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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>La Commune de Paris par Jean Jaur&#232;s</title>
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		<dc:date>2025-08-31T22:47:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

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&lt;p&gt;La Commune de Paris par Jean Jaur&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
PARIS ASSI&#201;G&#201; &lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune a surgi six mois trop tard. Quand les &#233;v&#233;nements, et beaucoup plus la d&#233;robade calcul&#233;e de ses adversaires que l'impulsion r&#233;solue de ses partisans, la jet&#232;rent enfin &#224; la barre, l'occasion &#233;tait manqu&#233;e. Le mouvement prol&#233;taire &#233;tait vaincu d'avance, d'avance vou&#233; &#224; l'&#233;crasement et au massacre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au 8 octobre, au 31 octobre, dans le Paris du si&#232;ge bouillonnant comme un crat&#232;re, dans ce Paris ivre de fureur sacr&#233;e et de vastes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La Commune de Paris par Jean Jaur&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;PARIS ASSI&#201;G&#201;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune a surgi six mois trop tard. Quand les &#233;v&#233;nements, et beaucoup plus la d&#233;robade calcul&#233;e de ses adversaires que l'impulsion r&#233;solue de ses partisans, la jet&#232;rent enfin &#224; la barre, l'occasion &#233;tait manqu&#233;e. Le mouvement prol&#233;taire &#233;tait vaincu d'avance, d'avance vou&#233; &#224; l'&#233;crasement et au massacre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 8 octobre, au 31 octobre, dans le Paris du si&#232;ge bouillonnant comme un crat&#232;re, dans ce Paris ivre de fureur sacr&#233;e et de vastes espoirs, aux &#233;nergies populaires intactes et fr&#233;missantes, c'&#233;tait l'heure. Au 22 janvier, malgr&#233; le bombardement et le rationnement, malgr&#233; Champigny et Buzenval, il &#233;tait temps encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix conclue, les forts livr&#233;s, les canons de l'&#233;tranger surplombant directement l'enceinte, de Saint-Denis jusqu'&#224; Vincennes, et par del&#224;, la province retomb&#233;e enti&#232;re &#224; l'abdication et &#224; l'inconscience animale, il n'y avait plus place que pour un geste h&#233;ro&#239;que, que pour un holocauste grandiose, mais quasi-vain. Les classes privil&#233;gi&#233;es avaient licence de se rire du soul&#232;vement d&#233;sesp&#233;r&#233; d'un peuple aux abois. Ce peuple, en effet, ne pouvait &#233;chapper &#224; leurs prises que pour tomber sous la botte du Prussien, qui &#8212; elles en avaient la patriotique assurance &#8212; le leur aurait reconduit mitraill&#233; et ligott&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on se rem&#233;more l'autre Commune, la premi&#232;re, celle de 92 et de 93. Celle-ci n'a domin&#233;, entra&#238;n&#233; &#224; sa remorque la Convention et, par la Convention, la nation, que parce qu'elle a voulu, parce qu'elle a su &#233;treindre et &#233;touffer ensemble, dans ses bras vigoureux, l'ennemi du dehors et le tra&#238;tre du dedans. Elle ne s&#233;riait pas dans son audace et dans son combat, et les coups, qu'au 10 ao&#251;t et au 2 septembre, elle frappait dans ses murs sur les conspirateurs et les ci-devant, comme ceux qu'&#224; Valmy et &#224; Jemmapes elle ass&#233;nait, par ses sans-culottes sur la t&#234;te de l'envahisseur, visaient au m&#234;me but, convergeaient &#224; la m&#234;me fin, &#224; la ruine du vieux monde, qu'elle s'&#233;tait donn&#233; mission d'abattre, pour que la R&#233;volution s'accompl&#238;t. C'est cette double offensive qui lui a valu la ma&#238;trise, qui lui a permis de balayer, sous son souffle orageux, comme un f&#233;tu de paille, royaut&#233;, noblesse, clerg&#233;, et de fonder une France nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la deuxi&#232;me Commune n'avait raison d'&#234;tre, possibilit&#233; de s'imposer, de durer et de vaincre, qu'en se dressant &#224; la fois, Commune r&#233;volutionnaire, contre l'ennemi de l'ext&#233;rieur, le Prussien envahisseur, et contre l'ennemi de l'int&#233;rieur, le bourgeois capitulard, et en courant sus du m&#234;me &#233;lan &#224; tous deux. Son salut et son triomphe &#233;taient au prix de cette double action, de cette attaque simultan&#233;e, en ne distinguant pas entre le capitalisme coiff&#233; du casque &#224; pointe qui d&#233;ferlait d'Allemagne et le capitalisme indig&#232;ne, son complice, impatient de soumission et de capitulation, sachant bien que toute victoire parisienne e&#251;t &#233;t&#233; une victoire prol&#233;taire, une victoire de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au cours du si&#232;ge, la classe ouvri&#232;re avait plus ou moins consciemment reconnu la n&#233;cessit&#233; de ce corps &#224; corps avec l'int&#233;gralit&#233; des forces capitalistes, tant nationales qu'&#233;trang&#232;res, et tout mis en &#339;uvre, par ses &#233;l&#233;ments les plus perspicaces et les plus ardents, pour le provoquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; les divers mouvements insurrectionnels conduits par les bataillons des quartiers les plus populeux, de Belleville, de Montmartre, dans le but de chasser de l'H&#244;tel de Ville les occupants bourgeois et d'y installer la dictature de la classe ouvri&#232;re, ma&#238;tresse de la R&#233;publique et du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occasion s'offrait extraordinairement tentante et favorable. Pour d&#233;fendre Paris investi d&#232;s la mi-septembre et bient&#244;t bombard&#233;, il avait bien fallu, en effet, armer la population, appeler dans les rangs de la garde nationale tous les adultes valides. Au premier moment, on avait essay&#233; d'une s&#233;lection, de s'en tenir &#224; 80 ou 90,000 hommes plus ou moins tri&#233;s sur le volet ; mais en pr&#233;sence de la volont&#233; formelle, des d&#233;monstrations incessantes des faubourgs, des r&#233;clamations des maires talonn&#233;s par leurs administr&#233;s, force &#233;tait d'aller jusqu'au bout, de fournir un &#233;quipement, des armes, des munitions &#224; chaque citoyen. Ainsi, &#224; c&#244;t&#233; de quelques milliers de hauts bourgeois, isol&#233;s, noy&#233;s dans ce vaste ensemble, coude &#224; coude avec quelque cent mille hommes tir&#233;s de la boutique et du bureau s'&#233;taient trouv&#233;s enr&#233;giment&#233;s et arm&#233;s deux cents ou deux cent cinquante mille prol&#233;taires. Depuis 1793 on n'avait pas revu pareil spectacle : tous les habitants d'une ville, et de quelle ville ? de Paris capitale, en possession de ces deux instruments de lib&#233;ration : le bulletin de vote et le fusil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, l'on comprend les r&#233;serves gouvernementales et bourgeoises du d&#233;but, les appr&#233;hensions et les alarmes qui suivirent et all&#232;rent croissant jusqu'&#224; la fin dans les conseils de la &#171; D&#233;fense nationale &#187;. Armer le peuple de Paris, c'&#233;tait, en effet, du m&#234;me coup, armer la R&#233;volution et rompre, &#224; l'avantage du producteur et du salari&#233;, le savant &#233;quilibre de forces, qui seul rend possible la perp&#233;tuit&#233; de l'iniquit&#233; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce peuple, nul mieux que les trois Jules : Favre, Simon et Ferry, mieux que Picard, Garnier-Pag&#232;s et leurs comparses ne le connaissaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce peuple, c'&#233;tait l'artisanerie du faubourg Saint-Antoine et du Temple et, derri&#232;re, les masses plus serr&#233;es et plus compactes encore des quartiers excentriques, pullulantes fourmilli&#232;res de travailleurs : Belleville, Montmartre, Grenelle, la Glaci&#232;re, d&#233;j&#224; p&#233;n&#233;tr&#233;s dans leur &#233;lite par la propagande socialiste : celle de Proudhon et de l'Internationale, celle des Blanquistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1862, ce peuple remis de l'effroyable saign&#233;e de juin avait d&#233;fi&#233; l'Empire dans un duel &#224; mort, toujours en mouvement, toujours en &#233;veil, assi&#233;geant les clubs o&#249; retentissait la parole d'&#233;mancipation politique et sociale, se mobilisant sur les boulevards, &#224; chaque occasion de manifestation, par dix mille et par vingt mille, se jetant par cent mille &#224; la suite du char fun&#232;bre de Victor Noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce peuple, il est vrai, avait fait de Favre, de Picard et des autres ses repr&#233;sentants au Corps l&#233;gislatif. Pourquoi ? Parce qu'il croyait, avec leurs noms connus, leur c&#233;l&#233;brit&#233; de barreau ou de presse, qu'ils &#233;taient des projectiles meilleurs, comme on disait alors, &#224; lancer contre la b&#226;tisse imp&#233;riale ; mais il y avait longtemps qu'il avait cess&#233; de placer en eux une confiance de tout repos. Presque quotidiennement, &#233;lus et &#233;lecteurs s'&#233;taient heurt&#233;s, les premiers se satisfaisant au jeu pu&#233;ril d'une opposition de plus en plus platonique et loyaliste, se pr&#233;parant peut-&#234;tre &#224; esquisser, &#224; l'instar d'Emile Ollivier, une conversion compl&#232;te vers l'Empire lib&#233;ral, les autres poussant &#224; l'opposition irr&#233;ductible, irr&#233;conciliable, &#224; la conqu&#234;te de force de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce peuple, comment donc Favre, Picard, Simon, devenus &#224; leur tour le pouvoir, ne se seraient-ils pas d&#233;fi&#233;s et gard&#233;s ? D&#232;s lors, ils le redoutaient ; d&#232;s lors aussi, ils le ha&#239;ssaient. Ils savaient trop, en somme, o&#249; ces masses en voulaient venir et que la R&#233;publique &#224; laquelle elles avaient si passionn&#233;ment aspir&#233;, et qu'elles tenaient enfin, n'&#233;tait pas pour elles comme pour eux un simulacre vain, la caricature des r&#233;gimes de compression et de privil&#232;ges qu'elles avaient subis depuis quatre-vingts ans, mais la r&#233;demptrice vivante et agissante, l'initiatrice des temps nouveaux rompant en visi&#232;re &#224; tout le pass&#233;, apportant dans les plis lourds de son p&#233;plum aux travailleurs spoli&#233;s et broy&#233;s : s&#233;curit&#233;, bien-&#234;tre, libert&#233;, la vaincue et l'&#233;gorg&#233;e de juin 48, la R&#233;publique d&#233;mocratique et sociale. Aux yeux des futurs bourreaux, bourgeois d'abord, r&#233;publicains ensuite, s'il en restait, cette foi, d&#233;j&#224;, &#233;tait un crime, cette esp&#233;rance un arr&#234;t de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle &#233;tait, au 4 Septembre, la situation. Tels &#233;taient les personnages du drame qui commen&#231;ait et qui allait avoir son &#233;pilogue &#224; la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si, &#224; cette heure solennelle, le peuple de Paris n'&#233;tait pas son ma&#238;tre, s'il avait abdiqu&#233; une fois de plus, se d&#233;chargeant sur d'autres du soin de sa d&#233;fense, c'&#233;tait bien sa faute en attendant que ce f&#251;t son ch&#226;timent. Apr&#232;s avoir envahi le Corps l&#233;gislatif, en avoir chass&#233; les laquais de l'homme de D&#233;cembre et proclam&#233; la d&#233;ch&#233;ance, il pouvait garder devers lui le pouvoir qu'il venait de conqu&#233;rir. Entrainement, habitude, d&#233;fiance de soi, de ses capacit&#233;s politiques, il s'&#233;tait remis lui-m&#234;me entre les mains de ceux dont il &#233;tait pay&#233;, il semble, pour savoir la d&#233;bilit&#233; et la d&#233;loyaut&#233; et qui n'avaient d'autre titre que d'&#234;tre ses &#233;lus, les &#233;lus de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, l'abandon populaire n'avait pas &#233;t&#233; si entier que d&#233;s le 4 Septembre, au soir, le gouvernement de la &#171; D&#233;fense nationale &#187;, pas m&#234;me install&#233;, n'eut re&#231;u la visite des premiers d&#233;l&#233;gu&#233;s de la classe ouvri&#232;re. Ces d&#233;l&#233;gu&#233;s sortaient de la Corderie. Ils &#233;taient mandat&#233;s par la section parisienne de l'Internationale et la F&#233;d&#233;ration des Chambres syndicales ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut Gambetta qui les accueillit et &#233;couta leur communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;l&#233;gu&#233;s venaient dire les conditions auxquelles eux et leurs commettants &#233;taient dispos&#233;s &#224; mettre leur concours entier &#224; la disposition du nouveau gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conditions &#233;taient telles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;lection imm&#233;diate &#224; Paris des conseils municipaux, ayant mission sp&#233;ciale, en outre de leurs fonctions administratives, d'organiser rapidement la formation des bataillons de la garde nationale et leur armement. &#8212; Suppression de la pr&#233;fecture de police et restitution aux municipalit&#233;s parisiennes de la plupart des services centralis&#233;s &#224; cette pr&#233;fecture. &#8212; D&#233;claration en principe de l'&#233;ligibilit&#233; et de la r&#233;vocabilit&#233; de tous les magistrats et &#233;lection de ces magistrats dans le plus bref d&#233;lai possible. &#8212; Abrogation de toutes les lois r&#233;pressives, restrictives et fiscales r&#233;gissant la presse ; reconnaissance du droit entier de r&#233;union et de celui d'association. &#8212; Suppression du budget des cultes. &#8212; Annulation de toutes les condamnations politiques prononc&#233;es &#224; ce jour ; cessation de toutes poursuites intent&#233;es ant&#233;rieurement et lib&#233;ration de toutes les personnes incarc&#233;r&#233;es &#224; la suite des derniers &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme, on peut en juger, en outre des mesures imm&#233;diates command&#233;es par les circonstances, ne d&#233;passait pas le programme sur lequel Gambetta en personne avait &#233;t&#233; &#233;lu un an auparavant, le programme de 1869, le programme de Belleville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tribun r&#233;pondit par des g&#233;n&#233;ralit&#233;s, des phrases et des assurances vagues. Il parla d'amnistie, all&#233;gua que la libert&#233; de la presse &#233;tait d'ores et d&#233;j&#224; un fait acquis par la suppression du timbre et du cautionnement. Pour le surplus, il promit son bienveillant examen et celui de ses coll&#232;gues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie r&#233;ponse vint le lendemain. Le gouvernement, au lieu de convoquer les &#233;lecteurs, nommait lui-m&#234;me, apr&#232;s le maire central de Paris, les maires et adjoints des vingt arrondissements, tous naturellement choisis parmi ses affili&#233;s les plus complaisants et tr&#232;s nettement hostiles aux travailleurs. L'un d'eux, par exemple, M. Richard, maire du XIXe, ne se g&#234;nait pas pour d&#233;clarer &#171; qu'on n'en avait pas assez tu&#233; en juin 48 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fi &#233;vident et cynique. La Corderie le releva. Les organisations ouvri&#232;res qui, d&#232;s ce moment y avaient leur centre et qui devaient au reste, en tant que telles, se confondre bient&#244;t dans des formations nouvelles et plus en rapport avec les exigences du moment, se virent imm&#233;diatement rejointes par une foule de citoyens et une association plus souple et plus forte y surgit spontan&#233;ment. Cette association, appel&#233;e &#224; un r&#244;le de premier plan, se constitua sous le nom de Comit&#233; central r&#233;publicain des vingt arrondissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce Comit&#233; central n'&#233;tait que l'&#233;manation, ainsi que son titre l'indiquait, des Comit&#233;s d'arrondissement, cr&#233;&#233;s &#224; raison de un par arrondissement, l'organe de rapport et de coordination de ces groupements d&#233;nomm&#233;s eux-m&#234;mes : Comit&#233;s r&#233;publicains de vigilance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces Comit&#233;s de vigilance, pour leur compte, tiraient directement leur origine du suffrage populaire exprim&#233; en r&#233;union publique par les habitants de chaque arrondissement. Ils avaient pour mission de recueillir toutes les propositions et aussi toutes les r&#233;clamations des citoyens concernant l'administration et la d&#233;fense. Ils s'attribuaient au surplus le contr&#244;le et la surveillance de tous les magistrats et fonctionnaires locaux, maires, adjoints, etc., d&#233;sign&#233;s, comme on le sait, par le pouvoir, et qui n'avaient que trop tendance &#224; ne pas conformer leurs d&#233;cisions et actes aux v&#339;ux et besoins de leurs administr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de ces Comit&#233;s choisissait quatre de ses membres, quatre d&#233;l&#233;gu&#233;s qui, r&#233;unis aux d&#233;l&#233;gu&#233;s des dix-neuf autres arrondissements, soit, au total, quatre-vingts citoyens, formaient la repr&#233;sentation de l'ensemble, autrement dit le Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine constitu&#233;, le Comit&#233; central s'affirmait et prenait contact avec la capitale assi&#233;g&#233;e en affichant une d&#233;claration adopt&#233;e dans ses s&#233;ances du 13 et du 14 septembre et o&#249; il d&#233;taillait les mesures acclam&#233;es, sur son initiative, dans les r&#233;unions publiques de quartier, d&#233;j&#224; soumises au gouvernement pour &#234;tre traduites en d&#233;crets, mesures &#171; ayant pour but de pourvoir au salut de la patrie ainsi qu'&#224; la fondation d&#233;finitive d'un r&#233;gime v&#233;ritablement r&#233;publicain par le concours permanent de l'initiative individuelle et de la solidarit&#233; populaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures &#233;taient de plusieurs esp&#232;ces : mesures de s&#233;curit&#233; publique, mesures visant les subsistances et les logements, mesures en vue de la d&#233;fense de Paris, mesures en vue de la d&#233;fense des d&#233;partements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les premi&#232;res, nous n'insisterons pas, puisqu'elles ne faisaient gu&#232;re que r&#233;p&#233;ter les propositions pr&#233;sent&#233;es, le soir m&#234;me du 4 Septembre, au gouvernement par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Corderie. Les deux derni&#232;res touchant &#224; la d&#233;fense de Paris et des d&#233;partements se caract&#233;risaient surtout en ce point qu'elles sp&#233;cifiaient l'&#233;lection imm&#233;diate, par la garde mobile, de tous les chefs qui devaient la conduire au feu, au lieu et place des chefs jusqu'alors impos&#233;s d'en haut, ainsi que l'armement universalis&#233; de tous les citoyens. Mais les plus typiques, sans contredit, les plus importantes de ces mesures &#233;taient celles port&#233;es au titre : Subsistances et logements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici comment, &#224; ce sujet, s'exprimait, le Comit&#233; central :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Exproprier, pour cause d'utilit&#233; publique, toute denr&#233;e alimentaire et de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; actuellement emmagasin&#233;e dans Paris, chez les marchands en gros et en d&#233;tail, en garantissant &#224; ceux-ci le paiement de ces denr&#233;es, apr&#232;s la guerre, au moyen d'une reconnaissance des marchandises expropri&#233;es et cot&#233;es au prix de revient ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elire dans chaque rue, ou au moins dans chaque quartier, une Commission charg&#233;e d'inventorier les objets de consommation et d'en d&#233;clarer les d&#233;tenteurs actuels personnellement responsables envers l'Administration municipale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;partir les approvisionnements class&#233;s par nature entre tous les habitants de Paris, au moyen de bons, qui leur seront p&#233;riodiquement d&#233;livr&#233;s dans chaque arrondissement, au prorata : 1o du nombre de personnes composant la famille de chaque citoyen ; 2o de la quantit&#233; de produits consommables constat&#233;e par les Commissions ci-dessus d&#233;sign&#233;es : 3o de la dur&#233;e maximum probable du si&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les municipalit&#233;s devront encore assurer &#224; tout citoyen et &#224; sa famille le logement qui lui est indispensable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que si ces mesures, qui n'&#233;taient du reste qu'un commencement, avaient re&#231;u application, non seulement elles eussent entra&#238;n&#233; une prolongation consid&#233;rable du si&#232;ge, mais encore apport&#233; des modifications si profondes, si radicales dans les rapports des classes, qu'il aurait &#233;t&#233; bien difficile, la crise pass&#233;e, d'en faire dispara&#238;tre compl&#232;tement les traces. Ces mesures, qui constituaient vraiment la dominante de la d&#233;claration, supposaient que toutes les classes ainsi appel&#233;es concurremment &#224; collaborer au sacrifice et &#224; participer &#224; la bataille, on verrait bien vite s'effacer, dans la privation commune et le p&#233;ril partag&#233;, les s&#233;culaires oppositions de luxe et de pauvret&#233;, de raffinement et de grossi&#232;ret&#233;, d'instruction et d'ignorance, toutes les distinctions sociales, et qu'ainsi un r&#233;gime socialiste, une r&#233;publique &#233;galitaire se forgerait sur l'enclume de la guerre, au feu du canon de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout l'esprit de la Commune vivait d&#233;j&#224; dans ces mesures, dans cette d&#233;claration, baptis&#233;e du nom &#233;loquent d'Affiche rouge, et dont le rude appel, s'il avait &#233;t&#233; entendu, pouvait &#234;tre le point de d&#233;part d'une r&#233;g&#233;n&#233;ration compl&#232;te de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout l'esprit de la Commune y &#233;tait et aussi &#8212; et ce n'est pas la remarque la moins suggestive &#8212; les hommes de la Commune. Sur les 46 signataires de l'affiche on retrouve, en effet, les noms de 11 de ceux qui devaient &#234;tre, en mars ou avril, envoy&#233;s par le peuple de Paris &#224; l'H&#244;tel de Ville : Cluserel, Demoy, Johannard, Lefranrais, Ch. Longuet, Benoit Malon, Oudet. Pindy, Ranvier, Ed. Vaillant, Jules Vall&#232;s ; et d'autres noms encore, comme ceux de Genton, de Milli&#232;re, qui, lors de la r&#233;pression versaillaise, s'inscrivirent au martyrologe des derniers d&#233;fenseurs du drapeau rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceci rien de surprenant, puisque le Comit&#233; central, la Corderie n'&#233;taient en somme que le centre de ralliement des &#233;l&#233;ments les plus ardents, les plus militants, les mieux inform&#233;s aussi, de ceux qui sondaient du coup d'&#339;il le plus exerc&#233; et le plus s&#251;r les douteuses perspectives de l'avenir. Toute la vie intense et tourment&#233;e de la grande cit&#233; assi&#233;g&#233;e y refluait, s'y concentrait, s'y exasp&#233;rait ; son vouloir obscur de d&#233;livrance et d'&#233;mancipation s'y faisait conscient ; ses aspirations s'y mat&#233;rialisaient en r&#233;solutions et en actes. La Corderie si&#233;geait en quelque sorte en permanence. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s des vingt arrondissements s'y rendaient chaque jour, l'apr&#232;s-midi, dans leur costume de garde national, ligne ou artillerie. Ils apportaient les nouvelles de leur milieu, s'&#233;clairaient, se concertaient et d&#233;cidaient ; puis revenaient le soir dans leur arrondissement respectif apporter au si&#232;ge des Comit&#233;s locaux, dans les clubs de quartier, les informations g&#233;n&#233;rales puis&#233;es &#224; source s&#251;re, d&#233;voiler &#224; leurs commettants les ressorts cach&#233;s des &#233;v&#233;nements et leur communiquer les mesures convenues pour conjurer le p&#233;ril grandissant, la trahison de plus en plus mena&#231;ante des gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris ouvrier, socialiste et r&#233;volutionnaire, v&#233;cut ainsi pendant cinq mois d'une vie d'ensemble qui, depuis ce moment, ne s'est pas encore retrouv&#233;e ; vibr&#232;rent &#224; l'unisson des m&#234;mes col&#232;res et des m&#234;mes espoirs, solidaire dans une m&#234;me pens&#233;e et un m&#234;me effort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les clubs, les Comit&#233;s de vigilance et la Corderie, leur expression centrale, &#233;taient les organes g&#233;n&#233;rateurs de cette agitation incessante et r&#233;gl&#233;e. Ils avaient assum&#233; et exer&#231;aient les fonctions de relation et de propulsion, suppl&#233;ant au traditionnel et habituel moteur, &#224; la presse. Non pas que la presse f&#251;t muette en ces temps. Des gazettes quotidiennes il en &#233;tait pouss&#233;, peut-on dire, entre les pav&#233;s : les r&#233;actionnaires &#233;taient demeur&#233;es, et, &#224; c&#244;t&#233;, des feuilles d'avant-garde &#233;closaient tous les matins. Tous les hommes qui s'&#233;taient tus sous l'Empire, Les exil&#233;s, les embastionn&#233;s avaient chacun leur tribune, y parlaient haut et fort ; mais la claire vision des &#233;v&#233;nements, la nette perception des actes de salut &#224; accomplir manquait, m&#234;me aux mieux intentionn&#233;s, aux plus r&#233;solus, &#224; ceux dont un pass&#233; entier de lutte et de sacrifice inspirait la confiance et commandait le respect. M&#234;me le R&#233;veil, de Delescluze, m&#234;me la Patrie en Danger, de Blanqui, ne donnaient pas, dans les d&#233;buts du moins,[1] la note exacte, l'impulsion salutaire. Le &#171; Prussien d'abord &#187; disait le R&#233;veil, disait la Patrie en Danger, et de l&#224; &#224; conclure que le premier devoir &#233;tait de se serrer autour du gouvernement de la D&#233;fense nationale, il n'y avait qu'un pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Corderie disait au contraire, criait par ses vingt comit&#233;s d'arrondissement, par ses cent clubs affili&#233;s : L'H&#244;tel de Ville d'abord ! Sus d'abord au plus proche ennemi, alli&#233; et complice de l'autre, puisque c'est la m&#234;me classe qui, dans l'enceinte, sous le masque des avocats larmoyants et des g&#233;n&#233;raux phraseurs, paralyse la d&#233;fense et qui, hors l'enceinte, sous l'aigle &#224; deux t&#234;tes de Guillaume et de Bismarck, resserre chaque jour davantage le cercle d'investissement, noue plus fortement le cordon qui va &#233;trangler Paris et la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi faite, la Corderie ne pouvait &#234;tre qu'une conspiration permanente contre l'H&#244;tel de Ville. Elle le fut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord les &#233;l&#233;ments y &#233;taient encore m&#234;l&#233;s ; mais ils s'&#233;taient &#233;pur&#233;s vite. Les moins s&#233;rieux, les moins ardents, gagn&#233;s par l'amour du galon avaient fil&#233; vers les bataillons, pris des grades ; d'autres, les timides, les pond&#233;r&#233;s, &#233;taient entr&#233;s dans les commissions de subsistances, d'&#233;quipement, d'armement annex&#233;es aux mairies, avec la noble pens&#233;e de se rendre utiles, de concourir efficacement &#224; une &#171; d&#233;fense &#187; qui pourtant n'apparaissait que comme une duperie odieuse &#224; qui voulait bien r&#233;fl&#233;chir. Tr&#232;s vite, en cons&#233;quence, il n'&#233;tait plus demeur&#233; que les &#233;l&#233;ments socialistes r&#233;volutionnaires, une &#233;lite purg&#233;e de toute scorie, de tout d&#233;chet patriotique, au sens bourgeois du mot, et enfi&#233;vr&#233;e chaque jour davantage de plus de passion et d'audace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Corderie avait perc&#233; &#224; jour, d&#232;s l'abord, le mensonge de la &#171; D&#233;fense nationale &#187;. Elle n'avait peut-&#234;tre pas entendu les propos de table du g&#233;n&#233;ralissime Trochu, confiant dans l'intimit&#233; que le si&#232;ge n'&#233;tait qu'une h&#233;ro&#239;que folie, h&#233;ro&#239;que, si l'on voulait, folie, &#224; n'en pas douter ; mais elle les avait devin&#233;s. Partant, elle n'avait pas assez de m&#233;pris et de col&#232;re contre ces tartuffes : un Jules Favre s'&#233;criant : &#171; Ni un pouce de notre territoire ! ni une pierre de nos forteresses ! &#187; alors qu'il n&#233;gociait en sous-main avec le pr&#233;tendu ennemi et, dans ce but, exp&#233;diait M. Thiers se promener dans toutes les cours d'Europe ; un g&#233;n&#233;ral Ducrot, foudre de guerre, s'exclamant, en sortant de Paris : &#171; Je n'y rentrerai que mort ou vainqueur &#187; et qui y rentrait vivant et vaincu, sans avoir m&#234;me essay&#233; de tenter jusqu'au bout la fortune, en conduisant au feu des troupes qui ne demandaient qu'&#224; se battre. Faire acte de foi en Trochu, en Thiers, en Favre, en Ducrot et en leurs comp&#232;res, dans les coll&#232;gues de Bazaine, dans les anciens caudataires d'Emile Ollivier lui &#233;tait impossible. Par ces hommes, par leur pusillanimit&#233; et leur insinc&#233;rit&#233;, la d&#233;faite et la capitulation s'annon&#231;aient &#224; ses yeux in&#233;vitables et la R&#233;publique compromise, perdue probablement, si l'on ne r&#233;agissait pas, si l'on ne mettait pas la main au collet de la trahison, si l'on ne d&#233;busquait pas du pouvoir les f&#233;lons et les incapables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le peuple ma&#238;tre de son H&#244;tel de Ville, avec la Commune r&#233;volutionnaire conduisant, guidant Paris, tout changeait. La garde nationale &#233;tait un in&#233;puisable r&#233;servoir de combattants, dont on pouvait tirer en un mois ou deux une force militaire de premier ordre, solide, bien li&#233;e, magnifique de courage et d'entrain. Cette force &#8212; 300.000 hommes, 400 ou 450.000 avec l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re cantonn&#233;e sous les remparts et qui aurait suivi par habitude de discipline &#8212; cette force, dis-je, se serait port&#233;e d&#233;lib&#233;r&#233;ment, spontan&#233;ment contre les Prussiens. Elle les aurait harcel&#233;s sans rel&#226;che, fatigu&#233;s par d'incessants engagements et aurait perc&#233; sans doute le cordon de leurs troupes d'investissement si mince par endroits. Qu'on se repr&#233;sente l'effet de cette offensive heureuse ex&#233;cut&#233;e par des bataillons hissant leur drapeau rouge sur le champ arrach&#233; &#224; l'envahisseur ; qu'on juge du retentissement de la victoire sur la province, qui guettait anxieuse tous les mouvements de la grande emmur&#233;e, attendant qu'elle lui tendit la main par-dessus les aigles germaniques bris&#233;es et pi&#233;tin&#233;es. C'&#233;tait la France entra&#238;n&#233;e, r&#233;pondant par sa lev&#233;e en masse &#224; l'audacieux sursaut de la capitale, reconduisant l'agresseur, l'&#233;p&#233;e aux reins, jusqu'aux fronti&#232;res. C'&#233;tait l'h&#233;ro&#239;que &#233;pop&#233;e du si&#232;cle pass&#233; recommen&#231;ant, sous l'&#233;tendard de la R&#233;volution prol&#233;taire, pour l'&#233;tablissement de la R&#233;publique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chim&#232;re ! dira-t-on. Qui sait ? Le champ du r&#233;el ne se confond pas avec le champ du possible, ce qui f&#251;t avec ce qui aurait pu &#234;tre. Chim&#232;re, en tout cas, qui hantait les hommes de la Corderie, qui nourrissait leur espoir, enflammait leur courage, qui explique leurs actes, les prises d'armes tent&#233;es par eux apr&#232;s chaque d&#233;sastre, chaque preuve convaincante nouvelle de l'incurie et de la trahison de la D&#233;fense, et explique aussi la derni&#232;re de ces prises d'armes, celle qui n'aboutit malheureusement qu'apr&#232;s la d&#233;b&#226;cle finale, quand il &#233;tait trop tard : l'Insurrection du 18 Mars, la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne saurait entrer dans notre cadre de relater par le d&#233;tail ces divers mouvements : 8 octobre, 31 octobre, 22 janvier. Ces mouvements ont eu leur narrateur et leur critique dans Jaur&#232;s, puisque l'ordre chronologique les situait dans le si&#232;ge. Leur mention ne se justifie ici que dans la mesure o&#249; ils &#233;clairent la situation g&#233;n&#233;rale faite &#224; Paris, &#224; la veille du 18 Mars et posent dans leur v&#233;rit&#233; les classes et partis qui allaient se trouver aux prises pendant la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier de ces mouvements, celui du d&#233;but d'octobre, fut voulu et organis&#233; par la Corderie. Il eut abouti d'autant plus ais&#233;ment que les gens de l'H&#244;tel de Ville n'&#233;taient pas encore sur leurs gardes, ne supposaient pas que des t&#233;m&#233;raires pussent leur contester le pouvoir, les enlever. Par malheur, la m&#232;che fut &#233;vent&#233;e avant l'heure. Le Comit&#233; central avait &#233;t&#233; appel&#233; &#224; mettre dans le secret certains chefs de bataillons de la garde nationale. L'un d'eux, Gustave Flourens, d&#233;j&#224; investi un peu auparavant par Trochu de la dignit&#233; l&#233;g&#232;rement funambulesque de &#171; major du rempart &#187;, g&#226;ta tout par sa h&#226;te ou son personnalisme. Le mouvement &#233;tait pour le 8. D&#232;s le 6, Flourens se portait &#224; l'H&#244;tel de Ville avec son bataillon de Belleville, semait l'alarme, permettait au gouvernement de prendre ses pr&#233;cautions, et se retirait sans avoir rien fait. Le 8, quand le gros des forces eut d&#251; entrer en branle, l'occasion &#233;tait envol&#233;e, le coup de main fusa en simple d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 31 octobre, l'affaire fut plus chaude. Un jour et une nuit, l'insurrection fut ma&#238;tresse de la place. C'est qu'aussi bien la population parisienne, jusqu'au plus couard des boutiquiers, en avait assez. Trois nouvelles, coup sur coup, venaient secouer la torpeur des plus endormis : la reddition de Metz, livr&#233;e par Bazaine, avec ses 160.000 d&#233;fenseurs ; l'inexplicable retraite du Bourget succ&#233;dant &#224; une victoire d'abord emport&#233;e et claironn&#233;e ; enfin, l'arriv&#233;e, dans les murs, de M. Thiers, autoris&#233; par Bismarck &#224; y n&#233;gocier l'armistice. Cette triple catastrophe provoqua m&#234;me, si l'on peut dire, une &#233;motion trop forte et trop universelle ; d'o&#249; le caract&#232;re chaotique de la journ&#233;e. Un t&#233;moin oculaire, le colonel Montagut, sous-chef d'&#233;tat-major de la garde nationale, expliquait plus tard &#224; la Commission d'enqu&#234;te sur l'insurrection du 18 Mars : &#171; Le 31 octobre, il y a eu trois tentatives de r&#233;volution dans une seule, trois mouvements successifs n'ayant aucune analogie, tent&#233;s par des hommes n'ayant aucune sympathie les uns pour les autres &#171; . Au matin, par exemple, on avait vu le colonel Langlois, dont on conna&#238;t le r&#244;le conservateur subs&#233;quent, marcher avec son bataillon &#224; la t&#234;te des assaillants. La foule for&#231;a donc ais&#233;ment les portes de l'H&#244;tel de Ville, y prit ais&#233;ment les membres de la D&#233;fense comme dans une sourici&#232;re ; mais la foule d'ordinaire est ainsi faite qu'elle ne comprend pas que l'on puisse remplacer des hommes connus autrement que par des hommes connus, des c&#233;l&#233;brit&#233;s autrement que par des c&#233;l&#233;brit&#233;s. De 2 heures de l'apr&#232;s-midi &#224; 9 heures du soir, les vainqueurs se battirent autour des tables sur des listes de gouvernants o&#249; Victor Hugo, Ledru-Rollin, Raspail voisinaient avec Blanqui, Delescluze, F&#233;lix Pyat et Flourens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'action propre de la Corderie se trouva noy&#233;e dans une agitation d&#233;r&#233;gl&#233;e et confuse &#224; laquelle ne pr&#233;sidait aucune volont&#233; ferme, aucun dessein pr&#233;con&#231;u. C'est &#224; peine si, tr&#232;s avant dans la soir&#233;e, les hommes du Comit&#233; central r&#233;ussirent un instant &#224; prendre le dessus, afin de tirer de la victoire populaire les r&#233;sultats effectifs et durables qu'elle comportait. Blanqui, rest&#233; seul ou &#224; peu pr&#232;s des gouvernants nouveaux &#224; l'H&#244;tel de Ville, signait entre leurs mains sa d&#233;mission et, en m&#234;me temps, sanctionnait par sa signature la proclamation d'une Commune r&#233;volutionnaire, &#224; laquelle il adh&#233;rait du reste comme membre, en compagnie d'une majorit&#233; de d&#233;l&#233;gu&#233;s directs de la Corderie. Cette proclamation, que Vaillant avait r&#233;dig&#233;e, fut port&#233;e par un messager fid&#232;le &#224; l'Officiel. Si elle e&#251;t paru, c'&#233;tait le succ&#232;s du mouvement ; mais elle ne parut pas : la &#171; D&#233;fense nationale &#187; restait ma&#238;tresse de l'Officiel comme de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'&#233;tait pass&#233; ceci, en effet, que les bataillons r&#233;volutionnaires ayant, dans la seconde moiti&#233; de la nuit, regagn&#233; leurs quartiers, les bataillons des quartiers du centre et les mobiles bretons, gardes du corps de Trochu, avaient reconquis la place et oblig&#233; Blanqui et ses amis &#224; la retraite. Une transaction &#233;tait intervenue, aux termes de laquelle : 1o Nulle poursuite ne serait exerc&#233;e contre qui que ce f&#251;t, &#224; raison des &#233;v&#233;nements qui venaient de se produire ; 2o Convocation serait faite &#224; bref d&#233;lai en vue d'&#233;lections municipales. En attendant, les gens de la &#171; D&#233;fense &#187; continueraient &#224; occuper l'H&#244;tel de Ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, la partie &#233;tait perdue une fois encore. Trochu et Favre, Thiers derri&#232;re eux, qui s'en &#233;tait all&#233; retrouver Bismarck, demeuraient les ma&#238;tres. On y gagna seulement une prolongation de la r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au surplus, le gouvernement viola outrageusement ses engagements. Une quarantaine de mandats d'amener furent lanc&#233;s contre les principaux manifestants du 31, dont beaucoup ainsi ne devaient recouvrer la libert&#233; qu'apr&#232;s la capitulation. D'autre part, au lieu de proc&#233;der aux &#233;lections promises, les dirigeants r&#233;publicains, chaussant les souliers de l'Homme de D&#233;cembre, r&#233;solurent de se faire pl&#233;bisciter. Le pl&#233;biscite eut lieu le 3 novembre. Il donna 321.000 oui pour le maintien de la D&#233;fense, contre 54.000 non. Ces 54.000 protestataires, group&#233;s surtout dans les faubourgs, repr&#233;sentaient ce qu'il y avait de plus sain et de plus militant dans la classe ouvri&#232;re ; mais ils avaient &#233;t&#233; impuissants &#224; secouer la veulerie de la masse. Paris, malgr&#233; leur &#233;nergie, abdiquait ; il allait rouler jusqu'au fond de l'ab&#238;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de trois mois s&#233;parent la tentative avort&#233;e du 31 octobre de la tentative &#233;galement avort&#233;e de 22 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mois de deuil et d'&#233;pouvante ! Mois de souffrances, de privations et d'angoisses ! L'hiver est venu, un des hivers les plus rigoureux du si&#232;cle ; et cette population, ces deux millions d'&#234;tres humains enferm&#233;s dans l'enceinte, coup&#233;s de toute communication avec le monde ext&#233;rieur, manquent de tout, de l'essentiel : de vivres et de combustible, de pain et de charbon. La faim et le froid &#224; la fois les assaillent et les tenaillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que les hommes, sous le k&#233;pi du garde national, attendent aux remparts un ennemi qui ne viendra pas et usent leur sant&#233; et leur &#233;nergie en d'interminables factions, au lieu de courir sus dans la plaine &#224; l'adversaire, comme le voudrait leur courage, les femmes, les enfants, les vieillards, d&#232;s cinq heures du matin, stationnent dans la neige, la boue glac&#233;e, aux portes des boulangeries pour obtenir quelques grammes d'un pain immangeable. M&#234;mes stations r&#233;p&#233;t&#233;es ensuite aux portes des boucheries, des &#233;piceries. C'est le rationnement, le rationnement non pas tel que le Corderie l'avait r&#233;clam&#233; au d&#233;but, qui e&#251;t unifi&#233; les conditions de vie de tous les combattants et cr&#233;&#233; dans l'enceinte des fortifications une R&#233;publique sociale, mais le rationnement subordonn&#233; &#224; la dure loi &#233;conomique de l'offre et de la demande, le rationnement pour le pauvre, pour le sans-le-sou, comme l'avait pr&#233;dit, lors de l'Affiche rouge, un charitable &#233;conomiste bourgeois, M. de Molinari[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de tant de calamit&#233;s, de tant de d&#233;tresses, l'ouvrier, devenu du reste garde national, ne trouvait naturellement plus la vente de ses bras. L'employ&#233; pas davantage. Gu&#232;re plus enviable le sort du petit boutiquier auquel sa client&#232;le habituelle faisait soudain d&#233;faut. Plus de travail, plus de salaire et la mis&#232;re noire s'asseyait inexorable &#224; chaque foyer prol&#233;taire ou petit bourgeois devant l'&#226;tre &#233;teint et le buffet vide. Il fallait que l'homme v&#233;cut avec ses 30 sous de paie de garde national, ses 45 sous s'il avait femme et enfants : allocation que la munificence de la D&#233;fense a consenti finalement &#224; accorder, et encore s'est-elle fait tirer l'oreille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Paris ouvrier ne se plaint pas, Paris ne boude pas. Il reste ferme, sto&#239;que, presque joyeux sous la neige qui tombe et l'enveloppe comme un linceul, sous les bombes et les obus qui pleuvent sur ses toits, &#233;ventrent ses murailles. Il croit en sa cause invincible ; il croit en ses remparts imprenables. Il mourra, mais il ne se rendra pas. Il continue ses gardes et ses factions interminables, inutiles. Il prend sur ses 300 grammes de pain, sur ses 30 grammes de viande pour couler des canons qu'il veut &#224; lui, pay&#233;s de ses deniers. Il esp&#232;re malgr&#233; toutes les puissances naturelles et humaines ligu&#233;es contre son effort, contre son endurance, malgr&#233; la trahison &#233;vidente de ses chefs, de ses gouvernants. Il reste pour la guerre &#224; outrance, pour la sortie en masse, pour &#171; la supr&#234;me bataille du d&#233;sespoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle &#233;tait la situation g&#233;n&#233;rale quand le gouvernement Trochu-Jules Favre se d&#233;cida &#224; jouer le dernier acte de sa com&#233;die de d&#233;fense, si savamment men&#233;e depuis le 4 Septembre. Il fallait contenter une derni&#232;re fois ces gens-l&#224;, ces &#171; trente sous &#187;, ces &#171; &#224; outrance &#187;, leur d&#233;montrer, par une exp&#233;rience p&#233;remptoire, que toute prolongation de la r&#233;sistance &#233;tait folie. Trochu fit donc mine, le 19 janvier, de les mener sur Versailles, par Montretout et Buzenval o&#249;, apr&#232;s les avoir fait mitrailler et d&#233;cimer en conscience,[3] il donna comme de coutume le signal de la retraite, abandonnant les positions conquises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la fin. La capitulation s'annon&#231;ait imminente. Le gouvernement ne se donnait m&#234;me plus la peine de dissimuler. Il r&#233;unissait les maires pour leur faire part de l'&#233;ch&#233;ance fatale et, comme les maires regimbaient, Trochu leur conta que c'&#233;tait bien beau, trop beau d&#233;j&#224; que d'avoir tenu cinq mois. Pour sa part, ajoutait-il, &#171; d&#232;s le 4 Septembre au soir, il avait d&#233;clar&#233; que ce serait folie d'entreprendre de soutenir un si&#232;ge contre l'arm&#233;e prussienne. &#187;[4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conjonctures ne permettaient plus que l'on diff&#233;r&#226;t. C'est alors que la Corderie essaya d'un nouveau mouvement, d'une troisi&#232;me insurrection. Cette fois, l'affaire avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e de longue main, con&#231;ue pour que, si elle aboutissait, elle amen&#226;t sans conteste l'instauration de la Commune r&#233;volutionnaire qui, avec les ressources immenses dont disposait &#224; ce moment encore la Capitale, malgr&#233; les d&#233;n&#233;gations et les mensonges de la &#171; D&#233;fense nationale &#187; put reprendre et mener &#224; ses fins la lutte &#224; outrance contre l'envahisseur et ses alli&#233;s de l'int&#233;rieur. Rien dans la pr&#233;paration n'avait &#233;t&#233; livr&#233; au hasard. La Commission de vingt-deux membres, qui administrait le Comit&#233; central des vingt arrondissements, avait &#233;t&#233; charg&#233;e de d&#233;signer cinq de ses membres avec mandat d'organiser l'insurrection en gardant sur ses plans la discr&#233;tion la plus absolue, jusqu'au moment de l'ex&#233;cution. Ces cinq membres, dont le nom est rest&#233; tu, jusqu'&#224; pr&#233;sent, furent Sapia, Tridon, Vaillant, Leverdays et un cinqui&#232;me. Le secret fut si compl&#232;tement observ&#233; que Blanqui lui-m&#234;me, dont la Corderie s'&#233;tait intimement rapproch&#233;e depuis le 31 octobre, ne fut averti que le matin m&#234;me par son vieil ami Flotte. Blanqui se montra tr&#232;s contraire. Il disait : Mais, sans doute, vous entrerez &#224; l'H&#244;tel de Ville comme dans du beurre : ils ne demanderont pas mieux que de vous laisser les responsabilit&#233;s de la capitulation. Ce en quoi Blanqui, de sens si s&#251;r d'habitude, se trompait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui n'en vint pas moins au rendez-vous et s'&#233;tablit au caf&#233; de la Garde nationale, face &#224; l'H&#244;tel de Ville. Delescluze aussi &#233;tait venu et se trouvait chez un ami, rue de Rivoli. Tandis que Sapia et Vaillant se portaient avec les bataillons conjur&#233;s, ceux des Batignolles et de Montmartre notamment, sur la grande place de l'H&#244;tel-de-Ville, Leverdays se rendait au square Notre-Dame, au parc d'artillerie o&#249; il avait mission de s'emparer des canons et de les diriger sur le champ d'op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'issue brute est connue. Pendant qu'&#224; l'int&#233;rieur de l'H&#244;tel de Ville, Chaudey, l'adjoint de Ferry, parlemente avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s des bataillons, des coups de feu retentissent. Ce sont les mobiles plac&#233;s derri&#232;re les fen&#234;tres pr&#233;alablement matelass&#233;es de la Maison Commune mise tout enti&#232;re en &#233;tat de d&#233;fense par les soins diligents de Chaudey lui-m&#234;me et de Ferry, qui tirent sur la foule. Les gardes nationaux ripostent ; mais une nouvelle fusillade &#233;clate sur les c&#244;t&#233;s de la place, prenant de flanc les assaillants. Ce sont des mobiles encore qui tirent en toute s&#233;curit&#233; des fen&#234;tres des b&#226;timents de l'Assistance publique. La d&#233;charge &#233;tend raide mort le courageux Sapia et une trentaine de gardes. Ceux-ci attendent l'artillerie, mais l'artillerie ne vient pas. Le commandant du parc, Treilhard fils, a &#233;vent&#233; les intelligences nou&#233;es par Leverdays dans la place et substitu&#233; aux officiers et canonniers circonvenus des hommes s&#251;rs. Leverdays croyait prendre ; il est pris. Toute lutte est devenue en cons&#233;quence impossible. Les manifestants se replient en d&#233;sordre vers la rue du Temple. Les gardes nationaux du XXe, embusqu&#233;s avenue Victoria, prot&#232;gent la retraite, en emp&#234;chant par leur feu les mobiles de sortir de l'H&#244;tel de Ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le dernier effort tent&#233; par la Corderie &#233;chouait. Libre champ &#233;tait laiss&#233; aux capitulards. Le 27 &#224; minuit, le canon se tut aux remparts, Favre avec Bismarck avaient arr&#234;t&#233; les termes d'un armistice de 15 jours qui sp&#233;cifiait l'occupation des forts par les Allemands et le d&#233;sarmement des troupes, soldats et mobiles, moins une division. Le 29, au matin, le drapeau de l'&#233;tranger flottait sur tous les ouvrages de la d&#233;fense, hors des murs. Les armes &#233;taient pourtant laiss&#233;es &#224; la garde nationale. Ni Favre, ni Bismarck ne s'&#233;taient sentis d'humeur et de taille &#224; les lui enlever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des clauses de l'armistice pr&#233;voyait en outre la r&#233;union imm&#233;diate d'une assembl&#233;e, nomm&#233;e par le pays, pour statuer sur la question unique de la paix ou de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y eut jamais d'&#233;lections plus libres a d&#233;clar&#233; depuis la r&#233;action. &#192; qui fera-t-on accroire semblable imposture que l'on p&#251;t accepter pour libres des &#233;lections accomplies sous l'&#339;il et la pression du vainqueur, occupant &#224; ce moment tout ou partie de quarante-trois d&#233;partements et tenant la capitale sous ses canons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections eurent lieu le 8 f&#233;vrier. La province presque enti&#232;re r&#233;pondit : &#171; Paix &#224; tout prix ! &#187; Paris, au contraire, clamait : &#171; Guerre &#224; outrance ! &#187; Et, sur 43 mandataires, &#224; 5 ou 6 exceptions pr&#232;s, dont 2, il est vrai, lamentables : Jules Favre et Thiers[5], ne choisissait que des hommes ayant mandat de se prononcer pour la continuation de la guerre ; en tout cas, de ne pas admettre que la paix p&#251;t &#234;tre obtenue au prix de l'int&#233;grit&#233; du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;lections &#8212; le temps le voulait ainsi &#8212; avaient &#233;t&#233;, du reste, plus politiques et patriotiques que sociales. Paris, m&#249; par un sentiment de fiert&#233; un peu pu&#233;ril, avait d'abord song&#233; &#224; &#233;lire ceux qu'il appelait alors les gloires : Louis Blanc, qui arriva en t&#234;te avec 216.530 voix ; Victor Hugo, Edgar Quinet, Henri Martin. Ces hommes avaient &#233;t&#233; port&#233;s sur la liste d&#233;nomm&#233;e des Quatre Comit&#233;s, dont Blanqui, malgr&#233; les efforts de Vaillant, qui se refusa alors lui-m&#234;me &#224; y &#234;tre inscrit, avait &#233;t&#233; &#233;cart&#233; par une injure supr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui, avec Vaillant, Tridon, Ranvier, Vall&#232;s, Lefran&#231;ais, trouva place sur la liste &#233;labor&#233;e en commun par l'Internationale, la Chambre f&#233;d&#233;rale des Soci&#233;t&#233;s ouvri&#232;res et le Comit&#233; central des vingt arrondissements. Cette liste, disait l'appel, qui vaut d'&#234;tre retenu, est &#171; la liste des candidats pr&#233;sent&#233;s au nom d'un monde nouveau, par le parti des d&#233;sh&#233;rit&#233;s&#8230; La France va se reconstituer &#224; nouveau ; les travailleurs ont le droit de trouver et de prendre leur place dans l'ordre qui se pr&#233;pare. Les candidatures socialistes-r&#233;volutionnaires signifient : d&#233;n&#233;gation &#224; qui que ce soit de mettre la R&#233;publique en discussion ; affirmation de la n&#233;cessit&#233; de l'av&#232;nement politique des travailleurs ; chute de l'oligarchie gouvernementale et de la f&#233;odalit&#233; industrielle. &#187; De cette liste, cinq noms l'emport&#232;rent : Garibaldi, Gambon, Malon, F&#233;lix Pyat, Tolain, parce qu'ils avaient &#233;t&#233; et s'&#233;taient laiss&#233;s porter concurremment sur la liste des quatre Comit&#233;s. Blanqui n'obtint que 52.000 voix, les suffrages de ceux-l&#224; qui avaient dit non au pl&#233;biscite du 3 novembre, et qui devaient &#234;tre bient&#244;t les soldats de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Cette critique de la Patrie en Danger et de Blanqui, qui en fut le r&#233;dacteur prestigieux et magnifique, ne vaut que pour la p&#233;riode comprise entre le 7 septembre et les tout premiers jours d'octobre. &#192; dater de ce moment, Blanqui a vu clair dans le jeu de la &#171; D&#233;fense &#187; et pense qu'on ne peut atteindre l'ennemi de l'ext&#233;rieur qu'en marchant d'abord contre son complice de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- &#171; Le rationnement demand&#233; par ces messieurs (les signataires de l'Affiche rouge) se fera naturellement par l'&#233;l&#233;vation du prix des denr&#233;es &#224; mesure qu'elles deviendront plus rares sur le march&#233;. &#187; (G. de Molinari, Journal des D&#233;bats.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Nous allons donc faire &#233;crabouiller un peu la garde nationale, puisqu'elle en veut. &#8212; D&#233;position du colonel Chaper, colonel d'infanterie. Enqu&#234;te sur le 4 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Enqu&#234;te sur le 4 Septembre. D&#233;position de Corbon, maire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Par un miracle renouvel&#233; des beaux temps de l'Empire, M. Thiers qui, la veille de la proclamation officielle, ne groupait pour tout potagre que 61.000 voix et n'allait pas &#233;lu, vit le lendemain ce chiffre atteindre &#224; 103.000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PARIS HORS LA LOI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 f&#233;vrier, la nouvelle Assembl&#233;e se r&#233;unissait &#224; Bordeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment nous touchons &#224; une sorte de ligne de faite. Deux versants, ou pour parler sans image, deux solutions : l'apaisement ou la guerre civile. Paris et la province iront-ils &#224; une r&#233;conciliation, &#224; une entente obtenue au prix de concessions mutuelles et de garanties r&#233;ciproques ? S'engageront-ils, au contraire, dans les voies qui m&#232;nent aux conflits irr&#233;m&#233;diables, aux duels furieux et sanglants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une solution &#233;tait en somme aussi possible que l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut l'Assembl&#233;e nationale qui, arbitre, ma&#238;tresse de l'heure, d&#233;cida contre le v&#339;u m&#234;me de la province qui certainement &#8212; elle le prouva ensuite pendant la lutte et apr&#232;s la lutte &#8212; e&#251;t recul&#233; d'horreur si elle avait su o&#249; l'entra&#238;naient les haineux et les fourbes auxquels elle avait confi&#233; son destin. Elle aiguilla sans h&#233;siter vers la guerre, la rendit in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, tout nerfs, dans l'&#233;tat de surexcitation morbide o&#249; il se trouvait alors plong&#233;, comprit de suite, vit clair. Ce que n'avait pu faire en six mois la &#171; D&#233;fense nationale &#187;, malgr&#233; les fautes, les d&#233;faillances, les trahisons accumul&#233;es, l'Assembl&#233;e nationale le fit en un jour. En un jour, elle dessilla les yeux des plus aveugles, les rangea du c&#244;t&#233; de ces clairvoyants trop rares qui, au 8 octobre, au 31 octobre, au 22 janvier, seuls avaient vu, pressenti, devin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectacle qui se d&#233;roulait &#224; Bordeaux ne souffrait plus en effet qu'on s'y tromp&#226;t. Il justifiait par trop toutes les craintes, toutes les pr&#233;dictions &#233;mises pendant le si&#232;ge par les socialistes, par les r&#233;volutionnaires, par les h&#244;tes de la Corderie et toutes les col&#232;res et toutes les r&#233;voltes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait bien cela. Le Prussien payait au capitulard le prix de sa l&#226;chet&#233;. Les deux comp&#232;res s'entendaient pour le partage des d&#233;pouilles. &#192; moi, disait le capitalisme allemand, les lambeaux de chair vive arrach&#233;s &#224; la France qui s'en peut bien passer, et les cinq milliards que vont, sou &#224; sou, suer les ouvriers et les paysans. &#192; toi, capitalisme fran&#231;ais, la R&#233;publique livr&#233;e, le pouvoir abandonn&#233;, la permission de toutes les restaurations et de toutes les r&#233;actions, en vue de la protection et de la consolidation ind&#233;finie de ton r&#232;gne. &#192; l'annonce de la ratification des clauses de ce honteux march&#233;, un haut-le-c&#339;ur secoua Paris. Il r&#233;fl&#233;chit que, sans doute, ils n'avaient pas eu tort ceux de la Corderie et d'ailleurs qui, aux jours du si&#232;ge, avaient pens&#233; que l'int&#233;grit&#233; de la patrie comme le maintien de la R&#233;publique r&#233;sidaient dans la r&#233;bellion audacieuse, dans la main-mise sur le pouvoir et presque tout entier, sauf un quarteron de boursicotiers et de rentiers, il se sentit inclin&#233; enfin &#224; l'acte qu'il aurait d&#251; accomplir six mois plus t&#244;t pour son salut, le salut du pays et de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coup sur coup, de Bordeaux lui parvenaient ces nouvelles accablantes et sinistres, croyables &#224; peine ; sur 750 d&#233;put&#233;s &#224; l'Assembl&#233;e nationale, 450 monarchistes d'origine, au bas mot, dont deux princes de la maison d'Orl&#233;ans, Thiers, le massacreur de Transnonain, l'ancien factotum de Louis-Philippe, le bourgeois de toujours, incarnation la plus compl&#232;te de l'astuce et de la f&#233;rocit&#233; des classes dirigeantes, nomm&#233; chef du Pouvoir ex&#233;cutif, ma&#238;tre absolu pour le quart d'heure, apr&#232;s Guillaume, apr&#232;s Bismarck ; tout ce monde : chef de l'Ex&#233;cutif, ministres, d&#233;put&#233;s r&#233;acs se ruant &#224; la paix, &#233;touffant la protestation des repr&#233;sentants des provinces annex&#233;es, des &#233;lus des grands centres, des villes r&#233;publicaines et des parisiens surtout trait&#233;s en pestif&#233;r&#233;s, en ali&#233;n&#233;s et en factieux, Garibaldi outrag&#233; ; quoi encore ? Ses portes &#224; lui, Paris, ouvertes &#224; l'ennemi qui avait exig&#233; de la platitude bourgeoise et rurale cette abdication derni&#232;re. Nul m&#233;nagement, nulle pr&#233;caution, nulle sollicitude pour la noble cit&#233; qui avait tant souffert et qui souffrait encore dans son esprit, comme dans sa chair. Des Fran&#231;ais, des compatriotes, des fr&#232;res auraient song&#233; &#224; bander ses plaies, panser ses blessures, soulager ses mis&#232;res. Des Fran&#231;ais, mais pas ces ruraux, revenants d'un autre &#226;ge, l&#233;gitimes h&#233;ritiers de la Chambre introuvable de 1820, domestiqu&#233;s, conduits par l'&#201;glise. Que parlez-vous de baume sur les blessures et les plaies ? C'est du vitriol qu'ils y vont verser pour les aviver et les envenimer. Par la loi sur les &#233;ch&#233;ances, ils acculent tous les commer&#231;ants parisiens &#224; la faillite ; par la loi sur les loyers ils jettent &#224; la rue, apr&#232;s leurs derni&#232;res hardes, leurs derniers meubles saisis, tous les travailleurs : ouvriers, employ&#233;s, petits fa&#231;onniers, boutiquiers. 