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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Un dialogue de Freud sur la psychanalyse</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Freud</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#8220; Psychanalyse et m&#233;decine &#8221; de Freud &lt;br class='autobr' /&gt;
(1925) &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce titre n'est pas compr&#233;hensible au premier abord. Je l'expliquerai donc : il s'agit ici des non-m&#233;decins et la question est celle-ci : doit-il dire permis aux non-m&#233;decins d'exercer l'analyse ? Cette question a ses conditions et de temps et de lieu. De temps : jusqu'&#224; pr&#233;sent personne ne s'&#233;tait souci&#233; de qui exerce ou non la psychanalyse. Bien plus, on ne s'en est que trop peu souci&#233;, on n'&#233;tait d'accord que sur un seul (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique122" rel="directory"&gt;Introduction &#224; la psychanalyse, Sigmund Freud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot170" rel="tag"&gt;Freud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#8220; Psychanalyse et m&#233;decine &#8221; de Freud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1925)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce titre n'est pas compr&#233;hensible au premier abord. Je l'expliquerai donc : il s'agit ici des non-m&#233;decins et la question est celle-ci : doit-il dire permis aux non-m&#233;decins d'exercer l'analyse ? Cette question a ses conditions et de temps et de lieu. De temps : jusqu'&#224; pr&#233;sent personne ne s'&#233;tait souci&#233; de qui exerce ou non la psychanalyse. Bien plus, on ne s'en est que trop peu souci&#233;, on n'&#233;tait d'accord que sur un seul point : personne ne devrait l'exercer, et ceci pour diverses raisons qu'on mettait en avant, et au fond desquelles se retrouvait toujours la m&#234;me antipathie. L'exigence que seuls les m&#233;decins aient le droit d'analyser r&#233;pond donc &#224; une attitude nouvelle, et en apparence plus amicale, envers l'analyse - si elle arrive toutefois &#224; &#233;chapper au soup&#231;on de n'&#234;tre qu'un rejeton plus ou moins d&#233;figur&#233; de l'attitude primitive. On admet maintenant qu'un traitement analytique doit dire entrepris dans certaines circonstances, mais alors seuls les m&#233;decins doivent l'entreprendre. Le pour&#172;quoi de cette limitation reste &#224; chercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, n'ayant pas dans tous les pays la m&#234;me port&#233;e, a aussi ses conditions de lieu. En Allemagne, en Am&#233;rique, la discussion n'en peut &#234;tre que th&#233;orique : dans ces pays, tout malade peut en effet se faire traiter comme et par qui lui pla&#238;t, n'importe qui peut s'instituer &#171; gu&#233;risseur &#187; et soigner des malades quelconques, si seulement il prend la responsabilit&#233; de ses actes. La loi n'intervient pas avant qu'on y ait lait appel en expiation d'un dommage caus&#233; au malade. Mais, en Autriche, pays o&#249; et pour lequel j'&#233;cris, la loi est pr&#233;ventive, elle interdit au non-m&#233;decin d'entreprendre le traitement des malades, et cela, sans en attendre 1'issue . Ici donc, elle a un sens pratique, cette question : les non-m&#233;decins doivent-ils pouvoir traiter des malades par la psychanalyse ? Mais cette question, aussit&#244;t pos&#233;e, semble tranch&#233;e par la lettre de la loi. Les &#171; nerveux &#187; sont des malades, les non-m&#233;decins ne sont pas m&#233;decins, la psychanalyse est une pratique dont le but est la gu&#233;rison ou l'am&#233;lioration des maladies nerveuses, tout traitement de ce genre est r&#233;serv&#233; aux m&#233;decins : donc il n'est pas permis que des non-m&#233;decins appliquent aux &#171; nerveux &#187; l'analyse, et si cela arrive quand m&#234;me, il faut s&#233;vir. Les choses &#233;tant aussi simples, on ose &#224; peine s'occuper encore de la question de l'analyse par les non-m&#233;decins. Mais il y a ici quelques difficult&#233;s dont la loi ne se soucie pas, et qui m&#233;ritent pourtant d'&#234;tre prises en consid&#233;ration. Peut-&#234;tre appara&#238;tra-t-il que les malades, dans ce cas, ne sont pas des malades ordinaires, les non-m&#233;decins pas absolument des &#171; profanes &#187;, et les m&#233;decins pas tout &#224; lait ce qu'on peut attendre de m&#233;decins et sur quoi ils basent leurs pr&#233;tentions. Si nous pouvons le prouver, alors la loi - exigence justifi&#233;e - ne devra pas s'appliquer sans modifications au cas qui nous occupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la question sera tranch&#233;e par des personnes qui ne sont pas oblig&#233;es de conna&#238;tre les particularit&#233;s d'une cure analytique. Il est donc de notre devoir d'instruire ces personnes impartiales, suppos&#233;es actuellement encore dans l'ignorance. Nous regrettons de ne pouvoir les rendre t&#233;moins d'une cure analytique. La &#171; situation analytique &#187; n'admet pas de tiers. De plus, les diverses s&#233;ances sont de valeur tr&#232;s in&#233;gale, et un tel auditeur - forc&#233;ment incomp&#233;tent - admis &#224; l'une quelconque des s&#233;ances, n'en recevrait le plus souvent aucune impression valable ; il risquerait de ne rien comprendre &#224; ce qui se passe entre l'analyste et le patient, ou bien il s'ennuierait. Il lui faut donc, bon gr&#233;, mal gr&#233;, se contenter de nos dires, que nous rendrons le plus possible dignes de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malade peut souffrir de changements d'humeur qu'il n'arrive pas &#224; ma&#238;triser, ou de d&#233;couragements pusillanimes paralysant son &#233;nergie et lui &#244;tant toute confiance en lui-m&#234;me, ou bien d'une g&#232;ne angoiss&#233;e d&#232;s qu'il se trouve parmi des &#233;trangers. Il peut, sans comprendre pourquoi, ressentir que l'accomplissement de son travail professionnel lui devient difficile, et, de m&#234;me, toute d&#233;cision d'une certaine importance et toute entreprise. Il a un jour- sans savoir pourquoi -&#233;prouv&#233; une p&#233;nible crise d'angoisse, et, depuis, ne peut plus, sans un violent effort sur soi, traverser la rue ou aller en chemin de fer - peut-&#234;tre m&#234;me a-t-il d&#251; renoncer &#224; l'un comme &#224; l'autre. Ou bien, - chose bizarre, - ses pens&#233;es suivent leur propre chemin et ne se laissent pas guider par son vouloir. Elles poursuivent des probl&#232;mes &#224; lui-m&#234;me tr&#232;s indiff&#233;rents, et pourtant elles ne s'en laissent pas arracher ! Des t&#226;ches ridicules lui sont impos&#233;es, comme de compter le nombre des fen&#234;tres aux fa&#231;ades des maisons, et dans l'ex&#233;cution des choses les plus simples : jeter une lettre &#224; la poste, &#233;teindre un bec de gaz, il est saisi, au bout d'un instant, du doute de l'avoir vraiment fait. Cela peut n'&#234;tre qu'aga&#231;ant et importun. Mais l'&#233;tat devient insupportable si le malheureux soudain n'arrive pas &#224; se d&#233;fendre de l'id&#233;e qu'il a pouss&#233; un enfant sous les roues d'une voiture, ou jet&#233; un inconnu &#224; l'eau du haut d'un pont, ou s'il doit se demander : &#171; Ne serais-je pas l'assassin que la police recherche ? &#187; - auteur d'un crime d&#233;couvert le jour m&#234;me. Tout cela est &#233;videmment stupide, le malheureux le sait lui-m&#234;me, il n'a jamais fait de mal &#224; personne, mais le sentiment de culpabilit&#233; ne pourrait &#234;tre plus fort s'il &#233;tait vraiment le meurtrier qu'on recherche !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien notre patient - disons cette fois notre patiente - souffre d'autre mani&#232;re et dans un domaine diff&#233;rent. Elle est pianiste, mais ses doigts sont saisis de crampes et lui refusent tout service. Doit-elle aller dans le monde, aussit&#244;t se fait sentir un besoin naturel dont la satisfaction est incompatible avec le fait d'&#234;tre en soci&#233;t&#233;. Elle a donc renonc&#233; &#224; fr&#233;quenter r&#233;unions, bals, th&#233;&#226;tres ou concerts. Aux moments les moins appropri&#233;s elle est prise de maux de t&#234;te ou d'autre sensations douloureuses. Parfois, elle doit rendre tous ses repas, ce qui &#224; la longue peut devenir dangereux. Enfin, chose d&#233;plorable, elle ne supporte aucune &#233;motion, et les &#233;motions sont dans la vie in&#233;vitables. Estelle &#233;mue, elle tombe dans des &#233;vanouissements, souvent accompagn&#233;s de crampes musculaires, rappelant les &#233;tats pathologiques les plus inqui&#233;tants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres malades sont atteints dans un domaine o&#249; la vie sentimentale est en rapport intime avec le corps. S'agit-il d'hommes, ils sont incapables de donner une expression corporelle aux plus tendres &#233;mois inspir&#233;s par l'autre sexe, tandis que toutes les r&#233;actions voulues sont &#224; leur disposition en pr&#233;sence de femmes qu'ils n'aiment pas. Ou leur sensualit&#233; les lie &#224; des femmes qu'ils m&#233;prisent et dont ils voudraient se d&#233;tacher. Ou encore cette sensualit&#233; leur impose des conditions &#224; remplir qui leur r&#233;pugnent &#224; eux-m&#234;mes. S'agit-il de femmes, l'angoisse, le d&#233;go&#251;t ou des entraves d'origine inconnue les emp&#234;chent de r&#233;pondre aux exigence de la vie sexuelle, ou bien - c&#232;dent-elles cependant &#224; l'amour - elles se trouvent leurr&#233;es de la jouissance que la nature offre en prime &#224; qui ob&#233;it &#224; ses lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces personnes s'avouent malades et recherchent les m&#233;decins, desquels on attend la d&#233;livrance de tels troubles nerveux. Ce sont aussi les m&#233;decins qui ont institu&#233; les cat&#233;gories dans lesquelles on classe ces maux. Ils les diagnostiquent et les nomment selon leur point de vue : neurasth&#233;nie, psychasth&#233;nie, phobies, obsessions, hyst&#233;rie. Ils soumettent &#224; un examen les organes qui manifestent les sympt&#244;mes : c&#339;ur, estomac, intestin, organes g&#233;nitaux et les trouvent sains. Ils conseillent une interruption des occupations habituelles du malade, des distractions, des traitements fortifiants, des m&#233;dicaments toniques, et obtiennent ainsi des am&#233;liorations passag&#232;res - ou bien rien du tout. Enfin les malades viennent &#224; apprendre qu'il existe des gens tout &#224; fait sp&#233;cialis&#233;s dans le traitement de tels maux et ils commencent chez ceux-ci une analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre auditeur impartial, que j'imagine pr&#233;sent, a montr&#233; des signes d'impatience pendant mon &#233;num&#233;ration des sympt&#244;mes des n&#233;vroses. Main&#172;tenant, il se fait attentif, il devient tout oreille : &#171; Enfin, dit-il, nous allons apprendre ce que l'analyste entreprend avec le malade &#224; qui le m&#233;decin ne put &#234;tre d'aucun secours ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne se passe entre eux rien d'autre que ceci : ils causent. L'analyse n'emploie pas d'instruments - pas m&#234;me pour l'examen du malade - et il n'ordonne pas de m&#233;dicaments. Chaque fois que cela est possible, il laisse m&#234;me le malade, pendant le traitement, dans son atmosph&#232;re et son entourage. Cela n'est bien entendu pas une condition du traitement et ne peut pas toujours &#234;tre r&#233;alis&#233;. L'analyste fait venir le malade &#224; une certaine heure de la journ&#233;e, le laisse parler, l'&#233;coute, puis lui parle et le malade l'&#233;coute &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre auditeur impartial manifeste alors un grand soulagement et une d&#233;tente &#233;vidente, mais aussi un certain et net d&#233;dain. Il semble vouloir dire : &#171; Rien que &#231;a ? Des mots, des mots et encore des mots &#187;, comme dit Hamlet ! Le discours ironique de M&#233;phisto lui passe aussi par l'esprit : que les mots se pr&#234;tent &#224; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi dit-il : &#171; C'est donc une sorte de magie ? Vous parlez et ainsi faites envoler les maux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s juste : ce serait de la magie, si cela agissait plus vite ! La magie r&#233;clame - attribut essentiel ! -la rapidit&#233;, on pourrait dire l'instantan&#233;it&#233; du succ&#232;s. Mais les cures analytiques exigent des mois, voire des ann&#233;es, et une magie aussi lente perd le caract&#232;re du merveilleux. D'ailleurs, ne m&#233;prisons pas le Verbe ! Il est un instrument de puissance, le moyen par lequel nous communiquons aux autres nos sentiments, le chemin par lequel nous acqu&#233;rons de l'influence sur les autres hommes. Des paroles peuvent faire un bien qu'on ne peut dire ou causer de terribles blessures. Certes, au commencement &#233;tait l'acte, le verbe ne vint qu'apr&#232;s ; ce lut sous bien des rapports un progr&#232;s de la civilisation quand l'acte put se mod&#233;rer jusqu'&#224; devenir le mot. Mais le mot fut cependant &#224; l'origine un sortil&#232;ge, un acte magique, et il a gard&#233; encore beaucoup de sa force antique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auditeur impartial poursuit : &#171; Supposons que le malade ne soit pas mieux pr&#233;par&#233; que moi &#224; l'intelligence de la cure analytique, comment voulez-vous l'amener &#224; croire &#224; la magie du mot ou du discours, qui doit le d&#233;livrer de ses maux ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien entendu le pr&#233;parer &#224; sa cure, et un moyen tr&#232;s simple s'offre pour cela. On l'invite &#224; &#234;tre absolument sinc&#232;re avec son analyste, &#224; ne rien lui dissimuler avec intention de ce qui lui passe par l'esprit, ensuite &#224; se mettre au-dessus de toutes les r&#233;ticences qui cherchent &#224; emp&#234;cher la communication de telle pens&#233;e ou de tel souvenir. Chacun sait receler en lui-m&#234;me des choses qu'il ne communiquerait aux autres que tr&#232;s &#224; contrec&#339;ur, davantage, dont la communication lui semble impossible. Ce sont ses &#171; intimit&#233;s &#187;. Il pressent aussi - ce qui est un grand progr&#232;s dans la connaissance de soi-m&#234;me - qu'il est d'autres choses que l'on ne voudrait pas s'avouer &#224; soi-m&#234;me, que l'on se dissimule volontiers, auxquelles on coupe court et que l'on chasse si elles surgissent pourtant dans la pens&#233;e. Peut-&#234;tre notre observateur remarque-t-il m&#234;me qu'un tr&#232;s curieux probl&#232;me psychologique est pos&#233; par ce fait qu'une de ses propres pens&#233;es doit &#234;tre gard&#233;e secr&#232;te par rapport &#224; son propre moi. On croirait que son moi n'a plus l'unit&#233; qu'il lui attribue toujours ; on penserait qu'il y a en lui encore autre chose qui peut s'opposer &#224; son moi. En soi il peut ainsi obscur&#233;ment pressentir comme une antith&#232;se entre le moi et une vie psychique au sens plus large. A-t-il accept&#233; la r&#232;gle fondamentale de l'ana&#172;lyse : tout dire, alors le malade deviendra ais&#233;ment accessible &#224; l'id&#233;e que des rapports et un &#233;change de pens&#233;es sous des conditions aussi peu communes puissent aussi amener des r&#233;actions toutes particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je comprends &#187;, repartit notre auditeur impartial, &#171; vous admettez que chaque &#171; nerveux &#187; a quelque chose qui l'oppresse, un secret. En l'engageant &#224; le dire, vous le d&#233;chargez de ce poids et lui faites du bien. C'est l&#224; le principe de la confession, dont l'&#201;glise catholique s'est servi de tout temps pour s'assurer la ma&#238;trise des &#226;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui et non, devrons-nous r&#233;pondre. La confession entre bien pour une part dans l'analyse, en quelque sorte comme introduction. Mais elle est tr&#232;s loin de se confondre avec l'essence de l'analyse ou de pouvoir expliquer son action. En confession, le p&#233;cheur dit ce qu'il sait ; en analyse, le n&#233;vropathe doit dire davantage. Aussi bien n'avons-nous jamais entendu pr&#233;tendre que la confession ait jamais eu le pouvoir de gu&#233;rir de vrais sympt&#244;mes pathologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors je ne comprends encore pas &#187;, nous est-il r&#233;pondu. &#171; Qu'est-ce que cela signifie : le malade doit dire plus qu'il ne sait ? Cependant je puis me repr&#233;senter qu'en tant qu'analyste vous obteniez une plus grande influence sur votre malade que le confesseur sur son p&#233;nitent. Vous vous occupez de lui plus longtemps, d'une mani&#232;re plus intense, plus personnelle, et vous pouvez employer cette influence accrue pour le d&#233;tourner de ses id&#233;es maladives, pour le dissuader de ses appr&#233;hensions, etc. Ce serait assez extraordinaire si, par ce moyen, des sympt&#244;mes rien que corporels : vomissements, diarrh&#233;es, contractures, pouvaient &#234;tre ma&#238;tris&#233;s, mais je le sais, une telle influence sur un &#234;tre humain est possible, si on le plonge en hypnose. Probablement obtenez-vous par vos efforts quelque relation hypnotique entre vous et le patient, qui se trouve li&#233; &#224; vous par la force de la suggestion, et cela, sans m&#234;me que vous le vouliez ; ainsi les miracles de votre th&#233;rapeutique ne seraient qu'effets de la suggestion hypnotique. Mais, autant que je sache, la cure hypnotique est autrement rapide que votre analyse, qui, comme vous le dites, s'&#233;tend sur des mois et des ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre auditeur impartial n'est ni si ignorant ni si embarrass&#233; que nous l'avions cru d'abord ! Il s'efforce incontestablement de saisir la psychanalyse &#224; l'aide de ses connaissances ant&#233;rieures, de la rattacher &#224; quelque chose qu'il sache d&#233;j&#224;. Reste &#224; lui faire comprendre - t&#226;che difficile ! - qu'il n'y saurait parvenir par ce moyen, que l'analyse est une m&#233;thode sui generis, une chose nouvelle, particuli&#232;re, qui ne peut &#234;tre saisie qu'au moyen de nouvelles vues - ou, si l'on veut, de nouvelles hypoth&#232;ses. Mais nous devons d'abord r&#233;pondre &#224; sa derni&#232;re remarque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que vous avez dit de l'influence personnelle de l'analyste est, certes, tr&#232;s int&#233;ressant. Une telle influence existe et joue dans l'analyse un grand r&#244;le. Mais pas le m&#234;me que dans l'hypnotisme, Il doit &#234;tre possible de vous d&#233;-montrer que les situations ici et l&#224; sont toutes diff&#233;rentes. Une remarque y pourra suffire : nous n'utilisons pas cette influence personnelle - le facteur &#171; suggestif &#187; - afin d'&#233;touffer les sympt&#244;mes pathologiques, ainsi qu'il advient dans la suggestion hypnotique. De plus, on aurait tort de croire que ce facteur soit absolument le support et le promoteur du traitement. Il l'est au d&#233;but, mais plus tard il vient &#224; l'encontre de nos intentions analytiques et nous contraint aux contre-mesures les plus rigoureuses. Je voudrais aussi vous montrer par un exemple combien la technique analytique s'&#233;carte de celles qui cherchent &#224; d&#233;tourner et &#224; dissuader. Notre patient est-il en proie &#224; un sentiment de culpabilit&#233; comme s'il e&#251;t perp&#233;tr&#233; un grand crime, nous ne lui conseillons pas de se mettre au-dessus de ses scrupules de conscience par l'assurance de son indubitable innocence : il l'a d&#233;j&#224; essay&#233; tout seul sans succ&#232;s. Mais nous l'avertissons qu'un sentiment aussi fort et aussi tenace doit pourtant &#234;tre fond&#233; sur quelque r&#233;alit&#233;, et que cette r&#233;alit&#233; pourra peut-&#234;tre se d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela m'&#233;tonnerait &#187;, reprend notre auditeur impartial, &#171; que vous parveniez &#224; apaiser le sentiment de culpabilit&#233; de votre malade en entrant ainsi dans ses vues. Mais quelles sont donc vos intentions analytiques et qu'entreprenez-vous avec votre patient ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je veux me faire comprendre, il me faut maintenant vous communiquer quelques fragments d'une doctrine psychologique qui, hors les cercles analytiques, n'est pas connue ou pas estim&#233;e. De cette th&#233;orie d&#233;coulera ais&#233;ment et ce que nous attendons du malade et par quels chemins nous parvenons &#224; notre but. Je vais vous l'exposer dogmatiquement, comme si elle &#233;tait d&#233;j&#224; un syst&#232;me achev&#233;. Mais n'allez pas croire qu'elle soit n&#233;e ainsi tout &#233;quip&#233;e, comme il advient aux syst&#232;mes philosophiques. Nous l'avons d&#233;velopp&#233;e lentement, peu &#224; peu, en avons d&#251; conqu&#233;rir p&#233;niblement chaque parcelle ; nous n'avons cess&#233; de la modifier au contact constant de l'observation jusqu'&#224; ce qu'elle ait enfin acquis la forme sous laquelle elle nous para&#238;t suffire &#224; nos desseins. J'aurais d&#251;, voici peu d'ann&#233;es, exprimer cette doctrine en d'autres termes. Je ne puis bien entendu vous affirmer que l'expression formelle de la doctrine &#224; l'heure qu'il est en demeurera la d&#233;finitive. Vous le savez, la science n'est pas une r&#233;v&#233;lation, il lui manque, longtemps encore apr&#232;s ses d&#233;buts, la certitude, l'immutabilit&#233;, l'infaillibilit&#233;, dont la pens&#233;e humaine est si avide. Mais telle qu'elle est, elle est pourtant tout ce que nous pouvons avoir. N'oubliez pas que notre science est tr&#232;s jeune - &#224; peine aussi vieille que le si&#232;cle ! - et qu'elle travaille avec la mati&#232;re peut-&#234;tre la plus ardue qui puisse s'offrir &#224; l'investigation humaine : ainsi vous pourrez vous mettre dans l'&#233;tat d'esprit n&#233;cessaire &#224; la compr&#233;hension de ce que je vais vous dire. Cependant interrompez-moi chaque fois que vous ne pourrez me suivre ou que vous d&#233;sirerez de plus amples &#233;claircissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je vous interromps avant m&#234;me que vous ne commenciez. Vous dites vouloir m'exposer une nouvelle psychologie, mais il me semble que la psychologie n'est pas une science nouvelle. Il y en a assez, de psychologie et de psychologues, et j'ai entendu dire pendant mes &#233;tudes que de grandes choses dans ce domaine ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; accomplies. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et je n'entends pas discuter leur valeur. Mais y regardez-vous de plus pr&#232;s, vous serez contraint d'attribuer ces grands accomplissements plut&#244;t &#224; la physiologie des sensations. Car la science de la vie psychique ne pouvait se d&#233;velopper, entrav&#233;e qu'elle &#233;tait par une seule mais essentielle m&#233;connaissance. Qu'embrasse-t-elle aujourd'hui telle que l'enseigne l'&#201;cole ? En dehors de ces tr&#232;s int&#233;ressants points de vue physiologiques sur les sensations, rien qu'une liste de divisions et de d&#233;finitions de ce qui se passe dans notre &#226;me, divisions et d&#233;finitions qui, gr&#226;ce au langage usuel, sont devenues le bien commun de tous les lettr&#233;s. Cela ne suffit &#233;videmment pas pour comprendre notre vie psychique. Avez-vous remarqu&#233; que chaque philosophe, &#233;crivain, historien ou biographe s'arrange une psychologie &#224; lui, nous propose des hypoth&#232;ses &#224; lui sur les rapports et le but des actes psychiques, hypoth&#232;ses plus ou moins s&#233;duisantes mais toutes &#233;galement douteuses ? On manque &#233;videmment ici d'une base commune. De l&#224; d&#233;coule aussi qu'en psychologie on soit aussi irrespectueux et qu'on ne reconnaisse aucune autorit&#233;. Chacun peut ici &#171; braconner &#187; &#224; son aise. Mettez-vous une question de physique ou de chimie sur le tapis, tout le monde se taira qui ne se sache pas en possession de &#171; connaissances techniques &#187;. Mais avancez-vous une assertion psychologique, pr&#233;parez-vous &#224; &#234;tre jug&#233; et contredit par n'importe qui. Sans doute n'y a-t-il pas dans ce domaine de &#171; connaissances techniques &#187;. Chacun a sa vie psychique et c'est pourquoi chacun se tient pour un psychologue. Mais cela ne me semble pas un titre suffisant. On raconte qu'une personne se pr&#233;senta un jour comme &#171; bonne d'enfants &#187; ; on lui demanda si elle s'entendait &#224; &#233;lever les enfants. &#171; Bien s&#251;r, r&#233;pondit-elle, j'ai &#233;t&#233; moi-m&#234;me en mon temps petite enfant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et vous pr&#233;tendez avoir d&#233;couvert cette &#171; base commune &#187; de la vie de l'&#226;me, qui &#233;chappa &#224; tous les psychologues, en observant des malades ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne crois pas que cette origine &#244;te de leur valeur &#224; nos constatations. L'embryologie, par exemple, ne m&#233;riterait aucun cr&#233;dit, si elle ne pouvait sans peine &#233;clairer l'&#233;tiologie des malformations de naissance. Mais je vous ai parl&#233; de gens dont les pens&#233;es marchent toutes seules, de telle sorte qu'ils se voient contraints &#224; ruminer sans fin des probl&#232;mes qui leur sont terriblement indiff&#233;rents. Pensez-vous que la psychologie d'&#233;cole ait jamais fourni le moindre apport &#224; l'&#233;claircissement d'une semblable anomalie ? Et enfin il nous arrive &#224; tous que notre pens&#233;e, pendant la nuit, suive ses propres voies et cr&#233;e des choses qu'ensuite nous ne comprenons pas, qui nous semblent &#233;tranges et dou&#233;es d'une ressemblance suspecte avec certaines productions pathologiques. Je veux parler de nos r&#234;ves. Le peuple n'a jamais abandonn&#233; cette croyance que les r&#234;ves aient un sens, une valeur, signifient quelque chose. Ce sens des r&#234;ves, la psychologie de l'&#233;cole n'a jamais pu le fournir. Elle n'a su quoi faire du r&#234;ve ; les quelques explications qu'elle en hasarda furent non psychologiques : ramener le r&#234;ve &#224; des excitations sensorielles, ou bien &#224; un sommeil plus ou moins profond des diverses parties du cerveau, etc. Mais on est en droit de dire qu'une psychologie qui ne sait pas expliquer le r&#234;ve n'est pas utilisable pour l'intelligence de la vie psychique normale et ne peut pr&#233;tendre &#224; s'appeler une science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Vous devenez agressif : vous devez avoir touch&#233; un point sensible. J'ai en effet entendu dire que l'on attache, dans l'analyse, une grande importance aux r&#234;ves, qu'on les interpr&#232;te, qu'on d&#233;couvre en eux le souvenir d'&#233;v&#233;nements r&#233;els, etc. Mais aussi que l'interpr&#233;tation des r&#234;ves est livr&#233;e au bon plaisir de l'analyste et que les analystes eux-m&#234;mes n'en ont pas fini encore avec les diff&#233;rends sur la mani&#232;re d'interpr&#233;ter les r&#234;ves et le droit d'en tirer des conclusions. En est-il ainsi, vous feriez mieux de ne pas souligner d'un trait si &#233;pais la sup&#233;riorit&#233; de l'analyse sur la psychologie classique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous dites l&#224; des choses fort justes. Il est exact que l'interpr&#233;tation des r&#234;ves a acquis, dans la th&#233;orie comme dans la pratique de l'analyse, une importance incomparable. Et si je parais agressif, ce n'est que pour me d&#233;fendre. Mais quand je pense &#224; tout l'esclandre que certains analystes ont fait &#224; propos de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves, je pourrais d&#233;sesp&#233;rer et donner raison &#224; l'exclamation pessimiste du grand satirique Nestroy : &#171; Tout progr&#232;s n'est jamais qu'&#224; demi aussi grand qu'il parut d'abord ! &#187; Cependant avez-vous jamais vu les hommes faire autre chose qu'embrouiller et d&#233;figurer tout ce qui leur tombe en main ? Un peu de prudence et de ma&#238;trise de soi suffisent &#224; &#233;viter la plupart des dangers de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves. Mais pensez-vous que nous arrivions jamais &#224; l'expos&#233; que j'ai &#224; vous faire, si nous nous laissons ainsi d&#233;tourner de notre sujet ? - &#171; Oui : vous voulez m'exposer les bases fondamentales de la nouvelle psychologie, si je vous ai bien compris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne voulais pas commencer par l&#224;. J'avais l'intention de vous faire voir quelle conception, au cours des &#233;tudes analytiques, nous nous sommes form&#233;e de la structure de l'appareil psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Puis-je demander ce que vous appelez &#171; appareil psychique &#187; et avec quoi il est construit ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous verrez bient&#244;t clairement ce qu'est l'appareil psychique. Mais ne demandez pas, je vous en prie, de quoi il est b&#226;ti ! Cela est sans int&#233;r&#234;t psycho-logique, et reste &#224; la psychologie aussi indiff&#233;rent qu'&#224; l'optique de savoir si les parois du t&#233;lescope sont en m&#233;tal ou en carton. Nous laisserons de c&#244;t&#233; &#171; l'essence &#187; des choses pour ne nous occuper que de leur situation dans &#171; l'espace &#187;. Nous nous repr&#233;sentons l'appareil inconnu qui sert &#224; accomplir les op&#233;rations de l'&#226;me en v&#233;rit&#233; comme un instrument, fait de l'ajustage de diverses parties - que nous d&#233;nommons &#171; instances &#187;. A chacune est attribu&#233;e une fonction particuli&#232;re, elles ont entre elles un rapport spatial constant, c'est-&#224;-dire le rapport spatial a en avant ou en arri&#232;re &#187; - &#171; superficiel ou pro&#172;fond &#187; n'exprime pour nous d'abord que la r&#233;guli&#232;re succession des fonctions. Me fais-je encore comprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Difficilement. Peut-&#234;tre comprendrai-je plus tard, mais voil&#224; certes une singuli&#232;re anatomie de l'&#226;me, dont l'&#233;quivalent ne se rencontre pas dans les sciences naturelles ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que voulez-vous, c'est une hypoth&#232;se comme il y en a tant dans les sciences. Les premi&#232;res de toutes ont toujours &#233;t&#233; assez grossi&#232;res. &#171; Open to revision &#187;, peut-on en dire. Je trouve superflu de me servir de la locution devenue si populaire &#171; comme si &#187;. La valeur d'une telle &#171; fiction &#187; - ainsi que l'appellerait le philosophe Vaihinger d&#233;pend de ce qu'on en peut faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je poursuis Restant sur le terrain de la sagesse courante, nous reconnaissons dans l'homme une organisation psychique intercal&#233;e entre, d'une part, ses excitations sensorielles et la perception de ses besoins corporels, d'autre part, ses actions motrices ; organisation servant d'interm&#233;diaire entre les deux en vue d'un but bien d&#233;fini. Nous appelons cette organisation son &#171; moi &#187;. Voil&#224; qui n'est pas nouveau, chacun de nous fait cette hypoth&#232;se sans &#234;tre philosophe, et quelques-uns m&#234;me bien qu'ils le soient. Mais nous ne croyons pas avoir ainsi &#233;puis&#233; la description de l'appareil psychique. En plus de ce &#171; moi &#187;, nous reconnaissons un autre territoire psychique plus &#233;tendu, plus vaste, plus obscur que le &#171; moi &#187;, et ce territoire nous l'appelons le &#171; &#231;a &#187;. La relation existant entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187; est ce qui va nous occuper d'abord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous allez sans doute trouver mauvais que nous ayons choisi, pour d&#233;signer nos deux instances ou provinces psychiques, des mots courants au lieu de vocables grecs sonores. Mais nous aimons, nous autres psychanalystes, rester en contact avec la fa&#231;on de penser populaire et pr&#233;f&#233;rons rendre utilisables pour la science les notions populaires que de les rejeter. Nous n'y avons aucun m&#233;rite, nous sommes contraints &#224; agir ainsi, parce que nos doctrines doivent &#234;tre comprises par nos malades, souvent tr&#232;s intelligents mais pas toujours vers&#233;s dans les humanit&#233;s. Le &#171; &#231;a &#187; impersonnel correspond directement &#224; certaines mani&#232;res de parler de l'homme normal. &#171; Cela m'a fait tressaillir, dit-on, quelque chose en moi, &#224; ce moment, &#233;tait plus fort que moi &#187;. &#171; C'&#233;tait plus fort que moi . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En psychologie, nous ne pouvons d&#233;crire qu'&#224; l'aide de comparaisons. Ce n'est pas sp&#233;cial &#224; la psychologie, il en est ainsi ailleurs. Mais nous devons sans cesse changer de comparaisons : aucune ne nous suffit longtemps. Si donc je veux vous rendre sensible la relation entre le moi et le &#231;a, je vous prierai de vous repr&#233;senter le &#171; moi &#187; comme une sorte de fa&#231;ade du &#171; &#231;a &#187;, un premier plan, - ou bien la couche externe, l'&#233;corce de celui-ci. Tenons-nous-en &#224; cette derni&#232;re comparaison. Nous le savons : les couches corticales en g&#233;n&#233;ral sont redevables de leurs qualit&#233;s sp&#233;ciales &#224; l'influence modificatrice du milieu ext&#233;rieur auquel elles sont contigu&#235;s. Repr&#233;sentons-nous les choses ainsi : le &#171; moi &#187; serait la couche, - modifi&#233;e par l'influence du monde ext&#233;rieur, de la r&#233;alit&#233; - de l'appareil psychique, du &#171; &#231;a &#187;. Vous voyez com&#172;bien, en psychanalyse, nous prenons au s&#233;rieux les notions spatiales. Pour nous le &#171; moi &#187; est vraiment le plus superficiel, le &#171; &#231;a &#187; le plus profond, bien entendu consid&#233;r&#233;s du dehors. Le &#171; moi &#187; a une situation interm&#233;diaire entre la r&#233;alit&#233; et le &#171; &#231;a &#187;, qui est proprement le psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je ne vous demande pas encore comment on peut savoir tout cela. Dites-moi d'abord &#224; quoi vous sert cette distinction entre un &#171; moi &#187; et un &#171; &#231;a &#187;, qu'est-ce qui vous y contraint ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Votre question me montre dans quelle direction poursuivre. Ce qu'il importe en effet avant tout de savoir, c'est que le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187; divergent fort et en bien des points l'un de l'autre ; d'autres r&#232;gles pr&#233;sident dans le &#171; moi &#187; ou dans le &#171; &#231;a &#187; aux actes psychiques ; le &#171; moi &#187; vise d'autres buts et par d'autres moyens. Il y aurait l&#224;-dessus beaucoup &#224; dire, mais vous contenterez-vous d'une nouvelle comparaison et d'un nouvel exemple ? Pensez aux diff&#233;rences existant entre le front et l'arri&#232;re, telles qu'elles s'&#233;taient &#233;tablies pendant la guerre. Alors nous ne nous &#233;tonnions pas qu'au front bien des choses se passassent autrement qu'&#224; l'arri&#232;re, et qu'&#224; l'arri&#232;re bien d'autres fussent permises qu'au front il fallait d&#233;fendre. L'influence d&#233;terminante &#233;tait naturellement la proximit&#233; de l'ennemi : pour la vie psychique, c'est la proximit&#233; du monde ext&#233;rieur. Dehors - &#233;tranger - ennemi, furent une fois synonymes. Maintenant venons-en &#224; l'exemple : dans le &#171; &#231;a &#187; pas de conflits ; les contradictions, les contraires voient leurs termes voisiner sans en &#234;tre troubl&#233;s, des compromis viennent souvent accommoder les choses. En de tels cas, le &#171; moi &#187; e&#251;t &#233;t&#233; en proie &#224; un conflit qu'il e&#251;t fallu r&#233;soudre, et la solution n'en peut &#234;tre que l'abandon d'une aspiration au profit d'une autre. Le &#171; moi &#187; est une organisation qui se distingue par une remarquable tendance &#224; l'unit&#233;, &#224; la synth&#232;se ; ce caract&#232;re manque au &#171; &#231;a &#187;, - celui-ci est, pour ainsi dire, incoh&#233;rent, d&#233;cousu, chacune de ses aspirations y poursuit son but propre et sans &#233;gard aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et s'il existe un &#171; hinterland &#187; psychique d'une telle importance, com-ment me ferez-vous croire qu'il passa inaper&#231;u jusqu'&#224; l'av&#232;nement de l'analyse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Voil&#224; que nous revenons &#224; l'une de vos questions pr&#233;c&#233;dentes. La psychologie s'&#233;tait ferm&#233; l'acc&#232;s au domaine du &#171; &#231;a &#187; en s'en tenant &#224; une hypoth&#232;se qui para&#238;t d'abord assez plausible mais qu'on ne peut pourtant soutenir. A savoir que tous les actes psychiques sont conscients, que la &#171; con-science &#187; est le signe distinctif du psychique, et que, y e&#251;t-il dans notre cerveau des op&#233;rations inconscientes, celles-ci ne m&#233;ritent pas le nom d'actes psychiques et n'ont rien &#224; voir avec la psychologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Cela va de soi, &#187; me semble-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, c'est ce que pensent aussi les psychologues, mais il n'en est pas moins facile de montrer que c'est faux, qu'une telle op&#233;ration est tout &#224; fait impropre. La plus superficielle observation de soi-m&#234;me montre que l'on peut avoir des id&#233;es subites qui n'ont pu surgir sans que rien les pr&#233;pare. Mais, de ces &#233;tats pr&#233;paratoires de votre pens&#233;e, qui ont d&#251; pourtant &#234;tre aussi de nature psychique, vous ne percevez rien : seul le r&#233;sultat &#233;merge tout &#224; fait dans votre conscience. Ce n'est qu'apr&#232;s coup et en de rares occasions que ces stades pr&#233;paratoires de la pens&#233;e peuvent &#234;tre, par la conscience, comme &#171; reconstruits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Sans doute l'attention &#233;tait-elle d&#233;tourn&#233;e, ce qui emp&#234;cha de remarquer sur le moment ces stades pr&#233;paratoires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Faux-fuyant ! Vous n'y &#233;chapperez pas : c'est un fait qu'en vous peuvent se passer des actes d'ordre psychique, souvent fort compliqu&#233;s, desquels votre conscience ne per&#231;oit rien, desquels vous ne savez rien. Ou bien &#234;tez-vous pr&#234;t &#224; recourir &#224; l'hypoth&#232;se &#171; qu'un peu plus ou un peu moins &#187; de votre &#171; attention &#187; suffise pour changer un acte non psychique en un acte psychique ? D'ailleurs &#224; quoi bon cette discussion ? Il y a des exp&#233;riences d'hypnotisme qui d&#233;montrent l'existence de pareilles pens&#233;es inconscientes d'une mani&#232;re irr&#233;futable pour quiconque veut bien voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je ne veux pas vous contredire, mais je crois vous comprendre enfin. Ce que vous nommez le &#171; moi &#187;, c'est la conscience, et votre &#171; &#231;a &#187; est ce qu'on nomme le &#171; subconscient &#171; et qui fait en ce moment tant parler de lui ! Mais pourquoi la mascarade de ces noms nouveaux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce n'est pas une mascarade ; les autres noms sont inutilisables. Et n'essayez pas de m'offrir de la litt&#233;rature en place de science. Quelqu'un. parle-t-il de processus subconscients, je ne sais s'il les entend au sens topique ce qui r&#233;side dans l'&#226;me au-dessous du conscient, - ou bien au sens qualitatif : une autre conscience, souterraine pour ainsi dire. Sans doute mon interlocuteur n'y voit-il pas lui-m&#234;me tr&#232;s clair. La seule distinction admissible est celle entre &#171; conscient &#187; et &#171; inconscient &#187;. Mais on ferait une erreur grosse de cons&#233;quences si l'on croyait que cette division entre &#171; conscient &#187; et &#171; inconscient &#187; co&#239;ncid&#226;t avec celle entre &#171; moi &#187; et &#171; &#231;a &#187;. Sans doute, il serait merveilleux que ce f&#251;t aussi simple ; notre th&#233;orie aurait alors beau jeu. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Tout ce qui se passe dans le &#171; &#231;a &#187; est et demeure inconscient : voil&#224; qui seul est certain, et que les processus se d&#233;roulant dans le &#171; moi &#187; peuvent devenir conscients, et eux seuls. Mais ils ne le sont pas tous, pas toujours, pas n&#233;cessairement, et de grandes parties du &#171; moi &#187; peuvent durablement rester inconscientes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s &#224; la conscience d'un processus psychique est une chose compliqu&#233;e. Je ne puis m'emp&#234;cher de vous exposer - &#224; nouveau sur le mode dogmatique - ce que nous en pensons. Vous vous le rappelez : le &#171; moi &#187; est la couche externe, p&#233;riph&#233;rique, du &#171; &#231;a &#187;. Or nous croyons qu'&#224; la surface la plus externe de ce &#171; moi &#187; se trouve une &#171; instance &#187; particuli&#232;re, directement tourn&#233;e vers le monde ext&#233;rieur, un syst&#232;me, un organe, par l'excitation exclusive duquel le ph&#233;nom&#232;ne appel&#233; conscience peut na&#238;tre, Cet organe peut aussi bien &#234;tre stimul&#233; du dehors, en recevant &#224; l'aide des organes sensoriels les excitations &#233;manant du monde ext&#233;rieur - que du dedans, en prenant connaissance, d'abord des sensations r&#233;sidant dans le &#171; &#231;a &#187; et ensuite des processus en cours dans le &#171; moi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Cela devient de pire en pire, et je comprends de moins en moins. Vous m'avez donc invit&#233; &#224; une petite conf&#233;rence sur cette question : les non-m&#233;decins peuvent-ils entreprendre eux aussi des cures analytiques ? A quoi bon alors ce d&#233;coupage en quatre de th&#233;ories os&#233;es, obscures, de la justesse desquelles vous ne pouvez pas me convaincre ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je le sais, je ne peux pas vous convaincre. Cela est hors de ma possibilit&#233; et, par suite, de mon dessein. Quand nous donnons &#224; nos &#233;l&#232;ves un enseignement th&#233;orique en psychanalyse, nous pouvons observer combien celui-ci leur fait d'abord peu d'effet. Ils Recueillent les doctrines analytiques avec la m&#234;me froideur que les autres abstractions dont ils furent nourris. Quelques-uns voudraient peut-&#234;tre &#234;tre convaincus, mais rien n'indique qu'ils le soient. Aussi demandons-nous que quiconque veut exercer l'analyse sur d'autres, se soumette d'abord lui-m&#234;me &#224; une analyse. Ce n'est qu'au cours de cette auto-analyse (comme on l'appelle &#224; tort), et en &#233;prouvant r&#233;ellement sur leur propre corps - plus justement sur leur propre &#226;me, - les processus dont l'analyse sou-tient l'existence, que nos &#233;l&#232;ves acqui&#232;rent les convictions qui les guideront plus tard comme analystes. Comment puis-je alors m'attendre &#224; vous convaincre de la justesse de nos th&#233;ories, vous, l'auditeur impartial &#224; qui je ne puis pr&#233;senter qu'un expos&#233; incomplet, tronqu&#233;, par suite sans clart&#233;, et &#224; qui manque la confirmation de votre exp&#233;rience propre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je poursuis un autre but. La question n'est pas ici de discuter si l'analyse est chose intelligente ou absurde, si elle a raison dans ce qu'elle avance ou si elle tombe dans de grossi&#232;res erreurs. Je d&#233;roule nos th&#233;ories devant vous, parce que c'est le meilleur moyen de vous montrer quelles id&#233;es constituent le corps de l'analyse, de quelles pr&#233;misses elle part quand elle commence &#224; s'occuper d'un malade, et comment elle s'y prend. Ainsi une lumi&#232;re tr&#232;s vive sera projet&#233;e sur la question de l'analyse par les non-m&#233;decins. Mais rassurez-vous ! Si vous m'avez suivi jusqu'ici, vous avez support&#233; le pire, ce qui suivra vous semblera facile. Mais laissez-moi maintenant reprendre haleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'attends que vous me d&#233;duisiez, des th&#233;ories de la psychanalyse, com-ment se repr&#233;senter la gen&#232;se d'une affection nerveuse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je m'y essaierai. Il nous faut alors &#233;tudier notre &#171; moi &#187; et notre &#171; &#231;a &#187; d'un point de vue nouveau : le dynamique, c'est-&#224;-dire en ayant &#233;gard aux forces qui se jouent &#224; l'int&#233;rieur de ceux-ci et entre eux. Jusqu'&#224; pr&#233;sent nous nous sommes content&#233;s de d&#233;crire l'appareil psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Pourvu que cela ne redevienne pas aussi incompr&#233;hensible ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; J'esp&#232;re que non. Vous vous y reconna&#238;trez bient&#244;t, Ainsi, nous admet-tons que les forces dont l'action met en mouvement l'appareil psychique sont engendr&#233;es par les organes du corps et expriment les grands besoins corporels. Vous vous souvenez des paroles de notre po&#232;te-philosophe : la faim et l'amour. Une couple d'ailleurs de forces imposantes ! Nous appelons ces be-soins corporels, en tant qu'ils sont incitations &#224; l'activit&#233; psychique &#171; Triebe &#187; (instincts ou pulsions), un mot que bien des langues modernes nous envient. Ces instincts emplissent le &#171; &#231;a &#187; ; toute l'&#233;nergie existant dans le &#171; &#231;a &#187;, dirons-nous en abr&#233;g&#233;, en &#233;mane. Les forces &#224; l'int&#233;rieur du &#171; moi &#187; n'ont pas non plus d'autre origine, elles d&#233;rivent de celles contenues dans le &#171; &#231;a &#187;. Et que veulent ces instincts ? La satisfaction, c'est-&#224;-dire que soient amen&#233;es des situations dans lesquelles les besoins corporels puissent s'&#233;teindre. La chute de la tension du d&#233;sir est ressentie, par l'organe de notre perception consciente, comme un plaisir ; une croissance de cette m&#234;me tension bient&#244;t comme un d&#233;plaisir. De ces oscillations na&#238;t la suite des sensations &#171; plaisir-d&#233;plaisir &#187; qui r&#232;gle l'activit&#233; de tout l'appareil psychique. Nous appelons cela &#171; la souverainet&#233; du principe de plaisir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;tats insupportables prennent naissance quand les aspirations instinctives du &#171; &#231;a &#187; ne trouvent pas &#224; se satisfaire. L'exp&#233;rience montre bient&#244;t que de telles satisfactions ne peuvent &#234;tre obtenues qu'&#224; l'aide du monde ext&#233;rieur. C'est alors que la partie du &#171; &#231;a &#187; tourn&#233;e vers le monde ext&#233;rieur, le &#171; moi &#187; entre en fonction. Si toute la force motrice qui fait se mouvoir le vaisseau est fournie par le &#171; &#231;a &#187;, le &#171; moi &#187; est en quelque sorte celui qui assume la man&#339;uvre du gouvernail, sans laquelle aucun but ne peut &#234;tre atteint. Les instincts du &#171; &#231;a &#187; aspirent &#224; des satisfactions imm&#233;diates, brutales, et n'obtiennent ainsi rien, ou bien m&#234;me se causent un dommage sensible. Il &#233;choit maintenant pour t&#226;che au &#171; moi &#187; de parer &#224; ces &#233;checs, d'agir comme interm&#233;diaire entre les pr&#233;tentions du &#171; &#231;a &#187; et les oppositions que celui-ci rencontre de la part du monde r&#233;el ext&#233;rieur Le &#171; moi &#187; d&#233;ploie son activit&#233; dans deux directions. D'une part, il observe, gr&#226;ce aux organes des sens, du syst&#232;me de la conscience, le monde ext&#233;rieur, afin de saisir l'occasion propice &#224; une satisfaction exempte de p&#233;rils ; d'autre part, il agit sur le &#171; &#231;a &#187;, tient en bride les passions de celui-ci, incite les instincts &#224; ajourner leur satisfaction ; m&#234;me, quand cela est n&#233;cessaire, il leur fait modifier les buts auxquels ils tendent ou les abandonner contre des d&#233;dommagements. En imposant ce joug aux &#233;lans du &#171; &#231;a &#187;, le &#171; moi &#187; remplace le principe de plaisir, primitivement seul en vigueur, par le &#171; principe &#187; dit &#171; de r&#233;alit&#233; &#187; qui certes poursuit le m&#234;me but final, mais en tenant compte des conditions impos&#233;es par le monde ext&#233;rieur. Plus tard, le &#171; moi &#187; s'aper&#231;oit qu'il existe, pour s'assurer la satisfaction, un autre moyen que l'adaptation dont nous avons parl&#233;, au monde ext&#233;rieur. On peut en effet agir sur le monde ext&#233;rieur afin de le modifier, et y cr&#233;er expr&#232;s les conditions qui rendront la satisfaction possible. Cette sorte d'activit&#233; devient alors le supr&#234;me accomplissement du &#171; moi &#187; ; l'esprit de d&#233;cision qui permet de choisir quand il convient de dominer les passions et de s'incliner devant la r&#233;alit&#233;, ou bien quand il convient de prendre le parti des passions et de se dresser contre le monde ext&#233;rieur, cet esprit de d&#233;cision est tout l'art de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et comment le &#171; &#231;a &#187; se laisse-t-il ainsi commander par le &#171; moi &#187;, puisque, si je vous ai bien compris, il est, des deux, le plus fort ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, cela va bien, tant que le &#171; moi &#187; est en possession de son organisation totale, de toute sa puissance d'agir, tant qu'il a acc&#232;s &#224; toutes les r&#233;gions du &#171; &#231;a &#187; et y peut exercer son influence. Il n'existe en effet entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187; pas d'hostilit&#233; naturelle, ils font partie d'un m&#234;me tout et, dans l'&#233;tat de sant&#233;, il n'y a pas lieu pratiquement de les distinguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; J'entends. Mais je ne vois pas, dans cette relation id&#233;ale, la plus petite place pour un trouble maladif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez raison - tant que le &#171; moi &#187;, dans ses rapports avec le &#171; &#231;a &#187;, r&#233;pond &#224; ces exigences id&#233;ales, il n'y a aucun trouble nerveux. La porte d'entr&#233;e de la maladie se trouve l&#224; o&#249; on ne la soup&#231;onnerait pas, bien que quiconque conna&#238;t la pathologie g&#233;n&#233;rale ne puisse s'&#233;tonner de le voir confirmer ici : les &#233;volutions et les diff&#233;renciations les plus importantes sont justement celles qui portent en elles-m&#234;mes le germe du mal, de la carence de la fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Vous devenez trop savant, je ne comprends plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je dois reprendre d'un peu plus loin. Le petit &#234;tre qui vient de na&#238;tre est, n'est-ce pas, une tr&#232;s pauvre et impuissante petite chose au regard du monde ext&#233;rieur tout-puissant et plein d'actions destructrices. Un &#234;tre primitif, n'ayant pas encore d&#233;velopp&#233; un &#171; moi &#187; organis&#233;, est expos&#233; &#224; tous ces traumatismes. Il ne vit que pour la satisfaction &#171; aveugle &#187; de ses instincts, ce qui souvent cause sa perte. La diff&#233;renciation d'un &#171; moi &#187; est avant tout un progr&#232;s en faveur de la conservation vitale. Bien entendu, quand l'&#234;tre p&#233;rit, il ne tire aucun profit de son exp&#233;rience, mais, survit-il &#224; un traumatisme, il se tiendra en garde contre l'approche de situations analogues et signalera le danger par une r&#233;p&#233;tition abr&#233;g&#233;e des impressions v&#233;cues lors du premier traumatisme : par un &#171; affect &#187; d'angoisse. Cette r&#233;action au p&#233;ril am&#232;ne une tentation de fuite, condition de salut jusqu'au jour o&#249; l'&#234;tre, devenu assez fort, pourra faire face aux dangers &#233;pars dans le monde ext&#233;rieur de fa&#231;on active, peut-&#234;tre m&#234;me en prenant l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Cela nous entra&#238;ne bien loin de ce que vous aviez promis de me dire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous ne vous doutez pas combien je suis pr&#232;s de tenir ma promesse. M&#234;me chez les &#234;tres qui auront plus tard un &#171; moi &#187; organis&#233; &#224; la hauteur de sa t&#226;che, le &#171; moi &#187; dans l'enfance, est faible et peu diff&#233;renci&#233; du &#171; &#231;a m. Maintenant figurez-vous ce qui arrivera quand ce &#171; moi &#187; sans force sera en butte &#224; une aspiration instinctive du &#171; &#231;a &#187;, &#224; laquelle il voudrait bien r&#233;sister, devinant que la satisfaction en serait dangereuse, capable d'amener une situation traumatique, un heurt avec le monde ext&#233;rieur, mais cela sans avoir encore la force de dominer cette aspiration instinctive. Le &#171; moi &#187; traite le p&#233;ril int&#233;rieur &#233;man&#233; de l'instinct comme s'il &#233;tait p&#233;ril ext&#233;rieur ; il tente de prendre la fuite, il se retire de cette r&#233;gion du &#171; &#231;a &#187; et l'abandonne &#224; son sort apr&#232;s lui avoir supprim&#233; tous les apports que d'ordinaire il met &#224; la disposition des &#233;mois de l'instinct. Nous disons alors que le &#171; moi &#187; entreprend un refoulement de cette aspiration instinctive. Ceci a pour r&#233;sultat imm&#233;diat de parer au danger, mais on ne confond pas impun&#233;ment ce qui est interne et ce qui est externe. On ne peut pas se fuir, En refoulant, le &#171; moi &#187; ob&#233;it au principe de plaisir, que sa t&#226;che habituelle est de modifier : il doit donc en porter la peine. La peine en sera que le &#171; moi &#187; aura ainsi durablement restreint son royaume. L'aspiration instinctive refoul&#233;e est maintenant isol&#233;e, abandonn&#233;e &#224; elle-m&#234;me, inaccessible, mais aussi impossible &#224; influencer. Elle suivra d&#233;sormais ses propres voies. Le &#171; moi &#187; ne pourra en g&#233;n&#233;ral plus, m&#234;me lorsqu'il se sera fortifi&#233;, lever le refoulement, sa synth&#232;se est d&#233;truite. une partie du &#171; &#231;a &#187; demeure au &#171; moi &#187; terrain d&#233;fendu. L'aspiration instinctive isol&#233;e, de son c&#244;t&#233;, ne reste pas non plus oisive, elle trouve &#224; se d&#233;dommager de la satisfaction normale qui lui est refus&#233;e, engendre des rejetons psychiques qui la repr&#233;sentent, elle se met en rapport avec d'autres processus psychiques qu'elle d&#233;robe &#224; leur tour au &#171; moi &#187; de par son influence, et enfin fait irruption dans le &#171; moi &#187; et dans la conscience sous une forme substitutive d&#233;form&#233;e et m&#233;connaissable, bref, &#233;labore ce qu'on appelle un &#171; sympt&#244;me &#187;. Nous embrassons maintenant d'un coup d'&#339;il ce qui constitue un trouble &#171; nerveux &#187; : d'une part, un &#171; moi &#187; entrav&#233; dans sa synth&#232;se, sans influence sur une partie du &#171; &#231;a &#187;, devant renoncer &#224; exercer une part de son activit&#233; afin d'&#233;viter un heurt nouveau avec ce qui est refoul&#233;, s'&#233;puisant dans un vain combat contre les sympt&#244;mes, rejetons des aspirations refoul&#233;es ; d'autre part, un &#171; &#231;a &#187;, au sein duquel des instincts isol&#233;s se sont rendus ind&#233;pendants, poursuivent leurs buts &#224; eux sans &#233;gard aux int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de l'&#234;tre, et n'ob&#233;issent plus qu'aux lois de la psychologie primitive qui commandent dans les profondeurs du &#171; &#231;a &#187;. Voyons-nous les choses de haut, alors la gen&#232;se des n&#233;vroses nous appara&#238;t sous cette formule simple : &#171; le moi &#187; a tent&#233; d'&#233;touffer certaines parties du &#171; &#231;a &#187; d'une mani&#232;re impropre, il y a &#233;chou&#233; et le &#171; &#231;a &#187; se venge. La n&#233;vrose est donc la cons&#233;quence d'un conflit entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187;, conflit auquel le &#171; moi &#187; prend part - un examen approfondi le d&#233;montre - parce qu'il ne peut absolument pas renoncer &#224; sa subordination aux r&#233;alit&#233;s du monde ext&#233;rieur. L'opposition est entre le monde ext&#233;rieur et le &#171; &#231;a &#187;, et puisque le &#171; moi &#187;, fid&#232;le en cela &#224; son essence intime, prend parti pour le monde ext&#233;rieur, il entre en conflit avec son &#171; &#231;a &#187;. Mais prenez-y bien garde : ce n'est pas le fait de ce conflit qui conditionne la maladie - de tels conflits entre r&#233;alit&#233; et &#171; &#231;a &#187; sont in&#233;vitables et l'un des devoirs constants du &#171; moi &#187; est de s'y entremettre - mais ce qui cause le mal est ceci : le &#171; moi &#187; se sert, pour r&#233;soudre le conflit, d'un moyen insuffisant, le refoulement. Cependant la cause en est que le &#171; moi &#187;, quand cette t&#226;che s'offrit &#224; lui, &#233;tait peu d&#233;velopp&#233; et sans force. Les refoulements d&#233;cisifs ont en effet tous lieu dans la premi&#232;re enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Quels curieux d&#233;tours ! Je suis votre conseil,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; je ne critique pas, vous voulez seulement me montrer ce que la psychanalyse pense de la gen&#232;se des n&#233;vroses, afin d'y rattacher ce qu'elle entreprend pour les gu&#233;rir. J'aurais plusieurs questions &#224; poser, j'en poserai quelques-unes plus tard. Je serais d'abord tent&#233; de suivre vos traces, de tenter &#224; mon tour une construction hypoth&#233;tique, une th&#233;orie. Vous avez expos&#233; la relation &#171; monde ext&#233;rieur - moi - &#231;a &#187; et &#233;tabli, comme condition essentielle des n&#233;vroses, ceci : le &#171; moi &#187; restant sous la d&#233;pendance du monde ext&#233;rieur, entre en conflit avec le &#171; &#231;a &#187;. Le cas contraire ne serait-il pas concevable dans un tel conflit, le &#171; moi &#187; se laissant entra&#238;ner par le &#171; &#231;a &#187; et renon&#231;ant &#224; toute consid&#233;ration envers le monde ext&#233;rieur ? Qu'arrive-t-il alors ? Je ne suis qu'un profane, mais d'apr&#232;s les id&#233;es que je me fais sur la nature d'une psychose, une telle d&#233;cision du &#171; moi &#187; en pourrait bien &#234;tre la condition. L'essentiel d'une maladie mentale semble donc &#234;tre qu'on se d&#233;tourne ainsi de la r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, j'y ai moi-m&#234;me pens&#233;, et je le crois juste, bien que la d&#233;monstration de cette id&#233;e exige la mise en discussion de rapports fort enchev&#234;tr&#233;s. N&#233;vrose et psychose sont &#233;videmment apparent&#233;es de tr&#232;s pr&#232;s et doivent cependant, en quelque point essentiel, diverger. Ce point pourrait bien &#234;tre le parti que prend le &#171; moi &#187; en un tel conflit. Et le &#171; &#231;a &#187;, dans les deux cas, garderait son caract&#232;re d'aveugle inflexibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Poursuivez, je vous en prie. Quelles indications donne votre th&#233;orie pour le traitement des n&#233;vroses &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Notre but th&#233;rapeutique est maintenant ais&#233; &#224; d&#233;terminer. Nous voulons reconstituer le &#171; moi &#187;, le d&#233;livrer de ses entraves, lui rendre la ma&#238;trise du &#171; &#231;a &#187;, perdue pour lui par suite de ses pr&#233;coces refoulements. Dans ce but seul nous faisons l'analyse, toute notre technique converge vers ce but. Il nous faut rechercher les refoulements anciens, incitant le &#171; moi &#187; &#224; les corriger, gr&#226;ce &#224; notre aide, et &#224; r&#233;soudre ses conflits autrement et mieux qu'en tentant de prendre devant eux la fuite. Comme ces refoulements ont eu lieu de tr&#232;s bonne heure dans l'enfance, le travail analytique nous ram&#232;ne &#224; ce temps. Les situations ayant amen&#233; ces tr&#232;s anciens conflits sont le plus souvent oubli&#233;es, le chemin nous y ramenant nous est montr&#233; par les sympt&#244;mes, r&#234;ves et associations libres du malade, que nous devons d'ailleurs d'abord