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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Psychanalyse et M&#233;decine</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#8220; Psychanalyse et m&#233;decine &#8221; &lt;br class='autobr' /&gt;
Sigmund Freud &lt;br class='autobr' /&gt;
(1925) &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce titre n'est pas compr&#233;hensible au premier abord. Je l'expliquerai donc : il s'agit ici des non-m&#233;decins et la question est celle-ci : doit-il dire permis aux non-m&#233;decins d'exercer l'analyse ? Cette question a ses conditions et de temps et de lieu. De temps : jusqu'&#224; pr&#233;sent personne ne s'&#233;tait souci&#233; de qui exerce ou non la psychanalyse. Bien plus, on ne s'en est que trop peu souci&#233;, on n'&#233;tait d'accord que sur un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique106" rel="directory"&gt;Psychanalyse et physiologie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot170" rel="tag"&gt;Freud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#8220; Psychanalyse et m&#233;decine &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sigmund Freud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1925)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce titre n'est pas compr&#233;hensible au premier abord. Je l'expliquerai donc : il s'agit ici des non-m&#233;decins et la question est celle-ci : doit-il dire permis aux non-m&#233;decins d'exercer l'analyse ? Cette question a ses conditions et de temps et de lieu. De temps : jusqu'&#224; pr&#233;sent personne ne s'&#233;tait souci&#233; de qui exerce ou non la psychanalyse. Bien plus, on ne s'en est que trop peu souci&#233;, on n'&#233;tait d'accord que sur un seul point : personne ne devrait l'exercer, et ceci pour diverses raisons qu'on mettait en avant, et au fond desquelles se retrouvait toujours la m&#234;me antipathie. L'exigence que seuls les m&#233;decins aient le droit d'analyser r&#233;pond donc &#224; une attitude nouvelle, et en apparence plus amicale, envers l'analyse - si elle arrive toutefois &#224; &#233;chapper au soup&#231;on de n'&#234;tre qu'un rejeton plus ou moins d&#233;figur&#233; de l'attitude primitive. On admet maintenant qu'un traitement analytique doit dire entrepris dans certaines circonstances, mais alors seuls les m&#233;decins doivent l'entreprendre. Le pour&#172;quoi de cette limitation reste &#224; chercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, n'ayant pas dans tous les pays la m&#234;me port&#233;e, a aussi ses conditions de lieu. En Allemagne, en Am&#233;rique, la discussion n'en peut &#234;tre que th&#233;orique : dans ces pays, tout malade peut en effet se faire traiter comme et par qui lui pla&#238;t, n'importe qui peut s'instituer &#171; gu&#233;risseur &#187; et soigner des malades quelconques, si seulement il prend la responsabilit&#233; de ses actes. La loi n'intervient pas avant qu'on y ait lait appel en expiation d'un dommage caus&#233; au malade. Mais, en Autriche, pays o&#249; et pour lequel j'&#233;cris, la loi est pr&#233;ventive, elle interdit au non-m&#233;decin d'entreprendre le traitement des malades, et cela, sans en attendre 1'issue . Ici donc, elle a un sens pratique, cette question : les non-m&#233;decins doivent-ils pouvoir traiter des malades par la psychanalyse ? Mais cette question, aussit&#244;t pos&#233;e, semble tranch&#233;e par la lettre de la loi. Les &#171; nerveux &#187; sont des malades, les non-m&#233;decins ne sont pas m&#233;decins, la psychanalyse est une pratique dont le but est la gu&#233;rison ou l'am&#233;lioration des maladies nerveuses, tout traitement de ce genre est r&#233;serv&#233; aux m&#233;decins : donc il n'est pas permis que des non-m&#233;decins appliquent aux &#171; nerveux &#187; l'analyse, et si cela arrive quand m&#234;me, il faut s&#233;vir. Les choses &#233;tant aussi simples, on ose &#224; peine s'occuper encore de la question de l'analyse par les non-m&#233;decins. Mais il y a ici quelques difficult&#233;s dont la loi ne se soucie pas, et qui m&#233;ritent pourtant d'&#234;tre prises en consid&#233;ration. Peut-&#234;tre appara&#238;tra-t-il que les malades, dans ce cas, ne sont pas des malades ordinaires, les non-m&#233;decins pas absolument des &#171; profanes &#187;, et les m&#233;decins pas tout &#224; lait ce qu'on peut attendre de m&#233;decins et sur quoi ils basent leurs pr&#233;tentions. Si nous pouvons le prouver, alors la loi - exigence justifi&#233;e - ne devra pas s'appliquer sans modifications au cas qui nous occupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la question sera tranch&#233;e par des personnes qui ne sont pas oblig&#233;es de conna&#238;tre les particularit&#233;s d'une cure analytique. Il est donc de notre devoir d'instruire ces personnes impartiales, suppos&#233;es actuellement encore dans l'ignorance. Nous regrettons de ne pouvoir les rendre t&#233;moins d'une cure analytique. La &#171; situation analytique &#187; n'admet pas de tiers. De plus, les diverses s&#233;ances sont de valeur tr&#232;s in&#233;gale, et un tel auditeur - forc&#233;ment incomp&#233;tent - admis &#224; l'une quelconque des s&#233;ances, n'en recevrait le plus souvent aucune impression valable ; il risquerait de ne rien comprendre &#224; ce qui se passe entre l'analyste et le patient, ou bien il s'ennuierait. Il lui faut donc, bon gr&#233;, mal gr&#233;, se contenter de nos dires, que nous rendrons le plus possible dignes de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malade peut souffrir de changements d'humeur qu'il n'arrive pas &#224; ma&#238;triser, ou de d&#233;couragements pusillanimes paralysant son &#233;nergie et lui &#244;tant toute confiance en lui-m&#234;me, ou bien d'une g&#232;ne angoiss&#233;e d&#232;s qu'il se trouve parmi des &#233;trangers. Il peut, sans comprendre pourquoi, ressentir que l'accomplissement de son travail professionnel lui devient difficile, et, de m&#234;me, toute d&#233;cision d'une certaine importance et toute entreprise. Il a un jour- sans savoir pourquoi -&#233;prouv&#233; une p&#233;nible crise d'angoisse, et, depuis, ne peut plus, sans un violent effort sur soi, traverser la rue ou aller en chemin de fer - peut-&#234;tre m&#234;me a-t-il d&#251; renoncer &#224; l'un comme &#224; l'autre. Ou bien, - chose bizarre, - ses pens&#233;es suivent leur propre chemin et ne se laissent pas guider par son vouloir. Elles poursuivent des probl&#232;mes &#224; lui-m&#234;me tr&#232;s indiff&#233;rents, et pourtant elles ne s'en laissent pas arracher ! Des t&#226;ches ridicules lui sont impos&#233;es, comme de compter le nombre des fen&#234;tres aux fa&#231;ades des maisons, et dans l'ex&#233;cution des choses les plus simples : jeter une lettre &#224; la poste, &#233;teindre un bec de gaz, il est saisi, au bout d'un instant, du doute de l'avoir vraiment fait. Cela peut n'&#234;tre qu'aga&#231;ant et importun. Mais l'&#233;tat devient insupportable si le malheureux soudain n'arrive pas &#224; se d&#233;fendre de l'id&#233;e qu'il a pouss&#233; un enfant sous les roues d'une voiture, ou jet&#233; un inconnu &#224; l'eau du haut d'un pont, ou s'il doit se demander : &#171; Ne serais-je pas l'assassin que la police recherche ? &#187; - auteur d'un crime d&#233;couvert le jour m&#234;me. Tout cela est &#233;videmment stupide, le malheureux le sait lui-m&#234;me, il n'a jamais fait de mal &#224; personne, mais le sentiment de culpabilit&#233; ne pourrait &#234;tre plus fort s'il &#233;tait vraiment le meurtrier qu'on recherche !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien notre patient - disons cette fois notre patiente - souffre d'autre mani&#232;re et dans un domaine diff&#233;rent. Elle est pianiste, mais ses doigts sont saisis de crampes et lui refusent tout service. Doit-elle aller dans le monde, aussit&#244;t se fait sentir un besoin naturel dont la satisfaction est incompatible avec le fait d'&#234;tre en soci&#233;t&#233;. Elle a donc renonc&#233; &#224; fr&#233;quenter r&#233;unions, bals, th&#233;&#226;tres ou concerts. Aux moments les moins appropri&#233;s elle est prise de maux de t&#234;te ou d'autre sensations douloureuses. Parfois, elle doit rendre tous ses repas, ce qui &#224; la longue peut devenir dangereux. Enfin, chose d&#233;plorable, elle ne supporte aucune &#233;motion, et les &#233;motions sont dans la vie in&#233;vitables. Estelle &#233;mue, elle tombe dans des &#233;vanouissements, souvent accompagn&#233;s de crampes musculaires, rappelant les &#233;tats pathologiques les plus inqui&#233;tants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres malades sont atteints dans un domaine o&#249; la vie sentimentale est en rapport intime avec le corps. S'agit-il d'hommes, ils sont incapables de donner une expression corporelle aux plus tendres &#233;mois inspir&#233;s par l'autre sexe, tandis que toutes les r&#233;actions voulues sont &#224; leur disposition en pr&#233;sence de femmes qu'ils n'aiment pas. Ou leur sensualit&#233; les lie &#224; des femmes qu'ils m&#233;prisent et dont ils voudraient se d&#233;tacher. Ou encore cette sensualit&#233; leur impose des conditions &#224; remplir qui leur r&#233;pugnent &#224; eux-m&#234;mes. S'agit-il de femmes, l'angoisse, le d&#233;go&#251;t ou des entraves d'origine inconnue les emp&#234;chent de r&#233;pondre aux exigence de la vie sexuelle, ou bien - c&#232;dent-elles cependant &#224; l'amour - elles se trouvent leurr&#233;es de la jouissance que la nature offre en prime &#224; qui ob&#233;it &#224; ses lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces personnes s'avouent malades et recherchent les m&#233;decins, desquels on attend la d&#233;livrance de tels troubles nerveux. Ce sont aussi les m&#233;decins qui ont institu&#233; les cat&#233;gories dans lesquelles on classe ces maux. Ils les diagnostiquent et les nomment selon leur point de vue : neurasth&#233;nie, psychasth&#233;nie, phobies, obsessions, hyst&#233;rie. Ils soumettent &#224; un examen les organes qui manifestent les sympt&#244;mes : c&#339;ur, estomac, intestin, organes g&#233;nitaux et les trouvent sains. Ils conseillent une interruption des occupations habituelles du malade, des distractions, des traitements fortifiants, des m&#233;dicaments toniques, et obtiennent ainsi des am&#233;liorations passag&#232;res - ou bien rien du tout. Enfin les malades viennent &#224; apprendre qu'il existe des gens tout &#224; fait sp&#233;cialis&#233;s dans le traitement de tels maux et ils commencent chez ceux-ci une analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre auditeur impartial, que j'imagine pr&#233;sent, a montr&#233; des signes d'impatience pendant mon &#233;num&#233;ration des sympt&#244;mes des n&#233;vroses. Main&#172;tenant, il se fait attentif, il devient tout oreille : &#171; Enfin, dit-il, nous allons apprendre ce que l'analyste entreprend avec le malade &#224; qui le m&#233;decin ne put &#234;tre d'aucun secours ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne se passe entre eux rien d'autre que ceci : ils causent. L'analyse n'emploie pas d'instruments - pas m&#234;me pour l'examen du malade - et il n'ordonne pas de m&#233;dicaments. Chaque fois que cela est possible, il laisse m&#234;me le malade, pendant le traitement, dans son atmosph&#232;re et son entourage. Cela n'est bien entendu pas une condition du traitement et ne peut pas toujours &#234;tre r&#233;alis&#233;. L'analyste fait venir le malade &#224; une certaine heure de la journ&#233;e, le laisse parler, l'&#233;coute, puis lui parle et le malade l'&#233;coute &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre auditeur impartial manifeste alors un grand soulagement et une d&#233;tente &#233;vidente, mais aussi un certain et net d&#233;dain. Il semble vouloir dire : &#171; Rien que &#231;a ? Des mots, des mots et encore des mots &#187;, comme dit Hamlet ! Le discours ironique de M&#233;phisto lui passe aussi par l'esprit : que les mots se pr&#234;tent &#224; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi dit-il : &#171; C'est donc une sorte de magie ? Vous parlez et ainsi faites envoler les maux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s juste : ce serait de la magie, si cela agissait plus vite ! La magie r&#233;clame - attribut essentiel ! -la rapidit&#233;, on pourrait dire l'instantan&#233;it&#233; du succ&#232;s. Mais les cures analytiques exigent des mois, voire des ann&#233;es, et une magie aussi lente perd le caract&#232;re du merveilleux. D'ailleurs, ne m&#233;prisons pas le Verbe ! Il est un instrument de puissance, le moyen par lequel nous communiquons aux autres nos sentiments, le chemin par lequel nous acqu&#233;rons de l'influence sur les autres hommes. Des paroles peuvent faire un bien qu'on ne peut dire ou causer de terribles blessures. Certes, au commencement &#233;tait l'acte, le verbe ne vint qu'apr&#232;s ; ce lut sous bien des rapports un progr&#232;s de la civilisation quand l'acte put se mod&#233;rer jusqu'&#224; devenir le mot. Mais le mot fut cependant &#224; l'origine un sortil&#232;ge, un acte magique, et il a gard&#233; encore beaucoup de sa force antique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auditeur impartial poursuit : &#171; Supposons que le malade ne soit pas mieux pr&#233;par&#233; que moi &#224; l'intelligence de la cure analytique, comment voulez-vous l'amener &#224; croire &#224; la magie du mot ou du discours, qui doit le d&#233;livrer de ses maux ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien entendu le pr&#233;parer &#224; sa cure, et un moyen tr&#232;s simple s'offre pour cela. On l'invite &#224; &#234;tre absolument sinc&#232;re avec son analyste, &#224; ne rien lui dissimuler avec intention de ce qui lui passe par l'esprit, ensuite &#224; se mettre au-dessus de toutes les r&#233;ticences qui cherchent &#224; emp&#234;cher la communication de telle pens&#233;e ou de tel souvenir. Chacun sait receler en lui-m&#234;me des choses qu'il ne communiquerait aux autres que tr&#232;s &#224; contrec&#339;ur, davantage, dont la communication lui semble impossible. Ce sont ses &#171; intimit&#233;s &#187;. Il pressent aussi - ce qui est un grand progr&#232;s dans la connaissance de soi-m&#234;me - qu'il est d'autres choses que l'on ne voudrait pas s'avouer &#224; soi-m&#234;me, que l'on se dissimule volontiers, auxquelles on coupe court et que l'on chasse si elles surgissent pourtant dans la pens&#233;e. Peut-&#234;tre notre observateur remarque-t-il m&#234;me qu'un tr&#232;s curieux probl&#232;me psychologique est pos&#233; par ce fait qu'une de ses propres pens&#233;es doit &#234;tre gard&#233;e secr&#232;te par rapport &#224; son propre moi. On croirait que son moi n'a plus l'unit&#233; qu'il lui attribue toujours ; on penserait qu'il y a en lui encore autre chose qui peut s'opposer &#224; son moi. En soi il peut ainsi obscur&#233;ment pressentir comme une antith&#232;se entre le moi et une vie psychique au sens plus large. A-t-il accept&#233; la r&#232;gle fondamentale de l'ana&#172;lyse : tout dire, alors le malade deviendra ais&#233;ment accessible &#224; l'id&#233;e que des rapports et un &#233;change de pens&#233;es sous des conditions aussi peu communes puissent aussi amener des r&#233;actions toutes particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je comprends &#187;, repartit notre auditeur impartial, &#171; vous admettez que chaque &#171; nerveux &#187; a quelque chose qui l'oppresse, un secret. En l'engageant &#224; le dire, vous le d&#233;chargez de ce poids et lui faites du bien. C'est l&#224; le principe de la confession, dont l'&#201;glise catholique s'est servi de tout temps pour s'assurer la ma&#238;trise des &#226;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui et non, devrons-nous r&#233;pondre. La confession entre bien pour une part dans l'analyse, en quelque sorte comme introduction. Mais elle est tr&#232;s loin de se confondre avec l'essence de l'analyse ou de pouvoir expliquer son action. En confession, le p&#233;cheur dit ce qu'il sait ; en analyse, le n&#233;vropathe doit dire davantage. Aussi bien n'avons-nous jamais entendu pr&#233;tendre que la confession ait jamais eu le pouvoir de gu&#233;rir de vrais sympt&#244;mes pathologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors je ne comprends encore pas &#187;, nous est-il r&#233;pondu. &#171; Qu'est-ce que cela signifie : le malade doit dire plus qu'il ne sait ? Cependant je puis me repr&#233;senter qu'en tant qu'analyste vous obteniez une plus grande influence sur votre malade que le confesseur sur son p&#233;nitent. Vous vous occupez de lui plus longtemps, d'une mani&#232;re plus intense, plus personnelle, et vous pouvez employer cette influence accrue pour le d&#233;tourner de ses id&#233;es maladives, pour le dissuader de ses appr&#233;hensions, etc. Ce serait assez extraordinaire si, par ce moyen, des sympt&#244;mes rien que corporels : vomissements, diarrh&#233;es, contractures, pouvaient &#234;tre ma&#238;tris&#233;s, mais je le sais, une telle influence sur un &#234;tre humain est possible, si on le plonge en hypnose. Probablement obtenez-vous par vos efforts quelque relation hypnotique entre vous et le patient, qui se trouve li&#233; &#224; vous par la force de la suggestion, et cela, sans m&#234;me que vous le vouliez ; ainsi les miracles de votre th&#233;rapeutique ne seraient qu'effets de la suggestion hypnotique. Mais, autant que je sache, la cure hypnotique est autrement rapide que votre analyse, qui, comme vous le dites, s'&#233;tend sur des mois et des ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre auditeur impartial n'est ni si ignorant ni si embarrass&#233; que nous l'avions cru d'abord ! Il s'efforce incontestablement de saisir la psychanalyse &#224; l'aide de ses connaissances ant&#233;rieures, de la rattacher &#224; quelque chose qu'il sache d&#233;j&#224;. Reste &#224; lui faire comprendre - t&#226;che difficile ! - qu'il n'y saurait parvenir par ce moyen, que l'analyse est une m&#233;thode sui generis, une chose nouvelle, particuli&#232;re, qui ne peut &#234;tre saisie qu'au moyen de nouvelles vues - ou, si l'on veut, de nouvelles hypoth&#232;ses. Mais nous devons d'abord r&#233;pondre &#224; sa derni&#232;re remarque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que vous avez dit de l'influence personnelle de l'analyste est, certes, tr&#232;s int&#233;ressant. Une telle influence existe et joue dans l'analyse un grand r&#244;le. Mais pas le m&#234;me que dans l'hypnotisme, Il doit &#234;tre possible de vous d&#233;montrer que les situations ici et l&#224; sont toutes diff&#233;rentes. Une remarque y pourra suffire : nous n'utilisons pas cette influence personnelle - le facteur &#171; suggestif &#187; - afin d'&#233;touffer les sympt&#244;mes pathologiques, ainsi qu'il advient dans la suggestion hypnotique. De plus, on aurait tort de croire que ce facteur soit absolument le support et le promoteur du traitement. Il l'est au d&#233;but, mais plus tard il vient &#224; l'encontre de nos intentions analytiques et nous contraint aux contre-mesures les plus rigoureuses. Je voudrais aussi vous montrer par un exemple combien la technique analytique s'&#233;carte de celles qui cherchent &#224; d&#233;tourner et &#224; dissuader. Notre patient est-il en proie &#224; un sentiment de culpabilit&#233; comme s'il e&#251;t perp&#233;tr&#233; un grand crime, nous ne lui conseillons pas de se mettre au-dessus de ses scrupules de conscience par l'assurance de son indubitable innocence : il l'a d&#233;j&#224; essay&#233; tout seul sans succ&#232;s. Mais nous l'avertissons qu'un sentiment aussi fort et aussi tenace doit pourtant &#234;tre fond&#233; sur quelque r&#233;alit&#233;, et que cette r&#233;alit&#233; pourra peut-&#234;tre se d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela m'&#233;tonnerait &#187;, reprend notre auditeur impartial, &#171; que vous parveniez &#224; apaiser le sentiment de culpabilit&#233; de votre malade en entrant ainsi dans ses vues. Mais quelles sont donc vos intentions analytiques et qu'entreprenez-vous avec votre patient ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Psychanalyse et m&#233;decine &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je veux me faire comprendre, il me faut maintenant vous communiquer quelques fragments d'une doctrine psychologique qui, hors les cercles analytiques, n'est pas connue ou pas estim&#233;e. De cette th&#233;orie d&#233;coulera ais&#233;ment et ce que nous attendons du malade et par quels chemins nous parvenons &#224; notre but. Je vais vous l'exposer dogmatiquement, comme si elle &#233;tait d&#233;j&#224; un syst&#232;me achev&#233;. Mais n'allez pas croire qu'elle soit n&#233;e ainsi tout &#233;quip&#233;e, comme il advient aux syst&#232;mes philosophiques. Nous l'avons d&#233;velopp&#233;e lentement, peu &#224; peu, en avons d&#251; conqu&#233;rir p&#233;niblement chaque parcelle ; nous n'avons cess&#233; de la modifier au contact constant de l'observation jusqu'&#224; ce qu'elle ait enfin acquis la forme sous laquelle elle nous para&#238;t suffire &#224; nos desseins. J'aurais d&#251;, voici peu d'ann&#233;es, exprimer cette doctrine en d'autres termes. Je ne puis bien entendu vous affirmer que l'expression formelle de la doctrine &#224; l'heure qu'il est en demeurera la d&#233;finitive. Vous le savez, la science n'est pas une r&#233;v&#233;lation, il lui manque, longtemps encore apr&#232;s ses d&#233;buts, la certitude, l'immutabilit&#233;, l'infaillibilit&#233;, dont la pens&#233;e humaine est si avide. Mais telle qu'elle est, elle est pourtant tout ce que nous pouvons avoir. N'oubliez pas que notre science est tr&#232;s jeune - &#224; peine aussi vieille que le si&#232;cle ! - et qu'elle travaille avec la mati&#232;re peut-&#234;tre la plus ardue qui puisse s'offrir &#224; l'investigation humaine : ainsi vous pourrez vous mettre dans l'&#233;tat d'esprit n&#233;cessaire &#224; la compr&#233;hension de ce que je vais vous dire. Cependant interrompez-moi chaque fois que vous ne pourrez me suivre ou que vous d&#233;sirerez de plus amples &#233;claircissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je vous interromps avant m&#234;me que vous ne commenciez. Vous dites vouloir m'exposer une nouvelle psychologie, mais il me semble que la psychologie n'est pas une science nouvelle. Il y en a assez, de psychologie et de psychologues, et j'ai entendu dire pendant mes &#233;tudes que de grandes choses dans ce domaine ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; accomplies. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et je n'entends pas discuter leur valeur. Mais y regardez-vous de plus pr&#232;s, vous serez contraint d'attribuer ces grands accomplissements plut&#244;t &#224; la physiologie des sensations. Car la science de la vie psychique ne pouvait se d&#233;velopper, entrav&#233;e qu'elle &#233;tait par une seule mais essentielle m&#233;connaissance. Qu'embrasse-t-elle aujourd'hui telle que l'enseigne l'&#201;cole ? En dehors de ces tr&#232;s int&#233;ressants points de vue physiologiques sur les sensations, rien qu'une liste de divisions et de d&#233;finitions de ce qui se passe dans notre &#226;me, divisions et d&#233;finitions qui, gr&#226;ce au langage usuel, sont devenues le bien commun de tous les lettr&#233;s. Cela ne suffit &#233;videmment pas pour comprendre notre vie psychique. Avez-vous remarqu&#233; que chaque philosophe, &#233;crivain, historien ou biographe s'arrange une psychologie &#224; lui, nous propose des hypoth&#232;ses &#224; lui sur les rapports et le but des actes psychiques, hypoth&#232;ses plus ou moins s&#233;duisantes mais toutes &#233;galement douteuses ? On manque &#233;videmment ici d'une base commune. De l&#224; d&#233;coule aussi qu'en psychologie on soit aussi irrespectueux et qu'on ne reconnaisse aucune autorit&#233;. Chacun peut ici &#171; braconner &#187; &#224; son aise. Mettez-vous une question de physique ou de chimie sur le tapis, tout le monde se taira qui ne se sache pas en possession de &#171; connaissances techniques &#187;. Mais avancez-vous une assertion psychologique, pr&#233;parez-vous &#224; &#234;tre jug&#233; et contredit par n'importe qui. Sans doute n'y a-t-il pas dans ce domaine de &#171; connaissances techniques &#187;. Chacun a sa vie psychique et c'est pourquoi chacun se tient pour un psychologue. Mais cela ne me semble pas un titre suffisant. On raconte qu'une personne se pr&#233;senta un jour comme &#171; bonne d'enfants &#187; ; on lui demanda si elle s'entendait &#224; &#233;lever les enfants. &#171; Bien s&#251;r, r&#233;pondit-elle, j'ai &#233;t&#233; moi-m&#234;me en mon temps petite enfant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et vous pr&#233;tendez avoir d&#233;couvert cette &#171; base commune &#187; de la vie de l'&#226;me, qui &#233;chappa &#224; tous les psychologues, en observant des malades ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne crois pas que cette origine &#244;te de leur valeur &#224; nos constatations. L'embryologie, par exemple, ne m&#233;riterait aucun cr&#233;dit, si elle ne pouvait sans peine &#233;clairer l'&#233;tiologie des malformations de naissance. Mais je vous ai parl&#233; de gens dont les pens&#233;es marchent toutes seules, de telle sorte qu'ils se voient contraints &#224; ruminer sans fin des probl&#232;mes qui leur sont terriblement indiff&#233;rents. Pensez-vous que la psychologie d'&#233;cole ait jamais fourni le moindre apport &#224; l'&#233;claircissement d'une semblable anomalie ? Et enfin il nous arrive &#224; tous que notre pens&#233;e, pendant la nuit, suive ses propres voies et cr&#233;e des choses qu'ensuite nous ne comprenons pas, qui nous semblent &#233;tranges et dou&#233;es d'une ressemblance suspecte avec certaines productions pathologiques. Je veux parler de nos r&#234;ves. Le peuple n'a jamais abandonn&#233; cette croyance que les r&#234;ves aient un sens, une valeur, signifient quelque chose. Ce sens des r&#234;ves, la psychologie de l'&#233;cole n'a jamais pu le fournir. Elle n'a su quoi faire du r&#234;ve ; les quelques explications qu'elle en hasarda furent non psychologiques : ramener le r&#234;ve &#224; des excitations sensorielles, ou bien &#224; un sommeil plus ou moins profond des diverses parties du cerveau, etc. Mais on est en droit de dire qu'une psychologie qui ne sait pas expliquer le r&#234;ve n'est pas utilisable pour l'intelligence de la vie psychique normale et ne peut pr&#233;tendre &#224; s'appeler une science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Vous devenez agressif : vous devez avoir touch&#233; un point sensible. J'ai en effet entendu dire que l'on attache, dans l'analyse, une grande importance aux r&#234;ves, qu'on les interpr&#232;te, qu'on d&#233;couvre en eux le souvenir d'&#233;v&#233;nements r&#233;els, etc. Mais aussi que l'interpr&#233;tation des r&#234;ves est livr&#233;e au bon plaisir de l'analyste et que les analystes eux-m&#234;mes n'en ont pas fini encore avec les diff&#233;rends sur la mani&#232;re d'interpr&#233;ter les r&#234;ves et le droit d'en tirer des conclusions. En est-il ainsi, vous feriez mieux de ne pas souligner d'un trait si &#233;pais la sup&#233;riorit&#233; de l'analyse sur la psychologie classique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous dites l&#224; des choses fort justes. Il est exact que l'interpr&#233;tation des r&#234;ves a acquis, dans la th&#233;orie comme dans la pratique de l'analyse, une importance incomparable. Et si je parais agressif, ce n'est que pour me d&#233;fendre. Mais quand je pense &#224; tout l'esclandre que certains analystes ont fait &#224; propos de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves, je pourrais d&#233;sesp&#233;rer et donner raison &#224; l'exclamation pessimiste du grand satirique Nestroy : &#171; Tout progr&#232;s n'est jamais qu'&#224; demi aussi grand qu'il parut d'abord ! &#187; Cependant avez-vous jamais vu les hommes faire autre chose qu'embrouiller et d&#233;figurer tout ce qui leur tombe en main ? Un peu de prudence et de ma&#238;trise de soi suffisent &#224; &#233;viter la plupart des dangers de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves. Mais pensez-vous que nous arrivions jamais &#224; l'expos&#233; que j'ai &#224; vous faire, si nous nous laissons ainsi d&#233;tourner de notre sujet ? - &#171; Oui : vous voulez m'exposer les bases fondamentales de la nouvelle psychologie, si je vous ai bien compris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne voulais pas commencer par l&#224;. J'avais l'intention de vous faire voir quelle conception, au cours des &#233;tudes analytiques, nous nous sommes form&#233;e de la structure de l'appareil psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Puis-je demander ce que vous appelez &#171; appareil psychique &#187; et avec quoi il est construit ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous verrez bient&#244;t clairement ce qu'est l'appareil psychique. Mais ne demandez pas, je vous en prie, de quoi il est b&#226;ti ! Cela est sans int&#233;r&#234;t psychologique, et reste &#224; la psychologie aussi indiff&#233;rent qu'&#224; l'optique de savoir si les parois du t&#233;lescope sont en m&#233;tal ou en carton. Nous laisserons de c&#244;t&#233; &#171; l'essence &#187; des choses pour ne nous occuper que de leur situation dans &#171; l'espace &#187;. Nous nous repr&#233;sentons l'appareil inconnu qui sert &#224; accomplir les op&#233;rations de l'&#226;me en v&#233;rit&#233; comme un instrument, fait de l'ajustage de diverses parties - que nous d&#233;nommons &#171; instances &#187;. A chacune est attribu&#233;e une fonction particuli&#232;re, elles ont entre elles un rapport spatial constant, c'est-&#224;-dire le rapport spatial a en avant ou en arri&#232;re &#187; - &#171; superficiel ou profond &#187; n'exprime pour nous d'abord que la r&#233;guli&#232;re succession des fonctions. Me fais-je encore comprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Difficilement. Peut-&#234;tre comprendrai-je plus tard, mais voil&#224; certes une singuli&#232;re anatomie de l'&#226;me, dont l'&#233;quivalent ne se rencontre pas dans les sciences naturelles ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que voulez-vous, c'est une hypoth&#232;se comme il y en a tant dans les sciences. Les premi&#232;res de toutes ont toujours &#233;t&#233; assez grossi&#232;res. &#171; Open to revision &#187;, peut-on en dire. Je trouve superflu de me servir de la locution devenue si populaire &#171; comme si &#187;. La valeur d'une telle &#171; fiction &#187; - ainsi que l'appellerait le philosophe Vaihinger d&#233;pend de ce qu'on en peut faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je poursuis Restant sur le terrain de la sagesse courante, nous reconnaissons dans l'homme une organisation psychique intercal&#233;e entre, d'une part, ses excitations sensorielles et la perception de ses besoins corporels, d'autre part, ses actions motrices ; organisation servant d'interm&#233;diaire entre les deux en vue d'un but bien d&#233;fini. Nous appelons cette organisation son &#171; moi &#187;. Voil&#224; qui n'est pas nouveau, chacun de nous fait cette hypoth&#232;se sans &#234;tre philosophe, et quelques-uns m&#234;me bien qu'ils le soient. Mais nous ne croyons pas avoir ainsi &#233;puis&#233; la description de l'appareil psychique. En plus de ce &#171; moi &#187;, nous reconnaissons un autre territoire psychique plus &#233;tendu, plus vaste, plus obscur que le &#171; moi &#187;, et ce territoire nous l'appelons le &#171; &#231;a &#187;. La relation existant entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187; est ce qui va nous occuper d'abord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous allez sans doute trouver mauvais que nous ayons choisi, pour d&#233;signer nos deux instances ou provinces psychiques, des mots courants au lieu de vocables grecs sonores. Mais nous aimons, nous autres psychanalystes, rester en contact avec la fa&#231;on de penser populaire et pr&#233;f&#233;rons rendre utilisables pour la science les notions populaires que de les rejeter. Nous n'y avons aucun m&#233;rite, nous sommes contraints &#224; agir ainsi, parce que nos doctrines doivent &#234;tre comprises par nos malades, souvent tr&#232;s intelligents mais pas toujours vers&#233;s dans les humanit&#233;s. Le &#171; &#231;a &#187; impersonnel correspond directement &#224; certaines mani&#232;res de parler de l'homme normal. &#171; Cela m'a fait tressaillir, dit-on, quelque chose en moi, &#224; ce moment, &#233;tait plus fort que moi &#187;. &#171; C'&#233;tait plus fort que moi . