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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Hannah Arendt analyse l'imp&#233;rialisme, le nazisme et l'antis&#233;mitisme</title>
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		<dc:date>2018-07-31T22:52:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Lumpen</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Arendt : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le totalitarisme transforme toujours les classes en masses, substitue au syst&#232;me les partis, d&#233;place le centre du pouvoir de l'arm&#233;e &#224; la police, et met en oeuvre une politique &#233;trang&#232;re visant &#224; la domination du monde. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les mouvements totalitaires sont des organisations massives d'individus atomis&#233;s et isol&#233;s. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans la mesure o&#249; l'av&#232;nement de gouvernements totalitaires constitue l'&#233;v&#232;nement central de notre &#233;poque, comprendre le totalitarisme n'est pas tol&#233;rer tout (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Lumpen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Arendt :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le totalitarisme transforme toujours les classes en masses, substitue au syst&#232;me les partis, d&#233;place le centre du pouvoir de l'arm&#233;e &#224; la police, et met en oeuvre une politique &#233;trang&#232;re visant &#224; la domination du monde. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les mouvements totalitaires sont des organisations massives d'individus atomis&#233;s et isol&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans la mesure o&#249; l'av&#232;nement de gouvernements totalitaires constitue l'&#233;v&#232;nement central de notre &#233;poque, comprendre le totalitarisme n'est pas tol&#233;rer tout et n'importe quoi. Il s'agit de se r&#233;concilier avec le monde dans lequel de telles choses sont tout &#224; fait possibles. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La mont&#233;e de mouvements politiques r&#233;solus &#224; remplacer le syst&#232;me des partis, et le d&#233;veloppement d'une forme totalitaire nouvelle de gouvernement, ont eu pour arri&#232;re-fond un effondrement plus ou moins g&#233;n&#233;ral, plus ou moins dramatique, de toutes les autorit&#233;s traditionnelles. Nulle part cet effondrement n'a &#233;t&#233; le r&#233;sultat direct des r&#233;gimes ou des mouvements eux-m&#234;mes. Tout s'est pass&#233; plut&#244;t comme si le totalitarisme, sous la forme des mouvements aussi bien que des r&#233;gimes, &#233;tait le mieux fait pour tirer parti d'une atmosph&#232;re sociale et politique g&#233;n&#233;rale dans laquelle le syst&#232;me des partis avait perdu son prestige, et dans laquelle l'autorit&#233; du gouvernement n'&#233;tait plus reconnue. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment Hannah Arendt analyse l'imp&#233;rialisme, le nazisme et l'antis&#233;mitisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tudions ici uniquement le texte d'Hannah Arendt intitul&#233; &#171; L'imp&#233;rialisme &#187;, tome deux de la trilogie &#171; Le syst&#232;me totalitaire &#187;, dont le tome un s'appelait &#171; Sur l'antis&#233;mitisme &#187; et le tome trois &#171; Syst&#232;me totalitaire &#187;. Cette simple mention donne d&#233;j&#224; le programme de l'analyse de Arendt : il s'agit d'expliquer le nazisme en reliant cette analyse &#224; un &#171; syst&#232;me totalitaire &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; une &#233;volution politique qui aurait produit aussi bien le nazisme que le stalinisme et en chercher les racines, non dans le capitalisme lui-m&#234;me parvenu &#224; une certaine &#233;tape de son &#233;volution comme le feront Hilferding, Rosa Luxemburg, L&#233;nine ou Trotsky, mais &#224; le relier &#224; une d&#233;rive du capitalisme allant m&#234;me &#224; l'encontre du nationalisme bourgeois, de l'&#233;tatisme bourgeois. Il s'agit davantage d'en accuser &#171; la populace &#187;, &#171; la foule &#187;, &#171; la p&#232;gre &#187; qu'une classe sociale particuli&#232;re, la bourgeoisie ou la petite bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah Arendt ne veut surtout pas relier le nazisme ou l'imp&#233;rialisme ou encore le stalinisme &#224; l'histoire des r&#233;volutions et des cotnre-r&#233;volutions. Elle dresse plut&#244;t une histoire des id&#233;es, id&#233;e de nation, id&#233;e de peuple, id&#233;e d'expansion, etc. Comme si les concepts vivaient par eux-m&#234;mes avant de s'imposer aux peuples, y compris aux classes dirigeantes. Comme si la &#171; foule &#187; ou la &#171; populace &#187; existait en dehors des classes sociales. Comme si la p&#232;gre faisait la loi dans le monde capitaliste. Comme si ce n'&#233;tait pas vraiment la bourgeoisie qui avait pris la d&#233;cision de donner le pouvoir au fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, Arendt n'ignore pas le lien entre l'&#233;conomie capitaliste et l'imp&#233;rialisme, et elle le reconna&#238;t au passage, mais elle estime que ce n'est pas l'essentiel&#8230; Elle croit &#224; l'autonomie de l'id&#233;ologie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, m&#234;me lorsqu'elle le reconna&#238;t, c'est pour faire comme si la bourgeoisie avait &#233;t&#233; tromp&#233;e par les nazis !!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ainsi (les nazis) purent-ils gagner l'appui de l'&#233;lite des classes ais&#233;es et du monde des affaires, qui voyaient dans les nazis quelque chose d'analogue aux anciens groupes qu'ils avaient eux-m&#234;mes fr&#233;quemment soutenus et qui n'avaient eu que l'ambition relativement modeste de conqu&#233;rir l'appareil d'Etat pour imposer un parti unique. Les hommes d'affaire qui aid&#232;rent Hitler &#224; prendre le pouvoir croyaient na&#239;vement qu'ils ne faisaient que soutenir un dictateur, et l'une de leurs propres cr&#233;atures, qui gouvernerait naturellement au profit de leur propre classe et au d&#233;triment de toutes les autres. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arendt range le nazisme dans un ensemble plus vaste qu'elle appelle &#171; les mouvements annexionnistes &#187; (elle appelle ainsi les panslavistes ou pangermanistes) car, nous en discuterons ensuite, elle d&#233;finit l'imp&#233;rialisme comme &#171; une politique d'expansion territoriale &#187; qui irait &#224; l'encontre du nationalisme normal !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce serait une grave erreur de voir dans les leaders des mouvements annexionnistes des r&#233;actionnaires ou des &#171; contre-r&#233;volutionnaires &#187;. Bien que ne faisant par principe gu&#232;re cas des questions sociales, ils n'ont jamais commis l'erreur de se ranger aux c&#244;t&#233;s de l'exploitation capitaliste et la plupart d'entre eux avaient appartenu &#8211; et appartenaient toujours &#8211; aux partis lib&#233;raux et progressistes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les interpr&#233;tations de Arendt reposent sur la foule et son caract&#232;re tribal et sur ce qu'elle appelle l' &#171; annexionnisme &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le nazisme et le bolchevisme doivent plus au pangermanisme et au panslavisme (respectivement) qu'&#224; toute autre id&#233;ologie ou mouvement politique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La foule, organis&#233;e en mouvements annexionnistes et men&#233;e par les id&#233;ologies de race, n'avait rien de commun avec le peuple dont les actions r&#233;volutionnaires avaient suscit&#233; un gouvernement constitutionnel et dont les mouvements ouvriers &#233;taient &#224; l'&#233;poque les v&#233;ritables repr&#233;sentants ; cette foule, avec sa &#171; conscience tribale &#233;largie &#187; et son absence manifeste de patriotisme, ressemblait beaucoup plus &#224; une race &#187;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des points de vue originaux d'Arendt, c'est de placer l'antis&#233;mitisme au centre de l'&#233;volution de l'histoire mondiale. Certes, il joue un r&#244;le non n&#233;gligeable dans la politique des nazis en Allemagne, mais ce n'est pas le cas de tous les fascismes : italien, espagnol, portugais, chilien et autres&#8230; Ce n'est pas non plus une n&#233;cessit&#233; particuli&#232;re &#224; l'imp&#233;rialisme. L'antis&#233;mitisme a &#233;t&#233;, par exemple, instrumentalis&#233; par le tsarisme, bien plus que par les imp&#233;rialismes anglais, fran&#231;ais ou allemand d'avant la premi&#232;re guerre mondiale et surtout d'avant la vague r&#233;volutionnaire en Europe de la fin de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arendt affirme pourtant que &lt;i&gt;&#171; Ce qui a permis &#224; l'antis&#233;mitisme des mouvements annexionnistes d'&#234;tre assez forts pour survivre au d&#233;clin g&#233;n&#233;ral des propagandes antis&#233;mites durant la fausse accalmie qui pr&#233;c&#233;da la Premi&#232;re Guerre mondiale, fut sa fusion avec le nationalisme tribal d'Europe de l'Est. Car il existait une affinit&#233; fondamentale entre les th&#233;ories des mouvements annexionnistes sur les peuples et sur l'existence errante du peuple juif. Les Juifs semblaient &#234;tre le parfait exemple d'un peuple au sens tribal, leur organisation le mod&#232;le que les mouvements annexionnistes s'effor&#231;aient de stimuler, leur survie et leur pr&#233;tendu pouvoir la meilleure preuve du bien-fond&#233; des th&#233;ories racistes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement Arendt ignore, ou feint d'ignorer, l'antis&#233;mitisme foncier de toute la grande bourgeoisie mondiale, non seulement elle ignore le lien entre la situation r&#233;voltante des Juifs d'Europe de l'Est et la mont&#233;e des r&#233;volutions dans cette partie du monde &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re guerre mondiale, les liens entre les Juifs et les r&#233;volutions russe, polonaise, hongroise, allemande, etc., mais, en plus, elle fait comme si la bourgeoisie allemande elle-m&#234;me avait &#233;t&#233; tromp&#233;e sur le fond !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon elle, le nazisme serait une rupture compl&#232;te avec tout le d&#233;veloppement bourgeois qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Comment saurions-nous nous d&#233;fendre d'une certaine nostalgie pour ce que l'on peut encore appeler &#171; &#226;ge d'or de la s&#233;curit&#233; &#187;, pour un &#226;ge, en tout cas, o&#249; l'horreur elle-m&#234;me, parce qu'elle demeurait dans les limites d'une certaine mod&#233;ration et s'inclinait devant le respect des biens&#233;ances, pouvait encore s'inscrire dans un monde apparemment gouvern&#233; par la raison ? En d'autres termes, ce pass&#233; a beau &#234;tre tr&#232;s proche de nous, il n'emp&#234;che que nous sommes parfaitement conscients que notre exp&#233;rience des camps de concentration et des usines de mort lui est &#8211; comme d'ailleurs &#224; tout autre p&#233;riode de l'histoire occidentale &#8211; totalement &#233;trang&#232;re. (&#8230;) Les choses chang&#232;rent lorsque la bourgeoisie allemande d&#233;cida de jouer son va-tout avec le mouvement hitl&#233;rien et chercha &#224; gouverner avec l'appui de la foule (le traducteur &#233;crit parfois &#171; populace &#187; au lieu de &#171; foule &#187; NDLR), mais il &#233;tait trop tard. La bourgeoisie avait certes r&#233;ussi &#224; d&#233;truire l'Etat, mais c'&#233;tait une victoire &#224; la Pyrrhus : la foule se r&#233;v&#233;la parfaitement capable de r&#233;gler les questions politiques toute seule, et elle liquida la bourgeoisie en m&#234;me temps que le reste des classes et des institutions. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabuleux ! On ne peut dire moins pour une telle interpr&#233;tation fantaisiste du fascisme allemand qui liquide toutes les classes sociales, y compris le prol&#233;tariat et la bourgeoisie !, et donne le pouvoir &#224; la populace. On croit r&#234;ver !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut oublier pour cela que la bourgeoisie allemande a poursuivi son cours pendant et apr&#232;s le nazisme. Il faut oublier que l'Etat allemand s'est maintenu, que les dirigeants de l'arm&#233;e, de la police et de la bourgeoisie ont exig&#233; avec succ&#232;s qu'Hitler &#233;crase d&#233;finitivement son mouvement de masse des sections d'assaut, un an apr&#232;s la prise de pouvoir d'Hitler, d&#233;cid&#233;e par la grande bourgeoisie qui ne s'est pas fait du tout hara-kiri par cet acte ! La &#171; foule &#187; ou &#171; populace &#187; a peut-&#234;tre cru acc&#233;der au pouvoir en janvier 1933 mais en 1934 son mouvement de masse &#233;tait d&#233;capit&#233; dans le sang ! Arendt semble l'ignorer !!! Elle continue &#224; croire sur parole le caract&#232;re &#171; r&#233;volutionnaire &#187; de la propagande du national-socialisme des ann&#233;es 1930 alors qu'elle &#233;crit au d&#233;but des ann&#233;es 1950 !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se absurde sur le fascisme allemand est n&#233;cessaire &#224; Arendt pour refuser de voir le caract&#232;re contre-r&#233;volutionnaire bourgeois du nazisme et de voir notamment que le fascisme &#233;tait la r&#233;ponse de la bourgeoisie &#224; la menace de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en p&#233;riode de crise catastrophique due &#224; la crise &#233;conomique de 1929. Cet aspect de la question semble compl&#232;tement lui &#233;chapper !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question de la &#171; foule &#187;, une esp&#232;ce de lumpen-prol&#233;tariat mais Arendt n'emploie pas le terme qui ferait marxiste, n'est pas secondaire mais centrale dans l'analyse d'Arendt, qui affirme que le r&#244;le de cette &#171; populace &#187; serait d&#233;terminante non seulement dans le fascisme mais dans l'imp&#233;rialisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il faut s'attendre &#224; trouver une alliance entre le capital et la foule &#224; l'origine de toute politique imp&#233;rialiste de quelque importance. Dans certains pays, surtout la Grande-Bretagne, cette nouvelle alliance entre les beaucoup trop riches et les beaucoup trop pauvres &#233;tait et demeura limit&#233;e aux possessions d'outre-mer&#8230; &#233;vitant de la sorte l'effet &#171; boomerang &#187; tant redout&#233; par lequel l'imp&#233;rialisme s'implanterait en m&#233;tropole&#8230; Ces mouvements (colonialistes) avaient pour but d'imp&#233;rialiser pour ainsi dire la nation tout enti&#232;re&#8230; La pouss&#233;e de la foule hors de l'organisation capitaliste a &#233;t&#233; observ&#233;e tr&#232;s t&#244;t par tous les grands historiens du XIXe si&#232;cle, qui notaient soigneusement et anxieusement son d&#233;veloppement&#8230; Mais ce que les historiens, tristement pr&#233;occup&#233;s par le ph&#233;nom&#232;ne en soi, ne surent pas saisir, c'est que l'on ne pouvait identifier cette foule avec la classe ouvri&#232;re grandissante, ni avec le peuple pris dans son ensemble, mais qu'elle se composait en fait des d&#233;chets de toutes les classes. Sa composition donnait &#224; croire que la foule et ses repr&#233;sentants avaient aboli les diff&#233;rences de classe et qu'ils &#233;taient &#8211; eux qui tenaient en dehors de cette nation divis&#233;e en classes &#8211; le peuple lui-m&#234;me (la Volksgemeinschaft ch&#232;re aux nazis) plut&#244;t que sa monstrueuse caricature. Les tenants du pessimisme historique comprenaient l'irresponsabilit&#233; fondamentale de cette nouvelle couche sociale, et ils avaient &#233;galement raison de pr&#233;voir l'&#233;ventualit&#233; que la d&#233;mocratie se transforme en un despotisme dont les tyrans sortiraient de la foule et s'appuieraient sur elle. Ce qui leur &#233;chappait, c'est que la foule est non seulement le rebut mais aussi le sous-produit de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, que celle-ci secr&#232;te directement et dont, par cons&#233;quent, elle ne saurait se s&#233;parer tout &#224; fait&#8230; C'est ainsi que la bourgeoisie allemande finit par avouer ouvertement ses liens avec la foule, en demandant &#224; celle-ci de se faire le champion de ses int&#233;r&#234;ts de propri&#233;t&#233;. Il est significatif que ce ph&#233;nom&#232;ne se soit produit en Allemagne. En Angleterre et en Hollande, le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; bourgeoise avait progress&#233; assez paisiblement et la bourgeoisie de ces pays put jouir de plusieurs si&#232;cles de s&#233;curit&#233; et d'ignorance de la peur&#8230;. Une politique du pouvoir totalement d&#233;nu&#233;e de principes ne pouvait s'exercer qu'&#224; partir du moment o&#249; il se trouvait une masse de gens eux-m&#234;mes totalement libres de principes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arendt n'ignore pas qu'elle est en train de passer par-dessus ou en dessous des classes sociales et de la lutte des classes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En termes marxistes, le ph&#233;nom&#232;ne nouveau d'une alliance entre foule (ou populace) et capital semblait tellement contre nature, si manifestement en d&#233;saccord avec la doctrine de la lutte des classes, que les r&#233;els dangers de l'ambition imp&#233;rialiste &#8211; diviser l'humanit&#233; en race de ma&#238;tres et race d'esclaves, en nobles et en vilains, en hommes blancs et en peuples de couleur, autant de distinctions qui &#233;taient en fait des tentatives pour unifier le peuple con&#231;u comme une foule &#8211; pass&#232;rent totalement inaper&#231;us. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait beaucoup &#224; dire et &#224; redire &#224; cette th&#232;se sur les milieux populaires tr&#232;s pauvres que d&#233;crit Arendt comme cause fondamentale du fascisme allemand. Mais on ne trouve nullement dans cette explication sociologique une interpr&#233;tation historique des choix de la bourgeoisie allemande. Arendt pose la question de : pourquoi l'Allemagne mais se garde d'y r&#233;pondre s&#233;rieusement, puisqu'elle ne veut surtout pas discuter de l'histoire des r&#233;volutions prol&#233;tariennes en Allemagne et de la peur de la bourgeoisie vis-&#224;-vis de la r&#233;volution sociale. Que les milieux petits-bourgeois ou prol&#233;tariens paup&#233;ris&#233;s aient jou&#233; un grand r&#244;le dans le mouvement nazi n'est pas une d&#233;couverte mais que la grande bourgeoisie fasse appel &#224; eux comme force suppl&#233;tive contre le prol&#233;tariat, Arendt n'en a pas la moindre id&#233;e ou se garde bien de le dire, parce que cela montrerait justement le contraire de ce qu'elle pr&#233;tend : que le bolchevisme &#233;tait la seule alternative au fascisme, alors qu'elle affirme que les deux sont des fr&#232;res jumeaux !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lisant Arendt, on pourrait croire que serait antimarxiste l'id&#233;e d'un lien entre le grand capital et le lumpen prol&#233;tariat qui marquerait du colonialisme &#224; l'imp&#233;rialisme, et tout particuli&#232;rement le fascisme. Mais, en fait, cette id&#233;e est directement pioch&#233;e par Arendt dans Marx. C'est dans &#171; Le 18 Brumaire &#187; que Marx, analysant le bonapartisme de Napol&#233;on III parvenant au pouvoir avec l'aide de bandes de la p&#232;gre, a d&#233;velopp&#233; cette id&#233;e et donn&#233; la premi&#232;re analyse marxiste du fascisme. &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum7.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici &#171; Le 18 Brumaire &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Arendt a pris l'id&#233;e &#224; Marx, elle se garde de le dire et la noie dans ses lubies sur l'Etat-nation, le bon nationalisme, la bonne d&#233;mocratie bourgeoise, le bon capitalisme productif et sans finance, sans surplus de capitaux (comme si cela avait jamais exist&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arendt n'ignore pas que l'imp&#233;rialisme ne date pas de l'Allemagne de 1933 !!!! Elle mentionne par exemple la premi&#232;re guerre mondiale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Avant que le totalitarisme n'attaque sciemment et ne d&#233;truise en partie la structure m&#234;me de la civilisation europ&#233;enne, l'explosion de 1914 et ses graves s&#233;quelles d'instabilit&#233; avaient suffisamment &#233;branl&#233; la fa&#231;ade du syst&#232;me politique de l'Europe pour mettre &#224; nu les secrets de sa charpente. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel lien Arendt &#233;tablit-elle entre son analyse et l'explication de la premi&#232;re guerre mondiale ? L'explication est plus que d&#233;faillante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Aujourd'hui encore, il est presque impossible de d&#233;crire ce qui s'est r&#233;ellement produit en Europe le 4 ao&#251;t 1914. Les jours qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la Premi&#232;re Guerre mondiale et ceux qui l'ont suivie sont s&#233;par&#233;s non pas comme la fin d'une vieille &#233;poque et le d&#233;but d'une nouvelle, mais comme le seraient la veille et le lendemain d'une explosion&#8230; La premi&#232;re explosion semble avoir d&#233;clench&#233; une r&#233;action en cha&#238;ne dans laquelle nous sommes pris depuis lors et que personne ne para&#238;t pouvoir arr&#234;ter. La Premi&#232;re Guerre mondiale a fait exploser la solidarit&#233; des nations sans espoir de retour, ce que nulle autre guerre n'avait jamais fait&#8230; Rien de ce qui &#233;tait en train de se faire, quelle qu'en f&#251;t la stupidit&#233;, quel que f&#251;t le nombre de gens qui en connaissaient et qui en pr&#233;disaient les cons&#233;quences, ne put &#234;tre d&#233;fait ou &#233;vit&#233;. Le moindre &#233;v&#233;nement a pris l'in&#233;luctabilit&#233; d'un jugement dernier, jugement qui ne serait l'&#339;uvre ni de Dieu ni du diable, mais ressemblerait plut&#244;t &#224; l'expression de quelque irr&#233;m&#233;diable et stupide fatalit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fatalit&#233; la guerre mondiale ? Mais la r&#233;volution russe et allemande y a mis fin ! Arendt l'ignore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait ni &#171; l'&#339;uvre ni de Dieu ni du diable &#187; ? Et surtout pas l'&#339;uvre du capitalisme ?!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est fondamental pour Arendt d'affirmer que ce n'est pas le capitalisme &#171; qui porte la guerre comme la nu&#233;e porte l'orage &#187; (ce n'est pas Arendt qui le dit, bien entendu) !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il lui est fondamental d'effacer l'action r&#233;volution du prol&#233;tariat mondial face &#224; la guerre mondiale des imp&#233;rialismes europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point semble fondamental &#224; Arendt : sauver le nationalisme bourgeois de l'accusation d'avoir produit, &#224; l'&#233;tat exacerb&#233;, le nationalisme fasciste et m&#234;me l'imp&#233;rialisme. &lt;i&gt;&#171; Un ab&#238;me s&#233;pare le nationalisme de l'imp&#233;rialisme ; dans la pratique, cet ab&#238;me peut &#234;tre et a &#233;t&#233; franchi par le nationalisme tribal et le racisme brutal. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle oppose ainsi diam&#233;tralement nationalisme classique et imp&#233;rialisme comme nationalisme et fascisme, inventant pour cela un nationalisme particulier qui produirait le fascisme : le nationalisme &#171; tribal &#187; qui s'opposerait au v&#233;ritable nationalisme !!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le nationalisme a toujours maintenu cette loyaut&#233; originelle envers l'Etat, et il n'a jamais compl&#232;tement perdu sa fonction de pr&#233;server un &#233;quilibre pr&#233;caire entre la nation et l'Etat d'un c&#244;t&#233;, les nationaux d'une soci&#233;t&#233; d&#233;sagr&#233;g&#233;e de l'autre&#8230; Tant que l'Etat, m&#234;me dans sa forme la plus pervertie, demeurait une institution juridique, le nationalisme &#233;tait contr&#244;l&#233; par une certaine loi, et tant qu'il &#233;tait le fruit de l'identification des nationaux avec leur territoire, il &#233;tait contenu par des fronti&#232;res d&#233;finies&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le nationalisme tribal, cette force motrice cach&#233;e derri&#232;re l'imp&#233;rialisme continental, n'avait gu&#232;re de points communs avec le nationalisme de l'Etat-nation occidental pleinement d&#233;velopp&#233; (dont Arendt d&#233;fend une fois encore le caract&#232;re pr&#233;tendument d&#233;mocratique et progressiste &#8211;NDLR). Champion de la repr&#233;sentation populaire et de la souverainet&#233; nationale, l'Etat-nation, tel qu'il s'&#233;tait form&#233; depuis la R&#233;volution fran&#231;aise et &#224; travers tout le XIXe si&#232;cle, &#233;tait le r&#233;sultat de la combinaison de deux &#233;l&#233;ments qui se trouvaient encore dissoci&#233;s au XVIIIe si&#232;cle et qui l'&#233;taient rest&#233;s en Russie et en Autriche-Hongrie : la nationalit&#233; et l'Etat... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;tayer son raisonnement, Arendt d&#233;cide de d&#233;finir l'imp&#233;rialisme non comme une &#233;tape nouvelle du capitalisme mais comme une politique expansionniste, politique en somme que les Etats pouvaient, ou non, choisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant que l'expansionnisme est la caract&#233;ristique essentielle de l'imp&#233;rialisme, elle consid&#232;re &#233;galement que cela s'oppose &#224; la nation, c'est-&#224;-dire que, puisque la colonie est g&#233;r&#233;e d'une autre mani&#232;re que la m&#233;tropole, il y une v&#233;ritable nation dans les fronti&#232;res nationales et plus dans les colonies !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'imp&#233;rialisme doit sa seule grandeur &#224; l'&#233;chec qu'il a inflig&#233; &#224; la nation&#8230; Le concept imp&#233;rialiste d'expansion, selon lequel l'expansion est une fin en soi et non un proc&#233;d&#233; temporaire, fit son apparition dans la pens&#233;e politique lorsqu'il fut devenu manifeste que l'une des fonctions permanentes les plus importantes de l'Etat-nation allait &#234;tre l'expansion du pouvoir. Les agents de la violence appoint&#233;s par l'Etat constitu&#232;rent bient&#244;t une nouvelle classe &#224; l'int&#233;rieur des nations et, bien que leur champ d'action f&#251;t tr&#232;s &#233;loign&#233; de la m&#233;tropole, ils se mirent &#224; exercer une influence consid&#233;rable sur le corps politique de celle-ci&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, Arendt n'ignore pas que cette &#233;volution, dont elle donne une description tr&#232;s curieuse (cr&#233;ation d'une nouvelle classe, bourgeoise ?), a une origine dans l'&#233;volution &#233;conomique du capitalisme lui-m&#234;me mais elle entend l'effacer ou la minimiser :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La notion d'expansion illimit&#233;e, seule capable de r&#233;pondre &#224; l'esp&#233;rance d'une accumulation illimit&#233;e du capital, et qui entra&#238;ne la vaine accumulation de pouvoir, rend la constitution de nouveaux corps politiques &#8211; qui, jusqu'&#224; l'&#232;re de l'imp&#233;rialisme, avait toujours &#233;t&#233; une cons&#233;quence de la conqu&#234;te &#8211; pratiquement impossible... Le pouvoir devint l'essence de l'action politique et le centre de la pens&#233;e politique lorsqu'il a &#233;t&#233; s&#233;par&#233; de la communaut&#233; politique qu'il &#233;tait suppos&#233; servir. Il est vrai que c'est un facteur &#233;conomique qui avait tout d&#233;clench&#233;. Mais ce qui en est r&#233;sult&#233;, &#224; savoir l'av&#232;nement du pouvoir comme unique contenu de la politique, et de l'expansion comme son unique but, n'aurait sans doute pas rencontr&#233; une approbation aussi unanime&#8230; si ces ph&#233;nom&#232;nes n'avaient pas eux-m&#234;mes r&#233;pondu aussi parfaitement aux d&#233;sirs cach&#233;s et aux secr&#232;tes convictions des classes &#233;conomiquement et socialement dominantes&#8230; A l'&#233;poque imp&#233;rialiste, la philosophie du pouvoir devint la philosophie de l'&#233;lite qui d&#233;couvrit bient&#244;t &#8211; et fut rapidement pr&#234;te &#224; admettre &#8211; que la soif de pouvoir ne saurait &#234;tre &#233;tanch&#233;e que par la destruction. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne croyez pas que cela serait un produit tout simplement du capitalisme. Non, le terme m&#234;me n'est que rarement &#233;voqu&#233; pour ne pas para&#238;tre anti-capitaliste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La fameuse accumulation du capital qui a donn&#233; naissance &#224; la bourgeoisie a chang&#233; les notions m&#234;me de propri&#233;t&#233; et de richesse : on ne les consid&#233;rait plus d&#233;sormais comme les r&#233;sultats de l'accumulation et de l'acquisition, mais bien comme des pr&#233;alables ; la richesse devenait un moyen illimit&#233; de s'enrichir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous croyez peut-&#234;tre que le paragraphe pr&#233;c&#233;dent affirme que c'est bel et bien une &#233;volution du syst&#232;me &#233;conomique des classes poss&#233;dantes capitalistes. Eh bien non !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paragraphe se poursuit ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Etiqueter la bourgeoisie comme une classe poss&#233;dante n'est que superficiellement correct, &#233;tant donn&#233; que l'une des caract&#233;ristiques de cette classe &#233;tait que quiconque p&#251;t en faire partie du moment qu'il concevait la vie comme un processus d'enrichissement perp&#233;tuel et consid&#233;rait l'argent comme quelque chose de sacro-saint, qui ne saurait en aucun cas se limiter &#224; un simple bien de consommation. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous remarquerez qu'un id&#233;aliste (en philosophie) consid&#232;re que la r&#233;alit&#233; d'appartenance &#224; une classe d&#233;pend de la mani&#232;re dont l'individu con&#231;oit les choses, comment il les pense en somme !!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arendt ne veut m&#234;me pas relier l'imp&#233;rialisme avec le colonialisme capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Cela suffit &#224; montrer combien l'influence r&#233;elle de l'entreprise coloniale pr&#233;-imp&#233;rialiste et de colonisation outremer fut mineure pour le d&#233;veloppement de l'imp&#233;rialisme proprement dit. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arendt reconna&#238;t les horreurs coloniales mais va jusqu'&#224; les justifier parfois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce qui les (les peuples &#224; coloniser) rendait diff&#233;rents des autres &#234;tres humains ne tenait pas du tout &#224; la couleur de la peau, mais au fait qu'ils se comportaient comme partie int&#233;grante de la nature, qu'ils traitaient la nature comme leur ma&#238;tre incontest&#233;, qu'ils n'avaient pas cr&#233;&#233; un monde humain, une r&#233;alit&#233; humaine, et que la nature pour eux par cons&#233;quent demeur&#233;, dans toute sa majest&#233;, la seule et toute-puissante r&#233;alit&#233; &#8211; en comparaison, eux-m&#234;mes faisaient figure de fant&#244;mes irr&#233;els, illusoires. Ils &#233;taient, si l'on peut dire, des &#234;tres humains &#171; naturels &#187; &#224; qui manquait le caract&#232;re sp&#233;cifiquement humain, la r&#233;alit&#233; sp&#233;cifiquement humaine, &#224; tel point que lorsque les Europ&#233;ens les massacraient ils n'avaient pas, au fond, conscience de commettre un meurtre. Qui plus est, le massacre insens&#233; des tribus indig&#232;nes dans le Continent Noir restait tout &#224; fait dans la tradition de ces tribus elles-m&#234;mes. Exterminer les tribus hostiles avait toujours &#233;t&#233; la r&#232;gle dans les guerres entre indig&#232;nes de l'Afrique&#8230; &#187;&lt;/i&gt; !!!!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc ce n'&#233;tait pas facile de prendre conscience que ces barbares occidentaux qui colonisaient commettaient un crime !!! Comme s'ils avaient agi diff&#233;remment quand ils avaient affaire &#224; des peuples &#224; coloniser ayant d&#233;velopp&#233; de grandes civilisations comme pour les Azt&#232;ques !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arendt tient avant tout &#224; blanchir le capitalisme de tous ses crimes (imp&#233;rialistes ou nazis) et &#224; affirmer qu'il y a eu une d&#233;rive du courant principal qui, lui, serait blanc de tous ces crimes !!! Ainsi, elle pourra montrer que l'antis&#233;mitisme est un cas &#224; part, tr&#232;s diff&#233;rent du massacre des peuples indiens, asiatiques ou africains !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient que les auteurs marxistes ont d&#233;fini l'imp&#233;rialisme comme une &#233;tape du capitalisme et que l'un des crit&#232;res de cette &#233;tape &#233;tait l'exportation de capitaux. Eh bien, non ! Arendt s'&#233;rige contre cette d&#233;finition !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'expansion imp&#233;rialiste avait &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;e par une curieuse forme de crise &#233;conomique, la surproduction du capital et l'apparition d'argent &#171; superflu &#187; r&#233;sultant d'une &#233;pargne excessive qui ne parvenait plus &#224; trouver d'investissement productif &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res nationales. Pour la premi&#232;re fois, ce n'&#233;tait pas l'investissement du pouvoir qui avait pr&#233;par&#233; la voie &#224; l'investissement de l'argent, mais l'exportation du pouvoir qui suivait docilement le chemin de l'argent export&#233;, puisque les investissements incontr&#244;lables r&#233;alis&#233;s dans les pays lointains mena&#231;aient de transformer en joueurs de vastes couches de la soci&#233;t&#233;, de changer l'&#233;conomie capitaliste tout enti&#232;re, de syst&#232;me de production qu'elle &#233;tait en syst&#232;me de sp&#233;culation financi&#232;re, et de substituer aux profits de la production des profits de la commission&#8230; L'exportation de l'argent et l'investissement ext&#233;rieur ne sont pas en eux-m&#234;mes l'imp&#233;rialisme, ne m&#232;nent pas n&#233;cessairement &#224; l'expansion &#233;rig&#233;e en syst&#232;me politique. Tant que les d&#233;tenteurs du capital superflu se contentaient d'investir une part importante de leurs biens dans des contr&#233;es &#233;trang&#232;res, m&#234;me si cette tendance allait &#224; l'encontre de toutes les traditions nationalistes du pass&#233;, ils ne faisaient gu&#232;re que confirmer leur d&#233;marquage par rapport &#224; un corps national dont ils &#233;taient de toute mani&#232;re les parasites. C'est seulement lorsqu'ils demand&#232;rent aux gouvernements de prot&#233;ger leurs investissements qu'ils reprirent place dans la vie de la nation. A cet &#233;gard, ils suivaient n&#233;anmoins la tradition bien &#233;tablie de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, consistant &#224; ne voir dans les institutions politiques qu'un instrument destin&#233; &#224; prot&#233;ger la propri&#233;t&#233; individuelle. Seule l'heureuse co&#239;ncidence de l'essor d'une nouvelle classe de propri&#233;taires avec la r&#233;volution industrielle avait fait de la bourgeoisie le promoteur et le nerf de la production. Tant qu'elle remplissait cette fonction essentielle dans la soci&#233;t&#233; moderne, qui est surtout une communaut&#233; de producteurs, sa richesse jouait un r&#244;le important pour la nation dans son ensemble. Les d&#233;tenteurs du capital superflu ont &#233;t&#233; la premi&#232;re fraction de la classe bourgeoise &#224; vouloir des profits sans remplir de r&#233;elle fonction sociale &#8211; f&#251;t-ce la fonction de producteur exploitant &#8211; et aussi la premi&#232;re, par cons&#233;quent, qu'aucune police au monde n'aurait pu prot&#233;ger contre le courroux du peuple. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arendt invente ainsi une cat&#233;gorie particuli&#232;re de la classe bourgeoise, qu'on peut identifier aux financiers, aux sp&#233;culateurs, qu'elle s&#233;pare des bons capitaliste producteurs, alors que cette s&#233;paration ne recouvre aucune r&#233;alit&#233; &#233;conomique ni historique et n'a jamais exist&#233;. C'est une mani&#232;re d'accuser les financiers de tous les malheurs du monde, en blanchissant les autres capitalistes, qui, eux, joueraient un r&#244;le positif, seraient des producteurs, nourriraient ainsi la production, le bien-&#234;tre, la d&#233;mocratie et la nation !!! Et ce sont ces financiers, possesseurs du &#171; capital superflu &#187; (cette cat&#233;gorie &#233;conomique n'a aucun sens) qui &#233;taient les fabricants de l'imp&#233;rialisme, qui se seraient li&#233;s &#224; la p&#232;gre, &#224; la foule, aux imp&#233;rialistes&#8230; Curieusement, cette pr&#233;tendue d&#233;nonciation du fascisme rejoint les discours des fascistes eux eux-m&#234;mes contre les financiers et particuli&#232;rement les &#171; financiers juifs &#187; (cat&#233;gorie qui a pu avoir un sens au moyen-&#226;ge quand la religion catholique interdisait le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t aux chr&#233;tiens et que le protestantisme n'&#233;tait pas encore apparu, autorisant les protestants d'y participer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est frappant, en effet, de voir le nombre de fois que l'explication donn&#233;e par Arendt de ce qu'elle consid&#232;re comme une d&#233;rive politique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise est, selon elle, caus&#233;e par les pr&#233;tendus &#171; financiers juifs &#187;. Tout mais pas accuser la soci&#233;t&#233; capitaliste des crimes dont elle est pourtant &#224; l'&#233;vidence coupable. Son discours contre l'antis&#233;mitisme, et m&#234;me obs&#233;d&#233;e par cette question, rejoint alors paradoxalement&#8230; celui de l'antis&#233;mitisme !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tellement incroyable, vu l'image qui est donn&#233;e d'Arendt, qu'il est indispensable de la citer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dant l'&#232;re imp&#233;rialiste, c'est-&#224;-dire les ann&#233;es soixante-dix du si&#232;cle dernier, connut une augmentation inou&#239;e des escroqueries, des scandales financiers et de la sp&#233;culation sur le march&#233; des valeurs. Les pionniers de ce mouvement pr&#233;-imp&#233;rialiste furent les financiers juifs qui avaient b&#226;ti leur fortune en dehors du syst&#232;me capitaliste et &#224; qui les Etats-nations en essor avaient d&#251; faire appel pour des emprunts sur garantie internationale&#8230; Les financiers juifs internationaux semblaient &#233;videmment tout d&#233;sign&#233;s pour ces op&#233;rations financi&#232;res &#224; caract&#232;re essentiellement international&#8230; D&#232;s qu'il fut devenu clair qu'&#224; l'exportation des capitaux allait devoir succ&#233;der une exportation du pouvoir gouvernemental, la position des financiers en g&#233;n&#233;ral, et celle des financiers juifs en particulier, s'affaiblit consid&#233;rablement&#8230; Aucune lutte pour le pouvoir ne s'engagea vraiment, en d&#233;pit de la richesse consid&#233;rable du groupe juif, une fois d&#233;pass&#233; le stade initial de la sp&#233;culation et de la commission&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la colonisation de l'Afrique du sud, Arendt attribue un r&#244;le particulier et m&#234;me central aux d&#233;buts aux &#171; financiers juifs &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; De plus, le fait que cette ru&#233;e vers l'or n'&#233;tait pas livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me qu'elle &#233;tait financ&#233;e, organis&#233;e et contr&#244;l&#233;e par l'&#233;conomie europ&#233;enne classique par le truchement de la masse des capitaux superflus et gr&#226;ce &#224; l'aide des financiers juifs, explique la suite des &#233;v&#233;nements. D'entr&#233;e de jeu, &#171; une bonne centaine de n&#233;gociants juifs qui se sont rassembl&#233;s comme des aigles au-dessus de leur proie &#187; (cit&#233; sans critique par Arendt) intervinrent effectivement comme interm&#233;diaires pour permettre au capital europ&#233;en d'investir dans les mines d'or ou les industries du diamant&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Arendt blanchit tout le monde, elle accuse sans cesse &#171; les financiers juifs &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce fut pas une s&#233;rie de confusions qu'&#233;clata la guerre britannico-boer&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le racisme boer&#8230; fut et demeure une r&#233;action d&#233;sesp&#233;r&#233;e &#224; des conditions de vie d&#233;sesp&#233;r&#233;es, r&#233;action informelle et sans cons&#233;quence tant qu'il demeurait isol&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; A ses d&#233;buts, l'autorit&#233; britannique, avec ses missionnaires, ses soldats, ses explorateurs, ne comprit pas que l'attitude des Boers tirait en partie sa source de la r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours sur la colonisation de l'Afrique du sud, voyons cette &#171; responsabilit&#233; de la finance juive &#187; selon Arendt :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il est &#233;galement significatif que ce soit la partie du peuple juif qui peut s'assimiler &#224; la foule, qui ait fourni ces contingents de financiers. Il est vrai que la d&#233;couverte des mines d'or d'Afrique du Sud avait co&#239;ncid&#233; avec les premiers pogroms en Russie, si bien qu'une poign&#233;e d'&#233;migrants juifs y &#233;taient partis. Ils n'y auraient toutefois occup&#233; qu'une place mineure dans la foule des desperados et de chercheurs de fortune de toute nationalit&#233; si les quelques financiers juifs qui les y avaient pr&#233;c&#233;d&#233;s ne s'&#233;taient pas imm&#233;diatement int&#233;ress&#233;s &#224; ces nouveaux venus qui pouvaient manifestement les repr&#233;senter au sein de la population. Les financiers juifs provenaient de pratiquement tous les continents o&#249; ils avaient &#233;t&#233;, en termes de classe, aussi superflus que les autres immigrants sud-africains&#8230; Ils faisaient partie de cette nouvelle caste des financiers juifs que l'on trouve, &#224; partir des ann&#233;es 70 et 80, dans toutes les capitales europ&#233;ennes o&#249; ils &#233;taient venus, apr&#232;s avoir la plupart du temps abandonn&#233; leur pays d'origine, tenter leur chance au jeu de hasard du march&#233; des valeurs international&#8230; En Afrique du Sud, cas pratiquement unique, ils (les financiers juifs) repr&#233;sentaient le troisi&#232;me &#233;l&#233;ment dans l'alliance initiale du capital et de la foule (donc ces Juifs seraient, selon Arendt, &#224; l'initiative de l'imp&#233;rialisme et du fascisme !!! &#8211; NDLR). Pour une large part, ce furent eux qui prirent en main l'afflux du capital et son investissement dans les mines d'or et les gisements de diamant, si bien qu'ils furent bient&#244;t plus en vue que quiconque. Leur origine juive ajoutait un ind&#233;finissable parfum symbolique au r&#244;le des financiers &#8211; le parfum d'errance de ceux qui n'ont aucune racine &#8211; et servit &#224; introduire un &#233;l&#233;ment de myst&#232;re, aussi bien, aussi bien qu'&#224; symboliser toute l'affaire. Il faut y ajouter leurs r&#233;els contacts internationaux, qui nourrirent bien entendu l'illusion populaire g&#233;n&#233;rale quant &#224; un pouvoir politique juif international. Il est bien compr&#233;hensible (l&#224;, pour le nazisme, Arendt est tr&#232;s compr&#233;hensive !!! NDLR) que toutes ces notions fantaisistes sur un pouvoir occulte juif international &#8211; notions qui s'&#233;taient r&#233;pandues &#224; l'origine en raison des rapports &#233;troits existant entre le capital bancaire juif et le monde des affaires de l'Etat &#8211; soient devenues encore plus virulentes en Afrique du Sud qu'en Europe. (&#8230;) De prime abord, on peut s'&#233;tonner qu'un violent antis&#233;mitisme ait surv&#233;cu &#224; la disparition des financiers juifs, tout comme on peut trouver surprenante la r&#233;ussite de l'endoctrinement raciste parmi toutes les fractions de la population europ&#233;enne. Les Juifs ne faisaient certes pas exception &#224; la r&#232;gle ; ils s'&#233;taient adapt&#233;s au racisme aussi bien que tous les autres&#8230; Le premier signe d'un comportement &#171; anormal &#187; apparut aussit&#244;t apr&#232;s que les financiers juifs eurent perdu leur position dans les industries de l'or et du diamant. Loin de quitter le pays, ils s'install&#232;rent de fa&#231;on permanente et ce, dans une position unique pour un groupe blanc : ils n'appartenaient ni au &#171; sang &#187; de l'Afrique ni aux &#171; pauvres Blancs &#187;. Mais ils se mirent presqu'aussit&#244;t &#224; mettre sur pied ces industries et ces professions qui, aux yeux de l'opinion sud-africaine, sont &#171; secondaires &#187; parce qu'&#233;trang&#232;res &#224; l'or&#8230; A la diff&#233;rence des nazis, pour qui racisme et antis&#233;mitisme &#233;taient deux armes politiques primordiales pour la destruction de la civilisation et la constitution d'un nouveau corps politique, racisme et antis&#233;mitisme ne repr&#233;sentent en Afrique du Sud qu'un &#233;tat de fait et une cons&#233;quence naturelle du statu quo&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieuse analyse de l'antis&#233;mitisme sud-africain !!! Curieux &#171; &#233;tat de fait &#187; !!! Curieuse &#171; cons&#233;quence naturelle du statu quo &#187; !!! En somme pour finir par dire que le vrai antis&#233;mitisme aurait &#233;t&#233; invent&#233; par les nazis ?!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons le fond de l'analyse de l'antis&#233;mitisme par Arendt :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La raison de la soudaine apparition de l'antis&#233;mitisme comme centre de toute une conception de la vie et du monde r&#233;side dans la nature du tribalisme bien plus que dans les faits et circonstances politiques. Le v&#233;ritable sens de l'antis&#233;mitisme des mouvements annexionnistes est que la haine des Juifs s'exprimait pour la premi&#232;re fois en dehors de tout contact r&#233;el du peuple juif, que ce soit d'un point de vue politique, social ou &#233;conomique, et qu'elle ne faisait qu'&#233;pouser la bizarre logique d'une id&#233;ologie&#8230; Ce qui a permis &#224; l'antis&#233;mitisme des mouvements annexionnistes d'&#234;tre assez forts pour survivre au d&#233;clin g&#233;n&#233;ral des propagandes antis&#233;mites durant la fausse accalmie qui pr&#233;c&#233;da la Premi&#232;re Guerre mondiale, fut sa fusion avec le nationalisme tribal d'Europe de l'Est. Car il existait une affinit&#233; fondamentale entre les th&#233;ories des mouvements annexionnistes sur les peuples et sur l'existence errante du peuple juif. Les Juifs semblaient &#234;tre le parfait exemple d'un peuple au sens tribal, leur organisation le mod&#232;le que les mouvements annexionnistes s'effor&#231;aient de stimuler, leur survie et leur pr&#233;tendu pouvoir la meilleure preuve du bien-fond&#233; des th&#233;ories racistes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez bien lu : &#171; le parfait exemple &#187; et &#171; du bien-fond&#233; des th&#233;ories racistes &#187; !!!! Et il convient de se demander si ce sont des termes critiques, ironiques ou &#224; prendre au premier degr&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les Juifs n'avaient cess&#233; de se proclamer peuple &#233;lu, montrant en r&#233;alit&#233; qu'ils se croyaient diff&#233;rents et meilleurs uniquement parce qu'ils se trouvaient &#234;tre n&#233;s Juifs, au m&#233;pris des actions et de la tradition juive. Il faut bien reconna&#238;tre que cette attitude juive, ce courant juif, pourrait-on dire, du nationalisme tribal, avait &#233;t&#233; l'aboutissement de la situation anormale des Juifs dans les Etats modernes, mis au ban de la soci&#233;t&#233; et de la nation. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les Juifs avaient divis&#233; le monde, exactement comme le faisaient les leaders des mouvements annexionnistes, en deux moiti&#233;s : leur peuple et tous les autres&#8230; Lorsque ce ph&#233;nom&#232;ne (l'antis&#233;mitisme &#8211; NDLR)survient dans la civilisation occidentale, ces peuples (qui deviennent antis&#233;mites &#8211; NDLR) rencontrent invariablement la revendication s&#233;culaire des Juifs sur leur chemin. C'&#233;tait bien ce qu'&#233;prouvaient les h&#233;rauts des mouvements annexionnistes, et la raison pour laquelle ils demeuraient si impavides face &#224; cette question pratique : savoir si le probl&#232;me juif, en termes de nombre et de puissance, &#233;tait assez important pour faire de la haine des Juifs le pilier de leurs mouvements annexionnistes ait choisi les Juifs pour cible id&#233;ologique, marquant le commencement de la fin pour la communaut&#233; juive europ&#233;enne, constitue l'une des revanches les plus logiques et les plus am&#232;res que l'histoire ait jamais prises. Car il y a bien s&#251;r une part de v&#233;rit&#233; dans les propos &#171; &#233;clair&#233;s &#187; qui, de Voltaire &#224; Renan et &#224; Taine, ont affirm&#233; que le concept d'&#233;lection divine des Juifs, leur identification entre religion et nationalit&#233;, leur revendication d'une position absolue dans l'histoire et d'une relation privil&#233;gi&#233;e avec Dieu, avaient introduit dans la civilisation occidentale d'une part un &#233;l&#233;ment de fanatisme jusque l&#224; inconnu (fameux !!! NDLR) et, d'autre part, un &#233;l&#233;ment d'orgueil qui se trouvait dangereusement proche de la perversion raciale. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas mal de jolis coups pour les Juifs causes de leur propre malheur, justification de celle-ci, y compris les camps de la mort, madame Arendt !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et on en arrive &#224; l'interpr&#233;tation arendtienne du nazisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Aucun homme d'Etat ne se rendait compte que la solution au probl&#232;me juif (sans guillemets, donc pas le probl&#232;me des Juifs mais le probl&#232;me juif !!! NDLR) impos&#233;e par Hitler, solution qui consista dans un premier temps &#224; r&#233;duire les Juifs allemands &#224; une minorit&#233; non reconnue en Allemagne, puis &#224; leur faire passer les fronti&#232;res en tant que peuple apatride, pour finalement les rassembler de toutes parts, afin de les exp&#233;dier dans les camps de concentration, &#233;tait une d&#233;monstration &#233;loquente, vis-&#224;-vis du reste du monde, de la mani&#232;re de &#171; liquider &#187; r&#233;ellement tous les probl&#232;mes concernant les minorit&#233;s et apatrides. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arendt fait comme si le &#171; reste du monde &#187; ne se pr&#233;occupait que des minorit&#233;s ethniques et nationales et apatrides. Bien entendu, il s'agit d'occulter que la pr&#233;occupation des bourgeoisies et des Etats bourgeois &#233;tait&#8230; le prol&#233;tariat international et ses potentialit&#233;s r&#233;volutionnaires, dans cette p&#233;riode de crise &#233;conomique mondiale, et tous ceux qui pouvaient se lier &#224; ce prol&#233;tariat durant la r&#233;volution sociale : les minorit&#233;s, religions et nationalit&#233;s opprim&#233;s tout comme la paysannerie pauvre, comme la vague des r&#233;volutions de Russie et des pays de l'Est allait amplement le montrer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'est pas vraiment &#233;tonnant pour une philosophe qui consid&#232;re que nazisme &#233;gale bolchevisme !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de plus, pour une philosophe qui a appris sa philosophie d'un Heidegger nazi, qui a &#233;t&#233; son amant, qui l'a de nouveau rencontr&#233; en 1949, apr&#232;s la guerre mondiale, peu avant de faire para&#238;tre l'ouvrage que nous commentons !!! Remarquons que dans aucun &#233;crit Arendt ne s'est clairement d&#233;marqu&#233;e de la philosophie nazie Heidegger !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis Arendt fait le choix de pr&#233;senter une d&#233;fense d'Adolf Eichmann, dirigeant nazi jug&#233; en Isra&#235;l, affirmant alors de fa&#231;on tr&#232;s m&#233;diatique qu'il n'&#233;tait pas responsable des actes d'une politique d'Etat, du moment que l'individu n'avait plus de droit dans l'Etat nazi !!! Elle affirmait ainsi que &#171; la banalit&#233; du mal &#187; blanchissait d&#232;s lors chaque individu qui le commettait !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3967&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Heidegger, raciste et fasciste, &#233;tait amant et professeur de la juive Hannah Arendt&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2017/08/14/hannah-arendt-une-ethique-de-la-pensee_5172097_1655027.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelques &#233;l&#233;ments historiques sur Arendt&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=Bln2DAAAQBAJ&amp;pg=PT50&amp;lpg=PT50&amp;dq=arendt+hostile+aux+juifs&amp;source=bl&amp;ots=FvqK-w5HKe&amp;sig=jd1EtZdNHGX10oHQx0lXrLJo51k&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwjy4d3w44TYAhWIzRoKHeGBCcEQ6AEINjAB#v=onepage&amp;q=arendt%20hostile%20aux%20juifs&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Arendt et Heidegger&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4446&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce qu'Arendt n'a pas dit du colonialisme en Afrique du sud&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3109&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce qu'Arendt n'a pas dit de la premi&#232;re guerre mondiale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3399&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce qu'Arendt n'a pas dit sur la premi&#232;re guerre mondiale en relation avec la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1858&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce qu'Arendt n'a pas dit de l'imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3101&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce qu'Arendt n'a pas dit du nazisme et de ses liens avec le grand capital&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1804&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce qu'Arendt n'a pas dit du fascisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article85&#034;&gt;Ce qu'Arendt n'a pas dit de l'antis&#233;mitisme des nazis et de la bourgeoisie en g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La nuit des longs couteaux &#187; ou pourquoi les dirigeants nazis ont d&#233;capit&#233; eux-m&#234;mes leur mouvement de masse fasciste des S.A., les sections d'assaut, cette immense arm&#233;e brune</title>
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		<dc:date>2014-11-23T02:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>Bourgeoisie</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>Lumpen</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'arm&#233;e &#034;brune&#034; d'Hitler R&#246;hm et Hitler &#171; La nuit des longs couteaux &#187; ou pourquoi les dirigeants nazis ont d&#233;capit&#233; eux-m&#234;mes leur mouvement de masse fasciste des S.A., les sections d'assaut, cette immense arm&#233;e brune, et int&#233;gr&#233; enti&#232;rement les S.S. &#224; l'Etat bourgeois ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la nuit du 29 au 30 juin 1934, appel&#233;e la &#171; nuit des longs couteaux &#187;, (l'expression est de Hitler lui-m&#234;me, rapportant les &#233;v&#233;nements le 13 juillet 1934 au parlement, le Reichstag), Hitler lance les S.S. d'Heinrich (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Allemagne Deutschland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Bourgeoisie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Lumpen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_4745 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/-57.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/-57.jpg' width=&#034;960&#034; height=&#034;540&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e &#034;brune&#034; d'Hitler&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;R&#246;hm et Hitler&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/-61.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;389&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; La nuit des longs couteaux &#187; ou pourquoi les dirigeants nazis ont d&#233;capit&#233; eux-m&#234;mes leur mouvement de masse fasciste des S.A., les sections d'assaut, cette immense arm&#233;e brune, et int&#233;gr&#233; enti&#232;rement les S.S. &#224; l'Etat bourgeois ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 29 au 30 juin 1934, appel&#233;e la &#171; nuit des longs couteaux &#187;, (l'expression est de Hitler lui-m&#234;me, rapportant les &#233;v&#233;nements le 13 juillet 1934 au parlement, le Reichstag), Hitler lance les S.S. d'Heinrich Himmler, avec le soutien de l'arm&#233;e, dans une op&#233;ration d'envergure ; de Berlin &#224; Munich, les cadres des S.A. et ainsi que des opposants devront &#234;tre arr&#234;t&#233;s ou assassin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hitler &#233;limine donc (en participant m&#234;me en personne aux premi&#232;res arrestations et assassinats !) mille cadres de ses propres Sections d'Assaut, de son immense &#171; Arm&#233;e Brune &#187; forte d'environ deux millions et demi de membres organis&#233;s de mani&#232;re paramilitaire. Il &#233;limine les chefs des S.A., comme R&#246;hm, Ernst et Heines, proches collaborateurs et amis personnels d'Hitler, essentiellement de l'aile petite bourgeoise &#171; anticapitaliste &#187; du national-socialisme qui avait cru &#224; la d&#233;magogie &#171; socialiste &#187; de Hitler et pensait que les nazis prendraient aussi des mesures contre le grand capital, pour aider le commerce et l'artisanat en s'attaquant &#224; la finance, aux banquiers et aux sp&#233;culateurs. D&#233;sormais, il est clair qu'Hitler n'est qu'une arme aux mains du grand capital, des chefs bourgeois de l'industrie, de la finance et de l'arm&#233;e. L'importance du mouvement de masse petit bourgeois, consid&#233;rable tant qu'il s'agissait d'&#233;craser le prol&#233;tariat allemand, a consid&#233;rablement diminu&#233; et les risques de cette masse petite bourgeoise paup&#233;ris&#233;e, alors que la crise &#233;conomique en Allemagne est loin d'&#234;tre finie, a consid&#233;rablement cru&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; nuit des longs couteaux &#187; n'est nullement un simple &#233;pisode de rivalit&#233;s entre chefs nazis, un simple complot de R&#246;hm contre Hitler (th&#232;se tout &#224; fait fictive diffus&#233;e ensuite par Hitler) ni un moyen pour Hitler d'&#233;purer son propre appareil militant et paramilitaire. Ce n'est m&#234;me pas un moyen pour le chancelier Hitler d'assurer &#224; la hi&#233;rarchie de l'arm&#233;e son soutien face aux d&#233;bordements des troupes S.A. et d'obtenir ainsi du pr&#233;sident Hindenburg l'assurance d'&#234;tre choisi comme h&#233;ritier de la pr&#233;sidence, Hindenburg renon&#231;ant ainsi &#224; ses vis&#233;es monarchistes. Non, c'est le caract&#232;re de classe du nazisme qui s'affirme ainsi : la pr&#233;tendue &#171; r&#233;volution national-socialiste &#187; n'a rien de r&#233;volutionnaire. Elle ne s'attaque pas du tout &#224; l'Etat bourgeois ni &#224; la classe capitaliste et se met au contraire &#224; son service, instrumentalisant la r&#233;volte petite bourgeoise pour terroriser et &#233;craser le prol&#233;tariat avant de renvoyer ces petits bourgeois, qui se sont momentan&#233;ment crus r&#233;volutionnaires, &#224; leur ob&#233;issance &#224; l'Etat et &#224; son chef&#8230; La petite bourgeoisie a &#233;t&#233; compl&#232;tement tromp&#233;e. Elle a cru que les premi&#232;res mesures contre les Juifs seraient suivies d'autres contre l'ensemble de la finance, des sp&#233;culateurs, des banquiers, de tous les profiteurs et corrompus alors que ces dernier ont &#233;t&#233; plus que jamais soutenus. Les profits capitalistes, gr&#226;ce &#224; la marche &#224; la guerre, ont profit&#233; comme jamais. Et ils ont &#233;t&#233; &#233;ternellement reconnaissants &#224; Hitler &#224; la fois de les avoir d&#233;barrass&#233;s des risques communistes prol&#233;tariens et des embarrassants petits bourgeois qui se promettaient une &#171; seconde r&#233;volution national-socialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut comprendre que la bourgeoisie n'appelle pas &#224; la l&#233;g&#232;re un groupe de petits-bourgeois enrag&#233;s qui se sont dress&#233;s contre le prol&#233;tariat, mais qui sont aussi pleins de haine contre le grand capital. La bourgeoisie allemande n'a permis &#224; Hitler de prendre le pouvoir en 1933 qu'&#224; la condition expresse qu'il mette au pas l'aile populaire de son mouvement. Cela a provoqu&#233; &#034;la nuit des longs couteaux&#034; : le massacre des S.A.. L'arriv&#233;e au pouvoir du N.S.A.P.D, le parti d'Hitler, a permis &#224; la bourgeoisie d'&#233;craser dans le S.A.ng toutes les organisations ouvri&#232;res et d'atomiser le prol&#233;tariat. De 1932 &#224; 1938, la part des salaires dans le Produit national brut (PNB) est pass&#233;e de 82,3% &#224; 73,8% en Allemagne, y compris les 5 millions de ch&#244;meurs remis au travail. Voil&#224; un &#233;l&#233;ment qui permet de mesurer la baisse des salaires r&#233;els au cours de ces ann&#233;es noires pour le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Hitler bloque les salaires au niveau tr&#232;s bas de 1932, o&#249; ils &#233;taient arriv&#233;s en raison de la crise. Les travailleurs sont priv&#233;s de tous leurs droits et menac&#233;s d'emprisonnement dans un camp de concentration en cas de gr&#232;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
La loi nazie du 15 mai 1934 limite la libert&#233; de changer d'employeur. Un livret de travail est introduit en f&#233;vrier 1935. Sans ce document, aucun travailleur ne peut &#234;tre engag&#233;. Tout comme en Belgique au 19e si&#232;cle, un ouvrier qui d&#233;sire travailler ailleurs peut en &#234;tre emp&#234;ch&#233; par son patron si celui-ci d&#233;tient son livret de travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me du ch&#244;mage est r&#233;solu en envoyant une partie des ch&#244;meurs dans l'arm&#233;e, une autre dans les usines d'armement. Les deux parties sont ainsi oblig&#233;es de pr&#233;parer leur propre mort et celle de dizaines de millions d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela a &#233;t&#233; rendu possible par l'&#233;crasement par les Sections d'Assaut des organisations ouvri&#232;res, une v&#233;ritable &#233;quipe d'assassins professionnels encadrant un mouvement de masse charg&#233; d'impressionner et de t&#233;taniser le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise mondiale qui avait frapp&#233; le capitalisme en 1929 mena&#231;ait particuli&#232;rement de prendre un caract&#232;re de r&#233;volution sociale en Allemagne, o&#249; le prol&#233;tariat &#233;tait de loin la force la plus organis&#233;e et pr&#233;par&#233;e du monde. L'enjeu de la lutte &#233;tait qui, de la grande bourgeoisie et du prol&#233;tariat, prendrait la t&#234;te de la petite bourgeoisie. L'issue &#233;tait plus qu'incertaine. On peut m&#234;me penser que la situation objective donnait une nette faveur au prol&#233;tariat. C'est le mouvement national-socialiste qui a renvers&#233; cette situation, avec une aide remarquable des politiques criminelles des directions du mouvement ouvrier, syndical, social-d&#233;mocrate et stalinien. Mais la petite bourgeoisie, mobilis&#233;e massivement dans les S.A., n'allait servir que momentan&#233;ment d'instrument et c'est bel et bien la grande bourgeoisie qui tirait les marrons du feu comme le montre la nuit des longs couteaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La S.A., organisation paramilitaire des masses petites bourgeoises et populaires fanatis&#233;es, &#233;tait forte en 1934 de deux millions et demi de membres, soit vingt fois plus que les effectifs de l'arm&#233;e. Son chef, Ernst R&#246;hm, visait &#224; une d&#233;mocratie sociale, aplanissant les classes sociales et s'attaquant &#224; la finance, &#224; r&#233;organiser l'arm&#233;e allemande en d&#233;pendance de la S.A., ce que la grande bourgeoisie ne pouvait pas admettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit des Longs Couteaux scelle pour quelques ann&#233;es l'alliance d'Hitler avec les milieux de la grande bourgeoisie et la haute hi&#233;rarchie de l'arm&#233;e. L'initiative brutale d'Hitler les apaise, l'&#233;limination des nazis r&#233;volutionnaires (c'est-&#224;-dire de la tendance populiste du parti national-socialiste) rassure toute la bourgeoisie sur les intentions du nouveau r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit d'examiner les r&#233;actions des chefs de la grande bourgeoisie pour comprendre ce que le 30 juin 1934, connu comme &#171; nuit des longs couteaux &#187;, signifie en termes de classes et pour comprendre aussi ce que signifie vraiment le fascisme en termes de classes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le porte-parole de l'industrie lourde allemande, la Deusche Algemeine Zeitung &#233;crit le 1er juillet 1934 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La date du 30 juin est grav&#233;e profond&#233;ment dans l'histoire de la r&#233;volution&#8230; L'&#233;puration a commenc&#233;. Nous avons maintenant un Etat fort, consolid&#233; et unifi&#233;&#8230; La reconnaissance du peuple est due &#224; Adolf Hitler et ses fid&#232;les&#8230; Un gouvernement &#233;nergique a frapp&#233; au bon moment avec une pr&#233;cision ahurissante ; il a fait le n&#233;cessaire pour qu'aucun patriote n'ait plus &#224; craindre quoi que ce soit&#8230; La r&#233;volte a &#233;t&#233; &#233;touff&#233;e dans l'&#339;uf et la voie est libre vers un avenir de puret&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gazette allemande de l'industrie mini&#232;re, la Deutsche Bergwerkzeitung, du 8 juillet 1934 d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'&#233;conomie nationale a salu&#233; l'av&#232;nement du national-socialisme avant tout, parce que, pour construire, elle a besoin de calme, d'ordre et de s&#233;curit&#233;, autant que de pain quotidien&#8230; L'&#233;conomie a &#233;t&#233; sauv&#233;e de ce danger par les rapides et &#233;nergiques mesures du Gouvernement. Elle saura lui exprimer sa reconnaissance. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gazette de la Croix, ou Kreuz Zeitung, organe bourgeois ultra conservateur des monarchistes, des conservateurs chr&#233;tiens et de l'arm&#233;e prussienne, &#233;crit le 3 juillet 1934 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il ne sera jamais possible de nous acquitter enti&#232;rement de notre dette envers le F&#252;hrer. Au cours de ces journ&#233;es et de ces nuits qu'il a d&#251; lutter pour nous, il s'est encore un peu davantage &#233;lev&#233; au dessus de nous. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident von Hindenburg t&#233;l&#233;graphie &#224; Hitler :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans les rapports qui m'ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s, il appara&#238;t que gr&#226;ce &#224; la fermet&#233; de votre d&#233;cision et gr&#226;ce au courage dont vous avez fait preuve, payant de votre propre personne, les tentatives de haute trahison ont &#233;t&#233; &#233;touff&#233;es. Vous avez sauv&#233; le peuple allemand d'un grave danger. Je veux vous exprimer mes profonds remerciements et toute ma reconnaissance. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral von Blomberg, un proche de Hindenburg, proclamait le 1er juillet 1934 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Avec le coup d'&#339;il d'un soldat et avec un courage qui sera cit&#233; en exemple, le F&#252;hrer a lui-m&#234;me attaqu&#233; et a an&#233;anti les tra&#238;tres et les rebelles. L'Arm&#233;e, qui porte les armes pour toute la nation et qui demeure &#233;loign&#233;e des luttes politiques, remerciera le F&#252;hrer en lui &#233;tant d&#233;vou&#233;e et fid&#232;le. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, sur d&#233;cision de l'Etat-Major militaire allemand, le soldat allemand pr&#234;tera serment &#224; la personne d'Adolf Hitler !!! C'est dire la reconnaissance de cette haute caste prussienne et de la grande bourgeoisie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier commentaire public d'Hitler lui-m&#234;me, en plein massacre, vaut d'&#234;tre cit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Par mon ordre, les Obergruppenf&#252;hrer Schneidhuber, Heines, von Heydebreck, Hayn, von Krauss.er, le Gruppenf&#252;hrer Schmidt, le Standartf&#252;hrer comte Spretti, ont &#233;t&#233; abattus ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de s'en tenir &#224; cette liste, Hitler &#233;limine le chef des S.A. R&#246;hm, mais aussi d'autres opposants politiques comme von Schleicher, von Kahr, Bredow, Gregor Strasser, van Bose, Edgar Jung, Klausener, sans compter plus de mille responsables des Sections d'Assaut.&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas encore rajout&#233; le nom du principal dirigeant R&#235;hm qui n'a pas 24 heures &#224; vivre avant d'&#234;tre abattu comme tra&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 juillet 1934, justifiant son action devant le Reichstag, Hitler d&#233;nonce la trahison de certains chefs des S.A., parle le premier de &#171; nuit des long couteaux &#187; et affirmer que ces traitres voulaient fomenter une &#171; seconde r&#233;volution national-socialiste &#187;. Il d&#233;clare avoir &#233;t&#233; dans cette affaire tout &#224; la fois enqu&#234;teur, juge et bourreau : &lt;i&gt;&#171; La Cour Supr&#234;me du peuple allemand, ce fut moi tout seul. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Adolf Hitler, devenu chancelier un an avant, d&#233;cide de se s&#233;parer de la direction S.A. et de la liquider afin d'unifier politiquement le parti nazi, c'est afin d'obtenir le quitus d&#233;finitif de la bourgeoisie et de l'Etat allemands, de devenir le chef incontest&#233; de l'Etat allemand, en obtenant de succ&#233;der &#224; Hindenburg comme pr&#233;sident du Reich allemand et d'&#234;tre reconnu comme tel par le Haut Etat Major militaire comme par la grande bourgeoisie industrielle, financi&#232;re et commerciale. Tout cela va &#234;tre r&#233;alis&#233; en une seule op&#233;ration polici&#232;re de grande envergure qui &#233;limine en m&#234;me temps nombre d'ennemis politiques, y compris bourgeois de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les Thyssen, Krupp, Siemens et autres qui ont d&#233;termin&#233; la politique &#233;conomique de Hitler. Il suffit de voir la composition du Haut comit&#233; &#233;conomique sous le gouvernement nazi. Nous y trouvons Gustav Krupp von Bohlen, roi de l'industrie d'armement, Fritz Thyssen, baron de l'acier, C. von Siemens, roi de l'&#233;lectricit&#233;, Karl Bosch, de l'industrie des colorants. Ce sont encore eux qui ont demand&#233; &#224; Hitler d'en finir avec la mobilisation de la petite bourgeoisie, organis&#233;e militairement sur des bases d&#233;magogiquement anti-capitaliste. D&#233;sormais, il n'y a plus place qu'&#224; la mobilisation en faveur du grand capital allemand, mobilisation sociale et politique, notamment dans une organisation du travail industriel et productif devenue quasi militaire, mobilisation militaire aussi de tout le peuple allemand en vue de la guerre mondiale et &#224; l'&#233;crasement militaire aussi de quiconque s'y oppose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son testament du 11 mai 1934, le pr&#233;sident von Hindenburg tire la le&#231;on des &#233;v&#233;nements pour la bourgeoisie : Hitler, sauveur des classes dirigeantes, doit &#234;tre nomm&#233; pr&#233;sident &#224; son d&#233;c&#232;s en cumulant le poste de chancelier et de pr&#233;sident. Il renonce ainsi &#224; son v&#339;u de r&#233;tablir la monarchie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mon Chancelier, Adolf Hitler, a contribu&#233; puissamment au travail d'unification du peuple allemand au travail d'unification du peuple allemand et &#224; l'action destin&#233;e &#224; r&#233;aliser, sans distinction de classes, une entit&#233; homog&#232;ne. Je sais qu'il reste encore beaucoup &#224; faire et je souhaite ardemment que, derri&#232;re le grand mouvement populaire qu'est le national-socialisme, s'accomplisse le supr&#234;me acte de la r&#233;conciliation de tout le peuple allemand. Je quitte mon peuple dans le ferme espoir que ce que j'avais d&#233;sir&#233; en 1919 et qui aboutit peu &#224; peu au 30 janvier 1933, m&#251;rira jusqu'&#224; ce que la mission historique de notre peuple soit pleinement accomplie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que le parti social-d&#233;mocrate assurait les travailleurs et le peuple allemand que von Hindenburg allait &#234;tre le dernier rempart contre le fascisme&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette purge permit &#224; Hitler de briser d&#233;finitivement toute vell&#233;it&#233; d'ind&#233;pendance de la S.A., d&#233;barrassant ainsi le mouvement nazi de son &#171; aile gauche &#187; qui souhaitait que la pseudo r&#233;volution politique bourgeoise, rempla&#231;ant la d&#233;mocratie par la dictature, ne soit pas suivie par une r&#233;volution sociale, la fameuse deuxi&#232;me r&#233;volution dont les S.A. se r&#233;p&#233;taient la perspective. De ce fait, elle rassura les hauts cadres militaires de la Reichswehr, les milieux bourgeois traditionnels, les grands financiers et industriels, hostiles &#224; des r&#233;formes sociales de grande ampleur tout en approuvant le climat de terreur ill&#233;gale du moment qu'il s'agissait seulement d'actions violentes contre la classe ouvri&#232;re, le communisme et m&#234;me la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volutionnaire/contre-r&#233;volutionnaire, bourgeois/anti-bourgeois, hostile aux financiers ou en leur faveur, socialiste/anti-socialiste, le double jeu permanent du parti national-socialiste qui ne s'arr&#234;te que le 30 juin 1934&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la nuit des longs couteaux, le parti national-socialiste allemand NSDAP n'a cess&#233; de naviguer entre des d&#233;clarations r&#233;volutionnaires et socialistes, radicales, et des prises de position en faveur de la grande bourgeoisie. Ces zigzags ont produit de nombreux affrontements au sein du parti nazi et des sections d'assaut. La lutte entre Hitler et Strasser, notamment, puis entre Goering et R&#246;hm, en est pleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme du parti nazi en 25 points du 24 f&#233;vrier 1920 jouait au &#171; socialisme national &#187; et notamment pour tous les points de 7 &#224; 18 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Premier devoir assurer le travail et les moyens d'existence. Abolition du revenu qui n'est pas le produit du travail. Briser l'esclavage du pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t. Tout enrichissement sur profits de guerre consid&#233;r&#233; comme un crime. Nationalisation de tous les trusts. Participation des salari&#233;s aux b&#233;n&#233;fices dans toutes les grandes entreprises. D&#233;veloppement de l'assistance vieillesse. Aide &#224; la classe moyenne. Communalisation des grands magasins. Aide d'Etat aux petites entreprises. R&#233;forme fonci&#232;re et notamment expropriation sans indemnit&#233;s du sol dans un but d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Interdiction de toute sp&#233;culation sur les terrains. Lutte sans merci contre les usuriers, les profiteurs, etc. qui seront punis de mort, sans distinction de confession ni de race. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le double langage des nazis, s'il est pris &#224; la lettre par ses troupes et certains cadres, est un pur calcul d&#233;magogique de la part d'Hitler. Et il se traduit sur le terrain organisationnel. Les sections d'assaut s'adressent &#224; la petite bourgeoisie et &#224; la jeunesse paup&#233;ris&#233;s. Le parti national-socialiste est organis&#233; th&#233;oriquement de mani&#232;re s&#233;par&#233;e : d'un c&#244;t&#233; le parti, de l'autre le mouvement de masse des S.A. Le parti nazi a ses propres forces paramilitaires qui ne sont pas les S.A. mais les SS. (Schutz-Staffeln ou troupes de protection), beaucoup moins nombreuses mais plus s&#233;lectionn&#233;es et issues de milieux moins populaires et plus bourgeois alors que les S.A. attirent volontairement la lie de la terre, le lumpenprol&#233;tariat, les &#233;l&#233;ments les plus pourris, violents, orduriers de la soci&#233;t&#233;, tous ceux qui ne rechigneront pas aux basses besognes, aux crimes les plus sordides pour &#233;craser le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux discours &#233;tant contradictoires, les affrontements n'ont pas manqu&#233; entre porte-paroles de chacun d'eux. Pendant toute une p&#233;riode, c'est Gregor Strasser qui s'est fait le porte-parole du &#171; socialisme &#187; du mouvement de masse nazi en se confrontant avec Hitler, tenant un discours plus bourgeois, plus partisan de l'ordre et de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re confrontation publique entre les deux a eu lieu en 1926 &#224; propos de l'indemnisation des princes allemands &#171; d&#233;poss&#233;d&#233;s &#187; par la r&#233;volution de 1918. Strasser combat l'indemnisation, appliquant le programme du parti nazi mais c'est Hitler qui l'emporte en soutenant les revendications des princes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre sujet de dispute : en 1927, Strasser exige une hausse importante des salaires qui se sont effondr&#233;s. Hitler combat violemment cette proposition. Il intervient &#233;galement en faveur de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, contredisant l&#224; encore son propre programme, affirmant qu'un tel &#171; socialisme &#187; serait du marxisme et que le parti nazi est seulement contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des Juifs. Les troupes SA attribuent g&#233;n&#233;ralement le langage d'Hitler &#224; des calculs astucieux pour attirer la bourgeoisie et l'appareil d'Etat et penseront, en dehors de petites r&#233;voltes contre Hitler, que celui-ci man&#339;uvre astucieusement. Le pass&#233; de contre-r&#233;volutionnaire violent d'Hitler en 1923 joue en sa faveur. Mais, en fait, Hitler a tir&#233; la le&#231;on de l'&#233;chec cuisant de 1923 : plus question de jouer &#224; l'insurrection, pas de renversement violent de l'Etat bourgeois, un simple simulacre de mobilisation de masse mais une prise du pouvoir parfaitement l&#233;gale par rapport &#224; la bourgeoisie et &#224; l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1927-1928, Hitler n'a cependant que peu de soutiens dans la grande bourgeoisie (seulement Emil Kirdorf et Fritz Thyssen, qui le racontera abondamment dans son autobiographie intitul&#233;e &#171; J'ai pay&#233; Hitler &#187;). Cela n'emp&#234;che pas Hitler de viser le soutien de la grande bourgeoisie et de vouloir la servir tout en s'octroyant pour cela de plus en plus les pleins pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;thodes violentes et ill&#233;gales, Hitler les r&#233;serve aux actions des S.A. contre le mouvement ouvrier. Pour cela, il n'est nullement g&#234;n&#233; d'employer des groupes de tueurs qui attaquent syst&#233;matiquement les r&#233;unions et les locaux ouvriers, laissant de tr&#232;s nombreux morts sur le carreau, sans susciter beaucoup de r&#233;actions de la police et de la justice. Hitler les d&#233;fend syst&#233;matiquement et publiquement dans tous les proc&#232;s. Mais il cherche &#224; minimiser tous les affrontements entre dirigeants de ces milices paramilitaires et cadres de l'arm&#233;e et refuse le discours des dirigeants S.A., quand ceux-ci pr&#233;tendent &#234;tre en train de construire la nouvelle arm&#233;e allemande ou d'en devenir le noyau. De son c&#244;t&#233;, la haute hi&#233;rarchie de l'arm&#233;e regarde d'un mauvais &#339;il ce mouvement de masse paramilitaire montant, qui semble devoir la contester un jour. Du c&#244;t&#233; de la grande bourgeoisie, sa satisfaction de voir les troupes nazies s'attaquer &#224; l'adversaire prol&#233;tarien jusque l&#224; si mena&#231;ant que les forces de r&#233;pression classiques &#233;taient insuffisantes contre lui, ne les am&#232;nes pas &#224; accepter l'id&#233;e de ces masses petites bourgeoises agit&#233;es acc&#233;dant d'une mani&#232;re ou d'une autre au pouvoir, au travers du parti nazi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la crise &#233;conomique mondiale de 1929 qui va offrir une chance &#224; la politique de Hitler, lui donnant &#224; la fois des troupes en masse pour ses sections d'assaut parmi les petits-bourgeois affol&#233;s par la crise et un soutien financier et politique de la part de la grande bourgeoisie. Sa m&#233;thode consistant &#224; garder deux fers au feu : &#224; la fois du c&#244;t&#233; de la grande bourgeoisie et de la petite va parfaitement fonctionner. La crise politique permanente que va conna&#238;tre l'Allemagne en crise &#233;conomique lui offre un terrain d'action pour S.A. propagande contre les partis ouvriers, social-d&#233;mocrate et stalinien et contre les syndicats ouvriers, en m&#234;me temps que sa d&#233;magogie anti-Juifs et anti-financiers. Le 27 mars 1930, le social-d&#233;mocrate Herman M&#252;ller est contraint &#224; la d&#233;mission et l'Allemagne ne conna&#238;t plus d&#232;s lors de stabilit&#233; politique ou sociale. La d&#233;magogie de Gregor Strasser fait des merveilles, ram&#232;ne des milliers de petits-bourgeois aux milices paramilitaires dans toute l'Allemagne et parvient m&#234;me &#224; s'adresser aux ch&#244;meurs et aux travailleurs d&#233;boussol&#233;s par la politique des partis r&#233;formistes. En 1930, Strasser soutient une gr&#232;ve ouvri&#232;re organis&#233;e par les syndicats en Saxe. Hitler joue le r&#244;le oppos&#233; et soutient la F&#233;d&#233;ration Saxonne des industriels ! Toujours le double jeu et &#231;a marche tr&#232;s bien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les S.S., qui ne comptaient que quelques centaines de membres en 1929, passent &#224; 2000 en 1930, pendant que les S.A. atteignent les 60.000 membres et deviennent une organisation paramilitaire de masse. L'opposition entre les deux politiques, celle des S.A. de Strasser et celle du parti nazi d'Hitler menace d'exploser aux &#233;lections l&#233;gislatives car le parti nazi ne pr&#233;sente aucun candidat issu du milieu petit-bourgeois et populaire des S.A. mais uniquement des candidats li&#233;s aux hobereaux, aux industriels et &#224; la haute hi&#233;rarchie de l'arm&#233;e. Une r&#233;volte de centaines de sections d'assaut contre la politique bourgeoise du parti nazi a m&#234;me lieu en 1930, &#224; la fois &#224; Berlin et &#224; Munich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui &#233;vite la rupture, c'est la victoire &#233;lectorale du parti nazi dans ces &#233;lections : il devient le deuxi&#232;me parti d'Allemagne avec 107 &#233;lus sur 577 et plus de six millions de voix. Le discr&#233;dit de la d&#233;mocratie bourgeoise (&#224; la fois des partis bourgeois du centre et de la droite et du parti social-d&#233;mocrate) profite aux partis extr&#234;mes (nazi et stalinien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, Hitler r&#233;alise son objectif, peut se placer en alternative pour la grande bourgeoisie, tout en devenant le principal parti de la petite bourgeoisie allemande. Personnellement, il peut s'appuyer sur cette victoire et sur la perspective de triomphes &#233;lectoraux &#224; venir pour appuyer sa strat&#233;gie &#233;lectorale (et non insurrectionnelle) et pour se placer lui-m&#234;me &#224; la t&#234;te &#224; la fois du parti nazi et des troupes S.A. (jusque-l&#224; th&#233;oriquement ind&#233;pendantes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1932, les S.A. passent un nouveau cap et atteignent 170.000 hommes, en recrutant dans toute l'Allemagne, jusque dans les villages&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; qu'Hitler confie &#224; nouveau &#224; R&#246;hm la direction des S.A. en lui laissant croire qu'il pourra, sur la base des S.A., constituer le noyau d'une nouvelle arm&#233;e allemande qui ne soit plus celle des officiers prussiens, des hobereaux, des princes ni une arm&#233;e au service de la grande bourgeoisie allemande, et on sait que d&#233;j&#224; il ne le pense nullement ce qu'il lui dit. Hitler est en effet plus que jamais non seulement en relation avec les milieux industriels, financiers et banquiers mais &#233;galement des chefs militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pour Hitler, il n'est plus question de r&#233;volution contre la force arm&#233;e r&#233;guli&#232;re comme aux origines du parti nazi et il continue &#224; chercher le soutien de la haute hi&#233;rarchie de l'arm&#233;e, pour l'essentiel encore tr&#232;s r&#233;ticente &#224; son &#233;gard. Il ne veut plus renverser l'Etat bourgeois mais &#234;tre appel&#233; au pouvoir par lui. Les milieux militaires m&#233;prisent encore le petit-bourgeois Hitler, s'opposent aux agitations des Sections d'Assaut, &#224; leur pr&#233;tention de noyauter l'arm&#233;e, refusent que le soldat fasse de la politique, pr&#233;f&#232;rent les monarchistes aux nazis, ont leur propre formation paramilitaire nationaliste : le &#171; Casque d'Acier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hitler conclue de plus en plus souvent des pactes et alliances politiques avec cette droite dure, conservatrice et monarchiste, celle du Casque d'Acier, celle du gouverneur de la Reichsbank, le Docteur Schacht, avec le Docteur Funck de la Gazette de la Bourse de Berlin, avec le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la F&#233;d&#233;ration des Employeurs d'Allemagne du Nord-Ouest, Ludwig Grauert, avec le Club des Industriels de D&#252;sseldorf, etc. Largement abond&#233;s par la grande bourgeoisie, les comptes du parti nazi sont au vert et cela lui permet d'embaucher de plus en plus de Sections d'Assaut mobilisables &#224; tout moment pour ses campagnes, ses manifestations et ses actions violentes, parmi les ch&#244;meurs, les officiers et sous-officiers d&#233;mobilis&#233;s de l'arm&#233;e, les anciens corps francs revenus de leurs op&#233;rations de massacre contre la r&#233;volution russe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cet argent, qui coule &#224; flots maintenant dans ses caisses, lui permet d'entretenir une campagne &#233;lectorale permanente dans tout le pays et d'appara&#238;tre ainsi &#224; toute la popualtion comme une force montante irr&#233;sistible. En juillet 1932, le parti nazi obtient 13 millions de voix et 230 &#233;lus sur 600. Il devient le premier parti d'Allemagne. Mais cela ne signifie nullement que la grande bourgeoisie soit pr&#234;te sur la base de ce succ&#232;s &#233;lectoral &#224; le laisser acc&#233;der au pouvoir. Celle-ci ne veut certainement pas qu'un raz de mar&#233;e populaire petit-bourgeois lui donne les r&#234;nes du pays, sans que ce soit elle, la grande bourgeoisie avec ses membres de l'appareil d'Etat, qui commande &#224; la man&#339;uvre. Hitler est plus que jamais &#233;cart&#233; de la direction politique. Ses troupes S.A. sont maintenant inqui&#233;t&#233;es et arr&#234;t&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Hindenburg, &#233;lu par les voix des sociaux-d&#233;mocrates qui pr&#233;tendent qu'il sera un rempart contre l'av&#232;nement d'Hitler, s'appuie sur les conservateurs von Papen ou von Schleicher pour tenir Hitler &#224; l'&#233;cart. Ils veulent contraindre Hitler et le parti nazi &#224; donner des garanties &#224; la grande bourgeoisie et &#224; l'Etat bourgeois. Et d'abord la garantie que ces masses de petits-bourgeois haineux &#224; l'&#233;gard des capitalistes et des financiers n'auront que le r&#244;le d'&#233;craser le mouvement ouvrier et ne seront jamais autoris&#233;s de s'en prendre au grand capital, aux hobereaux et aux financiers allemands. La garantie qu'Hitler s'engagera &#224; les dissoudre ou &#224; les d&#233;capiter d&#232;s que la t&#226;che d'&#233;crasement du mouvement ouvrier aura &#233;t&#233; assur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie semblant se d&#233;tourner d'Hitler, el courant r&#233;volutionnaire petit-bourgeois des S.A. devient plus turbulent et revendicatif, avec comme chefs de file les dirigeants S.A. R&#235;hm et Heines, Gregor Strasser s'&#233;tant retir&#233; de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1932, R&#246;hm s'oppose &#224; Hitler lorsque celui-ci amorce son rapprochement avec les milieux d'affaires et les forces conservatrices pour parvenir &#224; la pr&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si le pire ennemi de R&#246;hm est Herman Goering, car ce dernier est li&#233; aux milieux de l'industrie et de la finance, ceux-l&#224; m&#234;me que R&#246;hm ne se cache pas de m&#233;priser et conspue publiquement dans tous ses discours, notamment aux sections d'assaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1932, une bonne partie des financiers et des industriels se d&#233;tournent d'Hitler et du coup une bonne partie de ses soutiens dans la petite bourgeoisie. Le parti nazi perd les &#233;lections au Reichstag de novembre 1932. Deux millions de voix en moins et 34 postes de d&#233;put&#233;s perdus ! Cette fois, la grande bourgeoisie a les moyens de mettre Hitler dans leur poche. S'il ne vient pas &#224; composition, il est perdu. Paradoxalement, c'est gr&#226;ce &#224; cet &#233;chec &#233;lectoral que Hitler se retrouve &#224; n&#233;gocier au lendemain de la d&#233;faite des nazis. La r&#233;union au sommet, qui a lieu discr&#232;tement dans la maison d'un grand banquier de Cologne, regroupe le pr&#233;sident von Hindenburg, le chancelier von Papen et Hitler. L'accord est conclu. Hitler s'engage &#224; d&#233;fendre la grande bourgeoisie et &#224; d&#233;mobiliser ses troupes S.A. d&#232;s que la victoire contre le communisme et le mouvement ouvrier sera acquise. Le 28 janvier 1933, le pr&#233;sident Hindenburg nomme Hitler chancelier d'Allemagne et celui forme un gouvernement dirig&#233; par von Papen, vice-chancelier, comme cela &#233;tait convenu entre eux. Il n'y a que deux ministres nazis (Frick et Goering). L'arm&#233;e n'a pas de ministre nazi mais le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur revient aux nazis car ils sont charg&#233;s d'en finir avec le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et effectivement, Goering va se servir imm&#233;diatement et brutalement de son minist&#232;re pour commencer &#224; d&#233;truire physiquement les organisations prol&#233;tariennes pourtant les plus massives, organis&#233;es et potentiellement puissantes du monde. Les salles de torture, les camps d'internement se multiplient pour les militants ouvriers et les assassinats dans les rues sont l&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goering cumule pour cela les postes de ministre de l'int&#233;rieur, de pr&#233;sident du Conseil de Prusse et de chef de la nouvelle police, la Gestapo. Il choisit des collaborateurs directement li&#233;s &#224; la grande bourgeoisie comme Ludwig Grauert, Rudolf Diels, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les S.A. ne sont pas abandonn&#233;s dans cette t&#226;che, eux qui sont indispensables pour terroriser les militants ouvriers et la classe ouvri&#232;re. 15.000 SS. et 25.000 S.A. sont m&#234;me transform&#233;s pour cela en &#171; police auxiliaire &#187;, ce qui rend l&#233;gaux tous leurs crimes et arrestations massives sans aucune formalit&#233; judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un seul coup, la petite bourgeoisie, assur&#233;e que les nazis deviennent une force l&#233;gale, rejoint massivement les Sections d'Assaut qui passent de 300.000 d&#233;but 1933 &#224; 2,5 millions huit mois plus tard. C'est un v&#233;ritable raz de mar&#233;e. Les crimes des S.A. et les manifestations de masse de la petite bourgeoisie sont tol&#233;r&#233;es par la classe dirigeante qui sait qu'elles sont indispensables pour t&#233;taniser et terroriser le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne signifie pas que le probl&#232;me politique soit r&#233;gl&#233; : le grand &#233;cart entre les orientations petites bourgeoises de la direction des S.A. (R&#246;hm et Heines) d'un c&#244;t&#233; et la politique bourgeoise d'Hitler et Goering de l'autre, est plus aigu que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'arriv&#233;e d'Hitler au poste de chancelier en janvier 1933, Ernst R&#246;hm consid&#232;re que l'alliance avec la bourgeoisie allemande n'est qu'un premier pas et appelle &#224; &#171; une poursuite de la r&#233;volution allemande &#187;. Le chef S.A. Edmund Heines exige que Hitler et les autres responsables nazis lancent des r&#233;formes sociales radicales. Il n'est pas le seul &#224; partager cette opinion : Br&#252;ckner, pr&#233;sident de Haute-Sil&#233;sie attaque vivement les gros industriels &#171; dont la vie est une perp&#233;tuelle provocation &#187; A Berlin, Holer, de la F&#233;d&#233;ration ouvri&#232;re nazie d&#233;clare que &#171; le capitalisme s'arroge le droit exclusif de pouvoir donner du travail &#224; des conditions qu'il fixe lui-m&#234;me. Cette domination est immorale et il faut la briser &#187; ; en juillet 1933, Kube, chef de groupe nazi au parlement de Prusse affirme que &#171; le gouvernement national-socialiste doit obliger les grands propri&#233;taires fonciers &#224; morceler leurs terres et &#224; en mettre la plus grande partie &#224; la disposition des paysans &#187;. La mise &#224; l'&#233;cart de Gregor Strasser en 1932 n'a donc pas mis fin &#224; la tendance &#171; de la seconde r&#233;volution &#187; qui se dit anti-capitaliste au sein du mouvement de masse nazi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Malgr&#233; sa nomination, en d&#233;cembre 1933, comme ministre sans portefeuille, R&#246;hm maintient ses exigences : il ne se contente plus de diriger la S.A. et insiste aupr&#232;s d'Hitler pour qu'il le nomme ministre de la Guerre, position d&#233;tenue par le g&#233;n&#233;ral Werner von Blomberg, chef de tendance bourgeoise conservatrice et surtout l'homme de confiance des chefs militaires prussiens et particuli&#232;rement de von Hindenburg. Surnomm&#233; &#171; le lion en caoutchouc &#187; par certains de ses d&#233;tracteurs dans l'arm&#233;e pour S.A. d&#233;votion &#224; Hitler, von Blomberg n'est pas nazi, et il repr&#233;sente un pont entre l'arm&#233;e et le parti nazi. Provenant essentiellement de la noblesse prussienne, Blomberg et de nombreux officiers consid&#232;rent la S.A. comme une foule pl&#233;b&#233;ienne qui met en danger la position de l'arm&#233;e comme d&#233;positaire unique de la puissance militaire allemande. Si l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re montre du m&#233;pris pour les membres de la S.A., beaucoup de chemises brunes consid&#232;rent que l'arm&#233;e est insuffisamment engag&#233;e dans la r&#233;volution nationale-socialiste. Max Heydebreck, un chef S.A. de Rummelsburg, insulte l'arm&#233;e devant ses camarades : &#171; Certains des dirigeants de l'arm&#233;e sont des porcs. La plupart des officiers sont trop vieux et doivent &#234;tre remplac&#233;s par de plus jeunes. Nous voulons attendre jusqu'&#224; ce que le papa Hindenburg soit mort, et alors la S.A. marchera contre l'arm&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces conflits, von Blomberg et d'autres responsables militaires voient en la Sturmabteilung un vivier de recrues pour une arm&#233;e agrandie et revitalis&#233;e. Pour R&#246;hm, par contre, c'est la S.A. qui doit devenir le noyau de la nouvelle arm&#233;e du Reich. Les effectifs de la Reichswehr &#233;tant limit&#233;s &#224; hommes par le trait&#233; de Versailles, les chefs de l'arm&#233;e observent avec inqui&#233;tude la progression du nombre de membres de la S.A., qui atteint environ trois &#224; quatre millions d'hommes en juin 1934, &#224; la veille d'&#234;tre d&#233;capit&#233;e par Hitler lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1934, R&#246;hm adresse &#224; Blomberg un m&#233;moire selon lequel la d&#233;fense nationale doit &#234;tre assur&#233;e par la S.A., le r&#244;le de la Reichswehr se limitant &#224; l'instruction militaire. Face &#224; cette exigence, Hitler rencontre von Blomberg, les responsables de la Sturmabteilung (S.A.) et ceux de la Schutzstaffel (S.S.). Sous la pression de Hitler, R&#246;hm, &#224; contre-c&#339;ur, signe un pacte confirmant que la Reichswehr est bien la seule organisation arm&#233;e officielle du Troisi&#232;me Reich et n'accordant &#224; la S.A. que le monopole de la formation pr&#233; et postmilitaire. Apr&#232;s que Hitler et les dirigeants de l'arm&#233;e soient partis, R&#246;hm donne libre cours &#224; sa col&#232;re, d&#233;clarant notamment que &#171; Ce que dit le pr&#233;tendu F&#252;hrer ne compte pas pour nous &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 22 f&#233;vrier 1934, R&#246;hm d&#233;clare devant des chefs S.A. de Thuringe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La nation est pr&#233;serv&#233;e du danger de la stagnation et de l'esprit du boutiquier par l'&#233;lan r&#233;volutionnaire des S.A. qui sont les garants de la r&#233;volution. Nous ne sommes pas un club bourgeois, mais une association de combattants politiques r&#233;solus. Cette ligne r&#233;volutionnaire sera maintenue au sein des S.A. dans l'esprit du pass&#233;. Je ne veux pas conduire des hommes qui plaisent aux boutiquiers, mais des r&#233;volutionnaires qui entrainent le pays avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas que R&#246;hm ait parfaitement conscience de s'opposer &#224; Hitler. Persuad&#233; qu'Hitler n'a fait qu'un recul tactique momentan&#233;, ou qu'il subit momentan&#233;ment la pression des milieux bourgeois, R&#246;hm s'accroche toujours &#224; sa vision de la deuxi&#232;me r&#233;volution nationale-socialiste comme &#224; celle d'une nouvelle arm&#233;e allemande avec la Sturmabteilung comme noyau. Au printemps 1934, cette vision s'oppose directement aux projets de Hitler, qui entend consolider et augmenter la puissance de la Reichswehr. Leurs plans respectifs &#233;tant incompatibles, le succ&#232;s de R&#246;hm ne peut se faire qu'au prix d'un &#233;chec de Hitler. En cons&#233;quence, une lutte politique se d&#233;veloppe au sein du mouvement nazi. Les principaux dirigeants nazis, dont le ministre-pr&#233;sident de Prusse Hermann G&#246;ring, le ministre de la propagande Joseph Goebbels, le Reichsf&#252;hrer-SS. Heinrich Himmler et le d&#233;put&#233; Rudolf Hess, se rangent aux c&#244;t&#233;s du F&#252;hrer. Parmi les v&#233;t&#233;rans du mouvement nazi, les Altk&#228;mpfer, seul R&#246;hm fait preuve d'ind&#233;pendance et ose s'opposer &#224; Adolf Hitler. Son m&#233;pris pour la bureaucratie du parti irrite Hess et la violence des membres de la S.A. en Prusse pr&#233;occupe gravement G&#246;ring qui dirige la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les prises de position publiques de R&#246;hm deviennent de plus en plus mena&#231;antes. Le 18 avril 1934, il d&#233;clare devant le corps diplomatique &#224; Berlin : &lt;i&gt;&#171; Les succ&#232;s obtenus jusqu'&#224; pr&#233;sent en Allemagne, la prise du pouvoir et l'&#233;limination des supports id&#233;ologiques du marxisme, du lib&#233;ralisme et du capitalisme, responsables de l'&#233;volution funeste desann&#233;es d'apr&#232;s-guerre qui ont &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;s de leur influence pr&#233;pond&#233;rante sur l'Etat &#8211; tout ce qui a &#233;t&#233; obtenu jusqu'&#224; maintenant, je le souligne, n'est qu'un pr&#233;alable, un tremplin pour atteindre les v&#233;ritables buts du national-socialisme. Nous n'avons pas fait une r&#233;volution nationale, mais une r&#233;volution nationale-socialiste et nous insistons particuli&#232;rement sur le mot socialiste ! &#187;&lt;/i&gt; Il rajoute : &lt;i&gt;&#171; Lors de la prise du pouvoir, le nouveau r&#233;gime allemand, faisant preuve d'une indulgence incompr&#233;hensible, n'a pas brutalement fait table rase des supports et des hommes de main du syst&#232;me ancien et plus ancien encore. Aujourd'hui, on retrouve aux postes officiels des hommes qui n'ont encore rien saisi de l'esprit de la r&#233;volution nationale-socialiste&#8230; La notion m&#234;me de la r&#233;volution fait n&#233;cessairement horreur &#224; ces r&#233;actionnaires, ces petits-bourgeois et cagots, en raison de leur mentalit&#233;, de m&#234;me que nous &#233;prouvons des naus&#233;es rien qu'en pensant &#224; eux. &#187;&lt;/i&gt; R&#246;hm r&#233;p&#232;te quasiment le m&#234;me discours devant des repr&#233;sentants de la presse &#233;trang&#232;re que &lt;i&gt;&#171; la r&#233;volution que nous avons faite n'est pas une r&#233;volution nationaliste, mais une r&#233;volution nationale-socialiste. Nous tenons m&#234;me &#224; souligner ce dernier mot : socialiste &#187;&lt;/i&gt;. Il poursuit &lt;i&gt;&#171; Le combat de ces longues ann&#233;es jusqu'&#224; la R&#233;volution allemande, l'&#233;tape du parcours que nous franchissons en ce moment nous a enseign&#233; la vigilance. Une longue exp&#233;rience et souvent une exp&#233;rience fort am&#232;re, nous a appris &#224; reconna&#238;tre les ennemis d&#233;clar&#233;s et les ennemis secrets de la nouvelle Allemagne sous tous les masques &#187;&lt;/i&gt; puis s'&#233;crie &lt;i&gt;&#171; R&#233;actionnaires, conformistes, bourgeois...nous avons envie de vomir lorsque nous pensons &#224; eux &#187;&lt;/i&gt;. Fin mai, son adjoint direct, Edmund Heines, poursuit dans le m&#234;me sens : &lt;i&gt;&#171; Nous avons assum&#233; le devoir de rester r&#233;volutionnaires. Nous ne sommes qu'au commencement. Nous ne nous reposerons que lorsque la r&#233;volution allemande sera achev&#233;e &#187;&lt;/i&gt;. Comme en &#233;cho, lors d'un discours &#224; la radio le 25 juin, Rudolf Hess adopte un ton mena&#231;ant : &lt;i&gt;&#171; Malheur &#224; qui rompt son serment en croyant servir la r&#233;volution par la r&#233;bellion &#187;&lt;/i&gt;. Malgr&#233; les discours inverses et les rumeurs, R&#246;hm reste confiant dans la lutte que m&#232;ne Hitler et il est persuad&#233; qu'il y aura toujours un partage des r&#244;les entre lui et Hitler et qu'il soit persister envers et contre tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#246;hm fait diffuser en juin une proclamation &#224; ses troupes des S.A. