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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Quand Diderot inventait la psychanalyse</title>
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		<dc:date>2010-01-13T20:03:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Diderot</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Si le petit sauvage &#233;tait abandonn&#233; &#224; lui-m&#234;me, qu'il conserv&#226;t son imb&#233;cillit&#233; et qu'il r&#233;un&#238;t au peu de raison de l'enfant au berceau la violence des passions de l'homme de trente ans, il tordrait le cou &#224; son p&#232;re et coucherait avec sa m&#232;re. &#187; Diderot dans &#171; Le neveu de Rameau &#187;, cit&#233; par Sigmund Freud &lt;br class='autobr' /&gt; Denis Diderot &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mystification &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Je voudrais bien me rappeler la chose comme elle s&#180;est pass&#233;e, car elle vous amuserait. Commen&#231;ons &#224; tout hasard, sauf &#224; laisser l&#224; mon r&#233;cit, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique126" rel="directory"&gt;Diderot et la psychanalyse&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot170" rel="tag"&gt;Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot172" rel="tag"&gt;Diderot&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Si le petit sauvage &#233;tait abandonn&#233; &#224; lui-m&#234;me, qu'il conserv&#226;t son imb&#233;cillit&#233; et qu'il r&#233;un&#238;t au peu de raison de l'enfant au berceau la violence des passions de l'homme de trente ans, il tordrait le cou &#224; son p&#232;re et coucherait avec sa m&#232;re. &#187; Diderot dans &#171; Le neveu de Rameau &#187;, cit&#233; par Sigmund Freud&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Denis Diderot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mystification &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je voudrais bien me rappeler la chose comme elle s&#180;est pass&#233;e, car elle vous amuserait. Commen&#231;ons &#224; tout hasard, sauf &#224; laisser l&#224; mon r&#233;cit, s&#180;il m&#180;ennuie.&lt;br class='autobr' /&gt;
M. le prince de Galitsine s&#180;en va aux eaux d'Aix-la-Chapelle ; il y trouve la jeune et belle comtesse de Schmettau. En huit jours de temps il en devient amoureux, il le dit, il est &#233;cout&#233;, il est &#233;poux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait &#233;t&#233; attach&#233; &#224; Paris &#224; une demoiselle Dornet, grande fille, assez belle, mais d&#180;une mauvaise sant&#233;, ne manquant pas tout &#224; fait d&#180;esprit, mais ignorante comme une danseuse d&#180;Op&#233;ra, et toute propre &#224; donner dans un torquet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prince, apr&#232;s son mariage, regretta deux ou trois portraits qu&#180;il avait laiss&#233;s &#224; cette fille, et il me pria de les ravoir, si je pouvais. La chose n&#180;&#233;tait pas ais&#233;e. Entre plusieurs moyens qui me vinrent en t&#234;te, celui auquel je m&#180;arr&#234;tai, ce fut de tirer parti des inqui&#233;tudes qu&#180;elle avait sur sa sant&#233;, et de supposer &#224; ces portraits une influence funeste qui l&#180;effray&#226;t. Voil&#224; qui est bien ridicule, me direz-vous. D&#180;accord. Mais d&#180;un autre c&#244;t&#233; il est si agr&#233;able de se bien porter, les portraits d&#180;un infid&#232;le sont si peu de chose ; il y a un si grand fonds &#224; faire sur l&#180;imagination d&#180;une femme alarm&#233;e, et en g&#233;n&#233;ral les femmes sont si cr&#233;dules et si pusillanimes en sant&#233;, si superstitieuses dans la maladie !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le point important &#233;tait de trouver un homme leste et capable de bien faire le r&#244;le que j&#180;avais &#224; lui donner. Il &#233;tait sous ma main. Je ne dirai rien de son talent en ce genre, vous en jugerez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous connaissez &#224; pr&#233;sent le sujet de la sc&#232;ne, ce sont Les Portraits recouvr&#233;s. Le lieu, c&#180;est l&#180;appartement de Mme Therbouche, dans la petite maison de Falconet. Les personnages sont Mme Therbouche, Mlle Dornet, surnomm&#233;e la Belle Dame, et un certain brigand, Bonvalet Desbrosses, soi-disant m&#233;decin turc.&lt;br class='autobr' /&gt;
C&#180;&#233;tait au mois de septembre, sur la fin du jour. Mme Therbouche avait quitt&#233; sa palette, et causait avec Desbrosses de ses affaires, auxquelles je crois qu&#180;il prenait un profond int&#233;r&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Survient Mlle Dornet. Elle ne salue point, elle se jette sur un canap&#233;. Elle n&#180;a fait qu&#180;un pas, et elle est exc&#233;d&#233;e de fatigue. C&#180;est qu&#180;elle devient &#224; rien, c&#180;est que ses forces s&#180;en vont tout &#224; fait. Et puis la voil&#224; embarqu&#233;e dans l&#180;&#233;ternelle histoire de sa sant&#233; pass&#233;e et de ses infirmit&#233;s pr&#233;sentes. Desbrosses, le dos appuy&#233; contre la chemin&#233;e, la regardait fixement, sans mot dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET, &#224; Desbrosses. - A me voir, monsieur, vous aurez peine &#224; croire un mot de ce que je dis.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - D&#180;autant plus de peine, mademoiselle, que je n&#180;en ai rien entendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Vous n&#180;&#233;coutiez pas ? Mais, docteur, cela est fort mal, de ne pas &#233;couter.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - C&#180;est mon usage. Je n&#180;&#233;coute jamais, je regarde.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Et pourquoi n'&#233;coutez-vous point ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - C&#180;est que le discours ne m&#180;apprendrait que ce qu&#180;on pense de soi ; au lieu que le visage m&#180;apprend ce qui en est.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Eh bien, que mon visage vous a-t-il appris ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Que vous &#234;tes r&#233;ellement malade. Cela est s&#251;r ; mais ce qui l&#180;est davantage, c&#180;est que les m&#233;decins n&#180;ont rien connu de votre maladie.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Ah ! je suis donc malade ? Dieu soit lou&#233; ! Mais vous, monsieur, que pensez-vous de mon &#233;tat ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Rien encore. Un homme qui se respecte ne prononcera jamais sur un premier coup d&#180;oeil, sur quelques observations superficielles.