150.000 &#224; 200.000 familles. Mieux encore, ils projettent d'enlever au garde national, sa solde, c'est-&#224;-dire son morceau de pain. Cr&#232;ve, peuple de Paris, mais que le droit propri&#233;taire soit sauf. Enfin, la grande ville perdait son rang, ses pr&#233;rogatives de capitale ; l'Assembl&#233;e nationale d&#233;cidait d&#233;finitivement de fixer son si&#232;ge hors de ses murs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant de r&#233;solutions, autant de votes, autant de d&#233;monstrations de l'Assembl&#233;e, autant de soufflets sur la face de Paris, autant d'attentats contre son droit, ses libert&#233;s, son existence m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment n'aurait-il pas vu clair maintenant, le patriote tout b&#233;net et tout simpliste qui avait dit &#171; les Prussiens d'abord &#187;. et de m&#234;me le r&#233;publicain, le r&#233;publicain tout court, sans &#233;pith&#232;te, mais qui estimait pourtant qu'au 4 septembre, par la d&#233;ch&#233;ance, quelque besogne avait &#233;t&#233; accomplie, utile et salubre, glorieuse pour la France et de cons&#233;quences f&#233;condes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au patriote, les h&#233;ros de la &#171; D&#233;fense nationale &#187; montraient, triomphateurs modestes, le pays &#233;ventr&#233;, la fronti&#232;re reculant du Rhin jusqu'aux Vosges, l'occupation du tiers du sol fran&#231;ais consenti &#224; l'envahisseur en garantie du paiement de l'indemnit&#233; de 5 milliards, Paris enfin que l'ennemi n'avait pu enlever de vive force, qu'il n'avait pu que cerner et affamer, ouvert &#224; ses cohortes d&#233;filant militairement dans ses grandes avenues de l'Ouest, sous son arc de triomphe de l'&#201;toile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au r&#233;publicain, l'Assembl&#233;e nationale se pr&#233;sentait elle-m&#234;me, ramassis le plus extraordinaire et le plus r&#233;pugnant de toutes les friperies du pass&#233;, de tous les fant&#244;mes des r&#233;gimes d&#233;chus, de tous les l&#233;gitimistes et orl&#233;anistes sortis de leurs gentilhommi&#232;res, pourvus de la b&#233;n&#233;diction papale, de tous ces ruraux n'ayant qu'une peur : la peur des villes et de Paris capitale ; qu'une haine : la R&#233;publique, et d&#233;cid&#233;s, toute honte bue, &#224; se r&#233;fugier sous la botte du Prussien pour, de connivence avec lui, &#233;trangler la Gueuse et restaurer sur le tr&#244;ne des a&#239;eux ou l'Henri V &#224; l'oriflamme fleurdelys&#233; ou l'un de ces Orl&#233;ans d&#233;j&#224; arriv&#233;s dans les fourgons de Coblentz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patriote, r&#233;publicain, rejoignaient, pour le moment du moins, le socialiste et le r&#233;volutionnaire du si&#232;ge et allaient faire bloc avec lui. Paris, dans son unit&#233;, se dressait enfin pour la R&#233;publique et, contre l'ennemi ext&#233;rieur et contre l'ennemi int&#233;rieur, pr&#234;t &#224; un 31 octobre ou &#224; un 22 janvier victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choc en retour, r&#233;flexe fatal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce r&#233;flexe, que certains socialistes avaient escompt&#233;, dans lequel ils avaient mis leur espoir supr&#234;me, quelqu'un autre aussi, peut-on dire aujourd'hui, l'avait pressenti et d&#233;j&#224; l'escomptait pour une besogne toute diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce quelqu'un, c'&#233;tait la fraction la plus consciente de la r&#233;action, la t&#234;te de la bourgeoisie, les r&#233;publicains f&#233;lons de la &#171; D&#233;fense nationale &#187; qui ne pardonnaient malgr&#233; tout pas &#224; Paris sa r&#233;sistance h&#233;ro&#239;que et de les avoir perc&#233;s &#224; jour, rejet&#233;s et fl&#233;tris au pied des urnes, quand, de leur bande, il ne laissait passer que le seul Jules Favre, dernier de la liste. Et au-dessus d'eux, plus qu'eux, le nouveau chef du Pouvoir ex&#233;cutif, le vieux forban et massacreur d'antan, Thiers, persuad&#233; dans sa logique de Tamerlan bourgeois que les temps &#233;taient propices d'une abondante saign&#233;e prol&#233;taire, pour permettre &#224; sa classe de conclure un bail nouveau avec le pouvoir, la souverainet&#233; politique et &#233;conomique. De l&#224;, les provocations d&#233;lib&#233;r&#233;es, voulues, le plan ferme d'acculer Paris &#224; l'insurrection, &#224; la lutte pour le saigner, saigner son prol&#233;tariat, le mettre pour 10 ans, pour 20 ans, pour toujours, s'il se pouvait, hors de combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e ma&#238;tresse de Thiers, prenant en main la direction des affaires, fut &#8212; il suffit &#224; cet &#233;gard de consulter son t&#233;moignage lors de sa d&#233;position devant la Commission d'enqu&#234;te sur l'Insurrection du 18 Mars &#8212; &#171; faire la paix et soumettre Paris &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soumettre Paris : qu'entendait-il par l&#224; ? Est-ce que, par hasard, Paris &#233;tait en r&#233;volte quand le gnome malfaisant de la machinerie o&#249; il avait op&#233;r&#233; pendant toute la dur&#233;e du gouvernement de la &#171; D&#233;fense nationale &#187; passa enfin &#224; la barre, grimpa sur la sc&#232;ne, au premier plan. Paris alors &#233;tait calme, recueilli ; il attendait. Il avait subi l'affront supr&#234;me, l'affront imm&#233;rit&#233; de l'occupation prussienne ; il l'avait subi sans recourir aux armes, se d&#233;vouant une fois encore pour cette France qui le m&#233;connaissait, le d&#233;savouait et l'abandonnait, payant de son honneur, apr&#232;s avoir pay&#233; de son sang, de ses privations, de ses souffrances. Une indignation le travaillait sans doute, une anxi&#233;t&#233; le poignait ; mais il n'en &#233;tait pas encore aux r&#233;solutions viriles, aux d&#233;marches irr&#233;vocables. Une attitude g&#233;n&#233;rale conciliante et humaine, une politique du nouveau chef de l'&#201;tat, nettement orient&#233;e dans le sens r&#233;publicain, et la guerre civile &#233;tait conjur&#233;e. Le calme renaissait, les passions s'apaisaient, les blessures se cicatrisaient et les &#233;v&#233;nements prenaient un autre cours dans la paix, le travail revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il en e&#251;t mieux valu ainsi, ou moins bien : l&#224; n'est pas la question. Nous constatons, nous ne discutons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Thiers et l'Assembl&#233;e nationale &#233;cart&#232;rent d&#233;lib&#233;r&#233;ment toute solution conciliatrice. Le sort en &#233;tait jet&#233;. Ils pensaient tenir leur proie et n'entendaient pas la l&#226;cher. Ils voulaient se baigner dans le sang de leurs compatriotes, en boire &#224; coupe pleine, mener au mur ce prol&#233;tariat qui, un instant, les avait fait trembler et qui, par les voies r&#233;volutionnaires ou l&#233;gales, ne cesserait plus d&#233;sormais de menacer leurs rapines et d'inqui&#233;ter leur domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix avec l'Allemagne dans le sac, Thiers aborda donc d'arrache-pied la deuxi&#232;me partie de son programme : la soumission de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il semble que le chef de l'Ex&#233;cutif ait esp&#233;r&#233; besogner de loin. Il aimait mieux &#231;a, risquant moins ainsi pour sa propre peau. Il avait nomm&#233; d'Aurelle de Paladines, g&#233;n&#233;ral de sacristie comme Trochu, au commandement en chef de la garde nationale, lui donnant, comme mot d'ordre, de s'entendre avec Vinoy, gouverneur, et Valentin, ancien colonel de gendarmerie imp&#233;riale, promu pr&#233;fet de police, pour, de concert, d&#233;sarmer Paris, lui enlever ses canons d'abord, ses fusils ensuite, s'il se pouvait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des proc&#233;d&#233;s de pandour bonapartiste, Vinoy, qui n'avait que faire de d'Aurelle, commenta &#224; taper dans le tas, apostrophant la population parisienne en des affiches qui fleuraient les mitraillades de juin et de d&#233;cembre, supprimant tous les journaux : Vengeur, Cri du Peuple, Mot d'Ordre, P&#232;re Duch&#234;ne, Caricature, Bouche de Fer, qui parlaient trop haut ou trop ferme, cela, au nom d'un &#233;tat de si&#232;ge auquel il n'assignait aucun terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les re&#238;tres seuls, de sottise trop &#233;paisse et de brutalit&#233; trop crue, restaient impuissants, Thiers sentit alors la n&#233;cessit&#233; d'op&#233;rer en personne et, pour cela, de se rapprocher de Paris, de venir sur place. Il s'appliqua &#224; d&#233;cider l'Assembl&#233;e. Celle-ci avait peur, se refusait. Thiers d&#233;pensa des tr&#233;sors de diplomatie pour la convaincre. Comme pis-aller, elle consentait &#224; se transporter &#224; Fontainebleau, &#224; peine rassur&#233;e par les 80 kilom&#232;tres qui l'auraient ainsi s&#233;par&#233;e de la capitale. Mais Fontainebleau n'agr&#233;ait pas au chef de l'Ex&#233;cutif. Il voulait Versailles. Et pour quelles raisons ? Pour les raisons indiqu&#233;es dans sa d&#233;position &#224; la Commission d'enqu&#234;te, et o&#249; se r&#233;v&#232;le tout net son plan de massacre. Il se disait et il disait : &#171; On m'avait parl&#233; de Fontainebleau comme d'une ville o&#249; l'Assembl&#233;e nationale pourrait si&#233;ger en s&#251;ret&#233;. Je fis observer que nous serions s&#233;par&#233;s par quinze lieues et par toute l'&#233;paisseur de Paris de la position de Versailles, la seule vraiment militaire ; que si les r&#233;serves charg&#233;es de garder l'Assembl&#233;e &#233;taient oblig&#233;es de partir de Fontainebleau pour se rendre au lieu du combat, la distance serait bien grande et la position des plus mauvaises : qu'il fallait aller &#224; Versailles m&#234;me et, de l&#224;, t&#226;cher de rester ma&#238;tres de Paris. Cet avis pr&#233;valut aupr&#232;s de l'Assembl&#233;e et nous v&#238;nmes, en effet, nous placer &#224; Versailles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendez-vous avait &#233;t&#233; pris par l'Assembl&#233;e pour le 19 dans cette localit&#233;. Quand &#224; Thiers, il se portait de sa personne et imm&#233;diatement &#8212; c'&#233;tait le 16 &#8212; &#224; Paris et se pr&#233;parait, sans tarder, &#224; tenter son coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle &#233;tait en ces jours la situation exacte de la Grande Ville ? quelles pens&#233;es, quels sentiments y dominaient ? quels courants s'y dessinaient ? quelles forces organis&#233;es et coh&#233;rentes s'y groupaient en vue d'une r&#233;sistance, d'une action que l'on sentait de plus en plus in&#233;luctable et prochaine ? Il y a lieu de remonter pour cette explication jusqu'au lendemain m&#234;me du si&#232;ge, au d&#233;but de f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &#233;lections g&#233;n&#233;rales, la r&#233;union de l'Assembl&#233;e nationale, le Comit&#233; central des vingt arrondissements s'&#233;tait dissous ou presque. Contre l'avis de plusieurs, qui pr&#233;voyaient justement l'in&#233;vitable r&#233;veil de la col&#232;re populaire au jour de la d&#233;sillusion et de la trahison av&#233;r&#233;e et que la bataille restait plus que jamais &#224; livrer et &#224; gagner dans Paris, les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires les plus ardents et les plus qualifi&#233;s, c&#233;dant &#224; l'inspiration de Blanqui, s'&#233;taient port&#233;s &#224; Bordeaux. Blanqui avait cru qu'il &#233;tait possible de jeter l'Assembl&#233;e nationale par les fen&#234;tres et il se consuma sans profit dans cette tentative vaine. Les autres &#233;l&#233;ments de la Corderie, les &#233;l&#233;ments plus sp&#233;cifiquement ouvriers, auxquels leurs ressources interdisaient le d&#233;placement, &#233;taient rentr&#233;s pour leur part dans leurs quartiers respectifs, dans leurs bataillons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut ainsi, tr&#232;s naturellement, que les &#233;l&#233;ments plus mod&#233;r&#233;s, plus incertains, group&#233;s dans la garde nationale, prirent le dessus et orient&#232;rent le mouvement. La garde nationale, expression arm&#233;e de l'ensemble de la population, redevint dans cette p&#233;riode confuse et interm&#233;diaire le confluent de toutes les ranc&#339;urs, de toutes les irritations, de toutes les passions, de toutes les exaltations &#224; la fois patriotiques, r&#233;publicaines et socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce milieu plus vaste, plus att&#233;nu&#233; par suite, une id&#233;e dominait au-dessus de toutes autres, &#224; savoir que la R&#233;publique, voulue par Paris d&#232;s l'empire, contre la province, conquise par Paris de haute lutte au 4 septembre, en dehors de toute ing&#233;rence de la province, &#233;tait menac&#233;e dans son existence m&#234;me et par cette province et par son Assembl&#233;e de ruraux r&#233;unie &#224; Bordeaux. Paris avait une mission, mission historique s'imposant &#224; lui d'honneur et &#224; laquelle il ne pouvait forfaire : mission de conserver, de sauvegarder cette R&#233;publique et ainsi de prendre, jusque sur ses vainqueurs allemands, une sorte de revanche en leur infligeant le voisinage et la menace contagieuse d'un r&#233;gime politique sup&#233;rieur au leur. Or, pour maintenir, implanter la R&#233;publique il importait avant tout que Paris, gardant ses fusils et ses canons demeur&#226;t en situation d'assumer, si besoin &#233;tait, le r&#244;le de sentinelle vigilante de l'id&#233;e nouvelle et du fait acquis. Il fallait donc que la garde nationale ne f&#251;t pas d&#233;sarm&#233;e, qu'apr&#232;s comme pendant le si&#232;ge elle rest&#226;t la force arm&#233;e ou plus simplement la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les patriotes purs, par une aberration &#233;trange, mais compr&#233;hensible en ces temps, croyaient aussi que Paris ainsi fait pouvait incontinent reprendre la lutte contre l'envahisseur, que, d&#233;livr&#233; des gouvernants qui l'avaient dup&#233;, des g&#233;n&#233;raux qui l'avaient trahi, des Favre et des Trochu, des Simon et des Ducrot, il se trouvait en mesure, avec sa garde nationale, de reprendre la guerre et, la France du Centre et du Midi encore incertaine aidant, de rejeter le Prussien par del&#224; le Rhin. Espoir chim&#233;rique, hallucination folle, mais qui s'explique devant une paix conclue sans combat, sans que l'effort possible, implor&#233; par ceux m&#234;mes qui s'offraient pr&#234;ts d'avance &#224; tous les sacrifices ait &#233;t&#233; fourni, sans que Paris ouvrier et r&#233;volutionnaire ait pu donner sur le champ de bataille la mesure de sa vaillance et de sa valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; les id&#233;es divergentes, les tendances multiples sinon contradictoires, car elles se r&#233;conciliaient et se conjuguaient dans l'identit&#233; du but poursuivi, qui pr&#233;sid&#232;rent &#224; la reconstitution des cadres de la garde nationale et &#224; la formation de son Comit&#233; central. Ce sont ces id&#233;es, ces tendances qui s'accus&#232;rent aux grands meetings du Waux-Hall, solidarisant pour un instant dans une volont&#233; commune et une r&#233;sistance commune, la presque unanimit&#233; de la population parisienne et qui donn&#232;rent au mouvement &#224; c&#244;t&#233; de la caract&#233;ristique socialiste qu'il conservait n&#233;anmoins et qui bient&#244;t allait redevenir la dominante, la double caract&#233;ristique r&#233;publicaine et patriotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques pr&#233;cisions sont ici n&#233;cessaires puisque en somme, au 18 mars, le Comit&#233; central de la garde nationale devait occuper le devant de la sc&#232;ne et que ce Comit&#233;, avec des avatars divers et des fortunes plus ou moins heureuses, ne cessa pas de jouer un r&#244;le dans les &#233;v&#233;nements jusqu'&#224; l'&#233;crasement d&#233;finitif de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;union de la garde nationale se produisit au Cirque d'Hiver, le 6 f&#233;vrier, sous la pr&#233;sidence de Courty, n&#233;gociant au IIIe. L'affluence y avait &#233;t&#233; grande et une deuxi&#232;me r&#233;union y fut d&#233;cid&#233;e qui se tint au Waux-Hall, dans la soir&#233;e du 15 f&#233;vrier. L'id&#233;e de f&#233;d&#233;rer tous les bataillons de la garde nationale s'y fit jour spontan&#233;ment de toutes parts et une Commission fut nomm&#233;e, charg&#233;e d'&#233;laborer les statuts de la nouvelle F&#233;d&#233;ration, Commission compos&#233;e d'inconnus, qui tir&#233;s de l'anonymat un jour devaient y retomber le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 f&#233;vrier, au Waux-Hall, troisi&#232;me r&#233;union, 2.000 d&#233;l&#233;gu&#233;s sont pr&#233;sents, qui, &#224; l'unanimit&#233;, adoptent cette r&#233;solution : &#171; La garde nationale proteste par l'organe de son Comit&#233; central contre toute tentative de d&#233;sarmement et d&#233;clare qu'au besoin elle y r&#233;sistera par les armes &#187;. Apr&#232;s quoi, les 2.000 d&#233;l&#233;gu&#233;s se rendent en masse &#224; la manifestation organis&#233;e &#224; la place de la Bastille, entra&#238;nant avec eux sur leur passage mobiles et soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifestation grandiose qui se reproduisit plus grandiose encore les jours suivants. Un drapeau rouge avait &#233;t&#233; fix&#233; par un intr&#233;pide, tout en haut de la colonne, dans la hampe tenue par la main du G&#233;nie. Les bataillons de tous les quartiers populaires d&#233;fil&#232;rent successivement, tambours et drapeau en t&#234;te, attachant &#224; la grille, d&#233;posant sur le pi&#233;destal du monument des couronnes d'immortelles. L'arm&#233;e y vint aussi, des compagnies, des r&#233;giments bient&#244;t, avec leurs sous-officiers, parfois des officiers. Les pr&#233;liminaires de paix arr&#234;t&#233;s entre Bismarck et Thiers &#233;taient connus. On savait le projet de trait&#233;, ses clauses honteuses, l'entr&#233;e imminente des Prussiens dans la capitale et la protestation indign&#233;e gagnait de la garde nationale la mobile, de la mobile l'arm&#233;e. Les troupes envoy&#233;es par Vinoy pour surveiller ou dissiper les manifestants fraternisaient avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20, on crut que l'entr&#233;e des Prussiens &#233;tait pour la nuit et sans qu'un mot d'ordre ait &#233;t&#233; donn&#233;, 40.000 hommes, de minuit &#224; 4 heures du matin, remont&#232;rent en armes l'avenue des Champs-Elys&#233;es et de la Grande-Arm&#233;e marchant &#224; la rencontre de l'ennemi. Les Prussiens ne vinrent heureusement pas ; ce n'&#233;tait qu'une alerte ; ils ne devaient entrer, au nombre de 30.000, que le 1er mars, ainsi que l'indiqua le 27 par affiche, Picard, ministre, parlant au nom du Gouvernement. Ce r&#233;pit laissait donc aux d&#233;l&#233;gu&#233;s du Waux-Hall le temps de consulter leurs compagnies. Or, presque toutes, certaines &#224; l'unanimit&#233;, se prononc&#232;rent pour la prise d'armes, une catastrophe affreuse &#233;tait &#224; redouter. Un seul coup de fusil tir&#233; sur les Prussiens et ce pouvait &#234;tre, c'&#233;tait s&#251;rement les hostilit&#233;s recommen&#231;ant, la guerre des rues, Paris &#224; feu et &#224; sang. Ici, ce qui restait du Comit&#233; central des vingt arrondissements, avec le Conseil f&#233;d&#233;ral de l'Internationale et la F&#233;d&#233;ration des Chambres syndicales, bref les socialistes intervinrent. Ils remontr&#232;rent &#224; la garde nationale l'inutilit&#233;, la folie d'une pareille aventure. Nous nous souvenons, insistaient-ils, des lugubres journ&#233;es de juin. Toute attaque aujourd'hui comme alors ne servirait qu'&#224; d&#233;signer le peuple aux coups des ennemis de la R&#233;volution qui noieraient les revendications sociales dans un fleuve de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette voix fut entendue. Le Comit&#233; provisoire de la garde nationale se rangea &#224; cet avis, le seul sage, le seul admissible dans les circonstances. M&#234;me il le fit cr&#226;nement et en reconnaissant son erreur premi&#232;re. Par affiche il disait : &#171; Le Comit&#233; central, qui avait &#233;mis une opinion contraire, d&#233;clare qu'il se rallie &#224; la r&#233;solution suivante : Il sera &#233;tabli, tout autour des quartiers que doit occuper l'ennemi, une s&#233;rie de barricades propres &#224; isoler compl&#232;tement cette partie de la ville. Les habitants de la r&#233;gion circonscrite dans ces limites devront l'&#233;vacuer imm&#233;diatement. La garde nationale, de concert avec l'arm&#233;e, form&#233;e en cordon tout autour, veillera &#224; ce que l'ennemi, ainsi isol&#233; sur un sol qui ne sera plus notre ville, ne puisse, en aucune fa&#231;on, communiquer avec les parties retranch&#233;es de Paris. Le Comit&#233; central engage donc toute la garde nationale &#224; pr&#234;ter son concours &#224; l'ex&#233;cution des mesures n&#233;cessaires pour arriver &#224; ce but, et &#233;viter toute agression, qui serait le renversement imm&#233;diat de la R&#233;publique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette consigne fut strictement ob&#233;ie. Son observation parait &#224; un grand danger. Elle affirmait aussi la force et le cr&#233;dit grandissants de la nouvelle institution, de ce Comit&#233; provisoire de la garde nationale qui, en des minutes particuli&#232;rement tragiques, se substituait au gouvernement, parlait sans d&#233;tours, honn&#234;tement, franchement &#224; la population, l'apaisait, l'inclinait vers une attitude &#224; la fois digne et sage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Guillaume de Prusse, devenu empereur d'Allemagne, et qui, par deux fois, avait p&#233;n&#233;tr&#233; dans Paris dans des circonstances identiques, en 1815 et 1871, put juger mieux qu'aucun du contraste &#233;loquent qu'offrirent les deux occupations. En 1815, les boulevards firent f&#234;te aux vainqueurs de Napol&#233;on, accueillis avec des bouquets, des sourires et des baisers par les femmes de la haute : monde ou demi-monde. Nulle r&#233;serve, nul regret chez les classes dites sup&#233;rieures ; l'indiff&#233;rence tout au plus chez les gens du peuple. En 1871, c'est une ville morte qu'entrevirent les Prussiens demeur&#233;s cantonn&#233;s, selon la lettre de la convention, entre la Seine, la place de la Concorde, la rue du Faubourg-Saint-Honor&#233;, l'avenue des Ternes, n'osant pas pousser au-del&#224;, ne le pouvant pas. Les rues &#233;taient d&#233;sertes, les devantures des magasins et boutiques baiss&#233;es avec la mention &#171; ferm&#233; pour cause de deuil public &#187;, des drapeaux noirs flottaient sur tous les &#233;difices nationaux et communaux, &#224; nombre de fen&#234;tres de maisons particuli&#232;res. La tristesse et l'angoisse se peignaient sur tous les visages. Partout le silence, la d&#233;solation. Les t&#233;moins oculaires de cette sc&#232;ne sont unanimes dans leur description. Le soir, disent-ils, Paris rev&#234;tit une physionomie sinistre. Pas une lumi&#232;re, pas une voiture : ni fiacre, ni omnibus ; aucun th&#233;&#226;tre, aucun lieu de plaisir n'ouvrit ses portes ; aux mairies seulement parl&#232;rent les orateurs populaires, r&#233;confortant leur auditoire. Paris, fid&#232;le aux prescriptions du Comit&#233; central de la garde nationale, avait donc bien fait le d&#233;sert autour de ses vainqueurs. L'occupation ne dura que soixante-douze heures. Le 3 mars, les Prussiens se retiraient honteux et furieux d'avoir si ridiculement triomph&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces quelques journ&#233;es le Comit&#233; central avait conquis une autorit&#233; vraiment extraordinaire. En contraste &#224; la d&#233;saffection du gouvernement, &#224; son abandon, &#224; son indiff&#233;rence mauvaise, la grande ville l'avait jug&#233; comme le seul interpr&#232;te autoris&#233; de ses sentiments, le gardien jaloux de son honneur, le pr&#233;pos&#233; vigilant et ferme &#224; sa s&#233;curit&#233; mat&#233;rielle. Mais en ces journ&#233;es, il n'avait pas conquis seulement une autorit&#233; morale, il avait conquis aussi ou plus exactement reconquis ses canons, les canons de la garde nationale. Comment ? En enlevant, en sauvant les 400 bouches &#224; feu oubli&#233;es par le gouvernement, par Vinoy au Ranelagh, au parc de la place Wagram, c'est-&#224;-dire dans la zone que devait occuper le lendemain l'arm&#233;e ennemie, ou &#224; deux pas de cette zone, &#224; port&#233;e de sa main. En une apr&#232;s-midi, le d&#233;m&#233;nagement fut accompli de ces belles pi&#232;ces coul&#233;es avec l'argent des souscriptions populaires, marqu&#233;es sur la culasse au chiffre des bataillons, leur propri&#233;t&#233; l&#233;gitime. Tout le monde s'y mit : hommes, femmes et enfants, chaque bataillon reprenant les siennes, les hissant &#224; force de bras jusque sur les plateaux de Belleville et de Montmartre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne restait donc plus &#224; la F&#233;d&#233;ration de la garde nationale qu'&#224; s'organiser d&#233;finitivement pour devenir ma&#238;tresse incontest&#233;e de la situation, arbitre des destin&#233;es de la ville. Ce fut l'&#339;uvre &#224; laquelle elle proc&#233;da sans plus tarder. Le 3 mars eut lieu une nouvelle r&#233;union des d&#233;l&#233;gu&#233;s, celle-ci d&#233;cisive, o&#249; &#224; c&#244;t&#233; des repr&#233;sentants du Comit&#233; central si&#233;geaient les repr&#233;sentants d'une autre organisation similaire, le Comit&#233; f&#233;d&#233;ral r&#233;publicain, venus pour traiter d'une fusion compl&#232;te. Les statuts furent vot&#233;s, statuts de la &#171; F&#233;d&#233;ration r&#233;publicaine de la Garde nationale &#187;. Ces statuts, disaient dans une d&#233;claration pr&#233;alable : &#171; La R&#233;publique, &#233;tant le seul gouvernement de droit et de justice, ne peut &#234;tre subordonn&#233;e au suffrage universel, qui est son &#339;uvre. La garde nationale a le droit absolu de nommer tous ses chefs et de les r&#233;voquer d&#232;s qu'ils ont perdu la confiance de ceux qui les ont &#233;lus. &#187; C'&#233;tait l'affirmation essentielle que Varlin souligna par la r&#233;solution suivante d'application imm&#233;diate : &#171; La garde nationale entend revendiquer le droit absolu de nommer tous ses chefs et de les r&#233;voquer d&#232;s qu'ils ont perdu la confiance de ceux qui les ont &#233;lus. Et pour affirmer par un acte cette revendication, l'Assembl&#233;e d&#233;cide que les chefs de tous grades devront &#234;tre soumis imm&#233;diatement &#224; une nouvelle r&#233;&#233;lection. &#187; Les articles des statuts adopt&#233;s ensuite r&#233;glaient l'organisation et la composition de l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des d&#233;l&#233;gu&#233;s, du Cercle de bataillon, du Conseil de l&#233;gion et du Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la s&#233;ance qui suivit, 13 mars, les d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque arrondissement se pr&#233;sent&#232;rent avec des pouvoirs en r&#232;gle, l&#233;galis&#233;s par la signature du sergent-major des compagnies. 215 bataillons sur 270, soit les quatre cinqui&#232;mes, avaient adh&#233;r&#233;. Garibaldi fut acclam&#233; g&#233;n&#233;ral en chef, Fallot et Jaclard d&#233;sign&#233;s chefs de la l&#233;gion, Charles Lullier colonel d'artillerie. Ces quatre hommes constituaient la Commission d'ex&#233;cution charg&#233;e de parer &#224; toutes les &#233;ventualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, &#224; cette heure, s'identifiait donc r&#233;ellement avec sa garde nationale, appuy&#233;e sur ses fusils et sur ses canons, et il est permis de dire qu'on ne vit jamais peut-&#234;tre p&#233;n&#233;tration plus compl&#232;te de l'&#233;l&#233;ment militaire et de l'&#233;l&#233;ment civil, un groupement aussi vaste et aussi m&#233;thodiquement organis&#233; de soldats-citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette force que Thiers rendu sur place d&#233;cidait de s'attaquer ; c'est cette force qu'il r&#233;solut de d&#233;sarmer, en lui soustrayant ses canons pour d&#233;buter ; les fusils viendraient en seconde ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les canons, nous en avons touch&#233; un mot plus haut, appartenaient, &#224; n'en pas douter, &#224; la garde nationale. Celle-ci les avait pay&#233;s de ses deniers. Chaque bataillon, au cours du si&#232;ge, avait voulu ses bouches &#224; feu et, pour ce, avait ouvert dans ses rangs une souscription. Le bourgeois avait donn&#233; sans doute ; mais le travailleur aussi, autant, sinon davantage. Pay&#233;es de ses deniers, ces pi&#232;ces appartenaient encore &#224; la garde nationale, en ce sens qu'elle venait de les sauver de la mainmise prussienne. 400 d'entre elles, nous l'avons dit, avaient &#233;t&#233;, par scandaleuse incurie oubli&#233;es, dans le p&#233;rim&#232;tre que devaient occuper les Prussiens et c'&#233;taient les bataillons f&#233;d&#233;r&#233;s qui, &#224; la derni&#232;re minute, de Passy et de la place Wagram les avaient ramen&#233;es dans les lignes fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thiers, les g&#233;n&#233;raux, n'en d&#233;claraient pas moins que ces canons revenaient &#224; la nation, c'est-&#224;-dire &#224; eux et que les Parisiens, en gardant un bien qui n'&#233;tait pas leur, se rendaient coupables de vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces canons, les uns avaient &#233;t&#233; conduits au parc Montceau, d'autres &#224; la place des Vosges, le plus grand nombre hiss&#233;s aux Buttes-Chaumont, &#224; Belleville, &#224; Montmartre, dont &#224; ce moment ils couronnaient les hauteurs. &#192; Montmartre des tranch&#233;es m&#234;me avaient &#233;t&#233; creus&#233;es sur la butte par les soins d'un Comit&#233; sp&#233;cial qui si&#233;geait salle Robert, au no 6 de la rue des Rosiers, et qui s'&#233;tait form&#233; &#8212; le point est &#224; retenir &#8212; en dehors de la F&#233;d&#233;ration et de l'influence du Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LE DIX-HUIT MARS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15, le 16, le 17 quelques tentatives furent faites par le gouvernement, moiti&#233; par persuasion, moiti&#233; par ruse et violence pour s'emparer de certains de ces parcs improvis&#233;s, notamment de celui de la place des Vosges et aussi de Montmartre. Ici, le maire, Clemenceau avait cru devoir s'entremettre et se flattait d'aboutir &#224; une solution &#224; l'amiable. Il parut m&#234;me un instant avoir cause gagn&#233;e, mais finalement en resta pour ses frais. Les bataillons transigeaient en effet parfois, mais pour se raviser bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que Thiers, outr&#233; de ces &#233;checs successifs, talonn&#233; par les gens d'affaires qui ne cessaient de lui r&#233;p&#233;ter : &#171; Vous ne ferez jamais d'op&#233;rations financi&#232;res, si vous n'en finissez pas avec tous ces sc&#233;l&#233;rats, si vous ne leur enlevez pas les canons. Il faut en finir et alors on pourra traiter d'affaires[1]. &#187; Thiers donc, se r&#233;solut &#224; trancher dans le vif. Dans la journ&#233;e du 17, il r&#233;unit les ministres, leur communique son plan et donne des ordres aux g&#233;n&#233;raux. Ceux-ci devaient assembler leurs troupes pendant la nuit et, d&#232;s avant le jour, les diriger sur les hauteurs de Montmartre et de Belleville pour enlever de force les pi&#232;ces convoit&#233;es. Vinoy &#233;tait charg&#233; de diriger en chef l'op&#233;ration. Quand &#224; la garde nationale, celle des quartiers bourgeois, Thiers, peu confiant, pr&#233;f&#233;rait la laisser au repos et se contentait d'informer son g&#233;n&#233;ral, d'Aurelle. En m&#234;me temps, le chef de l'Ex&#233;cutif pr&#233;parait une proclamation &#224; la population parisienne, proclamation odieuse qui criait toute la bassesse de sa politique, toute la haine et tout l'effroi que lui inspirait Paris ouvrier et r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proclamation d&#233;non&#231;ait d'abord l'ennemi, ce Comit&#233; occulte, anonyme, le Comit&#233; central de la garde nationale que chacun connaissait bien pourtant. Elle signalait la stagnation des affaires, l'impossibilit&#233; de leur reprise tant que les hommes de d&#233;sordre domineraient, retiendraient &#171; les canons d&#233;rob&#233;s &#224; l'&#201;tat &#187; ; elle continuait par cette menace non dissimul&#233;e : &#171; Dans votre int&#233;r&#234;t m&#234;me, dans l'int&#233;r&#234;t de votre cit&#233;, comme dans celui de la France, le gouvernement est r&#233;solu &#224; agir. Les coupables qui ont pr&#233;tendu instituer un gouvernement vont &#234;tre livr&#233;s &#224; la justice r&#233;guli&#232;re &#187;, ce qui signifiait aux conseils de guerre, et apr&#232;s un salut cynique &#224; la R&#233;publique appel&#233;e &#224; b&#233;n&#233;ficier &#171; elle-m&#234;me &#187; tout d'abord de l'op&#233;ration, elle concluait par cette constatation au moins risqu&#233;e, comme l'&#233;v&#233;nement n'allait pas tarder &#224; le d&#233;montrer : &#171; Il faut &#224; tout prix et sans un jour de retard, que l'ordre, condition de votre bien-&#234;tre, renaisse entier, imm&#233;diat, inalt&#233;rable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'aube, les passants pouvaient lire cette proclamation sur tous les murs. Elle &#233;tait de bonne encre et de provocation grossi&#232;re, digne en tout point de la signature Morny ou Saint-Arnaud. Un seul d&#233;faut, c'est qu'elle annon&#231;ait un triomphe qui ne vint pas. En place de la victoire, c'est la d&#233;faite que les bandits et les fourbes eurent &#224; enregistrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Montmartre, les troupes, 3,000 hommes, conduites par les g&#233;n&#233;raux Susbielle, Lecomte et Palurel, avaient bien pu gravir les pentes, enlever les sentinelles, abattre deux ou trois gardes nationaux surpris et un instant mettre la main sur les pi&#232;ces. Mais au bruit de la fusillade, les gardes nationaux de la Butte, les habitants s'&#233;taient r&#233;veill&#233;s. Hommes, femmes, enfants descendaient dans la rue, entraient en contact direct avec la troupe, la pressant, l'enveloppant, la d&#233;sarmant, la convainquant qu'elle ne pouvait tirer sur le peuple. Et alors ce fait &#233;trange s'&#233;tait produit : les soldats du 88e de ligne s'&#233;taient retourn&#233;s contre leurs chefs, les avaient fait prisonniers et, crosse en l'air, avaient fraternis&#233; avec la foule. F&#233;d&#233;r&#233;s, soldats, hommes et femmes se serraient les mains, s'enla&#231;aient, s'embrassaient en pleurant : ce fut une minute inoubliable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, victorieux &#224; 3 heures, Lecomte &#233;tait &#224; 8 heures vaincu et prisonnier. Son chef, Susbielle, qui n'avait su ou voulu lui pr&#234;ter main-forte en temps utile, d&#233;gringolait avec ses propres bataillons les pentes de la Butte et se repliait sur la ligne des boulevards ext&#233;rieurs. Les canons abandonn&#233;s restaient au peuple qui les r&#233;installait, triomphant, sur les hauteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bas de la rue Houdon, les chasseurs &#224; cheval refusaient &#233;galement de charger la foule. &#192; 9 heures, Vinoy, qui prudemment surveillait les op&#233;rations sur le boulevard de Clichy, sonnait la retraite, perdant en route son k&#233;pi, dit-on. C'&#233;tait la d&#233;b&#226;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses se pass&#232;rent &#224; peu pr&#232;s de m&#234;me du c&#244;t&#233; de Belleville, avec celle diff&#233;rence que le g&#233;n&#233;ral Faron, plus prudent que Susbielle et Lecomte, n'engagea pas ses troupes &#224; fond et put se retirer sans laisser de transfuges dans les rangs populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 9 heures, Thiers, en permanence &#224; l'&#201;tat-Major, savait la fatale nouvelle, l'insucc&#232;s, l'&#233;chec sur toute la ligne. D&#232;s lors, la journ&#233;e lui parut irr&#233;m&#233;diablement compromise. Seulement, en homme de d&#233;cision prompte qu'il &#233;tait tout au moins, son parti fut pris incontinent. Ce parti consistait &#224; abandonner Paris de suite, &#224; sortir de l'enceinte, entra&#238;nant derri&#232;re sa personne g&#233;n&#233;raux, ministres, fonctionnaires. Il le fallait. Il fallait surtout, sans perdre une minute, donner de l'air aux r&#233;giments, si on ne voulait s'exposer &#224; les voir fondre comme neige au soleil, se dissoudre dans le milieu agit&#233; et br&#251;lant qu'&#233;tait Paris, rejoindre dans la r&#233;bellion le 88e. La laisser dans la fournaise, c'&#233;tait pousser soi-m&#234;me l'arm&#233;e &#224; faire cause commune avec le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception d'une retraite, en vue de la pr&#233;paration d'un retour offensif, &#233;tait du reste famili&#232;re au chef de l'Ex&#233;cutif. Au 24 f&#233;vrier 48, il en avait soumis le plan au roi Louis-Philippe qui refusa. Depuis, l'exemple du mar&#233;chal Windichgraetz, sortant de Vienne et y rentrant victorieusement quelque temps apr&#232;s, &#233;tait venu fortifier la bonne opinion qu'il avait de cette tactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il proposa donc. Les ministres r&#233;sistaient. Il passa outre. Il convainquit les g&#233;n&#233;raux ; et c'&#233;tait l'essentiel. &#171; Je suis soldat, dit Vinoy, commandez. &#187; Et l'ordre fut donn&#233; aux troupes de se replier sans combat, derri&#232;re la Seine, sur la rive gauche, pour commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant d'Aurelle de Paladines faisait battre &#224; revers de bras le rappel et la g&#233;n&#233;rale dans tous les quartiers du Centre invitant les bourgeois &#224; se saisir de leurs armes avec r&#233;solution et &#224; se joindre aux troupes r&#233;guli&#232;res &#171; pour r&#233;tablir le r&#233;gime des lois, sauver la R&#233;publique de l'anarchie &#187;. Thiers qui, semble-t-il, n'avait gu&#232;re confiance en cette ultime ressource, y alla n&#233;anmoins aussi de sa proclamation &#171; aux gardes nationaux de Paris &#187;, leur demandant de se lever pour d&#233;fendre d'un commun accord la Patrie et la R&#233;publique contre les repr&#233;sentants des &#171; doctrines communistes &#187; qui se disposaient &#171; &#224; mettre Paris au pillage et la France au tombeau. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, les bourgeois rest&#232;rent terr&#233;s chez eux, malgr&#233; tant et de si v&#233;h&#233;mentes adjurations. Les conservateurs, les d&#233;fenseurs de l'ordre et de la propri&#233;t&#233;, les amis du gouvernement, s'il y en avait &#224; ce moment dans la capitale ne boug&#232;rent pas ou presque, puisque l&#224; o&#249; on esp&#233;rait 15 ou 20.000 hommes, on en r&#233;unit p&#233;niblement 500. L'&#233;preuve &#233;tait d&#233;cisive et Thiers ne songea plus qu'&#224; d&#233;guerpir par les voies les plus rapides. Il &#233;vacua le premier, laissant derri&#232;re lui l'ordre d'&#233;vacuer compl&#232;tement et imm&#233;diatement, d'&#233;vacuer Paris, les forts du sud, Courbevoie, m&#234;me le Mont-Val&#233;rien et de rabattre toutes les troupes sur Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait temps. Les appr&#233;hensions du fuyard correspondaient &#224; la r&#233;alit&#233; vraie. Ceux qui ont vu, de leurs yeux vu, parmi les observateurs avis&#233;s, les r&#233;giments s'acheminant sur Versailles, tra&#238;nant le pas, injuriant les gendarmes qui les encadraient, en ont gard&#233; une impression qui montre combien la R&#233;volution &#233;tait plus victorieuse qu'elle ne le supposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Hector Pessard, un intime et un confident de Thiers, a &#233;crit sur cette retraite une page qui fait image. &#171; Sur la route de Versailles, dit-il, M. Thiers bat en retraite devant l'insurrection, tandis que des bandes en d&#233;sordre, pouss&#233;es par la gendarmerie, repr&#233;sentent ce qui reste de l'arm&#233;e fran&#231;aise. &#192; mesure que la nuit tombe, l'immense troupeau humain se fait plus r&#233;tif. Dans l'ombre qui noircit tout, la couleur des uniformes s'efface. On se croirait au milieu de bataillons de f&#233;d&#233;r&#233;s. Par quel prodige, ces hommes &#224; la mine insolente et &#224; l'allure rebelle ne se retournent-ils pas, fusillant, avant de regagner Paris, les voitures qui emportent le gouvernement ? Sur les flancs de la colonne, la rage au c&#339;ur, humili&#233;s et indign&#233;s, les officiers feignent de ne pas entendre les propos mals&#233;ants. Ils ont le sentiment que tout acte de rigueur serait suivi d'un acte de r&#233;volte ouverte. Ils se contiennent pour ne pas briser le faible lien qui retient encore dans une discipline relative leurs troupes pleines de mauvaises pens&#233;es[2]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thiers s'&#233;tait gar&#233; sur la route de S&#232;vres pour voir passer les troupes, et il eut un soupir de soulagement, quand il les eut toutes vu s'&#233;couler. Il se disait qu'il tenait la possibilit&#233; de sa revanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ministres eux, rest&#232;rent quelques heures encore dans la capitale. Ils avaient d&#233;lib&#233;r&#233; chez M. Cambon, y avaient re&#231;u la visite des d&#233;put&#233;s et des maires de Paris qui venaient leur proposer les termes d'une entente : mais la nouvelle connue de l'ex&#233;cution des g&#233;n&#233;raux Lecomte et Cl&#233;ment Thomas coupait court &#224; ces n&#233;gociations &#224; peine &#233;bauch&#233;es et, &#224; leur tour, les ministres &#233;vacuaient. Jules Ferry qui avait tenu plus longtemps &#224; l'H&#244;tel de Ville, sentant que toute r&#233;sistance devenait impossible, abandonnait &#224; son tour la partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin, il n'y avait plus dans Paris un seul ministre, un seul g&#233;n&#233;ral, un seul gouvernant. Paris &#233;tait son ma&#238;tre. Paris &#233;tait au peuple et &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, que faisait donc Paris et que faisait la R&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne se doutaient pas de leur victoire. Rien dans les &#233;v&#233;nements qui s'accomplissaient n'avait &#233;t&#233; de leur part d&#233;lib&#233;r&#233;, concert&#233;, voulu. S'il y eut jamais mouvement r&#233;flexe, lev&#233;e spontan&#233;e du peuple, ce fut bien en ce jour du 18 mars. Les soudards et les dirigeants &#233;taient loin d&#233;j&#224;, que la population parisienne les croyait toujours parmi elle, ne se rendait m&#234;me pas compte du p&#233;ril qu'ils avaient couru. &#192; 3 heures, deux bataillons f&#233;d&#233;r&#233;s du XVe &#233;taient pass&#233;s en armes devant le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res o&#249; se trouvait assembl&#233;e toute la bande minist&#233;rielle. Les gardes nationaux n'auraient eu qu'&#224; pousser les portes mal d&#233;fendues par 50 ou 60 chasseurs, &#224; entrer, et ils prenaient la b&#234;te dans sa tani&#232;re : tous les capitulards de la &#171; D&#233;fense nationale &#187; tous les sabreurs des coups d'&#201;tat anciens et &#224; venir, et Thiers par dessus le march&#233;. Les deux bataillons d&#233;fil&#232;rent sans m&#234;me se douter qu'ils laissaient &#233;chapper la meilleure chance de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous jetons &#224; ce moment un coup d'&#339;il sur la situation d'ensemble, nous voyons que les gardes nationaux, les ouvriers des faubourgs avaient suivi les troupes, gagnant le centre de Paris, les approches de l'H&#244;tel de Ville au fur et &#224; mesure que se repliaient les soldats de Susbielle, de Faron, de Vinoy. Certes, ils comprenaient que la victoire venait &#224; eux ; mais quelle victoire ? De leur succ&#232;s, ces hommes n'avaient gu&#232;re qu'une demi-conscience, non seulement les simples gardes nationaux, mais les chefs, les membres du Comit&#233; central. Les uns et les autres flairaient un pi&#232;ge, appr&#233;hendaient un retour agressif de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut attendre l'apr&#232;s-midi pour constater un commencement d'offensive un peu s&#233;rieux. C'est alors que les bataillons f&#233;d&#233;r&#233;s descendus des Batignolles avec Varlin, de Montmartre avec Bergeret, de la Glaci&#232;re et du Panth&#233;on avec Duval, de Belleville avec Ranvier et Brunel, se portent en masse vers l'H&#244;tel de Ville, occupant au passage les postes, casernes, &#233;difices nationaux et municipaux qu'ils rencontrent. &#192; 5 heures, ils se saisissaient de l'Imprimerie nationale ; &#192; 7 heures 1/2, ils cernaient la Maison commune, y p&#233;n&#233;traient &#224; 9 heures, &#224; la minute o&#249; Ferry s'esquivait. Sur leurs pas, &#224; la h&#226;te, dans les quartiers populeux, &#224; l'intersection de toutes les grandes voies, la foule &#233;difiait des barricades. &#192; 11 heures, la mairie du Louvre, o&#249; s'&#233;taient r&#233;unis les maires, &#233;tait envahie &#224; son tour et Ferry, qui y &#233;tait venu chercher un refuge provisoire, s'en &#233;chappait, sautant par une fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place &#233;tait nette ; tout avait fui. Les derniers ministres bouclant leur valise ne laissaient dans la capitale que l'unique colonel Langlois nomm&#233; par eux, en remplacement de d'Aurelle, g&#233;n&#233;ral en chef de la garde nationale, &#224; charge pour lui de se faire reconna&#238;tre comme tel aupr&#232;s de la garde m&#234;me. &#192; 2 heures de la nuit, Langlois venait &#224; l'H&#244;tel de Ville tenter l'aventure pr&#232;s du Comit&#233; central. &#192; 2 heures 1/2, il en d&#233;campait sous les hu&#233;es des f&#233;d&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne fut en r&#233;alit&#233; que le matin du 19 &#8212; matin&#233;e radieuse inond&#233;e de soleil printanier &#8212; que Paris connut toute l'&#233;tendue de son triomphe, la d&#233;bandade de ses ma&#238;tres et l'av&#232;nement de son r&#232;gne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut ce matin &#233;galement qu'il apprit le drame dont Montmartre avait &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre la veille, vers la fin de l'apr&#232;s-midi, l'ex&#233;cution de deux g&#233;n&#233;raux, de Lecomte, fait prisonnier, comme on sait, par ses propres soldats ; de Cl&#233;ment Thomas, ancien g&#233;n&#233;ral en chef de la garde nationale, ancien massacreur de juin, arr&#234;t&#233; dans la journ&#233;e, comme il vaguait aux alentours d'une barricade de la rue des Martyrs. Lecomte et Cl&#233;ment Thomas avaient &#233;t&#233; enferm&#233;s avec plusieurs officiers de moindre grade, au si&#232;ge du Comit&#233; de la rue des Rosiers. Les f&#233;d&#233;r&#233;s pr&#233;pos&#233;s &#224; leur garde voulaient un jugement r&#233;gulier. Des heures ils lutt&#232;rent contre la passion grandissante de la foule accourue, qui r&#233;clamait justice sommaire, contre la rage surtout des propres soldats de Lecomte, les d&#233;band&#233;s du 88e. Ceux-ci n'ignoraient pas que si, les choses changeant et les r&#244;les renvers&#233;s, ils eussent &#233;t&#233; les prisonniers de leur chef, au lieu de le tenir en leur pouvoir, depuis plusieurs heures d&#233;j&#224; ils auraient re&#231;u leurs douze balles dans la peau. Il le leur avait cri&#233; le matin comme ils refusaient de tirer : &#171; Votre affaire est claire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin, la pouss&#233;e de la foule emporta tout, dispersa les gardes nationaux qui, de leur corps couvraient d&#233;sesp&#233;r&#233;ment la poitrine des prisonniers. La col&#232;re anonyme des masses, se d&#233;brida furieuse et vengeresse. Thomas, d'abord, Lecomte ensuite furent pr&#233;cipit&#233;s dans l'&#233;troit jardin attenant &#224; la petite maison. Des coups de feu retentirent. Tir&#233;s par qui ? On ne le sait pas exactement encore, m&#234;me apr&#232;s les deux proc&#232;s depuis instruits solennellement devant le Conseil de guerre, &#224; Versailles. Les deux g&#233;n&#233;raux tomb&#232;rent pour ne plus se relever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait divers &#233;pisodique en somme, qui &#224; ce moment rida &#224; peine la grande vague r&#233;volutionnaire et dont l'&#233;vocation tragique fondit et s'effa&#231;a presque imm&#233;diatement dans le d&#233;lire joyeux de la libert&#233; conquise qui montait au cerveau de la capitale. Il faut insister pourtant, puisque la r&#233;action et Thiers s'en saisirent sur le champ pour fl&#233;trir Paris, le d&#233;noncer &#224; la vindicte de la France et en firent l'un des pr&#233;textes de leurs cruelles repr&#233;sailles et des monstrueuses tueries qui devaient suivre. Fait divers, r&#233;p&#233;tons-nous, accident comme il s'en produit fatalement dans toutes les ru&#233;es de foule qui ne distingue plus &#224; certaines heures entre ce que le doctrinaire et le pharisien d&#233;nomment le l&#233;gal et l'ill&#233;gal. Versailles, qui n'avait pas l'excuse d'&#234;tre une foule, devait faire mille fois pire, trente mille fois pire. En tout cas, ni la Commune qui n'&#233;tait pas encore n&#233;e, ni le Comit&#233; central ne particip&#232;rent en rien &#224; cette ex&#233;cution : non plus du reste que le Conseil de L&#233;gion du XVIIIe arrondissement, non plus qu'aucun des pouvoirs r&#233;volutionnaires constitu&#233;s de Montmartre &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci entendu, revenons au grand drame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris &#233;tait donc son ma&#238;tre. Qu'allait-il faire de sa victoire ? Qu'allait faire ce Comit&#233; central pr&#233;cipit&#233; tout d'un coup aux affaires, &#224; la direction d'une ville de plus de 2 millions d'hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne de conduite &#224; tenir, nous la savons aujourd'hui. Il aurait fallu, par cette radieuse matin&#233;e de dimanche, battre le rappel dans toutes les rues, par tous les faubourgs et du Temple, du Marais, du faubourg Saint-Antoine, de Grenelle, des Buttes-Montmartre, Chaumont et de celle du Panth&#233;on, entra&#238;ner, en colonnes &#233;paisses, tous les travailleurs en armes sur Versailles, aux trousses de M. Thiers, de ses ministres, de ses g&#233;n&#233;raux, de ses r&#233;giments. Vainqueur, il n'y avait qu'&#224; profiter de la victoire, ne pas rester sur la position conquise, mais marcher &#224; l'ennemi affol&#233;, d&#233;sorient&#233;, d&#233;band&#233;, avant qu'il ait eu le temps de se reconna&#238;tre et de se r&#233;organiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa forfanterie, l'&#233;vidente volont&#233; qui l'anima, apr&#232;s les &#233;v&#233;nements, de prouver qu'il avait tout pr&#233;vu, qu'il n'avait pas un instant dout&#233; de la valeur des mesures con&#231;ues, ordonn&#233;es par lui, il est certain qu'&#224; cette p&#233;riode Thiers n'&#233;tait pas rassur&#233; enti&#232;rement. Il en a fait l'aveu &#224; la Commission d'enqu&#234;te, en t&#226;chant, il est vrai, d'attribuer surtout &#224; autrui ses propres alarmes : &#171; Nous pass&#226;mes, a-t-il dit, &#224; Versailles, quinze jours sans rien faire. Ce sont les plus mauvais jours de ma vie. Il y avait cette opinion r&#233;pandue dans Paris : &#171; Versailles est fini : d&#232;s que nous nous pr&#233;senterons les soldats l&#232;veront la crosse en l'air. &#187; J'&#233;tais bien certain que non ; et cependant si nous avions &#233;t&#233; attaqu&#233;s par 70 ou 80.000 hommes, je n'aurais pas voulu r&#233;pondre de la solidit&#233; de l'arm&#233;e &#233;branl&#233;e surtout par le sentiment d'une trop grande inf&#233;riorit&#233; num&#233;rique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le t&#233;moignage est significatif. En fait, c'&#233;tait bien la minute psychologique, celle qui ne se retrouve plus. Quelques hommes, des avis&#233;s, des &#233;nergiques, de ceux qui avaient tent&#233; autrefois de supprimer l'empire par la force et de jeter par les fen&#234;tres, au temps de la &#171; D&#233;fense Nationale &#187;, les capitulards de l'H&#244;tel de Ville, envisag&#232;rent l'urgence de cette marche offensive. Eudes, Duval en donn&#232;rent le conseil tr&#232;s ferme. Duval vint dire au Comit&#233; central o&#249; l'on &#233;piloguait sur des textes d'affiche : &#171; La plupart des membres du gouvernement sont encore &#224; Paris[3] : la r&#233;sistance s'organise dans les Ier et IIe arrondissements : les soldats partent pour Versailles. Il faut prendre des mesures rapides, s'emparer des ministres, disperser les bataillons hostiles, emp&#234;cher l'ennemi de sortir, &#187; Mais Eudes et Duval, qui ne commandaient pas encore en chef, ne furent pas &#233;cout&#233;s ; on ne devait les suivre dans la sortie qu'ils r&#233;clamaient que plus tard, trop tard, au 3 avril. Pour le moment, la garde nationale et le Comit&#233; central avaient remis le commandement supr&#234;me &#224; une fa&#231;on d'alcoolique, un ex-officier de marine dont l'histoire ne sait gu&#232;re s'il fut plus fou que tra&#238;tre ou inversement : Charles Lullier. Cet homme, en 48 heures, entasse tout ce qui se peut d'erreurs grossi&#232;res, de fautes irr&#233;parables. Il laisse ouvertes les portes de Paris, permet au flot des soldats de s'&#233;couler jusqu'au dernier. Il d&#233;livre les r&#233;giments et les officiers que les f&#233;d&#233;r&#233;s ont r&#233;ussi &#224; couper de leur retraite, comme au Luxembourg, o&#249; il se rend en personne pour &#233;largir le colonel P&#233;rier du 21e qui, ralliant ses hommes, s'empresse &#224; son tour de gagner Versailles.