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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>La contre-r&#233;volution de Kornilov pour &#233;craser le pouvoir montant des soviets</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
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Durant les deux premiers mois, alors que, formellement, le pouvoir &#233;tait mis au compte du gouvernement de Goutchkov-Milioukov, il &#233;tait en fait concentr&#233; tout entier dans les mains du soviet. Durant les deux mois qui suivirent, le soviet faiblit : une partie de l'influence sur les masses passa aux bolcheviks, une parcelle du pouvoir fut transf&#233;r&#233;e, dans les portefeuilles des ministres socialistes, au gouvernement de coalition. D&#232;s le d&#233;but des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution rel&#232;ve la t&#234;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux premiers mois, alors que, formellement, le pouvoir &#233;tait mis au compte du gouvernement de Goutchkov-Milioukov, il &#233;tait en fait concentr&#233; tout entier dans les mains du soviet. Durant les deux mois qui suivirent, le soviet faiblit : une partie de l'influence sur les masses passa aux bolcheviks, une parcelle du pouvoir fut transf&#233;r&#233;e, dans les portefeuilles des ministres socialistes, au gouvernement de coalition. D&#232;s le d&#233;but des pr&#233;paratifs de l'offensive se renfor&#231;a automatiquement l'importance du commandement militaire, des organes du capital financier et du parti cadet. Avant de verser le sang des soldats, le comit&#233; ex&#233;cutif proc&#233;da &#224; une consid&#233;rable transfusion de son propre sang dans les art&#232;res de la bourgeoisie. En coulisse, les fils &#233;taient ramass&#233;s entre les mains des ambassades et des gouvernements de l'Entente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la conf&#233;rence interalli&#233;e qui s'ouvrit &#224; Londres, les amis d'Occident &#034; oubli&#232;rent &#034; d'inviter l'ambassadeur de Russie ; c'est seulement quand il se fut rappel&#233; &#224; leur souvenir qu'on l'appela, dix minutes avant l'ouverture de la s&#233;ance, et encore n'y avait-il plus de place pour lui autour de la table, de sorte qu'il fut oblig&#233; de se faufiler entre les Fran&#231;ais. Cette brimade inflig&#233;e &#224; l'ambassadeur du gouvernement provisoire et la d&#233;monstrative d&#233;mission des cadets du minist&#232;re se produisirent le 2 juillet : les deux &#233;v&#233;nements avaient un seul et m&#234;me but : obliger les conciliateurs &#224; baisser pavillon. La manifestation arm&#233;e qui se d&#233;ploya ensuite devait d'autant plus exasp&#233;rer les leaders sovi&#233;tiques que, sous le double coup, ils concentraient toute leur attention dans un sens oppos&#233;. D&#232;s lors qu'il fallait porter le joug sanglant &#224; la suite de l'Entente, l'on n'aurait su trouver de meilleurs intercesseurs que les cadets. Tcha&#239;kovsky, un des plus anciens r&#233;volutionnaires russes, qui s'&#233;tait transform&#233; au cours de longues ann&#233;es d'&#233;migration, en un lib&#233;ral mod&#233;r&#233; de type britannique, moralisait ainsi : &#034; Il faut de l'argent pour la guerre, or les Alli&#233;s ne donneront pas d'argent aux socialistes. &#034; Les conciliateurs &#233;taient g&#234;n&#233;s par cet argument, mais en comprenaient tout le poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport des forces s'&#233;tait nettement modifi&#233; au d&#233;savantage du peuple, mais personne ne pouvait dire dans quelle mesure. Les app&#233;tits de la bourgeoisie s'&#233;taient accrus en tout cas beaucoup plus que ses possibilit&#233;s. Dans cette ind&#233;termination se trouvait la source des conflits, car les forces des classes se v&#233;rifient par l'action et les &#233;v&#233;nements d'une r&#233;volution se ram&#232;nent &#224; de telles v&#233;rifications renouvel&#233;es. Quel que f&#251;t cependant, dans son &#233;tendue, le d&#233;placement du pouvoir de la gauche vers la droite, il touchait peu le gouvernement provisoire qui restait un n&#233;ant. On peut compter sur les doigts les hommes qui, dans les journ&#233;es critiques de juillet, s'int&#233;ress&#232;rent au cabinet minist&#233;riel du prince Lvov. Le g&#233;n&#233;ral Krymov, celui-l&#224; m&#234;me qui, nagu&#232;re, avait men&#233; des pourparlers avec Goutchkov au sujet de la d&#233;position de Nicolas II - nous reverrons bient&#244;t ce g&#233;n&#233;ral pour la derni&#232;re fois - envoya au prince un t&#233;l&#233;gramme qui se terminait par cette admonition : &#034; Il est temps de passer des paroles aux actes. &#034; Le conseil avait une r&#233;sonance de plaisanterie et n'en soulignait que plus nettement l'impuissance du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Au d&#233;but de juillet - &#233;crivait dans la suite le lib&#233;ral Nabokov - il y eut un bref moment o&#249; le pouvoir sembla reprendre de l'autorit&#233; ; c'&#233;tait apr&#232;s l'&#233;crasement de la premi&#232;re offensive bolcheviste. Mais le gouvernement provisoire ne sut pas profiter du moment, et les conditions favorables d'alors ne furent pas utilis&#233;es. Elles ne se repr&#233;sent&#232;rent pas. &#034; C'est dans le m&#234;me esprit que s'exprim&#232;rent d'autres repr&#233;sentants du camp de droite. En r&#233;alit&#233;, pendant les journ&#233;es de juillet, de m&#234;me qu'en g&#233;n&#233;ral dans tous les moments critiques, les parties composantes de la coalition poursuivaient des buts diff&#233;rents. Les conciliateurs eussent &#233;t&#233; tout &#224; fait dispos&#233;s &#224; permettre le d&#233;finitif &#233;crasement des bolcheviks s'il n'avait &#233;t&#233; &#233;vident qu'ayant r&#233;gl&#233; leur compte &#224; ces derniers, les officiers, les cosaques, les chevaliers de Saint-Georges et les bataillons de choc &#233;craseraient les conciliateurs eux-m&#234;mes. Les cadets voulaient aller jusqu'au bout pour balayer non seulement les bolcheviks, mais les soviets. Cependant, ce n'est pas par hasard que les cadets se trouvaient, &#224; tous les moments graves, hors du gouvernement. En fin de compte, ils en &#233;taient expuls&#233;s par la pression des masses, irr&#233;sistible, en d&#233;pit de tous les tampons conciliateurs. M&#234;me si les lib&#233;raux avaient r&#233;ussi &#224; s'emparer du pouvoir, ils n'auraient pu le garder. Les &#233;v&#233;nements l'ont d&#233;montr&#233; dans la suite avec une parfaite pl&#233;nitude. L'id&#233;e d'une possibilit&#233; que l'on aurait laiss&#233;e &#233;chapper en juillet est une illusion r&#233;trospective. En tout cas, la victoire de juillet, loin d'affermir le pouvoir, ouvrit au contraire une p&#233;riode de crise gouvernementale prolong&#233;e qui n'eut formellement sa solution que le 24 juillet et fut en somme une entr&#233;e en agonie, pour quatre mois, du r&#233;gime de f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conciliateurs &#233;taient d&#233;chir&#233;s entre la n&#233;cessit&#233; de r&#233;tablir une demi-amiti&#233; avec la bourgeoisie et le besoin de mod&#233;rer l'hostilit&#233; des masses. Le louvoiement devient pour eux une forme d'existence, les zigzags se transforment en oscillations fi&#233;vreuses, mais la ligne essentielle tourne brusquement vers la droite. Le 7 juillet, le gouvernement d&#233;cide toute une s&#233;rie de mesures de r&#233;pression. Mais, &#224; la m&#234;me s&#233;ance, comme en catimini, profitant de l'absence des &#034; anciens &#034;, c'est-&#224;-dire des cadets, les ministres socialistes propos&#232;rent au gouvernement d'entreprendre la r&#233;alisation du programme &#233;tabli en juin par le congr&#232;s des soviets. Cela amena imm&#233;diatement une nouvelle dislocation du gouvernement. Le prince Lvov, grand propri&#233;taire de biens-fonds, ancien pr&#233;sident de l'union des zemstvos, accusa le gouvernement de &#034; saper &#034; par sa politique agraire &#034; la conscience juridique du peuple &#034;. Les propri&#233;taires nobles s'inqui&#233;taient non d'avoir peut-&#234;tre &#224; perdre leurs patrimoines, mais de voir les conciliateurs &#034; s'efforcer de placer l'assembl&#233;e constituante devant le fait accompli &#034;. Tous les piliers de la r&#233;action monarchiste devinrent d&#232;s lors des partisans enflamm&#233;s de la pure d&#233;mocratie ! Le gouvernement d&#233;cida de confier le poste de ministre-pr&#233;sident &#224; Kerensky, en maintenant par-devers lui les portefeuilles de la Guerre et de la Marine. Tseretelli, nouveau ministre de l'Int&#233;rieur, dut r&#233;pondre devant le comit&#233; ex&#233;cutif au sujet des arrestations de bolcheviks. L'interpellation venait de Martov, et Tseretelli r&#233;pliqua, sans c&#233;r&#233;monie, &#224; son ancien camarade de parti, qu'il pr&#233;f&#233;rait avoir affaire &#224; Lenine plut&#244;t qu'&#224; Martov : avec le premier il savait comment se conduire, tandis que l'autre lui liait les mains... &#034; Je prends sur moi la responsabilit&#233; de ces arrestations ! &#034; - tel fut le d&#233;fi du ministre devant un auditoire qui dressait l'oreille. Tout en portant des coups &#224; gauche, les conciliateurs all&#232;guent le danger de droite. &#034; La Russie se trouve devant une dictature militaire - d&#233;clare Dan dans son rapport &#224; la s&#233;ance du 9 juillet. Nous avons l'obligation d'arracher la ba&#239;onnette des mains de la dictature militaire, Et nous ne pouvons le faire qu'en reconnaissant le gouvernement provisoire comme Comit&#233; de salut public. Nous devons donner au gouvernement des pouvoirs illimit&#233;s pour qu'il puisse extirper l'anarchie de gauche et la contre-r&#233;volution de droite... &#034; Comme si le gouvernement lui-m&#234;me, qui luttait contre les ouvriers, les soldats, les paysans, avait pu avoir dans les mains une autre ba&#239;onnette que celle de la contre-r&#233;volution ! Par deux cent cinquante-deux voix, devant quarante-sept abstentions, l'Assembl&#233;e unifi&#233;e prit cette r&#233;solution, &#034; 1&#176; Le pays et la r&#233;volution sont en danger. 2&#176; Le gouvernement provisoire est d&#233;clar&#233; gouvernement de salut de la r&#233;volution. 3&#176; On lui reconna&#238;t des pouvoirs illimit&#233;s. &#034; Cette d&#233;cision r&#233;sonnait comme un tonneau vide. Les bolcheviks qui assistaient &#224; la s&#233;ance s'abstinrent de voter, ce qui t&#233;moigne d'une indubitable perplexit&#233; dans les sommets du parti en ces jours-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mouvements de masse, m&#234;me &#233;cras&#233;s, ne passent jamais sans laisser des traces. La place du grand seigneur fut occup&#233;e, &#224; la t&#234;te du gouvernement, par un avocat radical ; le minist&#232;re de l'int&#233;rieur eut &#224; sa t&#234;te un ancien for&#231;at. On constate un remaniement pl&#233;b&#233;ien du pouvoir. Kerensky, Tseretelli, Tchernov, Skobelev, leaders du comit&#233; ex&#233;cutif, d&#233;terminaient d&#232;s lors la physionomie du gouvernement. N'est-ce pas l&#224; la r&#233;alisation du mot d'ordre des Journ&#233;es de juin : &#034; A bas les dix ministres capitalistes &#034; ? Non, c'est seulement la r&#233;v&#233;lation de l'inconsistance de ce mot d'ordre. Les ministres d&#233;mocrates ne prirent le pouvoir que pour le restituer aux ministres capitalistes. &#034; La coalition est morte, vive la coalition ! &#034; [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On joue solennellement la honteuse com&#233;die du d&#233;sarmement des mitrailleurs sur la place du palais, Plusieurs r&#233;giments sont dissous. Des soldats sont exp&#233;di&#233;s, par petits d&#233;tachements, comme renforts au front. Des quadrag&#233;naires sont ramen&#233;s &#224; la discipline et chass&#233;s vers les tranch&#233;es. Ce sont tous des agitateurs contre le r&#233;gime du kerenskysme. Ils sont quelques dizaines de mille et ils accompliront jusqu'&#224; l'automne un gros travail. Parall&#232;lement, on d&#233;sarme les ouvriers, quoique avec un moindre succ&#232;s. Sous la pression des g&#233;n&#233;raux - nous verrons bient&#244;t quelles formes elle prit - la peine de mort est r&#233;tablie sur le front. Mais, le m&#234;me jour, le 12 juillet, est promulgu&#233; un d&#233;cret limitant les achats et ventes de terres. La demi-mesure tardive, sous la menace de la hache du moujik, provoqua &#224; gauche des sarcasmes, &#224; droite des grincements de dents. Ayant interdit tout cort&#232;ge dans la rue - menace pour la gauche - Tseretelli leva la main contre les arrestations arbitraires, tentative pour intimider la droite. Kerensky, ayant r&#233;voqu&#233; le commandant en chef de la r&#233;gion militaire, donna pour motif &#224; la gauche que cet officier avait d&#233;truit des organisations ouvri&#232;res, &#224; la droite que cet homme avait manqu&#233; de r&#233;solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cosaques devinrent les authentiques h&#233;ros du Petrograd bourgeois. &#034; Il arriva parfois - raconte l'officier cosaque Grekov - que l'un des n&#244;tres, en uniforme, entrant dans un lieu public, dans un restaurant o&#249; il y avait beaucoup de monde, tout le public se levait et accueillait le nouveau venu par des applaudissements. &#034; Les th&#233;&#226;tres, les cin&#233;matographes et les jardins de divertissements organis&#232;rent plusieurs soir&#233;es de bienfaisance au profit des cosaques bless&#233;s et des familles de cosaques tu&#233;s. Le bureau du comit&#233; ex&#233;cutif se trouva forc&#233; d'&#233;lire une commission, ayant &#224; sa t&#234;te Tchkhe&#239;dze, pour participer &#224; la direction des fun&#233;railles &#034; des guerriers tomb&#233;s dans l'accomplissement de leur devoir r&#233;volutionnaire pendant les journ&#233;es des 3-5 juillet. &#034; Les conciliateurs durent vider jusqu'&#224; la lie la coupe de l'humiliation. Le c&#233;r&#233;monial commen&#231;a par un service religieux &#224; la cath&#233;drale Saint-Isaac. Les cercueils furent port&#233;s par Rodzianko, Milioukov, le prince Lvov et Kerensky, et processionnellement furent achemin&#233;s pour l'inhumation vers le monast&#232;re Alexandre-Nevsky. Sur le passage du cort&#232;ge, la milice &#233;tait absente, les cosaques s'&#233;taient charg&#233;s de maintenir l'ordre : la journ&#233;e des obs&#232;ques fut celle de leur enti&#232;re domination sur Petrograd. Les ouvriers et les soldats que les cosaques avaient massacr&#233;s, fr&#232;res de sang des victimes de f&#233;vrier, furent enterr&#233;s en tapinois, tout ainsi que, du temps du tsar, l'on avait inhum&#233; les victimes du 9 janvier 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; ex&#233;cutif de Cronstadt re&#231;ut du gouvernement la sommation d'avoir &#224; livrer imm&#233;diatement &#224; la disposition des autorit&#233;s judiciaires Raskolnikov, Rochal et le sous-lieutenant Remnev, sous menace d'un blocus de l'&#238;le de Cronstadt. A Helsingfors furent aussi arr&#234;t&#233;s, avec des bolcheviks, pour la premi&#232;re fois, des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Le prince Lvov, qui avait donn&#233; sa d&#233;mission, se plaignait dans les journaux de ce que &#034; les soviets, inf&#233;rieurs &#224; la morale g&#233;n&#233;rale de la haute politique, ne s'&#233;taient m&#234;me pas d&#233;barrass&#233;s des l&#233;ninistes, ces agents de l'Allemagne &#034;. Ce fut une affaire d'honneur pour les conciliateurs que de d&#233;montrer leur morale d'Etat ! Le 13 juillet, les comit&#233;s ex&#233;cutifs adoptent dans une s&#233;ance unifi&#233;e une motion pr&#233;sent&#233;e par Dan : &#034; Toutes personnes inculp&#233;es par le pouvoir judiciaire sont &#233;cart&#233;es des comit&#233;s ex&#233;cutifs jusqu'au jugement du tribunal. &#034; Les bolcheviks &#233;taient ainsi plac&#233;s effectivement hors la loi. Kerensky interdit toute la presse bolcheviste. En province on proc&#233;dait &#224; des arrestations de comit&#233;s agraires. Les Izvestia se lamentaient dans l'impuissance : &#034; Il y a seulement quelques jours, nous avons &#233;t&#233; t&#233;moins des d&#233;bordements de l'anarchie dans les rues de Petrograd. Aujourd'hui dans les m&#234;mes rues, se d&#233;versent sans retenue des discours contre-r&#233;volutionnaires, des discours de Cent-Noirs. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;giments les plus r&#233;volutionnaires ayant &#233;t&#233; dissous et les ouvriers d&#233;sarm&#233;s, le centre de gravit&#233; se d&#233;pla&#231;a plus encore vers la droite. Dans les mains de quelques hauts dirigeants militaires, des groupes industriels bancaires et cadets, se concentra manifestement une importante partie du pouvoir r&#233;el. L'autre partie restait comme devant dans les mains des soviets. La dualit&#233; de pouvoirs &#233;tait &#233;vidente, mais ce n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus la dualit&#233; de pouvoirs l&#233;galis&#233;e, bas&#233;e sur un contact ou une coalition, des mois pr&#233;c&#233;dents, c'&#233;tait la dualit&#233; de pouvoirs explosive de deux cliques : celle des militaires et bourgeois et celle des conciliateurs qui se redoutaient entre elles, mais en m&#234;me temps avaient besoin l'une de l'autre. Que restait-il &#224; faire ? Ressusciter la coalition. &#034; Apr&#232;s l'insurrection des 3-5 juillet - &#233;crit avec justesse Milioukov - l'id&#233;e de la coalition non seulement ne fut pas abandonn&#233;e, mais, au contraire, acquit pour un temps plus de force et de signification qu'elle n'en avait eu auparavant. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; provisoire de la Douma d'Etat se r&#233;veilla inopin&#233;ment et adopta une violente r&#233;solution contre le gouvernement de salut. Ce fut le dernier coup. Tous les ministres remirent leurs portefeuilles &#224; Kerensky, faisant ainsi de lui le centre de la souverainet&#233; nationale. Dans les destin&#233;es ult&#233;rieures de la r&#233;volution de f&#233;vrier, de m&#234;me que dans le sort personnel de Kerensky, ce moment prit une importance consid&#233;rable : dans le chaos des groupements, des d&#233;missions, des nominations, se dessina quelque chose dans le genre d'un point immuable autour duquel tournaient tous les autres. La d&#233;mission des ministres ne servit que d'introduction &#224; des pourparlers avec les cadets et les industriels. Les cadets pos&#232;rent leurs conditions : responsabilit&#233; des membres du gouvernement &#034; exclusivement devant leur conscience &#034; ; accord absolu avec les Alli&#233;s ; r&#233;tablissement de la discipline dans l'arm&#233;e ; aucune r&#233;forme sociale avant l'assembl&#233;e constituante. Un article qui n'&#233;tait point &#233;crit, c'&#233;tait l'exigence de diff&#233;rer les &#233;lections pour l'assembl&#233;e constituante. Cela s'appelait &#034; un programme ind&#233;pendant des partis et national &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me sens r&#233;pondirent les repr&#233;sentants du commerce et de l'industrie que les conciliateurs essayaient vainement d'opposer aux cadets. Le comit&#233; ex&#233;cutif confirma encore sa r&#233;solution d'octroyer au gouvernement de salut &#034; de pleins pouvoirs &#034; ; cela signifiait que l'on consentait &#224; l'ind&#233;pendance du gouvernement &#224; l'&#233;gard du soviet. Le m&#234;me jour, Tseretelli, en qualit&#233; de ministre de l'int&#233;rieur, lan&#231;a une circulaire invitant &#224; prendre &#034; des mesures urgentes et r&#233;solues pour mettre fin &#224; tous actes d'arbitraire dans le domaine des rapports agraires. &#034; Le ministre des approvisionnements, Pechekhonov, r&#233;clamait de son c&#244;t&#233; que l'on mit fin &#034; aux violences et aux actes criminels contre les propri&#233;taires de terres &#034;. Le gouvernement du salut de la r&#233;volution se recommandait, avant tout, comme un gouvernement de salut pour les propri&#233;taires de domaines. Mais il n'&#233;tait pas seulement cela. Un brasseur d'affaires, l'ing&#233;nieur Paltchinsky, qui cumulait les fonctions de directeur au minist&#232;re du Commerce et de l'Industrie, de pr&#233;pos&#233; principal au combustible et au m&#233;tal et le chef de la commission de la d&#233;fense nationale, appliquait &#233;nergiquement la politique du capital trust&#233;. L'&#233;conomiste menchevik Tcherevanine se plaignait &#224; la section &#233;conomique du soviet de ce que les heureuses initiatives de la d&#233;mocratie se brisaient au sabotage de Paltchinsky. Le ministre de l'Agriculture, Tchernov, sur lequel les cadets avaient report&#233; l'accusation d'intelligences avec les Allemands, se vit oblig&#233; &#034; aux fins de r&#233;habilitation &#034; de d&#233;missionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 juillet, le gouvernement, dans lequel pr&#233;dominaient les socialistes, promulgue un manifeste de dissolution de l'indocile Di&#232;te finlandaise o&#249; les social-d&#233;mocrates sont en majorit&#233;. Dans une note solennellement adress&#233;e aux Alli&#233;s &#224; l'occasion du troisi&#232;me anniversaire de la d&#233;claration de la guerre mondiale, le gouvernement, non content de renouveler le serment de fid&#233;lit&#233; rituel, annonce qu'il a eu le bonheur d'&#233;craser l'&#233;meute provoqu&#233;e par les agents de l'ennemi. Document inou&#239; de platitude ! En m&#234;me temps est publi&#233;e une loi draconienne contre les infractions &#224; la discipline chez les cheminots. Apr&#232;s que le gouvernement eut ainsi d&#233;montr&#233; sa maturit&#233; politique, Kerensky se d&#233;cida enfin &#224; r&#233;pondre &#224; l'ultimatum du parti cadet en ce sens que les exigences formul&#233;es par celui-ci &#034; ne pouvaient faire obstacle &#224; une entr&#233;e dans le gouvernement provisoire &#034;. Cette capitulation d&#233;guis&#233;e ne suffisait pourtant d&#233;j&#224; plus aux lib&#233;raux. Il leur fallait contraindre les conciliateurs &#224; s'agenouiller. Le comit&#233; central du parti cadet pr&#233;cisa que la d&#233;claration gouvernementale du 8 juillet, publi&#233;e apr&#232;s la rupture de la coalition - ramassis de lieux communs d&#233;mocratiques - n'&#233;tait pas acceptable pour lui et&#8230; rompit les pourparlers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque &#233;tait convergente. Les cadets agissaient en &#233;troite liaison non seulement avec les industriels et les diplomates alli&#233;s, mais aussi avec le corps des g&#233;n&#233;raux. Le comit&#233; principal de l'union des officiers au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral se trouvait sous la direction effective du parti cadet. Par l'interm&#233;diaire du haut commandement, les cadets pesaient sur les conciliateurs du c&#244;t&#233; le plus sensible. Le 8 juillet, le g&#233;n&#233;ral Kornilov, commandant en chef du front Sud-Ouest, donna l'ordre d'ouvrir sur les soldats qui reculeraient le feu des mitrailleuses et de l'artillerie. Soutenu par Savinkov, commissaire au front, ancien chef de l'organisation terroriste des socialistes-r&#233;volutionnaires, Kornilov avait d&#233;j&#224; pr&#233;c&#233;demment exig&#233; le r&#233;tablissement de la peine de mort sur le front, mena&#231;ant en cas contraire d'abandonner de son propre gr&#233; le commandement. Le t&#233;l&#233;gramme secret parut imm&#233;diatement dans la presse : Kornilov avait pris soin qu'il f&#251;t connu. Le g&#233;n&#233;ralissime Broussilov, le plus circonspect et &#233;vasif, moralisait en &#233;crivant &#224; Kerensky : &#034; Les le&#231;ons de la grande r&#233;volution fran&#231;aise que nous avons partiellement oubli&#233;es se rappellent pourtant &#224; nous imp&#233;rieusement... &#034; Ces le&#231;ons consistaient en ceci que les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, ayant vainement essay&#233; de reconstituer l'arm&#233;e &#034; sur des bases humanitaires &#034;, s'&#233;taient ensuite ralli&#233;s &#224; la peine de mort, et que &#034; leurs drapeaux victorieux avaient fait la moiti&#233; du tour du monde &#034;. A part cela, les g&#233;n&#233;raux n'avaient rien lu du livre de la r&#233;volution. Le 12 juillet, le gouvernement r&#233;tablit la peine de mort, &#034; en temps de guerre, pour les militaires coupables de certains crimes des plus graves &#034;. Cependant, le g&#233;n&#233;ral Klembovsky, commandant en chef du front Nord, &#233;crivait trois jours plus tard : &#034; L'exp&#233;rience a montr&#233; que les contingents auxquels &#233;taient affect&#233;es de nombreuses forces de compl&#233;ment devenaient absolument incapables de combattre. L'arm&#233;e ne peut &#234;tre saine si la source de ses renforts est pourrie. &#034; La source corrompue des renforts, c'&#233;tait le peuple russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 juillet, Kerensky convoqua au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral une conf&#233;rence des grands chefs de guerre avec la participation de T&#233;rechtchenko et de Savinkov. Kornilov &#233;tait absent : le recul sur son front battait son plein et n'arr&#234;ta que quelques jours apr&#232;s, lorsque les Allemands eux-m&#234;mes suspendirent leur avance &#224; l'ancienne fronti&#232;re de la Russie. Les noms des participants &#224; la conf&#233;rence : Broussilov, Alexe&#239;ev, Roussky, Klembovsky, D&#233;nikine, Romanovsky, tintaient comme l'&#233;cho d'une &#233;poque pr&#233;cipit&#233;e dans un ab&#238;me. Pendant quatre mois, les grands g&#233;n&#233;raux s'&#233;taient sentis &#224; demi morts. Maintenant ils ressuscitaient et, consid&#233;rant le ministre-pr&#233;sident comme l'incarnation de la r&#233;volution qui les avait molest&#233;s, lui infligeaient impun&#233;ment d'acerbes camouflets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s les donn&#233;es du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, les arm&#233;es du front Sud-Ouest, entre le 18 juin et le 6 juillet, avaient perdu environ cinquante-six mille hommes. Insignifiants sacrifices &#224; l'&#233;chelle de la guerre ! Mais deux insurrections, celle de f&#233;vrier et celle d'octobre, ont co&#251;t&#233; beaucoup moins cher. Qu'a donn&#233; l'offensive des lib&#233;raux et des conciliateurs, si ce n'est des morts, des d&#233;vastations et des calamit&#233;s ? Les bouleversements sociaux de 1917 ont modifi&#233; la face de la sixi&#232;me partie du monde et ont ouvert &#224; l'humanit&#233; de nouvelles possibilit&#233;s. Les cruaut&#233;s et les horreurs de la r&#233;volution, que nous ne voulons ni nier ni att&#233;nuer, ne tombent pas du ciel : elles sont ins&#233;parables de tout le d&#233;veloppement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Broussilov, rapportant les r&#233;sultats de l'offensive entreprise un mois auparavant, d&#233;clarait : &#034; &#233;chec complet &#034;. La cause en &#233;tait que &#034; les chefs, depuis le simple capitaine jusqu'au g&#233;n&#233;ralissime, n'avaient pas d'autorit&#233; &#034;. Comment et pourquoi l'avaient-ils perdue, il ne le dit pas. En ce qui concerne des op&#233;rations ult&#233;rieures, &#034; nous ne pouvons en pr&#233;parer avant le printemps &#034;. Insistant avec les autres sur les mesures de r&#233;pression, Klembovsky exprimait aussit&#244;t ses doutes sur leur efficacit&#233;. &#034; La peine de mort ? - Mais peut-on ex&#233;cuter des divisions enti&#232;res ? Les mettre en jugement ? - Mais alors la moiti&#233; de l'arm&#233;e se trouvera en Sib&#233;rie... &#034; Le chef d'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral rapportait : &#034; Cinq r&#233;giments de la garnison de Petrograd ont &#233;t&#233; dissous. Les instigateurs sont traduits devant la justice... Au total environ quatre-vingt-dix mille hommes seront &#233;vacu&#233;s de Petrograd. &#034; Cette mesure fut adopt&#233;e avec satisfaction. Personne ne songeait &#224; se demander quelles cons&#233;quences aurait l'&#233;vacuation de la garnison de Petrograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les comit&#233;s ? disait Alexe&#239;ev. &#034; Il est indispensable de les supprimer... L'histoire militaire, qui compte des milliers d'ann&#233;es a &#233;tabli ses lois. Nous avons voulu les violer et nous avons subi un fiasco. &#034; Cet homme entendait par &#034; lois de l'histoire &#034; le r&#232;glement du service en campagne. &#034; Derri&#232;re les anciens drapeaux - disait Roussky d'un ton vantard - les hommes marchaient comme derri&#232;re une chose sacr&#233;e et savaient mourir. Mais que nous ont amen&#233; les drapeaux rouges ? Ceci, que les troupes, d&#232;s lors, se rendaient par corps d'arm&#233;e entiers. &#034; Le v&#233;tuste g&#233;n&#233;ral avait oubli&#233; comment lui-m&#234;me, en ao&#251;t 1915, avait fait un rapport au conseil des ministres : &#034; Les exigences contemporaines de la technique militaire sont au-dessus de nos forces ; en tout cas, nous ne saurions nous mesurer avec les Allemands. &#034; Klembovsky soulignait malignement que l'arm&#233;e avait &#233;t&#233; d&#233;truite &#224; proprement parler non par les bolcheviks mais &#034; par d'autres &#034; qui avaient institu&#233; une n&#233;faste l&#233;gislation militaire, &#034; par des hommes qui ne comprenaient pas le genre de vie et les conditions d'existence d'une arm&#233;e &#034;. C'&#233;tait une allusion directe &#224; Kerensky. Denikine attaquait les ministres encore plus r&#233;solument : &#034; Vous avez pi&#233;tin&#233; dans la boue nos glorieux drapeaux de combat, c'est vous qui les ramasserez s'il y a en vous une conscience... &#034; Mais Kerensky ? Soup&#231;onn&#233; de manquer de conscience, il remercie bassement le soudard d'avoir &#034; exprim&#233; ouvertement et sinc&#232;rement son opinion &#034;. La d&#233;claration des droits du soldat ? &#034; Si j'avais &#233;t&#233; ministre au moment o&#249; on l'&#233;laborait, la d&#233;claration n'e&#251;t pas &#233;t&#233; promulgu&#233;e. Qui donc le premier a s&#233;vi contre les chasseurs sib&#233;riens ? Qui le premier a vers&#233; son sang pour ch&#226;tier les rebelles ? Un homme que j'avais plac&#233;, un commissaire &#224; moi. &#034; Le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res Terechtchenko minaude en mani&#232;re de consolation : &#034; Notre offensive, m&#234;me manqu&#233;e, a relev&#233; la confiance en nous des alli&#233;s. &#034; La confiance des alli&#233;s ! Est-ce pour cela que la terre tourne autour de son axe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Au moment pr&#233;sent, les officiers sont le seul contrefort de la libert&#233; et de la r&#233;volution &#034;, pr&#234;che Klembovsky. &#034; Un officier n'est pas un bourgeois - explique Broussilov - il est le v&#233;ritable prol&#233;taire. &#034; Le g&#233;n&#233;ral Roussky ajoute : &#034; Les g&#233;n&#233;raux aussi sont des prol&#233;taires. &#034; Supprimer les comit&#233;s, r&#233;tablir le pouvoir des vieux chefs, chasser de l'arm&#233;e la politique, c'est-&#224;-dire la r&#233;volution - tel est le programme des prol&#233;taires galonn&#233;s en g&#233;n&#233;raux. Kerensky n'objecte rien au programme m&#234;me ; ce qui le trouble, c'est seulement la question des d&#233;lais. &#034; En ce qui concerne les mesures propos&#233;es, - dit-il - je pense que le g&#233;n&#233;ral Denikine lui-m&#234;me n'insistera pas sur leur application imm&#233;diate... &#034; Les g&#233;n&#233;raux &#233;taient tous de parfaites m&#233;diocrit&#233;s. Mais ils ne pouvaient s'emp&#234;cher de se dire : &#034; Voil&#224; le langage qu'il faut tenir &#224; ces messieurs ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de la conf&#233;rence fut un changement dans le haut commandement. Le condescendant et souple Broussilov, nomm&#233; &#224; la place du circonspect officier de bureau Alexe&#239;ev, qui avait fait des objections &#224; l'offensive, &#233;tait maintenant destitu&#233; et remplac&#233; parle g&#233;n&#233;ral Kornilov. La permutation &#233;tait motiv&#233;e de diff&#233;rentes mani&#232;res : aux cadets, on promettait que Kornilov &#233;tablirait une discipline de fer ; aux conciliateurs, on affirmait que Kornilov &#233;tait l'ami des comit&#233;s et des commissaires ; Savinkov lui-m&#234;me garantissait les sentiments r&#233;publicains du g&#233;n&#233;ral. En r&#233;plique &#224; cette haute nomination, Kornilov exp&#233;dia au gouvernement un nouvel ultimatum : il n'acceptait son poste qu'aux conditions suivantes : &#034; Responsabilit&#233; devant sa propre conscience et devant le peuple ; interdiction d'intervenir dans les nominations aux postes &#233;lev&#233;s du commandement ; r&#233;tablissement de la peine de mort &#224; l'arri&#232;re. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point suscitait des difficult&#233;s : &#034; r&#233;pondre devant sa propre conscience et devant le peuple &#034;, Kerensky s'en &#233;tait d&#233;j&#224; charg&#233; et c'est une affaire qui ne souffre pas de concurrence. Le t&#233;l&#233;gramme de Kornilov fut publi&#233; dans le journal lib&#233;ral le plus r&#233;pandu. Les prudents politiciens de la r&#233;action faisaient la grimace. L'ultimatum de Kornilov &#233;tait celui du parti cadet, traduit seulement dans le langage immod&#233;r&#233; d'un g&#233;n&#233;ral de cosaques. Mais le calcul de Kornilov &#233;tait juste : par l'outrance des pr&#233;tentions et l'insolence du ton, l'ultimatum provoqua l'enthousiasme de tous les ennemis de la r&#233;volution, et, avant tout, des officiers du cadre. Kerensky fut boulevers&#233; et voulut imm&#233;diatement destituer Kornilov, mais il ne trouva point d'appui dans son gouvernement. A la fin des fins, sur le conseil de ses inspirateurs, Kornilov consentit, dans une explication verbale, &#224; reconna&#238;tre qu'il entendait par responsabilit&#233; devant le peuple une responsabilit&#233; devant le gouvernement provisoire. Pour le reste, l'ultimatum, sauf quelques petites r&#233;serves, fut accept&#233;. Kornilov devint g&#233;n&#233;ralissime. En m&#234;me temps un officier du g&#233;nie, Filonenko, lui &#233;tait attach&#233; comme commissaire, et l'ex-commissaire du front sud-ouest Savinkov &#233;tait plac&#233; &#224; la t&#234;te du minist&#232;re de la Guerre. L'un, personnage accidentel, parvenu ; l'autre, ayant un grand pass&#233; r&#233;volutionnaire ; tous deux, aventuriers achev&#233;s, pr&#234;ts &#224; tout comme Filonenko, ou du moins &#224; beaucoup comme Savinkov. Leur liaison &#233;troite avec Kornilov, contribuant &#224; la rapide carri&#232;re du g&#233;n&#233;ral, joua, comme nous le verrons, son r&#244;le dans le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conciliateurs c&#233;daient sur toute la ligne. Tseretelli allait r&#233;p&#233;tant : &#034; La coalition, c'est une union de salut. &#034; Dans les coulisses, les pourparlers, en d&#233;pit de la rupture formelle, allaient leur train. Pour acc&#233;l&#233;rer le d&#233;nouement, Kerensky, en accord &#233;vident avec les cadets, recourut &#224; une mesure purement th&#233;&#226;trale, c'est-&#224;-dire tout &#224; fait dans l'esprit de sa politique, mais en m&#234;me temps tr&#232;s efficace pour les buts qu'il poursuivait : il donna sa d&#233;mission et quitta la ville, abandonnant les conciliateurs &#224; leur d&#233;sespoir. Milioukov dit &#224; ce sujet : &#034; Par sa sortie d&#233;monstrative... il montra et &#224; ses adversaires, et &#224; ses rivaux, et &#224; ses partisans que, nonobstant leur appr&#233;ciation sur ses qualit&#233;s personnelles, il s'av&#233;rait indispensable dans la minute pr&#233;sente, simplement par la situation politique qu'il occupait au milieu de deux camps en lutte. &#034; La partie &#233;tait enlev&#233;e &#224; qui-perd-gagne. Les conciliateurs se pr&#233;cipit&#232;rent vers le &#034; camarade Kerensky &#034;, &#233;touffant leurs mal&#233;dictions, avec de franches supplications. Des deux c&#244;t&#233;s, cadets et socialistes, sans peine, impos&#232;rent au cabinet d&#233;capit&#233; la r&#233;solution de se d&#233;sister, en confiant &#224; Kerensky la t&#226;che de reconstituer un gouvernement &#224; son gr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour intimider d&#233;finitivement les membres des comit&#233;s ex&#233;cutifs d&#233;j&#224; suffisamment apeur&#233;s, on leur fait parvenir les derni&#232;res informations sur la situation qui empire sur le front. Les Allemands poussent sur les troupes russes, les lib&#233;raux poussent sur Kerensky, Kerensky pousse sur les conciliateurs. Les fractions des mencheviks et des socialistes-r&#233;volutionnaires si&#232;gent toute la nuit du 23 au 24 juillet, se morfondant dans leur impuissance. A la fin des fins, les comit&#233;s ex&#233;cutifs, par une majorit&#233; de cent quarante-sept voix contre quarante-six, devant quarante-deux abstentions - opposition inou&#239;e ! - approuvent que le pouvoir soit remis &#224; Kerensky sans conditions et sans limitations. Au congr&#232;s des cadets, qui avait lieu en m&#234;me temps, des voix s'&#233;lev&#232;rent pour le renversement de Kerensky, mais Milioukov remit &#224; leur place les impatients, proposant de se borner pour l'instant &#224; une simple pression. Cela ne signifie pas que Milioukov se f&#251;t fait des illusions au sujet de Kerensky. Mais il voyait en lui un point d'application pour les forces des classes poss&#233;dantes. Le gouvernement &#233;tant d&#233;barrass&#233; des soviets, il n'y aurait alors aucune difficult&#233; &#224; le d&#233;barrasser de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les dieux de la coalition avaient toujours soif. L'ordre d'arr&#234;ter Lenine pr&#233;c&#233;da la formation du gouvernement transitoire du 7 juillet. Maintenant il &#233;tait n&#233;cessaire de signaler par un acte de fermet&#233; la renaissance de la coalition. D&#232;s le 13 juillet avait paru dans le journal de Gorki - la presse bolcheviste n'existait d&#233;j&#224; plus - une lettre ouverte de Trotsky au gouvernement provisoire. La lettre disait : &#034; Vous ne pouvez avoir aucun motif logique de m'excepter du d&#233;cret en vertu duquel les camarades Lenine, Zinoviev et Kamenev font l'objet d'un mandat d'arrestation. En ce qui concerne le c&#244;t&#233; politique de l'affaire, vous ne pouvez avoir de motifs de douter que je sois un adversaire de la politique g&#233;n&#233;rale du gouvernement provisoire tout aussi irr&#233;conciliable que les camarades ci-dessus nomm&#233;s. &#034; Dans la nuit o&#249; se constituait le nouveau minist&#232;re, Trotsky et Lounatcharsky furent arr&#234;t&#233;s &#224; Petrograd, tandis qu'au front l'on arr&#234;tait le sous-lieutenant Krylenko, futur commandant en chef des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement qui vint au monde apr&#232;s une crise de trois semaines avait l'air &#233;tique. Il se composait de personnages de deuxi&#232;me et de troisi&#232;me plan, s&#233;lectionn&#233;s d'apr&#232;s le principe du moindre mal. Le vice-pr&#233;sident fut l'ing&#233;nieur Nekrassov, cadet de gauche, qui, le 27 f&#233;vrier, avait propos&#233;, pour l'&#233;crasement de la r&#233;volution, de confier le pouvoir &#224; l'un des g&#233;n&#233;raux du tsar. L'&#233;crivain Prokopovitch, sans parti et sans personnalit&#233;, domicili&#233; sur la lisi&#232;re entre les cadets et les mencheviks, devint ministre de l'Industrie et du Commerce. Ancien procureur, ensuite avocat radical, Zaroudny, fils du ministre &#034; lib&#233;ral &#034; d'Alexandre II, fut appel&#233; &#224; la Justice. Le pr&#233;sident du comit&#233; ex&#233;cutif paysan, Avksentiev, obtint le portefeuille de ministre de l'Int&#233;rieur. Le menchevik Skobelev resta ministre du Travail, le socialiste populiste Pechekhonov ministre de l'Approvisionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des lib&#233;raux entr&#232;rent dans le cabinet des figures tout aussi secondaires, n'ayant jou&#233; ni avant ni apr&#232;s des r&#244;les dirigeants. Au poste de ministre de l'Agriculture revint inopin&#233;ment Tchernov : dans les quatre jours qui s'&#233;taient &#233;coul&#233;s entre sa d&#233;mission et la nouvelle nomination, il avait d&#233;j&#224; eu le temps de se r&#233;habiliter. Dans son Histoire, Milioukov note impassiblement que le caract&#232;re des rapports de Tchernov avec les autorit&#233;s allemandes &#034; n'avait pas &#233;t&#233; &#233;lucid&#233; ; il est possible - ajoute-t-il que les indications du contre-espionnage russe ainsi que les soup&#231;ons de Kerensky, de Terechtchenko et d'autres &#224; cet &#233;gard fussent all&#233;s trop loin &#034;. La r&#233;int&#233;gration de Tchenov dans les fonctions de ministre de l'Agriculture n'&#233;tait rien de plus qu'un tribut au prestige du parti dirigeant des socialistes-r&#233;volutionnaires dans lequel Tchernov, d'ailleurs, perdait de plus en plus de son influence. En revanche, Tseretelli eut la pr&#233;voyance de rester en dehors du cabinet minist&#233;riel : en mai, l'on avait estim&#233; qu'il serait utile &#224; la r&#233;volution au sein du gouvernement ; maintenant il se disposait &#224; &#234;tre utile au gouvernement au sein du soviet. A partir de ce temps, Tseretelli remplit effectivement les obligations d'un commissaire de la bourgeoisie dans le syst&#232;me des soviets. &#034; Si les int&#233;r&#234;ts du pays &#233;taient contrecarr&#233;s par la coalition - disait-il en s&#233;ance du soviet de Petrograd - notre devoir serait d'inviter nos camarades &#224; sortir du gouvernement. &#034; Il ne s'agissait d&#233;j&#224; plus d'&#233;liminer, apr&#232;s &#233;puisement, les lib&#233;raux, comme Dan l'avait promis nagu&#232;re, mais bien, se sentant &#224; bout, d'abandonner en temps opportun le gouvernail. Tseretelli pr&#233;parait la remise int&#233;grale du pouvoir &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re coalition, form&#233;e le 6 mai, les socialistes &#233;taient en minorit&#233; ; mais ils &#233;taient en fait les ma&#238;tres de la situation ; dans le cabinet minist&#233;riel du 24 juillet, les socialistes &#233;taient en majorit&#233;, mais ils n'&#233;taient que l'ombre des lib&#233;raux&#8230; &#034; Malgr&#233; une petite pr&#233;pond&#233;rance nominale des socialistes - avoue Milioukov - la pr&#233;dominance effective dans le cabinet appartenait incontestablement aux partisans convaincus de la d&#233;mocratie bourgeoise. &#034; Il serait plus exact de dire : de la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Quant &#224; la d&#233;mocratie, l'affaire se pr&#233;sentait moins nettement. Dans le m&#234;me esprit, bien qu'avec une argumentation inattendue, le ministre Pechekhonov comparait la coalition de juillet &#224; celle de mai : en mai, la bourgeoisie avait besoin du soutien de la gauche ; &#224; pr&#233;sent, sous la menace d'une contre-r&#233;volution, l'appui de la droite nous est indispensable ; &#034; plus nous am&#232;nerons &#224; nous de forces de la droite, moins il en restera pour attaquer le pouvoir &#034;. Formule incomparable de strat&#233;gie politique : pour faire lever le si&#232;ge de la forteresse, mieux est d'ouvrir de l'int&#233;rieur la grand-porte. Telle &#233;tait la formule de la nouvelle coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action prenait l'offensive, la d&#233;mocratie battait en retraite. Les classes et les groupes que la r&#233;volution avait &#233;pouvant&#233;s, dans les premiers temps, relevaient la t&#234;te. Les int&#233;r&#234;ts qui, la veille, se dissimulaient encore, se d&#233;claraient ouvertement aujourd'hui. Les n&#233;gociants et les sp&#233;culateurs r&#233;clamaient l'extermination des bolcheviks et la libert&#233; du commerce ; ils &#233;levaient la voix contre toutes les limitations du trafic, m&#234;me contre celles qui avaient &#233;t&#233; &#233;tablies du temps du tsar, Les services d'approvisionnement qui avaient tent&#233; de lutter contre la sp&#233;culation &#233;taient d&#233;clar&#233;s coupables du manque de produits alimentaires. De ces services, la haine se reportait sur les soviets. L'&#233;conomiste menchevik Gromann d&#233;clarait que la campagne des commer&#231;ants &#034; s'&#233;tait particuli&#232;rement intensifi&#233;e apr&#232;s les &#233;v&#233;nements des 3-4 juillet &#034;. On rendait les soviets responsables des d&#233;faites, de la vie ch&#232;re et des cambriolages nocturnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inqui&#233;t&#233; par les machinations monarchistes et redoutant une explosion par choc en retour de la gauche, le gouvernement exp&#233;dia, le 1&#176; juillet, Nicolas Romanov, avec sa famille, &#224; Tobolsk. Le lendemain fut interdit le nouveau journal des bolcheviks Rabotchi I Soldat (Ouvrier et Soldat). De toutes parts l'on apprenait des arrestations en masse de comit&#233;s d'arm&#233;e. Les bolcheviks ne purent, &#224; la fin de juillet, r&#233;unir leur congr&#232;s qu'&#224; demi l&#233;galement. Les congr&#232;s d'arm&#233;e &#233;taient interdits, Et commenc&#232;rent &#224; se rassembler ceux qui, auparavant, restaient terr&#233;s chez eux : propri&#233;taires de terres, commer&#231;ants et industriels, chefs de la cosaquerie, clerg&#233;, chevaliers de Saint-Georges. Leurs voix &#233;taient toutes du m&#234;me ton, ne diff&#233;rant que par le degr&#233; de l'insolence. Le concert &#233;tait dirig&#233; indiscutablement, quoique non toujours ouvertement, par le parti cadet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#232;s du commerce et de l'industrie qui r&#233;unit, au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, environ trois cents repr&#233;sentants des plus importantes organisations de Bourse et d'entreprises, le discours-programme fut prononc&#233; par le roi du textile, Riabouchinsky, qui ne mit pas son flambeau sous le boisseau. &#034; Le gouvernement provisoire n'avait qu'une apparence de pouvoir... En fait s'y est install&#233;e une bande de charlatans de la politique... Le gouvernement pressure d'imp&#244;ts, en tout premier lieu, et rigoureusement, la classe des commer&#231;ants et des industriels... Est-il rationnel de donner de l'argent au dissipateur ? Ne vaudrait-il pas mieux, pour le salut de la patrie, mettre en tutelle les gaspilleurs ?... &#034; Et, enfin, pour conclure, cette menace : &#034; La main squelettique de la famine et de la mis&#232;re populaire saisira &#224; la gorge les amis du peuple ! &#034; La phrase sur la main squelettique de la famine, donnant son sens g&#233;n&#233;ral &#224; la politique des lock-out, s'ins&#233;ra d&#232;s lors fortement dans le vocabulaire politique de la r&#233;volution. Elle co&#251;ta cher aux capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Petrograd s'ouvrit le congr&#232;s des commissaires provinciaux. Les agents du gouvernement provisoire qui, d'apr&#232;s la conception premi&#232;re, devaient se dresser autour de lui comme un rempart, se group&#232;rent en r&#233;alit&#233; contre lui et, sous la direction de leur centre cadet, pass&#232;rent au fil de l'&#233;p&#233;e l'infortun&#233; ministre de l'Int&#233;rieur Avksentiev. &#034; On ne peut s'asseoir entre deux chaises : le gouvernement doit gouverner et non pas &#234;tre une marionnette. &#034; Les conciliateurs cherchaient &#224; se justifier et protestaient &#224; mi-voix, appr&#233;hendant que leur querelle avec les alli&#233;s ne f&#251;t entendue des bolcheviks. Le ministre socialiste sortit &#233;chaud&#233; du congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks prit peu &#224; peu le langage des lamentations et des r&#233;criminations. Dans ses colonnes commenc&#232;rent &#224; para&#238;tre des r&#233;v&#233;lations inattendues, Le 6 ao&#251;t, le journal socialiste-r&#233;volutionnaire Dielo Naroda (La Cause du Peuple) publia une lettre d'un groupe de socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, exp&#233;di&#233;e par eux en route vers le front : les signataires &#034; &#233;taient frapp&#233;s du r&#244;le jou&#233; par les junkers&#8230; Pratique r&#233;guli&#232;re des s&#233;vices, participation des junkers aux exp&#233;ditions punitives, s'accompagnant de l'envoi au poteau sans jugement ni instruction, sur l'ordre simple d'un commandant de bataillon... Les soldats exasp&#233;r&#233;s se sont mis &#224; tirer, en guet-apens, sur certains junkers... &#034; C'est ainsi que se pr&#233;sentait l'&#339;uvre d'assainissement de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action progressait, le gouvernement reculait. Le 7 ao&#251;t furent relax&#233;s les Cent-Noirs les plus fameux, complices des cercles raspoutiniens et des pogromes antis&#233;mites. Les bolcheviks restaient &#224; la prison de Kresty, o&#249; s'annon&#231;ait la gr&#232;ve de la faim des ouvriers, soldats et matelots d&#233;tenus. La section ouvri&#232;re du soviet de Petrograd envoya, ce jour-l&#224;, une adresse de f&#233;licitations &#224; Trotsky, &#224; Lounatcharsky, &#224; Kollonta&#239; et aux autres emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Industriels, commissaires provinciaux, le congr&#232;s des cosaques de Novotcherkask, la presse patriote, g&#233;n&#233;raux, lib&#233;raux - tous estimaient qu'il &#233;tait absolument impossible de proc&#233;der aux &#233;lections pour l'assembl&#233;e constituante en septembre ; mieux e&#251;t valu les diff&#233;rer jusqu'&#224; la fin de la guerre. A cela, le gouvernement ne pouvait cependant se r&#233;soudre. Mais un compromis fut trouv&#233; : la convocation de l'assembl&#233;e constituante fut remise au 28 novembre. Ce n'est pas sans maussaderie que les cadets accept&#232;rent le d&#233;lai : ils comptaient fermement que, dans les trois mois qui restaient, devaient se produire des &#233;v&#233;nements d&#233;cisifs qui transposeraient la question m&#234;me de l'assembl&#233;e constituante sur un autre plan. Ces esp&#233;rances se rattachaient de plus en plus ouvertement au nom de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;clame faite autour du nouveau &#034; g&#233;n&#233;ralissime &#034; se situa d&#233;sormais au centre de la politique bourgeoise. La biographie du &#034; premier g&#233;n&#233;ralissime populaire &#034; &#233;tait r&#233;pandue &#224; un nombre formidable d'exemplaires, avec le concours actif du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Lorsque Savinkov, en qualit&#233; de ministre de la Guerre, disait aux journalistes : &#034; Nous estimons &#034;, le &#034;nous &#034; signifiait non point Savinkov et Kerensky, mais Savinkov et Kornilov. Le bruit fait autour de Kornilov contraignait Kerensky &#224; se tenir sur ses gardes. Il circulait des rumeurs encore plus persistantes au sujet d'un complot au centre duquel se tiendrait le comit&#233; de l'union des officiers pr&#232;s le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Une entrevue personnelle du chef du gouvernement et du chef de l'arm&#233;e, au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, ne fit qu'attiser leur antipathie r&#233;ciproque. &#034; Cet &#233;tourdi, ce bavard veut me commander ? &#034; devait se dire Kornilov, &#034; Ce cosaque born&#233; et inculte se dispose &#224; sauver la Russie ? &#034; dut forc&#233;ment penser Kerensky. Chacun d'eux avait raison &#224; sa mani&#232;re. Le programme de Kornilov, comprenant la militarisation des usines et des chemins de fer, l'extension de la peine de mort &#224; l'arri&#232;re, et la subordination au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral de la r&#233;gion militaire de Petrograd avec la garnison de la capitale, avait &#233;t&#233; entre-temps connu des cercles conciliateurs. Derri&#232;re le programme officiel, l'on en devinait sans peine un autre, non exprim&#233; mais d'autant plus effectif. La presse de gauche donna l'alarme. Le comit&#233; ex&#233;cutif proposait une nouvelle candidature au poste de g&#233;n&#233;ralissime en la personne du g&#233;n&#233;ral Tcheremissov. On se mit &#224; parler ouvertement de la d&#233;mission prochaine de Kornilov. La r&#233;action fut en &#233;moi,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 ao&#251;t, le soviet de l'union des douze formations cosaques, celles du Don, du Kouban, du Terek, etc., d&#233;cida, non sans la participation de Savinkov, de porter &#034; hautement et fermement &#034; &#224; la connaissance du gouvernement et du peuple qu'il d&#233;clinait toute responsabilit&#233; pour la conduite des troupes cosaques sur le front et &#224; l'arri&#232;re au cas o&#249; le g&#233;n&#233;ral Kornilov, &#034; h&#233;ros et chef &#034;, serait destitu&#233;. La conf&#233;rence de l'union des chevaliers de Saint-Georges fut encore plus fermement mena&#231;ante pour le gouvernement : si Kornilov est destitu&#233;, l'union donnera imm&#233;diatement &#034; comme cri de guerre &#224; tous les chevaliers de Saint-Georges l'ordre d'agir en commun avec la cosaquerie &#034;, Pas un des g&#233;n&#233;raux ne protesta contre cette infraction &#224; la discipline, et la presse de l'ordre imprima avec enthousiasme des d&#233;cisions qui marquaient une menace de guerre civile. Le comit&#233; principal de l'union des officiers de l'arm&#233;e et de la flotte exp&#233;dia un t&#233;l&#233;gramme dans lequel il disait placer tous ses espoirs &#034; sur le bien-aim&#233; chef, le g&#233;n&#233;ral Kornilov &#034;, priant &#034; tous les honn&#234;tes gens &#034; de manifester &#224; celui-ci leur confiance. La conf&#233;rence des &#034; hommes publics &#034; de droite, qui si&#233;geait en ces jours-l&#224; &#224; Moscou, envoya &#224; Kornilov un t&#233;l&#233;gramme dans lequel elle joignait sa voix &#224; celle des officiers, des chevaliers de Saint-Georges et de la cosaquerie : &#034; Toute la Russie pensante vous regarde avec esp&#233;rance et foi. &#034; On ne pouvait parler plus clairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la conf&#233;rence prenaient part des industriels et des banquiers comme Riabouchinsky et Tretiakov, les g&#233;n&#233;raux Alexe&#239;ev et Broussilov, des repr&#233;sentants du clerg&#233; et du professorat, les leaders du parti cadet, Milioukov en t&#234;te. A titre de camouflage figuraient des repr&#233;sentants d'une &#034; union paysanne &#034; &#224; demi fictive qui devait assurer aux cadets un soutien dans les sph&#232;res sup&#233;rieures de la paysannerie. Au fauteuil pr&#233;sidentiel se dressait la figure monumentale de Rodzianko, qui remercia la d&#233;l&#233;gation d'un r&#233;giment cosaque pour avoir r&#233;prim&#233; le mouvement bolchevik. La candidature de Kornilov au r&#244;le de sauveteur du pays &#233;tait ainsi ouvertement pos&#233;e par les repr&#233;sentants les plus autoris&#233;s des classes poss&#233;dantes et instruites de la Russie. Apr&#232;s une pareille pr&#233;paration, le g&#233;n&#233;ralissime se pr&#233;sente derechef chez le ministre de la Guerre, aux fins de pourparlers sur le programme qu'il a pr&#233;sent&#233; pour le salut du pays. &#034; D&#232;s son arriv&#233;e &#224; Petrograd - dit le g&#233;n&#233;ral Loukomsky, chef de l'Etat-major de Kornilov, relatant cette visite - le g&#233;n&#233;ralissime se rendit au palais d'Hiver, accompagn&#233; de cosaques du Tek, avec deux mitrailleuses. D&#232;s que le g&#233;n&#233;ral Kornilov entra dans le palais, ces mitrailleuses furent descendues de l'automobile, et les cosaques du Tek mont&#232;rent la garde devant le portail pour venir, en cas de n&#233;cessit&#233;, au secours du g&#233;n&#233;ralissime, &#034; On supposait qu'il pourrait avoir besoin de cette aide contre le ministre-pr&#233;sident. &#034; Les mitrailleuses du Tek &#233;taient les armes de la bourgeoisie, braqu&#233;es sur les conciliateurs qui se jetaient dans ses jambes. Ainsi se pr&#233;sentait le gouvernement de salut, ind&#233;pendant des soviets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement apr&#232;s la visite de Kornilov, Kokochkine, membre du gouvernement provisoire, d&#233;clara &#224; Kerensky que les cadets donneraient leur d&#233;mission &#034; si le programme de Kornilov n'&#233;tait pas accept&#233; le jour m&#234;me &#034;. Bien que sans mitrailleuses, les cadets tenaient au gouvernement le langage p&#233;remptoire de Kornilov. Et cela r&#233;ussissait. Le gouvernement provisoire s'empressa d'examiner le rapport du g&#233;n&#233;ralissime et admit en principe la possibilit&#233; d'appliquer les mesures propos&#233;es par lui, &#034; jusques et y compris la peine de mort &#224; l'arri&#232;re &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mobilisation des forces de la r&#233;action s'ins&#233;ra naturellement le concile panrusse de l'Eglise qui, officiellement, avait pour but d'achever l'&#233;mancipation de l'Eglise orthodoxe jusque l&#224; captive de la bureaucratie, mais au fond devait prot&#233;ger l'Eglise contre la r&#233;volution. Depuis l'abolition de la monarchie, l'Eglise avait perdu son chef officiel. Ses rapports avec l'Etat, multis&#233;culaire d&#233;fenseur et protecteur, restaient en suspens. A vrai dire, le Saint-Synode, dans un mandement du 9 mars, s'&#233;tait empress&#233; de b&#233;nir la r&#233;volution accomplie et avait invit&#233; le peuple &#034; &#224; faire confiance au gouvernement provisoire &#034;. N&#233;anmoins, l'avenir &#233;tait lourd de menaces. Le gouvernement gardait le silence sur la question de l'Eglise comme sur d'autres probl&#232;mes. Le clerg&#233; avait compl&#232;tement perdu la t&#234;te. De temps &#224; autre, d'un point quelconque de la p&#233;riph&#233;rie, de la ville de Verny sur la fronti&#232;re avec la Chine, de quelque paroisse locale, arrivait un t&#233;l&#233;gramme assurant au prince Lvov que sa politique r&#233;pondait enti&#232;rement aux commandements de l'Evangile. S'accommodant de l'insurrection, l'Eglise n'osait pas se m&#234;ler aux &#233;v&#233;nements, cela se sentait plus nettement qu'ailleurs sur le front, o&#249; l'influence du clerg&#233; tomba en m&#234;me temps que la discipline de la peur. Denikine l'avoue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Si le corps des officiers lutta n&#233;anmoins pour ses droits de commandement et son autorit&#233; militaire, la voix des pasteurs se tut d&#233;s les premiers jours de la r&#233;volution et ils cess&#232;rent de participer en quelque fa&#231;on &#224; la vie active des troupes. &#034; Les congr&#232;s du clerg&#233; au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et dans les &#233;tats-majors des arm&#233;es pass&#232;rent compl&#232;tement inaper&#231;us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concile, qui &#233;tait avant tout une affaire de caste pour le clerg&#233; lui-m&#234;me, surtout pour son &#233;tage sup&#233;rieur, ne resta cependant point enferm&#233; dans les cadres de la bureaucratie eccl&#233;siastique : la soci&#233;t&#233; lib&#233;rale s'y raccrocha de toutes ses forces. Le parti cadet, n'ayant trouv&#233; dans le peuple aucune racine politique, r&#234;vait que l'Eglise, apr&#232;s r&#233;forme, lui servirait de truchement aupr&#232;s des masses. Dans la pr&#233;paration du concile, un r&#244;le actif fut jou&#233; &#224; c&#244;t&#233; et au-devant des princes de l'Eglise, par des politiciens la&#239;cs de diverses nuances, tels que le prince Troubetskoi, le comte Olsoufiev, Rodzianko, Samarine, des professeurs et des &#233;crivains lib&#233;raux. Le parti cadet essaya vainement de cr&#233;er autour du concile une ambiance de r&#233;formation eccl&#233;siastique, craignant, en m&#234;me temps, d'&#233;branler, par un mouvement imprudent, l'&#233;difice vermoulu. Il ne fut pas question d'une s&#233;paration de l'Eglise et de l'Etat, ni chez le clerg&#233;, ni parmi les r&#233;formateurs la&#239;cs. Les princes de l'Eglise &#233;taient naturellement enclins &#224; affaiblir le contr&#244;le de l'Etat sur les affaires int&#233;rieures, mais &#224; condition que l'Etat continu&#226;t non seulement &#224; prot&#233;ger leur situation privil&#233;gi&#233;e, leurs terres et revenus, mais continu&#226;t aussi &#224; couvrir la part du lion de leurs d&#233;penses. De son c&#244;t&#233;, la bourgeoisie lib&#233;rale &#233;tait dispos&#233;e &#224; garantir &#224; l'orthodoxie le maintien de sa situation d'Eglise dominante, mais sous condition qu'elle appr&#238;t &#224; desservir d'une nouvelle fa&#231;on dans les masses les int&#233;r&#234;ts des classes dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici commen&#231;aient de grosses difficult&#233;s. Le m&#234;me Denikine note avec consternation que la r&#233;volution russe &#034; ne cr&#233;a pas un seul mouvement religieux populaire plus ou moins perceptible &#034;, Il serait plus exact de dire qu'&#224; mesure que de nouvelles couches populaires &#233;taient entra&#238;n&#233;es dans la r&#233;volution, elles tournaient presque automatiquement le dos &#224; l'Eglise, m&#234;me si auparavant elles avaient &#233;t&#233; li&#233;es avec celle-ci. Dans les campagnes, certains pr&#234;tres pouvaient encore avoir une influence personnelle d&#233;pendant de leur attitude &#224; l'&#233;gard de la question agraire. Dans les villes, personne, non seulement dans les milieux ouvriers, mais m&#234;me dans la petite bourgeoisie, n'avait id&#233;e de s'adresser au clerg&#233; pour obtenir la solution des probl&#232;mes soulev&#233;s par la r&#233;volution. La pr&#233;paration du concile rencontra l'enti&#232;re indiff&#233;rence du peuple. Les int&#233;r&#234;ts et les passions des masses trouvaient leur expression dans le langage des mots d'ordre socialistes, mais non dans les textes de th&#233;ologiens. La Russie arri&#233;r&#233;e suivait son histoire en br&#251;lant les &#233;tapes : elle se trouva forc&#233;e de sauter non seulement l'&#233;poque de la R&#233;formation, mais aussi celle du parlementarisme bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Con&#231;u pendant les mois du flux de la r&#233;volution, le concile co&#239;ncida avec les semaines de son reflux. Cela accentua encore sa teinte r&#233;actionnaire. La composition du concile, le cercle des probl&#232;mes abord&#233;s par lui, m&#234;me le c&#233;r&#233;monial de son ouverture - tout t&#233;moignait de modifications radicales dans l'attitude des diff&#233;rentes classes &#224; l'&#233;gard de l'Eglise. A l'office divin, dans la cath&#233;drale de l'Assomption, &#224; c&#244;t&#233; de Rodzianko et des cadets, se trouv&#232;rent pr&#233;sents Kerensky et Avksentiev. Le maire de Moscou, Roudnev, socialiste-r&#233;volutionnaire, d&#233;clara dans son discours d'ouverture :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Tant que vivra le peuple russe, la foi chr&#233;tienne br&#251;lera dans son &#226;me. &#034; La veille encore, ces gens-l&#224; se consid&#233;raient comme des descendants directs de l'&#233;ducateur russe Tchemychevsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concile exp&#233;diait dans toutes les directions des appels imprim&#233;s, r&#233;clamait un pouvoir fort, d&#233;non&#231;ait les bolcheviks et, dans le m&#234;me ton que le ministre du Travail Skobelev, conjurait &#034; les ouvriers de travailler sans m&#233;nager leurs forces et de subordonner leurs revendications au bien de la patrie &#034;. Mais le concile r&#233;serva une attention particuli&#232;re &#224; la question agraire. Les m&#233;tropolites et les &#233;v&#234;ques n'&#233;taient pas moins que les propri&#233;taires nobles &#233;pouvant&#233;s et exasp&#233;r&#233;s par l'ampleur du mouvement agraire, et leurs appr&#233;hensions au sujet des terres de l'Eglise et des monast&#232;res les prenaient &#224; l'&#226;me beaucoup plus violemment que le probl&#232;me de la d&#233;mocratisation des paroisses. Sous menace de la col&#232;re divine et de l'excommunication, le mandement du concile exige &#034; la restitution imm&#233;diate aux &#233;glises, aux couvents, aux paroisses et aux particuliers des terres, des bois et des r&#233;coltes qui ont &#233;t&#233; pill&#233;s &#034;. C'est ici qu'il convient de rappeler la voix clamant dans le d&#233;sert ! Le concile tra&#238;na de semaine en semaine et ne parvint &#224; l'apog&#233;e de son &#339;uvre, le r&#233;tablissement du patriarcat, aboli par Pierre le Grand deux cents ans auparavant, qu'apr&#232;s la r&#233;volution d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de juillet, le gouvernement d&#233;cida de convoquer pour le 13 ao&#251;t, &#224; Moscou, une conf&#233;rence d'Etat, comprenant toutes les classes et les institutions publiques du pays. La composition de la conf&#233;rence fut fix&#233;e par le gouvernement lui-m&#234;me. En compl&#232;te contradiction avec les r&#233;sultats de toutes les &#233;lections d&#233;mocratiques qui avaient eu lieu dans le pays, aucune n'&#233;tant except&#233;e, le gouvernement prit des mesures pour assurer d'avance &#224; l'assembl&#233;e un nombre &#233;gal de repr&#233;sentants des classes poss&#233;dantes et du peuple. C'est seulement sur la base de cet &#233;quilibre artificiel que le gouvernement de salut de la r&#233;volution esp&#233;rait encore se sauver lui-m&#234;me. Ces &#233;tats g&#233;n&#233;raux n'&#233;taient dot&#233;s d'aucun droit d&#233;fini. &#034; La conf&#233;rence.., n'obtenait - d'apr&#232;s Milioukov - tout au plus qu'une voix consultative &#034; : les classes poss&#233;dantes voulaient donner &#224; la d&#233;mocratie un exemple d'abn&#233;gation, pour s'emparer ensuite, d'autant plus s&#251;rement, de la totalit&#233; du pouvoir. On pr&#233;senta comme but officiel de la conf&#233;rence &#034; l'union du pouvoir d'Etat avec toutes les forces organis&#233;es du pays &#034;. La presse parlait de la n&#233;cessit&#233; de resserrer, de r&#233;concilier, de stimuler, de remonter les esprits. En d'autres termes les uns n'avaient pas le d&#233;sir et les autres n'&#233;taient pas capables de dire clairement dans quels buts, &#224; proprement parler, se r&#233;unissait la conf&#233;rence. Donner aux choses leur nom devint encore ici la t&#226;che des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En fran&#231;ais dans le texte. Note du Traducteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky et Kornilov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments de bonapartisme dans la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas peu &#233;crit pour dire que les malheurs qui suivirent, y compris l'av&#232;nement des bolcheviks, eussent pu &#234;tre &#233;vit&#233;s, si, &#224; la place de Kerensky, s'&#233;tait trouv&#233; &#224; la t&#234;te du pouvoir un homme dou&#233; d'une pens&#233;e claire et d'un caract&#232;re ferme. Il est incontestable que Kerensky manquait de l'un et de l'autre. Mais pourquoi donc certaines classes sociales se trouv&#232;rent-elles forc&#233;es de hisser pr&#233;cis&#233;ment Kerensky sur le pavois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour rafra&#238;chir nos souvenirs d'histoire, les &#233;v&#233;nements d'Espagne nous montrent une fois de plus comment une r&#233;volution, d&#233;lavant les limites habituelles de la politique, obnubile dans les premiers temps d'une rose brume tous et tout. M&#234;me ses ennemis s'efforcent, dans cette phase, de prendre sa couleur : en ce mim&#233;tisme s'exprime la tendance &#224; demi instinctive des classes conservatrices &#224; s'adapter &#224; des transmutations mena&#231;antes, pour en souffrir le moins possible. La solidarit&#233; de la nation, bas&#233;e sur une phras&#233;ologie inconsistante, transforme l'activit&#233; conciliatrice en une fonction politique indispensable. Les id&#233;alistes petits-bourgeois, qui regardent par-dessus les classes, qui pensent en phrases toutes faites, qui ne savent ce qu'ils veulent et adressent &#224; tout le monde leurs v&#339;ux les meilleurs, sont, dans ce stade, les seuls leaders concevables de la majorit&#233;. Si Kerensky avait eu une pens&#233;e claire et une volont&#233; ferme, il e&#251;t &#233;t&#233; absolument inutilisable dans son r&#244;le historique. Ceci n'est point une appr&#233;ciation r&#233;trospective. C'est ainsi qu'en jugeaient les bolcheviks dans le feu des &#233;v&#233;nements. &#034; Avocat d'affaires politiques, social-r&#233;volutionnaire qui se trouvait &#224; la t&#234;te des travaillistes, radical d&#233;pourvu de la moindre doctrine socialiste, Kerensky refl&#233;tait le plus compl&#232;tement la premi&#232;re &#233;poque de la r&#233;volution, son amorphie &#034; nationale &#034;, l'id&#233;alisme flamboyant de ses esp&#233;rances et de ses attentes, &#233;crivait l'auteur de ces lignes, dans la prison de Kerensky, apr&#232;s les journ&#233;es de juillet. Kerensky parlait de la terre et de la libert&#233;, de l'ordre, de la paix des peuples, de la d&#233;fense de la patrie, de l'h&#233;ro&#239;sme de Liebknecht, disait que la r&#233;volution russe devait &#233;tonner le monde par sa magnanimit&#233; et agitait, en cette occasion, un mouchoir de soie rouge. Le petit bourgeois, &#224; demi r&#233;veill&#233;, &#233;coutait avec enthousiasme de tels discours : il lui semblait que c'&#233;tait lui-m&#234;me qui parlait du haut de la tribune. L'arm&#233;e accueillit Kerensky comme celui qui la d&#233;livrait de Goutchkov. Les paysans entendirent parler de lui comme d'un travailliste, d'un d&#233;put&#233; des moujiks. Les lib&#233;raux &#233;taient s&#233;duits par l'extr&#234;me mod&#233;ration des id&#233;es sous l'informe radicalisme des phrases... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la p&#233;riode des embrassades g&#233;n&#233;rales ne dure pas longtemps. La lutte des classes ne s'apaise au d&#233;but de la r&#233;volution que pour se r&#233;veiller sous la forme de la guerre civile. Dans la mont&#233;e f&#233;erique du mouvement conciliateur est d'avance inclus son in&#233;vitable &#233;croulement. Que Kerensky ait rapidement perdu sa popularit&#233;, un journaliste fran&#231;ais, personnage officieux, Claude Anet, l'expliquait par ce fait que le manque de tact poussait le politicien socialiste &#224; des actes qui &#034; s'harmonisaient peu &#034; avec son r&#244;le. &#034; Il fr&#233;quente les loges imp&#233;riales. Il habite le palais d'Hiver ou celui de Tsarsko&#239;e. Il couche dans le lit des empereurs de Russie. Un peu trop de vanit&#233;, et qui s'&#233;tale ; cela choque dans ce pays le plus simple du monde. &#034; [Claude ANET, La R&#233;volution russe, juin-novembre 1917, p. 15-16].Le tact dans les petites comme dans les grandes choses suppose l'intelligence de la situation et de la place qu'on y occupe. Il n'y en avait pas apparence chez Kerensky. Elev&#233; par la confiance des masses, il leur &#233;tait absolument &#233;tranger, ne les comprenait pas et ne s'int&#233;ressait nullement &#224; savoir comment elles prenaient la r&#233;volution et quelles d&#233;ductions elles en tiraient. Les masses attendaient de lui des actes audacieux, mais il demandait aux masses de ne pas le g&#234;ner dans sa magnanimit&#233; et son &#233;loquence. A l'&#233;poque o&#249; Kerensky rendait une visite th&#233;&#226;trale &#224; la famille du tsar en d&#233;tention, des soldats qui gardaient le Palais, disaient au commandant : &#034; Nous, on couche sur des planches, on est mal nourri, mais le Nikolachka, bien qu'il soit arr&#234;t&#233;, il a de la viande, m&#234;me qu'il en fait jeter aux ordures. &#034; Ces mots l&#224; n'&#233;taient pas &#034;magnanimes &#034;, mais ils exprimaient ce que ressentaient les soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'&#233;tant arrach&#233; &#224; ses entraves s&#233;culaires, le peuple, &#224; chaque pas, franchissait la limite que lui avaient indiqu&#233;e les leaders cultiv&#233;s. Kerensky &#233;jaculait &#224; ce propos, &#224; la fin d'avril : &#034; Se peut-il que le libre Etat russe soit un Etat d'esclaves r&#233;volt&#233;s ?... Je regrette de n'&#234;tre pas mort il y a deux mois : je serais mort avec un grand r&#234;ve &#034;, etc. Par cette mauvaise rh&#233;torique, il esp&#233;rait influer sur les ouvriers, les soldats, les matelots, les paysans. L'amiral Koltchak raconta par la suite, devant le tribunal sovi&#233;tique, comment le ministre radical de la Guerre avait fait en mai la tourn&#233;e des b&#226;timents de la flotte de la mer Noire, pour r&#233;concilier les matelots avec les officiers. L'orateur, apr&#232;s chaque discours croyait avoir atteint son but : &#034; Eh bien, vous voyez, monsieur l'Amiral, tout est arrang&#233;... &#034; Mais rien n'&#233;tait arrang&#233; : la d&#233;b&#226;cle de la flotte commen&#231;ait seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus on allait, plus Kerensky irritait les masses par ses coquetteries, ses vantardises, sa forfanterie. Au cours d'un voyage sur le front, il criait avec emportement, dans son wagon, &#224; son aide de camp, calculant peut-&#234;tre qu'il serait entendu par les g&#233;n&#233;raux :&#034; Foutez-moi dehors ces maudits comit&#233;s ! &#034; Se pr&#233;sentant &#224; la flotte de la Baltique, Kerensky ordonna au comit&#233; central des marins de se pr&#233;senter &#224; lui sur le vaisseau-amiral. Le Tsentrobalt, en tant qu'organe sovi&#233;tique, n'&#233;tait pas subordonn&#233; au ministre et consid&#233;ra cet ordre comme un outrage. Le pr&#233;sident du comit&#233;, le matelot Dybenko, r&#233;pondit : &#034; Si Kerensky veut causer avec le Tsentrobalt, qu'il vienne nous voir. &#034; N'est-ce pas une intol&#233;rable insolence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les navires o&#249; Kerensky engagea avec les matelots des causeries politiques, l'affaire n'allait pas mieux, particuli&#232;rement sur le vaisseau Respoublika, anim&#233; de sentiments bolcheviks, o&#249; le ministre fut interrog&#233; point par point. Pourquoi, &#224; la Douma d'Empire, avait-il vot&#233; pour la guerre ? Pourquoi avait-il ajout&#233; sa signature &#224; la note imp&#233;rialiste de Milioukov du 21 avril ? Pourquoi avait-il assign&#233; aux s&#233;nateurs du tsar six mille roubles de pension par an ? Kerensky refusa de r&#233;pondre &#224; ces questions perfides que lui posaient des hommes &#034; qui n'&#233;taient pas de ses amis &#034;. L'&#233;quipage d&#233;clara s&#232;chement que les explications du ministre &#034; n'&#233;taient pas satisfaisantes... &#034; C'est dans un silence s&#233;pulcral que Kerensky descendit du vaisseau. &#034; Des esclaves en r&#233;volte !&#034; disait l'avocat radical en grin&#231;ant des dents. Mais les matelots &#233;prouvaient un sentiment de fiert&#233; : &#034;Oui, nous &#233;tions des esclaves, et nous nous sommes soulev&#233;s ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le sans-g&#234;ne de son attitude &#224; l'&#233;gard de l'opinion d&#233;mocratique, Kerensky provoquait &#224; chaque pas des demi-conflits avec les leaders sovi&#233;tiques qui marchaient dans la m&#234;me voie que lui, mais en se retournant plus souvent vers les masses. D&#232;s le 8 mars, le comit&#233; ex&#233;cutif, effray&#233; par les protestations de la base, d&#233;clara &#224; Kerensky que la mise en libert&#233; des policiers d&#233;tenus &#233;tait inadmissible. Quelques jours apr&#232;s, les conciliateurs se virent oblig&#233;s de protester contre l'intention qu'avait le ministre de la Justice d'exp&#233;dier la famille imp&#233;riale en Angleterre. Et encore deux ou trois semaines plus tard, le comit&#233; ex&#233;cutif posait la question g&#233;n&#233;rale d'une &#034; r&#233;gularisation des rapports &#034; avec Kerensky. Mais ces relations ne furent pas et ne pouvaient &#234;tre r&#233;gularis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout aussi malencontreusement se pr&#233;sentait l'affaire sur la ligne du parti. Au congr&#232;s socialiste-r&#233;volutionnaire du d&#233;but de juin, Kerensky fut mis en ballottage dans les &#233;lections du comit&#233; central, ayant obtenu cent trente-cinq voix sur deux cent soixante-dix. Combien se d&#233;menaient les leaders, expliquant &#224; droite et &#224; gauche que &#034; bien des suffrages avaient &#233;t&#233; refus&#233;s au camarade Kerensky parce qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; surcharg&#233; d'occupations &#034;. En r&#233;alit&#233;, si les socialistes-r&#233;volutionnaires d'&#233;tat-major et de d&#233;partements minist&#233;riels adoraient Kerensky, en tant que source de profits, les vieux socialistes-r&#233;volutionnaires li&#233;s avec les masses le consid&#233;raient sans confiance et sans estime. Mais ni le comit&#233; ex&#233;cutif, ni le parti socialiste-r&#233;volutionnaire ne pouvaient se passer de Kerensky : il &#233;tait indispensable comme anneau de liaison de la coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bloc sovi&#233;tique, le r&#244;le dirigeant appartenait aux mencheviks : ils imaginaient les d&#233;cisions, c'est-&#224;-dire les moyens d'&#233;luder les actes. Mais, dans l'appareil gouvernemental, les populistes avaient sur les mencheviks une &#233;vidente pr&#233;pond&#233;rance qui se traduisait le plus clairement par la situation dominante de Kerensky. Demi-cadet, demi-socialiste-r&#233;volutionnaire, Kerensky &#233;tait dans le gouvernement non point le repr&#233;sentant des soviets comme Tseretelli ou Tchernov, mais un lien vivant entre la bourgeoisie et la d&#233;mocratie. Tseretelli-Tchernov repr&#233;sentaient un des aspects de la coalition. Kerensky &#233;tait l'incarnation personnelle de la coalition m&#234;me. Tseretelli se plaignait de la pr&#233;dominance en Kerensky des &#034; motifs individuels &#034;, ne comprenant pas qu'ils &#233;taient ins&#233;parables de sa fonction politique. Tseretelli lui-m&#234;me, en qualit&#233; de ministre de l'Int&#233;rieur, &#233;mit une circulaire sur le th&#232;me du commissaire provincial qui doit s'appuyer sur toutes &#034; les forces vives &#034; locales, c'est-&#224;-dire sur la bourgeoisie et les soviets, et appliquer la politique du gouvernement provisoire sans c&#233;der &#034; aux influences des partis &#034;. Ce commissaire id&#233;al, s'&#233;levant au-dessus des classes et des partis hostiles pour puiser en lui-m&#234;me et dans la circulaire sa vocation - c'est bien en effet un Kerensky &#224; la mesure d'une province ou d'un district. Pour couronner le syst&#232;me, on avait absolument besoin de l'ind&#233;pendant commissaire panrusse au palais d'Hiver. A d&#233;faut de Kerensky, le syst&#232;me conciliateur e&#251;t &#233;t&#233; comme une coupole d'&#233;glise sans croix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la mont&#233;e de Kerensky est pleine d'enseignements. Il &#233;tait devenu ministre de la Justice gr&#226;ce &#224; l'insurrection de f&#233;vrier qu'il redoutait. La manifestation d'avril des &#034; esclaves r&#233;volt&#233;s &#034; le fit ministre de la Guerre et de la Marine. Les combats de juillet, provoqu&#233;s par &#034; les agents de l'Allemagne&#034;, le plac&#232;rent &#224; la t&#234;te du gouvernement. Au d&#233;but de septembre, le mouvement des masses fait encore du chef du gouvernement un g&#233;n&#233;ralissime. La dialectique du r&#233;gime conciliateur et, en m&#234;me temps, sa m&#233;chante ironie consistaient en ceci que, par leur pression, les masses devaient &#233;lever Kerensky &#224; la cime extr&#234;me avant de le renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecartant avec m&#233;pris le peuple qui lui avait donn&#233; le pouvoir, Kerensky n'en recherchait que plus avidement les signes d'approbation de la soci&#233;t&#233; cultiv&#233;e. D&#232;s les premiers jours de la r&#233;volution, le docteur Kichkine, leader des cadets de Moscou, racontait, &#224; son retour de Petrograd : &#034; N'&#233;tait Kerensky, nous n'aurions pas ce que nous avons. Son nom sera inscrit en lettres d'or sur les tables de l'histoire. &#034; Les &#233;loges des lib&#233;raux devinrent un des plus importants crit&#232;res politiques de Kerensky. Mais il ne pouvait et ne voulait d&#233;poser simplement sa popularit&#233; aux pieds de la bourgeoisie. Au contraire, il prenait de plus en plus le go&#251;t de voir toutes les classes &#224; ses propres pieds. &#034; L'id&#233;e d'opposer et d'&#233;quilibrer entre elles la repr&#233;sentation de la bourgeoisie et celle de la d&#233;mocratie - t&#233;moigne Milioukov - n'&#233;tait pas &#233;trang&#232;re &#224; Kerensky d&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution. Cette orientation proc&#233;dait naturellement de tout le cours de son existence qui s'&#233;tait pass&#233;e entre le barreau lib&#233;ral et les cercles clandestins. Assurant obs&#233;quieusement &#224; Buchanan que &#034; le soviet mourrait de sa mort naturelle &#034;, Kerensky, &#224; chaque pas, donnait &#224; craindre &#224; ses coll&#232;gues bourgeois la col&#232;re du soviet. Mais, dans les cas, fr&#233;quents, o&#249; les leaders du comit&#233; ex&#233;cutif &#233;taient en d&#233;saccord avec Kerensky, il les mena&#231;ait de la plus effroyable catastrophe : la d&#233;mission des lib&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Kerensky r&#233;p&#233;tait qu'il ne voulait pas &#234;tre le Marat de la r&#233;volution russe, cela signifiait qu'il refusait de prendre des mesures de rigueur contre la r&#233;action, mais non point du tout contre &#034; l'anarchie &#034;. Telle est en g&#233;n&#233;ral la morale des adversaires de la violence en politique ; ils la repoussent tant qu'il s'agit de modifier ce qui existe ; mais, pour la d&#233;fense de l'ordre, ils ne reculent pas devant la r&#233;pression la plus implacable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode de la pr&#233;paration de l'offensive sur le front, Kerensky devint le personnage particuli&#232;rement favori des classes poss&#233;dantes. Terechtchenko racontait &#224; droite et &#224; gauche combien nos alli&#233;s appr&#233;ciaient hautement &#034; les efforts de Kerensky &#034; ; tr&#232;s s&#233;v&#232;re pour les conciliateurs, la Rietch des cadets soulignait invariablement sa pr&#233;dilection pour le ministre de la Guerre ; Rodzianko lui-m&#234;me reconnaissait que &#034; ce jeune homme...ressuscite chaque jour avec une vigueur redoubl&#233;e, pour le bien de la patrie et pour le travail constructeur &#034;. Par de tels jugements, les lib&#233;raux voulaient cajoler Kerensky. Mais en somme, ils ne pouvaient ne pas voir que Kerensky travaillait pour eux. &#034; ...Pensez un peu - demandait Lenine - ce qui arriverait si Goutchkov se mettait &#224; donner des ordres d'offensive, &#224; dissoudre des r&#233;giments, &#224; arr&#234;ter des soldats, &#224; interdire des congr&#232;s, &#224; crier apr&#232;s les hommes de troupe, les tutoyant et les traitant de &#034; l&#226;ches &#034; etc. Mais Kerensky peut encore se payer ce &#034; luxe &#034;, tant qu'il n'a pas dilapid&#233; la confiance, &#224; vrai dire vertigineusement d&#233;croissante, dont le peuple lui a fait cr&#233;dit... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offensive, qui avait relev&#233; la r&#233;putation de Kerensky dans les rangs de la bourgeoisie, mina d&#233;finitivement sa renomm&#233;e dans le peuple. Le krach de l'offensive fut en somme le krach de Kerensky dans les deux camps. Mais, chose frappante : ce qui le rendait &#034; irrempla&#231;able &#034; d&#233;sormais, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment qu'il f&#251;t compromis des deux c&#244;t&#233;s. Sur le r&#244;le de Kerensky dans la cr&#233;ation de la deuxi&#232;me coalition, Milioukov s'exprime ainsi :&#034; Le seul homme qui f&#251;t possible &#034;, mais, h&#233;las ! &#034; non celui dont on avait besoin... &#034; Les dirigeants de la politique lib&#233;rale n'avaient d'ailleurs jamais pris Kerensky trop au s&#233;rieux. Et les larges cercles de la bourgeoisie faisaient de plus en plus retomber sur lui la responsabilit&#233; de tous les coups du sort. &#034; L'impatience des groupes anim&#233;s d'esprit patriotique &#034; les incitait, d'apr&#232;s le t&#233;moignage de Milioukov, &#224; rechercher un homme fort. Pendant un temps, l'amiral Koltchak fut d&#233;sign&#233; pour ce r&#244;le. L'installation d'un homme fort au gouvernail &#034; se concevait selon d'autres proc&#233;d&#233;s que ceux de pourparlers et d'accords &#034;. On peut le croire sans peine. &#034; Sur un r&#233;gime d&#233;mocratique, sur la volont&#233; populaire, sur l'Assembl&#233;e constituante - &#233;crit Stankevitch au sujet du parti cadet - les espoirs &#233;taient d&#233;j&#224; abandonn&#233;s ; les &#233;lections municipales dans toute la Russie n'avaient-elles pas d&#233;j&#224; donn&#233; une &#233;crasante majorit&#233; de socialistes ?... Et alors l'on se met &#224; rechercher dans les transes un pouvoir qui serait capable non point de persuader, mais seulement d'ordonner. &#034; Plus exactement parlant : un pouvoir qui serait capable de prendre la r&#233;volution &#224; la gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la biographie de Kornilov et dans les particularit&#233;s de son caract&#232;re, il n'est pas facile de d&#233;celer des traits qui auraient justifi&#233; sa candidature au poste de sauveteur. Le g&#233;n&#233;ral Martynov qui, en temps de paix, avait &#233;t&#233; le chef de service de Kornilov, et, pendant la guerre, son compagnon de d&#233;tention dans une forteresse autrichienne, caract&#233;rise Kornilov dans les termes suivants : &#034; Se distinguant par sa pers&#233;v&#233;rance laborieuse et par une grande pr&#233;somption, il &#233;tait, pour les capacit&#233;s intellectuelles, un homme de la moyenne ordinaire d&#233;nu&#233; de larges vues. &#034; Martynov inscrit &#224; l'actif de Kornilov deux traits : la bravoure personnelle et le d&#233;sint&#233;ressement. Dans un milieu o&#249; l'on se pr&#233;occupait avant tout de s&#233;curit&#233; personnelle et o&#249; l'on chapardait sans retenue, de telles qualit&#233;s sautaient aux yeux. Quant aux capacit&#233;s strat&#233;giques, surtout celle d'appr&#233;cier une situation dans son ensemble, dans ses &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et moraux, Kornilov n'en avait pas l'ombre. &#034; Au surplus, il lui manquait le talent d'organisateur dit Martynov - et son caract&#232;re aussi irascible que d&#233;s&#233;quilibr&#233; le rendait peu apte &#224; des actes rationnels. &#034; Broussilov, qui avait observ&#233; toute l'activit&#233; militaire de son subordonn&#233; au cours de la guerre mondiale, parlait de lui avec un absolu d&#233;dain : &#034; Chef d'un intr&#233;pide d&#233;tachement de partisans, et rien de plus... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende officielle qui fut cr&#233;&#233;e autour de la division de Kornilov &#233;tait dict&#233;e par le besoin qu'avait l'opinion patriotique de d&#233;couvrir des taches claires sur un fond sombre. &#034; La 48&#176; division, &#233;crit Martynov, fut an&#233;antie uniquement par suite de la d&#233;testable direction... de Kornilov lui-m&#234;me, qui.., ne sut pas organiser la retraite et qui surtout modifia &#224; plusieurs reprises ses d&#233;cisions et perdit du temps... &#034; Au dernier moment, Kornilov abandonna &#224; la merci du sort la division qu'il avait jet&#233;e dans le panneau, pour tenter d'&#233;chapper lui-m&#234;me &#224; la captivit&#233;. Cependant, apr&#232;s avoir err&#233; pendant quatre jours, le g&#233;n&#233;ral malchanceux se rendit aux Autrichiens et ne s'&#233;vada que plus tard. &#034; Rentr&#233; en Russie, dans des interviews donn&#233;es &#224; divers correspondants de journaux, Kornilov enjoliva l'histoire de son &#233;vasion des fleurs vives de la fantaisie. &#034; Sur les prosa&#239;ques rectifications apport&#233;es &#224; la l&#233;gende par des t&#233;moins bien inform&#233;s, nous n'avons point motif de nous arr&#234;ter. Apparemment d&#232;s alors, Kornilov prend go&#251;t &#224; la r&#233;clame journalistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la r&#233;volution, Kornilov &#233;tait un monarchiste de la nuance r&#233;actionnaire Cent-Noir. Prisonnier, lisant les gazettes, il r&#233;p&#233;ta &#224; plus d'une reprise qu'il aurait &#034; fait pendre avec plaisir tous ces Goutchkov et Milioukov &#034;. Mais les id&#233;es politiques ne l'occupaient, comme en g&#233;n&#233;ral les hommes de cette sorte, que dans la mesure o&#249; elles le touchaient directement lui-m&#234;me. Apr&#232;s la r&#233;volution de f&#233;vrier, Kornilov se d&#233;clara tr&#232;s ais&#233;ment r&#233;publicain. &#034;Il d&#233;brouillait tr&#232;s mal - dit encore le m&#234;me Martynov - les int&#233;r&#234;ts enchev&#234;tr&#233;s des diff&#233;rentes couches de la soci&#233;t&#233; russe, ne connaissait ni les groupements de partis, ni les personnalit&#233;s. &#034; Mencheviks, socialistes-r&#233;volutionnaires et bolcheviks se confondaient pour lui en une seule masse hostile qui emp&#234;chait les commandants de commander, les propri&#233;taires de jouir de leurs propri&#233;t&#233;s, les fabricants de poursuivre la production, les marchands de commercer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de la Douma d'Etat, d&#232;s le 2 mars, s'&#233;tait raccroch&#233; au g&#233;n&#233;ral Kornilov, et, sous la signature de Rodzianko, insistait aupr&#232;s du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral pour qu'il nomm&#226;t &#034; le noble h&#233;ros, illustre dans toute la Russie &#034; commandant en chef des troupes de la r&#233;gion militaire de Petrograd. Sur le t&#233;l&#233;gramme de Rodzianko, le tsar, qui avait d&#233;j&#224; cess&#233; d'&#234;tre tsar, &#233;crivit : &#034; Approuv&#233;. &#034; C'est ainsi que la capitale r&#233;volutionnaire fut dot&#233;e de son premier g&#233;n&#233;ral rouge. Dans les proc&#232;s-verbaux du comit&#233; ex&#233;cutif du 10 mars est consign&#233;e cette phrase sur Kornilov : &#034; G&#233;n&#233;ral de vieille formation, qui veut mettre fin &#224; la r&#233;volution. &#034; Dans les premiers jours, le g&#233;n&#233;ral essaya d'ailleurs de se montrer du beau c&#244;t&#233; et, non sans quelque bruit, accomplit le rite de l'arrestation de la tsarine : cela lui fut compt&#233; un bon point. D'apr&#232;s les souvenirs du colonel Kobylinsky, qu'il nomma commandant de Tsarsko&#239;e-Selo, il se d&#233;couvre cependant que Kornilov jouait deux cartes diff&#233;rentes. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; &#224; la tsarine, raconte Kobylinsky, en termes discrets, &#034; Kornilov me dit : &#034; Colonel, laissez-nous seuls. Allez et mettez-vous de l'autre c&#244;t&#233; de la porte. &#034; Je sortis. Cinq minutes apr&#232;s, Kornilov me rappela. Je rentrai. La souveraine me tendit la main... &#034; C'est clair ; Kornilov avait recommand&#233; le colonel comme un ami. Par la suite, nous avons connaissance des sc&#232;nes d'embrassades entre le Tsar et son &#034; ge&#244;lier &#034; Kobylinsky. En qualit&#233; d'administrateur ; Kornilov s'av&#233;ra &#224; son nouveau poste le dernier des m&#233;diocres. &#034; Ses collaborateurs imm&#233;diats &#224; Petrograd - &#233;crit Stankevitch se plaignaient constamment de son inaptitude au travail et &#224; la direction des affaires. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov ne se maintint pourtant pas longtemps dans la capitale. Pendant les journ&#233;es d'avril, il essaya, non point sans incitations de la part de Milioukov, d'effectuer une premi&#232;re saign&#233;e de la r&#233;volution, mais se heurta &#224; la r&#233;sistance du comit&#233; ex&#233;cutif, d&#233;missionna, obtint le commandement d'une arm&#233;e, et, ensuite, du front Sud-Ouest. Sans attendre l'institution l&#233;gale de la peine de mort, Kornilov donna l'ordre de fusiller les d&#233;serteurs et d'exposer les cadavres avec des &#233;criteaux sur les routes, mena&#231;a de peines rigoureuses les paysans qui s'attaqueraient aux droits de la propri&#233;t&#233; domaniale, forma des bataillons de choc et, en toute occasion propice, mena&#231;a du poing Petrograd. Ainsi se dessina autour de son nom une aur&#233;ole aux yeux du corps des officiers et des classes poss&#233;dantes. Mais aussi bien des commissaires de Kerensky se dirent : il ne reste plus d'autre espoir qu'en Kornilov. Quelques semaines apr&#232;s, le combatif g&#233;n&#233;ral, avec sa triste exp&#233;rience de commandant de division, devenait le g&#233;n&#233;ralissime de nombreux millions d'hommes, d'une arm&#233;e en d&#233;composition que l'Entente voulait forcer &#224; combattre jusqu'&#224; la victoire totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov en perdit la t&#234;te. Son ignorance politique et l'&#233;troitesse de ses perspectives faisaient de lui une proie facile pour les chercheurs d'aventures. D&#233;fendant obstin&#233;ment ses pr&#233;rogatives personnelles, &#034; l'homme au c&#339;ur de lion et &#224; la cervelle de mouton &#034;, comme l'ont caract&#233;ris&#233; le g&#233;n&#233;ral Alexe&#239;ev et, ensuite, Verkhovsky, c&#233;dait facilement &#224; l'influence d'autrui, du moment qu'elle convenait &#224; son ambition particuli&#232;re. Amicalement dispos&#233; pour Kornilov, Milioukov note en lui &#034; une confiance pu&#233;rile dans les gens qui savaient le flatter &#034;. Le plus proche inspirateur du g&#233;n&#233;ralissime, portant le modeste titre d'officier d'ordonnance, fut un certain Zavo&#239;ko, personnage louche, ancien propri&#233;taire, sp&#233;culateur en p&#233;troles et aventurier, dont la plume en imposait particuli&#232;rement &#224; Kornilov : Zavo&#239;ko poss&#233;dait en effet le style s&#233;millant du flibustier que rien n'arr&#234;te. L'officier d'ordonnance &#233;tait l'impresario de la r&#233;clame, l'auteur d'une biographie &#034; populaire &#034; de Kornilov, le r&#233;dacteur de rapports, d'ultimatum et, en g&#233;n&#233;ral, de tous documents qui, selon l'expression du g&#233;n&#233;ral, exigeaient &#034; un style vigoureux, artistique &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Zavo&#239;ko se joignait un autre chercheur d'aventures, Nadine, ancien d&#233;put&#233; de la premi&#232;re Douma, ayant pass&#233; plusieurs ann&#233;es dans l'&#233;migration, qui avait toujours sa pipe anglaise &#224; la bouche et qui, pour cela, se consid&#233;rait comme un sp&#233;cialiste des questions internationales. L'un et l'autre &#233;taient &#224; main droite de Kornilov, assurant sa liaison avec les foyers de contre-r&#233;volution. Son flanc gauche &#233;tait couvert par Savinkov et Filonenko :soutenant par tous les moyens l'opinion exag&#233;r&#233;e que le g&#233;n&#233;ral se faisait de lui-m&#234;me, ils se souciaient de l'emp&#234;cher de se rendre pr&#233;matur&#233;ment impossible aux yeux de la d&#233;mocratie. &#034; A lui venaient honn&#234;tes et malhonn&#234;tes gens sinc&#232;res et intrigants, politiciens, militaires et aventuriers - &#233;crit dans son pathos le g&#233;n&#233;ral Denikine - et tous disaient d'une seule voix : &#034; Sois le sauveur ! &#034; Quelle &#233;tait la proportion des honn&#234;tes et des malhonn&#234;tes, il n'est pas facile de l'&#233;tablir. En tout cas, Kornilov se consid&#233;rait s&#233;rieusement comme appel&#233; au &#034; sauvetage &#034; et se trouva par suite le concurrent direct de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rivaux se d&#233;testaient tout &#224; fait sinc&#232;rement l'un l'autre. &#034; Kerensky - selon Martynov - s'&#233;tait assimil&#233; un ton altier dans ses rapports avec les vieux g&#233;n&#233;raux. Le modeste et laborieux Alexe&#239;ev, et Broussilov le diplomate, se laissaient traiter de haut en bas, mais cette tactique &#233;tait inapplicable au vaniteux et susceptible Kornilov qui.., de son c&#244;t&#233;, regardait de haut l'avocat Kerensky. &#034; Le plus faible des deux &#233;tait dispos&#233; &#224; des concessions et offrait de s&#233;rieuses avances. Du moins, &#224; la fin de juillet, Kornilov d&#233;clara &#224; Denikine que, des sph&#232;res gouvernementales, des invites lui &#233;taient faites &#224; entrer dans le cabinet minist&#233;riel. &#034; Ah ! Non ! ces messieurs sont trop li&#233;s avec les soviets... Je leur dis : donnez-moi le pouvoir et je m&#232;nerai une lutte d&#233;cisive. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les pieds de Kerensky, le sol &#233;tait mouvant comme celui des tourbi&#232;res. Il cherchait une issue, ainsi que toujours, dans le domaine des improvisations oratoires : r&#233;unir, proclamer, d&#233;clarer. Le succ&#232;s personnel du 21 juillet, quand il s'&#233;leva au-dessus des camps hostiles de la d&#233;mocratie et de la bourgeoisie, en qualit&#233; d'homme irrempla&#231;able, sugg&#233;ra &#224; Kerensky l'id&#233;e d'une conf&#233;rence d'Etat &#224; Moscou. Ce qui se passait &#224; huis clos au palais d'Hiver devait &#234;tre report&#233; sur une sc&#232;ne ouverte. Que le pays voie de ses propres yeux que tout craque par toutes les coutures. si Kerensky ne prend en main les guides et le fouet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Furent invit&#233;s &#224; participer &#224; la conf&#233;rence d'Etat, d'apr&#232;s la liste officielle,&#034; les repr&#233;sentants des organisations politiques, sociales, d&#233;mocratiques, nationales, commerciales et industrielles, coop&#233;ratives, les dirigeants des organes de la d&#233;mocratie, les hauts repr&#233;sentants de l'arm&#233;e, des institutions scientifiques, des universit&#233;s, les membres de la Douma d'Etat des quatre l&#233;gislatures &#034;. On pr&#233;voyait environ quinze cents participants ; il s'en rassembla environ deux mille cinq cents, et l'&#233;largissement &#233;tait tout &#224; l'avantage de l'aile droite. Le journal moscovite des socialistes-r&#233;volutionnaires &#233;crivait avec reproche &#224; l'adresse de son gouvernement : &#034; Contre cent cinquante repr&#233;sentants du travail surgissent cent vingt repr&#233;sentants de la classe commer&#231;ante et industrielle. Contre cent d&#233;put&#233;s paysans sont invit&#233;s cent repr&#233;sentants de propri&#233;taires de terres. Contre cent repr&#233;sentants du soviet il y aura trois cents membres de la Douma d'Etat... &#034; Le journal du parti de Kerensky mettait en doute qu'une pareille conf&#233;rence donn&#226;t au gouvernement &#034; l'appui qu'il cherchait &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conciliateurs se rendirent &#224; la Conf&#233;rence &#224; contrec&#339;ur : il faut, se disaient-ils pour se convaincre entre eux, tenter honn&#234;tement d'arriver &#224; un accord. Mais comment faire avec les bolcheviks ? Il &#233;tait indispensable de les emp&#234;cher &#224; tout prix d'intervenir dans le dialogue entre la d&#233;mocratie et les classes poss&#233;dantes. Par une d&#233;cision sp&#233;ciale du comit&#233; ex&#233;cutif, les fractions des partis &#233;taient priv&#233;es du droit de se prononcer sans l'assentiment de son praesidium. Les bolcheviks d&#233;cid&#232;rent de lire, au nom du parti, une d&#233;claration et de quitter la conf&#233;rence. Le praesidium qui surveillait de pr&#233;s chacun de leurs mouvements exigea d'eux qu'ils renon&#231;assent &#224; une intention criminelle. Alors les bolcheviks, sans aucune h&#233;sitation, rendirent leurs cartes d'entr&#233;e. Ils pr&#233;paraient une r&#233;ponse diff&#233;rente, plus convaincante : la parole &#233;tait &#224; Moscou prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque d&#232;s les premiers jours de la r&#233;volution, les partisans de l'ordre opposaient, en toute occasion convenable, le &#034; pays &#034; calme au turbulent Petrograd. La convocation de l'assembl&#233;e constituante &#224; Moscou &#233;tait un des mots d'ordre de la bourgeoisie. Le &#034; marxiste &#034; Potressov, nationalo-lib&#233;ral, prof&#233;rait des mal&#233;dictions sur Petrograd, qui s'imaginait &#234;tre &#034; un nouveau Paris &#034;. Comme si les Girondins n'avaient pas menac&#233; de leurs foudres le vieux Paris et ne lui avaient pas propos&#233; de r&#233;duire son r&#244;le &#224; 1/83 ! Un menchevik de province disait, en juin, au congr&#232;s des soviets : &#034; N'importe quel Novotcherkask refl&#232;te beaucoup plus justement les conditions d'existence dans toute la Russie que Petrograd. &#034; Au fond, les conciliateurs, de m&#234;me que la bourgeoisie, cherchaient un appui non dans les r&#233;elles dispositions d'esprit du &#034; pays &#034;, mais dans l'illusion consolante qu'ils se cr&#233;aient eux-m&#234;mes. Maintenant qu'ils allaient avoir &#224; t&#226;ter le pouls de l'opinion politique de Moscou, les organisateurs de la conf&#233;rence &#233;taient promis &#224; une cruelle d&#233;sillusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conf&#233;rences contre-r&#233;volutionnaires qui se succ&#233;daient depuis les premiers jours du mois d'ao&#251;t, &#224; commencer par le congr&#232;s des propri&#233;taires fonciers et en finissant par le concile eccl&#233;siastique, ne mobilis&#232;rent pas seulement les sph&#232;res poss&#233;dantes de Moscou, mais mirent &#233;galement sur pied les ouvriers et les soldats. Les menaces de Riabouchinsky, les appels de Rodzianko, la fraternisation des cadets avec les g&#233;n&#233;raux cosaques - tout cela avait lieu sous les yeux des basses couches moscovites, tout cela &#233;tait interpr&#233;t&#233; par les agitateurs bolcheviks sur les traces toutes chaudes des comptes rendus des journaux. Le danger d'une contre-r&#233;volution prit, cette fois, des formes tangibles, et m&#234;me personnelles. Dans les fabriques et les usines passa une vague d'indignation. &#034; Si les soviets sont impuissants- &#233;crivait le journal moscovite des bolcheviks - le prol&#233;tariat doit se resserrer autour de ses organisations viables. &#034; Au premier rang s'avanc&#232;rent les syndicats qui se trouvaient d&#233;j&#224;, en majorit&#233;, sous une direction bolcheviste. L'&#233;tat d'esprit dans les usines &#233;tait tellement hostile &#224; la conf&#233;rence d'Etat que l'id&#233;e, venue d'en bas, d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, fut adopt&#233;e presque sans opposition &#224; la r&#233;union des repr&#233;sentants de toutes les cellules de l'organisation moscovite des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats se saisirent de l'initiative. Le soviet moscovite, par une majorit&#233; de trois cent soixante-quatre voix contre trois cent quatre, se pronon&#231;a contre la gr&#232;ve. Mais comme, dans les s&#233;ances de fractions, les ouvriers mencheviks et socialistes-r&#233;volutionnaires votaient pour la gr&#232;ve et ne se soumettaient qu'&#224; la discipline de parti, la d&#233;cision du soviet dont la composition n'avait pas &#233;t&#233; renouvel&#233;e depuis longtemps, d&#233;cision prise d'ailleurs contre la volont&#233; de sa r&#233;elle majorit&#233;, n'&#233;tait gu&#232;re faite pour arr&#234;ter les ouvriers de Moscou. L'assembl&#233;e des directions de quarante et un syndicats d&#233;cida d'appeler les ouvriers &#224; une gr&#232;ve protestataire d'un jour. Les soviets de quartiers se trouv&#232;rent en majorit&#233; du c&#244;t&#233; du parti et des syndicats, les usines r&#233;clam&#232;rent imm&#233;diatement de nouvelles &#233;lections au soviet de Moscou, qui s'&#233;tait non seulement laiss&#233; distancer par les masses, mais &#233;tait tomb&#233; dans un grave antagonisme avec elles. Dans le soviet de rayon de Zamoskvorietchie (faubourg de Moscou au sud de la Moscova), en accord avec les comit&#233;s d'usine, on exigea que les d&#233;put&#233;s qui avaient march&#233; &#034; contre la volont&#233; de la classe ouvri&#232;re &#034; fussent remplac&#233;s, et cela par cent soixante-quinze voix contre quatre, devant dix-neuf abstentions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit qui pr&#233;c&#233;da la gr&#232;ve fut n&#233;anmoins pleine d'alarmes pour les bolcheviks de Moscou. Le pays marchait sur les traces de Petrograd, mais avec du retard. La manifestation de juillet avait &#233;chou&#233; &#224; Moscou : non seulement la majorit&#233; de la garnison, mais celle des ouvriers ne s'&#233;tait pas hasard&#233;e &#224; descendre dans la rue, contre la voix du soviet. Qu'arriverait-il cette fois-ci ? Le matin apporta la r&#233;ponse. L'opposition des conciliateurs n'emp&#234;cha pas la gr&#232;ve de devenir une puissante manifestation d'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard de la coalition et du gouvernement. Deux jours auparavant, le journal des industriels de Moscou &#233;crivait pr&#233;somptueusement : &#034; Que le gouvernement de Petrograd vienne bien vite &#224; Moscou, qu'il pr&#234;te l'oreille &#224; la voix des lieux sacr&#233;s, des cloches, des saintes tours du Kremlin.