l'ex&#233;cution du repli ordonn&#233; &#224; la 39e division. C'est toujours sur un ordre qu'elle se repliera et dans une tenue parfaite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;couverte par la retraite du 20e corps, vivement press&#233;e par les Allemands, la 68e division de r&#233;serve se replie &#224; son tour, &#187; est-il encore &#233;crit dans le r&#233;cit de la matin&#233;e du 20 ao&#251;t. Nous avons vu ce qu'&#233;tait la retraite du 20e corps. Il n'y en avait pas. Jusqu'&#224; midi 45, il tient la for&#234;t de Ch&#226;teau-Salins, y compris sa corne Nord ; par-l&#224;, il couvre toujours le flanc droit de la 68e division de r&#233;serve. Quand il se replie dans l'apr&#232;s-midi, par ordre sup&#233;rieur, la 68e s'est d&#233;j&#224; repli&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, le 20 ao&#251;t 1914, &#224; midi, le 20e corps est en &#233;tat physique et moral de r&#233;sister &#224; l'ennemi et de l'arr&#234;ter, si on le lui demande. De plus rudes &#233;preuves devaient, au cours de la guerre, montrer tout son pouvoir de r&#233;sistance. Sa retraite, ce jour-l&#224;, est donc l'effet et non la cause de l'ordre de l'arm&#233;e de 10 heures 30. Il ne m'appartient pas de dire de quelles consid&#233;rations cette d&#233;cision r&#233;sultait. Elle ne pouvait, en aucun cas, sortir de la situation ou de l'attitude du 20e corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au chef du 20e corps &#171; emport&#233; par sa fougue &#187; et lan&#231;ant &#224; l'aube la 39e division &#224; la pr&#233;tendue attaque des hauteurs et devenant ainsi une des causes de tout le d&#233;sastre, on a vu qu'il n'avait rien lanc&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas davantage, on ne trouverait trace de cette fougue inconsid&#233;r&#233;e dans ses ordres au 20e corps, malgr&#233; les invitations formelles du commandement sup&#233;rieur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celui-ci prescrivait en effet, le 18 ao&#251;t, dans une instruction g&#233;n&#233;rale : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'ennemi c&#232;de devant nous : en particulier, il a abandonn&#233; Sarrebourg et Ch&#226;teau-Salins. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, il faut le poursuivre avec toute la vigueur et toute la rapidit&#233; possibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le g&#233;n&#233;ral commandant la 2e arm&#233;e compte sur l'&#233;nergie, sur l'&#233;lan de tous pour atteindre ce r&#233;sultat. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il invite les commandants de corps d'arm&#233;e &#224; inspirer &#224; leurs troupes cet &#233;tat d'&#226;me diff&#233;rent de l'esprit de m&#233;thode qui s'impose vis-&#224;-vis d'organisations d&#233;fensives pr&#233;par&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans ce m&#234;me ordre d'id&#233;es, les &#233;l&#233;ments lourds, qui retardent la marche, seront rejet&#233;s en queue des colonnes, jusqu'au moment o&#249; leur entr&#233;e en action deviendra n&#233;cessaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commandant du 20e corps &#224; cette date, je dois aujourd'hui &#224; son honneur, &#224; son splendide pass&#233;, &#224; ses glorieux drapeaux, de ne pas en laisser approcher l'ombre d'une tache, sous la forme d'un r&#233;cit inexact, ni de lui laisser attribuer un renversement dans la direction des op&#233;rations que rien ne justifie de sa part. &lt;br class='autobr' /&gt;
Recevez, Monsieur le directeur et cher confr&#232;re, l'assurance de mon enti&#232;re consid&#233;ration. &lt;br class='autobr' /&gt;
MARECHAL FOCH.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_20e_corps_%C3%A0_Morhange_(20_ao%C3%BBt_1914&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_20e_corps_%C3%A0_Morhange_(20_ao%C3%BBt_1914&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Foch :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la derni&#232;re guerre, mes fonctions m'ont successivement appel&#233; &#224; diff&#233;rents postes, d'abord &#224; la t&#234;te du 20e corps, et ce sont alors les op&#233;rations de Lorraine jusqu'&#224; la fin d'ao&#251;t 1914. Puis je commande la 9e arm&#233;e, et la fin d'ao&#251;t 1914. Puis je commande la 9e arm&#233;e, et c'est la bataille de la Marne. Apr&#232;s cela, comme adjoint au g&#233;n&#233;ral commandant en chef, je suis charg&#233; de coordonner dans le Nord les actions des troupes fran&#231;aises avec les troupes alli&#233;es, britanniques et belges ; ce sont alors les batailles de l'Yser, d'Ypres, les attaques d'Artois et la bataille de la Somme, qui nous m&#232;nent &#224; la fin de 1916. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme chef d'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral de l'arm&#233;e en 1917, je fonctionne &#224; titre de conseiller militaire du gouvernement fran&#231;ais. Il a en effet d&#233;cid&#233; de prendre part &#224; la conduite de la guerre. J'assure, entre autres entreprises, notre coop&#233;ration en Italie d&#232;s le mois d'avril. Je la dirige personnellement &#224; la fin d'octobre et pendant le mois de novembre de la m&#234;me ann&#233;e. Enfin je participe &#224; l'installation de l'arm&#233;e am&#233;ricaine en France. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1918, comme pr&#233;sident du Comit&#233; militaire ex&#233;cutif de Versailles, puis comme commandant en chef des arm&#233;es alli&#233;es, je pr&#233;pare et conduis l'ensemble des forces alli&#233;es du front d'Occident. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, en toute sinc&#233;rit&#233;, j'&#233;cris mes souvenirs. Ils ne forment pas une histoire de la guerre, mais seulement le r&#233;cit des &#233;v&#233;nements auxquels j'ai pris part. Comme on vient de le voir, c'est seulement dans la derni&#232;re ann&#233;e que ce r&#233;cit peut porter sur l'ensemble du front d'Occident. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a &#233;t&#233; &#233;crit d'apr&#232;s les impressions que nous &#233;prouvions au moment de l'action, comme aussi d'apr&#232;s les renseignements que nous avions ou les hypoth&#232;ses que nous faisions sur l'ennemi, &#224; ce moment toujours plein d'incertitudes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour saisir comment j'ai vu et interpr&#233;t&#233; les &#233;v&#233;nements, peut-&#234;tre n'est-il pas inutile au lecteur de remonter plus haut, de conna&#238;tre sommairement le pass&#233; de celui qui a &#233;crit. Les mani&#232;res de voir et de faire d'un homme d'un certain &#226;ge proviennent en effet d'une formation qui les explique naturellement quand on la conna&#238;t, comme aussi de certaines circonstances particuli&#232;res qui ont marqu&#233; dans sa vie, au point d'en orienter et d'en fixer constamment la conduite. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233; &#224; Tarbes, au pied des Pyr&#233;n&#233;es, en octobre 1851, d'une famille enti&#232;rement pyr&#233;n&#233;enne, j'avais fait mes &#233;tudes successivement au lyc&#233;e de Tarbes, au lyc&#233;e de Rodez, au petit s&#233;minaire de Polignan, dans la Haute-Garonne, puis au coll&#232;ge des J&#233;suites de Saint-Michel &#224; Saint-&#201;tienne, partout o&#249; la carri&#232;re de fonctionnaire de mon p&#232;re avait entra&#238;n&#233; ma famille. A Saint-&#201;tienne s'&#233;taient termin&#233;es mes &#233;tudes pr&#233;paratoires au baccalaur&#233;at &#232;s lettres, &#224; c&#244;t&#233; du futur mar&#233;chal Fayolle. Bien que j'aie pu songer de bonne heure &#224; l'&#201;cole polytechnique comme l'illustre camarade que je viens de citer, nos familles et nos ma&#238;tres n'avaient pas cru avantageux de nous &#233;pargner le circuit litt&#233;raire qui allait &#233;videmment retarder, le commencement de notre pr&#233;paration &#224; l'&#201;cole. C'est ainsi qu'apr&#232;s la classe de philosophie nous passions notre baccalaur&#233;at &#232;s lettres avant d'aborder les &#233;tudes scientifiques. Si le propre de ces derni&#232;res, de la formation math&#233;matique notamment, est d'habituer l'esprit &#224; consid&#233;rer des grandeurs et des formes mat&#233;riellement d&#233;finies, comme aussi &#224; pr&#233;ciser des id&#233;es sur ces sujets, &#224; les encha&#238;ner par un raisonnement implacable et &#224; fa&#231;onner ainsi cet esprit &#224; une m&#233;thode de raisonnement des plus rigoureuses, le propre des &#233;tudes de lettres, de philosophie et d'histoire, est avant tout, en quittant le monde de l'observation, de faire na&#238;tre et de cr&#233;er des id&#233;es sur le monde vivant, par l&#224; d'assouplir et d'&#233;largir l'intelligence, au total de la maintenir en &#233;veil, active et f&#233;conde, en pr&#233;sence du domaine de l'ind&#233;fini qu'ouvre la vie. Devant ce vaste horizon qui est pourtant une r&#233;alit&#233;, il faut bien, pour avancer, tout d'abord voir large, percevoir clairement, puis, un but &#233;tant choisi, y marcher r&#233;solument par des moyens d'approche et de conqu&#234;te d'une efficacit&#233; bien assur&#233;e. C'est ainsi que la double pr&#233;paration de connaissances g&#233;n&#233;rales et d'&#233;tudes sp&#233;ciales se montre avantageuse, semble-t-il, pour qui veut, non seulement conna&#238;tre un m&#233;tier, mais aussi le faire au besoin &#233;voluer et l'appliquer successivement &#224; de nouveaux buts, d'une nature souvent diff&#233;rente. L'avenir ne fera sans doute qu'accentuer, pour l'officier notamment, cette n&#233;cessit&#233; de la culture g&#233;n&#233;rale &#224; c&#244;t&#233; du savoir professionnel. A mesure que s'&#233;tend le domaine de la guerre, l'esprit de ceux qui la font doit s'&#233;largir. L'officier de r&#233;elle valeur ne peut plus se contenter d'un savoir professionnel, de la connaissance de la conduite des troupes et de la satisfaction de leurs besoins, ni se borner &#224; vivre dans un monde &#224; part. Les troupes sont en temps de paix la partie jeune et virile de la nation, en temps de guerre la nation arm&#233;e. Comment, sans une constante communication avec l'esprit qui anime le pays, pourrait-il exploiter de pareilles ressources ? Comment pourrait-il pr&#233;sider aux ph&#233;nom&#232;nes sociaux, caract&#233;ristiques des guerres nationales, sans un certain savoir moral et politique, sans des connaissances historiques lui expliquant la vie des nations dans le pass&#233; et dans le pr&#233;sent ? Une fois de plus, la technicit&#233; ne lui suffira-plus. Il la faut doubl&#233;e d'une grande somme d'autres facult&#233;s. Facilement il comprendra d'ailleurs que son esprit et son caract&#232;re se pr&#233;parent mieux pour la guerre &#224; venir, et que la carri&#232;re se fait plus docilement dans la paix, si, dans un entier sentiment de discipline, il se maintient constamment par une intelligence largement en &#233;veil &#224; la hauteur des circonstances et des probl&#232;mes qui se pr&#233;senteront sur sa route, plut&#244;t qu'en vivant uniquement de la vie de garnison et en se laissant obs&#233;der par l'id&#233;e de gravir les &#233;chelons de la hi&#233;rarchie, sans justifier de capacit&#233;s grandissantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