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En psychologie, nous ne pouvons d&#233;crire qu'&#224; l'aide de comparaisons. Ce n'est pas sp&#233;cial &#224; la psychologie, il en est ainsi ailleurs. Mais nous devons sans cesse changer de comparaisons : aucune ne nous suffit longtemps. Si donc je veux vous rendre sensible la relation entre le moi et le &#231;a, je vous prierai de vous repr&#233;senter le &#171; moi &#187; comme une sorte de fa&#231;ade du &#171; &#231;a &#187;, un premier plan, - ou bien la couche externe, l'&#233;corce de celui-ci. Tenons-nous-en &#224; cette derni&#232;re comparaison. Nous le savons : les couches corticales en g&#233;n&#233;ral sont redevables de leurs qualit&#233;s sp&#233;ciales &#224; l'influence modificatrice du milieu ext&#233;rieur auquel elles sont contigu&#235;s. Repr&#233;sentons-nous les choses ainsi : le &#171; moi &#187; serait la couche, - modifi&#233;e par l'influence du monde ext&#233;rieur, de la r&#233;alit&#233; - de l'appareil psychique, du &#171; &#231;a &#187;. Vous voyez com&#172;bien, en psychanalyse, nous prenons au s&#233;rieux les notions spatiales. Pour nous le &#171; moi &#187; est vraiment le plus superficiel, le &#171; &#231;a &#187; le plus profond, bien entendu consid&#233;r&#233;s du dehors. Le &#171; moi &#187; a une situation interm&#233;diaire entre la r&#233;alit&#233; et le &#171; &#231;a &#187;, qui est proprement le psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je ne vous demande pas encore comment on peut savoir tout cela. Dites-moi d'abord &#224; quoi vous sert cette distinction entre un &#171; moi &#187; et un &#171; &#231;a &#187;, qu'est-ce qui vous y contraint ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Votre question me montre dans quelle direction poursuivre. Ce qu'il importe en effet avant tout de savoir, c'est que le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187; divergent fort et en bien des points l'un de l'autre ; d'autres r&#232;gles pr&#233;sident dans le &#171; moi &#187; ou dans le &#171; &#231;a &#187; aux actes psychiques ; le &#171; moi &#187; vise d'autres buts et par d'autres moyens. Il y aurait l&#224;-dessus beaucoup &#224; dire, mais vous contenterez-vous d'une nouvelle comparaison et d'un nouvel exemple ? Pensez aux diff&#233;rences existant entre le front et l'arri&#232;re, telles qu'elles s'&#233;taient &#233;tablies pendant la guerre. Alors nous ne nous &#233;tonnions pas qu'au front bien des choses se passassent autrement qu'&#224; l'arri&#232;re, et qu'&#224; l'arri&#232;re bien d'autres fussent permises qu'au front il fallait d&#233;fendre. L'influence d&#233;terminante &#233;tait naturellement la proximit&#233; de l'ennemi : pour la vie psychique, c'est la proximit&#233; du monde ext&#233;rieur. Dehors - &#233;tranger - ennemi, furent une fois synonymes. Maintenant venons-en &#224; l'exemple : dans le &#171; &#231;a &#187; pas de conflits ; les contradictions, les contraires voient leurs termes voisiner sans en &#234;tre troubl&#233;s, des compromis viennent souvent accommoder les choses. En de tels cas, le &#171; moi &#187; e&#251;t &#233;t&#233; en proie &#224; un conflit qu'il e&#251;t fallu r&#233;soudre, et la solution n'en peut &#234;tre que l'abandon d'une aspiration au profit d'une autre. Le &#171; moi &#187; est une organisation qui se distingue par une remarquable tendance &#224; l'unit&#233;, &#224; la synth&#232;se ; ce caract&#232;re manque au &#171; &#231;a &#187;, - celui-ci est, pour ainsi dire, incoh&#233;rent, d&#233;cousu, chacune de ses aspirations y poursuit son but propre et sans &#233;gard aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et s'il existe un &#171; hinterland &#187; psychique d'une telle importance, com-ment me ferez-vous croire qu'il passa inaper&#231;u jusqu'&#224; l'av&#232;nement de l'analyse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Voil&#224; que nous revenons &#224; l'une de vos questions pr&#233;c&#233;dentes. La psychologie s'&#233;tait ferm&#233; l'acc&#232;s au domaine du &#171; &#231;a &#187; en s'en tenant &#224; une hypoth&#232;se qui para&#238;t d'abord assez plausible mais qu'on ne peut pourtant soutenir. A savoir que tous les actes psychiques sont conscients, que la &#171; conscience &#187; est le signe distinctif du psychique, et que, y e&#251;t-il dans notre cerveau des op&#233;rations inconscientes, celles-ci ne m&#233;ritent pas le nom d'actes psychiques et n'ont rien &#224; voir avec la psychologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Cela va de soi, &#187; me semble-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, c'est ce que pensent aussi les psychologues, mais il n'en est pas moins facile de montrer que c'est faux, qu'une telle op&#233;ration est tout &#224; fait impropre. La plus superficielle observation de soi-m&#234;me montre que l'on peut avoir des id&#233;es subites qui n'ont pu surgir sans que rien les pr&#233;pare. Mais, de ces &#233;tats pr&#233;paratoires de votre pens&#233;e, qui ont d&#251; pourtant &#234;tre aussi de nature psychique, vous ne percevez rien : seul le r&#233;sultat &#233;merge tout &#224; fait dans votre conscience. Ce n'est qu'apr&#232;s coup et en de rares occasions que ces stades pr&#233;paratoires de la pens&#233;e peuvent &#234;tre, par la conscience, comme &#171; reconstruits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Sans doute l'attention &#233;tait-elle d&#233;tourn&#233;e, ce qui emp&#234;cha de remarquer sur le moment ces stades pr&#233;paratoires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Faux-fuyant ! Vous n'y &#233;chapperez pas : c'est un fait qu'en vous peuvent se passer des actes d'ordre psychique, souvent fort compliqu&#233;s, desquels votre conscience ne per&#231;oit rien, desquels vous ne savez rien. Ou bien &#234;tez-vous pr&#234;t &#224; recourir &#224; l'hypoth&#232;se &#171; qu'un peu plus ou un peu moins &#187; de votre &#171; attention &#187; suffise pour changer un acte non psychique en un acte psychique ? D'ailleurs &#224; quoi bon cette discussion ? Il y a des exp&#233;riences d'hypnotisme qui d&#233;montrent l'existence de pareilles pens&#233;es inconscientes d'une mani&#232;re irr&#233;futable pour quiconque veut bien voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je ne veux pas vous contredire, mais je crois vous comprendre enfin. Ce que vous nommez le &#171; moi &#187;, c'est la conscience, et votre &#171; &#231;a &#187; est ce qu'on nomme le &#171; subconscient &#171; et qui fait en ce moment tant parler de lui ! Mais pourquoi la mascarade de ces noms nouveaux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce n'est pas une mascarade ; les autres noms sont inutilisables. Et n'essayez pas de m'offrir de la litt&#233;rature en place de science. Quelqu'un. parle-t-il de processus subconscients, je ne sais s'il les entend au sens topique ce qui r&#233;side dans l'&#226;me au-dessous du conscient, - ou bien au sens qualitatif : une autre conscience, souterraine pour ainsi dire. Sans doute mon interlocuteur n'y voit-il pas lui-m&#234;me tr&#232;s clair. La seule distinction admissible est celle entre &#171; conscient &#187; et &#171; inconscient &#187;. Mais on ferait une erreur grosse de cons&#233;quences si l'on croyait que cette division entre &#171; conscient &#187; et &#171; inconscient &#187; co&#239;ncid&#226;t avec celle entre &#171; moi &#187; et &#171; &#231;a &#187;. Sans doute, il serait merveilleux que ce f&#251;t aussi simple ; notre th&#233;orie aurait alors beau jeu. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Tout ce qui se passe dans le &#171; &#231;a &#187; est et demeure inconscient : voil&#224; qui seul est certain, et que les processus se d&#233;roulant dans le &#171; moi &#187; peuvent devenir conscients, et eux seuls. Mais ils ne le sont pas tous, pas toujours, pas n&#233;cessairement, et de grandes parties du &#171; moi &#187; peuvent durablement rester inconscientes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s &#224; la conscience d'un processus psychique est une chose compliqu&#233;e. Je ne puis m'emp&#234;cher de vous exposer - &#224; nouveau sur le mode dogmatique - ce que nous en pensons. Vous vous le rappelez : le &#171; moi &#187; est la couche externe, p&#233;riph&#233;rique, du &#171; &#231;a &#187;. Or nous croyons qu'&#224; la surface la plus externe de ce &#171; moi &#187; se trouve une &#171; instance &#187; particuli&#232;re, directement tourn&#233;e vers le monde ext&#233;rieur, un syst&#232;me, un organe, par l'excitation exclusive duquel le ph&#233;nom&#232;ne appel&#233; conscience peut na&#238;tre, Cet organe peut aussi bien &#234;tre stimul&#233; du dehors, en recevant &#224; l'aide des organes sensoriels les excitations &#233;manant du monde ext&#233;rieur - que du dedans, en prenant connaissance, d'abord des sensations r&#233;sidant dans le &#171; &#231;a &#187; et ensuite des processus en cours dans le &#171; moi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Cela devient de pire en pire, et je comprends de moins en moins. Vous m'avez donc invit&#233; &#224; une petite conf&#233;rence sur cette question : les non-m&#233;decins peuvent-ils entreprendre eux aussi des cures analytiques ? A quoi bon alors ce d&#233;coupage en quatre de th&#233;ories os&#233;es, obscures, de la justesse desquelles vous ne pouvez pas me convaincre ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je le sais, je ne peux pas vous convaincre. Cela est hors de ma possibilit&#233; et, par suite, de mon dessein. Quand nous donnons &#224; nos &#233;l&#232;ves un enseignement th&#233;orique en psychanalyse, nous pouvons observer combien celui-ci leur fait d'abord peu d'effet. Ils Recueillent les doctrines analytiques avec la m&#234;me froideur que les autres abstractions dont ils furent nourris. Quelques-uns voudraient peut-&#234;tre &#234;tre convaincus, mais rien n'indique qu'ils le soient. Aussi demandons-nous que quiconque veut exercer l'analyse sur d'autres, se soumette d'abord lui-m&#234;me &#224; une analyse. Ce n'est qu'au cours de cette auto-analyse (comme on l'appelle &#224; tort), et en &#233;prouvant r&#233;ellement sur leur propre corps - plus justement sur leur propre &#226;me, - les processus dont l'analyse soutient l'existence, que nos &#233;l&#232;ves acqui&#232;rent les convictions qui les guideront plus tard comme analystes. Comment puis-je alors m'attendre &#224; vous convaincre de la justesse de nos th&#233;ories, vous, l'auditeur impartial &#224; qui je ne puis pr&#233;senter qu'un expos&#233; incomplet, tronqu&#233;, par suite sans clart&#233;, et &#224; qui manque la confirmation de votre exp&#233;rience propre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je poursuis un autre but. La question n'est pas ici de discuter si l'analyse est chose intelligente ou absurde, si elle a raison dans ce qu'elle avance ou si elle tombe dans de grossi&#232;res erreurs. Je d&#233;roule nos th&#233;ories devant vous, parce que c'est le meilleur moyen de vous montrer quelles id&#233;es constituent le corps de l'analyse, de quelles pr&#233;misses elle part quand elle commence &#224; s'occuper d'un malade, et comment elle s'y prend. Ainsi une lumi&#232;re tr&#232;s vive sera projet&#233;e sur la question de l'analyse par les non-m&#233;decins. Mais rassurez-vous ! Si vous m'avez suivi jusqu'ici, vous avez support&#233; le pire, ce qui suivra vous semblera facile. Mais laissez-moi maintenant reprendre haleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'attends que vous me d&#233;duisiez, des th&#233;ories de la psychanalyse, comment se repr&#233;senter la gen&#232;se d'une affection nerveuse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je m'y essaierai. Il nous faut alors &#233;tudier notre &#171; moi &#187; et notre &#171; &#231;a &#187; d'un point de vue nouveau : le dynamique, c'est-&#224;-dire en ayant &#233;gard aux forces qui se jouent &#224; l'int&#233;rieur de ceux-ci et entre eux. Jusqu'&#224; pr&#233;sent nous nous sommes content&#233;s de d&#233;crire l'appareil psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Pourvu que cela ne redevienne pas aussi incompr&#233;hensible ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; J'esp&#232;re que non. Vous vous y reconna&#238;trez bient&#244;t, Ainsi, nous admet-tons que les forces dont l'action met en mouvement l'appareil psychique sont engendr&#233;es par les organes du corps et expriment les grands besoins corporels. Vous vous souvenez des paroles de notre po&#232;te-philosophe : la faim et l'amour. Une couple d'ailleurs de forces imposantes ! Nous appelons ces besoins corporels, en tant qu'ils sont incitations &#224; l'activit&#233; psychique &#171; Triebe &#187; (instincts ou pulsions), un mot que bien des langues modernes nous envient. Ces instincts emplissent le &#171; &#231;a &#187; ; toute l'&#233;nergie existant dans le &#171; &#231;a &#187;, dirons-nous en abr&#233;g&#233;, en &#233;mane. Les forces &#224; l'int&#233;rieur du &#171; moi &#187; n'ont pas non plus d'autre origine, elles d&#233;rivent de celles contenues dans le &#171; &#231;a &#187;. Et que veulent ces instincts ? La satisfaction, c'est-&#224;-dire que soient amen&#233;es des situations dans lesquelles les besoins corporels puissent s'&#233;teindre. La chute de la tension du d&#233;sir est ressentie, par l'organe de notre perception consciente, comme un plaisir ; une croissance de cette m&#234;me tension bient&#244;t comme un d&#233;plaisir. De ces oscillations na&#238;t la suite des sensations &#171; plaisir-d&#233;plaisir &#187; qui r&#232;gle l'activit&#233; de tout l'appareil psychique. Nous appelons cela &#171; la souverainet&#233; du principe de plaisir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;tats insupportables prennent naissance quand les aspirations instinctives du &#171; &#231;a &#187; ne trouvent pas &#224; se satisfaire. L'exp&#233;rience montre bient&#244;t que de telles satisfactions ne peuvent &#234;tre obtenues qu'&#224; l'aide du monde ext&#233;rieur. C'est alors que la partie du &#171; &#231;a &#187; tourn&#233;e vers le monde ext&#233;rieur, le &#171; moi &#187; entre en fonction. Si toute la force motrice qui fait se mouvoir le vaisseau est fournie par le &#171; &#231;a &#187;, le &#171; moi &#187; est en quelque sorte celui qui assume la man&#339;uvre du gouvernail, sans laquelle aucun but ne peut &#234;tre atteint. Les instincts du &#171; &#231;a &#187; aspirent &#224; des satisfactions imm&#233;diates, brutales, et n'obtiennent ainsi rien, ou bien m&#234;me se causent un dommage sensible. Il &#233;choit maintenant pour t&#226;che au &#171; moi &#187; de parer &#224; ces &#233;checs, d'agir comme interm&#233;diaire entre les pr&#233;tentions du &#171; &#231;a &#187; et les oppositions que celui-ci rencontre de la part du monde r&#233;el ext&#233;rieur Le &#171; moi &#187; d&#233;ploie son activit&#233; dans deux directions. D'une part, il observe, gr&#226;ce aux organes des sens, du syst&#232;me de la conscience, le monde ext&#233;rieur, afin de saisir l'occasion propice &#224; une satisfaction exempte de p&#233;rils ; d'autre part, il agit sur le &#171; &#231;a &#187;, tient en bride les passions de celui-ci, incite les instincts &#224; ajourner leur satisfaction ; m&#234;me, quand cela est n&#233;cessaire, il leur fait modifier les buts auxquels ils tendent ou les abandonner contre des d&#233;dommagements. En imposant ce joug aux &#233;lans du &#171; &#231;a &#187;, le &#171; moi &#187; remplace le principe de plaisir, primitivement seul en vigueur, par le &#171; principe &#187; dit &#171; de r&#233;alit&#233; &#187; qui certes poursuit le m&#234;me but final, mais en tenant compte des conditions impos&#233;es par le monde ext&#233;rieur. Plus tard, le &#171; moi &#187; s'aper&#231;oit qu'il existe, pour s'assurer la satisfaction, un autre moyen que l'adaptation dont nous avons parl&#233;, au monde ext&#233;rieur. On peut en effet agir sur le monde ext&#233;rieur afin de le modifier, et y cr&#233;er expr&#232;s les conditions qui rendront la satisfaction possible. Cette sorte d'activit&#233; devient alors le supr&#234;me accomplissement du &#171; moi &#187; ; l'esprit de d&#233;cision qui permet de choisir quand il convient de dominer les passions et de s'incliner devant la r&#233;alit&#233;, ou bien quand il convient de prendre le parti des passions et de se dresser contre le monde ext&#233;rieur, cet esprit de d&#233;cision est tout l'art de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et comment le &#171; &#231;a &#187; se laisse-t-il ainsi commander par le &#171; moi &#187;, puisque, si je vous ai bien compris, il est, des deux, le plus fort ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, cela va bien, tant que le &#171; moi &#187; est en possession de son organisation totale, de toute sa puissance d'agir, tant qu'il a acc&#232;s &#224; toutes les r&#233;gions du &#171; &#231;a &#187; et y peut exercer son influence. Il n'existe en effet entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187; pas d'hostilit&#233; naturelle, ils font partie d'un m&#234;me tout et, dans l'&#233;tat de sant&#233;, il n'y a pas lieu pratiquement de les distinguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; J'entends. Mais je ne vois pas, dans cette relation id&#233;ale, la plus petite place pour un trouble maladif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez raison - tant que le &#171; moi &#187;, dans ses rapports avec le &#171; &#231;a &#187;, r&#233;pond &#224; ces exigences id&#233;ales, il n'y a aucun trouble nerveux. La porte d'entr&#233;e de la maladie se trouve l&#224; o&#249; on ne la soup&#231;onnerait pas, bien que quiconque conna&#238;t la pathologie g&#233;n&#233;rale ne puisse s'&#233;tonner de le voir confirmer ici : les &#233;volutions et les diff&#233;renciations les plus importantes sont justement celles qui portent en elles-m&#234;mes le germe du mal, de la carence de la fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Vous devenez trop savant, je ne comprends plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je dois reprendre d'un peu plus loin. Le petit &#234;tre qui vient de na&#238;tre est, n'est-ce pas, une tr&#232;s pauvre et impuissante petite chose au regard du monde ext&#233;rieur tout-puissant et plein d'actions destructrices. Un &#234;tre primitif, n'ayant pas encore d&#233;velopp&#233; un &#171; moi &#187; organis&#233;, est expos&#233; &#224; tous ces traumatismes. Il ne vit que pour la satisfaction &#171; aveugle &#187; de ses instincts, ce qui souvent cause sa perte. La diff&#233;renciation d'un &#171; moi &#187; est avant tout un progr&#232;s en faveur de la conservation vitale. Bien entendu, quand l'&#234;tre p&#233;rit, il ne tire aucun profit de son exp&#233;rience, mais, survit-il &#224; un traumatisme, il se tiendra en garde contre l'approche de situations analogues et signalera le danger par une r&#233;p&#233;tition abr&#233;g&#233;e des impressions v&#233;cues lors du premier traumatisme : par un &#171; affect &#187; d'angoisse. Cette r&#233;action au p&#233;ril am&#232;ne une tentation de fuite, condition de salut jusqu'au jour o&#249; l'&#234;tre, devenu assez fort, pourra faire face aux dangers &#233;pars dans le monde ext&#233;rieur de fa&#231;on active, peut-&#234;tre m&#234;me en prenant l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Cela nous entra&#238;ne bien loin de ce que vous aviez promis de me dire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous ne vous doutez pas combien je suis pr&#232;s de tenir ma promesse. M&#234;me chez les &#234;tres qui auront plus tard un &#171; moi &#187; organis&#233; &#224; la hauteur de sa t&#226;che, le &#171; moi &#187; dans l'enfance, est faible et peu diff&#233;renci&#233; du &#171; &#231;a m. Maintenant figurez-vous ce qui arrivera quand ce &#171; moi &#187; sans force sera en butte &#224; une aspiration instinctive du &#171; &#231;a &#187;, &#224; laquelle il voudrait bien r&#233;sister, devinant que la satisfaction en serait dangereuse, capable d'amener une situation traumatique, un heurt avec le monde ext&#233;rieur, mais cela sans avoir encore la force de dominer cette aspiration instinctive. Le &#171; moi &#187; traite le p&#233;ril int&#233;rieur &#233;man&#233; de l'instinct comme s'il &#233;tait p&#233;ril ext&#233;rieur ; il tente de prendre la fuite, il se retire de cette r&#233;gion du &#171; &#231;a &#187; et l'abandonne &#224; son sort apr&#232;s lui avoir supprim&#233; tous les apports que d'ordinaire il met &#224; la disposition des &#233;mois de l'instinct. Nous disons alors que le &#171; moi &#187; entreprend un refoulement de cette aspiration instinctive. Ceci a pour r&#233;sultat imm&#233;diat de parer au danger, mais on ne confond pas impun&#233;ment ce qui est interne et ce qui est externe. On ne peut pas se fuir, En refoulant, le &#171; moi &#187; ob&#233;it au principe de plaisir, que sa t&#226;che habituelle est de modifier : il doit donc en porter la peine. La peine en sera que le &#171; moi &#187; aura ainsi durablement restreint son royaume. L'aspiration instinctive refoul&#233;e est maintenant isol&#233;e, abandonn&#233;e &#224; elle-m&#234;me, inaccessible, mais aussi impossible &#224; influencer. Elle suivra d&#233;sormais ses propres voies. Le &#171; moi &#187; ne pourra en g&#233;n&#233;ral plus, m&#234;me lorsqu'il se sera fortifi&#233;, lever le refoulement, sa synth&#232;se est d&#233;truite. une partie du &#171; &#231;a &#187; demeure au &#171; moi &#187; terrain d&#233;fendu. L'aspiration instinctive isol&#233;e, de son c&#244;t&#233;, ne reste pas non plus oisive, elle trouve &#224; se d&#233;dommager de la satisfaction normale qui lui est refus&#233;e, engendre des rejetons psychiques qui la repr&#233;sentent, elle se met en rapport avec d'autres processus psychiques qu'elle d&#233;robe &#224; leur tour au &#171; moi &#187; de par son influence, et enfin fait irruption dans le &#171; moi &#187; et dans la conscience sous une forme substitutive d&#233;form&#233;e et m&#233;connaissable, bref, &#233;labore ce qu'on appelle un &#171; sympt&#244;me &#187;. Nous embrassons maintenant d'un coup d'&#339;il ce qui constitue un trouble &#171; nerveux &#187; : d'une part, un &#171; moi &#187; entrav&#233; dans sa synth&#232;se, sans influence sur une partie du &#171; &#231;a &#187;, devant renoncer &#224; exercer une part de son activit&#233; afin d'&#233;viter un heurt nouveau avec ce qui est refoul&#233;, s'&#233;puisant dans un vain combat contre les sympt&#244;mes, rejetons des aspirations refoul&#233;es ; d'autre part, un &#171; &#231;a &#187;, au sein duquel des instincts isol&#233;s se sont rendus ind&#233;pendants, poursuivent leurs buts &#224; eux sans &#233;gard aux int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de l'&#234;tre, et n'ob&#233;issent plus qu'aux lois de la psychologie primitive qui commandent dans les profondeurs du &#171; &#231;a &#187;. Voyons-nous les choses de haut, alors la gen&#232;se des n&#233;vroses nous appara&#238;t sous cette formule simple : &#171; le moi &#187; a tent&#233; d'&#233;touffer certaines parties du &#171; &#231;a &#187; d'une mani&#232;re impropre, il y a &#233;chou&#233; et le &#171; &#231;a &#187; se venge. La n&#233;vrose est donc la cons&#233;quence d'un conflit entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187;, conflit auquel le &#171; moi &#187; prend part - un examen approfondi le d&#233;montre - parce qu'il ne peut absolument pas renoncer &#224; sa subordination aux r&#233;alit&#233;s du monde ext&#233;rieur. L'opposition est entre le monde ext&#233;rieur et le &#171; &#231;a &#187;, et puisque le &#171; moi &#187;, fid&#232;le en cela &#224; son essence intime, prend parti pour le monde ext&#233;rieur, il entre en conflit avec son &#171; &#231;a &#187;. Mais prenez-y bien garde : ce n'est pas le fait de ce conflit qui conditionne la maladie - de tels conflits entre r&#233;alit&#233; et &#171; &#231;a &#187; sont in&#233;vitables et l'un des devoirs constants du &#171; moi &#187; est de s'y entremettre - mais ce qui cause le mal est ceci : le &#171; moi &#187; se sert, pour r&#233;soudre le conflit, d'un moyen insuffisant, le refoulement. Cependant la cause en est que le &#171; moi &#187;, quand cette t&#226;che s'offrit &#224; lui, &#233;tait peu d&#233;velopp&#233; et sans force. Les refoulements d&#233;cisifs ont en effet tous lieu dans la premi&#232;re enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Quels curieux d&#233;tours ! Je suis votre conseil,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; je ne critique pas, vous voulez seulement me montrer ce que la psychanalyse pense de la gen&#232;se des n&#233;vroses, afin d'y rattacher ce qu'elle entreprend pour les gu&#233;rir. J'aurais plusieurs questions &#224; poser, j'en poserai quelques-unes plus tard. Je serais d'abord tent&#233; de suivre vos traces, de tenter &#224; mon tour une construction hypoth&#233;tique, une th&#233;orie. Vous avez expos&#233; la relation &#171; monde ext&#233;rieur - moi - &#231;a &#187; et &#233;tabli, comme condition essentielle des n&#233;vroses, ceci : le &#171; moi &#187; restant sous la d&#233;pendance du monde ext&#233;rieur, entre en conflit avec le &#171; &#231;a &#187;. Le cas contraire ne serait-il pas concevable dans un tel conflit, le &#171; moi &#187; se laissant entra&#238;ner par le &#171; &#231;a &#187; et renon&#231;ant &#224; toute consid&#233;ration envers le monde ext&#233;rieur ? Qu'arrive-t-il alors ? Je ne suis qu'un profane, mais d'apr&#232;s les id&#233;es que je me fais sur la nature d'une psychose, une telle d&#233;cision du &#171; moi &#187; en pourrait bien &#234;tre la condition. L'essentiel d'une maladie mentale semble donc &#234;tre qu'on se d&#233;tourne ainsi de la r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, j'y ai moi-m&#234;me pens&#233;, et je le crois juste, bien que la d&#233;monstration de cette id&#233;e exige la mise en discussion de rapports fort enchev&#234;tr&#233;s. N&#233;vrose et psychose sont &#233;videmment apparent&#233;es de tr&#232;s pr&#232;s et doivent cependant, en quelque point essentiel, diverger. Ce point pourrait bien &#234;tre le parti que prend le &#171; moi &#187; en un tel conflit. Et le &#171; &#231;a &#187;, dans les deux cas, garderait son caract&#232;re d'aveugle inflexibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Poursuivez, je vous en prie. Quelles indications donne votre th&#233;orie pour le traitement des n&#233;vroses &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Notre but th&#233;rapeutique est maintenant ais&#233; &#224; d&#233;terminer. Nous voulons reconstituer le &#171; moi &#187;, le d&#233;livrer de ses entraves, lui rendre la ma&#238;trise du &#171; &#231;a &#187;, perdue pour lui par suite de ses pr&#233;coces refoulements. Dans ce but seul nous faisons l'analyse, toute notre technique converge vers ce but. Il nous faut rechercher les refoulements anciens, incitant le &#171; moi &#187; &#224; les corriger, gr&#226;ce &#224; notre aide, et &#224; r&#233;soudre ses conflits autrement et mieux qu'en tentant de prendre devant eux la fuite. Comme ces refoulements ont eu lieu de tr&#232;s bonne heure dans l'enfance, le travail analytique nous ram&#232;ne &#224; ce temps. Les situations ayant amen&#233; ces tr&#232;s anciens conflits sont le plus souvent oubli&#233;es, le chemin nous y ramenant nous est montr&#233; par les sympt&#244;mes, r&#234;ves et associations libres du malade, que nous devons d'ailleurs d'abord interpr&#233;ter, traduire, ceci parce que, sous l'empire de la psychologie du &#171; &#231;a &#187;, elles ont rev&#234;tu des formes insolites, heurtant notre raison. Les id&#233;es subites, les pens&#233;es et souvenirs que le patient ne nous communique pas sans une lutte int&#233;rieure nous permettent de supposer qu'ils sont de quelque mani&#232;re apparent&#233;s au &#171; refoul&#233; &#187;, ou bien en sont des rejetons. Quand nous incitons le malade &#224; s'&#233;lever au-dessus de ses propres r&#233;sistances et &#224; tout nous communiquer, nous &#233;duquons son &#171; moi &#187; &#224; surmonter ses tendances &#224; prendre la fuite et lui apprenons &#224; supporter l'approche du &#171; refoul&#233; &#187;. Enfin, quand il est parvenu &#224; reproduire dans son souvenir la situation ayant donn&#233; lieu au refoulement, son ob&#233;issance est brillamment r&#233;compens&#233;e ! La diff&#233;rence des temps est toute en sa faveur : les choses devant lesquelles le &#171; moi &#187; infantile, &#233;pouvant&#233;, avait fui, apparaissent souvent au &#171; moi &#187; adulte et fortifi&#233; comme un simple jeu d'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout ce que vous m'avez cont&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent &#233;tait de la psychologie. C'&#233;tait souvent &#233;trange, rev&#234;che, obscur, mais du moins - comment dirai-je ? - c'&#233;tait toujours propre. Certes, je ne savais jusqu'&#224; ce jour presque rien de votre psychanalyse, mais la rumeur m'est cependant parvenue qu'elle s'occupe principalement de choses n'ayant aucun droit &#224; cette &#233;pith&#232;te. Or, vous