&#034; Aujourd'hui, la voix des lieux sacr&#233;s se trouvait &#233;touff&#233;e par le silence qui pr&#233;c&#232;de un orage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un membre du comit&#233; moscovite des bolcheviks, Piatnitsky, &#233;crivit dans la suite : &#034; La gr&#232;ve.., se passa magnifiquement. Ni lumi&#232;re, ni tramways ; les fabriques, les usines, les ateliers et les d&#233;p&#244;ts des chemins de fer ne travaillaient pas, et m&#234;me les gar&#231;ons de restaurant &#233;taient en gr&#232;ve. &#034; Milioukov a ajout&#233; &#224; ce tableau un trait pris sur le vif : &#034; Les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui s'&#233;taient rassembl&#233;s pour la conf&#233;rence.., ne pouvaient voyager en tramway ou d&#233;jeuner dans un restaurant &#034; : cela leur permit, de l'aveu de l'historien lib&#233;ral, d'appr&#233;cier d'autant mieux la force des bolcheviks qui n'&#233;taient pas admis &#224; la conf&#233;rence. Les Izvestia du soviet de Moscou d&#233;finirent int&#233;gralement l'importance de la manifestation du 12 ao&#251;t : &#034; En d&#233;pit de la d&#233;cision des soviets.., les masses suivirent les bolcheviks. &#034; Quatre cent mille ouvriers firent gr&#232;ve &#224; Moscou et dans la banlieue sur l'appel du parti qui, depuis cinq semaines, avait subi tous les coups et dont les leaders &#233;taient encore retir&#233;s dans la vie clandestine ou bien emprisonn&#233;s. Le nouvel organe du parti &#224; Petrograd, le Prol&#233;tarii, avant d'&#234;tre interdit, avait eu le temps de poser aux conciliateurs cette question : &#034; De Petrograd &#224; Moscou, mais de Moscou, o&#249; irez-vous ? &#034; Les ma&#238;tres de la situation devaient eux-m&#234;mes se poser cette question. A Kiev, &#224; Kostroma, &#224; Tsaritsyne, eurent lieu des gr&#232;ves protestataires d'un jour, g&#233;n&#233;rales ou partielles. L'agitation s'empara de tout le pays. Partout, dans les coins les plus retir&#233;s, les bolcheviks avertissaient que la conf&#233;rence d'Etat avait un caract&#232;re bien prononc&#233; de complot contre-r&#233;volutionnaire :vers la fin d'ao&#251;t, le contenu de cette formule se d&#233;couvrit int&#233;gralement aux yeux du peuple entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Conf&#233;rence, de m&#234;me que la bourgeoisie moscovite, s'attendaient &#224; une manifestation arm&#233;e des masses, &#224; des escarmouches, &#224; des combats, &#224; &#034; des journ&#233;es d'ao&#251;t &#034;. Mais pour les ouvriers, descendre dans la rue, c'e&#251;t &#233;t&#233; s'exposer aux coups des chevaliers de Saint-Georges, des d&#233;tachements d'officiers, des junkers, de certains contingents de cavalerie qui br&#251;laient du d&#233;sir de prendre leur revanche sur la gr&#232;ve. Appeler la garnison &#224; descendre dans la rue, c'e&#251;t &#233;t&#233; y introduire une scission et faciliter l'&#339;uvre de la contre-r&#233;volution qui se dressait, le doigt sur la d&#233;tente. Le parti ne demandait pas qu'on sortit dans la rue, et les ouvriers eux-m&#234;mes, justement guid&#233;s par leur flair, &#233;vitaient une collision ouverte. La gr&#232;ve d'un jour r&#233;pondait le mieux du monde &#224; la situation : on ne pouvait la dissimuler comme la conf&#233;rence avait mis au panier la d&#233;claration des bolcheviks. Lorsque la ville fut plong&#233;e dans les t&#233;n&#232;bres, toute la Russie aper&#231;ut la main bolcheviste sur le commutateur. Non, Petrograd n'est point isol&#233; ! &#034; A Moscou, sur l'esprit patriarcal et la r&#233;signation duquel &#233;taient plac&#233;es de nombreuses esp&#233;rances, les quartiers ouvriers montr&#232;rent tout &#224; coup les dents &#034; ; c'est ainsi que Soukhanov a d&#233;termin&#233; l'importance de cette journ&#233;e. C'est en l'absence des bolcheviks, mais devant une r&#233;volution prol&#233;tarienne montrant les dents, que la conf&#233;rence de coalition fut oblig&#233;e de si&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Moscovites raillaient Kerensky venu chez eux pour &#034; se faire couronner &#034;. Mais, le lendemain, arriva du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, dans le m&#234;me but, Kornilov, qui fut re&#231;u par de nombreuses d&#233;l&#233;gations, dont celle du concile eccl&#233;siastique. Sur le quai devant lequel le train s'arr&#234;ta saut&#232;rent des cosaques du Tek, en caftans d'un rouge vif, sabres courb&#233;s mis au clair, qui firent la haie des deux c&#244;t&#233;s. Des dames enthousiastes couvrirent de fleurs le h&#233;ros qui passa en revue la garde et les d&#233;putations. Le cadet Roditchev termina son discours d'accueil par cette exclamation : &#034; Sauvez la Russie, et le peuple reconnaissant vous couronnera. &#034; Des sanglots patriotiques &#233;clat&#232;rent. Morozova, n&#233;gociante millionnaire, se pr&#233;cipita &#224; genoux. Des officiers port&#232;rent &#224; bras tendus Kornilov vers le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que le g&#233;n&#233;ralissime passait en revue les chevaliers de Saint-Georges, les junkers, l'&#233;cole des sous-lieutenants, la sotnia de cosaques qui s'&#233;taient align&#233;s sur la place devant la gare, Kerensky, en qualit&#233; de ministre de la Guerre et de rival, passait en revue les troupes de la garnison de Moscou. De la gare, Kornilov se dirigea, sur le chemin traditionnel des tsars, vers la chapelle de la Vierge Iverska&#239;a, o&#249; il eut un service religieux en pr&#233;sence de l'escorte des musulmans du Tek coiff&#233;s d'&#233;normes bonnets &#224; poils. &#034; Cette circonstance - &#233;crit au sujet de l'office religieux cosaque Grekov - disposa encore mieux en faveur de Kornilov tous les croyants de Moscou. &#034; La contre-r&#233;volution, pendant ce temps, s'effor&#231;ait de s'emparer de la rue. Des autos r&#233;pandaient largement une biographie de Kornilov avec son portrait. Les murs &#233;taient couverts d'affiches invitant le peuple &#224; pr&#234;ter son aide au h&#233;ros. Comme investi du pouvoir, Kornilov recevait dans son wagon les politiciens, les industriels, les financiers. Les repr&#233;sentants des banques lui firent un rapport sur la situation financi&#232;re du pays. &#034; De tous les membres de la Douma - &#233;crit significativement l'octobriste Chidlovsky - se rendit chez Kornilov dans son wagon le seul Milioukov, qui eut avec lui une conversation dont la teneur m'est inconnue. &#034; Sur cet entretien, nous saurons plus tard de Milioukov lui-m&#234;me ce qu'il jugera utile de raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;paration d'un coup d'Etat militaire battait alors son plein. Quelques jours avant la conf&#233;rence, Kornilov avait ordonn&#233; sous pr&#233;texte de soutenir Riga, d'appr&#234;ter quatre divisions de cavalerie pour marcher sur Petrograd. Le r&#233;giment de cosaques d'Orenbourg fut exp&#233;di&#233; par le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral sur Moscou pour &#034; maintenir l'ordre &#034;, mais, sur l'injonction de Kerensky, se trouva retenu en cours de route. Dans ses d&#233;positions ult&#233;rieures &#224; la commission d'enqu&#234;te sur l'affaire Kornilov, Kerensky d&#233;clara : &#034; Nous avions &#233;t&#233; avertis que, pendant la conf&#233;rence de Moscou, la dictature serait proclam&#233;e.&#034; Ainsi, pendant les journ&#233;es solennelles de l'union nationale, le ministre de la Guerre et le g&#233;n&#233;ralissime s'occupaient de se contre-balancer strat&#233;giquement. Mais le d&#233;corum &#233;tait gard&#233; dans la mesure du possible. Les rapports des deux camps oscillaient entre des assurances officiellement amicales et la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Petrograd, malgr&#233; la r&#233;serve des masses - l'exp&#233;rience de juillet ne passa pas sans laisser des traces - d'en haut, des &#233;tats-majors et des r&#233;dactions, avec une persistance enrag&#233;e, se r&#233;pandaient des bruits sur le soul&#232;vement prochain des bolcheviks. Les organisations du parti &#224; Petrograd, par un manifeste public, pr&#233;vinrent les masses de la possibilit&#233; d'appels provocateurs venant des ennemis. Le soviet de Moscou prit, entre-temps, ses mesures. On cr&#233;a un comit&#233; r&#233;volutionnaire non d&#233;clar&#233; publiquement, de six personnes, comprenant deux d&#233;l&#233;gu&#233;s de chacun des partis sovi&#233;tiques, y compris les bolcheviks. Un ordre secret interdit de laisser faire la haie aux chevaliers de Saint-Georges, aux officiers et aux junkers dans les rues o&#249; passait Kornilov. Aux bolcheviks qui, depuis les journ&#233;es de juillet, n'avaient plus officiellement acc&#232;s dans les casernes, l'on distribuait maintenant avec un grand empressement des laissez-passer : sans les bolcheviks, il &#233;tait impossible de conqu&#233;rir les soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que, sur la sc&#232;ne, les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires menaient des pourparlers avec la bourgeoisie au sujet de la cr&#233;ation d'un pouvoir fort contre les masses dirig&#233;es par les bolcheviks, les m&#234;mes mencheviks et socialistes-r&#233;volutionnaires, dans la coulisse, d'accord avec les bolcheviks qu'ils n'avaient pas admis &#224; la conf&#233;rence, pr&#233;paraient les masses &#224; la lutte contre le complot de la bourgeoisie. S'&#233;tant oppos&#233;s la veille &#224; une gr&#232;ve d&#233;monstrative, les conciliateurs appelaient aujourd'hui les ouvriers et les soldats &#224; des pr&#233;paratifs de lutte. L'indignation m&#233;prisante des masses n'emp&#234;chait pas celle-ci de r&#233;pondre &#224; l'appel dans des dispositions combatives qui effrayaient les conciliateurs puisqu'elles ne les r&#233;jouissaient. Une criante duplicit&#233;, ayant pris un caract&#232;re de trahison presque ouverte &#224; l'&#233;gard des deux parties, e&#251;t &#233;t&#233; inconcevable si les conciliateurs avaient continu&#233; consciemment &#224; mener leur politique ; en r&#233;alit&#233;, ils en subissaient seulement les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De gros &#233;v&#233;nements &#233;taient, &#233;videmment, en suspens dans l'atmosph&#232;re. Mais durant les journ&#233;es de la conf&#233;rence, personne, apparemment, ne visait &#224; un coup d'Etat. En tout cas, il n'existe aucune confirmation des bruits all&#233;gu&#233;s plus tard par Kerensky, ni dans les documents, ni dans la litt&#233;rature des conciliateurs, ni dans les M&#233;moires de l'aile droite. Il ne s'agissait encore que de pr&#233;paratifs. D'apr&#232;s Milioukov - et son t&#233;moignage est conforme au d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements - Kornilov lui-m&#234;me s'&#233;tait d&#233;j&#224; fix&#233; avant la conf&#233;rence une date pour agir : le 27 ao&#251;t. Cette date restait, bien entendu, connue de peu de personnes. Les demi-initi&#233;s, comme toujours dans des cas pareils, anticipaient le jour du grand &#233;v&#233;nement et les rumeurs qui le devan&#231;aient de tous c&#244;t&#233;s confluaient vers les autorit&#233;s : il semblait que le coup d&#251;t &#234;tre port&#233; d'une heure &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pr&#233;cis&#233;ment, la mentalit&#233; exalt&#233;e des sph&#232;res bourgeoises et du corps des officiers pouvait facilement amener &#224; Moscou, sinon une tentative de coup d'Etat, du moins une manifestation contre-r&#233;volutionnaire dans le but d'un essai de forces. Encore plus probable &#233;tait la tentative de d&#233;tacher des &#233;l&#233;ments de la conf&#233;rence quelque centre de salut de la patrie qui e&#251;t fait concurrence aux soviets : de cela la presse de droite parlait ouvertement. Mais l'on n'en arriva point l&#224; : les masses g&#234;n&#232;rent. Si quelqu'un eut un moment l'id&#233;e de rapprocher l'heure des actes d&#233;cisifs, il fallut se dire, sous le coup de la gr&#232;ve : nous ne r&#233;ussirons pas &#224; prendre la r&#233;volution &#224; l'improviste, les ouvriers et les soldats sont sur leurs gardes, il faut diff&#233;rer. Et m&#234;me une procession populaire vers l'ic&#244;ne Iverska&#239;a, organis&#233;e par les popes et les lib&#233;raux en accord avec Kornilov, fut d&#233;command&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il devint clair qu'un danger direct n'existait pas, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks s'empress&#232;rent de pr&#233;tendre que rien de particuli&#232;rement grave ne s'&#233;tait produit, Ils refus&#232;rent m&#234;me de renouveler aux bolcheviks leurs laissez-passer pour les casernes, bien que, de l&#224;, l'on continu&#226;t &#224; r&#233;clamer avec insistance des orateurs bolcheviks. &#034; Le Maure a fait son &#339;uvre &#034;, devaient se dire entre eux d'un air malin Tseretelli, Dan et Khintchouk qui &#233;tait alors pr&#233;sident du soviet de Moscou. Mais les bolcheviks ne se disposaient nullement &#224; occuper la position du Maure. Ils n'en &#233;taient encore qu'&#224; pr&#233;parer l'accomplissement de leur propre t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute soci&#233;t&#233; de classes a besoin d'une unit&#233; de volont&#233; gouvernementale. La dualit&#233; de pouvoirs est, en son essence, un r&#233;gime de crise sociale : marquant un extr&#234;me fractionnement de la nation, elle comporte, en potentiel ou bien ouvertement, la guerre civile. Personne ne voulait plus de la dualit&#233; de pouvoirs. Au contraire, tous d&#233;siraient avidement un pouvoir solide, unanime, une autorit&#233; &#034; de fer &#034;. En juillet, le gouvernement de Kerensky &#233;tait investi de pouvoirs illimit&#233;s. La conception &#233;tait de placer, au-dessus de la d&#233;mocratie et de la bourgeoisie qui se paralysaient entre elles, d'apr&#232;s un accord mutuel, une &#034; v&#233;ritable &#034; autorit&#233;. L'id&#233;e d'un ma&#238;tre du destin s'&#233;levant au-dessus des classes n'est. pas autre chose que l'id&#233;e du bonarpartisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on plante sym&#233;triquement deux fourchettes dans un bouchon, celui-ci, apr&#232;s avoir fortement oscill&#233;, finira par tenir en &#233;quilibre m&#234;me sur la t&#234;te d'une &#233;pingle : nous avons l&#224; le mod&#232;le m&#233;canique du supr&#234;me arbitre bonapartiste. Le degr&#233; de solidit&#233; d'un pareil pouvoir, si l'on fait abstraction des conditions internationales, est d&#233;termin&#233; par la stabilit&#233; de l'&#233;quilibre des classes antagonistes &#224; l'int&#233;rieur du pays. Au milieu de mai, Trotsky d&#233;signait Kerensky, en s&#233;ance du soviet de Petrograd, comme &#034; le point math&#233;matique du bonapartisme russe &#034;. L'immat&#233;rialit&#233; de la d&#233;finition montre qu'il s'agissait non de l'individu, mais de la fonction. Au d&#233;but de juillet, l'on s'en souvient, tous les ministres, sur injonction de leurs partis, d&#233;missionn&#232;rent, laissant &#224; Kerensky le soin de constituer le pouvoir. Le 21 juillet, cette exp&#233;rience se renouvela sous une forme plus d&#233;monstrative. Les parties hostiles entre elles en appelaient &#224; Kerensky, chacune voyait en lui quelque chose d'elle-m&#234;me, toutes deux lui juraient fid&#233;lit&#233;. Trotsky &#233;crivait de la prison : &#034; Dirig&#233; par des politiciens qui craignent tout, le soviet n'a pas os&#233; prendre le pouvoir. Repr&#233;sentant toutes les cliques de la propri&#233;t&#233;, le parti cadet n'a pas encore pu s'emparer du pouvoir. Restait &#224; chercher un grand conciliateur, un interm&#233;diaire, un arbitre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le manifeste que Kerensky publia sous son propre nom, il proclamait devant le peuple : &#034; Moi, en qualit&#233; de chef du gouvernement.., je ne me crois pas en droit de m'arr&#234;ter devant ce fait que des modifications [dans la structure du pouvoir]...accro&#238;tront ma responsabilit&#233; dans les affaires de la direction supr&#234;me. &#034; C'est l&#224;, sans m&#233;lange, la phras&#233;ologie du bonapartisme. Et pourtant, malgr&#233; l'appui de la droite et de la gauche, l'affaire n'alla pas au-del&#224; de la phras&#233;ologie. O&#249; en est la cause ? Pour qu'un petit corse p&#251;t s'&#233;lever au-dessus de la jeune nation bourgeoise, il avait fallu que la r&#233;volution r&#233;gl&#226;t pr&#233;alablement son probl&#232;me essentiel : la r&#233;partition des terres entre les paysans, et que, sur la nouvelle base sociale, se constitu&#226;t une arm&#233;e victorieuse. Au XVIII&#176; si&#232;cle, la r&#233;volution ne pouvait aller plus loin : elle pouvait seulement refluer. Dans ces reculs, cependant, ses conqu&#234;tes essentielles &#233;taient mises en danger. Il fallait les maintenir &#224; tout prix. L'antagonisme approfondi, mais encore tr&#232;s loin de sa maturit&#233; entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat, tenait la nation, &#233;branl&#233;e jusqu'aux assises, dans une extr&#234;me tension. Un &#034; arbitre &#034; national dans ces conditions &#233;tait indispensable. Napol&#233;on garantissait aux grands bourgeois la possibilit&#233; de r&#233;aliser des b&#233;n&#233;fices, aux paysans la possession de leurs lotissements, aux fils de paysans et aux va-nu-pieds la possibilit&#233; du pillage pendant la guerre. Le juge avait le sabre au poing et remplissait lui-m&#234;me les obligations de l'huissier. Le bonapartisme du premier Bonaparte &#233;tait solidement bas&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'Etat de 1848 ne donna point et ne pouvait donner des terres aux paysans : ce n'&#233;tait pas une grande r&#233;volution substituant un r&#233;gime social &#224; un autre, c'&#233;tait un remaniement politique sur les bases d'un m&#234;me r&#233;gime social. Napol&#233;on III n'avait pas derri&#232;re lui une arm&#233;e victorieuse. Les deux &#233;l&#233;ments principaux du bonapartisme classique &#233;taient inexistants. Mais il y avait d'autres conditions propices, non moins efficaces. Le prol&#233;tariat qui, en cinquante ans, avait grandi, montra en juin sa force mena&#231;ante ; cependant, il se trouva encore incapable de saisir le pouvoir. La bourgeoisie redoutait et le prol&#233;tariat, et la victoire sanglante qu'elle avait remport&#233;e sur lui. Le paysan propri&#233;taire avait pris peur devant l'insurrection de juin et voulait que l'Etat le prot&#233;ge&#226;t contre les partageux. Enfin, le puissant essor industriel qui dura, avec de courtes interruptions pendant deux dizaines d'ann&#233;es, ouvrait &#224; la bourgeoisie des sources in&#233;gal&#233;es d'enrichissement. Ces conditions se trouv&#232;rent suffisantes pour un bonapartisme d'&#233;pigone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la politique de Bismarck, qui s'&#233;levait lui aussi &#034; au-dessus des classes&#034;, il y avait, comme on l'a plus d'une fois indiqu&#233;, des traits indubitables de bonapartisme, bien que sous des apparences de l&#233;gitimisme. La stabilit&#233; du r&#233;gime de Bismarck &#233;tait assur&#233;e par ce fait que, n&#233; apr&#232;s une r&#233;volution impotente, il avait donn&#233; la solution ou la demi-solution d'un aussi grand probl&#232;me national que celui de l'unit&#233; allemande, qu'il avait apport&#233; la victoire dans trois guerres, des indemnit&#233;s et une puissante floraison capitaliste. Cela suffit pour des dizaines d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur des Russes qui se posaient en candidats aux Bonaparte n'&#233;tait pas du tout en ceci qu'ils ne ressemblaient ni au premier Napol&#233;on, ni m&#234;me &#224; Bismarck : l'histoire sait se servir de succ&#233;dan&#233;s. Mais ils avaient contre eux une grande r&#233;volution qui n'avait pas encore r&#233;solu ses propres probl&#232;mes ni &#233;puis&#233; ses forces. Le paysan qui n'avait pas encore obtenu la terre &#233;tait contraint par la bourgeoisie de guerroyer pour les domaines des nobles. La guerre n'amenait que des d&#233;faites. Il n'&#233;tait m&#234;me pas question d'un essor industriel : au contraire, le d&#233;sarroi causait constamment de nouvelles d&#233;vastations. Si le prol&#233;tariat recula, ce ne fut toujours que pour resserrer ses rangs. La classe paysanne se mettait seulement en branle pour une derni&#232;re pouss&#233;e contre les ma&#238;tres. Les nationalit&#233;s opprim&#233;es passaient &#224; l'offensive contre le despotisme russificateur. A la recherche de la paix, l'arm&#233;e se liait de plus en plus &#233;troitement avec les ouvriers et leur parti. En bas l'on se massait, en haut l'on faiblissait. Il n'y avait point d'&#233;quilibre. La r&#233;volution restait en pleine verdeur. Il n'est pas &#233;tonnant que le bonapartisme se soit trouv&#233; an&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels comparaient les r&#244;les du r&#233;gime bonapartiste dans la lutte entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat &#224; celui de l'ancienne monarchie absolue dans la lutte entre les f&#233;odaux et la bourgeoisie. Les traits de ressemblance sont indubitables, mais ils ne subsistent plus, pr&#233;cis&#233;ment, l&#224; o&#249; se manifeste le contenu social du pouvoir. Le r&#244;le d'arbitre entre les &#233;l&#233;ments de l'ancienne et de la nouvelle soci&#233;t&#233; &#233;tait, en une certaine p&#233;riode, r&#233;alisable dans la mesure o&#249; les deux r&#233;gimes d'exploitation avaient besoin de se d&#233;fendre contre les exploit&#233;s. Mais, d&#233;j&#224;, entre les f&#233;odaux et les serfs, il ne pouvait y avoir d'interm&#233;diaire &#034; impartial &#034;, En conciliant les int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires nobles de domaines et ceux du jeune capitalisme, l'autocratie tsariste agissait &#224; l'&#233;gard des paysans non comme un interm&#233;diaire, mais comme un fond&#233; de pouvoir des classes exploiteuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le bonapartisme n'&#233;tait pas un arbitre entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie ; il &#233;tait en r&#233;alit&#233; le pouvoir le plus concentr&#233; de la bourgeoisie sur le prol&#233;tariat. Ayant mis la botte sur la nuque de la nation, le Bonaparte qui vient &#224; son tour ne peut que mener une politique de protection de la propri&#233;t&#233; de la rente, du profit. Les particularit&#233;s du r&#233;gime ne vont pas au-del&#224; des moyens de protection. Le garde ne se tient pas devant la porte, il est assis sur le pinacle ; mais sa fonction est la m&#234;me. L'ind&#233;pendance du bonapartisme est donc, &#224; un haut degr&#233;, toute d'apparence, de simulacre, de d&#233;cor : elle a pour symbole le manteau imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exploitant adroitement la terreur du bourgeois devant l'ouvrier, Bismarck, dans toutes ses r&#233;formes politiques et sociales, restait invariablement le fond&#233; de pouvoir des classes poss&#233;dantes qu'il ne trahit jamais, En revanche, la pression croissante du prol&#233;tariat lui permit indubitablement de s'&#233;lever au-dessus du corps des junkers, au-dessus des capitalistes, en qualit&#233; d'accablant arbitre bureaucratique : en cela consistait sa fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime sovi&#233;tique admet une tr&#232;s consid&#233;rable ind&#233;pendance du pouvoir par rapport au prol&#233;tariat et &#224; la paysannerie, par cons&#233;quent aussi &#034; un arbitrage&#034; entre l'un et l'autre, dans la mesure o&#249; leurs int&#233;r&#234;ts, bien qu'ils engendrent des frottements et des conflits, ne sont pourtant pas inconciliables au fond. Mais il ne serait pas facile de trouver un arbitre &#034; impartial &#034; entre l'Etat sovi&#233;tique et l'Etat bourgeois, du moins dans la sph&#232;re des int&#233;r&#234;ts essentiels des deux parties. Ce qui emp&#234;che l'Union sovi&#233;tique d'adh&#233;rer &#224; la Soci&#233;t&#233; des Nations ce sont, sur le terrain international, les m&#234;mes causes sociales qui, dans les cadres nationaux, excluent la possibilit&#233; d'une &#034; impartialit&#233; &#034; effective et non affect&#233; du pouvoir entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans avoir les forces du bonapartisme, le kerenskysme en avait tous les vices. Il ne s'&#233;levait au-dessus de la nation que pour la corrompre par sa propre impuissance. Si, en paroles, les leaders de la bourgeoisie et de la d&#233;mocratie avaient promis &#034; d'ob&#233;ir &#034; &#224; Kerensky, en r&#233;alit&#233; le tout-puissant arbitre ob&#233;issait &#224; Milioukov, et surtout &#224; Buchanan. Kerensky poursuivait la guerre imp&#233;rialiste, prot&#233;geait les domaines des nobles contre les attentats, diff&#233;rait les r&#233;formes sociales jusqu'&#224; des temps meilleurs. Si son gouvernement &#233;tait faible, c'&#233;tait pour cette raison m&#234;me que la bourgeoisie ne pouvait du tout placer au pouvoir des gens &#224; elle. Cependant, quelle que f&#251;t la nullit&#233; du &#034; gouvernement de salut &#034;, son caract&#232;re conservateur-capitaliste s'accroissait &#233;videmment &#224; mesure qu'augmentait son &#034; ind&#233;pendance &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre que le r&#233;gime de Kerensky &#233;tait, pour la p&#233;riode donn&#233;e, une forme in&#233;vitable de la domination bourgeoise, n'excluait pas, du c&#244;t&#233; des politiciens bourgeois, un extr&#234;me m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard de Kerensky, ni des pr&#233;paratifs pour se d&#233;barrasser de lui le plus vite passible. Dans le milieu des classes poss&#233;dantes il n'y avait pas de d&#233;saccord sur la n&#233;cessit&#233; d'opposer &#224; l'arbitre national, mis en avant par la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, un personnage choisi dans leurs propres rangs. Pourquoi pr&#233;cis&#233;ment Kornilov ? Le candidat aux Bonaparte devait correspondre au caract&#232;re de la bourgeoisie russe arri&#233;r&#233;e, isol&#233;e du peuple, d&#233;cadente, inapte. Dans l'arm&#233;e qui n'avait gu&#232;re connu que des d&#233;faites humiliantes, il n'&#233;tait pas facile de trouver un g&#233;n&#233;ral populaire. Kornilov fut pr&#233;conis&#233; par s&#233;lection entre d'autres candidats encore moins recevables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les conciliateurs ne pouvaient s'unir dans une coalition avec les lib&#233;raux, ni s'accorder avec eux sur un candidat au r&#244;le de sauveteur : ce qui les en emp&#234;chait, c'&#233;taient les probl&#232;mes non r&#233;solus de la r&#233;volution. Les lib&#233;raux ne faisaient pas confiance aux d&#233;mocrates. Les d&#233;mocrates n'accordaient pas leur confiance aux lib&#233;raux. Kerensky, &#224; vrai dire, ouvrait largement les bras &#224; la bourgeoisie ; mais Kornilov donnait &#224; comprendre sans &#233;quivoque que, d&#232;s la premi&#232;re possibilit&#233;, il tordrait le cou &#224; la d&#233;mocratie. D&#233;coulant in&#233;luctablement de l'&#233;volution pr&#233;c&#233;dente, le conflit entre Kornilov et Kerensky &#233;tait la traduction des incompatibilit&#233;s du double pouvoir dans le langage explosif d'ambitions personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que parmi le prol&#233;tariat et la garnison de Petrograd s'&#233;tait form&#233;e, au d&#233;but de juillet, une aile impatiente, m&#233;contente de la politique trop circonspecte des bolcheviks, il s'accumula, chez les classes poss&#233;dantes, au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, des impatiences &#224; l'&#233;gard de la politique temporisatrice de la direction cadette. Cet &#233;tat d'esprit se traduisit par exemple au congr&#232;s des cadets, o&#249; certains r&#233;clam&#232;rent le renversement de Kerensky. Plus violemment encore, l'impatience politique se manifestait en dehors des cadres du parti cadet, dans les &#233;tats-majors militaires, o&#249; l'on ressentait une crainte continuelle devant les soldats, dans les banques submerg&#233;es par l'inflation, dans les propri&#233;t&#233;s o&#249; le toit br&#251;lait sur la t&#232;te du ma&#238;tre. &#034; Vive Kornilov ! &#034; devint le mot d'ordre de l'espoir, du d&#233;sespoir, de la soif de vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'accord en tout sur le programme de Kornilov, Kerensky discutait les d&#233;lais : &#034;On ne peut pas faire tout cela d'un coup. &#034; Reconnaissant la n&#233;cessit&#233; de se s&#233;parer de Kerensky, Milioukov r&#233;pliquait aux impatients : &#034; Il est peut-&#234;tre encore trop t&#244;t. &#034; De m&#234;me que de l'&#233;lan des masses de Petrograd &#233;tait sortie la demi-insurrection de juillet, l'impatience des propri&#233;taires suscita le soul&#232;vement de Kornilov en ao&#251;t. Et de m&#234;me que les bolcheviks s'&#233;taient vus contraints de se placer sur le terrain d'une manifestation arm&#233;e pour en garantir, si possible, le succ&#232;s, et, en tout cas, pour la prot&#233;ger contre un &#233;crasement, les cadets se trouv&#232;rent forc&#233;s, dans les m&#234;mes buts, de se mettre sur le terrain de l'insurrection de Kornilov. Dans ces limites, on observe une &#233;tonnante sym&#233;trie. Mais dans les cadres de cette sym&#233;trie il y a une compl&#232;te opposition des buts, des m&#233;thodes et des r&#233;sultats. Elle se d&#233;couvrit &#224; nous tout &#224; fait par la suite des &#233;v&#233;nements. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complot de K&#233;rensky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de Moscou avait seulement aggrav&#233; la situation du gouvernement, ayant d&#233;voil&#233;, selon la juste estimation de Milioukov, que &#034; le pays &#233;tait partag&#233; en deux camps entre lesquels il ne pouvait y avoir ni r&#233;conciliation, ni accord sur le fond &#034;. La Conf&#233;rence rehaussa l'&#233;tat d'&#226;me de la bourgeoisie et aiguillonna son impatience. D'autre part, elle donna une nouvelle impulsion au mouvement des masses. La gr&#232;ve moscovite ouvre une p&#233;riode de regroupement acc&#233;l&#233;r&#233; des ouvriers et des soldats vers la gauche. Les bolcheviks grandissent d&#232;s lors irr&#233;sistiblement. Parmi les masses ne se maintiennent que les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et, partiellement, les mencheviks de gauche. L'organisation mencheviste de P&#233;trograd signala son &#233;volution politique en excluant Ts&#233;r&#233;telli de la liste des candidats &#224; la Douma municipale. Le 16 ao&#251;t la conf&#233;rence des socialistes-r&#233;volutionnaires de P&#233;trograd, par vingt-deux voix contre une, exigea la dissolution de l'Union des officiers attach&#233;s au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et r&#233;clama d'autres mesures d&#233;cisives pour obvier &#224; la contre-r&#233;volution. Le 18 ao&#251;t, le Soviet de P&#233;trograd, malgr&#233; les objections de son pr&#233;sident Tchkh&#233;idz&#233;, mit &#224; l'ordre du jour la question de la suppression de la peine de mort. Avant le vote de la r&#233;solution, Ts&#233;r&#233;telli demande d'un ton provocant : &#034; Si, apr&#232;s votre d&#233;cision, la peine de mort n'est pas abrog&#233;e, eh bien, appellerez-vous la foule dans la rue pour exiger le renversement du gouvernement ? &#034; - &#034; Oui ! lui crient en r&#233;ponse les bolcheviks, oui, nous appellerons la foule et chercherons &#224; obtenir le renversement du gouvernement. &#034; &#034; Vous avez, maintenant, lev&#233; bien haut la t&#234;te &#034;, dit Ts&#233;r&#233;telli. Les bolcheviks levaient la t&#234;te avec les masses. Les conciliateurs baissaient la t&#234;te quand la masse la levait. La revendication de l'abolition de la peine de mort est adopt&#233;e &#224; la presque-unanimit&#233; des voix, environ neuf cents contre quatre. Ces quatre : Ts&#233;r&#233;telli, Tchkh&#233;idz&#233;, Dan, Liber ! Quatre jours apr&#232;s, au Congr&#232;s d'unification des mencheviks et des groupes voisins, o&#249;, sur les questions essentielles, l'on adoptait les r&#233;solutions de Ts&#233;r&#233;telli contre l'opposition de Martov, on admit sans d&#233;bat l'exigence d'une abolition imm&#233;diate de la peine de mort : Ts&#233;r&#233;telli se taisait, n'&#233;tant plus en &#233;tat de r&#233;sister &#224; la pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'atmosph&#232;re politique qui se chargeait de plus en plus intervinrent les &#233;v&#233;nements du front. Le 19 ao&#251;t, les Allemands rompirent la ligne des troupes russes pr&#233;s d'Ikskul et, le 21, occup&#232;rent Riga. L'accomplissement de la proph&#233;tie de Kornilov fut, comme il en avait &#233;t&#233; convenu d'avance, le signal de l'offensive politique de la bourgeoisie. La presse d&#233;cupla sa campagne contre les &#034; ouvriers qui ne travaillaient pas &#034; et les &#034; soldats qui ne combattaient point &#034;. La r&#233;volution se trouvait responsable en tout : elle avait livr&#233; Riga, elle se dispose &#224; rendre P&#233;trograd. La campagne contre l'arm&#233;e, aussi enrag&#233;e que six semaines ou deux mois auparavant, n'avait cette fois pas ombre de justification. En juin, les soldats avaient effectivement refus&#233; de prendre l'offensive : ils ne voulaient pas bouleverser le front, tirer les Allemands de leur passivit&#233;, recommencer les batailles. Mais, sous Riga, l'initiative de l'offensive appartenait &#224; l'ennemi et l'&#233;tat d'esprit des soldats devenait diff&#233;rent. Ce furent justement les effectifs de la 12e arm&#233;e, les plus touch&#233;s par la propagande, qui s'av&#233;r&#232;rent les moins susceptibles de panique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un commandant d'arm&#233;e, le g&#233;n&#233;ral Parsky, se flattait, et non tout &#224; fait sans raison, de voir la retraite s'ex&#233;cuter &#034; exemplairement &#034;, d'une fa&#231;on non comparable aux retraites de Galicie et de la Prusse orientale. Le commissaire Vo&#239;tinsky disait dans un rapport : &#034; Nos troupes, dans le secteur de la rupture du front, accomplissent sans r&#233;plique et valeureusement les t&#226;ches qui leur incombent, mais elles ne sont pas en &#233;tat de r&#233;sister longtemps &#224; la pression de l'ennemi, et elles reculent lentement, pas &#224; pas, subissant de formidables pertes. J'estime indispensable de noter la haute valeur des chasseurs lettons dont les survivants, quoique compl&#232;tement &#233;puis&#233;s, furent ramen&#233;s au combat&#8230; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus &#233;lev&#233; &#233;tait encore le ton du rapport du pr&#233;sident du Comit&#233; de l'arm&#233;e, le menchevik Koutchine : &#034; L'&#233;tat d'esprit des soldats est surprenant. D'apr&#232;s le t&#233;moignage des membres du comit&#233; et des officiers, la capacit&#233; de r&#233;sistance est telle qu'on n'en avait jamais vu de pareille.&#034; Un autre repr&#233;sentant de la m&#234;me arm&#233;e apportait, quelques jours plus tard, ce rapport en s&#233;ance du Bureau du Comit&#233; ex&#233;cutif : &#034; A l'arri&#232;re-garde du front rompu se trouvait seulement une brigade lettonne, compos&#233;e presque exclusivement de bolcheviks. Ayant re&#231;u l'ordre de marcher [la brigade], avec ses drapeaux rouges et ses fanfares, avan&#231;a et se battit tr&#232;s courageusement. &#034; Dans le m&#234;me esprit, bien qu'en termes plus r&#233;serv&#233;s, Stank&#233;vitch &#233;crivait plus tard : &#034; M&#234;me &#224; l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e, o&#249; se trouvaient des personnages qui, au su de tous, cherchaient la possibilit&#233; de rejeter la faute sur les soldats, je ne pus avoir communication d'un seul fait concret, montrant inex&#233;cut&#233; non seulement un ordre de combat mais, en g&#233;n&#233;ral, un ordre quelconque. &#034; Les &#233;quipages de la flotte dans l'op&#233;ration de descente &#224; Mondsund, montr&#232;rent, comme il r&#233;sulte des documents officiels, une consid&#233;rable fermet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;lever le moral des troupes, particuli&#232;rement des chasseurs lettons et des marins de la Baltique, il n'&#233;tait pas indiff&#233;rent loin de l&#224; - qu'il s'ag&#238;t cette fois imm&#233;diatement de la d&#233;fense des deux centres de la r&#233;volution : Riga et P&#233;trograd. Les contingents les plus avanc&#233;s en &#233;taient d&#233;j&#224; venus &#224; se p&#233;n&#233;trer de cette id&#233;e bolcheviste que &#034; ficher la ba&#239;onnette en terre &#034;, ce n'est pas r&#233;soudre la question de la guerre ; que la lutte pour la paix est ins&#233;parable de la lutte pour la conqu&#234;te du pouvoir, c'est-&#224;-dire d'une nouvelle r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si m&#234;me certains commissaires, intimid&#233;s par la pression des g&#233;n&#233;raux, exag&#233;raient la r&#233;sistance de l'arm&#233;e, il n'en reste pas moins ce fait que soldats et matelots ex&#233;cutaient les ordres et se faisaient tuer. Ils ne pouvaient faire davantage. Mais la d&#233;fense, en somme, n'existait tout de m&#234;me plus. Si invraisemblable que ce soit, la 12e arm&#233;e fut enti&#232;rement prise au d&#233;pourvu. Tout faisait d&#233;faut : hommes, canons, munitions, masques &#224; gaz. Le service de liaison se r&#233;v&#233;la d&#233;sastreusement organis&#233;. Les attaques devaient &#234;tre diff&#233;r&#233;es par ce fait que, pour des fusils russes, l'on recevait des cartouches du mod&#232;le japonais. Or, il ne s'agissait point accidentellement d'un seul secteur du front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La signification de la perte de Riga n'&#233;tait pas un secret pour le haut commandement. Comment donc expliquer la situation exceptionnellement pitoyable des forces et ressources de d&#233;fense de la 12e arm&#233;e ? &#034;&#8230; Les bolcheviks - &#233;crit Stank&#233;vitch &#8212; s'&#233;taient d&#233;j&#224; mis &#224; r&#233;pandre le bruit que la ville aurait &#233;t&#233; livr&#233;e aux Allemands &#224; dessein, parce que le commandement voulait se d&#233;barrasser de ce nid, de cette p&#233;pini&#232;re du bolchevisme. Ces bruits ne pouvaient que rencontrer cr&#233;ance dans l'arm&#233;e o&#249; l'on savait qu'en somme il n'y avait eu ni d&#233;fense ni r&#233;sistance. &#034; Effectivement, d&#232;s d&#233;cembre 1916, les g&#233;n&#233;raux Roussky et Broussilov s'&#233;taient plaints de ce que Riga &#233;tait &#034; la plaie du front Nord &#034;, un &#034; nid gagn&#233; par la propagande &#034;, contre lequel on ne pouvait lutter autrement que par des ex&#233;cutions. Abandonner les ouvriers et les soldats de Riga &#224; la s&#233;v&#232;re &#233;cole de l'occupation militaire allemande devait &#234;tre le r&#234;ve secret de nombreux g&#233;n&#233;raux du front Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne pensait, bien entendu, que le g&#233;n&#233;ralissime e&#251;t donn&#233; l'ordre de livrer Riga. Mais tous les hauts commandants avaient lu le discours de Kornilov et l'interview de son chef d'&#233;tat-major, Loukomsky. Cela tenait enti&#232;rement lieu d'un ordre. Le g&#233;n&#233;ral en chef des troupes du front Nord, Klembovsky, appartenait &#224; l'&#233;troite clique des conspirateurs et, par cons&#233;quent, attendait la reddition de Riga comme le signal des actes de sauvetage. Et, dans des conditions plus normales, les g&#233;n&#233;raux russes pr&#233;f&#233;raient ouvrir les places et battre en retraite. Maintenant qu'ils &#233;taient relev&#233;s d'avance de leurs responsabilit&#233;s par le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, et comme l'int&#233;r&#234;t politique les poussait dans la voie du d&#233;faitisme, ils ne firent m&#234;me pas une tentative de d&#233;fense. Que tel ou tel g&#233;n&#233;ral ait ajout&#233; au sabotage passif de la d&#233;fense une activit&#233; nocive, c'est une question subsidiaire, difficilement soluble par son essence m&#234;me. Il serait n&#233;anmoins na&#239;f d'admettre que les g&#233;n&#233;raux se soient abstenus de donner le coup de pouce au destin dans toutes les occasions o&#249; leurs actes de f&#233;lonie pouvaient passer impun&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journaliste am&#233;ricain John Reed, qui savait voir et &#233;couter, et qui a laiss&#233; un livre immortel de chroniques sur les journ&#233;es de la R&#233;volution d'Octobre, d&#233;clare sans ambages qu'une consid&#233;rable partie des classes poss&#233;dantes de Russie pr&#233;f&#233;rait la victoire des Allemands au triomphe de la r&#233;volution et ne se g&#234;nait pas pour en parler ouvertement. &#034; Au cours d'une soir&#233;e que je passai chez un marchand de Moscou - raconte John Reed, entre autres exemples - on demanda pendant le th&#233; aux onze personnes pr&#233;sentes qui elles pr&#233;f&#233;raient de Guillaume ou des bolcheviks. Dix voix contre une se prononc&#232;rent pour Guillaume. &#034; (Dix jours qui &#233;branl&#232;rent le Monde, &#233;dition fran&#231;aise, p. 33.) Le m&#234;me &#233;crivain am&#233;ricain s'entretint sur le front Nord avec des officiers &#034; qui pr&#233;f&#233;raient franchement le d&#233;sastre militaire &#224; la coop&#233;ration avec les comit&#233;s de soldats &#034; (p. 33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'accusation politique formul&#233;e par les bolcheviks, et non par eux seuls, il suffisait parfaitement que la reddition de Riga entr&#226;t dans le plan des conspirateurs et e&#251;t sa date pr&#233;cis&#233;ment fix&#233;e sur leur calendrier. Cela se lisait tout &#224; fait nettement entre les lignes du discours de Kornilov &#224; Moscou. Les &#233;v&#233;nements qui suivirent &#233;lucid&#232;rent compl&#232;tement ce c&#244;t&#233; de l'affaire. Mais nous avons aussi un t&#233;moignage direct auquel l'auteur, par sa personnalit&#233;, communique, dans le cas pr&#233;sent, une authenticit&#233; irr&#233;cusable. Milioukov raconte dans son Histoire : &#034; A Moscou m&#234;me, Kornilov avait indiqu&#233; dans son discours le moment au-del&#224; duquel il ne voulait plus diff&#233;rer des d&#233;marches r&#233;solues &#034; pour sauver le pays de la perdition et l'arm&#233;e de la d&#233;b&#226;cle &#034;. Ce moment fut la chute de Riga pr&#233;dite par lui. Ce fait, &#224; son avis, devait provoquer un sursaut patriotique&#8230; D'apr&#232;s ce que Kornilov me d&#233;clara personnellement, dans notre entrevue du 13 ao&#251;t &#224; Moscou, il ne voulait pas manquer cette occasion, et l'instant du conflit ouvert avec le gouvernement de K&#233;rensky se pr&#233;sentait dans son esprit comme tout &#224; fait d&#233;termin&#233;, jusques et y compris une date fix&#233;e d'avance, le 27 ao&#251;t. &#034; Peut-on s'exprimer plus clairement ? Pour r&#233;aliser sa marche sur P&#233;trograd, Kornilov avait besoin de la reddition de Riga quelques jours avant l'&#233;ch&#233;ance pr&#233;vue. Renforcer les positions de Riga, prendre de s&#233;rieuses mesures de d&#233;fense, c'e&#251;t &#233;t&#233; annuler le plan d'une autre campagne, infiniment plus importante pour Kornilov. Si Paris vaut une messe, le pouvoir vaut bien Riga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la semaine qui s'&#233;coula entre la reddition de Riga et le soul&#232;vement de Kornilov, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral devint le r&#233;servoir central des calomnies contre l'arm&#233;e. Les informations de l'&#233;tat-major russe et de la presse russe trouvaient un &#233;cho imm&#233;diat dans la presse de l'Entente. Les journaux patriotes russes, &#224; leur tour, reproduisaient avec ravissement les railleries et les outrages du Times, du Temps ou du Matin, &#224; l'adresse de l'arm&#233;e russe. Le front des soldats fr&#233;mit de vexation, d'indignation et de col&#232;re. Les commissaires et les comit&#233;s, presque tous conciliateurs et patriotes, se sentirent atteints au plus vif. De tous c&#244;t&#233;s vinrent des protestations. Parmi les plus frappantes fut la lettre du Comit&#233; ex&#233;cutif du front de Roumanie, de la r&#233;gion militaire d'Odessa et de la flotte de la mer Noire, groupement d&#233;sign&#233; par abr&#233;viation sous le nom de Roumtch&#233;rod, qui exigeait du Comit&#233; ex&#233;cutif central &#034; qu'il &#233;tabl&#238;t devant toute la Russie la dignit&#233; et la bravoure sans exemple des soldats du front roumain ; qu'on arr&#234;t&#226;t dans la presse la campagne contre les soldats qui tombaient quotidiennement par milliers, en des combats acharn&#233;s, d&#233;fendant la Russie r&#233;volutionnaire&#8230; &#034;. Sous l'influence des protestations d'en bas, les sommets conciliateurs sortirent de leur passivit&#233;. &#034; Il semble qu'il n'y ait point de boue que les journaux bourgeois n'aient d&#233;vers&#233;e sur l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire &#034;, &#233;crivaient les Izvestia au sujet de leurs alli&#233;s dans le bloc. Mais rien n'agissait. Traquer l'arm&#233;e, c'&#233;tait une indispensable partie du complot au centre duquel se tenait le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement apr&#232;s l'abandon de Riga, Kornilov donna par t&#233;l&#233;graphe l'ordre de fusiller pour l'exemple plusieurs soldats sur la route, sous les yeux des autres. Le commissaire Vo&#239;tinsky et le g&#233;n&#233;ral Parsky r&#233;pondirent qu'&#224; leur avis de telles mesures n'&#233;taient nullement justifi&#233;es par la conduite des soldats. Kornilov, hors de lui, d&#233;clara, dans une r&#233;union des repr&#233;sentants de comit&#233;s qui se trouvaient au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, qu'il traduisait en jugement Vo&#239;tinsky et Parsky pour avoir donn&#233; des comptes rendus inexacts sur la situation dans l'arm&#233;e, c'est-&#224;-dire, comme l'explique Stank&#233;vitch, pour &#034; n'avoir pas rejet&#233; la faute sur les soldats &#034;. Pour compl&#233;ter le tableau, il faut ajouter que, le m&#234;me jour, Kornilov ordonna aux &#233;tats-majors d'arm&#233;e de communiquer des listes d'officiers bolcheviks au Comit&#233; principal de l'Union des officiers, savoir &#224; l'organisation contre-r&#233;volutionnaire &#224; la t&#234;te de laquelle se trouvait le cadet Novosiltsev et qui &#233;tait le plus important levier du complot. Tel &#233;tait ce g&#233;n&#233;ralissime, le &#034; premier soldat de la r&#233;volution ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se d&#233;cidant &#224; soulever un pan du voile, les Izvestia &#233;crivaient : &#034; Une myst&#233;rieuse clique, extraordinairement proche des hautes sph&#232;res du commandement, accomplit une &#339;uvre monstrueuse de provocation&#8230; &#034; Sous le nom de &#034; myst&#233;rieuse clique &#034;, l'on entendait Kornilov et son &#233;tat-major. Les fulgurations de la guerre civile imminente &#233;clairaient d'une nouvelle lumi&#232;re non seulement l'aujourd'hui, mais l'hier. Pour leur propre d&#233;fense, les conciliateurs se mirent &#224; d&#233;noncer la conduite suspecte du commandement pendant l'offensive de juin. Dans la presse p&#233;n&#233;traient des informations de d&#233;tail de plus en plus nombreuses sur les divisions et les r&#233;giments calomni&#233;s perfidement par les &#233;tats-majors. &#034; La Russie est en droit d'exiger - &#233;crivaient les Izvestia - qu'on lui d&#233;voile toute la v&#233;rit&#233; sur notre retraite de juillet. &#034; Ces lignes &#233;taient avidement lues par les soldats, les matelots, les ouvriers, particuli&#232;rement par ceux qui, pr&#233;tendus coupables de la catastrophe sur le front, continuaient &#224; remplir les prisons. Deux jours plus tard, les Izvestia se virent forc&#233;es de d&#233;clarer, d&#233;j&#224; plus ouvertement, que &#034; le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, par ses communiqu&#233;s, jouait une partie d&#233;termin&#233;e contre le gouvernement provisoire et la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#034;. Le gouvernement &#233;tait figur&#233; dans ces lignes comme l'innocente victime des desseins du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Mais, pourrait-on penser, le gouvernement avait toutes possibilit&#233;s de remettre &#224; la raison les g&#233;n&#233;raux. S'il ne le fit pas, c'est qu'il ne le voulait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la protestation mentionn&#233;e ci-dessus contre la pers&#233;cution qui frappait tra&#238;treusement les soldats, le &#034; Roumtch&#233;rod &#034; indiquait avec une particuli&#232;re indignation que &#034; les informations de l'&#233;tat-major&#8230;, soulignant la noble conduite du corps des officiers, semblaient diminuer consciemment le d&#233;vouement des soldats &#224; la cause de la r&#233;volution &#034;. La protestation du &#034; Roumtch&#233;rod &#034; parut dans la presse du 22 ao&#251;t, et, le jour suivant, fut publi&#233;e une ordonnance de K&#233;rensky, consacr&#233;e &#224; la glorification du corps des officiers qui &#034; depuis les premiers jours de la r&#233;volution avait d&#251; subir une diminution de ses droits &#034;, et des outrages imm&#233;rit&#233;s de la part de la masse des soldats &#034; qui dissimulait sa poltronnerie sous des mots d'ordre id&#233;ologiques &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que ses plus proches adjoints, Stank&#233;vitch, Voltinsky et autres, protestaient contre la campagne de d&#233;nigrement vis-&#224;-vis des soldats, K&#233;rensky se joignait d&#233;monstrativement &#224; cette campagne, la couronnant de son ordonnance provocatrice de ministre de la Guerre et de chef du gouvernement. Par la suite, K&#233;rensky a reconnu que, d&#232;s la fin de juillet, il avait eu en main &#034; des renseignements pr&#233;cis &#034; sur la conspiration d'officiers group&#233;s autour du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. &#034; Le Comit&#233; principal de l'Union des officiers - d'apr&#232;s K&#233;rensky - d&#233;tachait de son milieu des conspirateurs actifs ; ses propres membres &#233;taient les agents de la conspiration dans les localit&#233;s ; c'&#233;taient eux &#233;galement qui donnaient aux manifestations l&#233;gales de l'Union le ton qu'il fallait. &#034; Ceci est absolument juste. Il convient seulement d'ajouter que &#034; le ton qu'il fallait &#034; &#233;tait celui de la calomnie &#224; l'&#233;gard de l'arm&#233;e, des comit&#233;s et de la r&#233;volution, le ton m&#234;me dont est p&#233;n&#233;tr&#233;e l'ordonnance de K&#233;rensky en date du 23 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer cette &#233;nigme ? Que K&#233;rensky n'ait pas men&#233; une politique r&#233;fl&#233;chie et cons&#233;quente, c'est absolument indiscutable. Mais il e&#251;t fallu qu'il f&#251;t un d&#233;ment pour que, connaissant le complot des officiers, il all&#226;t exposer sa t&#234;te sous le sabre des conspirateurs et les aider, en m&#234;me temps &#224; se masquer. L'explication de la conduite si inconcevable &#224; premi&#232;re vue de K&#233;rensky est en r&#233;alit&#233; tr&#232;s simple : lui-m&#234;me &#233;tait &#224; ce moment complice de la conspiration contre le r&#233;gime sans issue de la R&#233;volution de F&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque vint le moment des aveux, K&#233;rensky d&#233;clara lui-m&#234;me que, des cercles de la cosaquerie, du corps des officiers et du milieu des politiciens bourgeois, on lui avait propos&#233; plus d'une fois une dictature personnelle. &#034; Mais cela tombait sur un sol st&#233;rile&#8230; &#034; La position de K&#233;rensky &#233;tait en tout cas telle que les leaders de la contre-r&#233;volution avaient la possibilit&#233;, sans rien risquer, d'&#233;changer avec lui des vues sur un coup d'&#201;tat. &#034; Les premi&#232;res conversations sur la dictature, sous forme d'un l&#233;ger sondage &#034;, commenc&#232;rent, d'apr&#232;s D&#233;nikine, au d&#233;but de juin, c'est-&#224;-dire au moment o&#249; se pr&#233;parait l'offensive du front. A ces pourparlers assistait fr&#233;quemment aussi K&#233;rensky, et dans ces cas-l&#224;, il y &#233;tait bien entendu, avant tout pour Kerensky lui-m&#234;me, que c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment lui qui se placerait au centre de la dictature. Soukhanov dit fort justement de lui : &#034; Il &#233;tait kornilovien sous condition d'&#234;tre &#224; la t&#234;te du kornilovisme. &#034; Pendant les journ&#233;es du krach de l'offensive, K&#233;rensky avait promis &#224; Kornilov et &#224; d'autres g&#233;n&#233;raux beaucoup plus qu'il ne pouvait tenir. &#034; Dans ses randonn&#233;es vers le front - raconte le g&#233;n&#233;ral Loukomsky - K&#233;rensky se gargarisait de vaillance et, avec ses compagnons de route, discuta plus d'une fois de la cr&#233;ation d'un pouvoir ferme, de la formation d'un directoire ou de la transmission du Pouvoir &#224; un dictateur. &#034; Conform&#233;ment &#224; son caract&#232;re, K&#233;rensky apportait dans ces entretiens un &#233;l&#233;ment informe de n&#233;gligence et de dilettantisme. Les g&#233;n&#233;raux, par contre, &#233;taient port&#233;s vers des id&#233;es achev&#233;es d'&#233;tat-major.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation non forc&#233;e de K&#233;rensky aux entretiens de g&#233;n&#233;raux l&#233;galisait pour ainsi dire l'id&#233;e d'une dictature militaire &#224; laquelle, par prudence devant la r&#233;volution non encore &#233;touff&#233;e, l'on donnait le plus souvent le nom de Directoire. En quelle mesure jouaient ici un r&#244;le des r&#233;miniscences historiques sur le gouvernement de la France apr&#232;s Thermidor ? Il est difficile de le dire. Mais, ind&#233;pendamment d'un camouflage purement verbal, le Directoire pr&#233;sentait pour le d&#233;but cette incontestable commodit&#233; d'admettre la co-subordination des ambitions personnelles. Dans le Directoire, il devait se trouver une place non seulement pour K&#233;rensky et Kornilov, mais aussi pour Savinkov, m&#234;me pour Filonenko : en g&#233;n&#233;ral, pour des hommes &#034; &#224; la volont&#233; de fer &#034;, comme s'exprimaient eux-m&#234;mes les candidats au Directoire. Chacun d'eux se ber&#231;ait de l'id&#233;e de passer ensuite d'une dictature collective &#224; une dictature personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour traiter en conspirateur avec le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, K&#233;rensky n'avait pas besoin, par cons&#233;quent, d'op&#233;rer quelque revirement brusque : il suffisait de d&#233;velopper et de continuer ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; commenc&#233;. Il estimait en outre qu'il pourrait donner &#224; la conspiration des g&#233;n&#233;raux la direction convenable, la faisant tomber non seulement sur les bolcheviks, mais, en de certaines limites, sur les t&#234;tes de ses alli&#233;s et tuteurs fastidieux du milieu des conciliateurs. K&#233;rensky man&#339;uvrait ainsi afin, tout en &#233;vitant de d&#233;noncer &#224; fond les conspirateurs, de leur faire une bonne peur et de les introduire dans sa combinaison. Il atteignit m&#234;me, en ceci, la limite au-del&#224; de laquelle le chef du gouvernement se serait d&#233;j&#224; transform&#233; en un conspirateur ill&#233;gal. &#034; K&#233;rensky avait besoin d'une &#233;nergique pression sur lui de la droite, des cliques capitalistes, des ambassades alli&#233;es et, particuli&#232;rement, du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral - &#233;crivait Trotsky au d&#233;but de septembre - pour l'aider &#224; prendre d&#233;finitivement ses franches coud&#233;es. K&#233;rensky voulait utiliser la mutinerie des g&#233;n&#233;raux pour consolider sa dictature. &#034; Le moment du tournant fut celui de la Conf&#233;rence d'&#201;tat. Emportant de Moscou, avec l'illusion de possibilit&#233;s illimit&#233;es, le sentiment humiliant d'un &#233;chec personnel, K&#233;rensky se r&#233;solut enfin &#224; rejeter les doutes et &#224; se montrer &#224; eux de toute sa taille. A eux ? A qui donc ? A tous. Avant tout aux bolcheviks qui, sous la pompeuse mise en sc&#232;ne nationale, avaient gliss&#233; la mine d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Par l&#224; m&#234;me, mettre &#224; la raison, une fois pour toutes, les droites, tous ces Goutchkov et Milioukov, qui ne le prennent pas au s&#233;rieux, raillent ses gestes, consid&#232;rent son pouvoir comme une ombre de pouvoir. Enfin donner une solide le&#231;on &#224; &#034; ces autres &#034; pr&#233;cepteurs de la conciliation, dans le genre du d&#233;test&#233; Ts&#233;r&#233;telli, qui avait os&#233; le corriger et l'admonester, lui, l'&#233;lu de la nation, m&#234;me &#224; la Conf&#233;rence d'&#201;tat. K&#233;rensky r&#233;solut fermement et d&#233;finitivement de prouver au monde entier qu'il n'&#233;tait pas du tout l' &#034; hyst&#233;rique &#034;, le &#034; cabotin &#034;, la &#034; ballerine &#034; que d&#233;signaient en sa personne, de plus en plus ouvertement, les officiers de la Garde et des Cosaques, mais qu'il &#233;tait un homme de fer, ayant ferm&#233; son c&#339;ur &#224; double tour et jet&#233; la clef dans la mer, en d&#233;pit des supplications d'une belle inconnue dans une loge de th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stank&#233;vitch note en K&#233;rensky, ces jours-l&#224;, &#034; un effort pour prononcer quelque parole nouvelle compatible avec l'anxi&#233;t&#233; et la perturbation du pays. K&#233;rensky&#8230; d&#233;cida d'&#233;tablir dans l'arm&#233;e des sanctions disciplinaires. Probablement se disposait-il &#224; proposer au gouvernement d'autres mesures r&#233;solues. &#034; Stank&#233;vitch connaissait seulement des intentions du chef ce que celui-ci jugeait opportun de lui communiquer. En r&#233;alit&#233;, les desseins de K&#233;rensky allaient &#224; cette &#233;poque d&#233;j&#224; beaucoup plus loin. Il avait d&#233;cid&#233; de ruiner d'un seul coup le terrain sous les pieds de Kornilov, en r&#233;alisant le programme de ce dernier et en s'attachant ainsi la bourgeoisie. Goutchkov n'avait pu d&#233;clencher l'offensive des troupes : lui, K&#233;rensky, l'avait pu. Kornilov ne peut r&#233;aliser le programme de Kornilov. Lui, K&#233;rensky, le pourra. La gr&#232;ve de Moscou a rappel&#233;, il est vrai, que, dans cette voie, des obstacles surgiront. Mais les Journ&#233;es de Juillet ont montr&#233; que, sur ce point, l'on peut aussi prendre le dessus. Il faut seulement, cette fois-ci, pousser le travail jusqu'au bout, sans se laisser prendre au coude par les amis de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, il est indispensable de remanier totalement la garnison de P&#233;trograd : remplacer les r&#233;giments r&#233;volutionnaires par des contingents &#034; sains &#034; qui ne se retourneraient pas vers les soviets. Sur ce plan, il n'y a pas possibilit&#233; de traiter avec le Comit&#233; ex&#233;cutif, et c'est d'ailleurs inutile : le gouvernement est reconnu ind&#233;pendant, et sous cette enseigne, a &#233;t&#233; couronn&#233; &#224; Moscou. A vrai dire, les conciliateurs entendent l'ind&#233;pendance comme une formalit&#233;, comme moyen d'apaiser les lib&#233;raux. Mais lui, K&#233;rensky, transformera le formel en r&#233;alit&#233; : ce n'est pas en vain qu'&#224; Moscou il a d&#233;clar&#233; n'&#234;tre ni avec les droites, ni avec les gauches, et que l&#224; est sa force. Maintenant, il va le prouver en fait ! Les lignes de conduite du Comit&#233; ex&#233;cutif et de K&#233;rensky, dans les journ&#233;es qui suivirent la Conf&#233;rence, continu&#232;rent &#224; diverger : les conciliateurs s'&#233;taient effray&#233;s devant les masses poss&#233;dantes. Les masses populaires exigeaient l'abolition de la peine de mort sur le front. Kornilov, les cadets, les ambassades de l'Entente, r&#233;clamaient l'institution de cette peine &#224; l'arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 ao&#251;t, Kornilov t&#233;l&#233;graphiait au ministre-pr&#233;sident : &#034; J'insiste sur la n&#233;cessit&#233; urgente de soumettre &#224; mes ordres la r&#233;gion de P&#233;trograd. &#034; Le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral allongeait ouvertement la main vers la capitale. Le 24 ao&#251;t, le Comit&#233; ex&#233;cutif prit son courage &#224; deux mains, exigeant publiquement du gouvernement qu'il m&#238;t fin &#034; aux proc&#233;d&#233;s contre-r&#233;volutionnaires &#034; et entrepr&#238;t &#034; sans retard et de toute son &#233;nergie &#034; la r&#233;alisation des r&#233;formes d&#233;mocratiques. C'&#233;tait un langage nouveau. K&#233;rensky &#233;tait forc&#233; de choisir entre une adaptation &#224; la plate-forme d&#233;mocratique qui, malgr&#233; toute sa d&#233;bilit&#233;, pouvait amener une rupture avec les lib&#233;raux et les g&#233;n&#233;raux, et le programme de Kornilov qui devait mener in&#233;vitablement &#224; un conflit avec les soviets. K&#233;rensky d&#233;cida de tendre la main &#224; Kornilov, aux cadets, &#224; l'Entente. Il voulait &#224; tout prix &#233;viter une lutte ouverte du c&#244;t&#233; de la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que, le 21 ao&#251;t, furent consign&#233;s en &#233;tat d'arrestation chez eux les grands-ducs Michel Alexandrovitch et Paul Alexandrovitch. Plusieurs autres personnages furent par la m&#234;me occasion gard&#233;s &#224; vue. Mais tout cela &#233;tait trop peu s&#233;rieux et il fallut aussit&#244;t &#233;largir les prisonniers : &#034; &#8230; Il se trouva - d&#233;clara bien plus tard K&#233;rensky dans ses t&#233;moignages sur l'affaire Kornilov - que l'on nous avait consciemment dirig&#233;s sur une fausse route. &#034; Il faudrait ajouter : avec le concours de K&#233;rensky lui-m&#234;me. Car enfin il &#233;tait absolument &#233;vident que pour les conspirateurs s&#233;rieux, c'est-&#224;-dire pour toute la moiti&#233; droite de la Conf&#233;rence de Moscou, il ne s'agissait nullement du r&#233;tablissement de la monarchie, mais de l'&#233;tablissement de la dictature de la bourgeoisie sur le peuple. Dans ce sens, Kornilov et tous ses partisans rejetaient non sans rire les incriminations concernant des desseins &#034; contre-r&#233;volutionnaires &#034;, c'est-&#224;-dire monarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que quelque part, dans des arri&#232;re-cours, chuchotaient entre eux d'anciens dignitaires, aides de camp, demoiselles d'honneur, Cent-Noirs attach&#233;s &#224; la Cour, sorciers, moines, ballerines. Mais c'&#233;tait une grandeur absolument insignifiante. La victoire de la bourgeoisie ne pouvait venir que sous la forme d'une dictature militaire. La question de la monarchie n'aurait pu se poser qu'&#224; une des &#233;tapes ult&#233;rieures, mais, toutefois, sur la base de la contre-r&#233;volution bourgeoise et non avec l'aide des demoiselles d'honneur raspoutiniennes. Pour la p&#233;riode envisag&#233;e, la r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait la lutte de la bourgeoisie contre le peuple, sous le drapeau de Kornilov. Cherchant une alliance avec ce camp-l&#224;, K&#233;rensky &#233;tait d'autant plus volontiers dispos&#233; &#224; se camoufler devant les gauches suspectes en arr&#234;tant fictivement les grands-ducs. Le m&#233;canisme &#233;tait si clair que le journal moscovite des bolcheviks &#233;crivit d&#232;s alors : &#034; Arr&#234;ter une paire de poup&#233;es sans cervelle de la clique Romanov, et laisser en libert&#233;&#8230; la clique militaire des commandants, Kornilov en t&#234;te, c'est tromper le peuple. &#034; Ainsi se rendaient odieux les bolcheviks, parce qu'ils voyaient tout et parlaient de tout hautement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'animateur et guide de K&#233;rensky en ces journ&#233;es critiques, c'est Savinkov, aventurier de grande envergure, r&#233;volutionnaire du genre sportif qui, de l'&#233;cole du terrorisme individuel, a retenu le m&#233;pris de la masse ; homme dou&#233; et volontaire, ce qui ne l'emp&#234;cha pas, d'ailleurs, d'&#234;tre pendant plusieurs ann&#233;es un instrument entre les mains du fameux agent provocateur Azef : sceptique et cynique, se consid&#233;rant, et non sans raison, comme en droit de regarder K&#233;rensky de haut en bas, et, tout en portant la main droite &#224; la visi&#232;re, de le mener respectueusement de la main gauche par le bout du nez. Savinkov en imposait &#224; K&#233;rensky en tant qu'homme d'action et Kornilov en tant qu'authentique r&#233;volutionnaire dont le nom &#233;tait historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milioukov rapporte un curieux r&#233;cit de la premi&#232;re rencontre du commissaire et du g&#233;n&#233;ral, d'apr&#232;s Savinkov lui-m&#234;me : &#034; G&#233;n&#233;ral - disait Savinkov - je sais que si les circonstances en viennent l&#224; que vous deviez me faire fusiller, vous le ferez. &#034; Puis, apr&#232;s une pause, il ajouta : &#034; Mais si les circonstances se pr&#233;sentent ainsi que je doive vous faire fusiller, je le ferai &#233;galement. &#034; Savinkov &#233;tait passionn&#233; de litt&#233;rature, connaissait Corneille et Hugo, &#233;tait enclin &#224; prendre le grand genre. Kornilov se disposait &#224; en finir avec la r&#233;volution sans se soucier des formules du pseudo-classicisme et du romantisme. Mais le g&#233;n&#233;ral, lui non plus, n'&#233;tait nullement &#233;tranger aux charmes d'un &#034; puissant style artistique &#034; : les paroles de l'ancien terroriste devaient agr&#233;ablement chatouiller ce qui subsistait d'un fonds h&#233;ro&#239;que dans l'ancien Cent-Noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article de journal &#233;crit beaucoup plus tard, &#233;videmment inspir&#233; et peut-&#234;tre r&#233;dig&#233; par Savinkov, ses propres plans &#233;taient expliqu&#233;s d'une fa&#231;on assez transparente. &#034; Du temps encore qu'il &#233;tait commissaire, - disait l'article - Savinkov en vint &#224; cette conviction que le gouvernement provisoire ne serait pas en mesure de tirer le pays d'une p&#233;nible situation. Ici devaient agir d'autres forces. Cependant, tout le travail dans ce sens ne pouvait s'effectuer que sous l'enseigne du gouvernement provisoire, en particulier de K&#233;rensky. C'e&#251;t &#233;t&#233; une dictature r&#233;volutionnaire r&#233;alis&#233;e par une main de fer. Cette main, Savinkov la vit&#8230;, celle du g&#233;n&#233;ral Kornilov. &#034; K&#233;rensky comme camouflage &#034; r&#233;volutionnaire &#034;, Kornilov comme main de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le r&#244;le du troisi&#232;me, l'article fait silence. Mais il n'est pas douteux que Savinkov cherchait &#224; r&#233;concilier le g&#233;n&#233;ral en chef et le premier ministre, non sans l'intention de les &#233;liminer tous les deux. Pendant un certain temps, cette arri&#232;re-pens&#233;e devint tellement manifeste que K&#233;rensky, sur les protestations de Kornilov, juste &#224; la veille de la Conf&#233;rence d'&#201;tat, for&#231;a Savinkov &#224; donner sa d&#233;mission. Cependant, comme tout ce qui se passait g&#233;n&#233;ralement dans cette sph&#232;re, la d&#233;mission n'&#233;tait point d'un caract&#232;re d&#233;finitif. &#034; Le 17 ao&#251;t, il se v&#233;rifia - d&#233;clara Filonenko - que Savinkov et moi conservions nos postes et que le ministre-pr&#233;sident acceptait en principe le programme d&#233;velopp&#233; dans le rapport pr&#233;sent&#233; par le g&#233;n&#233;ral Kornilov, Savinkov et moi-m&#234;me. &#034; Savinkov, &#224; qui K&#233;rensky, le 17 ao&#251;t, avait &#034; ordonn&#233; de pr&#233;parer un projet de loi sur les mesures &#224; prendre &#224; l'arri&#232;re &#034;, cr&#233;a dans ce but une commission sous la pr&#233;sidence du g&#233;n&#233;ral Apouchkine. S&#233;rieusement apeur&#233; par Savinkov, K&#233;rensky, cependant, finit par se r&#233;soudre &#224; l'utiliser pour son grand plan, et non seulement lui conserva le minist&#232;re de la Guerre, mais lui donna, de surcro&#238;t, celui de la Marine. Cela signifiait, d'apr&#232;s Milioukov, que pour le gouvernement &#034; le temps &#233;tait venu d'agir, m&#234;me avec le risque de faire descendre dans la rue les bolcheviks &#034;. Savinkov, en cette circonstance, &#034; disait ouvertement qu'avec deux r&#233;giments il serait facile d'&#233;craser la r&#233;bellion des bolcheviks et de dissoudre leurs organisations &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#233;rensky comme Savinkov comprenait parfaitement, surtout apr&#232;s la Conf&#233;rence de Moscou, que le programme de Kornilov ne serait, en aucun cas, accept&#233; par les soviets conciliateurs. Le Soviet de P&#233;trograd qui, la veille encore, a exig&#233; l'abolition de la peine de mort au front, se dressera avec deux fois plus d'&#233;nergie, demain, contre l'&#233;tablissement de la peine de mort &#224; l'arri&#232;re ! Le danger &#233;tait, par cons&#233;quent, en ceci que le mouvement contre le coup d'&#201;tat m&#233;dit&#233; par K&#233;rensky aurait &#224; sa t&#234;te non les bolcheviks, mais les soviets. Pourtant l'on ne pouvait s'arr&#234;ter devant cela : car enfin il s'agissait du salut du pays ! &#034; Le 22 ao&#251;t - &#233;crit K&#233;rensky - Savinkov se rendit au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, entre autres choses (!) pour exiger, mandat&#233; par moi, du g&#233;n&#233;ral Kornilov qu'il m&#238;t &#224; la disposition du gouvernement un corps de cavalerie. &#034; Savinkov lui-m&#234;me d&#233;finissait de la fa&#231;on suivante cette mission comme s'il &#233;tait oblig&#233; de se justifier devant l'opinion publique : &#034; Solliciter du g&#233;n&#233;ral Kornilov un corps de cavalerie pour la vraie r&#233;alisation de l'&#233;tat de si&#232;ge &#224; P&#233;trograd et pour la protection du gouvernement provisoire contre toutes men&#233;es attentatoires, particuli&#232;rement (!) contre celles des bolcheviks, de qui l'attaque&#8230; d'apr&#232;s les donn&#233;es du contre-espionnage &#224; l'&#233;tranger, se pr&#233;parait de nouveau en liaison avec une descente allemande et un soul&#232;vement en Finlande&#8230; &#034; Les donn&#233;es fantaisistes du contre-espionnage devaient tout simplement dissimuler ce fait que le gouvernement lui-m&#234;me, selon les termes de Milioukov, assumait &#034; le risque d'appeler les bolcheviks dans la rue &#034;, c'est-&#224;-dire &#233;tait pr&#234;t &#224; provoquer un soul&#232;vement. Et comme la promulgation des d&#233;crets sur la dictature militaire &#233;tait fix&#233;e aux derni&#232;res journ&#233;es d'ao&#251;t, c'est vers les m&#234;mes d&#233;lais que Savinkov fixait l'&#233;meute attendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 ao&#251;t fut interdit, sans aucun motif apparent, l'organe des bolcheviks, Prol&#233;tarii (Le Prol&#233;taire). Publi&#233; pour le remplacer, le Rabotchii (L'Ouvrier) &#233;crivait que son pr&#233;d&#233;cesseur &#034; avait &#233;t&#233; interdit le lendemain du jour o&#249;, &#224; l'occasion de la rupture du front de Riga, il avait appel&#233; les ouvriers et les soldats &#224; tenir bon, &#224; rester calmes. Quelle est la main qui se pr&#233;occupait ainsi d'emp&#234;cher les ouvriers de savoir que le parti les met en garde contre la provocation ? &#034; Cette question visait en pleine poitrine. Le sort de la presse bolcheviste se trouvait entre les mains de Savinkov. L'interdiction du journal offrait deux avantages : elle irritait les masses et emp&#234;chait le parti de les prot&#233;ger contre une provocation qui venait, cette fois, directement, des hauteurs gouvernementales.D'apr&#232;s les proc&#232;s-verbaux du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, peut-&#234;tre l&#233;g&#232;rement stylis&#233;s, mais, dans l'ensemble, correspondant parfaitement au caract&#232;re de la situation et des personnages en sc&#232;ne, Savinkov d&#233;clara &#224; Kornilov : &#034; Il sera donn&#233; satisfaction &#224; vos exigences, Lavr Gu&#233;orgui&#233;vitch, sous peu de jours. Mais, en ce cas, le gouvernement craint qu'&#224; P&#233;trograd il n'en r&#233;sulte de s&#233;rieuses complications&#8230; La publication de vos exigences&#8230; poussera &#224; agir les bolcheviks&#8230; On ignore comment se comporteront les soviets &#224; l'&#233;gard de la nouvelle loi. Ces derniers peuvent &#233;galement se dresser contre le gouvernement&#8230; C'est pourquoi je vous prie de donner des ordres pour que le 3e corps de cavalerie soit, vers la fin d'ao&#251;t, cantonn&#233; sous P&#233;trograd et mis &#224; la disposition du gouvernement provisoire. Dans le cas o&#249;, avec les bolcheviks, agiraient aussi des membres des soviets, nous serons oblig&#233;s de s&#233;vir contre eux. &#034; L'&#233;missaire de K&#233;rensky ajouta que les mesures devaient &#234;tre les plus r&#233;solues et les plus impitoyables - &#224; quoi Kornilov r&#233;pondit qu'il &#034; ne comprenait pas d'autres mesures &#034;. Plus tard, quand il dut se justifier, Savinkov ajoutait : &#034; Si, au moment de l'insurrection des bolcheviks, les soviets avaient &#233;t&#233; bolcheviks&#8230; &#034; Mais ce n'&#233;tait l&#224; qu'une ruse grossi&#232;re : les d&#233;crets annon&#231;ant le coup d'&#201;tat de K&#233;rensky devaient suivre dans trois ou quatre jours. Il s'agissait, par cons&#233;quent, non des soviets de l'avenir, mais de ceux qui existaient &#224; la fin d'ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parer aux malentendus et ne pas provoquer l'action des bolcheviks &#034; avant le temps venu &#034;, on s'entendit sur le dispositif suivant : pr&#233;alablement concentrer &#224; P&#233;trograd un corps de cavalerie, ensuite d&#233;clarer la ville en &#233;tat de si&#232;ge et, seulement apr&#232;s, promulguer les nouvelles lois qui devaient provoquer le soul&#232;vement des bolcheviks. Dans le proc&#232;s-verbal du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ce plan est &#233;crit noir sur blanc : &#034; Afin que le gouvernement provisoire sache exactement quand il faudra d&#233;clarer la circonscription militaire de P&#233;trograd en &#233;tat de si&#232;ge, et quand promulguer la nouvelle loi, il faut que le g&#233;n&#233;ral Kornilov t&#233;l&#233;graphie &#224; lui, Savinkov, la date pr&#233;cise o&#249; le corps de cavalerie approchera de P&#233;trograd. &#034; Les g&#233;n&#233;raux conspirateurs avaient compris, d'apr&#232;s les termes de Stank&#233;vitch, &#034; que Savinkov et K&#233;rensky&#8230; voulaient accomplir un certain coup d'&#201;tat avec l'aide du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Il ne fallait pas autre chose. Ils se h&#226;taient de consentir &#224; toutes les exigences et conditions&#8230; &#034; D&#233;vou&#233; &#224; K&#233;rensky, Stank&#233;vitch fait cette r&#233;serve qu'au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral &#034; l'on associait erron&#233;ment &#034; K&#233;rensky et Savinkov. Mais comment pouvait-on les dissocier, du moment que Savinkov &#233;tait venu avec un mandat de K&#233;rensky nettement formul&#233; ? K&#233;rensky lui-m&#234;me &#233;crit : &#034; Le 25 ao&#251;t, Savinkov revient du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et me rapporte que des troupes seront envoy&#233;es &#224; la disposition du gouvernement provisoire, conform&#233;ment &#224; la convention. &#034; Pour le 26 au soir est fix&#233;e l'adoption par le gouvernement du projet de loi sur les mesures pour l'arri&#232;re qui devait devenir le prologue des actes d&#233;cisifs du corps de cavalerie. Tout est pr&#234;t. Il ne reste qu'&#224; appuyer sur un bouton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements, les documents, les t&#233;moignages des participants, enfin les aveux de K&#233;rensky lui-m&#234;me, d&#233;montrent de concert que le ministre-pr&#233;sident, &#224; l'insu d'une partie de son propre gouvernement, derri&#232;re le dos des soviets qui lui avaient pass&#233; le pouvoir, en se cachant du parti auquel il se disait adh&#233;rent, se mit en accord avec les sommit&#233;s du g&#233;n&#233;ralat pour modifier radicalement le r&#233;gime d'&#201;tat avec l'aide de la force arm&#233;e .Dans le langage de la l&#233;gislation criminelle, cette fa&#231;on d'agir a une d&#233;nomination parfaitement fix&#233;e, du moins pour le cas o&#249; l'entreprise ne conduit pas &#224; la victoire. La contradiction entre le caract&#232;re &#034; d&#233;mocratique &#034; de la politique de K&#233;rensky et le plan de sauvetage du pays au moyen du sabre ne peut sembler insoluble que d'un point de vue superficiel. En r&#233;alit&#233;, le plan d'une action de la cavalerie d&#233;coulait enti&#232;rement de la politique conciliatrice. En d&#233;couvrant cette causalit&#233;, l'on peut, dans une notable mesure, faire abstraction non seulement de la personnalit&#233; de K&#233;rensky, mais aussi des particularit&#233;s du milieu national : il s'agit de la logique objective du mouvement conciliateur dans les conditions de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Ebert, mandataire du peuple en Allemagne, conciliateur et d&#233;mocrate, non seulement agissait sous la direction des g&#233;n&#233;raux du Hohenzollern, derri&#232;re le dos de son propre parti, mais se trouva, d&#232;s le d&#233;but de d&#233;cembre 1918, complice direct d'une conspiration militaire ayant pour but l'arrestation de l'organe supr&#234;me des conseils et la proclamation d'Ebert lui-m&#234;me pr&#233;sident de la R&#233;publique. Ce n'est pas par hasard que K&#233;rensky pr&#233;sentait plus tard Ebert comme l'id&#233;al d'un homme d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque tous les desseins, ceux de K&#233;rensky, ceux de Savinkov, ceux de Kornilov, se furent &#233;croul&#233;s, K&#233;rensky, qui avait la t&#226;che difficile d'effacer les traces, certifiait ceci : &#034; Apr&#232;s la Conf&#233;rence de Moscou, il fut clair pour moi que la plus prochaine tentative de coup d'&#201;tat viendrait de droite, et non de gauche. &#034; Il est absolument incontestable que K&#233;rensky avait peur du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et de la sympathie dont la bourgeoisie entourait les conspirateurs militaires. Mais il n'en r&#233;sultait pas moins qu'avec le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, K&#233;rensky jugeait n&#233;cessaire de lutter, non au moyen d'un corps de cavalerie, mais en appliquant de sa propre part le programme de Kornilov. L'&#233;quivoque complice du premier ministre n'accomplit pas simplement une mission d'affaires pour laquelle aurait suffi un t&#233;l&#233;gramme chiffr&#233; du palais d'Hiver &#224; Mohilev - non, il se pr&#233;sentait en entremetteur pour r&#233;concilier Kornilov avec K&#233;rensky, c'est-&#224;-dire accorder leurs plans et, par l&#224;, assurer au coup d'&#201;tat, dans la mesure du possible, un cours de l&#233;galit&#233;. K&#233;rensky semblait dire, par l'interm&#233;diaire de Savinkov : &#034; Agissez, mais dans les limites de mon dessein. Vous &#233;viterez ainsi le risque et obtiendrez presque tout ce que vous voulez. &#034; Savinkov donnait pour sa part cette indication : &#034; Ne d&#233;passez pas pr&#233;matur&#233;ment les limites des plans de K&#233;rensky. &#034; Telle &#233;tait l'originale &#233;quation &#224; trois inconnues. C'est seulement sous ce rapport que l'appel de K&#233;rensky demandant au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, par l'interm&#233;diaire de Savinkov, un corps de cavalerie, est compr&#233;hensible. Les conspirateurs &#233;taient sollicit&#233;s par un complice hautement plac&#233;, qui se maintenait dans sa propre l&#233;galit&#233; et s'effor&#231;ait de s'assujettir le complot m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les commissions donn&#233;es &#224; Savinkov, une seule semblait &#234;tre une mesure effectivement dirig&#233;e contre le complot de la droite : elle concernait le Comit&#233; principal des officiers dont la suppression &#233;tait exig&#233;e par la conf&#233;rence p&#233;tersbourgeoise du parti de K&#233;rensky. Mais la formule m&#234;me de la commission est remarquable : &#034; dans la mesure du possible, liquider l'Union des officiers &#034;. Il est encore plus remarquable que Savinkov, loin de trouver cette possibilit&#233;, ne la recherch&#226;t m&#234;me pas. La question fut tout simplement enterr&#233;e, comme inopportune. La commission m&#234;me n'&#233;tait donn&#233;e que pour avoir, sur le papier, une trace, une justification devant les gauches : les mots &#034; dans la mesure du possible &#034; signifi&#232;rent que l'ex&#233;cution n'&#233;tait pas exig&#233;e. Comme pour souligner plus cr&#251;ment le caract&#232;re d&#233;coratif de la commission, elle &#233;tait libell&#233;e en premi&#232;re ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayant d'att&#233;nuer de quelque fa&#231;on le sens accablant du fait que, s'attendant &#224; un coup de droite, il avait d&#233;barrass&#233; la capitale des r&#233;giments r&#233;volutionnaires et s'&#233;tait dans le m&#234;me temps adress&#233; &#224; Kornilov pour obtenir des troupes &#034; s&#251;res &#034;, K&#233;rensky all&#233;gua plus tard les trois conditions sacramentelles pos&#233;es par lui pour l'appel d'un corps de cavalerie. C'est ainsi que, consentant &#224; soumettre &#224; Kornilov la r&#233;gion militaire de P&#233;trograd, K&#233;rensky y mettait cette condition que l'on d&#233;tacherait de la r&#233;gion la capitale et la banlieue, pour que le gouvernement ne se trouv&#226;t pas tout &#224; fait dans les mains du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, car, comme s'exprimait K&#233;rensky dans son milieu, &#034; l&#224;, nous serions mang&#233;s &#034;. Cette condition prouve seulement que, r&#234;vant de subordonner les g&#233;n&#233;raux &#224; son propre dessein, K&#233;rensky n'avait &#224; sa disposition rien d'autre que d'impuissantes arguties. Que K&#233;rensky n'ait pas voulu se laisser d&#233;vorer, on peut le croire sans preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux autres conditions &#233;taient sur un m&#234;me niveau : Kornilov ne devait ni inclure dans le corps exp&#233;ditionnaire la division dite &#034; sauvage &#034;, compos&#233;e de montagnards du Caucase, ni placer le g&#233;n&#233;ral Krymov &#224; la t&#234;te du corps. Du point de vue de la protection des int&#233;r&#234;ts de la d&#233;mocratie, c'&#233;tait v&#233;ritablement avaler le chameau et passer au tamis les moustiques. Mais, par contre, du point de vue du camouflage du coup port&#233; &#224; la r&#233;volution, les conditions de K&#233;rensky avaient un sens incomparablement plus profond. Diriger contre les ouvriers de P&#233;trograd des montagnards caucasiens qui ne parlaient pas le russe e&#251;t &#233;t&#233; trop imprudent : le tsar lui-m&#234;me ne l'avait point os&#233; en son temps ! L'incommodit&#233; de la d&#233;signation du g&#233;n&#233;ral Krymov, sur lequel le Comit&#233; ex&#233;cutif poss&#233;dait des renseignements suffisamment pr&#233;cis, &#233;tait persuasivement motiv&#233;e par Savinkov all&#233;guant au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral les int&#233;r&#234;ts de la cause commune : &#034; Il serait f&#226;cheux, disait-il, - dans le cas d'un soul&#232;vement &#224; P&#233;trograd, que ce mouvement f&#251;t &#233;cras&#233; justement par le g&#233;n&#233;ral Krymov. A son nom, l'opinion publique rattachera peut-&#234;tre des aspirations sur lesquelles il ne se guide pas&#8230; &#034; Enfin, le fait m&#234;me que le chef du gouvernement, appelant un d&#233;tachement de troupes dans la capitale, prend les devants avec une &#233;trange pri&#232;re : ne pas envoyer la division &#034; sauvage &#034; et ne pas d&#233;signer Krymov, d&#233;nonce aussi clairement qu'il se puisse K&#233;rensky comme ayant connu pr&#233;alablement non seulement le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral du complot, mais aussi la composition projet&#233;e de l'exp&#233;dition punitive et les candidatures des principaux ex&#233;cuteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, cependant, de ces circonstances secondaires, il est absolument &#233;vident que le corps de cavalerie de Kornilov ne pouvait nullement &#234;tre utilisable pour la d&#233;fense de la &#034; d&#233;mocratie &#034;. En revanche, K&#233;rensky ne pouvait pas douter que, de toutes les parties de l'arm&#233;e, ce corps serait le plus s&#251;r instrument contre la r&#233;volution. A vrai dire, il e&#251;t &#233;t&#233; plus avantageux d'avoir &#224; P&#233;trograd un d&#233;tachement d&#233;vou&#233; personnellement &#224; K&#233;rensky dress&#233; au-dessus des droites et des gauches. Cependant, comme le montrera toute la marche ult&#233;rieure des &#233;v&#233;nements, ces troupes-l&#224; n'existaient pas dans la r&#233;alit&#233;. Pour combattre la r&#233;volution, il n'y avait personne d'autre que les korniloviens : c'est &#224; eux que recourut K&#233;rensky.Les mesures militaires compl&#233;t&#232;rent seulement la politique. Le cours g&#233;n&#233;ral du gouvernement provisoire, pendant une quinzaine &#224; peu pr&#232;s, s&#233;parant la Conf&#233;rence de Moscou du soul&#232;vement de Kornilov, aurait &#233;t&#233; en somme suffisant par lui-m&#234;me pour prouver que K&#233;rensky se disposait non &#224; lutter contre les droites, mais &#224; faire front unique avec elles contre le peuple. N&#233;gligeant les protestations du Comit&#233; ex&#233;cutif &#224; l'&#233;gard de sa politique contre-r&#233;volutionnaire, le gouvernement fait, le 26 ao&#251;t, une d&#233;marche audacieuse en faveur des propri&#233;taires de terres en d&#233;cidant &#224; l'improviste un rel&#232;vement des prix du pain au double. Le caract&#232;re odieux de cette mesure, prise d'ailleurs sur les exigences ouvertes de Rodzianko, la rapprochait d'une provocation consciente vis-&#224;-vis des masses affam&#233;es. K&#233;rensky essayait &#233;videmment d'acheter l'extr&#234;me flanc droit de la Conf&#233;rence de Moscou pour une grosse ristourne. &#034; Je suis v&#244;tre ! &#034; disait-il &#224; l'Union des officiers, dans son ordonnance flatteuse sign&#233;e le jour m&#234;me o&#249; Savinkov partait engager des pourparlers au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. &#034; Je suis v&#244;tre ! &#034; se h&#226;tait de crier K&#233;rensky aux propri&#233;taires nobles &#224; la veille des repr&#233;sailles d'une cavalerie sur tout ce qui restait encore de la R&#233;volution de F&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;positions de K&#233;rensky devant la commission d'enqu&#234;te nomm&#233;e par lui-m&#234;me furent indignes. Comparaissant en t&#233;moin, le chef du gouvernement se sentait en somme le principal accus&#233; et, de plus, pris en flagrant d&#233;lit. De tr&#232;s exp&#233;riment&#233;s fonctionnaires, qui comprenaient parfaitement le m&#233;canisme des &#233;v&#233;nements, firent semblant de croire s&#233;rieusement aux explications du chef du gouvernement. Mais les autres mortels, dont des membres du parti de K&#233;rensky, se demandaient avec une franche stup&#233;faction comment un seul et m&#234;me corps pouvait &#234;tre utile &#224; la r&#233;alisation du coup d'&#201;tat et &#224; sa r&#233;pression. Il y avait d&#233;j&#224; trop d'inadvertance, du c&#244;t&#233; d'un &#034; socialiste-r&#233;volutionnaire &#034;, &#224; introduire dans la capitale une troupe destin&#233;e &#224; l'&#233;trangler. Il est vrai que les Troyens avaient jadis introduit dans les murs de leur propre ville un d&#233;tachement ennemi ; mais ils ne savaient pas, du moins, ce que contenait la carcasse du cheval de bois. Et, encore, un historien de l'antiquit&#233; conteste la version du po&#232;te : d'apr&#232;s Pausanias, on n'aurait pu croire Hom&#232;re que si l'on avait estim&#233; que les Troyens &#233;taient &#034; des imb&#233;ciles, priv&#233;s m&#234;me d'une ombre de raison &#034;. Que dirait l'ancien des t&#233;moignages de K&#233;rensky ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de Kornilov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but du mois d'ao&#251;t, Kornilov ordonna de transf&#233;rer la division &#034; sauvage &#034; et le 3e corps de cavalerie du front Sud-Ouest au rayon compris dans le triangle ferroviaire : Nevel-Novosokolniki-V&#233;liki&#233; Louki pr&#233;sentant une base commode pour une marche sur P&#233;trograd, sous l'aspect d'une r&#233;serve pour la d&#233;fense de Riga. Alors m&#234;me, le g&#233;n&#233;ralissime d&#233;cidait qu'une division de Cosaques serait concentr&#233;e dans le rayon situ&#233; entre Vyborg et Bi&#233;loostrov : au point dress&#233; sur la t&#234;te m&#234;me de la capitale &#8212; de Bi&#233;loostrov &#224; P&#233;trograd, il n'y a que trente kilom&#232;tres ! &#8212; l'on donnait l'apparence d'une r&#233;serve pour d'&#233;ventuelles op&#233;rations en Finlande. Ainsi, m&#234;me avant la Conf&#233;rence de Moscou, l'on avait mis en branle pour frapper un coup sur P&#233;trograd les quatre divisions de cavalerie consid&#233;r&#233;es comme les plus utilisables contre les bolcheviks. Pour ce qui est de la division caucasienne, on en parlait, dans l'entourage de Kornilov, tr&#232;s simplement : &#034; Les montagnards, peu leur importe qui massacrer. &#034; Le plan strat&#233;gique &#233;tait simple. Trois divisions venant du sud devaient &#234;tre transport&#233;es par chemin de fer jusqu'&#224; Tsarsko&#239;&#233;-S&#233;lo, Gatchina et Krasno&#239;&#233;-S&#233;lo, d'o&#249;, &#034; sit&#244;t inform&#233;es de d&#233;sordres commenc&#233;s &#224; P&#233;trograd et pas plus tard que le matin du 1er septembre &#034;, elles seraient avanc&#233;es en ordre de bataille pour l'occupation de la partie sud de la capitale, sur la rive gauche de la N&#233;va. La division cantonn&#233;e en Finlande devait, en m&#234;me temps, occuper la partie nord de P&#233;trograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l'interm&#233;diaire de l'Union des officiers, Kornilov entra en liaison avec les soci&#233;t&#233;s patriotiques de la capitale qui disposaient, d'apr&#232;s leurs propres termes, de deux mille hommes parfaitement arm&#233;s ; mais, ayant besoin d'officiers exp&#233;riment&#233;s pour l'instruction, Kornilov promit de donner des chefs pr&#233;lev&#233;s sur le front sous pr&#233;texte de cong&#233;s. Pour contr&#244;ler l'&#233;tat d'esprit des ouvriers et des soldats de P&#233;trograd et l'activit&#233; des r&#233;volutionnaires, un contre-espionnage secret fut institu&#233;, &#224; la t&#234;te duquel fut plac&#233; le colonel de la division &#034; sauvage &#034; Heimann. L'affaire &#233;tait men&#233;e dans les cadres des r&#232;glements militaires, le complot disposait de l'appareil du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de Moscou n'avait que fortifi&#233; Kornilov dans ses plans. A vrai dire, Milioukov, d'apr&#232;s son propre r&#233;cit, recommandait de diff&#233;rer, car K&#233;rensky, disait-il, avait encore en province une popularit&#233;. Mais un conseil de ce genre ne pouvait avoir d'influence sur le g&#233;n&#233;ral d&#233;cha&#238;n&#233; : il s'agissait en fin de compte non de K&#233;rensky, mais des Soviets ; au surplus, Milioukov n'&#233;tait pas un homme d'action : un civil, et pis encore, un professeur. Les banquiers, les industriels, les g&#233;n&#233;raux cosaques se faisaient pressants, les m&#233;tropolites b&#233;nissaient. L'officier d'ordonnance Zavo&#239;ko se portait garant du succ&#232;s. De toutes parts venaient des t&#233;l&#233;grammes de f&#233;licitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diplomatie alli&#233;e participait activement &#224; la mobilisation des forces contre-r&#233;volutionnaires. Sir George Buchanan tenait entre ses mains de nombreux fils du complot. Les attach&#233;s militaires des Alli&#233;s pr&#232;s le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral donnaient l'assurance de leurs meilleurs sentiments. &#034;En particulier &#8211; t&#233;moigne D&#233;nikine &#8211; le repr&#233;sentant de la Grande-Bretagne le faisait en termes touchants. &#034; Derri&#232;re les ambassades se tenaient leurs gouvernements. Par une d&#233;p&#234;che du 23 ao&#251;t, le commissaire du gouvernement provisoire &#224; l'&#233;tranger, Svatikov, communiquait de Paris qu'au cours des audiences d'adieux, le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res Ribot &#034; s'int&#233;ressait avec une extr&#234;me curiosit&#233; &#224; savoir quel &#233;tait dans l'entourage de K&#233;rensky l'homme ferme et &#233;nergique, et le pr&#233;sident Poincar&#233; posait de nombreuses questions sur... Kornilov &#034;. Tout cela &#233;tait connu du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Kornilov ne voyait aucun motif de diff&#233;rer et d'attendre. Vers le 20, deux divisions de cavalerie furent avanc&#233;es dans la direction de P&#233;trograd. Le jour de la chute de Riga, l'on convoqua au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral quatre officiers de chaque r&#233;giment, au total environ quatre mille grad&#233;s, pour &#034; l'&#233;tude des mortiers anglais &#034;. On expliqua tout de suite aux officiers les plus s&#251;rs qu'il s'agissait d'&#233;craser pour toujours &#034; le P&#233;trograd bolcheviste &#034;. Le m&#234;me jour, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ordonna de remettre d'urgence aux divisions de cavalerie plusieurs caisses de grenades : ces projectiles &#233;taient ce qu'il y avait de mieux pour les combats de rues. &#034;Il fut convenu &#8212; &#233;crit le chef d'&#233;tat-major Loukomsky &#8212; que tout devait &#234;tre pr&#234;t pour le 26 ao&#251;t. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que les troupes de Kornilov approcheront de P&#233;trograd, l'organisation int&#233;rieure &#034; doit agir dans la capitale, occuper l'Institut Smolny et s'efforcer d'arr&#234;ter les leaders bolcheviks &#034;. Il est vrai que ces leaders ne se montraient &#224; l'Institut Smolny que pendant les s&#233;ances ; en revanche, s'y tenait en permanence le Comit&#233; ex&#233;cutif qui fournissait des ministres et continuait &#224; consid&#233;rer K&#233;rensky comme son vice-pr&#233;sident. Mais, dans une grande affaire, il n'y a ni possibilit&#233;, ni besoin de sauver les nuances. Kornilov, en tout cas, ne s'en occupait point, &#034; Il est temps &#8211; disait-il &#224; Loukomsky &#8211; de pendre les agents et espions de l'Allemagne, L&#233;nine le premier, et de chasser le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats, mais de le chasser de telle fa&#231;on qu'il ne puisse plus se r&#233;unir nulle part&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov avait fermement d&#233;cid&#233; de confier la direction de l'op&#233;ration &#224; Krymov, qui, dans ces milieux, jouissait de la r&#233;putation d'un g&#233;n&#233;ral hardi et r&#233;solu. &#034;Krymov &#233;tait alors gai, jovial &#233;crit de lui D&#233;nikine &#8211; et envisageait avec foi l'avenir. &#034; Au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral l'on avait foi en Krymov. &#034;Je suis persuad&#233; &#8211; &#233;crivait de lui Kornilov &#8211; qu'il n'h&#233;sitera pas, en cas de n&#233;cessit&#233;, &#224; faire pendre tous les membres du Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats. &#034; Le choix d'un g&#233;n&#233;ral &#034; gai, jovial &#034;, &#233;tait donc des plus r&#233;ussis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plein dans le cours de ces travaux qui distrayaient un peu du front allemand, Savinkov arriva au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral pour pr&#233;ciser le vieil accord en y apportant des amendements d'importance secondaire. Pour frapper sur l'ennemi commun, Savinkov rappela la date m&#234;me que Kornilov avait depuis longtemps choisie pour agir contre K&#233;rensky : six mois &#233;coul&#233;s depuis la r&#233;volution. Bien que le plan du coup d'&#201;tat se f&#251;t scind&#233; en deux courants, les parties, l'une et l'autre, essayaient d'op&#233;rer sur les &#233;l&#233;ments communs du plan : Kornilov pour un camouflage, K&#233;rensky pour entretenir ses propres illusions. La proposition de Savinkov convenait au mieux au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral : le gouvernement lui-m&#234;me tendait le cou, Savinkov se pr&#233;parait &#224; serrer le n&#339;ud coulant. Les g&#233;n&#233;raux du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral se frottaient les mains. &#034;&#199;a mord !