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Nous sommes seuls ici ; je n&#180;ai point de secret pour madame, et vous &#234;tes le ma&#238;tre d&#180;interroger, de visiter et de voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Je n&#180;interroge point, je vous l&#180;ai d&#233;j&#224; dit. Quand les r&#233;ponses ne signifient rien, les questions sont inutiles. Mais puisque mademoiselle le permet, voyons. (Desbrosses s&#180;approche d&#180;elle, lui penche la t&#234;te en arri&#232;re, regarde ses yeux, qu&#180;elle a un peu durs, mais fort beaux, &#233;carte le fichu, prom&#232;ne sa main sur la gorge, veut lui t&#226;ter le ventre.)&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Mais, monsieur... (Desbrosses, sans lui r&#233;pondre, continue de la parcourir, puis il va s&#180;appuyer sur le dos d&#180;un fauteuil et y reste quelque temps, dans l&#180;attitude d&#180;un homme qui r&#234;ve.)&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Au moins, docteur, si vous ne rencontrez pas, ce ne sera pas la faute de mademoiselle, elle s&#180;est pr&#234;t&#233;e de bonne gr&#226;ce &#224; vos observations.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - On veut gu&#233;rir ou on ne le veut pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES, marmottant tout bas. - L&#180;air, le tour du visage, les yeux... oui, les yeux d&#180;une femme &#224; talents.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE, &#233;clatant de rire. - Ah ! Ah ! une femme &#224; talents. C&#180;est bien trouv&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Que je revoie. Tout cela tient &#224; si peu de chose. Mademoiselle, ouvrez les yeux, regardez-moi. Levez-vous, marchez. D&#233;ployez vos bras. Penchez votre t&#234;te sur l&#180;&#233;paule droite... Femme &#224; talents, femme &#224; talents, vous dis-je.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Vous vous trompez, vous vous trompez, vous dis-je.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant Mlle Dornet flatt&#233;e du mot de femme &#224; talents, faisait tout ce qu&#180;il fallait pour que le docteur n&#180;en d&#233;mord&#238;t pas ; elle ne dansait pas, mais elle s&#180;en donnait tous les airs. Desbrosses disait : &#034; Cela est plus clair que le jour &#034; ; et elle ajoutait : &#034; Mais puisque M. le docteur l&#180;a devin&#233;, pourquoi lui en faire un myst&#232;re ? &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Oh, mesdames, de la bonne foi, s&#180;il vous pla&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Monsieur le docteur, laissez dire Mme Therbouche et comptez sur ma franchise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et Desbrosses revenant &#224; elle, et lui passant la main sur les joues, lui prenant la gorge, lui pressant les cuisses, disait : &#034; Comme cela &#233;tait ferme ! comme cela &#233;tait rond ! &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - H&#233;las ! oui, cela &#233;tait.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES, en soupirant. - Vie dissip&#233;e, vie d&#233;licieuse, vie funeste.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Vie funeste, c&#180;est bien dit.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Et puis vie retir&#233;e, vie triste, vie ennuy&#233;e, vie plus funeste encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Mais o&#249; voyez-vous cela ?...&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Cela est &#233;crit l&#224;, l&#224;, et l&#224; encore. La tristesse passe, mais ses traces demeurent. (A Mme Therbouche) Voyez, madame, vous qui &#234;tes peintre et par cons&#233;quent physionomiste...&lt;br class='autobr' /&gt;
(La demoiselle Dornet &#233;tait si curieuse de faire dire la v&#233;rit&#233; au docteur, qu&#180;&#224; mesure qu&#180;il parlait et que Mme Therbouche la regardait, son visage prenait l&#180;expression de la tristesse.)&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Et puis le malaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Eh oui, le malaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Les vapeurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - J&#180;en suis rong&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Les angoisses, les peines d&#180;&#226;me et d&#180;esprit.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Pardonnez-moi, madame, j&#180;ai souffert et beaucoup.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - L&#180;humeur et le d&#233;pit.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - On en aurait &#224; moins.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - La col&#232;re et les emportements.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Ah, monsieur le docteur, si vous saviez, quitter sa maison, courir les champs, passer le Mordeck ! Encore si j&#180;avais aim&#233; ; mais c&#180;est que je n&#180;aimais pas. On n&#180;y comprend rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Les insomnies.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Oh non, je buvais, je mangeais, je dormais.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - De fatigue. Quand une fois les esprits ont pris un certain cours et ces diables de fibres je ne sais quel pli, cela ne se redresse pas comme on veut. L&#180;odeur qu&#180;elle a re&#231;ue dans sa nouveaut&#233;, la cruche la retient. C&#180;est Horace, qui est un de nos grands m&#233;decins, qui l&#180;a dit.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Monsieur est m&#233;decin ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Oui, madame.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Je vous connaissais bien des qualit&#233;s, mais non celle-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - J&#180;ai fait mes cours &#224; Tubinge, et je croyais vous l&#180;avoir dit.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Je ne me le rappelle pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Exercez-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Quand un ami a besoin de mon secours, lorsque je puis donner un conseil salutaire, m&#234;me &#224; un indiff&#233;rent, je croirais, en m&#180;y refusant, manquer aux premiers devoirs de l&#180;humanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Vous &#234;tes &#233;tranger ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Il est vrai.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Pourrait-on vous demander d&#180;o&#249; vous &#234;tes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Je suis turc.