[4]) Enfin, envoy&#233; sur sa demande comme parlementaire au Mont-Val&#233;rien, au lieu d'en d&#233;loger le commandant versaillais qui tremblait de peur, entour&#233; de 80 hommes seulement et dont il n'&#233;tait pas s&#251;r, il traite avec le quidam qui lui promit sur l'honneur d'observer une attitude neutre. Le lendemain, le dit commandant &#233;tait relev&#233; de ses fonctions par Thiers et un solide r&#233;giment de ligne venait occuper le fort. Lullier aboutissait &#224; remettre aux mains de l'ennemi la place qui commande la route de Paris &#224; Versailles et dont la possession assurait par avance, &#224; l'un ou &#224; l'autre des bellig&#233;rants, une quasi-certitude de succ&#232;s dans les premiers engagements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le choix si f&#226;cheux de Lullier n'&#233;tait en somme qu'un indice, le signe r&#233;v&#233;lateur d'une situation. D'un mouvement essentiellement spontan&#233;, r&#233;flexe, tel que celui du 18 mars, il ne pouvait sortir, au d&#233;but du moins, que l'incoh&#233;rence, l'absence de direction, une d&#233;pense plus ou moins vaine de passion et d'ardeur. Ainsi se justifiait l'opinion des hommes qui, apr&#232;s les &#233;lections du 8 f&#233;vrier, pensaient que la bataille restait &#224; livrer dans Paris et qu'au lieu, par un exode imprudent &#224; Bordeaux, de laisser se dissocier et se fondre le Comit&#233; central des vingt arrondissements, il convenait plus que jamais au contraire de le renforcer, de tendre tous ses ressorts en vue de la victoire, presque in&#233;vitable, que les conjonctures pr&#233;paraient. Supposez la Corderie &#224; la place du Comit&#233; central et les choses changeaient radicalement d'aspect et de fond. Une volont&#233; une, consciente du but, commandait au mouvement et d'embl&#233;e en coordonnait, reliait et dirigeait les manifestations. &#192; une situation r&#233;volutionnaire, pour une lutte r&#233;volutionnaire, la Corderie offrait un m&#233;canisme r&#233;volutionnaire. Les actes d'audace et de salut intervenaient de suite. Au contraire, confluent de courants divergents, chaos d'aspirations m&#234;l&#233;es et confuses, le Comit&#233; central de la garde nationale &#233;tait d&#233;sh&#233;rit&#233; par essence de la facult&#233; de d&#233;cision indispensable aux heures de crise, de cette d&#233;cision qui sauve tout parce qu'elle ose tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central n'osa donc pas, et ma&#238;tre du pouvoir, ma&#238;tre de l'heure, install&#233; &#224; l'H&#244;tel de Ville, disposant de 300.000 fusils &#224; tir rapide, de 2.000 bouches &#224; feu, sa premi&#232;re pens&#233;e fut d'abdiquer, de rentrer dans la l&#233;galit&#233;, de convoquer les &#233;lecteurs. Au lieu d'un appel aux armes, d'un coup de clairon dressant dans l'enceinte, pour les projeter hors de l'enceinte, les bataillons f&#233;d&#233;r&#233;s, les travailleurs de Paris, voici l'affiche qu'au matin du 19 il placardait sur les murs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Aux gardes nationaux de Paris,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Citoyens, vous nous aviez charg&#233;s d'organiser la d&#233;fense de Paris et de vos droits. Nous avons conscience d'avoir rempli cette mission. Aid&#233;s par votre g&#233;n&#233;reux courage et votre admirable sang-froid, nous avons chass&#233; ce gouvernement qui nous trahissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; ce moment, notre mandat est expir&#233;, et nous vous le rapportons, car nous ne pr&#233;tendons pas prendre la place de ceux que le souffle populaire vient de renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pr&#233;parez donc et faites de suite vos &#233;lections communales, et donnez-nous pour r&#233;compense la seule que nous ayons jamais esp&#233;r&#233;e : celle de vous voir &#233;tablir la v&#233;ritable R&#233;publique. En attendant, nous conservons au nom du peuple l'H&#244;tel de Ville. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pens&#233;e louable, pens&#233;e pieuse que n'avaient pas eu en tous cas les bourgeois r&#233;volutionnaires en f&#233;vrier 48, non plus qu'au 4 septembre 70. Cette attitude originelle d&#233;termina la suite. Elle ouvrit notamment l'&#232;re des pourparlers avec les maires qui acheva d'&#233;masculer l'insurrection, lui ravit la chance de dur&#233;e, sinon de succ&#232;s final, qu'elle comportait &#224; son aurore. Pour faire les &#233;lections, la volont&#233; du Comit&#233; central ne suffisait &#233;videmment pas. Il y fallait l'aide des maires, leur consentement, puisqu'ils d&#233;tenaient les listes &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit jours les n&#233;gociations tra&#238;n&#232;rent, p&#233;riode confuse et &#233;quivoque o&#249; l'on se t&#226;te r&#233;ciproquement, o&#249; le parti r&#233;publicain bourgeois s'interroge, se demandant s'il rejoindra dans la R&#233;volution le prol&#233;tariat r&#233;publicain o&#249; si, par haine des faubourgs, peur du socialisme, il pactisera dans la r&#233;action avec l'Assembl&#233;e monarchique de Versailles. L'histoire de ces jours est malais&#233;e &#224; d&#233;gager. Il faut s'y risquer pourtant, afin que les responsabilit&#233;s s'&#233;tablissent et que son d&#251; revienne &#224; chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Enqu&#234;te sur l'insurrection du 18 mars. &#8212; D&#233;position Thiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Mes petits papiers 1871-1873, par Hector Pessard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Duval se trompait en ce point. Les ministres Dufaure, Le Fl&#244;, Pothuau, Simon, Ferry &#233;taient partis dans la nuit du 18 au 19 ; Favre et Picard, le matin du 19, &#224; la premi&#232;re heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Lire le r&#233;cit de cette sc&#232;ne dans les M&#233;moires d'un communard de Jean Allemagne, qui fut un des principaux auteurs de cette sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES MAIRES ET LE COMIT&#201; CENTRAL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re tentative des maires pour s'immiscer dans les &#233;v&#233;nements date de la journ&#233;e m&#234;me du 18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce jour, les maires et adjoints, r&#233;unis avec les d&#233;put&#233;s de la Seine &#224; la mairie de la Banque, puis du Louvre, chargeaient douze d'entre eux de porter au gouvernement les propositions de conciliation suivantes, qui leur paraissaient de nature &#224; enrayer le mouvement : 1o Nomination de Dorian &#224; la mairie centrale de Paris ; 2o Nomination du colonel Langlois au commandement en chef de la garde nationale ; 3o &#201;lections municipales imm&#233;diates ; 4o Assurance que la garde nationale ne serait pas d&#233;sarm&#233;e. Favre re&#231;ut la d&#233;l&#233;gation et, avec sa superbe habituelle, r&#233;pondit : &#171; Aucune concession ne peut &#234;tre faite &#224; l'&#233;meute ; nous ne pactisons pas avec les assassins &#187;. R&#233;ponse p&#233;remptoire, trop m&#234;me, sans doute, car, &#224; minuit, contre-ordre venait du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, de Picard, qui souscrivait ou &#224; peu pr&#232;s aux trois premi&#232;res conditions, et notamment investissait, avec l'agr&#233;ment de Thiers, le colonel Langlois du commandement en chef de la garde nationale. L'intention se devine. Thiers, plus prudent que Favre, ne croyait pas l'instant venu de d&#233;masquer contre Paris toutes ses batteries. Il savait bien, au reste, qu'il jouait sur le velours, des concessions trop tardives n'&#233;tant jamais accept&#233;es par un adversaire victorieux. En effet, le Comit&#233; central, comme nous l'avons relat&#233;, se refusait &#224; recevoir du gouvernement un chef qu'il entendait nomm&#233; par la garde nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain 19, c'est vers le Comit&#233; central que, par la force m&#234;me des choses, la r&#233;union des maires et des d&#233;put&#233;s se retourne ; mais d&#232;s ce moment, notons-le, les maires et d&#233;put&#233;s ont obtenu du gouvernement plein pouvoir pour l'administration civile de la capitale. Tirard, maire du IIe arrondissement et d&#233;put&#233; &#224; la fois, d&#233;tient en poche le pouvoir sign&#233; : Ernest Picard, ministre de l'Int&#233;rieur. Les maires, les d&#233;put&#233;s, quoiqu'ils disent et fassent, ne repr&#233;sentent donc que Versailles, dont ils ont mandat. Ils ne sont pas, ne peuvent pas &#234;tre une puissance ind&#233;pendante, autonome, s'interposant entre deux autres puissances en vue d'un arrangement. Ceci est important et il convient d'y insister. Nous n'avons pas affaire l&#224; &#224; deux partis et &#224; un troisi&#232;me, &#224; une fa&#231;on de tiers-parti, mais &#224; deux partis seulement : l'un, repr&#233;sent&#233; &#224; la fois &#224; Versailles et &#224; Paris ; l'autre, &#224; Paris simplement. Que certains maires s'y soient tromp&#233;s, que, m&#234;me sans s'y tromper, ils aient pu croire jouer un r&#244;le d'arbitres et de conciliateurs, c'est tr&#232;s possible ; mais ceux-l&#224;, honn&#234;tes et bien intentionn&#233;s, comme probablement Bonvalet et Mottu, furent dupes : voil&#224; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, Thiers ne s'y m&#233;prit pas. L'action n&#233;gociatrice et cons&#233;quemment d&#233;primante des maires avait emploi dans son plan. Incertain encore de l'issue, il ne d&#233;daignait pas de se r&#233;server une porte de sortie. D'autre part, il savait son Paris et n'ignorait pas, notamment, que, si la classe ouvri&#232;re &#233;tait tout enti&#232;re lev&#233;e contre le gouvernement, la bourgeoisie petite et m&#234;me moyenne &#233;tait, pour son compte, compl&#232;tement d&#233;saffectionn&#233;e de ce m&#234;me gouvernement, indiff&#233;rente, sinon hostile. N'est-il pas de Tirard, c'est-&#224;-dire de son confident parisien le plus intime, ce propos significatif tenu &#224; la Commission d'enqu&#234;te, comme il parlait de l'&#233;tat d'esprit des personnes qui, par situation, auraient sembl&#233; les plus int&#233;ress&#233;es au maintien de la tranquillit&#233; publique : &#171; Ils manifestaient une &#233;gale r&#233;pugnance pour Versailles et pour le Comit&#233; central &#187;. La tactique n'&#233;tait donc pas inutile qui avait pour objet de ne pas froisser irr&#233;m&#233;diablement ces &#233;l&#233;ments par une allure trop uniment brutale et provocante, et de courir le risque ainsi de les fixer dans leur attitude expectante ou m&#234;me de les rejeter vers l'ennemi. C'est en ce sens que devait servir l'action des maires, trompe-l'&#339;il et d&#233;rivatif. Leurs n&#233;gociations amusaient le tapis et dissimulaient le restant de l'op&#233;ration, l'essentiel, qui s'ex&#233;cutait &#224; Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ces quelques consid&#233;rations, suffisantes pour l'instant, mais sur lesquelles il conviendra de revenir quand il s'agira de juger, apr&#232;s coup, la besogne accomplie, reprenons le r&#233;cit des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, r&#233;unis le 19, &#224; 2 heures, &#224; la mairie du IIIe, les maires y prolongeaient leur conciliabule jusqu'&#224; 6 heures, heure &#224; laquelle, apr&#232;s avoir entendu Arnold, du Comit&#233; central, ils d&#233;cidaient de l'envoi d'une d&#233;l&#233;gation &#224; l'H&#244;tel de Ville. Composaient la d&#233;l&#233;gation : Clemenceau, Cournet, Lockroy, Mini&#232;re, Tolain, d&#233;put&#233;s ; Bonvalet et Mottu, maires ; Jaclard, Malon, Meillet, Murat, adjoints. Le Comit&#233; central re&#231;ut ses visiteurs en s&#233;ance. La discussion fut chaude. Clemenceau porta la parole pour son camp, et, d&#232;s l'abord, se pla&#231;a sur le terrain Versaillais, le terrain de la reconnaissance et du respect de l'Assembl&#233;e nationale. Milli&#232;re, Malon, qui &#233;taient de c&#339;ur avec le mouvement et allaient s'y rallier, intervinrent avec plus de conciliation et de cordialit&#233;. Varlin r&#233;pondit au nom du Comit&#233; central et posa cat&#233;goriquement les termes du probl&#232;me. On nous demande ce que nous voulons, eh bien, voici, dit-il, &#171; nous voulons un Conseil &#233;lu, les franchises communales, la suppression de la pr&#233;fecture de police, le droit pour la garde nationale de nommer tous ses officiers, la remise enti&#232;re des loyers, une loi &#233;quitable sur les &#233;ch&#233;ances ; nous voulons enfin que l'arm&#233;e se retire &#224; vingt lieues de Paris &#187;. La d&#233;claration &#233;tait nette. Restait &#224; la faire ou&#239;r aux maires et d&#233;put&#233;s assembl&#233;s, telle que leurs mandataires venaient de l'entendre. Arnold, Jourde, Moreau et Varlin en furent charg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise de contact eut lieu dans la soir&#233;e, &#224; dix heures, &#224; la mairie de la Banque. Une soixantaine d'&#233;lus parisiens : d&#233;put&#233;s, maires, adjoints y &#233;taient venus, la fine fleur du radicalisme et du lib&#233;ralisme r&#233;publicains. Tirard pr&#233;sidait. Autour de lui, des sommit&#233;s d&#233;mocratiques : Louis Blanc, Carnot, Schoelcher, Peyrat. Le d&#233;bat fut plus long, plus aigre, plus envenim&#233; qu'il n'avait &#233;t&#233; &#224; l'H&#244;tel de Ville. Les repr&#233;sentants des deux camps se mesur&#232;rent, s'invectiv&#232;rent, discut&#232;rent pied &#224; pied. &#171; De qui tenez-vous votre pouvoir, interrogeaient les &#233;lus, qui vous a nomm&#233;s ? Il n'y a ici qu'un pouvoir r&#233;gulier et l&#233;gal, le n&#244;tre &#187;. &#192; quoi les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; central r&#233;pliquaient : &#171; Notre pouvoir est un fait ; le Comit&#233; central existe, il occupe l'H&#244;tel de Ville et c'est lui qui nous a envoy&#233;s ici &#187;. Varlin exposa le programme du Comit&#233;, les buts poursuivis, par-dessus tout les &#233;lections municipales imm&#233;diates pour la pr&#233;paration desquelles ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; s'entendre avec les maires. Louis Blanc fut le plus odieux. Il affirma qu'il ne voulait pas de transaction avec les insurg&#233;s, se refusait &#224; para&#238;tre leur auxiliaire aux yeux de la France. Jusqu'&#224; quatre heures, la controverse dura. Varlin &#233;tait demeur&#233; seul des siens. Enfin on parut tomber d'accord. Il &#233;tait convenu que le Comit&#233; central conserverait le commandement de la garde nationale, mais transf&#233;rerait ses quartiers &#224; la place Vend&#244;me. L'H&#244;tel de Ville serait remis aux maires ; trois d'entre eux iraient en prendre possession le matin m&#234;me, &#224; neuf heures. Quant aux d&#233;put&#233;s, ils partiraient de suite &#224; Versailles pour y porter la nouvelle de la transaction et y proposer le vote d'urgence d'une loi municipale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; neuf heures du matin, en effet, Bonvalet, maire du IIIe, se pr&#233;sentait &#224; l'H&#244;tel de Ville avec Murat, adjoint du Xe et Denizol, adjoint du XIIe. Mais le Comit&#233; central leur d&#233;clara que ses d&#233;l&#233;gu&#233;s avaient outrepass&#233; la veille le mandat qui leur avait &#233;t&#233; confi&#233; et qu'il ne reconnaissait pas en cons&#233;quence la convention intervenue. Responsable de la situation et de ses suites, le Comit&#233; ne pouvait se dessaisir ni du pouvoir militaire, ni du pouvoir civil. Bonvalet se retira et Murat gagna de suite Versailles pour pr&#233;venir les d&#233;put&#233;s de ce changement de front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les deux partenaires en revenaient &#224; leur position premi&#232;re. Par lui-m&#234;me et par lui seul, le Comit&#233; central devait faire face aux exigences de la situation. Du reste, il l'avait bien un peu pr&#233;vu, car dans le num&#233;ro du Journal officiel paru le matin, il commentait abondamment sa conduite et exposait ses actes. Plus prolixe que la veille, il expliquait dans une proclamation qui il &#233;tait et o&#249; il pr&#233;tendait aller. Son manifeste se terminait par cette p&#233;roraison tr&#232;s remarquable d'allure et qui prouvait que, pour si &#171; inconnus &#187; qu'ils fussent, si les hommes du Comit&#233; central ne savaient pas toujours agir, ils savaient parler et &#233;crire : &#171; Nous, charg&#233;s d'un mandat qui faisait peser sur nos t&#234;tes une terrible responsabilit&#233;, nous l'avons accompli sans h&#233;sitation, sans peur ; et d&#232;s que nous voici arriv&#233;s au but, nous disons au peuple qui nous a assez estim&#233;s pour &#233;couter nos avis qui ont souvent froiss&#233; son impatience : &#171; Voici le mandat que lui nous a confi&#233; ; l&#224; o&#249; notre int&#233;r&#234;t personnel commencerait, notre devoir finit ; fais ta volont&#233;. Mon ma&#238;tre, tu t'es fait libre. Obscurs, il y a quelques jours, nous allons rentrer obscurs dans tes rangs et montrer aux gouvernants que l'on peut descendre, la t&#234;te haute, les marches de ton H&#244;tel de Ville, avec la certitude de trouver au bas l'&#233;treinte de ta loyale et robuste main &#187;. Par une autre proclamation, conclusion logique de la pr&#233;c&#233;dente, le Comit&#233; convoquait les &#233;lecteurs aux urnes pour le mercredi 22 mars. La province non plus n'&#233;tait pas oubli&#233;e ! Une longue note r&#233;dig&#233;e &#224; son intention par les d&#233;l&#233;gu&#233;s au Journal officiel la mettait tr&#232;s exactement au courant. On y comptait que les d&#233;partements &#233;clair&#233;s et d&#233;sabus&#233;s rendraient justice au peuple de la capitale et comprendraient que l'union de toute la nation est indispensable au salut commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces documents manifestent l'esprit de conciliation, de mod&#233;ration extr&#234;me, excessif, qui animait le Comit&#233; central. Il appara&#238;t, &#224; leur lecture, qu'il ne veut rien casser, rien perturber dans l'ordre politique, moins encore dans l'ordre social ; son objectif unique est de d&#233;fendre et faire pr&#233;valoir les droits de Paris, ses franchises municipales. On rel&#232;verait &#224; grand peine dans les colonnes de l'Officiel de ce jour et aussi des jours suivants une phrase, une expression qui put inqui&#233;ter les oreilles bourgeoises, d&#233;cel&#226;t une arri&#232;re-pens&#233;e d'expropriation, de reprise sur les classes poss&#233;dantes. Laisser la parole &#224; la population, lui remettre le plus t&#244;t possible un pouvoir qu'il ne consid&#232;re entre ses mains que comme un d&#233;p&#244;t &#233;minemment provisoire, telle est bien l'id&#233;e dominante du Comit&#233; central &#224; ce moment. Qu'on l'en bl&#226;me ou qu'on l'en loue, c'est le fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ce temps, Versailles d&#233;j&#224; aiguisait le poignard. Qu'on se transporte aux d&#233;bats de ce jour, &#224; l'Assembl&#233;e nationale et que l'on juge. Avant d'entrer, &#224; la descente du train, on est d&#233;visag&#233;, tois&#233;, fouill&#233; par des mains polici&#232;res : d&#232;s ce moment, le passe-port est de rigueur. Aux alentours du palais des rois, dans les couloirs, dans la salle des s&#233;ances, une terreur intense r&#232;gne ; les plus braves ne parlent de rien moins que de d&#233;guerpir jusqu'&#224; Bourges. &#192; la tribune monte un M. de Lasteyrie, qui propose et fait nommer &#224; la vapeur une Commission de quinze membres &#171; qui r&#233;unisse toutes les pens&#233;es de l'Assembl&#233;e et qui s'entende avec le pouvoir ex&#233;cutif afin d'agir comme il convient dans les circonstances actuelles &#187;. Dans cette Commission, deux g&#233;n&#233;raux, deux amiraux, deux ducs, tout un lot de r&#233;actionnaires obtus et f&#233;roces ; pas un r&#233;publicain. En &#233;cho, pour rassurer un peu cette Chambre qui, litt&#233;ralement s'effondre, Picard, ministre de l'Int&#233;rieur, demande et obtient, presque sans protestation, la mise en &#233;tat de si&#232;ge du d&#233;partement de Seine-et-Oise. Voil&#224;, maintenant, Trochu au perchoir, le doucereux tartuffe de la D&#233;fense. Froidement, il vomit l'injure sur ceux qu'il a trahis, ces &#171; mis&#233;rables &#187;, ces &#171; sc&#233;l&#233;rats &#187;, ces &#171; meneurs de guerre civile qui, dix fois pendant le si&#232;ge, avaient failli amener l'ennemi &#224; Paris &#187;. La r&#233;action, &#224; savoir les neuf dixi&#232;mes et demi de l'Assembl&#233;e, exulte et tr&#233;pigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce milieu surchauff&#233;, affol&#233;, que les d&#233;put&#233;s de la Seine essayent timidement, avec des pr&#233;cautions infinies, de r&#233;clamer la mise &#224; l'ordre du jour des mesures dont le vote, ils le savent, est attendu impatiemment de tout Paris, de la bourgeoisie aussi bien que du peuple, et qui, seules, peuvent provoquer une d&#233;tente, offrir un terrain &#224; la conciliation. Clemenceau d&#233;pose et lit une proposition relative aux &#233;lections municipales. Cette proposition pr&#233;voit des &#233;lections dans le plus bref d&#233;lai pour un Conseil compos&#233; de 80 membres, choisissant dans son sein son pr&#233;sident qui aurait titre et exercerait les fonctions de maire de Paris. Au bas, avec celle de Clemenceau, 16 autres signatures : Louis Blanc, Sch&#339;lcher, Tolain, Tirard, Brisson, Greppo, Lockroy, Langlois, Edgar Quinet, Brunet, Milli&#232;re, Martin Bernard, Cournet, Floquet, Razoua, Farcy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom des m&#234;mes signataires, Langlois r&#233;clame la reconnaissance du droit pour la garde nationale d'&#233;lire tous ses chefs. Une troisi&#232;me proposition, de Milli&#232;re, demande l'ajournement &#224; six mois des &#233;ch&#233;ances des effets de commerce. Le gouvernement &#233;tant intervenu, l'urgence fut vot&#233;e sur ces propositions : mais, d&#232;s lors, on pouvait pr&#233;voir le sort qui leur &#233;tait r&#233;serv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par bonheur pour lui, le Comit&#233; central avait surmont&#233; ou tourn&#233; en ce jour l'un des obstacles les plus redoutables qui s'opposaient &#224; sa marche ; il avait r&#233;gl&#233; la question du paiement de la solde de la garde nationale. 300.000 hommes, en effet, &#233;taient l&#224; qu'il devait nourrir matin et soir. D'o&#249; 450.000 fr., au bas mot, &#224; d&#233;bourser quotidiennement, sans parler des secours compl&#233;mentaires. La charge lourde pour toutes &#233;paules l'&#233;tait plus encore pour les &#233;paules de ces nouveaux venus &#224; la vie politique et administrative. Deux hommes de c&#339;ur, d'intelligence et d'&#233;nergie s'attel&#232;rent &#224; la besogne et surent pourtant la mener &#224; bien : Jourde et Varlin. N'ayant pas voulu, le 19, par scrupule, forcer les coffres du minist&#232;re des Finances, o&#249; ils auraient trouv&#233; pr&#232;s de 5 millions, et apr&#232;s s'&#234;tre adress&#233;s le matin du 20, &#224; de grands &#233;tablissements de cr&#233;dit qui leur avaient fait des promesses assez vagues, ils allaient directement, dans la journ&#233;e, frapper &#224; la Banque. L&#224;, le gouverneur Rouland, qui redoutait pire, leur remettait un million &#224; la seule condition que mention fut faite au re&#231;u que cette somme avait &#233;t&#233; r&#233;quisitionn&#233;e pour le compte de la Ville. Ainsi, le Comit&#233; central pouvait voir venir. Il avait facilit&#233; pour se retourner et aviser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vrai dire, il &#233;tait temps, car le lendemain matin l'attaque commen&#231;ait sur toute la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;put&#233;s et les maires d'abord se h&#226;taient de porter par affiche &#224; la connaissance de la population que l'Assembl&#233;e nationale avait, sur leur invitation, vot&#233; l'urgence d'un projet de loi relatif aux &#233;lections du Conseil municipal de Paris et ils invitaient, en cons&#233;quence, la garde nationale &#224; &#233;carter toute cause de conflit en attendant les d&#233;cisions de l'Assembl&#233;e nationale. Quelques heures apr&#232;s, plus explicite encore, la camarilla des d&#233;put&#233;s et maires lan&#231;ait une deuxi&#232;me proclamation, tissu de fausset&#233;s et d'illusions. Elle mettait en avant la patrie sanglante et mutil&#233;e et engageait les &#233;lecteurs &#224; ne pas r&#233;pondre &#224; un appel qui leur &#233;tait adress&#233; sans titre et sans droit. Les braves avaient pleine confiance en l'Assembl&#233;e nationale ou le pr&#233;tendaient. &#171; Nous voulions, disaient-ils, le maintien, l'affermissement de la grande institution de la garde nationale. Nous l'aurons ; l'Assembl&#233;e nous le donnera ; nous voulions, pour Paris, des &#233;lections municipales imm&#233;diates, la cons&#233;cration de ses franchises municipales. Nous l'aurons ; l'Assembl&#233;e nous le donnera &#187;. Na&#239;vet&#233; ou duplicit&#233;, selon que l'on suppose la bonne ou la mauvaise foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;monstration en venait appuyer une autre qui paraissait &#233;maner d'une source diff&#233;rente, mais qui &#233;tait peut-&#234;tre combin&#233;e, puisque, &#224; c&#244;t&#233; de feuilles nettement r&#233;actionnaires : Univers, Union, Fran&#231;ais, Gaulois, Figaro, elle en groupait des r&#233;publicaines, telles que la V&#233;rit&#233;, le Temps, l'Opinion Nationale. Il s'agit de la d&#233;claration de la Presse aux &#233;lecteurs de Paris. Les trente-cinq journaux signataires se pla&#231;aient acad&#233;miquement au point de vue du droit constitutionnel. La convocation des &#233;lecteurs &#233;tant, affirmaient-ils, un acte de la souverainet&#233; nationale, n'appartenant qu'aux pouvoirs issus du suffrage universel, le Comit&#233; central n'avait pas qualit&#233; pour cette convocation. Partant, ils d&#233;claraient nulle et non avenue la convocation pour le 22 mars et engageaient les &#233;lecteurs &#224; n'en pas tenir compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait bien la guerre, guerre qui, des conciliabules des maires et des bureaux de r&#233;daction, allait descendre dans la rue. C'est ce jour qui vit en effet la premi&#232;re manifestation des &#171; Amis de l'Ordre &#187;. Les dits amis paraissent s'&#234;tre rassembl&#233;s &#224; l'appel d'un certain Bonne, capitaine au 253e bataillon. Des boulevards, lieu de rendez-vous, ils s'&#233;taient achemin&#233;s place de la Bourse, puis, serr&#233;s autour d'un drapeau tricolore portant en exergue : &#171; R&#233;union des Amis de l'Ordre &#187;, ils s'&#233;taient dirig&#233;s sur la place Vend&#244;me et arr&#234;t&#233;s devant l'&#233;tat-major de la garde nationale, au no 22, ils assourdissaient les airs de leurs clameurs. &#171; Vive l'Assembl&#233;e ! &#187; criaient-ils. Un membre du Comit&#233; central parut au balcon et les invita &#224; envoyer une d&#233;l&#233;gation. Les manifestants r&#233;pondirent en vocif&#233;rant : &#171; &#192; bas le Comit&#233; ! Pas de d&#233;l&#233;gu&#233;s ! Vous les assassineriez : &#187; Les gardes nationaux qui veillaient aux portes, refoul&#232;rent alors hors de la place ces agit&#233;s qui ne tard&#232;rent pas &#224; se s&#233;parer, se donnant rendez-vous pour le lendemain, dans les m&#234;mes parages. Qu'&#233;taient ces manifestants ? Leur cri de ralliement : &#171; Vive l'Assembl&#233;e ! &#187; indiquait surtout des amis de M. Thiers et de la majorit&#233; rurale. Les &#233;l&#233;ments cependant en &#233;taient tr&#232;s m&#234;l&#233;s et nombre d'agents bonapartistes ou autres s'y &#233;taient faufil&#233;s, comme la chose devait appara&#238;tre plus clairement le lendemain. Les partis de r&#233;action, en ces heures de confusion et d'agitation, croyaient leur jour venu et prenaient position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la faveur de ce mouvement de r&#233;sistance des maires, de la presse et des hommes d'ordre, Versailles estimait aussi l'instant propice pour abattre les cartes. L'Officiel de l'Assembl&#233;e nationale avait publi&#233; le matin un long expos&#233; de la situation. Le gouvernement y disait et expliquait sa retraite, notait qu'il avait pass&#233; ses pouvoirs aux maires charg&#233;s provisoirement d'administrer la capitale. Puis il d&#233;non&#231;ait le Comit&#233; central, sa r&#233;bellion marqu&#233;e par l'ex&#233;cution des g&#233;n&#233;raux Lecomte et Cl&#233;ment Thomas, adjurait les d&#233;partements de venir au secours du seul pouvoir r&#233;gulier pour, avec lui, r&#233;primer la s&#233;dition et tirer justice exemplaire des factieux qui besognaient de concert &#8212; il en avait preuve certaine &#8212; avec les plus d&#233;testables agents de l'Empire et nouaient des intrigues avec le Prussien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la s&#233;ance de l'apr&#232;s-midi, le ton montait encore, et, &#224; l'unanimit&#233;, l'Assembl&#233;e adoptait une proclamation au peuple et &#224; l'arm&#233;e, &#339;uvre de l'acad&#233;micien Vitet, qui suait la peur et la haine. Puis, &#224; Langlois, &#224; Brisson, &#224; L&#233;on Say m&#234;me qui demandaient le droit commun pour Paris, Thiers r&#233;pondait que la capitale ne pouvait &#234;tre trait&#233;e comme une ville de 3.000 habitants. Enfin, Favre montait &#224; la tribune et, v&#233;h&#233;ment, l'&#233;cume aux l&#232;vres, des sanglots dans la voix, pronon&#231;ait contre la grande cit&#233; le plus abominable r&#233;quisitoire. D'embl&#233;e il s'opposait &#224; toute transaction avec des hommes mettant au-dessus de l'autorit&#233; l&#233;gitime &#171; je ne sais quel id&#233;al sanglant et rapace &#187;. Pas d'attente, pas de temporisation, le combat &#224; outrance, imm&#233;diat contre ce Paris &#171; qui accepte aujourd'hui des assassins dans son H&#244;tel de Ville &#187;. Et sachant son public, il avait le front d'ajouter : &#171; Si quelques-uns des membres de cette Assembl&#233;e tombaient entre leurs mains, eux aussi seraient assassin&#233;s &#187;. Puis, reprenant son chant du scalp : &#171; L'&#233;tat de Paris, c'est le vol, le pillage, l'assassinat &#233;rig&#233;s en doctrine sociale, et nous verrions tout cela sans le combattre !&#8230; Pas de faiblesse, pas de conciliation ? H&#226;tons-nous de faire justice des mis&#233;rables qui occupent la capitale &#187;. Ce hallali furieux avait mis l'Assembl&#233;e en d&#233;lire. L'amiral Saisset qui avait en poche, en ce moment, sa commission de commandant en chef de la garde nationale s'&#233;criait &#171; Eh bien ! appelons la province et marchons sur Paris &#187;. et toute la droite debout : &#171; Oui, oui, marchons sur Paris &#187;. Thiers, lui-m&#234;me, eut crainte de cette rage, trop t&#244;t d&#233;cha&#238;n&#233;e &#224; son sens. Il intervint pour calmer les passions, obtint, avec Picard, le vote de l'urgence sur la loi municipale. Mais apr&#232;s cette explosion farouche, qui r&#233;v&#233;lait les sentiments intimes et profonds de tous ces ruraux ligu&#233;s contre Paris ouvrier et r&#233;publicain, que pouvait bien signifier cette d&#233;monstration anodine et platonique ? La guerre civile &#233;tait d&#233;clar&#233;e par Versailles ; rien d&#233;sormais ne pouvait en conjurer la fatalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central, lui, honn&#234;tement, loyalement, toujours mod&#233;r&#233;ment, s'effor&#231;ait d'apprendre la situation vraie &#224; Paris, &#224; la France, &#224; tous. De ses ennemis, &#8212; rapprochez ce langage des vocif&#233;rations sanguinaires de Jules Favre &#8212; il disait simplement : &#171; Les auteurs de tous nos maux ont quitt&#233; Paris, sans emporter le moindre regret. Et maintenant, soldats, mobiles, gardes nationaux sont unis par la m&#234;me pens&#233;e, le m&#234;me d&#233;sir, le m&#234;me but : nous voulons tous l'union et la paix. Plus d'&#233;meute dans les rues ! Assez de sang vers&#233; pour ces tyrans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un historique de la journ&#233;e du 18 Mars publi&#233; &#224; l'Officiel relatait les faits et les commentait avec une impartialit&#233; rare. Une ferme proclamation sign&#233;e Duval, d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la pr&#233;fecture de police, apr&#232;s avoir fix&#233; le programme de revendications du Comit&#233; central : &#233;lections du Conseil municipal de Paris, des maires et adjoints des vingt arrondissements, de tous les chefs de la garde nationale, r&#233;pondait p&#233;remptoirement comme suit &#224; l'inepte calomnie port&#233;e contre la capitale de vouloir se s&#233;parer de la France : &#171; Paris n'a nullement l'intention de se s&#233;parer de la France. Loin de l&#224; ; il a souffert pour elle l'Empire, le Gouvernement de la D&#233;fense nationale, toutes ses trahisons et toutes ses l&#226;chet&#233;s. Ce n'est pas, &#224; coup s&#251;r, pour l'abandonner aujourd'hui, mais seulement pour lui dire en qualit&#233; de s&#339;ur a&#238;n&#233;e : Soutiens-toi toi-m&#234;me, comme je me suis soutenue : oppose-toi &#224; l'oppression, comme je m'y suis oppos&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage diff&#232;re de celui de Versailles. Ni insulte, ni provocation. Pas d'appel &#224; la tuerie et au carnage. Le Comit&#233; central ne s'occupait qu'&#224; convaincre, &#224; persuader chacun, Paris et province de son bon droit, de la l&#233;gitimit&#233; de ses revendications, de la sup&#233;riorit&#233; de sa cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si pacifique que l'on soit, il faut bien &#224; certaines heures, si l'on ne veut p&#233;rir, se d&#233;fendre, repousser l'attaque. Dans son num&#233;ro du 22 l'Officiel de Paris relevait la d&#233;claration de la Presse parue la veille. Il annon&#231;ait que le Comit&#233; central ne permettrait pas que l'on port&#226;t atteinte plus longtemps &#224; la souverainet&#233; du peuple, en continuant &#224; exciter &#224; la d&#233;sob&#233;issance &#224; ses d&#233;cisions et ordres, et mena&#231;ait les d&#233;linquants de r&#233;pression au cas de r&#233;cidive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une note plus &#233;tendue, intitul&#233;e &#171; Le Droit de Paris &#187;, et sign&#233;e : le d&#233;l&#233;gu&#233; au Journal Officiel &#187;, &#233;tablissait la position respective de Paris et de Versailles. L'Assembl&#233;e nationale y &#233;tait montr&#233;e telle qu'elle &#233;tait, vici&#233;e dans ses origines, priv&#233;e d&#233;j&#224; d'une partie notable de ses membres, n'ayant re&#231;u au surplus qu'un mandat limit&#233;, celui de r&#233;soudre la question de la paix ou de la guerre, et ne pouvant, sans violer la souverainet&#233; du peuple, s'octroyer le pouvoir constituant et le droit d'&#233;laborer des lois organiques. L'Officiel indiquait au surplus que, devant les d&#233;monstrations de la r&#233;action qui &#233;tait descendue dans la rue et mena&#231;ait d'y descendre encore, les &#233;lections &#233;taient report&#233;es au lendemain 23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;put&#233;s et les maires, moins fanfarons, en raison m&#234;me de la tournure prise la veille par les d&#233;bats de l'Assembl&#233;e nationale, avaient affich&#233; pour leur part un placard o&#249; ils se bornaient &#224; conseiller la patience et l'attente. Mais, maires et d&#233;put&#233;s n'&#233;taient pas ma&#238;tres de toute la client&#232;le bourgeoise. Les &#171; Amis de l'Ordre &#187; tenaient &#224; manifester et manifest&#232;rent comme ils l'avaient dit. La r&#233;action voulait sa journ&#233;e, elle l'eut, pas brillante du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers midi, les &#171; Amis de l'Ordre &#187; commen&#231;aient &#224; se grouper sur la place du Nouvel-Op&#233;ra, sans armes, apparentes du moins, puisque la consigne en avait &#233;t&#233; ainsi donn&#233;e. Dans les groupes, circulait l'amiral Saisset, de par Versailles commandant en chef de la garde nationale et dont le quartier g&#233;n&#233;ral se trouvait tr&#232;s proche, au Grand-H&#244;tel. Le &#171; brave marin &#187; venait sans doute t&#226;ter le terrain. Ne le trouvant pas solide, il refusa le ruban bleu que les conjur&#233;s arboraient &#224; la boutonni&#232;re. Un peu avant 2 heures, le cort&#232;ge se mettait en marche par la rue de la Paix. Le plan &#233;tait de traverser la place Vend&#244;me, pour y narguer l'&#233;tat-major de la garde nationale, puis de gagner, par la rue de Rivoli, l'H&#244;tel de Ville afin d'y siffler le Comit&#233; central. En t&#234;te, marchaient des boursicotiers, des gentilshommes de plume, des officiers en disponibilit&#233; : Fr&#233;d&#233;ric L&#233;vy, de Co&#235;tlogon, de Heckeren, H. de P&#234;ne, Sassary, de Molinel, membres de la Soci&#233;t&#233; des Gourdins r&#233;unis, la fine fleur de la r&#233;action. Dans les rangs, provocateurs, se dissimulaient nombre d'agents bonapartistes pr&#234;ts &#224; escamoter le mouvement s'il prenait de l'ampleur. Au reste, si la manifestation aboutissait, m&#234;me pacifique, c'&#233;tait d&#233;j&#224; une op&#233;ration profitable, la preuve que la R&#233;volution ne tenait pas son Paris et qu'un coup d'audace pouvait en avoir raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par malheur pour ses instigateurs, la d&#233;monstration &#233;choua piteusement. Les premiers rangs de la colonne de l'ordre vinrent se heurter place Vend&#244;me aux barrages form&#233;s par les bataillons f&#233;d&#233;r&#233;s. La colonne voulut forcer. Des coups de feu retentirent, les premiers tir&#233;s, il semble, par les manifestants eux-m&#234;mes puisque plusieurs d'entre eux tomb&#232;rent &#224; ce moment frapp&#233;s de balles qui les avaient atteints par derri&#232;re. Cependant Bergeret, qui commandait &#224; la place, multipliait les sommations ; cinq minutes les tambours battirent. Enfin la colonne ne se dispersant pas, deux salves furent tir&#233;es par les f&#233;d&#233;r&#233;s qui couch&#232;rent sur le sol une vingtaine de manifestants. Le reste s'enfuit comme une vol&#233;e de moineaux. Ce fut un sauve-qui-peut g&#233;n&#233;ral. En un clin d'&#339;il la rue de la Paix se trouva nettoy&#233;e. Il y avait une trentaine de tu&#233;s ou bless&#233;s du c&#244;t&#233; de la foule, deux tu&#233;s et huit bless&#233;s dans les rangs f&#233;d&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne restait plus &#224; la r&#233;action qu'&#224; &#233;vacuer Paris &#224; son tour ou &#224; se terrer. C'est ce qu'elle fit. Boursicotiers, figaristes. pandours gagn&#232;rent Versailles par les trains les plus rapides pour s'y mettre, avec leurs cocodettes, sous la protection du grand sabre des g&#233;n&#233;raux d&#233;cembriseurs. Le &#171; Tout Paris &#187; agioteur, bambocheur et prox&#233;n&#232;te se reformait au pied de la statue du Grand Roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demeuraient donc en pr&#233;sence dans Paris &#233;vacu&#233; par le gouvernement, &#233;vacu&#233; par les beaux fils de la Haute, le Comit&#233; central et les maires. C'est entre ces deux pouvoirs que la partie se continue pendant les quatre jours qui suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour que les maires gagnassent, il &#233;tait indispensable qu'ils obtinssent de Versailles certaines concessions. &#171; Ne nous laissez pas revenir les mains vides &#187;, implorait Tirard, leur vrai chef, &#224; la s&#233;ance du 21. Ces concessions, les arracheront-ils ? Jusqu'ici, il ne semble gu&#232;re. &#192; la s&#233;ance du 22, l'Assembl&#233;e nationale, sans s'abandonner aux m&#234;mes d&#233;monstrations violentes et haineuses que la veille, se montra dans le fond aussi but&#233;e, aussi intraitable sinon davantage. Vacherot, un maire de Paris pourtant et qui avait eu son heure d'audace, mais qui depuis le si&#232;ge &#233;tait d&#233;finitivement pass&#233; dans le camp de la conservation sociale, rapportait sur le projet de Clemenceau et de ses coll&#232;gues, tendant &#224; accorder &#224; la capitale, avec des &#233;lections imm&#233;diates, des libert&#233;s municipales &#233;gales &#224; celles des autres communes de France. Il conclut, au nom de la Commission, au rejet pur et simple de la proposition et Picard, ministre de l'Int&#233;rieur, lui succ&#233;dant, vint dire quel traitement d'exception le gouvernement r&#233;servait &#224; la premi&#232;re ville du pays. Le projet gouvernemental, devenu du reste la loi, loi qui nous r&#233;git actuellement encore, r&#233;duisait le Conseil municipal parisien &#224; un simple r&#244;le de comptable et le pla&#231;ait entre les mains et sous la haute surveillance du pr&#233;fet de la Seine et du pr&#233;fet de police, qui en &#233;taient en r&#233;alit&#233; les pr&#233;sidents. La convocation du Conseil appartenait au seul pr&#233;fet de la Seine. L'urgence fut imm&#233;diatement d&#233;cid&#233;e et, d&#232;s cette apr&#232;s-midi, le projet apparut comme vot&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, ce n'est pas avec ce g&#226;teau-l&#224; que l'on pouvait esp&#233;rer amadouer Paris, pas plus sa petite bourgeoisie que son prol&#233;tariat. Les maires le comprirent si bien que certains d&#232;s lors, de crainte d'&#234;tre d&#233;bord&#233;s, craignant que le Comit&#233; central n'entrain&#226;t &#224; sa suite toute la population, ils se pr&#233;par&#232;rent &#224; la r&#233;sistance violente &#224; main arm&#233;e. Contre qui ? Contre l'Assembl&#233;e nationale, contre Versailles r&#233;actionnaire ? Non, contre le Comit&#233; central, contre Paris r&#233;volutionnaire. Concentrant autour de la mairie de la Banque la garde nationale de l'ordre, ils prenaient, au cours du 22, de v&#233;ritables dispositions de combat. Pour cela, ils recouraient, eux aussi, au bon moyen. Comme le Comit&#233; central, ils avaient frapp&#233; aux guichets de la Banque, et par un avis sign&#233; Tirard, Dubail et H&#233;ligon affich&#233; &#224; profusion, ils annon&#231;aient que d&#232;s le lendemain ils paieraient la solde, au palais de la Bourse, &#224; tous les gardes nationaux dont les mairies se trouvaient au pouvoir de repr&#233;sentants du Comit&#233; central, Ils devaient ainsi, le soir et le lendemain, grouper 25,000 hommes avec lesquels le Ier et le IIe arrondissements furent militairement occup&#233;s. Les mairies de ces deux arrondissements &#233;taient fortifi&#233;es ; des postes, des sentinelles plac&#233;s &#224; tous les coins de rue, du pont des Arts &#224; la gare Saint-Lazare, point de contact avec Versailles, et d'o&#249; le bataillon fid&#232;le au Comit&#233; central avait &#233;t&#233; d&#233;log&#233; et remplac&#233; par un bataillon de l'ordre. Paris &#233;tait de la sorte divis&#233; en deux camps. Les forces hostiles de l'H&#244;tel de Ville et des maires se faisaient face sur un front de plusieurs kilom&#232;tres : &#224; toute minute une collision &#233;tait &#224; craindre. &#192; l'arm&#233;e des maires, qui prenait ainsi bel et bien la succession des &#171; Amis de l'Ordre &#187;, seul un g&#233;n&#233;ral manqua, l'amiral Saisset s'&#233;tant d&#233;rob&#233; &#224; la gloire de la commander, tout comme il avait d&#233;clin&#233; les invitations des manifestants de la place Vend&#244;me. L'honneur &#233;chut &#224; un certain Quevauvillers, chemisier de sa Majest&#233; l'empereur Napol&#233;on III et homme de confiance de Tirard. C'&#233;tait insuffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la situation &#233;tait trop tendue ainsi pour durer. Le Comit&#233; central, directement menac&#233;, attaqu&#233; et contrari&#233; dans tous ses actes, se d&#233;cida &#224; parler plus haut et plus ferme. Par une proclamation ins&#233;r&#233;e &#224; l'Officiel du 23, il d&#233;non&#231;ait d&#233;j&#224; l'attitude des maires et d&#233;put&#233;s mettant tout en &#339;uvre pour entraver les &#233;lections ; il montrait la r&#233;action soulev&#233;e par eux et d&#233;clarant la guerre, et affirmait qu'acceptant la lutte, il briserait toutes les r&#233;sistances. Les &#233;lections, quoi qu'il arriv&#226;t, s'accompliraient le dimanche 26. Puis, faisant front du c&#244;t&#233; de Versailles, en une autre proclamation, la plus remarquable qu'il e&#251;t jusqu'alors sign&#233;e, il pr&#233;cisait les attributions et pouvoirs de la nouvelle Assembl&#233;e municipale. Il revendiquait &#171; le droit de la cit&#233; aussi imprescriptible que celui de la nation &#187;. &#171; La Cit&#233;, disait-il, doit avoir, comme la nation, son Assembl&#233;e qui s'appelle indistinctement : Assembl&#233;e municipale ou communale ou Commune &#187;. Sentant le danger de la campagne men&#233;e par Thiers &#224; ce sujet, il insistait de nouveau et plus fortement sur les rapports respectifs de Paris et de la province. &#171; Paris, d&#233;clarait-il, ne veut pas r&#233;gner, mais il veut &#234;tre libre : il n'ambitionne pas d'autre dictature que celle de l'exemple : il ne pr&#233;tend ni imposer ni abdiquer sa volont&#233; : il ne se soucie pas plus de lancer des d&#233;crets que de subir des pl&#233;biscites ; il d&#233;montre le mouvement en marchant lui-m&#234;me et il pr&#233;pare la libert&#233; des autres en fondant la sienne. Il ne pousse personne violemment dans les voies de la R&#233;publique ; il se contente d'y entrer le premier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux mots, aux protestations dans la journ&#233;e du 22, succ&#233;daient les actes, les pr&#233;cautions d&#233;fensives, les mesures offensives. Les bataillons f&#233;d&#233;r&#233;s, &#224; l'exception des mairies des Ier et IIe, occupaient ou r&#233;occupaient les maisons communes de tous les arrondissements. Un bataillon de Belleville, notamment, reprenait sur le Versaillais Vautrain la mairie du IVe. Les maires et adjoints des IIIe, Xe, XIIe et XVIIIe &#233;taient remplac&#233;s d'office par des d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; central. Le Comit&#233; fortifiait de barricades la place Vend&#244;me, doublait les bataillons de l'H&#244;tel de Ville, envoyait de fortes patrouilles jusqu'aux postes des rues Vivienne et Drouot pour y contenir le chemisier Quevauvilliers et ses boursiers ; prenait position, par les f&#233;d&#233;r&#233;s amis du quartier de la gare des Batignolles, coupant ainsi les communications que de la gare Saint-Lazare, en leur possession, les gardes nationaux de l'ordre et l'amiral Saisset pouvaient entretenir avec Versailles. Jourde et Varlin, lantern&#233;s la veille par le sous-gouverneur de Pl&#339;uc, rempla&#231;ant le gouverneur Rouland qui, lui aussi, avait &#233;vacu&#233;, revenaient trouver &#224; la t&#234;te de deux bataillons, apr&#232;s lui avoir envoy&#233; une sommation de bonne encre, le marquis r&#233;calcitrant et lui enlevaient un second million pour la solde de la garde nationale. Thiers et Picard ayant ouvert les prisons de province et l&#226;ch&#233; sur Paris de nombreux repris de justice, le Comit&#233; d&#233;non&#231;ait l'acte inf&#226;me et affichait que tout individu pris en flagrant d&#233;lit de vol serait fusill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en r&#233;ponse aux vaticinations alarmantes de Jules Favre, annon&#231;ant du haut de la tribune de l'Assembl&#233;e nationale l'intervention prussienne contre Paris, le Comit&#233; portait &#224; la connaissance du public la communication suivante re&#231;ue du chef du quartier g&#233;n&#233;ral ennemi : &#171; Les troupes allemandes ont ordre de garder une attitude passive, tant que les &#233;v&#233;nements, dont l'int&#233;rieur de Paris est le th&#233;&#226;tre, ne prendront point &#224; l'&#233;gard de nos arm&#233;es un caract&#232;re hostile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offensive populaire se trouva aussi favoris&#233;e de ce fait que l'entente, il faut bien le dire, n'&#233;tait pas compl&#232;te parmi les maires. Si certains, &#224; la remorque de Thiers, marchaient d'un c&#339;ur joyeux &#224; la bataille contre le Comit&#233; central, d'autres prenaient au s&#233;rieux leur r&#244;le de pacificateurs et n'admettaient pas que leur opposition au Comit&#233; ne se doubl&#226;t pas d'une pression r&#233;solue sur l'Assembl&#233;e nationale, &#224; l'effet de lui arracher les concessions indispensables, &#224; leur sens, au r&#233;tablissement de la concorde publique. Les conciliants for&#231;ant la main aux implacables devaient pr&#233;cis&#233;ment, en cette journ&#233;e du 23, les engager &#224; une d&#233;marche solennelle aupr&#232;s de Versailles, dont les p&#233;rip&#233;ties influenc&#232;rent profond&#233;ment les &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche donna lieu, en effet, &#224; une sc&#232;ne scandaleuse o&#249; les r&#233;acteurs de l'Assembl&#233;e d&#233;voil&#232;rent la stupidit&#233; et la f&#233;rocit&#233; de leurs instincts. Quand les maires et adjoints, une vingtaine, avec leurs insignes et leur &#233;charpe, apparurent en s&#233;ance dans la tribune que la questure leur avait r&#233;serv&#233;e, ils tombaient &#224; point. Sur la proposition d'un La Rochetulon, l'Assembl&#233;e venait de voter une loi portant formation, dans les d&#233;partements, de bataillons de volontaires charg&#233;s de prot&#233;ger la souverainet&#233; nationale et de r&#233;primer l'insurrection de Paris, autrement dit de d&#233;cr&#233;ter l'organisation de la guerre civile. D&#232;s que les maires sont entr&#233;s, tous les regards convergent vers eux, et une agitation intense se propage de banc en banc. La gauche se l&#232;ve et acclame au cri de : &#171; Vive la R&#233;publique ! &#187;. La droite et le centre ripostent par le cri de : &#171; Vive la France ! &#187; Puis, des gorges des ruraux, une vocif&#233;ration monte : &#171; &#192; l'ordre ! &#192; l'ordre ! &#187;. Henriquinquistes, orl&#233;anistes quittent la salle en fa&#231;on de protestation, et le pr&#233;sident, complice &#8212; c'&#233;tait le r&#233;publicain Gr&#233;vy &#8212; l&#232;ve la s&#233;ance. Le soir, &#224; la reprise, quelques maires sont encore pr&#233;sents. Arnaud de l'Ari&#232;ge, d&#233;put&#233; et maire du VIIe, donne lecture d'une d&#233;claration demandant que l'Assembl&#233;e se mette en rapport permanent avec les maires, les aide, les appuie dans leur &#339;uvre de pacification et que, dans ce but, tout de suite elle fixe au 28 du mois l'&#233;lection du commandant en chef de la garde nationale, et au 3 avril, si possible, les &#233;lections municipales. La droite, le centre hurlent, tr&#233;pignent. Ces propositions si anodines, si restrictives sont renvoy&#233;es pour enterrement &#224; la Commission. L'&#233;preuve &#233;tait d&#233;cisive. Versailles ne tol&#233;rait les maires que s'ils se constituaient les complaisants serviteurs de ses vengeances et de ses repr&#233;sailles ; que dis-je ? m&#234;me &#224; cette condition, elle ne les tol&#233;rait pas encore. Parisiens, elle les enveloppait dans le sentiment g&#233;n&#233;ral de r&#233;probation et d'ex&#233;cration que lui inspirait Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les maires comprirent sans nul doute. Pourtant, ils demeur&#232;rent, au premier moment, sur la r&#233;serve. Thiers avait fait le mot &#224; leurs chefs de file, &#224; Tirard, &#224; Sch&#339;lcher. Mais leur client&#232;le &#233;lectorale parisienne n'avait pas le m&#234;me int&#233;r&#234;t &#224; se taire, &#224; empocher les gifles sans protester. La nouvelle de cette r&#233;ception la rejeta pour un instant vers le Comit&#233; central et d&#233;veloppa dans la bourgeoisie moyenne, chez les commer&#231;ants, un &#233;tat d'esprit qui paralysa la volont&#233; de r&#233;sistance des plus intraitables et favorisa, pr&#233;cipita le compromis qui allait intervenir entre les &#233;lus de Paris et le Comit&#233; central, en vue des &#233;lections municipales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central, sentant le terrain plus solide, marchait, au 24, carr&#233;ment de l'avant. Au Journal Officiel, il publiait un arr&#234;t&#233; convoquant les &#233;lecteurs pour le dimanche 26 et fixant les modalit&#233;s du scrutin : vote au scrutin de liste et par arrondissement ; un conseiller pour 20.000 habitants, soit, au total, 90 ; les &#233;lecteurs votant sur pr&#233;sentation de la carte d&#233;livr&#233;e pour les &#233;lections du 8 f&#233;vrier, dans les m&#234;mes locaux et d'apr&#232;s les modes ordinaires. Au point de vue militaire, le Comit&#233;, comprenant non moins que l'heure des r&#233;solutions viriles avait sonn&#233;, r&#233;voquait de ses fonctions l'incapable et inqui&#233;tant Lullier, ses douteux compagnons, Raoul de Bisson. Ganier d'Abin, et confiait le commandement, avec le titre de g&#233;n&#233;ral, &#224; trois hommes &#233;prouv&#233;s, militants de la classe ouvri&#232;re, ayant pendant le si&#232;ge donn&#233; des gages de leur civisme et de leur &#233;nergie : Brunel, Eudes et Duval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi assur&#233; sur ses derri&#232;res, d&#233;barrass&#233; des intrigants et des fous, le Comit&#233; central songea &#224; reprendre la conversation avec les maires, pour les contraindre &#224; s'associer aux op&#233;rations &#233;lectorales du 26 et &#224; se porter de la sorte garants de leur l&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que se plac&#233; un interm&#232;de &#224; la fois comique et r&#233;pugnant, dont il faut parler, moins pour l'influence qu'il eut sur la suite des &#233;v&#233;nements &#8212; il n'en eut aucune &#8212; que pour le d&#233;sarroi qu'il r&#233;v&#232;le &#224; ce moment dans les sph&#232;res du pouvoir. Il s'agit de l'affiche placard&#233;e ce matin m&#234;me du 24 par l'amiral Saisset et o&#249;, sous sa signature, le guerrier osait dire &#224; la population parisienne ce qui suit, &#224; la minute pr&#233;cise o&#249; les journaux apportaient d'autre part le r&#233;cit exact de la s&#233;ance de l'Assembl&#233;e nationale de la veille :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chers concitoyens, je m'empresse de porter &#224; votre connaissance que, d'accord avec les d&#233;put&#233;s de la Seine et les maires &#233;lus de Paris, nous avons obtenu du gouvernement de l'Assembl&#233;e nationale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; 1o La reconnaissance compl&#232;te de vos franchises municipales ; 2o L'&#233;lection de tous les officiers de la garde nationale, y compris le g&#233;n&#233;ral