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Une victoire a &#233;t&#233; remport&#233;e sur la route qui m&#232;ne &#224; la r&#233;volution allemande&#8230; Une victoire a &#233;t&#233; remport&#233;e mais ce n'est pas la victoire ! (&#8230;) D&#233;j&#224; certains bourgeois, certains rousp&#233;teurs osent sortir de leurs cachettes, se demandant &#233;tonn&#233;s ce que veulent encore les S.A. et les SS., maintenant que Hitler est au pouvoir. Puisque nous sommes redevenus un peuple national. Les drapeaux &#224; croix gamm&#233;e flottent dans toutes les rues. Partout r&#232;gnent l'ordre et la paix. Et si jamais celle-ci &#233;tait troubl&#233;e, la police veillerait &#224; la r&#233;tablir au plus vite. Pourquoi alors encore des S.A. et des SS. ? (&#8230;) Si les &#226;mes bourgeoises croient suffisant que l'appareil de l'Etat ait chang&#233; de signe, si elles pensent que la r&#233;volution &#171; nationale &#187; dure trop longtemps d&#233;j&#224;, nous sommes exceptionnellement de leur avis : il est en effet grand temps que la r&#233;volution nationale cesse et qu'elle se transforme en une r&#233;volution nationale-socialiste ! Que cela leur convienne ou non &#8211; nous continuerons notre lutte. S'ils comprennent enfin quel est l'enjeu : nous lutterons avec eux ! S'ils n'en veulent pas : sans eux ! S'il le faut : contre eux ! Fid&#232;les, disciplin&#233;s et ob&#233;issants nous avons suivi Adolf Hitler, notre chef supr&#234;me S.A. bien-aim&#233; sur sa route difficile : nous connaissons son but qui est aussi le n&#244;tre, sans aucun compromis : l'Allemagne nationale-socialiste&#8230; Nous, les S.A. et SS. d'Adolf Hitler sommes les garants incorruptibles de l'accomplissement de la r&#233;volution allemande, jusqu'&#224; la fusion totale en une unit&#233; indivise de la volont&#233; nationale et socialiste : un PEUPLE NATIONAL-SOCIALISTE DANS UN ETAT NATIONAL-SOCIALISTE ! &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le discours d'Hitler et de ses hauts responsables est de plus en plus clair : il n'est nullement question de pr&#233;parer une nouvelle r&#233;volution s'attaquant &#224; l'Etat bourgeois allemand. Plus d'un an apr&#232;s la nomination d'Hilter comme chancelier du Reich, il n'est toujours pas question d'appliquer le programme social du parti nazi : s'attaquer aux soci&#233;t&#233;s anonymes, &#224; la sp&#233;culation et &#224; l'usure, &#224; la grande banque, aux grandes propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res et il n'est toujours pas question d'aide financi&#232;re massive &#224; la petite bourgeoisie ni de participation des travailleurs aux b&#233;n&#233;fices des grandes entreprises, ni de municipalisation des grands magasins. Par contre, plus que jamais, les fonds publics sont mis au service du grand capital industriel et financier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les confrontations entre officiers de la Reichswehr et cadres des S.A. se multiplient. Hitler est sans cesse sous pression de remarques critiques des milieux proches de la hi&#233;rarchie militaires qui critiquent les cadres S.A. pour leurs d&#233;sordres, leur manque de respect pour l'uniforme et la hi&#233;rarchie militaire. Le 17 juin 1934, von Papen critique publiquement &#224; Marbourg les d&#233;sordres caus&#233;s par les troupes S.A. et leur discours &#171; r&#233;volutionnaire &#187; anti-capitaliste. Hitler rencontre m&#234;me le magnat industriel Krupp qui relaie les m&#234;mes critiques am&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc plus question d'accepter l'existence d'un mouvement de masse petit-bourgeois politique et militaire aux c&#244;t&#233;s de l'Etat de la grande bourgeoisie. Les S.A. doivent &#234;tre d&#233;capit&#233;s. Ils vont l'&#234;tre par Hitler en personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit des longs couteaux ne va pas seulement &#234;tre une remise &#224; l'ordre du mouvement de masse ou l'&#233;crasement d'une mutinerie (laquelle n'a d'ailleurs jamais exist&#233; vraiment). C'est un tournant de la politique du parti nazi de la d&#233;magogie petite bourgeoise et populaire vers une politique clairement et fermement pro-capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a quasiment eu aucune r&#233;sistance des S.A. aux op&#233;rations massives d'&#233;liminations des dirigeants. Un seul groupe S.A. protestera publiquement : celui de Sil&#233;sie qui diffusera un tract au nom des &#171; S.A. r&#233;volutionnaires &#187;. Les dirigeants S.A., quand ils voient qu'Hitler est pr&#233;sent, se laissent d&#233;sarmer. Les premiers chefs assassin&#233;s le sont sous ses yeux, comme pour Schneidhuber et Schmidt, ou encore pour la totalit&#233; de l'Etat-Major de l'arm&#233;e brune de Munich. Hitler circule entre Munich et Berlin, donnant en personne ses ordres pour &#234;tre s&#251;r qu'ils ne soient pas pris comme une action contre lui par ses cadres. En trois jours, une arm&#233;e de trois ou quatre millions d'hommes encadr&#233;s militairement est d&#233;capit&#233;e. D&#233;sormais le chef des S.A. ne sera plus ministre. Les sections d'Assaut ne pr&#233;tendront plus &#234;tre au-dessus des officiers de l'arm&#233;e et l'id&#233;e de seconde r&#233;volution sera abandonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les mesures prises d&#232;s juillet 1934 le montrent clairement. Le 11 juillet 1934, Frick d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; Dans ses derniers discours adress&#233;s aux chefs S.A. et aux gouverneurs du Reich, M. le Chancelier du Reich a d&#233;clar&#233; sans ambages que la r&#233;volution allemande est termin&#233;e. &#187;&lt;/i&gt; Le 22 juillet 1934, Goering signe les instructions suivantes : &lt;i&gt;&#171; Les formations actives NSDAP, qui ont cr&#233;&#233; de haute lutte l'Etat national-socialiste, sont d'accord avec moi dans le d&#233;sir de garantir &#224; tout prix la s&#233;curit&#233; absolue du droit et de la paix l&#233;gale dans l'Etat. C'est dans l'esprit des S.A. et des SS., qui sont les supports de l'Etat, que dor&#233;navant toute action qui n'est pas en harmonie avec la l&#233;gislation de l'Etat sera r&#233;prim&#233;e. &#187;&lt;/i&gt; Le 28 juillet 1934, Hitler r&#233;unit les chefs de l'arm&#233;e, des S.A. et des SS. et s'engage devant eux : l'arm&#233;e restera ind&#233;pendante des nazis, ne sera pas noyaut&#233;e par les forces paramilitaires des S.A. Le 8 ao&#251;t 1934, les SA cesseront d'&#234;tre une police auxiliaire autonome. Ils avaient montr&#233; trop d'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de la politique en faveur de la grande bourgeoisie pour &#234;tre int&#233;gr&#233;s &#224; l'appareil d'Etat en temps que corps. Il seront int&#233;gr&#233;s &#224; l'arm&#233;e allemande dans la guerre mondiale mais, contrairement aux S.S., ils n'y restent pas ind&#233;pendants en tant que S.A.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit des longs couteaux n'aura pas pour autant d&#233;truit ni &#233;pur&#233; les sections d'assaut dans leur r&#244;le fasciste contre le mouvement ouvrier et d&#233;mocratique. On les retrouve ainsi les 9 et 10 d&#233;cembre dans la &#171; nuit de cristal &#187; en train de jouer le r&#244;le de tortionnaires des Juifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre fait marquant le tournant de juin-juillet 1934, l'homme de la hi&#233;rarchie militaire au sein de la finance, le docteur Schacht est nomm&#233; ministre de l'&#233;conomie en plus de son poste de pr&#233;sident de la banque centrale, la Reichsbank. C'est dire que les affaires &#233;conomiques ne sont plus s&#233;par&#233;es de la pr&#233;paration &#224; la guerre mondiale qui requiert d&#233;sormais tous les fonds d'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Nuit_des_Longs_Couteaux&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://jj-tryskel.hautetfort.com/archive/2012/01/24/la-nuit-des-longs-couteaux-rohm-ernst-1887-1934.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin &#233;crit dans &#171; Fascisme et grand capital &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; Hitler se cr&#233;e une petite troupe &#224; laquelle il donne le nom de &#171; service d'ordre &#187; et qu'il dresse &#224; porter la perturbation dans les r&#233;unions publiques de ses adversaires (&#233;t&#233; 1920). Le 4 janvier 1921, il d&#233;clare devant la foule assembl&#233;e dans la brasserie Kindl &#171; que le mouvement national-socialiste emp&#234;chera &#224; l'avenir, au besoin par la force, toutes r&#233;unions ou conf&#233;rences propres &#224; exercer une influence d&#233;primante. &#187; Sa tactique, comme celle des &#171; chemises noires &#187; (de Mussolini), est essentiellement offensive : une poign&#233;e d'hommes audacieux et pr&#234;ts &#224; tout font irruption au sein de la foule ouvri&#232;re et gr&#226;ce &#224; leur coh&#233;sion, &#224; leur action foudroyante et brutale, restent ma&#238;tres du terrain. (&#8230;) A la r&#233;union de la Hofbra&#252;haus, le 4 novembre 1921, le &#171; service d'ordre &#187;se surpasse. (&#8230;) Sept &#224; huit cent socialistes ont &#233;t&#233; rou&#233;s de coups et jet&#233;s dehors de la salle par une cinquante de nazis. (&#8230;) Depuis la bataille de la Hofbra&#252;haus, le &#171; service d'ordre &#187; a re&#231;u le titre, plus significatif, de &#171; section d'assaut &#187; (Sturm-Abtelung) que l'on d&#233;signe bient&#244;t par les seules initiales S.A. Plus tard, en ao&#251;t 1923, Hitler se constitue une garde personnelle : les &#171; troupes de choc de Hitler &#187; ; c'est le noyau d'o&#249; sortiront les &#171; colonnes de protection &#187; (Schultz-Staffel) ou, en abr&#233;g&#233; : S.S. (&#8230;) A partir de 1930, la lutte se transporte dans la rue : les miliciens bruns provoquent et assassinent sur la voie publique leurs adversaires ouvriers. Il ne se passe pas de dimanche sans bagarre sanglante. Les forces r&#233;pressives de l'Etat appuient et arment les bandes fascistes. A la fin de 1930, le g&#233;n&#233;ral von Schleicher a une entrevue tr&#232;s amicale avec le capitaine Roehm, chef des S.A. : il se d&#233;clare tout &#224; fait favorable aux sections d'assaut, &#224; la seule condition qu'elles n'empi&#232;tent pas sur les attributions de la Reichswehr. L'Etat-Major autorise les jeunes miliciens &#224; s'entra&#238;ner sur les terrains militaires, charge des instructeurs militaires de les instruire. (&#8230;) Comment le mouvement ouvrier se d&#233;fend-il, au cours de cette premi&#232;re phase, contre les bandes fascistes ? Dans les d&#233;buts, la tactique audacieuse, militaire des &#171; chemises brunes &#187; le surprend et sa riposte est faible. Mais, tr&#232;s vite, il se serait adapt&#233;, spontan&#233;ment, &#224; la tactique de l'adversaire, si ses chefs &#8211; par crainte de l'action directe &#8211; ne s'&#233;taient employ&#233;s &#224; freiner syst&#233;matiquement sa volont&#233; de lutte. Gardons-nous de r&#233;pondre aux violences fascistes ! larmoient les chefs r&#233;formistes, nous dresserions l' &#171; opinion publique &#187; contre nous. Evitons surtout de constituer des groupes de combat, des formations paramilitaires, car nous risquerions de nous ali&#233;ner les pouvoirs publics, ces pouvoirs publics auxquels nous faisons confiance pour dissoudre les formations paramilitaires du fascisme ! N'empruntons pas au fascisme ses propres armes, car sur ce terrain nous sommes battus d'avance ! Cette tactique l&#233;galiste et d&#233;faitiste a pour r&#233;sultat de d&#233;moraliser la classe ouvri&#232;re, en m&#234;me temps qu'elle accro&#238;t chez l'adversaire l'audace, la confiance en soi, le sentiment de son invincibilit&#233;. Si, d&#232;s leurs premiers exploits, les bandes fascistes s'&#233;taient heurt&#233;es &#224; une r&#233;sistance prol&#233;tarienne organis&#233;e, avaient subi de dures repr&#233;sailles, elles y auraient regard&#233; &#224; deux fois avant d'entreprendre des &#171; exp&#233;ditions punitives &#187; ou des descentes dans les meetings prol&#233;tariens. Elles auraient moins facilement recrut&#233;. Et, par contre, les succ&#232;s remport&#233;s par le prol&#233;tariat dans la lutte antifasciste lui auraient rendu ce dynamisme qui, pr&#233;cis&#233;ment, lui a manqu&#233;. (&#8230;) Hitler avouera, r&#233;trospectivement : &#171; Un seul danger pouvait briser notre d&#233;veloppement : si l'adversaire en avait compris le principe et si, d&#232;s le premier jour, avec la plus extr&#234;me brutalit&#233;, il avait bris&#233; le noyau de notre nouveau mouvement. &#187; (discours au congr&#232;s de Nuremberg, le 3 septembre 1933) et Goebbels : &#171; Si l'adversaire avait su combien nous &#233;tions faibles, il nous aurait probablement r&#233;duits en bouillie. (&#8230;) Il aurait &#233;cras&#233; dans le sang les premiers d&#233;buts de notre travail. &#187; (dans &#171; Combat pour Berlin &#187;) Mais le national-socialisme n'a pas &#233;t&#233; &#233;cras&#233; dans l'&#339;uf. Il est devenu une force. Et pour r&#233;sister &#224; cette force, les socialistes allemands ne con&#231;oivent qu'une seule tactique : faire confiance &#224; l'Etat bourgeois, demander aide et protection &#224; l'Etat bourgeois. Leur leitmotiv est : Etat, interviens ! Ils comptent non sur eux-m&#234;mes, sur la combativit&#233; des masses, mais sur la police prussienne &#8211; qu'ils croient contr&#244;ler puisque en Prusse un cabinet socialiste est au pouvoir -, sur la Reichswehr (l'arm&#233;e), sur le pr&#233;sident Hindenburg ; ils attendent des pouvoirs publics la dissolution des sections d'assaut. En avril 1932, le g&#233;n&#233;ral Groener, ministre de Br&#252;ning, leur donne une satisfaction &#233;ph&#233;m&#232;re : il interdit les S.A. (&#8230;) Le 30 mai, le nouveau chancelier, von Papen, s'empresse d'autoriser &#224; nouveau les sections d'assaut, de destituer le gouvernement socialiste de Prusse, c'est-&#224;-dire d'enlever &#224; celui-ci le contr&#244;le de la police. Sans doute, les socialistes poss&#232;dent-ils, depuis 1924, une milice antifasciste, le Reichsbanner, aux effectifs tr&#232;s importants. Cette milice, ils la font d&#233;filer au cours de parades impressionnantes, mais ils se refusent syst&#233;matiquement &#224; l'engagement dans l'action. A chaque occasion o&#249; elle pourrait se mesurer avec les bandes fascistes, ils la retirent du th&#233;&#226;tre des op&#233;rations : c'est ainsi que le 22 janvier 1933, lorsque les nazis d&#233;filent devant la Maison Karl-Liebnecht, si&#232;ge du parti communiste, les sections du Reichsbanner sont appel&#233;es, comme par hasard, &#224; faire une longue marche d'entra&#238;nement hors de Berlin. Non seulement les chefs du Reichsbanner fuient la bataille, mais ils se laissent d&#233;sarmer comme des moutons par la police de von Papen. (&#8230;) Les communistes, &#233;galement, poss&#232;dent une milice antifasciste : la &#171; Ligue des combattants du Front Rouge &#187;. De 1929 &#224; 1931, leur mot d'ordre a &#233;t&#233; : &#171; Frappez les fascistes partout o&#249; vous les trouvez. &#187; Et, avec courage, les &#171; combattants du Front Rouge &#187; ont ripost&#233; aux milicians bruns ; ils ont m&#234;me, &#224; maintes reprises, attaqu&#233; leurs locaux, leurs casernements. Mais, &#224; partir de 1931, le parti renonce brusquement &#224; la lutte physique contre les bandes fascistes. Le formule &#171; Frappez les fascistes &#187; fut condamn&#233;e. La lutte physique fut abandonn&#233;e pour la &#171; lutte id&#233;ologique &#187;. (&#8230;) Lorsque les sections d'assaut annoncent leur intention de d&#233;filer, le 22 janvier 1933, devant la Maison Karl-Liebnecht, les chefs du parti supplient le minist&#232;re de l'int&#233;rieur d'interdire la d&#233;monstration nazie. (&#8230;) Par contre, les groupes de combat, qui &#233;taient pr&#234;ts &#224; la riposte, re&#231;oivent l'ordre formel de ne pas intervenir et doivent ob&#233;ir, la rage au c&#339;ur. Non seulement cette tactique laisse les ouvriers d&#233;sarm&#233;s devant les bandes arm&#233;es du fascisme, mais elle les d&#233;moralise. N'ayant pas la permission de se battre, les &#171; combattants du Front Rouge, qui ne sont pas tous des militants conscients, passent en grand nombre, par besoin d'action, dans les sections d'assaut. D'autres communistes croient habile de rev&#234;tir la chemise brune avec le propos de &#171; noyauter &#187; les S.A. A un moment donn&#233;, les magnats capitalistes ne se servent plus seulement des &#171; chemises noires &#187; ou des &#171; chemises brunes &#187; comme des milices antiouvri&#232;res ; ils lancent le fascisme &#224; la t&#234;te de l'Etat. (&#8230;) Le fascisme, &#224; partir du moment o&#249; il se lance &#224; la conqu&#234;te du pouvoir, a d&#233;j&#224; l'assentiment de la fraction la plus puissante de la bourgeoisie capitaliste. Il est assur&#233;, en outre, de la complicit&#233; des chefs de l'arm&#233;e et de la police, dont les liens avec ses bailleurs de fonds sont &#233;troits. (&#8230;) Le fascisme sait donc qu'en r&#233;alit&#233; la conqu&#234;te du pouvoir n'est pas pour lui une question de force. (&#8230;) Il lui faut s'armer de patience (&#8230;) donner l'impression qu'il est port&#233; au pouvoir par un vaste mouvement populaire et non pas simplement parce que ses bailleurs de fonds, parce que les chefs de l'arm&#233;e et de la police sont pr&#234;ts &#224; lui livrer l'Etat. (&#8230;) Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, le fascisme doit donner l'illusion &#224; ses troupes de choc, &#224; ses miliciens, qu'il est un mouvement &#171; r&#233;volutionnaire &#187;, que, tout comme le socialisme, il se lance &#224; l'assaut de l'Etat ; que seuls la vaillance, l'esprit de sacrifice de ses &#171; chemises noires &#187; ou de ses &#171; chemises brunes &#187;, lui assureront la victoire. (&#8230;) Mais le jour o&#249; sa tactique l&#233;galiste lui a permis de rassembler autour de lui les larges masses indispensables, o&#249; toutes les conditions psychologiques sont remplies, alors, sans coup f&#233;rir, le plus l&#233;galement du monde, il s'installe dans l'Etat : le tour est jou&#233;. (&#8230;) Les socialistes et les communistes allemands se refusent &#224; croire au triomphe du national-socialisme. Mieux : ils en annoncent p&#233;riodiquement la d&#233;confiture. Les socialistes poussent &#224; tout propos des cris de triomphe : en ao&#251;t 1932, parce que le pr&#233;sident Hindenburg a repouss&#233; les exigences de Hitler ; au lendemain des &#233;lections du 6 novembre, parce que les suffrages remport&#233;s par les nazis marquent un recul ; &#224; cette date, le Vorw&#228;rts &#233;crit : &#171; Voil&#224; dix ans que nous avons pr&#233;vu la faillite du national-socialisme ; noir sur blanc, nous l'avons &#233;crit dans notre journal ! &#187; Et, &#224; la veille de l'accession de Hitler au pouvoir, un de ses leaders, Schiffrin, &#233;crit : &#171; Nous ne percevons plus que l'odeur de cadavre pourri : le fascisme est d&#233;finitivement abattu ; il ne se rel&#232;vera plus. &#187; Les communistes ne sont gu&#232;re plus perspicaces. Au lendemain de l'&#233;lection du 14 septembre, le Rote Fahne &#233;crit : &#171; Le 14 septembre fut le point culminant du mouvement national-socialiste en Allemagne. Ce qui viendra apr&#232;s ne peut &#234;tre qu'affaiblissement et d&#233;clin. &#187; En 1932, Th&#228;lmann s'&#233;l&#232;ve contre &#171; une surestimation opportuniste du fascisme hitl&#233;rien &#187; (&#8230;) Au lendemain des &#233;lections du 6 novembre, on lit dans le Rote Fahne : &#171; Partout, il y a des S.A. qui d&#233;sertent les rangs de l'hitl&#233;risme et se mettent sous le drapeau communiste. &#187; (&#8230;) Mais quelle tactique le prol&#233;tariat organis&#233; pouvait-il opposer au fascisme en marche vers le pouvoir ? N'oublions pas que le fascisme conquiert le pouvoir l&#233;galement. Des milices ouvri&#232;res, indispensables pour battre les bandes fascistes lorsque celles-ci ne jouaient que le r&#244;le de &#171; milices antiouvri&#232;res &#187; ne suffisent plus &#224; emp&#234;cher le fascisme de gagner des si&#232;ges au Parlement, de conqu&#233;rir l'opinion, de s'introduire dans l'Etat par voie l&#233;gale. Une simple &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de protestation &#187;, m&#234;me d&#233;clench&#233;e sur toute l'&#233;tendue du territoire, ne peut davantage barrer la route du pouvoir au fascisme &#8211; &#224; moins qu'elle ne soit le point de d&#233;part d'une offensive r&#233;volutionnaire. (&#8230;) Alors, que pouvait le prol&#233;tariat organis&#233; ? A partir du moment o&#249; le fascisme marche vers le pouvoir, le mouvement ouvrier ne dispose plus que d'une seule ressource : gagner le fascisme de vitesse, s'emparer avant lui du pouvoir. (&#8230;) Les partis prol&#233;tariens ne se montrent nullement r&#233;volutionnaires. (&#8230;) Quant &#224; l'ADGB allemande (centrale syndicale), elle a emp&#234;ch&#233; ses adh&#233;rents de combattre les d&#233;crets-lois de Br&#252;ning, sous le pr&#233;texte qu'en d&#233;fendant leur pain quotidien ils mettraient en danger le gouvernement Br&#252;ning et que Br&#252;ning valait mieux que Hitler. Cette tactique du &#171; moindre mal &#187; a d&#233;moralis&#233; profond&#233;ment les travailleurs. Aussi quand le fascisme entreprend la conqu&#234;te du pouvoir, le mouvement ouvrier se montre-t-il comme paralys&#233;, incapable de le gagner de vitesse. (&#8230;) En Allemagne, les chefs r&#233;formistes adjurent Hindenburg et la Reichswehr de &#171; faire leur devoir &#187;, de ne pas livrer le pouvoir &#224; Hitler. (&#8230;) Dix jours avant l'accession de Hitler au pouvoir, le bureau de l'ADGB rend visite au pr&#233;sident Hindenburg. Les chefs syndicaux &#171; se cramponnent aux instances de l'Etat. Ils esp&#232;rent toujours l'aide du pr&#233;sident du Reich. &#187; (&#8230;) Quant aux communistes, malgr&#233; leur verbiage r&#233;volutionnaire, ils s'abritent derri&#232;re l'excuse que les r&#233;formistes ne veulent rien faire et ne font rien non plus. (&#8230;) Hitler, lorsqu'il est nomm&#233; par le pr&#233;sident Hindenburg chancelier du Reich, comprend &#233;galement qu'il serait malavis&#233; de br&#251;ler les &#233;tapes. Les forces des partis ouvriers, de l'ADGB, sont intactes. L'av&#232;nement brusqu&#233; d'une dictature pourrait pousser le prol&#233;tariat &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, &#224; l'insurrection arm&#233;e. Mieux vaut endormir l'adversaire en faisant semblant de respecter la constitution. (&#8230;) Mais tandis que Hitler joue le r&#244;le du loup d&#233;guis&#233; en agneau, son ami Goering pr&#233;pare f&#233;brilement le coup de force. (&#8230;) Ma&#238;tre de la police prussienne, il commence &#224; l'&#233;purer. Tous les &#233;l&#233;ments &#171; r&#233;publicains &#187; depuis le pr&#233;fet de police de Berlin jusqu'au plus petit inspecteur de police criminelle sont cong&#233;di&#233;s, remplac&#233;s par des nazis &#233;prouv&#233;s. Un d&#233;cret-loi du 4 f&#233;vrier donne pratiquement &#224; la police le moyen d'interdire tout journal ou toute r&#233;union publique adverse. Goering promet de couvrir personnellement tous les agents de police qui feraient usage de leurs armes contre les &#171; rouges &#187;. Par un autre arr&#234;t&#233;, il adjoint &#224; la &#171; Schupo &#187; une &#171; police auxiliaire &#187; de 50.000 hommes recrut&#233;s parmi les S.A. et les S.S. Et, en m&#234;me temps, il encourage, en sous-main, ses bandes &#224; continuer la lutte sanglante contre le prol&#233;tariat : partout les nazis s'attaquent &#224; leurs adversaires, envahissent leurs locaux, sabotent leurs r&#233;unions publiques. A Berlin, ils guettent la nuit les ouvriers qui reviennent dans leurs quartiers, les assomment ou les assassinent. (&#8230;) Impossible d'ajourner le coup de force jusqu'au lendemain des &#233;lections. Sans coup de force, pas de majorit&#233; absolue. Avant le 5 mars, date du scrutin, il faut &#224; tout prix frapper l'imagination des ind&#233;cis, terroriser les r&#233;calcitrants au moyen de quelque &#233;v&#232;nement extraordinaire. (&#8230;) La m&#233;thode : se servir d'un pr&#233;tendu putsch communiste pour violer la l&#233;galit&#233; et d&#233;clencher contre le prol&#233;tariat une offensive foudroyante. (&#8230;) Le 24 f&#233;vrier, la police se livre &#224; une perquisition monstre au si&#232;ge du parti communiste. (&#8230;) Enfin, dans la nuit du 27 au 28 f&#233;vrier, les hommes de Goering incitent un na&#239;f terroriste &#224; mettre le feu au Reichstag. Aussit&#244;t le gouvernement pr&#233;sente l'incendie comme le signal d'une insurrection communiste et, sans perdre un instant, fait signer par le pr&#233;sident du Reich un d&#233;cret-loi abolissant toutes les libert&#233;s constitutionnelles, proclamant l' &#171; &#233;tat d'exception &#187;. Dans les quarante-huit heures, tous les pouvoirs passent &#224; la police. Les miliciens devenus &#171; policiers auxiliaires &#187; assomment, torturent, assassinent les militants ouvriers. Les r&#233;unions &#233;lectorales des partis antifascistes sont interdites, les d&#233;put&#233;s communistes arr&#234;t&#233;s. Gr&#226;ce &#224; cette mise en sc&#232;ne et &#224; cette terreur, les nazis remportent aux &#233;lections du 5 mars une &#233;clatante victoire : ils obtiennent de 288 mandats. Et, pour disposer de la majorit&#233; absolue, il leur suffit de mettre hors la loi le parti communiste, d'envoyer un certain nombre de d&#233;put&#233;s socialistes dans les camps de concentration. (&#8230;) Deux mois apr&#232;s, les partis ouvriers, les syndicats sont dissous ou &#171; mis au pas &#187;. Au cours de cette derni&#232;re phase, que fait le prol&#233;tariat organis&#233; ? Comment tente-t-il de r&#233;sister ? les chefs ouvriers se laissent endormir par le tactique en apparence l&#233;galiste d fascisme. Ils ne lancent pas l'ordre de prendre les armes. Ils ne d&#233;clenchent pas la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale insurrectionnelle. Ils esp&#232;rent avoir raison du fascisme, d&#233;j&#224; install&#233; au pouvoir, en remportant une victoire &#233;lectorale. (&#8230;) Les socialistes allemands multiplient les appels au calme. Le 7 f&#233;vrier 1933, K&#252;nstler, le chef de la f&#233;d&#233;ration berlinoise du parti, donne cette consigne : &#171; Surtout ne vous laissez pas provoquer. La vie et la sant&#233; des ouvriers berlinois nous son trop ch&#232;res pour les mettre en jeu &#224; la l&#233;g&#232;re. Il faut les garder pour le jour de la lutte. &#187; (&#8230;) &#171; Du calme et surtout pas de sang vers&#233; ! &#187; Les communistes n'organisent pas davantage la r&#233;sistance. (&#8230;) Le 23 f&#233;vrier, un des chefs du parti, Pieck, &#233;crit : &#171; Que les ouvriers restent prudents afin de ne pas fournir au gouvernement un pr&#233;texte pour prendre de nouvelles mesures contre le parti communiste ! &#187; (&#8230;) Et Dimitrov : (&#8230;) &#171; A l'&#233;poque de l'incendie du Reichstag, des pr&#233;paratifs r&#233;els en vue d'une r&#233;volution pouvaient-ils &#234;tre observ&#233;s ? (&#8230;) Non ! &#187; Quant aux chefs syndicaux, leur attitude est plus singuli&#232;re encore : ils s'imaginent que le mouvement syndical pourra composer avec le gouvernement fasciste comme avec les gouvernements pr&#233;c&#233;dents (&#8230;) Insensiblement, d'abdication en abdication, ils se rallient au fascisme. (&#8230;) L'ADGB l&#226;che le parti socialiste et, le 20 mars, elle publie un manifeste : &#171; Les organisations syndicales sont l'expression d'une n&#233;cessit&#233; sociale irr&#233;futable, une partie indispensable de l'ordre social lui-m&#234;me. (&#8230;) La t&#226;che sociale des syndicats doit &#234;tre remplie, quelle que soit la nature du r&#233;gime de l'Etat. (&#8230;) Leur t&#226;che dans ce sens ne peut &#234;tre que de mettre &#224; la disposition du gouvernement et du parlement des connaissances et exp&#233;riences acquises dans ce domaine. &#187; (&#8230;) Le 20 avril, le Comit&#233; conf&#233;d&#233;ral invite les syndiqu&#233;s &#224; assister &#224; la f&#234;te du Premier Mai, pr&#233;sent&#233;e comme le symbole de l'incorporation de la classe ouvri&#232;re dans l'Etat national-socialiste. (&#8230;) Les magnats ont atteint leurs objectifs : ils disposent enfin de l' &#171; Etat fort &#187; souhait&#233;. Par une s&#233;rie de mesures d'ordre social et &#233;conomiques, l'Etat fasciste va s'appliquer &#224; enrayer la chute de leurs profits, &#224; rendre &#171; rentables &#187; leurs entreprises. Cette action s'exerce, d'abord et essentiellement, contre la classe ouvri&#232;re : l'Etat fasciste commence par cr&#233;er les conditions permettant le massacre des salaires : destruction des syndicats ouvriers, suppression de leurs prolongement au sein de l'usine, abolition du droit de gr&#232;ve, annulation des contrats collectifs, r&#233;tablissement de l'absolutisme patronal au sein de l'entreprise. Mais ce n'est que la premi&#232;re partie du programme. Il faut, en outre, pour l'avenir, emp&#234;cher toute cristallisation ind&#233;pendante au sein des masses ouvri&#232;res. Alors l'Etat fasciste met toute son autorit&#233; au service des employeurs : il embrigade les travailleurs dans des organisations de surveillance polici&#232;re dont les chefs sont nomm&#233;s par en haut, &#233;chappant au contr&#244;le des cotisants (&#8230;) Lutter contre le patron, c'est d&#233;sormais se dresser contre l'Etat. (&#8230;) L'Etat sanctionne de son autorit&#233; les salaires qu'il plait aux magnats capitalistes de payer &#224; leurs exploit&#233;s. (&#8230;) Les employeurs sont autoris&#233;s &#224; licencier tout travailleur soup&#231;onn&#233; d'&#234;tre &#171; hostile &#224; l'Etat &#187; sans que l'int&#233;ress&#233; puisse recourir &#224; la proc&#233;dure de d&#233;fense pr&#233;vue par la l&#233;gislation sociale du Reich. (&#8230;) Au lendemain du Premier Mai, d&#233;cr&#233;t&#233; &#171; f&#234;te nationale &#187; et c&#233;l&#233;br&#233; &#224; grand spectacle dans toute l'Allemagne, tous les syndicats ouvriers sont mis au pas, leurs immeubles occup&#233;s par les section d'assaut, leurs chefs emprisonn&#233;s. (&#8230;) le 10 mai est constitu&#233; le &#171; Front du Travail allemand &#187;. Il englobe les adh&#233;rents de toutes les associations syndicales mises au pas. (&#8230;) L'Etat national-socialiste ne se contente pas d'embrigader les travailleurs dans des organisations &#171; jaunes &#187; ; il punit de s&#233;v&#232;res peines disciplinaires toute vell&#233;it&#233; d'ind&#233;pendance des ouvriers. Les travailleurs qui compromettent la paix sociale dans l'entreprise (&#8230;) sont passibles non seulement du renvoi, mais de lourdes amendes et de peines de prison (loi du 20 janvier 1934). (&#8230;) la loi du 26 f&#233;vrier 1935 institue un &#171; livret de travail &#187; o&#249; l'employeur inscrit, en se s&#233;parant de l'employ&#233;, son appr&#233;ciation et qui doit &#234;tre pr&#233;sent&#233; lors d'une nouvelle embauche. (&#8230;) Les salari&#233;s n'ont pas le droit de changer d'employeur, mais les autorit&#233;s s'arrogent le droit de les d&#233;placer (&#8230;) On &#233;value que, depuis l'av&#232;nement du national-socialisme (30 janvier 1933), jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; 1935, les salaires ont &#233;t&#233; r&#233;duits de 25 &#224; 40%. Pour de nombreuses cat&#233;gories d'ouvriers, le salaire est inf&#233;rieur au montant de l'indemnit&#233; de ch&#244;mage pay&#233;e au temps de la r&#233;publique de Weimar. Plus de la moiti&#233; des ouvriers allemands touchent moins de trente marks par semaine. (&#8230;) Encore faut-il d&#233;duire de ces mis&#233;rables payes toutes sortes de retenues (&#8230;) qui diminuent le salaire brut de 20 &#224; 30%.(&#8230;) Goering d&#233;clare dans un discours : &#171; Nous devons aujourd'hui travailler double pour tirer le Reich de la d&#233;cadence, de l'impuissance, de la honte et de la mis&#232;re. Huit heures par jour ne suffisent pas. &#187; (&#8230;) Il s'agit d'une prolongation de la journ&#233;e de travail allant jusqu'&#224; dix heures et plus. (&#8230;) A peine install&#233; au pouvoir, le fascisme s'empresse de donner des preuves de sa bonne volont&#233; au capitalisme priv&#233;. (&#8230;) Hitler tient &#224; manifester sa reconnaissance aux magnats de l'industrie lourde, aux Kirdorf, aux Thyssen. (&#8230;) L'Etat leur restitue les Acieries R&#233;unies (qui avaient &#233;t&#233; mises sous contr&#244;le de l'Etat lors de leur rel&#232;vement sur fonds publics pour cause de faillite). (&#8230;) Apr&#232;s le krach de 1931, la plupart des grandes banques &#233;taient tomb&#233;es sous le contr&#244;le de l'Etat. (&#8230;) La Deutsche Diskonto Bank, d&#232;s 1933, s'est vue restituer par l'Etat pr&#232;s de vingt millions de marks d'action (&#8230;) L'Etat fasciste aide les magnats capitalistes &#224; &#171; produire du b&#233;n&#233;fice &#187; en leur accordant toutes sortes d'exon&#233;rations fiscales (&#8230;) en les aidant &#224; relever artificiellement leurs prix de vente (&#8230;) en renflouant les entreprises d&#233;faillantes sans contrepartie. (&#8230;) D&#232;s le lendemain de la prise du pouvoir, les nationaux-socialistes se lancent dans un vaste programme de travaux publics (&#8230;) et jette des milliards dans le r&#233;armement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin rajoute, concernant l'arm&#233;e brune, dans &#171; Fascisme et grand capital &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le fascisme a conquis le pouvoir. Ses bailleurs de fonds atteignent leurs objectifs : an&#233;antir la d&#233;mocratie parlementaire, exterminer le prol&#233;tariat organis&#233;, instaurer un Etat autoritaire capable d'imposer leurs volont&#233;s et de relever leurs profits. Mais il y a le revers de la m&#233;daille : les magnats capitalistes se trouvent maintenant aux prises avec les exigences des pl&#233;b&#233;iens fascistes. Les seconds ont conquis le pouvoir, objectivement pour le compte des premiers, subjectivement pour leur compte personnel. Ils forment, suivant l'expression de Mussolini, &#171; une nouvelle classe politique &#187;. Ils sont bien d&#233;cid&#233;s &#224; chasser sans m&#233;nagements, avec une brutalit&#233; de parvenus, l'ancien personnel politique de la bourgeoisie. Ils exigent pour eux tous les postes, toutes les fonctions. Les magnats sont quelque peu inquiets de ces exigences. Non pas qu'elles soient tout &#224; fait impr&#233;vues pour eux : ils ont saisi depuis quelques temps qu'il serait dangereux d'abandonner enti&#232;rement la direction de l'Etat &#224; la pl&#232;be fasciste. C'est pourquoi ils auraient pr&#233;f&#233;r&#233;, au moins pour commencer, une simple &#171; participation &#187; du fascisme &#224; un gouvernement bourgeois traditionnel. Mais l'impatience des pl&#233;b&#233;iens a d&#233;jou&#233; ces plans. N&#233;anmoins les magnats obtiennent quelques garanties : les ministres fascistes sont encadr&#233;s par des personnages s&#251;rs appartenant &#224; l' &#171; ancienne classe politique &#187;. Mais les pl&#233;b&#233;iens ne l'entendent pas de cette oreille, ils exigent tout le pouvoir, ils pr&#233;tendent chasser jusqu'au dernier des anciens serviteurs politiques de la bourgeoisie. C&#233;der ou ne pas c&#233;der ? Les magnats n'ont pas l'embarras du choix. Ils continuent &#224; avoir besoin des pl&#233;b&#233;iens dont le concours leur est indispensable pour transformer l'Etat d&#233;mocratique en Etat dictatorial, pour porter le coup de gr&#226;ce au prol&#233;tariat organis&#233;. Personne ne rossera, personne ne torturera mieux les militants ouvriers que ces hommes sortis du peuple. Le patronat se r&#233;signe donc &#8211; &#224; sacrifier son ancien personnel politique ; il abandonne tout le pouvoir aux pl&#233;b&#233;iens fascistes. Le ph&#233;nom&#232;ne, &#224; vrai dire, n'est pas tout &#224; fait nouveau. Il a un pr&#233;c&#233;dent historique : le 2 d&#233;cembre 1851, la bourgeoisie fran&#231;aise laissait, de la m&#234;me fa&#231;on, les partisans pl&#233;b&#233;iens de Louis Bonaparte &#171; supprimer, an&#233;antir &#187; son ancien personnel politique : &#171; les orateurs et les &#233;crivains, les hommes politiques et les hommes de lettres, la tribune et la presse de la bourgeoisie &#187;. &#171; La Cour, raconte Marx, les minist&#232;res, les hauts postes de l'administration et de l'arm&#233;e sont envahis par un tas de dr&#244;les, du meilleur desquels on peut dire qu'on ne sait d'o&#249; il sort : une boh&#232;me bruyante, mal fam&#233;e, avide de pillage. &#187; La bourgeoisie se r&#233;signait &#224; cette invasion, parce que, gr&#226;ce au concours des pl&#233;b&#233;iens, elle s'assurait le &#171; gouvernement fort et absolu &#187; dont elle avait besoin pour sauver ses profits&#8230;Les pl&#233;b&#233;iens nationaux-socialistes entendent, eux aussi, se substituer &#224; l'ancien personnel politique de la bourgeoisie. &#171; On n'a jamais vu dans l'histoire, &#233;crit le V&#246;lkischer Beobachter, qu'un Etat soit restaur&#233; par d'autres que ceux qui ont &#233;t&#233; les cr&#233;ateurs et les promoteurs de l'id&#233;e nouvelle. Personne en dehors de nous ne poss&#232;de la volont&#233; et la comp&#233;tence n&#233;cessaires pour instituer l'ordre nouveau. &#187; Et Goebbels : &#171; Lorsque nous aurons conquis l'Etat, alors cet Etat sera notre Etat (&#8230;) Si aujourd'hui, dans notre lutte contre un syst&#232;me corrompu, nous sommes oblig&#233;s d'&#234;tre un &#171; parti &#187; (&#8230;), &#224; l'instant o&#249; le syst&#232;me s'&#233;croulera, nous deviendrons nous-m&#234;mes l'Etat. &#187; Aussi le gouvernement constitu&#233; par Hitler le 30 janvier 1933 est-il loin de r&#233;pondre au v&#339;u des pl&#233;b&#233;iens. Des messieurs, membres de l'ancien personnel politique, encadrent les ministres nationaux-socialistes : c'est ainsi que von Papen est vice-chancelier et comissaire en Prusse ; Hugenberg, ministre de l'Economie nationale et de l'Agriculture ; von Neurath, ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, le comte Schwerin von Krosigk, ministre des Finances, le baron Eltz von R&#252;benach, ministre des Voies et Communications, Seldte (Chef du &#171; Casque d'Acier &#187;), ministre du Travail, Gerecke, commissaire au ch&#244;mage, etc. Ivres de leur victoire, les pl&#233;b&#233;iens nazis exigent que l'ancien personnel politique soit &#233;vinc&#233;. Goering s'empresse de doubler la police prussienne d'une &#171; police auxiliaire &#187; recrut&#233;e parmi les sections d'assaut. Et, au lendemain de l'incendie du Reichstag, tous les partis autre que le parti national-socialiste sont condamn&#233;s &#224; dispara&#238;tre ; le national-socialisme ne s'acharne pas seulement contre les organisations ouvri&#232;res et les partis prol&#233;tariens, mais aussi contre les partis bourgeois, contre l'ancien personnel politique de la bourgeoisie. Le jour m&#234;me o&#249; Hitler obtient du Reichstag les pleins pouvoirs (23 mars 1933), le commissaire au ch&#244;mage Gerecke, ancien agent &#233;lectoral du pr&#233;sident Hindenburg, est arr&#234;t&#233; sous le pr&#233;texte de malversations. Le 11 avril 1933, Hitler enl&#232;ve &#224; von Papen son titre de commissaire du Reich en Prusse. Le 28 avril 1933, un des chefs du &#171; Casque d'Acier &#187;, Duesterberg, est destitu&#233;&#8230; Hugenberg, sentant l'inutilit&#233; de la r&#233;sistance, abandonne ses deux portefeuilles minist&#233;riels, tandis que son parti se dissout (28 juin 1933). De m&#234;me, le 5 juillet 1933, le parti du centre (catholique) vote sa propre dissolution. Les brutes fascistes ne m&#233;nagent pas les anciens serviteurs politiques de la bourgeoisie. C'est ainsi, entre autres exemples, que le docteur Oberfohren, adjoint de Hugenberg &#224; la t&#234;te du parti national-allemand, est trouv&#233; &#171; suicid&#233; &#187; &#224; son domicile (6 mai 1933). La loi du 15 juillet pr&#233;voit pour quiconque essaierait de reconstituer un des partis supprim&#233;s ou d'en fonder un nouveau, des peines allant de trois ans de r&#233;clusion &#224; &#171; des sanctions plus &#233;lev&#233;es &#187;&#8230;. Le gouvernement du Reich n'est plus compos&#233; que de nazis. Les membres de l'ancien personnel politique qui continuent &#224; en faire partie tels que von Neurath, Schwerin von Krosigk et Seldte, ne trouvent gr&#226;ce devant le national-socialisme qu'en embrassant la foi nationale-socialiste. Et, dans les conseils du gouvernement, les pl&#233;b&#233;iens acqui&#232;rent la pr&#233;pond&#233;rance num&#233;rique : deviennent successivement ministres du Reich : Goering, Goebbels, Darr&#233;, Hess, R&#246;hm, Rust, Frank, Kerrl&#8230; Les bailleurs de fonds n'avaient pas tort d'&#233;prouver quelque appr&#233;hension au moment d'abandonner tout le pouvoir au fascisme. Les pl&#233;b&#233;iens, sans doute, n'ont aucune envie de s'attaquer s&#233;rieusement aux privil&#232;ges de ceux dont ils vivent et qui n'ont cess&#233; de les combler de leurs g&#233;n&#233;rosit&#233;s. Les magnats capitalistes continuent, en effet, apr&#232;s la prise du pouvoir, &#224; remplir les caisses du parti et de ses organisations annexes. C'est ainsi qu'en Allemagne, ces subventions sont baptis&#233;es &#171; fonds Adolf Hitler de l'Industrie allemande &#187;. En outre, les magnats gratifient directement les chefs pl&#233;b&#233;iens de &#171; pots de vins &#187;, de postes r&#233;tribu&#233;s dans les conseils de leurs affaires, etc. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, les pl&#233;b&#233;iens doivent tenir compte des aspirations des masses populaires qu'ils ont dress&#233;es sur leurs jambes. A ces masses, pour les conqu&#233;rir, ils ont parl&#233; un langage &#171; anticapitaliste &#187;. Les masses ont pris ce langage au s&#233;rieux. Et maintenant qu'ils sont au pouvoir, elles exigent qu'ils tiennent parole. Le fascisme a beau proclamer qu'il a aboli la lutte des classes, les petits-bourgeois et les prol&#233;taires qui ont rev&#234;tu la chemise brune continuent &#224; ob&#233;ir &#224; un relatif instinct de classe ; leurs int&#233;r&#234;ts demeurent en opposition avec ceux des magnats capitalistes ; et comme le fascisme vainqueur tarde &#224; toucher aux privil&#232;ges capitalistes, les pl&#233;b&#233;iens du rang s'impatientent, ils exigent que la r&#233;volution soit continu&#233;e ou m&#234;me qu'elle soit suivie d'une &#171; seconde r&#233;volution &#187;. Les chefs pl&#233;b&#233;iens, petits ou grands, ne peuvent faire fi de ces exigences : en r&#233;gime fasciste comme en r&#233;gime &#171; d&#233;mocratique &#187;, et malgr&#233; la suppression du droit de vote, les hommes politiques n'acqui&#232;rent et ne conservent leur influence, n'entretiennent leur prestige que dans la mesure o&#249; ils peuvent s'appuyer sur une &#171; base sociale &#187; la plus large possible&#8230; Aussi doivent-ils, dans une certaine mesure, se faire l'interpr&#232;te des exigences et des aspirations de leurs troupes, proclamer &#224; leur tour &#8211; avec plus ou moins de conviction &#8211; que la r&#233;volution ne fait que commencer, qu'une seconde r&#233;volution est n&#233;cessaire&#8230; Comme l'avait aper&#231;u Trotsky d&#232;s 1932, &#171; Le fascisme bureaucratique se rapproche &#233;norm&#233;ment des autres formes de dictature militaire-polici&#232;re. &#187;&#8230; Hitler, d&#232;s le lendemain de la prise du pouvoir, cherche &#224; ma&#238;triser les forces pl&#233;b&#233;iennes qu'il a lui-m&#234;me d&#233;cha&#238;n&#233;es&#8230; La bourgeoisie n'a sacrifi&#233; son ancien personnel politique, n'a abandonn&#233; tout le pouvoir aux pl&#233;b&#233;iens nazis qu'&#224; condition de voir ses int&#233;r&#234;ts docilement d&#233;fendus. Elle ne leur a pas confi&#233; le soin d'&#233;craser le bolchevisme pour que, de leur propre sein, surgisse un nouveau bolchevisme, f&#251;t-il &#171; national &#187;. Et le 30 juin 1934, Hitler fait abattre comme des chiens ses plus anciens collaborateurs : R&#246;hm, Gregor Strasser, Ernst, etc&#8230; A travers toute l'Allemagne, les partisans de la &#171; seconde r&#233;volution &#187; sont ex&#233;cut&#233;s par centaines&#8230; D&#233;sormais, le principal soutien de la dictature n'est plus la milice pl&#233;b&#233;ienne mais l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. Les signes de cette &#233;volution se multiplient : Hitler ne para&#238;t plus en public que flanqu&#233; de g&#233;n&#233;raux, il promet &#224; l'arm&#233;e &#171; qu'elle pourra toujours avoir confiance en lui &#187;&#8230; L'exigence essentielle de la Reichswehr re&#231;oit satisfaction : d&#233;sormais &#171; l'arm&#233;e seule porte les armes dans l'Etat &#187;. La liquidation des sections d'assaut commence : la loi conf&#233;rant &#224; leur chef d'Etat-major le titre de ministre du Reich est abrog&#233;e ; les cadres sup&#233;rieurs sont renouvel&#233;s et compos&#233;s d'hommes s&#251;rs. A la base, on proc&#232;de &#224; une vaste &#233;puration&#8230; Une nouvelle gendarmerie, le corps de chasseurs de campagne, est charg&#233;e sp&#233;cialement de la surveillance des miliciens&#8230; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &#233;crit en 1934 dans &#171; O&#249; va la France &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les petites gens d&#233;sesp&#233;r&#233;es voient avant tout dans le fascisme une force combative contre le grand capital et croient qu'&#224; la diff&#233;rence des partis ouvriers qui travaillent seulement de la langue, le fascisme se servira des poings pour &#233;tablir plus de &#171; justice &#187;. Le paysan et l'artisan sont, &#224; leur mani&#232;re, des r&#233;alistes : ils comprennent qu'on ne pourra pas se passer des poings. Il est faux, trois fois faux, d'affirmer que la petite bourgeoisie actuelle ne va pas aux partis ouvriers parce qu'elle craint les &#171; mesures extr&#234;mes &#187;. Bien au contraire. La couche inf&#233;rieure de la petite bourgeoisie, ses grandes masses ne voient dans les partis ouvriers que des machines parlementaires, ne croient pas &#224; la force des partis ouvriers, ne croient pas qu'ils soient capables de lutter, qu'ils soient pr&#234;ts &#224; mener cette fois la lutte jusqu'au bout. Et s'il en est ainsi, est-ce la peine de remplacer le radicalisme par ses confr&#232;res parlementaires de gauche ? Voil&#224; comment raisonne ou sent le propri&#233;taire &#224; demi expropri&#233;, ruin&#233; et r&#233;volt&#233;. Sans la compr&#233;hension de cette psychologie des paysans, des artisans, des employ&#233;s, des petits fonctionnaires, etc. &#8211; psychologie qui d&#233;coule de la crise sociale &#8211; il est impossible d'&#233;laborer une politique juste. La petite bourgeoisie est &#233;conomiquement d&#233;pendante et politiquement morcel&#233;e. C'est pourquoi elle ne peut avoir de politique propre. Elle a besoin d'un &#171; chef &#187; qui lui inspire confiance. Ce chef individuel ou collectif, c'est-&#224;-dire un personnage ou un parti, peut lui &#234;tre donn&#233; par l'une ou l'autre des classes fondamentales, soit par la grande bourgeoisie, soit par le prol&#233;tariat. Le fascisme unit et arme les masses diss&#233;min&#233;es ; d'une &#171; poussi&#232;re humaine &#187; - selon notre expression &#8211; il fait des d&#233;tachements de combat. Il donne ainsi &#224; la petite bourgeoisie l'illusion d'&#234;tre une force ind&#233;pendante. Elle commence &#224; s'imaginer qu'elle commandera r&#233;ellement &#224; l'Etat. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce que ces espoirs et ces illusions lui montent &#224; la t&#234;te. Mais la petite bourgeoisie peut trouver aussi un chef dans la personne du prol&#233;tariat. Elle l'a montr&#233; en Russie, partiellement en Espagne. Elle y tendit en Italie, en Allemagne et en Autriche. Mais les partis du prol&#233;tariat ne s'y montr&#232;rent pas &#224; la hauteur de leur t&#226;che historique. Pour amener &#224; lui la petite bourgeoisie, le prol&#233;tariat doit conqu&#233;rir sa confiance. Et, pour cela, il doit avoir lui-m&#234;me confiance en sa force. Il lui faut avoir un clair programme d'action et &#234;tre pr&#234;t &#224; lutter pour le pouvoir par tous les moyens possibles. Soud&#233; par son parti r&#233;volutionnaire pour une lutte d&#233;cisive et impitoyable, le prol&#233;tariat dit aux paysans et aux petites gens des villes : &#171; Je lutte pour le pouvoir ; voici mon programme ; je suis pr&#234;t &#224; m'entendre avec vous pour des changements dans ce programme ; je n'emploierai la force que contre le grand capital et ses laquais ; mais avec vous, travailleurs, je veux conclure une alliance sur la base d'un programme donn&#233; &#187;. Un tel langage, le paysan le comprendra. Il faut seulement qu'il ait confiance dans la capacit&#233; du prol&#233;tariat de s'emparer du pouvoir. Or, pour cela, il faut &#233;purer le front unique de toute &#233;quivoque, de toute ind&#233;cision, des phrases creuses ; il faut comprendre la situation et se mettre s&#233;rieusement sur la voie de la lutte r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et L&#233;on Trotsky dans &#171; Qu'est-ce que le nazisme ? &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les nazis baptisent leur coup d'Etat du nom usurp&#233; de r&#233;volution. En fait, en Allemagne comme en Italie, le fascisme laisse le syst&#232;me social inchang&#233;. Le coup d'Etat d'Hitler, en tant que tel, n'a m&#234;me pas droit au titre de contre-r&#233;volution. Mais on ne peut pas le consid&#233;rer isol&#233;ment : il est l'aboutissement d'un cycle de secousses qui ont commenc&#233; en Allemagne en 1918. La r&#233;volution de novembre, qui donnait le pouvoir aux conseils d'ouvriers et de soldats, &#233;tait fondamentalement prol&#233;tarienne. Mais le parti qui &#233;tait &#224; la t&#234;te du prol&#233;tariat, rendit le pouvoir &#224; la bourgeoisie. En ce sens, la social-d&#233;mocratie a ouvert une &#232;re de contre-r&#233;volution, avant que la r&#233;volution n'ait eu le temps d'achever son &#339;uvre. Toutefois, tant que la bourgeoisie d&#233;pendait de la social-d&#233;mocratie, et par cons&#233;quent des ouvriers, le r&#233;gime conservait des &#233;l&#233;ments de compromis. Mais la situation int&#233;rieure et internationale du capitalisme allemand ne laissait plus de place aux concessions. Si la social-d&#233;mocratie sauva la bourgeoisie de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, le tour est venu pour le fascisme de lib&#233;rer la bourgeoisie de la social-d&#233;mocratie. Le coup d'Etat d'Hitler n'est que le maillon final dans la cha&#238;ne des pouss&#233;es contre-r&#233;volutionnaires. Le petit bourgeois est hostile &#224; l'id&#233;e de d&#233;veloppement, car le d&#233;veloppement se fait invariablement contre lui : le progr&#232;s ne lui a rien apport&#233;, si ce n'est des dettes insolvables. Le national-socialisme rejette le marxisme mais aussi le darwinisme. Les nazis maudissent le mat&#233;rialisme, car les victoires de la technique sur la nature ont entra&#238;n&#233; la victoire du grand capital sur le petit. Les chefs du mouvement liquident &#034; l'intellectualisme &#034; non pas tant parce que eux-m&#234;mes poss&#232;dent des intelligences de deuxi&#232;me ou de troisi&#232;me ordre, mais surtout parce que leur r&#244;le historique ne saurait admettre qu'une pens&#233;e soit men&#233;e jusqu'&#224; son terme. Le petit bourgeois a besoin d'une instance sup&#233;rieure, plac&#233;e au-dessus de la mati&#232;re et de l'histoire, et prot&#233;g&#233;e de la concurrence, de l'inflation, de la crise et de la vente aux ench&#232;res. Au d&#233;veloppement, &#224; la pens&#233;e &#233;conomique, au rationalisme - aux XX&#176;, XIX&#176; et XVIII&#176; si&#232;cles - s'opposent l'id&#233;alisme nationaliste, en tant que source du principe h&#233;ro&#239;que. La nation d'Hitler est l'ombre mythique de la petite bourgeoisie elle-m&#234;me, son r&#234;ve path&#233;tique d'un royaume mill&#233;naire sur terre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3101&#034;&gt;Nazisme et grand capital&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article636&#034;&gt;1933 : la trag&#233;die du prol&#233;tariat allemand&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;volution de Mao ou la guerre (et la prise de pouvoir) d'une arm&#233;e dite rouge</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1291</link>
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		<dc:date>2009-08-31T09:15:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Chine China</dc:subject>
		<dc:subject>Asie Asia</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
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		<dc:subject>1927</dc:subject>
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		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sur la Chine &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me s'il a tout fait ensuite pour effacer ces origines, le PC chinois est issu de la r&#233;volution ouvri&#232;re de 1925-27. Il a ensuite fond&#233; son activit&#233; sur de tout autres perspectives qui n'&#233;taient plus prol&#233;tariennes. De 1937 &#224; la fin de la guerre mondiale, le PCC de Mao s'allie avec Tchang Ka&#239;-shek. &lt;br class='autobr' /&gt;
La prise du pouvoir par une arm&#233;e ne peut pas donner le pouvoir aux travailleurs ni une soci&#233;t&#233; menant au socialisme. La r&#233;volution sociale n'est pas une guerre, pas m&#234;me une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique46" rel="directory"&gt;04- La r&#233;volution en Asie, &#224; la fin de la guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;Chine China&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot44" rel="tag"&gt;Asie Asia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Lumpen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;1927&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot23&#034;&gt;Sur la Chine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me s'il a tout fait ensuite pour effacer ces origines, le PC chinois est issu de la r&#233;volution ouvri&#232;re de 1925-27. Il a ensuite fond&#233; son activit&#233; sur de tout autres perspectives qui n'&#233;taient plus prol&#233;tariennes. De 1937 &#224; la fin de la guerre mondiale, le PCC de Mao s'allie avec Tchang Ka&#239;-shek.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise du pouvoir par une arm&#233;e ne peut pas donner le pouvoir aux travailleurs ni une soci&#233;t&#233; menant au socialisme. La r&#233;volution sociale n'est pas une guerre, pas m&#234;me une guerre de gu&#233;rilla. La paysannerie ne peut, par elle-m&#234;me, mener &#224; une soci&#233;t&#233; communiste. Il n'y a pas d'autre perspective r&#233;volutionnaire que la prise de conscience des prol&#233;taires et d'abord de ceux des villes, conscience de la n&#233;cessit&#233; de prendre eux-m&#234;mes toutes les d&#233;cisions, et non pas qu'un parti les prenne pour eux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Mao, la guerre remplace la r&#233;volution : &lt;i&gt;&#034;Toute guerre juste, r&#233;volutionnaire, est une grande force, elle peut transformer bien des choses ou ouvrir la voie &#224; leur transformation. La guerre sino-japonaise transformera et la Chine, et le Japon. Il suffit que la Chine poursuive fermement la Guerre de R&#233;sistance et applique fermement une politique de front uni pour que l'ancien Japon se transforme immanquablement en un Japon nouveau, et l'ancienne Chine en une Chine nouvelle. Aussi bien en Chine qu'au Japon, les gens et les choses se transformeront, au cours de la guerre et apr&#232;s la guerre.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_909 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/24270.jpg' width=&#034;450&#034; height=&#034;316&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En mars 1927, les ouvriers de Shanghai se lev&#232;rent dans une insurrection triomphante et prirent le contr&#244;le de la ville tandis que l'ensemble de la Chine &#233;tait en effervescence. En avril, cette insurrection &#233;tait totalement bris&#233;e par les forces du Kuomintang, parti nationaliste dirig&#233; par Tchang Kai-Chek, que le Parti communiste chinois (PCC), sous la direction de Staline et de la bureaucratie russe, avait &#233;lev&#233; au rang de h&#233;ros de la &#8220;r&#233;volution nationale&#8221; chinoise. Le PCC allait compl&#232;tement d&#233;sarmer le prol&#233;tariat chinois avant de quitter les villes pour adopter la gu&#233;rilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mao Tse-Toung&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; La tactique de la lutte contre l'imp&#233;rialisme japonais &#187; (27 d&#233;cembre 1935, conf&#233;rence des militants du parti communiste, &#224; Ouayaopan, dans le nord du Chensi) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous estimons que, dans les conditions actuelles, il est possible que des changements interviennent dans la position de la bourgeoisie nationale. Dans quelle mesure cette position peut-elle se modifier ? La caract&#233;ristique essentielle de ces modifications sera les h&#233;sitations de la bourgeoisie nationale. N&#233;anmoins, au cours de certaines phases de la lutte, une des fractions de la bourgeoisie nationale (son aile gauche) pourra participer &#224; la lutte, l'autre fraction pouvant passer d'une attitude h&#233;sitante &#224; la neutralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les int&#233;r&#234;ts repr&#233;sent&#233;s par la 19&#232;me Arm&#233;e de Route, command&#233;e par Tsai Ting-ka&#239; et autres ? Ce sont ceux de la bourgeoisie nationale, de la couche sup&#233;rieure de la petite bourgeoisie et des petits propri&#233;taires terriens &#224; la campagne. Tous ces &#171; tasitingka&#239;stes &#187; ont lutt&#233; avec acharnement contre l'Arm&#233;e rouge, et pourtant ils ont conclu, par la suite, une alliance avec elle dans le but de r&#233;sister aux envahisseurs japonais et de lutter contre Tchang Ka&#239;-chek. Dans le Kiangsi, ils avaient attaqu&#233; l'Arm&#233;e rouge ; mais, &#224; Changa&#239;, ils se sont dress&#233;s contre l'imp&#233;rialisme japonais, puis, arriv&#233;s dans le Foukien, ils ont conclu un accord avec l'Arm&#233;e rouge et ouvert le feu contre Tchiang Ka&#239;-chek. Quelle que soit l'attitude des &#171; tsa&#239;tingka&#239;stes &#187; &#224; l'avenir, et en d&#233;pit du fait que le Gouvernement populaire du Foukien, s'en tenant aux m&#233;thodes anciennes, n'a pas voulu appeler le peuple &#224; se dresser pour combattre, il n'en reste pas moins qu'il est impossible de ne pas consid&#233;rer comme un acte utile &#224; la r&#233;volution le fait qu'ils aient ouvert le feu contre l'imp&#233;rialisme japonais et Tchiang Ka&#239;-chek au lieu de tirer sur l'Arm&#233;e rouge. Cela a marqu&#233; une scission dans le camp du Kuomintang. Si la situation qui s'est cr&#233;&#233;e au lendemain des &#171; Ev&#233;nements du 18 Septembre &#187; a abouti &#224; la rupture de ce groupe avec le Kuomintang, pourquoi la situation actuelle ne pourrait-elle entra&#238;ner une nouvelle scission au sein du Kuomintang ? Ils ont tort, ces membres de notre Parti qui affirment que le camp de la bourgeoisie et des propri&#233;taires fonciers est uni et solide, que rien ne pourra susciter des changements en son sein. Non seulement ces camarades ne comprennent pas toute la gravit&#233; de la situation pr&#233;sente, mais encore ils ont oubli&#233; l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de revenir bri&#232;vement sur ces donn&#233;es de l'histoire. En 1926 et en 1927, lorsque les troupes r&#233;volutionnaires ont march&#233; sur Wouhan, puis, apr&#232;s avoir pris cette ville, se sont enfonc&#233;es dans le Honan, Tang Cheng-tche et Fong Yu-siang ont adh&#233;r&#233; &#224; la r&#233;volution. Puis, en 1933, Fong Yu-siang, dans le Tchahar, a coop&#233;r&#233; avec le Parti communiste et y a cr&#233;&#233; l'arm&#233;e d'alliance contre les envahisseurs japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un autre exemple, tr&#232;s clair : en d&#233;cembre 1931, qui a d&#233;clench&#233; le soul&#232;vement de Nongtou et qui est pass&#233; du c&#244;t&#233; de l'Arm&#233;e rouge sinon la 26&#232;me Arm&#233;e de Route qui avait pr&#233;c&#233;demment, avec la 19&#232;me Arm&#233;e de Route, attaqu&#233; l'Arm&#233;e rouge dans le Kiangsi ? Les dirigeants du soul&#232;vement de Ningtou : Tchao Po-cheng et Tong Tchen-tang sont devenus ensuite de solides camarades dans la r&#233;volution. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut analyser pleinement l'attitude des propri&#233;taires fonciers et de la bourgeoisie chinoise au moment des grands &#233;branlements, il convient de tenir compte encore d'une autre circonstance, &#224; savoir que m&#234;me dans le camp des propri&#233;taires fonciers et des compradores, il ne r&#232;gne pas une unit&#233; totale. (&#8230;) Au moment o&#249; la lutte est dirig&#233;e contre l'imp&#233;rialisme japonais, les laquais des Am&#233;ricains, et m&#234;me des Anglais, peuvent, selon la vigueur des invectives de leurs ma&#238;tres, lutter secr&#232;tement et m&#234;me ouvertement contre les imp&#233;rialistes nippons et leurs hommes de paille. (&#8230;) Je rappellerai seulement aujourd'hui que le politicien du Kuomintang Hou Hanmin que Tchiang Ka&#239;-chek, &#224; un moment donn&#233;, avait jet&#233; en prison, a &#233;galement sign&#233;, il y a peu de temps, notre projet de &#171; Programme de r&#233;sistance aux envahisseurs japonais et de salut national &#187;, programme en six points. Les militaristes du Kuomintang et du Kouangsi sur lesquels s'appuie Hou Han-min se sont &#233;galement oppos&#233;s &#224; Tchiang Ka&#239;-chek en lan&#231;ant des mots d'ordre aussi mensongers que &#171; Retour des territoires perdus &#187; et &#171; Mener de front la r&#233;sistance aux envahisseurs japonais et la liquidation du banditisme sont des t&#226;ches &#233;galement importantes &#187; (Mot d'ordre de Tchang Ka&#239;-chek : &#171; D'abord liquider les bandits puis r&#233;sister aux envahisseurs japonais &#187;). (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant &#224; la situation dans le camp de la r&#233;volution nationale chinoise. En premier lieu, l'Arm&#233;e rouge. Camarades, vous savez que depuis un an et demi environ les trois concentrations principales des forces de l'Arm&#233;e rouge de Chine proc&#232;dent &#224; un d&#233;placement complet de leurs bases. A partir du mois d'ao&#251;t de l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e, le 6&#232;me groupe d'arm&#233;es, sous la direction de Jen Pi-che et d'autres camarades, commen&#231;a son mouvement vers la r&#233;gion o&#249; sont cantonn&#233;es les troupes du camarade Ho Long. Puis, en octobre, commen&#231;a celui de notre arm&#233;e vers de nouvelles bases, et, en mars dernier, les d&#233;tachements de l'Arm&#233;e rouge de la r&#233;gion fronti&#232;re Setchouan-Chemsi se mirent &#224; se d&#233;placer. Ces trois concentrations des forces de l'arm&#233;e rouge, abandonnant leurs anciennes positions, s'installent dans de nouvelles r&#233;gions. (&#8230;) L'arm&#233;e rouge au cours de ces mouvements s'est consid&#233;rablement affaiblie (&#8230;) et nous avons subi une d&#233;faite provisoire et partielle. (&#8230;) Finalement nous avons quand m&#234;me r&#233;ussi &#224; effectuer la Longue Marche. (&#8230;) Avec la fin de la Longue Marche, une nouvelle situation s'est cr&#233;&#233;e. Dans la bataille de Tchitotchen, les d&#233;tachements de l'Arm&#233;e rouge central, unis fraternellement aux d&#233;tachements de l'Arm&#233;e rouge du Nord-Ouest, ont bris&#233; &#171; la campagne d'encerclement et d'an&#233;antissement &#187; du tra&#238;tre Tchiang Ka&#239;-chek contre la r&#233;gion fronti&#232;re Chensi-Kansou. (&#8230;) J'ai d&#233;j&#224; parl&#233; de la possibilit&#233; de voir la bourgeoisie nationale, les paysans riches et les petits propri&#233;taires fonciers h&#233;siter et m&#234;me participer &#224; la lutte contre les envahisseurs japonais. (&#8230;) Tout cela t&#233;moigne que le front de la r&#233;volution de local devient national et passe progressivement d'un caract&#232;re relativement in&#233;gal &#224; un caract&#232;re relativement &#233;gal. (&#8230;) La t&#226;che du Parti, c'est d'unir l'activit&#233; de l'Arm&#233;e rouge &#224; celle des ouvriers, des paysans, des &#233;tudiants, de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie nationale de toute la Chine, cr&#233;ant ainsi un front national r&#233;volutionnaire uni. (&#8230;) Nous disons que ce qui caract&#233;rise le moment pr&#233;sent, c'est que la Chine se trouve au d&#233;but d'un nouvel essor de la r&#233;volution nationale (&#8230;) La situation pr&#233;sente exige que nous renoncions d&#233;finitivement au repliement sectaire sur soi, que nous passions &#224; l'organisation d'un large front uni (&#8230;) Le critique nous dit : les formes de la r&#233;volution doivent &#234;tre pures, absolument pures, la route de la r&#233;volution doit &#234;tre droite, parfaitement droite. (..) La bourgeoisie nationale, dans sa totalit&#233;, est contre-r&#233;volutionnaire et le sera jusqu'&#224; la fin des si&#232;cles. Pas la moindre concession aux paysans riches ! Quand vous serrez la main de Tsai Ting-ka&#239;, n'oubliez pas de le traiter de contre-r&#233;volutionnaire ! D'o&#249; la conclusion : le repliement sectaire sur soi est la baguette magique unique et le front uni une tactique opportuniste. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A route de la r&#233;volution comme celle du d&#233;veloppement est tortueuse et non rectiligne. Le front de la r&#233;volution et de la contre-r&#233;volution sont susceptibles de modifications (&#8230;) Cette &#171; puret&#233; &#187;, cette &#171; rectitude &#187; qu'affirment les sectaires, le marxime-l&#233;ninisme les fustige et l'imp&#233;rialisme japonais les encourage. Nous rejetons r&#233;solument le repliement sectaire sur soi ; ce qu'il nous faut, c'est un front national r&#233;volutionnaire uni qui portera un coup mortel &#224; l'imp&#233;rialisme japonais, aux collaborateurs et aux tra&#239;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si notre gouvernement &#233;tait jusqu'&#224; pr&#233;sent bas&#233; sur l'alliance des ouvriers, des paysans et de la petite bourgeoisie urbaine, il nous faut maintenant le r&#233;former afin qu'il comprenne les &#233;l&#233;ments de toutes les autres classes qui d&#233;sirent participer &#224; la r&#233;volution nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, la t&#226;che principale de ce gouvernement, c'est de faire obstacle aux tentatives de l'imp&#233;rialisme japonais d'engloutir la Chine. Ce gouvernement aura une composition tr&#232;s large ; on pourra y admettre non seulement des gens qui sont uniquement int&#233;ress&#233;s &#224; la r&#233;volution nationale sans l'&#234;tre &#224; la r&#233;volution agraire, mais m&#234;me s'ils le d&#233;sirent, des gens li&#233;s &#224; l'imp&#233;rialisme europ&#233;en et &#224; l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, incapables de lutter contre ces derniers mais susceptibles, par contre, de lutter contre l'imp&#233;rialisme japonais et ses valets. C'est pourquoi le programme d'un tel gouvernement doit, en principe, correspondre &#224; la t&#226;che principale : lutter contre l'imp&#233;rialisme japonais et se valets. C'est sur cette base que nous devons, en cons&#233;quence, r&#233;viser notre politique. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui rend n&#233;cessaire la transformation de la r&#233;publique ouvri&#232;re et paysanne en r&#233;publique populaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre gouvernement ne repr&#233;sente pas seulement les ouvriers et les paysans, mais toute la nation. (&#8230;) Cela est d&#251; au fait que l'agression japonaise a modifi&#233; les rapports existant entre les classes de notre pays et rendu possible la participation &#224; la lutte contre les envahisseurs japonais, non seulement de la petite bourgeoisie, mais &#233;galement de la bourgeoisie nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Si la bourgeoisie nationale adh&#232;re au front uni de lutte contre l'imp&#233;rialisme, la classe ouvri&#232;re et la bourgeoisie nationale auront des int&#233;r&#234;ts communs. La r&#233;publique populaire, dans la p&#233;riode de la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise, n'abolit nullement la propri&#233;t&#233; priv&#233;e qui ne porte aucun caract&#232;re imp&#233;rialiste ou f&#233;odal ; elle ne confisque nullement les entreprises industrielles et commerciales de la bourgeoisie nationale, mais, au contraire, elle encourage leur d&#233;veloppement. Nous prot&#233;geons tout repr&#233;sentant de la bourgeoisie nationale chinoise, &#224; condition qu'il ne soutienne ni les imp&#233;rialiste ni les tra&#238;tres &#224; la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;tape de la r&#233;volution d&#233;mocratique, la lutte entre le Travail et le Capital a ses limites. (&#8230;) Elle n'est pas dirig&#233;e contre l'enrichissement de la bourgeoisie nationale, contre le d&#233;veloppement de l'industrie et du commerce nationaux, car ce d&#233;veloppement ne va pas dans le sens des int&#233;r&#234;ts de l'imp&#233;rialisme, mais dans celui des int&#233;r&#234;ts du peuple chinois. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas dangereux d'admettre ces gens &#224; participer au gouvernement de la r&#233;publique populaire ? Non. (&#8230;) la r&#233;volution chinoise, &#224; son &#233;tape actuelle, est encore une r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise et non une r&#233;volution socialiste prol&#233;tarienne. C'est parfaitement clair. Seuls les r&#233;volutionnaires trotskistes peuvent affirmer stupidement que la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise en Chine est d&#233;sormais accomplie et que le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la r&#233;volution socialiste. La r&#233;volution de 1924-1927 a &#233;t&#233; une r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise mais elle n'a pas &#233;t&#233; jusqu'&#224; son accomplissement et a subi une d&#233;faite. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Avec l'essor actuel de la lutte contre les envahisseurs japonais dans toute la Chine et du mouvement antifasciste dans le monde entier, on verra les guerres justes s'&#233;tendre &#224; toute la Chine, au monde entier. Toutes le guerres justes s'aident mutuellement. Quant aux guerres injustes, il faut les transformer en guerres justes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De la guerre prolong&#233;e &#187; (Mai 1938), &#338;uvres choisies de Mao Ts&#233;-toung, tome II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1937, Mao pr&#244;ne la collaboration de classe avec la bourgeoisie chinoise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Les contradictions qui l'opposent &#224; la classe ouvri&#232;re sont des contradictions entre&lt;br class='autobr' /&gt;
exploiteurs et exploit&#233;s ; elles sont certes de nature antagoniste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, dans les conditions concr&#232;tes de notre pays, les contradictions antagonistes entre ces deux classes peuvent se transformer en contradictions non antagonistes et&lt;br class='autobr' /&gt;
recevoir une solution pacifique si elles sont trait&#233;es de fa&#231;on judicieuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si les contradictions entre la classe ouvri&#232;re et la bourgeoisie nationale ne sont pas&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;gl&#233;es correctement, c'est-&#224;-dire si nous ne pratiquons pas &#224; l'&#233;gard de celle-ci une&lt;br class='autobr' /&gt;
politique d'union, de critique et d'&#233;ducation, ou si la bourgeoisie nationale n'accepte pas&lt;br class='autobr' /&gt;
une telle politique, elles peuvent devenir des contradictions entre nous et nos ennemis.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mao dans &#171; De la juste solution des contradictions au sein du peuple &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://claudeguillon.internetdown.org/article.php3?id_article=98&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mao&#239;sme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://jean.dif.free.fr/Images/RSoie/Textes/ChroChin.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de la Chine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1130 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/img006-1258552419.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/img006-1258552419.jpg' width=&#034;880&#034; height=&#034;716&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand Mao &#233;tait l'alli&#233; de Tchang Ka&#239; Shek (ao&#251;t 1945)...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_733 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/MAOTCH.jpg' width=&#034;259&#034; height=&#034;400&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mao et Tchang Ka&#239;-shek essaient encore de s'entendre en 1946&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/gif/hurleyconference.gif' width=&#034;600&#034; height=&#034;471&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les Am&#233;ricains sont &#224; la t&#234;te des op&#233;rations anti-japonaises &#224; l'aide des forces nationalistes de Tchang et de Mao&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1131 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/img008-1258570921.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/img008-1258570921.jpg' width=&#034;820&#034; height=&#034;1161&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand l'arm&#233;e de Mao est arriv&#233;e au pouvoir dans les villes, elle &#233;tait compl&#232;tement &#233;trang&#232;re &#224; la population&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucien Bianco dans &#171; Les origines de la r&#233;volution chinoise &#187; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au cours des six premi&#232;res ann&#233;es de son existence, le P.C.C se pr&#233;sente et se consid&#232;re lui-m&#234;me comme le parti de la classe ouvri&#232;re. C'est en s'appuyant sur le prol&#233;tariat qu'il essaie de faire avancer la r&#233;volution. Ses armes sont les gr&#232;ves et les insurrections urbaines. (&#8230;) Mille adh&#233;rents au printemps 1925. La mont&#233;e des effectifs est d'abord lente, puis soudain tr&#232;s rapide. Ce qui sonne un rythme nouveau au d&#233;veloppement du parti, c'est le mouvement du 30 mai 1925 : s&#233;rie de gr&#232;ves, de boycotts et de manifestations anti-imp&#233;rialistes, cons&#233;cutive au massacre d'une dizaine de manifestants par la police de la concession internationale de Shanga&#239;. L'agitation s'&#233;tend rapidement &#224; l'ensemble de la Chine. D&#232;s l'origine, le prol&#233;tariat joue un r&#244;le tr&#232;s important. C'est contre le meurtre d'un ouvrier par un contrema&#238;tre japonais que protestaient les manifestants du 30 mai. Ce sont les ouvriers qui sont les plus nombreux parmi les bless&#233;s et les morts de cette journ&#233;e. Ce mouvement fait d&#233;cupler les effectifs (du P.C.C) en six mois (10.000 membres en novembre 1925). Le &#171; trente mai &#187;, qui se prolonge tout l'&#233;t&#233;, radicalise &#224; tel point la vie politique chinoise qu'il inaugure, en fait, une v&#233;ritable p&#233;riode r&#233;volutionnaire : de 1925 &#224; 1927, la Chine conna&#238;t une premi&#232;re r&#233;volution, qui mettra fin &#224; l'&#232;re des &#171; seigneurs de la guerre &#187;. Au cours de cette r&#233;volution, le P.C.C. s'affirme comme une force puissante, avec laquelle il faut compter. Ses effectifs triplent &#224; nouveau en huit mois (38.000 membres en juillet 1926), puis doublent encore entre l'&#233;t&#233; 1926 et le printemps 1927 (58.000 membres au d&#233;but avril). A quoi il faut ajouter les Jeunesses communistes, &#233;galement en progr&#232;s, et o&#249; la proportion d'&#233;tudiants, d'abord &#233;crasante (90% des membres &#224; la veille du trente mai), ne cesse de diminuer au profit des jeunes ouvriers (en novembre 1926, 40% d'ouvriers contre 35% d'&#233;tudiants). Le nombre d'adh&#233;rents n'est qu'un signe. C'est dans la capacit&#233; de mobiliser les masses populaires que r&#233;side la force du parti, surtout en p&#233;riode r&#233;volutionnaire. Durant l'&#233;t&#233; 1926, au moment o&#249; l'arm&#233;e sudiste lance son offensive, le P.C.C., qui a organis&#233; 1.200.000 ouvriers et 800.000 paysans, est, plus que son partenaire Guomintang, le v&#233;ritable dirigeant des mouvements ouvrier et paysan. Quelques mois plus tard, un &#233;pisode h&#233;ro&#239;que manifeste la puissance d'un mouvement ouvrier anim&#233; et encadr&#233; par le P.C.C. : la gr&#232;ve insurrectionnelle de Shangha&#239;, qui lib&#232;re la ville avant m&#234;me l'arriv&#233;e de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est proclam&#233;e le 21 mars 1927. Le 22, la ville est aux mains des insurg&#233;s. Et le 26, le g&#233;n&#233;ral Chiang Ka&#239;-shek, commandant en chef de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire, peut faire son entr&#233;e dans la ville sans coup f&#233;rir. Ses coups, il les r&#233;serve &#224; ses alli&#233;s : c'est le retournement sanglant du 12 avril 1927 (&#8230;) Chiang Ka&#239;-shek attaque par surprise les syndicats ouvriers, les d&#233;sarme et en massacre les militants. Le douze avril inaugure une p&#233;riode de terreur, qui ne se limite pas &#224; Shangha&#239; : au cours des mois suivants, Chiang &#233;tablit son pouvoir en faisant partout la chasse &#224; ses alli&#233;s communistes, ainsi qu'aux leaders ouvriers et paysans. Le parti est d&#233;cim&#233; et r&#233;duit &#224; la clandestinit&#233;. (&#8230;) L'&#233;chec de 1927 est incontestablement un &#233;chec de Moscou. C'est Moscou qui a d&#233;cid&#233; l'alliance et la fusion avec le Guomintang, Moscou qui les a impos&#233;s au P.C.C. (&#8230;) En juin 1922, le premier manifeste du P.C.C. (&#8230;) traitait le Guomintang de &#171; parti d&#233;mocratique &#187;, parti de la bourgeoisie. (&#8230;) D&#232;s juin 1923, le troisi&#232;me congr&#232;s du P.C.C. avait fait sienne l'&#233;trange interpr&#233;tation de Moscou selon lequel le Guomintang serait &#171; un bloc des quatre classes &#187; (bourgeoisie, petite bourgeoisie, ouvriers, paysans) et reconnu que le Guomintang devait &#171; &#234;tre la force centrale dans la r&#233;volution nationale &#187;. Les directives de Moscou (Zinoviev, Kamenev, Boukharine et Staline &#8211; notre note) ont &#233;t&#233; suivies non seulement lorsqu'il s'est agi de reconna&#238;tre la nature du Guomintang ou de d&#233;cider la fusion, mais &#233;galement plus tard, au cours de l'application quotidienne de cette politique. Ceux-ci deviennent particuli&#232;rement &#233;pineux, cela va de soi, en 1926-1927, au moment o&#249; la vague r&#233;volutionnaire d&#233;ferle. (&#8230;) Un an avant d'attaquer ouvertement le P.C.C. Chiang fait une r&#233;p&#233;tition du coup du 12 avril 1927. Le 20 mars 1926, &#224; Canton, il attaque par surprise une unit&#233; de marine r&#233;volutionnaire command&#233;e par un communiste, arr&#234;te les commissaires politiques attach&#233;s &#224; cette unit&#233;, interne tous les conseillers sovi&#233;tiques de Canton. Du jour au lendemain, Chiang devient ma&#238;tre de la ville (qui est, rappelons-le, la capitale des forces r&#233;volutionnaires). (&#8230;) Le 15 mai 1926, une session du Comit&#233; Ex&#233;cutif Central du Guomintang, convoqu&#233;e par Chiang, ent&#233;rine le fait accompli et fixe des limites strictes &#224; l'influence du P.C.C. &#224; l'int&#233;rieur du parti. (&#8230;) Le gouvernement de Canton est transform&#233; en une dictature militaire, dont Chiang est le ma&#238;tre. A ce coup inou&#239;, le P.C.C. soumis aux ordres des repr&#233;sentants du Komintern (impos&#233;s par Moscou), r&#233;pond avec une timidit&#233; dont les annales des partis r&#233;volutionnaires offrent peu d'exemples. (&#8230;) Il capitule devant ses exigences nouvelles. (&#8230;) Les d&#233;cisions les plus importantes, celles qui risquaient de conduire &#224; la mort des dizaines de combattants chinois ont &#233;t&#233; prises en fonction de consid&#233;rations int&#233;rieures russes. Staline et ses alli&#233;s du moment (Boukharinistes) &#233;taient beaucoup moins soucieux d'aider au triomphe de la r&#233;volution chinoise que de r&#233;futer les critiques de Trotsky. Ce dernier ne les m&#233;nage pas. Il compare l'alliance du P.C.C. et de Chiang Ka&#239;-shek &#224; un pacte avec le diable : &lt;i&gt;&#171; Il est absurde de s'imaginer que le diable se convertisse.. et qu'il se serve de ses armes non pas contre les ouvriers et les paysans, mais exclusivement pour des &#339;uvres pieuses. &#187;&lt;/i&gt; (&#8230;) Quand les &#233;v&#233;nements donnent tort aux staliniens, ils pr&#233;tendent effront&#233;ment les avoir pr&#233;vus de longue date. Ou bien ils nient tout simplement leur existence. C'est ainsi que toutes les nouvelles du coup du 20 mars 1926 sont supprim&#233;es en URSS. L'organe de l'Internationale communiste fait bien allusion pour sa part &#224; cette nouvelle, annonc&#233;e par Reuter. Il s'agit, explique-t-il, d'une man&#339;uvre de l'imp&#233;rialisme britannique, destin&#233;e &#224; diviser le camp r&#233;volutionnaire. (...) La commune de Canton (11 au 14 d&#233;cembre 1927), insurrection urbaine d&#233;clench&#233;e sur ordre de l'Internationale, dans les conditions les plus d&#233;favorables, est aussit&#244;t &#233;cras&#233;e. Deux jours durant, Canton demeura aux mains des insurg&#233;s, mais quatre jours ne suffiront pas aux bourreaux pour achever le massacre des &#233;meutiers vaincus. &lt;i&gt;&#171; Une insurrection &#224; Canton en ce moment est hors de question &#187; avait cependant pr&#233;venu Zhang Ta&#239;-Lei, responsable communiste &#224; Canton, en r&#233;ponse au t&#233;l&#233;gramme du nouveau secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du P.C.C. qui lui transmettait l'ordre du Komintern. Non seulement l'ordre fut maintenu, mais deux &#233;missaires personnels de Staline vinrent sur place veiller &#224; l'organisation de l'&#233;meute et le consulat sovi&#233;tique de Canton servit de quartier g&#233;n&#233;ral aux insurg&#233;s. (&#8230;) Si quelques six mille communistes et sympathisants furent massacr&#233;s en quelques jours, l'annonce de l'insurrection permit du moins &#224; Staline de masquer, devant le 15&#232;me congr&#232;s du parti bolchevique, l'effondrement de la r&#233;volution chinois. Il n'en demandait pas davantage. (&#8230;) A partir de 1927, les communistes chinois (&#8230;) choisit comme terrain d'action une des r&#233;gions les plus d&#233;laiss&#233;es (sud de la province du Jiangxi). Le parti de la classe ouvri&#232;re se r&#233;sume d&#233;sormais &#224; des paysans entra&#238;n&#233;s par des intellectuels et second&#233;s au besoin par quelques groupes de bandits, eux-m&#234;mes issus de la paysannerie. Les formes d'action changent : la gr&#232;ve fait place &#224; la guerre de gu&#233;rilla. (&#8230;) Au bout de longs mois, il re&#231;oit un renfort inestimable : quelques milliers de soldats &#233;puis&#233;s, d&#233;bris d'une arm&#233;e r&#233;volutionnaire vaincue. Un ancien militariste la dirige (&#8230;) Zhu De. Un peu plus tard, ils sont rejoints par une unit&#233; de l'arm&#233;e Guomintang (&#8230;) et par deux troupes de bandits. (&#8230;) Les &#171; forces de l'ordre &#187; chassent l' &#171; Arm&#233;e Rouge &#187; de son domaine. (&#8230;) Apr&#232;s une marche de dix mille kilom&#232;tres, (&#8230;) laissant derri&#232;re eux ceux qui meurent d'&#233;puisement, de faim, de froid ou de soif (&#8230;) de quelques 90.000 ou 100.000 hommes au d&#233;part, ils sont 7 &#224; 8.000 hommes &#224; l'arriv&#233;e, dans le Shenxi septentrional, plus pauvre et plus isol&#233; encore que le Jianxi. (&#8230;) Il ne suffit pas de dire que le Jiangxi n'a pas &#233;t&#233; la p&#233;riode la plus imm&#233;diatement fructueuse de la &#171; r&#233;volution chinoise &#187;. Il faut encore pr&#233;ciser que la strat&#233;gie paysanne n'a repr&#233;sent&#233; qu'un &#233;l&#233;ment d'une formule encore incompl&#232;te. D'autres &#233;l&#233;ments, comme le d&#233;veloppement d'une importante force arm&#233;e, entrent dans la composition de cette recette mise au point au cours des ann&#233;es 1927 &#224; 1935. (&#8230;) Mao semble constamment pr&#233;occup&#233; de masquer l'originalit&#233; de la politique qu'il suit. La &#171; dictature d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la paysannerie &#187; qu'il pr&#233;side (&#8230;) tient se second congr&#232;s en janvier 1934 avec, sur 821 d&#233;l&#233;gu&#233;s, huit ouvriers des villes&#8230; (&#8230;) Le caract&#232;re minoritaire de la classe ouvri&#232;re chinoise ne l'emp&#234;che pas a priori de devenir une grande, voire LA force r&#233;volutionnaire du pays. D'autant qu'il s'agit d'un prol&#233;tariat concentr&#233; dans un petit nombre de foyers industriels, qui comptent en m&#234;me temps parmi les principaux centres politiques du pays. Les ouvriers de P&#233;trograd et de Moscou n'ont-ils pas, en 1917, jou&#233; un r&#244;le plus d&#233;cisif que des dizaines de millions de moujiks ? En Chine m&#234;me, apr&#232;s des d&#233;buts extr&#234;mement prometteurs (gr&#232;ve de Hongkong en 1922), le mouvement ouvrier a effectu&#233; tr&#232;s t&#244;t une ascension foudroyante : au point de s'identifier par moments avec la pouss&#233;e r&#233;volutionnaire des ann&#233;es 1925-1927. Reste que le prol&#233;tariat ne va jouer aucun r&#244;le dans la &#171; r&#233;volution &#187; de Mao. (&#8230;) Ni gr&#232;ves vraiment importantes, ni insurrections urbaines frayant la voie &#224; l'Arm&#233;e &#171; Rouge &#187; (&#8230;) Fort peu d'ouvriers dans cette Arm&#233;e Rouge compos&#233;e essentiellement de paysans (&#8230;) Le &#171; communisme chinois &#187; comptait plus sur sa puissance militaire que sur l'action r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat urbain&#8230;. (&#8230;) Contre tous ses ennemis, Chiang fait front avec obstination et &#233;nergie. Tour &#224; tour rus&#233; et cruel, il les d&#233;fait les uns apr&#232;s les autres, ou les d&#233;sarme. (&#8230;) L'invasion japonaise, puis la guerre donnent une force explosive aux contradictions n&#233;es des probl&#232;mes de fond non r&#233;solus. Pendant les huit ann&#233;es de la guerre sino-japonaise (1937-1945), (&#8230;) face &#224; la seconde guerre mondiale en Asie, (&#8230;) le P.C.C. abandonne la strat&#233;gie de &#171; guerre civile &#187; pour celle de &#171; front uni national patriotique &#187; avec le Guomintang et contre le Japon. (&#8230;) C'est dans ces circonstances que se produit un &#233;v&#233;nement tout &#224; fait &#233;trange (&#8230;) l'enl&#232;vement de Chiang Ka&#239;-shek par l'un de ses g&#233;n&#233;raux le 12 d&#233;cembre 1936. (&#8230;) Ce g&#233;n&#233;ral, Zhang Xue-liang, (&#8230;) a fait prisonnier Chiang le 12 d&#233;cembre &#224; l'aube, pour le contraindre &#224; changer de politique. Parmi les huit demandes qu'il lui pr&#233;sente, sept reprennent les principaux points du programme formul&#233; deux semaines plus t&#244;t par le P.C.C. Programme qui se ram&#232;ne &#224; ceci : &#224; la guerre civile, substituons la guerre contre l'envahisseur. (&#8230;) Chiang est lib&#233;r&#233;&#8230; en partie gr&#226;ce aux bons office du P.C.C. C'est Chou En-la&#239; qui vient plaider la cause du massacreur des communistes. Lib&#233;ration conditionnelle, semble-t-il, en &#233;change du front uni et d'une politique de r&#233;sistance &#224; l'agression japonaise. (&#8230;) La guerre sino-japonaise &#233;clate en juillet 1937. (&#8230;) De sa m&#233;saventure, Chiang Ka&#239;-shek retire un surcro&#238;t de prestige. Sa stature grandit : il devient (avec l'aide du PC) le symbole vivant de l'unit&#233; nationale. Cette guerre qui commence, et en commen&#231;ant le grandit, sera la cause directe de sa chute. (&#8230;) D&#232;s 1938, tout ce qui compte en Chine est aux mains du Japon : les grands ports, les grands centres industriels et commerciaux, la capitale. En th&#233;orie, le Japon occupe tout ce qui est &#224; l'est d'une ligne joignant P&#233;kin &#224; Canton par Hankou : la partie la plus riche et la plus peupl&#233;e du pays. Entre l'automne 1938 et le printemps 1944, o&#249; l'arm&#233;e nipponne fait une campagne &#233;clair, dirig&#233;e du nord au sud, le front se stabilise &#224; peu pr&#232;s sur cette ligne (P&#233;kin-Canton). (&#8230;) En janvier 1938, deux communistes participent au &#171; gouvernement de la zone fronti&#232;re du Hebei, Shanxi et Chahar &#187;. (&#8230;) La capitulation japonaise les trouve, en 1945, &#224; la t&#234;te d'une arm&#233;e de 900.000 hommes, &#224; laquelle s'ajoute une milice de 2.200.000 hommes. (&#8230;) Le PC.C. a jou&#233; &#224; fond la carte du front uni et de la d&#233;fense nationale. (&#8230;) Il abandonne une bonne part de son programme social, renonce &#224; la confiscation des terres des grands propri&#233;taires et se contente d'appliquer effectivement la loi qui limite le taux de la rente fonci&#232;re. (&#8230;) Pour les petits exploitants, il promulgue et fait appliquer une baisse du taux de l'int&#233;r&#234;t (fix&#233; &#224; 10% l'an) et la r&#233;duction de l'imp&#244;t qui devient progressif. (&#8230;) Le social une fois repouss&#233; &#224; l'arri&#232;re-plan et &#224; d'autres temps, l'accent est mis sur le national. Sans rel&#226;che, le P.C.C. invoque la n&#233;cessit&#233; de &#171; sauver le pays &#187;. Dans la &#171; Nouvelle D&#233;mocratie &#187; publi&#233;e en 1940, Mao se pr&#233;sente sans sourciller comme le disciple fid&#232;le et le continuateur v&#233;ritable de Sun Yat-sen. (&#8230;) L'administration locale r&#233;sistante, domin&#233;e par le P.C.C., a occup&#233; le vide, les fonctionnaires du Guomintang ayant assez souvent fui ou abandonn&#233; les positions de responsabilit&#233; au premier signe d'ins&#233;curit&#233;. (&#8230;) La meilleure alli&#233;e du P.C.C. a &#233;t&#233; l'arm&#233;e japonaise, dont les atrocit&#233;s ont rendu la position de la paysannerie si d&#233;sesp&#233;r&#233;e qu'il n'&#233;tait d'autre issue pour elle que de se mettre sous la protection de l'Arm&#233;e Rouge. A la gu&#233;rilla, aux attentats, aux sabotages, les Japonais ont r&#233;pliqu&#233; par le massacre aveugle des villageois et les destructions syst&#233;matiques. (&#8230;) Au cours de la guerre, le &#171; communisme &#187; chinois s'est transform&#233; en une simple vari&#233;t&#233; du nationalisme. Et c'est en tant que tel qu'il a conquis le pouvoir. (&#8230;) En Chine, la guerre h&#226;te la d&#233;sint&#233;gration d'un r&#233;gime faible. Elle met &#224; nu son inefficacit&#233;, rend plus aigu&#235;s ses contradictions. Chaos, incurie, ces mots reviennent constamment dans les descriptions d'observateurs neutres ou bienveillants. (&#8230;) Un g&#233;n&#233;ral am&#233;ricain d&#233;clare : &#171; Nous sommes alli&#233;s &#224; un cadavre &#187;. (&#8230;) Cons&#233;quences habituelles d'une inflation (massive et qui n'est pas combattue), sp&#233;culation et corruption fleurissent. (&#8230;) Les victimes de l'inflation furent dans un premier temps la classe moyenne des villes. A partir de l'&#233;t&#233; 1948, les privil&#233;gi&#233;s aux-m&#234;mes sont ruin&#233;s. (&#8230;) Le r&#233;gime d&#233;molit lui-m&#234;me ses assises. (&#8230;) Les communistes ne peuvent &#234;tre pires est la conviction qui s'impose peu &#224; peu &#224; l'opinion bourgeoise elle-m&#234;me. On les attend avec espoir ou avec crainte ; quoiqu'il arrive, que l'incertitude cesse. (&#8230;) Triomphe du nationalisme chinois, n&#233; de l'exc&#232;s m&#234;me de la menace : l'invasion japonaise n'aide pas seulement la nation chinoise &#224; prendre conscience d'elle-m&#234;me, elle contraint encore les Alli&#233;s, imp&#233;rialistes, &#224; reconna&#238;tre &#224; la Chine un statut d'&#233;galit&#233; jusqu'alors obstin&#233;ment refus&#233;. Am&#233;ricains et Britanniques renoncent en 1943 aux privil&#232;ges d'exterritorialit&#233;, pour lesquels le nationalisme chinois combattait depuis un si&#232;cle. (&#8230;) La Chine est consid&#233;r&#233;e comme l'un des &#171; Quatre Grands &#187;. (&#8230;) Dans les faits, le &#171; communisme &#187; chinois, c'est d'abord la revanche du nationalisme chinois. (&#8230;) Cette r&#233;volution finit comme une conqu&#234;te militaire. (&#8230;) Communistes comme Guomintang se font la course pour r&#233;cup&#233;rer les armes japonaises. (&#8230;) Le m&#233;diateur am&#233;ricain en Chine, Marshall, celui-l&#224; m&#234;me qui devait donner son nom au fameux plan, cherche inlassablement &#224; int&#233;grer effectivement les communistes chinois dans un gouvernement de coalition, &#224; l'image de ce qui se pratique en France, par exemple. S'il ne vient pas &#224; bout de l'obstination de Chiang, il r&#233;ussit du moins, d&#232;s janvier 1946, &#224; faire proclamer une tr&#234;ve et &#224; mettre sur pied &#224; P&#233;kin, un organisme triparti (nationalistes, communistes et Am&#233;ricains) charg&#233; d'aller enqu&#234;ter et d'intervenir partout o&#249; des accrochages sont signal&#233;s. (&#8230;) En d&#233;pit de ses succ&#232;s initiaux, la mission Marshall se solde par un &#233;chec total. Total et in&#233;vitable. (&#8230;) Les communistes chinois ne sont pas aid&#233;s par l'Union sovi&#233;tique. Quant aux villes, l'arm&#233;e sovi&#233;tique les a tout simplement livr&#233; aux nationalistes (de Chiang). (&#8230;) Les op&#233;rations militaires sont d'abord favorables aux Nationalistes (&#233;t&#233; 1946-printemps 1947). (&#8230;) Vers le milieu de l'ann&#233;e 1947, les communistes prennent l'initiative en Mandchourie. Ils la conserveront jusqu'&#224; la fin de la guerre. (&#8230;) 1948 est l'ann&#233;e des grandes victoires de l'arm&#233;e rouge. (&#8230;) En juin 1948, elle conquiert les grandes villes du Henan. Elle les &#233;vacue une fois qu'elle a saisi les armes. (&#8230;) En septembre 1948, la Mandchourie enti&#232;re est conquise. (&#8230;) La campagne militaire de Hua&#239;-hai a an&#233;anti en deux et cinq jours ce qui subsistait des forces nationalistes : 550.000 hommes. (&#8230;) Le 21 janvier 1949, Chiang d&#233;missionne. (&#8230;) C'est apr&#232;s la victoire que les &#171; communistes &#187; entrent dans les grandes villes : Tientsin est prise le 15 janvier, P&#233;kin le 23 janvier, Nankin le 23 avril, Shanga&#239; en mai. (&#8230;) L'Arm&#233;e Rouge n'a cess&#233; de repr&#233;senter la vraie force du P.C.C. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extraits de Mao (1937) dans &#034;Le caract&#232;re sp&#233;cifique de la contradiction&#034; : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Lorsqu'on &#233;tudie le caract&#232;re sp&#233;cifique des contradictions &#224; chaque &#233;tape du processus de d&#233;veloppement d'une chose ou d'un ph&#233;nom&#232;ne, il faut non seulement consid&#233;rer ces contradictions dans leur liaison mutuelle ou dans leur ensemble, mais &#233;galement envisager les deux aspects de chaque contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, le Kuomintang et le Parti communiste. Prenons l'un des aspects de cette contradiction : le Kuomintang. Aussi longtemps qu'il suivit, dans la p&#233;riode du premier front uni, les trois th&#232;ses politiques fondamentales de Sun Yat-sen (alliance avec la Russie, alliance avec le Parti communiste et soutien aux ouvriers et aux paysans), il conserva son caract&#232;re r&#233;volutionnaire et sa vigueur, il repr&#233;senta l'alliance des diff&#233;rentes classes dans la r&#233;volution d&#233;mocratique. A partir de 1927, il se transforma en son contraire en devenant un bloc r&#233;actionnaire des propri&#233;taires fonciers et de la grande bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'Incident de Sian (21) en d&#233;cembre 1936, un nouveau changement commen&#231;a &#224; se produire en son sein, dans le sens de la cessation de la guerre civile et de l'alliance avec le Parti communiste pour une lutte commune contre l'imp&#233;rialisme japonais. Telles sont les particularit&#233;s du Kuomintang &#224; ces trois &#233;tapes. Leur apparition a eu, bien entendu, des causes multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons maintenant l'autre aspect : le Parti communiste chinois. Dans la p&#233;riode du premier front uni, il &#233;tait encore fort jeune ; il dirigea courageusement la r&#233;volution de 1924-1927, mais montra son manque de maturit&#233; dans la fa&#231;on dont il comprit le caract&#232;re, les t&#226;ches et les m&#233;thodes de la r&#233;volution, c'est pourquoi le tchentou-sieouisme (22), qui &#233;tait apparu dans la der ni&#232;re p&#233;riode de cette r&#233;volution, eut la possibilit&#233; d'y exercer son action et conduisit la r&#233;volution &#224; la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 1927, le Parti communiste dirigea courageusement la Guerre r&#233;volutionnaire agraire, cr&#233;a une arm&#233;e r&#233;volutionnaire et des bases r&#233;volutionnaires, mais commit des erreurs de caract&#232;re aventuriste, &#224; la suite de quoi l'arm&#233;e et les bases d'appui subirent de grosses pertes. Depuis 1935, il a surmont&#233; ces erreurs et dirige le nouveau front uni pour la r&#233;sistance au Japon ; cette grande lutte est en train de se d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;tape pr&#233;sente, le Parti communiste est un parti qui a d&#233;j&#224; subi l'&#233;preuve de deux r&#233;volutions et qui poss&#232;de une riche exp&#233;rience. Telles sont les particularit&#233;s du Parti communiste chinois &#224; ces trois &#233;tapes. Leur apparition a eu &#233;galement des causes multiples. Faute d'&#233;tudier les particularit&#233;s du Kuomintang et du Parti communiste, il est impossible de comprendre les relations sp&#233;cifiques entre les deux partis aux diverses &#233;tapes de leur d&#233;veloppement : cr&#233;ation d'un front uni, rupture de ce front, cr&#233;ation d'un nouveau front uni. Mais pour &#233;tudier ces diverses particularit&#233;s, il est encore plus indispensable d'&#233;tudier la base de classe des deux partis et les contradictions qui en r&#233;sultent dans diff&#233;rentes p&#233;riodes entre chacun de ces partis et les autres forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, dans la p&#233;riode de sa premi&#232;re alliance avec le Parti communiste, le Kuomintang se trouvait en contradiction avec les imp&#233;rialistes &#233;trangers, ce qui l'amena &#224; s'opposer &#224; l'imp&#233;rialisme ; d'autre part, il se trouvait en contradiction avec les masses populaires &#224; l'int&#233;rieur du pays - bien qu'en paroles il f&#238;t toutes sortes de promesses mirifiques aux travailleurs, il ne leur accordait en fait que tr&#232;s peu de choses, voire rien du tout. Au cours de sa guerre anticommuniste, il collabora avec l'imp&#233;rialisme et le f&#233;odalisme pour s'opposer aux masses populaires, supprima d'un trait de plume tous les droits que celles-ci avaient conquis pendant la r&#233;volution, rendant ainsi plus aigu&#235;s ses contradictions avec les masses populaires. Dans la p&#233;riode actuelle de r&#233;sistance au Japon, il a besoin, en raison de ses contradictions avec l'imp&#233;rialisme japonais, de s'allier avec le Parti communiste, sans toutefois mettre un frein ni &#224; sa lutte contre le Parti communiste et le peuple ni &#224; l'oppression qu'il exerce sur eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au Parti communiste, il a toujours &#233;t&#233;, dans n'importe quelle p&#233;riode, aux c&#244;t&#233;s des masses populaires pour lutter contre l'imp&#233;rialisme et le f&#233;odalisme ; mais dans la p&#233;riode actuelle de r&#233;sistance au Japon, il a adopt&#233; une politique mod&#233;r&#233;e &#224; l'&#233;gard du Kuomintang et des forces f&#233;odales du pays, &#233;tant donn&#233; que le Kuomintang s'est prononc&#233; pour la r&#233;sistance au Japon. Ces circonstances ont donn&#233; lieu tant&#244;t &#224; une alliance tant&#244;t &#224; une lutte entre les deux partis, ceux-ci &#233;tant, d'ailleurs, m&#234;me en p&#233;riode d'alliance, dans une situation complexe &#224; la fois d'alliance et de lutte. Si nous n'&#233;tudions pas les particularit&#233;s de ces aspects contradictoires, nous ne pourrons comprendre ni les rapports respectifs des deux partis avec les autres forces, ni les relations entre les deux partis eux-m&#234;mes.