&#034; disaient-ils comme des p&#234;cheurs heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov accepta d'autant plus volontiers des concessions qu'elles ne lui co&#251;taient rien. Quelle importance y a-t-il &#224; soustraire la garnison de P&#233;trograd aux ordres du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral du moment que les troupes de Kornilov entrent dans la capitale ? Ayant accept&#233; les deux autres conditions, Kornilov les viola imm&#233;diatement : la division &#034; sauvage &#034; fut d&#233;sign&#233;e comme avant-garde et Krymov fut mis &#224; la t&#234;te de toute l'op&#233;ration. Kornilov ne jugeait pas m&#234;me n&#233;cessaire de sauver les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks discutaient ouvertement les conditions essentielles de leur tactique : un parti de masses ne saurait en effet agir autrement. Le gouvernement et le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ne pouvaient ignorer que les bolcheviks s'opposaient aux manifestations, loin de les provoquer. Mais, de m&#234;me que le d&#233;sir est parfois le p&#232;re de la pens&#233;e, la n&#233;cessit&#233; politique devient aussi la m&#232;re des pronostics. Toutes les classes dirigeantes parlaient de l'insurrection imminente parce qu'elles en avaient besoin &#224; tout prix. Tant&#244;t on donnait comme prochaine, tant&#244;t comme retard&#233;e de quelques jours la date de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au minist&#232;re de la Guerre, c'est-&#224;-dire chez Savinkov &#8211; communiquait la presse &#8211; on envisageait la prochaine manifestation &#034; tr&#232;s s&#233;rieusement &#034;. La Rietch d&#233;clarait que l'initiative du mouvement &#233;tait prise par la fraction bolcheviste du Soviet de P&#233;trograd. En qualit&#233; de politicien, Milioukov &#233;tait &#224; tel point engag&#233; dans la question de l'imaginaire soul&#232;vement des bolcheviks qu'il jugea de son honneur de maintenir cette version en qualit&#233; d'historien. &#034;Dans les documents de contre-espionnage publi&#233;s plus tard &#8211; &#233;crit-il &#8211; c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment que se rapportent de nouvelles assignations d'argent allemand pour les &#034; entreprises de Trotsky &#034;. Avec le contre-espionnage russe, le savant historien oublie que Trotsky, que l'&#233;tat-major allemand d&#233;signait par son nom pour la commodit&#233; des patriotes russes, &#034; pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment &#034; &#8211; du 23 juillet au 4 septembre se trouvait en prison. Si l'axe de la terre n'est qu'une ligne imaginaire, cela n'emp&#234;che pas, comme on sait, la terre de tourner. C'est &#233;galement ainsi que le plan de l'op&#233;ration Kornilovienne tournait autour d'un imaginaire mouvement des bolcheviks, pris comme axe. Cela pouvait parfaitement suffire pour la p&#233;riode pr&#233;paratoire. Mais, pour le d&#233;nouement, il fallait tout de m&#234;me quelque chose de plus mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des dirigeants de la conspiration militaire, l'officier Winberg, dans des notes int&#233;ressantes qui r&#233;v&#232;lent ce qui se passa dans la coulisse, confirmait compl&#232;tement les indications des bolcheviks sur le travail accompli par la provocation militaire. Milioukov se trouva forc&#233;, sous la pression des faits et des documents, de reconna&#238;tre que &#034; les soup&#231;ons des milieux d'extr&#234;me-gauche tombaient juste ; l'agitation dans les usines faisait indubitablement partie des t&#226;ches qu'avaient &#224; accomplir les organisations d'officiers &#034;. Mais cela n'&#233;tait pas de grand secours : les bolcheviks, comme s'en plaint le m&#234;me historien, d&#233;cid&#232;rent de &#034; ne pas se laisser faire &#034; les masses ne se d&#233;cidaient pas &#224; marcher sans les bolcheviks. Cependant, l'on tint compte aussi, dans le plan, de cet obstacle qui fut, pour ainsi dire, paralys&#233; d'avance. Le &#034; Centre r&#233;publicain &#034;, comme se d&#233;nommait l'organe dirigeant des conspirateurs &#224; P&#233;trograd, d&#233;cida tout simplement de se substituer aux bolcheviks : le truquage du soul&#232;vement r&#233;volutionnaire fut confi&#233; au colonel de Cosaques Doutov. En janvier 1918, Doutov, comme ses amis politiques lui demandaient &#034; ce qui avait d&#251; se passer, le 28 ao&#251;t 1917 &#034;, r&#233;pondit litt&#233;ralement ceci : &#034; Entre le 28 ao&#251;t et le 2 septembre, sous apparence de bolcheviks, c'&#233;tait moi qui devais agir. &#034; Tout avait &#233;t&#233; pr&#233;vu. Ce n'est pas en vain que le plan avait &#233;t&#233; travaill&#233; par les officiers de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#233;rensky, &#224; son tour, lorsque Savinkov fut rentr&#233; de Mohilev, &#233;tait enclin &#224; penser que les malentendus &#233;taient &#233;limin&#233;s et que le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral &#233;tait totalement entr&#233; dans son plan. &#034;Il y eut des moments &#8211; &#233;crit Stank&#233;vitch &#8211; o&#249; tous les personnages non seulement crurent agir dans une seule direction, mais se repr&#233;sent&#232;rent pareillement la m&#233;thode d'action. &#034; Ces heureux moments ne dur&#232;rent pas longtemps, A l'affaire se m&#234;la le hasard qui, comme tous les hasards historiques, ouvrit le clapet de la n&#233;cessit&#233;. K&#233;rensky re&#231;ut la visite de Lvov, octobriste, membre du premier gouvernement provisoire, celui-l&#224; m&#234;me qui, en qualit&#233; d'expansif haut-procureur du tr&#232;s saint synode, avait rapport&#233; qu'en cet endroit si&#233;geaient &#034; des idiots et des coquins &#034;. Le sort de Lvov &#233;tait de r&#233;v&#233;ler que, sous l'apparence d'un plan unique, il y avait deux plans dont l'un &#233;tait dirig&#233; contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En qualit&#233; de politicien ch&#244;meur mais verbeux, Lvov prenait part aux interminables palabres sur la transformation du pouvoir et le sauvetage du pays, tant&#244;t au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, tant&#244;t au palais d'Hiver. Cette fois il vint offrir son entremise pour un remaniement du Cabinet sur des bases nationales, intimidant avec bienveillance K&#233;rensky en le mena&#231;ant des foudres du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral m&#233;content. Inquiet, le ministre-pr&#233;sident d&#233;cida d'utiliser Lvov pour contr&#244;ler le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et, du m&#234;me coup, apparemment, son complice Savinkov. K&#233;rensky se d&#233;clara favorable &#224; un courant dans le sens d'une dictature, ce qui n'&#233;tait pas hypocrite, et encouragea Lvov &#224; continuer ses d&#233;marches, mais c'&#233;tait l&#224; une ruse de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Lvov s'en fut revenu au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, d&#233;j&#224; investi des pleins pouvoirs de K&#233;rensky, les g&#233;n&#233;raux consid&#233;r&#232;rent la mission comme une preuve que le gouvernement &#233;tait m&#251;r pour la capitulation. La veille encore, K&#233;rensky, par l'interm&#233;diaire de Savinkov, s'&#233;tait vu oblig&#233; d'appliquer le programme de Kornilov sous la protection d'un corps de Cosaques ; aujourd'hui, K&#233;rensky proposait d&#233;j&#224; au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral de reconstituer conjointement le pouvoir. Il faut pousser &#224; la roue &#8211; d&#233;cid&#232;rent fort justement les g&#233;n&#233;raux. Kornilov expliqua &#224; Lvov que le soul&#232;vement pr&#233;vu des bolcheviks ayant pour but &#034; le renversement de l'autorit&#233; du gouvernement provisoire et la conclusion de la paix avec l'Allemagne, &#224; laquelle les bolcheviks livreraient la flotte de la mer Baltique &#034;, il ne restait d'autre issue que &#034; l'imm&#233;diate transmission du pouvoir par le gouvernement aux mains du g&#233;n&#233;ralissime &#034;. Kornilov ajoutait : &#034; Quel que soit ce g&#233;n&#233;ralissime. &#034; Mais il ne se disposait pas du tout &#224; c&#233;der sa place &#224; quelqu'un. Son inamovibilit&#233; &#233;tait d'avance garantie par le serment des chevaliers de Saint-Georges, de l'Union des officiers et du Soviet des troupes cosaques. Pour assurer la &#034; s&#233;curit&#233; &#034; de K&#233;rensky et de Savinkov vis-&#224;-vis des bolcheviks, Kornilov priait instamment ces deux hommes de venir au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral se mettre sous sa protection personnelle. L'officier d'ordonnance Zavo&#239;ko indiquait &#224; Lvov, sans &#233;quivoque, en quoi consisterait pr&#233;cis&#233;ment cette protection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rentr&#233; &#224; Moscou, Lvov, en &#034; ami &#034;, persuada ardemment K&#233;rensky d'accepter la proposition de Kornilov &#034; pour sauver la vie des membres du gouvernement provisoire et, principalement, la sienne propre &#034;. K&#233;rensky ne pouvait pas ne pas comprendre, enfin, que le jeu politique avec la dictature prenait une tournure s&#233;rieuse et pouvait finir tout &#224; fait mal pour lui. Ayant d&#233;cid&#233; d'agir, il appela avant tout Kornilov au t&#233;l&#233;phone pour v&#233;rification : Lvov avait-il bien fait la commission ? K&#233;rensky posait les questions non seulement de sa propre part, mais au nom de Lvov, bien que ce dernier f&#251;t absent de la conversation. &#034;Pareil proc&#233;d&#233; &#8211; note Martynov &#8211; convenable &#224; un d&#233;tective, &#233;tait, bien entendu, inconvenant de la part du chef du gouvernement. &#034; K&#233;rensky parlait, le lendemain, de son d&#233;part pour le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, en compagnie de Savinkov, comme d'une chose d&#233;cid&#233;e. Tout le dialogue par fil para&#238;t en somme invraisemblable : Le chef d&#233;mocrate du gouvernement et le g&#233;n&#233;ral &#034; r&#233;publicain &#034; discutent de se c&#233;der l'un &#224; l'autre le pouvoir comme s'il s'agissait d'une place dans un wagon-lit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milioukov a parfaitement raison quand, dans l'exigence de Kornilov demandant qu'on lui passe le pouvoir, il voit seulement &#034; la continuation de tous ces pourparlers engag&#233;s depuis longtemps sur la dictature, la r&#233;organisation du pouvoir, etc. &#034; Milioukov va trop loin quand, sur cette base, il essaie de pr&#233;senter l'affaire en tel sens qu'il n'y aurait pas eu, en somme, de complot du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Kornilov, indubitablement n'aurait pu formuler ses exigences, par l'interm&#233;diaire de Lvov, s'il n'avait &#233;t&#233; d'abord complice de K&#233;rensky. Ce qui n'emp&#234;che pas que, sous un complot commun, Kornilov en dissimulait un autre, le sien. Au moment o&#249; K&#233;rensky et Savinkov se disposaient &#224; liquider les bolcheviks &#8211; et partiellement les soviets &#8211; Kornilov avait l'intention de liquider aussi le gouvernement provisoire. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que ne voulait pas K&#233;rensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soir&#233;e du 26, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral put effectivement penser, pendant quelques heures, que le gouvernement capitulait sans combat. Cela signifiait non point qu'il n'y avait pas eu de conspiration, mais que le complot semblait devoir bient&#244;t triompher. Une conspiration victorieuse trouve toujours les moyens de se l&#233;galiser. &#034;Je vis le g&#233;n&#233;ral Kornilov apr&#232;s cette conversation &#034;, t&#233;moigna le prince Troubetsko&#239;, diplomate, qui repr&#233;sentait aupr&#232;s du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res, &#034; Un soupir de soulagement lui &#233;chappa et, comme je lui demandais si le gouvernement se montrait bien dispos&#233; en tout, il r&#233;pondit oui. &#034; Kornilov se trompait. Juste &#224; partir de ce moment, le gouvernement en la personne de K&#233;rensky, cessait de se montrer bien dispos&#233; pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral a ses plans ? Ainsi, il est question non d'une dictature, en g&#233;n&#233;ral, mais de la dictature de Kornilov ? A K&#233;rensky, comme par moquerie, l'on propose le poste de ministre de la Justice ? Kornilov, effectivement avait &#233;t&#233; assez imprudent pour en faire allusion &#224; Lvov. S'identifiant &#224; la r&#233;volution, K&#233;rensky criait au ministre des Finances N&#233;krassov : &#034; Je ne leur livrerai pas la r&#233;volution ! &#034;L'ami d&#233;sint&#233;ress&#233;, Lvov, fut aussit&#244;t arr&#234;t&#233; et passa une nuit d'insomnie au palais d'Hiver, avec deux sentinelles &#224; ses pieds, &#233;coutant, en grin&#231;ant des dents, &#034; K&#233;rensky triomphant qui, de l'autre c&#244;t&#233; du mur, dans une chambre contigu&#235;, celle d'Alexandre II, &#233;tant satisfait de la bonne marche de son affaire, vocalisait sans fin des roulades d'op&#233;ras &#034;. En ces heures-l&#224;, K&#233;rensky se sentait un extraordinaire afflux d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;trograd, en ces m&#234;mes journ&#233;es, vivait d'une double anxi&#233;t&#233;. La tension politique, exag&#233;r&#233;e &#224; dessein par la presse, comportait une explosion. La chute de Riga rapprocha le front. La question de l'&#233;vacuation de la capitale, pos&#233;e par les circonstances de la guerre longtemps avant la chute de la monarchie, prit une nouvelle acuit&#233;. Les personnes fortun&#233;es quittaient la ville. La fuite de la bourgeoisie provenait de ses appr&#233;hensions devant une nouvelle insurrection, beaucoup plus que devant une invasion de l'ennemi. Le 26 ao&#251;t, le Comit&#233; central du parti bolchevik revenait &#224; la charge : &#034; De louches personnalit&#233;s&#8230; m&#232;nent une agitation provocatrice, soi-disant au nom de notre parti. &#034; Les organes dirigeants du Soviet de P&#233;trograd, des syndicats, des comit&#233;s de fabriques et d'usines, d&#233;claraient le m&#234;me jour : pas une organisation ouvri&#232;re, pas un parti politique n'appelle &#224; une manifestation quelconque. N&#233;anmoins, les bruits qui couraient sur le renversement, pour le jour suivant, du gouvernement, ne cessaient pas une heure. &#034;Dans les cercles gouvernementaux &#8211; disait la presse &#8211; on indique la d&#233;cision prise unanimement d'&#233;craser toute tentative de manifestation. &#034; Les mesures &#233;taient prises m&#234;me pour provoquer la manifestation avant de l'&#233;craser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 27, non seulement les journaux ne communiquaient encore rien des intentions de mutinerie du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, mais, au contraire, une interview de Savinkov assurait que &#034; le g&#233;n&#233;ral Kornilov jouissait de la confiance absolue du gouvernement provisoire &#034;. Le jour du semestriel anniversaire s'&#233;coulait dans un calme rare. Les ouvriers et les soldats &#233;vitaient tout ce qui aurait pu ressembler &#224; une manifestation. La bourgeoisie, craignant des d&#233;sordres, restait enferm&#233;e chez elle. Les rues &#233;taient d&#233;sertes. Les tombes des victimes de F&#233;vrier sur le Champ-de-Mars semblaient oubli&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin de la journ&#233;e longuement attendue qui devait apporter le salut du pays, le g&#233;n&#233;ralissime re&#231;ut du ministre-pr&#233;sident un ordre t&#233;l&#233;graphique : r&#233;signer ses fonctions entre les mains du chef de l'&#233;tat-major et se rendre imm&#233;diatement &#224; P&#233;trograd. L'affaire prenait du coup une tournure absolument impr&#233;vue. Le g&#233;n&#233;ral comprit, d'apr&#232;s ses propres termes, &#034; qu'il y avait double jeu &#034;. A plus juste titre, il e&#251;t pu dire que son double jeu &#224; lui avait &#233;t&#233; d&#233;couvert. Kornilov d&#233;cide de ne pas c&#233;der. Les exhortations de Savinkov par fil direct ne servirent de rien. &#034;Contraint d'agir ouvertement &#8211; disait le g&#233;n&#233;ralissime dans son manifeste au peuple &#8211; moi, g&#233;n&#233;ral Kornilov, je d&#233;clare que le gouvernement provisoire, sous la pression de la majorit&#233; bolcheviste des soviets, agit en complet accord avec les plans de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral allemand, au moment m&#234;me o&#249; va se produire une descente de l'ennemi sur les rivages de Riga, d&#233;truit l'arm&#233;e et bouleverse &#224; l'int&#233;rieur le pays. &#034; Ne d&#233;sirant pas c&#233;der le pouvoir aux tra&#238;tres, lui, Kornilov, &#034; pr&#233;f&#232;re mourir au champ d'honneur &#034;. Sur l'auteur de ce manifeste, Milioukov &#233;crivait plus tard, avec une nuance d'admiration : &#034; Homme r&#233;solu, ne reconnaissant nulle subtilit&#233; juridique et allant droit au but d&#232;s l'instant qu'il l'avait reconnu juste. &#034; Un g&#233;n&#233;ralissime qui pr&#233;l&#232;ve des troupes sur le front dans le dessein de renverser son propre gouvernement ne peut, effectivement, &#234;tre tax&#233; de pr&#233;dilection pour &#034; les subtilit&#233;s juridiques &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#233;rensky destitua Kornilov par acte d'autorit&#233; personnelle. Le gouvernement provisoire, en ce temps, n'existait d&#233;j&#224; plus : le soir du 26, messieurs les ministres donn&#232;rent une d&#233;mission qui, par un heureux concours de circonstances, r&#233;pondait aux d&#233;sirs de tous les partis. D&#233;j&#224;, quelques jours avant la rupture du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral avec le gouvernement, le g&#233;n&#233;ral Loukomsky avait averti Lvov par l'interm&#233;diaire d'Aladyine : &#034; Il ne serait pas mauvais de pr&#233;venir les cadets qu'ils aient, pour le 27 ao&#251;t, &#224; quitter tous le gouvernement provisoire pour placer celui-ci dans une situation difficile et, par l&#224;-m&#234;me, s'&#233;pargner des d&#233;sagr&#233;ments. &#034; Les cadets ne manqu&#232;rent pas de prendre bonne note de cette recommandation. D'autre part, K&#233;rensky lui-m&#234;me d&#233;clara au gouvernement qu'il jugeait possible de combattre la mutinerie de Kornilov &#034; seulement sous condition que le pouvoir lui f&#251;t remis &#224; lui-m&#234;me int&#233;gralement &#034;. Les autres ministres ne semblaient attendre que cet heureux motif pour d&#233;missionner &#224; leur tour. C'est ainsi que la coalition fut soumise &#224; une v&#233;rification de plus. &#034; Les ministres du parti cadet &#8211; &#233;crit Milioukov &#8211; d&#233;clar&#232;rent que, pour l'instant, ils d&#233;missionnaient sans pr&#233;juger de leur participation future au gouvernement provisoire. &#034; Fid&#232;les &#224; leur tradition, les cadets voulaient attendre &#224; l'&#233;cart les r&#233;sultats des journ&#233;es de lutte pour prendre une d&#233;cision selon l'issue. Ils ne doutaient pas que les conciliateurs leur garderaient indemnes leurs places. En se d&#233;chargeant de la responsabilit&#233;, les cadets, avec tous les autres ministres d&#233;missionnaires, prirent part ensuite &#224; plusieurs conf&#233;rences gouvernementales, &#034; de caract&#232;re priv&#233; &#034;. Les deux camps, se pr&#233;parant &#224; la guerre civile, se groupaient, dans l'ordre &#034; priv&#233; &#034;, autour du chef du gouvernement, muni de tous les pleins pouvoirs imaginables, mais non d'une r&#233;elle autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le t&#233;l&#233;gramme de K&#233;rensky re&#231;u au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral : &#034; Tous &#233;chelons dirig&#233;s sur P&#233;trograd et la banlieue doivent &#234;tre arr&#234;t&#233;s et ramen&#233;s &#224; leurs postes ant&#233;rieurs &#034;, Kornilov nota : &#034; Ne pas ex&#233;cuter cet ordre, diriger les troupes sur P&#233;trograd. &#034; L'affaire du soul&#232;vement arm&#233; &#233;tait ainsi solidement mise sur la voie. Ceci doit &#234;tre compris litt&#233;ralement : trois divisions de cavalerie, par convois de chemin de fer, s'avan&#231;aient vers la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proclamation de K&#233;rensky aux troupes de P&#233;trograd disait : &#034; Le g&#233;n&#233;ral Kornilov, apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; son patriotisme et sa fid&#233;lit&#233; au peuple&#8230; a lev&#233; des r&#233;giments du front et&#8230; les a exp&#233;di&#233;s contre P&#233;trograd. &#034; K&#233;rensky passait sous silence, prudemment que les r&#233;giments du front n'avaient pas seulement &#233;t&#233; pr&#233;lev&#233;s, de son su, mais sur son injonction directe, pour exercer la r&#233;pression sur la garnison m&#234;me devant laquelle il d&#233;non&#231;ait maintenant la f&#233;lonie de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ralissime mutin n'avait pas la langue dans sa poche : &#034; ... Les tra&#238;tres ne sont pas parmi nous &#8211; disait-il dans son t&#233;l&#233;gramme &#8211; mais l&#224;-bas, &#224; P&#233;trograd o&#249;, pour de l'argent allemand, avec la complaisance criminelle du gouvernement, la Russie a &#233;t&#233; vendue et se vend&#034; C'est ainsi que la calomnie lanc&#233;e contre les bolcheviks se frayait sans cesse de nouvelles et nouvelles voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'excitation nocturne dans lequel le pr&#233;sident du Conseil des ministres en d&#233;mission chantait des airs d'op&#233;ras passa bient&#244;t. La lutte contre Kornilov, quelque tour qu'elle pr&#238;t, mena&#231;ait des plus p&#233;nibles cons&#233;quences. &#034; Dans la premi&#232;re nuit du soul&#232;vement du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral &#8211; &#233;crit K&#233;rensky &#8211; parmi les milieux sovi&#233;tiques de soldats et d'ouvriers &#224; P&#233;tersbourg, la rumeur commen&#231;a &#224; se r&#233;pandre obstin&#233;ment d'une connivence de Savinkov avec le mouvement du g&#233;n&#233;ral Kornilov. &#034; La rumeur d&#233;signait K&#233;rensky imm&#233;diatement apr&#232;s Savinkov, et la rumeur ne se trompait pas. Il y avait &#224; redouter pour bient&#244;t les plus terribles r&#233;v&#233;lations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Tard dans la nuit du 25 au 26 ao&#251;t &#034; &#8211; raconte K&#233;rensky &#8211; entra dans son cabinet, tr&#232;s &#233;mu, le directeur du minist&#232;re de la Guerre. &#8211; &#034; Monsieur le ministre, me d&#233;clara Savinkov, en rectifiant la position, je vous prie de m'arr&#234;ter imm&#233;diatement comme complice du g&#233;n&#233;ral Kornilov. Mais si vous avez confiance en moi, je vous prie de me donner la possibilit&#233; de prouver effectivement au peuple que je n'ai rien de commun avec les r&#233;volt&#233;s... &#034; En r&#233;ponse &#224; cette d&#233;claration, poursuit K&#233;rensky, je nommai sur-le-champ Savinkov g&#233;n&#233;ral-gouverneur provisoire de P&#233;trograd, lui attribuant les plus larges pouvoirs pour la d&#233;fense de P&#233;trograd contre les troupes du g&#233;n&#233;ral Kornilov&#034; Bien plus : sur la demande de Savinkov, K&#233;rensky lui adjoignit comme suppl&#233;ant Filonenko. L'affaire de la mutinerie, de m&#234;me que celle de la r&#233;pression, &#233;tait ainsi circonscrite dans le milieu du &#034; directoire &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une si h&#226;tive nomination de Savinkov au poste de g&#233;n&#233;ral-gouverneur &#233;tait dict&#233;e &#224; K&#233;rensky par sa lutte pour la sauvegarde de sa situation politique : si K&#233;rensky avait d&#233;nonc&#233; Savinkov aux soviets, Savinkov e&#251;t imm&#233;diatement d&#233;nonc&#233; K&#233;rensky. Par contre, ayant obtenu de K&#233;rensky, non sans chantage, la possibilit&#233; de se l&#233;galiser par une ostensible participation aux man&#339;uvres contre Kornilov, Savinkov devait faire tout le possible pour blanchir K&#233;rensky. &#034;Le g&#233;n&#233;ral-gouverneur &#034; &#233;tait n&#233;cessaire non point tant pour combattre la contre-r&#233;volution que pour effacer les traces du complot. Le travail bien concert&#233; des complices commen&#231;a imm&#233;diatement en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;A quatre heures du matin, le 28 ao&#251;t &#8211; t&#233;moigne Savinkov je rentrai, sur l'appel de K&#233;rensky, au palais d'Hiver, et trouvai l&#224; le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;ev et T&#233;r&#233;chtchenko. Nous f&#251;mes tous quatre d'accord sur ce point que l'ultimatum de Lvov n'&#233;tait rien de plus qu'un malentendu. &#034; Le r&#244;le d'interm&#233;diaire dans ce conciliabule d'avant l'aube appartint au nouveau g&#233;n&#233;ral-gouverneur. Le dirigeant dans la coulisse &#233;tait Milioukov : au cours de la journ&#233;e, il se montra ouvertement sur la sc&#232;ne. Alex&#233;&#239;ev, bien qu'il d&#233;nomm&#226;t Kornilov &#034; t&#234;te de mouton &#034;, &#233;tait avec lui dans le m&#234;me camp. Les conspirateurs et leurs assistants firent une derni&#232;re tentative pour pr&#233;senter comme &#034; un malentendu &#034; tout ce qui s'&#233;tait pass&#233;, c'est-&#224;-dire pour tromper ensemble l'opinion publique afin de sauver ce que l'on pouvait du plan commun. La division sauvage, le g&#233;n&#233;ral Krymov, les &#233;chelons de Cosaques, Kornilov refusant de se d&#233;mettre, la marche sur la capitale, tout cela n'est rien de plus que les d&#233;tails d'un &#034; malentendu &#034; ! Effar&#233; par le sinistre enchev&#234;trement des circonstances, K&#233;rensky ne criait d&#233;j&#224; plus : &#034; Je ne leur livrerai pas la r&#233;volution ! &#034;Aussit&#244;t apr&#232;s s'&#234;tre entendu avec AIex&#233;&#239;ev, il entra dans la salle de r&#233;ception des journalistes au palais d'Hiver et leur demanda d'&#233;laguer de tous les journaux son manifeste d&#233;clarant tra&#238;tre Kornilov. Lorsque, d'apr&#232;s les r&#233;ponses des journalistes, il se r&#233;v&#233;la que cette t&#226;che &#233;tait techniquement inex&#233;cutable, K&#233;rensky s'&#233;cria : &#034; Je le regrette beaucoup ! &#034; Ce mince &#233;pisode, consign&#233; dans les journaux du lendemain, &#233;claire avec une vivacit&#233; in&#233;galable le personnage du super-arbitre de la nation, d&#233;finitivement emp&#234;tr&#233;. K&#233;rensky incarnait si parfaitement et la d&#233;mocratie et la bourgeoisie qu'il se trouvait maintenant, en m&#234;me temps, le plus haut repr&#233;sentant de l'autorit&#233; de l'&#201;tat et un conspirateur criminel devant elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin du 28, la rupture entre le gouvernement et le g&#233;n&#233;ralissime devint un fait accompli aux yeux de tout le pays. A l'affaire se m&#234;la imm&#233;diatement la Bourse. Si le discours prononc&#233; &#224; Moscou par Kornilov, mena&#231;ant de la chute de Riga, avait &#233;t&#233; marqu&#233; chez les boursiers par une baisse des valeurs russes, la nouvelle de la r&#233;volte ouverte des g&#233;n&#233;raux eut pour r&#233;action une hausse g&#233;n&#233;rale. Par sa cote d&#233;sastreuse du R&#233;gime de F&#233;vrier, la Bourse donna l'expression irr&#233;prochable des &#233;tats d'opinion et des espoirs des classes poss&#233;dantes, qui ne doutaient pas de la victoire de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef d'&#233;tat-major Loukomsky &#224; qui K&#233;rensky avait ordonn&#233; la veille de prendre sur lui, provisoirement, le commandement, r&#233;pondit : &#034; Je n'estime pas possible d'assumer la fonction du g&#233;n&#233;ral Kornilov, car il s'ensuivrait dans l'arm&#233;e une explosion qui perdait la Russie. &#034; D&#233;compte fait du commandant en chef du Caucase, qui attesta non sans retard, sa fid&#233;lit&#233; au gouvernement provisoire, les autres grands chefs, sur des tons vari&#233;s, soutenaient les exigences de Kornilov. Inspir&#233; par les cadets, le Comit&#233; principal de l'Union des officiers exp&#233;dia &#224; tous les &#233;tats-majors de l'arm&#233;e et de la flotte ce t&#233;l&#233;gramme : &#034; Le gouvernement provisoire nous ayant d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; plus d'une fois son impuissance d'&#201;tat, a maintenant d&#233;shonor&#233; son nom par la provocation et ne peut rester plus longtemps &#224; la t&#234;te de la Russie... &#034; Le pr&#233;sident d'honneur de l'Union des officiers &#233;tait le m&#234;me Loukomsky ! Au g&#233;n&#233;ral Krasnov, nomm&#233; chef du 3e corps de cavalerie, l'on d&#233;clara au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral : &#034; Personne ne prendra la d&#233;fense de K&#233;rensky. C'est seulement une promenade. Tout est pr&#233;par&#233;. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les calculs optimistes des dirigeants et des inspirateurs du complot, l'on a une id&#233;e assez juste d'apr&#232;s un t&#233;l&#233;gramme chiffr&#233; du prince Troubetsko&#239; au ministre des Affaires &#233;trang&#232;res : &#034; Jugeant m&#251;rement de la situation &#8211; &#233;crit-il &#8211; on doit avouer que tout le commandement, l'&#233;crasante majorit&#233; du corps des officiers et les meilleurs effectifs combattants suivront Kornilov. De son c&#244;t&#233; se rangeront &#224; l'arri&#232;re toute la cosaquerie, la majorit&#233; des &#201;coles militaires et &#233;galement les meilleures troupes. A la force physique il convient d'ajouter&#8230; l'assentiment de toutes les couches de la population non socialiste et, dans les basses classes&#8230; une indiff&#233;rence qui se soumettra au premier coup de cravache. Il n'est pas douteux qu'une immense quantit&#233; de socialistes de mars ne tardera pas &#224; se ranger du c&#244;t&#233; de Kornilov, au cas o&#249; il vaincrait. &#034; Troubetsko&#239; repr&#233;sentait non seulement les esp&#233;rances du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, mais aussi les dispositions des missions alli&#233;es. Dans le d&#233;tachement de Kornilov qui marchait &#224; la conqu&#234;te de P&#233;trograd se trouvaient des autos blind&#233;es anglaises avec un personnel anglais : et c'&#233;tait l&#224;, doit-on penser, l'effectif le plus s&#251;r. Le chef de la mission militaire anglaise en Russie, le g&#233;n&#233;ral Knox, reprochait au colonel am&#233;ricain Robbins de ne pas soutenir Kornilov. &#034;Je ne m'int&#233;resse pas au gouvernement de K&#233;rensky disait le g&#233;n&#233;ral britannique &#8211; il est trop faible ; il faut une dictature militaire, il faut des Cosaques, ce peuple a besoin du knout ! La dictature est exactement ce qu'il faut. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces voix, de diverses parts, atteignaient le palais d'Hiver et agissaient d'une fa&#231;on bouleversante sur ses habitants. Le succ&#232;s de Kornilov semblait in&#233;luctable. Le ministre N&#233;krassov apprit &#224; ses amis que la partie &#233;tait d&#233;finitivement perdue et qu'il ne restait plus qu'&#224; mourir honn&#234;tement. &#034;Certains dirigeants en vue du Soviet &#8211; affirme Milioukov &#8211; pressentant le sort qui les attendait dans le cas o&#249; Kornilov serait vainqueur, se h&#226;taient d&#233;j&#224; de se faire &#233;tablir des passeports pour l'&#233;tranger. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'heure en heure arrivaient des informations, l'une plus que l'autre mena&#231;ante, sur l'approche des troupes de Kornilov. La presse bourgeoise les recueillait avidement, les exag&#233;rait, les amplifiait, cr&#233;ant une atmosph&#232;re de panique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A midi et demi, le 28 ao&#251;t : &#034; Un d&#233;tachement envoy&#233; par le g&#233;n&#233;ral Kornilov s'est concentr&#233; aux approches de Louga. &#034; A deux heures et demie : &#034; Par la gare d'Or&#233;dej ont pass&#233; neuf nouveaux trains avec des troupes de Kornilov. Dans le train de t&#234;te se trouve un bataillon de cheminots. &#034; A trois heures de l'apr&#232;s-midi : &#034; La garnison de Louga s'est rendue aux troupes du g&#233;n&#233;ral Kornilov et a livr&#233; toutes ses armes. La gare et tous les &#233;difices gouvernementaux de Louga sont occup&#233;s par les troupes de Kornilov. &#034; A six heures du soir : &#034; Deux &#233;chelons de troupes de Kornilov ont fait une perc&#233;e, venant de Narva, et se trouvent &#224; une demi-verste de Gatchina. Deux autres &#233;chelons sont en route, marchant sur Gatchina. &#034; A deux heures du matin, le 29 ao&#251;t : &#034; A la station d'Antropchino (&#224; trente-trois kilom&#232;tres de P&#233;trograd) un combat a commenc&#233; entre les troupes du gouvernement et celles de Kornilov. Des deux c&#244;t&#233;s il y a des tu&#233;s et des bless&#233;s. &#034; Dans la m&#234;me nuit, l'on apprit que Kal&#233;dine mena&#231;ait de couper P&#233;trograd et Moscou de leurs communications avec le Sud, grenier de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, les commandants en chef des fronts, la mission britannique, le corps des officiers, les &#233;chelons, les bataillons de la voie ferr&#233;e, la cosaquerie, Kal&#233;dine, tout cela est entendu dans la salle de malachite du palais d'Hiver comme les sons des trompettes du Jugement dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec d'in&#233;vitables att&#233;nuations, K&#233;rensky lui-m&#234;me en fait l'aveu : &#034; La journ&#233;e du 28 ao&#251;t fut pr&#233;cis&#233;ment celle des plus grandes incertitudes &#8211; &#233;crit-il &#8211; des plus grands doutes sur la force des adversaires de Kornilov, de la plus grande nervosit&#233; dans les milieux de la d&#233;mocratie m&#234;me&#034; Il n'est pas difficile de se repr&#233;senter ce qui se cache sous ces mots. Le chef du gouvernement se rongeait &#224; se demander non seulement quel &#233;tait des deux camps le plus fort, mais aussi quel &#233;tait le plus redoutable pour lui personnellement. &#034;Nous ne sommes pas avec vous, la droite, ni avec vous, la gauche &#034; &#8211; de telles paroles semblaient d'un bel effet sur la sc&#232;ne du th&#233;&#226;tre de Moscou. Traduites dans le langage de la guerre civile pr&#234;te &#224; &#233;clater, elles signifiaient que le petit cercle de K&#233;rensky pouvait s'av&#233;rer inutile tant aux droites qu'aux gauches. &#034; Tous &#8211; &#233;crit Stank&#233;vitch &#8211; nous &#233;tions comme &#233;tourdis de d&#233;sespoir devant l'accomplissement d'un drame qui ruinait tout. Du degr&#233; de notre d&#233;sarroi on peut juger par ce fait que, m&#234;me apr&#232;s la rupture publique entre le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et le gouvernement, des tentatives &#233;taient faites pour arriver &#224; une r&#233;conciliation quelconque&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'id&#233;e d'une m&#233;diation... en ces circonstances, naissait d'elle-m&#234;me &#034;, d&#233;clare Milioukov, qui pr&#233;f&#233;rait agir en qualit&#233; de tierce personne. Le soir du 28, il se pr&#233;senta au palais d'Hiver pour &#034; conseiller &#224; K&#233;rensky de renoncer au point de vue rigoureusement formel d'une violation de la loi &#034;. Le leader lib&#233;ral, comprenant que l'on doit savoir distinguer dans une noix le fruit de la coquille, &#233;tait en m&#234;me temps l'homme le mieux apte &#224; l'emploi de m&#233;diateur loyal. Le13 ao&#251;t, Milioukov avait appris directement de Kornilov que celui-ci fixait son soul&#232;vement au 27. Le lendemain, le 14, Milioukov r&#233;clama, dans son discours &#224; la Conf&#233;rence, que &#034; la prise imm&#233;diate des mesures indiqu&#233;es par le g&#233;n&#233;ralissime ne f&#238;t pas l'objet de soup&#231;ons, de paroles comminatoires ou m&#234;me de r&#233;vocations &#034;. Jusqu'au 27, Kornilov devait rester en dehors des soup&#231;ons ! En m&#234;me temps, Milioukov promettait &#224; K&#233;rensky son appui &#034; de bon gr&#233; et sans contestations &#034;. Voil&#224; quand il est &#224; propos de se rappeler la corde de la potence qui soutient, elle aussi, &#034; sans contestations &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, K&#233;rensky avoue que Milioukov, se pr&#233;sentant &#224; lui avec une offre de m&#233;diation, &#034; avait choisi un moment bien commode pour lui d&#233;montrer que la force r&#233;elle &#233;tait du c&#244;t&#233; de Kornilov &#034;. L'entretien se termina si heureusement qu'en sortant de l&#224;, Milioukov indiqua &#224; ses amis politiques le g&#233;n&#233;ral AIex&#233;&#239;ev comme un successeur de K&#233;rensky contre lequel Kornilov ne ferait pas d'objection. AIex&#233;&#239;ev magnanime donna son consentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re Milioukov venait celui qui &#233;tait plus grand que lui. Tard dans la soir&#233;e, l'ambassadeur britannique Buchanan remit au ministre des Affaires &#233;trang&#232;res une note par laquelle les repr&#233;sentants des puissances alli&#233;es proposaient unanimement leurs bons services &#034; dans des int&#233;r&#234;ts d'humanit&#233; et dans le d&#233;sir de pr&#233;venir une catastrophe irr&#233;parable &#034;. La m&#233;diation officielle entre le gouvernement et le g&#233;n&#233;ral mutin&#233; n'&#233;tait pas autre chose qu'un soutien et une prime d'assurance &#224; la r&#233;volte. En r&#233;ponse, T&#233;r&#233;chtchenko exprimait, au nom du gouvernement provisoire, &#034; un extr&#234;me &#233;tonnement&#034; au sujet du soul&#232;vement de Kornilov dont le programme avait &#233;t&#233; en grande partie adopt&#233; par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un &#233;tat d'abandon et de prostration, K&#233;rensky ne trouva rien de mieux que d'organiser encore une interminable conf&#233;rence avec ses ministres d&#233;missionnaires. Juste au moment o&#249; il se livrait &#224; cette occupation d&#233;sint&#233;ress&#233;e, l'on re&#231;ut des informations particuli&#232;rement alarmantes sur l'avance des &#233;chelons ennemis. N&#233;krassov estimait que &#034; dans quelques heures, les troupes de Kornilov seraient probablement d&#233;j&#224; &#224; P&#233;trograd&#8230; &#034; Les anciens ministres se mirent &#224; conjecturer : &#034; Comment conviendrait-il d'&#233;difier, en pareilles circonstances, le pouvoir gouvernemental ? &#034; L'id&#233;e d'un directoire revint &#224; la surface. La droite et la gauche envisag&#232;rent avec sympathie la pens&#233;e d'inclure dans la composition du &#034; directoire&#034; le g&#233;n&#233;ral AIex&#233;&#239;ev. Le cadet Kokochkine estimait qu'AIex&#233;&#239;ev devait &#234;tre plac&#233; &#224; la t&#234;te du gouvernement. D'apr&#232;s certains t&#233;moignages, l'offre de c&#233;der le pouvoir &#224; quelqu'un d'autre fut faite par K&#233;rensky lui-m&#234;me, qui mentionna nettement son entretien avec Milioukov. Personne ne fit d'objection. La candidature d'AIex&#233;&#239;ev r&#233;conciliait tout le monde. Le plan de Milioukov semblait tout proche de sa r&#233;alisation. Mais l&#224;, comme il convient au moment de la plus haute tension, un coup dramatique fut frapp&#233; &#224; la porte : dans la salle voisine attendait une d&#233;putation du Comit&#233; pour combattre la contre-r&#233;volution. Elle arrivait &#224; temps : l'un des nids les plus dangereux de la contre-r&#233;volution &#233;tait la conf&#233;rence pitoyable, poltronne et d&#233;loyale des korniloviens, des m&#233;diateurs et des capitulards dans une salle du palais d'Hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouvel organe sovi&#233;tique fut constitu&#233; en s&#233;ance unifi&#233;e des deux Comit&#233;s ex&#233;cutifs, celui des ouvriers et soldats, celui des paysans, le soir du 27, et se composa de repr&#233;sentants sp&#233;cialement d&#233;l&#233;gu&#233;s par les trois partis sovi&#233;tiques, par les deux Comit&#233;s ex&#233;cutifs, par le centre des syndicats et le Soviet de P&#233;trograd. Par la cr&#233;ation d'un Comit&#233; de combat ad hoc l'on reconnaissait en somme que les institutions sovi&#233;tiques dirigeantes se sentaient elles-m&#234;mes caduques et, pour les t&#226;ches r&#233;volutionnaires, avaient besoin d'une transfusion de sang frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraints de chercher l'appui des masses contre le g&#233;n&#233;ral, les conciliateurs se h&#226;taient de mettre l'&#233;paule gauche en avant. Du coup se trouv&#232;rent oubli&#233;s les discours affirmant que toutes les questions de principe devaient &#234;tre r&#233;serv&#233;es jusqu'&#224; l'Assembl&#233;e constituante. Les mencheviks d&#233;clar&#232;rent qu'ils exigeraient du gouvernement la proclamation imm&#233;diate de la r&#233;publique d&#233;mocratique, la dissolution de la Douma d'&#201;tat et l'application des r&#233;formes agraires : c'est par cette raison que le nom de &#034; r&#233;publique&#034; apparut pour la premi&#232;re fois dans la d&#233;claration du gouvernement concernant la trahison du g&#233;n&#233;ralissime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question du pouvoir, les Comit&#233;s ex&#233;cutifs reconnurent indispensable de laisser pour l'instant le gouvernement tel qu'il &#233;tait, en rempla&#231;ant les cadets sortis par des &#233;l&#233;ments d&#233;mocratiques ; et, pour la solution d&#233;finitive de la question, de convoquer tr&#232;s prochainement un Congr&#232;s de toutes les organisations qui s'&#233;taient unies &#224; Moscou sur la plate-forme de Tchkh&#233;idz&#233;. Apr&#232;s les pourparlers nocturnes il se trouva, cependant, que K&#233;rensky repoussait r&#233;solument un contr&#244;le d&#233;mocratique sur le gouvernement. Sentant le sol se d&#233;rober sous lui de droite et de gauche, il s'accrocha de toutes ses forces &#224; l'id&#233;e d'un &#034; directoire &#034;, dans laquelle se sont d&#233;pos&#233;s pour lui les r&#234;ves non encore refroidis d'un pouvoir fort. Apr&#232;s de nouveaux d&#233;bats, lassants et st&#233;riles, &#224; l'Institut Smolny, il est d&#233;cid&#233; de s'adresser encore une fois &#224; l'unique et irrempla&#231;able K&#233;rensky, en le priant de consentir au projet initial des Comit&#233;s ex&#233;cutifs. A sept heures et demie du matin, Ts&#233;r&#233;telli revient annoncer que K&#233;rensky refuse de faire des concessions, exige &#034; un soutien sans r&#233;serves &#034;, mais consent &#224; combattre avec &#034; toutes les forces de l'&#201;tat &#034; la contre-r&#233;volution. Ext&#233;nu&#233;s par une nuit blanche, les Comit&#233;s ex&#233;cutifs se rendent enfin &#224; l'id&#233;e inconsistante d'un &#034; directoire &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement solennel pris par K&#233;rensky de lancer les &#034; forces de l'&#201;tat &#034; dans la lutte contre Kornilov ne l'emp&#234;cha pas, comme on sait, de mener avec Milioukov, Alex&#233;&#239;ev et les ministres d&#233;missionnaires, des pourparlers au sujet d'une capitulation pacifique devant le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral qui furent interrompus, la nuit, par un toc-toc &#224; la porte. Quelques jours plus tard, le menchevik Bogdanov, un des membres actifs du Comit&#233; de d&#233;fense, exposait, en termes circonspects, mais non &#233;quivoques, au Soviet de P&#233;trograd, la forfaiture de K&#233;rensky. &#034;Lorsque le gouvernement provisoire tergiversait et qu'on ne savait trop comment se terminerait l'aventure de Kornilov, des m&#233;diateurs se pr&#233;sent&#232;rent, tels que Milioukov et le g&#233;n&#233;ral AIex&#233;&#239;ev&#8230; &#034; Le Comit&#233; de d&#233;fense intervint et &#034; de toute son &#233;nergie &#034; exigea la lutte ouverte. &#034;Sous notre influence &#8211; continuait Bogdanov &#8211; le gouvernement a cess&#233; tous les pourparlers et a repouss&#233; toutes propositions de Kornilov&#8230; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que le chef du gouvernement, hier encore conspirateur contre le camp de gauche, s'en trouva le prisonnier politique, les ministres cadets qui avaient d&#233;missionn&#233; le 26 seulement pour se donner le temps de r&#233;fl&#233;chir, d&#233;clar&#232;rent qu'ils quittaient d&#233;finitivement le gouvernement, ne d&#233;sirant pas endosser la responsabilit&#233; des actes de K&#233;rensky dans la r&#233;pression d'une r&#233;volte si patriotique, si loyale, si salutaire. Les ministres d&#233;missionn&#232;rent, les conseilleurs, les amis, quittaient l'un apr&#232;s l'autre le palais d'Hiver. Ce fut, d'apr&#232;s les termes de K&#233;rensky lui-m&#234;me, &#034; un exode en masse d'un lieu manifestement condamn&#233; &#224; sa perte &#034;. Il y eut une nuit, celle du 28 au 29, o&#249; K&#233;rensky &#034; se promenait presque tout seul dans le palais d'Hiver &#034;. Les airs de bravoure ne venaient plus &#224; l'esprit. &#034;La responsabilit&#233; qui pesait sur moi en ces journ&#233;es atrocement longues &#233;tait v&#233;ritablement inhumaine. &#034; C'&#233;tait principalement une responsabilit&#233; pour le sort de K&#233;rensky lui-m&#234;me : tout le reste s'accomplissait d&#233;j&#224; ind&#233;pendamment de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie se mesure avec la d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 ao&#251;t, tandis que le palais d'Hiver &#233;tait secou&#233; d'une fi&#232;vre de peur, le prince Bagration, commandant la division &#034; sauvage &#034;, rapportait par t&#233;l&#233;graphe &#224; Kornilov que &#034; les allog&#232;nes rempliraient leur devoir envers la patrie et, sur un ordre de leur supr&#234;me h&#233;ros&#8230; verseraient leur derni&#232;re goutte de sang &#034;. Quelques heures apr&#232;s, le mouvement de la division s'interrompit, et, le 31 ao&#251;t, une d&#233;putation sp&#233;ciale, &#224; la t&#234;te de laquelle &#233;tait le m&#234;me Bagration, assurait &#224; K&#233;rensky que la division se soumettait enti&#232;rement au gouvernement provisoire. Tout cela se produisit non seulement sans combat, mais m&#234;me sans un coup de feu. L'affaire n'alla pas jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de sang, pas m&#234;me jusqu'&#224; la premi&#232;re. Les soldats de Kornilov ne tent&#232;rent m&#234;me pas d'employer les armes pour s'ouvrir la route de P&#233;trograd. Les chefs n'os&#232;rent pas le leur commander. Nulle part, les troupes du gouvernement n'eurent &#224; recourir &#224; la force pour arr&#234;ter l'&#233;lan des d&#233;tachements de Kornilov. Le complot se d&#233;composa, se pulv&#233;risa, se volatilisa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer cela, il suffit d'examiner de plus pr&#232;s les forces qui entr&#232;rent dans la lutte. Avant tout, nous serons forc&#233;s d'&#233;tablir &#8211; et cette d&#233;couverte ne sera pas pour nous inattendue &#8211; que l'&#233;tat-major des conspirateurs &#233;tait toujours l'ancien &#233;tat-major tsariste, une chancellerie de gens sans cervelle, incapables de m&#233;diter d'avance, dans le grand jeu qu'ils engageaient, deux ou trois coups de suite. Bien que Kornilov e&#251;t fix&#233; quelques semaines auparavant la date du coup d'&#201;tat, rien n'avait &#233;t&#233; pr&#233;vu et calcul&#233; comme il convient. La pr&#233;paration purement militaire du soul&#232;vement avait &#233;t&#233; effectu&#233;e maladroitement, n&#233;gligemment, &#224; l'&#233;tourdie. Des modifications compliqu&#233;es dans l'organisation et le commandement furent entreprises &#224; la veille m&#234;me de la mise en branle, et d&#233;j&#224; en cours de route. La division &#034; sauvage &#034; qui devait porter &#224; la r&#233;volution le premier coup comptait en tout treize cent cinquante combattants auxquels manquaient six cents fusils, mille lances et cinq cents sabres. Cinq jours avant l'ouverture des hostilit&#233;s, Kornilov donna l'ordre de transformer la division en corps d'arm&#233;e. Pareille mesure, d&#233;j&#224; condamn&#233;e par les manuels d'instruction, &#233;tait &#233;videmment consid&#233;r&#233;e comme indispensable pour entra&#238;ner les officiers en relevant leurs traitements. &#034;Le t&#233;l&#233;gramme annon&#231;ant que les armes manquantes seraient fournies &#224; Pskov &#8211; &#233;crit Martynov &#8211; ne fut re&#231;u par Bagration que le 31 ao&#251;t, apr&#232;s l'&#233;chec d&#233;finitif de toute l'entreprise. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; mandater les instructeurs du front &#224; P&#233;trograd, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ne s'en occupa aussi qu'&#224; la toute derni&#232;re minute. Les officiers qui acceptaient la mission &#233;taient largement munis d'argent et voyageaient en wagons sp&#233;ciaux. Mais les h&#233;ros du patriotisme ne se h&#226;taient pas tellement, doit-on croire, de sauver le pays. Deux jours plus tard, la communication ferroviaire entre le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et la capitale se trouva coup&#233;e et la plupart des mandataires ne parvinrent pas, en somme, sur les lieux de leurs exploits projet&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la capitale, il existait cependant une organisation affid&#233;e aux korniloviens, comptant jusqu'&#224; deux mille membres. Les conspirateurs &#233;taient divis&#233;s en groupes charg&#233;s de t&#226;ches sp&#233;ciales : saisies des autos blind&#233;es, arrestation et assassinat des membres les plus en vue du Soviet, arrestation du gouvernement provisoire, prise des &#233;tablissements les plus importants. D'apr&#232;s Winberg, pr&#233;sident de l'Union du Devoir militaire, &#034; &#224; l'arriv&#233;e des troupes de Krymov, les principales forces de la r&#233;volution devaient d&#233;j&#224; &#234;tre bris&#233;es, an&#233;anties ou mises hors d'&#233;tat de nuire, de sorte que Krymov n'aurait plus eu qu'&#224; r&#233;tablir l'ordre en ville &#034;. A vrai dire, &#224; Mohilev, on estimait exag&#233;r&#233; ce programme d'action et l'on mettait la t&#226;che principale &#224; la charge de Krymov. Mais aussi le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral attendait des d&#233;tachements du Centre r&#233;publicain une aide tr&#232;s s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les conspirateurs de P&#233;trograd ne se manifest&#232;rent absolument en rien, n'&#233;lev&#232;rent pas la voix, ne firent pas &#339;uvre du petit doigt, comme s'ils n'avaient m&#234;me pas exist&#233;. Winberg explique cette &#233;nigme assez simplement. Il se trouva que le colonel Heimann, qui dirigeait le contre-espionnage, avait pass&#233; les heures les plus d&#233;cisives dans un restaurant de banlieue et que le colonel Sidorine, directement charg&#233; par Kornilov d'unifier l'activit&#233; de toutes les Soci&#233;t&#233;s patriotiques de la capitale, ainsi que le colonel Ducimeti&#232;re, pr&#233;pos&#233; &#224; la section militaire, &#034; avaient disparu et l'on ne put les trouver nulle part &#034;. Le colonel de Cosaques Doutov, qui devait marcher &#034; sous les apparences du bolchevisme &#034; se lamenta plus tard : &#034; Je courais... les appeler &#224; descendre dans la me, mais personne ne me suivit. &#034; Les fonds destin&#233;s &#224; l'organisation furent, d'apr&#232;s Winberg, rafl&#233;s et dilapid&#233;s par les principaux participants. Le colonel Sidorine, affirme D&#233;nikine, &#034; s'enfuit en Finlande, emportant les derni&#232;res ressources de l'organisation, quelque chose comme cent cinquante mille roubles &#034;. Lvov, dont nous avons dit l'arrestation au palais d'Hiver, raconta plus tard qu'un des donateurs secrets qui devait remettre aux officiers une somme consid&#233;rable, se rendit &#224; l'endroit convenu, mais trouva les conspirateurs dans un tel &#233;tat d'ivresse qu'il ne se d&#233;cida pas &#224; leur remettre l'argent. Winberg lui-m&#234;me estime que, n'eussent &#233;t&#233; ces &#034; impr&#233;vus &#034; v&#233;ritablement f&#226;cheux, le plan pouvait &#234;tre enti&#232;rement couronn&#233; de succ&#232;s. Mais il reste une question : pourquoi, autour de l'entreprise patriotique, se trouv&#232;rent group&#233;s principalement des ivrognes, des dilapidateurs et des tra&#238;tres ? N'est-ce pas parce que toute t&#226;che historique mobilise ses cadres ad&#233;quats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La composition m&#234;me des effectifs du complot n'&#233;tait pas fameuse, &#224; commencer par les hauts dirigeants. &#034; Le g&#233;n&#233;ral Kornilov &#8211; d&#233;clare le cadet de droite Izgo&#239;ev &#8211; &#233;tait des plus populaires&#8230; parmi la population pacifique, mais non parmi les troupes, du moins celles de l'arri&#232;re que j'ai observ&#233;es. &#034; Sous le terme de population pacifique, Izgo&#239;ev entend le public de 1a Perspective Nevsky. Quant aux masses populaires du front et de l'arri&#232;re, Kornilov leur &#233;tait &#233;tranger, odieux, d&#233;test&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nomm&#233; commandant du 3e corps de cavalerie, le g&#233;n&#233;ral Krasnov, monarchiste, qui tenta bient&#244;t de se mettre dans la vassalit&#233; de Guillaume II, s'&#233;tonna de voir que &#034; Kornilov, ayant con&#231;u un grand dessein, &#233;tait rest&#233; lui-m&#234;me &#224; Mohilev, dans un palais, entour&#233; de Turkm&#232;nes et de brigades de choc, comme s'il ne croyait pas lui-m&#234;me au succ&#232;s&#034;. Comme le journaliste fran&#231;ais Claude Anet demandait &#224; Kornilov pourquoi, &#224; la minute d&#233;cisive, lui-m&#234;me n'avait pas march&#233; sur P&#233;trograd, 1e chef de la conspiration r&#233;pondit : &#034; J'&#233;tais malade, j'avais un fort acc&#232;s de malaria et mon &#233;nergie habituelle fit d&#233;faut. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup trop d'accidents malheureux : il en est toujours ainsi quand une affaire est d'avance condamn&#233;e &#224; sa perte. Dans leur &#233;tat d'esprit les conspirateurs h&#233;sitaient entre une ivresse de forfanterie qui ne conna&#238;t pas d'obstacles et une compl&#232;te prostration devant le premier obstacle r&#233;el. L'affaire consistait non point en la malaria de Kornilov, mais en une maladie beaucoup plus intime, fatale, incurable, qui paralysait la volont&#233; des classes poss&#233;dantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cadets niaient s&#233;rieusement que Kornilov e&#251;t des intentions contre-r&#233;volutionnaires, entendant par l&#224; la restauration de la monarchie des Romanov. Comme s'il s'agissait de cela ! Le &#034; r&#233;publicanisme &#034; de Kornilov n'emp&#234;chait nullement le monarchiste Loukomsky de marcher avec lui de pair &#224; compagnon, ni le pr&#233;sident de l'Union du Peuple russe, Rimsky-Korsakov, de t&#233;l&#233;graphier &#224; Kornilov, le jour du soul&#232;vement : &#034; Je prie ardemment Dieu de vous aider &#224; sauver la Russie, je me mets enti&#232;rement &#224; votre disposition. &#034; Les partisans Cent-Noirs du tsarisme n'&#233;taient pas rebut&#233;s par le fanion r&#233;publicain bon march&#233;. Ils comprenaient que le programme de Kornilov consistait en lui-m&#234;me, en son pass&#233;, en ses soutaches de Cosaque, en ses liaisons et ressources financi&#232;res et surtout en sa disposition sinc&#232;re &#224; pratiquer l'&#233;gorgement de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se d&#233;nommant dans ses manifestes &#034; fils de paysan &#034;, Kornilov fondait le plan du coup d'&#201;tat enti&#232;rement sur la cosaquerie et les montagnards. Dans les troupes lanc&#233;es contre P&#233;trograd il ne se trouvait pas un seul effectif d'infanterie. Le g&#233;n&#233;ral n'avait point acc&#232;s aupr&#232;s du moujik et il ne tentait m&#234;me point de s'en ouvrir un. Il se trouva, il est vrai, au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral dans la personne d'un certain &#034; professeur &#034;, un r&#233;formateur agraire, dispos&#233; &#224; promettre &#224; tout soldat une quantit&#233; fantastique de d&#233;ciatines de terre. Mais le manifeste pr&#233;par&#233; &#224; ce sujet ne fut m&#234;me pas publi&#233; : ce qui retint les g&#233;n&#233;raux de faire de la d&#233;magogie agraire, ce fut la crainte tout &#224; fait fond&#233;e d'effaroucher et d'&#233;carter les propri&#233;taires nobles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un paysan de Mohilev, Tadeusz qui avait observ&#233; de pr&#233;s l'entourage du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral pendant ces journ&#233;es, raconte que, parmi les soldats et dans les campagnes, personne n'ajoutait foi aux manifestes du g&#233;n&#233;ral : &#034; Il veut le pouvoir, mais, au sujet de la terre, pas un mot et, au sujet de la guerre, pas davantage. &#034; Sur les questions les plus vitales, les masses avaient appris d'une fa&#231;on ou d'une autre &#224; se d&#233;brouiller en six mois de r&#233;volution. Kornilov apportait au peuple la guerre, la d&#233;fense des privil&#232;ges des g&#233;n&#233;raux et de la propri&#233;t&#233; des nobles. Il ne pouvait rien lui donner de plus, et le peuple n'attendait de lui rien d'autre. Dans cette impossibilit&#233; d'avance &#233;vidente pour les conspirateurs eux-m&#234;mes de s'appuyer sur le troupier paysan, sans parler des ouvriers, s'exprimait la condamnation sociale de la clique Kornilovienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau des forces politiques qu'avait dessin&#233; le diplomate du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, le prince Troubetsko&#239;, &#233;tait juste en bien des choses, mais erron&#233; en un point : dans le peuple, il n'existait point trace de cette indiff&#233;rence qui dispose &#034; &#224; encaisser n'importe quel coup de cravache &#034; : au contraire, les masses semblaient attendre seulement la menace de la cravache pour montrer quelles sources d'&#233;nergie et d'abn&#233;gation se dissimulaient dans leurs profondeurs. L'erreur commise dans l'appr&#233;ciation de l'&#233;tat d'esprit des masses r&#233;duisait en poussi&#232;re tous les autres calculs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complot &#233;tait men&#233; par des cercles qui sont habitu&#233;s &#224; ne rien faire, qui ne savent rien faire sans les &#233;l&#233;ments de la base, sans la force ouvri&#232;re, sans la chair &#224; canon, sans ordonnances, domesticit&#233;, greffiers, chauffeurs, porteurs, cuisini&#232;res, blanchisseuses, aiguilleurs t&#233;l&#233;graphistes, palefreniers, cochers. Or, tous ces petits rouages humains, imperceptibles, innombrables, indispensables, tenaient pour les soviets et contre Kornilov. La r&#233;volution &#233;tait omnipr&#233;sente. Elle p&#233;n&#233;trait partout, enveloppant le complot. Partout elle avait l'&#339;il, et l'oreille, et la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;al de l'&#233;ducation militaire, c'est que le soldat agisse en dehors de la surveillance de ses chefs comme s'il &#233;tait sous leurs yeux. Or, les soldats et les matelots russes de 1917, qui n'ex&#233;cutaient pas les ordres officiels m&#234;me sous les yeux des commandants, saisissaient au vol, avidement, les ordres de la r&#233;volution et, plus souvent encore, les ex&#233;cutaient, de leur propre initiative, avant m&#234;me de les avoir re&#231;us. Les innombrables serviteurs de la r&#233;volution, ses agents, &#233;claireurs et militants n'avaient besoin ni d'exhortations ni de surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formellement, la liquidation du complot se trouvait entre les mains du gouvernement. Le Comit&#233; ex&#233;cutif y concourait. Mais en r&#233;alit&#233;, la lutte se d&#233;veloppait par des voies toutes diff&#233;rentes. Tandis que K&#233;rensky, courb&#233; sous le fardeau de la &#034; responsabilit&#233; surhumaine &#034;, arpentait tout seul les parquets du palais d'Hiver, le Comit&#233; de d&#233;fense, qui s'appelait &#233;galement &#034; Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire &#034;, d&#233;ployait une large activit&#233;. D&#232;s le matin, des instructions t&#233;l&#233;graphiques sont exp&#233;di&#233;es aux employ&#233;s des chemins de fer, des postes et t&#233;l&#233;graphes et aux soldats. &#034; Tous les mouvements de troupe &#8211; rapportait Dan ce jour-l&#224; m&#234;me &#8211; s'accomplissent sur les ordres du gouvernement provisoire et sont contresign&#233;s par le Comit&#233; de la d&#233;fense publique. &#034; Si l'on rejette les termes conventionnels, cela signifiait que le Comit&#233; de d&#233;fense disposait des troupes sous la forme du gouvernement provisoire. En m&#234;me temps, l'on entreprend de d&#233;truire les nids korniloviens dans P&#233;trograd m&#234;me, l'on proc&#232;de &#224; des perquisitions et &#224; des arrestations dans les &#233;coles militaires et dans les organisations d'officiers. La main du Comit&#233; se sentait partout. On ne s'inqui&#233;tait gu&#232;re du g&#233;n&#233;ral-gouverneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations sovi&#233;tiques d'en bas, &#224; leur tour, n'attendaient pas les appels d'en haut. Le travail principal &#233;tait concentr&#233; dans les quartiers. Aux heures des plus grandes h&#233;sitations du gouvernement et des fastidieux pourparlers du Comit&#233; ex&#233;cutif avec K&#233;rensky, les soviets de quartier se resserr&#232;rent entre eux et d&#233;cid&#232;rent de d&#233;clarer la conf&#233;rence interdistricts ouverte en permanence ; d'introduire leurs repr&#233;sentants dans l'&#233;tat-major form&#233; par le Comit&#233; ex&#233;cutif ; de cr&#233;er une milice ouvri&#232;re ; d'&#233;tablir le contr&#244;le des soviets de quartiers sur les commissaires du gouvernement ; d'organiser des &#233;quipes volantes pour l'arrestation des agitateurs contre-r&#233;volutionnaires. Dans leur ensemble, ces mesures signifiaient qu'on s'attribuait non seulement de consid&#233;rables fonctions gouvernementales, mais aussi les fonctions du Soviet de P&#233;trograd. Par la logique m&#234;me de la situation, les plus hauts organes sovi&#233;tiques durent se restreindre fortement pour c&#233;der la place &#224; ceux de la base. L'entr&#233;e des quartiers de P&#233;trograd dans l'ar&#232;ne de la lutte modifia du coup la direction et l'ampleur de celle-ci. De nouveau se d&#233;couvrit, par l'exp&#233;rience, l'in&#233;puisable vitalit&#233; de l'organisation sovi&#233;tique : paralys&#233;e d'en haut par la direction des conciliateurs, elle se ranimait, au moment critique, en bas, sous l'impulsion des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les bolcheviks qui inspiraient les quartiers, le soul&#232;vement de Kornilov n'&#233;tait pas le moins du monde inattendu. Ils avaient pr&#233;vu, pr&#233;venu, et s'&#233;taient trouv&#233;s les premiers &#224; leur poste. D&#232;s la s&#233;ance unifi&#233;e des Comit&#233;s ex&#233;cutifs du 27 ao&#251;t, Sokolnikov avait communiqu&#233; que le parti bolchevik avait pris toutes les mesures qui d&#233;pendaient de lui pour avertir le peuple du danger et pour pr&#233;parer la d&#233;fense ; les bolcheviks se d&#233;claraient dispos&#233;s &#224; combiner leur action combative avec celle des organes du Comit&#233; ex&#233;cutif. Dans une s&#233;ance de nuit de l'organisation militaire des bolcheviks, &#224; laquelle particip&#232;rent des d&#233;l&#233;gu&#233;s de nombreux contingents de troupes, il fut d&#233;cid&#233; d'exiger l'arrestation de tous les conspirateurs, d'armer les ouvriers, de leur donner des moniteurs choisis parmi les soldats, d'assurer la d&#233;fense de la capitale avec les &#233;l&#233;ments de la base et, en m&#234;me temps, de se pr&#233;parer &#224; la cr&#233;ation d'un pouvoir r&#233;volutionnaire d'ouvriers et de soldats. L'Organisation militaire convoqua des meetings dans toute la garnison. Les soldats &#233;taient invit&#233;s &#224; se tenir en garde, fusil &#224; la main, en &#233;tat de sortir au premier signal d'alarme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Bien que les bolcheviks fussent en minorit&#233; &#8211; &#233;crit Soukhanov &#8211; il est absolument clair que dans le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire l'h&#233;g&#233;monie leur appartenait. &#034; Il en donne la raison : &#034; Si le Comit&#233; voulait agir s&#233;rieusement, il devait agir r&#233;volutionnairement &#034; et, pour des actes r&#233;volutionnaires, &#034; seuls les bolcheviks avaient des moyens r&#233;els &#034;, car les masses les suivaient. La tension de la lutte en tous lieux et partout poussait en avant les &#233;l&#233;ments les plus actifs et les plus hardis. Cette s&#233;lection automatique haussait in&#233;vitablement les bolcheviks, consolidait leur influence, concentrait entre leurs mains l'initiative, leur transmettait en fait la direction, m&#234;me dans celles des organisations o&#249; ils se trouvaient en minorit&#233;. Plus on se rapproche du quartier, de l'usine, de la caserne, plus incontestable et compl&#232;te est la domination des bolcheviks. Toutes les cellules du parti sont mises sur pied. Dans les groupes corporatifs des grandes usines, des permanences de bolcheviks sont organis&#233;es. Au Comit&#233; de quartier du parti se tiennent aussi des repr&#233;sentants des petites entreprises. La liaison s'allonge, venant d'en bas, de l'atelier, par les quartiers, jusqu'au Comit&#233; central du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression imm&#233;diate des bolcheviks et des organisations qu'ils dirigeaient, le Comit&#233; de d&#233;fense reconnut souhaitable d'armer des groupes d'ouvriers pour la protection de leurs quartiers, des fabriques, des usines. Les masses n'attendaient que cette sanction. Dans les quartiers, d'apr&#232;s la presse ouvri&#232;re, se form&#232;rent aussit&#244;t &#034; des files impressionnantes d'hommes d&#233;sireux de faire partie de la Garde rouge &#034;. Des cours s'ouvrirent pour le maniement du fusil et le tir. En qualit&#233; de moniteurs, on fit venir des soldats exp&#233;riment&#233;s. D&#232;s le 29, des compagnies (droujiny) se form&#232;rent dans presque tous les quartiers. La Garde rouge se d&#233;clara pr&#234;te &#224; faire avancer imm&#233;diatement un effectif comptant quarante mille fusils. Ceux des ouvriers qui n'avaient pas d'armes form&#232;rent des droujiny pour creuser des tranch&#233;es, b&#226;tir des blindages, tendre des fils de fer barbel&#233;s. Le nouveau g&#233;n&#233;ral-gouverneur Paltchinsky, qui avait remplac&#233; Savinkov &#8211; K&#233;rensky n'avait pas r&#233;ussi &#224; garder son complice plus de trois jours &#8211; ne put se dispenser de reconna&#238;tre, dans un communiqu&#233; sp&#233;cial, que, d&#232;s qu'il fut besoin de proc&#233;der &#224; des travaux de sape pour la d&#233;fense de la capitale, &#034; des milliers d'ouvriers... donnant de leur personne sans r&#233;clamer de r&#233;tribution, ex&#233;cut&#232;rent en quelques heures un immense travail qui, sans leur aide, aurait exig&#233; plusieurs journ&#233;es &#034;. Cela n'emp&#234;cha pas Paltchinsky, &#224; l'exemple de Savinkov, d'interdire le journal bolchevik, le seul que les ouvriers estimassent le leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise g&#233;ante de Poutilov devient le centre de la r&#233;sistance dans le district de Peterhof. On cr&#233;e en h&#226;te des droujiny de combat. Le travail dans l'usine marche et jour et nuit : on s'occupe du montage de nouveaux canons pour former des divisions prol&#233;tariennes d'artillerie. L'ouvrier Minitchev raconte : &#034; On travailla, ces jours-l&#224;, &#224; raison de seize heures par jour... On monta environ cent canons. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vikjel (Comit&#233; ex&#233;cutif panrusse des cheminots), r&#233;cemment cr&#233;&#233;, dut imm&#233;diatement recevoir le bapt&#234;me du feu. Les cheminots avaient des motifs particuliers de redouter la victoire de Kornilov, qui avait inscrit dans son programme l'&#233;tat de si&#232;ge sur les voies ferr&#233;es. La base, encore ici, devan&#231;ait de loin ses dirigeants. Les cheminots d&#233;montaient et obstruaient les voies pour arr&#234;ter les troupes de Kornilov : l'exp&#233;rience de la guerre servait &#224; quelque chose. Ils prirent aussi des mesures pour isoler le foyer du complot, Mohilev, en arr&#234;tant la circulation tant dans le sens du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral que dans l'autre sens. Les employ&#233;s des postes et t&#233;l&#233;graphes se mirent &#224; intercepter et &#224; exp&#233;dier au Comit&#233; les t&#233;l&#233;grammes et les ordres du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, ou bien des copies. Les g&#233;n&#233;raux s'&#233;taient accoutum&#233;s pendant les ann&#233;es de guerre &#224; croire que les transports et les services de liaison &#233;taient des questions de technique. Ils devaient maintenant constater que c'&#233;taient des questions de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats, moins que tous enclins &#224; la neutralit&#233; politique, n'attendaient pas des invitations sp&#233;ciales pour occuper des positions de combat. Le syndicat des ouvriers de la voie ferr&#233;e armait ses membres, les exp&#233;diait sur la ligne pour la surveillance et la destruction de la voie, pour la garde des ponts, etc. ; par leur ardeur et leur r&#233;solution, les ouvriers poussaient en avant le Vikjel, plus bureaucratique et mod&#233;r&#233;. Le syndicat des m&#233;tallurgistes mit &#224; la disposition du Comit&#233; de d&#233;fense de tr&#232;s nombreux employ&#233;s et versa une forte somme pour couvrir ses d&#233;penses. Le syndicat des chauffeurs mit &#224; la disposition du Comit&#233; des moyens de transport, ses ressources techniques. Le syndicat des typos, en quelques heures, organisa la parution des journaux pour le lundi, afin de tenir la population au courant des &#233;v&#233;nements et r&#233;alisa, en m&#234;me temps, le plus efficace de tous les contr&#244;les possibles sur la presse. Le g&#233;n&#233;ral rebelle avait frapp&#233; du pied sur le sol, des l&#233;gions &#233;taient sorties de terre ; seulement c'&#233;taient des l&#233;gions ennemies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de P&#233;trograd, dans les garnisons voisines, dans les grandes gares, dans la flotte, le travail se poursuivait jour et nuit : on v&#233;rifiait les contingents que l'on formait, les ouvriers s'armaient, des d&#233;tachements &#233;taient envoy&#233;s pour monter la garde le long de la voie ferr&#233;e, la liaison s'&#233;tablissait aussi bien avec les points environnants qu'avec Smolny. Le Comit&#233; de d&#233;fense n'eut pas tant &#224; exhorter et &#224; lancer des appels qu'&#224; enregistrer et &#224; diriger. Ses plans se trouvaient toujours d&#233;pass&#233;s. La r&#233;sistance &#224; la mutinerie du g&#233;n&#233;ral se transformait en un coup de filet populaire contre les conspirateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Helsingfors, l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de toutes les organisations sovi&#233;tiques cr&#233;a un Comit&#233; r&#233;volutionnaire qui d&#233;l&#233;gua &#224; la maison du g&#233;n&#233;ral-gouverneur, &#224; la Kommandantur, au contre-espionnage, et &#224; d'autres tr&#232;s importantes institutions ses commissaires. D&#232;s lors, sans la signature de ces derniers, pas un ordre n'est valable. Les t&#233;l&#233;graphes et les t&#233;l&#233;phones sont pris sous contr&#244;le. Les repr&#233;sentants officiels du r&#233;giment de Cosaques cantonn&#233; &#224; Helsingfors, principalement les officiers, tentent de proclamer la neutralit&#233; : ce sont des korniloviens camoufl&#233;s. Le lendemain, au Comit&#233;, se pr&#233;sentent des Cosaques du rang, ils d&#233;clarent que tout le r&#233;giment est contre Kornilov. Des repr&#233;sentants des Cosaques sont pour la premi&#232;re fois introduits dans le Soviet. Dans ce cas comme dans bien d'autres, un aigu conflit de classes rejette les officiers &#224; droite et les hommes du rang &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet de Cronstadt, ayant eu le temps de se remettre des blessures de juillet, fit savoir par d&#233;p&#234;che que &#034; la garnison de Cronstadt &#233;tait pr&#234;te, comme un seul homme, &#224; prendre la d&#233;fense de la r&#233;volution au premier appel du Comit&#233; ex&#233;cutif &#034;. Les hommes de Cronstadt ne savaient pas encore, en ces jours-l&#224;, &#224; quel point la d&#233;fense de la r&#233;volution les prot&#233;geait eux-m&#234;mes contre les mesures d'extermination : ils ne pouvaient que le deviner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, bient&#244;t apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet, au sein du gouvernement provisoire, il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de d&#233;manteler la forteresse de Cronstadt, en tant que nid de bolcheviks. Cette mesure, d'apr&#232;s un accord avec Kornilov, &#233;tait expliqu&#233;e officiellement par des &#034; motifs strat&#233;giques &#034;. Sentant que les choses tournaient mal, les matelots oppos&#232;rent une r&#233;sistance. &#034; La l&#233;gende d'une trahison au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral &#8211; &#233;crivait K&#233;rensky apr&#232;s avoir lui-m&#234;me accus&#233; Kornilov de trahison &#8211; s'&#233;tait tellement enracin&#233;e &#224; Cronstadt que toute tentative pour enlever les pi&#232;ces d'artillerie provoquait l&#224;-bas une v&#233;ritable fureur de la foule. &#034; C'&#233;tait le gouvernement qui avait charg&#233; Kornilov de rechercher les moyens de liquider Cronstadt. Le g&#233;n&#233;ral avait trouv&#233; ce moyen : aussit&#244;t apr&#232;s l'&#233;crasement de la capitale, Krymov devait faire marcher une brigade avec de l'artillerie sur Oranienbaum, et sous la menace des batteries c&#244;ti&#232;res, exiger de la garnison de Cronstadt le d&#233;sarmement de la forteresse et la rentr&#233;e des &#233;quipages sur le continent, o&#249; les matelots auraient subi en masse la r&#233;pression. Mais, au moment m&#234;me o&#249; Krymov entreprenait d'ex&#233;cuter le projet du gouvernement, celui-ci se trouva forc&#233; de demander aux hommes de Cronstadt protection contre Krymov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; ex&#233;cutif, par t&#233;l&#233;phonogramme &#224; Cronstadt et &#224; Vyborg, demanda l'envoi &#224; P&#233;trograd d'importants effectifs de troupes. D&#232;s le matin du 29, les contingents commenc&#232;rent &#224; arriver. C'&#233;taient, principalement, des d&#233;tachements bolcheviks : pour que l'appel du Comit&#233; ex&#233;cutif e&#251;t de l'efficacit&#233;, il avait fallu confirmation du Comit&#233; central des bolcheviks. Un peu auparavant, vers le milieu de la journ&#233;e du 28, sur un ordre de K&#233;rensky, qui ressemblait beaucoup &#224; une obs&#233;quieuse pri&#232;re, la garde du palais d'Hiver avait &#233;t&#233; prise par les matelots du croiseur Aurore, dont une partie de l'&#233;quipage &#233;tait pourtant encore incarc&#233;r&#233;e &#224; la prison de Kresty pour avoir particip&#233; &#224; la manifestation de juillet. Pendant leurs heures de libert&#233;, les matelots venaient &#224; la prison visiter les hommes de Cronstadt d&#233;tenus, ainsi que Trotsky, Raskolnikov et autres. &#034; N'est-il pas temps d'arr&#234;ter le gouvernement ? &#034; demandaient les visiteurs. &#034; Non, pas encore &#034;, entendent-ils en r&#233;ponse : &#034; Mettez le fusil &#224; l'&#233;paule de K&#233;rensky, tirez sur Kornilov. Ensuite, on r&#233;glera les comptes avec K&#233;rensky. &#034; En juin et juillet, ces matelots n'&#233;taient gu&#232;re dispos&#233;s &#224; pr&#234;ter attention aux arguments de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire. En ces deux mois non tout &#224; fait r&#233;volus, ils avaient beaucoup appris. S'ils posent la question de l'arrestation du gouvernement, c'est plut&#244;t par autocritique et pour en avoir la conscience nette. Eux-m&#234;mes saisissent l'in&#233;luctable continuit&#233; des &#233;v&#233;nements. Dans la premi&#232;re quinzaine de juillet : battus, condamn&#233;s, calomni&#233;s ; &#224; la fin d'ao&#251;t, la garde la plus s&#251;re du palais d'Hiver contre les korniloviens ; ils ouvriront &#224; la fin d'octobre, sur le palais d'Hiver, le feu des canons de l'Aurore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les matelots consentent encore &#224; diff&#233;rer jusqu'&#224; un certain point le r&#232;glement g&#233;n&#233;ral des comptes avec le r&#233;gime de F&#233;vrier, ils ne veulent pas subir un jour de plus l'autorit&#233; des officiers korniloviens. Le commandement qui leur avait &#233;t&#233; impos&#233; par le gouvernement apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet s'&#233;tait av&#233;r&#233; presque partout et en tous lieux partisan des conspirateurs. Le Soviet de Cronstadt r&#233;voqua imm&#233;diatement le commandant d&#233;sign&#233; par le gouvernement et en nomma un autre de son choix. Les conciliateurs ne criaient d&#233;j&#224; plus &#224; la s&#233;cession de la R&#233;publique de Cronstadt. Cependant, l'affaire ne se borna point partout &#224; de simples destitutions : en plusieurs endroits, cela fut pouss&#233; jusqu'&#224; des repr&#233;sailles sanglantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Cela commen&#231;a &#224; Vyborg &#8211; dit Soukhanov &#8211; par des s&#233;vices sur les g&#233;n&#233;raux et les officiers, exerc&#233;s par des attroupements de matelots et de soldats devenus f&#233;roces et pris de panique. &#034; Non, ces foules n'&#233;taient point devenues f&#233;roces et l'on ne saurait gu&#232;re parler dans le cas pr&#233;sent d'une panique. Le matin du 29, le Tsentroflot (Comit&#233; central de la flotte) avait exp&#233;di&#233; au g&#233;n&#233;ral Oranovsky, commandant &#224; Vyborg, pour communication &#224; la garnison, un t&#233;l&#233;gramme sur la r&#233;volte du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Le Commandant garda par devers lui le t&#233;l&#233;gramme pendant toute une journ&#233;e et, quand on lui demanda ce qui se passait, r&#233;pondit qu'il n'avait re&#231;u aucune information. Quand les matelots perquisitionn&#232;rent, ils trouv&#232;rent chez lui la d&#233;p&#234;che. Pris en flagrant d&#233;lit, le g&#233;n&#233;ral se d&#233;clara partisan de Kornilov. Les matelots le fusill&#232;rent, ainsi que deux autres officiers qui avaient d&#233;clar&#233; partager ses id&#233;es. Aux officiers de la flotte de la Baltique, les matelots r&#233;clamaient la signature de d&#233;clarations de fid&#233;lit&#233; &#224; la r&#233;volution et, comme quatre officiers du vaisseau de ligne P&#233;tropavlovsk avaient refus&#233; de donner leur signature, se d&#233;clarant korniloviens, ils furent, par d&#233;cision de l'&#233;quipage, fusill&#233;s sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soldats et les matelots &#233;taient en danger de mort. L'&#233;puration sanglante &#233;tait pr&#233;vue non seulement pour P&#233;trograd et Cronstadt, mais pour toutes les garnisons du pays. D'apr&#232;s la conduite de leurs officiers qui avaient repris courage, d'apr&#232;s leur ton, d'apr&#232;s leurs regards obliques, les soldats et les matelots pouvaient deviner &#224; coup s&#251;r le sort qui les attendait dans le cas de la victoire du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. L&#224; o&#249; l'atmosph&#232;re &#233;tait particuli&#232;rement &#233;chauff&#233;e, ils se h&#226;taient de couper la route aux ennemis en opposant &#224; l'&#233;puration pr&#233;vue par le corps des officiers leur &#233;puration &#224; eux, matelots et soldats. La guerre civile a, comme on le sait, ses lois, et celles-ci n'ont jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;es comme des lois humanitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tchkh&#233;idz&#233; exp&#233;diait imm&#233;diatement &#224; Vyborg et &#224; Helsingfors un t&#233;l&#233;gramme condamnant les lynchages, consid&#233;r&#233;s comme un &#034; coup mortel pour la r&#233;volution &#034;. K&#233;rensky, de son c&#244;t&#233;, t&#233;l&#233;graphiait &#224; Helsingfors : &#034; J'exige que l'on mette fin imm&#233;diatement aux violences abominables. &#034; Si l'on recherche la responsabilit&#233; politique de certains lynchages &#8211; sans oublier que la r&#233;volution est dans l'ensemble un genre de lynchage &#8211; la responsabilit&#233; dans le cas donn&#233; retombait totalement sur le gouvernement et les conciliateurs qui, au moment du danger, recouraient aux masses r&#233;volutionnaires pour les livrer ensuite au corps des officiers contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que pendant la Conf&#233;rence de Moscou, quand on s'attendait d'heure en heure &#224; un coup d'&#201;tat, maintenant encore, ayant rompu avec le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, K&#233;rensky s'adressa aux bolcheviks, les priant &#034; d'exercer leur influence sur les soldats, pour prendre la d&#233;fense de la r&#233;volution &#034;. Tout en ayant appel&#233; les matelots bolcheviks &#224; la protection du palais d'Hiver, K&#233;rensky ne relaxait pas, cependant, ses prisonniers de juillet. Soukhanov &#233;crit &#224; ce sujet : &#034; La situation au moment o&#249; Alex&#233;&#239;ev minaudait avec K&#233;rensky, tandis que Trotsky restait en prison, &#233;tait absolument intol&#233;rable. &#034; Il n'est pas difficile d'imaginer l'&#233;motion qui r&#233;gnait dans les prisons surpeupl&#233;es. &#034; Nous &#233;tions bouillants d'indignation &#8211; raconte l'enseigne de vaisseau Raskolnikov &#8211; contre le gouvernement provisoire qui, en des journ&#233;es si angoissantes... continuait &#224; laisser pourrir &#224; Kresty des r&#233;volutionnaires comme Trotsky... &#034; Qu'ils sont l&#226;ches, ah ! qu'ils sont l&#226;ches ! &#8211; disait Trotsky &#224; la promenade, tournant en rond avec nous &#8211; ils devraient d&#233;clarer imm&#233;diatement Kornilov hors-la-loi pour que n'importe quel soldat d&#233;vou&#233; &#224; la r&#233;volution se sente en droit d'en finir avec lui. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e des troupes de Kornilov &#224; P&#233;trograd aurait signifi&#233; avant tout l'extermination des bolcheviks arr&#234;t&#233;s. Dans un ordre au g&#233;n&#233;ral Bagration qui devait avec l'avant-garde entrer dans la capitale, Krymov n'avait pas oubli&#233; d'indiquer ceci sp&#233;cialement : &#034; Mettre sous bonne garde les prisons et maisons d'arr&#234;t, mais, en aucun cas, ne relaxer les personnes qui y sont d&#233;tenues. &#034; C'&#233;tait tout un programme dont l'inspirateur avait &#233;t&#233; Milioukov d&#232;s les Journ&#233;es d'Avril : &#034; Ne relaxer en aucun cas. &#034; Il n'y eut pas, en ces jours-l&#224;, &#224; P&#233;trograd, un seul meeting o&#249; l'on ne formul&#226;t l'exigence de la lib&#233;ration des emprisonn&#233;s de juillet. Des d&#233;l&#233;gations, l'une apr&#232;s l'autre, se rendaient au Comit&#233; ex&#233;cutif, lequel, &#224; son tour, envoyait ses leaders en pourparlers au palais d'Hiver. Bien en vain ! L'ent&#234;tement de K&#233;rensky dans cette question est d'autant plus remarquable que, pendant une journ&#233;e ou deux, il avait consid&#233;r&#233; la situation du gouvernement comme d&#233;sesp&#233;r&#233;e et que, par cons&#233;quent, il se condamnait au r&#244;le de ge&#244;lier principal, gardant les bolcheviks r&#233;serv&#233;s &#224; la potence du g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant que les masses dirig&#233;es par les bolcheviks, luttant contre Kornilov, n'aient pas accord&#233; la moindre confiance &#224; K&#233;rensky. Il s'agissait pour elles non de prot&#233;ger le gouvernement, mais de d&#233;fendre la r&#233;volution. D'autant plus r&#233;solue et intr&#233;pide &#233;tait leur lutte. La r&#233;sistance &#224; la mutinerie sortait des rails, des pierres, de l'air m&#234;me. Les cheminots de la gare de Louga, &#224; laquelle &#233;tait parvenu Krymov, se refusaient obstin&#233;ment &#224; mettre en marche les trains transportant des troupes, et all&#233;guaient le manque de locomotives. Les &#233;chelons de Cosaques se trouv&#232;rent aussi encercl&#233;s par des soldats arm&#233;s faisant partie de la garnison de Louga qui comptait vingt mille hommes. Il n'y eut pas de collisions ; ce qui se passa fut bien plus dangereux, il y eut contact, intelligence, compr&#233;hension mutuelle. Le Soviet de Louga avait eu le temps d'imprimer la d&#233;claration du gouvernement destituant Kornilov, et ce document fut largement r&#233;pandu d&#232;s lors parmi les &#233;chelons. Les officiers dissuadaient les Cosaques de pr&#234;ter foi aux agitateurs. Mais la n&#233;cessit&#233; m&#234;me de dissuader &#233;tait d'un sinistre augure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t re&#231;u l'ordre de Kornilov : aller de l'avant, Krymov, sous la menace des ba&#239;onnettes, exigea que les locomotives fussent pr&#234;tes dans un demi-heure. La menace sembla efficace. Les locomotives, quoique avec de nouvelles anicroches, furent avanc&#233;es ; mais l'on ne pouvait marcher n&#233;anmoins, car la voie avait &#233;t&#233; d&#233;molie et bloqu&#233;e pour plus d'une journ&#233;e enti&#232;re. Cherchant &#224; &#233;chapper &#224; la propagande corruptrice, Krymov retira, le soir du 28, ses troupes &#224; quelques verstes de Louga. Mais les agitateurs p&#233;n&#233;tr&#232;rent imm&#233;diatement dans les villages : c'&#233;taient des soldats, des ouvriers, des cheminots &#8211; on ne pouvait leur &#233;chapper, ils se r&#233;pandaient partout. Les Cosaques commenc&#232;rent m&#234;me &#224; se r&#233;unir en meetings. Sous l'assaut de la propagande et maudissant son impuissance, Krymov attendait vainement Bagration : les cheminots avaient arr&#234;t&#233; les &#233;chelons de la division &#034; sauvage &#034;, lesquels devaient aussi subir, dans les plus prochaines heures, une attaque morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si veule, si l&#226;che m&#234;me que f&#251;t la d&#233;mocratie des conciliateurs en soi, les forces de masses sur lesquelles, de nouveau, elle s'appuya &#224; moiti&#233; contre Kornilov, ouvraient devant elle des ressources in&#233;puisables d'action. Les socialistes-r&#233;volutionnaires et les bolcheviks consid&#233;raient que leur t&#226;che n'&#233;tait pas de vaincre les troupes de Kornilov en bataille rang&#233;e, mais de les attirer &#224; eux. C'&#233;tait voir juste. Contre la &#034; conciliation &#034; sur cette ligne, les bolcheviks, eux aussi, n'objectaient rien, bien entendu : au contraire, c'&#233;tait l&#224; leur m&#233;thode essentielle ; les bolcheviks demandaient seulement que, derri&#232;re les agitateurs et les parlementaires, se tinssent pr&#234;ts, sous les armes, les ouvriers et les soldats. Pour influencer moralement les effectifs de Kornilov, on trouva du coup un choix illimit&#233; de moyens et de voies. C'est ainsi qu'&#224; la rencontre de la division &#034; sauvage &#034; fut envoy&#233;e une d&#233;l&#233;gation musulmane &#224; laquelle on int&#233;gra des autorit&#233;s indig&#232;nes qui s'&#233;taient aussit&#244;t manifest&#233;es, en commen&#231;ant par le petit-fils de l'illustre Chamil, qui avait h&#233;ro&#239;quement d&#233;fendu le Caucase contre le tsarisme. Les montagnards ne permirent pas &#224; leurs officiers d'arr&#234;ter la d&#233;l&#233;gation : c'e&#251;t &#233;t&#233; en contradiction avec les coutumes s&#233;culaires de l'hospitalit&#233;. Les pourparlers s'ouvrirent et devinrent, du coup, le commencement de la fin. Les commandants envoy&#233;s par Kornilov pour expliquer toute cette campagne, all&#233;gu&#232;rent des &#233;meutes d'agents de l'Allemagne qui auraient &#233;clat&#233; &#224; P&#233;trograd. Or, les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui &#233;taient arriv&#233;s directement de la capitale, non seulement niaient le fait d'une &#233;meute, mais, documents en mains, prouvaient que Krymov &#233;tait un rebelle et conduisait ses troupes contre le gouvernement. Que pouvaient r&#233;pliquer &#224; cela les officiers de Krymov ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le wagon de l'&#233;tat-major de la division &#034; sauvage &#034;, les soldats plant&#232;rent le drapeau rouge avec cette inscription : &#034; La Terre et la Libert&#233;. &#034; Le commandant de l'&#233;tat-major ordonna de rouler le drapeau sur la hampe : &#034; simplement pour &#233;viter une confusion avec un signal de la voie ferr&#233;e &#034;, expliqua monsieur le colonel. L'&#233;quipe de l'&#233;tat-major ne fut pas satisfaite de cette l&#226;che explication et mit le colonel en &#233;tat d'arrestation. Ne se trompait-on point au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral quand on disait qu'il serait indiff&#233;rent aux montagnards du Caucase d'&#233;gorger n'importe qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain matin, un colonel apporta, de la part de Kornilov, cet ordre &#224; Krymov : concentrer le corps d'arm&#233;e, marcher rapidement sur P&#233;trograd et l'occuper &#034; &#224; l'improviste &#034;. Au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, &#233;videmment, l'on essayait encore de fermer les yeux sur la r&#233;alit&#233;. Krymov r&#233;pondit que les contingents du corps &#233;taient dispers&#233;s sur diff&#233;rentes voies ferr&#233;es et qu'en certains endroits des effectifs descendaient des trains ; qu'il n'avait pour l'instant &#224; sa disposition que huit sotnias de Cosaques ; que les voies ferr&#233;es avaient &#233;t&#233; d&#233;t&#233;rior&#233;es, bloqu&#233;es, barricad&#233;es, et que l'on ne pouvait avancer que par une marche en campagne ; enfin, qu'il ne pouvait &#234;tre m&#234;me question d'une occupation impr&#233;vue de P&#233;trograd maintenant que les ouvriers et les soldats s'&#233;taient rang&#233;s sous le fusil dans la capitale et la banlieue. L'affaire se compliquait encore, &#233;tant donn&#233; que la possibilit&#233; &#233;tait d&#233;finitivement perdue d'effectuer l'op&#233;ration &#034; d'une fa&#231;on inopin&#233;e &#034; pour les troupes de Krymov lui-m&#234;me : sentant que les choses allaient tourner mal, les troupes r&#233;clamaient des explications. On dut leur r&#233;v&#233;ler le conflit existant entre Kornilov et K&#233;rensky, c'est-&#224;-dire mettre officiellement &#224; l'ordre du jour la pratique des meetings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre &#224; l'arm&#233;e publi&#233; par Krymov &#224; ce moment disait : &#034; Cette nuit, j'ai re&#231;u du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et de P&#233;trograd une information disant que, dans la capitale, des &#233;meutes ont commenc&#233;... &#034; Cette imposture devait justifier une campagne d&#232;s lors tout &#224; fait ouverte contre le gouvernement. Un ordre de Kornilov lui-m&#234;me, en date du 29 ao&#251;t, disait : &#034; Le service de contre-espionnage de Hollande nous rapporte que : a) ces jours-ci l'on pr&#233;voit une attaque simultan&#233;e sur tout le front dans le but de d&#233;loger et de contraindre &#224; fuir notre arm&#233;e d&#233;compos&#233;e ; b) un soul&#232;vement est pr&#233;par&#233; en Finlande ; c) on se propose de faire sauter les ponts sur le Dni&#233;per et sur la Volga ; d) une insurrection de bolcheviks s'organise &#224; P&#233;trograd. &#034; C'est ce &#034; rapport &#034; m&#234;me que Savinkov all&#233;guait encore le 23 : la Hollande n'&#233;tait mentionn&#233;e que pour jeter de la poudre aux yeux, le document, d'apr&#232;s toutes les donn&#233;es, avait &#233;t&#233; fabriqu&#233; &#224; la mission militaire fran&#231;aise ou bien avec sa collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#233;rensky t&#233;l&#233;graphiait le m&#234;me jour &#224; Krymov : &#034; A P&#233;trograd, calme complet. On n'attend aucune manifestation. N'avons aucunement besoin de votre corps d'arm&#233;e. &#034; La manifestation devait &#234;tre provoqu&#233;e par les d&#233;crets d'&#233;tat de si&#232;ge de K&#233;rensky lui-m&#234;me. Comme le gouvernement avait d&#251; diff&#233;rer sa provocation, K&#233;rensky avait toutes raisons d'estimer qu ' &#034; on ne s'attendait &#224; aucune manifestation &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne voyant point d'issue, Krymov fit la tentative absurde de marcher sur P&#233;trograd avec ses huit sotnias. C'&#233;tait plut&#244;t un geste par acquit de conscience et, bien entendu, il n'en r&#233;sulta rien. Ayant rencontr&#233; &#224; quelques verstes de Louga des avant- postes, Krymov revint sur ses pas, sans m&#234;me essayer de livrer bataille. Au sujet de cette &#034; op&#233;ration &#034; unique, absolument fictive, Krasnov, chef du 3e corps de cavalerie, &#233;crivait plus tard : &#034; Il fallait frapper sur P&#233;trograd avec une force de quatre-vingt-six escadrons et sotnias, et l'on frappa avec une seule brigade comptant huit faibles sotnias, pour une moiti&#233; manquant de chefs. Au lieu de frapper avec le poing, on tapa avec le petit doigt : ceci fit mal au petit doigt et ceux que l'on frappait ne sentirent rien. &#034; Au fond, il n'y eut m&#234;me pas un coup du petit doigt. Personne ne s'en ressentit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cheminots, pendant ce temps, faisaient ce qu'ils avaient &#224; faire. De myst&#233;rieuse fa&#231;on, les &#233;chelons &#233;taient dirig&#233;s sur d'autres voies que celles de leur destination. Les r&#233;giments tombaient sur des divisions qui n'&#233;taient pas les leurs, les effectifs d'artillerie &#233;taient coinc&#233;s dans des impasses, les &#233;tats-majors perdaient leur liaison avec leurs contingents. Toutes les grandes stations avaient leurs soviets, leurs comit&#233;s de cheminots et de soldats. Les t&#233;l&#233;graphistes les tenaient au courant de tous les &#233;v&#233;nements, de tous les d&#233;placements, de toutes les modifications. Les m&#234;mes t&#233;l&#233;graphistes interceptaient les ordres de Kornilov. Les informations d&#233;favorables pour les korniloviens &#233;taient imm&#233;diatement transcrites en nombreux exemplaires, transmises, affich&#233;es, communiqu&#233;es de bouche en bouche. Le m&#233;canicien, l'aiguilleur, le graisseur devenaient des agitateurs. C'est dans cette ambiance qu'avan&#231;aient, ou bien, pis encore, restaient sur place les &#233;chelons de Kornilov. Le commandant, ayant bient&#244;t senti que la situation &#233;tait d&#233;sesp&#233;r&#233;e, ne se h&#226;tait &#233;videmment pas d'avancer et, par son attitude passive, facilitait le travail des contre-conspirateurs du transport. Les &#233;l&#233;ments de l'arm&#233;e de Krymov furent ainsi diss&#233;min&#233;s dans les stations, les bifurcations et les impasses de huit voies ferr&#233;es. Quand on &#233;tudie d'apr&#232;s la carte quel fut le sort des &#233;chelons de Kornilov, on peut garder cette impression que les conspirateurs auraient jou&#233;, sur le r&#233;seau ferroviaire, &#224; colin-maillard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Presque partout &#8211; dit le g&#233;n&#233;ral Krasnov, notant ses observations de la nuit du 29 au 30 ao&#251;t &#8211; nous avons vu un seul et m&#234;me tableau. Ici sur la voie, l&#224; dans un wagon, ou bien assis sur des selles, pr&#232;s de chevaux moreaux et bai-brun qui penchaient vers eux la t&#234;te, se tenaient accroupis ou debout des dragons et, parmi eux, quelque figure gesticulante, portant la capote du soldat. &#034; Le nom de cette &#034; figure gesticulante &#034; devint bient&#244;t l&#233;gion. De P&#233;trograd continuaient &#224; arriver d'innombrables d&#233;l&#233;gations de r&#233;giments, envoy&#233;es &#224; la rencontre des korniloviens : avant de se battre, tous voulaient s'expliquer. Les troupes r&#233;volutionnaires avaient le ferme espoir que l'affaire s'arrangerait sans bataille. Cela se confirma : les Cosaques acc&#233;daient volontiers. L'&#233;quipe de liaison du corps d'arm&#233;e, s'&#233;tant empar&#233;e d'une locomotive, exp&#233;dia des d&#233;l&#233;gu&#233;s sur toute la ligne, On expliqua &#224; chaque &#233;chelon la situation qui s'&#233;tait cr&#233;&#233;e. Il y eut d'incessants meetings au cours desquels montait un cri : on nous a tromp&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Non seulement les chefs de division &#8211; d&#233;clare le m&#234;me Krasnov &#8211; mais m&#234;me les chefs de r&#233;giment ne savaient pas o&#249; se trouvaient leurs escadrons et leurs sotnias... Le manque de nourriture et de fourrage, naturellement, irritait encore plus les hommes. Les hommes... voyaient toute l'incoh&#233;rence de ce qui se passait autour d'eux et se mirent &#224; arr&#234;ter les officiers et les sup&#233;rieurs. &#034; La d&#233;l&#233;gation du Soviet, ayant organis&#233; son &#233;tat-major, communiquait : &#034; Constamment, il y a fraternisation... Nous sommes absolument s&#251;rs que l'on peut consid&#233;rer le conflit comme liquid&#233;. De tous c&#244;t&#233;s arrivent des d&#233;l&#233;gations... &#034; La direction des contingents &#233;tait prise par des comit&#233;s qui se substituaient aux chefs. Tr&#232;s rapidement fut cr&#233;&#233; un soviet de d&#233;put&#233;s du corps d'arm&#233;e, et l'on en d&#233;tacha une d&#233;l&#233;gation d'une quarantaine d'hommes pour l'envoyer au gouvernement provisoire. Les Cosaques commenc&#232;rent &#224; d&#233;clarer hautement qu'ils n'attendaient qu'un ordre de P&#233;trograd pour arr&#234;ter Krymov et les autres officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stank&#233;vitch retrace le tableau qu'il trouva sur sa route, &#233;tant parti le 30 avec Voltinsky dans la direction de Pskov. A P&#233;trograd, l'on croyait que Tsarsko&#239;&#233;-S&#233;lo avait &#233;t&#233; occup&#233; par les korniloviens, mais l'on n'y avait trouv&#233; personne. &#034; A Gatchina, personne... Sur la route, jusqu'&#224; Louga, personne. A Louga, calme et tranquillit&#233;... Nous arriv&#226;mes jusqu'&#224; un village ou devait se trouver l'&#233;tat-major du corps d'arm&#233;e. D&#233;sert... Il se v&#233;rifia que, de bonne heure dans la matin&#233;e, les Cosaques avaient quitt&#233; la place, se rendant dans la direction oppos&#233;e &#224; celle de P&#233;trograd. &#034; La r&#233;volte refluait, se fractionnait, &#233;tait absorb&#233;e par le sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au palais d'Hiver, on appr&#233;hendait encore un peu l'adversaire. K&#233;rensky fit une tentative pour entrer en pourparlers avec le commandement des rebelles : cette voie lui semblait plus s&#251;re que l'initiative &#034; anarchique &#034; de la base, Il exp&#233;dia &#224; Krymov des d&#233;l&#233;gu&#233;s et, &#034; pour le salut de la Russie &#034;, le pria de venir &#224; P&#233;trograd, lui garantissant, sur l'honneur, toute s&#233;curit&#233;. Press&#233; de tous c&#244;t&#233;s et ayant compl&#232;tement perdu la t&#234;te, le g&#233;n&#233;ral se h&#226;ta, bien entendu, d'accepter l'invitation. Sur les traces de Krymov partit pour P&#233;trograd une d&#233;putation de Cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fronts ne soutinrent pas le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Une tentative plus s&#233;rieuse fut faite seulement par le front du Sud-Ouest. L'&#233;tat-major de D&#233;nikine avait entrepris en temps voulu des mesures pr&#233;liminaires. Les effectifs attach&#233;s &#224; la garde de l'&#233;tat-major sur lesquels on ne pouvait compter avaient &#233;t&#233; remplac&#233;s par des Cosaques. Dans la nuit du 26 au 27, l'imprimerie avait &#233;t&#233; occup&#233;e. L'&#233;tat-major essayait de jouer le r&#244;le d'un ma&#238;tre de la situation s&#251;r de lui et avait m&#234;me interdit au Comit&#233; du front de se servir du t&#233;l&#233;graphe. Mais les illusions ne subsist&#232;rent m&#234;me pas quelques heures. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de diff&#233;rents contingents se pr&#233;sent&#232;rent au Comit&#233; avec des offres de soutien. Survinrent des autos blind&#233;es, des mitrailleuses, des canons. Le Comit&#233; subordonna imm&#233;diatement &#224; son contr&#244;le l'activit&#233; de l'&#233;tat-major, auquel l'initiative ne fut laiss&#233;e que dans le domaine des op&#233;rations de guerre. Vers trois heures, le 28, l'autorit&#233; sur le front Sud-Ouest fut enti&#232;rement concentr&#233;e entre les mains du Comit&#233;. &#034; Jamais encore &#8211; se lamentait D&#233;nikine &#8211; l'avenir du pays n'avait paru si sombre, notre impuissance si vexante et si accablante. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les autres fronts, l'affaire tourna d'une fa&#231;on encore moins dramatique : il suffisait aux chefs d'arm&#233;e de regarder autour d'eux pour &#233;prouver l'afflux de sentiments amicaux &#224; l'&#233;gard des commissaires du gouvernement provisoire. Vers le matin du 29, au palais d'Hiver, l'on avait d&#233;j&#224; des t&#233;l&#233;grammes portant des assurances de fid&#233;lit&#233; du g&#233;n&#233;ral Chtcherbatchev, du front roumain, du g&#233;n&#233;ral Valou&#239;ev, du front Ouest, et de Prjewalski, du front du Caucase. Sur le front Nord, o&#249; le commandant en chef &#233;tait un kornilovien d&#233;clar&#233;, Klembovsky, Stank&#233;vitch avait nomm&#233; comme son suppl&#233;ant un certain Savitsky. &#034; Savitsky, qui n'&#233;tait gu&#232;re connu jusqu'alors, nomm&#233; par t&#233;l&#233;gramme au moment du conflit &#8211; &#233;crit Stank&#233;vitch lui-m&#234;me &#8211; pouvait en toute assurance s'adresser &#224; n'importe quel attroupement de soldats &#8211; infanterie, Cosaques, ordonnances et m&#234;me junkers &#8211; avec n'importe quel ordre, quand bien m&#234;me il se serait agi d'arr&#234;ter le commandant en chef &#8211; et l'ordre &#233;tait ex&#233;cut&#233; sans discussion.,. &#034; Ce fut sans les moindres complications que Klembovsky fut remplac&#233; par le g&#233;n&#233;ral Bontch-Brou&#239;&#233;itch qui, par l'interm&#233;diaire de son fr&#232;re, bolchevik connu, fut un des premiers appel&#233; dans la suite au service du gouvernement bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les affaires n'allaient gu&#232;re mieux pour le pilier du parti militaire dans le sud, l'ataman des troupes du Don, Kal&#233;dine. A P&#233;trograd l'on disait que Kal&#233;dine mobilisait les contingents cosaques et que des &#233;chelons du front venaient le rejoindre sur le Don. Or, &#034; l'ataman &#8211; d'apr&#232;s un de ses biographes &#8211; parcourait les bourgs cosaques &#224; bonne distance du chemin de fer... s'entretenant paisiblement avec les habitants &#034;. Kal&#233;dine, effectivement, man&#339;uvrait avec plus de circonspection qu'on ne le croyait dans les cercles r&#233;volutionnaires. Il avait choisi le moment du soul&#232;vement d&#233;clar&#233;, dont l'heure lui &#233;tait connue d'avance, pour parcourir &#034; pacifiquement &#034; les villages cosaques, afin de se trouver, durant les journ&#233;es critiques, &#224; l'&#233;cart du t&#233;l&#233;graphe et de tout autre contr&#244;le et de t&#226;ter en m&#234;me temps l'opinion de la population cosaque. Le 27, il avait t&#233;l&#233;graphi&#233; en cours de route &#224; son suppl&#233;ant Boga&#239;evsky : &#034; Il faut soutenir Kornilov par tous les moyens. &#034; Cependant, ses rapports directs avec la population cosaque prouv&#232;rent justement que les ressources et les forces n'existaient, en somme, point : les Cosaques cultivateurs de bl&#233; ne songeaient nullement &#224; se lever pour la d&#233;fense de Kornilov. Lorsque l'&#233;chec du soul&#232;vement devint &#233;vident, ce que l'on appelait &#034; le gouvernement militaire &#034; du Don d&#233;cida de diff&#233;rer l'expression de son opinion &#034; jusqu'&#224; &#233;lucidation du r&#233;el rapport de forces &#034;, Gr&#226;ce &#224; cette man&#339;uvre, les sommets de la cosaquerie du Don r&#233;ussirent &#224; se jeter &#224; l'&#233;cart en temps opportun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A P&#233;trograd, &#224; Moscou, sur le Don, sur le front, sur les voies que suivaient les &#233;chelons, partout et en tous lieux Kornilov avait des sympathisants, des partisans, des amis. Leur nombre semblait &#233;norme si l'on en juge par les t&#233;l&#233;grammes, les adresses de f&#233;licitations et les articles de journaux. Mais, chose &#233;trange : maintenant que l'heure &#233;tait venue pour eux de se montrer, ils avaient disparu. En bien des cas, la cause n'en r&#233;sidait nullement dans des l&#226;chet&#233;s individuelles. Parmi les officiers korniloviens, il y avait un bon nombre de braves. Mais leur bravoure ne trouvait pas de point d'appui. A partir du moment o&#249; les masses commenc&#232;rent &#224; s'agiter, les individus isol&#233;s n'eurent plus acc&#232;s aux &#233;v&#233;nements. Non seulement les grands industriels, banquiers, professeurs, ing&#233;nieurs, mais aussi les &#233;tudiants, m&#234;me les officiers tremp&#233;s se trouv&#232;rent &#233;cart&#233;s, effac&#233;s, rejet&#233;s. Ils observaient les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulaient devant eux comme du haut d'un balcon. Avec le g&#233;n&#233;ral D&#233;nikine il ne leur restait rien d'autre qu'&#224; maudire leur impuissance vexante et accablante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 ao&#251;t, le Comit&#233; ex&#233;cutif exp&#233;dia &#224; tous les soviets une joyeuse nouvelle : &#034; Dans les troupes de Kornilov, c'est une compl&#232;te d&#233;composition. &#034; Pendant un temps l'on oublia que Kornilov avait choisi pour son entreprise les contingents les plus patriotes, les plus aptes au combat, les mieux pr&#233;serv&#233;s de l'influence des bolcheviks. Le processus de la d&#233;composition consistait en ceci que les soldats cessaient d&#233;finitivement de faire confiance aux officiers, d&#233;couvrant en eux des ennemis. La lutte pour la r&#233;volution contre Kornilov marquait un approfondissement de la d&#233;composition de l'arm&#233;e, c'est-&#224;-dire, pr&#233;cis&#233;ment, ce que l'on reprochait aux bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Messieurs les g&#233;n&#233;raux eurent enfin la possibilit&#233; de v&#233;rifier la force de r&#233;sistance de la r&#233;volution qui leur semblait si friable, si d&#233;bile, si accidentellement victorieuse de l'ancien r&#233;gime. Depuis les Journ&#233;es de F&#233;vrier, on r&#233;p&#233;tait &#224; tout propos la formule fanfaronne de la soldatesque : donnez-moi un r&#233;giment solide et je leur montrerai de quoi il retourne. L'exp&#233;rience du g&#233;n&#233;ral Khabalov et du g&#233;n&#233;ral Ivanov, &#224; la fin de f&#233;vrier, n'avait rien appris aux grands capitaines de la race de ceux qui montrent le poing apr&#232;s la bataille. C'&#233;tait fr&#233;quemment d'apr&#232;s leurs voix que les strat&#232;ges civils r&#233;glaient aussi leur chant. L'octobriste Chidlovsky affirmait que si, en f&#233;vrier, s'&#233;taient montr&#233;s dans la capitale &#034; des contingents non particuli&#232;rement consid&#233;rables, solidement unis par la discipline et l'esprit militaire, la R&#233;volution de F&#233;vrier e&#251;t &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e en quelques jours &#034;. Le fameux Boublikov, agitateur parmi les cheminots, &#233;crivait : &#034; Il e&#251;t suffi d'une seule division disciplin&#233;e venue du front pour que l'insurrection f&#251;t radicalement &#233;cras&#233;e. &#034; Plusieurs officiers qui particip&#232;rent aux &#233;v&#233;nements affirmaient &#224; D&#233;nikine qu ' &#034; un seul bataillon solide ayant &#224; sa t&#234;te un chef qui comprendrait ce qu'il voulait, pouvait mettre sens dessus dessous toute la situation &#034;. Du temps o&#249; Goutchkov &#233;tait ministre de la Guerre, le g&#233;n&#233;ral Krymov vint du front le trouver et lui offrit &#034; de nettoyer P&#233;trograd avec une seule division, bien entendu non point sans effusion de sang &#034;. L'affaire n'eut pas lieu uniquement parce que &#034; Goutchkov ne consentit pas &#034;. Enfin, Savinkov, pr&#233;parant pour le futur Directoire son propre &#034; 27 ao&#251;t &#034;, affirmait que deux r&#233;giments suffiraient parfaitement pour r&#233;duire les bolcheviks en cendres et en poussi&#232;re. Maintenant, le destin donnait &#224; tous ces messieurs, en la personne d'un g&#233;n&#233;ral &#034; gai et all&#232;gre &#034;, l'enti&#232;re possibilit&#233; de v&#233;rifier &#224; quel point leurs calculs h&#233;ro&#239;ques &#233;taient fond&#233;s. Sans coup f&#233;rir, t&#234;te basse, mortifi&#233; et piteux, Krymov arriva au palais d'Hiver. K&#233;rensky ne laissa pas &#233;chapper l'occasion de jouer avec lui une sc&#232;ne path&#233;tique dans laquelle les effets &#224; bon march&#233; &#233;taient garantis d'avance. Revenu de chez le premier ministre au minist&#232;re de la Guerre, Krymov se logea une balle dans la t&#234;te. C'est ainsi que tourna la tentative faite pour r&#233;primer la r&#233;volution &#034; non point sans effusion de sang &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au palais d'Hiver, on eut un soupir de soulagement en songeant qu'une affaire si lourde de complications se terminait &#224; souhait, et l'on se h&#226;ta d'en revenir &#224; l'ordre du jour, c'est-&#224;-dire &#224; la reprise des affaires interrompues. Comme g&#233;n&#233;ralissime, K&#233;rensky se nomma lui-m&#234;me : pour garder son alliance politique avec le corps des vieux g&#233;n&#233;raux, il lui &#233;tait excessivement difficile de trouver un personnage plus congru. Comme chef d'&#233;tat-major du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, il choisit Alex&#233;&#239;ev qui avait failli, deux jours auparavant, devenir premier ministre. Apr&#232;s des tergiversations et des consultations, le g&#233;n&#233;ral, non sans une grimace de d&#233;dain, accepta la nomination dans le but, expliqua-t-il aux siens, de liquider pacifiquement le conflit. L'ancien chef d'&#233;tat-major du g&#233;n&#233;ralissime Nicolas Romanov se retrouvait dans les m&#234;mes fonctions sous K&#233;rensky. Il y avait de quoi s'&#233;tonner ! &#034; Seul, Alex&#233;&#239;ev, gr&#226;ce &#224; ses accointances avec le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et &#224; son &#233;norme influence dans les sph&#232;res sup&#233;rieures des militaires &#8211; c'est ainsi que plus tard K&#233;rensky essaya d'expliquer l'extravagante nomination &#8211; pouvait s'acquitter avec succ&#232;s de la transmission sans douleur du commandement des mains de Kornilov en de nouvelles mains. &#034; Tout au contraire ! La d&#233;signation d'Alex&#233;&#239;ev, c'est-&#224;-dire d'un affid&#233;, pouvait seulement inspirer aux conspirateurs l'id&#233;e de prolonger la r&#233;sistance s'il leur en restait la moindre possibilit&#233;. En r&#233;alit&#233;, Alex&#233;&#239;ev se trouva mis en avant par K&#233;rensky, apr&#232;s la liquidation du soul&#232;vement, pour la raison m&#234;me qui avait fait appeler Savinkov au d&#233;but de la r&#233;bellion : il fallait &#224; tout prix garder les ponts du c&#244;t&#233; de droite. Le nouveau g&#233;n&#233;ralissime estimait maintenant particuli&#232;rement indispensable de refaire amiti&#233; avec les g&#233;n&#233;raux : apr&#232;s la forte secousse, il devrait en effet r&#233;tablir solidement l'ordre et, par cons&#233;quent, aurait besoin d'un pouvoir doublement ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, il ne restait d&#233;j&#224; rien de l'optimisme qui y avait r&#233;gn&#233; deux jours auparavant. Les conspirateurs cherchaient des voies de retraite. Un t&#233;l&#233;gramme exp&#233;di&#233; &#224; K&#233;rensky disait que Kornilov, &#034; consid&#233;rant la situation strat&#233;gique&#034; , &#233;tait dispos&#233; &#224; se d&#233;mettre en paix du commandement s'il &#233;tait d&#233;clar&#233; que &#034; l'on cr&#233;ait un gouvernement fort &#034;. Apr&#232;s ce gros ultimatum de celui qui capitulait, en venait un autre plus petit : lui, Kornilov, estimait &#034; en somme inadmissibles les arrestations de g&#233;n&#233;raux et d'autres personnes avant tout indispensables &#224; l'arm&#233;e &#034;. K&#233;rensky, tout heureux, fit aussit&#244;t un pas vers son adversaire en annon&#231;ant par radio que les ordres du g&#233;n&#233;ral Kornilov concernant les op&#233;rations de guerre &#233;taient obligatoires pour tous. Kornilov lui-m&#234;me &#233;crivait &#224; ce sujet &#224; Krymov le m&#234;me jour : &#034; Voici un &#233;pisode unique dans l'histoire mondiale : un g&#233;n&#233;ralissime accus&#233; de forfaiture et de trahison envers la patrie, et traduit pour cela devant un tribunal, a re&#231;u l'ordre de continuer &#224; commander les arm&#233;es... &#034; Cette nouvelle manifestation de la pusillanimit&#233; de K&#233;rensky rendit imm&#233;diatement courage aux conspirateurs qui craignaient encore de faire un mauvais march&#233;. Malgr&#233; le t&#233;l&#233;gramme envoy&#233; quelques heures auparavant d&#233;clarant inadmissible une lutte int&#233;rieure &#034; en ce moment &#233;pouvantable &#034;, Kornilov, &#224; demi r&#233;tabli dans ses droits, exp&#233;dia deux hommes &#224; Kal&#233;dine pour le prier &#034; de faire pression &#034; et, en m&#234;me temps, fit cette proposition &#224; Krymov : &#034; Si la situation le permet, agissez ind&#233;pendamment dans l'esprit de l'instruction que je vous ai donn&#233;e. &#034; L'esprit de l'instruction &#233;tait ceci : renverser le gouvernement et pendre tous les membres du Soviet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;ev, nouveau chef d'&#233;tat-major, partit occuper le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Au palais d'Hiver, on consid&#233;rait encore cette op&#233;ration comme s&#233;rieuse. En r&#233;alit&#233;, Kornilov avait directement &#224; sa disposition : un bataillon de chevaliers de Saint-Georges, un r&#233;giment d'infanterie &#034; kornilovien &#034; et un r&#233;giment de cavalerie du Tek. Le bataillon des chevaliers de Saint-Georges, d&#232;s le d&#233;but, s'&#233;tait rang&#233; du c&#244;t&#233; du gouvernement. Le r&#233;giment &#034; kornilovien &#034; et celui du Tek &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme fid&#232;les ; mais une partie d'entre eux avait aussi fait d&#233;fection. Le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral n'avait pas du tout d'artillerie &#224; sa disposition. En de telles conditions l'on ne pouvait parler de r&#233;sistance. Alex&#233;&#239;ev d&#233;buta dans sa mission en faisant &#224; Kornilov et &#224; Loukomsky des visites c&#233;r&#233;monieuses au cours desquelles, doit-on penser, de c&#244;t&#233; et d'autre, l'on usa unanimement du vocabulaire de la soldatesque &#224; l'adresse de K&#233;rensky, nouveau g&#233;n&#233;ralissime. Pour Kornilov comme pour Alex&#233;&#239;ev il &#233;tait clair que l'on devait, en tout cas, remettre &#224; une autre &#233;ch&#233;ance le salut du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tandis qu'au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral l'on arrangeait si heureusement la paix sans vainqueurs ni vaincus, l'atmosph&#232;re &#224; P&#233;trograd s'&#233;chauffait extr&#234;mement et l'on attendait impatiemment au palais d'Hiver des nouvelles rassurantes de Mohilev pour les transmettre au peuple. Alex&#233;&#239;ev &#233;tait accabl&#233; de questions incessantes. Le colonel Baranovsky, homme de confiance de K&#233;rensky, se plaignait par fil direct : &#034; Les soviets sont en effervescence, on ne peut d&#233;charger l'atmosph&#232;re qu'en manifestant de l'autorit&#233; et en arr&#234;tant Kornilov et autres... &#034; Cela ne r&#233;pondait nullement aux intentions d'Alex&#233;&#239;ev. &#034; Je vois avec un profond regret &#8211; r&#233;plique le g&#233;n&#233;ral &#8211; que mes appr&#233;hensions de nous voir d&#233;finitivement tomb&#233;s pour l'instant dans les griffes tenaces des soviets correspondent &#224; un fait incontestable. &#034; Sous le pronom famili&#232;rement employ&#233; de &#034; nous &#034;, est sous-entendu le groupe de K&#233;rensky dans lequel Alex&#233;&#239;ev, pour att&#233;nuer sa pointe, se comprend conventionnellement aussi. Le colonel Baranovsky lui r&#233;pond du m&#234;me ton : &#034; Dieu aidant, nous &#233;chapperons aux griffes tenaces du Soviet dans lesquelles nous sommes pris. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine les masses avaient-elles sauv&#233; K&#233;rensky des griffes de Kornilov, que le leader de la d&#233;mocratie se h&#226;tait d&#233;j&#224; de se mettre en accord avec Alex&#233;&#239;ev contre les masses : &#034; Nous &#233;chapperons aux griffes tenaces du Soviet. &#034; Alex&#233;&#239;ev dut n&#233;anmoins se soumettre &#224; la n&#233;cessit&#233; et proc&#233;der &#224; l'arrestation rituelle des principaux conspirateurs. Kornilov, sans opposer de r&#233;sistance, fut mis aux arr&#234;ts de rigueur &#224; domicile quatre jours apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; au peuple : &#034; Je pr&#233;f&#232;re la mort plut&#244;t que d'&#234;tre destitu&#233; de mes fonctions de g&#233;n&#233;ralissime. &#034; La Commission extraordinaire d'enqu&#234;te qui arriva &#224; Mohilev arr&#234;ta de son c&#244;t&#233; le ministre adjoint des Voies et Communications, plusieurs officiers de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral, le malencontreux diplomate Aladyine, ainsi que tous les membres pr&#233;sents du Comit&#233; principal de l'Union de officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premi&#232;res heures qui suivirent la victoire, les conciliateurs gesticulaient vivement. Avksentiev lui-m&#234;me lan&#231;ait des foudres. Pendant trois jours, les rebelles avaient laiss&#233; les fronts d&#233;munis d'instructions ! &#034; Mort aux tra&#238;tres ! &#034; criaient les membres du Comit&#233; ex&#233;cutif. Avksentiev faisait &#233;cho &#224; ces voix : oui, la peine de mort avait &#233;t&#233; r&#233;tablie sur la demande de Kornilov et de ses affid&#233;s, &#034; elle serait d'autant plus r&#233;solument appliqu&#233;e &#224; ces derniers &#034;. (Temp&#234;te prolong&#233;e d'applaudissements.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Concile eccl&#233;siastique de Moscou, qui s'&#233;tait inclin&#233; une quinzaine auparavant devant Kornilov, en tant que restaurateur de la peine de mort, suppliait maintenant par t&#233;l&#233;gramme le gouvernement, &#034; au nom de Dieu et de l'amour du Christ pour le prochain &#034;, de sauvegarder la vie du g&#233;n&#233;ral malheureux. D'autres leviers furent mis en branle. Mais le gouvernement ne songeait aucunement &#224; une r&#233;pression sanglante. Lorsque la d&#233;l&#233;gation de la division &#034; sauvage &#034; se pr&#233;senta &#224; K&#233;rensky au palais d'Hiver, comme un des soldats, en r&#233;ponse aux phrases vagues du nouveau g&#233;n&#233;ralissime, disait que &#034; les commandants tra&#238;tres devaient &#234;tre impitoyablement frapp&#233;s &#034;, K&#233;rensky l'interrompit par ces mots : &#034; Votre affaire est maintenant d'ob&#233;ir &#224; vos chefs et, quant &#224; nous, nous ferons tout le n&#233;cessaire. &#034; Positivement, cet homme estimait que les masses devaient monter sur la sc&#232;ne quand il frapperait du pied gauche et dispara&#238;tre quand il frapperait du pied droit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Nous ferons nous-m&#234;mes tout le n&#233;cessaire. &#034; Mais tout ce qu'ils firent semblait aux masses inutile, sinon suspect et p&#233;rilleux. Les masses ne se trompaient point ; au sommet, l'on se pr&#233;occupait plut&#244;t de r&#233;tablir la situation d'o&#249; &#233;tait sortie la campagne de Kornilov. &#034; D&#232;s les premiers interrogatoires auxquels proc&#233;d&#232;rent les membres de la commission d'enqu&#234;te &#8211; raconte Loukomsky &#8211; il s'av&#233;ra que tous nous traitaient avec la plus extr&#234;me bienveillance. &#034; C'&#233;taient, en somme, des complices et des camoufleurs. Le procureur militaire, Chablovsky, donnait aux accus&#233;s une consultation pour leur apprendre &#224; tromper la justice. Les organisations du front envoyaient des protestations. &#034; Les g&#233;n&#233;raux et leurs complices sont trait&#233;s autrement qu'en criminels devant l'&#201;tat et le peuple... Les rebelles ont une enti&#232;re libert&#233; de communication avec le monde ext&#233;rieur. &#034; Loukomsky confirme : &#034; L'&#233;tat-major du g&#233;n&#233;ralissime nous informait de toutes les questions qui nous int&#233;ressaient. &#034; Les soldats indign&#233;s tent&#232;rent plus d'une fois de traduire les g&#233;n&#233;raux devant leur propre justice, et les d&#233;tenus n'&#233;chapp&#232;rent aux repr&#233;sailles que gr&#226;ce &#224; une division polonaise contre-r&#233;volutionnaire install&#233;e &#224; Bykhov, lieu o&#249; ils &#233;taient incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 septembre, le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;ev &#233;crivit &#224; Milioukov, du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, une lettre traduisant l'indignation l&#233;gitime des conspirateurs devant la conduite de la grande bourgeoisie qui, d'abord, les avait pouss&#233;s en avant et, apr&#232;s la d&#233;faite, les avait abandonn&#233;s &#224; leur propre sort. &#034; Vous savez jusqu'&#224; un certain point &#8211; &#233;crivait, non sans causticit&#233;, le g&#233;n&#233;ral &#8211; que certains cercles de notre soci&#233;t&#233; non seulement &#233;taient au courant de tout, non seulement sympathisaient id&#233;ologiquement, mais aidaient comme ils pouvaient Kornilov... &#034; Au nom de l'Union des officiers, Alex&#233;&#239;ev exigeait de Vychn&#233;gradsky, Poutilov et d'autres capitalistes consid&#233;rables qui avaient tourn&#233; le dos aux vaincus, une souscription imm&#233;diate de trois cent mille roubles au profit &#034; des familles affam&#233;es de ceux avec lesquels ils &#233;taient li&#233;s par une communaut&#233; d'id&#233;es et de pr&#233;paration ! &#034; La lettre s'achevait par une v&#233;ritable menace : &#034; Si la presse honn&#234;te n'entreprend pas imm&#233;diatement d'expliquer &#233;nergiquement l'affaire... le g&#233;n&#233;ral Kornilov sera contraint de d&#233;voiler largement devant le tribunal toute la pr&#233;paration, tous les pourparlers avec des personnalit&#233;s et des cercles, leur participation &#034;, etc. Au sujet des r&#233;sultats pratiques de ce lamentable ultimatum, D&#233;nikine communique : &#034; C'est seulement &#224; la fin d'octobre que Kornilov re&#231;ut de Moscou environ quarante mille roubles. &#034; Milioukov, pendant ce temps, s'&#233;tait en somme absent&#233; de l'ar&#232;ne politique : d'apr&#232;s la version officielle des cadets, il &#233;tait parti &#034; se reposer en Crim&#233;e &#034;. Apr&#232;s tant de tracas, le leader lib&#233;ral avait effectivement besoin de repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La com&#233;die de l'enqu&#234;te tra&#238;na jusqu'&#224; l'insurrection bolcheviste, apr&#232;s quoi Kornilov et ses complices furent non seulement mis en libert&#233;, mais munis par le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral de K&#233;rensky de tous les documents indispensables. Ce furent les g&#233;n&#233;raux fugitifs qui d&#233;clench&#232;rent la guerre civile. En raison des vis&#233;es sacr&#233;es qui liaient Kornilov avec le lib&#233;ral Milioukov et le Cent-Noir Rimsky-Korsakov, des centaines de milliers d'hommes tomb&#232;rent, le Midi et l'Est de la Russie furent pill&#233;s et d&#233;vast&#233;s, l'&#233;conomie du pays fut d&#233;finitivement &#233;branl&#233;e, la r&#233;volution fut contrainte &#224; la terreur rouge. Kornilov, ayant &#233;chapp&#233; sans encombre &#224; la justice de K&#233;rensky, tomba bient&#244;t sur le front de la guerre civile, frapp&#233; par un obus bolchevik. Le sort de Kal&#233;dine ne fut gu&#232;re diff&#233;rent. Le &#034; gouvernement militaire &#034; du Don exigea non seulement que l'ordre d'arr&#234;ter Kal&#233;dine f&#251;t rapport&#233;, mais que celui-ci f&#251;t r&#233;tabli dans ses fonctions d'ataman. K&#233;rensky, l&#224; encore, ne perdit pas une occasion de reculade. Skob&#233;lev arriva &#224; Novotcherkassk, apportant des excuses au &#034; cercle militaire cosaque &#034;. Le ministre d&#233;mocrate fut l'objet de sarcasmes raffin&#233;s et, l&#224;, Kal&#233;dine lui-m&#234;me fut le premier &#224; railler. Le triomphe du g&#233;n&#233;ral cosaque ne fut pourtant point durable. Coinc&#233; de tous c&#244;t&#233;s par la r&#233;volution bolcheviste, chez lui, sur le Don, Kal&#233;dine se suicida quelques mois plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le drapeau de Kornilov passa ensuite aux mains du g&#233;n&#233;ral D&#233;nikine et de l'amiral Koltchak, dont les noms se rattachent &#224; la principale p&#233;riode de la guerre civile. Mais tout cela concerne d&#233;j&#224; 1918 et les ann&#233;es suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les masses expos&#233;es aux coups&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes imm&#233;diates des &#233;v&#233;nements d'une r&#233;volution sont les modifications dans la conscience des classes en lutte. Les rapports mat&#233;riels d'une soci&#233;t&#233; d&#233;terminent seulement le courant suivi par ces processus. Par leur nature, les modifications de la conscience collective ont un caract&#232;re &#224; demi occulte ; &#224; peine parvenus &#224; une tension d&#233;termin&#233;e, les nouveaux &#233;tats d'esprit et les id&#233;es percent au dehors sous la forme d'actions de masses qui &#233;tablissent un nouvel &#233;quilibre social, d'ailleurs tr&#232;s instable. La marche de la r&#233;volution &#224; chaque nouvelle &#233;tape met &#224; nu le probl&#232;me du pouvoir pour le recouvrir encore, imm&#233;diatement apr&#232;s, d'un masque &#8212; en attendant de le d&#233;pouiller de nouveau. Tel est aussi le m&#233;canisme d'une contre-r&#233;volution avec cette diff&#233;rence que le film se d&#233;roule ici &#224; rebours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se passe aux cimes gouvernementales et sovi&#233;tiques n'est nullement indiff&#233;rent pour la marche des &#233;v&#233;nements. Mais on ne peut comprendre le sens r&#233;el de la politique d'un parti et d&#233;chiffrer les man&#339;uvres des leaders qu'&#224; condition de d&#233;couvrir les profonds processus mol&#233;culaires dans la conscience des masses. En juillet, les ouvriers et les soldats avaient essuy&#233; une d&#233;faite, mais, en octobre, par un assaut irr&#233;sistible, ils s'empar&#232;rent du pouvoir. Que s'&#233;tait-il pass&#233; dans leurs esprits pendant ces quatre mois ? Comment avaient-ils r&#233;agi sous les coups qui pleuvaient d'en haut ? Avec quelles id&#233;es, quels sentiments, avaient-ils consid&#233;r&#233; la tentative faite par la bourgeoisie pour s'emparer du pouvoir ? Le lecteur devra revenir en arri&#232;re, vers la d&#233;faite de juillet. Fr&#233;quemment, l'on est oblig&#233; de reculer pour mieux sauter. Or, devant nous s'annonce le saut d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'historiographie sovi&#233;tique officielle, une opinion s'est &#233;tablie, et est devenue une sorte de lieu commun, d'apr&#232;s laquelle l'assaut livr&#233; au parti en juillet &#8212; r&#233;pressions combin&#233;es avec la calomnie &#8212; aurait pass&#233; sans laisser presque aucune trace sur les organisations ouvri&#232;res. C'est absolument inexact. A vrai dire, la d&#233;faillance dans les rangs du parti et le reflux &#224; son &#233;gard des ouvriers et des soldats dur&#232;rent peu de temps, quelques semaines. Le renouveau survint si vite et, surtout si temp&#233;tueux qu'il effa&#231;a &#224; moiti&#233; le souvenir m&#234;me des journ&#233;es d'accablement et de prostration : les victoires projettent en g&#233;n&#233;ral une autre lumi&#232;re sur les d&#233;faites qui les ont pr&#233;par&#233;es. Mais, &#224; mesure que l'on publie les proc&#232;s-verbaux des organisations locales du parti, l'on voit appara&#238;tre avec une nettet&#233; de plus en plus grande l'affaissement de la r&#233;volution en juillet, qui se ressentait, en ces jours-l&#224;, d'autant plus douloureusement que la mont&#233;e pr&#233;c&#233;dente avait eu un caract&#232;re plus incessant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute d&#233;faite, proc&#233;dant d'un rapport de forces d&#233;termin&#233;, modifie &#224; son tour ce rapport au d&#233;savantage de la partie vaincue, car le vainqueur prend de l'assurance ; tandis que le vaincu perd confiance en lui-m&#234;me. Or, telle ou telle appr&#233;ciation de la force que l'on a constitue un &#233;l&#233;ment extr&#234;mement important du rapport objectif des forces. Une d&#233;faite directe fut essuy&#233;e par les ouvriers et les soldats de P&#233;trograd qui, dans leur &#233;lan en avant, s'&#233;taient heurt&#233;s, d'un c&#244;t&#233;, au manque de clart&#233; et aux contradictions de leurs propres desseins, d'autre part, &#224; l'&#233;tat arri&#233;r&#233; de la province et du front. C'est pourquoi, dans la capitale, les cons&#233;quences de la d&#233;faite se manifest&#232;rent avant tout, et avec la plus grande violence. Cependant, absolument inexactes sont les affirmations si fr&#233;quentes dans la m&#234;me litt&#233;rature officielle, d'apr&#232;s lesquelles la d&#233;faite de juillet aurait pass&#233; presque inaper&#231;ue pour la province. C'est th&#233;oriquement invraisemblable et c'est d&#233;menti par le t&#233;moignage des faits et des documents. Lorsque de grandes questions se posaient, tout le pays, spontan&#233;ment, tournait chaque fois la t&#234;te vers P&#233;trograd. La d&#233;faite des ouvriers et des soldats de la capitale devait justement produire une &#233;norme impression sur les couches les plus avanc&#233;es de la province. L'&#233;pouvante, la d&#233;sillusion, l'apathie se produisaient en diverses parties du pays sous des aspects diff&#233;rents, mais s'observaient partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaissement de la r&#233;volution se traduisit avant tout dans un extr&#234;me affaiblissement de la r&#233;sistance des masses aux adversaires. Tandis que les troupes introduites &#224; P&#233;trograd proc&#233;daient officiellement &#224; des actes punitifs, en d&#233;sarmant les soldats et les ouvriers, des bandes &#224; demi volontaires, sous leur couverture, commettaient impun&#233;ment des attentats sur les organisations ouvri&#232;res. Apr&#232;s la destruction de la r&#233;daction de la Pravda et de l'imprimerie des bolcheviks, on saccage les locaux du syndicat des m&#233;tallurgistes. Par la suite, les coups sont dirig&#233;s sur les soviets de quartier. Les conciliateurs ne sont pas &#233;pargn&#233;s : le 10, une attaque eut lieu contre un des si&#232;ges du parti &#224; la t&#234;te duquel se trouvait le ministre de l'Int&#233;rieur Ts&#233;r&#233;telli. Dan eut besoin d'une bonne dose d'abn&#233;gation pour &#233;crire au sujet de l'arriv&#233;e des troupes : &#034; Au lieu de voir p&#233;rir la r&#233;volution, nous sommes maintenant t&#233;moins de son nouveau triomphe. &#034; Ce triomphe allait si loin que, d'apr&#232;s le menchevik Prouchitsky, les passants, dans les rues, s'ils avaient l'air d'ouvriers et &#233;taient soup&#231;onn&#233;s de bolchevisme, se trouvaient en danger de subir de cruels s&#233;vices. Quel irr&#233;cusable sympt&#244;me d'un brusque changement de toute la situation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lazis, membre du comit&#233; bolchevik de P&#233;trograd, par la suite agent connu de la Tch&#233;ka, notait dans son joumal : &#034; 9 juillet. Dans la ville, on a saccag&#233; toutes nos imprimeries. Personne n'ose imprimer nos journaux et nos tracts. Nous recourons au montage d'une typographie clandestine. Le quartier de Vyborg est devenu un refuge pour tous. Ici se sont transport&#233;s le Comit&#233; de P&#233;trograd et les membres du Comit&#233; central qui sont poursuivis. Dans le local de garde de l'usine Renault le Comit&#233; est en conf&#233;rence avec L&#233;nine. On a pos&#233; la question d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Chez nous, au Comit&#233;, les voix se sont partag&#233;es. J'ai vot&#233; pour l'appel &#224; la gr&#232;ve. L&#233;nine, apr&#232;s avoir expliqu&#233; la situation, a propos&#233; de renoncer &#224; cette solution&#8230; 12 juillet. La contre-r&#233;volution est victorieuse. Les soviets impuissants. Les junkers d&#233;cha&#238;n&#233;s tombent d&#233;j&#224; m&#234;me sur les mencheviks. Certains &#233;l&#233;ments du parti sont h&#233;sitants. L'afflux des membres s'est interrompu&#8230; Mais, dans nos rangs, il n'y a pas encore de fuites. &#034; Apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet, &#034; l'influence des socialistes-r&#233;volutionnaires sur les usines de P&#233;trograd fut forte &#034;, &#233;crit l'ouvrier Sisko. L'isolement des bolcheviks relevait automatiquement le poids sp&#233;cifique et le sentiment intime des conciliateurs. Le 16 juillet, un d&#233;l&#233;gu&#233; de Vassili-Ostrov rapporte &#224; la Conf&#233;rence bolcheviste de la ville que l'&#233;tat d'esprit dans le district est &#034; dans l'ensemble &#034; plein d'entrain, &#224; l'exception de quelques usines. &#034; A l'usine Baltique, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks nous &#233;crasent. &#034; En cet endroit, l'affaire fut pouss&#233;e tr&#232;s loin : le comit&#233; d'usine d&#233;cida que les bolch&#233;viks suivraient les obs&#232;ques des Cosaques tu&#233;s, et l'ordre fut ex&#233;cut&#233;&#8230; Les d&#233;fections officielles de membres du parti sont, &#224; vrai dire, insignifiantes : dans tout le rayon, sur quatre mille membres, il n'y en eut pas plus de cent &#224; se retirer ouvertement. Mais un bien plus grand nombre, dans les premiers jours, se mit &#224; l'&#233;cart sans dire mot. &#034; Les Journ&#233;es de Juillet &#8212; disait par la suite l'ouvrier Minitchev dans ses souvenirs &#8212; nous montr&#232;rent qu'il y avait aussi dans nos rangs des individus qui, craignant pour leur peau, &#034; avalaient &#034; leurs cartes du parti et reniaient celui-ci. Mais ils ne furent pas nombreux&#8230; &#034;, ajoute-t-il d'un ton rassurant. &#034; Les &#233;v&#233;nements de juillet &#8212; &#233;crit Chliapnikov &#8212; et toute la campagne de violences et de calomnies qui s'y rattache contre nos organisations interrompirent cette mont&#233;e de notre influence qui, au d&#233;but de juillet, avait atteint une vigueur formidable&#8230; Notre parti lui-m&#234;me &#233;tait dans une demi-l&#233;galit&#233; et menait une lutte d&#233;fensive, s'appuyant principalement sur les syndicats et les comit&#233;s de fabriques ou d'usines. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accusation lanc&#233;e contre les bolcheviks d'&#234;tre au service de l'Allemagne ne pouvait point ne pas produire une impression m&#234;me sur les ouvriers de P&#233;trograd, du moins sur une partie consid&#233;rable d'entre eux. Celui qui h&#233;sitait se retira. Celui qui &#233;tait pr&#234;t &#224; adh&#233;rer fut pris d'h&#233;sitation. M&#234;me parmi ceux qui avaient d&#233;j&#224; adh&#233;r&#233;, un bon nombre recul&#232;rent. A la manifestation de juillet, outre les bolcheviks, particip&#232;rent largement des ouvriers appartenant aux socialistes-r&#233;volutionnaires et aux mencheviks. Sous le coup re&#231;u, ils furent les premiers &#224; sauter en arri&#232;re sous le couvert des drapeaux de leurs partis : il leur semblait maintenant qu'ayant enfreint la discipline, ils avaient v&#233;ritablement commis une faute. Une large couche d'ouvriers sans parti, suiveurs du parti, s'&#233;loigna &#233;galement de lui sous l'influence de la calomnie officiellement r&#233;pandue et juridiquement pr&#233;sent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette atmosph&#232;re politique modifi&#233;e, les coups de la r&#233;pression &#233;taient d'un effet beaucoup plus fort. Olga Ravitch, une des anciennes et actives militantes du parti, membre du Comit&#233; de P&#233;trograd, disait plus tard dans son rapport : &#034; Les Journ&#233;es de Juillet caus&#232;rent dans l'organisation un tel d&#233;sarroi que, durant les trois premi&#232;res semaines, il ne pouvait m&#234;me &#234;tre question d'une activit&#233; quelconque. &#034; Ravitch a ici en vue principalement l'activit&#233; ouverte du parti. Pendant longtemps, il fut impossible de m&#233;nager la parution du journal du parti : on ne trouvait point d'imprimerie qui consent&#238;t &#224; servir les bolcheviks. Et la r&#233;sistance ne venait pas toujours des patrons : il y eut une imprimerie o&#249; les ouvriers menac&#232;rent d'arr&#234;ter le travail dans le cas o&#249; l'on imprimerait un journal bolchevik, et le patron r&#233;silia l'affaire d&#233;j&#224; conclue. Pendant un certain temps, P&#233;trograd fut pourvue par le journal de Cronstadt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le flanc d'extr&#234;me-gauche sur l'ar&#232;ne ouverte se trouvait &#234;tre, en ces semaines, le groupe des mencheviks internationalistes. Les ouvriers allaient volontiers entendre les conf&#233;rences de Martov, chez qui l'instinct du militant s'&#233;tait r&#233;veill&#233; dans la p&#233;riode de recul, quand on &#233;tait contraint non de frayer &#224; la r&#233;volution de nouvelles voies, mais de lutter pour conserver les restes de ses conqu&#234;tes. Le courage de Martov &#233;tait celui du pessimisme. &#034; Sur la r&#233;volution &#8212; disait-il en s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif &#8212; l'on a, apparemment, mis le point final&#8230; Si l'on est arriv&#233; &#224; ceci que&#8230; la voix de la paysannerie et des ouvriers n'a point de place dans la r&#233;volution russe, nous descendrons de la sc&#232;ne honn&#234;tement, nous rel&#232;verons ce d&#233;fi non point par un renoncement silencieux, mais par une franche bataille. &#034; Martov proposait de descendre de la sc&#232;ne en combattant franchement &#224; des camarades de son parti qui, comme Dan et Ts&#233;r&#233;telli, appr&#233;ciaient la victoire remport&#233;e par les g&#233;n&#233;raux et les Cosaques sur les ouvriers et les soldats comme une victoire de la r&#233;volution sur l'anarchie. Sur le fond de la campagne effr&#233;n&#233;e men&#233;e contre les bolcheviks et de l'attitude promptement rampante des conciliateurs devant les Cosaques galonn&#233;s, la conduite de Martov le rehaussait beaucoup, en ces p&#233;nibles semaines, aux yeux des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus particuli&#232;rement accablante fut la crise de juillet pour la garnison de P&#233;trograd. Les soldats, au sens politique, &#233;taient de loin en retard sur les ouvriers. La section des soldats, au Soviet, demeurait l'appui des conciliateurs alors que, d&#233;j&#224;, la section ouvri&#232;re suivait les bolcheviks. A cela ne contredisait nullement le fait que les soldats se montraient particuli&#232;rement dispos&#233;s &#224; brandir leurs armes. Dans la manifestation, ils jou&#232;rent un r&#244;le plus agressif que les ouvriers, mais, sous les coups, reflu&#232;rent bien loin en arri&#232;re. Le flot d'hostilit&#233; contre les bolcheviks jaillit tr&#232;s haut dans la garnison de P&#233;trograd, &#034; Apr&#232;s la d&#233;faite &#8212; raconte l'ancien soldat Mitr&#233;vitch &#8212; je ne me montre pas dans ma compagnie, autrement on pourrait s'y faire tuer, tant que la bourrasque n'est pas pass&#233;e. &#034; C'est justement dans les r&#233;giments les plus r&#233;volutionnaires, qui avaient march&#233; aux premiers rangs pendant les Journ&#233;es de Juillet et qui avaient par cons&#233;quent essuy&#233; les coups les plus durs, que l'influence du parti tomba &#224; tel point qu'il fut impossible d'y reconstituer l'organisation, m&#234;me trois mois plus tard : sous la trop violente secousse, ces effectifs furent comme moralement r&#233;duits en miettes. L'organisation militaire dut fortement se replier sur elle-m&#234;me. &#034; Apr&#232;s la d&#233;faite de juillet &#8212; &#233;crit l'ancien soldat Minitchev &#8212; on consid&#233;rait l'organisation pas tr&#232;s amicalement, non seulement chez les camarades du sommet de notre parti, mais m&#234;me dans certains comit&#233;s de quartier. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Cronstadt, le parti perdait deux cent cinquante membres. L'&#233;tat d'esprit de la garnison dans la forteresse bolcheviste s'&#233;tait consid&#233;rablement affaiss&#233;. La r&#233;action avait d&#233;ferl&#233; m&#234;me jusqu'&#224; Helsingfors. Avksentiev, Bounakov, l'avocat Sokolov &#233;taient arriv&#233;s pour amener les vaisseaux bolcheviks &#224; r&#233;sipiscence. Ils obtinrent certains r&#233;sultats. En arr&#234;tant des bolcheviks dirigeants, en utilisant la calomnie officielle, en mena&#231;ant, on r&#233;ussit &#224; obtenir des d&#233;clarations de loyalisme m&#234;me du cuirass&#233; bolchevik P&#233;tropavlovsk. En tout cas, sur l'exigence formul&#233;e de livrer &#034; les instigateurs &#034;, tous les vaisseaux oppos&#232;rent un refus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en allait gu&#232;re autrement &#224; Moscou. &#034; La campagne haineuse de la presse bourgeoise - dit Piatnitsky - produisit une panique m&#234;me parmi certains membres du Comit&#233; de Moscou. &#034; L'organisation, apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet, fut affaiblie en nombre. &#034; Jamais on n'oubliera &#8212; &#233;crit l'ouvrier moscovite Rat&#233;khine &#8212; un moment terriblement p&#233;nible. Le pl&#233;num s'assemble (celui du soviet de Zamoskvor&#233;tchi&#233;)&#8230; Nos camarades bolcheviks, comme je vois, ne sont pas trop nombreux&#8230; Tout droit vient sur moi Sti&#233;klov, un des camarades &#233;nergiques, et, prof&#233;rant &#224; peine les mots, me demande s'il est vrai que L&#233;nine a &#233;t&#233; amen&#233; avec Zinoviev dans un wagon plomb&#233; ; s'il est vrai qu'ils touchent de l'argent allemand ? Mon coeur se serrait douloureusement &#224; entendre de pareilles questions. Un autre camarade s'approche, Konstantinov : O&#249; est L&#233;nine ? Il s'est envol&#233;, dit-on&#8230; Qu'est.ce qui va se passer maintenant ? Et ainsi de suite. &#034; Cette sc&#232;ne prise sur le vif nous introduit sans erreur dans las &#233;tats d'&#226;me par lesquels pass&#232;rent alors les ouvriers avanc&#233;s. &#034; La parution des documents publi&#233;s par Alexinsky &#8212; &#233;crit Davydovsky, artilleur &#224; Moscou &#8212; provoqua un terrible bouleversement dans la brigade. Notre batterie, la plus bolcheviste, fut elle-m&#234;me &#233;branl&#233;e sous le coup de ce mensonge inf&#226;me&#8230; Il semblait que nous eussions perdu toute confiance. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet &#8212; &#233;crit V. Iakovl&#233;va, qui &#233;tait alors membre du Comit&#233; central et dirigeait le travail dans la vaste province de Moscou &#8212; tous les rapports des localit&#233;s &#233;taient unanimes &#224; signaler non seulement une brusque d&#233;moralisation dans les masses, mais m&#234;me une hostilit&#233; certaine &#224; l'&#233;gard de notre parti. En des cas assez nombreux, l'on assomma nos orateurs. Le nombre des membres diminua fortement, et certaines des organisations cess&#232;rent m&#234;me tout &#224; fait d'exister, surtout dans le Midi. &#034; Vers le milieu d'ao&#251;t, aucune modification sensible ne s'&#233;tait encore produite. Le travail se fait dans les masses pour la conservation de l'influence, on n'observe point d'accroissement des organisations. Dans les gouvernements de Riazan et de Tambov, il ne se cr&#233;e point de nouvelles liaisons, il ne surgit point de cellules bolchevistes ; dans l'ensemble, ce sont les patrimoines des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;vr&#233;inov, qui militait dans la prol&#233;tarienne Kinechma, se rappelle combien p&#233;nible devint la situation apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de Juillet, quand, dans sa grande conf&#233;rence de toutes les organisations publiques, fut pos&#233;e la question d'exclure les bolcheviks du Soviet. Les d&#233;fections dans le parti prenaient des proportions si consid&#233;rables parfois que c'est seulement apr&#232;s une nouvelle r&#233;vision des listes de membres que l'organisation commen&#231;a &#224; vivre d'une vie normale. A Toula, gr&#226;ce &#224; une s&#233;rieuse s&#233;lection pr&#233;liminaire des ouvriers, l'organisation ne subit pas l'&#233;preuve des l&#226;chages, mais sa soudure avec les masses faiblit. A Nijni-Novgorod, apr&#232;s la campagne de r&#233;pression conduite sous la direction du colonel Verkhovsky et du menchevik Khintchouk, une d&#233;pression marqu&#233;e survint : aux &#233;lections &#224; la douma municipale, le parti ne r&#233;ussit &#224; faire passer que quatre d&#233;put&#233;s. A Kalouga, la fraction bolcheviste tenait compte de la possibilit&#233; pour elle d'&#234;tre &#233;limin&#233;e du Soviet. En certains points de la r&#233;gion moscovite, les bolcheviks se trouvaient forc&#233;s de sortir non seulement des soviets, mais m&#234;me des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Saratov, o&#249; les bolcheviks gardaient des rapports tr&#232;s pacifiques avec les conciliateurs et se disposaient encore, &#224; la fin de juin, &#224; pr&#233;senter aux &#233;lections, pour la douma municipale, une liste commune avec eux, les soldats, apr&#232;s l'orage de juillet, furent &#224; tel point mont&#233;s contre les bolcheviks qu'ils envahissaient les assembl&#233;es &#233;lectorales, arrachaient aux bolcheviks leurs bulletins et malmenaient les agitateurs. &#034; Il nous devint difficile &#8212; &#233;crit L&#233;b&#233;dev &#8212; de nous montrer dans les assembl&#233;es &#233;lectorales. Fr&#233;quemment l'on nous criait : espions de l'Allemagne, provocateurs !&#8230; &#034; Dans les rangs des bolcheviks de Saatov, il se trouva un bon nombre de pusillanimes : &#034; Beaucoup d'entre eux d&#233;claraient qu'ils quittaient le parti, d'autres se cach&#232;rent. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Kiev, qui jouissait depuis longtemps de la r&#233;putation d'un centre de Cent-Noirs, la campagne de pers&#233;cution contre les bolcheviks se d&#233;cha&#238;na avec une violence particuli&#232;re et s'en prit bient&#244;t aux mencheviks et aux socialistes-r&#233;volutionnaires. La d&#233;pression du mouvement r&#233;volutionnaire se ressentait surtout ici fortement : aux &#233;lections &#224; la douma municipale, les bolcheviks n'obtinrent au total que 6% des suffrages. A la conf&#233;rence g&#233;n&#233;rale de la ville, les rapporteurs se plaignaient &#034; de remarquer partout de l'apathie et de l'inaction &#034;. Le journal du parti se trouva forc&#233; de devenir hebdomadaire au lieu d'&#234;tre quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissolution et le d&#233;placement des r&#233;giments les plus r&#233;volutionnaires devaient d&#233;j&#224;, par soi, non seulement abaisser le niveau politique des garnisons, mais agir aussi d'une fa&#231;on accablante sur les ouvriers des localit&#233;s qui se sentaient plus fermes lorsqu'ils sentaient derri&#232;re leur dos des troupes amies. C'est ainsi que le transfert du 57e r&#233;giment de Tver modifia brusquement la situation politique, aussi bien parmi les soldats que parmi les ouvriers : m&#234;me dans les syndicats, l'influence des bolcheviks devint insignifiante. Cela se manifesta dans une mesure encore Plus forte &#224; Tiflis, o&#249; les mencheviks, la main dans la main avec l'&#233;tat-major, remplac&#232;rent les contingents bolcheviks par des r&#233;giments tout &#224; fait arri&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En certains endroits, selon la composition de la garnison, le niveau des ouvriers de la localit&#233; et des causes accidentelles, la r&#233;action politique prenait une expression paradoxale. A Iaroslavl, par exemple, les bolcheviks, en juillet, se trouv&#232;rent presque totalement exclus du soviet ouvrier, mais conserv&#232;rent une influence pr&#233;pond&#233;rante dans le soviet des d&#233;put&#233;s soldats. En quelques localit&#233;s, les &#233;v&#233;nements de juillet sembl&#232;rent passer effectivement sans laisser de traces, sans avoir arr&#234;t&#233; la croissance du parti. Pour autant que l'on en puisse juger, ce fut observ&#233; dans des cas o&#249; la retraite g&#233;n&#233;rale co&#239;ncidait avec l'entr&#233;e dans l'ar&#232;ne r&#233;volutionnaire de couches nouvelles arri&#233;r&#233;es, C'est ainsi que, en juillet, dans certains districts textiles, on commen&#231;a &#224; observer un afflux sensible d'ouvri&#232;res vers les organisations. Mais le tableau d'ensemble du reflux n'en est pas modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acuit&#233; ind&#233;niable, m&#234;me exag&#233;r&#233;e, de la r&#233;action devant la d&#233;faite partielle &#233;tait, en son genre, la ran&#231;on pay&#233;e par les ouvriers et surtout par les soldats pour avoir trop facilement, trop rapidement, trop incessamment, adh&#233;r&#233; aux bolcheviks dans les mois pr&#233;c&#233;dents. Le brusque revirement de l'&#233;tat d'esprit des masses produisait une s&#233;lection automatique et, de plus, sans erreur dans les cadres du parti. Sur ceux qui, en ces jours-l&#224;, ne trembl&#232;rent point, l'on pouvait compter pour la suite. Ils constituaient un noyau dans l'atelier, dans l'usine, dans le quartier. A la veille d'octobre les organisateurs jet&#232;rent plus d'une fois autour d'eux des regards scrutateurs lorsqu'il s'agissait de nominations ou d'envois en mission, se rappelant comment tel ou tel s'&#233;tait conduit pendant les Journ&#233;es de Juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au front, o&#249; tous les rapports se pr&#233;sentent plus d&#233;pouill&#233;s, la r&#233;action de Juillet prit un caract&#232;re particuli&#232;rement violent. Le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral utilisa les &#233;v&#233;nements avant tout pour cr&#233;er des effectifs sp&#233;ciaux, ceux &#034; du devoir devant la patrie libre &#034;. Dans les r&#233;giments, des brigades de choc &#233;taient organis&#233;es. &#034; J'ai vu bien des fois des oudarniki (membres des brigades de choc) &#8212; raconte D&#233;nikine &#8212; et je les ai toujours vus concentr&#233;s en eux-m&#234;mes et moroses. Dans les r&#233;giments, on les consid&#233;rait avec r&#233;serve ou bien m&#234;me avec hostilit&#233;. &#034; Les soldats voyaient, non sans raison, dans ces &#034; contingents du devoir &#034;, les noyaux d'une garde pr&#233;torienne. &#034; La r&#233;action ne lambinait pas &#8212; raconte, au sujet du front roumain qui retardait sur les autres, le socialiste-r&#233;volutionnaire Degtiarev, qui adh&#233;ra par la suite aux bolcheviks. Nombre de soldats furent arr&#234;t&#233;s comme d&#233;serteurs. Les officiers relev&#232;rent la t&#234;te et affich&#232;rent du d&#233;dain pour les comit&#233;s d'arm&#233;e ; &#231;&#224; et l&#224;, les chefs essay&#232;rent d'imposer de nouveau le salut militaire. &#034; Les commissaires proc&#233;daient &#224; l'&#233;puration de l'arm&#233;e. &#034; Dans presque chaque division &#8212; &#233;crit Stank&#233;vitch &#8212; on avait son bolchevik dont le nom &#233;tait plus connu dans la troupe que celui du chef de division&#8230; Nous &#233;liminions progressivement une notori&#233;t&#233; apr&#232;s l'autre. &#034; En m&#234;me temps, sur tout le front, on s'occupait de d&#233;sarmer les contingents insubordonn&#233;s. Commandants et commissaires prenaient appui pour cela sur les Cosaques et sur les brigades sp&#233;ciales qui &#233;taient odieuses aux soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour de la chute de Riga, la conf&#233;rence des commissaires du front Nord et des repr&#233;sentants des organisations d'arm&#233;e reconnut indispensable d'appliquer plus syst&#233;matiquement des mesures de r&#233;pression rigoureuses. Des hommes furent fusill&#233;s pour avoir fraternis&#233; avec les Allemands. Bien des commissaires, s'&#233;chauffant &#224; l'&#233;vocation de vagues images de la R&#233;volution fran&#231;aise, tent&#232;rent de faire preuve d'une poigne de fer. Ils ne comprenaient pas que les commissaires jacobins s'&#233;taient appuy&#233;s sur la base, n'avaient pas &#233;pargn&#233; les aristocrates et les bourgeois et que, seule, l'autorit&#233; pl&#233;b&#233;ienne les armait implacablement pour implanter dans les troupes une rigoureuse discipline. Les commissaires de K&#233;rensky n'avaient aucune base populaire sous les pieds, aucune aur&#233;ole morale sur la t&#234;te. Ils &#233;taient, aux yeux des soldats, des agents de la bourgeoisie, des fourriers de l'Entente, tout simplement. Ils pouvaient, pendant un temps, intimider l'arm&#233;e &#8212; ils y parvinrent effectivement, jusqu'&#224; un certain point &#8212; mais ils &#233;taient impuissants &#224; lui donner une nouvelle vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bureau du Comit&#233; ex&#233;cutif, &#224; P&#233;trograd, un rapport, au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, disait que, dans l'&#233;tat d'esprit de l'arm&#233;e, s'&#233;tait produit un revirement favorable, que l'on s'&#233;tait remis &#224; faire l'exercice ; mais que, d'autre part, l'on observait une aggravation des d&#233;nis de justice, de l'arbitraire, de l'oppression. C'est avec une acuit&#233; particuli&#232;re que vint &#224; se poser la question du corps des officiers : celui-ci &#034; est compl&#232;tement isol&#233;, il forme des organisations &#224; lui, tr&#232;s ferm&#233;es &#034;. Et d'autres donn&#233;es prouvent qu'en apparence, sur le front, il y eut plus d'ordre, que les soldats cess&#232;rent de se mutiner pour des motifs insignifiants et accidentels. Mais d'autant plus concentr&#233; devenait leur m&#233;contentement devant la situation dans l'ensemble. Dans le discours prudent et diplomatique du menchevik Koutchine &#224; la Conf&#233;rence d'&#201;tat, sous des notes apaisantes, passait en sourdine un avertissement inqui&#233;tant. &#034; Il y une indubitable volte-face ; incontestablement le calme existe, mais, citoyens, il y a aussi autre chose, il y a un certain sentiment de d&#233;sillusion, et nous appr&#233;hendons &#224; l'extr&#234;me ce sentiment-l&#224;&#8230; &#034; La victoire temporairement remport&#233;e sur les bolcheviks &#233;tait avant tout une victoire sur les nouvelles esp&#233;rances des soldats, sur leur foi en un avenir meilleur. Les masses &#233;taient devenues plus circonspectes, la discipline semblait avoir augment&#233;. Mais, entre les dirigeants et les soldats, l'ab&#238;me s'&#233;tait creus&#233; plus profond, Quoi et qui engloutirait-il demain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action de Juillet trace en quelque sorte une ligne d&#233;finitive de partage des eaux entre la R&#233;volution de F&#233;vrier et celle d'Octobre. Les ouvriers, les garnisons de l'arri&#232;re, le front, partiellement m&#234;me, comme on le verra plus loin, les paysans recul&#232;rent, firent un bond en arri&#232;re, comme s'ils avaient re&#231;u un coup en pleine poitrine. Le coup avait en r&#233;alit&#233; un caract&#232;re beaucoup plus moral que physique, mais il n'en &#233;tait pas moins effectif. Durant les quatre premiers mois tous les processus de masses avaient une seule direction : &#224; gauche. Le bolchevisme croissait, s'affermissait, s'enhardissait. Mais voici que le mouvement s'est heurt&#233; &#224; un barrage. En fait, il se d&#233;couvrit que, dans les voies de la R&#233;volution de F&#233;vrier, l'on ne pouvait avancer davantage. Bien des gens crurent que la r&#233;volution &#233;tait en somme arriv&#233;e &#224; son point mort. En r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait la R&#233;volution de F&#233;vrier qui avait tout donn&#233; d'elle jusqu'au fond. Cette crise int&#233;rieure de la conscience des masses, combin&#233;e avec la r&#233;pression et la calomnie, mena &#224; la perturbation et &#224; des reculades, &#224; des paniques en certains cas. Les adversaires s'enhardirent. Dans la masse elle-m&#234;me monta &#224; la surface tout ce qu'il y avait d'arri&#233;r&#233;, d'inerte, de m&#233;content, &#224; cause des commotions et des privations. Ces coups de ressac, dans le torrent de la r&#233;volution sont d'une violence irr&#233;sistible : on dirait qu'ils se conforment aux lois d'une hydrodynamique sociale. Il est impossible de remonter un pareil flux de retour &#8212; il ne reste qu'&#224; ne pas s'y abandonner, &#224; ne pas se laisser submerger, &#224; se maintenir, en attendant que le flot de la r&#233;action se soit &#233;puis&#233;, et &#224; pr&#233;parer, pendant ce temps, des points d'appui pour une nouvelle offensive.En observant certains r&#233;giments qui, le 3 juillet, avaient march&#233; sous les banni&#232;res bolchevistes et qui, une semaine apr&#232;s, r&#233;clam&#232;rent des ch&#226;timents rigoureux contre les agents du Kaiser, les sceptiques &#233;clair&#233;s pouvaient, semblait-il, chanter victoire : les voil&#224; bien, vos masses, voil&#224; comme elles tiennent et sont capables de comprendre ! Mais c'est du scepticisme &#224; bon march&#233;. Si les masses, effectivement, modifiaient leurs sentiments et pens&#233;es sous l'influence de circonstances accidentelles, l'on ne saurait expliquer la puissante causalit&#233; qui caract&#233;rise le d&#233;veloppement des grandes r&#233;volutions. Plus profonde est l'emprise sur des millions de gens dans le peuple, plus le d&#233;veloppement de la r&#233;volution est r&#233;gulier, et c'est avec une plus grande certitude que l'on peut pr&#233;dire l'encha&#238;nement des &#233;tapes suivantes. Il faut seulement ne pas oublier que le d&#233;veloppement politique des masses a lieu non pas en ligne droite, mais suivant une courbe complexe : telle est, en somme, l'orbite de tout processus mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions objectives poussaient imp&#233;rieusement les ouvriers, les soldats et les paysans &#224; se ranger sous le drapeau des bolcheviks. Mais les masses, s'engageant dans cette voie, entraient en lutte avec leur propre pass&#233;, avec leurs croyances d'hier, et partiellement d'aujourd'hui. A un tournant difficile, au moment de l'&#233;chec et de la d&#233;sillusion, les vieux pr&#233;jug&#233;s, qui n'ont pas encore &#233;t&#233; cuv&#233;s, remontent &#224; la surface, et les adversaires s'y accrochent naturellement comme &#224; une planche de salut. Tout ce qu'il y avait chez les bolcheviks de peu clair, d'inhabituel, d'&#233;nigmatique &#8212; nouveaut&#233; des id&#233;es, cr&#226;nerie, d&#233;dain de toutes les autorit&#233;s anciennes et nouvelles &#8212; tout cela avait maintenant trouv&#233; d'un coup une explication simple, persuasive dans son absurdit&#233; : espions de l'Allemagne ! L'accusation lanc&#233;e contre les bolcheviks misait en somme sur le pass&#233; d'esclavage du peuple, sur un h&#233;ritage de t&#233;n&#232;bres, de barbarie, de superstition &#8212; et cette mise n'&#233;tait pas mal plac&#233;e. La grande imposture patriotique dans le courant de juillet et d'ao&#251;t restait un facteur politique de toute premi&#232;re importance, formant accompagnement &#224; toutes les questions d'actualit&#233;. Les orbes de la calomnie s'&#233;largissaient sur le pays avec la presse des cadets, gagnant la province, les territoires limitrophes de l'&#233;tranger, p&#233;n&#233;trant dans les coins perdus. A la fin de juillet, l'Organisation bolcheviste d'Ivanovo-Vozn&#233;ssensk exigeait encore l'ouverture d'une campagne plus &#233;nergique contre la pers&#233;cution ! La question du poids sp&#233;cifique de la calomnie dans la lutte politique d'une soci&#233;t&#233; civilis&#233;e attend encore son sociologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, n&#233;anmoins, la r&#233;action, parmi les ouvriers et les soldats, nerveuse et bouillonnante, n'&#233;tait ni profonde ni solide. Les usines d'avant-garde, &#224; P&#233;trograd, se redress&#232;rent peu de jours apr&#232;s la d&#233;faite, protest&#232;rent contre les arrestations et la calomnie, frapp&#232;rent aux portes du Comit&#233; ex&#233;cutif, r&#233;tablirent les liaisons. A la fabrique d'armes de Sestroretsk, les ouvriers reprirent bient&#244;t le gouvernail entre leurs mains : l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du 20 juillet d&#233;cidait de verser leur paye aux ouvriers pour les journ&#233;es de manifestation, &#224; condition que le montant des salaires f&#251;t totalement employ&#233; &#224; des publications pour le front. Le travail d'agitation ouverte des bolcheviks &#224; P&#233;trograd reprend, d'apr&#232;s le t&#233;moignage d'Olga Ravitch, vers le 20 juillet. Dans des meetings qui ne r&#233;unissent pas plus de deux cents &#224; trois cents personnes, en diff&#233;rentes parties de la ville, prennent la parole trois hommes : Sloutsky, qui fut tu&#233; plus tard par les Blancs en Crim&#233;e, Volodarskj,, qui fut tu&#233; par les socialistes-r&#233;volutionnaires &#224; P&#233;trograd, et Evdokimov, m&#233;tallurgiste de P&#233;trograd, l'un des orateurs les plus capables de la r&#233;volution. En ao&#251;t, l'agitation faite par le parti acquiert plus d'ampleur. D'apr&#232;s une note de Raskolnikov, Trotsky, arr&#234;t&#233; le 23 juillet, donna en prison le tableau suivant de la situation en ville : &#034; Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires&#8230; continuent &#224; pers&#233;cuter avec acharnement les bolch&#233;viks. On ne cesse d'arr&#234;ter nos camarades. Mais, dans les cercles du parti, il n'y a point d'accablement. Au contraire, tous regardent l'avenir avec espoir, estimant que les mesures de r&#233;pression consolideront seulement la popularit&#233; du parti&#8230; Dans les quartiers ouvriers, l'on ne remarque pas non plus de d&#233;moralisation. &#034; Effectivement, bient&#244;t, une assembl&#233;e des ouvriers de vingt-sept entreprises du district de Peterhof vota une r&#233;solution protestant contre le gouvernement irresponsable et sa politique contre-r&#233;volutionnaire. Les districts prol&#233;tariens se ranimaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'au sommet, au palais d'Hiver et au palais de Tauride, l'on &#233;difiait une nouvelle coalition, l'on s'abouchait, brisait et raccommodait &#8212; en ces jours m&#234;mes et aux m&#234;mes heures, les 21-22 juillet, se produisit &#224; P&#233;trograd un &#233;v&#233;nement de la plus haute importance, sans doute &#224; peine remarqu&#233; dans le monde officiel, mais qui signalait l'affermissement d'une autre coalition plus solide : celle des ouvriers de P&#233;trograd et des soldats de l'arm&#233;e du front. Dans la capitale survinrent des d&#233;l&#233;gu&#233;s des arm&#233;es en campagne, qui protestaient, au nom de leurs contingents, contre l'&#233;touffement de la r&#233;volution sur le front. Pendant quelques jours, ils frapp&#232;rent vainement aux portes du Comit&#233; ex&#233;cutif. On ne les recevait pas, on les &#233;vin&#231;ait, on cherchait &#224; se d&#233;barrasser d'eux. Pendant ce temps arrivaient de nouveaux d&#233;l&#233;gu&#233;s qui devaient passer par la m&#234;me fili&#232;re. &#233;conduits, ils retombaient les uns sur les autres dans les couloirs et les salles de r&#233;ception, se lamentaient, d&#233;blat&#233;raient, cherchaient ensemble une issue. Ils y &#233;taient aid&#233;s par les bolcheviks. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#233;cid&#232;rent d'avoir des &#233;changes de vues avec les ouvriers, les soldats, les matelots de la capitale, qui les accueillirent &#224; bras ouverts, les log&#232;rent, les h&#233;berg&#232;rent. Dans une conf&#233;rence que personne d'en haut n'avait convoqu&#233;e, qui avait surgi d'en bas, il y eut, comme participants, des d&#233;l&#233;gu&#233;s de vingt-neuf r&#233;giments du front, de quatre-vingt-dix usines de P&#233;trograd, de matelots de Cronstadt et des garnisons de la banlieue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au centre de la conf&#233;rence se trouvaient des d&#233;l&#233;gu&#233;s venus des tranch&#233;es ; parmi eux, il y avait aussi quelques jeunes officiers. Les ouvriers de P&#233;trograd &#233;coutaient les hommes du front avec avidit&#233;, t&#226;chant de ne pas perdre un mot de ce qu'ils disaient. Ceux-ci racontaient comment l'offensive et ses cons&#233;quences d&#233;voraient la r&#233;volution. D'obscurs soldats, qui n'&#233;taient pas du tout des agitateurs, d&#233;crivaient dans des causeries simplistes le traintrain journalier de la vie du front. Ces d&#233;tails &#233;taient bouleversants, car ils montraient clairement la remont&#233;e de tout ce qui &#233;tait le plus d&#233;test&#233; dans le vieux r&#233;gime. Le contraste entre les esp&#233;rances de nagu&#232;re et la r&#233;alit&#233; d'aujourd'hui frappa droit aux c&#339;urs et mit les pens&#233;es &#224; l'unisson. Bien que, parmi les d&#233;l&#233;gu&#233;s du front, les socialistes-r&#233;volutionnaires fussent vraisemblablement en majorit&#233;, une violente r&#233;solution bolcheviste fut adopt&#233;e presque &#224; l'unanimit&#233; : il n'y eut que quatre abstentions. La r&#233;solution adopt&#233;e ne restera pas lettre morte : une fois s&#233;par&#233;s, les d&#233;l&#233;gu&#233;s raconteront la v&#233;rit&#233;, diront comment ils ont &#233;t&#233; repouss&#233;s par les leaders conciliateurs et comment ils ont &#233;t&#233; re&#231;us par les ouvriers. Les tranch&#233;es accorderont foi &#224; leurs rapporteurs, ceux-ci ne tromperont point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la garnison m&#234;me de P&#233;trograd, le d&#233;but du revirement se dessina vers la fin du mois, surtout apr&#232;s les meetings auxquels avaient particip&#233; des repr&#233;sentants du front. Il est vrai que les r&#233;giments qui avaient le plus souffert ne pouvaient pas encore se relever de leur apathie. En revanche, dans les contingents qui &#233;taient rest&#233;s le plus longtemps sur une position patriotique et qui avaient gard&#233; la discipline pendant les premiers mois de la r&#233;volution, l'influence du parti s'accroissait sensiblement. L'Organisation militaire, qui avait particuli&#232;rement souffert de l'&#233;crasement, commen&#231;a &#224; se reprendre. Comme toujours apr&#232;s des d&#233;faites, dans les cercles du parti, l'on consid&#233;rait avec malveillance les dirigeants du travail dans l'arm&#233;e, leur faisant grief de fautes effectives ou imaginaires et d'entra&#238;nements. Le Comit&#233; central s'associa de plus pr&#232;s l'Organisation militaire, &#233;tablit sur elle, par l'interm&#233;diaire de Sverdlov et de Dzerjinski, un contr&#244;le plus direct, et le travail reprit, plus lentement qu'auparavant, mais plus s&#251;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de juillet, la situation des bolcheviks dans les usines de P&#233;trograd &#233;tait d&#233;j&#224; r&#233;tablie ; les ouvriers s'&#233;taient resserr&#233;s sous le m&#234;me drapeau ; pourtant c'&#233;taient d&#233;j&#224; d'autres hommes, plus m&#251;rs, c'est-&#224;-dire plus prudents, mais aussi plus r&#233;solus. &#034; Dans les usines, nous jouissons d'une influence formidable, illimit&#233;e, rapportait Volodarsky, le 27 juillet, au Congr&#232;s des bolcheviks. Le travail du parti est rempli principalement par les ouvriers eux-m&#234;mes&#8230; L'organisation a mont&#233; d'en bas, et c'est pourquoi nous avons toute raison de penser qu'elle ne se disloquera pas. &#034; L'Union de la Jeunesse comptait &#224; cette &#233;poque jusqu'&#224; cinquante mille membres et subissait de plus en plus l'influence des bolcheviks. Le 7 ao&#251;t, la section ouvri&#232;re du Soviet adopte une r&#233;solution pour l'abolition de la peine de mort. En signe de protestation contre la Conf&#233;rence d'&#201;tat, les travailleurs de Poutilov pr&#233;l&#232;vent le salaire d'une journ&#233;e comme souscription &#224; la presse ouvri&#232;re. A la Conf&#233;rence des Comit&#233;s de fabriques et d'usines, une r&#233;solution est unanimement adopt&#233;e, d&#233;clarant que la Conf&#233;rence de Moscou est &#034; une tentative d'organisation des forces contre-r&#233;volutionnaires &#034;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cronstadt cicatrisait aussi ses blessures. Le 20 juillet, un meeting sur la place de l'Ancre exige la remise du pouvoir aux soviets, l'envoi au front des Cosaques ainsi que des gendarmes et des sergents de ville, l'abolition de la peine de mort, l'admission &#224; Tsarskoi&#233;-S&#233;lo de d&#233;l&#233;gu&#233;s de Cronstadt pour v&#233;rifier si Nicolas II, dans sa d&#233;tention, est suffisamment et rigoureusement surveill&#233;, la dislocation des &#034; bataillons de la Mort &#034;, la confiscation des journaux bourgeois, etc. En m&#234;me temps, un nouvel amiral, Tyrkov, ayant pris le commandement de la forteresse, ordonna d'amener sur les vaisseaux de guerre le drapeau rouge, et de hisser le drapeau portant la croix de Saint-Andr&#233;. Les officiers et une partie des soldats rev&#234;tirent leurs galons et &#233;paulettes. Les matelots de Cronstadt protest&#232;rent. La commission gouvernementale d'enqu&#234;te sur les &#233;v&#233;nements des 3-5 juillet fut contrainte de quitter Cronstadt sans r&#233;sultat pour rentrer &#224; P&#233;trograd : elle fut accueillie par des sifflets, des protestations et m&#234;me des menaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement d'opinion se produisait dans toute la flotte. &#034; A la fin de juillet et au commencement d'ao&#251;t &#8212; &#233;crit un des dirigeants en Finlande, Zalejsky &#8212; on sentait nettement que non seulement la r&#233;action ext&#233;rieure n'avait pas r&#233;ussi &#224; briser les forces r&#233;volutionnaires d'Helsingfors, mais, qu'au contraire, ici, l'on notait un mouvement tr&#232;s net vers la gauche et un large accroissement de sympathies pour les bolch&#233;viks. &#034; Les matelots avaient &#233;t&#233;, dans une mesure consid&#233;rable, les instigateurs de la manifestation de Juillet, ind&#233;pendamment et partiellement contre le gr&#233; du parti qu'ils soup&#231;onnaient de mod&#233;ration et presque d'esprit conciliateur. L'exp&#233;rience de la manifestation arm&#233;e leur montra que la question du pouvoir ne se r&#233;solvait pas si simplement. Un &#233;tat d'opinion anarchiste c&#233;dait la place &#224; de la confiance &#224; l'&#233;gard du parti. Tr&#232;s int&#233;ressant, sur ce point, est un rapport du d&#233;l&#233;gu&#233; d'Helsingfors &#224; la fin de juillet : &#034; Sur les petites unit&#233;s navales, c'est l'influence des socialistes-r&#233;volutionnaires qui pr&#233;domine ; mais sur les grands vaisseaux de guerre, croiseurs et cuirass&#233;s, tous les matelots sont ou bien des bolcheviks ou bien des sympathisants. Tel &#233;tait (et pr&#233;c&#233;demment aussi) l'&#233;tat d'esprit des matelots sur le P&#233;tropavlovsk et sur le R&#233;publique, et apr&#232;s les 3-5 juillet, sont venus &#224; nous le Gangout, le S&#233;bastopol, le Rurik, l'Andre&#239; Pervozvanny, le Diana, le Gromobo&#239;, l'India. Ainsi nous avons dans les mains une formidable force de combat&#8230; Les &#233;v&#233;nements du 3 au 5 juillet ont beaucoup appris aux matelots, leur montrant qu'il ne suffisait pas d'&#234;tre dans un certain &#233;tat d'esprit pour atteindre le but. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En retard sur P&#233;trograd, Moscou suit le m&#234;me chemin. &#034; Peu &#224; peu, l'atmosph&#232;re asphyxiante a commenc&#233; &#224; se dissiper &#8212; raconte l'artilleur Davydovsky &#8212; la masse des soldats commence &#224; revenir &#224; elle et nous reprenons l'offensive sur tout le front. Cette imposture qui a arr&#234;t&#233; un moment le mouvement de la masse vers la gauche a seulement renforc&#233; ensuite son afflux vers nous. &#034; Sous les coups, l'amiti&#233; des usines et des casernes se resserrait plus &#233;troitement. Un ouvrier de Moscou, Strelkov, raconte comment des rapports &#233;troits s'&#233;tablirent progressivement entre l'usine Michelsohn et le r&#233;giment voisin. Les comit&#233;s d'ouvriers et de soldats d&#233;cidaient fr&#233;quemment, en s&#233;ances unifi&#233;es, des questions pratiques de la vie et de l'usine et du r&#233;giment. Les ouvriers organisaient pour les soldats des soir&#233;es d'&#233;ducation et d'instruction, leur achetaient des journaux bolcheviks et s'employaient par tous les moyens &#224; leur venir en aide. &#034; Si quelqu'un est puni &#8212; raconte Strelkov &#8212; on accourt aussit&#244;t vers nous porter plainte&#8230; Pendant les meetings de rues, si quelqu'un brutalise un ouvrier de Michelsohn, il suffit qu'un soldat ait connaissance du fait, et aussit&#244;t l'on vient par groupes entiers pour le d&#233;livrer. Or, les vexations &#233;taient alors nombreuses. On nous empoisonnait avec les l&#233;gendes de l'or allemand, de la trahison et tous les l&#226;ches mensonges des conciliateurs. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence moscovite des Comit&#233;s de fabriques et d'usines, &#224; la fin de juillet, prit d'abord des tons mod&#233;r&#233;s, mais &#233;volua fortement vers la gauche en une semaine de travaux et, vers la fin, adopta une r&#233;solution nettement color&#233;e de bolchevisme. En ces m&#234;mes journ&#233;es, un d&#233;l&#233;gu&#233; de Moscou, Podbielsky, rapportait ceci au Congr&#232;s du parti : &#034; Six soviets de quartier sur dix se trouvent entre nos mains&#8230; Devant la pers&#233;cution actuellement organis&#233;e, nous n'avons de salut que dans la classe ouvri&#232;re, qui soutient fermement le bolchevisme. &#034; Au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, lors des &#233;lections dans les usines de Moscou, ce sont, au lieu des mencheviks, et des socialistes-r&#233;volutionnaires, les bolch&#233;viks qui passent d&#233;j&#224;. L'accroissement de l'influence du parti se manifesta avec fougue dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; la veille de la Conf&#233;rence. Les Izvestia officielles de Moscou &#233;crivaient : &#034; Il est enfin temps de comprendre que les bolcheviks ne constituent pas des groupes irresponsables, qu'ils sont un des d&#233;tachements de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire organis&#233;e, derri&#232;re lequel se tiennent de larges masses, non peut-&#234;tre toujours disciplin&#233;es, mais en revanche totalement d&#233;vou&#233;es &#224; la r&#233;volution. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaiblissement, en juillet, des positions du prol&#233;tariat rendit courage aux industriels. Un congr&#232;s des treize plus importantes organisations d'entreprises, et dans ce nombre des &#233;tablissements bancaires, cr&#233;a un Comit&#233; de d&#233;fense de l'industrie qui se chargea de la direction des lock-out et en g&#233;n&#233;ral de toute la politique d'offensive contre la r&#233;volution. Les ouvriers r&#233;pliqu&#232;rent par de la r&#233;sistance. Dans tout le pays d&#233;ferla une vague de grandes gr&#232;ves et d'autres collisions. Si les d&#233;tachements les plus exp&#233;riment&#233;s du prol&#233;tariat montr&#232;rent de la prudence, les nouvelles couches, fra&#238;chement form&#233;es, s'engag&#232;rent d'autant plus r&#233;solument dans la lutte. Si les m&#233;tallurgistes restaient dans l'expectative et se pr&#233;paraient, les ouvriers du textile faisaient irruption sur le terrain, ainsi que ceux des industries du caoutchouc, du papier, du cuir. Il y avait un sursaut des couches les plus arri&#233;r&#233;es et soumises de travailleurs. Kiev fut troubl&#233;e par une violente gr&#232;ve de veilleurs de nuit et de portiers : parcourant les immeubles, les gr&#233;vistes &#233;teignaient les lampes, enlevaient les clefs des ascenseurs, ouvraient les portes sur la rue, etc. Chaque conflit, quel qu'en f&#251;t le motif, avait tendance &#224; s'&#233;tendre sur toute une branche de l'industrie et &#224; acqu&#233;rir un caract&#232;re de principe. Avec le soutien des ouvriers de tout le pays, les peaussiers de Moscou ouvrirent, en ao&#251;t, une longue et opini&#226;tre lutte pour conqu&#233;rir aux comit&#233;s de fabriques le droit de d&#233;cider de l'embauche et du cong&#233;diement des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bien des cas, surtout en province, les gr&#232;ves prirent un caract&#232;re dramatique, allant jusqu'&#224; l'arrestation par les gr&#233;vistes des entrepreneurs et des administrateurs. Le gouvernement pr&#234;chait aux ouvriers l'abn&#233;gation, entrait en coalition avec les industriels, envoyait des Cosaques dans le bassin du Donetz et relevait du double les tarifs sur le bl&#233; et sur les commandes de fournitures de guerre. Tout en portant au plus haut l'indignation des ouvriers, cette politique n'arrangeait pas non plus les entrepreneurs. &#034; Avec la clairvoyance de Skob&#233;lev &#8212; d&#233;clare plaintivement Auerbach, un des capitaines de l'industrie lourde &#8212; les commissaires du Travail dans les localit&#233;s n'&#233;taient pas encore arriv&#233;s &#224; y voir clair&#8230; Dans le minist&#232;re m&#234;me&#8230; l'on n'accordait point confiance aux agents que l'on avait en province&#8230; Les repr&#233;sentants des ouvriers &#233;taient convoqu&#233;s &#224; P&#233;trograd et, dans le palais de Marbre, on les exhortait, on les invectivait, on les r&#233;conciliait avec les industriels, les ing&#233;nieurs. &#034; Mais tout cela ne conduisait &#224; rien : &#034; Les masses ouvri&#232;res, vers ce temps-l&#224;, tombaient d&#233;j&#224; de plus en plus sous l'influence de meneurs plus r&#233;solus et d&#233;cid&#233;s dans leur d&#233;magogie. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;faitisme &#233;conomique constituait le principal instrument des entrepreneurs contre la dualit&#233; de pouvoirs dans les usines. A la conf&#233;rence des comit&#233;s de fabriques et d'usines, dans la premi&#232;re quinzaine d'ao&#251;t, l'on d&#233;non&#231;a en d&#233;tail la politique nocive des industriels, tendant &#224; d&#233;sorganiser et &#224; arr&#234;ter la production, Outre des manigances financi&#232;res, on appliquait largement le recel des mat&#233;riaux, la fermeture des ateliers de fabrication d'instruments ou de r&#233;parations, etc. Sur le sabotage men&#233; par les entrepreneurs, d'&#233;clatants t&#233;moignages sont donn&#233;s par John Reed qui, en qualit&#233; de correspondant am&#233;ricain, avait acc&#232;s dans les cercles les plus divers, obtenait des informations confidentielles des agents diplomatiques de l'Entente et pouvait &#233;couter les francs aveux des politiciens russes bourgeois. &#034; Le secr&#233;taire de la section p&#233;tersbourgeoise du parti cadet &#8212; &#233;crit Reed &#8212; me disait que la d&#233;composition de l'&#233;conomie faisait partie de la campagne men&#233;e pour discr&#233;diter la r&#233;volution. Un diplomate alli&#233; dont j'ai promis sur parole de ne pas r&#233;v&#233;ler le nom, confirmait le fait sur la base de ses informations personnelles. Je connais des charbonnages pr&#233;s de Kharkov qui furent incendi&#233;s ou noy&#233;s par les propri&#233;taires. Je connais des manufactures textiles de la r&#233;gion moscovite o&#249; les ing&#233;nieurs, en abandonnant le travail, mettaient les machines hors d'&#233;tat, Je connais des employ&#233;s de la voie ferr&#233;e que les ouvriers surprirent &#224; d&#233;t&#233;riorer des locomotives. &#034; Telle &#233;tait l'atroce r&#233;alit&#233; &#233;conomique. Elle r&#233;pondait non point aux illusions des conciliateurs, non point &#224; la politique de coalition, mais &#224; la pr&#233;paration du soul&#232;vement kornilovien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le front, l'union sacr&#233;e se greffait aussi mal qu'&#224; l'arri&#232;re. L'arrestation de certains bolcheviks &#8212; d&#233;clare Stank&#233;vitch en se lamentant &#8212; ne r&#233;solvait pas du tout la question. &#034; La criminalit&#233; &#233;tait dans l'atmosph&#232;re, ses contours n'&#233;taient pas nets parce qu'elle avait contamin&#233; toute la masse. &#034; Si les soldats devinrent plus mod&#233;r&#233;s, c'est uniquement parce qu'ils avaient appris, dans une certaine mesure, &#224; discipliner leur haine. Mais quand ils &#233;taient exc&#233;d&#233;s, leurs v&#233;ritables sentiments se manifestaient d'autant plus clairement, Une des compagnies du r&#233;giment de Doubno, que l'on avait ordonn&#233; de dissoudre pour refus d'accepter le capitaine r&#233;cemment nomm&#233;, souleva quelques autres compagnies, ensuite tout le r&#233;giment, et lorsque le colonel tenta de r&#233;tablir l'ordre par les armes, il fut tu&#233; &#224; coups de crosse. Cela se passa le 31 juillet. Si, dans d'autres r&#233;giments, l'affaire n'alla pas jusque-l&#224;, elle pouvait toujours, d'apr&#232;s le sentiment intime du corps des officiers, en arriver &#224; ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu d'ao&#251;t, le g&#233;n&#233;ral Chtcherbatchev communiquait au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral : &#034; L'&#233;tat d'esprit des contingents d'infanterie, &#224; l'exception des bataillons de la Mort, est extr&#234;mement instable ; parfois, pendant plusieurs journ&#233;es, les dispositions de certains &#233;l&#233;ments de l'infanterie se sont brusquement modifi&#233;es dans un sens diam&#233;tralement oppos&#233;. &#034; Bien des commissaires commenc&#232;rent &#224; comprendre que les m&#233;thodes de juillet ne r&#233;solvaient rien. &#034; La pratique des tribunaux militaires r&#233;volutionnaires sur le front Ouest &#8212; communique le 22 ao&#251;t le commissaire Jamandt &#8212; introduit de terribles dissensions entre le commandement et la masse de la population, discr&#233;ditant l'id&#233;e m&#234;me de ces tribunaux&#8230; &#034; Le programme de salut de Kornilov, d&#232;s avant la r&#233;bellion du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, avait &#233;t&#233; suffisamment &#233;prouv&#233; et avait conduit dans la m&#234;me impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui effrayait plus que tout les classes poss&#233;dantes, c'&#233;taient les sympt&#244;mes de d&#233;composition de la cosaquerie : l&#224;, il y avait menace d'un &#233;croulement du dernier rempart. Les r&#233;giments de Cosaques &#224; P&#233;trograd, en f&#233;vrier, avaient abandonn&#233; la monarchie sans r&#233;sistance. Il est vrai que, chez elles, &#224; Novotcherkassk, les autorit&#233;s cosaques avaient essay&#233; de dissimuler le t&#233;l&#233;gramme annon&#231;ant l'insurrection et avaient c&#233;l&#233;br&#233; avec la solennit&#233; habituelle, le 1er mars, un service fun&#232;bre en l'honneur d'Alexandre II. Mais, en fin de compte, la cosaquerie &#233;tait pr&#234;te &#224; se dispenser du tsar et avait m&#234;me d&#233;couvert, dans son pass&#233;, des traditions r&#233;publicaines. Mais elle ne voulait pas aller au-del&#224;. Les Cosaques, d&#232;s le d&#233;but, refus&#232;rent d'envoyer leurs d&#233;put&#233;s au Soviet de P&#233;trograd, pour ne pas se mettre au niveau des ouvriers et des soldats, et constitu&#232;rent un Soviet des troupes cosaques, groupant les douze formations de leur caste, en la personne de leurs dirigeants de l'arri&#232;re. La bourgeoisie s'effor&#231;ait, et non sans succ&#232;s, de s'appuyer sur les Cosaques contre les ouvriers et les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le politique de la cosaquerie &#233;tait d&#233;termin&#233; par sa situation particuli&#232;re dans l'&#201;tat. Elle repr&#233;sentait depuis des si&#232;cles une originale caste inf&#233;rieure privil&#233;gi&#233;e. Le Cosaque ne payait aucun imp&#244;t et disposait d'un lot de terre beaucoup plus consid&#233;rable que celui du paysan. Dans trois r&#233;gions voisines, celles du Don, du Kouban et du Terk, trois millions d'habitants cosaques poss&#233;daient vingt-trois millions de d&#233;ciatines de terres, alors que, pour quatre millions trois cent mille &#226;mes de la population paysanne, il ne revenait dans les m&#234;mes r&#233;gions que six millions de d&#233;ciatines : chaque Cosaque poss&#233;dait en moyenne cinq fois plus qu'un paysan. Parmi les Cosaques eux-m&#234;mes, la terre &#233;tait distribu&#233;e bien entendu tr&#232;s in&#233;galement. Il y avait l&#224; de gros propri&#233;taires et des koulaks plus puissants que dans le Nord ; il y avait aussi des pauvres. Tout Cosaque &#233;tait tenu de r&#233;pondre au premier appel de l'&#201;tat, avec son cheval et son &#233;quipement. Les Cosaques riches couvraient largement cette d&#233;pense, gr&#226;ce &#224; l'exemption de l'imp&#244;t. Ceux de la base pliaient sous le fardeau des obligations de la caste. Ces donn&#233;es essentielles expliquent suffisamment la situation contradictoire dans la cosaquerie, Par ses couches inf&#233;rieures, elle touchait de pr&#232;s &#224; la paysannerie, par ses sommets &#8212; aux propri&#233;taires nobles. En m&#234;me temps, les hautes et les basses couches &#233;taient unies par la conscience de leur particularisme, de leur &#233;tat d'&#233;lection, et &#233;taient accoutum&#233;es &#224; consid&#233;rer de leur haut non seulement l'ouvrier, mais m&#234;me le paysan. C'est ce qui rendait le Cosaque moyen si apte &#224; exercer la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les ann&#233;es de guerre, lorsque les jeunes g&#233;n&#233;rations se trouvaient sur les fronts, les bourgs cosaques &#233;taient r&#233;gent&#233;s par les vieux, porteurs de traditions conservatrices, &#233;troitement li&#233;s avec leur corps d'officiers. Sous apparence de ressusciter la d&#233;mocratie cosaque, les gros propri&#233;taires, chez eux, pendant les premiers mois de la r&#233;volution, convoqu&#232;rent ce que l'on appela les cercles militaires, lesquels &#233;lurent des atamans, des pr&#233;sidents en leur genre, et, aupr&#232;s d'eux, &#034; des gouvernements militaires &#034;, Les commissaires officiels et les soviets de la population non cosaque n'avaient pas de pouvoir dans ces r&#233;gions, car les Cosaques &#233;taient plus solides, plus riches et mieux arm&#233;s. Les socialistes-r&#233;volutionnaires essay&#232;rent de cr&#233;er des soviets communs de d&#233;put&#233;s paysans et cosaques, mais ces derniers ne donnaient pas leur assentiment, craignant, non sans raison, que la r&#233;volution agraire ne leur enlev&#226;t une partie des terres. Ce n'est pas en vain que Tchernov, en qualit&#233; de ministre de l'Agriculture, laissa tomber cette phrase : &#034; Les Cosaques devront se serrer un peu sur leurs terres. &#034; Plus important encore &#233;tait le fait que les paysans de la r&#233;gion et les soldats des r&#233;giments d'infanterie disaient, de plus en plus fr&#233;quemment, &#224; l'adresse des Cosaques : &#034; Nous en viendrons &#224; mettre la main sur vos terres, vous avez assez r&#233;gn&#233;. &#034; C'est ainsi que se pr&#233;sentait l'affaire &#224; l'arri&#232;re, dans le bourg cosaque, partiellement aussi dans la garnison de P&#233;trograd, au centre m&#234;me de la vie politique. Ainsi s'explique aussi la conduite des r&#233;giments cosaques dans la manifestation de Juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le front, la situation &#233;tait essentiellement diff&#233;rente. Au total, pendant l'&#233;t&#233; de 1917, les troupes cosaques engag&#233;es dans l'action se composaient de cent soixante-deux r&#233;giments et de cent soixante et onze sotnias. &#201;loign&#233;s de leurs bourgs, les Cosaques du front partageaient avec toute l'arm&#233;e les &#233;preuves de la guerre et, quoique avec un retard consid&#233;rable, passaient par l'&#233;volution de l'infanterie, perdaient foi en la victoire, s'exasp&#233;raient devant le g&#226;chis, murmuraient contre les chefs, vivaient dans l'angoisse de la paix et de la rentr&#233;e au foyer. Pour la police du front et de l'arri&#232;re, l'on d&#233;tacha peu &#224; peu quarante-cinq r&#233;giments et jusqu'&#224; soixante-cinq sotnias ! Les Cosaques &#233;taient de nouveau transform&#233;s en gendarmes. Les soldats, les ouvriers, les paysans grognaient contre eux, leur rappelant l'&#339;uvre de bourreaux qu'ils avaient accomplie en 1905. Bien des Cosaques qui, d'abord, avaient &#233;t&#233; fiers de leur conduite en F&#233;vrier, avaient maintenant le c&#339;ur d&#233;chir&#233;. Le Cosaque commen&#231;ait &#224; maudire sa naga&#239;ka et refusa plus d'une fois de la prendre en service command&#233;. Les d&#233;serteurs, parmi les hommes du Don et du Kouban, &#233;taient peu nombreux : ils avaient peur de leurs vieux au village. Dans l'ensemble, les contingents cosaques rest&#232;rent beaucoup plus longtemps entre les mains du commandement que l'infanterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du Don, du Kouban, l'on apprenait au front que les sommets de la cosaquerie, assist&#233;s par les anciens, avaient &#233;tabli un pouvoir &#224; eux, sans demander l'avis du Cosaque du front. Cela r&#233;veillait les antagonismes sociaux assoupis : &#034; Nous rentrerons &#224; la maison, nous le leur ferons voir &#034;, dirent plus d'une fois les hommes du front. Krasnov, g&#233;n&#233;ral cosaque, un des chefs de la contre-r&#233;volution sur le Don, d&#233;crivit pittoresquement comment les solides contingents cosaques se d&#233;sagr&#233;geaient sur le front : &#034; On commen&#231;a &#224; tenir des meetings o&#249; l'on adopta les r&#233;solutions les plus extravagantes. Les Cosaques cess&#232;rent de panser et de nourrir r&#233;guli&#232;rement leurs chevaux. Il &#233;tait inutile de songer &#224; leur faire faire l'exercice. Ils se d&#233;cor&#232;rent de n&#339;uds cramoisis, se par&#232;rent de rubans rouges et, quant &#224; respecter les officiers, ne voulurent plus en entendre parler. &#034; Pourtant, avant d'en arriver d&#233;finitivement &#224; cet &#233;tat d'esprit, le Cosaque h&#233;sita longtemps, se grattant la nuque, cherchant de quel c&#244;t&#233; il se tournerait. Dans une minute critique, il n'&#233;tait par cons&#233;quent point facile de deviner d'avance comment se conduirait tel ou tel contingent cosaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 ao&#251;t, le Cercle militaire du Don fit bloc avec les cadets pour les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante. Le bruit s'en r&#233;pandit imm&#233;diatement dans l'arm&#233;e. &#034; Parmi les Cosaques &#8212; &#233;crit l'un des leurs, l'officier Ianov &#8212; le bloc fut vivement d&#233;savou&#233;. Le parti cadet n'avait pas de racines dans l'arm&#233;e. &#034; En effet, l'arm&#233;e d&#233;testait les cadets, les identifiant &#224; tous ceux qui &#233;touffent les masses populaires. &#034; Les vieux vous ont vendus aux cadets ! &#034; disaient les soldats taquins. &#034; On le leur montrera ! &#034; r&#233;pliquaient les Cosaques. Sur le front Sud-Ouest, les contingents de Cosaques dans une r&#233;solution sp&#233;ciale, d&#233;clar&#232;rent les cadets &#034; ennemis jur&#233;s et oppresseurs du peuple laborieux &#034; et exig&#232;rent que fussent exclus du Cercle militaire tous ceux qui avaient os&#233; conclure un accord avec les cadets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov, Cosaque lui-m&#234;me, comptait fermement sur l'aide de la cosaquerie, surtout de celle du Don, et avait compl&#233;t&#233; avec des effectifs cosaques le d&#233;tachement destin&#233; &#224; op&#233;rer le coup d'&#201;tat. Mais les Cosaques ne boug&#232;rent point pour soutenir &#034; le fils d'un paysan &#034;. Dans leurs bourgs, ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre avec acharnement, sur place, leurs terres, mais n'avaient aucune propension &#224; s'engager dans une rixe entre des tiers. Le 3e corps de cavalerie ne justifia point non plus les esp&#233;rances. Si les Cosaques regardaient d'un mauvais &#339;il la fraternisation avec les Allemands, sur le front de P&#233;trograd ils all&#232;rent volontiers au devant des d&#233;sirs des soldats et des matelots : par cette fraternisation, le plan de Kornilov &#233;choua sans effusion de sang. Ainsi, sous les esp&#232;ces de la cosaquerie, s'affaiblissait et s'&#233;croulait le dernier support de la vieille Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, bien loin au-del&#224; des fronti&#232;res du pays, sur le territoire fran&#231;ais, l'on proc&#233;da, &#224; l'&#233;chelle d'un laboratoire, &#224; une tentative de &#034; r&#233;surrection &#034; des troupes russes, en dehors de la port&#233;e des bolcheviks, et, par cons&#233;quent, d'autant plus probante. Pendant l'&#233;t&#233; et l'automne, dans la presse russe, p&#233;n&#233;tr&#232;rent, mais rest&#232;rent dans le tourbillon des &#233;v&#233;nements presque inaper&#231;ues, des informations sur la r&#233;volte arm&#233;e qui avait &#233;clat&#233; dans les troupes russes en France. Les soldats des deux brigades russes qui se trouvaient en ce pays &#233;taient, d'apr&#232;s l'officier Lissovsky, d&#232;s janvier 1917, par cons&#233;quent avant la r&#233;volution, &#034; fermement persuad&#233;s d'avoir &#233;t&#233; tous vendus aux Fran&#231;ais, en &#233;change de munitions &#034;. Les soldats ne se trompaient pas tellement. A l'&#233;gard des patrons alli&#233;s, ils ne nourrissaient &#034; pas la moindre sympathie &#034;, et &#224; l'&#233;gard de leurs officiers &#8212; pas la moindre confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle de la r&#233;volution trouva les brigades d'exportation pour ainsi dire politiquement pr&#233;par&#233;es &#8212; et n&#233;anmoins les prit &#224; l'improviste. Il n'y avait pas lieu d'attendre des officiers des explications sur l'insurrection : l'ahurissement s'av&#233;rait d'autant plus grand que l'officier &#233;tait plus &#233;lev&#233; en grade. Dans les camps apparurent des patriotes d&#233;mocrates venus des milieux de l'&#233;migration. &#034; On put observer plus d'une fois &#8212; &#233;crit Lissovsky &#8212; comment certains diplomates et officiers des r&#233;giments de la Garde&#8230; avan&#231;aient aimablement des si&#232;ges &#224; d'anciens &#233;migr&#233;s. &#034; Dans les r&#233;giments surgirent des institutions &#233;lectives, et, &#224; la t&#232;te du Comit&#233;, fut plac&#233; un soldat letton qui se distingua bient&#244;t. L&#224; encore, par cons&#233;quent, l'on avait trouv&#233; son &#034; allog&#232;ne &#034;. Le 1er r&#233;giment, qui avait &#233;t&#233; form&#233; &#224; Moscou et se composait presque enti&#232;rement d'ouvriers, de commis et employ&#233;s de magasin, en g&#233;n&#233;ral d'&#233;l&#233;ments prol&#233;tariens et &#224; demi prol&#233;tariens, &#233;tait arriv&#233; le premier sur la terre de France, un an auparavant et, pendant l'hiver, avait combattu sur le front champenois. Mais &#034; la maladie de la d&#233;composition atteignit avant tout ce r&#233;giment m&#234;me &#034;. Le 2e r&#233;giment, qui avait dans ses rangs un fort pourcentage de paysans, garda son calme plus longtemps. La 2e brigade, presque enti&#232;rement compos&#233;e de paysans sib&#233;riens, semblait tout &#224; fait s&#251;re. Fort peu de temps apr&#232;s l'insurrection de F&#233;vrier, la 1re brigade &#233;tait sortie de la subordination. Elle ne voulait combattre ni pour l'Alsace ni pour la Lorraine. Elle ne voulait pas mourir pour la belle France. Elle voulait essayer de vivre dans la Russie neuve. La brigade fut ramen&#233;e &#224; l'arri&#232;re et cantonn&#233;e au centre de la France dans le camp de La Courtine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Au milieu de bourgades bourgeoises &#8212; raconte Lissovsky &#8212; dans un immense camp, commenc&#232;rent &#224; vivre en des conditions tout &#224; fait particuli&#232;res, insolites, environ dix mille soldats russes mutin&#233;s et arm&#233;s, n'ayant pas aupr&#232;s d'eux d'officiers et n'acceptant pas, r&#233;solument, de se soumettre &#224; quiconque. &#034; Komilov trouva une occasion exceptionnelle d'appliquer ses m&#233;thodes d'assainissement avec le concours de Poincar&#233; et de Ribot, qui avaient tant de sympathie pour lui. Le g&#233;n&#233;ralissime russe ordonna, par t&#233;l&#233;gramme, de r&#233;duire &#034; les hommes de La Courtine &#224; l'ob&#233;issance &#034; et de les exp&#233;dier &#224; Salonique. Mais les mutins ne c&#233;daient pas. Vers le 1er septembre, on fit avancer de l'artillerie lourde et, &#224; l'int&#233;rieur du camp, l'on colla des affiches portant le t&#233;l&#233;gramme comminatoire de Kornilov. Mais, justement alors, dans la marche des &#233;v&#233;nements, s'ins&#233;ra une nouvelle complication : les journaux fran&#231;ais publi&#232;rent la nouvelle que Kornilov lui-m&#234;me &#233;tait d&#233;clar&#233; tra&#238;tre et contre-r&#233;volutionnaire. Les soldats mutin&#233;s d&#233;cid&#232;rent d&#233;finitivement qu'il n'y avait aucune raison pour eux d'aller mourir &#224; Salonique, et qui plus est sur l'ordre d'un g&#233;n&#233;ral tra&#238;tre. Vendus en &#233;change de munitions, les ouvriers et les paysans r&#233;solurent de tenir t&#234;te. Ils refus&#232;rent d'avoir des pourparlers avec aucune personne du dehors. Pas un soldat ne sortait plus du camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La 2e brigade russe fut avanc&#233;e contre la 1re. L'artillerie occupa des positions sur les pentes des collines voisines ; l'infanterie, selon toutes les r&#232;gles de l'art du g&#233;nie, creusa des tranch&#233;es et des avanc&#233;es vers La Courtine. Les environs furent solidement encercl&#233;s par des chasseurs alpins, afin que pas un seul Fran&#231;ais ne p&#233;n&#233;tr&#226;t sur le th&#233;&#226;tre de la guerre entre deux brigades russes. C'est ainsi que les autorit&#233;s militaires de la France mettaient en sc&#232;ne sur leur territoire une guerre civile entre Russes, apr&#232;s l'avoir pr&#233;cautionneusement entour&#233;e d'une barri&#232;re de ba&#239;onnettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale. Par la suite, la France gouvernante organisa la guerre civile sur le territoire de la Russie elle-m&#234;me en l'encerclant avec les fils barbel&#233;s du blocus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Une canonnade en r&#232;gle, m&#233;thodique, sur le camp, fut ouverte. &#034; Du camp sortirent quelques centaines de soldats dispos&#233;s &#224; se rendre. On les re&#231;ut, et l'artillerie rouvrit aussit&#244;t le feu. Cela dura quatre fois vingt-quatre heures. Les hommes de La Courtine se rendaient par petits d&#233;tachements. Le 6 septembre, il ne restait en tout qu'environ deux centaines d'hommes qui avaient d&#233;cid&#233; de ne pas se rendre vivants. A leur t&#234;te &#233;tait un Ukrainien nomm&#233; Globa, un baptiste, un fanatique : en Russie, on l'e&#251;t appel&#233; un bolchevik. Sous le tir de barrage des canons, des mitrailleuses et des fusils, qui se confondit en un seul grondement, un v&#233;ritable assaut fut donn&#233;. A la fin des fins, les mutins furent &#233;cras&#233;s. Le nombre des victimes est rest&#233; inconnu. L'ordre, en tout cas, fut r&#233;tabli. Mais, quelques semaines apr&#232;s, d&#233;j&#224;, la 2e brigade, qui avait tir&#233; sur la 1re, se trouva prise de la m&#234;me maladie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soldats russes avaient apport&#233; une terrible contagion &#224; travers les mers, dans leurs musettes de toile, dans les plis de leurs capotes et dans le secret de leurs &#226;mes. Par l&#224; est remarquable ce dramatique &#233;pisode de La Courtine, qui repr&#233;sente en quelque sorte une exp&#233;rience id&#233;ale, consciemment r&#233;alis&#233;e, presque sous la cloche d'une machine pneumatique, pour l'&#233;tude des processus int&#233;rieurs pr&#233;par&#233;s dans l'arm&#233;e russe par tout le pass&#233; du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mar&#233;e montante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nergique moyen de la calomnie s'av&#233;ra une arme &#224; deux tranchants. Si les bolcheviks sont des espions de l'Allemagne, pourquoi donc la nouvelle en vient-elle principalement d'hommes qui sont le plus odieux au peuple ? Pourquoi la presse cadette qui, &#224; tout propos, attribue aux ouvriers et aux soldats les mobiles les plus bas, accuse-t-elle plus bruyamment et r&#233;solument que tous les bolcheviks ? Pourquoi tel ing&#233;nieur ou tel chef d'atelier r&#233;actionnaire, qui s'&#233;tait cach&#233; depuis l'insurrection, a-t-il repris maintenant courage et maudit-il ouvertement les bolcheviks ? Pourquoi, dans les r&#233;giments les officiers les plus r&#233;actionnaires se sont-ils enhardis et pourquoi, accusant L&#233;nine et compagnie, dressaient-ils le poing jusque sous le nez des soldats, comme si les tra&#238;tres &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment les soldats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque usine avait ses bolcheviks. &#034; Est-ce que je ressemble &#224; un espion allemand, hein, les gars ? &#034;, demandait le serrurier ou le tourneur dont toute la vie intime &#233;tait connue des ouvriers. Fr&#233;quemment, les conciliateurs eux-m&#234;mes, en combattant l'assaut de la contre-r&#233;volution, allaient plus loin qu'ils ne voulaient et, malgr&#233; eux, frayaient la route aux bolcheviks. Le soldat Pire&#239;ko raconte comment le m&#233;decin-major Markovitch, partisan de Pl&#233;khanov, r&#233;futa, dans un meeting de soldats, l'accusation lanc&#233;e contre L&#233;nine, d'&#234;tre un espion, pour d&#233;molir d'autant plus d&#233;cisivement les id&#233;es politiques de L&#233;nine, comme inconsistantes et p&#233;rilleuses. En vain ! &#034; Du moment que L&#233;nine est intelligent et n'est pas un espion, pas un tra&#238;tre et qu'il veut conclure la paix, nous le suivrons &#034;, disaient les soldats apr&#232;s l'assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temporairement arr&#234;t&#233; dans sa croissance, le bolchevisme recommen&#231;ait avec assurance &#224; d&#233;ployer ses ailes. &#034; Le ch&#226;timent ne tarde pas, &#233;crivait Trotsky au milieu d'ao&#251;t. Traqu&#233;, pers&#233;cut&#233;, calomni&#233;, notre parti ne s'est jamais accru aussi rapidement que dans ces derniers temps. Et ce processus ne tardera point &#224; passer des capitales &#224; la province, des villes aux villages et &#224; l'arm&#233;e&#8230; Toutes les masses laborieuses du pays apprendront, dans de nouvelles &#233;preuves, &#224; lier leur sort &#224; celui de notre parti. &#034; P&#233;trograd continuait &#224; marcher en t&#234;te. Il semblait qu'un balai tout-puissant travaillait dans les usines, expulsant de tous les coins et recoins l'influence des conciliateurs. &#034; Les derni&#232;res forteresses de la d&#233;fense nationale s'&#233;croulent&#8230; &#8212; communiquait le journal bolchevik. Y a-t-il bien longtemps que ces messieurs de la d&#233;fense nationale r&#233;gnaient sans partage dans l'immense usine Oboukhovsky ?&#8230; Maintenant, ils ne peuvent m&#234;me pas se montrer. &#034; Aux &#233;lections de la douma municipale de P&#233;trograd, le 20 ao&#251;t, le nombre des suffrages exprim&#233;s fut d'environ 55O 000, beaucoup moins qu'aux &#233;lections de juillet pour les doumas de quartier. Ayant perdu plus de 375 000 voix, les socialistes-r&#233;volutionnaires avaient n&#233;anmoins recueilli encore plus de 200 000 voix, soit 37 % du total. Les cadets n'obtinrent qu'un cinqui&#232;me. &#034; Notre liste mencheviste &#8212; &#233;crit Soukhanov &#8212; n'obtint que 23 000 pauvres voix. &#034; D'une fa&#231;on inattendue pour tous, les bolcheviks eurent presque 200 000 suffrages, environ le tiers du total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la conf&#233;rence r&#233;gionale des syndicats de l'Oural qui eut lieu au milieu d'ao&#251;t et qui groupa l50 000 ouvriers, sur toutes les questions les d&#233;cisions adopt&#233;es &#233;taient de caract&#232;re bolchevik. A Kiev, &#224; la conf&#233;rence des comit&#233;s de fabriques et d'usines, le 20 ao&#251;t, la r&#233;solution des bolcheviks fut adopt&#233;e par une majorit&#233; de 161 voix contre 35, avec 13 abstentions. Aux &#233;lections d&#233;mocratiques pour la douma municipale d'Ivanovo-Voznessensk, juste au moment du soul&#232;vement de Kornilov, les bolcheviks, sur 102 si&#232;ges, en obtinrent 58, les socialistes-r&#233;volutionnaires 24, les mencheviks - 4. A Cronstadt fut &#233;lu pr&#233;sident du Soviet le bolchevik Brekman, et le bolchevik Pokrovsky devint maire. Si la progression est loin d'&#234;tre partout aussi marqu&#233;e, s'il y a &#231;&#224; et l&#224; du retard, le bolchevisme monte, dans le courant du mois d'ao&#251;t, sur presque toute l'&#233;tendue du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de Kornilov donne &#224; la radicalisation des masses une puissante impulsion. Sloutsky rappela &#224; ce sujet les paroles de Marx : la r&#233;volution a besoin, par moments, d'&#234;tre aiguillonn&#233;e par la contre-r&#233;volution. Le danger suscitait non seulement l'&#233;nergie, mais aussi la perspicacit&#233;. La pens&#233;e collective se mit &#224; travailler sous une haute tension. Les mat&#233;riaux utiles aux d&#233;ductions ne manquaient point. On avait d&#233;clar&#233; que la coalition &#233;tait indispensable pour la d&#233;fense de la r&#233;volution ; or l'alli&#233; dans la coalition se trouvait &#234;tre partisan de la contre-r&#233;volution. La conf&#233;rence de Moscou avait &#233;t&#233; annonc&#233;e comme une d&#233;monstration de l'unit&#233; nationale. Seul le Comit&#233; central des bolcheviks avait donn&#233; cet avertissement : &#034; La conf&#233;rence&#8230; se transformera in&#233;vitablement en un organe de complot de la contre-r&#233;volution. &#034; Les &#233;v&#233;nements avaient apport&#233; la v&#233;rification. Maintenant, K&#233;rensky lui-m&#234;me d&#233;clarait : &#034; La conf&#233;rence de Moscou&#8230; c'est le prologue du 27 ao&#251;t&#8230; Ici, l'on compte ses forces&#8230; Ici, pour la premi&#232;re fois, fut pr&#233;sent&#233; &#224; la Russie son futur dictateur, Kornilov&#8230; &#034; Comme si ce n'&#233;tait pas K&#233;rensky lui-m&#234;me qui avait &#233;t&#233; l'initiateur, l'organisateur et le pr&#233;sident de cette conf&#233;rence, et comme si ce n'&#233;tait pas lui qui avait pr&#233;sent&#233; Kornilov en tant que &#034; premier soldat &#034; de la r&#233;volution ! Comme si ce n'&#233;tait pas le gouvernement provisoire qui avait arm&#233; Kornilov, lui donnant la ressource de la peine de mort contre les soldats, et comme si les avertissements des bolcheviks n'avaient pas &#233;t&#233; proclam&#233;s d&#233;magogiques ! La garnison de P&#233;trograd se rappelait en outre, que, deux jours avant le soul&#232;vement de Kornilov, les bolcheviks avaient exprim&#233;, dans une s&#233;ance de la section des soldats, un soup&#231;on, demandant si les r&#233;giments d'avant-garde n'&#233;taient pas &#233;vacu&#233;s de la capitale dans des intentions contre-r&#233;volutionnaires. A cela, les repr&#233;sentants des mencheviks et des socialistes-r&#233;volutionnaires r&#233;pondaient par une exigence comminatoire : ne pas mettre en discussion les ordres de combat du g&#233;n&#233;ral Kornilov. Dans ce sens, une r&#233;solution avait &#233;t&#233; adopt&#233;e. &#034; On voit que les bolcheviks ne s&#232;ment pas &#224; tout vent ! &#034; &#8212; voil&#224; ce que devait maintenant se dire l'ouvrier ou le soldat sans-parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les g&#233;n&#233;raux conspirateurs, d'apr&#232;s l'accusation tardive des conciliateurs eux-m&#234;mes, &#233;taient coupables non seulement de la reddition de Riga, mais de la perc&#233;e de Juillet, pourquoi donc traquait-on les bolcheviks et fusillait-on les soldats ? Si les provocateurs militaires avaient tent&#233; de faire descendre dans la rue les ouvriers et les soldats, le 27 ao&#251;t, n'avaient-ils pas jou&#233; aussi leur r&#244;le dans les conflits sanglants du 4 juillet ? Quelle est, par suite, la place de K&#233;rensky dans toute cette histoire ? Contre qui appelait-il le 3e corps de cavalerie ? Pourquoi nomma-t-il Savinkov G&#233;n&#233;ral-gouvemeur, et Filonenko vice-gouverneur ? Et qui est ce Filonenko, candidat au directoire ? D'une fa&#231;on inattendue retentit la r&#233;ponse de la division des autos blind&#233;es : Filonenko qui y avait servi comme lieutenant infligeait aux soldats les pires humiliations et vexations. D'o&#249; &#233;tait sorti le louche homme d'affaires Zavo&#239;ko ? Que signifie en g&#233;n&#233;ral cette s&#233;lection d'aventuriers &#224; l'extr&#234;me sommet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits &#233;taient simples, clairs, m&#233;morables pour beaucoup, accessibles &#224; tous, irr&#233;fragables et accablants. Les &#233;chelons de la division &#034; sauvage &#034;, les rails qu'on avait fait sauter, les accusations r&#233;ciproques du palais d'Hiver et du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, les d&#233;positions de Savinkov et de K&#233;rensky, tout cela parlait de soi-m&#234;me. Quel acte d'accusation irr&#233;futable contre les conciliateurs et leur r&#233;gime ! Le sens de la pers&#233;cution dirig&#233;e contre les bolcheviks devint d&#233;finitivement clair : il y avait l&#224; un &#233;l&#233;ment indispensable dans la pr&#233;paration du coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers et les soldats, dont les yeux s'&#233;taient dessill&#233;s, &#233;taient pris d'un vif sentiment de honte pour eux-m&#234;mes. Ainsi, L&#233;nine se cachait uniquement parce qu'il avait &#233;t&#233; l&#226;chement calomni&#233; ? Ainsi, d'autres &#233;taient incarc&#233;r&#233;s pour faire plaisir aux cadets, aux g&#233;n&#233;raux, aux banquiers, aux diplomates de l'Entente ? Ainsi, les bolcheviks ne courent pas apr&#232;s les places et sin&#233;cures, et ils sont d&#233;test&#233;s en haut lieu pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils ne veulent pas adh&#233;rer &#224; la soci&#233;t&#233; par actions qui s'appelle la coalition ! Voil&#224; ce qu'avaient compris les travailleurs, les simples gens, les opprim&#233;s. Et, de ces dispositions d'esprit, avec le sentiment d'une faute commise &#224; l'&#233;gard des bolcheviks, proc&#233;d&#232;rent un incoercible d&#233;vouement au parti et la foi en ses leaders.