en chef ; 3o Les modifications &#224; la loi sur les &#233;ch&#233;ances ; 4o Un projet de loi sur les loyers, favorables aux locataires, jusques et y compris les loyers de 1.200 francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En attendant que vous me confirmiez ma nomination ou que vous m'ayez remplac&#233;, je resterai &#224; mon poste d'honneur pour veiller &#224; l'ex&#233;cution des lois de conciliation que nous avons r&#233;ussi &#224; obtenir et contribuer ainsi &#224; l'affermissement de la R&#233;publique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons obtenu, disait la proclamation. Que signifiait cette cynique mystification ? &#192; quoi tendait-elle ? Saisset savait bien, en la laissant placarder, qu'il disait le contraire absolu de la v&#233;rit&#233;. Moins que personne il ignorait la s&#233;ance de la veille, la r&#233;ception faite aux maires par l'Assembl&#233;e. Pourquoi donc mentait-il de la sorte. Par ordre de Thiers ? De son propre chef ? &#192; la Commission d'enqu&#234;te, ses explications p&#233;nibles, embrouill&#233;es, pleines de r&#233;ticences qui se heurt&#232;rent, tr&#232;s d&#233;sagr&#233;ablement pour lui, au t&#233;moignage de Tirard, n'&#233;claircirent pas le myst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central, au reste, ne se donna m&#234;me pas la peine de relever ce factum saugrenu ou criminel, les deux ensemble pour &#234;tre vrai. Ce Saisset n'&#233;tait qu'un fantoche. Le Comit&#233; alla droit au but, aux maires opposants, obstin&#233;s, du Ier et du IIe arrondissement. Le mandat de les amener &#224; composition avait &#233;t&#233; confi&#233; &#224; Brunel qui s'achemina tout d'abord vers la mairie du Louvre, avec 400 Bellevillois et 2 canons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mairie, simulacre de r&#233;sistance bien vite dompt&#233;. Brunel entre, parlemente avec Adolphe Adam et M&#233;line, adjoints. Nos hommes d&#233;p&#234;chent un &#233;missaire &#224; la mairie du IIe, o&#249; si&#233;geait le gros des maires et, apprenant qu'ils ne seront pas secourus, c&#232;dent. La mairie est abandonn&#233;e au Comit&#233; central, et on convient que les &#233;lections auront lieu le 30. Puis, c&#244;te &#224; c&#244;te, sympathisant, les magistrats municipaux du Ier gagnent, avec Brunel et ses co-d&#233;l&#233;gu&#233;s, la mairie de la Banque pour y apporter la nouvelle de la convention conclue, les canons toujours suivant. Les gardes nationaux de l'ordre voyant amis et ennemis s'avancer ensemble r&#233;concili&#233;s et fraternisant, laissent passer. Voil&#224; Brunel chez les maires. La discussion alors recommence. Sch&#339;lcher, Dubail ne veulent pas en d&#233;mordre : les &#233;lections au 3 avril, comme l'a sembl&#233; indiquer Picard, au nom du gouvernement ; le commandant en chef de la garde nationale &#233;lu au suffrage &#224; deux degr&#233;s ou rien. Mais les autres maires et adjoints protestent. Ils sont las, soucieux avant tout d'emp&#234;cher l'effusion du sang. Eux aussi se rallient, forcent l'obstruction des derniers opposants. Tout le monde tombe d'accord que les &#233;lections municipales se produiront le 30 et que, d'ici cette date, les maires r&#233;int&#233;greront leur mairie respective. Dans la rue, sur les boulevards, gardes nationaux de l'ordre et gardes nationaux du Comit&#233; central l&#232;vent la crosse en l'air, s'embrassent. On pare de rameaux verts les canons, les gamins les chevauchent. C'est la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette r&#233;conciliation il n'y avait qu'un inconv&#233;nient, &#224; savoir que Brunel et ses co-d&#233;l&#233;gu&#233;s avaient outrepass&#233; le mandat dont le Comit&#233; central les avait nantis. Le Comit&#233; maintint donc la date du 6 pour les &#233;lections. Il &#233;tait urgent, en effet, que celles-ci s'accomplissent dans le plus bref d&#233;lai, le gouvernement de Versailles ayant, par ses men&#233;es, d&#233;sorganis&#233; tous les services municipaux : octrois, voirie et le reste, sans parler des postes, et ces services devant &#234;tre reconstitu&#233;s au plus t&#244;t, si l'on ne voulait pas perturber gravement et pour longtemps la vie mat&#233;rielle de Paris. Ranvier et Arnold vinrent le soir &#224; la r&#233;union des maires porter l'ultimatum du Comit&#233; et se retir&#232;rent sans avoir pu convaincre leurs antagonistes. La conciliation &#233;tait une fois de plus &#224; vau-l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, des &#233;v&#233;nements aussi graves se produisaient &#224; Versailles. L'Assembl&#233;e nationale, poursuivant son &#339;uvre de guerre civile, &#233;tendait les pouvoirs de la Pr&#233;fecture de police &#224; un certain nombre de communes de la Seine-et-Oise. Comme pour se moquer, statuant ensuite sur la proposition Milli&#232;re d&#233;pos&#233;e quelques jours auparavant, elle prorogeait ridiculement d'un mois l'&#233;ch&#233;ance des effets de commerce, alors que, raisonnablement, il aurait fallu accorder aux commer&#231;ants des d&#233;lais d'un an, de deux ans, de trois ans m&#234;me pour les soustraire &#224; la faillite mena&#231;ante. Mais ce n'&#233;tait l&#224; encore que broutilles. L'incident d&#233;cisif devait se produire &#224; la s&#233;ance de nuit. D&#232;s qu'avait &#233;t&#233; connue l'&#233;nigmatique proclamation de l'amiral Saissel, dont nous avons parl&#233; tout &#224; l'heure, une &#233;motion intense avait saisi l'Assembl&#233;e. Les fables les plus &#233;tranges circulaient. Les ruraux allaient jusqu'&#224; croire ou feignaient de croire que Saisset et, derri&#232;re lui Thiers en personne, pactisaient avec l'&#233;meute, m&#233;ditaient de s'appuyer sur Paris r&#233;volt&#233; contre l'Assembl&#233;e monarchiste. Suppositions franchement insens&#233;es ! Mais la peur et la haine raisonnent-elles ? Des conciliabules avaient &#233;t&#233; tenus entre les chefs de la droite. Les meneurs, d&#233;rid&#233;s &#224; tout risquer, avaient r&#233;solu, disait-on, de d&#233;barquer Thiers, de le mettre en accusation et d'appeler au commandement supr&#234;me de l'arm&#233;e, pour &#233;craser Paris, la R&#233;volution et la R&#233;publique, un d'Orl&#233;ans : Joinville ou d'Aumale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces passions grondaient et le complot se pr&#233;cisait quand d&#233;buta la s&#233;ance de nuit. &#192; l'ouverture, le pr&#233;sident de la Commission charg&#233;e de rapporter sur la proposition d'Arnaud de l'Ari&#232;ge, dont on conna&#238;t l'objet, circonvenu apparemment par Thiers, pria en phrases ambigu&#235;s les auteurs de la proposition de la retirer, la discussion &#233;tant pleine de danger. Les signataires h&#233;sitent. Thiers prend la parole. On croit qu'il va dissiper les obscurit&#233;s, dire la situation. Point. &#171; Si vous &#234;tes une Assembl&#233;e vraiment politique, d&#233;clare-t-il, je vous adjure de voter comme le propose la Commission et de ne pas vouloir des &#233;claircissements, qui, dans ce moment-ci, seraient tr&#232;s dangereux. Une parole malheureuse, dite sans mauvaise intention, peut faire couler des torrents de sang&#8230; Si la discussion s'engage, pour le malheur du pays, vous verrez que ce n'est pas nous qui avons int&#233;r&#234;t &#224; nous taire &#187;. Sur ce, au milieu de la stup&#233;faction g&#233;n&#233;rale et de l'&#233;moi, le pr&#233;sident Gr&#233;vy l&#232;ve la s&#233;ance, qui n'avait pas dur&#233; dix minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vrai coup de ma&#238;tre. Thiers, d'une part, &#233;touffait dans l'&#339;uf le complot qui le mena&#231;ait : il se laissait le temps de n&#233;gocier avec certains des conjur&#233;s, de les ramener. D'autre part &#8212; et c'&#233;tait l'essentiel &#8212; il emp&#234;chait la majorit&#233; de prononcer au cours de la discussion des paroles irr&#233;parables, de prendre des r&#233;solutions forcen&#233;es et brutales qui, connues le lendemain &#224; Paris, auraient d&#233;finitivement jet&#233; dans les bras du Comit&#233; central toute la bourgeoisie r&#233;publicaine, entra&#238;n&#233; la presse lib&#233;rale qui, d&#233;j&#224; en partie, d&#233;sarmait et auraient en France accentu&#233; le mouvement de sympathie qui, &#224; Lyon, &#224; Marseille, dans toutes les grandes villes se dessinait en faveur de la r&#233;volution parisienne. Thiers, en &#233;vitant &#224; l'Assembl&#233;e de s'affirmer violemment monarchiste, assoiff&#233;e de sang et de carnage, interdisait &#224; Paris de reconstituer, au pied des urnes, son unit&#233; morale, sous l'&#233;gide de la R&#233;publique et pour sa d&#233;fense, et &#224; la France r&#233;publicaine de marcher &#224; son secours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le Machiavel bourgeois ne devait r&#233;ussir qu'&#224; demi. Une partie des effets qu'il souhaitait conjurer se r&#233;alisa quand m&#234;me. Les &#233;tranges incidents dont l'Assembl&#233;e nationale avait &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre, sus le lendemain matin &#224; la r&#233;union des maires par le rapport des d&#233;put&#233;s arriv&#233;s de Versailles, produisirent un revirement subit. Les mitrailleuses introduites de nuit dans les mairies par les enrag&#233;s de la r&#233;sistance, les Dubail, les H&#233;ligon et consorts rest&#232;rent inutilis&#233;es. Le Comit&#233; central avait fait d&#232;s la premi&#232;re heure afficher une proclamation nouvelle o&#249; il disait : &#171; Entra&#238;n&#233;s par notre ardent d&#233;sir de conciliation, heureux de r&#233;aliser cette fusion, but incessant de nos efforts, nous avons loyalement ouvert, &#224; ceux qui nous combattaient, une main fraternelle. Mais la continuit&#233; de certaines man&#339;uvres, et notamment le transfert nocturne de mitrailleuses &#224; la mairie du IIe arrondissement, nous obligent &#224; maintenir notre r&#233;solution premi&#232;re. Le vote aura lieu dimanche, 26 mars. Si nous nous sommes m&#233;pris sur la pens&#233;e de nos adversaires, nous les invitons &#224; nous le t&#233;moigner en s'unissant &#224; nous dans le vote commun de dimanche &#187;. Cantonn&#233;s sur ce terrain, les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233;, Arnold et Ranvier, revenus &#224; la r&#233;union des maires, emportaient les derni&#232;res oppositions. Une convention fut sign&#233;e, qui mettait fin au conflit, d&#233;cidait d'un commun accord les &#233;lections pour le 26, comme l'avait voulu le Comit&#233; central et r&#233;int&#233;grait les maires en leurs mairies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la journ&#233;e, la population &#233;tait mise au courant du pacte. Ici cependant un incident encore. Deux affiches annon&#231;aient la nouvelle : l'une du Comit&#233; central, l'autre des d&#233;put&#233;s et maires, de textes l&#233;g&#232;rement diff&#233;rents. L'affiche du Comit&#233; central disait : &#171; Le Comit&#233; central f&#233;d&#233;ral de la garde nationale, auquel se sont ralli&#233;s les d&#233;put&#233;s de Paris, les maires et adjoints &#233;lus, r&#233;int&#233;gr&#233;s dans leurs arrondissements, convaincus que le seul moyen d'&#233;viter la guerre civile, l'effusion du sang &#224; Paris et, en m&#234;me temps d'affermir la R&#233;publique est de proc&#233;der &#224; des &#233;lections imm&#233;diates, convoquent, pour demain dimanche, tous les citoyens dans les coll&#232;ges &#233;lectoraux &#187;. L'affiche des maires corrigeait : &#171; Les d&#233;put&#233;s de Paris, les maires et les adjoints &#233;lus, r&#233;int&#233;gr&#233;s dans les mairies de leurs arrondissements et les membres du Comit&#233; central f&#233;d&#233;ral de la garde nationale convaincus (le reste comme pr&#233;c&#233;demment) &#187;. Mis&#233;rable querelle de mots qui, jusqu'&#224; la fin, trahissait le mauvais vouloir des magistrats municipaux qui ne pardonnaient pas &#224; leurs trop g&#233;n&#233;reux vainqueurs de leur avoir un tant soit peu forc&#233; la main. Mais autant en emporta le vent. La population ne prit pas garde &#224; ces chicanes. Elle ne prenait pas garde non plus que sur quarante d&#233;put&#233;s, six seulement avaient sign&#233;, sept maires sur dix-neuf, trente-deux adjoints sur soixante-seize. Toute &#224; la joie d'une entente qu'elle croyait sinc&#232;re, d'une concorde qu'elle jugeait indestructible, elle allait se porter en masse le lendemain aux urnes pour y faire acte de souverainet&#233;, affirmer, en en usant, ses droits municipaux conquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me instant, il est vrai, par un ph&#233;nom&#232;ne naturel, Versailles recouvrait son unit&#233;. L&#233;gitimistes et orl&#233;anistes se serraient avec les faux r&#233;publicains autour de Thiers, flairant en lui le veneur qui les m&#232;nerait le plus s&#251;rement &#224; la cur&#233;e chaude. Arnaud de l'Ari&#232;ge retirait son projet de concessions devenu sans objet. Louis Blanc, &#224; la s&#233;ance du soir, essayait sans passion d'obtenir une satisfecit pour les maires, mais n'insistait gu&#232;re devant la d&#233;cision de l'Assembl&#233;e qui renvoyait &#224; la Commission d'Initiative parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le satisfecit, les maires complices l'avaient obtenu d&#233;j&#224; de Thiers qui, au cours de cette journ&#233;e m&#234;me, disait &#224; Tirard, son confident : &#171; Ne continuez pas une r&#233;sistance inutile. Je suis en train de r&#233;organiser l'arm&#233;e. J'esp&#232;re qu'avant quinze jours ou trois semaines, nous aurons une force suffisante pour d&#233;livrer Paris &#187;. Ce qui permettait &#224; Tirard, rentr&#233; le soir dans la capitale, d'y aller aussi de sa petite affiche, invitant les &#233;lecteurs &#224; voter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thiers connaissait son Tirard et il connaissait aussi ses maires. Au fond, la man&#339;uvre des municipaux n'avait servi qu'&#224; ceci : d&#233;tourner le Comit&#233; central de la voie r&#233;volutionnaire, l'amuser aux bagatelles de la porte et ainsi permettre &#224; Versailles de reconstituer l'arm&#233;e qui allait reprendre Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, devant la Commission d'Enqu&#234;te, plus tard, les maires se sont faits &#224; l'envi plus noirs, plus sc&#233;l&#233;rats, plus immondes qu'ils n'avaient &#233;t&#233;. Ils se sont vant&#233;s apr&#232;s coup, pour obtenir pardon de la r&#233;action, m&#233;nager leur situation et leur avenir, en prenant figure d'hommes d'ordre, en ne permettant pas qu'on les confondit avec la vile multitude, la tourbe impure que les soldats de Mac-Mahon venaient d'&#233;gorger. Parmi les maires, s'il y en avait de franchement mauvais, il s'en trouvait de passables ; il s'en trouvait m&#234;me de bons. En gros m&#234;me ils &#233;taient r&#233;publicains, et il est s&#251;r qu'au moment o&#249; se d&#233;roulaient les &#233;v&#233;nements entre &#171; l'anarchie &#224; Paris et la monarchie &#224; Versailles &#187;, ils pouvaient h&#233;siter et h&#233;sit&#232;rent. Certains, beaucoup peut-&#234;tre, travaill&#232;rent de bon c&#339;ur &#224; une r&#233;conciliation qu'ils estimaient possible. Il n'en est pas moins vrai que pour avoir cherch&#233;, au moment de la reddition des comptes et produit la m&#234;me excuse, comme s'ils se fussent donn&#233; le mot, pour avoir tous, ou presque tous, affirm&#233; qu'en somme ils avaient dup&#233; Paris et sauv&#233; Versailles, il fallait que cette affirmation fut fond&#233;e dans les faits, sinon dans leurs intentions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoutez les, les uns apr&#232;s les autres : que disent-ils ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Desmarets, maire du IXe : &#171; Quant &#224; moi, je ne d&#233;sertais pas Paris. Je croyais mieux de rester expos&#233; au p&#233;ril pour donner le temps au gouvernement de Versailles de s'armer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Favre, maire du XVIIe : &#171; Nous avons &#233;t&#233; pendant huit jours, les derniers, la seule barricade &#233;lev&#233;e entre l'insurrection et le gouvernement r&#233;gulier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vautrain, maire du IVe : &#171; Si l'insurrection, au lieu d'&#234;tre retenue &#224; Paris par les &#233;lections, &#233;tait venue &#224; Versailles, dites-moi ce que f&#251;t devenue la France ?&#8230; Eh bien ! Messieurs, j'ai la confiance que les huit jours que vous ont fait obtenir les &#233;lections ont &#233;t&#233; le salut de la France&#8230; Il y a eu trois jours de perdus par ces gens-l&#224; (le Comit&#233; central), gr&#226;ce aux &#233;lections ; il y a eu trois autres jours perdus pour la constitution de leur Conseil, et l'attaque du mont Val&#233;rien n'a eu lieu que le 2 avril. Nous avons donc fait gagner, mes coll&#232;gues et moi, huit jours de plus. Nous &#233;tions bien en mauvaise compagnie, en pr&#233;sence de certains noms : mais, quand on a un devoir &#224; remplir, il faut passer sur toutes ces consid&#233;rations&#8230; J'ai sign&#233; par consid&#233;ration politique et je ferai encore de m&#234;me, et, en le faisant, je crois que je vous ai sauv&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tirard, maire du IIe et d&#233;put&#233; : &#171; Je dois vous dire, Messieurs, que le but principal que nous avons tous poursuivi par cette r&#233;sistance &#233;tait d'emp&#234;cher les f&#233;d&#233;r&#233;s de marcher sur Versailles. Je suis persuad&#233;, en effet, que si, le 19 et le 20 mars, les bataillons f&#233;d&#233;r&#233;s fussent partis par la route de Ch&#224;tillon, Versailles aurait couru les plus grands p&#233;rils, et j'estime que notre r&#233;sistance de quelques jours a permis au gouvernement d'organiser la d&#233;fense &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sch&#339;lcher, d&#233;put&#233; de la Seine : &#171; Quant &#224; ma conduite, elle a pr&#233;cis&#233;ment consist&#233; &#224; tenter des transactions, en attendant qu'on fut en &#233;tat de r&#233;sister. J'ai travaill&#233; pour mon compte &#224; organiser la r&#233;sistance, sous les ordres de l'amiral (Saisset) bien entendu, et si j'ai donn&#233; ma voix &#224; la transaction qui a eu lieu, c'&#233;tait pour gagner du temps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et brodant sur le tout, la d&#233;claration de l'amiral Saisset, lui aussi d&#233;put&#233; de la Seine et qui, commandant en chef de la garde nationale par la gr&#226;ce de Thiers, avait pu juger les maires &#224; l'&#339;uvre : &#171; Soyez-en convaincus, M. Thiers &#233;tait bien r&#233;solu &#224; ne donner son adh&#233;sion &#224; aucun point ; mais, apr&#232;s la retraite de l'arm&#233;e, nous &#233;tions tous sur un volcan et il fallait bien qu'on t&#226;ch&#226;t de sauver la maison&#8230; Quand les braves gens comme Tirard, comme Desmarets venaient lui dire : &#171; C&#233;dons cela ; on le reprendra apr&#232;s &#187;, M. Thiers t&#226;chait de favoriser dans la mesure du possible, la bonne volont&#233; de ces Messieurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareils t&#233;moignages, pareilles affirmations jaugent et jugent des hommes ; elles marquent et stigmatisent une politique. Oui, c'est exact : la partie fut irr&#233;m&#233;diablement compromise pour la r&#233;volution, parce qu'au 19 mars, le Comit&#233; Central n'osa pas, parce qu'englu&#233; dans des n&#233;gociations avec les maires, il parlementa quand il fallait combattre, marcher de l'avant. Les maires, ceux-ci consciemment, d'autres sans le vouloir, ont sauv&#233; Versailles ; ils sont complices dans l'assassinat de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'anticipons pas sur les faits. Nous ne sommes pas encore &#224; la tomb&#233;e du jour sinistre et sanglante ; nous sommes au matin joyeux de la d&#233;livrance. C'est demain que Paris nomme sa Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA COMMUNE &#201;LUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'aveu de toute la presse, m&#234;me la r&#233;actionnaire, les op&#233;rations &#233;lectorales s'accomplirent avec la plus parfaite r&#233;gularit&#233;, sans violences ni troubles d'aucune sorte. Au faubourg Saint-Antoine, les travailleurs se rendirent aux urnes par groupes de cinq &#224; six cents, drapeau rouge en t&#234;te, et aux cris de : &#171; Vive la R&#233;publique ! Vive la Commune ! &#187; Ce fut la seule manifestation notable de la journ&#233;e. Dans la plupart des sections, les dispositions pr&#233;paratoires au scrutin avaient &#233;t&#233; prises par des d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; central, les maires continuant &#224; bouder et persistant dans une obstruction hypocrite et sournoise, l&#224; surtout o&#249; ils n'escomptaient pas une majorit&#233; pour leurs candidats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les votants, &#224; tout prendre, furent nombreux, tr&#232;s nombreux ; aussi nombreux qu'ils l'avaient &#233;t&#233; aux &#233;lections des maires, le 5 novembre 1870 ; plus nombreux qu'aux &#233;lections des adjoints qui suivirent de quelques jours celles des maires. Sur un chiffre total de 485.569 inscrits, il y eut 229.167 votants. Pourtant la r&#233;action souligna de suite, et elle n'a pas cess&#233; depuis de souligner complaisamment le chiffre des abstentionnistes, 258.803. &#192; premi&#232;re vue, en effet, ce chiffre appara&#238;t &#233;lev&#233;. Mais il faut noter que les listes &#233;lectorales dont on usa dataient du pl&#233;biscite de mai 1870, et que d'innombrables modifications s'&#233;taient produites depuis une ann&#233;e &#8212; et quelle ann&#233;e ! &#8212; dans la composition du corps &#233;lectoral. D'autre part, il est av&#233;r&#233; que, sit&#244;t apr&#232;s la capitulation, d&#232;s les communications r&#233;tablies avec la province, des Parisiens, en masse, avaient quitt&#233; leur ville et n'y &#233;taient pas revenus : 60.000, disent les uns ; 80.000, disent les autres. Thiers, dans sa d&#233;position &#224; la Commission d'enqu&#234;te, porte m&#234;me le chiffre &#224; 100.000. Ainsi s'explique math&#233;matiquement l'&#233;cart entre le chiffre des votants au 8 f&#233;vrier : 328.970, et celui des votants au 26 mars : 229.167. D'autre part, les abstentions se produisirent surtout dans les quartiers bourgeois, les quartiers du centre, o&#249; l'exode que nous venons de signaler se doublait d'un second exode, celui des francs-fileurs r&#233;actionnaires et thi&#233;ristes qui, depuis huit jours, gagnaient sans discontinuer Versailles. La v&#233;rit&#233; est donc bien que l'on vota beaucoup, principalement dans les arrondissements ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque partout deux listes se trouv&#232;rent en pr&#233;sence : la liste des maires, et la liste des Conseils de l&#233;gion et des Comit&#233;s d'arrondissement. Le Comit&#233; central s'abstint religieusement de toute pression, de toute man&#339;uvre. Il s'&#233;tait born&#233; &#224; prendre, comme nous l'avons mentionn&#233;, les dispositions mat&#233;rielles pour assurer le fonctionnement du scrutin et &#224; adresser, en guise d'adieu &#224; la population, un appel o&#249; il invitait les &#233;lecteurs &#224; choisir, en dehors des ambitieux, des parleurs et des trop fortun&#233;s, des hommes pris parmi eux, vivant de leur propre vie, souffrant des m&#234;mes maux. La veille, il est vrai, les deux d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; central &#224; l'int&#233;rieur, Antoine Arnaud et Ed. Vaillant, avaient pr&#233;cis&#233;, en un document plus &#233;tendu, le sens des &#233;lections qui allaient se produire et leur port&#233;e. Mais ce document sobre, direct et concret, n'&#233;tait encore qu'un historique. Il relatait les faits, envisageait les probl&#232;mes pos&#233;s par la situation, se bornant &#224; affirmer que les questions d'&#233;ch&#233;ance et de loyer ne pouvaient &#234;tre r&#233;gl&#233;es que par les repr&#233;sentants de la Ville, soutenus par leurs concitoyens toujours appel&#233;s, toujours entendus. De m&#234;me la question de la solde : &#171; Il y a, disait la note, une p&#233;riode de transition dont on doit tenir compte, une solution qui doit &#234;tre cherch&#233;e de bonne foi, un devoir de cr&#233;dit au travail qui arrachera le travailleur &#224; une mis&#232;re imm&#233;diate et lui permettra d'arriver rapidement &#224; son &#233;mancipation d&#233;finitive. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul, le Comit&#233; central des vingt arrondissements, qui ne rappelait du reste qu'assez vaguement le Comit&#233; de m&#234;me nom qui avait agi sous le si&#232;ge, en raison de l'infiltration des &#171; Internationaux &#187; qui s'y &#233;tait produite, publia, sous les signatures de Pierre Denis, Dupas, Lefran&#231;ais, Rouiller et Jules Vall&#232;s, un programme, au sens ordinaire du mot, interpr&#233;tant les revendications du prol&#233;tariat parisien et tra&#231;ant l'&#339;uvre &#224; accomplir par la nouvelle Assembl&#233;e. Ce programme portait distinctement l'estampille proudhonienne et refl&#233;tait non moins les tendances f&#233;d&#233;ralistes qui devaient s'accuser &#224; la Commune elle-m&#234;me, en opposition au point de vue centraliste des Jacobins et des Blanquistes, et aussi, peut-on dire, en contradiction avec les n&#233;cessit&#233;s imp&#233;rieuses du moment. Ces consid&#233;rations en justifient une br&#232;ve analyse. &#171; La Commune, disait donc le document, est la base de tout &#233;tat politique, comme la famille est l'embryon des soci&#233;t&#233;s. Elle doit &#234;tre autonome, c'est-&#224;-dire se gouverner, s'administrer elle-m&#234;me, suivant son g&#233;nie particulier, ses traditions, ses besoins&#8230; Pour s'assurer le d&#233;veloppement &#233;conomique le plus large, l'ind&#233;pendance nationale et territoriale, elle peut et doit s'associer, c'est-&#224;-dire se f&#233;d&#233;rer avec toutes les autres communes ou associations de communes qui composent la nation&#8230; L'autonomie de la commune garantit au citoyen la libert&#233;, l'ordre &#224; la cit&#233;, et la f&#233;d&#233;ration de toutes les communes augmente, par la r&#233;ciprocit&#233;, la force, la richesse, les d&#233;bouch&#233;s et les ressources de chacune d'elles. &#187; Suivait l'&#233;num&#233;ration des garanties politiques : R&#233;publique ; libert&#233; de parole, de presse, de r&#233;union, d'association ; souverainet&#233; du suffrage universel ; &#233;ligibilit&#233;, responsabilit&#233; et r&#233;vocabilit&#233; de tous les magistrats et fonctionnaires. Pour Paris, et de suite : suppression de la pr&#233;fecture de police ; suppression de l'arm&#233;e permanente ; autonomie de sa garde nationale ; libre disposition de son budget, sous r&#233;serve de sa part de contribution dans les d&#233;penses g&#233;n&#233;rales ; suppression du budget des cultes ; enseignement la&#239;que int&#233;gral et professionnel. Au point de vue plus strictement &#233;conomique et social : organisation d'un syst&#232;me d'assurance communal contre tous les risques sociaux, compris le ch&#244;mage et la faillite ; recherche incessante et assidue des moyens les plus propres &#224; fournir au producteur le capital, l'instrument de travail, les d&#233;bouch&#233;s et le cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; dire vrai, il ne para&#238;t pas que ces d&#233;clarations, manifestes ou programmes aient influ&#233; profond&#233;ment sur les r&#233;sultats du scrutin. La bataille, d&#232;s cette heure, n'&#233;tait pas &#8212; et la population le sentait au moins confus&#233;ment &#8212; autour des formules ; elle se r&#233;sumait toute enti&#232;re dans ce dilemme : avec ou contre Versailles, pour ou contre la R&#233;publique, Paris et la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les arrondissements, sauf dans les Ier, IIe IXe et XVIe, o&#249; remport&#232;rent en totalit&#233; ou en partie les candidats des maires, la population nomma, &#224; de fortes majorit&#233;s, dans la plupart des cas, les candidats recommand&#233;s par les Conseils de L&#233;gion et les Comit&#233;s d'arrondissement. Tout compte fait, le parti des maires, le parti thi&#233;riste, si l'on veut, compta 15 &#233;lus : Ad. Adam, Barr&#233;, M&#233;line, Rochard, Brelay, Ch&#233;ron, Loiseau-Pinson, Tirard, Desmarets, Em. Ferry, Nast, A. Leroy, Ch. Murat, de Bouteiller et Marmottan, Six &#233;lus : Fruneau, Goupil, A. Lef&#232;vre, Ulysse Parent, Ranc et Robinet repr&#233;sentaient, tiers-parti de fa&#231;ade, ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; et allait surtout devenir le parti gambettiste. Le restant, la tr&#232;s grosse majorit&#233;, comme l'on voit, 65 membres, en tenant compte des doubles &#233;lections, relevaient &#224; des titres divers des partis de socialisme et de r&#233;volution. Dix-sept de ces &#233;lus appartenaient, nominalement au moins, &#224; l'Internationale : Assi, Avrial, Beslay, Chalain, Cl&#233;mence, Victor Cl&#233;ment, Dereure, Duval, Fraenkel, Eug&#232;ne G&#233;rardin, Langevin, Lefran&#231;ais, Malon, Pindy, Theisz, Vaillant et Varlin. Les blanquistes &#233;taient au nombre de huit : Blanqui d'abord, mais qui emprisonn&#233;, ne devait pas para&#238;tre &#224; la Commune, Chardon, Duval, membre aussi de l'Internationale, Eudes, Th. Ferr&#233;, Protot, Raoul Rigault et Tridon. Le Comit&#233; central, en plus de Duval et de Eudes, faisait p&#233;n&#233;trer dans l'Assembl&#233;e communale onze des siens : Antoine Arnaud, Babick, Bergeret, Billioray, Blanchet, Brunel, Clovis Dupont, G&#233;resme, Henry Fortun&#233;, Jourde, Mortier et Ranvier. Les autres &#233;taient des journalistes d'avant-garde ou des militants de la classe ouvri&#232;re que leur lutte contre l'Empire ou leur action dans les clubs au cours du si&#232;ge avaient mis en &#233;vidence : Allix, Amouroux, Arthur Arnould, Champy, Em. Cl&#233;ment, J. B. Cl&#233;ment, Cournel, Delescluze, Demay, Descamps, Flourens, Gambon, Ch. G&#233;rardin, Paschal Grousset, Ledroit, Martelet, L&#233;o Meillet, Miot, Ostyn, Oudel, Parisel, F&#233;lix Pyat, Puget, Rastoul, Reg&#232;re, Urbain, Jules Vall&#232;s, Verdure et Vermorel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette classification, donn&#233;e seulement pour projeter quelque lumi&#232;re dans l'emm&#234;lement et la confusion des choses. Il ne faudrait pas, en effet, trop rechercher ici les analogies, s'attarder &#224; des rapprochements qui, probablement, ne seraient pas de mise. Les partis, qui venaient de se mesurer au scrutin, &#233;taient &#224; la fois davantage et moins des partis de classe que les partis contemporains : moins parce que les concepts th&#233;oriques ne sont pas alors aussi pr&#233;cis qu'ils le deviendront ; davantage parce que la situation g&#233;n&#233;rale plus tendue contraint les antagonistes, malgr&#233; la fi&#232;vre patriotique et l'&#233;quivoque r&#233;publicaine, &#224; &#234;tre chacun de son camp, &#224; rompre avec les apparences et les syst&#232;mes pour ne plus sentir que les r&#233;alit&#233;s et les int&#233;r&#234;ts. La preuve en est que de ces partis, le premier et le deuxi&#232;me n'allaient pas tarder &#224; s'&#233;liminer spontan&#233;ment et le premier, m&#234;me, &#224; passer cyniquement de l'autre c&#244;t&#233; de la barricade, sous les fanions de Versailles. Seule &#224; la Commune devait rester la majorit&#233; et c'est au sein de cette majorit&#233; que des scissions se produiront et que des clans rivaux se formeront et s'opposeront. Si la Commune a pour son malheur une histoire parlementaire, c'est &#224; ce fractionnement nouveau qu'elle en sera redevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des maintenant, il est donc permis de laisser de c&#244;t&#233; la minorit&#233; et de ne consid&#233;rer que la majorit&#233; qui est d&#233;j&#224;, qui sera, en tout cas, demain toute la Commune. Cette majorit&#233;, elle est, &#224; n'en pas douter, la tr&#232;s exacte image du Paris ouvrier et r&#233;volutionnaire du temps. Fid&#232;lement, elle en refl&#232;te les opinions ou mieux les impressions et les sentiments dans leur complexit&#233; heurt&#233;e et mouvante. Composite, h&#233;t&#233;rog&#232;ne au premier chef, elle se pr&#233;sente faite d'&#233;l&#233;ments ne poss&#233;dant aucun fonds de pens&#233;e commun, s'ignorant, quand ils ne se m&#233;connaissent pas, et sans attache, sans coh&#233;sion, n'ayant d'autre lien que la haine de Versailles, de l'Assembl&#233;e de ruraux qui, sit&#244;t n&#233;e, a d&#233;clar&#233; la guerre &#224; Paris et &#224; laquelle Paris doit tenir t&#234;te, s'il veut vivre. Le r&#234;ve de la Corderie n'a pu prendre corps. Ce n'est pas l&#224; et ce ne sera pas la Commune insurrectionnelle que les ardents du si&#232;ge avaient voulu dresser, en lui insufflant, avec l'unit&#233; de pens&#233;e et d'action, le sentiment r&#233;volutionnaire si vif et si ferme dont ils &#233;taient eux-m&#234;mes embras&#233;s. L'appellation s'y trouve ; l'esprit non. Bien que le Comit&#233; central n'ait fait p&#233;n&#233;trer qu'une quinzaine de ses affili&#233;s dans l'assembl&#233;e nouvelle, la Commune pseudo-l&#233;gale, la Commune &#233;lue est sienne pourtant ; elle est de sa lign&#233;e, son h&#233;riti&#232;re et sa fille. Par avance, il l'a marqu&#233;e au sceau de son ind&#233;cision et de son impuissance ; il lui a trac&#233; sa voie incertaine, impos&#233; son destin pr&#233;caire. Elle n'&#233;chappera pas &#224; cette pr&#233;d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle quelle cependant, cette Commune, Paris l'aima, se laissa s&#233;duire, crut et esp&#233;ra en elle ardemment, passionn&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'il n'en pouvait sentir alors l'impuissance et la d&#233;bilit&#233;. Il n'en percevait que les aspects g&#233;n&#233;reux, attirants et sympathiques. Il voyait l&#224; par lui appel&#233;s, par lui rassembl&#233;s et solidaris&#233;s, tous ceux qui avaient le plus &#226;prement lutt&#233; et le plus cruellement souffert sous les r&#233;gimes ant&#233;rieurs. Bien peu parmi ces &#233;lus qui n'eussent pas pay&#233; de leur personne, qui n'eussent pas &#233;t&#233; condamn&#233;s, frapp&#233;s sans piti&#233; par la justice de Louis-Philippe, de Napol&#233;on, de la &#171; D&#233;fense &#187;, qui n'eussent pas &#233;t&#233; tra&#238;n&#233;s devant les tribunaux de la Bourgeoisie r&#233;gnante, incarc&#233;r&#233;s dans ces ge&#244;les, enfouis dans ses bagnes et ses cachots. &#192; eux tous, ces hommes repr&#233;sentaient certainement plusieurs si&#232;cles d'embastionnement, de d&#233;portation et d'exil. Blanqui en comptait d&#233;j&#224; pour sa seule part vingt-huit ann&#233;es, Delescluse dix-neuf, F&#233;lix Pvyat &#224; peu pr&#232;s autant, Gambon, Miot, Allix huit ou dix ann&#233;es chacun. Emprisonn&#233;s aussi pendant des mois et des mois les publicistes d'avant-garde. Cournet, du R&#233;veil, dix fois condamn&#233; : Vermorel, du Courrier Fran&#231;ais, h&#244;te presque constant de Sainte-P&#233;lagie durant la derni&#232;re p&#233;riode de l'Empire ; Flourens, de la Marseillaise ; Jules Vall&#232;s, Razoua, Paschal Grousset ; et les orateurs de clubs qui parlaient leurs articles et leurs pol&#233;miques au lieu de les &#233;crire : Lefran&#231;ais, Demay, Amouroux, J.-B. Cl&#233;ment, et les blanquistes sans r&#233;pit traqu&#233;s, poursuivis comme leur ma&#238;tre : Eudes, condamn&#233; &#224; mort &#224; la suite de l'&#233;chauffour&#233;e de La Villette et sauv&#233; par la R&#233;volution du 4 Septembre ; Tridon, passant d&#232;s 1865 de la prison &#224; l'exil et de l'exil &#224; la prison : Duval, Raoul Rigault, Th. Ferr&#233;, et les membres de la courageuse phalange de l'Internationale : Varlin, Malon, Theisz, Fr&#339;nckel, Avrial, E. G&#233;rardin, Langevin, &#224; trois reprises poursuivis et frapp&#233;s pour association ill&#233;gale et impliqu&#233;s en tout ou en partie dans tous les proc&#232;s m&#233;morables de l'&#233;poque, avec Assi &#224; la suite des gr&#232;ves du Creuzot, avec Chalin, Dereure, dix autres dans le grand proc&#232;s policier de Blois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais trop de martyre lasse parfois. Ces hommes n'&#233;taient pas que des pers&#233;cut&#233;s ; ils ne symbolisaient pas que les humiliations, les souffrances endur&#233;es vingt ans par tout un parti, par toute une classe. Ils &#233;taient des lutteurs, non moins. S'ils avaient re&#231;u des coups, ils en avaient port&#233;. Pol&#233;mistes de presse ou orateurs de club, ils avaient &#233;t&#233; le verbe enflamm&#233; et vengeur des faubourgs en agitation incessante d&#233;shabillant, fustigeant publiquement la camarilla imp&#233;riale, d&#233;masquant d'aventure les r&#233;publicains bourgeois qui s'essayaient d&#232;s lors au jeu opportuniste, d&#233;non&#231;ant, stigmatisant les tares du r&#233;gime politique et, par de l&#224; celles-ci, les tares de la soci&#233;t&#233; m&#234;me, son iniquit&#233; &#233;conomique essentielle et fondamentale. Organisateurs et conspirateurs, ils avaient travaill&#233; et abouti dans une large mesure, ceux de l'Internationale et ceux de l'entourage de Blanqui, &#224; grouper, &#224; coaliser dans des comit&#233;s secrets ou d&#233;j&#224; en de plus vastes soci&#233;t&#233;s de propagande et de r&#233;sistance constitu&#233;es &#224; ciel ouvert, une classe ouvri&#232;re autonome agissant, man&#339;uvrant, &#233;voluant pour soi en vue de son double affranchissement politique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par dessus tout, et &#224; cet &#233;gard l'&#233;preuve fut d&#233;cisive, ils &#233;taient de braves gens, droits, honn&#234;tes, loyaux, convaincus, d'un niveau moral infiniment sup&#233;rieur &#224; celui des dirigeants qui les avaient pr&#233;c&#233;d&#233;s au pouvoir ou qui les y suivirent. D&#233;falcation faite de deux ou trois individualit&#233;s suspectes, dont deux d&#233;masqu&#233;es et ex&#233;cut&#233;es en cours de mandat et de quatre ou cinq excentriques et agit&#233;s, tant bourgeois qu'ouvriers, chez qui dominait un personnalisme aigu, celui-ci se grisant &#224; sa prose romantique, cet autre &#224; ses galons tout neufs et haut &#233;tag&#233;s, l'honneur, la probit&#233;, la sinc&#233;rit&#233;, la bonne foi furent leur loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout cela, les travailleurs parisiens eurent l'imm&#233;diate intuition et, d'un grand &#233;lan, ils se r&#233;unirent &#224; ces hommes, leur firent confiance et cr&#233;dit. Apr&#232;s les d&#233;sesp&#233;rances et les affres du si&#232;ge, les palinodies honteuses de la d&#233;fense, les tentatives avort&#233;es du coup d'&#201;tat, ils crurent avoir trouv&#233; dans ces prol&#233;taires sortis de leurs rangs, dans ces petits bourgeois combattant depuis des ann&#233;es leur combat, ceux qui leur feraient la vie plus supportable et meilleure, qui panseraient leurs blessures, consoleraient leur deuil et dresseraient pour eux, pour la France, pour le monde, contre tous les ruraux et les r&#233;acteurs ligu&#233;s, contre Thiers et contre Bismarck, la grande R&#233;publique g&#233;n&#233;ratrice de progr&#232;s ind&#233;finis, m&#232;re d'universelle &#233;mancipation et d'universelle concorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une ampleur, une fougue et une all&#233;gresse qui ont laiss&#233; jusque dans le c&#339;ur des spectateurs les plus sceptiques de cette sc&#232;ne et les plus hostiles un souvenir br&#251;lant et ineffa&#231;able[1], ces sentiments &#233;clat&#232;rent au 28 mars, quand, sur la place de l'H&#244;tel-de-Ville, le Comit&#233; central vint introniser la nouvelle Commune. Les travailleurs des faubourgs, hommes, femmes et enfants &#233;taient descendus par milliers, ivres de joie et d'enthousiasme. Cent mille gardes nationaux en armes stationnaient sur la vaste place et dans les rues avoisinantes faisant &#233;tinceler, sous le soleil printanier, une mer de ba&#239;onnettes, d'o&#249; &#233;mergeait par endroits le rouge drapeau de l'insurrection triomphante. Cinquante musiques jouaient la Marseillaise, reprise en ch&#339;ur par d'innombrables voix couvrant de leur tonnerre jusqu'au grondement du canon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nulle f&#234;te de l'histoire, m&#234;me aux jours h&#233;ro&#239;ques de 90 et de 92, n'avait vu pareille communion de multitudes dans la m&#234;me foi et les m&#234;mes esp&#233;rances. L'&#226;me de Paris s'&#233;tait donn&#233;e, et quand Ranvier, debout sur l'estrade, lecture faite de la liste des &#233;lus, s'&#233;cria en terminant &#171; Au nom du peuple, la Commune est proclam&#233;e &#187;, une clameur formidable monta dans l'espace : &#171; Vive la R&#233;publique ! Vive la Commune ! &#187; Salut unanime et passionn&#233; d'un peuple tout entier, aux nouveaux &#233;lus, &#224; ceux des siens qui acc&#233;daient au pouvoir, assumaient la direction du combat, prenaient charge de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Lire &#224; ce propos le r&#233;cit de M. Catulle Mend&#232;s dans : Les 73 jours de la Commune. &#171; Tout &#224; coup le canon. La chanson redouble formidable ; une immense houle d'&#233;tendards, de ba&#239;onnettes et de k&#233;pis, va, vient, ondule, se resserre devant l'estrade. Le canon tonne toujours, mais on ne l'entend que dans les intervalles du chant. Puis tous les bruits se fondent dans une acclamation unique, voix universelle de l'innombrable multitude, et tous ces hommes n'ont qu'un c&#339;ur comme ils n'ont qu'une voix. &#8230; Ah ! peuple de Paris ! quel volcan de passions g&#233;n&#233;reuses br&#251;le donc en toi, pour que parfois, &#224; ton approche, les c&#339;urs m&#234;me de ceux qui te condamnent se sentent d&#233;vor&#233;s et purifi&#233;s par les flammes ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; DEVANT L'INCONNU&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'issue de cette grandiose manifestation, dans la soir&#233;e, &#224; 9 heures, les charg&#233;s d'affaires du peuple se r&#233;unissaient pour la premi&#232;re fois. Une impatience les aiguillonnait de se mettre imm&#233;diatement &#224; l'&#339;uvre, qu'ils pressentaient &#233;crasante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir err&#233; dans le d&#233;dale de l'H&#244;tel de Ville, des sous-sols jusques aux combles, occup&#233;, encombr&#233; par les gardes nationaux en armes, par le Comit&#233; central, ses services et ses d&#233;pendances, ils finissaient par &#233;chouer dans la salle de l'ancienne Commission municipale de l'Empire, dont un serrurier requis for&#231;ait les portes, et o&#249;, tant bien que mal, ils s'assemblaient dans la poussi&#232;re et l'obscurit&#233;. Nul local, en effet, n'avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; pour les recevoir. Le Comit&#233; central, soit qu'il ne s'attend&#238;t pas &#224; une entr&#233;e en sc&#232;ne si brusque, soit qu'il estim&#226;t son r&#244;le termin&#233;, soit encore qu'il nourrit d&#233;j&#224; des projets &#233;quivoques de reprise, s'&#233;tait d&#233;sint&#233;ress&#233; pleinement de l'installation de ses successeurs. Lui-m&#234;me, il semblait s'effacer, se d&#233;rober avec l'arri&#232;re-pens&#233;e de laisser les nouveaux venus seuls en butte aux difficult&#233;s, aux responsabilit&#233;s, &#224; l'inconnu formidable et troublant de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;motion qu'&#224; ces d&#233;buts ressentirent les hommes de la Commune, le narrateur la ressent &#224; son tour. &#192; cette heure, les minutes valaient des si&#232;cles. Les man&#339;uvres pr&#233;paratoires pouvaient &#234;tre, devaient &#234;tre d'une importance exceptionnelle, d&#233;cisive, non pas, h&#233;las ! en vue d'une victoire impossible, mais pour l'orientation g&#233;n&#233;rale &#224; imprimer au mouvement, le caract&#232;re sp&#233;cifique, original &#224; lui conf&#233;rer, ce qui en ferait, non pas une quatri&#232;me ou cinqui&#232;me r&#233;volution bourgeoise, mais la premi&#232;re en date des r&#233;volutions prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cherchons donc &#224; voir clair et &#224; dire au mieux ce qui fut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la t&#226;che n'est pas ais&#233;e. Le Journal Officiel de la Commune ne reproduit en ces jours que des d&#233;crets, une proclamation, le discours de Beslay, pr&#233;sident d'&#226;ge ; documents ternes et inanim&#233;s, qui laissent transpara&#238;tre &#224; peine les r&#233;alit&#233;s sous-jacentes. Dans les feuilles du temps, rien de plus, sauf un proc&#232;s-verbal de la premi&#232;re s&#233;ance du 29 mars, proc&#232;s-verbal frelat&#233;, publi&#233; par Paris-Journal, du fait de l'indiscr&#233;tion de R&#233;g&#232;re, semble-t-il, et le lendemain reproduit par la presse enti&#232;re. Joignez-y les notes personnelles, fragmentaires de Lefran&#231;ais, de Malon, de Beslay, d'Arthur Arnould, de J.-B. Cl&#233;ment, in&#233;vitablement frapp&#233;es au sceau de leurs conceptions et pr&#233;occupations particuli&#232;res dans les r&#233;cits qu'ils ont &#233;crits de l'insurrection, et il faut tirer la barre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que la Commune qui, au d&#233;part, avait renonc&#233; &#224; la publicit&#233;, tint ferme sa gageure pendant toute la premi&#232;re partie de sa carri&#232;re. De la publicit&#233;, elle n'abusa du reste jamais, m&#234;me quand elle e&#251;t d&#233;cid&#233;, vers la mi-avril, d'ins&#233;rer &#224; son Officiel un compte rendu analytique de ses d&#233;bats. &#192; ce moment encore, le compte rendu, &#233;court&#233; et &#233;mond&#233;, donne l'accessoire, le banal, mais ne livre rien ou peu du drame int&#233;rieur, dans la crainte de mettre l'ennemi versaillais et ses alli&#233;s de Paris, la presse thi&#233;riste et radicale, au courant d'une situation qu'il y avait int&#233;r&#234;t vital &#224; c&#233;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose nous aidera cependant : les proc&#232;s-verbaux originaux de la Commune elle-m&#234;me, arrach&#233;s aux flammes de l'incendie de l'H&#244;tel de Ville, le 23 mai, par un ami d'Amouroux, dernier secr&#233;taire de la Commune, et aujourd'hui conserv&#233;s &#224; la Biblioth&#232;que Historique de la Ville de Paris[1]. L'aide serait surtout pr&#233;cieuse si les r&#233;dacteurs des comptes rendus avaient &#233;t&#233;, en ces premiers jours, soucieux d'exactitude et de pr&#233;cision. Malheureusement, ce service, comme d'autres, ne devait se r&#233;gulariser que plus tard. Rigault, Ferr&#233;, qui assum&#232;rent la charge au d&#233;but, suivaient pour leur compte trop passionn&#233;ment les d&#233;bats, o&#249; ils &#233;taient eux-m&#234;mes partie prenante et agissante, pour s'&#234;tre montr&#233;s des scribes bien appliqu&#233;s et consciencieux. Des notes sommaires, informes, souvent hi&#233;roglyphiques, une translation trou&#233;e de lacunes, fourmillant d'abr&#233;viations, c'est ce qu'ils nous ont l&#233;gu&#233;. Telles quelles, ces notes valent mieux cependant que le reste. En les &#233;clairant &#224; la lumi&#232;re de la documentation ant&#233;rieure, en les &#233;prouvant et les compl&#233;tant par cet interm&#233;diaire, elles permettent de reconstituer, approximativement du moins, la physionomie vraie de ces premi&#232;res s&#233;ances, o&#249; la Commune d&#233;cida de sa voie, tendit &#224; &#233;carter les obstacles les plus proches qui s'opposaient &#224; sa marche et chercha &#224; lier la population de Paris &#224; son &#339;uvre et &#224; son combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme ces notes ont un autre m&#233;rite, celui de l'in&#233;dit ; que si certains des historiens de la Commune, Lissagaray, par exemple, les ont eues en main, parcourues, aucun, en r&#233;alit&#233;, ne s'en est servi et ne les a, en tout cas, m&#234;me partiellement, publi&#233;es dans leur texte exact, nous croyons que le meilleur, avant commentaires, est de donner ici les proc&#232;s-verbaux des trois premi&#232;res s&#233;ances (28 et 29 mars) ; les deux premiers &#233;crits de la main m&#234;me de Ferr&#233;, le troisi&#232;me de la main de Ferr&#233; et de Rigault, apparemment. Peut-&#234;tre cette publication fragmentaire montrera-t-elle, en outre, l'int&#233;r&#234;t de la publication int&#233;grale d'un manuscrit qui est, apr&#232;s tout, essentiel, et sans lequel une histoire consciencieuse de la Commune ne peut m&#234;me pas &#234;tre entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc ce document :&lt;br class='autobr' /&gt;