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Vous &#234;tes donc circoncis ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Tr&#232;s circoncis.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET, bas &#224; Mme Therbouche. Cela doit &#234;tre singulier, un homme circoncis.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE, bas. - N&#180;allez-vous pas lui parler de cela ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Turc ! mais vous en avez assez la physionomie, et vous devez &#234;tre fort bien en turban. On dit que l&#180;&#233;tat de m&#233;decin est tr&#232;s honor&#233; en Turquie.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Et tr&#232;s difficile.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Et pourquoi plus difficile qu&#180;ailleurs ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - C&#180;est qu&#180;il n&#180;est pas permis d&#180;interroger sa malade. L&#180;&#233;poux est l&#224; debout, &#224; c&#244;t&#233; de vous la main pos&#233;e sur un cimeterre ; il vous observe, il observe sa femme ; s&#180;il vous &#233;chappe un mot, la t&#234;te du m&#233;decin est &#224; bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Fi, les vilaines gens ! A la place des m&#233;decins, je les laisserais tous crever.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - On juge la maladie aux gestes, &#224; la couleur, aux regards, au pouls, &#224; l&#180;&#233;tat de la peau, aux urines, aux traits de la main, quand on peut la toucher, aux r&#234;ves, quand on peut les savoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Les miens sont affreux.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - J&#180;allais vous le dire. Notre m&#233;decine turque a deux parties essentielles que la v&#244;tre n&#180;a pas l&#180;oneirocritique et la chiromancie ; l&#180;oneirocritique ou la connaissance de la maladie par les songes, la chiromancie ou la connaissance de sa fin par les traits de la main.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Vous dites la bonne aventure ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Certainement.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - J&#180;avais cru jusqu&#180;&#224; pr&#233;sent qu&#180;un diseur de bonne aventure n&#180;&#233;tait qu&#180;un fripon.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - C&#180;est assez l&#180;ordinaire ; mais un fripon n&#180;emp&#234;che pas qu&#180;il n&#180;y ait d&#180;honn&#234;tes gens, non plus qu&#180;un charlatan qu&#180;il n&#180;y ait de vrais m&#233;decins.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Rien n&#180;est plus juste.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Regardez donc bien vite ma main ; je me meurs d&#180;envie de savoir ce que vous y lirez.&lt;br class='autobr' /&gt;
(On approche des bougies, et Desbrosses se met &#224; lui consid&#233;rer la main avec une loupe.)&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Voyez-vous l&#224; bien des choses ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Beaucoup.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Bonnes ? mauvaises ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - D&#180;unes et d&#180;autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Vous me les direz ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Non, madame ; il y a des choses qui ne se disent pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Eh bien, &#233;crivez-les.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Tr&#232;s volontiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
On apporte une table, de l&#180;encre, des plumes et du papier, et Desbrosses lui &#233;crit de sa vie pass&#233;e, de son &#233;tat pr&#233;sent, de ses moeurs, de son temp&#233;rament, de son esprit, de ses passions, de son coeur, de son caract&#232;re, de ses intrigues, c&#244;toyant la v&#233;rit&#233; d&#180;assez pr&#232;s pour n&#180;&#234;tre ni trop clair ni trop obscur. Il cachette son papier et le lui donne. Elle allait rompre le cachet et lire, lorsque Desbrosses l&#180;arr&#234;ta et lui dit : &#034; Non, madame, pas &#224; pr&#233;sent ; ce sera pour quand vous serez seule. Cela demande de votre part l&#180;attention la plus s&#233;rieuse. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Avec votre permission, monsieur le docteur, il faut que je voie tout &#224; l&#180;heure ; je ne saurais attendre, cela me soucierait. Et puis il faut que je sache tout de suite quelle confiance on peut avoir dans un art qui m&#180;a paru toujours suspect.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Ah, mademoiselle, puisqu&#180;il s&#180;agit de l&#180;honneur de l&#180;art, je ne puis rien refuser &#224; l&#180;honneur de l&#180;art.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Elle ouvre le papier, elle lit, et en lisant elle souriait et disait : &#034; Ma foi, cela est vrai... Cela l&#180;est encore... Mais cela est prodigieux... Comment est-il possible qu&#180;on ait sa vie &#233;crite dans sa main ? ... ) Monsieur le docteur, une femme doit trembler &#224; vous confier sa main. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Et voil&#224; pr&#233;cis&#233;ment pourquoi les vrais chiromanciens s&#180;en cachent.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la suite d&#180;un assez long d&#233;tail, il lui prescrivait un r&#233;gime propre &#224; r&#233;tablir une machine us&#233;e par la peine et par le plaisir, mais &#224; laquelle il y avait encore de l&#180;&#233;toffe ; des aliments sains, de la distraction, de l&#180;exercice, mais surtout la soustraction de tout ce qui pouvait lui rappeler de certaines id&#233;es, comme meubles, lettres, bijoux, portraits. Et la demoiselle Dornet qui, tout en l&#180;&#233;coutant, relisait ce papier fait avec beaucoup de finesse, s&#180;&#233;criait &#034; Cela est &#224; confondre. C&#180;est qu&#180;on ne comprend pas du premier coup tout ce qu&#180;il y a l&#224;-dedans. Plus je r&#233;fl&#233;chis et plus cela ressemble. Y a-t-il longtemps que vous connaissez madame ? &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Trois ans ou environ. J&#180;eus l&#180;honneur de la voir pour la premi&#232;re fois &#224; la cour de Wurtemberg. J&#180;arrive ici ; j&#180;apprends qu&#180;elle y est, et je n&#180;ai rien de plus press&#233; que de lui faire ma cour. Voici ma premi&#232;re visite. Je ne me suis pas m&#234;me donn&#233; le temps de quitter mon habit de voyage, et j&#180;ai esp&#233;r&#233; qu&#180;elle ne verrait que mon empressement.&lt;br class='autobr' /&gt;