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1959-2005&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;La vieille Chine de Mao Tse-Toung&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Article de &lt;strong&gt;Grandizo Munis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;publi&#233; dans Battaglia Communista (Italie) en mai 1959.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement r&#233;gnant sur la Chine depuis dix ans est n&#233; de la d&#233;faite du prol&#233;tariat et poursuit des fins contre-r&#233;volutionnaires, dont il est l'expression condens&#233;e et syst&#233;matique. Cette affirmation pr&#233;liminaire est indispensable pour aborder le th&#232;me, &#171; la Chine d'aujourd'hui &#187;, sans que l'on me prenne pour l'un de ces fabricants de sirop progressiste si nombreux de par le monde actuel. La propagande nous met sous les yeux les soi-disant r&#233;alisations du nouveau gouvernement, fait miroiter les chiffres de production doubl&#233;e ou d&#233;cupl&#233;e, des projets gigantesques, nous offre des perspectives d'une ascension rapide vers le communisme, des photos d'hommes toujours souriants au travail, litt&#233;rature malsaine grossi&#232;rement enrob&#233;e de marxisme, &#233;lucubrations de mandarins sycophantes versifi&#233;es par Mao Ts&#233;-Toung. Laissons dire ; ce n'est que de la propagande. Souvenons-nous, quant &#224; nous, que tout r&#233;gime politique, si r&#233;actionnaire et cynique soit-il, a besoin de se donner une justification morale, un masque philosophique pr&#233;sentable au vulgaire. Dans ce domaine, les r&#233;gimes staliniens sont pass&#233;s ma&#238;tres. &#201;laborer leur propagande et l'enfoncer dans le cr&#226;ne du public mondial constitue une de leurs principales activit&#233;s et un des plus co&#251;teux chapitres de leurs budgets. Qu'au lieu de v&#233;rit&#233; et de qualit&#233; ils nous servent quantit&#233; de mensonges, est moins pour eux affaire de volont&#233; qu'absolue n&#233;cessit&#233;. Ils font leur travail de la seule fa&#231;on qu'ils puissent. L'&#233;tonnant est que leurs dires soient pris pour argent comptant parmi pour ceux qui se tiennent pour r&#233;volutionnaires, y compris des anti-staliniens. Aux yeux de la majorit&#233; de ceux-ci la Chine jouit d'un pr&#233;jug&#233; de tol&#233;rance plus grand que n'importe quelle autre des succursales de la Russie. Ceux m&#234;mes qui nient l'existence d'une r&#233;volution socialiste en Chine accordent au nouveau gouvernement un caract&#232;re progressiste, issu, sinon de l'imagination, du moins de la propagande dudit stalinisme. &#192; la faveur de la prostration du prol&#233;tariat mondial, la propagande d&#233;grade les esprits et donne &#224; sa camelote une couleur d'authenticit&#233;. Mais son empire n'est pas plus absolu qu'&#233;ternel. Les Mao Ts&#233;-Toung de tout acabit, ne r&#233;ussiront pas &#224; se donner plus que la satisfaction passag&#232;re des marchands de vent et des r&#233;actionnaires traditionnels : celle que leur consent l'abaissement temporaire de la conscience mondiale. Le premier sursaut r&#233;volutionnaire balaiera de la sc&#232;ne leurs paroles, leur &#339;uvre et leurs personnes m&#234;mes, r&#233;sultats de la plus impudente supercherie qu'ait enregistr&#233;e l'histoire. Il est impossible de bien comprendre la nature de quelque r&#233;gime que ce soit sans le situer dans le cadre historique correspondant sur le plan national et international. Plus encore lorsqu'il s'agit du nouveau gouvernement stalinien chinois, dont les premiers germes, presque totalement inconnus m&#234;me pour des &#171; initi&#233;s &#187; de l'avant-garde id&#233;ologique, doivent &#234;tre d&#233;gag&#233;s de la profonde nuit qui a envelopp&#233; le corps-&#224;-corps de la r&#233;volution et de la contre-r&#233;volution en Russie, trente ans auparavant, et des relations &#233;troites de cette derni&#232;re avec Tchang Ka&#239;-Chek. Le prol&#233;tariat chinois -si l'on ne parle pas du prol&#233;tariat russe- est la premi&#232;re victime du d&#233;veloppement propre de la contre-r&#233;volution stalinienne russe, tout &#224; la fois sournoise et f&#233;roce. En 1926, un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et des paysans avait compl&#232;tement disloqu&#233; le vieux r&#233;gime chinois (1). Partout, dans les villes, usines, villages, s'&#233;taient constitu&#233;s des soviets repr&#233;sentatifs du nouveau pouvoir r&#233;volutionnaire, tandis que l'ancien pouvoir capitaliste du parti Kuo-Min-Tang gisait d&#233;sarticul&#233;, sans autre validit&#233; que celle impos&#233;e localement par l'occupation territoriale de ses forces arm&#233;es et polici&#232;res. Celles-ci &#233;taient tr&#232;s insuffisantes pour assurer le pouvoir capitaliste sur l'ensemble du territoire et, d'autre part, ouvriers et paysans arm&#233;s spontan&#233;ment ou organis&#233;s en milices, repr&#233;sentaient un potentiel militaire aussi puissant que celui du capitalisme et infiniment sup&#233;rieur du point de vue num&#233;rique et moral. De surcro&#238;t, l'&#233;tat des partis &#233;tait exceptionnellement propice &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne, propice comme il n'a jamais &#233;t&#233; depuis dans aucun pays. De fait, il n'existait que deux partis : celui du capitalisme, le Kuo-Min-Tang, et le parti communiste. Le premier &#233;tait un parti d'origine d&#233;mocratico-bourgeoise, qui servit bient&#244;t de couverture aux int&#233;r&#234;ts et &#224; la pens&#233;e capitalistes. De son c&#244;t&#233;, le parti communiste ne rencontra autour de lui aucune autre organisation ni m&#234;me fraction, qui lui disput&#226;t l'adh&#233;sion confiante des opprim&#233;s. L'action et les r&#233;alisations de ceux-ci, leurs d&#233;faites et leurs triomphes, tout le cours des &#233;v&#232;nements, en somme, d&#233;pendaient enti&#232;rement de lui. Il ne pouvait faire ce qu'il fit depuis dans bien des pays, rejeter la responsabilit&#233; de la d&#233;faite en accusant de mauvaise volont&#233; ou de trahison d'autres partis. Il n'y en avait point. En cons&#233;quence d&#233;faite et trahison retombent pleinement et uniquement sur lui. Voyons maintenant ce qui s'est pass&#233; et pourquoi. Au moment pr&#233;cis o&#249; le pouvoir r&#233;volutionnaire des soviets atteint son expansion maxima, o&#249; il n'y a plus qu'&#224; les coordonner en un pouvoir unique annulant celui du capitalisme, Moscou d&#233;cide et impose au Parti Communiste : dissolution des soviets, subordination des milices r&#233;volutionnaires et des patrouilles ouvri&#232;res en g&#233;n&#233;ral au gouvernement &#233;tabli, &#171; dissolution &#187; du Parti Communiste au sein du Kuo Min-Tang*. Les masses, ainsi que des noyaux de r&#233;volutionnaires &#224; l'int&#233;rieur du Parti Communiste, r&#233;sistent &#224; l'ex&#233;cution de ces directives. Cependant, l'appareil bureaucratique parvient &#224; s'imposer, et la r&#233;volution est jugul&#233;e. Tandis que les g&#233;n&#233;raux d&#233;sarment ouvriers et paysans, tandis que les bourgeois r&#233;cup&#232;rent &#171; leurs &#187; propri&#233;t&#233;s, et que les bonzes de la religion bouddhiste entonnent de nouveau leurs litanies, Mao Ts&#233;-Toung, Chou En-Lai, tous les principaux dirigeants de la Chine actuelle, fraternisent avec eux. Tchang Ka&#239;-Chek et Staline &#233;changent des photographies mutuellement d&#233;dicac&#233;es. Peu apr&#232;s, le Kuo Min-Tang assassinait en masse les ouvriers r&#233;volutionnaires. En r&#233;sum&#233; : la r&#233;volution chinoise fut intentionnellement &#233;cras&#233;e par le Parti Communiste, agissant sur les ordres de Moscou, et en &#233;troite collaboration avec Tchang Ka&#239;-Chek. Du point de vue formel, phylog&#233;nique peut-on dire, la politique suivie alors par le stalinisme en Chine &#233;tait r&#233;formiste. Mais la terminologie et les &#233;v&#233;nements de r&#233;f&#233;rence traditionnels ne sont d'aucune valeur dans le cas du stalinisme. Ils ne servent qu'&#224; dissimuler son idiosyncrasie, quand ce n'est pas &#224; faire son jeu. Si l'on ne veut point faillir dangereusement au substrat &#233;conomique et politique de la Russie, sa m&#233;tropole universelle. La r&#233;volution chinoise co&#239;ncide avec la p&#233;riode d&#233;cisive de l'intronisation de la bureaucratie en Russie. La lutte de l'Opposition de gauche contre celle-ci, d&#233;fendait en m&#234;me temps, et les bases essentielles de la R&#233;volution d'octobre, et la continuation ext&#233;rieure d'une politique de r&#233;volution mondiale. L'un des plus importants ouvrages de L&#233;on Trotzky, L'Internationale Communiste apr&#232;s L&#233;nine, mit en &#233;vidence, &#224; un degr&#233; encore sup&#233;rieur &#224; ce que proposait Trotzky lui-m&#234;me, ce qu'avait de funeste pour le prol&#233;tariat international la politique que Moscou &#233;tait en train d'imposer en Chine. Le conflit au sein du Parti et du gouvernement russes s'engrenait, avec la m&#234;me signification et la m&#234;me &#226;pret&#233;, sur la lutte, au sein du Parti Communiste Chinois, entre les partisans de l'alliance avec Tchang Ka&#239;-Chek et la bourgeoisie, et les partisans du pouvoir des soviets et de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Le gouvernement russe et l'Internationale Communiste &#233;taient alors beaucoup plus corrompus que ne le croyaient les r&#233;volutionnaires. En cons&#233;quence, il n'y eut de lutte id&#233;ologique loyale, valid&#233;e par la participation et le vote des militants, mais une d&#233;cision dictatoriale de Moscou. La corruption des hommes par les situations, l'argent ou la vanit&#233;, la falsification des nouvelles et des faits, la vile calomnie r&#233;pandue contre les r&#233;volutionnaires, en m&#234;me temps qu'on les emp&#234;chait d'exprimer leurs id&#233;es, furent les moyens employ&#233;s ; le recours supr&#234;me fut la destitution, par l'ukase de Moscou, de membres de la direction et de comit&#233;s entiers qui avaient &#233;t&#233; &#233;lus d&#233;mocratiquement, alors qu'&#233;tait d&#233;sign&#233;e du doigt une nouvelle direction, tout comme le pape d&#233;signe ses &#233;v&#234;ques. Ainsi acc&#233;d&#232;rent aux postes clefs du Parti Communiste Chinois les Mao Ts&#233;-Toung, Chou En-La&#239;, etc., une fois destitu&#233;e la direction r&#233;volutionnaire de Chen Du-Siu, dont certains des participants devaient plus tard mourir assassin&#233;s par leurs successeurs v&#233;naux. Qui ne sait depuis Darwin, depuis Linn&#233; m&#234;me, que chaque esp&#232;ce demeure d&#233;finitivement marqu&#233;e par ses caract&#232;res morphologiques originaires, par sa mutation g&#233;n&#233;tique dirait-on aujourd'hui ? Cette loi biologique est &#233;galement valable en sociologie mais avec une transcendance qui lui est propre, puisqu'elle concerne des soci&#233;t&#233;s enti&#232;res o&#249; intervient la volont&#233; des individus repr&#233;sent&#233;e dans le cas des mutations r&#233;gressives, comme celle qui nous occupe, par une coercition id&#233;ologique et physique qui ressortit &#224; l'&#233;crasement mill&#233;naire de l'homme. Tous les partis communistes subissent le remplacement dictatorial de leurs directions &#233;lues par d'autres, form&#233;es de fonctionnaires dociles mais princi&#232;rement r&#233;mun&#233;r&#233;s. Aucune cependant, n'est aussi &#233;troitement li&#233;e &#224; la naissance et &#224; la consolidation de la contre-r&#233;volution stalinienne en Russie que celle qui r&#232;gne en despote actuellement &#224; P&#233;kin. Les Moscou et P&#233;kin d'aujourd'hui se doivent l'une &#224; l'autre la vie. Si la r&#233;volution prol&#233;tarienne de 1926-27 avait triomph&#233;, le renouveau qui s'ensuivait pour le prol&#233;tariat mondial aurait &#233;touff&#233; dans l'&#339;uf la contre-r&#233;volution russe, et l'histoire des trente derni&#232;res ann&#233;es aurait suivi un cours ascendant, diam&#233;tralement oppos&#233; &#224; l'actuel. &#192; son tour, le parti de Mao Ts&#233;-Toung n'aurait pas aujourd'hui droit de haute et basse justice sur 500 millions d'hommes sans le triomphe de la tendance contre-r&#233;volutionnaire en Russie. La mutation r&#233;actionnaire russe et la mutation r&#233;actionnaire chinoise se produisirent simultan&#233;ment et se soutinrent mutuellement. Quiconque n'en tient pas compte en parlant de la Chine actuelle se laisse aller, qu'il le veuille ou non, vers une zone d'int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s &#224; ceux du prol&#233;tariat : on le fait marcher. Il suffit de se souvenir que les meilleurs propagandistes de la &#171; nouvelle &#187; Chine sont des repr&#233;sentants de la bourgeoisie occidentale descendants directs, -lorsqu'ils n'en sont pas eux-m&#234;mes- de ceux qui se jet&#232;rent comme une meute sur les bolch&#233;viks en 1917. Pour se r&#233;aliser dans le devenir en soci&#233;t&#233; humaine, le prol&#233;tariat doit acqu&#233;rir le degr&#233; minimum de conscience que lui consent le d&#233;roulement de la lutte de classe mondiale. L'aspect n&#233;gatif, &#233;norme et mena&#231;ant qu'offre la contre-r&#233;volution stalinienne constitue une le&#231;on beaucoup plus importante que celle des &#233;pisodes victorieux, trop brefs jusqu'&#224; pr&#233;sent. Dans cette perspective, il est extr&#234;mement important de rappeler aujourd'hui un document presque totalement ignor&#233; dans le monde, intitul&#233; Lettre de Changa&#239; et sign&#233;e, durant la p&#233;riode r&#233;volutionnaire des ann&#233;es 20, par un groupe de militants responsables de la premi&#232;re heure, au moment o&#249; s'appeler communiste et appartenir aux comit&#233;s ne signifiait pas privil&#232;ge mat&#233;riel ou espoir de l'obtenir, mais danger et d&#233;vouement &#224; la cause du prol&#233;tariat. La Lettre critique la politique pro-bourgeoise du parti chinois, d&#233;j&#224; amput&#233; de sa direction v&#233;ritable, et croyant ing&#233;nument que les hommes de Moscou en seraient scandalis&#233;s, lance contre celui-ci ces deux accusations : 1) Les nouveaux comit&#233;s ne choisissent que des fils de mandarins ou de bourgeois pour &#233;tudier dans leurs &#233;coles, &#234;tre envoy&#233;s dans les &#233;coles russes et pour acc&#233;der aux fonctions dirigeantes, les ouvriers &#233;tant trait&#233;s comme quantit&#233; n&#233;gligeable ; 2) La conception qu'a la nouvelle direction de sa t&#226;che est exclusivement militaire, oppos&#233;e &#224; l'intervention directe et &#224; l'acquisition d'une conscience politique de la part des exploit&#233;s. Accusations d'une port&#233;e bien sup&#233;rieure &#224; celle que lui attribuaient leurs auteurs : elles mettent en &#233;vidence les eaux stagnantes o&#249; s'abreuvait le parti &#171; communiste &#187; chinois, ainsi que sa composition sociale. En effet, ses cadres politiques proviennent dans leur quasi totalit&#233; des anciennes classes dirigeantes, en particulier des classiques mandarins abrutis et des &#171; compradores &#187; serviles surgis du contact avec le capitalisme occidental (2). Pendant bien des ann&#233;es, bureaucrates, g&#233;n&#233;raux et &#233;crivailleurs de cette pi&#232;tre lign&#233;e, que le stalinisme appelait des th&#233;oriciens, &#233;taient continuellement interchang&#233;s, comme par une osmose naturelle, entre les quartiers g&#233;n&#233;raux respectifs de Mao Ts&#233;-Toung et de Tchang Ka&#239;-Chek. Celui-ci a d&#251; r&#233;fl&#233;chir plus d'une fois aux possibilit&#233;s de commander la Chine &#224; partir d'un secr&#233;tariat du parti stalinien. Il lui aurait fallu y penser plus t&#244;t. Ne lui propose-t-on pas, aujourd'hui m&#234;me, un poste &#233;lev&#233; au gouvernement de P&#233;kin &#224; la condition de rendre Formose ? Qu'on imagine L&#233;nine et Trotzky proposant &#224; Kornilov, Denikine ou Wrangel d'entrer &#224; leur gouvernement et l'on obtiendra par l'absurde, une id&#233;e claire du caract&#232;re r&#233;actionnaire des hommes de P&#233;kin. D'autre part, &#224; moins de l'oublier volontairement, ce n'est un secret pour personne que, depuis la derni&#232;re guerre, une fois la Russie devenue la deuxi&#232;me puissance imp&#233;rialiste, les g&#233;n&#233;raux de Tchang Ka&#239;-Chek sont pass&#233;s avec armes et bagages &#224; Mao Ts&#233;-Toung, ou bien lui ont vendu les armes r&#233;cemment re&#231;ues des Etats-Unis. Le gouvernement yankee, conseill&#233; par ses ambassadeurs et observateurs, retira &#224; Tchang Ka&#239;-Chek le ravitaillement en armes, le condamnant tr&#232;s sciemment &#224; la d&#233;faite. Washington s'attendait, &#224; vrai dire, &#224; trouver dans les nouveaux ma&#238;tres de la Chine des interlocuteurs complaisants et &#224; &#234;tre aussi influent &#224; P&#233;kin, pour le moins, que Moscou. Cela ne s'est pas encore produit mais se produira fatalement, &#224; moins d'une d&#233;faite de P&#233;kin au profit du prol&#233;tariat, ou d'une guerre prochaine. Il y a pour le croire, entre autres raisons de poids, celle-ci, qui est irr&#233;cusable : le parti dictateur chinois n'&#233;tant pas une association id&#233;ologique r&#233;volutionnaire, pas plus que le parti russe, la lutte pour l'usufruit de la plus-value am&#232;nera celui-l&#224; &#224; contrebalancer la Russie par les Etats-Unis d&#232;s que la premi&#232;re occasion propice se pr&#233;sentera. Aussi longtemps que la soci&#233;t&#233; est r&#233;gie par les minorit&#233;s exploitantes forc&#233;ment tyranniques, celles-ci fondent leur &#171; ind&#233;pendance &#187; et leur &#171; grandeur nationale &#187; sur un jeu de bascule entre les principales puissances. Dans le monde actuel, soumis &#224; d'&#233;crasantes pressions &#233;conomiques, politiques et militaires, la possibilit&#233; du double jeu a diminu&#233; pour les petites et moyennes puissances, mais l'importance de sa r&#233;alisation s'est accrue d'autant. L'alliance entre Moscou et les divers gouvernements satellites ne repose pas sur des id&#233;es, moins encore sur une homog&#233;n&#233;it&#233; &#233;conomique socialiste. Rien n'est plus r&#233;voltant &#224; cet &#233;gard que de voir des hommes et des groupes qui se disent anti-staliniens se faire partiellement l'&#233;cho des falsifications officielles, qui sont une d&#233;rision pour le prol&#233;tariat. La r&#233;alit&#233; est tout autre : tout parti ou r&#233;gime d&#233;pendant de Moscou peut parfaitement s'accommoder de la soumission &#224; Washington, sans qu'il soit besoin de changer un iota &#224; sa pr&#233;tendue base &#233;conomique socialiste. Non sans raison, le pr&#233;c&#233;dent cr&#233;&#233; par Tito a affol&#233; le Kremlin et c'est en vain qu'il s'est efforc&#233;, ces derni&#232;res ann&#233;es, d'appara&#238;tre comme un &#171; chef de file &#187; imp&#233;rialiste aussi souple que Washington. N&#233;anmoins, l'accusation essentielle et la plus clairvoyante de la Lettre de Changa&#239; est celle concernant l'abandon de la lutte des classes et sa supplantation par la lutte militaire. Elle surpasse de loin la port&#233;e que lui attribuaient ses auteurs (3). Ceux-ci croyant encore qu'il s'agissait d'une d&#233;formation particuli&#232;re au Parti Communiste chinois, protestaient devant le Comit&#233; Ex&#233;cutif de l'Internationale alors qu'elle &#233;tait d&#233;j&#224; devenue un bras tentaculaire du gouvernement russe, et que ce gouvernement, enti&#232;rement prisonniers des int&#233;r&#234;ts r&#233;actionnaires qui subsistaient dans la soci&#233;t&#233; russe, mettait en mouvement, sans ambages, sa lutte de classe contre la prol&#233;tariat. La situation politique et &#233;conomique en Russie avait &#233;t&#233; retourn&#233;e. Les int&#233;r&#234;ts r&#233;actionnaires, politiquement expos&#233;s par la bureaucratie stalinienne, incompatibles avec ceux du prol&#233;tariat russe, aussi bien qu'avec la r&#233;volution mondiale, ne pouvaient s'accrocher qu'&#224; des m&#233;thodes militaires, face aux menaces ext&#233;rieures, et &#224; des m&#233;thodes polici&#232;res face au p&#233;ril int&#233;rieur : les masses. La &#171; m&#233;thode &#187; &#233;tait invent&#233;e depuis les Pharaons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Pour mesurer l'ampleur et la profondeur de l'assaut r&#233;volutionnaire, il suffit de lire le roman Les Conqu&#233;rants, de Malraux futur transfuge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Ce fait a &#233;t&#233; signal&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es par des personnes qui ignoraient la Lettre de Changa&#239;, tels que George E. Taylor et Etiemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) La majorit&#233; des signataires sont devenus les victimes de Mao Ts&#233;-Toung, mais il n'est pas exclu que certains ne soient aujourd'hui des potentats du nouveau gouvernement, gr&#226;ce &#224; la corruption et &#224; l'avilissement des hommes, qui sont le proc&#233;d&#233; fondamental du stalinisme. La valeur politique du document serait ainsi doublement notifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine&lt;/strong&gt; r&#233;p&#233;ta avec t&#233;nacit&#233;, infatigablement, &#224; l'&#233;poque de la r&#233;volution de 1905 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Se d&#233;fier des paysans, s'organiser ind&#233;pendamment d'eux, &#234;tre pr&#234;ts &#224; lutter contre eux d&#232;s qu'ils agissent de fa&#231;on r&#233;actionnaire ou anti-prol&#233;tarienne &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1906, L&#233;nine &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Dernier conseil : prol&#233;taires et semi-prol&#233;taires des villes et des campagnes organisez-vous de fa&#231;on ind&#233;pendante. Ne vous fiez pas aux petits propri&#233;taires, m&#234;me tr&#232;s petits, m&#234;me s'ils &#171; travaillent &#187;... Nous soutenons pleinement le mouvement paysan, mais nous devons nous souvenir que c'est le mouvement d'une autre classe, non de celle qui doit accomplir et accomplira la r&#233;volution socialiste. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1908, il disait : &lt;i&gt;&#171; On ne peut en aucune fa&#231;on concevoir l'alliance du prol&#233;tariat et des paysans comme la fusion de classes diff&#233;rentes ou des partis du prol&#233;tariat et des paysans. Non seulement une fusion, mais m&#234;me un quelconque accord permanent serait funeste au parti socialiste de la classe ouvri&#232;re et affaiblirait la lutte d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine dans &#171; D&#233;mocratie et populisme en Chine &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce d&#233;mocrate chinois progressiste (Sun Yat-sen) raisonne litt&#233;ralement comme un Russe. Sa ressemblance avec un populiste russe est telle qu'il y a identit&#233; parfaite des id&#233;es de base et nombreuses expressions (...) Consid&#233;rons, avec l'exemple de Sun Yat-sen, quelle est la &#171; signification sociale &#187; des id&#233;es engendr&#233;es par le mouvement r&#233;volutionnaire de centaines et de centaines de millions de gens, qui sont maintenant entra&#238;n&#233;s irr&#233;versiblement dans le courant de la civilisation capitaliste universelle (...). L'Orient a d&#233;finitivement choisi la route de l'Occident (...) ; de nouvelles centaines de millions de gens participeront dor&#233;navant &#224; la lutte pour les id&#233;aux que l'Occident a d&#233;j&#224; fait siens. Elle est pourrie, la bourgeoisie occidentale, d&#233;j&#224; confront&#233;e &#224; son fossoyeur, le prol&#233;tariat. En Asie, par contre, il y a encore une bourgeoisie capable de repr&#233;senter une d&#233;mocratie cons&#233;quente, sinc&#232;re et militante, une bourgeoisie qui est la digne compagne des grands pr&#233;dicateurs et des grands hommes d'action de la fin du XVIII&#176; si&#232;cle fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principal repr&#233;sentant ou le principal &#233;tat social de cette bourgeoisie asiatique encore capable d'une t&#226;che historiquement progressiste, c'est le paysan. Pr&#232;s de lui existent d&#233;j&#224; une bourgeoisie lib&#233;rale, dont les dirigeants, tel Yuan Shi-kai (NDR : nous pourrions ajouter Tchang Ka&#239;-check) sont plus que tout capables de trahison : hier, ils craignaient l'empereur et lui faisaient des courbettes ; puis, quand ils ont vu la farce, quand ils ont senti la victoire de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, ils ont trahi l'empereur ; demain, ils trahiront les d&#233;mocrates pour traiter avec quelque ancien empereur ou quelque nouvel empereur &#171; constitutionnel &#187;. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans le grand et sinc&#232;re &#233;lan d&#233;mocratique qui enflamme les masses ouvri&#232;res et les rend capables d'accomplir des miracles (...), la lib&#233;ration du peuple chinois de son esclavage s&#233;culaire serait impossible (...). Un tel &#233;lan suppose et engendre la sympathie la plus sinc&#232;re envers la situation des masses ouvri&#232;res, la haine la plus ardente pour ceux qui les oppriment et les exploitent. Mais en Europe et en Am&#233;rique. &#224; qui les Chinois d'avant-garde, tous les Chinois, pour autant qu'ils ont v&#233;cu cet &#233;lan, ont emprunt&#233; leurs id&#233;es lib&#233;ratrices, ce qui est &#224; l'ordre du jour, c'est d&#233;j&#224; la lib&#233;ration du joug de la bourgeoisie, c'est-&#224;-dire le socialisme. De l&#224; d&#233;coulent in&#233;vitablement la sympathie des d&#233;mocrates chinois pour le socialisme, leur socialisme subjectif (...). Mais ce que les conditions objectives de la Chine, pays arri&#233;r&#233;, agricole, semi-f&#233;odal, mettent &#224; l'ordre du jour, c'est seulement la suppression d'une forme sp&#233;cifique, historiquement d&#233;finie de cet assujettissement et de cette exploitation : le f&#233;odalisme (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voici que les id&#233;es, et les programmes subjectivement socialistes du d&#233;mocrate chinois donnent naissance en r&#233;alit&#233; &#224; un programme de &#171; changement de tous les fondements juridiques &#187; de la seule &#171; propri&#233;t&#233; immobili&#232;re &#187;, un programme d'an&#233;antissement de la seule exploitation f&#233;odale.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; est l'essence du populisme de Sun Yat-sen, de son programme progressiste, militant et r&#233;volutionnaire de transformation agraire bourgeoise d&#233;mocratique, et de sa th&#233;orie pr&#233;tendument socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette th&#233;orie, si on la consid&#232;re du point de vue de la doctrine est une th&#233;orie de &#171; socialiste &#187; petit-bourgeois r&#233;actionnaire. (...) La dialectique des relations sociales de le Chine consiste justement en ceci que les d&#233;mocrates chinois, sympathisant sinc&#232;rement avec le socialisme d'Europe, l'ont transform&#233; en une th&#233;orie r&#233;actionnaire, et que sur la base de cette th&#233;orie r&#233;actionnaire de &#171; pr&#233;vention &#187; du capitalisme, ils appliquent un programme agraire purement capitaliste, on ne peut plus capitaliste ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ao&#251;t 1930&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Manifeste aux communistes chinois et du monde entier ! Sur les perspectives et les t&#226;ches de la r&#233;volution chinoise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ces derniers mois, on observe dans quelques provinces du sud de la Chine un mouvement paysan large, au point de vue de l'&#233;tendue. Non seulement. la presse prol&#233;tarienne mondiale, mais aussi la presse ennemie, est remplie d'&#233;chos de cette lutte. La r&#233;volution chinoise trahie, d&#233;truite, exsangue, montre qu'elle est vivante. Esp&#233;rons que le temps n'est plus loin o&#249; elle l&#232;vera de nouveau sa t&#234;te prol&#233;tarienne. Pour s'y pr&#233;parer il faut mettre &#224; temps le probl&#232;me de la r&#233;volution chinoise &#224; l'ordre du jour de la classe ouvri&#232;re mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, l'Opposition communiste internationale de gauche (bolch&#233;viks-l&#233;ninistes) consid&#233;rons comme notre devoir d'&#233;lever actuellement la voix pour attirer l'attention de tous les communistes, de tous les ouvriers r&#233;volutionnaires d'avant-garde, sur les t&#226;ch&#233;s de la lib&#233;ration du grand pays asiatique de l'Orient et, en m&#234;me temps, pour pr&#233;venir la fausse politique de la fraction dirigeante de l'Internationale Communiste, qui menace manifestement de miner la future r&#233;volution chinoise comme elle a d&#233;j&#224; men&#233; &#224; la ruine la r&#233;volution de 1925-1927.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sympt&#244;mes de la r&#233;g&#233;n&#233;ration de !a r&#233;volution chinoise &#224; la campagne sont le signe de sa force int&#233;rieure et de ses possibilit&#233;s grandioses, mais la t&#226;che consiste &#224; transformer ces possibilit&#233;s en une r&#233;alit&#233;. La premi&#232;re condition du succ&#232;s est la compr&#233;hension de ce qui se passe, c'est-&#224;-dire la d&#233;termination marxiste des forces en mouvement et une appr&#233;ciation juste de l'&#233;tape que la lutte a atteint actuellement. Sous ces deux rapports, la direction de l'Internationale Communiste se trouve sur une voie fausse. Le gouvernement sovi&#233;tique existe-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse stalinienne est remplie d'informations sur le &#034;gouvernement sovi&#233;tique&#034; &#233;tabli soi-disant sur de vastes provinces de la Chine, sous la protection de l'Arm&#233;e rouge. Les ouvriers des diff&#233;rents pays saluent cette nouvelle avec enthousiasme. Comment en serait-il autrement ? L'&#233;tablissement d'un gouvernement sovi&#233;tique dans une partie consid&#233;rable de la Chine, et la cr&#233;ation d'une arm&#233;e rouge chinoise, auraient signifi&#233; un succ&#232;s gigantesque de la r&#233;volution mondiale. Mais nous devons dire ouvertement et clairement : cela n'existe pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles qui nous parviennent des immenses &#233;tendues de la Chine, malgr&#233; leur pauvret&#233;, nous permettent, gr&#226;ce &#224; une compr&#233;hension marxiste des forces int&#233;rieures du processus qui se d&#233;veloppe, de rejeter en toute s&#251;ret&#233; l'appr&#233;ciation stalinienne des &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulent comme une appr&#233;ciation fausse et tr&#232;s dangereuse pour le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la Chine est pendant de longs si&#232;cles une histoire de r&#233;voltes terribles de la paysannerie pauvre et affam&#233;e. Pas moins de cinq fois, pendant les deux mille derni&#232;res ann&#233;es, la paysannerie chinoise a r&#233;ussi &#224; r&#233;aliser un morcellement complet de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Chaque fois le processus de sa concentration a recommenc&#233; depuis le d&#233;but, jusqu'au moment o&#249; la croissance de la population a men&#233; &#224; de nouvelles explosions partielles ou g&#233;n&#233;rales. Ce mouvement cyclique &#233;tait l'expression de la stagnation &#233;conomique et des conditions sociales qui n'offraient aucune issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement l'int&#233;gration de la Chine &#224; l'&#233;conomie mondiale a ouvert de nouvelles possibilit&#233;s au peuple chinois. Le capitalisme a fait irruption en Chine de l'ext&#233;rieur. La bourgeoisie chinoise retardataire est devenue l'interm&#233;diaire entre le capital &#233;tranger et les masses de son pays, impitoyablement exploit&#233;es. Les imp&#233;rialistes &#233;trangers et les bourgeois chinois combinent les m&#233;thodes de l'exploitation capitaliste avec les m&#233;thodes de contrainte du servage et l'esclavage de l'usure. L'id&#233;e principale des staliniens &#233;tait de faire de la bourgeoisie la dirigeante de la r&#233;volution nationale contre le f&#233;odalisme et l'imp&#233;rialisme. La strat&#233;gie politique qui en d&#233;coulait a perdu la r&#233;volution. Le prol&#233;tariat chinois a pay&#233; cher pour apprendre cette v&#233;rit&#233; que la bourgeoisie ne peut pas, ne veut pas, et ne pourra jamais lutter contre le soi-disant &#034;f&#233;odalisme&#034;, car ce dernier entre comme la partie la plus importante dans le syst&#232;me de sa propre exploitation, ni contre l'imp&#233;rialisme dont elle est l'agent et sous la protection militaire duquel elle se trouve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il fut &#233;vident que le prol&#233;tariat chinois, malgr&#233; toutes les influences contraires de l'Internationale Communiste, cherchait une voie r&#233;volutionnaire ind&#233;pendante, la bourgeoisie, avec l'aide des imp&#233;rialistes &#233;trangers, a &#233;cras&#233; les ouvriers, en commen&#231;ant &#224; Shangha&#239;. D&#232;s qu'il fut clair que l'amiti&#233; avec Moscou n'&#233;tait pas capable de paralyser la r&#233;volte paysanne, la bourgeoisie a &#233;cras&#233; le mouvement paysan. Les mois du printemps et de l'&#233;t&#233; de 1927 furent ceux des plus grands crimes de la bourgeoisie chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction stalinienne, effray&#233;e par les cons&#233;quences de ses fautes, a essay&#233; &#224; la fin de 1927 de rattraper d'un seul coup tout ce qu'elle avait manqu&#233; pendant plusieurs ann&#233;es. Ainsi fut organis&#233;e la r&#233;volte de Canton. Les dirigeants partaient de ce point de vue que la r&#233;volution allait. croissant comme auparavant. En r&#233;alit&#233;, l'&#233;lan r&#233;volutionnaire se changeait d&#233;j&#224; en d&#233;clin. L'h&#233;ro&#239;sme de l'avant-garde ouvri&#232;re de Canton ne pouvait d&#233;tourner le malheur caus&#233; par l'aventurisme des dirigeants. La r&#233;volte de Canton fut noy&#233;e dans le sang. La deuxi&#232;me r&#233;volution chinoise fut d&#233;finitivement &#233;cras&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, repr&#233;sentants de l'opposition de gauche internationale, bolch&#233;viks-l&#233;ninistes, f&#251;mes depuis le d&#233;but les adversaires de l'entr&#233;e du parti communiste dans le Kuomintang, au nom d'une politique prol&#233;tarienne ind&#233;pendante. Depuis le d&#233;but de la mont&#233;e r&#233;volutionnaire nous avons exig&#233; que les ouvriers prennent sur eux la direction du soul&#232;vement paysan, pour mener &#224; son ach&#232;vement la r&#233;volution agraire. Tout cela fut repouss&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos partisans ont &#233;t&#233; traqu&#233;s, exclus de l'Internationale Communiste, et en U.R.S.S., ils ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s et exil&#233;s. Au nom de quoi ? Au nom de l'alliance avec Tchang Ka&#239;-Chek. L'&#233;crasement de la r&#233;volution chinoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les coups d'Etat contre-r&#233;volutionnaires de Shangha&#239; et de Wuhan, nous, communistes de gauche, avons averti avec pers&#233;v&#233;rance que la deuxi&#232;me r&#233;volution chinoise &#233;tait termin&#233;e, qu'une p&#233;riode de triomphe temporaire de la contre-r&#233;volution s'ouvrait, que les tentatives de soul&#232;vement des ouvriers avanc&#233;s, &#233;tant donn&#233; l'&#233;crasement et l'ext&#233;nuation des masses, signifieront in&#233;vitablement l'extermination criminelle ult&#233;rieure des forces r&#233;volutionnaires. Nous avons exig&#233; le passage &#224; la d&#233;fensive, le renforcement des organisations ill&#233;gales du parti, la participation &#224; la lutte &#233;conomique du prol&#233;tariat et la mobilisation des masses sous les mots d'ordre de d&#233;mocratie : l'ind&#233;pendance de la Chine et le droit &#224; disposer d'eux-m&#234;mes des peuples qui la composent, l'Assembl&#233;e nationale, la confiscation des terres, la journ&#233;e de travail de 8 heures. Une telle politique devait donner &#224; l'avant-garde communiste la possibilit&#233; de se relever graduellement des d&#233;faites subies, de reprendre les liaisons avec les syndicats et avec les masses inorganis&#233;es de la ville et de la campagne pour rencontrer plus tard, bien arm&#233;e, le nouvel &#233;lan des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction stalinienne a d&#233;clar&#233; que notre politique &#233;tait liquidatrice, et elle-m&#234;me, comme cela s'est pass&#233; plus d'une fois dans l'histoire, a saut&#233; de l'opportunisme &#224; l'aventurisme. En f&#233;vrier 1928, lorsque la r&#233;volution chinoise se trouvait en d&#233;clin complet, le 9&#176; plenum du Comit&#233; Ex&#233;cutif de l'I.C. a proclam&#233; en Chine le soul&#232;vement arm&#233;. Le r&#233;sultat de cette folie fut l'&#233;crasement ult&#233;rieur des ouvriers, l'extermination des meilleurs r&#233;volutionnaires, la d&#233;sagr&#233;gation du parti, la d&#233;moralisation sem&#233;e dans les rangs des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin de la r&#233;volution et l'affaiblissement temporaire de la lutte des militaristes entre eux, ont cr&#233;&#233; la possibilit&#233; d'une certaine animation &#233;conomique dans le pays. Des gr&#232;ves ouvri&#232;res &#233;clataient de nouveau, mais elles se d&#233;velopp&#232;rent sans le parti qui, sans comprendre les circonstances, fut compl&#232;tement incapable de tracer aux masses de nouvelles perspectives et de les lier par des mots d'ordre d&#233;mocratiques de la p&#233;riode transitoire. Le r&#233;sultat des erreurs aventuristes et opportunistes est que le parti chinois ne compte aujourd'hui que quelques milliers d'ouvriers. Les syndicats rouges, d'apr&#232;s les donn&#233;es du parti lui-m&#234;me, comptent &#224; peu pr&#232;s 60.000 ouvriers, tandis que pendant les mois de la mont&#233;e r&#233;volutionnaire, on y comptait &#224; peu pr&#232;s 3 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution eut pour les ouvriers des cons&#233;quences infiniment plus directes et plus cruelles que pour les paysans. En Chine, les ouvriers ne sont pas nombreux et sont concentr&#233;s dans les centres industriels. Quant aux paysans, ils sont prot&#233;g&#233;s, jusqu'&#224; un certain point, par leur multitude et leur diss&#233;mination sur d'immenses &#233;tendues. Les ann&#233;es r&#233;volutionnaires ont &#233;duqu&#233;, &#224; la campagne, beaucoup de dirigeants locaux, que la contre-r&#233;volution n'a pas r&#233;ussi &#224; exterminer tous. Un nombre important d'ouvriers r&#233;volutionnaires se sont sauv&#233;s du militarisme en se dirigeant vers la campagne, et pendant la derni&#232;re d&#233;cennie, beaucoup d'armes ont &#233;t&#233; cach&#233;es dans toutes les r&#233;gions. Pendant les conflits avec les pouvoirs locaux ou avec les d&#233;tachements militaires, les armes apparaissent, de nouveau et des d&#233;tachements de partisans rouges se cr&#233;ent. Des troubles fr&#233;quents ont lieu dans les arm&#233;es de la contre-r&#233;volution bourgeoise ; parfois il y a des r&#233;voltes ouvertes. Les soldats passent, avec leurs armes, du c&#244;t&#233; des paysans, parfois par groupes et d&#233;tachements entiers. Les soul&#232;vements paysans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il est tout &#224; fait naturel qu'apr&#232;s l'&#233;crasement de la r&#233;volution, les vagues du mouvement paysan aient continu&#233; &#224; rouler dans les diff&#233;rentes provinces du pays. Et aujourd'hui elles ont d&#233;ferl&#233; avec une violence particuli&#232;re. A main arm&#233;e, les paysans chassent et exterminent les propri&#233;taires fonciers locaux (dans la mesure o&#249; ils se trouvent effectivement dans leur rayon), et surtout la gentry et les du-jun, les repr&#233;sentants de la classe dirigeante, les bureaucrates propri&#233;taires, les usuriers et les koulaks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les staliniens parlent du gouvernement sovi&#233;tique cr&#233;&#233; par les paysans sur une &#233;tendue importante de la Chine, ils d&#233;montrent non seulement leur l&#233;g&#232;ret&#233; d'esprit, mais ils obscurcissent et d&#233;naturent le probl&#232;me fondamental de la r&#233;volution chinoise. La paysannerie, m&#234;me la plus r&#233;volutionnaire, est incapable de cr&#233;er un gouvernement ind&#233;pendant. Elle ne peut que soutenir le gouvernement d'une autre classe &#233;tablie dans les villes. La paysannerie, dans tous les mouvements d&#233;cisifs, suit la bourgeoisie ou le prol&#233;tariat. Ce qu'on appelle le &#034;parti paysan&#034; peut simplement masquer temporairement ce fait, mais il ne le supprime pas. Les soviets sont des organes du pouvoir de la classe ouvri&#232;re oppos&#233;s &#224; la bourgeoisie. Cela signifie que la paysannerie est incapable de cr&#233;er par ses propres forces un syst&#232;me sovi&#233;tique. Il en est de m&#234;me pour l'arm&#233;e. Les paysans ont cr&#233;&#233; plus d'une fois en Chine, en Russie et dans d'autres pays, des d&#233;tachements de partisans qui se battaient avec une vaillance et une t&#233;nacit&#233; admirables. Mais c'&#233;taient des partisans attach&#233;s &#224; une province d&#233;termin&#233;e et incapables de r&#233;aliser des op&#233;rations strat&#233;giques centralis&#233;es de grande envergure. Seule l'h&#233;g&#233;monie du prol&#233;tariat dans les centres politiques et industriels d&#233;cisifs du pays cr&#233;e les conditions indispensables, aussi bien pour l'&#233;tablissement de l'arm&#233;e rouge que pour l'&#233;tablissement du syst&#232;me sovi&#233;tique dans les campagnes. Pour celui qui ne comprend pas cela, la r&#233;volution reste un livre ferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat chinois commence seulement &#224; sortir de la paralysie contre-r&#233;volutionnaire. Le mouvement paysan se d&#233;ploie actuellement dans. une grande mesure ind&#233;pendamment du mouvement ouvrier, selon ses propres lois et son rythme sp&#233;cial. Cependant tout le probl&#232;me de la r&#233;volution chinoise consiste dans la combinaison politique et la liaison organique du soul&#232;vement prol&#233;tarien et du soul&#232;vement paysan. Celui qui parle de la victoire de la r&#233;volution sovi&#233;tique en Chine, f&#251;t-ce dans quelques provinces du sud, tandis que le nord industriel est passif, ignore les probl&#232;mes &#224; la fois doubles et simples de la r&#233;volution chinoise, c'est-&#224;-dire le probl&#232;me de la collaboration des ouvriers et des paysans, et celui de la direction ouvri&#232;re dans cette collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La large crue du soul&#232;vement paysan peut incontestablement donner une impulsion &#224; l'animation de la lutte politique dans les centres industriels. Nous comptons fermement l&#224;-dessus. Mais cela ne signifie aucunement que le r&#233;veil r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat am&#232;ne directement une conqu&#234;te, du pouvoir, o&#249; m&#234;me simplement &#224; une lutte pour le pouvoir. Le r&#233;veil du prol&#233;tariat peut dans ces derniers temps, rev&#234;tir le caract&#232;re de luttes partielles &#233;conomiques et politiques, d&#233;fensives et offensives. Combien de temps sera n&#233;cessaire au prol&#233;tariat, et tout d'abord &#224; son avant-garde, pour devenir apte &#224; prendre la direction de la nation r&#233;volutionnaire ? En tout cas pas des semaines, ni des mois. Le commandement des dirigeants bureaucratiques ne peut pas remplacer la croissance propre de la classe et de son parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes chinois ont besoin actuellement d'une politique &#224; longue port&#233;e. Leur t&#226;che ne consiste pas &#224; jeter leurs forces dans les foyers dispers&#233;s du soul&#232;vement paysan, puisque leur parti, peu nombreux et faible, ne pourra pas de toute fa&#231;on l'embrasser. Le devoir des communistes consiste &#224; concentrer leurs forces dans les usines et ateliers, dans les quartiers ouvriers, &#224; expliquer aux ouvrier le sens de ce qui se passe &#224; la campagne, &#224; ranimer ceux qui sont d&#233;courag&#233;s et abattus, &#224; les grouper pour la lutte pour les revendications &#233;conomiques, pour les mots d'ordre de d&#233;mocratie et de r&#233;volution agraire. C'est seulement dans cette voie, c'est-&#224;-dire &#224; travers le r&#233;veil et le rassemblement des ouvriers, que le parti pourra devenir le guide du soul&#232;vement paysan, c'est-&#224;-dire de la r&#233;volution nationale dans son ensemble. Pour maintenir les illusions d&#233; l'aventurisme et masquer la faiblesse de l'avant-garde prol&#233;tarienne, les staliniens disent : il ne s'agit donc actuellement que de la dictature prol&#233;tarienne. Sur ce point fondamental l'aventurisme s'appuie compl&#232;tement sur les arguments de l'opportunisme. Trouvant insuffisante l'exp&#233;rience avec le Kuomintang, les staliniens pr&#233;parent, pour la future r&#233;volution, un nouveau moyen d'endormir et d'illusionner le prol&#233;tariat sous le mot de &#034; dictature d&#233;mocratique &#034;. Le mot d'ordre des Soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les ouvriers chinois avanc&#233;s mettent en avant le mot d'ordre des soviets, ils disent par cela m&#234;me : nous voulons faire de m&#234;me que les ouvriers de la Russie. Hier encore, les staliniens leur r&#233;pondaient &#224; cela : &#034;Impossible, vous avez le Kuomintang, et il fera tout ce qu'il faut &#034;. Aujourd'hui les m&#234;mes chefs r&#233;pondent d'une fa&#231;on plus &#233;vasive : &#034;Il faudra cr&#233;er des soviets, non pas pour r&#233;aliser la dictature prol&#233;tarienne, mais pour r&#233;aliser la dictature d&#233;mocratique&#034;. Par cela on dit au prol&#233;tariat que la dictature ne sera pas entre ses mains. Cela veut dire qu'il y a quelque autre force inconnue aujourd'hui, capable de r&#233;aliser en Chine une dictature r&#233;volutionnaire. Ainsi la formule de la dictature d&#233;mocratique ouvre toutes grandes les portes &#224; de nouvelles duperies des ouvriers et des paysans par la d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;blayer la route &#224; la &#034;dictature d&#233;mocratique&#034;, les staliniens repr&#233;sentent la contre-r&#233;volution chinoise comme &#233;tant f&#233;odale-militariste et imp&#233;rialiste. Pour cela ils excluent de la contre-r&#233;volution la bourgeoisie chinoise, c'est-&#224;-dire qu'ils l'id&#233;alisent comme auparavant. Mais en fait, les militaristes expriment les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie chinoise, ins&#233;parables des int&#233;r&#234;ts et des rapports sociaux du servage. La bourgeoisie chinoise est dans une opposition trop hostile au peuple, trop li&#233;e aux imp&#233;rialistes &#233;trangers et craint trop la r&#233;volution pour d&#233;sirer ou tendre &#224; gouverner en son propre nom, par des m&#233;thodes parlementaires. Le r&#233;gime militariste-fasciste de la Chine est l'expression du caract&#232;re anti-national et anti-r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie chinoise. La contre-r&#233;volution chinoise n'est pas la contre-r&#233;volution des f&#233;odaux contre la soci&#233;t&#233; bourgeoise : elle est la contre-r&#233;volution de tous les propri&#233;taires bourgeois contre les ouvriers et les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement prol&#233;tarien en Chine ne peut et ne pourrait se produire d'une fa&#231;on rectiligne contre la bourgeoisie. Le soul&#232;vement paysan en Chine est, dans une mesure incommensurablement plus grande qu'il ne l'&#233;tait en Russie, un soul&#232;vement contre la bourgeoisie. La classe ind&#233;pendante du propri&#233;taire foncier en Chine n'existe pas du tout. Les propri&#233;taires des terres sont des bourgeois. La gentry et les du-jun, contre lesquels le soul&#232;vement paysan est directement dirig&#233;, repr&#233;sentent les anneaux inf&#233;rieurs de l'exploitation bourgeoise et imp&#233;rialiste. Tandis que la R&#233;volution d'Octobre en U.R.S.S., dans sa premi&#232;re &#233;tape, opposait toute la paysannerie, comme classe, &#224; la classe des propri&#233;taires fonciers (et seulement apr&#232;s plusieurs mois elle commen&#231;a a porter la guerre civile dans la paysannerie), en Chine chaque, soul&#232;vement paysan, dans ses premiers pas, est une guerre civile de la paysannerie pauvre contre les koulaks, c'est-&#224;-dire contre la bourgeoisie rurale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paysannerie moyenne en Chine est inexistante. La paysannerie pauvre constitue jusqu'&#224; 80% de la paysannerie. C'est elle - et ce n'est qu'elle - qui joue un r&#244;le r&#233;volutionnaire. Il ne s'agit pas de l'alliance des ouvriers avec toute la paysannerie, mais avec la paysannerie pauvre. Ils ont un ennemi commun : la bourgeoisie. Le prol&#233;tariat seul peut mener &#224; un r&#233;gime qui ne peut &#234;tre que la dictature du prol&#233;tariat. Ce n'est que ce r&#233;gime qui peut &#233;tablir le syst&#232;me sovi&#233;tique et cr&#233;er l'arm&#233;e rouge, qui est l'expression militaire de la dictature du prol&#233;tariat, soutenue par la paysannerie pauvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens disent que la dictature d&#233;mocratique comme &#233;tape prochaine de la r&#233;volution se d&#233;veloppera ult&#233;rieurement dans les voies de la dictature du prol&#233;tariat. Tel est actuellement l'enseignement de l'I.C., non seulement pour la Chine, mais pour tous les pays de, l'Orient. Elle rompt compl&#232;tement avec l'enseignement de Marx sur l'Etat et avec les conclusions de Lenine sur le r&#244;le de l'Etat dans la r&#233;volution. La dictature d&#233;mocratique, &#224; la diff&#233;rence de la dictature prol&#233;tarienne, signifie la dictature bourgeoise d&#233;mocratique. Le passage de la dictature bourgeoise &#224; la dictature prol&#233;tarienne ne peut cependant s'accomplir par la voie d'une &#034;transcroissance&#034; pacifique. La dictature du prol&#233;tariat ne peut se substituer &#224; la dictature d&#233;mocratique aussi bien que fasciste, que par la voie d'un soul&#232;vement arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034;transcroissance&#034; pacifique de la r&#233;volution d&#233;mocratique en r&#233;volution socialiste est seulement possible sous la dictature de la m&#234;me classe, et plus pr&#233;cis&#233;ment du prol&#233;tariat. Le passage des actions d&#233;mocratiques aux actions socialistes s'est effectu&#233; dans l'Union Sovi&#233;tique sous le r&#233;gime de la dictature du prol&#233;tariat. En Chine, le passage &#224; l'&#233;tape socialiste s'effectuera encore, plus vite puisque les t&#226;ches d&#233;mocratiques les plus &#233;l&#233;mentaires ont, en Chine, un caract&#232;re encore plus anti-capitaliste et plus anti-bourgeois qu'en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parait que les staliniens ont encore besoin d'une faillite pay&#233;e du sang des ouvriers pour se d&#233;cider &#224; dire enfin : &#034;... la r&#233;volution est pass&#233;e au stade le plus &#233;lev&#233; dont le mot d'ordre est la dictature du prol&#233;tariat &#034;. Vers la troisi&#232;me r&#233;volution chinoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui personne ne peut encore dire dans quelle mesure les reflets de la seconde r&#233;volution chinoise se combineront avec l'aube de la troisi&#232;me r&#233;volution chinoise. Personne ne peut pr&#233;dire si les foyers des soul&#232;vements paysans se maintiendront sans discontinuer pendant toute la p&#233;riode prolong&#233;e dont l'avant-garde prol&#233;tarienne aurait besoin pour se renforcer, pour engager dans la bataille la classe ouvri&#232;re et accorder sa lutte pour le pouvoir avec les offensives paysannes g&#233;n&#233;ralis&#233;es contre ses ennemis les plus imm&#233;diats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise le mouvement actuel des campagnes, c'est la tendance des paysans &#224; lui donner une forme sovi&#233;tique - ou tout au moins un nom sovi&#233;tique - et &#224; assimiler les d&#233;tachements de partisans &#224; l'arm&#233;e rouge. Cela t&#233;moigne de l'&#233;nergie avec laquelle les paysans recherchent la forme politique qui pourrait les aider &#224; se lib&#233;rer de leur division et de leur impuissance. Sur cette base les communistes pourront construire efficacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut d'abord comprendre clairement que dans la conscience des paysans chinois, les mots d'ordre obscurs de Soviets ne signifient nullement encore la dictature du prol&#233;tariat. La paysannerie ne peut pas, en g&#233;n&#233;ral, se prononcer a priori pour la dictature du prol&#233;tariat. Elle ne peut y &#234;tre amen&#233;e qu'&#224; travers l'exp&#233;rience de la lutte qui d&#233;montrera et prouvera au paysan que ses t&#226;ches d&#233;mocratiques ne pourront &#234;tre r&#233;solues que par la dictature prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la cause principale pour laquelle le parti communiste chinois ne peut pas conduire le prol&#233;tariat dans la lutte pour le pouvoir sans partir des mots d'ordre d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement paysan, bien que recouvert du nom de Soviet, reste isol&#233;, local et provisoire. On ne peut &#233;lever ce mouvement au niveau national, qu'en liant la lutte contre le joug des imp&#244;ts et le fardeau du militarisme avec les id&#233;es de l'ind&#233;pendance de la Chine et de la souverainet&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression d&#233;mocratique de cette, liaison est une assembl&#233;e aux multiples pouvoirs. Sous ce mot d'ordre, l'avant-garde communiste pourra rassembler autour d'elle de larges masses ouvri&#232;res, les petites gens opprim&#233;s des villes et les centaines de millions de paysans pauvres, pour le soul&#232;vement contre les oppresseurs du dedans et du dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne pourra commencer la cr&#233;ation de soviets ouvriers que pendant un r&#233;veil effectif de la r&#233;volution dans les villes. Quand cela arrivera, nous ne le savons pas actuellement, nous ne pouvons que nous y pr&#233;parer. Et se pr&#233;parer veut dire rassembler les forces. Aujourd'hui nous ne pouvons le faire que sous le mot d'ordre d'une d&#233;mocratie cons&#233;quente, hardie et r&#233;volutionnaire. En m&#234;me temps nous devons expliquer aux &#233;l&#233;ments avanc&#233;s de la classe ouvri&#232;re que l'Assembl&#233;e nationale n'est qu'une &#233;tape sur la voie r&#233;volutionnaire. Nous sommes sur la voie de la dictature prol&#233;tarienne sous la forme sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne fermons plus les yeux sur le fait que cette dictature posera devant le peuple chinois les probl&#232;mes &#233;conomiques et internationaux les plus difficiles. Le prol&#233;tariat chinois constitue une partie plus minime de la population en Chine que le prol&#233;tariat russe n'en constituait &#224; la veille d'Octobre. Le capitalisme chinois est encore plus arri&#233;r&#233; que le capitalisme russe. Mais les difficult&#233;s seront vaincues non par des illusions et une politique d'aventures, non par l'espoir en Tchang Ka&#239;-chek ou en la &#034; &#034;dictature d&#233;mocratique&#034; ; les difficult&#233;s seront vaincues par la clairvoyance et la volont&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat chinois marche au pouvoir, non pour r&#233;tablir la muraille de Chine et construire sous la protection le socialisme national. En conqu&#233;rant le pouvoir, le prol&#233;tariat chinois conquerra l'une des positions les plus importantes pour la r&#233;volution internationale. On ne peut pas consid&#233;rer le sort de la Chine ni celui de l'U.R.S.S. en dehors du mouvement r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat mondial. Telle est la source des espoirs les plus vastes et la justification de la plus grande hardiesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cause de la r&#233;volution mondiale est la cause m&#234;me de la r&#233;volution chinoise. La cause de la r&#233;volution chinoise est la cause du prol&#233;tariat mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faits et Documents&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 ao&#251;t 1930&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution chinoise de 1925-1927 demeure le plus grand &#233;v&#233;nement de l'histoire moderne apr&#232;s la r&#233;volution de 1917 en Russie. Sur les probl&#232;mes de la r&#233;volution chinoise, les courants fondamentaux du communisme sont entr&#233;e en conflit. Le dirigeant officiel actuel de l'I.C, Staline, a r&#233;v&#233;l&#233; sa v&#233;ritable stature dans les &#233;v&#233;nements de la r&#233;volution chinoise. Les documents fondamentaux de la r&#233;volution chinoise sont dispers&#233;s, &#233;parpill&#233;s, oubli&#233;s. Quelques-uns sont soigneusement dissimul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces pages, nous voulons reproduire les &#233;tapes fondamentales de la r&#233;volution chinoise &#224; la lumi&#232;re des articles et discours de Staline et de ses plus proches collaborateurs, ainsi que des d&#233;cisions de l'I.C. dict&#233;es par Staline. Nous pr&#233;sentons dans ce but des textes authentiques de nos archives, particuli&#232;rement des extraits de discours de Khitarov, un jeune stalinien, au 15&#176; congr&#232;s du P.C.U.S., qui a &#233;t&#233; dissimul&#233; au parti par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lecteurs se convaincront de l'&#233;norme importance du t&#233;moignage de Khitarov, un jeune fonctionnaire-carri&#233;riste stalinien, participant des &#233;v&#233;nements chinois et actuellement un des dirigeants de l'Internationale Communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rendre plus compr&#233;hensibles faits et citations, nous jugeons utile de rappeler &#224; nos lecteurs le d&#233;roulement des &#233;v&#233;nements les plus importants de la r&#233;volution chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 20 mars 1926 : premier coup d'Etat de Tchang Ka&#239;-Chek &#224; Canton. * automne 1926 : le 7&#176; plenum du C.E.I.C. avec la participation du d&#233;l&#233;gu&#233; Tchang Ka&#239;-Chek du Kuomintang. * 12 avril 1927 : coup d'Etat de Tchang Ka&#239;-Chek &#224; Shangha&#239;. * Fin mai 1927 : coup contre-r&#233;volutionnaire du Kuomintang de gauche &#224; Wuhan. * Fin mai 1927 : le 8&#176; plenum du C.E.I.C. proclame le devoir des communistes de rester avec le Kuomintang &#034;de gauche&#034;. * ao&#251;t 1927 : la P.C. chinois proclame un cours vers l'insurrection. * d&#233;cembre 1927 : l'insurrection de Canton. * f&#233;vrier 1928 : le 9&#176; plenum du C.E.I.C. proclame en Chine le cours vers l'insurrection arm&#233;e et les soviets. * juillet 1928 - Le 6e congr&#232;s de l'I.C. renonce au mot d'ordre de l'insurrection arm&#233;e comme mot d'ordre pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le Bloc des quatre classes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique chinoise de Staline reposait sur un bloc de quatre classes. Voici comment l'organe berlinois des mencheviks appr&#233;ciait cette politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le 10 avril, Martynov, dans la Pravda tr&#232;s nettement (...) et de fa&#231;on tout &#224; fait &#034;menchevique&#034;, montrait (...) la justesse de la position officielle qui insiste sur la n&#233;cessit&#233; de conserver le &#034;bloc des quatre classes&#034;, de ne pas se h&#226;ter de liquider le gouvernement de coalition o&#249; les ouvriers sont assis &#224; c&#244;t&#233; de la grande bourgeoisie, pas pour lui imposer pr&#233;matur&#233;ment des &#034;t&#226;ches socialistes&#034;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quoi ressemblait la politique de coalition avec la bourgeoisie. Citons un extrait de l'organe officiel du Comit&#233; Ex&#233;cutif de l'I.C. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le 5 janvier 1927, le gouvernement de Canton a rendu publique une nouvelle loi sur les gr&#232;ves dans laquelle les ouvriers se voient interdire de porter des armes dans les manifestations, d'arr&#234;ter des marchands et industriels, de confisquer leurs biens, et qui &#233;tablit l'arbitrage obligatoire pour une s&#233;rie de conflits. La loi contient un certain nombre de paragraphes prot&#233;geant les int&#233;r&#234;ts des ouvriers (...) Mais au milieu de ces paragraphes, il en est d'autres qui limitent la libert&#233; de gr&#232;ve plus qu'il n'est exig&#233; par les int&#233;r&#234;ts de la d&#233;fense dans le cours d'une guerre r&#233;volutionnaire&#034; (Die Kommunistische Internationale, l&#176; mars 1927, n&#176;9, p.408).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la corde plac&#233;e autour des ouvriers par la bourgeoisie, les fils (paragraphes) favorables aux ouvriers sont dessin&#233;s. L'insuffisance du n&#339;ud est qu'il est serr&#233; plus que n&#233;cessaire &#034;pour les int&#233;r&#234;ts de d&#233;fense&#034; (de la bourgeoisie chinoise). C'est &#233;crit dans l'organe central de l'I.C. Qui &#233;crit ? Martynov. Quand &#233;crit-il ? Le 25 f&#233;vrier, six semaines avant le bain de sang de Shangha&#239;. 2. Les Perspectives de la r&#233;volution selon Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment Staline &#233;valuait-il les perspectives de la r&#233;volution conduite par son alli&#233; Tchang Ka&#239;-Chek ? Voici les parties les moins scandaleuses de la d&#233;claration de Staline (les plus scandaleuses n'ont jamais &#233;t&#233; rendues publiques) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les arm&#233;es r&#233;volutionnaires en Chine, sont Ie facteur le plus important pour la lutte des ouvriers et paysans chinois pour leur lib&#233;ration. Car l'avance des cantonais signifie un coup contre l'imp&#233;rialisme, un coup contre ses agents en Chine, la libert&#233; de r&#233;union, de presse, d'organisation pour tous les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires en Chine en g&#233;n&#233;ral et pour les travailleurs en particulier&#034; (Les questions de la r&#233;volution chinoise, p.46)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e de Tchang Ka&#239;-Chek est l'arm&#233;e des ouvriers et des paysans. Elle apporte la libert&#233; &#224; toute la population, &#034;aux ouvriers en particulier&#034;. Que faut-il pour la victoire de la r&#233;volution ? Tr&#232;s peu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La jeunesse &#233;tudiante, la jeunesse ouvri&#232;re, la jeunesse paysanne - c'est une force qui peut faire avancer la r&#233;volution avec des bottes de sept lieues, si elle reste subordonn&#233;e &#224; l'influence id&#233;ologique et politique du Kuomintang&#034; (ibid., p. 55)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on, la t&#226;che de l'I.C. ne consistait pas &#224; lib&#233;rer les ouvriers et les paysans de l'influence de la bourgeoisie, mais au contraire, les subordonner &#224; son influence. Ce fut &#233;crit dans les jours o&#249; Tchang Ka&#239;-Chek, arm&#233; par Staline, marchait &#224; la t&#234;te des ouvriers et paysans subordonn&#233;s, &#034;avec des bottes de sept lieues&#034;... vers le coup de Shangha&#239;. 3. Staline et Tchang Ka&#239;-Chek&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le coup de Canton, machin&#233; par Tchang Ka&#239;-Chek en mars 1926 et que notre presse passa sous silence, quand les communistes furent r&#233;duits &#224; de mis&#233;rables appendices du Kuomintang et sign&#232;rent m&#234;me un engagement de ne pas critiquer le sun-ya-ts&#233;nisme, Tchang Ka&#239;-Chek - d&#233;tail remarquable en v&#233;rit&#233; ! - insista pour que le Kuomintang soit accept&#233; dans l'I.C. : se pr&#233;parant au r&#244;le de bourreau, il voulait avoir la couverture du communisme mondial et.... l'obtint. Le Kuomintang dirig&#233; par Tchang Ka&#239;-Chek et Hu Hanmin fut accept&#233; dans I'I.C. (comme parti &#034;sympathisant&#034;). Tout en &#233;tant engag&#233; dans la pr&#233;paration d'un coup contre-r&#233;volutionnaire d&#233;cisif en avril 1927, Tchang Ka&#239;-Chek, en m&#234;me temps prit soin d'&#233;changer des portraits avec Staline. Le renforcement de ces liens d'amiti&#233;s fut pr&#233;par&#233; par le voyage de Boubnov, membre du Comit&#233; Central et un des agents de Staline, et sa visite &#224; Tchang Ka&#239;-Chek. Un autre &#034;d&#233;tail&#034; : le voyage de Boubnov &#224; Canton co&#239;ncida avec la coup d'Etat de mars de Tchang Ka&#239;-Chek. Alors Boubnov ? Il fit se soumettre et se tenir tranquilles les communistes chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le coup de Shangha&#239;, les bureaux de l'I.C., sur ordre de Staline, essay&#232;rent de nier que l'ex&#233;cuteur Tchang Ka&#239;-Chek &#233;tait encore membre de l'I.C. Ils avaient oubli&#233; le vote du Bureau Politique o&#249; tous, contre le vote d'un seul (Trotsky), approuv&#232;rent l'admission du Kuomintang dans l'I.C. avec voix consultative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils avaient oubli&#233; qu'au plenum du C.E.I.C. qui condamna l'Opposition de gauche, &#034;le camarade Shao Litzu&#034;, d&#233;l&#233;gu&#233; du Kuomintang, participa. Il dit entre autres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le camarade Tchang Ka&#239;-Chek, dans son discours aux membres du Kuomintang, a d&#233;clar&#233; que la r&#233;volution chinoise serait inconcevable si elle ne r&#233;glait pas correctement la question agraire, c'est-&#224;-dire la question paysanne. Ce que le Kuomintang veut, c'est que ne soit pas cr&#233;&#233;e apr&#232;s la r&#233;volution nationaliste en Chine, une r&#233;volution bourgeoise comme ce fut le cas en Occident, comme on le voit maintenant dans tous les pays sauf l'U.R.S.S. (...) Nous sommes tous convaincus que, sous la direction du parti communiste et de l'I.C., le Kuomintang remplira sa t&#226;che historique&#034; (Proc&#232;s-verbal de l'Ex&#233;cutif &#233;largi de l'I.C., &#233;d. allemande, 30 novembre 1926, pp. 303-304)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'il en &#233;tait au 7&#176; plenum &#224; l'automne 1926. Apr&#232;s que le membre de l'I.C., &#034;le camarade Tchang Ka&#239;-Chek&#034;, qui avait promis de r&#233;soudre toutes les t&#226;ches sous la direction de l'I.C., n'en ait r&#233;solu qu'une, pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;crasement sanglant de la r&#233;volution, le 8&#176; plenum d&#233;clara en mai 1927 dans la r&#233;solution sur la question chinoise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le C.E.I.C. affirme que les &#233;v&#233;nements justifient pleinement le pronostic du 7&#176; plenum&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justifient, et jusqu'au bout ! Si c'est de l'humour, il n'est en tout cas pas arbitraire. N'oublions pas cependant que cet humour est profond&#233;ment color&#233; de sang de Shangha&#239;. 4. La Strat&#233;gie de Lenine et celle de Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles &#233;taient les t&#226;ches fix&#233;es par Lenine &#224; l'I.C. en ce qui concerne les pays arri&#233;r&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La n&#233;cessit&#233; de lutter r&#233;solument contre la tendance &#224; parer des couleurs du communisme les courants de lib&#233;ration d&#233;mocratique bourgeois des pays arri&#233;r&#233;s&#034; (&#034;Ebauche des th&#232;ses sur la question nationale et coloniale&#034;, &#338;uvres, 31, p.151)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment en faisant cela que le Kuomintang, qui avait promis de ne pas &#233;tablir un r&#233;gime bourgeois en Chine, fut admis dans l'I.C. Lenine, on le comprend, reconnaissait la n&#233;cessit&#233; d'une alliance temporaire avec le mouvement d&#233;mocratique-bourgeois, mais il comprenait par l&#224;, bien entendu, non une alliance avec les partis bourgeois, dupant et trahissant la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire petite-bourgeoise (les paysans et les petites gens des villes), mais une alliance avec les organisations et groupes des masses elles-m&#234;mes - contre la bourgeoisie nationale. Sous quelle forme Lenine envisageait-il l'alliance avec la d&#233;mocratie bourgeoise des colonies ? A cela aussi il r&#233;pondait dans les th&#232;ses &#233;crites pour le 2&#176; congr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'Internationale Communiste doit conclure une alliance temporaire avec les d&#233;mocrates bourgeois des colonies et pays arri&#233;r&#233;s, mais pas fusionner avec eux, et maintenir fermement l'ind&#233;pendance du mouvement prol&#233;tarien, m&#234;me sous sa forme la plus embryonnaire&#034; (ibidem, p. 151).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble qu'en ex&#233;cutant la d&#233;cision du 2&#176; congr&#232;s, le parti communiste fut engag&#233; &#224; rejoindre le Kuomintang et le Kuomintang admis dans l'I.C. Tout ce qui est r&#233;sum&#233; plus haut est baptis&#233; l&#233;ninisme. 5. Le Gouvernement de Tchang Ka&#239;-Chek comme vivante r&#233;futation de l'Etat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les dirigeants du P.C.U.S. ont-ils appr&#233;ci&#233; le gouvernement de Tchang Ka&#239;-Chek un an apr&#232;s le premier coup de Canton (20 mars 1926) peut &#234;tre vu clairement d'apr&#232;s les discours publics des membres du Bureau Politique du parti. Voici ce que dit Kalinine en mars 1927 &#224; l'usine Gosznak de Moscou :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Toutes les classes de la Chine, &#224; commencer par le prol&#233;tariat, ha&#239;ssent les militaires comme les fantoches du capital &#233;tranger ; toutes les classes de Chine consid&#232;rent le gouvernement de Canton comme le gouvernement national de toute la Chine&#034;. (Izvestia, 6 mars 1927).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre membre du Bureau Politique, Roudzoutak, prit la parole quelques jours plus tard &#224; un rassemblement des travailleurs des autobus. Le compte rendu de la Pravda assure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Passant ensuite &#224; la situation en Chine, le camarade Roudzoutak a soulign&#233; que le gouvernement r&#233;volutionnaire avait derri&#232;re lui toutes les classes de Chine&#034; (Pravda, 9 mars 1927)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vorochilov a parl&#233; plus d'une fois dans le m&#234;me sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est r&#233;ellement en vain que Lenine avait d&#233;blay&#233; la th&#233;orie marxiste de l'Etat de la vermine petite-bourgeoise. Les &#233;pigones ont r&#233;ussi en tr&#232;s peu de temps &#224; la recouvrir de deux fois plus de d&#233;bris. Le 5 avril encore, Staline parlait &#224; la Salle des Colonnes pour d&#233;fendre le fait que les communistes restaient &#224; l'int&#233;rieur du parti de Tchang Ka&#239;-Chek et, pire encore, niait le danger de trahison de la part de son alli&#233;. &#034;Borodine est sur ses gardes&#034;. Le coup eut lieu exactement une semaine plus tard. 6. Comment eu lieu le coup de Shangha&#239;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous cet angle, nous avons le t&#233;moignage particuli&#232;rement pr&#233;cieux d'un t&#233;moin et participant, le stalinien Khitarov, qui arriva de Chine &#224; la veille du 15&#176; congr&#232;s et y apparut avec ses informations. Les points les plus importants de son r&#233;cit semblent avoir &#233;t&#233; supprim&#233;s par Staline du compte-rendu, avec le consentement de l'int&#233;ress&#233; : on ne peut pas rendre publique la v&#233;rit&#233; si elle d&#233;montre de fa&#231;on aussi &#233;crasante toutes les accusations de l'Opposition contre Staline. Donnons la parole &#224; Khitarov (16&#176; session du 15&#176; congr&#232;s du P.C.U.S., 11 d&#233;cembre 1927) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La premi&#232;re blessure sanglante a &#233;t&#233; inflig&#233;e &#224; la r&#233;volution chinoise &#224; Shangha&#239; par l'ex&#233;cution des ouvriers de Shangha&#239; les 11-12 avril. J'aimerais parler avec plus de d&#233;tails de ce coup parce que je sais que l'on n'en sait pas grand chose dans notre parti. A Shangha&#239;, il a exist&#233; pendant vingt-et-un jours ce qu'on appelait le Gouvernement du peuple dans lequel les communistes &#233;taient en majorit&#233;. On peut donc dire que pendant vingt-et-un jours, Shangha&#239; a eu un gouvernement communiste. Ce gouvernement communiste r&#233;v&#233;la cependant une inactivit&#233; totale en d&#233;pit du fait qu'on s'attendait tous les jours au coup de Tchang Ka&#239;-Chek. En premier lieu, le gouvernement communiste n'a pas commenc&#233; avant longtemps son travail avec l'excuse que d'un c&#244;t&#233;, la fraction bourgeoise du gouvernement ne voulait pas travailler et le sabotait, et ensuite parce que le gouvernement du Wuhan n'approuvait pas la composition du gouvernement de Shangha&#239;. De l'activit&#233; de ce gouvernement, on conna&#238;t trois d&#233;crets et l'un d'eux, en passant, parle de pr&#233;parer une r&#233;ception triomphale pour Tchang Ka&#239;-Chek dont on attendait l'arriv&#233;e &#224; Shangha&#239;. A Shangha&#239;, &#224; ce moment-l&#224;, les relations entre l'arm&#233;e et les ouvriers se tendirent. On sait par exemple que l'arm&#233;e attira d&#233;lib&#233;r&#233;ment les ouvriers au massacre. Pendant plusieurs jours, l'arm&#233;e s'arr&#234;ta aux portes de Shangha&#239; et ne voulut pas entrer dans la ville parce qu'elle savait que les ouvriers y combattaient les gens du Chantung et qu'elle voulait saigner les ouvriers dans cette lutte. Elle entrerait plus tard. Ensuite, l'arm&#233;e entra &#224; Shangha&#239;. Mais il y avait parmi ces troupes une division qui sympathisait avec les ouvriers - la premi&#232;re division de l'arm&#233;e de Canton. Son chef Xue Yue, &#233;tait en disgr&#226;ce aupr&#232;s de Tchang Ka&#239;-Chek qui connaissait ses sympathies pour le mouvement de masses, puisqu'il sortait lui-m&#234;me de ses rangs. Il f&#251;t d'abord commandant de compagnie puis de division. Xue Yue vint voir les camarades &#224; Shangha&#239; et leur dit qu'il y avait un coup militaire en pr&#233;paration, que Tchang Ka&#239;-Chek l'avait convoqu&#233; au Quartier G&#233;n&#233;ral, qu'il l'avait re&#231;u avec une froideur inhabituelle et que lui, Xue Yue n'y retournerait pas, craignant un pi&#232;ge. Tchang Ka&#239;-Chek proposa &#224; Xue Yue de quitter la ville avec sa division et d'aller au front ; et lui, Xue Yue proposa au Comit&#233; Central de lui donner son accord pour ne pas ob&#233;ir &#224; l'ordre de Tchang Ka&#239;-Chek. Il &#233;tait pr&#234;t &#224; rester &#224; Shangha&#239; et &#224; combattre aux c&#244;t&#233;s des ouvriers de Shangha&#239; contre le coup militaire en pr&#233;paration. A tout cela, nos dirigeants responsables du parti communiste chinois, y compris Tchen Du-Siu, r&#233;pondirent qu'ils &#233;taient inform&#233;s de la pr&#233;paration de ce coup, mais qu'ils ne voulaient pas un conflit pr&#233;matur&#233; avec Tchang Ka&#239;-Chek. La l&#176; division fut envoy&#233;e hors de la ville et celle-ci occup&#233;e par la le division de Pa&#239; Chungxi ; deux jours plus tard, les ouvriers de Shangha&#239; &#233;taient massacr&#233;s&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ce r&#233;cit r&#233;ellement bouleversant a-t-il &#233;t&#233; retir&#233; du compte rendu (p. 32) ? Parce qu'il ne s'agissait pas du tout du P.C. chinois, mais du Bureau Politique du P.C.U.S. Le 2 mai 1927, Staline parlait au plenum du C.E.I.C. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'Opposition est m&#233;contente parce que les ouvriers de Shangha&#239; ne sont pas encore entr&#233;s dans une bataille d&#233;cisive contre les imp&#233;rialistes et leurs mercenaires. Mais ils ne comprennent pas que la r&#233;volution en Chine ne peut pas se d&#233;velopper sur un rythme rapide. Ils ne comprennent pas qu'on ne peut prendre une d&#233;cision d'engager une lutte d&#233;cisive dans des conditions d&#233;favorables. L'Opposition ne comprend pas que de ne pas &#233;viter une lutte d&#233;cisive dans des conditions d&#233;favorables, (quand on peut l'&#233;viter), signifie faciliter le travail des ennemis de la r&#233;volution&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partie du discours de Staline est intitul&#233;e &#034;Les Erreurs de l'Opposition&#034;. Dans la trag&#233;die de Shangha&#239;, Staline a trouv&#233; des erreurs... de l'Opposition. En r&#233;alit&#233;, l'Opposition ne connaissait pas encore &#224; cette &#233;poque les circonstances concr&#232;tes de la situation &#224; Shangha&#239;, c'est-&#224;-dire qu'elle ne savait pas &#224; quel point la situation &#233;tait bien plus favorable aux ouvriers fin mars-d&#233;but avril, en d&#233;pit de toutes les fautes et de tous les crimes de la direction de l'I.C. M&#234;me &#224; travers l'histoire d&#233;lib&#233;r&#233;ment cach&#233;e de Khitarov, il est clair qu'on aurait pu sauver la situation m&#234;me &#224; ce moment-l&#224;. Les ouvriers de Shangha&#239; sont au pouvoir. Ils sont partiellement arm&#233;s. Il y a la possibilit&#233; de les armer beaucoup plus. L'arm&#233;e de Tchang Ka&#239;-Chek n'est pas s&#251;re. Dans certaines unit&#233;s, m&#234;me le commandement est du c&#244;t&#233; des ouvriers. Mais tout et tous sont paralys&#233;s au sommet. Il ne faut pas pr&#233;parer une lutte d&#233;cisive contre Tchang Ka&#239;-Chek, mais sa r&#233;ception triomphale. Parce que Staline a donn&#233; de Moscou ses instructions cat&#233;goriques : non seulement ne pas r&#233;sister &#224; l'alli&#233; Tchang Ka&#239;-Chek, mais au contraire montrer votre loyaut&#233; &#224; son &#233;gard. Comment ? Couchez-vous et faites le mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plenum du C.E.I.C. de mai, Staline a d&#233;fendu encore sur le terrain technique, tactique, cette terrible reddition de positions sans combat, qui a conduit &#224; l'&#233;crasement du prol&#233;tariat dans la r&#233;volution. Une demi-ann&#233;e plus tard, au 15&#176; congr&#232;s du P.C.U.S., Staline gardait d&#233;j&#224; le silence. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s du congr&#232;s ont prolong&#233; le temps de parole de Khitarov pour lui permettre de finir son r&#233;cit, qui les prenait, m&#234;me eux. Mais Staline a trouv&#233; une fa&#231;on tr&#232;s simple de s'en sortir en supprimant du compte-rendu le r&#233;cit de Khitarov. Nous publions ici pour la premi&#232;re fois ce r&#233;cit historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre une circonstance int&#233;ressante : tout en embrouillant le cours des &#233;v&#233;nements autant que possible et en dissimulant le seul v&#233;ritable coupable, Khitarov d&#233;signe comme unique responsable Chen Du-Siu que les staliniens avaient jusque l&#224; d&#233;fendu par tous les moyens contre l'Opposition parce qu'il n'avait fait qu'ex&#233;cuter leurs instructions. Mais &#224; cette &#233;poque, il &#233;tait d&#233;j&#224; devenu clair que le camarade Tchen Du-Siu n'accepterait pas de jouer le r&#244;le de bouc &#233;missaire silencieux, qu'il voulait ouvertement analyser les raisons de cette catastrophe. Tous les chiens de l'I.C. ont &#233;t&#233; l&#226;ch&#233;s sur lui, non pour des erreurs fatales &#224; la r&#233;volution, mais parce qu'il refusait de duper les ouvriers et de servir de couverture &#224; Staline. 7. Les organisateurs de &#034;I'infusion de sang ouvrier et paysan&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organe dirigeant de I'I.C. &#233;crivait le 18 mars 1927, environ trois semaines avant le coup de Shangha&#239; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La direction du Kuomintang souffre &#224; pr&#233;sent d'un manque de sang ouvrier et paysan r&#233;volutionnaire. Le parti communiste chinois doit aider &#224; lui en infuser et alors la situation changera radicalement&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel jeu de mot proph&#233;tique ! Le Kuomintang a besoin de &#034;sang ouvrier et paysan&#034;. L'aide a &#233;t&#233; pleinement assur&#233;e : en avril-mai, Tchang Ka&#239;-Chek et Wang Jing-We&#239; ont re&#231;u une &#034;infusion&#034; suffisante de sang ouvrier et paysan !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le chapitre Tchang Ka&#239;-Chek de la politique de Staline, le 8&#176; plenum (mai 1927) d&#233;clarait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le C.E.I.C. consid&#232;re que la tactique du bloc avec la bourgeoisie nationale dans la p&#233;riode de d&#233;clin actuel de la r&#233;volution &#233;tait tout &#224; fait correcte. L'Exp&#233;dition du Nord &#224; elle seule justifie historiquement cette tactique&#034; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comment !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; Staline tout entier. L'Exp&#233;dition du Nord qui soit dit en passant s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre une exp&#233;dition contre le prol&#233;tariat, sert de justification &#224; son amiti&#233; avec Tchang Ka&#239;-Chek. Le C.E.I.C. a fait tout ce qu'il pouvait pour qu'on ne puisse tirer les le&#231;ons du bain de sang des ouvriers chinois. 8. Staline r&#233;p&#232;te son exp&#233;rience avec le Kuomintang &#034;de gauche&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin, le point remarquable suivant du discours de Khitarov a &#233;t&#233; &#233;galement &#233;t&#233; coup&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Apr&#232;s le coup de Shangha&#239;, il est devenu clair pour tous qu'une nouvelle &#233;poque commence dans la r&#233;volution chinoise ; la bourgeoisie recule et abandonne la r&#233;volution. Cela a &#233;t&#233; reconnu et aussit&#244;t dit. Mais on a perdu de vue une chose, c'est que, pendant que la bourgeoisie abandonnait la r&#233;volution, le gouvernement de Wuhan ne pensait m&#234;me pas &#224; abandonner la bourgeoisie. Malheureusement la majorit&#233; de nos camarades ne l'a pas compris : ils avaient des illusions sur le gouvernement de Wuhan. Ils consid&#233;raient le gouvernement de Wuhan presque comme une image, un prototype de la dictature d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la paysannerie (omission p. 33). Apr&#232;s le coup de Wuhan, il est devenu clair que la bourgeoisie battait en retraite&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait ridicule si ce n'&#233;tait pas si tragique. Apr&#232;s que Tchang Ka&#239;-Chek ait tu&#233; la r&#233;volution en affrontant les ouvriers d&#233;sarm&#233;s par Staline, les p&#233;n&#233;trants &#034;strat&#232;ges&#034; ont fini par &#034;comprendre&#034; que la bourgeoisie &#034;battait en retraite&#034;. Mais, ayant reconnu que son ami Tchang Ka&#239;-Chek battait en retraite, Staline a ordonn&#233; aux communistes chinois de se subordonner au m&#234;me gouvernement de Wuhan qui selon les informations de Khitarov au 15&#176; congr&#232;s &#034;ne pensait m&#234;me pas &#224; abandonner la bourgeoisie&#034;. Malheureusement, &#034;nos camarades ne l'ont pas compris&#034;. Quels camarades ? Borodine, qui &#233;tait pendu aux t&#233;l&#233;grammes de Staline ? Khitarov ne donne aucun nom. La r&#233;volution chinoise lui est ch&#232;re, mais lui est plus cher encore. Ecoutons pourtant Staline :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le coup de Tchang Ka&#239;-Chek signifie qu'il va y avoir maintenant deux camps, deux gouvernements, deux arm&#233;es, deux centres dans le Sud : un centre r&#233;volutionnaire &#224; Wuhan et un centre contre-r&#233;volutionnaire &#224; Nankin&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'endroit o&#249; est situ&#233; le centre de la r&#233;volution est-il clair ? A Wuhan !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Cela signifie que le Kuomintang r&#233;volutionnaire, &#224; Wuhan, menant une lutte d&#233;cisive contre le militarisme et l'imp&#233;rialisme, va en r&#233;alit&#233; se transformer en un organe de la dictature d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire de prol&#233;tariat et de la paysannerie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons enfin maintenant &#224; quoi ressemble la dictature d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il en d&#233;coule que la politique d'&#233;troite collaboration des gauches et des communistes &#224; l'int&#233;rieur du Kuomintang acquiert une force particuli&#232;re et une signification particuli&#232;re &#224; l'&#233;tape pr&#233;sente que, sans une telle collaboration, la victoire de la r&#233;volution est impossible&#034; (Questions de la r&#233;volution chinoise, pp.125 &#224; 127)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans la collaboration des bandits contre-r&#233;volutionnaires du Kuomintang &#034;de gauche&#034;, la &#034;victoire de la r&#233;volution est impossible&#034; ! C'est ainsi que Staline, pas apr&#232;s pas, &#224; Canton, Shangha&#239;, Hankou, a assur&#233; la victoire de la r&#233;volution. 9. Contre l'Opposition, pour le Kuomintang !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment l'I.C. a-t-elle consid&#233;r&#233; le Kuomintang de gauche ? Le 8&#176; plenum du C.E.I.C. a donn&#233; une r&#233;ponse claire &#224; cette question dans sa lutte contre l'Opposition :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le C.E.I.C. rejette avec la plus grande d&#233;termination la revendication de quitter le Kuomintang (...) Le Kuomintang en Chine est pr&#233;cis&#233;ment la forme sp&#233;cifique d'organisation dans laquelle le prol&#233;tariat collabore directement avec la petite bourgeoisie et la paysannerie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette mani&#232;re, le C.E.I.C. a tr&#232;s correctement vu dans le Kuomintang la r&#233;alisation stalinienne de l'id&#233;e des partis &#034;biclassistes ouvriers et paysans&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raf&#232;s, qui n'est pas un inconnu, puisqu'il fut d'abord ministre de Petlioura et ensuite appliqua en Chine les instructions de Staline, &#233;crivait en mai 1927 dans l'organe th&#233;orique du P.C.U.S. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nos oppositionnels russes, on le sait, consid&#232;rent aussi comme n&#233;cessaire que les communistes quittent le Kuomintang. Une d&#233;fense consistante de ce point de vue conduirait les adh&#233;rents de cette politique &#224; quitter le Kuomintang pour la fameuse formule proclam&#233;e par le camarade Trotsky en 1917 : &#034;Pas de tsar, mais un gouvernement ouvrier !&#034;, qui, pour la Chine, aurait pu changer de forme : &#034;Pas de militaristes, mais un gouvernement ouvrier !&#034;. Nous n'avons pas de raison d'&#233;couter des d&#233;fenseurs aussi consistants de l'id&#233;e de quitter le Kuomintang&#034; (Proletarska&#239;a Revolutsia, p.54)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d'ordre de Staline-Raf&#232;s &#233;tait &#034;Sans les ouvriers, mais avec Tchang Ka&#239;-Chek !&#034;,&#034;Sans les paysans, mais avec Wang Jing-We&#239; !&#034;, &#034;Contre l'Opposition, mais avec le Kuomintang !&#034;. 10. Staline d&#233;sarme de nouveau les ouvriers et paysans chinois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle fut la politique de la direction pendant la p&#233;riode du gouvernement de Wuhan de la r&#233;volution ? Ecoutons le stalinien Khitarov sur cette question. Voil&#224; ce qu'on peut lire dans le compte rendu du 15&#176; congr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Quelle &#233;tait la politique du C.C. du parti communiste &#224; cette &#233;poque, pendant toute cette p&#233;riode ? Cette politique &#233;tait men&#233;e sous le mot d'ordre de retraite ( ... )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le mot d'ordre de retraite - dans la p&#233;riode r&#233;volutionnaire, au moment des plus grandes tensions des luttes r&#233;volutionnaires - le parti communiste continue son travail et rend une position apr&#232;s l'autre sans combat. A ce type de redditions appartiennent l'accord pour subordonner tous les syndicats, toutes les unions paysannes et autres organisations r&#233;volutionnaires au Kuomintang, le rejet de l'action ind&#233;pendante sans la permission du C.C. du Kuomintang, la d&#233;cision de d&#233;sarmer volontairement les piquets ouvriers &#224; Hankou, la dissolution des organisations de pionniers &#224; Wuhan, l'&#233;crasement de fait de toutes les unions paysannes sur le territoire du gouvernement national, etc. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;peint ici tout &#224; fait franchement la politique du parti communiste chinois dont la direction aide en r&#233;alit&#233; la bourgeoisie &#034;nationale&#034; &#224; &#233;craser le soul&#232;vement populaire et an&#233;antir les meilleurs combattants du prol&#233;tariat et de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette franchise est ici une tra&#238;trise : la citation ci-dessus a &#233;t&#233; imprim&#233;e dans le compte rendu apr&#232;s une omission signal&#233;e ici par (...). Voici ce que dit ce passage dissimul&#233; par Staline :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En m&#234;me temps, quelques camarades responsables, chinois et non-chinois, invent&#232;rent le pr&#233;tendue th&#233;orie de la retraite. Ils d&#233;clar&#232;rent : la r&#233;action progresse contre nous de tous c&#244;t&#233;s. Il nous faut donc tout de suite battre en retraite en bon ordre pour pr&#233;server les possibilit&#233;s d'un travail l&#233;gal et, si nous battons en retraite, nous y arriverons, mais, si nous nous d&#233;fendons ou essayons d'avancer, nous perdrons tout&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment en ces jours (fin mai 1927) o&#249; la contre-r&#233;volution de Wuhan commen&#231;ait &#224; &#233;craser les ouvriers et paysans devant le Kuomintang de gauche, que Staline d&#233;clare au plenum du C.E.I.C., le 24 mai 1927 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La r&#233;volution agraire est la base et le contenu de la r&#233;volution d&#233;mocratique-bourgeoise en Chine. Le Kuomintang &#224; Hankou et le gouvernement de Hankou sont le centre du mouvement r&#233;volutionnaire bourgeois-d&#233;mocratique&#034; (Compte-rendu, &#233;d. allemande, p.71 )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A une question &#233;crite d'un ouvrier demandant pourquoi il n'y avait pas eu de soviets form&#233;s &#224; Wuhan, Staline r&#233;pondait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il est clair que quiconque appelle maintenant &#224; la cr&#233;ation imm&#233;diate de soviets de d&#233;put&#233;s dans ce district, essaie de sauter (!) par-dessus la phase Kuomintang de la r&#233;volution chinoise et risque de mettre celle-ci dans une position tr&#232;s difficile&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment : dans une position &#034;tr&#232;s difficile&#034; ! Le 13 mai 1927, dans une conversation avec des &#233;tudiants, Staline d&#233;clarait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Faudrait-il en g&#233;n&#233;ral cr&#233;er en Chine des soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers et paysans ? Il faudra les cr&#233;er apr&#232;s le renforcement de gouvernement r&#233;volutionnaire de Wuhan, apr&#232;s le d&#233;veloppement de la r&#233;volution agraire, dans la transformation de la r&#233;volution agraire, la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise en r&#233;volution du prol&#233;tariat&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette mani&#232;re, Staline ne jugeait pas possible de renforcer la position des ouvriers et des paysans &#224; travers des soviets, tant que les positions du gouvernement de Wuhan, de la bourgeoisie contre-r&#233;volutionnaire n'&#233;taient pas renforc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant r&#233;f&#233;rence aux fameuses th&#232;ses de Staline justifiant sa politique de Wuhan, l'organe des mencheviks russes &#233;crivait &#224; cette &#233;poque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On trouve vraiment peu &#224; dire contre l'essence de la ligne trac&#233;e ici. Autant que possible, rester dans le Kuomintang, se cramponner le plus longtemps possible &#224; son aile gauche et au gouvernement de Wuhan, &#034;&#233;viter une lutte d&#233;cisive dans des conditions d&#233;favorables&#034; ; ne pas lancer le mot d'ordre de &#034;Tout le pouvoir aux soviets !&#034; pour ne pas &#034;donner de nouvelles armes aux ennemis du peuple chinois pour leur lutte contre la r&#233;volution, pour cr&#233;er de nouvelles l&#233;gendes qu'il ne s'agit pas en Chine d'une r&#233;volution nationale, mais de la transplantation artificielle de la sovi&#233;tisation par Moscou&#034; - qu'est-ce qui pourrait en r&#233;alit&#233; &#234;tre plus sens&#233; ?&#034; (Sotsialistitcheski Vestnik, n&#176; 9 (151), p.1 ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa part, le 8&#176; plenum du C.E.I.C. qui si&#233;geait &#224; la fin de mai 1927, c'est-&#224;-dire &#224; un moment o&#249; l'&#233;crasement des organisations des ouvriers et des paysans &#224; Wuhan avait d&#233;j&#224; commenc&#233;, adopta la d&#233;cision suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le C.E.I.C. appelle avec insistance l'attention du parti communiste chinois sur la n&#233;cessit&#233; de prendre toutes les mesures possibles pour le renforcement et le d&#233;veloppement de toutes les organisations de masse des ouvriers et des paysans (...) dans toutes ces organisations, il faut faire une agitation pour entrer dans le Kuomintang, le transformer en une puissante organisation de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise r&#233;volutionnaire et de la classe ouvri&#232;re&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Entrer dans le Kuomintang&#034; signifie aller volontairement au massacre, La sanglante le&#231;on de Shangha&#239; est pass&#233;e sans laisser de trace. Les communistes, comme auparavant, ont &#233;t&#233; transform&#233;s en p&#226;tres des troupeaux pour le parti des bourreaux bourgeois (le Kuomintang) en fournisseurs de &#034;sang ouvrier et paysan&#034; pour Wang Jing-We&#239; et compagnie. 11. L'exp&#233;rience stalinienne du minist&#233;rialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'exp&#233;rience de la Kerenskyade russe et la protestation de l'Opposition de gauche, Staline a termin&#233; sa politique Kuomintang par une exp&#233;rience de minist&#233;rialisme : deux communistes sont entr&#233;s dans le gouvernement bourgeois en qualit&#233; de ministres du travail et de l'agriculture - postes classiques des otages ! - sous les instructions directes de l'I.C. pour paralyser la lutte de classes, avec l'objectif de pr&#233;server le front unique. Ces directives ont &#233;t&#233; constamment donn&#233;es par t&#233;l&#233;gramme de Moscou depuis ao&#251;t 1927.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoutons comment Khitarov a d&#233;peint le &#034;minist&#233;rialisme&#034; communiste pratiqu&#233; avant l'audition des d&#233;l&#233;gu&#233;s au 15&#176; congr&#232;s du P.C.U.S. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Vous savez qu'il y avait deux ministres communistes dans le gouvernement&#034;, dit Khitarov. Le reste de ce passage est ray&#233; du proc&#232;s-verbal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ensuite, ils (les ministres communistes) ont cess&#233; de venir &#224; leurs minist&#232;res, d'y appara&#238;tre en personne et se sont faits remplacer par une centaine de fonctionnaires. Sous leur activit&#233;, il n'a pas &#233;t&#233; promulgu&#233; une seule loi favorable aux ouvriers et aux paysans. Cette activit&#233; r&#233;pr&#233;hensible a pris fin de fa&#231;on plus r&#233;pr&#233;hensible encore, honteuse. Les ministres ont dit que l'un d'eux &#233;tait malade et que l'autre voulait aller &#224; l'&#233;tranger, etc. et ils ont demand&#233; &#224; &#234;tre remplac&#233;s. Ils n'ont pas d&#233;missionn&#233; avec une d&#233;claration politique dans laquelle ils auraient d&#233;clar&#233; : vous &#234;tes des contre-r&#233;volutionnaires, vous &#234;tes des tra&#238;tres, nous ne marchons plus avec vous. Non, ils ont d&#233;clar&#233; que l'un d'eux &#233;tait malade. En outre, Tan Pingshan a &#233;crit qu'il ne pouvait faire face &#224; l'ampleur du mouvement paysan. Qui donc le peut ? C'est clair, les militaires et personne d'autre. C'&#233;tait une l&#233;galisation ouverte de la suppression rigoureuse du mouvement paysan men&#233;e par le gouvernement de Wuhan&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; quoi ressemblait la participation des communistes &#224; la &#034;dictature d&#233;mocratique&#034; des ouvriers et des paysans. En d&#233;cembre 1927, quand les discours et articles de Staline &#233;taient encore frais dans les esprits de tous, le r&#233;cit de Khitarov ne pouvait pas &#234;tre reproduit, m&#234;me si ce dernier - jeune, mais pr&#233;coce &#224; la recherche de son propre bien-&#234;tre -, n'a pas dit un mot sur les dirigeants de Moscou du minist&#233;rialisme chinois et a m&#234;me fait r&#233;f&#233;rence &#224; Borodine seulement comme &#034;un certain camarade non-chinois&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tan Pingshan s'est plaint - et Khitarov a hypocritement rag&#233; - qu'il ne pouvait venir &#224; bout du mouvement paysan. Mais Khitarov ne pouvait pas ne pas savoir que c'&#233;tait exactement la t&#226;che que Staline avait assign&#233;e &#224; Tan Pingshan. Tan Pingshan vint &#224; Moscou &#224; la fin de 1926 chercher des instructions et rendit compte au plenum du C.E.I.C. de la fa&#231;on dont il &#233;tait venu &#224; bout des &#034;trotskystes&#034;, c'est-&#224;-dire des communistes qui voulaient quitter le Kuomintang pour organiser les ouvriers et les paysans. Staline envoyait &#224; Tan Pingshan des instructions t&#233;l&#233;graphiques pour r&#233;primer le mouvement paysan pour ne pas heurter Tchang Ka&#239;-Chek et l'Etat-major militaire bourgeois. En m&#234;me temps, Staline accusait l'Opposition de... sous-estimer la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8&#176; plenum a m&#234;me adopt&#233; une sp&#233;ciale &#034;r&#233;solution sur les interventions des camarades Trotsky et Vuyovic &#224; la session pl&#233;ni&#232;re du C.E.I.C.&#034;. Elle dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le camarade Trotsky (...) a demand&#233; &#224; la session pl&#233;ni&#232;re l'&#233;tablissement de la dualit&#233; de pouvoirs sous la forme de soviets et l'adoption imm&#233;diate d'une ligne pour le renversement du gouvernement du Kuomintang de gauche. Cette revendication apparemment (!) ultra-gauche (! !) mais en r&#233;alit&#233; opportuniste (! !!) n'est rien qu'une r&#233;p&#233;tition de la vieille position trotskyste consistant &#224; sauter par-dessus la phase petite-bourgeoise, paysanne, de la R&#233;volution&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ici dans toute sa nudit&#233; l'essence de la lutte contre le trotskysme : la d&#233;fense de la bourgeoisie contre la r&#233;volution des ouvriers et des paysans. 