S&#233;ance du mardi 28 mars 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sidence d'&#226;ge du citoyen Beslay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secr&#233;taires, les deux plus jeunes d&#233;l&#233;gu&#233;s : Th. Ferr&#233;, Raoul Rigault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assesseurs : &#201;mile Brelay, Loiseau-Pinson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouverture de la s&#233;ance &#224; trois heures du soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnould demande la nomination d'une Commission d'enqu&#234;te pour statuer sur la validit&#233; des &#233;lections. Prendre la liste de 1869 pour base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cournet, comme motion d'ordre, demande l'appel nominal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mortier, appuy&#233; par Grousset, demande que la pr&#233;sidence d'honneur soit donn&#233;e &#224; Blanqui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;ment (du XVe) appuie la motion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On demande l'appel nominal de toutes parts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident fait l'appel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ler arrondissement : Adam, pr. ; M&#233;line, pr. ; Rochat, pr. ; Barr&#233;, pr. &#8212; IIe arrondissement : Brelay, pr. ; Loiseau, pr. ; Tirard, abs. (pr&#233;sent apr&#232;s l'heure) ; Ch&#233;ron, abs. &#8212; IIIe arrondissement : Demay, pr. ; Arnault, pr ; Pindy, pr. ; Murat, abs. ; Dupont, pr. &#8212; IVe arrondissement : Arnould, pr. ; Cl&#233;mence, abs. : Lefran&#231;ais, pr. ; G&#233;rardin, abs. ; Amouroux, abs. (en mission pour le Comit&#233; central). &#8212; Ve arrondissement : R&#233;g&#232;re, abs. ; Jourde, pr. ; Tridon, pr. ; Ledroit, abs. ; Blanchet, abs. &#8212; VIe arrondissement : Leroy, abs. ; Goupil, abs. ; Robinet, abs. ; Beslay, pr. ; Varlin, pr. &#8212; VIIe arrondissement : Parizel, pr. ; Lef&#232;vre, abs. ; Urbain, pr. &#8212; VIIIe arrondissement : Rigault, pr. ; Vaillant, abs. : Arnould, pr. ; Allix, abs. &#8212; IXe arrondissement : Ranc, pr. ; Ul. Parent, pr. ; Desmarets, abs. ; Ferr&#233;, abs. ; Nast, abs. &#8212; Xe arrondissement ; Gambon, abs. ; F. Pyat, abs. ; H. Fortun&#233;, pr. ; Champy, pr. ; Babick, abs. (pr&#233;sent apr&#232;s l'heure) ; Rastoul, abs. &#8212; XIe arrondissement : Mortier, pr. ; Delescluze, pr. ; Assi, abs. ; Protot, pr. ; Eudes, pr. ; Avrial, abs. ; Veidure, pr. &#8212; XIIe arrondissement : Varlin, pr. ; G&#233;resme, abs. ; Fruneau, abs. ; Theisz, pr. &#8212; XIIIe arrondissement : L&#233;o Melliet, pr. ; Duval, pr. ; Chardon, pr. ; Frankel, pr. &#8212; XIVe arrondissement : Billioray, abs. ; Martelel, abs. ; Decamps, abs. &#8212; XVe arrondissement : Cl&#233;ment, pr. ; J. Vall&#232;s, pr. ; Langevin, pr. &#8212; XVIe arrondissement : Marmottan, abs. ; Bouteiller, abs. &#8212; XVIIe arrondissement : Varlin, pr. ; Cl&#233;ment, pr. ; Ch. G&#233;rardin, pr. ; Malon, pr. ; Chalain, pr. &#8212; XVIIIe arrondissement : Theisz, pr. ; Blanqui, abs. ; Th. Ferr&#233;, pr. ; Dereure, pr. ; Cl&#233;ment, pr. ; Vermorel, abs. ; Paschal Grousset, pr. &#8212; XIXe arrondissement : Oudet, pr. ; Pujet, abs. ; Cournet, pr. ; Delescluze, pr. ; Ostyn, pr. ; Miot, abs. &#8212; XXe arrondissement : Blanqui, abs. ; Bergeret, abs. ; Fiourens, abs. ; Ranvier, abs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H. Fortun&#233;. &#8212; Assembl&#233;e r&#233;volutionnaire. Demande qu'on passe &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parizel demande qu'on discute imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefran&#231;ais. &#8212; Question de dignit&#233;. Que la Garde nationale et le Comit&#233; central ont bien m&#233;rit&#233; de Paris et de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'unanimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oudel. &#8212; Commission. Pouvoir militaire. Il &#233;tait urgent. Premi&#232;re question. Il y a deux motions d'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eudes. &#8212; Affiches concernant la direction militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pindy demande la convocation de la Commune, la convocation de tous les membres pour demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ul. Parent appuie. Demande aussi la convocation pour demain. Avis &#224; l'Officiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnold, membre du Comit&#233; central. &#8212; Sentinelle vigilante. Affiches. Insertion. Proclamation au nom de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnould. &#8212; Situation grave. Nous sommes la majorit&#233;. Acte quelconque. Il le faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demay. &#8212; Constitution d'abord. Division du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raoul Rigault. &#8212; Avant discussion qui a le droit de prendre part aux d&#233;lib&#233;rations avant tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delescluze. &#8212; Simple observation. Demande les pouvoirs du Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefran&#231;ais. &#8212; Vaines formalit&#233;s. Nous existons, nous avons &#233;t&#233; proclam&#233;s. Population de Paris avertie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oudet. &#8212; Initiative du Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident r&#233;sume la discussion (Bruit).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;o Melliet. &#8212; Ainsi que Lefran&#231;ais, nous existons. &#201;lection. D&#233;clarons nous constituer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident. &#8212; Avant de proc&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cournet. &#8212; Nommer une Commission pour une proclamation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident met aux voix : 3 ou 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re proposition admise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membres nomm&#233;s : Lefran&#231;ais, moins 2 voix ; Ranc, moins 2 voix ; Grousset, contre 15 ; Delescluze, non admis, 12 contre ; Jules Vall&#232;s, moins 8 voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commission : Lefran&#231;ais, Ranc, Jules Vall&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J.-B. Cl&#233;ment. &#8212; Proclamation d'accord avec le Comit&#233; central. R&#233;action dans le cas contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jourde. &#8212; Si le Comit&#233; ne s'est pas pr&#233;sent&#233;, c'est qu'il ne savait pas qu'il y &#233;tait autoris&#233;. Jeter par dessus bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grousset. &#8212; Avertir le Comit&#233; central de la constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnould. &#8212; Qu'on le convoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident. &#8212; Aux voix. Adopt&#233;. La m&#234;me Commission est charg&#233;e de convoquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnold et Pindy soul&#232;vent une discussion &#224; propos des intentions du Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefran&#231;ais demande les attributions de la Commission aupr&#232;s du Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Vall&#232;s demande la r&#233;daction de l'affiche. Ensuite, la communication &#224; faire au Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. Rigault. &#8212; Aviser le Comit&#233; central d'avoir &#224; se rendre aupr&#232;s de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident. &#8212; Commission est charg&#233;e de partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paschal Groussel. &#8212; Article premier : les s&#233;ances de la Commission ne sont pas publiques. Il n'est pas publi&#233; de compte rendu des s&#233;ances, mais seulement un proc&#232;s-verbal de ses actes. &#8212; Paschal Groussel, Mercure, Mortier, Ranvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnould. &#8212; Nous ne sommes pas un Conseil d'une petite commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. Grousset. &#8212; Conseil de guerre plut&#244;t que communal. Nous n'avons pas &#224; faire conna&#238;tre nos d&#233;cisions &#224; l'Assembl&#233;e, &#224; nos ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jourde combat le pr&#233;c&#233;dent orateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnould, Theisz parlent pour la publicit&#233;. Toujours il faut &#234;tre responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parizel. &#8212; En faveur dignit&#233; de nos s&#233;ances. Enthousiasme du peuple. &#192; Lyon, si la Commune a p&#233;ri, c'est par son d&#233;faut de communication avec le peuple. Demande des st&#233;nographes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grousset appuie de nouveau sa proposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oudet parle encore des maires. S'emparer des l&#233;gions d'arrondissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ranc. &#8212; Renvoi &#224; demain. Vot&#233; &#224; l'unanimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefran&#231;ais rend compte de la mission aupr&#232;s du Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loiseau-Pinson. &#8212; Proposition &#224; soumettre imm&#233;diatement. La peine de mort est abolie en toute mati&#232;re, que la Commune demande &#233;nergiquement, pour prouver &#224; la France enti&#232;re et au monde entier que les r&#233;publicains sont humains et non sanguinaires, pr&#234;ts &#224; relever l'&#233;chafaud comme on les en accuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. Rigault. &#8212; Tenir compte des lois pr&#233;c&#233;dentes. &#201;lecteurs inscrits. Octobre. Lois de 1849 ou 1870.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;ment (XVe). &#8212; Plus de parlementarisme. Avis que le r&#233;sultat du vote soit valid&#233;. Par le salut public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ranc. &#8212; Mode du Comit&#233; central. Il a pris un engagement, il faut le tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allix. &#8212; J'&#233;tais le maire en remplacement de Denormandie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jourde place la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demay. &#8212; Liste de 1869 ou 1871.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;mence. &#8212; Maintien de la note du Comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. Grousset. &#8212; Nomination d'une Commission pour valider les pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnould. &#8212; Commission sous l'empire de la loi de 1849. Respectons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. Rigault. &#8212; Je me rallie. Nomination d'une Commission selon la loi de 1849.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident. &#8212; Nomination d'une Commission pour les questions &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ul. Parent. &#8212; Motion d'ordre. Travail de la Commission de r&#233;daction d'affiche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ranc appuie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jourde. &#8212; Proposition. Il y a incompatibilit&#233; entre le mandat de d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Commune et de repr&#233;sentant &#224; l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loiseau-Pinson, Theisz parlent sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H. Fortun&#233;. &#8212; Pour l'incompatibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Vall&#232;s appuie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tirard. &#8212; Avant de m'expliquer. R&#233;solution prise. Accept&#233; le mandat ; il &#233;tait d&#233;fini. Il ne s'agit que d'un Conseil municipal ; mes &#233;lecteurs m'ont envoy&#233; pour cela. Conseil de guerre, lois abolies ; je n'ai pas le droit de rester ici. En ce qui concerne la proposition : vous voulez imposer de r&#233;silier l'un des deux mandats. C'&#233;tait avant (Il donne sa d&#233;mission).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oudet demande la mise en accusation du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delescluze. &#8212; Paroles tendent &#224; infliger un bl&#226;me contre les repr&#233;sentants ayant si&#233;g&#233; &#224; Bordeaux. Explication pour laquelle il n'avait pas donn&#233; sa d&#233;mission &#224; Versailles. Double but. Voisinage insolent, Commune de Paris. Je suis pr&#234;t &#224; donner ma d&#233;mission et de repr&#233;sentant et de membre de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. Grousset. &#8212; Tirard a dit qu'on savait bien comment on entrait &#224; l'H&#244;tel de Ville, mais co&#8230; texte manquant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. Rigault. &#8212; Motion. A &#233;t&#233; &#224; donner au bureau de ce qu'on n'a pas d&#233;cr&#233;t&#233; d'accusation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;rardin. &#8212; L'Assembl&#233;e et la Commune ont des principes diff&#233;rents. Que Tirard se d&#233;clare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Babick. &#8212; Motion d'ordre pour la nomination d'une Commission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefran&#231;ais demande non l'acceptation de la d&#233;mission mais bien l'invalidation de l'&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oudet demande la parole sur un fait personnel. Il demande la nomination d'une Commission d'enqu&#234;te sur la conduite de tous les maires de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;cid&#233; que cinq membres formeront la Commission &#233;lectorale. Elle est compos&#233;e des citoyens Arnould, G&#233;rardin (XVIIe), Protot, Theisz et Parizel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parizel demande l'urgence pour la proposition suivante ; occupation des portes de Passy et d'Auteuil par les gardes nationaux fid&#232;les &#224; la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duval revient sur la question de l'incompatibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cournet d&#233;clare renoncer &#224; son mandat de repr&#233;sentant &#224; Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition Parizel est adopt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; central demandent l'heure de la nouvelle s&#233;ance pour que le Comit&#233; central vienne d&#233;poser ses pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordre du jour de la prochaine s&#233;ance fix&#233;e &#224; mercredi, 1 heure : 1o Nomination d'un bureau d&#233;finitif ; 2o Nomination des Commissions devant administrer Paris ; 3o Discussion de la proclamation &#224; adresser &#224; la population parisienne ; 4o R&#233;ception du Comit&#233; central ; 5o Rapport des Commissions, s'il y a lieu ; 6o Question Murat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;ance est lev&#233;e &#224; minuit par le pr&#233;sident, aux cris de &#171; Vive la R&#233;publique ! Vive la Commune ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Certifi&#233; sinc&#232;re et v&#233;ritable :&lt;br class='autobr' /&gt;
Th. Ferr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me s&#233;ance. &#8212; Mercredi 29 mars 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Beslay ouvre la s&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remplace les deux assesseurs absents, Demay et Robinet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secr&#233;taire Th. Ferr&#233; donne lecture du proc&#232;s-verbal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnould. &#8212; Parce que le Comit&#233; central avait d&#233;clar&#233; que la loi de 1849 servirait de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cournet parle du d&#233;cret relatif &#224; la d&#233;claration concernant le Comit&#233; central. Patrie au lieu de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefran&#231;ais. &#8212; C'est parce que Tirard ne reconna&#238;t pas les pouvoirs de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On demande la constitution de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suit la liste des pr&#233;sents et absents que nous jugeons inutile de reproduire. Dans cette liste figurent, comme absents, la plupart des d&#233;missionnaires d'hier et de demain : Adam, M&#233;line, Rochat, Barr&#233;, Brelay, Tirard, Ch&#233;ron, Desmarets, Ferry, Nast, Fruneau, Marmottan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident. &#8212; Lecture d'une lettre de d&#233;mission Ch. Rochat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tridon demande que des ordres soient donn&#233;s aux d&#233;l&#233;gu&#233;s pour emp&#234;cher que les maires et les adjoints, pour exciter &#224; la guerre civile, ne fassent des affiches sur papier blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;g&#232;re. &#8212; Arr&#234;t&#233; d&#233;clarant qu'on ne reconna&#238;t qu'un seul pouvoir et qu'on ne mette pas d'autres affiches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. Rigault. &#8212; Ordonnez-moi de faire saisir toutes ces affiches et de concert avec Duval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bergeret. &#8212; J'agis. 200 hommes ont &#233;t&#233; lanc&#233;s de la place Vend&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ch&#226;tain. &#8212; La libert&#233; pour tous, pourvu que ce ne soit pas sur papier blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H. Fortun&#233;. &#8212; Affiches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;ment proteste contre toutes les couleurs. &#8212; Appels &#224; la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chalain soutient son texte manquant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duval. &#8212; Arrestation des individus qui signent ces affiches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnould. &#8212; Qui attaque la R&#233;publique et la Commune et c'est texte manquant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;o Melliet. &#8212; Mesures contre le Figaro, le Gaulois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parizel. &#8212; D&#233;cr&#233;tant que est factieux qui ne reconna&#238;t pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bouteiller. &#8212; Employ&#233;s priv&#233;s de leur solde. &#8212; Gouvernement de Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident. &#8212; Nomination du Bureau (discussion) un pr&#233;sident, deux vice-pr&#233;sidents et deux secr&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vall&#232;s. &#8212; Pr&#233;sident chang&#233; tous les jours. Pas d'assesseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;o Melliet demande un pr&#233;sident de semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnould. &#8212; De m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;sident. &#8212; Mandat non renouvelable chaque semaine. Un pr&#233;sident, deux assesseurs, deux secr&#233;taires. Met aux voix cette proposition sans renouvellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Grousset. &#8212; Secr&#233;tariat en dehors d'elle sous la surveillance du bureau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delescluze la soutient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. Rigault. &#8212; Proposition, pr&#233;sidence d'honneur du citoyen Blanqui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delescluze. &#8212; Habitude monarchique. Pas de pr&#233;sidence d'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. Rigault. &#8212; D&#233;fi &#224; l'Assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cournet. &#8212; Quelque chose de plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rastoul. &#8212; Diff&#233;rentes propositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beslay donne lecture d'un discours : Paix et Libert&#233;. L'on nous a dit que nous frappions la Libert&#233; ; si nous l'avons frapp&#233;e, c'est comme le clou que l'on enfonce plus profond&#233;ment, Vieux. Mais de pr&#232;s ou de loin il sera avec nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(On demande le scrutin secret. Secr&#233;taires. Suspension. Bruit. Motions d'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnould, Rigault, Melliet. &#8212; Mains lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;l&#233;gu&#233;. &#8212; Question d'alimentation. Bl&#233;s d'Am&#233;rique pour semence. Devons-nous ex&#233;cuter les d&#233;crets ou les modifier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. Rigault. &#8212; Sortie des bl&#233;s de semence, j'ai autoris&#233;. En ce qui concerne la boucherie, j'ai attendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oudet. &#8212; Accabl&#233; de demandes &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordre du jour demand&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident. &#8212; (Proteste contre le vote secret Antoine Arnaud). Lecture d'Eudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assesseurs : Tridon, Vaillant, Arnaud, Rigault. Plus de voix apr&#232;s le pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vote :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefran&#231;ais, pr&#233;sident ; Ranc, Vaillant, assesseurs ; Ant. Arnaud, Ul. Parent, secr&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rigault fait une proposition annex&#233;e. Adopt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Communication des membres du Conseil de la 17e l&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;cid&#233; qu'une commission va chercher les membres du Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre temps, discussion sur la formation d'une Commission ex&#233;cutive. Elle sera compos&#233;e de 7 membres. Elle sera permanente. Elle recevra les d&#233;putations qui demandent &#224; faire des communications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entr&#233;e du Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnold. &#8212; Redevient le conseil de famille g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boursier. &#8212; Organiser la garde nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. Grousset fait la proposition d'une F&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viard. &#8212; Le Comit&#233; ne s'immiscera jamais dans les actes directs de la Commune. Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;mence. &#8212; Que le Comit&#233; sera charg&#233;, d'accord avec la Commune, de r&#233;organiser la garde nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bergeret. &#8212; Provisoirement, le Comit&#233; si&#233;gera &#224; c&#244;t&#233; de l'&#201;tat-Major.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lavalette compl&#232;te ce qui a &#233;t&#233; dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fortun&#233; Henry. &#8212; Charg&#233; d'une mission pr&#232;s de la 14e l&#233;gion. A remerci&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jourde. &#8212; Le Comit&#233; central de l'artillerie de la Seine vient faire acte d'adh&#233;sion &#224; la Commune et explique quelle sera son organisation future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une proposition est faite par Arnould et autres pour des sous-commissions : 1o Travail et &#233;change (Commerce) : 2o Relations ext&#233;rieures ; 3o Administration municipale ; 4o Enseignement ; 5o Finances ; 6o Commission militaire, police, justice, services publics, statistique et subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duval demande discussion sur le s&#233;questre &#224; mettre sur les fonds vers&#233;s par la famille Bonaparte dans les Compagnies d'assurances. Protot, Beslay prennent part &#224; la discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jourde demande : 1o Finances ; 2o Militaires ; 3o Justice et police et s&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cret et non arr&#234;t par Protot. &#192; propos de la communication d'urgence relative aux employ&#233;s d'octroi invit&#233;s par Ferry &#224; cesser leurs fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cret vot&#233; &#224; l'unanimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commission ex&#233;cutive. 58 votants : Eudes, 43 ; Tridon, 39 ; Vaillant, 38 ; Lefran&#231;ais, 29 ; Duval, 27 ; F&#233;lix Pyat, 24 ; Bergeret, 19 ; R. Rigault, 18 ; Mortier, 11 ; Jourde, 11 ; Protot, 10 ; Varlin, 10 ; Delescluze, 9 ; Cournet, 8 ; Grousset, 7 ; Ranc, 7 ; Melliet, 6 ; Parent, 6 ; Pindy, 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commission se retire pour aviser sur la question octroi, Ferry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commission des Finances. &#8212; Cl&#233;ment, Victor, Varlin, Jourde, Beslay, R&#233;g&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commission militaire. &#8212; Pindy, Eudes, Bergeret, Duval, Chardon, Flourens, Ranvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commission de Justice. &#8212; Ranc, Protot, L&#233;o Melliet, Vermorel, Ledroit, Babick.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale. &#8212; Raoul Rigault, Ferr&#233;, Assi, Cournet, Oudet, Chalain, G&#233;rardin (XVIIe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subsistances. &#8212; Dereure, Champy, Ostyn, Cl&#233;ment, Parizel, &#201;mile Cl&#233;ment, Henri Fortun&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travail et Echange. &#8212; Malon, Froenkel, Theisz, Dupont, Avrial, Loiseau-Pinson, Eug. G&#233;rardin, Puget.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relations ext&#233;rieures. &#8212; Ranc, Paschal Grousset, Ul. Parent, Ant. Arnould, Ant. Arnaud, Delescluze, Ch. G&#233;rardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Services publics. &#8212; Ostyn, Billioray, J.-B. Cl&#233;ment, Martelet, Mortier, Bastoul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me s&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant ouverture, &#224; 10 heures, citoyens de l'Octroi viennent d&#233;clarer qu'ils adh&#232;rent &#224; la Commune. Ils sont r&#233;unis au caf&#233; des Halles-Centrales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pindy, Oudet, Vaillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Divers membres r&#233;clament que l'H&#244;tel de Ville soit rendu libre, que les locaux soient affect&#233;s aux Commissions et que la situation soit nettoy&#233;e au point de vue de l'embarras des bataillons qui sont dans l'H&#244;tel de Ville. Le transfert du Comit&#233; &#224; la place Vend&#244;me coupera court &#224; des difficult&#233;s d&#233;licates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre du jour, d&#233;battu, est fix&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lecture du projet de constitution, par Lefran&#231;ais. &#8212; Trouv&#233; trop long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question des loyers, question des &#233;ch&#233;ances, question du Prussien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;ment demande que la Commune ne s'impose pas comme gouvernement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oudet. &#8212; Mesures &#233;nergiques contre les agents de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parizel. &#8212; Que l'on fasse appel &#224; la province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chalain. &#8212; Nous avons les forces. Restons sur une d&#233;fensive &#233;nergique. Non pas nous imposer &#224; la France, mais tout faire pour l'affranchir. Il faut dissoudre l'Assembl&#233;e de Versailles, si vous voulez conserver la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Champy parle dans le m&#234;me sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Groussel donne lecture d'une proposition tendant &#224; ce que l'Assembl&#233;e de Versailles soit dissoute. Ceux de ses membres qui tenteraient, &#224; la promulgation du pr&#233;sent d&#233;cret, de se r&#233;unir, sont mis hors la loi. La Commune de Paris assurera l'ex&#233;cution des pr&#233;liminaires de paix et se mettra en rapports diplomatiques avec elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Theisz combat la proposition. Sommer l'Assembl&#233;e de Versailles de s'&#233;loigner &#8212; elle nous g&#234;ne au nom de notre autonomie &#8212; et sans sortir de nos attributions communales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaillant croit qu'il faut faire la chose sans trop le d&#233;clarer, car il faut que l'Assembl&#233;e disparaisse ou la R&#233;volution dispara&#238;tra. Il faut affirmer la R&#233;volution chez nous de fa&#231;on &#224; forcer la r&#233;action &#224; l'attaque, et alors nous serons forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goupil propose de passer &#224; la discussion de la proclamation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ledroit regrette qu'on ne fasse que parler et qu'on ne fasse point d'actes. Il ram&#232;ne discussion sur question des loyers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;ment demande que proclamation porte sur question loyers et &#233;ch&#233;ances, et ensuite sur question du Prussien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Protot demande que la Commission se r&#233;unisse et que, dans cette proclamation, il ne soit pas fait mention de la question de Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tridon croit que la proclamation doit d&#233;clarer que l'Assembl&#233;e de Versailles nous a mis en &#233;tat de l&#233;gitime d&#233;fense, et que nous devons d&#233;voiler les man&#339;uvres conspiratrices et j&#233;suitiques &#224; la province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e nomme membres de la Commission : Grousset, Vaillant, Tridon, Protot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;l&#233;gation du Comit&#233; central est introduite et remet une d&#233;claration sur laquelle il devra &#234;tre d&#233;lib&#233;r&#233; plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen F&#233;lix Pyat revient sur demande qu'il a faite de savoir si nos d&#233;bats peuvent &#234;tre publi&#233;s et comment&#233;es les s&#233;ances de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s discussion, on passe &#224; l'ordre du jour et laisse &#224; sagesse r&#233;dacteurs de journaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Cl&#233;ment (XVe) aborde question loyers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fortun&#233; fait proposition d&#233;crets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vall&#232;s, au nom de Loiseau, en fait une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnould, Oudel, J.-B. Cl&#233;ment, Melliet, Miot, proposition d&#233;cret, Demay, Goupil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commission compos&#233;e de Rigault, Goupil, Cl&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rentr&#233;e de la Commission Grousset sur proclamation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quelques observations et amendements de d&#233;tail, la proclamation est adopt&#233;e. Sera sign&#233;e : La Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central fait savoir &#224; la Commune qu'il a l'intention d'aller si&#233;ger au Luxembourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discussion, examen de nos rapports d&#233;finitifs avec Comit&#233; central est remis au lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commission loyers rentre et donne lecture de son projet de d&#233;cret qui est adopt&#233; apr&#232;s un amendement portant sur r&#233;siliation des baux et un autre sur le paiement des logements en garni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Projet pr&#233;sent&#233; par Fortun&#233;, Dereure, sur l'abolition de la conscription. Adopt&#233; apr&#232;s discussion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces proc&#232;s-verbaux, nous l'avons dit, sont heurt&#233;s, confus, incoh&#233;rents, et de cette incoh&#233;rence on pouvait &#234;tre tent&#233; de conclure avec apparence de logique &#224; l'incoh&#233;rence de la Commune. Certains l'ont fait. Le jugement est sommaire. On ne saurait oublier, en effet, que ces comptes rendus ne sont qu'une notation rapide, abr&#233;g&#233;e, &#233;crite au courant de la plume par des hommes qui prenaient part aux d&#233;lib&#233;rations en m&#234;me temps qu'ils les relataient. En soi, le premier proc&#232;s-verbal, par exemple, est presque incompr&#233;hensible et, comme nous savons que Ferr&#233; le lut &#224; la deuxi&#232;me s&#233;ance et qu'il fut approuv&#233;, il est permis de supposer qu'en cours de route il le renfor&#231;a par des explications orales. Il y a donc l&#224; sch&#233;ma de proc&#232;s-verbal plut&#244;t que proc&#232;s-verbal et, en cons&#233;quence, on jugerait inexactement de la tenue et de la fermet&#233; du d&#233;bat, si on n&#233;gligeait de faire entrer en ligne ce correctif indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res s&#233;ances de la Commune ressembl&#232;rent, au demeurant, &#224; l'ordinaire des s&#233;ances d'une assembl&#233;e nouvelle, quelle qu'elle soit, qui ne se glisse pas dans un moule tout fait, pr&#233;par&#233; pour la recevoir. La Commune ne succ&#233;dait pas, elle inaugurait. Non seulement elle se trouvait en pr&#233;sence d'une situation exceptionnelle, presque sans analogue dans le pass&#233; ; mais, administrativement, elle n'avait devant elle que le n&#233;ant et rien ne le d&#233;montre mieux que les proc&#232;s-verbaux en question. Personne, m&#234;me pour faire sa cuisine int&#233;rieure. Elle-m&#234;me, elle seule, devait parer &#224; cela comme au reste. Voil&#224; la premi&#232;re r&#233;flexion que sugg&#232;re la lecture des proc&#232;s-verbaux que nous venons de reproduire, et elle n'est pas indiff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est celle-ci, c'est qu'il n'y avait pas, entre les personnalit&#233;s ainsi fortuitement rapproch&#233;es, p&#233;n&#233;tration intime, concordance de vues, accord sur les proc&#233;d&#233;s de combat et de salut. Les &#233;lus communaux, ceux qui devaient rester jusqu'au massacre &#224; l'H&#244;tel de Ville, se connaissaient peu ou point les uns les autres, et, pis encore, ne parlaient pas le m&#234;me langage et ne pouvaient pas se comprendre. Qu'ont-ils &#224; cette heure qui les relie et qui les soude ? Un sentiment commun que nous avons d&#233;j&#224; not&#233;, sentiment d'aversion profonde pour l'Assembl&#233;e rurale, qui, de Versailles, mena&#231;ait la R&#233;publique, et encore une aspiration commune, aspiration vague vers un id&#233;al de justice sociale, d'&#233;mancipation prol&#233;tarienne appelant les travailleurs &#224; b&#233;n&#233;ficier &#224; leur tour des droits conquis au si&#232;cle pass&#233; et jusqu'&#224; ce jour monopolis&#233;s par la bourgeoisie. Le lien ne vaut pas ; il est trop l&#226;che et trop pr&#233;caire pour des hommes qui auraient d&#251; ne former qu'un bloc, n'avoir qu'un cerveau et qu'une volont&#233;. C'est une collaboration enti&#232;re, absolue que les circonstances commandaient, une entente aussi parfaite que possible dans le conseil et dans l'acte. Il fallait &#234;tre d'avis sur le but, mais aussi et autant sur la tactique. Avant tout, il s'agissait de trouver, de combiner les moyens qui permettraient &#224; Paris de d&#233;velopper les cons&#233;quences de son mouvement insurrectionnel, soudainement victorieux par la d&#233;faillance volontaire ou involontaire de l'ennemi, et ces moyens arr&#234;t&#233;s, convenus de les utiliser avec ensemble, concert et m&#233;thode. Or, &#224; cet &#233;gard, les nouveaux &#233;lus, par le disparate de leurs origines, de leur &#233;ducation, de leur mentalit&#233;, &#233;taient vou&#233;s &#224; un d&#233;saccord fatal. Divis&#233;s en deux ou trois clans : Jacobins, Blanquistes, F&#233;d&#233;ralistes, ils sont au d&#233;part et resteront jusqu'au terme presque &#233;trangers les uns aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ils eurent aussit&#244;t le champ libre. La pr&#233;sence de quelques &#233;l&#233;ments inassimilables, que la volont&#233; bourgeoise des quartiers du centre avait introduits dans leurs rangs, aurait pu les g&#234;ner, les contrarier dans leurs desseins et leurs d&#233;marches. Ceux-ci s'&#233;limin&#232;rent d'eux-m&#234;mes ; ils fil&#232;rent &#224; l'anglaise, sauf Tirard qui crut devoir claquer les portes, sans doute parce qu'il en avait re&#231;u consigne de Thiers, son augure et son patron. &#192; la s&#233;ance du 28, le d&#233;put&#233;-maire du IIe marquait nettement, en un langage provocant, les raisons pour lesquelles il ne si&#233;gerait pas &#224; la Commune et se solidarisait avec l'Assembl&#233;e versaillaise. Lefran&#231;ais, en riposte, r&#233;clama non l'acceptation de la d&#233;mission, mais l'invalidation de l'&#233;lection. D&#233;mission, invalidation : pure querelle de mois. Ce qui importait, c'&#233;tait la retraite m&#234;me de Tirard, coupant d&#233;finitivement les ponts, niant par sa man&#339;uvre ultime le semblant de conciliation qui avait paru s'op&#233;rer entre les maires et le Comit&#233; central, signifiant par une sortie motiv&#233;e que la haute bourgeoisie r&#233;publicaine s&#233;parait sa cause de celle du peuple ouvrier, mais aussi, mais en revanche, laissait les &#233;lus de ce peuple ma&#238;tres absolus de diriger &#224; leur volont&#233; la lutte de Paris contre Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 mars, il ne si&#233;geait plus &#224; l'H&#244;tel de Ville un seul des repr&#233;sentants thi&#233;ristes pour qui avaient vot&#233; les boutiquiers et petits rentiers des Ier, IIe, VIe, IXe et XVIe arrondissements : Desmarets, Ferry, Nast, Brelay, Ch&#233;ron, Robinet, Pruneau, Marmottan, Rochat, Barr&#233;, Adam, M&#233;line. Ce dernier, dit-on, avait doctoralement d&#233;clar&#233; &#224; des d&#233;put&#233;s dans la matin&#233;e du 28 mars : &#171; Je viens de passer ma nuit &#224; relire le Principe Fed&#233;ratif, de Proudhon ; ces gens-l&#224; ont raison. Restez &#224; Versailles ; nous resterons &#224; l'H&#244;tel de Ville et nous ferons de grandes choses &#187;. Il ne s'en comporta pas moins comme les camarades. Vingt-quatre heures ne s'&#233;taient pas &#233;coul&#233;es qu'il avait oubli&#233; Proudhon, le Principe F&#233;dratif, et rejoint jusqu'&#224; Versailles inclusivement, le Parti de l'Ordre, qui devait le mener o&#249; l'on sait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exode g&#233;n&#233;ral des tenants de la R&#233;publique tricolore &#233;tait un avertissement en m&#234;me temps qu'un d&#233;barras. Il disait &#224; ceux qui demeuraient, aux champions de la R&#233;publique rouge : &#171; Serrez les rangs. Renoncez &#224; vos th&#233;ories et &#224; vos th&#232;ses, &#224; vos principes et &#224; vos syst&#232;mes. Pas de m&#233;taphysique mais de l'action. La Commune ne peut pas &#234;tre un parlement ; le sort a voulu qu'elle fut une barricade. Apprenez donc &#224; tendre toutes vos &#233;nergies en vue de la lutte terrible, o&#249; la fatalit&#233; des &#233;v&#233;nements vous entra&#238;ne &#187;. L'avertissement &#233;tait clair ; il &#233;tait brutal : les proc&#232;s-verbaux qu'on a pu lire plus haut sont l&#224; cependant pour nous enseigner qu'il ne fut pas entendu. Les tendances contradictoires qui s'&#233;taient manifest&#233;es au premier &#233;change de motions n'abdiqu&#232;rent pas, ne se combin&#232;rent pas. Au contraire, la friction quotidienne alla multipliant plut&#244;t les points douloureux et aggravant la m&#233;sintelligence et le conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet instant du r&#233;cit, il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de consulter sur l'opposition de ces tendances, ceux-l&#224; m&#234;mes des membres de la Commune qui en ont &#233;crit. Sans doute, ces tendances ne s'affirmeront nettes et pr&#233;cises et ne se concr&#232;teront sous forme de partis que plus tard, dans quelques semaines. Pourtant, elles n'en existent pas moins d&#233;j&#224; ; elles n'en agissent pas moins et vont, en cette p&#233;riode d&#233;cisive des d&#233;buts, contribuer largement &#224; paralyser l'ardeur combative d'une assembl&#233;e qui n'aurait d&#251; avoir d'autre objectif que la lutte, d'autre &#233;tude que celle des moyens d'intensifier et de prolonger cette lutte. Le moment est donc opportun pour les marquer, les souligner en faisant appel au t&#233;moignage m&#234;me des int&#233;ress&#233;s et en &#233;clairant par ce t&#233;moignage les donn&#233;es qui d&#233;j&#224; r&#233;sultent des proc&#232;s-verbaux qu'on vient de lire. Les membres de la minorit&#233;, particuli&#232;rement, se sont expliqu&#233;s sur ce th&#232;me, tandis que se taisaient plut&#244;t les membres de la majorit&#233;. Ne pouvant tout citer cependant, nous nous en tiendrons aux impressions d'Arthur Arnould, qui, plus que Lefran&#231;ais, Malon ou Beslay, bien qu'appartenant &#224; la m&#234;me nuance d'opinion, a r&#233;ellement fait effort sinc&#232;re pour analyser avec clart&#233; et m&#233;thode les raisons qui, d&#232;s l'origine, group&#232;rent &#224; l'&#233;cart l'un de l'autre, sinon l'un contre l'autre, le clan qui devait devenir la majorit&#233; et le clan qui devait s'appeler la minorit&#233; : les R&#233;volutionnaires-Jacobins et les Socialistes-F&#233;d&#233;ralistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les mots, dit Arthur Arnould[2] &#233;taient compris de deux fa&#231;ons diff&#233;rentes par les divers membres de l'Assembl&#233;e. Pour les uns, la Commune de Paris exprimait, personnifiait la premi&#232;re application du principe anti-gouvernemental, la guerre aux vieilles conceptions de l'&#201;tat unitaire, centralisateur, despotique. La Commune, pour ceux-l&#224;, repr&#233;sentait le triomphe du principe de l'autonomie, des groupements librement f&#233;d&#233;r&#233;s et du gouvernement le plus direct possible du peuple par le peuple. &#192; leurs yeux, la Commune &#233;tait la premi&#232;re &#233;tape d'une vaste R&#233;volution sociale autant que politique qui devait faire table rase des anciens errements. C'&#233;tait la n&#233;gation absolue de l'id&#233;e de dictature ; c'&#233;tait l'av&#232;nement du Peuple lui-m&#234;me au pouvoir et, par cons&#233;quent, l'an&#233;antissement de tout pouvoir en dehors et au-dessus du Peuple. Les hommes qui sentaient, qui pensaient, qui voulaient ainsi, form&#232;rent ce qu'on appela plus tard le groupe socialiste ou minorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour d'autres, la Commune de Paris &#233;tait au contraire la continuation de l'ancienne Commune de Paris, de 1793. Elle repr&#233;sentait &#224; leurs yeux la dictature au nom du Peuple, une concentration &#233;norme du pouvoir entre quelques mains et la destruction des anciennes institutions par la substitution d'abord d'hommes nouveaux &#224; la t&#234;te de ces institutions transform&#233;es momentan&#233;ment en armes de guerre au service du Peuple contre les ennemis du Peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parmi les hommes de ce groupement autoritaire, l'id&#233;e d'unit&#233; et de centralisme n'avait pas compl&#232;tement disparu. S'ils acceptaient, s'ils inscrivaient sur leur drapeau le principe de l'autonomie communale et de la libre f&#233;d&#233;ration des groupes, c'est que ce principe leur &#233;tait impos&#233; par la volont&#233; de Paris&#8230; D'ailleurs, domin&#233;s par des habitudes d'esprit contract&#233;es pendant une longue existence de luttes, de revendications, d&#232;s qu'on arrivait &#224; l'acte, ils retombaient dans la voie qu'ils avaient suivie longtemps et se laissaient aller, avec une bonne foi incontestable, &#224; vouloir appliquer de vieux proc&#233;d&#233;s &#224; une id&#233;e nouvelle. Ils ne comprenaient pas, qu'en pareil cas, la forme emporte presque toujours le fond et qu'en voulant fonder la libert&#233; par des moyens dictatoriaux ou arbitraires, on tue celle-l&#224; m&#234;me qu'on veut sauver. La troupe, compos&#233; du reste d'&#233;l&#233;ments assez divers, forma la majorit&#233; et s'intitula &#171; R&#233;volutionnaire-Jacobin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident qu'Arthur Arnould, dans le crayon qu'il trace ainsi, a surtout en vue, quand il parle de minorit&#233; lui-m&#234;me et peut-&#234;tre Lefran&#231;ais, car il n'y eut gu&#232;re &#224; la Commune que ces deux hommes qui br&#251;lassent d'une telle soif d'autonomie et aient &#233;t&#233; pr&#234;ts ainsi &#224; renoncer &#224; la victoire plut&#244;t que d'y atteindre par des proc&#233;d&#233;s contradictoires &#224; leurs principes. Varlin, Fr&#339;nkel, Avrial, Jourde, Vall&#232;s, Vermorel, et jusqu'&#224; Theisz et Malon &#233;chappent &#224; cette classification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareillement, quand il parle de la majorit&#233;, c'est &#224; Delescluze, &#224; Gambon, &#224; Miot, &#224; F&#233;lix Pyat, que l'auteur songe particuli&#232;rement, c'est-&#224;-dire aux Jacobins authentiques. Son appr&#233;ciation cadre bien moins exactement quand on la rapporte aux blanquistes : &#224; Duval, &#224; Eudes, &#224; Ferr&#233;, qui n'&#233;taient pas, qu'on sache, tr&#232;s emp&#234;tr&#233;s de th&#233;ories, et moins encore, si on tente d'en faire application &#224; des hommes tels que Tridon, Vaillant ou Arnaud qui, sans souci des id&#233;ologies, ne savaient que le but et s'effor&#231;aient d'y tendre d'une volont&#233; ferme. En gros, n&#233;anmoins, le parall&#232;le, bien que trop g&#233;om&#233;trique peut-&#234;tre, ne manque pas d'une certaine v&#233;rit&#233;. Par cela m&#234;me du reste qu'il indique d'un trait ferme et s&#251;r les deux tendances extr&#234;mes, toutes deux nocives, les deux p&#244;les entre lesquels oscilla le mouvement, il sugg&#232;re une image assez fid&#232;le de la situation d'ensemble et permet par t&#226;tonnements et retouches de camper finalement personnages et groupes chacun &#224; son plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons maintenant parler les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit des tendances se produisit d&#232;s l'abord &#224; l'occasion de la publicit&#233; des s&#233;ances. Arnould, Lefran&#231;ais, Jourde qui se joignit &#224; eux, tenaient pour la publicit&#233; par raison de principe. Les deux premiers avaient d&#233;fendu la th&#232;se sous l'Empire pour les Assembl&#233;es d'alors : ils la soutenaient &#224; l'avenant pour la Commune sans se demander si le corps dont ils d&#233;pendaient &#233;tait bien, vu les circonstances, une Assembl&#233;e parlante comme une autre, et non pas plut&#244;t un Comit&#233; ex&#233;cutif dont les d&#233;lib&#233;rations ne devaient rev&#234;tir publicit&#233; qu'en se faisant actes. Paschal Grousset pr&#233;senta, en l'outrant, la th&#232;se contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parlant de Conseil de guerre et de Conseil des Dix, il dramatisait lorsqu'il n'y avait qu'&#224; constater ; il froissait les pr&#233;jug&#233;s lib&#233;r&#226;tres, fournissait un aliment &#224; la controverse. Aussi la question revint-elle incessamment devant la Commune qui, apr&#232;s l'avoir tranch&#233;e au d&#233;but par la n&#233;gative compl&#232;te, aboutit ensuite &#224; une publicit&#233; extr&#234;mement mitig&#233;e, il est vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit se marqua plus express&#233;ment encore, quand il s'agit pour la Commune de se d&#233;finir elle-m&#234;me, de faire conna&#238;tre au dehors qui elle &#233;tait, ce qu'elle comptait entreprendre et ex&#233;cuter. Il n'&#233;tait pas effectivement pour elle probl&#232;me &#224; solutionner plus d&#233;licat et plus grave. Comment se poserait-elle en face du gouvernement de Versailles ? Le reconna&#238;trait-elle ? Le nierait-elle ? Et cons&#233;quemment se comporterait-elle simplement comme Assembl&#233;e municipale parisienne sans plus, agissant seulement pour Paris, dans l'int&#233;rieur des murs ou se comporterait-elle comme pouvoir central agissant, l&#233;gif&#233;rant pour la France enti&#232;re ? Option redoutable ! Toute l'orientation du mouvement en d&#233;pendait comme tout son sens et sa port&#233;e historiques en d&#233;couleraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux textes, ici, deux esprits pour mieux dire s'oppos&#232;rent. La Commune &#8212; on l'a lu dans les proc&#232;s-verbaux des 28 et 29 mars &#8212; avait d'abord confi&#233; &#224; Lefran&#231;ais, Ranc et Vall&#232;s, le soin d'&#233;laborer sa proclamation inaugurale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet qu'ils pr&#233;sent&#232;rent se lit dans l'&#201;tude sur le Mouvement communaliste que Lefran&#231;ais publia en exil d&#232;s 1871[3]. Ce projet, indique le proc&#232;s-verbal de la s&#233;ance du 29 (apr&#232;s-midi) fut rejet&#233; &#224; cause de sa longueur. Il fut &#233;cart&#233; aussi et surtout en raison de l'esprit de f&#233;d&#233;ralisme outr&#233; dans lequel il &#233;tait con&#231;u. Les r&#233;dacteurs, en effet, y circonscrivaient jalousement l'action de la Commune &#224; Paris. C'est d'exemple, et d'exemple uniquement, que la nouvelle assembl&#233;e aurait pr&#234;ch&#233;. Mur&#233; dans son enceinte, confit dans son autonomie propre, Paris ne s'emploiera pas positivement et directement &#224; lib&#233;rer les autres communes du pays. Il est pr&#234;t, et c'est tout, &#224; faire un pacte d'alliance avec celles qui lui enverront leur adh&#233;sion. Lefran&#231;ais signale qu'une majorit&#233; consid&#233;rable se pronon&#231;a contre son texte. &#171; On le jugea trop p&#226;le. &#187;, dit-il. De fait, ses collaborateurs et lui, tout &#224; leur pens&#233;e de l'instauration imm&#233;diate d'un r&#233;gime d'autonomie illimit&#233;e, n'avaient m&#234;me pas l'air de se douter, qu'&#224; vingt kilom&#232;tres du si&#232;ge de leurs s&#233;ances, un ennemi implacable guettait et affilait son couteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune donna son acquiescement &#224; un second projet qui lui fut pr&#233;sent&#233; par une nouvelle Commission compos&#233;e de Paschal Grousset, Protot, Tridon et Vaillant, projet r&#233;dig&#233; du point de vue centraliste et o&#249; l'in&#233;luctabilit&#233; du combat contre Versailles, non plus pour la reconnaissance des libert&#233;s communales, mais pour la sauvegarde et le d&#233;veloppement de la R&#233;publique ressortent des donn&#233;es d'une situation expos&#233;e dans sa r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Les proc&#232;s-verbaux, venus en la possession de M. Mayer, ancien conseiller municipal de Paris, ont &#233;t&#233; c&#233;d&#233;s par son fils, G. Mayer, &#224; la Biblioth&#232;que Carnavalet, depuis Biblioth&#232;que Historique de la Ville de Paris, o&#249; on les trouve au fond de R&#233;serve. Le biblioth&#233;caire en chef, M. L. Po&#235;te, a bien voulu les communiquer &#224; l'auteur de la pr&#233;sente &#233;tude. Lissajaray avait d&#233;j&#224; eu ces proc&#232;s-verbaux en main et les avait feuillet&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Arthur Arnould. &#8212; Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- G. Lefran&#231;ais. &#8212; &#201;tude sur le Mouvement Communaliste &#224; Paris, en 1871, pages 196 - 197. &#8212; Le titre seul de l'ouvrage en indique la tendance. &#171; Communaliste &#187;, c'est ce c&#244;t&#233; tr&#232;s accessoire en somme du mouvement qui, pour l'auteur, prime tout le reste. Ce qui ne veut pas dire que le r&#233;cit de Lefran&#231;ais ne soit pas des plus int&#233;ressants &#224; consulter et des plus suggestifs. Ce qui ne veut pas dire non plus que l'auteur ne fut pas un socialiste. Socialiste, il l'&#233;tait, et l'un des plus conscients de l'&#233;poque ; mais il avait avec cela la manie lib&#233;rale ou libertaire. Il voulait pendant la libert&#233; qui ne pouvait &#234;tre qu'apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OBSTACLE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lumi&#232;re des proc&#232;s-verbaux que nous avons publi&#233;s, particuli&#232;rement &#224; cette intention, il appara&#238;t donc clairement qu'il existe d&#232;s le 28 et le 29 mars, &#224; la Commune, les repr&#233;sentants bourgeois enfuis, deux courants, deux tendances antagonistes et que l'un d'eux, le courant centraliste, autoritaire, dispose de la majorit&#233;. De cette seconde constatation, les preuves abondent. Nous venons d'en fournir quelques-unes. On pourrait les multiplier depuis le tr&#232;s froid accueil fait au discours du pr&#233;sident d'&#226;ge, Beslay[1], en raison du fade relent de f&#233;d&#233;ralisme qu'exhalait sa harangue, issue du m&#234;me tonneau que la proclamation de Lefran&#231;ais, jusqu'&#224; la d&#233;cision par laquelle la Commune, apr&#232;s une d&#233;faillance de vingt-quatre heures, rebaptisait son organe officiel Journal officiel de la R&#233;publique fran&#231;aise, repoussant comme une trahison le titre de Journal officiel de la Commune de Paris[2], que certains autonomistes persistaient &#224; pr&#233;f&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se fait-il donc que cette majorit&#233; ne se soit pas impos&#233;e, qu'elle n'ait pas entra&#238;n&#233;, subordonn&#233; la minorit&#233; et n'ait pas gouvern&#233; au sens plein et entier du mot ? Pour des raisons ext&#233;rieures &#224; elle tr&#232;s certainement et que le simple examen des &#233;v&#233;nements nous ont r&#233;v&#233;l&#233;es d&#233;j&#224; ou nous r&#233;v&#233;leront, mais aussi pour des raisons intrins&#232;ques qui auraient pu ne pas &#234;tre ou &#234;tre &#224; un degr&#233; moindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si la minorit&#233; avait ses faiblesses et ses tares, la majorit&#233; avait &#233;galement les siennes non moins criantes, non moins funestes. Parmi les hommes de la majorit&#233; les plus connus, ceux qui dataient de 48, croyaient trop &#224; la vertu des traditions et des exhumations. Pour &#234;tre invincibles, il leur suffisait, pensaient-ils, de se draper dans la d&#233;froque de 93. Ils n'&#233;taient pas de leur si&#232;cle, mais du si&#232;cle d&#233;funt. Ils ignoraient &#224; plaisir que la lettre tue et que seul l'esprit vivifie et ne concevaient pas que, m&#234;me et surtout pour une besogne r&#233;volutionnaire, &#224; des temps nouveaux, il faut des moyens nouveaux, appropri&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres, les jeunes, &#233;taient pour beaucoup des violents sans consistance, purs d&#233;clamateurs souvent, jouant &#224; l'insurrection, comme ils auraient jou&#233; &#224; la guerre, quelques mois auparavant, se gargarisant de formules et se satisfaisant avec. Le r&#233;volutionnarisme des uns et des autres &#233;tait d'apparence et de surface et m&#234;me, chez les meilleurs, d'intention seulement. Ils sentaient sans doute l'utilit&#233; d'une forte centralisation de pouvoir. De cette centralisation,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils &#233;taient susceptibles, ceux qui avaient quelque litt&#233;rature, d'esquisser peut-&#234;tre la th&#233;orie ; mais la pratique ne leur agr&#233;ait pas, ils &#233;taient &#224; cet &#233;gard pi&#232;trement dou&#233;s et plus mal entra&#238;n&#233;s. Enfin, &#8212; et c'&#233;tait encore une autre inf&#233;riorit&#233; p&#233;nible et f&#226;cheuse ; &#8212; certains d'entre eux, de ceux &#224; qui les luttes pass&#233;es, les services rendus, les pers&#233;cutions endur&#233;es faisaient pr&#233;cis&#233;ment une aur&#233;ole, n'&#233;taient pas socialistes ou l'&#233;taient insuffisamment. Ils servaient une cause qui au fond n'&#233;tait pas leur, qui ne r&#233;pondait pas &#224; leurs sympathies et &#224; leurs aspirations secr&#232;tes et &#171; dont plusieurs principes, comme le dit Arthur Arnould, pour Delescluze, contredisaient, combattaient m&#234;me quelques-unes de leurs plus ch&#232;res convictions &#187;. Le m&#233;canisme dictatorial qu'ils rivaient de monter eut, par suite, en leurs mains, risqu&#233; de fonctionner &#224; vide et de ne moudre que le vent. Il est vrai que le mouvement, s'il avait pu s'affirmer et durer, les eut vile d&#233;pass&#233;s et &#233;limin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, sommairement analys&#233;es, les raisons intrins&#232;ques dont nous parlions tout &#224; l'heure, qui paralys&#232;rent la majorit&#233; et, par contre-coup, la Commune. Elles pes&#232;rent assur&#233;ment dans la balance. Elles pes&#232;rent toutefois moins lourdement que les raisons ext&#233;rieures, les raisons g&#233;n&#233;rales qui auraient s&#233;vi quelle qu'e&#251;t &#233;t&#233; la composition de la Commune, les capacit&#233;s techniques de ses membres, l'intimit&#233; de leur accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces raisons qu'il convient d'envisager maintenant. On les rencontre dans l'&#233;tat de d&#233;sarroi extr&#234;me et grandissant o&#249; se trouvaient, &#224; cette heure, toutes les administrations publiques, d&#233;sarroi pouss&#233; &#224; un tel point que la vie mat&#233;rielle de la grande cit&#233; parisienne risquait, &#224; toute minute, d'en &#234;tre suspendue et irr&#233;m&#233;diablement compromise. Par la man&#339;uvre versaillaise, toute la machinerie d'&#201;tat et municipale avait &#233;t&#233; d&#233;traqu&#233;e et les services vitaux que cette machinerie assure : service des approvisionnements, des communications, de la voirie, de l'hygi&#232;ne, de l'assistance, allaient &#224; vau-l'eau, de plus en plus profond&#233;ment perturb&#233;s dans un fonctionnement qui doit, plus que tout autre, demeurer r&#233;gulier, automatique. Le plan de Thiers, vieux routier sans scrupules, &#233;tait ainsi d'acculer Paris &#224; la famine, &#224; la ruine, de l'affoler, de l'alt&#233;rer, en le plaidant et le maintenant hors des conditions indispensables &#224; toute grande collectivit&#233; humaine pour se mouvoir et subsister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des fonctionnaires avant la lettre, et le sabotage avant la lettre aussi, mais retourn&#233;s, employ&#233;s par la bourgeoisie contre le Peuple, par la r&#233;action contre la R&#233;volution. Dans ces conjonctures, supposez la Commune compos&#233;e d'&#233;l&#233;ments dix fois plus coh&#233;rents, dix fois plus conscients des fins &#224; poursuivre et des moyens requis pour les atteindre, et la situation n'en &#233;tait gu&#232;re am&#233;lior&#233;e ; l'obstacle se dressait devant elle aussi haut et infranchissable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a dit que la Commune disposait de ressources immenses que nulle autre insurrection n'avait poss&#233;d&#233;es avant elle, et c'est vrai. Une enceinte fortifi&#233;e quasi-inexpugnable la prot&#233;geait ; elle avait des canons, des fusils, des munitions en abondance, des d&#233;fenseurs r&#233;solus et enthousiastes par milliers. Elle &#233;tait riche aussi, puisqu'elle avait, puisqu'elle eut, avec bien d'autres fonds, le cr&#233;dit de la Banque de France &#224; sa merci. Que lui manqua-t-il donc ? Cela que nous indiquons et qu'on jugera peut-&#234;tre mesquin et secondaire et qui &#233;tait pourtant capital, car cela manquant, toutes les ressources, aussi pr&#233;cieuses et formidables qu'on se les imagine, restaient vaines, inutilisables. Il lui manqua un personnel d&#233;vou&#233; et comp&#233;tent pour mettre en &#339;uvre les forces vives qui surabondaient autour d'elle ; il lui manqua les organes d'administration et de contr&#244;le indispensables pour ordonner le mouvement, transmettre l'impulsion, la direction, organiser et discipliner l'effort r&#233;volutionnaire pour la bataille r&#233;volutionnaire. L&#224; g&#238;t le secret de la d&#233;bilit&#233; de la Commune, de son impuissance, par suite, de sa d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consultez les proc&#232;s-verbaux de l'H&#244;tel de Ville, ceux que nous avons publi&#233;s et les suivants, et un fait vous frappera : le perp&#233;tuel va et vient de d&#233;l&#233;gations qui s'accomplit aux s&#233;ances : r&#233;ception de d&#233;l&#233;gations des corps d'employ&#233;s par la Commune, envoi de d&#233;l&#233;gations de la Commune vers ces m&#234;mes corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 mars, &#224; la s&#233;ance du soir, ce sont les d&#233;l&#233;gu&#233;s des employ&#233;s de l'Octroi qui se pr&#233;sentent en parlementaires &#224; l'H&#244;tel de Ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la s&#233;ance du 30 (apr&#232;s-midi), c'est Theisz qui est d&#233;l&#233;gu&#233; aux Postes, Beslay qui est d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Banque. Ce jour encore, &#224; la s&#233;ance de nuit ; c'est Mortier et Billioray qui re&#231;oivent mission d'enlever la caisse de la boulangerie. Les d&#233;marches m&#234;me des fonctionnaires qui viennent, comme ceux de l'Octroi, apporter solennellement leur adh&#233;sion &#224; la Commune, prouvent que d'autres avaient ob&#233;i aux suggestions de Versailles, abandonn&#233; leur poste et que l'insubordination &#233;tait partout. D'un mot, &#224; la seconde s&#233;ance du 30, Jourde r&#233;sumait la situation, quand il disait : &#171; Toutes les sommes per&#231;ues &#224; Paris par les diff&#233;rents services sont exp&#233;di&#233;es &#224; Versailles. Si l'on h&#233;site &#224; prendre des mesures radicales, demain tous les services seront d&#233;sorganis&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait trop insister sur ce point. Aupr&#232;s de cela le reste n'est rien : tentatives des maires qui confient au papier blanc officiel l'expression des rancunes et des ranc&#339;urs qui n'ont plus aucun &#233;cho, man&#339;uvres directes ou obliques d'un Comit&#233; central qui essaie de reprendre par bribes une autorit&#233; qu'il s'en veut d'avoir sit&#244;t et si enti&#232;rement abandonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Commune avait pu constituer un pouvoir, un gouvernement dont les ordres eussent &#233;t&#233; transmis, ex&#233;cut&#233;s, elle durait, s'implantait ; elle annihilait ais&#233;ment toute r&#233;sistance &#224; l'int&#233;rieur des murs, remettait chacun &#224; sa place, r&#233;duisait chacun &#224; son r&#244;le : le Comit&#233; central de la garde nationale, notamment. De ce Comit&#233;, m&#234;me en face de la Commune telle qu'elle fut, on a tr&#232;s fortement exag&#233;r&#233; l'opposition et son importance. Cette opposition rida &#224; peine la surface de l'eau, troubla quelques s&#233;ances, les premi&#232;res en particulier o&#249; les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233;, encore install&#233; &#224; l'H&#244;tel de Ville, essay&#232;rent de disputer aux repr&#233;sentants &#233;lus de Paris des lambeaux d'influence. &#192; la v&#233;rit&#233;, elle ne tira jamais &#224; cons&#233;quences graves. Tout au plus peut-on dire que dans la suite, les Conseils de L&#233;gion qui repr&#233;sentaient le Comit&#233; central dans chaque arrondissement, contribu&#232;rent &#224; entraver la concentration si d&#233;sirable de tous les pouvoirs militaires entre les mains du d&#233;l&#233;gu&#233; de la Commune &#224; la guerre. En tout cas, mis en face d'une Commune outill&#233;e pour la gestion et la conduite des affaires, le Comit&#233; central eut abdiqu&#233; imm&#233;diatement toute vell&#233;it&#233; de comp&#233;tition et d'insoumission ; il se fut dissous, ce qui eut &#233;t&#233; le mieux, ou cantonn&#233; dans ses fonctions de &#171; grand conseil de famille &#187;, comme se plaisaient &#224; dire ses orateurs les plus diserts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette &#339;uvre de r&#233;fection, de restauration qui s'imposait, malais&#233;e en tout temps, devenait impossible dans les conditions exceptionnelles o&#249; se mouvait la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du jour au lendemain, talonn&#233;e par d'imp&#233;rieuses n&#233;cessit&#233;s, la Commune avait &#224; r&#233;organiser de toutes pi&#232;ces, en plus d'une administration militaire et d'une inspection des ateliers de fabrication des munitions et de fabrication et de r&#233;paration d'armes, la plupart des grandes administrations publiques : Contributions directes et indirectes, Douanes, Enregistrement, Domaines, Postes et T&#233;l&#233;graphes, et la Monnaie, et le Timbre, et l'Imprimerie Nationale : en plus, les services d'ordre municipal : l'Administration des mairies, l'Octroi, l'Assistance, l'Enseignement. Joignez-y encore la Police car, quoi qu'on en e&#251;t, on ne pouvait apr&#232;s tout laisser les agents versaillais conspirer dans les caf&#233;s des boulevards, dans les salles de r&#233;daction et jusque dans les conseils de la Commune. Ajoutez l'Administration de la Justice et, puisque Paris est Paris, la surveillance des mus&#233;es et des biblioth&#232;ques, la garde et l'entretien de toutes les richesses artistiques et litt&#233;raires accumul&#233;es dans la capitale. Avec cela, besogne plus urgente s'il se peut, la Commune devait nourrir son peuple, deux millions d'hommes, assurer &#224; ce ventre &#233;norme la quotidienne p&#226;ture par l'arrivage r&#233;gulier des subsistances. Elle devait aussi servir sa solde &#224; la garde nationale, chaque jour quatre cent cinquante mille francs ; elle devait enfin organiser la lutte arm&#233;e, avoir l'&#339;il aux remparts et aux forts, aux h&#244;pitaux, aux ambulances et aux arsenaux. Tout voir pour tout savoir et pour tout cr&#233;er, en vingt-quatre heures, sur le champ, car les minutes alors valaient des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#338;uvre immense, colossale, &#224; d&#233;sesp&#233;rer les plus audacieux, les plus confiants ! Pour l'entreprendre avec quelque chance de succ&#232;s, il e&#251;t fallu que, par avance, la Commune e&#251;t &#233;t&#233; certaine du concours entier de centaines et de milliers de partisans d&#233;vou&#233;s, &#233;clair&#233;s et capables. Le compte n'y est gu&#232;re, quand on vient au fait. Elle e&#251;t, c'est vrai, de suite &#224; son service des fractions, de larges fractions de l'ancien petit personnel administratif qui, malgr&#233; les sommations de Thiers, ses menaces, ne d&#233;sert&#232;rent pas le poste commis &#224; leurs soins. Ce furent les employ&#233;s de l'octroi que nous avons vu, le 29 mars, se pr&#233;senter &#224; l'H&#244;tel de Ville ; les agents et sous-agents des postes que Theisz, successeur de Rampont, rencontrera aussit&#244;t &#224; ses c&#244;t&#233;s, actifs et empress&#233;s ; les employ&#233;s subalternes des mairies, que les membres de la Commune, devenus administrateurs de leur arrondissement respectif, trouveront pr&#234;ts &#224; les seconder avec un z&#232;le exemplaire. Ceux-l&#224;, bien d'autres encore parmi les modestes et les humbles des diverses administrations, tant nationales que municipales, d&#233;sob&#233;iront r&#233;solument &#224; la premi&#232;re injonction de l'Assembl&#233;e rurale, qui leur commandait &#8212; comble d'impudence &#8212; de transmettre r&#233;guli&#232;rement &#224; Versailles les recettes encaiss&#233;es par eux &#224; Paris. Ils ne se conformeront pas davantage au second ukase sign&#233; : Picard, ministre de l'Int&#233;rieur, leur intimant l'ordre de rejoindre Versailles sous peine de r&#233;vocation et de d&#233;ch&#233;ance de leurs droits &#224; la retraite, et leur garantissant par contre, en retour de leur ob&#233;issance, le paiement int&#233;gral de leurs appointements &#171; jusqu'au r&#233;tablissement de l'ordre &#187;. Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, se disaient beaucoup de ces hommes qui voulaient leur pain quotidien, l&#224; o&#249; &#233;taient la femme, les enfants, la maisonn&#233;e, et puis qui, Parisiens et du peuple, ne boudaient pas &#224; rester avec Paris et avec le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pouvait repr&#233;senter vingt ou vingt-cinq mille agents fid&#232;les et sympathisants, effectif num&#233;riquement appr&#233;ciable certes, mais qui ne valait, dans la r&#233;alit&#233; des faits, qu'autant qu'il avait &#224; c&#244;t&#233; de lui, superpos&#233; &#224; lui, un second &#233;l&#233;ment indispensable pour promouvoir et coordonner son activit&#233;, l'encadrer, le guider. C'est ce second &#233;l&#233;ment qui se d&#233;roba d&#232;s la premi&#232;re heure et ne cessa, en d&#233;finitive, jusqu'au terme, de faire d&#233;faut &#224; la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action versaillaise savait qu'une collectivit&#233;, militaire ou civile, il n'importe, ne peut, si d&#233;vou&#233;e et exp&#233;riment&#233;e qu'on l'imagine, se passer de cadres, que ces cadres bris&#233;s ou simplement disjoints elle tourne fatalement, malgr&#233; toute sa bonne volont&#233;, &#224; la cohue, devient inapte &#224; remplir son office. Elle savait encore que pour paralyser un m&#233;canisme, il n'est pas besoin, le plus souvent, d'endommager la machine elle-m&#234;me, qu'il suffit de couper les courroies et poulies de transmission qui la relient au moteur. Durant la derni&#232;re semaine de mars, les gouvernants versaillais tendirent donc le principal de leur effort vers cet objectif : disloquer les cadres administratifs, d&#233;baucher les chefs de service, et l'on doit reconna&#238;tre qu'ils y r&#233;ussirent &#224; merveille. Au bout de huit jours, il ne restait plus trace dans Paris de cette bureaucratie moyenne, interm&#233;diaire entre la direction sup&#233;rieure et les agents de pure ex&#233;cution, truchement obligatoire, tant qu'il y aura administration, gouvernement, &#201;tat, et qui &#233;tait aussi indispensable &#224; la Commune qu'&#224; aucun autre pouvoir. Fa&#231;onn&#233;e par dix-huit ans d'Empire &#224; l'ob&#233;issance passive et &#224; la haine des masses, cette bureaucratie obtemp&#233;ra comme une meute de chiens couchants au coup de sifflet de Thiers et apr&#232;s avoir razzi&#233; les caisses publiques dont elle avait la gestion &#8212; c'&#233;tait un ordre aussi &#8212; elle fila sur Versailles par les voies les plus rapides. &#192; cet exode, pensera-t-on, il n'y avait que demi-mal, car il est probable que ces fuyards demeur&#233;s dans la place se fussent comport&#233;s comme autant de tra&#238;tres. Sans doute, il n'y aurait m&#234;me pas eu de mal du tout, au contraire, si la Commune avait pu, sans d&#233;lai, leur trouver des substituts : mais ces substituts, elle ne les trouva pas. Les classes bourgeoises et instruites, si port&#233;es d'instinct &#224; la conqu&#234;te des places, toujours si dispos&#233;es &#224; &#233;marger au budget, se r&#233;v&#233;l&#232;rent &#224; ce moment &#233;trangement r&#233;serv&#233;es et circonspectes. Quelques fils de familles s'&#233;taient bien offerts les premiers jours : mais bien vite ils s'&#233;clips&#232;rent, cess&#232;rent de postuler, m&#234;me de se montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que la Commune se flattait d'&#234;tre, voulait &#234;tre un r&#233;gime a bon march&#233;. Elle ne faisait pas un pont d'or &#224; qui aspirait &#224; l'honneur de sa livr&#233;e. 500 francs &#233;tait le maximum de r&#233;mun&#233;ration mensuelle qu'elle consentit &#224; ses serviteurs, et de ce maximum elle fut plut&#244;t chiche, Personnellement, ses membres ne s'octroy&#232;rent jamais, pour leur compte, plus de 15 francs par jour, et tout cumul &#233;tait interdit. D'autre part, les jeunes bourgeois qui s'en &#233;taient venus r&#244;der, vers le 26 mars, dans les couloirs de l'H&#244;tel de Ville, n'avaient pas tard&#233; &#224; s'apercevoir que le nouveau gouvernement ne flairait pas la m&#234;me odeur que ses devanciers ; il sentait le peuple, la classe ouvri&#232;re : parfums offusquants pour des narines d&#233;licates. Pareil r&#233;gime durerait-il ? Le doute &#233;tait permis, et, en cons&#233;quence, la prudence recommandait de ne pas s'embarquer sur sa gal&#232;re &#8212; gal&#232;re de bagne pr&#233;voyaient d&#233;j&#224; les plus poltrons ou les plus avis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les m&#234;mes causes, la Commune manqua &#233;galement, manqua davantage encore du haut personnel directeur, de celui qui, essentiellement, express&#233;ment sert de trait d'union entre le pouvoir central et les services divers, communique &#224; ces services l'impulsion et veille &#224; ce que les efforts individuels de toutes les unit&#233;s composantes convergent avec ensemble au but que le pouvoir se propose. Ce personnel, la Commune ne put l'obtenir, et partiellement, qu'en d&#233;tachant ses propres membres, pris parmi les plus appliqu&#233;s et les meilleurs naturellement, &#224; des postes qui ne laissaient pas d'&#234;tre, jusqu'&#224; un certain point, incompatibles avec leur mandat de repr&#233;sentants &#233;lus &#224; la Commune, sans compter que ces cumulards d'un nouveau genre, astreints et riv&#233;s de la sorte &#224; des t&#226;ches sp&#233;ciales, limit&#233;es, &#233;taient emp&#234;ch&#233;s de s'associer aussi pleinement qu'il e&#251;t convenu &#224; la besogne politique qui d'abord leur incombait. Par exemple Varlin, d&#233;tach&#233; &#224; l'Intendance, Theisz aux Postes, Beslay &#224; la Banque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce &#224; dire, sinon que la Commune, par la conspiration des choses et par celle des hommes, se trouva aux prises avec une situation inextricable et qu'il ne lui servit de rien d'avoir derri&#232;re elle deux cent mille &#233;lecteurs et cent mille ba&#239;onnettes, puisqu'elle ne pouvait ordonner ces forces, les disposer et les organiser en vue des dures &#233;preuves qui s'annon&#231;aient. Sit&#244;t &#233;lu, sit&#244;t n&#233;, le nouveau gouvernement appara&#238;t isol&#233;, sans attaches, coup&#233; de toute communication avec le monde ambiant, le monde m&#234;me de ses amis et de ses partisans. Les moyens d'intervention et d'action normaux, habituels, traditionnels lui &#233;chappent et il n'a, pour en marteler d'autres mieux &#224; sa main, ni le temps, ni la mati&#232;re, surtout la mati&#232;re. La bourgeoisie r&#233;publicaine, petite et moyenne, qui aurait pu lui fournir cette mati&#232;re, s'&#233;carte et renonce, peu soucieuse de collaborer &#224; une &#339;uvre qu'elle appr&#233;hende ne pas &#234;tre sienne et devoir &#233;trangement d&#233;border dans ses cons&#233;quences prochaines ses propres conceptions &#233;triqu&#233;es et &#233;go&#239;stes. Quant au prol&#233;tariat, il est insuffisamment &#233;duqu&#233; et form&#233;, prisonnier trop encore de l'ignorance et de l'inconscience pour procurer &#224; un gouvernement, issu de ses entrailles pourtant, et avec qui il se sent &#233;videmment en communion de pens&#233;e et d'intention, les capacit&#233;s administratives, les comp&#233;tences techniques, les &#233;nergies &#233;clair&#233;es que celui-ci attend, qu'il r&#233;clame, dont il a le besoin le plus imp&#233;rieux et le plus urgent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs en sont encore alors &#224; la phase initiale du mouvement qui doit les conduire, qui les conduira &#224; l'int&#233;grale lib&#233;ration. L'id&#233;e prol&#233;taire s'exprime &#224; la tribune, dans les clubs, aux pr&#233;toires o&#249; la tra&#238;ne la justice bourgeoise, dans les journaux aussi, dans la brochure et dans le livre, d&#233;j&#224; m&#251;re, adulte, en pleine possession de soi. Elle se pense, car d&#233;j&#224; Saint-Simon et Fourier, Blanqui, Proudhon et Karl Marx ont parl&#233;. Elle se pense ; mais c'est tout, elle ne va pas plus loin ; elle demeure verbe ; elle ne s'est pas faite chair encore, c'est-&#224;-dire institutions. La classe ouvri&#232;re, la parisienne, &#224; plus forte raison la provinciale, commence &#224; peine, quand elle commence, &#224; cr&#233;er de sa substance les organismes autonomes qui la manifesteront dans sa nubilit&#233; et qui, tendant &#224; assurer selon un mode nouveau et ad&#233;quat au processus &#233;volutif g&#233;n&#233;ral les fonctions de production et de r&#233;partition des richesses, videront progressivement de tout contenu les institutions concurrentes de la classe adverse et r&#233;aliseront les &#233;l&#233;ments de la soci&#233;t&#233; future. Que l'Internationale et la notori&#233;t&#233; que lui valurent ses d&#233;tracteurs ne nous induisent pas en erreur : des institutions prol&#233;taires qui seront, il n'existe gu&#232;re en ces ann&#233;es 70 que les premiers lin&#233;aments : quelques Soci&#233;t&#233;s de r&#233;sistance, quelques Chambres syndicales, &#233;bauches des grandes F&#233;d&#233;rations corporatives d'aujourd'hui et de demain, quelques &#171; Marmittes &#187;, amorce de la splendide floraison coop&#233;rative &#224; base communiste, qui m&#234;me de nos jours ne fait que s'annoncer. N'ayant pas les institutions, la classe ouvri&#232;re n'a donc pas le personnel et ne peut offrir ce qu'elle ne poss&#232;de pas encore. Elle donnera &#224; la Commune ce qu'elle a, tout ce qu'elle a : le bras qui arme et &#233;paule le fusil, l'&#339;il qui vise, son sang, sa vie : elle ne saura faire plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, parvenons-nous &#224; cette double et am&#232;re constatation : La R&#233;volution, selon le mode ancien, n'&#233;tait plus possible puisque la bourgeoisie, qui demeurait de par ses capacit&#233;s le facteur essentiel du mouvement, refusait de se porter de l'avant, de franchir une autre &#233;tape ; la R&#233;volution, selon le mode nouveau, n'&#233;tait pas possible encore puisque le prol&#233;tariat, qui eut d&#251; en &#234;tre le moteur aussi bien que l'agent, n'apprendra que plus tard &#224; fondre et &#224; forger les armes perfectionn&#233;es pour son combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le voil&#224;, nous semble-t-il, l'obstacle vrai auquel buta la Commune, celui qu'elle ne tournera pas, qu'elle ne surmontera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de cet historique, nous avancions, si on s'en souvient, que la Commune avait surgi six mois trop tard, quand l'heure propice avait fui. On voit mieux maintenant le pourquoi de cette affirmation. C'est parce que six mois auparavant, vers septembre ou octobre 70, la Commune n'eut pas rencontr&#233; les difficult&#233;s sous lesquelles elle succomba en mars 71, ces difficult&#233;s que nous avons tent&#233; d'analyser et de souligner dans les pages pr&#233;c&#233;dentes. Au jour de l'investissement de Paris par les Prussiens, les conjonctures sans doute &#233;taient plus tragiques pour un gouvernement quelconque ; elles &#233;taient moins critiques. Ma&#238;tresse de l'H&#244;tel de Ville, la Commune R&#233;volutionnaire se fut alors impos&#233;e. Non seulement elle eut eu pour elle l'unit&#233; de pens&#233;e et d'action qui manqua &#224; la Commune &#233;lue, mais elle aurait dispos&#233; de tous les moyens ordinaires et extraordinaires pour se faire entendre, suivre, servir. Elle se fut assise, pouvoir aussi incontestable et aussi incontest&#233; que celui des hommes du 4 Septembre. Elle eut mis la main, une main hardie, sur un m&#233;canisme administratif intact, dont aucun rouage n'aurait pu &#234;tre &#233;vid&#233; et fauss&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine gouvernant sous la temp&#234;te, &#224; mille lieues des c&#244;tes, entre le ciel tonnant et la mer d&#233;mont&#233;e, est &#171; ma&#238;tre apr&#232;s Dieu &#187; sur le pont du navire. Paris &#233;tait l'esquif battu par la vague germanique, n'apercevant, sous la pluie des obus et des bombes, que le flot toujours grossi qui d&#233;ferlait de l'Est et du Nord et d&#233;j&#224; recouvrait autour de lui, &#224; cent et deux cents kilom&#232;tres, toute la terre de France. Contre le capitaine du navire-Paris, qu'il s'appel&#226;t Commune ou de tout autre nom, qui donc, dans la tourmente, parmi l'&#233;quipage eut &#233;t&#233; assez os&#233; pour se rebeller ? Quel eut &#233;t&#233; le recours du mis&#233;rable ou de l'audacieux, sa planche de salut, son camp de refuge, le Versailles o&#249; aller se faire payer le prix de son abandon et de sa tra&#238;trise ? Nul assur&#233;ment ne se fut d&#233;rob&#233; &#224; la man&#339;uvre command&#233;e, pas plus chez le civil que le militaire. Du commis au directeur, de l'adjudant au g&#233;n&#233;ral, chacun se fut inclin&#233;, eut gard&#233; son poste, son rang. Et si la Commune avait su animer l'&#233;quipage du vaisseau, je veux dire les combattants de la capitale assi&#233;g&#233;e, d'une ardeur de r&#233;sistance &#224; outrance, si elle avait su imprimer &#224; la d&#233;fense une impulsion puissante qui la tourn&#226;t en offensive vengeresse, elle dominait tout, les &#233;v&#233;nements et les hommes. Elle &#233;tait le gouvernement du peuple arm&#233;, debout contre le capitalisme prussien agresseur pour la sainte croisade de l'ind&#233;pendance nationale, sous l'&#233;gide de la R&#233;publique. Rien ne l'emp&#234;chait alors de tailler dans le vif, &#224; pleins ciseaux, d'aiguiller comme il lui aurait plu, autant qu'il lui aurait plu dans la voie des transformations sociales profondes et irr&#233;vocables, et de l'&#233;tablissement d'un r&#233;gime de d&#233;mocratie &#233;galitaire. La Commune, c'est-&#224;-dire le parti de la R&#233;volution, tenait en son jeu, comme il l'avait tenu en 93, l'atout supr&#234;me et d&#233;cisif de la guerre contre l'envahisseur, qui, par la concentration forcen&#233;e du pouvoir, annihilant toutes les oppositions internes et se subordonnant toutes les &#233;nergies ambiantes, fait jaillir de la victoire de la nation sur l'&#233;tranger la victoire de l'Avenir sur le Pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est trop envisager la Commune qui ne fut pas : revenons &#224; la Commune qui fut, celle qui se d&#233;battit dans le vide et se d&#233;pensa en efforts vains et perdus, celle que la bourgeoisie renia et pour qui le prol&#233;tariat ne sut faire rien de plus que mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En instituant les commissions multiples dont nous avons reproduit ant&#233;rieurement, avec le proc&#232;s-verbal de la s&#233;ance du 29 mars (soir), la nomenclature et la composition, cette Commune tenta d'&#233;chapper au chaos dans lequel elle se sentait descendre ; elle essaya de restaurer quelque ordre dans le d&#233;sordre universel et de pourvoir &#224; la vie toute enti&#232;re : mat&#233;rielle, intellectuelle et morale de ce grand Paris que Thiers lui laissait en charge. Services municipaux, services nationaux ; &#339;uvres de paix, &#339;uvres de guerre, elle prit tout &#224; son compte. Il le fallait bien, puisqu'elle &#233;tait seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'une de ces commissions. Commission ex&#233;cutive permanente, &#233;tait d&#233;volu le r&#244;le capital et particuli&#232;rement ingrat de coordonner tous les efforts et de donner force de loi aux d&#233;crets et d&#233;cisions de l'Assembl&#233;e. La Commission ex&#233;cutive fut donc le v&#233;ritable gouvernement de la Commune et, plus qu'ailleurs, c'est dans son sein que devaient se r&#233;v&#233;ler les p&#233;rils et la gravit&#233; de la situation, se manifester l'isolement angoissant dont nous avons parl&#233;. Les hommes de la Commission ex&#233;cutive sentaient la n&#233;cessit&#233; de tendre et de tendre jusqu'&#224; les rompre tous les ressorts de la machine et ils s'apercevaient que ces ressorts &#233;taient tordus, fauss&#233;s, bris&#233;s et qu'ils n'avaient plus devant eux qu'un tas de ferrailles, sans &#226;me et sans emploi. Ils prenaient des r&#233;solutions, ils donnaient des ordres et ils ne poss&#233;daient personne autour d'eux pour porter ces ordres, personne pour transmettre et appliquer ces r&#233;solutions. Il aurait fallu qu'ils fussent au courant de toutes choses et ils ne savaient rien. Aucun renseignement s&#233;rieux, fond&#233;, circonstanci&#233; ne leur &#233;tait procur&#233;. Ils jugeaient sur des vraisemblances, tablaient sur des racontars, statuaient sur des probabilit&#233;s. Il n'eut jamais &#233;t&#233; plus n&#233;cessaire de gouverner, comme ils le voyaient et le voulaient, et jamais on ne put moins gouverner. Ma&#238;tre Jacques de la R&#233;volution, il leur fallait &#234;tre &#224; la fois dictateur et gendarme ; tel Tridon appr&#233;hendant au collet, de sa propre main, Cluseret, d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la guerre, dont il venait, avec Vaillant, de d&#233;cider l'arrestation. Bref, ils allaient sous un brouillard opaque, cherchant &#224; t&#226;tons leur chemin et ignorant, dans leur marche incertaine, s'ils se heurtaient &#224; un ami ou &#224; un ennemi, &#224; un compagnon de lutte ou &#224; un tra&#238;tre, &#224; un communeux comme eux ou &#224; un agent de Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d&#233;sesp&#233;r&#233;e qu'elle fut, la partie pourtant &#233;tait engag&#233;e et il la fallait jouer. Que l'enjeu apparut ou non perdu d'avance &#8212; et cet enjeu n'&#233;tait rien moins que la libert&#233; et la vie d'un peuple entier &#8212; il n'y avait pas de remise possible. Au reste, l'illusion est si contagieuse dans le feu de l'action et la chaleur du combat, que les plus lucides, au contact de la foule en d&#233;lire, en viennent &#224; se duper et &#224; s'&#233;tourdir eux-m&#234;mes et &#224; esp&#233;rer contre tout espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, autour de la Commune, autour de sa Commission ex&#233;cutive, nul ne doutait de la victoire ; c'&#233;tait bien une conviction quasi-unanime que Versailles, s'il engageait les hostilit&#233;s serait &#233;cras&#233;, que l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re ne r&#233;sisterait pas au choc de la garde nationale, se d&#233;banderait, l&#232;verait la crosse en l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris, certes, et nous l'avons dit, les sympathies actives de toute la population n'&#233;taient pas pour la Commune : la classe moyenne observait d&#233;j&#224; une attitude de froide r&#233;serve ; mais, en tous cas, et m&#234;me dans les rangs bourgeois on n'eut trouv&#233; personne en ces derniers jours de mars et premiers jours d'avril qui tint pour Thiers et sa bande. Le gouvernement des ruraux &#233;tait universellement ha&#239;, m&#233;pris&#233; et conspu&#233;. Pour &#234;tre fix&#233; &#224; cet endroit, il suffit de parcourir, en dehors des feuilles nettement acquises &#224; la cause r&#233;volutionnaire, les quinze ou vingt journaux politiques de toute nuance, qui se publiaient &#224; l'&#233;poque dans la capitale. Les organes de droite pure se taisaient, les autres moniteurs officiels des int&#233;r&#234;ts bourgeois affichaient &#224; tout le moins une impartialit&#233; et une objectivit&#233; prouvant que leur client&#232;le demeurait dans l'expectative et n'eut pas tol&#233;r&#233; une approbation de l'&#339;uvre de r&#233;action qui, commenc&#233;e par l'Assembl&#233;e Nationale &#224; Bordeaux, se poursuivait &#224; Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, les d&#233;marches premi&#232;res de la Commune avaient &#233;t&#233; plut&#244;t favorablement accueillies, non seulement dans les milieux prol&#233;taires, mais aussi dans les milieux interm&#233;diaires : par le commer&#231;ant, le boutiquier, le fa&#231;onnier, qui pullulaient alors comme aujourd'hui, plus qu'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proclamation par laquelle la Commune s'&#233;tait annonc&#233;e avait plu. Elle &#233;tait dans le ton, habile, politique, sans expos&#233; th&#233;orique, sans &#233;talage pompeux de principes et de doctrines. Elle pr&#233;sentait les faits dans leur v&#233;rit&#233; et indiquait en traits sobres les mesures d&#233;j&#224; prises ou qui allaient &#234;tre prises pour rem&#233;dier aux maux les plus cuisants dont souffrait la population, sans acception de classe ni de personne. Que ces mesures dussent b&#233;n&#233;ficier surtout &#224; la portion la plus mis&#233;rable, aux prol&#233;taires salari&#233;s : aucun doute. Cependant, les autres cat&#233;gories sociales : petits rentiers, petits patrons, fonctionnaires, commer&#231;ants y devaient aussi trouver leur compte. Et des d&#233;crets &#233;taient venus, dans les quarante-huit heures, appuyer cette proclamation, la traduire en actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;crets se r&#233;f&#233;raient aux probl&#232;mes du moment pos&#233;s par les calamit&#233;s, les d&#233;sastres, les ruines, les mis&#232;res que la guerre et le si&#232;ge avaient engendr&#233;s. Ils visaient les questions urgentes, parisiennes, que l'Assembl&#233;e nationale avait tranch&#233;es contre Paris et qu'il &#233;tait de saine politique et de stricte justice de trancher au contraire pour Paris, &#224; son avantage. D&#233;crets sur les loyers, sur les &#233;ch&#233;ances, sur la garde nationale, sur les monts-de-pi&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les loyers, l'Assembl&#233;e nationale avait dit : &#171; Les droits de la propri&#233;t&#233; sont sacr&#233;s. Il ne sera pas fait remise aux locataires d'un seul franc, d'un seul centime &#187;. Afin que le propri&#233;taire et le logeur touchent int&#233;gralement leur d&#251;, on expulsera et on jettera &#224; la rue, sans piti&#233; ni d&#233;lai, les gueux qui ne pourront s'ex&#233;cuter ; on vendra leurs derni&#232;res nippes, leurs derniers meubles et jusqu'&#224; leurs instruments de labeur. La Commune r&#233;pondait : le travail avant tout. Il est illogique et inique que les propri&#233;taires d'immeubles seuls n'aient pas &#224; souffrir des cons&#233;quences de la guerre. La stagnation absolue des transactions et des affaires, pendant et depuis le si&#232;ge, a r&#233;duit aux abois le prol&#233;taire, accul&#233; &#224; la faillite l'industriel et le commer&#231;ant. Avant que les choses aient repris un cours normal, il y en a pour des jours et pour des mois. Dans cette crise extraordinaire, imm&#233;rit&#233;e, que la propri&#233;t&#233; contribue donc elle aussi aux sacrifices communs, quelle assume sa part des charges qui, si lourdement, p&#232;sent et menacent de peser longtemps sur les &#233;paules du producteur. Et la Commune d&#233;cr&#233;tait : Remise g&#233;n&#233;rale aux locataires des termes d'octobre 70, janvier et avril 71 ; imputation des sommes pay&#233;es par les locataires durant ces neuf mois sur les termes &#224; venir ; r&#233;siliation des baux &#224; la volont&#233; des locataires pendant une dur&#233;e de six mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#233;ch&#233;ances, l'Assembl&#233;e nationale avait dit : P&#233;risse le commerce parisien ; mais que le code du commerce soit sauf, surtout que les loups-cerviers de la haute finance ne soient pas frustr&#233;s des profits qu'ils escomptent au bout de l'amoncellement de catastrophes que nous leur pr&#233;parons, et l'Assembl&#233;e avait promulgu&#233; une loi qui, de l'aveu m&#234;me d'un de ses membres, r&#233;acteur entre les r&#233;acteurs, un certain Martial Delpit, qui rapporta plus tard officiellement dans l'enqu&#234;te sur les causes de l'insurrection du 18 mars, &#171; pla&#231;ait une grande partie du commerce de Paris en pr&#233;sence d'une faillite in&#233;vitable, c'est-&#224;-dire de la ruine et du d&#233;shonneur &#187;. La Commune ne devait aboutir que le 18 avril &#224; une d&#233;cision d&#233;finitive et &#233;quitable sur la question ; mais, d&#232;s le 1er avril, elle r&#233;pondait aux ruraux, en indiquant qu'elle tenait leur loi pour nulle et non avenue, qu'une solution conciliatrice de tous les int&#233;r&#234;ts &#233;tait &#224; chercher et qu'elle en appelait dans ce but aux avis motiv&#233;s des groupements qui, seuls, avaient qualit&#233; pour juger : Soci&#233;t&#233;s ouvri&#232;res, Chambres syndicales du Commerce et de l'Industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la garde nationale, l'Assembl&#233;e nationale, sans souffler mot, mais par ses actes, son Coup d'&#201;tat manqu&#233;, avait signifi&#233; que la grande milice populaire, dans son dessein, avait v&#233;cu, qu'elle devait se dissoudre de son gr&#233; ou qu'elle serait dissoute par la force et que peu lui importait les mis&#233;rables &#171; Trente sous &#187;, leurs femmes et leurs enfants ; que la solde serait supprim&#233;e et que les travailleurs cr&#232;veraient comme des mouches, en attendant qu'ils retrouvent de l'embauche, s'ils en trouvaient, et que cela lui &#233;tait indiff&#233;rent. La Commune r&#233;pondait : Abolition de la conscription ; la garde nationale seule force militaire &#224; l'int&#233;rieur de Paris ; tous les citoyens valides dans la garde nationale ; et elle maintenait la solde au taux du si&#232;ge aussi longtemps que s&#233;virait le ch&#244;mage, que ne se seraient pas radicalement am&#233;lior&#233;es les conditions &#233;conomiques g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les monts-de-pi&#233;t&#233;, l'Assembl&#233;e nationale n'avait rien dit non plus. Qu'eut-elle dit ? Ce n'&#233;tait pas sur sa client&#232;le que s'exer&#231;ait l'inf&#226;me sp&#233;culation odieuse en tout temps, plus odieuse encore en ces temps de ch&#244;mage permanent o&#249; tout objet engag&#233; par la famille ouvri&#232;re, glissant chaque jour davantage au d&#233;nuement et &#224; la d&#233;tresse, &#233;tait par avance un objet perdu. L'Assembl&#233;e n'avait, pour demeurer fid&#232;le &#224; ses principes, qu'&#224; laisser fonctionner la triste institution. La Commune, en attendant de faire mieux, ce qui allait bient&#244;t venir, d&#233;clarait le 29 mars : &#171; Article unique. &#8212; La vente des objets d&#233;pos&#233;s au Mont-de-Pi&#233;t&#233; est suspendue &#187;, mettant fin ainsi aux brigandages des filous : brocanteurs et marchandes &#224; la toilette qui s'enrichissent l&#233;galement des d&#233;pouilles des plus pauvres entre les plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre l'Assembl&#233;e nationale et la Commune la population parisienne pouvait-elle en cons&#233;quence h&#233;siter ? L'Assembl&#233;e nationale &#233;tait l'ennemie, la Commune &#233;tait l'amie. Celle-ci apportait, fraternelle et attentive, ce que celle-l&#224;, &#233;trang&#232;re et hostile, refusait : celle-ci pansait les plaies que celle-l&#224; ne songeait qu'&#224; envenimer. L'Assembl&#233;e triomphant, c'&#233;tait non seulement la R&#233;publique compromise, &#233;touff&#233;e sans doute, mais aussi Paris en quarantaine, Paris maudit, molest&#233; et humili&#233; sans piti&#233; ; la Commune victorieuse c'&#233;tait, au contraire, avec la R&#233;publique consolid&#233;e, s&#251;re de l'avenir, Paris, dans une atmosph&#232;re de libert&#233;, se relevant promptement de ses ruines et reprenant sa place &#224; la t&#234;te du pays. Cela se voyait clair comme le jour, &#233;vident comme la v&#233;rit&#233;. La population parisienne toute enti&#232;re pencha donc d&#233;lib&#233;r&#233;ment, ces premiers jours, du c&#244;t&#233; de la Commune, exception l'aile d'une poign&#233;e de capitalistes et de valets &#224; leurs gages. Encore ces derniers se turent-ils, firent-ils les morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une circonstance nouvelle vint porter l'exasp&#233;ration contre l'Assembl&#233;e rurale &#224; son comble. Il s'agit de la d&#233;sorganisation par le gouvernement versaillais de la derni&#232;re Administration mixte, &#224; la fois nationale et municipale, qui fonctionnait encore dans la capitale, celle des Postes et des T&#233;l&#233;graphes. Le 30 avril, Rampont, le directeur auquel Thiers avait jusque-l&#224; permis de se maintenir &#224; son poste, recevait l'ordre de rejoindre Versailles comme tous ses cong&#233;n&#232;res et il partait furtivement entra&#238;nant derri&#232;re lui partie de ses subordonn&#233;s, les plus comp&#233;tents, l&#233;guant comme consigne &#224; ceux qui restaient de s'abstenir de tout service. La gr&#232;ve des bras crois&#233;s, en d&#233;finitive, car nos ma&#238;tres bourgeois ont tout invent&#233; et tout pratiqu&#233;, quand il fut question pour eux de se d&#233;fendre ! De ce fait, Paris soudainement se trouvait priv&#233; derechef de tout contact avec l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup &#233;tait sensible pour tous les habitants, plus sensible encore pour les gens de la classe moyenne, notamment &#224; la veille de l'&#233;ch&#233;ance d'avril et au moment o&#249; commer&#231;ants et industriels renaissaient &#224; peine &#224; la vie et essayaient, au prix de mille difficult&#233;s, de renouer avec la province et l'&#233;tranger le trafic interrompu depuis plus de sept mois. Au matin du 31 mars, ni lettres ni journaux n'avaient &#233;t&#233; distribu&#233;s. En outre, tous les bureaux de poste &#233;taient herm&#233;tiquement clos ; les facteurs d&#233;s&#339;uvr&#233;s erraient par les rues, sans leur bo&#238;te. Ce brusque arr&#234;t des organes perfectionn&#233;s de relations devenus, avec l'habitude, quasi-indispensables &#224; la vie des grandes collectivit&#233;s humaines avait quelque chose de sinistre et d'apeurant, d'autant que chacun se demandait anxieusement si cet arr&#234;t n'&#233;tait pas le pr&#233;lude de catastrophes pires, d'un second investissement avec ses affreuses cons&#233;quences : bombardement, rationnement, famine et le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t apr&#232;s la fuite de Rampont, une d&#233;l&#233;gation des commer&#231;ants s'en &#233;tait venue trouver la Commune. Lefran&#231;ais et Vaillant, avec Theisz, la re&#231;urent au nom de la Commission ex&#233;cutive. La Commune, il va de soi, ne pouvait pas et ne voulait pas s'associer &#224; une d&#233;marche directe aupr&#232;s de l'Assembl&#233;e rurale ; mais elle autorisa les d&#233;l&#233;gu&#233;s des commer&#231;ants &#224; se rendre &#224; Versailles et &#224; y proposer un arrangement auquel elle d&#233;clarait souscrire pour son compte. Aux termes de cet arrangement, le service postal aurait &#233;t&#233;, jusqu'&#224; nouvel ordre, dirig&#233; par des mandataires choisis par l'ensemble des commer&#231;ants et industriels parisiens. En outre, deux contr&#244;leurs g&#233;n&#233;raux auraient &#233;t&#233; nomm&#233;s, l'un par l'Assembl&#233;e nationale, l'autre par la Commune, pour surveiller les recettes et en r&#233;partir le montant au prorata, selon les r&#232;gles consacr&#233;es, entre les ayants droit : la ville de Paris et l'&#201;tat. Cet arrangement aboutissait, en somme, &#224; la neutralisation du service des Postes dont le fonctionnement demeurerait ainsi assur&#233;, quoiqu'il arriv&#226;t. La Commune se pr&#234;tait donc de bonne gr&#226;ce &#224; une transaction favorable aux int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux, mais Versailles n'imita pas l'exemple ainsi donn&#233;. Thiers se montra sourd aux sollicitations des ambassadeurs qui lui furent d&#233;p&#234;ch&#233;s. Presque brutalement, il les &#233;conduisait, sans m&#234;me le souci de masquer par une bienveillance feinte le d&#233;dain sup&#233;rieur qu'il professait pour les besoins de la capitale, que ces besoins fussent ceux de la &#171; vile multitude &#187; ou de la classe moyenne. Ceci &#233;tant, il ne restait &#224; la Commune que d'aviser &#224; r&#233;duire le mal &#224; son minimum. C'est ce qu'elle et en confirmant la nomination de Theisz &#224; la direction des Postes, au lieu et place de Rampont. L'ouvrier Theisz s'en tira &#224; merveille ; en quarante-huit heures, aid&#233; par tout le petit personnel qui l'avait ralli&#233;, il r&#233;tablit les communications dans l'int&#233;rieur de la ville. Des agences particuli&#232;res se charg&#232;rent comme elles purent de faciliter les communications avec la province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contraste entre l'attitude des deux pouvoirs, celui qui si&#233;geait au c&#339;ur de la cit&#233;, &#224; l'H&#244;tel de Ville r&#233;volutionnaire, et celui qui s'abritait, &#224; vingt kilom&#232;tres de l&#224;, dans le palais de l'ancienne monarchie absolue, venait en tout cas de se r&#233;v&#233;ler trop tranch&#233; pour que les imaginations les plus paresseuses n'en aient pas &#233;t&#233; &#233;branl&#233;es. &#192; ce moment, autant qu'au 18 Mars, Paris tout entier, peut-on dire, sentit le p&#233;ril, eut la perception nette de l'ennemi, d'un ennemi qu'il ne s'agissait plus de chansonner ou de ridiculiser, mais contre lequel il fallait marcher et qu'il fallait abattre pour soi-m&#234;me vivre, respirer et se mouvoir &#224; l'aise. La guerre civile, que beaucoup jusque-l&#224; s'&#233;taient refus&#233;s d'envisager comme possible, se dressait dans la pens&#233;e de tous comme in&#233;vitable, comme la solution fatale et la seule issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Le discours de Beslay lui prononc&#233; &#224; la s&#233;ance du 29 (apr&#232;s-midi). La plupart des historiens de la Commune donnent pourtant ce discours comme prononc&#233; &#224; la s&#233;ance du 28 et certains expliquent gravement que cette harangue procura &#224; Tirard un de ses arguments pour sa retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Le num&#233;ro &#224; enseigne communaliste est celui du 30 mars, paru sous le titre Journal Officiel de la Commune de Paris, 1&#232;re ann&#233;e, no 1. Le 31 mars, l'ancien titre &#233;tait r&#233;tabli. Le num&#233;ro paru &#224; ce jour, porte en manchette : Journal Officiel de la R&#233;publique Fran&#231;aise, no 90, 3e ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THIERS &#192; LA BESOGNE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thiers escomptait-il pour sa politique de meurtre le contre-coup de l'&#233;motion que ses provocations devaient d&#233;cha&#238;ner ? M&#233;ditait-il ainsi d'acculer la Commune aux r&#233;solutions du d&#233;sespoir ? C'est possible, c'est m&#234;me certain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'en convaincre, il suffit de relever ses paroles et de s'enqu&#233;rir de ses machinations &#224; dater du jour de sa fuite, qui elle-m&#234;me ne s'explique que par son &#226;pre d&#233;sir de pousser &#224; l'extr&#234;me le conflit et d'obliger la R&#233;volution &#224; livrer bataille rang&#233;e. Qu'il se soit pr&#234;t&#233; &#224; la com&#233;die des maires n&#233;gociant en vue d'&#233;lections avec le Comit&#233; central, c'est ind&#233;niable. Il savait trop bien qu'il n'y avait l&#224; qu'amusette, dont l'acte final ne l'inqui&#233;tait gu&#232;re, puisqu'il tenait en ses mains les ficelles des premiers r&#244;les du parti de l'ordre qui grima&#231;aient alors sur la sc&#232;ne parisienne : Tirard, Langlois ou Saisset. Mais d&#232;s le pacte conclu entre les maires et les repr&#233;sentants de la garde nationale, c'est-&#224;-dire d&#232;s Paris rentr&#233; dans ce que l'on est convenu de d&#233;nommer la l&#233;galit&#233;, que dit Thiers ? Que fait-il ? Sa premi&#232;re manifestation est une d&#233;claration de guerre. Il y calomnie et y insulte &#224; la fois et, par avance, cherche &#224; infirmer le verdict que les &#233;lecteurs vont rendre. D&#232;s le dimanche, 26 mars, il t&#233;l&#233;graphie &#224; ses pr&#233;fets, en une circulaire que toute la presse provinciale reproduira le lendemain : &#171; La France r&#233;solue et indign&#233;e se serre autour du gouvernement et de l'Assembl&#233;e nationale pour r&#233;primer l'anarchie. Cette anarchie essaie toujours de dominer Paris. Un accord, auquel le gouvernement est rest&#233; &#233;tranger, s'est &#233;tabli entre la pr&#233;tendue Commune et les maires, pour en appeler aux &#233;lections. Elles se feront aujourd'hui, probablement sans libert&#233;, et d&#232;s lors sans autorit&#233; morale ; que le pays ne s'en pr&#233;occupe point et ait confiance. L'ordre sera r&#233;tabli &#224; Paris comme ailleurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 mars, nouvelle circulaire moins outrageante peut-&#234;tre, car l'homme a peur &#224; cet instant ; il doute : les 230.000 &#233;lecteurs qui se sont port&#233;s le 26 au scrutin lui ayant donn&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir, mais dont le ton reste quand m&#234;me de d&#233;fi et de menace : &#171; &#192; Paris, mande-t-il, il r&#232;gne un calme tout mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#233;lections auxquelles une partie des maires s'&#233;taient r&#233;sign&#233;s, ont &#233;t&#233; d&#233;sert&#233;es par les citoyens amis de l'ordre. L&#224; o&#249; ils ont pris le parti de voter, ils ont obtenu la majorit&#233;, qu'ils obtiendront toujours, lorsqu'ils voudront user de leurs droits, on va voir ce qui sortira de ces ill&#233;galit&#233;s accumul&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; Du reste, si le gouvernement, pour &#233;viter le plus longtemps possible l'effusion du sang a temporis&#233;, il n'est pas rest&#233; inactif et les moyens de r&#233;tablir l'ordre n'en seront que mieux pr&#233;par&#233;s et plus certains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan de Thiers est donc bien de s&#233;parer Paris de la France et d'ameuter la France contre Paris. Il &#233;carte toute pens&#233;e de compromis, en condamne jusqu'&#224; l'espoir, man&#339;uvre pour amener le pays &#224; cette conception que les Parisiens sont des brigands et qu'on ne parlemente pas et ne compose pas avec des brigands, qu'on les &#233;crase. Silence aux pacificateurs et aux conciliateurs, et place &#224; la force qui d&#233;cidera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er avril, le parti de Thiers est pris d&#233;finitivement. Comme nous venons de le rappeler, il a coup&#233; Paris de toutes ses communications avec l'ext&#233;rieur ; il arr&#234;te au passage la correspondance et confisque les journaux ; il sait donc que, pass&#233;es les fortifications, seule sa voix dor&#233;navant portera et sera entendue. Tranquille, il peut mentir sans crainte et il en use. C'est &#224; 12 h. 45 du matin qu'il lance &#224; ses pr&#233;fets sa troisi&#232;me circulaire. Dans quelques heures, il dirigera contre la capitale ses premi&#232;res colonnes d'assaut, et il tente cyniquement de d&#233;shonorer son adversaire avant de le poignarder, afin de d&#233;courager tout &#233;lan de solidarit&#233; ou m&#234;me de piti&#233; qui risquerait de faire d&#233;vier le poignard. Voici comment il s'exprime &#224; cette minute supr&#234;me : &#171; &#192; Paris, la Commune d&#233;j&#224; divis&#233;e, essayant de semer partout de fausses nouvelles et pillant les caisses publiques, s'agite, impuissante, et elle est en horreur aux Parisiens qui attendent avec impatience le moment d'en &#234;tre d&#233;livr&#233;s. L'Assembl&#233;e nationale, serr&#233;e autour du gouvernement, si&#232;ge paisiblement &#224; Versailles, o&#249; s'ach&#232;ve de s'organiser lune des plus belles arm&#233;es que la France ait poss&#233;d&#233;es. Les bons citoyens peuvent donc se rassurer et esp&#233;rer la fin prochaine d'une crise qui aura &#233;t&#233; douloureuse mais courte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse de conservation sociale, et il n'y en a gu&#232;re que de celle-l&#224; &#224; l'&#233;poque, rench&#233;rit naturellement sur le th&#232;me fourni par le Pouvoir ex&#233;cutif. Parie est &#224; feu et &#224; sang, aux mains d'une bande de repris de justice et de for&#231;ats &#233;chapp&#233;s des bagnes de toutes les nations qui se sont donn&#233; rendez-vous pour la destruction et pour le pillage. La l&#233;gende qui facilitera dans deux mois l'&#233;gorgement et le l&#233;gitimera est d&#233;j&#224; n&#233;e. L'arm&#233;e peut y aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'une des plus belles arm&#233;es que la France ait poss&#233;d&#233;es &#187;, a t&#233;l&#233;graphi&#233; Thiers. Tout, en effet, pour le r&#233;aliste vieillard, se r&#233;sumait en ce point : avoir une arm&#233;e &#224; son service, au service de sa classe, une arm&#233;e, c'est-&#224;-dire la force. Avant le 18 mars, c'&#233;tait l&#224; sa pr&#233;occupation dominante, alors que d&#233;j&#224; il r&#234;vait de &#171; soumettre &#187; Paris. Apr&#232;s le 18 mars, cela devient une id&#233;e fixe, tourne &#224; la hantise. C'est &#224; la reconstitution de cette arm&#233;e, instrument passif de ses desseins sanglants, qu'imm&#233;diatement il applique toutes ses aptitudes et apporte tous ses soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#224; cet &#233;gard les confidences laudatives de son entourage. Nous avons surtout sa propre d&#233;position &#224; la Commission d'enqu&#234;te, caract&#233;ristique &#224; plus d'un titre. On a ri des pr&#233;tentions de l'homme qui se tient pour un foudre de guerre, un &#233;mule de Fr&#233;d&#233;ric ou de Napol&#233;on et qui, &#233;num&#233;rant complaisamment tous les probl&#232;mes de tactique qu'il eut &#224; r&#233;soudre, toutes les difficult&#233;s strat&#233;giques qu'il eut &#224; vaincre, ne parle que tranch&#233;es, cheminements, escarpes et contre-escarpes, feux de flanc, feux plongeants et br&#232;ches, comme s'il conf&#233;renciait &#224; quelque &#233;cole de balistique ou de pyrotechnie. Ce prud'homme, qui s'enfle en matamore, a sembl&#233; grotesque. Mais comme ses pr&#233;tentions ont abouti en somme au meurtre de milliers et de milliers d'&#234;tres humains, au fond, il n'y a pas &#224; rire. Paris, si l'on y r&#233;fl&#233;chit, vaut Wagram ou Friedland, on a ramass&#233; autant de morts sur le champ du carnage. Le petit &#233;picier a donc su faire grand dans la boucherie et il a le droit de se poser en Tamerlan devant tant et tant de cadavres amoncel&#233;s. C'est que, &#224; d&#233;faut d'une intelligence compr&#233;hensive et vaste, que le sort lui avait refus&#233;e, il poss&#233;dait du moins un esprit ferme et lucide qui l'avertissait que c'est avec des ba&#239;onnettes, non pas avec des phrases que l'on arr&#234;te une r&#233;volution, quand elle peut &#234;tre arr&#234;t&#233;e. Que ce soit son g&#233;nie militaire qui ait pris Paris, ou la trahison qui le lui ait livr&#233;, ou bien encore l'imp&#233;ritie de la Commune, l&#224; n'est pas la question. Ce qui est certain, c'est que c'est lui qui refit l'arm&#233;e, qui reforgea, affila l'outil et qui, par cons&#233;quent, a mis une fois de plus la force au service de la r&#233;action, et une fois de plus lui a donn&#233; la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette arm&#233;e, nous l'avons rencontr&#233;e &#224; la tomb&#233;e du jour, le 18 mars, battant en retraite au commandement m&#234;me de Thiers, soucieux d'abord de l'&#233;loigner de la fournaise o&#249; elle fond &#224; vue d'&#339;il, o&#249; deux de ses r&#233;giments, quelques heures auparavant, &#224; Montmartre, se sont d&#233;j&#224; volatilis&#233;s. L'ordre du d&#233;part l'a brusquement surprise &#224; la minute psychologique, o&#249; sans doute, elle allait irr&#233;m&#233;diablement d&#233;faillir, se dissoudre, passer &#224; l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Machinalement, elle a ob&#233;i et elle s'&#233;coule dans la nuit sur Versailles ; mais sa marche est r&#233;tive, son allure ambigu&#235; et oscillante ; elle avance, mais elle pourrait aussi bien reculer, retourner sur ses pas, apr&#232;s avoir r&#233;gl&#233; le compte de ses chefs, comme l'ont fait l'apr&#232;s-midi ceux du 88e au g&#233;n&#233;ral Lecomte. Thiers, post&#233; sur la route pr&#232;s de S&#232;vres, regarde d&#233;filer bataillons et escadrons. &#192; ses yeux scrutateurs, &#224; son oreille attentive parlent les signes ext&#233;rieurs qui r&#233;v&#232;lent l'&#233;tat d'&#226;me de cette multitude qui chemine : les rangs l&#226;ches, les files flottantes, le pas tra&#238;nant, l'incessant murmure o&#249; gronde la r&#233;volte latente. Mieux que personne, il per&#231;oit en ce d&#233;sarroi le naufrage de la discipline et que tous ces hommes ne marchent que par un restant d'habitude, que n'&#233;taient les gendarmes qui les encadrent et qui les poussent, ils se d&#233;banderaient, jetteraient leurs fusils ou les tourneraient contre leurs officiers, contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette arm&#233;e, nous la retrouvons m&#233;connaissable, radicalement transform&#233;e moins de deux semaines apr&#232;s. Solide, li&#233;e dans tous ses &#233;l&#233;ments, soumise et souple aux mains du commandement, elle redevient chaque jour un peu plus l'arm&#233;e d'antan, celle qui vainquit &#224; Transnonain et aux barricade de Juin, celle que l'Empire tint en laisse dix-huit ans contre la libert&#233; et contre le peuple. &#171; Une des plus belles arm&#233;es&#8230; &#187;, Thiers exag&#232;re m&#234;me de son point de vue, apparemment pour redonner un peu de c&#339;ur au ventre &#224; la bourgeoisie affol&#233;e, mais il ne se trompe pas quand il juge que la machine &#224; tuer est d&#232;s lors tr&#232;s convenablement r&#233;par&#233;e et huil&#233;e et qu'il est permis d'en esp&#233;rer un fonctionnement d&#233;j&#224; satisfaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette m&#233;tamorphose presque instantan&#233;e, il est &#233;videmment le principal et responsable auteur et c'est &#224; juste titre qu'il s'en enorgueillit. Pour cela quels proc&#233;d&#233;s a-t-il mis en &#339;uvre ? Les plus vieux et les plus classiques sans doute, mais aussi les plus infaillibles, ceux qui avaient servi la veille, qui servent aujourd'hui et serviront demain, tant que l'organisation militaire n'aura pas &#233;t&#233; compl&#232;tement amend&#233;e. Thiers s'explique tout au long sur ce point dans sa d&#233;position &#224; la Commission d'Enqu&#234;te du 18 mars que nous avons d&#233;j&#224; maintes fois cit&#233;e. La recette qu'il employa est simple et au fond il n'eut que le m&#233;rite de tenir fermement la main &#224; son application ; mais cela, il est vrai, suffisait. La recette consistait &#224; isoler les troupes, &#224; les s&#233;questrer, pour d&#233;velopper en elles cette mentalit&#233; sp&#233;ciale, mentalit&#233; du soudard professionnel, tr&#232;s ais&#233;e &#224; cr&#233;er d&#232;s qu'on a retranch&#233; des hommes arm&#233;s du milieu ext&#233;rieur et qu'on leur procure avec une alimentation normale quelques menues faveurs sous forme de spiritueux et d'alcools. Dans ce but, nulle pr&#233;caution ne para&#238;t &#224; Thiers superflue ou pu&#233;rile. &#201;coutez-le plut&#244;t : &#171; Aussi fis-je, dit-il, donner l'ordre de serrer l'arm&#233;e et notamment de l'isoler. Nos principales forces &#233;taient camp&#233;es &#224; Satory, avec injonction de ne laisser aborder qui que ce fut. L'instruction &#233;tait donn&#233;e de fusiller quiconque tenterait d'approcher. Du c&#244;t&#233; de Neuilly, je fis prescrire au Mont-Val&#233;rien, qui &#233;tait entre les mains de braves gens, de tirer &#224; outrance d&#232;s qu'il se pr&#233;senterait des masses ennemies. En m&#234;me temps, je recommandais de la mani&#232;re la plus formelle de traiter tr&#232;s bien nos soldats. J'augmentais la ration, surtout celle de la viande reconnue insuffisante. J'&#233;tais s&#251;r qu'en les nourrissant bien, qu'en les faisant camper, qu'en for&#231;ant les officiers &#224; camper avec elles, les troupes se referaient bien vite et arriveraient &#224; avoir une tr&#232;s bonne attitude. &#192; la suite du premier si&#232;ge, les soldats &#233;taient d&#233;braill&#233;s, mal v&#234;tus ; leur aspect &#233;tait f&#226;cheux. J'&#233;tais certain que ce d&#233;sordre passerait bient&#244;t avec le campement, avec une surveillance active et bien soutenue. Mon esp&#233;rance ne fut pas tromp&#233;e, car en quelques jours l'arm&#233;e changea d'aspect et tout le monde en fut frapp&#233; &#187;. Ainsi en use le ma&#238;tre avec ses chiens de garde pour les rendre soumis &#224; sa personne, f&#233;roces au restant du monde. Il les met &#224; la cha&#238;ne tout le jour et emplit leur &#233;cuelle. R&#233;gime identique pour m&#234;mes fins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces heures critiques, Thiers a donc bien refait l'arm&#233;e, comme il s'en flatte et la r&#233;action bourgeoise ne lui en aura jamais trop de gratitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, cette arm&#233;e, quelqu'un, car il faut &#234;tre v&#233;ridique, lui en a procur&#233; les &#233;l&#233;ments, la substance. Thiers a confectionn&#233; le civet ; un autre avait fourni le lapin. Cet autre c'est Bismarck. Le vainqueur de la Commune le reconna&#238;t au reste et presque de bonne gr&#226;ce. Dans sa d&#233;position, il ne cache pas que le Prussien ne lui marchanda nullement ses bons offices et se porta m&#234;me au-devant de ses demandes et de ses d&#233;sirs. &#171; Malgr&#233;, dit-il, le trait&#233; qui limitait &#224; 40.000 hommes l'arm&#233;e de Paris, M. de Bismarck consentit &#224; une augmentation, qui fut d'abord de 100.000 hommes, puis de 130.000. Il nous en fournit lui-m&#234;me les moyens, en nous renvoyant un nombre assez consid&#233;rable de nos prisonniers, dont il avait suspendu le retour par suite des contestations survenues &#187;. Un autre t&#233;moin, dont la d&#233;position a dans l'occurence une valeur &#233;gale &#224; celle de Thiers, le g&#233;n&#233;ral Vinoy, commandant en chef de l'arm&#233;e de Versailles, a &#233;t&#233; plus explicite encore et indique que, jusque dans le d&#233;tail, Bismarck s'employa &#224; aider ses bons amis les ennemis. &#171; Les quinze jours, a-t-il &#233;crit[1], qui s'&#233;coul&#232;rent du 19 mars au 2 avril furent de part et d'autre employ&#233;s &#224; l'organisation des forces militaires qui allaient engager la lutte. Il fallait avant tout augmenter l'effectif de l'arm&#233;e et on ne pouvait le faire qu'avec l'assentiment des Prussiens. Les n&#233;gociations ouvertes &#224; ce sujet furent couronn&#233;es d'un plein succ&#232;s. L'&#201;tat-Major allemand, apr&#232;s en avoir r&#233;f&#233;r&#233; &#224; l'empereur Guillaume, consentit &#224; ce que l'arm&#233;e qui devait tenter de reprendre Paris sur la Commune fut port&#233;e de 40.000 &#224; 80.000 hommes. Ce chiffre fut m&#234;me peu apr&#232;s augment&#233; de 20.000, et au moment o&#249; nous p&#251;mes rentrer dans la capitale, l'arm&#233;e dite de Versailles d&#233;passait 100.000 combattants. Elle fut reconstitu&#233;e surtout au moyen de nombreux prisonniers de guerre que l'Allemagne nous rendit, en commen&#231;ant par les officiers, ce qui permit de former aussit&#244;t des cadres nouveaux o&#249; furent revers&#233;s les soldats qui arriv&#232;rent ensuite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'a pas emp&#234;ch&#233; les plumitifs bourgeois, qui ont eu la pr&#233;tention d'&#233;crire l'histoire de la Commune, d'affirmer que le Prussien aida Paris, le favorisa, qu'il couvait d'un &#339;il sympathique et quasi-fraternel le mouvement r&#233;volutionnaire. Il aima et favorisa si bien Paris, qu'il tendit au boucher le couteau de l'&#233;gorgement. Le mensonge est donc flagrant ; mais il n'en continuera pas moins &#224; &#234;tre r&#233;&#233;dit&#233; tant qu'il y aura un r&#233;gime capitaliste et une histoire officielle &#233;crite par les valets de ce r&#233;gime, alors que si la bourgeoisie fran&#231;aise n'&#233;tait pas une ingrate, elle aurait &#233;lev&#233; d&#233;j&#224; &#224; Bismarck, son sauveur avec Thiers, un monument de sa reconnaissance &#224; la Terrasse de l'Orangerie ou au Plateau de Satory.