n'avez touch&#233; &#224; rien de semblable jusqu'&#224; pr&#233;sent : cela me fait l'impression d'une r&#233;ticence voulue. Je ne puis r&#233;primer un autre doute. Les n&#233;vroses sont - vous le dites vous-m&#234;me - des perturbations de la vie psychique. Et des choses de l'importance de notre &#233;thique, de notre conscience, de nos id&#233;als, ne joueraient aucun r&#244;le dans ces perturbations profondes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous trouvez donc que deux sujets manquent jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; nos entretiens : ce qui touche aux choses les plus basses comme ce qui touche aux choses les plus hautes. Cela tient &#224; ce que nous n'avons pas encore du tout trait&#233; du contenu de la vie psychique. Laissez-moi maintenant jouer &#224; mon tour le r&#244;le d'interrupteur, et suspendre un moment le cours de notre entretien. Si je vous ai fait tant de psychologie, c'est que je d&#233;sirais vous donner l'impression que le travail analytique est une application de la psychologie, davantage, d'une psychologie qui, hors l'analyse, est inconnue. L'analyste doit avant tout avoir appris cette psychologie, la psychologie profonde ou psychologie de l'inconscient -du moins en avoir appris ce qui en est connu &#224; ce jour. Nous aurons besoin de ceci pour nos conclusions ult&#233;rieures. Mais dites-moi maintenant ce que vous entendiez par vos allusions &#224; la propret&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224;. On raconte partout que, dans l'analyse, les affaires les plus intimes, les plus vilaines, ayant trait &#224; la vie sexuelle, sont abord&#233;es dans tous leurs d&#233;tails. En est-il ainsi - je n'ai rien pu tirer de vos argumentations psychologiques me montrant qu'il en soit forc&#233;ment ainsi - alors ce serait un argument puissant pour n'autoriser que des m&#233;decins &#224; pratiquer de telles cures. Comment peut-on songer &#224; accorder d'aussi dangereuses libert&#233;s &#224; d'autres personnes dont la discr&#233;tion est incertaine et le caract&#232;re sans garantie ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il est vrai, les m&#233;decins poss&#232;dent, au domaine de la sexualit&#233;, quelques pr&#233;rogatives ; ils ont m&#234;me droit &#224; inspecter les organes g&#233;nitaux. Bien qu'en Orient ils ne le pussent pas ; de m&#234;me certains r&#233;formateurs de la morale - vous savez de qui je veux parler - leur ont contest&#233; ce droit. Mais vous voulez d'abord savoir s'il en est ainsi dans l'analyse et pourquoi il en doit &#234;tre ainsi ? -Je vous r&#233;pondrai : oui, il en est ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il en doit &#234;tre ainsi, en premier lieu, parce que l'analyse s'&#233;l&#232;ve sur cette base : l'absolue sinc&#233;rit&#233;. On y traite, par exemple, des questions p&#233;cuniaires avec la m&#234;me minutie et la m&#234;me franchise, on y fait des aveux qu'on ne ferait &#224; aucun de ses concitoyens, m&#234;me s'il n'est pas concurrent ou employ&#233; du fisc ! Que cette obligation d'&#234;tre sinc&#232;re impose une lourde responsabilit&#233; morale &#224; l'analyste lui-m&#234;me, cela je ne le contesterai pas, au contraire, j'attirerai l&#224;-dessus toute votre attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en doit &#234;tre ainsi, en second lieu, parce que, parmi les causes efficientes ou occasionnelles des maladies nerveuses, les facteurs de la vie sexuelle jouent un r&#244;le d'importance d&#233;mesur&#233;e, un r&#244;le dominant, peut-&#234;tre m&#234;me sp&#233;cifique. Que peut faire d'autre l'analyste que d'adapter son sujet &#224; celui que le malade lui apporte ? L'analyste n'attire jamais le patient sur le terrain sexuel, il ne lui dit pas d'avance : il va s'agir des intimit&#233;s de votre vie sexuelle ! Il le laisse commencer &#224; son gr&#233; et attend tranquillement que le patient lui-m&#234;me touche aux sujets sexuels. J'ai soin d'en avertir mes &#233;l&#232;ves : nos adversaires nous ont annonc&#233; que nous rencontrerions des cas o&#249; le facteur sexuel ne jouerait aucun r&#244;le ; gardons-nous donc de l'introduire nous-m&#234;mes dans l'analyse, ne nous g&#226;tons pas la chance de trouver un tel cas ! Mais jusqu'ici aucun de nous n'a eu ce bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le sais : notre reconnaissance de la sexualit&#233; est devenue le motif le plus fort - avou&#233; ou inavou&#233; - de l'hostilit&#233; du publie contre l'analyse. Cela doit-il nous troubler ? Non, mais nous faire voir combien n&#233;vrotique est toute notre civilisation, puisque les soi-disant normaux se comportent &#224; peu pr&#232;s comme les &#171; nerveux &#187;. Au temps o&#249;, dans les soci&#233;t&#233;s savantes d'Allemagne, on portait sur la psychanalyse des jugements solennels - aujourd'hui tout est sensiblement plus calme - un orateur pr&#233;tendait &#224; une autorit&#233; particuli&#232;re parce que, d'apr&#232;s lui, il laissait aussi les malades s'exprimer ! Sans doute dans un but diagnostique et afin d'&#233;prouver les assertions des analystes. Mais, ajoutait-il, d&#232;s qu'ils commencent &#224; parler de choses sexuelles, alors je leur ferme la bouche. Que pensez-vous d'une telle proc&#233;dure ? La soci&#233;t&#233; savante acclama l'orateur au lieu d'avoir honte pour lui comme il e&#251;t convenu. Seule, la triomphante certitude puis&#233;e dans la conscience de pr&#233;jug&#233;s communs peut expliquer le m&#233;pris de toute logique manifest&#233; par cet orateur. Quelques ann&#233;es plus tard quelques-uns de mes &#233;l&#232;ves d'alors c&#233;d&#232;rent au besoin de lib&#233;rer la soci&#233;t&#233; humaine de ce joug de la sexualit&#233; que la psychanalyse veut lui imposer. L'un d&#233;clara que le &#171; sexuel &#187; ne signifiait nullement la sexualit&#233;, mais quelque chose d'autre, d'abstrait, de mystique ; un second , que la vie sexuelle n'est que l'un des domaines o&#249; l'homme exerce son app&#233;tit instinctif de puissance et de domination. Ils ont &#233;t&#233; tr&#232;s applaudis - pour le moment du moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je me risque pourtant une fois &#224; prendre parti. Cela me semble tr&#232;s os&#233; de pr&#233;tendre que la sexualit&#233; ne soit pas un besoin naturel, primitif de l'&#234;tre, mais l'expression de quelque chose d'autre. Il suffit de s'en tenir &#224; l'exemple des animaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Peu importe. Point de mixture, si absurde f&#251;t-elle, que la soci&#233;t&#233; ne soit pr&#234;te &#224; avaler, si on la proclame antidote contre la toute-puissance de la sexualit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous l'avouerai d'ailleurs : l'aversion que vous m'avez laiss&#233; deviner en vous &#224; faire une aussi large place, dans la gen&#232;se des n&#233;vroses, au facteur sexuel, ne me semble pas tr&#232;s compatible avec votre devoir d'impartialit&#233;. Ne craignez-vous pas qu'une telle antipathie vous g&#234;ne pour porter un jugement impartial ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je suis pein&#233; de vous entendre parler ainsi. Votre confiance en moi semble &#233;branl&#233;e. Pourquoi donc n'avez-vous pas choisi quelqu'un d'autre comme auditeur impartial ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Parce que l'autre n'e&#251;t pas pens&#233; autrement que vous. E&#251;t-il &#233;t&#233; d'avance pr&#234;t &#224; reconna&#238;tre l'importance de la vie sexuelle, tout le monde se f&#251;t &#233;cri&#233; : Il n'est pas impartial, c'est un de vos adeptes ! Non, je n'abandonne pas l'espoir d'exercer sur vos opinions une influence. Mais je reconnais que ce cas ne se pr&#233;sente pas pour moi comme le pr&#233;c&#233;dent. Quand tout &#224; l'heure nous parlions psychologie, cela m'&#233;tait &#233;gal d'&#234;tre cru ou non, pourvu que vous ayez l'impression qu'il s'agisse l&#224; de purs probl&#232;mes psychologiques. Cette fois, pour la question sexuelle, je voudrais pourtant arriver &#224; vous faire comprendre ceci : votre plus puissant mobile de contradiction est l'hostilit&#233; avec laquelle vous abordez le d&#233;bat, et que vous partagez avec tant d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; L'exp&#233;rience, qui vous a donn&#233; votre in&#233;branlable certitude, me man&#172;que donc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je puis maintenant poursuivre. La vie sexuelle n'est pas qu'une grivoiserie, mais encore un s&#233;rieux probl&#232;me scientifique. Bien du nouveau restait &#224; d&#233;couvrir, bien de l'&#233;trange &#224; &#233;lucider. Je vous ai d&#233;j&#224; dit que l'analyse devait remonter jusqu'aux toutes premi&#232;res ann&#233;es de l'enfance du patient, parce que les refoulements d&#233;cisifs ont lieu &#224; cette &#233;poque, alors que le &#171; moi &#187; &#233;tait d&#233;bile. Mais l'enfant n'a certes pas de vie sexuelle, celle-ci ne commence qu'avec la pubert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, il nous restait &#224; le d&#233;couvrir : les aspirations sexuelles accompagnent la vie depuis le jour de la naissance, et c'est justement contre ces instincts que le &#171; moi &#187; infantile se met en d&#233;fense par le moyen du refoulement. Une curieuse co&#239;ncidence, n'est-ce pas ? Le petit enfant se d&#233;bat contre la force de la sexualit&#233; tout comme ensuite l'orateur dans la Soci&#233;t&#233; savante ou plus tard mes &#233;l&#232;ves se cr&#233;ant leurs propres th&#233;ories ? Comment cela se fait-il ? L'explication la plus g&#233;n&#233;rale serait que notre civilisation s'&#233;difie en somme aux d&#233;pens de la sexualit&#233;, mais il reste beaucoup &#224; dire l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte de la sexualit&#233; infantile est de l'ordre de ces trouvailles dont il faut avoir honte. Quelques m&#233;decins d'enfants ne l'ont jamais ignor&#233;e, ainsi, semble-t-il, que quelques bonnes d'enfants. Des hommes distingu&#233;s, qui s'intitulent sp&#233;cialistes en psychologie infantile, ont alors parl&#233;, d'un ton r&#233;probateur, de &#171; profanation de l'enfance &#187;. Toujours des sentiments en place d'arguments ! Dans nos corps politiques de tels proc&#233;d&#233;s sont quotidiens. Un membre de l'opposition se l&#232;ve et d&#233;nonce une mauvaise gestion dans l'administration, l'arm&#233;e, la justice, ou ailleurs. L&#224;-dessus un autre d&#233;clare, de pr&#233;f&#233;rence un membre du gouvernement, que ces constatations attentent &#224; l'honneur de l'&#201;tat, de l'arm&#233;e, de la dynastie, voire de la patrie. Donc elles ne correspondent pas &#224; la v&#233;rit&#233; ! Car de tels sentiments ne supportent pas l'offense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie sexuelle de l'enfant diff&#232;re bien entendu de celle de l'adulte. La fonction sexuelle, de ses d&#233;buts jusqu'&#224; sa forme finale qui nous est bien connue, subit une &#233;volution compliqu&#233;e. Elle se constitue par l'agr&#233;gation de nombreux instincts partiels, chacun ayant ses buts sp&#233;ciaux, traverse plusieurs phases d'organisation, jusqu'&#224; ce qu'enfin elle se mette au service de la reproduction. Tous les instincts partiels ne sont pas &#233;galement utilisables en vue du but final, ils doivent &#234;tre d&#233;riv&#233;s, remodel&#233;s, en partie &#233;touff&#233;s. Une aussi ample &#233;volution n'est pas toujours accomplie irr&#233;prochablement, il peut se produire des arr&#234;ts de d&#233;veloppement, des &#171; fixations &#187; partielles &#224; des phases pr&#233;coces de l'&#233;volution ; alors, si plus tard l'exercice de la fonction sexuelle rencontre des obstacles, l'&#233;lan sexuel - la libido, comme nous l'appelons - retombe volontiers sur ses positions, ces fixations premi&#232;res. L'&#233;tude de la sexualit&#233; infantile et des transformations qu'elle subit jusqu'&#224; la maturit&#233; nous a aussi livr&#233; la clef de ce qu'on appelle les perversions sexuelles, que l'on d&#233;crivait bien avec tous les signes voulus d'horreur, mais sans rien pouvoir dire de leur gen&#232;se. Tout ceci est extraordinairement int&#233;ressant, mais il ne servirait pas &#224; grand-chose, vu le but que nous nous proposons, que je vous en dise davantage. Il faut, pour ici s'y reconna&#238;tre. bien entendu des connaissances anatomiques et physiologiques - qu'on ne peut malheureusement pas toutes acqu&#233;rir aux &#233;coles de m&#233;decine ! - mais il est tout aussi indispensable de se familiariser avec l'histoire de la civilisation et avec la mythologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je ne peux pas encore, apr&#232;s tout ce que vous m'avez dit, me repr&#233;senter la vie sexuelle de l'enfant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne vais donc pas encore quitter ce sujet, il m'est d'ailleurs difficile de m'en arracher. Faites-y bien attention, le plus curieux dans la vie sexuelle de l'enfant me para&#238;t &#234;tre ceci : il accomplit toute son &#233;volution, pourtant si ample, dans les cinq premi&#232;res ann&#233;es de sa vie ; de l&#224; jusqu'&#224; la pubert&#233; s'&#233;tend la p&#233;riode dite &#171; de latence &#187; pendant laquelle, si l'enfant est normal - la sexualit&#233; ne progresse plus, mais o&#249; tout au contraire les aspirations sexuelles perdent de leur force et o&#249; bien des choses, que l'enfant auparavant faisait ou savait, sont abandonn&#233;es et oubli&#233;es. Pendant cette p&#233;riode, apr&#232;s que la pr&#233;coce floraison de la vie sexuelle s'est fan&#233;e, se constituent ces r&#233;actions du &#171; moi &#187; qui - telles la pudeur, le d&#233;go&#251;t, la moralit&#233;, - sont destin&#233;es &#224; tenir t&#234;te aux ult&#233;rieurs orages de la pubert&#233; et &#224; endiguer l'aspiration sexuelle qui se r&#233;veille. Cette &#233;volution en deux temps de la vie sexuelle a sans doute un lien profond avec la gen&#232;se des maladies nerveuses. Une telle &#233;volution en deux temps ne semble se rencontrer que chez l'homme, peut-&#234;tre est-elle la condition de ce privil&#232;ge humain : la n&#233;vrose. La pr&#233;histoire de la vie sexuelle passa tout aussi inaper&#231;ue, avant la psychanalyse, que dans un autre domaine l' &#171; hinterland &#187; de la vie psychique consciente. Vous soup&#231;onnerez &#224; juste titre que ces deux choses sont en rapport intime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers temps de la sexualit&#233;, chez l'enfant, comportent bien des concepts, des modes d'expression, des activit&#233;s, auxquelles on ne s'attendrait pas. Par exemple, vous serez s&#251;rement surpris d'apprendre que le petit gar&#231;on redoute, aussi souvent qu'il le fait, d'&#234;tre mang&#233; par son p&#232;re. (N'&#234;tes-vous pas non plus &#233;tonn&#233; de me voir ranger cette peur parmi les manifestations de la sexualit&#233; ?) Mais je n'ai qu'&#224; vous rappeler la mythologie que vous appreniez &#224; l'&#233;cole et n'avez peut-&#234;tre pas encore oubli&#233;e : le dieu Kronos ne d&#233;vorait-il pas ses enfants ? Ce mythe dut vous sembler bien &#233;trange, la premi&#232;re fois o&#249; vous l'entend&#238;tes conter ! Mais je crois qu'alors il ne donna &#224; aucun de nous beaucoup &#224; penser. Nous nous rappelons bien d'autres l&#233;gendes o&#249; un fauve, tel le loup, d&#233;vore quelqu'un, et nous y pouvons reconna&#238;tre une mani&#232;re d&#233;guis&#233;e de repr&#233;senter le p&#232;re. Je saisis cette occasion de vous le faire remarquer : mythologie et folklore ne peuvent &#234;tre compris que gr&#226;ce &#224; l'intelligence de la vie sexuelle infantile, et c'est l&#224; un gain accessoire des &#233;tudes analytiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ne serez pas moins surpris d'entendre que le petit gar&#231;on tremble d'&#234;tre priv&#233;, par son p&#232;re, de son petit membre viril, et cela de telle sorte que cette peur de la castration exerce la plus forte influence sur la formation de son caract&#232;re et l'orientation de sa sexualit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Ici encore la mythologie vous encouragera &#224; croire &#224; la psychanalyse. Le m&#234;me Kronos, qui d&#233;vore ses enfants, a aussi ch&#226;tr&#233; son p&#232;re Ouranos, et est &#224; son tour ch&#226;tr&#233; par son fils Zeus, sauv&#233; lui-m&#234;me gr&#226;ce aux ruses de sa m&#232;re. Si vous &#234;tes enclin &#224; l'hypoth&#232;se que tout ce que la psychanalyse avance sur la pr&#233;coce sexualit&#233; des enfants n'est que cr&#233;ation de l'imagination d&#233;sordonn&#233;e des analystes, avouez du moins que cette imagination a engendr&#233; les m&#234;mes productions que l'imagination de l'humanit&#233; primitive, dont les mythes et les l&#233;gendes sont pour ainsi dire le pr&#233;cipit&#233;. L'autre hypoth&#232;se, plus propice &#224; notre th&#232;se et sans doute plus conforme aussi &#224; la r&#233;alit&#233;, serait celle-ci : on retrouverait dans l'&#226;me de l'enfant contemporain les m&#234;mes facteurs archa&#239;ques qui, aux temps primitifs de la civilisation, exer&#231;aient une ma&#238;trise g&#233;n&#233;rale. L'enfant, au cours de son d&#233;veloppement psychique, referait en abr&#233;g&#233; l'&#233;volution de l'esp&#232;ce, ainsi que l'embryologie nous l'a depuis long&#172;temps appris en ce qui regarde le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un caract&#232;re de la sexualit&#233; infantile primitive : les parties g&#233;nitales f&#233;minines proprement dites n'y jouent aucun r&#244;le, - l'enfant ne les a pas encore d&#233;couvertes. Tout l'accent porte sur le membre viril, tout l'int&#233;r&#234;t se concentre sur cette question : y est-il, ou n'y est-il pas ? Nous connaissons moins bien la vie sexuelle de la petite fille que celle du petit gar&#231;on. N'en ayons pas trop honte : la vie sexuelle de la femme adulte est encore un Continent noir (dark continent) pour la psychologie. Mais nous avons reconnu que l'absence d'un organe sexuel &#233;quivalent &#224; celui de l'homme est profond&#233;ment ressentie par la petite fille, qui s'en regarde comme inf&#233;rieure, et que cette &#171; envie du p&#233;nis &#187; donne naissance &#224; toute une s&#233;rie de r&#233;actions particuli&#232;res &#224; la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant a encore ceci de particulier : les deux besoins excr&#233;mentiels sont pour lui charg&#233;s d'int&#233;r&#234;t sexuel, L'&#233;ducation trace plus tard une ligne nette de d&#233;marcation : certains &#171; mots d'esprit &#187; l'effacent &#224; nouveau. Cela peut ne pas nous sembler app&#233;tissant, mais il faut du temps, on le sait, avant que l'enfant soit capable d'&#233;prouver du d&#233;go&#251;t. Ceux-l&#224; m&#234;me ne l'ont pas ni&#233;, qui prennent par ailleurs fait et cause pour la puret&#233; s&#233;raphique de l'&#226;me de l'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aucun fait ne m&#233;rite autant notre attention que celui-ci : l'enfant prend pour objet de ses d&#233;sirs sexuels, r&#233;guli&#232;rement, les personnes qui lui sont le plus proche apparent&#233;es, donc d'abord son p&#232;re et sa m&#232;re, puis ses fr&#232;res et s&#339;urs. Pour le gar&#231;on, la m&#232;re est le premier objet d'amour ; pour la fille le p&#232;re, autant qu'une disposition bisexuelle ne favorise pas en m&#234;me temps l'attitude oppos&#233;e. L'autre parent est consid&#233;r&#233; comme un rival g&#234;nant et devient souvent l'objet d'une franche hostilit&#233;. Comprenez-moi bien : je ne veux pas dire que l'enfant n'aspire, de la part du parent pr&#233;f&#233;r&#233;, qu'&#224; cette sorte de tendresse dans laquelle plus tard, devenus adultes, nous aimons &#224; voir l'essence des rapports entre parents et enfants. Non, l'analyse ne laisse subsister aucun doute : les d&#233;sirs de l'enfant, par-del&#224; cette tendresse, aspirent &#224; tout ce que nous entendons par satisfaction sensuelle, autant du moins que le pouvoir de repr&#233;sentation de l'enfant le permet. L'enfant - cela est facile &#224; comprendre - ne devine jamais la r&#233;alit&#233; de l'union des sexes, il lui substitue des repr&#233;sentations &#233;man&#233;es de sa propre exp&#233;rience et de ses propres sensations. D'ordinaire ses d&#233;sirs culminent dans ce dessein : mettre au monde un autre enfant, ou - d'une mani&#232;re ind&#233;terminable - l'engendrer. Le petit gar&#231;on, dans son ignorance, n'exclut pas de ses d&#233;sirs celui de mettre au monde lui-m&#234;me un enfant. Tout cet &#233;difice psychique, nous l'appelons, d'apr&#232;s la l&#233;gende grecque bien connue, le Complexe d'Oedipe. Le complexe doit &#234;tre normalement abandonn&#233; &#224; la fin de la premi&#232;re p&#233;riode sexuelle de l'enfance, il devrait alors &#234;tre de fond en comble d&#233;moli et transform&#233; ; les r&#233;sultats de cette m&#233;tamorphose sont marqu&#233;s pour de grandes destin&#233;es dans la vie psychique ult&#233;rieure. Mais le plus souvent les choses ne se passent pas assez compl&#232;tement et la pubert&#233; r&#233;veille le vieux complexe, ce qui peut avoir des suites graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tonne que vous gardiez le silence. Ce n'est sans doute pas une approbation. En soutenant que le premier objet d'amour de l'enfant soit choisi par lui sur le mode de l'inceste, pour employer le terme propre, l'analyse a de nouveau bless&#233; les sentiments les plus sacr&#233;s des hommes, et doit en cons&#233;quence s'attendre &#224; r&#233;colter en &#233;change incr&#233;dulit&#233;, contradiction et r&#233;quisitoires. Et telle fut en effet largement sa part. Rien ne lui a tant nui dans la faveur des contemporains que le complexe d'Oedipe et l'&#233;l&#233;vation de celui-ci &#224; la dignit&#233; d'une mani&#232;re d'&#234;tre g&#233;n&#233;ralement et fatalement humaine. Le mythe grec a d&#251; d'ailleurs avoir le m&#234;me sens, mais la majorit&#233; des hommes d'aujourd'hui, lettr&#233;s ou non, pr&#233;f&#232;re croire que la nature nous dota d'une horreur native de l'inceste comme protection contre celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire la premi&#232;re viendra &#224; notre secours. Quand Jules C&#233;sar p&#233;n&#233;tra en &#201;gypte, il y trouva la jeune reine Cl&#233;op&#226;tre, qui devait bient&#244;t jouer dans sa vie un tel r&#244;le, mari&#233;e &#224; son plus jeune fr&#232;re Ptol&#233;m&#233;e. Cela n'avait rien de surprenant dans la dynastie &#233;gyptienne ; les Ptol&#233;m&#233;es, originairement grecs, n'avaient fait que perp&#233;tuer la coutume que, depuis des mill&#233;naires, suivaient les anciens Pharaons, leurs pr&#233;d&#233;cesseurs. Mais ce n'est l&#224; qu'inceste fraternel, de nos jours m&#234;me moins s&#233;v&#232;rement condamn&#233;. Tournons-nous vers la mythologie qui est notre t&#233;moin de la couronne d&#232;s qu'il s'agit des m&#339;urs des temps primitifs. Elle peut nous apprendre que les mythes de tous les peuples, et pas seulement des Grecs, sont plus que riches en amours entre p&#232;re et fille, m&#234;me entre fils et m&#232;re. La cosmologie comme la g&#233;n&#233;alogie des races royales est fond&#233;e sur l'inceste. Dans quel but, pensez-vous, ces fictions ? Pour stigmatiser les dieux et les rois, les assimiler &#224; des criminels, pour les livrer en ex&#233;cration aux hommes ? Bien plut&#244;t parce que les d&#233;sirs incestueux sont un h&#233;ritage humain primitif et n'ont jamais &#233;t&#233; tout &#224; fait surmont&#233;s : ainsi l'on accorde encore aux dieux et &#224; leurs descendants ce qui d&#233;j&#224; n'est plus permis au commun des mortels. C'est en parfait accord avec ces enseignements de l'histoire et de la mythologie que nous rencontrons le d&#233;sir de l'inceste, encore aujourd'hui pr&#233;sent et actif, dans l'enfance de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je pourrais vous en vouloir d'avoir cherch&#233; &#224; garder pour vous toutes ces choses concernant la sexualit&#233; infantile. Par ces rapports avec l'histoire primitive de l'humanit&#233;, elle semble justement tr&#232;s int&#233;ressante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je craignais d'&#234;tre entra&#238;n&#233; trop loin de notre sujet. Mais cela aura peut-&#234;tre pourtant ses avantages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Maintenant, dites-moi : quelle certitude poss&#232;dent vos conclusions analytiques sur la vie sexuelle des enfants ? Votre conviction ne repose-t-elle que sur la concordance avec la mythologie et l'histoire ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En aucune fa&#231;on. Elle repose sur l'observation directe. Les choses se pass&#232;rent ainsi : nous avions d'abord d&#233;duit, de l'analyse des adultes, le conte-nu de la sexualit&#233; infantile, ceci vingt &#224; quarante ans apr&#232;s l'enfance &#233;coul&#233;e. Plus tard, nous avons entrepris des analyses directes d'enfants, et ce ne fut pas un mince triomphe que de voir alors se confirmer tout ce que nous avions d&#233;j&#224; devin&#233;, en d&#233;pit des stratifications et d&#233;formations du temps interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Comment, vous avez analys&#233; des petits enfants, des enfants au-dessous de six ans ? D'abord, cela est-il possible ? Ensuite, n'est-ce pas, pour ces enfants, tr&#232;s mauvais ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cela r&#233;ussit tr&#232;s bien. Tout ce qui d&#233;j&#224; se passe chez un enfant de quatre &#224; cinq ans est presque incroyable ! Les enfants sont intellectuellement tr&#232;s &#233;veill&#233;s &#224; cet &#226;ge, la premi&#232;re p&#233;riode sexuelle est pour eux aussi un temps d'&#233;panouissement intellectuel. J'ai l'impression qu'&#224; l'av&#232;nement de la p&#233;riode de latence ils subissent aussi une inhibition intellectuelle, deviennent plus b&#234;tes. Beaucoup d'enfants, &#224; partir de ce moment, perdent aussi leur gr&#226;ce physique. Quant au dommage caus&#233; par une analyse pr&#233;coce, je puis vous dire que le premier enfant sur lequel - voici vingt ans environ - fut tent&#233;e cette exp&#233;rience, est aujourd'hui un jeune homme bien portant et actif, qui traversa sans encombre la crise de la pubert&#233;, en d&#233;pit de graves traumatismes psychiques. Il faut esp&#233;rer que les autres &#171; victimes &#187; de l'analyse pr&#233;coce ne s'en porteront pas plus mal. Ces analyses d'enfants sont int&#233;ressantes par plus d'un c&#244;t&#233;, elles acquerront dans l'avenir peut-&#234;tre encore plus d'importance. Leur valeur th&#233;orique est hors de discussion. Elles r&#233;pondent sans ambigu&#239;t&#233; &#224; des questions qui, dans les analyses d'adultes, demeurent en suspens, et pr&#233;servent ainsi l'analyste d'erreurs lourdes de cons&#233;quences. On saisit en effet l&#224; sur le vif les facteurs g&#233;n&#233;rateurs de la n&#233;vrose, on ne peut les m&#233;conna&#238;tre. L'influence analytique doit sans doute, dans l'int&#233;r&#234;t de l'enfant, s'allier &#224; des mesures &#233;ducatrices. Cette technique attend encore sa mise au point. Observation d'un grand int&#233;r&#234;t pratique : un tr&#232;s grand nombre de nos enfants traversent, au cours de leur d&#233;veloppement, une phase d&#233;cid&#233;ment n&#233;vrotique. Nous avons appris &#224; mieux voir et sommes maintenant tent&#233;s de consid&#233;rer la n&#233;vrose infantile non comme l'exception mais comme la r&#232;gle : il semblerait que, sur le chemin menant du plan primitif de l'enfant &#224; celui du civilis&#233; adapt&#233; &#224; la vie sociale, la n&#233;vrose soit pour ainsi dire in&#233;vitable. Dans la plupart des cas, cette crise n&#233;vrotique de l'enfance semble se dissiper spontan&#233;ment ; mais n'en reste-t-il pas toujours des vestiges m&#234;me chez ceux qui sont en moyenne bien portants ? Par contre, chez aucun n&#233;vropathe ult&#233;rieur ne fait d&#233;faut le lien avec la n&#233;vrose infantile, qui, en son temps, n'a pas eu besoin d'&#234;tre tr&#232;s apparente. D'une fa&#231;on, me semble-t-il, analogue, la pathologie pr&#233;tend aujourd'hui que tout le monde, dans l'enfance, a &#233;t&#233; touch&#233; par la tuberculose. Mais pour les n&#233;vroses le point de vue de la vaccination n'est pas en cause, rien que celui de la pr&#233;disposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens maintenant &#224; votre question touchant la certitude de nos preuves. Nous nous sommes convaincus en g&#233;n&#233;ral, par l'observation analytique directe des enfants, que nous avions interpr&#233;t&#233; d'une fa&#231;on juste ce que les adultes nous rapportaient de leur enfance. Dans une s&#233;rie de cas, la confirmation nous a encore &#233;t&#233; possible par une autre voie. Nous avions reconstruit, gr&#226;ce au mat&#233;riel fourni par l'analyse, certaines circonstances ext&#233;rieures, certains &#233;v&#233;nements impressionnants de l'enfance, desquels le souvenir conscient du malade n'avait rien conserv&#233; : d'heureux hasards, des enqu&#234;tes aupr&#232;s de parents ou autres personnes ayant entour&#233; l'enfant nous ont alors apport&#233; la preuve irr&#233;futable que les &#233;v&#233;nements avaient bien &#233;t&#233; tels que nous les avions d&#233;duits. Nous n'e&#251;mes bien entendu pas tr&#232;s souvent cette chance, mais l&#224; o&#249; elle se rencontra, l'impression en fut toute-puissante. Il faut que vous le sachiez : la reconstruction juste d'&#233;v&#233;nements infantiles ainsi oubli&#233;s a toujours un grand effet th&#233;rapeutique, qu'elle admette ou non la confirmation ext&#233;rieure objective. L'importance de ces &#233;v&#233;nements est naturellement due &#224; ce qu'ils furent tellement pr&#233;coces et eurent lieu en un temps o&#249; ils pouvaient agir comme des traumatismes sur un &#171; moi &#187; d&#233;bile. - &#171; Et quelle peut bien &#234;tre la sorte d'&#233;v&#233;nements que l'analyse doive ainsi retrouver ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ils sont divers. En premier lieu, les impressions capables d'influencer durablement la vie sexuelle naissante de l'enfant : observations de rapports sexuels d'adultes, exp&#233;riences sexuelles personnelles avec un adulte ou un autre enfant - ce qui n'est pas si rare ! - ou bien encore conversations entendues par l'enfant et qu'il comprit alors, ou r&#233;trospectivement plus tard, croyant y trouver des informations sur des choses myst&#233;rieuses ou inqui&#233;tantes, enfin dires ou actions de l'enfant lui-m&#234;me, ayant manifest&#233; de sa part des sentiments significatifs, tendres ou hostiles, envers d'autres personnes. Il est particuli&#232;rement important, au cours de l'analyse, d'arriver &#224; ce que le malade se rappelle sa propre activit&#233; sexuelle infantile