12. Dirigeants et masses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les organisations de la classe ouvri&#232;re ont &#233;t&#233; utilis&#233;es par les &#034;dirigeants&#034; pour freiner, r&#233;primer, paralyser la lutte des masses r&#233;volutionnaires. Voici ce que racontait Khitarov :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le congr&#232;s des syndicats fut report&#233; jour apr&#232;s jour et quand il fut finalement r&#233;uni, aucune tentative ne fut faite pour l'utiliser afin d'organiser la r&#233;sistance. Au contraire, le dernier jour du congr&#232;s, il fut d&#233;cid&#233; d'organiser une manifestation avant la construction du gouvernement national avec l'objectif d'exprimer leurs sentiments de loyaut&#233; au gouvernement. Lozovsky : Je leur ai fait peur avec mon discours&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lozovsky n'avait pas honte &#224; ce moment de se mettre en avant. &#034;Faisant peur&#034; aux m&#234;mes syndicalistes chinois qu'il avait induits en confusion, avec des phrases courageuses, Lozovsky r&#233;ussit sur place en Chine, &#224; ne rien voir, ne rien comprendre, ne rien pr&#233;voir. Retour de Chine, ce dirigeant &#233;crivit : &#034;Le prol&#233;tariat est devenu la force dominante pour l'&#233;mancipation nationale de la Chine&#034; (Workers' China, p.6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'on disait d'un prol&#233;tariat dont la t&#234;te &#233;tait en train d'&#234;tre &#233;cras&#233;e dans les menottes de fer de Tchang Ka&#239;-Chek. C'est ainsi que le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'Internationale Syndicale Rouge trompait les ouvriers du monde entier. Et apr&#232;s l'&#233;crasement des ouvriers chinois (avec l'aide de toutes sortes de &#034;secr&#233;taires g&#233;n&#233;raux&#034;), Lozovsky tourne en ridicule les syndicalistes chinois. Ces &#034;couards&#034; ont &#233;t&#233; &#034;effray&#233;s&#034; par les intr&#233;pides discours du tr&#232;s intr&#233;pide Lozovsky. Dans ce petit &#233;pisode on trouve l'art des actuels &#034;dirigeants&#034;, tout leur m&#233;canisme, toute leur morale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance du mouvement r&#233;volutionnaire des masses populaires &#233;tait r&#233;ellement incomparable. Nous avons vu qu'en d&#233;pit de trois ann&#233;es d'erreurs, la situation aurait pu &#234;tre sauv&#233;e &#224; Shangha&#239; si l'on y avait re&#231;u Tchang Ka&#239;-Chek non comme un lib&#233;rateur, mais comme un ennemi mortel. Mieux, m&#234;me apr&#232;s le coup de Shangha&#239;, les communistes auraient pu se renforcer dans les provinces. Mais ils avaient l'ordre de se soumettre au Kuomintang de &#034;gauche&#034;. Khitarov donne une description d'un des &#233;pisodes les plus &#233;clairants de la deuxi&#232;me contre-r&#233;volution effectu&#233;e par le Kuomintang de gauche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le coup s'est produit &#224; Wuhan le 21-22 mai. Il s'est produit dans des circonstances simplement incroyables. A Shangha&#239;, l'arm&#233;e consistait en 1700 soldats et les paysans formaient la majorit&#233; des d&#233;tachements arm&#233;s, rassembl&#233;s autour de Changsha eu nombre de 20 000 environ. En d&#233;pit de cela, le commandement militaire r&#233;ussit &#224; s'emparer du pouvoir en tirant sur tous les paysans actifs, en dispersant toutes les organisations r&#233;volutionnaires, et en &#233;tablissant sa dictature seulement du fait de la politique couarde, irr&#233;solue, conciliatrice, des dirigeants de Changsha et Wuhan. Quand les paysans apprirent le coup de Changsha, ils commenc&#232;rent &#224; se pr&#233;parer pour se r&#233;unir autour de Changsha pour marcher sur elle. La marche fut fix&#233;e au 21. Les paysans commenc&#232;rent &#224; d&#233;verser en sa direction leurs d&#233;tachements toujours plus nombreux. Il &#233;tait clair qu'ils allaient prendre la ville sans difficult&#233;. Mais &#224; ce moment arriva une lettre du Comit&#233; Central du parti communiste chinois dans laquelle Tchen Du-Siu &#233;crivait qu'ils devraient &#233;viter un conflit ouvert et transf&#233;rer la question &#224; Wuhan. Sur la base de cette lettre, le comit&#233; de district envoya aux d&#233;tachements paysans un ordre de reculer et de ne plus avancer ; mais il n'atteignit pas deux d&#233;tachements. Ils march&#232;rent sur Wuhan et furent an&#233;antis par les soldats&#034; (Compte-rendu, p.34)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est approximativement ainsi que les choses se sont pass&#233;es dans les autres provinces. Sous la direction de Borodine - &#034;Borodine est sur ses gardes&#034; - les communistes chinois ont ex&#233;cut&#233; tr&#232;s scrupuleusement les instructions de Staline de ne pas rompre avec le Kuomintang dirigeant choisi de la r&#233;volution d&#233;mocratique. La capitulation de Changsha a eu lieu le 31 mai, soit quelques jours apr&#232;s le 8&#176; plenum du C.E.I.C. et en totale conformit&#233; avec ses d&#233;cisions. Les dirigeants ont en r&#233;alit&#233; tout fait pour d&#233;truire la cause des masses ! Dans le m&#234;me discours, Khitarov d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;J'estime de mon devoir de d&#233;clarer qu'en d&#233;pit du fait que le P.C. chinois a pendant longtemps commis des erreurs opportunistes inou&#239;es (...) nous ne devons cependant pas bl&#226;mer pour elles les masses du parti (...) J'ai la conviction profonde, car j'ai vu beaucoup de sections de l'I.C. qu'il n'existe pas d'autre section aussi d&#233;vou&#233;e &#224; la cause du communisme, aussi courageuse dans son combat pour notre cause que les communistes chinois. Il n'existe pas de communistes aussi courageux que les camarades communistes&#034; (ibid., p.36)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incontestablement, les ouvriers et paysans r&#233;volutionnaires chinois ont r&#233;v&#233;l&#233; un exceptionnel esprit de sacrifice dans la lutte. Ils ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;s en m&#234;me temps que la r&#233;volution par la direction opportuniste. Pas celui qui si&#233;geait &#224; Canton, Shangha&#239; et Wuhan, par celui qui commandait &#224; Moscou. Tel sera le verdict de l'histoire ! 13. Le soul&#232;vement de Canton&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 ao&#251;t 1927, la conf&#233;rence extraordinaire du P.C. chinois a condamn&#233;, conform&#233;ment aux instructions ant&#233;rieures de Moscou, la politique opportuniste de sa direction, c'est-&#224;-dire tout le pass&#233;, et d&#233;cid&#233; de pr&#233;parer une insurrection arm&#233;e. Les &#233;missaires de Staline avaient pour t&#226;che de pr&#233;parer une insurrection arm&#233;e &#224; Canton programm&#233;e au moment du 15&#176; congr&#232;s du P.C.U.S., afin de dissimuler l'extermination physique de l'Opposition russe sous le triomphe politique de Staline en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la vague d&#233;clinante, alors que la d&#233;pression pr&#233;valait encore dans les masses urbaines, le soul&#232;vement &#034;sovi&#233;tique&#034; de Canton a &#233;t&#233; h&#226;tivement organis&#233;, h&#233;ro&#239;que par la conduite des ouvriers, criminel par l'aventurisme de la direction. La nouvelle d'un nouvel &#233;crasement &#224; Canton arriva exactement au moment du 15&#176; congr&#232;s. De cette fa&#231;on, Staline &#233;crasa les bolcheviks-l&#233;ninistes exactement au moment o&#249; son alli&#233; d'hier, Tchang Ka&#239;-Chek, &#233;crasait les communistes chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait dresser un nouveau bilan, c'est-&#224;-dire rejeter une fois de plus la responsabilit&#233; sur les ex&#233;cutants. Le 7 f&#233;vrier 1928, la Pravda &#233;crivait : &#034;Les arm&#233;es provinciales ont combattu toutes ensemble contre Canton la rouge et c'est la plus grande et la plus ancienne faiblesse du P.C.C., un travail politique tout &#224; fait insuffisant pour &#034;la d&#233;composition des arm&#233;es r&#233;actionnaires&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La plus ancienne faiblesse&#034; !. Est-ce que cela veut dire que le P.C. avait pour t&#226;che de d&#233;composer les arm&#233;es du Kuomintang ? Depuis quand ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 f&#233;vrier 1927, un mois et demi avant l'&#233;crasement de Shangha&#239;, l'organe central de l'I.C. &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le P C chinois et les ouvriers chinois conscients ne doivent en aucune circonstance suivre une tactique qui d&#233;sorganiserait les arm&#233;es r&#233;volutionnaires, pr&#233;cis&#233;ment parce que l'influence de la bourgeoisie y est dans une certaine mesure forte&#034; (Die Kommunistische Internationale, 25 f&#233;vrier 1927, p.19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici ce que Staline dit - et r&#233;p&#233;ta &#224; chaque occasion - au plenum du C.E.I.C. le 24 mai 1927 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce n'est pas le peuple d&#233;sarm&#233; qui se dresse contre les arm&#233;es d'Ancien R&#233;gime en Chine, mais un peuple arm&#233; sous la forme de l'Arm&#233;e r&#233;volutionnaire. En Chine, une r&#233;volution arm&#233;e combat la contre-r&#233;volution arm&#233;e&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;t&#233; et &#224; l'automne de 1927, les arm&#233;es du Kuomintang &#233;taient d&#233;crites comme un peule en armes. Mais quand ces arm&#233;es ont &#233;cras&#233; l'insurrection de Canton, la Pravda d&#233;clara que la &#034;plus ancienne (!) faiblesse&#034; des communistes chinois &#233;tait leur incapacit&#233; &#224; d&#233;composer les &#034;arm&#233;es r&#233;actionnaires&#034;, celles-l&#224; m&#234;me qui &#233;taient proclam&#233;es &#034;peuple r&#233;volutionnaire&#034; la veille seulement de Canton !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Honteux saltimbanques ! A-t-on jamais vu chose semblable parmi les vrais r&#233;volutionnaires ? 14. La p&#233;riode du putschisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9&#176; plenum du C.E.I.C. s'est r&#233;uni en f&#233;vrier 1928, moins de deux mois apr&#232;s l'insurrection de Canton. Comment a-t-il estim&#233; l&#224; situation ? Voil&#224; les termes exacts de la r&#233;solution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le C.E.I.C. fait un devoir &#224; toutes les sections de combattre les calomnies des social-d&#233;mocrates et des trotskystes qui affirment que la r&#233;volution chinoise a &#233;t&#233; liquid&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel subterfuge de trahison, et en m&#234;me temps mis&#233;rable ! La social-d&#233;mocratie consid&#232;re en r&#233;alit&#233; que la victoire de Tchang Ka&#239;-Chek est la victoire de la r&#233;volution nationale, le confus Urbahns s'est aussi laiss&#233; entra&#238;ner sur cette position. L'Opposition de gauche consid&#232;re que la victoire de Tchang Ka&#239;-Chek est la d&#233;faite de la r&#233;volution nationale. L'Opposition n'a jamais dit et n'aurait jamais pu dire que la r&#233;volution chinoise &#233;tait liquid&#233;e en g&#233;n&#233;ral. Ce qui a &#233;t&#233; liquid&#233;s embrouill&#233;, tromp&#233;, et &#233;cras&#233;, ce n'est que la deuxi&#232;me r&#233;volution chinoise (1925-1927). Cela seul suffirait comme r&#233;alisation pour ces messieurs de la direction ! Nous avons maintenu, &#224; partir de l'automne de 1927, qu'une p&#233;riode de recul &#233;tait devant nous en Chine, la retraite du prol&#233;tariat, le triomphe de la contre-r&#233;volution. Quelle &#233;tait la position de Staline ? Le 7 f&#233;vrier 1928, la Pravda &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le parti communiste chinois avance vers une insurrection arm&#233;e. Toute la situation en Chine parle en faveur du fait que c'est l&#224; le cours juste (...) L'exp&#233;rience prouve que le parti communiste chinois doit concentrer tous ses efforts sur la t&#226;che de la pr&#233;paration quotidienne et g&#233;n&#233;rale soigneuse de l'insurrection arm&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9&#176; plenum du C.E.I.C., avec des r&#233;serves bureaucratiques ambigu&#235;s sur le putschisme, a approuv&#233; cette ligne aventuriste. L'objet de ces r&#233;serves est connu : faire des trous pour que le &#034;dirigeant&#034; puisse y ramper dans le cas d'une nouvelle retraite. La r&#233;solution criminellement l&#233;g&#232;re du 9&#176; plenum signifiait pour la Chine de nouvelles aventures, de nouvelles escarmouches, la rupture avec les masses, la perte de positions, la destruction des meilleurs &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires au feu de l'aventurisme, la d&#233;moralisation des r&#233;sidus du parti. Toute la p&#233;riode entre la conf&#233;rence du parti chinois, le 7 ao&#251;t 1927, et le 6&#176; congr&#232;s de I'I.C., le 8 juillet 1928, est profond&#233;ment impr&#233;gn&#233;e de la th&#233;orie et de la pratique du putschisme. C'est ainsi que la direction stalinienne a port&#233; les derniers coups &#224; la r&#233;volution et au parti communiste chinois. Ce n'est qu'au 6&#176; congres que la direction de l'I.C. a reconnu que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'insurrection de Canton &#233;tait objectivement une &#034;bataille d'arri&#232;re-garde&#034; d'une r&#233;volution en recul&#034; (Pravda, 27 juillet 1928).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Objectivement&#034; ? Et subjectivement ? C'est-&#224;-dire dans la conscience de ses initiateurs, les dirigeants ? Tel est le caract&#232;re masqu&#233; de la reconnaissance du caract&#232;re aventuriste de l'insurrection de Canton. Quoiqu'il en soit, un an apr&#232;s l'Opposition, et, ce qui est plus important, apr&#232;s une s&#233;rie de d&#233;faites cruelles, l'I.C. a reconnu que la seconde r&#233;volution chinoise s'&#233;tait termin&#233;e avec la p&#233;riode de Wuhan et qu'on ne pouvait pas la ressusciter par l'aventurisme. Au 6&#176; congr&#232;s, le d&#233;l&#233;gu&#233; chinois Chan Fuyun rendait compte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La d&#233;faite de l'insurrection de Canton a port&#233; un coup encore plus dur au prol&#233;tariat chinois. La premi&#232;re &#233;tape de la r&#233;volution s'est de cette fa&#231;on termin&#233;e avec une s&#233;rie de d&#233;faites. Dans les centres industriels, on ressent une d&#233;pression dans le mouvement ouvrier&#034; ( Pravda, 17 juillet 1928).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits... ce sont des choses obstin&#233;es. Il a fallu que cela soit reconnu aussi au 6&#176; congr&#232;s. Le mot d'ordre d'insurrection arm&#233;e a &#233;t&#233; &#233;limin&#233;e. Tout ce qui restait, c'&#233;tait le nom &#034;deuxi&#232;me r&#233;volution chinoise&#034; (1925-1927), &#034;premi&#232;re &#233;tape&#034;, de ce qui est s&#233;par&#233;e de la future seconde &#233;tape par une p&#233;riode ind&#233;finie. C'&#233;tait une tentative terminologique pour sauver au moins une partie du prestige. 15. Apr&#232;s le 6&#176; congr&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;l&#233;gu&#233; du P.C. chinois, Siu, a d&#233;clar&#233; au 16&#176; congr&#232;s du P.C.U.S. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Seuls les ren&#233;gats trotskystes et les Chen Du-Siuistes chinois disent que la bourgeoisie nationale a une perspective de d&#233;veloppement (?) ind&#233;pendant (?) et de stabilisation (?).&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons de c&#244;t&#233; cette attaque. Ces malheureux ne seraient jamais &#224; l'h&#244;tel Lux [1] s'ils n'attaquaient pas l'Opposition. C'est leur seule ressource. Tan Pingshan a tonn&#233; exactement de la m&#234;me mani&#232;re contre les &#034;trotskystes&#034; au 7&#176; plenum du C.E.I.C. avant de passer &#224; l'ennemi. Ce qui est curieux dans sa crue absence de vergogne, c'est la tentative de nous attribuer &#224; nous, oppositionnels de gauche, l'&#034;id&#233;alisation de la bourgeoisie nationale&#034; chinoise et son &#034;d&#233;veloppement ind&#233;pendant&#034;. Les agents de Staline, comme leurs dirigeants, fulminent parce que la p&#233;riode apr&#232;s le 6&#176; congr&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; une fois de plus leur totale incapacit&#233; &#224; comprendre que les circonstances ont chang&#233; et la direction de leurs futurs d&#233;veloppements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;faite de Canton, &#224; une &#233;poque o&#249; le C.E. de l'I.C. en f&#233;vrier 1928, &#233;tait orient&#233; vers une insurrection arm&#233;e, nous d&#233;clarions en opposition &#224; cela :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La situation va maintenant changer exactement dans le sens oppos&#233;. Les masses ouvri&#232;res vont temporairement se retirer de la politique, le parti va s'affaiblir ce qui n'exclut pas la poursuite de soul&#232;vements paysans. L'affaiblissement de la guerre des g&#233;n&#233;raux comme celui des gr&#232;ves et soul&#232;vements du prol&#233;tariat conduira in&#233;vitablement entre temps &#224; un &#233;tablissement de processus &#233;l&#233;mentaires de vie &#233;conomique dans la campagne et par cons&#233;quent &#224; une certaine reprise commerciale et industrielle, bien que faible. La seconde ressuscitera les luttes gr&#233;vistes des ouvriers et permettra au parti communiste, &#224; la condition d'avoir une ligne juste, de r&#233;tablir le, contact et l'influence pour pouvoir ult&#233;rieurement, sur un plan plus &#233;lev&#233;, articuler l'insurrection ouvri&#232;re avec la guerre paysanne. C'est en quoi consiste notre pr&#233;tendu liquidationnisme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en-dehors de ces attaques, qu'a dit Siu de la Chine des deux derni&#232;res ann&#233;es ? D'abord il a affirm&#233; ce fait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En Chine, l'industrie et le commerce ont marqu&#233; une certaine renaissance en 1928&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En 1928, 400 000 ouvriers ont fait gr&#232;ve, en 1929, il y a d&#233;j&#224; eu 550 000 gr&#233;vistes. Dans la premi&#232;re moiti&#233; de 1930, le mouvement ouvrier s'est encore renforc&#233; dans son rythme de d&#233;veloppement&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que nous devons &#234;tre tr&#232;s prudents avec les chiffres de l'I.C., y compris ceux de Siu. Mais ind&#233;pendamment d'une possible exag&#233;ration des chiffres, l'expos&#233; de Siu soutient totalement notre pronostic de la fin de 1927 et du d&#233;but de 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, la direction du C.E.I.C. et le parti communiste chinois ont pris leur point de d&#233;part du pronostic directement oppos&#233;. Le mot d'ordre de l'insurrection arm&#233;e n'a &#233;t&#233; abandonn&#233; qu'au 6&#176; congr&#232;s, c'est-&#224;-dire au milieu de 1928. Mais, outre cette d&#233;cision purement n&#233;gative, le parti n'a re&#231;u aucune orientation nouvelle. La possibilit&#233; d'une renaissance &#233;conomique n'a pas &#233;t&#233; prise en consid&#233;ration par lui. Peut-on un seul instant douter que, si la direction de l'I.C. ne s'&#233;tait pas occup&#233;e &#224; de stupides accusations de liquidationnisme contre l'Opposition et avait compris &#224; temps la situation, comme nous l'avons fait, le parti communiste chinois serait incontestablement plus fort, surtout dans le mouvement syndical ? Souvenons-nous que, pendant la plus forte mont&#233;e de la deuxi&#232;me r&#233;volution, dans la premi&#232;re moiti&#233; de 1927, il y avait 2 800 000 ouvriers organis&#233;s dans les syndicats sous l'influence du parti communiste. Actuellement, il y en a, selon Siu, autour de 60 000, et ce dans la Chine enti&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces mis&#233;rables &#034;dirigeants&#034;, qui ont r&#233;ussi &#224; s'engager dans une impasse sans espoir, qui ont fait des dommages terrifiants, parlent des &#034;ren&#233;gats trotskystes&#034; et pensent que par cette calomnie, ils peuvent r&#233;parer le dommage. C'est l'&#233;cole de Staline ! Ce sont ses fruits ! 16. Les Soviets et le caract&#232;re de classe de la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est, selon Staline, le r&#244;le des soviets dans la r&#233;volution chinoise ? Quelle place leur a-t-il assign&#233; dans l'alternance des &#233;tapes ? A quelle domination de classe sont-ils li&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant l'Exp&#233;dition du Nord, comme pendant la p&#233;riode de Wuhan, nous avons entendu Staline dire que les soviets peuvent &#234;tre cr&#233;&#233;s seulement apr&#232;s la r&#233;alisation de la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise, seulement sur le seuil de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que le Bureau Politique, suivant aveugl&#233;ment Staline, a obstin&#233;ment rejet&#233; le mot d'ordre des soviets avanc&#233; par l'Opposition :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le mot d'ordre des soviets ne signifie rien qu'un saut direct par-dessus l'&#233;tape de la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise et l'organisation du pouvoir du prol&#233;tariat&#034; (&#034;R&#233;ponse du Bureau Politique&#034; &#224; l'Opposition et &#224; ses th&#232;ses, avril 1927)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 mai, apr&#232;s le coup d'Etat de Shangha&#239; et pendant le coup de Wuhan, Staline prouvait de la fa&#231;on suivante l'incompatibilit&#233; des soviets et la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Mais les ouvriers ne s'y arr&#234;teront pas s'ils ont des soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers. Ils diront aux communistes - et ils auront raison : si nous sommes les soviets et si les soviets sont les organes du pouvoir, alors ne pouvons-nous pas &#233;craser un peu la bourgeoisie et les exproprier &#034;un peu&#034; ? Les communistes ne seraient que des outres gonfl&#233;es de vent s'ils ne prennent pas le chemin de l'expropriation de la bourgeoisie avec l'existence des soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers et paysans. Est-il possible de prendre et devons-nous prendre cette route maintenant, dans la phase actuelle de la r&#233;volution ? Non, nous ne devrions pas.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'adviendra-t-il au Kuomintang quand (? ??-ND) sera pass&#233; &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne ? Staline avait tout pr&#233;vu. Dans son discours aux &#233;tudiants du 13 mai 1927, que nous avons cit&#233; plus haut, Staline r&#233;pondait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je pense que, dans la p&#233;riode de la cr&#233;ation des soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers et paysans et la pr&#233;paration de l'Octobre chinois, le parti communiste chinois devra substituer au bloc actuel &#224; l'int&#233;rieur du Kuomintang le bloc &#224; l'ext&#233;rieur du Kuomintang.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos grands strat&#232;ges avaient tout pr&#233;vu - d&#233;cid&#233;ment tout pr&#233;vu, sauf la lutte de classes. M&#234;me dans la question du passage la r&#233;volution prol&#233;tarienne, Staline a fourni au P.C. chinois un alli&#233;, avec le m&#234;me Kuomintang. Pour r&#233;aliser la r&#233;volution socialiste, les communistes se sont vus permettre de quitter les rangs du Kuomintang, mais nullement de rompre le bloc avec lui. Comme on le sait, l'alliance avec la bourgeoisie &#233;tait la meilleure condition pour la pr&#233;paration de &#034;l'Octobre chinois&#034;. Et on appelait tout cela le l&#233;ninisme..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en sot, en 1925-1927, Staline posa la question des soviets de fa&#231;on tr&#232;s cat&#233;gorique, liant leur formation avec l'expropriation socialiste imm&#233;diate de la bourgeoisie. Il est vrai qu'il avait besoin de ce &#034;radicalisme&#034; &#224; l'&#233;poque non pour d&#233;fendre l'expropriation de la bourgeoisie, mais au contraire la d&#233;fense de la bourgeoisie contre l'expropriation. Mais la fa&#231;on de poser la question en principe &#233;tait claire en tout cas : les soviets ne peuvent &#234;tre exclusivement que les organes de la r&#233;volution socialiste. Telle &#233;tait la position du Bureau Politique du P.C.U.S., telle &#233;tait la position du C.E.I.C. Mais, &#224; la fin de 1927, une insurrection a &#233;t&#233; men&#233;e &#224; Canton &#224; laquelle on a donn&#233; un caract&#232;re sovi&#233;tique. Les communistes avaient le pouvoir. Ils ont d&#233;cr&#233;t&#233; des mesures de caract&#232;re purement socialiste (nationalisation de la terre, des banques, des logements, des entreprises industrielles, etc.) Il semblerait que nous soyons confront&#233;s &#224; une r&#233;volution prol&#233;tarienne. Mais non. A la fin de f&#233;vrier 1928, le 9&#176; plenum du C.E.I.C. a dress&#233; le bilan de l'insurrection de Canton. Et quel en fut le r&#233;sultat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'ann&#233;e en cours dans la r&#233;volution chinoise est une p&#233;riode de r&#233;volution d&#233;mocratique-bourgeoise, qui n'a pas &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e (...) La tendance &#224; sauter par-dessus l'&#233;tape d&#233;mocratique-bourgeoise de la r&#233;volution avec l'appr&#233;ciation simultan&#233;e de la r&#233;volution comme une r&#233;volution &#034;permanente&#034; est une erreur semblable &#224; celle de Trotsky en 1905&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dix mois auparavant (avril 1927), le Bureau Politique a d&#233;clar&#233; que le mot d'ordre m&#234;me de soviets (pas le trotskysme, le mot d'ordre des soviets !) signifie sauter par-dessus l'&#233;tape d&#233;mocratique bourgeoise. Mais maintenant, apr&#232;s un &#233;puisement total de toutes les variantes du Kuomintang, quand il fallut sanctionner le mot d'ordre des soviets, on nous a dit que seuls des trotskystes peuvent lier ce mot d'ordre avec la dictature prol&#233;tarienne. C'est ainsi que fut r&#233;v&#233;l&#233; que Staline en 1925-27 &#233;tait un... trotskyste, malgr&#233; tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le programme de l'I.C. a op&#233;r&#233; aussi un tournant d&#233;cisif sur cette question. Parmi les plus importantes t&#226;ches des pays coloniaux, le programme mentionnait : &#034;L'&#233;tablissement d'une dictature d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la paysannerie bas&#233;e sur les soviets&#034;. R&#233;ellement miraculeux ! Ce qui &#233;tait incompatible hier avec la r&#233;volution d&#233;mocratique fut aujourd'hui proclam&#233; comme son fondement. On chercherait vainement une explication de ce complet saut p&#233;rilleux. Tout f&#251;t fait de fa&#231;on tr&#232;s administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quel cas Staline avait-il tort ? Quand il d&#233;clarait que les soviets &#233;taient incompatibles avec la r&#233;volution d&#233;mocratique ou quand il d&#233;clarait que les soviets devaient &#234;tre la base de la r&#233;volution d&#233;mocratique ? Dans les deux cas cependant, Staline ne comprend pas la signification de la dictature prol&#233;tarienne, leurs rapports mutuels, et le r&#244;le que peuvent jouer les soviets en liaison avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se manifesta cependant sous son meilleur jour, m&#234;me en quelques mots, au 16&#176; congr&#232;s du P.C.U.S. 17. La question chinoise au 16e congr&#232;s du P.C.U.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son rapport de dix heures, Staline, aussi envie qu'il en ait eu, ne pouvait compl&#232;tement ignorer la question de la r&#233;volution chinoise. Il y consacra exactement cinq phrases. Et quelles phrases ! En v&#233;rit&#233;, &#034;multum in parvo&#034; comme disaient les Romains. D&#233;sirant &#233;viter tous les angles aigus, s'abstenir des g&#233;n&#233;ralisations risqu&#233;es et encore plus de pronostics concrets, Staline, en quelques phrases, a r&#233;ussi &#224; faire toutes les erreurs qu'il lui restait &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il serait ridicule de penser que le comportement des imp&#233;rialistes ne sera pas impuni. Les ouvriers et paysans chinois ont d&#233;j&#224; r&#233;pondu par la cr&#233;ation de soviets et une Arm&#233;e rouge. On dit qu'un gouvernement sovi&#233;tique a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; cr&#233;&#233; l&#224;. Je pense que si c'est vrai, il n'y a l&#224; rien de surprenant. Il n'est pas douteux que seuls les soviets peuvent sauver la Chine du d&#233;membrement total et de la paup&#233;risation&#034; (Pravda, 29 juin 1930)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il serait ridicule de penser&#034;. Voil&#224; la base des conclusions ult&#233;rieures. Si le comportement des imp&#233;rialistes doit in&#233;vitablement provoquer une r&#233;ponse sous la forme des soviets et d'une Arm&#233;e rouge, alors comment se fait-il que l'imp&#233;rialisme existe encore en ce monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On dit qu'un gouvernement sovi&#233;tique y a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; cr&#233;&#233;&#034;. Que veut dire &#034;on dit&#034; ? Qui le dit ? Et, plus important, qu'est-ce que le parti communiste a &#224; dire ? Il fait partie de l'I.C. et son repr&#233;sentant a parl&#233; au congr&#232;s. Cela signifie-t-il que le &#034;gouvernement sovi&#233;tique&#034; a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en Chine sans le P.C. et sans son consentement ? Alors qui dirige le gouvernement ? Quels sont ses membres ? Quel parti a le pouvoir ? Non seulement Staline ne r&#233;pond pas, mais il ne pose m&#234;me pas la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je pense que si (!) c' est vrai (!), il n'y a l&#224; rien de surprenant&#034; Il n'y a rien de surprenant dans le fait qu'en Chine il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; un gouvernement sovi&#233;tique sans le parti communiste et sans qu'il le sache, et sur la physionomie duquel le plus grand dirigeant de la r&#233;volution chinoise ne peut nous donner aucune information. Qu'est-ce d'autre au monde qui peut nous surprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il n'est pas douteux que seuls les soviets peuvent sauver la Chine du d&#233;membrement et de la paup&#233;risation&#034;. Quels soviets ? Jusqu'&#224; pr&#233;sent, nous avons vu toutes sortes de soviets : les soviets de Tseretelli , ceux d'Otto Bauer et de Scheidemann, d'un c&#244;t&#233;, les soviets bolcheviks de l'autre. Les soviets de Tseretelli ne pouvaient sauver la Russie du d&#233;membrement et de la paup&#233;risation. Au contraire, toute leur politique allait vers la transformation de la Russie en une colonie de l'Entente. Seuls les bolcheviks ont transform&#233; les soviets en une arme pour la lib&#233;ration des masses laborieuses. Quelle sorte de soviets sont les chinois ? Si le parti communiste chinois ne peut rien en dire, cela veut dire qu'il ne les dirige pas. Qui, alors ? Sauf les communistes, seuls des &#233;l&#233;ments de hasard, interm&#233;diaires, gens d'un &#034;Tiers parti&#034;, en un mot, des fragments du Kuomintang de second ou troisi&#232;me rang, peuvent venir &#224; la t&#234;te des soviets et cr&#233;er un &#034;gouvernement sovi&#233;tique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier encore, Staline pensait qu'il serait ridicule de penser &#224; la cr&#233;ation de soviets en Chine avant la r&#233;alisation de la r&#233;volution d&#233;mocratique. Maintenant, il semble penser - si ses cinq phrases ont un sens - que, dans la r&#233;volution d&#233;mocratique, les soviets peuvent sauver le pays m&#234;me sans l'aide des communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler d'un gouvernement sovi&#233;tique sans parler de la dictature du prol&#233;tariat signifier tromper les ouvriers et aider la bourgeoisie , tromper les paysans. Mais parler de la dictature du prol&#233;tariat sans parler du r&#244;le dirigeant du parti communiste signifie une fois de plus transformer la dictature du prol&#233;tariat en pi&#232;ge pour le prol&#233;tariat. Le parti communiste chinois cependant est maintenant extr&#234;mement faible. Le nombre de ses membres ouvriers est limit&#233; &#224; quelques centaines. Il y a aussi 50 000 ouvriers dans les syndicats rouges environ. Dans ces conditions, parler de la dictature du prol&#233;tariat comme une t&#226;che imm&#233;diate, est de toute &#233;vidence impensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, un large mouvement paysan est en train de se d&#233;velopper en Chine du Sud dans lequel prennent part des bandes de partisans. L'influence de la R&#233;volution d'Octobre, en d&#233;pit des ann&#233;es de direction des &#233;pigones, est encore si grande en Chine que les paysans appellent leur mouvement &#034;sovi&#233;tique&#034; et leurs bandes de partisans &#034;arm&#233;es rouges&#034;. Cela montre une fois de plus les profondeurs du philistinisme de Staline dans la p&#233;riode o&#249;, s'&#233;levant contre les soviets, il disait qu'il ne fallait pas effrayer les masses du peuple chinois par une &#034;sovi&#233;tisation artificielle&#034;. Seul Tchang Ka&#239;-Chek aurait pu en &#234;tre effray&#233;, mais pas les ouvriers, pas les paysans pour qui, apr&#232;s 1917, les soviets sont devenus le symbole de l'&#233;mancipation. Les paysans chinois, on le comprend, ne mettent pas peu d'illusions dans le mot d'ordre des soviets. Ils sont pardonnables en cela. Mais est-ce pardonnable chez les suivistes dirigeants qui se bornent &#224; une g&#233;n&#233;ralisation couarde et ambigu&#235; des illusions de la paysannerie chinoise, sans expliquer au prol&#233;tariat la signification r&#233;elle des &#233;v&#233;nements ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il n'y a rien l&#224; de surprenant&#034; dit Staline. Si les paysans chinois, sans la participation des centres industriels et sans la direction du parti communiste, ont cr&#233;&#233; un gouvernement sovi&#233;tique. Mais nous disons que l'apparition d'un gouvernement sovi&#233;tique dans ces circonstances est absolument impossible. Non seulement les bolcheviks, mais m&#234;me le gouvernement Tseretelli ou demi-gouvernement des soviets ne pourraient appara&#238;tre que sur la base des villes. Penser que la paysannerie est capable de cr&#233;er son gouvernement sovi&#233;tique ind&#233;pendamment signifie croire aux miracles. Ce serait le m&#234;me miracle de cr&#233;er une Arm&#233;e rouge paysanne. Les partisans paysans ont jou&#233; un grand r&#244;le r&#233;volutionnaire dans la r&#233;volution russe, mais sous l'existence de centres de dictature du prol&#233;tariat et d'une Arm&#233;e rouge centralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la faiblesse du mouvement ouvrier actuellement, et avec la plus grande faiblesse encore du parti communiste, il est difficile de parler d'une dictature du prol&#233;tariat comme la t&#226;che du jour en Chine. C'est pourquoi Staline, nageant &#224; la suite du soul&#232;vement paysan, est oblig&#233;, en d&#233;pit de ses d&#233;clarations ant&#233;rieures, de lier les soviets paysans, l'arm&#233;e rouge paysanne avec la dictature d&#233;mocratique bourgeoise. La direction de la dictature, qui est une t&#226;che trop lourde pour le parti communiste, est remise &#224; quelque autre parti politique, &#224; quelque r&#233;volutionnaire. Puisque Staline a emp&#234;ch&#233; les ouvriers et paysans chinois de mener la lutte pour la dictature du prol&#233;tariat, alors quelqu'un doit maintenant aider Staline en se chargeant du gouvernement sovi&#233;tique comme l'organe de la dictature d&#233;mocratique bourgeoise. Comme motivation de cette perspective nouvelle, on nous pr&#233;sente cinq arguments et en cinq phrases. Les voil&#224; : &#034;Il serait ridicule de penser&#034; ; &#034;On dit&#034; ; &#034;S'il est vrai&#034; ; &#034;Il n'y a l&#224; rien de surprenant&#034; ; &#034;Il n'est pas douteux&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'argumentation administrative dans, toute sa splendeur et sa puissance ! Nous mettons en garde : c'est le prol&#233;tariat chinois qui devra de nouveau payer pour cette honteuse mixture. 18. Le caract&#232;re des &#034;erreurs&#034; de Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a erreurs et erreurs. Dans les diff&#233;rentes sph&#232;res de la pens&#233;e humaine, il peut y avoir des erreurs tr&#232;s importantes qui d&#233;coulent d'un examen insuffisamment attentif de l'objet, de donn&#233;es factuelles insuffisantes, d'une trop grande complexit&#233; des facteurs &#224; consid&#233;rer, etc. Parmi celles-ci, nous pouvons consid&#233;rer les erreurs des m&#233;t&#233;orologues dans la pr&#233;diction du temps, qui sont typiques, de toute une s&#233;rie d'erreurs dans le domaine de la politique. Cependant les erreurs d'un m&#233;t&#233;orologue instruit, &#224; l'esprit vif sont souvent plus utiles &#224; la science que la conjecture d'un empirique, m&#234;me s'il est par hasard confirm&#233; par les faits. Mais que dire d'un g&#233;ographe savant, du dirigeant d'une exp&#233;dition polaire qui partirait de l'id&#233;e que la terre repose sur trois baleines ? Les erreurs de Staline sont presque toutes de cette cat&#233;gorie. Ne s'&#233;levant jamais au marxisme en tant que m&#233;thode, utilisant l'une apr&#232;s l'autre une formule &#034;marxiste&#034; de fa&#231;on rituelle, Staline dans ses actions pratiques prend pour point de d&#233;part les pr&#233;jug&#233;s empiriques les plus noirs. Mais telle est la dialectique du processus. Ces pr&#233;jug&#233;s deviennent la principale force de Staline dans la p&#233;riode du d&#233;clin r&#233;volutionnaire. Ce sont eux qui lui ont permis de jouer le r&#244;le qu'elle ne voulait pas jouer subjectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie lourde, s&#233;par&#233;e de la classe r&#233;volutionnaire qui a pris le pouvoir s'est empar&#233;e de l'empirisme de Staline pour son caract&#232;re mercenaire, pour son total cynisme en mati&#232;re de principes, pour faire de lui son dirigeant et pour cr&#233;er la l&#233;gende de Staline qui est la l&#233;gende dor&#233;e de la bureaucratie elle-m&#234;me. C'est l'explication de comment et pourquoi la personne forte mais tout &#224; fait m&#233;diocre qui occup&#233; des r&#244;les de troisi&#232;me et de quatri&#232;me ordre dans la mont&#233;e de la r&#233;volution s'est r&#233;v&#233;l&#233;e appel&#233;e &#224; jouer le r&#244;le dirigeant dans les ann&#233;es de son reflux, dans les ann&#233;es de stabilisation de la bourgeoisie mondiale, la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la social-d&#233;mocratie, l'affaiblissement de l'I.C. et la d&#233;g&#233;n&#233;rescence conservatrice des plus larges cercles de la bureaucratie sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Fran&#231;ais disent d'un homme : ses d&#233;fauts sont ses qualit&#233;s. De Staline on peut dire : ses d&#233;fauts se r&#233;v&#232;lent &#224; son avantage. Toute la lutte de classe m&#233;lang&#233;e dans sa limitation th&#233;orique, son adaptabilit&#233; politique, son aveuglement politique, en un mot ses d&#233;fauts de r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien, pour faire de lui un homme d'Etat dans la p&#233;riode de l'&#233;mancipation d'Octobre, du marxisme, du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution chinoise a &#233;t&#233; un examen du r&#244;le nouveau de Staline - par la m&#233;thode inverse. Ayant pris le pouvoir en U.R.S.S. avec l'aide des couches qui ont rompu avec la r&#233;volution internationale et avec l'aide indirecte mais tr&#232;s r&#233;elle des classes hostiles. Staline est devenu automatiquement le dirigeant de l'I.C. et par cela, le seul dirigeant de la r&#233;volution chinoise. Le h&#233;ros passif du m&#233;canisme d'appareil de derri&#232;re la sc&#232;ne devait montrer sa m&#233;thode et sa qualit&#233; dans les &#233;v&#233;nements d'un grand flot r&#233;volutionnaire. C'est l&#224; que r&#233;side le tragique paradoxe du r&#244;le de Staline en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant subordonn&#233; les ouvriers chinois &#224; la bourgeoisie, frein&#233; le mouvement agraire, soutenu les g&#233;n&#233;raux r&#233;actionnaires, d&#233;sarm&#233; les ouvriers, emp&#234;ch&#233; l'apparition des soviets et liquid&#233; ceux qui sont apparus, Staline a jou&#233; jusqu'au bout le r&#244;le historique que Tseretelli avait seulement essay&#233; de jouer en Russie. La diff&#233;rence est que Tseretelli agit sur une ar&#232;ne ouverte, avec contre lui les bolcheviks et qu'il a eu imm&#233;diatement et sur place &#224; porter la responsabilit&#233; de la tentative de livrer &#224; la bourgeoisie une classe ouvri&#232;re ligot&#233;e et dup&#233;e. Staline cependant, a agi surtout en Chine dans les coulisses, d&#233;fendu par un appareil puissant et drap&#233; dans le drapeau du bolchevisme. Tseretelli s'appuyait sur les r&#233;pressions du pouvoir contre les bolcheviks faites par la bourgeoisie. Staline cependant a lui-m&#234;me appliqu&#233; la r&#233;pression au bolcheviks-l&#233;ninistes (Opposition). La r&#233;pression de la bourgeoisie a &#233;t&#233; &#233;branl&#233;e par la vague montante. La r&#233;pression de Staline l'a &#233;t&#233; par le reflux de la vague. C'est pourquoi il &#233;tait possible pour Staline de mener l'exp&#233;rience d'une politique purement menchevique jusqu'au bout dans la r&#233;volution chinoise, en r&#233;alit&#233;, la catastrophe la plus tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il du paroxysme de gauche actuel de la politique stalinienne ? Voir dans cet &#233;pisode - et le zigzag &#224; gauche avec toute sa signification va n&#233;anmoins passer &#224; l'histoire comme un &#233;pisode - une contradiction par rapport &#224; ce qui a &#233;t&#233; dit, ne peut &#234;tre fait que par des gens &#224; courte vue qui ne comprennent rien &#224; la dialectique de la conscience humaine en liaison avec la dialectique du processus historique. Le d&#233;clin de la r&#233;volution comme sa mont&#233;e ne se fait pas en droite ligne. Le dirigeant empirique de la baisse de la r&#233;volution - &#034;Vous pensez que vous bougez, en r&#233;alit&#233; on vous fait bouger&#034; (Goethe) - ne pouvait pas &#224; un certain moment ne pas s'effrayer devant cet ab&#238;me de trahison sociale au bord duquel il a &#233;t&#233; press&#233; en 1925-27 par ses propres qualit&#233;s, utilis&#233; par des forces semi-hostiles et hostiles au prol&#233;tariat. Et comme la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'appareil n'est pas un processus uniforme, comme les tendances r&#233;volutionnaires dans les masses sont fortes, alors, pour le tournant vers la gauche s'&#233;loignant du bord de l'ab&#238;me thermidorien, il y a eu assez de points d'appui et de r&#233;serves &#224; port&#233;e de la main. Le tournant a pris le caract&#232;re de sautes paniques, pr&#233;cis&#233;ment parce que cet empirique n'avait rien pr&#233;vu avant d'&#234;tre arriv&#233; au bord du pr&#233;cipice. L'id&#233;ologie du saut &#224; gauche &#233;tait pr&#233;par&#233;e par l'Opposition de gauche - il ne restait plus qu'&#224; utiliser son travail, par pi&#232;ces et morceaux, comme il convient &#224; un empiriste. Mais le paroxysme aigu du gauchisme ne change pas le processus de base de l'&#233;volution de la bureaucratie, ni la nature de Staline lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence chez Staline de pr&#233;paration th&#233;orique, d'un horizon large, d'une imagination cr&#233;atrice - ces traits sans lesquels il ne peut y avoir de travail ind&#233;pendant sur une large &#233;chelle - expliquent pleinement pourquoi Lenine, qui estimait Staline comme un assistant pratique, a n&#233;anmoins recommand&#233; que le parti l'&#233;carte du poste de Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral quand il devint clair que ce poste pouvait rev&#234;tir une signification ind&#233;pendante. Lenine n'a jamais vu en Staline un dirigeant politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me, Staline a toujours invariablement pris des positions opportunistes sur toutes les questions importantes. Si Staline n'a pas eu de conflits th&#233;oriques ou politiques importants avec Lenine, comme Boukharine, Kamenev, Zinoviev et m&#234;me Rykov, c'est parce que Staline n'a jamais tenu &#224; des id&#233;es principielles et, dans tous les cas de s&#233;rieux d&#233;saccords, s'est simplement tenu tranquille en se mettant sur la touche et a attendu. Et pourtant, Lenine a eu souvent des conflits pratiques, organisationnels, moraux avec Staline, parfois tr&#232;s aigus, pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de ces d&#233;fauts de Staline que Lenine, avec tant de prudence dans la forme mais impitoyablement sur le fond a caract&#233;ris&#233;s dans son &#034;testament&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tout ce qui a &#233;t&#233; dit nous devons ajouter le fait que Lenine travaillait la main dans la main avec un groupe de collaborateurs, dont chacun apportait dans le travail connaissances, initiative personnelle, talent distinct. Staline est entour&#233;, surtout apr&#232;s la liquidation de la droite, de m&#233;diocrit&#233;s accomplies, d&#233;nu&#233;es de tout horizon international et incapables de produire une opinion ind&#233;pendante sur une seule question du mouvement ouvrier mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, la signification de l'appareil a consid&#233;rablement grandi depuis &#034;l'&#233;poque de Lenine&#034;. La direction de Staline dans la r&#233;volution chinoise est pr&#233;cis&#233;ment le fruit d'une combinaison de ces situations th&#233;oriques, politiques et nationales, avec la grande puissance de l'appareil. Staline s'est montr&#233; incapable d'apprendre. Ses cinq phrases sur la Chine au 16&#176; congr&#232;s sont profond&#233;ment p&#233;n&#233;tr&#233;es de ce m&#234;me organique opportunisme qui a gouvern&#233; la politique de Staline aux premi&#232;res &#233;tapes de la lutte du peuple chinois. La fossoyeur de la deuxi&#232;me r&#233;volution chinoise est en train, sous nos yeux, de se pr&#233;parer &#224; &#233;trangler d&#232;s son d&#233;but la troisi&#232;me r&#233;volution chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] L'h&#244;tel Lux de Moscou &#233;tait l'h&#244;tel o&#249; &#233;taient log&#233;s les dignitaires &#233;trangers de l'I.C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Document : L&#233;on Trotsky LA GUERRE DES PAYSANS EN CHINE ET LE PROL&#201;TARIAT (Letttre aux Bolcheviks-l&#233;ninistes chinois) 22 septembre 1932&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s une longue interruption, nous avons enfin re&#231;u votre lettre du 15 juin. Il est superflu de vous dire combien nous nous f&#233;licitons de la r&#233;surrection de l'Opposition de Gauche chinoise, apr&#232;s la d&#233;sorganisation apport&#233;e dans ses rangs par les pers&#233;cutions polici&#232;res. Pour autant que l'on puisse juger d'ici avec nos informations tout &#224; fait insuffisantes, la position exprim&#233;e dans votre lettre concorde avec la n&#244;tre. L'attitude intransigeante envers les opinions d&#233;mocratiques vulgaires des staliniens sur le mouvement paysan, ne peut &#233;videmment rien avoir de commun avec une attitude passive et inattentionn&#233;e envers le mouvement paysan lui-m&#234;me. Le manifeste de l'Opposition de Gauche internationale publi&#233; il y a deux ans (Sur les perspectives et les t&#226;ches de la r&#233;volution chinoise), appr&#233;ciant le mouvement paysan des provinces du sud de la Chine, disait : &#034;La r&#233;volution chinoise trahie, d&#233;truite, exsangue, montre qu'elle est vivante. Esp&#233;rons que le temps n'est plus loin o&#249; elle l&#232;vera de nouveau sa t&#234;te prol&#233;tarienne.&#034; Et plus loin : &#034;La large crue du soul&#232;vement paysan peut incontestablement donner une impulsion &#224; l'animation de la lutte politique dans les centres industriels. Nous comptons fermement l&#224;-dessus.&#034; Votre lettre montre que, sous l'influence de la crise et de l'intervention japonaise, la lutte des ouvriers des villes rena&#238;t sur le fond de la guerre paysanne. Dans notre manifeste nous &#233;crivions sur ce fait, avec toute la prudence n&#233;cessaire : &#034; Personne ne peut pr&#233;dire d'avance si les foyers des soul&#232;vements paysans se maintiendront sans interruption pendant toute la p&#233;riode prolong&#233;e dont l'avant-garde prol&#233;tarienne aurait besoin pour se renforcer, pour engager dans la bataille la classe ouvri&#232;re, et accorder sa lutte pour le pouvoir avec les offensives paysannes g&#233;n&#233;ralis&#233;es contre ses ennemis les plus imm&#233;diats. &#034; Actuellement, il semble que l'on puisse exprimer avec quelque certitude l'espoir qu'avec une juste politique on r&#233;ussisse &#224; lier le mouvement ouvrier, et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le mouvement des villes, avec la guerre paysanne. Cela serait le commencement de la troisi&#232;me r&#233;volution chinoise. Mais pour l'instant, ce n'est l&#224; qu'un espoir, et non une certitude. Le principal travail reste &#224; accomplir dans l'avenir. Dans cette lettre je ne voudrais poser qu'un seul probl&#232;me, en tout cas celui qui me semble avoir de beaucoup la plus grande importance et &#234;tre le plus br&#251;lant. Je vous rappelle encore une fois que les informations dont je dispose sont absolument insuffisantes, occasionnelles et fragmentaires. C'est avec plaisir que j'accueillerais toute information compl&#233;mentaire et toute rectification. Le mouvement paysan a cr&#233;&#233; son arm&#233;e, a conquis un grand territoire, et l'a couvert de ses institutions. Au cas de nouveaux succ&#232;s, &#8211; et nous souhaitons &#233;videmment ces succ&#232;s &#8211; le mouvement se heurtera aux centres citadins et industriels, et par l&#224;-m&#234;me, se trouvera face &#224; face avec la classe ouvri&#232;re. Comment se passera cette rencontre ? Sera-t-elle assur&#233;e d'un caract&#232;re pacifique et amical ? Cette question peut sembler &#224; premi&#232;re vue superflue. A la t&#234;te du mouvement paysan se trouvent des communistes ou des sympathisants ; n'est-il donc pas &#233;vident que les ouvriers et les paysans doivent, lorsqu'ils se rencontreront, s'unifier sous le drapeau du communisme ? Malheureusement, le probl&#232;me n'est pas si simple. Je m'appuierai sur l'exp&#233;rience de la Russie. Durant les ann&#233;es de la guerre civile, la paysannerie, dans diff&#233;rentes r&#233;gions, cr&#233;ait ses propres troupes de partisans, et parfois m&#234;me, naissaient des arm&#233;es enti&#232;res. Quelques-uns de ces corps d'arm&#233;e se consid&#233;raient comme bolcheviks et &#233;taient souvent dirig&#233;s par des ouvriers. D'autres restaient sans parti et avaient &#224; leur t&#234;te le plus souvent d'anciens sous-officiers paysans. Il y avait aussi l'arm&#233;e &#034; anarchiste &#034; sous le commandement de Makhno. Tant que les arm&#233;es de partisans agissaient sur le revers de l'arm&#233;e blanche, elles servaient la cause de la r&#233;volution. Certaines d'entre elles se remarquaient par un h&#233;ro&#239;sme et une t&#233;nacit&#233; particuli&#232;re. Mais, dans les villes, ces arm&#233;es entraient souvent en conflit avec les ouvriers et avec les organisations locales du parti. Les conflits naissaient aussi lors de la rencontre des partisans et de l'arm&#233;e rouge r&#233;guli&#232;re, et dans certains cas, cela prenait un caract&#232;re aigu et morbide. La rude exp&#233;rience de la guerre civile nous a d&#233;montr&#233; la n&#233;cessit&#233; d&#233; d&#233;sarmer les corps d'arm&#233;e des paysans d&#232;s que l'arm&#233;e rouge assumait le pouvoir dans une r&#233;gion d&#233;barrass&#233;e des gardes blancs. Les meilleurs &#233;l&#233;ments, les plus conscients et les plus disciplin&#233;s, s'int&#233;graient dans les rangs de l'arm&#233;e rouge. Mais la plus grande partie des partisans tentait de conserver une existence ind&#233;pendante, et entrait souvent en lutte arm&#233;e directe avec le pouvoir sovi&#233;tique. Il en fut ainsi avec l'arm&#233;e &#034; anarchiste &#034;, indirectement koulak par son esprit, de Makhno, mais pas seulement avec elle. De nombreux corps paysans, luttant fermement contre la restauration des propri&#233;taires fonciers, se transformaient apr&#232;s la victoire en une arme de la contre-r&#233;volution. Les conflits arm&#233;s entre les paysans et les ouvriers, quelle qu'en soit l'origine dans les cas particuliers, que ce soit la provocation consciente des gardes blancs, le manque de tact des communistes, ou le concours malheureux d&#233;s circonstances, avaient &#224; leur base la m&#234;me cause sociale : la situation de classe et l'&#233;ducation diff&#233;renci&#233;e des ouvriers et des paysans. L'ouvrier aborde les probl&#232;mes sous l'angle socialiste ; le paysan sous l'angle petit-bourgeois. L'ouvrier tente de socialiser la propri&#233;t&#233; qu'il a reprise &#224; ses exploiteurs ; le paysan, tente, lui, de la partager. L'ouvrier veut faire servir les ch&#226;teaux et les parcs dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ; le paysan, pour peu qu'il ne puisse les partager, est enclin &#224; br&#251;ler les ch&#226;teaux et &#224; d&#233;boiser les parcs. L'ouvrier fait effort pour r&#233;soudre les probl&#232;mes &#224; l'&#233;chelle &#233;tatique, et selon un plan ; mais le paysan aborde tous les probl&#232;mes &#224; l'&#233;chelle locale, et se conduit d'une fa&#231;on hostile envers le plan du centre, etc... Il est &#233;vident que le paysan peut lui aussi s'&#233;lever jusqu'&#224; un point de vue socialiste. Sous le r&#233;gime prol&#233;tarien, une masse de plus en plus grande de paysans se r&#233;&#233;duque dans l'esprit socialiste. Mais cela exige du temps, &#8211; des ann&#233;es, et m&#234;me des d&#233;cades. Si l'on n'envisage que la premi&#232;re &#233;tape de la r&#233;volution, alors les contradictions entre le socialisme prol&#233;tarien et l'individualisme paysan prennent souvent un caract&#232;re aigu. Mais ce sont des communistes qui se trouvent &#224; la t&#234;te des arm&#233;es rouges chinoises. Cela n'exclut-il pas les conflits entre les corps paysans et les organisations ouvri&#232;res ? Non cela ne les exclut pas. Le fait que des communistes se trouve individuellement &#224; la t&#234;te des arm&#233;es paysannes ne change en rien le caract&#232;re social de ces derni&#232;res, m&#234;me si la direction communiste a une bonne trempe prol&#233;tarienne. Mais comment la situation se pr&#233;sente-t-elle en Chine ? Parmi les dirigeants communistes des corps de partisans rouges, il y a, sans aucun doute, pas mal d'intellectuels ou de semi-intellectuels d&#233;class&#233;s qui ne sont pas pass&#233;s par la s&#233;rieuse &#233;cole de la lutte prol&#233;tarienne. Durant deux ou trois ans, ils vivent la vie des commandants et des commissaires de partisans. Ils commandent, ils conqui&#232;rent des territoires, etc... Ils s'impr&#232;gnent de l'esprit du milieu environnant. La plus grande partie des communistes du rang dans les corps de partisans rouges se compose de toute &#233;vidence de paysans qui, tr&#232;s honn&#234;tement et sinc&#232;rement, se prennent pour des communistes, mais qui sont des r&#233;volutionnaires &#034;paup&#233;ris&#233;s&#034; ou des petits propri&#233;taires r&#233;volutionnaires. Celui qui, en politique, juge selon les &#233;tiquettes et les d&#233;nominations, et non selon les faits sociaux, est perdu. Surtout lorsqu'il s'agit d'une politique qui se fait l'arme &#224; la main. Le v&#233;ritable parti communiste est l'organisation de l'avant-garde prol&#233;tarienne. En outre, la classe ouvri&#232;re de Chine se trouve depuis quatre ans dans une situation dispers&#233;e et asservie, et c'est seulement maintenant qu'apparaissent les sympt&#244;mes d'une renaissance. Lorsque le Parti communiste, fermement appuy&#233; sur le prol&#233;tariat des villes, essaye de commander l'arm&#233;e paysanne par une direction ouvri&#232;re, c'est une chose. C'est tout autre chose lorsque quelques milliers, ou m&#234;me quelques dizaines de milliers de r&#233;volutionnaires qui dirigent la guerre paysanne, sont ou se d&#233;clarent communistes, sans avoir aucun appui s&#233;rieux dans le prol&#233;tariat. Or, telle est avant tout la situation en Chine. Cela accro&#238;t dans une grande mesure le danger des conflits possibles entre les ouvriers et les paysans arm&#233;s. Dans tous les cas, les provocateurs bourgeois ne manqueront pas. En Russie, &#224; l'&#233;poque de la guerre civile, le prol&#233;tariat &#233;tait au pouvoir dans la plus grande partie du pays. La direction de la lutte appartenait &#224; un parti fermement tremp&#233;, et malgr&#233; cela, les corps de paysans, qui &#233;taient incomparablement plus faibles que l'arm&#233;e rouge, entraient souvent en conflit avec elle lorsque celle-ci avan&#231;ait victorieusement sur le territoire des partisans paysans. En Chine, la situation absolument d&#233;savantageuse des ouvriers est visible. Dans les principaux centres de la Chine, le pouvoir appartient aux militaristes bourgeois. Dans d'autres districts, aux dirigeants des paysans arm&#233;s. Le prol&#233;tariat, lui, n'a de pouvoir nulle part. Les syndicats sont faibles, et l'influence du parti parmi les ouvriers infime. Les corps des partisans paysans qui ont la pleine conscience de la victoire acquise sont couverts par l'I.C. Ils se nomment &#034; l'arm&#233;e rouge &#034;, c'est-&#224;-dire qu'ils s'identifient ainsi avec le pouvoir sovi&#233;tique arm&#233;. On voit que les &#233;l&#233;ments dirigeants de la paysannerie r&#233;volutionnaire de Chine s'attribuent par avance une valeur politique et morale qui, en r&#233;alit&#233;, appartient aux ouvriers chinois. Ne peut-il pas en r&#233;sulter que toutes ces valeurs se retourneront &#224; un moment donn&#233; contre les ouvriers ? Il est &#233;vident que les paysans pauvres qui constituent la majorit&#233; en Chine, pour peu qu'ils r&#233;fl&#233;chissent politiquement, et ceux-l&#224; sont une infime minorit&#233;, d&#233;sirent sinc&#232;rement et ardemment l'union et l'amiti&#233; avec les ouvriers. Mais la paysannerie, m&#234;me arm&#233;e, est incapable de mener une politique ind&#233;pendante. Occupant dans les circonstances actuelles une situation ind&#233;termin&#233;e et instable, la paysannerie peut au moment d&#233;cisif, aller soit vers le prol&#233;tariat, soit vers la bourgeoisie. La paysannerie ne trouve pas facilement la voie vers le prol&#233;tariat, et elle ne la trouve qu'apr&#232;s une s&#233;rie d'erreurs et de d&#233;faites. Le pont entre la paysannerie et la bourgeoisie est constitu&#233; par la moyenne bourgeoisie citadine, principalement par les intellectuels qui interviennent sous le drapeau du socialisme, et m&#234;me du communisme. Les cercles dirigeants de l'arm&#233;e rouge chinoise ont, sans aucun doute, r&#233;ussi &#224; se cr&#233;er une psychologie de commandement. En l'absence d'un fort parti r&#233;volutionnaire et d'organisations de masses prol&#233;tariennes, il ne peut y avoir en fait de contr&#244;le sur les cercles dirigeants. Les commandants et les commissaires apparaissent comme les ma&#238;tres incontest&#233;s de la situation et, en entrant dans les villes, ils seront avant tout enclins &#224; regarder les ouvriers de haut en bas. Les revendications des ouvriers leur sembleront souvent inopportunes et mal venues. Il ne faut pas oublier aussi des &#034; futilit&#233;s &#034;, comme celle-ci : dans les villes, l'Etat-major et toute l'organisation de l'arm&#233;e ne s'installent pas dans les taudis prol&#233;tariens, mais au contraire, dans les meilleurs &#233;difices de la ville, dans les maisons, et les appartements des bourgeois. C'est une raison qui peut pousser le sommet de l'arm&#233;e paysanne &#224; se consid&#233;rer comme une partie de la classe &#034; cultiv&#233;e et instruite &#034;, et non comme le prol&#233;tariat. Ainsi, en Chine, des causes et des motifs d'une conflagration entre l'arm&#233;e paysanne par son contenu et petite-bourgeoise par sa direction &#8211; et les ouvriers, existent. Et m&#234;me toute la situation augmente consid&#233;rablement les possibilit&#233;s et m&#234;me l'in&#233;vitabilit&#233; de tels conflits. Par l&#224; m&#234;me, les chances du prol&#233;tariat se pr&#233;sentent d&#232;s le d&#233;but moins favorablement qu'en Russie. Du point de vue th&#233;orique et politique, le danger s'accro&#238;t d'autant plus que la bureaucratie stalinienne recouvre cette situation pleine de contradictions, par le mot d'ordre de la &#034; dictature d&#233;mocratique des ouvriers et des paysans &#034;. Peut-on trouver un pi&#232;ge plus agr&#233;able ext&#233;rieurement, plus perfide en son essence ? Les &#233;pigones r&#233;fl&#233;chissent non pas avec une compr&#233;hension sociale, mais avec des phrases toutes faites : le formalisme est le trait fondamental de la bureaucratie. Les populistes (narodniki) russes reprochaient parfois aux marxistes russes leur ignorance de la paysannerie, leur aveuglement sur le travail &#224; faire &#224; la campagne, etc... A quoi les marxistes r&#233;pondaient : &#034; Nous soulevons et organisons les ouvriers du rang, et gr&#226;ce &#224; eux, nous soul&#232;verons la paysannerie. Telle est la seule voie du parti prol&#233;tarien. &#034; Dans les ann&#233;es 1925-1927 de la r&#233;volution, les staliniens ont soumis directement et sans recours les int&#233;r&#234;ts des paysans &#224; ceux de la bourgeoisie nationale. Dans les ann&#233;es de la contre-r&#233;volution, ils sont pass&#233;s du prol&#233;tariat &#224; la paysannerie, et ainsi, ont pris sur eux le r&#244;le qu'assumaient chez nous les socialistes-r&#233;volutionnaires au temps o&#249; ils &#233;taient un parti r&#233;volutionnaire. Si, durant ces derni&#232;res ann&#233;es, le Parti communiste chinois avait concentr&#233; son effort dans les villes, dans les centres industriels, dans les chemins de fer, s'il avait soutenu les syndicats, fr&#233;quent&#233; les clubs de culture et les cercles, si, sans se s&#233;parer des ouvriers, il leur avait appris ce qui se passait au village, &#8211; la situation du prol&#233;tariat dans le rapport g&#233;n&#233;ral des forces serait aujourd'hui beaucoup plus favorable. En fait, le parti s'est s&#233;par&#233; de sa propre classe. Justement pour cela, il peut porter en fin de compte un pr&#233;judice &#224; la paysannerie, car, si le prol&#233;tariat est et reste dans l'avenir &#224; l'&#233;cart, sans organisation et sans direction, alors la guerre paysanne, m&#234;me en plein succ&#232;s, s'enlisera. Dans la vieille Chine, chaque victoire de la r&#233;volution paysanne se terminait par la cr&#233;ation d'une nouvelle dynastie, avec, en outre, de nouveaux grands propri&#233;taires. Le mouvement aboutissait &#224; un cercle vicieux. Dans la situation actuelle, la guerre paysanne, par elle-m&#234;me sans une direction imm&#233;diate de l'avant-garde prol&#233;tarienne, ne peut que donner le pouvoir &#224; une nouvelle clique de la bourgeoisie, &#224; un quelconque Kuomintang de &#034; gauche &#034;, &#224; un &#034;troisi&#232;me parti &#034;, qui en pratique se diff&#233;rencieront tr&#232;s peu du Kuomintang de Tchang-Kai-Chek. Et cela signifierait une nouvelle d&#233;faite des ouvriers due &#224; l'arme de la &#034; dictature d&#233;mocratique &#034;. Quelles conclusions peut-on tirer de l&#224; ? La premi&#232;re conclusion est qu'il faut fermement et ouvertement regarder les faits en face. Le mouvement paysan est un grand facteur r&#233;volutionnaire dans la mesure o&#249; il est dirig&#233; contre les gros propri&#233;taires fonciers, les militaristes, les ge&#244;liers et les usuriers. Mais dans le mouvement paysan lui-m&#234;me, il y a une tr&#232;s forte tendance r&#233;actionnaire et de propri&#233;taires. Et &#224; un certain stade la paysannerie peut se retourner contre les ouvriers, en ayant en outre les armes &#224; la main. Celui qui oublie la double origine de la paysannerie n'est pas un marxiste. Il faut apprendre aux ouvriers du rang &#224; diff&#233;rencier par des connaissances et des recherches &#034; communistes &#034; les processus sociaux r&#233;els. Il faut suivre avec soin les op&#233;rations de l'arm&#233;e rouge &#034;, &#233;clairer syst&#233;matiquement aux yeux des ouvriers la marche, la signification et les perspectives de la guerre paysanne, et lier les revendications actuelles et les probl&#232;mes du prol&#233;tariat avec le mot d'ordre de la lib&#233;ration de la paysannerie. Sur la base de vos propres investigations, de rapports et autres documents, il faut &#233;tudier avec t&#233;nacit&#233; la vie int&#233;rieure des arm&#233;es paysannes et des corps d'arm&#233;es dans les r&#233;gions occup&#233;es par elle, d&#233;voiler sur des faits concrets les tendances de classe contradictoires, et montrer clairement aux ouvriers quelles sont les tendances que nous soutenons, et quelles sont celles que nous combattons. Il faut veiller avec attention &#224; la coordination entre l'arm&#233;e rouge et les ouvriers des petites localit&#233;s sans perdre de vue m&#234;me les plus petites discordances entre eux. Dans le cadre des conflits de villes et de rayons isol&#233;s, m&#234;me tr&#232;s aigus, ces discordances peuvent sembler des &#233;pisodes locaux, mais, dans un d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements, les conflits de classe peuvent s'&#233;tendre &#224; l'&#233;chelle nationale, et mener la r&#233;volution &#224; la catastrophe, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; une nouvelle destruction des ouvriers par les paysans arm&#233;s tromp&#233;s par la bourgeoisie. L'histoire de la r&#233;volution est pleine d'exemples semblables. Dans la mesure o&#249; les ouvriers comprendront plus clairement la dialectique vivante des relations de classe entre le prol&#233;tariat, la paysannerie et la bourgeoisie, plus ils rechercheront sans h&#233;sitations des liaisons avec les couches paysannes les plus proches, et plus ils se dresseront ardemment contre les provocateurs contre-r&#233;volutionnaires, tant dans le cadre des arm&#233;es paysannes elles-m&#234;mes, que dans les villes. Il faut cr&#233;er des unions syndicales, des cellules du parti, &#233;duquer des ouvriers du rang, unifier l'avant-garde prol&#233;tarienne et l'entra&#238;ner dans la lutte. Il faut s'adresser &#224; tous les membres du parti officiel par des appels, et des demandes d'&#233;claircissements. Il est vraisemblable que les ouvriers communistes li&#233;s &#224; la fraction stalinienne ne nous comprendront pas imm&#233;diatement. Les bureaucrates hurleront sur notre &#034; sous-estimation &#034; de la paysannerie, et m&#234;me, s'il vous pla&#238;t, sur notre &#034; hostilit&#233; &#034; envers la paysannerie (Tchernov accusait toujours L&#233;nine d'hostilit&#233; envers la paysannerie). Il est &#233;vident que de tels cris n'&#233;mouvront pas les bolcheviks-l&#233;ninistes. Lorsqu'avant avril 1927 nous donnions les avertissements n&#233;cessaires contre le coup d'Etat in&#233;vitable de Tchang-Ka&#239;-Chek, les staliniens nous accusaient d'hostilit&#233; envers la r&#233;volution nationale chinoise. Les &#233;v&#233;nements ont d&#233;montr&#233; qui a eu raison. Les &#233;v&#233;nements apporteront de nouveau leur v&#233;rification. L'opposition de gauche peut appara&#238;tre trop faible pour impulser dans l'&#233;tape pr&#233;sente une direction aux &#233;v&#233;nements dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat. Mais elle est suffisamment forte d&#232;s maintenant pour montrer aux ouvriers la voie juste et, s'appuyant sur le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la lutte de classes, pour d&#233;montrer aux yeux des ouvriers sa justesse et sa perspicacit&#233; politique. Ce n'est qu'ainsi que le parti r&#233;volutionnaire peut conqu&#233;rir la confiance, cro&#238;tre, se fortifier, et se mettre &#224; la t&#234;te des masses populaires. Prinkipo, 22 septembre 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. S . Pour donner le plus de clart&#233; possible &#224; ma pens&#233;e, je noterai la variante th&#233;orique suivante, qui est fort plausible. Supposons que l'Opposition de Gauche d&#233;veloppe dans le plus prochain avenir un travail &#233;norme et plein de succ&#232;s au sein du prol&#233;tariat industriel et acqui&#232;re en son sein une influence capitale. Le parti communiste officiel continue, pendant ce temps, &#224; limiter toutes ses forces &#224; &#034;l'arm&#233;e rouge&#034; et aux rayons paysans. Arrive le moment o&#249; les troupes paysannes entrent dans les centres industriels et se heurtent aux ouvriers. Il n'est pas difficile de pr&#233;voir qu'ils opposeront hostilement l'arm&#233;e paysanne aux &#034; contre-r&#233;volutionnaires trotskystes &#034;. En d'autres termes, ils se mettront &#224; surexciter les paysans arm&#233;s contre les ouvriers du rang. C'est ainsi qu'ont agi les S. R. russes et les mencheviks en 1917 ; ayant perdu les ouvriers, ils lutt&#232;rent de toutes leurs forces pour conserver leur appui unitaire, et envoy&#232;rent les casernes contre les usines, le paysan arm&#233; contre l'ouvrier bolchevik. Kerenski, Tseretelli, Dan, baptisaient les bolcheviks si ce n'est du nom de &#034; contre-r&#233;volutionnaire &#034;, tout au moins &#034; d'agents involontaires &#034; ou &#034; d'aides inconscients &#034; de la contre-r&#233;volution. Les staliniens s'embarrassent moins que quiconque de la terminologie politique. Mais les tendances sont identiques : une orientation hostile des paysans et en g&#233;n&#233;ral des &#233;l&#233;ments petits-bourgeois contre les d&#233;tachements du rang de la classe ouvri&#232;re. Le centrisme bureaucratique, en tant que centrisme ne peut avoir une base de classe ind&#233;pendante. Mais dans sa lutte contre les bolcheviks-l&#233;ninistes, il est contraint de rechercher un appui &#224; droite, c'est-&#224;-dire dans la paysannerie et la petite-bourgeoisie, les opposant au prol&#233;tariat. La lutte des deux fractions communistes, les staliniens et les bolcheviks-l&#233;ninistes renferme ainsi en son sein, des tendances &#224; se transformer en une lutte de classe. Le d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire en Chine peut d&#233;velopper ces tendances jusqu'au bout, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la guerre civile entre les dirigeants de l'arm&#233;e paysanne et l'avant-garde prol&#233;tarienne sous la direction des l&#233;ninistes. Si un tel conflit, par la faute des staliniens, survenait, cela signifierait que l'Opposition de Gauche et la fraction stalinienne cesseraient d'&#234;tre des fractions communistes mais seraient devenues des partis politiques hostiles l'un &#224; l'autre, ayant une base de classe diff&#233;rente. Une telle perspective est-elle in&#233;vitable ? Non, je ne le pense aucunement. Dans la fraction stalinienne (P.C. chinois officiel), il y a non seulement des paysans, c'est-&#224;-dire des petits-bourgeois mais aussi des tendances prol&#233;tariennes. Il est de toute premi&#232;re importance pour l'Opposition de Gauche de rechercher un rapprochement avec l'aile prol&#233;tarienne des staliniens, de lui d&#233;velopper les appr&#233;ciations marxistes sur les &#034; arm&#233;es rouges &#034; et en g&#233;n&#233;ral sur la relation entre le prol&#233;tariat et la paysannerie. Gardant son ind&#233;pendance politique, l'avant-garde prol&#233;tarienne doit &#234;tre in&#233;vitablement pr&#234;te &#224; r&#233;aliser l'unit&#233; d'action avec la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire. Si nous ne sommes pas d'accord pour identifier les corps arm&#233;s des paysans avec l'arm&#233;e rouge, comme la force arm&#233;e du prol&#233;tariat, si nous ne sommes pas enclins &#224; fermer les yeux sur le fait que l'on couvre le drapeau communiste par le mouvement paysan d'un contenu petit-bourgeois, par contre, nous nous rendons parfaitement compte de la signification, de l'importance &#233;norme du caract&#232;re d&#233;mocratique-r&#233;volutionnaire des guerres de paysans, nous apprenons aux ouvriers &#224; comprendre cette signification et nous sommes pr&#234;ts &#224; faire tout ce qui est en notre pouvoir, pour aboutir avec les organisations paysannes &#224; un accord militaire n&#233;cessaire. Notre t&#226;che consiste, en cons&#233;quence, non seulement &#224; emp&#234;cher tout commandement militaire et politique sur le prol&#233;tariat de la part de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, s'appuyant sur les paysans arm&#233;s, mais aussi &#224; pr&#233;parer et assurer la direction prol&#233;tarienne sur le mouvement paysan et, en particulier sur son &#034;arm&#233;e rouge&#034;. Plus nette sera pour les bolcheviks-l&#233;ninistes la compr&#233;hension de la situation politique et des t&#226;ches qui en d&#233;coulent ; plus sera couvert de succ&#232;s l'&#233;largissement de leur base dans le prol&#233;tariat ; plus sera tenace la mani&#232;re dont ils pratiqueront la politique du front unique envers le parti officiel et le mouvement paysan dirig&#233; par lui, d'autant mieux ils r&#233;ussiront &#224; pr&#233;server la r&#233;volution du heurt plein de danger entre la paysannerie et le prol&#233;tariat ; non seulement ils assureront l'unit&#233; d'action n&#233;cessaire entre deux classes r&#233;volutionnaires, mais aussi ils transformeront leur front unique en un pas historique vers la dictature du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&#233;on Trotsky Prinkipo, 26 septembre 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; THE TASKS OF THE CHINESE COMMUNIST PARTY IN THE PERIOD OF RESISTANCE TO JAPAN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;May 3, 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Comrade Mao Tse-tung delivered this report at the National Conference of the Communist Party of China, held in Yenan in May 1937.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE PRESENT STAGE OF DEVELOPMENT OF CHINA'S EXTERNAL AND INTERNAL CONTRADICTIONS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. As the contradiction between China and Japan has become the principal one and China's internal contradictions have dropped into a secondary and subordinate place, changes have occurred in China's international relations and internal class relations, giving rise to a new stage of development in the current situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. China has long been in the grip of two acute and basic contradictions, the contradiction between China and imperialism and the contradiction between feudalism and the masses of the people. In 1927 the bourgeoisie, represented by the Kuomintang, betrayed the revolution and sold China's national interests to imperialism, thus creating a situation in which the state power of the workers and peasants stood in sharp antagonism to that of the Kuomintang, and, of necessity, the task of the national and democratic revolution devolved upon the Chinese Communist Party alone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Since the Incident of September 18, 1931 and especially since the Northern China Incident of 1935, [1] the following changes have taken place in these contradictions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) The contradiction between China and imperialism in general has given way to the particularly salient and sharp contradiction between China and Japanese imperialism. Japanese imperialism is carrying out a policy of total conquest of China. Consequently, the contradictions between China and certain other imperialist powers have been relegated to a secondary position, while the rift between these powers and Japan has been widened. Consequently also, the Chinese Communist Party and the Chinese people are faced with the task of linking China's anti-Japanese national united front with the world peace front. This means that China should not only unite with the Soviet Union, which has been the consistently good friend of the Chinese people, but as far as possible should work for joint opposition to Japanese imperialism with those imperialist countries which, at the present time, are willing to maintain peace and are against new wars of aggression. The aim of our united front must be resistance to Japan, and not simultaneous opposition to all the imperialist powers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) The contradiction between China and Japan has changed internal class relations within China and has confronted the bourgeoisie and even the warlords with the question of survival, so that they and their political parties have been undergoing a gradual change in their political attitude. This has placed the task of establishing an anti-Japanese national united front before the Chinese Communist Party and the Chinese people. Our united front should include the bourgeoisie and all who agree to the defence of the motherland, it should represent national solidarity against the foreign foe. This task not only must, but can, be fulfilled.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) The contradiction between China and Japan has changed matters for the masses throughout the country (the proletariat, the peasantry and the urban petty bourgeoisie) and for the Communist Party, and it has changed the Party's policy. More and more people have risen to fight for national salvation. The policy proclaimed by the Communist Party after the September 18th Incident was to conclude agreements with those sections of the Kuomintang which were willing to co-operate with us for resistance, subject to three conditions (stop attacking the revolutionary base areas, guarantee the freedoms and rights of the people, arm the people), and it has developed into a policy of establishing an anti-Japanese united front of the whole nation. This is the reason for the following steps taken by our Party : in 1935, the August declaration [2] and the December resolution ; [3] in 1936, the abandonment of the &#034;anti-Chiang Kai-shek&#034; slogan in May, [4] the letter to the Kuomintang in August, [5] the resolution on the democratic republic in September, [6] and the insistence on a peaceful settlement of the Sian Incident in December ; and in 1937, the February telegram to the Third Plenary Session of the Central Executive Committee of the Kuomintang. [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Because of the contradiction between China and Japan, a change has also occurred in the Chinese warlord regimes and the civil wars among them, which are the product of the imperialist policy of spheres of influence and of China's semi-colonial economic conditions. Japanese imperialism fosters such separate regimes and civil wars for the purpose of facilitating exclusive Japanese domination of China. Certain other imperialist powers are temporarily in favour of unity and peace in China in their own interests. The Chinese Communist Party and the Chinese people on their part are exerting their utmost efforts against civil wars and splits and for peace and unity.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) In terms of relative political importance the development of the national contradiction between China and Japan has demoted the domestic contradictions between classes and between political groupings to a secondary and subordinate place. But they still exist and have by no means diminished or disappeared. The same is true of the contradictions between China and the imperialist powers other than Japan. Therefore, the Chinese Communist Party and the Chinese people are faced with the following task&#8212;to make the appropriate adjustments with regard to those internal and external contradictions which can and must be adjusted at present so as to fit in with the general task of unity against Japan. This is the reason for the Chinese Communist Party's policies of peace and unity, democracy, bettering the life of the people and negotiations with foreign countries that are opposed to Japan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. The first stage of the new period in the Chinese revolution began on December 9, 1935 and ended when the Kuomintang's Central Executive Committee held its Third Plenary Session in February 1937. The major events in this stage were the movements for national salvation among the students and cultural and press circles ; the Red Army's entry into the Northwest ; the Communist Party's work of propaganda and organization for its anti-Japanese national united front policy ; the anti-Japanese strikes in Shanghai and Tsingtao ; [8] the relative stiffening of British policy towards Japan ; [9] the Kwangtung-Kwangsi Incident ; [10] the resistance in Suiyuan and the movement in its support ; [11] Nanking's somewhat firmer attitude in the Sino-Japanese negotiations ; [12] the Sian Incident ; and finally, the Third Plenary Session of the Central Executive Committee of the Kuomintang in Nanking. [13] These events all centred on the basic contradiction, which is the antagonism between China and Japan ; they all centred directly on the historical need for an anti-Japanese national united front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The basic task of the revolution at this stage was to struggle for internal peace and stop the internal armed conflicts, so that there could be unity against Japan. During this stage the Communist Party issued its call, &#034;Stop the civil war and unite against Japan&#034;, a call which in the main has been put into effect, and thereby created the primary prerequisite for the actual establishment of an anti-Japanese national united front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Owing to the presence of the pro-Japanese group inside the Kuomintang, it made no definite or thoroughgoing change in its policy at the Third Plenary Session of its Central Executive Committee and did not concretely solve any problem. However, owing to the pressure of the people and to developments in its own ranks, the Kuomintang had to begin to change its wrong policy of the previous ten years, that is, it had to turn away from the policy of civil war, dictatorship and non-resistance to Japan and to move in the direction of peace, democracy and resistance to Japan, and it had to begin accepting the policy of an anti-Japanese national united front ; this initial change revealed itself at the Third Plenary Session of its Central Executive Committee. From now on the demand must be for a thorough change in Kuomintang policy. In order to attain this goal our Party and the people throughout the country must develop the movement for resistance to Japan and for democracy still more extensively, must go a step further in criticizing the Kuomintang, pushing it into action and keeping up the pressure, must unite with all those within the Kuomintang who stand for peace, democracy and resistance to Japan, and must help the hesitant waverers forward and throw out the pro-Japanese elements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. The present stage is the second one in the new period. Both the previous and present stages are stages of transition towards nationwide armed resistance to Japan. If in the previous stage the principal task was the fight for peace, then in the present stage the principal task is the fight for democracy. It must be understood that just as a genuine and solid anti-Japanese national united front cannot be established without internal peace, so it cannot be established without internal democracy. Hence at the present stage of development the fight for democracy is the central link in the revolutionary task. If we fail to see the importance of democracy clearly and slacken our fight for it, we shall be unable to establish a genuine and solid anti-Japanese national united front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste de Chine &#187; &#224; la crois&#233;e des chemins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire officielle pr&#233;sente le surgissement du Parti communiste en Chine comme un sous-produit du mouvement de l'intelligentsia bourgeoisie des d&#233;buts du si&#232;cle. Le marxisme aurait &#233;t&#233; im&#173;port&#233; d'Europe parmi d'autres &#171; philosophies &#187; occidentales, et la fon&#173;dation du Parti communiste ferait parti du surgissement de beaucoup d'autres organisations litt&#233;raires, philosophiques et politiques de cette &#233;poque. Avec ce genre d'id&#233;es, les historiens bourgeois cr&#233;ent un pont entre le mouvement po&#173;litique de la bourgeoisie et celui de la classe ouvri&#232;re et donnent finalement, &#224; la formation du Parti communiste, une signification sp&#233;cifiquement nationale. En r&#233;alit&#233;, le surgissement du parti communiste en Chine - comme dans beaucoup d'autres pays &#224; l'&#233;poque - n'est pas fondamentalement li&#233; au d&#233;velop&#173;pement de l'intelligentsia chinoise, mais &#224; l'avanc&#233;e du mouvement r&#233;volutionnaire international de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste de Chine (PCC) fut cr&#233;&#233; en 1920 et 1921, &#224; partir de pe&#173;tits groupes marxistes, anarchistes et socialistes, sympathisants de la Russie sovi&#233;tique. Comme tant d'autres partis, le PCC naquit directement en tant que composante de l'IC et sa croissance fut li&#233;e au d&#233;veloppement des luttes ouvri&#232;&#173;res qui ne manqu&#232;rent pas de surgir suivant l'exemple des mouvements insur&#173;rectionnels en Russie et en Europe Oc&#173;cidentale. C'est ainsi que, de quelques dizaines de militants en 1921, le parti se d&#233;veloppera en quelques ann&#233;es pour en compter un millier ; durant la vague de gr&#232;ves de 1925 il atteint 4000 membres et, au moment de la p&#233;riode insurrec&#173;tionnelle de 1927, il en comptait pr&#232;s de 60 000. Ce rapide accroissement num&#233;&#173;rique exprime, d'une certaine fa&#231;on, la volont&#233; r&#233;volutionnaire qui animait la classe ouvri&#232;re chinoise durant la p&#233;riode de 1919 &#224; 1927 (la majorit&#233; des militants, &#224; cette &#233;poque, sont des ou&#173;vriers des grandes villes industrielles). Cependant il faut dire que l'accroisse&#173;ment num&#233;rique n'exprimait pas un ren&#173;forcement &#233;quivalent du parti. L'admis&#173;sion h&#226;tive des militants contredisait la tradition du parti bolchevique de former une organisation solide, bien tremp&#233;e, de l'avant-garde de la classe ouvri&#232;re, plut&#244;t qu'une organisation de masse. Mais ce qui s'av&#233;ra pire que tout fut l'adoption, &#224; partir de son second con&#173;gr&#232;s, d'une politique opportuniste dont il n'allait plus parvenir &#224; se d&#233;faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers le milieu de 1922, &#224; la demande de l'Ex&#233;cutif de l'Internationale, le PCC lance le malencontreux mot d'ordre du &#171; Front unique anti-imp&#233;rialiste avec le Kuomintang &#187;, et de l'adh&#233;sion indivi&#173;duelle des communistes &#224; ce dernier. Cette politique de collaboration de clas&#173;ses (qui commen&#231;a &#224; s'&#233;tendre en Asie &#224; partir de la &#171; Conf&#233;rence des peuples d'Orient &#187; de janvier 1922) &#233;tait le r&#233;&#173;sultat des n&#233;gociations, engag&#233;es en se&#173;cret, entre l'URSS et le Kuomintang. D&#232;s juin 1923 (3&#176; congr&#232;s du PCC) est vot&#233;e l'adh&#233;sion des membres du parti au Kuomintang. Le Kuomintang lui-m&#234;me est admis dans l'IC en 1926 comme organisation sympathisante et participe au 7e Pl&#233;num de l'IC, alors m&#234;me que l'opposition unifi&#233;e (Trotsky, Zinoviev,..) n'est pas autoris&#233;e &#224; y par&#173;ticiper. En 1926, tandis que le Kuomin&#173;tang pr&#233;parait le coup final contre la classe ouvri&#232;re, &#224; Moscou on &#233;laborait l'inf&#226;me th&#233;orie selon laquelle le Kuo&#173;mintang &#233;tait un &#171; bloc anti-imp&#233;ria&#173;liste comprenant quatre classes &#187; (le prol&#233;tariat, la paysannerie, la petite-bourgeoisie et la bourgeoisie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique eut les plus funestes con&#173;s&#233;quences sur le mouvement de la classe ouvri&#232;re en Chine. Tandis que le mou&#173;vement de gr&#232;ves et les manifestations se d&#233;veloppaient spontan&#233;ment et imp&#233;&#173;tueusement, le parti communiste, noy&#233; au sein du Kuomintang, s'av&#233;rait inca&#173;pable d'orienter la classe ouvri&#232;re, de faire preuve d'une politique de classe ind&#233;pendante. La classe ouvri&#232;re, d&#233;&#173;pourvue &#233;galement d'organisations uni&#173;taires comme les conseils ouvriers pour sa lutte politique, s'en remit, &#224; la de&#173;mande du PCC lui-m&#234;me, au Kuomin&#173;tang, c'est-&#224;-dire accorda sa confiance &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il est certain que la politique opportuniste de subordination au Kuomintang a rencontr&#233;, d&#232;s le d&#233;but, une r&#233;sistance constante au sein du PCC (comme ce fut le cas du courant repr&#233;&#173;sent&#233; par Chen Tou-hsiou). D&#233;j&#224;, d&#232;s le 2&#176; congr&#232;s du PCC, une opposition s'&#233;tait dress&#233;e contre les th&#232;ses d&#233;fen&#173;dues par le d&#233;l&#233;gu&#233; de l'Internationale (Sneevliet), suivant lesquelles le Kuo&#173;mintang ne serait pas un parti bour&#173;geois, mais un front de classes auquel le PCC devrait se soumettre. Pendant toute la p&#233;riode d'union avec le Kuomintang, les voix n'ont pas manqu&#233; de se faire entendre, au sein du parti communiste, pour d&#233;noncer les pr&#233;paratifs anti-prol&#233;&#173;tariens de Chang Kai-chek ; demandant, par exemple, que les armes fournies par l'URSS soient destin&#233;es &#224; l'armement des ouvriers et des paysans, plut&#244;t que de venir renforcer l'arm&#233;e de Chang Kai-chek, comme cela fut le cas, affir&#173;mant, enfin, l'urgence de sortir de la sourici&#232;re que constituait le Kuomin&#173;tang pour la classe ouvri&#232;re : &#171; La r&#233;vo&#173;lution chinoise a deux chemins possi&#173;bles : l'un est celui que le prol&#233;tariat peut tracer et par lequel nous pourrons atteindre nos objectifs r&#233;volutionnai&#173;res ; l'autre est celui de la bourgeoisie, et cette derni&#232;re trahira la r&#233;volution au cours de son d&#233;veloppement &#187;. ([6])&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant il s'av&#233;ra impossible, pour un parti jeune et sans exp&#233;rience, de passer outre les directives erron&#233;es de l'Ex&#233;cutif de l'Internationale, et il re&#173;tomba dedans. Le r&#233;sultat fut que, tandis que le prol&#233;tariat s'engageait dans un combat contre les fractions des classes poss&#233;dantes adversaires du Kuomin&#173;tang, celui-ci lui pr&#233;parait d&#233;j&#224; le coup de poignard dans le dos : ce que la classe ouvri&#232;re s'av&#233;ra incapable d'em&#173;p&#234;cher parce que son parti ne l'avait pas pr&#233;venue. Et s'il est vrai que la r&#233;voluti&#173;on en Chine avait peu de chance de triompher - en effet au niveau interna&#173;tional la colonne vert&#233;brale de la r&#233;vol&#173;ution mondiale, le prol&#233;tariat en Alle&#173;magne, &#233;tait cass&#233;e depuis 1919- l'op&#173;portunisme de la 3e Internationale pr&#233;&#173;cipita la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re se soul&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mao&#239;sme a pr&#233;text&#233; de la faiblesse de la classe ouvri&#232;re en Chine pour justifier le d&#233;placement du PCC vers les campa&#173;gnes &#224; partir de 1927. Certes, la classe ouvri&#232;re en Chine, au d&#233;but du si&#232;cle, &#233;tait minuscule en nombre comparati&#173;vement &#224; la paysannerie (une proportion de 2 &#224; 100), mais son poids politique ne suivait pas la m&#234;me proportion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, il y avait d&#233;j&#224; environ 2 millions d'ouvriers urbains hautement concentr&#233;s dans le bassin du fleuve Yang-Tseu avec la cit&#233; c&#244;ti&#232;re de Shanghai et la zone industrielle de Wou-Han (la triple ville Han-Keou, Wou-Tchang, Han-Yang) , dans le complexe Canton-Hong-Kong et dans les mines de la province du Yunnan (sans compter les 10 millions d'artisans plus ou moins prol&#233;taris&#233;s qui peu&#173;plaient les villes). Cette concentration donnait &#224; la classe ouvri&#232;re une force extraordinaire, capable de paralyser et de prendre en mains les centres vitaux de la production capitaliste. De plus, dans les provinces du sud (surtout &#224; Kouang-Tong) existait une paysannerie &#233;troitement li&#233;e aux ouvriers, en effet elle fournissait en forces de travail les villes industrielles et pouvait constituer une force d'appoint pour le prol&#233;tariat urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il serait erron&#233; de consid&#233;&#173;rer la force de la classe ouvri&#232;re en Chine en se basant exclusivement sur son nombre en comparaison avec les au&#173;tres classes du pays. Le prol&#233;tariat est une classe historique qui puise sa force dans son existence mondiale, et l'exemple de la r&#233;volution en Chine en est une preuve concr&#232;te. Le mouve&#173;ment de gr&#232;ves n'avait pas son &#233;picentre en Chine mais en Europe, c'&#233;tait une manifestation de l'onde d'expansion de la r&#233;volution mondiale. Les ouvriers de Chine, comme ceux d'autres parties du monde, se lan&#231;aient dans la lutte face &#224; l'&#233;cho de la r&#233;volution triomphante en Russie et des tentatives insurrectionnel&#173;les en Allemagne et dans d'autres pays d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, comme la majorit&#233; des usines de Chine &#233;taient d'origine &#233;trang&#232;re, les gr&#232;ves ont une teinte &#171; anti-&#233;trangers &#187; et la bourgeoisie nationale pensa s'en servir comme instrument de pression. Cependant, le mouvement de gr&#232;ves prendra de plus en plus un caract&#232;re de classe affirm&#233;, contre la bourgeoisie en g&#233;n&#233;ral, qu'elle soit nationale ou &#233;tran&#173;g&#232;re. Les gr&#232;ves revendicatives se suc&#173;c&#232;dent de fa&#231;on croissante &#224; partir de 1919, malgr&#233; la r&#233;pression (il n'&#233;tait pas rare que des ouvriers soient d&#233;capit&#233;s ou br&#251;l&#233;s dans les chaudi&#232;res des locomoti&#173;ves). Vers le milieu de 1921, &#233;clate la gr&#232;ve dans les textiles de Hou-Nan. Au d&#233;but de 1922, une gr&#232;ve des marins de Hong-Kong se poursuit durant trois mois jusqu'&#224; la satisfaction de leurs re&#173;vendications. Dans les premiers mois de 1923 &#233;clate une vague d'une centaine de gr&#232;ves dans lesquelles prennent part plus de 300 000 ouvriers ; en f&#233;vrier, le militariste Wou Pei-fou ordonne la r&#233;pression de la gr&#232;ve des chemins de fer au cours de laquelle sont assassin&#233;s 35 ouvriers, et laissant de nombreux bles&#173;s&#233;s. En juin 1924 &#233;clate une gr&#232;ve g&#233;n&#233;&#173;rale &#224; Canton - Hongkong qui durera trois mois. En f&#233;vrier 1925 les ouvriers du coton de Shanghai se mettent en gr&#232;ve. C'est le pr&#233;lude du gigantesque mouvement de gr&#232;ves qui allait parcou&#173;rir toute la Chine durant l'&#233;t&#233; 1925.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement du 30 mai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1925, la Russie soutenait fermement le gouvernement de Canton du Kuomintang. D&#233;j&#224; depuis 1923, l'alliance entre l'URSS et le Kuomintang avait &#233;t&#233; d&#233;&#173;clar&#233;e ouvertement ; une d&#233;l&#233;gation mi&#173;litaire du Kuomintang command&#233;e par Chang Kai-chek s'&#233;tait rendue &#224; Moscou et, dans le m&#234;me temps, une d&#233;l&#233;gation de l'Internationale donnait au Kuomintang des statuts et une structure organisationnelle et militaire. En 1924, le premier Congr&#232;s officiel du Kuomin&#173;tang approuva l'alliance et, en mai, s'&#233;tablit l'Acad&#233;mie Militaire de Wham-poa avec des armes et des conseillers militaires sovi&#233;tiques, dirig&#233;e par Chang Kai-chek. En fait, ce que faisait le Gouvernement russe, c'&#233;tait former une arm&#233;e moderne, au service de la fraction de la bourgeoisie group&#233;e au sein du Kuomintang, ce dont celle-ci avait jusqu'alors manqu&#233;. En mars 1925 ; Sun Yat-sen se rend &#224; P&#233;kin (l'URSS continuait aussi &#224; maintenir des relations avec le gouvernement de P&#233;&#173;kin) pour essayer de construire une al&#173;liance visant &#224; unifier le pays, mais il meurt des suites d'une maladie avant d'avoir atteint son but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte d'alliance idylli&#173;que que surgit, de toutes ses forces, le mouvement de la classe ouvri&#232;re, rappe&#173;lant &#224; la bourgeoisie du Kuomintang et aux opportunistes de l'Internationale l'existence de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de 1925 monta la vague d'agi&#173;tations et de gr&#232;ves. Le 30 mai, la police anglaise de Shanghai ouvrit le feu sur une manifestation d'&#233;tudiants et d'ou&#173;vriers : 12 manifestants furent tu&#233;s. Ce fut le d&#233;tonateur d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Shanghai qui commen&#231;a &#224; s'&#233;tendre ra&#173;pidement aux principaux ports com&#173;merciaux du pays. Le 19 juin &#233;clate &#233;galement la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Canton. Quatre jours plus tard les troupes bri&#173;tanniques de la concession britannique de Shameen (proche de Canton) ouvri&#173;rent le feu contre une autre manifesta&#173;tion. En riposte, les ouvriers de Hong&#173;kong se mirent en gr&#232;ve. Le mouvement s'&#233;tendit, arrivant jusqu'&#224; la lointaine P&#233;kin o&#249;, le 30 juillet, eut lieu une ma&#173;nifestation de quelques 200 000 tra&#173;vailleurs, et renfor&#231;ant l'agitation pay&#173;sanne dans la province de Kouang-Tong.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Shanghai les gr&#232;ves dur&#232;rent trois mois ; &#224; Canton-Hong-Kong &#233;clata une gr&#232;ve-boycott qui dura jusqu'en octobre de l'ann&#233;e suivante. A ce moment-l&#224;, commenc&#232;rent &#224; se cr&#233;er des milices ouvri&#232;res. Des milliers d'ouvriers ralli&#232;&#173;rent les rangs du parti communiste. La classe ouvri&#232;re en Chine se montrait pour la premi&#232;re fois en tant que force r&#233;ellement capable de menacer le r&#233;gime capitaliste dans son ensem&#173;ble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le fait que le mouvement du 30 mai eut comme cons&#233;quence directe la consolidation et l'extension dans le sud du pouvoir du gouvernement de Canton, ce m&#234;me mouvement r&#233;veilla l'instinct de classe de la bourgeoisie nationaliste group&#233;e dans le Kuomintang, et qui jus&#173; qu'alors avait &#171; laiss&#233; faire &#187; les gr&#233;vis&#173;tes tant qu'ils dirigeaient leurs luttes es&#173;sentiellement contre les usines et les concessions &#233;trang&#232;res. Les gr&#232;ves de l'&#233;t&#233; 1925 avaient rev&#234;tu un caract&#232;re anti-bourgeois, ne &#171; respectant &#187; m&#234;me pas les capitalistes nationaux. Ainsi, la bourgeoisie nationaliste et &#171; r&#233;volutionnaire &#187;, avec &#224; sa t&#234;te le Kuomintang (soutenu par les grandes puissances et avec l'appui aveugle de Moscou), se lan&#231;a rageusement avant tout dans l'affrontement avec celui qu'elle avait identifi&#233; comme &#233;tant son ennemi de classe mortel : le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup de force et l'exp&#233;dition au nord de Chang Kai-chek&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les derniers mois de 1925 et les premiers de 1926 se d&#233;roule ce que les historiens ont d&#233;cid&#233; de nommer la &#171; polarisation entre la gauche et la droite du Kuomintang &#187;, celle qui selon eux comporterait le fractionnement de la bourgeoisie en deux parties, l'une demeurant fid&#232;le au nationalisme, l'au&#173;tre virant vers une alliance avec l'imp&#233;rialisme. Cependant nous avons d&#233;j&#224; vu que, m&#234;me les fractions de la bourgeoi&#173;sie les plus &#171; anti-imp&#233;rialistes &#187;, ne cess&#232;rent jamais leurs relations avec les imp&#233;rialistes. Ce qui se passait en r&#233;a&#173;lit&#233; ce n'&#233;tait pas que la bourgeoisie se fractionnait, mais qu'elle se pr&#233;parait &#224; affronter la classe ouvri&#232;re, se d&#233;barras&#173;sant des &#233;l&#233;ments g&#234;nants au sein du Kuomintang (les militants communis&#173;tes, une partie de la petite-bourgeoisie et quelques g&#233;n&#233;raux fid&#232;les &#224; l'URSS). Ainsi donc, le Kuomintang, se sentant suffisamment de force politique et mi&#173;litaire, &#244;tait son masque de &#171; bloc de classes &#187; et apparaissait pour ce qu'il avait toujours r&#233;ellement &#233;t&#233; : le parti de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 1925 le chef de la &#171; gauche &#187;, Liao Ching-hai, fut assassin&#233; et le harc&#232;le&#173;ment contre les communistes commen&#173;&#231;a. Ceci constitua le pr&#233;lude du coup de force de Chang Kai-chek, devenu l'homme fort du Kuomintang, qui mar&#173;qua le d&#233;but de la r&#233;action de la bour&#173;geoisie contre le prol&#233;tariat. Le 20 mars, Chang Kai-chek &#224; la t&#234;te des cadets de l'Acad&#233;mie de Whampoa, proclame la loi martiale &#224; Canton, ferme les locaux des organisations ouvri&#232;res, d&#233;sarme les piquets de gr&#232;ve et fait arr&#234;ter nombre de militants communistes. Dans les mois suivants, les communistes seront &#233;ject&#233;s de tous les postes &#224; responsabili&#173;t&#233; du Kuomintang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ex&#233;cutif de l'Internationale, &#224; la botte de Boukharine et de Staline, demeure &#171; aveugle &#187; devant la r&#233;action du Kuomintang et, malgr&#233; l'opposition in&#173;sistante d'une grande partie du PCC, il donne l'ordre de maintenir l'alliance, cachant les &#233;v&#233;nements aux membres de l'Internationale et des PC ([7]). Enhardi, Chang Kai-chek exige de l'URSS un soutien militaire dans son exp&#233;dition vers le nord qui commence en juillet 1926.