(En effet il &#233;tait en chapeau rabattu, en petite perruque ronde et sans poudre, en casaque bleue bord&#233;e d&#180;or et en bottines courtes.)&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Connaissez-vous M. Diderot ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Non, madame. J en ai beaucoup entendu parler en pays &#233;tranger, et je me propose bien de le voir avant que de quitter celui-ci.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET, &#224; Mme Therbouche. - Je voudrais bien savoir ce que notre esprit fort en dirait.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Il dirait que le docteur est un sc&#233;l&#233;rat bien siffl&#233; qui nous joue.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Je ne m&#180;en offenserais nullement, parce que M. Diderot qui ne me conna&#238;t pas doit me juger ainsi ; mais je lui servirais d&#180;un autre plat de mon m&#233;tier qui pourrait &#233;branler son incr&#233;dulit&#233;. Nous en avons retourn&#233; d&#180;aussi &#233;clair&#233;s et de plus m&#233;fiants. Qu&#180;il se donne seulement la peine de m&#180;honorer d&#180;une visite ; mais il faut que ce soit un quart d&#180;heure avant mon d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Et pourquoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - C&#180;est que je ne reste point dans un endroit quand j&#180;y suis connu.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Il faut que vous nous fassiez voir cela &#224; mademoiselle et &#224; moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Non, mesdames, cela est trop fort pour vous. Vous en jetteriez des cris de frayeur, on accourrait, et il n&#180;en faudrait pas davantage pour me perdre.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Cependant la demoiselle Dornet ruminant sur son papier, disait : &#034; Point de meubles, point de bijoux, point de lettres, point de portraits ! &#034;)&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Monsieur le docteur, mais quel danger y a-t-il &#224; ces choses-l&#224;, quand on n&#180;y met plus d&#180;importance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - C&#180;est qu&#180;il est faux qu&#180;on n&#180;y en mette point. On les revoit, on y pense, la digestion en est plus ou moins d&#233;rang&#233;e, le sommeil interrompu ; on fait des r&#234;ves, on a des palpitations ; l&#180;imagination s&#180;&#233;chauffe, le sang se br&#251;le, le temp&#233;rament se d&#233;truit, on tombe dans un &#233;tat mis&#233;rable, et cela sans savoir pourquoi. T&#233;moin une grande dame d&#180;Allemagne, une dame qui a un nom dans l&#180;Europe ; je ne sais comment je le devinai, car c&#180;&#233;tait la vertu du pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Les pr&#234;tres disaient que c&#180;&#233;tait un sortil&#232;ge.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Desbrosses hochait de la t&#234;te &#224; Mme Therbouche et lui imposait silence en se mettant le doigt sur la bouche et Mlle Dornet disait au docteur :)&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Quoi, s&#233;rieusement il y a des femmes...&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Il y en a sans nombre.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Par un bijou, des lettres, un portrait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - J&#180;&#233;tais &#224; Gotha. Je vis l&#224; par hasard une jeune fille belle comme un ange, des yeux, une bouche, un tour de visage tout comme vous l&#180;avez. La pauvre enfant d&#233;p&#233;rissait &#224; vue d&#180;oeil. Ses parents qui l&#180;aimaient &#224; la folie en &#233;taient d&#233;sol&#233;s. Je leur dis : &#034; Changez-la de demeure et elle gu&#233;rira. &#034; Ils le firent et elle gu&#233;rit.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Elle habitait apparemment la maison d&#180;un amant qu&#180;elle avait perdu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Bien moins que cela. Sa fen&#234;tre donnait sur un jardin o&#249; ils s&#180;&#233;taient quelquefois promen&#233;s... Mais une autre ; celle-ci, madame Therbouche, est une de vos compatriotes.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - La femme du chambellan de la princesse de *** ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Elle ou une autre. Il suffit que veuve depuis cinq ou six ans d&#180;un mari dont elle n&#180;avait pas &#233;t&#233; folle...&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - C&#180;est celle que je pensais ; j&#180;en suis s&#251;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Chut. Elle avait gard&#233;, sans cons&#233;quence, &#224; ce qu&#180;elle croyait, un bracelet de ses cheveux. Ce bracelet jet&#233; p&#234;le-m&#234;le avec d&#180;autres parures de femme, lui tombait de temps en temps sous la main, et &#224; chaque fois elle se rappelait son mari. Cela commen&#231;a par des soupirs qui lui &#233;chappaient sans qu&#180;elle s&#180;en aper&#231;&#251;t. Peu &#224; peu sa t&#234;te s&#180;embarrassa ; la m&#233;lancolie survint ; l&#180;insomnie suivit la m&#233;lancolie ; le marasme suivit l&#180;insomnie comme c&#180;est l&#180;ordinaire ; elle devint s&#232;che comme un morceau de bois. Nous avons &#233;t&#233; quelque temps en commerce de lettres. Depuis un an ou deux, je n&#180;en ai pas entendu parler ; il faut qu&#180;elle soit morte. Il ne faut pas laisser engrener cela.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Cela ne se comprend pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - C&#180;est comme tant d&#180;autres choses qu&#180;on ne comprend pas davantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - On dirait qu&#180;il s&#180;&#233;chappe des choses qui ont appartenu, qui ont touch&#233; &#224; un objet aim&#233;, des &#233;coulements imperceptibles qui se portent l&#224;. Cette id&#233;e n&#180;est pas nouvelle ; c&#180;est la vieille doctrine d&#180;Epicure. Ces Anciens-l&#224; en savaient plus que nous. Cela tient &#224; la vision, et la vision comment se fait-elle ? Par des simulacres minces et l&#233;gers qui se d&#233;tachent des corps et s&#180;&#233;lancent vers nos yeux. Qui est-ce qui conna&#238;t les qualit&#233;s bien ou malfaisantes de ces simulacres ? Personne. Mais il est bien d&#233;montr&#233; par l&#180;exp&#233;rience qu&#180;ils ne sont pas tous innocents. Quelle est la t&#234;te qui r&#233;sisterait longtemps &#224; un appartement tendu de noir ? Cependant une tenture blanche, noire, rouge, verte ou grise n&#180;est toujours que de l&#180;&#233;toffe. Si les astres, qui sont &#224; des distances infinies, versent sur nos t&#234;tes des influences qui disposent de nous, comment nier l&#180;effet des &#234;tres qui nous environnent, nous assaillent, nous pressent, nous touchent ? &amp;OCIRC; Nature ! Nature ! qui est-ce qui a p&#233;n&#233;tr&#233; tes secrets ! Nous en connaissons un peu plus que le commun, mais avec cela nous sommes encore bien ignorants.