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'aux derni&#232;res journ&#233;es, les vieux soldats, les &#233;l&#233;ments du cadre de l'ann&#233;e, les artilleurs, le corps des sous-officiers t&#226;chaient de tenir tant qu'ils pouvaient. Ils ne voulaient pas mettre une croix sur leurs travaux, leurs exploits, leurs sacrifices de combattants : &#233;tait-il possible que tout cela e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;pens&#233; en pure perte ? Mais lorsque le dernier appui eut &#233;t&#233; d&#233;truit sous leurs pieds, ils se retourn&#232;rent brusquement &#8212; &#224; gauche, &#224; gauche ! &#8212; face aux bolcheviks. Maintenant ils &#233;taient compl&#232;tement entr&#233;s dans la r&#233;volution, avec leurs galons de sous-officiers, avec leur trempe de vieux soldats et en serrant les m&#226;choires : ils avaient perdu la partie &#224; la guerre, mais cette fois-ci ils allaient pousser le travail jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rapports des autorit&#233;s locales, militaires et civiles, le bolchevisme devient, entre-temps, le synonyme de toute action de masses en g&#233;n&#233;ral, de revendications audacieuses, de r&#233;sistance &#224; l'exploitation, de mouvement en avant ; en un mot c'est l'autre nom de la r&#233;volution. Ainsi, c'est donc &#231;a, le bolchevisme ? se disent les gr&#233;vistes, les matelots protestataires, les femmes de soldats m&#233;contentes, les moujiks r&#233;volt&#233;s. Les masses &#233;taient comme contraintes d'en haut &#224; identifier leurs pens&#233;es intimes et leurs revendications avec les mots d'ordre du bolchevisme. C'est 'ainsi que la r&#233;volution prenait &#224; son service l'arme dirig&#233;e contre elle. Dans l'histoire, non seulement le rationnel devient absurde mais, quand cela est n&#233;cessaire pour la marche de l'&#233;volution, l'absurde devient aussi rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La modification de l'atmosph&#232;re politique se manifesta tr&#232;s clairement &#224; la s&#233;ance unifi&#233;e des Comit&#233;s ex&#233;cutifs, le 30 ao&#251;t, lorsque les d&#233;l&#233;gu&#233;s de Cronstadt exig&#232;rent qu'on leur fit place dans cette haute institution. Est-ce concevable ? Ici, o&#249; les hommes forcen&#233;s de Cronstadt n'avaient connu que des bl&#226;mes et des excommunications, si&#233;geront d&#233;sormais leurs repr&#233;sentants ? Mais, comment refuser ? Hier encore &#233;taient venus &#224; la d&#233;fense de P&#233;trograd les matelots et les soldats de Cronstadt. Les matelots de l'Aurore montent la garde au palais d'Hiver. Apr&#232;s s'&#234;tre concert&#233;s entre eux, les leaders propos&#232;rent aux hommes de Cronstadt quatre si&#232;ges avec voix consultative. La concession fut adopt&#233;e s&#232;chement, sans effusions de gratitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Apr&#232;s le soul&#232;vement de Kornilov &#8212; raconte Tchin&#233;nov, soldat de la garnison de Moscou &#8212; tous les effectifs avaient d&#233;j&#224; pris la couleur du bolchevisme&#8230; Tous &#233;taient frapp&#233;s de voir comment s'&#233;taient r&#233;alis&#233;es les pr&#233;visions (des bolcheviks)&#8230; annon&#231;ant que le g&#233;n&#233;ral Kornilov serait bient&#244;t sous les murs de P&#233;trograd. &#034; Mitr&#233;vitch, soldat de la division des autos blind&#233;es, rem&#233;more les h&#233;ro&#239;ques l&#233;gendes qui passaient de bouche en bouche apr&#232;s la victoire remport&#233;e sur les g&#233;n&#233;raux rebelles : &#034; Il n'&#233;tait mot que de bravoure et de prouesses et l'on disait que, si telle &#233;tait la vaillance, l'on pourrait se battre avec le monde entier. L&#224;, les bolcheviks reprirent vie. &#034; Relax&#233; de prison pendant les journ&#233;es de la campagne de Kornilov, Antonov-Ovs&#233;enko partit imm&#233;diatement pour Helsingfors. &#034; Un formidable revirement s'est accompli dans les masses. &#034; Au Congr&#232;s r&#233;gional des soviets en Finlande, les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite se trouv&#232;rent en quantit&#233; insignifiante, la direction venait des bolcheviks coalis&#233;s avec les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Comme pr&#233;sident du Comit&#233; r&#233;gional des soviets, l'on &#233;lut Smilga qui, malgr&#233; son extr&#234;me jeunesse, &#233;tait membre du Comit&#233; central des bolcheviks, tirait fortement vers la gauche et avait manifest&#233;, d&#232;s les Journ&#233;es d'Avril, son inclination &#224; secouer le gouvernement provisoire. Comme pr&#233;sident du Soviet de Helsingfors, s'appuyant Sur la garnison et les ouvriers russes, fut &#233;lu le bolchevik Scheinmann, futur directeur de la Banque d'&#201;tat des soviets, homme circonspect et de nature bureaucratique, mais qui marchait, en ce temps-l&#224;, sur le m&#234;me pied que les autres dirigeants. Le gouvernement provisoire interdit aux Finlandais de convoquer le S&#233;im (la Di&#232;te) dissous par lui. Le Comit&#233; r&#233;gional invita le S&#233;im &#224; se r&#233;unir, se chargeant d'assurer sa protection. Quant aux ordres du gouvernement provisoire rappelant de Finlande divers contingents militaires, le Comit&#233; refusa de les ex&#233;cuter. En r&#233;alit&#233;, les bolcheviks avaient &#233;tabli la dictature des soviets en Finlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de septembre, un journal bolchevik &#233;crit : &#034; D'un grand nombre de villes russes, nous apprenons que les organisations de notre parti, dans cette derni&#232;re p&#233;riode, se sont fortement accrues. Mais, ce qui est encore plus important, c'est la mont&#233;e de notre influence dans les plus larges masses d&#233;mocratiques d'ouvriers et de soldats. &#034; &#034; M&#234;me dans les entreprises o&#249; l'on ne voulait pas, au d&#233;but, nous &#233;couter - &#233;crit Av&#233;rine, bolch&#233;vik d'&#201;kat&#233;rinoslav &#8212; pendant les journ&#233;es komiloviennes, les ouvriers &#233;taient de notre c&#244;t&#233;. &#034; &#034; Lorsque se r&#233;pandit le bruit que Kal&#233;dine mobilisait les Cosaques contre Tsaritsyne et Saratov &#8212; &#233;crit Antonov, un des dirigeants bolcheviks de Saratov &#8212; lorsque ces bruits furent confirm&#233;s et renforc&#233;s par le soul&#232;vement du g&#233;n&#233;ral Kornilov, la masse, en quelques jours, &#233;limina ses anciens pr&#233;jug&#233;s. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal bolchevik de Kiev communique, le 19 septembre : &#034; Aux nouvelles &#233;lections des repr&#233;sentants de l'arsenal au Soviet, douze camarades ont &#233;t&#233; &#233;lus, tous bolcheviks. Tous les candidats mencheviks ont &#233;t&#233; rejet&#233;s ; la m&#234;me chose se passe dans un grand nombre d'autres usines. Des informations du m&#234;me genre se rencontrent d&#232;s lors quotidiennement dans les pages de la presse ouvri&#232;re ; les journaux hostiles s'efforcent vainement de passer sous silence ou de d&#233;pr&#233;cier la croissance du bolchevisme. Les masses r&#233;veill&#233;es semblent s'efforcer de regagner le temps perdu par suite d'h&#233;sitations, d'achoppements et de reculs temporaires. Un flux g&#233;n&#233;ral monte, obstin&#233;, irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre du Comit&#233; central des bolcheviks, Varvara Isakovl&#233;va, qui nous a dit, en juillet-ao&#251;t, l'extr&#234;me affaiblissement des bolcheviks dans toute la r&#233;gion de Moscou, t&#233;moigne maintenant d'un brusque revirement. &#034; Dans la seconde quinzaine de septembre &#8212; rapporte-t-elle devant la Conf&#233;rence &#8212; des militants du bureau r&#233;gional ont parcouru la r&#233;gion&#8230; Leurs impressions ont &#233;t&#233; absolument identiques : partout, dans tous les d&#233;partements, avait lieu le processus d'une bolchevisation int&#233;grale des masses. Et tous notaient &#233;galement que le village r&#233;clamait le bolchevisme&#8230; &#034; Dans les endroits o&#249;, apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet les organisations du parti se sont effondr&#233;es, elles sont revenues &#224; la vie et s'accroissent rapidement. Dans les rayons o&#249; l'on n'admettait pas les bolcheviks, surgissent spontan&#233;ment des cellules bolchevistes. M&#234;me dans les provinces arri&#233;r&#233;es de Tambov et de Riazan, dans ces citadelles des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks, o&#249; les bolcheviks, au cours de leurs pr&#233;c&#233;dentes tourn&#233;es, se montraient rarement, n'esp&#233;rant rien, s'accomplit maintenant un v&#233;ritable revirement : l'influence des bolcheviks s'affermit de jour en jour, les organisations des conciliateurs s'&#233;croulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la conf&#233;rence bolcheviste de la r&#233;gion moscovite, un mois apr&#232;s le soul&#232;vement de Kornilov, un mois avant l'insurrection des bolcheviks, respirent l'assurance et l'&#233;lan. A Nijni-Novgorod, apr&#232;s deux mois de d&#233;faillance, le Parti se remit &#224; vivre de sa pleine vie. Les ouvriers socialistes-r&#233;volutionnaires passent par centaines dans les rangs des bolcheviks. A Tver, une large agitation du parti ne se d&#233;clencha qu'apr&#232;s les journ&#233;es korniloviennes. Les conciliateurs sont blackboul&#233;s, on ne les &#233;coute plus, on les chasse. Dans le gouvernement de Vladimir, les bolcheviks se sont tellement fortifi&#233;s qu'au congr&#232;s r&#233;gional des soviets l'on n'a trouv&#233; au total que cinq mencheviks et trois socialistes-r&#233;volutionnaires. A Ivanovo-Voznessensk, le Manchester russe, les bolcheviks, en tant que ma&#238;tres pourvus de pleins pouvoirs, ont assum&#233; tous le travail dans les soviets, la douma, et le zemstvo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations du parti s'accroissent, mais la mont&#233;e de sa force d'attraction est infiniment plus rapide. Le manque de corr&#233;lation entre les ressources techniques des bolcheviks et leur coefficient de densit&#233; politique trouve son expression dans le nombre relativement faible des membres du parti devant la mont&#233;e grandiose de son influence. Les &#233;v&#233;nements entra&#238;nent si rapidement et imp&#233;rieusement les masses dans leur tourbillon que les ouvriers et les soldats n'ont pas le temps de s'organiser en parti. Ils n'ont m&#234;me pas le temps de comprendre la n&#233;cessit&#233; d'une organisation sp&#233;ciale de parti. Ils s'impr&#232;gnent des mots d'ordre du bolchevisme aussi naturellement qu'ils respirent. Que le parti soit un laboratoire compliqu&#233; o&#249; ces mots d'ordre sont &#233;labor&#233;s par une exp&#233;rience collective, cela ne leur est pas clair. Derri&#232;re les soviets tiennent plus de vingt millions d'&#226;mes. Le parti qui, m&#234;me &#224; la veille de l'insurrection d'Octobre, ne comptait dans ses rangs, au plus, que deux cent quarante mille membres, entra&#238;ne, par l'interm&#233;diaire des syndicats, des comit&#233;s d'usines, des soviets, avec toujours plus d'assurance, des millions d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'incommensurable pays boulevers&#233; jusqu'au fond, avec son in&#233;puisable diversit&#233; de conditions locales et de niveaux politiques, ont lieu, quotidiennement, des &#233;lections : aux doumas, aux zemstvos, aux soviets, aux comit&#233;s d'usines, aux syndicats, aux comit&#233;s militaires ou agraires. Et, par toutes ces &#233;lections, s'affirme constamment un m&#234;me fait invariable : la mont&#233;e des bolcheviks. Les &#233;lections aux doumas de quartier de Moscou frapp&#232;rent particuli&#232;rement le pays par le brusque revirement de l'&#233;tat d'esprit des masses. Le &#034; grand &#034; parti des socialistes-r&#233;volutionnaires, sur 375 000 suffrages qu'il avait recueillis en juin, n'en gardait &#224; la fin de septembre que 54 000. Les mencheviks, qui avaient eu 76 000 voix, &#233;taient tomb&#233;s jusqu'&#224; 16 000, Les cadets avaient conserv&#233; 101 000 voix, n'en ayant perdu qu'environ 8 000. En revanche, les bolcheviks, partant de 75 000 suffrages s'&#233;taient relev&#233;s jusqu'&#224; 198 000. Si, en juin, les socialistes-r&#233;volutionnaires avaient rassembl&#233; environ 58 &#176;% des voix, en septembre les bolcheviks en group&#232;rent environ 52 %. La garnison vota, &#224; 90 %, pour les bolcheviks, dans certains effectifs &#224; plus de 95 % ; dans les ateliers de l'artillerie lourde, sur 2 347 voix, les bolcheviks en obtinrent 2 286.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le remarquable chiffre d'abstentions des &#233;lecteurs portait principalement sur les petites gens des villes qui, dans l'ivresse des premi&#232;res illusions, avaient adh&#233;r&#233; aux conciliateurs pour rentrer bient&#244;t dans leur n&#233;ant. Les mencheviks avaient absolument fondu. Les socialistes-r&#233;volutionnaires avaient r&#233;uni deux fois moins de suffrages que les cadets. Les cadets, deux fois moins que les bolcheviks. Les suffrages obtenus en septembre par les bolcheviks, avaient &#233;t&#233; conquis de haute lutte avec tous les autres partis. C'&#233;taient de solides voix. On pouvait compter sur elles. L'&#233;rosion des groupes interm&#233;diaires, la stabilit&#233; consid&#233;rable du camp bourgeois et la croissance gigantesque du parti prol&#233;tarien le plus d&#233;test&#233; et pers&#233;cut&#233;, tout cela pr&#233;sentait les sympt&#244;mes infaillibles de la crise r&#233;volutionnaire, &#034; Oui, les bolcheviks travaillaient avec z&#232;le et infatigablement &#8212; &#233;crit Soukhanov, qui appartint lui-m&#234;me au parti battu des mencheviks &#8212; ils &#233;taient dans les masses, devant les m&#233;tiers, quotidiennement, constamment&#8230; Ils &#233;taient devenus leurs, parce qu'ils &#233;taient toujours l&#224;, dirigeant dans les petits d&#233;tails, comme dans les choses importantes, toute la vie de l'usine et de la caserne&#8230; La masse vivait et respirait avec les bolcheviks. Elle &#233;tait entre les mains du parti de L&#233;nine et de Trotsky. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La carte politique du front se distinguait par d'extr&#234;mes bigarrures, Il y avait des r&#233;giments et des divisions qui n'avaient encore jamais entendu ni vu un bolchevik ; nombre de ceux-ci &#233;taient sinc&#232;rement &#233;tonn&#233;s quand on les accusait de bolchevisme. D'autre part, il se trouvait des contingents qui prenaient leurs propres dispositions anarchiques, avec une vague nuance d'esprit Cent-Noir, pour le plus pur bolchevisme. L'&#233;tat d'opinion du front se r&#233;glait dans une m&#234;me direction. Mais, dans le grandiose torrent politique qui avait pour lit des tranch&#233;es, intervenaient fr&#233;quemment des courants contraires, des remous et pas mal de troubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre, les bolcheviks bris&#232;rent le cordon et obtinrent acc&#232;s au front d'o&#249; ils avaient &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;s, et sans plaisanterie, pendant deux mois. Officiellement, l'interdiction n'&#233;tait pas encore lev&#233;e. Les comit&#233;s conciliateurs faisaient tout leur possible pour emp&#234;cher les bolcheviks de p&#233;n&#233;trer dans leurs d&#233;tachements ; mais tous leurs efforts restaient inutiles. Les soldats avaient tellement entendu parler de leur propre bolchevisme que tous, sans exception, &#233;taient avides de voir et d'&#233;couter un bolchevik en chair et en os. Les obstacles de pure forme, retardements et anicroches, suscit&#233;s par les membres des comit&#233;s &#233;taient balay&#233;s par la pression des soldats d&#232;s qu'ils avaient vent de l'arriv&#233;e d'un bolchevik. Une vieille r&#233;volutionnaire, Evgu&#233;nia Boch, qui avait fait un gros travail en Ukraine, a laiss&#233; de vifs souvenirs sur ses audacieuses excursions dans le bled primitif des soldats. Les avertissements alarmants des amis, faux ou sinc&#232;res, &#233;taient chaque fois rejet&#233;s. Dans une division que l'on caract&#233;risait comme furieusement hostile aux bolcheviks, l'oratrice, abordant avec beaucoup de prudence son sujet, constatait bient&#244;t que les auditeurs &#233;taient avec elle. &#034; Pas un graillonnement, pas un toussotement, personne ne se mouchait &#8212; en quoi sont les premiers signes de fatigue d'un auditoire de soldats &#8212; silence complet et de l'ordre. &#034; L'assembl&#233;e se termina par une bruyante ovation en l'honneur de l'audacieuse agitatrice. En g&#233;n&#233;ral, toute la tourn&#233;e d'Evgu&#233;nia Boch &#224; l'arri&#232;re du front fut en son genre une marche triomphale. Moins h&#233;ro&#239;quement, avec moins d'effet, mais pour le fond identiquement, l'affaire fut men&#233;e par les agitateurs d'un moindre calibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Id&#233;es, mots d'ordre, g&#233;n&#233;ralisations, nouveaux ou bien convaincants d'une fa&#231;on nouvelle, faisaient irruption dans la vie stagnante des tranch&#233;es. Des millions de t&#234;tes de soldats ressassaient les &#233;v&#233;nements, &#233;tablissant le bilan de leur exp&#233;rience politique. &#034; &#8230; Chers camarades, ouvriers et soldats &#8212; &#233;crit un homme du front &#224; la r&#233;daction du journal &#8212; ne laissez pas faire cette m&#233;chante lettre K, qui a livr&#233; le monde entier &#224; un carnage sanglant. Il y a le premier massacreur, Kolka (Nicolas II), K&#233;rensky, Komilov, Kal&#233;dine, les kadets, et ils ont tous la lettre K, Les Kosaques aussi, c'est des gens dangereux pour nous&#8230; (sign&#233;) : Sidor Nikola&#239;ev. &#034; Il ne faut point chercher ici de superstition : il n'y a seulement qu'un proc&#233;d&#233; de mn&#233;monique politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement parti du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ne pouvait pas ne pas faire vibrer chaque fibre chez les soldats. La discipline ext&#233;rieure, pour le r&#233;tablissement de laquelle l'on avait d&#233;pens&#233; tant d'efforts et tant fait de victimes, se rel&#226;chait de nouveau sur toutes les coutures. Le commissaire militaire du front Ouest, Jdanov, communique : &#034; L'&#233;tat d'esprit est en g&#233;n&#233;ral celui de la nervosit&#233;&#8230; de la suspicion &#224; l'&#233;gard des officiers, de l'expectative ; le refus d'ob&#233;ir aux ordres est expliqu&#233; par ce fait qu'on transmet aux soldats les ordres de Kornilov qui ne doivent pas &#234;tre ex&#233;cut&#233;s, &#034; Dans le m&#234;me esprit, Stank&#233;vitch, qui rempla&#231;a Filonenko au poste de haut-commissaire, &#233;crit : &#034; La masse des soldats&#8230; se sentit entour&#233;e de tous c&#244;t&#233;s par la trahison&#8230; Celui qui cherchait &#224; l'en dissuader lui paraissait &#233;galement tra&#238;tre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les officiers de cadre, l'effondrement de l'aventure kornilovienne signifiait l'&#233;croulement des derniers espoirs. En son for int&#233;rieur, le commandement, m&#234;me avant cela, ne se sentait gu&#232;re brillant. Nous observ&#226;mes, fin du mois d'ao&#251;t, les militaires conspirateurs &#224; P&#233;trograd, ivres, fanfarons, veules. Maintenant, le corps des officiers se sentait d&#233;finitivement honni et condamn&#233;. &#034; Cette haine, cette pers&#233;cution &#8212; &#233;crit l'un d'eux &#8212; l'absolu d&#233;s&#339;uvrement et la perp&#233;tuelle attente d'une arrestation ou d'une mort ignominieuse chassaient les officiers vers les restaurants, les cabinets particuliers, les h&#244;tels de passage&#8230; C'est dans cette ambiance d'ivresse asphyxiante que sombr&#232;rent les officiers. &#034; Par contre, les soldats et les matelots vivaient dans une sobri&#233;t&#233; plus grande qu'elle n'avait jamais &#233;t&#233; : ils avaient &#233;t&#233; pris d'un nouvel espoir. Les bolcheviks, d'apr&#232;s Stank&#233;vitch, &#034; relev&#232;rent la t&#234;te et se sentirent absolument ma&#238;tres dans l'arm&#233;e&#8230; Les comit&#233;s de la base commenc&#232;rent &#224; se transformer en cellules bolchevistes. Toutes les &#233;lections dans l'arm&#233;e donnaient un stup&#233;fiant accroissement de suffrages bolcheviks. En outre, l'on ne peut se dispenser de noter que la meilleure arm&#233;e, la plus disciplin&#233;e, non seulement sur le front Nord, mais, peut-&#234;tre, sur tout le front russe, la 5&#232;me, donna la premi&#232;re un comit&#233; bolchevik d'arm&#233;e &#034;. D'une fa&#231;on encore plus &#233;clatante, plus nette, plus color&#233;e, la flotte se bolchevisait. Les marins de la Baltique hiss&#232;rent, le 8 septembre, sur tous les vaisseaux, les pavillons de combat, pour montrer qu'ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; lutter pour la transmission du pouvoir aux mais du prol&#233;tariat et de la paysannerie. La flotte r&#233;clamait une tr&#234;ve imm&#233;diate sur tous les fronts, la remise des terres &#224; la discr&#233;tion des comit&#233;s paysans et l'&#233;tablissement d'un contr&#244;le ouvrier sur la production. Trois jours apr&#232;s, le Comit&#233; central de la flotte de la mer Noire, plus arri&#233;r&#233; et mod&#233;r&#233;, soutint les hommes de la Baltique, en formulant le mot d'ordre de la remise du pouvoir aux soviets. Pour le m&#234;me mot d'ordre, au milieu de septembre, &#233;l&#232;vent la voix vingt-trois r&#233;giments d'infanterie sib&#233;riens et lettons de la 12e arm&#233;e. Derri&#232;re eux se rangent constamment de nouveaux effectifs. La revendication du pouvoir pour les soviets ne dispara&#238;t plus des ordres du jour de l'arm&#233;e et de la flotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Les assembl&#233;es de matelots &#8212; raconte Stank&#233;vitch &#8212; se composaient pour les neuf dixi&#232;mes uniquement de bolcheviks. &#034; Le nouveau commissaire aupr&#232;s du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral eut &#224; d&#233;fendre, &#224; Reval, devant les matelots, le gouvernement provisoire. D&#232;s les premiers mots, il sentit toute la vanit&#233; de ses tentatives. Au seul mot de &#034; gouvernement &#034;, l'auditoire se renfermait col&#233;reusement en lui-m&#234;me : &#034; Des vagues d'indignation, de haine et de d&#233;fiance d&#233;ferlaient aussit&#244;t sur toute la foule. C'&#233;tait &#233;clatant, c'&#233;tait fort, passionn&#233;, irr&#233;sistible, et cela se fondait dans un hurlement unanime : &#034; A bas ! &#034; On ne peut que rendre justice au conteur qui n'oublie pas de noter la beaut&#233; de la pression de masses qui lui &#233;taient mortellement hostiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la paix, enterr&#233;e pour deux mois, revient maintenant &#224; la surface avec une force d&#233;cupl&#233;e. Dans une s&#233;ance du Soviet de P&#233;trograd, un officier arriv&#233; du front, Doubassov, d&#233;clara : &#034; Quoi que vous disiez ici, les soldats ne combattront plus. &#034; Il y eut des exclamations : &#034; Les bolcheviks eux-m&#234;mes ne disent pas cela !&#8230; &#034; Mais l'officier, qui n'&#233;tait pas bolchevik, para le coup : &#034; Je vous transmets ce que je sais et ce que les soldats m'ont charg&#233; de vous transmettre. &#034; Un autre homme du front, un soldat morose, portant une capote grise impr&#233;gn&#233;e de la salet&#233; et de la puanteur des tranch&#233;es, d&#233;clara, en ces m&#234;mes journ&#233;es de septembre, au Soviet de P&#233;trograd, que les soldats avaient besoin de la paix, de n'importe laquelle, &#034; m&#234;me si que ce serait une paix d&#233;gueulasse &#034;. Ces &#226;pres mots d'un soldat jet&#232;rent le trouble dans le Soviet. On en &#233;tait donc arriv&#233; si loin ! Les soldats, sur le front, n'&#233;taient pas des gamins, Ils comprenaient parfaitement que, avec &#034; la carte de guerre &#034; que l'on avait devant soi, la paix ne pouvait &#234;tre qu'un acte de violence. Et, pour traduire cette opinion-l&#224;, le d&#233;l&#233;gu&#233; des tranch&#233;es avait express&#233;ment choisi le mot le plus grossier, qui exprimait toute la violence de son aversion &#224; l'&#233;gard de la paix du Hohenzollern. Mais c'est Pr&#233;cis&#233;ment en d&#233;pouillant ainsi son jugement que le soldat contraignit ses auditeurs &#224; comprendre qu'il n'y avait point d'autre voie, que la guerre avait &#233;tiol&#233; l'arm&#233;e, que la paix &#233;tait imm&#233;diatement indispensable et &#224; quelque prix que ce f&#251;t. Les paroles de l'orateur venu des tranch&#233;es furent reproduites avec des sarcasmes par la presse bourgeoise qui les attribua aux bolcheviks. La phrase sur la paix &#034; d&#233;gueulasse &#034; ne sortait plus d&#233;sormais de l'ordre du jour, comme &#233;tant l'expression la plus extr&#234;me de la barbarie et de la dissolution du peuple !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les conciliateurs n'&#233;taient nullement dispos&#233;s, de m&#234;me que le dilettante politique Stank&#233;vitch, &#224; admirer la magnificence du flot montant, qui mena&#231;ait de les balayer de l'ar&#232;ne r&#233;volutionnaire. Avec stup&#233;faction et &#233;pouvante, ils constataient, chaque jour, qu'ils ne disposaient d'aucune force de r&#233;sistance. En somme, sous la confiance des masses &#224; l'&#233;gard des conciliateurs, depuis les premi&#232;res heures de la r&#233;volution, se cachait un malentendu, historiquement in&#233;vitable, mais non durable : pour le d&#233;celer, il ne fallut tout au plus que quelques mois. Les conciliateurs furent forc&#233;s de causer avec les ouvriers et les soldats sur un tout autre ton que celui qu'ils avaient tenu au Comit&#233; ex&#233;cutif et particuli&#232;rement au palais d'Hiver. Les leaders responsables des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks, de semaine en semaine, osaient moins se montrer en place publique. Les agitateurs de deuxi&#232;me et de troisi&#232;me ligne s'adaptaient au radicalisme social du peuple &#224; l'aide de formules &#233;quivoques, ou bien, sinc&#232;rement, se laissaient gagner par les &#233;tats d'esprit des usines, des puits de mines et des casernes, parlaient leur langage et se d&#233;tachaient de leurs propres partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matelot Khovrine montre, dans ses M&#233;moires, comment les marins qui d&#233;claraient se rattacher aux socialistes-r&#233;volutionnaires luttaient en r&#233;alit&#233; pour la plate-forme bolcheviste. M&#234;me chose &#233;tait observ&#233;e partout et en tous lieux. Le peuple savait ce qu'il voulait, mais ne savait pas quel nom donner &#224; cela, Le &#034; malentendu &#034; inh&#233;rent &#224; la R&#233;volution de F&#233;vrier affectait la masse, tout le peuple, surtout &#224; la campagne, o&#249; il persistera plus longtemps qu'&#224; la ville. On ne pouvait introduire de l'ordre dans le chaos que par l'exp&#233;rience. Les &#233;v&#233;nements, grands et petits, secouaient inlassablement les partis de masses, les amenant &#224; se mettre en accord avec leur politique, non avec leur enseigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a un remarquable exemple du quiproquo entre les conciliateurs et les masses dans le serment qui fut pr&#234;t&#233;, au d&#233;but de juillet, par deux mille mineurs du Donetz, agenouill&#233;s, t&#232;te d&#233;couverte, en pr&#233;sence d'une foule d'environ cinq mille personnes qui participaient. &#034; Nous jurons sur les t&#234;tes de nos enfants, devant Dieu, le ciel et la terre, avec tout ce qu'il y a de sacr&#233; pour nous sur la terre, que jamais nous ne l&#226;cherons la libert&#233; obtenue par nous le 28 f&#233;vrier 1917 ; croyant aux socialistes-r&#233;volutionnaires, aux mencheviks, nous jurons de ne jamais &#233;couter les l&#233;ninistes, parce que ceux-ci, bolcheviks-l&#233;ninistes, conduisent par leur agitation la Russie &#224; sa perte, alors que les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, ensemble comme un seul, disent : la terre au peuple, la terre sans rachat, le r&#233;gime capitaliste doit s'&#233;crouler apr&#232;s la guerre et, au lieu du capitalisme, il doit y avoir un r&#233;gime socialiste&#8230; Nous jurons de suivre ces partis, en marchant de l'avant, sans reculer devant la mort. &#034; Le serment des mineurs, dirig&#233; contre les bolcheviks, menait en r&#233;alit&#233; directement vers l'insurrection bolcheviste. L'&#233;cale de F&#233;vrier et le noyau d'octobre apparaissent dans cette charte na&#239;ve et enflamm&#233;e avec une telle &#233;vidence qu'ils &#233;puisent &#224; leur mani&#232;re le probl&#232;me de la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre, les mineurs du Donetz, sans manquer ni &#224; eux-m&#234;mes, ni &#224; leur serment, avaient d&#233;j&#224; tourn&#233; le dos aux conciliateurs, Il en advint de m&#234;me dans les contingents les plus arri&#233;r&#233;s des mineurs de l'Oural. Un membre du Comit&#233; ex&#233;cutif, le socialiste-r&#233;volutionnaire Oj&#233;gov, repr&#233;sentant de l'Oural, visita au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, son usine d'Ijevsky. &#034; Je fus stup&#233;fait &#8212; &#233;crit-il dans son rapport empreint d'affliction &#8212; des brusques modifications qui s'&#233;taient produites en mon absence : l'organisation du parti des socialistes-r&#233;volutionnaires qui, par le nombre (huit mille personnes) et par son activit&#233;, &#233;tait connue dans toute la r&#233;gion de l'Oural&#8230; &#233;tait d&#233;compos&#233;e, affaiblie et r&#233;duite &#224; cinq cents personnes, par suite de l'intervention d'agitateurs irresponsables. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport d'Oj&#233;gov ne pr&#233;senta rien d'impr&#233;vu pour le Comit&#233; ex&#233;cutif : le m&#234;me tableau s'observait &#224; P&#233;trograd. Si, apr&#232;s l'&#233;crasement de juillet, les socialistes-r&#233;volutionnaires dans les usines, pour un temps remont&#232;rent et m&#234;me, par-ci par-l&#224;, &#233;largirent leur influence, leur d&#233;clin n'en fut que plus irr&#233;sistible ensuite. &#034; Il est vrai, le gouvernement de K&#233;rensky fut alors vainqueur &#8212; &#233;crivait plus tard le socialiste-r&#233;volutionnaire V. Zenzinov &#8212; les manifestants bolcheviks avaient &#233;t&#233; dispers&#233;s et leurs leaders arr&#234;t&#233;s, mais c'&#233;tait une victoire &#224; la Pyrrhus. &#034; C'est absolument juste : de m&#234;me que le roi d'&#201;pire, les conciliateurs avaient remport&#233; la victoire en la payant de leur arm&#233;e. &#034; Si, auparavant, jusqu'aux 3-5 juillet &#8212; &#233;crit un ouvrier de P&#233;trograd nomm&#233; Skorinko &#8212; les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires pouvaient se montrer en certains endroits chez les ouvriers sans risquer d'&#234;tre siffl&#233;s, ils n'avaient plus maintenant cette garantie&#8230; &#034; Des garanties, en g&#233;n&#233;ral, il ne leur en restait d&#233;j&#224; plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti des socialistes-r&#233;volutionnaires non seulement perdait son influence, mais changeait aussi de composition sociale. Les ouvriers r&#233;volutionnaires ou bien avaient d&#233;j&#224; trouv&#233; le temps de passer aux bolcheviks, ou bien, s'&#233;cartant, passaient par une crise intime. Par contre, embusqu&#233;s dans les usines pendant la guerre, les fils des boutiquiers, les koulaks et de petits fonctionnaires en &#233;taient venus &#224; se persuader que leur place &#233;tait exactement dans le parti socialiste-r&#233;volutionnaire. Mais, en septembre, eux aussi n'osaient plus se d&#233;nommer &#034; socialistes-r&#233;volutionnaires &#034;, du moins &#224; P&#233;trograd. Le parti &#233;tant abandonn&#233; par les ouvriers, les soldats, dans certaines provinces d&#233;j&#224; m&#234;me par les paysans ; il lui restait les fonctionnaires conservateurs et les couches de la petite bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que les masses &#233;veill&#233;es par l'insurrection donn&#232;rent leur confiance aux socialistes-r&#233;volutionnaires et aux mencheviks, les deux partis ne se lass&#232;rent pas de c&#233;l&#233;brer la haute conscience du peuple. Mais lorsque les masses, passant par l'&#233;cole de &#233;v&#233;nements, commenc&#232;rent &#224; se tourner brusquement vers les bolcheviks, les conciliateurs attribu&#232;rent la responsabilit&#233; de leur propre effondrement &#224; l'ignorance du peuple. Cependant, les masses ne consentaient point &#224; croire qu'elles &#233;taient devenues plus ignorantes ; au contraire, il leur semblait qu'elles comprenaient main tenant ce qu'elles n'avaient pas compris auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant sa mue et s'affaiblissant, le parti socialiste-r&#233;volutionnaire se d&#233;chirait d'ailleurs sur ses coutures sociales, et ses membres &#233;taient rejet&#233;s dans des camps hostiles entre eux. Dans les r&#233;giments, dans les campagnes, subsistaient les socialistes-r&#233;volutionnaires qui, d'accord avec les bolcheviks et, ordinairement, sous leur direction, se d&#233;fendaient des coups port&#233;s par les socialistes-r&#233;volutionnaires gouvemementaux. L'aggravation de la lutte des flancs oppos&#233;s appela &#224; l'existence un petit groupe interm&#233;diaire. Sous la direction de Tchernov, ce groupe essayait de sauver l'unit&#233; entre les pers&#233;cuteurs et les pers&#233;cut&#233;s, s'embrouillait, tombait dans des contradictions inextricables, fr&#233;quemment ridicules et compromettait encore plus le parti. Pour s'ouvrir la possibilit&#233; de parler devant un auditoire de masses, les orateurs socialistes-r&#233;volutionnaires devaient, avec insistance, se pr&#233;senter comme des &#034; gauches &#034;, comme des internationalistes, n'ayant rien de commun avec la clique des &#034; socialistes-r&#233;volutionnaires de mars &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet, les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche pass&#232;rent &#224; une opposition d&#233;clar&#233;e, sans rompre encore formellement avec le parti, mais en empruntant tardivement les arguments et les mots d'ordre des bolcheviks. Le 21 septembre, Trotsky, non sans une id&#233;e p&#233;dagogique de derri&#232;re la t&#232;te, d&#233;clara &#224; la s&#233;ance du Soviet de P&#233;trograd que, pour les bolcheviks, il devenait &#034; de plus en plus facile de s'entendre avec les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche &#034;. A la fin des fins, ces derniers se d&#233;tach&#232;rent en un parti ind&#233;pendant pour inscrire dans le livre de la r&#233;volution une de ses pages les plus extravagantes. Ce fut la derni&#232;re d&#233;flagration du radicalisme intellectuel ind&#233;pendant, et il n'en resta, quelques mois apr&#232;s Octobre, qu'un petit tas de cendres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;renciation atteignit tout aussi profond&#233;ment les mencheviks. Leur organisation de P&#233;trograd se trouvait en vive opposition vis-&#224;-vis du Comit&#233; central. Le noyau principal, dirig&#233; par Ts&#233;r&#233;telli, n'ayant pas comme les socialistes-r&#233;volutionnaires des r&#233;serves paysannes, se d&#233;sagr&#233;geait encore plus rapidement que ces derniers. Les groupes social-d&#233;mocrates interm&#233;diaires qui n'avaient pas adh&#233;r&#233; aux deux camps principaux tentaient encore d'obtenir l'unification des bolcheviks avec les mencheviks : ils gardaient encore quelque chose des illusions de mars, quand Staline lui-m&#234;me estimait souhaitable l'union avec Ts&#233;r&#233;telli et esp&#233;rait qu' &#034; &#224; l'int&#233;rieur du parti, nous nous d&#233;barrasserions des petits dissentiments &#034;. Vers le 20 ao&#251;t eut lieu la fusion des mencheviks avec les unificateurs eux-m&#233;mes. La pr&#233;pond&#233;rance notable, au Congr&#233;s d'unification, fut le lot de l'aile droite, et la r&#233;solution de Ts&#233;r&#233;telli pour la guerre et pour la coalition avec la bourgeoisie fut vot&#233;e par cent dix-sept voix contre soixante-dix-neuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de Ts&#233;r&#233;telli dans le parti h&#226;tait la d&#233;faite de ce m&#234;me parti dans la classe ouvri&#232;re. L'organisation des ouvriers mencheviks de P&#233;trograd, extr&#234;mement peu nombreuse, suivait Martov, le poussant en avant, s'irritant de son ind&#233;cision et se pr&#233;parant &#224; passer aux bolcheviks. Vers le milieu de septembre, l'organisation de Vassili-Ostrov passa presque tout enti&#232;re au parti bolchevik, Cela acc&#233;l&#233;ra la fermentation dans les autres quartiers et en province. Les leaders de diff&#233;rents courants du menchevisme, en des s&#233;ances communes, s'accusaient rageusement l'un l'autre de l'effondrement du parti. Le journal de Gorki, rattach&#233; au flanc gauche des mencheviks, communiquait &#224; la lin de septembre que l'organisation du parti &#224; P&#233;trograd, qui comptait r&#233;cemment encore environ dix mille membres, &#034; avait cess&#233; d'exister en fait&#8230; La derni&#232;re conf&#233;rence de la capitale n'avait pu se r&#233;unir faute du quorum. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pl&#233;khanov attaquait de droite les mencheviks ; &#034; Ts&#233;r&#233;telli, et ses amis, sans le d&#233;sirer et le concevoir eux-m&#234;mes, fraient la route &#224; L&#233;nine. &#034; Les dispositions politiques de Ts&#233;r&#233;telli lui-m&#234;me pendant les journ&#233;es de la mar&#233;e montante de septembre sont vivement marqu&#233;es dans les Souvenirs du cadet Nabokov : &#034; Le trait le plus caract&#233;ristique de son &#233;tat d'esprit d'alors, c'&#233;tait la peur devant la puissance grandissante du bolchevisme. Je me rappelle comment, dans un entretien avec moi en t&#234;te &#224; t&#234;te, il me disait que les bolcheviks pourraient bien s'emparer du pouvoir. &#034; Bien s&#251;r &#8212; disait-il &#8212; ils ne tiendront pas plus de deux ou trois semaines, mais imaginez seulement quels seront les d&#233;g&#226;ts. C'est ce qu'il faut &#233;viter &#224; tout prix. &#034; Sa voix avait un ton d'anxi&#233;t&#233; panique indubitable&#8230; &#034; Devant Octobre, Ts&#233;r&#233;telli passait par les m&#234;mes &#233;tats d'&#226;me que Nabokov connaissait bien depuis les Journ&#233;es de F&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrain o&#249; les bolcheviks agissaient coude &#224; coude avec les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, bien que constamment en lutte avec eux, c'&#233;taient les soviets. Les modifications dans les forces relatives des partis sovi&#233;tiques, &#224; vrai dire non du premier coup, avec des retards in&#233;vitables et des atermoiements artificiels, trouvaient leur expression dans la composition des soviets et dans leur fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des soviets de province &#233;taient d&#233;j&#224; avant les Journ&#233;es de Juillet des organes du pouvoir &#8212; &#224; Ivanovo-Voznessensk, &#224; Lougansk, &#224; Tsaritsyne, &#224; Khersone, &#224; Tomsk, &#224; Vladivostok, &#8212; sinon formellement, du moins en fait, sinon constamment, du moins &#233;pisodiquement. Le soviet de Krasno&#239;arsk imposa tout &#224; fait de son propre chef le r&#233;gime des cartes de distribution pour les objets de consommation individuelle, Le soviet conciliateur de Saratov fut oblig&#233; d'intervenir dans les conflits &#233;conomiques, d'op&#233;rer l'arrestation de certains entrepreneurs, de confisquer le tramway appartenant &#224; une compagnie belge, d'&#233;tablir le contr&#244;le ouvrier et d'organiser la production dans les usines abandonn&#233;es. Dans l'Oural o&#249;, depuis 1905, pr&#233;dominait l'influence politique du bolchevisme, les soviets exer&#231;aient fr&#233;quemment la justice et la r&#233;pression vis-&#224;-vis des citoyens, cr&#233;&#232;rent dans quelques usines leur milice, pr&#233;levant pour la payer des fonds sur la caisse de l'usine, organis&#232;rent le contr&#244;le ouvrier qui approvisionnait les entreprises en mati&#232;res premi&#232;res et en combustible, veillait &#224; l'&#233;coulement des articles fabriqu&#233;s et &#233;tablissait les tarifs. Dans certaines r&#233;gions, les soviets confisqu&#232;rent les terres des propri&#233;taires nobles pour les remettre aux collectivit&#233;s de cultivateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les entreprises mini&#232;res de Simsk, les soviets organis&#232;rent une direction usini&#232;re r&#233;gionale qui se subordonna toute l'administration, la caisse, la comptabilit&#233; et la r&#233;ception des commandes. Par cet acte, la nationalisation de la r&#233;gion mini&#232;re de Simsk &#233;tait &#233;bauch&#233;e, &#034; D&#232;s le mois de juillet &#8212; &#233;crit B. Eltsin, &#224; qui nous empruntons ces donn&#233;es &#8212; dans les usines de l'Oural, non seulement tout &#233;tait dans les mains des bolcheviks, mais ceux-ci donnaient d&#233;j&#224; des le&#231;ons pratiques pour la solution des probl&#232;mes politiques, agraires et &#233;conomiques, &#034; Ces le&#231;ons &#233;taient primitives, non ramen&#233;es &#224; un syst&#232;me, non &#233;clair&#233;es par une th&#233;orie, mais, en bien des points, elles pr&#233;d&#233;terminaient les voies futures. Le tournant de Juillet atteignit beaucoup plus imm&#233;diatement les soviets que le parti ou les syndicats, car, dans la lutte de ces jours-l&#224;, il s'agissait avant tout de la vie ou de la mort des soviets. Le parti et les syndicats conservent leur importance pendant les P&#233;riodes &#034; paisibles &#034; comme pendant une dure r&#233;action : les t&#226;ches et les m&#233;thodes changent, mais non point les fonctions essentielles. Mais les soviets ne peuvent tenir que sur la base d'une situation r&#233;volutionnaire et disparaissent avec elle. Unifiant la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re, ils la placent face &#224; face devant une t&#226;che qui se dresse au-dessus de tous les besoins des particuliers, des groupes et des corporations, au-dessus d'un programme de rafistolages, d'amendements et de r&#233;formes en g&#233;n&#233;ral, car c'est le probl&#232;me de la conqu&#234;te du pouvoir. Le mot d'ordre : &#034; Tout le pouvoir aux soviets ! &#034; semblait cependant an&#233;anti avec la manifestation des ouvriers et des soldats en juillet. La d&#233;faite, ayant affaibli les bolcheviks dans les soviets, avait infiniment plus affaibli les soviets dans l'&#201;tat. Le &#034; gouvernement de salut &#034; signifiait un renouveau de l'ind&#233;pendance de la bureaucratie. Les soviets refusant de prendre le pouvoir, c'e&#251;t &#233;t&#233; pour eux un abaissement devant les commissaires, une atrophie, un d&#233;p&#233;rissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin de l'importance du Comit&#233; ex&#233;cutif central trouva sa vive expression ext&#233;rieure : le gouvernement invita les conciliateurs &#224; &#233;vacuer le palais de Tauride, qui exigeait des r&#233;parations, para&#238;t-il, pour l'Assembl&#233;e constituante. On r&#233;serva aux soviets, dans la seconde quinzaine de juillet, l'&#233;difice de l'Institut Smolny, o&#249; jusque-l&#224; avaient re&#231;u leur &#233;ducation des jeunes filles de la haute noblesse. La presse bourgeoise &#233;crivait d&#232;s lors, au sujet du transfert aux soviets de la maison des &#034; petites oies blanches &#034;, presque du m&#234;me ton qu'auparavant elle avait parl&#233; de la saisie du palais de Kczesinska par les bolcheviks. Diverses organisations r&#233;volutionnaires, et dans ce nombre les syndicats, qui s'&#233;taient install&#233;s par r&#233;quisition dans des &#233;difices subirent en m&#234;me temps une attaque au sujet de l'occupation des immeubles. Il ne s'agissait pas d'autre chose que d'expulser la r&#233;volution ouvri&#232;re des logements trop vastes dont elle s'&#233;tait empar&#233;e aux d&#233;pens de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. La presse des cadets ne connaissait point de limites &#224; son indignation, &#224; vrai dire tardive, devant les intrusions d'un peuple de vandales dans les droits de la propri&#233;t&#233; particuli&#232;re et &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; la fin de juillet, un fait inattendu fut d&#233;couvert, par l'interm&#233;diaire des typos : les partis qui se groupent autour du fameux Comit&#233; de la Douma d'&#201;tat se sont depuis longtemps, para&#238;t-il empar&#233;s pour leurs besoins de la tr&#232;s riche imprimerie d'Empire, de ses services d'exp&#233;dition et de ses droits &#224; la diffusion des imprim&#233;s, Les brochures d'agitation du parti cadet &#233;taient non seulement imprim&#233;es gratuitement, mais gratuitement exp&#233;di&#233;es, par tonnes enti&#232;res, et en grande vitesse, dans tout le pays. Le Comit&#233; ex&#233;cutif, se trouvant oblig&#233; de v&#233;rifier l'accusation, se trouva aussi forc&#233; de la confirmer. Le parti cadet d&#233;couvrit, il est vrai, un nouveau motif de s'indigner ; peut-on, en effet, m&#234;me un instant, mettre sur le m&#234;me plan la saisie des &#233;tablissements de l'&#201;tat dans des buts de destruction et l'utilisation du mat&#233;riel de l'&#201;tat pour la d&#233;fense des valeurs sup&#233;rieures ? En un mot, si ces messieurs volaient un peu l'&#201;tat, c'&#233;tait dans son propre int&#233;r&#234;t. Mais, cet argument ne semblait pas &#224; tous convaincant. Les ouvriers du b&#226;timent s'obstinaient &#224; croire qu'ils avaient plus de droits &#224; un local pour leur syndicat que n'en avaient les cadets sur l'Imprimerie nationale. Le diff&#233;rend ne se produisait pas par hasard : il menait, en effet, &#224; la seconde r&#233;volution. Les cadets durent, en tout cas, se mordre un peu la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des instructeurs du Comit&#233; ex&#233;cutif, ayant parcouru dans la seconde quinzaine d'ao&#251;t les soviets du Midi de la Russie, o&#249; les bolcheviks &#233;taient consid&#233;rablement plus faibles que dans le Nord, consignait ainsi ses observations peu r&#233;confortantes ; &#034; L'&#233;tat d'esprit politique se modifie notablement&#8230; Aux sommets des masses s'accroissent des dispositions r&#233;volutionnaires provoqu&#233;es par la conversion de la politique du gouvernement provisoire&#8230; Dans la masse, l'on ressent de la fatigue et de l'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de la r&#233;volution. On observe un sensible refroidissement vis-&#224;-vis des soviets... Les fonctions des soviets sont peu &#224; peu r&#233;duites. &#034; Que les masses fussent fatigu&#233;es de voir les oscillations des interm&#233;diaires d&#233;mocrates, c'est absolument indiscutable, Cependant, elles se refroidissaient non point &#224; l'&#233;gard de la r&#233;volution, mais vis-&#224;-vis des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks. La situation devenait particuli&#232;rement intol&#233;rable dans les endroits o&#249; le pouvoir, malgr&#233; tous les programmes, se concentrait entre les mains des soviets conciliateurs : li&#233;s par la capitulation d&#233;finitive du Comit&#233; ex&#233;cutif devant la bureaucratie, ils n'osaient plus faire usage de leur pouvoir et compromettaient seulement les soviets aux yeux des masses. Une partie consid&#233;rable du travail quotidien, routinier, &#233;tait d'ailleurs d&#233;tourn&#233;e des soviets vers les municipalit&#233;s d&#233;mocratiques. Une partie plus grande encore allait aux syndicats et aux comit&#233;s de fabriques et d'usines. Il devenait de moins en moins clair de savoir si les soviets survivaient et ce qui les attendait pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les premiers mois de leur existence, les soviets, ayant devanc&#233; de loin toutes les organisations, s'&#233;taient charg&#233;s de l'&#233;dification des syndicats, des comit&#233;s d'usines, des clubs et de la direction de leur travail. Mais les organisations ouvri&#232;res, ayant trouv&#233; le temps de se mettre sur pied, passaient de plus en plus sous la direction des bolcheviks. &#034; Les comit&#233;s de fabriques et d'usines&#8230; &#8212; &#233;crivait Trotsky en ao&#251;t &#8212; ne se cr&#233;ent point dans des meetings improvis&#233;s. La masse les compose de ceux qui, sur place, dans la vie quotidienne de l'entreprise, ont prouv&#233; leur fermet&#233;, leur diligence et leur d&#233;vouement aux int&#233;r&#234;ts des ouvriers. Et voici que ces comit&#233;s d'usines&#8230; sont, pour l'&#233;crasante majorit&#233;, compos&#233;s de bolcheviks. &#034; Il ne pouvait plus &#234;tre question d'une tutelle sur les comit&#233;s d'usines et les syndicats exerc&#233;e par les soviets conciliateurs ; au contraire, ici s'ouvrait le champ d'une lutte acharn&#233;e. Sur les questions qui touchaient les masses au vif, les soviets se trouvaient de moins en moins capables de faire opposition aux syndicats et aux comit&#233;s d'usines, C'est ainsi que les syndicats de Moscou r&#233;alis&#232;rent la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale malgr&#233; la d&#233;cision du Soviet, Sous une forme moins &#233;clatante, des conflits identiques se produisaient en tous lieux, et ce n'&#233;taient pas les soviets qui en sortaient d'ordinaire vainqueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouss&#233;s par leur propre conduite dans une impasse, les conciliateurs se trouv&#232;rent forc&#233;s &#034; d'imaginer &#034; pour les soviets des occupations accessoires, de les aiguiller sur la voie des entreprises culturelles, en somme, de les distraire. En vain : les soviets &#233;taient cr&#233;&#233;s pour mener &#224; la conqu&#234;te du pouvoir ; pour les autres probl&#232;mes, il existait d'autres organisations ; mieux adapt&#233;es. &#034; Tout le travail qui passait par le canal menchevik et socialiste-r&#233;volutionnaire &#8212; &#233;crit un bolchevik de Saratov, Antonov &#8212; perdit son sens&#8230; Dans une s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif, nous en &#233;tions &#224; b&#226;iller jusqu'&#224; l'inconvenance, par ennui : elle &#233;tait mesquine et vide, cette parlote de socialistes-r&#233;volutionnaires et de mencheviks. &#034; Les soviets an&#233;mi&#233;s pouvaient de moins en moins servir d'appui &#224; leur centre de P&#233;trograd, La correspondance entre Smolny et les localit&#233;s &#233;tait en d&#233;croissance : rien &#224; &#233;crire, rien &#224; proposer ; il ne restait point de perspectives ni de t&#226;ches, L'isolement vis-&#224;-vis des masses prit une forme extr&#234;mement sensible de crise financi&#232;re. Les soviets de conciliateurs dans les localit&#233;s restaient eux-m&#234;mes sans ressources et ne pouvaient subventionner leur &#233;tat-major de Smolny : les soviets de gauche refusaient d'une fa&#231;on d&#233;monstrative leur aide financi&#232;re au Comit&#233; ex&#233;cutif, tar&#233; par sa participation au travail de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus du d&#233;p&#233;rissement des soviets se croisait cependant avec des processus d'un ordre diff&#233;rent, partiellement contraire. De lointaines r&#233;gions limitrophes, des districts arri&#233;r&#233;s, des coins perdus s'&#233;veillaient et formaient des soviets qui, dans les premiers temps, montraient de la fra&#238;cheur r&#233;volutionnaire, tant qu'ils n'&#233;taient pas tomb&#233;s sous l'influence corruptrice du centre ou bien sous la r&#233;pression du gouvernement. Le chiffre total des soviets augmentait rapidement. Vers la fin du mois d'ao&#251;t, le service d'enregistrement du Comit&#233; ex&#233;cutif comptait jusqu'&#224; six cents soviets, derri&#232;re lesquels se groupaient vingt-trois millions d'&#233;lecteurs. Le syst&#232;me sovi&#233;tique officiel s'&#233;levait au-dessus de l'oc&#233;an humain qui ondulait puissamment et poussait ses vagues vers la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renouveau politique des soviets, co&#239;ncidant avec leur bolchevisation, commen&#231;ait par en bas. A P&#233;trograd, les quartiers furent les premiers &#224; &#233;lever la voix. Le 21 juillet, la d&#233;l&#233;gation de la conf&#233;rence interdistricts des soviets pr&#233;senta au Comit&#233; ex&#233;cutif une liste de revendications : dissoudre la Douma d'Empire, confirmer l'immunit&#233; des organisations d'arm&#233;e par un d&#233;cret du gouvernement, restituer la presse de gauche, suspendre le d&#233;sarmement des ouvriers, mettre fin aux arrestations massives, juguler la presse de droite, en finir avec les dislocations de r&#233;giments et la peine de mort sur le front. L'att&#233;nuation des exigences politiques, comparativement &#224; celles de la manifestation de Juillet, est absolument &#233;vidente ; mais ce n'&#233;tait que le premier pas d'un convalescent. En restreignant les mots d'ordre, les rayons s'effor&#231;aient d'&#233;largir la base. Les dirigeants du Comit&#233; ex&#233;cutif f&#233;licit&#232;rent diplomatiquement les soviets de quartier de &#034; leur tact &#034;, mais ramen&#232;rent le discours &#224; ceci que tous les maux provenaient de l'insurrection de Juillet. Les partis se s&#233;par&#232;rent courtoisement, mais froidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au programme des soviets de quartier s'ouvre une campagne imposante. Les Izvestia, de jour en jour, impriment des r&#233;solutions des soviets, des syndicats, des usines, des vaisseaux de guerre, des troupes, exigeant la dissolution de la Douma d'Empire, la suspension des mesures prises contre les bolcheviks et l'&#233;limination de ceux qui favorisent la contre-r&#233;volution. Sur ce fond essentiel s'&#233;l&#232;vent des voix plus radicales. Le 22 juillet, le Soviet de la province de Moscou, d&#233;passant sensiblement le Soviet de Moscou m&#234;me, vota une r&#233;solution r&#233;clamant la remise du pouvoir aux soviets. Le 26 juillet, le soviet d'Ivanovo-Voznessensk &#034; stigmatise de son m&#233;pris &#034; le moyen de lutte employ&#233; contre le parti des bolcheviks et envoie ses salutations &#224; L&#233;nine, &#034; glorieux leader du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles &#233;lections, qui eurent lieu &#224; la fin de juillet et dans la premi&#232;re quinzaine d'ao&#251;t, en de nombreux endroits, amen&#232;rent, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, un renforcement des fractions bolchevistes dans les soviets. Dans Cronstadt &#233;cras&#233;e et vilipend&#233;e devant toute la Russie, le nouveau soviet comptait cent bolcheviks, soixante-quinze socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, douze mencheviks internationalistes, sept anarchistes, plus de quarte-vingt-dix sans-parti, dont pas un ne se d&#233;cida &#224; avouer des sympathies pour les conciliateurs. Au congr&#232;s r&#233;gional des soviets de l'Oural, qui s'ouvrit le 18 ao&#251;t, il y eut quatre-vingt-six bolcheviks, quarante socialistes-r&#233;volutionnaires, vingt-trois mencheviks. L'objet de la haine particuli&#232;re de la presse bourgeoise devient Tsaritsyne, o&#249; non seulement le soviet est devenu bolchevik, mais o&#249; l'on a &#233;lu comme maire le leader des bolcheviks de l'endroit, Minine, Contre Tsaritsyne qui &#233;tait une taie sur l'&#339;il pour l'ataman du Don, Kal&#233;dine, K&#233;rensky envoya, sans aucun pr&#233;texte s&#233;rieux, une exp&#233;dition punitive avec ce seul but : d&#233;truire le nid r&#233;volutionnaire. A P&#233;trograd, &#224; Moscou, dans tous les districts industriels, les mains se l&#232;vent de plus en plus nombreuses pour les motions bolchevistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin du mois d'ao&#251;t amena les soviets &#224; une v&#233;rification. Sous le coup du danger, le regroupement int&#233;rieur se produisit tr&#232;s rapidement, g&#233;n&#233;ralement, et avec des frottements relativement peu importants, En province comme &#224; P&#233;trograd, au premier plan se mirent les bolcheviks, h&#233;ritiers pr&#233;somptifs du syst&#232;me sovi&#233;tique officiel. Mais, dans la composition m&#234;me des partis conciliateurs, les socialistes de &#034; Mars &#034;, les politiciens des antichambres de minist&#232;res et de bureaux, &#233;taient temporairement refoul&#233;s par des &#233;l&#233;ments plus combatifs, tremp&#233;s dans la lutte clandestine. Pour un nouveau groupement de forces, il fallut une nouvelle forme d'organisation. Nulle part, la direction de la d&#233;fense r&#233;volutionnaire ne se concentra entre les mains des comit&#233;s ex&#233;cutifs : tels que les trouva l'insurrection, ils &#233;taient peu aptes &#224; combattre. Partout se cr&#233;aient des comit&#233;s sp&#233;ciaux de d&#233;fense, des comit&#233;s r&#233;volutionnaires, des &#233;tats-majors. Ils s'appuyaient sur les soviets, leur rendaient des comptes, mais pr&#233;sentaient une nouvelle s&#233;lection d'&#233;l&#233;ments et de nouvelles m&#233;thodes d'action en corr&#233;lation avec le caract&#232;re r&#233;volutionnaire des t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet de Moscou, comme pendant les journ&#233;es de la Conf&#233;rence d'&#201;tat, constitua un groupe de combat de six hommes qui seuls avaient le droit de disposer des forces arm&#233;es et de proc&#233;der &#224; des arrestations. S'&#233;tant ouvert &#224; la fin d'ao&#251;t, le Comit&#233; r&#233;gional de Kiev proposa aux soviets locaux de ne pas h&#233;siter &#224; destituer les repr&#233;sentants peu s&#251;rs du pouvoir, aussi bien les militaires que les civils, et &#224; prendre des mesures pour l'arrestation imm&#233;diate des contre-r&#233;volutionnaires comme pour l'armement des ouvriers. A Viatka, le comit&#233; du soviet s'attribua de pleins pouvoirs exceptionnels, y compris la disposition de la force arm&#233;e. A Tsaritsyne, tout le pouvoir passa &#224; l'&#233;tat-major du soviet. A Nijni-Novgorod, le comit&#233; r&#233;volutionnaire mit ses hommes de garde &#224; la poste et au t&#233;l&#233;graphe. Le soviet de Krasno&#239;arsk concentra dans ses mains le pouvoir civil et militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec telles ou telles d&#233;viations, parfois essentielles, ce tableau se reproduisait presque partout. Et ce n'&#233;tait nullement une simple imitation de P&#233;trograd : le caract&#232;re des soviets, repr&#233;sentants de masses, fixait le d&#233;terminisme extr&#234;me de leur &#233;volution int&#233;rieure, provoquant une r&#233;action homog&#232;ne de leur part devant les grands &#233;v&#233;nements. Alors que, entre les deux &#233;l&#233;ments de la coalition, passait le front de la guerre civile, les soviets r&#233;unirent effectivement autour d'eux toutes les forces vives de la nation. Se brisant contre cette muraille, l'offensive des g&#233;n&#233;raux tomba en poussi&#232;re. On ne pouvait demander une le&#231;on plus d&#233;monstrative. &#034; Malgr&#233; tous les efforts faits par le pouvoir pour &#233;carter et priver de force les soviets &#8212; disait &#224; ce sujet une d&#233;claration des bolcheviks &#8212; les soviets manifest&#232;rent toute l'invincibilit&#233;&#8230; de la puissance et de l'initiative des masses populaires dans la p&#233;riode de la r&#233;pression exerc&#233;e contre la mutinerie kornilovienne&#8230; Apr&#232;s cette nouvelle &#233;preuve que rien n'effacera plus de la conscience des ouvriers, des soldats et des paysans, le cri de ralliement pouss&#233; d&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution par notre parti &#8212; &#034; tout le pouvoir aux soviets &#034; &#8212; devint la voix de tout le pays r&#233;volutionnaire. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les doumas municipales, qui avaient tent&#233; de rivaliser avec les soviets, s'&#233;clips&#232;rent pendant les jours de danger et s'effac&#232;rent. La Douma de P&#233;trograd envoyait obs&#233;quieusement une d&#233;l&#233;gation au Soviet &#034; pour &#233;lucider la situation g&#233;n&#233;rale et &#233;tablir un contact &#034;. Il e&#251;t sembl&#233; que les soviets, &#233;lus par une partie de la population de la ville, devaient avoir moins d'influence et de puissance que les doumas &#233;lues par la population tout enti&#232;re. Mais la dialectique du processus r&#233;volutionnaire montre que, dans certaines conditions historiques, la partie est infiniment plus grande que le tout. De m&#234;me que dans le gouvernement, les conciliateurs &#224; la douma faisaient bloc avec les cadets contre les bolcheviks, et ce bloc paralysait la douma, ainsi que le gouvernement. Par contre, le Soviet s'av&#233;ra la forme naturelle d'une collaboration d&#233;fensive des conciliateurs avec les bolcheviks contre l'offensive de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les journ&#233;es korniloviennes s'ouvrit, pour les soviets, un nouveau chapitre. Bien qu'il rest&#226;t encore aux conciliateurs un bon nombre de &#034; bourgs pourris &#034;, surtout dans la garnison, le Soviet de P&#233;trograd donna de la bande si fortement dans le sens bolchevik qu'il &#233;tonna les deux camps : celui de droite et celui de gauche. Dans la nuit du 31 ao&#251;t au 1er septembre, toujours sous la pr&#233;sidence du m&#234;me Tchkh&#233;idz&#233;, le Soviet vota pour le pouvoir des ouvriers et des paysans. Les membres de la base des factions conciliatrices soutinrent presque tous la r&#233;solution des bolcheviks. La motion concurrente de Ts&#233;r&#233;telli recueillit une quinzaine de voix. Le pr&#233;sidium conciliateur n'en croyait pas ses yeux. De droite, l'on exigea un vote nominal qui dura jusqu'&#224; trois heures du matin. Pour ne point voter ouvertement contre leurs partis, bien des d&#233;l&#233;gu&#233;s sortirent. Et pourtant, malgr&#233; tous les moyens de pression, la r&#233;solution des bolcheviks obtint, apr&#232;s pointage, 279 voix contre 115. C'&#233;tait un fait de grande importance. C'&#233;tait le commencement de la fin. Le pr&#233;sidium, abasourdi, d&#233;clara qu'il d&#233;posait ses pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 septembre, &#224; la session unifi&#233;e des organes sovi&#233;tiques russes en Finlande, fut adopt&#233;e par 700 voix contre 13, avec 36 abstentions, une r&#233;solution pour le pouvoir des soviets. Le 5, le Soviet de Moscou marcha dans la voie de P&#233;trograd : par 355 suffrages contre 254, non seulement il exprima sa d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard du gouvernement provisoire, consid&#233;r&#233; comme instrument de contre-r&#233;volution, mais il condamna la politique de coalition du Comit&#233; ex&#233;cutif. Le pr&#233;sidium &#224; la t&#234;te duquel se trouvait Khintchouk d&#233;clara qu'il donnait sa d&#233;mission. Le Congr&#232;s des soviets de la Sib&#233;rie centrale qui s'ouvrit le 5 septembre &#224; Krasno&#239;arsk se d&#233;roula tout entier sous le drapeau du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8, la r&#233;solution des bolcheviks est adopt&#233;e au soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers de Kiev par une majorit&#233; de 130 voix contre 66, bien que la fraction bolcheviste officielle ne compt&#226;t que 95 membres. Au Congr&#232;s des soviets de Finlande qui s'ouvrit le 10, 150 000 matelots, soldats et ouvriers russes &#233;taient repr&#233;sent&#233;s par 65 bolcheviks, 48 socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et quelques sans-parti. Le Soviet des d&#233;put&#233;s paysans de la province de P&#233;trograd &#233;lut comme d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique le bolchevik Sergu&#233;iev. Il fut manifeste, encore une fois, que dans les cas o&#249; le parti r&#233;ussit, par l'interm&#233;diaire des ouvriers ou des soldats, &#224; se lier directement avec le village, la classe paysanne se place volontiers sous son drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;pond&#233;rance du parti bolchevik dans le Soviet de P&#233;trograd se confirma dramatiquement dans la s&#233;ance historique du 9 septembre. Toutes les fractions avaient convoqu&#233; le ban et l'arri&#232;re-ban de leurs membres : &#034; Il s'agit du sort du Soviet. &#034; La r&#233;union fut d'environ un millier de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats. Le vote du 1er septembre avait-il &#233;t&#233; un simple &#233;pisode, engendr&#233; par la composition accidentelle de l'assembl&#233;e, ou bien signifiait-il un complet changement de la politique du Soviet ? c'est ainsi qu'&#233;tait pos&#233;e la question. Craignant de ne pas r&#233;unir la majorit&#233; des voix contre le pr&#233;sidium dans lequel entraient tous les leaders conciliateurs : Tchkh&#233;idz&#233;, Ts&#233;r&#233;telli, Tchernov, Gotz, Dan, Skob&#233;lev, la fraction bolcheviste proposa d'&#233;lire un Pr&#233;sidium sur les bases proportionnelles ; cette proposition qui, jusqu'&#224; un certain point, estompait l'acuit&#233; du conflit de principe et qui provoqua, par cons&#233;quent, un v&#233;h&#233;ment bl&#226;me de L&#233;nine, eut cet avantage tactique qu'elle garantit un appui aux &#233;l&#233;ments h&#233;sitants. Mais Ts&#233;r&#233;telli repoussa le compromis. Le pr&#233;sidium veut savoir si le Soviet a effectivement chang&#233; de direction : &#034; Nous ne pouvons appliquer la tactique des bolcheviks. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de r&#233;solution apport&#233; par la droite disait que le vote du 1er septembre ne correspondait point &#224; la ligne politique du Soviet qui continuait &#224; faire confiance &#224; son pr&#233;sidium. Il ne restait plus aux bolcheviks qu'&#224; relever le d&#233;fi, et ils y proc&#233;d&#232;rent en hommes tout pr&#234;ts. Trotsky, qui parut au Soviet pour la premi&#232;re fois apr&#232;s sa mise en libert&#233;, et qui fut accueilli avec ferveur par une partie consid&#233;rable de l'assembl&#233;e (les deux parties pesaient, dans leur for int&#233;rieur, les applaudissements : majorit&#233; ou non-majorit&#233; ?) demanda avant le vote une explication : K&#233;rensky faisait-il toujours partie du pr&#233;sidium ? Apr&#232;s une minute d'h&#233;sitation, le pr&#233;sidium, ayant r&#233;pondu affirmativement, lui qui &#233;tait d&#233;j&#224; bien charg&#233; de p&#233;ch&#233;s, s'attachait lui-m&#234;me au pied un lourd boulet. L'adversaire n'avait besoin que de cela. &#034; Nous &#233;tions profond&#233;ment persuad&#233;s &#8212; d&#233;clara Trotsky &#8212; &#8230; que K&#233;rensky ne pouvait faire partie du pr&#233;sidium. Nous nous &#233;tions tromp&#233;s. Actuellement, entre Dan et Tchkh&#233;idz&#233;, se dresse le fant&#244;me de K&#233;rensky&#8230; Quand on vous invite &#224; approuver la ligne politique du pr&#233;sidium, n'oubliez pas que, par l&#224;-m&#234;me, l'on vous propose d'agr&#233;er la politique de K&#233;rensky. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;ance eut lieu dans une tension qui atteignait la limite. L'ordre se maintint gr&#226;ce &#224; l'effort de tous et de chacun pour ne pas en arriver &#224; une explosion. Tous voulaient faire au plus vite le compte des amis et des adversaires. Tous comprenaient que l'on d&#233;cidait la question du pouvoir, de la guerre, du sort de la r&#233;volution, On d&#233;cida que l'on voterait en sortant par une porte. On invita &#224; sortir ceux qui acceptaient la d&#233;mission du pr&#233;sidium : il &#233;tait plus facile de sortir &#224; la minorit&#233; qu'&#224; la majorit&#233;, A tous les bouts de la salle, une agitation passionn&#233;e, mais &#224; mi-voix. Le vieux pr&#233;sidium ou bien un nouveau ? La coalition ou bien le pouvoir sovi&#233;tique ? Devant les portes, beaucoup de peuple s'&#233;tait amass&#233;, beaucoup trop &#224; l'estimation du pr&#233;sidium, Les leaders des bolcheviks comptaient, de leur c&#244;t&#233;, qu'il leur manquerait environ une centaine de voix pour avoir la majorit&#233; : &#034; Et ce sera encore beau ! &#034; se disaient-ils, se consolant d'avance. Les ouvriers et les soldats, en longues files, s'alignent devant les portes. Une rumeur contenue de voix, de brefs &#233;clats de discussion. D'un c&#244;t&#233;, un cri perce : &#034; Korniloviens ! &#034; Et d'autre part : &#034; H&#233;ros de Juillet ! &#034; La proc&#233;dure se prolonge environ une heure. Les plateaux de l'invisible balance oscillent. Le pr&#233;sidium, dans une &#233;motion &#224; peine contenue, reste tout le temps sur l'estrade. Enfin, le scrutin a &#233;t&#233; contr&#244;l&#233; et est annonc&#233; : pour le pr&#233;sidium et la coalition, 414 voix contre 519, et 67 abstentions ! La nouvelle majorit&#233; applaudit temp&#233;tueusement, avec exaltation et fureur, Elle en a le droit : la victoire a co&#251;t&#233; cher. Une bonne partie de la route a &#233;t&#233; parcourue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans avoir pu encore se remettre du coup port&#233;, les leaders d&#233;poss&#233;d&#233;s descendent de l'estrade, la face longue. Ts&#233;r&#233;telli ne peut se retenir de formuler une proph&#233;tie mena&#231;ante. &#034; Nous descendons de cette tribune &#8212; crie-t-il, se retournant &#224; demi dans sa marche &#8212; conscient d'avoir port&#233; pendant six mois hautement et dignement le drapeau de la r&#233;volution. Maintenant, ce drapeau est pass&#233; en vos mains. Nous pouvons seulement exprimer le souhait que vous le teniez au moins pour la moiti&#233; de ce d&#233;lai ! &#034; Ts&#233;r&#233;telli s'&#233;tait cruellement tromp&#233; au sujet des d&#233;lais comme au sujet de tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet de P&#233;trograd, anc&#234;tre de tous les autres soviets, se trouva d&#233;sormais sous la direction des bolcheviks qui &#233;taient encore hier &#034; une insignifiante poign&#233;e de d&#233;magogues &#034;. Trotsky rappela, du haut de la tribune du pr&#233;sidium, que les bolcheviks n'avaient pas encore &#233;t&#233; lav&#233;s de l'accusation d'&#234;tre au service de l'&#233;tat-major allemand. &#034; Que les Milioukov et les Goutchkov racontent jour par jour leur existence. Ils ne le feront pas, mais nous, nous sommes, pour chaque jour, pr&#234;ts &#224; rendre compte de nos actes, nous n'avons rien &#224; cacher au peuple russe&#8230; &#034; Le Soviet de P&#233;trograd adopta une r&#233;solution sp&#233;ciale, stigmatisant de son m&#233;pris les auteurs, les propagateurs et les auxiliaires de la calomnie. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks entraient dans leur droits de succession, Leur h&#233;ritage se trouva &#224; la fois grandiose et extr&#234;mement mince, Le Comit&#233; ex&#233;cutif central supprima &#224; temps voulu au Soviet de P&#233;trograd les deux journaux qu'il avait cr&#233;&#233;s, tous les services de direction, toutes les ressources financi&#232;res et techniques, y compris les machines &#224; &#233;crire et les encriers. De nombreuses automobiles qui, depuis les Journ&#233;es de F&#233;vrier, avaient &#233;t&#233; mises &#224; la disposition du Soviet, se trouv&#232;rent sans exception livr&#233;es &#224; l'Olympe conciliateur. Les nouveaux dirigeants n'avaient ni caisse, ni journal, ni appareils de bureaux, ni moyen de transport, ni porte-plume, ni crayons. Rien que des murs d&#233;pouill&#233;s et l'ardente confiance des ouvriers et des soldats. Cela se trouva parfaitement suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le revirement radical de la politique du Soviet, les rangs des conciliateurs commenc&#232;rent &#224; fondre encore plus rapidement. Le 11 septembre, quand Dan d&#233;fendait devant le Soviet de P&#233;trograd la coalition, alors que Trotsky se pronon&#231;ait pour le pouvoir des soviets, la coalition fut repouss&#233;e par toutes les voix contre dix, avec sept abstentions ! Le m&#234;me jour, le Soviet de Moscou condamna &#224; l'unanimit&#233; les mesures de r&#233;pression contre les bolcheviks. Les conciliateurs se virent bient&#244;t rejet&#233;s dans un &#034; fort &#233;troit secteur de droite, pareil &#224; celui que les bolcheviks avaient occup&#233;, au d&#233;but de la r&#233;volution, sur la gauche. Mais quelle diff&#233;rence ! Les bolcheviks avaient toujours &#233;t&#233; plus forts dans les masses que dans les soviets. Les conciliateurs, par contre, conservaient encore dans les soviets plus de place que dans les masses. Les bolcheviks, dans la p&#233;riode de leur faiblesse, avaient pour eux l'avenir. Aux conciliateurs il ne restait qu'un pass&#233; dont ils n'avaient pas lieu d'&#234;tre fiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En modifiant son courant, le Soviet de P&#233;trograd changea aussi d'aspect. Les leaders conciliateurs disparurent tout &#224; fait de l'horizon, se retranchant dans le Comit&#233; ex&#233;cutif ; ils furent remplac&#233;s au Soviet par des &#233;toiles de deuxi&#232;me et de troisi&#232;me grandeur. Avec Ts&#233;r&#233;telli, Tchernov, Avksentiev, Skob&#233;lev, cess&#232;rent de se montrer des amis et des admirateurs des ministres d&#233;mocrates, les officiers radicaux et les dames, les &#233;crivains &#224; demi socialistes, les personnes instruites et r&#233;put&#233;es. Le Soviet devint plus homog&#232;ne, plus gris, plus sombre, plus s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re coalition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fid&#232;le &#224; sa tradition : ne r&#233;sister &#224; aucun choc s&#233;rieux, le gouvernement provisoire s'effondra, comme on se le rappelle, dans la nuit du 26 ao&#251;t. Les cadets sortirent pour faciliter le travail de Kornilov. Les socialistes sortirent pour faciliter le travail de K&#233;rensky. Une nouvelle crise gouvernementale s'ouvrit. Avant tout se posa la question de K&#233;rensky lui-m&#234;me : le chef du gouvernement se trouvait complice de la conspiration. L'indignation contre lui &#233;tait si grande qu'&#224; entendre seulement mentionner son nom, les leaders conciliateurs recouraient m&#234;me au vocabulaire bolchevik. Tchernov, qui venait de sauter du train minist&#233;riel en pleine marche, &#233;crivait dans l'organe central de son parti au sujet du &#034; cafouillis dans lequel on n'arrivait pas &#224; comprendre o&#249; finissait Kornilov et o&#249; commen&#231;ait Filonenko avec Savinkov, o&#249; finissait Savinkov et o&#249; commen&#231;ait le gouvernement provisoire, en tant que tel &#034;. L'allusion &#233;tait suffisamment claire : &#034; Le gouvernement provisoire en tant que tel &#034;, - c'&#233;tait bien K&#233;rensky qui appartenait au m&#234;me parti que Tchernov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en se soulageant l'&#226;me avec des gros mots, les conciliateurs d&#233;cid&#232;rent qu'ils ne pourraient se passer de K&#233;rensky. S'ils emp&#234;ch&#232;rent K&#233;rensky d'amnistier Kornilov, ils s'empress&#232;rent eux-m&#234;mes d'amnistier K&#233;rensky. En guise de compensation ce dernier accepta de faire une concession au sujet du mode de gouvernement de la Russie. La veille encore, l'on estimait que cette question ne pouvait &#234;tre d&#233;cid&#233;e que par l'Assembl&#233;e constituante. Maintenant, les obstacles juridiques &#233;taient d'un seul coup &#233;cart&#233;s. La destitution de Kornilov dans la d&#233;claration du gouvernement s'expliquait par la n&#233;cessit&#233; &#034; de sauver la patrie, la libert&#233; et le r&#233;gime r&#233;publicain &#034;. Cette aum&#244;ne purement verbale et d'ailleurs tardive &#224; la gauche ne consolidait nullement, bien entendu, l'autorit&#233; du gouvernement, d'autant plus que Kornilov lui aussi se d&#233;clarait r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 ao&#251;t, K&#233;rensky dut cong&#233;dier Savinkov qui, quelques jours apr&#232;s, fut exclu m&#234;me du parti socialiste-r&#233;volutionnaire si accueillant &#224; tous. Mais l'on nomma aussit&#244;t au poste de g&#233;n&#233;ral-gouverneur quelqu'un qui valait politiquement autant que Savinkov, Paltchinsky, lequel commen&#231;a par interdire le journal des bolch&#233;viks. Les Comit&#233;s ex&#233;cutifs protest&#232;rent. Les Izvestia d&#233;nomm&#232;rent cet acte &#034; une grossi&#232;re provocation &#034;. Paltchinsky dut &#234;tre balay&#233; dans les trois jours. Combien peu K&#233;rensky se disposait en g&#233;n&#233;ral &#224; changer le cours de sa politique, on le voit par ce fait que, d&#232;s le 31, il formait un nouveau gouvernement avec la participation des cadets. M&#234;me les socialistes-r&#233;volutionnaires ne purent accepter cela : ils menac&#232;rent de rappeler leurs repr&#233;sentants. La nouvelle recette gouvernementale fut trouv&#233;e par Ts&#233;r&#233;telli : &#034; Conserver l'id&#233;e de la coalition et se d&#233;barrasser de tous les &#233;l&#233;ments qui p&#232;sent d'un poids trop lourd sur le gouvernement. &#034; &#034; L'id&#233;e de la coalition se fortifie - chantait en accompagnement Skob&#233;lev - mais, dans la composition du gouvernement, il ne peut y avoir de place pour le parti qui est li&#233; avec la conspiration de Kornilov. &#034; K&#233;rensky n'&#233;tait pas d'accord avec cette limitation et, dans son genre, il avait raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coalition avec la bourgeoisie, mais &#224; l'exclusion du parti bourgeois dirigeant, &#233;tait d'une &#233;vidente absurdit&#233;. C'est ce qu'indiqua Kam&#233;nev qui, dans une s&#233;ance unifi&#233;e des Comit&#233;s ex&#233;cutifs, avec le ton qui lui est propre de sermonneur, tirait des conclusions des &#233;v&#233;nements r&#233;cents : &#034; Vous voulez nous jeter sur la voie encore plus dangereuse d'une coalition avec des groupes irresponsables. Mais vous avez oubli&#233; la coalition form&#233;e et consolid&#233;e par les p&#233;rilleux &#233;v&#233;nements de ces jours derniers, la coalition entre le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, la paysannerie et l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire. &#034; L'orateur bolchevik rappela les paroles prononc&#233;es par Trotsky, le 25 mai, d&#233;fendant les marins de Cronstadt contre les accusations de Ts&#233;r&#233;telli : &#034; Lorsqu'un g&#233;n&#233;ral contre-r&#233;volutionnaire tentera de passer le n&#339;ud coulant au cou de la r&#233;volution, les cadets savonneront la corde, mais les matelots de Cronstadt surgiront pour lutter et mourir avec nous. &#034; Ce rappel tombait au c&#339;ur de la situation. Devant les palabres sur &#034; l'unit&#233; de la d&#233;mocratie &#034; et sur la &#034; coalition honn&#234;te &#034;, Kam&#233;nev r&#233;pondait : &#034; L'unit&#233; de la d&#233;mocratie d&#233;pend de savoir si vous irez ou non dans une coalition avec le district de Vyborg&#8230; Toute autre coalition est malhonn&#234;te. &#034; Le discours de Kam&#233;nev produisit indubitablement une impression que Soukhanov enregistre en ces termes : &#034; Kam&#233;nev parla avec beaucoup d'intelligence et de tact. &#034; Mais l'affaire n'alla pas au-del&#224; d'une impression. Les voies des deux parties &#233;taient d&#233;termin&#233;es d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture des conciliateurs avec les cadets avait en somme, d&#233;s le d&#233;but, un caract&#232;re tout &#224; fait d&#233;monstratif. Les lib&#233;raux korniloviens comprenaient eux-m&#234;mes que, sous peu, ils feraient mieux de rester dans l'ombre. Dans la coulisse, l'on avait d&#233;cid&#233;, d'apr&#232;s un accord &#233;vident avec les cadets, de cr&#233;er un gouvernement &#224; tel point &#233;lev&#233; au-dessus de toutes les forces r&#233;elles de la nation que son caract&#232;re provisoire ne ferait doute pour personne. Outre K&#233;rensky, le Directoire, compos&#233; de cinq membres, comprenait le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res T&#233;r&#233;chtchenko, qui &#233;tait d&#233;j&#224; devenu inamovible gr&#226;ce &#224; sa liaison avec la diplomatie de l'Entente ; le commandant du corps d'arm&#233;e de Moscou, Verkhovsky, promu d'urgence pour cette fin, de colonel qu'il &#233;tait, au grade de g&#233;n&#233;ral ; l'amiral Verd&#233;revsky, relax&#233; d'urgence, pour ce but, de la prison ; enfin, le douteux menchevik Nikitine que son propre parti reconnut bient&#244;t suffisamment m&#251;r pour &#234;tre exclu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir vaincu Kornilov par les mains d'autrui, K&#233;rensky, semblait-il, se souciait seulement d'appliquer le programme kornilovien. Kornilov voulait unir le pouvoir du g&#233;n&#233;ralissime &#224; celui du chef de gouvernement. K&#233;rensky r&#233;alisa cela. Kornilov avait l'intention de dissimuler une dictature personnelle sous les apparences d'un Directoire de cinq membres. K&#233;rensky r&#233;alisa cela. Tchernov, dont la d&#233;mission &#233;tait exig&#233;e par la bourgeoisie, fut expuls&#233; par K&#233;rensky du palais d'Hiver. Le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;iev, h&#233;ros du parti cadet et candidat de ce dernier au poste de ministre-pr&#233;sident, fut nomm&#233; par K&#233;rensky chef de l'&#233;tat-major du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, c'est-&#224;-dire, en fait, chef de l'arm&#233;e. Dans un ordre du jour &#224; l'arm&#233;e et &#224; la flotte, K&#233;rensky enjoignait de cesser la lutte politique dans les troupes, c'est-&#224;-dire d'en revenir au point de d&#233;part. Du fond de son refuge, L&#233;nine caract&#233;risait la situation au sommet avec l'extr&#234;me simplicit&#233; qui lui &#233;tait propre : &#034; K&#233;rensky est un kornilovien qui s'est brouill&#233; avec Kornilov par hasard et qui continue &#224; &#234;tre en liaison des plus intimes avec les autres korniloviens. &#034; Un seul malheur : la victoire remport&#233;e sur la contre-r&#233;volution est beaucoup plus profonde qu'il ne le fallait pour les plans personnels de K&#233;rensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Directoire se h&#226;ta de faire sortir de prison l'ancien ministre de la Guerre Goutchkov, consid&#233;r&#233; comme un des instigateurs du complot. Sur les instigateurs cadets, la justice, en g&#233;n&#233;ral, ne leva point le bras. Dans ces conditions, il devenait de plus en plus difficile de retenir plus longtemps les bolcheviks sous les verrous. Le gouvernement trouva une issue : sans relever les bolcheviks du chef d'accusation, les mettre en libert&#233; sous caution. Le Soviet syndical de P&#233;trograd prit &#224; sa charge &#034; l'honneur de verser la caution pour le digne leader du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &#034; : le 4 septembre, Trotsky fut relax&#233; sous une caution modeste, fictive en somme, de trois mille roubles. Dans son Histoire des troubles en Russie, le g&#233;n&#233;ral D&#233;nikine &#233;crit path&#233;tiquement : &#034; Le 1er septembre, le g&#233;n&#233;ral Kornilov fut mis en &#233;tat d'arrestation, mais, le 4 septembre, le m&#234;me gouvernement provisoire remit en libert&#233; Bronstein-Trostky. La Russie doit se souvenir de ces deux dates. &#034; La lib&#233;ration des bolcheviks sous garantie se continua pendant plusieurs jours. Les lib&#233;r&#233;s des prisons ne perdaient pas de temps : les masses attendaient et appelaient, le parti avait besoin d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour de la mise en libert&#233; de Trotsky, K&#233;rensky publia un ordre du jour dans lequel, reconnaissant que &#034; les Comit&#233;s avaient assur&#233; un appui essentiel au pouvoir gouvernemental &#034;, il leur ordonnait de cesser d'agir. M&#234;me les Izvestia reconnurent que l'auteur de cette ordonnance avait montr&#233; &#034; une assez faible compr&#233;hension &#034; des circonstances. La conf&#233;rence interdistricts des soviets &#224; P&#233;trograd d&#233;cida : &#034; ne point dissoudre les organisations r&#233;volutionnaires pour la lutte vis-&#224;-vis de la contre-r&#233;volution &#034;. La pression d'en bas &#233;tait si forte que le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, conciliateur, r&#233;solut de ne pas admettre les ordres de K&#233;rensky et appela ses organes locaux, &#034; en raison de la situation alarmante qui subsistait, &#224; travailler avec l'&#233;nergie et l'endurance de nagu&#232;re &#034;. K&#233;rensky se tut : il ne lui restait rien d'autre &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tout-puissant chef du Directoire devait, &#224; chaque pas, constater que la situation avait chang&#233;, que la r&#233;sistance s'&#233;tait accrue et qu'il fallait modifier quelque chose, du moins en paroles. Le 7 septembre, Verkhovsky d&#233;clara &#224; la presse que le programme de r&#233;g&#233;n&#233;ration de l'arm&#233;e, &#233;labor&#233; avant le soul&#232;vement de Kornilov, devait &#234;tre, pour le moment, rejet&#233;, car &#034; dans l'&#233;tat psychologique actuel de l'arm&#233;e &#034;, il n'am&#232;nerait qu'une plus compl&#232;te d&#233;composition de celle-ci. Pour marquer la nouvelle &#232;re, le ministre de la Guerre parut devant le Comit&#233; ex&#233;cutif. Que l'on ne s'inqui&#232;te pas : le g&#233;n&#233;ral Al&#233;x&#233;iev partira et, en m&#234;me temps, partiront tous ceux qui, d'une fa&#231;on ou d'une autre, ont eu des accointances avec le soul&#232;vement kornilovien. Il faut inculquer &#224; l'arm&#233;e de sains principes &#034; non point par des mitrailleuses et des naga&#239;kas, mais en propageant les id&#233;es du droit, de la justice et d'une s&#233;v&#232;re discipline &#034;. Cela sentait tout &#224; fait les journ&#233;es printani&#232;res de la r&#233;volution. Mais, au dehors, c'&#233;tait septembre, l'automne venait. Alexe&#239;ev fut effectivement destitu&#233; quelques jours apr&#232;s, et il fut remplac&#233; par le g&#233;n&#233;ral Doukhonine : l'avantage de ce g&#233;n&#233;ral &#233;tait en ceci qu'on ne le connaissait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre de revanche pour les concessions, les ministres de la Guerre et de la Marine exigeaient du Comit&#233; ex&#233;cutif une aide imm&#233;diate : les officiers se trouvent plac&#233;s sous l'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s, cela va surtout mal dans la flotte de la Baltique, il faut obtenir l'apaisement des matelots. Apr&#232;s de longs d&#233;bats, il fut d&#233;cid&#233;, comme toujours, d'envoyer &#224; la flotte une d&#233;l&#233;gation, et les conciliateurs insist&#232;rent pour que l'on y compr&#238;t des bolcheviks, et, avant tout, Trotsky : c'est seulement dans ce cas que la d&#233;l&#233;gation peut compter r&#233;ussir. &#034; Nous repoussons r&#233;solument - r&#233;pliqua Trotsky - la forme de collaboration avec le gouvernement qu'a d&#233;fendue Ts&#233;r&#233;telli&#8230; Le gouvernement m&#232;ne une politique radicalement fausse, antipopulaire et incontr&#244;l&#233;e ; et lorsque cette politique tombe dans une impasse ou aboutit &#224; une catastrophe, les organisations r&#233;volutionnaires ont l'ingrat devoir de rem&#233;dier aux cons&#233;quences in&#233;vitables&#8230; Une des t&#226;ches de cette d&#233;l&#233;gation, comme vous la formulez, est de mener une enqu&#234;te dans les garnisons sur &#034; les forces obscures &#034;, c'est-&#224;-dire sur les provocateurs et les espions&#8230; Avez-vous donc oubli&#233; que moi-m&#234;me je suis cit&#233; en justice d'apr&#232;s l'article 108 du code ?&#8230; Dans la lutte contre les lynchages, nous marchons par nos propres voies&#8230; non point la main dans la main avec le procureur et le contre-espionnage, mais comme parti r&#233;volutionnaire qui persuade, organise et &#233;duque. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La convocation de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e pendant les journ&#233;es du soul&#232;vement kornilovien. Elle devait, encore une fois, montrer la force de la d&#233;mocratie, inspirer du respect pour elle aux adversaires de droite et de gauche, et - ce n'&#233;tait pas le moindre des probl&#232;mes - refr&#233;ner K&#233;rensky, en proie &#224; une nouvelle ardeur. Les conciliateurs comptaient s&#233;rieusement soumettre le gouvernement &#224; une quelconque repr&#233;sentation improvis&#233;e jusqu'&#224; la convocation de l'Assembl&#233;e constituante. La bourgeoisie, d'avance, fut hostile &#224; la Conf&#233;rence, voyant en elle une tentative pour consolider les positions que la d&#233;mocratie avait reconquises apr&#232;s la victoire sur Kornilov. &#034; La manigance de Ts&#233;r&#233;telli - &#233;crit Milioukov dans son Histoire - &#233;tait en somme une compl&#232;te capitulation devant les plans de L&#233;nine et de Trotsky. &#034; Tout au contraire : la manigance de Ts&#233;r&#233;telli visait &#224; paralyser la lutte des bolcheviks pour le pouvoir des soviets. La Conf&#233;rence d&#233;mocratique s'opposait au congr&#232;s des soviets. Les conciliateurs voulaient cr&#233;er pour eux une nouvelle base, essayant d'&#233;craser les soviets par une combinaison artificielle de toutes sortes d'organisations. Les d&#233;mocrates r&#233;partissaient les voix selon leur gr&#233;, se guidant sur une seule pr&#233;occupation : s'assurer une majorit&#233; incontestable. Les organisations du sommet se trouv&#232;rent repr&#233;sent&#233;es d'une fa&#231;on incomparablement plus compl&#232;te que celles de la base. Les organes d'administration autonome, dans ce nombre les zemstvos non d&#233;mocratis&#233;s, obtinrent une pr&#233;pond&#233;rance formidable sur les soviets. Les coop&#233;rateurs se trouv&#232;rent dans le r&#244;le de dispensateurs des destins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coop&#233;rateurs qui, auparavant, n'avaient occup&#233; aucune place dans la politique, s'engag&#232;rent pour la premi&#232;re fois sur ce terrain pendant les journ&#233;es de la Conf&#233;rence de Moscou et, d&#232;s lors, commenc&#232;rent &#224; figurer non autrement que comme repr&#233;sentants de vingt millions de leurs membres, ou bien, encore plus simplement, au nom de &#034; la moiti&#233; de la population de la Russie &#034;. Par ses racines, la coop&#233;ration s'implantait dans la campagne au moyen de ses couches sup&#233;rieures qui approuvaient la &#034; juste &#034; expropriation des propri&#233;taires nobles sous condition que leurs propres lots, &#224; eux coop&#233;rateurs, fr&#233;quemment tr&#232;s importants, feraient l'objet non seulement d'une protection, mais d'une augmentation. Les leaders de la coop&#233;ration &#233;taient recrut&#233;s parmi les intellectuels lib&#233;ralo-populistes, partiellement lib&#233;ralo-marxistes, qui &#233;tablissaient un pont naturel entre les cadets et les conciliateurs. A l'&#233;gard des bolcheviks, les coop&#233;rateurs manifestaient une haine analogue &#224; celle du koulak pour le journalier insoumis. Pour se fortifier contre les bolcheviks, les conciliateurs s'agripp&#232;rent avidement aux coop&#233;rateurs qui avaient jet&#233; le masque de la neutralit&#233;. L&#233;nine stigmatisait cruellement les cuisiniers de l'officine d&#233;mocratique. &#034; Dix soldats ou ouvriers convaincus d'une fabrique arri&#233;r&#233;e - &#233;crivait-il - valent mille fois mieux que des centaines de d&#233;l&#233;gu&#233;s&#8230; frelat&#233;s. &#034; Trotsky d&#233;montrait au Soviet de P&#233;trograd que les fonctionnaires de la coop&#233;ration exprimaient aussi peu la volont&#233; politique des paysans qu'un m&#233;decin n'exprime les intentions politiques de ses clients ou qu'un commis des postes n'exprime les opinions des exp&#233;diteurs et des destinataires de lettres. &#034; Les coop&#233;rateurs doivent &#234;tre de bons organisateurs, marchands, comptables, mais, quant &#224; la d&#233;fense des droits de classe, les paysans comme les ouvriers la remettent &#224; leurs soviets. &#034; Cela n'emp&#234;cha pas les coop&#233;rateurs d'obtenir cent cinquante si&#232;ges et, avec les zemstvos r&#233;form&#233;s et toutes autres organisations que l'on tirait par les cheveux, d'alt&#233;rer compl&#232;tement le caract&#232;re de la repr&#233;sentation des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet de P&#233;trograd mit dans la liste de ses d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Conf&#233;rence L&#233;nine et Zinoviev. Le gouvernement donna l'ordre de les arr&#234;ter tous deux &#224; leur entr&#233;e dans l'&#233;difice du th&#233;&#226;tre, mais non point dans la salle m&#234;me des s&#233;ances : tel &#233;tait, &#233;videmment, le compromis entre les conciliateurs et K&#233;rensky. Mais l'affaire se borna &#224; une manifestation politique du Soviet : ni L&#233;nine ni Zinoviev ne se disposaient &#224; se montrer &#224; la Conf&#233;rence. L&#233;nine estimait que les bolcheviks n'avaient en somme rien &#224; y faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence s'ouvrit le 14 septembre, exactement un mois apr&#232;s la Conf&#233;rence d'&#201;tat, dans la salle de spectacle du th&#233;&#226;tre Alexandrine. Le chiffre des repr&#233;sentants valid&#233;s s'&#233;leva &#224; mille sept cent soixante-quinze. Environ mille deux cents assist&#232;rent &#224; l'ouverture. Les bolcheviks, bien entendu, &#233;taient en minorit&#233;. Mais, malgr&#233; tous les subterfuges du syst&#232;me &#233;lectoral, ils repr&#233;sentaient un groupe tr&#232;s imposant qui, sur certaines questions, rassemblait autour de lui plus du tiers de l'assistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il de la dignit&#233; d'un gouvernement fort de para&#238;tre devant on ne sait quelle conf&#233;rence &#034; particuli&#232;re &#034; ? Cette question fut l'objet de grandes tergiversations au palais d'Hiver et, par r&#233;percussion, d'&#233;motions profondes au th&#233;&#226;tre Alexandrine. A la fin des fins, le chef du gouvernement d&#233;cida de se produire devant la d&#233;mocratie. &#034; Accueilli par des applaudissements - dit Chliapnikov, racontant l'apparition de K&#233;rensky - il se dirigea vers le praesidium pour serrer la main &#224; ceux qui si&#233;geaient au bureau. Le tour vint &#224; nous (bolcheviks) qui &#233;tions assis &#224; peu de distance l'un de l'autre. Nous &#233;change&#226;mes un coup d'&#339;il et conv&#238;nmes rapidement de ne point lui serrer la main. Un geste th&#233;&#226;tral par-dessus la table - je me d&#233;tournai de la main qui m'&#233;tait tendue, et K&#233;rensky, le bras en avant, ne trouvant point nos mains, alla plus loin. &#034; Le chef du gouvernement trouva le m&#234;me accueil sur le flanc oppos&#233;, chez les korniloviens. Or, exception faite des bolcheviks et des korniloviens, il ne restait d&#233;j&#224; plus de forces r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraint par toutes les circonstances de pr&#233;senter des explications au sujet de son r&#244;le dans le complot, K&#233;rensky, cette fois encore, compta trop sur ses facult&#233;s d'improvisation. &#034; Je sais ce qu'ils voulaient, - ces mots lui &#233;chapp&#232;rent, - parce qu'avant de chercher Kornilov ils venaient me trouver et me proposaient cette route. &#034; De la gauche, l'on crie : &#034; Qui est-ce qui venait ?