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tant d'autres actions de la bour&#173;geoisie, l'exp&#233;dition dans le nord est faussement pr&#233;sent&#233;e par l'histoire officielle comme un &#171; &#233;v&#233;nement r&#233;voluti&#173;onnaire &#187;, comme une tentative d'&#233;tendre le r&#233;gime &#171; r&#233;volutionnaire &#187; et d'unifier la Chine. Mais les intentions du Kuomintang de Chang Kai-chek &#233;taient loin d'&#234;tre aussi altruistes. Son grand r&#234;ve (&#224; l'&#233;gal d'autres militaristes) consistait en l'appropriation du port de Shanghai et l'obtention, de la part des grandes puissances, de l'administration de sa riche douane. Pour ce faire, il pouvait compter sur un argument de chantage extr&#234;mement puissant : sa ca&#173;pacit&#233; &#224; contenir et soumettre le mou&#173;vement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de l'exp&#233;dition militaire du Kuomintang, la loi martiale est d&#233;cr&#233;t&#233;e dans les r&#233;gions qu'il contr&#244;le d&#233;j&#224;. Ainsi, au moment m&#234;me o&#249; les tra&#173;vailleurs du nord pr&#233;paraient avec en&#173;thousiasme l'appui aux forces du Kuo&#173;mintang, celui-ci interdisait formelle&#173;ment les gr&#232;ves ouvri&#232;res dans le sud. En septembre, une force de gauche du Kuomintang prend Han-Keou, mais Chang Kai-chek refuse de la soutenir et s'&#233;tablit &#224; Nanchang. En octobre, on donne l'ordre aux communistes de frei&#173;ner le mouvement paysan dans le sud et l'arm&#233;e met un terme &#224; la gr&#232;ve-boycott de Canton/Hong-Kong. Ceci constitua pour les grandes puissances (au premier rang desquelles l'Angleterre) la preuve la plus tangible que l'avanc&#233;e vers le nord du Kuomintang n'avait aucune pr&#233;tention anti-imp&#233;rialiste et, peu de temps apr&#232;s, commenc&#232;rent les n&#233;go&#173;ciations secr&#232;tes avec Chang Kai-chek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 1926, le bassin industriel du fleuve Yang-Tseu bouillonnait d'agitation. En octobre, le militariste Sia-chao (qui venait de rejoindre le Kuomintang) avan&#231;a sur Shanghai, mais il s'arr&#234;ta &#224; quelques kilom&#232;tres de la ville, laissant les trou&#173;pes &#171; ennemies &#187; du nord (sous les or&#173;dres de Sun Chouan-fang) entrer les premi&#232;res dans la ville, &#233;touffant ainsi un soul&#232;vement imminent. En janvier 1927, les masses travailleuses occup&#232;&#173;rent au moyen d'actions spontan&#233;es les concessions britanniques de Han-Keou (dans la triple ville de Wou-Han) et de Jiujiang. Alors, l'arm&#233;e du Kuomintang ralentit son avance pour permettre, dans la plus pure tradition des arm&#233;es r&#233;ac&#173;tionnaires, que les seigneurs de la guerre locaux puissent r&#233;primer les mouvements ouvrier et paysan. Au m&#234;me moment, Chang Kai-chek se lance publiquement &#224; l'attaque des communistes et le mouvement paysan de Kouang-Tong (dans le sud) est &#233;touff&#233;. Voila le sc&#233;nario selon lequel se d&#233;roula le mouvement insurrectionnel de Shanghai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection de Shanghai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement insurrectionnel de Shan&#173;ghai est le point culminant d'une d&#233;&#173;cennie de luttes constantes et ascendan&#173;tes de la classe ouvri&#232;re. Il constitue le point le plus &#233;lev&#233; atteint par la r&#233;volu&#173;tion en Chine. Cependant, les condi&#173;tions dans lesquelles il m&#251;rissait ne pouvaient gu&#232;re &#234;tre plus d&#233;favorables pour la classe ouvri&#232;re. Le parti com&#173;muniste se trouvait pieds et poings li&#233;s, d&#233;sarticul&#233;, frapp&#233; et soumis par le Kuomintang. La classe ouvri&#232;re, trom&#173;p&#233;e par la mystification du &#171; bloc des quatre classes &#187;, ne s'&#233;tait pas non plus dot&#233;e d'organismes unitaires, charg&#233;s de centraliser effectivement sa lutte, de type conseils ouvriers ([8]). Pendant ce temps, les canonni&#232;res des puissances imp&#233;rialistes &#233;taient point&#233;es sur la ville, et le Kuomintang lui-m&#234;me s'ap&#173;prochait de Shanghai, paraissant arbo&#173;rer la banni&#232;re de la &#171; r&#233;volution anti-imp&#233;rialiste &#187;, mais avec le v&#233;ritable but d'&#233;craser les ouvriers. Seuls, la volont&#233; r&#233;volutionnaire et l'h&#233;ro&#239;sme de la classe ouvri&#232;re peuvent expliquer sa ca&#173;pacit&#233; &#224; s'emparer dans de telles condi&#173;tions, et m&#234;me si ce n'est que pour quel&#173;ques jours, de la ville qui repr&#233;sente le coeur du capitalisme en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1927, le Kuomintang reprend son avanc&#233;e. Le 18, l'arm&#233;e nationaliste se trouve &#224; Chiaching, &#224; 60 kilom&#232;tres de Shanghai. A ce moment-l&#224;, devant la d&#233;faite imminente de Sun Chouan-fang, &#233;clata la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Shanghai : &#171; ...le mouvement du prol&#233;tariat de Shanghai, du 19 au 24 f&#233;vrier, constitua objectivement une tentative du prol&#233;ta&#173;riat de Shanghai d'assurer son h&#233;g&#233;mo&#173;nie. Aux premi&#232;res nouvelles de la d&#233;&#173;faite de Sun Chouan-fang, &#224; Zhejiang, l'atmosph&#232;re de Shanghai devint br&#251;&#173;lante et, pendant les deux jours, &#233;clata avec la puissance d'une force &#233;l&#233;men&#173;taire une gr&#232;ve de 300 000 travailleurs qui se transforma irr&#233;sistiblement en in&#173;surrection arm&#233;e pour rapidement som&#173;brer dans le n&#233;ant, par manque de di&#173;rection... &#187; ([9]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste, pris par surprise, h&#233;sitait &#224; lancer le mot d'ordre de l'in&#173;surrection alors que celle-ci se d&#233;roulait dans les rues. Le 20, Chang Kai-chek ordonna d'un coup de suspendre l'atta&#173;que contre Shanghai. Ce fut le signal pour les forces de Sun Chouan-fang de d&#233;cha&#238;ner la r&#233;pression dans laquelle des dizaines d'ouvriers furent assassin&#233;s et qui parvint &#224; contenir momentan&#233;&#173;ment le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les semaines qui suivirent, Chang Kai-chek manoeuvra habilement pour &#233;viter d'&#234;tre relev&#233; du commande&#173;ment de l'arm&#233;e et pour faire taire les rumeurs d'une alliance avec la droite et les puissances, et sur ses pr&#233;paratifs anti-ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le 21 mars 1927 &#233;clate la tenta&#173;tive insurrectionnelle finale. Ce jour-l&#224;, on proclame une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; laquelle participent pratiquement tous les ouvriers de Shanghai : 800 000 ouvriers. &#171; Tout le prol&#233;tariat &#233;tait en gr&#232;ve, ainsi que la majeure par&#173;tie de la petite-bourgeoisie (&#233;piciers, artisans, etc.) (...) en une dizaine de mi&#173;nutes, toute la police fut d&#233;sarm&#233;e. A deux heures, les insurg&#233;s poss&#233;daient d&#233;j&#224; quelques 1500 fusils. Imm&#233;diate&#173;ment apr&#232;s, les forces insurg&#233;es se diri&#173;g&#232;rent vers les principaux &#233;difices gou&#173;vernementaux et s'employ&#232;rent &#224; d&#233;s&#173;armer les troupes. De s&#233;rieux combats s'engag&#232;rent dans le quartier ouvrier de Tchapei... Finalement, le deuxi&#232;me jour de l'insurrection, &#224; quatre heures de l'apr&#232;s-midi, l'ennemi (environ 3000 soldats) &#233;tait d&#233;finitivement d&#233;fait. Une fois ce rempart mis &#224; bas, tout Shanghai (except&#233; les concessions et le quartier international) se trouvait entre les mains des insurg&#233;s &#187; ([10]). Cette action, apr&#232;s la r&#233;volution en Russie et les ten&#173;tatives insurrectionnelles en Allemagne et dans d'autres pays europ&#233;ens, consti&#173;tua une nouvelle secousse contre l'or&#173;dre capitaliste mondial. Elle montra tout le potentiel r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re. Cependant, la machine r&#233;pressive de la bourgeoisie &#233;tait d&#233;j&#224; en marche et le prol&#233;tariat n'&#233;tait pas en &#233;tat de l'affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie &#171; r&#233;volutionnaire &#187; massacre le prol&#233;tariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers prirent la ville de Shan&#173;ghai... seulement pour en ouvrir les por&#173;tes &#224; l'arm&#233;e nationale &#171; r&#233;volutionnaire &#187; du Kuomintang qui finit par entrer dans la ville. Elle finissait &#224; peine de s'installer &#224; Shanghai quand Chang Kai-chek commen&#231;a &#224; pr&#233;parer la r&#233;pression, en accord avec la bourgeoisie sp&#233;culatrice et les bandes mafieuses de la ville. Ainsi commen&#231;a un rapprochement ouvert avec les repr&#233;&#173;sentants des grandes puissances et avec les seigneurs de la guerre du nord. Le 6 avril Chang Tso-lin (en accord avec Chang Kai-chek) attaqua l'ambassade de Russie &#224; P&#233;kin et arr&#234;ta des militants du Parti communiste qui furent, par la suite, assassin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 avril se d&#233;cha&#238;na &#224; Shanghai la r&#233;pression massive et sanglante pr&#233;pa&#173;r&#233;e par Chang Kai-chek. Les bandes du lumpenproletariat des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes, qui avaient toujours jou&#233; le r&#244;le de bri&#173;seurs de gr&#232;ves, furent envoy&#233;es contre les ouvriers. Les troupes du Kuomintang pr&#233;tendument &#171; alli&#233;es &#187; des ouvriers -furent directement utilis&#233;es pour d&#233;sar&#173;mer et arr&#234;ter les milices prol&#233;tariennes. Le jour suivant, le prol&#233;tariat essaya de r&#233;agir en lan&#231;ant une gr&#232;ve, mais les contingents des manifestants furent in&#173;tercept&#233;s par la troupe, occasionnant de nombreuses victimes. Imm&#233;diatement la loi martiale fut appliqu&#233;e et toutes les organisations ouvri&#232;res interdites. En peu de jours 5 000 ouvriers furent as&#173;sassin&#233;s, parmi lesquels de nombreux militants du parti communiste. Les ra&#173;fles et les assassinats allaient continuer pendant des mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment, par une manoeuvre conjointe, les militaires du Kuomintang qui &#233;taient rest&#233;s &#224; Canton d&#233;cha&#238;n&#232;rent un autre massacre, exterminant encore des milliers d'ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne, noy&#233;e dans le sang des ouvriers de Shanghai et de Canton, r&#233;sistait encore de fa&#231;on pr&#233;caire &#224; Wou-Han. Cependant, de nou&#173;veau, le Kuomintang, et plus particuli&#232;&#173;rement son aile gauche, &#244;ta son masque &#171; r&#233;volutionnaire &#187; et, en juillet, rejoi&#173;gnit les rangs de Chang Kai-chek, d&#233;&#173;cha&#238;nant l&#224; aussi la r&#233;pression. Ainsi, les hordes militaires se livr&#232;rent &#224; la destruction et au massacre dans les campagnes des provinces du centre et du sud. Les travailleurs furent assassi&#173;n&#233;s par dizaines de milliers dans toute la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ex&#233;cutif de l'Internationale, tentant de masquer sa politique n&#233;faste et crimi&#173;nelle de collaboration de classe, se d&#233;chargea de toute responsabilit&#233; sur le PCC et ses organes centraux et, plus particuli&#232;rement, sur le courant qui, justement, s'&#233;tait oppos&#233; &#224; cette politique (celui de Chen Tou-hsiou). Pour para&#173;chever le tout, il ordonna au Parti communiste de Chine, d&#233;j&#224; affaibli et d&#233;mo&#173;ralis&#233;, de s'engager dans une politique aventureuse qui se termina par la soi-di&#173;sant &#171; insurrection de Canton &#187;. Cette tentative absurde de coup de force &#171; planifi&#233; &#187; ne fut pas suivie par le prol&#233;tariat de Canton et n'aboutit qu'&#224; sou&#173;mettre encore plus ce dernier &#224; la r&#233;&#173;pression. Cela marque pratiquement la fin du mouvement ouvrier en Chine, dont on ne verra plus d'expression si&#173;gnificative pendant les quarante ann&#233;es suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de l'Internationale face &#224; la Chine fut un des axes de d&#233;nonciation du stalinisme montant, qui se trouve &#224; l'origine de 1' &#171; Opposition de gauche &#187;, le courant incarn&#233; par Trotsky (dans le&#173;quel ce m&#234;me Chen Tou-hsiou finit par s'engager). Ce courant, confus et tardif, d'opposition &#224; la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la 3e Internationale, bien qu'il se soit maintenu sur un terrain de classe prol&#233;&#173;tarien &#224; propos de la Chine - d&#233;non&#231;ant la soumission du PCC au Kuomintang comme &#233;tant la cause de la d&#233;faite de la r&#233;volution - ne parvint jamais &#224; d&#233;pas&#173;ser le cadre erron&#233; des Th&#232;ses du deuxi&#232;me congr&#232;s de l'Internationale sur la question nationale. Ce qui &#224; son tour, sera un des facteurs qui le m&#232;neront &#224; une d&#233;rive opportuniste (par une ironie de l'histoire, Trotsky soutiendra le nou&#173;veau front de classes r&#233;sultant, en Chine, des luttes imp&#233;rialistes &#224; partir des ann&#233;es 30), jusqu'&#224; son passage dans le camp de la contre-r&#233;volution, au cours de la deuxi&#232;me guerre mondiale ([11]). D'une fa&#231;on ou d'une autre, tout ce qui demeurait r&#233;volutionnaire interna&#173;tionaliste en Chine, fut appel&#233; d&#233;sor&#173;mais &#171; trotskisme &#187; (des ann&#233;es apr&#232;s, Mao Ts&#233;-tung poursuivra comme &#171; agents trotskistes de l'imp&#233;rialisme japonais &#187; les quelques internationalis&#173;tes qui s'opposaient &#224; sa politique con&#173;tre-r&#233;volutionnaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au Parti communiste de Chine, il fut litt&#233;ralement an&#233;anti, apr&#232;s que pr&#232;s de 25 000 de ses militants aient &#233;t&#233; assassin&#233;s des mains du Kuomintang et les autres emprisonn&#233;s ou pers&#233;cut&#233;s. Sans doute, des rescap&#233;s du parti communiste, ainsi que quelques d&#233;tache&#173;ments du Kuomintang, purent se r&#233;fu&#173;gier &#224; la campagne. Mais, &#224; ce d&#233;placement g&#233;ographique, correspondait un d&#233;placement politique toujours plus pro&#173;fond : dans les ann&#233;es suivantes, le parti adopta une id&#233;ologie bourgeoise, sa base sociale - dirig&#233;e par la petite-bourgeoi&#173;sie et la bourgeoise devint &#224; pr&#233;domi&#173;nante paysanne et il participa aux cam&#173;pagnes de guerres imp&#233;rialistes. Au prix du maintien de son nombre, le parti communiste de Chine cessa d'&#234;tre un parti de la classe ouvri&#232;re et se convertit en organisation de la bourgeoisie. Mais cela est d&#233;j&#224; une autre histoire, objet de la seconde partie de cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signalons, en guise de conclusion, quel&#173;ques enseignements tir&#233;s du mouvement r&#233;volutionnaire en Chine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* La bourgeoisie chinoise ne cessa pas d'&#234;tre r&#233;volutionnaire au moment o&#249; elle se lan&#231;a contre le prol&#233;tariat en 1927. D&#233;j&#224; depuis la &#171; r&#233;volution de 1911 &#187;, la bourgeoisie nationaliste avait montr&#233; son aptitude &#224; partager le pouvoir avec la noblesse, &#224; s'allier avec les militaristes et &#224; se soumettre aux puissances imp&#233;rialistes. Ses as&#173;pirations d&#233;mocratiques, &#171; anti-imp&#233;&#173;rialistes &#187; et m&#234;me &#171; r&#233;volution&#173;naires &#187;, n'&#233;taient que le masque qui cachait ses int&#233;r&#234;ts r&#233;actionnaires ; ceux-ci furent mis &#224; nu quand le prol&#233;tariat commen&#231;a &#224; repr&#233;senter un menace. Dans la p&#233;riode de d&#233;cadence du capitalisme, les bourgeoisies des pays faibles sont aussi r&#233;actionnaires et imp&#233;rialistes que celles des grandes puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* La lutte de classe du prol&#233;tariat en Chine de 1919 &#224; 1927 ne peut &#234;tre analys&#233;e dans un contexte purement national. Elle constitue un moment de la vague r&#233;volutionnaire mondiale qui &#233;branla le capitalisme au d&#233;but du si&#232;cle. La force &#233;l&#233;mentaire avec la&#173;quelle se souleva le mouvement ou&#173;vrier en Chine, secteur du prol&#233;tariat mondial consid&#233;r&#233; alors comme fai&#173;ble, au point d'&#234;tre capable de prendre spontan&#233;ment entre ses mains les grandes villes, montre le potentiel que la classe ouvri&#232;re poss&#232;de pour abattre la bourgeoisie, m&#234;me si pour ce faire elle a besoin de sa conscience et de son organisation r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat ne peut plus s'allier avec une fraction de la bourgeoisie quelle qu'elle soit. Par contre, il peut entra&#238;&#173;ner dans son mouvement r&#233;volution&#173;naire des secteurs de la petite-bour&#173;geoisie urbaine et rurale (comme le montr&#232;rent l'insurrection de Shanghai et le mouvement paysan de Kouang-Tong). Cependant, le prol&#233;tariat ne doit pas fusionner organiquement avec ces secteurs dans un quelconque &#171; front &#187;, il doit au contraire mainte&#173;nir &#224; tous moments son autonomie de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vaincre, le prol&#233;tariat a besoin d'un parti politique qui l'oriente dans les moments d&#233;terminants, ainsi que d'une organisation unitaire en conseils ouvriers. Il doit en particulier se doter &#224; temps de son Parti communiste mondial, ferme dans les principes et tremp&#233; par la lutte, avant que n'&#233;clate la prochaine vague r&#233;volutionnaire internationale. Ce parti doit &#234;tre capable de combattre en permanence l'opportunisme qui sacrifie l'avenir de la r&#233;volution au nom de &#171; r&#233;sultats imm&#233;diats &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leonard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifeste aux communistes chinois et du monde entier !&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les perspectives et les t&#226;ches de la r&#233;volution chinoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces derniers mois, on observe dans quelques provinces du sud de la Chine un mouvement paysan large, au point de vue de l'&#233;tendue. Non seulement. la presse prol&#233;tarienne mondiale, mais aussi la presse ennemie, est remplie d'&#233;chos de cette lutte. La r&#233;volution chinoise trahie, d&#233;truite, exsangue, montre qu'elle est vivante. Esp&#233;rons que le temps n'est plus loin o&#249; elle l&#232;vera de nouveau sa t&#234;te prol&#233;tarienne. Pour s'y pr&#233;parer il faut mettre &#224; temps le probl&#232;me de la r&#233;volution chinoise &#224; l'ordre du jour de la classe ouvri&#232;re mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, l'Opposition communiste internationale de gauche (bolch&#233;viks-l&#233;ninistes) consid&#233;rons comme notre devoir d'&#233;lever actuellement la voix pour attirer l'attention de tous les communistes, de tous les ouvriers r&#233;volutionnaires d'avant-garde, sur les t&#226;ch&#233;s de la lib&#233;ration du grand pays asiatique de l'Orient et, en m&#234;me temps, pour pr&#233;venir la fausse politique de la fraction dirigeante de l'Internationale Communiste, qui menace manifestement de miner la future r&#233;volution chinoise comme elle a d&#233;j&#224; men&#233; &#224; la ruine la r&#233;volution de 1925-1927.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sympt&#244;mes de la r&#233;g&#233;n&#233;ration de !a r&#233;volution chinoise &#224; la campagne sont le signe de sa force int&#233;rieure et de ses possibilit&#233;s grandioses, mais la t&#226;che consiste &#224; transformer ces possibilit&#233;s en une r&#233;alit&#233;. La premi&#232;re condition du succ&#232;s est la compr&#233;hension de ce qui se passe, c'est-&#224;-dire la d&#233;termination marxiste des forces en mouvement et une appr&#233;ciation juste de l'&#233;tape que la lutte a atteint actuellement. Sous ces deux rapports, la direction de l'Internationale Communiste se trouve sur une voie fausse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement sovi&#233;tique existe-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse stalinienne est remplie d'informations sur le &#034;gouvernement sovi&#233;tique&#034; &#233;tabli soi-disant sur de vastes provinces de la Chine, sous la protection de l'Arm&#233;e rouge. Les ouvriers des diff&#233;rents pays saluent cette nouvelle avec enthousiasme. Comment en serait-il autrement ? L'&#233;tablissement d'un gouvernement sovi&#233;tique dans une partie consid&#233;rable de la Chine, et la cr&#233;ation d'une arm&#233;e rouge chinoise, auraient signifi&#233; un succ&#232;s gigantesque de la r&#233;volution mondiale. Mais nous devons dire ouvertement et clairement : cela n'existe pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles qui nous parviennent des immenses &#233;tendues de la Chine, malgr&#233; leur pauvret&#233;, nous permettent, gr&#226;ce &#224; une compr&#233;hension marxiste des forces int&#233;rieures du processus qui se d&#233;veloppe, de rejeter en toute s&#251;ret&#233; l'appr&#233;ciation stalinienne des &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulent comme une appr&#233;ciation fausse et tr&#232;s dangereuse pour le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la Chine est pendant de longs si&#232;cles une histoire de r&#233;voltes terribles de la paysannerie pauvre et affam&#233;e. Pas moins de cinq fois, pendant les deux mille derni&#232;res ann&#233;es, la paysannerie chinoise a r&#233;ussi &#224; r&#233;aliser un morcellement complet de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Chaque fois le processus de sa concentration a recommenc&#233; depuis le d&#233;but, jusqu'au moment o&#249; la croissance de la population a men&#233; &#224; de nouvelles explosions partielles ou g&#233;n&#233;rales. Ce mouvement cyclique &#233;tait l'expression de la stagnation &#233;conomique et des conditions sociales qui n'offraient aucune issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement l'int&#233;gration de la Chine &#224; l'&#233;conomie mondiale a ouvert de nouvelles possibilit&#233;s au peuple chinois. Le capitalisme a fait irruption en Chine de l'ext&#233;rieur. La bourgeoisie chinoise retardataire est devenue l'interm&#233;diaire entre le capital &#233;tranger et les masses de son pays, impitoyablement exploit&#233;es. Les imp&#233;rialistes &#233;trangers et les bourgeois chinois combinent les m&#233;thodes de l'exploitation capitaliste avec les m&#233;thodes de contrainte du servage et l'esclavage de l'usure. L'id&#233;e principale des staliniens &#233;tait de faire de la bourgeoisie la dirigeante de la r&#233;volution nationale contre le f&#233;odalisme et l'imp&#233;rialisme. La strat&#233;gie politique qui en d&#233;coulait a perdu la r&#233;volution. Le prol&#233;tariat chinois a pay&#233; cher pour apprendre cette v&#233;rit&#233; que la bourgeoisie ne peut pas, ne veut pas, et ne pourra jamais lutter contre le soi-disant &#034;f&#233;odalisme&#034;, car ce dernier entre comme la partie la plus importante dans le syst&#232;me de sa propre exploitation, ni contre l'imp&#233;rialisme dont elle est l'agent et sous la protection militaire duquel elle se trouve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il fut &#233;vident que le prol&#233;tariat chinois, malgr&#233; toutes les influences contraires de l'Internationale Communiste, cherchait une voie r&#233;volutionnaire ind&#233;pendante, la bourgeoisie, avec l'aide des imp&#233;rialistes &#233;trangers, a &#233;cras&#233; les ouvriers, en commen&#231;ant &#224; Shangha&#239;. D&#232;s qu'il fut clair que l'amiti&#233; avec Moscou n'&#233;tait pas capable de paralyser la r&#233;volte paysanne, la bourgeoisie a &#233;cras&#233; le mouvement paysan. Les mois du printemps et de l'&#233;t&#233; de 1927 furent ceux des plus grands crimes de la bourgeoisie chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction stalinienne, effray&#233;e par les cons&#233;quences de ses fautes, a essay&#233; &#224; la fin de 1927 de rattraper d'un seul coup tout ce qu'elle avait manqu&#233; pendant plusieurs ann&#233;es. Ainsi fut organis&#233;e la r&#233;volte de Canton. Les dirigeants partaient de ce point de vue que la r&#233;volution allait. croissant comme auparavant. En r&#233;alit&#233;, l'&#233;lan r&#233;volutionnaire se changeait d&#233;j&#224; en d&#233;clin. L'h&#233;ro&#239;sme de l'avant-garde ouvri&#232;re de Canton ne pouvait d&#233;tourner le malheur caus&#233; par l'aventurisme des dirigeants. La r&#233;volte de Canton fut noy&#233;e dans le sang. La deuxi&#232;me r&#233;volution chinoise fut d&#233;finitivement &#233;cras&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, repr&#233;sentants de l'opposition de gauche internationale, bolch&#233;viks-l&#233;ninistes, f&#251;mes depuis le d&#233;but les adversaires de l'entr&#233;e du parti communiste dans le Kuomintang, au nom d'une politique prol&#233;tarienne ind&#233;pendante. Depuis le d&#233;but de la mont&#233;e r&#233;volutionnaire nous avons exig&#233; que les ouvriers prennent sur eux la direction du soul&#232;vement paysan, pour mener &#224; son ach&#232;vement la r&#233;volution agraire. Tout cela fut repouss&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos partisans ont &#233;t&#233; traqu&#233;s, exclus de l'Internationale Communiste, et en U.R.S.S., ils ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s et exil&#233;s. Au nom de quoi ? Au nom de l'alliance avec Tchang Ka&#239;-Chek.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;crasement de la r&#233;volution chinoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les coups d'Etat contre-r&#233;volutionnaires de Shangha&#239; et de Wuhan, nous, communistes de gauche, avons averti avec pers&#233;v&#233;rance que la deuxi&#232;me r&#233;volution chinoise &#233;tait termin&#233;e, qu'une p&#233;riode de triomphe temporaire de la contre-r&#233;volution s'ouvrait, que les tentatives de soul&#232;vement des ouvriers avanc&#233;s, &#233;tant donn&#233; l'&#233;crasement et l'ext&#233;nuation des masses, signifieront in&#233;vitablement l'extermination criminelle ult&#233;rieure des forces r&#233;volutionnaires. Nous avons exig&#233; le passage &#224; la d&#233;fensive, le renforcement des organisations ill&#233;gales du parti, la participation &#224; la lutte &#233;conomique du prol&#233;tariat et la mobilisation des masses sous les mots d'ordre de d&#233;mocratie : l'ind&#233;pendance de la Chine et le droit &#224; disposer d'eux-m&#234;mes des peuples qui la composent, l'Assembl&#233;e nationale, la confiscation des terres, la journ&#233;e de travail de 8 heures. Une telle politique devait donner &#224; l'avant-garde communiste la possibilit&#233; de se relever graduellement des d&#233;faites subies, de reprendre les liaisons avec les syndicats et avec les masses inorganis&#233;es de la ville et de la campagne pour rencontrer plus tard, bien arm&#233;e, le nouvel &#233;lan des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction stalinienne a d&#233;clar&#233; que notre politique &#233;tait liquidatrice, et elle-m&#234;me, comme cela s'est pass&#233; plus d'une fois dans l'histoire, a saut&#233; de l'opportunisme &#224; l'aventurisme. En f&#233;vrier 1928, lorsque la r&#233;volution chinoise se trouvait en d&#233;clin complet, le 9&#176; plenum du Comit&#233; Ex&#233;cutif de l'I.C. a proclam&#233; en Chine le soul&#232;vement arm&#233;. Le r&#233;sultat de cette folie fut l'&#233;crasement ult&#233;rieur des ouvriers, l'extermination des meilleurs r&#233;volutionnaires, la d&#233;sagr&#233;gation du parti, la d&#233;moralisation sem&#233;e dans les rangs des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin de la r&#233;volution et l'affaiblissement temporaire de la lutte des militaristes entre eux, ont cr&#233;&#233; la possibilit&#233; d'une certaine animation &#233;conomique dans le pays. Des gr&#232;ves ouvri&#232;res &#233;clataient de nouveau, mais elles se d&#233;velopp&#232;rent sans le parti qui, sans comprendre les circonstances, fut compl&#232;tement incapable de tracer aux masses de nouvelles perspectives et de les lier par des mots d'ordre d&#233;mocratiques de la p&#233;riode transitoire. Le r&#233;sultat des erreurs aventuristes et opportunistes est que le parti chinois ne compte aujourd'hui que quelques milliers d'ouvriers. Les syndicats rouges, d'apr&#232;s les donn&#233;es du parti lui-m&#234;me, comptent &#224; peu pr&#232;s 60.000 ouvriers, tandis que pendant les mois de la mont&#233;e r&#233;volutionnaire, on y comptait &#224; peu pr&#232;s 3 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution eut pour les ouvriers des cons&#233;quences infiniment plus directes et plus cruelles que pour les paysans. En Chine, les ouvriers ne sont pas nombreux et sont concentr&#233;s dans les centres industriels. Quant aux paysans, ils sont prot&#233;g&#233;s, jusqu'&#224; un certain point, par leur multitude et leur diss&#233;mination sur d'immenses &#233;tendues. Les ann&#233;es r&#233;volutionnaires ont &#233;duqu&#233;, &#224; la campagne, beaucoup de dirigeants locaux, que la contre-r&#233;volution n'a pas r&#233;ussi &#224; exterminer tous. Un nombre important d'ouvriers r&#233;volutionnaires se sont sauv&#233;s du militarisme en se dirigeant vers la campagne, et pendant la derni&#232;re d&#233;cennie, beaucoup d'armes ont &#233;t&#233; cach&#233;es dans toutes les r&#233;gions. Pendant les conflits avec les pouvoirs locaux ou avec les d&#233;tachements militaires, les armes apparaissent, de nouveau et des d&#233;tachements de partisans rouges se cr&#233;ent. Des troubles fr&#233;quents ont lieu dans les arm&#233;es de la contre-r&#233;volution bourgeoise ; parfois il y a des r&#233;voltes ouvertes. Les soldats passent, avec leurs armes, du c&#244;t&#233; des paysans, parfois par groupes et d&#233;tachements entiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les soul&#232;vements paysans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il est tout &#224; fait naturel qu'apr&#232;s l'&#233;crasement de la r&#233;volution, les vagues du mouvement paysan aient continu&#233; &#224; rouler dans les diff&#233;rentes provinces du pays. Et aujourd'hui elles ont d&#233;ferl&#233; avec une violence particuli&#232;re. A main arm&#233;e, les paysans chassent et exterminent les propri&#233;taires fonciers locaux (dans la mesure o&#249; ils se trouvent effectivement dans leur rayon), et surtout la gentry et les du-jun, les repr&#233;sentants de la classe dirigeante, les bureaucrates propri&#233;taires, les usuriers et les koulaks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les staliniens parlent du gouvernement sovi&#233;tique cr&#233;&#233; par les paysans sur une &#233;tendue importante de la Chine, ils d&#233;montrent non seulement leur l&#233;g&#232;ret&#233; d'esprit, mais ils obscurcissent et d&#233;naturent le probl&#232;me fondamental de la r&#233;volution chinoise. La paysannerie, m&#234;me la plus r&#233;volutionnaire, est incapable de cr&#233;er un gouvernement ind&#233;pendant. Elle ne peut que soutenir le gouvernement d'une autre classe &#233;tablie dans les villes. La paysannerie, dans tous les mouvements d&#233;cisifs, suit la bourgeoisie ou le prol&#233;tariat. Ce qu'on appelle le &#034;parti paysan&#034; peut simplement masquer temporairement ce fait, mais il ne le supprime pas. Les soviets sont des organes du pouvoir de la classe ouvri&#232;re oppos&#233;s &#224; la bourgeoisie. Cela signifie que la paysannerie est incapable de cr&#233;er par ses propres forces un syst&#232;me sovi&#233;tique. Il en est de m&#234;me pour l'arm&#233;e. Les paysans ont cr&#233;&#233; plus d'une fois en Chine, en Russie et dans d'autres pays, des d&#233;tachements de partisans qui se battaient avec une vaillance et une t&#233;nacit&#233; admirables. Mais c'&#233;taient des partisans attach&#233;s &#224; une province d&#233;termin&#233;e et incapables de r&#233;aliser des op&#233;rations strat&#233;giques centralis&#233;es de grande envergure. Seule l'h&#233;g&#233;monie du prol&#233;tariat dans les centres politiques et industriels d&#233;cisifs du pays cr&#233;e les conditions indispensables, aussi bien pour l'&#233;tablissement de l'arm&#233;e rouge que pour l'&#233;tablissement du syst&#232;me sovi&#233;tique dans les campagnes. Pour celui qui ne comprend pas cela, la r&#233;volution reste un livre ferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat chinois commence seulement &#224; sortir de la paralysie contre-r&#233;volutionnaire. Le mouvement paysan se d&#233;ploie actuellement dans. une grande mesure ind&#233;pendamment du mouvement ouvrier, selon ses propres lois et son rythme sp&#233;cial. Cependant tout le probl&#232;me de la r&#233;volution chinoise consiste dans la combinaison politique et la liaison organique du soul&#232;vement prol&#233;tarien et du soul&#232;vement paysan. Celui qui parle de la victoire de la r&#233;volution sovi&#233;tique en Chine, f&#251;t-ce dans quelques provinces du sud, tandis que le nord industriel est passif, ignore les probl&#232;mes &#224; la fois doubles et simples de la r&#233;volution chinoise, c'est-&#224;-dire le probl&#232;me de la collaboration des ouvriers et des paysans, et celui de la direction ouvri&#232;re dans cette collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La large crue du soul&#232;vement paysan peut incontestablement donner une impulsion &#224; l'animation de la lutte politique dans les centres industriels. Nous comptons fermement l&#224;-dessus. Mais cela ne signifie aucunement que le r&#233;veil r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat am&#232;ne directement une conqu&#234;te, du pouvoir, o&#249; m&#234;me simplement &#224; une lutte pour le pouvoir. Le r&#233;veil du prol&#233;tariat peut dans ces derniers temps, rev&#234;tir le caract&#232;re de luttes partielles &#233;conomiques et politiques, d&#233;fensives et offensives. Combien de temps sera n&#233;cessaire au prol&#233;tariat, et tout d'abord &#224; son avant-garde, pour devenir apte &#224; prendre la direction de la nation r&#233;volutionnaire ? En tout cas pas des semaines, ni des mois. Le commandement des dirigeants bureaucratiques ne peut pas remplacer la croissance propre de la classe et de son parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes chinois ont besoin actuellement d'une politique &#224; longue port&#233;e. Leur t&#226;che ne consiste pas &#224; jeter leurs forces dans les foyers dispers&#233;s du soul&#232;vement paysan, puisque leur parti, peu nombreux et faible, ne pourra pas de toute fa&#231;on l'embrasser. Le devoir des communistes consiste &#224; concentrer leurs forces dans les usines et ateliers, dans les quartiers ouvriers, &#224; expliquer aux ouvrier le sens de ce qui se passe &#224; la campagne, &#224; ranimer ceux qui sont d&#233;courag&#233;s et abattus, &#224; les grouper pour la lutte pour les revendications &#233;conomiques, pour les mots d'ordre de d&#233;mocratie et de r&#233;volution agraire. C'est seulement dans cette voie, c'est-&#224;-dire &#224; travers le r&#233;veil et le rassemblement des ouvriers, que le parti pourra devenir le guide du soul&#232;vement paysan, c'est-&#224;-dire de la r&#233;volution nationale dans son ensemble. Pour maintenir les illusions d&#233; l'aventurisme et masquer la faiblesse de l'avant-garde prol&#233;tarienne, les staliniens disent : il ne s'agit donc actuellement que de la dictature prol&#233;tarienne. Sur ce point fondamental l'aventurisme s'appuie compl&#232;tement sur les arguments de l'opportunisme. Trouvant insuffisante l'exp&#233;rience avec le Kuomintang, les staliniens pr&#233;parent, pour la future r&#233;volution, un nouveau moyen d'endormir et d'illusionner le prol&#233;tariat sous le mot de &#034; dictature d&#233;mocratique &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot d'ordre des Soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les ouvriers chinois avanc&#233;s mettent en avant le mot d'ordre des soviets, ils disent par cela m&#234;me : nous voulons faire de m&#234;me que les ouvriers de la Russie. Hier encore, les staliniens leur r&#233;pondaient &#224; cela : &#034;Impossible, vous avez le Kuomintang, et il fera tout ce qu'il faut &#034;. Aujourd'hui les m&#234;mes chefs r&#233;pondent d'une fa&#231;on plus &#233;vasive : &#034;Il faudra cr&#233;er des soviets, non pas pour r&#233;aliser la dictature prol&#233;tarienne, mais pour r&#233;aliser la dictature d&#233;mocratique&#034;. Par cela on dit au prol&#233;tariat que la dictature ne sera pas entre ses mains. Cela veut dire qu'il y a quelque autre force inconnue aujourd'hui, capable de r&#233;aliser en Chine une dictature r&#233;volutionnaire. Ainsi la formule de la dictature d&#233;mocratique ouvre toutes grandes les portes &#224; de nouvelles duperies des ouvriers et des paysans par la d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;blayer la route &#224; la &#034;dictature d&#233;mocratique&#034;, les staliniens repr&#233;sentent la contre-r&#233;volution chinoise comme &#233;tant f&#233;odale-militariste et imp&#233;rialiste. Pour cela ils excluent de la contre-r&#233;volution la bourgeoisie chinoise, c'est-&#224;-dire qu'ils l'id&#233;alisent comme auparavant. Mais en fait, les militaristes expriment les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie chinoise, ins&#233;parables des int&#233;r&#234;ts et des rapports sociaux du servage. La bourgeoisie chinoise est dans une opposition trop hostile au peuple, trop li&#233;e aux imp&#233;rialistes &#233;trangers et craint trop la r&#233;volution pour d&#233;sirer ou tendre &#224; gouverner en son propre nom, par des m&#233;thodes parlementaires. Le r&#233;gime militariste-fasciste de la Chine est l'expression du caract&#232;re anti-national et anti-r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie chinoise. La contre-r&#233;volution chinoise n'est pas la contre-r&#233;volution des f&#233;odaux contre la soci&#233;t&#233; bourgeoise : elle est la contre-r&#233;volution de tous les propri&#233;taires bourgeois contre les ouvriers et les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement prol&#233;tarien en Chine ne peut et ne pourrait se produire d'une fa&#231;on rectiligne contre la bourgeoisie. Le soul&#232;vement paysan en Chine est, dans une mesure incommensurablement plus grande qu'il ne l'&#233;tait en Russie, un soul&#232;vement contre la bourgeoisie. La classe ind&#233;pendante du propri&#233;taire foncier en Chine n'existe pas du tout. Les propri&#233;taires des terres sont des bourgeois. La gentry et les du-jun, contre lesquels le soul&#232;vement paysan est directement dirig&#233;, repr&#233;sentent les anneaux inf&#233;rieurs de l'exploitation bourgeoise et imp&#233;rialiste. Tandis que la R&#233;volution d'Octobre en U.R.S.S., dans sa premi&#232;re &#233;tape, opposait toute la paysannerie, comme classe, &#224; la classe des propri&#233;taires fonciers (et seulement apr&#232;s plusieurs mois elle commen&#231;a a porter la guerre civile dans la paysannerie), en Chine chaque, soul&#232;vement paysan, dans ses premiers pas, est une guerre civile de la paysannerie pauvre contre les koulaks, c'est-&#224;-dire contre la bourgeoisie rurale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paysannerie moyenne en Chine est inexistante. La paysannerie pauvre constitue jusqu'&#224; 80% de la paysannerie. C'est elle - et ce n'est qu'elle - qui joue un r&#244;le r&#233;volutionnaire. Il ne s'agit pas de l'alliance des ouvriers avec toute la paysannerie, mais avec la paysannerie pauvre. Ils ont un ennemi commun : la bourgeoisie. Le prol&#233;tariat seul peut mener &#224; un r&#233;gime qui ne peut &#234;tre que la dictature du prol&#233;tariat. Ce n'est que ce r&#233;gime qui peut &#233;tablir le syst&#232;me sovi&#233;tique et cr&#233;er l'arm&#233;e rouge, qui est l'expression militaire de la dictature du prol&#233;tariat, soutenue par la paysannerie pauvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens disent que la dictature d&#233;mocratique comme &#233;tape prochaine de la r&#233;volution se d&#233;veloppera ult&#233;rieurement dans les voies de la dictature du prol&#233;tariat. Tel est actuellement l'enseignement de l'I.C., non seulement pour la Chine, mais pour tous les pays de, l'Orient. Elle rompt compl&#232;tement avec l'enseignement de Marx sur l'Etat et avec les conclusions de Lenine sur le r&#244;le de l'Etat dans la r&#233;volution. La dictature d&#233;mocratique, &#224; la diff&#233;rence de la dictature prol&#233;tarienne, signifie la dictature bourgeoise d&#233;mocratique. Le passage de la dictature bourgeoise &#224; la dictature prol&#233;tarienne ne peut cependant s'accomplir par la voie d'une &#034;transcroissance&#034; pacifique. La dictature du prol&#233;tariat ne peut se substituer &#224; la dictature d&#233;mocratique aussi bien que fasciste, que par la voie d'un soul&#232;vement arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034;transcroissance&#034; pacifique de la r&#233;volution d&#233;mocratique en r&#233;volution socialiste est seulement possible sous la dictature de la m&#234;me classe, et plus pr&#233;cis&#233;ment du prol&#233;tariat. Le passage des actions d&#233;mocratiques aux actions socialistes s'est effectu&#233; dans l'Union Sovi&#233;tique sous le r&#233;gime de la dictature du prol&#233;tariat. En Chine, le passage &#224; l'&#233;tape socialiste s'effectuera encore, plus vite puisque les t&#226;ches d&#233;mocratiques les plus &#233;l&#233;mentaires ont, en Chine, un caract&#232;re encore plus anti-capitaliste et plus anti-bourgeois qu'en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parait que les staliniens ont encore besoin d'une faillite pay&#233;e du sang des ouvriers pour se d&#233;cider &#224; dire enfin : &#034;... la r&#233;volution est pass&#233;e au stade le plus &#233;lev&#233; dont le mot d'ordre est la dictature du prol&#233;tariat &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers la troisi&#232;me r&#233;volution chinoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui personne ne peut encore dire dans quelle mesure les reflets de la seconde r&#233;volution chinoise se combineront avec l'aube de la troisi&#232;me r&#233;volution chinoise. Personne ne peut pr&#233;dire si les foyers des soul&#232;vements paysans se maintiendront sans discontinuer pendant toute la p&#233;riode prolong&#233;e dont l'avant-garde prol&#233;tarienne aurait besoin pour se renforcer, pour engager dans la bataille la classe ouvri&#232;re et accorder sa lutte pour le pouvoir avec les offensives paysannes g&#233;n&#233;ralis&#233;es contre ses ennemis les plus imm&#233;diats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise le mouvement actuel des campagnes, c'est la tendance des paysans &#224; lui donner une forme sovi&#233;tique - ou tout au moins un nom sovi&#233;tique - et &#224; assimiler les d&#233;tachements de partisans &#224; l'arm&#233;e rouge. Cela t&#233;moigne de l'&#233;nergie avec laquelle les paysans recherchent la forme politique qui pourrait les aider &#224; se lib&#233;rer de leur division et de leur impuissance. Sur cette base les communistes pourront construire efficacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut d'abord comprendre clairement que dans la conscience des paysans chinois, les mots d'ordre obscurs de Soviets ne signifient nullement encore la dictature du prol&#233;tariat. La paysannerie ne peut pas, en g&#233;n&#233;ral, se prononcer a priori pour la dictature du prol&#233;tariat. Elle ne peut y &#234;tre amen&#233;e qu'&#224; travers l'exp&#233;rience de la lutte qui d&#233;montrera et prouvera au paysan que ses t&#226;ches d&#233;mocratiques ne pourront &#234;tre r&#233;solues que par la dictature prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la cause principale pour laquelle le parti communiste chinois ne peut pas conduire le prol&#233;tariat dans la lutte pour le pouvoir sans partir des mots d'ordre d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement paysan, bien que recouvert du nom de Soviet, reste isol&#233;, local et provisoire. On ne peut &#233;lever ce mouvement au niveau national, qu'en liant la lutte contre le joug des imp&#244;ts et le fardeau du militarisme avec les id&#233;es de l'ind&#233;pendance de la Chine et de la souverainet&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression d&#233;mocratique de cette, liaison est une assembl&#233;e aux multiples pouvoirs. Sous ce mot d'ordre, l'avant-garde communiste pourra rassembler autour d'elle de larges masses ouvri&#232;res, les petites gens opprim&#233;s des villes et les centaines de millions de paysans pauvres, pour le soul&#232;vement contre les oppresseurs du dedans et du dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne pourra commencer la cr&#233;ation de soviets ouvriers que pendant un r&#233;veil effectif de la r&#233;volution dans les villes. Quand cela arrivera, nous ne le savons pas actuellement, nous ne pouvons que nous y pr&#233;parer. Et se pr&#233;parer veut dire rassembler les forces. Aujourd'hui nous ne pouvons le faire que sous le mot d'ordre d'une d&#233;mocratie cons&#233;quente, hardie et r&#233;volutionnaire. En m&#234;me temps nous devons expliquer aux &#233;l&#233;ments avanc&#233;s de la classe ouvri&#232;re que l'Assembl&#233;e nationale n'est qu'une &#233;tape sur la voie r&#233;volutionnaire. Nous sommes sur la voie de la dictature prol&#233;tarienne sous la forme sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne fermons plus les yeux sur le fait que cette dictature posera devant le peuple chinois les probl&#232;mes &#233;conomiques et internationaux les plus difficiles. Le prol&#233;tariat chinois constitue une partie plus minime de la population en Chine que le prol&#233;tariat russe n'en constituait &#224; la veille d'Octobre. Le capitalisme chinois est encore plus arri&#233;r&#233; que le capitalisme russe. Mais les difficult&#233;s seront vaincues non par des illusions et une politique d'aventures, non par l'espoir en Tchang Ka&#239;-chek ou en la &#034; &#034;dictature d&#233;mocratique&#034; ; les difficult&#233;s seront vaincues par la clairvoyance et la volont&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat chinois marche au pouvoir, non pour r&#233;tablir la muraille de Chine et construire sous la protection le socialisme national. En conqu&#233;rant le pouvoir, le prol&#233;tariat chinois conquerra l'une des positions les plus importantes pour la r&#233;volution internationale. On ne peut pas consid&#233;rer le sort de la Chine ni celui de l'U.R.S.S. en dehors du mouvement r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat mondial. Telle est la source des espoirs les plus vastes et la justification de la plus grande hardiesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cause de la r&#233;volution mondiale est la cause m&#234;me de la r&#233;volution chinoise. La cause de la r&#233;volution chinoise est la cause du prol&#233;tariat mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faits et Documents&lt;br class='autobr' /&gt;
26 ao&#251;t 1930&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution chinoise de 1925-1927 demeure le plus grand &#233;v&#233;nement de l'histoire moderne apr&#232;s la r&#233;volution de 1917 en Russie. Sur les probl&#232;mes de la r&#233;volution chinoise, les courants fondamentaux du communisme sont entr&#233;e en conflit. Le dirigeant officiel actuel de l'I.C, Staline, a r&#233;v&#233;l&#233; sa v&#233;ritable stature dans les &#233;v&#233;nements de la r&#233;volution chinoise. Les documents fondamentaux de la r&#233;volution chinoise sont dispers&#233;s, &#233;parpill&#233;s, oubli&#233;s. Quelques-uns sont soigneusement dissimul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces pages, nous voulons reproduire les &#233;tapes fondamentales de la r&#233;volution chinoise &#224; la lumi&#232;re des articles et discours de Staline et de ses plus proches collaborateurs, ainsi que des d&#233;cisions de l'I.C. dict&#233;es par Staline. Nous pr&#233;sentons dans ce but des textes authentiques de nos archives, particuli&#232;rement des extraits de discours de Khitarov, un jeune stalinien, au 15&#176; congr&#232;s du P.C.U.S., qui a &#233;t&#233; dissimul&#233; au parti par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lecteurs se convaincront de l'&#233;norme importance du t&#233;moignage de Khitarov, un jeune fonctionnaire-carri&#233;riste stalinien, participant des &#233;v&#233;nements chinois et actuellement un des dirigeants de l'Internationale Communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rendre plus compr&#233;hensibles faits et citations, nous jugeons utile de rappeler &#224; nos lecteurs le d&#233;roulement des &#233;v&#233;nements les plus importants de la r&#233;volution chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * 20 mars 1926 : premier coup d'Etat de Tchang Ka&#239;-Chek &#224; Canton.&lt;br class='autobr' /&gt; * automne 1926 : le 7&#176; plenum du C.E.I.C. avec la participation du d&#233;l&#233;gu&#233; Tchang Ka&#239;-Chek du Kuomintang.&lt;br class='autobr' /&gt; * 12 avril 1927 : coup d'Etat de Tchang Ka&#239;-Chek &#224; Shangha&#239;.&lt;br class='autobr' /&gt; * Fin mai 1927 : coup contre-r&#233;volutionnaire du Kuomintang de gauche &#224; Wuhan.&lt;br class='autobr' /&gt; * Fin mai 1927 : le 8&#176; plenum du C.E.I.C. proclame le devoir des communistes de rester avec le Kuomintang &#034;de gauche&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; * ao&#251;t 1927 : la P.C. chinois proclame un cours vers l'insurrection.&lt;br class='autobr' /&gt; * d&#233;cembre 1927 : l'insurrection de Canton.&lt;br class='autobr' /&gt; * f&#233;vrier 1928 : le 9&#176; plenum du C.E.I.C. proclame en Chine le cours vers l'insurrection arm&#233;e et les soviets.&lt;br class='autobr' /&gt; * juillet 1928 - Le 6e congr&#232;s de l'I.C. renonce au mot d'ordre de l'insurrection arm&#233;e comme mot d'ordre pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. Le Bloc des quatre classes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La politique chinoise de Staline reposait sur un bloc de quatre classes. Voici comment l'organe berlinois des mencheviks appr&#233;ciait cette politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le 10 avril, Martynov, dans la Pravda tr&#232;s nettement (...) et de fa&#231;on tout &#224; fait &#034;menchevique&#034;, montrait (...) la justesse de la position officielle qui insiste sur la n&#233;cessit&#233; de conserver le &#034;bloc des quatre classes&#034;, de ne pas se h&#226;ter de liquider le gouvernement de coalition o&#249; les ouvriers sont assis &#224; c&#244;t&#233; de la grande bourgeoisie, pas pour lui imposer pr&#233;matur&#233;ment des &#034;t&#226;ches socialistes&#034;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A quoi ressemblait la politique de coalition avec la bourgeoisie. Citons un extrait de l'organe officiel du Comit&#233; Ex&#233;cutif de l'I.C. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le 5 janvier 1927, le gouvernement de Canton a rendu publique une nouvelle loi sur les gr&#232;ves dans laquelle les ouvriers se voient interdire de porter des armes dans les manifestations, d'arr&#234;ter des marchands et industriels, de confisquer leurs biens, et qui &#233;tablit l'arbitrage obligatoire pour une s&#233;rie de conflits. La loi contient un certain nombre de paragraphes prot&#233;geant les int&#233;r&#234;ts des ouvriers (...) Mais au milieu de ces paragraphes, il en est d'autres qui limitent la libert&#233; de gr&#232;ve plus qu'il n'est exig&#233; par les int&#233;r&#234;ts de la d&#233;fense dans le cours d'une guerre r&#233;volutionnaire&#034; (Die Kommunistische Internationale, l&#176; mars 1927, n&#176;9, p.408).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans la corde plac&#233;e autour des ouvriers par la bourgeoisie, les fils (paragraphes) favorables aux ouvriers sont dessin&#233;s. L'insuffisance du n&#339;ud est qu'il est serr&#233; plus que n&#233;cessaire &#034;pour les int&#233;r&#234;ts de d&#233;fense&#034; (de la bourgeoisie chinoise). C'est &#233;crit dans l'organe central de l'I.C. Qui &#233;crit ? Martynov. Quand &#233;crit-il ? Le 25 f&#233;vrier, six semaines avant le bain de sang de Shangha&#239;.&lt;br class='autobr' /&gt; 2. Les Perspectives de la r&#233;volution selon Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comment Staline &#233;valuait-il les perspectives de la r&#233;volution conduite par son alli&#233; Tchang Ka&#239;-Chek ? Voici les parties les moins scandaleuses de la d&#233;claration de Staline (les plus scandaleuses n'ont jamais &#233;t&#233; rendues publiques) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Les arm&#233;es r&#233;volutionnaires en Chine, sont Ie facteur le plus important pour la lutte des ouvriers et paysans chinois pour leur lib&#233;ration. Car l'avance des cantonais signifie un coup contre l'imp&#233;rialisme, un coup contre ses agents en Chine, la libert&#233; de r&#233;union, de presse, d'organisation pour tous les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires en Chine en g&#233;n&#233;ral et pour les travailleurs en particulier&#034; (Les questions de la r&#233;volution chinoise, p.46)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'arm&#233;e de Tchang Ka&#239;-Chek est l'arm&#233;e des ouvriers et des paysans. Elle apporte la libert&#233; &#224; toute la population, &#034;aux ouvriers en particulier&#034;. Que faut-il pour la victoire de la r&#233;volution ? Tr&#232;s peu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La jeunesse &#233;tudiante, la jeunesse ouvri&#232;re, la jeunesse paysanne - c'est une force qui peut faire avancer la r&#233;volution avec des bottes de sept lieues, si elle reste subordonn&#233;e &#224; l'influence id&#233;ologique et politique du Kuomintang&#034; (ibid., p. 55)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De cette fa&#231;on, la t&#226;che de l'I.C. ne consistait pas &#224; lib&#233;rer les ouvriers et les paysans de l'influence de la bourgeoisie, mais au contraire, les subordonner &#224; son influence. Ce fut &#233;crit dans les jours o&#249; Tchang Ka&#239;-Chek, arm&#233; par Staline, marchait &#224; la t&#234;te des ouvriers et paysans subordonn&#233;s, &#034;avec des bottes de sept lieues&#034;... vers le coup de Shangha&#239;.&lt;br class='autobr' /&gt; 3. Staline et Tchang Ka&#239;-Chek&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s le coup de Canton, machin&#233; par Tchang Ka&#239;-Chek en mars 1926 et que notre presse passa sous silence, quand les communistes furent r&#233;duits &#224; de mis&#233;rables appendices du Kuomintang et sign&#232;rent m&#234;me un engagement de ne pas critiquer le sun-ya-ts&#233;nisme, Tchang Ka&#239;-Chek - d&#233;tail remarquable en v&#233;rit&#233; ! - insista pour que le Kuomintang soit accept&#233; dans l'I.C. : se pr&#233;parant au r&#244;le de bourreau, il voulait avoir la couverture du communisme mondial et.... l'obtint. Le Kuomintang dirig&#233; par Tchang Ka&#239;-Chek et Hu Hanmin fut accept&#233; dans I'I.C. (comme parti &#034;sympathisant&#034;). Tout en &#233;tant engag&#233; dans la pr&#233;paration d'un coup contre-r&#233;volutionnaire d&#233;cisif en avril 1927, Tchang Ka&#239;-Chek, en m&#234;me temps prit soin d'&#233;changer des portraits avec Staline. Le renforcement de ces liens d'amiti&#233;s fut pr&#233;par&#233; par le voyage de Boubnov, membre du Comit&#233; Central et un des agents de Staline, et sa visite &#224; Tchang Ka&#239;-Chek. Un autre &#034;d&#233;tail&#034; : le voyage de Boubnov &#224; Canton co&#239;ncida avec la coup d'Etat de mars de Tchang Ka&#239;-Chek. Alors Boubnov ? Il fit se soumettre et se tenir tranquilles les communistes chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s le coup de Shangha&#239;, les bureaux de l'I.C., sur ordre de Staline, essay&#232;rent de nier que l'ex&#233;cuteur Tchang Ka&#239;-Chek &#233;tait encore membre de l'I.C. Ils avaient oubli&#233; le vote du Bureau Politique o&#249; tous, contre le vote d'un seul (Trotsky), approuv&#232;rent l'admission du Kuomintang dans l'I.C. avec voix consultative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils avaient oubli&#233; qu'au plenum du C.E.I.C. qui condamna l'Opposition de gauche, &#034;le camarade Shao Litzu&#034;, d&#233;l&#233;gu&#233; du Kuomintang, participa. Il dit entre autres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le camarade Tchang Ka&#239;-Chek, dans son discours aux membres du Kuomintang, a d&#233;clar&#233; que la r&#233;volution chinoise serait inconcevable si elle ne r&#233;glait pas correctement la question agraire, c'est-&#224;-dire la question paysanne. Ce que le Kuomintang veut, c'est que ne soit pas cr&#233;&#233;e apr&#232;s la r&#233;volution nationaliste en Chine, une r&#233;volution bourgeoise comme ce fut le cas en Occident, comme on le voit maintenant dans tous les pays sauf l'U.R.S.S. (...) Nous sommes tous convaincus que, sous la direction du parti communiste et de l'I.C., le Kuomintang remplira sa t&#226;che historique&#034; (Proc&#232;s-verbal de l'Ex&#233;cutif &#233;largi de l'I.C., &#233;d. allemande, 30 novembre 1926, pp. 303-304)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voil&#224; ce qu'il en &#233;tait au 7&#176; plenum &#224; l'automne 1926. Apr&#232;s que le membre de l'I.C., &#034;le camarade Tchang Ka&#239;-Chek&#034;, qui avait promis de r&#233;soudre toutes les t&#226;ches sous la direction de l'I.C., n'en ait r&#233;solu qu'une, pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;crasement sanglant de la r&#233;volution, le 8&#176; plenum d&#233;clara en mai 1927 dans la r&#233;solution sur la question chinoise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le C.E.I.C. affirme que les &#233;v&#233;nements justifient pleinement le pronostic du 7&#176; plenum&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Justifient, et jusqu'au bout ! Si c'est de l'humour, il n'est en tout cas pas arbitraire. N'oublions pas cependant que cet humour est profond&#233;ment color&#233; de sang de Shangha&#239;.&lt;br class='autobr' /&gt; 4. La Strat&#233;gie de Lenine et celle de Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quelles &#233;taient les t&#226;ches fix&#233;es par Lenine &#224; l'I.C. en ce qui concerne les pays arri&#233;r&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La n&#233;cessit&#233; de lutter r&#233;solument contre la tendance &#224; parer des couleurs du communisme les courants de lib&#233;ration d&#233;mocratique bourgeois des pays arri&#233;r&#233;s&#034; (&#034;Ebauche des th&#232;ses sur la question nationale et coloniale&#034;, &#338;uvres, 31, p.151)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est pr&#233;cis&#233;ment en faisant cela que le Kuomintang, qui avait promis de ne pas &#233;tablir un r&#233;gime bourgeois en Chine, fut admis dans l'I.C. Lenine, on le comprend, reconnaissait la n&#233;cessit&#233; d'une alliance temporaire avec le mouvement d&#233;mocratique-bourgeois, mais il comprenait par l&#224;, bien entendu, non une alliance avec les partis bourgeois, dupant et trahissant la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire petite-bourgeoise (les paysans et les petites gens des villes), mais une alliance avec les organisations et groupes des masses elles-m&#234;mes - contre la bourgeoisie nationale. Sous quelle forme Lenine envisageait-il l'alliance avec la d&#233;mocratie bourgeoise des colonies ? A cela aussi il r&#233;pondait dans les th&#232;ses &#233;crites pour le 2&#176; congr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;L'Internationale Communiste doit conclure une alliance temporaire avec les d&#233;mocrates bourgeois des colonies et pays arri&#233;r&#233;s, mais pas fusionner avec eux, et maintenir fermement l'ind&#233;pendance du mouvement prol&#233;tarien, m&#234;me sous sa forme la plus embryonnaire&#034; (ibidem, p. 151).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il semble qu'en ex&#233;cutant la d&#233;cision du 2&#176; congr&#232;s, le parti communiste fut engag&#233; &#224; rejoindre le Kuomintang et le Kuomintang admis dans l'I.C. Tout ce qui est r&#233;sum&#233; plus haut est baptis&#233; l&#233;ninisme.&lt;br class='autobr' /&gt; 5. Le Gouvernement de Tchang Ka&#239;-Chek comme vivante r&#233;futation de l'Etat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comment les dirigeants du P.C.U.S. ont-ils appr&#233;ci&#233; le gouvernement de Tchang Ka&#239;-Chek un an apr&#232;s le premier coup de Canton (20 mars 1926) peut &#234;tre vu clairement d'apr&#232;s les discours publics des membres du Bureau Politique du parti. Voici ce que dit Kalinine en mars 1927 &#224; l'usine Gosznak de Moscou :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Toutes les classes de la Chine, &#224; commencer par le prol&#233;tariat, ha&#239;ssent les militaires comme les fantoches du capital &#233;tranger ; toutes les classes de Chine consid&#232;rent le gouvernement de Canton comme le gouvernement national de toute la Chine&#034;. (Izvestia, 6 mars 1927).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un autre membre du Bureau Politique, Roudzoutak, prit la parole quelques jours plus tard &#224; un rassemblement des travailleurs des autobus. Le compte rendu de la Pravda assure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Passant ensuite &#224; la situation en Chine, le camarade Roudzoutak a soulign&#233; que le gouvernement r&#233;volutionnaire avait derri&#232;re lui toutes les classes de Chine&#034; (Pravda, 9 mars 1927)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vorochilov a parl&#233; plus d'une fois dans le m&#234;me sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est r&#233;ellement en vain que Lenine avait d&#233;blay&#233; la th&#233;orie marxiste de l'Etat de la vermine petite-bourgeoise. Les &#233;pigones ont r&#233;ussi en tr&#232;s peu de temps &#224; la recouvrir de deux fois plus de d&#233;bris. Le 5 avril encore, Staline parlait &#224; la Salle des Colonnes pour d&#233;fendre le fait que les communistes restaient &#224; l'int&#233;rieur du parti de Tchang Ka&#239;-Chek et, pire encore, niait le danger de trahison de la part de son alli&#233;. &#034;Borodine est sur ses gardes&#034;. Le coup eut lieu exactement une semaine plus tard.&lt;br class='autobr' /&gt; 6. Comment eu lieu le coup de Shangha&#239;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sous cet angle, nous avons le t&#233;moignage particuli&#232;rement pr&#233;cieux d'un t&#233;moin et participant, le stalinien Khitarov, qui arriva de Chine &#224; la veille du 15&#176; congr&#232;s et y apparut avec ses informations. Les points les plus importants de son r&#233;cit semblent avoir &#233;t&#233; supprim&#233;s par Staline du compte-rendu, avec le consentement de l'int&#233;ress&#233; : on ne peut pas rendre publique la v&#233;rit&#233; si elle d&#233;montre de fa&#231;on aussi &#233;crasante toutes les accusations de l'Opposition contre Staline. Donnons la parole &#224; Khitarov (16&#176; session du 15&#176; congr&#232;s du P.C.U.S., 11 d&#233;cembre 1927) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La premi&#232;re blessure sanglante a &#233;t&#233; inflig&#233;e &#224; la r&#233;volution chinoise &#224; Shangha&#239; par l'ex&#233;cution des ouvriers de Shangha&#239; les 11-12 avril.&lt;br class='autobr' /&gt; J'aimerais parler avec plus de d&#233;tails de ce coup parce que je sais que l'on n'en sait pas grand chose dans notre parti. A Shangha&#239;, il a exist&#233; pendant vingt-et-un jours ce qu'on appelait le Gouvernement du peuple dans lequel les communistes &#233;taient en majorit&#233;. On peut donc dire que pendant vingt-et-un jours, Shangha&#239; a eu un gouvernement communiste. Ce gouvernement communiste r&#233;v&#233;la cependant une inactivit&#233; totale en d&#233;pit du fait qu'on s'attendait tous les jours au coup de Tchang Ka&#239;-Chek.&lt;br class='autobr' /&gt; En premier lieu, le gouvernement communiste n'a pas commenc&#233; avant longtemps son travail avec l'excuse que d'un c&#244;t&#233;, la fraction bourgeoise du gouvernement ne voulait pas travailler et le sabotait, et ensuite parce que le gouvernement du Wuhan n'approuvait pas la composition du gouvernement de Shangha&#239;. De l'activit&#233; de ce gouvernement, on conna&#238;t trois d&#233;crets et l'un d'eux, en passant, parle de pr&#233;parer une r&#233;ception triomphale pour Tchang Ka&#239;-Chek dont on attendait l'arriv&#233;e &#224; Shangha&#239;.&lt;br class='autobr' /&gt; A Shangha&#239;, &#224; ce moment-l&#224;, les relations entre l'arm&#233;e et les ouvriers se tendirent. On sait par exemple que l'arm&#233;e attira d&#233;lib&#233;r&#233;ment les ouvriers au massacre. Pendant plusieurs jours, l'arm&#233;e s'arr&#234;ta aux portes de Shangha&#239; et ne voulut pas entrer dans la ville parce qu'elle savait que les ouvriers y combattaient les gens du Chantung et qu'elle voulait saigner les ouvriers dans cette lutte. Elle entrerait plus tard. Ensuite, l'arm&#233;e entra &#224; Shangha&#239;. Mais il y avait parmi ces troupes une division qui sympathisait avec les ouvriers - la premi&#232;re division de l'arm&#233;e de Canton. Son chef Xue Yue, &#233;tait en disgr&#226;ce aupr&#232;s de Tchang Ka&#239;-Chek qui connaissait ses sympathies pour le mouvement de masses, puisqu'il sortait lui-m&#234;me de ses rangs. Il f&#251;t d'abord commandant de compagnie puis de division.&lt;br class='autobr' /&gt; Xue Yue vint voir les camarades &#224; Shangha&#239; et leur dit qu'il y avait un coup militaire en pr&#233;paration, que Tchang Ka&#239;-Chek l'avait convoqu&#233; au Quartier G&#233;n&#233;ral, qu'il l'avait re&#231;u avec une froideur inhabituelle et que lui, Xue Yue n'y retournerait pas, craignant un pi&#232;ge. Tchang Ka&#239;-Chek proposa &#224; Xue Yue de quitter la ville avec sa division et d'aller au front ; et lui, Xue Yue proposa au Comit&#233; Central de lui donner son accord pour ne pas ob&#233;ir &#224; l'ordre de Tchang Ka&#239;-Chek. Il &#233;tait pr&#234;t &#224; rester &#224; Shangha&#239; et &#224; combattre aux c&#244;t&#233;s des ouvriers de Shangha&#239; contre le coup militaire en pr&#233;paration. A tout cela, nos dirigeants responsables du parti communiste chinois, y compris Tchen Du-Siu, r&#233;pondirent qu'ils &#233;taient inform&#233;s de la pr&#233;paration de ce coup, mais qu'ils ne voulaient pas un conflit pr&#233;matur&#233; avec Tchang Ka&#239;-Chek. La l&#176; division fut envoy&#233;e hors de la ville et celle-ci occup&#233;e par la le division de Pa&#239; Chungxi ; deux jours plus tard, les ouvriers de Shangha&#239; &#233;taient massacr&#233;s&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pourquoi ce r&#233;cit r&#233;ellement bouleversant a-t-il &#233;t&#233; retir&#233; du compte rendu (p. 32) ? Parce qu'il ne s'agissait pas du tout du P.C. chinois, mais du Bureau Politique du P.C.U.S. Le 2 mai 1927, Staline parlait au plenum du C.E.I.C. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;L'Opposition est m&#233;contente parce que les ouvriers de Shangha&#239; ne sont pas encore entr&#233;s dans une bataille d&#233;cisive contre les imp&#233;rialistes et leurs mercenaires. Mais ils ne comprennent pas que la r&#233;volution en Chine ne peut pas se d&#233;velopper sur un rythme rapide. Ils ne comprennent pas qu'on ne peut prendre une d&#233;cision d'engager une lutte d&#233;cisive dans des conditions d&#233;favorables. L'Opposition ne comprend pas que de ne pas &#233;viter une lutte d&#233;cisive dans des conditions d&#233;favorables, (quand on peut l'&#233;viter), signifie faciliter le travail des ennemis de la r&#233;volution&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette partie du discours de Staline est intitul&#233;e &#034;Les Erreurs de l'Opposition&#034;. Dans la trag&#233;die de Shangha&#239;, Staline a trouv&#233; des erreurs... de l'Opposition. En r&#233;alit&#233;, l'Opposition ne connaissait pas encore &#224; cette &#233;poque les circonstances concr&#232;tes de la situation &#224; Shangha&#239;, c'est-&#224;-dire qu'elle ne savait pas &#224; quel point la situation &#233;tait bien plus favorable aux ouvriers fin mars-d&#233;but avril, en d&#233;pit de toutes les fautes et de tous les crimes de la direction de l'I.C. M&#234;me &#224; travers l'histoire d&#233;lib&#233;r&#233;ment cach&#233;e de Khitarov, il est clair qu'on aurait pu sauver la situation m&#234;me &#224; ce moment-l&#224;. Les ouvriers de Shangha&#239; sont au pouvoir. Ils sont partiellement arm&#233;s. Il y a la possibilit&#233; de les armer beaucoup plus. L'arm&#233;e de Tchang Ka&#239;-Chek n'est pas s&#251;re. Dans certaines unit&#233;s, m&#234;me le commandement est du c&#244;t&#233; des ouvriers. Mais tout et tous sont paralys&#233;s au sommet. Il ne faut pas pr&#233;parer une lutte d&#233;cisive contre Tchang Ka&#239;-Chek, mais sa r&#233;ception triomphale. Parce que Staline a donn&#233; de Moscou ses instructions cat&#233;goriques : non seulement ne pas r&#233;sister &#224; l'alli&#233; Tchang Ka&#239;-Chek, mais au contraire montrer votre loyaut&#233; &#224; son &#233;gard. Comment ? Couchez-vous et faites le mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au plenum du C.E.I.C. de mai, Staline a d&#233;fendu encore sur le terrain technique, tactique, cette terrible reddition de positions sans combat, qui a conduit &#224; l'&#233;crasement du prol&#233;tariat dans la r&#233;volution. Une demi-ann&#233;e plus tard, au 15&#176; congr&#232;s du P.C.U.S., Staline gardait d&#233;j&#224; le silence. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s du congr&#232;s ont prolong&#233; le temps de parole de Khitarov pour lui permettre de finir son r&#233;cit, qui les prenait, m&#234;me eux. Mais Staline a trouv&#233; une fa&#231;on tr&#232;s simple de s'en sortir en supprimant du compte-rendu le r&#233;cit de Khitarov. Nous publions ici pour la premi&#232;re fois ce r&#233;cit historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Notons en outre une circonstance int&#233;ressante : tout en embrouillant le cours des &#233;v&#233;nements autant que possible et en dissimulant le seul v&#233;ritable coupable, Khitarov d&#233;signe comme unique responsable Chen Du-Siu que les staliniens avaient jusque l&#224; d&#233;fendu par tous les moyens contre l'Opposition parce qu'il n'avait fait qu'ex&#233;cuter leurs instructions. Mais &#224; cette &#233;poque, il &#233;tait d&#233;j&#224; devenu clair que le camarade Tchen Du-Siu n'accepterait pas de jouer le r&#244;le de bouc &#233;missaire silencieux, qu'il voulait ouvertement analyser les raisons de cette catastrophe. Tous les chiens de l'I.C. ont &#233;t&#233; l&#226;ch&#233;s sur lui, non pour des erreurs fatales &#224; la r&#233;volution, mais parce qu'il refusait de duper les ouvriers et de servir de couverture &#224; Staline.&lt;br class='autobr' /&gt; 7. Les organisateurs de &#034;I'infusion de sang ouvrier et paysan&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'organe dirigeant de I'I.C. &#233;crivait le 18 mars 1927, environ trois semaines avant le coup de Shangha&#239; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La direction du Kuomintang souffre &#224; pr&#233;sent d'un manque de sang ouvrier et paysan r&#233;volutionnaire. Le parti communiste chinois doit aider &#224; lui en infuser et alors la situation changera radicalement&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quel jeu de mot proph&#233;tique ! Le Kuomintang a besoin de &#034;sang ouvrier et paysan&#034;. L'aide a &#233;t&#233; pleinement assur&#233;e : en avril-mai, Tchang Ka&#239;-Chek et Wang Jing-We&#239; ont re&#231;u une &#034;infusion&#034; suffisante de sang ouvrier et paysan !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En ce qui concerne le chapitre Tchang Ka&#239;-Chek de la politique de Staline, le 8&#176; plenum (mai 1927) d&#233;clarait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le C.E.I.C. consid&#232;re que la tactique du bloc avec la bourgeoisie nationale dans la p&#233;riode de d&#233;clin actuel de la r&#233;volution &#233;tait tout &#224; fait correcte. L'Exp&#233;dition du Nord &#224; elle seule justifie historiquement cette tactique&#034; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et comment !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voil&#224; Staline tout entier. L'Exp&#233;dition du Nord qui soit dit en passant s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre une exp&#233;dition contre le prol&#233;tariat, sert de justification &#224; son amiti&#233; avec Tchang Ka&#239;-Chek. Le C.E.I.C. a fait tout ce qu'il pouvait pour qu'on ne puisse tirer les le&#231;ons du bain de sang des ouvriers chinois.&lt;br class='autobr' /&gt; 8. Staline r&#233;p&#232;te son exp&#233;rience avec le Kuomintang &#034;de gauche&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Plus loin, le point remarquable suivant du discours de Khitarov a &#233;t&#233; &#233;galement &#233;t&#233; coup&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Apr&#232;s le coup de Shangha&#239;, il est devenu clair pour tous qu'une nouvelle &#233;poque commence dans la r&#233;volution chinoise ; la bourgeoisie recule et abandonne la r&#233;volution. Cela a &#233;t&#233; reconnu et aussit&#244;t dit. Mais on a perdu de vue une chose, c'est que, pendant que la bourgeoisie abandonnait la r&#233;volution, le gouvernement de Wuhan ne pensait m&#234;me pas &#224; abandonner la bourgeoisie. Malheureusement la majorit&#233; de nos camarades ne l'a pas compris : ils avaient des illusions sur le gouvernement de Wuhan. Ils consid&#233;raient le gouvernement de Wuhan presque comme une image, un prototype de la dictature d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la paysannerie (omission p. 33). Apr&#232;s le coup de Wuhan, il est devenu clair que la bourgeoisie battait en retraite&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce serait ridicule si ce n'&#233;tait pas si tragique. Apr&#232;s que Tchang Ka&#239;-Chek ait tu&#233; la r&#233;volution en affrontant les ouvriers d&#233;sarm&#233;s par Staline, les p&#233;n&#233;trants &#034;strat&#232;ges&#034; ont fini par &#034;comprendre&#034; que la bourgeoisie &#034;battait en retraite&#034;. Mais, ayant reconnu que son ami Tchang Ka&#239;-Chek battait en retraite, Staline a ordonn&#233; aux communistes chinois de se subordonner au m&#234;me gouvernement de Wuhan qui selon les informations de Khitarov au 15&#176; congr&#232;s &#034;ne pensait m&#234;me pas &#224; abandonner la bourgeoisie&#034;. Malheureusement, &#034;nos camarades ne l'ont pas compris&#034;. Quels camarades ? Borodine, qui &#233;tait pendu aux t&#233;l&#233;grammes de Staline ? Khitarov ne donne aucun nom. La r&#233;volution chinoise lui est ch&#232;re, mais &lt;illisible -NDE&gt; lui est plus cher encore. Ecoutons pourtant Staline :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le coup de Tchang Ka&#239;-Chek signifie qu'il va y avoir maintenant deux camps, deux gouvernements, deux arm&#233;es, deux centres dans le Sud : un centre r&#233;volutionnaire &#224; Wuhan et un centre contre-r&#233;volutionnaire &#224; Nankin&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'endroit o&#249; est situ&#233; le centre de la r&#233;volution est-il clair ? A Wuhan !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Cela signifie que le Kuomintang r&#233;volutionnaire, &#224; Wuhan, menant une lutte d&#233;cisive contre le militarisme et l'imp&#233;rialisme, va en r&#233;alit&#233; se transformer en un organe de la dictature d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire de prol&#233;tariat et de la paysannerie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous voyons enfin maintenant &#224; quoi ressemble la dictature d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Il en d&#233;coule que la politique d'&#233;troite collaboration des gauches et des communistes &#224; l'int&#233;rieur du Kuomintang acquiert une force particuli&#232;re et une signification particuli&#232;re &#224; l'&#233;tape pr&#233;sente que, sans une telle collaboration, la victoire de la r&#233;volution est impossible&#034; (Questions de la r&#233;volution chinoise, pp.125 &#224; 127)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sans la collaboration des bandits contre-r&#233;volutionnaires du Kuomintang &#034;de gauche&#034;, la &#034;victoire de la r&#233;volution est impossible&#034; ! C'est ainsi que Staline, pas apr&#232;s pas, &#224; Canton, Shangha&#239;, Hankou, a assur&#233; la victoire de la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt; 9. Contre l'Opposition, pour le Kuomintang !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comment l'I.C. a-t-elle consid&#233;r&#233; le Kuomintang de gauche ? Le 8&#176; plenum du C.E.I.C. a donn&#233; une r&#233;ponse claire &#224; cette question dans sa lutte contre l'Opposition :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le C.E.I.C. rejette avec la plus grande d&#233;termination la revendication de quitter le Kuomintang (...) Le Kuomintang en Chine est pr&#233;cis&#233;ment la forme sp&#233;cifique d'organisation dans laquelle le prol&#233;tariat collabore directement avec la petite bourgeoisie et la paysannerie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De cette mani&#232;re, le C.E.I.C. a tr&#232;s correctement vu dans le Kuomintang la r&#233;alisation stalinienne de l'id&#233;e des partis &#034;biclassistes ouvriers et paysans&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Raf&#232;s, qui n'est pas un inconnu, puisqu'il fut d'abord ministre de Petlioura et ensuite appliqua en Chine les instructions de Staline, &#233;crivait en mai 1927 dans l'organe th&#233;orique du P.C.U.S. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Nos oppositionnels russes, on le sait, consid&#232;rent aussi comme n&#233;cessaire que les communistes quittent le Kuomintang. Une d&#233;fense consistante de ce point de vue conduirait les adh&#233;rents de cette politique &#224; quitter le Kuomintang pour la fameuse formule proclam&#233;e par le camarade Trotsky en 1917 : &#034;Pas de tsar, mais un gouvernement ouvrier !&#034;, qui, pour la Chine, aurait pu changer de forme : &#034;Pas de militaristes, mais un gouvernement ouvrier !&#034;. Nous n'avons pas de raison d'&#233;couter des d&#233;fenseurs aussi consistants de l'id&#233;e de quitter le Kuomintang&#034; (Proletarska&#239;a Revolutsia, p.54)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le mot d'ordre de Staline-Raf&#232;s &#233;tait &#034;Sans les ouvriers, mais avec Tchang Ka&#239;-Chek !&#034;,&#034;Sans les paysans, mais avec Wang Jing-We&#239; !&#034;, &#034;Contre l'Opposition, mais avec le Kuomintang !&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; 10. Staline d&#233;sarme de nouveau les ouvriers et paysans chinois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quelle fut la politique de la direction pendant la p&#233;riode du gouvernement de Wuhan de la r&#233;volution ? Ecoutons le stalinien Khitarov sur cette question. Voil&#224; ce qu'on peut lire dans le compte rendu du 15&#176; congr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Quelle &#233;tait la politique du C.C. du parti communiste &#224; cette &#233;poque, pendant toute cette p&#233;riode ? Cette politique &#233;tait men&#233;e sous le mot d'ordre de retraite ( ... )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sous le mot d'ordre de retraite - dans la p&#233;riode r&#233;volutionnaire, au moment des plus grandes tensions des luttes r&#233;volutionnaires - le parti communiste continue son travail et rend une position apr&#232;s l'autre sans combat. A ce type de redditions appartiennent l'accord pour subordonner tous les syndicats, toutes les unions paysannes et autres organisations r&#233;volutionnaires au Kuomintang, le rejet de l'action ind&#233;pendante sans la permission du C.C. du Kuomintang, la d&#233;cision de d&#233;sarmer volontairement les piquets ouvriers &#224; Hankou, la dissolution des organisations de pionniers &#224; Wuhan, l'&#233;crasement de fait de toutes les unions paysannes sur le territoire du gouvernement national, etc. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est d&#233;peint ici tout &#224; fait franchement la politique du parti communiste chinois dont la direction aide en r&#233;alit&#233; la bourgeoisie &#034;nationale&#034; &#224; &#233;craser le soul&#232;vement populaire et an&#233;antir les meilleurs combattants du prol&#233;tariat et de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais cette franchise est ici une tra&#238;trise : la citation ci-dessus a &#233;t&#233; imprim&#233;e dans le compte rendu apr&#232;s une omission signal&#233;e ici par (...). Voici ce que dit ce passage dissimul&#233; par Staline :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;En m&#234;me temps, quelques camarades responsables, chinois et non-chinois, invent&#232;rent le pr&#233;tendue th&#233;orie de la retraite. Ils d&#233;clar&#232;rent : la r&#233;action progresse contre nous de tous c&#244;t&#233;s. Il nous faut donc tout de suite battre en retraite en bon ordre pour pr&#233;server les possibilit&#233;s d'un travail l&#233;gal et, si nous battons en retraite, nous y arriverons, mais, si nous nous d&#233;fendons ou essayons d'avancer, nous perdrons tout&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est pr&#233;cis&#233;ment en ces jours (fin mai 1927) o&#249; la contre-r&#233;volution de Wuhan commen&#231;ait &#224; &#233;craser les ouvriers et paysans devant le Kuomintang de gauche, que Staline d&#233;clare au plenum du C.E.I.C., le 24 mai 1927 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La r&#233;volution agraire est la base et le contenu de la r&#233;volution d&#233;mocratique-bourgeoise en Chine. Le Kuomintang &#224; Hankou et le gouvernement de Hankou sont le centre du mouvement r&#233;volutionnaire bourgeois-d&#233;mocratique&#034; (Compte-rendu, &#233;d. allemande, p.71 )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A une question &#233;crite d'un ouvrier demandant pourquoi il n'y avait pas eu de soviets form&#233;s &#224; Wuhan, Staline r&#233;pondait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Il est clair que quiconque appelle maintenant &#224; la cr&#233;ation imm&#233;diate de soviets de d&#233;put&#233;s dans ce district, essaie de sauter (!) par-dessus la phase Kuomintang de la r&#233;volution chinoise et risque de mettre celle-ci dans une position tr&#232;s difficile&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pr&#233;cis&#233;ment : dans une position &#034;tr&#232;s difficile&#034; ! Le 13 mai 1927, dans une conversation avec des &#233;tudiants, Staline d&#233;clarait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Faudrait-il en g&#233;n&#233;ral cr&#233;er en Chine des soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers et paysans ? Il faudra les cr&#233;er apr&#232;s le renforcement de gouvernement r&#233;volutionnaire de Wuhan, apr&#232;s le d&#233;veloppement de la r&#233;volution agraire, dans la transformation de la r&#233;volution agraire, la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise en r&#233;volution du prol&#233;tariat&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De cette mani&#232;re, Staline ne jugeait pas possible de renforcer la position des ouvriers et des paysans &#224; travers des soviets, tant que les positions du gouvernement de Wuhan, de la bourgeoisie contre-r&#233;volutionnaire n'&#233;taient pas renforc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Faisant r&#233;f&#233;rence aux fameuses th&#232;ses de Staline justifiant sa politique de Wuhan, l'organe des mencheviks russes &#233;crivait &#224; cette &#233;poque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;On trouve vraiment peu &#224; dire contre l'essence de la ligne trac&#233;e ici. Autant que possible, rester dans le Kuomintang, se cramponner le plus longtemps possible &#224; son aile gauche et au gouvernement de Wuhan, &#034;&#233;viter une lutte d&#233;cisive dans des conditions d&#233;favorables&#034; ; ne pas lancer le mot d'ordre de &#034;Tout le pouvoir aux soviets !&#034; pour ne pas &#034;donner de nouvelles armes aux ennemis du peuple chinois pour leur lutte contre la r&#233;volution, pour cr&#233;er de nouvelles l&#233;gendes qu'il ne s'agit pas en Chine d'une r&#233;volution nationale, mais de la transplantation artificielle de la sovi&#233;tisation par Moscou&#034; - qu'est-ce qui pourrait en r&#233;alit&#233; &#234;tre plus sens&#233; ?&#034; (Sotsialistitcheski Vestnik, n&#176; 9 (151), p.1 ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour sa part, le 8&#176; plenum du C.E.I.C. qui si&#233;geait &#224; la fin de mai 1927, c'est-&#224;-dire &#224; un moment o&#249; l'&#233;crasement des organisations des ouvriers et des paysans &#224; Wuhan avait d&#233;j&#224; commenc&#233;, adopta la d&#233;cision suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le C.E.I.C. appelle avec insistance l'attention du parti communiste chinois sur la n&#233;cessit&#233; de prendre toutes les mesures possibles pour le renforcement et le d&#233;veloppement de toutes les organisations de masse des ouvriers et des paysans (...) dans toutes ces organisations, il faut faire une agitation pour entrer dans le Kuomintang, le transformer en une puissante organisation de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise r&#233;volutionnaire et de la classe ouvri&#232;re&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Entrer dans le Kuomintang&#034; signifie aller volontairement au massacre, La sanglante le&#231;on de Shangha&#239; est pass&#233;e sans laisser de trace. Les communistes, comme auparavant, ont &#233;t&#233; transform&#233;s en p&#226;tres des troupeaux pour le parti des bourreaux bourgeois (le Kuomintang) en fournisseurs de &#034;sang ouvrier et paysan&#034; pour Wang Jing-We&#239; et compagnie.&lt;br class='autobr' /&gt; 11. L'exp&#233;rience stalinienne du minist&#233;rialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Malgr&#233; l'exp&#233;rience de la Kerenskyade russe et la protestation de l'Opposition de gauche, Staline a termin&#233; sa politique Kuomintang par une exp&#233;rience de minist&#233;rialisme : deux communistes sont entr&#233;s dans le gouvernement bourgeois en qualit&#233; de ministres du travail et de l'agriculture - postes classiques des otages ! - sous les instructions directes de l'I.C. pour paralyser la lutte de classes, avec l'objectif de pr&#233;server le front unique. Ces directives ont &#233;t&#233; constamment donn&#233;es par t&#233;l&#233;gramme de Moscou depuis ao&#251;t 1927.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ecoutons comment Khitarov a d&#233;peint le &#034;minist&#233;rialisme&#034; communiste pratiqu&#233; avant l'audition des d&#233;l&#233;gu&#233;s au 15&#176; congr&#232;s du P.C.U.S. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Vous savez qu'il y avait deux ministres communistes dans le gouvernement&#034;, dit Khitarov. Le reste de ce passage est ray&#233; du proc&#232;s-verbal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Ensuite, ils (les ministres communistes) ont cess&#233; de venir &#224; leurs minist&#232;res, d'y appara&#238;tre en personne et se sont faits remplacer par une centaine de fonctionnaires. Sous leur activit&#233;, il n'a pas &#233;t&#233; promulgu&#233; une seule loi favorable aux ouvriers et aux paysans. Cette activit&#233; r&#233;pr&#233;hensible a pris fin de fa&#231;on plus r&#233;pr&#233;hensible encore, honteuse. Les ministres ont dit que l'un d'eux &#233;tait malade et que l'autre voulait aller &#224; l'&#233;tranger, etc. et ils ont demand&#233; &#224; &#234;tre remplac&#233;s. Ils n'ont pas d&#233;missionn&#233; avec une d&#233;claration politique dans laquelle ils auraient d&#233;clar&#233; : vous &#234;tes des contre-r&#233;volutionnaires, vous &#234;tes des tra&#238;tres, nous ne marchons plus avec vous. Non, ils ont d&#233;clar&#233; que l'un d'eux &#233;tait malade. En outre, Tan Pingshan a &#233;crit qu'il ne pouvait faire face &#224; l'ampleur du mouvement paysan. Qui donc le peut ? C'est clair, les militaires et personne d'autre. C'&#233;tait une l&#233;galisation ouverte de la suppression rigoureuse du mouvement paysan men&#233;e par le gouvernement de Wuhan&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est &#224; quoi ressemblait la participation des communistes &#224; la &#034;dictature d&#233;mocratique&#034; des ouvriers et des paysans. En d&#233;cembre 1927, quand les discours et articles de Staline &#233;taient encore frais dans les esprits de tous, le r&#233;cit de Khitarov ne pouvait pas &#234;tre reproduit, m&#234;me si ce dernier - jeune, mais pr&#233;coce &#224; la recherche de son propre bien-&#234;tre -, n'a pas dit un mot sur les dirigeants de Moscou du minist&#233;rialisme chinois et a m&#234;me fait r&#233;f&#233;rence &#224; Borodine seulement comme &#034;un certain camarade non-chinois&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tan Pingshan s'est plaint - et Khitarov a hypocritement rag&#233; - qu'il ne pouvait venir &#224; bout du mouvement paysan. Mais Khitarov ne pouvait pas ne pas savoir que c'&#233;tait exactement la t&#226;che que Staline avait assign&#233;e &#224; Tan Pingshan. Tan Pingshan vint &#224; Moscou &#224; la fin de 1926 chercher des instructions et rendit compte au plenum du C.E.I.C. de la fa&#231;on dont il &#233;tait venu &#224; bout des &#034;trotskystes&#034;, c'est-&#224;-dire des communistes qui voulaient quitter le Kuomintang pour organiser les ouvriers et les paysans. Staline envoyait &#224; Tan Pingshan des instructions t&#233;l&#233;graphiques pour r&#233;primer le mouvement paysan pour ne pas heurter Tchang Ka&#239;-Chek et l'Etat-major militaire bourgeois. En m&#234;me temps, Staline accusait l'Opposition de... sous-estimer la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 8&#176; plenum a m&#234;me adopt&#233; une sp&#233;ciale &#034;r&#233;solution sur les interventions des camarades Trotsky et Vuyovic &#224; la session pl&#233;ni&#232;re du C.E.I.C.&#034;. Elle dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le camarade Trotsky (...) a demand&#233; &#224; la session pl&#233;ni&#232;re l'&#233;tablissement de la dualit&#233; de pouvoirs sous la forme de soviets et l'adoption imm&#233;diate d'une ligne pour le renversement du gouvernement du Kuomintang de gauche. Cette revendication apparemment (!) ultra-gauche (!!) mais en r&#233;alit&#233; opportuniste (!!!) n'est rien qu'une r&#233;p&#233;tition de la vieille position trotskyste consistant &#224; sauter par-dessus la phase petite-bourgeoise, paysanne, de la R&#233;volution&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On voit ici dans toute sa nudit&#233; l'essence de la lutte contre le trotskysme : la d&#233;fense de la bourgeoisie contre la r&#233;volution des ouvriers et des paysans.&lt;br class='autobr' /&gt; 12. Dirigeants et masses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toutes les organisations de la classe ouvri&#232;re ont &#233;t&#233; utilis&#233;es par les &#034;dirigeants&#034; pour freiner, r&#233;primer, paralyser la lutte des masses r&#233;volutionnaires. Voici ce que racontait Khitarov :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le congr&#232;s des syndicats fut report&#233; jour apr&#232;s jour et quand il fut finalement r&#233;uni, aucune tentative ne fut faite pour l'utiliser afin d'organiser la r&#233;sistance. Au contraire, le dernier jour du congr&#232;s, il fut d&#233;cid&#233; d'organiser une manifestation avant la construction du gouvernement national avec l'objectif d'exprimer leurs sentiments de loyaut&#233; au gouvernement. Lozovsky : Je leur ai fait peur avec mon discours&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lozovsky n'avait pas honte &#224; ce moment de se mettre en avant. &#034;Faisant peur&#034; aux m&#234;mes syndicalistes chinois qu'il avait induits en confusion, avec des phrases courageuses, Lozovsky r&#233;ussit sur place en Chine, &#224; ne rien voir, ne rien comprendre, ne rien pr&#233;voir. Retour de Chine, ce dirigeant &#233;crivit : &#034;Le prol&#233;tariat est devenu la force dominante pour l'&#233;mancipation nationale de la Chine&#034; (Workers' China, p.6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voil&#224; ce qu'on disait d'un prol&#233;tariat dont la t&#234;te &#233;tait en train d'&#234;tre &#233;cras&#233;e dans les menottes de fer de Tchang Ka&#239;-Chek. C'est ainsi que le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'Internationale Syndicale Rouge trompait les ouvriers du monde entier. Et apr&#232;s l'&#233;crasement des ouvriers chinois (avec l'aide de toutes sortes de &#034;secr&#233;taires g&#233;n&#233;raux&#034;), Lozovsky tourne en ridicule les syndicalistes chinois. Ces &#034;couards&#034; ont &#233;t&#233; &#034;effray&#233;s&#034; par les intr&#233;pides discours du tr&#232;s intr&#233;pide Lozovsky. Dans ce petit &#233;pisode on trouve l'art des actuels &#034;dirigeants&#034;, tout leur m&#233;canisme, toute leur morale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La puissance du mouvement r&#233;volutionnaire des masses populaires &#233;tait r&#233;ellement incomparable. Nous avons vu qu'en d&#233;pit de trois ann&#233;es d'erreurs, la situation aurait pu &#234;tre sauv&#233;e &#224; Shangha&#239; si l'on y avait re&#231;u Tchang Ka&#239;-Chek non comme un lib&#233;rateur, mais comme un ennemi mortel. Mieux, m&#234;me apr&#232;s le coup de Shangha&#239;, les communistes auraient pu se renforcer dans les provinces. Mais ils avaient l'ordre de se soumettre au Kuomintang de &#034;gauche&#034;. Khitarov donne une description d'un des &#233;pisodes les plus &#233;clairants de la deuxi&#232;me contre-r&#233;volution effectu&#233;e par le Kuomintang de gauche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le coup s'est produit &#224; Wuhan le 21-22 mai. Il s'est produit dans des circonstances simplement incroyables. A Shangha&#239;, l'arm&#233;e consistait en 1700 soldats et les paysans formaient la majorit&#233; des d&#233;tachements arm&#233;s, rassembl&#233;s autour de Changsha eu nombre de 20 000 environ. En d&#233;pit de cela, le commandement militaire r&#233;ussit &#224; s'emparer du pouvoir en tirant sur tous les paysans actifs, en dispersant toutes les organisations r&#233;volutionnaires, et en &#233;tablissant sa dictature seulement du fait de la politique couarde, irr&#233;solue, conciliatrice, des dirigeants de Changsha et Wuhan. Quand les paysans apprirent le coup de Changsha, ils commenc&#232;rent &#224; se pr&#233;parer pour se r&#233;unir autour de Changsha pour marcher sur elle. La marche fut fix&#233;e au 21. Les paysans commenc&#232;rent &#224; d&#233;verser en sa direction leurs d&#233;tachements toujours plus nombreux. Il &#233;tait clair qu'ils allaient prendre la ville sans difficult&#233;. Mais &#224; ce moment arriva une lettre du Comit&#233; Central du parti communiste chinois dans laquelle Tchen Du-Siu &#233;crivait qu'ils devraient &#233;viter un conflit ouvert et transf&#233;rer la question &#224; Wuhan. Sur la base de cette lettre, le comit&#233; de district envoya aux d&#233;tachements paysans un ordre de reculer et de ne plus avancer ; mais il n'atteignit pas deux d&#233;tachements. Ils march&#232;rent sur Wuhan et furent an&#233;antis par les soldats&#034; (Compte-rendu, p.34)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est approximativement ainsi que les choses se sont pass&#233;es dans les autres provinces. Sous la direction de Borodine - &#034;Borodine est sur ses gardes&#034; - les communistes chinois ont ex&#233;cut&#233; tr&#232;s scrupuleusement les instructions de Staline de ne pas rompre avec le Kuomintang dirigeant choisi de la r&#233;volution d&#233;mocratique. La capitulation de Changsha a eu lieu le 31 mai, soit quelques jours apr&#232;s le 8&#176; plenum du C.E.I.C. et en totale conformit&#233; avec ses d&#233;cisions. Les dirigeants ont en r&#233;alit&#233; tout fait pour d&#233;truire la cause des masses ! Dans le m&#234;me discours, Khitarov d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;J'estime de mon devoir de d&#233;clarer qu'en d&#233;pit du fait que le P.C. chinois a pendant longtemps commis des erreurs opportunistes inou&#239;es (...) nous ne devons cependant pas bl&#226;mer pour elles les masses du parti (...) J'ai la conviction profonde, car j'ai vu beaucoup de sections de l'I.C. qu'il n'existe pas d'autre section aussi d&#233;vou&#233;e &#224; la cause du communisme, aussi courageuse dans son combat pour notre cause que les communistes chinois. Il n'existe pas de communistes aussi courageux que les camarades communistes&#034; (ibid., p.36)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Incontestablement, les ouvriers et paysans r&#233;volutionnaires chinois ont r&#233;v&#233;l&#233; un exceptionnel esprit de sacrifice dans la lutte. Ils ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;s en m&#234;me temps que la r&#233;volution par la direction opportuniste. Pas celui qui si&#233;geait &#224; Canton, Shangha&#239; et Wuhan, par celui qui commandait &#224; Moscou. Tel sera le verdict de l'histoire !&lt;br class='autobr' /&gt; 13. Le soul&#232;vement de Canton&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 7 ao&#251;t 1927, la conf&#233;rence extraordinaire du P.C. chinois a condamn&#233;, conform&#233;ment aux instructions ant&#233;rieures de Moscou, la politique opportuniste de sa direction, c'est-&#224;-dire tout le pass&#233;, et d&#233;cid&#233; de pr&#233;parer une insurrection arm&#233;e. Les &#233;missaires de Staline avaient pour t&#226;che de pr&#233;parer une insurrection arm&#233;e &#224; Canton programm&#233;e au moment du 15&#176; congr&#232;s du P.C.U.S., afin de dissimuler l'extermination physique de l'Opposition russe sous le triomphe politique de Staline en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur la vague d&#233;clinante, alors que la d&#233;pression pr&#233;valait encore dans les masses urbaines, le soul&#232;vement &#034;sovi&#233;tique&#034; de Canton a &#233;t&#233; h&#226;tivement organis&#233;, h&#233;ro&#239;que par la conduite des ouvriers, criminel par l'aventurisme de la direction. La nouvelle d'un nouvel &#233;crasement &#224; Canton arriva exactement au moment du 15&#176; congr&#232;s. De cette fa&#231;on, Staline &#233;crasa les bolcheviks-l&#233;ninistes exactement au moment o&#249; son alli&#233; d'hier, Tchang Ka&#239;-Chek, &#233;crasait les communistes chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il fallait dresser un nouveau bilan, c'est-&#224;-dire rejeter une fois de plus la responsabilit&#233; sur les ex&#233;cutants. Le 7 f&#233;vrier 1928, la Pravda &#233;crivait : &#034;Les arm&#233;es provinciales ont combattu toutes ensemble contre Canton la rouge et c'est la plus grande et la plus ancienne faiblesse du P.C.C., un travail politique tout &#224; fait insuffisant pour &#034;la d&#233;composition des arm&#233;es r&#233;actionnaires&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La plus ancienne faiblesse&#034; !. Est-ce que cela veut dire que le P.C. avait pour t&#226;che de d&#233;composer les arm&#233;es du Kuomintang ? Depuis quand ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 25 f&#233;vrier 1927, un mois et demi avant l'&#233;crasement de Shangha&#239;, l'organe central de l'I.C. &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le P C chinois et les ouvriers chinois conscients ne doivent en aucune circonstance suivre une tactique qui d&#233;sorganiserait les arm&#233;es r&#233;volutionnaires, pr&#233;cis&#233;ment parce que l'influence de la bourgeoisie y est dans une certaine mesure forte&#034; (Die Kommunistische Internationale, 25 f&#233;vrier 1927, p.19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et voici ce que Staline dit - et r&#233;p&#233;ta &#224; chaque occasion - au plenum du C.E.I.C. le 24 mai 1927 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Ce n'est pas le peuple d&#233;sarm&#233; qui se dresse contre les arm&#233;es d'Ancien R&#233;gime en Chine, mais un peuple arm&#233; sous la forme de l'Arm&#233;e r&#233;volutionnaire. En Chine, une r&#233;volution arm&#233;e combat la contre-r&#233;volution arm&#233;e&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A l'&#233;t&#233; et &#224; l'automne de 1927, les arm&#233;es du Kuomintang &#233;taient d&#233;crites comme un peule en armes. Mais quand ces arm&#233;es ont &#233;cras&#233; l'insurrection de Canton, la Pravda d&#233;clara que la &#034;plus ancienne (!) faiblesse&#034; des communistes chinois &#233;tait leur incapacit&#233; &#224; d&#233;composer les &#034;arm&#233;es r&#233;actionnaires&#034;, celles-l&#224; m&#234;me qui &#233;taient proclam&#233;es &#034;peuple r&#233;volutionnaire&#034; la veille seulement de Canton !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Honteux saltimbanques ! A-t-on jamais vu chose semblable parmi les vrais r&#233;volutionnaires ?