interpr&#233;ter, traduire, ceci parce que, sous l'empire de la psychologie du &#171; &#231;a &#187;, elles ont rev&#234;tu des formes insolites, heurtant notre raison. Les id&#233;es subites, les pens&#233;es et souvenirs que le patient ne nous communique pas sans une lutte int&#233;rieure nous permettent de supposer qu'ils sont de quelque mani&#232;re apparent&#233;s au &#171; refoul&#233; &#187;, ou bien en sont des rejetons. Quand nous incitons le malade &#224; s'&#233;lever au-dessus de ses propres r&#233;sistances et &#224; tout nous communiquer, nous &#233;duquons son &#171; moi &#187; &#224; surmonter ses tendances &#224; prendre la fuite et lui apprenons &#224; supporter l'approche du &#171; refoul&#233; &#187;. Enfin, quand il est parvenu &#224; reproduire dans son souvenir la situation ayant donn&#233; lieu au refoulement, son ob&#233;issance est brillamment r&#233;compens&#233;e ! La diff&#233;rence des temps est toute en sa faveur : les choses devant lesquelles le &#171; moi &#187; infantile, &#233;pouvant&#233;, avait fui, apparaissent souvent au &#171; moi &#187; adulte et fortifi&#233; comme un simple jeu d'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout ce que vous m'avez cont&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent &#233;tait de la psychologie. C'&#233;tait souvent &#233;trange, rev&#234;che, obscur, mais du moins - comment dirai-je ? - c'&#233;tait toujours propre. Certes, je ne savais jusqu'&#224; ce jour presque rien de votre psychanalyse, mais la rumeur m'est cependant parvenue qu'elle s'occupe principalement de choses n'ayant aucun droit &#224; cette &#233;pith&#232;te. Or, vous n'avez touch&#233; &#224; rien de semblable jusqu'&#224; pr&#233;sent : cela me fait l'impression d'une r&#233;ticence voulue. Je ne puis r&#233;primer un autre doute. Les n&#233;vroses sont - vous le dites vous-m&#234;me - des perturbations de la vie psychique. Et des choses de l'importance de notre &#233;thique, de notre conscience, de nos id&#233;als, ne joueraient aucun r&#244;le dans ces perturbations profondes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous trouvez donc que deux sujets manquent jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; nos entretiens : ce qui touche aux choses les plus basses comme ce qui touche aux choses les plus hautes. Cela tient &#224; ce que nous n'avons pas encore du tout trait&#233; du contenu de la vie psychique. Laissez-moi maintenant jouer &#224; mon tour le r&#244;le d'interrupteur, et suspendre un moment le cours de notre entretien. Si je vous ai fait tant de psychologie, c'est que je d&#233;sirais vous donner l'impression que le travail analytique est une application de la psychologie, davantage, d'une psychologie qui, hors l'analyse, est inconnue. L'analyste doit avant tout avoir appris cette psychologie, la psychologie profonde ou psychologie de l'inconscient -du moins en avoir appris ce qui en est connu &#224; ce jour. Nous aurons besoin de ceci pour nos conclusions ult&#233;rieures. Mais dites-moi maintenant ce que vous entendiez par vos allusions &#224; la propret&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224;. On raconte partout que, dans l'analyse, les affaires les plus intimes, les plus vilaines, ayant trait &#224; la vie sexuelle, sont abord&#233;es dans tous leurs d&#233;tails. En est-il ainsi - je n'ai rien pu tirer de vos argumentations psychologiques me montrant qu'il en soit forc&#233;ment ainsi - alors ce serait un argument puissant pour n'autoriser que des m&#233;decins &#224; pratiquer de telles cures. Comment peut-on songer &#224; accorder d'aussi dangereuses libert&#233;s &#224; d'autres personnes dont la discr&#233;tion est incertaine et le caract&#232;re sans garantie ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il est vrai, les m&#233;decins poss&#232;dent, au domaine de la sexualit&#233;, quelques pr&#233;rogatives ; ils ont m&#234;me droit &#224; inspecter les organes g&#233;nitaux. Bien qu'en Orient ils ne le pussent pas ; de m&#234;me certains r&#233;formateurs de la morale - vous savez de qui je veux parler - leur ont contest&#233; ce droit. Mais vous voulez d'abord savoir s'il en est ainsi dans l'analyse et pourquoi il en doit &#234;tre ainsi ? -Je vous r&#233;pondrai : oui, il en est ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il en doit &#234;tre ainsi, en premier lieu, parce que l'analyse s'&#233;l&#232;ve sur cette base : l'absolue sinc&#233;rit&#233;. On y traite, par exemple, des questions p&#233;cuniaires avec la m&#234;me minutie et la m&#234;me franchise, on y fait des aveux qu'on ne ferait &#224; aucun de ses concitoyens, m&#234;me s'il n'est pas concurrent ou employ&#233; du fisc ! Que cette obligation d'&#234;tre sinc&#232;re impose une lourde responsabilit&#233; morale &#224; l'analyste lui-m&#234;me, cela je ne le contesterai pas, au contraire, j'attirerai l&#224;-dessus toute votre attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en doit &#234;tre ainsi, en second lieu, parce que, parmi les causes efficientes ou occasionnelles des maladies nerveuses, les facteurs de la vie sexuelle jouent un r&#244;le d'importance d&#233;mesur&#233;e, un r&#244;le dominant, peut-&#234;tre m&#234;me sp&#233;cifique. Que peut faire d'autre l'analyste que d'adapter son sujet &#224; celui que le malade lui apporte ? L'analyste n'attire jamais le patient sur le terrain sexuel, il ne lui dit pas d'avance : il va s'agir des intimit&#233;s de votre vie sexuelle ! Il le laisse commencer &#224; son gr&#233; et attend tranquillement que le patient lui-m&#234;me touche aux sujets sexuels. J'ai soin d'en avertir mes &#233;l&#232;ves : nos adversaires nous ont annonc&#233; que nous rencontrerions des cas o&#249; le facteur sexuel ne jouerait aucun r&#244;le ; gardons-nous donc de l'introduire nous-m&#234;mes dans l'analyse, ne nous g&#226;tons pas la chance de trouver un tel cas ! Mais jusqu'ici aucun de nous n'a eu ce bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le sais : notre reconnaissance de la sexualit&#233; est devenue le motif le plus fort - avou&#233; ou inavou&#233; - de l'hostilit&#233; du publie contre l'analyse. Cela doit-il nous troubler ? Non, mais nous faire voir combien n&#233;vrotique est toute notre civilisation, puisque les soi-disant normaux se comportent &#224; peu pr&#232;s comme les &#171; nerveux &#187;. Au temps o&#249;, dans les soci&#233;t&#233;s savantes d'Allemagne, on portait sur la psychanalyse des jugements solennels - aujourd'hui tout est sensiblement plus calme - un orateur pr&#233;tendait &#224; une autorit&#233; particuli&#232;re parce que, d'apr&#232;s lui, il laissait aussi les malades s'exprimer ! Sans doute dans un but diagnostique et afin d'&#233;prouver les assertions des analystes. Mais, ajoutait-il, d&#232;s qu'ils commencent &#224; parler de choses sexuelles, alors je leur ferme la bouche. Que pensez-vous d'une telle proc&#233;dure ? La soci&#233;t&#233; savante acclama l'orateur au lieu d'avoir honte pour lui comme il e&#251;t convenu. Seule, la triomphante certitude puis&#233;e dans la conscience de pr&#233;jug&#233;s communs peut expliquer le m&#233;pris de toute logique manifest&#233; par cet orateur. Quelques ann&#233;es plus tard quelques-uns de mes &#233;l&#232;ves d'alors c&#233;d&#232;rent au besoin de lib&#233;rer la soci&#233;t&#233; humaine de ce joug de la sexualit&#233; que la psychanalyse veut lui imposer. L'un d&#233;clara que le &#171; sexuel &#187; ne signifiait nullement la sexualit&#233;, mais quelque chose d'autre, d'abstrait, de mystique ; un second , que la vie sexuelle n'est que l'un des domaines o&#249; l'homme exerce son app&#233;tit instinctif de puissance et de domination. Ils ont &#233;t&#233; tr&#232;s applaudis - pour le moment du moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je me risque pourtant une fois &#224; prendre parti. Cela me semble tr&#232;s os&#233; de pr&#233;tendre que la sexualit&#233; ne soit pas un besoin naturel, primitif de l'&#234;tre, mais l'expression de quelque chose d'autre. Il suffit de s'en tenir &#224; l'exemple des animaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Peu importe. Point de mixture, si absurde f&#251;t-elle, que la soci&#233;t&#233; ne soit pr&#234;te &#224; avaler, si on la proclame antidote contre la toute-puissance de la sexualit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous l'avouerai d'ailleurs : l'aversion que vous m'avez laiss&#233; deviner en vous &#224; faire une aussi large place, dans la gen&#232;se des n&#233;vroses, au facteur sexuel, ne me semble pas tr&#232;s compatible avec votre devoir d'impartialit&#233;. Ne craignez-vous pas qu'une telle antipathie vous g&#234;ne pour porter un jugement impartial ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je suis pein&#233; de vous entendre parler ainsi. Votre confiance en moi semble &#233;branl&#233;e. Pourquoi donc n'avez-vous pas choisi quelqu'un d'autre comme auditeur impartial ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Parce que l'autre n'e&#251;t pas pens&#233; autrement que vous. E&#251;t-il &#233;t&#233; d'avance pr&#234;t &#224; reconna&#238;tre l'importance de la vie sexuelle, tout le monde se f&#251;t &#233;cri&#233; : Il n'est pas impartial, c'est un de vos adeptes ! Non, je n'abandonne pas l'espoir d'exercer sur vos opinions une influence. Mais je reconnais que ce cas ne se pr&#233;sente pas pour moi comme le pr&#233;c&#233;dent. Quand tout &#224; l'heure nous parlions psychologie, cela m'&#233;tait &#233;gal d'&#234;tre cru ou non, pourvu que vous ayez l'impression qu'il s'agisse l&#224; de purs probl&#232;mes psychologiques. Cette fois, pour la question sexuelle, je voudrais pourtant arriver &#224; vous faire comprendre ceci : votre plus puissant mobile de contradiction est l'hostilit&#233; avec laquelle vous abordez le d&#233;bat, et que vous partagez avec tant d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; L'exp&#233;rience, qui vous a donn&#233; votre in&#233;branlable certitude, me man&#172;que donc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je puis maintenant poursuivre. La vie sexuelle n'est pas qu'une grivoiserie, mais encore un s&#233;rieux probl&#232;me scientifique. Bien du nouveau restait &#224; d&#233;couvrir, bien de l'&#233;trange &#224; &#233;lucider. Je vous ai d&#233;j&#224; dit que l'analyse devait remonter jusqu'aux toutes premi&#232;res ann&#233;es de l'enfance du patient, parce que les refoulements d&#233;cisifs ont lieu &#224; cette &#233;poque, alors que le &#171; moi &#187; &#233;tait d&#233;bile. Mais l'enfant n'a certes pas de vie sexuelle, celle-ci ne commence qu'avec la pubert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, il nous restait &#224; le d&#233;couvrir : les aspirations sexuelles accompagnent la vie depuis le jour de la naissance, et c'est justement contre ces instincts que le &#171; moi &#187; infantile se met en d&#233;fense par le moyen du refoulement. Une curieuse co&#239;ncidence, n'est-ce pas ? Le petit enfant se d&#233;bat contre la force de la sexualit&#233; tout comme ensuite l'orateur dans la Soci&#233;t&#233; savante ou plus tard mes &#233;l&#232;ves se cr&#233;ant leurs propres th&#233;ories ? Comment cela se fait-il ? L'explication la plus g&#233;n&#233;rale serait que notre civilisation s'&#233;difie en somme aux d&#233;pens de la sexualit&#233;, mais il reste beaucoup &#224; dire l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte de la sexualit&#233; infantile est de l'ordre de ces trouvailles dont il faut avoir honte. Quelques m&#233;decins d'enfants ne l'ont jamais ignor&#233;e, ainsi, semble-t-il, que quelques bonnes d'enfants. Des hommes distingu&#233;s, qui s'intitulent sp&#233;cialistes en psychologie infantile, ont alors parl&#233;, d'un ton r&#233;probateur, de &#171; profanation de l'enfance &#187;. Toujours des sentiments en place d'arguments ! Dans nos corps politiques de tels proc&#233;d&#233;s sont quotidiens. Un membre de l'opposition se l&#232;ve et d&#233;nonce une mauvaise gestion dans l'administration, l'arm&#233;e, la justice, ou ailleurs. L&#224;-dessus un autre d&#233;clare, de pr&#233;f&#233;rence un membre du gouvernement, que ces constatations attentent &#224; l'honneur de l'&#201;tat, de l'arm&#233;e, de la dynastie, voire de la patrie. Donc elles ne correspondent pas &#224; la v&#233;rit&#233; ! Car de tels sentiments ne supportent pas l'offense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie sexuelle de l'enfant diff&#232;re bien entendu de celle de l'adulte. La fonction sexuelle, de ses d&#233;buts jusqu'&#224; sa forme finale qui nous est bien connue, subit une &#233;volution compliqu&#233;e. Elle se constitue par l'agr&#233;gation de nombreux instincts partiels, chacun ayant ses buts sp&#233;ciaux, traverse plusieurs phases d'organisation, jusqu'&#224; ce qu'enfin elle se mette au service de la reproduction. Tous les instincts partiels ne sont pas &#233;galement utilisables en vue du but final, ils doivent &#234;tre d&#233;riv&#233;s, remodel&#233;s, en partie &#233;touff&#233;s. Une aussi ample &#233;volution n'est pas toujours accomplie irr&#233;prochablement, il peut se produire des arr&#234;ts de d&#233;veloppement, des &#171; fixations &#187; partielles &#224; des phases pr&#233;coces de l'&#233;volution ; alors, si plus tard l'exercice de la fonction sexuelle rencontre des obstacles, l'&#233;lan sexuel - la libido, comme nous l'appelons - retombe volontiers sur ses positions, ces fixations premi&#232;res. L'&#233;tude de la sexualit&#233; infantile et des transformations qu'elle subit jusqu'&#224; la maturit&#233; nous a aussi livr&#233; la clef de ce qu'on appelle les perversions sexuelles, que l'on d&#233;crivait bien avec tous les signes voulus d'horreur, mais sans rien pouvoir dire de leur gen&#232;se. Tout ceci est extraordinairement int&#233;ressant, mais il ne servirait pas &#224; grand-chose, vu le but que nous nous proposons, que je vous en dise davantage. Il faut, pour ici s'y reconna&#238;tre. bien entendu des connaissances anatomiques et physiologiques - qu'on ne peut malheureusement pas toutes acqu&#233;rir aux &#233;coles de m&#233;decine ! - mais il est tout aussi indispensable de se familiariser avec l'histoire de la civilisation et avec la mythologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je ne peux pas encore, apr&#232;s tout ce que vous m'avez dit, me repr&#233;senter la vie sexuelle de l'enfant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne vais donc pas encore quitter ce sujet, il m'est d'ailleurs difficile de m'en arracher. Faites-y bien attention, le plus curieux dans la vie sexuelle de l'enfant me para&#238;t &#234;tre ceci : il accomplit toute son &#233;volution, pourtant si ample, dans les cinq premi&#232;res ann&#233;es de sa vie ; de l&#224; jusqu'&#224; la pubert&#233; s'&#233;tend la p&#233;riode dite &#171; de latence &#187; pendant laquelle, si l'enfant est normal - la sexualit&#233; ne progresse plus, mais o&#249; tout au contraire les aspirations sexuelles perdent de leur force et o&#249; bien des choses, que l'enfant auparavant faisait ou savait, sont abandonn&#233;es et oubli&#233;es. Pendant cette p&#233;riode, apr&#232;s que la pr&#233;coce floraison de la vie sexuelle s'est fan&#233;e, se constituent ces r&#233;actions du &#171; moi &#187; qui - telles la pudeur, le d&#233;go&#251;t, la moralit&#233;, - sont destin&#233;es &#224; tenir t&#234;te aux ult&#233;rieurs orages de la pubert&#233; et &#224; endiguer l'aspiration sexuelle qui se r&#233;veille. Cette &#233;volution en deux temps de la vie sexuelle a sans doute un lien profond avec la gen&#232;se des maladies nerveuses. Une telle &#233;volution en deux temps ne semble se rencontrer que chez l'homme, peut-&#234;tre est-elle la condition de ce privil&#232;ge humain : la n&#233;vrose. La pr&#233;histoire de la vie sexuelle passa tout aussi inaper&#231;ue, avant la psychanalyse, que dans un autre domaine l' &#171; hinterland &#187; de la vie psychique consciente. Vous soup&#231;onnerez &#224; juste titre que ces deux choses sont en rapport intime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers temps de la sexualit&#233;, chez l'enfant, comportent bien des concepts, des modes d'expression, des activit&#233;s, auxquelles on ne s'attendrait pas. Par exemple, vous serez s&#251;rement surpris d'apprendre que le petit gar&#231;on redoute, aussi souvent qu'il le fait, d'&#234;tre mang&#233; par son p&#232;re. (N'&#234;tes-vous pas non plus &#233;tonn&#233; de me voir ranger cette peur parmi les manifestations de la sexualit&#233; ?) Mais je n'ai qu'&#224; vous rappeler la mythologie que vous appreniez &#224; l'&#233;cole et n'avez peut-&#234;tre pas encore oubli&#233;e : le dieu Kronos ne d&#233;vorait-il pas ses enfants ? Ce mythe dut vous sembler bien &#233;trange, la premi&#232;re fois o&#249; vous l'entend&#238;tes conter ! Mais je crois qu'alors il ne donna &#224; aucun de nous beaucoup &#224; penser. Nous nous rappelons bien d'autres l&#233;gendes o&#249; un fauve, tel le loup, d&#233;vore quelqu'un, et nous y pouvons reconna&#238;tre une mani&#232;re d&#233;guis&#233;e de repr&#233;senter le p&#232;re. Je saisis cette occasion de vous le faire remarquer : mythologie et folklore ne peuvent &#234;tre compris que gr&#226;ce &#224; l'intelligence de la vie sexuelle infantile, et c'est l&#224; un gain accessoire des &#233;tudes analytiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ne serez pas moins surpris d'entendre que le petit gar&#231;on tremble d'&#234;tre priv&#233;, par son p&#232;re, de son petit membre viril, et cela de telle sorte que cette peur de la castration exerce la plus forte influence sur la formation de son caract&#232;re et l'orientation de sa sexualit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Ici encore la mythologie vous encouragera &#224; croire &#224; la psychanalyse. Le m&#234;me Kronos, qui d&#233;vore ses enfants, a aussi ch&#226;tr&#233; son p&#232;re Ouranos, et est &#224; son tour ch&#226;tr&#233; par son fils Zeus, sauv&#233; lui-m&#234;me gr&#226;ce aux ruses de sa m&#232;re. Si vous &#234;tes enclin &#224; l'hypoth&#232;se que tout ce que la psychanalyse avance sur la pr&#233;coce sexualit&#233; des enfants n'est que cr&#233;ation de l'imagination d&#233;sordonn&#233;e des analystes, avouez du moins que cette imagination a engendr&#233; les m&#234;mes productions que l'imagination de l'humanit&#233; primitive, dont les mythes et les l&#233;gendes sont pour ainsi dire le pr&#233;cipit&#233;. L'autre hypoth&#232;se, plus propice &#224; notre th&#232;se et sans doute plus conforme aussi &#224; la r&#233;alit&#233;, serait celle-ci : on retrouverait dans l'&#226;me de l'enfant contemporain les m&#234;mes facteurs archa&#239;ques qui, aux temps primitifs de la civilisation, exer&#231;aient une ma&#238;trise g&#233;n&#233;rale. L'enfant, au cours de son d&#233;veloppement psychique, referait en abr&#233;g&#233; l'&#233;volution de l'esp&#232;ce, ainsi que l'embryologie nous l'a depuis long&#172;temps appris en ce qui regarde le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un caract&#232;re de la sexualit&#233; infantile primitive : les parties g&#233;nitales f&#233;minines proprement dites n'y jouent aucun r&#244;le, - l'enfant ne les a pas encore d&#233;couvertes. Tout l'accent porte sur le membre viril, tout l'int&#233;r&#234;t se concentre sur cette question : y est-il, ou n'y est-il pas ? Nous connaissons moins bien la vie sexuelle de la petite fille que celle du petit gar&#231;on. N'en ayons pas trop honte : la vie sexuelle de la femme adulte est encore un Continent noir (dark continent) pour la psychologie. Mais nous avons reconnu que l'absence d'un organe sexuel &#233;quivalent &#224; celui de l'homme est profond&#233;ment ressentie par la petite fille, qui s'en regarde comme inf&#233;rieure, et que cette &#171; envie du p&#233;nis &#187; donne naissance &#224; toute une s&#233;rie de r&#233;actions particuli&#232;res &#224; la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant a encore ceci de particulier : les deux besoins excr&#233;mentiels sont pour lui charg&#233;s d'int&#233;r&#234;t sexuel, L'&#233;ducation trace plus tard une ligne nette de d&#233;marcation : certains &#171; mots d'esprit &#187; l'effacent &#224; nouveau. Cela peut ne pas nous sembler app&#233;tissant, mais il faut du temps, on le sait, avant que l'enfant soit capable d'&#233;prouver du d&#233;go&#251;t. Ceux-l&#224; m&#234;me ne l'ont pas ni&#233;, qui prennent par ailleurs fait et cause pour la puret&#233; s&#233;raphique de l'&#226;me de l'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aucun fait ne m&#233;rite autant notre attention que celui-ci : l'enfant prend pour objet de ses d&#233;sirs sexuels, r&#233;guli&#232;rement, les personnes qui lui sont le plus proche apparent&#233;es, donc d'abord son p&#232;re et sa m&#232;re, puis ses fr&#232;res et s&#339;urs. Pour le gar&#231;on, la m&#232;re est le premier objet d'amour ; pour la fille le p&#232;re, autant qu'une disposition bisexuelle ne favorise pas en m&#234;me temps l'attitude oppos&#233;e. L'autre parent est consid&#233;r&#233; comme un rival g&#234;nant et devient souvent l'objet d'une franche hostilit&#233;. Comprenez-moi bien : je ne veux pas dire que l'enfant n'aspire, de la part du parent pr&#233;f&#233;r&#233;, qu'&#224; cette sorte de tendresse dans laquelle plus tard, devenus adultes, nous aimons &#224; voir l'essence des rapports entre parents et enfants. Non, l'analyse ne laisse subsister aucun doute : les d&#233;sirs de l'enfant, par-del&#224; cette tendresse, aspirent &#224; tout ce que nous entendons par satisfaction sensuelle, autant du moins que le pouvoir de repr&#233;sentation de l'enfant le permet. L'enfant - cela est facile &#224; comprendre - ne devine jamais la r&#233;alit&#233; de l'union des sexes, il lui substitue des repr&#233;sentations &#233;man&#233;es de sa propre exp&#233;rience et de ses propres sensations. D'ordinaire ses d&#233;sirs culminent dans ce dessein : mettre au monde un autre enfant, ou - d'une mani&#232;re ind&#233;terminable - l'engendrer. Le petit gar&#231;on, dans son ignorance, n'exclut pas de ses d&#233;sirs celui de mettre au monde lui-m&#234;me un enfant. Tout cet &#233;difice psychique, nous l'appelons, d'apr&#232;s la l&#233;gende grecque bien connue, le Complexe d'Oedipe. Le complexe doit &#234;tre normalement abandonn&#233; &#224; la fin de la premi&#232;re p&#233;riode sexuelle de l'enfance, il devrait alors &#234;tre de fond en comble d&#233;moli et transform&#233; ; les r&#233;sultats de cette m&#233;tamorphose sont marqu&#233;s pour de grandes destin&#233;es dans la vie psychique ult&#233;rieure. Mais le plus souvent les choses ne se passent pas assez compl&#232;tement et la pubert&#233; r&#233;veille le vieux complexe, ce qui peut avoir des suites graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tonne que vous gardiez le silence. Ce n'est sans doute pas une approbation. En soutenant que le premier objet d'amour de l'enfant soit choisi par lui sur le mode de l'inceste, pour employer le terme propre, l'analyse a de nouveau bless&#233; les sentiments les plus sacr&#233;s des hommes, et doit en cons&#233;quence s'attendre &#224; r&#233;colter en &#233;change incr&#233;dulit&#233;, contradiction et r&#233;quisitoires. Et telle fut en effet largement sa part. Rien ne lui a tant nui dans la faveur des contemporains que le complexe d'Oedipe et l'&#233;l&#233;vation de celui-ci &#224; la dignit&#233; d'une mani&#232;re d'&#234;tre g&#233;n&#233;ralement et fatalement humaine. Le mythe grec a d&#251; d'ailleurs avoir le m&#234;me sens, mais la majorit&#233; des hommes d'aujourd'hui, lettr&#233;s ou non, pr&#233;f&#232;re croire que la nature nous dota d'une horreur native de l'inceste comme protection contre celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire la premi&#232;re viendra &#224; notre secours. Quand Jules C&#233;sar p&#233;n&#233;tra en &#201;gypte, il y trouva la jeune reine Cl&#233;op&#226;tre, qui devait bient&#244;t jouer dans sa vie un tel r&#244;le, mari&#233;e &#224; son plus jeune fr&#232;re Ptol&#233;m&#233;e. Cela n'avait rien de surprenant dans la dynastie &#233;gyptienne ; les Ptol&#233;m&#233;es, originairement grecs, n'avaient fait que perp&#233;tuer la coutume que, depuis des mill&#233;naires, suivaient les anciens Pharaons, leurs pr&#233;d&#233;cesseurs. Mais ce n'est l&#224; qu'inceste fraternel, de nos jours m&#234;me moins s&#233;v&#232;rement condamn&#233;. Tournons-nous vers la mythologie qui est notre t&#233;moin de la couronne d&#232;s qu'il s'agit des m&#339;urs des temps primitifs. Elle peut nous apprendre que les mythes de tous les peuples, et pas seulement des Grecs, sont plus que riches en amours entre p&#232;re et fille, m&#234;me entre fils et m&#232;re. La cosmologie comme la g&#233;n&#233;alogie des races royales est fond&#233;e sur l'inceste. Dans quel but, pensez-vous, ces fictions ? Pour stigmatiser les dieux et les rois, les assimiler &#224; des criminels, pour les livrer en ex&#233;cration aux hommes ? Bien plut&#244;t parce que les d&#233;sirs incestueux sont un h&#233;ritage humain primitif et n'ont jamais &#233;t&#233; tout &#224; fait surmont&#233;s : ainsi l'on accorde encore aux dieux et &#224; leurs descendants ce qui d&#233;j&#224; n'est plus permis au commun des mortels. C'est en parfait accord avec ces enseignements de l'histoire et de la mythologie que nous rencontrons le d&#233;sir de l'inceste, encore aujourd'hui pr&#233;sent et actif, dans l'enfance de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je pourrais vous en vouloir d'avoir cherch&#233; &#224; garder pour vous toutes ces choses concernant la sexualit&#233; infantile. Par ces rapports avec l'histoire primitive de l'humanit&#233;, elle semble justement tr&#232;s int&#233;ressante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je craignais d'&#234;tre entra&#238;n&#233; trop loin de notre sujet. Mais cela aura peut-&#234;tre pourtant ses avantages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Maintenant, dites-moi : quelle certitude poss&#232;dent vos conclusions analytiques sur la vie sexuelle des enfants ? Votre conviction ne repose-t-elle que sur la concordance avec la mythologie et l'histoire ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En aucune fa&#231;on. Elle repose sur l'observation directe. Les choses se pass&#232;rent ainsi : nous avions d'abord d&#233;duit, de l'analyse des adultes, le conte-nu de la sexualit&#233; infantile, ceci vingt &#224; quarante ans apr&#232;s l'enfance &#233;coul&#233;e. Plus tard, nous avons entrepris des analyses directes d'enfants, et ce ne fut pas un mince triomphe que de voir alors se confirmer tout ce que nous avions d&#233;j&#224; devin&#233;, en d&#233;pit des stratifications et d&#233;formations du temps interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Comment, vous avez analys&#233; des petits enfants, des enfants au-dessous de six ans ? D'abord, cela est-il possible ? Ensuite, n'est-ce pas, pour ces enfants, tr&#232;s mauvais ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cela r&#233;ussit tr&#232;s bien. Tout ce qui d&#233;j&#224; se passe chez un enfant de quatre &#224; cinq ans est presque incroyable ! Les enfants sont intellectuellement tr&#232;s &#233;veill&#233;s &#224; cet &#226;ge, la premi&#232;re p&#233;riode sexuelle est pour eux aussi un temps d'&#233;panouissement intellectuel. J'ai l'impression qu'&#224; l'av&#232;nement de la p&#233;riode de latence ils subissent aussi une inhibition intellectuelle, deviennent plus b&#234;tes. Beaucoup d'enfants, &#224; partir de ce moment, perdent aussi leur gr&#226;ce physique. Quant au dommage caus&#233; par une analyse pr&#233;coce, je puis vous dire que le premier enfant sur lequel - voici vingt ans environ - fut tent&#233;e cette exp&#233;rience, est aujourd'hui un jeune homme bien portant et actif, qui traversa sans encombre la crise de la pubert&#233;, en d&#233;pit de graves traumatismes psychiques. Il faut esp&#233;rer que les autres &#171; victimes &#187; de l'analyse pr&#233;coce ne s'en porteront pas plus mal. Ces analyses d'enfants sont int&#233;ressantes par plus d'un c&#244;t&#233;, elles acquerront dans l'avenir peut-&#234;tre encore plus d'importance. Leur valeur th&#233;orique est hors de discussion. Elles r&#233;pondent sans ambigu&#239;t&#233; &#224; des questions qui, dans les analyses d'adultes, demeurent en suspens, et pr&#233;servent ainsi l'analyste d'erreurs lourdes de cons&#233;quences. On saisit en effet l&#224; sur le vif les facteurs g&#233;n&#233;rateurs de la n&#233;vrose, on ne peut les m&#233;conna&#238;tre. L'influence analytique doit sans doute, dans l'int&#233;r&#234;t de l'enfant, s'allier &#224; des mesures &#233;ducatrices. Cette technique attend encore sa mise au point. Observation d'un grand int&#233;r&#234;t pratique : un tr&#232;s grand nombre de nos enfants traversent, au cours de leur d&#233;veloppement, une phase d&#233;cid&#233;ment n&#233;vrotique. Nous avons appris &#224; mieux voir et sommes maintenant tent&#233;s de consid&#233;rer la n&#233;vrose infantile non comme l'exception mais comme la r&#232;gle : il semblerait que, sur le chemin menant du plan primitif de l'enfant &#224; celui du civilis&#233; adapt&#233; &#224; la vie sociale, la n&#233;vrose soit pour ainsi dire in&#233;vitable. Dans la plupart des cas, cette crise n&#233;vrotique de l'enfance semble se dissiper spontan&#233;ment ; mais n'en reste-t-il pas toujours des vestiges m&#234;me chez ceux qui sont en moyenne bien portants ? Par contre, chez aucun n&#233;vropathe ult&#233;rieur ne fait d&#233;faut le lien avec la n&#233;vrose infantile, qui, en son temps, n'a pas eu besoin d'&#234;tre tr&#232;s apparente. D'une fa&#231;on, me semble-t-il, analogue, la pathologie pr&#233;tend aujourd'hui que tout le monde, dans l'enfance, a &#233;t&#233; touch&#233; par la tuberculose. Mais pour les n&#233;vroses le point de vue de la vaccination n'est pas en cause, rien que celui de la pr&#233;disposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens maintenant &#224; votre question touchant la certitude de nos preuves. Nous nous sommes convaincus en g&#233;n&#233;ral, par l'observation analytique directe des enfants, que nous avions interpr&#233;t&#233; d'une fa&#231;on juste ce que les adultes nous rapportaient de leur enfance. Dans une s&#233;rie de cas, la confirmation nous a encore &#233;t&#233; possible par une autre voie. Nous avions reconstruit, gr&#226;ce au mat&#233;riel fourni par l'analyse, certaines circonstances ext&#233;rieures, certains &#233;v&#233;nements impressionnants de l'enfance, desquels le souvenir conscient du malade n'avait rien conserv&#233; : d'heureux hasards, des enqu&#234;tes aupr&#232;s de parents ou autres personnes ayant entour&#233; l'enfant nous ont alors apport&#233; la preuve irr&#233;futable que les &#233;v&#233;nements avaient bien &#233;t&#233; tels que nous les avions d&#233;duits. Nous n'e&#251;mes bien entendu pas tr&#232;s souvent cette chance, mais l&#224; o&#249; elle se rencontra, l'impression en fut toute-puissante. Il faut que vous le sachiez : la reconstruction juste d'&#233;v&#233;nements infantiles ainsi oubli&#233;s a toujours un grand effet th&#233;rapeutique, qu'elle admette ou non la confirmation ext&#233;rieure objective. L'importance de ces &#233;v&#233;nements est naturellement due &#224; ce qu'ils furent tellement pr&#233;coces et eurent lieu en un temps o&#249; ils pouvaient agir comme des traumatismes sur un &#171; moi &#187; d&#233;bile. - &#171; Et quelle peut bien &#234;tre la sorte d'&#233;v&#233;nements que l'analyse doive ainsi retrouver ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ils sont divers. En premier lieu, les impressions capables d'influencer durablement la vie sexuelle naissante de l'enfant : observations de rapports sexuels d'adultes, exp&#233;riences sexuelles personnelles avec un adulte ou un autre enfant - ce qui n'est pas si rare ! - ou bien encore conversations entendues par l'enfant et qu'il comprit alors, ou r&#233;trospectivement plus tard, croyant y trouver des informations sur des choses myst&#233;rieuses ou inqui&#233;tantes, enfin dires ou actions de l'enfant lui-m&#234;me, ayant manifest&#233; de sa part des sentiments significatifs, tendres ou hostiles, envers d'autres personnes. Il est particuli&#232;rement important, au cours de l'analyse, d'arriver &#224; ce que le malade se rappelle sa propre activit&#233; sexuelle infantile oubli&#233;e, ainsi que l'intervention des grandes personnes qui y mit fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; l'occasion de vous poser une question que j'ai depuis longtemps sur les l&#232;vres. En quoi consiste donc &#171; l'activit&#233; sexuelle &#187; de l'enfant pendant ce premier &#233;panouissement de sa sexualit&#233; qui, dites-vous, passa inaper&#231;u avant l'analyse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'ordinaire, l'essentiel de cette activit&#233; sexuelle n'avait pas - c'est curieux - pass&#233; inaper&#231;u ; c'est-&#224;-dire ce n'est pas curieux, car il &#233;tait impossible de ne pas voir ! Les &#233;mois sexuels de l'enfant trouvent leur expression principale dans la satisfaction solitaire, gr&#226;ce &#224; l'excitation de ses propres organes g&#233;nitaux, en r&#233;alit&#233; de la partie m&#226;le de ceux-ci (p&#233;nis et clitoris). L'extraordinaire diffusion de cette &#171; mauvaise habitude &#187; enfantine ne fut jamais ignor&#233;e des adultes, la &#171; mauvaise habitude &#187; elle-m&#234;me fut toujours consid&#233;r&#233;e comme un grave p&#233;ch&#233; et s&#233;v&#232;rement punie. Comment on parvient &#224; r&#233;concilier cette constatation des penchants immoraux des enfants - car les enfants font ceci, ainsi qu'ils l'avouent eux-m&#234;mes, parce que &#231;a leur fait plaisir - avec la th&#233;orie de leur puret&#233; native et de leur &#233;loignement de toute sensualit&#233;, ne me le demandez pas ! Faites-vous expliquer la chose par mes adversaires ! Un plus important probl&#232;me s'offre &#224; nous. Que devons-nous faire en pr&#233;sence de l'activit&#233; sexuelle de la premi&#232;re enfance ? Nous connais&#172;sons la responsabilit&#233; que nous encourons en l'&#233;touffant, et cependant n'osons pas la laisser s'&#233;panouir sans entraves. Les peuples de civilisation inf&#233;rieure et les couches sociales les plus basses des peuples civilis&#233;s semblent laisser toute libert&#233; &#224; la sexualit&#233; de leurs enfants. Ainsi se r&#233;alise sans doute une protection efficace contre la n&#233;vrose individuelle ult&#233;rieure, mais en m&#234;me temps quelle perte en aptitudes pour les oeuvres de la civilisation ! On a l'impression de se retrouver ici entre Charybde et Scylla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous laisse maintenant juge de cette question l'int&#233;r&#234;t &#233;veill&#233;, chez les n&#233;vropathes, par l'&#233;tude de la vie sexuelle, engendre-t-il une atmosph&#232;re favorable &#224; la lubricit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je crois comprendre vos intentions. Vous voulez me montrer quelles connaissances sont n&#233;cessaires pour exercer l'analyse, afin que je puisse juger si le m&#233;decin seul y doit pr&#233;tendre. Or, jusqu'ici je n'ai pas entendu grand-chose de m&#233;dical, mais beaucoup de psychologie et un peu de biologie ou de science sexuelle. Mais peut-&#234;tre ne sommes-nous pas encore au bout ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Certes non, il reste encore &#224; combler des lacunes. Puis-je vous adresser une pri&#232;re ? Voulez-vous me dire maintenant comment vous vous repr&#233;sentez une cure analytique ? D&#233;crivez-la comme si vous deviez vous-m&#234;me l'entre-prendre sur quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Ce sera dr&#244;le ! Je n'ai certes pas l'intention de clore notre controverse au moyen d'une telle exp&#233;rience ! Mais je vais faire ce que vous d&#233;sirez : la responsabilit&#233; en retombe sur vous ! Je suppose donc que le malade arrive chez moi et se plaigne de ses maux. Je lui promets gu&#233;rison ou am&#233;lioration, s'il veut m'&#233;couter. Je l'invite alors &#224; me communiquer, en toute sinc&#233;rit&#233;, et ce qu'il sait et ce qui lui vient &#224; l'esprit, sans se laisser arr&#234;ter par rien dans ce dessein, pas m&#234;me quand une chose lui semblera d&#233;sagr&#233;able &#224; dire. N'ai-je pas bien saisi cette r&#232;gle ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui. Mais vous devriez ajouter : m&#234;me quand ce qui lui vient &#224; l'esprit lui para&#238;t sans importance ou absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Bien entendu. Alors, il commence &#224; parler, et j'&#233;coute. Et ensuite ? De ce qu'il dit j'inf&#232;re quelles impressions, quels &#233;v&#233;nements, quels &#233;mois, quels d&#233;sirs, il a refoul&#233;s, pour les avoir rencontr&#233;s en un temps o&#249; son &#171; moi &#187; &#233;tait faible encore et en eut peur, au lieu de les regarder en face. Quand je le lui ai appris, il se replace dans la situation d'alors et, gr&#226;ce &#224; mon aide, s'en tire beaucoup mieux. Les bornes dans lesquelles son &#171; moi &#187; avait &#233;t&#233; contraint de s'enfermer tombent, et il est gu&#233;ri. N'est-ce point ainsi ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bravo, bravo 1 Je vois que l'on va pouvoir &#224; nouveau me reprocher d'avoir form&#233; un analyste qui ne soit pas m&#233;decin ! Vous vous &#234;tes tr&#232;s bien assimil&#233; tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je n'ai fait que r&#233;p&#233;ter ce que je vous ai entendu dire, comme quand on r&#233;cite par c&#339;ur. Je ne puis pourtant pas me repr&#233;senter comment je m'y prendrais, et ne comprends pas du tout pourquoi un tel travail exige, pendant tant de mois, une heure par jour. Il n'est donc, en g&#233;n&#233;ral, pas arriv&#233; tant de choses &#224; un homme ordinaire, et quant &#224; ce qui fut refoul&#233; dans l'enfance, cela est sans doute chez tout le monde la m&#234;me chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On apprend toute sorte de choses en exer&#231;ant r&#233;ellement l'analyse. Par exemple : vous ne trouveriez pas aussi simple que vous le croyez de d&#233;duire, d'apr&#232;s ce que le patient vous dit, quels &#233;v&#233;nements il a oubli&#233;s, quelles aspirations instinctives il refoula. Il vous dit des choses qui d'abord ont aussi peu de sens pour vous que pour lui. Il faut vous r&#233;soudre &#224; envisager d'une mani&#232;re toute particuli&#232;re les &#233;l&#233;ments que l'analys&#233; vous apporte en ob&#233;issance &#224; la r&#232;gle. C'est l&#224; une sorte de minerai dont le contenu en m&#233;tal pr&#233;cieux reste &#224; extraire par des proc&#233;d&#233;s sp&#233;ciaux. Vous devez alors &#234;tre pr&#234;t &#224; travailler bien des tonnes de minerai ne renfermant que bien peu du m&#233;tal pr&#233;cieux recherch&#233;. Voil&#224; la premi&#232;re raison de la dur&#233;e du traitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Comment travaille-t-on cette mati&#232;re brute, pour m'en tenir &#224; votre comparaison ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En faisant cette hypoth&#232;se : ce que le malade vous raconte, comme ce qui lui vient &#224; l'esprit, sont des d&#233;figurations de ce que vous cherchez, en quelque sorte des allusions derri&#232;re lesquelles il vous faut devinez ce qui se cache. Bref, il vous faut interpr&#233;ter ces &#233;l&#233;ments, qu'ils soient souvenirs, id&#233;es subites ou r&#234;ves. Gr&#226;ce &#224; vos connaissances techniques, vous vous cr&#233;ez, tout en &#233;coutant, certaines conceptions d'attente, qui vous dirigent dans ce travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Interpr&#233;ter ! le vilain mot ! Voil&#224; qui me d&#233;pla&#238;t. Vous m'enlevez par l&#224; toute certitude. Si tout d&#233;pend de mon interpr&#233;tation, qui me garantit que j'interpr&#232;te bien ? Tout est alors livr&#233; &#224; mon arbitraire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tout doux ! Tout ne va pas aussi mal. Pourquoi voulez-vous que vos propres processus psychiques fassent exception aux lois que vous reconnaissez en ceux des autres ? Quand vous aurez acquis une certaine discipline sur vous-m&#234;me et serez en possession de connaissances appropri&#233;es, vos interpr&#233;tations resteront ind&#233;pendantes de vos particularit&#233;s personnelles et toucheront juste. Je ne dis pas que pour cette partie de la t&#226;che la personnalit&#233; de l'analyste soit indiff&#233;rente. Une certaine finesse d'oreille, pourrais-je dire, est n&#233;cessaire pour entendre le langage du refoul&#233; inconscient, et chacun ne la poss&#232;de pas au m&#234;me degr&#233;. Et avant tout s'impose ici &#224; l'analyste le devoir d'avoir &#233;t&#233; analys&#233; &#224; fond lui-m&#234;me, afin d'&#234;tre capable d'accueillir sans pr&#233;jug&#233;s les &#233;l&#233;ments analytiques que lui apportent les autres. Cependant il reste toujours l' &#171; &#233;quation personnelle &#187;, comme on dit dans les observations astronomiques, et ce facteur individuel jouera toujours dans la psychanalyse un plus grand r&#244;le qu'ailleurs. Un homme anormal peut devenir bon physicien ; mais ses propres anomalies l'emp&#234;cheront, s'il est analyste, de voir sans d&#233;formation les images de la vie psychique. Comme on ne peut convaincre personne qu'il soit anormal, le consentement universel en mati&#232;re de psychologie profonde sera particuli&#232;rement difficile &#224; obtenir. Plus d'un psychologue juge m&#234;me la situation comme &#233;tant sans espoir et pense que chaque sot &#224; le droit de donner pour sagesse sa sottise. J'avoue &#234;tre plus optimiste. Car notre exp&#233;rience nous a montr&#233; qu'en psychologie aussi on peut arriver &#224; un accord assez satisfaisant. Chaque domaine d'investigation pr&#233;sente ses difficult&#233;s sp&#233;ciales qu'il faut s'efforcer de vaincre. De plus, dans l'art d'interpr&#233;ter particulier &#224; l'analyse, bien des choses - tout comme en une autre science - peuvent s'apprendre : par exemple, tout ce qui touche l'&#233;trange repr&#233;sentation indirecte par des symboles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Maintenant je n'ai plus aucune envie - m&#234;me en imagination ! - d'entre-prendre sur quelqu'un un traitement analytique. Qui sait quelles surprises m'attendraient encore ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous faites bien d'abandonner un tel dessein. Vous commencez &#224; saisir combien il vous faudrait encore apprendre par la th&#233;orie et par la pratique. Et lorsque vous avez trouv&#233; l'interpr&#233;tation juste, vous voil&#224; en pr&#233;sence d'une autre t&#226;che. Vous devez attendre le moment propice pour faire part de votre interpr&#233;tation au malade, si vous voulez compter sur le succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A quoi reconna&#238;t-on le moment propice ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est affaire de tact, et ce tact peut s'affiner beaucoup par l'exp&#233;rience. Vous commettriez une lourde faute si, dans le d&#233;sir par exemple de raccourcir l'analyse, vous jetiez &#224; la t&#234;te du patient vos interpr&#233;tations aussit&#244;t que vous les avez trouv&#233;es. Vous obtenez ainsi de lui des manifestations de r&#233;sistance, de refus, d'indignation, mais vous n'obtenez pas que son &#171; moi &#187; prenne possession de ce qui est refoul&#233;. La r&#232;gle est d'attendre qu'il s'en soit approch&#233; tellement qu'il n'ait plus, guid&#233; par vous et votre interpr&#233;tation, que quelques pas &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je crois que je n'apprendrai jamais cela ! Et quand j'ai pris toutes ces pr&#233;cautions dans l'interpr&#233;tation, quoi alors ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Alors il vous reste &#224; faire une d&#233;couverte &#224; laquelle vous ne vous attendez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Quelle d&#233;couverte ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que vous vous &#234;tes tromp&#233; en ce qui regarde votre malade. Que vous ne devez compter aucunement sur son concours ni sur sa docilit&#233;, qu'il est pr&#234;t &#224; mettre toute sorte de b&#226;tons dans les roues de votre travail commun, bref, qu'il ne veut pas du tout gu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Non ! Voil&#224; la chose la plus folle que vous m'ayez encore cont&#233;e ! Je ne la crois d'ailleurs pas. Le malade, qui souffre tellement, qui se plaint de ses maux de fa&#231;on si path&#233;tique, qui fait de si grands sacrifices pour son traite-ment, le malade ne voudrait pas gu&#233;rir ! Ce n'est certes pas ce que vous voulez dire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Remettez-vous : c'est ce que j'entends. Ce que j'ai dit est la v&#233;rit&#233;, certes pas toute la v&#233;rit&#233;, mais un fragment tr&#232;s consid&#233;rable de celle-ci. Le malade veut assur&#233;ment gu&#233;rir, mais il veut aussi ne pas gu&#233;rir. Son &#171; moi &#187; a perdu l'unit&#233;, c'est pourquoi il ne peut &#233;difier un vouloir unique. Il ne serait pas un n&#233;vropathe, s'il &#233;tait autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si j'&#233;tais prudent, je ne serais pas Tell . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rejetons du refoul&#233; ont fait irruption dans le a moi &#187; et s'y affirment ; or, sur les aspirations ayant cette origine, le &#171; moi &#187; n'a pas plus de ma&#238;trise que sur le refoul&#233; lui-m&#234;me, et n'en comprend d'ordinaire pas non plus la nature. Car ces malades sont d'une sorte particuli&#232;re et nous cr&#233;ent des difficult&#233;s que nous n'avons pas l'habitude de faire entrer en ligne de compte. Toutes nos institutions sociales sont taill&#233;es sur la mesure d'individus ayant un &#171; moi &#187; normal unifi&#233;, &#171; moi &#187; que l'on qualifie de &#171; bon &#187; ou de &#171; mauvais &#187;, &#171; moi &#187; qui remplit sa fonction ou bien en est expuls&#233; par une influence toute-puissante. D'o&#249; l'alternative juridique : responsable ou irresponsable. Ces distinctions tranch&#233;es ne conviennent pas aux n&#233;vropathes. Il faut l'avouer : accorder les exigences sociales avec leur &#233;tat psychologique n'est pas chose ais&#233;e. On l'a vu sur une grande &#233;chelle pendant la derni&#232;re guerre. Les n&#233;vropathes qui se soustrayaient au service &#233;taient-ils des simulateurs ou non ? Ils l'&#233;taient et ne l'&#233;taient pas. Quand on les traitait en simulateurs, qu'on leur rendait l'&#233;tat de maladie tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able, ils gu&#233;rissaient ; mais renvoyait-on au front les soi-disant gu&#233;ris, ils effectuaient vite &#224; nouveau une &#171; fuite dans la maladie &#187;. On ne savait quoi en faire. Il en est de m&#234;me des nerveux de la vie civile. Ils g&#233;missent sur leur maladie, mais ils s'en servent jusqu'&#224; &#233;puisement des forces, et veut-on les en priver, ils la d&#233;fendent comme la lionne proverbiale ses petits. Et il n'y a pas lieu de leur faire un reproche d'une telle contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Mais alors le mieux ne serait-il point de ne pas du tout traiter ces gens difficiles, et de les abandonner &#224; eux-m&#234;mes ? Je ne puis croire que cela vaille la peine de se donner, pour chacun de ces malades, tout ce mal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne puis souscrire &#224; cette proposition. Il est certes plus juste d'accepter les complications de la vie que d'essayer de s'y d&#233;rober. Tous les n&#233;vropathes que nous traitons ne sont peut-&#234;tre pas dignes des efforts de l'analyse, mais il y a pourtant parmi eux des &#234;tres de grande valeur. Nous devons nous fixer ce but : r&#233;duire au minimum le nombre d'individus qui abordent, insuffisamment arm&#233;s contre elle, la vie civilis&#233;e, et c'est pourquoi nous devons recueillir un grand nombre d'observations, apprendre &#224; beaucoup comprendre. Chaque analyse peut &#234;tre instructive, nous apporter de nouveaux &#233;claircissements, en dehors m&#234;me de la valeur personnelle du malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Cependant, lorsque dans le &#171; moi &#187; du malade une volition s'est constitu&#233;e en vue de lui garder son mal, celle-ci doit se baser sur des fondements, des motifs, qui doivent par quelque c&#244;t&#233; pouvoir se justifier. On ne voit pourtant pas pourquoi quelqu'un voudrait &#234;tre malade, ce que cela lui rapporte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous n'avez pas &#224; chercher bien loin. Pensez aux n&#233;vroses de guerre, &#224; ces n&#233;vros&#233;s qui n'avaient plus &#224; servir aux arm&#233;es, parce qu'ils &#233;taient malades. Dans la vie civile, la maladie peut devenir un paravent derri&#232;re lequel abriter son inf&#233;riorit&#233; dans sa profession ou dans la concurrence avec ses rivaux ; elle peut, dans la famille, devenir un moyen de contraindre les autres au sacrifice et &#224; des marques d'amour, ou pour leur imposer son vouloir. Voil&#224; qui est encore tout pr&#232;s de la surface de l'inconscient, c'est ce que nous englobons sous ce terme : &#171; b&#233;n&#233;fice de la maladie &#187;. Il est cependant curieux que le malade, que son &#171; moi &#187; ignore pourtant tout de l'encha&#238;nement de tels mobiles avec ses propres actions, ces actions en d&#233;coulant de fa&#231;on si logique. On combat l'influence de ces aspirations en obligeant le &#171; moi &#187; &#224; en prendre connaissance. Mais il existe encore d'autres mobiles, plus profonds, pour tenir &#224; la maladie, mobiles dont il est plus difficile de venir &#224; bout. Cependant sans une nouvelle excursion au domaine de la th&#233;orie psychologique on ne peut comprendre la nature de ces autres mobiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Allez toujours ! Un peu plus ou un peu moins de th&#233;orie, qu'importe maintenant ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quand j'ai analys&#233; pour vous les relations existant entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187;, j'ai supprim&#233; une importante partie de notre doctrine de l'appareil psychique. Nous avons en effet &#233;t&#233; contraints d'admettre que dans le &#171; moi &#187; lui-m&#234;me une instance particuli&#232;re se soit diff&#233;renci&#233;e, que nous appelons le &#171; surmoi &#187;. Ce &#171; surmoi &#187; occupe une situation sp&#233;ciale entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187;. Il appartient au &#171; moi &#187;, a part &#224; sa haute organisation psychologique, mais est en rapport particuli&#232;rement intime avec le &#171; &#231;a &#187;. Il est en r&#233;alit&#233; le r&#233;sidu des premi&#232;res amours du &#171; &#231;a &#187;, l'h&#233;ritier de complexe d'Oedipe apr&#232;s l'abandon de celui-ci. Ce &#171; surmoi &#187; peut s'opposer au &#171; moi &#187;, le traiter comme un objet ext&#233;rieur et le traite en fait souvent fort durement. Il importe autant, pour le &#171; moi &#187;, de rester en accord avec le &#171; surmoi &#187; qu'avec le &#171; &#231;a &#187;. Des dissensions entre &#171; moi &#187; et &#171; sur moi &#187; sont d'une grande signification pour la vie psychique. Vous devinez d&#233;j&#224; que le &#171; surmoi &#187; est le d&#233;positaire du ph&#233;nom&#232;ne que nous nommons conscience morale. Il importe fort &#224; la sant&#233; psychique que le &#171; surmoi &#187; se soit d&#233;velopp&#233; normalement, c'est-&#224;-dire soit devenu suffisamment impersonnel. Ce n'est justement pas le cas chez le n&#233;vros&#233;, chez qui le complexe d'Oedipe n'a pas subi la m&#233;tamorphose voulue. Son &#171; surmoi &#187; est demeur&#233;, en face du &#171; moi &#187;, tel un p&#232;re s&#233;v&#232;re pour son enfant, et sa moralit&#233; s'exerce de cette fa&#231;on primitive : le &#171; moi &#187; doit se laisser punir par le &#171; surmoi &#187;. La maladie est utilis&#233;e comme moyen de r&#233;aliser cette &#171; autopunition &#187; ; le n&#233;vros&#233; doit se comporter comme s'il &#233;tait en proie &#224; un sentiment de culpabilit&#233; qui, pour &#234;tre apais&#233;, aurait besoin de la maladie comme ch&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; qui est vraiment myst&#233;rieux ! Le plus curieux de l'affaire est que cette force de la conscience morale du malade ne doive pas non plus lui devenir consciente. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, nous commen&#231;ons seulement &#224; comprendre le sens de toutes ces importantes relations. C'est pourquoi mon expos&#233; dut passer par cette phase obscure. Je puis maintenant poursuivre. Nous appelons toutes les forces qui s'opposent au travail de gu&#233;rison les &#171; r&#233;sistances &#187; du malade. Le &#171; b&#233;n&#233;fice &#187; qu'il retire de sa maladie est la source d'une premi&#232;re r&#233;sistance, le &#171; sentiment inconscient de culpabilit&#233; &#187; repr&#233;sente la r&#233;sistance du &#171; sur&#172;moi &#187;, qui est le plus puissant facteur et, par nous, le plus redout&#233;. Nous rencontrons encore d'autres r&#233;sistances au cours du traitement. Quand le &#171; moi &#187;, dans la premi&#232;re enfance, a entrepris un refoulement par peur, cette peur subsiste et s'ext&#233;riorise en r&#233;sistance chaque fois o&#249; le &#171; moi &#187; doit s'approcher du refoul&#233;. Enfin songez que cela ne s'accomplit pas sans peine quand un processus instinctif, qui depuis des d&#233;cades suivait un certain chemin, doit tout &#224; coup en prendre un nouveau qu'on vient de lui ouvrir. On pourrait appeler ceci la r&#233;sistance du &#171; &#231;a &#187;. La lutte contre toutes ces r&#233;sistances est la t&#226;che principale de la cure analytique, celle des interpr&#233;tations p&#226;lit &#224; c&#244;t&#233;. Mais justement ce combat et le fait d'avoir surmont&#233; les r&#233;sistances modifient le &#171; moi &#187; du malade et le renforcent au point que nous pouvons, la cure termin&#233;e, envisager sans inqui&#233;tude sa conduite &#224; venir. Vous comprenez par ailleurs maintenant pourquoi le traitement est si long. La longueur du chemin &#224; parcourir et la richesse des &#233;l&#233;ments &#224; traiter n'en sont pas la cause d&#233;cisive. Le principal est que le chemin soit libre. Un parcours, en temps de paix, est accompli en deux heures de chemin de fer : une arm&#233;e, en temps de guerre, y peut &#234;tre retenue des semaines par la r&#233;sistance de l'ennemi. De telles luttes demandent du temps aussi au domaine psychique. Je dois malheureusement constater que tous les efforts tendant &#224; raccourcir sensiblement la cure analytique ont jusqu'ici &#233;chou&#233;. Le meilleur moyen de la raccourcir semble &#234;tre de l'accomplir correctement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Si j'avais eu la moindre envie d'entreprendre sur votre m&#233;tier et de tenter moi-m&#234;me d'analyser quelqu'un, votre expos&#233; des r&#233;sistances m'en e&#251;t gu&#233;ri. Mais qu'en est-il de l'influence personnelle de l'analyste, qui, vous l'avez accord&#233;, existe ? Ne vient-elle pas en compte contre les r&#233;sistances ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous faites bien d'en parler. Cette influence personnelle est notre plus puissante arme dynamique, elle est l'&#233;l&#233;ment nouveau que nous introduisons dans la situation, le vrai moteur de la cure. Le contenu intellectuel de nos &#233;claircissements n'en saurait tenir lieu, car le malade, qui partage tous les pr&#233;jug&#233;s ambiants, ne nous croirait pas davantage que ne le font nos critiques du monde scientifique. Le n&#233;vros&#233; s'attache &#224; son travail de par la foi qu'il a en l'analyste, et croit en celui-ci de par une attitude sentimentale particuli&#232;re qu'il acquiert envers lui. De m&#234;me l'enfant ne croit que les gens auxquels il est attach&#233;. Je vous ai d&#233;j&#224; dit dans quel sens nous utilisons cette tr&#232;s puissante influence &#171; suggestive &#187;. Nous ne l'employons pas comme moyen d'&#233;touffer les sympt&#244;mes - ce qui diff&#233;rencie l'analyse des autres m&#233;thodes psychoth&#233;rapiques - mais comme force motrice permettant au &#171; moi &#187; du malade de surmonter ses r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et quand cela r&#233;ussit, tout ne va-t-il pas alors au mieux ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, cela devrait &#234;tre. Mais surgit alors une complication inattendue. Ce fut peut-&#234;tre la plus grande des surprises pour l'analyste : le sentiment que le malade se met &#224; lui porter est d'une nature toute particuli&#232;re. Le premier m&#233;decin - ce n'&#233;tait pas moi - qui tenta une analyse se heurta d&#233;j&#224; &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne, et en fut d&#233;contenanc&#233;. Ce sentiment est, en effet, pour parler clair, de nature amoureuse. Voil&#224; qui est curieux, n'est-ce pas ? Surtout si vous pensez que l'analyste ne fait rien pour le provoquer, que tout au contraire il se tient personnellement &#233;loign&#233; du patient et s'entoure d'une certaine r&#233;serve. Et si de plus vous observez que cet &#233;trange sentiment ne tient aucun compte des conditions r&#233;elles qui d'ordinaire favorisent ou non l'amour : attrait personnel, &#226;ge, sexe, &#233;tat social. Cet amour se d&#233;roule enti&#232;rement sur le mode obsessionnel. Certes, ce caract&#232;re ne reste par ailleurs pas &#233;tranger aux autres amours, aux amours spontan&#233;es. Vous le savez, le contraire est fr&#233;quent, mais dans la situation analytique, cet amour &#224; forme obsessionnelle est de r&#232;gle, sans qu'on en puisse pourtant trouver une explication rationnelle. On pourrait le croire : les rapports du malade &#224; l'analyste ne devraient comporter qu'une certaine dose de respect, de confiance, de reconnaissance et de sympathie humaine Au lieu de cela, cet amour, qui lui-m&#234;me fait l'impression d'une manifestation maladive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais voil&#224; qui devrait &#234;tre favorable &#224; votre cure analytique ! Qui aime est docile et pr&#234;t &#224; tout par amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, il en est ainsi au d&#233;but, mais ensuite, quand cet amour s'est renforc&#233;, sa nature r&#233;elle appara&#238;t, et l'on voit alors par combien de c&#244;t&#233;s il est incompatible avec la t&#226;che de l'analyse. L'amour du patient ne se contente plus d'ob&#233;ir, il devient exigeant, demande des satisfactions et de tendresse et de sensualit&#233;, r&#233;clame l'exclusivit&#233;, se fait jaloux, montre de plus en plus son envers, l'hostilit&#233; et la vengeance couvant sous tout amour qui ne peut atteindre son objet. En m&#234;me temps, ainsi que tout amour, il prend la place de tout autre contenu que pourrait avoir l'&#226;me : il &#233;teint l'int&#233;r&#234;t port&#233; &#224; la cure et &#224; la gu&#233;rison, bref, nous n'en pouvons douter, cet amour s'est install&#233; au lieu de la n&#233;vrose et le r&#233;sultat de notre travail a &#233;t&#233; le remplacement d'une forme morbide par une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; qui semble d&#233;sesp&#233;r&#233; ! Que faire alors ? Abandonner l'analyse ? Mais comme, dites-vous, un tel r&#233;sultat est constant, on ne pourrait donc accomplir aucune analyse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Utilisons d'abord la situation en vue de notre enseignement. Ce qu'elle nous aura appris pourra nous aider &#224; la ma&#238;triser. N'est-il pas tr&#232;s remarquable qu'il nous soit loisible de transmuer n'importe quelle n&#233;vrose en un &#233;tat amoureux maladif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre conviction qu'&#224; la base des n&#233;vroses se retrouve toujours une part de vie amoureuse anormalement affect&#233;e doit, par cette observation, s'affermir, in&#233;branlable. Ainsi nous reprenons pied et nous osons prendre cet amour lui-m&#234;me comme objet de l'analyse. Nous pouvons remarquer encore autre chose. L'amour &#171; analytique &#187; ne se manifeste pas dans tous les cas aussi clair et net que j'ai tent&#233; de vous le d&#233;crire. Pourquoi ? On le comprend bient&#244;t. Dans la mesure m&#234;me o&#249; les tendances sensuelles et les tendances hostiles de son amour voudraient se manifester s'&#233;veille, chez le malade, une opposition contre celles-ci. Il lutte contre elles, il cherche, sous nos yeux, &#224; les refouler. Et maintenant nous comprenons ce qui se passe ! Le malade r&#233;p&#232;te, sous la forme de cet amour pour l'analyste, des &#233;v&#233;nements psychiques qu'il a d&#233;j&#224; une fois v&#233;cus - il a transf&#233;r&#233; sur l'analyste des attitudes psychiques qui &#233;taient d&#233;j&#224; pr&#234;tes en lui et sont en rapport intime avec sa n&#233;vrose. Et il r&#233;p&#232;te aussi sous nos yeux ses r&#233;actions de d&#233;fense d'alors ; il aimerait reproduire, dans ses rapports avec l'analyste, toutes les vicissitudes de cette p&#233;riode oubli&#233;e de sa vie. Ce qu'il nous montre est ainsi le noyau de son histoire intime, il la reproduit de fa&#231;on palpable, pr&#233;sente, au lieu de s'en souvenir. Cette &#233;nigme : l'amour de transfert, est ainsi r&#233;solue, et l'analyse peut se pour&#172;suivre justement gr&#226;ce &#224; l'aide de la nouvelle situation qui d'abord semblait la menacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; qui est subtil ! Et le malade vous croit-il ais&#233;ment quand vous lui affirmez qu'il est, non pas vraiment &#233;pris, mais seulement contraint de rejouer une vieille pi&#232;ce ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tout en d&#233;pend, et la pleine habilet&#233; dans le maniement du transfert a pour but d'y arriver. Vous le voyez : les exigences de la technique analytique atteignent ici leur point culminant, Ici peuvent se commettre les fautes les plus lourdes comme s'obtenir les plus grands succ&#232;s. Une tentative d'&#233;touffer ou de n&#233;gliger le transfert, afin de s'&#233;pargner des difficult&#233;s, serait absurde ; quoi que l'on ait fait par ailleurs, ce proc&#233;d&#233; ne m&#233;riterait pas le nom d'analyse. Renvoyer le malade d&#232;s que les d&#233;sagr&#233;ments de sa n&#233;vrose de transfert se font jour n'aurait pas plus de sens. Ce serait, en outre, une l&#226;chet&#233; : on ressemblerait &#224; quelqu'un qui, ayant &#233;voqu&#233; les esprits, s'enfuirait d&#232;s qu'ils apparaissent. A la v&#233;rit&#233;, parfois on y est contraint : des cas se pr&#233;sentent o&#249; l'on ne peut se rendre ma&#238;tre du transfert, une fois celui-ci d&#233;cha&#238;n&#233;, et o&#249; l'on doit interrompre l'analyse, mais il faut du moins avoir lutt&#233; contre les mauvais esprits jusqu'au bout de ses forces. C&#233;der aux exigences que le transfert inspire au patient, satisfaire ses aspirations tendres ou sensuelles n'est pas seulement interdit par des consid&#233;rations morales justifi&#233;es, ruais serait aussi tout &#224; fait impropre comme moyen technique pour atteindre au but de l'analyse. Le n&#233;vros&#233; ne peut pas &#234;tre gu&#233;ri simplement parce qu'on lui permet la reproduction sans retouches d'un clich&#233; inconscient pr&#234;t en lui &#224; l'avance. Se laiss&#226;t-on entra&#238;ner &#224; des compromis, offr&#238;t-on au malade une satisfaction partielle en &#233;change de son ult&#233;rieure collaboration au travail analytique, il faudrait faire attention de ne pas se trouver dans la ridicule situation de l'eccl&#233;siastique qui devait convertir l'agent d'assurances malade. Le malade demeura m&#233;cr&#233;ant, mais le pr&#234;tre s'en retourna assur&#233;. La seule issue possible hors la situation du transfert est celle-ci : rapporter le tout au pass&#233; du malade, tel qu'il le v&#233;cut r&#233;ellement, ou tel qu'il l'&#233;difia dans son imagination, servante de ses propres d&#233;sirs. Et cette t&#226;che exige, de la part de l'analyste, beaucoup d'adresse, de patience, de calme et d'abn&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et o&#249; le n&#233;vros&#233; aurait-il d&#233;j&#224; v&#233;cu l'amour prototype de son amour de transfert ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans l'enfance, en g&#233;n&#233;ral dans ses rapports &#224; l'un de ses parents. Vous vous rappelez quelle importance nous avons d&#251; attribuer &#224; ces toutes premi&#232;res relations affectives. Ainsi le cercle ici se ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Avez-vous enfin termin&#233; ? Je m'embrouille un peu dans tout ce que j'ai entendu. Mais dites-moi encore : o&#249; et comment apprend-on tout ce que l'on a besoin de savoir pour exercer l'analyse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il existe actuellement deux instituts o&#249; l'enseignement de la psychanalyse est profess&#233;. Le premier, celui de Berlin, a &#233;t&#233; organis&#233; par le docteur Max Eitingon, pour la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Berlin. Le second est entretenu par la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Vienne &#224; ses propres frais et gr&#226;ce &#224; des sacrifices consid&#233;rables. La participation des autorit&#233;s se borne pour l'instant aux nombreuses entraves apport&#233;es &#224; ces jeunes initiatives. Un troisi&#232;me institut didactique va s'ouvrir &#224; Londres, par les soins de la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Londres, sous la direction du docteur E. Jones. Dans ces instituts, les candidats sont pris en analyse, re&#231;oivent un enseignement th&#233;orique dans des cours traitant de tous les sujets qui leur importent, et profitent de l'exp&#233;rience des analystes plus anciens quand, sous la surveillance de ceux-ci, ils entreprennent leurs premiers essais sur des cas faciles. Il faut environ deux ans pour former ainsi un analyste. Bien entendu n'est-on alors qu'un d&#233;butant, pas encore un ma&#238;tre. Ce qui fait encore d&#233;faut doit &#234;tre acquis par l'exercice de l'analyse et par la fr&#233;quentation des soci&#233;t&#233;s psychanalytiques o&#249; les jeunes membres rencontrent les plus &#226;g&#233;s qui &#233;changent avec eux leurs id&#233;es. La pr&#233;paration &#224; l'activit&#233; analytique n'est nullement simple et ais&#233;e, le travail est difficile, la responsabilit&#233; lourde. Mais qui subit une telle discipline, fut analys&#233;, comprit de la psychologie de l'inconscient ce qui se peut aujourd'hui enseigner, acquit des connaissances dans la science de la vie sexuelle, qui apprit la technique d&#233;licate de la psychanalyse, l'art de l'interpr&#233;tation, la lutte contre les r&#233;sistances et le maniement du transfert, n'est plus un profane au domaine de la psychanalyse. Il est devenu capable d'entreprendre le traitement des troubles n&#233;vrotiques, et pourra, avec le temps, y r&#233;aliser tout ce qu'on est en droit d'attendre de cette th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous avez fait un grand effort pour me montrer ce qu'est la psychanalyse et quelles connaissances sont n&#233;cessaires pour l'exercer avec des chances de succ&#232;s. Je n'ai pu rien perdre &#224; vous &#233;couter ! Mais je ne sais quelle influence sur mon jugement vous vous promettez de vos explications. Je vois l&#224; un cas qui n'a rien que d'ordinaire. Les n&#233;vroses sont une esp&#232;ce particuli&#232;re de maladie, l'analyse est une m&#233;thode particuli&#232;re pour les traiter, une sp&#233;cialit&#233; m&#233;dicale. Il est habituel qu'un m&#233;decin qui a choisi de se sp&#233;cialiser ne se contente pas des connaissances consacr&#233;es par son dipl&#244;me. Surtout s'il d&#233;sire s'&#233;tablir dans une grande ville qui seule peut nourrir un sp&#233;cialiste. Qui veut devenir chirurgien cherche &#224; s'employer quelques ann&#233;es dans une clinique chirurgicale ; de m&#234;me de l'oculiste, du laryngologiste, etc., surtout du psychiatre qui peut-&#234;tre m&#234;me ne ressortira jamais de l'asile ou du sanatorium. Il en sera de m&#234;me du psychanalyste ; qui choisit cette nouvelle sp&#233;cialit&#233; devra se r&#233;soudre, ses &#233;tudes m&#233;dicales achev&#233;es, &#224; passer encore &#224; l'institut didactique les deux ans dont vous parlez, s'il est vrai qu'un si long temps soit n&#233;cessaire ! Alors il s'apercevra bien qu'il a avantage &#224; rester en contact, dans une soci&#233;t&#233; psychanalytique, avec ses coll&#232;gues, et tout sera pour le mieux. Je ne comprends pas o&#249; peut se poser ici la question de l'analyse par les non-m&#233;decins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le m&#233;decin qui fait ce que vous avez promis en son nom nous sera &#224; tous le bienvenu. Les quatre cinqui&#232;mes de mes &#233;l&#232;ves sont d'ailleurs des m&#233;decins. Permettez-moi cependant de vous repr&#233;senter quels furent les vrais rapports des m&#233;decins en g&#233;n&#233;ral &#224; l'analyse et quelles pr&#233;visions ces rapports autorisent. Les m&#233;decins n'ont aucun droit historique au monopole de l'ana-lyse, davantage, ils ont jusqu'&#224; hier employ&#233; tous les moyens, des plus plates railleries aux plus lourdes calomnies, afin de lui nuire. Vous r&#233;pondrez que cela, c'est du pass&#233;, et n'a pas &#224; influer sur l'avenir. D'accord. Mais je crains que l'avenir ne soit autre que vous ne l'avez pr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de donner au mot &#171; charlatan &#187; le sens auquel il a droit au lieu de son sens l&#233;gal. Pour la loi est un &#171; charlatan &#187; quiconque soigne des malades sans pouvoir produire un dipl&#244;me m&#233;dical d'&#201;tat. Je pr&#233;f&#233;rerais une autre d&#233;finition : charlatan est celui qui entreprend un traitement sans poss&#233;der les connaissances et capacit&#233;s n&#233;cessaires. Me basant sur cette d&#233;finition, j'oserai pr&#233;tendre que - et ceci pas seulement en Europe - les m&#233;decins fournissent &#224; l'analyse un contingent consid&#233;rable de charlatans. Ils exercent souvent l'analyse sans l'avoir apprise et sans y rien comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'objecterez en vain qu'il y a l&#224; un manque de conscience impossible &#224; attribuer aux m&#233;decins. Un m&#233;decin sait qu'un dipl&#244;me m&#233;dical n'est pas une lettre de marque et que le malade n'est pas hors la loi. On doit donc penser que le m&#233;decin agit de bonne foi m&#234;me quand il est dans l'erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits demeurent - esp&#233;rons qu'ils n'aient pas d'autre explication que la v&#244;tre ! Je vais essayer de vous faire voir comment il se peut qu'un m&#233;decin, en mati&#232;re de psychanalyse, se comporte comme il &#233;viterait soigneusement de le faire en tout autre domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premi&#232;re ligne, il faut consid&#233;rer que le m&#233;decin, dans les facult&#233;s, re&#231;oit une instruction qui est &#224; peu pr&#232;s le contraire de ce qu'il faudrait comme pr&#233;paration &#224; la psychanalyse. Son attention y est dirig&#233;e vers des faits objectifs d&#233;montrables, d'ordre anatomique, physique, chimique, de la vraie compr&#233;hension et du juste maniement desquels le succ&#232;s de l'action m&#233;dicale d&#233;pend. Le probl&#232;me de la vie y est ramen&#233; &#224; ce point de vue, du moins autant qu'il est possible d'expliquer jusqu'&#224; ce jour ce probl&#232;me d'apr&#232;s le jeu des forces d&#233;montrables aussi dans la nature inorganique. Pour le c&#244;t&#233; psychique des ph&#233;nom&#232;nes vitaux, on n'&#233;veille pas l'int&#233;r&#234;t de l'&#233;tudiant, l'&#233;tude du fonctionnement sup&#233;rieur de l'&#226;me et de l'intelligence n'a rien &#224; voir avec la m&#233;decine, cette &#233;tude est du domaine d'une autre facult&#233;. La psychiatrie devrait seule s'occuper des troubles de la fonction psychique, mais on sait de quelle fa&#231;on et dans quel sens elle le fait. Elle recherche les conditions corporelles des troubles psychiques et les traite alors comme n'importe quelle autre condition &#233;tiologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychiatrie a raison et l'enseignement m&#233;dical est &#233;videmment excellent. Quand on reproche &#224; celui-ci d'&#234;tre unilat&#233;ral, il faut d'abord trouver le point de vue d'o&#249; ce caract&#232;re devienne un reproche. Toute science est en effet unilat&#233;rale et doit l'&#234;tre, puisqu'elle doit concentrer sa recherche sur des m&#233;thodes, des aspects, des faits particuliers. Ce serait un non-sens, que je ne voudrais pas faire mien, que de mettre en balance une science avec une autre. La physique n'enl&#232;ve rien de sa valeur &#224; la chimie, elle ne peut pas plus la remplacer que l'&#234;tre par elle. Et tout particuli&#232;rement unilat&#233;rale est certes la psychanalyse, science de l'inconscient psychique. Le droit &#224; l'unilat&#233;ralit&#233; ne doit donc pas &#234;tre contest&#233; aux sciences m&#233;dicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue que nous cherchons se trouve ailleurs, si, nous d&#233;tournant de la m&#233;decine scientifique, nous abordons l'art pratique de gu&#233;rir. Le malade est un &#234;tre compliqu&#233;, bien fait pour nous rappeler que les ph&#233;nom&#232;nes psychiques, si difficiles &#224; saisir, ne peuvent pas &#234;tre effac&#233;s &#224; notre gr&#233; du tableau vital. Le n&#233;vros&#233; est certes une complication peu souhaitable, un embarras autant pour la m&#233;decine que pour la justice ou pour l'arm&#233;e. Mais il existe et regarde particuli&#232;rement la m&#233;decine. Or, la m&#233;decine ne lui rend pas hommage, et ne fait pour lui rien, mais rien du tout. D'apr&#232;s l'intime rapport existant entre les choses que nous s&#233;parons en psychiques ou corporelles, on peut entrevoir le jour ou des chemins nouveaux s'ouvriront &#224; la connaissance et, souhaitons-le, aussi au traitement, chemins menant de la biologie des organes et de leur chimisme aux ph&#233;nom&#232;nes des n&#233;vroses. Ce jour semble encore &#233;loign&#233;, et ces &#233;tats maladifs actuellement inabordables par le c&#244;t&#233; m&#233;dical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci serait encore passable, si l'enseignement m&#233;dical ne faisait que fermer les m&#233;decins &#224; la compr&#233;hension des n&#233;vroses. Il fait plus : il leur en donne une id&#233;e fausse et nuisible. Les m&#233;decins, dont l'int&#233;r&#234;t pour les facteurs psychiques de la vie n'a pas &#233;t&#233; &#233;veill&#233;, ne sont que trop enclins &#224; les traiter avec d&#233;dain, et &#224; en plaisanter comme de choses peu scientifiques. C'est pourquoi ils ne peuvent rien prendre vraiment au s&#233;rieux de ce qui touche &#224; ces facteurs psychiques, et pourquoi ils ne ressentent pas les obligations qui pour eux en d&#233;rivent. Ainsi ils apprennent, profanes qu'ils sont, &#224; &#234;tre sans respect pour l'investigation psychologique, et prennent leurs devoirs &#224; la l&#233;g&#232;re. Ils doivent certes soigner les n&#233;vropathes, ce sont donc des malades qui s'adressent au m&#233;decin, et sur qui il convient sans cesse d'essayer de nouveaux traitements. Mais &#224; quoi bon se donner pour cela la peine d'une longue pr&#233;paration ? Cela ira tout seul ; qui sait d'ailleurs ce que vaut ce qu'on apprend dans les instituts analytiques ? Et moins ils comprennent, plus ils sont entreprenants. Seul le vrai savant est modeste, car il sait combien insuffisant est son savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comparaison de la sp&#233;cialit&#233; analytique avec les autres sp&#233;cialit&#233;s m&#233;dicales, par laquelle vous vouliez me r&#233;duire au silence, n'est donc pas applicable. En chirurgie, oculistique, etc., l'&#201;cole elle-m&#234;me offre la possibilit&#233; d'une formation ult&#233;rieure. Les instituts psychanalytiques sont en petit nombre, je unes et sans autorit&#233;. Les &#233;coles de m&#233;decine ne les ont pas reconnus et ne s'en soucient pas. Le jeune m&#233;decin a d&#251;, en presque toutes choses, croire ses ma&#238;tres, il lui est par suite rest&#233; peu de loisir pour &#233;duquer son propre Jugement : il saisira donc volontiers une occasion, en un domaine o&#249; aucune autorit&#233; ne pr&#233;vaut encore, pour se comporter enfin en critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;decin est encore encourag&#233; par ailleurs &#224; se faire &#171; charlatan &#187; ana-lytique. Voudrait-il, sans pr&#233;paration suffisante, entreprendre des op&#233;rations sur l'&#339;il, l'insucc&#232;s de ses extractions de cataracte ou de ses iridectomies, et la fuite des malades de son cabinet mettraient vite fin &#224; sa t&#233;m&#233;rit&#233;. L'exercice de l'analyse est pour lui relativement inoffensif. Le publie est g&#226;t&#233; par le succ&#232;s habituel des interventions sur l'&#339;il et s'attend &#224; &#234;tre gu&#233;ri par l'op&#233;rateur. Mais quand le sp&#233;cialiste des maladies nerveuses ne gu&#233;rit pas son malade, personne n'en est surpris. On n'a pas &#233;t&#233; g&#226;t&#233; par le succ&#232;s en fait de traitements des &#171; nerveux &#187;, on s'en tire en disant que le m&#233;decin s'est du moins donn&#233; pour eux &#171; beaucoup de mal &#187;. Il n'y a donc pas grand-chose &#224; faire, la nature sera le meilleur rem&#232;de, ou bien le temps. Ainsi, chez la femme, d'abord la menstruation, puis le mariage, plus tard la m&#233;nopause. Enfin, le vrai rem&#232;de, en fin de compte, c'est la mort. De plus, ce que le m&#233;decin analyste fait avec son &#171; nerveux &#187; est si peu frappant qu'on n'y peut trouver mati&#232;re &#224; reproche. Il n'a employ&#233; ni instruments, ni m&#233;dicaments, n'a fait que parler avec son malade, qu'essayer de le persuader, ou de le dissuader d'une chose ou de l'autre. Cela ne peut donc nuire, surtout si on eut soin d'&#233;viter de toucher &#224; des sujets p&#233;nibles ou &#233;mouvants. Le m&#233;decin analyste qui s'est tenu &#224; l'&#233;cart de l'enseignement rigoureux de notre &#233;cole ne manquera pas d'essayer d'am&#233;liorer l'analyse, de lui arracher ses crocs venimeux, de la rendre acceptable aux malades. Et cela est heureux qu'il en reste l&#224;, car e&#251;t-il os&#233; &#233;veiller des r&#233;sistances sans savoir ensuite comment leur faire face, alors il e&#251;t pu vraiment se faire mal voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probit&#233; en exige l'aveu : pour le malade un analyste profane est moins dangereux qu'un op&#233;rateur malhabile. Le dommage possible se borne &#224; ceci : le malade a fourni un effort inutile et a perdu ou empir&#233; ses chances de gu&#233;rison. Encore : la renomm&#233;e de la th&#233;rapeutique analytique en est atteinte. Tout cela est peu d&#233;sirable, mais n'est pas &#224; mettre en balance avec le danger &#233;manant du bistouri d'un a charlatan &#187; en chirurgie. De grandes et durables aggravations de la maladie nerveuse de par une application malhabile de l'analyse ne sont d'apr&#232;s moi pas &#224; craindre. Les r&#233;actions d&#233;sagr&#233;ables s'&#233;teignent bient&#244;t. Aupr&#232;s des traumatismes de la vie, qui ont &#233;voqu&#233; le mal, le l&#233;ger dommage caus&#233; par le m&#233;decin ne p&#232;se presque d'aucun poids. L'essai th&#233;rapeutique manqu&#233; n'a simplement pas fait de bien au malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; J'ai &#233;cout&#233;, sans vous interrompre, votre expose du charlatanisme m&#233;dical en mati&#232;re d'analyse. Mais je n'ai pu m'emp&#234;cher d'avoir l'impression que vous &#234;tes domin&#233; par une hostilit&#233; contre le corps m&#233;dical, dont vous m'aviez indiqu&#233; vous-m&#234;me auparavant l'origine, comment dirai-je, biographique. Cependant je vous accorde une chose : s'il y a lieu de faire des analyses, il faut du moins qu'elles le soient par des gens qui s'y soient pr&#233;par&#233;s &#224; fond. Et vous ne croyez pas que les m&#233;decins qui vont &#224; l'analyse feront tout, avec le temps, pour s'assurer la formation voulue ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je crains que non. Tant que les rapports de l'&#201;cole officielle et de l'Institut analytique resteront les m&#234;mes, les m&#233;decins trouveront trop grande la tentation de se faciliter les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Vous semblez &#233;viter de vous exprimer ouvertement sur la question m&#234;me de l'analyse par les non-m&#233;decins. Cela est logique. A moi de le deviner : parce que les m&#233;decins qui veulent analyser sont soustraits &#224; tout contr&#244;le, vous proposez, en partie par vengeance, pour les punir, de leur enlever le monopole de l'analyse et de laisser acc&#233;der &#224; cette activit&#233; m&#233;dicale aussi les non-m&#233;decins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne sais pas si vous avez bien compris mes raisons. Peut-&#234;tre pourrai-je vous montrer plus tard que je ne suis pas aussi partial. Mais je ne saurais trop appuyer l&#224;-dessus : personne ne devrait exercer l'analyse qui n'y soit justifi&#233; de par une formation appropri&#233;e. Et qu'il s'agisse alors d'un m&#233;decin ou non, cela me semble secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Quelles propositions avez-vous &#224; ce sujet &#224; faire ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne suis pas arriv&#233; l&#224; encore, et ne sais si j'y arriverai ! Je voudrais discuter avec vous une autre question, mais auparavant encore toucher &#224; un point plus sp&#233;cial. On dit que nos autorit&#233;s comp&#233;tentes, &#224; l'instigation de notre corps m&#233;dical, voudraient interdire radicalement l'exercice de l'analyse aux non-m&#233;decins. Les membres non m&#233;decins de notre Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Vienne, qui ont eu une excellente formation, tr&#232;s perfectionn&#233;e par un long exercice, seraient aussi frapp&#233;s par cette d&#233;fense. Cette interdiction viendrait-elle r&#233;ellement &#224; &#234;tre d&#233;cr&#233;t&#233;e, le cas suivant se pr&#233;sentera : certaines personnes seront emp&#234;ch&#233;es d'exercer une profession &#224; laquelle on peut &#234;tre assur&#233; qu'elles sont parfaitement aptes, tandis que d'autres, pour qui il ne peut &#234;tre question de la m&#234;me garantie, y auront libre acc&#232;s. Ce n'est pas l&#224; pr&#233;cis&#233;ment le r&#233;sultat auquel une loi devrait atteindre. Cependant ce probl&#232;me particulier n'est ni tr&#232;s important ni tr&#232;s difficile &#224; r&#233;soudre. Il s'agit ici d'une poign&#233;e de gens &#224; qui on ne peut beaucoup nuire. Ils &#233;migreront sans doute en Allemagne, o&#249;, aucun d&#233;cret ne les g&#234;nant, leur capacit&#233; sera bient&#244;t reconnue. Veut-on leur &#233;pargner cela et adoucir pour eux la rigueur de la loi, on le peut ais&#233;ment en s'appuyant sur des pr&#233;c&#233;dents connus. En Autriche, du temps de la monarchie, en accorda plus d'une fois &#224; de notoires &#171; gu&#233;risseurs &#187; l'autorisation expresse, ad personam, d'exercer la m&#233;decine, de par la conviction qu'on avait de leur capacit&#233;. C'&#233;taient surtout des rebouteux de village, et la caution en &#233;tait chaque fois une des si nombreuses archiduchesses d'alors. Mais il en devrait pouvoir &#234;tre de m&#234;me dans les villes et pour d'autres motifs, avec une garantie d'ordre exclusivement technique. Plus grave serait l'effet d'une telle interdiction sur l'Institut analytique de Vienne, qui ne pourrait plus accueillir ni former de candidats pris hors des cercles m&#233;dicaux. Ainsi, en Autriche, on aurait &#224; nouveau &#233;touff&#233; une activit&#233; intellectuelle qui demeure autre part libre de s'&#233;panouir. Je suis le dernier &#224; me pr&#233;tendre comp&#233;tent en mati&#232;re de lois et de d&#233;crets. Mais je m'y entends assez pour voir qu'une application plus stricte de la loi autrichienne sur l'exercice ill&#233;gal de la m&#233;decine ne va pas dans le sens de notre tendance g&#233;n&#233;rale actuelle qui est de conformer les lois autrichiennes aux lois allemandes. Et je vois de plus que l'application &#224; la psychanalyse de la loi sur l'exercice ill&#233;gal de la m&#233;decine est une sorte d'anachronisme, car &#224; l'&#233;poque de sa promulgation il n'y avait pas encore d'analyse et la nature sp&#233;ciale des maladies nerveuses n'&#233;tait pas encore reconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en viens &#224; la question qu'il me semble plus important de discuter. L'exercice de la psychanalyse doit-il &#234;tre soumis &#224; l'intervention officielle, ou bien est-il pr&#233;f&#233;rable de l'abandonner &#224; son &#233;volution naturelle ? Je ne la r&#233;soudrai certes pas ici, mais je prends la libert&#233; de proposer ce probl&#232;me &#224; vos m&#233;ditations. En Autriche r&#233;gna de tout temps une vraie &#171; furor prohi&#172;bendi &#187;, une tendance &#224; maintenir en tutelle, &#224; intervenir, &#224; d&#233;fendre, qui, nous le savons tous, n'a pas port&#233; de tr&#232;s bons fruits. Il semblerait que dans l'Autriche nouvelle, l'Autriche r&#233;publicaine, presque rien de cela n'ait chang&#233;. Supposons qu'en la question qui nous occupe, la d&#233;cision &#224; prendre au sujet de la psychanalyse, vous ayez un conseil important &#224; offrir : je ne sais si vous aurez l'envie ou la possibilit&#233; de vous opposer aux tendances bureaucratiques. Je vais en tout cas vous exposer mon humble opinion. Je pense qu'un surcro&#238;t de d&#233;crets et d'interdictions nuit &#224; l'autorit&#233; de la loi. On le peut observer : o&#249; n'existent que peu d'interdictions, elles sont ob&#233;ies ; o&#249; l'on se heurte &#224; chaque pas &#224; des d&#233;fenses, la tentation de les enfreindre est vite ressentie. On n'a en outre pas besoin d'&#234;tre un anarchiste pour voir que les lois et les d&#233;crets, au regard de leur origine, ne jouissent d'un caract&#232;re ni sacr&#233; ni invuln&#233;rable. Souvent ils sont pauvres par le fond, insuffisants, blessants pour notre sens de la justice, ou le deviennent avec le temps, et alors, &#233;tant donn&#233; l'inertie g&#233;n&#233;rale des dirigeants, il ne reste d'autre moyen pour corriger ces lois p&#233;rim&#233;es que de les enfreindre de bon c&#339;ur ! De plus, il est sage, quand on veut maintenir le respect des lois et des d&#233;crets, de n'en pas &#233;dicter dont on ne puisse ais&#233;ment surveiller s'ils sont observ&#233;s ou enfreints. Plus d'un point que nous avons trait&#233; &#224; propos de l'analyse par les m&#233;decins pourrait &#234;tre repris ici au sujet de l'analyse par les non-m&#233;decins, que la loi voudrait &#233;touffer, L'analyse a une allure des plus modestes, elle n'emploie ni m&#233;dicaments ni instruments, elle consiste en conversations et &#233;changes d'id&#233;es : il sera malais&#233; de convaincre d'exercice ill&#233;gal de l'analyse une personne qui peut r&#233;pliquer qu'elle donne simplement des explications, des consolations, et cherche humainement &#224; exercer une influence bienfaisante sur des malheureux dont l'&#233;tat d'&#226;me le r&#233;clame. On ne peut pourtant pas interdire cela pour la seule raison qu'il arrive parfois au m&#233;decin d'en faire autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays de langue anglaise, les pratiques de la &#171; Christian Science &#187; ont pris une grande extension : c'est une sorte de n&#233;gation dialectique du &#171; mal &#187; par le moyen des doctrines du christianisme. Ce n'est pas ici le lieu de pr&#233;tendre qu'il y a l&#224; un regrettable errement de l'esprit humain, mais qui songerait, en Am&#233;rique ou en Angleterre, &#224; interdire ces pratiques et &#224; les frapper de sanctions ? L'autorit&#233; sup&#233;rieure est-elle donc chez nous si certaine de conna&#238;tre le vrai chemin de la f&#233;licit&#233; pour oser, comme elle veut le faire, emp&#234;cher chacun de prendre son bonheur o&#249; il le trouve ? Et en admettant que bien des hommes, laiss&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, se missent en p&#233;ril et vinssent &#224; mal, l'autorit&#233; ne ferait-elle pas mieux de soigneusement d&#233;limiter les domaines qui devraient vraiment rester inaccessibles, et, pour le reste, d'abandonner les humains, autant que possible, aux le&#231;ons de leur propre exp&#233;rience et de l'influence r&#233;ciproque qu'ils peuvent exercer les uns sur les autres ? La psychanalyse est quelque chose de si nouveau dans le monde, les masses la connaissent si peu, l'attitude de la science officielle est envers elle si h&#233;sitante, qu'il me semble pr&#233;matur&#233; de troubler son &#233;volution par des r&#232;glements l&#233;gaux. Laissons les malades eux-m&#234;mes faire la d&#233;couverte qu'il leur est dommageable de rechercher une assistance psychique aupr&#232;s de personnes qui n'ont pas appris comment l'offrir. &#201;clairons les malades, pr&#233;venons-les du danger : nous nous &#233;pargnerons ainsi de leur imposer des d&#233;fenses. Sur les grand-routes d'Italie les poteaux t&#233;l&#233;graphiques portent la courte et &#233;loquente inscription : &#171; Chi tocca muore. &#187; (Qui touche meurt.) Cela suffit amplement pour r&#233;glementer la conduite des passants envers les fils qui pourraient venir &#224; pendre. Les inscriptions allemandes correspondantes sont d'une prolixit&#233; superflue et presque blessante : &#171; Das Ber&#252;hren der Leitdr&#228;hte ist, weil lebensgef&#228;hrlich, strengstens verboten. &#187; (Il est formellement interdit de toucher aux fils parce que cela implique danger de mort.) Pourquoi imposer cette d&#233;fense ? Qui tient &#224; sa vie se la fait lui-m&#234;me, et qui a envie de se suicider ainsi n'en demande pas l'autorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Il est pourtant des cas que l'on pourrait invoquer dans ce d&#233;bat contre l'analyse par les non-m&#233;decins. Je veux parler de l'interdiction d'hypnotiser si l'on n'est pas m&#233;decin et, r&#233;cemment, de la d&#233;fense de tenir des s&#233;ances d'occultisme et de fonder des soci&#233;t&#233;s spirites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne puis vraiment pas admirer ces mesures, dont la derni&#232;re est une indiscutable atteinte de notre police &#224; la libert&#233; de pens&#233;e. On ne peut me soup&#231;onner d'avoir une grande foi aux ph&#233;nom&#232;nes spirites ou bien de ressentir un besoin immense de les voir reconnus. Mais de telles d&#233;fenses ne sauraient &#233;touffer l'attrait des hommes pour le myst&#232;re. Peut-&#234;tre a-t-on, au contraire, eu grand tort et barr&#233; la route &#224; la science impartiale, l'emp&#234;chant ainsi d'arriver, sur ces oppressantes possibilit&#233;s, &#224; un jugement lib&#233;rateur. Mais cela encore ne regarde que l'Autriche. En d'autres pays, l'investigation &#171; parapsychique &#187; ne se heurte &#224; aucun obstacle l&#233;gal. Le cas de l'hypnotisme se pr&#233;sente un peu autrement que celui de l'analyse. L'hypnose am&#232;ne un &#233;tat psychique anormal qui n'est plus employ&#233;, de nos jours, par les non-m&#233;decins que comme moyen d'exhibition. La th&#233;rapeutique par l'hypnose aurait-elle tenu ce qu'elle promettait au d&#233;but, les m&#234;mes questions se poseraient sans doute pour elle aujourd'hui que pour l'analyse. De moins, l'histoire de l'hypnotisme est-elle, en une autre direction, un pr&#233;c&#233;dent permettant de pr&#233;voir le sort de l'analyse. Quand j'&#233;tais jeune dozent en neuropathologie, les m&#233;decins fulminaient avec la derni&#232;re violence contre l'hypnotisme, le stigmatisaient &#171; charlatanerie &#187;, oeuvre du d&#233;mon et intervention des plus dangereuses. Aujourd'hui ils ont monopolis&#233; le m&#234;me hypnotisme, l'emploient sans crainte comme m&#233;thode d'exploration et bien des sp&#233;cialistes des nerfs voient encore en lui l'arme principale de leur arsenal th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous l'ai d&#233;j&#224; dit : je ne songe pas &#224; faire de propositions impliquant position d&#233;j&#224; prise dans la question : vaut-il mieux r&#233;glementer ou laisser faire en mati&#232;re d'analyse ? Je le sais, c'est l&#224; une question de principe, et les personnes appel&#233;es &#224; y r&#233;pondre le feront sans doute bien plus sous l'influence de leurs sentiments que d'apr&#232;s les arguments. J'ai d&#233;j&#224; expos&#233; ce qui me semble parler en faveur d'une politique du &#171; laissez. faire &#187;. Mais devrait-on se r&#233;soudre, au contraire, &#224; une politique d'intervention active, alors cette mesure boiteuse et injuste, l'interdiction radicale de l'analyse aux non-m&#233;decins, me semble tr&#232;s insuffisante. Il faut alors faire davantage, r&#233;glementer les conditions sous lesquelles l'exercice de l'analyse sera permis, et ceci, pour tous ceux sans exception qui veulent s'y consacrer ; il faut cr&#233;er un organe, une autorit&#233; qui puisse dire ce qu'est l'analyse, quelle pr&#233;paration elle exige, et offrir la possibilit&#233; de s'y instruire. Ainsi il faut ou ne se m&#234;ler en rien de la chose ou y apporter de l'ordre et de la clart&#233;, mais surtout ne pas intervenir &#224; l'aveuglette dans une situation embrouill&#233;e, en brandissant une interdiction isol&#233;e. Car celle-ci d&#233;rive, de fa&#231;on machinale, d'une prescription devenue inad&#233;quate dans ce cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui. Mais les m&#233;decins, les m&#233;decins ! Je ne puis vous amener &#224; entrer dans notre sujet. Vous me glissez sans cesse entre les doigts. Il s'agit de savoir si l'on doit accorder aux m&#233;decins seuls le droit d'exercer l'analyse, &#224; mon avis apr&#232;s qu'ils auraient rempli certaines conditions. Les m&#233;decins ne sont pas dans leur ensemble les charlatans de l'analyse que vous avez d&#233;peints. Vous le dites vous-m&#234;me : la tr&#232;s grande majorit&#233; de vos &#233;l&#232;ves et de vos disciples est constitu&#233;e par des m&#233;decins. Et on m'a laiss&#233; entendre que ceux-ci ne partagent en aucune fa&#231;on votre mani&#232;re de voir concernant la question de l'analyse par les non-m&#233;decins. Je dois bien entendu admettre que vos &#233;l&#232;ves se rallient &#224; vos exigences relatives &#224; la formation technique des analystes, etc., et cependant ces m&#234;mes &#233;l&#232;ves trouvent avec cela compatible de fermer l'acc&#232;s de l'analyse aux non-m&#233;decins. Ceci est-il exact ? Et alors, comment l'expliquez-vous ? &#187; - Je le vois, vous &#234;tes bien inform&#233;. Ceci est exact. Ce-pendant pas tous, mais un bon nombre de mes collaborateurs m&#233;dicaux ne me suit pas ici, et prend parti pour le droit exclusif des m&#233;decins &#224; l'analyse des n&#233;vropathes. Vous voyez par l&#224; que, m&#234;me dans notre camp, il peut y avoir des divergences d'opinion. Ma prise de parti est connue et l'opposition de nos points de vue, en cette mati&#232;re, ne trouble pas notre entente. Vous voulez que je vous explique cette attitude de mes &#233;l&#232;ves ? Je ne sais quoi vous en dire, je la crois due &#224; la force de l'esprit de corps. Ils ont &#233;volu&#233; sur d'autres lignes que moi-m&#234;me, ressentent comme un malaise l'isolement d'avec leurs coll&#232;gues, voudraient bien &#234;tre regard&#233;s comme pleinement autoris&#233;s par la profession &#224; laquelle ils appartiennent et sont pr&#234;ts, en &#233;change de la tol&#233;rance qu'ils esp&#232;rent, &#224; faire un sacrifice sur un point qui ne leur semble pas personnelle-ment vital. Peut-&#234;tre en est-il autrement. Supposer &#224; mes &#233;l&#232;ves des mobiles issus de la peur de la concurrence, ce serait non seulement les accuser d'avoir l'esprit assez bas, mais aussi leur attribuer une vue bien courte. Ils sont donc toujours pr&#234;ts &#224; former d'autres m&#233;decins &#224; la pratique analytique et qu'ils aient &#224; partager les malades disponibles avec des coll&#232;gues ou avec des non-m&#233;decins, cela ne peut rien changer &#224; leur situation mat&#233;rielle. Un autre facteur doit probablement &#234;tre mis en ligne de compte. Mes &#233;l&#232;ves sont sans doute influenc&#233;s par la pens&#233;e de certains facteurs qui assurent au m&#233;decin, dans la pratique analytique, un avantage indubitable sur le non-m&#233;decin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Nous y voil&#224; ! Un avantage indubitable ! Ainsi vous l'avouez enfin ! La question est par l&#224; tranch&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'aveu ne m'en sera pas difficile. Cela vous fera voir que je ne m'aveugle pas si compl&#232;tement que vous le supposez. J'avais recul&#233; la discussion de ce point, parce que cette discussion va exiger &#224; nouveau des consid&#233;rations th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Qu'entendez-vous par l&#224; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il y a d'abord la question de diagnostic. Quand on prend en analyse un malade qui souffre de d&#233;sordres dits nerveux, on veut auparavant acqu&#233;rir la certitude - autant du moins qu'on la peut avoir - que cette th&#233;rapeutique convient &#224; son cas, qu'on pourra lui faire ainsi du bien. Or il faut pour cela que sa maladie soit vraiment une n&#233;vrose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; J'aurais cru qu'on pouvait justement reconna&#238;tre la nature de son mal aux manifestations, aux sympt&#244;mes dont il se plaint. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et ici appara&#238;t une nouvelle complication. On ne peut pas toujours reconna&#238;tre la nature du mal avec une certitude enti&#232;re. Le malade peut offrir le tableau ext&#233;rieur d'une n&#233;vrose et pourtant couver autre chose : le d&#233;but d'une maladie mentale incurable, les prodromes d'un processus destructif du cerveau. Il n'est pas toujours ais&#233; de distinguer, de faire le diagnostic diff&#233;rentiel, et de le poser imm&#233;diatement &#224; chaque phase. La responsabilit&#233; d'un tel diagnostic ne peut bien entendu &#234;tre prise que par le m&#233;decin. T&#226;che, nous l'avons vu, pas toujours facile. La maladie peut garder longtemps une allure inoffensive, jusqu'&#224; ce que sa mauvaise nature &#233;clate tout &#224; coup. On rencontre donc r&#233;guli&#232;rement chez presque tous les n&#233;vropathes la peur de devenir fou. Le m&#233;decin m&#233;conna&#238;t-il un certain temps un cas pareil, ou bien ne peut-il d&#232;s l'abord porter un jugement, il importe peu : aucun mal ne peut &#234;tre accompli et rien n'arrivera qui ne d&#251;t arriver. Le traitement analytique n'aurait pas fait de mal &#224; ce malade, mais l'inutilit&#233; d'un tel effort appara&#238;trait. De plus, on trouvera certes assez de gens pour porter au compte de l'analyse ce f&#226;cheux succ&#232;s. Injustement &#224; coup s&#251;r, mais mieux vaut l'&#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; qui est d&#233;sesp&#233;rant. Tout ce que vous m'aviez expos&#233; sur la nature et l'origine des n&#233;vroses est, du coup, jet&#233; &#224; terre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nullement. Cela confirme simplement ce que je vous avais dit : les n&#233;vros&#233;s sont un ennui et un embarras pour tout le monde, m&#234;me pour les analystes. Peut. &#234;tre dissiperai-je votre trouble si je m'exprime plus correctement. Il serait plus juste de dire ainsi : les cas qui nous occupent en ce moment ont vraiment fait une n&#233;vrose, seulement cette n&#233;vrose, au lieu d'&#234;tre psychog&#232;ne, est somatog&#232;ne, a des causes, non pas psychiques, mais corporelles. Me comprenez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Oui, mais je ne puis concilier ce point de vue avec l'autre, le psycho-logique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est pourtant possible, si l'on tient compte des complications r&#233;gnant au sein de la substance vivante. Quelle est, avons-nous dit, l'essence d'une n&#233;vrose ? Le &#171; moi &#187;, cette organisation sup&#233;rieure de l'appareil psychique qui s'est d&#233;velopp&#233;e sous l'influence du monde ext&#233;rieur, n'y serait plus capable de remplir sa fonction m&#233;diatrice entre le &#171; &#231;a &#187; et la r&#233;alit&#233;, se retirerait, dans sa faiblesse, de toute une r&#233;gion du domaine instinctif du &#171; &#231;a &#187;, et devrait subir les cons&#233;quences de cette abdication sous forme de limitations &#224; son pouvoir, de sympt&#244;mes et de r&#233;actions qui n'arrivent jamais &#224; remplir leur but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tous, dans l'enfance, eu un &#171; moi &#187; ainsi d&#233;bile ; c'est pourquoi les premiers &#233;v&#233;nements de notre existence ont une si grande importance pour la vie ult&#233;rieure. La t&#226;che sous laquelle ploie notre enfance est &#233;crasante, nous devons, en peu d'ann&#233;es, parcourir l'&#233;volution, la distance &#233;norme qui s&#233;pare le primitif de l'&#226;ge de la pierre de l'homme civilis&#233; actuel, en particulier y parer aux aspirations sans frein encore de l'instinct sexuel infantile. C'est alors que notre &#171; moi &#187; recourt au refoulement et subit une n&#233;vrose infantile dont le r&#233;sidu, entra&#238;n&#233; jusqu'en la maturit&#233; de la vie, nous dispose aux maladies nerveuses ult&#233;rieures. Tout d&#233;pend alors de la mani&#232;re dont l'&#234;tre grandi sera trait&#233; par le destin. La vie lui est-elle trop dure, la distance trop grande entre les exigences de ses instincts et les obstacles qu'apporte &#224; leur satisfaction la r&#233;alit&#233;, le &#171; moi &#187; peut &#233;chouer dans ses efforts de m&#233;diation conciliatrice, et cela aura d'autant plus de chances d'arriver qu'il sera davantage entrav&#233; de par la disposition apport&#233;e d&#232;s l'enfance. Il reproduit alors son processus ancien de refoulement, les instincts s'arrachent &#224; la ma&#238;trise du &#171; moi &#187;, se cr&#233;ent, par la voie de la r&#233;gression, des satisfactions substitutives et le pauvre &#171; moi &#187; d&#233;sarm&#233; est devenu n&#233;vrotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne perdons pas de vue que le n&#339;ud et la charni&#232;re de toute la situation, c'est la force relative de l'organisation du &#171; moi &#187;. Il nous est alors ais&#233; de compl&#233;ter notre tableau d'ensemble &#233;tiologique. Nous connaissons d&#233;j&#224;, comme causes, pourrait-on dire, normales de la &#171; nervosit&#233; &#187;, la d&#233;bilit&#233; infantile du &#171; moi &#187;, la t&#226;che d'avoir &#224; ma&#238;triser les aspirations sexuelles pr&#233;coces, et l'action des &#233;v&#233;nements, plut&#244;t fils du hasard, de la premi&#232;re enfance. Mais n'est-il pas possible que jouent aussi leur r&#244;le d'autres facteurs, datant du temps qui pr&#233;c&#233;da l'enfance ? Par exemple, des instincts particuli&#232;rement forts et indomptables dans le &#171; &#231;a &#187;, imposant d&#232;s l'abord au &#171; moi &#187; des devoirs au-dessus de son pouvoir ? Ou bien, pour des raisons inconnues, une faible capacit&#233; de se d&#233;velopper du &#171; moi &#187; ? Naturellement de tels facteurs ont une importance &#233;tiologique, qui dans bien des cas peut &#234;tre d&#233;terminante. Nous devons toujours tenir compte de la puissance des instincts dans le &#171; &#231;a &#187; ; o&#249; elle est excessivement grande, le pronostic de notre th&#233;rapeutique est mauvais. Les causes faisant obstacle au d&#233;veloppement du &#171; moi &#187; nous &#233;chappent encore. Tels seraient les cas de n&#233;vrose &#224; base essentiellement constitutionnelle. D'ailleurs, sans quelque condition favorisante constitutionnelle, cong&#233;nitale, il est probable qu'aucune n&#233;vrose ne pourrait &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tant est qu'une d&#233;bilit&#233; relative du &#171; moi &#187; soit le facteur d&#233;cisif pour donner naissance aux n&#233;vroses, une maladie somatique ult&#233;rieure doit pouvoir aussi engendrer une n&#233;vrose en affaiblissant le &#171; moi &#187;. Et tel est aussi le cas dans une large mesure. Un d&#233;sordre dans l'&#233;conomie du corps peut int&#233;resser, dans le &#171; &#231;a &#187;, la vie des instincts, et exalter les forces instinctives au-del&#224; des limites dans lesquelles le &#171; moi &#187; les pouvait encore ma&#238;triser. Le prototype normal de tels processus nous est offert par les transformations profondes que subit la femme au moment de l'&#233;tablissement de la menstruation ou &#224; la m&#233;nopause. Ou bien une maladie g&#233;n&#233;rale du corps, particuli&#232;rement une l&#233;sion organique de l'appareil nerveux central, atteint &#224; sa source la nutrition de l'appareil psychique, l'oblige &#224; fonctionner sur un plan inf&#233;rieur et &#224; suspendre ses plus d&#233;licates fonctions, comme le maintien de l'organisation du &#171; moi &#187;. Dans tous ces cas, la n&#233;vrose pr&#233;sente &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me tableau ; la n&#233;vrose a toujours le m&#234;me m&#233;canisme psychologique, bien que l'&#233;tiologie en soit aussi diverse que compliqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Vous me plaisez mieux maintenant. Vous parlez enfin en m&#233;decin. Et j'en attends de vous l'aveu : quelque chose d'aussi m&#233;dicalement compliqu&#233; qu'une n&#233;vrose ne peut donc &#234;tre trait&#233; que par un m&#233;decin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je crains que vous ne tiriez l&#224; par-dessus le but, Ce que nous venons de dire, c'est de la pathologie, et l'analyse n'est qu'une pratique th&#233;rapeutique. J'accorde, non, j'exige que le m&#233;decin, dans chaque cas o&#249; il pourrait s'agir d'une analyse, pose d'abord le diagnostic. La plupart des n&#233;vroses qui nous occupent sont heureusement nettement psychog&#232;nes et au-dessus de tout soup&#231;on du point de vue pathologique. Le m&#233;decin l'a-t-il une loir, constat&#233;, il peut en tout repos abandonner le traitement &#224; l'analyste non m&#233;decin. Il en lut toujours ainsi dans nos soci&#233;t&#233;s analytiques. Gr&#226;ce au contact intime existant entre les membres m&#233;decins et non m&#233;decins, les erreurs qu'on e&#251;t pu craindre ont &#233;t&#233; pour ainsi dire enti&#232;rement &#233;vit&#233;es. Un second cas peut encore se pr&#233;senter o&#249; l'analyste doive avoir recours au m&#233;decin. Au cours du traitement analytique peuvent appara&#238;tre des sympt&#244;mes - il s'agit ici des corporels - dont on peut douter s'ils sont en simple rapport avec la n&#233;vrose ou &#233;manent d'un d&#233;sordre organique ind&#233;pendant. Le m&#233;decin peut seul, &#224; nouveau, d&#233;cider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Ainsi, m&#234;me pendant J'analyse, l'analyste non m&#233;decin ne peut pas se passer du m&#233;decin ! Un argument de plus contre lui ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Non, ceci n'en est pas un. Car l'analyste m&#233;decin, dans ce cas, n'agirait pas autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je ne comprends plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous avons en effet &#233;tabli cette r&#232;gle technique quand ces sympt&#244;mes &#233;quivoques apparaissent pendant le traitement, l'analyste ne doit pas les sou-mettre &#224; son propre jugement, mais faire examiner son patient par un m&#233;decin n'ayant rien &#224; voir avec l'analyse, m&#234;me s'il est lui-m&#234;me m&#233;decin et se fie encore &#224; ses connaissances m&#233;dicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et pourquoi cette prescription, qui me semble vraiment superflue ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Elle n'est pas superflue, elle a m&#234;me plusieurs raisons. En premier lieu, il n'est pas ais&#233; de faire op&#233;rer un traitement organique et un traitement psychique &#224; la fois par une m&#234;me personne ; en second lieu, l'&#233;tat du transfert peut rendre peu recommandable un examen corporel du patient par l'analyste, troisi&#232;mement l'analyste est en droit de douter de sa propre impartialit&#233;, son int&#233;r&#234;t &#233;tant trop intens&#233;ment orient&#233; vers les facteurs psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Votre attitude envers les analystes non m&#233;decins me devient claire. Au fond, vous tenez &#224; ce qu'il y en ait. Mais ne pouvant nier leur insuffisance au regard de leur t&#226;che, vous m'apportez tout ce qui peut servir &#224; innocenter et faciliter leur existence. Quant &#224; moi, je ne parviens pas &#224; voir la n&#233;cessit&#233; qu'il y ait des analystes non m&#233;decins qui, apr&#232;s tout, ne peuvent &#234;tre que des th&#233;rapeutes de deuxi&#232;me classe. Je veux bien fermer les yeux sur l'activit&#233; des quelques non-m&#233;decins qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; form&#233;s comme analystes, mais on ne devrait plus en former d'autres et les instituts didactiques devraient s'engager &#224; ne plus ouvrir leurs portes qu'aux m&#233;decins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je serai d'accord avec vous si l'on peut me montrer qu'ainsi seraient servis tous les int&#233;r&#234;ts en jeu. Avouez avec moi que ces int&#233;r&#234;ts sont de trois sortes : ceux des malades, ceux des m&#233;decins et ceux - last not least - de la science, qui embrasse les int&#233;r&#234;ts de tous les malades &#224; venir. Voulez-vous que nous examinions ensemble ces trois points ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au malade, peu importe que son analyste soit m&#233;decin ou non, pour-vu que le danger d'une m&#233;connaissance de son &#233;tat soit &#233;cart&#233;, ce qu'assure l'examen m&#233;dical avant le d&#233;but du traitement et ceux que les incidents survenus en cours peuvent rendre n&#233;cessaires. Il importe pour lui bien davantage que l'analyste poss&#232;de des qualit&#233;s personnelles qui attirent et gardent la confiance, et que celui-ci ait acquis ces connaissances, ces vues et cette exp&#233;rience qui seules le rendent apte &#224; remplir sa t&#226;che. On pourrait croire qu'est &#233;branl&#233;e l'autorit&#233; d'un analyste dont le patient sait qu'il n'est pas m&#233;decin et doit recourir, en plus d'une situation, &#224; un m&#233;decin. Nous n'avons bien entendu jamais n&#233;glig&#233; de renseigner le patient sur la qualification de l'analyste, et avons pu nous convaincre que les pr&#233;jug&#233;s professionnels, restent sans &#233;cho en lui, qu'il est pr&#234;t &#224; accepter la gu&#233;rison de quelque part qu'elle lui soit offerte - ce que d'ailleurs le corps m&#233;dical, &#224; sa grande mortification, sait depuis longtemps. Les analystes non m&#233;decins qui exercent aujourd'hui l'analyse ne sont d'ailleurs pas les premiers venus, des individus ramass&#233;s n'importe o&#249;, mais des personnes ayant re&#231;u une instruction sup&#233;rieure, des docteurs en philosophie. des p&#233;dagogues, et quelques femmes ayant une grande exp&#233;rience de la vie et une personnalit&#233; &#233;minente, L'analyse &#224; laquelle tous les candidats d'un institut didactique doivent se soumettre eux-m&#234;mes est en m&#234;me temps le meilleur moyen de s'&#233;clairer sur leurs aptitudes personnelles &#224; exercer une profession qui exige d'eux tant de qualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en &#224; l'int&#233;r&#234;t des m&#233;decins. Je ne puis croire que leur int&#233;r&#234;t professionnel serait servi par l'incorporation de la psychanalyse &#224; la m&#233;decine. Les &#233;tudes m&#233;dicales durent d&#233;j&#224; cinq ans, les derniers examens empi&#232;tent sur la sixi&#232;me ann&#233;e. Sans cesse s'imposent aux &#233;tudiants de nouvelles exigences qu'il faut remplir sous peine d'aborder l'avenir m&#233;dical avec un insuffisant bagage. L'acc&#232;s &#224; la profession m&#233;dicale est tr&#232;s difficile, l'exercice n'en est ni tr&#232;s satisfaisant ni tr&#232;s dangereux. Adopte-t-on le point de vue que le m&#233;decin doive encore se familiariser avec le c&#244;t&#233; psychique des maladies, ajoute-t-on au temps d&#233;j&#224; si long d'instruction m&#233;dicale encore le temps n&#233;cessaire &#224; apprendre l'analyse, cela &#233;quivaudra &#224; enfler encore la mati&#232;re &#224; absorber et &#224; allonger dans la m&#234;me proportion les ann&#233;es d'&#233;tudes. Je me demande si les m&#233;decins seront tr&#232;s satisfaits de cette cons&#233;quence d&#233;riv&#233;e de leur exclusive pr&#233;tention &#224; la psychanalyse. On ne peut pourtant y &#233;chapper. Et ceci en un temps o&#249; les conditions mat&#233;rielles de l'existence ont tellement empir&#233; justement pour les classes o&#249; se recrutent les m&#233;decins, en un temps o&#249; la jeune g&#233;n&#233;ration se voit contrainte &#224; se suffire au plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ne voulez peut-&#234;tre pas surcharger les &#233;tudes m&#233;dicales de la p&#233;n&#233;tration &#224; la pratique analytique. Vous croyez peut-&#234;tre plus appropri&#233; que les futurs analystes ne se soucient de la formation sp&#233;ciale voulue qu'apr&#232;s avoir achev&#233; leur m&#233;decine. Vous pouvez dire que le temps ainsi perdu ne compte pratiquement pas, car un jeune homme de moins de trente ans n'obtiendra pas du malade cette confiance indispensable &#224; qui pr&#233;tend offrir une aide morale. On pourrait r&#233;pondre que le m&#233;decin frais &#233;moulu de l'&#233;cole n'a pas non plus, tout en ne soignant que leurs corps, &#224; compter sur un respect excessif de la part des malades, et que le jeune analyste pourrait tr&#232;s bien employer son temps &#224; travailler dans une clinique psychanalytique, sous le contr&#244;le de praticiens exp&#233;riment&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus important me semble ceci : vous vous prononcez en faveur d'un pro&#172;jet qui, vous suiv&#238;t-on, r&#233;aliserait un gaspillage de forces vraiment peu justifi&#233; du point de vue &#233;conomique, en notre &#233;poque si profond&#233;ment perturb&#233;e. La formation analytique vient certes recouper le cercle de l'enseignement m&#233;dical, mais ne le recouvre pas et n'est pas recouverte par lui. Si l'on avait -id&#233;e qui semble aujourd'hui fantastique ! - &#224; fonder une facult&#233; analytique, on y enseignerait certes bien des mati&#232;res que l'&#201;cole de m&#233;decine enseigne aussi : &#224; c&#244;t&#233; de la &#171; psychologie des profondeurs &#187;, celle de l'inconscient, qui reste&#172;rait toujours la pi&#232;ce de r&#233;sistance, il faudrait y apprendre, dans une mesure aussi large que possible, la science de la vie sexuelle, et y familiariser les &#233;l&#232;ves avec les tableaux cliniques de la psychiatrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, l'enseignement analytique embrasserait aussi des branches fort &#233;trang&#232;res au m&#233;decin et dont il n'entrevoit pas m&#234;me l'ombre au cours de l'exercice de sa profession : l'histoire de la civilisation, la mythologie, la psychologie des religions, l'histoire et la critique litt&#233;raires. S'il n'est pas bien orient&#233; dans tous ces domaines, l'analyste demeure d&#233;sempar&#233; devant un grand nombre des ph&#233;nom&#232;nes qui s'offrent &#224; lui. Par contre, la part la plus consid&#233;rable de ce qu'enseigne l'&#201;cole de m&#233;decine ne peut lui servir de rien. Ni la connaissance des os du tarse, ni celle de la constitution des hydrates de carbone, ou du parcours des fibres nerveuses du cerveau, ni rien de ce que la m&#233;decine a mis au jour concernant les microbes, facteurs des maladies et la fa&#231;on de les combattre, ou bien les r&#233;actions s&#233;riques et les n&#233;oplasmes - quelque valeur qu'aient toutes ces d&#233;couvertes en soi - n'importe &#224; l'analyste, ne le regarde, ne l'aide directement &#224; comprendre et gu&#233;rir une n&#233;vrose, ni indirectement ne concourt &#224; aiguiser chez lui ces facult&#233;s intellectuelles qu'exige imp&#233;rieusement sa profession. Qu'on ne nous objecte pas que le cas serait analogue si le m&#233;decin se d&#233;cidait pour toute autre sp&#233;cialit&#233;, par exemple pour l'art dentaire. L&#224; aussi il peut n'avoir plus besoin d'un grand nombre des connaissances qui furent la mati&#232;re de ses examens, et doit apprendre apr&#232;s coup bien des choses que l'&#233;cole ne lui enseigna pas : cependant les deux cas ne sont pas comparables. Car, pour l'art dentaire, les grandes vues de la pathologie, les doctrines de l'inflammation, de la suppuration, de la n&#233;crose, de l'action r&#233;ciproque des organes les uns sur les autres, conservent leur valeur ; l'analyste au contraire est entra&#238;n&#233; par la mati&#232;re qu'il traite en un autre univers pr&#233;sentant d'autres ph&#233;nom&#232;nes et d'autres lois. De quelque fa&#231;on que la philosophie s'en tire pour jeter un pont entre le corporel et le psychique, aux yeux de notre exp&#233;rience l'ab&#238;me entre les deux subsiste et nos efforts pratiques sont forc&#233;s de le reconna&#238;tre en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est injuste, et contraire au but vis&#233;, de contraindre celui qui d&#233;sire lib&#233;rer son prochain du tourment d'une phobie ou d'une obsession &#224; faire d'abord l'immense d&#233;tour de toute la m&#233;decine. Et cela ne pourra d'ailleurs r&#233;ussir, &#224; moins qu'on ne parvienne &#224; &#233;touffer l'analyse elle-m&#234;me. Figurez-vous un paysage dans lequel deux chemins m&#232;nent &#224; un certain point de vue : l'un court et droit, l'autre long, indirect et tortueux. Vous aurez beau essayer d'interdire le plus court chemin par le moyen d'un &#233;criteau, peut-&#234;tre parce qu'il traverse quelques plates-bandes fleuries que vous voudriez voir &#233;pargner : votre interdiction n'aura de chance d'&#234;tre respect&#233;e que si le chemin le plus court est escarp&#233; et p&#233;nible, tandis que le plus long monte en pente douce. Mais en est-il autrement, le d&#233;tour est-il au contraire le plus fatigant des deux chemins, vous pouvez ais&#233;ment pr&#233;sumer et de l'efficacit&#233; de votre interdiction et du sort de vos plates-bandes. Je crains que vous ne puissiez pas plus forcer les analystes non m&#233;decins &#224; &#233;tudier la m&#233;decine que moi je ne parviendrai &#224; persuader les m&#233;decins d'apprendre l'analyse. Vous connaissez donc la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Mais si le traitement analytique ne peut &#234;tre entrepris sans formation appropri&#233;e, si les &#233;tudes m&#233;dicales ne sont pas &#224; m&#234;me de supporter la charge suppl&#233;mentaire d'une telle formation, si, de plus, les connaissances m&#233;dicales sont pour la plupart superflues &#224; l'analyste, si vous avez raison dans tout cela, alors qu'advient-il de la repr&#233;sentation id&#233;ale que nous &#233;tions accoutum&#233;s &#224; nous faire du m&#233;decin, du m&#233;decin qui devrait &#234;tre &#224; la hauteur de tous les devoirs de sa profession ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne puis pr&#233;voir quelle issue se trouvera &#224; toutes ces difficult&#233;s, je ne suis pas non plus appel&#233; &#224; en proposer une. Mais je ne vois que deux choses : primo, l'analyse est, pour vous, un embarras. Mieux vaudrait qu'elle n'exist&#226;t pas ! - certes le n&#233;vros&#233; aussi est un embarras ! - et, secundo, provisoirement, tous les int&#233;r&#234;ts seront servis si les m&#233;decins se r&#233;solvent &#224; tol&#233;rer une classe de th&#233;rapeutes qui les d&#233;charge du p&#233;nible traitement des n&#233;vroses psycho&#172;g&#232;nes si fr&#233;quentes, et, au grand avantage de ces malades, reste en contact constant avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Est-ce l&#224; votre dernier mot, ou avez-vous encore quelque chose &#224; ajouter ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Certes, je veux encore m'occuper du troisi&#232;me int&#233;r&#234;t en jeu : celui de la science. Ce que j'ai &#224; en dire vous touchera peu, mais ne m'en importe que plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne trouvons en effet pas du tout d&#233;sirable que la psychanalyse soit engloutie par la m&#233;decine, qu'elle trouve son dernier g&#238;te dans les trait&#233;s de psychiatrie, au chapitre &#171; Th&#233;rapeutique &#187;, entre la suggestion hypnotique, l'autosuggestion, la persuasion, ou autres pratiques n&#233;es de notre ignorance et qui ne doivent leurs effets &#224; court terme qu'&#224; l'inertie et &#224; la l&#226;chet&#233; des foules humaines. Elle m&#233;rite un meilleur destin et il faut esp&#233;rer qu'elle l'aura. En tant que &#171; psychologie des profondeurs &#187;, doctrine de l'inconscient psychique, elle peut devenir indispensable &#224; toutes les sciences traitant de la gen&#232;se de la civilisation humaine et de ses grandes institutions, telles qu'art, religion, ordre social. Je l'entends ainsi : la psychanalyse a d&#233;j&#224; notablement aid&#233; &#224; r&#233;soudre les probl&#232;mes que posent ces sciences, mais ce ne sont l&#224; que de faibles contributions au regard de ce qu'elle pourrait faire quand historiens de la civilisation, psychologues des religions, linguistes seront mis &#224; m&#234;me de se servir eux-m&#234;mes du nouvel outil d'investigation que l'analyse leur met en main. La th&#233;rapeutique des n&#233;vroses n'est qu'une des applications de l'analyse, peut-&#234;tre l'avenir montrera-t-il qu'elle n'en est pas la plus importante. En tout cas il serait injuste de sacrifier &#224; une application toutes les autres, simplement parce que le domaine de cette application touche au cercle des int&#233;r&#234;ts m&#233;dicaux professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ici les choses sont reli&#233;es entre elles par un encha&#238;nement que l'on ne saurait troubler sans causer de dommage. Si les repr&#233;sentants des diverses sciences psychologiques ont &#224; apprendre la psychanalyse, afin d'appliquer ses m&#233;thodes et ses points de vue aux questions qui les int&#233;ressent, il ne suffira pas qu'ils s'en tiennent aux r&#233;sultats consign&#233;s dans la litt&#233;rature analytique. Mais ils devront apprendre &#224; comprendre l'analyse par la seule voie qui pour cela s'ouvre : en se soumettant eux-m&#234;mes &#224; une analyse. Aux n&#233;vropathes ayant besoin de l'analyse s'adjoindrait ainsi une seconde cat&#233;gorie de personnes y recourant pour des raisons intellectuelles, mais qui profiteront volontiers de l'&#233;l&#233;vation potentielle de leur capacit&#233; de travail obtenue en surplus. Or il faudra, pour accomplir ces analyses, un contingent d'analystes pour qui des connaissances &#233;ventuelles en m&#233;decine seront de faible importance. Mais ces analystes, comment dirai-je, enseignants auront d&#251; recevoir une formation particuli&#232;rement soign&#233;e. Si l'on ne veut pas que cette formation soit insuffisante, il faut fournir &#224; ces analystes l'occasion d'observer des cas instructifs, d&#233;monstratifs, et comme les hommes bien portants, et ne ressentant pas la soif de conna&#238;tre, ne se soumettent pas &#224; l'analyse, ce ne peuvent &#234;tre que des n&#233;vropathes sur lesquels les analystes enseignants feront l'apprentissage - sous un contr&#244;le attentif - de leur activit&#233; future, non m&#233;dicale. Tout ceci n&#233;cessite une certaine libert&#233; de mouvement et ne saurait s'accommoder de r&#233;glementations mesquines. Peut-&#234;tre ne croyez-vous pas &#224; cet int&#233;r&#234;t purement th&#233;orique de la psychanalyse, ou ne voulez-vous pas lui permettre d'avoir son mot &#224; dire dans la question pratique de l'analyse par les non-m&#233;decins. Laissez-moi alors vous faire observer qu'il existe encore une autre application de la psychanalyse que la loi sur l'exercice ill&#233;gal de la m&#233;decine ne saurait atteindre, et que les m&#233;decins auront peine &#224; revendiquer. Je veux parler de son application &#224; la p&#233;dagogie. Quand un enfant commence &#224; pr&#233;senter les signes d'une &#233;volution f&#226;cheuse, devient maussade, r&#233;calcitrant et inattentif, alors ni le m&#233;decin d'enfants, ni le m&#233;decin de l'&#233;cole ne pourront rien pour lui, m&#234;me si l'enfant pr&#233;sente des manifestations nerveuses pr&#233;cises telles qu'angoisse, anorexie, vomissements, insomnie. Ces sympt&#244;mes nerveux et les modifications de caract&#232;re qui en d&#233;rivent peuvent &#234;tre du m&#234;me coup supprim&#233;s par un traitement alliant l'influence analytique &#224; des mesures &#233;ducatrices, traitement qui ne saurait &#234;tre entrepris que par des personnes ne d&#233;daignant pas de s'occuper des conditions r&#233;gnant dans le milieu o&#249; vit l'enfant, et sachant s'ouvrir un acc&#232;s jusqu'&#224; son &#226;me. Nous avons appris &#224; comprendre l'importance des n&#233;vroses infantiles, qui souvent passent inaper&#231;ues, comme facteur essentiel pr&#233;disposant aux n&#233;vroses graves de la vie adulte, ce qui d&#233;signe ces analyses d'enfants comme une excellente prophylaxie. Il existe encore incontestablement des ennemis de l'analyse ; je ne sais par quels moyens ils pourront emp&#234;cher ces analystes p&#233;dagogues ou p&#233;dagogues analystes d'exercer leur activit&#233;. Cela ne me semble pas devoir leur &#234;tre facile. Mais il ne faut jamais &#234;tre trop s&#251;r de rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, pour en revenir &#224; la question du traitement analytique des n&#233;vros&#233;s adultes, nous n'avons pas non plus ici &#233;puis&#233; tous les points de vue ! Notre civilisation exerce une pression presque intol&#233;rable sur nous, elle demande un correctif. Est-il insens&#233; d'attendre de la psychanalyse qu'elle soit appel&#233;e, malgr&#233; toutes les difficult&#233;s qu'elle pr&#233;sente, &#224; offrir un jour aux hommes un semblable correctif ? Peut-&#234;tre un Am&#233;ricain aura-t-il un jour l'id&#233;e d'employer une partie de ses milliards &#224; faire faire l'&#233;ducation analytique de ses &#171; social workers &#187; et d'en constituer une arm&#233;e pour la lutte contre les n&#233;vroses, filles de notre civilisation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ah ! ah ! une nouvelle sorte d'Arm&#233;e du Salut ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi pas ? Notre imagination ne peut donc jamais travailler que d'apr&#232;s des mod&#232;les. Le flot de pros&#233;lytes qui inonderait alors l'Europe devrait &#233;viter Vienne, o&#249; l'analyse aurait subi un traumatisme pr&#233;coce enrayant son &#233;volution. Vous souriez ? Je ne dis pas cela pour corrompre votre jugement, je ne le dis certes pas pour cela ! Je le sais : vous ne me croyez pas, je ne puis d'ailleurs pas vous garantir qu'il en sera ainsi ! Mais je sais une chose. La d&#233;cision qui sera prise dans la question de l'analyse par les non-m&#233;decins n'est pas d'une grande importance. Elle pourra avoir un effet local, Mais les possibilit&#233;s internes d'&#233;volution de l'analyse, qui seules sont en question, ne sauraient &#234;tre atteintes ni par des d&#233;fenses ni par des d&#233;crets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud, Ma vie et la psychanalyse. Psychanalyse et m&#233;decine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Introduction &#224; la psychanalyse de Freud</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article493</link>