&#8230; Qui est-ce qui offrait ? &#034; &#201;pouvant&#233; par la r&#233;sonance de ses propres paroles, K&#233;rensky s'&#233;tait d&#233;j&#224; renferm&#233; en lui-m&#234;me. Mais les dessous politiques du complot se d&#233;couvrirent m&#234;me pour les moins avertis. Un conciliateur ukrainien, Porch, d&#233;clarait, &#233;tant de retour, &#224; la Rada de Kiev : &#034; K&#233;rensky n'a pas r&#233;ussi &#224; d&#233;montrer qu'il &#233;tait &#233;tranger &#224; l'insurrection kornilovienne. &#034; Mais le chef du gouvernement s'assena lui-m&#234;me, dans son discours, un autre coup non moins dur. Quand, en r&#233;ponse &#224; des phrases dont tout le monde &#233;tait las : &#034; Au moment du danger, tous viendront et s'expliqueront &#034;, etc., on lui criait : &#034; Eh bien, et la peine de mort ? &#034;, l'orateur, ayant perdu son &#233;quilibre d'une fa&#231;on tout &#224; fait inattendue pour tous, comme probablement pour lui-m&#234;me, s'&#233;cria : &#034; Attendez d'abord qu'au moins une sentence de mort ait &#233;t&#233; sign&#233;e par moi, g&#233;n&#233;ralissime, et alors je vous permettrai de me maudire. &#034; Un soldat s'avance vers l'estrade et lui crie &#224; bout portant : &#034; Vous &#234;tes le malheur du pays ! &#034; Tiens, tiens ! Lui, K&#233;rensky, &#233;tait pr&#234;t &#224; oublier le haut poste qu'il occupait pour s'expliquer avec la Conf&#233;rence simplement en homme. &#034; Mais tous ne comprennent pas ici l'homme. &#034; Par suite, il emploiera le langage du pouvoir : &#034; Quiconque osera&#8230; &#034; H&#233;las ! on avait d&#233;j&#224; entendu &#231;a &#224; Moscou, et Kornilov avait pourtant os&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Si la peine de mort &#233;tait indispensable, - demandait Trotsky dans son discours, - comment donc lui, K&#233;rensky, se d&#233;cide-t-il &#224; dire qu'il n'en fera pas usage ? Et si, d'autre part, il croit possible de s'engager devant la d&#233;mocratie &#224; ne pas appliquer la peine de mort&#8230; il transforme le r&#233;tablissement de cette peine en un acte d'&#233;tourderie qui d&#233;passe les bornes de la criminalit&#233;. &#034; Toute la salle &#233;tait d'accord l&#224;-dessus, les uns en silence, les autres bruyamment. &#034; K&#233;rensky, par son aveu, discr&#233;dita fortement et lui-m&#234;me et le gouvernement provisoire &#224; ce moment-l&#224; &#034;, d&#233;clare son coll&#232;gue et admirateur, D&#233;mianov, adjoint au ministre de la Justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas un des ministres n'a pu raconter ce que le gouvernement avait fait &#224; proprement parler, sinon de r&#233;soudre les probl&#232;mes de sa propre existence. Des mesures &#233;conomiques ? On ne peut en indiquer une seule. Une politique de paix ? &#034; Je ne sais - disait l'ancien ministre de la Justice, Zaroudny, le plus franc de tous si le gouvernement provisoire a fait quelque chose &#224; cet &#233;gard, je n'en ai rien vu. &#034; Zaroudny se plaignait d'un ton stup&#233;fait de constater que &#034; tout le pouvoir s'&#233;tait trouv&#233; entre les mains d'un seul homme &#034; qui, d'un signe, convoquait ou renvoyait des ministres. Ts&#233;r&#233;telli, imprudemment, reprit ce th&#232;me : &#034; Que la d&#233;mocratie s'en prenne &#224; elle-m&#234;me si, en haut, son repr&#233;sentant a le vertige. &#034; Mais justement Ts&#233;r&#233;telli incarnait plus que tous autres en lui-m&#234;me ces traits de la d&#233;mocratie qui engendrait les tendances bonapartistes du pouvoir. &#034; Pourquoi K&#233;rensky a-t-il occup&#233; la place qu'il d&#233;tient aujourd'hui ? - r&#233;pliquait Trotsky ; l'accession de K&#233;rensky n'est due qu'&#224; la faiblesse et &#224; l'irr&#233;solution de la d&#233;mocratie&#8230; Je n'ai pas entendu ici un seul orateur qui aurait pris sur lui l'honneur peu enviable de d&#233;fendre le Directoire ou son pr&#233;sident&#8230; &#034; Apr&#232;s une explosion de protestations, l'orateur continue : &#034; Je regrette beaucoup que ce point de vue, qui trouve dans la salle une si v&#233;h&#233;mente expression, n'ait pas &#233;t&#233; traduit d'une fa&#231;on nette &#224; cette tribune. Pas un orateur n'est mont&#233; ici pour nous dire : &#034; A quoi bon discutez-vous avec l'ancienne coalition, pourquoi r&#233;fl&#233;chissez-vous&#8230; &#224; la coalition future ? Nous avons K&#233;rensky et cela nous suffit&#8230; &#034; Mais la fa&#231;on bolcheviste de poser la question joint presque automatiquement Ts&#233;r&#233;telli &#224; Zaroudny, et eux deux &#224; K&#233;rensky. Milioukov &#233;crivait l&#224;-dessus fort justement : Zaroudny pouvait se plaindre de l'autoritarisme de K&#233;rensky. Ts&#233;r&#233;telli pouvait indiquer que le chef du gouvernement avait le vertige - &#034; c'&#233;taient des mots &#034; ; mais lorsque Trotsky constatait qu'&#224; la Conf&#233;rence personne ne s'&#233;tait charg&#233; de d&#233;fendre ouvertement K&#233;rensky &#034; l'assembl&#233;e sentit tout de suite que celui qui parlait &#233;tait l'ennemi commun &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet du pouvoir, ceux qui le repr&#233;sentaient n'en parlaient point autrement que comme d'un fardeau et d'une calamit&#233;. La lutte pour le pouvoir ? Le ministre P&#233;ch&#233;khonov pr&#234;chait : &#034; Le pouvoir se pr&#233;sente maintenant tel que tous s'en d&#233;tournent en se signant. &#034; Ainsi vraiment ? Kornilov ne se d&#233;tournait pas avec des signes de croix. Mais la le&#231;on toute r&#233;cente &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; demi oubli&#233;e. Ts&#233;r&#233;telli s'indignait contre les bolcheviks qui ne prenaient pas eux-m&#234;mes le pouvoir et qui poussaient au pouvoir les soviets. La pens&#233;e de Ts&#233;r&#233;telli fut reprise par d'autres. Oui, les bolcheviks doivent prendre le pouvoir, disait-on &#224; mi-voix au bureau du pr&#233;sidium. Avksentiev se tourna vers Chliapnikov, qui &#233;tait assis non loin de lui : &#034; Prenez le pouvoir, les masses vous suivent. &#034; R&#233;pondant &#224; son voisin sur le m&#234;me ton, Chliapnikov proposa que le pouvoir f&#251;t d'abord d&#233;pos&#233; sur le bureau du pr&#233;sidium. Les d&#233;fis &#224; demi ironiques qui s'adressaient aux bolcheviks, soit dans le discours &#224; la tribune, soit dans les entretiens de couloirs, &#233;taient partiellement des railleries, partiellement des investigations. Que pensent faire par la suite ces hommes qui sont arriv&#233;s &#224; la t&#234;te des soviets de P&#233;trograd, de Moscou et de nombreux soviets provinciaux ? Est-il possible qu'ils osent r&#233;ellement s'emparer du pouvoir ? On n'y croyait pas. Deux jours avant le discours provocant de Ts&#233;r&#233;telli, la Rietch &#233;crivait que le meilleur moyen de se d&#233;barrasser du bolchevisme pour de longues ann&#233;es serait de confier &#224; ses leaders les destin&#233;es du pays ; mais &#034; ces tristes h&#233;ros du jour ne s'empressent nullement de saisir le pouvoir dans son int&#233;gralit&#233;,&#8230; pratiquement leur position ne peut &#234;tre prise en consid&#233;ration d'aucun point de vue. &#034; Cette arrogante conclusion &#233;tait, pour le moins, h&#226;tive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense avantage des bolcheviks, jusqu'&#224; pr&#233;sent peut-&#234;tre non encore appr&#233;ci&#233; comme il conviendrait, consistait en ceci qu'ils comprenaient parfaitement leurs adversaires, on pourrait dire qu'ils voyaient en eux par transparence. ils y &#233;taient aid&#233;s par la m&#233;thode mat&#233;rialiste, et par l'&#233;cole l&#233;niniste de la clart&#233; et de la simplicit&#233;, et par la vive circonspection d'hommes qui ont r&#233;solu de marcher jusqu'au bout. Par centre, les lib&#233;raux et les conciliateurs se figuraient les bolcheviks suivant les besoins du moment. Il ne pouvait en &#234;tre autrement : les partis auxquels leur d&#233;veloppement n'a pas laiss&#233; d'issue n'ont jamais montr&#233; la capacit&#233; de regarder la r&#233;alit&#233; en face, de m&#234;me qu'un malade incurable n'est pas capable de regarder en face sa maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, sans croire au soul&#232;vement des bolcheviks, les conciliateurs le redoutaient. C'est ce que K&#233;rensky exprima mieux que tous. &#034; Ne vous y trompez pas - s'&#233;cria-t-il tout &#224; coup dans son discours - ne croyez pas que, si je suis traqu&#233; par les bolcheviks, il n'y ait pas derri&#232;re moi les forces de la d&#233;mocratie. Ne croyez pas que je manque de points d'appui. Sachez bien que si vous entreprenez quelque chose, les chemins de fer s'arr&#234;teront, les d&#233;p&#234;ches ne seront pas transmises&#8230; &#034; Une partie de la salle applaudit, une partie, troubl&#233;e, se tait, le groupe bolchevik rit aux &#233;clats. Mauvaise, la dictature qui est oblig&#233;e de d&#233;montrer qu'elle ne manque pas de points d'appui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux d&#233;fis ironiques, aux accusations de l&#226;chet&#233; et aux menaces absurdes, les bolcheviks r&#233;pondirent dans leur d&#233;claration : &#034; Luttant pour la conqu&#234;te du pouvoir en vue de la r&#233;alisation de son programme, notre parti n'a jamais tendu et ne tend point &#224; s'emparer du pouvoir contre la volont&#233; organis&#233;e de la majorit&#233; des masses laborieuses du pays. &#034; Cela signifiait : nous prendrons le pouvoir en tant que parti de la majorit&#233; sovi&#233;tique. Les termes concernant &#034; la volont&#233; organis&#233;e des travailleurs &#034; se rapportaient au prochain congr&#232;s des soviets. &#034; Parmi les d&#233;cisions et propositions de la Conf&#233;rence pr&#233;sente&#8230; - disait la d&#233;claration, - peuvent trouver leur voie de r&#233;alisation seulement celles qui seront admises par le Congr&#232;s panrusse des soviets&#8230; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Trotsky lisait la d&#233;claration des bolcheviks, mentionnant la n&#233;cessit&#233; d'armer imm&#233;diatement les ouvriers, des exclamations persistantes &#233;clat&#232;rent sur les bancs de la majorit&#233; : &#034; Pour quoi, pour quoi ? &#034; C'&#233;tait toujours la m&#234;me note d'alarme et de provocation. Pour quoi ? &#034; Pour constituer effectivement une citadelle oppos&#233;e &#224; la contre-r&#233;volution &#034;, r&#233;pond l'orateur. Mais non seulement pour cela. &#034; Je vous dis, au nom de notre parti et des masses prol&#233;tariennes qui le suivent, que les ouvriers arm&#233;s&#8230; d&#233;fendront le pays de la r&#233;volution contre les troupes imp&#233;rialistes avec un h&#233;ro&#239;sme tel que l'histoire de Russie n'en a jamais connu de pareil&#8230; &#034; Ts&#233;r&#233;telli caract&#233;risa cette promesse qui divisait nettement la salle comme une phrase vide de sens. L'histoire de l'arm&#233;e rouge a, dans la suite, r&#233;fut&#233; ce qu'il disait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les heures ardentes o&#249; les leaders conciliateurs repoussaient la coalition avec les cadets &#233;taient rest&#233;es loin en arri&#232;re : sans les cadets, la coalition se trouva impossible. On n'allait pas, vraiment, prendre le pouvoir soi-m&#234;me ! &#034; Nous aurions pu nous saisir du pouvoir d&#232;s le 27 f&#233;vrier - ratiocinait Skob&#233;lev mais&#8230; nous employ&#226;mes toute la vertu de notre influence &#224; aider les &#233;l&#233;ments bourgeois &#224; se remettre de leur trouble&#8230; pour qu'ils vinssent au pouvoir. &#034; Pourquoi donc ces messieurs avaient-ils emp&#234;ch&#233; les korniloviens, remis de leur trouble, de s'emparer du pouvoir ? Un pouvoir purement bourgeois, expliquait Ts&#233;r&#233;telli, est encore impossible : cela provoquerait une guerre civile. Il fallait battre Kornilov pour que, par son entreprise d'aventurier, il n'emp&#234;ch&#226;t point la bourgeoisie de venir au pouvoir en quelques &#233;tapes. &#034; Maintenant que la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire est sortie victorieuse, le moment est particuli&#232;rement favorable pour une coalition. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie politique de la coalition fut exprim&#233;e par son leader Berkenheim : &#034; Que nous le voulions ou non, la bourgeoisie est la classe &#224; laquelle appartiendra le pouvoir. &#034; Le vieux r&#233;volutionnaire populiste Minor suppliait la Conf&#233;rence de se prononcer unanimement pour la coalition. Autrement, &#034; inutile de se faire des illusions : nous &#233;gorgerons &#034;. &#8211; Qui ? criait-on des si&#232;ges de gauche. &#034; Nous nous &#233;gorgerons entre nous &#034;, termina Minor dans un silence sinistre. Mais pourtant, d'apr&#232;s l'id&#233;e des cadets, le bloc gouvernemental &#233;tait n&#233;cessaire pour la lutte contre la &#034; voyouterie anarchique &#034; des bolcheviks : &#034; En cela r&#233;sidait proprement l'id&#233;e de la coalition &#034;, expliqua Milioukov avec une enti&#232;re franchise. Alors que Minor esp&#233;rait que la coalition permettrait de ne pas s'entr'&#233;gorger, Milioukov, par contre, esp&#233;rait fermement que la coalition donnerait la possibilit&#233;, &#224; forces jointes, d'&#233;gorger les bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les d&#233;bats sur la coalition, Riazanov lut un &#233;ditorial de la Rietch du 29 ao&#251;t que Milioukov avait retir&#233; au dernier moment, laissant dans le journal une colonne blanche : &#034; Oui, nous n'avons pas peur de dire que le g&#233;n&#233;ral Kornilov poursuivait les m&#234;mes desseins que ceux que nous estimons indispensables pour le salut de la patrie. &#034; La citation fut impressionnante. &#034; Oh ! oui, des sauveteurs ! &#034; - ces mots partent de la gauche de l'assembl&#233;e. Mais les cadets ont des d&#233;fenseurs : car enfin l'&#233;ditorial n'a pas &#233;t&#233; imprim&#233; ! En outre, les cadets n'ont pas &#233;t&#233; tous pour Kornilov, il faut faire une diff&#233;rence entre les p&#233;cheurs et les justes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; On dit que l'on ne peut accuser le parti cadet d'avoir particip&#233; tout entier au soul&#232;vement kornilovien, - r&#233;pliquait Trotsky. Ici, Znamensky nous a dit, non point pour la premi&#232;re fois, &#224; nous autres bolcheviks : vous avez protest&#233; parce que nous rendions responsable tout votre parti pour le mouvement des 3-5 juillet ; ne revenez pas aux m&#234;mes erreurs, ne rendez pas responsables tous les cadets pour le soul&#232;vement de Kornilov. Mais, dans cette comparaison, il y a, selon moi, un petit lapsus : quand on accusait les bolcheviks d'avoir provoqu&#233; le mouvement des 3-5 juillet, il s'agissait de les inviter &#224; prendre place non au minist&#232;re, mais bien plut&#244;t dans la prison de Kresty. Cette distinction, je l'esp&#232;re, ne sera pas contest&#233;e par (le ministre de la Justice) Zaroudny. Nous aussi disons : si vous d&#233;sirez tra&#238;ner les cadets en prison pour le mouvement kornilovien, ne faites pas la chose en gros, mais examinez s&#233;par&#233;ment chaque cadet sous toutes ses faces. (Rires ; des voix : Bravo !) Mais s'il s'agit de faire entrer le parti cadet dans le minist&#232;re, le point d&#233;cisif n'est pas de savoir si tel ou tel cadet s'est trouv&#233; dans la coulisse en accord avec Kornilov ; de savoir que Maklakov se tenait &#224; la table d'&#233;coute quand Savinkov menait des pourparlers t&#233;l&#233;graphiques avec Kornilov ; de savoir que Roditchev s'&#233;tait rendu dans la province du Don et avait eu des pourparlers politiques avec Kal&#233;dine ; non, l'affaire n'est point l&#224; ; elle consiste en ceci que toute la presse bourgeoise ou bien a salu&#233; ouvertement l'action de Kornilov, ou bien a gard&#233; un silence prudent, en attendant la victoire de celui-ci&#8230; Voil&#224; pourquoi je dis que vous n'avez point de partenaires pour la coalition ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, un repr&#233;sentant d'Helsingfors et de Sv&#233;aborg, le matelot Chichkine, disait, sur le m&#234;me th&#232;me, plus bri&#232;vement et persuasivement : &#034; Le minist&#232;re de coalition ne jouira chez les matelots de la flotte baltique et de la garnison de Finlande ni de la confiance, ni d'un appui&#8230; Contre la cr&#233;ation d'un minist&#232;re de coalition, les matelots ont hiss&#233; les pavillons de combat. &#034; Les arguments de la raison n'agissaient point. Le matelot Chichkine employait l'argument des pi&#232;ces d'artillerie navale. Il fut enti&#232;rement approuv&#233; par d'autres matelots qui montaient la garde aux issues de la salle des s&#233;ances. Boukharine raconta plus tard comment &#034; les matelots plac&#233;s en sentinelles par K&#233;rensky pour prot&#233;ger la Conf&#233;rence d&#233;mocratique contre nous autres bolcheviks, s'adressaient &#224; Trotsky et lui demandaient en faisant cliqueter leurs ba&#239;onnettes : &#034; Est-ce qu'on va pouvoir bient&#244;t travailler avec ce truc-l&#224; ? &#034; Il n'y avait l&#224; qu'une r&#233;p&#233;tition de la question que les matelots de l'Aurore avaient pos&#233;e dans leur entrevue avec les prisonniers de Kresty. Mais maintenant les temps approchaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on n&#233;glige les nuances, il est facile d'&#233;tablir dans la Conf&#233;rence trois groupes : un centre vaste mais extr&#234;mement instable, qui n'ose pas prendre le pouvoir, accepte la coalition mais ne veut point des cadets ; une aile droite, faible, qui tient pour K&#233;rensky et la coalition avec la bourgeoisie sans aucune limitation ; une aile gauche, deux fois plus forte, qui tient pour le pouvoir des soviets, ou bien pour un gouvernement socialiste. A la r&#233;union des d&#233;l&#233;gu&#233;s sovi&#233;tiques de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, Trotsky se pronon&#231;a pour la transmission du pouvoir aux soviets, Martov pour un minist&#232;re socialiste homog&#232;ne. La premi&#232;re formule r&#233;unit quatre vingt-six suffrages, la deuxi&#232;me, quatre-vingt-dix-sept. Formellement il n'y avait gu&#232;re que la moiti&#233; des soviets ouvriers et soldats qui eussent &#224; ce moment des bolcheviks &#224; leur t&#234;te, l'autre moiti&#233; h&#233;sitait entre les bolcheviks et les conciliateurs. Mais les bolcheviks parlaient au nom des puissants soviets des centres les plus industriels et les plus instruits du pays ; dans les soviets, ils &#233;taient infiniment plus forts que dans la Conf&#233;rence et, dans le prol&#233;tariat et l'arm&#233;e, infiniment plus forts que dans les soviets. Les soviets attard&#233;s ne cessaient pas de chercher &#224; rejoindre les plus avanc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la coalition vot&#232;rent &#224; la Conf&#233;rence 766 d&#233;put&#233;s contre 688, avec 38 abstentions. Les deux camps &#233;taient presque en &#233;quilibre ! Un amendement excluant les cadets de la coalition r&#233;unit une majorit&#233; : 595 voix contre 493 avec 72 abstentions. Mais l'&#233;limination des cadets rendait la coalition inop&#233;rante. Par suite, la r&#233;solution dans l'ensemble fut rejet&#233;e par une majorit&#233; de 813 voix, c'est-&#224;-dire par un bloc des flancs extr&#234;mes, partisans r&#233;solus et adversaires irr&#233;conciliables de la coalition, contre le centre qui avait fondu jusqu'&#224; 183 voix, avec 80 abstentions. Ce fut le mieux group&#233; de tous les votes ; mais il fut aussi st&#233;rile que l'id&#233;e m&#234;me de la coalition avec les cadets qu'il repoussait. &#034; Sur la question radicalement essentielle - &#233;crit justement Milioukov - la Conf&#233;rence resta ainsi sans opinion et sans formule. &#034; Que restait-il &#224; faire aux leaders ? Fouler aux pieds la volont&#233; de la &#034; d&#233;mocratie &#034;, qui avait rejet&#233; leur propre volont&#233;. On convoque un pr&#233;sidium de repr&#233;sentants des partis et des groupes pour r&#233;viser la question d&#233;j&#224; r&#233;solue par le pl&#233;num. R&#233;sultat : 50 voix pour la coalition, 60 contre. Maintenant, semble-t-il, c'est clair. La question de la responsabilit&#233; du gouvernement devant l'organe permanent de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique est ent&#233;rin&#233;e &#233;galement, &#224; l'unanimit&#233;, par le m&#234;me pr&#233;sidium &#233;largi. Pour l'adjonction &#224; cet organe de repr&#233;sentants de la bourgeoisie, 56 mains se l&#232;vent contre 48 avec 10 abstentions. Survient K&#233;rensky pour d&#233;clarer qu'&#224; un gouvernement purement socialiste il refuse de participer. Apr&#232;s cela, le probl&#232;me se ram&#232;ne &#224; renvoyer dans leurs foyers les membres de cette malheureuse Conf&#233;rence, en la rempla&#231;ant par une institution dans laquelle les partisans d'une coalition inconditionn&#233;e seraient en majorit&#233;. Pour arriver au r&#233;sultat d&#233;sir&#233;, il suffit de conna&#238;tre les r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de l'arithm&#233;tique. Au nom du pr&#233;sidium, Ts&#233;r&#233;telli soumet &#224; la Conf&#233;rence une motion disant en substance que l'organe repr&#233;sentatif est appel&#233; &#034; &#224; collaborer &#224; la cr&#233;ation du pouvoir &#034; et que le gouvernement doit &#034; sanctionner cet organe &#034; : les r&#234;ves de remontrances &#224; K&#233;rensky sont ainsi renvoy&#233;s aux archives. Compl&#233;t&#233; dans la proportion convenable avec des repr&#233;sentants de la bourgeoisie, le futur Soviet de la R&#233;publique, ou pr&#233;parlement, aura pour t&#226;che de sanctionner un gouvernement de coalition comptant des cadets. La r&#233;solution de Ts&#233;r&#233;telli signifie exactement le contraire de ce que voulait la Conf&#233;rence et de ce que venait de d&#233;cider le praesidium. Mais la d&#233;composition, l'effondrement, la d&#233;moralisation sont tels que l'assembl&#233;e adopte la capitulation qu'on lui propose sous une forme l&#233;g&#232;rement d&#233;guis&#233;e par 829 voix contre 106, avec 69 abstentions. &#034; Eh bien ! vous avez remport&#233; la victoire pour le moment, messieurs les conciliateurs et messieurs les cadets - &#233;crit le journal des bolcheviks. Jouez votre jeu. Faites une nouvelle exp&#233;rience. Ce sera la derni&#232;re, nous vous le garantissons. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; La Conf&#233;rence d&#233;mocratique - dit Stank&#233;vitch - frappa m&#234;me ceux qui en avaient pris l'initiative par une extraordinaire dispersion de la pens&#233;e. &#034; Dans les partis conciliateurs, &#034; compl&#232;te discorde &#034; ; de droite, dans le milieu bourgeois, &#034; grognements sourds, calomnie colport&#233;es &#224; mi-voix, lent grignotement des derniers restes de l'autorit&#233; gouvernementale&#8230; Et seulement &#224; gauche, consolidation des forces et de l'&#233;tat d'esprit &#034;. Voil&#224; ce que dit un adversaire, voil&#224; comment t&#233;moigne un ennemi qui, en Octobre encore, tirera sur les bolcheviks. La parade de la d&#233;mocratie &#224; P&#233;trograd fut pour les conciliateurs ce que pour K&#233;rensky avait &#233;t&#233;, &#224; Moscou, la parade de l'unit&#233; nationale : une confession publique d'incapacit&#233;, une revue du marasme politique. Si la Conf&#233;rence d'&#201;tat avait donn&#233; une impulsion au soul&#232;vement de Kornilov, la Conf&#233;rence d&#233;mocratique d&#233;blaya d&#233;finitivement la route pour l'insurrection des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de se s&#233;parer, la Conf&#233;rence constitua un organe permanent, en y d&#233;l&#233;guant 15 % de l'effectif de chaque groupe, au total environ 350 d&#233;l&#233;gu&#233;s. Les institutions des classes poss&#233;dantes devaient obtenir en outre 120 si&#232;ges. Le gouvernement ajouta de son c&#244;t&#233; 20 si&#232;ges pour les Cosaques. Le tout devait constituer le Soviet de la R&#233;publique, ou pr&#233;parlement, qui devait repr&#233;senter la nation jusqu'&#224; la convocation de l'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude &#224; prendre &#224; l'&#233;gard du Soviet de la R&#233;publique posa imm&#233;diatement pour les bolcheviks un grave probl&#232;me de tactique : irait-on ou n'irait-on pas ? Le boycottage des institutions parlementaires du c&#244;t&#233; des anarchistes et des demi-anarchistes est dict&#233; par le d&#233;sir de ne pas soumettre leur impuissance &#224; la v&#233;rification des masses et de conserver ainsi leur droit &#224; une attitude passivement alti&#232;re qui ne donne pas froid aux ennemis ni chaud aux amis. Un parti r&#233;volutionnaire n'a le droit de tourner le dos au parlement que s'il se donne pour but imm&#233;diat de renverser le r&#233;gime existant ; pendant les ann&#233;es qui se sont &#233;coul&#233;es entre les deux r&#233;volutions, L&#233;nine a &#233;tudi&#233; d'une fa&#231;on tr&#232;s p&#233;n&#233;trante les probl&#232;mes du parlementarisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me un parlement censitaire peut s'av&#233;rer, et s'est av&#233;r&#233; plus d'une fois dans l'histoire, comme l'expression d'un rapport effectif des classes : telles furent, par exemple, les Doumas d'Empire apr&#232;s la d&#233;faite de la R&#233;volution de 1905-1907. Boycotter de tels parlements, c'est boycotter le rapport effectif des forces au lieu de le modifier dans le sens de la r&#233;volution. Mais le pr&#233;parlement de Ts&#233;r&#233;telli-K&#233;rensky ne r&#233;pondait en aucune mesure au rapport des forces. Il &#233;tait engendr&#233; par l'impuissance et la ruse des sommets, par la croyance en une mystique des institutions, par le f&#233;tichisme de la forme, par l'espoir de soumettre &#224; ce f&#233;tichisme un ennemi infiniment plus fort et de le discipliner ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour forcer la r&#233;volution &#224; passer, pliant le dos et t&#232;te basse, sous le joug du pr&#233;parlement, il fallait pr&#233;alablement sinon &#233;craser la r&#233;volution, du moins lui infliger une d&#233;faite s&#233;rieuse. En r&#233;alit&#233;, la d&#233;faite avait &#233;t&#233; essuy&#233;e trois semaines auparavant par l'avant-garde de la bourgeoisie. La r&#233;volution, par contre, trouvait un afflux de forces. Elle se donnait pour but non point une r&#233;publique bourgeoise, mais une r&#233;publique d'ouvriers et de paysans, et elle n'avait aucun motif de passer en rampant sous le joug du pr&#233;parlement, alors qu'elle se d&#233;veloppait de plus en plus largement dans les soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 septembre, le Comit&#233; central des bolcheviks convoqua une conf&#233;rence du parti, compos&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s bolcheviks de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, des membres du Comit&#233; central et du Comit&#233; de P&#233;trograd. En qualit&#233; de rapporteur au nom du Comit&#233; central, Trotsky proposa le mot d'ordre du boycottage &#224; l'&#233;gard du pr&#233;parlement. Cette proposition rencontra l'opposition r&#233;solue des uns (Kam&#233;nev, Rykov, Riazanov) et l'assentiment des autres (Sverdlov, Ioff&#233;, Staline). Le Comit&#233; central, s'&#233;tant divis&#233; &#224; parties &#233;gales sur la question litigieuse, se vit forc&#233;, en d&#233;pit des statuts et de la tradition du parti, de soumettre la question &#224; la d&#233;cision de la Conf&#233;rence. Deux rapporteurs : Trotsky et Rykov, se pr&#233;sent&#232;rent pour exprimer des points de vue oppos&#233;s. Il pouvait sembler, et cela semblait &#224; la majorit&#233;, que les ardents d&#233;bats avaient un caract&#232;re de pure tactique. En r&#233;alit&#233;, la discussion renouvelait les dissensions d'avril et pr&#233;parait celles d'Octobre. La question &#233;tait de savoir si le parti adaptait ses t&#226;ches au d&#233;veloppement de la r&#233;publique bourgeoise ou bien si, vraiment, il se donnait pour but de conqu&#233;rir le pouvoir. Par une majorit&#233; de soixante-dix-sept voix contre cinquante, la conf&#233;rence du parti repoussa le mot d'ordre du boycottage. Le 22 septembre, Riazanov trouva la possibilit&#233; de d&#233;clarer &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, au nom du parti, que les bolcheviks envoyaient leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s au pr&#233;parlement pour &#034; d&#233;noncer, dans cette nouvelle forteresse des conciliateurs, toutes tentatives d'une nouvelle coalition avec la bourgeoisie &#034;. Cela avait un ton radical. Mais, au fond, cela signifiait que l'on remplacerait la politique de l'action r&#233;volutionnaire par la politique d'une opposition accusatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses d'avril de L&#233;nine avaient &#233;t&#233; formellement assimil&#233;es par tout le parti ; mais, dans chaque grande question, en dessous d'elles, &#233;mergeaient les &#233;tats d'esprit de mars, encore tr&#232;s forts dans la couche sup&#233;rieure du parti qui, en bien des points du pays, commen&#231;ait seulement &#224; se s&#233;parer des mencheviks. L&#233;nine ne put se m&#234;ler &#224; la discussion qu'avec du retard. Le 23 septembre, il &#233;crivait : &#034; Il faut boycotter le pr&#233;parlement. Il faut se retirer dans les soviets d'ouvriers, de soldats et de paysans, se retirer dans les syndicats, se retirer en g&#233;n&#233;ral dans les masses. Il faut les appeler &#224; la lutte. Il faut leur donner un mot d'ordre juste et clair : chasser la bande bonapartiste de K&#233;rensky avec son fallacieux pr&#233;parlement&#8230; Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires n'ont pas accept&#233;, m&#234;me apr&#232;s l'aventure kornilovienne, notre compromis&#8230; Lutte implacable contre eux. Implacable leur exclusion de toutes les organisations r&#233;volutionnaires&#8230; Trotsky &#233;tait pour le boycottage. Bravo, camarade Trotsky ! Le mot d'ordre du boycottage est battu dans la fraction des bolcheviks qui se sont r&#233;unis &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique. Mais vive le boycottage ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus la question p&#233;n&#233;trait profond&#233;ment dans le parti, plus d&#233;finitivement se modifiait le rapport des forces en faveur du boycottage. Dans presque toutes les organisations locales se constituaient une majorit&#233; et une minorit&#233;. Dans le Comit&#233; de Kiev, par exemple, les partisans du boycottage, ayant &#224; leur t&#234;te Evgu&#233;nia Boch, constituaient une faible minorit&#233;, mais d&#233;j&#224;, quelques jours apr&#232;s, &#224; la conf&#233;rence de la ville, une majorit&#233; &#233;crasante votait une r&#233;solution de boycottage du pr&#233;parlement : &#034; On ne doit pas perdre du temps &#224; bavarder et &#224; semer des illusions. &#034; Le parti se h&#226;tait de corriger ses sommets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, se d&#233;battant contre les molles pr&#233;tentions de la d&#233;mocratie, K&#233;rensky faisait tout ce qu'il pouvait pour montrer aux cadets qu'il avait le poing solide. Le 18 septembre, il &#233;dicta l'ordonnance inattendue de dissoudre le Comit&#233; central de la flotte de guerre. Les matelots r&#233;pondirent : &#034; Consid&#233;rer l'ordonnance de dissolution du Tsentroflot comme ill&#233;gale, donc non applicable et exiger qu'elle soit imm&#233;diatement rapport&#233;e. &#034; A l'affaire se m&#234;la le Comit&#233; ex&#233;cutif ; il procura &#224; K&#233;rensky un pr&#233;texte de forme pour retirer, trois jours apr&#232;s, son ordonnance. A Tachkent, le Soviet, compos&#233; en majorit&#233; de socialistes-r&#233;volutionnaires, avait pris entre ses mains le pouvoir, destituant les vieux fonctionnaires. K&#233;rensky envoya au g&#233;n&#233;ral d&#233;sign&#233; pour r&#233;primer le soul&#232;vement de Tachkent un t&#233;l&#233;gramme : &#034; N'entrer dans aucuns pourparlers avec les mutins&#8230; Les mesures les plus d&#233;cisives sont n&#233;cessaires. &#034; Les troupes arriv&#232;rent, occup&#232;rent la ville et mirent en &#233;tat d'arrestation les repr&#233;sentants du pouvoir sovi&#233;tique. Imm&#233;diatement &#233;clata une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, avec la participation de quarante syndicats ; pendant huit jours les journaux ne sortirent point, la garnison se mit en effervescence. C'est ainsi que, poursuivant le fant&#244;me de l'ordre, le gouvernement semait l'anarchie bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour m&#234;me o&#249; la Conf&#233;rence avait vot&#233; une r&#233;solution contre la coalition avec les cadets, le Comit&#233; central du parti cadet invita Konovalov et Kichkine &#224; accepter l'offre faite par K&#233;rensky d'entrer dans le cabinet minist&#233;riel. La baguette du chef d'orchestre &#233;tait, disait-on, celle de Buchanan. Il ne faut pas, probablement, prendre cela trop &#224; la lettre ; sinon Buchanan lui-m&#234;me, c'&#233;tait son ombre qui menait le concert : il fallait cr&#233;er un gouvernement acceptable pour les Alli&#233;s. Les industriels et les financiers de Moscou s'ent&#234;taient, cherchaient &#224; se mettre en valeur, posaient des ultimatums. La Conf&#233;rence d&#233;mocratique s'&#233;puisait dans des votes successifs, s'imaginant qu'ils avaient une signification r&#233;elle. En r&#233;alit&#233;, la question se d&#233;cidait au palais d'Hiver, dans les s&#233;ances pl&#233;ni&#232;res des d&#233;bris du gouvernement avec les repr&#233;sentants des partis de coalition. Les cadets y envoyaient leurs korniloviens les plus ouvertement d&#233;clar&#233;s. Tous essayaient de se persuader mutuellement de la n&#233;cessit&#233; de l'unit&#233;. Ts&#233;r&#233;telli, intarissable puits de lieux communs, d&#233;couvrit que l'obstacle principal &#224; un accord &#034; se trouvait jusqu'&#224; pr&#233;sent dans une m&#233;fiance r&#233;ciproque&#8230; Cette m&#233;fiance doit &#234;tre &#233;limin&#233;e &#034;. Le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res T&#233;r&#233;chtchenko calcula que sur cent quatre-vingt-dix-sept jours d'existence du gouvernement r&#233;volutionnaire, cinquante-six avaient &#233;t&#233; occup&#233;s par des crises. Et il n'expliqua pas &#224; quoi avaient &#233;t&#233; employ&#233;s les autres jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que la Conf&#233;rence d&#233;mocratique n'e&#251;t adopt&#233; la r&#233;solution de Ts&#233;r&#233;telli, contraire &#224; ses desseins, les correspondants des journaux anglais et am&#233;ricains communiquaient par t&#233;l&#233;graphe que la coalition avec les cadets &#233;tait garantie et donnaient avec assurance les noms des nouveaux ministres. De son c&#244;t&#233;, le Conseil moscovite des personnalit&#233;s en vue, sous la pr&#233;sidence du toujours lui-m&#234;me Rodzianko, f&#233;licitait un de ses membres, Tr&#233;tiakov, d'avoir &#233;t&#233; invit&#233; &#224; participer au gouvernement. Le 9 ao&#251;t, ces messieurs avaient envoy&#233; un t&#233;l&#233;gramme &#224; Kornilov : &#034; A l'heure dangereuse d'une p&#233;nible &#233;preuve, toute la Russie pensante tourne ses regards vers vous avec espoir et avec foi. &#034; K&#233;rensky accepta avec condescendance l'existence d'un pr&#233;parlement, sous condition que &#034; l'on reconna&#238;trait que l'organisation du pouvoir et le recrutement des membres du gouvernement appartiendraient uniquement au gouvernement provisoire &#034;, Cette condition humiliante fut dict&#233;e par les cadets. La bourgeoisie ne pouvait, bien entendu, ne point comprendre que la composition de l'Assembl&#233;e constituante serait pour elle beaucoup moins favorable que celle du pr&#233;parlement : &#034; Les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante doivent - d'apr&#232;s Milioukov - donner un r&#233;sultat tout &#224; fait accidentel et, peut-&#234;tre, d&#233;sastreux. &#034; Si, n&#233;anmoins, le parti cadet, qui avait r&#233;cemment encore essay&#233; de subordonner le gouvernement &#224; la Douma tsariste, refusait cat&#233;goriquement de reconna&#238;tre au pr&#233;parlement des droits l&#233;gislatifs, c'&#233;tait seulement et exclusivement parce qu'il ne perdait pas l'espoir d'annihiler l'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Ou bien Kornilov, ou bien L&#233;nine &#034; - c'est ainsi que Milioukov posait l'alternative. L&#233;nine, de son c&#244;t&#233;, &#233;crivait : &#034; Ou bien le pouvoir des soviets, ou bien le kornilovisme. Il n'y a pas de milieu. &#034; C'est &#224; ce point que Milioukov et L&#233;nine co&#239;ncidaient dans leur jugement sur la situation, et non point par hasard : en contrepoids aux h&#233;ros de la phrase conciliatrice c'&#233;taient deux repr&#233;sentants s&#233;rieux des classes fondamentales de la soci&#233;t&#233;. D&#233;j&#224; la Conf&#233;rence d'&#201;tat de Moscou avait clairement montr&#233;, d'apr&#232;s les termes m&#234;mes de Milioukov, que &#034; le pays se partageait en deux camps entre lesquels il ne pouvait y avoir de conciliation ni d'accord sur le fond &#034;. Mais l&#224; o&#249;, entre deux camps de la soci&#233;t&#233;, il ne peut y avoir d'accord, l'affaire se r&#233;sout par la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni les cadets, ni les bolcheviks ne retiraient, cependant, le mot d'ordre de l'Assembl&#233;e constituante. Pour les cadets elle &#233;tait n&#233;cessaire comme la plus haute instance en appel contre les r&#233;formes sociales imm&#233;diates, contre les soviets, contre la r&#233;volution. L'ombre que la d&#233;mocratie projetait devant elle, sous l'apparence de l'Assembl&#233;e constituante - la bourgeoisie s'en servait pour s'opposer &#224; la vivante d&#233;mocratie. La bourgeoisie n'aurait pu ouvertement rejeter l'Assembl&#233;e constituante qu'apr&#232;s avoir &#233;cras&#233; les bolcheviks. Elle en &#233;tait encore loin. A l'&#233;tape indiqu&#233;e, les cadets s'effor&#231;aient de garantir l'ind&#233;pendance du gouvernement contre les organisations li&#233;es avec les masses afin de se le soumettre d'autant plus s&#251;rement et int&#233;gralement ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les bolcheviks aussi, qui ne voyaient point d'issue dans les voies de la d&#233;mocratie formelle, ne renon&#231;aient pas encore &#224; l'id&#233;e d'une Assembl&#233;e constituante. Et ils ne pouvaient faire autrement sans briser avec le r&#233;alisme r&#233;volutionnaire. La marche ult&#233;rieure des &#233;v&#233;nements cr&#233;erait-elle des conditions pour la victoire compl&#232;te du prol&#233;tariat ? Cela ne pouvait &#234;tre pr&#233;vu avec une absolue certitude. Mais, en dehors de la dictature des soviets et jusqu'&#224; cette dictature, l'Assembl&#233;e constituante devait se montrer comme la plus haute conqu&#234;te de la r&#233;volution. Exactement comme les bolcheviks d&#233;fendaient les soviets de conciliateurs et les municipalit&#233;s d&#233;mocratiques contre Kornilov, ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre l'Assembl&#233;e constituante contre les attentats de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de trente jours se termina enfin par la cr&#233;ation d'un nouveau gouvernement. Le principal r&#244;le apr&#232;s K&#233;rensky revenait &#224; un des plus riches industriels de Moscou Konovalov, qui, au d&#233;but de la r&#233;volution, finan&#231;ait le journal de Gorki, avait &#233;t&#233; ensuite membre du premier gouvernement de coalition, avait d&#233;missionn&#233; en protestant apr&#232;s le premier Congr&#232;s des soviets, &#233;tait entr&#233; dans le parti cadet quand celui-ci &#233;tait m&#251;r pour l'affaire kornilovienne, et rentrait maintenant dans le gouvernement, en qualit&#233; de vice-pr&#233;sident et de ministre du Commerce et de l'Industrie. Outre Konovalov, les postes minist&#233;riels furent occup&#233;s par : Tr&#233;tiakov, pr&#233;sident du Comit&#233; de la Bourse de Moscou, et Smirnov, pr&#233;sident du Comit&#233; des Industries de guerre de Moscou. Le sucrier de Kiev, T&#233;r&#233;chtchenko, restait ministre des Affaires &#233;trang&#232;res. Les autres ministres, dans ce nombre les socialistes, ne se distinguaient point par des signes particuliers, mais &#233;taient tout dispos&#233;s &#224; ne point rompre l'harmonie. L'Entente pouvait &#234;tre d'autant plus satisfaite du gouvernement, qu'&#224; Londres on laissait comme ambassadeur le vieux diplomate Nabokov, qu'on envoyait &#224; Paris le cadet Maklakov, alli&#233; de Kornilov et de Savinkov, &#224; Berne le &#034; progressiste &#034; Efr&#233;mov : la lutte pour la paix d&#233;mocratique &#233;tait remise entre des mains s&#251;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration du nouveau gouvernement donnait une parodie perfide de la d&#233;claration de la d&#233;mocratie &#224; Moscou. Le sens de la coalition n'&#233;tait cependant pas inclus dans le programme des transformations ; il avait d'essayer de parachever l'&#339;uvre des Journ&#233;es de Juillet : d&#233;capiter la r&#233;volution en &#233;crasant les bolcheviks. Mais l&#224;, le Rabotchi Pout (la Voie ouvri&#232;re), une des m&#233;tamorphoses de la Pravda, rappelait insolemment aux Alli&#233;s ceci : &#034; Vous avez oubli&#233; que les bolcheviks sont maintenant les soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats ! &#034; Ce rappel tombait juste sur le point douloureux. &#034; De soi-m&#234;me - reconna&#238;t Milioukov se posait la question fatale : N'est-il pas trop tard ? N'est-il pas trop tard pour d&#233;clarer la guerre aux bolcheviks ? &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, probablement, vraiment trop tard. Le jour o&#249; se formait le nouveau gouvernement avec six ministres bourgeois et dix &#224; demi-socialistes, s'achevait la formation du nouveau Comit&#233; ex&#233;cutif du Soviet de P&#233;trograd, qui comprenait treize bolcheviks, six socialistes-r&#233;volutionnaires et trois mencheviks. La coalition gouvernementale fut accueillie par le Soviet dans une r&#233;solution propos&#233;e par Trotsky, son nouveau pr&#233;sident. &#034; Le nouveau gouvernement&#8230; entrera dans l'histoire de la r&#233;volution comme un gouvernement de guerre civile&#8230; La nouvelle de la formation d'un nouveau pouvoir rencontrera du c&#244;t&#233; de toute la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire une seule r&#233;ponse : D&#233;mission !&#8230; S'appuyant sur cette voix unanime de la v&#233;ritable d&#233;mocratie, le congr&#232;s panrusse des soviets cr&#233;era un pouvoir v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire. &#034; Les adversaires avaient envie de ne voir dans cette r&#233;solution qu'un vote ordinaire de d&#233;fiance. En r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait un programme d'insurrection. Pour que le programme f&#251;t rempli, il faudrait juste un mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La courbe &#233;conomique continuait &#224; d&#233;cliner brutalement. Le gouvernement, le Comit&#233; ex&#233;cutif central, le pr&#233;parlement bient&#244;t reconstitu&#233; enregistraient les faits et les sympt&#244;mes de d&#233;clin comme des motifs contre l'anarchie, les bolcheviks, la r&#233;volution. Mais ils n'avaient m&#234;me pas l'ombre d'un plan &#233;conomique. Le service qui existait aupr&#232;s du gouvernement pour la r&#233;glementation de l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale ne fit pas une seule d&#233;marche s&#233;rieuse. Les industriels fermaient les entreprises. Le mouvement ferroviaire &#233;tait restreint par suite du manque de charbon. Dans les villes s'&#233;teignaient les centrales d'&#233;lectricit&#233;. La presse hurlait &#224; la catastrophe. Les prix montaient. Les ouvriers faisaient gr&#232;ve, une cat&#233;gorie apr&#232;s l'autre, malgr&#233; les avertissements du parti, des soviets, des syndicats. N'&#233;vitaient les conflits que les couches de la classe ouvri&#232;re qui marchaient d&#233;j&#224; enti&#232;rement vers l'insurrection. Et, semble-t-il, c'&#233;tait P&#233;trograd qui restait le plus calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par son inattention devant les masses, par son indiff&#233;rence &#233;tourdie devant leurs besoins, par des phrases provocatrices en r&#233;ponse aux protestations et aux cris de d&#233;sespoir, le gouvernement soulevait tout le monde contre lui. On e&#251;t cru qu'il faisait expr&#232;s de rechercher des conflits. Les ouvriers et les employ&#233;s de chemins de fer, presque depuis l'insurrection de F&#233;vrier, r&#233;clamaient un rel&#232;vement des salaires. Les commissions se succ&#233;daient, personne ne donnait de r&#233;ponse, les cheminots &#233;taient de plus en plus irrit&#233;s. Les conciliateurs les calmaient. Le Vikjel (Comit&#233; ex&#233;cutif panrusse des cheminots) imposait la mod&#233;ration. Mais, le 24 septembre, il y eut une explosion. C'est seulement alors que le gouvernement se ressaisit, certaines concessions furent faites aux cheminots, et la gr&#232;ve, qui &#233;tait d&#233;j&#224; arriv&#233;e &#224; s'&#233;tendre &#224; une grande partie du r&#233;seau, cessa le 27 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ao&#251;t et septembre deviennent les mois d'une rapide aggravation de la situation &#233;conomique. D&#233;j&#224;, pendant les journ&#233;es korniloviennes, la ration de pain avait &#233;t&#233; r&#233;duite, &#224; Moscou comme &#224; P&#233;trograd, &#224; une demi-livre par jour. Dans le district de Moscou, on commen&#231;a &#224; ne plus d&#233;livrer que deux livres par semaine. Les contr&#233;es de la Volga, le Midi, le front et l'arri&#232;re tout proche, toutes les r&#233;gions du pays passent par une terrible crise d'approvisionnement. Dans la r&#233;gion textile voisine de Moscou, certaines fabriques commenc&#232;rent &#224; &#234;tre affam&#233;es au sens litt&#233;ral du mot. Les ouvriers et les ouvri&#232;res de la fabrique Smirnov - le propri&#233;taire avait justement &#233;t&#233; enr&#244;l&#233; en ces jours-l&#224; comme contr&#244;leur d'&#201;tat dans la nouvelle coalition minist&#233;rielle - manifestaient dans la localit&#233; voisine d'Or&#233;khovo-Zou&#233;vo avec des pancartes : &#034; Nous avons faim. &#034; &#034; Nos enfants ont faim. &#034; &#034; Quiconque n'est pas avec nous est contre nous. &#034; Les ouvriers d'Or&#233;khovo-Zou&#233;vo et les soldats de l'h&#244;pital militaire de l'endroit partageaient avec les manifestants leurs mis&#233;rable rations : c'&#233;tait une autre coalition qui s'&#233;levait contre celle du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux, chaque jour, enregistraient de nouveaux et de nouveaux foyers de conflits et de r&#233;voltes. Les protestations venaient des ouvriers, des soldats, du petit peuple des villes. Les femme de soldats exigeaient un rel&#232;vement des allocations, le logement et le bois d'hiver. L'agitation des Cent-Noirs t&#226;chait de se trouver un aliment dans la faim des masses. Le journal cadet de Moscou, les Rouski&#233; Vi&#233;domosti (Informations russes) qui, autrefois, combinait le lib&#233;ralisme avec le populisme, consid&#233;rait maintenant avec haine et d&#233;go&#251;t le v&#233;ritable peuple. &#034; Dans toute la Russie a d&#233;ferl&#233; une grande vague de d&#233;sordre, &#233;crivaient les professeurs lib&#233;raux. La violence des &#233;l&#233;ments d&#233;cha&#238;n&#233;s et de stupides pogromes&#8230; g&#234;nent plus que tout la lutte contre le flot&#8230; Recourir aux mesures de r&#233;pression, &#224; la collaboration de la force arm&#233;e&#8230; mais, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette force arm&#233;e, dans la personne des soldats des garnisons locales, qui joue le r&#244;le principal dans les pogromes&#8230; La foule&#8230; descend dans la rue et commence &#224; se sentir ma&#238;tresse de la situation. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur de Saratov faisait savoir au ministre de la Justice Maliantovitch, qui, &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re r&#233;volution, s'&#233;tait compt&#233; parmi les bolcheviks : &#034; Le principal malheur, contre lequel il n'y a point possibilit&#233; de lutter, ce sont les soldats&#8230; Les lynchages, les arrestations et perquisitions arbitraires, toutes les r&#233;quisitions possibles - tout cela, dans la majorit&#233; des cas, est effectu&#233; ou bien exclusivement par des soldats, ou bien avec leur participation directe. &#034; A Saratov m&#234;me, dans les chefs-lieux de districts, dans les bourgs, &#034; compl&#232;te d&#233;ficience d'une aide quelconque aux services judiciaires &#034;. Le parquet n'arrive pas &#224; enregistrer les crimes qui sont accomplis par tout le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks ne se faisaient pas d'illusions au sujet des difficult&#233;s qui devaient les assaillir avec le pouvoir. &#034; En proclamant le mot d'ordre : &#034; Tout le pouvoir aux soviets ! &#034; - disait le nouveau pr&#233;sident du Soviet de P&#233;trograd - nous savons que ce mot d'ordre ne caut&#233;risera pas instantan&#233;ment tous les ulc&#232;res. Nous avons besoin d'un pouvoir constitu&#233; sur le mod&#232;le de la direction d'un syndicat qui donne aux gr&#233;vistes tout ce qu'il peut, ne cache rien, et quand il ne peut donner, en convient franchement&#8230; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des premi&#232;res s&#233;ances du gouvernement fut consacr&#233;e &#224; &#034; l'anarchie &#034; dans les provinces, surtout dans les campagnes. Il fut de nouveau reconnu indispensable &#034; de ne point s'arr&#234;ter devant les mesures les plus r&#233;solues &#034;. Entre temps, le gouvernement d&#233;couvrait que la cause des insucc&#232;s de la lutte contre las d&#233;sordres r&#233;sidait dans &#034; l'insuffisante popularit&#233; &#034; des commissaires gouvernementaux parmi les masses de la population paysanne. Pour rem&#233;dier &#224; la situation, il fut d&#233;cid&#233; d'organiser d'urgence dans toutes les provinces qu'avaient gagn&#233;es les d&#233;sordres &#034; des comit&#233;s extraordinaires du gouvernement provisoire &#034;. D&#232;s lors, la paysannerie devra accueillir les exp&#233;ditions punitives par des acclamations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'irr&#233;sistibles forces historiques entra&#238;naient les dirigeants vers la chute. Personne ne croyait s&#233;rieusement au succ&#232;s du nouveau gouvernement. L'isolement de K&#233;rensky &#233;tait irr&#233;parable. Les classes poss&#233;dantes ne pouvaient oublier qu'il avait trahi Kornilov. &#034; Quiconque &#233;tait pr&#234;t &#224; se battre contre les bolcheviks - &#233;crit l'officier cosaque Kakliouguine - ne voulait pas le faire au nom et pour la d&#233;fense du gouvernement provisoire. &#034; Tout en s'accrochant au pouvoir, K&#233;rensky lui-m&#234;me n'osait en faire un emploi quelconque. La force croissante de la r&#233;sistance paralysait &#224; fond sa volont&#233;. Il &#233;ludait toutes d&#233;cisions et &#233;vitait le palais d'Hiver, o&#249; la situation l'obligeait &#224; agir. Presque imm&#233;diatement apr&#232;s la formation du nouveau gouvernement, il glissa subrepticement la pr&#233;sidence &#224; Konovalov et partit lui-m&#234;me pour le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, o&#249; l'on n'avait pas le moins du monde besoin de lui. Il ne revint &#224; P&#233;trograd que pour ouvrir le pr&#233;parlement. Retenu par les ministres, il n'en repartit pas moins, le 14, pour le front. K&#233;rensky fuyait un sort qui le harcelait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Konovalov, le plus proche collaborateur de K&#233;rensky et son rempla&#231;ant, tombait, d'apr&#232;s Nabokov, dans le d&#233;sespoir en voyant l'inconstance de K&#233;rensky et l'absolue impossibilit&#233; de compter sur sa parole. Mais les &#233;tats d'&#226;me des autres membres du Cabinet diff&#233;raient peu de ceux de leur chef. Les ministres scrutaient anxieusement, pr&#234;taient l'oreille, attendaient, se tiraient d'affaire par des paperasses et s'occupaient de v&#233;tilles. Le ministre de la Justice Maliantovitch fut, raconte Nabokov, extr&#234;mement pr&#233;occup&#233; quand il apprit que les s&#233;nateurs n'avaient pas voulu recevoir leur nouveau coll&#232;gue Sokolov en redingote noire. &#034; Qu'en pensez-vous ? Que faut-il faire ? demandait Maliantovitch angoiss&#233;. D'apr&#232;s un rite &#233;tabli par K&#233;rensky et qui &#233;tait rigoureusement observ&#233;, les ministres s'interpellaient entre eux, non point selon l'usage russe, par le pr&#233;nom et le patronyme, comme de simples mortels, mais, d'apr&#232;s la fonction - &#034; Monsieur le ministre de ceci ou de cela &#034; - comme il convient aux repr&#233;sentants d'un pouvoir fort. Les souvenirs de ceux qui furent du gouvernement ont un air satirique. Au sujet de son ministre de la Guerre, K&#233;rensky lui-m&#234;me &#233;crivait par la suite : &#034; Ce fut la plus malencontreuse de toutes les nominations : Verkhovsky apporta dans son activit&#233; quelque chose d'imperceptiblement comique. &#034; Mais le malheur est en ceci qu'une nuance de comique involontaire s'&#233;tendait sur toute l'activit&#233; du gouvernement provisoire : ces gens ne savaient ce qu'ils avaient &#224; faire ni comment se tourner. Ils ne gouvernaient pas, mais ils jouaient aux gouvernants comme des &#233;coliers jouent au soldat - seulement c'&#233;tait bien moins amusant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlant en t&#233;moin, Milioukov caract&#233;rise en traits fort nets l'&#233;tat d'esprit du chef du gouvernement en cette p&#233;riode : &#034; Ayant perdu le terrain sous lui, plus cela durait, plus K&#233;rensky manifestait tous les sympt&#244;mes d'un &#233;tat pathologique qui pourrait s'appeler, dans le langage de la m&#233;decine, &#034; une neurasth&#233;nie psychique &#034;. Le cercle des proches amis savait depuis longtemps qu'apr&#232;s des moments d'extr&#234;me d&#233;ch&#233;ance de l'&#233;nergie, dans la matin&#233;e, K&#233;rensky passait, dans la seconde moiti&#233; de la journ&#233;e, &#224; une extr&#234;me excitation sous l'influence des produits pharmaceutiques qu'il absorbait. &#034; Milioukov explique l'influence particuli&#232;re du ministre cadet Kichkine, psychiatre de sa profession, par son habile fa&#231;on de traiter le patient. Nous laissons enti&#232;rement ces renseignements sous la responsabilit&#233; de l'historien lib&#233;ral qui avait, &#224; vrai dire, toutes les possibilit&#233;s de savoir la v&#233;rit&#233;, mais qui &#233;tait loin de choisir toujours la v&#233;rit&#233; comme son plus haut crit&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les t&#233;moignages d'un Stank&#233;vitch, si proche de K&#233;rensky, confirment la caract&#233;ristique sinon psychiatrique, du moins psychologique, donn&#233;e par Milioukov. &#034; K&#233;rensky produisit sur moi - &#233;crit Stank&#233;vitch - l'impression de quelque chose de d&#233;sertique dans toute la situation et d'un calme &#233;trange, inou&#239;. Aupr&#232;s de lui se trouvaient seulement ses in&#233;vitables petits &#034; aides de camp &#034;. Mais il n'y avait plus la foule qui l'avait auparavant entour&#233;, ni les d&#233;l&#233;gations, ni les projecteurs&#8230; Il y eut d'&#233;tranges loisirs et j'eus la rare possibilit&#233; de causer avec lui pendant des heures enti&#232;res, au cours desquelles il montrait une bizarre nonchalance. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute nouvelle transformation du gouvernement s'accomplissait au nom d'un pouvoir fort, et chaque nouveau cabinet minist&#233;riel d&#233;butait sur le ton majeur, pour tomber peu de jours apr&#232;s dans la prostration. Il attendait ensuite une impulsion ext&#233;rieure pour s'&#233;crouler. L'impulsion &#233;tait chaque fois donn&#233;e par le mouvement des masses. La transformation du gouvernement, si l'on rejette les apparences trompeuses, se produisait chaque fois dans une direction oppos&#233;e au mouvement des masses. Le passage d'un gouvernement &#224; un autre &#233;tait rempli par une crise qui, chaque fois, prenait un caract&#232;re de plus en plus persistant et morbide. Chaque nouvelle crise gaspillait une partie du pouvoir de l'&#201;tat, affaiblissait la r&#233;volution, d&#233;moralisait les dirigeants. Le Comit&#233; ex&#233;cutif des deux premiers mois avait pu tout faire, m&#234;me appeler nominalement au pouvoir la bourgeoisie. Dans les deux mois qui suivirent, le gouvernement provisoire, joint au Comit&#233; ex&#233;cutif, pouvait encore beaucoup, m&#234;me ouvrir une offensive sur le front. Le troisi&#232;me gouvernement, avec un Comit&#233; ex&#233;cutif affaibli, &#233;tait capable d'entreprendre l'&#233;crasement des bolcheviks, mais n'&#233;tait pas capable de le mener jusqu'au bout. Le quatri&#232;me gouvernement, qui surgit apr&#232;s la plus longue crise, n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus capable de rien. A peine n&#233;, il se mourait et, les yeux ouverts, attendait son fossoyeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la r&#233;volution russe de L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Quelques contre-r&#233;volutions marquantes de l'Histoire</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7530</link>
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		<dc:date>2026-01-28T23:32:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;Quelques contre-r&#233;volutions marquantes de l'Histoire &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que la contre-r&#233;volution ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6334 &lt;br class='autobr' /&gt;
France, Cathares 1209, une contre-r&#233;volution sociale sanglante, de type fasciste, couverte par des pr&#233;jug&#233;s religieux &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5252 &lt;br class='autobr' /&gt;
France : Saint-Barth&#233;lemy 1572 : la religion, pr&#233;texte et moyen d'une contre-r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article403 &lt;br class='autobr' /&gt;
Allemagne 1525 (contre la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques contre-r&#233;volutions marquantes de l'Histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la contre-r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6334&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6334&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France, Cathares 1209, une contre-r&#233;volution sociale sanglante, de type fasciste, couverte par des pr&#233;jug&#233;s religieux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5252&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5252&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France : Saint-Barth&#233;lemy 1572 : la religion, pr&#233;texte et moyen d'une contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article403&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article403&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allemagne 1525 (contre la guerre des paysans)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/00/fe1850.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/00/fe1850.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France &#8211; Thermidor 1794&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allemagne 1848 : r&#233;volution et contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1852/00/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1852/00/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Europe 1848&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5683&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5683&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France &#8211; 18 Brumaire 1851&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article347&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article347&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France &#8211; Paris 1871, la contre-r&#233;volution de Thiers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5912&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5912&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2194&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2194&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6060&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6060&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6401&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6401&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2559&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2559&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3170&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3170&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russie1917 : Kornilov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr33.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr33.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russie 1918 : la terreur blanche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6061&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6061&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finlande 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3802&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3802&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialistes unis aux fascistes &#8211; Allemagne 1918-1919&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3081&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3081&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2172&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2172&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2171&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2171&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascisme &#8211; Italie 1922&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6893&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6893&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russie 1928 et suites : la contre-r&#233;volution stalinienne assassine massivement les r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Argentine 1930&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_d%27%C3%89tat_de_1930_en_Argentine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_d%27%C3%89tat_de_1930_en_Argentine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nazisme &#8211; Allemagne 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article635&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article635&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5194&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5194&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3483&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3483&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5808&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5808&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6398&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6398&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5273&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5273&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espagne 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6967&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6967&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1545&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1545&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/morrow/espagne/morrow_table.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/morrow/espagne/morrow_table.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_12.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_12.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6766&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6766&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Europe 1941 : fascisme et extermination des Juifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chili 1973&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article119&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article119&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Argentine 1976&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2127&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2127&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cambodge 1975&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1001&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1001&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article999&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article999&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iran 1979&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article249&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article249&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yougoslavie 1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6857&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6857&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rwanda 1994&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2513&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2513&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ukraine 2013-2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve691&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve691&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article3198&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article3198&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3144&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3144&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syrie 2011&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4768&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4768&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terrorisme 2015-2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maghreb et monde arabe apr&#232;s 2011&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve511&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve511&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bandes arm&#233;es terroristes de la contre-r&#233;volution s&#232;ment la mort, la peur et la haine. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui manipule le terrorisme et instrumentalise la &#171; guerre contre le terrorisme &#187; ? Ce sont les classes dirigeantes capitalistes ! Et leur v&#233;ritable cible, c'est le prol&#233;tariat ! Leur vrai but est le triomphe de la contre-r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; viennent les guerres, les guerres mondiales, les fascismes et les terrorismes ? De la contre-r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3638&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3638&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eph&#233;m&#233;rides des r&#233;voltes, des r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions dans le monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7245&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7245&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les r&#233;volutions (et les contre-r&#233;volutions, ins&#233;parables des premi&#232;res) qui d&#233;cident de l'avenir du monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes aussi arment la contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4874&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4874&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky sur la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article273&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article273&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;ses sur la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article591&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article591&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes d'extr&#234;me gauche ont-ils raison de s&#233;parer et d'opposer diam&#233;tralement des situations (ou des p&#233;riodes) contre-r&#233;volutionnaires et des situations (ou des p&#233;riodes) r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3411&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3411&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vue de la contre-r&#233;volution pr&#233;ventive en cas d'effondrement &#233;conomique, la bourgeoisie mondiale s'entraine &#224; la lutte arm&#233;e contre le prol&#233;tariat des villes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3927&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3927&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trotsky en 1927 : &#171; La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. &#187;</title>
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		<dc:date>2025-12-30T23:03:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1927</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Trotsky en 1927 : &#171; La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Nouvelle &#233;tape &lt;br class='autobr' /&gt;
Fin d&#233;cembre 1927 &lt;br class='autobr' /&gt;
La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. Celle-ci a &#233;t&#233; provoqu&#233;e par la modification des rapports de classe. Le fait que l'Opposition soit en minorit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du parti et ait &#224; subir des attaques constantes refl&#232;te la pression de la bourgeoisie russe et de la bourgeoisie mondiale sur l'appareil du gouvernement, de l'appareil (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;1927&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trotsky en 1927 : &#171; La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle &#233;tape&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin d&#233;cembre 1927&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. Celle-ci a &#233;t&#233; provoqu&#233;e par la modification des rapports de classe. Le fait que l'Opposition soit en minorit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du parti et ait &#224; subir des attaques constantes refl&#232;te la pression de la bourgeoisie russe et de la bourgeoisie mondiale sur l'appareil du gouvernement, de l'appareil d'&#201;tat sur celui du parti et de l'appareil du parti sur l'aile gauche, prol&#233;tarienne, du parti. L'Opposition est aujourd'hui le point sur lequel se concentrent les plus puissantes pressions contre la r&#233;volution &#224; l'&#233;chelle du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Danger de Thermidor&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dictature prol&#233;tarienne ou Thermidor ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Boukharine pose la question de cette fa&#231;on : si c'est une dictature prol&#233;tarienne, nous devons soutenir inconditionnellement tout ce qui est fait sous son nom. Si c'est Thermidor, alors nous devons mener contre tout cela une lutte sans merci. En fait, les &#233;l&#233;ments de Thermidor &#8211; en liaison avec l'ensemble de la situation internationale &#8211; se sont d&#233;velopp&#233;s dans le pays au cours des derni&#232;res ann&#233;es bien plus vite que les &#233;l&#233;ments de la dictature. La d&#233;fense de la dictature signifie la lutte contre les &#233;l&#233;ments de Thermidor, pas seulement dans le pays tout entier, mais dans l'appareil d'&#201;tat et les couches influentes du parti lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, m&#234;me dans un processus de retour en arri&#232;re, il doit venir un point critique o&#249; la quantit&#233; se change en qualit&#233;, c'est-&#224;-dire le moment o&#249; le pouvoir d'&#201;tat change de nature de classe et devient un pouvoir bourgeois ? Ce point n'est-il pas d&#233;j&#224; atteint ? Un ouvrier, individuellement et tirant les le&#231;ons de sa vie quotidienne, peut en arriver &#224; la conclusion que le pouvoir n'est plus aux mains de la classe ouvri&#232;re : &#224; l'usine, l'autorit&#233; supr&#234;me est le &#171; triangle &#187;, la critique a &#233;t&#233; interdite et, dans le parti, l'appareil est tout-puissant ; dans le dos des organisations sovi&#233;tiques, ce sont des bureaucrates qui donnent les ordres, etc. Mais il suffit d'examiner cette question du point de vue des classes bourgeoises &#224; la ville et &#224; la campagne pour voir tout &#224; fait clairement que le pouvoir n'est pas entre leurs mains. Ce qui est en train de se passer, c'est la concentration du pouvoir entre les mains de ces organes bureaucratiques qui reposent sur la classe ouvri&#232;re, mais qui tendent toujours plus vers les couches sup&#233;rieures de la petite bourgeoisie des villes et des campagnes et se m&#233;langent partiellement avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le danger de Thermidor est une lutte de classe. La lutte pour arracher le pouvoir des mains d'une autre classe est une lutte r&#233;volutionnaire. La lutte pour des changements &#8211; parfois d&#233;cisifs, mais toujours sous le r&#232;gne de la m&#234;me classe &#8211; est une lutte r&#233;formiste. Le pouvoir n'a pas encore &#233;t&#233; arrach&#233; des mains du prol&#233;tariat. Il est encore possible de redresser notre ligne politique actuelle, d'&#233;carter les &#233;l&#233;ments de dualit&#233; de pouvoir et de renforcer la dictature par des mesures de type r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;&#233;minence, dans le parti et par cons&#233;quent dans le pays &#233;galement, est aux mains de la fraction de Staline qui poss&#232;de tous les traits du centrisme &#8211; et, qui plus est, d'un centrisme dans une p&#233;riode de recul, pas de mont&#233;e. Cela signifie de petits zigzags &#224; gauche et de grands zigzags &#224; droite. Il n'est pas douteux que le dernier geste &#224; gauche (le manifeste pour l'anniversaire) va obliger &#224; apaiser la droite et ceux qui sont les vraies sources de son soutien dans le pays &#8211; en fait, pas en paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les zigzags &#224; gauche ne s'expriment pas seulement par des manifestes b&#226;cl&#233;s d'anniversaire. L'insurrection de Canton est indiscutablement un zigzag aventuriste de l'I.C. &#224; gauche, apr&#232;s qu'aient &#233;t&#233; pleinement r&#233;v&#233;l&#233;es les cons&#233;quences d&#233;sastreuses de la politique menchevique suivie en Chine. L'&#233;pisode de Canton constitue une r&#233;p&#233;tition, en pire et en plus pernicieux du putsch d'Esthonie en 1924, apr&#232;s qu'on e&#251;t laiss&#233; passer la situation r&#233;volutionnaire de 1923 en Allemagne. Le menchevisme plus l'aventurisme bureaucratique ont port&#233; &#224; la r&#233;volution chinoise un double coup : il n'est pas douteux que le prix de l'insurrection de Canton sera un nouveau zigzag, beaucoup plus ample, &#224; droite, dans le domaine de la politique internationale et particuli&#232;rement en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che objective d'un r&#233;gime thermidorien serait de transf&#233;rer les leviers de commande politiques principaux aux mains de la gauche des nouvelles classes poss&#233;dantes. La condition la plus importante &#8211; mais pas la seule &#8211; de la victoire de Thermidor serait un &#233;crasement de l'Opposition tel qu'il n'y aurait plus &#224; en avoir &#171; peur &#187;. Dans les appareils du parti et de l'&#201;tat, les brasseurs d'affaires qui ont r&#233;ussi, en utilisant tous les fils, &#224; s'unir par toutes sortes de liens avec la soci&#233;t&#233; bourgeoise nouvelle, prendraient le pas sur les politiques purs, les centristes, les gens de l'appareil stalinien qui effraient les ouvriers avec l'opposition, pr&#233;servant ainsi temporairement leur &#171; ind&#233;pendance &#187;. Quant &#224; ce que deviendraient alors les centristes de l'esp&#232;ce stalinienne, c'est une question secondaire. Peut-&#234;tre quelques-uns d'entre eux se d&#233;tacheraient-ils pour se porter &#224; gauche. Le reste, bien plus nombreux, se retirerait purement et simplement du jeu. Une troisi&#232;me cat&#233;gorie renoncerait &#224; l'ind&#233;pendance imaginaire actuelle du centrisme et ses hommes entreraient dans la nouvelle combinaison, purement thermidorienne. Voil&#224; ce que serait la premi&#232;re &#233;tape de la marche au pouvoir de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui provoque le reflux ? La pression des forces de classe anti-prol&#233;tariennes sur l'&#201;tat sovi&#233;tique pouvait rencontrer une r&#233;sistance organis&#233;e seulement de la part des vieux cadres du parti et de la partie ouvri&#232;re de l'appareil de l'&#201;tat et du parti. Cependant, la partie ouvri&#232;re de l'appareil d'&#201;tat qui, autrefois, se s&#233;parait nettement des cadres des anciens intellectuels bourgeois et n'avait pas confiance en eux, s'est, au cours des derni&#232;res ann&#233;es, d&#233;tach&#233;e toujours plus de la classe ouvri&#232;re, se rapprochant, par ses conditions de vie et d'existence, des couches intellectuelles de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, et elle est devenue plus complaisante &#224; l'&#233;gard de l'influence des ennemis de classe. D'autre part, le gros du prol&#233;tariat, qui avait donn&#233; son avant-garde &#224; l'appareil bureaucratique de l'&#201;tat, apr&#232;s la formidable tension des premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution, a manifest&#233; une grande passivit&#233; politique. Au cours de la p&#233;riode de reconstruction, quand sa situation mat&#233;rielle s'est am&#233;lior&#233;e rapidement, les d&#233;faites de la r&#233;volution au plan international ont pes&#233; lourd dans ce sens. Il faut ajouter l'influence du r&#233;gime du parti. Le prol&#233;tariat charrie encore largement avec lui l'h&#233;ritage du pass&#233; capitaliste. Les premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution ont port&#233; au premier plan les &#233;l&#233;ments les plus actifs de la classe, les plus r&#233;volutionnaires, les plus bolcheviques. A l'heure actuelle, ceux qui sont devant, ce sont l'&#233;lite des domestiques, de ceux qui savent courber l'&#233;chine. Les &#233;l&#233;ments &#171; remuants &#187; sont mis &#224; l'&#233;cart et pourchass&#233;s et c'est une source d'affaiblissement du parti et de la classe. Cela les d&#233;sarme devant l'ennemi. Ainsi la pression grandissante des forces bourgeoises sur l'&#201;tat ouvrier s'est-elle jusqu'&#224; pr&#233;sent exerc&#233;e sans se heurter &#224; une r&#233;sistance active de la masse essentielle du prol&#233;tariat. Une telle situation ne peut se prolonger ind&#233;finiment. Il y a tout lieu de penser que l'int&#233;r&#234;t manifest&#233; par les masses des ouvriers sans-parti pour la discussion d'avant le 15e congr&#232;s en liaison avec la campagne des contrats collectifs, montre que de larges masses ouvri&#232;res commencent &#224; s'&#233;veiller et &#224; s'int&#233;resser aux probl&#232;mes politiques fondamentaux d'aujourd'hui en m&#234;me temps que commence &#224; s'emparer d'eux l'inqui&#233;tude pour le sort de la dictature prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure que grandira l'activit&#233; du prol&#233;tariat, la demande adress&#233;e &#224; l'opposition dans les milieux ouvriers grandira &#233;galement. Au cours des ann&#233;es o&#249; elle a lutt&#233; contre le reflux &#224; l'int&#233;rieur du parti (1923-1927), l'Opposition n'a pu que freiner ce processus. On ne peut s&#233;rieusement arr&#234;ter semblable processus autrement que par le d&#233;veloppement de la lutte de classe du prol&#233;tariat, dirig&#233;e contre la nouvelle bourgeoisie, contre les influences non prol&#233;tariennes qui s'exercent sur l'&#201;tat ouvrier, et contre l'imp&#233;rialisme mondial. Le prol&#233;tariat est habitu&#233; &#224; prendre conscience des dangers et &#224; r&#233;agir contre eux par l'interm&#233;diaire de son parti. Le monopole dont le parti jouit depuis 1917 a encore renforc&#233; son r&#244;le. La gravit&#233; de la situation consiste en ce que le r&#233;gime du parti freine et paralyse l'activit&#233; du prol&#233;tariat en m&#234;me temps que la th&#233;orie officielle du parti le tranquillise et l'endort. C'est pour cette raison et dans de telles conditions que l'Opposition porte une grande responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oustrialovisme et menchevisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boukharine op&#232;re un rapprochement entre le point de vue de l'Opposition et celui d'Oustrialov. En quoi est-ce le clou du caract&#232;re charlatanesque de cette th&#233;orie ? Oustrialov parle ouvertement du caract&#232;re in&#233;luctable de Thermidor, &#233;tape du salut dans le d&#233;veloppement national de la r&#233;volution d'Octobre. L'Opposition, elle, parle du danger de Thermidor et montre la voie de la lutte contre ce danger. Comme il glisse vers la droite, le centrisme est oblig&#233; de se fermer les yeux devant le danger et de nier m&#234;me sa possibilit&#233;. Il n'est pas possible de rendre &#224; Thermidor un service plus grand que de nier la r&#233;alit&#233; du danger thermidorien. La tentative de rapprocher le point de vue de l'Opposition sur Thermidor de celui des mencheviks n'est pas moins charlatanesque. Les mencheviks estiment que le danger bonapartiste a sa source essentielle dans le r&#233;gime de la dictature prol&#233;tarienne, que l'erreur principale est de compter sur la r&#233;volution mondiale, qu'une politique juste exige un repli dans les limites &#233;conomiques et politiques de la bourgeoisie et que, pour se sauver de Thermidor et du bonapartisme, il faut revenir &#224; la d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire au r&#233;gime parlementaire bourgeois. L'Opposition, pour sa part, ne nie nullement le danger de Thermidor, mais, bien au contraire, s'efforce de concentrer sur lui l'attention de l'avant-garde prol&#233;tarienne, car elle pense que la source politique principale de ce danger r&#233;side dans le comportement insuffisamment ferme de la dictature prol&#233;tarienne, l'insuffisance des liens avec la r&#233;volution mondiale, un esprit de conciliation excessif &#224; l'&#233;gard de la bourgeoisie, de l'int&#233;rieur comme de l'ext&#233;rieur. La d&#233;mocratie parlementaire n'est pour nous qu'une des formes de la domination du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le menchevisme est thermidorien d'un bout &#224; l'autre. Oustrialov, dans son thermidorianisme, est r&#233;aliste. Le menchevisme est utopique d'un bout &#224; l'autre. Est-il vraisemblable en effet qu'en cas de d&#233;faite de la dictature, celle-ci se transforme en d&#233;mocratie bourgeoise ? Non. C'est la moins vraisemblable de toutes les variantes. Jamais encore dans l'Histoire la dictature r&#233;volutionnaire n'a &#233;t&#233; remplac&#233;e par la d&#233;mocratie. Thermidor, par son essence m&#234;me, est un r&#233;gime de transition de kerenskysme &#224; rebours. Le kerenskysme de 1917 a couvert la dualit&#233; du pouvoir, s'est d&#233;battu dans son cadre et, contre son gr&#233;, a servi au prol&#233;tariat pour arracher le pouvoir des mains de la bourgeoisie. L'av&#232;nement du r&#233;gime thermidorien signifierait d&#233;cr&#233;ter &#224; nouveau la dualit&#233; du pouvoir &#8211; avec pr&#233;pond&#233;rance de la bourgeoisie &#8211; et, de nouveau, ce r&#233;gime, contre son gr&#233;, aiderait la bourgeoisie &#224; arracher le pouvoir des mains du prol&#233;tariat. Le r&#233;gime thermidorien, par nature, ne pourrait durer ind&#233;finiment. Son r&#244;le objectif consisterait &#224; couvrir l'accession au pouvoir de la bourgeoisie &#224; travers les organismes sovi&#233;tiques familiers aux travailleurs. Mais la r&#233;sistance du prol&#233;tariat, ses tentatives de se maintenir ou de regagner les positions perdues, deviendraient in&#233;vitables. Pour venir &#224; bout &#238;le telles tentatives et se renforcer v&#233;ritablement, la bourgeoisie &#233;prouverait d'urgence le besoin, non d'un r&#233;gime thermidorien, mais d'un r&#233;gime bien plus fort, beaucoup plus r&#233;solu, le plus vraisemblablement du bonapartisme, ou, plus actuel, du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks, en tant qu'aile gauche de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, combattraient sous le bonapartisme pour la l&#233;galit&#233;. Ce faisant, ils serviraient de soupape de s&#251;ret&#233; pour le r&#233;gime bourgeois. Les bolcheviks-l&#233;ninistes, cependant, combattraient pour la conqu&#234;te du pouvoir sous la forme de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du &#171; d&#233;lai &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question g&#233;n&#233;rale du danger thermidorien soul&#232;ve des questions plus concr&#232;tes. Quelle est la proximit&#233; de ce danger ? Thermidor n'a-t-il pas d&#233;j&#224; commenc&#233; ? Quels sont les indices r&#233;els sur son accomplissement ou non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du rythme auquel se produisent les divers changements est tr&#232;s importante pour notre tactique. Le rythme des nouveaux alignements politiques &#224; l'int&#233;rieur des classes et entre elles est beaucoup plus difficile &#224; d&#233;terminer que le rythme des processus &#233;conomiques dans le pays. En tout cas, ceux qui s'attendent &#224; ce que le processus de recul se poursuive au rythme actuel pendant des ann&#233;es font une grosse erreur. C'est, de toutes les perspectives, la plus improbable. Dans le processus de d&#233;clin, il pourra y avoir, et il y aura, des mouvements tr&#232;s brusques sous la pression des forces bourgeoisies de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur. Le temps qu'ils prendront, on ne peut le pr&#233;dire. Ce pourrait &#234;tre plus bref que nous le pensons. Ceux qui ne veulent pas s'en rendre compte, qui repoussent cette id&#233;e, seront in&#233;vitablement pris &#224; l'improviste. Il n'est pas besoin de rappeler que la capitulation de Zinoviev et Kamenev les a confront&#233;s, d&#232;s le tout d&#233;but, &#224; la n&#233;cessit&#233; d'enjoliver la situation, de minimiser le danger et d'endormir la gauche du parti. Quelques camarades ont li&#233; la question du rythme de Thermidor avec la question de la composition du C.C. en tant qu'incarnation de l'autorit&#233; du pouvoir et de la r&#233;volution. Aussi longtemps que les Oppositionnels ont &#233;t&#233; tol&#233;r&#233;s au C.C., ils ont jou&#233; le r&#244;le de frein sur ceux qui reculaient et la politique du C.C., selon les termes de Tomsky, n'&#233;tait &#171; ni chair ni poisson &#187;, c'est-&#224;-dire que le recul vers Thermidor rencontrait de la r&#233;sistance &#224; l'int&#233;rieur. L'&#233;limination du C.C. des Oppositionnels &#8211; c'est ce que pensaient les camarades que j'ai mentionn&#233;s &#8211; signifierait que ceux qui op&#232;rent cette retraite ne pouvaient plus collaborer avec les repr&#233;sentants de la ligne prol&#233;tarienne internationale. Cela signifierait donc le d&#233;but officiel de Thermidor. Cette mani&#232;re de poser la question est pour le moins incompl&#232;te et, pour cette raison, ne peut conduire qu'&#224; des conclusions fausses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de l'Opposition consiste en ce que, arm&#233;e de la m&#233;thode marxiste, elle peut pr&#233;voir le cours du d&#233;veloppement et mettre en garde. La &#171; force &#187; de la fraction stalinienne consiste dans son abandon de l'orientation marxiste : la fraction stalinienne joue aujourd'hui un r&#244;le que ne peuvent jouer que des gens qui portent des &#339;ill&#232;res, se dispensent de regarder &#224; gauche et &#224; droite et ne regardent pas devant eux les cons&#233;quences &#224; venir. La fraction stalinienne consid&#232;re les pr&#233;dictions marxistes de l'Opposition comme des injures personnelles, des calomnies, etc., r&#233;v&#233;lant en cela les caract&#232;res typiques de son &#233;troitesse d'esprit petite-bourgeoise. Et c'est pourquoi elle attaque l'Opposition avec une fureur redoubl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il toutefois que l'exclusion et m&#234;me l'amputation de l'Opposition tout enti&#232;re constitue le passage &#224; Thermidor, devenu un fait accompli ? Non, il s'agit seulement de la pr&#233;paration &#224; Thermidor dans le cadre du parti. La fraction stalinienne, en abattant la barri&#232;re prol&#233;tarienne de gauche, est en train, contre son propre gr&#233;, de paver la voie &#224; la marche au pouvoir de la bourgeoisie. Mais ce ph&#233;nom&#232;ne n'est pas encore accompli, ni en politique, ni dans l'&#233;conomie, ni dans la culture, ni dans la vie quotidienne. Pour assurer dans la r&#233;alit&#233; la victoire de Thermidor, il est n&#233;cessaire en premier lieu de supprimer (ou de limiter) le monopole du commerce ext&#233;rieur, de r&#233;viser les instructions &#233;lectorales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces de pression thermidoriennes de m&#234;me que les forces de r&#233;sistance prol&#233;tariennes, pourront seulement se r&#233;v&#233;ler dans le proc&#232;s de la lutte r&#233;elle des classes. C'est pourquoi on ne peut pas consid&#233;rer la mise de l'Opposition hors du parti comme l'accomplissement d&#233;j&#224; effectu&#233; de Thermidor. A vrai dire, une telle appr&#233;ciation pourrait &#234;tre juste si la marche ult&#233;rieure des &#233;v&#233;nements montrait que, de l'int&#233;rieur du parti, il ne peut plus venir de nouveaux &#233;l&#233;ments &#224; l'Opposition et que, dans la classe ouvri&#232;re, il ne saurait surgir de nouvelles forces pour r&#233;sister &#224; l'assaut de la bourgeoisie, et que par suite, l'intervention d'une Opposition peu nombreuse ne serait que le dernier bouillonnement de la vague d'Octobre. On ne peut formuler une telle appr&#233;ciation parce qu'il n'y a pas de causes pour penser que le prol&#233;tariat, en d&#233;pit des ph&#233;nom&#232;nes de passivit&#233; et de luttes avort&#233;es, ph&#233;nom&#232;nes qui se sont manifest&#233;s dans son sein au cours de la p&#233;riode &#233;coul&#233;e, n'est pas capable de &#238;le fendre les conqu&#234;tes d'Octobre contre la bourgeoisie int&#233;rieure et ext&#233;rieure, ce qui signifierait capituler avant la lutte et sans lutte. Il est absolument hors de doute que la pouss&#233;e ult&#233;rieure &#224; droite grossira le flux vers l'Opposition des &#233;l&#233;ments ouvriers du parti, et augmentera l'influence de ses id&#233;es sur la classe ouvri&#232;re. La question du d&#233;lai dans lequel peut se produire Thermidor, et les chances de son succ&#232;s ou de son insucc&#232;s, cela, en g&#233;n&#233;ral, n'est pas et ne peut pas &#234;tre une question de pure analyse th&#233;orique ou de pronostic. Il s'agit de la lutte de forces vives. Le r&#233;sultat doit &#234;tre d&#233;termin&#233; dans l'action elle-m&#234;me. La lutte int&#233;rieure du parti, malgr&#233; toute son acuit&#233;, n'est qu'un pr&#233;lude &#224; l'&#233;poque des combats de classe. Toutes les t&#226;ches sont encore enti&#232;rement devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair, qu'en cas de marche plus rapide et plus favorable du mouvement r&#233;volutionnaire en Occident et en Orient, l'Opposition accomplira beaucoup plus facilement sa t&#226;che historique. Mais au cas o&#249; la R&#233;volution mondiale serait diff&#233;r&#233;e, la lutte ne serait nullement sans espoir. L'Opposition ne se chargera certes pas de construire le socialisme dans un seul pays. Si l'on part du fait que l'imp&#233;rialisme demeurera victorieux en Occident et en Orient pendant plusieurs ann&#233;es, ce serait un pur enfantillage de penser que le prol&#233;tariat en U.R.S.S. pourrait garder le pouvoir et construire le socialisme contre l'imp&#233;rialisme mondial victorieux. Mais une telle sorte de perspective mondiale n'est en rien fond&#233;e. Les contradictions de l'&#233;conomie mondiale ne s'adoucissent pas, mais s'aiguisent. Ce ne seront pas les grandes commotions qui manqueront. Cela, l'Opposition l'a pr&#233;cis&#233;ment enseign&#233;, par exemple, lors des &#233;v&#233;nements de Chine, du Comit&#233; anglo-russe etc. Les succ&#232;s dans cette voie sont seulement possibles &#224; condition que soient assur&#233;es la d&#233;fense et la pratique du bolchevisme v&#233;ritable, f&#251;t-ce, pour un temps, &#224; titre de petite minorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si m&#234;me tout le d&#233;veloppement de la lutte dans la prochaine p&#233;riode se montrait enti&#232;rement d&#233;favorable &#224; la dictature du prol&#233;tariat en U.R.S.S., et aboutissait &#224; sa chute, alors, m&#234;me dans ce cas, le travail de l'Opposition garderait toute son importance. L'ach&#232;vement de Thermidor signifierait in&#233;luctablement la scission du parti. L'Opposition serait l'expression des cadres r&#233;volutionnaires, et dans ce cas formerait, non &#171; un deuxi&#232;me parti &#187;, mais le prolongement historique du parti bolchevique. Le &#171; deuxi&#232;me &#187; parti serait form&#233; par l'union des &#233;l&#233;ments bureaucratiques et propri&#233;taires, poss&#233;dant d&#233;j&#224; leur point d'appui sur le flanc droit. Le deuxi&#232;me parti ne serait, &#224; vrai dire, qu'une &#233;tape pour la bourgeoisie imp&#233;rialiste int&#233;rieure et &#233;trang&#232;re. La t&#226;che du parti bolchevique, apr&#232;s la r&#233;volution bourgeoise, consisterait &#224; pr&#233;parer la deuxi&#232;me r&#233;volution prol&#233;tarienne. Aujourd'hui, toutefois, il s'agit de pr&#233;venir un tel d&#233;veloppement, en ayant recours au noyau prol&#233;tarien du parti et &#224; la classe ouvri&#232;re dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perspectives&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti une fois formellement amput&#233; de l'Opposition, les classes non prol&#233;tariennes se sentiront beaucoup plus d'assurance. Leur pression se renforcera encore. Les formes et m&#233;thodes de cette pression se feront toujours plus vari&#233;es et plus enveloppantes : depuis la pression du chef d'&#233;quipe sur les ouvriers &#224; l'usine jusqu'&#224; la pression de la bourgeoisie europ&#233;enne et am&#233;ricaine dans la question du monopole du commerce ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si m&#234;me nous prenons comme point de d&#233;part cette supposition que la pression de la bourgeoisie int&#233;rieure et internationale doit se terminer victorieusement, (mais ceci n'est nullement r&#233;solu par avance) alors, m&#234;me en ce cas, il est impossible de s'imaginer que tout va se passer sans heurts, par le moyen d'un glissement acc&#233;l&#233;r&#233;, sans obstacles, sans tentatives de contre-pression prol&#233;tarienne de la part de la gauche. Pr&#233;cis&#233;ment, l'offensive croissante des classes non prol&#233;tariennes doit pousser des couches de plus en plus larges sur la voie de la lutte active. Pour &#171; diriger &#187; la d&#233;fense du noyau ouvrier du parti, aussi bien que de la classe ouvri&#232;re dans son ensemble, elles ont besoin de l'Opposition, m&#234;me en cas de d&#233;veloppement tr&#232;s d&#233;favorable des &#233;v&#233;nements. Il est inutile d'expliquer que le noyau prol&#233;tarien du parti et la classe ouvri&#232;re ne se tourneront vers l'Opposition que si celle-ci sait, dans toutes les questions de la vie et de la lutte des masses, montrer que ses points de vue correspondent aux int&#233;r&#234;ts m&#234;me du prol&#233;tariat. Cela suppose de l'activit&#233; de la part de l'Opposition, son intervention permanente dans tous les proc&#232;s &#233;conomiques, politiques et culturels de la vie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction Staline se trouve non seulement sous la menace de la pression croissante venant de droite, mais aussi de l'in&#233;luctable r&#233;sistance de la gauche. Les stalinistes fulminent contre l'Opposition, esp&#233;rant se rendre eux-m&#234;mes ma&#238;tres de l'in&#233;luctable r&#233;sistance de la gauche contre les forces qui surgissent de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments de l'aile droite du parti, de m&#234;me que les &#233;l&#233;ments oustrialovistes de l'appareil d'&#201;tat, comprennent la n&#233;cessit&#233; de certaines man&#339;uvres vers la gauche, mais ils craignent que ces man&#339;uvres puissent aller trop loin. Les d&#233;ments du flanc droit, qui, appartenant ou non au parti, participent &#224; la solution de toutes les questions du parti, sont caract&#233;ris&#233;s par leur liaison organique avec les nouveaux propri&#233;taires. Ils ne peuvent accepter que des man&#339;uvres qui, si elles comportent certains &#171; sacrifices &#187; en faveur du prol&#233;tariat, ne compromettent pas la situation mat&#233;rielle des classes exploiteuses et ne r&#233;tr&#233;cissent pas leur r&#244;le politique. C'est pr&#233;cis&#233;ment de ce point de vue que se pose pour eux la question de la journ&#233;e de sept heures, la question des salaires, l'aide aux pauvres de la campagne, etc. Les man&#339;uvres de gauche ne sauveront pas la politique de Staline. La queue va frapper la t&#234;te. La croissance de l'aile droite s'exprime dans l'imm&#233;diat par la pr&#233;pond&#233;rance croissante de l'appareil de l'&#201;tat sur l'appareil du parti. Il est possible de suivre clairement la croissance de ce proc&#232;s au cours des deux ann&#233;es qui se sont &#233;coul&#233;es entre le 14e et le 15e Congr&#232;s. Le 14e Congr&#232;s du parti fut l'apog&#233;e de l'appareil du parti et en m&#234;me temps de Staline. Le 15e Congr&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; un s&#233;rieux d&#233;placement des forces vers la droite. Les fi&#232;res d&#233;clarations des fonctionnaires de l'appareil centriste, selon lesquelles ils vont d&#233;truire en passant l'aile droite aussi, ne se sont pas r&#233;alis&#233;es. Le bureau politique est demeur&#233; aussi oscillant qu'il l'&#233;tait avant le 15e Congr&#232;s. La composition du nouveau comit&#233; central et de la nouvelle commission centrale de contr&#244;le a introduit de nouvelles figures qui y sont entr&#233;es exclusivement en qualit&#233; de fonctionnaires. Le 15e Congr&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; l'affaiblissement de l'appareil du parti dans le syst&#232;me g&#233;n&#233;ral du r&#233;gime sovi&#233;tique. La lutte Staline-Rykov refl&#232;te dans une large mesure la lutte des deux appareils o&#249; se r&#233;fracte &#224; son tour la lutte de classe. La pression des classes non prol&#233;tariennes, largement et directement, se manifeste &#224; travers l'appareil d'&#201;tat. Cela ne signifie pas, toutefois, qu'elle se meut dans des cadres de classe bien clairs. Dans l'avenir, quand la politique de &#171; sur place &#187;, la politique qui consiste &#224; &#233;luder les questions, &#224; attendre, deviendra impossible, Staline pourra, avec succ&#232;s, enfourcher le cheval de droite et liquider Rykov. Tout simplement se mettre &#224; sa place. Mais m&#234;me cette question ne peut &#234;tre r&#233;solue sans de nouveaux d&#233;placements de forces et sans de profondes secousses dans le parti. Les difficult&#233;s &#233;conomiques s'approchent et menacent avec une force inexorable. L'Opposition a eu raison, aussi bien dans la compr&#233;hension de la situation &#233;conomique du pays que dans ses pr&#233;visions concernant la marche future des &#233;v&#233;nements. Les &#233;checs graves dans la r&#233;quisition de bl&#233; pendant le premier trimestre sont l'indication d'une atteinte s&#233;rieuse &#224; l'&#233;quilibre de toute l'&#233;conomie de l'U.R.S.S. Une entorse s&#233;rieuse a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite au plan d'exportation et par suite au plan d'importation. Le manque de produits alimentaires a d&#233;j&#224; contraint des centres ouvriers parmi les plus importants, comme L&#233;ningrad, &#224; passer au syst&#232;me de la carte de rationnement. La cause sp&#233;cifique des difficult&#233;s &#233;conomiques pour l'ann&#233;e 1927-1928 r&#233;side dans l'inflation mon&#233;taire. Celle-ci a aggrav&#233; les difficult&#233;s de notre &#233;conomie qui sont la cons&#233;quence du retard de l'industrie, de la disproportion etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inflation mon&#233;taire a &#233;t&#233; tout d'abord l'expression de ce fait que les d&#233;penses r&#233;elles de l'&#233;conomie d'&#201;tat sont devenues beaucoup plus fortes que ses revenus r&#233;els ; et deuxi&#232;mement qu'une telle situation dans notre pays m&#232;ne in&#233;luctablement &#224; porter atteinte &#224; la liaison entre la ville et la campagne. Il n'est possible d'obtenir les moyens r&#233;els d'industrialiser plus vite le pays qu'en ayant recours &#224; une s&#233;rieuse r&#233;vision de la r&#233;partition des revenus nationaux, r&#233;vision effectu&#233;e au b&#233;n&#233;fice des &#233;l&#233;ments socialistes de notre &#233;conomie. Faute de cela, m&#234;me le plan actuellement en cours d'ex&#233;cution pour les d&#233;penses de capital a d&#233;termin&#233; une situation tr&#232;s tendue des possibilit&#233;s d'&#233;mission de papier-monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte actuellement men&#233;e contre les difficult&#233;s &#233;conomiques (renforcement du ravitaillement des campagnes en marchandises industrielles en privant le march&#233; des villes) peut conduire &#224; des succ&#232;s partiels dans des compartiments s&#233;par&#233;s, au prix de nouvelles difficult&#233;s dans d'autres endroits. Toute la situation &#233;conomique r&#233;v&#232;le la faillite de la politique actuelle qui consiste &#224; trouver des solutions au coup par coup en fonction d'une ligne g&#233;n&#233;rale fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan de l'Opposition a &#233;t&#233; repouss&#233; ; le groupe Staline n'a aucun plan, tandis que les &#233;l&#233;ments de droite ont peur de parler &#224; haute voix de leurs v&#233;ritables intentions : telle est la situation de la direction &#233;conomique en ce moment. Ce qui est le plus vraisemblable, c'est que la situation &#233;conomique ult&#233;rieure devenant plus aigu&#235;, la ligne de la droite triomphera, et cela, la plate-forme de l'Opposition l'a pr&#233;vu d'une mani&#232;re absolument juste. A la base de la crise aigu&#235; qui se manifeste actuellement dans la situation &#233;conomique, il y a, comme racine, la disproportion entre l'&#233;conomie industrielle et l'&#233;conomie paysanne. Il n'est possible de faire dispara&#238;tre cette disproportion que de deux mani&#232;res : soit par les m&#233;thodes de r&#233;gulation du plan et par une politique appropri&#233;e des imp&#244;ts, des prix, des cr&#233;dits, etc., soit par les moyens &#233;l&#233;mentaires du march&#233;, non seulement du march&#233; int&#233;rieur qui, pour cela, est certainement insuffisant, mais aussi par les moyens du march&#233; ext&#233;rieur. La premi&#232;re voie, c'est la voie de la plus juste r&#233;partition des revenus nationaux. La seconde, c'est celle qui consiste &#224; supprimer aussi le monopole du commerce ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; de la situation, c'est la question du monopole du commerce ext&#233;rieur. Il est hors de doute que la suppression du monopole du commerce ext&#233;rieur, ou sa limitation, qui toucherait &#224; son essence m&#234;me, m&#232;nerait dans les premiers temps &#224; une augmentation importante des forces productives. Les marchandises deviendraient meilleur march&#233;. Les salaires s'&#233;l&#232;veraient. Le pouvoir d'achat du rouble paysan grandirait. Mais l'ensemble signifierait la marche acc&#233;l&#233;r&#233;e de l'&#233;conomie nationale vers la liaison avec le capital mondial Dans ces conditions, la dictature du prol&#233;tariat ne pourrait &#234;tre maintenue que pendant un court d&#233;lai, ne pouvant pas s'&#233;valuer en ann&#233;es. La restauration de la servitude capitaliste signifierait le partage, direct ou indirect, de la Russie en sph&#232;res d'influences ; elle serait entra&#238;n&#233;e dans la politique des secousses guerri&#232;res de l'imp&#233;rialisme mondial, avec la perspective de la ruine et du d&#233;p&#233;rissement, comme en Chine. Dans la premi&#232;re p&#233;riode, la suppression du monopole du commerce ext&#233;rieur donnerait indubitablement une impulsion aux forces productrices et une &#233;l&#233;vation temporaire du bien-&#234;tre des masses travailleuses. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans ce sens qu'exerce sa pression le koulak, qui ne l&#226;che pas son bl&#233;, de m&#234;me que le capitaliste am&#233;ricain ne l&#226;che aucun cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas n&#233;cessaire de penser que la droite lancera le mot d'ordre de la suppression du monopole du commerce ext&#233;rieur. Il y a beaucoup de moyens d&#233;tourn&#233;s et partiels comme l'a montr&#233; l'Histoire, lors des instructions pour les &#233;lections aux soviets. Dans les premiers temps, la pression s'exercera par ces voies d&#233;tourn&#233;es. La revendication de la suppression du monopole du commerce ext&#233;rieur peut &#234;tre assez rapidement pr&#233;sent&#233;e sous sa forme la plus large. On dira aux ouvriers : &#171; Certes, L&#233;nine &#233;tait pour le monopole, mais tout d&#233;pend des conditions de temps et de lieu. Notre doctrine n'est pas un dogme. La situation a chang&#233;. Le d&#233;veloppement des forces productives exige aussi quelque chose d'autre. &#187; La politique actuelle, qui m&#232;ne &#224; une impasse, se prolongeant, il est absolument hors de doute que le mot d'ordre de la suppression par degr&#233;s du monopole du commerce ext&#233;rieur peut entra&#238;ner derri&#232;re lui une partie de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression de la droite s'exercera simultan&#233;ment dans plusieurs directions. La pr&#233;vision du syst&#232;me des &#233;lections vient de nouveau &#224; l'ordre du jour. La politique fiscale, les droits de l'administration sur les usines et fabriques, la politique des cr&#233;dits, et particuli&#232;rement dans les campagnes, etc., etc., toutes ces questions se poseront de nouveau sous la pression de la droite. Staline et son appareil se heurteront demain &#224; cette pression et r&#233;v&#233;leront leur impuissance devant elle. On peut &#233;carter les rykovistes et pr&#233;parer la destitution de Rykov lui-m&#234;me. Ces plaisanteries bureaucratiques ne r&#233;solvent pas la question. La pression de droite ne se r&#233;fracte pas seulement &#224; travers le groupe Rykov. Cette pression est elle-m&#234;me beaucoup plus profonde que la fraction Rykov. Elle provient des nouveaux poss&#233;dants et des bureaucrates qui lui sont li&#233;s. Il faut, ou bien s'appuyer sur ces nouveaux poss&#233;dants contre les ouvriers, ou bien s'appuyer sur les ouvriers contre leurs pr&#233;tentions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela r&#233;uni signifie que la formation des fractions se fera scion un rythme puissant sur l'aile droite, aussi bien &#224; l'int&#233;rieur du parti qu'en dehors. Le cercle de l'appareil ne viendra pas &#224; bout de la pression de classe. La logique de la situation est telle que le 15e Congr&#232;s, conform&#233;ment &#224; toutes les donn&#233;es, constitue le d&#233;but de la pouss&#233;e fractionnelle de droite du parti. Dans ces conditions, le r&#244;le de l'aile gauche sera d&#233;cisif pour le sort du parti et de la dictature du prol&#233;tariat. La critique de l'opportunisme, une juste orientation de classe, de justes mots d'ordre, l'&#233;ducation des meilleurs &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires du parti, ce travail est particuli&#232;rement n&#233;cessaire et obligatoire en tout temps et &#224; chaque occasion. La t&#226;che de l'Opposition consiste &#224; assurer la continuit&#233; du parti bolchevique authentique. Pendant une certaine p&#233;riode, cela signifiera aller contre le courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Opposition et l'Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution du 15e congr&#232;s, d'apr&#232;s le compte rendu du comit&#233; central dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le moment pr&#233;sent, en Europe, le reflux, d'une faible dur&#233;e, de la vague r&#233;volutionnaire (apr&#232;s la d&#233;faite de la R&#233;volution allemande de 1923) se change de nouveau en une vague montante par l'&#233;l&#233;vation de l'activit&#233; combative du prol&#233;tariat, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons de cette fa&#231;on le premier aveu officiel fait ouvertement de ce qu'apr&#232;s la d&#233;faite de la r&#233;volution allemande en l'ann&#233;e 1923, le mouvement ouvrier a reflu&#233; en Europe &#8211; au moins sur le continent d'Europe &#8211; pendant environ quatre ann&#233;es. Que l'on allait avoir &#224; faire face &#224; ce reflux, cela pouvait et devait &#234;tre pr&#233;vu d&#233;j&#224; en novembre-d&#233;cembre 1923. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans cette p&#233;riode que l'Opposition a pr&#233;dit que viendrait in&#233;luctablement une certaine &#171; pacification &#187; dans les rapports capitalistes, qu'on assisterait in&#233;luctablement &#224; une invasion croissante de la part de l'Am&#233;rique dans le domaine de l'&#233;conomie et de la politique europ&#233;enne, et que, parall&#232;lement &#224; cel&#224;, se produirait in&#233;luctablement un renforcement temporaire de la social-d&#233;mocratie au d&#233;triment du communisme. Alors, ce pronostic marxiste fut qualifi&#233; de liquidateur. Le 5e Congr&#232;s de l'Internationale, r&#233;uni en 1924, fut conduit, dans l'ensemble, de ce point de vue que la vague r&#233;volutionnaire continuerait probablement &#224; monter et que de l&#224; d&#233;coulait la t&#226;che d' &#171; organiser &#187; imm&#233;diatement la r&#233;volution. L'insurrection d'Estonie fut l'un des fruits les plus apparents de cette mani&#232;re d'envisager les choses. Ce que l'on a appel&#233; la &#171; bolchevisation &#187; des partis de l'Internationale, proclam&#233; par le 5e Congr&#232;s, en liaison avec la tendance &#224; &#233;carter des &#233;l&#233;ments r&#233;ellement indignes et corrompus, comportait aussi la lutte contre une juste appr&#233;ciation marxiste des phases de l'&#233;poque imp&#233;rialiste et de ses flux et reflux, appr&#233;ciation sans laquelle, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire du bolchevisme est impossible. La position fausse prise par le 5e Congr&#232;s a in&#233;vitablement aliment&#233; les erreurs et les tendances ultra-gauchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le reflux, au moment o&#249; il se produisit, e&#251;t r&#233;v&#233;l&#233; toute sa profondeur, la nouvelle direction de l'Internationale, devenue sage apr&#232;s coup, frappa les &#233;l&#233;ments de gauche des partis communistes. Le syst&#232;me de la permanence des dirigeants mis en pratique ces derni&#232;res ann&#233;es, n'a cess&#233; de se renforcer dans l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che la plus importante du 6e Congr&#232;s est d'appr&#233;cier d'une mani&#232;re juste les erreurs fondamentales de la position prise par le 5e Congr&#232;s et de condamner d'une mani&#232;re d&#233;cisive cette direction dont l'incurie et le suivisme en pr&#233;sence de chaque tournant brusque des &#233;v&#233;nements met sens dessus dessous les comit&#233;s centraux des sections nationales des partis et ainsi ne permet pas de former des cadres dirigeants capables de s'orienter dans le changement des p&#233;riodes de flux et de reflux du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la classe ouvri&#232;re d'Europe, on observe indubitablement un d&#233;placement vers la gauche. Il s'exprime par le renforcement de la lutte gr&#233;viste et l'augmentation des voix communistes, mais ce n'est que la premi&#232;re &#233;tape de ce d&#233;veloppement. Le nombre des voix social-d&#233;mocrates augmente parall&#232;lement &#224; celui des voix communistes, distan&#231;ant m&#234;me en partie ces derniers. Si ce processus se d&#233;veloppe et s'approfondit, une seconde phase se produira alors, avec le d&#233;but du d&#233;placement de la social-d&#233;mocratie vers le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment il faudra renforcer l'organisation des partis communistes, renforcement qu'il n'est pas encore possible de constater aujourd'hui. Un des plus grands obstacles &#224; la croissance et au renforcement des partis communistes, c'est l'orientation politique de l'Internationale et son r&#233;gime interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite de l'attaque contre la gauche va entra&#238;ner un nouvel &#233;cart des ciseaux entre le cours droitier du parti et le d&#233;placement &#224; gauche de la classe ouvri&#232;re. Une situation r&#233;volutionnaire peut, dans une des plus prochaines &#233;tapes, se d&#233;clarer ouvertement dans les pays d'Europe avec la m&#234;me force et la m&#234;me acuit&#233; qu'&#224; Vienne. Toute la question r&#233;side dans la force des partis de l'Internationale communiste, dans leur ligne politique, dans leur direction. Les &#233;v&#233;nements r&#233;cents de Canton, compl&#233;ment aventurier de la politique menchevique, montrent que ce serait le plus grand crime de se cr&#233;er &#224; soi-m&#234;me quelque illusion que ce soit sur la ligne politique actuelle de la direction dans les questions internationales. Seule l'Opposition, par un travail syst&#233;matique, opini&#226;tre, pers&#233;v&#233;rant et ininterrompu, est capable d'aider les partis communistes d'Occident et d'Orient &#224; aller sur la voie bolchevique et &#224; se montrer &#224; la hauteur des situations r&#233;volutionnaires qui ne manqueront pas dans les ann&#233;es qui viennent. L'Opposition en U.R.S.S. ne peut remplir sa t&#226;che que comme facteur r&#233;volutionnaire. La rupture de Kamenev et de Zinoviev avec la gauche de l'Internationale n'en est que plus inadmissible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des deux partis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte officielle contre l'Opposition se m&#232;ne sous deux mots d'ordres essentiels : contre deux partis et contre le &#171; trotskysme &#187;. La pr&#233;tendue lutte de Staline contre deux partis masque la formation d'une dualit&#233; de pouvoir dans le pays et la formation d'un parti bourgeois sur le flanc droit du parti russe et sous le couvert de son drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute une s&#233;rie d'institutions et dans les bureaux des secr&#233;tariats, ont lieu des conf&#233;rences secr&#232;tes des membres de l'appareil du parti avec les sp&#233;cialistes et les professeurs partisans d'Oustrialov en vue d'&#233;laborer les m&#233;thodes et les mots d'ordre pour lutter contre l'Opposition. &#199;a, c'est la formation clandestine d'un deuxi&#232;me parti qui, par tous les moyens, s'efforce de subordonner, et, partiellement, subordonne le noyau prol&#233;tarien de notre parti en m&#234;me temps qu'il menace son aile gauche. Tout en masquant la formation de ce deuxi&#232;me parti, l'appareil accuse l'Opposition de s'efforcer de cr&#233;er un deuxi&#232;me parti, et cela pr&#233;cis&#233;ment parce que l'Opposition s'efforce de soustraire &#224; la pression croissante de la bourgeoisie le noyau prol&#233;tarien du parti (faute de quoi il serait en g&#233;n&#233;ral impossible de sauver l'unit&#233; du parti bolchevique). Ce serait pure illusion de penser qu'il est possible de maintenir la dictature du prol&#233;tariat, seulement par des adjurations verbales en faveur d'un parti indivisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question : un ou deux partis &#8211; pos&#233;e d'un point de vue concret, d'un point de vue de classe, et non d'un point de vue d'agitation verbale &#8211; sera r&#233;solue pr&#233;cis&#233;ment par la question de savoir si on r&#233;ussira &#224; &#233;veiller et &#224; mobiliser les forces de r&#233;sistance dans le parti et dans le prol&#233;tariat. L'Opposition ne peut atteindre ce but que si elle ne se laisse pas intimider par l'&#233;pouvantail des deux partis et par le charlatanisme en ce qui concerne le &#171; trotskysme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les th&#232;ses du camarade Zinoviev intitul&#233;es &#171; Bilan du pl&#233;num de juillet &#187;, il est dit ce qui suit &#224; propos de la question de deux partis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si Staline exclut par paquets les oppositionnels du parti, il peut passer demain &#224; des exclusions bien plus massives. Oui, c'est ainsi. Et n&#233;anmoins, cela ne nous fait en aucun cas aboutir au &#171; mot d'ordre &#187; des &#171; deux partis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire se complique du fait que, sous le r&#233;gime de Staline, il n'est pas possible de lutter pour les id&#233;es de L&#233;nine autrement qu'en courant le risque d'&#234;tre exclu du parti. C'est tout &#224; fait indiscutable. Celui qui n'a pas r&#233;gl&#233; cette question pour lui-m&#234;me et se dit que tout vaut mieux que d'&#234;tre exclu du parti, ne peut, dans les conditions actuelles, combattre v&#233;ritablement pour le l&#233;ninisme ni prendre une position ferme d'&#171; oppositionnel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il peut tr&#232;s bien arriver que des groupes importants d'Oppositionnels (et au nombre de ceux-ci tous les &#233;l&#233;ments dirigeants de l'Opposition), soient dans quelque temps chass&#233;s du parti. Et cependant, leur t&#226;che sera de continuer leur travail et quoique n'&#233;tant plus formellement membres du parti, de ne pas s'&#233;loigner d'un iota des enseignements de L&#233;nine. Leur t&#226;che sera, dans cette p&#233;riode particuli&#232;rement difficile, non pas de s'orienter vers la formation d'un deuxi&#232;me parti, mais de continuer &#224; s'orienter vers le redressement du parti, vers la correction de la ligne politique. Disons-le sans phrases : il est extr&#234;mement difficile pour un l&#233;niniste exclu du parti de coordonner son travail avec celui des l&#233;ninistes demeur&#233;s dans le parti. Mais faire cela est absolument n&#233;cessaire du point de vue de nos buts essentiels. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi que l'atteste toute l'exp&#233;rience de la lutte, l'Opposition est unanime &#224; consid&#233;rer que la lutte pour l'unit&#233; du parti sur la base l&#233;niniste ne doit, en aucun cas, se r&#233;duire &#224; se mettre &#224; l'unisson de l'appareil, &#224; att&#233;nuer les divergences et &#224; baisser le ton politiquement. Lorsque les camarades se d&#233;tachent de l'opposition pour aller &#224; droite, ils n'invoquent pas pour expliquer leur d&#233;part, leur propre glissement vers le point de vue de Staline sur les questions int&#233;rieures et internationales, mais ils accusent l'Opposition de s'orienter vers le deuxi&#232;me parti. En d'autres termes, ils ne font que r&#233;p&#233;ter l'accusation lanc&#233;e par Staline afin de masquer leur propre reculade. &#187; (p. 14 et 15)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que nous ne sommes pas maintenant en juillet mais en d&#233;cembre ; ces lignes conservent pourtant aujourd'hui toute leur force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tons-le une fois encore. Si la droite, &#224; l'int&#233;rieur du parti et autour, se rassemblait et gagnait &#224; ses id&#233;es, au cours de la p&#233;riode prochaine, une fraction importante du noyau prol&#233;tarien du parti, la cr&#233;ation d'un second parti deviendrait in&#233;vitable, ce qui signifierait la chute de la dictature et par cons&#233;quent la d&#233;faite des travailleurs. C'est la voie politique de la victoire des oustrialovistes. La voie oppos&#233;e ne peut &#234;tre imagin&#233;e que sous la forme de l'isolement de l'aile droite au moyen de la lutte oppositionnelle contre le centrisme de l'appareil et pour gagner l'influence sur le noyau prol&#233;tarien du parti. La dictature du prol&#233;tariat ne peut pas se maintenir longtemps sur la base de d&#233;faites successives de la gauche prol&#233;tarienne. Au contraire, la dictature, non seulement est compatible avec l'isolement et la liquidation politique de l'aile droite, mais elle exige imp&#233;rieusement une telle liquidation. C'est pourquoi capituler devant le centrisme de l'appareil, au nom d'on ne sait qu'elle unit&#233; du parti, signifierait travailler directement et v&#233;ritablement pour l'existence de deux partis, c'est-&#224;-dire pour l'&#233;croulement de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitulation de Zinoviev et Kamenev&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'Opposition avait fait au congr&#232;s une d&#233;claration ferme et loyale &#8211; une d&#233;claration et non une demi-douzaine &#8211; si, sur aucune question politique, et en particulier, sur les causes du fractionnisme, elle n'avait agi contre sa conscience, notre situation serait incomparablement plus favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les h&#233;sitations dans les rangs de l'Opposition se sont produites, non pas &#224; la base, mais au sommet. La conduite des camarades Zinoviev et Kamenev constitue un fait absolument inou&#239; dans l'histoire du mouvement r&#233;volutionnaire, et m&#234;me, si l'on veut, dans l'histoire de la lutte politique en g&#233;n&#233;ral. Zinoviev et Kamenev ont formellement pris comme point de d&#233;part l'unit&#233; du parti consid&#233;r&#233;e comme le crit&#232;re supr&#234;me et, par leur conduite, ils ont affirm&#233; qu'on ne pouvait obtenir cette unit&#233; en luttant pour ses id&#233;es, mais seulement par une reculade sur le terrain des id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est pour le parti le bl&#226;me le plus impitoyable qu'on puisse imaginer. Cette conduite en effet contribue non &#224; pr&#233;server l'unit&#233; du parti, mais &#224; le d&#233;moraliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle justifie en quelque sorte les &#233;l&#233;ments de carri&#233;risme, de duplicit&#233;, de poursuite d'int&#233;r&#234;ts personnels. Refuser de d&#233;fendre ses positions revient &#224; justifier en particulier le comportement de cette large couche de membres du parti corrompus et born&#233;s qui pensent comme l'Opposition mais votent comme la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reculade de Zinoviev et de Kamenev r&#233;sulte de cette croyance mensong&#232;re selon laquelle il serait possible, dans n'importe quelle situation historique, de se tirer d'affaire en recourant &#224; d'astucieuses man&#339;uvres, au lieu de se maintenir sur une ligne politique principielle. C'est la pire caricature du l&#233;ninisme. Caract&#233;risant la politique de man&#339;uvre de L&#233;nine, nous disons dans notre plate-forme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De son temps (du temps de L&#233;nine), le parti a toujours connu les causes de la man&#339;uvre, sa signification, ses limites, la ligne en de&#231;&#224; de laquelle il ne faut pas reculer, et les positions desquelles doit partir &#224; nouveau l'offensive prol&#233;tarienne... Gr&#226;ce &#224; cela, l'arm&#233;e, tout en man&#339;uvrant, a toujours maintenu sa coh&#233;sion, et la conscience de ses buts. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces conditions de la man&#339;uvre l&#233;niniste ont &#233;t&#233; foul&#233;es aux pieds d'une mani&#232;re qui viole tous les principes, par Zinoviev et par Kamenev. Nourrir l'espoir que, dans quelques mois, le document capitulard sera &#171; enfoui &#187; sous de nouveaux &#233;v&#233;nements et sous de nouvelles luttes, c'est se tromper soi-m&#234;me de fa&#231;on pitoyable. Assur&#233;ment, les &#233;l&#233;ments indiff&#233;rents du parti passeront outre &#224; ce document, mais les cadres de la fraction staliniste, de m&#234;me que l'Opposition, ne l'oublieront pas et, au prochain tournant, l'&#233;voqueront devant la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitulation politique de Zinoviev et de Kamenev s'explique par la tentative de passer d'une position r&#233;volutionnaire &#224; une position centriste de gauche faisant contrepoids &#224; la position centriste de droite occup&#233;e par Staline. Le centrisme peut se maintenir longtemps dans une &#233;poque de d&#233;veloppement lent (le kautskysme avant la guerre) ; dans les conditions de l'&#233;poque actuelle, le centrisme est oblig&#233; d'abandonner rapidement ses positions et d'aller, soit &#224; gauche, soit &#224; droite. Lors de la mont&#233;e du mouvement ouvrier, il n'est pas rare de voir le centrisme de gauche constituer un pont menant vers la position r&#233;volutionnaire. Lors d'une p&#233;riode de d&#233;pression, comme c'est le cas actuellement, le centrisme de gauche n'est qu'un pont conduisant de l'Opposition vers Staline. Le groupe Zinoviev-Kamenev ne pourra jouer aucun r&#244;le ind&#233;pendant. Sa capitulation est un d&#233;placement de forces au sommet sous l'&#233;norme pression exerc&#233;e de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur sur l'aile r&#233;volutionnaire du parti russe et de l'Internationale. Les &#233;v&#233;nements &#171; enfouiront &#187; la d&#233;claration capitularde du 18 d&#233;cembre en ce sens seulement qu'ils enjamberont le groupe Zinoviev-Kamenev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le &#171; Trotskysme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev et Kamenev, qui ont pris une part dirigeante dans la cr&#233;ation de la l&#233;gende sur le trotskysme au cours des ann&#233;es 1924 et 1925, ont dit dans la d&#233;claration de juillet 1926 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A l'heure actuelle, personne ne peut plus mettre en doute que le noyau essentiel de l'Opposition de 1923 a justement mis en garde contre le danger d'un &#233;cart hors de la ligne prol&#233;tarienne et contre l'av&#232;nement mena&#231;ant du r&#233;gime de l'appareil. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est absolument clair que si l'Opposition de 1923 a, depuis plus de deux ans, mis en garde contre les dangers essentiels mena&#231;ant le parti et la dictature du prol&#233;tariat, accuser cette Opposition de ce que l'on a nomm&#233; le &#171; trotskysme &#187;, n'a pu que fournir une base pour les erreurs les plus graves dans la mani&#232;re de comprendre la situation ainsi que les t&#226;ches qui en d&#233;coulent. Conjointement avec les dirigeants de l'Opposition de 1923, Zinoviev et Kamenev ont &#233;labor&#233; les documents essentiels de l'Opposition, et parmi eux, le plus important de tous : la plate-forme Il est clair que les accusations de d&#233;viations petites-bourgeoises, de &#171; trotskysme &#187;, etc. se trouvent par l&#224; m&#234;me r&#233;duites en poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentative attard&#233;e de relancer la lutte contre une &#171; rechute &#187; du trotskysme ne repr&#233;sente rien d'autre qu'une lamentable rechute de Zinoviev et Kamenev dans leurs propres erreurs de 1923, erreurs qui ont aid&#233; &#224; d&#233;placer le r&#233;gime du parti de la voie l&#233;niniste sur une voie glissant vers le mar&#233;cage du centrisme et de l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan du bloc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitulation de Zinoviev et de Kamenev pose de nouveau la question de savoir si le bloc ne fut pas, dans l'ensemble, une erreur. Les divers camarades qui sont enclins &#224; formuler une telle conclusion, ne consid&#232;rent pas l'histoire du bloc dans son ensemble, mais seulement le maillon final de cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Opposition de 1923 a pris naissance &#224; Moscou, et celle de 1925-1926 &#224; L&#233;ningrad. L'aile droite du parti poss&#232;de sa base d'appui dans le Caucase du Nord, o&#249; la lutte entre les stalinistes et les rykovistes s'est d&#233;roul&#233;e sous sa forme la plus claire et la plus pr&#233;cise. Cette r&#233;partition des groupes politiques n'est pas due au hasard, et &#224; elle seule, elle explique le bloc entre Moscou et L&#233;ningrad, c'est-&#224;-dire le bloc entre les deux centres prol&#233;tariens les plus importants de notre Union. En d&#233;pit de telles ou telles vacillations se produisant au sommet, le bloc a &#233;t&#233; provoqu&#233; par de profondes pressions de classe. Parler dans ces conditions d'un &#171; bloc &#187; sans principes, c'est de la vulgaire m&#233;disance. Et, sur le plan des id&#233;es, l'Opposition de L&#233;ningrad, pr&#233;cis&#233;ment gr&#226;ce &#224; sa base prol&#233;tarienne hautement qualifi&#233;e, a introduit dans le bloc des &#233;l&#233;ments de tr&#232;s grande valeur. Le rapprochement entre les &#233;l&#233;ments ouvriers d'avant-garde de Moscou et de L&#233;ningrad, continuera, en d&#233;pit du fait que les &#233;l&#233;ments dirigeants de l'Opposition de L&#233;ningrad sont devenus des ren&#233;gats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire de m&#234;me en ce qui concerne l'Opposition dans l'Internationale. Les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;volutionnaires, apr&#232;s les h&#233;sitations et les oscillations provoqu&#233;es dans une large mesure par les fameuses d&#233;cisions du 5e Congr&#232;s mondial, se trouveront progressivement les uns les autres. Les meilleurs &#233;l&#233;ments de l'Opposition de 1923 et de l'Opposition de 1925-1926 s'uniront &#224; l'&#233;chelle internationale. Le d&#233;part de Zinoviev et de Kamenev n'emp&#234;chera pas ce processus de s'accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appr&#233;ciation de la tactique de l'Opposition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire du bloc oppositionnel, on peut distinguer trois p&#233;riodes : a) d'avril 1926 au 16 octobre ; b) du 16 octobre 1926 au 8 ao&#251;t 1927 ; c) du 8 ao&#251;t au 15e Congr&#232;s. Chacune de ces p&#233;riodes est caract&#233;ris&#233;e par une mont&#233;e de l'activit&#233; oppositionnelle, puis, lorsque celle-ci atteint un niveau critique, par un ralentissement plus ou moins important accompagn&#233; de d&#233;clarations de refus d'une activit&#233; fractionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; caract&#232;re cyclique &#187; original de la tactique oppositionnelle am&#232;ne &#224; penser qu'il s'agit en l'esp&#232;ce de quelques causes d'ordre g&#233;n&#233;ral. II est n&#233;cessaire de les rechercher d'une part dans les conditions g&#233;n&#233;rales de la dictature prol&#233;tarienne au sein d'un pays o&#249; la paysannerie est nombreuse, et, d'autre part, dans les conditions particuli&#232;res cr&#233;&#233;es par le reflux de la vague r&#233;volutionnaire et sa lutte contre l'aile gauche, l'appareil est arm&#233; de toutes les m&#233;thodes et de tous les moyens de la dictature. L'Opposition ne dispose comme arme que de la propagande. Les discours, l'utilisation du &#171; prestige &#187; des individualit&#233;s, la &#171; soudure &#187; avec les sans-parti, l'occupation de locaux de r&#233;unions, les mots d'ordre lanc&#233;s, ainsi que les pancartes dans les rues, lors du 7 novembre, tout cela, ce sont les formes diverses de la propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appareil tente de transformer ces armes de propagande en formes embryonnaires de fraction d'abord, puis de parti et de guerre civile. L'Opposition refuse de s'engager sur cette voie. Elle atteint chaque fois la limite o&#249; l'appareil la place devant la n&#233;cessit&#233; de renoncer aux m&#233;thodes et proc&#233;d&#233;s de propagande qu'elle utilisait. Les trois d&#233;clarations de l'Opposition, 16 octobre, 8 ao&#251;t et celle de novembre-d&#233;cembre, ont eu pour but de montrer encore et toujours &#224; la masse du parti que l'Opposition se fixe comme t&#226;che, non le deuxi&#232;me parti et la guerre civile, mais le redressement de la ligne suivie par le parti et par l'&#201;tat par une r&#233;forme profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui critiquent la tactique suivie par l'Opposition, un instant, sur son caract&#232;re de &#171; marche en zig-zag &#187;, raisonnent comme si l'Opposition d&#233;terminait librement sa tactique, et font abstraction de la pression fr&#233;n&#233;tique d'une masse d'ennemis, de l'omnipotence de l'appareil, du glissement politique de la direction, de la passivit&#233; relative des masses ouvri&#232;res etc. Il n'est possible de comprendre la tactique de l'Opposition, avec ses in&#233;luctables contradictions internes, que si l'on n'oublie pas que l'Opposition nage contre le courant, luttant contre les difficult&#233;s et des obstacles jusque-l&#224; inconnus dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les cas o&#249; ceux qui critiquent ne se bornent pas &#224; des consid&#233;rations fragmentaires et partielles, parfois fond&#233;es et parfois non fond&#233;es, mais tentent d'opposer &#224; notre tactique, issue des conditions pos&#233;es par la r&#233;alit&#233;, telle autre tactique, ils donnent habituellement et tout simplement un point d'appui pour l'appel &#224; la capitulation. Quant aux v&#233;ritables capitulards, ceux-ci tentent de caract&#233;riser la tactique actuelle de l'Opposition par cette formule : &#171; Ni paix, ni guerre. &#187; Par la &#171; paix &#187;, ils entendent la capitulation ; par la &#171; guerre &#187; ils entendent deux partis. Mais les th&#232;ses de Zinoviev lui-m&#234;me sur le bilan du pl&#233;num de juillet 1927, d'un bout &#224; l'autre, sont impr&#233;gn&#233;es de cette pens&#233;e : Ni capitulation, ni deuxi&#232;me parti. Telle fut toute la ligne suivie par l'Opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux l&#226;cheurs, il arrive toujours de cracher sur ce qu'ils ont fait la veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun manuel n'enseigne les moyens de redresser une dictature prol&#233;tarienne plac&#233;e sous le coup de Thermidor. Il faut chercher la m&#233;thode en partant de la situation r&#233;elle. Ces moyens seront trouv&#233;s si l'orientation fondamentale est juste. Quelques conseils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. &#8211; L'auto-&#233;ducation th&#233;orique est une t&#226;che essentielle pour chaque oppositionnel et l'unique gage s&#233;rieux de sa fermet&#233;. L'&#233;tude du compte-rendu st&#233;nographique du 15e Congr&#232;s du parti &#224; la lumi&#232;re des contre-th&#232;ses de l'Opposition et des faits nouveaux de la vie politique et &#233;conomique doit constituer le contenu principal du travail de tout oppositionnel dans la dispersion qui a succ&#233;d&#233; &#224; la dissolution de la fraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. &#8211; Un oppositionnel, ind&#233;pendamment du fait qu'il demeure dans le parti ou en soit exclu, doit militer activement dans toutes les organisations prol&#233;tariennes et sovi&#233;tiques en g&#233;n&#233;ral (parti, syndicats, soviets, clubs, etc.). &#201;tant donn&#233; cela, un oppositionnel ne peut, en aucun cas, limiter son r&#244;le &#224; la critique ; il doit accomplir le travail positif mieux et plus consciencieusement que les fonctionnaires salari&#233;s. C'est seulement sur cette base que la critique faite du point de vue des principes trouvera acc&#232;s dans la conscience des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. &#8211; Il est n&#233;cessaire d'en appeler &#224; l'Internationale pour chercher &#224; poser devant le 16e Congr&#232;s la question de l'Opposition dans toute sa pl&#233;nitude.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La contre-r&#233;volution unit les contre-r&#233;volutionnaires, auparavant ennemis</title>
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		<dc:date>2025-09-14T22:10:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les classes dirigeantes capitalistes, les imp&#233;rialismes, leurs arm&#233;es ont toujours su se r&#233;concilier et s'entraider quand elles sont en face d'une r&#233;volution sociale du peuple travailleur afin de l'&#233;craser &lt;br class='autobr' /&gt;
La cr&#233;ation du Hamas &#224; Gaza est une entente entre islamistes d'extr&#234;me droite et Isra&#235;l contre le peuple palestinien tout comme le r&#233;gime taliban actuel en Afghanistan est le r&#233;sultat d'une entente entre les Talibans et les Am&#233;ricains sur le dos du peuple afghan et, de m&#234;me, le r&#233;gime (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les classes dirigeantes capitalistes, les imp&#233;rialismes, leurs arm&#233;es ont toujours su se r&#233;concilier et s'entraider quand elles sont en face d'une r&#233;volution sociale du peuple travailleur afin de l'&#233;craser&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation du Hamas &#224; Gaza est une entente entre islamistes d'extr&#234;me droite et Isra&#235;l contre le peuple palestinien tout comme le r&#233;gime taliban actuel en Afghanistan est le r&#233;sultat d'une entente entre les Talibans et les Am&#233;ricains sur le dos du peuple afghan et, de m&#234;me, le r&#233;gime irakien actuel ou syrien actuel sont des ententes entre le fascisme soi-disant islamiste et l'imp&#233;rialisme occidental qui pr&#233;tendaient se combattre, etc&#8230; De m&#234;me, forces politiques bourgeoises classiques et forces politiques fascistes s'unissent face &#224; la crise aigue de la domination capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques exemples historiques d&#233;montrent que les nations les plus violemment en guerre peuvent arr&#234;ter la boucherie d&#232;s lors que la menace de la r&#233;volution sociale leur rappelle leurs int&#233;r&#234;ts communs de classe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;0&#176;) Les villes de Gr&#232;ce antique &#233;taient divis&#233;es et se sont unies pour &#233;craser la ville de Troie en r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) La France et l'Angleterre m&#233;di&#233;vales, &#233;taient en guerre (la France battue, le roi de France &#233;tait d&#233;tenu en Angleterre). L'Angleterre a rel&#226;ch&#233; le roi de France d&#232;s lors que la r&#233;volution frappait &#224; Paris avec le pouvoir d'Etienne Marcel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article238&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article238&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) La noblesse de France et toutes les nations europ&#233;ennes f&#233;odales autrefois divis&#233;es, se sont unies contre la R&#233;volution fran&#231;aise, puis contre Napol&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_la_premi%C3%A8re_coalition&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_la_premi%C3%A8re_coalition&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) La France et l'Allemagne, pourtant en guerre, sont unies contre la r&#233;volution de la Commune de Paris de 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530d.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530d.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) Les nations europ&#233;ennes et mondiales divis&#233;es par la guerre mondiale mais r&#233;unies contre la r&#233;volution europ&#233;enne d&#233;but&#233;e en 1917 en Russie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1918/04/ldt19180414.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1918/04/ldt19180414.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) La France et l'Angleterre ont arr&#234;t&#233; leur guerre avec l'Allemagne en 1918 pour mieux arr&#234;ter la r&#233;volution prol&#233;tarienne allemande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1358&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1358&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) Les d&#233;mocraties occidentales soi-disant adversaires de Hitler l'ont laiss&#233; tranquillement &#233;craser la r&#233;volution prol&#233;tarienne allemande alors qu'en 1933 il n'avait pas d'arm&#233;e. Elles se sont en fait unies momentan&#233;ment &#224; Hitler contre le prol&#233;tariat m&#234;me si elles savaient parfaitement qu'elles allaient ensuite devoir entrer en guerre contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5322&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5322&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176;) la question juive en Europe de l'Est &#233;tait un danger r&#233;volutionnaire comme l'avait d&#233;montr&#233; la vague r&#233;volutionnaire de 1917-1923 et les d&#233;mocraties occidentales ont laiss&#233; Hitler r&#233;gler &#224; sa mani&#232;re le risque communiste r&#233;volutionnaire des Juifs opprim&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article85&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article85&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#176;) Les nations d&#233;mocratiques &#233;taient oppos&#233;es aux nations fascistes, l'Espagne de Franco et l'Allemagne de Hitler, sauf quand elles ont commenc&#233; &#224; &#233;craser la r&#233;volution prol&#233;tarienne d'Espagne et elles ont &#233;t&#233; complices du massacre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1640&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1640&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#176;) Ces d&#233;mocraties occidentales ont refus&#233; d'intervenir militairement contre les camps de la mort des juifs, m&#234;me quand ceux-ci se r&#233;voltaient. Ils ont refus&#233; de faire de la propagande publique pour d&#233;noncer ce g&#233;nocide ou soutenir les camps r&#233;volt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5647&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5647&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#176;) Quand la ville de Varsovie s'est soulev&#233;e contre les nazis, l'arm&#233;e de Staline a volontairement arr&#234;t&#233; sa marche en avant pour laisser &#224; Hitler le temps de massacrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1264&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1264&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&#176;) L'occident capitaliste et imp&#233;rialiste a fait mine de soutenir les d&#233;mocrates oppos&#233;s au stalinisme dans les Pays de l'Est, sauf quand les travailleurs s'y sont r&#233;volt&#233;. Par exemple, en Hongrie en 1956 quand les travailleurs ont b&#226;ti des soviets antistaliniens, les radios des occidentaux en direction de la Hongrie ont &#233;t&#233; coup&#233;es par&#8230; les puissances occidentales. Elles n'ont pas lev&#233; le petit doigt quand la Russie a &#233;cras&#233; militairement la r&#233;volution. Et pas davantage en Tch&#233;coslovaquie en 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2700&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2700&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&#176;) Jamais les d&#233;mocraties occidentales n'ont lev&#233; le petit doigt en faveur d'un peuple qui se soulevait dans le cadre de la vague des r&#233;voltes et r&#233;volutions d&#233;but&#233;es en 2010-2011 (les &#171; printemps &#187;). Bien au contraire, elles ont souvent continu&#233; &#224; fournir des armes pour la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve1159&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve1159&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13&#176;) La France et l'Angleterre &#233;taient oppos&#233;es sur la question de qui domine au Rwanda et ont soutenu deux camps militairement oppos&#233;s. Mais, du moment qu'il s'agissait d'&#233;craser une r&#233;volution sociale, leur opposition est rest&#233;e totalement passive et cela a permis le g&#233;nocide des Tutsis rwandais de 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14&#176;) En Syrie, la chute d'Assad &#233;tait voulue et programm&#233;e par les puissances occidentales, en opposition &#224; la Russie qui soutenait Assad. Mais du moment qu'une r&#233;volution sociale mena&#231;ait de se d&#233;velopper en Syrie, les ennemis ont pu s'unir pour transformer la r&#233;volution en guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8053&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8053&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15&#176;) Les puissances occidentales n'ont pas cess&#233; de clamer qu'elles voulaient et soutenaient la d&#233;mocratie en Chine mais elles ont cess&#233; de le dire haut et fort au moment o&#249;, &#224; Tiananmen, le peuple travailleur et les jeunes ont menac&#233; de lancer une nouvelle r&#233;volution sociale en Chine. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article92&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article92&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16&#176;) La France, pays dit de la libert&#233; &#224; cause d'une tr&#232;s ancienne r&#233;volution, n'a pas cess&#233; de clamer qu'elle condamnait toutes les dictatures dans le monde, sauf quand celles-ci ont &#233;t&#233; menac&#233;es par la vague de printemps, et alors la France a arm&#233; les r&#233;pressions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8322&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8322&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17&#176;) Les nations occidentales, qui se clament ennemis du terrorisme islamique, savent le soutenir contre... la r&#233;volution sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4594&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4594&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve742&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve742&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18&#176;) Un exemple historique fameux pour finir : la lutte contre la r&#233;voluion prol&#233;tarienne en Allemagne en 1918 a uni la social-d&#233;mocratie et le fascisme, en passant par le haut &#233;tat-major...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3081&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3081&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19&#176;) Un autre exemple historique fameux : la contre-r&#233;volution a uni deux forces contre-r&#233;volutionnaires auparavant se disant ennemies : le nazisme et le stalinisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3681&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3681&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En p&#233;riode de crise aigue de la domination de la bourgeoisie, les forces politiques et sociales bourgeoises convergent toutes vers la contre-r&#233;volution (dictature, fascisme, guerre, massacre&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6011&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6011&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6024&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6024&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8253&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8253&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6920&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6920&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6398&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6398&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7437&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7437&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La contre-r&#233;volution thermidorienne</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7665</link>
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		<dc:date>2025-08-09T22:22:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Thermidor 1794 de la R&#233;volution fran&#231;aise ! Pourquoi la direction bourgeoise de la r&#233;volution s'est charg&#233;e de lancer la contre-r&#233;volution ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801 &lt;br class='autobr' /&gt;
Thermidor contre la r&#233;volution fran&#231;aise &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Thermidorien &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_thermidorienne &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Thermidor &lt;br class='autobr' /&gt;
Thermidor par Jean Jaur&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/01 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Thermidor 1794 de la R&#233;volution fran&#231;aise ! Pourquoi la direction bourgeoise de la r&#233;volution s'est charg&#233;e de lancer la contre-r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thermidor contre la r&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Thermidorien&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Thermidorien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_thermidorienne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_thermidorienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Thermidor&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Thermidor&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thermidor par Jean Jaur&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/01&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/01&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/02&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/02&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/03&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/03&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;action thermidorienne de Staline&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1&#176; section&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;action politique suivit le prodigieux effort de la r&#233;volution et de la guerre civile. [Elle diff&#233;rait essentiellement des ph&#233;nom&#232;nes sociaux qui se d&#233;velopp&#232;rent parall&#232;lement dans, les contr&#233;es non sovi&#233;tiques.] C'&#233;tait une r&#233;action contre la guerre imp&#233;rialiste et contre ceux qui l'avaient conduite. En Angleterre, elle &#233;tait dirig&#233;e contre Lloyd George et l'isola politiquement jusqu'&#224; la fin de sa vie. Clemenceau, en France, eut un sort semblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prodigieux changements qu'on constatait dans les sentiments des masses apr&#232;s une guerre imp&#233;rialiste et une guerre civile &#233;taient bien explicables. En Russie, les ouvriers et les paysans &#233;taient profond&#233;ment convaincus que c'&#233;taient leurs propres int&#233;r&#234;ts qui &#233;taient en jeu et que la guerre qui leur &#233;tait impos&#233;e &#233;tait vraiment la leur. Apr&#232;s la victoire remport&#233;e sur les Blancs et sur l'Entente, la satisfaction fut immense, et grande la popularit&#233; de ceux qui avaient aid&#233; &#224; l'obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les trois ann&#233;es de guerre civile laiss&#232;rent une empreinte ind&#233;l&#233;bile sur le gouvernement sovi&#233;tique lui-m&#234;me en vertu du fait qu'un tr&#232;s grand nombre de nouveaux administrateurs s'&#233;taient habitu&#233;s &#224; commander et &#224; exiger une soumission absolue &#224; leurs ordres. Les th&#233;oriciens qui essaient de prouver que le pr&#233;sent r&#233;gime totalitaire de l'U.R.S.S. n'est pas d&#251; &#224; des conditions historiques donn&#233;es, mais &#224; la nature m&#234;me du bolch&#233;visme oublient que la guerre civile ne d&#233;coula pas de la nature du bolch&#233;visme mais bien des efforts de la bourgeoisie russe et de la bourgeoisie internationale pour renverser le r&#233;gime sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas douteux que Staline, comme beaucoup d'autres, ait &#233;t&#233; model&#233; par le milieu et les circonstances de la guerre civile, de m&#234;me que le groupe tout entier qui devait l'aider plus tard &#224; &#233;tablir sa dictature personnelle - Ordjonikidz&#233;, Vorochilov, Kaganovitch, - et toute une couche d'ouvriers et de paysans hiss&#233;s &#224; la condition de commandants et d'administrateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, dans les cinq ann&#233;es qui suivirent la R&#233;volution d'Octobre plus de 97% de l'effectif du Parti consistaient en membres qui avaient adh&#233;r&#233; apr&#232;s la victoire de la R&#233;volution. Cinq ann&#233;es plus tard encore, et l'immense majorit&#233; du million de membres du Parti n'avaient qu'une vague conception de ce que le Parti avait &#233;t&#233; dans la premi&#232;re p&#233;riode de la R&#233;volution, sans parler de la clandestinit&#233; pr&#233;-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffira de dire qu'alors les trois quarts au moins du Parti se composaient de membres qui l'avaient rejoint seulement apr&#232;s 1923. Le nombre des membres du Parti adh&#233;rents d'avant la R&#233;volution - c'est-&#224;-dire les r&#233;volutionnaires de la p&#233;riode ill&#233;gale - &#233;tait inf&#233;rieur &#224; un pour cent. En 1923, le Parti avait &#233;t&#233; envahi par des masses jeunes et inexp&#233;riment&#233;es [rapidement model&#233;es et form&#233;es] pour jouer le r&#244;le de figurants p&#233;tulants sous l'aiguillon des professionnels de l'appareil. Cette extr&#234;me r&#233;duction du noyau r&#233;volutionnaire du Parti &#233;tait une n&#233;cessit&#233; pr&#233;alable pour les victoires de l'appareil sur le &#171; trotskisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1923, la situation commen&#231;a &#224; se stabiliser. La guerre civile, de m&#234;me que la guerre avec la Pologne, &#233;tait d&#233;finitivement close. Les cons&#233;quences les plus horribles de la famine avaient &#233;t&#233; domin&#233;es, la Nep avait donn&#233; un &#233;lan imp&#233;tueux au r&#233;veil de l'&#233;conomie nationale. Le constant transfert de communistes d'un poste &#224; un autre, d'une sph&#232;re d'activit&#233; &#224; une autre, devint bient&#244;t l'exception plut&#244;t que la r&#232;gle, les communistes commenc&#232;rent &#224; s'installer dans des situation permanentes, et &#224; diriger d'une mani&#232;re m&#233;thodique les r&#233;gions ou districts de la vie &#233;conomique et politique confi&#233;s &#224; leur discr&#233;tion administrative. La nomination aux emplois fut de plus en plus li&#233;e aux probl&#232;mes de la vie personnelle, de la vie de famille du fonctionnaire, de sa carri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que Staline apparut avec une pr&#233;&#233;minence croissante comme l'organisateur, le r&#233;partiteur des t&#226;ches, le dispensateur d'emplois, l'&#233;ducateur et le ma&#238;tre de la bureaucratie. Il choisit ses hommes d'apr&#232;s leur hostilit&#233; ou leur indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de ses adversaires personnels, et particuli&#232;rement &#224; l'&#233;gard de celui qu'il consid&#233;rait comme son adversaire principal, le plus grand obstacle sur la voie de son ascension vers le pouvoir absolu. Staline g&#233;n&#233;ralisa et classifia sa propre exp&#233;rience administrative, avant tout l'exp&#233;rience des man&#339;uvres conduites avec pers&#233;v&#233;rance dans la coulisse, et la mit &#224; la port&#233;e de ceux qui lui &#233;taient le plus &#233;troitement associ&#233;s. Il leur apprit &#224; organiser leurs appareils politiques locaux sur le mod&#232;le de son propre appareil : comment recruter les collaborateurs, comment utiliser leurs d&#233;faillances, comment dresser des camarades les uns contre les autres, comment faire tourner la machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que la vie de la bureaucratie croissait en stabilit&#233;, elle suscitait un besoin grandissant de confort. Staline prit la t&#234;te de ce mouvement spontan&#233;, le guidant, l'&#233;quipant selon ses propres desseins. Il r&#233;compensait ceux dont il &#233;tait s&#251;r en leur donnant des situations agr&#233;ables et avantageuses. Il choisit les membres de la Commission de contr&#244;le, d&#233;veloppant en eux le besoin de pers&#233;cuter impitoyablement tous ceux qui s'&#233;carteraient de la ligne politique officielle. En m&#234;me temps, il les invitait &#224; tourner leurs regards vers le mode de vie exceptionnel, extravagant, de ceux des fonctionnaires qui lui &#233;taient fid&#232;les. Car Staline rapportait chaque situation, chaque circonstance politique, chaque utilisation des individus &#224; lui-m&#234;me, &#224; sa lutte pour le pouvoir, &#224; son besoin immod&#233;r&#233; de dominer autres. Toute autre consid&#233;ration lui &#233;tait totalement &#233;trang&#232;re. Il excitait l'un contre l'autre ses concurrents les plus dangereux, de son talent &#224; utiliser les antagonismes personnels et de groupes, il fit un art, un art inimitable parce qu'il n'avait fait que d&#233;velopper son instinct presque infaillible pour ce genre d'op&#233;rations. Dans toute situation nouvelle, ce qu'il voyait d'abord, et avant tout c'&#233;tait comment il pourrait en profiter personnellement. Chaque fois que l'int&#233;r&#234;t du pays sovi&#233;tique entrait en conflit avec son int&#233;r&#234;t personnel, il n'h&#233;sitait jamais &#224; le sacrifier. Dans toutes les occasions et, quel qu'en p&#251;t &#234;tre le r&#233;sultat, il faisait tout ce qui &#233;tait en son pouvoir pour cr&#233;er des difficult&#233;s &#224; ceux qui, croyait-il, mena&#231;aient sa toute-puissance. Avec la m&#234;me constance, il s'effor&#231;ait de r&#233;compenser chaque acte de loyaut&#233; personnelle. Secr&#232;tement d'abord, puis plus ouvertement, il se dressa en d&#233;fenseur de l'in&#233;galit&#233;, en d&#233;fenseur de privil&#232;ges sp&#233;ciaux pour les sommets de la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette d&#233;moralisation d&#233;lib&#233;r&#233;e, Staline ne se souciait jamais de perspectives lointaines. Il n'approfondissait pas non plus la signification sociale du processus dans lequel il jouait le r&#244;le principal. Il agissait alors, de m&#234;me que maintenant, comme l'empirique qu'il fut toujours. Il choisit ceux qui lui sont loyaux et les r&#233;compense, il les aide &#224; s'assurer des situations privil&#233;gi&#233;es, il exige d'eux la r&#233;pudiation de buts politiques personnels. Il leur enseigne &#224; cr&#233;er &#224; leur propre usage l'appareil n&#233;cessaire pour influencer les masses et les soumettre. Il ne pense pas un seul instant que cette politique va directement &#224; l'encontre de la lutte &#224; laquelle L&#233;nine s'&#233;tait le plus int&#233;ress&#233; durant la derni&#232;re ann&#233;e de sa vie - la lutte contre la bureaucratie. Occasionnellement, il parle lui-m&#234;me de bureaucratie, mais toujours dans les termes les plus abstraits et d&#233;nu&#233;s de r&#233;alit&#233;. Il ne songe qu'aux petites choses : manque d'attention, formalisme, bureaux mal tenus, etc., mais il est sourd et aveugle &#224; la formation de toute une caste de privil&#233;gi&#233;s soud&#233;s entre eux par un serment d'honneur, comme les voleurs, par leur commun int&#233;r&#234;t et par leur &#233;loignement sans cesse croissant du peuple travailleur. Sans s'en douter, Staline organise non seulement une nouvelle machine politique, mais une nouvelle caste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'envisage les questions que du point de vue du choix des cadres, d'am&#233;liorer l'appareil, d'assurer sur lui son contr&#244;le personnel, de son propre pouvoir. Il lui appara&#238;t sans aucun doute, pour autant qu'il se soucie de questions d'ordre g&#233;n&#233;ral, que son appareil donnera au gouvernement plus de force et de stabilit&#233;, et garantira ainsi les nouveaux d&#233;veloppements du &#171; socialisme dans le pays &#187;. Dans le domaine des g&#233;n&#233;ralisations, il ne s'aventure pas plus loin. Que la cristallisation d'une nouvelle couche dirigeante de fonctionnaires install&#233;s dans une situation privil&#233;gi&#233;e, camoufl&#233;e aux yeux des masses par l'id&#233;e du socialisme - que la formation de cette nouvelle couche dirigeante archi-privil&#233;gi&#233;e et archi-puissante change la structure sociale de l'Etat et dans une mesure sans cesse plus consid&#233;rable, la d&#233;composition sociale de la nouvelle soci&#233;t&#233; - c'est une consid&#233;ration qu'il se refuse &#224; envisager, et toutes les fois qu'elle lui est sugg&#233;r&#233;e, il l'&#233;carte - avec son bras ou avec son revolver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Staline, l'empirique, sans rompre formellement avec la tradition r&#233;volutionnaire, sans r&#233;pudier le le bolch&#233;visme, devient le destructeur le plus efficace de l'une et de l'autre, en les trahissant tous les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque de la discussion dans le Parti, &#224; l'automne de 1923, l'organisation de Moscou &#233;tait divis&#233;e approximativement par moiti&#233;, avec une certaine pr&#233;pond&#233;rance de l'opposition au d&#233;but. Cependant, les deux moiti&#233;s n'&#233;taient pas d'&#233;gale force dans leur potentiel social. La jeunesse et une portion consid&#233;rable des militants du rang &#233;taient avec l'opposition, mais du c&#244;t&#233; de Staline et du Comit&#233; central on trouvait avant tout ces politiciens sp&#233;cialement &#233;duqu&#233;s et disciplin&#233;s qui &#233;taient &#233;troitement li&#233;s &#224; l'appareil du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Ma maladie, et ma non-participation &#224; la lutte qui en fut la cons&#233;quence, fut, je dois le reconna&#238;tre, un facteur de quelque importance, cependant cette importance ne doit pas &#234;tre exag&#233;r&#233;e. En fin de compte, ce ne fut qu'un simple &#233;pisode. Bien plus important &#233;tait le fait que les ouvriers &#233;taient fatigu&#233;s. Ceux qui soutenaient l'opposition n'&#233;taient pas stimul&#233;s par l'espoir de grands et profonds changements, tandis que la bureaucratie combattait avec une extraordinaire f&#233;rocit&#233;. Il est vrai qu'il y eut au moins une p&#233;riode de grande confusion dans ce temps, mais nous l'ignor&#226;mes alors ; ce fait ne nous fut r&#233;v&#233;l&#233; que plus tard par Zinoviev. Un jour, &#224; son arriv&#233;e &#224; Moscou, il trouva le Comit&#233; central et les dirigeants de Moscou dans une panique extr&#234;me. Il &#233;tait devenu &#233;vident que Staline ruminait une man&#339;uvre dont le but &#233;tait de faire la paix avec l'opposition aux d&#233;pens de ses alli&#233;s, Zinoviev et Kam&#233;nev ; c'&#233;tait bien sa mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, les r&#233;unions du Bureau politique avaient lieu chez moi &#224; cause de ma maladie. Staline me fit ostensiblement des avances, t&#233;moignant pour ma sant&#233; un int&#233;r&#234;t compl&#232;tement inattendu. Zinoviev, d'apr&#232;s son r&#233;cit, mit fin &#224; cette situation &#233;quivoque particuli&#232;re, semblait-il, &#224; Moscou, en se tournant vers P&#233;trograd pour y renforcer son influence. Il forma une &#233;quipe ill&#233;gale d'agitateurs et des troupes de choc qui allaient en automobile d'une usine &#224; une autre pour r&#233;pandre mensonges et calomnies. Sans rompre avec ses alli&#233;s, naturellement, Staline cherchait &#224; s'assurer une voie de retraite vers l'opposition, pour le cas o&#249; celle-ci l'emporterait. Zinoviev &#233;tait plus t&#233;m&#233;raire parce qu'il &#233;tait plus aventureux et irresponsable. Staline &#233;tait prudent ; il ne se rendait pas encore bien compte de l'&#233;tendue des changements qui s'&#233;taient produits dans les sommets du Parti, et sp&#233;cialement dans l'appareil sovi&#233;tique. Il ne se reposait pas sur sa force personnelle il avan&#231;ait en t&#226;tonnant, &#233;prouvant chaque r&#233;sistance, prenant en consid&#233;ration chaque appui. Il laissait Zinoviev et Kam&#233;nev se compromettre, tandis qu'il gardait sa pleine libert&#233; de man&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pendant cette m&#234;me discussion que la technique de l'appareil dans sa lutte contre l'opposition fut d&#233;finitivement fix&#233;e et mise &#224; l'&#233;preuve dans l'action. Impossible d'admettre qu'en aucun cas l'appareil p&#251;t &#234;tre bris&#233; sous la pression d'en bas, l'appareil devait &#224; tout prix demeurer. Le Parti lui-m&#234;me pouvait &#234;tre modifi&#233;, refondu ou regroup&#233;. Des membres pouvaient &#234;tre expuls&#233;s ou compromis, d'autres pouvaient avoir peur. Enfin, il &#233;tait possible de jongler avec les faits et les chiffres. Les hommes de l'appareil allaient d'usine en usine, les, commissions de contr&#244;le, qui avaient &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es dans le but m&#234;me de combattre cette usurpation du pouvoir de l'appareil, devinrent de simples rouages de la machine. Aux r&#233;unions du Parti, des hommes de confiance de ces commissions prenaient le nom de tout orateur suspect de sympathie pour l'opposition, puis se livraient &#224; des recherches minutieuses sur son pass&#233;. Toujours, ou presque toujours, il n'&#233;tait pas trop difficile de trouver quelque faute ou simplement une origine sociale d&#233;favorable pour justifier une accusation de violation de la discipline du Parti, ou pour la provoquer. Il &#233;tait alors possible d'expulser, de transf&#233;rer, de r&#233;duire au silence, m&#234;me de conclure un march&#233; avec le sympathisant oppositionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partie du travail, Staline la prit sous sa propre direction. A la Commission centrale de contr&#244;le, il avait sa propre clique avec Soltz, Iaroslavsky et Chkiryatov &#224; sa t&#234;te. Sa t&#226;che principale &#233;tait de dresser des listes noires de non-conformistes et d'enqu&#234;ter sur leur g&#233;n&#233;alogie dans les archives de la police tsariste. Staline poss&#232;de une archive sp&#233;ciale pleine de toutes sortes de documents, d'accusations, de rumeurs diffamatoires, contre tous les dirigeants sovi&#233;tiques sans exception. En 1929, &#224; l'&#233;poque de sa rupture publique avec les droitiers du Bureau politique - Boukharine, Rykov et Tomsky - Staline ne r&#233;ussit &#224; garder Kalinine et Vorochilov qu'en les mena&#231;ant de certaines r&#233;v&#233;lations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1925, un p&#233;riodique humoristique publia une caricature repr&#233;sentant le chef du gouvernement dans une situation tr&#232;s compromettante. La ressemblance &#233;tait frappante. De plus, dans le texte &#233;crit en un style tr&#232;s suggestif, il y avait une r&#233;f&#233;rence &#224; Kalinine par ses initiales, &#171; M. K. &#187;. Je n'en pouvais croire mes yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que cela signifie ? demandai-je &#224; plusieurs de mes amis, parmi lesquels S&#233;r&#233;briakov qui avait connu intimement Staline, en prison et en exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est le dernier avertissement de Staline &#224; Kalinine, me dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Certainement pas parce qu'il se soucie de sa conduite, dit en riant S&#233;r&#233;briakov. Kalinine doit s'ent&#234;ter sur quelque chose... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalinine, qui ne connaissait que trop bien le r&#233;cent pass&#233;, avait refus&#233; tout d'abord de consid&#233;rer Staline comme un chef, il craignait pendant longtemps de lier son sort au sien. &#171; Ce cheval, avait-il coutume de dire &#224; ses intimes, jettera quelque jour notre char dans un foss&#233;. &#187; Mais, graduellement, grognant et r&#233;sistant, il se tourna d'abord contre moi, puis contre Zinoviev, finalement, mais tout &#224; fait contre son gr&#233;, contre Rykov, Boukharine et Tomsky, auxquels le liaient &#233;troitement des conceptions politiques communes. I&#233;noukidz&#233; fit la m&#234;me &#233;volution, marcha dans les pas de Kalinine, quoique plus discr&#232;tement, et certainement en en souffrant plus vivement. A cause de sa nature m&#234;me, dont le principal trait &#233;tait l'adaptabilit&#233;, I&#233;noukidz&#233; ne pouvait pas ne pas se trouver dans le camp de Thermidor. Mais il n'&#233;tait pas un arriviste et certainement pas une canaille ; il lui &#233;tait dur de briser les vieilles traditions et plus dur encore de se retourner contre des hommes qu'il &#233;tait habitu&#233; &#224; respecter. Dans les moments critiques, non seulement il ne manifestait pas un enthousiasme agressif, mais au contraire se plaignait, grognait, tentait de r&#233;sister. Staline ne l'ignorait pas et il lui donna plus d'un avertissement. Je l'appris de la meilleure source. Bien qu'en ces jours la pratique des d&#233;nonciations e&#251;t d&#233;j&#224; empoisonn&#233;, non seulement la vie politique, mais m&#234;me les relations personnelles, des oasis de confiance mutuelle subsistaient &#231;&#224; et l&#224;. I&#233;noukidz&#233; maintenait des relations tr&#232;s amicales avec S&#233;r&#233;briakov, bien que ce dernier f&#251;t connu comme un des dirigeants de l'opposition de gauche, bien souvent, il s'&#233;panchait aupr&#232;s de lui : &#171; Que veut-il de plus ? disait I&#233;noukidz&#233;, je fais tout ce qu'il demande, mais pour lui ce n'est pas assez. Il veut que j'admette qu'il est g&#233;nial. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline prit Zinoviev et Kam&#233;nev sous sa protection quand je rappelai leur conduite en 1917. &#171; Il est tout &#224; il possible, &#233;crivait-il, que quelques bolch&#233;viks aient trembl&#233; pendant les journ&#233;es de Juillet. Je sais, par exemple, que plusieurs des bolch&#233;viks alors arr&#234;t&#233;s &#233;taient pr&#234;ts &#224; d&#233;serter nos rangs. Mais en tirer condamnation contre certains... membres du Comit&#233; central, c'est d&#233;former l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y a d'int&#233;ressant dans cette citation, ce n'est tant la d&#233;fense sans r&#233;serve de Zinoviev et de Kam&#233;nev que la r&#233;f&#233;rence hors de propos &#224; &#171; plusieurs bolch&#233;viks arr&#234;t&#233;s &#187;, elle visait Lounatcharsky, qui n'&#233;tait nullement en cause. Dans les documents saisis apr&#232;s la R&#233;volution, on trouva l'interrogatoire de Lounatcharsky lors de l'enqu&#234;te polici&#232;re. Il ne fait certainement pas honneur &#224; son courage politique. Cela n'&#233;tait pas, en soi, de grande importance pour Staline ; des bolch&#233;viks moins courageux encore &#233;taient dans son entourage imm&#233;diat. Ce qui l'exasp&#233;rait, c'&#233;tait qu'en 1923, Lounatcharsky ait publi&#233; des Silhouettes des chefs de la R&#233;volution, dans lesquelles il n'y avait pas de silhouette de Staline. L'omission n'&#233;tait pas d&#233;lib&#233;r&#233;e, Lounatcharsky n'avait rien contre Staline ; simplement il ne lui &#233;tait pas venu &#224; l'id&#233;e, pas plus qu'&#224; quiconque &#224; cette &#233;poque, de compter Staline parmi les chefs de la R&#233;volution. Mais en 1925 la situation avait chang&#233;, et c'&#233;tait pour Staline une mani&#232;re de faire comprendre &#224; Lounatcharsky qu'il devait modifier sa politique ou sinon s'attendre &#224; &#234;tre tra&#238;n&#233; sur la claie. Un d&#233;lai lui &#233;tait accord&#233; ; il comprit tr&#232;s bien &#224; qui &#233;tait faite l'allusion et il changea radicalement sa position poli&#173;tique ; ses p&#233;ch&#233;s de Juillet 1917 furent imm&#233;diatement oubli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes r&#233;volutionnaires de l'&#232;re tsariste n'&#233;taient pas tous des h&#233;ros de livres de contes. Il y en avait parmi eux qui ne montraient pas un courage suffisant durant les enqu&#234;tes polici&#232;res. Si leur conduite ult&#233;rieure permettait d'oublier cette d&#233;faillance, le parti ne les expulsait pas d&#233;finitivement et leur permettait de rentrer ensuite dans, ses rangs. En 1923, Staline, comme secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, commen&#231;a &#224; recueillir personnellement tous les cas de cette sorte et &#224; s'en servir occasionnellement comme moyen de chantage &#224; l'&#233;gard de vieux r&#233;volutionnaires qui avaient plus que r&#233;par&#233; leur faute de jeunesse ; en mena&#231;ant de r&#233;v&#233;ler leur pass&#233;, il les r&#233;duisait &#224; une ob&#233;issance servile, les poussant pas &#224; pas vers un &#233;tat de compl&#232;te d&#233;moralisation. Et il se les attachait d&#233;finitivement en les contraignant aux besognes les plus d&#233;gradantes dans ses machinations contre l'opposition. Ceux qui refusaient de s'incliner devant ce chantage &#233;taient bris&#233;s politiquement par l'appareil ou accul&#233;s au suicide. Ainsi p&#233;rit un de mes plus proches collaborateurs, mon secr&#233;taire personnel Glazman, homme d'une modestie exceptionnelle et d'une d&#233;votion exemplaire au Parti. Il se suicida d&#232;s 1924. Son acte d&#233;sesp&#233;r&#233; produisit une telle impression que la Commission centrale de contr&#244;le fut contrainte de le r&#233;habiliter et d'infliger une r&#233;primande (tr&#232;s prudente et tr&#232;s mod&#233;r&#233;e) &#224; son propre organe ex&#233;cutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression exerc&#233;e sur les opposants de gauche et sur ceux qui sympathisaient avec eux augmenta progressivement. Le traitement auquel furent soumis les centaines de communistes qui ajout&#232;rent leur signature &#224; la &#171; D&#233;claration des 83 &#187;, du 26 mai 1927, ne fut surpass&#233; en brutalit&#233; et en cynisme que par celui inflig&#233; aux milliers de membres du Parti qui les soutenaient oralement. Ils &#233;taient tra&#238;n&#233;s devant les tribunaux du Parti uniquement parce que, dans des r&#233;unions du Parti, ils avaient exprim&#233; des vues qui n'&#233;taient pas en accord avec celles du Comit&#233; central ; on les privait ainsi de leur droit le plus &#233;l&#233;mentaire de membre du Parti. La masse du Parti fut ainsi pr&#233;par&#233;e pour l'expulsion brutale de l'opposition. Cette pression s'exer&#231;ait encore au moyen mesures exceptionnelles dirig&#233;es contre les membres et les sympathisants de l'opposition. &#171; Nous vous chasserons de vos emplois &#187;, s'&#233;cria un jour le secr&#233;taire du comit&#233; de Moscou et, quand cette menace &#233;tait insuffisante &#224; r&#233;duire l'opposition au silence, le Comit&#233; central en appelait ouvertement &#224; la Gu&#233;p&#233;ou. Il fallait &#234;tre aveugle pour ne pas voir que la lutte contre l'opposition par de telles m&#233;thodes, c'&#233;tait une lutte contre le Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menjinsky, successeur de Dzerjinsky &#224; la t&#234;te de la Gu&#233;p&#233;ou, avait appartenu au mouvement d'opposition au temps de L&#233;nine. Il avait &#233;t&#233; avec les boycottistes, puis avait sympathis&#233; avec l'anarcho-syndicalisme et avait encore d'autres d&#233;viations &#224; son actif. C'&#233;tait dans sa jeunesse. Mais vers la fin de sa carri&#232;re, il &#233;tait fascin&#233; par l'appareil r&#233;pressif. Plus rien ne l'int&#233;ressait que la Gu&#233;p&#233;ou. Il consacrait toutes ses facult&#233;s intellectuelles &#224; ce qui &#233;tait sa seule t&#226;che : maintenir son appareil en &#233;tat de parfait fonctionnement. Pour cela, il lui fallait d'abord appuyer fermement le gouvernement. Un jour, durant la guerre civile, Menjinsky m'avait pr&#233;venu, &#224; mon &#233;tonnement, des intrigues de Staline contre moi, j'y ai fait allusion dans mon Autobiographie. Quand Ie triumvirat s'empara du pouvoir, il fut fid&#232;le au triumvirat. Il transf&#233;ra sa fid&#233;lit&#233; &#224; Staline quand le triumvirat s'effondra. Dans l'automne de 1927, quand la Gu&#233;p&#233;ou commen&#231;a &#224; intervenir dans les diff&#233;rends int&#233;rieurs du Parti, plusieurs d'entre nous - Zinoviev, Kam&#233;nev, Smilga, moi et je pense encore quelqu'un d'autre - all&#232;rent voir Menjinsky. Nous lui demand&#226;mes de nous montrer les d&#233;positions des t&#233;moins dont il avait fait &#233;tat avec un grand succ&#232;s contre nous &#224; la r&#233;cente s&#233;ance du Comit&#233; central. Il ne nia pas que, essentiellement, ces documents &#233;taient faux, mais il refusa nettement de nous les montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous rappelez-vous, Menjinsky, lui demandai-je, que vous m'avez parl&#233; une fois, dans mon train, quand nous &#233;tions sur le front du Sud, d'une intrigue de Staline contre moi ? &#187; Il resta embarrass&#233;. Iagoda, qui, &#224; cette &#233;poque, &#233;tait l'agent de Staline par-dessus le chef du la Gu&#233;p&#233;ou, intervint alors. &#171; Mais le camarade Menjisky, dit-il en avan&#231;ant sa t&#234;te de renard, n'est jamais all&#233; au front du Sud. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Iagoda avait &#233;t&#233; pharmacien dans sa jeunesse, dans une &#233;poque paisible, il se serait &#233;teint obscur&#233;ment dans la boutique d'une petite ville.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'interrompis ; je lui dis que ce n'&#233;tait pas &#224; lui que je parlais, mais &#224; Menjinsky et je r&#233;p&#233;tai ma question. Alors Menjinsky r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, j'&#233;tais dans votre train sur le front du Sud et je vous ai mis en garde contre telle ou telle machination, mais je crois n'avoir nomm&#233; personne. &#187; Le sourire &#233;trange d'un somnambule errait sur son visage pendant qu'il se d&#233;cidait &#224; r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne p&#251;mes rien lui arracher. Staline vint lui parler apr&#232;s que nous nous f&#251;mes retir&#233;s les mains vides. Kam&#233;nev retourna le voir seul, apr&#232;s tout, il n'y avait pas si longtemps qu'il avait &#224; la disposition de l'entier triumvirat contre l'opposition. &#171; Pensez-vous vraiment, lui demanda finalement Kam&#233;nev, que Staline seul sera capable de se mesurer avec les t&#226;ches de la R&#233;volution d'Octobre ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menjinsky &#233;vita la question. &#171; Pourquoi alors lui avez-vous permis d'acqu&#233;rir une force aussi formidable ? &#187; r&#233;pondit-il, question pour question. &#171; Maintenant, c'est trop tard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps de 1924, apr&#232;s une des s&#233;ances pl&#233;ni&#232;res du Comit&#233; central &#224; laquelle la maladie m'avait emp&#234;ch&#233; d'assister, je dis &#224; I.N. Smirnov : &#171; Staline deviendra le dictateur de l'U.R.S.S. &#187; Smirnov connaissait bien Staline. Ils avaient partag&#233; ensemble le travail r&#233;volutionnaire et l'exil pendant des ann&#233;es, et dans de telles conditions les hommes apprennent &#224; se bien conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Staline ? me demanda-t-il avec stupeur, mais c'est un m&#233;diocre, une nullit&#233; sans pittoresque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#233;diocre, oui, nullit&#233;, non, lui r&#233;pondis-je. La dialectique de l'histoire s'est d&#233;j&#224; empar&#233;e de lui et elle le portera plus haut encore. Tous ont besoin de lui - les r&#233;volutionnaires fatigu&#233;s, les bureaucrates, les nepmen, les koulaks, les parvenus, les serviles, tous ces vers qui rampent sur le sol labour&#233; de la R&#233;volution. Il sait comment les retrouver sur leur propre terrain, il parle leur langage et sait comment les conduire, il a la r&#233;putation m&#233;rit&#233;e d'un vieux r&#233;volutionnaire, ce qui le rend pour eux inestimable comme moyen d'aveugler le pays ; il a de la volont&#233; et de l'audace, il n'h&#233;sitera jamais &#224; les utiliser et &#224; les dresser contre le Parti ; il d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; le faire. Maintenant, pr&#233;cis&#233;ment, il rassemble et organise autour de lui les cafards du Parti, les intrigants rus&#233;s. Sans doute, de grands &#233;v&#233;nements en Europe, en Asie, et dans notre pays peuvent intervenir et renverser toutes les sp&#233;culations. Mais, si tout continue &#224; se d&#233;velopper automatiquement comme maintenant, alors Staline deviendra, automatiquement aussi, dictateur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1926, au cours d'une discussion avec Kam&#233;nev, celui-ci soutenait avec insistance que Staline &#233;tait &#171; juste un politicien provincial &#187;. Il y avait quelque chose de vrai dans cette appr&#233;ciation sarcastique, mais seulement une parcelle. Les attributs tels que la ruse, la d&#233;loyaut&#233;, l'habilet&#233; &#224; exploiter les plus bas instincts de la natures humaine sont d&#233;velopp&#233;s chez Staline &#224; un degr&#233; extraordinaire et, &#233;tant donn&#233; sa forte personnalit&#233;, ils constituent des armes puissantes dans une lutte ; mais naturellement pas dans chaque genre de lutte. La lutte pour lib&#233;rer les masses exige d'autres qualit&#233;s. Mais, en choisissant des hommes pour occuper les positions privil&#233;gi&#233;es, en les soudant les uns aux autres dans l'esprit de la caste, en affaiblissant et asservissant les masses, les attributs m&#234;mes de Staline &#233;taient inestimables et faisaient de lui le chef de la r&#233;action bureaucratique. N&#233;anmoins Staline reste une m&#233;diocrit&#233;, son esprit n'est pas seulement born&#233;, il est m&#234;me incapable de raisonnement logique. Chaque phrase de son discours a quelque but pratique imm&#233;diat ; mais son discours, pris dans l'ensemble, ne se hausse jamais &#224; une structure logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Staline pouvait avoir pr&#233;vu, au d&#233;but, o&#249; sa lutte contre le trotskisme le conduirait, il aurait sans doute h&#233;sit&#233; &#224; la poursuivre plus avant, en d&#233;pit de la perspective de victoire sur tous ses adversaires. Mais il est incapable de pr&#233;voir quoi que ce soit. Les proph&#233;ties de ses adversaires qu'il deviendrait le chef de la r&#233;action thermidorienne, le fossoyeur du Parti de la R&#233;volution, lui semblaient des imaginations vides de sens. Il croyait que l'appareil du Parti se suffisait &#224; lui-m&#234;me, &#233;tant capable d'accomplir toutes les t&#226;ches. Il n'avait pas la moindre compr&#233;hension de la fonction historique qu'il occupait. L'absence d'imagination cr&#233;atrice, l'incapacit&#233; de g&#233;n&#233;raliser et de pr&#233;voir an&#233;antirent le r&#233;volutionnaire en Staline quand il prit seul le gouvernail. Mais ces m&#234;mes traits, s'appuyant sur son autorit&#233; d'ancien r&#233;volutionnaire, lui permirent de camoufler la mont&#233;e de la bureaucratie thermidorienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son ambition acquit une trempe asiatique inculte que la technique europ&#233;enne aggrava. Il faut que la presse l'exalte chaque jour avec extravagance, publie ses portraits, le cite sous le moindre pr&#233;texte ; imprime son nom en gros caract&#232;res. Aujourd'hui, les t&#233;l&#233;graphistes eux-m&#234;mes savent qu'ils ne doivent pas accepter un t&#233;l&#233;gramme adress&#233; &#224; Staline dans lequel il n'est pas appel&#233; &#171; le p&#232;re du peuple &#187;, ou &#171; le grand ma&#238;tre &#187; ou &#171; g&#233;nial &#187;. Le roman, l'op&#233;ra, le cin&#233;ma, la peinture, la sculpture, m&#234;me des expositions agricoles, tout doit tourner autour de Staline comme autour de son axe. La litt&#233;rature et l'art de l'&#233;poque stalinienne resteront dans l'histoire comme des exemples du byzantinisme le plus absurde et le plus abject. En 1925, Staline ne pardonnait pas &#224; Lounatcharsky de ne pas l'avoir mentionn&#233; dans un livre de portraits r&#233;volutionnaires ; mais une douzaine d'ann&#233;es plus tard Alexis Tolsto&#239;, qui porte le nom d'un des plus puissants et des plus ind&#233;pendants &#233;crivains de Russie, saluait Staline ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toi, brillant soleil des nations,&lt;br class='autobr' /&gt; Le soleil de notre temps qui jamais ne d&#233;cline,&lt;br class='autobr' /&gt; Et plus que le soleil, car le soleil ne conna&#238;t pas la sagesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline et le soleil reviennent encore dans ces vers d'auteurs moins connus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous recevons notre soleil de Staline,&lt;br class='autobr' /&gt; Nous recevons notre vie heureuse de Staline...&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; ma&#238;tre sage ! g&#233;nie des g&#233;nies !&lt;br class='autobr' /&gt; Soleil des ouvriers, Soleil des paysans, Soleil du monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article sur l'&#171; heureux r&#232;gne &#187; du tsar Alexandre III &#233;crit pour une ancienne Encyclop&#233;die russe par un courtisan obs&#233;quieux, est un mod&#232;le de v&#233;racit&#233;, de mod&#233;ration et de bon go&#251;t compar&#233; &#224; l'article sur Staline dans la derni&#232;re Encyclop&#233;die sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bloc avec Zinoviev et Kam&#233;nev retenait Staline. Ayant pass&#233; de longues ann&#233;es &#224; l'&#233;cole de L&#233;nine, Zinoviev et Kam&#233;nev &#233;taient capables d'appr&#233;cier la valeur des id&#233;es et des programmes. Bien qu'ils se soient laiss&#233;s aller parfois &#224; de monstrueuses d&#233;viations de principes du bolch&#233;visme, ils ne franchissaient jamais certaines limites. Mais quand le triumvirat se scinda, Staline se trouva lib&#233;r&#233; de toute retenue id&#233;ologique Les membres du Bureau politique n'&#233;taient plus g&#234;n&#233;s par leur manque de pass&#233; r&#233;volutionnaire ou par leur grande ignorance. Les discussions m&#233;diocres et sans int&#233;r&#234;t restaient sans port&#233;e, particuli&#232;rement en ce qui touchait les probl&#232;mes de l'Internationale communiste. A cette &#233;poque, pas un membre du Bureau politique n'&#233;tait dispos&#233; &#224; admettre qu'aucune des sections &#233;trang&#232;res de l'Internationale communiste e&#251;t une personnalit&#233; ind&#233;pendante. Tout se r&#233;duisait &#224; la question de savoir si elle &#233;tait &#171; pour &#187; ou &#171; contre &#187; l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, une de mes t&#226;ches &#224; l'Internationale communiste avait &#233;t&#233; de suivre le mouvement ouvrier en France. Apr&#232;s les bouleversements qui eurent lieu &#224; l'int&#233;rieur de l'Internationale communiste, commenc&#233;s vers la fin de 1923 et poursuivis durant toute l'ann&#233;e 1924, les nouveaux dirigeants des diverses sections s'efforc&#232;rent de s'&#233;loigner de plus en plus des anciennes doctrines. Je me souviens d'une r&#233;union o&#249; j'apportai le plus r&#233;cent num&#233;ro de l'organe central du Parti communiste fran&#231;ais et traduisis plusieurs passages d'un article important traitant du programme politique. Ces extraits r&#233;v&#233;laient une telle ignorance et un si &#233;clatant opportunisme que, pour un instant, la g&#234;ne r&#233;gna au sein du Bureau politique. Pourtant les staliniens du Bureau ne pouvaient abandonner ceux qui &#233;taient leur serviles appuis au dehors. Le seul membre qui croyait savoir le fran&#231;ais, Roudzoutak, me demanda la coupure du journal et voulut en reprendre la traduction, il escamota tous les mots et phrases qu'il ne comprenait pas, en d&#233;forma la signification d'autres, compl&#233;tant le tout par son propre commentaire fantastique. Aussit&#244;t chacun l'approuva ; la g&#234;ne avait disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne vaudrait gu&#232;re la peine aujourd'hui de soumettre &#224; un examen th&#233;orique les produits de la litt&#233;rature contre le trotskisme qui, malgr&#233; le manque de papier, inond&#232;rent litt&#233;ralement l'Union sovi&#233;tique. Staline lui-m&#234;me ne pourrait relire tout ce qu'il dit et &#233;crivit entre 1923 et 1929, car c'est en flagrante contradiction avec tout ce qu'il &#233;crivit et dit dans la d&#233;cade suivante. Il nous suffira d'indiquer, pour notre d&#233;monstration, les rares id&#233;es nouvelles qui se cristallis&#232;rent graduellement au cours des pol&#233;miques entre l'appareil stalinien et l'opposition, et acquirent une signification d&#233;cisive pour autant qu'elles fournirent un bagage id&#233;ologique aux initiateurs de la lutte contre le trotskisme. C'est autour de ces id&#233;es que les forces politiques se ralli&#232;rent. Il y en avait trois principales, elles se compl&#233;taient et se rempla&#231;aient partiellement l'une l'autre selon le moment et les circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re concernait l'industrialisation. Le triumvirat commen&#231;a par combattre le programme que j'avais propos&#233; et, dans l'int&#233;r&#234;t de la pol&#233;mique, le qualifia de &#171; super-industrialisation &#187;. Cette position s'affirma m&#234;me quand le triumvirat se disloqua et que Staline forma son bloc avec Boukharine et l'aile droite. La tendance g&#233;n&#233;rale de l'argumentation officielle contre cette soi-disant super-industrialisation, c'&#233;tait qu'une industrialisation rapide n'&#233;tait possible qu'aux d&#233;pens de la paysannerie. En cons&#233;quence, il fallait avancer lentement, comme une tortue ; la question du rythme de l'industrialisation &#233;tait sans importance, etc. En fait, la bureaucratie ne voulait pas troubler ces couches de la population qui avaient commenc&#233; de s'enrichir, c'est-&#224;-dire la petite bourgeoisie des nepmen. Ce fut la premi&#232;re erreur s&#233;rieuse dans la lutte contre le trotskisme. Mais Staline ne voulut jamais reconna&#238;tre ses propres erreurs, il fit une compl&#232;te volte-face et d&#233;cida all&#233;grement de surpasser tous les projets ant&#233;rieurs de super-industrialisation - surtout sur le papier et en paroles, h&#233;las !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde &#233;tape, au cours de 1924, l'attaque fut d&#233;clench&#233;e contre la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. Le contenu politique de cette lutte se r&#233;duisait &#224; l'opinion que nous n'avions pas &#224; nous int&#233;resser &#224; la r&#233;volution internationale, mais &#224; 'notre s&#233;curit&#233;, afin de d&#233;velopper notre &#233;conomie. La bureaucratie craignait de plus en plus de mettre en jeu sa situation par le risque des cons&#233;quences implicites d'une politique r&#233;volutionnaire internationale. La campagne contre la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, vid&#233;e de toute valeur th&#233;orique quelconque, servit comme affirmation d'une d&#233;viation nationaliste conservatrice du bolch&#233;visme. C'est de cette lutte que surgit la th&#233;orie du &#171; socialisme dans un seul pays &#187;. Zinoviev et Kam&#233;nev, seulement alors, commenc&#232;rent &#224; entrevoir les cons&#233;quences de la lutte qu'ils avaient eux-m&#234;mes d&#233;clench&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me id&#233;e de la bureaucratie dans sa campagne contre le trotskisme concernait la lutte contre le &#171; nivellement &#187;, contre l'&#233;galit&#233;. Le c&#244;t&#233; th&#233;orique de cette lutte restera certainement comme une curiosit&#233;. Staline trouva, dans la &#171; Critique du programme de Gotha &#187; de la social-d&#233;mocratie allemande par Marx, une phrase disant que dans la premi&#232;re p&#233;riode du socialisme l'in&#233;galit&#233; devrait &#234;tre maintenue ou, comme Marx le disait, le droit bourgeois dans le domaine de la distribution. Marx ne voulait &#233;videmment pas justifier ainsi la cr&#233;ation d'une nouvelle in&#233;galit&#233;, mais proposait une &#233;limination progressive plut&#244;t que soudaine de l'ancienne in&#233;galit&#233; dans le domaine des salaires. Cette citation &#233;tait incorrectement interpr&#233;t&#233;e comme une d&#233;claration des droits et privil&#232;ges des bureaucrates et de leurs satellites. L'avenir de l'Union sovi&#233;tique se trouvait mis par l&#224; en contradiction avec l'avenir du prol&#233;tariat international, et la bureaucratie se trouvait pourvue d'une justification th&#233;orique de ses privil&#232;ges et pouvoirs sp&#233;ciaux sur la masse des travailleurs &#224; l'int&#233;rieur de l'Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses se passaient donc comme si la R&#233;volution avait &#233;t&#233; faite et gagn&#233;e express&#233;ment pour la bureaucratie, laquelle mena une lutte furieuse et enrag&#233;e contre le &#171; nivellement &#187;, qui mena&#231;ait ses privil&#232;ges, et contre la r&#233;volution permanente qui mena&#231;ait son existence m&#234;me. Il ne faut donc pas s'&#233;tonner si dans cette lutte Staline trouva de nombreux appuis. Parmi ses plus chauds partisans, on voyait des anciens lib&#233;raux, des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks. Ils se rassembl&#232;rent dans l'Etat et m&#234;me dans l'appareil du Parti, c&#233;l&#233;brant le bon sens pratique de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre la super-industrialisation fut men&#233;e tr&#232;s prudemment en 1922, ouvertement et avec violence en 1923. La lutte contre la r&#233;volution permanente commen&#231;a publiquement en 1924 et se poursuivit sous des formes diff&#233;rentes et avec des interpr&#233;tations vari&#233;es durant toutes les ann&#233;es suivantes. La lutte pour la d&#233;fense de l'&#171; in&#233;galit&#233; &#187; commen&#231;a vers la fin de 1925 et devint essentiellement la base du programme social de la bureaucratie. La lutte contre la super-&#173;industrialisation &#233;tait men&#233;e directement et ouvertement dans l'int&#233;r&#234;t des koulaks ; le d&#233;veloppement de l'industrie &#224; &#171; allure de tortue &#187; &#233;tait n&#233;cessaire pour donner aux koulaks un antidote indolore contre le socialisme. Cette philosophie &#233;tait celle de la droite aussi bien que celle du centre stalinien. La th&#233;orie du socialisme dans un seul pays &#233;tait pr&#244;n&#233;e dans cette p&#233;riode par un bloc de la bureaucratie et de la petite bourgeoisie des campagnes et des villes. La lutte contre l'&#233;galit&#233; souda la bureaucratie plus solidement que jamais, non seulement &#224; cette petite bourgeoisie, mais &#233;galement &#224; l'aristocratie ouvri&#232;re. L'in&#233;galit&#233; devint la base sociale commune, la raison d'&#234;tre de ces alli&#233;s. Ainsi, des liens &#233;conomiques et politiques unirent la bureaucratie et la petite bourgeoisie de 1923 &#224; 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que le Thermidor russe manifeste sa similitude la plus &#233;vidente avec son prototype fran&#231;ais. Durant cette p&#233;riode, le koulak fut autoris&#233; &#224; louer les terres du paysan pauvre et &#224; engager celui-ci comme son ouvrier. Staline &#233;tait pr&#234;t &#224; permettre la location de terres pour une p&#233;riode de quarante ans. Peu apr&#232;s la mort de L&#233;nine, il avait essay&#233; clandestinement de transf&#233;rer les terres nationalis&#233;es comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e aux paysans de sa G&#233;orgie natale sous le couvert de &#171; possession &#187; de &#171; parcelles personnelles &#187; pour &#171; beaucoup d'ann&#233;es &#187;. Ici encore, il montrait combien solides &#233;taient ses vieilles racines agrariennes et son nationalisme g&#233;orgien., Sur des instructions secr&#232;tes de Staline, le commissaire du peuple de l'agriculture de G&#233;orgie avait pr&#233;par&#233; un projet pour cette transmission des terres. C'est seulement la protestation de Zinoviev qui avait eu vent de la conspiration, et l'inqui&#233;tude soulev&#233;e par le projet dans les cercles du Parti qui oblig&#232;rent Staline &#224; r&#233;pudier son propre projet, parce qu'il ne se sentait pas encore assez s&#251;r de lui-m&#234;me. Naturellement, le bouc &#233;missaire fut l'infortun&#233; commissaire du peuple g&#233;orgien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Staline et son appareil devinrent plus impudents avec le temps, particuli&#232;rement apr&#232;s qu'ils se furent d&#233;barrass&#233;s de l'influence freinante de Zinoviev et de Kam&#233;nev. En fait, la bureaucratie alla si loin dans son d&#233;sir de satisfaire les int&#233;r&#234;ts et les revendications de ses alli&#233;s qu'en 1927 il devint &#233;vident pour tous - comme il avait &#233;t&#233; trop facile de le pr&#233;voir - que les revendications des alli&#233;s bourgeois &#233;taient, par leur nature m&#234;me, illimit&#233;es. Le koulak voulait la terre, sa possession sans r&#233;serve, le koulak voulait avoir le droit de disposer librement de toute sa r&#233;colte ; le koulak faisait tous ses efforts pour cr&#233;er dans les villes sa contre-partie sous la forme du commerce et de l'industrie libres ; le koulak voulait en finir avec les livraisons forc&#233;es &#224; prix fix&#233;s ; le koulak, conjointement avec le petit industriel, travaillait &#224; la restauration compl&#232;te du capitalisme. Ainsi s'ouvrit la lutte irr&#233;conciliable pour le surplus de la production du travail national. Qui en disposerait dans le plus proche avenir - la nouvelle bourgeoisie ou la bureaucratie sovi&#233;tique ? - cela devint la question dominante, car qui en disposera aura le pouvoir de l'Etat &#224; sa disposition. C'est cela qui provoqua le conflit entre, d'une part, la petite bourgeoisie, qui avait aid&#233; la bureaucratie &#224; briser la r&#233;sistance des masses travailleuses et de leur porte-parole, l'opposition de gauche, et, de l'autre, la bureaucratie thermidorienne elle-m&#234;me qui avait aid&#233; la petite bourgeoisie &#224; dominer les masses paysannes. C'&#233;tait une lutte directe pour le pouvoir et pour le revenu. Evidemment, la bureaucratie n'avait pas &#233;cras&#233; l'avant-garde prol&#233;tarienne, elle ne s'&#233;tait pas d&#233;gag&#233;e des exigences de la r&#233;volution internationale, et n'avait pas l&#233;gitim&#233; la philosophie de l'in&#233;galit&#233; pour capituler devant la bourgeoisie, devenir son serviteur et, &#233;ventuellement, &#234;tre &#233;cart&#233;e du r&#226;telier de l'Etat. Elle devint mortellement effray&#233;e en voyant les cons&#233;quences de sa politique de six ann&#233;es. Elle se retourna donc brutalement contre le koulak et le nepman. Parall&#232;lement, elle s'engagea dans la politique dite de la troisi&#232;me p&#233;riode de l'Internationale communiste et d&#233;clencha la lutte contre les droitiers. Aux yeux des na&#239;fs, la th&#233;orie et la pratique de cette troisi&#232;me p&#233;riode apparaissaient comme un retour aux principes fondamentaux du bolch&#233;visme. Mais ce n'&#233;tait rien de tel. C'&#233;tait simplement un moyen vers une fin, le but &#233;tant maintenant la liquidation de l'opposition de droite et de ses satellites. La bouffonnerie stupide de cette fameuse troisi&#232;me p&#233;riode, en Russie et &#224; l'&#233;tranger, est trop r&#233;cente pour qu'il soit n&#233;cessaire de la d&#233;crire ici. On pourrait en rire si ses cons&#233;quences pour les masses n'avaient pas &#233;t&#233; aussi tragiques. Ce n'est un secret pour personne que dans sa lutte contre les droitiers Staline accepta l'aum&#244;ne de l'Opposition de gauche. Il n'apporta aucune id&#233;e nouvelle. Son travail intellectuel ne consista en rien d'autre que menaces et r&#233;p&#233;tition de slogans et arguments de l'Opposition de gauche, naturellement avec une d&#233;formation d&#233;magogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, les &#233;crits de l'Opposition de gauche de 1926-1927 se distinguent par leur exceptionnelle richesse. L'opposition r&#233;agit &#224; chaque &#233;v&#233;nement, int&#233;rieur et ext&#233;rieur, &#224; chaque acte du gouvernement, &#224; chaque d&#233;cision du bureau politique, par des documents, individuels ou collectifs, adress&#233;s aux diverses institutions du parti, le plus souvent au Bureau politique. Ces ann&#233;es &#233;taient celles de la R&#233;volution chinoise, du Comit&#233; anglo-russe, et de l'extr&#234;me confusion dans les probl&#232;mes int&#233;rieurs. La bureaucratie cherchait toujours son chemin &#224; t&#226;tons, se jetant de droite &#224; gauche et ensuite de gauche &#224; droite. Une grande partie de ce qu'&#233;crivit l'opposition n'&#233;tait pas destin&#233;e aux journaux, mais seulement &#224; l'information des instances dirigeantes du Parti. Mais m&#234;me ce qui &#233;tait &#233;crit sp&#233;cialement pour la Pravda, ou pour la revue th&#233;orique mensuelle, le Bolch&#233;vik, ne paraissait jamais dans la presse sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; du Bureau politique &#233;tait fermement d&#233;cid&#233;e &#224; &#233;trangler l'opposition - au moins, &#224; l'&#233;touffer, &#224; la pousser hors du Parti, &#224; l'expulser, &#224; l'emprisonner. C'&#233;tait la mani&#232;re de Staline de r&#233;pondre aux arguments, mais non celle de tous les membres du Bureau politique. Mais peu &#224; peu Staline entra&#238;nait les h&#233;sitants ; il r&#233;duisait progressivement leurs r&#233;serves, leurs &#171; pr&#233;jug&#233;s &#187;, faisait de chaque mesure la cons&#233;quence in&#233;vitable de la mesure pr&#233;c&#233;dente. L&#224;, il &#233;tait dans son &#233;l&#233;ment ; sa ma&#238;trise &#233;tait indiscutable. Le temps vint o&#249; les dissidents du Bureau politique renonc&#232;rent &#224; protester, m&#234;me mollement, contre les outrages des grossiers &#171; activistes &#187; de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie des &#233;crits de l'Opposition que j'ai r&#233;ussi &#224; emporter lorsque je fus d&#233;port&#233; en Turquie se trouve maintenant &#224; la Harvard Library, o&#249; elle est &#224; la disposition de tous ceux qui s'int&#233;ressent &#224; l'&#233;tude de cette remarquable bataille et veulent se reporter aux sources m&#234;mes. Relisant ces documents au moment o&#249; j'&#233;tais engag&#233; dans la r&#233;daction de ce livre, c'est-&#224; dire pr&#232;s de quinze ans apr&#232;s, j'ai &#233;t&#233; contraint, de reconna&#238;tre que l'Opposition avait eu raison sur deux points : elle avait &#224; la fois vu juste et parl&#233; hardiment, elle manifesta un courage et une persistance exceptionnels dans l'affirmation de sa ligne politique. Ses arguments n'&#233;taient jamais r&#233;fut&#233;s. Il n'est pas difficile d'imaginer la fureur qu'ils provoqu&#232;rent chez Staline et ses proches collaborateurs. La sup&#233;riorit&#233; politique et intellectuelle des repr&#233;sentants de l'Opposition sur la majorit&#233; du Bureau politique appara&#238;t clairement, &#224; chaque ligne des documents. Staline n'avait rien &#224; dire en r&#233;ponse, et il n'essayait m&#234;me pas de le faire. Il avait recours &#224; la m&#234;me m&#233;thode qui avait &#233;t&#233; une part de lui-m&#234;me depuis sa premi&#232;re jeunesse : ne pas discuter avec un adversaire en lui opposant ses propres vues devant des camarades, mais l'attaquer personnellement et, si possible, l'exterminer physiquement. Son impuissance intellectuelle devant des arguments, devant des critiques, engendrait la col&#232;re, et la col&#232;re &#224; son tour le poussait aux mesures pr&#233;cipit&#233;es pour la liquidation de l'Opposition. Ainsi se passa la p&#233;riode 1926-1927. L'avenir devait montrer qu'elle n'&#233;tait qu'une r&#233;p&#233;tition de l'exhibition de perfidie et de d&#233;g&#233;n&#233;rescence qui fit fr&#233;mir le monde douze ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; de cette grande pol&#233;mique, il y avait l'opposition de gauche, intellectuellement ardente, infatigable dans ses recherches et explorations, s'effor&#231;ant passionn&#233;ment de trouver la juste solution des probl&#232;mes que posaient des situations changeantes &#224; l'int&#233;rieur et dans l'Internationale, se maintenant strictement dans les traditions du Parti. De l'autre, la clique bureaucratique poursuivant froidement ses machinations pour se d&#233;barrasser de ses critiques, de tous les adversaires, des trouble-f&#234;te qui ne voulaient pas lui laisser de repos, qui ne voulaient pas lui donner la possibilit&#233; de jouir de la victoire qu'ils avaient remport&#233;e. Tandis que les membres de l'opposition &#233;taient occup&#233;s &#224; analyser les erreurs fondamentales de la politique officielle en Chine, ou soumettaient &#224; la critique le bloc avec le Conseil g&#233;n&#233;ral des trade-unions britanniques, Staline mettait en circulation la rumeur que l'Opposition travaillait pour Austen Chamberlain contre l'Union sovi&#233;tique, qu'elle ne voulait pas d&#233;fendre l'Union sovi&#233;tique, que tel ou tel oppositionnel se servait abusivement des automobiles de l'Etat, que Kam&#233;nev signa jadis un t&#233;l&#233;gramme &#224; Michel Romanov, que Trotsky &#233;crivit une lettre furieuse contre L&#233;nine. Et toujours les dates, les circonstances, indispensables pour interpr&#233;ter exactement les faits, restaient dans le vague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'&#233;taient pas l&#224; les seules m&#233;thodes de riposte stalinienne. Staline et ses valets s'avilirent jusqu'&#224; p&#234;cher dans les eaux boueuses de l'antis&#233;mitisme. Je me souviens particuli&#232;rement d'un dessin paru dans la Rabotcha&#239;a Gazeta (Gazette ouvri&#232;re) intitul&#233; &#171; Les camarades Trotsky et Zinoviev &#187;. Il y avait beaucoup de caricatures semblables et de mauvais vers, pr&#233;tendus burlesques, de caract&#232;re antis&#233;mite dans la presse du Parti, elles provoquaient des ricanements sournois. L'attitude de Staline &#224; l'&#233;gard de cet antis&#233;mitisme croissant &#233;tait une neutralit&#233; amicale. Mais les choses all&#232;rent si loin qu'il fut forc&#233; d'intervenir par une d&#233;claration disant : &#171; Nous combattons Trotsky, Zinoviev et Kam&#233;nev non parce qu'ils sont Juifs, mais parce qu'ils sont oppositionnels &#187;, etc. Il &#233;tait parfaitement clair pour tous ceux capables de penser politiquement que cette d&#233;claration, d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#233;quivoque, ne visait que les &#171; exc&#232;s &#187; de l'antis&#233;mitisme, tandis que la presse sovi&#233;tique tout enti&#232;re laissait clairement entendre : &#171; N'oubliez pas que les dirigeants de l'opposition sont des Juifs. &#187; Ainsi les antis&#233;mites avaient carte blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des membres du Parti aid&#232;rent &#224; la d&#233;faite de l'Opposition contre leur volont&#233;, contre leurs sympathies, contre leurs propres souvenirs. Ils avaient &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; voter comme ils le faisaient progressivement, sous la pression de l'appareil, de m&#234;me que la machine elle-m&#234;me &#233;tait entra&#238;n&#233;e dans la lutte contre l'Opposition du sommet &#224; la base. Staline laissait les r&#244;les de premier plan &#224; Zinoviev, Kam&#233;nev, Boukharine, Rykov, parce qu'ils &#233;taient infiniment mieux &#233;quip&#233;s que lui pour mener une pol&#233;mique publique contre l'Opposition, mais aussi parce qu'il ne voulait pas br&#251;ler tous les ponts derri&#232;re lui. Les rudes coups port&#233;s &#224; l'Opposition, qui semblaient alors d&#233;cisifs, suscitaient une sympathie secr&#232;te, pourtant profonde, pour les vaincus et une hostilit&#233; ind&#233;niable envers les vainqueurs, particuli&#232;rement envers les deux personnages dirigeants, Zinoviev et Kam&#233;nev. Staline en tirait avantage. Il se dissociait publiquement de Kam&#233;nev et de Zinoviev, consid&#233;r&#233;s comme les principaux responsables de la campagne impopulaire contre Trotsky. Il s'attribuait le r&#244;le de conciliateur, d'arbitre impartial et mod&#233;r&#233; dans la lutte fractionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1925, Zinoviev, essayant d'impressionner Rakovsky avec les victoires de sa fraction, parlait de moi en ces termes : &#171; Pauvre politicien ! Il est incapable de trouver la tactique juste. C'est pourquoi, il a &#233;t&#233; battu. &#187; Une ann&#233;e plus tard, ce critique malheureux de ma tactique cognait &#224; la porte de l'Opposition de gauche. Ni lui ni Kam&#233;nev n'avaient compris, aussi tard qu'en 1925, qu'ils &#233;taient devenus les instruments de la r&#233;action bureaucratique - de m&#234;me qu'ils s'&#233;taient tromp&#233;s en 1917. En 1926, ils se rendaient compte qu'il n'y avait pas d'autre &#171; tactique &#187; possible pour un r&#233;volutionnaire, car, apr&#232;s tout, ils &#233;taient de la vieille garde qui ne pouvait honn&#234;tement concevoir le bolch&#233;visme sans perspective internationaliste et son dynamisme r&#233;volutionnaire, c'&#233;tait la tradition dont les vieux bolch&#233;viks &#233;taient les mainteneurs. C'est pourquoi le Parti tout entier, du temps de L&#233;nine, les consid&#233;rait comme un capital irrempla&#231;able. L'int&#233;r&#234;t particulier et exceptionnel que L&#233;nine portait &#224; la vieille g&#233;n&#233;ration des r&#233;volutionnaires &#233;tait dict&#233; par cette consid&#233;ration politique autant que par une solidarit&#233; de camarade. Quand Zinoviev se vantait devant Rakovsky de sa &#171; tactique &#187; heureuse contre moi, il se vantait simplement d'avoir mal employ&#233; et gaspill&#233; ce capital. De 1923 &#224; 1926, sur l'initiative et, au d&#233;but, sous la direction de Zinoviev, la lutte contre l'internationalisme marxiste, sous le nom de &#171; trotskisme &#187; fut men&#233;e d'apr&#232;s le mot d'ordre de d&#233;fense de la vieille garde ; l'Opposition &#233;tait accus&#233;e de s'attaquer &#224; son prestige. Une commission sp&#233;ciale, charg&#233;e de veiller sur la situation des vieux lutteurs bolch&#233;viks fut cr&#233;&#233;e. Le glissement dans la direction d'un Thermidor ne s'exprima nulle part d'une mani&#232;re plus flagrante que dans les compromis politiques de cette m&#234;me vieille garde. Ce qui suivit, ce fut son extermination physique ; la commission charg&#233;e de veiller sur la sant&#233; des vieux bolch&#233;viks se trouvait finalement remplac&#233;e par un petit d&#233;tachement de tueurs de la Gu&#233;p&#233;ou que Staline r&#233;compensait avec l'ordre du Drapeau rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal20.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal20.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat ouvrier, Thermidor et Bonapartisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/02/thermidor.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/02/thermidor.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301100h.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301100h.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301126a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301126a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thermidor au foyer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp7.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp7.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danger de Thermidor&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1933/01/thermidor.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1933/01/thermidor.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bolchevisme contre stalinisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/bcs/bcs05.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/bcs/bcs05.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La guerre, rien qu'un jeu de menteurs ?</title>