&lt;br class='autobr' /&gt; 14. La p&#233;riode du putschisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 9&#176; plenum du C.E.I.C. s'est r&#233;uni en f&#233;vrier 1928, moins de deux mois apr&#232;s l'insurrection de Canton. Comment a-t-il estim&#233; l&#224; situation ? Voil&#224; les termes exacts de la r&#233;solution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le C.E.I.C. fait un devoir &#224; toutes les sections de combattre les calomnies des social-d&#233;mocrates et des trotskystes qui affirment que la r&#233;volution chinoise a &#233;t&#233; liquid&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quel subterfuge de trahison, et en m&#234;me temps mis&#233;rable ! La social-d&#233;mocratie consid&#232;re en r&#233;alit&#233; que la victoire de Tchang Ka&#239;-Chek est la victoire de la r&#233;volution nationale, le confus Urbahns s'est aussi laiss&#233; entra&#238;ner sur cette position. L'Opposition de gauche consid&#232;re que la victoire de Tchang Ka&#239;-Chek est la d&#233;faite de la r&#233;volution nationale. L'Opposition n'a jamais dit et n'aurait jamais pu dire que la r&#233;volution chinoise &#233;tait liquid&#233;e en g&#233;n&#233;ral. Ce qui a &#233;t&#233; liquid&#233;s embrouill&#233;, tromp&#233;, et &#233;cras&#233;, ce n'est que la deuxi&#232;me r&#233;volution chinoise (1925-1927). Cela seul suffirait comme r&#233;alisation pour ces messieurs de la direction ! Nous avons maintenu, &#224; partir de l'automne de 1927, qu'une p&#233;riode de recul &#233;tait devant nous en Chine, la retraite du prol&#233;tariat, le triomphe de la contre-r&#233;volution. Quelle &#233;tait la position de Staline ? Le 7 f&#233;vrier 1928, la Pravda &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le parti communiste chinois avance vers une insurrection arm&#233;e. Toute la situation en Chine parle en faveur du fait que c'est l&#224; le cours juste (...) L'exp&#233;rience prouve que le parti communiste chinois doit concentrer tous ses efforts sur la t&#226;che de la pr&#233;paration quotidienne et g&#233;n&#233;rale soigneuse de l'insurrection arm&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 9&#176; plenum du C.E.I.C., avec des r&#233;serves bureaucratiques ambigu&#235;s sur le putschisme, a approuv&#233; cette ligne aventuriste. L'objet de ces r&#233;serves est connu : faire des trous pour que le &#034;dirigeant&#034; puisse y ramper dans le cas d'une nouvelle retraite. La r&#233;solution criminellement l&#233;g&#232;re du 9&#176; plenum signifiait pour la Chine de nouvelles aventures, de nouvelles escarmouches, la rupture avec les masses, la perte de positions, la destruction des meilleurs &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires au feu de l'aventurisme, la d&#233;moralisation des r&#233;sidus du parti. Toute la p&#233;riode entre la conf&#233;rence du parti chinois, le 7 ao&#251;t 1927, et le 6&#176; congr&#232;s de I'I.C., le 8 juillet 1928, est profond&#233;ment impr&#233;gn&#233;e de la th&#233;orie et de la pratique du putschisme. C'est ainsi que la direction stalinienne a port&#233; les derniers coups &#224; la r&#233;volution et au parti communiste chinois. Ce n'est qu'au 6&#176; congres que la direction de l'I.C. a reconnu que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;L'insurrection de Canton &#233;tait objectivement une &#034;bataille d'arri&#232;re-garde&#034; d'une r&#233;volution en recul&#034; (Pravda, 27 juillet 1928).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Objectivement&#034; ? Et subjectivement ? C'est-&#224;-dire dans la conscience de ses initiateurs, les dirigeants ? Tel est le caract&#232;re masqu&#233; de la reconnaissance du caract&#232;re aventuriste de l'insurrection de Canton. Quoiqu'il en soit, un an apr&#232;s l'Opposition, et, ce qui est plus important, apr&#232;s une s&#233;rie de d&#233;faites cruelles, l'I.C. a reconnu que la seconde r&#233;volution chinoise s'&#233;tait termin&#233;e avec la p&#233;riode de Wuhan et qu'on ne pouvait pas la ressusciter par l'aventurisme. Au 6&#176; congr&#232;s, le d&#233;l&#233;gu&#233; chinois Chan Fuyun rendait compte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La d&#233;faite de l'insurrection de Canton a port&#233; un coup encore plus dur au prol&#233;tariat chinois. La premi&#232;re &#233;tape de la r&#233;volution s'est de cette fa&#231;on termin&#233;e avec une s&#233;rie de d&#233;faites. Dans les centres industriels, on ressent une d&#233;pression dans le mouvement ouvrier&#034; ( Pravda, 17 juillet 1928).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les faits... ce sont des choses obstin&#233;es. Il a fallu que cela soit reconnu aussi au 6&#176; congr&#232;s. Le mot d'ordre d'insurrection arm&#233;e a &#233;t&#233; &#233;limin&#233;e. Tout ce qui restait, c'&#233;tait le nom &#034;deuxi&#232;me r&#233;volution chinoise&#034; (1925-1927), &#034;premi&#232;re &#233;tape&#034;, de ce qui est s&#233;par&#233;e de la future seconde &#233;tape par une p&#233;riode ind&#233;finie. C'&#233;tait une tentative terminologique pour sauver au moins une partie du prestige.&lt;br class='autobr' /&gt; 15. Apr&#232;s le 6&#176; congr&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le d&#233;l&#233;gu&#233; du P.C. chinois, Siu, a d&#233;clar&#233; au 16&#176; congr&#232;s du P.C.U.S. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Seuls les ren&#233;gats trotskystes et les Chen Du-Siuistes chinois disent que la bourgeoisie nationale a une perspective de d&#233;veloppement (?) ind&#233;pendant (?) et de stabilisation (?).&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Laissons de c&#244;t&#233; cette attaque. Ces malheureux ne seraient jamais &#224; l'h&#244;tel Lux [1] s'ils n'attaquaient pas l'Opposition. C'est leur seule ressource. Tan Pingshan a tonn&#233; exactement de la m&#234;me mani&#232;re contre les &#034;trotskystes&#034; au 7&#176; plenum du C.E.I.C. avant de passer &#224; l'ennemi. Ce qui est curieux dans sa crue absence de vergogne, c'est la tentative de nous attribuer &#224; nous, oppositionnels de gauche, l'&#034;id&#233;alisation de la bourgeoisie nationale&#034; chinoise et son &#034;d&#233;veloppement ind&#233;pendant&#034;. Les agents de Staline, comme leurs dirigeants, fulminent parce que la p&#233;riode apr&#232;s le 6&#176; congr&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; une fois de plus leur totale incapacit&#233; &#224; comprendre que les circonstances ont chang&#233; et la direction de leurs futurs d&#233;veloppements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s la d&#233;faite de Canton, &#224; une &#233;poque o&#249; le C.E. de l'I.C. en f&#233;vrier 1928, &#233;tait orient&#233; vers une insurrection arm&#233;e, nous d&#233;clarions en opposition &#224; cela :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La situation va maintenant changer exactement dans le sens oppos&#233;. Les masses ouvri&#232;res vont temporairement se retirer de la politique, le parti va s'affaiblir ce qui n'exclut pas la poursuite de soul&#232;vements paysans. L'affaiblissement de la guerre des g&#233;n&#233;raux comme celui des gr&#232;ves et soul&#232;vements du prol&#233;tariat conduira in&#233;vitablement entre temps &#224; un &#233;tablissement de processus &#233;l&#233;mentaires de vie &#233;conomique dans la campagne et par cons&#233;quent &#224; une certaine reprise commerciale et industrielle, bien que faible. La seconde ressuscitera les luttes gr&#233;vistes des ouvriers et permettra au parti communiste, &#224; la condition d'avoir une ligne juste, de r&#233;tablir le, contact et l'influence pour pouvoir ult&#233;rieurement, sur un plan plus &#233;lev&#233;, articuler l'insurrection ouvri&#232;re avec la guerre paysanne. C'est en quoi consiste notre pr&#233;tendu liquidationnisme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais, en-dehors de ces attaques, qu'a dit Siu de la Chine des deux derni&#232;res ann&#233;es ? D'abord il a affirm&#233; ce fait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;En Chine, l'industrie et le commerce ont marqu&#233; une certaine renaissance en 1928&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;En 1928, 400 000 ouvriers ont fait gr&#232;ve, en 1929, il y a d&#233;j&#224; eu 550 000 gr&#233;vistes. Dans la premi&#232;re moiti&#233; de 1930, le mouvement ouvrier s'est encore renforc&#233; dans son rythme de d&#233;veloppement&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On comprend que nous devons &#234;tre tr&#232;s prudents avec les chiffres de l'I.C., y compris ceux de Siu. Mais ind&#233;pendamment d'une possible exag&#233;ration des chiffres, l'expos&#233; de Siu soutient totalement notre pronostic de la fin de 1927 et du d&#233;but de 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Malheureusement, la direction du C.E.I.C. et le parti communiste chinois ont pris leur point de d&#233;part du pronostic directement oppos&#233;. Le mot d'ordre de l'insurrection arm&#233;e n'a &#233;t&#233; abandonn&#233; qu'au 6&#176; congr&#232;s, c'est-&#224;-dire au milieu de 1928. Mais, outre cette d&#233;cision purement n&#233;gative, le parti n'a re&#231;u aucune orientation nouvelle. La possibilit&#233; d'une renaissance &#233;conomique n'a pas &#233;t&#233; prise en consid&#233;ration par lui. Peut-on un seul instant douter que, si la direction de l'I.C. ne s'&#233;tait pas occup&#233;e &#224; de stupides accusations de liquidationnisme contre l'Opposition et avait compris &#224; temps la situation, comme nous l'avons fait, le parti communiste chinois serait incontestablement plus fort, surtout dans le mouvement syndical ? Souvenons-nous que, pendant la plus forte mont&#233;e de la deuxi&#232;me r&#233;volution, dans la premi&#232;re moiti&#233; de 1927, il y avait 2 800 000 ouvriers organis&#233;s dans les syndicats sous l'influence du parti communiste. Actuellement, il y en a, selon Siu, autour de 60 000, et ce dans la Chine enti&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et ces mis&#233;rables &#034;dirigeants&#034;, qui ont r&#233;ussi &#224; s'engager dans une impasse sans espoir, qui ont fait des dommages terrifiants, parlent des &#034;ren&#233;gats trotskystes&#034; et pensent que par cette calomnie, ils peuvent r&#233;parer le dommage. C'est l'&#233;cole de Staline ! Ce sont ses fruits !&lt;br class='autobr' /&gt; 16. Les Soviets et le caract&#232;re de classe de la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quel est, selon Staline, le r&#244;le des soviets dans la r&#233;volution chinoise ? Quelle place leur a-t-il assign&#233; dans l'alternance des &#233;tapes ? A quelle domination de classe sont-ils li&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pendant l'Exp&#233;dition du Nord, comme pendant la p&#233;riode de Wuhan, nous avons entendu Staline dire que les soviets peuvent &#234;tre cr&#233;&#233;s seulement apr&#232;s la r&#233;alisation de la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise, seulement sur le seuil de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que le Bureau Politique, suivant aveugl&#233;ment Staline, a obstin&#233;ment rejet&#233; le mot d'ordre des soviets avanc&#233; par l'Opposition :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le mot d'ordre des soviets ne signifie rien qu'un saut direct par-dessus l'&#233;tape de la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise et l'organisation du pouvoir du prol&#233;tariat&#034; (&#034;R&#233;ponse du Bureau Politique&#034; &#224; l'Opposition et &#224; ses th&#232;ses, avril 1927)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 24 mai, apr&#232;s le coup d'Etat de Shangha&#239; et pendant le coup de Wuhan, Staline prouvait de la fa&#231;on suivante l'incompatibilit&#233; des soviets et la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Mais les ouvriers ne s'y arr&#234;teront pas s'ils ont des soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers. Ils diront aux communistes - et ils auront raison : si nous sommes les soviets et si les soviets sont les organes du pouvoir, alors ne pouvons-nous pas &#233;craser un peu la bourgeoisie et les exproprier &#034;un peu&#034; ? Les communistes ne seraient que des outres gonfl&#233;es de vent s'ils ne prennent pas le chemin de l'expropriation de la bourgeoisie avec l'existence des soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers et paysans. Est-il possible de prendre et devons-nous prendre cette route maintenant, dans la phase actuelle de la r&#233;volution ? Non, nous ne devrions pas.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et qu'adviendra-t-il au Kuomintang quand (???-ND) sera pass&#233; &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne ? Staline avait tout pr&#233;vu. Dans son discours aux &#233;tudiants du 13 mai 1927, que nous avons cit&#233; plus haut, Staline r&#233;pondait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Je pense que, dans la p&#233;riode de la cr&#233;ation des soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers et paysans et la pr&#233;paration de l'Octobre chinois, le parti communiste chinois devra substituer au bloc actuel &#224; l'int&#233;rieur du Kuomintang le bloc &#224; l'ext&#233;rieur du Kuomintang.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nos grands strat&#232;ges avaient tout pr&#233;vu - d&#233;cid&#233;ment tout pr&#233;vu, sauf la lutte de classes. M&#234;me dans la question du passage la r&#233;volution prol&#233;tarienne, Staline a fourni au P.C. chinois un alli&#233;, avec le m&#234;me Kuomintang. Pour r&#233;aliser la r&#233;volution socialiste, les communistes se sont vus permettre de quitter les rangs du Kuomintang, mais nullement de rompre le bloc avec lui. Comme on le sait, l'alliance avec la bourgeoisie &#233;tait la meilleure condition pour la pr&#233;paration de &#034;l'Octobre chinois&#034;. Et on appelait tout cela le l&#233;ninisme..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quoi qu'il en sot, en 1925-1927, Staline posa la question des soviets de fa&#231;on tr&#232;s cat&#233;gorique, liant leur formation avec l'expropriation socialiste imm&#233;diate de la bourgeoisie. Il est vrai qu'il avait besoin de ce &#034;radicalisme&#034; &#224; l'&#233;poque non pour d&#233;fendre l'expropriation de la bourgeoisie, mais au contraire la d&#233;fense de la bourgeoisie contre l'expropriation. Mais la fa&#231;on de poser la question en principe &#233;tait claire en tout cas : les soviets ne peuvent &#234;tre exclusivement que les organes de la r&#233;volution socialiste. Telle &#233;tait la position du Bureau Politique du P.C.U.S., telle &#233;tait la position du C.E.I.C. Mais, &#224; la fin de 1927, une insurrection a &#233;t&#233; men&#233;e &#224; Canton &#224; laquelle on a donn&#233; un caract&#232;re sovi&#233;tique. Les communistes avaient le pouvoir. Ils ont d&#233;cr&#233;t&#233; des mesures de caract&#232;re purement socialiste (nationalisation de la terre, des banques, des logements, des entreprises industrielles, etc.) Il semblerait que nous soyons confront&#233;s &#224; une r&#233;volution prol&#233;tarienne. Mais non. A la fin de f&#233;vrier 1928, le 9&#176; plenum du C.E.I.C. a dress&#233; le bilan de l'insurrection de Canton. Et quel en fut le r&#233;sultat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;L'ann&#233;e en cours dans la r&#233;volution chinoise est une p&#233;riode de r&#233;volution d&#233;mocratique-bourgeoise, qui n'a pas &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e (...) La tendance &#224; sauter par-dessus l'&#233;tape d&#233;mocratique-bourgeoise de la r&#233;volution avec l'appr&#233;ciation simultan&#233;e de la r&#233;volution comme une r&#233;volution &#034;permanente&#034; est une erreur semblable &#224; celle de Trotsky en 1905&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais, dix mois auparavant (avril 1927), le Bureau Politique a d&#233;clar&#233; que le mot d'ordre m&#234;me de soviets (pas le trotskysme, le mot d'ordre des soviets !) signifie sauter par-dessus l'&#233;tape d&#233;mocratique bourgeoise. Mais maintenant, apr&#232;s un &#233;puisement total de toutes les variantes du Kuomintang, quand il fallut sanctionner le mot d'ordre des soviets, on nous a dit que seuls des trotskystes peuvent lier ce mot d'ordre avec la dictature prol&#233;tarienne. C'est ainsi que fut r&#233;v&#233;l&#233; que Staline en 1925-27 &#233;tait un... trotskyste, malgr&#233; tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est vrai que le programme de l'I.C. a op&#233;r&#233; aussi un tournant d&#233;cisif sur cette question. Parmi les plus importantes t&#226;ches des pays coloniaux, le programme mentionnait : &#034;L'&#233;tablissement d'une dictature d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la paysannerie bas&#233;e sur les soviets&#034;. R&#233;ellement miraculeux ! Ce qui &#233;tait incompatible hier avec la r&#233;volution d&#233;mocratique fut aujourd'hui proclam&#233; comme son fondement. On chercherait vainement une explication de ce complet saut p&#233;rilleux. Tout f&#251;t fait de fa&#231;on tr&#232;s administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans quel cas Staline avait-il tort ? Quand il d&#233;clarait que les soviets &#233;taient incompatibles avec la r&#233;volution d&#233;mocratique ou quand il d&#233;clarait que les soviets devaient &#234;tre la base de la r&#233;volution d&#233;mocratique ? Dans les deux cas cependant, Staline ne comprend pas la signification de la dictature prol&#233;tarienne, leurs rapports mutuels, et le r&#244;le que peuvent jouer les soviets en liaison avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il se manifesta cependant sous son meilleur jour, m&#234;me en quelques mots, au 16&#176; congr&#232;s du P.C.U.S.&lt;br class='autobr' /&gt; 17. La question chinoise au 16e congr&#232;s du P.C.U.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans son rapport de dix heures, Staline, aussi envie qu'il en ait eu, ne pouvait compl&#232;tement ignorer la question de la r&#233;volution chinoise. Il y consacra exactement cinq phrases. Et quelles phrases ! En v&#233;rit&#233;, &#034;multum in parvo&#034; comme disaient les Romains. D&#233;sirant &#233;viter tous les angles aigus, s'abstenir des g&#233;n&#233;ralisations risqu&#233;es et encore plus de pronostics concrets, Staline, en quelques phrases, a r&#233;ussi &#224; faire toutes les erreurs qu'il lui restait &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Il serait ridicule de penser que le comportement des imp&#233;rialistes ne sera pas impuni. Les ouvriers et paysans chinois ont d&#233;j&#224; r&#233;pondu par la cr&#233;ation de soviets et une Arm&#233;e rouge. On dit qu'un gouvernement sovi&#233;tique a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; cr&#233;&#233; l&#224;. Je pense que si c'est vrai, il n'y a l&#224; rien de surprenant. Il n'est pas douteux que seuls les soviets peuvent sauver la Chine du d&#233;membrement total et de la paup&#233;risation&#034; (Pravda, 29 juin 1930)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Il serait ridicule de penser&#034;. Voil&#224; la base des conclusions ult&#233;rieures. Si le comportement des imp&#233;rialistes doit in&#233;vitablement provoquer une r&#233;ponse sous la forme des soviets et d'une Arm&#233;e rouge, alors comment se fait-il que l'imp&#233;rialisme existe encore en ce monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;On dit qu'un gouvernement sovi&#233;tique y a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; cr&#233;&#233;&#034;. Que veut dire &#034;on dit&#034; ? Qui le dit ? Et, plus important, qu'est-ce que le parti communiste a &#224; dire ? Il fait partie de l'I.C. et son repr&#233;sentant a parl&#233; au congr&#232;s. Cela signifie-t-il que le &#034;gouvernement sovi&#233;tique&#034; a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en Chine sans le P.C. et sans son consentement ? Alors qui dirige le gouvernement ? Quels sont ses membres ? Quel parti a le pouvoir ? Non seulement Staline ne r&#233;pond pas, mais il ne pose m&#234;me pas la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Je pense que si (!) c' est vrai (!), il n'y a l&#224; rien de surprenant&#034; Il n'y a rien de surprenant dans le fait qu'en Chine il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; un gouvernement sovi&#233;tique sans le parti communiste et sans qu'il le sache, et sur la physionomie duquel le plus grand dirigeant de la r&#233;volution chinoise ne peut nous donner aucune information. Qu'est-ce d'autre au monde qui peut nous surprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Il n'est pas douteux que seuls les soviets peuvent sauver la Chine du d&#233;membrement et de la paup&#233;risation&#034;. Quels soviets ? Jusqu'&#224; pr&#233;sent, nous avons vu toutes sortes de soviets : les soviets de Tseretelli , ceux d'Otto Bauer et de Scheidemann, d'un c&#244;t&#233;, les soviets bolcheviks de l'autre. Les soviets de Tseretelli ne pouvaient sauver la Russie du d&#233;membrement et de la paup&#233;risation. Au contraire, toute leur politique allait vers la transformation de la Russie en une colonie de l'Entente. Seuls les bolcheviks ont transform&#233; les soviets en une arme pour la lib&#233;ration des masses laborieuses. Quelle sorte de soviets sont les chinois ? Si le parti communiste chinois ne peut rien en dire, cela veut dire qu'il ne les dirige pas. Qui, alors ? Sauf les communistes, seuls des &#233;l&#233;ments de hasard, interm&#233;diaires, gens d'un &#034;Tiers parti&#034;, en un mot, des fragments du Kuomintang de second ou troisi&#232;me rang, peuvent venir &#224; la t&#234;te des soviets et cr&#233;er un &#034;gouvernement sovi&#233;tique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Hier encore, Staline pensait qu'il serait ridicule de penser &#224; la cr&#233;ation de soviets en Chine avant la r&#233;alisation de la r&#233;volution d&#233;mocratique. Maintenant, il semble penser - si ses cinq phrases ont un sens - que, dans la r&#233;volution d&#233;mocratique, les soviets peuvent sauver le pays m&#234;me sans l'aide des communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parler d'un gouvernement sovi&#233;tique sans parler de la dictature du prol&#233;tariat signifier tromper les ouvriers et aider la bourgeoisie , tromper les paysans. Mais parler de la dictature du prol&#233;tariat sans parler du r&#244;le dirigeant du parti communiste signifie une fois de plus transformer la dictature du prol&#233;tariat en pi&#232;ge pour le prol&#233;tariat. Le parti communiste chinois cependant est maintenant extr&#234;mement faible. Le nombre de ses membres ouvriers est limit&#233; &#224; quelques centaines. Il y a aussi 50 000 ouvriers dans les syndicats rouges environ. Dans ces conditions, parler de la dictature du prol&#233;tariat comme une t&#226;che imm&#233;diate, est de toute &#233;vidence impensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'un autre c&#244;t&#233;, un large mouvement paysan est en train de se d&#233;velopper en Chine du Sud dans lequel prennent part des bandes de partisans. L'influence de la R&#233;volution d'Octobre, en d&#233;pit des ann&#233;es de direction des &#233;pigones, est encore si grande en Chine que les paysans appellent leur mouvement &#034;sovi&#233;tique&#034; et leurs bandes de partisans &#034;arm&#233;es rouges&#034;. Cela montre une fois de plus les profondeurs du philistinisme de Staline dans la p&#233;riode o&#249;, s'&#233;levant contre les soviets, il disait qu'il ne fallait pas effrayer les masses du peuple chinois par une &#034;sovi&#233;tisation artificielle&#034;. Seul Tchang Ka&#239;-Chek aurait pu en &#234;tre effray&#233;, mais pas les ouvriers, pas les paysans pour qui, apr&#232;s 1917, les soviets sont devenus le symbole de l'&#233;mancipation. Les paysans chinois, on le comprend, ne mettent pas peu d'illusions dans le mot d'ordre des soviets. Ils sont pardonnables en cela. Mais est-ce pardonnable chez les suivistes dirigeants qui se bornent &#224; une g&#233;n&#233;ralisation couarde et ambigu&#235; des illusions de la paysannerie chinoise, sans expliquer au prol&#233;tariat la signification r&#233;elle des &#233;v&#233;nements ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Il n'y a rien l&#224; de surprenant&#034; dit Staline. Si les paysans chinois, sans la participation des centres industriels et sans la direction du parti communiste, ont cr&#233;&#233; un gouvernement sovi&#233;tique. Mais nous disons que l'apparition d'un gouvernement sovi&#233;tique dans ces circonstances est absolument impossible. Non seulement les bolcheviks, mais m&#234;me le gouvernement Tseretelli ou demi-gouvernement des soviets ne pourraient appara&#238;tre que sur la base des villes. Penser que la paysannerie est capable de cr&#233;er son gouvernement sovi&#233;tique ind&#233;pendamment signifie croire aux miracles. Ce serait le m&#234;me miracle de cr&#233;er une Arm&#233;e rouge paysanne. Les partisans paysans ont jou&#233; un grand r&#244;le r&#233;volutionnaire dans la r&#233;volution russe, mais sous l'existence de centres de dictature du prol&#233;tariat et d'une Arm&#233;e rouge centralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Avec la faiblesse du mouvement ouvrier actuellement, et avec la plus grande faiblesse encore du parti communiste, il est difficile de parler d'une dictature du prol&#233;tariat comme la t&#226;che du jour en Chine. C'est pourquoi Staline, nageant &#224; la suite du soul&#232;vement paysan, est oblig&#233;, en d&#233;pit de ses d&#233;clarations ant&#233;rieures, de lier les soviets paysans, l'arm&#233;e rouge paysanne avec la dictature d&#233;mocratique bourgeoise. La direction de la dictature, qui est une t&#226;che trop lourde pour le parti communiste, est remise &#224; quelque autre parti politique, &#224; quelque r&#233;volutionnaire. Puisque Staline a emp&#234;ch&#233; les ouvriers et paysans chinois de mener la lutte pour la dictature du prol&#233;tariat, alors quelqu'un doit maintenant aider Staline en se chargeant du gouvernement sovi&#233;tique comme l'organe de la dictature d&#233;mocratique bourgeoise. Comme motivation de cette perspective nouvelle, on nous pr&#233;sente cinq arguments et en cinq phrases. Les voil&#224; :&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Il serait ridicule de penser&#034; ;&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;On dit&#034; ;&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;S'il est vrai&#034; ;&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Il n'y a l&#224; rien de surprenant&#034; ;&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Il n'est pas douteux&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voil&#224; l'argumentation administrative dans, toute sa splendeur et sa puissance ! Nous mettons en garde : c'est le prol&#233;tariat chinois qui devra de nouveau payer pour cette honteuse mixture.&lt;br class='autobr' /&gt; 18. Le caract&#232;re des &#034;erreurs&#034; de Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a erreurs et erreurs. Dans les diff&#233;rentes sph&#232;res de la pens&#233;e humaine, il peut y avoir des erreurs tr&#232;s importantes qui d&#233;coulent d'un examen insuffisamment attentif de l'objet, de donn&#233;es factuelles insuffisantes, d'une trop grande complexit&#233; des facteurs &#224; consid&#233;rer, etc. Parmi celles-ci, nous pouvons consid&#233;rer les erreurs des m&#233;t&#233;orologues dans la pr&#233;diction du temps, qui sont typiques, de toute une s&#233;rie d'erreurs dans le domaine de la politique. Cependant les erreurs d'un m&#233;t&#233;orologue instruit, &#224; l'esprit vif sont souvent plus utiles &#224; la science que la conjecture d'un empirique, m&#234;me s'il est par hasard confirm&#233; par les faits. Mais que dire d'un g&#233;ographe savant, du dirigeant d'une exp&#233;dition polaire qui partirait de l'id&#233;e que la terre repose sur trois baleines ? Les erreurs de Staline sont presque toutes de cette cat&#233;gorie. Ne s'&#233;levant jamais au marxisme en tant que m&#233;thode, utilisant l'une apr&#232;s l'autre une formule &#034;marxiste&#034; de fa&#231;on rituelle, Staline dans ses actions pratiques prend pour point de d&#233;part les pr&#233;jug&#233;s empiriques les plus noirs. Mais telle est la dialectique du processus. Ces pr&#233;jug&#233;s deviennent la principale force de Staline dans la p&#233;riode du d&#233;clin r&#233;volutionnaire. Ce sont eux qui lui ont permis de jouer le r&#244;le qu'elle ne voulait pas jouer subjectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La bureaucratie lourde, s&#233;par&#233;e de la classe r&#233;volutionnaire qui a pris le pouvoir s'est empar&#233;e de l'empirisme de Staline pour son caract&#232;re mercenaire, pour son total cynisme en mati&#232;re de principes, pour faire de lui son dirigeant et pour cr&#233;er la l&#233;gende de Staline qui est la l&#233;gende dor&#233;e de la bureaucratie elle-m&#234;me. C'est l'explication de comment et pourquoi la personne forte mais tout &#224; fait m&#233;diocre qui occup&#233; des r&#244;les de troisi&#232;me et de quatri&#232;me ordre dans la mont&#233;e de la r&#233;volution s'est r&#233;v&#233;l&#233;e appel&#233;e &#224; jouer le r&#244;le dirigeant dans les ann&#233;es de son reflux, dans les ann&#233;es de stabilisation de la bourgeoisie mondiale, la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la social-d&#233;mocratie, l'affaiblissement de l'I.C. et la d&#233;g&#233;n&#233;rescence conservatrice des plus larges cercles de la bureaucratie sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les Fran&#231;ais disent d'un homme : ses d&#233;fauts sont ses qualit&#233;s. De Staline on peut dire : ses d&#233;fauts se r&#233;v&#232;lent &#224; son avantage. Toute la lutte de classe m&#233;lang&#233;e dans sa limitation th&#233;orique, son adaptabilit&#233; politique, son aveuglement politique, en un mot ses d&#233;fauts de r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien, pour faire de lui un homme d'Etat dans la p&#233;riode de l'&#233;mancipation d'Octobre, du marxisme, du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;volution chinoise a &#233;t&#233; un examen du r&#244;le nouveau de Staline - par la m&#233;thode inverse. Ayant pris le pouvoir en U.R.S.S. avec l'aide des couches qui ont rompu avec la r&#233;volution internationale et avec l'aide indirecte mais tr&#232;s r&#233;elle des classes hostiles. Staline est devenu automatiquement le dirigeant de l'I.C. et par cela, le seul dirigeant de la r&#233;volution chinoise. Le h&#233;ros passif du m&#233;canisme d'appareil de derri&#232;re la sc&#232;ne devait montrer sa m&#233;thode et sa qualit&#233; dans les &#233;v&#233;nements d'un grand flot r&#233;volutionnaire. C'est l&#224; que r&#233;side le tragique paradoxe du r&#244;le de Staline en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ayant subordonn&#233; les ouvriers chinois &#224; la bourgeoisie, frein&#233; le mouvement agraire, soutenu les g&#233;n&#233;raux r&#233;actionnaires, d&#233;sarm&#233; les ouvriers, emp&#234;ch&#233; l'apparition des soviets et liquid&#233; ceux qui sont apparus, Staline a jou&#233; jusqu'au bout le r&#244;le historique que Tseretelli avait seulement essay&#233; de jouer en Russie. La diff&#233;rence est que Tseretelli agit sur une ar&#232;ne ouverte, avec contre lui les bolcheviks et qu'il a eu imm&#233;diatement et sur place &#224; porter la responsabilit&#233; de la tentative de livrer &#224; la bourgeoisie une classe ouvri&#232;re ligot&#233;e et dup&#233;e. Staline cependant, a agi surtout en Chine dans les coulisses, d&#233;fendu par un appareil puissant et drap&#233; dans le drapeau du bolchevisme. Tseretelli s'appuyait sur les r&#233;pressions du pouvoir contre les bolcheviks faites par la bourgeoisie. Staline cependant a lui-m&#234;me appliqu&#233; la r&#233;pression au bolcheviks-l&#233;ninistes (Opposition). La r&#233;pression de la bourgeoisie a &#233;t&#233; &#233;branl&#233;e par la vague montante. La r&#233;pression de Staline l'a &#233;t&#233; par le reflux de la vague. C'est pourquoi il &#233;tait possible pour Staline de mener l'exp&#233;rience d'une politique purement menchevique jusqu'au bout dans la r&#233;volution chinoise, en r&#233;alit&#233;, la catastrophe la plus tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais qu'en est-il du paroxysme de gauche actuel de la politique stalinienne ? Voir dans cet &#233;pisode - et le zigzag &#224; gauche avec toute sa signification va n&#233;anmoins passer &#224; l'histoire comme un &#233;pisode - une contradiction par rapport &#224; ce qui a &#233;t&#233; dit, ne peut &#234;tre fait que par des gens &#224; courte vue qui ne comprennent rien &#224; la dialectique de la conscience humaine en liaison avec la dialectique du processus historique. Le d&#233;clin de la r&#233;volution comme sa mont&#233;e ne se fait pas en droite ligne. Le dirigeant empirique de la baisse de la r&#233;volution - &#034;Vous pensez que vous bougez, en r&#233;alit&#233; on vous fait bouger&#034; (Goethe) - ne pouvait pas &#224; un certain moment ne pas s'effrayer devant cet ab&#238;me de trahison sociale au bord duquel il a &#233;t&#233; press&#233; en 1925-27 par ses propres qualit&#233;s, utilis&#233; par des forces semi-hostiles et hostiles au prol&#233;tariat. Et comme la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'appareil n'est pas un processus uniforme, comme les tendances r&#233;volutionnaires dans les masses sont fortes, alors, pour le tournant vers la gauche s'&#233;loignant du bord de l'ab&#238;me thermidorien, il y a eu assez de points d'appui et de r&#233;serves &#224; port&#233;e de la main. Le tournant a pris le caract&#232;re de sautes paniques, pr&#233;cis&#233;ment parce que cet empirique n'avait rien pr&#233;vu avant d'&#234;tre arriv&#233; au bord du pr&#233;cipice. L'id&#233;ologie du saut &#224; gauche &#233;tait pr&#233;par&#233;e par l'Opposition de gauche - il ne restait plus qu'&#224; utiliser son travail, par pi&#232;ces et morceaux, comme il convient &#224; un empiriste. Mais le paroxysme aigu du gauchisme ne change pas le processus de base de l'&#233;volution de la bureaucratie, ni la nature de Staline lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'absence chez Staline de pr&#233;paration th&#233;orique, d'un horizon large, d'une imagination cr&#233;atrice - ces traits sans lesquels il ne peut y avoir de travail ind&#233;pendant sur une large &#233;chelle - expliquent pleinement pourquoi Lenine, qui estimait Staline comme un assistant pratique, a n&#233;anmoins recommand&#233; que le parti l'&#233;carte du poste de Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral quand il devint clair que ce poste pouvait rev&#234;tir une signification ind&#233;pendante. Lenine n'a jamais vu en Staline un dirigeant politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me, Staline a toujours invariablement pris des positions opportunistes sur toutes les questions importantes. Si Staline n'a pas eu de conflits th&#233;oriques ou politiques importants avec Lenine, comme Boukharine, Kamenev, Zinoviev et m&#234;me Rykov, c'est parce que Staline n'a jamais tenu &#224; des id&#233;es principielles et, dans tous les cas de s&#233;rieux d&#233;saccords, s'est simplement tenu tranquille en se mettant sur la touche et a attendu. Et pourtant, Lenine a eu souvent des conflits pratiques, organisationnels, moraux avec Staline, parfois tr&#232;s aigus, pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de ces d&#233;fauts de Staline que Lenine, avec tant de prudence dans la forme mais impitoyablement sur le fond a caract&#233;ris&#233;s dans son &#034;testament&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A tout ce qui a &#233;t&#233; dit nous devons ajouter le fait que Lenine travaillait la main dans la main avec un groupe de collaborateurs, dont chacun apportait dans le travail connaissances, initiative personnelle, talent distinct. Staline est entour&#233;, surtout apr&#232;s la liquidation de la droite, de m&#233;diocrit&#233;s accomplies, d&#233;nu&#233;es de tout horizon international et incapables de produire une opinion ind&#233;pendante sur une seule question du mouvement ouvrier mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Entre-temps, la signification de l'appareil a consid&#233;rablement grandi depuis &#034;l'&#233;poque de Lenine&#034;. La direction de Staline dans la r&#233;volution chinoise est pr&#233;cis&#233;ment le fruit d'une combinaison de ces situations th&#233;oriques, politiques et nationales, avec la grande puissance de l'appareil. Staline s'est montr&#233; incapable d'apprendre. Ses cinq phrases sur la Chine au 16&#176; congr&#232;s sont profond&#233;ment p&#233;n&#233;tr&#233;es de ce m&#234;me organique opportunisme qui a gouvern&#233; la politique de Staline aux premi&#232;res &#233;tapes de la lutte du peuple chinois. La fossoyeur de la deuxi&#232;me r&#233;volution chinoise est en train, sous nos yeux, de se pr&#233;parer &#224; &#233;trangler d&#232;s son d&#233;but la troisi&#232;me r&#233;volution chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] L'h&#244;tel Lux de Moscou &#233;tait l'h&#244;tel o&#249; &#233;taient log&#233;s les dignitaires &#233;trangers de l'I.C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;cembre 1930&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Opposition russe et la question chinoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher camarade Shachtman,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est hier seulement que j'ai re&#231;u du camarade Naville des extraits de votre lettre &#224; propos de la question chinoise. J'y r&#233;ponds tr&#232;s bri&#232;vement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 . Vous avez tout &#224; fait raison quand vous soulignez que l'Opposition russe, dans la deuxi&#232;me moiti&#233; de 1927 encore, n'exigeait pas ouvertement le retrait du Guomindang. Je crois pourtant que j'ai d&#233;j&#224; comment&#233; ce fait publiquement quelque part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, depuis le tout d&#233;but, c'est-&#224;-dire 1923, j'&#233;tais r&#233;solument oppos&#233; &#224; l'entr&#233;e du parti communiste dans le Kuomintang comme &#224; l'admission du Kuomintang dans le Komintern . Radek a toujours &#233;t&#233; avec Zinoviev contre moi. Les jeunes membres de l'Opposition de 1923 &#233;taient avec moi comme un seul homme ou presque. Rakovsky &#233;tait &#224; Paris et pas assez inform&#233;. Jusqu'en 1926, j'ai toujours vot&#233; de fa&#231;on ind&#233;pendante au bureau politique sur cette question, contre tous les autres. En 1925, en m&#234;me temps que les th&#232;ses sur le chemin de fer chinois oriental, j'ai une fois de plus pr&#233;sent&#233; la proposition formelle que le parti communiste quitte tout de suite le Kuomintang. Ce fut rejet&#233; &#224; l'unanimit&#233; et joua un grand r&#244;le dans le harc&#232;lement ult&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1926 et 1927, j'ai eu sur cette question des conflits continuels avec les zinovi&#233;vistes. Deux ou trois fois, on en est arriv&#233; au point de rupture. Notre centre &#233;tait form&#233; approximativement d'un nombre &#233;gal de membres des deux tendances alli&#233;es car il n'&#233;tait apr&#232;s tout qu'un bloc. Au vote, Radek a trahi la position de l'Opposition de 1923, par principe, et Piatakov par manque de principes. Notre fraction &#233;tait furieuse et exigeait que Radek et Piatakov soient r&#233;voqu&#233;e du centre. Mais comme c'&#233;tait de scission avec les zinovi&#233;vistes qu'il s'agissait, la d&#233;cision g&#233;n&#233;rale fut que je devais me soumettre publiquement sur cette question et informer l'Opposition en &#233;crivant mon propre point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi nous avons pos&#233; la question si tard, bien que le bureau politique et le plenum du CC aient toujours oppos&#233; mon opinion avec celle, officielle, de l'Opposition. Et je ne peux pas non plus dire avec certitude que j'ai fait une erreur en me soumettant formellement l&#224;-dessus. En tout cas, cette erreur n'est devenue claire qu'avec l'&#233;volution ult&#233;rieure des zinovi&#233;vistes. A cette &#233;poque, la scission avec eux serait apparue &#224; l'&#233;crasante majorit&#233; de notre fraction comme tout &#224; fait fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le manifeste ne contredit nullement les faits quand il dit que l'Opposition russe, la vraie, &#233;tait contre l'adh&#233;sion du parti communiste au Kuomintang. Sur des milliers d'emprisonn&#233;s, exil&#233;s etc..., il ne doit pas y en avoir un avec Radek sur cette question. Ce fait aussi j'y ai fait r&#233;f&#233;rence dans nombre de lettres, &#224; savoir que la grande majorit&#233; des capitulards n'&#233;taient pas fermes et s&#251;rs sur la question chinoise et la question aglo-russe. C'est tr&#232;s caract&#233;ristique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 . A propos de l'Assembl&#233;e constituante, j'ai d&#233;j&#224; abord&#233;, il me semble, les questions que vous soulevez, dans une lettre aux camarades chinois. Si je ne me trompe, cette lettre est m&#234;me parue dans Militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 . Pour ce qui est de la question des Etats sovi&#233;tiques, il est tr&#232;s difficile d'en parler &#034;concr&#232;tement&#034; depuis l'Europe sans avoir observ&#233; de pr&#232;s les conditions concr&#232;tes. Pour un manifeste international, ce que nous avons dit suffisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LEON TROTSKY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA REVOLUTION ETRANGLEE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai malheureusement lu Les Conqu&#233;rants avec un retard de dix-huit mois ou de deux ans. Le livre est consacr&#233; &#224; la R&#233;volution chinoise, c'est-&#224;-dire au plus grand sujet de ces cinq derni&#232;res ann&#233;es. Un style dense et beau, l'&#339;il pr&#233;cis d'un artiste, l'observation originale et hardie, tout conf&#232;re au roman une importance exceptionnelle. Si j'en parle ici, ce n'est pas parce que le livre est plein de talent, bien que ce fait ne soit pas n&#233;gligeable, mais parce qu'il offre une source d'enseignements politiques de la plus haute valeur. Viennent-ils de Malraux ? Non, ils d&#233;coulent du r&#233;cit m&#234;me, &#224; l'insu de l'auteur, et t&#233;moignent contre lui, ce qui fait honneur &#224; l'observateur et &#224; l'artiste, mais non au r&#233;volutionnaire. Cependant, nous sommes en droit d'appr&#233;cier &#233;galement Malraux de ce point de vue : en son nom personnel et surtout au nom de Garine, son second moi, l'auteur ne marchande pas ses jugements sur la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre s'intitule roman. En fait, nous sommes en face de la chronique romanc&#233;e de la R&#233;volution chinoise dans sa premi&#232;re p&#233;riode, celle de Canton. La chronique n'est pas compl&#232;te. La poigne sociale fait parfois d&#233;faut. En revanche, passent devant le lecteur, non seulement de lumineux &#233;pisodes de la r&#233;volution, mais encore des silhouettes nettement d&#233;coup&#233;es qui se gravent dans la m&#233;moire comme des symboles sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par petites touches color&#233;es, suivant la m&#233;thode des pointillistes, Malraux donne un inoubliable tableau de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, non pas certes comme elle est en bas, non comme on la fait, mais comme elle est aper&#231;ue d'en haut : les Europ&#233;ens n'ont pas leur d&#233;jeuner, les Europ&#233;ens &#233;touffent de chaleur -les Chinois ont cess&#233; de travailler aux cuisines et de faire fonctionner les ventilateurs. Ceci n'est pas un reproche &#224; l'adresse de l'auteur : l'&#233;tranger-artiste n'aurait sans doute pas pu aborder son th&#232;me autrement. Mais on peut lui faire un autre grief qui, lui, est d'importance : il manque au livre une affinit&#233; naturelle entre l'&#233;crivain, malgr&#233; tout ce qu'il sait et comprend, et son h&#233;ro&#239;ne, la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sympathies, d'ailleurs actives, de l'auteur pour la Chine insurg&#233;e sont indiscutables. Mais elles sont corrod&#233;es par les outrances de l'individualisme et du caprice esth&#233;tique. En lisant le livre avec une attention soutenue, on &#233;prouve parfois un sentiment de d&#233;pit, lorsque dans le ton du r&#233;cit, on per&#231;oit une note d'ironie protectrice &#224; l'&#233;gard des barbares capables d'enthousiasme. Que la Chine soit arri&#233;r&#233;e, que certaines de ses manifestations politiques aient un caract&#232;re primitif, personne n'exige qu'on le passe sous silence. Mais il faut une juste perspective qui mette tous les objets &#224; leur place. Les &#233;v&#233;nements chinois, sur le fond desquels se d&#233;roule le &#034;roman&#034; de Malraux, sont incomparablement plus importants, pour les destins futurs de la culture humaine, que le tapage vain et pitoyable des parlements europ&#233;ens et que les montagnes de produits litt&#233;raires des civilisations stagnantes. Malraux semble &#233;prouver une certaine timidit&#233; &#224; s'en rendre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le roman, il est des pages, belles par leur intensit&#233;, qui montrent comment la haine r&#233;volutionnaire na&#238;t du joug, de l'ignorance, de l'esclavage et se trempe comme l'acier. Ces pages auraient pu entrer dans l'Anthologie de la R&#233;volution si Malraux avait abord&#233; les masses populaires avec plus de libert&#233; et de hardiesse, s'il n'avait pas introduit dans son &#233;tude une petite note de sup&#233;riorit&#233; blas&#233;e, semblant s'excuser de sa liaison passag&#232;re avec l'insurrection du peuple chinois, aussi bien peut-&#234;tre aupr&#232;s de lui-m&#234;me que des mandarins acad&#233;miques en France et des trafiquants d'opium de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Borodine repr&#233;sente l'Internationale communiste et occupe le poste de conseiller pr&#232;s du gouvernement de Canton. Garine, le favori de l'auteur, est charg&#233; de la propagande. Tout le travail se poursuit dans les cadres du Kuomintang. Borodine, Garine, le &#034;g&#233;n&#233;ral&#034; russe Gallen, le Fran&#231;ais G&#233;rard, l'Allemand Klein constituent une originale bureaucratie de la r&#233;volution, s'&#233;levant au-dessus du peuple insurg&#233; et menant sa propre &#034;politique r&#233;volutionnaire&#034; au lieu de mener la politique de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations locales du Kuomintang sont ainsi d&#233;finies : &#034;La r&#233;union de quelques fanatiques, &#233;videmment braves, de quelques richards qui cherchent la consid&#233;ration ou la s&#251;ret&#233;, de nombreux &#233;tudiants, de coolies...&#034; (cf. pp. 29 et 30). Non seulement les bourgeois entrent dans chaque organisation mais ils m&#232;nent compl&#232;tement le parti. Les communistes rel&#232;vent du Kuomintang. On persuade aux ouvriers et aux paysans de n'accomplir aucun acte qui puisse rebuter les amis venus de la bourgeoisie. &#034;Telles sont ces soci&#233;t&#233;s que nous contr&#244;lons (plus ou moins d'ailleurs, ne vous y trompez pas)...&#034; (cf. p. 29). Edifiant aveu ! La bureaucratie de l'internationale communiste a essay&#233; de &#034;contr&#244;ler&#034; la lutte de classe en Chine, comme l'internationale bancaire contr&#244;le la vie &#233;conomique des pays arri&#233;r&#233;s. Mais une r&#233;volution ne peut se commander. On peut seulement donner une expression politique &#224; ses forces int&#233;rieures. Il faut savoir &#224; laquelle de ces forces on liera son destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les coolies sont en train de d&#233;couvrir qu'ils existent, simplement qu'ils existent&#034; (cf. p. 31). C'est bien vis&#233;. Mais pour sentir qu'ils existent, les coolies, les ouvriers industriels et les paysans doivent renverser ceux qui les emp&#234;chent d'exister. La domination &#233;trang&#232;re est indissolublement li&#233;e au joug int&#233;rieur. Les coolies doivent, non seulement chasser Baldwin ou Macdonald, mais renverser encore la classe dirigeante. L'un ne peut se r&#233;aliser sans l'autre. Ainsi, l'&#233;veil de la personnalit&#233; humaine dans les masses de la Chine -qui d&#233;passent dix fois la population de la France- se fond imm&#233;diatement dans la lave de la r&#233;volution sociale. Spectacle grandiose !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici Borodine entre en sc&#232;ne et d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans cette r&#233;volution, les ouvriers doivent faire le travail des coolies pour la bourgeoisie [1]&#034;. L'asservissement social dont il veut se lib&#233;rer, le prol&#233;taire le trouve transpos&#233; dans la sph&#232;re de la politique. A qui doit-on cette op&#233;ration perfide ? A la bureaucratie de l'lnternationale communiste. En essayant de &#034;contr&#244;ler&#034; le Kuomintang, elle aide, en fait, le bourgeois qui recherche &#034;consid&#233;ration et s&#233;curit&#233;&#034; &#224; s'asservir les coolies qui veulent exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Borodine qui, tout le temps, reste &#224; l'arri&#232;re plan se caract&#233;rise dans le roman comme un &#034;homme d'action&#034; comme un &#034;r&#233;volutionnaire professionnel&#034;, comme une incarnation vivante du bolchevisme sur le sol de la Chine. Rien n'est plus erron&#233; ! Voici la biographie politique de Borodine : en 1903 &#224; dix-neuf ans, il &#233;migre en Am&#233;rique ; en 1918 il revient &#224; Moscou o&#249;, gr&#226;ce &#224; sa connaissance de l'anglais, &#034;il travaille &#224; la liaison avec les partis &#233;trangers&#034; ; il est arr&#234;t&#233; en 1922 &#224; Glasgow ; ensuite, il est d&#233;l&#233;gu&#233; en Chine en qualit&#233; de repr&#233;sentant de l'Internationale communiste. Ayant quitt&#233; la Russie avant la premi&#232;re r&#233;volution et y &#233;tant revenu apr&#232;s la troisi&#232;me, Borodine appara&#238;t comme un repr&#233;sentant accompli de cette bureaucratie de l'Etat et du parti, qui ne reconnut la r&#233;volution qu'apr&#232;s sa victoire. Quand il s'agit de jeunes gens, ce n'est quelquefois rien de plus qu'une question de chronologie. A l'&#233;gard d'hommes de quarante &#224; cinquante ans, c'est d&#233;j&#224; une caract&#233;ristique politique. Que Borodine se soit brillamment ralli&#233; &#224; la r&#233;volution victorieuse en Russie, cela ne signifie pas le moins du monde qu'il soit appel&#233; &#224; assurer la victoire de la r&#233;volution en Chine. Les hommes de ce type s'assimilent sans peine les gestes et les intonations des &#034;r&#233;volutionnaires professionnels&#034;. Nombre d'entre eux, par leur d&#233;guisement, trompent non seulement les autres mais eux-m&#234;mes. Le plus souvent, l'inflexible audace du bolchevik se m&#233;tamorphose chez eux en ce cynisme du fonctionnaire pr&#234;t &#224; tout. Ah ! avoir un mandat du comit&#233; central ! Cette sauvegarde sacro-sainte, Borodine l'avait toujours dans sa poche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garine n'est pas un fonctionnaire, il est plus original que Borodine, et peut-&#234;tre m&#234;me plus pr&#232;s du type du r&#233;volutionnaire. Mais il est d&#233;pourvu de la formation indispensable : dilettante et vedette de passage, il s'embrouille d&#233;sesp&#233;r&#233;ment dans les grands &#233;v&#233;nements et cela se r&#233;v&#232;le &#224; chaque instant. A l'&#233;gard des mots d'ordre de la R&#233;volution chinoise, il se prononce ainsi : &#034;...bavardage d&#233;mocratique, droits du peuple, etc.&#034; (cf. p. 36). Cela a un timbre radical, mais c'est un faux radicalisme. Les mots d'ordre de la d&#233;mocratie sont un bavardage ex&#233;crable dans la bouche de Poincar&#233;, Herriot, L&#233;on Blum, escamoteurs de la France et ge&#244;liers de l'Indochine, de l'Alg&#233;rie et du Maroc. Mais lorsque les Chinois s'insurgent au nom des &#034;droits du peuple&#034;, cela ressemble aussi peu &#224; du bavardage que les mots d'ordre de la r&#233;volution fran&#231;aise du XVIII&#176; si&#232;cle. A Hong-Kong, les rapaces britanniques mena&#231;aient, au temps de la gr&#232;ve, de r&#233;tablir les ch&#226;timents corporels. &#034;Les droits de l'homme et du citoyen&#034;, cela signifiait &#224; Hong-Kong le droit pour les Chinois de ne pas &#234;tre fustig&#233;s par le fouet britannique. D&#233;voiler la pourriture d&#233;mocratique des imp&#233;rialistes, c'est servir la r&#233;volution ; appeler bavardage les mots d'ordre de l'insurrection des opprim&#233;s, c'est aider involontairement les imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bonne inoculation de marxisme aurait pu pr&#233;server l'auteur des fatales m&#233;prises de cet ordre. Mais Garine, en g&#233;n&#233;ral, estime que la doctrine r&#233;volutionnaire est un &#034;fatras doctrinal&#034;. Il est, voyez-vous, l'un de ceux pour qui la r&#233;volution n'est qu'un &#034;&#233;tat de choses d&#233;termin&#233;&#034;. N'est-ce pas &#233;tonnant ? Mais, c'est justement parce que la r&#233;volution est un &#034;&#233;tat de choses&#034; -c'est-&#224;-dire un stade du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; conditionn&#233; par des causes objectives et soumis &#224; des lois d&#233;termin&#233;es- qu'un esprit scientifique peut pr&#233;voir la direction g&#233;n&#233;rale du processus. Seule l'&#233;tude de l'anatomie de la soci&#233;t&#233; et de sa physiologie permet de r&#233;agir sur la marche des &#233;v&#233;nements en se basant sur des pr&#233;visions scientifiques et non sur des conjectures de dilettante. Le r&#233;volutionnaire qui &#034;m&#233;prise&#034; la doctrine r&#233;volutionnaire ne vaut pas mieux que le gu&#233;risseur m&#233;prisant la doctrine m&#233;dicale qu'il ignore ou que l'ing&#233;nieur r&#233;cusant la technologie. Les hommes qui, sans le secours de la science essayent de rectifier cet &#034;&#233;tat de choses&#034; qui a nom maladie s'appellent sorciers ou charlatans et sont poursuivis conform&#233;ment aux lois. S'il avait exist&#233; un tribunal pour juger les sorciers de la r&#233;volution, il est probable que Borodine, comme ses inspirateurs moscovites, aurait &#233;t&#233; s&#233;v&#232;rement condamn&#233;. Garine lui-m&#234;me, je le crains, ne serait pas sorti indemne de l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux figures s'opposent l'une &#224; l'autre dans le roman, comme les deux p&#244;les de la r&#233;volution nationale : le vieux Tcheng-Da&#239;, autorit&#233; spirituelle de l'aile droite du Kuomintang -le proph&#232;te et le saint de la bourgeoisie, et Hong, chef juv&#233;nile des terroristes. Tous deux sont repr&#233;sent&#233;s avec une force tr&#232;s grande. Tcheng-Da&#239; incarne la vieille culture chinoise traduite dans la langue de la culture europ&#233;enne ; sous ce v&#234;tement raffin&#233;, il &#034;ennoblit&#034; les int&#233;r&#234;ts de toutes les classes dirigeantes de la Chine. Certes, Tcheng-Da&#239; veut la lib&#233;ration nationale, mais il redoute plus les masses que les imp&#233;rialistes ; la r&#233;volution, il la hait plus que le joug pos&#233; sur la nation. S'il marche au-devant d'elle, ce n'est que pour l'apaiser, la dompter, l'&#233;puiser. Il m&#232;ne la politique de la r&#233;sistance sur deux fronts, contre l'imp&#233;rialisme et contre la r&#233;volution, la politique de Gandhi dans l'Inde, la politique qu'en des p&#233;riodes d&#233;termin&#233;es et selon telle ou telle forme la bourgeoisie mena sous toutes les longitudes et sous toutes les latitudes. La r&#233;sistance passive na&#238;t de la tendance de la bourgeoisie &#224; canaliser les mouvements des masses et &#224; les confisquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Garine dit que l'influence de Tcheng-Da&#239; s'&#233;l&#232;ve au-dessus de la politique, il n'y a plus qu'&#224; hausser les &#233;paules. La politique masqu&#233;e du &#034;juste&#034;, en Chine comme dans l'Inde, exprime, sous la forme sublime et abstraitement moralisante, les int&#233;r&#234;ts conservateurs des poss&#233;dants. Le d&#233;sint&#233;ressement personnel de Tcheng-Da&#239; ne se trouve nullement en opposition avec sa fonction politique : les exploiteurs ont besoin de &#034;justes&#034; comme la hi&#233;rarchie eccl&#233;siastique a besoin de saints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui gravite autour de Tcheng-Da&#239; ? Le roman r&#233;pond avec une pr&#233;cision m&#233;ritoire : un monde &#034;de vieux mandarins, contrebandiers d'opium ou photographes, de lettr&#233;s devenus marchands de v&#233;los, d'avocats de la facult&#233; de Paris, d'intellectuels de toute sorte&#034; (cf. p. 125). Derri&#232;re eux se tient une bourgeoisie solide, li&#233;e &#224; l'Angleterre et qui arme le g&#233;n&#233;ral Tang contre la r&#233;volution. Dans l'attente de la victoire, Tang s'appr&#234;te &#224; faire de Tcheng-Da&#239; le chef du gouvernement. Tous deux, Tcheng-Da&#239; et Tang, continuent n&#233;anmoins d'&#234;tre membres du Kuomintang que servent Borodine et Garine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Tang fait attaquer la ville par ses arm&#233;es et qu'il se pr&#233;pare &#224; &#233;gorger les r&#233;volutionnaires en commen&#231;ant par Borodine et Garine, ses camarades de parti, ces derniers, avec l'aide de Hong, mobilisent et arment les sans-travail. Mais apr&#232;s la victoire remport&#233;e sur Tang, les chefs essaient de ne rien changer &#224; ce qui existait auparavant. Ils ne peuvent rompre leur accord avec Tcheng-Da&#239; parce qu'ils n'ont pas confiance dans les ouvriers, les coolies, les masses r&#233;volutionnaires. Ils sont eux-m&#234;mes contamin&#233;s par les pr&#233;jug&#233;s de Tcheng-Da&#239; dont ils sont l'arme de choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas rebuter la bourgeoisie, il leur faut entrer en lutte avec Hong. Qui est-ce, et d'o&#249; sort-il ? -&#034;De la mis&#232;re&#034; (cf. p. 41). Il est de ceux qui font la r&#233;volution et non de ceux qui s'y rallient quand elle est victorieuse. Ayant abouti &#224; l'id&#233;e qu'il lui faut tuer le gouverneur anglais de Hong-Kong, Hong ne se soucie que d'une chose : &#034;Quand j'aurai &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; la peine capitale, il faudra dire aux jeunes gens de m'imiter&#034; (cf. p. 40). A Hong, il faut donner un programme net : soulever les ouvriers, les souder, les armer et les opposer &#224; Tcheng-Da&#239;, comme &#224; leur ennemi. Mais la bureaucratie de l'Internationale communiste cherche l'amiti&#233; de Tcheng-Da&#239;, repousse Hong et l'exasp&#232;re. Hong tue banquiers et marchands, ceux-l&#224; m&#234;mes qui &#034;soutiennent le Kuomintang&#034;. Hong tue les missionnaires : &#034;...Ceux qui enseignent aux hommes &#224; supporter la mis&#232;re doivent &#234;tre punis, pr&#234;tres chr&#233;tiens ou autres...&#034; (cf. p. 174). Si Hong ne trouve pas sa juste voie, c'est la faute de Borodine et de Garine, qui ont plac&#233; la r&#233;volution &#224; la remorque des banquiers et des marchands. Hong refl&#232;te la masse qui d&#233;j&#224; s'&#233;veille, mais qui ne s'est pas encore frott&#233; les yeux ni amolli les mains. Il essaye par le revolver et le poignard d'agir pour la masse que paralysent les agents de l'Internationale communiste. Telle est, sans fard, la v&#233;rit&#233; sur la R&#233;volution chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, le gouvernement de Canton &#034;oscille en s'effor&#231;ant de ne pas tomber de Garine et Borodine, qui tiennent police et syndicats, &#224; Tcheng-Da&#239;, qui ne tient rien du tout mais n'en existe pas moins&#034; (cf. p. 7). Nous avons un tableau presque achev&#233; du duumvirat. Les repr&#233;sentants de l'Internationale communiste ont pour eux les syndicats ouvriers de Canton, la police, l'&#233;cole des Cadets de Wampoa, la sympathie des masses, l'aide de l'Union sovi&#233;tique. Tcheng-Da&#239; a une &#034;autorit&#233; morale&#034;, c'est-&#224;-dire le prestige des poss&#233;dants mortellement affol&#233;s. Les amis de Tcheng-Da&#239; si&#232;gent dans un gouvernement impuissant, b&#233;n&#233;volement soutenu par les conciliateurs. Mais n'est-ce pas l&#224; le r&#233;gime de la r&#233;volution de F&#233;vrier, le syst&#232;me de Kerensky et de sa bande, avec cette seule diff&#233;rence que le r&#244;le des mencheviks est tenu par de pseudo-bolcheviks ! Borodine ne s'en doute pas, parce qu'il est grim&#233; en bolchevik et qu'il prend son maquillage au s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e ma&#238;tresse de Garine et de Borodine est d'interdire aux bateaux chinois et &#233;trangers faisant route vers le port de Canton de faire escale &#224; Hong-Kong. Ces hommes qui se consid&#232;rent comme des r&#233;volutionnaires r&#233;alistes esp&#232;rent, par le blocus commercial, briser la domination anglaise dans la Chine m&#233;ridionale. Mais ils n'estiment nullement qu'il soit n&#233;cessaire de renverser au pr&#233;alable le gouvernement de la bourgeoisie de Canton qui ne fait qu'attendre l'heure de livrer la r&#233;volution &#224; l'Angleterre. Non, Borodine et Garine frappent chaque jour &#224; la porte du &#034;gouvernement&#034; et, chapeau bas, demandent que soit promulgu&#233; le d&#233;cret sauveur. L'un des leurs rappelle &#224; Garine qu'au fond ce gouvernement est un fant&#244;me. Garine ne se trouble pas. &#034;Fant&#244;me ou non, r&#233;plique-t-il, qu'il marche, puisque nous avons besoin de lui.&#034; Ainsi le pope a besoin des reliques qu'il fabrique lui-m&#234;me avec de la cire et du coton. Que se cache-t-il derri&#232;re cette politique qui &#233;puise et avilit la r&#233;volution ? La consid&#233;ration d'un r&#233;volutionnaire de la petite bourgeoisie pour un bourgeois d'un conservatisme solide. C'est ainsi que le plus rouge des extr&#233;mistes fran&#231;ais est toujours pr&#234;t &#224; tomber &#224; genoux devant Poincar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les masses de Canton ne sont peut-&#234;tre pas encore m&#251;res pour renverser le gouvernement de la bourgeoisie ? De toute cette atmosph&#232;re il se d&#233;gage la conviction que, sans l'opposition de l'internationale communiste, le gouvernement fant&#244;me aurait depuis longtemps &#233;t&#233; renvers&#233; sous la pression des masses. Admettons que les ouvriers cantonnais soient encore trop faibles pour &#233;tablir leur propre pouvoir. Quel est, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le point faible des masses ? -Leur manque de pr&#233;paration pour succ&#233;der aux exploiteurs. Dans ce cas, le premier devoir des r&#233;volutionnaires est d'aider les ouvriers &#224; s'affranchir de la confiance servile. N&#233;anmoins, l'&#339;uvre accomplie par la bureaucratie de l'Internationale communiste a &#233;t&#233; diam&#233;tralement oppos&#233;e. Elle a inculqu&#233; aux masses cette notion qu'il faut se soumettre &#224; la bourgeoisie et elle a d&#233;clar&#233; que les ennemis de la bourgeoisie &#233;taient les siens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas rebuter Tcheng-Da&#239; ! Mais si Tcheng-Da&#239; s'&#233;loigne quand m&#234;me, ce qui est in&#233;vitable, cela ne signifiera pas que Garine et Borodine se seront d&#233;livr&#233;s de leur vassalit&#233; b&#233;n&#233;vole &#224; l'&#233;gard de la bourgeoisie. Ils auront seulement choisi, comme nouvel objet de leur tour de passe-passe, Tchang Ka&#239;-chek, fils de la m&#234;me classe et fr&#232;re cadet de Tcheng-Da&#239;. Chef de l'Ecole militaire de Wampoa, que fondent les bolcheviks, Tchang Ka&#239;-chek ne se borne pas &#224; une opposition passive, il est pr&#234;t &#224; recourir &#224; la force sanglante, non sous sa forme pl&#233;b&#233;ienne -celle des masses- mais sous une forme militaire et seulement dans les limites qui permettront &#224; la bourgeoisie de conserver un pouvoir illimit&#233; sur l'arm&#233;e. Borodine et Garine, en armant leurs ennemis, d&#233;sarment et repoussent leurs amis. Ainsi pr&#233;parent-ils la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ne surestimons-nous pas l'influence de la bureaucratie r&#233;volutionnaire sur les &#233;v&#233;nements ? Non. Elle s'est montr&#233;e plus forte qu'elle-m&#234;me ne le pensait, sinon pour le bien, du moins pour le mal. Les coolies qui ne font que commencer &#224; exister politiquement ont besoin d'une direction hardie. Hong a besoin d'un programme hardi. La r&#233;volution a besoin de l'&#233;nergie des millions d'hommes qui s'&#233;veillent. Mais Borodine et ses bureaucrates ont besoin de Tcheng-Da&#239; et de Tchang Ka&#239;-chek. Ils &#233;touffent Hong et emp&#234;chent l'ouvrier de relever la t&#234;te. Dans quelques mois, ils &#233;toufferont l'insurrection agraire pour ne pas rebuter toute la gradaille bourgeoise de l'arm&#233;e. Leur force, c'est qu'ils repr&#233;sentent l'Octobre russe, le bolchevisme, l'Internationale communiste. Ayant usurp&#233; l'autorit&#233;, le drapeau et les subsides de la plus grande des r&#233;volutions, la bureaucratie barre la voie &#224; une autre r&#233;volution qui avait, elle aussi, toutes les chances d'&#234;tre grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dialogue de Borodine et de Hong (cf. p. 181-182) est le plus effroyable r&#233;quisitoire contre Borodine et ses inspirateurs moscovites. Hong, comme toujours, est &#224; la recherche d'actions d&#233;cisives. Il exige le ch&#226;timent des bourgeois les plus en vue. Borodine trouve cette unique r&#233;plique : &#034;Il ne faut pas toucher &#224; ceux qui paient.&#034; &#034;La r&#233;volution n'est pas si simple&#034;, dit Garine de son c&#244;t&#233;. &#034;La r&#233;volution, c'est payer l'arm&#233;e&#034;, tranche Borodine. Ces aphorismes contiennent tous les &#233;l&#233;ments du n&#339;ud dans lequel fut &#233;trangl&#233;e la R&#233;volution chinoise. Borodine pr&#233;servait la bourgeoisie qui, en r&#233;compense, faisait des versements pour la &#034;r&#233;volution&#034;. L'argent allait &#224; l'arm&#233;e de Tchang Ka&#239;-chek. L'arm&#233;e de Tchang Ka&#239;-chek extermina le prol&#233;tariat et liquida la r&#233;volution. Etait-ce vraiment impossible &#224; pr&#233;voir ? Et la chose n'a-t-elle pas &#233;t&#233; pr&#233;vue en v&#233;rit&#233; ? La bourgeoisie ne paye volontiers que l'arm&#233;e qui la sert contre le peuple. L'arm&#233;e de la r&#233;volution n'attend pas de gratification : elle fait payer. Cela s'appelle la dictature r&#233;volutionnaire. Hong intervient avec succ&#232;s dans les r&#233;unions ouvri&#232;res et foudroie les &#034;Russes&#034; porteurs de la ruine de la r&#233;volution. Les voies de Hong lui-m&#234;me ne m&#232;nent pas au but, mais il a raison contre Borodine. &#034;Les chefs des Ta&#239;-Ping avaient-ils des conseillers russes ? Et ceux des Boxers ?&#034; (cf. p. 189). Si la R&#233;volution chinoise de 1924-1927 avait &#233;t&#233; livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me, elle ne serait peut-&#234;tre pas parvenue imm&#233;diatement &#224; la victoire, mais elle n'aurait pas eu recours aux m&#233;thodes du hara-kiri, elle n'aurait pas connu de honteuses capitulations et aurait &#233;duqu&#233; d&#233;s cadres r&#233;volutionnaires. Entre le duumvirat de Canton et celui de Petrograd, il y a cette diff&#233;rence tragique qu'en Chine il n'y eut pas, en fait, de bolchevisme : sous le nom de &#034;trotskysme&#034;, il fut d&#233;clar&#233; doctrine contre-r&#233;volutionnaire et fut pers&#233;cut&#233; par tous les moyens de la calomnie et de la r&#233;pression. O&#249; Kerensky n'avait pas r&#233;ussi pendant les journ&#233;es de juillet, Staline r&#233;ussit en Chine dix ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Borodine et &#034;tous les bolcheviks de sa g&#233;n&#233;ration -nous affirme Garine- ont &#233;t&#233; marqu&#233;s par leur lutte contre les anarchistes&#034;. Cette remarque &#233;tait n&#233;cessaire &#224; l'auteur pour pr&#233;parer le lecteur &#224; la lutte de Borodine contre le groupe de Hong. Historiquement, elle est fausse : si l'anarchisme n'a pas pu dresser la t&#234;te en Russie, ce n'est pas parce que les bolcheviks ont lutt&#233; avec succ&#232;s contre lui, c'est parce qu'ils avaient auparavant creus&#233; le sol sous ses pas. L'anarchisme, s'il ne demeure pas entre les quatre murs de caf&#233;s intellectuels ou de r&#233;dactions de journaux, s'il p&#233;n&#232;tre plus profond&#233;ment, traduit la psychologie du d&#233;sespoir dans les masses et repr&#233;sente le ch&#226;timent politique des tromperies de la d&#233;mocratie et des trahisons de l'opportunisme. La hardiesse du bolchevisme &#224; poser les probl&#232;mes r&#233;volutionnaires et &#224; enseigner leurs solutions n'a pas laiss&#233; de place au d&#233;veloppement de l'anarchisme en Russie. Mais, si l'enqu&#234;te historique de Malraux n'est pas exacte, son r&#233;cit, en revanche, montre admirablement comment la politique opportuniste de Staline-Borodine a pr&#233;par&#233; le terrain au terrorisme anarchiste en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouss&#233; par la logique de cette politique, Borodine consent &#224; prendre un d&#233;cret contre les terroristes. Les solides r&#233;volutionnaires rejet&#233;s dans la voie de l'aventure par les crimes des dirigeants moscovites, la bourgeoisie de Canton nantie de la b&#233;n&#233;diction de l'Internationale communiste les d&#233;clare hors la loi. Ils r&#233;pondent par des actes de terrorisme contre les bureaucrates pseudo-r&#233;volutionnaires, protecteurs de la bourgeoisie qui paye. Borodine et Garine s'emparent des terroristes et les exterminent, d&#233;fendant non plus les bourgeois mais leur propre t&#234;te. C'est ainsi que la politique des accommodements glisse fatalement au dernier degr&#233; de la f&#233;lonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre s'intitule Les Conqu&#233;rants. Dans l'esprit de l'auteur, ce titre &#224; double sens, o&#249; la r&#233;volution se farde d'imp&#233;rialisme, se r&#233;f&#232;re aux bolcheviks russes ou plus exactement &#224; une certaine fraction d'entre eux. Les Conqu&#233;rants ? Les masses chinoises se sont soulev&#233;es pour une insurrection r&#233;volutionnaire, sous l'influence indiscutable du coup d'Etat d'Octobre comme exemple et du bolchevisme comme drapeau. Mais les Conqu&#233;rants n'ont rien conquis. Au contraire, ils ont tout livr&#233; &#224; l'ennemi. Si la R&#233;volution russe a provoqu&#233; la R&#233;volution chinoise, les &#233;pigones russes l'ont &#233;touff&#233;e. Malraux ne fait pas ces d&#233;ductions. Il ne semble pas m&#234;me y penser. Elles ne ressortent que plus clairement de son livre remarquable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prinkipo, 9 f&#233;vrier 1931.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Perspectives de la r&#233;volution en 1924</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1381</link>
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		<dc:date>2009-08-30T18:17:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Lumpen</dc:subject>
		<dc:subject>1927</dc:subject>

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&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Des postulats de la r&#233;volution prol&#233;tarienne &lt;br class='autobr' /&gt;
Dix ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es depuis le d&#233;but de la guerre imp&#233;rialiste. Durant cette d&#233;cade, le monde a consid&#233;rablement chang&#233;, mais bien moins que nous ne le supposions et ne l'escomptions il y a dix ans. Nous consid&#233;rons l'histoire du point de vue de la r&#233;volution sociale. Ce point de vue est en m&#234;me temps th&#233;orique et pratique. Nous analysons les conditions de l'&#233;volution telles qu'elles se forment sans nous et ind&#233;pendamment (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - Livre Quatorze : PROLETAIRES SANS FRONTIERES&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Lumpen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;1927&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky
&lt;p&gt;Des postulats de la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dix ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es depuis le d&#233;but de la guerre imp&#233;rialiste. Durant cette d&#233;cade, le monde a consid&#233;rablement chang&#233;, mais bien moins que nous ne le supposions et ne l'escomptions il y a dix ans. Nous consid&#233;rons l'histoire du point de vue de la r&#233;volution sociale. Ce point de vue est en m&#234;me temps th&#233;orique et pratique. Nous analysons les conditions de l'&#233;volution telles qu'elles se forment sans nous et ind&#233;pendamment de notre volont&#233;, afin de les comprendre et d'agir sur elles par notre volont&#233; active, c'est-&#224;-dire par la volont&#233; de la classe organis&#233;e. Ces deux c&#244;t&#233;s dans notre fa&#231;on marxiste d'aborder l'histoire sont indissolublement li&#233;s. Si l'on se borne &#224; constater ce qui se passe, on arrive en d&#233;finitive au fatalisme, &#224; l'indiff&#233;rence sociale qui, &#224; certains degr&#233;s, prend la forme du menchevisme, o&#249; il y a une grande part de fatalisme et de r&#233;signation au cours des &#233;v&#233;nements. D'autre part, si l'on se borne &#224; l'activit&#233;, &#224; la volont&#233; r&#233;volutionnaires, on risque de tomber dans le subjectivisme, qui comporte une grand nombre de vari&#233;t&#233;s : l'anarchisme en est une, le socialisme-r&#233;volutionnaire de gauche une autre, enfin, c'est &#224; ce subjectivisme qu'il faut rapporter les ph&#233;nom&#232;nes qui se produisent dans le communisme lui-m&#234;me et que L&#233;nine a qualifi&#233;s de &#034; maladie infantile de gauche &#034;. Tout l'art de la politique r&#233;volutionnaire consiste &#224; savoir allier la constatation objective et la r&#233;action subjective. Et n'est en cela que consiste l'essence de la doctrine l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit que nous abordions l'histoire du point de vue de la r&#233;volution qui doit transmettre le pouvoir aux mains de la classe ouvri&#232;re pour la refonte communiste de la soci&#233;t&#233;. Quels sont les postulats de la r&#233;volution sociale, dans quelles conditions peut-elle surgir, se d&#233;velopper et vaincre ? Ces postulats sont tr&#232;s nombreux. Mais on peut les rassembler en trois et m&#234;me en deux groupes : les postulats objectifs et les postulats subjectifs : Les postulats objectifs reposent sur un niveau d&#233;termin&#233; de d&#233;veloppement des forces de production. (C'est l&#224; une chose &#233;l&#233;mentaire, mais il n'est pas inutile de revenir de temps en temps &#224; &#034; l'alpha-beta &#034;, aux fondements du marxisme, afin d'arriver, &#224; l'aide de l'ancienne m&#233;thode, aux nouvelles conclusions qu'impose la situation actuelle). Ainsi donc, le postulat capital de la r&#233;volution sociale est un niveau d&#233;termin&#233; de d&#233;veloppement des forces productives, un niveau o&#249; le socialisme et ensuite le communisme, comme mode de production et de r&#233;partition des biens, offrent des avantages mat&#233;riels. Il est impossible d'&#233;difier le communisme ou m&#234;me le socialisme &#224; la campagne, o&#249; r&#232;gne encore la herse. Il faut un certain d&#233;veloppement de la technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce niveau de d&#233;veloppement est-il atteint dans l'ensemble du monde capitaliste ? Oui, incontestablement. Qu'est-ce qui le prouve ? C'est que les grandes entreprises capitalistes, les trusts, les syndicats, triomphent dans le monde entier des petites et moyennes entreprises. Ainsi donc, une organisation &#233;conomique sociale qui s'appuierait uniquement sur la technique des grandes entreprises, qui serait construite sur le mod&#232;le dos trusts et des syndicats, mais sur les bases de la solidarit&#233;, qui serait &#233;tendue &#224; une nation, &#224; un Etat, puis au monde entier, offrirait des avantages mat&#233;riels &#233;normes. Ce postulat existe depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me postulat objectif : il faut que la soci&#233;t&#233; soit dissoci&#233;e de fa&#231;on qu'il y ait une classe int&#233;ress&#233;e &#224; la r&#233;volution socialiste et que cette classe sait assez nombreuse et assez influente au point de vue de la production pour faire elle-m&#234;me cette r&#233;volution. Mais cela ne suffit pas. Il faut encore que cette classe &#8211; et l&#224; nous passons au postulat subjectif &#8211; comprenne la situation, qu'elle veuille consciemment le changement de l'ancien ordre de choses, qu'elle ait &#224; sa t&#234;te un parti capable de la diriger au moment du coup de force et de lui assurer la victoire. Or cela pr&#233;suppose un certain &#233;tat de la classe bourgeoise dirigeante qui doit avoir perdu son influence sur les masses populaires, &#234;tre &#233;branl&#233;e dans ses propres rangs, avoir perdu de son assurance. Cet &#233;tat de la soci&#233;t&#233; repr&#233;sente pr&#233;cis&#233;ment une situation r&#233;volutionnaire. Ce n'est que sur des bases sociales de production d&#233;termin&#233;es que peuvent surgir les pr&#233;misses psychologiques, politiques et organiques pour la r&#233;alisation de l'insurrection et sa victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me postulat : dissociation de classe, autrement dit r&#244;le et importance du prol&#233;tariat dans la soci&#233;t&#233;, existe-t-il ? Oui, il existe d&#233;j&#224; depuis des dizaines d'ann&#233;es. C'est ce que prouve, mieux que tout, le r&#244;le du prol&#233;tariat russe, qui pourtant est de formation relativement r&#233;cente. Qu'est-ce qui a manqu&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent ? Le dernier postulat subjectif, la conscience par le prol&#233;tariat d'Europe de sa situation dans la soci&#233;t&#233;, une organisation et une &#233;ducation appropri&#233;es, un parti capable de diriger le prol&#233;tariat. Voil&#224; ce qui a manqu&#233;. Maintes fois, nous marxistes, nous avons dit que, en d&#233;pit de toutes les th&#233;ories id&#233;alistes, la conscience de la soci&#233;t&#233; retarde sur son d&#233;veloppement, et nous en avons une preuve &#233;clatante dans le sort du prol&#233;tariat mondial. Les forces de production sont depuis longtemps m&#251;res pour le socialisme. Le prol&#233;tariat, depuis longtemps, tout au moins dans les pays capitalistes les plus importants, joue un r&#244;le &#233;conomique d&#233;cisif. C'est de lui que d&#233;pend tout le m&#233;canisme de la production et, par suite, de la soci&#233;t&#233;. Ce qui fait d&#233;faut, c'est le dernier facteur subjectif : la conscience retarde sur la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre imp&#233;rialiste a &#233;t&#233; le ch&#226;timent historique de ce retard sur la vie, mais, d'autre part, elle a donn&#233; au prol&#233;tariat une puissante impulsion. Elle a eu lieu parce que le prol&#233;tariat n'a pas &#233;t&#233; en &#233;tat de la pr&#233;venir, car il n'&#233;tait pas encore arriv&#233; &#224; se conna&#238;tre dans la soci&#233;t&#233;, &#224; comprendre son r&#244;le, sa mission historique, &#224; s'organiser, &#224; s'assigner la tache de la prise du pouvoir et '&#224; s'en acquitter. En m&#234;me temps, la guerre imp&#233;rialiste, qui a &#233;t&#233; un ch&#226;timent non pas d'une faute mais d'un malheur du prol&#233;tariat, devait &#234;tre et a &#233;t&#233; un puissant facteur r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre a montr&#233; la n&#233;cessit&#233; profonde, urgente, d'un changement du r&#233;gime social. Bien avant la guerre, le passage &#224; l'&#233;conomie socialiste pr&#233;sentait des avantages sociaux consid&#233;rables, autrement dit, les forces de production se seraient, sur les bases socialistes, d&#233;velopp&#233;es beaucoup plus alors que sur les bases capitalistes. Mais, m&#234;me sur les bases du capitalisme, les forces de production avant la guerre croissaient rapidement, non seulement en Am&#233;rique, mais aussi en Europe. C'est en cela que consistait la &#034;justification&#034; relative de l'existence du capitalisme lui-m&#234;me. Depuis la guerre imp&#233;rialiste, le tableau est tout autre : les forces de production, loin de cro&#238;tre, diminuent. Et il ne peut s'agir maintenant que de r&#233;parer les destructions, mais non de continuer &#224; d&#233;velopper les forces de production. Ces derni&#232;res, encore plus qu'auparavant, sont &#224; l'&#233;troit dans le cadre de la propri&#233;t&#233; individuelle et dans le cadre des Etats cr&#233;&#233;s par la paix de Versailles. Le fait que la progression de l'humanit&#233; est maintenant, inconciliable avec l'existence du capitalisme, a &#233;t&#233; prouv&#233; incontestablement par les &#233;v&#233;nements des dix derni&#232;res ann&#233;es. En ce sens, la guerre a &#233;t&#233; un facteur r&#233;volutionnaire. Mais, elle ne l'a pas &#233;t&#233; seulement dans ce sens. D&#233;traquant impitoyablement toute l'organisation de la soci&#233;t&#233;, elle a tir&#233; de l'orni&#232;re du conservatisme et de la tradition la conscience des masses laborieuses. Nous sommes entr&#233;s dans l'&#233;poque de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dix derni&#232;res ann&#233;es (1914-1924)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on aborde de ce point de vue la derni&#232;re d&#233;cade, on voit qu'elle se divise en plusieurs p&#233;riodes nettement d&#233;limit&#233;es. La premi&#232;re est celle de la guerre imp&#233;rialiste, qui embrasse plus de quatre ann&#233;es (pour la Russie, un peu plus de trois). Une nouvelle p&#233;riode commence en f&#233;vrier et, particuli&#232;rement, en octobre 1917. C'est la p&#233;riode de liquidation r&#233;volutionnaire de la guerre. Les ann&#233;es 1918-1919 et une partie de l'ann&#233;e 1920 (tout au moins pour quelques pays) furent enti&#232;rement remplies par la liquidation de la guerre imp&#233;rialiste et l'attente de la R&#233;volution prol&#233;tarienne dans toute l'Europe. Nous assist&#226;mes alors &#224; la R&#233;volution d'Octobre en Russie, au renversement des monarchies dans les Empires centraux, &#224; un puissant mouvement prol&#233;tarien dans toute l'Europe et m&#234;me en Am&#233;rique. Les derni&#232;res vagues de cette temp&#234;te r&#233;volutionnaire furent l'insurrection de septembre 1920 en Italie et les &#233;v&#233;nements de mars 1921 en Allemagne. L'insurrection de septembre 1920 en Italie co&#239;ncide presque avec l'offensive de l'Arm&#233;e Rouge sur Varsovie qui, elle aussi, &#233;tait partie constitutive du courant r&#233;volutionnaire et qui reflua avec ce dernier. On peut dire que cette &#233;poque de pression r&#233;volutionnaire directe d'apr&#232;s-guerre se termine par l'explosion de mars 1921 en Allemagne. Nous avons vaincu dans la Russie tsariste, o&#249; le prol&#233;tariat a maintenu son pouvoir. Les monarchies de l'Europe centrale ont &#233;t&#233; renvers&#233;es presque sans coup f&#233;rir. Mais, nulle part, le prol&#233;tariat ne s'est empar&#233; du pouvoir, sauf en Hongrie et en Bavi&#232;re o&#249; il n'a pu le conserver que tr&#232;s peu de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pouvait alors sembler et il semblait en r&#233;alit&#233; &#224; nos ennemis que s'ouvrait une &#233;poque de restauration de l'&#233;quilibre capitaliste, de pansement des blessures port&#233;es par la guerre imp&#233;rialiste et de consolidation de la soci&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de notre politique r&#233;volutionnaire, cette nouvelle p&#233;riode commence par une retraite. Cette retraite, nous l'avons proclam&#233;e officiellement, non sans une s&#233;rieuse lutte int&#233;rieure, au IIIe Congr&#232;s de l'I.C., vers le milieu de l'ann&#233;e 1921. Nous avons constat&#233; alors que la premi&#232;re pouss&#233;e cons&#233;cutive &#224; la guerre imp&#233;rialiste avait &#233;t&#233; insuffisante pour la victoire, car il n'y avait pas alors en Europe de parti dirigeant capable d'assurer la victoire, et que le dernier grand &#233;v&#233;nement de cette p&#233;riode triennale, l'insurrection de mars en Allemagne, &#233;tait gros de danger et montrait clairement que, si le mouvement continuait dans cette voie, il mena&#231;ait de d&#233;truire le jeune Parti de l'Internationale Communiste. Le IIIe Congr&#232;s a cri&#233; &#034; En arri&#232;re ! Reculons du front de bataille direct sur lequel nos partis europ&#233;ens ont &#233;t&#233; jet&#233;s par les &#233;v&#233;nements d'apr&#232;s-guerre.&#034; C'est, alors que commence l'&#233;poque de la lutte pour l'influence sur les masses, la p&#233;riode de travail acharn&#233;e d'agitation et d'organisation sous le mot d'ordre du front prol&#233;tarien unique, puis sous celui du front ouvrier et paysan unique. Cette p&#233;riode a dur&#233; environ deux ans. Et, pendant ce court espace de temps, une mentalit&#233; adapt&#233;e &#224; un travail mesur&#233; d'agitation et de propagande a eu le temps de s'&#233;laborer. Les &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires, semblait-il, reculaient dans un avenir ind&#233;termin&#233; mais assez lointain. Pourtant, dans la deuxi&#232;me ann&#233;e de cette courte p&#233;riode, l'Europe a &#233;t&#233; de nouveau &#233;branl&#233;e par la secousse de l'occupation de la Ruhr.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier abord, l'occupation de la Ruhr pouvait sembler un &#233;pisode peu important pour l'Europe ensanglant&#233;e et &#233;puis&#233;e, qui avait travers&#233; quatre ann&#233;es de la plus horrible guerre, Au fond, cette occupation fut comme une courte r&#233;p&#233;tition de la guerre imp&#233;rialiste. Les Allemands ne r&#233;sist&#232;rent pas, car ils ne le pouvaient pas, et les Fran&#231;ais envahirent la r&#233;gion industrielle sur laquelle pivotait l'&#233;conomie allemande. Par suite, l'Allemagne et, jusqu'&#224; un certain point, le reste de l'Europe, se trouv&#232;rent en quelque sorte en &#233;tat de guerre. L'&#233;conomie allemande et, par ricochet, l'&#233;conomie fran&#231;aise, se trouv&#232;rent d&#233;sorganis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq ann&#233;es apr&#232;s que la guerre imp&#233;rialiste eut &#233;branl&#233; le monde entier, soulev&#233; les couches les plus retardataires des travailleurs mais sans les mener &#224; la victoire, l'histoire fit en quelque sorte une nouvelle exp&#233;rience, un nouvel examen. Je vais vous donner, semblait-elle dire, une courte r&#233;p&#233;tition de la guerre imp&#233;rialiste. J'&#233;branlerai dans ses fondements l'&#233;conomie d&#233;j&#224; profond&#233;ment d&#233;traqu&#233;e de l'Europe, et je vous donnerai, &#224; vous prol&#233;tariat, Partis communistes, la possibilit&#233; de rattraper le temps perdu pendant ces derni&#232;res ann&#233;es. En 1923, en effet, la situation en Allemagne &#233;volue brusquement et radicalement vers la r&#233;volution. La soci&#233;t&#233; bourgeoise est &#233;branl&#233;e jusque dans ses fondements. Le pr&#233;sident du conseil des ministres, Stresemann, d&#233;clare ouvertement qu'il est &#224; la t&#234;te du dernier gouvernement bourgeois d'Allemagne. Les fascistes disent : &#034;Que les communistes viennent au pouvoir et apr&#232;s ce sera notre tour&#034;. L'existence nationale de l'Allemagne est compl&#232;tement d&#233;traqu&#233;e. On se souvient de la d&#233;gringolade du mark et du sort de l'&#233;conomie allemande pendant cette p&#233;riode. Les masses affluent spontan&#233;ment au Parti communiste. La social-d&#233;mocratie, qui est actuellement la principale force au service de l'ancienne soci&#233;t&#233;, est scind&#233;e, affaiblie, n'a plus confiance en elle-m&#234;me. Les ouvriers d&#233;sertent ses rangs. Et maintenant quand on consid&#232;re cette p&#233;riode qui embrasse presque toute l'ann&#233;e 1923, particuli&#232;rement la deuxi&#232;me partie, apr&#232;s le mois de juin, apr&#232;s la cessation de la r&#233;sistance passive, on se dit : l'histoire n'a jamais cr&#233;&#233; et ne cr&#233;era probablement jamais de conditions plus favorables pour la r&#233;volution du prol&#233;tariat et la prise du pouvoir. Si l'on demandait &#224; nos jeunes savants marxistes d'imaginer une situation plus favorable &#224; la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat, je crois bien qu'ils n'y arriveraient pas, &#224; condition &#233;videmment qu'ils op&#232;rent sur des donn&#233;es r&#233;elles et non sur des donn&#233;es fantaisistes. Mais une chose a manqu&#233;. Le Parti communiste n'a pas &#233;t&#233; assez tremp&#233;, assez clairvoyant, assez r&#233;solu et assez combatif pour assurer l'intervention au moment n&#233;cessaire et la victoire. Et, par cet exemple, nous apprenons de nouveau &#224; comprendre le r&#244;le et l'importance d'une direction juste du Parti communiste, direction qui, au point de vue historique, est le dernier facteur, mais qui par l'importance est loin d'&#234;tre le dernier facteur de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec de la R&#233;volution allemande marque une nouvelle p&#233;riode dans le d&#233;veloppement de l'Europe et, en partie, du monde entier. Nous avons caract&#233;ris&#233; cette nouvelle p&#233;riode comme la p&#233;riode d'arriv&#233;e au pouvoir des &#233;l&#233;ments d&#233;mocratico-pacifistes de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Les fascistes ont fait place aux pacifistes, aux d&#233;mocrates, aux mencheviks, aux radicaux et autres partis petits-bourgeois. Certes, si la r&#233;volution avait triomph&#233; en Allemagne, tout le chapitre historique que nous feuilletons maintenant aurait un contenu tout autre. Si m&#234;me, en France, le gouvernement Herriot f&#251;t venu au pouvoir, il n'aurait pas eu la m&#234;me physionomie et son existence e&#251;t &#233;t&#233; beaucoup plus courte, quoique je ne r&#233;ponde pas de sa stabilit&#233;. Il en est de m&#234;me de Mac Donald et de toutes les autres vari&#233;t&#233;s du type d&#233;mocratico-pacifiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascisme, d&#233;mocratie, k&#233;renskisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre le changement qui s'est op&#233;r&#233;, il faut savoir ce qu'est le fascisme et ce qu'est le r&#233;formisme pacifiste, que l'on appelle parfois k&#233;renskisme. J'ai d&#233;j&#224; donn&#233; une d&#233;finition de ces conceptions courantes, mais je la r&#233;p&#233;terai. Car, sans une compr&#233;hension juste du fascisme et du n&#233;o-r&#233;formisme, on a in&#233;vitablement une perspective politique fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme peut, selon les pays, avoir des aspects divers, une composition sociale diff&#233;rente, c'est-&#224;-dire se recruter parmi des groupes diff&#233;rents ; mais il est essentiellement le groupement combatif des forces que la soci&#233;t&#233; bourgeoise menac&#233;e fait surgir pour repousser le prol&#233;tariat dans la guerre civile. Quand l'appareil &#233;tatique d&#233;mocratico-parlementaire s'emp&#234;tre dans ses propres contradictions internes, quand la l&#233;galit&#233; bourgeoise est une entrave pour la bourgeoisie elle-m&#234;me, cette derni&#232;re met en action les &#233;l&#233;ments les plus combatifs dont elle dispose, les lib&#232;re des freins de la l&#233;galit&#233;, les oblige &#224; agir par toutes les m&#233;thodes de destruction et de terreur. C'est l&#224; le fascisme. Ainsi donc, le fascisme est I'&#233;tat de guerre civile pour la bourgeoisie qui rassemble ses troupes, de m&#234;me que le prol&#233;tariat groupe ses forces et ses organisations pour l'insurrection arm&#233;e au moment de la prise du pouvoir. Par suite, le fascisme ne peut &#234;tre de longue dur&#233;e ; il ne peut &#234;tre un &#233;tat normal de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, de m&#234;me que l'&#233;tat d'insurrection arm&#233;e ne peut &#234;tre l'&#233;tat constant, normal, du prol&#233;tariat, et alors la bourgeoisie restaure progressivement son appareil &#233;tatique normal, ou bien la victoire du prol&#233;tariat, et alors il n'y a plus de place pour le fascisme, mais pour d'autres raisons. Comme nous le savons par notre exp&#233;rience, le prol&#233;tariat victorieux dispose de moyens efficaces pour emp&#234;cher le fascisme d'exister et, &#224; plus forte raison, de se d&#233;velopper. Ainsi donc, le remplacement du fascisme par &#034; l'ordre &#034; normal bourgeois &#233;tait pr&#233;d&#233;termin&#233; par le fait que les attaques du prol&#233;tariat, la premi&#232;re (1918-1921) comme la seconde (1923) avaient &#233;t&#233; repouss&#233;es. La soci&#233;t&#233; bourgeoise avait tenu bon et elle reprenait jusqu'&#224; un certain point confiance. La bourgeoisie n'est pas aujourd'hui menac&#233;e assez directement en Europe pour armer et mettre en action les fascistes. Mais elle ne se sent pas assez solidement assise pour gouverner personnellement. Voil&#224; pourquoi, entre deux actes du drame historique, le menchevisme est n&#233;cessaire. Le gouvernement Mac Donald est n&#233;cessaire &#224; la bourgeoisie en Angleterre. Le Bloc des gauches lui est encore plus n&#233;cessaire en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on, n&#233;anmoins, consid&#233;rer le gouvernement travailliste et le Bloc des gauches comme le r&#233;gime du k&#233;renskisme ? Nous avions donn&#233; conditionnellement cette d&#233;nomination au r&#233;formisme dont nous attendions l'av&#232;nement il y a environ trois ans, alors que nous escomptions la co&#239;ncidence de l'&#233;volution parlementaire &#224; gauche en France et en Angleterre avec les changements r&#233;volutionnaires en Allemagne. Cette co&#239;ncidence ne s'est pas produite par suite de la d&#233;faite de la R&#233;volution allemande en octobre de l'ann&#233;e derni&#232;re. Parler maintenant de k&#233;renskisme &#224; propos du Bloc des gauches ou du gouvernement Mac Donald, c'est d&#233;montrer son inintelligence de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le k&#233;renskisme ? C'est un r&#233;gime o&#249; la bourgeoisie, n'esp&#233;rant plus ou n'esp&#233;rant pas encore vaincre dans la guerre civile ouverte, fait les concessions les plus extr&#234;mes et les plus risqu&#233;es et transmet le pouvoir aux &#233;l&#233;ments les plus &#034;gauches&#034; de la d&#233;mocratie bourgeoise. C'est le r&#233;gime o&#249; l'appareil de r&#233;pression &#233;chappe en fait aux mains de la bourgeoisie. Il est clair que le k&#233;renskisme ne saurait &#234;tre un &#233;tat social durable. II doit se terminer, soit par la victoire des korniloviens (c'est-&#224;-dire des fascistes pour l'Europe), soit par celle des communistes. Le k&#233;renskisme est le pr&#233;lude direct d'Octobre, quoique &#233;videmment Octobre ne doive pas n&#233;cessairement, dans tous les pays, surgir du k&#233;renskisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on, dans ce sens, qualifier de k&#233;renskisme le r&#233;gime de Mac Donald ou du Bloc des gauches ? Non. La situation en Angleterre n'est pas du tout ce qu'elle &#233;tait en Russie en &#233;t&#233; 1917. Les forces du Parti communiste anglais ne permettent pas d'envisager la prise prochaine du pouvoir. Puisqu'il en est ainsi, il n'y a pas de base non plus pour le kornilovisme. Selon toute vraisemblance, Mac Donald c&#233;dera la place aux conservateurs ou aux lib&#233;raux. En France, l'&#233;tat de l'appareil &#233;tatique et les forces du. Parti communiste ne permettent pas de supposer que le r&#233;gime du Bloc des gauches &#233;voluera directement et rapidement vers la r&#233;volution prol&#233;tarienne. La conception du k&#233;renskisme est &#233;videmment, en l'occurrence, hors de mise. Il faudrait un s&#233;rieux revirement des &#233;v&#233;nements pour que l'on puisse parler de k&#233;renskisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, une question, capitale maintenant, se pose &#224; nous : qu'est-ce que cette p&#233;riode actuelle de r&#233;formisme ? Quelles sont ses bases ? Ce r&#233;gime peut-il se consolider, peut-il devenir un &#233;tat normal pendant une s&#233;rie d'ann&#233;es &#8211; ce qui impliquerait &#233;videmment un retard correspondant de la r&#233;volution prol&#233;tarienne ? C'est l&#224; la question cardinale du moment pr&#233;sent. Comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, elle ne peut &#234;tre r&#233;solue uniquement sur le terrain subjectif, c'est-&#224;-dire d'apr&#232;s nos d&#233;sirs, d'apr&#232;s notre envie de changer la situation. Et, en l'occurrence, comme toujours, l'analyse objective, l'appr&#233;ciation de ce qui est, de ce qui change, de ce qui devient doit &#234;tre le postulat de notre action. Essayons donc d'aborder la question de ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi d&#233;pend le sort du r&#233;formisme &#034;europ&#233;en&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont maintenant les r&#233;formistes qui sont au pouvoir dans les principaux pays europ&#233;ens. Le r&#233;formisme pr&#233;suppose certaines concessions de la part des classes poss&#233;dantes aux classes non poss&#233;dantes, quelques &#034;sacrifices&#034; modestes de l'Etat bourgeois en faveur de la classe ouvri&#232;re. Peut-on penser que, dans l'Europe actuelle, incomparablement plus pauvre qu'avant la guerre, il y ait une base &#233;conomique pour de larges et profondes r&#233;formes sociales ? Les r&#233;formistes eux-m&#234;mes, tout au moins sur le continent, parlent tr&#232;s peu de ces r&#233;formes. Si l'on envisage maintenant des &#034; r&#233;formes sociales &#034; c'est plut&#244;t dans le camp bourgeois : on se propose de supprimer la journ&#233;e de huit heures ou tout au moins d'y apporter les correctifs qui, en fait, la rendront inexistante. Mais il est une question pratique qui a des affinit&#233;s avec les &#034; r&#233;formes &#034; et qui est une question de vie ou de mort pour les ouvriers europ&#233;ens et avant tout pour les ouvriers d'Allemagne, d'Autriche, de Hongrie, de Tch&#233;coslovaquie, de Pologne et m&#234;me de France. Cette question, c'est celle de la stabilisation des changes. La stabilisation de la monnaie fiduciaire, mark, couronne ou franc, entra&#238;ne celle des salaires et les emp&#234;che de se d&#233;pr&#233;cier. C'est l&#224; une question capitale pour tout le prol&#233;tariat de l'Europe continentale. Il est indubitable que les succ&#232;s relatifs et essentiellement pr&#233;caires obtenus dans la stabilisation de la monnaie sont une des principales bases de l'&#232;re r&#233;formiste pacifiste. Si en Allemagne le mark s'effondrait, la situation r&#233;volutionnaire se repr&#233;senterait int&#233;gralement, et si le franc fran&#231;ais continuait &#224; d&#233;gringoler comme il l'a fait il y a quelques mois, le sort du minist&#232;re Herriot serait encore plus probl&#233;matique que maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du n&#233;o-r&#233;formisme qui se pose &#224; nous doit &#234;tre par cons&#233;quent formul&#233;e ainsi : sur quoi est fond&#233; l'espoir d'une consolidation d'un &#233;quilibre &#233;conomique relatif et temporaire et, en particulier, I'espoir de la stabilisation de la monnaie et des salaires ? Qu'est-ce qui autorise cet espoir et dans quelle mesure est-il fond&#233; ? Cette question nous am&#232;ne &#224; consid&#233;rer le facteur capital de l'histoire contemporaine de l'humanit&#233; : les Etats-Unis. Vouloir raisonner sur le sort de l'Europe et du prol&#233;tariat mondial sans tenir compte de la force et de l'importance des Etats-Unis, c'est, dans un certain sens, compter sans le ma&#238;tre. Car, le ma&#238;tre de l'humanit&#233; capitaliste, c'est New York et Washington, c'est le gouvernement am&#233;ricain. Nous le voyons maintenant, par exemple, par le Plan des Experts. L'Europe, hier encore, si puissante et si fi&#232;re de sa culture et de son pass&#233; historique doit maintenant, pour se tirer de l'impasse, des contradictions et des malheurs qu'elle a attir&#233;s elle-m&#234;me sur sa t&#234;te, faire venir d'outre-atlantique un g&#233;n&#233;ral Dawes qui n'est peut-&#234;tre pas tr&#232;s intelligent, qui n'a peut-&#234;tre m&#234;me aucune intelligence. Cet homme arrive, il s'assied &#224; table en arbitre souverain et m&#234;me, comme le disent quelques-uns, met ses jambes sur la table et &#233;tablit un tableau exact des modes et des d&#233;lais de restauration de l'Europe. Puis, il pr&#233;sente ce tableau aux gouvernements europ&#233;ens pour qu'ils s'y conforment. Et ils s'y conformeront. Hughes, le ministre am&#233;ricain des Affaires &#233;trang&#232;res, fait un voyage non officiel en Europe et, pendant ce temps, Mac Donald et Herriot organisent une conf&#233;rence archi-officielle. Derri&#232;re la conf&#233;rence, dans les coulisses, se tient Hughes, qui exige et ordonne. Pourquoi ? Parce qu'il a la force. En quoi consiste cette force ? Dans le capital, dans la richesse, dans une puissance &#233;conomique formidable [1]. Le d&#233;veloppement ant&#233;rieur de l'Europe et du monde entier s'effectuait, dans une mesure consid&#233;rable, sous la direction de l'Angleterre. La premi&#232;re, l'Angleterre avait su largement utiliser le charbon et le fer et, par suite, s'assurer pour longtemps la direction du monde. En d'autres termes, elle r&#233;alisait politiquement sa pr&#233;pond&#233;rance &#233;conomique et en tirait parti dans ses rapports internationaux. Elle dominait en Europe en opposant un pays &#224; l'autre, en consentant ou en refusant des emprunts, en finan&#231;ant la lutte contre la R&#233;volution fran&#231;aise, etc. Elle avait la haute main sur le monde entier. Mais sa pr&#233;pond&#233;rance au moment de son plus grand &#233;panouissement n'est rien en comparaison de celle dont les Etats-Unis disposent actuellement sur le reste du monde, l'Angleterre y comprise. Et c'est l&#224; la question capitale de l'histoire europ&#233;enne et mondiale. Ne pas la comprendre, c'est &#234;tre incapable de comprendre le prochain