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		<dc:date>2008-06-05T06:34:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#034;Durant les quelques ann&#233;es de mon s&#233;jour &#224; Vienne, j'ai coudoy&#233; d'assez pr&#232;s les freudiens ; je lisais leurs travaux et fr&#233;quentais m&#234;me leurs r&#233;unions. Dans leur mani&#232;re d'aborder les probl&#232;mes psychologiques, j'ai toujours &#233;t&#233; frapp&#233; par le fait qu'ils allient un r&#233;alisme physiologique &#224; une analyse quasi litt&#233;raire des ph&#233;nom&#232;nes psychiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au fond, la th&#233;orie psychanalytique est bas&#233;e sur le fait que le processus psychologique repr&#233;sente une superstructure complexe fond&#233;e sur des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique122" rel="directory"&gt;Introduction &#224; la psychanalyse, Sigmund Freud&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Durant les quelques ann&#233;es de mon s&#233;jour &#224; Vienne, j'ai coudoy&#233; d'assez pr&#232;s les freudiens ; je lisais leurs travaux et fr&#233;quentais m&#234;me leurs r&#233;unions. Dans leur mani&#232;re d'aborder les probl&#232;mes psychologiques, j'ai toujours &#233;t&#233; frapp&#233; par le fait qu'ils allient un r&#233;alisme physiologique &#224; une analyse quasi litt&#233;raire des ph&#233;nom&#232;nes psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, la th&#233;orie psychanalytique est bas&#233;e sur le fait que le processus psychologique repr&#233;sente une superstructure complexe fond&#233;e sur des processus physiologiques et par rapport auxquels il se trouve subordonn&#233;. Le lien entre les ph&#233;nom&#232;nes psychiques &#034; sup&#233;rieurs &#034; et les ph&#233;nom&#232;nes physiologiques &#034; inf&#233;rieurs &#034; demeure, dans l'&#233;crasante majorit&#233; des cas, subconscient et se manifeste dans les r&#234;ves.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;septembre 1923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Je voudrais &#233;crire sur la &#171; loi du d&#233;veloppement combin&#233; &#187; et faire un parall&#232;le avec une remarque de la psychanalyse. L'arri&#233;ration a ses avantages. Je veux dire qu'un pays arri&#233;r&#233;, comme il se trouve contraint de surmonter son arri&#233;ration, est en mesure de s'approprier des moyens techniques et des installations ultra-modernes, etc&#8230; On retrouve cette loi dialectique dans de nombreux autres domaines. Et comme actuellement, la psychanalyse est toujours &#224; l'ordre du jour, je voudrais faire un parall&#232;le entre la loi du d&#233;veloppement combin&#233; et le d&#233;passement psychanalytique des handicaps. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Courrier de septembre 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FREUD&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ACTE MANQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas par des suppositions que nous allons commencer, mais par une recherche, &#224; laquelle nous assignerons pour objet certains ph&#233;nom&#232;nes, tr&#232;s fr&#233;quents, tr&#232;s connus et tr&#232;s insuffisamment appr&#233;ci&#233;s et n'ayant rien &#224; voir avec l'&#233;tat morbide, puisqu'on peut les observer chez tout homme bien portant. Ce sont les ph&#233;nom&#232;nes que nous d&#233;signerons par le nom g&#233;n&#233;rique d'actes manqu&#233;s et qui se produisent lorsqu'une personne prononce ou &#233;crit, en s'en apercevant ou non, un mot autre que celui qu'elle veut dire ou tracer (lapsus) ; lorsqu'on lit, dans un texte imprim&#233; ou manuscrit, un mot autre que celui qui est r&#233;ellement imprim&#233; ou &#233;crit (fausse lecture), ou lorsqu'on entend autre chose que ce qu'on vous dit, sans que cette fausse audition tienne &#224; un trouble organique de l'organe auditif. Une autre s&#233;rie de ph&#233;nom&#232;nes du m&#234;me genre a pour base l'oubli, &#233;tant entendu toutefois qu'il s'agit d'un oubli non durable, mais momentan&#233;, comme dans le cas, par exemple, o&#249; L'on ne peut pas retrouver un nom qu'on sait cependant et qu'on finit r&#233;guli&#232;rement par retrouver plus tard, ou dans le cas o&#249; l'on oublie de mettre &#224; ex&#233;cution un projet dont on se souvient cependant plus tard et qui, par cons&#233;quent, n'est oubli&#233; que momentan&#233;ment. Dans une troisi&#232;me s&#233;rie, c'est la condition de momentan&#233;it&#233; qui manque, comme, par exemple, lorsqu'on ne r&#233;ussit pas &#224; mettre la main sur un objet qu'on avait cependant rang&#233; quelque part ; &#224; la m&#234;me cat&#233;gorie se rattachent les cas de perte tout &#224; fait analogues. Il s'agit l&#224; d'oublis qu'on traite diff&#233;remment des autres, d'oublis dont on s'&#233;tonne et au sujet desquels on est contrari&#233;, au lieu de les trouver compr&#233;hensibles. &#192; ces cas se rattachent encore certaines erreurs dans lesquelles la momentan&#233;it&#233; appara&#238;t de nouveau, comme lorsqu'on croit pendant quelque temps &#224; des choses dont on savait auparavant et dont on saura de nouveau plus tard qu'elles ne sont pas telles qu'on se les repr&#233;sente. &#192; tous ces cas on pourrait encore ajouter une foule de ph&#233;nom&#232;nes analogues, connus sous des noms divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; d'accidents dont la parent&#233; intime est mise en &#233;vidence par le fait que les mots servant &#224; les d&#233;signer ont tous en commun le pr&#233;fixe VER (en allemand) 1, d'accidents qui sont tous d'un caract&#232;re insignifiant, d'une courte dur&#233;e pour la plupart et sans grande importance dans la vie des hommes. Ce n'est que rarement que te, ou tel d'entre eux, comme la perte d'objets, acquiert une certaine importance pratique. C'est pourquoi ils n'&#233;veillent pas grande attention, ne donnent lieu qu'&#224; de faibles &#233;motions, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ces ph&#233;nom&#232;nes que je veux vous entretenir. Mais je vous entends d&#233;j&#224; exhaler votre mauvaise humeur : &#171; Il existe dans le vaste monde ext&#233;rieur, ainsi que dans le monde plus restreint de la vie psychique, tant d'&#233;nigmes grandioses, il existe, dans le domaine des troubles psychiques, tant de choses &#233;tonnantes qui exigent et m&#233;ritent une explication, qu'il est vraiment frivole de gaspiller son temps &#224; s'occuper de bagatelles pareilles. Si vous pouviez nous expliquer pourquoi tel homme ayant la vue et l'ou&#239;e saines en arrive &#224; voir en plein jour des choses qui n'existent pas, pourquoi tel autre se croit tout &#224; coup pers&#233;cut&#233; par ceux qui jusqu'alors lui &#233;taient le plus chers ou poursuit des chim&#232;res qu'un enfant trouverait absurdes, alors nous dirions que la psychanalyse m&#233;rite d'&#234;tre prise en consid&#233;ration. Mais si la psychanalyse n'est pas capable d'autre chose que de rechercher pourquoi un orateur de banquet a prononce un jour un mot pour un autre ou pourquoi une ma&#238;tresse de maison n'arrive pas &#224; retrouver ses clefs, ou d'autres futilit&#233;s du m&#234;me genre, alors vraiment il y a d'autres probl&#232;mes qui sollicitent notre temps et notre attention. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi je vous r&#233;pondrai : &#171; Patience ! Votre critique porte &#224; faux. Certes, la psychanalyse ne peut se vanter de ne s'&#234;tre jamais occup&#233;e de bagatelles. Au contraire, les mat&#233;riaux de ses observations sont constitu&#233;s g&#233;n&#233;ralement par ces faits peu apparents que les autres sciences &#233;cartent comme trop insignifiants, par le rebut du monde ph&#233;nom&#233;nal. Mais ne confondez-vous pas dans votre critique l'importance des probl&#232;mes avec l'apparence des signes ? N'y a-t-il pas des choses importantes qui, (tans certaines conditions et &#224; de certains moments, ne se manifestent que par des signes tr&#232;s faibles ? Il me serait facile de vous citer plus d'une situation de ce genre. N'est-ce pas sur des signes imperceptibles que, jeunes gens, vous devinez avoir gagn&#233; la sympathie de telle ou telle jeune fille ? Attendez-vous, pour le savoir, une d&#233;claration explicite de celle-ci, ou que la jeune fille se jette avec effusion &#224; votre cou ? Ne vous contentez-vous pas, au contraire, d'un regard furtif, d'un mouvement imperceptible, d'un serrement de mains &#224; peine prolong&#233; ? Et lorsque vous vous livrez, en qualit&#233; de magistrat, &#224; une enqu&#234;te sur un meurtre, vous attendez-vous &#224; ce que le meurtrier ait laiss&#233; sur le lieu du crime sa photographie avec son adresse, ou ne vous contentez-vous pas n&#233;cessairement, pour arriver &#224; d&#233;couvrir l'identit&#233; du criminel, de traces souvent tr&#232;s faibles et insignifiantes ? Ne m&#233;prisons donc pas les petits signes : ils peuvent nous mettre sur la trace de choses plus importantes. Je pense d'ailleurs comme vous que ce sont les grands probl&#232;mes du monde et de la science qui doivent surtout solliciter notre attention. Mais souvent il ne sert de rien de formuler le simple projet de se consacrer &#224; l'investigation de tel ou tel grand probl&#232;me, car on ne sait pas toujours o&#249; l'on doit diriger ses pas. Dans le travail scientifique, il est plus rationnel de s'attaquer &#224; ce qu'on a devant soi, &#224; des objets qui s'offrent d'eux-m&#234;mes &#224; notre investigation. Si on le fait s&#233;rieusement, sans id&#233;es pr&#233;con&#231;ues, sans esp&#233;rances exag&#233;r&#233;es et si l'on a de la chance, il peut arriver que, gr&#226;ce aux liens qui rattachent tout &#224; tout, le petit au grand, ce travail entrepris sans aucune pr&#233;tention ouvre un acc&#232;s &#224; l'&#233;tude de grands probl&#232;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que j'avais &#224; vous dire pour tenir en &#233;veil votre attention, lorsque j'aurai &#224; traiter des actes manqu&#233;s, insignifiants en apparence, de l'homme sain. Nous nous adressons maintenant &#224; quelqu'un qui soit tout &#224; fait &#233;tranger &#224; la psychanalyse et nous lui demanderons comment il s'explique la production de ces faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain qu'il commencera par nous r&#233;pondre : &#171; Oh, ces faits ne m&#233;ritent aucune explication ; ce sont de petits accidents. &#187; Qu'entend-il par l&#224; ? Pr&#233;tendrait-il qu'il existe des &#233;v&#233;nements n&#233;gligeables, se trouvant en dehors de l'encha&#238;nement de la ph&#233;nom&#233;nologie du monde et qui auraient pu tout aussi bien ne pas se produire ? Mais en brisant le d&#233;terminisme universel, m&#234;me en un seul point, on bouleverse toute la conception scientifique du monde. On devra montrer &#224; notre homme combien la conception religieuse du monde est plus cons&#233;quente avec elle-m&#234;me, lorsqu'elle affirme express&#233;ment qu'un moineau ne tombe pas du toit sans une intervention particuli&#232;re de la volont&#233; divine. Je suppose que notre ami, au lieu de tirer la cons&#233;quence qui d&#233;coule de sa premi&#232;re r&#233;ponse, se ravisera et dira qu'il trouve toujours l'explication des choses qu'il &#233;tudie. Il s'agirait de petites d&#233;viations de la fonction, d'inexactitudes du fonctionnement psychique dont les conditions seraient faciles &#224; d&#233;terminer. Un homme qui, d'ordinaire, parle correctement peut se tromper en parlant : 1&#186; lorsqu'il est l&#233;g&#232;rement indispos&#233; ou fatigu&#233; ; 2&#186; lorsqu'il est surexcit&#233; ; 3&#186; lorsqu'il est trop absorb&#233; par d'autres choses. Ces assertions peuvent &#234;tre facilement confirm&#233;es. Les lapsus se produisent particuli&#232;rement souvent lorsqu'on est fatigu&#233;, lorsqu'on souffre d'un mal de t&#234;te ou &#224; l'approche d'une migraine. C'est encore dans les m&#234;mes circonstances que se produit facilement l'oubli de noms propres. Beaucoup de personnes reconnaissent l'imminence d'une migraine rien que par cet oubli. De m&#234;me, dans la surexcitation on confond souvent aussi bien les mots que les choses, on se &#171; m&#233;prend &#187;, et l'oubli de projets, ainsi qu'une foule d'autres actions non intentionnelles, deviennent particuli&#232;rement fr&#233;quents lorsqu'on est distrait, c'est-&#224;-dire lorsque l'attention se trouve concentr&#233;e sur autre chose. Un exemple connu d'une pareille distraction nous est offert par ce professeur des &#171; Fliegende Bl&#228;tter &#187; qui oublie son parapluie et emporte un autre chapeau &#224; la place du sien, parce qu'il pense aux probl&#232;mes qu'il doit traiter dans son prochain livre. Quant aux exemples de projets con&#231;us et de promesses faites, les uns et les autres oubli&#233;s parce que des &#233;v&#233;nements se sont produits par la suite qui ont violemment orient&#233; l'attention ailleurs, &#8212; chacun en trouvera dans sa propre exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CeIa semble tout &#224; fait compr&#233;hensible et &#224; l'abri de toute objection. Ce n'est peut-&#234;tre pas tr&#232;s int&#233;ressant, pas aussi int&#233;ressant que nous l'aurions cru. Examinons de plus pr&#232;s ces explications des actes manqu&#233;s. Les conditions qu'on consid&#232;re comme d&#233;terminantes pour qu'ils se produisent ne sont pas toutes de m&#234;me nature. Malaise et trouble circulatoire interviennent dans la perturbation d'une fonction normale &#224; titre de causes physiologiques ; surexcitation, fatigue, distraction sont des facteurs d'un ordre diff&#233;rent : on peut les appeler psychophysiologiques. Ces derniers facteurs se laissent facilement traduire en th&#233;orie. La fatigue, la distraction, peut-&#234;tre aussi l'excitation g&#233;n&#233;rale produisent une dispersion de l'attention, ce qui a pour effet que la fonction consid&#233;r&#233;e ne recevant plus la dose d'attention suffisante, peut &#234;tre facilement troubl&#233;e ou s'accomplit avec une pr&#233;cision insuffisante. Une indisposition, des modifications circulatoires survenant dans l'organe nerveux central peuvent avoir le m&#234;me effet, en influen&#231;ant de la m&#234;me fa&#231;on le facteur le plus important, c'est-&#224;-dire la r&#233;partition de l'attention. Il s'agirait donc dans tous les cas de ph&#233;nom&#232;nes cons&#233;cutifs &#224; des troubles de l'attention, que ces troubles soient produits par des causes organiques ou psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci n'est pas fait pour stimuler notre int&#233;r&#234;t pour la psychanalyse et nous pourrions encore &#234;tre tent&#233;s de renoncer &#224; notre sujet. En examinant toutefois les observations d'une fa&#231;on plus serr&#233;e, nous nous apercevrons qu'en ce qui concerne les actes manqu&#233;s tout ne s'accorde pas avec cette th&#233;orie de l'attention ou tout au moins ne s'en laisse pas d&#233;duire naturellement. Nous constaterons notamment que des actes manqu&#233;s et des oublis se produisent aussi chez des personnes, qui, loin d'&#234;tre fatigu&#233;es, distraites ou surexcit&#233;es, se trouvent dans un &#233;tat normal vous tous les rapports, et que c'est seulement apr&#232;s coup , &#224; la suite pr&#233;cis&#233;ment de l'acte manqu&#233;, qu'on attribue &#224; ces personnes une surexcitation qu'elles se refusent &#224; admettre. C'est une affirmation un peu simpliste que celle qui pr&#233;tend que l'augmentation de l'attention assure l'ex&#233;cution ad&#233;quate d'une fonction,tandis qu'une diminution de l'attention aurait un effet contraire. Il existe une foule d'actions qu'on ex&#233;cute automatiquement ou avec une attention insuffisante, ce qui ne nuit en rien &#224; leur pr&#233;cision. Le promeneur, qui sait &#224; peine o&#249; il va, n'en suit pas moins le bon chemin et arrive au but sans t&#226;tonnements. Le pianiste exerc&#233; laisse, sans y penser, retomber ses doigts sur les touches justes. Il peut naturellement lui arriver de se tromper, mais si le jeu automatique &#233;tait de nature &#224; augmenter les chances d'erreur, c'est le virtuose dont le jeu est devenu, &#224; la suite d'un long exercice, purement automatique, qui devrait &#234;tre le plus expos&#233; &#224; se tromper. Nous vous, au contraire, que beaucoup d'actions r&#233;ussissent particuli&#232;rement bien lorsqu'elles ne sont pas l'objet d'une attention sp&#233;ciale, et que l'erreur peut se produire pr&#233;cis&#233;ment lorsqu'on tient d'une fa&#231;on particuli&#232;re &#224; la parfaite ex&#233;cution, c'est-&#224;-dire lorsque l'attention se trouve plut&#244;t exalt&#233;e. On peut dire alors que l'erreur est l'effet de l &#171; excitation &#187;. Mais pourquoi l'excitation n'alt&#233;rerait-elle pas plut&#244;t l'attention &#224; l'&#233;gard d'une action &#224; laquelle on attache tant d'int&#233;r&#234;t ? Lorsque, dans un discours important ou dans une n&#233;gociation verbale, quelqu'un fait un lapsus et dit le contraire de ce qu'il voulait dire, il commet une erreur qui se laisse difficilement expliquer par la th&#233;orie psychophysiologique ou par la th&#233;orie de l'attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actes manqu&#233;s eux-m&#234;mes sont accompagn&#233;s d'une foule de petits ph&#233;nom&#232;nes secondaires qu'on ne comprend pas et que les explications tent&#233;es jusqu'&#224; pr&#233;sent n'ont pas rendus plus intelligibles. Lorsqu'on a, par exemple, momentan&#233;ment oubli&#233; un mot, on s'impatiente, on cherche &#224; se le rappeler et on n'a de repos qu'on ne l'ait retrouv&#233;. Pourquoi l'homme &#224; ce point contrari&#233; r&#233;ussit-il si rarement, malgr&#233; le d&#233;sir qu'il en a, &#224; diriger son attention sur le mot qu'il a, ainsi qu'il le dit lui-m&#234;me, &#171; sur le bout de la langue &#187; et qu'il reconna&#238;t d&#232;s qu'on le prononce devant lui ? Ou, encore, il y a des cas ou les actes manqu&#233;s se multiplient, s'encha&#238;nent entre eux, se remplacent r&#233;ciproquement. Une premi&#232;re fois, on oublie un rendez-vous ; la fois suivante, on est bien d&#233;cid&#233; &#224; ne pas l'oublier, mais il se trouve qu'on a not&#233; par erreur une autre heure. Pendant qu'on cherche par toutes sortes de d&#233;tours &#224; se rappeler un mot oubli&#233;, on laisse &#233;chapper de sa m&#233;moire un deuxi&#232;me mot qui aurait pu aider &#224; retrouver le premier - ; et pendant qu'on se met &#224; la recherche de ce deuxi&#232;me mot, on en oublie un troisi&#232;me, et ainsi de suite. Ces complications peuvent, on le sait, se produire &#233;galement dans les erreurs typographiques qu'on peut consid&#233;rer comme des actes manqu&#233;s du compositeur. Une erreur persistante de ce genre s'&#233;tait gliss&#233;e un jour dans une feuille sociale-d&#233;mocrate. On pouvait y lire, dans le compte rendu d'une certaine manifestation : &#171; On a remarqu&#233;, parmi les assistants, Son Altesse, le Konrprinz &#187; (au lieu de Kronprinz, le prince h&#233;ritier). Le lendemain, le journal avait tent&#233; une rectification ; il s'excusait de son erreur et &#233;crivait : &#171; nous voulions dire, naturellement, le Knorprinz &#187; (toujours au lieu de Kronprinz). On parle volontiers dans ces cas d'un mauvais g&#233;nie qui pr&#233;siderait aux erreurs typographiques, du lutin de la casse typographique, toutes expressions qui d&#233;passent la port&#233;e d'une simple th&#233;orie psycho-physiologique de l'erreur typographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez peut-&#234;tre aussi qu'on peut provoquer des lapsus de langage, par suggestion, pour ainsi dire. Il existe &#224; ce propos une anecdote : un acteur novice est charg&#233; un jour, dans la &#171; Pucelle d'Orl&#233;ans &#187;, du r&#244;le important qui consiste &#224; annoncer au roi que le Conn&#233;table renvoie son &#233;p&#233;e (Schwert). Or, pendant la r&#233;p&#233;tition, un des figurants s'est amus&#233; &#224; souffler &#224; l'acteur timide, &#224; la place du texte exact, celui-ci : le Confortable renvoie son cheval (Pferd) 2. Et il arriva que ce mauvais plaisant avait atteint son but : le malheureux acteur d&#233;buta r&#233;ellement, au cours de la repr&#233;sentation, par la phrase ainsi modifi&#233;e, et cela malgr&#233; les avertissements qu'il avait re&#231;us &#224; ce propos, ou peut-&#234;tre m&#234;me &#224; cause de ces avertissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, toutes ces petites particularit&#233;s des actes manqu&#233;s ne s'expliquent pas pr&#233;cis&#233;ment par la th&#233;orie de l'attention d&#233;tourn&#233;e. Ce qui ne veut pas dire que cette th&#233;orie soit fausse. Pour &#234;tre tout &#224; fait satisfaisante, elle aurait besoin d'&#234;tre compl&#233;t&#233;e. Mais il est vrai, d'autre part, que plus d'un acte manqu&#233; peut encore &#234;tre envisag&#233; &#224; un autre point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons, parmi les actes manqu&#233;s, ceux qui se pr&#234;tent le mieux &#224; nos intentions : les erreurs de langage (lapsus). Nous pourrions d'ailleurs tout aussi bien choisir les erreurs d'&#233;criture ou de lecture. &#192; ce propos, nous devons tenir compte du fait que la seule question que nous nous soyons pos&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent &#233;tait de savoir quand et dans quelles conditions on commet des lapsus, et que nous n'avons obtenu de r&#233;ponse qu'&#224; cette seule question. Mais on peut aussi consid&#233;rer la forme que prend le lapsus, l'effet qui en r&#233;sulte. Vous devinez d&#233;j&#224; que tant qu'on n'a pas &#233;lucid&#233; cette derni&#232;re question, tant qu'on n'a pas expliqu&#233; l'effet produit par le lapsus, le ph&#233;nom&#232;ne reste, au point de vue psychologique, un accident, alors m&#234;me qu'on a trouv&#233; son explication physiologique. Il est &#233;vident que, lorsque je commets un lapsus, celui-ci peut rev&#234;tir mille formes diff&#233;rentes ; je puis prononcer, &#224; la place du mot juste, mille mots inappropri&#233;s, imprimer au mot juste mille d&#233;formations. Et lorsque, dans un cas particulier, je ne commets, de tous les lapsus possibles, que tel lapsus d&#233;termin&#233;, y a-t-il &#224; cela des raisons d&#233;cisives, ou ne s'agit-il l&#224; que d'un fait accidentel, arbitraire, d'une question qui ne comporte aucune r&#233;ponse rationnelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux auteurs, M. Meringer et M. Mayer (celui-l&#224; philologue, celui-ci psychiatre) ont essay&#233; en 1895 d'aborder par ce c&#244;t&#233; la question des erreurs de langage. Ils ont r&#233;uni des exemples qu'ils ont d'abord expos&#233;s en se pla&#231;ant au point de vue purement descriptif. Ce faisant, ils n'ont naturellement apport&#233; aucune explication, mais ils ont indiqu&#233; le chemin susceptible d'y conduire. Ils rangent les d&#233;formations que les lapsus impriment an discours intentionnel dans les cat&#233;gories suivantes : a) interversions ; b) empi&#233;tement d'un mot ou partie d'un mot sur le mot qui le pr&#233;c&#232;de (Vorklang) ; c) prolongation superflue d'un mot (Nachklang) ; d) confusions (contaminations) ; e) substitutions. Je vais vous citer (les exemples appartenant &#224; chacune de ces cat&#233;gories. Il y a interversion, lorsque quelqu'un dit, la Milo de V&#233;nus, au lieu de la V&#233;nus de Milo (interversion de l'ordre des mots). Il y a empi&#233;tement sur le mot pr&#233;c&#233;dent, lorsqu'on dit : &#171; Es war mir auf der Schwest... auf der Brust so schwer. &#187; (Le sujet voulait dire : &#171; j'avais un tel poids sur la poitrine &#187; ; dans cette phrase, le mot schwer [lourd] avait empi&#233;t&#233; en partie sur le mot ant&#233;c&#233;dent Brust [poitrine].) Il y a prolongation ou r&#233;p&#233;tition superflue d'un mot dans des phrases comme ce malheureux toast : &#171; Ich fordere sie auf, auf dits Wohl unseres Chefs aufzustossen &#187; (&#171; Je vous invite roter &#224; la prosp&#233;rit&#233; de notre chef &#187; : au lieu de &#171; boire &#8212; anstossen &#8212; &#224; la prosp&#233;rit&#233; de notre chef &#187;.) Ces trois formes de lapsus ne sont pas tr&#232;s fr&#233;quentes. Vous trouverez beaucoup plus d'observations dans lesquelles le lapsus r&#233;sulte d'une contraction ou d'une association, comme lorsqu'un monsieur aborde dans la rue une dame en lui disant : &#171; Wenn sie gestatten, Fr&#228;ulein, m&#246;chte ich sie gerne begleit-digen &#187; (&#171; Si vous le permettez, Mademoiselle, je vous accompagnerais bien volontiers &#187; &#8212; c'est du moins ce que le jeune homme voulait dire, mais il a commis un lapsus par contraction, en combinant le mot begleiten, accompagner, avec beleidigen, offenser, inanquer de respect). Je dirai en passant que le jeune homme n'a pas d&#251; avoir beaucoup de succ&#232;s aupr&#232;s de la jeune fille. Je citerai enfin, comme exemple de substitution, cette phrase emprunt&#233;e &#224; une des observations de Meringer et Mayer :&#171; Je mets les pr&#233;parations dans la bo&#238;te aux lettres (Briefkasten) &#187;, alors qu'on voulait dire : &#171; dans le foin- &#224; incubation (Brutkasten) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essai d'explication que les deux auteurs pr&#233;cit&#233;s crurent pouvoir d&#233;duire de leur collection d'exemples me para&#238;t tout &#224; fait insuffisant. Ils pensent que les sons et les syllabes d'un mot poss&#232;dent des valeurs diff&#233;rentes et que l'innervation d'un &#233;l&#233;ment ayant une valeur sup&#233;rieure petit exercer une influence perturbatrice sur celle des &#233;l&#233;ments d'une valeur moindre. Ceci ne serait vrai, &#224; la rigueur, que pour les cas, d'ailleurs peu fr&#233;quents, de la deuxi&#232;me et de la troisi&#232;me cat&#233;gories ; dans les autres lapsus, cette pr&#233;dominance de certains sons sur d'autres, a supposer qu'elle existe, ne joue aucun r&#244;le. Les lapsus les plus fr&#233;quents sont cependant ceux o&#249; l'on remplace un mot par un autre qui lui ressemble, et cette, ressemblance parait &#224; beaucoup de personnes suffisante pour expliquer le lapsus. Un professeur dit, par exemple, dans sa le&#231;on d'ouverture : &#171; Je ne suis pas dispos&#233; (geneigt) &#224; appr&#233;cier comme il convient les m&#233;rites de mon pr&#233;d&#233;cesseur &#187;, alors qu'il voulait dire : &#171; Je ne me reconnais pas une autorit&#233; suffisante (geeignet) pour appr&#233;cier, etc. &#187; Ou un autre : &#171; En ce qui concerne l'appareil g&#233;nital de la femme, malgr&#233; les nombreuses tentations (Versuchungen)... pardon, malgr&#233; les nombreuses tentatives (Versuche) &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le lapsus le plus fr&#233;quent et le plus frappant est celui qui consiste &#224; dire exactement le contraire de ce qu'on voudrait dire. Il est &#233;vident que dans ces cas les relations tonales et les effets de ressemblance ne jouent qu'un r&#244;le minime ; on peut, pour remplacer ces facteurs, invoquer le fait qu'il existe entre les contraires une &#233;troite affinit&#233; conceptuelle et qu'ils se trouvent particuli&#232;rement rapproch&#233;s dans l'association psychologique. Nous poss&#233;dons des exemples historiques de ce genre : mi pr&#233;sident de notre Chambre des d&#233;put&#233;s ouvre un jour la s&#233;ance par ces mots : &#171; Messieurs, je constate la pr&#233;sence de... membres et d&#233;clare, par cons&#233;quent, la s&#233;ance close. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'importe quelle autre facile association, susceptible, dans certaines circonstances, de surgir mal &#224; propos, peut produire le m&#234;me effet. On raconte, par exemple, qu'au cours d'un banquet donn&#233; &#224; l'occasion du mariage d'un des enfants de Helmholtz avec un enfant du grand industriel bien connu, E. Siemens, le c&#233;l&#232;bre physiologiste Dubois-Reymond pronon&#231;a un speech et termina son toast, certainement brillant, par les paroles suivantes :&#171; Vive donc la nouvelle firme Siemens et Halske. &#187; En disant cela, il pensait naturellement &#224; la vieille firme Siemens-Halske, l'association de ces deux noms &#233;tant famili&#232;re &#224; tout Berlinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'en plus des relations tonales et de la similitude des mots, nous devons admettre &#233;galement l'influence de l'association des mots. Mais cela encore ne suffit pas. Il existe toute une s&#233;rie de cas o&#249; l'explication d'un lapsus observ&#233; ne r&#233;ussit que lorsqu'on tient compte de la proposition qui a &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;e ou m&#234;me pens&#233;e ant&#233;rieurement. Ce sont donc encore des cas d'action &#224; distance, dans le genre de celui cit&#233; par Meringer, mais d'une amplitude plus grande. Et ici je dois vous avouer qu'&#224; tout bien consid&#233;rer, il me semble que nous sommes maintenant moins que jamais &#224; m&#234;me de comprendre la v&#233;ritable nature des erreurs de langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois cependant pas me tromper en disant que les exemples de lapsus cit&#233;s au cours de la recherche qui pr&#233;c&#232;de laissent une impression nouvelle qui vaut la peine qu'on s'y arr&#234;te. Nous avons examin&#233; d'abord les conditions dans lesquelles un lapsus se produit d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, ensuite les influences qui d&#233;terminent telle ou telle d&#233;formation du mot ; mais nous n'avons pas encore envisag&#233; l'effet du lapsus en lui-m&#234;me, ind&#233;pendamment de son mode de production. Si nous nous d&#233;cidons &#224; le faire, nous devons enfin avoir le courage de dire : dans quelques-uns des exemples cit&#233;s, la d&#233;formation qui constitue un lapsus a un sens. Qu'entendons-nous par ces mots : a un sens ? Que l'effet du lapsus a peut-&#234;tre le droit d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme un acte psychique complet, ayant son but propre, comme une manifestation ayant son contenu et sa signification propres. Nous n'avons parl&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent que d'actes manqu&#233;s, mais il semble maintenant que l'acte manqu&#233; puisse &#234;tre parfois une action tout &#224; fait correcte, qui ne fait que se substituer &#224; l'action attendue ou voulue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sens propre de l'acte manqu&#233; appara&#238;t dans certains cas d'une fa&#231;on frappante et irr&#233;cusable. Si, d&#232;s les premiers mots qu'il prononce, le pr&#233;sident d&#233;clare qu'il cl&#244;t la s&#233;ance, alors qu'il voulait la d&#233;clarer ouverte, nous sommes enclins, nous qui connaissons les circonstances dans lesquelles s'est produit ce lapsus, &#224; trouver un sens &#224; cet acte manqu&#233;. Le pr&#233;sident n'attend rien de bon de la s&#233;ance et ne serait pas f&#226;ch&#233; de pouvoir l'interrompre. Nous pouvons sans aucune difficult&#233; d&#233;couvrir le sens, comprendre la signification du lapsus en question. Lorsqu'une dame connue pour son &#233;nergie raconte : &#171; Mon mari a consult&#233; un m&#233;decin au sujet du r&#233;gime qu'il avait &#224; suivre ; le m&#233;decin lui a dit qu'il n'avait pas besoin de r&#233;gime, qu'il pouvait manger et boire ce que je voulais &#187;, &#8212; il y a l&#224; un lapsus, certes, mais qui appara&#238;t comme l'expression irr&#233;cusable d'un programme bien arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous r&#233;ussissons &#224; constater que les lapsus ayant un sens, loin de constituer une exception, sont au contraire tr&#232;s fr&#233;quents, ce sens, dont il n'avait pas encore &#233;t&#233; question &#224; propos des actes manqu&#233;s, nous appara&#238;tra n&#233;cessairement comme la chose la plus importante, et nous aurons le droit de refouler &#224; l'arri&#232;re-plan tous les autres points de vue. Nous pourrons notamment laisser de c&#244;t&#233; tous les facteurs physiologiques et psychophysiologiques et nous borner &#224; des recherches purement psychologiques sur le sens, sur la signification des actes manqu&#233;s, sur les intentions qu'ils r&#233;v&#232;lent. Aussi ne tarderons-nous pas &#224; examiner &#224; ce point de vue un nombre plus ou moins important d'observations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant toutefois de r&#233;aliser ce projet, je vous invite &#224; suivre avec moi une autre voie. Il est arriv&#233; &#224; plus d'un po&#232;te de se servir du lapsus ou d'un autre acte manqu&#233; quelconque comme d'un moyen de repr&#233;sentation po&#233;tique. &#192; lui seul, ce fait suffit &#224; nous prouver que le po&#232;te consid&#232;re l'acte manqu&#233;, le lapsus, par exemple, comme n'&#233;tant pas d&#233;pourvu de sens, d'autant plus qu'il produit cet acte intentionnellement. Personne ne songerait &#224; admettre que le po&#232;te se soit tromp&#233; en &#233;crivant et qu'il ait laiss&#233; subsister son erreur, laquelle serait devenue de ce fait un lapsus dans la bouche du personnage. Par le lapsus, le po&#232;te veut nous faire entendre quelque chose, et il nous est facile de voir ce que cela peut-&#234;tre, de nous rendre compte s'il entend nous avertir que la personne en question est distraite ou fatigu&#233;e ou menac&#233;e d'un acc&#232;s de migraine. Mais alors que le po&#232;te se sert du lapsus comme d'un mot ayant un sens, nous ne devons naturellement pas en exag&#233;rer la port&#233;e. En r&#233;alit&#233;, un lapsus petit &#234;tre enti&#232;rement d&#233;pourvu de sens, n'&#234;tre qu'un accident psychique ou n'avoir un sens qu'exceptionnellement, sans qu'on puisse refuser ait po&#232;te le droit de le spiritualiser en lui attachant titi sens, afin de le faire servir aux intentions qu'il poursuit. Ne vous &#233;tonnez donc pas si je vous dis que vous pouvez mieux vous renseigner sur ce sujet en lisant les po&#232;tes qu'en &#233;tudiant les travaux de philologues et de psychiatres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous trouvons un pareil exemple de lapsus dans &#171; Wallenstein &#187; (Piccolomini, 1er acte, Ve sc&#232;ne). Dans la sc&#232;ne pr&#233;c&#233;dente, Piccolomini avait passionn&#233;ment pris parti pour le duc en exaltant les bienfaits de la paix, bienfaits qui se sont r&#233;v&#233;l&#233;s &#224; lui au cours du voyage qu'il a fait pour accompagner au camp la fille de Wallenstein. Il laisse son p&#232;re et l'envoy&#233; de la cour dans la plus profonde consternation. Et la sc&#232;ne se poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUESTENBERG. &#8212; Malheur &#224; nous ! O&#249; en sommes-nous, amis ? Et le laisserons-nous partir avec cette chim&#232;re, sans le rappeler et sans lui ouvrir imm&#233;diatement les yeux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OCTAVIO(tir&#233; d'une profonde r&#233;flexion). &#8212; Les miens sont ouverts et ce que je vois est loin de me r&#233;jouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUESTENBERG. &#8212; De quoi s'agit-il, ami ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OCTAVIO. &#8212; Maudit soit ce voyage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUESTENBERG. &#8212; Pourquoi ? qu'y a-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OCTAVIO. &#8211; Venez ! Il faut que je suive sans tarder la malheureuse trace, que je voie de mes yeux... Venez ! (Il veut l'emmener.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUESTENBERG. &#8212; Qu'avez-vous ? O&#249; voulez-vous aller ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OCTAVIO (press&#233;). &#8212; Vers elle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUESTENBEBG. &#8212; Vers...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OCTAVIO (se reprenant). &#8211; Vers le duc ! Allons ! etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octavio voulait dire : &#171; Vers lui, vers le duel &#187; Mais il commet un lapsus et r&#233;v&#232;le (&#224; nous du moins) par les mots : vers elle, qu'il a devin&#233; sous quelle influence le jeune guerrier r&#234;ve aux bienfaits de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O. Rank a d&#233;couvert chez Shakespeare un exemple plus frappant encore du m&#234;me genre. Cet exemple se trouve dans le Marchand de Venise, et plus pr&#233;cis&#233;ment dans la c&#233;l&#232;bre sc&#232;ne o&#249; l'heureux amant doit choisir entre trois coffrets. Je ne saurais mieux faire que de vous lire le bref passage de Rank se rapportant &#224; ce d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On trouve dans le Marchand de Venise. de Shakespeare (troisi&#232;me acte, &#8212; sc&#232;ne &#8212; II), un cas de lapsus tr&#232;s finement motiv&#233; au point de vue po&#233;tique et d'une brillante mise en valeur au point de vue technique ; de m&#234;me que l'exemple relev&#233; par Freud dans &#171; Wallenstein &#187; (Zur Psychologie des Alltagslebens, 2e &#233;dition, p. 48), il prouve que les po&#232;tes connaissent bien le m&#233;canisme et le sens de cet acte manqu&#233; et supposent chez l'auditeur une compr&#233;hension de ce sens. Contrainte par son p&#232;re &#224; choisir un &#233;poux par tirage au sort, Portia a r&#233;ussi jusqu'ici &#224; &#233;chapper par un heureux hasard &#224; tous les pr&#233;tendants qui ne lui agr&#233;aient pas. Ayant enfin trouv&#233; en Bassanio celui qui lui pla&#238;t, elle doit craindre qu'il ne tire lui aussi la mauvaise carte. Elle voudrait donc lui dire que m&#234;me alors il pourrait &#234;tre s&#251;r de son amour, mais le v&#339;u qu'elle a fait l'emp&#234;che de le lui faire savoir. Tandis qu'elle est en proie &#224; cette lutte int&#233;rieure, le po&#232;te lui fait dire au pr&#233;tendant qui lui est cher :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vous en prie : restez ; demeurez un jour ou deux, avant de vous en rapporter au hasard, car si votre choix est mauvais, je perdrai votre soci&#233;t&#233;. Attendez donc. Quelque chose me dit (mais ce n'est pas l'amour) que j'aurais du regret &#224; vous perdre... Je pourrais vous guider, de fa&#231;on &#224; vous apprendre &#224; bien choisir, mais je serais parjure, et je ne le voudrais pas. Et c'est ainsi que vous pourriez ne pas m'avoir ; et alors vous me feriez regretter de ne pas avoir commis le p&#233;ch&#233; d'&#234;tre parjure. Oh, ces yeux qui m'ont troubl&#233;e et partag&#233;e en deux, moiti&#233;s : l'une qui vous appartient, l'autre qui est &#224; vous... qui est &#224; moi, voulais-je dire. Mais si elle m'appartient, elle est &#233;galement &#224; vous, et ainsi vous m'avez tout enti&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette chose, &#224; laquelle elle aurait voulu seulement faire une l&#233;g&#232;re allusion, parce qu'au fond elle aurait d&#251; la taire, &#224; savoir qu'avant m&#234;me le choix elle est &#224; lui tout enti&#232;re et l'aime, l'auteur, avec une admirable finesse psychologique, la laisse se r&#233;v&#233;ler dans le lapsus et sait par cet artifice calmer l'intol&#233;rable incertitude de l'amant, ainsi que celle des spectateurs quant &#224; l'issue du choix. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons encore avec quelle finesse Portia finit par concilier les deux aveux contenus dans son lapsus, par supprimer la contradiction qui existe entre eux, tout en donnant libre cours &#224; l'expression de sa promesse : &#171; mais si elle m'appartient, elle est &#233;galement &#224; vous, et ainsi vous m'avez tout enti&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une seule remarque, un penseur &#233;tranger &#224; la m&#233;decine a, par un heureux hasard, trouv&#233; le sens d'un acte manqu&#233; et nous a ainsi &#233;pargn&#233; la peine d'en chercher l'explication. Vous connaissez tous le g&#233;nial satirique Lichtenberg (1742-1799) dont G&#339;the disait que chacun des traits d'esprit cachait un probl&#232;me. Et c'est &#224; un trait d'esprit que nous devons souvent la solution du probl&#232;me. Lichtenberg note quelque part qu'&#224; force d'avoir lu Hom&#232;re, il avait fini par lire &#171; Agamemnon &#187; partout o&#249; &#233;tait &#233;crit le mot &#171; angenommen &#187; (accept&#233;). L&#224; r&#233;side vraiment la th&#233;orie du lapsus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous examinerons dans la prochaine le&#231;on la question de savoir si nous pouvons &#234;tre d'accord avec les po&#232;tes quant &#224; la conception des actes manqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re fois, nous avions con&#231;u l'id&#233;e d'envisager l'acte manqu&#233;, non dans ses rapports avec la fonction intentionnelle qu'il trouble, mais en lui-m&#234;me. Il nous avait paru que l'acte manqu&#233; trahissait dans certains cas un sens propre, et nous nous &#233;tions dit que s'il &#233;tait possible de confirmer cette premi&#232;re impression sur une plus vaste &#233;chelle, le sens propre des actes manqu&#233;s serait de nature &#224; nous int&#233;resser plus vivement que les circonstances dans lesquelles cet acte se produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettons-nous une fois de plus d'accord sur ce que, nous entendons dire, lorsque nous parlons du &#171; sens &#187; d'un processus psychique. Pour nous, ce &#171; sens &#187; n'est autre chose que l'intention qu'il sert et la place qu'il occupe dans la s&#233;rie psychique. Nous pourrions m&#234;me, dans la plupart de nos recherches, remplacer le mot &#171; sens &#187; par les mots a intention &#187; ou &#171; tendance &#187;. Eh bien, cette intention que nous croyons discerner dans l'acte manqu&#233;, ne serait-elle qu'une trompeuse apparence ou une po&#233;tique exag&#233;ration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenons-nous-en toujours aux exemples de lapsus et passons en revue un nombre plus ou moins important d'observations y relatives. Nous trouverons alors des cat&#233;gories enti&#232;res de cas o&#249; le sens du lapsus ressort avec &#233;vidence. Il s'agit, en premier lieu, des cas o&#249; l'on dit le contraire de ce qu'on voudrait dire. Le pr&#233;sident dit dans son discours d'ouverture : &#171; Je d&#233;clare la s&#233;ance close &#187;. Ici, pas d'&#233;quivoque possible. Le sens et l'intention trahis par son discours sont qu'il veut clore la s&#233;ance. Il le dit d'ailleurs lui-m&#234;me, pourrait-on ajouter &#224; ce propos ; et nous n'avons qu'&#224; le prendre au mot. Ne me troublez pas pour le moment par vos objections, en m'opposant, par exemple, que la chose est impossible, attendu que nous savons qu'il voulait, non clore la s&#233;ance, mais l'ouvrir, et que lui-m&#234;me, en qui nous avons reconnu la supr&#234;me instance, confirme qu'il voulait l'ouvrir. N'oubliez pas que nous &#233;tions convenus de n'envisager d'abord l'acte manqu&#233; qu'en lui-m&#234;me ; quant &#224; ses rapports avec l'intention qu'il trouble, il en sera question plus tard. En proc&#233;dant autrement, nous commettrions une erreur logique (lui nous ferait tout simplement escamoter la question (begging the question, disent les Anglais) qu'il s'agit de traiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres cas, o&#249; l'on n'a pas pr&#233;cis&#233;ment dit le contraire de ce qu'on voulait, le lapsus n'en r&#233;ussit pas moins &#224; exprimer un sens oppos&#233;. Ich bin nicht geneigl (lie Verdienste racines Vorg&#228;ngers zu w&#252;rdigen. Le mot geneigt (dispos&#233;) n'est pas le contraire de geeignet (autoris&#233;) ; mais il s'agit l&#224; d'un aveu publie, en opposition flagrante avec la situation de l'orateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres cas encore, le lapsus ajoute tout simplement un autre sens au sens voulu. La proposition appara&#238;t alors comme une sorte de contraction, d'abr&#233;viation, de condensation de plusieurs propositions. Tel est le cas de la dame &#233;nergique dont nous avons parl&#233; dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent.&#171; Il peut manger et boire, disait-elle de sou mari, ce que je veux. &#187; comme si elle avait dit : &#171; Il peut manger et boire ce qu'il veut. Mais qu'a-t-il &#224; vouloir ? C'est moi qui veux &#224; sa place. &#187; Les lapsus laissent souvent l'impression d'&#234;tre des abr&#233;viations de ce genre. Exemple : un professeur d'anatomie, apr&#232;s avoir termin&#233; une le&#231;on sur la cavit&#233; nasale, demande &#224; ses auditeurs s'ils l'ont compris. Ceux-ci ayant r&#233;pondu affirmativement, le professeur continue &#8212; &#171; Je ne le pense pas, car les gens comprenant la structure anatomique de la cavit&#233; nasale peuvent, m&#234;me dans une ville de un million d'habitants, &#234;tre compt&#233;s sur un doigt... pardon, sur les doigts d'une main. &#187; La phrase abr&#233;g&#233;e avait aussi son sens : le professeur voulait dire qu'il n'y avait qu'un seul homme comprenant la structure de la cavit&#233; nasale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de ce groupe de cas, o&#249; le sens de l'acte manqu&#233; appara&#238;t de lui-m&#234;me, il en est d'autres o&#249; le lapsus ne r&#233;v&#232;le rien de significatif et qui, par cons&#233;quent, sont contraires &#224; tout ce que nous pouvions attendre. Lorsque quelqu'un &#233;corche un nom propre ou juxtapose des suites de sons insolites, ce qui arrive encore assez souvent, la question du sens des actes manqu&#233;s ne comporte qu'une r&#233;ponse n&#233;gative. Mais en examinant ces exemples de plus pr&#232;s, on trouve que les d&#233;formations des mots ou des phrases s'expliquent facilement, voire que la diff&#233;rence entre ces cas plus obscurs et les cas plus clairs cit&#233;s plus haut n'est pas aussi grande qu'on l'avait cru tout d'abord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un monsieur auquel on demande des nouvelles de son cheval, r&#233;pond : &#171; Ja, das draut... das dauert vielleicht noch einem Monat. &#187; Il voulait dire : cela va durer (das dauert) peut-&#234;tre encore un mois. Questionn&#233; sur le sens qu'il attachait au mot draut (qu'il a failli employer &#224; la place de dauert), il r&#233;pondit que, pensant que la maladie de son cheval &#233;tait pour lui un triste (traurig) &#233;v&#233;nement, il avait, malgr&#233; lui, op&#233;r&#233; la fusion des mots traurifl et dauert, ce qui a produit le lapsus draut (Meringer et Mayer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre, parlant de certains proc&#233;d&#233;s qui le r&#233;voltent ajoute : &#171; Daim aber sind Tatsachen zum Vorschwein gekommen... &#187; Or, il voulait dire : &#171; Dann aber sind TatsachenzumVorschein gekommen. &#187; &#171; (Des faits se sont alors r&#233;v&#233;l&#233;s... &#187;) Mais, comme il qualifiait mentalement les proc&#233;d&#233;s en question de cochonneries (Schweinereien), il avait op&#233;r&#233; involontairement l'association des mots Vorschein et Schweinereien, et il en est r&#233;sult&#233; le lapsus Vorschwein (Meringer et Mayer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelez-vous le cas de ce jeune homme qui s'est offert &#224; accompagner une dame qu'il ne connaissait pas par le mot begleit-digen. Nous nous sommes permis de d&#233;composer le mot en begleiten (accompagner) et beleidigen (manquer de respect), et nous &#233;tions tellement s&#251;rs de cette interpr&#233;tation que nous n'avons m&#234;me pas jug&#233; utile d'en chercher la confirmation. Vous voyez d'apr&#232;s ces exemples que m&#234;me ces cas de lapsus, plus obscurs, se laissent expliquer par la rencontre, l'interf&#233;rence des expressions verbales de deux intentions. La seule diff&#233;rence qui existe entre les diverses cat&#233;gories de cas consiste cri ce que dans certains d'entre eux, comme dans les lapsus par opposition, une intention en remplace enti&#232;rement une autre (substitution), tandis que dans d'autres cas a lieu une d&#233;formation ou une modification d'une intention par une autre, avec production de mots mixtes ayant plus ou moins de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous croyons ainsi avoir p&#233;n&#233;tr&#233; le secret d'un grand nombre de lapsus. En maintenant cette mani&#232;re de voir, nous serons &#224; m&#234;me de comprendre d'autres groupes qui paraissent encore &#233;nigmatiques. C'est ainsi qu'en ce qui concerne la d&#233;formation de noms, nous ne pouvons pas admettre qu'il s'agisse toujours d'une concurrence entre deux noms, &#224; la fois semblables et diff&#233;rents. M&#234;me en l'absence de cette concurrence, la deuxi&#232;me intention n'est pas difficile &#224; d&#233;couvrir. La d&#233;formation d'un nom a souvent lieu en dehors de tout lapsus. Par elle, on cherche &#224; rendre un nom malsonnant ou &#224; lui donner une assonance qui rappelle un objet vulgaire. C'est un genre d'insulte tr&#232;s r&#233;pandu, auquel l'homme cultiv&#233; finit par renoncer, souvent &#224; contrec&#339;ur. Il lui donne souvent la forme d'un a trait d'esprit &#187;, d'une qualit&#233; tout &#224; fait inf&#233;rieure. Il semble donc indiqu&#233; d'admettre que le lapsus r&#233;sulte souvent d'une intention injurieuse qui se manifeste par la d&#233;formation du nom. En &#233;tendant notre conception, nous trouvons que des explications analogues valent pour certains cas de lapsus &#224; effet comique ou absurde : &#171; Je vous invite &#224; roter &#224; (aufstossen) la prosp&#233;rit&#233;, de notre chef &#187; (au lieu de : boire &#224; la sant&#233; -anstossen). Ici une disposition solennelle est troubl&#233;e, contre toute attente, par l'irruption d'un mot qui &#233;veille une repr&#233;sentation d&#233;sagr&#233;able ; et, nous rappelant certains propos et discours Injurieux, nous sommes autoris&#233;s &#224; admettre que, dans le cas dont il s'agit, une tendance cherche &#224; se manifester, en contradiction flagrante avec l'attitude apparemment respectueuse de l'orateur. C'est, au fond, comme si celui-ci avait voulu dire : ne croyez pas &#224; ce que je dis, je ne parle pas s&#233;rieusement, je me moque du bonhomme, etc. Il en est sans doute de m&#234;me de lapsus o&#249; des mots anodins se trouvent transform&#233;s en mots inconvenants et obsc&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance &#224; cette transformation, ou plut&#244;t &#224; cette d&#233;formation, s'observe chez beaucoup de gens qui agissent ainsi par plaisir, pour &#171; faire de l'esprit &#187;. Et, en effet, chaque fois que nous entendons une pareille d&#233;formation, nous devons nous renseigner &#224; l'effet de savoir si son auteur a voulu seulement se montrer spirituel ou s'il a laiss&#233; &#233;chapper un lapsus v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons ainsi r&#233;solu avec une facilit&#233; relative l'&#233;nigme des actes manqu&#233;s ! Ce ne sont pas des accidents, mais des actes psychiques s&#233;rieux, ayant un sens, produits par le concours ou, plut&#244;t, par l'opposition de deux intentions diff&#233;rentes. Mais je pr&#233;vois toutes les questions et tous les doutes que vous pouvez soulever &#224; ce propos, questions et doutes qui doivent recevoir d&#233;s. r&#233;ponses et des solutions avant que nous soyons en droit de nous r&#233;jouir de ce premier r&#233;sultat obtenu. Il n'entre nullement dans mes intentions de vous pousser &#224; des d&#233;cisions h&#226;tives. Discutons tous les points dans l'ordre, avec calme, l'un apr&#232;s l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que pourriez-vous me demander ? Si je pense que l'explication que je propose est valable pour tous les cas ou seulement pour un certain nombre d'entre eux ? Si la m&#234;me conception s'&#233;tend &#224; toutes les autres vari&#233;t&#233;s d'actes manqu&#233;s : erreurs de lecture, d'&#233;criture, oubli, m&#233;prise, impossibilit&#233; de retrouver un objet rang&#233;, etc. ? Quel r&#244;le peuvent encore jouer la fatigue, l'excitation, la distraction, les troubles de l'attention, en pr&#233;sence de la nature psychique des actes manqu&#233;s ? On constate, en outre que, des deux tendances concurrentes d'un acte manqu&#233;, l'une est toujours patente, l'autre non. Que fait-on pour mettre en &#233;vidence cette derni&#232;re et, lorsqu'on croit y avoir r&#233;ussi, comment prouve-t-on que cette tendance, loin d'&#234;tre seulement vraisemblable, est la seule possible ? Avez-vous d'autres questions encore &#224; me poser ? Si vous n'en avez pas, je continuerai &#224; en poser moi-m&#234;me. Je vous rappellerai qu'&#224; vrai dire les actes manqu&#233;s, comme tels, nous int&#233;ressent peu, que nous voulions seulement de leur &#233;tude tirer des r&#233;sultats applicables &#224; la psychanalyse. C'est pourquoi je pose la question suivante . quelles sont ces intentions et tendances, susceptibles de troubler ainsi d'autres intentions et tendances, et quels sont les rapports existant entre les tendances troubl&#233;es et les tendances perturbatrices ? C'est ainsi que notre travail ne fera que recommencer apr&#232;s la solution du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc : notre explication est-elle valable pour tous les cas de lapsus ? Je suis tr&#232;s port&#233; &#224; le croire, parce qu'on retrouve cette explication toutes les fois qu'on examine un lapsus. Mais rien ne prouve qu'il n'y ait pas de lapsus produits par d'autres m&#233;canismes. Soit. Mais au point de vue th&#233;orique cette possibilit&#233; nous importe peu, car les conclusions que nous entendons formuler concernant l'introduction &#224; la psychanalyse demeurent, alors m&#234;me que les lapsus cadrant avec notre conception ne constitueraient que la minorit&#233;, ce qui n'est certainement pas le cas. Quant &#224; la question suivante, &#224; savoir si nous devons &#233;tendre aux autres vari&#233;t&#233;s d'actes manqu&#233;s les r&#233;sultats que nous avons obtenus relativement aux lapsus, j'y r&#233;pondrai affirmativement par anticipation. Vous verrez d'ailleurs que j'ai raison de le faire, lorsque nous aurons abord&#233; l'examen des exemples relatifs aux erreurs d'&#233;criture, aux m&#233;prises, etc. Je vous propose toutefois, pour des raisons techniques, d'ajourner ce travail jusqu'&#224; ce que nous ayons approfondi davantage le probl&#232;me des lapsus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, en pr&#233;sence du m&#233;canisme psychique que nous venons de d&#233;crire, quel r&#244;le revient encore a ces facteurs auxquels les auteurs attachent une importance primordiale : troubles circulatoires, fatigue. excitation, distraction, troubles de l'attention ? Cette question m&#233;rite un examen attentif. Remarquez bien que nous ne contestons nullement l'action de ces facteurs. Et, d'ailleurs, il n'arrive pas souvent &#224; la psychanalyse de contester ce qui est affirm&#233; par d'autres ; g&#233;n&#233;ralement, elle ne fait qu'y ajouter du nouveau et, &#224; l'occasion, il se trouve que ce qui avait &#233;t&#233; omis par d'autres et ajout&#233; par elle constitue pr&#233;cis&#233;ment l'essentiel. L'influence des dispositions physiologiques, r&#233;sultant de malaises, de troubles circulatoires, d'&#233;tats d'&#233;puisement, sur la production de lapsus doit &#234;tre reconnue sans r&#233;serves. Votre exp&#233;rience personnelle et journali&#232;re suffit &#224; vous rendre &#233;vidente cette influence. Mais que cette explication explique peul Et, tout d'abord, les &#233;tats que nous venons d'&#233;num&#233;rer ne sont pas les conditions n&#233;cessaires de l'acte manqu&#233;. Le lapsus se produit tout aussi bien en pleine sant&#233;, en plein &#233;tat normal. Ces facteurs somatiques n'ont de valeur qu'en tant qu'ils facilitent et favorisent le m&#233;canisme psychique particulier du lapsus. Je me suis servi un jour, pour illustrer ce rapport, d'une comparaison que je vais reprendre aujourd'hui, car je ne saurais la remplacer par une meilleure. Supposons, qu'en traversant par une nuit obscure un lieu d&#233;sert, je sois attaqu&#233; par un r&#244;deur qui me d&#233;pouille de ma montre et de ma bourse et qu'apr&#232;s avoir &#233;t&#233; ainsi vole par ce malfaiteur, dont je n'ai pu discerner le visage, j'aille d&#233;poser une plainte au commissariat de police le plus proche en disant : &#171; la solitude et l'obscurit&#233; viennent de me d&#233;pouiller de mes bijoux &#187; ; le commissaire pourra alors me r&#233;pondre : &#171; il me semble que vous avez tort de vous en tenir &#224; cette explication ultra-m&#233;caniste. Si vous le voulez bien, nous nous repr&#233;senterons plut&#244;t la situation de la mani&#232;re suivante : prot&#233;g&#233; par l'obscurit&#233;, favoris&#233; par la solitude, un voleur inconnu vous a d&#233;pouill&#233; de vos objets de valeur. Ce qui, &#224; mon avis, importe le plus dans votre cas, c'est de retrouver le voleur ; alors seulement nous aurons quelques chances de lui reprendre les objets qu'il vous a vol&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les facteurs psycho-physiologiques tels que l'excitation, la distraction, les troubles de l'attention, ne nous sont &#233;videmment que de peu de secours pour l'explication des actes manqu&#233;s. Ce sont des mani&#232;res de parler, des paravents derri&#232;re lesquels nous ne pouvons nous emp&#234;cher de regarder. On peut se demander plut&#244;t : quelle est, dans tel cas particulier, la cause de l'excitation, de la d&#233;rivation particuli&#232;re de l'attention ? D'autre part, les influences tonales, les ressemblances verbales, les associations habituelles que pr&#233;sentent les mots ont &#233;galement, il faut le reconna&#238;tre, une certaine importance. Tous ces facteurs facilitent le lapsus en lui indiquant la voie qu'il peut suivre. Mais suffit-il que j'aie un chemin devant moi pour qu'il soit entendu que je le suivrai ? Il faut encore un mobile pour m'y d&#233;cider, il faut une force pour m'y pousser. Ces rapports tonaux et ces ressemblances verbales ne font donc, tout comme les dispositions corporelles, que favoriser le lapsus, sans l'expliquer &#224; proprement parler. Songez donc que, dans l'&#233;norme majorit&#233; des cas, mon discours n'est nullement troubl&#233; par le fait que les mots que j'emploie en rappellent d'autres par leur assonance ou sont intimement li&#233;s &#224; leurs contraires ou provoquent des associations usuelles. On pourrait encore dire, &#224; la rigueur, avec le philosophe Wundt, que le lapsus se produit lorsque, par suite d'un &#233;puisement corporel, la tendance &#224; l'association en vient &#224; l'emporter sur toutes les autres intentions du discours. Ce serait parfait si cette explication n'&#233;tait pas contredite par l'exp&#233;rience qui montre, dans certains cas, l'absence des facteurs corporels et, dans d'autres, l'absence d'associations susceptibles de favoriser le lapsus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je trouve particuli&#232;rement int&#233;ressante votre question relative &#224; la mani&#232;re dont on constate les deux tendances interf&#233;rentes. Vous ne vous doutez probablement pas des graves cons&#233;quences qu'elle peut pr&#233;senter, selon la r&#233;ponse qu'elle recevra. En ce qui concerne l'une de ces tendances, la tendance troubl&#233;e, aucun doute n'est possible &#224; son sujet : la personne qui accomplit un acte manqu&#233; conna&#238;t cette tendance et s'en r&#233;clame. Des doutes et des h&#233;sitations ne peuvent na&#238;tre qu'au sujet de l'autre tendance, de la tendance perturbatrice. Or, je vous l'ai d&#233;j&#224; dit, et vous ne l'avez certainement pas oubli&#233;, il existe toute une s&#233;rie de cas o&#249; cette derni&#232;re tendance est &#233;galement manifeste. Elle nous est r&#233;v&#233;l&#233;e par l'effet du lapsus, lorsque nous avons seulement le courage d'envisager cet effet en lui-m&#234;me. Le pr&#233;sident dit le contraire de ce qu'il devrait dire : il est &#233;vident qu'il veut ouvrir la s&#233;ance, mais il n'est pas moins &#233;vident qu'il ne serait pas f&#226;ch&#233; de la clore. C'est tellement clair que toute autre interpr&#233;tation devient inutile. Mais dans les cas o&#249; la tendance perturbatrice ne fait que d&#233;former la tendance primitive, sans s'exprimer, comment pouvons-nous la d&#233;gager de cette d&#233;formation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une premi&#232;re s&#233;rie de cas, nous pouvons le faire tr&#232;s simplement et tr&#232;s s&#251;rement, de la m&#234;me mani&#232;re dont nous &#233;tablissons la tendance troubl&#233;e. Nous l'apprenons, dans les cas dont il s'agit, de la bouche m&#234;me de la personne int&#233;ress&#233;e qui, apr&#232;s avoir commis le lapsus, se reprend et r&#233;tablit le mot juste, comme dans l'exemple cit&#233; plus haut :&#171; Das draut... nein, das dauert vielleicht noch einen Monat &#187;. &#192; la question : pourquoi avez-vous commenc&#233; par employer le mot draut ? la personne r&#233;pond qu'elle avait voulu dire : &#171; c'est une triste (taurige) histoire &#187;, mais qu'elle a, sans le vouloir, op&#233;r&#233; l'association des mots dauert et traurig, ce qui a produit le lapsus draut. Et voil&#224; la tendance perturbatrice r&#233;v&#233;l&#233;e par la personne int&#233;ress&#233;e elle-m&#234;me. Il en est de m&#234;me dans le cas du lapsus Vorschwein (voir plus haut, chapitre 2) : la personne interrog&#233;e ayant r&#233;pondu qu'elle voulait dire Schweinereien (cochonneries), mais qu'elle s'&#233;tait retenue et s'&#233;tait engag&#233;e dans une fausse direction. le ! encore, la d&#233;termination de la tendance perturbatrice r&#233;ussit aussi s&#251;rement que celle de la tendance troubl&#233;e. Ce n'est pas sans intention que j'ai cit&#233; ces cas dont la communication et l'analyse ne viennent ni de, moi ni d'aucun de mes adeptes. Il n'en reste pas moins que dans ces deux cas il a fallu une certaine intervention pour faciliter la solution. Il a fallu demander aux personnes pourquoi elles ont commis tel ou tel lapsus, ce qu'elles ont &#224; dire &#224; ce sujet. Sans cela, elles auraient petit-&#234;tre pass&#233; &#224; c&#244;t&#233; du lapsus sans se donner la peine de l'expliquer. Interrog&#233;es, elles l'ont expliqu&#233; par la premi&#232;re id&#233;e qui leur &#233;tait venue &#224; l'esprit. Vous voyez, cette petite intervention et son r&#233;sultat, c'est d&#233;j&#224; de la psychanalyse, c'est le mod&#232;le en petit de la recherche psychanalytique que nous instituerons dans la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suis-je trop m&#233;fiant, en soup&#231;onnant qu'au moment m&#234;me o&#249; la psychanalyse surgit devant vous votre r&#233;sistance &#224; son &#233;gard s'affermit &#233;galement ? N'auriez-vous pas envie de m'objecter que les renseignements fournis par les personnes ayant commis des lapsus ne sont pas tout &#224; fait probants ? Les personnes, pensez-vous, sont naturellement port&#233;es &#224; suivre l'invitation qu'on leur adresse d'expliquer le lapsus et disent la premi&#232;re chose qui leur passe par la t&#234;te, si elle leur semble propre &#224; fournir l'explication cherch&#233;e. Tout cela ne prouve pas, &#224; votre avis, que le lapsus ait r&#233;ellement le sens qu'on lui attribue. Il peut l'avoir, mais il peut aussi en avoir un autre. Une autre id&#233;e, tout aussi apte, sinon plus apte, &#224; servir d'explication, aurait pu venir &#224; l'esprit de la personne interrog&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve vraiment &#233;tonnant le peu de respect que vous avez au fond pour les faits psychiques. Imaginez-vous que quelqu'un ayant entrepris l'analyse chimique d'une certaine substance en ait retir&#233; un poids d&#233;termin&#233;, tant de, milligrammes par exemple, d'un de ses &#233;l&#233;ment constitutifs. Des conclusions d&#233;finies peuvent &#234;tre d&#233;duites de ce poids d&#233;termin&#233;. Croyez-vous qu'il se trouvera un chimiste pour contester ces conclusions, sous le pr&#233;texte que la substance isol&#233;e aurait pu avoir un autre poids ? Chacun s'incline devant le fait que c'est le poids trouv&#233; qui constitue le poids r&#233;el et on base sur ce fait, sans h&#233;siter, les conclusions ult&#233;rieures. Or, lorsqu'on se trouve en pr&#233;sence du fait psychique constitu&#233; par une id&#233;e d&#233;termin&#233;e venue &#224; l'esprit d'une personne interrog&#233;e, on n'applique plus la m&#234;me r&#232;gle et on dit que la personne aurait pu avoir une autre id&#233;el Vous avez l'illusion d'une libert&#233; physique et vous ne voudriez pas y renoncer ! Je regrette de tic pas pouvoir partager votre opinion sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut que vous c&#233;diez sur ce point, mais pour renouveler votre r&#233;sistance sur un autre. Vous continuerez en disant : &#171; nous comprenons que la technique sp&#233;ciale de la psychanalyse consiste &#224; obtenir de la bouche m&#234;me du sujet analys&#233; la solution des probl&#232;mes dont elle s'occupe. Or, reprenons cet autre exemple o&#249; l'orateur de banquet invite l'assembl&#233;e &#224; &#171; roter &#187; &#224; (aufstossen) la prosp&#233;rit&#233; du chef. Vous dites que dans ce cas l'intention perturbatrice est une intention injurieuse qui vient s'opposer &#224; l'intention respectueuse. Mais ce n'est l&#224; que votre interpr&#233;tation personnelle, fond&#233;e sur des observations ext&#233;rieures au lapsus. Interrogez donc l'auteur de celui-ci : jamais il n'avouera une intention injurieuse ; il la niera plut&#244;t, et avec la derni&#232;re &#233;nergie. Pourquoi n'abandonneriez-vous pas votre interpr&#233;tation ind&#233;montrable, en pr&#233;sence de cette irr&#233;futable protestation ?&#171; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez trouv&#233; cette fois un argument qui porte. Je me repr&#233;sente l'orateur inconnu ; il est probablement assistant du chef honor&#233;, peut-&#234;tre d&#233;j&#224; privat-docent ; je le vois sous les traits d'un jeune homme dont l'avenir est plein de promesses. Je vais lui demander avec insistance s'il n'a pas &#233;prouv&#233; quelque r&#233;sistance &#224; l'expression de sentiments respectueux &#224; l'&#233;gard de son chef. Mais me voil&#224; bien re&#231;u. Il devient impatient et s'emporte violemment : &#171; Je vous prie de cesser vos interrogations ; sinon, je me f&#226;che. Vous &#234;tes capable par vos soup&#231;ons de g&#226;ter toute ma carri&#232;re. J'ai dit tout simplement aufstosseri (roter), au lieu de anstossen (trinquer), parce que j'avais d&#233;j&#224;, dans la m&#234;me phrase, employ&#233; &#224; deux reprises la pr&#233;position auf. C'est ce que Meringer appelle Nach-Klang, et il n'y a pas &#224; chercher d'autre interpr&#233;tation. M'avez-vous compris ? Que cela vous suffise ! &#187; Hum ! La r&#233;action est bien violente, la d&#233;n&#233;gation par trop &#233;nergique. Je vois qu'il n'y a rien &#224; tirer du jeune homme, mais je pense aussi qu'il est personnellement fort int&#233;ress&#233; &#224; ce qu'on ne trouve aucun sens &#224; son acte manqu&#233;. Vous penserez peut-&#234;tre qu'il a tort de se montrer aussi grossier &#224; propos d'une recherche purement th&#233;orique, mais enfin, ajouterez-vous, il doit bien savoir ce qu'il voulait ou ne voulait pas dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vraiment ? C'est ce qu'il faudrait encore savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois vous croyez me tenir. Voil&#224; donc votre technique, vous entends-je dire. Lorsqu'une personne ayant commis un lapsus dit &#224; ce propos quelque chose qui vous convient, vous d&#233;clarez qu'elle est la supr&#234;me et d&#233;cisive autorit&#233; : &#171; Il le dit bien lui-m&#234;me ! &#187; Mais si ce que dit la personne interrog&#233;e ne vous convient pas, vous pr&#233;tendez aussit&#244;t que son explication n'a aucune valeur, qu'il n'y a pas &#224; y ajouter foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est dans l'ordre des choses. Mais je puis vous pr&#233;senter un cas analogue o&#249; les choses se passent d'une fa&#231;on tout aussi extraordinaire. Lorsqu'un pr&#233;venu avoue son d&#233;lit, le juge croit &#224; son aveu ; mais lorsqu'il le nie, le juge ne le croit pas. S'il en &#233;tait autrement, l'administration de la justice ne serait pas possible et, malgr&#233; des erreurs &#233;ventuelles, on est bien oblig&#233; d'accepter ce syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#234;tes-vous juges, et celui qui a commis un lapsus appara&#238;trait-il devant vous en pr&#233;venu ? Le lapsus serait-il nu d&#233;lit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre ne devons-nous pas repousser cette comparaison. Mais voyez les profondes diff&#233;rences qui se r&#233;v&#232;lent d&#232;s qu'on approfondit tant soit peu les probl&#232;mes en apparence si anodins que soul&#232;vent les actes manqu&#233;s. Diff&#233;rences que nous ne savons encore supprimer. Je vous propose un compromis provisoire fond&#233; pr&#233;cis&#233;ment sur cette comparaison entre la psychanalyse et une introduction judiciaire. Vous devez m'accorder que le sens d'un acte manqu&#233; n'admet pas le moindre doute lorsqu'il est donn&#233; par l'analys&#233; lui-m&#234;me. Je vous accorderai, en revanche, que la preuve directe du sens soup&#231;onn&#233; est impossible &#224; obtenir lorsque l'analys&#233; refuse tout renseignement ou lorsqu'il n'est pas l&#224; pour nous renseigner. Nous en sommes alors r&#233;duits, comme dans le cas d'une enqu&#234;te judiciaire, &#224; nous contenter d'indices qui rendront notre d&#233;cision plus ou moins vraisemblable, selon les circonstances. Pour des raisons pratiques, le tribunal doit d&#233;clarer un pr&#233;venu coupable, alors m&#234;me qu'il ne poss&#232;de que des preuves pr&#233;sum&#233;es. Cette n&#233;cessit&#233; n'existe pas pour nous ; mais nous ne devons pas non plus renoncer &#224; l'utilisation de pareils indices. Ce serait une erreur de croire qu'une science ne se compose que de th&#232;ses rigoureusement d&#233;montr&#233;es, et ou attrait tort de l'exiger. Une pareille exigence est le fait de temp&#233;raments ayant besoin d'autorit&#233;, cherchant &#224; remplacer le cat&#233;chisme religieux par un autre, f&#251;t-il scientifique. Le cat&#233;chisme de la science ne renferme que peu de propositions apodictiques ; la plupart de ses affirmations pr&#233;sente seulement certains degr&#233;s de probabilit&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment le propre de l'esprit scientifique de savoir et de pouvoir continuer le travail constructif, malgr&#233; le manque de preuves derni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans les cas o&#249; nous ne tenons pas de la bouche m&#234;me de l'analys&#233; des renseignements sur le sens de l'acte manqu&#233;, o&#249; trouvons-nous des points d'appui pour nos interpr&#233;tations et des indices pour notre d&#233;monstration ? Ces points d'appui et ces indices nous viennent de plusieurs sources. Ils nous sont fournis d'abord par la comparaison analogique avec des ph&#233;nom&#232;nes ne se rattachant pas &#224; des actes manqu&#233;s, comme lorsque nous constatons, par exemple, que la d&#233;formation d'un nom, en tant qu'acte manqu&#233;, a le m&#234;me sens injurieux que celui qu'aurait une d&#233;formation intentionnelle. Mais point d'appui et indices nous sont encore fournis par la situation psychique dans laquelle se produit l'acte manqu&#233;, par la connaissance que nous avons du caract&#232;re de la personne qui accomplit cet acte, par les impressions que cette personne pouvait avoir avant l'acte et contre lesquelles elle r&#233;agit petit-&#234;tre par celui-ci. Les choses se passent g&#233;n&#233;ralement de telle sorte que nous formulons d'abord une interpr&#233;tation de l'acte manqu&#233; d'apr&#232;s des principes g&#233;n&#233;raux. Ce que nous obtenons ainsi n'est qu'une pr&#233;somption, un projet d'interpr&#233;tation dont nous cherchons la confirmation clans l'examen de la situation psychique. Quelquefois nous sommes oblig&#233;s, pour obtenir la confirmation de notre pr&#233;somption, d'attendre certains &#233;v&#233;nements qui nous sont comme annonc&#233;s par l'acte manqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne me sera pas facile de vous donner les preuves de ce que j'avance tant que je restera ! confin&#233; dans le domaine de lapsus, bien qu'on puisse &#233;galement trouver ici quelques bons exemples. Le jeune homme qui, d&#233;sirant accompagner une dame, s'offre de la begleitdigen (association des mots begleiten, accompagner, et beleidigen, manquer de respect) est certainement un timide ; la dame dont le mari doit manger et boire ce qu'elle veut est certainement une de ces femmes &#233;nergiques (et je la connais comme telle) qui savent commander dans leur maison. Ou prenons encore le cas suivant : lors d'une r&#233;union g&#233;n&#233;rale de l'association &#171; Concordia &#187;, un jeune membre prononce un violent discours d'opposition au cours duquel il interpelle la direction de l'association, en s'adressant aux membres du&#171; comit&#233; des pr&#234;ts &#187; (Vorschuss), au lieu de dire membres du &#171; conseil de direction &#187; (Vorstand) ou du &#171; comit&#233; &#187; (Ausschuss). Il a donc form&#233; son mot Vorschuss, en combinant, sans s'en rendre compte, les mots VOR-stand et AUS-schuss. On peut pr&#233;sumer que son opposition s'&#233;tait heurt&#233;e &#224; une tendance perturbatrice en rapport possible avec une affaire de pr&#234;t. Et nous avons appris en effet que notre orateur avait des besoins d'argent constants et qu'il venait de faire une nouvelle demande de pr&#234;t. On peut donc voir la cause de l'intention perturbatrice dans l'id&#233;e suivante : tu ferais bien d'&#234;tre mod&#233;r&#233; dans ton opposition, car tu t'adresses &#224; des gens pouvant t'accorder ou te refuser le pr&#234;t que tu demandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrai vous produire un nombreux choix de ces preuves-indices lorsque j'aurai abord&#233; le vaste domaine des autres actes manqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque quelqu'un oublie ou, malgr&#233; tous ses efforts, ne retient que difficilement un nom qui lui est cependant familier, nous sommes en droit de supposer qu'il &#233;prouve quelque ressentiment &#224; l'&#233;gard du porteur de ce nom, ce qui fait qu'il ne pense pas volontiers &#224; lui. R&#233;fl&#233;chissez aux r&#233;v&#233;lations qui suivent concernant la situation psychique dans laquelle s'est produit un de ces actes manqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M. Y... aimait sans r&#233;ciprocit&#233; une dame, laquelle avait fini par &#233;pouser M. X... Bien que M. Y.... connaisse M. X... depuis longtemps et se trouve m&#234;me avec lui en relations d'affaires, il oublie constamment son nom, en sorte qu'il se trouve oblig&#233; de le demander &#224; d'autres personnes toutes les fois qu'il doit lui &#233;crire 3. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que M. Y... ne veut rien savoir de son heureux rival &#171; nicht gedacht soll seiner werden 4 ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore :une dame demande &#224; son m&#233;decin des nouvelles d'une autre dame qu'ils connaissent tous deux, mais en la d&#233;signant par son nom de jeune fille. Quant au nom qu'elle porte depuis son mariage, elle l'a compl&#232;tement oubli&#233;. Interrog&#233;e &#224; ce sujet, elle d&#233;clare qu'elle est tr&#232;s m&#233;contente du mariage de son amie et ne peut pas souffrir le mari de celle-ci 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aurons encore beaucoup d'autres choses &#224; dire sur l'oubli de noms. Ce qui nous int&#233;resse principalement ici, c'est la situation psychique dans laquelle cet oubli se produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oubli de projets peut &#234;tre rattach&#233;, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, &#224; l'action d'un courant contraire qui s'oppose &#224; leur r&#233;alisation. Ce n'est pas seulement l&#224; l'opinion des psychanalystes ; c'est aussi celle de tout le monde, c'est l'opinion que chacun professe dans la vie courante, mais nie en th&#233;orie. Le tuteur, qui s'excuse devant son pupille d'avoir oubli&#233; sa demande, ne se trouve pas absous aux yeux de celui-ci, qui pense aussit&#244;t : il n'y a rien de vrai clans ce que dit mon tuteur, il ne veut tout simplement pas tenir la promesse qu'il m'avait faite. C'est pourquoi l'oubli est interdit dans certaines circonstances de la vie, et la diff&#233;rence entre la conception populaire et la conception psychanalytique des actes manqu&#233;s se trouve supprim&#233;e. Figurez-vous une ma&#238;tresse de maison recevant son invit&#233; par ses mots : &#171; Comment ! C'est donc aujourd'hui que vous deviez venir ? J'avais totalement oubli&#233; que je vous ai invit&#233; pour aujourd'hui. &#187; Ou encore figurez-vous le cas du jeune homme oblig&#233; d'avouer &#224; la jeune fille qu'il aimait qu'il avait oubli&#233; de se trouver au dernier rendez-vous : plut&#244;t que de faire cet aveu, il inventera les obstacles les plus invraisemblables, lesquels, apr&#232;s l'avoir emp&#234;ch&#233; d'&#234;tre exact au rendez-vous, l'auraient mis dans l'impossibilit&#233; de donner de ses nouvelles. Dans la vie militaire, l'excuse d'avoir oubli&#233; quelque chose n'est pas prise en consid&#233;ration et ne pr&#233;munit pas contre une punition : c'est un fait que nous connaissons tous et que nous trouvons pleinement justifi&#233;, parce que nous reconnaissons que dans les conditions de la vie militaire certains actes manqu&#233;s ont un sens et que dans la plupart des cas nous savons quel est ce sens. Pourquoi n'est-on pas assez logique pour &#233;tendre la m&#234;me mani&#232;re de voir aux autres actes manqu&#233;s, pour s'en r&#233;clamer franchement et sans restrictions ? Il y a naturellement &#224; cela aussi une r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le sens que pr&#233;sente l'oubli de projets n'est pas douteux, m&#234;me pour les profanes, vous serez d'autant moins surpris de constater que les po&#232;tes utilisent cet acte manqu&#233; dans la m&#234;me intention. Ceux d'entre vous qui ont vu jouer ou ont lu C&#233;sar et Cl&#233;op&#226;tre, de B. Shaw, se rappellent sans doute la derni&#232;re sc&#232;ne o&#249; C&#233;sar, sur le point de partir, est obs&#233;d&#233; par l'id&#233;e d'un projet qu'il avait con&#231;u, mais dont il ne pouvait plus se souvenir. Nous apprenons finalement que ce projet consistait a faire ses adieux &#224; Cl&#233;op&#226;tre. Par ce petit artifice, le po&#232;te veut attribuer au grand C&#233;sar une sup&#233;riorit&#233; qu'il ne poss&#233;dait pas et &#224; laquelle il ne pr&#233;tendait pas. Vous savez d'apr&#232;s les sources historiques que C&#233;sar avait fait venir Cl&#233;op&#226;tre &#224; Rome et qu'elle y demeurait avec son petit C&#233;sarion jusqu'&#224; l'assassinat de C&#233;sar, &#224; la suite duquel elle avait fui la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cas d'oublis de projets sont en g&#233;n&#233;ral tellement clairs que nous ne pouvons gu&#232;re les utiliser en vue du but que nous poursuivons et qui consiste &#224; d&#233;duire de la situation psychique des indices relatifs an sens de l'acte manqu&#233;. Aussi nous adresserons-nous &#224; un acte qui manque particuli&#232;rement de clart&#233; et n'est rien moins qu'univoque : la perte d'objets et l'impossibilit&#233; de retrouver des objets rang&#233;s. Que notre intention joue un certain r&#244;le dans la perte d'objets, accident que nous ressentons souvent si douloureusement, c'est ce qui vous para&#238;tra invraisemblable. Mais il existe de nombreuses observations dans le genre de celle-ci : un jeune homme perd un crayon auquel il tenait beaucoup ; or, il avait re&#231;u la veille de son beau-fr&#232;re une lettre qui se terminait par ces mots : &#171; Je n'ai d'ailleurs ni le temps ni l'envie d'encourager ta l&#233;g&#232;ret&#233; et ta paresse 6. &#187; Le crayon &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment un cadeau de ce beau-fr&#232;re. Sans cette co&#239;ncidence, nous ne pourrions naturellement pas affirmer que l'intention de se d&#233;barrasser de l'objet ait jou&#233; un r&#244;le dans la perte de celui-ci. Les cas de ce genre sont tr&#232;s fr&#233;quents. On perd des objets lorsqu'on s'est brouill&#233; avec ceux qui les ont donn&#233;s et qu'on ne veut plus penser &#224; eux. Ou encore, on perd des objets lorsqu'on n'y tient plus et qu'on veut les remplacer par d'autres, meilleurs. &#192; la m&#234;me attitude &#224; l'&#233;gard d'un objet r&#233;pond naturellement le fait de le laisser tomber, de le casser, de le briser. Est-ce un simple hasard lorsqu'un &#233;colier perd, d&#233;truit, casse ses objets d'usage courant, tels que son sac et sa montre par exemple, juste la veille de son anniversaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui s'est souvent trouv&#233; dans le cas p&#233;nible de ne pas pouvoir retrouver un objet qu'il avait lui-m&#234;me rang&#233; ne voudra pas croire qu'une intention quelconque pr&#233;side &#224; cet accident. Et pourtant, les cas ne sont pas rares o&#249; les circonstances accompagnant un oubli de ce genre r&#233;v&#232;lent une tendance &#224; &#233;carter provisoirement ou d'un fa&#231;on durable l'objet dont il s'agit. Je cite un de ces cas qui est peut-&#234;tre le plus beau de tous ceux connus ou publi&#233; jusqu'&#224; ce jour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme encore jeune me raconte que des malentendus s'&#233;taient &#233;lev&#233;s il y a quelques ann&#233;es dans son m&#233;nage . &#171; Je trouvais, me disait-il, ma femme trop froide, et nous vivions c&#244;te &#224; c&#244;te, sans tendresse, ce qui ne m'emp&#234;chait d'ailleurs pas de reconna&#238;tre ses excellentes qualit&#233;s. Un jour, revenant d'une promenade, elle m'apporta un livre qu'elle avait achet&#233;, parce qu'elle croyait qu'il m'int&#233;resserait. Je la remerciai de son &#171; attention. &#187; et lui promis de lire le livre que je mis de c&#244;t&#233;. Mais il arriva que j'oubliai aussit&#244;t l'endroit o&#249; je l'avais rang&#233;. Des mois se sont pass&#233;s pendant lesquels, me souvenant &#224; plusieurs reprises du livre disparu, j'avais essay&#233; de d&#233;couvrir sa place, sans jamais y parvenir. Six mois plus tard environ, ma m&#232;re que j'aimais beaucoup tombe malade, et ma femme quitte aussit&#244;t la maison pour aller la soigner. L'&#233;tat de la malade devient grave, ce qui fut pour ma femme l'occasion de r&#233;v&#233;ler ses meilleures qualit&#233;s. Un soir, je rentre &#224; la maison enchant&#233; de ma femme et plein de reconnaissance &#224; son &#233;gard pour tout ce qu'elle a fait. Je m'approche de mon bureau, j'ouvre sans aucune intention d&#233;finie, mais avec une assurance toute somnambulique, un certain tiroir, et la premi&#232;re chose qui me tombe sous les yeux est le livre &#233;gar&#233;, rest&#233; si longtemps introuvable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le motif disparu, l'objet cesse d'&#234;tre introuvable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais multiplier &#224; l'infini les exemples de ce genre, mais je ne le ferai pas. Dans ma Psychologie de la vie quotidienne (en allemand, premi&#232;re &#233;dition 1901) vous trouverez une abondante casuistique pour servir &#224; l'&#233;tude des actes manqu&#233;s 7. De tous ces exemples se d&#233;gage une seule et m&#234;me conclusion : les actes manqu&#233;s ont un sens et indiquent les moyens de d&#233;gager ce sens d'apr&#232;s les circonstances qui accompagnent l'acte. Je serai aujourd'hui plus bref, car nous avons seulement l'intention de tirer de cette &#233;tude les &#233;l&#233;ments d'une pr&#233;paration &#224; la psychanalyse. Aussi ne vous parlerai-je encore que de deux groupes d'observations. Des observations relatives aux actes manqu&#233;s accumul&#233;s et combin&#233;s et de celles concernant la confirmation de nos interpr&#233;tations par des &#233;v&#233;nements survenant ult&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actes manqu&#233;s accumul&#233;s et combin&#233;s constituent certainement la plus belle floraison de leur esp&#232;ce. S'il s'&#233;tait seulement agi de montrer que les actes manqu&#233;s peuvent avoir un sens, nous nous serions born&#233;s d&#232;s le d&#233;but &#224; ne nous occuper que de ceux-l&#224;, car leur sens est tellement &#233;vident qu'il s'impose &#224; la fois &#224; l'intelligence la plus obtuse et &#224; l'esprit le plus critique. L'accumulation des manifestations r&#233;v&#232;le une pers&#233;v&#233;rance qu'il est difficile d'attribuer au hasard, mais qui cadre bien avec l'hypoth&#232;se d'un dessein. Enfin, le remplacement de certains actes manqu&#233;s par d'autres nous montre que l'important et l'essentiel dans ceux-ci ne doit &#234;tre cherch&#233; ni dans la forme, ni dans les moyens dont ils se servent, mais bien dans l'intention &#224; laquelle ils servent eux-m&#234;mes et qui peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e par les moyens les plus vari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais vous citer un cas d'oubli &#224; r&#233;p&#233;tition : E. Jones raconte que, pour des raisons qu'il ignore, il avait une fois laiss&#233; sur son bureau pendant quelques jours une lettre qu'il avait &#233;crite. Un jour il se d&#233;cide &#224; l'exp&#233;dier, mais elle lui est renvoy&#233;e par le &#171; dead letter office &#187; (service des lettres tomb&#233;es au rebut), parce qu'il avait oubli&#233; d'&#233;crire l'adresse. Ayant r&#233;par&#233; cet oubli, il remet la lettre &#224; la poste, mais cette fois sans avoir mis de timbre. Et c'est alors qu'il est oblig&#233; de s'avouer qu'au fond il ne tenait pas du tout &#224; exp&#233;dier la lettre en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre cas, nous avons une combinaison d'une appropriation erron&#233;e d'un objet et de l'impossibilit&#233; de le retrouver. Une dame fait un voyage &#224; Rome avec son beau-fr&#232;re, peintre c&#233;l&#232;bre. Le visiteur est tr&#232;s f&#234;t&#233; par les Allemands habitant Rome et re&#231;oit, entre autres cadeaux, une m&#233;daille antique en or. La dame constate avec peine que son beau-fr&#232;re ne sait pas appr&#233;cier cette belle pi&#232;ce &#224; sa valeur. Sa s&#339;ur &#233;tant venue la remplacer &#224; Rome, elle rentre chez elle et constate, en d&#233;faisant sa malle, qu'elle avait emport&#233; la m&#233;daille, sans savoir comment. Elle en informe aussit&#244;t son beau-fr&#232;re et lui annonce qu'elle renverrait la m&#233;daille &#224; Rome le lendemain m&#234;me. Mais le lendemain la m&#233;daille &#233;tait si bien rang&#233;e qu'elle &#233;tait devenue introuvable ; donc impossible de l'exp&#233;dier. Et c'est alors que la dame a eu l'intuition de ce que signifiait sa distraction &#187; : elle signifiait le d&#233;sir de garder la belle pi&#232;ce pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous ai d&#233;j&#224; cit&#233; plus haut un exemple de combinaison d'un oubli et d'une erreur : il s'agissait de quelqu'un qui, ayant oubli&#233; un rendez-vous une premi&#232;re fois et bien d&#233;cid&#233; &#224; ne pas l'oublier la fois suivante, se pr&#233;sente cependant au deuxi&#232;me rendez-vous &#224; une autre heure que l'heure fix&#233;e. Un de mes amis, qui s'occupe &#224; la fois de sciences et de litt&#233;rature, m'a racont&#233; un cas tout &#224; fait analogue emprunt&#233; &#224; sa vie personnelle. &#171; J'avais accept&#233;, il y a quelques ann&#233;es, me disait-il, une fonction dans le comit&#233; d'une certaine association litt&#233;raire, parce que je pensais que l'association pourrait m'aider un jour &#224; faire jouer un de mes drames. Tous les vendredis j'assistais, sans grand int&#233;r&#234;t d'ailleurs, aux s&#233;ances du comit&#233;. Il y a quelques mois, je re&#231;ois l'assurance que je serais jou&#233; au th&#233;&#226;tre de F..., et &#224; partir de ce moment j'oublie r&#233;guli&#232;rement de me rendre aux dites s&#233;ances. Mais apr&#232;s avoir lu ce que vous avez &#233;crit sur ces choses, j'eus honte de mon proc&#233;d&#233; et me dis avec reproche que ce n'&#233;tait pas bien de ma part de manquer les s&#233;ances d&#232;s l'instant o&#249; je n'avais plus besoin de l'aide sur laquelle j'avais compt&#233;. Je pris donc la d&#233;cision de ne pas y manquer le vendredi suivant. J'y pensais tout le temps, jusqu'au jour o&#249; je me suis trouv&#233; devant la porte de la salle des s&#233;ances. Quel ne fut pas mon &#233;tonnement de la trouver close, la s&#233;ance ayant d&#233;j&#224; eu lieu la veille ! Je m'&#233;tais en effet tromp&#233; de jour et pr&#233;sent&#233; un samedi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait tr&#232;s tentant de r&#233;unir d'autres observations du m&#234;me genre, mais je passe. Je vais plut&#244;t vous pr&#233;senter quelques cas appartenant &#224; un autre groupe, &#224; celui notamment o&#249; notre interpr&#233;tation doit, pour trouver une confirmation, attendre les &#233;v&#233;nements ult&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire que la condition essentielle de ces cas consiste en ce que la situation psychique actuelle nous est inconnue ou est inaccessible &#224; nos investigations. Notre interpr&#233;tation poss&#232;de alors la valeur d'une simple pr&#233;somption &#224; laquelle nous n'attachons pas grande importance. Mais un fait survient plus tard qui montre que notre premi&#232;re interpr&#233;tation &#233;tait justifi&#233;e. Je fus un jour invit&#233; chez un jeune couple et, au cours de ma visite, la jeune femme m'a racont&#233; en riant que le lendemain de son retour du voyage de noces elle &#233;tait all&#233;e voir sa s&#339;ur qui n'est pas mari&#233;e, pour l'emmener, comme jadis, faire des achats, tandis que le jeune mari &#233;tait parti &#224; ses affaires. Tout &#224; coup, elle aper&#231;oit de l'autre c&#244;t&#233; de la rue un monsieur et dit, un peu interloqu&#233;e, &#224; sa s&#339;ur : &#171; Regarde, voici M. L... &#187; Elle ne s'&#233;tait pas rendu compte que ce monsieur n'&#233;tait autre que son mari depuis quelques semaines. Ce r&#233;cit m'avait laiss&#233; une impression p&#233;nible, mais je ne voulais pas me fier &#224; la conclusion qu'il me semblait impliquer. Ce n'est qu'au bout de plusieurs ann&#233;es que cette petite histoire m'est revenue &#224; la m&#233;moire : j'avais en effet appris alors que le mariage de mes jeunes gens avait eu une issue d&#233;sastreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Maeder rapporte le cas d'une dame qui, la veille de son mariage, avait oubli&#233; d'aller essayer sa robe de mari&#233;e et ne s'en est souvenue, au grand d&#233;sespoir de sa couturi&#232;re, que tard dans la soir&#233;e. Il voit un rapport entre cet oubli et le divorce qui avait suivi de pr&#232;s le mariage. &#8212; Je connais une dame, aujourd'hui divorc&#233;e, &#224; laquelle il &#233;tait souvent arriv&#233;, longtemps avant le divorce, de signer de son nom de jeune fille des documents se rapportant &#224; l'administration de ses biens. &#8212; Je connais des cas d'autres femmes qui, au cours de leur voyage de noces, avaient perdu leur alliance, accident auquel les &#233;v&#233;nements ult&#233;rieurs ont conf&#233;r&#233; une signification non &#233;quivoque. On raconte le cas d'un c&#233;l&#232;bre chimiste allemand dont le mariage n'a pu avoir lieu, parce qu'il avait oubli&#233; l'heure de la c&#233;r&#233;monie et qu'au lieu de se rendre &#224; l'&#233;glise il s'&#233;tait rendu &#224; son laboratoire. Il a &#233;t&#233; assez avis&#233; pour s'en tenir &#224; cette seule tentative et mourut tr&#232;s vieux, c&#233;libataire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes sans doute tent&#233;s de penser que, dans tous ces cas, les actes manqu&#233;s remplacent les omina ou pr&#233;monitions des anciens. Et, en effet, certains omina n'&#233;taient que des actes manqu&#233;s, comme lorsque quelqu'un tr&#233;buchait ou tombait. D'autres avaient toutefois les caract&#232;res d'un &#233;v&#233;nement objectif, et non ceux d'un acte subjectif. Mais vous ne vous figurez pas &#224; quel point il est parfois diflicile de discerner si un &#233;v&#233;nement donn&#233; appartient &#224; l'une ou &#224; l'autre de ces cat&#233;gories. L'acte s'entend souvent &#224; rev&#234;tir le masque d'un &#233;v&#233;nement passif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ceux d'entre vous qui ont derri&#232;re eux une exp&#233;rience suffisamment longue se diront peut-&#234;tre qu'ils se seraient &#233;pargn&#233; beaucoup de d&#233;ceptions et de douloureuses surprises s'ils avaient eu le courage et la d&#233;cision d'interpr&#233;ter les actes manqu&#233;s qui se produisent dans les relations inter-humaines comme des signes pr&#233;monitoires, et de les utiliser comme indices d'intentions encore secr&#232;tes. Le plus souvent, on n'ose pas le faire ; on craint d'avoir l'air de retourner &#224; la superstition, en passant par-dessus la science. Tous les pr&#233;sages ne se r&#233;alisent d'ailleurs pas et, quand vous conna&#238;trez mieux nos th&#233;ories, vous comprendrez qu'il n'est pas n&#233;cessaire qu'ils se r&#233;alisent tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actes manqu&#233;s ont un sens : telle est la conclusion que nous devons admettre comme se d&#233;gageant de l'analyse qui pr&#233;c&#232;de et poser &#224; la base de nos recherches ult&#233;rieures. Disons-le une fois de plus : nous n'affirmons pas (et vu le but que nous poursuivons, pareille affirmation n'est pas n&#233;cessaire) que tout acte manqu&#233; soit significatif, bien que je consid&#232;re la chose comme probable. Il nous suffit de constater ce sens avec une fr&#233;quence relative dans les diff&#233;rentes formes d'actes manqu&#233;s. Il y a d'ailleurs, sous ce rapport, des diff&#233;rences d'une forme &#224; l'autre. Les lapsus, les erreurs d'&#233;criture, etc., peuvent avoir une base purement physiologique, ce qui me para&#238;t peu probable dans les diff&#233;rentes vari&#233;t&#233;s de cas d'oubli (oubli de noms et de projets, impossibilit&#233; de retrouver les objets pr&#233;alablement rang&#233;s, etc.), tandis qu'il existe des cas de perte o&#249; aucune intention n'intervient probablement, et je crois devoir ajouter que les erreurs qui se commettent dans la vie ne peuvent &#234;tre jug&#233;es d'apr&#232;s nos points de vue que dans une certaine mesure. Vous voudrez bien garder ces limitations pr&#233;sentes &#224; l'esprit, notre point de d&#233;part devant &#234;tre d&#233;sormais que les actes manqu&#233;s sont des actes psychiques r&#233;sultant de l'interf&#233;rence de deux intentions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le premier r&#233;sultat de la psychanalyse. La psychologie n'avait jamais soup&#231;onn&#233; ces interf&#233;rences ni les ph&#233;nom&#232;nes qui en d&#233;coulent. Nous avons consid&#233;rablement agrandi l'&#233;tendue du monde psychique ci. nous avons conquis &#224; la psychologie des ph&#233;nom&#232;nes qui auparavant n'en faisaient pas partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous un instant encore &#224; l'affirmation que les actes manqu&#233;s sont des &#171; actes psychiques &#187;. Par cette affirmation postulons-nous seulement que les actes psychiques ont un sens, ou implique-t-elle quelque chose de plus ? Je ne pense pas qu'il y ait lieu d'&#233;largir sa port&#233;e. Tout ce qui peut &#234;tre observ&#233; dans la vie psychique sera &#233;ventuellement d&#233;sign&#233; sous le nom de ph&#233;nom&#232;ne psychique. Il s'agira seulement de savoir si telle manifestation psychique donn&#233;e est l'effet direct d'influences somatiques, organiques, physiques, auquel cas elle &#233;chappe &#224; la recherche psychologique, ou si elle a pour ant&#233;c&#233;dents imm&#233;diats d'autres processus psychiques au-del&#224; desquels commence quelque part la s&#233;rie des influences organiques. C'est &#224; cette derni&#232;re &#233;ventualit&#233; que nous pensons lorsque nous qualifions un ph&#233;nom&#232;ne de processus psychique, et c'est pourquoi il est plus rationnel de donner &#224; notre proposition la forme suivante : le ph&#233;nom&#232;ne est significatif, il poss&#232;de un sens, c'est-&#224;-dire qu'il r&#233;v&#232;le une intention, une tendance et occupe une certaine place dans une s&#233;rie de rapports psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a beaucoup d'autres ph&#233;nom&#232;nes qui se rapprochent des actes manqu&#233;s, mais auxquels ce nom ne convient pas. Nous les appelons actes accidentels ou symptomatiques. Ils ont &#233;galement tous les caract&#232;res d'un acte non motiv&#233;, insignifiant, d&#233;pourvu d'importance, et surtout superflu. Mais ce qui les distingue des actes manqu&#233;s proprement dits, c'est l'absence d'une intention hostile et perturbatrice venant contrarier une intention primitive. Ils se confondent, d'autre part, avec les gestes et mouvements servant &#224; l'expression des &#233;motions. Font partie de cette cat&#233;gorie d'actes manqu&#233;s toutes les manipulations, en apparence sans but, que nous faisons subir, comme en nous jouant, &#224; nos v&#234;tements, &#224; telles ou telles parties de notre corps, &#224; des objets &#224; port&#233;e de notre main ; les m&#233;lodies que nous chantonnons appartiennent &#224; la m&#234;me cat&#233;gorie d'actes, qui sont en g&#233;n&#233;ral caract&#233;ris&#233;s par le fait que nous les suspendons, comme nous les avons commenc&#233;s, sans motifs apparents. Or, je n'h&#233;site pas &#224; affirmer que tous ces ph&#233;nom&#232;nes sont significatifs et se laissent interpr&#233;ter de la m&#234;me mani&#232;re que les actes manqu&#233;s, qu'ils constituent de petits signes r&#233;v&#233;lateurs d'autres processus psychiques, plus importants, qu'ils sont des actes psychiques au sens complet du mot. Mais je n'ai pas l'intention de m'attarder &#224; cet agrandissement du domaine des ph&#233;nom&#232;nes psychiques : je pr&#233;f&#232;re reprendre l'analyse des actes manqu&#233;s qui posent devant nous avec toute la nettet&#233; d&#233;sirable les questions les plus importantes de la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions les plus int&#233;ressantes que nous ayons formul&#233;es &#224; propos des actes manqu&#233;s, et auxquelles nous n'ayons pas encore fourni de r&#233;ponse, sont les suivantes : nous avons dit que les actes manqu&#233;s r&#233;sultent de l'interf&#233;rence de deux intentions diff&#233;rentes, dont l'une peut &#234;tre qualifi&#233;e de troubl&#233;e, l'autre de perturbatrice ; or, si les intentions troubl&#233;es ne soul&#232;vent aucune question, il nous importe de savoir, en ce qui concerne les intentions perturbatrices, en premier lieu quelles sont ces intentions qui s'affirment comme susceptibles d'en troubler d'autres et, en deuxi&#232;me lieu, quels sont les rapports existant entre les troubl&#233;es et les perturbatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de prendre de nouveau le lapsus pour le repr&#233;sentant de l'esp&#232;ce enti&#232;re et de r&#233;pondre d'abord &#224; la deuxi&#232;me de ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut y avoir entre les deux intentions un rapport de contenu, auquel cas l'intention perturbatrice contredit l'intention troubl&#233;e, la rectifie ou la compl&#232;te. Ou bien, et alors le cas devient plus obscur et plus int&#233;ressant, il n'y a aucun rapport entre les contenus des deux tendances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cas que nous connaissons d&#233;j&#224; et d'autres analogues nous permettent de comprendre sans peine le premier de ces rapports. Presque dans tous les cas o&#249; l'on dit le contraire de ce qu'on veut dire, l'intention perturbatrice exprime une opposition &#224; l'&#233;gard de l'intention troubl&#233;e, et l'acte manqu&#233; repr&#233;sente le conflit entre ces deux tendances inconciliables. &#171; Je d&#233;clare la s&#233;ance ouverte, mais j'aimerais mieux la clore &#187;, tel est le sens du lapsus commis par le pr&#233;sident. Un journal politique, accus&#233; de corruption, se d&#233;fend dans un article qui devait se r&#233;sumer dans ces mots : &#171; Nos lecteurs nous sont t&#233;moins que nous avons toujours d&#233;fendu le bien g&#233;n&#233;ral de la fa&#231;on la plus d&#233;sint&#233;ress&#233;e. &#187; Mais le r&#233;dacteur charg&#233; de r&#233;diger cette d&#233;fense &#233;crit : &#171; de la fa&#231;on la plus int&#233;ress&#233;e &#187;. Ceci r&#233;v&#232;le, &#224; mon avis, sa pens&#233;e : &#171; Je dois &#233;crire une chose, mais je sais pertinemment le contraire. &#187; Un d&#233;put&#233; qui se propose de d&#233;clarer qu'on doit dire &#224; l'Empereur la v&#233;rit&#233; sans m&#233;nagements (&#171; r&#252;ckhaltlos &#187;), per&#231;oit tout &#224; coup une voix int&#233;rieure qui le met en garde contre son audace et lui fait commettre un lapsus o&#249; les mots &#171; sans m&#233;nagements &#187; (r&#252;ckhaltlos) sont remplac&#233;s par les mots &#171; en courbant l'&#233;chine &#187; (r&#252;ckgratlos) 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les cas que vous connaissez et qui laissent l'impression de contractions et d'abr&#233;viations, il s'agit de rectifications, d'adjonctions et de continuations par lesquelles une deuxi&#232;me tendance se fait jour &#224; c&#244;t&#233; de la premi&#232;re. &#171; Des choses se sont produites (zum Von SCHEIN gekommen) ; je dirais volontiers que c'&#233;taient des cochonneries (SCHWEINEREIEN) &#187; ; r&#233;sultat : &#171; zuVonSCHWEIN gekommen &#187;. &#171; Les gens qui comprennent cela peuvent &#234;tre compt&#233;s sur les doigts d'une main ; mais non, il n'existe, &#224; vrai dire, qu'une seule personne qui comprenne ces choses ; donc, les personnes qui les comprennent peuvent &#234;tre compt&#233;es sur un seul doigt. &#187; Ou encore : &#171; Mon mari peut manger et boire ce qu'il veut ; mais, vous le savez bien, je ne supporte pas qu'il veuille quelque chose ; donc : il doit manger et boire ce que je veux. &#187; Dans tous les cas, on le voit, le lapsus d&#233;coule du contenu m&#234;me de l'intention troubl&#233;e ou s'y rattache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre genre de rapports entre les deux intentions interf&#233;rentes para&#238;t bizarre. S'il n'y a aucun lien entre leurs contenus, d'o&#249; vient l'intention perturbatrice et comment se fait-il qu'elle manifeste son action troublante en tel point pr&#233;cis ? L'observation, seule susceptible de fournir une r&#233;ponse &#224; cette question, permet de constater que le trouble provient d'un courant d'id&#233;es qui avait pr&#233;occup&#233; la personne en question peu de temps auparavant et que, s'il intervient dans le discours de cette mani&#232;re particuli&#232;re, il aurait pu aussi (ce qui n'est pas n&#233;cessaire) y trouver une expression diff&#233;rente. Il s'agit d'un v&#233;ritable &#233;cho, mais qui n'est pas toujours et n&#233;cessairement produit par des mots prononc&#233;s. Ici encore il existe un lien associatif entre l'&#233;l&#233;ment troubl&#233; et l'&#233;l&#233;ment perturbateur, mais ce lien, au lieu de r&#233;sider dans le contenu, est purement artificiel et sa formation r&#233;sulte d'associations forc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voici un exemple tr&#232;s simple, que j'ai observ&#233; moi-m&#234;me. Je rencontre un jour dans nos belles Dolomites deux dames viennoises, v&#234;tues en touristes. Nous faisons pendant quelque temps route ensemble, et nous parlons des plaisirs et des inconv&#233;nients de la vie de touriste. Une des dames reconna&#238;t que la journ&#233;e du touriste n'est pas exempte de d&#233;sagr&#233;ments... &#171; Il est vrai, dit-elle, qu'il n'est pas du tout agr&#233;able, lorsqu'on a march&#233; toute une journ&#233;e au soleil et qu'on a la blouse et la chemise tremp&#233;es de sueur... &#187; &#192; ces derniers mots, elle a une petite h&#233;sitation. Puis elle reprend : &#171; Mais lorsqu'on rentre ensuite nach Hose 9 (au lieu de nach Hause, chez soi) et qu'on peut enfin se changer... &#187; Nous n'avons pas encore analys&#233; ce lapsus, mais je ne pense pas que cela soit n&#233;cessaire. Dans sa premi&#232;re phrase, la dame avait l'intention de faire une &#233;num&#233;ration plus compl&#232;te : blouse, chemise, pantalon (Hose). Pour des raisons de convenance, elle s'abstient de mentionner ce dernier sous-v&#234;tement, mais dans la phrase suivante, tout &#224; fait ind&#233;pendante par son contenu de la premi&#232;re, le mot Hose, qui n'a pas &#233;t&#233; prononc&#233; au moment voulu, appara&#238;t &#224; titre de d&#233;formation du mot Hause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons maintenant aborder la principale question dont nous avons longtemps ajourn&#233; l'examen, &#224; savoir : quelles sont ces intentions qui, se manifestant d'une fa&#231;on si extraordinaire, viennent en troubler d'autres ? Il s'agit &#233;videmment d'intentions tr&#232;s diff&#233;rentes, mais dont nous voulons d&#233;gager les caract&#232;res communs. Si nous examinons sous ce rapport une s&#233;rie d'exemples, ceux-ci se laissent aussit&#244;t ranger en trois groupes. Font partie du premier groupe les cas o&#249; la tendance perturbatrice est connue de celui qui parle et s'est en outre r&#233;v&#233;l&#233;e &#224; lui avant le lapsus. Le deuxi&#232;me groupe comprend les cas o&#249; la personne qui parle, tout en reconnaissant dans la tendance perturbatrice une tendance lui appartenant, ne sait pas que cette tendance &#233;tait d&#233;j&#224; active en elle avant le lapsus. Elle accepte donc notre interpr&#233;tation de celui-ci, mais ne peut pas ne pas s'en montrer &#233;tonn&#233;e. Des exemples de cette attitude nous sont peut-&#234;tre fournis plus facilement par des actes manqu&#233;s autres que les lapsus. Le troisi&#232;me groupe comprend des cas o&#249; la personne int&#233;ress&#233;e proteste avec &#233;nergie contre l'interpr&#233;tation qu'on lui sugg&#232;re : non contente de nier l'existence de l'intention perturbatrice avant le lapsus, elle affirme que cette intention lui est tout &#224; fait &#233;trang&#232;re. Rappelez-vous le toast du jeune assistant qui propose de &#171; roter &#187; &#224; la prosp&#233;rit&#233; du chef, ainsi que la r&#233;ponse d&#233;pourvue d'am&#233;nit&#233; que je m'&#233;tais attir&#233;e lorsque j'ai mis sous les yeux de l'auteur de ce toast l'intention perturbatrice. Vous savez que nous n'avons pas encore r&#233;ussi &#224; nous mettre d'accord quant &#224; la mani&#232;re de concevoir ces cas. En ce qui me concerne, la protestation de l'assistant, auteur du toast, ne me trouble en aucune fa&#231;on et ne m'emp&#234;che pas de maintenir mon interpr&#233;tation, ce qui n'est peut-&#234;tre pas votre cas : impressionn&#233;s par sa d&#233;n&#233;gation, vous vous demandez sans doute si nous ne ferions pas bien de renoncer &#224; chercher l'interpr&#233;tation de cas de ce genre et de les consid&#233;rer comme des actes purement physiologiques, au sens pr&#233;-psychanalytique du mot. Je me doute un peu de la cause de votre attitude. Mon interpr&#233;tation implique que la personne qui parle peut manifester des intentions qu'elle ignore elle-m&#234;me, mais que je suis &#224; m&#234;me de d&#233;gager d'apr&#232;s certains indices. Et vous h&#233;sitez &#224; accepter cette supposition si singuli&#232;re et grosse de cons&#233;quences. Et, pourtant, si vous voulez rester logiques dans votre conception des actes manqu&#233;s, fond&#233;e sur tant d'exemples, vous ne devez pas h&#233;siter &#224; accepter cette derni&#232;re supposition, quelque d&#233;concertante qu'elle vous paraisse. Si cela vous est impossible, il ne vous reste qu'&#224; renoncer &#224; la compr&#233;hension si p&#233;niblement acquise des actes manqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous un instant &#224; ce qui unit les trois groupes que nous venons d'&#233;tablir, &#224; ce qui est commun aux trois m&#233;canismes de lapsus. &#192; ce propos, nous nous trouvons heureusement en pr&#233;sence d'un fait qui, lui, est au-dessus de toute contestation. Dans les deux premiers groupes, la tendance perturbatrice est reconnue par la personne m&#234;me qui parle ; en outre, dans le premier de ces groupes, la tendance perturbatrice se r&#233;v&#232;le imm&#233;diatement avant le lapsus. Mais, aussi bien dans le premier groupe que dans le second, la tendance en question se trouve refoul&#233;e. Comme la personne qui parle s'est d&#233;cid&#233;e &#224; ne pas la faire appara&#238;tre dans le discours, elle commet un lapsus, c'est-&#224;-dire que la tendance refoul&#233;e se manifeste malgr&#233; la personne, soit en modifiant l'intention avou&#233;e, soit en se confondant avec elle, soit enfin, en prenant tout simplement sa place. Tel est donc le m&#233;canisme du lapsus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon point de vue me permet d'expliquer par le m&#234;me m&#233;canisme les cas du troisi&#232;me groupe. Je n'ai qu'&#224; admettre que la seule diff&#233;rence qui existe entre mes trois groupes consiste dans le degr&#233; de refoulement de l'intention perturbatrice. Dans le premier groupe, cette intention existe et est aper&#231;ue de la personne qui parle, avant sa manifestation ; c'est alors que se produit le refoulement dont l'intention se venge par le lapsus. Dans le deuxi&#232;me groupe, le refoulement est plus accentu&#233; et l'intention n'est pas aper&#231;ue avant le commencement du discours. Ce qui est &#233;tonnant, c'est que ce refoulement, assez profond, n'emp&#234;che pas l'intention de prendre part &#224; la production du lapsus. Cette situation nous facilite singuli&#232;rement l'explication de ce qui se passe dans le troisi&#232;me groupe. J'irai m&#234;me jusqu'&#224; admettre qu'on peut saisir dans l'acte manqu&#233; la manifestation d'une tendance, refoul&#233;e depuis longtemps, depuis tr&#232;s longtemps m&#234;me, de sorte que la personne qui parle ne s'en rend nullement compte et est bien sinc&#232;re lorsqu'elle en nie l'existence. Mais m&#234;me en laissant de c&#244;t&#233; le probl&#232;me relatif au troisi&#232;me groupe, vous ne pouvez pas ne pas adh&#233;rer &#224; la conclusion qui d&#233;coule de l'observation d'autres cas, &#224; savoir que le refoulement d'une intention de dire quelque chose constitue la condition indispensable d'un lapsus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons dire maintenant que nous avons r&#233;alis&#233; de nouveaux progr&#232;s quant &#224; la compr&#233;hension des actes manqu&#233;s. Nous savons non seulement que ces actes sont des actes psychiques ayant un sens et marqu&#233;s d'une intention, qu'ils r&#233;sultent de l'interf&#233;rence de deux intentions diff&#233;rentes, mais aussi qu'une de ces intentions doit, avant le discours, avoir subi un certain refoulement pour pouvoir se manifester par la perturbation de l'autre. Elle doit &#234;tre troubl&#233;e elle-m&#234;me, avant de pouvoir devenir perturbatrice. Il va sans dire qu'avec cela nous n'acqu&#233;rons pas encore une explication compl&#232;te des ph&#233;nom&#232;nes que nous appelons actes manqu&#233;s. Nous voyons aussit&#244;t surgir d'autres questions, et nous pressentons en g&#233;n&#233;ral que plus nous avancerons dans notre &#233;tude, plus les occasions de poser de nouvelles questions seront nombreuses. Nous pouvons demander, par exemple, pourquoi les choses ne se passent pas beaucoup plus simplement. Lorsque quelqu'un a l'intention de refouler une certaine tendance, au lieu de la laisser s'exprimer, on devrait se trouver en pr&#233;sence de l'un des deux cas suivants : ou le refoulement est obtenu, et alors rien ne doit