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		<dc:date>2025-07-07T22:39:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La guerre, rien qu'un jeu de menteurs ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mensonges de guerre sont multiples : c'est la faute de l'autre, c'est pas une guerre de conqu&#234;te, c'est pas encore la guerre, c'est pas une guerre de pillage, les victimes sont collat&#233;rales, c'est une guerre contre la guerre, une guerre contre la dictature, une guerre contre le fascisme, une guerre pour la libert&#233;, une guerre contre le communisme, une guerre pour la paix, une guerre contre l'oppression d'un peuple, contre pour obtenir des droits (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre, rien qu'un jeu de menteurs ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les mensonges de guerre sont multiples : c'est la faute de l'autre, c'est pas une guerre de conqu&#234;te, c'est pas encore la guerre, c'est pas une guerre de pillage, les victimes sont collat&#233;rales, c'est une guerre contre la guerre, une guerre contre la dictature, une guerre contre le fascisme, une guerre pour la libert&#233;, une guerre contre le communisme, une guerre pour la paix, une guerre contre l'oppression d'un peuple, contre pour obtenir des droits nationaux, une guerre pour en finir d&#233;finitivement avec la guerre, une guerre pour d&#233;fendre nos foyers et nos enfants, une guerre sanitaire, une guerre humanittaire, une guerre libertaire, une guerre non violente, une guerre juste, une guerre n&#233;cessaire, une guerre populaire et autres balivernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Giraudoux : &#171; Aux approches de la guerre, tous les &#234;tres s&#233;cr&#232;tent une nouvelle sueur, tous les &#233;v&#233;nements rev&#234;tent un nouveau vernis, qui est le mensonge. Tous mentent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En temps de guerre, la v&#233;rit&#233; est si pr&#233;cieuse qu'il convient de la dissimuler derri&#232;re un rempart de mensonges &#187;, glissa Churchill &#224; Staline en 1943, lors de la conf&#233;rence de T&#233;h&#233;ran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Exup&#233;ry : &#171; La guerre n'est pas une aventure. C'est une maladie comme le typhus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kipling : &#171; La premi&#232;re victime de la guerre, c'est la v&#233;rit&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anatole France : &#171; On ne fait pas la guerre pour se d&#233;barrasser de la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Giono : &#171; Tant qu'on est tromp&#233; par le mensonge sur l'utilit&#233; de la guerre, il n'y a pas de paix. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo : &#171; Les guerres ont toutes sortes de pr&#233;textes, mais n'ont jamais qu'une cause : l'arm&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein : &#171; Je ne sais pas comment sera la troisi&#232;me guerre mondiale, mais ce dont je suis s&#251;r, c'est que la quatri&#232;me guerre mondiale se r&#233;soudra &#224; coups de b&#226;tons et de silex. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaur&#232;s : &#171; Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nu&#233;e porte l'orage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : &#171; Jamais on n'a autant menti qu'&#224; l'&#233;poque de la &#171; grande guerre &#233;mancipatrice &#187;. Si le mensonge &#233;tait un explosif, il ne serait rest&#233; de notre plan&#232;te que des poussi&#232;res bien longtemps avant le trait&#233; de Versailles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-monde-selon-edwy-plenel-14-15/la-premiere-victime-de-la-guerre-c-est-la-verite-hommage-a-ghislaine-dupont-et-claude-verlon-6133049&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-monde-selon-edwy-plenel-14-15/la-premiere-victime-de-la-guerre-c-est-la-verite-hommage-a-ghislaine-dupont-et-claude-verlon-6133049&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.linflux.com/monde-societe/casus-belli-faux-pretextes-mensonges-lart-de-commencer-la-guerre-2-2/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.linflux.com/monde-societe/casus-belli-faux-pretextes-mensonges-lart-de-commencer-la-guerre-2-2/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ledevoir.com/lire/793757/essai-de-la-responsabilite-des-intellectuels-la-premiere-victime-d-une-guerre-c-est-toujours-la-verite&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ledevoir.com/lire/793757/essai-de-la-responsabilite-des-intellectuels-la-premiere-victime-d-une-guerre-c-est-toujours-la-verite&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bbf.enssib.fr/tour-d-horizon/la-desinformation-une-arme-de-guerre-dans-le-monde-contemporain_71618&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bbf.enssib.fr/tour-d-horizon/la-desinformation-une-arme-de-guerre-dans-le-monde-contemporain_71618&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enl&#232;vement d'H&#233;l&#232;ne, pr&#233;texte &#224; la guerre de Troie et &#224; sa destruction totale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conqu&#234;te de la Gaule par Jules C&#233;sar, sous pr&#233;texte d'aider un peuple menac&#233; par la migration des Helv&#232;tes venus des Alpes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.vikidia.org/wiki/Guerre_des_Gaules&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.vikidia.org/wiki/Guerre_des_Gaules&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incident de la R&#233;becca en 1731, pr&#233;texte &#224; la &#171; guerre de l'oreille de Jenkins &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_l%27oreille_de_Jenkins&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_l%27oreille_de_Jenkins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#233;ventail, pr&#233;texte ridicule &#224; la prise d'Alger en 1830 par l'arm&#233;e fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conqu%C3%AAte_de_l%27Alg%C3%A9rie_par_la_France&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conqu%C3%AAte_de_l%27Alg%C3%A9rie_par_la_France&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;p&#234;che d'Ems, imbroglio diplomatique qui a servi de pr&#233;texte pour engager la guerre franco-allemande de 1870&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9p%C3%AAche_d%27Ems&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9p%C3%AAche_d%27Ems&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 15 f&#233;vrier 1898, l'explosion en rade de La Havane d'un navire nord-am&#233;ricain, le Maine, avec &#224; son bord quelque 260 personnes, constitue le pr&#233;texte de l'intervention des &#201;tats-Unis dans la guerre d'&#233;mancipation coloniale qui oppose Cuba &#224; l'Espagne depuis 1895.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.herodote.net/25_avril_10_decembre_1898-evenement-18980425.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.herodote.net/25_avril_10_decembre_1898-evenement-18980425.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assassinat de l'archiduc d'Autriche en 1914, pr&#233;texte de la premi&#232;re guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3109&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les mensonges de guerre de la premi&#232;re guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.franceinfo.fr/societe/guerre-de-14-18/11-novembre/mensonges-bobards-ou-le-bourrage-de-crane_3017801.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.franceinfo.fr/societe/guerre-de-14-18/11-novembre/mensonges-bobards-ou-le-bourrage-de-crane_3017801.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3421&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3421&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incident de Mudken, un faux attentat &#224; l'origine de la guerre sino-japonaise de 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Incident_de_Mukden&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Incident_de_Mukden&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incident de Gleiwitz du 31 aout 1939 servit de pr&#233;texte le 1er septembre 1939 pour que, sans d&#233;claration de guerre formelle, l'arm&#233;e allemande envahisse la Pologne sous le pr&#233;texte que les troupes polonaises se seraient &#171; rendues coupables de provocations &#187; le long de la fronti&#232;re germano-polonaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_Pologne_pendant_la_Seconde_Guerre_mondiale&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_Pologne_pendant_la_Seconde_Guerre_mondiale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le fascisme, pr&#233;texte de l'intervention occidentale dans la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les incidents du golfe du Tonkin en 1964 qui servent de pr&#233;texte au pr&#233;sident am&#233;ricain Lyndon B. Johnson qui souhaite &#233;tendre la guerre au nord Vietnam&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Incidents_du_golfe_du_Tonkin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Incidents_du_golfe_du_Tonkin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mensonges de la guerre froide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7044&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7044&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Ceaucescu n'avaient pas massacr&#233; en masse &#224; Timisoara&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Faux_charnier_de_Timi%C8%99oara&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Faux_charnier_de_Timi%C8%99oara&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5133&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5133&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous pr&#233;texte du tremblement de terre, l'occupation militaire internationale d'Ha&#239;ti par les grandes puissances en&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1558&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1558&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fausses armes de destruction massive de Saddam Hussein en Irak, pr&#233;texte &#224; l'invasion de l'Irak en 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Armes_de_destruction_massive_en_Irak&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Armes_de_destruction_massive_en_Irak&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.bbc.com/afrique/monde-65017635&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bbc.com/afrique/monde-65017635&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vraies raisons de l'intervention militaire occidentale en Libye en 2011 (et les fausses)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2031&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2031&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vraies raisons de l'&#233;limination de Khadafi en 2011 par la France et&#8230; les fausses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.lepoint.fr%2Fmonde%2Fkadhafi-execute-par-la-france-01-10-2012-1512271_24.php#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.lepoint.fr%2Fmonde%2Fkadhafi-execute-par-la-france-01-10-2012-1512271_24.php#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2031&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2031&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attentat du World Trade Center, pr&#233;texte &#224; la guerre d'Afghanistan en 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1780&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1780&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accusation du gouvernement syrien de Bachar El Assad d'avoir utilis&#233; des armes chimiques contre des civils n'&#233;tait qu'un pr&#233;texte pour justifier de transformer la r&#233;volte du peuple syrien en guerre des puissances occidentales en 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2393&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2393&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lepoint.fr/monde/syrie-la-menace-chimique-d-assad-pretexte-a-une-intervention-04-12-2012-1539188_24.php#11&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lepoint.fr/monde/syrie-la-menace-chimique-d-assad-pretexte-a-une-intervention-04-12-2012-1539188_24.php#11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque du Hamas (dont N&#233;tanyahou &#233;tait inform&#233; par avance), pr&#233;texte &#224; l'expulsion des Palestiniens et &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de la guerre &#224; tout le Moyen-Orient&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&lt;/a&gt; 8486&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mensonges de la guerre du Moyen-Orient sont mutiples : le Hamas pr&#233;tend d&#233;fendre les Palestiniens, l'Autorit&#233; palestinienne fait semblant de combattre Isra&#235;l, N&#233;tanyahou dit qu'il ne savait pas que le Hamas pr&#233;parait une attaque dont ses services secrets avaient d&#233;j&#224; les plans, il dit qu'il agit pour sauver le peuple isra&#233;lien, pour sauver le monde occidental, qu'il ne fait pas mourir de faim les Palestiniens, N&#233;tanyahou dit mener une guerre de d&#233;fense contre les centrales nucl&#233;aires iraniennes, Khamenei dit avoir gagn&#233; sa confrontation contre Isra&#235;l, Trump dit n'intervenir que pour arr&#234;ter les guerres, la France dit vouloir donner &#224; manger aux Palestiniens et dit ne pas envoyer d'armes &#224; N&#233;tanyahou, etc, mille et un mensonges meurtriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi les mensonges de la guerre d'Ukraine et notamment celui qui pr&#233;tend que seule la Russie a voulu la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article6692&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article6692&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article6724&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article6724&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA VERITE C'EST QUE LA GUERRE EST L'EXACERBATION DE LA CONTRE-REVOLUTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7529&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7529&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mensonges de guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=x8sg0Dqc3_I&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=x8sg0Dqc3_I&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=geVEfFL-4pc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=geVEfFL-4pc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=VPlRnlt5aLg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=VPlRnlt5aLg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/shorts/JEHR7W7QVDc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/shorts/JEHR7W7QVDc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=d07iOQazHjE&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=d07iOQazHjE&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les fausses interpr&#233;tations du fascisme et la vraie</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8244</link>
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		<dc:date>2025-06-10T22:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>


		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;LES FAUSSES INTERPRETATIONS DU FASCISME ET LA VRAIE &lt;br class='autobr' /&gt;
0&#176;) Il y a une tendance erron&#233;e &#224; consid&#233;rer un ph&#233;nom&#232;ne social et politique comme le fascisme comme on consid&#232;re &#224; tort un ph&#233;nom&#232;ne physique, c'est-&#224;-dire comme un objet inerte, sans dynamique, sans dialectique des contraires, sans changement brutal, en somme comme une chose inerte qui peut seulement casser mais pas r&#233;ellement se transformer ou transformer le monde. Le fascisme n'est pas une chose mais un ph&#233;nom&#232;ne &#233;mergent et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES FAUSSES INTERPRETATIONS DU FASCISME ET LA VRAIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;0&#176;) Il y a une tendance erron&#233;e &#224; consid&#233;rer un ph&#233;nom&#232;ne social et politique comme le fascisme comme on consid&#232;re &#224; tort un ph&#233;nom&#232;ne physique, c'est-&#224;-dire comme un objet inerte, sans dynamique, sans dialectique des contraires, sans changement brutal, en somme comme une chose inerte qui peut seulement casser mais pas r&#233;ellement se transformer ou transformer le monde. Le fascisme n'est pas une chose mais un ph&#233;nom&#232;ne &#233;mergent et dynamique qui ne peut pas &#234;tre combattu simplement en disant qu'on est contre mais en d&#233;veloppant une autre dynamique r&#233;elle. Le fascisme ne peut pas exister (la formation d'une masse de gens r&#233;volt&#233;s, paup&#233;ris&#233;s et militaris&#233;s sous la domination des fascistes &#233;crasant le prol&#233;tariat) sans la dynamique capable d'&#234;tre extraordinairement agit&#233;e et porteuse de changements radicaux potentiels de la lutte des classes, tout comme le nuage ne peut pas exister (des tonnes d'eau ne tiendraient pas en l'air) sans la dynamique capable d'&#234;tre extraordinairement agit&#233;e et porteuse de changements radicaux potentiels de l'agitation mol&#233;culaire et que l'atome (et m&#234;me la particule mat&#233;rielle) ne peut pas exister (une somme de particules positives qui se repoussent restant coll&#233;es) ne peut pas exister sans la dynamique capable d'&#234;tre extraordinairement agit&#233;e et porteuse de changements radicaux potentiels du vide quantique. La vision fig&#233;e sans dynamique et sans dialectique ne permet pas de combattre le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Et ce n'est pas non plus un simple discours. Le fascisme n'est pas un courant d'opinion (la mise en place d'un pouvoir fasciste n'est pas une d&#233;cision de l'opinion publique et on ne combat pas le fascisme simplement en combattant des id&#233;es, des pr&#233;jug&#233;s, des mensonges) : c'est un type de pouvoir d'Etat qui est le produit d'une situation extr&#234;me, compl&#232;tement d&#233;stabilis&#233;e pour la classe exploiteuse. Il ne doit surtout pas &#234;tre s&#233;par&#233; de la lutte des classes. Le fascisme est le produit d'un combat entre les classes arriv&#233; &#224; un stade ultime o&#249; la seule alternative est r&#233;volution sociale ou contre-r&#233;volution fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) Ce type particulier d'Etat (qui n'est pas une simple dictature) provient du fait qu'en plus des forces de r&#233;pression classiques (notamment arm&#233;e et police ou m&#234;me milices d'Etat), il associe provisoirement un mouvement organis&#233; de masses appel&#233;es les &#171; troupes fascistes &#187; et prises dans les classes moyennes et les milieux populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) Cette situation particuli&#232;re concerne les trois classes sociales essentielles de toute soci&#233;t&#233; : classe exploiteuse, classe moyenne et classe exploit&#233;e. Ce qui caract&#233;rise cet &#233;tat critique de l'ordre social et politique est le fait qu'il y a un risque que la classe exploit&#233;e s'unisse &#224; la classe moyenne (ou &#224; une fraction notable de celle-ci) pour mettre en place un pouvoir r&#233;volutionnaire. C'est ce risque social mena&#231;ant qui justifie aux yeux de la classe exploiteuse de mettre en avant (de fa&#231;on momentan&#233;e) une fraction violente de la classe moyenne et aussi des milieux populaires ou paup&#233;ris&#233;s, ceux que l'on appellera &#171; les fascistes &#187;, de les organiser et de les jeter dans l'action violente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) L'un des risques d'erreur politique et sociale consiste &#224; prendre ces &#171; troupes fascistes &#187; pour une vraie force sociale, pour une v&#233;ritable arme de guerre alors que ce n'est qu'une bande sans foi ni loi mais aussi sans but r&#233;el ni perspective politique ou sociale propre. Ces troupes ne d&#233;fendent que les int&#233;r&#234;ts des gros exploiteurs mais n'en ont pas conscience. La classe dominante ne fait que les utiliser mais elle s'en m&#233;fie et les dissoudra d&#232;s que le v&#233;ritable danger r&#233;volutionnaire, celui des exploit&#233;s et de leur capacit&#233; en prenant la t&#234;te de tous les opprim&#233;s de renverser le pouvoir d'Etat des exploiteurs, sera &#233;radiqu&#233;. La vraie r&#233;ponse au fascisme consiste &#224; unir de mani&#232;re r&#233;volutionnaire les exploit&#233;s aux opprim&#233;s de la classe moyenne et d'autres couches populaires, afin de constituer une force capable de renverser la classe dominante. Cela n'est possible que si la classe exploit&#233;e s'auto-organise et d&#233;veloppe ses propres perspectives en d&#233;montrant qu'elle veut renverser la classe exploiteuse et s'adresse aux autres opprim&#233;s, notamment ceux des classes moyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) Si on veut comprendre le fascisme, le premier point est de ne pas se fixer sur le seul exemple du nazisme en Allemagne ou du fascisme en Italie. Non seulement il y a bien d'autres exemples mais on risque de croire que les caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques de ces fascismes particuliers seraient g&#233;n&#233;rales. Par exemple, nulle n&#233;cessit&#233; pour un pouvoir fasciste d'&#234;tre antis&#233;mite. Ni de pratiquer un g&#233;nocide des Juifs. M&#234;me le racisme n'est pas une caract&#233;ristique indispensable. Le fascisme n'est pas un mouvement europ&#233;en, ni sp&#233;cifiquement li&#233; &#224; la phase imp&#233;rialiste du grand capital (Karl Marx l'a reconnu en France avec le mouvement bonapartiste de Louis Bonaparte qui allait devenir Napol&#233;on III), ni m&#234;me &#224; l'&#233;poque du capitalisme (on l'a vu dans des soci&#233;t&#233;s bourgeoises pr&#233;-capitalistes et dans des soci&#233;t&#233;s esclavagistes comme l'empire romain).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) Il y a une autre erreur classique d'interpr&#233;tation du fascisme que les &#171; d&#233;mocrates anti-fascistes &#187;, ou pr&#233;tendus tels, aiment particuli&#232;rement d&#233;velopper comme tromperie et qui consiste &#224; attribuer le caract&#232;re fasciste aux seuls mouvements politiques et sociaux d'extr&#234;me droite, ce qui blanchirait le centre et la gauche de tout risque d'&#234;tre des &#233;l&#233;ments favorables, &#224; un moment donn&#233;, &#224; la mont&#233;e fasciste. En fait, quand il y a une mont&#233;e fasciste, cela se produit avec la complicit&#233; &#224; de multiples niveaux de tous les partis, syndicats et associations li&#233;s &#224; l'Etat des exploiteurs et &#224; leur ordre social et politique, notamment toute la gauche et tous les r&#233;formistes et opportunistes (jusqu'&#224; la fausse extr&#234;me gauche). Les dirigeants fascistes peuvent parfaitement provenir de la gauche (comme Mussolini ou Laval), ou &#234;tre soutenus par elle (comme celle de P&#233;tain soutenu de la plupart des dirigeants politiques et syndicaux du front populaire en France). Ceux qui lient pieds et poings de la classe exploit&#233;e sont surtout des &#233;l&#233;ments de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176;) Il ne faut pas attribuer la d&#233;cision du fascisme &#224; tel ou tel dirigeant populiste, d&#233;magogue, soi-disant g&#233;nial ou fou. Il ne faut pas attribuer le choix du fascisme &#224; la seule d&#233;cision d'un appareil politique (de l'Etat ou d'un parti). C'est le choix d'une classe sociale exploiteuse (&#224; notre &#233;poque, du capitalisme et de la fraction du grand capital). C'est dans une situation d'un pays que le fascisme se d&#233;veloppe mais il le fait sur une d&#233;cision qui n'est pas propre au pays mais &#224; la classe capitaliste dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#176;) Quelles que soient les circonstances diverses de son av&#232;nement, le fascisme est toujours une attaque brutale, violente, sanglante, terroriste et totalement destructrice contre tout ce qui repr&#233;sente une fraction organis&#233;e, consciente (m&#234;me tr&#232;s partiellement, m&#234;me de mani&#232;re r&#233;formiste et d&#233;mocrate) des exploit&#233;s. La classe capitaliste doit absolument anihiler tout sentiment de classe et transformer les exploit&#233;s capables de faire la r&#233;volution en esclaves ob&#233;issants, apeur&#233;s et rampants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#176;) Sur le plan id&#233;ologique, le fascisme n'a pas n&#233;cessairement de rapport avec l'antis&#233;mitisme ou m&#234;me le racisme mais il en a toujours avec le nationalisme excerb&#233; et violent, la haine des autres peuples, l'attirance pour la guerre contre les autres peuples, la haine contre l'internationalisme. Et, l&#224; non plus, il ne s'agit pas d'id&#233;ologie en dehors des classes : ce que le fascisme hait, c'est le caract&#232;re international du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et de la perspective de soci&#233;t&#233; qu'il porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#176;) Le fascisme a un soutien populaire de masse mais ce mouvement populaire n'a pas le caract&#232;re d'une r&#233;volution, non seulement parce que dans ses buts il est contre-r&#233;volutionnaire, est charg&#233; de sauver de la r&#233;volution sociale la classe dirigeante et poss&#233;dante mais surtout parce que ce mouvement n'a pas de force autonome socialement et politiquement. Ces masses de gens fascis&#233;s ne sont pas une vraie force. Ils ne savent m&#234;me pas le r&#244;le qu'ils jouent et, d&#232;s qu'ils ont annihil&#233; le prol&#233;tariat, ils sont renvoy&#233;s au n&#233;ant de leur inexistence, d&#233;sarm&#233;s et d&#233;sorganis&#233;s, pour laisser place &#224; la dictature classique d'Etat. Ces masses fascis&#233;es n'ont aucune perspective sociale et politique propre. Tout ce qu'elles peuvent, c'est clamer leur amour du nationalisme &#224; une &#233;poque o&#249; le respect des nations n'a plus aucun sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&#176;) Le moralisme n'a aucune force face au fascisme. Si on le consid&#232;re seulement comme un mal moral, on ne peut pas combattre le fascisme. Le moralisme antifasciste est une esp&#232;ce de pacifisme qui d&#233;sarme les prol&#233;taires et ne sert que les fascistes. Le moralisme d&#233;nonce mais il ne combat pas, il refuse le combat au nom de&#8230; la morale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&#176;) Il n'y a pas un programme particulier pour combattre le fascisme, ni un pour combattre la guerre, ni un pour le combat &#233;conomique, il y a un seul programme qui vise &#224; la r&#233;volution socialiste prol&#233;tarienne internationale. Le pire est de croire que devant la menace fasciste, il faut abandonner la r&#233;volution sociale et se contenter de&#8230; lutter contre le fascisme, pour mieux s'unir, pour mieux l'entraver, pour mieux l'isoler, pour assurer l'avenir. C'est abandonner la barque parce qu'il y a une inondation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CELUI QUI RECULE DEVANT LA TACHE DE CONSTRUIRE DES CONSEILS DU PEUPLE TRAVAILLEUR ET DE LEUR DONNER LA TOTALITE DU POUVOIR EST INAPTE A COMBATTRE LE FASCISME ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&amp;recherche=fascisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'URSS stalinienne en 1937, sommet de la contre-r&#233;volution</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7878</link>
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		<dc:date>2025-03-30T22:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e des changements importants se sont produits dans la vie de l'URSS. C'est pourquoi s'impose un examen attentif du d&#233;veloppement &#233;conomique et social dans ce pays, et de la tactique suivie par le POI et tout le mouvement pour la IV&#176; Internationale en relation avec lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les proc&#232;s de Moscou, ces trag&#233;dies sans exemple dans l'histoire de l'&#233;mancipation prol&#233;tarienne, qui ont &#224; nouveau forc&#233; l'attention de tout le prol&#233;tariat conscient. Ils ont jet&#233; dans la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e des changements importants se sont produits dans la vie de l'URSS. C'est pourquoi s'impose un examen attentif du d&#233;veloppement &#233;conomique et social dans ce pays, et de la tactique suivie par le POI et tout le mouvement pour la IV&#176; Internationale en relation avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les proc&#232;s de Moscou, ces trag&#233;dies sans exemple dans l'histoire de l'&#233;mancipation prol&#233;tarienne, qui ont &#224; nouveau forc&#233; l'attention de tout le prol&#233;tariat conscient. Ils ont jet&#233; dans la conscience des masses travailleuses du monde entier le doute, le d&#233;go&#251;t, le d&#233;sarroi. Dans nos propres rangs, ils devraient avoir leur r&#233;percussion. Mais le socialisme scientifique est aussi une m&#233;thode d'investigation historique qui doit r&#233;solument &#233;carter les r&#233;flexes d'&#233;motion, si elle veut parvenir &#224; des r&#233;sultats surs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#232;s de Moscou ont trouv&#233; leur place dans une cha&#238;ne d'&#233;v&#232;nements qui n'avaient rien d'impr&#233;vu pour nous. Non seulement leur sens historique, mais aussi leur pr&#233;paration &#8220;technique&#8221; (en particulier la question des aveux) ne trouvent d'explication que dans le cadre historique de lutte men&#233;e depuis plus de 10 ans contre l'orientation nationaliste de la bureaucratie sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le proc&#232;s Zinoviev- Kamenev et celui de Piatakov- Radek se place le Congr&#232;s des Soviets qui a adopt&#233; la nouvelle constitution de l'URSS. Dans le m&#234;me laps de temps, la r&#233;volution espagnole a suivi la courbe d'une ascension prodigieuse, puis d'un d&#233;clin non encore interrompu, dans laquelle Staline et ses agents en Espagne ont jou&#233; un r&#244;le de premier plan. Enfin la d&#233;capitation de l'Arm&#233;e Rouge (assassinat de Toukhatchevski, Gamarnik et autres) a pr&#233;c&#233;d&#233; de peu l'&#233;clatement de la guerre g&#233;n&#233;rale entre le Japon et la Chine. Tels sont les faits principaux survenus depuis que notre Conf&#233;rence Internationale (Juillet 1936) a adopt&#233; une th&#232;se sur &#8220;la IV&#176; Internationale et l'URSS&#8221; (publi&#233;e dans le n&#176;1 de IV&#176; Internationale, p. 7).&lt;br class='autobr' /&gt;
Question &#8220;d'opinion&#8221; ou question de principe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution de Juillet doit &#234;tre soumise &#224; un examen. C'est ce que nous ferons ici. Mais notre but est de d&#233;terminer une attitude coh&#233;rente. Pour agir, le Parti ne peut se contenter de sous-entendus ou d'&#233;quivoques. La critique doit &#234;tre faite en pleine clart&#233;. Mais l'affirmation des positions d&#233;termin&#233;es dans le cours d'une discussion loyale doit aussi &#234;tre sans faux-fuyants, &#233;nergique, et d&#233;velopp&#233;e dans toutes ses cons&#233;quences. C'est l&#224; la condition de l'&#233;ducation de cadres fermes, consciencieux et combatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains disent : la &#8220;question russe&#8221; est une affaire &#8220;d'opinion&#8221;, ce n'est pas une question de principe. Dans ce jugement s'exprime parfois un souci de recherche personnelle un peu d&#233;sordonn&#233;. Mais il y transparait surtout une attitude fonci&#232;rement erron&#233;e vis-&#224;-vis d'une question qui, en r&#233;alit&#233;, pose sur le tranchant du couteau toutes les questions fondamentales du mouvement international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme du Parti doit-il ou non se prononcer sur l'URSS ? Voil&#224; comment il faut poser la question. Jusqu'&#224; pr&#233;sent tous les documents programmatiques se sont prononc&#233;s nettement. Ils faisaient preuve de l'attitude le plus vigilante &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1929-30, une division rejette de nos rangs une s&#233;rie de courants apr&#232;s une discussion qui avait pour pivot l'attitude vis-&#224;-vis de la d&#233;fense de l'URSS (attaque de Tchang-Tse-Lin contre le chemin de fer de l'Est Mandchourien) : Urbahns, Paz. De nouvelles discussions eurent lieu avec Treint lorsque celui-ci reprit sans modification essentielle les th&#233;ories d'Otto Bauer et de Laurat. La pr&#233;conf&#233;rence internationale des bolch&#233;viks-l&#233;ninistes (Opposition communiste internationale, Janvier 1933) inclut la question russe dans le document programmatique qui y fut adopt&#233;. Il en fut de m&#234;me dans tous nos documents depuis (Points du GBL de la SFIO, Charte politique du POI, Th&#232;se sur la IV&#176; Internationale et la guerre. Conf&#233;rence Internationale de Juillet). Ce n'est pas par hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il aujourd'hui des &#233;v&#232;nements qui nous obligent &#224; laisser cette question en dehors ? Aucun. Au contraire, l'attitude des courants du mouvement ouvrier envers l'URSS devient plus que jamais la pierre de touche de leur politique enti&#232;re. Il s'agit de la question de l'&#201;tat, de la guerre, et des questions essentielles de la lutte pour le socialisme. Nos programmes se prononcent en d&#233;tail sur l'imp&#233;rialisme, la d&#233;mocratie bourgeoise, etc. non dans le sens th&#233;orique et abstrait, mais en relation directe avec la situation du mouvement ouvrier dans les diff&#233;rents pays (fascistes ou non, France &#8230;). Il va de soi que l'&#233;volution sociale russe int&#233;resse d'une fa&#231;on encore plus &#233;troite le prol&#233;tariat. Voit-on une organisation marxiste r&#233;volutionnaire qui laisserait son programme donner de vagues indications sur les fonctions de la bourgeoisie et de son r&#244;le dans les pays capitalistes, sous pr&#233;texte qu'il ne s'agit pas &#8220;d'une question de principe&#8221; ? Il n'en va pas diff&#233;remment pour l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re attitude est justement celle de la social-d&#233;mocratie qui insiste aupr&#232;s des staliniens pour laisser en dehors de la charte du &#8220;parti unique&#8221; toute appr&#233;ciation sur l'URSS. Cette attitude peut convenir &#224; des gens qui ont l'habitude de pas sortir de l'ombre les questions r&#233;elles de la lutte contre le capitalisme, &#224; des opportunistes, &#224; des virtuoses du centrisme. Ce ne peut &#234;tre la n&#244;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle constitution de l'U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle constitution avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; analys&#233;e dans les th&#232;ses de Juillet, sur la base du projet. Elle est &#8220;un pas en arri&#232;re, de la dictature du prol&#233;tariat &#224; un r&#233;gime politique pr&#233;-bourgeois&#8221; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;La nouvelle constitution renforce la dictature des couches privil&#233;gi&#233;es de la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique sur les masses travailleuses, rend par cela un d&#233;p&#233;rissement pacifique de l'&#201;tat impossible et ouvre &#224; la bureaucratie des voies &#8220;l&#233;gales&#8221; pour la contre-r&#233;volution &#233;conomique, c'est-&#224;-dire la r&#233;introduction du capitalisme par la voie s&#232;che, possibilit&#233; que la bureaucratie pr&#233;pare directement par la tromperie de la &#8220;victoire du socialisme&#8221;.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans sa derni&#232;re version adopt&#233;e, la constitution a inclus deux &#8220;amendements&#8221; : l'un r&#233;tablit l'h&#233;ritage en ligne directe et pour certaines cat&#233;gories de biens acquis, et l'autre donne la propri&#233;t&#233; de la terre aux kolkhozes, sous forme d'un usufruit &#224; perp&#233;tuit&#233;. &#8220;La question du droit d'h&#233;ritage, disait notre r&#233;solution, conduit &#224; la question ult&#233;rieure des cadres de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Tel est un des canaux possibles de la restauration bourgeoise&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, sans entrer dans le d&#233;tail, il est clair que la nouvelle constitution facilite les voies &#224; une restauration de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e (encore limit&#233;e &#224; certaines cat&#233;gories de revenus et de possessions), et non &#224; un raffermissement de la propri&#233;t&#233; collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour manifester cette tendance, il faut que la constitution soit elle-m&#234;me le reflet d'un &#233;tat de fait d&#233;j&#224; existant, ou bien en cours de croissance. Les conditions de l'&#233;conomie planifi&#233;e et &#233;tatique, et la m&#233;canique puissante de la bureaucratie, peuvent modifier dans une certaine mesure l'interd&#233;pendance qui existe entre les formes &#233;conomiques et les institutions politiques dans tout r&#233;gime de classe ; mais elles ne peuvent l'abolir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la restauration des kolkhozes, apr&#232;s la collectivisation forc&#233;e de 1930, s'est faite par des concessions &#224; la propri&#233;t&#233; et &#224; la jouissance priv&#233;e, de m&#234;me que le pouvoir de la bureaucratie s'est &#233;tendu sur la base d'un niveau consid&#233;rable et grandissant. La constitution nouvelle prend acte de ces faits, mais en leur donnant la cons&#233;cration juridique, elle facilite leur &#233;largissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vague de terreur contre-r&#233;volutionnaire que la bureaucratie fait d&#233;ferler sur les chemins de fer, usines et champs, en fusillant par centaines les ouvriers et fonctionnaires r&#233;calcitrants, est la cons&#233;quence de la nouvelle constitution et de l'esp&#233;rance qu'elle ouvre &#224; une s&#233;rie de couches sociales derri&#232;re lesquelles se tient aux aguets le capitalisme mondial. La bureaucratie &#233;cuyer de cette restauration, risque cependant de ne pas monter elle-m&#234;me en selle. C'est cela qui r&#233;v&#232;le la fonction contradictoire et ambigu&#235; de la bureaucratie sovi&#233;tique, qui sape elle-m&#234;me les fondements de son existence : la propri&#233;t&#233; &#233;tatique collective du sol, des moyens de production, de la grande industrie, des habitations et du commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les progr&#232;s de la contre-r&#233;volution, il reste toujours vrai et d'une importance d&#233;cisive que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Les rapports sociaux de l'URSS, y compris les privil&#232;ges de l'aristocratie sovi&#233;tique, s'appuient en fin de compte sur la propri&#233;t&#233; &#233;tatique et kolkhozienne acquise par l'expropriation de la bourgeoisie qui, &#224; la diff&#233;rence de la propri&#233;t&#233; capitaliste, ouvre une possibilit&#233; d'une croissance de l'&#233;conomie et de la culture.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie a fait voter une constitution nouvelle, qui garantit une s&#233;rie de ses privil&#232;ges, elle a assassin&#233; presque tous les anciens dirigeants bolchevicks dont la fid&#233;lit&#233; lui &#233;tait suspecte ; elle a donn&#233; &#224; la diplomatie de la SDN des garanties inou&#239;es : malgr&#233; tout cela, elle reste li&#233;e, non seulement par ses origines, mais aussi par son mode de fonctionnement, de recrutement, de reproduction, de consommation actuel, aux cadres de la propri&#233;t&#233;, d&#233;finis au moment de la r&#233;volution d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cadres peuvent dispara&#238;tre par la voie &#8220;froide&#8221;, au cours d'une guerre, ou par un coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire. Ils peuvent aussi redevenir la base d'une &#233;conomie progressant : sur la voie socialiste, avec l'aide du prol&#233;tariat europ&#233;en, vers l'&#233;galit&#233;. Mais n'importe quel pronostic ne dispense pas de se fonder des deux pieds dans la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; la diff&#233;rence fondamentale qui existe entre l'industrie &#233;tatique de l'URSS et le capitalisme de monopole, dans le syst&#232;me de l'imp&#233;rialisme, il est &#233;vident que pour revenir au capitalisme priv&#233; dans les branches fondamentales de la production, il faudrait aussi que la bureaucratie se d&#233;compose : on verrait alors surgir en URSS des classes sociales qui, par tout leur mode d'existence &#233;conomique, seraient les proies de sang de la bourgeoisie, et m&#234;me du fascisme europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; de tendances qui sont encore loin d'&#234;tre pleinement &#233;panouies, et qui sont pr&#233;c&#233;d&#233;es par les progr&#232;s contre-r&#233;volutionnaires dans le domaine de la consommation et de la distribution. Comme l'indiquent les th&#232;ses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Tout &#201;tat ouvrier conserve, pour &#233;lever les forces productives, dans les premiers temps, le syst&#232;me du salaire ou comme s'exprimait Marx, &#8220;les normes bourgeoises de r&#233;partition&#8221;. La question est tranch&#233;e, pourtant, par la direction g&#233;n&#233;rale du d&#233;veloppement &#8230; Avec l'isolement et le retard du pays sovi&#233;tique les normes bourgeoises de r&#233;partition ont pris un caract&#232;re grossier et outrageux (diff&#233;renciation monstrueuse des salaires, primes, avancements, d&#233;corations, etc.) et ont engendr&#233; des tendances restauratrices, qui menacent le syst&#232;me &#233;tatique de propri&#233;t&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e, tous les indices montrent une aggravation de cette tendance qui s'&#233;tend &#224; l'agriculture aussi bien qu'&#224; l'industrie. Le moment vient o&#249; la persistance de cette tendance, la consolidation des r&#233;sultats acquis par les privil&#233;gi&#233;s, menace &#224; son tour les formes de la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#234;te de la bureaucratie a massacr&#233; toute une couche de dirigeants anciens et continue &#224; d&#233;cimer les rangs de ses anciens membres : pour cela, elle est en pleine crise. Ces &#233;purations, en r&#233;tr&#233;cissant sa base, ne lui assurent pas plus de stabilit&#233;. Au contraire, les crises les plus profondes sont encore pour elles dans l'avenir, en liaison avec le r&#233;veil du prol&#233;tariat et les progr&#232;s de la contre-r&#233;volution capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Objections&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous jetterons maintenant un coup d'oeil sur les diverses cat&#233;gories d'objections qui sont faites &#224; la position du parti par une s&#233;rie de camarades.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;tat ouvrier et le capitalisme d'&#201;tat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re objection (ou plut&#244;t affirmation) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;L'URSS n'est pas ou n'est plus un &#201;tat ouvrier, mais un capitalisme d'&#201;tat, analogue aux &#201;tats fascistes, o&#249; la propri&#233;t&#233; collective de la bureaucratie remplace la propri&#233;t&#233; priv&#233;e capitaliste avec des effets analogues dans l'exploitation de la classe ouvri&#232;re : la plus-value y est soustraite au profit des privil&#233;gi&#233;s comme ailleurs&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord notre r&#233;solution de Juillet s'exprime ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;L'URSS est-elle un &#201;tat ouvrier ? L'URSS est un &#201;tat qui s'appuie sur des rapports de propri&#233;t&#233; cr&#233;&#233;s par la r&#233;volution prol&#233;tarienne et qui est dirig&#233; par une bureaucratie ouvri&#232;re dans l'int&#233;r&#234;t de nouvelles couches privil&#233;gi&#233;es. L'URSS peut &#234;tre appel&#233;e un &#201;tat ouvrier, dans le m&#234;me sens &#224; peu pr&#232;s - malgr&#233; l'&#233;norme diff&#233;rence des &#233;chelles - qu'un syndicat dirig&#233; et trahi par des opportunistes, c'est-&#224;-dire par des agents du capital, peut &#234;tre appel&#233; une organisation ouvri&#232;re.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons admettre que l'&#233;tiquette &#8220;&#201;tat ouvrier&#8221; laisse imaginer une soci&#233;t&#233; o&#249; le prol&#233;tariat non seulement a refoul&#233; les formes les plus fondamentales du capitalisme, mais o&#249; il domine politiquement sans conteste. En ce sens elle peut pr&#234;ter &#224; confusion. C'est d'ailleurs une formulation que d&#233;j&#224; en 1921 L&#233;nine critiquait non sans raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, l'&#201;tat, disait-il (&#224; propos de la discussion sur les syndicats) n'est pas ouvrier : il est ouvrier et paysan ; ensuite c'est plut&#244;t un &#201;tat bureaucratique domin&#233; par le prol&#233;tariat. L&#233;nine voulait dire &#224; cette &#233;poque, que le prol&#233;tariat dirigeait en alliance avec une paysannerie encore morcel&#233;e et enti&#232;rement arri&#233;r&#233;e ; et que l'appareil &#233;tatique &#233;tait teint&#233; de la routine petite-bourgeoise h&#233;rit&#233;e du r&#233;gime pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1937, l'&#201;tat est bureaucratique dans un nouveau sens, car il s'agit surtout d'un appareil n&#233; de la nouvelle croissance industrielle et paysanne, apr&#232;s une p&#233;riode o&#249; la paysannerie a fait un bond en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la formulation de nos th&#232;ses est prudente. L'analogie avec un syndicat ouvrier est parfaitement justifi&#233;e, autant que les analogies sont en g&#233;n&#233;ral d&#233;fendables en politique. L'expression d'aristocratie ouvri&#232;re est une r&#233;alit&#233; bien vivante. L&#233;nine &#224; la suite d'Engels, parlait du &#8220;parti ouvrier-bourgeois&#8221; &#224; propos du Labour Party : l'antimonie dans les mots est encore plus criante : elle d&#233;signait cependant avec assez de justesse la fonction de la bureaucratie r&#233;formiste dans le mouvement ouvrier. La combinaison historique nouvelle qu'il repr&#233;sente ne se laisse pas facilement r&#233;duire aux &#233;tiquettes d&#233;j&#224; connues. Cela ne diminue pas d'un iota la n&#233;cessit&#233; de formuler une analyse qui soit fond&#233;e sur les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais - et le capitalisme d'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question a &#233;t&#233; maintes fois &#233;claircie [1]. Ce n'est pas d'aujourd'hui que cette expression a &#233;t&#233; utilis&#233;e par les communistes pour faciliter la compr&#233;hension du r&#233;gime social et &#233;conomique de l'URSS. En 1918 par exemple, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Notre t&#226;che c'est d'&#233;tudier &#224; fond le capitalisme d'&#201;tat des Allemands, de l'adopter, sans craindre les proc&#233;d&#233;s dictatoriaux qui pourraient acc&#233;l&#233;rer son adoption&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, il entendait par l&#224; que tout le d&#233;veloppement social et &#233;conomique de la Russie devait passer avant tout par la centralisation, l'&#233;l&#233;vation du niveau technique, la productivit&#233; croissante selon un plan. Car ajoutait-il &#8220;le rendement, c'est en fin de compte, ce qu'il y a de plus important pour la victoire du nouveau r&#233;gime social. Le capitalisme a obtenu un rendement de travail qu'ignorait l'&#233;conomie f&#233;odale. Le capitalisme pourra &#234;tre d&#233;finitivement vaincu si le socialisme obtient un rendement beaucoup plus &#233;lev&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;tatisme capitaliste a pour but de venir en aide &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e menac&#233;e (et en particulier aux grandes industries et &#224; la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re). En URSS c'est la propri&#233;t&#233; elle-m&#234;me qui est &#233;tatis&#233;e, collective. Assimiler les deux formes conduit au rapprochement du r&#233;gime fasciste et du r&#233;gime stalinien : c'est tout simplement r&#233;p&#233;ter les accusations anciennes des lib&#233;raux et d&#233;mocrates de tout poil pour qui la dictature blanche de la bourgeoisie et la dictature prol&#233;tarienne sont les deux faces du m&#234;me syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, nous demande-t-on, quelle diff&#233;rence y a-t-il entre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et la propri&#233;t&#233; collective, si seule une bureaucratie peut profiter de celle-ci ? Il n'y aurait qu'une diff&#233;rence de degr&#233; entre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e capitaliste et la gigantesque propri&#233;t&#233; &#8220;priv&#233;e&#8221; de la bureaucratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La propri&#233;t&#233; collective et la production de la plus-value&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une analyse de la Philisophie de l'&#201;tat de Hegel, Marx avait &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;La bureaucratie est l'&#201;tat imaginaire &#224; c&#244;t&#233; de l'&#201;tat r&#233;el, le spiritualisme de l'&#201;tat. Toute chose a donc deux significations, l'une r&#233;elle, l'autre bureaucratique, de m&#234;me que le savoir est double, l'un r&#233;el, l'autre bureaucratique &#8230; Mais l'&#234;tre r&#233;el est trait&#233; d'apr&#232;s son &#234;tre bureaucratique, d'apr&#232;s son &#234;tre irr&#233;el, spirituel. La bureaucratie tient en sa possession l'&#234;tre de l'&#201;tat, l'&#234;tre spirituel de la soci&#233;t&#233;. C'est sa propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi qu'ici l'expression &#8220;propri&#233;t&#233; priv&#233;e&#8221; est prise au sens symbolique et n'est point propre &#224; une forme particuli&#232;re de bureaucratie, encore que Marx se r&#233;f&#233;rait &#224; travers Hegel &#224; la bureaucratie prussienne. Il s'agit des rapports qui s'&#233;tablissent en principe entre l'&#201;tat et la bureaucratie. Sous tous les r&#233;gimes non socialistes, la bureaucratie, l'arm&#233;e des fonctionnaires a tendance &#224; se consid&#233;rer comme l'incarnation de l'&#201;tat au-dessus des classes. Dans ce sens aussi, Rakovsky et Trotsky ont pu employer l'expression. Mais nullement dans le sens pratique et d&#233;fini d'une propri&#233;t&#233; particuli&#232;re, c'est-&#224;-dire d'un droit de libre disposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle ait ou non des titres de propri&#233;t&#233; (et elle n'en a pas), la bureaucratie ne peut disposer (r&#233;partir) librement ni d'un capital accumul&#233;, ni de la plus-value produite. Il ne s'agit pas pour elle d'une propri&#233;t&#233; capitaliste priv&#233;e, m&#234;me &#224; l'&#233;chelle des monopoles d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il alors d'une forme nouvelle de propri&#233;t&#233;, des rapports &#233;tablis historiquement sur la base de l'appropriation collective, mais au b&#233;n&#233;fice d'une classe particuli&#232;re, la bureaucratie ? Dans ces cas, il faudrait admettre que la bureaucratie jouit du syst&#232;me comme une classe capitaliste, parce qu'elle s'approprierait la plus-value comme une entreprise capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : L'histoire d&#233;montre que le ph&#233;nom&#232;ne de la production et de l'appropriation de la plus-value n'est pas propre et limit&#233; au capitalisme lib&#233;ral ou au monopole priv&#233;. La rente fonci&#232;re et la plus-value qui ont exist&#233; &#224; l&#8216;&#233;poque de f&#233;odalisme, ont pris tout leur sens avec l'&#233;conomie marchande puis le d&#233;veloppement industriel. Elles continuent &#224; exister en URSS, malgr&#233; les d&#233;n&#233;gations de Staline, Boukharine et leur &#233;cole. Seulement elles sont nationalis&#233;es, et l&#224; g&#238;t une diff&#233;rence essentielle. Si l'on veut &#233;clairer la nature de la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique collective actuelle, c'est aussi de ce c&#244;t&#233; qu'il faut &#233;viter les erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#233;crivait dans le Capital que la forme de la production de la plus-value d&#233;terminait avant tout l'essence d'un r&#233;gime social :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;La forme &#233;conomique sp&#233;cifique dans laquelle le surtravail non pay&#233; est extorqu&#233; aux producteurs imm&#233;diats, d&#233;termine le rapport de d&#233;pendance entre ma&#238;tres et non-ma&#238;tres, tel qu'il d&#233;coule directement de la production m&#234;me et &#224; son tour r&#233;agit sur elle. C'est d'ailleurs la base sur laquelle repose toute la structure de la communaut&#233; &#233;conomique et des conditions m&#234;mes de la production, et donc en m&#234;me temps la forme politique sp&#233;cifique.&#8221; [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rente fonci&#232;re est toujours produite par les kolkhozes, ainsi que la plus-value dans les usines. En URSS aussi, la plus-value rec&#232;le le profit, le salaire, etc. Cependant, le fond des salaires, comme le profit et la rente fonci&#232;re, sont centralis&#233;s dans le budget de l'&#201;tat directement ou indirectement. L'&#201;tat concentre le revenu national entre ses mains, et cela suppose l'&#233;limination de la grande propri&#233;t&#233; priv&#233;e [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens r&#233;p&#232;tent que la plus-value n'existe plus en URSS, puisque &#8220;les usines appartiennent aux ouvriers&#8221;. Mais &#224; cette absurdit&#233;, il est inutile d'opposer une absurdit&#233; aussi grande : &#224; savoir que la plus-value y est produite et r&#233;partie comme dans le syst&#232;me capitaliste, et par cons&#233;quent les rapports entre ma&#238;tres et non-ma&#238;tres, selon l'expression de Marx, y sont semblables. En r&#233;alit&#233;, la forme sp&#233;cifique de l'appropriation d'une partie du surtravail non pay&#233;, lui conf&#232;re le r&#244;le et la fonction d'une caste semi-parasitaire et chez certaines de ses couches, la tendance directe &#224; se frayer la voie &#224; des propri&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;renciation extr&#234;me des salaires, ph&#233;nom&#232;ne frappant et plein de signification, n'&#233;puise cependant pas la question du &#8220;secret intime, du fondement cach&#233; de tout l'&#233;difice social&#8221;. Ce secret de l'&#201;tat transitoire de l'URSS et des contradictions nouvelles qu'il rec&#232;le est r&#233;v&#233;l&#233; si l'on ne perd pas de vue le sens r&#233;el des nationalisations et si l'on ne masque pas leur v&#233;ritable caract&#232;re par des analogies superficielles avec l'&#233;tatisme fasciste de Mussolini ou de Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes du d&#233;veloppement de l'URSS sont constamment pos&#233;s en termes nouveaux. Notre t&#226;che est de ne rien n&#233;gliger pour leur &#233;lucidation mais c'est sur les cons&#233;quences politiques de notre appr&#233;ciation qu'il faut &#233;carter r&#233;solution les &#233;quivoques.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;volution politique ou sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quel est le programme de la nouvelle r&#233;volution sovi&#233;tique ? Les th&#232;ses de juillet d&#233;claraient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Si, pour le retour de l'URSS au capitalisme, est n&#233;cessaire une contre-r&#233;volution sociale, c'est-&#224;-dire le renversement de la propri&#233;t&#233; &#233;tatique des moyens de production et du sol, de m&#234;me que la r&#233;introduction de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, est devenue in&#233;vitable pour la marche au socialisme une r&#233;volution politique de la bureaucratie d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e, &#233;videmment avec le maintien des rapports de propri&#233;t&#233; &#233;tablis par la r&#233;volution d'Octobre. S'appuyant sur les masses travailleuses du pays et sur le mouvement r&#233;volutionnaire du monde entier, l'avant-garde prol&#233;tarienne en URSS devra renverser la bureaucratie par la force, r&#233;g&#233;n&#233;rer la d&#233;mocratie sovi&#233;tique, liquider les privil&#232;ges monstrueux et assurer un d&#233;veloppement r&#233;el vers l'&#233;galit&#233; socialiste.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;La subversion de la caste bonapartiste aura naturellement de profondes cons&#233;quences sociales ; mais elle tiendra dans les cadres d'une transformation politique.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela les ultra-gauches opposent qu'on ne peut s&#233;parer la r&#233;volution politique de la r&#233;volution sociale, toute r&#233;volution politique ayant in&#233;vitablement un contenu social. Ils parlent de la prochaine r&#233;volution russe comme d'un nouvel Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image sonne bien, mais elle est d&#233;pourvue de signification scientifique. Le probl&#232;me de l'expropriation de la bureaucratie ne peut se r&#233;soudre que par un programme d&#233;termin&#233;. Quel programme les ultra-gauches nous proposent-ils ? Le d&#233;faitisme !! Un tel infantilisme ne permet m&#234;me pas d'aborder la question. Nous ne pr&#233;tendons pas nous substituer &#224; l'avant-garde bolchevick en URSS et &#224; son exp&#233;rience r&#233;elle, dans les circonstances terribles de son existence, pour d&#233;terminer une tac tique et un programme complet. En g&#233;n&#233;ral, l'&#233;laboration du programme va de pair avec la lutte de classe elle-m&#234;me et la libert&#233; d'action du parti ouvrier. Cette libert&#233; fait d&#233;faut en URSS. Cependant, la IV&#176; Internationale et Trotsky ont indiqu&#233; l'orientation de la &#8220;seconde r&#233;volution contre l'absolutisme bureaucratique&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit avant tout de &#8220;r&#233;g&#233;n&#233;rer la d&#233;mocratie sovi&#233;tique, liquider les privil&#232;ges monstrueux et assurer un d&#233;veloppement r&#233;el vers l'&#233;galit&#233; socialiste&#8221;. Il faudra &#8220;changer les m&#233;thodes m&#234;mes de la direction &#233;conomique et culturelle&#8220;, &#8220;r&#233;tablir le droit de critique et une libert&#233; &#233;lectorale authentique&#8221;, ce qui implique &#8220;la libert&#233; des partis sovi&#233;tiques et la renaissance des syndicats&#8221;. On voit ainsi que la r&#233;volution politique n&#233;cessaire, si elle se remplit in&#233;vitablement d'un contenu social, n'est pas cependant oblig&#233;e de s'attaquer aux formes fondamentales des rapports de propri&#233;t&#233; et de production. Aucun du mouvement ouvrier russe n'a propos&#233; autre chose. Ceux pour qui l'URSS est rentr&#233;e dans la proie de l'imp&#233;rialisme mondial pour lesquels rien n'est &#224; d&#233;fendre dans son syst&#232;me n'ont m&#234;me pas essay&#233; d'aborder la question de la d&#233;possession des soi-disant nouveaux &#8220;propri&#233;taires priv&#233;s&#8221;, les bureaucrates.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;fense de l'URSS et d&#233;mocratie bourgeoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous admettez que le syst&#232;me sovi&#233;tique, m&#234;me d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, repr&#233;sente un progr&#232;s historique sur le capitalisme, nous dit-on, alors il faut aussi d&#233;fendre la d&#233;mocratie fran&#231;aise ou anglaise, qui repr&#233;sente une avance sur le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle bizarre objection ! Cette question de caract&#232;re &#8220;progressif&#8221; de l'&#201;tat ne peut &#234;tre r&#233;solue par des dilemmes aussi simplistes. La d&#233;mocratie capitaliste, du reste partout combin&#233;e avec un r&#233;gime d'autorit&#233; bonapartiste est le rempart le plus puissant dans la d&#233;fense du grand capital. Le fascisme repr&#233;sente, dans d'autres conditions, une autre partie de cette muraille de Chine. Le pseudo capitalisme d'&#201;tat et l'autarchie, sont un recul par rapport au capitalisme de monopoles et du capitalisme lib&#233;ral dans la voie ascendante de la division et de productivit&#233; mondiale du travail avec toutes ses cons&#233;quences catastrophiques dans le domaine de la consommation (ch&#244;mage permanent, abaissement du niveau de vie des masses, industries artificielles, etc.). Pour int&#233;grer &#224; nouveau l'URSS dans cette anarchie, il faut une contre-r&#233;volution sociale. Le capitalisme ne consid&#232;re pas la Russie autrement que la Chine : un march&#233; de consommateurs d&#233;j&#224; handicap&#233; par le d&#233;veloppement industriel int&#233;rieur. Nous partons de l&#224; pour affirmer que la d&#233;fense de l'Union Sovi&#233;tique vis-&#224;-vis du capitalisme mondial est le devoir du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, nous ne rejetons pas en France non plus, la lutte cons&#233;quente pour la d&#233;mocratie. Les staliniens ont troqu&#233; cette lutte pour la prostitution au radicalisme petit-bourgeois. Mais nous ne rejetons pas pour cela le b&#233;b&#233; avec l'eau de la baignoire : les conqu&#234;tes d&#233;mocratiques qui permettent au prol&#233;tariat d'&#233;largir le champ de son combat, nous les d&#233;fendons avec acharnement. Nous ne sommes pas des partisans de la th&#233;orie du social-fascisme. Cependant nous ajoutons que cette d&#233;fense n'est pas aujourd'hui concevable sans la subversion radicale des rapports de propri&#233;t&#233; capitaliste, l'expropriation du grand capital, l'&#233;crasement par la violence de la petite minorit&#233; des exploiteurs : seul, le but socialiste justifie la lutte pour la d&#233;mocratie en lui donnant un contenu nouveau. Cette attitude nous est dict&#233;e aussi bien dans la paix que dans la guerre. La lutte des classes ne dispara&#238;t pas dans la guerre ni dans la p&#233;riode de pr&#233;paration directe &#224; la guerre, dans laquelle nous sommes. C'est pourquoi nous serons, en Europe, des partisans de la d&#233;faite des gouvernements bourgeois, tandis qu'en URSS, nous sommes partisans d'une d&#233;fense libre de toute attache avec les buts et les m&#233;thodes de la bureaucratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;fense de l'URSS et les alliances militaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son aspect le plus g&#233;n&#233;ral, la d&#233;fense de l'&#201;tat sovi&#233;tique est li&#233;e &#224; la r&#233;volution internationale. La r&#233;volution relevant la t&#234;te en Occident ou en Orient constitue le gage le plus puissant de la renaissance socialiste en URSS. Or, la bureaucratie sovi&#233;tique met tout en oeuvre pour faire &#233;chouer et briser la r&#233;volution dans le monde (Chine, Espagne, France). Cette attitude lui est dict&#233;e par sa volont&#233; de conserver ses int&#233;r&#234;ts de caste nationale et de subordonner les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat international au sien propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, sur cette voie la bureaucratie facilite de plus en plus les manoeuvres du capitalisme international. Devant la menace du capitalisme allemand et japonais, Staline s'est tourn&#233; vers la France et l'Angleterre, sous le couvert de la d&#233;fense de la paix. Mais ces marchandages (comme le pacte franco-russe, l'entr&#233;e dans le SSN), qui peuvent servir de base des manoeuvres diplomatiques, seront finalement des march&#233;s de dupe. L'imp&#233;rialisme franco-anglais utilise cette alliance pour son propre jeu (comme en Espagne) pour d&#233;moraliser le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et nullement pour envisager concr&#232;tement une guerre commune men&#233;e jusqu'au bout. En tout cas, au moment o&#249; une telle guerre commune serait vraiment men&#233;e, Staline serait oblig&#233; de donner de nouvelles garanties, dans le sens d'un contr&#244;le du capital franco-anglais et d'une restauration de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre comment la d&#233;nonciation implacable des manoeuvres et trahison de la bureaucratie stalinienne sont n&#233;cessaires &#224; la d&#233;fense m&#234;me des bases du socialisme en URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a coutume de nous opposer le cas concret d'une guerre anti-allemande men&#233;e de concert par l'URSS et la France. Dans ce cas, les int&#233;r&#234;ts militaires vitaux de l'URSS ne nous obligeraient-ils pas &#224; &#8220;soutenir&#8221; la guerre de la France ? C'est ainsi que certains camarades tirent de la d&#233;fense de l'URSS la conclusion que l'Union sacr&#233;e est in&#233;vitable. Ils rejettent alors l'une et l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord il n'est nullement prouv&#233; que l'URSS soit d&#233;finitivement int&#233;gr&#233;e dans le syst&#232;me franco-anglais. Des changements importants peuvent survenir en Europe et Asie qui pousseront Staline &#224; chercher un compromis avec Hitler ou son successeur (en particulier sur le dos des colonies anglaises ou de la petite Entente). La bureaucratie sovi&#233;tique n'est pas un simple appendice du capitalisme mondial. Elle peut changer souvent son fusil d'&#233;paule, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle n'est pas une classe bourgeoise. Des variantes nombreuses peuvent &#234;tre envisag&#233;es sur le r&#244;le de l'URSS dans une prochaine &#233;tape de la guerre mondiale qu'il sera de notre devoir d'&#233;tudier concr&#232;tement dans chaque cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la situation pr&#233;sente, nous partons de ce point de vue : la guerre mondiale, quels que soient les syst&#232;mes d'alliances particuliers, sera &#224; nouveau le heurt des six grandes puissances imp&#233;rialistes qui dominent le monde (Angleterre, France, Allemagne, Italie, &#201;tats-Unis, Japon). Tous les autres &#201;tats, m&#234;me soi-disant neutres, seront entra&#238;n&#233;s dans l'un ou l'autre camp. Cette guerre mettra &#224; l'ordre du jour, par dessus les massacres in&#233;vitables, la r&#233;volution socialiste internationale, et la participation de l'URSS &#224; cette guerre n'y changera rien. Le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire la lutte prol&#233;tarienne pour la paix, pour la fraternisation ouvri&#232;re, pour le renversement des groupements capitalistes, serait la seule issue progressive pour l'Humanit&#233; et la seule issue qui garantirait &#224; l'URSS sa structure transitoire vers le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument des opportunistes : nous d&#233;fendons la France parce qu'il faut d&#233;fendre l'URSS ne r&#233;sisterait pas aux faits. Le r&#233;gime de la bureaucratie stalinienne, de la dictature bonapartiste de Staline, et l'URSS sont deux choses. Staline ne peut qu'affaiblir l'URSS dans la guerre. Les restaurateurs du capitalisme rel&#232;veraient la t&#234;te. Encore une fois, le d&#233;faitisme dans les arm&#233;es de la coalition hitl&#233;rienne et dans celles de l'imp&#233;rialisme franco-anglais appara&#238;trait comme la seule voie de la d&#233;fense v&#233;ritable des traditions d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de permettre de se prononcer clairement, nous soumettons le projet de r&#233;solution suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Le Congr&#232;s, apr&#232;s avoir discut&#233; les diff&#233;rents aspects du d&#233;veloppement de l'URSS dans la situation mondiale actuelle, confirme son accord avec la r&#233;solution internationale de Juillet 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Il appelle le prol&#233;tariat &#224; mobiliser ses forces pour la d&#233;fense des conqu&#234;tes &#233;conomiques d'Octobre, sap&#233;es et d&#233;truites chaque jour par la bureaucratie stalinienne. Il d&#233;nonce les crimes de Staline, assassinant les anciennes g&#233;n&#233;rations bolchevistes, comme les signes avant-coureurs d'une restauration du capitalisme dans les domaines fondamentaux de la production et de la propri&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire d'une contre-r&#233;volution sociale d&#233;j&#224; amorc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Dans la paix comme dans la guerre, le prol&#233;tariat fran&#231;ais devra aider les travailleurs sovi&#233;tiques &#224; se d&#233;barrasser de la dictature bonapartiste de trahison, pour la d&#233;fense de leur &#201;tat. Les travailleurs de France (et du monde) collaborent &#224; cette lutte par l'action en faveur de la r&#233;volution socialiste dans leur pays, par la d&#233;nonciation des buts de guerre de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais en accord avec la IV&#176; Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils affirment que cette voie est la seule qui puisse conduire &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration de l'URSS et au renversement de la dictature fasciste-capitaliste d'Allemagne et d'Italie conjointement avec l'&#233;croulement de la domination capitaliste de la France et de l'Angleterre.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Lire &#224; ce propos le Chapitre IX de la R&#233;volution Trahie ainsi que L'I.C. apr&#232;s L&#233;nine de Trotsky. Lire aussi le Chap. IX de D. Gu&#233;rin Fascisme et Grand Capital, qui &#233;claire bien la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Marx d&#233;veloppe encore (Capital, T.III, 2&#232;me partie, ch.37) : &#8220;C'est toujours dans le rapport direct entre les propri&#233;taires des conditions de production et les producteurs imm&#233;diats - rapport dont la forme correspond toujours et de fa&#231;on naturelle &#224; un stade d&#233;termin&#233; dans le d&#233;veloppement des modalit&#233;s du travail et donc de sa productivit&#233; sociale - c'est toujours dans ce rapport que nous trouvons le secret intime, le fondement cach&#233; de tout l'&#233;difice social et par cons&#233;quent aussi la forme politique rev&#234;tue par le rapport de souverainet&#233; et de d&#233;pendance, en un mot toute la forme sp&#233;cifique de l'Etat. Cela n'emp&#234;che pas que la m&#234;me base &#233;conomique - la m&#234;me entendons-nous, quant aux conditions principales - peut, sous l'influence de diverses conditions empiriques, des donn&#233;es historiques agissant du dehors, conditions naturelles, diff&#233;rences de race, etc., pr&#233;senter, quant &#224; sa manifestation, des variations et des gradations infinies, dont la compr&#233;hension n'est possible que par l'analyse de ces circonstances empiriques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Un exemple. Voici comment la rente fonci&#232;re retourne &#224; l'Etat. La r&#233;partition des produits et de l'argent dans un kolkhoze se fait suivant des r&#232;glements dict&#233;s par le gouvernement. Tout d'abord, un pr&#233;l&#232;vement est effectu&#233; au profit de l'Etat, pr&#233;l&#232;vement dont l'importance varie suivant la fertilit&#233; de la r&#233;gion et qui atteint jusqu'&#224; 41 % de la r&#233;colte. Puis il est d&#233;duit 2 &#224; 3 % pour les d&#233;penses administratives, et 13 &#224; 25 % pour l'amortissement des tracteurs et machines agricoles, enfin 10,5 % pour le fonds de r&#233;serve. Le reste est r&#233;parti entre les travailleurs au prorata de la quantit&#233; et de la qualit&#233; du travail effectu&#233; par eux. (Berline, L'Evolution &#233;conomique et sociale de l'URSS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi le mat&#233;riel de chiffres abondants (surtout pour l'industrie) fourni par Citrine : A la recherche de la v&#233;rit&#233; sur l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Naville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/prewar/1937/naville_19371000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/prewar/1937/naville_19371000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Daniel Gu&#233;rin : la contre-r&#233;volution qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein m&#234;me de la r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas attendu Thermidor 1794 et elle a pu &#234;tre offensive contre le petit peuple r&#233;volutionnaire d&#232;s 1793 !</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7642</link>
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		<dc:date>2025-03-11T23:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Bourgeoisie</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;volution permanente</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin : la contre-r&#233;volution qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein m&#234;me de la r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas attendu Thermidor 1794 et elle a pu &#234;tre offensive contre le petit peuple r&#233;volutionnaire d&#232;s 1793 ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La contre-r&#233;volution, c'est bien entendu la r&#233;volte de la noblesse et son arm&#233;e europ&#233;enne en guerre contre la France, c'est la r&#233;volte du clerg&#233;, c'est la Vend&#233;e, la chouannerie, la r&#233;volte des grandes villes contre la r&#233;volution parisienne, etc. Mais il y a aussi la contre-r&#233;volution (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Bourgeoisie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot317" rel="tag"&gt;r&#233;volution permanente&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Daniel Gu&#233;rin : la contre-r&#233;volution qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein m&#234;me de la r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas attendu Thermidor 1794 et elle a pu &#234;tre offensive contre le petit peuple r&#233;volutionnaire d&#232;s 1793 !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution, c'est bien entendu la r&#233;volte de la noblesse et son arm&#233;e europ&#233;enne en guerre contre la France, c'est la r&#233;volte du clerg&#233;, c'est la Vend&#233;e, la chouannerie, la r&#233;volte des grandes villes contre la r&#233;volution parisienne, etc. Mais il y a aussi la contre-r&#233;volution qui grandit au sein m&#234;me de la r&#233;volution&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fraction de la r&#233;volution fran&#231;aise qui se retourne contre elle, ce sont les La Fayette, les Siey&#232;s, les Mirabeau, les Barnave, les Lameth, les Duport et bien d'autres personnages de d&#233;buts de la r&#233;volution qui se sont affol&#233;s quand elle a commenc&#233; &#224; d&#233;truire la royaut&#233;, condamner &#224; mort le roi et construire la r&#233;publique et surtout quand les masses populaires ont montr&#233; qu'elles pouvaient jouer un r&#244;le dirigeant elles aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me fraction, c'est celle de la bourgeoisie girondine qui s'affole de l'alliance entre le peuple travailleur (sans culottes, bras nus, femmes r&#233;volutionnaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me fraction, ce sont les dirigeants de l'appareil d'Etat et les chefs robespierristes. Ils sont en butte &#224; la mont&#233;e de la col&#232;re populaire devant la mis&#232;re. Ils sont contraints d'abord de rester li&#233;s au peuple r&#233;volutionnaire, de prendre des mesures de contrainte &#233;conomique pour combattre la mis&#232;re. Ils continuent &#224; soutenir la r&#233;volution &#224; son sommet en 1793 lors de l'attaque des Tuileries, de la commune de Paris, du deuxi&#232;me soul&#232;vement populaire de la R&#233;volution, mais ils combattent ensuite le mouvement populaire contre la pauvret&#233;, tentent de le d&#233;tourner en lutte de d&#233;christianisation, ils cassent et discr&#233;ditent les enrag&#233;s, les r&#233;publicaines r&#233;volutionnaires, les sections populaires, les comit&#233;s de piques et leurs dirigeants, les arr&#234;tent et les condamnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aboutissement de la contre-r&#233;volution, c'est Thermidor (27 juillet 1794). Mais ce n'est que son ach&#232;vement, pas son d&#233;but. Daniel Gu&#233;rin &#233;crit, dans &#171; La lutte de classes sous la Premi&#232;re R&#233;publique &#187; que nous citons largement dans la suite, &#171; La volte-face gouvernementale ne fut pas limit&#233;e &#224; la question religieuse (contre les d&#233;christianisateurs)&#8230; mais ce fut la R&#233;volution dans son ensemble qui commen&#231;a son mouvement de recul. Tridon l'a fort bien compris. Il a m&#234;me rep&#233;r&#233; tr&#232;s exactement les dates fatidiques de l'&#233;v&#232;nement : du 28 novembre au 12 d&#233;cembre 1793. &#171; Entre ces dates, &#233;crit-il, se d&#233;bat la crise supr&#234;me de la R&#233;volution. &#187; La R&#233;volution interrompit sa marche en avant, la r&#233;action commen&#231;a, non pas en germinal, &#224; la fin de mars 1794, comme le pensent Michelet et Becker, mais d&#232;s le soir du 1er frimaire, du 21 novembre 1793, quand Robespierre, du haut de la tribune des Jacobins, d&#233;clara la guerre aux d&#233;christianisateurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire iici quelques extraits :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17062 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/pdf/daniel_guerin.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 16.8 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://www.matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Robespierre passait ainsi de principal dirigeant de la r&#233;volution &#224; principal organisateur de la contre-r&#233;volution au sein de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thermidor 1794 de la R&#233;volution fran&#231;aise ! Pourquoi la direction bourgeoise de la r&#233;volution s'est charg&#233;e de lancer la contre-r&#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que la R&#233;volution fran&#231;aise, amoureuse de la libert&#233;, bascule dans &#171; la Terreur &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Montagnards, Robespierre et les Jacobins &#233;taient-ils l'aile marchante de la r&#233;volution fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3001&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3001&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratie directe de 1793 et Etat bourgeois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1500&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1500&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maximilien Robespierre, dirigeant de la r&#233;volution bourgeoise fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2628&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2628&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre, d&#233;fenseur jusqu'au bout de la politique r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4127&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4127&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas &#233;t&#233; qu'une r&#233;volution bourgeoise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article232&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article232&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La France en marche&#8230; vers la dictature...</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8011</link>
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		<dc:date>2024-11-20T23:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La France en marche&#8230; vers la dictature militaire ?&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne s'en souvient plus mais Macron, alors seulement candidat peu connu, sans parti, sans soutiens officiels, s'&#233;tait exhib&#233; avec des g&#233;n&#233;raux pour pr&#233;senter sa candidature. Ensuite, face &#224; la pand&#233;mie et aux r&#233;voltes, il avait pr&#233;sent&#233; ses &#171; conseils de d&#233;fense &#187; comme un soutien de chefs de l'arm&#233;e &#224; ses vis&#233;es de &#171; monde en guerre &#187;. Pour finir par affirmer que la France allait vers la guerre civile, allait devenir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La France en marche&#8230; vers la dictature militaire ?&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Personne ne s'en souvient plus mais Macron, alors seulement candidat peu connu, sans parti, sans soutiens officiels, s'&#233;tait exhib&#233; avec des g&#233;n&#233;raux pour pr&#233;senter sa candidature. Ensuite, face &#224; la pand&#233;mie et aux r&#233;voltes, il avait pr&#233;sent&#233; ses &#171; conseils de d&#233;fense &#187; comme un soutien de chefs de l'arm&#233;e &#224; ses vis&#233;es de &#171; monde en guerre &#187;. Pour finir par affirmer que la France allait vers la guerre civile, allait devenir ingouvernable, sous-entendant que le syst&#232;me parlementaire &#233;tait d&#233;pass&#233; et devait &#234;tre remplac&#233; par&#8230; autre chose. Suivez mon regard&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macron continue &#224; vouloir d&#233;montrer que le seul gouvernement possible de la France serait la dictature militaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ordre aux g&#233;n&#233;raux : apparaitre sur tous les m&#233;dia, parler, se pr&#233;senter, se raconter, faire bonne figure, cr&#233;diter l'arm&#233;e et la guerre, montrer un bon visage qui apparaisse en opposition avec la d&#233;composition politique du parlementarisme et des politiciens, voil&#224; un objectif fasciste, non ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les g&#233;n&#233;raux s'expriment sans cesse dans les m&#233;dias, se font connaitre, re&#231;oivent des &#233;loges appuy&#233;s, diffusent leurs th&#232;ses, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e de Terre, Pierre Schill, &#233;voque l'esprit de sacrifice des soldats fran&#231;ais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lejdd.fr/societe/11-novembre-le-chef-detat-major-de-larmee-de-terre-pierre-schill-evoque-lesprit-de-sacrifice-des-soldats-francais-151569&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lejdd.fr/societe/11-novembre-le-chef-detat-major-de-larmee-de-terre-pierre-schill-evoque-lesprit-de-sacrifice-des-soldats-francais-151569&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Jaminet, &#224; la t&#234;te de la 9&#232;me BIMA&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.francebleu.fr/emissions/l-invite-de-france-bleu-poitou/le-general-francois-regis-jaminet-commandant-de-la-9eme-brigade-d-infanterie-de-marine-3516450&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.francebleu.fr/emissions/l-invite-de-france-bleu-poitou/le-general-francois-regis-jaminet-commandant-de-la-9eme-brigade-d-infanterie-de-marine-3516450&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le g&#233;n&#233;ral Valentin Seiler, le combat du futur se conjugue au pr&#233;sent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lejsl.com/defense-guerre-conflit/2024/11/08/exercice-militaire-pour-le-general-valentin-seiler-le-combat-du-futur-se-conjugue-au-present&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lejsl.com/defense-guerre-conflit/2024/11/08/exercice-militaire-pour-le-general-valentin-seiler-le-combat-du-futur-se-conjugue-au-present&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'un monde &#224; l'autre &#187; par le G&#233;n&#233;ral Dominique Trinquand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.iris-france.org/189999-jai-lu-dun-monde-a-lautre-par-le-general-dominique-trinquand/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.iris-france.org/189999-jai-lu-dun-monde-a-lautre-par-le-general-dominique-trinquand/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Thierry Burkhard : &#034;On aurait d&#251; prendre peut-&#234;tre plus de risques pour &#233;viter ce conflit en Ukraine&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lexpress.fr/monde/general-thierry-burkhard-on-aurait-du-prendre-peut-etre-plus-de-risques-pour-eviter-ce-conflit-en-ELG6QTDNCFGEXLMQ672BK75Z7E/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lexpress.fr/monde/general-thierry-burkhard-on-aurait-du-prendre-peut-etre-plus-de-risques-pour-eviter-ce-conflit-en-ELG6QTDNCFGEXLMQ672BK75Z7E/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Se rem&#233;morer ce que les anciens ont donn&#233; pour la France&#034;, rappelle le G&#233;n&#233;ral Pierre Gaudilli&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.francebleu.fr/emissions/les-invites-d-ici-matin-de-france-bleu-sud-lorraine/armistice-se-rememorer-ce-que-les-anciens-ont-donne-pour-la-france-rappelle-le-general-pierre-gaudilliere-4767633&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.francebleu.fr/emissions/les-invites-d-ici-matin-de-france-bleu-sud-lorraine/armistice-se-rememorer-ce-que-les-anciens-ont-donne-pour-la-france-rappelle-le-general-pierre-gaudilliere-4767633&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rencontre avec le g&#233;n&#233;ral de corps d'arm&#233;e J&#233;r&#244;me Goisque, repr&#233;sentant militaire &#224; l'OTAN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.defense.gouv.fr/dgris/actualites/diplomatie-defense-rencontre-general-corps-darmee-jerome-goisque-representant-militaire-lotan&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.defense.gouv.fr/dgris/actualites/diplomatie-defense-rencontre-general-corps-darmee-jerome-goisque-representant-militaire-lotan&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Samuel Dubuis nomm&#233; inspecteur g&#233;n&#233;ral des arm&#233;es Gendarmerie (IGAG) &#224; 53 ans et pour trois ans et demi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lavoixdugendarme.fr/le-general-samuel-dubuis-nomme-inspecteur-general-des-armees-gendarmerie-igag/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lavoixdugendarme.fr/le-general-samuel-dubuis-nomme-inspecteur-general-des-armees-gendarmerie-igag/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral d'arm&#233;e Hubert Bonneau nomm&#233; directeur g&#233;n&#233;ral de la gendarmerie nationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/gendinfo/actualites/2024/le-general-d-armee-hubert-bonneau-nomme-directeur-general-de-la-gendarmerie-nationale&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/gendinfo/actualites/2024/le-general-d-armee-hubert-bonneau-nomme-directeur-general-de-la-gendarmerie-nationale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Visite du directeur g&#233;n&#233;ral de l'&#201;tat-major militaire international de l'OTAN au Pakistan dans le cadre d'entretiens de travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nato.int/cps/fr/natohq/news_230165.htm?selectedLocale=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nato.int/cps/fr/natohq/news_230165.htm?selectedLocale=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et ils cultivent le r&#244;le politique de l'arm&#233;e, la guerre et le militarisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La guerre n'a jamais cess&#233; d'&#234;tre l&#224; &#187;, d&#233;clare le G&#233;n&#233;ral Lecointre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/la-guerre-na-jamais-cesse-detre-la-declare-le-general-lecointre&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/la-guerre-na-jamais-cesse-detre-la-declare-le-general-lecointre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Se pr&#233;parer &#224; des temps tr&#232;s durs pour l'Occident &#187;, selon le chef d'&#233;tat-major des arm&#233;es fran&#231;aises&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.europe1.fr/politique/se-preparer-a-des-temps-tres-durs-pour-loccident-selon-un-chef-detat-major-francais-4264216&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe1.fr/politique/se-preparer-a-des-temps-tres-durs-pour-loccident-selon-un-chef-detat-major-francais-4264216&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les Europ&#233;ens doivent &#234;tre capables de prendre des risques pour assurer la s&#233;curit&#233; en Europe dans la d&#233;cennie &#224; venir&#034;, a estim&#233;, en marge d'une br&#232;ve et rare conf&#233;rence de presse, le g&#233;n&#233;ral Thierry Burkhard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.bfmtv.com/international/europe/ukraine/ukraine-le-chef-d-etat-major-des-armees-affirme-que-le-soutien-a-kiev-pourrait-aller-au-dela-des-armes_AD-202403210730.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bfmtv.com/international/europe/ukraine/ukraine-le-chef-d-etat-major-des-armees-affirme-que-le-soutien-a-kiev-pourrait-aller-au-dela-des-armes_AD-202403210730.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e de Terre fait part de sa &#034;pr&#233;occupation&#034; face aux &#034;risques et dangers qui montent&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.francetvinfo.fr/societe/armee-securite-defense/le-chef-d-etat-major-de-l-armee-de-terre-fait-part-de-sa-preoccupation-face-aux-risques-et-dangers-qui-montent_6464396.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.francetvinfo.fr/societe/armee-securite-defense/le-chef-d-etat-major-de-l-armee-de-terre-fait-part-de-sa-preoccupation-face-aux-risques-et-dangers-qui-montent_6464396.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Schill, chef d'&#233;tat-major : &#171; L'arm&#233;e de terre se tient pr&#234;te &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/03/19/pierre-schill-chef-d-etat-major-l-armee-de-terre-se-tient-prete_6222812_3232.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/03/19/pierre-schill-chef-d-etat-major-l-armee-de-terre-se-tient-prete_6222812_3232.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'arm&#233;e pr&#234;te, mais pour quoi ? Pour la guerre ? Pour le pouvoir ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e se voit apte &#224; jouer un r&#244;le politique si les partis politiques et le parlement sont bloqu&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'initiative de Jean-Pierre Fabre-Bernadac, officier de carri&#232;re et responsable du site Place Armes, une vingtaine de g&#233;n&#233;raux, une centaine de hauts-grad&#233;s et plus d'un millier d'autres militaires ont sign&#233; un appel pour un retour de l'honneur et du devoir au sein de la classe politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.valeursactuelles.com/politique/pour-un-retour-de-lhonneur-de-nos-gouvernants-20-generaux-appellent-macron-a-defendre-le-patriotisme&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.valeursactuelles.com/politique/pour-un-retour-de-lhonneur-de-nos-gouvernants-20-generaux-appellent-macron-a-defendre-le-patriotisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 g&#233;n&#233;raux appellent MACRON &#224; d&#233;fendre le patriotisme &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Arm&#233;e r&#233;agit et s'investit pour stopper les &#171; h&#233;morragies civilisationnelles et culturelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://presseagence.fr/paris-20-generaux-appellent-macron-a-defendre-le-patriotisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://presseagence.fr/paris-20-generaux-appellent-macron-a-defendre-le-patriotisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macron convoque &#224; tout bout de champ des &#171; conseils de d&#233;fense &#187; qui banalisent le pouvoir politique de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lejdd.fr/Politique/quest-ce-quun-conseil-de-defense-et-de-securite-nationale-4097007&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lejdd.fr/Politique/quest-ce-quun-conseil-de-defense-et-de-securite-nationale-4097007&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.europe1.fr/politique/covid-19-pour-macron-le-conseil-de-defense-sanitaire-est-devenu-un-principe-de-gouvernance-4031711&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe1.fr/politique/covid-19-pour-macron-le-conseil-de-defense-sanitaire-est-devenu-un-principe-de-gouvernance-4031711&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.vie-publique.fr/fiches/277025-quest-ce-que-le-conseil-de-defense-et-de-securite-nationale-cdsn&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.vie-publique.fr/fiches/277025-quest-ce-que-le-conseil-de-defense-et-de-securite-nationale-cdsn&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, Macron veut faire croire que le pays est au bord de la guerre civile, ce qui suppose une intervention arm&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.aa.com.tr/fr/monde/risque-de-guerre-civile-les-propos-de-macron-cr%C3%A9ent-la-pol%C3%A9mique/3257990&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.aa.com.tr/fr/monde/risque-de-guerre-civile-les-propos-de-macron-cr%C3%A9ent-la-pol%C3%A9mique/3257990&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://rmc.bfmtv.com/actualites/politique/risque-de-guerre-civile-les-propos-d-emmanuel-macron-ne-passent-pas-meme-dans-son-propre-camp_AV-202406250190.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://rmc.bfmtv.com/actualites/politique/risque-de-guerre-civile-les-propos-d-emmanuel-macron-ne-passent-pas-meme-dans-son-propre-camp_AV-202406250190.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des officiers sup&#233;rieurs et g&#233;n&#233;raux veulent la dictature militaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve822&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve822&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est revenu, le temps des g&#233;n&#233;raux ?!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1136&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1136&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas de crise sociale et de blocage politique, Macron peut utiliser l'article 16 de la constitution pour prendre, avec l'arm&#233;e, les pleins pouvoirs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.actu-juridique.fr/constitutionnel/dans-quels-cas-emmanuel-macron-pourrait-il-recourir-a-larticle-16-de-la-constitution/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.actu-juridique.fr/constitutionnel/dans-quels-cas-emmanuel-macron-pourrait-il-recourir-a-larticle-16-de-la-constitution/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2024/06/21/bhmz-j21.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2024/06/21/bhmz-j21.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; avec la gauche, il y avait en 2016 des d&#233;rives polici&#232;res et militaires en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve821&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve821&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4241&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4241&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Covid avait &#233;t&#233; une occasion d'aller plus loin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/confinement/recit-maintenant-on-sort-le-bazooka-ces-10jours-ou-le-premier-confinement-s-est-decide_4331723.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/confinement/recit-maintenant-on-sort-le-bazooka-ces-10jours-ou-le-premier-confinement-s-est-decide_4331723.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/armees-contre-le-coronavirus-300-militaires-deployes-chaque-jour-dans-l-ouest-6815953&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/armees-contre-le-coronavirus-300-militaires-deployes-chaque-jour-dans-l-ouest-6815953&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1063&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1063&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6425&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6425&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancestrale militarisation de la France toujours centrale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6746&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6746&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macron en guerre... contre nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7686&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7686&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quoi se pr&#233;parent les classes dirigeantes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1211&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1211&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7458&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7458&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout le monde capitaliste qui est en guerre mais contre qui ? Contre nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6155&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6155&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme fort au pouvoir, l'Etat fort, un vieux mythe qui revient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4537&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4537&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est ni par les &#233;lections, ni par les institutions &#233;tatiques, ni par les strat&#233;gies des appareils syndicaux que nous barrerons la route au fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4443&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4443&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la bourgeoisie mondiale a pour projet de se d&#233;barrasser de toute d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4188&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4188&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;vision de la guerre sociale, ils mobilisent les r&#233;servistes et les milices&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4755&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4755&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.sudouest.fr/societe/defense/defense-la-reserve-prochain-pilier-de-l-armee-francaise-17726299.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sudouest.fr/societe/defense/defense-la-reserve-prochain-pilier-de-l-armee-francaise-17726299.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/defense/defense-comment-la-france-veut-doubler-le-nombre-de-reservistes_AN-202211220557.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/defense/defense-comment-la-france-veut-doubler-le-nombre-de-reservistes_AN-202211220557.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.francebleu.fr/emissions/l-invite-de-7h45-de-france-bleu-gard-lozere/l-invite-de-7h45-julien-tuffery-5184527&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.francebleu.fr/emissions/l-invite-de-7h45-de-france-bleu-gard-lozere/l-invite-de-7h45-julien-tuffery-5184527&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/le-reserviste-nouveau-chouchou-de-larmee-et-de-lentreprise-2131133&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/le-reserviste-nouveau-chouchou-de-larmee-et-de-lentreprise-2131133&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e, tout sauf une Grande Muette&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.slate.fr/story/149073/armee-communication-reseaux-sociaux-facebook&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.slate.fr/story/149073/armee-communication-reseaux-sociaux-facebook&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La France a connu de nombreux &#171; coup des g&#233;n&#233;raux &#187;, avec P&#233;tain, avec De Gaulle (deux fois), avec les g&#233;n&#233;raux d'Alg&#233;rie&#8230; S'appr&#234;te-t-elle &#224; en vivre un nouveau ? Macron a rappel&#233; que, dans des circonstances exceptionnelles, le chef de l'Etat est chef des arm&#233;es en exercice et que ce n'est pas seulement honorifique ! Macron peut-il dire qu'avec les deux extr&#234;mes face &#224; face, la guerre civile est mena&#231;ante et prendre les pleins pouvoirs comme le permet la constitution ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/06/24/emmanuel-macron-juge-que-les-programmes-des-deux-extremes-vont-mener-a-la-guerre-civile_6243450_823448.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/06/24/emmanuel-macron-juge-que-les-programmes-des-deux-extremes-vont-mener-a-la-guerre-civile_6243450_823448.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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