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la date o&#249; nous sommes parvenus, 1er avril, les bons offices de Bismarck, le temps manquant, n'avaient pu produire leur plein effet, mais d&#232;s lors Thiers poss&#233;dait l'assurance de ne pas manquer, quand il la lui faudrait, de la chair &#224; canon n&#233;cessaire. D'o&#249; sa superbe qui &#233;clate dans une autre des phrases c&#233;l&#232;bres de sa d&#233;position : &#171; D&#232;s que je fus parvenu &#224; r&#233;unir 50.000 hommes, je me dis que le moment &#233;tait venu de donner une le&#231;on aux insurg&#233;s &#187;. Ce moment porte une date, celle du 2 avril, et la d&#233;claration que l'on vient de lire &#233;tablit p&#233;remptoirement qu'&#224; cette date, comme au 18 mars, le &#171; parti de l'ordre &#187; fut l'agresseur, le provocateur, ouvrit le feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- G&#233;n&#233;ral Vinoy. L'Armistice et la Commune (p. 241-245).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SORTIE DU 3 AVRIL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un dimanche, nous l'avons dit. Dix heures du matin, les Parisiens fl&#226;naient et musardaient dans les rues, devisant aux tables des caf&#233;s, au comptoir du marchand de vins ; les m&#233;nag&#232;res allaient aux provisions ou en revenaient ; les gamins jouaient sur les trottoirs quand, interloqu&#233;s, surpris, tous entendirent retentir &#224; l'horizon la grande voix du canon. Les uns pensaient : ce sont les artilleurs de Montmartre qui s'&#233;gayent ; d'autres : ce sont les Allemands qui c&#233;l&#232;brent bruyamment quelque saint de leur calendrier. Mais non, le grondement d'orage venait de l'Ouest, de Courbevoie ou de Neuilly. Pas de doute possible, c'&#233;tait l'arm&#233;e des ruraux qui prenait l'offensive, les premiers obus versaillais qui mordaient les pierres des fortifications. Depuis plusieurs jours, sans doute, quelques coups de fusil avaient &#233;t&#233; tir&#233;s aux avant-postes entre grand-gardes versaillaises et parisiennes en contact vers Courbevoie, Meudon et Clamart ; mais ces escarmouches avaient &#233;t&#233; sans port&#233;e ni gravit&#233; ; elles ne repr&#233;sentaient pas une action d'ensemble, ne relevaient pas ou ne semblaient pas relever d'un plan m&#233;thodique et concert&#233;. Elles laissaient en cons&#233;quence la situation en l'&#233;tat, ne troublaient pas, dans leur r&#234;ve d'apaisement et de conciliation, les dormeurs &#233;veill&#233;s qui, dans l'enceinte, restaient l&#233;gion, Mais, en cette matin&#233;e du 2 avril, les choses changeaient d'aspect. Des masses serr&#233;es et compactes, avec artillerie, &#233;quipages et ambulances, une arm&#233;e en campagne marchait sur Paris. Le canon parlait, disant le ferme propos de la Contre-R&#233;volution de ne s'en remettre qu'&#224; la force pour sanctionner le conflit. Le pas d&#233;cisif &#233;tait franchi ; la guerre civile commen&#231;ait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici comment l'attaque s'&#233;tait produite. &#192; huit heures et demie du matin un d&#233;tachement de gendarmerie se pr&#233;sentait au pont de Neuilly, occup&#233; par quelques gardes nationaux, et tentait de forcer le passage. Repouss&#233;, il &#233;tait suivi dans sa retraite par deux ou trois bataillons f&#233;d&#233;r&#233;s, dont le 37e, de Puteaux, qui s'&#233;tait joint aux Parisiens. Ayant re&#231;u du renfort, les gendarmes faisaient alors volte face, et durant trois quarts d'heure, des feux de peloton tr&#232;s meurtriers se succ&#233;daient des deux c&#244;t&#233;s. Les gardes nationaux tenaient bon quand les obus se mirent &#224; pleuvoir dans leurs rangs. C'&#233;taient les canons et mitrailleuses &#233;tablis par Vinoy sur le versant du Mont-Val&#233;rien qui entraient en ligne. Les f&#233;d&#233;r&#233;s ne disposaient pas d'artillerie pour la riposte ; une panique s'empara d'eux et en d&#233;sordre ils repass&#232;rent la Seine. L&#224;, leurs officiers les ralli&#232;rent derri&#232;re la barricade qui couvrait l'entr&#233;e du pont, sur la rive droite, et le combat de mousqueterie recommen&#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que se d&#233;roulaient rapides les p&#233;rip&#233;ties de cette escarmouche, les troupes versaillaises achevaient, &#224; quelque distance de l&#224;, leur concentration. La division Bruat, venue par Ville-d'Avray et Montretout, rejoignait la brigade Daudel, descendue par La Celle-Saint-Cloud, Bougival et Rueil, flanqu&#233;e &#224; sa gauche par la brigade de cavalerie Gallifet. Des pentes du Mont-Val&#233;rien, Vinoy avait pouss&#233; ses canons dans la direction de Courbevoie, devenu le principal objectif de son offensive, et il lan&#231;ait le 74e de ligne sur la barricade du rond-point d&#233;fendue par quelques centaines de f&#233;d&#233;r&#233;s &#224; peine. Re&#231;u de pied ferme, le 74e, malgr&#233; l'appui de l'artillerie, reculait et se d&#233;bandait, et il fallait l'intervention de Vinoy, en personne, se jetant sur la chauss&#233;e, pour le ramener en ligne. Un bataillon de marins prenait alors les devants et la barricade &#233;tait enfin emport&#233;e par les marins et par le 113e qui occupait en m&#234;me temps la caserne de Courbevoie, tandis que l'infanterie de marine prenait position dans Puteaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les f&#233;d&#233;r&#233;s, accabl&#233;s sous le nombre, avaient recul&#233; jusqu'&#224; l'avenue de Neuilly qui, en un clin d'&#339;il, fut balay&#233;e par une trombe de fer. Plusieurs bataillons, notamment le 93e du Faubourg Saint-Antoine, le 118e de Belleville et le 119e du Val-de-Gr&#226;ce souffrirent beaucoup, et quelques obus all&#232;rent tomber dans Paris m&#234;me. &#192; l'approche des fortifications, les f&#233;d&#233;r&#233;s se reform&#232;rent et trois bataillons &#233;tant accourus par la Porte-Maillot &#224; leur secours, l'ennemi put &#234;tre contenu. Au reste, il ne semblait pas soucieux de tenter l'escalade des remparts. Pendant une partie de l'apr&#232;s-midi, les deux troupes demeur&#232;rent en pr&#233;sence sur leurs positions respectives, et vers le soir les Versaillais se repli&#232;rent dans la direction du Mont-Val&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que les assaillants engag&#232;rent 30.000 hommes dans cette affaire. Cette masse consid&#233;rable s'&#233;tait heurt&#233;e &#224; un simple rideau de f&#233;d&#233;r&#233;s, 3 ou 4.000 au grand maximum, d&#233;ploy&#233;s de Puteaux &#224; Asni&#232;res, et d&#233;pourvus de toute artillerie. L'issue ne pouvait &#234;tre douteuse. Versailles sanctionna et souligna sa victoire, en fusillant sur le champ, sans jugement, les gardes nationaux faits prisonniers. Ce premier assassinat doit &#234;tre port&#233; &#224; l'actif de la gendarmerie et aussi de la troupe, puisque Thiers, qui bient&#244;t eut le front de nier ces ex&#233;cutions sommaires, &#233;crivait dans une d&#233;p&#234;che dat&#233;e de 5 heures du soir et adress&#233;e aux autorit&#233;s de province : &#171; L'exasp&#233;ration des soldats &#233;tait extr&#234;me et s'est surtout manifest&#233;e contre les d&#233;serteurs qui ont &#233;t&#233; reconnus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout Paris, cependant, &#233;tait debout. Le bruit de la canonnade avait jet&#233; dans la rue jusqu'au plus indiff&#233;rent et au plus paisible. Aux faubourgs, particuli&#232;rement, l'agitation &#233;tait extr&#234;me. Le rappel et la g&#233;n&#233;rale faisaient rage. &#192; chaque carrefour, les gardes nationaux, le fusil sur l'&#233;paule, se rejoignaient, se massaient, et form&#233;s en bataillons, s'acheminaient vers les remparts de l'Ouest. En h&#226;te, des pi&#232;ces &#224; feu &#233;taient pouss&#233;es dans la m&#234;me direction et hiss&#233;es sur les bastions. &#192; 5 heures de l'apr&#232;s-midi, plus de cent mille f&#233;d&#233;r&#233;s en armes occupaient les grandes art&#232;res qui avoisinent l'Arc-de-Triomphe de l'&#201;toile, pleins d'enthousiasme et d'&#233;lan, r&#233;clamant la sortie imm&#233;diate, br&#251;lant de prendre l'offensive. Beaucoup de femmes avaient suivi, encourageant, excitant les hommes, pr&#234;tes, elles aussi, &#224; marcher sur Versailles. Lev&#233;e spontan&#233;e, attestant la foi magnifique de ce peuple dans la noblesse et l'excellence de sa cause, l'intensit&#233; de la passion r&#233;volutionnaire qui flambait en lui et exaltait ses &#233;nergies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commission ex&#233;cutive de la Commune si&#233;geant en permanence, avait pris les premi&#232;res mesures que la situation commandait : fermeture des portes, armement des remparts. Au cours de l'apr&#232;s-midi, elle faisait placarder une proclamation o&#249; elle d&#233;non&#231;ait et stigmatisait l'agression : &#171; Les conspirateurs royalistes ont attaqu&#233;. Malgr&#233; la mod&#233;ration de notre attitude ils ont attaqu&#233;. Ne pouvant plus compter sur l'arm&#233;e fran&#231;aise, ils ont attaqu&#233; avec les zouaves pontificaux et la police imp&#233;riale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce document, con&#231;u et affich&#233; &#224; une heure particuli&#232;rement critique, se distingue en ce point que, malgr&#233; le sentiment populaire qui si fortement poussait dans le sens oppos&#233;, il ne pr&#233;conise, et encore moins ne commande la marche sur Versailles, l'offensive. &#171; D&#233;fendez-vous &#187;, conseille la Commission ex&#233;cutive, et elle n'en dit pas davantage. La constatation a sa valeur puisque de la sortie malheureuse du 3 avril d&#233;coule toute la suite des &#233;v&#233;nements qui, d'&#233;chec en &#233;chec, devaient conduire fatalement la Commune &#224; l'&#233;crasement final. La Commune, ici, n'a pas ordonn&#233;, elle n'a fait que subir ; elle a &#233;t&#233; emport&#233;e par un mouvement de foule qu'elle s'est trouv&#233;e impuissante &#224; dominer ou &#224; canaliser ; elle a vu l'&#233;cueil, mais elle n'a pu emp&#234;cher, contre l'&#233;quipage, le navire qu'elle &#233;tait cens&#233; gouverner, d'y aller donner et de s'y briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est certain, bien qu'il ne subsiste dans les proc&#232;s-verbaux m&#234;me authentiques de la Commune, soit au compte rendu de la s&#233;ance du 2 mars, soit au compte rendu des s&#233;ances subs&#233;quentes, presque aucune trace des d&#233;bats qui permettraient d'&#233;tablir sans conteste la situation prise en ces circonstances si graves par les &#233;lus r&#233;volutionnaires de Paris, et plus sp&#233;cialement par les membres de la Commission ex&#233;cutive qui avaient pour leur compte &#8212; il s'agit de ces derniers &#8212; avec toute la direction, toute la responsabilit&#233;. Ceci est certain : la proclamation dont nous parlions plus haut en fait foi. Aussi le r&#233;cit de la journ&#233;e du 2 avril, qui se lit dans le m&#233;mento si scrupuleusement tenu par Lanjalley et Corriez, et o&#249; les faits not&#233;s en quelque sorte heure par heure sont donn&#233;s comme ils apparaissaient &#224; deux t&#233;moins impartiaux assez ind&#233;pendants et d&#233;tach&#233;s pour n'introduire dans leur jugement aucune pr&#233;occupation de coterie ou de personne. La v&#233;rit&#233;, celle qui r&#233;sulte de l'examen des instructions et des faits est donc bien celle-ci : d'abord que la sortie ne pouvait &#234;tre &#233;vit&#233;e, qu'aucune puissance ne l'aurait emp&#234;ch&#233;e ou ajourn&#233;e, ensuite que la Commission ex&#233;cutive, expression et mandataire de la Commune, r&#233;sista n&#233;anmoins autant qu'elle le put, mais fut bien vite d&#233;bord&#233;e, qu'en dehors d'elle, sans souci de ses r&#233;serves et de ses interdictions que la garde nationale du reste ignora, la population parisienne poussa droit devant soi et, les yeux band&#233;s, se pr&#233;cipita &#224; la gueule des canons versaillais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sortie : le mot avait &#233;t&#233; instantan&#233;ment dans toutes les bouches, le d&#233;sir dans tous les c&#339;urs. Ceux m&#234;me qui, le matin encore, croyaient &#224; l'entente et &#224; la paix participaient maintenant &#224; l'ivresse et &#224; la fureur communes. Versailles provoquait, Versailles mena&#231;ait ; il fallait que Versailles f&#251;t ch&#226;ti&#233; sur l'heure, la r&#233;action terrass&#233;e et Paris victorieux. De la victoire, on ne doutait pas ; il n'y avait qu'&#224; marcher. La sortie, chacun la voulait, l'appelait, s'y pr&#233;parait : les ouvriers des faubourgs, impatients de venger leurs compagnons l&#226;chement assassin&#233;s &#224; Puteaux et &#224; Courbevoie, comme ils venaient de l'apprendre, et de donner en m&#234;me temps la chasse aux royalistes de l'Assembl&#233;e ; les boutiquiers, les commer&#231;ants qui avaient besoin d'air pour les affaires, et se sentaient irr&#233;m&#233;diablement ruin&#233;s par ce second investissement qui, brutalement, s'annon&#231;ait ; les chefs militaires, braves mais inexp&#233;riment&#233;s, qui ne se pardonnaient pas d'avoir, au 19 mars, marqu&#233; le pas, et estimaient possible encore cette offensive qui alors probablement eut &#233;t&#233; de tactique utile. La sortie torrentielle, dont il avait &#233;t&#233; tant parl&#233; quelques mois auparavant contre le Prussien, apparaissait &#224; nouveau comme le devoir et comme le salut &#224; tout ce peuple qui ne voyait pas les obstacles, qui n'y croyait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette atmosph&#232;re de fi&#232;vre et d'enthousiasme guerrier que la Commission ex&#233;cutive s'assemblait vers 3 heures. Elle &#233;tait compos&#233;e, comme nous l'avons indiqu&#233;, de sept d&#233;l&#233;gu&#233;s, dont quatre purement civils : Lefran&#231;ais, F&#233;lix Pyat, Tridon et Vaillant, et trois pourvus en m&#234;me temps de commandements militaires : Bergeret, Duval et Eudes. Ces trois derniers insist&#232;rent v&#233;h&#233;mentement pour l'imm&#233;diate sortie, repr&#233;sentant que Paris tout entier aspirait avec eux, comme eux, &#224; se ruer sur les provocateurs. Les membres civils de la Commission le savaient bien, puisqu'ils avaient re&#231;u, quelques instants auparavant, jusqu'&#224; une d&#233;l&#233;gation du commerce en appelant aussi aux armes pour le d&#233;bloquement de la capitale. L'int&#233;r&#234;t primordial qu'il y avait &#224; profiter de cette effervescence universelle, de cette humeur belliqueuse, gagnant jusqu'aux plus timor&#233;s, ne leur &#233;chappait pas ; mais aussi, ils distinguaient tr&#232;s nettement que la partie qui allait s'engager serait d&#233;cisive et sans appel. Par cons&#233;quent, ils voulaient savoir les chances que Paris avait de gagner cette partie et mettre dans son jeu le plus d'atouts possible. C'est pourquoi, aux g&#233;n&#233;raux qui ne parlaient que de marcher, &#224; Duval qui s'exclamait : &#171; Bah ! qu'importe ? On y laissera sa peau, voil&#224; tout ! &#187; ils r&#233;pondaient, en demandant : &#171; &#202;tes-vous pr&#234;ts ? Les canons sont-ils en &#233;tat ? Et les forts et le mont Val&#233;rien tireront-ils, et contre qui ? Avez-vous fait &#233;clairer les routes, reconnu les positions de l'ennemi ? Savez-vous &#224; quelle r&#233;sistance vous allez vous heurter ? &#187; Sur tous ces points, la Commission r&#233;clamait des pr&#233;cisions, des assurances, des certitudes. &#201;craser, disperser, avant qu'elle ne se fut solidement reconstitu&#233;e, la force de r&#233;action qui s'organisait &#224; Versailles, lui paraissait certes plus n&#233;cessaire qu'&#224; personne ; mais encore voulait-elle savoir si la chose &#233;tait faisable, ne tournerait pas &#224; la d&#233;faite irr&#233;parable. De l&#224; les conditions limitatives que les Commissaires mirent &#224; la sortie, conditions dont Lefran&#231;ais, dans ses Souvenirs[1], a peut-&#234;tre trop marqu&#233; le caract&#232;re restrictif, mais qui, en bloc, &#233;taient bien celles qu'il indique. De ces conditions, il r&#233;sultait que les chefs militaires n'&#233;taient autoris&#233;s &#224; s'engager qu'apr&#232;s avoir fourni &#224; la Commission un &#233;tat par bataillon des forces plac&#233;es sous leur commandement avec indication de leur armement, un &#233;tat de l'artillerie disponible et du mat&#233;riel de rechange, un inventaire des munitions de guerre avec indication des d&#233;p&#244;ts, bref, apr&#232;s avoir administr&#233; la preuve que la garde nationale se trouvait vraiment en mesure de tenir en rase campagne et de pousser jusqu'&#224; Versailles sa pointe offensive. Quand la Commission ex&#233;cutive se s&#233;para elle n'avait donc, en r&#233;alit&#233;, ni ordonn&#233; ni d&#233;fendu la sortie ; elle l'avait admise conditionnellement et pour l'instant suspendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En adh&#233;rant aux r&#233;serves formul&#233;es par la Commission, les chefs militaires furent certainement de bonne foi ; mais il arriva ce qui ne pouvait pas ne pas arriver. Revenus vers les bataillons dont les rangs s'enflaient sans cesse de nouveaux combattants, plong&#233;s derechef dans ce milieu ardent et exalt&#233;, ils furent reconquis &#224; ce qui &#233;tait leur propre opinion, plus que leur opinion, leur hantise depuis la journ&#233;e victorieuse du 18 mars. Les obstacles un instant &#233;voqu&#233;s &#224; leur esprit par des coll&#232;gues plus prudents s'&#233;vanouirent et ils ne virent plus que le but : l'ennemi &#224; rejoindre et &#224; an&#233;antir. Jeunes, imp&#233;tueux, ivres d'un fol espoir, ils s'imagin&#232;rent que les conditions que leur avaient pos&#233;es la Commission &#233;taient remplies et, sans lui rapporter les preuves que celle-ci avait r&#233;clam&#233;es, ils donn&#232;rent l'ordre de marche, d&#233;cid&#232;rent de la sortie pour la pointe du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plan, les chefs militaires n'en avaient pas d'autre que celui tr&#232;s sommaire que nous avons d&#233;j&#224; indiqu&#233;. La garde nationale se partagerait en trois corps. L'aile droite esquisserait une vigoureuse d&#233;monstration sur Rueil, Bougival et Chatou afin d'amener l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re &#224; porter le gros de ses forces dans ces parages, tandis que le centre, par Issy, Meudon, Chaville et Viroflay, et l'aile gauche, par Bagneux, Villacoublay et V&#233;lizy, fonceraient sur Versailles d&#233;garnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette op&#233;ration 40.000 hommes environ se trouv&#232;rent finalement au rendez-vous. Beaucoup qui &#233;taient venus dans l'apr&#232;s-midi et la soir&#233;e &#233;taient repartis, las d'&#234;tre promen&#233;s d'emplacement en emplacement et laiss&#233;s sans vivres et sans feu sous une brume p&#233;n&#233;trante, 20.000 hommes &#233;taient mass&#233;s dans l'avenue de Neuilly et les voies environnantes, sous les ordres de Bergeret et de Flourens ; le reste, sous les ordres de Duval et Eudes stationnait aux alentours des portes de Versailles et de Vanves. Aucune impulsion centrale, aucun ordre, aucune discipline : chacun se ralliait au fanion de sa convenance. Les officiers &#233;taient rares ; le commandement absent. Peu d'artillerie : quelques canons &#224; peine ; d'ambulances, point. Les pr&#233;cautions les plus &#233;l&#233;mentaires avaient &#233;t&#233; n&#233;glig&#233;es. Nulle ration, m&#234;me pas de pain ou de biscuit &#224; distribuer aux combattants. Les g&#233;n&#233;raux improvis&#233;s qui allaient assumer la conduite de cette foule, on ne peut pas dire de cette arm&#233;e, ne poss&#233;daient aucune notion des choses de la guerre et ne soup&#231;onnaient m&#234;me pas les devoirs qui incombent &#224; des chefs. Leur excuse est qu'ils ne croyaient pas &#224; la bataille, &#224; la r&#233;sistance des troupes r&#233;guli&#232;res, ou &#224; une r&#233;sistance si molle, qu'il ne valait pas la peine d'en parler. La Commission ex&#233;cutive dont ils &#233;taient membres ne venait-elle pas, sur la foi de la Place, d'afficher cette d&#233;p&#234;che stup&#233;fiante : &#171; Bergeret lui-m&#234;me est &#224; Neuilly. Soldats de ligne arrivent tous et d&#233;clarent que, sauf les officiers sup&#233;rieurs, personne ne veut se battre &#187;. Les f&#233;d&#233;r&#233;s dont beaucoup n'avaient m&#234;me pas de cartouches se pr&#233;paraient, en cons&#233;quence, plut&#244;t &#224; une promenade militaire qu'&#224; un combat. Le Mont Val&#233;rien, g&#233;ant bonasse occup&#233; par des alli&#233;s ou presque ne tirerait pas ; l'infanterie l&#232;verait la crosse en l'air ; le restant, chouans et gendarmes, serait vite dispers&#233; : les f&#233;d&#233;r&#233;s avaient tous foi dans ce conte bleu, que ce fou de Lullier avait narr&#233; d'abord et que personne depuis n'avait d&#233;menti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 3 heures du matin, le mouvement commen&#231;a. &#192; la t&#234;te de dix mille hommes, Bergeret franchit le pont de Neuilly et, par le Rond-Point des Berg&#232;res, s'engagea sur la route de Rueil. La colonne allait gaiement, sans souci, comme sans &#233;claireurs, quand le Mont-Val&#233;rien se mit &#224; tonner soudain, jetant la panique et le d&#233;sordre dans les rangs. Les sections de t&#234;te pr&#233;cipit&#232;rent leur marche en avant pour &#233;chapper au feu de l'artillerie, pendant que les sections de queue reculaient en tumulte. La colonne &#233;tait coup&#233;e. Bergeret, qui manquait de sens mais pas de bravoure, essaya de rallier les fuyards et, pour y arriver, fit braquer sur la redoutable forteresse trois mis&#233;rables pi&#232;ces qu'il avait amen&#233;es avec lui. La partie n'&#233;tait pas &#233;gale ; en un clin d'&#339;il, deux des pi&#232;ces &#233;taient d&#233;mont&#233;es. Cependant, deux ou trois mille des gardes nationaux avaient pu se ressaisir et, abrit&#233;s par les plis du terrain, contournaient le fort poursuivant leur marche sur Nanterre et Rueil. Ils parviennent m&#234;me, un instant, &#224; tenir en &#233;chec la cavalerie de Galliffet et l'obligent &#224; tourner bride. Mais, vers les 10 heures, le gros de l'arm&#233;e versaillaise qui, semble-t-il, ne s'attendait pas &#224; une offensive si prompte et si nette entrait enfin en ligne. La brigade Daudel et la brigade Grenier d&#233;bouchaient par les routes de la Celle-Saint-Cloud et de Garches, appuy&#233;es par la division de cavalerie du Preuil et les hussards de Galliffet revenus &#224; la charge. Un combat de mousqueterie s'engageait. La garde nationale tenait bon pourtant, malgr&#233; son inf&#233;riorit&#233; num&#233;rique, quand elle se vit menac&#233;e sur sa gauche par la brigade Grenier qui avait ex&#233;cut&#233; un large mouvement tournant et s'appr&#234;tait &#224; lui couper la retraite. &#192; ce moment Flourens, avec 1.500 hommes, d&#233;bouchait sur le champ de bataille. Imp&#233;tueusement il se porte de l'avant et d&#233;gage Bergeret. La retraite est devenue possible. Les gardes nationaux, ceux de Flourens et ceux de Bergeret s'abritant tant bien que mal des feux du Mont-Val&#233;rien, se dirigent sur Nanterre, pour de l&#224; gagner Paris. Mais, &#224; mi-route de Rueil et de Nanterre, les voil&#224; rejoints par la cavalerie versaillaise ; leur colonne est disloqu&#233;e, sabr&#233;e. Flourens, demeur&#233; comme toujours au poste le plus dangereux, est coup&#233; des siens, rejet&#233; sur Chatou avec quelques compagnons seulement. Bergeret, cependant, avec le plus gros tron&#231;on de ce qui fut son arm&#233;e, a pu continuer sa marche, arriver &#224; la Seine et repasser le pont de Neuilly dont en h&#226;te on fortifie les abords pour opposer une barri&#232;re &#224; l'ennemi qui approche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Centre et au Sud, les colonnes f&#233;d&#233;r&#233;es n'avaient gu&#232;re eu meilleur destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aile gauche (6.000 ou 7.000 hommes) command&#233;e par Duval, avait pass&#233; la nuit sur le plateau de Ch&#226;tillon. Au jour, contournant le plateau de Meudon, elle avait pouss&#233;, refoulant les avant-postes de la cavalerie du g&#233;n&#233;ral du Barrail jusqu'&#224; Villacoublay, &#224; quatre kilom&#232;tres de Versailles. Mais &#224; ce point elle avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e par une violente fusillade dirig&#233;e des fen&#234;tres des villas et des meurtri&#232;res perc&#233;es dans les murs des parcs par les soldats de la brigade Derroja. Il eut fallu de l'artillerie pour d&#233;loger l'ennemi de la position dominante qu'il occupait ; Duval ne disposait pas d'un seul canon. Menac&#233;s par un r&#233;giment de fusiliers marins que soutenaient plusieurs pi&#232;ces de campagne, assaillis bient&#244;t par une division enti&#232;re, la division Fell&#233;, les bataillons f&#233;d&#233;r&#233;s durent battre en retraite, et se repli&#232;rent sur le plateau de Ch&#226;tillon pour y passer la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La colonne du centre (10.000 hommes), sous les ordres de Eudes, de Ranvier et d'Avrial, essuyait un &#233;chec pareil. Apr&#232;s avoir emport&#233; les Moulineaux et le Bas-Meudon, pouss&#233; jusqu'&#224; Val-Fleury et &#224; Bellevue, pourchassant les gendarmes et sergents de ville qui constituaient dans ces parages l'avant-garde de l'arm&#233;e versaillaise, elle avait d&#251; reculer devant l'entr&#233;e en ligne de la brigade La Mariouse, appuy&#233;e par une nombreuse artillerie. Sur ce point, heureusement, la ligne de retraite &#233;tait meilleure et plus s&#251;re. &#192; l'abri des forts de Vanves et d'Issy que Ranvier munissait de gros canons de si&#232;ge, requis au galop dans Paris, les f&#233;d&#233;r&#233;s purent arr&#234;ter l'offensive de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, c'&#233;tait la d&#233;faite compl&#232;te, irr&#233;parable, de par la faute de g&#233;n&#233;raux qui n'en &#233;taient pas et n'avaient rien su pr&#233;voir, rien su combiner, qui pour tout ordre de bataille criaient d'aller en avant, s'imaginant que la t&#233;m&#233;rit&#233; et la bonne humeur sont pour des chefs qualit&#233;s qui suppl&#233;ent &#224; tout. C'&#233;tait la d&#233;faite et la Commune oblig&#233;e de passer de l'offensive &#224; la d&#233;fensive, d&#233;fensive mortelle, car une R&#233;volution est condamn&#233;e qui n'a pas le vaste espace libre devant elle. Elle ne peut languir sans s'&#233;teindre, semblable &#224; la flamme qui, pour se nourrir, doit monter toujours plus haute dans le ciel, aspirer l'oxyg&#232;ne de couches d'air sans cesse renouvel&#233;es et sans cesse &#233;largies. Vient-elle &#224; retomber sur elle-m&#234;me, elle agonise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e du 4 fut employ&#233;e par l'arm&#233;e de Versailles &#224; parfaire sa victoire, &#224; d&#233;truire ou refouler les derniers d&#233;bris de l'arm&#233;e f&#233;d&#233;r&#233;e qui, en de&#231;a de la ligne des forts du sud, tenaient encore la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duval, on l'a vu tout &#224; l'heure, s'&#233;tait relire dans la soir&#233;e du 3 sur le plateau de Ch&#226;tillon. Il n'avait plus autour de lui qu'une poign&#233;e de combattants, pas de vivres, pas de canons, qu'importe, il ne se rendrait pas. D&#232;s 5 heures du matin, il fut attaqu&#233; avec rage, de front, par la division Pell&#233;, de flanc, par la brigade Derroja, 10.000 hommes contre 1.500. Duval essaie en vain de se frayer un chemin : il est trop tard. Le g&#233;n&#233;ral Pell&#233; propose la vie sauve &#224; qui se rendra et les vaincus d&#233;posent les armes. Les bataillons de la garde nationale qui occupaient les villages de Ch&#226;tillon et de Clamart &#233;taient intervenus inutilement pour conjurer le d&#233;sastre. Malgr&#233; la mise hors de combat du g&#233;n&#233;ral Pell&#233; bless&#233; d'un &#233;clat d'obus, le g&#233;n&#233;ral La Mariouse enlevait Clamart et poussait jusqu'au moulin de Pierre, ne s'arr&#234;tant que devant les forts d'Issy et de Vanves qu'il n'osait cependant pas aborder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la victoire, la tuerie, la r&#233;action ma&#238;tresse pr&#233;ludait, sans perdre une seconde, aux &#233;pouvantables massacres qui marqueront dans Paris son triomphe d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pell&#233;, nous venons de le dire, avait promis la vie sauve aux prisonniers. Or, son premier soin fut de fusiller tous ceux des combattants reconnus comme soldats d&#233;serteurs ou pr&#233;tendus tels. &#171; On nous dispose en cercle sur le plateau, a racont&#233; un t&#233;moin oculaire, et on fait sortir de nos rangs les soldats qui s'y trouvaient. On les fait mettre &#224; genoux dans la boue, et sur l'ordre du g&#233;n&#233;ral Pell&#233;, on fusille impitoyablement, sous nos yeux, ces malheureux jeunes gens, au milieu des lazzi de MM. les officiers qui insultaient notre d&#233;faite par toutes sortes de propos atroces et stupides. Enfin, apr&#232;s une bonne heure employ&#233;e &#224; ce man&#232;ge, on nous forme en ligne et nous prenons le chemin de Versailles entre deux haies de chasseurs &#224; cheval. Sur la route, nous rencontrons le capitulard Vinoy, escort&#233; de son &#233;tat-major. Sur son ordre, et malgr&#233; la promesse formelle que nous avait faite le g&#233;n&#233;ral Pelle, nos officiers, qu'on avait plac&#233;s en t&#234;te du cort&#232;ge et &#224; qui on avait violemment arrach&#233; les insignes de leur grade, allaient &#234;tre fusill&#233;s, quand un colonel fil observer &#224; M. Vinoy la promesse faite par son g&#233;n&#233;ral &#187;. Vinoy pourtant n'en voulut pas d&#233;mordre compl&#232;tement. &#171; Y a-t-il un chef ? &#187; cria-t-il. &#8212; C'est moi, r&#233;pondit Duval ; je suis Duval. &#8212; &#171; Faites-le fusiller &#187;, dit Vinoy. Cependant, un second officier sortait des rangs : &#171; Moi, je suis son chef d'&#233;tat-major &#187;, dit-il ; et un troisi&#232;me : &#171; Moi, je suis son aide de camp &#187;. Tous trois franchirent all&#232;grement d'un bond le foss&#233; qui borde la route et vinrent s'adosser au mur d'un p&#233;pini&#233;riste o&#249; ils tomb&#232;rent foudroy&#233;s en criant : &#171; Vive la R&#233;publique ! Vive la Commune ! &#187; Un cavalier, un l&#226;che, arracha les bottes de Duval qu'il promena comme un troph&#233;e. Le crime a &#233;t&#233; ni&#233; par Vinoy qui pr&#233;tend que &#171; le nomm&#233; Duval est tu&#233; pendant l'affaire &#187;[2]. Mais la v&#233;rit&#233; a &#233;t&#233; dite par d'autres, par le g&#233;n&#233;ral Le Fl&#244;, par le colonel Lambert dans leurs d&#233;positions &#224; la Commission d'enqu&#234;te. On la retrouve aussi sous la plume d'un des &#233;mules de Vinoy qui, en passant, glorifie, croyant injurier : &#171; Quant au nomm&#233; Duval, cet autre g&#233;n&#233;ral de rencontre, &#233;crit-il[3], il avait &#233;t&#233;, d&#232;s le matin, fusill&#233; au Petit-Bic&#234;tre avec deux officiers d'&#233;tat-major de la Commune. Tous trois avaient subi en fanfarons le sort que la loi r&#233;serve &#224; tout chef d'insurg&#233;s pris les armes &#224; la main &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Duval tombait l'un des meilleurs soldats de la R&#233;volution. S'il n'avait pas les aptitudes du g&#233;n&#233;ral de m&#233;tier, il poss&#233;dait &#224; un degr&#233; &#233;minent celles du conducteur de foule qui m&#232;ne &#224; l'assaut des Tuileries et jette bas les tr&#244;nes et les Bastilles. Peu d'hommes ont exerc&#233; pareil ascendant sur les masses. Il &#233;tait ma&#238;tre absolu dans son XIIIe arrondissement. Robuste travailleur, comme l'exigeait sa profession de fondeur en fer, il attirait de prime abord les sympathies, la confiance de tous les prol&#233;taires qui l'abordaient et qui se donnaient sans retour, conquis par son &#233;nergie &#224; la fois r&#233;fl&#233;chie et farouche. Nul plus que ce jeune homme de 30 ans ne manqua &#224; la Commune quand sonn&#232;rent les heures tragiques de la bataille des rues, o&#249; ses qualit&#233;s de coup d'&#339;il et de froide audace en eussent fait un entra&#238;neur d'&#233;lite, un chef &#233;cout&#233; et ob&#233;i.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant &#201;mile Duval, la veille, semblablement assassin&#233;, &#233;tait tomb&#233; un autre des militants de la R&#233;volution que Paris aussi aima et qu'il pleura, Gustave Flourens. Celui-ci n'&#233;tait pas un prol&#233;taire : il &#233;tait de souche et d'&#233;ducation bourgeoise, fils de savant, savant lui-m&#234;me et professeur au Coll&#232;ge de France. Trop personnel parfois, trop impulsif aussi, il s'&#233;tait tromp&#233; souvent et n'avait pas su toujours confondre son action propre avec l'action plus g&#233;n&#233;rale qui se menait &#224; ses c&#244;t&#233;s, et visait &#224; des r&#233;sultats plus s&#251;rs ; mais il &#233;tait d&#233;vou&#233; corps et &#226;me &#224; la cause ouvri&#232;re et socialiste, plein d'h&#233;ro&#239;que bravoure, appelant le danger et provoquant la mort. Lui qui aurait pu si ais&#233;ment se tailler dans le monde des privil&#233;gi&#233;s, auquel il appartenait par la naissance et l'&#233;ducation, une place heureuse et envi&#233;e, il avait &#233;t&#233;, sous l'Empire, le plus irr&#233;conciliable des r&#233;publicains, le plus impatient des r&#233;volutionnaires. Demeur&#233; sous la R&#233;publique le r&#233;volt&#233;, tout de c&#339;ur avec les d&#233;sh&#233;rit&#233;s et les exploit&#233;s, il p&#233;rit, comme le dit l'auteur de la Guerre des Communeux de Paris que nous avons d&#233;j&#224; cit&#233;, &#171; en coupable d&#233;fenseur des droits du peuple &#187;. Voici dans quelles circonstances infamantes pour ses bourreaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec quelques-uns de ses Bellevillois et son fid&#232;le aide-de-camp Amilcar Cipriani, Flourens, coup&#233; des troupes de Bergeret dont il venait de faciliter la retraite, s'&#233;tait dirig&#233; vers Rueil. &#192; l'entr&#233;e du village, il avisait une auberge o&#249; il p&#233;n&#233;trait, accompagn&#233; de Cipriani et montait dans une chambre o&#249; las, il s'&#233;tendait sur un lit. Une heure &#224; peine s'&#233;tait &#233;coul&#233;e, qu'on heurta &#224; la porte. L'h&#244;te, semble-t-il, &#233;tait all&#233; aviser les gendarmes qui patrouillaient aux environs, et ceux-ci accouraient. Flourens se r&#233;veille en sursaut, bondit sur ses armes ; Cipriani l'imite et ils essaient de disputer la porte de leur refuge. Trop tard : quarante gendarmes les cernent, les assaillent, les poussent dans l'escalier, les d&#233;sarment et les font prisonniers. Sur ces entrefaites, survient le capitaine de gendarmerie, Desmaretz. &#171; Ah ! c'est vous Flourens, cria-t-il, qui tirez sur mes gendarmes &#187;, et se dressant sur ses &#233;triers, il lui fend le cr&#226;ne d'un seul coup de sabre. Le cadavre fut jet&#233; sur un tombereau de fumier et conduit &#224; Versailles, Cipriani couch&#233; &#224; c&#244;t&#233;, &#224; moiti&#233; assomm&#233; et passant pour mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duval, Flourens &#233;taient des chefs ; les soldats ne furent pas davantage &#233;pargn&#233;s. En cette journ&#233;e du 3 avril, Galliffet fusilla indistinctement les gardes nationaux qui tomb&#232;rent entre ses mains. &#192; Chatou, c'est le Gaulois du 4 qui en fait le r&#233;cit circonstanci&#233;, il avait surpris trois f&#233;d&#233;r&#233;s : un capitaine, un sergent, un simple garde. Tous trois furent pass&#233;s par les armes, sans autre forme de proc&#232;s. Le soudard se rendit ensuite &#224; la mairie et y r&#233;digea la proclamation suivante qui fut incontinent tambourin&#233;e &#224; son de caisse dans la commune : &#171; La guerre a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e par les bandits de Paris. Hier, avant-hier, aujourd'hui ils m'ont assassin&#233; mes soldats. C'est une guerre sans tr&#234;ve ni piti&#233; que je d&#233;clare &#224; cep assassins. J'ai d&#251; faire un exemple ce matin ; qu'il soit salutaire ; je d&#233;sire ne pas en &#234;tre r&#233;duit de nouveau &#224; pareille extr&#233;mit&#233;. N'oubliez pas que le pays, que la loi, que le droit par cons&#233;quent sont &#224; Versailles et &#224; l'Assembl&#233;e nationale et non pas avec la grotesque Assembl&#233;e de Paris, qui s'intitule Commune &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le relire parlait avec ce cynisme f&#233;roce, c'est qu'il y &#233;tait autoris&#233; par Versailles, que la consigne &#233;tait donn&#233;e telle de traiter les bellig&#233;rants parisiens en insurg&#233;s, de les ex&#233;cuter sommairement, &#224; fantaisie. Vinoy, commandant en chef, &#224; l'autre bout du champ de bataille, se comportait &#224; l'avenant. Preuve que le gouvernement et l'Assembl&#233;e de Versailles avaient r&#233;solu de mettre hors les lois de la guerre et de l'humanit&#233; quiconque porterait les armes pour Paris, et que l'assassinat m&#233;thodique, syst&#233;matique, de tous les partisans de la Commune &#233;tait d&#233;j&#224; dans son plan. La racaille dor&#233;e, r&#233;fugi&#233;e dans la ville du Roi Soleil, poussait ministres et g&#233;n&#233;raux dans cette voie atroce, estimant la r&#233;pression trop lente et trop douce encore, comme en t&#233;moignent les relations des infortun&#233;s tra&#238;n&#233;s &#224; la g&#233;henne de Satory en ces journ&#233;es de folie sanguinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est impossible, a narr&#233; l'un d'entre eux, le m&#234;me que nous citions tout &#224; l'heure &#224; propos de l'ex&#233;cution de Duval, de d&#233;crire l'accueil que nous retournes dans la cit&#233; des ruraux. Cela d&#233;passe en ignominie tout ce qu'il est possible d'imaginer. Bouscul&#233;s, foul&#233;s aux pieds, &#224; coups de poings, &#224; coups de b&#226;tons, au milieu des hu&#233;es et des vocif&#233;rations, on nous fit faire deux fois le tour de la ville, en calculant les haltes &#224; dessein pour nous exposer d'autant mieux aux atrocit&#233;s d'une population de mouchards et de policiers qui bordaient des deux c&#244;t&#233;s les rues que nous traversions&#8230; On nous mena d'abord devant le d&#233;p&#244;t de cavalerie, o&#249; nous f&#238;mes une halte d'au moins vingt minutes. La foule nous arrachait nos couvertures, nos k&#233;pis, nos bidons ; enfin, rien n'&#233;chappait &#224; la rage de ces &#233;nergum&#232;nes ivres de haine et de vengeance. On nous traitait de voleurs, de brigands, d'assassins, de canailles, etc.. De l&#224;, nous all&#226;mes &#224; la caserne des gardes de Paris. On nous fit entrer dans la cour o&#249; nous trouv&#226;mes ces Messieurs qui nous re&#231;urent par une bord&#233;e d'injures inf&#226;mes et qui, sur l'ordre de leurs chefs, arm&#232;rent bruyamment leurs chassepots, nous disant avec force rires, qu'ils allaient nous fusiller tous comme des chiens. C'est au milieu de l'escorte de cette vile soldatesque que nous pr&#238;mes le chemin de Satory o&#249; on nous enferma au nombre de 1.685 dans un magasin &#224; fourrages. Epuis&#233;s de fatigue et de besoin, dans l'impossibilit&#233; de nous coucher, tellement nous &#233;tions serr&#233;s les uns contre les autres, nous pass&#226;mes l&#224; deux nuits et deux jours, debout, nous relevant &#224; tour de r&#244;le pour nous coucher un peu chacun sur un brin de paille humide, n'ayant d'autre nourriture qu'une cro&#251;te de pain et de l'eau infecte &#224; boire, que Messieurs nos gardiens allaient puiser &#224; une mare dans laquelle ils ne se g&#234;naient pas pour faire leurs ordures. C'est &#233;pouvantable, mais c'&#233;tait ainsi&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action ressaisissant l'avantage, ramenait la France aux temps ancestraux o&#249; le vaincu &#233;tait pi&#233;tin&#233;, tortur&#233; dans son esprit et dans sa chair par un vainqueur bestial. Soumettre l'adversaire, le d&#233;sarmer ne lui suffisait pas : il lui fallait le souffleter, lui cracher au visage, le souiller de boue et d'immondices afin qu'il appar&#251;t m&#233;prisable, abject, indigne de compassion. Picard, ministre de l'Int&#233;rieur, appliquait jusqu'au bout cette tactique abominable, quand annon&#231;ant la victoire versaillaise &#224; la France, il disait des 1.600 infortun&#233;s prisonniers dont nous venons de rapporter le supplice : &#171; Jamais la basse d&#233;magogie n'avait offert aux regards afflig&#233;s des honn&#234;tes gens des visages plus ignobles. &#187; Parmi ces &#171; visages ignobles &#187;, se rencontrait celui d'&#201;lis&#233;e Reclus, le grand g&#233;ographe. Sans doute, on ne peut descendre plus bas dans la sc&#233;l&#233;ratesse et l'ignominie que Picard et son ma&#238;tre Thiers ne le firent en ces jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Paris, la consternation r&#233;gnait. La Commune avait essay&#233; de masquer la d&#233;faite, ce qui &#233;tait un jeu bien vain. Tout le Paris qui n'avait pas combattu, femmes, enfants, vieillards, pench&#233; aux fortifications, dress&#233; sur les cr&#234;tes de Montmartre, de Belleville, avait suivi les p&#233;rip&#233;ties du drame. Puis la presse hostile &#233;tait l&#224;, redevenue loquace et trop heureuse de ne rien laisser dans l'ombre des tristes &#233;v&#233;nements. La Commune s'&#233;tait retourn&#233;e aussi vers les chefs incapables qui avaient engag&#233; la partie, sans en avoir re&#231;u l'autorisation formelle de la Commission ex&#233;cutive. Mais de ces chefs, deux &#233;taient morts assassin&#233;s par Versailles ; ils avaient pay&#233; de leur vie, leur exc&#232;s d'enthousiasme et d'ardeur. Et puis, si la Commission ex&#233;cutive n'avait pas ordonn&#233; la sortie, elle ne l'avait pas non plus interdite ; elle avait donc sa part de responsabilit&#233; dans le d&#233;sastre. C'est ce que Vaillant indiqua &#224; la s&#233;ance du 3 au soir, &#224; l'encontre de Lefran&#231;ais qui, en mani&#232;re de protestation, donnait sa d&#233;mission. Comme sanction, la Commune priait alors les deux g&#233;n&#233;raux survivants, Eudes et Bergeret, de renoncer &#224; leurs fonctions de membres de la Commission ex&#233;cutive et les rempla&#231;ait, ainsi que Duval, mort, par Delescluze, Cournet et Vermorel. D'un autre c&#244;t&#233;, elle appelait &#224; la direction de l'administration de la guerre Cluseret, d&#233;j&#224; adjoint &#224; Eudes, d&#232;s le 2 au soir, mais qui, toutefois, n'avait pas coop&#233;r&#233; &#224; la sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune avait encore un autre devoir urgent &#224; remplir : aviser pour que l'Assembl&#233;e nationale mit un terme aux fusillades de prisonniers, aux &#233;gorgements de bless&#233;s que les Vinoy et les Gallifet avaient si gaillardement inaugur&#233;s &#224; Chatou et &#224; Rueil, &#224; Ch&#226;tillon et au Petit-Bic&#233;tre. D&#233;j&#224;, le 2 avril, apr&#232;s la premi&#232;re agression des troupes versaillaises, la Commune avait pris un d&#233;cret dont l'article premier disait que MM. Thiers, Favre, Picard, Dufaure, Simon et Polhuau &#233;taient mis en accusation pour avoir ordonn&#233; et commenc&#233; la guerre civile, attaqu&#233; Paris, tu&#233; et bless&#233; des gardes nationaux, des soldats de la ligne, des femmes et des enfants et dont l'article 2 d&#233;clarait que leurs biens seraient saisis et mis sous s&#233;questre, jusqu'&#224; ce qu'ils eussent comparu devant la justice du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'attaquer aux meubles et aux immeubles que les criminels pouvaient poss&#233;der dans la capitale &#233;tait insuffisant. La bourgeoisie assassine ne reculerait pas ; elle n'h&#233;siterait que si elle se sentait menac&#233;e dans sa chair, que si elle entrevoyait quelques-uns des siens, et des plus haut cot&#233;s, au bout des canons de fusil des f&#233;d&#233;r&#233;s. C'est cette pens&#233;e que N'aillant exprimait &#224; la s&#233;ance du 4, quand il disait : &#171; Pour r&#233;pondre aux assassinats du Gouvernement de Versailles, que la Commune se rappelle qu'elle a des otages et qu'elle rende coup pour coup &#187;. C'est cette pens&#233;e qui amenait Delescluze &#224; proposer &#224; la s&#233;ance du 5 le d&#233;cret sur les otages qui fut vot&#233; &#224; l'unanimit&#233; et dont voici la teneur :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La Commune de Paris,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consid&#233;rant que le gouvernement foule ouvertement aux pieds les droits de l'humanit&#233;, comme ceux de la guerre ; qu'il s'est rendu coupable d'horreurs dont ne se sont m&#234;me pas souill&#233;s les envahisseurs prussiens ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consid&#233;rant que les repr&#233;sentants de la Commune de Paris ont le devoir imp&#233;rieux de d&#233;fendre l'honneur et la vie des deux millions d'habitants qui ont remis entre leurs mains le soin de leurs destin&#233;es, qu'il importe de prendre sur l'heure toutes les mesures n&#233;cessit&#233;es par la situation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consid&#233;rant que des hommes politiques et des magistrats de la cit&#233; doivent concilier le salut commun avec le respect des libert&#233;s publiques,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; D&#233;cr&#232;te :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Article premier. &#8212; Toute personne pr&#233;venue de complicit&#233; avec le gouvernement de Versailles sera imm&#233;diatement d&#233;cr&#233;t&#233;e d'accusation et incarc&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Art. 2. &#8212; Un jury d'accusation sera institu&#233; dans les vingt-quatre heures pour conna&#238;tre des crimes qui lui seront d&#233;f&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Art. 3. &#8212; Le jury statuera dans les quarante-huit heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Art. 4. &#8212; Tous les accus&#233;s retenus par le verdict du jury d'accusation seront les otages du peuple de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Art. 5. &#8212; Toute ex&#233;cution d'un prisonnier de guerre ou d'un partisan du gouvernement r&#233;gulier de la Commune de Paris sera, sur le champ, suivie de l'ex&#233;cution d'un nombre triple des otages retenus en vertu de l'article 4 et qui seront d&#233;sign&#233;s par le sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Art. 6. &#8212; Tout prisonnier de guerre sera traduit devant le jury d'accusation qui d&#233;cidera s'il sera imm&#233;diatement remis en libert&#233; ou retenu comme otage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tenu &#224; reproduire ce document dans son texte int&#233;gral, puisqu'aujourd'hui encore il constitue contre la Commune une des charges le plus souvent et le plus complaisamment invoqu&#233;es par les historiens d'hypocrisie et de mensonge. Ce d&#233;cret &#233;tait juste : il &#233;tait l&#233;gitime : il &#233;tait n&#233;cessaire. Il formulait la r&#233;plique obligatoire aux atrocit&#233;s sans nom que les d&#233;fenseurs des classes privil&#233;gi&#233;es avaient d&#233;j&#224; commises. Par malheur, la Commune r&#233;pliquait &#224; une heure o&#249; les vrais otages, les plus pr&#233;cieux : ministres, d&#233;put&#233;s, g&#233;n&#233;raux, grands brasseurs d'affaires et agioteurs, s'&#233;taient gar&#233;s &#224; l'abri des canons de l'ordre et des chassepots de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re reconstitu&#233;e gr&#226;ce &#224; la permission et &#224; la faveur prussiennes. Le gouvernement r&#233;volutionnaire ne pouvait appr&#233;hender que quelques attard&#233;s : un archev&#234;que, un magistrat, un banquier marron, des j&#233;suites et des pr&#234;tres, tous gens dont Thiers et l'Assembl&#233;e nationale n'avaient en somme qu'un m&#233;diocre souci. Cependant la mesure suffit pour paralyser jusqu'&#224; la derni&#232;re semaine de mai la fureur de r&#233;pression qui br&#251;lait Versailles. Malgr&#233; tout, la Commune avait donc frapp&#233; juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Gustave Lefran&#231;ais : &#201;tude sur le mouvement communaliste (p. 219-220), et Souvenirs d'un R&#233;volutionnaire (p. 494).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- G&#233;n&#233;ral Vinoy. &#8212; Armistice et Commune, p.374.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- La Guerre des Communeux de Paris, par un Officier sup&#233;rieur de l'arm&#233;e de Versailles, p. 133.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite ; &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/La_Commune/10&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/La_Commune/10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/La_Commune&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/La_Commune&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Engels et la guerre de 1870-1871</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7115</link>
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		<dc:date>2025-05-09T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire aussi : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/ait/1870/07/km18700723.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/ait/1870/09/km18700909.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom02.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1870/09/km18700916.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on TROTSKY &lt;br class='autobr' /&gt;
Les notes de Friedrich ENGELS sur la guerre de 1870-1871 &lt;br class='autobr' /&gt;
19 mars 1924 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le livre de Fr&#233;d&#233;ric Engels est constitu&#233; dans sa majeure partie, par une chronique analytique de la guerre franco-allemande (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/ait/1870/07/km18700723.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/ait/1870/07/km18700723.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/ait/1870/09/km18700909.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/ait/1870/09/km18700909.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom02.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom02.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1870/09/km18700916.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1870/09/km18700916.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on TROTSKY