appara&#238;tre de la tendance perturbatrice ; ou bien le refoulement n'est pas obtenu, et alors le tendance en question doit s'exprimer franchement et compl&#232;tement. Mais les actes manqu&#233;s r&#233;sultent de compromis ; ils signifient que le refoulement est &#224; moiti&#233; manqu&#233; et &#224; moiti&#233; r&#233;ussi, que l'intention menac&#233;e, si elle n'est pas compl&#232;tement supprim&#233;e, est suffisamment refoul&#233;e pour ne pas pouvoir se manifester, abstraction faite de certains cas isol&#233;s, telle quelle, sans modifications. Nous sommes en droit de supposer que la production de ces effets d'interf&#233;rence ou de compromis exige certaines conditions particuli&#232;res, mais nous n'avons pas la moindre id&#233;e de la nature de ces conditions. Je ne crois pasque m&#234;me une &#233;tude plus approfondie des actes manqu&#233;s nous aide &#224; d&#233;couvrir ces conditions inconnues. Pour arriver &#224; ce r&#233;sultat, il nous faudra plut&#244;t explorer au pr&#233;alable d'autres r&#233;crions obscures de la vie psychique ; seules les analogies que nous y trouverons nous donneront le courage de formuler les hypoth&#232;ses susceptibles de nous conduire &#224; une explication plus compl&#232;te des actes manqu&#233;s. Mais il y a autre chose : alors m&#234;me qu'on travaille sur de petits indices, comme nous le faisons ici, on s'expose &#224; certains dangers. Il existe une maladie psychique, appel&#233;e Parano&#239;a combinatoire, dans laquelle les petits indices sont utilis&#233;s d'une fa&#231;on illimit&#233;e, et je n'affirmerais pas que toutes les conclusions qui en sont d&#233;duites soient exactes. Nous ne pouvons nous pr&#233;server contre ces dangers qu'en donnant &#224; nos observations une base aussi large que possible, gr&#226;ce &#224; la r&#233;p&#233;tition des m&#234;mes impressions, quelle que soit la sph&#232;re de la vie psychique que nous explorons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons donc abandonner ici l'analyse des actes manqu&#233;s. Je vais seulement vous recommander ceci : gardez dans votre m&#233;moire, &#224; titre de mod&#232;le, la mani&#232;re dont nous avons trait&#233; ces ph&#233;nom&#232;nes. D'apr&#232;s cette mani&#232;re, vous pouvez juger d'ores et d&#233;j&#224; quelles sont les intentions de notre psychologie. Nous ne voulons pas seulement d&#233;crire et classer les ph&#233;nom&#232;nes, nous voulons aussi les concevoir comme &#233;tant des indices d'un jeu de forces s'accomplissant dans l'&#226;me, comme la manifestation de tendances ayant un but d&#233;fini et travaillant soit dans la m&#234;me direction, soit dans des directions oppos&#233;es. Nous cherchons &#224; nous former une conception dynamique des ph&#233;nom&#232;nes psychiques. Dans notre conception, les ph&#233;nom&#232;nes per&#231;us doivent s'effacer devant les tendances seulement admises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'irons pas plus avant dans l'&#233;tude des actes manqu&#233;s ; mais nous pouvons encore faire dans ce domaine une incursion au cours de laquelle nous retrouverons des choses connues et eu d&#233;couvrirons quelques nouvelles. Pour ce faire, nous nous en tiendrons &#224; la division en trois groupes que nous avons &#233;tablie au d&#233;but de nos recherches : a) le lapsus, avec ses subdivisions en erreurs d'&#233;criture, de lecture, fausse audition ; b) l'oubli, avec ses subdivisions correspondant &#224; l'objet oubli&#233; (noms propres, mots &#233;trangers, projets, impressions) ; c) la m&#233;prise, la perte, l'impossibilit&#233; de retrouver un objet rang&#233;. Les erreurs ne nous int&#233;ressent qu'en tant qu'elles se rattachent &#224; l'oubli, &#224; la m&#233;prise, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; beaucoup parl&#233; du lapsus ; et, pourtant, nous avons encore quelque chose &#224; ajouter &#224; son sujet. Au lapsus se rattachent de petits ph&#233;nom&#232;nes affectifs qui ne sont pas d&#233;pourvus d'int&#233;r&#234;t. On ne reconna&#238;t pas volontiers qu'on a commis un lapsus ; il arrive souvent qu'on n'entende pas son propre lapsus, alors qu'on entend toujours celui d'autrui. Le lapsus est aussi, dans une certaine mesure, contagieux ; il n'est pas facile de parler de lapsus, sans en commettre un soi-m&#234;me. Les lapsus les plus insignifiants, ceux qui ne nous apprennent rien de particulier sur des processus psychiques cach&#233;s, ont cependant des raisons qu'il n'est pas difficile se saisir. Lorsque, par suite d'un trouble quelconque, survenu au moment de la prononciation d'un mot donn&#233; , quelqu'un &#233;met bri&#232;vement une voyelle longue, il ne manque pas d'allonger la voyelle br&#232;ve qui vient imm&#233;diatement apr&#232;s, commettant ainsi un nouveau lapsus destin&#233; &#224; compenser le premier. Il en est de m&#234;me, lorsque quelqu'un prononce improprement ou n&#233;gligemment une voyelle double ; il cherche &#224; se corriger en pronon&#231;ant la voyelle double suivante de fa&#231;on &#224; rappeler la prononciation exacte de la premi&#232;re : on dirait que la personne qui parle tient &#224; montrer &#224; son auditeur qu'elle conna&#238;t sa langue maternelle et ne se d&#233;sint&#233;resse pas de la prononciation correcte. La deuxi&#232;me d&#233;formation, qu'on peut appeler compensatrice, a pr&#233;cis&#233;ment pour but d'attirer l'attention de l'auditeur sur la premi&#232;re et de lui montrer qu'on s'en est aper&#231;u soi-m&#234;me. Les lapsus les plus simples, les plus fr&#233;quents et les plus insignifiants consistent en contractions et anticipations qui se manifestent dans des parties peu apparentes du discours. Dans une phrase un peu longue, par exemple, on commet le lapsus consistant &#224; prononcer par anticipation le dernier mot de ce qu'on veut dire. Ceci donne l'impression d'une certaine impatience d'en finir avec la phrase, on atteste en g&#233;n&#233;ral une certaine r&#233;pugnance &#224; communiquer cette phrase ou tout simplement &#224; parler. Nous arrivons ainsi aux cas limites o&#249; les diff&#233;rences entre la conception psychanalytique du lapsus et sa conception physiologique ordinaire s'effacent. Nous pr&#233;tendons qu'il existe dans ces cas une tendance qui trouble l'intention devant s'exprimer dans le discours ; mais cette tendance nous annonce seulement son existence, et non le but qu'elle poursuit elle-m&#234;me. Le trouble qu'elle provoque suit certaines influences tonales ou affinit&#233;s associatives et peut &#234;tre con&#231;u comme servant &#224; d&#233;tourner l'attention de ce qu'on veut dire. Mais ni ce trouble de l'attention, ni ces affinit&#233;s associatives ne suffisent &#224; caract&#233;riser la nature m&#234;me du processus. L'un et l'autre n'en t&#233;moignent pas moins de l'existence d'une intention perturbatrice, sans que nous puissions nous former une id&#233;e de sa nature d'apr&#232;s ses effets, comme nous le pouvons dans les cas plus accentu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les erreurs d'&#233;criture que j'aborde maintenant ressemblent tellement au lapsus de la parole qu'elles ne peuvent nous fournir aucun nouveau point de vue. Essayons tout de m&#234;me de glaner un peu dans ce domaine. Les fautes, les contractions, le trac&#233; anticip&#233; de mots devant venir plus tard, et surtout de mots devant venir en dernier lieu, tous ces accidents attestent manifestement qu'on n'a pas grande envie d'&#233;crire et qu'on est impatient d'en finir ; des effets plus prononc&#233;s des erreurs d'&#233;criture laissent reconna&#238;tre la nature et l'intention de la tendance perturbatrice. On sait en g&#233;n&#233;ral, lorsqu'on trouve un lapsus calami dans une lettre, que la personne qui a &#233;crit n'&#233;tait pas tout &#224; fait dans son &#233;tat normal ; mais on ne peut pas toujours &#233;tablir ce qui lui est arriv&#233;. Les erreurs d'&#233;criture sont aussi rarement remarqu&#233;es par leurs auteurs que les lapsus de la parole. Nous signalons l'int&#233;ressante observation suivante : il y a des gens qui ont l'habitude de relire, avant de les exp&#233;dier, les lettres qu'ils ont &#233;crites. D'autres n'ont pas cette habitude, mais lorsqu'ils le font une fois par hasard, ils ont toujours l'occasion de trouver et de corriger une erreur frappante. Comment expliquer ce fait ? On dirait que ces gens savent cependant qu'ils ont commis un lapsus en &#233;crivant. Devons-nous l'admettre r&#233;ellement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'importance pratique des lapsus calami se rattache un int&#233;ressant probl&#232;me. Vous vous rappelez sans doute le cas de l'assassin H... qui, se faisant passer pour un bact&#233;riologiste, savait se procurer dans les instituts scientifiques des cultures de microbes pathog&#232;nes excessivement dangereux et utilisait ces cultures pour supprimer par cette m&#233;thode ultra-moderne des personnes qui lui tenaient de pr&#232;s. Un jour cet homme adressa &#224; la direction d'un de ces instituts une lettre dans laquelle il se plaignait de l'inefficacit&#233; des cultures qui lui ont &#233;t&#233; envoy&#233;es, mais il commit une erreur en &#233;crivant, de sorte qu'&#224; la place des mots &#171; dans mes essais sur des souris ou des cobayes &#187;, on pouvait lire distinctement : &#171; dans mes essais sur des hommes &#187;. Cette erreur frappa d'ailleurs les m&#233;decins de l'Institut en question qui, autant que je sache, n'en ont tir&#233; aucune conclusion. Croyez-vous que les m&#233;decins n'auraient pas &#233;t&#233; bien inspir&#233;s s'ils avaient pris cette erreur pour un aveu et provoqu&#233; une enqu&#234;te qui aurait coup&#233; court &#224; temps aux exploits de cet assassin ? Ne trouvez-vous pas que dans ce cas l'ignorance de notre conception des actes manqu&#233;s a &#233;t&#233; la cause d'un retard infiniment regrettable ? En ce qui me concerne, cette erreur m'aurait certainement paru tr&#232;s suspecte ; mais &#224; son utilisation &#224; titre d'aveu s'opposent des obstacles tr&#232;s graves. La chose n'est pas aussi simple qu'elle le para&#238;t. Le lapsus d'&#233;criture constitue un indice incontestable, mais &#224; lui seul il ne suffit pas &#224; justifier l'ouverture d'une instruction. Certes, le lapsus d'&#233;criture atteste crue l'homme est pr&#233;occup&#233; par l'id&#233;e d'infecter ses semblables, mais il ne nous permet pas de d&#233;cider s'il s'agit l&#224; d'un projet malfaisant bien arr&#234;t&#233; ou d'une fantaisie sans aucune port&#233;e pratique. Il est m&#234;me possible que l'homme qui a commis ce lapsus d'&#233;criture trouve les meilleurs arguments subjectifs pour nier cette fantaisie et pour l'&#233;carter comme lui &#233;tant tout &#224; fait &#233;trang&#232;re. Vous comprendrez mieux plus tard les possibilit&#233;s de ce genre, lorsque nous aurons &#224; envisager la diff&#233;rence qui existe entre la r&#233;alit&#233; psychique et la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle. N'emp&#234;che qu'il s'agit l&#224; d'un cas o&#249; un acte manqu&#233; avait acquis ult&#233;rieurement une importance insoup&#231;onn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les erreurs de lecture, nous nous trouvons en pr&#233;sence d'une situation psychique qui diff&#232;re nettement de celle des lapsus de la parole et de l'&#233;criture. L'une des deux tendances concurrentes est ici remplac&#233;e par une excitation sensorielle, ce qui la rend peut-&#234;tre moins r&#233;sistante. Ce que nous avons &#224; lire n'est pas une &#233;manation de notre vie psychique, comme les choses que nous nous proposons d'&#233;crire. C'est pourquoi les erreurs de lecture consistent en la plupart des cas dans une substitution compl&#232;te. Le mot &#224; lire est remplac&#233; par un autre, sans qu'il existe n&#233;cessairement un rapport de contenu entre le texte et l'effet de l'erreur, la substitution se faisant g&#233;n&#233;ralement en vertu d'une simple ressemblance entre les deux mots. L'exemple de Lichtenberg : Agamemnon, au lieu de angenommen, &#8212; est le meilleur de ce groupe. Si l'on veut d&#233;couvrir la tendance perturbatrice, cause de l'erreur, on doit laisser tout &#224; fait de c&#244;t&#233; le texte mal lu et commencer l'examen analytique en posant ces deux questions : quelle est la premi&#232;re id&#233;e qui -vient &#224; l'esprit et qui se rapproche le plus de l'erreur commise, et dans quelle situation l'erreur a-t-elle &#233;t&#233; commise ? Parfois la connaissance de la situation suffit &#224; elle seule &#224; expliquer l'erreur. Exemple : quelqu'un &#233;prouvant un certain besoin naturel erre dans une ville &#233;trang&#232;re et aper&#231;oit &#224; la hauteur du premier &#233;tage d'une maison une grande enseigne portant l'inscription : &#171; CLOSEThaus (W.C.). &#187;Il a le temps de s'&#233;tonner que l'enseigne soit plac&#233;e si haut, avant de s'apercevoir que c'est &#171; CORSEThaus (Maison de Corsets) &#187; qu'il faut lire. Dans d'autres cas, l'erreur, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle est ind&#233;pendante du contenu du texte, exige une analyse approfondie qui ne r&#233;ussit que si l'on est exerc&#233; dans la technique psychanalytique et si l'on a confiance en elle. Mais le plus souvent il est beaucoup plus facile d'obtenir l'explication d'une erreur de lecture. Comme dans l'exemple Lichtenberg (Agamemnon au lieu de angenommen), le mot substitu&#233; r&#233;v&#232;le sans difficult&#233; le courant d'id&#233;es qui constitue la source du trouble. En temps de guerre, par exemple, il arrive souvent qu'on lise les noms de villes, de chefs militaires et des expressions militaires, qu'on entend de tous c&#244;t&#233;s, chaque fois qu'on se trouve en pr&#233;sence de mots ayant une certaine ressemblance avec ces mots et expressions. Ce qui nous int&#233;resse et nous pr&#233;occupe vient prendre la place de ce qui nous est &#233;tranger et ne nous int&#233;resse pas encore. Les reflets de nos id&#233;es troublent nos perceptions nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les erreurs de lecture nous offrent aussi pas mal de cas o&#249; c'est le texte m&#234;me de ce qu'on lit qui &#233;veille la tendance perturbatrice, laquelle le transforme alors le plus souvent en son contraire. On se trouve en pr&#233;sence d'une lecture ind&#233;sirable et, gr&#226;ce &#224; l'analyse, on se rend compte que c'est le d&#233;sir intense d'&#233;viter une certaine lecture qui est responsable de sa d&#233;formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les erreurs de lecture les plus fr&#233;quentes, que nous avons mentionn&#233;es en premier lieu, les deux facteurs auxquels nous avons attribu&#233; un r&#244;le important dans les actes manqu&#233;s ne jouent qu'un r&#244;le tr&#232;s secondaire : nous voulons parler du conflit de deux tendances et du refoulement de l'une d'elles, lequel refoulement r&#233;agit pr&#233;cis&#233;ment par l'effet de l'acte manqu&#233;. Ce n'est pas que les erreurs de lecture pr&#233;sentent des caract&#232;res en opposition avec ces facteurs, mais l'empi&#233;tement du courant d'id&#233;es qui aboutit &#224; l'erreur de lecture est beaucoup plus fort que le refoulement que ce courant avait subi pr&#233;c&#233;demment. C'est dans les diverses modalit&#233;s de l'acte manqu&#233; provoqu&#233; par l'oubli que ces deux facteurs ressortent avec le plus de nettet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oubli de projets est un ph&#233;nom&#232;ne dont l'interpr&#233;tation ne souffre aucune difficult&#233; et, ainsi que nous l'avons vu, n'est pas contest&#233;e m&#234;me par les profanes. La tendance qui trouble un projet consiste toujours dans une intention contraire, dans un non-vouloir dont il nous reste seulement &#224; savoir pourquoi il ne s'exprime pas autrement et d'une mani&#232;re moins dissimul&#233;e. Mais l'existence de ce contre-vouloir est incontestable. On r&#233;ussit bien quelquefois &#224; apprendre quelque chose sur les raisons qui obligent &#224; dissimuler ce contre-vouloir : c'est qu'en se dissimulant il atteint toujours son but qu'il r&#233;alise dans l'acte manqu&#233;, alors qu'il serait s&#251;r d'&#234;tre &#233;cart&#233; s'il se pr&#233;sentait comme une contradiction franche. Lorsqu'il se produit, dans l'intervalle qui s&#233;pare la conception d'un projet de son ex&#233;cution, un changement important de la situation psychique, changement incompatible avec l'ex&#233;cution de ce projet, l'oubli de celui-ci ne peut plus &#234;tre tax&#233; d'acte manqu&#233;. Cet oubli n'&#233;tonne plus, car on se rend bien compte que l'ex&#233;cution du projet serait superflue dans la situation psychique nouvelle. L'oubli d'un projet ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un acte manqu&#233; que dans le cas o&#249; nous ne croyons pas &#224; un changement de cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cas d'oubli de projets sont en g&#233;n&#233;ral tellement uniformes et &#233;vidents qu'ils ne pr&#233;sentent aucun int&#233;r&#234;t pour notre recherche. Sur deux points cependant l'&#233;tude de cet acte manqu&#233; est susceptible de nous apprendre quelque chose de nouveau. Nous avons dit que l'oubli, donc la non-ex&#233;cution d'un projet, t&#233;moigne d'un contre-vouloir hostile &#224; celui-ci. Ceci reste vrai, mais, d'apr&#232;s nos recherches, le contre-vouloir peut &#234;tre direct ou indirect. Pour montrer ce que nous entendons par contre-vouloir indirect, nous ne saurions mieux faire que de citer un exemple ou deux. Lorsque le tuteur oublie de recommander son pupille aupr&#232;s d'une tierce personne, son oubli peut tenir &#224; ce que ne s'int&#233;ressant pas outre mesure &#224; son pupille il n'&#233;prouve pas grande envie de faire la recommandation n&#233;cessaire. C'est du moins ainsi que le pupille interpr&#233;tera l'oubli du tuteur. Mais la situation peut &#234;tre plus compliqu&#233;e. La r&#233;pugnance &#224; r&#233;aliser son dessein peut, chez le tuteur, provenir d'ailleurs et &#234;tre tourn&#233;e d'un autre c&#244;t&#233;. Le pupille petit notamment n'&#234;tre pour rien dans l'oubli, lequel serait d&#233;termin&#233; par des causes se rattachant &#224; la tierce personne. Vous voyez ainsi combien difficultueuse peut &#234;tre l'utilisation pratique de nos interpr&#233;tations. Malgr&#233; la justesse de son interpr&#233;tation, le pupille court le risque de devenir trop m&#233;fiant et injuste &#224; l'&#233;gard de son tuteur. Ou encore, lorsque quelqu'un oublie un rendez-vous qu'il avait accept&#233; et auquel il est lui-m&#234;me d&#233;cid&#233; &#224; assister, la raison la plus vraisemblable de l'oubli devra &#234;tre cherch&#233;e le plus souvent dans le peu de sympathie qu'on nourrit &#224; l'&#233;gard de la personne que l'on devait rencontrer. Mais, dans ce cas, l'analyse pourrait montrer que la tendance perturbatrice se rapporte, non &#224; la personne, mais &#224; l'endroit o&#249; doit avoir lieu le rendez-vous et qu'on voudrait &#233;viter &#224; cause d'un p&#233;nible souvenir qui s'y rattache. Autre exemple : lorsqu'on oublie d'exp&#233;dier une lettre, la tendance perturbatrice peut bien tirer son origine du contenu de la lettre ; mais il se peut aussi que ce contenu soit tout &#224; fait anodin et que l'oubli provienne de ce qu'il rappelle par quelque c&#244;t&#233; le contenu d'une autre lettre, &#233;crite jadis, et qui a fait na&#238;tre directement la tendance perturbatrice : on peut dire alors que le contre-vouloir s'est &#233;tendu de la lettre pr&#233;c&#233;dente, o&#249; il &#233;tait justifi&#233;, &#224; la lettre actuelle qui ne le justifie en aucune fa&#231;on. Vous voyez ainsi qu'on doit proc&#233;der avec pr&#233;caution et prudence, m&#234;me dans les interpr&#233;tations les plus exactes en apparence ; ce qui a la m&#234;me valeur au point de vue psychologique peut se montrer susceptible de plusieurs interpr&#233;tations au point de vue pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ph&#233;nom&#232;nes comme ceux dont je viens de vous parler peuvent vous para&#238;tre extraordinaires. Vous pourriez vous demander si le contre-vouloir &#171; indirect &#187; n'imprime pas au processus un caract&#232;re pathologique. Mais je puis vous assurer que ce processus est &#233;galement tout &#224; fait compatible avec l'&#233;tat normal, avec l'&#233;tat de sant&#233;. Comprenez-moi bien toutefois. Je ne suis nullement port&#233; &#224; admettre l'incertitude de nos interpr&#233;tations analytiques. La possibilit&#233; de multiples interpr&#233;tations de l'oubli de projets subsiste seulement, tant que nous n'avons pas entrepris l'analyse du cas et tant que nos interpr&#233;tations n'ont pour base que nos suppositions d'ordre g&#233;n&#233;ral. Toutes les fois que nous nous livrons &#224; l'analyse de la personne int&#233;ress&#233;e, nous apprenons avec une certitude suffisante s'il s'agit d'un contre-vouloir direct et quelle en est la source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point est le suivant : ayant constat&#233; que dans mi grand nombre de cas l'oubli d'un projet se ram&#232;ne &#224; un contre-vouloir, nous nous sentons encourag&#233;s &#224; &#233;tendre la m&#234;me conclusion &#224; une autre s&#233;rie de cas o&#249; la personne analys&#233;e, ne se contentant pas de ne pas confirmer le contre-vouloir que nous avons d&#233;gag&#233;, le nie tout simplement. Songez aux nombreux cas o&#249; l'on oublie de rendre les livres qu'on avait emprunt&#233;s, d'acquitter des factures ou de payer des dettes. Nous devons avoir l'audace d'affirmer &#224; la personne int&#233;ress&#233;e qu'elle a l'intention de garder les livres, de ne pas payer les dettes, alors m&#234;me que cette personne niera l'intention que nous lui pr&#234;terons, sans &#234;tre &#224; m&#234;me de nous expliquer son attitude par d'autres raisons. Nous lui dirons qu'elle a cette intention et qu'elle ne s'en rend pas compte, mais que, quant &#224; nous, il nous suffit qu'elle se trahisse par l'effet de l'oubli. L'autre nous r&#233;pondra que c'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi il ne s'en souvient pas. Vous voyez ainsi que nous aboutissons &#224; une situation dans laquelle nous nous sommes d&#233;j&#224; trouv&#233;s une fois. En voulant donner tout leur d&#233;veloppement logique &#224; nos interpr&#233;tations aussi vari&#233;es que justifi&#233;es des actes manqu&#233;s, nous sommes immanquablement amen&#233;s &#224; admettre qu'il existe chez l'homme des tendances susceptibles d'agir sans qu'il le sache. Mais en formulant cette proposition, nous nous mettons en opposition avec toutes les conceptions en vigueur dans la vie et dans la psychologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oubli de noms propres, de noms et de mots &#233;trangers se laisse de m&#234;me expliquer par une intention contraire se rattachant directement ou indirectement au nom ou au mot en question. Je vous ai d&#233;j&#224; cit&#233; ant&#233;rieurement plusieurs exemples de r&#233;pugnance directe &#224; l'&#233;gard de noms et de mots. Mais dans ce genre d'oublis la d&#233;termination indirecte est la plus fr&#233;quente et ne peut le plus souvent &#234;tre &#233;tablie qu'&#224; la suite d'une minutieuse analyse. C'est ainsi que la derni&#232;re guerre, au cours de laquelle nous nous sommes vus oblig&#233;s de renoncer &#224; tant de nos affections de jadis, a cr&#233;&#233; les associations les plus bizarres qui ont eu pour effet d'affaiblir notre m&#233;moire de noms propres. Il m'est arriv&#233; r&#233;cemment de ne pas pouvoir reproduire le nom de l'inoffensive ville morave Bisenz, et l'analyse a montr&#233; qu'il ne s'agissait pas du tout d'une hostilit&#233; de ma part &#224; l'&#233;gard de cette ville, mais que l'oubli tenait plut&#244;t &#224; la ressemblance qui existe entre son nom et celui du palais Bisenzi, &#224; Orvieto, dans lequel j'ai fait autrefois plusieurs s&#233;jours agr&#233;ables. Ici, nous nous trouvons pour la premi&#232;re fois en pr&#233;sence d'un principe qui, au point de vue de la motivation de la tendance favorisant l'oubli de noms, se r&#233;v&#232;lera plus tard comme jouant un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans la d&#233;termination de sympt&#244;mes n&#233;vrotiques : il s'agit notamment du refus de la m&#233;moire d'&#233;voquer des souvenirs associ&#233;s &#224; des sensations p&#233;nibles des souvenirs dont l'&#233;vocation serait de nature &#224; reproduire ces sensations. Dans cette tendance &#224; &#233;viter le d&#233;plaisir que peuvent causer les souvenirs ou d'autres actes psychiques, dans cette fuite psychique devant tout ce qui est p&#233;nible, nous devons voir l'ultime raison efficace, non seulement de l'oubli de noms, mais aussi de beaucoup d'autres actes manqu&#233;s, tels que n&#233;gligences, erreurs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il semble que l'oubli des noms soit particuli&#232;rement facilit&#233; par des facteurs psycho-physiologiques ; aussi peut-on l'observer, m&#234;me dans des cas o&#249; n'intervient aucun &#233;l&#233;ment en rapport avec une sensation de d&#233;plaisir. Lorsque vous vous trouvez en pr&#233;sence de quelqu'un ayant tendance &#224; oublier des noms, la recherche analytique vous permettra toujours de constater que, si certains noms lui &#233;chappent, ce n'est pas parce qu'ils lui d&#233;plaisent ou lui rappellent des souvenirs. d&#233;sagr&#233;ables, mais parce qu'ils appartiennent chez lui &#224; d'autres cycles d'associations avec lesquels ils se trouvent en rapports plus &#233;troits. On dirait que ces noms sont attach&#233;s &#224; ces cycles et sont refus&#233;s &#224; d'autres associations qui peuvent se former selon les circonstances. Rappelez-vous les artifices de la mn&#233;motechnique et vous constaterez non sans un certain &#233;tonnement que des noms sont oubli&#233;s par suite des associations m&#234;mes qu'on &#233;tablit intentionnellement pour les pr&#233;server contre l'oubli. Nous en avons un exemple des plus typiques dans les noms propres de personnes qui, cela va sans dire, doivent avoir, pour des hommes diff&#233;rents, une valeur psychique diff&#233;rente. Prenez, par exemple, le pr&#233;nom Th&#233;odore. Il ne signifie rien pour certains d'entre vous ; pour un autre, c'est le pr&#233;nom du p&#232;re, d'un fr&#232;re, d'un ami, ou m&#234;me le sien. L'exp&#233;rience analytique vous montrera que les premiers ne courent pas le risque d'oublier qu'une certaine personne &#233;trang&#232;re porte ce nom, tandis que les autres auront toujours une tendance &#224; refuser &#224; un &#233;tranger un nom qui leur semble r&#233;serv&#233; &#224; leurs relations personnelles. Et, maintenant qu'&#224; cet obstacle associatif viennent s'ajouter l'action du principe de d&#233;plaisir et celle d'un m&#233;canisme indirect : alors seulement vous pourrez vous faire une id&#233;e ad&#233;quate, du degr&#233; de complication qui caract&#233;rise la d&#233;termination de l'oubli momentan&#233; d'un nom. Mais une analyse serr&#233;e est capable de d&#233;brouiller tous les fils de cet &#233;cheveau compliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oubli d'impressions et d'&#233;v&#233;nements v&#233;cus fait ressortir, avec plus de nettet&#233; et d'une fa&#231;on plus exclusive que dans les cas d'oubli de noms, l'action de la tendance qui cherche &#224; &#233;loigner du souvenir tout ce qui est d&#233;sagr&#233;able. Cet oubli ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un acte manqu&#233; que dans la mesure o&#249;, envisag&#233; &#224; la lumi&#232;re de notre exp&#233;rience de tous les jours, il nous appara&#238;t surprenant et injustifi&#233;, c'est-&#224;-dire lorsque l'oubli porte, par exemple, sur des impressions trop r&#233;centes ou trop importantes ou sur des impressions dont l'absence forme une lacune dans un ensemble dont on garde un souvenir parfait. Pourquoi et comment pouvons-nous oublier en g&#233;n&#233;ral et, entre autres, des &#233;v&#233;nements qui, tels ceux de nos premi&#232;res ann&#233;es d'enfance, nous ont certainement laiss&#233; une impression des plus profondes ? C'est l&#224; un probl&#232;me d'un ordre tout &#224; fait diff&#233;rent, dans la solution duquel nous pouvons bien assigner un certain r&#244;le &#224; la d&#233;fense contre les sensations de peine, tout en pr&#233;venant que ce facteur est loin d'expliquer le ph&#233;nom&#232;ne dans sa totalit&#233;. C'est un fait incontestable que des impressions d&#233;sagr&#233;ables sont oubli&#233;es facilement. De nombreux psychologues se sont aper&#231;us de ce fait qui fit sur le grand Darwin une impression tellement profonde qu'il s'est impos&#233; la &#171; r&#232;gle d'or &#187; de noter avec un soin particulier les observations qui semblaient d&#233;favorables &#224; sa th&#233;orie et qui, ainsi qu'il a eu l'occasion de le constater, ne voulaient pas se fixer dans sa m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui entendent parler pour la premi&#232;re fois de l'oubli comme moyen de d&#233;fense contre les souvenirs p&#233;nibles manquent rarement de formuler cette objection que, d'apr&#232;s leur propre exp&#233;rience, ce sont plut&#244;t les souvenirs p&#233;nibles qui s'effacent difficilement, qui reviennent sans cesse, quoi qu'on fasse pour les &#233;touffer, et vous torturent sans r&#233;pit, comme c'est le cas, par exemple, des souvenirs d'offenses et d'humiliations. Le fait est exact, mais l'objection ne porte pas. Il importe de ne pas perdre de vue le fait que la vie psychique est un champ de bataille et une ar&#232;ne o&#249; luttent des tendances oppos&#233;es ou, pour parler un langage moins dynamique,qu'elle se compose de contradictions et de couples antinomiques. En prouvant l'existence d'une tendance d&#233;termin&#233;e, nous ne prouvons pas par l&#224; m&#234;me l'absence d'une autre tendance, agissant en sens contraire. Il y a place pour l'une et pour l'autre. Il s'agit seulement de conna&#238;tre les rapports qui s'&#233;tablissent entre les oppositions, les actions qui &#233;manent de l'une et de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perte et l'impossibilit&#233; de retrouver des objets rang&#233;s nous int&#233;ressent tout particuli&#232;rement, &#224; cause de la multiplicit&#233; d'interpr&#233;tations dont ces deux actes manqu&#233;s sont susceptibles et de la vari&#233;t&#233; des tendances auxquelles ils ob&#233;issent. Ce qui est commun &#224; tous les cas, c'est la volont&#233; de perdre ; ce qui diff&#232;re d'un cas &#224; l'autre, c'est la raison et c'est le but de la perte. On perd un objet lorsqu'il est us&#233;, lorsqu'on a l'intention de le remplacer par un meilleur, lorsqu'il a cess&#233; de plaire, lorsqu'on le tient d'une personne avec laquelle on a cess&#233; d'&#234;tre en bons termes ou lorsqu'il a &#233;t&#233; acquis dans des circonstances auxquelles on ne veut plus penser. Le fait de laisser tomber, de d&#233;t&#233;riorer, de casser un objet peut servir aux m&#234;mes fins. L'exp&#233;rience a &#233;t&#233; faite dans la vie sociale que des enfants impos&#233;s et n&#233;s hors mariage sont beaucoup plus fragiles que les enfants reconnus comme l&#233;gitimes. Ce r&#233;sultat n'est pas le fait de la grossi&#232;re technique de faiseuses d'anges ; il s'explique par une certaine n&#233;gligence dans les soins donn&#233;s aux premiers. Il se pourrait que la conservation des objets tomb&#226;t sous la m&#234;me explication que la conservation des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans d'autres cas on perd des objets qui n'ont rien perdu de leur valeur, avec la seule intention de sacrifier quelque chose au sort et de s'&#233;pargner ainsi une autre perte qu'on redoute. L'analyse montre que cette mani&#232;re de conjurer le sort est assez r&#233;pandue chez nous et que pour cette raison nos pertes sont souvent un sacrifice volontaire. La perte peut &#233;galement &#234;tre l'expression d'un d&#233;fi ou d'une p&#233;nitence. Bref, les motivations plus &#233;loign&#233;es de la tendance &#224; se d&#233;barrasser d'un objet par la perte sont innombrables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les autres erreurs, la m&#233;prise est souvent utilis&#233;e &#224; r&#233;aliser des d&#233;sirs qu'on devrait se refuser. L'intention rev&#234;t alors le masque d'un heureux hasard. Un de nos amis, par exemple, qui prend le train pour aller faire, dans les environs de la ville, une visite &#224; laquelle il ne tenait pas beaucoup, se trompe de train &#224; la gare de correspondance et reprend celui qui retourne &#224; la ville. Ou, encore, il arrive que, d&#233;sirant, au cours d'un voyage, faire dans une station interm&#233;diaire une halte incompatible avec certaines obligations, on manque comme par hasard une correspondance, ce qui permet en fin de compte de s'offrir l'arr&#234;t voulu. Je puis encore vous citer le cas d'un de mes malades auquel j'avais d&#233;fendu d'appeler sa ma&#238;tresse au t&#233;l&#233;phone, mais qui, toutes les fois qu'il voulait me t&#233;l&#233;phoner, appelait &#171; par erreur &#187;, &#171; mentalement &#187;, un faux num&#233;ro qui &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment celui de sa ma&#238;tresse. Voici enfin l'observation concernant une m&#233;prise que nous rapporte un ing&#233;nieur : observation &#233;l&#233;gante et d'une importance pratique consid&#233;rable, en ce qu'elle nous fait toucher du doigt les pr&#233;liminaires des dommages caus&#233;s &#224; un objet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis quelque temps, j'&#233;tais occup&#233;, avec plusieurs de mes coll&#232;gues de l'&#201;cole sup&#233;rieure, &#224; une s&#233;rie d'exp&#233;riences tr&#232;s compliqu&#233;es sur l'&#233;lasticit&#233;, travail dont nous nous &#233;tions charg&#233;s b&#233;n&#233;volement, mais qui commen&#231;ait &#224; nous prendre un temps exag&#233;r&#233;. Un jour o&#249; je me rendais au laboratoire avec mon coll&#232;gue F..., celui-ci me dit qu'il &#233;tait d&#233;sol&#233; d'avoir &#224; perdre tant de temps aujourd'hui, attendu qu'il avait beaucoup &#224; faire chez lui. Je ne pus que l'approuver et j'ajoutai en plaisantant et en faisant allusion &#224; un incident qui avait eu lieu la semaine pr&#233;c&#233;dente : &#171; Esp&#233;rons que la machine restera aujourd'hui en panne comme l'autre fois, ce qui nous permettra d'arr&#234;ter le travail et de partir de bonne heure (1) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lors de la distribution du travail, mon coll&#232;gue F... se trouva charg&#233; de r&#233;gler la soupape de la presse, c'est-&#224;-dire de laisser p&#233;n&#233;trer lentement le liquide de pression de l'accumulateur dans le cylindre de la presse hydraulique, en ouvrant avec pr&#233;caution la soupape ; celui qui dirige l'exp&#233;rience se tient pr&#232;s du manom&#232;tre et doit, lorsque la pression voulue est atteinte, s'&#233;crier &#224; haute voix : &#171; Halte ! &#187; Ayant entendu cet appel, F... saisit la soupape et la tourne de toutes ses forces... &#224; gauche (toutes les soupapes sans exception se ferment par rotation &#224; droite !) Il en r&#233;sulte que toute la pression de l'accumulateur s'exerce dans la presse, ce qui d&#233;passe la r&#233;sistance de la canalisation et a pour effet la rupture d'une soudure de tuyaux : accident sans gravit&#233;, mais qui nous oblige d'interrompre le travail et de rentrer chez nous. Ce qui est curieux, c'est que mon ami F..., auquel j'ai eu l'occasion quelque temps apr&#232;s de parler de cet accident, pr&#233;tendait ne pas s'en souvenir, alors que j'en ai gard&#233;, en ce qui me concerne, un souvenir certain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des cas comme celui-ci sont de nature &#224; vous sugg&#233;rer le soup&#231;on que si les mains de vos serviteurs se transforment si souvent en ennemies des objets que vous poss&#233;dez dans votre maison, cela peut ne pas &#234;tre d&#251; &#224; un hasard inoffensif. Mais vous pouvez &#233;galement vous demander si c'est toujours par hasard qu'on se fait du mal &#224; soi-m&#234;me et qu'on met en danger sa propre int&#233;grit&#233;. Soup&#231;on et question que l'analyse des observations dont vous pourrez disposer &#233;ventuellement vous permettra de v&#233;rifier et de r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis loin d'avoir &#233;puis&#233; tout ce qui peut &#234;tre dit au sujet des actes manqu&#233;s. Il reste encore beaucoup de points &#224; examiner et &#224; discuter. Mais je serais tr&#232;s satisfait si je savais que j'ai r&#233;ussi, par le peu que je vous ai dit, &#224; &#233;branler vos anciennes id&#233;es sur le sujet qui nous occupe et &#224; vous rendre pr&#234;ts &#224; en accepter de nouvelles. Pour le reste, je n'&#233;prouve aucun scrupule &#224; laisser les choses au point o&#249; je les ai amen&#233;es, sans pousser plus loin. Nos principes ne tirent pas toute leur d&#233;monstration des seuls actes manqu&#233;s, et rien ne nous oblige &#224; borner nos recherches, en les faisant porter uniquement sur les mat&#233;riaux que ces actes nous fournissent. Pour nous, la grande valeur des actes manqu&#233;s consiste dans leur fr&#233;quence, dans le fait que chacun peut les observer facilement sur soi-m&#234;me et que leur production n'a pas pour condition n&#233;cessaire un &#233;tat morbide quelconque. En terminant, je voudrais seulement vous rappeler une de vos questions que j'ai jusqu'&#224; pr&#233;sent laiss&#233;e sans r&#233;ponse : puisque, d'apr&#232;s les nombreux exemples que nous connaissons, les hommes sont souvent si proches de la compr&#233;hension des actes manqu&#233;s et se comportent souvent comme s'ils en saisissaient le sens, comment se fait-il que, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, ces m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes leur apparaissent souvent comme accidentels, comme d&#233;pourvus de sens et d'importance et qu'ils se montrent si r&#233;fractaires &#224; leur explication psychanalytique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez raison : il s'agit l&#224; d'un fait &#233;tonnant et qui demande une explication. Mais au lieu de vous donner cette explication toute faite, je pr&#233;f&#232;re, par des encha&#238;nements successifs, vous rendre &#224; m&#234;me de la trouver, sans que j'aie besoin de venir &#224; votre secours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des n&#233;vroses (Tome II)&lt;br class='autobr' /&gt;
20. La vie sexuelle de l'homme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait croire que tout le monde s'accorde sur le sens qu'il faut attacher au mot &#171; sexuel &#187;. Avant tout, le sexuel n'est-il pas l'ind&#233;cent, ce dont il ne faut pas parler ? Je me suis laiss&#233; raconter que les &#233;l&#232;ves d'un c&#233;l&#232;bre psychiatre, voulant convaincre leur ma&#238;tre que les sympt&#244;mes des hyst&#233;riques ont le plus souvent un caract&#232;re sexuel, l'ont amen&#233; devant le lit d'une hyst&#233;rique dont les crises simulaient incontestablement le travail de l'accouchement. Ce que voyant, le professeur dit avec d&#233;dain : &#171; L'accouchement n'a rien d'un acte sexuel. &#187; Sans doute, un accouchement n'est pas toujours et n&#233;cessairement un acte ind&#233;cent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me bl&#226;mez sans doute de plaisanter &#224; propos de choses aussi s&#233;rieuses. Mais ce que je vous dis l&#224; est loin d'&#234;tre une plaisanterie. C'est que le contenu de la notion de &#171; sexuel &#187; ne se laisse pas d&#233;finir facilement. On pourrait dire que tout ce qui se rattache aux diff&#233;rences s&#233;parant les sexes est sexuel, mais ce serait l&#224; une d&#233;finition aussi vague que vaste. En tenant principalement compte de l'acte sexuel lui-m&#234;me, vous pourriez dire qu'est sexuel tout ce qui se rapporte &#224; l'intention de se procurer une jouissance &#224; l'aide du corps, et plus particuli&#232;rement des organes g&#233;nitaux, du sexe oppos&#233;, bref tout ce qui se rapporte au d&#233;sir de l'accouplement et de l'accomplissement de l'acte sexuel. Par cette d&#233;finition, vous vous rapprocheriez de ceux qui identifient le sexuel avec l'ind&#233;cent et vous auriez raison de dire que l'accouchement n'a rien de sexuel. Mais en faisant de la procr&#233;ation le noyau de la sexualit&#233;, vous courez le risque d'exclure de votre d&#233;finition une foule d'actes qui, tels que la masturbation ou m&#234;me le baiser, sans avoir la procr&#233;ation pour but, n'en sont pas moins de nature sexuelle. Mais nous savons d&#233;j&#224; que tous les essais de d&#233;finition font na&#238;tre des difficult&#233;s ; n'esp&#233;rons donc pas qu'il en sera autrement dans le cas qui nous occupe. Nous pouvons soup&#231;onner qu'au cours du d&#233;veloppement de la notion de &#171; sexuel &#187;, il s'est produit quelque chose qui, selon l'excellente expression de H. Silberer, a eu pour cons&#233;quence une &#171; erreur par dissimulation &#187;. Tout bien consid&#233;r&#233;, nous ne sommes cependant pas priv&#233;s de toute orientation quant &#224; ce que les hommes appellent &#171; sexuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;finition tenant compte &#224; la fois de l'opposition des sexes, de la jouissance sexuelle, de la fonction de la procr&#233;ation et du caract&#232;re ind&#233;cent d'une s&#233;rie d'actes et d'objets qui doivent rester cach&#233;s, &#8212; une telle d&#233;finition disons-nous, peut suffire &#224; tous les besoins pratiques de la vie. Mais la science ne saurait s'en contenter. Gr&#226;ce &#224; des recherches minutieuses et qui ont exig&#233; de la part des sujets examin&#233;s beaucoup de d&#233;sint&#233;ressement et une grande ma&#238;trise sur eux-m&#234;mes, nous avons pu constater l'existence de groupes entiers d'individus dont la &#171; vie sexuelle &#187; diff&#232;re d'une fa&#231;on frappante de la repr&#233;sentation moyenne et courante. Quelques-uns de ces &#171; pervers ont, pour ainsi dire, ray&#233; de leur programme la diff&#233;rence sexuelle. Seuls des individus du m&#234;me sexe qu'eux sont susceptibles d'exciter leurs d&#233;sirs sexuels ; le sexe oppos&#233;, parfois les organes sexuels du sexe oppos&#233;, ne pr&#233;sentent &#224; leurs yeux rien de sexuel et constituent, dans des cas extr&#234;mes, un objet d'aversion. Il va, sans dire que ces pervers ont renonc&#233; &#224; prendre la moindre part &#224; la procr&#233;ation. Nous appelons ces personnes homosexuelles ou inverties. Ce sont des hommes et des femmes ayant souvent, pas toujours, re&#231;u une instruction et une &#233;ducation irr&#233;prochables, d'un niveau moral et intellectuel tr&#232;s &#233;lev&#233;, affect&#233;s de cette seule et triste anomalie. Par l'organe de leurs repr&#233;sentants scientifiques, ils se donnent pour une vari&#233;t&#233; humaine particuli&#232;re, pour un &#171; troisi&#232;me sexe &#187; pouvant pr&#233;tendre aux m&#234;mes droits que les deux autres. Nous aurons peut-&#234;tre l'occasion de faire un examen critique de leurs pr&#233;tentions. Ils ne forment naturellement pas, ainsi qu'ils seraient tent&#233;s de nous le faire croire, une &#171; &#233;lite &#187; de l'humanit&#233; ; on trouve dans leurs rangs tout autant d'individus sans valeur et inutiles que dans les rangs de ceux qui ont une sexualit&#233; normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pervers se comportent envers leur objet sexuel &#224; peu pr&#232;s de la m&#234;me mani&#232;re que les normaux envers le leur. Mais ensuite vient toute une s&#233;rie d'anormaux dont l'activit&#233; sexuelle s'&#233;carte de plus en plus de ce qu'un homme raisonnable estime d&#233;sirable. Par leur vari&#233;t&#233; et leur singularit&#233;, on ne pourrait les comparer qu'aux monstres difformes et grotesques qui, dans le tableau de P. Breughel, viennent tenter saint Antoine, ou aux dieux et aux croyants depuis longtemps oubli&#233;s que G. Flaubert fait d&#233;filer dans une longue procession sous les yeux de son pieux p&#233;nitent. Leur foule bigarr&#233;e appelle une classification, sans laquelle on serait dans l'impossibilit&#233; de s'orienter. Nous les divisons en deux groupes : ceux qui, comme les homosexuels, se distinguent des normaux par leur objet sexuel, et ceux qui, avant tout, poursuivent un autre but sexuel que les normaux. Font partie du premier groupe ceux qui ont renonc&#233; &#224; l'accouplement des organes g&#233;nitaux oppos&#233;s et qui, dans leur acte sexuel, remplacent chez leur partenaire l'organe sexuel par une autre partie ou r&#233;gion du corps. Peu importe que cette partie ou r&#233;gion se pr&#234;te mal, par sa structure, &#224; l'acte en question : les individus de ce groupe font abstraction de cette consid&#233;ration, ainsi que de l'obstacle que peut opposer la sensation de d&#233;go&#251;t (ils remplacent le vagin par la bouche, par l'anus). Font encore partie du m&#234;me groupe ceux qui demandent leur satisfaction aux organes g&#233;nitaux, non &#224; cause de leurs fonctions sexuelles, mais &#224; cause d'autres fonctions auxquelles ces organes prennent part pour des raisons anatomiques ou de voisinage. Chez ces individus les fonctions d'excr&#233;tion que l'&#233;ducation s'applique &#224; faire consid&#233;rer comme ind&#233;centes monopolisent &#224; leur profit tout l'int&#233;r&#234;t sexuel. Viennent ensuite d'autres individus qui ont totalement renonc&#233; aux organes g&#233;nitaux comme objets de satisfaction sexuelle et ont &#233;lev&#233; &#224; cette dignit&#233; des parties du corps tout &#224; fait diff&#233;rentes : le sein ou le pied de la femme, sa natte. D'autres individus encore ne cherchent m&#234;me pas &#224; satisfaire leur d&#233;sir sexuel &#224; l'aide d'une partie quelconque du corps ; un objet de toilette leur suffit : un soulier, un linge blanc. Ce sont les f&#233;tichistes. Citons enfin la cat&#233;gorie de ceux qui d&#233;sirent bien l'objet sexuel complet et normal, mais lui demandent des choses d&#233;termin&#233;es, singuli&#232;res ou horribles, jusqu'&#224; vouloir transformer le porteur de l'objet sexuel d&#233;sir&#233; en un cadavre inanim&#233;, et ne sont pas capables d'en jouir tant qu'ils n'ont pas ob&#233;i &#224; leur criminelle impulsion. Mais assez de ces horreurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre grand groupe de pervers se compose d'individus qui assignent pour but &#224; leurs d&#233;sirs sexuels ce qui, chez les normaux, ne constitue qu'un acte de pr&#233;paration ou d'introduction. Ils inspectent, palpent et t&#226;tent la personne du sexe oppos&#233;, cherchent &#224; entrevoir les parties cach&#233;es et intimes de son corps, ou d&#233;couvrent leurs propres parties cach&#233;es, dans l'espoir secret d'&#234;tre r&#233;compens&#233;s par la r&#233;ciprocit&#233;. Viennent ensuite les &#233;nigmatiques sadiques qui ne connaissent d'autre plaisir que celui d'infliger &#224; leur objet des douleurs et des souffrances, depuis la simple humiliation jusqu'&#224; de graves l&#233;sions corporelles ; et ils ont leur pendant dans les masochistes dont l'unique plaisir consiste &#224; recevoir de l'objet aim&#233; toutes les humiliations et toutes les souffrances, sous une forme symbolique ou r&#233;elle. D'autres encore pr&#233;sentent une association et entrecroisement de plusieurs de ces tendances anormales, mais nous devons ajouter, pour finir, que chacun des deux grands groupes dont nous venons de nous occuper pr&#233;sente deux grandes subdivisions : l'une de celles-ci comprend les individus qui cherchent leur satisfaction sexuelle dans la r&#233;alit&#233;, tandis que les individus composant l'autre subdivision se contentent de la simple repr&#233;sentation de cette satisfaction et, au lieu de rechercher un objet r&#233;el, concentrent tout leur int&#233;r&#234;t sur un produit de leur imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ces folies, singularit&#233;s et horreurs repr&#233;sentent r&#233;ellement l'activit&#233; sexuelle des individus en question, &#8212; c'est l&#224; un point qui n'admet pas le moindre doute. C'est ainsi d'ailleurs que ces individus con&#231;oivent eux-m&#234;mes leurs sympathies et leurs go&#251;ts. Ils se rendent parfois compte qu'il s'agit l&#224; de substitutions, mais nous devons ajouter, pour notre part, que leurs folies, singularit&#233;s et horreurs jouent dans leur vie exactement le m&#234;me r&#244;le que la satisfaction sexuelle normale dans la n&#244;tre ; qu'ils font, pour obtenir leur satisfaction, les m&#234;mes sacrifices, souvent tr&#232;s grands, que nous, et qu'en s'attachant &#224; tous les d&#233;tails de leur vie sexuelle, on peut d&#233;couvrir les points sur lesquels ces anomalies se rapprochent de l'&#233;tat normal et ceux sur lesquels elles s'en &#233;cartent. Vous constaterez que dans ces anomalies le caract&#232;re d'ind&#233;cence, inh&#233;rent &#224; l'activit&#233; sexuelle, est pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me degr&#233;, &#224; un point o&#249; l'ind&#233;cence devient de la turpitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, quelle attitude devons-nous adopter &#224; l'&#233;gard de ces modes extraordinaires de satisfaction sexuelle ? D&#233;clarer que nous sommes indign&#233;s, manifester notre aversion personnelle, assurer que nous ne partagerons pas ces vices &#8212; tout cela ne signifie rien et, d'ailleurs, ce sont des choses qu'on ne nous demande pas. Il s'agit, apr&#232;s tout, d'un ordre de ph&#233;nom&#232;nes qui sollicite notre attention au m&#234;me titre que n'importe quel autre ordre. Se r&#233;fugier derri&#232;re l'affirmation que ce sont l&#224; des faits rares, de simples curiosit&#233;s, c'est s'exposer &#224; recevoir un rapide d&#233;menti. Les ph&#233;nom&#232;nes dont nous nous occupons sont, au contraire, tr&#232;s fr&#233;quents, tr&#232;s r&#233;pandus, Mais si l'on venait nous dire que ces d&#233;viations et perversions de l'instinct sexuel ne doivent pas nous induire en erreur quant &#224; notre mani&#232;re de concevoir la vie sexuelle en g&#233;n&#233;ral, notre r&#233;ponse serait toute pr&#234;te : tant que nous n'aurons pas compris ces formes morbides de la sexualit&#233;, tant que nous n'aurons pas &#233;tabli leurs rapports avec la vie sexuelle normale, il nous sera &#233;galement impossible de comprendre cette derni&#232;re. Bref, nous nous trouvons devant une t&#226;che th&#233;orique urgente, qui consiste &#224; rendre compte des perversions dont nous avons parl&#233; et de leurs rapports avec la sexualit&#233; dite normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous serons aid&#233;s dans cette t&#226;che par une remarque et deux nouvelles exp&#233;riences. La premi&#232;re est d'Ivan Bloch qui, &#224; la conception qui voit dans toutes ces perversions des &#171; signes de d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187;, ajoute ce correctif que ces &#233;carts du but sexuel, que ces attitudes perverses &#224; l'&#233;gard de l'objet sexuel ont exist&#233; &#224; toutes les &#233;poques connues, chez tous les peuples, aussi bien chez les plus primitifs que chez les plus civilis&#233;s, et qu'ils ont parfois joui de la tol&#233;rance et de la reconnaissance g&#233;n&#233;rales. Quant aux deux exp&#233;riences, elles ont &#233;t&#233; faites au cours de recherches psychanalytiques sur des n&#233;vros&#233;s ; elles sont de nature &#224; orienter d'une fa&#231;on d&#233;cisive notre conception des perversions sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sympt&#244;mes n&#233;vrotiques, avons-nous dit, sont des satisfactions substitutives, et je vous ai fait entrevoir que la confirmation de cette proposition par l'analyse des sympt&#244;mes se heurterait &#224; beaucoup de difficult&#233;s. Elle ne se justifie que si, en parlant de &#171; satisfaction sexuelle &#187;, nous sous-entendons &#233;galement les besoins sexuels dits pervers, car une pareille interpr&#233;tation des sympt&#244;mes s'impose &#224; nous avec une fr&#233;quence &#233;tonnante. La pr&#233;tention par laquelle les homosexuels et les invertis affirment qu'ils sont des &#234;tres exceptionnels dispara&#238;t devant la constatation qu'il n'est pas un seul n&#233;vros&#233; chez lequel on ne puisse prouver l'existence de tendances homosexuelles et que bon nombre de sympt&#244;mes n&#233;vrotiques ne sont que l'expression de cette inversion latente. Ceux qui se nomment eux-m&#234;mes homosexuels ne sont que les invertis conscients et manifestes, et leur nombre est minime &#224; c&#244;t&#233; de celui des homosexuels latents. Nous sommes oblig&#233;s de voir dans l'homosexualit&#233; une excroissance &#224; peu pr&#232;s r&#233;guli&#232;re de la vie amoureuse, et son importance grandit &#224; nos yeux &#224; mesure que nous approfondissons celle-ci. Sans doute, les diff&#233;rences qui existent entre l'homosexualit&#233; manifeste et la vie sexuelle normale ne se trouvent pas supprim&#233;es de ce fait ; si la valeur th&#233;orique de celle-l&#224; s'en trouve consid&#233;rablement r&#233;duite, sa valeur pratique demeure intacte. Nous apprenons m&#234;me que la parano&#239;a, que nous ne pouvons pas ranger dans la cat&#233;gorie des n&#233;vroses par transfert, r&#233;sulte rigoureusement de la tentative de d&#233;fense contre des impulsions homosexuelles trop violentes. Vous vous rappelez peut-&#234;tre encore qu'une de nos malades, au cours de son acte obsessionnel, simulait son propre mari dont elle vivait s&#233;par&#233;e ; pareille production de sympt&#244;mes simulant un homme est fr&#233;quente chez les femmes n&#233;vrotiques. Bien qu'il ne s'agisse pas l&#224; d'homosexualit&#233; proprement dite, ces cas n'en r&#233;alisent pas moins certaines de ses conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que vous le savez probablement, la n&#233;vrose hyst&#233;rique peut manifester ses sympt&#244;mes dans tous les syst&#232;mes d'organes et ainsi troubler toutes les fonctions. L'analyse nous r&#233;v&#232;le dans ces cas une manifestation de toutes les tendances dites perverses, lesquelles cherchent &#224; substituer aux organes g&#233;nitaux d'autres organes qui se comportent alors comme des organes g&#233;nitaux de substitution. C'est pr&#233;cis&#233;ment gr&#226;ce &#224; la symptomatologie de l'hyst&#233;rie que nous sommes arriv&#233;s &#224; la conception d'apr&#232;s laquelle tous les organes du corps, en plus de leur fonction normale, joueraient aussi un r&#244;le sexuel, &#233;rog&#232;ne, qui devient parfois dominant au point de troubler le fonctionnement normal. D'innombrables sensations et innervations qui, &#224; titre de sympt&#244;mes de l'hyst&#233;rie, se localisent sur des organes n'ayant en apparence aucun rapport avec la sexualit&#233;, nous r&#233;v&#232;lent ainsi leur nature v&#233;ritable : elles constituent autant de satisfactions de d&#233;sirs sexuels pervers en vue desquelles d'autres organes ont assum&#233; le r&#244;le d'organes sexuels. Nous avons alors l'occasion de constater la fr&#233;quence avec laquelle les organes d'absorption d'aliments et les organes d'excr&#233;tion deviennent les porteurs des excitations sexuelles. Il s'agit ainsi de la m&#234;me constatation que celle que nous avons faite &#224; propos des perversions, avec cette diff&#233;rence que dans ces derni&#232;res le fait qui nous occupe peut &#234;tre constat&#233; sans difficult&#233; et sans erreur possible, tandis que dans l'hyst&#233;rie nous devons commencer par l'interpr&#233;tation des sympt&#244;mes et rel&#233;guer ensuite les tendances sexuelles perverses dans l'inconscient, au lieu de les attribuer &#224; la conscience de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des nombreux tableaux symptomatiques que rev&#234;t la n&#233;vrose obsessionnelle, les plus importants sont ceux provoqu&#233;s par la pression des tendances sexuelles fortement sadiques, donc perverses quant &#224; leur but ; et, en conformit&#233; avec la structure d'une n&#233;vrose obsessionnelles, ces sympt&#244;mes servent de moyen de d&#233;fense contre ces d&#233;sirs ou bien expriment la lutte contre la volont&#233; de satisfaction et la volont&#233; de d&#233;fense. Mais la satisfaction elle-m&#234;me, an lieu de se produire en empruntant le chemin le plus court, sait se manifester dans l'attitude des malades par les voies les plus d&#233;tourn&#233;es et se tourne de pr&#233;f&#233;rence contre la personne m&#234;me du malade qui s'inflige ainsi toutes sortes de tortures. D'autres formes de cette n&#233;vrose, celles qu'on peut appeler scrutatrices, correspondent &#224; une sexualisation excessive d'actes qui, dans les cas normaux, ne sont que les actes pr&#233;paratoires de la satisfaction sexuelle : les malades veulent voir, toucher, fouiller. Nous avons l&#224; l'explication de l'&#233;norme importance que rev&#234;tent parfois chez ces malades la crainte de tout attouchement et l'obsession ablutioniste. On ne soup&#231;onne pas combien nombreux sont les actes obsessionnels qui repr&#233;sentent une r&#233;p&#233;tition ou une modification masqu&#233;e de la masturbation, laquelle, on le sait, accompagne, en tant qu'acte unique et uniforme, les formes les plus vari&#233;es de la d&#233;viation sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me serait facile de multiplier les liens qui rattachent la perversion &#224; la n&#233;vrose, mais ce que je vous ai dit suffit &#224; notre intention. Mais nous devons nous garder d'exag&#233;rer l'importance symptomatique, la pr&#233;sence et l'intensit&#233; des tendances perverses chez l'homme. Vous avez entendu dire qu'on peut contracter une n&#233;vrose lorsqu'on est priv&#233; de satisfaction sexuelle normale. Le besoin emprunte alors les voies de satisfaction anormales. Vous verrez plus tard comment les choses se passent dans ces cas. Mais vous comprenez d'ores et d&#233;j&#224; que devenues perverses, par suite de ce refoulement &#171; collat&#233;ral &#187;, les tendances doivent appara&#238;tre plus violentes qu'elles ne le seraient si aucun obstacle r&#233;el ne s'&#233;tait oppos&#233; &#224; la satisfaction sexuelle normale. On constate d'ailleurs une influence analogue en ce qui concerne les perversions manifestes. Elles sont provoqu&#233;es ou favoris&#233;es dans certains cas par le fait que, par suite de circonstances passag&#232;res ou de conditions sociales durables, la satisfaction sexuelle normale se heurte &#224; des difficult&#233;s insurmontables. Il va sans dire que dans d'autres cas les tendances perverses sont ind&#233;pendantes des circonstances ou conditions susceptibles de les favoriser et constituent pour les individus qui en sont porteurs la forme normale de leur vie sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous venez peut-&#234;tre d'&#233;prouver l'impression que, loin d'&#233;lucider les rapports existant entre la sexualit&#233; normale et la sexualit&#233; perverse, nous n'avons fait que les embrouiller. R&#233;fl&#233;chissez cependant &#224; ceci : s'il est exact que chez les personnes priv&#233;es de la possibilit&#233; d'obtenir une satisfaction sexuelle normale, on voit appara&#238;tre des tendances perverses qui, sans cela, ne se seraient jamais manifest&#233;es, on doit admettre qu'il existait tout de m&#234;me chez ces personnes quelque chose qui les pr&#233;disposait &#224; ces perversions ; ou, si vous aimez mieux, que ces perversions existaient chez elles &#224; l'&#233;tat latent. Cela admis, nous arrivons &#224; l'autre des faits nouveaux que je vous avais annonc&#233;s. La recherche psychanalytique s'est notamment vue oblig&#233;e de porter aussi son attention sur la vie sexuelle de l'enfant, et elle y a &#233;t&#233; amen&#233;e par le fait que les souvenirs et les id&#233;es qui surgissent chez les sujets au cours de l'analyse de leurs sympt&#244;mes ram&#232;nent r&#233;guli&#232;rement l'analyse aux premi&#232;res ann&#233;es de l'enfance de ces sujets. Toutes les conclusions que nous avions