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Et le chapitre des sympathies et des antipathies ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Il est infini.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Et puis est-il possible qu&#180;il ne nous reste pas de nos go&#251;ts une pente secr&#232;te ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - N&#180;en doutez pas. Nous la suivons d&#180;abord sans le sentir ; sa force s&#180;accro&#238;t en nous sourdement, tant et si bien qu&#180;elle finit &#224; la longue par nous entra&#238;ner avec une violence &#224; laquelle on ne r&#233;siste plus. La th&#233;ologie a voulu s&#180;en m&#234;ler ; mais affaire d&#180;organisation, effet naturel, affaire de m&#233;decine. On devient triste sans raison, &#224; ce qu&#180;on croit, premier sympt&#244;me. L&#180;ennui nous gagne ; nous cherchons &#224; nous dissiper, nous ne le pouvons, partout il nous manque quelque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - C&#180;est pr&#233;cis&#233;ment o&#249; j&#180;en suis.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Qu&#180;une bague, un portrait, une lettre, un billet tendre qu&#180;on aura re&#231;u vienne &#224; tomber sous les yeux, et voil&#224; le simulacre perfide qui s&#180;attache &#224; la r&#233;tine.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Qu&#180;est-ce qu&#180;une r&#233;tine ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - C&#180;est une toile d&#180;araign&#233;e tiss&#233;e des fils nerveux les plus d&#233;li&#233;s, les plus fins, les plus sensibles du corps, qui tapisse le fond de l&#180;oeil. Quand l&#180;image s&#180;est attach&#233;e &#224; cette toile mobile, quand ses petits &#233;branlements ont &#233;t&#233; transmis &#224; cette substance si d&#233;licate, si molle qu&#180;on appelle le cerveau ; quand l&#180;&#226;me a pris les ondulations de cette substance ; quand l&#180;une et l&#180;autre lass&#233;es d&#180;osciller, viennent &#224; s&#180;affaisser de fatigue, de l&#180;ennui on passe &#224; la tristesse, &#224; la m&#233;lancolie, &#224; l&#180;attendrissement, aux larmes, au chagrin, &#224; l&#180;indigestion, &#224; l&#180;insomnie, &#224; la douleur, aux nerfs agac&#233;s, aux vapeurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - C&#180;est moi, c&#180;est moi, comme si ma femme de chambre vous l&#180;avait dit.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Des vapeurs &#224; la maigreur ; plus de t&#233;tons, plus de cuisses, plus de fesses. Des os, et puis encore quoi ? Des os.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Ici Mlle Dornet &#233;cartant avec ses deux mains la partie du v&#234;tement qui cachait sa poitrine, leur d&#233;couvrit une large plaine, in&#233;gale, travers&#233;e de profonds sillons. Cela aurait fait piti&#233; &#224; tout d&#180;autres que de mauvais plaisants. Puis elle ajoutait : &#034; Monsieur le docteur, ce n&#180;est rien que cela ; donnez-moi votre main. &#034; Le docteur lui donna sa main qu&#180;elle conduisit par les fentes de ses jupons sur ses hanches.)&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Eh bien ! qu&#180;en dites-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Je dis que vous n&#180;en &#234;tes pas encore jusqu&#180;o&#249; cela peut aller.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Et que peut-il m&#180;arriver de pis ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - C&#180;est que le peu de graisse qui reste se fonde ; que la peau se noircisse et se colle sur les os ; que le feu prenne au squelette ; que les yeux s&#180;allument comme deux chandelles, et que la raison se perde. Alors c&#180;est du d&#233;lire, c&#180;est de la fureur.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Finissez, monsieur le docteur, vous me donnez la chair de poule.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - C&#180;est le dernier p&#233;riode qui est affreux, c&#180;est la queue des passions qui est &#224; redouter ; cette queue-l&#224; n&#180;a point de fin. Aussi je m&#180;attache d&#180;abord &#224; la vie, aux moeurs, aux go&#251;ts, aux passions d&#180;un malade. J&#180;exige le sacrifice de toutes ces guenilles qui ne signifient plus rien pour le bonheur et qui peuvent avoir des suites si funestes. Si on me les refuse, je me retire et j&#180;abandonne une insens&#233;e &#224; son mauvais sort. Les passions, les passions, ce sont comme les volcans qu&#180;on croit &#233;teints parce qu&#180;ils ne jettent plus. Moi, mesdames, moi qui vous parle, j&#180;ai vu, j&#180;ai connu un homme qui avait &#233;t&#233; dix ans, entendez-vous, dix ans sans songer &#224; une infid&#232;le qu&#180;il avait quitt&#233;e, lui, sans la chercher, sans la voir, sans en parler, sans la regretter. Au bout de ces dix ans, le hasard veut qu&#180;il la rencontre ; ses yeux s&#180;obcurcissent, sa t&#234;te s&#180;embarrasse, il tremble de tous ses membres, ses genoux se d&#233;robent sous lui, il se trouve mal, mais mal &#224; mourir. Qu&#180;on vienne me dire apr&#232;s cela qu&#180;on conna&#238;t l&#180;&#233;tat de son coeur... Vous riez, madame Therbouche ; vous ne croyez pas &#224; cela ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Tout au contraire, docteur, c&#180;est que j&#180;ai par-devers moi un exemple tout pareil.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Un d&#233; &#224; coudre plein d&#180;une certaine poudre noire. Ce n&#180;est rien. Une &#233;tincelle de feu ; c&#180;est moins encore. Cependant...&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Et la passion la plus violente, qu&#180;est-ce dans son premier instant ? Un souris, un mot, un regard, un geste, un tour de t&#234;te, un clin d&#180;oeil, un je-ne-sais-quoi.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Et ce je-ne-sais-quoi a boulevers&#233; plus d&#180;un empire.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Fort bien, mesdames, fort bien. Les femmes ! ah ! les femmes ! je l&#180;ai dit cent fois, si elles voulaient s&#180;en m&#234;ler, nous n&#180;aurions qu&#180;&#224; fermer boutique. C&#180;est une sagacit&#233; naturelle dont nous n&#180;approchons pas avec tous nos livres. Tandis que nous tournons autour de la chose, elles mettent la main dessus.