A d&#233;faut de cette conception, l'officier de carri&#232;re risque de se voir pr&#233;f&#233;rer, au jour de la guerre, l'officier de compl&#233;ment muni certainement du savoir indispensable, mais que le train d'une vie plus productive a maintenu dans une plus f&#233;conde activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, apr&#232;s avoir termin&#233; mes &#233;tudes litt&#233;raires au coll&#232;ge Saint-Michel, j'allais &#224; Metz, en 1869, poursuivre au coll&#232;ge Saint-Cl&#233;ment ma pr&#233;paration &#224; l'&#201;cole polytechnique. C'&#233;tait un &#233;tablissement tr&#232;s bien dirig&#233;, en plein d&#233;veloppement, principalement recrut&#233; en Alsace et en Lorraine, pr&#233;parant de. nombreux candidats aux &#233;coles de l'&#201;tat : Polytechnique, Saint-Cyr et Foresti&#232;re, dans des cours remarquablement faits. Deux hommes notamment, le P&#232;re Saussi&#233; et le P&#232;re Causson, y tenaient une grande place par leur savoir et par leur d&#233;vouement absolu &#224; la formation de leurs &#233;l&#232;ves. Un patriotisme ardent les animait sur cette fronti&#232;re toujours menac&#233;e. Ils le communiquaient &#224; leurs disciples, ils en poursuivaient un premier couronnement dans le succ&#232;s de leurs &#233;l&#232;ves aux concours d'admission aux &#201;coles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;v&#233;nements de 1870 nous trouvaient dans cette excitation laborieuse. Ils allaient nous laisser des souvenirs profonds. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est, d&#232;s la fin de juillet 1870, une importante partie de l'arm&#233;e fran&#231;aise se r&#233;unissant autour de Metz dans un excellent esprit mais avec un manque d'organisation impressionnant. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est, par un soir d&#233;clinant, l'empereur Napol&#233;on III arrivant pour prendre le commandement en chef et remontant la rue Serpenoise, affal&#233; dans sa voiture d&#233;couverte, accompagn&#233; du prince imp&#233;rial au regard inquiet et interrogateur, escort&#233; des magnifiques cent-gardes, au milieu d'une population anxieuse et troubl&#233;e &#224; la vue de ce tableau de lassitude. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l'installation &#224; la pr&#233;fecture du quartier g&#233;n&#233;ral de l'empereur et de sa suite, aux grands noms et aux splendides uniformes. Puis, dans les journ&#233;es des 4, 5, 6 ao&#251;t, pendant que s'effondrent les destin&#233;es de la France en des rencontres significatives, ce sont nos compositions d'admission &#224; l'&#201;cole polytechnique faites au lyc&#233;e de Metz, toutes fen&#234;tres ouvertes, au bruit lointain du canon, et dont la derni&#232;re, la composition fran&#231;aise, pouvait donner &#224; r&#234;ver aux candidats par son fond proph&#233;tique : d&#233;velopper cette pens&#233;e de Kl&#233;ber : &#171; Il faut que la jeunesse pr&#233;pare ses facult&#233;s. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le 7 ao&#251;t, un dimanche, l'empereur, commandant en chef, allant &#224; la gare de Metz prendre le train pour Forbach, apprenant par le chef de gare que les trains n'allaient plus jusqu'&#224; Forbach &#233;vacu&#233; la veille, &#224; la suite d'une bataille perdue, et rentrant &#224; la pr&#233;fecture imm&#233;diatement ferm&#233;e pour prendre l'aspect d'un quartier g&#233;n&#233;ral en d&#233;sastre. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la population messine agit&#233;e, voyant partout des espions qu'elle veut jeter &#224; la Moselle. C'est ensuite la premi&#232;re proclamation de l'Empereur annon&#231;ant &#224; la France ses d&#233;faites, trois batailles perdues, et d&#233;naturant la v&#233;rit&#233; par sa ponctuation : &#171; Le mar&#233;chal de Mac-Mahon me t&#233;l&#233;graphie qu'il a perdu une grande bataille sur la Sarre. Frossard attaqu&#233; par des forces sup&#233;rieures&#8230; &#187; au lieu de : &#171; Le mar&#233;chal de Mac-Mahon me t&#233;l&#233;graphie qu'il a perdu une grande bataille. Sur la Sarre, Frossard attaqu&#233; par des forces sup&#233;rieures&#8230; &#187; C'est la consternation partout. L'apr&#232;s-midi, ce sont les populations des campagnes envahies ou menac&#233;es refluant vers la ville et l'arri&#232;re, la premi&#232;re vision des cons&#233;quences de la d&#233;faite, l'exode lamentable des familles chass&#233;es de leur foyer, emportant, dans le d&#233;sarroi d'un d&#233;part impr&#233;vu et les fatigues d'une marche sans abri et &#224; l'aventure, les vieillards, les femmes, les enfants, une faible partie de leur avoir, b&#233;tail ou mobilier, avec le d&#233;sespoir dans l'&#226;me et la mis&#232;re en perspective. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous-m&#234;mes, les &#233;l&#232;ves de Saint-Cl&#233;ment, nous quittions Metz quelques jours apr&#232;s pour rentrer dans nos familles. Sur la ligne de Metz &#224; Paris, ce sont des mouvements en tous sens de trains de troupes du 6e corps envoy&#233;s de Ch&#226;lons &#224; Metz et refoul&#233;s en cours de route sur Ch&#226;lons par crainte d'interruption de la voie ferr&#233;e aux approches de Metz. Aux abords de Paris passent ensuite les troupes du 7e corps, rappel&#233;es de Belfort, puis celles du ter corps ramen&#233;es de Charmes, apr&#232;s Fr&#339;schwiller, vers le camp de Ch&#226;lons. Et quelque temps apr&#232;s, ce sont les trains des pompiers des communes de France arrivant avec leurs casques l&#233;gendaires et leurs fusils &#224; pierre &#224; l'appel du gouvernement, pour assurer la d&#233;fense de la capitale. A la vue de leur organisation