chapitre de notre histoire. Ce n'est pas par l'effet du hasard que le g&#233;n&#233;ral Dawes a franchi l'Oc&#233;an, que nous sommes oblig&#233;s de savoir qu'il s'appelle Dawes et qu'il a le titre de g&#233;n&#233;ral. Il a avec lui plusieurs banquiers am&#233;ricains, qui examinent les papiers des gouvernements europ&#233;ens et d&#233;clarent : nous ne permettrons pas ceci, nous exigeons cela. Pourquoi ce ton autoritaire ? Tout le syst&#232;me des r&#233;parations &#233;chouera si l'Am&#233;rique n'effectue pas le premier versement 800 millions de marks-or pour assurer la monnaie allemande. De l'Am&#233;rique d&#233;pend la stabilisation ou la chute du franc, et aussi, dans une moindre mesure, de la livre sterling. Or, le mark, le franc et la livre sterling jouent un certain r&#244;le dans la vie des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme &#034;pacifiste&#034; des Etats-Unis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'Am&#233;rique s'est engag&#233;e enti&#232;rement et d&#233;finitivement dans la voie d'une politique imp&#233;rialiste mondiale active. Le revirement de sa politique remonte aux derni&#232;res ann&#233;es du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre hispano-am&#233;ricaine a eu lieu en 1898 ; les Etats-Unis se sont alors empar&#233;s de Cuba et, par l&#224; m&#234;me, se sont assur&#233; la cl&#233; du canal de Panama et, par suite, une issue dans l'Oc&#233;an Pacifique, vers la Chine, vers le continent asiatique. En 1900, l'exportation des produits industriels a, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des Etats-Unis, d&#233;pass&#233; leur importation. Et, ainsi, l'Am&#233;rique a pu entreprendre une politique mondiale active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1903, l'Am&#233;rique d&#233;tache de la Colombie la province de Panama, dont elle fait proclamer et reconna&#238;tre l'ind&#233;pendance. Elle agit de m&#234;me aux &#238;les Hawa&#239; et, me semble-t-il, aux &#238;les Samoa. Quand elle veut annexer un territoire &#233;tranger ou mettre un pays en tutelle, elle organise une petite r&#233;volution indig&#232;ne, puis intervient pour pacifier le pays, &#8211; ce que fait maintenant Dawes pour l'Europe ruin&#233;e par la guerre men&#233;e avec l'aide de l'Am&#233;rique. En 1903, les Etats-Unis s'assurent ainsi l'isthme de Panama, proc&#232;dent au percement du canal, dont l'ach&#232;vement, en 1920, ouvre, au sens v&#233;ritable du mot, un nouveau chapitre dans l'histoire de l'Am&#233;rique et de tout le globe terrestre. Les Etats-Unis ont radicalement corrig&#233; la g&#233;ographie dans l'int&#233;r&#234;t de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, Comme on le sait, leur industrie est concentr&#233;e dans la partie orientale du pays, vers l'Atlantique. La partie occidentale est surtout agricole. Les Etats-Unis sont principalement attir&#233;s vers la Chine, qui a une population de 400 millions et des richesses incalculables. Par le canal de Panama, leur industrie s'ouvre vers l'Occident une voie maritime qui leur permet une &#233;conomie de plusieurs milliers de kilom&#232;tres. Les ann&#233;es 1898, 1900, 1914 et 1920 sont des dates marquant les principales &#233;tapes de la voie de l'imp&#233;rialisme o&#249; se sont engag&#233;s d&#233;lib&#233;r&#233;ment les Etats-Unis. De ces &#233;tapes, la guerre mondiale a &#233;t&#233; la plus importante. Les Etats-Unis n'y sont entr&#233;s qu'&#224; la derni&#232;re heure, ils ont attendu trois ans avant de sortir de leur &#034; neutralit&#233; &#034;. Bien plus, deux mois avant leur intervention, Wilson d&#233;clarait qu'il ne pouvait &#234;tre question de la participation de l'Am&#233;rique la folie sanglante des peuples europ&#233;ens. Trois ann&#233;es durant, les Etats-Unis se sont content&#233;s de convertir m&#233;thodiquement en dollars le sang des &#034; fous &#034; d'Europe. Mais, au moment o&#249; la guerre mena&#231;ait de se terminer par la victoire de l'Allemagne, leur rival le plus dangereux, les Etats-Unis sont intervenus, et c'est ce qui a d&#233;cid&#233; de l'issue de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait remarquable : c'est dans un but int&#233;ress&#233; que l'Am&#233;rique a aliment&#233; la guerre par son industrie ; c'est dans un but int&#233;ress&#233; qu'elle est intervenue, afin d'&#233;craser un concurrent redoutable ; et, pourtant, elle a conserv&#233; une solide r&#233;putation de pacifisme. C'est l&#224; un des paradoxes de l'histoire, paradoxe qui n'a et n'aura rien de r&#233;jouissant pour nous. L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, essentiellement brutal, impitoyable, rapace, a, gr&#226;ce aux conditions sp&#233;ciales de l'Am&#233;rique, la possibilit&#233; de se draper dans le manteau du pacifisme, ce que ne peuvent faire les aventuriers imp&#233;rialistes de l'Ancien Monde. Il y a &#224; cela des raisons g&#233;ographiques et historiques. Les Etats-Unis n'ont pas eu besoin d'entretenir d'arm&#233;e terrestre. Pourquoi ? Parce qu'ils sont s&#233;par&#233;s par d'immenses oc&#233;ans de leurs rivaux. L'Angleterre est une &#238;le, et c'est l&#224; un des facteurs d&#233;terminants de son caract&#232;re, en m&#234;me temps qu'un de ses principaux avantages. Les Etats-Unis sont aussi une vaste &#238;le par rapport au groupe des anciennes parties du monde. L'Angleterre se prot&#232;ge par sa flotte. Mais, si l'on parvient &#224; percer son front naval, il est facile de la conqu&#233;rir, car elle ne repr&#233;sente qu'une &#233;troite bande de terre. Mais essayez de conqu&#233;rir les Etats-Unis ! C'est une &#238;le qui a en m&#234;me temps tous les avantages de la Russie, l'immensit&#233; du territoire. M&#234;me sans flotte, les Etats-Unis seraient presque invuln&#233;rables, par suite de leur vaste superficie. Voil&#224; la raison g&#233;ographique essentielle qui leur a permis de s'affubler de ce masque de pacifisme. En effet, contrairement &#224; l'Europe et aux autres pays, l'Am&#233;rique, jusqu'&#224; pr&#233;sent, n'avait pas d'arm&#233;e. Et si elle vient d'en cr&#233;er une, c'est qu'on l'y a forc&#233;e. Qui l'y a forc&#233;e ? Les barbares, le kaiser, les imp&#233;rialistes allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans l'histoire qu'il faut chercher la seconde raison de la r&#233;putation de pacifisme des Etats-Unis. Ces derniers sont intervenus sur l'ar&#232;ne mondiale, alors que le globe terrestre tout entier &#233;tait d&#233;j&#224; conquis, partag&#233; et opprim&#233;. C'est pourquoi l'avance imp&#233;rialiste des Etats-Unis s'effectue sous les mots d'ordre : &#034; Libert&#233; des mers &#034;, &#034; Portes ouvertes &#034;, etc., etc. Aussi, quand l'Am&#233;rique est oblig&#233;e d'accomplir ouvertement une canaillerie militariste, la responsabilit&#233; aux yeux de la population et, dans une certaine mesure, de l'humanit&#233; tout enti&#232;re, en incombe uniquement aux citoyens retardataires du reste du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wilson a aid&#233; &#224; achever l'Allemagne, puis il est arriv&#233; en Europe arm&#233; de ses quatorze points, o&#249; il promettait le bonheur g&#233;n&#233;ral, la paix universelle, le ch&#226;timent du kaiser criminel, proclamait le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes, le r&#232;gne de la justice, etc. Et, durant de longs mois, les petits-bourgeois et m&#234;me une grande partie des ouvriers europ&#233;ens, crurent en l'&#233;vangile de Wilson. Repr&#233;sentant du capital am&#233;ricain, qui s'&#233;tait souill&#233; de sang en attisant la guerre europ&#233;enne, ce professeur de province apparut en Europe comme l'ap&#244;tre du pacifisme et de la r&#233;conciliation. Et tous disaient : Wilson donnera la paix, Wilson restaurera l'Europe. Mais Wilson ne r&#233;ussit pas du premier coup &#224; obtenir ce qu'est venu maintenant r&#233;aliser le g&#233;n&#233;ral Dawes avec son escorte de banquiers et, froiss&#233;, il tourna le dos &#224; l'Europe et rentra chez lui. Quelles ne furent pas alors les clameurs des d&#233;mocrates-pacifistes et des social-d&#233;mocrates contre la folie de la bourgeoisie europ&#233;enne, qui n'avait pas voulu s'entendre avec Wilson et n'avait pas su r&#233;aliser la pacification et le bonheur de l'Europe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wilson fut &#233;cart&#233;. Le parti r&#233;publicain v&#238;nt au pouvoir. L'Am&#233;rique traversa alors une p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; commerciale et industrielle bas&#233;e presque uniquement sur le march&#233; int&#233;rieur, c'est-&#224;-dire sur un &#233;quilibre temporaire entre l'industrie et l'agriculture, entre l'Est et l'Ouest du pays. Cette prosp&#233;rit&#233; ne dura que deux ans : elle prit fin en 1923. Mais, depuis le printemps dernier, il s'est manifest&#233; des indices indubitables d'une crise commerciale et industrielle, pr&#233;c&#233;d&#233;e d'ailleurs par une forte crise agraire qui a frapp&#233; cruellement les r&#233;gions agricoles du pays. Et, comme toujours, cette crise a donn&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme une nouvelle impulsion vivifiante, Le capital financier des Etats-Unis a exp&#233;di&#233; ses repr&#233;sentants en Europe pour parachever l'&#339;uvre commenc&#233;e pendant la guerre imp&#233;rialiste et continu&#233;e par la paix de Versailles, c'est-&#224;-dire la mise en tutelle &#233;conomique de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan des Etats-Unis : mettre l'Europe &#224; la portion congrue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que veut le capital am&#233;ricain ? A quoi tend-il ? Il cherche, dit-on, la stabilit&#233;. Il veut r&#233;tablir le march&#233; europ&#233;en dans son int&#233;r&#234;t, il veut rendre &#224; l'Europe sa capacit&#233; d'achat. De quelle fa&#231;on ? Dans quelles limites ? En effet, le capital am&#233;ricain ne peut vouloir se faire de l'Europe un concurrent. Il ne peut admettre que l'Angleterre et, &#224; plus forte raison, l'Allemagne et la France, recouvrent leurs march&#233;s mondiaux, parce que lui-m&#234;me est &#224; l'&#233;troit, parce qu'il exporte des produits et s'exporte lui-m&#234;me. Il vise &#224; la ma&#238;trise du monde, il veut instaurer la supr&#233;matie de l'Am&#233;rique sur notre plan&#232;te. Que doit-il faire &#224; l'&#233;gard de l'Europe ? Il doit, dit-on, la pacifier. Comment ? Sous son h&#233;g&#233;monie. Qu'est-ce que cela signifie Qu'il doit permettre &#224; l'Europe de se relever, mais dans des limites bien d&#233;termin&#233;es, lui accorder des secteurs d&#233;termin&#233;s, restreints, du march&#233; mondial. Le capital am&#233;ricain commande maintenant aux diplomates. Il se pr&#233;pare &#224; commander &#233;galement aux banques et aux trusts europ&#233;ens, &#224; toute la bourgeoisie europ&#233;enne. C'est ce &#224; quoi il tend. Il assignera aux financiers et aux industriels europ&#233;ens des secteurs d&#233;termin&#233;s du march&#233;. Il r&#233;glera leur activit&#233;. En un mot, il veut r&#233;duire l'Europe capitaliste &#224; la portion congrue, autrement dit, lui indiquer combien de tonnes, de litres ou de kilogrammes de telle ou telle mati&#232;re elle a le droit d'acheter et de vendre. D&#233;j&#224;, dans les th&#232;ses pour le 3e Congr&#232;s de l'I.C., nous &#233;crivions que l'Europe est balkanis&#233;e. Cette balkanisation se poursuit maintenant. Les Etats des Balkans ont toujours eu des protecteurs dans la personne de la Russie tsariste ou de l'Autriche-Hongrie, qui leur imposaient le changement de leur politique, de leurs gouvernants ou m&#234;me de leurs dynasties (Serbie). Maintenant, l'Europe se trouve dans une situation analogue &#224; l'&#233;gard des Etats-Unis et en partie de la Grande-Bretagne. Au fur et &#224; mesure que se d&#233;velopperont leurs antagonismes, les gouvernements europ&#233;ens iront chercher aide et protection &#224; Washington et &#224; Londres ; le changement des partis et des gouvernements sera d&#233;termin&#233; en derni&#232;re analyse par la volont&#233; du capital am&#233;ricain, qui indiquera &#224; l'Europe combien elle doit boire et manger... Le rationnement, nous le savons par exp&#233;rience, n'est pas toujours tr&#232;s agr&#233;able. Or, la ration strictement limit&#233;e qu'&#233;tabliront les Am&#233;ricains pour les peuples d'Europe s'appliquera &#233;galement aux classes dominantes non seulement d'Allemagne et de France, mais aussi, finalement, de Grande-Bretagne. L'Angleterre doit envisager cette &#233;ventualit&#233;. Mais maintenant l'Am&#233;rique, dit-on, marche avec l'Angleterre ; il s'est form&#233; un bloc anglo-saxon, il existe un capital anglo-saxon, une politique anglo-saxonne ; l'antagonisme essentiel du monde est celui qui divise l'Am&#233;rique et le Japon. Parler ainsi, c'est montrer son incompr&#233;hension de la situation. L'antagonisme capital du monde est l'antagonisme anglo-am&#233;ricain. C'est ce que montrera de plus en plus nettement l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain et la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant d'aborder cette question importante, examinons quel est le r&#244;le que r&#233;serve le capital am&#233;ricain aux radicaux et aux mench&#233;viks europ&#233;ens, &#224; la social-d&#233;mocratie dans cette Europe qui va &#234;tre r&#233;duite &#224; la portion congrue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie est charg&#233;e de pr&#233;parer cette nouvelle situation, c'est-&#224;-dire d'aider politiquement le capital am&#233;ricain &#224; rationner l'Europe. Que fait en effet en ce moment la social-d&#233;mocratie allemande et fran&#231;aise, que font les socialistes de toute l'Europe ? Ils s'&#233;duquent et s'efforcent d'&#233;duquer les masses ouvri&#232;res dans la religion de l'am&#233;ricanisme ; autrement dit, ils font de l'am&#233;ricanisme, du r&#244;le du capital am&#233;ricain en Europe, une nouvelle religion politique. Ils s'efforcent de persuader les masses laborieuses que, sans le capital am&#233;ricain, essentiellement pacificateur, sans les emprunts de l'Am&#233;rique, l'Europe ne pourra tenir le coup. Ils font opposition &#224; leur bourgeoisie, comme les social-patriotes allemands, non pas du point de vue de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, non pas m&#234;me pour obtenir des r&#233;formes, mais pour montrer que cette bourgeoisie est intol&#233;rable, &#233;go&#239;ste, chauvine et incapable de s'entendre avec le capital am&#233;ricain pacifiste, humanitaire, d&#233;mocratique. C'est l&#224; la question fondamentale de la vie politique de l'Europe et particuli&#232;rement de l'Allemagne. En d'autres termes, la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne devient actuellement l'agence politique du capital am&#233;ricain. Est-ce l&#224; un fait inattendu ? Non, car la social-d&#233;mocratie, qui &#233;tait l'agence de le bourgeoisie, devait fatalement, dans sa d&#233;g&#233;n&#233;rescence politique, devenir l'agence de la bourgeoisie la plus forte, la plus puissante, de la bourgeoisie de toutes les bourgeoisies, c'est-&#224;-dire de la bourgeoisie am&#233;ricaine. Comme le capital am&#233;ricain assume la t&#226;che d'unifier, de pacifier l'Europe, de lui apprendre &#224; r&#233;soudre les questions des r&#233;parations et autres et qu'il tient les cordons de la bourse, la d&#233;pendance de la social-d&#233;mocratie &#224; l'&#233;gard de la bourgeoisie allemande en Allemagne, de la bourgeoisie fran&#231;aise en France, devient de plus en plus une d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard du ma&#238;tre de ces bourgeoisies. Le capital am&#233;ricain est maintenant le patron de l'Europe. Et il est naturel que la social-d&#233;mocratie tombe politiquement sous la d&#233;pendance du patron de ses patrons. C'est l&#224; le fait essentiel pour l'intelligence de la situation actuelle et de la politique de la IIe Internationale. Ne pas s'en rendre compte, c'est ne pouvoir comprendre les &#233;v&#233;nements d'aujourd'hui et de demain, c'est ne voir que la surface des choses et se satisfaire de phrases g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie pr&#233;pare le terrain au capital am&#233;ricain, se fait son h&#233;raut, parle de son r&#244;le salutaire, lui fraye la voie, l'accompagne de ses v&#339;ux, le glorifie. Ce n'est pas l&#224; un travail de peu d'importance. Auparavant, l'imp&#233;rialisme se faisait frayer la voie par des missionnaires, que les sauvages ordinairement fusillaient, parfois m&#234;me d&#233;voraient. Pour venger leur mort, on exp&#233;diait alors des troupes, puis des marchands et des administrateurs. Pour coloniser l'Europe, pour en faire son dominion, le capital am&#233;ricain n'a pas besoin d'y exp&#233;dier des missionnaires. Sur place, il y a d&#233;j&#224; un parti dont la t&#226;che est de pr&#234;cher aux peuples l'&#233;vangile de Wilson, l'&#233;vangile de Coolidge, l'Ecriture Sainte des Bourses de New-York et de Chicago. C'est en cela que consiste la mission actuelle du mench&#233;visme europ&#233;en. Mais, service pour service ! Les mench&#233;viks retirent de leur d&#233;vouement de nombreux avantages. Ainsi, tout derni&#232;rement, pendant les p&#233;riodes de guerre civile aigu&#235;, la social-d&#233;mocratie allemande a d&#251; assumer la d&#233;fense arm&#233;e de sa bourgeoisie, de cette m&#234;me bourgeoisie qui marchait la main dans la main avec les fascistes. Noske, en effet, est une figure symbolique de la politique d'apr&#232;s-guerre de la social-d&#233;mocratie allemande. Aujourd'hui, cette derni&#232;re a un r&#244;le tout autre : elle peut se permettre le luxe de faire de l'opposition. Elle critique sa bourgeoisie et, par l&#224;, met une certaine distance entre elle et les partis du capital. Comment la critique-t-elle ? Tu es &#233;go&#239;ste, int&#233;ress&#233;e, stupide, malfaisante, lui dit-elle ; mais, par del&#224; l'Atlantique, il y a une bourgeoisie riche et puissante, humanitaire, r&#233;formiste, pacifiste, qui de nouveau vient &#224; nous, qui veut nous donner 800 millions de marks pour restaurer notre monnaie et tu te dresses sur tes ergots, tu oses te rebiffer contre elle quand tu as plong&#233; notre patrie dans la mis&#232;re. Nous te d&#233;masquerons impitoyablement devant les masses populaires allemandes. Et cela, elle le dit d'un ton presque r&#233;volutionnaire, en d&#233;fendant la bourgeoisie am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me en France. Evidemment, comme la situation politique y est plus favorable et que le franc n'est pas encore trop d&#233;pr&#233;ci&#233;, la social-d&#233;mocratie y joue son r&#244;le en sourdine, mais en r&#233;alit&#233; elle fait exactement la m&#234;me chose que la social-d&#233;mocratie allemande. Le parti de L&#233;on Blum, Renaudel, Jean Longuet porte enti&#232;rement la responsabilit&#233; de la paix de Versailles et de l'occupation de la Ruhr. En effet, il est incontestable que le gouvernement Herriot, soutenu par les socialistes, est pour le maintien de l'occupation de la Ruhr. Mais, &#224; pr&#233;sent, les socialistes fran&#231;ais ont la possibilit&#233; de dire &#224; leur alli&#233; Herriot : &#034; Les Am&#233;ricains exigent que vous &#233;vacuiez la Ruhr &#224; certaines conditions ; faites-le ; maintenant, nous aussi, nous l'exigeons &#034;. Ils l'exigent non pas pour manifester la volont&#233; et la force du prol&#233;tariat fran&#231;ais, mais pour subordonner la bourgeoisie fran&#231;aise &#224; la bourgeoisie am&#233;ricaine. N'oubliez pas en outre que la bourgeoisie fran&#231;aise doit trois milliards 700 millions de dollars &#224; la bourgeoisie am&#233;ricaine. C'est l&#224; une somme importante. L'Am&#233;rique peut, quand elle le voudra, faire d&#233;gringoler le franc. Certes, elle ne le fera pas ; elle est venue en Europe pour y instaurer l'ordre et non pas pour accumuler des ruines. Elle ne le fera pas ; mais elle pourra le faire, si elle le veut. Tout d&#233;pend d'elle. C'est pourquoi, devant cette dette &#233;norme, les arguments de Renaudel, Blum et consorts paraissent assez convaincants &#224; la bourgeoisie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, la social-d&#233;mocratie en Allemagne, en France et ailleurs, obtient la possibilit&#233; de s'opposer &#224; sa bourgeoisie, de mener sur des questions concr&#232;tes une politique &#034;d'opposition&#034; et, par l&#224; m&#234;me, de gagner la confiance d'une certaine partie de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus, les partis mench&#233;viks des diff&#233;rents pays de l'Europe ont maintenant certaines possibilit&#233;s d' &#034; actions &#034; communes. Maintenant d&#233;j&#224;, la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne repr&#233;sente une organisation assez unie. C'est l&#224; en quelque sorte un fait nouveau. En effet, depuis dix ans, depuis le d&#233;but de la guerre imp&#233;rialiste, elle n'avait pu intervenir en bloc. Maintenant, elle le peut et les mench&#233;viks interviennent pour soutenir en ch&#339;ur l'Am&#233;rique, son programme, ses revendications, son pacifisme, sa grande mission. Aussi la IIe Internationale, ce demi-cadavre, se galvanise-t-il quelque peu. De m&#234;me que l'Internationale d'Amsterdam, elle se restaure. Certes, elle ne sera pas ce qu'elle &#233;tait avant la guerre. Elle n'aura plus sa force d'autrefois ; il est impossible de ressusciter le pass&#233; et de rayer de l'histoire l'Internationale Communiste. Il est impossible d'effacer la guerre imp&#233;rialiste, qui a &#233;t&#233; un coup terrible pour la IIe Internationale. N&#233;anmoins, cette derni&#232;re s'efforce de se remonter, de se remettre debout, de marcher avec les b&#233;quilles am&#233;ricaines. Pendant la guerre imp&#233;rialiste, les social-d&#233;mocraties allemande et fran&#231;aise &#233;taient ouvertement li&#233;es &#224; leurs bourgeoisies respectives. Pouvait-il y avoir une Internationale quand les diff&#233;rents partis se combattaient, s'accusaient, se vilipendaient les uns les autres ? Il n'y avait aucune possibilit&#233; de rev&#234;tir le masque de l'internationalisme. Au moment de la conclusion de la paix, il en &#233;tait de m&#234;me. Versailles ne fut que la fixation des r&#233;sultats de la guerre imp&#233;rialiste dans les documents diplomatiques. Y avait-il place alors pour la solidarit&#233; ? Certes non ! Dans la p&#233;riode d'occupation de la Ruhr, il en &#233;tait de m&#234;me. Mais maintenant, le capital am&#233;ricain vient en Europe et d&#233;clare : Peuples, voil&#224; un plan de r&#233;parations ; messieurs les mencheviks, voil&#224; un programme. Et ce programme, la social-d&#233;mocratie l'accepte comme base de son activit&#233;. Ce nouveau programme unifie les social-d&#233;mocraties fran&#231;aise, allemande, anglaise, hollandaise, suisse. En effet, chaque petit-bourgeois suisse esp&#232;re que sa patrie pourra vendre plus de montres quand les Am&#233;ricains auront r&#233;tabli l'ordre et la paix en Europe. Et toute la petite bourgeoisie, qui s'exprime par la social-d&#233;mocratie, retrouve son unit&#233; spirituelle dans le programme de l'am&#233;ricanisme. En d'autres termes, la IIe Internationale a maintenant un programme d'unification : celui que le g&#233;n&#233;ral Dawes lui a apport&#233; de Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouveau, le m&#234;me paradoxe quand le capitalisme am&#233;ricain intervient pour une &#339;uvre de rapine, il a l'enti&#232;re possibilit&#233; de le faire en se faisant passer pour un r&#233;organisateur, un pacificateur, un r&#233;alisateur des aspirations humanitaires, tout en cr&#233;ant pour la social-d&#233;mocratie une plate-forme incomparablement plus avantageuse que la plate-forme nationale qu'adoptait hier cette derni&#232;re. La bourgeoisie nationale est l&#224;, tout le monde peut la voir, tandis que le capital am&#233;ricain est &#233;loign&#233;, il est difficile de conna&#238;tre ses affaires, qui ne sont pas toujours des plus propres ; mais en Europe, il intervient en qualit&#233; de pacificateur ; sa puissance colossale, sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire, sa richesse surtout, en imposent aux petits-bourgeois, aux social-d&#233;mocrates. Je vous dirai en passant que durant cette derni&#232;re ann&#233;e j'ai &#233;t&#233; oblig&#233;, par mes fonctions, d'avoir des entretiens avec quelques s&#233;nateurs am&#233;ricains des partis r&#233;publicains et d&#233;mocrates. Ext&#233;rieurement, ce sont des provinciaux. Je ne suis pas s&#251;r qu'ils connaissent la g&#233;ographie de l'Europe, je croirais plut&#244;t que non, mais quand ils parlent politique, ils s'expriment ainsi : &#034;J'ai dit &#224; Poincar&#233;&#034;, &#034; J'ait fait remarquer &#224; Curzon &#034; &#034; J'ai expliqu&#233; &#224; Mussolini &#034;. En Europe, ils se sentent comme en pays conquis. Un fabricant enrichi de lait condens&#233;, de conserves ou autres produits, parle sur un ton protecteur des politiciens bourgeois les plus influents de l'Europe. Il pr&#233;voit qu'il sera bient&#244;t le ma&#238;tre, il se sent d&#233;j&#224; le ma&#238;tre. Et c'est pourquoi les calculs de la bourgeoisie anglaise, qui esp&#232;re conserver son r&#244;le dirigeant, seront d&#233;jou&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antagonisme mondial le plus important est celui qui existe entre les int&#233;r&#234;ts des Etats-Unis et ceux de l'Angleterre. Pourquoi ? Parce que l'Angleterre est encore le pays le plus riche et le plus puissant apr&#232;s les Etats-Unis. C'est le principal rival de l'Am&#233;rique, le principal obstacle dans sa voie. Si l'on arrive &#224; saper la puissance de l'Angleterre, &#224; la mater ou m&#234;me &#224; la renverser, que restera-t-il ? [2] Certes, les Etats-Unis triompheront du Japon. Ils ont tous les atouts en mains : l'argent, le fer, le charbon, le naphte ; ils sont avantag&#233;s politiquement dans leurs rapports avec la Chine, qu'ils veulent &#034; lib&#233;rer &#034; du Japon. L'Am&#233;rique lib&#232;re toujours quelqu'un : c'est, en quelque sorte, sa profession. Ainsi donc, le principal antagonisme est celui qui divise les Etats-Unis et l'Angleterre. Il s'aggrave de jour en jour. La bourgeoisie anglaise ne se sent pas tr&#232;s &#224; son aise depuis le trait&#233; de Versailles. Elle sait ce que vaut la monnaie sonnante et tr&#233;buchante, et elle ne peut pas ne pas voir que le dollar l'emporte sur la livre sterling. Elle sait que cette sup&#233;riorit&#233; se traduira infailliblement dans la politique. Elle a exploit&#233; elle-m&#234;me &#224; fond la puissance de la livre sterling dans sa politique internationale, et maintenant elle sent que s'ouvre l'&#232;re du dollar. Elle cherche &#224; se consoler, &#224; se bercer d'illusions. Ainsi les journaux anglais les plus s&#233;rieux disent : Oui, les Am&#233;ricains sont tr&#232;s riches, mais ce ne sont en fin de compte que des provinciaux. Ils ne connaissent pas les voies de la politique mondiale. Nous, Anglais, nous avons incomparablement plus d'exp&#233;rience. Les Yankees ont besoin de nos conseils, ce notre direction, et, nous, Anglais, nous guiderons dans les voies de la politique mondiale ces parents de province soudainement enrichis &#8211; ce qui ne nous emp&#234;chera pas de conserver notre situation dominante et de toucher par-dessus le march&#233; un bon courtage. Certes, il y a l&#224; une part de v&#233;rit&#233;. Comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, il n'est pas certain que les s&#233;nateurs am&#233;ricains connaissent la g&#233;ographie de l'Europe ; or, pour faire de grandes affaires sur notre continent, il est n&#233;cessaire d'en conna&#238;tre la g&#233;ographie. Mais, est-ce si difficile pour une classe poss&#233;dante d'acqu&#233;rir des connaissances ? Quand la bourgeoisie s'enrichit rapidement, il ne lui est pas difficile de s'instruire dans les sciences et les arts. Les fils de nos Morozov et Mamontov ressemblaient presque &#224; des lords h&#233;r&#233;ditaires. C'est pour la classe opprim&#233;e, c'est pour le prol&#233;tariat qu'il est difficile de se d&#233;velopper, de s'assimiler tous les &#233;l&#233;ments de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela est ais&#233; pour une classe poss&#233;dante, surtout quand elle est aussi opulente que la bourgeoisie am&#233;ricaine. Cette derni&#232;re trouvera, formera ou s'ach&#232;tera des sp&#233;cialistes dans toutes les branches. L'Am&#233;ricain ne fait que commencer &#224; se rendre compte de son importance mondiale ; chez lui aussi, la &#034; conscience &#034; retarde sur la &#034;r&#233;alit&#233;&#034;. Il faut consid&#233;rer la question non pas telle qu'elle se pr&#233;sente sous nos yeux en ce moment, mais dans ses perspectives. Or, l'Am&#233;ricain ne tardera pas &#224; comprendre enti&#232;rement sa force et, par suite, son r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance &#233;conomique des Etats-Unis ne s'est pas encore enti&#232;rement fait sentir, mais elle se fera sentir sur tout. Ce dont dispose maintenant l'Europe capitaliste dans la politique mondiale repr&#233;sente les restes de sa puissance &#233;conomique d'hier, de son ancienne influence mondiale, qui ne correspond plus aux conditions mat&#233;rielles d'aujourd'hui. L'Am&#233;rique, il est vrai, n'a pas encore appris &#224; r&#233;aliser sa puissance. Mais elle l'apprend rapidement au d&#233;triment de l'Europe. Quelque temps encore, elle aura besoin de l'Angleterre pour la guider dans les voies de la politique mondiale. Mais il ne lui faudra pas longtemps pour l'&#233;galer et la d&#233;passer dans ce domaine. Une classe poss&#233;dante qui s'&#233;l&#232;ve change rapidement de caract&#232;re, de physionomie et de m&#233;thodes d'action. Voyez, par exemple, la bourgeoisie allemande. Y a-t-il si longtemps que les Allemands &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme de timides r&#234;veurs aux yeux bleus, comme un peuple de po&#232;tes et de penseurs ? Or, quelques dizaines d'ann&#233;es de d&#233;veloppement capitaliste ont suffi pour faire de la bourgeoisie allemande la classe imp&#233;rialiste la plus cuirass&#233;e, la plus brutale, la plus agressive. Le ch&#226;timent, il est vrai, ne s'est pas fait longtemps attendre. Et, de nouveau, le caract&#232;re du bourgeois allemand a chang&#233;. Il s'assimile rapidement sur l'ar&#232;ne europ&#233;enne toutes les habitudes et tous les proc&#233;d&#233;s d'un chien battu. La bourgeoisie anglaise est plus s&#233;rieuse. Son caract&#232;re s'est form&#233; au cours de plusieurs si&#232;cles. Son sentiment de classe est profond&#233;ment ancr&#233; en elle et il sera plus difficile de lui faire perdre sa mentalit&#233; de ma&#238;tresse de l'Univers. Mais les Am&#233;ricains y arriveront quand ils le voudront, et ils le voudront bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vainement, le bourgeois anglais se console en pensant qu'il dirigera l'Am&#233;ricain inexp&#233;riment&#233;. Certes, il y aura une p&#233;riode de transition, mais l'important ce n'est pas l'exp&#233;rience diplomatique, c'est la force r&#233;elle, c'est le capital, c'est l'industrie. Or, les Etats-Unis occupent &#233;conomiquement la premi&#232;re place dans le monde. Leur production des objets de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; varie du tiers aux deux tiers de la production de l'humanit&#233;. Ils produisent les deux tiers (en 1923 m&#234;me 72 %) du naphte, qui joue maintenant un r&#244;le militaire et industriel exceptionnel. Ils se plaignent, il est vrai, que leurs sources de naphte s'&#233;puisent. Les premiers temps apr&#232;s la guerre, je croyais que ces plaintes n'&#233;taient qu'une fa&#231;on de pr&#233;parer l'opinion &#224; une mainmise sur le naphte des autres pays. Pourtant, les g&#233;ologues confirment que, si l'Am&#233;rique continue &#224; consommer du naphte dans les proportions actuelles, elle n'en a plus que pour 25 &#224; 40 ans. Mais, &#224; l'expiration de ce d&#233;lai, gr&#226;ce &#224; son industrie et &#224; sa flotte, elle aura d&#233;j&#224; le temps d'enlever aux autres pays tout leur naphte, de sorte qu'il n'y a pas lieu de nous inqui&#233;ter &#224; son sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation mondiale des Etats-Unis s'exprime par des chiffres indiscutables. Ainsi, la production de bl&#233; de l'Am&#233;rique repr&#233;sente le quart de la production mondiale, celle de l'avoine le tiers, celle du ma&#239;s les trois quarts. Les Etats-Unis produisent la moiti&#233; du charbon du monde, la moiti&#233; du minerai de fer, 60 % de la fonte, 60 % de l'acier, 60 % du cuivre, 47 % du zinc. Leur r&#233;seau ferroviaire repr&#233;sente 37 % du r&#233;seau mondial. Leur flotte commerciale, qui n'existait presque pas avant la guerre, repr&#233;sente maintenant plus de 25 % du tonnage mondial. Enfin, les Etats-Unis poss&#232;dent 84 % des automobiles du monde entier. Si, pour l'extraction de l'or, ils occupent une place relativement modeste (14 %), il ne faut pas oublier que, gr&#226;ce &#224; leur balance commerciale active, ils ont concentr&#233; 44,2 % de l'or existant dans le monde. Leur revenu national est deux fois et demie plus consid&#233;rable que celui de l'Angleterre, de la France, de l'Allemagne et du Japon pris ensemble. Ces chiffres d&#233;cident tout. Ils frayeront la voie &#224; l'Am&#233;rique et sur terre, et sur mer, et dans l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que pr&#233;sagent-ils pour la Grande-Bretagne ? Rien de bon. Ils signifient que l'Angleterre n'&#233;vitera pas le sort des autres pays capitalistes, qu'elle devra accepter la portion congrue. Mais quand elle devra ouvertement s'y r&#233;signer, on fera appel non pas &#224; Curzon, car il est trop intransigeant, mais &#224; Mac Donald. Les politiciens bourgeois anglais ne voudront jamais faire accepter cette humiliation &#224; leur pays. Il faudra la pieuse &#233;loquence de Mac Donald, de Henderson, des fabians, pour faire pression sur la bourgeoisie anglaise et persuader les ouvriers anglais : &#034; Allons-nous guerroyer avec l'Am&#233;rique ? diront-ils. Non, nous sommes pour la paix, nous sommes pour un accord &#034;. Or, que sera l'accord avec l'oncle Sam ? Les chiffres pr&#233;cit&#233;s le montrent &#233;loquemment. &#034; Accepte la portion congrue, voil&#224; le seul accord possible, Et si tu ne le veux pas, pr&#233;pare-toi &#224; la guerre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, l'Angleterre a recul&#233; pas &#224; pas devant I'Am&#233;rique. Ainsi, tout r&#233;cemment, le pr&#233;sident Harding a invit&#233; la France, le Japon et l'Angleterre &#224; Washington, et a propos&#233; tranquillement &#224; cette derni&#232;re de limiter le d&#233;veloppement de sa flotte. Avant la guerre, on le sait, l'Angleterre s'en tenait au principe d'apr&#232;s lequel sa flotte de guerre devait &#234;tre sup&#233;rieure aux flottes r&#233;unies des deux puissances navales les plus fortes apr&#232;s elle. Les Etats-Unis ont mis fin &#224; cet &#233;tat de choses. A Washington, Harding a, comme il convient, commenc&#233; son discours en disant que &#034; la conscience de la civilisation s'&#233;tait &#233;veill&#233;e &#034; et l'a termin&#233; en d&#233;clarant : La proportion de nos forces navales sera la suivante Angleterre, 5 ; Etats-Unis, 5 (en attendant) ; France, 3 ; Japon, 3. Pourquoi cette corr&#233;lation ? Avant la guerre, la flotte am&#233;ricaine &#233;tait beaucoup plus faible que la flotte anglaise. Pendant la guerre, elle a consid&#233;rablement augment&#233;. Quand les Anglais parlent du danger que pr&#233;sente la flotte des Am&#233;ricains, ces derniers r&#233;pondent : &#034; Pourquoi avons-nous construit cette flotte ? N'est-ce pas pour d&#233;fendre les Iles Britanniques des sous-marins allemands ? &#034; Voil&#224; pourquoi, soi-disant, cette flotte a &#233;t&#233; construite. Mais elle peut servir &#233;galement pour d'autres buts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les Etats-Unis ont-ils eu recours au programme de limitation des armements de Washington ? Ce n'est pas parce qu'ils ne pouvaient pas construire assez rapidement des navires de guerre, de grands vaisseaux de ligne. Dans le domaine de la construction, personne ne peut songer &#224; les &#233;galer. Mais il est impossible de cr&#233;er, d'instruire et de former rapidement les cages n&#233;cessaires de marins ; pour cela, il faut du temps, et c'est l&#224; la raison de la tr&#234;ve de dix ann&#233;es que se sont donn&#233;e les Am&#233;ricains &#224; Washington. Lorsqu'elles d&#233;fendaient le programme de limitation des armements navals, les revues am&#233;ricaines &#233;crivaient en substance. : &#034; Si vous ne voulez pas vous mettre d'accord avec nous, nous ferons des navires de guerre comme des petits pains. &#034; Quant &#224; la r&#233;ponse de la revue maritime anglaise officielle, elle &#233;tait &#224; peu pr&#232;s celle-ci : &#034; Nous sommes pr&#234;ts &#224; un accord pacifique, pourquoi nous menacer ? &#034; Cette r&#233;ponse refl&#232;te la nouvelle mentalit&#233; des dirigeants anglais. Ils s'accoutument &#224; l'id&#233;e qu'il faut se soumettre &#224; l'Am&#233;rique et que, le plus qu'on puisse r&#233;clamer de cette derni&#232;re, c'est d'&#234;tre courtoise. C'est &#233;galement tout ce que la bourgeoisie europ&#233;enne pourra esp&#233;rer demain de l'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa rivalit&#233; avec les Etats-Unis, l'Angleterre ne peut que reculer. Par ces reculs successifs, le capital anglais s'ach&#232;te une participation aux affaires du capital am&#233;ricain, et ainsi on a l'impression d'un bloc capitaliste anglo-saxon. La fa&#231;ade est sauv&#233;e, et cela non sans profit, car l'Angleterre touche des b&#233;n&#233;fices importants, mais elle doit se replier devant l'Am&#233;rique, lui c&#233;der la place. L'Am&#233;rique renforce ses positions mondiales, l'Angleterre faiblit. Tout r&#233;cemment, elle a renonc&#233; &#224; fortifier Singapour. Or, Singapour, c'est la cl&#233; de l'Oc&#233;an Indien et du pacifique, une des bases les plus importantes de la politique anglaise en Extr&#234;me-Orient. Mais l'Angleterre peut mener sa politique dans le Pacifique, soit avec le Japon contre l'Am&#233;rique, soit avec l'Am&#233;rique contre le Japon. Des sommes formidables avaient &#233;t&#233; assign&#233;es pour les fortifications de Singapour. Plac&#233; dans l'alternative de marcher avec l'Am&#233;rique contre le Japon ou avec le Japon contre l'Am&#233;rique, Mac Donald a renonc&#233; &#224; fortifier Singapour. Certes, l'imp&#233;rialisme anglais n'a pas encore dit son dernier mot et peut-&#234;tre reviendra-t-il sur son consentement, mais c'est l&#224; pour l'Angleterre le commencement de sa renonciation &#224; une politique ind&#233;pendante dans le Pacifique. Or, qui lui a ordonn&#233; de rompre avec le Japon ? L'Am&#233;rique. Cette derni&#232;re lui a adress&#233; un ultimatum en forme, et l'Angleterre s'est inclin&#233;e, elle a d&#233;nonc&#233; son alliance avec le Japon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce moment, l'Angleterre c&#232;de, bat en retraite. Mais est-ce &#224; dire qu'il en sera toujours ainsi et que la guerre soit exclue ? Nullement. Les concessions actuelles de l'Angleterre ne feront qu'augmenter ses embarras. Sous le couvert de la collaboration, des contradictions formidables s'accumulent. La guerre &#233;clatera fatalement, car l'Angleterre ne consentira jamais &#224; &#234;tre rel&#233;gu&#233;e au second rang et &#224; r&#233;duire son Empire. A un certain moment, elle sera forc&#233;e de mobiliser toutes ses forces pour r&#233;sister &#224; sa rivale. Mais, dans la lutte ouverte, toutes les chances, autant qu'on puisse en juger, sont du c&#244;t&#233; de l'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angleterre est une &#238;le et l'Am&#233;rique est aussi une &#238;le en son genre, mais plus vaste. Dans son existence journali&#232;re, l'Angleterre d&#233;pend enti&#232;rement des pays d'Outre-Atlantique. Or, en Am&#233;rique, il y a tout ce qu'il faut pour l'existence et pour la guerre. L'Angleterre a des colonies sur tous les points du globe, et l'Am&#233;rique va se mettre &#224; les &#034; lib&#233;rer &#034;. D&#232;s qu'elle sera en guerre avec l'Angleterre, elle fera appel aux centaines de millions d'Indiens et les invitera &#224; se soulever pour d&#233;fendre leurs droits nationaux intangibles. Elle agira de m&#234;me &#224; l'&#233;gard de l'Egypte, de l'Irlande, etc... De m&#234;me que, pour pressurer l'Europe, elle s'affuble maintenant du manteau du pacifisme, elle interviendra lors de sa guerre avec l'Angleterre comme la grande lib&#233;ratrice des peuples coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire favorise le capital am&#233;ricain : pour chaque brigandage elle lui sert un mot d'ordre d'&#233;mancipation. En Europe, les Etats-Unis demandent l'application de la politique des &#034; portes ouvertes &#034;. Le Japon veut d&#233;membrer la Chine et mettre la main sur certaines de ses provinces, parce qu'il n'a ni fer, ni charbon, ni naphte, et que la Chine poss&#232;de tout cela. Il ne peut ni vivre, ni faire la guerre sans charbon, sans fer et sans naphte, ce qui l'inf&#233;riorise consid&#233;rablement dans sa lutte contre les Etats-Unis, C'est pourquoi il cherche &#224; s'emparer par la force des richesses de la Chine. Et que font les Etats-Unis ? Ils disent : &#034;Les portes ouvertes en Chine !&#034; Que dit l'Am&#233;rique au sujet des Oc&#233;ans ? &#034; La libert&#233; des mers ! &#034; C'est l&#224; un mot d'ordre qui sonne bien. Que signifie-t-il en r&#233;alit&#233; ? &#034; Flotte anglaise, range-toi un peu, laisse-moi passer ! &#034; Le r&#233;gime de la porte ouverte en Chine, cela veut dire : &#034;Japonais, &#233;carte-toi, laisse-moi la voie libre&#034;. Il s'agit en somme de conqu&#234;tes &#233;conomiques, de pillages. Mais, par suite des conditions sp&#233;ciales o&#249; se trouvent les Etats-Unis, leur politique rev&#234;t une apparence de pacifisme, parfois m&#234;me de facteur d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angleterre &#233;videmment a, elle aussi, d'immenses avantages. Tout d'abord, elle poss&#232;de des points d'appui, des bases navales et militaires dans le monde entier, ce que n'a pas l'Am&#233;rique. Mais, tout cela, on peut le cr&#233;er ou l'enlever par la force, petit &#224; petit ; en outre, les points d'appui de l'Angleterre sont li&#233;s &#224; sa domination coloniale et, par suite, vuln&#233;rables. L'Am&#233;rique, parce qu'elle est la plus forte, trouvera dans le monde entier des alli&#233;s et des auxiliaires, et, en m&#234;me temps, les bases n&#233;cessaires. Si maintenant elle s'attache le Canada et l'Australie par le mot d'ordre de la d&#233;fense de la race blanche contre la race jaune, et par l&#224; fonde son droit &#224; la pr&#233;pond&#233;rance militaire et navale, elle d&#233;clarera dans le stade suivant, tr&#232;s prochain peut-&#234;tre, de son &#233;volution, que les hommes de couleur jaune, eux aussi, sont cr&#233;&#233;s &#224; l'image de Dieu et ont, par suite, le droit de substituer la domination &#233;conomique de l'Am&#233;rique &#224; la domination coloniale de l'Angleterre. Dans une guerre avec l'Angleterre, les Etats-Unis seraient terriblement avantag&#233;s, car, d&#232;s le premier jour, ils pourraient appeler les Hindous, les Egyptiens et autres peuples coloniaux &#224; l'insurrection, les armer et les soutenir. L'Angleterre sera oblig&#233;e d'y r&#233;fl&#233;chir &#224; deux fois avant de se d&#233;cider &#224; la guerre. Mais si elle ne veut pas risquer la guerre, elle sera oblig&#233;e de se replier pas &#224; pas sous la pression du capital am&#233;ricain. Pour faire la guerre, il faut des Lloyd George et des Churchill ; pour reculer sans combattre, il faut des Mac Donald.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous venons de dire des rapports des Etats-Unis et de l'Angleterre, s'applique &#233;galement aux rapports des Etats-Unis avec le Japon, avec la France et les autres Etats europ&#233;ens secondaires. De quoi s'agit-il actuellement en Europe ? De l'Alsace-Lorraine, de la Ruhr, du bassin de la Sarre, de la Sil&#233;sie, c'est-&#224;-dire de quelques mis&#233;rables morceaux, de quelques bandes de territoires. Pendant ce temps, l'Am&#233;rique &#233;difie son plan et se pr&#233;pare &#224; mettre tout le monde &#224; la portion congrue. Contrairement &#224; l'Angleterre, elle ne se propose pas de mettre sur pied une arm&#233;e, une administration pour ses colonies, l'Europe y compris ; non, elle &#034; permettra &#034; &#224; ces derni&#232;res de maintenir chez elles l'ordre r&#233;formiste, pacifiste, anodin, avec l'aide de la social-d&#233;mocratie, des radicaux et autres partis petits-bourgeois, et leur d&#233;montrera qu'elles doivent lui &#234;tre reconnaissantes de ce qu'elle n'a pas attent&#233; &#224; leur &#034; ind&#233;pendance &#034;. Voil&#224; le plan du capital am&#233;ricain, voil&#224; le programme sur lequel se reconstitue la IIe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les perspectives de guerre et de r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme am&#233;ricain de mise en tutelle du monde entier n'est pas du tout un programme pacifiste ; au contraire, il est gros de guerres et de bouleversements r&#233;volutionnaires. Ce n'est pas sans raison que l'Am&#233;rique continue &#224; d&#233;velopper sa flotte. Elle construit activement des croiseurs l&#233;gers et rapides, des sous-marins et des navires auxiliaires. Et, quand l'Angleterre s'avise de protester &#224; mi-voix, elle r&#233;pond : &#034;Souvenez-vous que j'ai &#224; compter non seulement avec vous, mais avec le Japon ; or le Japon poss&#232;de une &#233;norme quantit&#233; de croiseurs l&#233;gers et il me faut r&#233;tablir la proportion qui est, vous le savez, de 5 &#224; 3.&#034;A cela, impossible de r&#233;pliquer, parce que les Etats-Unis peuvent, selon leur expression, faire des navires de guerre comme des petits pains. Voil&#224; la perspective de la prochaine guerre mondiale, dont l'Oc&#233;an Pacifique et l'Oc&#233;an Atlantique seront l'ar&#232;ne, &#224; supposer que la bourgeoisie puisse continuer &#224; gouverner le monde pendant une p&#233;riode encore assez longue. Il est bien peu vraisemblable que la bourgeoisie de tous les pays consente &#224; &#234;tre rel&#233;gu&#233;e &#224; l'arri&#232;re-plan, &#224; devenir la vassale de l'Am&#233;rique sans tenter tout au moins de r&#233;sister. En effet, l'Angleterre a des app&#233;tits formidables, un d&#233;sir furieux de maintenir sa domination sur le monde. Les conflits militaires sont in&#233;vitables. L'&#232;re de l'am&#233;ricanisme pacifiste qui semble s'ouvrir en ce moment n'est qu'une pr&#233;paration &#224; de nouvelles guerres monstrueuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la question des chances du r&#233;formisme europ&#233;en actuel, question qui est le point principal de mon exposition, nous devons r&#233;pondre : ces chances sont, jusqu'&#224; un certain moment, directement proportionnelles &#224; celles du &#034; pacifisme &#034; imp&#233;rialiste am&#233;ricain. Si la transformation de l'Europe en dominion am&#233;ricain r&#233;ussit, c'est-&#224;-dire ne se heurte pas au cours des ann&#233;es prochaines &#224; la r&#233;sistance des peuples, si elle n'avorte pas par suite de la guerre ou de la r&#233;volution, la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne, ombre du capital am&#233;ricain, conservera jusqu'&#224; un certain temps son influence, et l'Europe se maintiendra dans un &#233;quilibre instable, fait des restes de son ancienne puissance et des &#233;l&#233;ments de sa nouvelle vie organis&#233;e d'apr&#232;s le rationnement fix&#233; par l'Am&#233;rique. Tout cela sera recouvert d'un amalgame id&#233;ologique d'axiomes de la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne et de principes &#034; pacifistes &#034; des quakers am&#233;ricains. Ainsi donc, il faut se demander non pas quelles sont les forces de la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne, mais quelles sont les chances du capital am&#233;ricain de maintenir le nouveau r&#233;gime en Europe, en finan&#231;ant parcimonieusement cette derni&#232;re ? Il est impossible de faire en l'occurrence des pr&#233;dictions exactes et, &#224; plus forte raison, die fixer des d&#233;lais. Il nous suffit de comprendre le nouveau m&#233;canisme des rapports mondiaux, de nous rendre compte des facteurs essentiels qui d&#233;termineront la situation en Europe, pour pouvoir suivre le d&#233;veloppement des &#233;v&#233;nements, profiter des succ&#232;s et des insucc&#232;s du ma&#238;tre de l'heure, les Etats-Unis, comprendre les zigzags politiques de la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne et, par l&#224;, renforcer les chances de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions qui ont pr&#233;par&#233; la guerre imp&#233;rialiste et l'ont d&#233;cha&#238;n&#233;e sur l'Europe il y a dix ans, contradictions accentu&#233;es par la guerre, maintenues par la paix de Versailles et intensifi&#233;es par la lutte de classe en Europe, subsistent incontestablement. Et les Etats-Unis se heurteront &#224; ces contradictions dans toute leur acuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rationner un pays affam&#233; est chose difficile, nous le savons par exp&#233;rience ; il est vrai que nous l'avons fait dans d'autres conditions, en nous basant sur d'autres principes, en nous soumettant &#224; la n&#233;cessit&#233; de lutter pour sauver la r&#233;volution. Mais, nous avons pu constater que le r&#233;gime de la ration de famine &#233;tait li&#233; &#224; des troubles croissants qui ont amen&#233; en fin de compte l'insurrection de Cronstadt. Maintenant, pouss&#233;e par la logique de l'imp&#233;rialisme rapace, l'Am&#233;rique fait une gigantesque exp&#233;rience de rationnement sur plusieurs peuples. Ce plan se heurtera dans sa r&#233;alisation &#224; des luttes de classe et &#224; des luttes nationales acharn&#233;es. Plus la puissance du capital am&#233;ricain se transformera en puissance politique, plus le capital am&#233;ricain se d&#233;veloppera internationalement, plus les banquiers am&#233;ricains commanderont aux gouvernements d'Europe, et plus forte, plus centralis&#233;e, plus d&#233;cisive sera la r&#233;sistance des masses prol&#233;tariennes, petites-bourgeoises et paysannes d'Europe, car, faire de l'Europe une colonie, ce n'est pas si simple que vous le croyez, messieurs les Am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous assistons au d&#233;but de ce processus. Maintenant, pour la premi&#232;re fois, apr&#232;s une s&#233;rie d'ann&#233;es, le prol&#233;taire allemand affam&#233; vient de sentir un faible all&#233;gement &#224; ses maux. Quand l'ouvrier est compl&#232;tement &#233;puis&#233;, quand il a longtemps souffert de la famine, il est sensible au plus l&#233;ger all&#233;gement. Cet all&#233;gement, c'est, en ce moment, la stabilisation du mark, la stabilisation des salaires, qui a amen&#233; une certaine stabilisation politique de la social-d&#233;mocratie allemande. Mais cette stabilisation n'est que temporaire. L'Am&#233;rique ne se dispose nullement &#224; augmenter la ration allemande et, en particulier, la part qui doit en revenir &#224; l'ouvrier allemand. Il en sera de m&#234;me plus tard pour l'ouvrier fran&#231;ais et l'ouvrier anglais. Car, que faut-il &#224; l'Am&#233;rique ? Il lui faut, au d&#233;triment des masses laborieuses d'Europe et du monde entier, assurer ses profits et, par l&#224; m&#234;me, consolider la situation privil&#233;gi&#233;e de l'aristocratie ouvri&#232;re am&#233;ricaine. Sans cette derni&#232;re, le capital am&#233;ricain ne peut se maintenir ; sans Gompers et ses trade-unions, sans ouvriers qualifi&#233;s bien pay&#233;s, le r&#233;gime politique du capital am&#233;ricain s'effondrera. Or, on ne peut maintenir l'aristocratie ouvri&#232;re am&#233;ricaine dans une situation privil&#233;gi&#233;e qu'en r&#233;duisant la &#034; pl&#232;be &#034;, la &#034; populace &#034; prol&#233;tarienne d'Europe, &#224; une ration strictement et parcimonieusement mesur&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il sera de plus en plus difficile &#224; la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne de pr&#244;ner devant les masses ouvri&#232;res l'&#233;vangile de l'am&#233;ricanisme. La r&#233;sistance des ouvriers europ&#233;ens au ma&#238;tre de leurs ma&#238;tres, au capital am&#233;ricain, deviendra de plus en plus centralis&#233;e. L'importance directe, pratique, combative du mot : d'ordre de la r&#233;volution europ&#233;enne et de sa forme &#233;tatique &#034; Etats-Unis d'Europe &#034; deviendra de plus en plus &#233;vidente aux ouvriers europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la social-d&#233;mocratie intoxique-t-elle la conscience des ouvriers europ&#233;ens ? Nous sommes une Europe morcel&#233;e, d&#233;pec&#233;e par la paix de Versailles, leur dit-elle ; nous ne pouvons vivre sans l'Am&#233;rique. Mais le Parti communiste europ&#233;en dira : Vous mentez ; nous le pourrons, si nous le voulons. Qui nous oblige &#224; &#234;tre une Europe morcel&#233;e ? Nous pouvons devenir une Europe unifi&#233;e. Le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire peut unifier l'Europe, la transformer en Etats-Unis prol&#233;tariens d'Europe. L'Am&#233;rique est puissante. Contre la Grande-Bretagne, qui s'appuie sur ses colonies clans le monde entier, l'Am&#233;rique est toute-puissante. Mais contre une Europe prol&#233;tarienne-paysanne unifi&#233;e, fondue dans une seule Union sovi&#233;tiste avec la Russie, elle sera impuissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que sent le capital am&#233;ricain. Il n'est pas d'ennemi plus acharn&#233; du bolchevisme que lui. La politique de Hughes n'est pas de la fantaisie, du caprice, c'est I'expression de la volont&#233; du capital am&#233;ricain qui entre maintenant dans l'&#233;poque de la lutte ouverte pour la supr&#233;matie mondiale. Il se heurte d&#233;j&#224; &#224; nous parce que les voies menant &#224; la Chine et &#224; la Sib&#233;rie passent par l'Oc&#233;an Pacifique. L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain caresse le r&#234;ve de coloniser la Sib&#233;rie. Mais, il y a l&#224; une garde. Nous avons le monopole du commerce ext&#233;rieur. Nous avons les bases socialistes de la politique &#233;conomique. C'est l&#224; le premier obstacle au capital am&#233;ricain. Et, quand ce dernier, gr&#226;ce &#224; la politique des portes ouvertes, p&#233;n&#232;tre en Chine, il y trouve dans les masses populaires non pas la religion de l'am&#233;ricanisme, mais le programme politique du bolchevisme traduit en chinois. Ce ne sont pas les noms de Wilson, de Harding, de Coolidge, de Morgan ou de Rockefeller qui sont sur les l&#232;vres des coolies et des paysans chinois. En Chine et dans tout l'Orient, c'est le nom de L&#233;nine qu'on prononce avec enthousiasme. C'est uniquement avec les mots d'ordre de la lib&#233;ration des peuples que les Etats-Unis peuvent saper la puissance de l'Angleterre. Ces mots d'ordre pour eux ne servent qu'&#224; voiler une politique de conqu&#234;tes. Mais en Orient, &#224; c&#244;t&#233; du consul, du marchand, du professeur et du journaliste am&#233;ricains, il y a des lutteurs, des r&#233;volutionnaires, qui ont su traduire dans leur langue le programme &#233;mancipateur du bolchevisme. Partout, en Europe aussi bien qu'en Asie, l'am&#233;ricanisme imp&#233;rialiste se heurte au bolchevisme r&#233;volutionnaire. Bolchevisme et am&#233;ricanisme imp&#233;rialiste, ce sont l&#224; deux facteurs de l'histoire contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1919, au moment de l'arriv&#233;e de Wilson en Europe, lorsque toute la presse bourgeoise parlait de Wilson et de L&#233;nine, je dis en plaisantant &#224; ce dernier : &#034; L&#233;nine et Wilson, voil&#224; les deux principes apocalyptiques de l'histoire contemporaine. &#034; Vladimir Ilitch se mit &#224; rire. Moi-m&#234;me alors, je ne pr&#233;voyais pas &#224; quel point cette plaisanterie serait justifi&#233;e par l'histoire. Le l&#233;ninisme et l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain sont les deux seuls principes qui luttent maintenant en Europe, et, de l'issue de cette lutte, d&#233;pend le sort de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre ennemi am&#233;ricain est beaucoup plus uni et bien plus puissant que nos ennemis dispers&#233;s d'Europe, mais il concentre les ouvriers europ&#233;ens. Or c'est pr&#233;cis&#233;ment dans la concentration qu'est notre force. La reconstitution de la IIe Internationale n'est que l'indice du fait que le prol&#233;tariat europ&#233;en est oblig&#233; de se grouper sur une plus vaste &#233;chelle et de lutter non plus dans le cadre national mais dans le cadre continental. Et au fur et &#224; mesure que les masses ouvri&#232;res sentent la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;sistance et &#233;largissent la hase de cette r&#233;sistance, ce sont les id&#233;es r&#233;volutionnaires qui prennent le dessus. Et plus les id&#233;es qui envahissent les masses sont r&#233;volutionnaires, plus le terrain pour le bolchevisme est favorable. Chaque succ&#232;s de l'am&#233;ricanisme contribuera &#224; centraliser et &#224; &#233;tendre &#224; la fois la lutte pour le bolchevisme. L'avenir est &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque je parle &#224; une assembl&#233;e convoqu&#233;e par la Soci&#233;t&#233; des Amis de la Facult&#233; des Sciences physiques et math&#233;matiques, permettez-moi de. vous dire que ma critique marxiste r&#233;volutionnaire de l'am&#233;ricanisme ne signifie pas que nous condamnions ce dernier en bloc, que nous renoncions &#224; apprendre aupr&#232;s des Am&#233;ricains ce que nous pouvons et devons nous assimiler de leurs bons c&#244;t&#233;s. Il nous manque leur technique et leurs proc&#233;d&#233;s de travail. Le postulat de la technique, c'est la science sciences naturelles, physique, math&#233;matique, etc. Or, il nous faut &#224; tout prix nous rapprocher le plus possible des Am&#233;ricains sur ce point. Il nous faut cuirasser le bolchevisme &#224; l'am&#233;ricaine. Nous avons pu jusqu'&#224; pr&#233;sent r&#233;sister. Cependant, la lutte peut rev&#234;tir des proportions plus mena&#231;antes. Il est plus facile pour nous de nous cuirasser &#224; l'am&#233;ricaine que pour le capital am&#233;ricain de mettre l'Europe et le monde entier &#224; la portion congrue. Si nous nous cuirassons avec la physique, les math&#233;matiques, la technique, si nous am&#233;ricanisons notre industrie socialiste encore faible, nous pourrons, avec une certitude d&#233;cupl&#233;e, dire que l'avenir est enti&#232;rement et d&#233;finitivement &#224; nous. Le bolchevisme am&#233;ricanis&#233; vaincra, &#233;crasera l'am&#233;ricanisme imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le 22 juillet, c'est-&#224;-dire tout r&#233;cemment, Hughes a prononc&#233; devant une assembl&#233;e de ministres et de juristes anglais un discours qui, selon lui, n'avait absolument rien d'officiel. D'un ton ironique, il a parl&#233; des Europ&#233;ens qui viennent en Am&#233;rique pour instruire, conseiller, persuader les Yankees, et surtout rechercher leur sympathie et leur aide. Puis, il s'est mis &#224; montrer comment les peuples europ&#233;ens peuvent obtenir le concours et l'aide des Etats-Unis. &#034; L'h&#233;misph&#232;re occidental (Am&#233;rique du Nord et Am&#233;rique du sud) offre un mod&#232;le de paix &#034;. &#034; Les Am&#233;ricains, parait-il, ont su faire ce &#224; quoi n'a pu arriver l'Europe &#034;. &#034; Nos relations avec le Canada sont un mod&#232;le de paix &#034;.&#034; Nous savons, presque aussi s&#251;rement que les plan&#232;tes se meuvent dans leurs orbites, que nous conserveront la paix avec le Canada &#034;. En d'autres termes, si vous, Anglais, vous vous avisez jamais de nous faire la guerre, sachez bien que votre colonie du Canada sera avec nous contre vous. Vous avez le plan Dawes et vous &#234;tes oblig&#233;s de l'accepter, car si vous ne satisfaites pas les actionnaires am&#233;ricains, toutes vos conversations n'aboutiront &#224; rien. &#034; Ma certitude que l'on parviendra &#224; surmonter toutes les difficult&#233;s existantes est bas&#233;e sur le fait qu'un &#233;chec entra&#238;nerait le chaos le plus complet &#034;. Autrement dit : si vous r&#233;sistez, nous vous abandonnerons &#224; vous-m&#234;mes et l'Europe p&#233;rira sans notre aide. &#034; Vous pouvez compter &#034;, &#034; vous devez... &#034;, &#034; vous ne devez pas &#034;, voi1&#224; le ton de ce discours, qui a &#233;t&#233; prononc&#233; &#224; une assembl&#233;e &#224; laquelle participaient l'h&#233;ritier du tr&#244;ne et les ministres de sa Majest&#233; britannique et exprime d'une fa&#231;on frappante les rapports entre l'Am&#233;rique et l'Europe. La presse officielle anglaise a grinc&#233; des dents et le grincement de dents, on le sait, est une faible ressource de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ Dans l'&#233;dition de 1926 (publi&#233;e par la &#034;librairie de l'Humanit&#233;&#034;) figurait ce fragment de texte dont on peut penser qu'il venait &#224; la suite de cette premi&#232;re note]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...] son pays &#224; une autre nation... L'empire britannique est donn&#233; en gage aux Etats-Unis &#034;. &#034; Gr&#226;ce &#224; Churchill, &#233;crit le journal conservateur Daily Express, l'Angleterre tombe sous la botte des banquiers am&#233;ricains&#034;. Le Daily Chronicle est encore plus cat&#233;gorique : &#034; L'Angleterre, dit-il, devient en somme le quarante-neuvi&#232;me Etat de l'Am&#233;rique &#034;. On ne saurait s'exprimer plus clairement, A ces attaques violentes le ministre des Finances, Churchill, r&#233;pond qu'il ne reste rien &#224; l'Angleterre qu'&#224; mettre son syst&#232;me financier en accord avec la r&#233;alit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les paroles de Churchill signifient : Nous sommes devenus incomparablement plus pauvres et les Etats-Unis incomparablement plus riches ; il nous faut ou bien nous battre avec l'Am&#233;rique, ou bien nous soumettre &#224; elle ; en faisant d&#233;pendre des banquiers am&#233;ricains le sort de la livre sterling nous ne faisons que traduire notre d&#233;ch&#233;ance &#233;conomique dans la langue de la devise ; on ne peut sauter plus haut que sa t&#234;te ; il faut &#234;tre &#034; en accord avec la r&#233;alit&#233; &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Dans le manifeste que le V&#232;me Congr&#232;s m'a charg&#233; d'&#233;crire &#224; l'occasion du 10e anniversaire de la guerre, j'ai exprim&#233; cette pens&#233;e de la fa&#231;on suivante :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Lentement, mais s&#251;rement, l'antagonisme mondial le plus puissant cherche la ligne o&#249; les int&#233;r&#234;ts de l'empire britannique se heurtent &#224; ceux des Etats-Unis. Ces deux derni&#232;res ann&#233;es, il pouvait sembler qu'un accord stable &#233;tait intervenu entre ces deux colosses. Mais cette apparence de stabilit&#233; ne durera que tant que se poursuivra la progression &#233;conomique de l'Am&#233;rique, bas&#233;e principalement sur le march&#233; int&#233;rieur. Cette p&#233;riode de progression touche manifestement &#224; sa fin. La crise agraire, qui a sa source dans la ruine de l'Europe a &#233;t&#233; le pr&#233;curseur de la crise commerciale et industrielle qui approche. Les forces de production de l'Am&#233;rique doivent se chercher un d&#233;bouch&#233; de plus en plus vaste sur le march&#233; mondial. Le commerce ext&#233;rieur des Etats-Unis ne peut se d&#233;velopper qu'au d&#233;triment de celui de la Grande-Bretagne ; leur flotte commerciale et militaire ne peut se d&#233;velopper qu'aux d&#233;pends de la flotte britannique. La p&#233;riode des accords anglo-am&#233;ricains fera place &#224; une lutte sans cesse croissante qui, &#224; son tour, comportera un danger de guerre plus grand que jamais. &#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rwanda : le g&#233;nocide programm&#233; par le pouvoir rwandais et l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais </title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article121</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article121</guid>
		<dc:date>2008-03-02T19:35:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Lumpen</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>Rwanda</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Mitterrand et son ami Habyarimana &lt;br class='autobr' /&gt;
Un des premiers ouvrages qui ont rapport&#233; la responsabilit&#233; de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &lt;br class='autobr' /&gt;
Troupes fran&#231;aises encadrant les milices fascistes en formation &lt;br class='autobr' /&gt;
Barrage des milices fascistes avec arrestation &lt;br class='autobr' /&gt;
Document sur la complicit&#233; fran&#231;aise &lt;br class='autobr' /&gt;
Troupes fran&#231;aises intervenant au Rwanda &lt;br class='autobr' /&gt; Site : Mati&#232;re et r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
www.matierevolution.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Sommaire du site &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi ce site ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nous &#233;crire, cliquez sur R&#233;pondre &#224; cet article &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Rwanda (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;1- 1 Cinq situations pr&#233;-r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Lumpen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot163" rel="tag"&gt;Rwanda&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/610xe.jpg' width=&#034;610&#034; height=&#034;400&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Mitterrand et son ami Habyarimana&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/610x.jpg' width=&#034;610&#034; height=&#034;404&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/EF004-Rwanda-94.jpg' width=&#034;300&#034; height=&#034;482&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un des premiers ouvrages qui ont rapport&#233; la responsabilit&#233; de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_128 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/memorial220.jpg' width=&#034;220&#034; height=&#034;187&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Troupes fran&#231;aises encadrant les milices fascistes en formation&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_129 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/images-4.jpg' width=&#034;114&#034; height=&#034;88&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Barrage des milices fascistes avec arrestation&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_130 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/image002.jpg' width=&#034;684&#034; height=&#034;448&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Document sur la complicit&#233; fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_131 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/fr-390-38.jpg' width=&#034;390&#034; height=&#034;228&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Troupes fran&#231;aises intervenant au Rwanda&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Site : Mati&#232;re et r&#233;volution&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;www.matierevolution.fr&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article88&#034;&gt;Sommaire du site&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1&#034;&gt;Pourquoi ce site ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous &#233;crire, cliquez sur &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=forum&amp;id_article=121&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; cet article&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Rwanda : r&#233;formisme puis fascisme &lt;br class='autobr' /&gt;
contre une mobilisation populaire de masse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans ces pays-l&#224;, un g&#233;nocide, ce n'est pas trop important &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sident Fran&#231;ois Mitterrand, &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;claration de l'&#233;t&#233; 1994, &lt;br class='autobr' /&gt;
cit&#233;e par Le Figaro du 12/01/1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les responsables&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;gime de dictature f&#233;roce d'Habyarimana, soutenu par la France, a de plus en plus de mal &#224; se maintenir au pouvoir. Depuis 1990, la population pauvre du pays est en r&#233;volte, toutes ethnies confondues, contre la dictature et la mis&#232;re. En 1992, le r&#233;gime a &#233;t&#233; contest&#233; par un v&#233;ritable soul&#232;vement de la population de la capitale Kigali. Il est menac&#233; d'autre part par le FPR (Front Patriotique Rwandais), parti &#224; majorit&#233; tutsi, soutenu par l'Ouganda, avec derri&#232;re les USA et l'Angleterre. Il est contraint de reculer, accepte que le pouvoir soit partag&#233; avec les dirigeants de la mobilisation d&#233;mocratique. Le 6 avril 1994, l'avion du pr&#233;sident est abattu. Cet &#233;v&#233;nement sert de pr&#233;texte au nouveau Gouvernement int&#233;rimaire rwandais (GIR), constitu&#233; dans l'ambassade de France sous l'&#233;gide de l'ambassadeur, pour d&#233;clencher le g&#233;nocide des Tutsis planifi&#233; depuis longtemps. La Radio des Mille collines exhorte les Hutus &#224; se &#171; &#233;radiquer les cafards tutsis &#187;, tandis que l'arm&#233;e montre l'exemple et distribue les machettes. Les Hutus qui refusent de participer au massacre sont assassin&#233;s. Plus d'un million de Tutsis seront massacr&#233;s dans les 100 jours qui suivront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, sous la direction du pr&#233;sident &#171; socialiste &#187; Fran&#231;ois Mitterrand (ainsi que de la cellule sp&#233;ciale de l'Elys&#233;e pour la Rwanda) et du gouvernement de droite Balladur-L&#233;otard, n'a pas &#233;t&#233; passif : il a apport&#233; son soutien, plein et entier, aux extr&#233;mistes hutus &#224; plusieurs niveaux :&lt;br class='autobr' /&gt;
militaire : avant le g&#233;nocide en bloquant l'avanc&#233;e du FPR sur Kigali et en enseignant l'art de tuer aux futures milices g&#233;nocidaires ; pendant le g&#233;nocide en livrant des armes et du mat&#233;riel de communication et en aidant au tri ethnique des victimes en &#233;ditant les cartes d'identit&#233;s avec la mention &#171; hutu &#187; et &#171; tutsi &#187; et ensuite lors des contr&#244;les d'identit&#233;. N'oublions pas que, durant les ann&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; le g&#233;nocide, le chef d'Etat major de l'arm&#233;e rwandaise est un officier fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;diplomatique : en accueillant &#224; Paris, en plein g&#233;nocide, des membres du GIR et en dissuadant l'ONU de voter l'embargo qui aurait rendu la vente d'arme au Rwanda ill&#233;gale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;financier : durant tout le g&#233;nocide en avan&#231;ant des fonds qui serviront &#224; des achats d'armes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;m&#233;diatique : en faisant passer ce g&#233;nocide pour une &#171; guerre tribale &#187; de plus, gr&#226;ce &#224; la collaboration z&#233;l&#233;e de la presse hexagonale (notamment Le Monde)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soutien continuera apr&#232;s le g&#233;nocide avec l'op&#233;ration Turquoise, v&#233;ritable op&#233;ration de sauvetage des g&#233;nocidaires, d&#233;guis&#233;e en action humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sommet atteint dans l'horreur constitue le point d'orgue d'une politique men&#233;e par la France dans ses anciennes colonies depuis leur ind&#233;pendance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour assurer le pillage des mati&#232;res premi&#232;res et la mainmise sur des pans entiers de l'&#233;conomie locale par des grands groupes fran&#231;ais (tels Bollor&#233;, Total, Bouygues, France Telecom&#8230;), l'Etat fran&#231;ais n'h&#233;site pas &#224; soutenir les pires dictatures, du moment qu'elles sont aptes &#224; garantir le bon d&#233;roulement des affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime extr&#233;miste hutu avait par le pass&#233; d&#233;montr&#233; sa fid&#233;lit&#233; aux int&#233;r&#234;ts de la France en couvrant la vente ill&#233;gale d'armes et d'&#233;quipement nucl&#233;aire &#224; l'Afrique du Sud, alors frapp&#233;e d'embargo. Le Rwanda devait devenir une plate-forme fran&#231;aise, solide et s&#251;re, au c&#339;ur d'une Afrique orientale peu fiable ou largement pro-am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de voir ce bastion tomber sous influence &#171; anglo-saxonne &#187; (le FPR &#233;tant suppos&#233; &#234;tre financ&#233; par la CIA), les d&#233;cideurs fran&#231;ais ont choisi la fuite en avant en soutenant l'extermination totale de tous les opposants au r&#233;gime et de la minorit&#233; tutsi susceptible de soutenir le FPR dans sa marche au pouvoir. Cette ultime man&#339;uvre n'emp&#234;cha d'ailleurs pas le GIR d'&#234;tre chass&#233; de Kigali&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce g&#233;nocide n'est pas une irruption spontan&#233;e de la &#171; folie des hommes &#187;, il est le r&#233;sultat d'un choix strat&#233;gique de &#171; nos &#187; dirigeants : Mitterrand et Balladur, commis lors d'une cohabitation gauche/droite ! Ce crime est toujours assum&#233; par les hommes politiques fran&#231;ais qui ont, d'un commun accord, sign&#233; le rapport Quil&#232;s (extraits joints en annexe) selon lequel la France n'aurait fait que des erreurs limit&#233;es, mais ne serait pas responsable du g&#233;nocide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rwanda : un g&#233;nocide encourag&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
et couvert par l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opinion publique fran&#231;aise commence &#224; &#234;tre inform&#233;e, avec dix ans de retard, sur l'implication de la France dans le g&#233;nocide rwandais de 1994. Mais cette seule information est loin d'&#233;clairer toutes les responsabilit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les responsabilit&#233;s fran&#231;aises&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait maintenant que c'est bien le gouvernement rwandais de l'&#233;poque qui a organis&#233; le massacre, utilisant tous les moyens de l'Etat, avec l'aide et la b&#233;n&#233;diction du pr&#233;sident socialiste de la R&#233;publique fran&#231;aise Fran&#231;ois Mitterrand que ses amiti&#233;s liaient &#224; la famille du dictateur rwandais, Juv&#233;nal Habyarimana. Mais si Mitterrand, et la cellule sp&#233;ciale de l'Elys&#233;e qu'il dirigeait, ont effectivement pris les d&#233;cisions essentielles, c'est avec l'accord des ministres et conseillers de droite du gouvernement Balladur, des Jupp&#233;, L&#233;otard et autres Villepin. Le Rwanda n'est pas une affreuse affaire &#233;chapp&#233;e &#224; leur contr&#244;le mais une d&#233;cision m&#251;rement pes&#233;e par les dirigeants fran&#231;ais de l'&#233;poque. D'ailleurs ceux-ci, droite et gauche confondues, refusent toujours de reconna&#238;tre leur implication et font donner diplomatie et m&#233;dias pour maintenir le rideau de fum&#233;e. Les proc&#232;s des repr&#233;sentants politiques, diplomatiques et militaires impliqu&#233;s dans un g&#233;nocide, c'est bon pour les Yougoslaves, voire les Rwandais eux-m&#234;mes, pas pour ceux de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux-ci estimaient qu'une d&#233;faite du r&#233;gime du dictateur Habyarimana revenait &#224; voir le Rwanda, porte d'entr&#233;e vers le riche Za&#239;re, tomber dans l'escarcelle des USA. Pour l'emp&#234;cher il fallait une implication militaire et financi&#232;re massive de la France aux c&#244;t&#233;s du gouvernement rwandais dans le conflit qui l'opposait aux forces arm&#233;es de l'opposition r&#233;fugi&#233;e en Ouganda, le Front patriotique rwandais, &#224; majorit&#233; tutsie. Tr&#232;s vite, le gouvernement fran&#231;ais a couvert et m&#234;me encourag&#233; la tactique du gouvernement rwandais consistant &#224; faire payer par des massacres de la population tutsie chaque avanc&#233;e militaire du FPR. Ainsi l'offensive du FPR d'octobre 1990 repouss&#233;e avec l'aide des militaires fran&#231;ais (op&#233;ration dite Noro&#238;t) a &#233;t&#233; suivie de massacres de Tutsis au nord du pays, pr&#232;s de Bigogwe, &#224; proximit&#233; du camp militaire fran&#231;ais du DAMI.&lt;br class='autobr' /&gt;
A partir de 1990, le lieutenant-colonel fran&#231;ais Chollet, est le v&#233;ritable chef militaire des forces arm&#233;es rwandaises. En 1992, Paul Dijoud, directeur des affaires africaines de l'Etat fran&#231;ais, d&#233;clare &#224; Paul Kagam&#233; (dirigeant du FPR &#224; l'&#233;poque et actuel chef d'Etat du Rwanda) : &#171; si vous vous emparez du pays, vous ne retrouverez pas vos femmes et vos familles, parce que tous auront &#233;t&#233; massacr&#233;s &#187;. [1] au nom du pr&#233;sident Mitterrand est envoy&#233;e &#224; l'un des massacreurs connus, Jean Bosco Barayagwiza, leader du CDR qui vient d'organiser des massacres &#224; Kibuye. Le 28 f&#233;vrier 1993, le ministre de la coop&#233;ration Marcel Debarge appelle, officiellement et au nom de la France, &#171; tous les Hutus &#224; s'unir contre le FPR &#187; [2]. L'ex-sp&#233;cialiste de la cellule sp&#233;ciale de l'Elys&#233;e, G&#233;rard Prunier, reconna&#238;t : &#171; c'est un appel &#224; la guerre raciale &#187;. Une semaine plus tard, le &#171; Hutu Power &#187;, front uni des partis et des milices g&#233;nocidaires, est n&#233;. Jean-Paul Gouteux [3] &#233;crit : &#171; Le mouvement Hutu Power n'a rien d'exotique. Il est occidental et moderne. Ce n'est pas l'expression d'un atavisme tribal enracin&#233; dans l'Afrique profonde. (..) Des Fran&#231;ais, hommes politiques, journalistes, ministres, universitaires ou chercheurs ont justifi&#233; la politique fran&#231;aise au Rwanda &#224; l'aide de consid&#233;rations ethniques. &#187; [4]&lt;br class='autobr' /&gt;
Les m&#233;canismes du g&#233;nocide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; des dirigeants fran&#231;ais est bien &#233;crasante. Reste &#224; comprendre pourquoi leurs prot&#233;g&#233;s de la classe dirigeante rwandaise ont voulu ce g&#233;nocide et comment ils ont trouv&#233; dans la population des centaines de milliers d'ex&#233;cutants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es 1988-1991, une vague de mouvements populaires d&#233;stabilise la plupart des r&#233;gimes africains et en renverse m&#234;me plusieurs (par exemple, la dictature militaire de Moussa Traor&#233; en 1991 au Mali). Le Rwanda en proie aux m&#234;mes probl&#232;mes &#233;conomiques et politiques, le poids de la dette ext&#233;rieure et celui de la dictature, n'y &#233;chappe pas. Le 8 et le 15 janvier 1990, plus de 100 000 manifestants parcourent les rues de la capitale Kigali. &#8220; Au d&#233;but de l'automne 1990, le Rwanda traversait une crise profonde qui gagnait petit &#224; petit tout le pays &#8221;, &#233;crit M. G&#233;rard Prunier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les questions br&#251;lantes qui causent cette mobilisation ne sont nullement les questions dites ethniques mais les questions sociales et politiques, la crise, la mis&#232;re, la corruption du r&#233;gime et la dicature. C'est la corruption en mati&#232;re de scolarit&#233; qui donne l'&#233;tincelle mettant le feu aux poudres. Une enseignante, Agathe Uwilingiyimana, qui sera la premi&#232;re assassin&#233;e au d&#233;marrage du g&#233;nocide, d&#233;nonce les traffics dans les r&#233;sultats du baccalaur&#233;at qui permettent aux enfants de la classe dirigeante d'&#234;tre re&#231;us en rayant les premiers de la liste des re&#231;us. Ellle subit une violente r&#233;pression de la part de l'arm&#233;e, mais la population prend fait et cause pour elle. La mobilisation en sa faveur est impressionante en va faire d'elle une des leaders de l'opposition d&#233;mocratique qui vise &#224; la d&#233;mocratisation du pays, dont le multipartisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, la r&#233;volte populaire avait une base sociale d'autant plus importante que la classe dirigeante &#233;tait absolument incapable de staisfaire les aspirations populaires, ayant m&#234;me du mal &#224; imaginer comment elle allait partager un g&#226;teau sans cesse plus restreint entre des &#233;quipes concurrentes de la bourgeoisie, du pouvoir, du FPR et de l'opposition. Les recettes du caf&#233; et du th&#233;, durement touch&#233;es par la chute des cours sur les march&#233;s mondiaux, connaissent une baisse inqui&#233;tante. Quant aux espoirs suscit&#233;s par le d&#233;veloppement du tourisme, ils auront &#233;t&#233; fauch&#233;s net avec le d&#233;clenchement de la guerre. En 1991, le d&#233;ficit budg&#233;taire, cens&#233; ne pas d&#233;passer 2,6 milliards de francs rwandais, a atteint 10,5 milliards. Les d&#233;penses de l'Etat ont mont&#233; en fl&#232;che : les effectifs de l'arm&#233;e, guerre oblige, ont quasiment tripl&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les deux ann&#233;es qui suivent le mouvement populaire contre le r&#233;gime va aller sans cesse croissant. Il culmine en 1992 avec des manifestations monstres &#224; Kigali et dans les grandes villes. Dans la capitale, c'est presque la moiti&#233; de la population qui descend dans la rue et conspue les militaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les leaders d&#233;mocrates du mouvement sont alors appel&#233;s &#224; participer au gouvernement aux c&#244;t&#233;s des membres du pouvoir li&#233;s &#224; l'arm&#233;e et &#224; l'extr&#234;me-droite. Les opposants d&#233;mocrates &#171; r&#233;alistes &#187; acceptent de gouverner avec les assassins qui ont d&#233;j&#224; maintes fois d&#233;montr&#233; leur capacit&#233; de nuisance. Dans le mouvement d'opposition &#224; la dictature, il y a &#224; la fois des Hutus et des Tutsis. Mais si le r&#233;gime militaire a momentan&#233;ment recul&#233;, remis&#233; le parti unique et appel&#233; certains opposants &#224; la direction du gouvernement, ce n'est que partie remise. Pris entre deux feux, entre FPR &#224; l'ext&#233;rieur et r&#233;volte populaire &#224; l'int&#233;rieur, les dirigeants partent &#224; la recherche d'une solution de type fasciste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour retrouver une base populaire, les classes dirigeantes se tournent vers les d&#233;class&#233;s de la capitale et les pauvres des campagnes et se fondent pour cela sur le pr&#233;jug&#233; si fr&#233;quemment employ&#233; en Afrique : l'ethnisme. Des m&#233;dias qui appellent ouvertement au g&#233;nocide des Tutsis, comme la &#171; radio des mille collines &#187; affirment que Tutsi est synonyme de pro-FPR et pr&#233;tendent que si les Hutus ne tuent pas les Tutsis, c'est eux qui seront tu&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour lier &#224; eux une partie de la population ils l'obligent &#224; se mouiller &#224; leurs c&#244;t&#233;s. Tous ceux qui auront tu&#233; ne pourront plus ensuite prendre parti pour le FPR qui les accuserait de crime. D'o&#249; de premiers massacres, d&#232;s 1990, puis en 1993, dans lesquels des Hutus sont pouss&#233;s &#224; tuer des Tutsis. D'o&#249; aussi la formation de milices de pauvres embrigad&#233;s et form&#233;s &#224; tuer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les massacres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; strat&#233;gie &#187;, largement encourag&#233;e par des dirigeants politiques et militaires fran&#231;ais , est adopt&#233;e &#224; partir du moment o&#249;, sous la pression des USA, le pr&#233;sident Habyarimana est contraint de signer les accords d'Arusha. Dans ces accords qui pr&#233;voient le partage du pouvoir entre la dictature, l'opposition int&#233;rieure et le FPR, la classe dirigeante rwandaise comme les dirigeants fran&#231;ais voient la fin de leur domination du pays. L'ambassade de France au Rwanda affirme &#171; les accords d'Arusha ne sont ni bons ni in&#233;luctables &#187; [5]. C'est un appui au clan le plus radical dit &#171; Akazu &#187; ou clan z&#233;ro qui, autour de la femme du pr&#233;sident, pr&#233;pare le g&#233;nocide. Le plan en a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; d&#232;s 1992 (&#233;poque o&#249; des ambassadeurs et des personnels de l'ONU en ont transmis l'information tant &#224; la Belgique qu'au Canada), lorsque le mouvement populaire est devenu mena&#231;ant. L'assassinat d'Habyarimana, quels que soient ceux qui l'ont commis (Kagam&#233; est maintenant accus&#233; de l'avoir foment&#233;, ce qui est peut-&#234;tre vrai mais qui ne change rien &#224; l'infamie des responsables du g&#233;nocide), en donne le signal au soir du 6 avril.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier acte des bandes de tueurs a consist&#233; &#224; assassiner les Hutus dits &#171; mod&#233;r&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire tous ceux qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre s'&#233;taient oppos&#233;s &#224; la dictature ou encore avaient pris une part dans la r&#233;volte contre la mis&#232;re. Le massacre a alors atteint en quelques jours le g&#233;nocide, visant &#224; l'extermination de tous les Tutsis ainsi que de tous les Hutus qui refusaient d'y participer.&lt;br class='autobr' /&gt;
En plein g&#233;nocide, les dirigeants rwandais, et pas des sous-fifres, sont re&#231;us officiellement &#224; Paris [6]. Jean Bosco Barayagwiza chef du parti extr&#233;miste hutu, le CDR, et de la radio des mille collines, et J&#233;r&#244;me Bicamumpaka ministre des affaires &#233;trang&#232;res du gouvernement g&#233;nocidaire, dit int&#233;rimaire, sont accueillis le 27 avril 1994 &#224; l'Elys&#233;e, &#224; Matignon et au quai d'Orsay. Cela fait 21 jours que le massacre bat son plein. L'Etat fran&#231;ais continue &#224; les armer et &#224; les financer. Il leur maintiendra son soutien dans les mois et les ann&#233;es qui suivront.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est sans doute pas surprenant, ni nouveau, de voir dans un pays pauvre et arri&#233;r&#233; africain un pouvoir avoir recours aux m&#233;thodes qui furent celles de pouvoirs fascistes europ&#233;ens (on peut m&#234;me craindre de le voir se reproduire &#224; l'avenir, en C&#244;te d'Ivoire par exemple, o&#249; le gouvernement semble parfois regarder de ce c&#244;t&#233;). Et il n'est pas plus &#233;tonnant de voir la France &#171; d&#233;mocratique &#187; lui apporter son soutien. Jadis dictature f&#233;roce dans tout son empire colonial, aujourd'hui soutien des dictateurs, souvent tout aussi f&#233;roces, qui maintiennent en retour l'ordre imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [7] Cit&#233; par Le Figaro du 23 novembre 1997 et par Patrick de Saint Exup&#233;ry dans &#171; L'inavouable &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; [8] cit&#233; par Jean-Paul Gouteux dans &#171; La nuit rwandaise &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; [9] cit&#233; par G&#233;rard Prunier dans &#171; Rwanda, le g&#233;nocide &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; [10] docteur en entomologie m&#233;dicale, employ&#233; par la coop&#233;ration en Afrique et qui a d&#233;nonc&#233; le g&#233;nocide rwandais et la responsabilit&#233; fran&#231;aise, notamment dans &#171; Un g&#233;nocide secret d'Etat &#187; et &#171; La nuit rwandaise &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; [11] Mitterrand parle d'un &#171; gouvernement repr&#233;sentant &#224; Kigali une ethnie majoritaire &#224; 80%. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; [12] cit&#233; par Jean-Paul Gouteux dans &#171; La nuit rwandaise &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; [13] Cit&#233; notamment par Mehdi Ba dans &#171; Rwanda, un g&#233;nocide fran&#231;ais &#187; et par Patrick de Saint Exup&#233;ry dans &#171; L'inavouable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Autopsie d'un g&#233;nocide planifi&#233; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Connivences fran&#231;aises au Rwanda &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
de Verschave Fran&#231;ois-Xavier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Faute d'&#234;tre soumise &#224; une autorit&#233; d&#233;mocratique, la politique fran&#231;aise en Afrique - et en particulier au Rwanda - met en sc&#232;ne une pluralit&#233; d'acteurs : politiques, militaires, affairistes, agissant pour leurs propres int&#233;r&#234;ts en dehors de tout contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant trois ans (1990-1993), l'arm&#233;e fran&#231;aise a tenu &#224; bout de bras les troupes d'un r&#233;gime rwandais - ou plut&#244;t d'un clan - s'enfon&#231;ant dans le g&#233;nocide, le racisme et la corruption. Engag&#233;e dans le combat contre le Front patriotique rwandais (FPR) (1), l'&#034;ennemi&#034; diabolis&#233; en &#034;Khmer noir&#034;, la France a massivement &#233;quip&#233; les Forces arm&#233;es rwandaises (FAR) ; elle les a instruites dans des camps o&#249; se pratiquaient la torture et le massacre de civils (&#224; Bigogwe par exemple) ; elle a encourag&#233; une strat&#233;gie &#034;antisubversive&#034; qui passait par la cr&#233;ation de milices enivr&#233;es de haine, et enivr&#233;es tout court. Apr&#232;s la publication, en f&#233;vrier 1993, du rapport d'une commission internationale d&#233;non&#231;ant - d&#233;j&#224; - des &#034;actes de g&#233;nocide&#034;, le mot d'ordre, venu directement de l'Elys&#233;e, n'a pas chang&#233; : &#034;Casser les reins du FPR.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout un pan du dispositif franco-africain d&#233;fini &#224; La Baule sombrera alors dans le jusqu'au-boutisme : sabotage des accords d'Arusha ; (possible) implication dans l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana (pr&#232;s d'accepter l'application de ces accords), puis accueil dans les locaux de l'ambassade de France &#224; Kigali d'une sorte d'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale extraordinaire du &#034;Hutu power&#034;, des partisans de l'&#233;puration ethnique et du massacre des Tutsis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la mort du pr&#233;sident, une partie des concepteurs de la &#034;solution finale du probl&#232;me tutsi&#034; sont &#224; Paris, tandis que se constitue, sous l'aile de la France, un &#034;gouvernement int&#233;rimaire&#034; qui continuera d'encourager les appels au meurtre de Radio libre des Mille Collines (lire article page 8). Au Conseil de s&#233;curit&#233; de l'Organisation des Nations unies (ONU), la France fera cause commune avec ce &#034;gouvernement&#034; et s'opposera, cinq semaines durant, &#224; la reconnaissance du g&#233;nocide. D'avril &#224; juin 1994, pendant que les massacres se poursuivaient et qu'&#233;taient tu&#233;s &#224; la machette environ 500 000 Tutsis, une fraction de l'arm&#233;e fran&#231;aise n'aura qu'une obsession : continuer de ravitailler et d'assister les FAR - sous la protection desquelles &#034;travaillaient&#034; les tueurs. Elle y parvint assez longtemps pour faire le joint avec l'op&#233;ration &#034;Turquoise&#034; : cette d&#233;monstration de force prot&#233;gea certes quelques rescap&#233;s tutsis, mais permit surtout aux responsables du g&#233;nocide de se mettre &#224; l'abri au Za&#239;re ou ailleurs. Certains d'entre eux, tel M. J&#233;r&#244;me Bicamumpaka, conservent des visas de longue dur&#233;e qui leur permettent de venir r&#233;guli&#232;rement en France et d'y entretenir d'utiles contacts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bref aper&#231;u montre que la compromission de la France et sa responsabilit&#233; dans l'un des plus grands crimes collectifs de cette fin de si&#232;cle ne furent pas marginales (2). Comment la R&#233;publique en est-elle arriv&#233;e l&#224;, quel syst&#232;me de d&#233;cision et quelle absence de contr&#244;le politique ont-ils pu autoriser de telles aberrations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de la France dans le camp des responsables du g&#233;nocide rwandais illustre l'agencement d&#233;sordonn&#233; des acteurs et des motivations. Du c&#244;t&#233; des d&#233;cideurs, MM. Fran&#231;ois et Jean-Christophe Mitterrand ont tenu un r&#244;le majeur, en raison des liens tr&#232;s forts les unissant &#224; la famille du dictateur Habyarimana. Le pr&#233;sident de la R&#233;publique fran&#231;aise suivait avec une exceptionnelle attention, y compris en d&#233;placement, l'&#233;volution de la situation militaire au Rwanda ; durant la p&#233;riode de cohabitation (1993-1995), il nommera &#224; la t&#234;te de la Mission militaire de coop&#233;ration, rue Monsieur &#224; Paris, son homme de confiance, le g&#233;n&#233;ral Jean-Pierre Huchon - second personnage de l'&#233;tat-major &#233;lys&#233;en, fortement impr&#233;gn&#233; des sch&#233;mas anti-Tutsis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de M. Edouard Balladur n'a pas contrecarr&#233; les tragiques desseins &#233;lys&#233;ens : la politique franco-africaine profite d'une grande continuit&#233; qui d&#233;passe les clivages partisans. M. Charles Pasqua a la m&#234;me approche des probl&#232;mes que M. Fran&#231;ois Mitterrand (son fils Pierre est l'un des &#034;messieurs Afrique&#034; du ministre de l'int&#233;rieur). L'ancien ministre de la coop&#233;ration, M. Michel Roussin, pass&#233; du service de M. Jacques Chirac &#224; celui de M. Edouard Balladur, s'est parfaitement entendu avec l'Elys&#233;e. Dans ces conditions, le premier ministre, qui ne s'int&#233;resse gu&#232;re au continent noir, a choisi de laisser faire. Deux membres du gouvernement se sont pourtant distingu&#233;s : le ministre des affaires &#233;trang&#232;res, M. Alain Jupp&#233;, en tentant d'introduire la rationalit&#233; du Quai d'Orsay (d'o&#249; l'inflexion de l'attitude officielle de la France &#224; la mi-1993, en faveur des accords d'Arusha - inflexion compromise par la suite et par les autres acteurs) ; et celui de la d&#233;fense, M. Fran&#231;ois L&#233;otard, en contribuant &#224; cantonner l'op&#233;ration &#034;Turquoise&#034; dans ses objectifs affich&#233;s (fort &#233;loign&#233;s des impulsions premi&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;termination du pr&#233;sident Mitterrand &#224; combattre le FPR - ces &#034;anglophones ougandais&#034;, &#034;avant-garde du Tutsiland&#034; (4) - a conduit &#224; installer au Rwanda le plus gros dispositif de combat fran&#231;ais en Afrique depuis l'affaire tchadienne. Puisque, officiellement, on ne faisait pas la guerre, toute la panoplie des missions discr&#232;tes (instruction, encadrement, conseil, renseignement, mise &#224; disposition du r&#233;gime rwandais de soldats antillais ou de mercenaires semi-publics, manipulation d'opposants politiques) a &#233;t&#233; utilis&#233;e. Le compte-rendu de la rencontre &#224; Paris, le 9 mai 1994 (un mois apr&#232;s le d&#233;clenchement du g&#233;nocide et alors que les massacres se poursuivaient), entre le g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais Jean-Pierre Huchon et l'officier &#233;missaire des FAR, M. Ephrem Rwabalinda, est &#233;difiant. Par-del&#224; les fournitures et soutiens militaires que pouvait apporter la France, la question du jour n'&#233;tait pas comment arr&#234;ter le g&#233;nocide, d&#233;j&#224; &#224; moiti&#233; accompli, mais comment retourner les m&#233;dias en faveur du camp en train de le commettre (5) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement de la France au Rwanda est r&#233;v&#233;lateur des d&#233;g&#226;ts que peuvent causer en Afrique des acteurs politiques, militaires, affairistes, voire mafieux (il y avait notamment un narco-trafic rwando-fran&#231;ais), lorsqu'ils ne sont plus soumis &#224; l'autorit&#233; d&#233;mocratique. Certains ressuscitent le &#034;syndrome de Fachoda&#034;, une parano&#239;a face aux &#034;men&#233;es anglo-saxonnes&#034; qui l&#233;gitime les alliances avec le dictateur za&#239;rois Mobutu et le r&#233;gime islamiste de Khartoum, contre l'Ouganda et le Rwanda actuel (6). Paris n'h&#233;site pas &#224; sacrifier des populations (Tutsis, Noubas, Dinkas, etc.) &#224; la d&#233;fense d'une ligne Maginot imaginaire, abritant le commerce fran&#231;ais et la francophonie (7). Ce microcosme franco-africain reste li&#233; &#224; ses correspondants locaux par diverses formes de &#034;solidarit&#233;&#034; : la cogestion de comptes en Suisse, aliment&#233;s par le d&#233;pe&#231;age de l'aide publique ou le d&#233;tournement de marchandises ; la &#034;fraternit&#233; d'armes&#034; avec d'anciens &#233;l&#232;ves des &#233;coles militaires hexagonales, int&#233;gr&#233;s dans une arm&#233;e ou une garde pr&#233;sidentielle claniques, avec des officiers acheteurs d'armes ou mat&#233;riels fran&#231;ais, tr&#232;s largement commissionn&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'horreur de l'histoire n'est pas faite que de d&#233;cisions cyniques : elle se nourrit aussi de mesquineries et de l&#226;chet&#233;s. Ni l'opinion ni les m&#233;dias ne peuvent vraiment &#234;tre exon&#233;r&#233;s. Ils n'ont rien dit lorsque M. Fran&#231;ois Mitterrand a affirm&#233; solennellement : &#034;Il n'y a pas de Monsieur Afrique &#224; l'Elys&#233;e.&#034; C'&#233;tait le 14 juillet 1990. Quatre mois plus tard, r&#233;pondant &#224; une demande t&#233;l&#233;phonique du dictateur Juvnal Habyarimana, M. Jean-Christophe Mitterrand lui promettait l'envoi des parachutistes fran&#231;ais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes :&lt;br class='autobr' /&gt;
(1) Compos&#233; en majorit&#233; d'exil&#233;s tutsis.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) Cf. Colette Braeckman, Rwanda : histoire d'un g&#233;nocide, Fayard, Paris, 1994 ; Fran&#231;ois-Xavier Verschave, Complicit&#233; de g&#233;nocide ? La politique de la France au Rwanda, La D&#233;couverte, Paris, 1994 ; &#034;Dossier&#034; noir de la politique africaine de la France, par la Coalition pour ramener &#224; la raison d&#233;mocratique la politique africaine de la France, trois livraisons d&#233;j&#224; parues, c/o Survie, 57, avenue du Maine, 75014 Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) Selon Jean-Fran&#231;ois M&#233;dard. Lire son intervention lors de la &#034;mise en examen&#034; de la politique africaine de la France, les 8 et 9 novembre 1994 &#224; Biarritz reproduite dans L'Afrique &#224; Biarritz, Agir Ici et Survie, Karthala, Paris, 1995.&lt;br class='autobr' /&gt;
(4) Dont la carte, centr&#233;e sur l'Ouganda, ornait sous cette appellation le bureau du chef d'&#233;tat-major des arm&#233;es. D'apr&#232;s Antoine Glaser et Stephen Smith, L'Afrique sans Africains, Stock, Paris, 1994, pp. 184-185.&lt;br class='autobr' /&gt;
(5) Lors du &#034;flagrant d&#233;lit&#034; rwandais, l'ambassade de France a port&#233; beaucoup plus d'attention &#224; la sauvegarde de ses archives qu'au massacre du personnel rwandais de la coop&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
(6) Jusqu'&#224; la &#034;transformation compl&#232;te de notre politique au Rwanda&#034; annonc&#233;e par le ministre Bernard Debr&#233; dans Le Monde, 29 d&#233;cembre 1994 : l'ancienne &#233;tait ind&#233;fendable dans le cadre de la pr&#233;sidence fran&#231;aise de l'Union europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
(7) Mais, observe Colette Braeckman, &#034;peut-on s&#233;rieusement imaginer que la d&#233;fense de la francophonie puisse co&#239;ncider avec la protection d'un r&#233;gime digne des nazis ? Aucune loi Toubon ne pourra jamais r&#233;parer un tel outrage &#224; l'esprit m&#234;me de la langue fran&#231;aise&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1995&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1973 : Habyarimana prend le pouvoir dans un coup d'Etat sanglant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ann&#233;es 90 : r&#233;volte sociale contre la mis&#232;re et politique contre la dictature, avec des manifestations monstres &#224; Kigali (100.000 le 8 janvier 90, puis le 15 janvier)&lt;br class='autobr' /&gt;
Avril 1990 : Le chef d'Etat du Rwanda M. Juvenal Habyarimana a achev&#233;, le vendredi 6 avril, une visite officielle en France au cours de laquelle il a rencontr&#233; M. Mitterrand. &lt;br class='autobr' /&gt;
20 juin 1990 : discours de Mitterrand en faveur du multipartisme au sommet franco-africain de La Baule.&lt;br class='autobr' /&gt;
fin 1990 : le lieutenant-colonel Chollet, de l'arm&#233;e fran&#231;aise, organise l'arm&#233;e rwandaise et Paul Barril travaille pour l'Akazu, clan familial pr&#233;sidentiel&lt;br class='autobr' /&gt;