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Tr&#234;ve de galanterie ; nous savons de reste ce que nous valons. Mais que conclure de toutes les belles choses que vous nous avez d&#233;bit&#233;es ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Qu&#180;en conclure ? C&#180;est de ne rien n&#233;gliger, de se m&#233;fier de tout, c&#180;est, mesdames, de se secourir par tous les moyens possibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Doucement, docteur ; point de pluriels. Je n&#180;en suis pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - D&#180;accord, madame ; mais vous ne savez pas ce qui vous attend.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici le docteur se rappela qu&#180;il avait peu d&#238;n&#233; et qu&#180;il avait faim. On lui offrit du pain, du vin, des p&#234;ches et du raisin qu&#180;il accepta. Il mangeait d&#180;un app&#233;tit et dissertait d&#180;une profondeur que je d&#233;sesp&#232;re de vous rendre. Il d&#233;montrait &#224; ces dames que dans un ordre o&#249; tout tient il n&#180;y a point de petites choses, et que les plus minutieuses sont l&#180;origine des plus importantes ; l&#224;-dessus il en appelait &#224; l&#180;histoire m&#234;me de leur vie. Il faisait rentrer les lettres, les bagues, les portraits avec une adresse incroyable, et Mlle Dornet l&#180;&#233;coutait de toutes ses oreilles. Il disait : &#034; Si le pr&#233;sent est gros de l&#180;avenir, il faut avouer aussi qu&#180;il en est de cette grossesse du pr&#233;sent comme d&#180;une autre, et qu&#180;il faut bien peu de chose pour le f&#233;conder. - Et que c&#180;est bien dommage, ajoutait Mlle Dornet, qu&#180;on ne puisse voir clair dans cette matrice-l&#224;. &#034; Le docteur ne r&#233;pondit rien, mais il fixa ses regards sur elle d&#180;un air plein d&#180;int&#233;r&#234;t et m&#234;me d&#180;attendrissement ; et Mme Therbouche lui disait &#224; l&#180;oreille : &#034;C&#180;est un diable d&#180;homme auquel je n&#180;entends rien. Il m&#180;a pr&#233;dit &#224; Stuttgart des choses inou&#239;es et qui se sont v&#233;rifi&#233;es &#224; la lettre. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Tout de bon ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - D&#180;honneur. Cela m&#180;avait m&#234;me donn&#233; du scrupule, je craignais qu&#180;il n'e&#251;t de la diablerie dans son fait ; mais il m&#180;a toujours paru si honn&#234;te homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Que chuchotez-vous l&#224;, mesdames ? Il ne tiendrait qu&#180;&#224; vous que je profitasse de ce que vous dites.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - C&#180;est madame qui pr&#233;tend que vous en savez bien plus encore que vous n&#180;en voulez montrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Madame Therbouche, vous &#234;tes une indiscr&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Monsieur le docteur, ne craignez rien ; je ne suis plus un enfant, et je sais un peu ce qu&#180;il faut dire ou taire. Madame, r&#233;pondez-lui de moi et priez-le...&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Docteur, vous connaissez les femmes ; elles sont curieuses, et madame voudrait que vous lui disiez quelque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Que voulez-vous que je lui dise ? Je ne sais rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Vous ne vous &#234;tes pas repenti de m&#180;avoir parl&#233;. Je connais madame, et je puis vous assurer qu&#180;elle m&#233;rite votre confiance.&lt;br class='autobr' /&gt;
DESBROSSES. - Encore une fois, madame, je ne sais rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Allons, mon petit docteur, mon petit docteur, ne contrastez pas une belle dame comme celle-l&#224;, et dites-lui quelque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Desbrosses ne demandait pas mieux que de s&#180;avouer sorcier pour faire plaisir &#224; la Belle Dame, mais il &#233;tait une heure du matin et il avait envie de dormir. Il prit un air boudeur, se leva et disparut. Mlle Dornet eut beau crier du haut de l&#180;escalier &#034; Monsieur le docteur, monsieur &#034;, le bruit de la porte lui apprit qu&#180;il &#233;tait d&#233;j&#224; dans la rue. Elle rentra bien f&#226;ch&#233;e de ne lui avoir pas offert son carrosse, du moins elle aurait su sa demeure... Et voil&#224; nos deux femmes seules.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Ah &#231;&#224;, madame Therbouche, j&#180;esp&#232;re que vous ne me refuserez pas un service.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Assur&#233;ment, s&#180;il est en mon pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - C&#180;est un homme bien extraordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Je vous en r&#233;ponds. Vous savez ce qui m&#180;est arriv&#233; &#224; Paris. Eh bien ! il me l&#180;avait annonc&#233;, et vous et le prince Galitsine et Stackes et Mme de Rieben et M. Diderot et ce pauvre Chabert ; il n&#180;y manquait que les noms. D&#180;abord je traitai cela comme des r&#234;veries, et je crois que vous en auriez fait autant.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Peut-&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - C&#180;est qu&#180;apparemment vous avez meilleur esprit que moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Pardi, si l&#180;on me dit des choses que je sache toute seule, il est &#224; croire qu&#180;on les a devin&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Cela est sans r&#233;plique. Mais il est tard ; venons au service que je puis vous rendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Vous le reverrez ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Je l&#180;esp&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Il faudrait l&#180;engager &#224; souper chez moi. Nous ne serions que nous trois, et nous le tiendrions sur la sellette.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Pour moi, je vous d&#233;clare que je ne veux rien savoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Et la raison ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - C&#180;est que les choses n&#180;en arrivent pas moins et qu&#180;on en a l&#180;inqui&#233;tude d&#180;avance.