disparate et archa&#239;que, le gouvernement se rendait bient&#244;t compte de leur inaptitude &#224; la t&#226;che envisag&#233;e et rendait &#224; leurs communes ces d&#233;vou&#233;s citoyens nullement pr&#233;par&#233;s &#224; la guerre. Partout, on le voit, r&#233;gnait cet esprit de d&#233;sordre et d'erreur u de la chute des rois funeste avant-coureur &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;tat s'effondrait, dont le gouvernement, endormant le pays dans une paix de prosp&#233;rit&#233;, de bien-&#234;tre et de luxe, avait d&#233;tourn&#233; les regards de la nation de l'approche du danger, sans pourvoir lui-m&#234;me aux pr&#233;cautions indispensables ni assurer l'entretien moral et mat&#233;riel de l'arm&#233;e qu'il avait, et qui e&#251;t pu, soigneusement et intelligemment administr&#233;e, retarder pour le moins et r&#233;duire le d&#233;sastre. Comme on peut le penser, cette travers&#233;e au milieu des sympt&#244;mes d'un effondrement, comme pr&#233;c&#233;demment cette vue des premiers effets de la d&#233;faite, ne pouvait &#234;tre, qu'une s&#233;rieuse le&#231;on pour de jeunes esprits. &lt;br class='autobr' /&gt;
De mon c&#244;t&#233;, par la suite, je m'engageais pour la dur&#233;e de la guerre au 4e r&#233;giment d'infanterie ; la lutte se terminait sans que j'y eusse pris une part active. Lib&#233;r&#233; au mois de mars 1871, je reprenais la route de Metz pour aller y retrouver, en une ann&#233;e scolaire fortement &#233;court&#233;e, un cours de math&#233;matiques sp&#233;ciales d&#233;j&#224; vu, avec le m&#234;me professeur, le P&#232;re Saussi&#233;, et t&#226;cher d'aboutir, cette m&#234;me ann&#233;e, &#224; l'&#201;cole polytechnique. Au coll&#232;ge Saint-Cl&#233;ment, nous partagions l'habitation avec des troupes allemandes de passage, et en permanence avec un bataillon du 37e r&#233;giment pom&#233;ranien. Ce voisinage ne manquait pas de cr&#233;er de nombreux incidents, car ceux qui le constituaient tenaient &#224; nous faire sentir le poids de leur victoire, et, dans des assauts pleins de violence et de brutalit&#233;, &#224; affirmer &#224; tout propos et sans plus de pr&#233;texte le droit de tout faire qu'elle cr&#233;ait &#224; leurs yeux. De l&#224;, nous allions &#224; Nancy subir &#224; trois &#233;poques de l'&#233;t&#233; 1871 les &#233;preuves &#233;crites, puis les examens oraux d'admissibilit&#233; et d'admission &#224; l'&#201;cole polytechnique. Le g&#233;n&#233;ral de Manteuffel gouvernait la Lorraine occup&#233;e et commandait l'arm&#233;e d'occupation. Il r&#233;sidait sur la place Carri&#232;re, dans le Palais du Gouvernement o&#249; la d&#233;claration de guerre de 1914 devait me trouver commandant le 20e corps d'arm&#233;e. Il y recevait &#224; leur passage de nombreux h&#244;tes allemands de marque, princes, g&#233;n&#233;raux, ou grands &#233;tats-majors, et c'&#233;tait chaque fois de bruyantes manifestations d'enthousiasme, des parades et des retraites militaires importantes en l'honneur des personnalit&#233;s qui avaient men&#233; les arm&#233;es &#224; la victoire ou qui par le trait&#233; de paix avaient, malgr&#233; les unanimes protestations des populations, violemment arrach&#233; &#224; la France l'Alsace et la Lorraine. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; plusieurs fois le t&#233;moin de ces sc&#232;nes, c'est de l&#224; que je partais pour entrer, en octobre 1871, &#224; l'&#201;cole polytechnique, dans un Paris tout fumant encore des incendies et des ravages de la Commune. Ici le pays &#233;tait &#224; refaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand il avait &#233;t&#233; question de mon entr&#233;e &#224; l'&#201;cole polytechnique, c'est surtout les carri&#232;res civiles, dont elle ouvre les portes, que ma famille avait envisag&#233;es. Mais, apr&#232;s la fin de la guerre malheureuse dont nous sortions, une premi&#232;re t&#226;che s'imposait &#224; tous, &#224; la jeunesse notamment, de travailler au rel&#232;vement de la patrie d&#232;s &#224; pr&#233;sent d&#233;membr&#233;e et constamment menac&#233;e d'une destruction totale. Aussi je n'h&#233;sitais pas &#224; me ranger parmi les volontaires pour l'artillerie, d&#233;sign&#233;s sous le nom de &#171; petits chapeaux &#187;, appel&#233;s &#224; entrer &#224; l'&#201;cole d'application de Fontainebleau apr&#232;s quinze mois d'&#201;cole polytechnique, et &#224; en sortir au mois de septembre 1874 pour arriver comme officiers dans les r&#233;giments. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au lendemain de nos d&#233;sastres et malgr&#233; une indemnit&#233; consid&#233;rable pay&#233;e au vainqueur, la France, enti&#232;rement d&#233;sarm&#233;e par l'effet des capitulations qui avaient livr&#233; son mat&#233;riel &#224; l'ennemi, refaisait rapidement ses institutions militaires, comme aussi son armement. Elle se mettait &#224; la h&#226;te en &#233;tat de tenir t&#234;te en cas de besoin &#224; un adversaire toujours mena&#231;ant, &#233;trangement surpris de la voir se relever rapidement, et sur le point, pour achever sa destruction, de recommencer la guerre, en 1875 notamment. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans cette p&#233;riode de r&#233;organisation h&#226;tive et de moyens encore insuffisants que je d&#233;butais dans l'artillerie, au 24e r&#233;giment, &#224; Tarbes. Il y r&#233;gnait heureusement un noble &#233;lan de tous et une fi&#233;vreuse activit&#233;. Et ce train des d&#233;buts de la paix devait longtemps se maintenir. On ne saura jamais assez c&#233;l&#233;brer le noble effort dont furent capables, dans l'arm&#233;e, les vaincus de 1870 et les g&#233;n&#233;rations qui les suivirent, pour refaire nos troupes et les pr&#233;parer &#224; la bataille, comme aussi pour &#233;tudier et comprendre la grande guerre, dont l'arm&#233;e du Second Empire avait perdu la notion, &#224; la suite d'exp&#233;ditions heureuses hors d'Europe et apr&#232;s une facile campagne d'Italie &#224; buts et &#224; moyens restreints. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chacune des &#233;coles militaires par lesquelles je passais : &#201;cole polytechnique, &#201;coles d'application d'artillerie, puis de cavalerie, nous fournissait un puissant enseignements un d&#233;veloppement progressif de nos facult&#233;s, comme aussi de r&#233;els sujets de r&#233;flexion ; mais l'&#201;cole sup&#233;rieure de guerre,' o&#249; j'entrais en 1885, me fut une v&#233;ritable r&#233;v&#233;lation. Dans des enseignements plus ou moins th&#233;oriques, &#233;tablis sur les le&#231;ons de l'histoire, elle formait un esprit moyen, usant des dons naturels et des connaissances acquises, &#224; pouvoir rationnellement aborder les probl&#232;mes de la grande guerre, les raisonner, les discuter, en avancer la solution sur des bases solides. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle comprenait, il est vrai, une r&#233;union d'hommes sup&#233;rieurs : les Cardot, les Maillard, les Millet, les Langlois, les Cherfils notamment, remarquables par leur conscience passionn&#233;e, leur exp&#233;rience, leur jugement. En partant d'&#233;tudes historiques minutieusement fouill&#233;es, ils parvenaient &#224; d&#233;finir et &#224; embrasser &#224; la fois le domaine moral illimit&#233; de la guerre, et &#224; fixer, en les raisonnant, les moyens mat&#233;riels par lesquels on devait le traiter. Par l&#224;, ils nous fournissaient, en m&#234;me temps qu'un enseignement &#233;tabli, une m&#233;thode de travail applicable aux probl&#232;mes de l'avenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
De ces professeurs de l'&#201;cole de guerre, l'un, le commandant Millet, appel&#233; &#224; tenir par la suite les plus hauts grades dans notre arm&#233;e, voulut bien me suivre et s'int&#233;resser &#224; moi tout le long de ma carri&#232;re. C'est ainsi que plus tard je remplis aupr&#232;s de lui les fonctions de chef d'&#233;tat-major de corps d'arm&#233;e, puis d'arm&#233;e. Il avait exerc&#233; une grande influence sur ma mani&#232;re de voir la lutte prochaine, en me communiquant constamment les r&#233;flexions que lui dictaient son exp&#233;rience de la guerre de 1870 et sa recherche constante de la conduite &#224; donner dans l'avenir &#224; une action de guerre. Pour lui, et depuis 1870, la puissance des feux dominait et ma&#238;trisait le champ de bataille, au point d'y briser l'&#233;lan de toute troupe qui n'avait pas une indiscutable sup&#233;riorit&#233; de feux. Avec le perfectionnement de l'armement, cette puissance devait se r&#233;v&#233;ler encore plus absolue dans la prochaine guerre. Il fallait &#224; tout prix se pr&#233;occuper du. traitement &#224; lui assurer, en cherchant &#224; la prendre &#224; son actif par un mat&#233;riel plus puissant et &#224; se soustraire &#224; ses effets par des moyens &#224; trouver, car ceux que nous pratiquions, tels que nos formations d'infanterie, &#233;taient notoirement insuffisants. Ils ne pouvaient que mener &#224; la ruine de la troupe. A cette action d'un feu sup&#233;rieur devait succ&#233;der bien entendu l'assaut pour enlever la position ennemie, mais l&#224; n'&#233;tait qu'une partie de la bataille. Le renversement de l'ennemi, obtenu de la sorte sur un point, allait quand m&#234;me &#234;tre co&#251;teux et limit&#233;. Il devait, sous peine de rester st&#233;rile, &#234;tre imm&#233;diatement agrandi et exploit&#233; par une action mont&#233;e en vitesse et avec une certaine puissance, capable ainsi d'utiliser dans le temps et par les moyens pr&#233;par&#233;s &#224; l'avance le d&#233;sarroi caus&#233; dans les organisations de l'ennemi, d'y semer la destruction et d'y r&#233;pandre le d&#233;sordre, d'y r&#233;aliser au total les b&#233;n&#233;fices d'un effort victorieux, mais co&#251;teux. C'&#233;tait dire que, tout en pr&#233;parant avec le plus de soins possible le commencement d'une action, le chef d'une troupe importante devait, bien loin de s'arr&#234;ter aux premiers r&#233;sultats tactiques, avoir &#233;tudi&#233; le d&#233;veloppement de l'action, comme aussi avoir pr&#233;par&#233; les moyens et avanc&#233; les &#233;l&#233;ments qui y seront n&#233;cessaires ; &#224; un puissant effort de d&#233;part, garantir une continuit&#233; certaine sinon par le nombre et la violence des coups, du moins par la rapidit&#233; et la pr&#233;cision des nouveaux coups. Seule, l'extension imm&#233;diate d'un succ&#232;s partiel demand&#233;e &#224; la continuation de l'attaque et &#224; la r&#233;p&#233;tition pr&#233;cipit&#233;e de nouveaux coups, au total une seconde man&#339;uvre tenue en r&#233;serve, mais pr&#233;par&#233;e fortement, pouvait emp&#234;cher le r&#233;tablissement de l'adversaire que facilitait l'armement actuel. Seule elle rendrait le succ&#232;s obtenu non seulement d&#233;finitif, mais assez &#233;tendu pour amener une d&#233;sorganisation profonde de l'ennemi et par l&#224; faire la victoire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon passage, pendant trois ans, au 3e bureau de l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e (alors dirig&#233; par le g&#233;n&#233;ral de Miribel) m'avait amen&#233; &#224; conna&#238;tre les dispositions