oubli&#233;e, ainsi que l'intervention des grandes personnes qui y mit fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; l'occasion de vous poser une question que j'ai depuis longtemps sur les l&#232;vres. En quoi consiste donc &#171; l'activit&#233; sexuelle &#187; de l'enfant pendant ce premier &#233;panouissement de sa sexualit&#233; qui, dites-vous, passa inaper&#231;u avant l'analyse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'ordinaire, l'essentiel de cette activit&#233; sexuelle n'avait pas - c'est curieux - pass&#233; inaper&#231;u ; c'est-&#224;-dire ce n'est pas curieux, car il &#233;tait impossible de ne pas voir ! Les &#233;mois sexuels de l'enfant trouvent leur expression principale dans la satisfaction solitaire, gr&#226;ce &#224; l'excitation de ses propres organes g&#233;nitaux, en r&#233;alit&#233; de la partie m&#226;le de ceux-ci (p&#233;nis et clitoris). L'extraordinaire diffusion de cette &#171; mauvaise habitude &#187; enfantine ne fut jamais ignor&#233;e des adultes, la &#171; mauvaise habitude &#187; elle-m&#234;me fut toujours consid&#233;r&#233;e comme un grave p&#233;ch&#233; et s&#233;v&#232;rement punie. Comment on parvient &#224; r&#233;concilier cette constatation des penchants immoraux des enfants - car les enfants font ceci, ainsi qu'ils l'avouent eux-m&#234;mes, parce que &#231;a leur fait plaisir - avec la th&#233;orie de leur puret&#233; native et de leur &#233;loignement de toute sensualit&#233;, ne me le demandez pas ! Faites-vous expliquer la chose par mes adversaires ! Un plus important probl&#232;me s'offre &#224; nous. Que devons-nous faire en pr&#233;sence de l'activit&#233; sexuelle de la premi&#232;re enfance ? Nous connais&#172;sons la responsabilit&#233; que nous encourons en l'&#233;touffant, et cependant n'osons pas la laisser s'&#233;panouir sans entraves. Les peuples de civilisation inf&#233;rieure et les couches sociales les plus basses des peuples civilis&#233;s semblent laisser toute libert&#233; &#224; la sexualit&#233; de leurs enfants. Ainsi se r&#233;alise sans doute une protection efficace contre la n&#233;vrose individuelle ult&#233;rieure, mais en m&#234;me temps quelle perte en aptitudes pour les oeuvres de la civilisation ! On a l'impression de se retrouver ici entre Charybde et Scylla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous laisse maintenant juge de cette question l'int&#233;r&#234;t &#233;veill&#233;, chez les n&#233;vropathes, par l'&#233;tude de la vie sexuelle, engendre-t-il une atmosph&#232;re favorable &#224; la lubricit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je crois comprendre vos intentions. Vous voulez me montrer quelles connaissances sont n&#233;cessaires pour exercer l'analyse, afin que je puisse juger si le m&#233;decin seul y doit pr&#233;tendre. Or, jusqu'ici je n'ai pas entendu grand-chose de m&#233;dical, mais beaucoup de psychologie et un peu de biologie ou de science sexuelle. Mais peut-&#234;tre ne sommes-nous pas encore au bout ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Certes non, il reste encore &#224; combler des lacunes. Puis-je vous adresser une pri&#232;re ? Voulez-vous me dire maintenant comment vous vous repr&#233;sentez une cure analytique ? D&#233;crivez-la comme si vous deviez vous-m&#234;me l'entre-prendre sur quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Ce sera dr&#244;le ! Je n'ai certes pas l'intention de clore notre controverse au moyen d'une telle exp&#233;rience ! Mais je vais faire ce que vous d&#233;sirez : la responsabilit&#233; en retombe sur vous ! Je suppose donc que le malade arrive chez moi et se plaigne de ses maux. Je lui promets gu&#233;rison ou am&#233;lioration, s'il veut m'&#233;couter. Je l'invite alors &#224; me communiquer, en toute sinc&#233;rit&#233;, et ce qu'il sait et ce qui lui vient &#224; l'esprit, sans se laisser arr&#234;ter par rien dans ce dessein, pas m&#234;me quand une chose lui semblera d&#233;sagr&#233;able &#224; dire. N'ai-je pas bien saisi cette r&#232;gle ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui. Mais vous devriez ajouter : m&#234;me quand ce qui lui vient &#224; l'esprit lui para&#238;t sans importance ou absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Bien entendu. Alors, il commence &#224; parler, et j'&#233;coute. Et ensuite ? De ce qu'il dit j'inf&#232;re quelles impressions, quels &#233;v&#233;nements, quels &#233;mois, quels d&#233;sirs, il a refoul&#233;s, pour les avoir rencontr&#233;s en un temps o&#249; son &#171; moi &#187; &#233;tait faible encore et en eut peur, au lieu de les regarder en face. Quand je le lui ai appris, il se replace dans la situation d'alors et, gr&#226;ce &#224; mon aide, s'en tire beaucoup mieux. Les bornes dans lesquelles son &#171; moi &#187; avait &#233;t&#233; contraint de s'enfermer tombent, et il est gu&#233;ri. N'est-ce point ainsi ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bravo, bravo 1 Je vois que l'on va pouvoir &#224; nouveau me reprocher d'avoir form&#233; un analyste qui ne soit pas m&#233;decin ! Vous vous &#234;tes tr&#232;s bien assimil&#233; tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je n'ai fait que r&#233;p&#233;ter ce que je vous ai entendu dire, comme quand on r&#233;cite par c&#339;ur. Je ne puis pourtant pas me repr&#233;senter comment je m'y prendrais, et ne comprends pas du tout pourquoi un tel travail exige, pendant tant de mois, une heure par jour. Il n'est donc, en g&#233;n&#233;ral, pas arriv&#233; tant de choses &#224; un homme ordinaire, et quant &#224; ce qui fut refoul&#233; dans l'enfance, cela est sans doute chez tout le monde la m&#234;me chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On apprend toute sorte de choses en exer&#231;ant r&#233;ellement l'analyse. Par exemple : vous ne trouveriez pas aussi simple que vous le croyez de d&#233;duire, d'apr&#232;s ce que le patient vous dit, quels &#233;v&#233;nements il a oubli&#233;s, quelles aspirations instinctives il refoula. Il vous dit des choses qui d'abord ont aussi peu de sens pour vous que pour lui. Il faut vous r&#233;soudre &#224; envisager d'une mani&#232;re toute particuli&#232;re les &#233;l&#233;ments que l'analys&#233; vous apporte en ob&#233;issance &#224; la r&#232;gle. C'est l&#224; une sorte de minerai dont le contenu en m&#233;tal pr&#233;cieux reste &#224; extraire par des proc&#233;d&#233;s sp&#233;ciaux. Vous devez alors &#234;tre pr&#234;t &#224; travailler bien des tonnes de minerai ne renfermant que bien peu du m&#233;tal pr&#233;cieux recherch&#233;. Voil&#224; la premi&#232;re raison de la dur&#233;e du traitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Comment travaille-t-on cette mati&#232;re brute, pour m'en tenir &#224; votre comparaison ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En faisant cette hypoth&#232;se : ce que le malade vous raconte, comme ce qui lui vient &#224; l'esprit, sont des d&#233;figurations de ce que vous cherchez, en quelque sorte des allusions derri&#232;re lesquelles il vous faut devinez ce qui se cache. Bref, il vous faut interpr&#233;ter ces &#233;l&#233;ments, qu'ils soient souvenirs, id&#233;es subites ou r&#234;ves. Gr&#226;ce &#224; vos connaissances techniques, vous vous cr&#233;ez, tout en &#233;coutant, certaines conceptions d'attente, qui vous dirigent dans ce travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Interpr&#233;ter ! le vilain mot ! Voil&#224; qui me d&#233;pla&#238;t. Vous m'enlevez par l&#224; toute certitude. Si tout d&#233;pend de mon interpr&#233;tation, qui me garantit que j'interpr&#232;te bien ? Tout est alors livr&#233; &#224; mon arbitraire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tout doux ! Tout ne va pas aussi mal. Pourquoi voulez-vous que vos propres processus psychiques fassent exception aux lois que vous reconnaissez en ceux des autres ? Quand vous aurez acquis une certaine discipline sur vous-m&#234;me et serez en possession de connaissances appropri&#233;es, vos interpr&#233;tations resteront ind&#233;pendantes de vos particularit&#233;s personnelles et toucheront juste. Je ne dis pas que pour cette partie de la t&#226;che la personnalit&#233; de l'analyste soit indiff&#233;rente. Une certaine finesse d'oreille, pourrais-je dire, est n&#233;cessaire pour entendre le langage du refoul&#233; inconscient, et chacun ne la poss&#232;de pas au m&#234;me degr&#233;. Et avant tout s'impose ici &#224; l'analyste le devoir d'avoir &#233;t&#233; analys&#233; &#224; fond lui-m&#234;me, afin d'&#234;tre capable d'accueillir sans pr&#233;jug&#233;s les &#233;l&#233;ments analytiques que lui apportent les autres. Cependant il reste toujours l' &#171; &#233;quation personnelle &#187;, comme on dit dans les observations astronomiques, et ce facteur individuel jouera toujours dans la psychanalyse un plus grand r&#244;le qu'ailleurs. Un homme anormal peut devenir bon physicien ; mais ses propres anomalies l'emp&#234;cheront, s'il est analyste, de voir sans d&#233;formation les images de la vie psychique. Comme on ne peut convaincre personne qu'il soit anormal, le consentement universel en mati&#232;re de psychologie profonde sera particuli&#232;rement difficile &#224; obtenir. Plus d'un psychologue juge m&#234;me la situation comme &#233;tant sans espoir et pense que chaque sot &#224; le droit de donner pour sagesse sa sottise. J'avoue &#234;tre plus optimiste. Car notre exp&#233;rience nous a montr&#233; qu'en psychologie aussi on peut arriver &#224; un accord assez satisfaisant. Chaque domaine d'investigation pr&#233;sente ses difficult&#233;s sp&#233;ciales qu'il faut s'efforcer de vaincre. De plus, dans l'art d'interpr&#233;ter particulier &#224; l'analyse, bien des choses - tout comme en une autre science - peuvent s'apprendre : par exemple, tout ce qui touche l'&#233;trange repr&#233;sentation indirecte par des symboles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Maintenant je n'ai plus aucune envie - m&#234;me en imagination ! - d'entre-prendre sur quelqu'un un traitement analytique. Qui sait quelles surprises m'attendraient encore ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous faites bien d'abandonner un tel dessein. Vous commencez &#224; saisir combien il vous faudrait encore apprendre par la th&#233;orie et par la pratique. Et lorsque vous avez trouv&#233; l'interpr&#233;tation juste, vous voil&#224; en pr&#233;sence d'une autre t&#226;che. Vous devez attendre le moment propice pour faire part de votre interpr&#233;tation au malade, si vous voulez compter sur le succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A quoi reconna&#238;t-on le moment propice ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est affaire de tact, et ce tact peut s'affiner beaucoup par l'exp&#233;rience. Vous commettriez une lourde faute si, dans le d&#233;sir par exemple de raccourcir l'analyse, vous jetiez &#224; la t&#234;te du patient vos interpr&#233;tations aussit&#244;t que vous les avez trouv&#233;es. Vous obtenez ainsi de lui des manifestations de r&#233;sistance, de refus, d'indignation, mais vous n'obtenez pas que son &#171; moi &#187; prenne possession de ce qui est refoul&#233;. La r&#232;gle est d'attendre qu'il s'en soit approch&#233; tellement qu'il n'ait plus, guid&#233; par vous et votre interpr&#233;tation, que quelques pas &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je crois que je n'apprendrai jamais cela ! Et quand j'ai pris toutes ces pr&#233;cautions dans l'interpr&#233;tation, quoi alors ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Alors il vous reste &#224; faire une d&#233;couverte &#224; laquelle vous ne vous attendez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Quelle d&#233;couverte ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que vous vous &#234;tes tromp&#233; en ce qui regarde votre malade. Que vous ne devez compter aucunement sur son concours ni sur sa docilit&#233;, qu'il est pr&#234;t &#224; mettre toute sorte de b&#226;tons dans les roues de votre travail commun, bref, qu'il ne veut pas du tout gu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Non ! Voil&#224; la chose la plus folle que vous m'ayez encore cont&#233;e ! Je ne la crois d'ailleurs pas. Le malade, qui souffre tellement, qui se plaint de ses maux de fa&#231;on si path&#233;tique, qui fait de si grands sacrifices pour son traite-ment, le malade ne voudrait pas gu&#233;rir ! Ce n'est certes pas ce que vous voulez dire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Remettez-vous : c'est ce que j'entends. Ce que j'ai dit est la v&#233;rit&#233;, certes pas toute la v&#233;rit&#233;, mais un fragment tr&#232;s consid&#233;rable de celle-ci. Le malade veut assur&#233;ment gu&#233;rir, mais il veut aussi ne pas gu&#233;rir. Son &#171; moi &#187; a perdu l'unit&#233;, c'est pourquoi il ne peut &#233;difier un vouloir unique. Il ne serait pas un n&#233;vropathe, s'il &#233;tait autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si j'&#233;tais prudent, je ne serais pas Tell . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rejetons du refoul&#233; ont fait irruption dans le a moi &#187; et s'y affirment ; or, sur les aspirations ayant cette origine, le &#171; moi &#187; n'a pas plus de ma&#238;trise que sur le refoul&#233; lui-m&#234;me, et n'en comprend d'ordinaire pas non plus la nature. Car ces malades sont d'une sorte particuli&#232;re et nous cr&#233;ent des difficult&#233;s que nous n'avons pas l'habitude de faire entrer en ligne de compte. Toutes nos institutions sociales sont taill&#233;es sur la mesure d'individus ayant un &#171; moi &#187; normal unifi&#233;, &#171; moi &#187; que l'on qualifie de &#171; bon &#187; ou de &#171; mauvais &#187;, &#171; moi &#187; qui remplit sa fonction ou bien en est expuls&#233; par une influence toute-puissante. D'o&#249; l'alternative juridique : responsable ou irresponsable. Ces distinctions tranch&#233;es ne conviennent pas aux n&#233;vropathes. Il faut l'avouer : accorder les exigences sociales avec leur &#233;tat psychologique n'est pas chose ais&#233;e. On l'a vu sur une grande &#233;chelle pendant la derni&#232;re guerre. Les n&#233;vropathes qui se soustrayaient au service &#233;taient-ils des simulateurs ou non ? Ils l'&#233;taient et ne l'&#233;taient pas. Quand on les traitait en simulateurs, qu'on leur rendait l'&#233;tat de maladie tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able, ils gu&#233;rissaient ; mais renvoyait-on au front les soi-disant gu&#233;ris, ils effectuaient vite &#224; nouveau une &#171; fuite dans la maladie &#187;. On ne savait quoi en faire. Il en est de m&#234;me des nerveux de la vie civile. Ils g&#233;missent sur leur maladie, mais ils s'en servent jusqu'&#224; &#233;puisement des forces, et veut-on les en priver, ils la d&#233;fendent comme la lionne proverbiale ses petits. Et il n'y a pas lieu de leur faire un reproche d'une telle contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Mais alors le mieux ne serait-il point de ne pas du tout traiter ces gens difficiles, et de les abandonner &#224; eux-m&#234;mes ? Je ne puis croire que cela vaille la peine de se donner, pour chacun de ces malades, tout ce mal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne puis souscrire &#224; cette proposition. Il est certes plus juste d'accepter les complications de la vie que d'essayer de s'y d&#233;rober. Tous les n&#233;vropathes que nous traitons ne sont peut-&#234;tre pas dignes des efforts de l'analyse, mais il y a pourtant parmi eux des &#234;tres de grande valeur. Nous devons nous fixer ce but : r&#233;duire au minimum le nombre d'individus qui abordent, insuffisamment arm&#233;s contre elle, la vie civilis&#233;e, et c'est pourquoi nous devons recueillir un grand nombre d'observations, apprendre &#224; beaucoup comprendre. Chaque analyse peut &#234;tre instructive, nous apporter de nouveaux &#233;claircissements, en dehors m&#234;me de la valeur personnelle du malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Cependant, lorsque dans le &#171; moi &#187; du malade une volition s'est constitu&#233;e en vue de lui garder son mal, celle-ci doit se baser sur des fondements, des motifs, qui doivent par quelque c&#244;t&#233; pouvoir se justifier. On ne voit pourtant pas pourquoi quelqu'un voudrait &#234;tre malade, ce que cela lui rapporte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous n'avez pas &#224; chercher bien loin. Pensez aux n&#233;vroses de guerre, &#224; ces n&#233;vros&#233;s qui n'avaient plus &#224; servir aux arm&#233;es, parce qu'ils &#233;taient malades. Dans la vie civile, la maladie peut devenir un paravent derri&#232;re lequel abriter son inf&#233;riorit&#233; dans sa profession ou dans la concurrence avec ses rivaux ; elle peut, dans la famille, devenir un moyen de contraindre les autres au sacrifice et &#224; des marques d'amour, ou pour leur imposer son vouloir. Voil&#224; qui est encore tout pr&#232;s de la surface de l'inconscient, c'est ce que nous englobons sous ce terme : &#171; b&#233;n&#233;fice de la maladie &#187;. Il est cependant curieux que le malade, que son &#171; moi &#187; ignore pourtant tout de l'encha&#238;nement de tels mobiles avec ses propres actions, ces actions en d&#233;coulant de fa&#231;on si logique. On combat l'influence de ces aspirations en obligeant le &#171; moi &#187; &#224; en prendre connaissance. Mais il existe encore d'autres mobiles, plus profonds, pour tenir &#224; la maladie, mobiles dont il est plus difficile de venir &#224; bout. Cependant sans une nouvelle excursion au domaine de la th&#233;orie psychologique on ne peut comprendre la nature de ces autres mobiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Allez toujours ! Un peu plus ou un peu moins de th&#233;orie, qu'importe maintenant ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quand j'ai analys&#233; pour vous les relations existant entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187;, j'ai supprim&#233; une importante partie de notre doctrine de l'appareil psychique. Nous avons en effet &#233;t&#233; contraints d'admettre que dans le &#171; moi &#187; lui-m&#234;me une instance particuli&#232;re se soit diff&#233;renci&#233;e, que nous appelons le &#171; surmoi &#187;. Ce &#171; surmoi &#187; occupe une situation sp&#233;ciale entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187;. Il appartient au &#171; moi &#187;, a part &#224; sa haute organisation psychologique, mais est en rapport particuli&#232;rement intime avec le &#171; &#231;a &#187;. Il est en r&#233;alit&#233; le r&#233;sidu des premi&#232;res amours du &#171; &#231;a &#187;, l'h&#233;ritier de complexe d'Oedipe apr&#232;s l'abandon de celui-ci. Ce &#171; surmoi &#187; peut s'opposer au &#171; moi &#187;, le traiter comme un objet ext&#233;rieur et le traite en fait souvent fort durement. Il importe autant, pour le &#171; moi &#187;, de rester en accord avec le &#171; surmoi &#187; qu'avec le &#171; &#231;a &#187;. Des dissensions entre &#171; moi &#187; et &#171; sur moi &#187; sont d'une grande signification pour la vie psychique. Vous devinez d&#233;j&#224; que le &#171; surmoi &#187; est le d&#233;positaire du ph&#233;nom&#232;ne que nous nommons conscience morale. Il importe fort &#224; la sant&#233; psychique que le &#171; surmoi &#187; se soit d&#233;velopp&#233; normalement, c'est-&#224;-dire soit devenu suffisamment impersonnel. Ce n'est justement pas le cas chez le n&#233;vros&#233;, chez qui le complexe d'Oedipe n'a pas subi la m&#233;tamorphose voulue. Son &#171; surmoi &#187; est demeur&#233;, en face du &#171; moi &#187;, tel un p&#232;re s&#233;v&#232;re pour son enfant, et sa moralit&#233; s'exerce de cette fa&#231;on primitive : le &#171; moi &#187; doit se laisser punir par le &#171; surmoi &#187;. La maladie est utilis&#233;e comme moyen de r&#233;aliser cette &#171; autopunition &#187; ; le n&#233;vros&#233; doit se comporter comme s'il &#233;tait en proie &#224; un sentiment de culpabilit&#233; qui, pour &#234;tre apais&#233;, aurait besoin de la maladie comme ch&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; qui est vraiment myst&#233;rieux ! Le plus curieux de l'affaire est que cette force de la conscience morale du malade ne doive pas non plus lui devenir consciente. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, nous commen&#231;ons seulement &#224; comprendre le sens de toutes ces importantes relations. C'est pourquoi mon expos&#233; dut passer par cette phase obscure. Je puis maintenant poursuivre. Nous appelons toutes les forces qui s'opposent au travail de gu&#233;rison les &#171; r&#233;sistances &#187; du malade. Le &#171; b&#233;n&#233;fice &#187; qu'il retire de sa maladie est la source d'une premi&#232;re r&#233;sistance, le &#171; sentiment inconscient de culpabilit&#233; &#187; repr&#233;sente la r&#233;sistance du &#171; sur&#172;moi &#187;, qui est le plus puissant facteur et, par nous, le plus redout&#233;. Nous rencontrons encore d'autres r&#233;sistances au cours du traitement. Quand le &#171; moi &#187;, dans la premi&#232;re enfance, a entrepris un refoulement par peur, cette peur subsiste et s'ext&#233;riorise en r&#233;sistance chaque fois o&#249; le &#171; moi &#187; doit s'approcher du refoul&#233;. Enfin songez que cela ne s'accomplit pas sans peine quand un processus instinctif, qui depuis des d&#233;cades suivait un certain chemin, doit tout &#224; coup en prendre un nouveau qu'on vient de lui ouvrir. On pourrait appeler ceci la r&#233;sistance du &#171; &#231;a &#187;. La lutte contre toutes ces r&#233;sistances est la t&#226;che principale de la cure analytique, celle des interpr&#233;tations p&#226;lit &#224; c&#244;t&#233;. Mais justement ce combat et le fait d'avoir surmont&#233; les r&#233;sistances modifient le &#171; moi &#187; du malade et le renforcent au point que nous pouvons, la cure termin&#233;e, envisager sans inqui&#233;tude sa conduite &#224; venir. Vous comprenez par ailleurs maintenant pourquoi le traitement est si long. La longueur du chemin &#224; parcourir et la richesse des &#233;l&#233;ments &#224; traiter n'en sont pas la cause d&#233;cisive. Le principal est que le chemin soit libre. Un parcours, en temps de paix, est accompli en deux heures de chemin de fer : une arm&#233;e, en temps de guerre, y peut &#234;tre retenue des semaines par la r&#233;sistance de l'ennemi. De telles luttes demandent du temps aussi au domaine psychique. Je dois malheureusement constater que tous les efforts tendant &#224; raccourcir sensiblement la cure analytique ont jusqu'ici &#233;chou&#233;. Le meilleur moyen de la raccourcir semble &#234;tre de l'accomplir correctement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Si j'avais eu la moindre envie d'entreprendre sur votre m&#233;tier et de tenter moi-m&#234;me d'analyser quelqu'un, votre expos&#233; des r&#233;sistances m'en e&#251;t gu&#233;ri. Mais qu'en est-il de l'influence personnelle de l'analyste, qui, vous l'avez accord&#233;, existe ? Ne vient-elle pas en compte contre les r&#233;sistances ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous faites bien d'en parler. Cette influence personnelle est notre plus puissante arme dynamique, elle est l'&#233;l&#233;ment nouveau que nous introduisons dans la situation, le vrai moteur de la cure. Le contenu intellectuel de nos &#233;claircissements n'en saurait tenir lieu, car le malade, qui partage tous les pr&#233;jug&#233;s ambiants, ne nous croirait pas davantage que ne le font nos critiques du monde scientifique. Le n&#233;vros&#233; s'attache &#224; son travail de par la foi qu'il a en l'analyste, et croit en celui-ci de par une attitude sentimentale particuli&#232;re qu'il acquiert envers lui. De m&#234;me l'enfant ne croit que les gens auxquels il est attach&#233;. Je vous ai d&#233;j&#224; dit dans quel sens nous utilisons cette tr&#232;s puissante influence &#171; suggestive &#187;. Nous ne l'employons pas comme moyen d'&#233;touffer les sympt&#244;mes - ce qui diff&#233;rencie l'analyse des autres m&#233;thodes psychoth&#233;rapiques - mais comme force motrice permettant au &#171; moi &#187; du malade de surmonter ses r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et quand cela r&#233;ussit, tout ne va-t-il pas alors au mieux ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, cela devrait &#234;tre. Mais surgit alors une complication inattendue. Ce fut peut-&#234;tre la plus grande des surprises pour l'analyste : le sentiment que le malade se met &#224; lui porter est d'une nature toute particuli&#232;re. Le premier m&#233;decin - ce n'&#233;tait pas moi - qui tenta une analyse se heurta d&#233;j&#224; &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne, et en fut d&#233;contenanc&#233;. Ce sentiment est, en effet, pour parler clair, de nature amoureuse. Voil&#224; qui est curieux, n'est-ce pas ? Surtout si vous pensez que l'analyste ne fait rien pour le provoquer, que tout au contraire il se tient personnellement &#233;loign&#233; du patient et s'entoure d'une certaine r&#233;serve. Et si de plus vous observez que cet &#233;trange sentiment ne tient aucun compte des conditions r&#233;elles qui d'ordinaire favorisent ou non l'amour : attrait personnel, &#226;ge, sexe, &#233;tat social. Cet amour se d&#233;roule enti&#232;rement sur le mode obsessionnel. Certes, ce caract&#232;re ne reste par ailleurs pas &#233;tranger aux autres amours, aux amours spontan&#233;es. Vous le savez, le contraire est fr&#233;quent, mais dans la situation analytique, cet amour &#224; forme obsessionnelle est de r&#232;gle, sans qu'on en puisse pourtant trouver une explication rationnelle. On pourrait le croire : les rapports du malade &#224; l'analyste ne devraient comporter qu'une certaine dose de respect, de confiance, de reconnaissance et de sympathie humaine Au lieu de cela, cet amour, qui lui-m&#234;me fait l'impression d'une manifestation maladive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais voil&#224; qui devrait &#234;tre favorable &#224; votre cure analytique ! Qui aime est docile et pr&#234;t &#224; tout par amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, il en est ainsi au d&#233;but, mais ensuite, quand cet amour s'est renforc&#233;, sa nature r&#233;elle appara&#238;t, et l'on voit alors par combien de c&#244;t&#233;s il est incompatible avec la t&#226;che de l'analyse. L'amour du patient ne se contente plus d'ob&#233;ir, il devient exigeant, demande des satisfactions et de tendresse et de sensualit&#233;, r&#233;clame l'exclusivit&#233;, se fait jaloux, montre de plus en plus son envers, l'hostilit&#233; et la vengeance couvant sous tout amour qui ne peut atteindre son objet. En m&#234;me temps, ainsi que tout amour, il prend la place de tout autre contenu que pourrait avoir l'&#226;me : il &#233;teint l'int&#233;r&#234;t port&#233; &#224; la cure et &#224; la gu&#233;rison, bref, nous n'en pouvons douter, cet amour s'est install&#233; au lieu de la n&#233;vrose et le r&#233;sultat de notre travail a &#233;t&#233; le remplacement d'une forme morbide par une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; qui semble d&#233;sesp&#233;r&#233; ! Que faire alors ? Abandonner l'analyse ? Mais comme, dites-vous, un tel r&#233;sultat est constant, on ne pourrait donc accomplir aucune analyse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Utilisons d'abord la situation en vue de notre enseignement. Ce qu'elle nous aura appris pourra nous aider &#224; la ma&#238;triser. N'est-il pas tr&#232;s remarquable qu'il nous soit loisible de transmuer n'importe quelle n&#233;vrose en un &#233;tat amoureux maladif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre conviction qu'&#224; la base des n&#233;vroses se retrouve toujours une part de vie amoureuse anormalement affect&#233;e doit, par cette observation, s'affermir, in&#233;branlable. Ainsi nous reprenons pied et nous osons prendre cet amour lui-m&#234;me comme objet de l'analyse. Nous pouvons remarquer encore autre chose. L'amour &#171; analytique &#187; ne se manifeste pas dans tous les cas aussi clair et net que j'ai tent&#233; de vous le d&#233;crire. Pourquoi ? On le comprend bient&#244;t. Dans la mesure m&#234;me o&#249; les tendances sensuelles et les tendances hostiles de son amour voudraient se manifester s'&#233;veille, chez le malade, une opposition contre celles-ci. Il lutte contre elles, il cherche, sous nos yeux, &#224; les refouler. Et maintenant nous comprenons ce qui se passe ! Le malade r&#233;p&#232;te, sous la forme de cet amour pour l'analyste, des &#233;v&#233;nements psychiques qu'il a d&#233;j&#224; une fois v&#233;cus - il a transf&#233;r&#233; sur l'analyste des attitudes psychiques qui &#233;taient d&#233;j&#224; pr&#234;tes en lui et sont en rapport intime avec sa n&#233;vrose. Et il r&#233;p&#232;te aussi sous nos yeux ses r&#233;actions de d&#233;fense d'alors ; il aimerait reproduire, dans ses rapports avec l'analyste, toutes les vicissitudes de cette p&#233;riode oubli&#233;e de sa vie. Ce qu'il nous montre est ainsi le noyau de son histoire intime, il la reproduit de fa&#231;on palpable, pr&#233;sente, au lieu de s'en souvenir. Cette &#233;nigme : l'amour de transfert, est ainsi r&#233;solue, et l'analyse peut se pour&#172;suivre justement gr&#226;ce &#224; l'aide de la nouvelle situation qui d'abord semblait la menacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; qui est subtil ! Et le malade vous croit-il ais&#233;ment quand vous lui affirmez qu'il est, non pas vraiment &#233;pris, mais seulement contraint de rejouer une vieille pi&#232;ce ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tout en d&#233;pend, et la pleine habilet&#233; dans le maniement du transfert a pour but d'y arriver. Vous le voyez : les exigences de la technique analytique atteignent ici leur point culminant, Ici peuvent se commettre les fautes les plus lourdes comme s'obtenir les plus grands succ&#232;s. Une tentative d'&#233;touffer ou de n&#233;gliger le transfert, afin de s'&#233;pargner des difficult&#233;s, serait absurde ; quoi que l'on ait fait par ailleurs, ce proc&#233;d&#233; ne m&#233;riterait pas le nom d'analyse. Renvoyer le malade d&#232;s que les d&#233;sagr&#233;ments de sa n&#233;vrose de transfert se font jour n'aurait pas plus de sens. Ce serait, en outre, une l&#226;chet&#233; : on ressemblerait &#224; quelqu'un qui, ayant &#233;voqu&#233; les esprits, s'enfuirait d&#232;s qu'ils apparaissent. A la v&#233;rit&#233;, parfois on y est contraint : des cas se pr&#233;sentent o&#249; l'on ne peut se rendre ma&#238;tre du transfert, une fois celui-ci d&#233;cha&#238;n&#233;, et o&#249; l'on doit interrompre l'analyse, mais il faut du moins avoir lutt&#233; contre les mauvais esprits jusqu'au bout de ses forces. C&#233;der aux exigences que le transfert inspire au patient, satisfaire ses aspirations tendres ou sensuelles n'est pas seulement interdit par des consid&#233;rations morales justifi&#233;es, ruais serait