formul&#233;es &#224; propos de ce fait ont &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233;es point par point &#224; la suite d'observations directes sur des enfants. Et nous avons constat&#233; que toutes les tendances perverses plongent par leurs racines dans l'enfance, que les enfants portent en eux toutes les pr&#233;dispositions &#224; ces tendances qu'ils manifestent dans la mesure compatible avec leur immaturit&#233;, bref que la sexualit&#233; perverse n'est pas autre chose que la sexualit&#233; infantile grossie et d&#233;compos&#233;e en ses tendances particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois vous apercevez les perversions sous un tout autre jour et vous ne pourrez plus m&#233;conna&#238;tre leurs rapports avec la vie sexuelle de l'homme. Mais au prix de combien de surprises et de p&#233;nibles d&#233;ceptions ! Vous serez tout d'abord tent&#233;s de nier tout : et le fait que les enfants poss&#232;dent quelque chose qui m&#233;rite le nom de vie sexuelle, et l'exactitude de nos observations, et mon droit de trouver dans l'attitude des enfants une affinit&#233; avec ce que nous condamnons chez des personnes plus &#226;g&#233;es comme &#233;tant une perversion. Permettez-moi donc tout d'abord de vous expliquer les raisons de votre r&#233;sistance, je vous exposerai ensuite l'ensemble de mes observations. Pr&#233;tendre que les enfants n'ont pas de vie sexuelle, -excitations sexuelles, besoins sexuels, une sorte de satisfaction sexuelle, &#8212; mais que cette vie s'&#233;veille chez eux brusquement &#224; l'&#226;ge de 12 &#224; 14 ans, c'est, abstraction faite de toutes les observations, avancer une affirmation qui, au point de vue biologique, est aussi invraisemblable, voire aussi absurde que le serait celle d'apr&#232;s laquelle les enfants na&#238;traient sans organes g&#233;nitaux, lesquels ne feraient leur apparition qu'&#224; l'&#226;ge de la pubert&#233;. Ce qui s'&#233;veille chez les enfants &#224; cet &#226;ge, c'est la fonction de la reproduction qui se sert, pour r&#233;aliser ses buts, d'un appareil corporel et psychique d&#233;j&#224; existant. Vous tombez dans l'erreur qui consiste &#224; confondre sexualit&#233; et reproduction, et par cette erreur vous vous fermez l'acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension de la sexualit&#233;, des perversions et des n&#233;vroses. C'est l&#224; cependant une erreur tendancieuse. Chose &#233;tonnante, elle a sa source dans le fait que vous avez &#233;t&#233; enfants vous-m&#234;mes et avez, comme tels, subi l'influence de l'&#233;ducation. Au point de vue de l'&#233;ducation, la soci&#233;t&#233; consid&#232;re comme une de ses t&#226;ches essentielles de r&#233;fr&#233;ner l'instinct sexuel lorsqu'il se manifeste comme besoin de procr&#233;ation, de le limiter, de le soumettre &#224; une volont&#233; individuelle se pliant &#224; la contrainte sociale. La soci&#233;t&#233; est &#233;galement int&#233;ress&#233;e &#224; ce que le d&#233;veloppement complet dit besoin sexuel soit retard&#233; jusqu'&#224; ce que l'enfant ait atteint un certain degr&#233; de maturit&#233; sociale, car d&#232;s que ce d&#233;veloppement est atteint, l'&#233;ducation n'a plus de prise sur l'enfant. La sexualit&#233;, si elle se manifestait d'une fa&#231;on trop pr&#233;coce, romprait toutes les barri&#232;res et emporterait tous les r&#233;sultats si p&#233;niblement acquis par la culture. La t&#226;che de r&#233;fr&#233;ner le besoin sexuel n'est d'ailleurs jamais facile ; on r&#233;ussit &#224; la r&#233;aliser tant&#244;t trop, tant&#244;t trop peu. La base sur laquelle repose la -soci&#233;t&#233; humaine est,. en derni&#232;re analyse, de nature &#233;conomique : ne poss&#233;dant pas assez de moyens de subsistance pour permettre &#224; ses membres de vivre sans travailler, la soci&#233;t&#233; est oblig&#233;e de limiter le nombre de ses membres et de d&#233;tourner leur &#233;nergie de l'activit&#233; sexuelle vers le travail. Nous sommes l&#224; en pr&#233;sence de l'&#233;ternel besoin vital qui, n&#233; en m&#234;me temps que l'homme, persiste jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience a bien d&#251; montrer aux &#233;ducateurs que la t&#226;che d'assouplir la volont&#233; sexuelle de la nouvelle g&#233;n&#233;ration n'est r&#233;alisable que si, sans attendre l'explosion tumultueuse de la pubert&#233;, on commence d&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es &#224; amener les enfants &#224; soumettre &#224; une discipline leur vie sexuelle, qui n'est qu'une pr&#233;paration &#224; celle de l'&#226;ge m&#251;r. Dans ce but, on interdit aux enfants toutes les activit&#233;s sexuelles infantiles ; on les en d&#233;tourne, dans l'espoir id&#233;al de rendre leur vie asexuelle, et on en est arriv&#233; peu &#224; peu &#224; la consid&#233;rer r&#233;ellement comme telle, croyance &#224; laquelle la science a apport&#233; sa confirmation. Afin de ne pas se mettre en contradiction avec les croyances qu'on professe et les intentions qu'on poursuit, on n&#233;glige l'activit&#233; sexuelle de l'enfant, ce qui est loin d'&#234;tre une attitude facile, ou bien on se contente, dans la science, de la concevoir diff&#233;remment. L'enfant est consid&#233;r&#233; comme pur, comme innocent, et quiconque le d&#233;crit autrement est accus&#233; de commettre un sacril&#232;ge, de se livrer &#224; un attentat impie contre les sentiments les plus tendres et les plus sacr&#233;s de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants sont les seuls &#224; ne pas &#234;tre dupes de ces conventions ; ils font valoir en toute na&#239;vet&#233; leurs droits anormaux et montrent &#224; chaque instant que, pour eux, le chemin de la puret&#233; est encore &#224; parcourir tout entier. Il est assez singulier que ceux qui nient la sexualit&#233; infantile ne renoncent pas pour cela &#224; l'&#233;ducation et condamnent le plus s&#233;v&#232;rement, &#224; titre de &#171; mauvaises habitudes &#187;, les manifestations de ce qu'ils nient. Il est en outre extr&#234;mement int&#233;ressant, au point de vue th&#233;orique, que les cinq ou six premi&#232;res ann&#233;es de la vie, c'est-&#224;-dire l'&#226;ge auquel le pr&#233;jug&#233; d'une enfance asexuelle s'applique le moins, est envelopp&#233; chez la plupart des personnes d'un brouillard d'amn&#233;sie que seule la recherche analytique r&#233;ussit &#224; dissiper, mais qui auparavant s'&#233;tait d&#233;j&#224; montr&#233; perm&#233;able pour certaines formations de r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, je vais vous exposer ce qui appara&#238;t avec le plus de nettet&#233; lorsqu'on &#233;tudie la vie sexuelle de l'enfant. Pour plus de clart&#233;, je vous demanderai la permission d'introduire &#224; cet effet la notion de la libido. Analogue &#224; la faim en g&#233;n&#233;ral, la libido d&#233;signe la force avec laquelle se manifeste l' instinct sexuel, comme la faim d&#233;signe la force avec laquelle se manifeste l'instinct d'absorption de nourriture. D'autres notions, telles qu'excitation et satisfaction sexuelles, n'ont pas besoin d'explication. Vous allez voir, et vous en tirerez peut-&#234;tre un argument contre moi, que les activit&#233;s sexuelles du nourrisson ouvrent &#224; l'interpr&#233;tation un champ infini. On obtient ces interpr&#233;tations en soumettant les sympt&#244;mes &#224; une analyse r&#233;gressive. Les premi&#232;res manifestations de la sexualit&#233;, qui se montrent chez le nourrisson, se rattachent &#224; d'autres fonctions vitales. Ainsi que vous le savez, son principal int&#233;r&#234;t porte sur l'absorption de nourriture ; lorsqu'il s'endort rassasi&#233; devant le sein de sa m&#232;re, il pr&#233;sente une expression d'heureuse satisfaction qu'on retrouve plus tard &#224; la suite de la satisfaction sexuelle. Ceci ne suffirait pas &#224; justifier une conclusion. Mais nous observons que le nourrisson est toujours dispos&#233; &#224; recommencer l'absorption de nourriture, non parce qu'il a encore besoin de celle-ci, mais pour la seule action que cette absorption comporte. Nous disons alors qu'il suce ; et le fait que, ce faisant, il s'endort de nouveau avec une expression b&#233;ate, nous montre que l'action de sucer lui a, comme telle, procur&#233; une satisfaction. Il finit g&#233;n&#233;ralement par ne plus pouvoir s'endormir sans sucer. C'est un p&#233;diatre de Budapest, le Dr Lindner, qui a le premier affirm&#233; la nature sexuelle de cet acte. Les personnes qui soignent l'enfant et qui ne cherchent nullement &#224; adopter une attitude th&#233;orique, semblent porter sur cet acte un jugement analogue. Elles se rendent parfaitement compte qu'il ne sert qu'&#224; procurer un plaisir, y voient une &#171; mauvaise habitude &#187;, et lorsque l'enfant ne veut pas renoncer spontan&#233;ment &#224; cette habitude, elles cherchent &#224; l'en d&#233;barrasser en y associant des impressions d&#233;sagr&#233;ables. Nous apprenons ainsi que le nourrisson accomplit des actes qui ne servent qu'&#224; lui procurer un plaisir. Nous croyons qu'il a commenc&#233; &#224; &#233;prouver ce plaisir &#224; l'occasion de l'absorption de nourriture, mais qu'il n'a pas tard&#233; &#224; apprendre &#224; la s&#233;parer de cette condition. Nous rapportons cette sensation de plaisir &#224; la zone bucco-labiale, d&#233;signons cette zone sous le nom de zone &#233;rog&#232;ne et consid&#233;rons le plaisir procur&#233; par l'acte de sucer comme un plaisir sexuel. Nous aurons certainement encore &#224; discuter la l&#233;gitimit&#233; de ces d&#233;signations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le nourrisson &#233;tait capable de faire part de ce qu'il &#233;prouve, il d&#233;clarerait certainement que sucer le sein maternel constitue l'acte le plus important de la vie. Ce disant, il n'aurait pas tout &#224; fait tort, car il satisfait par ce seul acte deux grands besoins de la vie. Et ce n'est pas sans surprise que nous apprenons par la psychanalyse combien profonde est l'importance psychique de cet acte dont les traces persistent ensuite la vie durant. L'acte qui consiste &#224; sucer le sein maternel devient le point de d&#233;part de toute la vie sexuelle, l'id&#233;al jamais atteint de toute satisfaction sexuelle ult&#233;rieure, id&#233;al auquel l'imagination aspire dans des moments de grand besoin et de grande privation. C'est ainsi que le sein maternel forme le premier objet de l'instinct sexuel ; et je ne saurais vous donner une id&#233;e assez exacte de l'importance de ce premier objet pour toute recherche ult&#233;rieure d'objets sexuels, de l'influence profonde qu'il exerce, dans toutes ses transformations et substitutions, jusque dans les domaines les plus &#233;loign&#233;s de notre vie psychique. Mais bient&#244;t l'enfant cesse de sucer le sein qu'il remplace par une partie de son propre corps. L'enfant se met &#224; sucer son pouce, sa langue. Il se procure ainsi du plaisir, sans avoir pour cela besoin du consentement du monde ext&#233;rieur, et l'appel &#224; une deuxi&#232;me zone du corps renforce en outre le stimulant de l'excitation. Toutes les zones &#233;rog&#232;nes ne sont pas &#233;galement efficaces ; aussi est-ce un &#233;v&#233;nement important dans la vie de l'enfant lorsque, &#224; force d'explorer son corps, il d&#233;couvre les parties particuli&#232;rement excitables de ses organes g&#233;nitaux et trouve ainsi le chemin qui finira par le conduire &#224; l'onanisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant ressortir l'importance de l'acte de sucer, nous avons d&#233;gag&#233; deux caract&#232;res essentiels de la sexualit&#233; infantile. Celle-ci se rattache notamment &#224; la satisfaction des grands besoins organiques et elle se comporte, en outre, d'une fa&#231;on auto-&#233;rotique, c'est-&#224;-dire qu'elle trouve ses objets sur son propre corps. Ce qui est apparu avec la plus grande nettet&#233; &#224; propos de l'absorption d'aliments, se renouvelle en partie &#224; propos des excr&#233;tions. Nous en concluons que l'&#233;limination de l'urine et du contenu intestinal est pour le nourrisson une source de jouissance et qu'il s'efforce bient&#244;t d'organiser ces actions de fa&#231;on qu'elles lui procurent le maximum de plaisir, gr&#226;ce &#224; des excitations correspondantes des zones &#233;rog&#232;nes des muqueuses. Lorsqu'il en est arriv&#233; &#224; ce point, le monde ext&#233;rieur lui appara&#238;t, selon la fine remarque de Lou Andreas, comme un obstacle, comme une force hostile &#224; sa recherche de jouissance et lui laisse entrevoir, &#224; l'avenir, des luttes ext&#233;rieures et int&#233;rieures. On lui d&#233;fend de se d&#233;barrasser de ses excr&#233;tions quand et comment il veut ; ou le force &#224; se conformer aux indications d'autres personnes. Pour obtenir sa renonciation &#224; ces sources de jouissance, on lui inculque la conviction que tout ce qui se rapporte &#224; ces fonctions est ind&#233;cent, doit rester cach&#233;. Il est oblig&#233; de renoncer au plaisir, au nom de la dignit&#233; sociale. Il n'&#233;prouve au d&#233;but aucun d&#233;go&#251;t devant ses excr&#233;ments qu'il consid&#232;re comme faisant partie de son corps ; il s'en s&#233;pare &#224; contre c&#339;ur et s'en sert comme premier &#171; cadeau &#187; pour distinguer les personnes qu'il appr&#233;cie particuli&#232;rement. Et apr&#232;s m&#234;me que l'&#233;ducation a r&#233;ussi &#224; la d&#233;barrasser de ces penchants, il transporte sur le &#171; cadeau &#187; et l' &#171; argent &#187; la valeur qu'il avait accord&#233;e aux excr&#233;ments. Il semble en revanche &#234;tre particuli&#232;rement fier des exploits qu'il rattache &#224; l'acte d'uriner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sens que vous faites un effort sur vous-m&#234;mes pour ne pas m'interrompre et me crier : &#171; Assez de ces horreurs ! Pr&#233;tendre que la d&#233;f&#233;cation est une source de satisfaction sexuelle, d&#233;j&#224; utilis&#233;e par le nourrisson ! Que les excr&#233;ments sont une substance pr&#233;cieuse, l'anus une sorte d'organe sexuel ! Nous n'y croirons jamais ; mais nous comprenons fort bien pourquoi p&#233;diatres et p&#233;dagogues ne veulent rien savoir de la psychanalyse et de ses r&#233;sultats &#187;. Calmez-vous. Vous avez tout simplement oubli&#233;, que si je vous ai parl&#233; des faits que comporte la vie sexuelle infantile, ce fut &#224; l'occasion des faits se rattachant aux perversions sexuelles. Pourquoi ne sauriez-vous pas que chez de nombreux adultes, tant homosexuels qu'h&#233;t&#233;rosexuels, l'anus remplace r&#233;ellement le vagin dans les rapports sexuels ? Et pourquoi ne sauriez-vous pas qu'il y a des individus pour lesquels la d&#233;f&#233;cation reste, toute leur vie durant, une source de volupt&#233; qu'ils sont loin de d&#233;daigner ? Quant &#224; l'int&#233;r&#234;t que suscite l'acte de d&#233;f&#233;cation et au plaisir qu'on peut &#233;prouver en assistant &#224; cet acte, lorsqu'il est accompli par un autre, vous n'avez, pour vous renseigner, qu'&#224; vous adresser aux enfants m&#234;mes, lorsque, devenus plus &#226;g&#233;s, ils sont &#224; m&#234;me d'en parler. Il va sans dire que vous ne devez pas commencer par intimider ces enfants, car vous comprenez fort bien que, si vous le faites, vous n'obtiendrez rien d'eux. Quant aux autres choses auxquelles vous ne voulez pas croire, je vous renvoie aux r&#233;sultats de l'analyse et de l'observation directe des enfants, et je vous dis qu'il faut de la mauvaise volont&#233; pour ne pas voir ces choses ou pour les voir autrement. Je ne vois aucun inconv&#233;nient &#224; ce que vous trouviez &#233;tonnante l'affinit&#233; que je postule entre l'activit&#233; sexuelle infantile et les perversions sexuelles. Il s'agit pourtant l&#224; d'une relation tout &#224; fait naturelle, car si l'enfant poss&#232;de une vie sexuelle, celle-ci ne peut &#234;tre que de nature perverse, attendu que, sauf quelques vagues indications, il lui manque tout ce qui fait de la sexualit&#233; une fonction de procr&#233;ation. Ce qui caract&#233;rise, d'autre part, toutes les perversions, c'est qu'elles m&#233;connaissent le but essentiel de la sexualit&#233;, c'est-&#224;-dire la procr&#233;ation. Nous qualifions en effet de perverse toute activit&#233; sexuelle qui, ayant renonc&#233; &#224; la procr&#233;ation, recherche le plaisir comme un but ind&#233;pendant de celle-ci. Vous comprenez ainsi que la ligne de rupture et le tournant du d&#233;veloppement de la vie sexuelle doivent &#234;tre cherch&#233;s dans sa subordination aux fins de la procr&#233;ation. Tout ce qui se produit avant ce tournant, tout ce qui s'y soustrait, tout ce qui sert uniquement &#224; procurer de la jouissance, re&#231;oit la d&#233;nomination peu recommandable de &#171; pervers &#187; et est, comme tel, vou&#233; au m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissez-moi, en cons&#233;quence, poursuivre mon rapide expos&#233; de la sexualit&#233; infantile. Tout ce que j'ai dit concernant deux syst&#232;mes d'organes pourrait &#234;tre compl&#233;t&#233; en tenant compte des autres. La vie sexuelle de l'enfant comporte une s&#233;rie de tendances partielles s'exer&#231;ant ind&#233;pendamment les unes des autres et utilisant, en vue de la jouissance, soit le corps m&#234;me de l'enfant, soit des objets ext&#233;rieurs. Parmi les organes sur lesquels s'exerce l'activit&#233; sexuelle de l'enfant, les organes sexuels ne tardent pas &#224; prendre la premi&#232;re place ; il est des personnes qui, depuis l'onanisme inconscient de leur premi&#232;re enfance jusqu'&#224; l'onanisme forc&#233; de leur pubert&#233;, n'ont jamais connu d'autre source de jouissance que leurs propres organes g&#233;nitaux, et chez quelques-uns m&#234;me cette situation persiste bien au-del&#224; de la pubert&#233;. L'onanisme n'est d'ailleurs pas un de ces sujets dont on vient facilement &#224; bout ; il y a l&#224; mati&#232;re &#224; de multiples consid&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; mon d&#233;sir d'abr&#233;ger le plus possible mon expos&#233;, je suis oblig&#233; de vous dire encore quelques mots sur la curiosit&#233; sexuelle des enfants. Elle est tr&#232;s caract&#233;ristique de la sexualit&#233; infantile et pr&#233;sente une tr&#232;s grande importance au point de vue de la symptomatologie des n&#233;vroses. La curiosit&#233; sexuelle de l'enfant commence de bonne heure, parfois avant la troisi&#232;me ann&#233;e. Elle n'a pas pour point de d&#233;part les diff&#233;rences qui s&#233;parent les sexes, ces diff&#233;rences n'existant pas pour les enfants, lesquels (les gar&#231;ons notamment) attribuent aux deux sexes les m&#234;mes organes g&#233;nitaux, ceux du sexe masculin. Lorsqu'un gar&#231;on d&#233;couvre chez sa s&#339;ur ou chez une camarade de jeux l'existence du vagin, il commence par nier le t&#233;moignage de ses sens, car il ne peut pas se figurer qu'un &#234;tre humain soit d&#233;pourvu d'un organe auquel il attribue une si grande valeur. Plus tard, il recule effray&#233; devant la possibilit&#233; qui se r&#233;v&#232;le &#224; lui et il commence &#224; &#233;prouver l'action de certaines menaces qui lui ont &#233;t&#233; adress&#233;es ant&#233;rieurement &#224; l'occasion de l'excessive attention qu'il accordait &#224; son petit membre. Il tombe sous la domination de ce que nous appelons le &#171; complexe de castration &#187;, dont la forme influe sur son caract&#232;re, lorsqu'il reste bien portant, sur sa n&#233;vrose, lorsqu'il tombe malade, sur ses r&#233;sistances, lorsqu'il subit un traitement analytique. En ce qui concerne la petite fille, nous savons qu'elle consid&#232;re comme un signe de son inf&#233;riorit&#233; l'absence d'un p&#233;nis long et visible, qu'elle envie le gar&#231;on parce qu'il poss&#232;de cet organe, que de cette envie na&#238;t chez elle le d&#233;sir d'&#234;tre un homme et que ce d&#233;sir se trouve plus tard impliqu&#233; dans la n&#233;vrose provoqu&#233;e par les &#233;checs qu'elle a &#233;prouv&#233;s dans l'accomplissement de sa mission de femme. Le clitoris joue d'ailleurs chez la toute petite fille le r&#244;le de p&#233;nis, il est le si&#232;ge d'une excitabilit&#233; particuli&#232;re, l'organe qui procure la satisfaction auto-&#233;rotique. La transformation de la petite fille en femme est caract&#233;ris&#233;e principalement par le fait que cette sensibilit&#233; se d&#233;place en temps voulu et totalement du clitoris &#224; l'entr&#233;e du vagin. Dans les cas d'anesth&#233;sie dite sexuelle des femmes le clitoris conserve intacte sa sensibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t sexuel de l'enfant se porte plut&#244;t en premier lieu sur le probl&#232;me de savoir d'o&#249; viennent les enfants, c'est-&#224;-dire sur le probl&#232;me qui forme le fond de la question pos&#233;e par le sphinx th&#233;bain, et cet int&#233;r&#234;t est le plus souvent &#233;veill&#233; par la crainte &#233;go&#239;ste que suscite la venue d'un nouvel enfant. La r&#233;ponse &#224; l'usage de la nursery, c'est-&#224;-dire que c'est la cigogne qui apporte les enfants, est accueillie, plus souvent qu'on ne le pense, avec m&#233;fiance, m&#234;me par les petits enfants. L'impression d'&#234;tre tromp&#233; par les grandes personnes contribue beaucoup &#224; l'isolement de l'enfant et au d&#233;veloppement de son ind&#233;pendance. Mais l'enfant n'est pas &#224; m&#234;me de r&#233;soudre ce probl&#232;me par ses propres moyens. Sa constitution sexuelle encore insuffisamment d&#233;velopp&#233;e oppose des limites &#224; sa facult&#233; de conna&#238;tre. Il admet d'abord que les enfants viennent &#224; la suite de l'absorption avec la nourriture de certaines substances sp&#233;ciales, et il ignore encore que seules les femmes sont susceptibles d'avoir des enfants. Il apprend ce fait plus tard et rel&#232;gue dans le domaine des contes l'explication qui fait d&#233;pendre la venue d'enfants de l'absorption d'une certaine nourriture. Devenu un peu plus grand, l'enfant se rend compte que le p&#232;re joue un certain r&#244;le dans l'apparition de nouveaux enfants, mais il est encore incapable de d&#233;finir ce r&#244;le. S'il lui arrive de surprendre par hasard un acte sexuel, il y voit une tentative de violence, un corps &#224; corps brutal : fausse conception sadique du co&#239;t. Toutefois, il n'&#233;tablit pas imm&#233;diatement un rapport entre cet acte et la venue de nouveaux enfants. Et alors m&#234;me qu'il aper&#231;oit des traces de sang dans le lit et sur le linge de sa m&#232;re, il y voit seulement une preuve des violences auxquelles se serait livr&#233; son p&#232;re. Plus tard encore, il commence bien &#224; soup&#231;onner que l'organe g&#233;nital de l'homme joue un r&#244;le essentiel dans l'apparition de nouveaux enfants, mais il persiste &#224; ne pas pouvoir assigner &#224; cet organe d'autre fonction que celle d'&#233;vacuation d'urine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants sont d&#232;s le d&#233;but unanimes &#224; croire que la naissance de l'enfant se fait par l'anus. C'est seulement lorsque leur int&#233;r&#234;t se d&#233;tourne de cet organe qu'ils abandonnent cette th&#233;orie et la remplacent par celle d'apr&#232;s laquelle l'enfant na&#238;trait par le nombril qui s'ouvrirait &#224; cet effet. Ou encore ils situent dans la r&#233;gion sternale, entre les deux seins, l'endroit o&#249; l'enfant nouveau-n&#233; ferait son apparition. C'est ainsi que l'enfant, dans ses explorations, se rapproche des faits sexuels ou, &#233;gar&#233; par son ignorance, passe &#224; c&#244;t&#233; d'eux, jusqu'au moment o&#249; l'explication qu'il en re&#231;oit dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant imm&#233;diatement la pubert&#233;, explication d&#233;primante, souvent incompl&#232;te, agissant souvent &#224; la mani&#232;re d'un traumatisme, vient le tirer de sa na&#239;vet&#233; premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez sans doute entendu dire que, pour maintenir ses propositions concernant la causalit&#233; sexuelle des n&#233;vroses et l'importance sexuelle des sympt&#244;mes, la psychanalyse imprime &#224; la notion du sexuel une extension exag&#233;r&#233;e. Vous &#234;tes maintenant &#224; m&#234;me de juger si cette extension est vraiment injustifi&#233;e. Nous n'avons &#233;tendu la notion de sexualit&#233; que juste assez pour y faire entrer aussi la vie sexuelle des pervers et celles des enfants. Autrement dit, nous n'avons fait que lui restituer l'ampleur qui lui appartient. Ce qu'on entend par sexualit&#233; en dehors de la psychanalyse, est une sexualit&#233; tout &#224; fait restreinte, une sexualit&#233; mise au service de la seule procr&#233;ation, bref ce qu'on appelle la vie sexuelle normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Points de vue du d&#233;veloppement et de la r&#233;gression. &#201;tiologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons d'apprendre que la fonction de la libido subit une longue &#233;volution avant d'atteindre la phase dite normale, o&#249; elle se trouve mise au service de la procr&#233;ation. Je voudrais vous dire aujourd'hui le r&#244;le que ce fait joue dans la d&#233;termination des n&#233;vroses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois &#234;tre d'accord avec ce qu'enseigne la pathologie g&#233;n&#233;rale, en admettant que ce d&#233;veloppement comporte deux dangers : celui de l'arr&#234;t et celui de la r&#233;gression. Cela signifie que vu la tendance &#224; varier que pr&#233;sentent les processus biologiques en g&#233;n&#233;ral, il peut arriver que toutes les phases pr&#233;paratoires ne soient pas correctement parcourues et enti&#232;rement d&#233;pass&#233;es ; certaines parties de la fonction peuvent s'attarder d'une fa&#231;on durable &#224; l'une ou &#224; l'autre de ces premi&#232;res phases, et l'ensemble du d&#233;veloppement pr&#233;sentera de ce fait un certain degr&#233; d'arr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cherchons un peu dans d'autres domaines des analogies &#224; ce fait. Lorsque tout un peuple abandonne son habitat, pour en chercher un nouveau, ce qui se produisait fr&#233;quemment aux &#233;poques primitives de l'histoire humaine, il n'atteint certainement pas clins sa totalit&#233; le nouveau pays. Abstraction faite d'autres causes de d&#233;chet, il a d&#251; arriver fr&#233;quemment que ce petits groupes ou associations d'&#233;migrants, arriv&#233;s &#224; un endroit, s'y fixaient, alors que le gros du peuple poursuivait son chemin. Pour prendre une comparaison plus proche, vous savez que chez les mammif&#232;res sup&#233;rieurs les glandes germinales qui, &#224; l'origine, sont situ&#233;es dans la profondeur de la cavit&#233; abdominale subissent, &#224; un moment donn&#233; de la vie intra-ut&#233;rine, un d&#233;placement qui les transporte presque imm&#233;diatement sous la peau de la partie terminale du bassin. Comme suite de cette migration, on trouve un grand nombre d'individus chez lesquels un de ces deux organes est rest&#233; dans la cavit&#233; abdominale ou s'est localis&#233; d&#233;finitivement dans le canal dit inguinal que les deux glandes doivent franchir normalement, ou qu'un de ces canaux est rest&#233; ouvert, alors que dans les cas normaux ils doivent tous deux devenir imperm&#233;ables apr&#232;s le passage des glandes. Lorsque, jeune &#233;tudiant encore, j'ex&#233;cutais mon premier travail scientifique sous la direction de von Br&#252;cke, j'ai eu &#224; m'occuper de l'origine des racines nerveuses post&#233;rieures de la moelle d'un poisson d'une forme encore tr&#232;s archa&#239;que. J'ai trouv&#233; que les fibres nerveuses de ces racines &#233;mergeaient de grosses cellules situ&#233;es dans la corne post&#233;rieure, ce qui ne s'observe plus chez d'autres vert&#233;br&#233;s. Mais je n'ai pas tard&#233; &#224; d&#233;couvrir &#233;galement que ces cellules nerveuses se trouvent &#233;galement en dehors de la substance grise et occupent tout le trajet qui s'&#233;tend jusqu'au ganglion dit spinal de la racine post&#233;rieure ; d'o&#249; je conclus que les cellules de ces amas ganglionnaires ont &#233;migr&#233; de la moelle &#233;pini&#232;re pour venir se placer le long du trajet radiculaire des nerfs. C'est ce qui est confirm&#233; par l'histoire du d&#233;veloppement ; mais chez le petit poisson sur lequel avaient port&#233; mes recherches, le trajet de la migration &#233;tait marqu&#233; par des cellules rest&#233;es en chemin. &#192; un examen approfondi, vous trouverez facilement les points faibles de ces comparaisons. Aussi vous dirai-je directement qu'en ce qui concerne chaque tendance sexuelle, il est, &#224; mon avis, possible que certains de ses &#233;l&#233;ments se soient attard&#233;s &#224; des phases de d&#233;veloppement ant&#233;rieures, alors que d'autres ont atteint le but final. Il reste bien entendu que nous concevons chacune de ces tendances comme un courant qui avance sans interruption depuis le commencement de la vie et que nous usons d'un proc&#233;d&#233; dans une certaine mesure artificiel lorsque nous le d&#233;composons en plusieurs pouss&#233;es successives. Vous avez raison de penser que ces repr&#233;sentations ont besoin d'&#234;tre &#233;claircies, mais c'est l&#224; un travail qui nous entra&#238;nerait trop loin. Je me borne &#224; vous pr&#233;venir que j'appelle fixation (de la tendance, bien entendu) le fait pour une tendance partielle de s'&#234;tre attard&#233;e &#224; une phase ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second danger de ce d&#233;veloppement par degr&#233;s consiste en ce que les &#233;l&#233;ments plus avanc&#233;s peuvent, par un mouvement r&#233;trograde, retourner &#224; leur tour &#224; une de ces phases ant&#233;rieures : nous appelons cela r&#233;gression. La r&#233;gression a lieu lorsque, dans sa forme plus avanc&#233;e, une tendance se heurte, dans l'exercice de sa fonction, c'est-&#224;-dire dans la r&#233;alisation de sa satisfaction, &#224; de grands obstacles ext&#233;rieurs. Tout porte &#224; croire que fixation et r&#233;gression ne sont pas ind&#233;pendantes l'une de l'autre. Plus la fixation est forte au cours du d&#233;veloppement, plus il sera facile &#224; la fonction d'&#233;chapper aux difficult&#233;s ext&#233;rieures par la r&#233;gression jusqu'aux &#233;l&#233;ments fix&#233;s et moins la fonction form&#233;e sera en &#233;tat de r&#233;sister aux obstacles ext&#233;rieurs qu'elle rencontrera sur son chemin. Lorsqu'un peuple en mouvement a laiss&#233; en cours de route de forts d&#233;tachements, les fractions plus avanc&#233;es auront une grande tendance, lorsqu'elles seront battues ou qu'elles se seront heurt&#233;es &#224; un ennemi trop fort, &#224; revenir sur leurs pas pour se r&#233;fugier aupr&#232;s de ces d&#233;tachements. Mais ces fractions avanc&#233;es auront aussi d'autant plus de chances d'&#234;tre battues que les &#233;l&#233;ments rest&#233;s en arri&#232;re seront plus nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien comprendre les n&#233;vroses, il importe beaucoup de ne pas perdre de vue ce rapport entre la fixation et la r&#233;gression. On acquiert ainsi un point d'appui s&#251;r pour aborder l'examen, que nous allons entreprendre, de la question relative &#224; la d&#233;termination des n&#233;vroses, &#224; l'&#233;tiologie des n&#233;vroses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Occupons-nous encore un moment de la r&#233;gression. D'apr&#232;s ce que vous avez appris concernant le d&#233;veloppement de la fonction de la libido, vous devez vous attendre &#224; deux sortes de r&#233;gression : retour aux premiers objets marqu&#233;s par la libido et qui sont, nous le savons, de nature incestueuse ; retour de toute l'organisation sexuelle &#224; des phases ant&#233;rieures. On observe l'un et l'autre genres de r&#233;gression dans les n&#233;vroses de transfert, dans le m&#233;canisme desquelles ils jouent un r&#244;le important. C'est surtout le retour aux premiers objets de la libido qu'on observe chez les n&#233;vrotiques avec une r&#233;gularit&#233; lassante. Il y aurait beaucoup plus &#224; dire sur les r&#233;gressions de la libido, si l'on tenait compte d'un autre groupe de n&#233;vroses, et notamment des n&#233;vroses dites narcissiques. Mais il n'entre pas dans nos intentions de nous en occuper ici. Ces affections nous mettent encore en pr&#233;sence d'autres modes de d&#233;veloppement, non encore mentionn&#233;s, et nous montrent aussi de nouvelles formes de r&#233;gression. Je crois cependant devoir maintenant vous mettre en garde contre une confusion possible entre r&#233;gression et refoulement et vous aider &#224; vous faire une id&#233;e nette des rapports existant entre ces deux processus. Le refoulement est, si vous vous en souvenez bien, le processus gr&#226;ce auquel un acte susceptible de devenir conscient, c'est-&#224;-dire faisant partie de la pr&#233;conscience, devient inconscient. Et il y a encore refoulement lorsque l'acte psychique inconscient n'est m&#234;me pas admis dans le syst&#232;me pr&#233;conscient voisin, la censure l'arr&#234;tant au passage et lui faisant rebrousser chemin. Il n'existe aucun rapport entre la notion de refoulement et celle de sexualit&#233;. J'attire tout particuli&#232;rement votre attention sur ce fait. Le refoulement est un processus purement psychologique que nous caract&#233;riserons encore mieux en le qualifiant de topique. Nous voulons dire par l&#224; que la notion de refoulement est une notion spatiale, en rapport avec notre hypoth&#232;se des compartiments psychiques ou, si nous voulons renoncer &#224; cette grossi&#232;re repr&#233;sentation auxiliaire, nous dirons qu'elle d&#233;coule du fait que l'appareil psychique se compose de plusieurs syst&#232;mes distincts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la comparaison que nous venons de faire, il ressort que nous avons employ&#233; jusqu'ici le mot &#171; r&#233;gression &#187;, non dans sa signification g&#233;n&#233;ralement admise, mais dans un sens tout &#224; fait sp&#233;cial. Si vous lui donnez son sens g&#233;n&#233;ral, celui du retour d'une phase de d&#233;veloppement sup&#233;rieure &#224; une phase inf&#233;rieure, le refoulement peut, lui aussi, &#234;tre con&#231;u comme une r&#233;gression, comme un retour &#224; une phase ant&#233;rieure et plus recul&#233;e du d&#233;veloppement psychique. Seulement, quand nous parlons de refoulement, nous autres, nous ne pensons pas &#224; cette direction r&#233;trograde, car nous voyons encore un refoulement, au sens dynamique du mot, alors qu'un acte psychique est maintenu &#224; la phase inf&#233;rieure de l'inconscient. Le refoulement est une notion topique et dynamique ; la r&#233;gression est une notion purement descriptive. Par la r&#233;gression, telle que nous l'avons d&#233;crite jusqu'ici en la mettant en rapport avec la fixation, nous entendions uniquement le retour de la libido &#224; des phases ant&#233;rieures de son d&#233;veloppement, c'est-&#224;-dire quelque chose qui diff&#232;re totalement du refoulement et en est totalement ind&#233;pendant. Nous ne pouvons m&#234;me pas affirmer que la r&#233;gression tic la libido soit un processus purement psychologique et nous ne saurions lui assigner une localisation dans l'appareil psychique. Bien qu'elle exerce sur la vie psychique une influence tr&#232;s profonde, il n'en reste pas moins vrai que c'est le facteur organique qui domine chez elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces discussions vous para&#238;tront sans doute arides. La clinique nous en fournira des applications qui nous les rendront plus claires. Vous savez que l'hyst&#233;rie et la n&#233;vrose obsessionnelle sont, les deux principaux repr&#233;sentants du groupe des n&#233;vroses de transfert. Il existe bien dans l'hyst&#233;rie une r&#233;gression de la libido aux premiers objets sexuels, de nature incestueuse, et l'on peut dire qu'elle existe dans tous les cas, alors qu'on n'y observe pas la moindre tendance &#224; la r&#233;gression vers une phase ant&#233;rieure de l'organisation sexuelle. En revanche, le refoulement joue dans le m&#233;canisme de l'hyst&#233;rie le principal r&#244;le. S'il m'&#233;tait permis de compl&#233;ter par une construction toutes les connaissances certaines que nous avons acquises jusqu'ici concernant l'hyst&#233;rie, je d&#233;crirais la situation de la fa&#231;on suivante : la r&#233;union des tendances partielles sous le primat des organes g&#233;nitaux est accomplie, mais les cons&#233;quences qui en d&#233;coulent se heurtent &#224; la r&#233;sistance du syst&#232;me pr&#233;conscient li&#233; &#224; la conscience. L'organisation g&#233;nitale se rattache donc &#224; l'inconscient, mais n'est pas admise par le pr&#233;conscient, d'o&#249; il r&#233;sulte un tableau qui pr&#233;sente certaines ressemblances avec l'&#233;tat ant&#233;rieur au primat des organes g&#233;nitaux, mais qui est en r&#233;alit&#233; tout autre chose. &#8212; Des deux r&#233;gressions de la libido, celle qui s'effectue vers une phase ant&#233;rieure de l'organisation sexuelle est de beaucoup la plus remarquable. Comme cette derni&#232;re r&#233;gression manque dans l'hyst&#233;rie et que toute notre conception des n&#233;vroses se ressent encore de l'influence de l'&#233;tude de l'hyst&#233;rie, qui l'avait pr&#233;c&#233;d&#233;e dans le temps, l'importance de la r&#233;gression de la libido ne nous est apparue que beaucoup plus tard que celle du refoulement. Attendez-vous &#224; ce que nos points de vue subissent de nouvelles extensions et modifications lorsque nous aurons &#224; tenir compte, en plus de l'hyst&#233;rie et de la n&#233;vrose obsessionnelle, des n&#233;vroses narcissiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la n&#233;vrose obsessionnelle, au contraire, la r&#233;gression de la libido vers la phase pr&#233;liminaire de l'organisation sadico-anale constitue le fait le plus frappant et celui qui marque de son empreinte toutes les manifestations symptomatiques. L'impulsion amoureuse se pr&#233;sente alors sous le masque de l'impulsion sadique. La repr&#233;sentation obs&#233;dante : je voudrais te tuer, lorsqu'on la d&#233;barrasse d'excroissances non accidentelles, mais indispensables, signifie au fond ceci : je voudrais jouir de toi en amour Supposez encore une r&#233;gression simultan&#233;e int&#233;ressant l'objet, c'est-&#224;-dire une r&#233;gression telle que les impulsions en question ne s'appliquent qu'aux personnes les plus proches et les plus aim&#233;es, et vous aurez une id&#233;e de l'horreur que peuvent &#233;veiller chez le malade ces repr&#233;sentations obs&#233;dantes qui apparaissent &#224; sa conscience comme lui &#233;tant tout &#224; fait &#233;trang&#232;res. Mais le refoulement joue &#233;galement dans ces n&#233;vroses un r&#244;le important qu'il est difficile de d&#233;finir dans une rapide introduction comme celle-ci. La r&#233;gression de la libido, lorsqu'elle n'est pas accompagn&#233;e de refoulement, aboutirait &#224; une perversion, mais ne donnerait jamais une n&#233;vrose. Vous voyez ainsi que le refoulement est le processus le plus propre &#224; la n&#233;vrose, celui qui la caract&#233;rise le mieux. J'aurai peut-&#234;tre encore l'occasion de vous dire ce que nous savons du m&#233;canisme des perversions, et vous verrez alors que tout s'y passe d'une fa&#231;on infiniment moins simple qu'on se l'imagine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que vous ne m'en voudrez pas de m'&#234;tre livr&#233; &#224; ces d&#233;veloppements sur la fixation et la r&#233;gression de la libido, si je vous dis que je vous les ai pr&#233;sent&#233;, ; &#224; titre de pr&#233;paration &#224; l'examen de l'&#233;tiologie des n&#233;vroses. Concernant cette derni&#232;re, je ne vous ai encore fait part que d'une seule donn&#233;e, &#224; savoir que les hommes deviennent n&#233;vros&#233;s lorsqu'ils sont priv&#233;s de la possibilit&#233; de satisfaire leur libido, donc par &#171; privation &#187;, pour employer le ternie dont je m'&#233;tais servi alors, et que leurs sympt&#244;mes viennent remplacer chez eux satisfaction qui leur est refus&#233;e. Il ne faut naturellement pas en conclure que toute privation de satisfaction libidineuse rende n&#233;vros&#233; celui qui en est victime ; ma proposition signifie seulement que le facteur privation existait dans tous les cas de n&#233;vroses examin&#233;s. Elle n'est donc pas r&#233;versible. Et sans doute, vous vous rendez &#233;galement compte que cette proposition r&#233;v&#232;le, non tout le myst&#232;re de l'&#233;tiologie des n&#233;vroses, mais seulement une de ses conditions importantes et essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ignorons encore si, pour la discussion ult&#233;rieure de cette proposition, ou doit insister principalement sur la nature de la privation ou sur les particularit&#233;s de celui qui en est frapp&#233;. C'est que la privation est rarement compl&#232;te et absolue ; pour devenir pathog&#233;nique, elle doit porter sur la seule satisfaction que la personne exige, sur la seule dont elle soit capable. Il y a en g&#233;n&#233;ral nombre de moyens permettant de supporter, sans en tomber malade, la privation de satisfaction libidineuse. Nous connaissons des hommes capables de s'infliger cette privation sans dommage , ils ne sont pas heureux, ils souffrent de langueur, mais ils ne tombent pas malades. Nous devons en outre tenir compte du fait que les tendances sexuelles sont, si je puis m'exprimer ainsi, extraordinairement plastiques. Elles peuvent se remplacer r&#233;ciproquement, l'une peut assumer l'intensit&#233; des autres ; lorsque la r&#233;alit&#233; refuse la satisfaction de l'une, on peut trouver une compensation dans la satisfaction d'une autre. Elles repr&#233;sentent comme un r&#233;seau de canaux remplis de liquide et communiquants, et cela malgr&#233; leur subordination au primat g&#233;nital : deux caract&#233;ristiques difficiles &#224; concilier. De plus, les tendances partielles de la sexualit&#233;, ainsi que l'instinct sexuel qui r&#233;sulte de leur synth&#232;se, pr&#233;sentent une grande facilit&#233; de varier leur objet, d'&#233;changer chacun de leurs objets contre un autre, plus facilement accessible, propri&#233;t&#233; qui doit opposer une forte r&#233;sistance &#224; l'action pathog&#232;ne d'une privation. Parmi ces facteurs qui opposent une action pour ainsi dire prophylactique &#224; l'action nocive des privations, il en est un qui a acquis une importance sociale particuli&#232;re. Il consiste en ce que la tendance sexuelle, ayant renonc&#233; au plaisir partiel ou &#224; celui que procure l'acte de la procr&#233;ation, l'a remplac&#233; par un autre but pr&#233;sentant avec le premier des rapports g&#233;n&#233;tiques, mais qui a cess&#233; d'&#234;tre sexuel pour devenir social. Nous donnons &#224; ce processus le mot de &#171; sublimation &#187;, et ce faisant nous nous rangeons &#224; l'opinion g&#233;n&#233;rale qui accorde une valeur plus grande aux buts sociaux qu'aux buts sexuels, lesquels sont, au fond, des buts &#233;go&#239;stes. La sublimation n'est d'ailleurs qu'un cas sp&#233;cial du rattachement de tendances sexuelles &#224; d'autres, non sexuelles. Nous aurons encore &#224; en parler dans une autre occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes sans doute tent&#233;s de croire que, gr&#226;ce &#224; tous ces moyens permettant de supporter la privation, celle-ci perd toute son importance. Il n'en est pas ainsi, et la privation garde toute sa force pathog&#232;ne. Les moyens qu'on lui oppose sont g&#233;n&#233;ralement insuffisants. Le degr&#233; d'insatisfaction de la libido, que l'homme moyen peut supporter, est limit&#233;. La plasticit&#233; et la mobilit&#233; de la libido sont loin d'&#234;tre compl&#232;tes chez tous les hommes, et la sublimation ne peut supprimer qu'une partie de la libido, sans parler du fait que beaucoup d'hommes ne poss&#232;dent la facult&#233; de sublimer que dans une mesure tr&#232;s restreinte. La principale des restrictions est celle qui porte sur la mobilit&#233; de la libido, ce qui a pour effet de ne faire d&#233;pendre la satisfaction de l'individu que d'un tr&#232;s petit l'ombre d'objets &#224; atteindre et de buts &#224; r&#233;aliser. Souvenez-vous seulement qu'un d&#233;veloppement incomplet de la libido comporte des fixations nombreuses et vari&#233;es de la libido &#224; des phases ant&#233;rieures de l'organisation et &#224; des objets ant&#233;rieurs, phases et objets qui le plus souvent ne sont plus capables de procurer une satisfaction r&#233;elle. Vous reconna&#238;trez alors que la fixation de la libido constitue, apr&#232;s la privation, le plus puissant facteur &#233;tiologique des n&#233;vroses. Nous pouvons exprimer ce fait par une abr&#233;viation sch&#233;matique, en disant que la fixation de la libido constitue, dans l'&#233;tiologie des n&#233;vroses, le facteur pr&#233;disposant, interne, et la privation le facteur accidentel, ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je saisis ici l'occasion pour vous engager &#224; vous abstenir de prendre parti dans une discussion tout &#224; fait superflue. On aime beaucoup, dans le monde scientifique, s'emparer d'une partie de la v&#233;rit&#233;, proclamer cette partie comme &#233;tant toute la v&#233;rit&#233; et contester ensuite, en sa faveur, tout le reste qui n'est cependant pas moins vrai. C'est &#224; la faveur de ce proc&#233;d&#233; que plusieurs courants se sont d&#233;tach&#233;s du mouvement psychanalytique, les uns ne reconnaissant que les tendances &#233;go&#239;stes et niant les tendances sexuelles, les autres ne tenant compte que de l'influence exerc&#233;e par les t&#226;ches qu'impose la vie r&#233;elle et n&#233;gligeant compl&#232;tement celle qu'exerce le pass&#233; individuel, etc. On peut de m&#234;me opposer l'une &#224; l'autre la fixation et la privation et soulever une controverse en demandant : les n&#233;vroses sont-elles des maladies exog&#232;nes ou endog&#232;nes, sont-elles la cons&#233;quence n&#233;cessaire d'une certaine constitution ou le produit de certaines actions nocives (traumatiques) ? Et, plus sp&#233;cialement, sont-elles provoqu&#233;es par la fixation de la libido (et autres particularit&#233;s de la constitution sexuelle) ou par la pression qu'exerce la privation ? &#192; tout prendre, ce dilemme ne me para&#238;t pas moins d&#233;plac&#233; que cet autre que je pourrais vous poser : l'enfant na&#238;t-il parce qu'il a &#233;t&#233; procr&#233;&#233; par le p&#232;re ou parce qu'il a &#233;t&#233; con&#231;u par la m&#232;re ? Les deux conditions sont &#233;galement indispensables, me direz-vous, et avec raison, Les choses se pr&#233;sentent, sinon tout &#224; fait de m&#234;me, du moins d'une fa&#231;on analogue dans l'&#233;tiologie des n&#233;vroses, Au point de vue de l'&#233;tiologie, les affections n&#233;vrotiques peuvent &#234;tre rang&#233;es dans une s&#233;rie dans laquelle les deux facteurs : constitution sexuelle et influences ext&#233;rieures ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, fixation de la libido et privation, sont repr&#233;sent&#233;s de telle sorte que la part de l'un des facteurs cro&#238;t lorsque celle de l'autre diminue. &#192; l'un des bouts de cette s&#233;rie se trouvent les cas extr&#234;mes dont vous pouvez dire avec certitude : &#233;tant donn&#233; le d&#233;veloppement anormal de leur libido, ces hommes seraient tomb&#233;s malades, quels que fussent les &#233;v&#233;nements ext&#233;rieurs de leur vie, celle-ci f&#251;t-elle aussi exempte d'accidents que possible. &#192; l'autre bout se trouvent les cas dont vous pouvez dire au contraire que ces malades auraient certainement &#233;chapp&#233;, &#224; la n&#233;vrose s'ils ne s'&#233;taient pas trouv&#233;s dans telle ou telle situation. Dans les cas interm&#233;diaires on se trouve en pr&#233;sence de combinaisons telles qu'&#224; une part de plus en plus grande de la constitution sexuelle pr&#233;disposante correspond une part de moins en moins grande des influences nocives subies au cours de la vie, et inversement. Dans ces cas, la constitution sexuelle n'aurait pas produit la n&#233;vrose sans l'intervention d'influences nocives, et ces influences n'auraient pas &#233;t&#233; suivies d'un effet traumatique si les conditions de la libido avaient &#233;t&#233; diff&#233;rentes. Dans cette s&#233;rie je puis, &#224; la rigueur, reconna&#238;tre une certaine pr&#233;dominance au r&#244;le jou&#233; par les facteurs pr&#233;disposants, mais ma concession d&#233;pend des limites que vous voulez assigner &#224; la nervosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous propose d'appeler ces s&#233;ries s&#233;ries de compl&#233;ment, en vous pr&#233;venant que nous aurons encore l'occasion d'&#233;tablir d'autres s&#233;ries pareilles,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#233;nacit&#233; avec laquelle la libido adh&#232;re &#224; certaines directions et &#224; certains objets, la viscosit&#233; pour ainsi dire de la libido, nous appara&#238;t comme un facteur ind&#233;pendant, variant d'un individu &#224; un autre et dont les causes nous sont totalement inconnues. Si nous ne devons pas sous-estimer son r&#244;le dans l'&#233;tiologie des n&#233;vroses, nous ne devons pas davantage exag&#233;rer l'intimit&#233; de ses rapports avec cette &#233;tiologie. On observe une pareille &#171; viscosit&#233; &#187;, de cause &#233;galement inconnue, de la libido, dans de nombreuses circonstances, chez l'homme normal et, &#224; titre de facteur d&#233;terminant, chez les personnes qui, dans un certain sens, forment une cat&#233;gorie oppos&#233;e &#224; celle des nerveux : chez les pervers. On savait d&#233;j&#224; avant la psychanalyse (Binet) qu'il est souvent possible de d&#233;couvrir dans l'anamn&#232;se des pervers une impression tr&#232;s ancienne, laiss&#233;e par une orientation anormale de l'instinct ou un choix anormal de l'objet et &#224; laquelle la libido du pervers reste attach&#233;e toute la vie durant. Il est souvent impossible (le (lire ce qui rend cette impression capable d'exercer sur la libido nue attraction aussi irr&#233;sistible. Je vais vous raconter un cas que j'ai observ&#233; moi-m&#234;me. Un homme, que les organes g&#233;nitaux et tous les autres charmes de la femme laissent aujourd'hui indiff&#233;rent et qui &#233;prouve cependant une excitation sexuelle irr&#233;sistible &#224; la vue d'un pied chauss&#233; d'une certaine forme, se souvient d'un &#233;v&#233;nement qui lui &#233;tait survenu lorsqu'il &#233;tait &#226;g&#233; de six ans, et qui a jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans la fixation de sa libido. Il &#233;tait assis sur un tabouret aupr&#232;s de sa gouvernante qui devait lui donner une le&#231;on d'anglais. La gouvernante, une vieille fille s&#232;che, laide, aux yeux bleu d'eau et avec un nez retrouss&#233;, avait ce jour-l&#224; mal &#224; un pied qu'elle avait pour cette raison chauss&#233; d'une pantoufle en velours et qu'elle tenait &#233;tendu sur un coussin. Sa jambe &#233;tait cependant cach&#233;e de la fa&#231;on la plus d&#233;cente. C'est un pied maigre, tendineux, comme celui de la gouvernante, qui &#233;tait devenu, apr&#232;s un timide essai d'activit&#233; sexuelle normale, son unique objet sexuel, et notre homme y &#233;tait attir&#233; irr&#233;sistiblement, lorsqu'&#224; ce pied venaient s'ajouter encore d'autres traits qui rappelaient le type ,le la gouvernante anglaise. Cette fixation de la libido a fait de notre homme, non un n&#233;vros&#233;, mais un pervers, ce que nous appelons un f&#233;tichiste du pied. Vous le voyez : bien que la fixation excessive et, de plus, pr&#233;coce, de la 'libido constitue un facteur &#233;tiologique indispensable de la n&#233;vrose, son action s'&#233;tend bien au-del&#224; du cadre des n&#233;vroses. La fixation constitue ainsi une condition aussi peu d&#233;cisive que la privation dont nous avons parl&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la d&#233;termination des n&#233;vroses para&#238;t donc se compliquer. En fait, la recherche psychanalytique nous r&#233;v&#232;le un nouveau facteur qui ne figure pas dans notre s&#233;rie &#233;tiologique et qui appara&#238;t avec le plus d'&#233;vidence chez des personnes en pleine sant&#233; qui sont frapp&#233;es d'une affection n&#233;vrotique. On trouve r&#233;guli&#232;rement chez ces personnes les indices d'une opposition de d&#233;sirs ou, comme nous avons l'habitude de nous exprimer, d'un conflit psychique. Une partie de la personnalit&#233; manifeste certains d&#233;sirs, une autre partie s'y oppose et les repousse. Sans un conflit de ce genre, il n'y a pas de n&#233;vrose. Il n'y aurait d'ailleurs l&#224; rien de singulier. Vous savez que notre vie psychique est constamment remu&#233;e par des conflits dont il nous incombe de trouver la solution. Pour qu'un pareil conflit devienne pathog&#232;ne, il faut donc des conditions particuli&#232;res. Aussi avons-nous &#224; nous demander quelles sont ces conditions, entre quelles forces psychiques se d&#233;roulent ces conflits pathog&#232;nes, quels sont les rapports existant entre le conflit et les autres facteurs d&#233;terminants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re pouvoir donner &#224; ces questions des r&#233;ponses satisfaisantes, bien qu'abr&#233;g&#233;es et sch&#233;matiques. Le conflit est provoqu&#233; par la privation, la libido &#224; laquelle est refus&#233;e la satisfaction normale &#233;tant oblig&#233;e de chercher d'autres objets et voies. Il a pour condition la d&#233;sapprobation que ces autres voies et objets provoquent de la part d'une certaine fraction de la personnalit&#233; : il en r&#233;sulte un veto qui rend d'abord le nouveau mode de satisfaction impossible. &#192; partir de ce moment, la formation de sympt&#244;mes suit une voie que nous parcourrons plus tard. Les tendances libidineuses repouss&#233;es cherchent alors &#224; se manifester en empruntant des voies d&#233;tourn&#233;es, non sans toutefois s'efforcer de justifier leurs exigences &#224; l'aide de certaines d&#233;formations et att&#233;nuations. Ces voies d&#233;tourn&#233;es sont celles de la formation de sympt&#244;mes , ceux-ci constituent la satisfaction nouvelle ou substitutive que la privation a rendue n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut encore faire ressortir l'importance du conflit psychique en disant : &#171; Pour qu'une privation ext&#233;rieure devienne pathog&#232;ne, il faut qu'il s'y ajoute une privation int&#233;rieure. &#187; 11 va sans dire que privation ext&#233;rieure et privation int&#233;rieure se rapportent &#224; des objets diff&#233;rents &#224; suivent des voies diff&#233;rentes. La privation ext&#233;rieure &#233;carte telle possibilit&#233; de satisfaction, la privation int&#233;rieure voudrait &#233;carter une autre possibilit&#233;, et c'est &#224; propos de ces possibilit&#233;s qu'&#233;clate le conflit. Je pr&#233;f&#232;re cette m&#233;thode d'exposition, &#224; cause de son contenu implicite. Elle implique notamment la probabilit&#233; qu'aux &#233;poques primitives du d&#233;veloppement humain les abstentions int&#233;rieures ont &#233;t&#233; d&#233;termin&#233;es par des obstacles r&#233;els ext&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelles sont les forces d'o&#249; &#233;mane l'objection contre la tendance libidineuse, quelle est l'autre partie du conflit pathog&#232;ne ? Ce sont, pour nous exprimer d'une fa&#231;on tr&#232;s g&#233;n&#233;rale, les tendances non sexuelles. Nous les d&#233;signons sous le nom g&#233;n&#233;rique de &#171; tendances du moi &#187; ; la psychanalyse des n&#233;vroses de transfert ne nous offre aucun moyen utilisable de poursuivre leur d&#233;composition ult&#233;rieure, nous n'arrivons &#224; les conna&#238;tre dans une certaine mesure que par les r&#233;sistances qui s'opposent &#224; l'analyse. Le conflit pathog&#232;ne est un conflit entre les tendances du moi et les tendances sexuelles. Dans certains cas, on a l'impression qu'il s'agit d'un conflit entre diff&#233;rentes tendances purement sexuelles ; cette apparence n'infirme en rien notre proposition, car des deux tendances sexuelles en conflit, l'une est toujours celle qui cherche, pour ainsi dire, &#224; satisfaire le moi, tandis que l'autre se pose en d&#233;fenseur pr&#233;tendant pr&#233;server le moi. Nous revenons donc au conflit entre le moi et le sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les fois que la psychanalyse envisageait tel ou tel &#233;v&#233;nement psychique comme un produit des tendances sexuelles, on lui objectait avec col&#232;re que l'homme ne se compose pas seulement de sexualit&#233;, qu'il existe dans la vie psychique d'autres tendances et int&#233;r&#234;ts que les tendances et int&#233;r&#234;ts de nature sexuelle, qu'on ne doit pas faire &#171; tout &#187; d&#233;river de la sexualit&#233;, etc. Eh bien, je ne connais rien de plus r&#233;confortant que le fait de se trouver pour une fois d'accord avec ses adversaires. La psychanalyse n'a jamais oubli&#233; qu'il existe des tendances non sexuelles, elle a &#233;lev&#233; tout son &#233;difice sur le principe de la s&#233;paration nette et tranch&#233;e entre tendances sexuelles et tendances se rapportant au moi et elle a affirm&#233;, sans attendre les objections, que les n&#233;vroses sont des produits, non de la sexualit&#233;, mais du conflit entre le moi et la sexualit&#233;. Elle n'a aucune raison plausible de contester l'existence ou l'importance des tendances du moi lorsqu'elle cherche &#224; d&#233;gager et &#224; d&#233;finir le r&#244;le des tendances sexuelles dans la maladie et dans la vie. Si elle a &#233;t&#233; amen&#233;e &#224; s'occuper en premi&#232;re ligne des tendances sexuelles, ce fut parce que les n&#233;vroses de transfert ont fait ressortir ces tendances avec une &#233;vidence particuli&#232;re et ont ainsi offert &#224; son &#233;tude un domaine que d'autres avaient n&#233;glig&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, il n'est pas exact de pr&#233;tendre que la psychanalyse ne s'int&#233;resse pas au c&#244;t&#233; non sexuel de la personnalit&#233;. C'est la s&#233;paration entre le moi et la sexualit&#233; qui a pr&#233;cis&#233;ment montr&#233; avec une clart&#233; particuli&#232;re que les tendances du moi subissent, elles aussi, un d&#233;veloppement significatif qui n'est ni totalement ind&#233;pendant de la libido, ni tout &#224; fait exempt de r&#233;action contre elle. On doit &#224; la v&#233;rit&#233; de dire que nous connaissons le d&#233;veloppement du moi beaucoup moins bien que celui de la libido, et la raison en est dans le fait que c'est seulement &#224; la suite de l'&#233;tude des n&#233;vroses narcissiques que nous pouvons esp&#233;rer p&#233;n&#233;trer la structure du moi. Nous connaissons cependant d&#233;j&#224; une tentative tr&#232;s int&#233;ressante se rapportant &#224; cette question. C'est celle de M. Ferenczi qui avait essay&#233; d'&#233;tablir th&#233;oriquement les phases de d&#233;veloppement du moi, et nous poss&#233;dons du moins deux points d'appui solides pour un jugement relatif &#224; ce d&#233;veloppement. Ce n'est pas que les int&#233;r&#234;ts libidineux d'une personne soient d&#232;s le d&#233;but et n&#233;cessairement en opposition avec ses int&#233;r&#234;ts d'auto-conservation ; on peut dire plut&#244;t que le moi cherche, &#224; chaque &#233;tape de son d&#233;veloppement, &#224; se mettre en harmonie avec son organisation sexuelle, &#224; se l'adapter. La succession des diff&#233;rentes phases de d&#233;veloppement de la libido s'accomplit vraisemblablement selon un programme pr&#233;&#233;tabli ; il n'est cependant pas douteux que cette succession peut &#234;tre influenc&#233;e par le moi ; qu'il doit exister un certain parall&#233;lisme, une certaine concordance entre les phases de