prises par notre &#233;tat-major pour mobiliser, concentrer, approvisionner les arm&#233;es fran&#231;aises dans la guerre, comme aussi les id&#233;es qui constituaient alors notre doctrine de guerre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devant une arm&#233;e allemande sup&#233;rieure par le nombre, par l'entra&#238;nement et par l'armement, le g&#233;n&#233;ral de Miribel avait cherch&#233;, dans une &#233;tude approfondie de nos terrains de l'Est, &#224; trouver de longues positions d&#233;fensives sur lesquelles on briserait tout d'abord le flot tr&#232;s &#233;tendu, pr&#233;voyait-il, de l'invasion. Il avait donn&#233; &#224; ses &#233;tudes une ampleur et une port&#233;e d'une valeur indiscutable. Mais, comme toute strat&#233;gie uniquement d&#233;fensive, cet art de parer ou de retarder les coups par l'utilisation du terrain ne comportait pas d'indication de riposte. II &#233;tait alors r&#233;serv&#233; au g&#233;n&#233;ralissime des arm&#233;es fran&#231;aises de fixer, pensait-on, le lieu et le moment o&#249; s'ex&#233;cuterait cette contre-offensive, comme si un pareil renversement de l'attitude tenue devant l'ennemi ne comportait pas la d&#233;cision la plus difficile &#224; prendre judicieusement, la plus difficile &#224; faire ex&#233;cuter par les masses qui forment les arm&#233;es modernes, au total n'exigeait pas les plus s&#233;rieux pr&#233;paratifs avant de pouvoir &#234;tre r&#233;alis&#233;e et d'aboutir &#224; la reprise du mouvement en avant sans laquelle il n'y a pas de victoire. Le chef d'&#233;tat-major mourait avant d'avoir pu aborder le probl&#232;me de la contre-offensive et l'emploi des troupes qui devaient y correspondre. C'&#233;tait d'ailleurs l'&#233;poque o&#249; l'&#233;tat-major allemand renfor&#231;ait ses arm&#233;es de campagne d'une artillerie lourde jusqu'alors r&#233;serv&#233;e &#224; la guerre de si&#232;ge. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est simplement pourvu des notions fondamentales du g&#233;n&#233;ral Millet que j'abordais ainsi, &#224; la fin de 1895, l'enseignement de la tactique g&#233;n&#233;rale &#224; l'&#201;cole sup&#233;rieure de guerre, pour lequel j'avais &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;. Pendant six ans d'un travail opini&#226;tre, je devais les approfondir et chercher &#224; les compl&#233;ter. Quand on s'est consacr&#233; &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233; guerri&#232;re, peut-on trouver un excitant plus fort que d'avoir &#224; l'enseigner &#224; ceux qui la pratiqueront sur les champs de bataille, o&#249; se jouent, avec la vie de leurs soldats, les destin&#233;es de leur pays ? Et pour en impr&#233;gner des esprits ouverts, mais que la pratique de la vie militaire a' parfois rendus sceptiques sur les &#233;tudes d'&#233;cole, ne faut-il pas la poursuivre ardemment jusqu'&#224; la tenir solidement ? En r&#233;alit&#233;, l'obligation de fournir un haut enseignement militaire am&#232;ne &#224; se poser bien des questions concernant la guerre, dans ses origines comme dans ses fins, et &#224; envisager les &#233;v&#233;nements qui accompagnent les grands conflits. C'est ainsi qu'un esprit, qui ne se borne pas &#224; la simple p&#233;dagogie du m&#233;tier des armes, est naturellement entra&#238;n&#233; &#224; embrasser la philosophie de la guerre et &#224; chercher &#224; quels besoins ou &#224; quelles aspirations elle.r&#233;pond dans la vie des peuples ; de quel prix et de quels sacrifices ces peuples l'accompagnent ; comment le d&#233;veloppement de la civilisation dans la paix, de l'instruction et de l'industrie notamment, met chaque jour &#224; la disposition de la guerre des moyens nouveaux susceptibles d'entra&#238;ner, au jour de la lutte, de profondes transformations dans l'art de la pratiquer. Napol&#233;on disait qu'une arm&#233;e devait changer de tactique tous les dix ans. Trente' ou quarante ans apr&#232;s 1870, quels changements ne devions-nous pas attendre de la part d'un adversaire &#224; l'esprit toujours tendu, depuis Fr&#233;d&#233;ric II, vers le perfectionnement de la guerre, dont l'essor industriel se montrait prodigieux et qui avait exalt&#233; au plus haut point le sentiment national d'un peuple en plein d&#233;veloppement ? Ses &#233;crivains militaires, les Falkenhausen, les Bernhardi, pour n'en citer que deux, ne laissaient pas ignorer d'ailleurs les proportions qu'allaient atteindre des organisations d'un nouveau mod&#232;le, ni l'extension que devait recevoir l'application aux peuples ennemis des lois de la guerre, c'est-&#224;-dire de la loi du plus fort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi n'est-il pas &#233;tonnant que l'&#201;cole de guerre, foyer d'&#233;tudes, ait, devant cet avenir inqui&#233;tant, fourni, avec son personnel d'instructeurs choisis dans toutes les armes et d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233;s, un grand nombre des chefs appel&#233;s &#224; se distinguer dans la grande guerre, sans parler d'un remarquable &#233;tat-major. Tels les P&#233;tain, les Fayolle, les Maistre, les Debeney, les de Maud'huy. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand, poursuivi par une politique qui coupait la France en deux partis pour assurer d'abord les carri&#232;res des officiers soi-disant d&#233;vou&#233;s &#224; cette politique, je rentrais dans un r&#233;giment, les ann&#233;es d'&#201;cole de guerre avaient fortement marqu&#233; leur empreinte dans mon esprit. J'avais appris &#224; envisager les probl&#232;mes de la lutte de demain, &#224; les discuter froidedement dans leur ensemble, &#224; leur donner une solution. La vie r&#233;gimentaire, en sous-ordre d'abord comme lieutenant-colonel du 29e d'artillerie sous un colonel particuli&#232;rement soigneux, comme chef de corps ensuite au 35e d'artillerie, me mettait aux prises pendant plus de quatre ans avec les difficult&#233;s d'assurer la r&#233;alisation d'un plan, d'une id&#233;e plus ou moins th&#233;orique. L'exercice du commandement est certainement la plus grande jouissance de la vie militaire, mais surtout dans le grade de capitaine par l'influence qu'on exerce de toute fa&#231;on sur l'homme de troupe intelligent, d&#233;vou&#233;, actif, qu'est le soldat fran&#231;ais, et dans le grade de colonel, chef de corps, par celle qu'on exerce sur un corps d'officiers plein des plus nobles sentiments, d'un grand savoir et d'un d&#233;vouement &#224; toutes &#233;preuves, et, par ce corps d'officiers, sur tout un r&#233;giment qui est bient&#244;t l'image de son chef. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais encore, ce corps d'officiers, faut-il l'instruire de sa t&#226;che devant l'ennemi, &#224; l'&#233;gard de ses subordonn&#233;s, de ses &#233;gaux et de ses sup&#233;rieurs, en ce jour de la bataille o&#249; s'obscurcit l'horizon contre lequel il faut &#233;nergiquement travailler cependant, et o&#249; les communications deviennent de plus en plus difficiles entre tous les grades. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque grad&#233; a actuellement son r&#244;le indispensable dans l'action ; il ne suffit plus qu'il soit tenu par un vaillant soldat parfaitement disciplin&#233;, il faut qu'il le soit par un chef sachant son m&#233;tier, et capable d'initiative. &lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, de mon commandement de r&#233;giment j'emportais l'impression que notre jeune arm&#233;e &#233;tait capable des plus grands efforts, et qu'elle devait aboutir &#224; la victoire si on l'engageait dans des voies praticables avec un mat&#233;riel de combat suffisant ; affaire. du haut-commandement, affaire d'organisation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car, depuis 1890 notamment, nos voisins d'outre-Rhin donnaient &#224; leur armement un d&#233;veloppement inusit&#233; par le nombre et la vari&#233;t&#233; des calibres d'artillerie qu'ils destinaient &#224; la guerre de campagne. Ils perfectionnaient avec le plus grand soin leurs moyens d'observation et de communications. Nous pouvions &#234;tre en retard. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans cet &#233;tat d'esprit, et sans y apporter de modifications profondes, que, continuant ma carri&#232;re, j'exer&#231;ais ensuite les fonctions de chef d'&#233;tat-major d'un corps d'arm&#233;e, puis de commandant de'l'artillerie de ce corps d'arm&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1908, j'&#233;tais appel&#233; &#224; commander l'&#201;cole sup&#233;rieure de guerre. Mon passage dans ce foyer de science m'amenait &#224; proposer une troisi&#232;me ann&#233;e d'&#233;tude pour certains officiers, en pr&#233;sence des lacunes que l'ampleur prise dans tous les sens par l'art de la guerre laissait encore dans leur savoir apr&#232;s les deux seules ann&#233;es d'&#233;cole. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1911, je prenais le commandement de la 14e division, troupe des plus solides, pr&#233;par&#233;e pour la couverture de la concentration ; en 1912, celui du 8e corps d'arm&#233;e, et, au mois d'ao&#251;t 1913, celui du 20e corps &#224; Nancy. Nos corps d'arm&#233;e &#224; cette &#233;poque, avec l'administration des r&#233;gions correspondantes, repr&#233;sentaient par le personnel de &#034;leurs troupes et services, comme aussi par leurs nombreux &#233;tablissements, de vastes domaines, dont la direction et la connaissance exigeaient une tr&#232;s grande activit&#233;. A peine en possession du 8e corps, il me fallait passer au 20e. Il comprenait deux divisions d'infanterie et une division de cavalerie, toutes, trois &#224; effectifs renforc&#233;s en vue d'une prompte mise sur pied de guerre. Au moment o&#249; j'y arrivais, il allait comprendre dans ses diff&#233;rentes unit&#233;s trois classes au lieu de deux, par suite du vote de la loi qui portait &#224; trois ans la dur&#233;e du service. Il y avait &#224; construire les casernements correspondant &#224; cette augmentation d'effectifs, &#224; &#233;tendre en proportion les h&#244;pitaux et autres services militaires. Nous entreprenions en m&#234;me temps la construction des ouvrages fortifi&#233;s autour de Nancy, et il fallait la h&#226;ter de toute fa&#231;on. C'est dire que dans les derni&#232;res ann&#233;es avant la guerre et par suite de mes changements de position successifs, j'avais d&#251; me soumettre &#224; un train de plus en plus fort pour remplir enti&#232;rement ma t&#226;che, entra&#238;nement des troupes, organisations de toutes natures, et cela sans perdre de temps, car l'adversaire devenait chaque jour plus mena&#231;ant et plus puissant. Apr&#232;s avoir largement d&#233;pass&#233; l'&#226;ge de soixante ans, au lieu de pouvoir songer au repos, il fallait se pr&#233;parer &#224; fournir toute l'&#233;nergie et toute l'activit&#233; possibles. La guerre s'avan&#231;ait. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, au cours de mon commandement de l'&#201;cole de guerre, j'&#233;tais entr&#233; en relations avec des notabilit&#233;s importantes de plusieurs arm&#233;es &#233;trang&#232;res. Dans l'arm&#233;e britannique, je m'&#233;tais li&#233; particuli&#232;rement avec le commandant de l'&#201;cole d'&#233;tat-major de Camberley, alors brigadier g&#233;n&#233;ral. Il allait devenir par la suite un des esprits les plus actifs de l'&#233;tat-major imp&#233;rial, puis le chef de cet &#233;tat-major, c'&#233;tait le Field-Marshal Wilson. Nous allions, pendant de longues ann&#233;es, notamment durant la guerre, travailler ensemble. Par sa grande intelligence, son inlassable activit&#233;, sa droiture &#224; toute &#233;preuve, il devait &#234;tre un des grands animateurs des organisations anglaises et un des serviteurs les plus heureux de la cause commune. J'avais &#233;galement re&#231;u &#224; plusieurs reprises une mission russe de l'Acad&#233;mie Nicolas, conduite par le commandant de cette Acad&#233;mie, le g&#233;n&#233;ral Tcherbatcheff ; ceci m'avait valu d'&#234;tre invit&#233; par l'empereur Nicolas &#224; ses man&#339;uvres de 1910. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans parler des relations de cordialit&#233; nou&#233;es de la sorte dans les deux arm&#233;es, mes visites m'avaient largement &#233;clair&#233; sur les moyens que nos futurs alli&#233;s pourraient apporter dans une guerre contre l'Allemagne, si les gouvernements marchaient d'accord. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de mon voyage en 1910, la Russie m'&#233;tait apparue comme un empire aux dimensions gigantesques, aux assises sociales encore informes, avec son gouvernement concentr&#233;, m&#234;me dans le domaine spirituel, entre les mains d'un seul homme, le tsar. Facilement l'inqui&#233;tude naissait, quand on mesurait la t&#226;che du souverain et les capacit&#233;s extraordinaires qu'il lui e&#251;t fallu pour tenir son peuple dans la voie du progr&#232;s. A remplir un pareil r&#244;le, un Pierre-le-Grand n'&#233;tait-il pas n&#233;cessaire ? Et si, &#224; ces difficult&#233;s naturelles r&#233;sultant de l'organisation du pouvoir, venaient s'ajouter les secousses d'une grande guerre, toujours susceptibles de mettre la solidit&#233; de l'&#201;tat en cause, de quelles r&#233;sistances seraient capables un semblable pouvoir comme aussi une nation tenue syst&#233;matiquement &#224; l'&#233;cart de la gestion de ses affaires, et si peu pr&#233;par&#233;e &#224; l'assurer ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La Russie, encore d&#233;pourvue des principes sociaux et des forces morales que repr&#233;sentaient les organisations nationales de l'occident et du centre de l'Europe, ne devait-elle pas dans une grande lutte accuser quelques faiblesses, tel un colosse aux pieds d'argile ? &lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, et heureusement pour l'alliance fran&#231;aise, le tsar Nicolas II &#233;tait un souverain d'une droiture &#224; toute &#233;preuve ; nous n'avions pas &#224; douter du sens dans lequel il pousserait et maintiendrait les arm&#233;es dont il disposerait, et elles &#233;taient consid&#233;rables. C'&#233;tait l&#224; l'impression tr&#232;s nette que j'avais emport&#233;e de mes nombreux entretiens avec l'Empereur. Pendant toute la dur&#233;e des man&#339;uvres, il m'avait personnellement attach&#233; &#224; sa personne et les journ&#233;es de man&#339;uvres, toujours longues pour ceux qui n'y sont que spectateurs, comme c'&#233;tait mon cas, avaient permis ces nombreux entretiens. Mais, en m&#234;me temps, je n'avais pas pu ne pas &#234;tre frapp&#233; de la sombre inqui&#233;tude avec laquelle l'Empereur envisageait l'avenir et la gravit&#233; des &#233;v&#233;nements r&#233;serv&#233;s sans doute &#224; son vaste Empire. Par l&#224; fallait-il sans doute placer les r&#233;sultats &#224; attendre au-dessous des intentions affirm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/M%C3%A9moires_(Foch&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/M%C3%A9moires_(Foch&lt;/a&gt;)/Partie_1/Avant-propos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit du g&#233;n&#233;ral Niox&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6468270n/f9.image.mini&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6468270n/f9.image.mini&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Foch&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k209914h/f1.item&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k209914h/f1.item&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5777919k.texteImage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5777919k.texteImage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Baron Roch Godart&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63655990.texteImage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63655990.texteImage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit du g&#233;n&#233;ral D&#233;nikine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article387&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article387&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Mandon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8542&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8542&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1347&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1347&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8529&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8529&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1347&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1347&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'autres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1136&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1136&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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