aussi tout &#224; fait impropre comme moyen technique pour atteindre au but de l'analyse. Le n&#233;vros&#233; ne peut pas &#234;tre gu&#233;ri simplement parce qu'on lui permet la reproduction sans retouches d'un clich&#233; inconscient pr&#234;t en lui &#224; l'avance. Se laiss&#226;t-on entra&#238;ner &#224; des compromis, offr&#238;t-on au malade une satisfaction partielle en &#233;change de son ult&#233;rieure collaboration au travail analytique, il faudrait faire attention de ne pas se trouver dans la ridicule situation de l'eccl&#233;siastique qui devait convertir l'agent d'assurances malade. Le malade demeura m&#233;cr&#233;ant, mais le pr&#234;tre s'en retourna assur&#233;. La seule issue possible hors la situation du transfert est celle-ci : rapporter le tout au pass&#233; du malade, tel qu'il le v&#233;cut r&#233;ellement, ou tel qu'il l'&#233;difia dans son imagination, servante de ses propres d&#233;sirs. Et cette t&#226;che exige, de la part de l'analyste, beaucoup d'adresse, de patience, de calme et d'abn&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et o&#249; le n&#233;vros&#233; aurait-il d&#233;j&#224; v&#233;cu l'amour prototype de son amour de transfert ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans l'enfance, en g&#233;n&#233;ral dans ses rapports &#224; l'un de ses parents. Vous vous rappelez quelle importance nous avons d&#251; attribuer &#224; ces toutes premi&#232;res relations affectives. Ainsi le cercle ici se ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Avez-vous enfin termin&#233; ? Je m'embrouille un peu dans tout ce que j'ai entendu. Mais dites-moi encore : o&#249; et comment apprend-on tout ce que l'on a besoin de savoir pour exercer l'analyse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il existe actuellement deux instituts o&#249; l'enseignement de la psychanalyse est profess&#233;. Le premier, celui de Berlin, a &#233;t&#233; organis&#233; par le docteur Max Eitingon, pour la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Berlin. Le second est entretenu par la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Vienne &#224; ses propres frais et gr&#226;ce &#224; des sacrifices consid&#233;rables. La participation des autorit&#233;s se borne pour l'instant aux nombreuses entraves apport&#233;es &#224; ces jeunes initiatives. Un troisi&#232;me institut didactique va s'ouvrir &#224; Londres, par les soins de la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Londres, sous la direction du docteur E. Jones. Dans ces instituts, les candidats sont pris en analyse, re&#231;oivent un enseignement th&#233;orique dans des cours traitant de tous les sujets qui leur importent, et profitent de l'exp&#233;rience des analystes plus anciens quand, sous la surveillance de ceux-ci, ils entreprennent leurs premiers essais sur des cas faciles. Il faut environ deux ans pour former ainsi un analyste. Bien entendu n'est-on alors qu'un d&#233;butant, pas encore un ma&#238;tre. Ce qui fait encore d&#233;faut doit &#234;tre acquis par l'exercice de l'analyse et par la fr&#233;quentation des soci&#233;t&#233;s psychanalytiques o&#249; les jeunes membres rencontrent les plus &#226;g&#233;s qui &#233;changent avec eux leurs id&#233;es. La pr&#233;paration &#224; l'activit&#233; analytique n'est nullement simple et ais&#233;e, le travail est difficile, la responsabilit&#233; lourde. Mais qui subit une telle discipline, fut analys&#233;, comprit de la psychologie de l'inconscient ce qui se peut aujourd'hui enseigner, acquit des connaissances dans la science de la vie sexuelle, qui apprit la technique d&#233;licate de la psychanalyse, l'art de l'interpr&#233;tation, la lutte contre les r&#233;sistances et le maniement du transfert, n'est plus un profane au domaine de la psychanalyse. Il est devenu capable d'entreprendre le traitement des troubles n&#233;vrotiques, et pourra, avec le temps, y r&#233;aliser tout ce qu'on est en droit d'attendre de cette th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous avez fait un grand effort pour me montrer ce qu'est la psychanalyse et quelles connaissances sont n&#233;cessaires pour l'exercer avec des chances de succ&#232;s. Je n'ai pu rien perdre &#224; vous &#233;couter ! Mais je ne sais quelle influence sur mon jugement vous vous promettez de vos explications. Je vois l&#224; un cas qui n'a rien que d'ordinaire. Les n&#233;vroses sont une esp&#232;ce particuli&#232;re de maladie, l'analyse est une m&#233;thode particuli&#232;re pour les traiter, une sp&#233;cialit&#233; m&#233;dicale. Il est habituel qu'un m&#233;decin qui a choisi de se sp&#233;cialiser ne se contente pas des connaissances consacr&#233;es par son dipl&#244;me. Surtout s'il d&#233;sire s'&#233;tablir dans une grande ville qui seule peut nourrir un sp&#233;cialiste. Qui veut devenir chirurgien cherche &#224; s'employer quelques ann&#233;es dans une clinique chirurgicale ; de m&#234;me de l'oculiste, du laryngologiste, etc., surtout du psychiatre qui peut-&#234;tre m&#234;me ne ressortira jamais de l'asile ou du sanatorium. Il en sera de m&#234;me du psychanalyste ; qui choisit cette nouvelle sp&#233;cialit&#233; devra se r&#233;soudre, ses &#233;tudes m&#233;dicales achev&#233;es, &#224; passer encore &#224; l'institut didactique les deux ans dont vous parlez, s'il est vrai qu'un si long temps soit n&#233;cessaire ! Alors il s'apercevra bien qu'il a avantage &#224; rester en contact, dans une soci&#233;t&#233; psychanalytique, avec ses coll&#232;gues, et tout sera pour le mieux. Je ne comprends pas o&#249; peut se poser ici la question de l'analyse par les non-m&#233;decins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le m&#233;decin qui fait ce que vous avez promis en son nom nous sera &#224; tous le bienvenu. Les quatre cinqui&#232;mes de mes &#233;l&#232;ves sont d'ailleurs des m&#233;decins. Permettez-moi cependant de vous repr&#233;senter quels furent les vrais rapports des m&#233;decins en g&#233;n&#233;ral &#224; l'analyse et quelles pr&#233;visions ces rapports autorisent. Les m&#233;decins n'ont aucun droit historique au monopole de l'ana-lyse, davantage, ils ont jusqu'&#224; hier employ&#233; tous les moyens, des plus plates railleries aux plus lourdes calomnies, afin de lui nuire. Vous r&#233;pondrez que cela, c'est du pass&#233;, et n'a pas &#224; influer sur l'avenir. D'accord. Mais je crains que l'avenir ne soit autre que vous ne l'avez pr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de donner au mot &#171; charlatan &#187; le sens auquel il a droit au lieu de son sens l&#233;gal. Pour la loi est un &#171; charlatan &#187; quiconque soigne des malades sans pouvoir produire un dipl&#244;me m&#233;dical d'&#201;tat. Je pr&#233;f&#233;rerais une autre d&#233;finition : charlatan est celui qui entreprend un traitement sans poss&#233;der les connaissances et capacit&#233;s n&#233;cessaires. Me basant sur cette d&#233;finition, j'oserai pr&#233;tendre que - et ceci pas seulement en Europe - les m&#233;decins fournissent &#224; l'analyse un contingent consid&#233;rable de charlatans. Ils exercent souvent l'analyse sans l'avoir apprise et sans y rien comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'objecterez en vain qu'il y a l&#224; un manque de conscience impossible &#224; attribuer aux m&#233;decins. Un m&#233;decin sait qu'un dipl&#244;me m&#233;dical n'est pas une lettre de marque et que le malade n'est pas hors la loi. On doit donc penser que le m&#233;decin agit de bonne foi m&#234;me quand il est dans l'erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits demeurent - esp&#233;rons qu'ils n'aient pas d'autre explication que la v&#244;tre ! Je vais essayer de vous faire voir comment il se peut qu'un m&#233;decin, en mati&#232;re de psychanalyse, se comporte comme il &#233;viterait soigneusement de le faire en tout autre domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premi&#232;re ligne, il faut consid&#233;rer que le m&#233;decin, dans les facult&#233;s, re&#231;oit une instruction qui est &#224; peu pr&#232;s le contraire de ce qu'il faudrait comme pr&#233;paration &#224; la psychanalyse. Son attention y est dirig&#233;e vers des faits objectifs d&#233;montrables, d'ordre anatomique, physique, chimique, de la vraie compr&#233;hension et du juste maniement desquels le succ&#232;s de l'action m&#233;dicale d&#233;pend. Le probl&#232;me de la vie y est ramen&#233; &#224; ce point de vue, du moins autant qu'il est possible d'expliquer jusqu'&#224; ce jour ce probl&#232;me d'apr&#232;s le jeu des forces d&#233;montrables aussi dans la nature inorganique. Pour le c&#244;t&#233; psychique des ph&#233;nom&#232;nes vitaux, on n'&#233;veille pas l'int&#233;r&#234;t de l'&#233;tudiant, l'&#233;tude du fonctionnement sup&#233;rieur de l'&#226;me et de l'intelligence n'a rien &#224; voir avec la m&#233;decine, cette &#233;tude est du domaine d'une autre facult&#233;. La psychiatrie devrait seule s'occuper des troubles de la fonction psychique, mais on sait de quelle fa&#231;on et dans quel sens elle le fait. Elle recherche les conditions corporelles des troubles psychiques et les traite alors comme n'importe quelle autre condition &#233;tiologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychiatrie a raison et l'enseignement m&#233;dical est &#233;videmment excellent. Quand on reproche &#224; celui-ci d'&#234;tre unilat&#233;ral, il faut d'abord trouver le point de vue d'o&#249; ce caract&#232;re devienne un reproche. Toute science est en effet unilat&#233;rale et doit l'&#234;tre, puisqu'elle doit concentrer sa recherche sur des m&#233;thodes, des aspects, des faits particuliers. Ce serait un non-sens, que je ne voudrais pas faire mien, que de mettre en balance une science avec une autre. La physique n'enl&#232;ve rien de sa valeur &#224; la chimie, elle ne peut pas plus la remplacer que l'&#234;tre par elle. Et tout particuli&#232;rement unilat&#233;rale est certes la psychanalyse, science de l'inconscient psychique. Le droit &#224; l'unilat&#233;ralit&#233; ne doit donc pas &#234;tre contest&#233; aux sciences m&#233;dicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue que nous cherchons se trouve ailleurs, si, nous d&#233;tournant de la m&#233;decine scientifique, nous abordons l'art pratique de gu&#233;rir. Le malade est un &#234;tre compliqu&#233;, bien fait pour nous rappeler que les ph&#233;nom&#232;nes psychiques, si difficiles &#224; saisir, ne peuvent pas &#234;tre effac&#233;s &#224; notre gr&#233; du tableau vital. Le n&#233;vros&#233; est certes une complication peu souhaitable, un embarras autant pour la m&#233;decine que pour la justice ou pour l'arm&#233;e. Mais il existe et regarde particuli&#232;rement la m&#233;decine. Or, la m&#233;decine ne lui rend pas hommage, et ne fait pour lui rien, mais rien du tout. D'apr&#232;s l'intime rapport existant entre les choses que nous s&#233;parons en psychiques ou corporelles, on peut entrevoir le jour ou des chemins nouveaux s'ouvriront &#224; la connaissance et, souhaitons-le, aussi au traitement, chemins menant de la biologie des organes et de leur chimisme aux ph&#233;nom&#232;nes des n&#233;vroses. Ce jour semble encore &#233;loign&#233;, et ces &#233;tats maladifs actuellement inabordables par le c&#244;t&#233; m&#233;dical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci serait encore passable, si l'enseignement m&#233;dical ne faisait que fermer les m&#233;decins &#224; la compr&#233;hension des n&#233;vroses. Il fait plus : il leur en donne une id&#233;e fausse et nuisible. Les m&#233;decins, dont l'int&#233;r&#234;t pour les facteurs psychiques de la vie n'a pas &#233;t&#233; &#233;veill&#233;, ne sont que trop enclins &#224; les traiter avec d&#233;dain, et &#224; en plaisanter comme de choses peu scientifiques. C'est pourquoi ils ne peuvent rien prendre vraiment au s&#233;rieux de ce qui touche &#224; ces facteurs psychiques, et pourquoi ils ne ressentent pas les obligations qui pour eux en d&#233;rivent. Ainsi ils apprennent, profanes qu'ils sont, &#224; &#234;tre sans respect pour l'investigation psychologique, et prennent leurs devoirs &#224; la l&#233;g&#232;re. Ils doivent certes soigner les n&#233;vropathes, ce sont donc des malades qui s'adressent au m&#233;decin, et sur qui il convient sans cesse d'essayer de nouveaux traitements. Mais &#224; quoi bon se donner pour cela la peine d'une longue pr&#233;paration ? Cela ira tout seul ; qui sait d'ailleurs ce que vaut ce qu'on apprend dans les instituts analytiques ? Et moins ils comprennent, plus ils sont entreprenants. Seul le vrai savant est modeste, car il sait combien insuffisant est son savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comparaison de la sp&#233;cialit&#233; analytique avec les autres sp&#233;cialit&#233;s m&#233;dicales, par laquelle vous vouliez me r&#233;duire au silence, n'est donc pas applicable. En chirurgie, oculistique, etc., l'&#201;cole elle-m&#234;me offre la possibilit&#233; d'une formation ult&#233;rieure. Les instituts psychanalytiques sont en petit nombre, je unes et sans autorit&#233;. Les &#233;coles de m&#233;decine ne les ont pas reconnus et ne s'en soucient pas. Le jeune m&#233;decin a d&#251;, en presque toutes choses, croire ses ma&#238;tres, il lui est par suite rest&#233; peu de loisir pour &#233;duquer son propre Jugement : il saisira donc volontiers une occasion, en un domaine o&#249; aucune autorit&#233; ne pr&#233;vaut encore, pour se comporter enfin en critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;decin est encore encourag&#233; par ailleurs &#224; se faire &#171; charlatan &#187; ana-lytique. Voudrait-il, sans pr&#233;paration suffisante, entreprendre des op&#233;rations sur l'&#339;il, l'insucc&#232;s de ses extractions de cataracte ou de ses iridectomies, et la fuite des malades de son cabinet mettraient vite fin &#224; sa t&#233;m&#233;rit&#233;. L'exercice de l'analyse est pour lui relativement inoffensif. Le publie est g&#226;t&#233; par le succ&#232;s habituel des interventions sur l'&#339;il et s'attend &#224; &#234;tre gu&#233;ri par l'op&#233;rateur. Mais quand le sp&#233;cialiste des maladies nerveuses ne gu&#233;rit pas son malade, personne n'en est surpris. On n'a pas &#233;t&#233; g&#226;t&#233; par le succ&#232;s en fait de traitements des &#171; nerveux &#187;, on s'en tire en disant que le m&#233;decin s'est du moins donn&#233; pour eux &#171; beaucoup de mal &#187;. Il n'y a donc pas grand-chose &#224; faire, la nature sera le meilleur rem&#232;de, ou bien le temps. Ainsi, chez la femme, d'abord la menstruation, puis le mariage, plus tard la m&#233;nopause. Enfin, le vrai rem&#232;de, en fin de compte, c'est la mort. De plus, ce que le m&#233;decin analyste fait avec son &#171; nerveux &#187; est si peu frappant qu'on n'y peut trouver mati&#232;re &#224; reproche. Il n'a employ&#233; ni instruments, ni m&#233;dicaments, n'a fait que parler avec son malade, qu'essayer de le persuader, ou de le dissuader d'une chose ou de l'autre. Cela ne peut donc nuire, surtout si on eut soin d'&#233;viter de toucher &#224; des sujets p&#233;nibles ou &#233;mouvants. Le m&#233;decin analyste qui s'est tenu &#224; l'&#233;cart de l'enseignement rigoureux de notre &#233;cole ne manquera pas d'essayer d'am&#233;liorer l'analyse, de lui arracher ses crocs venimeux, de la rendre acceptable aux malades. Et cela est heureux qu'il en reste l&#224;, car e&#251;t-il os&#233; &#233;veiller des r&#233;sistances sans savoir ensuite comment leur faire face, alors il e&#251;t pu vraiment se faire mal voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probit&#233; en exige l'aveu : pour le malade un analyste profane est moins dangereux qu'un op&#233;rateur malhabile. Le dommage possible se borne &#224; ceci : le malade a fourni un effort inutile et a perdu ou empir&#233; ses chances de gu&#233;rison. Encore : la renomm&#233;e de la th&#233;rapeutique analytique en est atteinte. Tout cela est peu d&#233;sirable, mais n'est pas &#224; mettre en balance avec le danger &#233;manant du bistouri d'un a charlatan &#187; en chirurgie. De grandes et durables aggravations de la maladie nerveuse de par une application malhabile de l'analyse ne sont d'apr&#232;s moi pas &#224; craindre. Les r&#233;actions d&#233;sagr&#233;ables s'&#233;teignent bient&#244;t. Aupr&#232;s des traumatismes de la vie, qui ont &#233;voqu&#233; le mal, le l&#233;ger dommage caus&#233; par le m&#233;decin ne p&#232;se presque d'aucun poids. L'essai th&#233;rapeutique manqu&#233; n'a simplement pas fait de bien au malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; J'ai &#233;cout&#233;, sans vous interrompre, votre expose du charlatanisme m&#233;dical en mati&#232;re d'analyse. Mais je n'ai pu m'emp&#234;cher d'avoir l'impression que vous &#234;tes domin&#233; par une hostilit&#233; contre le corps m&#233;dical, dont vous m'aviez indiqu&#233; vous-m&#234;me auparavant l'origine, comment dirai-je, biographique. Cependant je vous accorde une chose : s'il y a lieu de faire des analyses, il faut du moins qu'elles le soient par des gens qui s'y soient pr&#233;par&#233;s &#224; fond. Et vous ne croyez pas que les m&#233;decins qui vont &#224; l'analyse feront tout, avec le temps, pour s'assurer la formation voulue ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je crains que non. Tant que les rapports de l'&#201;cole officielle et de l'Institut analytique resteront les m&#234;mes, les m&#233;decins trouveront trop grande la tentation de se faciliter les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Vous semblez &#233;viter de vous exprimer ouvertement sur la question m&#234;me de l'analyse par les non-m&#233;decins. Cela est logique. A moi de le deviner : parce que les m&#233;decins qui veulent analyser sont soustraits &#224; tout contr&#244;le, vous proposez, en partie par vengeance, pour les punir, de leur enlever le monopole de l'analyse et de laisser acc&#233;der &#224; cette activit&#233; m&#233;dicale aussi les non-m&#233;decins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne sais pas si vous avez bien compris mes raisons. Peut-&#234;tre pourrai-je vous montrer plus tard que je ne suis pas aussi partial. Mais je ne saurais trop appuyer l&#224;-dessus : personne ne devrait exercer l'analyse qui n'y soit justifi&#233; de par une formation appropri&#233;e. Et qu'il s'agisse alors d'un m&#233;decin ou non, cela me semble secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Quelles propositions avez-vous &#224; ce sujet &#224; faire ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne suis pas arriv&#233; l&#224; encore, et ne sais si j'y arriverai ! Je voudrais discuter avec vous une autre question, mais auparavant encore toucher &#224; un point plus sp&#233;cial. On dit que nos autorit&#233;s comp&#233;tentes, &#224; l'instigation de notre corps m&#233;dical, voudraient interdire radicalement l'exercice de l'analyse aux non-m&#233;decins. Les membres non m&#233;decins de notre Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Vienne, qui ont eu une excellente formation, tr&#232;s perfectionn&#233;e par un long exercice, seraient aussi frapp&#233;s par cette d&#233;fense. Cette interdiction viendrait-elle r&#233;ellement &#224; &#234;tre d&#233;cr&#233;t&#233;e, le cas suivant se pr&#233;sentera : certaines personnes seront emp&#234;ch&#233;es d'exercer une profession &#224; laquelle on peut &#234;tre assur&#233; qu'elles sont parfaitement aptes, tandis que d'autres, pour qui il ne peut &#234;tre question de la m&#234;me garantie, y auront libre acc&#232;s. Ce n'est pas l&#224; pr&#233;cis&#233;ment le r&#233;sultat auquel une loi devrait atteindre. Cependant ce probl&#232;me particulier n'est ni tr&#232;s important ni tr&#232;s difficile &#224; r&#233;soudre. Il s'agit ici d'une poign&#233;e de gens &#224; qui on ne peut beaucoup nuire. Ils &#233;migreront sans doute en Allemagne, o&#249;, aucun d&#233;cret ne les g&#234;nant, leur capacit&#233; sera bient&#244;t reconnue. Veut-on leur &#233;pargner cela et adoucir pour eux la rigueur de la loi, on le peut ais&#233;ment en s'appuyant sur des pr&#233;c&#233;dents connus. En Autriche, du temps de la monarchie, en accorda plus d'une fois &#224; de notoires &#171; gu&#233;risseurs &#187; l'autorisation expresse, ad personam, d'exercer la m&#233;decine, de par la conviction qu'on avait de leur capacit&#233;. C'&#233;taient surtout des rebouteux de village, et la caution en &#233;tait chaque fois une des si nombreuses archiduchesses d'alors. Mais il en devrait pouvoir &#234;tre de m&#234;me dans les villes et pour d'autres motifs, avec une garantie d'ordre exclusivement technique. Plus grave serait l'effet d'une telle interdiction sur l'Institut analytique de Vienne, qui ne pourrait plus accueillir ni former de candidats pris hors des cercles m&#233;dicaux. Ainsi, en Autriche, on aurait &#224; nouveau &#233;touff&#233; une activit&#233; intellectuelle qui demeure autre part libre de s'&#233;panouir. Je suis le dernier &#224; me pr&#233;tendre comp&#233;tent en mati&#232;re de lois et de d&#233;crets. Mais je m'y entends assez pour voir qu'une application plus stricte de la loi autrichienne sur l'exercice ill&#233;gal de la m&#233;decine ne va pas dans le sens de notre tendance g&#233;n&#233;rale actuelle qui est de conformer les lois autrichiennes aux lois allemandes. Et je vois de plus que l'application &#224; la psychanalyse de la loi sur l'exercice ill&#233;gal de la m&#233;decine est une sorte d'anachronisme, car &#224; l'&#233;poque de sa promulgation il n'y avait pas encore d'analyse et la nature sp&#233;ciale des maladies nerveuses n'&#233;tait pas encore reconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en viens &#224; la question qu'il me semble plus important de discuter. L'exercice de la psychanalyse doit-il &#234;tre soumis &#224; l'intervention officielle, ou bien est-il pr&#233;f&#233;rable de l'abandonner &#224; son &#233;volution naturelle ? Je ne la r&#233;soudrai certes pas ici, mais je prends la libert&#233; de proposer ce probl&#232;me &#224; vos m&#233;ditations. En Autriche r&#233;gna de tout temps une vraie &#171; furor prohibendi &#187;, une tendance &#224; maintenir en tutelle, &#224; intervenir, &#224; d&#233;fendre, qui, nous le savons tous, n'a pas port&#233; de tr&#232;s bons fruits. Il semblerait que dans l'Autriche nouvelle, l'Autriche r&#233;publicaine, presque rien de cela n'ait chang&#233;. Supposons qu'en la question qui nous occupe, la d&#233;cision &#224; prendre au sujet de la psychanalyse, vous ayez un conseil important &#224; offrir : je ne sais si vous aurez l'envie ou la possibilit&#233; de vous opposer aux tendances bureaucratiques. Je vais en tout cas vous exposer mon humble opinion. Je pense qu'un surcro&#238;t de d&#233;crets et d'interdictions nuit &#224; l'autorit&#233; de la loi. On le peut observer : o&#249; n'existent que peu d'interdictions, elles sont ob&#233;ies ; o&#249; l'on se heurte &#224; chaque pas &#224; des d&#233;fenses, la tentation de les enfreindre est vite ressentie. On n'a en outre pas besoin d'&#234;tre un anarchiste pour voir que les lois et les d&#233;crets, au regard de leur origine, ne jouissent d'un caract&#232;re ni sacr&#233; ni invuln&#233;rable. Souvent ils sont pauvres par le fond, insuffisants, blessants pour notre sens de la justice, ou le deviennent avec le temps, et alors, &#233;tant donn&#233; l'inertie g&#233;n&#233;rale des dirigeants, il ne reste d'autre moyen pour corriger ces lois p&#233;rim&#233;es que de les enfreindre de bon c&#339;ur ! De plus, il est sage, quand on veut maintenir le respect des lois et des d&#233;crets, de n'en pas &#233;dicter dont on ne puisse ais&#233;ment surveiller s'ils sont observ&#233;s ou enfreints. Plus d'un point que nous avons trait&#233; &#224; propos de l'analyse par les m&#233;decins pourrait &#234;tre repris ici au sujet de l'analyse par les non-m&#233;decins, que la loi voudrait &#233;touffer, L'analyse a une allure des plus modestes, elle n'emploie ni m&#233;dicaments ni instruments, elle consiste en conversations et &#233;changes d'id&#233;es : il sera malais&#233; de convaincre d'exercice ill&#233;gal de l'analyse une personne qui peut r&#233;pliquer qu'elle donne simplement des explications, des consolations, et cherche humainement &#224; exercer une influence bienfaisante sur des malheureux dont l'&#233;tat d'&#226;me le r&#233;clame. On ne peut pourtant pas interdire cela pour la seule raison qu'il arrive parfois au m&#233;decin d'en faire autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays de langue anglaise, les pratiques de la &#171; Christian Science &#187; ont pris une grande extension : c'est une sorte de n&#233;gation dialectique du &#171; mal &#187; par le moyen des doctrines du christianisme. Ce n'est pas ici le lieu de pr&#233;tendre qu'il y a l&#224; un regrettable errement de l'esprit humain, mais qui songerait, en Am&#233;rique ou en Angleterre, &#224; interdire ces pratiques et &#224; les frapper de sanctions ? L'autorit&#233; sup&#233;rieure est-elle donc chez nous si certaine de conna&#238;tre le vrai chemin de la f&#233;licit&#233; pour oser, comme elle veut le faire, emp&#234;cher chacun de prendre son bonheur o&#249; il le trouve ? Et en admettant que bien des hommes, laiss&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, se missent en p&#233;ril et vinssent &#224; mal, l'autorit&#233; ne ferait-elle pas mieux de soigneusement d&#233;limiter les domaines qui devraient vraiment rester inaccessibles, et, pour le reste, d'abandonner les humains, autant que possible, aux le&#231;ons de leur propre exp&#233;rience et de l'influence r&#233;ciproque qu'ils peuvent exercer les uns sur les autres ? La psychanalyse est quelque chose de si nouveau dans le monde, les masses la connaissent si peu, l'attitude de la science officielle est envers elle si h&#233;sitante, qu'il me semble pr&#233;matur&#233; de troubler son &#233;volution par des r&#232;glements l&#233;gaux. Laissons les malades eux-m&#234;mes faire la d&#233;couverte qu'il leur est dommageable de rechercher une assistance psychique aupr&#232;s de personnes qui n'ont pas appris comment l'offrir. &#201;clairons les malades, pr&#233;venons-les du danger : nous nous &#233;pargnerons ainsi de leur imposer des d&#233;fenses. Sur les grand-routes d'Italie les poteaux t&#233;l&#233;graphiques portent la courte et &#233;loquente inscription : &#171; Chi tocca muore. &#187; (Qui touche meurt.) Cela suffit amplement pour r&#233;glementer la conduite des passants envers les fils qui pourraient venir &#224; pendre. Les inscriptions allemandes correspondantes sont d'une prolixit&#233; superflue et presque blessante : &#171; Das Ber&#252;hren der Leitdr&#228;hte ist, weil lebensgef&#228;hrlich, strengstens verboten. &#187; (Il est formellement interdit de toucher aux fils parce que cela implique danger de mort.) Pourquoi imposer cette d&#233;fense ? Qui tient &#224; sa vie se la fait lui-m&#234;me, et qui a envie de se suicider ainsi n'en demande pas l'autorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Il est pourtant des cas que l'on pourrait invoquer dans ce d&#233;bat contre l'analyse par les non-m&#233;decins. Je veux parler de l'interdiction d'hypnotiser si l'on n'est pas m&#233;decin et, r&#233;cemment, de la d&#233;fense de tenir des s&#233;ances d'occultisme et de fonder des soci&#233;t&#233;s spirites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne puis vraiment pas admirer ces mesures, dont la derni&#232;re est une indiscutable atteinte de notre police &#224; la libert&#233; de pens&#233;e. On ne peut me soup&#231;onner d'avoir une grande foi aux ph&#233;nom&#232;nes spirites ou bien de ressentir un besoin immense de les voir reconnus. Mais de telles d&#233;fenses ne sauraient &#233;touffer l'attrait des hommes pour le myst&#232;re. Peut-&#234;tre a-t-on, au contraire, eu grand tort et barr&#233; la route &#224; la science impartiale, l'emp&#234;chant ainsi d'arriver, sur ces oppressantes possibilit&#233;s, &#224; un jugement lib&#233;rateur. Mais cela encore ne regarde que l'Autriche. En d'autres pays, l'investigation &#171; parapsychique &#187; ne se heurte &#224; aucun obstacle l&#233;gal. Le cas de l'hypnotisme se pr&#233;sente un peu autrement que celui de l'analyse. L'hypnose am&#232;ne un &#233;tat psychique anormal qui n'est plus employ&#233;, de nos jours, par les non-m&#233;decins que comme moyen d'exhibition. La th&#233;rapeutique par l'hypnose aurait-elle tenu ce qu'elle promettait au d&#233;but, les m&#234;mes questions se poseraient sans doute pour elle aujourd'hui que pour l'analyse. De moins, l'histoire de l'hypnotisme est-elle, en une autre direction, un pr&#233;c&#233;dent permettant de pr&#233;voir le sort de l'analyse. Quand j'&#233;tais jeune dozent en neuropathologie, les m&#233;decins fulminaient avec la derni&#232;re violence contre l'hypnotisme, le stigmatisaient &#171; charlatanerie &#187;, oeuvre du d&#233;mon et intervention des plus dangereuses. Aujourd'hui ils ont monopolis&#233; le m&#234;me hypnotisme, l'emploient sans crainte comme m&#233;thode d'exploration et bien des sp&#233;cialistes des nerfs voient encore en lui l'arme principale de leur arsenal th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous l'ai d&#233;j&#224; dit : je ne songe pas &#224; faire de propositions impliquant position d&#233;j&#224; prise dans la question : vaut-il mieux r&#233;glementer ou laisser faire en mati&#232;re d'analyse ? Je le sais, c'est l&#224; une question de principe, et les personnes appel&#233;es &#224; y r&#233;pondre le feront sans doute bien plus sous l'influence de leurs sentiments que d'apr&#232;s les arguments. J'ai d&#233;j&#224; expos&#233; ce qui me semble parler en faveur d'une politique du &#171; laissez. faire &#187;. Mais devrait-on se r&#233;soudre, au contraire, &#224; une politique d'intervention active, alors cette mesure boiteuse et injuste, l'interdiction radicale de l'analyse aux non-m&#233;decins, me semble tr&#232;s insuffisante. Il faut alors faire davantage, r&#233;glementer les conditions sous lesquelles l'exercice de l'analyse sera permis, et ceci, pour tous ceux sans exception qui veulent s'y consacrer ; il faut cr&#233;er un organe, une autorit&#233; qui puisse dire ce qu'est l'analyse, quelle pr&#233;paration elle exige, et offrir la possibilit&#233; de s'y instruire. Ainsi il faut ou ne se m&#234;ler en rien de la chose ou y apporter de l'ordre et de la clart&#233;, mais surtout ne pas intervenir &#224; l'aveuglette dans une situation embrouill&#233;e, en brandissant une interdiction isol&#233;e. Car celle-ci d&#233;rive, de fa&#231;on machinale, d'une prescription devenue inad&#233;quate dans ce cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui. Mais les m&#233;decins, les m&#233;decins ! Je ne puis vous amener &#224; entrer dans notre sujet. Vous me glissez sans cesse entre les doigts. Il s'agit de savoir si l'on doit accorder aux m&#233;decins seuls le droit d'exercer l'analyse, &#224; mon avis apr&#232;s qu'ils auraient rempli certaines conditions. Les m&#233;decins ne sont pas dans leur ensemble les charlatans de l'analyse que vous avez d&#233;peints. Vous le dites vous-m&#234;me : la tr&#232;s grande majorit&#233; de vos &#233;l&#232;ves et de vos disciples est constitu&#233;e par des m&#233;decins. Et on m'a laiss&#233; entendre que ceux-ci ne partagent en aucune fa&#231;on votre mani&#232;re de voir concernant la question de l'analyse par les non-m&#233;decins. Je dois bien entendu admettre que vos &#233;l&#232;ves se rallient &#224; vos exigences relatives &#224; la formation technique des analystes, etc., et cependant ces m&#234;mes &#233;l&#232;ves trouvent avec cela compatible de fermer l'acc&#232;s de l'analyse aux non-m&#233;decins. Ceci est-il exact ? Et alors, comment l'expliquez-vous ? &#187; - Je le vois, vous &#234;tes bien inform&#233;. Ceci est exact. Ce-pendant pas tous, mais un bon nombre de mes collaborateurs m&#233;dicaux ne me suit pas ici, et prend parti pour le droit exclusif des m&#233;decins &#224; l'analyse des n&#233;vropathes. Vous voyez par l&#224; que, m&#234;me dans notre camp, il peut y avoir des divergences d'opinion. Ma prise de parti est connue et l'opposition de nos points de vue, en cette mati&#232;re, ne trouble pas notre entente. Vous voulez que je vous explique cette attitude de mes &#233;l&#232;ves ? Je ne sais quoi vous en dire, je la crois due &#224; la force de l'esprit de corps. Ils ont &#233;volu&#233; sur d'autres lignes que moi-m&#234;me, ressentent comme un malaise l'isolement d'avec leurs coll&#232;gues, voudraient bien &#234;tre regard&#233;s comme pleinement autoris&#233;s par la profession &#224; laquelle ils appartiennent et sont pr&#234;ts, en &#233;change de la tol&#233;rance qu'ils esp&#232;rent, &#224; faire un sacrifice sur un point qui ne leur semble pas personnelle-ment vital. Peut-&#234;tre en est-il autrement. Supposer &#224; mes &#233;l&#232;ves des mobiles issus de la peur de la concurrence, ce serait non seulement les accuser d'avoir l'esprit assez bas, mais aussi leur attribuer une vue bien courte. Ils sont donc toujours pr&#234;ts &#224; former d'autres m&#233;decins &#224; la pratique analytique et qu'ils aient &#224; partager les malades disponibles avec des coll&#232;gues ou avec des non-m&#233;decins, cela ne peut rien changer &#224; leur situation mat&#233;rielle. Un autre facteur doit probablement &#234;tre mis en ligne de compte. Mes &#233;l&#232;ves sont sans doute influenc&#233;s par la pens&#233;e de certains facteurs qui assurent au m&#233;decin, dans la pratique analytique, un avantage indubitable sur le non-m&#233;decin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Nous y voil&#224; ! Un avantage indubitable ! Ainsi vous l'avouez enfin ! La question est par l&#224; tranch&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'aveu ne m'en sera pas difficile. Cela vous fera voir que je ne m'aveugle pas si compl&#232;tement que vous le supposez. J'avais recul&#233; la discussion de ce point, parce que cette discussion va exiger &#224; nouveau des consid&#233;rations th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Qu'entendez-vous par l&#224; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il y a d'abord la question de diagnostic. Quand on prend en analyse un malade qui souffre de d&#233;sordres dits nerveux, on veut auparavant acqu&#233;rir la certitude - autant du moins qu'on la peut avoir - que cette th&#233;rapeutique convient &#224; son cas, qu'on pourra lui faire ainsi du bien. Or il faut pour cela que sa maladie soit vraiment une n&#233;vrose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; J'aurais cru qu'on pouvait justement reconna&#238;tre la nature de son mal aux manifestations, aux sympt&#244;mes dont il se plaint. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et ici appara&#238;t une nouvelle complication. On ne peut pas toujours reconna&#238;tre la nature du mal avec une certitude enti&#232;re. Le malade peut offrir le tableau ext&#233;rieur d'une n&#233;vrose et pourtant couver autre chose : le d&#233;but d'une maladie mentale incurable, les prodromes d'un processus destructif du cerveau. Il n'est pas toujours ais&#233; de distinguer, de faire le diagnostic diff&#233;rentiel, et de le poser imm&#233;diatement &#224; chaque phase. La responsabilit&#233; d'un tel diagnostic ne peut bien entendu &#234;tre prise que par le m&#233;decin. T&#226;che, nous l'avons vu, pas toujours facile. La maladie peut garder longtemps une allure inoffensive, jusqu'&#224; ce que sa mauvaise nature &#233;clate tout &#224; coup. On rencontre donc r&#233;guli&#232;rement chez presque tous les n&#233;vropathes la peur de devenir fou. Le m&#233;decin m&#233;conna&#238;t-il un certain temps un cas pareil, ou bien ne peut-il d&#232;s l'abord porter un jugement, il importe peu : aucun mal ne peut &#234;tre accompli et rien n'arrivera qui ne d&#251;t arriver. Le traitement analytique n'aurait pas fait de mal &#224; ce malade, mais l'inutilit&#233; d'un tel effort appara&#238;trait. De plus, on trouvera certes assez de gens pour porter au compte de l'analyse ce f&#226;cheux succ&#232;s. Injustement &#224; coup s&#251;r, mais mieux vaut l'&#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; qui est d&#233;sesp&#233;rant. Tout ce que vous m'aviez expos&#233; sur la nature et l'origine des n&#233;vroses est, du coup, jet&#233; &#224; terre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nullement. Cela confirme simplement ce que je vous avais dit : les n&#233;vros&#233;s sont un ennui et un embarras pour tout le monde, m&#234;me pour les analystes. Peut. &#234;tre dissiperai-je votre trouble si je m'exprime plus correctement. Il serait plus juste de dire ainsi : les cas qui nous occupent en ce moment ont vraiment fait une n&#233;vrose, seulement cette n&#233;vrose, au lieu d'&#234;tre psychog&#232;ne, est somatog&#232;ne, a des causes, non pas psychiques, mais corporelles. Me comprenez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Oui, mais je ne puis concilier ce point de vue avec l'autre, le psycho-logique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est pourtant possible, si l'on tient compte des complications r&#233;gnant au sein de la substance vivante. Quelle est, avons-nous dit, l'essence d'une n&#233;vrose ? Le &#171; moi &#187;, cette organisation sup&#233;rieure de l'appareil psychique qui s'est d&#233;velopp&#233;e sous l'influence du monde ext&#233;rieur, n'y serait plus capable de remplir sa fonction m&#233;diatrice entre le &#171; &#231;a &#187; et la r&#233;alit&#233;, se retirerait, dans sa faiblesse, de toute une r&#233;gion du domaine instinctif du &#171; &#231;a &#187;, et devrait subir les cons&#233;quences de cette abdication sous forme de limitations &#224; son pouvoir, de sympt&#244;mes et de r&#233;actions qui n'arrivent jamais &#224; remplir leur but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tous, dans l'enfance, eu un &#171; moi &#187; ainsi d&#233;bile ; c'est pourquoi les premiers &#233;v&#233;nements de notre existence ont une si grande importance pour la vie ult&#233;rieure. La t&#226;che sous laquelle ploie notre enfance est &#233;crasante, nous devons, en peu d'ann&#233;es, parcourir l'&#233;volution, la distance &#233;norme qui s&#233;pare le primitif de l'&#226;ge de la pierre de l'homme civilis&#233; actuel, en particulier y parer aux aspirations sans frein encore de l'instinct sexuel infantile. C'est alors que notre &#171; moi &#187; recourt au refoulement et subit une n&#233;vrose infantile dont le r&#233;sidu, entra&#238;n&#233; jusqu'en la maturit&#233; de la vie, nous dispose aux maladies nerveuses ult&#233;rieures. Tout d&#233;pend alors de la mani&#232;re dont l'&#234;tre grandi sera trait&#233; par le destin. La vie lui est-elle trop dure, la distance trop grande entre les exigences de ses instincts et les obstacles qu'apporte &#224; leur satisfaction la r&#233;alit&#233;, le &#171; moi &#187; peut &#233;chouer dans ses efforts de m&#233;diation conciliatrice, et cela aura d'autant plus de chances d'arriver qu'il sera davantage entrav&#233; de par la disposition apport&#233;e d&#232;s l'enfance. Il reproduit alors son processus ancien de refoulement, les instincts s'arrachent &#224; la ma&#238;trise du &#171; moi &#187;, se cr&#233;ent, par la voie de la r&#233;gression, des satisfactions substitutives et le pauvre &#171; moi &#187; d&#233;sarm&#233; est devenu n&#233;vrotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne perdons pas de vue que le n&#339;ud et la charni&#232;re de toute la situation, c'est la force relative de l'organisation du &#171; moi &#187;. Il nous est alors ais&#233; de compl&#233;ter notre tableau d'ensemble &#233;tiologique. Nous connaissons d&#233;j&#224;, comme causes, pourrait-on dire, normales de la &#171; nervosit&#233; &#187;, la d&#233;bilit&#233; infantile du &#171; moi &#187;, la t&#226;che d'avoir &#224; ma&#238;triser les aspirations sexuelles pr&#233;coces, et l'action des &#233;v&#233;nements, plut&#244;t fils du hasard, de la premi&#232;re enfance. Mais n'est-il pas possible que jouent aussi leur r&#244;le d'autres facteurs, datant du temps qui pr&#233;c&#233;da l'enfance ? Par exemple, des instincts particuli&#232;rement forts et indomptables dans le &#171; &#231;a &#187;, imposant d&#232;s l'abord au &#171; moi &#187; des devoirs au-dessus de son pouvoir ? Ou bien, pour des raisons inconnues, une faible capacit&#233; de se d&#233;velopper du &#171; moi &#187; ? Naturellement de tels facteurs ont une importance &#233;tiologique, qui dans bien des cas peut &#234;tre d&#233;terminante. Nous devons toujours tenir compte de la puissance des instincts dans le &#171; &#231;a &#187; ; o&#249; elle est excessivement grande, le pronostic de notre th&#233;rapeutique est mauvais. Les causes faisant obstacle au d&#233;veloppement du &#171; moi &#187; nous &#233;chappent encore. Tels seraient les cas de n&#233;vrose &#224; base essentiellement constitutionnelle. D'ailleurs, sans quelque condition favorisante constitutionnelle, cong&#233;nitale, il est probable qu'aucune n&#233;vrose ne pourrait &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tant est qu'une d&#233;bilit&#233; relative du &#171; moi &#187; soit le facteur d&#233;cisif pour donner naissance aux n&#233;vroses, une maladie somatique ult&#233;rieure doit pouvoir aussi engendrer une n&#233;vrose en affaiblissant le &#171; moi &#187;. Et tel est aussi le cas dans une large mesure. Un d&#233;sordre dans l'&#233;conomie du corps peut int&#233;resser, dans le &#171; &#231;a &#187;, la vie des instincts, et exalter les forces instinctives au-del&#224; des limites dans lesquelles le &#171; moi &#187; les pouvait encore ma&#238;triser. Le prototype normal de tels processus nous est offert par les transformations profondes que subit la femme au moment de l'&#233;tablissement de la menstruation ou &#224; la m&#233;nopause. Ou bien une maladie g&#233;n&#233;rale du corps, particuli&#232;rement une l&#233;sion organique de l'appareil nerveux central, atteint &#224; sa source la nutrition de l'appareil psychique, l'oblige &#224; fonctionner sur un plan inf&#233;rieur et &#224; suspendre ses plus d&#233;licates fonctions, comme le maintien de l'organisation du &#171; moi &#187;. Dans tous ces cas, la n&#233;vrose pr&#233;sente &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me tableau ; la n&#233;vrose a toujours le m&#234;me m&#233;canisme psychologique, bien que l'&#233;tiologie en soit aussi diverse que compliqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Vous me plaisez mieux maintenant. Vous parlez enfin en m&#233;decin. Et j'en attends de vous l'aveu : quelque chose d'aussi m&#233;dicalement compliqu&#233; qu'une n&#233;vrose ne peut donc &#234;tre trait&#233; que par un m&#233;decin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je crains que vous ne tiriez l&#224; par-dessus le but, Ce que nous venons de dire, c'est de la pathologie, et l'analyse n'est qu'une pratique th&#233;rapeutique. J'accorde, non, j'exige que le m&#233;decin, dans chaque cas o&#249; il pourrait s'agir d'une analyse, pose d'abord le diagnostic. La plupart des n&#233;vroses qui nous occupent sont heureusement nettement psychog&#232;nes et au-dessus de tout soup&#231;on du point de vue pathologique. Le m&#233;decin l'a-t-il une loir, constat&#233;, il peut en tout repos abandonner le traitement &#224; l'analyste non m&#233;decin. Il en lut toujours ainsi dans nos soci&#233;t&#233;s analytiques. Gr&#226;ce au contact intime existant entre les membres m&#233;decins et non m&#233;decins, les erreurs qu'on e&#251;t pu craindre ont &#233;t&#233; pour ainsi dire enti&#232;rement &#233;vit&#233;es. Un second cas peut encore se pr&#233;senter o&#249; l'analyste doive avoir recours au m&#233;decin. Au cours du traitement analytique peuvent appara&#238;tre des sympt&#244;mes - il s'agit ici des corporels - dont on peut douter s'ils sont en simple rapport avec la n&#233;vrose ou &#233;manent d'un d&#233;sordre organique ind&#233;pendant. Le m&#233;decin peut seul, &#224; nouveau, d&#233;cider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Ainsi, m&#234;me pendant J'analyse, l'analyste non m&#233;decin ne peut pas se passer du m&#233;decin ! Un argument de plus contre lui ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Non, ceci n'en est pas un. Car l'analyste m&#233;decin, dans ce cas, n'agirait pas autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je ne comprends plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous avons en effet &#233;tabli cette r&#232;gle technique quand ces sympt&#244;mes &#233;quivoques apparaissent pendant le traitement, l'analyste ne doit pas les sou-mettre &#224; son propre jugement, mais faire examiner son patient par un m&#233;decin n'ayant rien &#224; voir avec l'analyse, m&#234;me s'il est lui-m&#234;me m&#233;decin et se fie encore &#224; ses connaissances m&#233;dicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et pourquoi cette prescription, qui me semble vraiment superflue ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Elle n'est pas superflue, elle a m&#234;me plusieurs raisons. En premier lieu, il n'est pas ais&#233; de faire op&#233;rer un traitement organique et un traitement psychique &#224; la fois par une m&#234;me personne ; en second lieu, l'&#233;tat du transfert peut rendre peu recommandable un examen corporel du patient par l'analyste, troisi&#232;mement l'analyste est en droit de douter de sa propre impartialit&#233;, son int&#233;r&#234;t &#233;tant trop intens&#233;ment orient&#233; vers les facteurs psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Votre attitude envers les analystes non m&#233;decins me devient claire. Au fond, vous tenez &#224; ce qu'il y en ait. Mais ne pouvant nier leur insuffisance au regard de leur t&#226;che, vous m'apportez tout ce qui peut servir &#224; innocenter et faciliter leur existence. Quant &#224; moi, je ne parviens pas &#224; voir la n&#233;cessit&#233; qu'il y ait des analystes non m&#233;decins qui, apr&#232;s tout, ne peuvent &#234;tre que des th&#233;rapeutes de deuxi&#232;me classe. Je veux bien fermer les yeux sur l'activit&#233; des quelques non-m&#233;decins qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; form&#233;s comme analystes, mais on ne devrait plus en former d'autres et les instituts didactiques devraient s'engager &#224; ne plus ouvrir leurs portes qu'aux m&#233;decins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je serai d'accord avec vous si l'on peut me montrer qu'ainsi seraient servis tous les int&#233;r&#234;ts en jeu. Avouez avec moi que ces int&#233;r&#234;ts sont de trois sortes : ceux des malades, ceux des m&#233;decins et ceux - last not least - de la science, qui embrasse les int&#233;r&#234;ts de tous les malades &#224; venir. Voulez-vous que nous examinions ensemble ces trois points ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au malade, peu importe que son analyste soit m&#233;decin ou non, pour-vu que le danger d'une m&#233;connaissance de son &#233;tat soit &#233;cart&#233;, ce qu'assure l'examen m&#233;dical avant le d&#233;but du traitement et ceux que les incidents survenus en cours peuvent rendre n&#233;cessaires. Il importe pour lui bien davantage que l'analyste poss&#232;de des qualit&#233;s personnelles qui attirent et gardent la confiance, et que celui-ci ait acquis ces connaissances, ces vues et cette exp&#233;rience qui seules le rendent apte &#224; remplir sa t&#226;che. On pourrait croire qu'est &#233;branl&#233;e l'autorit&#233; d'un analyste dont le patient sait qu'il n'est pas m&#233;decin et doit recourir, en plus d'une situation, &#224; un m&#233;decin. Nous n'avons bien entendu jamais n&#233;glig&#233; de renseigner le patient sur la qualification de l'analyste, et avons pu nous convaincre que les pr&#233;jug&#233;s professionnels, restent sans &#233;cho en lui, qu'il est pr&#234;t &#224; accepter la gu&#233;rison de quelque part qu'elle lui soit offerte - ce que d'ailleurs le corps m&#233;dical, &#224; sa grande mortification, sait depuis longtemps. Les analystes non m&#233;decins qui exercent aujourd'hui l'analyse ne sont d'ailleurs pas les premiers venus, des individus ramass&#233;s n'importe o&#249;, mais des personnes ayant re&#231;u une instruction sup&#233;rieure, des docteurs en philosophie. des p&#233;dagogues, et quelques femmes ayant une grande exp&#233;rience de la vie et une personnalit&#233; &#233;minente, L'analyse &#224; laquelle tous les candidats d'un institut didactique doivent se soumettre eux-m&#234;mes est en m&#234;me temps le meilleur moyen de s'&#233;clairer sur leurs aptitudes personnelles &#224; exercer une profession qui exige d'eux tant de qualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en &#224; l'int&#233;r&#234;t des m&#233;decins. Je ne puis croire que leur int&#233;r&#234;t professionnel serait servi par l'incorporation de la psychanalyse &#224; la m&#233;decine. Les &#233;tudes m&#233;dicales durent d&#233;j&#224; cinq ans, les derniers examens empi&#232;tent sur la sixi&#232;me ann&#233;e. Sans cesse s'imposent aux &#233;tudiants de nouvelles exigences qu'il faut remplir sous peine d'aborder l'avenir m&#233;dical avec un insuffisant bagage. L'acc&#232;s &#224; la profession m&#233;dicale est tr&#232;s difficile, l'exercice n'en est ni tr&#232;s satisfaisant ni tr&#232;s dangereux. Adopte-t-on le point de vue que le m&#233;decin doive encore se familiariser avec le c&#244;t&#233; psychique des maladies, ajoute-t-on au temps d&#233;j&#224; si long d'instruction m&#233;dicale encore le temps n&#233;cessaire &#224; apprendre l'analyse, cela &#233;quivaudra &#224; enfler encore la mati&#232;re &#224; absorber et &#224; allonger dans la m&#234;me proportion les ann&#233;es d'&#233;tudes. Je me demande si les m&#233;decins seront tr&#232;s satisfaits de cette cons&#233;quence d&#233;riv&#233;e de leur exclusive pr&#233;tention &#224; la psychanalyse. On ne peut pourtant y &#233;chapper. Et ceci en un temps o&#249; les conditions mat&#233;rielles de l'existence ont tellement empir&#233; justement pour les classes o&#249; se recrutent les m&#233;decins, en un temps o&#249; la jeune g&#233;n&#233;ration se voit contrainte &#224; se suffire au plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ne voulez peut-&#234;tre pas surcharger les &#233;tudes m&#233;dicales de la p&#233;n&#233;tration &#224; la pratique analytique. Vous croyez peut-&#234;tre plus appropri&#233; que les futurs analystes ne se soucient de la formation sp&#233;ciale voulue qu'apr&#232;s avoir achev&#233; leur m&#233;decine. Vous pouvez dire que le temps ainsi perdu ne compte pratiquement pas, car un jeune homme de moins de trente ans n'obtiendra pas du malade cette confiance indispensable &#224; qui pr&#233;tend offrir une aide morale. On pourrait r&#233;pondre que le m&#233;decin frais &#233;moulu de l'&#233;cole n'a pas non plus, tout en ne soignant que leurs corps, &#224; compter sur un respect excessif de la part des malades, et que le jeune analyste pourrait tr&#232;s bien employer son temps &#224; travailler dans une clinique psychanalytique, sous le contr&#244;le de praticiens exp&#233;riment&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus important me semble ceci : vous vous prononcez en faveur d'un pro&#172;jet qui, vous suiv&#238;t-on, r&#233;aliserait un gaspillage de forces vraiment peu justifi&#233; du point de vue &#233;conomique, en notre &#233;poque si profond&#233;ment perturb&#233;e. La formation analytique vient certes recouper le cercle de l'enseignement m&#233;dical, mais ne le recouvre pas et n'est pas recouverte par lui. Si l'on avait -id&#233;e qui semble aujourd'hui fantastique ! - &#224; fonder une facult&#233; analytique, on y enseignerait certes bien des mati&#232;res que l'&#201;cole de m&#233;decine enseigne aussi : &#224; c&#244;t&#233; de la &#171; psychologie des profondeurs &#187;, celle de l'inconscient, qui reste&#172;rait toujours la pi&#232;ce de r&#233;sistance, il faudrait y apprendre, dans une mesure aussi large que possible, la science de la vie sexuelle, et y familiariser les &#233;l&#232;ves avec les tableaux cliniques de la psychiatrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, l'enseignement analytique embrasserait aussi des branches fort &#233;trang&#232;res au m&#233;decin et dont il n'entrevoit pas m&#234;me l'ombre au cours de l'exercice de sa profession : l'histoire de la civilisation, la mythologie, la psychologie des religions, l'histoire et la critique litt&#233;raires. S'il n'est pas bien orient&#233; dans tous ces domaines, l'analyste demeure d&#233;sempar&#233; devant un grand nombre des ph&#233;nom&#232;nes qui s'offrent &#224; lui. Par contre, la part la plus consid&#233;rable de ce qu'enseigne l'&#201;cole de m&#233;decine ne peut lui servir de rien. Ni la connaissance des os du tarse, ni celle de la constitution des hydrates de carbone, ou du parcours des fibres nerveuses du cerveau, ni rien de ce que la m&#233;decine a mis au jour concernant les microbes, facteurs des maladies et la fa&#231;on de les combattre, ou bien les r&#233;actions s&#233;riques et les n&#233;oplasmes - quelque valeur qu'aient toutes ces d&#233;couvertes en soi - n'importe &#224; l'analyste, ne le regarde, ne l'aide directement &#224; comprendre et gu&#233;rir une n&#233;vrose, ni indirectement ne concourt &#224; aiguiser chez lui ces facult&#233;s intellectuelles qu'exige imp&#233;rieusement sa profession. Qu'on ne nous objecte pas que le cas serait analogue si le m&#233;decin se d&#233;cidait pour toute autre sp&#233;cialit&#233;, par exemple pour l'art dentaire. L&#224; aussi il peut n'avoir plus besoin d'un grand nombre des connaissances qui furent la mati&#232;re de ses examens, et doit apprendre apr&#232;s coup bien des choses que l'&#233;cole ne lui enseigna pas : cepen-dant les deux cas ne sont pas comparables. Car, pour l'art dentaire, les grandes vues de la pathologie, les doctrines de l'inflammation, de la suppuration, de la n&#233;crose, de l'action r&#233;ciproque des organes les uns sur les autres, conservent leur valeur ; l'analyste au contraire est entra&#238;n&#233; par la mati&#232;re qu'il traite en un autre univers pr&#233;sentant d'autres ph&#233;nom&#232;nes et d'autres lois. De quelque fa&#231;on que la philosophie s'en tire pour jeter un pont entre le corporel et le psychique, aux yeux de notre exp&#233;rience l'ab&#238;me entre les deux subsiste et nos efforts pratiques sont forc&#233;s de le reconna&#238;tre en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est injuste, et contraire au but vis&#233;, de contraindre celui qui d&#233;sire lib&#233;rer son prochain du tourment d'une phobie ou d'une obsession &#224; faire d'abord l'immense d&#233;tour de toute la m&#233;decine. Et cela ne pourra d'ailleurs r&#233;ussir, &#224; moins qu'on ne parvienne &#224; &#233;touffer l'analyse elle-m&#234;me. Figurez-vous un paysage dans lequel deux chemins m&#232;nent &#224; un certain point de vue : l'un court et droit, l'autre long, indirect et tortueux. Vous aurez beau essayer d'interdire le plus court chemin par le moyen d'un &#233;criteau, peut-&#234;tre parce qu'il traverse quelques plates-bandes fleuries que vous voudriez voir &#233;pargner : votre interdiction n'aura de chance d'&#234;tre respect&#233;e que si le chemin le plus court est escarp&#233; et p&#233;nible, tandis que le plus long monte en pente douce. Mais en est-il autrement, le d&#233;tour est-il au contraire le plus fatigant des deux chemins, vous pouvez ais&#233;ment pr&#233;sumer et de l'efficacit&#233; de votre interdiction et du sort de vos plates-bandes. Je crains que vous ne puissiez pas plus forcer les analystes non m&#233;decins &#224; &#233;tudier la m&#233;decine que moi je ne parviendrai &#224; persuader les m&#233;decins d'apprendre l'analyse. Vous connaissez donc la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Mais si le traitement analytique ne peut &#234;tre entrepris sans formation appropri&#233;e, si les &#233;tudes m&#233;dicales ne sont pas &#224; m&#234;me de supporter la charge suppl&#233;mentaire d'une telle formation, si, de plus, les connaissances m&#233;dicales sont pour la plupart superflues &#224; l'analyste, si vous avez raison dans tout cela, alors qu'advient-il de la repr&#233;sentation id&#233;ale que nous &#233;tions accoutum&#233;s &#224; nous faire du m&#233;decin, du m&#233;decin qui devrait &#234;tre &#224; la hauteur de tous les devoirs de sa profession ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne puis pr&#233;voir quelle issue se trouvera &#224; toutes ces difficult&#233;s, je ne suis pas non plus appel&#233; &#224; en proposer une. Mais je ne vois que deux choses : primo, l'analyse est, pour vous, un embarras. Mieux vaudrait qu'elle n'exist&#226;t pas ! - certes le n&#233;vros&#233; aussi est un embarras ! - et, secundo, provisoirement, tous les int&#233;r&#234;ts seront servis si les m&#233;decins se r&#233;solvent &#224; tol&#233;rer une classe de th&#233;rapeutes qui les d&#233;charge du p&#233;nible traitement des n&#233;vroses psycho&#172;g&#232;nes si fr&#233;quentes, et, au grand avantage de ces malades, reste en contact constant avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Est-ce l&#224; votre dernier mot, ou avez-vous encore quelque chose &#224; ajouter ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Certes, je veux encore m'occuper du troisi&#232;me int&#233;r&#234;t en jeu : celui de la science. Ce que j'ai &#224; en dire vous touchera peu, mais ne m'en importe que plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne trouvons en effet pas du tout d&#233;sirable que la psychanalyse soit engloutie par la m&#233;decine, qu'elle trouve son dernier g&#238;te dans les trait&#233;s de psychiatrie, au chapitre &#171; Th&#233;rapeutique &#187;, entre la suggestion hypnotique, l'autosuggestion, la persuasion, ou autres pratiques n&#233;es de notre ignorance et qui ne doivent leurs effets &#224; court terme qu'&#224; l'inertie et &#224; la l&#226;chet&#233; des foules humaines. Elle m&#233;rite un meilleur destin et il faut esp&#233;rer qu'elle l'aura. En tant que &#171; psychologie des profondeurs &#187;, doctrine de l'inconscient psychique, elle peut devenir indispensable &#224; toutes les sciences traitant de la gen&#232;se de la civilisation humaine et de ses grandes institutions, telles qu'art, religion, ordre social. Je l'entends ainsi : la psychanalyse a d&#233;j&#224; notablement aid&#233; &#224; r&#233;soudre les probl&#232;mes que posent ces sciences, mais ce ne sont l&#224; que de faibles contributions au regard de ce qu'elle pourrait faire quand historiens de la civilisation, psychologues des religions, linguistes seront mis &#224; m&#234;me de se servir eux-m&#234;mes du nouvel outil d'investigation que l'analyse leur met en main. La th&#233;rapeutique des n&#233;vroses n'est qu'une des applications de l'analyse, peut-&#234;tre l'avenir montrera-t-il qu'elle n'en est pas la plus importante. En tout cas il serait injuste de sacrifier &#224; une application toutes les autres, simplement parce que le domaine de cette application touche au cercle des int&#233;r&#234;ts m&#233;dicaux professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ici les choses sont reli&#233;es entre elles par un encha&#238;nement que l'on ne saurait troubler sans causer de dommage. Si les repr&#233;sentants des diverses sciences psychologiques ont &#224; apprendre la psychanalyse, afin d'appliquer ses m&#233;thodes et ses points de vue aux questions qui les int&#233;ressent, il ne suffira pas qu'ils s'en tiennent aux r&#233;sultats consign&#233;s dans la litt&#233;rature analytique. Mais ils devront apprendre &#224; comprendre l'analyse par la seule voie qui pour cela s'ouvre : en se soumettant eux-m&#234;mes &#224; une analyse. Aux n&#233;vropathes ayant besoin de l'analyse s'adjoindrait ainsi une seconde cat&#233;gorie de personnes y recourant pour des raisons intellectuelles, mais qui profiteront volontiers de l'&#233;l&#233;vation potentielle de leur capacit&#233; de travail obtenue en surplus. Or il faudra, pour accomplir ces analyses, un contingent d'analystes pour qui des connaissances &#233;ventuelles en m&#233;decine seront de faible importance. Mais ces analystes, comment dirai-je, enseignants auront d&#251; recevoir une formation particuli&#232;rement soign&#233;e. Si l'on ne veut pas que cette formation soit insuffisante, il faut fournir &#224; ces analystes l'occasion d'observer des cas instructifs, d&#233;monstratifs, et comme les hommes bien portants, et ne ressentant pas la soif de conna&#238;tre, ne se soumettent pas &#224; l'analyse, ce ne peuvent &#234;tre que des n&#233;vropathes sur lesquels les analystes enseignants feront l'apprentissage - sous un contr&#244;le attentif - de leur activit&#233; future, non m&#233;dicale. Tout ceci n&#233;cessite une certaine libert&#233; de mouvement et ne saurait s'accommoder de r&#233;glementations mesquines. Peut-&#234;tre ne croyez-vous pas &#224; cet int&#233;r&#234;t purement th&#233;orique de la psychanalyse, ou ne voulez-vous pas lui permettre d'avoir son mot &#224; dire dans la question pratique de l'analyse par les non-m&#233;decins. Laissez-moi alors vous faire observer qu'il existe encore une autre application de la psychanalyse que la loi sur l'exercice ill&#233;gal de la m&#233;decine ne saurait atteindre, et que les m&#233;decins auront peine &#224; revendiquer. Je veux parler de son application &#224; la p&#233;dagogie. Quand un enfant commence &#224; pr&#233;senter les signes d'une &#233;volution f&#226;cheuse, devient maussade, r&#233;calcitrant et inattentif, alors ni le m&#233;decin d'enfants, ni le m&#233;decin de l'&#233;cole ne pourront rien pour