Octobre 1990 : Le 17 octobre, le Za&#239;re retire ses troupes du Rwanda o&#249; elles aidaient le r&#233;gime en place. Le 18 octobre 1990, le dictateur Juvenal Habyarimana, en visite &#224; l'Elys&#233;e, re&#231;oit du pr&#233;sident Fran&#231;ois Mitterrand la promesse de l'aide militaire fran&#231;aise en &#233;change d'une promesse d'ouverture politique &#224; l'opposition. Op&#233;ration Noroit : engagement fran&#231;ais dans la guerre contre le FPR sous pr&#233;texte d'aide &#224; l'&#233;vacuation des Fran&#231;ais. Le contingent fran&#231;ais stoppe l'offensive du FPR aux portes de Kigali une premi&#232;re fois, puis sert &#224; aider le gouvernement &#224; arr&#234;ter ses opposants dans la capitale. Le pouvoir accuse la communaut&#233; tutsie tout enti&#232;re de complicit&#233; avec les forces arm&#233;es du FPR qui attaquent le pouvoir depuis l'Ouganda. 4000 Tutsis rwandais trait&#233;s de &#171; suspects &#187; de sympathie avec le FPR sont arr&#234;t&#233;s sans jugement. &#034; Il nous faut d&#233;masquer au plus vite les assaillants infiltr&#233;s dans la population &#034;, d&#233;clare le pr&#233;sident pour expliquer la campagne de d&#233;lation nationale &#224; laquelle les Rwandais sont aujourd'hui convi&#233;s. Une occasion r&#234;v&#233;e pour les autorit&#233;s et pour les particuliers de se d&#233;barrasser d'un voisin, d'un coll&#232;gue de travail ou d'un opposant. Un simple coup de t&#233;l&#233;phone suffit, les militaires arrivent quelques minutes apr&#232;s, embarquent le suspect en remettant le contr&#244;le d'identit&#233; &#224; plus tard. Il a fallu ouvrir un stade pendant quelques jours pour y mettre le trop-plein des interpell&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Novembre 1990 : &#034; Nous sommes pr&#234;ts &#224; vous aider financi&#232;rement pour r&#233;gler le probl&#232;me des r&#233;fugi&#233;s &#034;, a d&#233;clar&#233;, jeudi 8 novembre, le ministre fran&#231;ais de la coop&#233;ration, M. Jacques Pelletier, &#224; l'issue d'une mission dans la r&#233;gion. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;cembre 1990 : Dans son num&#233;ro de d&#233;cembre, le tout nouveau bimensuel Kangura (proche de la direction de l'arm&#233;e rwandaise) &#233;nonce &#034; les dix commandements &#034; que les Hutus (ethnie majoritaire, au pouvoir depuis 1959), sont cens&#233;s appliquer. Sera ainsi consid&#233;r&#233; comme &#034; tra&#238;tre &#034; tout citoyen Hutu &#034; qui fait alliance avec les Tutsis dans ses affaires &#034;. Pire : &#034; les Hutus doivent cesser d'avoir piti&#233; des Tutsis &#034; et, s'alliant &#224; &#034; leurs fr&#232;res bantous &#034;, se montrer &#034; fermes et vigilants contre leur ennemi commun tutsi &#034;. Cet appel &#224; la haine raciale ne semble pas avoir &#233;mu le gouvernement du pr&#233;sident Habyarimana pas plus que les institutions judiciaires pourtant promptes, semble-t-il, &#224; r&#233;agir d&#232;s qu'il s'agit de &#034; suspects &#034; d'origine tutsie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Juin 1991 : instauration du multipartisme qui donne naissance &#224; une douzaine de partis officiels et &#224; une soixantaine de journaux priv&#233;s. En fait, les partis, associations et journaux qui sont critiques du r&#233;gime sont sans cesse inqui&#233;t&#233;s et attaqu&#233;s, alors que la presse et les organisations d'extr&#234;me-droite hutu sont favoris&#233;s par le pouvoir. Pourtant, les opposants du MDR, du PL et du PSD cultivent le r&#233;alisme, la mod&#233;ration et se refusent &#224; s'appuyer sur la r&#233;volte populaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Novembre 1991 : manifestation massive, &#224; Kigali, contre la dictature en place, le dimanche 24 novembre. Le pr&#233;sident est oblig&#233; de c&#233;der le multipartisme. Le 1er novembre 1990, retrait des troupes belges, remplac&#233;es par les troupes fran&#231;aises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Janvier 1992 : &#171; Le 8 janvier 1992, des manifestations d'une ampleur inconnue au Rwanda secou&#232;rent les principales villes du pays, notamment Butare, Gitarama et surtout Kigali, o&#249; 50 000 personnes d&#233;fil&#232;rent pour manifester contre le nouveau Gouvernement. Une nouvelle journ&#233;e de manifestation est convoqu&#233;e pour le 15 janvier, mais le pouvoir l'interdit et les manifestants qui passent outre sont arr&#234;t&#233;s. &#187; (citation du rapport Quil&#232;s)&lt;br class='autobr' /&gt;
F&#233;vrier 1992 : la journaliste pro-fran&#231;aise Simon Catherine &#233;crit : &#171; Les militaires fran&#231;ais ne combattent pas directement, mais c'est vrai qu'ils apportent un &#034;plus &#224; l'arm&#233;e rwandaise&#034;. Paradoxalement, cette pr&#233;sence fran&#231;aise est &#224; la fois critiqu&#233;e par l'opposition et salu&#233;e comme une sorte de &#034;gage&#034; donn&#233; au processus de d&#233;mocratisation. M&#234;me ceux qui la contestent admettaient, encore r&#233;cemment, qu'elle avait permis d'&#233;viter de &#034;trop grosses bavures sur le plan humanitaire&#034;. &#187; Les m&#233;dia fran&#231;ais s'y entendent &#224; cautionner au nom de l'humanitaire les exactions soutenues au Rwanda par la France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mars 1992 : massacres organis&#233;s par le pouvoir dans le sud-est du pays, r&#233;p&#233;tition de ce que sera la g&#233;nocide. Dans la r&#233;gion de Bugesera, 13.000 habitants ont du fuir face aux massacres de Tutsis par des Hutus, massacre organis&#233; quasi ouvertement par le pouvoir. Maisons br&#251;l&#233;es, personnes viol&#233;es et gravement bless&#233;es sont aussi des moyens utilis&#233;es d'une terreur de masse qui reste pour le moment localis&#233;e. Le mouvement fasciste hutu tente ainsi d'offrir un d&#233;rivatif au m&#233;contentement populaire. Alphonse Mobito de l'Association rwandaise des droits de l'homme affirme que des centaines de personnes &#171; ont &#233;t&#233; br&#251;l&#233;es ou bien jet&#233;es dans des fosses d'aisance &#187;. Un tract aux accents violemment tribalistes, lu le 3 mars sur les ondes de la radio nationale, est &#034; en partie &#034; &#224; l'origine du drame, a reconnu, lundi 9 mars, dans un entretien accord&#233; &#224; Radio France internationale (RFI), le premier ministre, M. Sylvestre Nsanzimana. En plus de la radio, il faut citer comme m&#233;dia ouvertement g&#233;nocidaire et li&#233; au pouvoir le journal &#171; Kangura &#187;, qui en appelle r&#233;guli&#232;rement au &#034; salut du peuple bantou &#034; et d&#233;nonce, &#224; longueur de colonne, la &#034; croisade &#034; des Tutsis - ces &#034; serpents venimeux &#034;, qui ont &#034; vendu leurs filles-vip&#232;res aux Am&#233;ricains, aux Europ&#233;ens, et m&#234;me aux Africains &#034; &#8211; et qui, malgr&#233; ses appels au meurtre des tutsis, n'a jamais &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
14 mars 1992 : l'opposition d&#233;mocratique annule la manifestation de protestation contre les massacres qu'elle envisageait du fait de ses n&#233;gociations avec le pouvoir, accord qui pr&#233;voit que le Premier ministre rwandais sera choisi par l'opposition.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;but mars 1992 : la France envoie de nouvelles troupes du 2e R&#233;giment d'Infanterie de Marine.&lt;br class='autobr' /&gt;
16 avril 1992 : le pouvoir est contraint de mettre en place un gouvernement d'union des partis politiques, y compris l'opposition d&#233;mocratique, dont le dirigeant du MDR, Nsengiyaremye, est nomm&#233; chef du gouvernement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Juillet 1992 : Selon M. Habyarimana, interrog&#233; par Radio France internationale, la France est au Rwanda pour prot&#233;ger ses int&#233;r&#234;ts, sans autre pr&#233;cision (RFI, 19 juillet 1992).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ao&#251;t 1992 : le 26 ao&#251;t 1992, signature d'un avenant &#224; l'accord d'assistance militaire de la France au Rwanda : l'Ambassadeur Georges Martres a simplement pr&#233;cis&#233; &#8220; s'&#234;tre aper&#231;u en 1992 que la coop&#233;ration militaire destin&#233;e &#224; l'arm&#233;e rwandaise manquait de base juridique puisque l'accord en vigueur &#224; cette &#233;poque ne mentionnait que la coop&#233;ration avec la Gendarmerie &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
1er septembre 1992 : lettre officielle du pr&#233;sident Fran&#231;ois Mitterrand de remercieents &#224; Jean Bosco Barayagwiza, leader fasciste du CDR qui vient d'organiser des massacres &#224; Kibuye pour torpiller les accords.&lt;br class='autobr' /&gt;
Novembre 1992 : les violences des bandes fascistes hutus Interhmwe se multiplient.&lt;br class='autobr' /&gt;
28 f&#233;vrier 1993 : le ministre de la coop&#233;ration, Marcel Debarge, en visite &#224; Kigali, appelle tous les Hutus &#224; s'unir contre le FPR. Selon un ex-sp&#233;cialiste africain de l'Elys&#233;e G&#233;rard Prunier, c'est &#171; un appel &#224; la guerre raciale &#187; (dans Rwanda, le g&#233;nocide). Une semaine plus tard, le front &#171; Hutu power &#187; est fond&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'aide &#224; l'arm&#233;e rwandaise &#173; officiellement, en 1993, 12 millions de francs de mat&#233;riel, et le d&#233;tachement de quelques dizaines d'instructeurs &#173; n'avait jamais cess&#233;, accompagnant la &#034;mont&#233;e en puissance&#034; de ces troupes : en cinq ans, ses effectifs &#233;taient pass&#233;s de 15 000 &#224; 40 000 hommes, alors que la gu&#233;rilla elle-m&#234;me se renfor&#231;ait (Cf. Philippe Leymarie, &#034;La France et le maintien de l'ordre en Afrique&#034;, le Monde diplomatique, juin 1994).&lt;br class='autobr' /&gt;
17 juillet 1993 : formation d'un nouveau gouvernement avec Agathe Uwilingiyimana comme premier ministre.&lt;br class='autobr' /&gt;
4 ao&#251;t 1993 : les accords d'Arusha sont sign&#233;s par le pr&#233;sident rwandais et le FPR, en vue d'un partage du pouvoir et d'une fin de la guerre, accords sign&#233;s sous la pression am&#233;ricaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Janvier 1994 : La France a pris part &#224; des fournitures d'armes qui ont servi aux massacres : le rapport de Human Rights Watch de janvier 1994 souligne que des mortiers, des voitures blind&#233;es, des pi&#232;ces d'artillerie, des h&#233;licopt&#232;res, ont &#233;t&#233; livr&#233;s au Rwanda. Des conseillers militaires et jusqu'&#224; 680 militaires ont &#233;t&#233; pr&#233;sents au Rwanda, officiellement pour prot&#233;ger les expatri&#233;s, en fait pour contenir l'avance du Front patriotique. En outre, une vente d'armes &#233;gyptiennes, pour une valeur de 6 millions de dollars, a &#233;t&#233; garantie par le Cr&#233;dit Lyonnais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'en avril 94 : Op&#233;ration militaire fran&#231;aise &#171; Amaryllis &#187; qui &#233;vacue tous les Blancs et quelques gros bonnets des fascistes hutus.&lt;br class='autobr' /&gt;
De janvier 1993 &#224; mars 1994 : le r&#233;gime ach&#232;te l'essentiel des machettes du g&#233;nocide ; 581 tonnes soit une machette pour trois adultes hutus&lt;br class='autobr' /&gt;
6 avril 1994 : c'est le d&#233;but du g&#233;nocide d&#233;clench&#233; &#224; l'annonce de la mort du pr&#233;sident dont l'avion a &#233;t&#233; abattu. La garde pr&#233;sidentielle (dont le sommet a &#233;t&#233; form&#233; en France) d&#233;marre assassinant l'opposition politique et les Hutus mod&#233;r&#233;s puis les Interhamwe miliciens du MRND ex parti unique, affili&#233; &#224; l'internationale d&#233;mocrate chr&#233;tienne, installent des barrages o&#249; les Tutsis sont syst&#233;matiquement tu&#233;s. Puis l'arm&#233;e et les miliciens contraignent la population hutu &#224; tuer les Tutsis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Juillet 1994 : op&#233;ration Turquoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte de 1990-92&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;texte de la politique des classes dirigeantes et de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais a consist&#233; &#224; pr&#233;tendre qu'il s'agissait seulement de se d&#233;fendre contre l'attaque ext&#233;rieure d'une arm&#233;e financ&#233;e et aid&#233;e par l'&#233;tranger. On ne voit pas pourquoi l'attaque militaire ext&#233;rieure justifierait-elle une agression int&#233;rieure violente contre la moiti&#233; de la population civile qui n'avait nullement pris fait et cause dans cette guerre. Si, le 1er octobre 1990, le FPR, opposition organis&#233;e et arm&#233;e &#224; partir de l'Ouganda, lance sa premi&#232;re attaque, le choix de cette p&#233;riode n'&#233;tait pas fortuit. 1990 &#233;tait une ann&#233;e charni&#232;re dans toute l'Afrique. En effet, cette ann&#233;e-l&#224;, &#224; cause de la crise &#233;conomique du syst&#232;me capitaliste dans laquelle le monde s'enfon&#231;ait inexorablement depuis plus de vingt ans, tout le continent africain &#233;tait pris dans une tourmente de luttes sociales sans pr&#233;c&#233;dent. Plus qu'aucune r&#233;gion du monde, l'Afrique plus vuln&#233;rable, parce qu'exploit&#233;e depuis des si&#232;cles, subissait douloureusement les cons&#233;quences de la crise. A cause de la chute des prix des mati&#232;res premi&#232;res sur le march&#233; mondial, les conditions de vie des masses populaires s'&#233;taient profond&#233;ment d&#233;grad&#233;es, essentiellement &#224; cause, d'une part, du fait que les caisses &#233;tant de plus en plus vides, les Etats n'avaient plus les moyens d'assurer les services publics n&#233;cessaires et d'augmenter les salaires, et d'autre part, de ce que, sous la pression du FMI et respectant les plans d'ajustement structurel de celui-ci, ces m&#234;mes Etats bloquaient les salaires, diminuaient les bourses des &#233;tudiants et organisaient des licenciements massifs, tant dans le public que dans le priv&#233;, en &#233;dictant des lois permettant aux patrons de faire ce qu'ils voulaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces attaques de la bourgeoisie mondiale &#224; travers la politique de ses valets locaux finirent par d&#233;clencher la col&#232;re des diff&#233;rentes couches populaires africaines. Celle-ci s'exprima de diff&#233;rentes fa&#231;ons : des &#233;meutes de la faim suite &#224; une augmentation du prix du pain, comme au Maroc ou en Tunisie, mais surtout des gr&#232;ves et des r&#233;voltes. C'&#233;tait l'ensemble du continent africain qui &#233;tait secou&#233;. A Abidjan, &#224; Douala, &#224; Lom&#233;, &#224; Libreville, &#224; Bamako, &#224; Kinshasa, &#224; Douala, etc, dans la plupart des capitales africaines, des milliers de gens, des travailleurs, des &#233;tudiants, des femmes, des jeunes s'&#233;levaient pour dire qu'ils n'acceptaient plus de vivre comme avant. Ils descendaient dans la rue pour crier leur col&#232;re contre la mis&#232;re. Ils s'&#233;rigeaient contre les plans d'ajustement du FMI, r&#233;clamaient les arr&#234;ts des licenciements, l'augmentation des salaires, des bourses et des meilleures conditions d'&#233;tudes. Ces gr&#232;ves, &#233;meutes, r&#233;voltes allaient &#233;branler les dictatures, en faire reculer certaines ou m&#234;me tomber d'autres, comme au Mali, par exemple, en 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;ferlement d'&#233;v&#233;nements sans pr&#233;c&#233;dent, dont certains, comme la r&#233;volte des jeunes en Alg&#233;rie en 88, avaient commenc&#233; des ann&#233;es avant 1990, ce d&#233;ferlement d'&#233;v&#233;nements donc contraignit l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#224; faire pression sur ses laquais locaux afin qu'ils modifient quelque peu la fa&#231;ade de leurs r&#233;gimes dictatoriaux. Ainsi nombre de dictateurs qui, auparavant, avaient jur&#233; que de leur vivant ils n'instaureraient pas le multipartisme allaient finalement faire marche arri&#232;re et accepter qu'il y ait des partis autres que les leurs. Pour compl&#233;ter le tableau, ajoutons que c'&#233;tait dans la m&#234;me p&#233;riode que, sous la pression des puissances imp&#233;rialistes, en Afrique du sud, effray&#233;e par l'explosion quasi permanente des townships et des ghettos, la bourgeoisie blanche a d&#233;cid&#233; d'aller rencontrer la direction de l'ANC &#224; Lusaka, en Zambie, afin de discuter de la perspective d'un changement en douceur de l'apartheid sous la forme d'une solution n&#233;goci&#233;e avec la bourgeoisie noire. Ici et l&#224;, le but vis&#233; par toutes ces op&#233;rations &#233;tait &#233;videmment de chercher &#224; d&#233;samorcer la col&#232;re des masses populaires, &#224; la domestiquer, en la d&#233;tournant vers des changements formels afin d'&#233;viter qu'elle ne d&#233;bouche sur une remise en cause contagieuse de l'ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Rwanda aussi avait connu les m&#234;mes probl&#232;mes que les autres pays africains. La chute des cours des mati&#232;res premi&#232;res avait cr&#233;&#233; au pays d'&#233;normes difficult&#233;s : entre 1985 et 1988, le prix du caf&#233; avait baiss&#233; de 30%, celui du th&#233;, de 40%. Le prix de l'&#233;tain aussi avait chut&#233; &#224; tel point que, en 1985, la Somirwa, une soci&#233;t&#233; mini&#232;re dont les exploitations d'&#233;tain assuraient &#224; l'Etat 25% de recettes en devises et qui employait 8 000 personnes, avait fait faillite. Aussi les masses &#233;taient-elles confront&#233;es aux m&#234;mes probl&#232;mes qu'ailleurs : pr&#233;carit&#233;, mis&#232;re, licenciements, suivis d'un profond m&#233;contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1989, le r&#233;gime du parti unique &#233;tait de plus en plus critiqu&#233;, y compris de l'int&#233;rieur. Dans la m&#234;me ann&#233;e, trente trois intellectuels ont os&#233; publier une lettre ouverte r&#233;clamant des &#233;lections libres. En 1990, sous la pression de la rue et de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, comme les autres dictateurs, Habyarimana accepta de mettre sur pied une commission nationale en vue de l'instauration du multipartisme. Mais avant que celle-ci ne d&#233;pose les r&#233;sultats de ses travaux, plusieurs paris politiques d'opposition, des syndicats ind&#233;pendants, des associations de droits de l'homme et une presse libre diverse se cr&#233;&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face de l'ancien parti unique le MRND, le Mouvement R&#233;volutionnaire National pour le D&#233;veloppement, qui changea de nom pour devenir le MRNDD, le Mouvement R&#233;publicain National pour la D&#233;mocratie et le D&#233;veloppement, se cr&#233;&#232;rent toute une s&#233;rie de partis politiques bourgeois, des mod&#233;r&#233;s lib&#233;raux aux partis ouvertement racistes, anti-tutsis. Le plus important d'entre eux &#233;tait le MDR, le Mouvement D&#233;mocratique R&#233;publicain. Dirig&#233; par des Hutus rivaux d'Habyarimana, originaires de la r&#233;gion du Centre et du Sud, ce parti se voulait l'h&#233;ritier du Parmehutu de l'ancien dictateur Kayibanda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon nombre de ces partis, pour ne pas dire la plupart, &#233;taient de bouts du MNRD, le parti de la dictature. Leur ambition &#224; tous &#233;tait surtout de partager le pouvoir avec la clique de &#034;l'Akazu&#034;, &#034;la maisonn&#233;e&#034; du dictateur. Par ailleurs, quoique se d&#233;finissant g&#233;n&#233;ralement d'ob&#233;dience hutue ou tutsie, ces partis &#233;taient souvent organis&#233;s autour des ambitions personnelles de quelques individus et apparaissaient plus comme repr&#233;sentant les int&#233;r&#234;ts de telle ou telle r&#233;gion et non telle communaut&#233; ethnique. Par exemple Le MDR, issu du MNRD et dirig&#233; par des Hutus, pr&#233;tendait d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des Hutus du centre et du sud &#233;cart&#233;s de la gestion des affaires depuis la prise du pouvoir par les Hutus du Nord. Il en &#233;tait de m&#234;me pour tous les autres partis. C'est pourquoi, reprochant au parti du dictateur Habyarimana de concentrer exclusivement le pouvoir entre les mains des Hutus du Nord, la seule ambition de tous ces partis &#233;tait de faire pression sur la dictature afin d'aboutir &#224; un repartage du pouvoir sous la forme d'un r&#233;&#233;quilibrage au profit des uns et des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, la dictature de Habyarimana s'est trouv&#233;e &#233;branl&#233;e par cette situation. Elle &#233;tait affaiblie par le mouvement de contestation qui se d&#233;veloppait dans le pays. Elle avait surtout perdu la confiance d'une frange de sa base sociale petite-bourgeoise. Et ce fut dans cette situation-l&#224; qu'intervint la premi&#232;re attaque du FPR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes puissances visent &#224; un partage du pouvoir avec le FPR&lt;br class='autobr' /&gt;
S'ajoutant au mouvement de contestation int&#233;rieur de plus en plus grandissant et aux pressions des pays riches qui souhaitaient une stabilit&#233; politique, cette attaque mit la dictature de Habyarimana sous la coupe d'une triple pression. La conjonction de ces trois &#233;l&#233;ments, &#224; savoir les manifestations des rues, les pressions des puissances imp&#233;rialistes et les raids du FPR, dans un contexte marqu&#233; par d'&#233;normes difficult&#233;s &#233;conomiques dues &#224; la chutes des prix des mati&#232;res premi&#232;res, tout cela allait peser plus encore sur le pouvoir au point de l'obliger &#224; composer avec l'opposition et d'accepter de discuter avec elle. Ainsi au mois de mars 1992 et au mois de juin 1993, un gouvernement de transition fut form&#233; avec les partis de l'opposition. Au mois d'ao&#251;t1992, entre la dictature de Habyarimana et l'ensemble de l'opposition, tant politique que militaire, s'engag&#232;rent des discussions et des n&#233;gociations qui allaient durer plusieurs mois avant d'aboutir &#224; un ensemble d'accords appel&#233;s &#034;les Accords d'Arusha&#034;, du nom d'une ville tanzanienne o&#249; ils ont &#233;t&#233; conclus en ao&#251;t 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le papier, ces accords pr&#233;voyaient que le chef de l'Etat ne dirigerait plus. Le v&#233;ritable pouvoir serait entre les mains des partis politiques qui s'appuieraient sur une Assembl&#233;e Nationale souveraine, avec un gouvernement de transition &#224; base &#233;largie devrait. Entre autres choses, dans ces accords, il y avait aussi la fin de la guerre, la r&#233;conciliation, la mise en place d'un Etat de droit, le retour des exil&#233;s &#233;parpill&#233;s &#224; travers le monde, le partage du pouvoir entre l'ancien parti unique, les partis d'opposition et le FPR. Celui-ci se transformerait en un parti et ses troupes int&#233;greraient les rangs de l'arm&#233;e. Enfin des &#233;lections pr&#233;sidentielles et l&#233;gislatives devraient avoir lieu en 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les puissances imp&#233;rialistes ainsi que les partis de l'opposition pensaient tenir &#224; travers ces accords la cl&#233; de la crise rwandaise. Ils croyaient qu'il suffirait de coucher sur du papier quelques id&#233;es g&#233;n&#233;reuses sur la paix, l'Etat de droit, etc, pour que Habyarimana et sa bande d'Akazu acceptent tout, au point d'abandonner les privil&#232;ges. Mais c'&#233;tait compter sans les dignitaires de la dictature qui firent seulement semblant d'admettre le compromis. Lors d'un meeting en 1992, Habyarimana traita les n&#233;gociations d'Arusha de &#034;simple chiffon de papier&#034;. Des n&#233;gociations, lui et les siens se servaient surtout comme une couverture afin de mieux pr&#233;parer la guerre. Car, pour ces gens-l&#224;, l'id&#233;e d'un simple partage du pouvoir &#233;tait quelque chose d'inadmissible, une menace sur leurs int&#233;r&#234;ts. Par ce temps de crise o&#249; le g&#226;teau &#224; partager s'&#233;tait r&#233;duit du fait de la chute des revenus de l'exportation, l'avidit&#233; de la petite minorit&#233; proche du pouvoir s'en &#233;tait accrue d'autant. Les dignitaires du r&#233;gime &#233;taient d&#233;sesp&#233;r&#233;ment accroch&#233;s &#224; leurs postes, source principale de leur enrichissement, comme les hommes d'affaires qui avaient prosp&#233;r&#233; sous la parti unique ; les chefs de l'arm&#233;e et autres militaires avaient peur de la concurrence de leurs rivaux du FPR et d'une d&#233;mobilisation qui les conduirait au ch&#244;mage. Par cons&#233;quent tout ce monde-l&#224;, plus tant d'autres profiteurs du syst&#232;me Habyarimana, ne voulait pas du moindre compromis avec leurs rivaux de l'opposition. Alors, en se servant de l'appareil d'Etat, il allait se liguer, faire bloc afin de s'opposer par tous les moyens &#224; la perspective du partage du pouvoir et, afin de d&#233;fendre ses privil&#232;ges, opter pour un g&#233;nocide m&#233;thodiquement pr&#233;par&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e fasciste&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, d&#232;s la premi&#232;re attaque du FPR, en octobre 1990, les principaux dignitaires du r&#233;gime r&#233;agirent brutalement. Comme aux sombres heures de la dictature de Habyarimana, ils brandirent le spectre de &#034;l'ennemi int&#233;rieur&#034; et ne cach&#232;rent pas leurs intentions de ne pas se laisser faire : en quelques heures, 10 000 personnes, g&#233;n&#233;ralement des Tutsis mais aussi des Hutus mod&#233;r&#233;s consid&#233;r&#233;s comme alli&#233;s du FPR, furent arr&#234;t&#233;es et parqu&#233;es dans le stade de Kigali. Dans les provinces, les autorit&#233;s, les bourgmestres, les pr&#233;fets, les commandants des zone, pouss&#232;rent les Hutus &#224; s'attaquer &#224; leurs voisins tutsis : dans la pr&#233;fecture de Giseny, par exemple, 300 Tutsis furent tu&#233;s, des milliers d'autres bless&#233;s ou oblig&#233;s de s'enfuir, leurs maisons br&#251;l&#233;es, leurs biens pill&#233;s. D'autres massacres de ce genre eurent lieu ailleurs. En 1991, suite &#224; une autre attaque du FPR &#224; Ruhengeri, sous la conduite de la police, de l'arm&#233;e et des hauts fonctionnaires du coin, des Hutus massacr&#232;rent 300 personnes d'une communaut&#233; des pasteurs tutsis. Avant ce massacre, un tract, sign&#233; par le pr&#233;fet et le ministre de l'int&#233;rieur, avait circul&#233;, appelant les paysans &#224; d&#233;truire &#034;les buissons et tous les rebelles qui s'y cachent. Et surtout n'oubliez pas, dit le tract, que celui qui coupe une mauvaise herbe doit aussi d&#233;truire ses racines&#034;. En 1992, au cours d'un meeting tenu &#224; Gisenyi, un certain L&#233;on Muges&#233;ra, vice-pr&#233;sident du MRND, le parti de la dictature, d&#233;clare : &#034;Je prie instamment toutes les personnalit&#233;s importantes du MRND de collaborer. Celui qui est &#224; la t&#234;te du Tr&#233;sor Public, qu'il nous apporte l'argent... L'homme d'affaires doit toucher &#224; sa caisse et nous apporter de l'argent pour que nous allions trancher les t&#234;tes de ces salauds. Rappelez-vous que notre mouvement a ses racines dans les cellules et les secteurs. Le pr&#233;sident vous a bien dit qu'un arbre bien en branches et en feuilles seulement, mais sans racines, est un arbre mort. Nos chefs de cellule doivent se mettre au travail, m&#234;me s'ils ne sont pas pay&#233;s. Tout &#233;l&#233;ment &#233;tranger &#224; la cellule doit &#234;tre not&#233;. Si c'est un complice des Inyenzis (Tutsis), il doit p&#233;rir sans autre forme de proc&#232;s... Notre faute, en 1959, c'est que j'&#233;tais enfant, c'est que nous les avons laiss&#233;s sortir saints et saufs...Je vous r&#233;p&#232;te que nous devons vite nous mettre &#224; l'ouvrage... Sachez que celui &#224; qui vous n'avez pas tranch&#233; la t&#234;te, c'est lui qui tranchera la v&#244;tre.&#034; En fait, &#224; partir de 1990, c'est ouvertement, au vu et au su de tout le monde, que les dignitaires rwandais, utilisant l'encadrement &#233;tatique totalitaire, pr&#233;paraient psychologiquement la populations aux futurs massacres par le biais d'une propagande bas&#233;e sur la menace des Tutsis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant 4 ans, ce type de discours aliment&#233; par la haine des Tutsis en g&#233;n&#233;ral allait &#234;tre tenu non seulement par les dignitaires du r&#233;gime mais aussi v&#233;hicul&#233;, relay&#233; par les m&#233;dia, notamment &#224; la radio nationale d'abord et la radio dite libre des Milles Collines, et dans les colonnes d'un journal appel&#233; le Kangura. En 1990, par exemple, dans une &#233;dition de celui-ci o&#249;, sur toute la premi&#232;re page il y avait une photo de Mitterrand avec la mention &#034;Un v&#233;ritable ami du Rwanda&#034;, &#233;tait publi&#233; un texte appel&#233; &#034;Les Dix Commandements du Muhutu&#034;. Dans ce texte, on pouvait lire :&#034; Tout Hutu doit savoir que toute femme tutsie, o&#249; qu'elle soit, travaille &#224; la solde de son ethnie tutsie. Par cons&#233;quent, est tra&#238;tre tout Hutu qui &#233;pouse une Tutsie, qui fait d'une Tutsie sa concubine, qui fait d'une Tutsie sa secr&#233;taire ou sa prot&#233;g&#233;e. Tout Hutu doit savoir que tout tutsi est malhonn&#234;te dans les affaires. Il ne vise que la supr&#233;matie de son ethnie. Par cons&#233;quent, est tra&#238;tre tout hutu qui fait alliance avec les Tutsis dans les affaires, qui investit son argent ou l'argent de l'Etat dans une entreprise d'un Tutsi... Les Hutus doivent cesser d'avoir piti&#233; des Tutsis... Tout Hutu doit diffuser largement la pr&#233;sente id&#233;ologie...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de toute cette propagande anti-tutsie &#233;tait de chercher &#224; resserrer les rangs de la communaut&#233; hutue autour du clan de l'Akazu au nom du nationalisme hutu, en faisant croire aux Hutus, surtout aux privil&#233;gi&#233;s de cette communaut&#233;, notamment aux hommes d'affaires et aux intellectuels qui avaient rejoint l'opposition hutue mod&#233;r&#233;e, qu'ils risqueraient de tout perdre en acceptant un quelconque compromis avec le FRP, pr&#233;sent&#233; comme le bras arm&#233; des Tutsis. Ainsi, dans tous les partis d'opposition, allaient se constituer des cercles et des groupes dirig&#233;s par des intellectuels qui se ralli&#232;rent &#224; la dictature d'Habyarimana pour former ce qu'ils appelaient le Hutu power, le pouvoir hutu, une sorte de large cadre politique fasciste organis&#233; d'en haut pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des privil&#233;gi&#233;s de cette communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se reconstituer une base sociale populaire qui s'&#233;tait effrit&#233;e depuis l'appauvrissement du pays et l'apparition du multipartisme, les dignitaires du pouvoir n'utilisaient pas seulement le spectre de la menace tutsie. Ils se servaient aussi d'autres moyens, comme la corruption. Ce fut &#224; coup d'argent qu'ils se ralli&#232;rent certains dirigeants des partis adverses. C'est ainsi que le principal parti de l'opposition, le MDR, &#233;clata en deux, entre, d'un c&#244;t&#233;, une tendance d&#233;cid&#233;e &#224; aller au bout du compromis avec le FPR, et, de l'autre, une autre qui rejoignit le camp de l'Akazu, au nom de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des Hutus. La Parti Lib&#233;ral qui avait la particularit&#233; d'avoir des Tutsis et son sein et d'&#234;tre m&#234;me dirig&#233; par un pr&#233;sident tutsi explosa lui aussi en deux fractions, l'une tutsie, l'autre hutue et sensible aux th&#232;ses du hutu power.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand la corruption ne suffisait pas, on avait recours aux assassinats, qui se multipli&#232;rent : parce qu'il refusait de se rallier au hutu power, F&#233;licien Gatabazi, le dirigeant hutu du Parti social-d&#233;mocrate fut assassin&#233; au mois de f&#233;vrier 1994. Pour renforcer son camp, le pouvoir encouragea &#233;galement la cr&#233;ation de plusieurs formations satellites, comme le Parti du bas peuple dirig&#233; par une grande bourgeoise, mais surtout la CDR, la Coalition de la d&#233;fense de la R&#233;publique, une organisation form&#233;e &#224; la droite du MRND. Celle-ci &#233;tait constitu&#233;e de militants purs et durs de la cause hutue, originaires de la r&#233;gion du centre et du sud et fid&#232;les &#224; l'ancien dictateur Kayibanda. Ils se voulaient plus extr&#233;mistes que la clique de l'Akazu et refusaient tout compromis avec le FPR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, tout en participant aux n&#233;gociations avec les partis d'opposition et le FPR, Habyarimana et les siens regroup&#232;rent autour d'eux une partie des notables hutus et, de ce fait, constitu&#232;rent une force, une base sociale privil&#233;gi&#233;e, au service de laquelle ils mirent tout le savoir faire du parti unique, ses cadres, ses jeunes, ses r&#233;seaux, ses cellules, au service d'une violence planifi&#233;e et syst&#233;matique. Et ils s'arm&#232;rent pour cela. L'Etat rwandais, gr&#226;ce &#224; l'encadrement de l'arm&#233;e fran&#231;aise, augmenta consid&#233;rablement les affectifs de ses forces arm&#233;es. De 7000, celles-ci pass&#232;rent &#224; 40 000 soldats, &#233;quip&#233;s aussi en achetant des armes aupr&#232;s de l'Egypte et de l'Afrique du Sud, avec garantie financi&#232;re du... Cr&#233;dit Lyonnais. Les transactions se faisaient de la fa&#231;on la plus simple : le Rwanda mettait en gage sa production de th&#233;, le Cr&#233;dit Lyonnais donnait sa caution bancaire et le tour &#233;tait jou&#233; : 6 millions de dollars d'achat d'armes &#224; l'Egypte, 5,9 millions &#224; l'Afrique du Sud. Gr&#226;ce &#224; la garantie politique et &#233;conomique de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, l'Etat rwandais s'est ainsi consid&#233;rablement &#233;quip&#233; aupr&#232;s de l'Egypte et de l'Afrique du sud, sans oublier les armes livr&#233;es par la France : des mortiers, des canons l&#233;gers, des pi&#232;ces de rechanges, des douzaines de blind&#233;s l&#233;gers Panhard, des transporteurs des troupes et six h&#233;licopt&#232;res Gazelles. Sans oublier des milliers de machettes command&#233;es par le pouvoir. Comme par hasard peu avant les massacres de 94 et pas dans un but de travail agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1994, 30 0000 soldats rwandais disposaient d'armes l&#233;g&#232;res en grande quantit&#233;, de lance-grenades, de mines terrestres et d'une artillerie &#224; moyenne et longue port&#233;es. Une partie des armes a &#233;t&#233; distribu&#233;e &#224; des civils, qui constituaient ainsi des &#034;groupes d'autod&#233;fense&#034;. Ceux-ci &#233;taient organis&#233;s d'une fa&#231;on m&#233;thodique. La plus petite autorit&#233; administrative du pays avait son groupe d'autod&#233;fense dont le noyau avait pour nom le &#034;Nyumba Kumi&#034;. Chaque noyau de ce type, contr&#244;l&#233; par les autorit&#233;s, pouvait comprendre deux ou trois personnes et disposait d'une arme. Les &#034;Nyumba Kumi&#034; &#233;taient reproup&#233;s par 10 et constituaient &#224; leur tour une cellule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces milices, cr&#233;&#233;s et organis&#233;s par le MRND, &#233;taient appel&#233;es &#034;les Interahamwes&#034;, ce qui veut dire &#034;ceux qui combattent ensemble&#034;. Leurs membres &#233;taient recrut&#233;s dans la jeunesse d&#233;soeuvr&#233;e, les ch&#244;meurs, mais aussi parmi les r&#233;servistes de l'arm&#233;e et de la gendarmerie. Les privil&#233;gi&#233;s du r&#233;gime, leurs enfants, les intellectuels, les commer&#231;ants, eux aussi, ont fourni leurs contingents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces groupes dits d'autod&#233;fense &#233;taient form&#233;s, entra&#238;n&#233;s par des militaires fran&#231;ais et rwandais. Ils &#233;taient directement plac&#233;s sous l'autorit&#233; du clan de l'Akazu, notamment de Habyarimana lui-m&#234;me, de son &#233;pouse et leur entourage. C'&#233;taient ces milices-l&#224; qui allaient plus tard &#234;tre l&#226;ch&#233;es sur les Tutsis. Mais bien avant le g&#233;nocide, elles avaient &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;es &#224; massacrer, comme lors des diff&#233;rentes attaques du FPR, ou &#224; agresser, tuer ou faire dispara&#238;tre des opposants politiques et autres d&#233;fenseurs des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de 1993, sous la conduite de l'appareil d'Etat, toutes les 146 communes de Rwanda &#233;taient ainsi organis&#233;es en milices. Chacune d'elle, en fonction de son importance, avait entre 300 et 500 hommes arm&#233;s de fusils d'assaut, de grenades et de machettes. Dans la ville de Gitamara, il y avait 50 000 fusils pour une population de 144 000 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces milices n'&#233;taient pas seulement &#233;quip&#233;es. Elles &#233;taient aussi entra&#238;n&#233;es, r&#244;d&#233;es. Galvanis&#233;es par les dignitaires du pouvoir et surtout par une radio, la Radio des Mille Collines qui, &#224; longueur des journ&#233;es, critiquait &#034;la d&#233;mocratie import&#233;e&#034;, appelait &#224; &#034;sauvegarder la r&#233;volution de 1959&#034; et leur d&#233;signait les Tutsis comme des ennemis &#224; abattre, ces hommes savaient &#224; quoi ils avaient &#233;t&#233; form&#233;s, quel travail on attendait d'eux, voire qui ils devaient &#233;liminer, car des listes nominatives avaient &#233;t&#233; dress&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le printemps 94 des assassins &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; comment, contrairement aux partis de l'opposition qui se faisaient tant d'illusions par rapport aux n&#233;gociations, m&#233;thodiquement, avec le soutien de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, le clan d'Akazu s'est pr&#233;par&#233;, en recrutant, en armant, mettant au point une formidable machine &#224; tuer, pour d&#233;fendre son pouvoir et ses privil&#232;ges ! Et ce fut ainsi aussi, c'est-&#224;-dire par en haut, en s'appuyant sur l'Etat et ses moyens &#224; leur service, et de fa&#231;on organis&#233;e, qu'ils allaient mettre leurs desseins en application le 6 avril 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression des puissances imp&#233;rialistes, Habyarimana avait fini par accepter les Accords d'Arusha. Il &#233;tait all&#233; signer les signer &#224; Arusha rentrait &#224; Kigali, ce jour-l&#224;, pour promulguer &#224; son retour la liste du gouvernement de transition &#233;largi qui lui avait &#233;t&#233; impos&#233;. Mais pour les extr&#233;mistes de l'Akazu, notamment pour les responsables de la Coalition pour la D&#233;fense de la R&#233;publique, cela &#233;tait hors de question ! Ils all&#232;rent jusqu'au bout de leur logique en abattant son avion et d&#233;clench&#232;rent les massacres qui en peu de temps se transform&#232;rent au g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le crash de l'avion, ils mirent sur pied un comit&#233; militaire dirig&#233; par des gens comme Bagosora, un colonel &#224; la retraite, membre du clan hutu hostile &#224; tout compromis avec les autres partis. Alors qu'il y avait un gouvernement dans le pays, ils en form&#232;rent un autre de leur cru, dans les enceintes de l'Ambassade de France. Ce gouvernement, totalement &#224; la solde des extr&#233;mistes de l'Akazu, &#233;tait en r&#233;alit&#233; une sorte de direction, d'&#233;tat major politique d'o&#249; allaient &#234;tre orchestr&#233;s tous les massacres &#224; grande &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dite radio libre des Milles Collines rendit les Tutsis responsables de l'attentat. Alors munis des listes nominatives et des adresses, les escadrons de la mort, mirent en ex&#233;cution ce &#224; quoi ils avaient &#233;t&#233; minutieusement pr&#233;par&#233;s. Les premi&#232;res victimes &#233;taient d'abord les Hutus mod&#233;r&#233;s qui n'avaient pas rejoint le camp du Hutu power. Certains &#233;taient membres du gouvernement d'union nationale ou de l'opposition qui voulait un compromis avec le FPR ; d'autres, des responsables des associations des droits de l'homme ou de simples citoyens qui au nom de la l&#233;galit&#233; et du fait qu'il y avait un gouvernement dans le pays refusaient de se mettre &#224; la remorque des militaires du clan d'Akazu. Ils furent tous assassin&#233;s. Les massacres commenc&#232;rent, en quelque sorte, par un g&#233;nocide politique, avec l'assassinat de quelques 10 000 opposants ou mod&#233;r&#233;s hutus. Ensuite ce fut le tour des Tutsis, notamment les plus en vue, les plus riches donc les plus connus. Enfin, ce furent les massacres &#224; grande &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Kigali, la capitale, sous les appels de la Radio des Mille Collines qui les invitait &#224; tuer, les miliciens dress&#232;rent des barrages sur les rues, les routes, les ruelles. Ils fouill&#232;rent les voitures et filtr&#232;rent les passants. Les Tutsis &#233;taient syst&#233;matiquement &#233;limin&#233;s, &#224; coups de fusils, de mitraillette, de machettes. D'autres miliciens perquisitionnaient dans les quartiers, fouillaient dans les maisons, obligeaient les gens d&#233;noncer ou tuer leurs voisins et laissaient des cadavres &#224; leur passage. Tous les Hutus qui h&#233;sitaient ou refusaient de participer aux massacres &#233;taient tu&#233;s &#224; leur tour. Aucun lieu n'&#233;tait &#233;pargn&#233; : les bureaux, les &#233;coles, les h&#244;pitaux &#233;taient transform&#233;s en mouroirs. A l'universit&#233; de Kigali, 87 professeurs d&#233;nonc&#233;s par leurs coll&#232;gues hutus ont &#233;t&#233; assassin&#233;s par des miliciens tandis qu'&#224; l'h&#244;pital 170 bless&#233;s et malades &#233;taient &#233;gorg&#233;s dans leurs lits ainsi que tout le personnel soignant tutsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les villes et les villages des provinces aussi les miliciens agirent avec m&#233;thode et organisation. Ils pers&#233;cut&#232;rent les Tutsis et les massacr&#232;rent, y compris dans les &#233;glises. Partout, les op&#233;rations &#233;taient dirig&#233;es par les bourgmestres, les secr&#233;taires communaux, les responsables de cellule, des pr&#234;tres. Chaque massacre &#233;tait pr&#233;c&#233;d&#233; par un meeting organis&#233; par les autorit&#233;s locales, o&#249; prenait la parole le dirigeant national le plus prestigieux. On appelait au &#034;d&#233;frichage&#034;. Puis la milice locale partait &#034;travailler&#034;. On estime &#224; 32 000, le nombre des responsables &#224; tous les niveaux de l'Etat et de l'administration qui ont particip&#233; aux massacres collectifs et &#224; 80 &#224; 100 000 celui des tueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, haine ethnique tout cela ? Evidemment non ! Comme on vient de le voir, ce qui s'est pass&#233; au Rwanda n'a rien &#224; voir avec ce que certains ont dit ou voulu faire croire, &#224; savoir que le g&#233;nocide &#233;tait la cons&#233;quence d'une guerre civile entre deux groupes ethniques, des Hutus, majoritaires, massacrant des Tutsis, minoritaires. Aussi horribles qu'ils aient pu &#234;tre, les massacres dont le Rwanda a &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre &#233;taient le fruit d'une volont&#233; politique con&#231;ue, organis&#233;e et m&#233;thodiquement appliqu&#233;e par les dignitaires hutus du clan de l'Akazu, au moyen de l'Etat, en se servant de ses institutions, de l'arm&#233;e, de la police, des pouvoir locaux, de la radio et m&#234;me de l'&#233;glise. Ces massacres ont &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s, organis&#233;s, encadr&#233;s et consciencieusement ex&#233;cut&#233;s, par des gens mobilis&#233;s, &#233;duqu&#233;s &#224; cette fin, qui savaient ce qu'ils faisaient et pourquoi ils le faisaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux pauvres qui ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s dans ce massacre, dont de nombreux jeunes du lumpen prol&#233;tariat, il y en a eu des dizaines de milliers qui ont suivi mais qui l'ont fait passivement et, le plus souvent sous la menace. Ils &#233;taient isol&#233;s, sans organisation, sans moyen pour r&#233;sister. Ils avaient en face d'eux des assassins consciemment organis&#233;s et arm&#233;s. On leur a donn&#233; des machettes mais les militaires et l'encadrement fasciste &#233;tait s&#233;rieusement arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, leurs victimes n'&#233;taient pas que des Tutsis. Nombreux &#233;taient les Hutus qui ont &#233;t&#233; assassin&#233;s par les bandes arm&#233;es de la dictature. Nombreux aussi &#233;taient les Tutsis qui ont &#233;t&#233; prot&#233;g&#233;s, cach&#233;s, par des Hutus qui avaient refus&#233; de s'associer &#224; ces massacres collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annexes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il serve exclusivement &#224; justifier la politique de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais dans ce g&#233;nocide, le rapport de la &#171; commission Quil&#232;s &#187; m&#233;rite d'&#234;tre lu, car il contient aussi un certain nombre de v&#233;rit&#233;s. Ce rapport est accessible sur internet. Nous n'en citons ici que les extraits les plus int&#233;ressants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Extraits du Rapport parlementaire Quil&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
enregistr&#233; le 15 d&#233;cembre 1998&lt;br class='autobr' /&gt;
(consultable sur internet)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Nous entretenons des relations amicales avec le Gouvernement du Rwanda qui s'est rapproch&#233; de la France apr&#232;s avoir constat&#233; la relative indiff&#233;rence de la Belgique &#224; l'&#233;gard de son ancienne colonie. &#8221; Intervention du Pr&#233;sident de la R&#233;publique M. Fran&#231;ois Mitterrand en Conseil des Ministres du 17 octobre 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES ACCORDS DE COOPERATION MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article premier de l'accord pr&#233;voit les conditions dans lesquelles les personnels militaires fran&#231;ais sont mis &#224; la disposition du Gouvernement rwandais et pr&#233;cise leur mission : &#8220; le Gouvernement de la R&#233;publique fran&#231;aise met &#224; la disposition du Gouvernement de la R&#233;publique rwandaise les personnels militaires fran&#231;ais dont le concours lui est n&#233;cessaire pour l'organisation et pour l'instruction de la Gendarmerie rwandaise &#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Les personnels militaires fran&#231;ais mis &#224; la disposition du Gouvernement de la R&#233;publique rwandaise sont d&#233;sign&#233;s par le Gouvernement de la R&#233;publique fran&#231;aise apr&#232;s accord du Gouvernement de la R&#233;publique rwandaise &#8221; et que &#8220; les int&#233;ress&#233;s sont plac&#233;s sous l'autorit&#233; de l'officier fran&#231;ais le plus ancien dans le grade le plus &#233;lev&#233; mis &#224; la disposition de la R&#233;publique rwandaise &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les personnels fran&#231;ais &#8220; servent sous l'uniforme rwandais, avec le grade dont ils sont titulaires ou, le cas &#233;ch&#233;ant, son &#233;quivalent au sein des forces arm&#233;es rwandaises. Leur qualit&#233; d'assistants techniques militaires est mise en &#233;vidence par un badge sp&#233;cifique &#034; Coop&#233;ration Militaire &#034; port&#233; sur la manche gauche de l'uniforme &#224; hauteur de l'&#233;paule &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'avenant du 26 ao&#251;t 1992, en rempla&#231;ant dans les articles premier et 6 de l'accord de 1975 &#8220; la Gendarmerie rwandaise &#8221; par &#8220; les forces arm&#233;es rwandaises &#8221;, &#233;tend la coop&#233;ration militaire fran&#231;aise &#224; l'ensemble des missions des forces arm&#233;es du Rwanda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES RAISONS DE LA PR&#201;SENCE DE LA FRANCE AU RWANDA&lt;br class='autobr' /&gt;
En lui-m&#234;me, ce petit pays d'Afrique, enclav&#233;, surpeupl&#233; et sans richesses, ne justifiait gu&#232;re que l'on s'y int&#233;ress&#226;t autant. Comme l'a soulign&#233; le Ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, M. Hubert V&#233;drine, lors de son audition, ce pays &#8220; ne rev&#234;tait aucun int&#233;r&#234;t strat&#233;gique particulier pour la France (...) L'ind&#233;pendance du Za&#239;re, du Burundi et du Rwanda ne s'&#233;taient pas d&#233;roul&#233;es dans des conditions optimales (...) Ces trois pays se sont tourn&#233;s vers la France car elle &#233;tait le seul pays qui conservait encore une politique exprimant son int&#233;r&#234;t et son amiti&#233; pour un continent qui semblait largement abandonn&#233; par les autres puissances. &#8221; L'engagement de la France au Rwanda est donc issu des conditions dans lesquelles ce pays a eu acc&#232;s &#224; l'ind&#233;pendance. Mais il fallait aussi que le Rwanda f&#251;t francophone et voisin du Za&#239;re. G&#233;ographiquement, le Rwanda dispose en effet d'une fronti&#232;re commune avec l'Est du Za&#239;re immens&#233;ment riche en ressources mini&#232;res (uranium, cobalt, diamants...) et constitue de ce fait un poste d'observation privil&#233;gi&#233; des &#233;volutions de cette r&#233;gion. Il est clair que l'amorce d'une coop&#233;ration franco-za&#239;roise ne pouvait prendre forme en laissant de c&#244;t&#233; le Rwanda et le Burundi qui, d'un point de vue g&#233;ographique, constituent une voie de p&#233;n&#233;tration vers le Za&#239;re et le Sud du continent pour les populations du Nord-Est de l'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES &#201;V&#201;NEMENTS AU RWANDA DE 1990 &#192; 1994&lt;br class='autobr' /&gt;
On assiste d'abord &#224; une mont&#233;e persistante de la contestation. (&#8230;) L'historien G&#233;rard Prunier observe ainsi que &#8220; la stabilit&#233; politique du r&#233;gime suivit presque exactement la courbe des prix du caf&#233; et de l'&#233;tain &#8221;. Il ne s'agit d'ailleurs pas l&#224; d'une simple co&#239;ncidence : le m&#234;me auteur fait ainsi valoir que l'agriculture de subsistance paysanne, base de l'&#233;conomie rwandaise, n'offrant que peu de possibilit&#233; d'exc&#233;dent direct, seules restaient &#8220; pour l'&#233;lite du r&#233;gime, (...) trois sources d'enrichissement : les exportations de th&#233; et de caf&#233;, pendant peu de temps l'exportation d'&#233;tain, et les ponctions sur l'aide internationale. Etant donn&#233; qu'une bonne part des deux premi&#232;res sources allait au fonctionnement du Gouvernement, en 1988, la diminution des sources de revenus ne laissait que la troisi&#232;me comme recours viable &#8221;. D'o&#249; une exacerbation de la concurrence pour l'acc&#232;s aux postes de responsabilit&#233; au fur et &#224; mesure que les ressources se tarissaient. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1990&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ann&#233;e 1990 repr&#233;sente un tournant important dans l'histoire politique contemporaine du Rwanda. Le poids des facteurs internes, tant politiques qu'&#233;conomiques, n'est pas &#224; sous-estimer. (&#8230;) Le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana comprend alors qu'il n'&#233;chappera pas &#224; une &#233;volution politique de son r&#233;gime : ainsi, alors qu'en janvier 1989, il soulignait que tout changement politique ne pouvait se concevoir qu'au sein du syst&#232;me du parti unique, son discours du 5 juillet 1990 marque l'acceptation du principe de s&#233;paration entre l'Etat et le MRND, seul parti politique autoris&#233;, et la reconnaissance de la n&#233;cessit&#233; de r&#233;formes constitutionnelles, fond&#233;es sur l'instauration du multipartisme. (&#8230;) L'&#233;volution du r&#233;gime faisait donc de plus en plus de m&#233;contents, et les m&#233;contentements s'exprimaient d'autant plus que le niveau scolaire et l'alphab&#233;tisation du pays s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;s. Le Gouvernement, ou les proches du r&#233;gime, tent&#232;rent d'enrayer par la force la protestation. En ao&#251;t 1989, M. F&#233;l&#233;cula Nyiramutarambirwa, membre du Parlement et originaire de Butare, dans le sud du pays, fut renvers&#233; par un camion apr&#232;s avoir accus&#233; le Gouvernement de corruption sur des contrats pour la construction des routes. En novembre de la m&#234;me ann&#233;e, le P&#232;re Silvio Sindambiwe, un journaliste dont la parole &#233;tait libre, fut &#233;galement tu&#233; dans un &#8220; accident de la circulation &#8221;. Des journalistes tent&#232;rent de relater ces &#233;v&#233;nements. Ils furent arr&#234;t&#233;s. (&#8230;) C'est dans ce contexte qu'eut lieu, en avril 1990, le sommet franco-africain de La Baule. Sur l'insistance du Pr&#233;sident Mitterrand, le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana fit une d&#233;claration en faveur du multipartisme le 5 juillet 1990. (&#8230;) Dans ces conditions, l'attaque du FPR, le 1er octobre, en montrant l'incapacit&#233; du r&#233;gime du Pr&#233;sident &#224; assurer seul la s&#233;curit&#233; du pays, contribua durement &#224; l'affaiblissement de sa l&#233;gitimit&#233;. Cette crise de l&#233;gitimit&#233; l'obligea &#224; composer avec son opposition interne et &#224; demander un renforcement de la coop&#233;ration militaire fran&#231;aise. (&#8230;) En lieu et place de l'organisation de la r&#233;sistance au FPR dans Kigali, une vague d'arrestations massive fut organis&#233;e. Le 9 octobre 1990, le minist&#232;re de la Justice rwandais admettait l'arrestation de 3 000 personnes environ. En fait, les chiffres sont &#233;valu&#233;s &#224; 10 000. Selon M. G&#233;rard Prunier &#8220; de toute &#233;vidence, ces arrestations ne visent pas des partisans du FPR (tr&#232;s peu nombreux, et pas tous connus des services de police) ; elles frappent &#224; l'aveuglette Tutsis &#233;duqu&#233;s et Hutus contestataires''. (&#8230;) Le Ministre de la D&#233;fense, intervenant &#224; la radio nationale, demandera &#224; la population de traquer les infiltr&#233;s. Cet appel sera imm&#233;diatement suivi d'effet. Une partie des soldats du FPR, vaincus, se r&#233;fugieront dans la r&#233;gion du Mutara, au nord-ouest du Rwanda. Cette r&#233;gion est une zone traditionnelle de l'&#233;migration tutsie vers l'Ouganda. Or, 348 civils tutsis y seront massacr&#233;s entre le 11 et le 13 octobre 1990, et plus de 500 maisons seront incendi&#233;es dans la seule commune de Kibilira. S'il s'agit l&#224; d'un massacre dont l'ampleur est relative, compte tenu du caract&#232;re massif des exterminations constat&#233;es dans la r&#233;gion, ses caract&#233;ristiques m&#233;ritent qu'on s'y arr&#234;te. D'abord, aucune des victimes n'est un combattant du FPR ; il ne semble pas non plus qu'il s'agisse de sympathisants av&#233;r&#233;s de ce mouvement : il serait en effet extraordinairement risqu&#233; d'afficher de telles sympathies et les Tutsis conservent le souvenir des pers&#233;cutions de la p&#233;riode de 1959 &#224; 1962. Ensuite, les massacres sont commis par les paysans sous la conduite des autorit&#233;s civiles, selon les r&#232;gles bien connues de la corv&#233;e collective. Interrog&#233; sur la r&#233;volte qui aurait pouss&#233; les paysans du nord-ouest &#224; massacrer les Tutsis, le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana r&#233;pond placidement dans une conf&#233;rence de presse : &#8220; Il ne s'agit pas d'une r&#233;volte. Tout le monde ob&#233;it. &#8221; Enfin, les dirigeants locaux sous l'autorit&#233; desquels les massacres ont &#233;t&#233; commis ne seront pas inqui&#233;t&#233;s par le pouvoir central. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le red&#233;ploiement de la vie politique s'est aussi cr&#233;&#233;e, entre novembre 1991 et janvier 1992, toute une s&#233;rie de petits partis. Leur audience ne pourra jamais &#234;tre mesur&#233;e. En fait, il semble que, pour l'essentiel d'entre eux, la perspective ait &#233;t&#233; d'exister comme parti enregistr&#233; de fa&#231;on &#224; pouvoir r&#233;clamer de participer &#224; une &#8220; conf&#233;rence nationale &#8221;, si une telle conf&#233;rence &#233;tait convoqu&#233;e. Or, si certains de ces partis semblent &#234;tre le fait d'initiatives ind&#233;pendantes, comme le Parti pour la d&#233;mocratie islamique, l'autonomie de nombre d'entre eux semble assez largement sujette &#224; caution. C'est ainsi que, selon M. Dismas Nsengiyaremye, le Parti socialiste rwandais (PSR) et l'Union d&#233;mocratique du peuple rwandais (UDSR) &#233;voluaient dans le sillage du FPR. Mais, la plupart furent carr&#233;ment suscit&#233;s par le pouvoir rwandais, soucieux de cr&#233;er un effet de nombre et d'expression de sensibilit&#233;s proches autour du MRND. (&#8230;) A compter du 24 janvier 1991, le Lieutenant-Colonel Gilbert Canovas exerce &#224; nouveau la fonction de conseiller du Chef d'&#233;tat-major des FAR qu'il occupera jusqu'en juin 1991, le Pr&#233;sident de la R&#233;publique ayant une fois de plus accept&#233; la prolongation de sa mission. Le 21 mars 1991, la Mission d'assistance militaire est renforc&#233;e par l'envoi de 30 militaires du DAMI Panda. La coop&#233;ration militaire fran&#231;aise change d'&#233;chelle. La justification officielle en est le souci de pr&#233;venir &#8220; les cons&#233;quences n&#233;fastes que peut avoir pour la paix dans la r&#233;gion la poursuite d'actions militaires d&#233;stabilisatrices &#8221;. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1992&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 8 janvier 1992, des manifestations d'une ampleur inconnue au Rwanda secou&#232;rent les principales villes du pays, notamment Butare, Gitarama et surtout Kigali, o&#249; 50 000 personnes d&#233;fil&#232;rent pour manifester contre le nouveau Gouvernement. Une nouvelle journ&#233;e de manifestation est convoqu&#233;e pour le 15 janvier, mais le pouvoir l'interdit et les manifestants qui passent outre sont arr&#234;t&#233;s. Cependant, devant l'ampleur de la pression, le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana finit par accepter de signer un compromis avec l'opposition r&#233;unie. Aux termes de ce compromis, le Gouvernement Nsanzimana serait remplac&#233; par un Gouvernement de coalition. Celui-ci, qui comprendrait des Ministres MRND, serait cependant dirig&#233; par un membre du MDR. (&#8230;) Le 7 avril, le Premier Ministre Dismas Nsengiyaremye pr&#234;tait serment et le nouveau Gouvernement &#233;tait mis en place le 16 avril, couronnant ainsi la r&#233;ussite de la strat&#233;gie d'union de l'opposition. (&#8230;) L'arriv&#233;e au pouvoir du Gouvernement Nsengiyaremye ne signifiait en aucun cas que l'opposition venait de remporter une victoire totale. En effet, si le G&#233;n&#233;ral Juv&#233;nal Habyarimana, son entourage et son parti &#233;taient, pour la premi&#232;re fois depuis 1973, contraints de partager le pouvoir, ils restaient pr&#233;sents aux affaires. Juv&#233;nal Habyarimana restait Pr&#233;sident de la R&#233;publique et Chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e. (&#8230;) Pour nombre de membres du MRND, l'arriv&#233;e au pouvoir de l'opposition et la perspective de n&#233;gociations, en vue d'un partage du pouvoir, entre l'Etat hutu rwandais et le FPR ne devait susciter qu'un refus absolu. C'est ainsi qu'en mars 1992 appara&#238;t sur la sc&#232;ne politique un nouveau parti, la Coalition pour la d&#233;fense de la R&#233;publique (CDR). Au contraire des petits partis ci-dessus &#233;voqu&#233;s, la CDR va jouer un r&#244;le important et largement autonome dans la vie du Rwanda jusqu'&#224; la fin du r&#233;gime. La CDR se positionne comme un mouvement beaucoup plus intransigeant que le MRND dans son opposition au FPR et &#224; la coalition emmen&#233;e par le MDR. Ses dirigeants, M. Jean-Bosco Barayagwiza, son fondateur, M. Jean Barahinyura, son Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, M. Martin Bucyana, harc&#232;lent le r&#233;gime et le MRND, pour leur mollesse envers le FPR et ceux qu'il appelle ses complices (&#8220; ibyitso &#8221;, c'est-&#224;-dire les partis d'opposition). Il est &#224; remarquer que ces personnalit&#233;s, et de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale celles de la frange radicale qu'emm&#232;ne la CDR, ne sont pas forc&#233;ment les moins talentueuses, ni les moins brillantes de la vie politique rwandaise. Le journal kinyarwanda &#8220; Kangura &#8221; (&#8220; R&#233;veillez-le &#8221;), dirig&#233; par l'un d'entre eux, M. Hassan Ngeze, est d'une efficacit&#233; politique redoutable gr&#226;ce &#224; des attaques personnelles contre les dirigeants de l'opposition, la corruption voire la criminalit&#233; n'&#233;tant pas l'apanage des seuls dirigeants du MRND. C'est aussi parmi ces sympathisants que se recrutera plus tard l'essentiel des journalistes de l'extr&#233;miste &#8220; Radio-t&#233;l&#233;vision libre des Milles Collines &#8221; (RTLM). Pour nombre de membres du MRND, l'arriv&#233;e au pouvoir de l'opposition et la perspective de n&#233;gociations, en vue d'un partage du pouvoir, entre l'Etat hutu rwandais et le FPR ne devait susciter qu'un refus absolu. C'est ainsi qu'en mars 1992 appara&#238;t sur la sc&#232;ne politique un nouveau parti, la Coalition pour la d&#233;fense de la R&#233;publique (CDR). Au contraire des petits partis ci-dessus &#233;voqu&#233;s, la CDR va jouer un r&#244;le important et largement autonome dans la vie du Rwanda jusqu'&#224; la fin du r&#233;gime. La CDR se positionne comme un mouvement beaucoup plus intransigeant que le MRND dans son opposition au FPR et &#224; la coalition emmen&#233;e par le MDR. Ses dirigeants, M. Jean-Bosco Barayagwiza, son fondateur, M. Jean Barahinyura, son Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, M. Martin Bucyana, harc&#232;lent le r&#233;gime et le MRND, pour leur mollesse envers le FPR et ceux qu'il appelle ses complices (&#8220; ibyitso &#8221;, c'est-&#224;-dire les partis d'opposition). Il est &#224; remarquer que ces personnalit&#233;s, et de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale celles de la frange radicale qu'emm&#232;ne la CDR, ne sont pas forc&#233;ment les moins talentueuses, ni les moins brillantes de la vie politique rwandaise. Le journal kinyarwanda &#8220; Kangura &#8221; (&#8220; R&#233;veillez-le &#8221;), dirig&#233; par l'un d'entre eux, M. Hassan Ngeze, est d'une efficacit&#233; politique redoutable gr&#226;ce &#224; des attaques personnelles contre les dirigeants de l'opposition, la corruption voire la criminalit&#233; n'&#233;tant pas l'apanage des seuls dirigeants du MRND. C'est aussi parmi ces sympathisants que se recrutera plus tard l'essentiel des journalistes de l'extr&#233;miste &#8220; Radio-t&#233;l&#233;vision libre des Milles Collines &#8221; (RTLM). (&#8230;) Le mois de mars 1992 voit en effet le d&#233;but d'une s&#233;rie d'attentats terroristes. Par deux fois, des grenades sont jet&#233;es dans la foule, &#224; la gare routi&#232;re de Kigali, faisant cinq morts la premi&#232;re fois et un mort et 34 bless&#233;s la seconde. (&#8230;) Le mois de mars 1992 est aussi celui de la reprise des massacres de Tutsis dans les provinces. (&#8230;) Dans la r&#233;gion du Bugesera, (&#8230;) les massacres dur&#232;rent du 4 au 9 mars, et caus&#232;rent la mort d'un nombre de personnes &#233;valu&#233; &#224; 300 (l'administration rwandaise d'alors en a admis 182). Comme dans le cas des massacres du Mutara (voir ci-dessus), ils furent accomplis par les paysans sous la conduite de leur bourgmestre dans le cadre d'une &#8220; umuganda &#8221;. (&#8230;) M. Filip Reyntjens, auteur d'un rapport au nom de la F&#233;d&#233;ration internationale des droits de l'homme, &#233;crit quant &#224; lui que : &#8220; d&#233;but mars, on remarque la pr&#233;sence de militaires de la garde pr&#233;sidentielle en civil, munis de poignards et de pistolets. Par ailleurs, des membres des milices Interahamwe du MRND sont introduits dans la r&#233;gion &#224; bord de v&#233;hicules de la Direction des Ponts et Chauss&#233;es du minist&#232;re des Travaux publics, service dirig&#233; par M. Ntirivamunda, gendre du Chef de l'Etat ; l'essence n&#233;cessaire &#224; l'op&#233;ration est fournie par S&#233;raphin Rwabukumba, beau-fr&#232;re du Pr&#233;sident et par l'ancien Ministre Joseph Nzirorera, proche de la famille pr&#233;sidentielle &#8221;. (&#8230;) D&#232;s que l'ampleur en fut connue, les massacres du Bugesera firent l'objet d'une d&#233;marche des ambassadeurs des pays de l'OCDE aupr&#232;s du Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana. A ce propos, il a &#233;t&#233; &#233;crit que l'Ambassadeur de France au Rwanda, M. Georges Martres, ne s'&#233;tait pas associ&#233; &#224; cette d&#233;marche. (&#8230;) Selon l'ancien Ministre de la D&#233;fense MRND, M. James Gasana, dans un document remis &#224; la Mission et intitul&#233; La violence politique au Rwanda de 1991 &#224; 1993 : t&#233;moignage sur le r&#244;le des organisations de jeunesse des partis politiques, c'est le MRND qui aurait le premier cr&#233;&#233; sa propre organisation de jeunesse, d&#233;nomm&#233;e &#8220; Inkuba &#8221; (foudre), d&#232;s juin 1991, pour organiser troubles et manifestations destin&#233;s &#224; d&#233;stabiliser le r&#233;gime. Ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s par le MRND les &#8220; Interahamwe &#8221; (ceux qui combattent ensemble) et, par la CDR, d&#232;s sa constitution, les &#8220; Impuzamugambi &#8221; (ceux qui poursuivent le m&#234;me but). (&#8230;)&#8220; D&#232;s la mi-1992, la d&#233;centralisation des Interahamwe autour des personnalit&#233;s politiques riches alli&#233;es &#224; l'entourage de Habyarimana se renforce. Leur mobilit&#233; coupl&#233;e au regain de force du MRND va leur permettre d'op&#233;rer au niveau national, en particulier pour des meetings politiques. Il ne se forme pas de groupes pr&#233;fectoraux car les pr&#233;fets redoutent une action disciplinaire du Gouvernement. M&#234;me si les groupes cr&#233;&#233;s sont g&#233;n&#233;ralement communaux, ils se cr&#233;ent par secteur dans la pr&#233;fecture de la ville de Kigali et dans les environs. Les luttes entre les organisations des jeunesses ont plus fr&#233;quemment lieu par quartier en ville de Kigali. &#8220; La prolif&#233;ration des Interahamwe vers mi-1992 est due principalement &#224; la perte du contr&#244;le des FAR par Habyarimana et le MRND dans un contexte insurrectionnel d'Ukubohoza ou lib&#233;ration cr&#233;&#233; par les partis FDC(59). Elle est aussi due au positionnement de certaines personnalit&#233;s du MRDN face &#224; leurs rivaux de m&#234;me r&#233;gion, au sein du m&#234;me parti, dans la perspective des &#233;lections g&#233;n&#233;rales. Enfin, l'adh&#233;sion aux Interahamwe &#233;tait pour les malfaiteurs une fa&#231;on de trouver une protection politique contre les poursuites en justice, et pour les jeunes ch&#244;meurs une fa&#231;on de subvenir &#224; leurs besoins de survie sous la protection des dignitaires riches.'' (&#8230;) Les premiers contacts officiels entre le nouveau Gouvernement rwandais et le FPR ont lieu &#224; peine un peu plus d'un mois apr&#232;s l'investiture. Le 24 mai en effet, le Ministre Ngulinzira rencontre le FPR &#224; Kampala. Un calendrier de n&#233;gociation est alors &#233;tabli. D&#232;s le 29 mai, soit cinq jours seulement apr&#232;s cette premi&#232;re rencontre, les pourparlers de paix commencent &#224; Bruxelles entre le FPR et des repr&#233;sentants du Gouvernement membres des trois partis MDR, PSD et PL, dont la coalition prend d&#233;sormais le nom de FDC (Forces d&#233;mocratique pour le changement). Le 5 juin, un accord de cessez-le-feu est trouv&#233; entre le FPR et la coalition gouvernementale FDC, malgr&#233; l'opposition du MRND. (&#8230;) Le 1er ao&#251;t, le cessez-le-feu entre en application, et le 18 ao&#251;t, soit un mois apr&#232;s le d&#233;but des n&#233;gociations des accords de paix proprement dit, le premier protocole d'accord est sign&#233; (&#224; Arusha). (&#8230;) Les n&#233;gociations s'engagent alors dans une seconde phase, plus concr&#232;te. Celle-ci aboutit &#224; la signature d'accords sur le partage du pouvoir dans le cadre d'un &#8220; Gouvernement de transition &#224; base &#233;largie &#8221;. Ces accords sont sign&#233;s en deux temps : le 30 octobre 1992 pour les dispositions les plus g&#233;n&#233;rales, le 9 janvier 1993 pour les parties les plus difficiles, notamment la r&#233;partition concr&#232;te des postes minist&#233;riels et le nombre des repr&#233;sentants &#224; l'Assembl&#233;e nationale de transition. (&#8230;) M. G&#233;rard Prunier, lors de son audition par la Mission, a tenu sur ce point les propos suivants : &#8220; en 1992, le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana avait demand&#233; au Ministre de la D&#233;fense James Gasana de le d&#233;barrasser d'un certain nombre d'hommes de son entourage, qu'il trouvait peu s&#251;rs, voire dangereux pour lui, en les marginalisant ou en les &#233;liminant de leur poste (...) parmi ceux-ci figuraient les Colonels Rwagafilita, Serubuga, Sagatwa, avant qu'il ne change de camp, et Bagosora &#8221;. Il a ajout&#233; que &#8220; si James Gasana avait r&#233;ussi pour les Colonels Rwagafilita, Serubuga et Sagatwa, il avait toujours &#233;chou&#233; dans le cas du Colonel Theoneste Bagosora qui repr&#233;sentait l'ultime point de r&#233;sistance de Madame et de ses fr&#232;res. Tant qu'il demeurait secr&#233;taire administratif du minist&#232;re de la D&#233;fense, eux et leur groupe gardaient, dans ce minist&#232;re, un acc&#232;s qu'ils estimaient absolument vital, non seulement pour le contr&#244;le de l'arm&#233;e, mais aussi parce que l'anse du panier dansait &#233;norm&#233;ment &#8221;. A ce propos, il a fait observer que &#8220; le d&#233;cuplement, en trois ans, de l'effectif de l'arm&#233;e, de 5 200 &#224; 50 000 hommes, en accroissant de fa&#231;on consid&#233;rable le budget de la d&#233;fense, avait ouvert de fa&#231;on tout aussi consid&#233;rable les possibilit&#233;s de d&#233;tournement de fonds, d'abord pour financer les milices -ainsi les milices comme les Interahamwe ou les Impuzamugambi ont-elles &#233;t&#233; financ&#233;es par de l'argent vol&#233; au minist&#232;re de la D&#233;fense- mais aussi dans un but d'enrichissement personnel ou politique &#8221;. (&#8230;) Conscient de l'inqui&#233;tude de ses partisans, le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana tente alors de les rassurer. Le m&#234;me jour, il fait savoir dans un discours &#224; la radio que toute latitude dans les n&#233;gociations n'est pas laiss&#233;e au Premier Ministre et au Ministre des Affaires &#233;trang&#232;res et que leurs initiatives sont sous contr&#244;le. &#8220; Nos n&#233;gociateurs &#224; Arusha ont re&#231;u des instructions... les positions qu'ils adoptent ne sont donc pas improvis&#233;es... C'est pourquoi je pense que le peuple rwandais peut &#234;tre rassur&#233; : toutes les pr&#233;cautions sont prises pour s'assurer que les actions individuelles ne m&#232;nent pas notre pays vers une aventure dont il ne veut pas &#8221;. Cette d&#233;claration ne suffit pas &#224; apaiser la col&#232;re de certains Hutus radicaux. Selon un processus d&#233;sormais connu, des massacres s'ensuivent donc. Cette fois, c'est la pr&#233;fecture de Kibuye qui est le th&#233;&#226;tre des &#233;v&#233;nements. Selon M. G&#233;rard Prunier, le bilan de ceux-ci se monterait &#224; 85 morts environ, 200 bless&#233;s et plus de 5 000 d&#233;plac&#233;s. La n&#233;gociation puis la conclusion des deux accords du 30 octobre 1992 puis du 9 janvier 1993 s'accompagnent d'une tension grandissante. Le 2 octobre 1992, le professeur belge Filip Reyntjens d&#233;nonce l'existence d'un &#8220; r&#233;seau z&#233;ro &#8221;. Cette expression, &#224; laquelle on donne souvent le sens de &#8220; z&#233;ro Tutsi &#8221; (&#8230;)Le &#8220; r&#233;seau z&#233;ro &#8221; est une sorte d'escadron de la mort form&#233; de miliciens du MRND et de soldats d&#233;tach&#233;s et &#233;quip&#233;s par l'arm&#233;e sous le contr&#244;le de proches du Chef de l'Etat, c'est-&#224;-dire des membres les plus notables de l'Akazu. Le professeur Filip Reyntjens cite ainsi les trois fr&#232;res de Mme Habyarimana, le directeur des travaux publics et gendre du Pr&#233;sident, M. Ntirivamunda, le Colonel Elie Sagatwa, secr&#233;taire personnel du Pr&#233;sident et son beau-fr&#232;re, le chef du service de renseignement militaire, le commandant de la Garde pr&#233;sidentielle, et enfin le Colonel Theoneste Bagosora, directeur de cabinet du Ministre de la D&#233;fense. (&#8230;)Dans le t&#233;moignage d&#233;j&#224; cit&#233;, M. James Gasana expose que &#8220; d&#232;s septembre 1992, l'alliance des Interahamwe et des Impuzamugambi est plus forte que les Inkuba. Avec la CDR, ils constituent la base politique des &#034; durs &#034; des FAR. Ils m&#232;nent une campagne aupr&#232;s des militaires pour le renversement du Gouvernement de Dismas Nsengiyaremye. &#8221; De fait, le 18 octobre, la CDR organise une manifestation r&#233;clamant le d&#233;part du Premier Ministre et de son Gouvernement, s'insurgeant contre l'&#233;volution gouvernementale de Radio Rwanda et remerciant la France pour sa pr&#233;sence. Les manifestants r&#233;clament aussi que tous les partis enregistr&#233;s participent au Gouvernement. Il s'agit bien, compte tenu de ce qui a &#233;t&#233; dit de ceux-ci, de tenter de paralyser l'action gouvernementale. (&#8230;) La tension continue &#224; monter. Le 22 novembre 1992, M. L&#233;on Mugesera, membre influent du MRND, s'adresse en ces termes aux militants de la ville de Kabaya, en pr&#233;fecture de Gisenyi. &#8220; Les partis d'opposition ont complot&#233; avec l'ennemi pour faire tomber la pr&#233;fecture de Byumba aux mains des Inyenzi (...). Ils ont complot&#233; pour saper nos forces arm&#233;es (...). La loi est tr&#232;s claire sur ce point : &#034; Toute personne coupable d'actes visant &#224; saper le moral des forces arm&#233;es sera condamn&#233;e &#224; mort. &#034; Qu'est-ce que nous attendons ? (...) Et ces complices (Ibyitso) qui envoient leurs enfants au FPR ? Qu'attendons-nous pour nous d&#233;barrasser de ces familles ? Nous devons prendre en main la responsabilit&#233; et supprimer ces voyous. (...) Nous devons agir. Il faut les liquider tous ! &#8221; (&#8230;) M. Michel Cuingnet, ancien chef de la Mission de coop&#233;ration au Rwanda, a affirm&#233; que d&#232;s les premi&#232;res &#233;missions de la RTLM en avril 1993, &#8220; on annon&#231;ait sur les ondes qu'il fallait &#8220; terminer le travail et &#233;craser tous les cafards &#8221;. Apr&#232;s le 6 avril 1994, MSF a rapport&#233; que l'on pouvait entendre sur RTLM ce type de message : &#8220; Il reste de la place dans les tombes. Qui va faire du bon boulot et nous aider &#224; les remplir compl&#232;tement ? &#8221;. De fait, ces organes de presse, qui n'ont jamais &#233;t&#233; ni censur&#233;s ni interdits, ne font que relayer les propos des officiels du r&#233;gime. Ma&#238;tre Eric Gillet a rappel&#233; devant la Mission que dans un discours prononc&#233; &#224; Ruhengeri en novembre 1992, &#8220; le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana appelle les milices Interahamwe qu'il a cr&#233;&#233;es &#224; le soutenir dans son action et leur donne carte blanche &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1993&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma&#238;tre Gillet a cit&#233; &#233;galement le mot du Colonel Bagosora, qui a d&#233;clar&#233; lors d'un retour d'Arusha en janvier 1993 : &#8220; je reviens pr&#233;parer l'apocalypse &#8221;. Cette volont&#233; d'&#233;radiquer les Tutsis impr&#232;gne tout particuli&#232;rement l'arm&#233;e compos&#233;e uniquement de Hutus. le G&#233;n&#233;ral Jean Varret a rapport&#233; devant la Mission : &#8220;qu'&#224; la suite de divers attentats, la gendarmerie rwandaise avait demand&#233;, avec l'appui de l'ambassadeur, une formation d'officier de police judiciaire (OPJ), afin de pouvoir mener efficacement des enqu&#234;tes int&#233;rieures &#8221;. (&#8230;)M. Faustin Twagiramungu a toutefois fait entendre une voix l&#233;g&#232;rement dissonante ou, plus exactement, apportant un compl&#233;ment. Il a pr&#233;cis&#233; que &#8220; les partisans de la CDR que l'on voyait chanter publiquement : &#034;nous allons exterminer&#034;, n'avaient jamais dit qu'ils allaient exterminer seulement les Tutsis, mais qu'ils visaient aussi l'opposition qui, si elle comportait des Tutsis, &#233;tait d'abord constitu&#233;e par des Hutus&#8221;. (&#8230;) La signature du deuxi&#232;me accord sur le partage du pouvoir, le 9 janvier 1993, radicalise encore la situation. D'abord, conform&#233;ment aux craintes des Hutus radicaux, les accords fixent la r&#233;partition des si&#232;ges de l'Assembl&#233;e de transition devant laquelle r&#233;pondra le Gouvernement. Celle-ci ne sera donc pas &#233;lue mais nomm&#233;e. Les membres du MRND et de la CDR y voient une concession intol&#233;rable au FPR, celui-ci s'assurant ainsi d'une pr&#233;sence en nombre alors que, eu &#233;gard &#224; la faible proportion de Tutsis du Rwanda, et au fait que nombre d'entre eux sont des proches du parti lib&#233;ral, des &#233;lections tenues imm&#233;diatement ne lui auraient donn&#233; qu'une faible repr&#233;sentation. De plus, s'agissant du Gouvernement, les partis FDC et le PDC conservent tous leurs postes minist&#233;riels. Les cinq postes attribu&#233;s au FPR sont, &#224; part une cr&#233;ation destin&#233;e &#224; prendre en charge les r&#233;fugi&#233;s, tous pris sur le contingent du MRND, qui perd ainsi au profit du FPR quatre de ses si&#232;ges, dont le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. Eu &#233;gard au caract&#232;re strat&#233;gique de ce minist&#232;re, la col&#232;re du pouvoir MRND et de ses sympathisants d&#233;ferle. Le 19 janvier, le MRND et la CDR organisent de violentes manifestations contre l'accord. Le 21 janvier, le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du MRND d&#233;clare que son parti le rejette purement et simplement. La pr&#233;sence d'une commission d'enqu&#234;te internationale sur les violations des droits de l'homme au Rwanda, du 7 au 21 janvier 1993, avait eu un impact certain sur le ralentissement des violences. Son d&#233;part le 21 janvier, au moment m&#234;me o&#249; le MRND rejette l'accord, lib&#232;re leur expression. Pendant six jours, des violences meurtri&#232;res men&#233;es par des miliciens extr&#233;mistes associ&#233;s aux populations locales d&#233;vastent le nord-ouest du Rwanda. Voici comment M. Dismas Nsengiyaremye les pr&#233;sente : &#8220; avec la caution des autorit&#233;s locales, le MRND organisa des manifestations violentes &#224; travers tout le pays du 20 au 22 janvier 1993 et proclama son intention de paralyser toutes les activit&#233;s. Les partis d'opposition ne se laiss&#232;rent pas intimider et organis&#232;rent des contre-manifestations qui neutralis&#232;rent les activistes du MRND et de ses satellites, dans les pr&#233;fectures de Byumba, Kibungo, Kigali-ville, Kigali rural, Gitarama, Butare, Gikongoro, Cyangugu et Kibuye (sauf commune Rutsiro). Dans les pr&#233;fectures de Gisenyi, Ruhengeri, Kigali rural (zone de Bumbogo et de Buliza), Byumba (commune Tumba) et Kibuye (commune Rutsiro), ces manifestations se transform&#232;rent rapidement en &#233;meutes et les pr&#233;tendants manifestants se mirent &#224; tuer les Tutsis et des membres des partis d'opposition. Il y eut environ 400 morts et 20 000 personnes d&#233;plac&#233;es &#8221;. (&#8230;) Le d&#233;veloppement de ces massacres am&#232;ne le FPR &#224; suspendre les contacts &#224; Arusha. En fait, le 8 f&#233;vrier 1993, il d&#233;cide de rompre le cessez-le-feu et passe &#224; l'attaque dans les environs de Byumba et de Ruhengeri. L'offensive est couronn&#233;e de succ&#232;s. Le FPR enfonce les lignes rwandaises, l'annonce de la paix ayant par ailleurs largement d&#233;motiv&#233; les FAR. Il s'empare de l'essentiel de leur &#233;quipement, occupe la plus grande part des pr&#233;fectures de Ruhengeri -ville qu'il conquiert d&#232;s le 8 f&#233;vrier- et de Byumba, et avance jusqu'&#224; Rulindo, &#224; 30 km au nord de Kigali. Cependant, le 20 f&#233;vrier, le FPR proclame un cessez-le-feu unilat&#233;ral. Il semble que deux &#233;l&#233;ments aient pu l'arr&#234;ter. D'une part l'annonce du renforcement de Noro&#238;t le pla&#231;ait dans la perspective risqu&#233;e d'un affrontement direct avec les forces fran&#231;aises. (&#8230;)En m&#234;me temps, la perte de contr&#244;le du Gouvernement sur l'ordre public devient totale. Le d&#233;veloppement des milices devient incontr&#244;lable. M. James Gasana en fait une des cons&#233;quences de l'offensive de Byumba : &#8220; Malgr&#233; l'action de la gendarmerie, les Interahamwe ne cessent de se renforcer. La reprise des hostilit&#233;s par le FPR a pouss&#233; les populations de Byumba en direction de Kigali, notamment. Il y a ainsi des milliers de jeunes gens d&#233;plac&#233;s de guerre, d&#233;scolaris&#233;s, sans autre occupation, aigris, et pouss&#233;s dans la haine ethnique par la guerre, l&#8216;abandon et la mis&#232;re qui se font recruter dans les Interahamwe pour survivre. Il s'y ajoute aussi des centaines de militaires qui ont d&#233;sert&#233; le front ou qui ont &#233;t&#233; renvoy&#233;s pour indiscipline. Il faut scruter la frustration et la col&#232;re des milliers de jeunes d&#233;plac&#233;s de guerre, abandonn&#233;s &#224; eux-m&#234;mes dans la mis&#232;re et l'angoisse des camps, pour comprendre la force que les Interahamwe vont avoir &#224; Kigali. Dans leur long calvaire, ces jeunes ont c&#244;toy&#233; la mort dans les camps. Ils ont vu des centaines de corps mutil&#233;s par les bombes des rebelles du FPR. Les victimes sont soit leurs amis ou les membres de leur parent&#233;. N'ayant rien &#224; perdre et cherchant o&#249; s'accrocher pour la survie &#233;l&#233;mentaire, ils deviennent un r&#233;servoir de recrutement d'Interahamwe et sont utilis&#233;s avec d'autres jeunes dans les affrontements contre ceux qu'ils consid&#232;rent comme alli&#233;s au responsable de leur mis&#232;re, le FPR. &#8221; Les attentats aveugles reprennent. (&#8230;) Etape suppl&#233;mentaire et gravissime dans la d&#233;composition de l'Etat, le 14 juin 1993 est marqu&#233; par l'&#233;vasion spectaculaire et massive de la prison de Kigali de militaires, d'Interahamwe et d'individus impliqu&#233;s dans les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre 1992 et janvier 1993. Dans son rapport d'expertise, Andr&#233; Guichaoua note que &#8220; cette &#233;vasion de personnes ayant des dossiers tr&#232;s lourds (meurtres, viols, pillages) n'a pu se faire qu'avec la complicit&#233; des militaires de garde et des forces de l'ordre aux alentours de la prison &#8221;. (&#8230;) Des liens existaient entre le groupe de Paul Barril &#8220; SECRETS &#8221; et l'entourage du Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana avant que l'attentat ne soit ex&#233;cut&#233;. Ces contacts auraient &#233;t&#233; plus particuli&#232;rement nou&#233;s par certains responsables rwandais en vue d'aider &#224; la bonne ex&#233;cution du contrat de vente d'armes pass&#233; le 3 mai 1993 entre le Ministre de la D&#233;fense rwandais, M. James Gasana et M. Dominique Lemonnier, g&#233;rant de la soci&#233;t&#233; Dyl-Invest. Le Gouvernement rwandais n'ayant jamais re&#231;u livraison des armes achet&#233;es dans le cadre de ce contrat, malgr&#233; le r&#232;glement d'une avance de 4 millions de dollars vir&#233;s sur le compte de M. Lemonnier, le Colonel Elie Sagatwa aurait une premi&#232;re fois charg&#233; M. Paul Barril, en novembre 1993, de veiller &#224; la bonne ex&#233;cution de ce contrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1994&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 20 mai 1994, M. J&#233;r&#244;me Bicamumpaka, Ministre des Affaires &#233;trang&#232;res et de la Coop&#233;ration du Gouvernement int&#233;rimaire hutu aurait donn&#233; procuration &#224; M. Paul Barril afin qu'il mette en oeuvre toutes les d&#233;marches n&#233;cessaires pour r&#233;cup&#233;rer l'acompte vers&#233; en novembre 1993. Paul Barril n'ayant pas r&#233;ussi &#224; obtenir satisfaction, a diligent&#233; une proc&#233;dure judiciaire devant le tribunal de grande instance d'Annecy contre Dominique Lemonnier, M. S&#233;bastien Ntahobari &#233;tant intervenu dans cette proc&#233;dure au nom du Gouvernement rwandais. Or, M. Ntahobari a b&#233;n&#233;fici&#233; pour ce faire du concours de ma&#238;tre H&#233;l&#232;ne Clamagirand, avocate du groupe de Paul Barril mais aussi avocate de Mme Agathe Habyarimana cons&#233;cutivement &#224; l'attentat. Ceci t&#233;moigne des relations ayant pu exister entre ces diff&#233;rents protagonistes. Tous ces &#233;l&#233;ments ont pu &#234;tre &#233;tablis par la Mission sur la base d'informations communiqu&#233;es par M. Patrick de Saint-Exup&#233;ry. (&#8230;) Tout concorde pour dire que l'extermination des Tutsis par les Hutus a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e de longs mois &#224; l'avance, &#224; la fois en termes d'id&#233;ologie, par la manipulation de la population avec l'aide des m&#233;dias notamment, et en termes d'instruments du g&#233;nocide, par la distribution syst&#233;matique d'armes, l'utilisation de caches et la formation des milices. Ces faits &#233;taient pour l'essentiel connus au moins depuis d&#233;cembre 1993, comme l'a rappel&#233; M. Eric Gillet lors de son audition devant la Mission. M. Georges Martres a estim&#233; que le g&#233;nocide &#233;tait pr&#233;visible d&#232;s octobre 1993 &#8220; sans toutefois qu'on puisse en imaginer l'ampleur et l'atrocit&#233; &#8221;. Il a du reste ajout&#233; que &#8220; le g&#233;nocide constituait une hantise quotidienne pour les Tutsis &#8221;. (&#8230;) Ce qui a frapp&#233;, semble-t-il, le plus, les t&#233;moins de l'&#233;poque lors du d&#233;clenchement du g&#233;nocide, c'est, ainsi que l'a rapport&#233; M. Jean-Herv&#233; Bradol, &#8220; qu'il ne s'agissait pas de massacres ou d'une quelconque fureur populaire faisant suite au d&#233;c&#232;s d'un pr&#233;sident, mais bien davantage d'un processus organis&#233; et syst&#233;matique. Ce n'&#233;tait pas une foule &#233;nerv&#233;e qui proc&#233;dait &#224; ces tueries, mais des milices agissant avec ordre et m&#233;thode &#8221;. (&#8230;) Mme Alison Des Forges a &#233;galement estim&#233; que &#8220; les massacres avaient &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;s par un groupe tr&#232;s restreint qui avait d&#233;capit&#233; le Gouvernement l&#233;gitime pour pouvoir prendre le pouvoir &#8221;. Ce petit groupe, compos&#233; de gens convaincus et organis&#233;s, &#8220; disposait de collaborateurs au nord-ouest, &#224; Gisenyi, au sud-ouest &#224; Cyangugu, au sud-centre, &#224; Gikongoro, et &#224; l'est, &#224; Kibungo &#8221;. S'attaquant d'abord aux personnalit&#233;s qui auraient pu s'opposer aux massacres, manipulant les populations par des messages radio destin&#233;s &#224; semer la panique, ce petit groupe a r&#233;ussi &#224; contr&#244;ler la quasi-totalit&#233; du syst&#232;me administratif, militaire et politique. &#8220; La preuve du caract&#232;re centralis&#233; de ce g&#233;nocide &#8221; est apport&#233;e selon Mme Alison Des Forges par l'organisation syst&#233;matique de mises en sc&#232;nes fallacieuses tendant &#224; prouver l'imminence d'une attaque des Tutsis et destin&#233;es &#224; attiser la haine des populations contre ces derniers. &#8220; L'extraordinaire efficacit&#233; de la machine du g&#233;nocide &#8221; a expliqu&#233; M. Jos&#233; Kagabo, serait donc le reflet de l'efficacit&#233; du syst&#232;me de contr&#244;le de la soci&#233;t&#233; sous le r&#233;gime Habyarimana : &#8220; dans chaque pr&#233;fecture un pr&#233;fet, appartenant au parti, avait pour mission d'organiser le quadrillage des communes, elles-m&#234;mes quadrill&#233;es en quartiers, chaque quartier &#233;tant divis&#233; en &#238;lots de dix maisons plac&#233;s sous l'autorit&#233; et la surveillance constante d'un fonctionnaire du parti surnomm&#233; &#034; Monsieur dix maisons &#034; &#8221;. Le Colonel Patrice Sartre et le G&#233;n&#233;ral Jacques Rosier ont fait part &#224; la Mission de leur impression que l'administration, aussi bien les pr&#233;fets que les bourgmestres, &#233;tait s&#233;rieusement compromise dans tout ce qui s'&#233;tait pass&#233;. La force d'action la plus importante et la mieux organis&#233;e demeure toutefois les milices hutues &#8220; Interahamwe &#8221; (ceux qui attaquent ensemble), proches du MRND, et &#8220; Impuzamugambi &#8221; (ceux qui ont le m&#234;me but), proches de la CDR, dont les effectifs ont &#233;t&#233; estim&#233;s &#224; 50 000 hommes en avril 1994. Elles disposaient surtout d'armes blanches (machettes, couteaux, massues clout&#233;es..), mais &#233;galement d'armes &#224; feu, m&#234;me si de nombreux responsables fran&#231;ais ont fait observer que leurs cadres avaient &#233;vit&#233; de les doter de telles armes. Selon le t&#233;moignage du Lieutenant-Colonel Jacques Hogard devant la Mission, les milices s'en prenaient &#224; la population civile tutsie, mais &#233;galement hutue pour peu qu'elle ne soit pas de leur sensibilit&#233;. (&#8230;) Le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res r&#233;pond le 8 avril &#224; 22 heures : &#8220; devant les risques que pr&#233;sente la situation au Rwanda, des dispositions sont prises pour proc&#233;der &#224; l'&#233;vacuation de nos ressortissants &#8221;. L'op&#233;ration Amaryllis vient d'&#234;tre d&#233;clench&#233;e par la France de fa&#231;on unilat&#233;rale. Cette intervention, strictement limit&#233;e dans le temps -elle se d&#233;roulera du 8 au 14 avril- a vocation d'assurer la protection et l'&#233;vacuation des ressortissants fran&#231;ais ou &#233;trangers. (&#8230;) La sp&#233;cificit&#233; de l'op&#233;ration d'&#233;vacuation Amaryllis tient dans la demande d'&#233;vacuation &#8220; en avant-premi&#232;re &#8221; d'une soixantaine de personnes, si les circonstances le permettent. C'est ainsi que 43 Fran&#231;ais et 12 personnes de la parent&#233; du Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana, parmi lesquelles son &#233;pouse et ses trois enfants, partiront le 9 avril par le premier avion qui d&#233;collera &#224; 17 heures de l'a&#233;roport de Kigali. (&#8230;) La France a &#233;t&#233; accus&#233;e d'avoir, d'une part, proc&#233;d&#233; &#224; l'&#233;vacuation exclusive des dignitaires du r&#233;gime hutu sans s'&#234;tre pr&#233;occup&#233;e du sort des repr&#233;sentants de l'opposition hutus mod&#233;r&#233;s ou tutsis, d'autre part, d'avoir appliqu&#233; un traitement diff&#233;rent aux personnels fran&#231;ais de l'ambassade et aux personnels rwandais. La France a effectivement &#233;vacu&#233; par le premier avion la veuve du Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana ainsi que deux de ses filles, un de ses fils, deux de ses petits-enfants et quelques membres proches de son entourage limit&#233;, conform&#233;ment aux ordres, &#224; une dizaine de personnes. Les membres du &#8220; deuxi&#232;me cercle &#8221; de la famille Habyarimana figuraient bien sur la liste des passagers &#224; &#233;vacuer au cours des rotations ult&#233;rieures mais ces personnes, comme il a &#233;t&#233; indiqu&#233;, sont parties par la route &#224; Gisenyi. (&#8230;)Le g&#233;nocide commence dans la nuit du 6 avril 1994, dure quatre mois, fait un nombre de victimes de l'ordre de 800 000. Il est couvert ou organis&#233; par des membres du gouvernement int&#233;rimaire mis en place apr&#232;s la disparition d'Habyarimana, mais aussi par des responsables militaires, ainsi que les membres de la CDR, du MRND et leurs milices. Une responsabilit&#233; lourde p&#232;se sur eux, et notamment sur le Colonel Bagosora, directeur des services du minist&#232;re de la D&#233;fense, Augustin Bizimungu, Ministre de la D&#233;fense, et de nombreux responsables militaires et civils qui ont coordonn&#233; le g&#233;nocide. (&#8230;) A partir de quelle date la communaut&#233; internationale a-t-elle pris acte qu'un g&#233;nocide &#233;tait en train d'&#234;tre commis au Rwanda ? Le mot &#8220; g&#233;nocide &#8221; appara&#238;t pour la premi&#232;re fois dans la r&#233;solution 925 du 8 juin 1994 qui pr&#233;cise les modalit&#233;s de mise en oeuvre de la r&#233;solution 918. Ce n'est que ce jour que le Conseil de s&#233;curit&#233; prend &#8220; note avec la plus vive pr&#233;occupation des informations suivant lesquelles des actes de g&#233;nocide ont &#233;t&#233; commis au Rwanda &#8221;. Auparavant on ne parlait que de &#8220; violences g&#233;n&#233;ralis&#233;es &#8221; (r&#233;solution 912 du 21 avril 1994) ou de &#8220; tr&#232;s nombreux massacres de civils &#8221; (r&#233;solution 918 du 17 mai 1994). L'hypocrisie la plus totale avait &#233;t&#233; atteinte dans la d&#233;claration du Pr&#233;sident du Conseil de s&#233;curit&#233; du 30 avril 1994, dans laquelle le Conseil se d&#233;clarait atterr&#233; d'apprendre &#8220; le massacre de civils innocents &#224; Kigali et dans d'autres r&#233;gions du Rwanda &#8221; et &#233;voquait &#8220; des attaques contre des civils sans d&#233;fense &#8221;. Le mot de &#8220; g&#233;nocide &#8221; &#233;tait soigneusement &#233;vit&#233; mais on a eu cependant recours &#224; sa d&#233;finition juridique puisque le Conseil s'est cru oblig&#233; de rappeler &#8220; que l'&#233;limination des membres d'un groupe ethnique avec l'intention de d&#233;truire ce groupe totalement ou partiellement constitue un crime qui tombe sous le coup du droit international &#8221;. Il ne s'agit pas d'une simple querelle s&#233;mantique. L'emploi du terme de g&#233;nocide aurait entra&#238;n&#233;, en vertu de l'article VIII de la Convention des Nations Unies sur la pr&#233;vention et la r&#233;pression du crime de g&#233;nocide de 1948, une obligation pour les organes comp&#233;tents de l'Organisation des Nations Unies de prendre &#8220; les mesures appropri&#233;es pour la pr&#233;vention et la r&#233;pression des actes de g&#233;nocide &#8221;. Or la communaut&#233; internationale, et plus pr&#233;cis&#233;ment les Etats-Unis, n'y &#233;taient pas pr&#234;ts. M. Herman Cohen a franchement reconnu devant la Mission que les Am&#233;ricains &#8220; ont longtemps refus&#233; de reconna&#238;tre le g&#233;nocide, pour &#233;chapper aux cons&#233;quences juridiques d'une telle reconnaissance &#8221;. Il est faux de croire que les Nations Unies ne savaient pas ce qui se passait ; au contraire elles ne le savaient que trop, mais ne voulaient pas reconna&#238;tre la r&#233;alit&#233;, pr&#233;f&#233;rant pratiquer la politique de l'autruche. Le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU avait employ&#233; le mot de g&#233;nocide pour la premi&#232;re fois le 4 mai 1994 dans une interview accord&#233;e &#224; une t&#233;l&#233;vision am&#233;ricaine, durant laquelle il avait d&#233;clar&#233; &#8220; Here you have a real genocide, in Kigali &#8221;. Il l'a r&#233;utilis&#233; le 25 mai 1994 dans une conf&#233;rence de presse donn&#233;e &#224; New York aux Nations Unies. Mais ce n'est que le 31 mai qu'il l'emploie pour la premi&#232;re fois par &#233;crit dans l'un de ses rapports : &#8220; D'apr&#232;s les t&#233;moignages recueillis, il ne fait gu&#232;re de doute qu'il y a g&#233;nocide, puisque des communaut&#233;s et des familles appartenant &#224; un groupe ethnique particulier ont &#233;t&#233; victimes de massacres de grande ampleur &#8221;. (&#8230;) Le 22 juin 1994, le Premier Ministre, M. Edouard Balladur, annon&#231;ait devant l'Assembl&#233;e nationale l'intention de la France d'organiser une op&#233;ration humanitaire. Il s'est ensuite rendu personnellement devant le Conseil de s&#233;curit&#233; le 11 juillet 1994 pour pr&#233;senter le bilan de l'op&#233;ration. Lorsqu'il est intervenu devant l'Assembl&#233;e nationale, il s'est exprim&#233; dans les termes suivants : &#8220; Le Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations Unies va examiner, dans quelques heures, le projet de r&#233;solution autorisant la France &#224; intervenir au Rwanda dans le cadre d'une op&#233;ration humanitaire pour sauver les populations menac&#233;es. Pourquoi cette intervention ? &#187; (&#8230;) L'op&#233;ration Amaryllis s'ach&#232;ve le 14 avril, l'op&#233;ration Turquoise s'ouvre le 22 juin. (&#8230;) L'op&#233;ration Turquoise, qui s'est d&#233;roul&#233;e du 22 juin au 22 ao&#251;t, se diff&#233;rencie des op&#233;rations militaires pr&#233;c&#233;dentes men&#233;es par la France au Rwanda, qu'il s'agisse de Noro&#238;t ou d'Amaryllis. Elle concerne les Rwandais eux-m&#234;mes et non plus les ressortissants fran&#231;ais ou les ressortissants europ&#233;ens. Elle ne s'inscrit pas dans le cadre d'un accord d'assistance d'Etat &#224; Etat. Revendiqu&#233;e par la France, au nom d'une exigence morale, elle est d'embl&#233;e d&#233;finie comme une op&#233;ration humanitaire, plac&#233;e sous mandat de l'ONU, et soumise &#224; certaines conditions. Elle est autoris&#233;e par la r&#233;solution 929 qui pr&#233;voit la possibilit&#233; de recourir &#224; la force. (&#8230;) D&#233;nonc&#233;e par les uns comme une op&#233;ration &#233;cran destin&#233;e en r&#233;alit&#233; &#224; permettre aux FAR et aux milices de s'exfiltrer arm&#233;s vers le Za&#239;re, en vue d'une reconqu&#234;te militaire, elle a &#233;t&#233; critiqu&#233;e par d'autres, comme M. Jean-Herv&#233; Bradol, pour avoir &#233;t&#233; dans sa nature m&#234;me &#8220; une force neutre en p&#233;riode de g&#233;nocide &#8221;... alors qu'il aurait fallu &#8220; non pas une op&#233;ration humanitaire, qui lui paraissait inutile, mais une intervention militaire fran&#231;aise ou internationale pour s'opposer aux tueurs &#8221; puisque, selon lui, la convention de 1948 sur la pr&#233;vention et la r&#233;pression du crime de g&#233;nocide s'appliquait clairement en la circonstance. (&#8230;) Pas plus les milices que les FAR n'ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement d&#233;sarm&#233;es dans la ZHS. Un t&#233;l&#233;gramme du 10 juillet 1994 indique &#224; propos de cette zone : &#8220; sauf &#224; provoquer des r&#233;actions g&#233;n&#233;rales contre l'op&#233;ration Turquoise, le d&#233;sarmement des milices ne peut &#234;tre syst&#233;matique. Il est actuellement pratiqu&#233; ponctuellement dans les cas o&#249; des miliciens menacent des groupes de population &#8221;. (&#8230;) Le Minist&#232;re des affaires &#233;trang&#232;res r&#233;pond par la publication du communiqu&#233; suivant : &#8220; Devant la pr&#233;sence constat&#233;e de membres du Gouvernement int&#233;rimaire dans la zone humanitaire s&#251;re, les autorit&#233;s fran&#231;aises rappellent qu'elles ne tol&#233;reront aucune activit&#233; politique ou militaire dans la zone s&#251;re, dont la vocation est strictement humanitaire. &#187; (&#8230;)Toutefois, le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res a d&#233;clar&#233; le 16 juillet : &#8220; Nous sommes pr&#234;ts &#224; apporter notre concours aux d&#233;cisions que prendraient les Nations Unies &#224; l'&#233;gard de ces personnes (Gouvernement int&#233;rimaire), mais notre mandat ne nous autorise pas &#224; les arr&#234;ter de notre propre autorit&#233;. Une telle t&#226;che pourrait &#234;tre de nature &#224; nous faire sortir de notre neutralit&#233;, meilleure garantie de notre efficacit&#233;. &#8221; (&#8230;) Le Pr&#233;sident de la R&#233;publique fran&#231;aise, dans un entretien accord&#233; le 9 septembre 1994, r&#233;pondait lorsqu'on l'interrogeait sur le soutien de la France au Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana : &#8220; Son pays &#233;tait &#224; l'ONU et il repr&#233;sentait &#224; Kigali une ethnie &#224; 80 % majoritaire. Il &#233;tait reconnu par tout le monde. Pourquoi y aurait-il eu un interdit ? C'est la France, au contraire, qui a facilit&#233; la n&#233;gociation entre les deux ethnies &#8221;. (&#8230;) Comme l'a soulign&#233; G&#233;rard Prunier au cours de son audition, &#8220; la France (&#8230;) avait effectivement entra&#238;n&#233; des miliciens qui ont particip&#233; au g&#233;nocide sans avoir pris conscience -b&#234;tise ou na&#239;vet&#233;- de ce que repr&#233;sentait son action. &#8221; (&#8230;)En cette ann&#233;e 1993, la question r&#233;currente reste celle de la connaissance ou non par l'arm&#233;e fran&#231;aise de la constitution de milices &#8220; d&#233;riv&#233;es &#8221; des forces arm&#233;es rwandaises : les milices &#8220; Interahamwe &#8221; (du MRND) et &#8220; Impuzamugambi &#8221; (de la CDR), constitu&#233;es en 1992, de m&#234;me que le &#8220; r&#233;seau z&#233;ro &#8221; et la soci&#233;t&#233; secr&#232;te &#8220; Amasasu &#8221; cr&#233;&#233;e au sein des FAR par des officiers extr&#233;mistes. Le Colonel Jean-Jacques Maurin a confirm&#233; de fa&#231;on la plus cat&#233;gorique que jamais au cours des r&#233;unions d'&#233;tat-major auxquelles il avait assist&#233; il n'avait &#233;t&#233; fait allusion devant lui &#224; un &#233;quipement des milices. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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