d&#233;veloppement du moi et celles de la libido et que du trouble de cette concordance peut na&#238;tre un facteur pathog&#232;ne. Un point qui nous importe beaucoup, c'est celui de savoir comment le moi se comporte dans les cas o&#249; la libido a laiss&#233; une fixation &#224; une phase donn&#233;e de son d&#233;veloppement. Le moi peut s'accommoder de cette fixation, auquel cas il devient, dans une mesure correspondante &#224; celle-ci, pervers ou, ce qui revient au m&#234;me, infantile. Mais il peut aussi se dresser contre celte fixation de la libido, auquel cas le moi &#233;prouve un refoulement l&#224; o&#249; la libido a subi une fixation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En suivant cette vole, nous apprenons que le troisi&#232;me facteur de l'&#233;tiologie des n&#233;vroses, la tendance aux conflits, d&#233;pend aussi bien du d&#233;veloppement du moi que de celui de la libido. Nos id&#233;es sur la d&#233;termination des n&#233;vroses se trouvent ainsi compl&#233;t&#233;es. En premier lieu, nous avons la condition la plus g&#233;n&#233;rale, repr&#233;sent&#233;e par la privation, puis vient la fixation de la libido qui la pousse dans certaines directions, et en troisi&#232;me lieu intervient la tendance au conflit d&#233;coulant du d&#233;veloppement du moi qui s'est d&#233;tourn&#233; de ces tendances de la libido. La situation n'est donc ni aussi compliqu&#233;e ni aussi difficile &#224; saisir qu'elle vous avait probablement paru pendant que je d&#233;veloppais mes d&#233;ductions. Il n'en est pas moins vrai que tout n'a pas &#233;t&#233; dit sur cette question. &#192; ce que nous avons dit, nous aurons encore &#224; ajouter quelque chose de nouveau et nous aurons aussi &#224; soumettre &#224; une analyse plus approfondie des choses d&#233;j&#224; connues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vous montrer l'influence qu'exerce le d&#233;veloppement du moi sur la naissance du conflit, et par cons&#233;quent sur la d&#233;termination des n&#233;vroses, je vous citerai un exemple qui, bien qu'imaginaire, n'a absolument rien d'invraisemblable. Cet exemple m'est inspir&#233; par le titre d'un vaudeville de Nestroy : &#171; Au rez-de-chauss&#233;e et au premier. &#187; Au rez-de-chauss&#233;e habite le portier ; au premier le propri&#233;taire de la maison, un homme riche et estim&#233;. L'un et l'autre ont des enfants, et nous supposerons que la fillette du propri&#233;taire a toutes les facilit&#233;s de jouer, en dehors de toute surveillance, avec l'enfant du prol&#233;taire. Il peut arriver alors que les jeux des enfants prennent un caract&#232;re ind&#233;cent, c'est-&#224;-dire sexuel, qu'ils jouent &#171; au papa &#187; et &#171; &#224; la maman &#187;, qu'ils cherchent chacun &#224; voir les parties intimes du corps et &#224; irriter les organes g&#233;nitaux de l'autre. La fillette du propri&#233;taire qui, malgr&#233; ses cinq ou six ans, a pu avoir l'occasion de faire certaines observations concernant la sexualit&#233; des adultes, peut bien jouer en cette occasion le r&#244;le de s&#233;ductrice. Alors m&#234;me qu'ils ne durent pas longtemps, ces &#171; jeux &#187; suffisent &#224; activer chez les deux enfants certaines tendances sexuelles qui, apr&#232;s la cessation de ces jeux, se manifestent pendant quelques ann&#233;es par la masturbation. Voil&#224; ce qu'il y aura de commun aux deux enfants ; mais le r&#233;sultat final diff&#233;rera de l'un &#224; l'autre. La fillette du portier se livrera &#224; la masturbation &#224; peu pr&#232;s jusqu'&#224; l'apparition des menstrues, y renoncera ensuite sans difficult&#233;, prendra quelques ann&#233;es plus tard un amant, aura peut-&#234;tre un enfant, embrassera telle ou telle carri&#232;re, deviendra peut-&#234;tre une artiste en vogue et finira en aristocrate. Il se peut qu'elle ait une destin&#233;e moins brillante, mais toujours est-il qu'elle vivra le reste de sa vie sans se ressentir de l'exercice pr&#233;coce de sa sexualit&#233;, exempte de n&#233;vrose. Il en sera autrement de la fillette du propri&#233;taire. De bonne heure, encore enfant, elle &#233;prouvera le sentiment d'avoir fait quelque chose de mauvais, renoncera sans tarder, mais &#224; la suite d'une lutte terrible, &#224; la satisfaction masturbatrice, mais n'en gardera pas moins un souvenir et une impression d&#233;primants. Lorsque, devenue jeune fille, elle se trouvera dans le cas d'apprendre des faits relatifs aux rapports sexuels, elle s'en d&#233;tournera avec une aversion inexpliqu&#233;e et pr&#233;f&#233;rera rester ignorante. Il est possible qu'elle subisse alors de nouveau la pression irr&#233;sistible de la tendance &#224; la masturbation, sans avoir le courage de s'en plaindre. Lorsqu'elle aura atteint l'&#226;ge o&#249; les jeunes filles commencent &#224; songer au mariage, elle deviendra la proie de la n&#233;vrose, &#224; la suite de laquelle elle &#233;prouvera une profonde d&#233;ception relativement au mariage et envisagera la vie sous les couleurs les plus sombres. Si l'on r&#233;ussit par l'analyse &#224; d&#233;composer cette n&#233;vrose, on constatera que cette jeune fille bien &#233;lev&#233;e, intelligente, id&#233;aliste, a compl&#232;tement refoul&#233; ses tendances sexuelles, mais que celles-ci, dont elle n'a aucune conscience, se rattachent aux mis&#233;rables jeux auxquels elle s'&#233;tait livr&#233;e avec son amie d'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence qui existe entre ces deux destin&#233;es, malgr&#233; l'identit&#233; des &#233;v&#233;nements initiaux, tient &#224; ce que le moi de l'une de nos protagonistes a subi un d&#233;veloppement que l'autre n'a pas connu. &#192; la fille du portier l'activit&#233; sexuelle s'&#233;tait pr&#233;sent&#233;e plus tard sous un aspect aussi naturel, aussi exempt de toute arri&#232;re-pens&#233;e que dans son enfance. La fille du propri&#233;taire avait subi l'influence de l'&#233;ducation et de ses exigences. Avec les suggestions qu'elle a re&#231;ues de son &#233;ducation, elle s'&#233;tait form&#233; de la puret&#233; et de la chastet&#233; de la femme un id&#233;al incompatible avec l'activit&#233; sexuelle ; sa formation intellectuelle avait affaibli son int&#233;r&#234;t pour le r&#244;le qu'elle &#233;tait appel&#233;e &#224; jouer en tant que femme. C'est &#224; la suite de ce d&#233;veloppement moral et intellectuel sup&#233;rieur &#224; celui de son amie qu'elle s'&#233;tait trouv&#233;e en conflit avec les exigences de sa sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux encore insister aujourd'hui sur un autre point concernant le d&#233;veloppement du moi, et cela &#224; cause de certaines perspectives, assez vastes, qu'il nous ouvre, et aussi parce que les conclusions que nous avons tirer &#224; cette occasion seront de nature &#224; justifier la s&#233;paration tranch&#233;e, mais dont l'&#233;vidence ne saute pas aux yeux, que nous postulons entre les tendances du moi et les tendances sexuelles. Pour formuler un jugement sur ces deux d&#233;veloppements, nous devons admettre une pr&#233;misse dont il n'a pas &#233;t&#233; suffisamment tenu compte jusqu'&#224; pr&#233;sent. Les deux d&#233;veloppements, celui de la libido et celui du moi, ne sont au fond que des legs, des r&#233;p&#233;titions abr&#233;g&#233;es du d&#233;veloppement que l'humanit&#233; enti&#232;re a parcouru &#224; partir de ses origines et qui s'&#233;tend sur une longue dur&#233;e. En ce qui concerne le d&#233;veloppement de la libido, on lui reconna&#238;t volontiers cette origine phylog&#233;nique. Rappelez-vous seulement que chez certains animaux l'appareil g&#233;nital pr&#233;sente des rapports intime avec la bouche, que chez d'autres il est ins&#233;parable de l'appareil d'excr&#233;tion et que chez d'autres encore il se rattache aux organes servant au mouvement, toutes choses dont vous trouverez un int&#233;ressant expos&#233; dans le pr&#233;cieux livre de W. B&#246;lsche. On observe, pour ainsi dire, chez les animaux toutes les vari&#233;t&#233;s de perversion et d'organisation sexuelle &#224; l'&#233;tat fig&#233;. Or, chez l'homme le point de vue phylog&#233;nique se trouve en partie masqu&#233; par cette circonstance que les particularit&#233;s qui, au fond, sont h&#233;rit&#233;es, n'en sont pas moins acquises &#224; nouveau au cours du d&#233;veloppement individuel, pour la raison probablement que les conditions, qui ont impos&#233; jadis l'acquisition d'une particularit&#233; donn&#233;e, persistent toujours et continuent d'exercer leur action sur tous les individus qui se succ&#232;dent. Je pourrais dire que ces conditions, de cr&#233;atrices qu'elles furent jadis, sont devenues provocatrices. Il est en outre incontestable que la marche du d&#233;veloppement pr&#233;d&#233;termin&#233; peut &#234;tre troubl&#233;e et modifi&#233;e chez chaque individu par des influences ext&#233;rieures r&#233;centes. Quant &#224; la force qui a impos&#233; &#224; l'humanit&#233; ce d&#233;veloppement et dont l'action continue &#224; s'exercer dans la m&#234;me direction, nous la connaissons : c'est encore la privation impos&#233;e par la r&#233;alit&#233; ou, pour l'appeler de son vrai grand nom, la n&#233;cessit&#233; qui d&#233;coule de la vie [mot grec dans le texte]. Les n&#233;vrotiques sont ceux chez lesquels cette rigueur a provoqu&#233; des effets d&#233;sastreux, mais quelle que soit l'&#233;ducation qu'on a re&#231;ue, on est expos&#233; au m&#234;me risque. En proclamant que la n&#233;cessit&#233; vitale constitue le moteur du d&#233;veloppement, nous ne diminuons d'ailleurs en rien l'importance des &#171; tendances &#233;volutives internes &#187;, lorsque l'existence de celles-ci se laisse d&#233;montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il convient de noter que les tendances sexuelles et l'instinct de conservation ne se comportent pas de la m&#234;me mani&#232;re &#224; l'&#233;gard de la n&#233;cessit&#233; r&#233;elle. Les instincts ayant pour but la conservation et tout ce qui s'y rattache sont plus accessibles &#224; l'&#233;ducation ; ils apprennent de bonne heure &#224; se plier &#224; la n&#233;cessit&#233; et &#224; conformer leur d&#233;veloppement aux indications de la r&#233;alit&#233;. Ceci se con&#231;oit, attendu qu'ils ne peuvent pas se procurer autrement les objets dont ils ont besoin et sans lesquels l'individu risque de p&#233;rir. Les tendances sexuelles, qui n'ont pas besoin d'objet au d&#233;but et ignorent ce besoin, sont plus difficiles &#224; &#233;duquer. Menant une existence pour ainsi dire parasitaire associ&#233;e &#224; celle des autres organes du corps, susceptibles de trouver une satisfaction auto-&#233;rotique, sans d&#233;passer le corps m&#234;me de l'individu, elles &#233;chappent &#224; l'influence &#233;ducatrice de la n&#233;cessit&#233; r&#233;elle et, chez la plupart des hommes, elles gardent, sous certains rapports, toute la vie durant ce caract&#232;re arbitraire, capricieux, r&#233;fractaire, &#171; &#233;nigmatique &#187;. Ajoutez &#224; cela qu'une jeune personne cesse d'&#234;tre accessible &#224; l'&#233;ducation au moment m&#234;me o&#249; ses besoins sexuels atteignent leur intensit&#233; d&#233;finitive. Les &#233;ducateurs le savent et agissent en cons&#233;quence ; mais peut-&#234;tre se laisseront-ils encore convaincre par les r&#233;sultats de la psychanalyse pour reconna&#238;tre que c'est l'&#233;ducation re&#231;ue dans la premi&#232;re enfance qui laisse la plus profonde empreinte. Le petit bonhomme est d&#233;j&#224; enti&#232;rement form&#233; d&#232;s la quatri&#232;me ou la cinqui&#232;me ann&#233;e et se contente de manifester plus tard ce qui &#233;tait d&#233;pos&#233;, en lui d&#232;s cet &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire ressortir toute la signification de la diff&#233;rence que nous avons &#233;tablie entre ces deux groupes d'instincts, nous sommes oblig&#233;s de faire une longue digression et d'introduire une de ces consid&#233;rations auxquelles convient la qualification d'&#233;conomiques. Ce faisant, nous aborderons un des domaines les plus importants mais, malheureusement aussi, les plus obscurs de la psychanalyse. Nous posons la question de savoir si une intention fondamentale quelconque est inh&#233;rente au travail de notre appareil psychique, et &#224; cette question nous r&#233;pondons par une premi&#232;re approximation, en disant que selon toute apparence l'ensemble de notre activit&#233; psychique a pour but de nous procurer du plaisir et de nous faire &#233;viter le d&#233;plaisir, qu'elle est r&#233;gie automatiquement par le principe de plaisir. Or, nous donnerions tout pour savoir quelles sont les conditions du plaisir et du d&#233;plaisir, mais les &#233;l&#233;ments de cette connaissance nous manquent pr&#233;cis&#233;ment. La seule chose que nous soyons autoris&#233;s &#224; affirmer, c'est que le plaisir est en rapport avec la diminution, l'att&#233;nuation ou l'extinction des masses d'excitations accumul&#233;es dans l'appareil psychique, tandis que la peine va de pair avec l'augmentation, l'exasp&#233;ration de ces excitations. L'examen du plaisir le plus intense qui soit accessible &#224; l'homme, c'est-&#224;-dire du plaisir &#233;prouv&#233; au cours de l'accomplissement de l'acte sexuel, ne laisse aucun doute sur ce point. Comme il s'agit, dans ces actes accompagn&#233;s de plaisir, du sort de grandes quantit&#233;s d'excitation ou d'&#233;nergie psychique, nous donnons aux consid&#233;rations qui s'y rapportent le nom d'&#233;conomiques. Nous notons que la t&#226;che incombant &#224; l'appareil psychique et l'action qu'il exerce peuvent encore &#234;tre d&#233;crites autrement et d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale qu'en insistant sur l'acquisition du plaisir. On peut dire que l'appareil psychique sert &#224; ma&#238;triser et &#224; supprimer les excitations et irritations d'origine ext&#233;rieure et interne. En ce qui concerne les tendances sexuelles, il est &#233;vident que du commencement &#224; la fin de leur d&#233;veloppement elles sont un moyen d'acquisition de plaisir, et elles remplissent cette fonction sans faiblir. Tel est &#233;galement, au d&#233;but, l'objectif des tendances du moi. Mais sous la pression de la grande &#233;ducatrice qu'est la n&#233;cessit&#233;, les tendances du moi ne tardent pas &#224; remplacer le principe de plaisir par une modification. La t&#226;che d'&#233;carter la peine s'impose &#224; elles avec la m&#234;me urgence que celle d'acqu&#233;rir du plaisir ; le moi apprend qu'il est indispensable de renoncer &#224; la satisfaction imm&#233;diate, de diff&#233;rer l'acquisition de plaisir, de supporter certaines peines et de renoncer en g&#233;n&#233;ral &#224; certaines sources de plaisir. Le moi ainsi &#233;duqu&#233; est devenu &#171; raisonnable &#187;, il ne se laisse plus dominer par le principe de plaisir, mais se conforme au principe de r&#233;alit&#233; qui, au fond, a &#233;galement pour but le plaisir, mais un plaisir qui, s'il est diff&#233;r&#233; et att&#233;nu&#233;, a l'avantage d'offrir la certitude que procurent le contact avec la r&#233;alit&#233; et la conformit&#233; &#224; ses exigences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage du principe de plaisir au principe de r&#233;alit&#233; constitue un des progr&#232;s les plus importants dans le d&#233;veloppement du moi. Nous savons d&#233;j&#224; que les tendances sexuelles ne franchissent que tardivement et comme forc&#233;es et contraintes cette phase de d&#233;veloppement du moi, et nous verrons plus tard quelles cons&#233;quences peuvent d&#233;couler pour l'homme de ces rapports plus l&#226;ches qui existent entre sa sexualit&#233; et la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure. Si le moi de l'homme subit un d&#233;veloppement et a son histoire, tout comme la libido, vous ne serez pas &#233;tonn&#233;s d'apprendre qu'il peut y avoir &#233;galement une &#171; r&#233;gression du moi &#187;, et vous serez peut-&#234;tre curieux de conna&#238;tre le r&#244;le que peut jouer dans les maladies n&#233;vrotiques ce retour du moi &#224; des phases de d&#233;veloppement ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;rapeutique analytique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez quel est le sujet de notre entretien d'aujourd'hui. Vous m'avez demand&#233; pourquoi nous ne nous servons pas, dans la psychoth&#233;rapie analytique, de la suggestion directe, d&#232;s l'instant o&#249; nous reconnaissons que notre influence repose essentiellement sur le transfert, c'est-&#224;-dire sur la suggestion ; et, en pr&#233;sence de ce r&#244;le pr&#233;dominant assign&#233; &#224; la suggestion, vous avez &#233;mis des doutes concernant l'objectivit&#233; de nos d&#233;couvertes psychologiques. Je vous ai promis de vous r&#233;pondre d'une fa&#231;on d&#233;taill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suggestion directe, c'est la suggestion dirig&#233;e contre la manifestation des sympt&#244;mes, c'est la lutte entre votre autorit&#233; et les raisons de l'&#233;tat morbide. En recourant &#224; la suggestion, vous ne vous pr&#233;occupez pas de ces raisons, vous exigez seulement du malade qu'il cesse de les exprimer en sympt&#244;mes. Peu importe alors que vous plongiez le malade dans l'hypnose ou non. Avec sa perspicacit&#233; habituelle, Bernheim avait d'ailleurs d&#233;j&#224; fait remarquer que la suggestion constitue le fait essentiel de l'hypnotisme, l'hypnose elle-m&#234;me &#233;tait un effet de la suggestion, un &#233;tat sugg&#233;r&#233;, et. il avait de pr&#233;f&#233;rence pratiqu&#233; la suggestion &#224; l'&#233;tat de veille, comme susceptible de donner les m&#234;mes r&#233;sultats que la suggestion dans l'hypnose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans cette question, qu'est-ce qui vous int&#233;resse le plus : les donn&#233;es de l'exp&#233;rience ou les consid&#233;rations th&#233;oriques ? Commen&#231;ons par les premi&#232;res. J'ai &#233;t&#233; &#233;l&#232;ve de Bernheim dont j'ai suivi l'enseignement &#224; Nancy en 1899 et dont j'ai traduit en allemand le livre sur la suggestion. J'ai, pendant des ann&#233;es, appliqu&#233; le traitement hypnotique, associ&#233; d'abord &#224; la suggestion de d&#233;fense et ensuite &#224; l'exploration du patient selon la m&#233;thode de Breuer. J'ai donc une exp&#233;rience suffisante pour parler des effets du traitement hypnotique ou suggestif. Si, d'apr&#232;s un vieux dicton m&#233;dical, une th&#233;rapeutique id&#233;ale est celle qui agit rapidement, avec certitude et n'est pas d&#233;sagr&#233;able pour le malade, la m&#233;thode de Bernheim remplissait an moins deux de ces conditions. Elle pouvait &#234;tre appliqu&#233;e rapidement, beaucoup plus rapidement que la m&#233;thode, analytique, sans imposer au malade la moindre fatigue, sans lui causer aucun trouble. Pour le m&#233;decin cela devenait a la longue monotone d'avoir recours dans tous les cas aux m&#234;mes proc&#233;d&#233;s, au m&#234;me c&#233;r&#233;monial, pour mettre fin &#224; l'existence de sympt&#244;mes des plus vari&#233;s, sans pouvoir se rendre compte de leur signification et de leur importance. C'&#233;tait un travail de man&#339;uvre, n'ayant rien de scientifique, rappelant plut&#244;t la magie, l'exorcisme, la prestidigitation ; on n'en ex&#233;cutait pas moins ce travail, parce qu'il s'agissait de l'int&#233;r&#234;t du malade. Mais la troisi&#232;me condition manquait &#224; cette m&#233;thode, qui n'&#233;tait certaine sous aucun rapport. Applicable aux uns, elle ne l'&#233;tait pas &#224; d'autres ; elles se montrait tr&#232;s efficace chez les uns, peu efficace chez les autres, sans qu'on s&#251;t pourquoi. Mais ce qui &#233;tait encore plus f&#226;cheux que cette incertitude capricieuse du proc&#233;d&#233;, c'&#233;tait l'instabilit&#233; de ses effets. On apprenait au bout de quelques temps la r&#233;cidive de la maladie ou son remplacement par une autre. On pouvait avoir de nouveau recours &#224; l'hypnose, mais des autorit&#233;s comp&#233;tentes avaient mis en garde contre le recours fr&#233;quent &#224; l'hypnose : on risquait d'abolir l'ind&#233;pendance du malade et de cr&#233;er chez lui l'accoutumance, comme &#224; l'&#233;gard d'un narcotique. Mais m&#234;me dans les cas, rares il est vrai, o&#249; l'on r&#233;ussissait, apr&#232;s quelques efforts, &#224; obtenir un succ&#232;s complet et durable, on restait dans l'ignorance des conditions de ce r&#233;sultat favorable. J'ai vu une fois se reproduire tel quel un &#233;tat tr&#232;s grave que j'avais r&#233;ussi &#224; supprimer compl&#232;tement &#224; la suite d'un court traitement hypnotique ; cette r&#233;cidive &#233;tant survenue &#224; une &#233;poque o&#249; la malade m'avait pris en aversion, j'avais r&#233;ussi &#224; obtenir une nouvelle gu&#233;rison plus compl&#232;te encore lorsqu'elle fut revenue &#224; de meilleurs sentiments &#224; mon &#233;gard ; mais une troisi&#232;me r&#233;cidive s'&#233;tait d&#233;clar&#233;e lorsque la malade me fut devenue de nouveau hostile. Une autre de mes malades que j'avais, &#224; plusieurs reprises, r&#233;ussi &#224; d&#233;barrasser pas l'hypnose de crises nerveuses, se jeta subitement &#224; mon cou pendant que j'&#233;tais en train de lui donner mes soins au cours d'une crise particuli&#232;rement rebelle. Des faits de ce genre nous obligent, qu'on le veuille ou non, &#224; nous poser la question concernant la nature et l'origine de l'autorit&#233; suggestive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont les exp&#233;riences. Elles nous montrent qu'en renon&#231;ant &#224; la suggestion directe, nous ne nous privons pas de quelque chose d'indispensable. Permettez-moi maintenant de formuler &#224; ce sujet quelques consid&#233;rations. L'application de l'hypno-th&#233;rapeutique n'impose au malade et au patient qu'un effort insignifiant. Cette th&#233;rapeutique s'accorde admirablement avec l'appr&#233;ciation des n&#233;vroses qui a encore cours dans la plupart des milieux m&#233;dicaux. Le m&#233;decin dit au nerveux : &#171; Rien ne vous manque, et ce que vous &#233;prouvez n'est que de nature nerveuse et je puis en quelques mots et en quelques minutes supprimer vos troubles. &#187; Mais notre pens&#233;e &#233;nergique se refuse &#224; admettre qu'on puisse par un l&#233;ger effort mobiliser une grande masse en l'attaquant directement et sans l'aide d'un outillage sp&#233;cial. Dans la mesure o&#249; les conditions sont comparables, l'exp&#233;rience nous montre que cet artifice ne r&#233;ussit pas plus dans les n&#233;vroses que dans la m&#233;canique. Je sais cependant que cet argument n'est pas inattaquable, qu'il y a aussi des &#171; d&#233;clenchements &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les connaissances que nous avons acquises gr&#226;ce &#224; la psychanalyse nous permettent de d&#233;crire &#224; peu pr&#232;s ainsi les diff&#233;rences qui existent entre la suggestion hypnotique et la suggestion psychanalytique. La th&#233;rapeutique hypnotique cherche &#224; recouvrir et &#224; masquer quelque chose dans la vie psychique ; la th&#233;rapeutique analytique cherche, au contraire, &#224; le mettre &#224; nu et &#224; l'&#233;carter. La premi&#232;re agit comme un proc&#233;d&#233; cosm&#233;tique, la derni&#232;re comme un proc&#233;d&#233; chirurgical. Celle-l&#224; utilise la suggestion pour interdire les sympt&#244;mes, elle renforce les refoulements, mais laisse inchang&#233;s tous les processus qui ont abouti &#224; la formation des sympt&#244;mes. Au contraire, la th&#233;rapeutique analytique, lorsqu'elle se trouve en pr&#233;sence des conflits qui ont engendr&#233; les sympt&#244;mes, cherche &#224; remonter jusqu'&#224; la racine et se sert de la suggestion pour modifier dans le sens qu'elle d&#233;sire l'issue de ces conflits. La th&#233;rapeutique hypnotique laisse le patient inactif et inchang&#233;, par cons&#233;quent sans plus de r&#233;sistance devant une nouvelle cause de troubles morbides. Le traitement analytique impose au m&#233;decin et malade des efforts p&#233;nibles tendant &#224; surmonter des r&#233;sistances int&#233;rieures. Lorsque ces r&#233;sistances sont vaincues, la vie psychique du malade se trouve chang&#233;e d'une fa&#231;on durable, &#233;lev&#233;e &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppement sup&#233;rieur et reste prot&#233;g&#233;e contre toute nouvelle possibilit&#233; pathog&#232;ne. C'est ce travail de lutte contre les r&#233;sistances qui constitue la t&#226;che essentielle du traitement analytique, et cette t&#226;che incombe au malade auquel le m&#233;decin vient en aide par le recours &#224; la suggestion agissant dans le sens de son &#233;ducation. Aussi a-t-on dit avec raison que le traitement psychanalytique est une sorte de post-&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois vous avoir fait comprendre en quoi notre mani&#232;re d'appliquer la suggestion dans un but th&#233;rapeutique diff&#232;re de celle qui est seule possible dans la th&#233;rapeutique hypnotique. Gr&#226;ce &#224; la r&#233;duction de la suggestion au transfert, vous &#234;tes aussi &#224; m&#234;me de comprendre les raisons de cette inconstance qui nous a frapp&#233;s dans le traitement hypnotique, alors que le traitement analytique peut &#234;tre calcul&#233; jusque dans ses ultimes effets. Dans l'application de l'hypnose, nous d&#233;pendons de l'&#233;tat et du degr&#233; de la facult&#233; du transfert que pr&#233;sente le malade, sans pouvoir exercer la moindre action sur cette facult&#233;. Le transfert de l'individu &#224; hypnotiser peut &#234;tre n&#233;gatif ou, comme c'est le cas le plus fr&#233;quent, ambivalent ; le sujet peut, par certaines attitudes particuli&#232;res, s'&#234;tre pr&#233;muni contre son transfert : de tout cela, nous ne savons rien. Avec la psychanalyse, nous travaillons sur le transfert lui-m&#234;me, nous &#233;cartons tout ce qui s'oppose &#224; lui, nous dirigeons vers nous l'instrument &#224; l'aide duquel nous voulons agir. Nous acqu&#233;rons ainsi la possibilit&#233; de tirer un tout autre profit de la force de la suggestion, qui devient docile entre nos mains ; ce n'est pas le malade seul qui se sugg&#232;re ce qui lui pla&#238;t : c'est nous qui guidons sa suggestion dans la mesure o&#249;, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il est accessible &#224; son action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, direz-vous, que nous appelions la force motrice de notre analyse &#171; transfert &#187; ou &#171; suggestion &#187;, peu importe. Il n'en reste pas moins que l'influence subie par le malade rend douteuse la valeur objective de nos constatations. Ce qui est utile &#224; la th&#233;rapeutique est nuisible &#224; la recherche. C'est l'objection qu'on adresse le plus fr&#233;quemment &#224; la psychanalyse, et le dois convenir que, tout en portant &#224; faux, elle ne peut cependant pas &#234;tre repouss&#233;e comme absurde. Mais si elle &#233;tait justifi&#233;e, il ne resterait de la psychanalyse qu'un traitement par la suggestion, d'un genre particuli&#232;rement efficace, et toutes ses propositions relatives aux influences vitales, &#224; la dynamique psychique, &#224; l'inconscient n'auraient rien de s&#233;rieux. Ainsi pensent en effet nos adversaires, qui pr&#233;tendent qu'en ce qui concerne plus particuli&#232;rement nos propositions se rapportant &#224; l'importance de la vie sexuelle, &#224; cette vie elle-m&#234;me, elles ne sont que le produit de notre imagination corrompue, et que tout ce que les malades disent &#224; ce sujet, c'est nous qui le leur avons fait croire. Il est plus facile de r&#233;futer ces objections par l'appel &#224; l'exp&#233;rience que par des consid&#233;rations th&#233;oriques. Celui qui a fait lui-m&#234;me de la psychanalyse a pu s'assurer plus d'une fois qu'il est impossible de suggestionner un malade &#224; ce point. Il n'est naturellement pas difficile de faire d'un malade un partisan d'une certaine th&#233;orie et de lui faire partager une certaine erreur du m&#233;decin. Il se comporte alors comme n'importe quel autre individu, comme un &#233;l&#232;ve ; seulement, en cette occurrence on a influ&#233;, non sur sa maladie, mais sur son intelligence. La solution de ses conflits et la suppression de ses r&#233;sistances ne r&#233;ussit que lorsqu'on lui a donn&#233; des repr&#233;sentations d'attente qui chez lui co&#239;ncident avec la r&#233;alit&#233;. Ce qui, dans les suppositions du m&#233;decin, ne correspondait pas &#224; cette r&#233;alit&#233; se trouve spontan&#233;ment &#233;limin&#233; au cours de l'analyse, doit &#234;tre retir&#233; ci remplac&#233; par des suppositions plus exactes. On cherche par une technique appropri&#233;e et attentive &#224; emp&#234;cher la suggestion de produire des effets passagers ; mais alors m&#234;me qu'on obtient de ces effets, le mal n'est pas grand, car on ne se contente jamais du premier r&#233;sultat. L'analyse n'est pas termin&#233;e, tant que toutes les obscurit&#233;s du cas ne sont pas &#233;claircies, toutes les lacunes de la m&#233;moire combl&#233;es, toutes les circonstances des refoulements mises au jour. On doit voir dans les succ&#232;s obtenus trop rapidement plut&#244;t des obstacles que des circonstances favorables au travail analytique, et l'on d&#233;truit ces succ&#232;s en supprimant, en dissociant le transfert sur lequel ils reposent. C'est au fond ce dernier trait qui diff&#233;rencie le traitement purement suggestif et permet d'opposer les r&#233;sultats obtenus par l'analyse aux succ&#232;s dus &#224; la simple suggestion. Dans tout autre traitement suggestif, le transfert est soigneusement m&#233;nag&#233;, laiss&#233; intact ; le traitement analytique, au contraire, a pour objet le transfert lui-m&#234;me qu'il cherche &#224; d&#233;masquer et &#224; d&#233;composer, quelle que soit la forme qu'il rev&#234;t. &#192; la fin d'un traitement analytique, le transfert lui-m&#234;me doit &#234;tre d&#233;truit, et si l'on obtient un succ&#232;s durable, ce succ&#232;s repose, non sur la suggestion pure et, simple, mais sur les r&#233;sultats obtenus gr&#226;ce &#224; la suggestion : suppression des r&#233;sistances int&#233;rieures, modifications internes du malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que les suggestions se succ&#232;dent au cours du traitement, nous avons &#224; lutter sans cesse contre des r&#233;sistances qui savent se transformer en transferts n&#233;gatifs (hostiles). Nous n'allons d'ailleurs pas tarder &#224; invoquer la confirmation que beaucoup de r&#233;sultats de l'analyse, qu'on est tent&#233; de consid&#233;rer comme des produits de la suggestion, empruntent &#224; une source dont l'authenticit&#233; ne peut &#234;tre mise en doute. Nos garants ne sont autres que les d&#233;ments et les parano&#239;aques qui &#233;chappent naturellement au soup&#231;on d'avoir subi ou de pouvoir subir une influence suggestive. Ce que ces malades nous racontent concernant leurs traductions de symboles et leurs fantaisies co&#239;ncident avec les r&#233;sultats que nous ont fournis nos recherches sur l'inconscient dans les n&#233;vroses de transfert et corrobore ainsi l'exactitude objective de nos interpr&#233;tations si souvent mises en doute. Je crois que vous ne risquez pas de vous tromper en accordant sur ces points toute votre confiance &#224; l'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compl&#233;tons maintenant l'expos&#233; du m&#233;canisme de la gu&#233;rison en l'exprimant dans les formules de la th&#233;orie de la libido. Le n&#233;vros&#233; est incapable de jouir et d'agir : de jouir, parce que sa libido n'est dirig&#233;e sur aucun objet r&#233;el ; d'agir, parce qu'il est oblig&#233; de d&#233;penser beaucoup d'&#233;nergie pour maintenir sa libido en &#233;tat de refoulement et se pr&#233;munir contre ses assauts. Il ne pourra gu&#233;rir que lorsque le conflit entre son moi et sa libido sera termin&#233; et que le moi aura de nouveau pris le dessus sur la libido. La t&#226;che th&#233;rapeutique consiste donc &#224; lib&#233;rer la libido de ses attaches actuelles, soustraites au moi, et &#224; la mettre de nouveau au service de ce dernier. O&#249; se trouve donc la libido du n&#233;vrotique ? Il est facile de r&#233;pondre : elle se trouve attach&#233;e aux sympt&#244;mes qui, pour le moment, lut procurent la seule satisfaction substitutive possible. Il faut donc s'emparer des sympt&#244;mes, les dissoudre, bref faire pr&#233;cis&#233;ment ce que le malade nous demande. Et pour dissoudre les sympt&#244;mes, il faut remonter &#224; leurs origines, r&#233;veiller le conflit qui leur a donn&#233; naissance et orienter ce conflit vers une autre solution, en mettant en &#339;uvre des facteurs qui, &#224; l'&#233;poque o&#249; sont n&#233;s les sympt&#244;mes, n'&#233;taient pas &#224; la disposition du malade. Cette r&#233;vision du processus qui avait abouti au refoulement ne peut &#234;tre op&#233;r&#233;e qu'en partie, en suivant les traces qu'il a laiss&#233;es. La partie d&#233;cisive du travail consiste, en partant de l'attitude &#224; l'&#233;gard du m&#233;decin, en partant du &#171; transfert &#187;, &#224; cr&#233;er de nouvelles &#233;ditions des anciens conflits, de fa&#231;on &#224; ce que le malade s'y comporte comme il s'&#233;tait comport&#233; dans ces derniers, mais en mettant cette fois en &#339;uvre toutes ses forces psychiques disponibles, pour aboutir &#224; une solution diff&#233;rente. Le transfert devient ainsi le champ de bataille sur lequel doivent se heurter toutes les forces en lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la libido et toute la r&#233;sistance &#224; la libido se trouvent concentr&#233;es dans la seule attitude &#224; l'&#233;gard du m&#233;decin ; et &#224; cette occasion, il se produit in&#233;vitablement une s&#233;paration entre les sympt&#244;mes et la libido, ceux-l&#224; apparaissant d&#233;pouill&#233;s de celle-ci. &#192; la place de la maladie proprement dite, nous avons le transfert artificiellement provoqu&#233; ou, si vous aimez mieux, la maladie du transfert ; &#224; la place des objets aussi vari&#233;s qu'irr&#233;els de la libido, nous n'avons qu'un seul objet, bien qu'&#233;galement fantastique : la personne du m&#233;decin. Mais la suggestion &#224; laquelle a recours le m&#233;decin am&#232;ne la lutte qui se livre autour de cet objet &#224; la phase psychique la plus &#233;lev&#233;e, de sorte qu'on ne se trouve plus en pr&#233;sence que d'un conflit psychique normal. En s'opposant &#224; un nouveau refoulement, on met fin &#224; la s&#233;paration entre le moi et la libido, et l'on r&#233;tablit l'unit&#233; psychique de la personne. Lorsque la libido se d&#233;tache enfin de cet objet passager qu'est la personne du m&#233;decin, elle ne peut plus retourner &#224; ses objets ant&#233;rieurs : elle se tient &#224; la disposition du moi. Les puissances qu'on a eu &#224; combattre au cours de ce travail th&#233;rapeutique sont : d'une part, l'antipathie du moi pour certaines orientations de la libido, antipathie qui se manifeste dans la tendance au refoulement ; d'autre part, la force d'adh&#233;sion, la viscosit&#233; pour ainsi dire de la libido qui n'abandonne pas volontiers les objets sur lesquels elle se fixe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail th&#233;rapeutique se laisse donc d&#233;composer en deux phases : dans la premi&#232;re, toute la libido se d&#233;tache des sympt&#244;mes pour se fixer et se concentrer sur les transferts ; dans la deuxi&#232;me, la lutte se livre autour de ce nouvel objet dont on finit par lib&#233;rer la libido. Ce r&#233;sultat favorable n'est obtenu que si l'on r&#233;ussit, au cours de ce nouveau conflit, &#224; emp&#234;cher un nouveau refoulement, gr&#226;ce auquel la libido se r&#233;fugierait dans l'inconscient et &#233;chapperait de nouveau au moi. On y arrive, &#224; la faveur de la modification du moi, qui s'accomplit sous l'influence de la suggestion m&#233;dicale. Gr&#226;ce au travail d'interpr&#233;tation qui transforme l'inconscient en conscient, le moi s'agrandit aux d&#233;pens de celui-l&#224; ; sous l'influence des conseils qu'il re&#231;oit, il devient plus conciliant &#224; l'&#233;gard de la libido et dispos&#233; &#224; lui accorder une certaine satisfaction, et les craintes que le malade &#233;prouvait devant les exigences de la libido s'att&#233;nuent, gr&#226;ce &#224; la possibilit&#233; o&#249; il se trouve de s'affranchir par la sublimation d'une partie de celle-ci. Plus l'&#233;volution et la succession des processus au cours du traitement se rapprochent de cette description id&#233;ale, et plus le succ&#232;s du traitement psychanalytique sera grand. Ce qui est susceptible de limiter ce succ&#232;s, c'est, d'une part, l'insuffisante mobilit&#233; de la libido qui ne se laisse pas facilement d&#233;tacher des objets sur lesquels elle est fix&#233;e ; c'est, d'autre part, la rigidit&#233; du narcissisme qui n'admet le transfert d'un objet &#224; l'autre que jusqu'&#224; une certaine limite. Et ce qui vous fera peut-&#234;tre encore mieux comprendre la dynamique du processus curatif, c'est le fait que nous interceptons toute la libido qui s'&#233;tait soustraite &#224; la domination du moi, en en attirant sur nous, &#224; l'aide du transfert, une bonne partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bon que vous sachiez que les localisations de la libido survenant pendant et &#224; la suite du traitement, n'autorisent aucune conclusion directe quant &#224; sa localisation au cours de l'&#233;tat morbide. Supposons que nous ayons constat&#233;, au cours du traitement, un transfert de la libido sur le p&#232;re et que nous ayons r&#233;ussi &#224; la d&#233;tacher heureusement de cet objet pour l'attirer sur la personne du m&#233;decin . nous aurions tort de conclure de ce fait que le malade ait r&#233;ellement souffert d'une fixation inconsciente de sa libido &#224; la personne du p&#232;re. Le transfert sur la personne du p&#232;re constitue le champ de bataille, sur lequel nous finissons par nous emparer de la libido ; celle-ci n'y &#233;tait pas &#233;tablie d&#232;s le d&#233;but, ses origines sont ailleurs. Le champ de bataille sur lequel nous combattons ne constitue pas n&#233;cessairement une des positions importantes de l'ennemi. La d&#233;fense de la capitale ennemie n'est pas toujours et n&#233;cessairement organis&#233;e devant ses portes m&#234;mes. C'est seulement apr&#232;s avoir supprim&#233; le dernier transfert qu'on peut reconstituer mentalement la localisation de la libido pendant la maladie m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous pla&#231;ant au point de vue de la th&#233;orie de la libido, nous pouvons encore ajouter quelques mots concernant le r&#234;ve. Les r&#234;ves des n&#233;vros&#233;s nous servent, ainsi que leurs actes manqu&#233;s et leurs souvenirs spontan&#233;s, &#224; p&#233;n&#233;trer le sens des sympt&#244;mes et &#224; d&#233;couvrir la localisation de la libido. Sous la forme de r&#233;alisations de d&#233;sirs, ils nous r&#233;v&#232;lent les d&#233;sirs qui avaient subi un refoulement et les objets auxquels &#233;tait attach&#233;e la libido soustraite au moi. C'est pourquoi l'interpr&#233;tation des r&#234;ves joue dans la psychanalyse un r&#244;le important et a m&#234;me constitu&#233; dans beaucoup de cas et pendant longtemps son principal moyen de travail. Nous savons d&#233;j&#224; que l'&#233;tat de sommeil comme tel a pour effet un certain rel&#226;chement des refoulements. Par suite de cette diminution du poids qui p&#232;se sur lui, le d&#233;sir refoul&#233; peut dans le r&#234;ve rev&#234;tir une expression plus nette que celle que lui offre le sympt&#244;me pendant la vie &#233;veill&#233;e. C'est ainsi que l'&#233;tude du r&#234;ve nous ouvre l'acc&#232;s le plus commode &#224; la connaissance de l'inconscient refoul&#233; dont fait partie la libido soustraite &#224; la domination du moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#234;ves des n&#233;vros&#233;s ne diff&#232;rent cependant sur aucun point essentiel de ceux des sujets normaux ; et non seulement ils n'en diff&#232;rent pas, mais encore il est difficile de distinguer les uns des autres. Il serait absurde de vouloir donner des r&#234;ves des sujets nerveux une explication qui ne f&#251;t pas valable pour les r&#234;ves des sujets normaux. Aussi devons-nous dire que la diff&#233;rence qui existe entre la n&#233;vrose et la sant&#233; ne porte que sur la vie &#233;veill&#233;e dans l'un et dans l'autre de ces &#233;tats, et dispara&#238;t dans les r&#234;ves nocturnes. Nous sommes oblig&#233;s d'appliquer et d'&#233;tendre &#224; l'homme normal une foule de donn&#233;es qui se laissent d&#233;duire des rapports entre les r&#234;ves et les sympt&#244;mes des n&#233;vros&#233;s. Nous devons reconna&#238;tre que l'homme sain poss&#232;de, lui aussi, dans sa vie psychique, ce qui rend possible la formation de r&#234;ves et celle de sympt&#244;mes, et nous devons en tirer la conclusion qu'il se livre, lui aussi, &#224; des refoulements, qu'il d&#233;pense un certain effort pour les maintenir, que son syst&#232;me inconscient rec&#232;le des d&#233;sirs r&#233;prim&#233;s, encore pourvus d'&#233;nergie, et qu'une partie de sa libido est soustraite &#224; la ma&#238;trise de son moi. L'homme sain est donc un n&#233;vros&#233; en puissance, mais le r&#234;ve semble le seul sympt&#244;me qu'il soit capable de former. Ce n'est l&#224; toutefois qu'une apparence, car en soumettant la vie &#233;veill&#233;e de l'homme normal &#224; un examen plus p&#233;n&#233;trant, on d&#233;couvre que sa vie soi-disant saine est p&#233;n&#233;tr&#233;e d'une foule de sympt&#244;mes, insignifiants, il est vrai, et de peu d'importance pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre la sant&#233; nerveuse et la n&#233;vrose n'est donc qu'une diff&#233;rence portant sur la vie pratique et d&#233;pend du degr&#233; de jouissance et d'activit&#233; dont la personne est encore capable. Elle se r&#233;duit probablement aux proportions relatives qui existent entre les quantit&#233;s d'&#233;nergie rest&#233;es libres et celles qui se trouvent immobilis&#233;es par suite du refoulement. Il s'agit donc d'une diff&#233;rence d'ordre quantitatif et non qualitatif. Je n'ai pas besoin de vous rappeler que cette mani&#232;re de voir fournit une base th&#233;orique &#224; la conviction que nous avons exprim&#233;e, &#224; savoir que les n&#233;vroses sont curables en principe, bien qu'elles aient leur base dans la pr&#233;disposition constitutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que l'identit&#233; qui existe entre les r&#234;ves des hommes sains et les r&#234;ves des n&#233;vros&#233;s nous autorise &#224; conclure concernant la caract&#233;ristique de la sant&#233;. Mais en ce qui concerne le r&#234;ve lui-m&#234;me, il r&#233;sulte de cette identit&#233; une autre cons&#233;quence, &#224; savoir que nous ne devons pas d&#233;tacher le r&#234;ve des rapports qu'il pr&#233;sente avec les sympt&#244;mes n&#233;vrotiques, que nous ne devons pas croire que nous avons suffisamment, traduit la nature du r&#234;ve en d&#233;clarant qu'il n'est autre chose qu'une forme d'expression archa&#239;que de certaines id&#233;es et pens&#233;es, que nous devons enfin admettre qu'il r&#233;v&#232;le des localisations et des fixations de la libido r&#233;ellement existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je touche &#224; la fin de mon expos&#233;. Vous &#234;tes peut-&#234;tre d&#233;&#231;us de constater que je n'ai consacr&#233; qu'&#224; des consid&#233;rations th&#233;oriques le chapitre relatif au traitement psychanalytique, que je ne vous ai rien dit des conditions dans lesquelles on aborde le traitement, ni des r&#233;sultats qu'il vise &#224; obtenir. Je me suis born&#233; &#224; la th&#233;orie, parce qu'il n'entrait nullement dans mes intentions de vous offrir un guide pratique pour l'exercice de la psychanalyse, et j'ai des raisons particuli&#232;res de ne pas vous parler des proc&#233;d&#233;s et des r&#233;sultats de celle-ci. Je vous ai dit, d&#232;s nos premiers entretiens, que nous obtenons, dans des conditions favorables, des succ&#232;s th&#233;rapeutiques qui ne le c&#232;dent en rien aux plus beaux r&#233;sultats qu'on obtient dans le domaine de la m&#233;decine interne, et je puis ajouter que les succ&#232;s dus &#224; la psychanalyse ne peuvent &#234;tre obtenus par aucun autre proc&#233;d&#233; de traitement. Si je vous disais davantage, je pourrais faire na&#238;tre en vous le soup&#231;on de vouloir couvrir par une r&#233;clame tapageuse le ch&#339;ur devenu trop bruyant de nos d&#233;nigreurs. Certains coll&#232;gues avaient menac&#233; les psychanalystes, m&#234;me au cours de r&#233;unions professionnelles publiques, d'ouvrir les yeux du public sur la st&#233;rilit&#233; de notre m&#233;thode de traitement, en publiant la liste de ses insucc&#232;s et m&#234;me des r&#233;sultats d&#233;sastreux dont elle se serait rendue coupable. Mais abstraction faite du caract&#232;re odieux d'une pareille mesure, qui ne serait qu'une d&#233;nonciation haineuse, la publication dont on nous menace n'autoriserait aucun jugement ad&#233;quat sur l'efficacit&#233; th&#233;rapeutique de l'analyse. La th&#233;rapeutique analytique, vous le savez, est de cr&#233;ation r&#233;cente ; il a fallu beaucoup de temps pour &#233;tablir sa technique, et encore n'a-t-on pu le faire qu'au cours du travail et par r&#233;action &#224; l'exp&#233;rience imm&#233;diate. Par suite des difficult&#233;s que pr&#233;sente l'enseignement de cette branche, le m&#233;decin qui d&#233;bute dans la psychanalyse est, plus que tout autre sp&#233;cialiste, abandonn&#233; &#224; ses propres forces pour se perfectionner dans son art, de sorte que les r&#233;sultats qu'il peut obtenir au cours des premi&#232;res ann&#233;es de son exercice ne prouvent rien ni pour, ni contre l'efficacit&#233; du traitement analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'essais de traitement ont &#233;chou&#233; aux d&#233;buts de la psychanalyse, parce qu'ils ont &#233;t&#233; faits sur des cas qui ne rel&#232;vent pas de ce proc&#233;d&#233; et que nous excluons aujourd'hui du nombre de ses indications. Mais ce n'est que gr&#226;ce &#224; ces essais que nous avons pu &#233;tablir nos indications. On ne pouvait pas savoir d'avance que la parano&#239;a et la d&#233;mence pr&#233;coce, dans leurs formes prononc&#233;es, &#233;taient inaccessibles &#224; la psychanalyse, et on avait encore le droit d'essayer cette m&#233;thode sur des affections tr&#232;s vari&#233;es. Il est cependant juste de dire que la plupart des insucc&#232;s de ces premi&#232;res ann&#233;es doivent &#234;tre attribu&#233;s, moins &#224; l'inexp&#233;rience du m&#233;decin ou au choix inad&#233;quat de l'objet, qu'&#224; des circonstances ext&#233;rieures d&#233;favorables. Nous n'avons parl&#233; jusqu'ici que des r&#233;sistances int&#233;rieures : celles-ci, qui nous sont oppos&#233;es par le malade, sont n&#233;cessaires et surmontables. Mais il y a aussi des obstacles ext&#233;rieurs : ceux-ci d&#233;coulant du milieu dans lequel vit le malade, cr&#233;&#233;s par son entourage, n'ont aucun int&#233;r&#234;t th&#233;orique, mais pr&#233;sentent une tr&#232;s grande importance pratique. Le traitement psychanalytique peut &#234;tre compar&#233; &#224; une intervention chirurgicale et ne peut, comme celle-ci, &#234;tre entrepris que dans des conditions o&#249; les chances d'insucc&#232;s se trouvent r&#233;duites au minimum. Vous savez toutes les pr&#233;cautions dont s'entoure un chirurgien : pi&#232;ce appropri&#233;e, bon &#233;clairage, assistance exp&#233;riment&#233;e, &#233;limination des parents du malade, etc. Combien d'op&#233;rations se termineraient favorablement, si elles devaient &#234;tre faites en pr&#233;sence de tous les membres de la famille entourant le chirurgien et le malade et criant &#224; chaque coup de bistouri ? Dans le traitement psychanalytique la pr&#233;sence de parents est tout simplement un danger, et un danger auquel on ne sait pas parer. Nous sommes arm&#233;s contre les r&#233;sistances int&#233;rieures qui viennent du malade et que nous savons n&#233;cessaires ; mais comment nous d&#233;fendre contre ces r&#233;sistances ext&#233;rieures ? En ce qui concerne la famille du patient, il est impossible de lui faire entendre raison et de la d&#233;cider &#224; se tenir &#224; l'&#233;cart de toute l'affaire ; d'autre part, on ne doit jamais pratiquer une entente avec elle, car on court alors le danger de perdre la confiance du malade qui exige, et avec raison d'ailleurs, que l'homme auquel il se confie prenne toujours et dans toutes les occasions son parti. Celui qui sait quelles discordes d&#233;chirent souvent une famille ne sera pas &#233;tonn&#233; de constater, en pratiquant la psychanalyse, que les proches du malade sont souvent plus int&#233;ress&#233;s &#224; le voir rester tel qu'il est qu'&#224; le voir gu&#233;rir. Dans les cas, fr&#233;quents d'ailleurs, o&#249; la n&#233;vrose est en rapport avec des conflits entre membres d'une m&#234;me famille, le bien portant n'h&#233;site pas lorsqu'il s'agit de choisir entre son propre int&#233;r&#234;t et le r&#233;tablissement du malade. Il ne faut donc pas s'&#233;tonner qu'un &#233;poux n'accepte pas volontiers un traitement qui comporte, comme il s'en doute avec raison, la r&#233;v&#233;lation de ses p&#233;ch&#233;s. Aussi, nous autres psychanalystes ne nous en &#233;tonnons pas ; et nous d&#233;clinons tout reproche lorsque notre traitement reste sans succ&#232;s ou doit &#234;tre interrompu, parce que la r&#233;sistance du mari vient renforcer celle de la femme. C'est que nous avons entrepris quelque chose qui, dans les circonstances donn&#233;es, &#233;tait irr&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vous citerai, parmi tant d'autres, qu'un seul cas, dans lequel des consid&#233;rations purement m&#233;dicales m'avaient impos&#233; un r&#244;le de victime silencieuse. Il y a quelques ann&#233;es, j'avais entrepris le traitement psychanalytique d'une jeune fille atteinte depuis un certain temps d'une angoisse telle qu'elle ne pouvait ni sortir dans la rue ni rester seule &#224; la maison. Peu &#224; peu la malade avait fini par m'avouer que son imagination avait &#233;t&#233; frapp&#233;e par la constatation qu'elle fit de relations amoureuses entre sa m&#232;re et un riche ami de la maison. Mais elle fut assez maladroite, ou raffin&#233;e, pour faire comprendre &#224; sa m&#232;re ce qui se passait pendant les s&#233;ances de psychanalyse : elle changea notamment d'attitude &#224; son &#233;gard, ne voulut plus, pour se d&#233;fendre contre l'angoisse de la solitude, avoir d'autre soci&#233;t&#233; que celle de sa m&#232;re et s'opposait &#224; chacune des sorties de celle-ci. La m&#232;re, qui avait elle-m&#234;me &#233;t&#233; atteinte de nervosit&#233; autrefois, avait &#233;t&#233; soign&#233;e avec succ&#232;s dans un &#233;tablissement hydroth&#233;rapique. Ajoutons que c'est dans cet &#233;tablissement qu'elle avait fait la connaissance du monsieur avec lequel elle eut dans la suite des relations fort satisfaisantes &#224; tous &#233;gards. Frapp&#233;e parles violentes exigences de la jeune fille, la m&#232;re comprit subitement ce que signifiait l'angoisse de celle-ci. Elle comprit que sa fille s'&#233;tait laiss&#233; atteindre par la maladie pour rendre la m&#232;re prisonni&#232;re et la priver de la possibilit&#233; de revoir son amant aussi souvent qu'elle le voudrait. Par une d&#233;cision brusque, la m&#232;re mit fin au traitement. La jeune fille fut plac&#233;e dans un &#233;tablissement pour malades nerveux o&#249; on l'a, pendant des ann&#233;es, pr&#233;sent&#233;e comme une &#171; pauvre victime de la psychanalyse &#187;. M'a-t-on, &#224; cette occasion, assez reproch&#233; la malheureuse issue du traitement ! J'ai gard&#233; le silence, parce que je me sentais li&#233; par le devoir de la discr&#233;tion professionnelle ! Ce n'est que longtemps apr&#232;s que j'ai appris par uni coll&#232;gue qui visite cet &#233;tablissement et a eu l'occasion de voir la jeune fille agoraphobique, que les rapports entre la m&#232;re et le riche ami de la famille &#233;taient de notori&#233;t&#233; publique et probablement favoris&#233;s par le mari et p&#232;re. C'est donc &#224; ce soi-disant &#171; secret &#187; qu'on avait sacrifi&#233; le traitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la guerre, alors que le grand afflux d'&#233;trangers m'avait rendu ind&#233;pendant de la faveur ou de la d&#233;faveur de ma ville natale, je m'&#233;tais impos&#233; la r&#232;gle de ne jamais entreprendre le traitement d'un malade qui ne f&#251;t pas sui juris, dans les relations essentielles de sa vie, ind&#233;pendant de qui que ce soit. C'est l&#224; une r&#232;gle que tout psychanalyste ne peut ni s'imposer ni suivre. Mais comme je vous mets en garde contre les proches du malade, vous pouvez &#234;tre tent&#233;s de conclure que les malades justiciables de la psychanalyse doivent &#234;tre s&#233;par&#233;s de leur famille et que notre traitement n'est applicable qu'aux pensionnaires d'&#233;tablissements pour malades nerveux. En aucune fa&#231;on : il est beaucoup plus avantageux pour les malades, lorsqu'ils ne se trouvent pas dans un &#233;tat d'&#233;puisement grave, de rester pendant le traitement dans les conditions m&#234;mes dans lesquelles ils ont &#224; r&#233;soudre les probl&#232;mes qui se posent &#224; eux. Il suffit alors que les proches ne viennent pas neutraliser cet avantage par leur attitude, et qu'ils ne manifestent en g&#233;n&#233;ral aucune hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard des efforts du m&#233;decin. Mais que ces choses-l&#224; sont difficiles &#224; obtenir ! Et vous ne tarderez naturellement pas &#224; vous rendre compte dans quelle mesure le succ&#232;s ou l'insucc&#232;s du traitement d&#233;pend du milieu social et de l'&#233;tat de culture de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne trouvez-vous pas que tout cela n'est pas fait pour nous donner une haute id&#233;e de l'efficacit&#233; de la psychanalyse comme m&#233;thode th&#233;rapeutique, alors m&#234;me que la plupart de nos insucc&#232;s ne d&#233;pendent que de facteurs ext&#233;rieurs ? Des amis de la psychanalyse m'avaient engag&#233; &#224; opposer une statistique de succ&#232;s &#224; la collection des insucc&#232;s qui nous sont reproch&#233;s. Je n'ai pas accept&#233; leur conseil. J'ai fait valoir, &#224; l'appui de mon refus, qu'une statistique est sans valeur, lorsque les unit&#233;s juxtapos&#233;es dont elle se compose ne sont pas assez ressemblantes, et les cas d'affections n&#233;vrotiques qui avaient &#233;t&#233; soumis au traitement psychanalytique diff&#233;raient en effet entre eux sous les rapports les plus vari&#233;s. En outre, l'intervalle dont on pourrait tenir compte &#233;tait trop bref pour qu'on p&#251;t affirmer qu'il s'agissait de gu&#233;risons durables, et dans beaucoup de cas on ne pouvait m&#234;me hasarder aucune affirmation sur ce point. Ces derniers cas &#233;taient ceux de personnes qui cachaient aussi bien leur maladie que leur traitement et dont il fallait &#233;galement tenir secr&#232;te la gu&#233;rison. Mais ce qui m'a, plus que toute autre consid&#233;ration, fait d&#233;cliner ce conseil, c'est l'exp&#233;rience que j'avais de la mani&#232;re irrationnelle dont les hommes se comportent dans les choses de la th&#233;rapeutique et du peu de possibilit&#233;s de les convaincre &#224; l'aide d'arguments logiques, m&#234;me tir&#233;s de l'exp&#233;rience et de l'observation. Une nouveaut&#233; th&#233;rapeutique est accept&#233;e ou avec un enthousiasme bruyant, comme ce fut le cas de la premi&#232;re tuberculine de Koch, ou avec une m&#233;fiance d&#233;courageante, comme ce fut le cas de la vaccination vraiment bienfaisante de Jenner qui a encore de nos jours des adversaires irr&#233;ductibles. La psychanalyse se heurtait &#224; un parti pris manifeste. Lorsqu'on parlait de la gu&#233;rison d'un cas difficile, on nous r&#233;pondait : cela ne prouve rien, car &#224; l'heure qu'il est votre malade serait gu&#233;ri, m&#234;me s'il n'avait pas subi votre traitement. Et lorsqu'une malade, qui avait d&#233;j&#224; accompli quatre cycles de tristesse et de manie et subi, pendant une pause cons&#233;cutive &#224; la m&#233;lancolie, le traitement psychanalytique, se trouva, trois semaines apr&#232;s celui-ci, au d&#233;but d'une nouvelle p&#233;riode de manie, tous les membres de sa famille, approuv&#233;s en cela par une haute autorit&#233; m&#233;dicale appel&#233;e en consultation, exprim&#232;rent la conviction que cette nouvelle crise ne pouvait &#234;tre que la cons&#233;quence du traitement essay&#233;. Contre les pr&#233;jug&#233;s, il n'y a rien &#224; faire. Il faut. attendre et laisser au temps le soin de les user. Un jour vient o&#249; les m&#234;mes hommes pensent sur les m&#234;mes choses autrement que la veille. Mais pourquoi n'ont-ils pas pens&#233; la veille comme ils pensent aujourd'hui ? C'est l&#224; pour nous et pour eux-m&#234;mes un obscur et imp&#233;n&#233;trable myst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut toutefois que le pr&#233;jug&#233; contre la th&#233;rapeutique analytique soit en vole de r&#233;gression, et J'en verrais une preuve dans la diffusion continue des th&#233;ories analytiques et dans l'augmentation, dans certains pays, du nombre de m&#233;decins pratiquant la psychanalyse. Jeune m&#233;decin, j'avais vu les cercles m&#233;dicaux accueillir le traitement par la suggestion hypnotique avec la m&#234;me temp&#234;te d'indignation avec laquelle les &#171; raisonnables &#187; d'aujourd'hui accueillent la psychanalyse. Mais en tant qu'agent th&#233;rapeutique, l'hypnotisme n'a pas tenu. ce qu'il avait promis au d&#233;but ; nous autres psychanalystes devons nous consid&#233;rer comme ses h&#233;ritiers l&#233;gitimes, et nous n'oublions pas tous les encouragements et toutes 'es explications th&#233;oriques dont nous lui sommes redevables. Les pr&#233;judices qu'on reproche &#224; la psychanalyse se, r&#233;duisent au fond &#224; ces ph&#233;nom&#232;nes passagers produits par l'exag&#233;ration des conflits dans les cas d'analyse faite maladroitement ou brusquement interrompue. &#192; pr&#233;sent que vous savez comment nous nous comportons &#224; l'&#233;gard des malades, vous pouvez juger si nos efforts sont de nature &#224; leur causer un pr&#233;judice durable. Certes, l'analyse se pr&#234;te &#224; toutes sortes d'abus, et le transfert constitue plus particuli&#232;rement un moyen dangereux entre les mains d'un m&#233;decin non consciencieux. Mais connaissez-vous un moyen ou un proc&#233;d&#233; th&#233;rapeutique, qui soit &#224; l'abri d'un abus ? Pour &#234;tre un moyen de gu&#233;rison, un bistouri doit couper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fini, et sans vouloir user d'un artifice oratoire, je vous dirai que je reconnais en les regrettant tous les d&#233;fauts et toutes les lacunes des le&#231;ons que vous venez d'entendre. Je regrette surtout de vous avoir souvent promis de revenir sur tel sujet que j'effleurais en passant et de n'avoir pu tenir ma promesse par suite de l'orientation que prenait mon expos&#233;. J'avais entrepris de vous initier &#224; une mati&#232;re encore en plein d&#233;veloppement, encore tr&#232;s incompl&#232;te, et &#224; force de vouloir la r&#233;sumer, mon expos&#233; est devenu lui-m&#234;me incomplet. Plus d'une fois, j'avais r&#233;uni tous les mat&#233;riaux en vue d'une conclusion que je me suis abstenu de tirer moi-m&#234;me. Mais je n'avais pas l'ambition de faire de vous des sp&#233;cialistes ; je voulais seulement vous &#233;clairer et vous stimuler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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