lui, m&#234;me si l'enfant pr&#233;sente des manifestations nerveuses pr&#233;cises telles qu'angoisse, anorexie, vomissements, insomnie. Ces sympt&#244;mes nerveux et les modifications de caract&#232;re qui en d&#233;rivent peuvent &#234;tre du m&#234;me coup supprim&#233;s par un traitement alliant l'influence analytique &#224; des mesures &#233;ducatrices, traitement qui ne saurait &#234;tre entrepris que par des personnes ne d&#233;daignant pas de s'occuper des conditions r&#233;gnant dans le milieu o&#249; vit l'enfant, et sachant s'ouvrir un acc&#232;s jusqu'&#224; son &#226;me. Nous avons appris &#224; comprendre l'importance des n&#233;vroses infantiles, qui souvent passent inaper&#231;ues, comme facteur essentiel pr&#233;disposant aux n&#233;vroses graves de la vie adulte, ce qui d&#233;signe ces analyses d'enfants comme une excellente prophylaxie. Il existe encore incontestablement des ennemis de l'analyse ; je ne sais par quels moyens ils pourront emp&#234;cher ces analystes p&#233;dagogues ou p&#233;dagogues analystes d'exercer leur activit&#233;. Cela ne me semble pas devoir leur &#234;tre facile. Mais il ne faut jamais &#234;tre trop s&#251;r de rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, pour en revenir &#224; la question du traitement analytique des n&#233;vros&#233;s adultes, nous n'avons pas non plus ici &#233;puis&#233; tous les points de vue ! Notre civilisation exerce une pression presque intol&#233;rable sur nous, elle demande un correctif. Est-il insens&#233; d'attendre de la psychanalyse qu'elle soit appel&#233;e, malgr&#233; toutes les difficult&#233;s qu'elle pr&#233;sente, &#224; offrir un jour aux hommes un semblable correctif ? Peut-&#234;tre un Am&#233;ricain aura-t-il un jour l'id&#233;e d'employer une partie de ses milliards &#224; faire faire l'&#233;ducation analytique de ses &#171; social workers &#187; et d'en constituer une arm&#233;e pour la lutte contre les n&#233;vroses, filles de notre civilisation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ah ! ah ! une nouvelle sorte d'Arm&#233;e du Salut ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi pas ? Notre imagination ne peut donc jamais travailler que d'apr&#232;s des mod&#232;les. Le flot de pros&#233;lytes qui inonderait alors l'Europe devrait &#233;viter Vienne, o&#249; l'analyse aurait subi un traumatisme pr&#233;coce enrayant son &#233;volution. Vous souriez ? Je ne dis pas cela pour corrompre votre jugement, je ne le dis certes pas pour cela ! Je le sais : vous ne me croyez pas, je ne puis d'ailleurs pas vous garantir qu'il en sera ainsi ! Mais je sais une chose. La d&#233;cision qui sera prise dans la question de l'analyse par les non-m&#233;decins n'est pas d'une grande importance. Elle pourra avoir un effet local, Mais les possibilit&#233;s internes d'&#233;volution de l'analyse, qui seules sont en question, ne sauraient &#234;tre atteintes ni par des d&#233;fenses ni par des d&#233;crets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma vie et la psychanalyse. Psychanalyse et m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Postface&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de Sigmund Freud (1927)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le motif imm&#233;diat de la r&#233;daction de mon petit &#233;crit, pour lequel les discussions qui pr&#233;c&#232;dent ont &#233;t&#233; ici entam&#233;es, fut que les autorit&#233;s viennoises accus&#232;rent notre coll&#232;gue non m&#233;decin, le Dr. Reik, d'&#234;tre un charlatan. On peut dire qu'il est connu partout que cette plainte fut abandonn&#233;e apr&#232;s qu'on eut conduit toutes les enqu&#234;tes et regard&#233; de pr&#232;s diff&#233;rents rapports. Je ne crois pas que ce succ&#232;s doit &#234;tre imput&#233; &#224; mon livre. Les circonstances s'av&#233;r&#232;rent trop peu favorables au maintien de la plainte et il fut prouv&#233; que la personne qui avait port&#233; plainte pour pr&#233;judice &#233;tait peu digne de confiance. L'arr&#234;t de la proc&#233;dure contre le Dr. Reik n'a sans doute pas la signification d'un jugement de principe du tribunal viennois dans la question de l'analyse profane. Quand j'ai donn&#233; le jour &#224; la figure du partenaire &#034;impartial&#034; dans ce livre qui d&#233;fendait une th&#232;se, j'avais en t&#234;te l'un de nos hauts fonctionnaires, un homme &#224; l'esprit bienveillant et &#224; l'int&#233;grit&#233; peu ordinaire, avec qui j'avais eu moi-m&#234;me une conversation sur la fa&#231;on dont avait &#233;t&#233; conduite l'affaire Reik et &#224; qui j'avais ensuite, conform&#233;ment &#224; son souhait, remis un m&#233;moire personnel sur cette question. Je savais que je n'&#233;tais pas parvenu &#224; lui faire adopter mon point de vue, et c'est pourquoi je n'ai pas laiss&#233; mon dialogue avec le partenaire impartial se terminer sur un accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'escomptais pas non plus parvenir &#224; faire se rapprocher les analystes eux-m&#234;mes sur la question de l'analyse profane pour qu'ils adoptent une prise de position commune. Celui qui, dans ce recueil, comparera la d&#233;claration de la Soci&#233;t&#233; hongroise avec celle du groupe de New York pr&#233;sumera peut-&#234;tre que mon &#233;crit n'a rien arrang&#233; du tout, et que chacun conserve fermement le point de vue qu'il d&#233;fendait avant. Non seulement je ne le crois pas, mais je pense que de nombreux coll&#232;gues auront mod&#233;r&#233; leur prise de position extr&#234;me, et que la plupart auront embrass&#233; mon opinion, c'est-&#224;-dire l'id&#233;e que la question de l'analyse profane ne doit pas &#234;tre tranch&#233;e &#224; partir des coutumes traditionnelles, mais qu'elle na&#238;t d'une situation in&#233;dite et demande qu'on rende un nouveau jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tournure que j'ai donn&#233;e &#224; toute la question semble avoir aussi rencontr&#233; du succ&#232;s. J'ai bien mis au premier plan cette th&#232;se : il ne s'agissait pas de savoir si l'analyste est pourvu d'un dipl&#244;me m&#233;dical, mais s'il a acquis la formation sp&#233;ciale qui est n&#233;cessaire &#224; l'exercice de l'analyse. On peut rattacher &#224; cela la question qui a &#233;t&#233; discut&#233;e avant tant d'ardeur par les confr&#232;res : quelle est la formation la plus appropri&#233;e pour un analyste ? Je pensais, et je soutiens encore aujourd'hui, que ce n'est pas celle que l'universit&#233; prescrit au futur m&#233;decin. La soi-disant formation m&#233;dicale me semble &#234;tre un d&#233;tour p&#233;nible, elle donne, il est vrai, &#224; l'analyste beaucoup de ce qui lui est indispensable, mais elle le charge en plus de nombreuses choses qu'il ne pourra jamais utiliser, et elle apporte avec elle le danger que son int&#233;r&#234;t comme sa mani&#232;re de penser soient d&#233;tourn&#233;s de la compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes psychiques. Le plan de formation de l'analyste est en premier lieu &#224; &#233;laborer, il doit englober aussi bien les sciences de l'esprit, la psychologie, l'histoire de la civilisation, la sociologie, que l'anatomie, la biologie et l'histoire de l'&#233;volution. Il y a l&#224; tant &#224; apprendre qu'on peut l&#233;gitimement retrancher de l'enseignement ce qui n'a pas de rapport direct avec l'activit&#233; analytique et ce qui ne peut contribuer qu'indirectement, comme toute autre &#233;tude, &#224; la formation de l'intellect et de l'observation sensible. Il est facile d'objecter &#224; cette suggestion qu'il n'y a pas de telles &#233;coles sup&#233;rieures d'analyse, et que c'est l&#224; une exigence id&#233;ale. En effet, c'est un id&#233;al, mais qui peut &#234;tre r&#233;alis&#233;, et qui doit l'&#234;tre. Nos instituts d'enseignement sont, malgr&#233; toute leur insuffisance juv&#233;nile, d&#233;j&#224; le commencement d'une telle r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'aura pas &#233;chapp&#233; &#224; mes lecteurs que, dans ce qui pr&#233;c&#232;de, j'ai suppos&#233; &#233;vident quelque chose qui, dans les discussions, est encore violemment con-test&#233; ; &#224; savoir que la psychanalyse n'est pas une sp&#233;cialit&#233; de la m&#233;decine. Je ne vois pas comment on peut refuser de le reconna&#238;tre. La psychanalyse est une partie de la psychologie, non pas de la psychologie m&#233;dicale au sens ancien, ou de la psychologie des processus morbides, mais tout bonnement de la psychologie, assur&#233;ment pas toute la psychologie, mais son soubassement, peut-&#234;tre bien son fondement. Qu'on ne se laisse pas induire en erreur par la possibilit&#233; de son utilisation &#224; des fins m&#233;dicales. L'&#233;lectricit&#233; et les rayons x aussi ont trouv&#233; une application en m&#233;decine, mais la science qui traite des deux est pourtant la physique. De m&#234;me, des arguments historiques ne peu&#172;vent rien changer &#224; cette appartenance. La th&#233;orie enti&#232;re de l'&#233;lectricit&#233; est partie d'une observation d'une pr&#233;paration nerf-muscle, et pourtant personne ne pr&#233;tend aujourd'hui qu'elle est une partie de la physiologie. Pour la psychanalyse, on avance qu'elle a &#233;t&#233; invent&#233;e par un m&#233;decin alors qu'il s'effor&#231;ait d'aider ses malades ; mais, manifestement, cela ne fait aucune diff&#233;rence pour en juger. Cet argument historique est m&#234;me tr&#232;s dangereux. En continuant, on pourrait &#224; ce sujet rappeler quelle tr&#232;s mauvaise gr&#226;ce, oui, quel rejet haineux, le corps m&#233;dical a d&#232;s le d&#233;but adopt&#233; contre l'analyse. Il s'ensuivrait qu'il n'a, aujourd'hui encore, aucun droit sur l'analyse. Et vraiment, bien que je refuse une telle conclusion, je suis encore aujourd'hui m&#233;fiant et je me demande si la fa&#231;on des m&#233;decins de racoler la psychanalyse est &#224; ramener, dans la perspective de la th&#233;orie de la libido, au premier ou au deuxi&#232;me des sous-stades d'Abraham, s'il s'agit l&#224; d'une appropriation avec le dessein de d&#233;truire ou de conserver l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en rester encore un moment &#224; l'argument historique : comme il s'agit de ma personne, je peux donner, &#224; ceux qui s'y int&#233;ressent, un aper&#231;u de mes motifs personnels. Apr&#232;s quarante et une ann&#233;es d'activit&#233; m&#233;dicale, ma connaissance de moi-m&#234;me me dit que je n'ai pas vraiment &#233;t&#233; un v&#233;ritable m&#233;decin . Je suis devenu m&#233;decin par une d&#233;viation de mon intention originelle, d&#233;viation qui m'a &#233;t&#233; impos&#233;e, et le triomphe de ma vie se trouve en ce que, apr&#232;s un grand d&#233;tour, j'ai retrouv&#233; ma direction initiale. De mes premi&#232;res ann&#233;es, je n'ai aucune connaissance d'un besoin d'aider les hommes dans la souffrance, ma pr&#233;disposition sadique n'&#233;tait pas tr&#232;s importante, et aussi ce besoin n'eut pas besoin de d&#233;velopper ses rejetons. Je n'ai jamais non plus jou&#233; au &#034;docteur&#034;, ma curiosit&#233; infantile empruntant d'autres voies. Dans mes ann&#233;es de jeunesse, le besoin de comprendre quelque chose des myst&#232;res de ce monde et de contribuer pour quelque chose &#224; leur solution fut chez moi immod&#233;r&#233;. L'inscription &#224; la facult&#233; de m&#233;decine me sembla &#234;tre la meilleure voie pour r&#233;pondre &#224; ce besoin mais je m'essayai - sans succ&#232;s - &#224; la zoologie et &#224; la chimie, jusqu'&#224; ce que, sous l'influence de von Br&#252;cke, la plus grande autorit&#233; qui se soit exerc&#233;e sur moi , je m'en tienne &#224; la physiologie qui, &#224; vrai dire, &#224; cette &#233;poque, se limitait trop &#224; l'histologie. J'avais alors subi tous mes examens de m&#233;decine, sans m'int&#233;resser &#224; rien de m&#233;dical, quand le v&#233;n&#233;r&#233; professeur s'effor&#231;a de me convaincre en me disant que, dans ma mis&#233;rable situation mat&#233;rielle, il me faudrait &#233;viter une carri&#232;re de th&#233;oricien. Je passai ainsi de l'histologie du syst&#232;me nerveux &#224; la neuropathologie et, gr&#226;ce &#224; de nouvelles motivations, j'en vins &#224; m'int&#233;resser aux n&#233;vroses. Mais je pense que l'absence de v&#233;ritable disposition m&#233;dicale en moi n'a pas nui &#224; mes patients, car le malade n'a pas beaucoup &#224; gagner si l'int&#233;r&#234;t th&#233;rapeutique, chez le m&#233;decin, est trop accentu&#233; affectivement. Pour lui, le mieux est que le m&#233;decin soit froid et le plus correct possible dans son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expos&#233; qui a pr&#233;c&#233;d&#233; a assur&#233;ment peu contribu&#233; &#224; clarifier le probl&#232;me de l'analyse profane. Il devrait seulement confirmer ma l&#233;gitimation personnelle, alors que j'&#233;pouse clairement la cause de la valeur propre de la psychanalyse et de son ind&#233;pendance par rapport &#224; son application m&#233;dicale. Mais on m'objectera ici que la question de savoir si la psychanalyse, en tant que science, est un secteur de la m&#233;decine ou de la psychologie, est une question de th&#233;oriciens, sans aucun int&#233;r&#234;t pratique. Ce dont il est question, c'est d'autre chose, pr&#233;cis&#233;ment de l'utilisation de l'analyse pour le traitement des malades, et il s'agit de savoir si elle doit accepter d'&#234;tre admise comme sp&#233;cialit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la m&#233;decine, comme par exemple la radiologie, et de se soumettre, en ce qui concerne toutes les m&#233;thodes th&#233;rapeutiques, aux r&#232;glements en vigueur. Je l'avoue, il faut le conc&#233;der, je veux seulement savoir avec certitude que la th&#233;rapie ne tue pas la science. Mais h&#233;las, toutes ces comparai-sons ne m&#232;nent pas tr&#232;s loin, et l'on arrive &#224; un point o&#249; les deux &#233;l&#233;ments compar&#233;s se s&#233;parent. Le cas de l'analyse est autre que celui de la radiologie. Les physiciens n'ont pas besoin d'hommes malades pour &#233;tudier les lois des rayons x, mais l'analyse n'a pas d'autre mat&#233;riel que les processus psychiques des hommes, et l'&#233;tude ne peut en &#234;tre faite que sur les hommes. Comme certains rapports sont simples &#224; comprendre, l'homme n&#233;vros&#233; est un mat&#233;riel beaucoup plus instructif et accessible que l'homme normal, et si l'on retire ce mat&#233;riel &#224; celui qui veut apprendre et pratiquer l'analyse, on lui a r&#233;duit ses possibilit&#233;s de formation d'une bonne moiti&#233;. Loin de moi, naturellement, l'id&#233;e de r&#233;clamer que l'on sacrifie l'int&#233;r&#234;t du malade qui souffre de n&#233;vrose &#224; celui de l'enseignement et de la recherche scientifiques. Mon petit &#233;crit sur la question de l'analyse profane se donne pr&#233;cis&#233;ment la peine de montrer qu'en observant certaines pr&#233;cautions, les deux sortes d'int&#233;r&#234;t peuvent tr&#232;s bien s'accorder et qu'une telle solution ne sera pas la derni&#232;re &#224; servir l'int&#233;r&#234;t m&#233;dical bien compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;cautions, je les ai moi-m&#234;me toutes indiqu&#233;es. Je me permets de dire que la discussion sur ce sujet n'a rien ajout&#233; de nouveau, et je voudrais attirer l'attention sur le fait qu'elle a distribu&#233; les accents d'une mani&#232;re qui ne tient pas compte de la r&#233;alit&#233;. Tout est vrai de ce qui a &#233;t&#233; dit sur la difficult&#233; du diagnostic diff&#233;rentiel, de l'incertitude dans l'estimation des sympt&#244;mes corporels dans de nombreux cas, ce qui rend donc n&#233;cessaire un savoir m&#233;dical ou une intervention de la m&#233;decine, mais le nombre de cas o&#249; un tel doute n'appara&#238;t pas du tout, o&#249; on n'a pas besoin de m&#233;decin, est pourtant incomparablement plus important. Il se peut que ces cas n'aient aucun int&#233;r&#234;t scientifique, mais ils jouent dans la vie un r&#244;le assez consid&#233;rable pour justifier l'activit&#233; d'un analyste profane qui soit &#224; la hauteur. Il y a quelque temps, j'ai analys&#233; un confr&#232;re qui manifestait un refus particuli&#232;rement tranchant que quelqu'un qui n'est pas lui-m&#234;me m&#233;decin se permette une activit&#233; m&#233;dicale. J'ai pu lui dire : nous travaillons maintenant depuis trois mois. &#192; quel moment ai-je &#233;t&#233; oblig&#233; d'avoir recours &#224; mon savoir m&#233;dical ? Il avoua qu'on en avait jamais trouv&#233; l'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas non plus sensible &#224; l'argument selon lequel l'analyste pro&#172;fane, devant &#234;tre pr&#234;t &#224; consulter le m&#233;decin, ne peut acqu&#233;rir aupr&#232;s de ses malades aucune autorit&#233;, et ne peut pas atteindre une r&#233;putation plus haute que celle d'un aide-soignant, d'un masseur, ou d'autres personnes semblables. De nouveau, en cela, l'analyse n'a pas su pr&#233;voir correctement que le malade a l'habitude de conf&#233;rer de l'autorit&#233; d'apr&#232;s son transfert de sentiments et que la possession d'un dipl&#244;me m&#233;dical lui en impose beaucoup moins que ne le croit le m&#233;decin. L'analyste profane de profession n'aura aucune difficult&#233; pour atteindre la r&#233;putation qui lui est due en tant que directeur de conscience la&#239;que. Avec la formule &#034;direction de conscience la&#239;que&#034; , on pourrait d&#233;peindre la fonction dont l'analyste, m&#233;decin ou profane, doit s'acquitter aupr&#232;s du public. Nos amis parmi les eccl&#233;siastiques protestants, et depuis peu, aussi catholiques, lib&#232;rent leurs paroissiens de leurs inhibitions de la vie en fa&#231;onnant leurs croyances apr&#232;s leur avoir offert un rudiment de lumi&#232;res psychologiques sur leurs conflits. Nos adversaires, les psychologues de la psychologie individuelle d'Adler, s'efforcent de produire la m&#234;me modification chez ceux qui sont devenus inconsistants et incapables, apr&#232;s avoir &#233;clair&#233; un seul recoin de leur psychisme, et leur avoir montr&#233; quelle part leurs sentiments d'&#233;go&#239;sme et de m&#233;fiance ont dans leur maladie. Ces deux proc&#233;d&#233;s, qui doivent leur efficacit&#233; au fait d'avoir suivi l'exemple de l'analyse, ont leur place dans la psychoth&#233;rapie. Nous, analystes, nous nous donnons comme but une analyse du patient aussi compl&#232;te et approfondie que possible, nous ne voulons pas le soulager en l'accueillant dans une communaut&#233; catholique, protes&#172;tante ou socialiste, mais l'enrichir &#224; partir de ce qu'il a &#224; l'int&#233;rieur de lui, en menant &#224; son moi les &#233;nergies qui, devenues inaccessibles &#224; cause du refoulement, sont li&#233;es dans son inconscient, et celles que, par ailleurs, le moi est forc&#233; de gaspiller d'une mani&#232;re infructueuse pour le maintien des refoulements. Ce que nous pratiquons ainsi, c'est la direction de conscience, dans la meilleure acception de l'expression. Si nous nous sommes fix&#233; en cela un but trop ambitieux, si la majorit&#233; de nos patients valent seulement la peine que nous d&#233;pensons pour ce travail, s'il n'est pas plus &#233;conomique d'&#233;tayer de l'ext&#233;rieur ce qui est d&#233;fectueux, plut&#244;t que de le r&#233;former de l'int&#233;rieur, je ne puis le dire, mais je sais quelque chose d'autre. Dans la psychanalyse, il y a eu d&#232;s le d&#233;but une union entre la cure et la recherche, la connaissance apportait la r&#233;ussite, on ne pouvait traiter sans apprendre quelque chose de nouveau, on n'acqu&#233;rait aucune lumi&#232;re sans en &#233;prouver l'effet bienfaisant. Notre proc&#233;d&#233; analytique est le seul chez qui ce concours pr&#233;cieux est conserv&#233;. C'est seule&#172;ment quand nous exer&#231;ons la direction de conscience analytique que nous approfondissons notre com&#172;pr&#233;hension - et l'on commence juste &#224; voir clair - du psychisme humain. Cette perspective de profit scientifique fut le trait le plus noble et le plus agr&#233;able du travail analytique. Avons-nous le droit de la sacrifier &#224; une quelconque consid&#233;ration pratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains propos, dans cette discussion, font na&#238;tre en moi le soup&#231;on qu'un point de mon &#233;crit sur l'analyse profane a cependant &#233;t&#233; mal compris. On prend la d&#233;fense des m&#233;decins contre moi, comme si je les avais d&#233;clar&#233;s universellement inaptes &#224; l'exercice de l'analyse, et comme si j'avais donn&#233; le mot de maintenir &#224; l'&#233;cart le renfort m&#233;dical. Ce n'est pas dans mon intention. Ce qui en a vraisemblablement fait na&#238;tre l'apparence, c'est que, dans mon expos&#233; &#224; vis&#233;e pol&#233;mique, j'ai d&#251; d&#233;clarer les analystes m&#233;decins sans formation encore plus dangereux que les profanes. Ma v&#233;ritable opinion, je pourrais la rendre claire en copiant un cynisme rapport&#233; jadis par Simplicissimus &#224; propos des femmes. L'un des interlocuteurs y d&#233;plorait les faiblesses du beau sexe, et les tracas qu'il occasionnait, &#224; quoi l'autre r&#233;pondit par cette remarque : mais la femme est encore ce qu'il y a de mieux dans le genre. Je l'avoue, tant que n'existeront pas des &#233;coles pour la formation des analystes, les personnes ayant &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;es en m&#233;decine seront le meilleur mat&#233;riau pour les futurs analystes. Seulement, on est en droit d'exiger que leur pr&#233;paration ne prenne pas la place de leur apprentissage, qu'ils triomphent de la partialit&#233; qui se trouve favoris&#233;e par l'enseignement de la facult&#233; de m&#233;decine, et qu'ils r&#233;sistent &#224; la tentation de faire de l'&#339;il &#224; l'endocrinologie et au syst&#232;me nerveux autonome, l&#224; o&#249; il s'agit de saisir des faits psychologiques par des concepts psychologiques se substituant aux autres concepts . De m&#234;me, je partage l'avis de ceux qui s'attendent &#224; ce que tous les probl&#232;mes qui se rapportent aux connexions entre les ph&#233;nom&#232;nes psychiques et leurs fondements organiques, anatomiques et chimiques ne puissent &#234;tre pris en charge que par ceux qui ont &#233;tudi&#233; les deux types de ph&#233;nom&#232;nes, c'est-&#224;-dire les analystes m&#233;decins. Il ne faudrait cependant pas oublier que ce n'est pas l&#224; toute la psychanalyse, et que, d'un autre c&#244;t&#233;, nous ne pourrons jamais nous passer de la collaboration de personnes ayant &#233;t&#233; form&#233;es aux sciences de l'esprit. Pour des raisons pratiques, nous avons, &#233;galement dans nos publications, pris l'habitude de s&#233;parer une analyse m&#233;dicale des applications de l'analyse. Ce n'est pas correct. En r&#233;alit&#233;, la ligne de d&#233;marcation passe entre la psychanalyse scientifique et ses applications dans le secteur m&#233;dical et non m&#233;dical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus le plus raide de l'analyse profane est soutenu dans ces discussions par nos confr&#232;res am&#233;ricains. Je ne crois pas superflu de leur r&#233;pondre par quelques remarques. C'est &#224; peine un abus de l'analyse &#224; des fins pol&#233;miques si j'exprime l'opinion que leur r&#233;sistance se r&#233;duit exclusivement &#224; des motifs pratiques. Ils voient dans leur pays que les analystes profanes se livrent &#224; des exc&#232;s et des abus, et, par suite, qu'ils nuisent &#224; leurs patients comme &#224; la r&#233;putation de l'analyse. Il est dans ce cas compr&#233;hensible qu'ils veuillent, dans leur indignation, se mettre tr&#232;s &#224; distance de ces parasites sans scrupules et exclure les profanes de toute participation &#224; l'analyse. Mais cet &#233;tat de choses suffit d&#233;j&#224; &#224; r&#233;duire la port&#233;e de leur prise de position, car la question de l'analyse profane ne doit pas &#234;tre seulement tranch&#233;e d'apr&#232;s des consid&#233;rations pratiques, et les circonstances locales de l'Am&#233;rique peuvent pour nous ne pas faire seules autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution de nos confr&#232;res am&#233;ricains contre l'analyse profane, dict&#233;e essentiellement par des motifs pratiques, me semble non pratique, car elle ne peut changer aucun des facteurs qui commandent la situation. Elle a &#224; peu pr&#232;s la valeur d'une tentative de refoulement. Si l'on ne peut emp&#234;cher l'activit&#233; des analystes profanes, si l'on n'est pas soutenu dans le combat contre eux par le public, ne serait-il pas plus appropri&#233; de tenir compte du fait de leur existence, en leur offrant des occasions de formation, en gagnant de l'influence sur eux, et en leur indiquant comme perspective, pour les encourager, la possibilit&#233; d'une approbation au sein du monde m&#233;dical et d'un rapprochement en vue d'une collaboration, de sorte qu'ils trouvent l&#224; un int&#233;r&#234;t &#224; &#233;lever leur niveau moral et intellectuel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La psychanalyse s'oppose-t-elle &#224; la physiologie des neurosciences ?</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article188</link>
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		<dc:date>2010-03-17T14:57:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Freud</dc:subject>

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2&#8211;I-0 Les neurosciences peuvent-elles r&#233;pondre &#224; la question : Freud avait-il raison ? &lt;br class='autobr' /&gt; 2&#8211;I&#8211;1 Relire Freud aujourd'hui &lt;br class='autobr' /&gt;
2-I-2 Psychanalyse et physiologie &lt;br class='autobr' /&gt;
2&#8211;I-3 Les neurosciences peuvent-elles nous &#233;clairer sur la validit&#233; de la notion de l'inconscient freudien ? &lt;br class='autobr' /&gt;
2-I-4 Psychanalyse et dialectique &lt;br class='autobr' /&gt;
2-I-5 Psychisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article270&#034;&gt;2-I-9 Psychanalyse et sociologie, d'apr&#232;s Malinovsky&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article430&#034;&gt;2-1-10 Totem et tabou : psychanalyse et anthropologie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'identification d'&#233;v&#233;nements mentaux &#224; des &#233;v&#233;nements physiques ne se pr&#233;sente en aucun cas comme une prise de position id&#233;ologique, mais simplement comme l'hypoth&#232;se de travail la plus raisonnable et surtout la plus fructueuse. &#187;&lt;/i&gt; &#233;crit le neurobiologiste &lt;strong&gt;Jean-Pierre Changeux&lt;/strong&gt; dans &#171; L'homme neuronal &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re impression peut appara&#238;tre opposer in&#233;vitablement psychanalyse et neurosciences. En effet, chercher la source de la maladie dans la psychologie du malade, dans ses pens&#233;es, dans ses fantasmes semble oppos&#233; &#224; la chercher dans le fonctionnement neurologique. Soigner la maladie en parlant au malade pour qu'il prenne conscience des fantasmes qui l'accablent peut sembler une d&#233;marche oppos&#233;e au soin du malade par des m&#233;dicaments et des traitements chirurgicaux. Effectivement, il pourrait sembler logique &#224; premi&#232;re vue que la maladie ait une origine soit psychologique soit neurologique, de fa&#231;on exclusive et que le traitement soit &#233;galement ou psychologique ou physiologique. On peut &#233;galement se dire que s'il y avait un dysfonctionnement d&#233;celable physiquement, on ne pourrait certainement pas le r&#233;soudre en faisant parler le malade chez un psychanalyste. En r&#233;alit&#233;, cette mani&#232;re de voir suppose d'avance que la physiologie et la psychologie soient des domaines s&#233;par&#233;s par une barri&#232;re infranchissable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord rappeler que les th&#232;ses de Freud n'opposaient nullement psychologie et neurosciences, fondement psychique et fondement mat&#233;riel du cerveau. Freud a re&#231;u une formation approfondie en neurosciences et a m&#234;me commenc&#233; &#224; faire des d&#233;couvertes dans ce domaine au d&#233;but de sa carri&#232;re. Son texte intitul&#233; &#171; Esquisse pour une psychologie scientifique &#187; rappelle ses premi&#232;res &#233;tudes couronn&#233;es de succ&#232;s et concernant les neurones. Les processus psychiques y sont d&#233;crits comme des &#233;tats fond&#233;s sur la physique des neurones. D'autres travaux ont trait aux propri&#233;t&#233;s anesth&#233;siques de la coca&#239;ne, lorsque Freud &#233;tait interne dans un service psychiatrique &#224; l'H&#244;pital g&#233;n&#233;ral de Vienne, ou encore aux effets psychologiques des l&#233;sions physiologiques du cr&#226;ne. Son texte intitul&#233; &#171; Contribution &#224; la conception des aphasies &#187; (dat&#233;e de 1891) cherche &#224; construire un pont entre neurologie et psychologie. Il n'a jamais c&#233;d&#233; &#224; la propension courante dans le grand public d'opposer physiologie et psychologie. Tr&#232;s longtemps, on a consid&#233;r&#233; que des maladies psychologiques &#233;taient inexistantes et imaginaires. Inversement, on a longtemps consid&#233;r&#233; que les dites &#171; vraies maladies &#187; &#233;taient purement physiques et seulement curables en traitant le corps de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud ne d&#233;fend pas l'id&#233;e d'une s&#233;paration entre conscient et inconscient, ni une s&#233;paration psychique ni une s&#233;paration physique. Dans &#171; L'interpr&#233;tation des r&#234;ves &#187;, il &#233;crit : &#171; L'id&#233;e qui nous a &#233;t&#233; offerte est celle d'un lieu psychique. Ecartons aussit&#244;t la notion de localisation anatomique. &#187; Freud le confirme dans &#171; R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes &#187; : &#171; La psychanalyse refuse d'&#233;tablir pour le moment une relation entre cette topique psychique et une localisation anatomique ou avec une structure histologique. &#187; Cela ne signifie absolument pas que Freud oppose la psychanalyse et la neurologie ou tout autre &#233;tude physiologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud lui-m&#234;me n'a jamais c&#233;d&#233; &#224; ce dualisme qui oppose corps et cerveau, pens&#233;e et constitution physique. Il a toujours insist&#233; sur le fait que son travail sur la psychologie des malades ne signifiait nullement que les processus invoqu&#233;s n'aient aucune base mat&#233;rielle, neurologique, dans le cerveau. Tout au long de ses &#233;tudes, ses conceptions ont &#233;volu&#233; mais ce point est rest&#233; constant. En 1914, Freud &#233;crit dans &#171; La vie sexuelle &#187; : &#171; Toutes nos conceptions provisoires, en psychologie, devront un jour &#234;tre plac&#233;es sur la place de supports organiques. &#187; En 1916, dans &#171; Cinq le&#231;ons sur la psychanalyse &#187;, il affirme : &#171; L'&#233;difice doctrinal de la psychanalyse (&#8230;) est en r&#233;alit&#233; une superstructure qui doit &#234;tre assise un jour sur ses fondations organiques ; mais nous ne les connaissons pas encore. &#187; Dans &#171; R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes &#187;, Freud &#233;crit en 1937 : &#171; Pour le psychique, le biologique joue v&#233;ritablement le r&#244;le de roc d'origine, sous-jacent. &#187; On ne connaissait pas &#224; son &#233;poque les fondements physiques des m&#233;canismes comme l'inhibition, l'oubli, la r&#233;miniscence, le r&#234;ve, la libido, le d&#233;sir, la peur, etc, mais Freud ne doutait pas de leur existence dans les m&#233;canismes neuronaux. Dans la conception de Freud, il n'y a aucune opposition diam&#233;trale entre psychologie et neurologie. Il &#233;crit par exemple dans &#171; Cinq psychanalyses &#187; &#224; propos de la fameuse psychanalyse de Dora encore appel&#233;e &#171; l'amour de Mr K. &#187; : &#171; Ceux d'entre mes confr&#232;res qui ont consid&#233;r&#233; ma th&#233;orie de l'hyst&#233;rie comme &#233;tant purement psychologique et, par cons&#233;quent, a priori inapte &#224; r&#233;soudre un probl&#232;me de pathologie, auraient pu conclure, d'apr&#232;s le pr&#233;sent travail, qu'en me faisant ce reproche, ils transf&#232;rent sans raison un caract&#232;re de la technique &#224; la th&#233;orie. Seule la technique th&#233;rapeutique est purement psychologique ; la th&#233;orie ne n&#233;glige nullement d'indiquer le fondement organique des n&#233;vroses tout en ne le recherchant pas dans des modifications anatomo-pathologiques et tout en rempla&#231;ant provisoirement les modifications chimiques, certes probables, mais actuellement insaisissables, par celles de la fonction organique. Personne ne pourra d&#233;nier &#224; la fonction sexuelle, dans laquelle je vois la cause de l'hyst&#233;rie, ainsi que celle des psychon&#233;vroses en g&#233;n&#233;ral, son caract&#232;re de facteur organique. Une th&#233;orie de la sexualit&#233; ne pourra, je le suppose, se dispenser d'admettre l'action excitante de substances sexuelles d&#233;termin&#233;es. Ce sont les intoxications et les ph&#233;nom&#232;nes dus &#224; l'abstinence de certaines toxiques, chez les toxicomanes qui, parmi tous les tableaux cliniques que nous offre l'observation, se rapprochent le plus des vraies psychon&#233;vroses. &#187;. Dans l' &#171; Esquisse &#187;, les &#233;tats psychiques sont d&#233;crits par Freud comme des &#233;tats des neurones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud &#233;crit en 1920 : &#034;Les d&#233;fauts de notre analyse pourraient vraisemblablement s'amenuiser si nous &#233;tions d&#233;j&#224; &#224; m&#234;me de pouvoirs remplacer les termes psychologiques par des notions physiologiques voire chimiques.