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - C&#180;est tout au contraire &#224; mon &#233;gard. Les choses me touchent moins quand je m&#180;y attends, et c&#180;est l&#224; peut-&#234;tre pourquoi je suis si curieuse. Ainsi qu&#180;il vienne toujours ; si ce n&#180;est pas pour vous, ce sera pour moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Il n&#180;y a plus qu&#180;une petite difficult&#233;, c&#180;est qu&#180;il est parfois bizarre et silencieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Il n&#180;en a pas l&#180;air.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Je vous dis qu&#180;il est des mois entiers sans sortir et des semaines sans desserrer les dents ; il ne parle &#224; ses gens que par signe. Il ne faut pas croire qu&#180;il soit toujours comme vous l&#180;avez trouv&#233; aujourd&#180;hui. Il est avec une amie qu&#180;il a perdue de vue depuis deux ans et qu&#180;il revoit pour la premi&#232;re fois ; il se rencontre vis-&#224;-vis d&#180;une femme jeune et belle ; il faut que vous l&#180;ayez singuli&#232;rement int&#233;ress&#233; pour se l&#226;cher comme il l&#180;a fait.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Il aime les femmes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. Les belles femmes, &#224; la folie.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. Vous me l&#180;am&#232;nerez ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - J&#180;y ferai de mon mieux ; je ne r&#233;ponds que de cela.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Belle, faites cela pour moi ; je vous en aurai obligation toute ma vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Mais s&#180;il vient &#224; vous dire des choses qui vous tracassent ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - J&#180;ai la t&#234;te excellente, et l&#180;on ne me tracasse pas ais&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - A votre place, je ne le consulterais que sur ma sant&#233;. A quoi m&#180;ont servi ses pr&#233;dictions ? A rien. J&#180;en ai ri la premi&#232;re fois ; je n&#180;en rirais pas la seconde.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - A tout hasard, je veux savoir, et vous me f&#226;cherez vraiment, si notre partie n&#180;a pas lieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Je ne veux pas vous f&#226;cher, mais je ne veux pas non plus de vos reproches.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Vous n&#180;en aurez point.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - Vous n&#180;oublierez pas que c&#180;est contre mon gr&#233;, que c&#180;est vous qui l&#180;avez voulu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Oui, oui, c&#180;est moi qui l&#180;aurai voulu, qui le veux. Voil&#224; qui est convenu, n'est-ce pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADAME THERBOUCHE. - A la bonne heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET, en l&#180;embrassant. - Vous &#234;tes charmante, au vrai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je laissai passer quelques jours entre cette sc&#232;ne et ma premi&#232;re visite. Je la trouvai soucieuse ; je lui en demandai la raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Ce n&#180;est rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Vous ne dites pas vrai. Qu&#180;avez-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - J&#180;ai...&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Puisqu&#180;il faut vous l&#180;avouer, j&#180;ai vu un diable d&#180;homme qui m&#180;a renvers&#233; la t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Vous &#234;tes devenue amoureuse ? O&#249; est le mal ? S&#180;il vous convient, vous le garderez ; s&#180;il ne vous convient pas, vous le renverrez.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Si ce n&#180;&#233;tait que cela !&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Ah, je comprends : vous voulez &#233;pouser.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Epouser ! Je ne serais pas sa femme pour tout l&#180;or du monde ; je craindrais qu&#180;une belle nuit le diable ne me tordit le cou.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Le diable ne tord plus de cou. Rassurez-vous.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Avez-vous vu un certain m&#233;decin turc ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Non.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - C&#180;est que vous aurez sa visite.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - A la bonne heure. Mais qu&#180;est-ce que ce m&#233;decin turc a de commun avec votre souci ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Vous allez vous moquer de moi, j&#180;en suis s&#251;re ; n&#180;importe. Je l&#180;ai trouv&#233; clans la petite maison.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Chez Mme Therbouche ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Oui. C&#180;est un homme de sa connaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Eh bien ! cet homme de la connaissance de Mme Therbouche ?...&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - M&#180;a regard&#233;e dans les yeux, dans la main ; m&#180;a t&#226;t&#233;e, ret&#226;t&#233;e, m&#180;a parl&#233;, m&#180;a &#233;crit, m&#180;a dit tout ce que j&#180;ai pens&#233;, tout ce que j&#180;ai fait, tout ce qui m&#180;est arriv&#233; depuis que je suis au monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Je le crois. J&#180;en aurais fait presque autant.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Vous me connaissez, vous, mais il ne me conna&#238;t pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Mais il conna&#238;t quelqu&#180;un qui vous conna&#238;t, et cela revient au m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Je me suis bien dout&#233;e que vous me ririez au nez.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Ne voudriez-vous pas que je donnasse, pour vous plaire, dans les sorciers, les revenants, les astrologues ? Allez, ce pr&#233;tendu m&#233;decin turc est un sot ou un fripon.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Pour sot, je vous jure qu&#180;il ne l&#180;est pas ; pour fripon, il n&#180;en a ni l&#180;air, ni le ton.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Il en a bien le jeu. Et que vous a-t-il donc appris, montr&#233; de si incompr&#233;hensible et de si effrayant ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Le fond de mon coeur ; mes actions les plus ignor&#233;es, mes pens&#233;es les plus secr&#232;tes, ce que personne ne sait que mon bonnet et moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Il aura caus&#233; avec votre bonnet qui n&#180;aura pas &#233;t&#233; discret.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Tr&#234;ve de plaisanterie : il me trouve mal et tr&#232;s mal.