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; Introduction &#224; la psychanalyse &#187;, Freud pourfend &#233;galement ceux qui pr&#233;tendent opposer psychanalyse et psychiatrie : &#171; Eh bien, vous &#234;tes vous aper&#231;us quelque part d'une opposition entre l'une et l'autre ? La psychiatrie n'applique pas les m&#233;thodes techniques de la psychanalyse, elle ne se soucie pas de rattacher quoi que ce soit &#224; l'id&#233;e fixe et se contente de nous montrer dans l'h&#233;r&#233;dit&#233; un facteur &#233;tiologique g&#233;n&#233;ral (&#8230;) Mais y a-t-il l&#224; une contradiction, une opposition ? Ne voyez-vous pas que, loin de se contredire, la psychiatrie et la psychanalyse se compl&#232;tent l'une l'autre. (&#8230;) La psychanalyse est &#224; la psychiatrie &#224; peu pr&#232;s ce que l'histologie est &#224; l'anatomie ; l'une &#233;tudie les formes ext&#233;rieures des organes, l'autre les tissus et les cellules dont ces organes sont faits. Une contradiction entre ces deux ordres d'&#233;tudes dont l'une continue l'autre est inconcevable. (&#8230;) Tout porte cependant &#224; croire que le temps n'est pas loin o&#249; l'on se rendra compte que la psychiatrie vraiment scientifique suppose une bonne connaissance des processus profonds et inconscients de la vie psychique. &#187; Il faut remarquer, dans les contresens concernant la th&#233;orie de Freud, non seulement la fausse opposition entre psychologie et physiologie mais &#233;galement la fausse opposition entre la sexualit&#233; et le reste de comportements humains. Beaucoup traduisent grossi&#232;rement Freud par complexe d'&#338;dipe, c'est-&#224;-dire par la pulsion qui m&#232;nerait chacun &#224; vouloir forcer l'interdit de l'inceste au point de tuer le p&#232;re ou la m&#232;re pour lib&#233;rer la place. Bien entendu, il est exact que Freud consid&#232;re que le refoulement dans la phase infantile de l'amour filial caus&#233; par l'interdit de l'inceste est une cause majeure des n&#233;vroses qui se d&#233;clarent &#224; l'adolescence ou &#224; l'&#226;ge adulte. Cela ne signifie pas que Freud consid&#232;re la sexualit&#233; comme un ph&#233;nom&#232;ne &#224; part ni qu'il parle &#224; propos de sexualit&#233; seulement du passage &#224; l'acte ou de son d&#233;sir. Pour lui, la sexualit&#233; est d'abord un m&#233;canisme du cerveau, caract&#233;ris&#233; par des images, des sentiments, des interpr&#233;tations et des fantasmes. La sexualit&#233;, pour Freud, c'est au moins autant le virtuel, le conscient et l'inconscient que le physique et les deux sont ins&#233;parables comme ils sont ins&#233;parables du reste du fonctionnement c&#233;r&#233;bral, et comme sont indissociables intelligence et &#233;motions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud &#233;crivait ainsi dans &#171; Cinq psychanalyses &#187;, toujours dans la psychanalyse de Dora : &#171; j'ai tenu &#224; montrer que la sexualit&#233; n'intervient pas d'une fa&#231;on isol&#233;e, comme un deux ex machina, dans l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes caract&#233;ristiques de l'hyst&#233;rie, mais qu'elle est la force motrice de chacun des sympt&#244;mes et de chacune des manifestations d'un sympt&#244;me. &#187; Expliquant que la psychanalyse ne devait pas &#234;tre assimil&#233;e &#224; un pansexualisme du type de celui de Jung, Freud &#233;crit : &#171; C'est Jung et non pas moi qui fait de la libido l'&#233;quivalent de la pouss&#233;e instinctive de toutes les facult&#233;s psychiques et qui combat la nature sexuelle de la libido. &#187; (Lettre de Freud du 16-6-1873).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque j'en suis &#224; pourfendre les mauvaises interpr&#233;tations de Freud, il faut absolument rappeler que Freud ne d&#233;veloppe pas une conception dualiste avec deux mondes, l'un conscient et l'autre inconscient. L'inconscient ne remplace pas l'&#226;me de la religion. Ce n'est pas une voix divine ni situ&#233;e hors du cerveau physique qui nous parle. Le conscient et l'inconscient ne sont pas deux domaines s&#233;par&#233;s par une fronti&#232;re infranchissable dans sa conception. Pour Freud, ce sont, au contraire, deux fonctionnements en permanence imbriqu&#233;s et ins&#233;parables. Freud parle m&#234;me &#224; ce propos de cycles virtuel-r&#233;el-virtuel, le virtuel &#233;tant en l'occurrence l'inconscient. Ce contresens ne devrait pas exister, puisque le but m&#234;me de la pratique psychanalytique consiste &#224; aider le malade &#224; se rem&#233;morer des &#233;v&#233;nements et des sentiments situ&#233;s dans l'inconscient et de les rendre conscients. L'id&#233;e m&#234;me d'une amn&#233;sie d'origine psychanalytique signifie aussi la reconnaissance d'une fonction c&#233;r&#233;brale permettant de faire passer du conscient &#224; l'inconscient. D'autre part, pour Freud ce m&#233;canisme n'a rien de maladif mais est g&#233;n&#233;ral et permanent. Ce ne sont pas seulement les malades qui effacent des &#233;v&#233;nements, des images, des pens&#233;es de leur m&#233;moire ou qui les refoulent, ce sont tous les &#234;tres humains. Ce n'est nullement un m&#233;canisme pathologique ou li&#233; &#224; une n&#233;vrose ou &#224; une hyst&#233;rie. Pour Freud, c'est le m&#233;canisme g&#233;n&#233;ral, et c'est l'une des affirmations que nous chercherons &#224; v&#233;rifier au travers des exp&#233;riences des neurosciences. L&#224; encore, il s'agit de r&#233;parer une erreur classique selon laquelle la psychanalyse ne concernerait que les fous et les d&#233;traqu&#233;s qui auraient des d&#233;sirs pervers !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces opinions fausses, diffus&#233;es g&#233;n&#233;ralement par des gens qui n'ont rien lu ou seulement de courts extraits de Freud, n'ont rien d'&#233;tonnant : il faut rappeler que Freud &#233;tait tr&#232;s en avance sur son temps et peut-&#234;tre m&#234;me sur le n&#244;tre. Il est toujours difficile de parler sereinement sur les relations entre hommes et femmes et sur les pens&#233;es qui les concernent et y compris sur les relations entre parents enfants, particuli&#232;rement en ce qui concerne l'&#233;veil de l'enfant aux pens&#233;es sexuelles. Bien s&#251;r, d'autres id&#233;es plaisent beaucoup plus au grand public comme celle que les r&#234;ves ou que les mots sans suite, que les lapsus r&#233;v&#232;lent l'inconscient. Parmi les affirmations d&#233;rangeantes de Freud, tr&#232;s en avance sur son &#233;poque, citons l'id&#233;e que la s&#233;paration &#233;tanche entre un homme et une femme n'existe pas, l'id&#233;e que tous les &#234;tres humains sont plus ou moins homosexuels, l'id&#233;e que l'intelligence est ins&#233;parable des sentiments et des fantasmes et ne les domine pas, l'id&#233;e que la conscience ne domine pas le m&#233;canisme du cerveau et n'en est que l'une des fonctions. Chacune de ces id&#233;es m&#233;rite d'&#234;tre examin&#233;e &#224; la lueur de nos connaissances actuelles en neurosciences et des exp&#233;riences les concernant ont pu &#234;tre r&#233;alis&#233;es avec succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gravit&#233; de l'erreur du dualisme corps/esprit ne peut &#234;tre sous-estim&#233;e, comme l'a soulign&#233; le neuroscientifique Antonio R. Damasio dans &#171; L'erreur de Descartes &#187; : &#171; Comme vous l'avez vu, j'ai combattu dans ce livre &#224; la fois la conception dualiste de Descartes selon laquelle l'esprit est distinct du cerveau et du corps et ses variantes modernes. Selon l'une de ces derni&#232;res, il existe bien un rapport entre l'esprit et le cerveau, mais seulement dans le sens o&#249; l'esprit est une esp&#232;ce de programme informatique pouvant &#234;tre mis en &#339;uvre dans une sorte d'ordinateur appel&#233; cerveau (&#8230;) Quelle a donc &#233;t&#233; l'erreur de Descartes ? (&#8230;) On pourrait commencer par lui reprocher d'avoir pouss&#233; les biologistes &#224; adopter &#8211; et ceci est encore vrai &#224; notre &#233;poque &#8211; les m&#233;canismes d'horlogerie comme mod&#232;le explicatif pour les processus biologiques. Mais peut-&#234;tre cela ne serait-il pas tout &#224; fait &#233;quitable ; aussi vaut-il mieux se tourner vers le &#171; Je pense, donc je suis &#187;. (&#8230;) Prise &#224; la lettre, cette formule illustre pr&#233;cis&#233;ment le contraire de ce que je crois &#234;tre la v&#233;rit&#233; concernant l'origine de l'esprit et les rapports entre esprit et corps. Elle sugg&#232;re que penser, et la conscience de penser, sont les fondements r&#233;els de l'&#234;tre. Et, puisque nous savons que Descartes estimait que la pens&#233;e &#233;tait une activit&#233; compl&#232;tement s&#233;par&#233;e du corps, sa formule consacre la s&#233;paration de l'esprit, la &#171; chose pensante &#187;, et du corps non pensant qui est caract&#233;ris&#233; par son &#171; &#233;tendue &#187; et des organes m&#233;caniques. (&#8230;) A mes yeux, le fait d'exister a pr&#233;c&#233;d&#233; celui de penser. Ceci est d'ailleurs vrai pour chacun de nous : tandis que nous venons au monde et nous d&#233;veloppons, nous commen&#231;ons par exister et, seulement plus tard, nous pensons. (&#8230;) C'est l&#224; qu'est l'erreur de Descartes. Il a instaur&#233; une s&#233;paration cat&#233;gorique entre le corps, fait de mati&#232;re, dot&#233; de dimensions, m&#251; par des m&#233;canismes, d'un c&#244;t&#233;, et l'esprit, non mat&#233;riel, sans dimensions et exempt de tout m&#233;canisme, de l'autre. (&#8230;) Et sp&#233;cifiquement, il a pos&#233; que les op&#233;rations de l'esprit les plus d&#233;licates n'avaient rien &#224; voir avec l'organisation et le fonctionnement d'un organisme biologique. (&#8230;) Dans le probl&#232;me de l'esprit, du corps et du cerveau, l'erreur de Descartes continue &#224; exercer une grande influence. (&#8230;) En fait, si l'on peut consid&#233;rer l'esprit s&#233;par&#233;ment du corps, on peut peut-&#234;tre m&#234;me essayer de le comprendre sans faire appel &#224; la neurobiologie, sans avoir besoin de tenir compte des connaissances de neuro-anatomie, de neurophysiologie et de neurochimie. (&#8230;) On peut aussi voir un certain dualisme cart&#233;sien (posant une s&#233;paration entre le cerveau et le corps) dans l'attitude des sp&#233;cialistes des neurosciences qui pensent que les processus mentaux peuvent &#234;tre expliqu&#233;s seulement en termes de ph&#233;nom&#232;nes c&#233;r&#233;braux, en laissant de c&#244;t&#233; le reste de l'organisme, ainsi que l'environnement physique et social (&#8230;) L'id&#233;e d'un esprit s&#233;par&#233; du corps a semble-t-il &#233;galement orient&#233; la fa&#231;on dont la m&#233;decine occidentale s'est attaqu&#233;e &#224; l'&#233;tude et au traitement des maladies. (&#8230;) Le ph&#233;nom&#232;ne mental n'a gu&#232;re pr&#233;occup&#233; la m&#233;decine classique et, en fait, n'a pas constitu&#233; un centre d'int&#233;r&#234;t prioritaire pour la sp&#233;cialit&#233; m&#233;dicale consacr&#233;e &#224; l'&#233;tude des maladies du cerveau : la neurologie. (&#8230;) Depuis trois si&#232;cles, le but des &#233;tudes biologiques et m&#233;dicales est de comprendre la physiologie et la pathologie du corps proprement dit. L'esprit a &#233;t&#233; mis de c&#244;t&#233;, pour &#234;tre surtout pris en compte par la philosophie et la religion, et m&#234;me apr&#232;s qu'il est devenu l'objet d'une discipline sp&#233;cifique, la psychologie, il n'a commenc&#233; &#224; &#234;tre envisag&#233; en biologie et en m&#233;decine que r&#233;cemment. (&#8230;) La cons&#233;quence de tout cela a &#233;t&#233; l'amoindrissement de la notion d'homme telle qu'elle est prise en compte par la m&#233;decine dans le cadre de son travail. Il ne faut pas s'&#233;tonner que l'impact des maladies du corps sur la psychologie ne soit consid&#233;r&#233; que de fa&#231;on annexe ou pas du tout. (&#8230;) On commence enfin &#224; accepter l'id&#233;e que les troubles psychologiques, graves ou l&#233;gers, peuvent d&#233;terminer des maladies du corps proprement dit (&#8230;) La mise &#224; l'&#233;cart des ph&#233;nom&#232;nes mentaux par la biologie et la m&#233;decine occidentales, par suite d'une vision cart&#233;sienne de l'homme, a entra&#238;n&#233; deux grandes cons&#233;quences n&#233;gatives. La premi&#232;re concerne le domaine de la science. La tentative de comprendre le fonctionnement mental en termes biologiques g&#233;n&#233;raux a &#233;t&#233; retard&#233;e de plusieurs d&#233;cennies, et il faut honn&#234;tement reconna&#238;tre qu'elle a &#224; peine commenc&#233;. Mieux vaut tard que jamais, bien s&#251;r, mais cela veut dire tout de m&#234;me que les probl&#232;mes humains n'ont jusqu'ici pas pu b&#233;n&#233;ficier des lumi&#232;res qu'aurait pu leur apporter une compr&#233;hension profonde de la biologie des processus mentaux. La seconde cons&#233;quence n&#233;gative concerne le diagnostic et le traitement efficace des maladies humaines. (&#8230;) Une conception fauss&#233;e de l'organisme humain, combin&#233;e &#224; l'inflation des connaissances et &#224; une tendance accrue &#224; la sp&#233;cialisation, concourent &#224; diminuer la qualit&#233; de la m&#233;decine actuelle plut&#244;t qu'&#224; l'augmenter. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les neurosciences sont en train de franchir ce qui &#233;tait consid&#233;r&#233; comme la barri&#232;re, absolue, entre l'homme et les sciences naturelles. Dans une publication du CNRS, l'&#233;pist&#233;mologue Bernard Andrieu concluait dans &#171; Le laboratoire du cerveau psychologique &#187; : &#171; Entre la neurologie et la psychologie, nombre de philosophes, de m&#233;decins, de psychanalystes n'ont de cesse de mod&#233;liser les liens de l'esprit et du cerveau. (...) Le cerveau psychologique inventait d&#233;j&#224; un dialogue entre les sciences exactes et les sciences humaines (...) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, nombre de neuroscientifiques, contrairement &#224; Damasio et &#224; Freud, coninuent opposer physiologie et psychologie, m&#234;me s'ils ne sont pas fondamentalement oppos&#233;s &#224; la psychologie ou &#224; la psychanalyse. Ils tirent argument de l'efficacit&#233; des actions chimiques sur la maladie pour pr&#233;tendre que le fondement de la maladie est physique. Inversement, certains psychologues ou certains psychanalystes tirent argument de l'efficacit&#233; des traitements analytiques pour se d&#233;tourner de l'&#233;tude neurologique dans le traitement des pathologies nerveuses. Les deux d&#233;marches t&#233;moignent d'erreurs d'interpr&#233;tations. Les auteurs sont victimes d'une philosophie qui oppose comme deux domaines s&#233;par&#233;s la physiologie et la psychologie, alors qu'il n'y a pas de sentiments sans appui sur un fonctionnement physique et il n'y a pas de fonctionnement physique dans le cerveau qui ne soit pas reli&#233; &#224; des images c&#233;r&#233;brales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple de ce type de d&#233;marche : celui de Rita Carter et de son ouvrage &#171; Atlas du cerveau &#187;, &#233;crit en collaboration avec le professeur Christopher Frith. Rita Carter prend l'exemple de la maladie de Tourette dont elle d&#233;crit ainsi les manifestations : &#171; Leurs gesticulations, les tics qui rongent leur visage, le flot d'aboiements, d'incoh&#233;rences et d'obsc&#233;nit&#233;s qui sortent de leur bouche suscitent quelques regards indign&#233;s (&#8230;) La plupart sont d'un niveau intellectuel normal. (&#8230;) Les psychanalystes ont vu dans cette maladie l'illustration m&#234;me des cons&#233;quences du refoulement de la col&#232;re. Le traitement consista donc &#224; rechercher les &#171; racines &#187; de cette hypoth&#233;tique col&#232;re ou &#224; encourager le patient &#224; l'exprimer plus ouvertement. La th&#233;orie &#224; la base de cette th&#233;rapie se trouva irr&#233;m&#233;diablement &#233;branl&#233;e par l'invention, dans les ann&#233;es 60, d'un m&#233;dicament qui att&#233;nuait consid&#233;rablement les sympt&#244;mes de cette maladie, et, dans certains cas, les supprimait totalement. Ce m&#233;dicament se fixait sur les r&#233;cepteurs de la dopamine. Lorsque cette &#171; &#233;cran chimique &#187; se plaquait &#224; la surface des cellules, celles-ci ne pouvaient &#234;tre activ&#233;es par la dopamine. Les neurones n'&#233;tant pas stimul&#233;s, les tics s'arr&#234;tent. Aujourd'hui, le syndrome de Tourette est de plus en plus consid&#233;r&#233; comme l'un des multiples d&#233;sordres mentaux associ&#233;s aux dysfonctionnements des processus chimiques sophistiqu&#233;s qui garantissent la bonne prise en compte de nos pulsions vitales. &#187; Opposer interpr&#233;tation et soins physiologiques ou psychologiques est plus que courant. Pourtant, les deux sont ins&#233;parables. Des circuits neuronaux interagissent s'ils sont parcourus suffisamment longtemps par un courant et dans ce cas, ils sont une image mentale, qu'elle soit consciente ou non. Le physique et le psychologique ne sont donc pas s&#233;parables, pas plus qu'&#233;motions et pens&#233;es, que r&#233;el et virtuel. Rita Carter tire argument de l'efficacit&#233; des m&#233;dicaments pour affirmer que, dans ce cas, il ne peut &#234;tre question de cause psychologique de la maladie. C'est comme si on disait qu'un mal de t&#234;te d&#251; &#224; une f&#226;cherie familiale ne pouvait &#234;tre soign&#233; par un cachet d'aspirine. D'autre part, les psychanalystes ne cherchent pas &#224; trouver &#171; les racines &#187; du mal mais &#224; aider le malade &#224; rendre conscientes les images inconscientes. Le psychanalyste ne va pas expliquer au malade la cause de sa maladie. Rita Carter explique pourtant elle-m&#234;me que le fonctionnement neurologique justifie cette d&#233;marche : &#171; Dans certaines circonstances, la psychoth&#233;rapie donne de bons r&#233;sultats. Mais c'est probablement moins parce qu'elle lib&#232;re nos &#233;motions que parce qu'elle nous permet de les remonter dans le cortex o&#249; elles peuvent &#234;tre trait&#233;es de mani&#232;re consciente. (&#8230;) Parler, r&#233;fl&#233;chir sur nos &#233;motions nous permet de les contr&#244;ler, de nous d&#233;faire de leur emprise. &#187; Rita Carter examine notamment les m&#233;canismes c&#233;r&#233;braux des peurs irrationnelles : &#171; Selon Freud, ces peurs irrationnelles apparaissent parce que l'objet de phobie se substitue de mani&#232;re symbolique &#224; une entit&#233; r&#233;ellement effrayante, mais qui est, pour une raison ou une autre, trop g&#234;nante ou trop horrible pour &#234;tre reconnue. (&#8230;) Afin de mieux comprendre ce ph&#233;nom&#232;ne, nous allons examiner le parcours d'une information potentiellement effrayante lorsqu'elle p&#233;n&#232;tre dans le cerveau. (&#8230;) Toutes les information sensorielles parviennent d'abord au thalamus (&#8230;) Dans le cas des stimuli &#233;motionnels, (&#8230;) l'information est conduite &#224; l'amygdale (syst&#232;me d'alarme du cerveau et g&#233;n&#233;rateur de r&#233;ponses &#233;motionnelles). L'itin&#233;raire num&#233;ro un conduit &#224; l'arri&#232;re du cerveau, au cortex visuel qui analyse l'information et transmet ses conclusions. (&#8230;) Cet itin&#233;raire num&#233;ro un est long, sinueux et implique de nombreux arr&#234;ts. (&#8230;) C'est ici qu'intervient l'itin&#233;raire num&#233;ro deux. Le thalamus se situe pr&#232;s de l'amygdale, &#224; laquelle il est reli&#233; par un &#233;pais faisceau de neurones. L'amygdale, &#224; son tour, est &#233;troitement reli&#233;e &#224; l'hypothalamus qui contr&#244;le la r&#233;ponse corporelle &#8211; affrontement ou fuite. (&#8230;) L'information circule des yeux au corps en quelques milli&#232;mes de secondes. &#187; De ces remarques de Rita Carter, nous d&#233;duisons d'abord qu'il existe des circuits c&#233;r&#233;braux conscients qui passent pas le cortex et des circuits c&#233;r&#233;braux non conscients qui n'y passent pas. Nous remarquons ensuite que les diff&#233;rents circuits fonctionnent g&#233;n&#233;ralement en m&#234;me temps. Le conscient ne s'oppose pas au non-conscient. Enfin, nous remarquons que le circuit non-conscient est de loin le plus rapide. Enfin, une derni&#232;re remarque qui est tout aussi g&#233;n&#233;rale : le non-conscient li&#233; &#224; un m&#233;canisme de refoulement freudien implique g&#233;n&#233;ralement l'amygdale. Rita Carter rapporte ainsi : &#171; Des recherches r&#233;centes indiquent que les souvenirs inconscients seraient conserv&#233;s dans l'amygdale &#8211; une aire c&#233;r&#233;brale dont jamais, jusqu'alors, on n'avait imagin&#233; qu'elle pouvait &#234;tre un lieu de stockage de m&#233;moire. Selon LeDoux, l'amygdale enregistrerait les souvenirs inconscients de la m&#234;me mani&#232;re que l'hippocampe enregistre les souvenirs conscients. (&#8230;) Si le souvenir activ&#233; par l'amygdale est suffisamment intense, il peut devenir incontr&#244;lable et d&#233;clencher des r&#233;actions corporelles si spectaculaires que la personne revit le traumatisme r&#233;el avec toutes ses manifestations sensorielles. Cet &#233;tat psychique &#8211; un d&#233;sordre posttraumatique &#8211; est manifestement li&#233; &#224; une exp&#233;rience particuli&#232;rement terrifiante. Il arrive toutefois que ces souvenirs inconscients &#233;mergent de l'amygdale sans que surgissent simultan&#233;ment les souvenirs conscients qui pourraient les associer &#224; un &#233;v&#233;nement particulier. La peur irrationnelle alors ressentie peut rester vague &#8211; et g&#233;n&#233;rer une simple angoisse diffuse &#8211; ou exploser soudainement &#8211; et donner une crise de panique. Si le sentiment est provoqu&#233; par un stimulus conscient, il peut se r&#233;v&#233;ler &#234;tre une phobie. Les souvenirs inconscients se forment plus facilement lors d'&#233;v&#233;nements particuli&#232;rement stressants, car les hormones et les neurotransmetteurs qui se lib&#232;rent alors excitent l'amygdale &#8211; et affectent &#233;galement le traitement des souvenirs conscients. (&#8230;) LeDoux a montr&#233; &#8211; du moins, chez le rat &#8211; qu'un stimulus conditionn&#233; (g&#233;n&#233;rateur de peur) n'est pas n&#233;cessairement enregistr&#233; au niveau conscient. &#187; Rita Carter cite l'ouvrage du neurologue Joseph LeDoux intitul&#233; &#171; Le cerveau &#233;motionnel &#187; : &#171; Le sentiment conscient d'une &#233;motion n'est certainement pas indispensable au fonctionnement des syst&#232;mes &#233;motionnels. La plupart des r&#233;actions &#233;motionnelles sont g&#233;n&#233;r&#233;es inconsciemment. Freud avait parfaitement raison de comparer la conscience avec la partie immerg&#233;e de l'iceberg mental. (&#8230;) Les connexions reliant les syst&#232;mes &#233;motionnels aux syst&#232;mes cognitifs sont plus puissants que celles allant en sens inverse. &#187; Comme on le constate, il n'est pas exact que les &#233;tudes neurologiques iraient n&#233;cessairement a contrario de toutes les approches psychologiques, en particulier de celle de la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudes des zones d'activit&#233; c&#233;r&#233;brales nous donnent des informations sur les maladies nerveuses, nous permettant par exemple d'examiner quelles zones, quels circuits sont concern&#233;s. Rita Carter rapporte ainsi dans l'ouvrage pr&#233;c&#233;demment cit&#233; : &#171; Certaines aires d'un cerveau d&#233;pressif manifestent une hyperactivit&#233;. C'est le cas du bord ext&#233;rieur du lobe pr&#233;frontal. Michael Posner et Marcus Raichle, qui exercent &#233;galement &#224; l'Ecole de m&#233;decine de l'universit&#233; de Washington, ont d&#233;couvert que chez les gens normaux, cette zone s'active lors de tests sollicitant la m&#233;moire &#224; long terme ou lors de la rem&#233;moration d'&#233;pisodes tristes de la vie. Son r&#244;le semble donc &#234;tre de conserver dans la conscience les souvenirs &#224; long terme. Les autres r&#233;gions hyperactives sont l'amygdale et le cortex cingulaire ant&#233;rieur ; cette zone, qui s'&#233;veille lorsque nous faisons un effort de concentration, est particuli&#232;rement active lorsque nous enregistrons des r&#233;actions &#8211; par exemple, la douleur &#8211; g&#233;n&#233;r&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de notre cerveau. Toutes ces r&#233;gions sont interconnect&#233;es &#8211; l'activation de l'une entra&#238;ne la stimulation des autres. Selon Posner, les &#233;tats d&#233;pressifs seraient caus&#233;s par l'activation d'un circuit par lequel l'amygdale injecte des sentiments n&#233;gatifs dans la conscience ; le lobe pr&#233;frontal extrait alors des souvenirs &#224; long terme correspondant &#224; ces sentiments, le cortex cingulaire ant&#233;rieur s'empare de ces sentiments et emp&#234;che l'attention de se porter sur des &#233;l&#233;ments positifs, le thalamus maintenant l'activit&#233; du circuit tout entier. Si cette interpr&#233;tation est correcte, elle rend compte de nombreux aspects d&#233;routants des &#233;tats d&#233;pressifs. L'action du cortex cingulaire ant&#233;rieur explique pourquoi les rem&#232;des habituels &#224; la tristesse sont inop&#233;rants. (&#8230;) L'implication de l'amygdale explique la tristesse apparemment gratuite associ&#233;e &#224; cet &#233;tat. Nous l'avons vu, l'amygdale ne g&#233;n&#232;re pas de concepts et produit seulement des &#233;motions. Elle explique &#233;galement l'efficacit&#233; des m&#233;dicaments qui augmentent la concentration des neurotransmetteurs : ils activent les aires qui doivent &#234;tre activ&#233;es et d&#233;sactivent celles qui doivent &#234;tre d&#233;sactiv&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudes en neurosciences expliquent donc &#224; la fois l'efficacit&#233; des m&#233;thodes psychanalytiques et celles des m&#233;dicaments. Elles n'opposent pas le niveau psychologique et le niveau physiologique. Les neurosciences justifient l'id&#233;e que laisser la pens&#233;e se promener sans &#234;tre guid&#233;e par la r&#233;flexion permet d'&#233;voquer d'anciens souvenirs qui nous d&#233;rangent et dont on ne se rappelle plus. Rita Carter rappelle ainsi que &#171; Les r&#233;miniscences cach&#233;es induisant des sentiments de peur sont vraisemblablement stock&#233;es dans l'amygdale plut&#244;t que dans le cortex. Inutile d'y penser car l'activit&#233; corticale tend &#224; r&#233;duire l'activation de l'amygdale. Voil&#224; sans doute pourquoi les souvenirs de traumatismes enregistr&#233;s dans l'amygdale semblent resurgir dans la conscience lorsque nous nous relaxons et laissons notre esprit vagabonder, comme dans la technique psychanalytique d'association libre. &#187; Loin d'opposer psychisme et fonctionnement mat&#233;riel du cerveau, les &#233;tudes r&#233;centes en neurosciences, coupl&#233;es &#224; la psychologie cognitive, semblent donner une base mat&#233;rielle &#224; la fois au processus conscient de l'intelligence et au processus inconscient. Le monde fictionnel (inconscient) a une base mat&#233;rielle aussi solide que la conscience. Il semble m&#234;me &#234;tre l'univers sur lequel se fonde la conscience, un univers agit&#233; qui serait la base, par un processus permanent d'auto-organisation, de toutes les pens&#233;es conscientes. Les pens&#233;es inconscientes auraient une capacit&#233; &#224; s'autod&#233;truire &#224; grande vitesse et la pens&#233;e consciente serait l'inhibition de cette autodestruction. La r&#233;alit&#233; de l'effet de pens&#233;es fictionnelles sur notre cerveau est bien connue, puisque nous pouvons les produire nous-m&#234;mes. C'est la source de l'effet que produisent sur nous les images fictions de la t&#233;l&#233; ou les sons de la radio. Ces images et ces sons s'adressent au moins autant &#224; notre conscience qu'&#224; notre inconscient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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