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Vous n&#180;&#234;tes pas bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Il exige un r&#233;gime.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Il a raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Des sacrifices.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Il en est qu&#180;on peut faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Il met de l&#180;importance &#224; des bagatelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Il faudrait savoir ce que vous appelez de ce nom.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Mais les lettres, les bijoux, les portraits.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Et il pr&#233;tend ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Qu'il s&#180;&#233;chappe de l&#224; je ne sais quoi de pernicieux, des simulacres... oui, des simulacres, c&#180;est le mot... qui s&#180;en vont s&#180;attacher... &#224; la t&#233;tine... l&#224;, dans l&#180;oeil.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Vous voulez dire &#224; la r&#233;tine.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Oui, oui, &#224; la r&#233;tine. Mais il y a donc quelque fondement l&#224;-dedans ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Je pense qu&#180;on n&#180;a rien de mieux &#224; faire que de se d&#233;tacher de tous les objets qui r&#233;veillent en nous un souvenir f&#226;cheux. C&#180;est le plus s&#251;r.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Cela me ferait pourtant quelque peine.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - En ce cas gardez-les.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Mais mon m&#233;decin turc ne le veut pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Laissez-le dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Et si tous les malheurs qu&#180;il m&#180;a pr&#233;dits allaient fondre sur moi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Si vous m&#180;assurez bien que votre homme n&#180;est ni un idiot ni un coquin, il faudra que je croie que c&#180;est une esp&#232;ce de fou.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Sage ou fou, dans le doute, quel inconv&#233;nient y aurait-il d&#180;acc&#233;der &#224; sa folie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - En ce cas d&#233;faites-vous-en.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Cependant il est si doux, surtout quand l&#180;&#226;ge avance, de se rappeler ses conqu&#234;tes par les bagatelles qu&#180;on a re&#231;ues !&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Gardez-les donc.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Mais il cite des faits qui font fr&#233;mir.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Ne les gardez pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Savez-vous bien que ces gardez-les, ne les gardez pas sont d&#180;une ironie et d&#180;une indiff&#233;rence insupportables ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Si vous l&#180;aimez mieux, faites l&#180;un et l&#180;autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Et comment cela, s&#180;il vous pla&#238;t ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Confiez-les-moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Nous verrons. En attendant, si j&#180;ai mon m&#233;decin turc &#224; d&#238;ner, ou si nous allons souper chez lui, vous en serez, n&#180;est-ce pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Volontiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Savez-vous qu&#180;il a projet&#233; votre gu&#233;rison ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Je ne suis pas malade.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Vous &#234;tes l&#180;incr&#233;dule le plus d&#233;termin&#233; que je connaisse.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Je ne m&#180;en porte que mieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - S&#180;il nous tient parole...&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Il vous manquera, c&#180;est moi qui vous le dis.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Et pourquoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - C&#180;est que ces gens-l&#224; connaissent leur monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - C&#180;est nous dire assez nettement, &#224; Mme Therbouche et &#224; moi, que nous sommes deux imb&#233;ciles.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Non. Mais... Voil&#224; Naigeon qui entre, et je crois que si vous &#234;tes un peu jalouse de son estime, vous ferez sagement de ne pas lui confier vos enfantillages.&lt;br class='autobr' /&gt;
MADEMOISELLE DORNET. - Je m&#180;en garderai bien. Vous &#234;tes tol&#233;rant, mais il ne l&#180;est point.&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDEROT. - Paix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Naigeon entra, et je ne sortis que lorsque je pus compter par le nouveau tour de la conversation qu&#180;il ne serait pas question du m&#233;decin turc ; aussi ne lui en parla-t-elle point.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; o&#249; nous en sommes. Il y a un souper d&#180;arrang&#233;, non chez la Belle Dame, mais chez le docteur. Nous verrons ce que cela deviendra.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela ne devint rien. J&#180;avais un buste du prince, nous devions en avoir un autre qui aurait &#233;t&#233; celui de la princesse. On aurait ajust&#233; des corps d&#180;osier &#224; ces deux bustes ; nous les aurions habill&#233;s &#224; notre fantaisie ; on les aurait plac&#233;s au fond d&#180;un petit appartement tendu de noir. Les visages des bustes, enduits de phosphore, auraient &#233;t&#233; garantis du contact de l&#180;air, et l&#180;appartement rempli de la vapeur du camphre. La Belle Dame serait entr&#233;e, une petite bougie allum&#233;e &#224; la main ; la vapeur du camphre se serait enflamm&#233;e, elle aurait mis feu au phosphore ; le phosphore br&#251;lant aurait &#233;clair&#233; les visages du prince et de la princesse. Elle aurait reconnu le prince, et en un instant les deux fant&#244;mes auraient disparu par le moyen d&#180;une trappe qui se serait enfonc&#233;e sous leurs pieds et referm&#233;e sur eux. Mais Desbrosses, quelques jours avant cette singerie, se cassa la t&#234;te de deux coups de pistolet, et la suite bien ou mal projet&#233;e n&#180;eut pas lieu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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