&lt;p&gt;Les notes de Friedrich ENGELS sur la guerre de 1870-1871&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;19 mars 1924&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Fr&#233;d&#233;ric Engels est constitu&#233; dans sa majeure partie, par une chronique analytique de la guerre franco-allemande de 1870-1871. Ce sont des articles qui furent publi&#233;s dans le journal anglais &#034;Pall Mall Gazette&#034; pendant le d&#233;roulement de la guerre. Il s'ensuit d&#233;j&#224; que le lecteur ne doit pas s'attendre &#224; trouver dans ces notes une sorte de monographie sur la guerre ou un quelconque expos&#233; syst&#233;matique de la th&#233;orie de l'art militaire. Non, la t&#226;che d'Engels consistait &#224; partir de l'estimation g&#233;n&#233;rale des forces et des moyens des deux adversaires et &#224; suivre au jour le jour le mode d'emploi de ces forces et moyens, afin d'aider le lecteur &#224; s'orienter dans le d&#233;roulement des op&#233;rations militaires et m&#234;me de soulever un peu, de temps &#224; autre, ce qu'on appelle le voile de l'avenir. Les articles militaires de cette sorte emplissent au moins les deux tiers du livre. Le dernier tiers consiste en notes consacr&#233;es aux divers domaines sp&#233;cialis&#233;s du m&#233;tier de la guerre, toujours en rapport &#233;troit avec le d&#233;roulement de la guerre franco-allemande : &#034;Comment combattre les Prussiens&#034;, &#034;Analyse raisonn&#233;e du syst&#232;me de l'arm&#233;e prussienne&#034;, &#034; Saragosse-Paris &#034;, &#034;L'apologie de l'Empereur &#034;, entre autres. Il est &#233;vident que l'on ne peut lire et &#233;tudier un livre de ce genre comme les autres &#339;uvres purement th&#233;oriques d'Engels. Pour comprendre enti&#232;rement les id&#233;es et estimations de caract&#232;re concret, positif, contenues dans ce livre, il faut suivre pas &#224; pas toutes les op&#233;rations de la guerre franco-allemande sur la carte et avec cela, tenir compte aussi des consid&#233;rations de la litt&#233;rature d'histoire militaire la plus r&#233;cente. Un tel travail de critique scientifique ne peut &#233;videmment &#234;tre la t&#226;che du lecteur moyen : il exige des notions militaires pr&#233;liminaires, beaucoup de temps et un int&#233;r&#234;t particulier pour ce domaine. Mais un tel int&#233;r&#234;t serait-il justifi&#233; ? Nous sommes d'avis que si. Il se justifie avant tout du point de vue de l'appr&#233;ciation correcte du niveau militaire et de la perspicacit&#233; militaire d'Engels lui-m&#234;me. Une &#233;tude approfondie du texte extr&#234;mement mince d'Engels, la comparaison de ses jugements et pronostics avec les jugements et pronostics contemporains des auteurs militaires de l'&#233;poque serait certainement tr&#232;s int&#233;ressante. Ce serait non seulement une contribution importante &#224; la biographie d'Engels &#8211; encore que sa biographie soit un chapitre important dans l'histoire du socialisme &#8211; mais aussi une illustration particuli&#232;rement frappante du probl&#232;me des rapports r&#233;ciproques entre le marxisme et le m&#233;tier de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De marxisme ou de dialectique, Engels ne souffle mot dans tous ces articles : cela n'a rien d'&#233;tonnant, vu qu'il &#233;crivait anonymement pour un journal archi-bourgeois et cela &#224; une &#233;poque o&#249; le nom de Marx &#233;tait encore peu connu. Mais ces causes ext&#233;rieures n'amen&#232;rent pas seules Engels &#224; s'abstenir de toute argumentation de th&#233;orie g&#233;n&#233;rale. Nous pouvons &#234;tre persuad&#233;s que m&#234;me si Engels avait eu alors la possibilit&#233; de traiter des p&#233;rip&#233;ties de la guerre dans un journal marxiste-r&#233;volutionnaire &#8211; avec une libert&#233; largement plus grande dans l'expression de ses sympathies et antipathies politiques &#8211; il aurait cependant abord&#233; &#224; peine diff&#233;remment l'analyse et l'appr&#233;ciation du d&#233;roulement de la guerre qu'il ne l'a fait dans la &#034; Pall Mall Gazette &#034;. Engels n'introduisit pas de l'ext&#233;rieur une doctrine abstraite dans le domaine de la science militaire et n'&#233;rigea point des recettes tactiques par lui d&#233;couvertes en crit&#232;res universels. En d&#233;pit de toute la bri&#232;vet&#233; de l'expos&#233; nous voyons tout de m&#234;me avec quel soin l'auteur examine tous les &#233;l&#233;ments du m&#233;tier militaire, depuis l'&#233;tendue du territoire et le chiffre de population des pays concern&#233;s jusqu'&#224; des recherches biographiques sur le pass&#233; du g&#233;n&#233;ral Trochu dans le but de mieux conna&#238;tre les m&#233;thodes et les habitudes de celui-ci. On sent derri&#232;re ces notes un travail &#233;norme, pass&#233; et en cours. Engels, qui &#233;tait non seulement un profond penseur mais aussi un excellent &#233;crivain, ne servait pas au lecteur des mat&#233;riaux bruts. Cela pourrait donner l'impression de superficiel pour certaines de ses remarques et g&#233;n&#233;ralisations. En r&#233;alit&#233;, il n'en est rien. L'&#233;laboration critique &#224; laquelle il a soumis les mat&#233;riaux empiriques est extr&#234;mement pouss&#233;e. Cela ressort d&#233;j&#224; du fait que le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des p&#233;rip&#233;ties de la guerre a confirm&#233; de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e les pronostics d'Engels. Il n'y a pas lieu de douter qu'une &#233;tude approfondie dans le sens indiqu&#233; de ce travail d'Engels de la part de nos jeunes th&#233;oriciens de la guerre montrerait encore davantage avec quel s&#233;rieux Engels traitait la conduite de la guerre en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi chez ceux qui pr&#233;cis&#233;ment liront et n'&#233;tudieront pas le livre &#8211; et ce sera la majorit&#233;, y compris chez les militaires &#8211; l'&#339;uvre d'Engels suscitera un grand int&#233;r&#234;t, non pas &#224; cause de son expos&#233; analytique des diverses op&#233;rations militaires, mais par l'appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale du d&#233;roulement de la guerre et par les jugements dans divers domaines militaires, abord&#233;s de fa&#231;on &#233;parse en beaucoup d'endroits de sa chronique de guerre et en partie, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, aussi dans des articles entiers. La vieille id&#233;e des Pythagoriciens, que le monde serait r&#233;gi par le nombre &#8211; au sens r&#233;aliste et non mystique de ce terme &#8211;, peut &#234;tre particuli&#232;rement bien appliqu&#233;e &#224; la guerre. Avant tout &#8211; le nombre des bataillons. Ensuite le nombre de fusils, le nombre de canons s'exprime quantitativement par la port&#233;e des armes &#224; feu, par leur pr&#233;cision. Les qualit&#233;s morales des soldats s'expriment dans la capacit&#233; d'endurer de longues marches, de tenir un temps prolong&#233; sous le feu ennemi, etc. Cependant, plus on va dans ce domaine, plus le probl&#232;me se complique. Le nombre et le caract&#232;re de l'&#233;quipement d&#233;pendent de l'&#233;tat des forces productives du pays. La composition de l'arm&#233;e et de son commandement est conditionn&#233;e par la structure sociale de la soci&#233;t&#233;. Le service administratif d'intendance d&#233;pend de l'appareil &#233;tatique g&#233;n&#233;ral qui est d&#233;termin&#233; par la nature de la classe dominante. Le moral de l'arm&#233;e d&#233;pend du rapport r&#233;ciproque des classes, de la capacit&#233; de la classe dirigeante de faire des t&#226;ches de la guerre des buts subjectifs de l'arm&#233;e. Le degr&#233; de capacit&#233; et de talent du commandement d&#233;pend, pour sa part, du r&#244;le historique de la classe dirigeante, de sa capacit&#233; de concentrer sur ses objectifs les meilleures forces cr&#233;atrices du pays, ce qui, &#224; nouveau, diff&#233;rera, selon que la classe dominante joue un r&#244;le historique progressif ou qu'elle se survit et lutte simplement pour son existence. Seuls les rapports fondamentaux ont &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;s ici, et encore sch&#233;matiquement. En r&#233;alit&#233;, la d&#233;pendance des diff&#233;rents domaines de la conduite de la guerre entre eux et de tous ces domaines dans leur ensemble &#224; l'&#233;gard des divers aspects de l'ordre social est bien plus complexe et plus ramifi&#233;e. Sur le champ de bataille tout cela se r&#233;sume, en fin de compte, dans le nombre des simples soldats, des commandants, des morts et bless&#233;s, prisonniers et d&#233;serteurs, dans les dimensions du territoire conquis et dans le nombre des troph&#233;es. Mais comment peut-on pr&#233;voir le r&#233;sultat final ? S'il &#233;tait possible de relever et de d&#233;terminer &#224; l'avance tous les &#233;l&#233;ments d'une bataille et d'une guerre avec pr&#233;cision, alors il n'y aurait m&#234;me pas de guerre, car personne n'aurait l'id&#233;e d'aller au-devant d'une d&#233;faite &#233;tablie d'avance. Mais il ne peut &#234;tre question d'une telle pr&#233;vision exacte de tous les facteurs. Seuls les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels les plus imm&#233;diats de la guerre sont susceptibles d'une expression chiffr&#233;e. Pour autant qu'il s'agit, cependant, de la d&#233;pendance des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels de l'arm&#233;e &#224; l'&#233;gard de l'&#233;conomie du pays dans son ensemble, une &#233;valuation et, par cons&#233;quent, les pr&#233;visions &#233;galement, auront une valeur d&#233;j&#224; bien plus limit&#233;e. Cela s'applique particuli&#232;rement &#224; ce que l'on appelle les facteurs moraux : de l'&#233;quilibre politique dans le pays, de l'endurance de l'arm&#233;e, de l'attitude des arri&#232;res, du travail coordonn&#233; de l'appareil d'Etat, du talent des commandants, etc. Laplace dit qu'un cerveau qui serait en &#233;tat d'embrasser tous les processus se d&#233;roulant dans l'univers, pourrait infailliblement pr&#233;dire tout ce qui se produira &#224; l'avenir. Cela d&#233;coule incontestablement, du principe du d&#233;terminisme : point de ph&#233;nom&#232;ne sans cause. Mais, comme l'on sait, il n'y a pas de pareil cerveau, ni individuel ni collectif. C'est pourquoi il est possible que m&#234;me les hommes les mieux inform&#233;s et les plus g&#233;niaux se trompent tr&#232;s souvent dans leurs pr&#233;visions. Mais il est clair que l'on approche d'autant plus la pr&#233;vision juste, que l'on conna&#238;t mieux les &#233;l&#233;ments du processus, que la capacit&#233; est plus grande de les articuler, de les &#233;valuer et de les combiner, que l'exp&#233;rience scientifique cr&#233;atrice est plus grande, l'horizon plus vaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa chronique militaire, si modeste dans son objet, Engels reste toujours lui-m&#234;me : il apporte dans son travail le regard p&#233;n&#233;trant d'un homme capable de combiner analyse et synth&#232;se dans l'art militaire et qui a pass&#233; par la grande &#233;cole de th&#233;orie sociale de Marx-Engels et l'&#233;cole pratique de la R&#233;volution de 1848 et de la Premi&#232;re Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Comparons les forces, dit Engels, que les deux parties peuvent mettre en ligne pour leur extermination r&#233;ciproque et, pour simplifier les choses, ne nous occupons que de l'infanterie, car c'est elle qui d&#233;cide de l'issue de la bataille ; des diff&#233;rences sans importance dans la force num&#233;rique de la cavalerie et de l'artillerie, y compris les mitrailleuses et tous autres engins faisant des merveilles, ne compteront pas beaucoup. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci, qui &#233;tait grosso modo juste pour la France et l'Allemagne en 1870, ne le serait incontestablement plus pour notre &#233;poque. A pr&#233;sent, il est impossible de ne d&#233;terminer le rapport des forces militaires que d'apr&#232;s le nombre des bataillons. Sans doute, aujourd'hui encore l'infanterie reste le facteur principal dans les batailles. Mais le r&#244;le du coefficient technique dans l'infanterie a cr&#251; consid&#233;rablement, et cela dans une mesure in&#233;gale suivant les arm&#233;es : nous n'avons pas seulement en vue les mitrailleuses, qui &#233;taient encore des &#034;miracle working&#034; en 1870 ; pas seulement l'artillerie, fortement accrue en nombre et en importance, mais aussi des ressources tout &#224; fait nouvelles : l'automobile, tant pour des fins militaires que pour les transports en g&#233;n&#233;ral, l'aviation et la chimie de guerre. Sans tenir compte de ces &#034; coefficients &#034;, une statistique qui ne concernerait que le nombre des bataillons, serait aujourd'hui compl&#232;tement irr&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de ses calculs, Engels aboutit &#224; la conclusion : l'Allemagne dispose d'un nombre de loin plus grand de soldats form&#233;s que la France, et la sup&#233;riorit&#233; des Allemands appara&#238;tra de plus en plus avec le temps &#8211; &#224; moins que d&#232;s le d&#233;but Louis Napol&#233;on ne devance l'ennemi et ne lui inflige des coups d&#233;cisifs, avant que ce dernier ne puisse utiliser sa sup&#233;riorit&#233; potentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Engels aboutit d&#233;j&#224; &#224; la strat&#233;gie, &#224; ce domaine ind&#233;pendant le plus &#233;lev&#233; de l'art militaire, qui est cependant en rapport, &#224; travers un syst&#232;me compliqu&#233; de leviers et de courroies de transmission, avec la politique, l'&#233;conomie, la culture et l'administration. Concernant la strat&#233;gie, Engels tient pour indispensable de faire d&#232;s le d&#233;but les r&#233;serves r&#233;alistes in&#233;vitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Il faut garder &#224; l'esprit qu'on ne peut attendre un succ&#232;s d&#233;cisif d'un plan strat&#233;gique &#224; lui seul. Tels ou tels emp&#234;chements inattendus peuvent toujours intervenir : un contingent de troupes n'arrive pas &#224; temps, au moment o&#249; l'on en a le plus besoin ; ou bien l'adversaire fait une man&#339;uvre impr&#233;vue, ou encore il prend des mesures de s&#233;curit&#233; impr&#233;vues ; et enfin inversement : une r&#233;sistance tenace des troupes ou l'initiative heureuse d'un g&#233;n&#233;ral peuvent, le cas &#233;ch&#233;ant, pr&#233;server une arm&#233;e vaincue des pires cons&#233;quences de sa d&#233;faite &#8211; c'est-&#224;-dire de la perte de la liaison avec sa base. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est indubitablement exact. Contre une telle conception r&#233;aliste de la strat&#233;gie, tout au plus feu Pfuel ou l'un de ses admirateurs attard&#233;s pourraient trouver des objections prise en consid&#233;ration de l'essentiel dans tout le plan de guerre, et cela de la fa&#231;on la plus compl&#232;te que les circonstances permettent ; consid&#233;ration des &#233;l&#233;ments qui ne peuvent &#234;tre d&#233;termin&#233;s &#224; l'avance ; formulation des ordres d'une fa&#231;on suffisamment souple pour qu'ils puissent s'adapter &#224; chaque situation et &#224; ses variantes impr&#233;vues ; et le principal &#8211; d&#233;termination &#224; temps de toute modification fondamentale dans la situation et modification correspondante du plan, voire sa refonte totale &#8211; c'est pr&#233;cis&#233;ment en cela que r&#233;side le v&#233;ritable art de la conduite de la guerre. Si l'on pouvait conf&#233;rer au plan strat&#233;gique un caract&#232;re d&#233;finitif, tenir compte &#224; l'avance de l'&#233;tat du temps, des estomacs et des jambes des soldats et des intentions de l'adversaire, alors un automate connaissant les quatre op&#233;rations pourrait &#234;tre un capitaine victorieux. Par bonheur ou par malheur, il n'en est rien. Le plan de guerre n'a nullement un caract&#232;re absolu, et l'existence du plan le meilleur est encore loin, comme Engels l'indique &#224; juste titre, de garantir la victoire. Par contre, toute faillite du plan rend la perte in&#233;luctable. Tout commandant m&#233;ritant passablement d'&#234;tre pris au s&#233;rieux, qui pour cette raison rejetterait tout plan, devrait &#234;tre intern&#233; dans une maison d'ali&#233;n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il donc du plan strat&#233;gique de Napol&#233;on III ? Nous savons d&#233;j&#224; que l'&#233;norme sup&#233;riorit&#233; potentielle de l'Allemagne r&#233;sidait dans sa pr&#233;pond&#233;rance en quantit&#233; de mat&#233;riel humain form&#233;. Comme le rel&#232;ve Engels, la t&#226;che de Bonaparte consistait &#224; rendre impossible &#224; l'ennemi, gr&#226;ce &#224; des op&#233;rations rapides et d&#233;cid&#233;es, de tirer profit de cette sup&#233;riorit&#233;. On pourrait croire que la tradition napol&#233;onienne aurait d&#251; pr&#233;cis&#233;ment jouer en faveur d'une telle d&#233;marche. Mais malheureusement, la r&#233;alisation de plans de guerre aussi audacieux d&#233;pend aussi, toutes choses &#233;gales par ailleurs, du travail exact de l'intendance ; or, tout le r&#233;gime du Second Empire, avec sa bureaucratie effr&#233;n&#233;e et incapable, n'&#233;tait en aucune mani&#232;re apte &#224; assurer les soins et l'entretien des troupes. D'o&#249; les frictions et les perte de temps d&#232;s les tout premiers jours de la guerre, l'abandon g&#233;n&#233;ral, l'impossibilit&#233; d'appliquer un plan quelconque et, en cons&#233;quence de cela, l'effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En certains endroits, Engels &#233;voque en passant l'effet n&#233;faste que peut avoir l'irruption de la &#034; politique &#034; dans le d&#233;roulement des op&#233;rations militaires. A premi&#232;re vue, cette remarque semble en opposition avec la conception selon laquelle la guerre n'est tout compte fait rien d'autre qu'une continuation de la politique. En r&#233;alit&#233;, il n'y a pas ici de contradiction. La guerre prolonge la politique, mais avec des moyens et des m&#233;thodes propres. Lorsque la politique, pour la solution de ses taches fondamentales, est contrainte de recourir &#224; l'aide de la guerre, cette m&#234;me politique ne doit pas d&#233;ranger le d&#233;roulement des op&#233;rations de guerre pour ses t&#226;ches secondaires. Si Bonaparte effectua des actions manifestement inopportunes du point de vue militaire pour, selon l'avis d'Engels, influencer favorablement l' &#034; opinion publique &#034; avec des succ&#232;s &#233;ph&#233;m&#232;res, il fallait voir l&#224; incontestablement une irruption inadmissible de la politique dans la conduite de la guerre, rendant celle-ci incapable de dominer les t&#226;ches fondamentales pos&#233;es par la politique. Dans la mesure o&#249; dans la lutte pour la conservation de son r&#233;gime, Bonaparte se vit oblig&#233; d'admettre une telle intervention de la politique, la condamnation manifeste du r&#233;gime par lui-m&#234;me &#233;tait d&#233;j&#224; impliqu&#233;e, qui devait rendre in&#233;luctable le prochain effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le pays vaincu, apr&#232;s la d&#233;faite et la capture totales de ses forces arm&#233;es, tente sous la direction de Gambetta de construire une nouvelle arm&#233;e, Engels suit ce travail avec une compr&#233;hension &#233;tonnante pour les affaires de l'organisation militaire. Il caract&#233;rise parfaitement les jeunes troupes indisciplin&#233;es qui se constituent de mani&#232;re improvis&#233;e. &#034; De telles troupes, dit-il, sont tr&#232;s rapidement dispos&#233;es &#224; crier &#224; la trahison si l'on ne les m&#232;ne pas imm&#233;diatement contre l'ennemi, et sont aussi rapidement dispos&#233;es &#224; prendre une fuite &#233;perdue, lorsque la pr&#233;sence de ce dernier se fait sentir s&#233;rieusement. &#034; Il est impossible ici de ne pas penser &#224; nos premiers contingents et r&#233;giments dans les ann&#233;es 1917-1918. Engels sait parfaitement o&#249; r&#233;sident, une fois toutes les autres conditions remplies, les principales difficult&#233;s de la transformation d'un amas humain en une compagnie ou un bataillon. &#034; Qui a jamais eu l'occasion, dit-il, de voir des arm&#233;es populaires improvis&#233;es sur un terrain d'entra&#238;nement ou au feu &#8211; qu'il s'agisse de corps francs badois, de &#034; Bull-Rum Yankees &#034;, de &#034; mobiles &#034; fran&#231;ais, ou de volontaires anglais &#8211; aura imm&#233;diatement not&#233; que la cause principale du manque de savoir-faire et de r&#233;sistance de ces troupes r&#233;side dans le fait que leurs officiers ne connaissent pas leur devoir. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est instructif au plus haut point de voir avec quel s&#233;rieux Engels traite des troupes de carri&#232;re d'une arm&#233;e. Combien ce grand r&#233;volutionnaire est &#233;loign&#233; de tout bavardage pseudo-r&#233;volutionnaire, qui pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'&#233;poque en France &#233;tait tr&#232;s populaire &#8211; sur la vertu salvatrice d'une lev&#233;e en masse, d'une nation arm&#233;e (en toute h&#226;te), etc. Engels sait tr&#232;s bien quelle importance les officiers et les sous-officiers ont dans un bataillon. Il proc&#232;de &#224; des calculs rigoureux sur les ressources en officiers qui sont rest&#233;es &#224; la R&#233;publique apr&#232;s la d&#233;faite des forces r&#233;guli&#232;res de l'Empire. Il suit avec une attention extr&#234;me la naissance dans la nouvelle arm&#233;e, dite de la Loire, de tels traits qui la distinguent d'une foule arm&#233;e. Ainsi, par exemple, il constate avec satisfaction que la nouvelle arm&#233;e non seulement s'applique &#224; marcher avec unit&#233; et &#224; ob&#233;ir aux ordres, mais qu'encore elle &#034; a compris une chose tr&#232;s importante, que l'arm&#233;e de Louis Napol&#233;on avait totalement oubli&#233;e : les services de s&#233;curit&#233;, l'art de garantir les ailes et les arri&#232;res contre des attaque subites, de d&#233;tecter l'ennemi, d'attaquer par surprise certaines de ses sections, pour obtenir des informations et des prisonniers. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Engels appara&#238;t-il partout dans ces articles &#034; de journal &#034; : audacieux dans sa largesse d'esprit, r&#233;aliste dans la m&#233;thode, perspicace dans les grandes et les petites choses et toujours consciencieux dans l'&#233;laboration des mat&#233;riaux. Il compte la quantit&#233; de canons de fusils ray&#233;s et lisses chez les Fran&#231;ais, examine de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e l'artillerie allemande, pense aux propri&#233;t&#233;s du cheval de la cavalerie prussienne et ne perd jamais de vue les qualit&#233;s du sous-officier prussien. Plac&#233; par la marche des &#233;v&#233;nements devant le probl&#232;me du si&#232;ge et de la d&#233;fense de Paris, il explore la qualit&#233; cl&#233; ses fortifications, la puissance de l'artillerie chez les Allemands et les Fran&#231;ais et examine de fa&#231;on tr&#232;s critique la question de savoir s'il y a dans l'enceinte de Paris des troupes r&#233;guli&#232;res que l'on pourrait qualifier d'aptes au combat. Quel dommage que nous n'eussions pas ce travail d'Engels en 1918 : Il nous e&#251;t certes aid&#233; &#224; surmonter plus rapidement et plus facilement le pr&#233;jug&#233; alors largement r&#233;pandu, avec lequel on tentait d'opposer l' &#034;enthousiasme r&#233;volutionnaire&#034; et l' &#034;esprit prol&#233;tarien&#034; &#224; une organisation &#233;tablie par des professionnels, &#224; la discipline impeccable et au commandement de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode de critique militaire d'Engels s'exprime tr&#232;s clairement, par exemple, dans la 13&#232;me lettre, qui s'occupe de la rumeur lanc&#233;e de Berlin concernant &#034;une marche r&#233;solue sur Paris&#034;. L'article sur le camp retranch&#233; de Paris (lettre 16) suscite l'approbation enthousiaste de Marx. Un bon exemple de la mani&#232;re d'Engels de traiter les probl&#232;mes militaires nous est offert par la 24&#232;me lettre, traitant du si&#232;ge de Paris. D'embl&#233;e, Engels pose deux donn&#233;es : &#034; La premi&#232;re est que Paris ne peut pas esp&#233;rer &#234;tre secouru, en cas de n&#233;cessit&#233;, par une arm&#233;e fran&#231;aise venant de dehors... Le second point est que la garnison de Paris est inapte &#224; des op&#233;rations offensives de grand style &#034;. Tous les autres &#233;l&#233;ments de son analyse s'appuient sur ces deux points. Fort int&#233;ressants sont deux jugements sur la guerre de francs-tireurs et ses possibilit&#233;s d'application, une question qui m&#234;me &#224; l'avenir ne perdra pas de son importance pour nous. Le ton d'Engels gagne en assurance &#224; chaque lettre. Cette assurance est justifi&#233;e dans la mesure o&#249; elle est confirm&#233;e par d'une part par la comparaison r&#233;elle avec ce que de &#034;v&#233;ritables&#034; militaires ont &#233;crit sur ces questions et d'autre part par une &#233;preuve encore plus effective par les &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proscrivant sans scrupule de son analyse toute abstraction, consid&#233;rant la guerre comme une cha&#238;ne mat&#233;rielle d'op&#233;rations, consid&#233;rant chaque op&#233;ration du point de vue des forces et moyens r&#233;ellement existants et de leurs possibilit&#233;s de combinaison, ce grand r&#233;volutionnaire proc&#232;de comme... un sp&#233;cialiste de la guerre, c'est-&#224;-dire comme un homme qui, ne serait-ce qu'en vertu de sa profession ou de sa vocation, raisonne avec les facteurs internes de la conduite de la guerre. Il n'est pas &#233;tonnant que les articles d'Engels aient &#233;t&#233; attribu&#233;s aux c&#233;l&#233;brit&#233;s militaires de l'&#233;poque, ce qui fit que dans le cercle de ses amis on donnait &#224; Engels le surnom de &#034; g&#233;n&#233;ral &#034;. Oui, c'est comme un &#034; g&#233;n&#233;ral &#034; qu'il traitait les questions militaires, peut-&#234;tre non sans d'importantes faiblesses dans certains domaines militaires ni sans l'indispensable exp&#233;rience pratique, mais en revanche &#224; l'aide d'une t&#234;te, comme il n'est pas donn&#233; &#224; n'importe quel g&#233;n&#233;ral d'en porter une sur ses &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pourrait-on demander, que devient finalement l&#224;-dedans le marxisme ? A cela, il y aurait lieu de r&#233;pondre que, jusqu'&#224; un certain degr&#233;, c'est pr&#233;cis&#233;ment ici qu'il trouve son expression. L'une des pr&#233;misses philosophiques fondamentales du marxisme veut que la v&#233;rit&#233; soit toujours concr&#232;te. Cela signifie que l'on ne doit pas dissoudre le m&#233;tier de la guerre et ses probl&#232;mes en cat&#233;gories sociales et politiques. La guerre est la guerre, et le marxiste qui veut porter des jugements dans ce domaine, doit se souvenir que la v&#233;rit&#233; de la guerre aussi est concr&#232;te. C'est ce que le livre d'Engels enseigne au premier chef. Mais pas seulement cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on n'a pas le droit de dissoudre des probl&#232;mes militaires dans des probl&#232;mes politiques g&#233;n&#233;raux, il est tout aussi inadmissible de s&#233;parer les premiers des derniers. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; mentionn&#233;, la guerre est une continuation de la politique par des moyens particuliers. Cette pens&#233;e dialectique profonde a &#233;t&#233; formul&#233;e par Clausewitz. La guerre est une continuation de la politique : qui veut saisir le &#034; prolongement &#034;, doit conna&#238;tre ce qui le pr&#233;c&#232;de. Mais la continuation &#034; par d'autres moyens &#034; signifie : il ne suffit d'&#234;tre bien orient&#233; politiquement, pour pouvoir aussi par l&#224;-m&#234;me appr&#233;cier correctement les &#034; autres moyens &#034; de la guerre. Le plus grand et incomparable avantage d'Engels r&#233;sidait en ceci, qu'en m&#234;me temps qu'il saisissait profond&#233;ment le caract&#232;re propre de la guerre &#8211; avec sa technique interne, ses m&#233;thodes, traditions et pr&#233;jug&#233;s &#8211; il &#233;tait aussi le plus grand connaisseur de cette politique &#224; laquelle, en derni&#232;re instance, la guerre est subordonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de dire que cet avantage &#233;norme ne pouvait pas &#233;pargner &#224; Engels des erreurs dans ses jugements et pronostics militaires concrets. Durant la guerre civile des Etats-Unis, Engels avait surestim&#233; les avantages purement militaires manifest&#233;s par les Sudistes dans la premi&#232;re p&#233;riode et inclinait, pour cela, &#224; croire en leur victoire. Pendant la guerre austro-allemand de 1866, peu de temps avant la bataille d&#233;cisive de K&#339;niggratz, qui posa la premi&#232;re pierre de la pr&#233;pond&#233;rance prussienne, Engels escomptait une mutinerie dans le Landwehr (arm&#233;e territoriale) prussienne. De m&#234;me dans la chronique de la guerre franco-allemande on pourra sans doute trouver des erreurs dans des questions de d&#233;tail, quoique le pronostic d'ensemble d'Engels &#233;tait incomparablement plus juste dans ce cas que dans les deux exemples cit&#233;s. Seuls des gens tr&#232;s na&#239;fs peuvent penser que la grandeur d'un Marx, Engels ou L&#233;nine r&#233;side dans une infaillibilit&#233; automatique. Non, eux aussi se sont tromp&#233;s. Mais dans les jugements qu'ils portent sur les questions les plus importantes et les plus compliqu&#233;es ils commettent habituellement moins d'erreurs que tous les autres. Et c'est en cela que se manifeste la grandeur de leur pens&#233;e. Et aussi en ceci, que leurs erreurs, quand on en examine s&#233;rieusement les motifs, s'av&#232;rent souvent bien plus profondes et instructives que l'opinion de ceux qui, fortuitement ou non, ont eu raison contre eux dans tel ou tel cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des abstractions dans le genre de celle que chaque classe doit poss&#233;der une tactique et une strat&#233;gie propres, ne trouvent pas de soutien chez Engels. Il sait trop bien que le fondement de tous les fondements d'une organisation militaire et d'une guerre est d&#233;termin&#233;e par le niveau de d&#233;veloppement des forces productives et non par la volont&#233; de classe toute nue. Naturellement, on peut dire que l'&#233;poque f&#233;odale avait sa tactique propre et m&#234;me une s&#233;rie de tactiques connexes, que l'&#233;poque bourgeoise de m&#234;me conna&#238;t non pas une, mais plusieurs tactiques, et le socialisme lui aussi conduira certainement &#224; l'&#233;laboration d'une nouvelle tactique de guerre, s'il conna&#238;t le sort p&#233;nible de devoir exister pendant une p&#233;riode prolong&#233;e &#224; c&#244;t&#233; du capitalisme. Dans cette formulation g&#233;n&#233;rale, cela est exact, dans la mesure o&#249; le niveau des forces productives de la soci&#233;t&#233; capitaliste est sup&#233;rieur &#224; celui de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale et o&#249; celui de la soci&#233;t&#233; socialiste sera encore plus &#233;lev&#233;. Mais rien de plus. Car il n'en d&#233;coule nullement que le prol&#233;tariat, arriv&#233; au pouvoir, ne disposant que d'un niveau de production tr&#232;s bas, puisse forger imm&#233;diatement une nouvelle tactique qui &#8211; par principe &#8211; ne peut r&#233;sulter que du d&#233;veloppement accru des forces productives de la future soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, nous avons tr&#232;s souvent compar&#233; des processus et des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques avec des processus et ph&#233;nom&#232;nes militaires. A pr&#233;sent, peut-&#234;tre ne sera-t-il pas sans profit pour nous d'opposer quelques probl&#232;mes militaires aux probl&#232;mes &#233;conomiques, car nous avons d&#233;j&#224; acquis dans ce dernier domaine une assez grande exp&#233;rience. La part la plus importante de l'industrie travaille chez nous dans les conditions de l'&#233;conomie socialiste, en &#233;tant la propri&#233;t&#233; de l'Etat ouvrier et en travaillant pour le compte, et sous la direction de ce dernier. En vertu de cette circonstance, la structure socio-juridique de notre industrie se distingue profond&#233;ment de celle de l'industrie capitaliste. Ceci se manifeste dans le syst&#232;me de gestion de l'industrie, dans l'&#233;lection du personnel de direction, dans les rapports entre l'administration de l'entreprise et les ouvriers, etc. Mais dans le processus de production lui-m&#234;me ? Aurions-nous donc cr&#233;&#233; nos propres m&#233;thodes de production socialistes, oppos&#233;es aux m&#233;thodes capitalistes ? Nous en sommes encore tr&#232;s loin. Les m&#233;thodes de production d&#233;pendent de la technique mat&#233;rielle et du niveau culturel et productif des ouvriers. Avec l'usure de l'&#233;quipement et l'insuffisante occupation de nos entreprises, le processus de production se trouve maintenant &#224; un niveau incomparablement plus bas qu'avant la guerre. Dans ce domaine non seulement nous n'avons cr&#233;&#233; rien de nouveau, mais nous n'avons qu'&#224; esp&#233;rer nous assimiler au bout d'une s&#233;rie d'ann&#233;es les m&#233;thodes actuellement introduites dans les pays capitalistes les plus avanc&#233;s et qui leur assurent une productivit&#233; du travail bien plus &#233;lev&#233;e. Mais s'il en est ainsi dans le domaine de l'&#233;conomie, comment saurait-il, par principe, en &#234;tre autrement dans celui de l'arm&#233;e ? La tactique d&#233;pend de la technique de guerre existante et du niveau militaire et culturel du soldat. Bien s&#251;r, la structure politique et socio-juridique de notre arm&#233;e est radicalement diff&#233;rente de celle des arm&#233;es bourgeoises. Cela se manifeste dans la composition du commandement, dans les rapports entre celui-ci et la masse des soldats et avant tout dans les objectifs politiques qui enthousiasment notre arm&#233;e. Mais de l&#224; il ne d&#233;coule nullement que nous puissions cr&#233;er d&#232;s &#224; pr&#233;sent, dans notre bas niveau technique et culturel, une tactique nouvelle dans ses principes et plus parfaite que celle qu'ont atteinte les b&#234;tes de proie les plus civilis&#233;es de l'Occident. Il ne faut pas confondre &#8211; comme l'enseigne le m&#234;me Engels &#8211; les premiers pas du prol&#233;tariat qui a conquis le pouvoir &#8211; et ces premiers pas se mesurent apr&#232;s des ann&#233;es &#8211; avec la soci&#233;t&#233; socialiste, qui se trouve d&#233;j&#224; &#224; un degr&#233; &#233;lev&#233; de d&#233;veloppement. Dans la mesure de la croissance des forces productives sur la base de la propri&#233;t&#233; socialiste notre processus de production lui-m&#234;me prendra forc&#233;ment un autre caract&#232;re que sous le capitalisme. Pour transformer qualitativement le caract&#232;re de la production, nous n'avons pas besoin d'un renversement de la propri&#233;t&#233;, etc. : il nous faut seulement un d&#233;veloppement des forces productives sur la base d&#233;j&#224; &#233;tablie. La m&#234;me chose s'applique &#224; l'arm&#233;e. Dans l'Etat sovi&#233;tique sur la base d'une communaut&#233; de travail entre ouvriers et paysans, sous la conduite d'ouvriers avanc&#233;s, nous cr&#233;erons certainement une tactique nouvelle. Mais quand ? Lorsque nos forces productives d&#233;passeront ou au moins atteindront approximativement celles du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que pour le cas de collisions militaires avec des Etats capitalistes nous disposons d'un avantage, tout petit il est vrai, mais un avantage tout de m&#234;me, qu'il peut en co&#251;ter la t&#234;te &#224; nos &#233;ventuels ennemis. Cet avantage r&#233;side en ceci que nous n'avons pas d'antagonisme entre la classe qui gouverne et celle dont se compose la masse des soldats. Nous sommes l'Etat des ouvriers et des paysans, et l'arm&#233;e des ouvriers et des paysans tout &#224; la fois. Mais ceci est une sup&#233;riorit&#233; non pas militaire, mais politique. Il serait parfaitement injustifi&#233; de tirer de cet avantage politique des conclusions menant &#224; l'orgueil et &#224; la pr&#233;somption militaires. Au contraire, mieux nous reconna&#238;trons notre retard, plus nous nous abstiendrons de toute fanfaronnade, plus assid&#251;ment nous apprendrons de la technique et de la tactique des pays capitalistes avanc&#233;s, d'autant plus fond&#233; sera notre espoir dans le cas d'un conflit militaire, de nous enfoncer, pareils &#224; un coin tranchant, de nature pas simplement militaire mais aussi r&#233;volutionnaire, entre la bourgeoisie et les masses de soldats de ses arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande s'il est &#224; propos d'&#233;voquer ici la fameuse d&#233;couverte du non moins fameux Tchernov sur le &#034; nationalisme &#034; de Marx et d'Engels. Le pr&#233;sent livre donne une r&#233;ponse claire &#224; cette question aussi, ne modifiant nullement notre jugement ant&#233;rieur, mais le renfor&#231;ant au contraire de fa&#231;on tout &#224; fait concluante. Les int&#233;r&#234;ts de la R&#233;volution &#233;taient pour Engels le crit&#232;re supr&#234;me. Il soutenait les int&#233;r&#234;ts nationaux de l'Allemagne contre l'Empire de Bonaparte, parce que les int&#233;r&#234;ts de l'unification de la nation allemande dans les conditions historiques concr&#232;tes d'alors repr&#233;sentaient une force progressive, potentiellement r&#233;volutionnaire. Nous sommes guid&#233;s par la m&#234;me m&#233;thode, lorsque aujourd'hui nous soutenons les int&#233;r&#234;ts nationaux des peuples coloniaux contre l'imp&#233;rialisme. Cette prise de position d'Engels a trouv&#233; son expression, d'ailleurs tr&#232;s r&#233;serv&#233;e, dans les notes de la premi&#232;re p&#233;riode de la guerre. Et comment aurait-il pu en &#234;tre autrement : il &#233;tait tout de m&#234;me impossible &#224; Engels, pour faire plaisir &#224; Louis Napol&#233;on et &#224; Tchernov, d'appr&#233;cier la guerre franco-allemande autrement, en contradiction avec son sens historique, uniquement parce qu'il &#233;tait lui-m&#234;me allemand. Mais sit&#244;t atteinte la t&#226;che historique progressive de la guerre, l'unit&#233; nationale allemande assur&#233;e et, encore, de surcro&#238;t, le Second Empire renvers&#233; &#8211; Engels modifie radicalement ses &#034; sympathies &#034; &#8211; si nous voulons exprimer ses penchants politiques &#224; l'aide de ce mot sentimental. Pourquoi cela ? Du fait qu'au-del&#224; de l'acquis il s'agissait d&#233;j&#224; de garantir la pr&#233;pond&#233;rance des Junkers prussiens en Allemagne et de l'Allemagne prussifi&#233;e en Europe. Dans ces circonstances la d&#233;fense de la France d&#233;membr&#233;e devint ou pouvait devenir un facteur r&#233;volutionnaire. Engels se place ici enti&#232;rement du c&#244;t&#233; de la guerre de d&#233;fense fran&#231;aise. Mais de m&#234;me que dans la premi&#232;re moiti&#233; de la guerre, il ne permet pas &#224; ses &#034; sympathies &#034; &#8211; ou du moins il s'efforce de ne pas le leur permettre &#8211; d'influencer l'appr&#233;ciation objective de la situation militaire. Dans les deux p&#233;riodes de la guerre il part de l'examen des facteurs mat&#233;riels et moraux de la guerre et recherche une base objective solide pour ses pr&#233;visions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne sera pas superflu de signaler au moins rapidement, comment, dans son article sur la fortification et le renforcement de la capitale fran&#231;aise, le &#034; patriote &#034; et &#034; nationaliste &#034; Engels p&#232;se avec sympathie les chances d'une intervention anglaise, italienne, autrichienne et scandinave en faveur de la France. Ses sp&#233;culations d&#233;velopp&#233;es dans les colonnes d'un journal anglais ne sont rien d'autre qu'une tentative de provoquer l'immixtion d'une puissance &#233;trang&#232;re dans la guerre contre la patrie ch&#233;rie des Hohenzollern. Ceci p&#232;se assur&#233;ment plus lourd qu'un wagon plomb&#233; m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t d'Engels pour les questions militaires avait des sources non pas nationales, mais purement r&#233;volutionnaires. Sorti des &#233;v&#233;nements de 1848 en r&#233;volutionnaire m&#251;ri, ayant derri&#232;re lui le &#034; Manifeste Communiste &#034; et des combats r&#233;volutionnaires, Engels consid&#233;rait la question de la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat comme une question tout &#224; fait pratique, dont la solution ne d&#233;pend pas en dernier lieu des probl&#232;mes militaires. Dans les mouvements nationaux et les &#233;v&#233;nements militaires des ann&#233;es 1859, 1864, 1866, 1870-1871, Engels est &#224; la recherche des leviers imm&#233;diats pour une action r&#233;volutionnaire. Il examine chaque nouvelle guerre, d&#233;couvre ses rapports possibles avec la R&#233;volution et cherche des voies pour assurer par la force des armes la R&#233;volution &#224; venir. C'est l&#224; que se trouve l'explication de la fa&#231;on vivante et active, nullement acad&#233;mique et pas seulement agitative de traiter les probl&#232;mes de l'arm&#233;e et de la guerre, que nous trouvons chez Engels. Chez Marx la position de principe &#233;tait la m&#234;me. Mais Marx ne s'occupait pas sp&#233;cialement des questions militaires ; pour cela, il faisait enti&#232;rement confiance &#224; son &#034; deuxi&#232;me violon &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque de la Deuxi&#232;me Internationale, cet int&#233;r&#234;t r&#233;volutionnaire pour les questions militaires, comme du reste pour bien d'autres questions, se perdit presque enti&#232;rement. Mais l'opportunisme trouvait peut-&#234;tre son expression la plus nette dans l'attitude superficielle et hautaine &#224; l'&#233;gard du militarisme, comme d'une institution barbare, indigne de l'attention social-d&#233;mocrate &#233;clair&#233;e. La guerre imp&#233;rialiste de 1914-1918 remit en m&#233;moire &#8211; et avec un manque d'&#233;gards combien inexorable &#8211; que le militarisme n'est pas qu'un objet d'agitation et de discours parlementaires routiniers. La guerre surprit les partis socialistes et transforma leur attitude d'opposition toute formelle &#224; l'&#233;gard du militarisme en attitude d'humble agenouillement. C'est seulement &#224; la R&#233;volution d'Octobre qu'il &#233;chut, non seulement de r&#233;tablir l'attitude r&#233;volutionnaire active &#224; l'&#233;gard des probl&#232;mes de la guerre, dans les principes, mais aussi de retourner dans les faits la pointe du militarisme contre les classes dirigeantes. La R&#233;volution mondiale m&#232;nera cette t&#226;che &#224; son terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 mars 1924.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Souvenirs d'une communarde de 1871</title>
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		<dc:date>2025-04-06T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Femmes women</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Victorine B. &#171; Souvenirs d'une morte vivante &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant l'entr&#233;e des Prussiens &#224; Paris, le peuple avait transport&#233; ses canons sur la butte Montmartre, car il &#233;tait d&#233;cid&#233; &#224; ne pas permettre qu'ils tombassent entre les mains de l'ennemi. Je laisse aux historiens &#224; raconter l'histoire officielle de la Commune, comme je l'ai fait pour le premier si&#232;ge. Je limite mon r&#233;cit &#224; ce qui m'est personnel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 17 mars une grande agitation r&#233;gnait dans Paris, on pressentait un danger, le peuple voulait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot146" rel="tag"&gt;Femmes women&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_16782 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/64828d96be96c593ddf25397bc0fe6fe9e835be9e2bc2131112953d31653fdf3.jpg' width=&#034;400&#034; height=&#034;565&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Victorine B. &#171; Souvenirs d'une morte vivante &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant l'entr&#233;e des Prussiens &#224; Paris, le peuple avait transport&#233; ses canons sur la butte Montmartre, car il &#233;tait d&#233;cid&#233; &#224; ne pas permettre qu'ils tombassent entre les mains de l'ennemi. Je laisse aux historiens &#224; raconter l'histoire officielle de la Commune, comme je l'ai fait pour le premier si&#232;ge. Je limite mon r&#233;cit &#224; ce qui m'est personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 mars une grande agitation r&#233;gnait dans Paris, on pressentait un danger, le peuple voulait se tenir sur ses gardes, mais Thiers pr&#233;parait dans l'ombre un coup fourr&#233; ; renard, il pensait qu'au jeu, la premi&#232;re mise a presque toujours l'avantage sur l'adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e de Bordeaux sentait bien que sa place &#233;tait dans la capitale historique, mais elle avait peur des 400 000 fusils rest&#233;s, entre les mains des combattants. Elle savait aussi qu'il fallait payer 5 milliards aux Allemands. O&#249; les prendre, si ce n'est dans la poche du travailleur ? Il fallait absolument taper les Parisiens. Ainsi, d'un c&#244;t&#233; la peur, de l'autre n&#233;cessit&#233; d'argent. Il fallait donc aller au plus press&#233;. D&#233;sarmer Paris ; puis on pourrait lui faire suer son argent pour la ran&#231;on par de nouveaux imp&#244;ts indispensables. On tuerait des citadins,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais qu'importe qu'un sang vil soit vers&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tuer, pioupious, canaille, sotte esp&#232;ce ? Est-ce un p&#233;ch&#233; ?&#8230; Non ! Non !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous leur ferez, Seigneur&lt;br class='autobr' /&gt;
En les tuant beaucoup d'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; sera sauv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan machiav&#233;lique &#233;tait fait, il restait &#224; l'ex&#233;cuter. Comment ? Il aurait fallu du temps, mais les Prussiens voulaient de l'or. Il fallait agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que Thiers pr&#233;parait son attaque clandestine sur les batteries prol&#233;tariennes, le comit&#233; central de la Garde Nationale, en pr&#233;vision d'un coup d'&#201;tat, cherchait &#224; former une f&#233;d&#233;ration des gardes nationaux de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; central n'avait encore que 23 membres, dont les pouvoirs &#233;taient v&#233;rifi&#233;s ; &#224; 1 heure du matin, ils se s&#233;paraient, ne se doutant pas de ce qui se tramait contre Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 4 heures du matin, le 18 mars, le g&#233;n&#233;ral Susbeille s'empara, sans coup f&#233;rir, de la position de Montmartre, un factionnaire tu&#233; reste seul sur le carreau, les autres, cinquante tout au plus, sont faits prisonniers. Les canons pris, point de chevaux pour les emmener. Le temps s'&#233;coule dans l'inaction voulue ; ce n'&#233;tait pas seulement pour les canons qu'on avait fait ce guet-apens, on d&#233;sirait une petite &#233;meute, pour effrayer la Garde Nationale et pouvoir saigner le peuple ; enfin &#224; leur tour quelques gardes nationaux rassembl&#233;s en h&#226;te donnent l'assaut &#224; la butte, s'emparent du g&#233;n&#233;ral Lecomte, et fraternisent avec les troupes ; le g&#233;n&#233;ral Susbeille et sa suite, fuient, laissant aux mains de l'insurrection un otage, qui par la force des choses est devenu fatalement une victime. Le premier coup fut donc port&#233; par Thiers et une sentinelle fut tu&#233;e ; homme pour homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 15 mars, tout &#233;tait pr&#234;t pour d&#233;m&#233;nager &#224; la minute, caisses et archives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers les 10 heures du matin nous entend&#238;mes des marchands de journaux crier dans les rues : &#171; Surprise, Montmartre attaqu&#233;, canons pris, la Garde Nationale fraternise avec l'arm&#233;e, les soldats mettent la crosse en l'air, le g&#233;n&#233;ral Lecomte est prisonnier ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mari et moi nous all&#226;mes pour savoir ce qu'il y avait de vrai dans ces racontars. Le faubourg St-Germain semblait si &#233;loign&#233; de la vie active des autres faubourgs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pass&#226;mes sur la Place de l'H&#244;tel de Ville, o&#249; il y avait une grande animation. Les vendeurs de journaux avaient dit vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; central au complet &#233;tait r&#233;uni &#224; l'H&#244;tel de Ville. Ils &#233;taient tous, trop heureux, le soleil s'&#233;tait mis de la partie une journ&#233;e splendide. Le Paris qui voulait son affranchissement semblait respirer une atmosph&#232;re plus salutaire, nous pensions en effet qu'une &#232;re nouvelle allait s'ouvrir. Mais il ne suffit pas d'avoir triomph&#233;, il faut savoir garder le terrain conquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple et le comit&#233; central ne pensaient m&#234;me pas &#224; prendre des mesures n&#233;cessaires pour continuer leur victoire et assurer son succ&#232;s. Il &#233;tait 2 heures environ, lorsque nous &#233;tions &#224; la place de l'H&#244;tel de Ville, tout le monde avait l'air en f&#234;te, et ce pauvre Paris qui a toujours besoin de clinquant, nous donnait le spectacle d'un magnifique d&#233;fil&#233; militaire de la ligne, des gendarmes allant &#224; Versailles, qui, avec des caisses, des malles, des paquets sur leurs &#233;paules, emportant avec eux argent et archives ; et qui plus est, tous ces gaillards allaient renforcer les bataillons des Thiers &amp; Cie, lesquels en r&#233;alit&#233; &#233;taient en d&#233;sarroi, en ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit que le peuple est m&#233;chant et cruel, moi je dis qu'il est b&#234;te, c'est toujours le pauvre oiseau qui se laisse plumer, et cette fois vraiment, il le fit b&#234;tement, stupidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les citoyens &#233;taient si na&#239;fs qu'ils croyaient sinc&#232;rement faire &#339;uvre de gloire en se hissant sur l'imp&#233;riale des omnibus, lan&#231;ant des programmes en profusion, en faveur du mouvement communaliste. Car il ne faut pas s'y tromper, ce que le peuple r&#233;clamait alors c'&#233;tait ses franchises municipales ; il pensait qu'ayant son libre arbitre, sans autorit&#233; gouvernementale, il arriverait &#224; une transformation sociale ; les plus avanc&#233;s esp&#233;raient se f&#233;d&#233;rer dans un temps plus ou moins proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois encore ce brillant d&#233;fil&#233; ; quelques pauvres diables de lignards se retournaient, attrapaient au vol ces morceaux de papier insignifiants, quelques-uns avaient eu l'id&#233;e d'entonner un couplet de la Marseillaise, lorsque des officiers se mirent &#224; crier : &#171; Sacr&#233; nom de D&#8230;, marcherez-vous esp&#232;ce de brutes ! &#187; La foule se contenta de rire et de siffler les galonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e du 18 mars, si belle &#224; son aurore &#233;tait vaincue d'ores et d&#233;j&#224; au d&#233;clin du jour. L'insucc&#232;s de la r&#233;volution est tout entier dans cette journ&#233;e qui promettait tant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si au premier moment d'effervescence on avait ferm&#233; les portes de la capitale et emp&#234;ch&#233; de d&#233;valiser Archives et Monnaie et fait bonne justice de ces gens-l&#224;, je ne dis pas en les tuant, mais en les faisant simplement prisonniers, jusqu'&#224; ce que la force morale e&#251;t vaincu la force brutale, Thiers n'aurait pas eu le temps de tromper l'opinion publique de la Province par ses mensonges et ses corruptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis assez longtemps il avait pr&#233;par&#233; des professionnels, agents de police, gendarmes transform&#233;s en mobiles, voire m&#234;me gardes nationaux, pour le coup de main pr&#233;m&#233;dit&#233;. Il &#233;tait d&#233;cid&#233; &#224; tout plut&#244;t qu'&#224; maintenir la R&#233;publique. Il esp&#233;rait &#233;tablir sur le tr&#244;ne un prince d'Orl&#233;ans, au risque de travailler plus tard &#224; le renverser, son r&#244;le principal en tout temps ayant &#233;t&#233; de faire et de d&#233;faire les gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses agents et autres soudoy&#233;s par Versailles, se seraient rendus &#224; merci, car dans le fond ce ne sont que des mercenaires, ils auraient accept&#233; d'&#234;tre avec le ma&#238;tre qui les aurait pay&#233;s, ils n'avaient pas d'opinion en propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 mars dans l'apr&#232;s midi nous e&#251;mes la visite d'un compagnon d'armes de mon mari, le Garibaldien duquel j'ai d&#233;j&#224; parl&#233;. Il nous dit qu'on fait un appel &#224; tous les corps francs qui sont de retour &#224; Paris et aux soldats de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, qui n'ont pu &#234;tre r&#233;incorpor&#233;s dans leur r&#233;giment respectif, pour former un bataillon pour la d&#233;fense de la R&#233;publique. Il demanda &#224; mon mari et &#224; moi, de la part de quelques compagnons de combats si nous voulions faire partie de leur bataillon en formation, on nous faisait demander si nous consentirions &#224; tenir le mess des officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions un peu h&#233;sitants, mon mari m'engagea de dire oui. Il pensait que cela serait mieux que de rester avec nos tristes souvenirs, dans l'inactivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons accept&#233;. Nous f&#238;mes de l'ordre dans notre maison et trois jours apr&#232;s, nous &#233;tions install&#233;s &#224; la Caserne Nationale, maintenant caserne de la R&#233;publique, &#224; l'angle de la rue de Rivoli et de la place, pr&#232;s de l'H&#244;tel de Ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vie nouvelle commen&#231;ait pour nous, l&#224; nous avions une chambre &#224; nous, une magnifique cuisine, une grande salle &#224; manger et une petite cuisine pour le service du personnel, la salle &#233;tait tr&#232;s propre, il y avait une grande table au milieu, recouverte d'une toile cir&#233;e blanche, des tabourets paill&#233;s, un dressoir, une sorte de comptoir, une grande glace pendue au mur, sur une console, un buste de la R&#233;publique (en pl&#226;tre), lequel &#233;tait coiff&#233; d'un bonnet phrygien et entour&#233; de drapeaux rouges. C'&#233;tait tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions alors comme chefs le commandant Naze et les capitaines Martin, Letoux et plusieurs autres officiers et sous-officiers. On m'adjoignit un cuisinier et deux gar&#231;ons de service, dont un se nommait Adrien Brouiller. Je m'occupais du service g&#233;n&#233;ral, mon mari s'occupait aussi de la surveillance des gar&#231;ons ; tout allait assez bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, je demandai au commandant Naze si l'on voulait m'autoriser &#224; tenir table ouverte deux heures par jour, &#224; 9 heures du matin pour donner &#224; manger aux pauvres diables qui avaient faim (il n'en manquait pas dans Paris dans ces moments-l&#224;.) Ayant &#233;t&#233; autoris&#233;e, je donnais une bonne assiett&#233;e de soupe &#224; chacun, une tranche de b&#339;uf, des l&#233;gumes, du pain &#224; discr&#233;tion et un demi-verre de vin. Nous acceptions hommes, femmes et enfants, par groupes de six ; lorsque chaque groupe avait fini, six autres individus entraient. Je ne demandais pas d'o&#249; ils venaient, ni qui ils &#233;taient ; s'ils avaient faim, cela me suffisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu d&#233;filer des types de bien diff&#233;rentes conditions. J'&#233;tais heureuse d'avoir pu calmer pour quelques instants la faim de ces malheureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre bataillon n'&#233;tait encore ni organis&#233;, ni habill&#233;, ni &#233;quip&#233;, ni arm&#233; ; parmi nous il y avait des zouaves, des spahis, des turcos ; j'avais dans mon service un n&#232;gre, il &#233;tait tr&#232;s bon gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'en disent les mal intentionn&#233;s, chez nous je n'ai jamais vu un homme ivre, dans notre salle et dans notre service tout le monde s'est conduit dignement et respectueusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mars, le comit&#233; central, fid&#232;le &#224; ses engagements, d&#233;posa entre les mains du peuple son mandat, ayant fini son r&#244;le. Le peuple &#233;tait sorti de la l&#233;galit&#233; pour rentrer dans la r&#233;volution ; c'&#233;tait son droit, et ce droit lui &#233;tait contest&#233; par la presse officieuse, qui accusait l'H&#244;tel de Ville, de l'assassinat des deux g&#233;n&#233;raux, quoiqu'il n'y f&#251;t pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse soudoy&#233;e rendait aussi le comit&#233; central responsable de l'affaire de la rue de la Paix. Elle &#233;tait pay&#233;e sans doute pour faire &#233;chouer les &#233;lections, et continua sa campagne diffamatoire, mais le coup a manqu&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 200 000 bulletins affirm&#232;rent les pouvoirs de la Commune ; ils n'avaient pas usurp&#233; les pouvoirs comme l'avaient dit les Thiers, J. Favre &amp; Cie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le suffrage universel avait l&#233;galis&#233; le drapeau rouge de l'&#233;meute. Les membres de la municipalit&#233; parisienne allaient si&#233;ger pour la premi&#232;re fois depuis 1793.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois nous avions la Commune !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la population donnait la bienvenue &#224; la r&#233;volution. Apr&#232;s tant de d&#233;faites, de mis&#232;res et de deuils, il y eut une d&#233;tente, tous &#233;taient joyeux. Toutes les maisons &#233;taient orn&#233;es de drapeaux rouges et de drapeaux tricolores. Sur la place, devant l'H&#244;tel de Ville, canons, mitrailleuses couch&#233;s sur leurs aff&#251;ts reluisaient au soleil. Au front des bataillons de marche, comme aux fen&#234;tres, les drapeaux rouges flottaient et se m&#234;laient aux drapeaux tricolores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'H&#244;tel de Ville, une estrade avait &#233;t&#233; dress&#233;e pour les membres de la Commune, au milieu de la foule endimanch&#233;e qui les acclamait, les bataillons d&#233;filaient, descendant musique en t&#234;te. Au premier rang, les &#233;lus des arrondissements, conduits &#224; l'H&#244;tel de Ville par les &#233;lecteurs f&#233;d&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette f&#234;te &#233;tait magnifique, grandiose. Nous e&#251;mes quelques heures d'&#233;motion ; &#224; la t&#234;te des bataillons au repos, des cantini&#232;res en costumes diff&#233;rents, s'accoudent aux mitrailleuses, la foule est compacte, silencieuse, recueillie devant l'estrade, autel de la Patrie, adoss&#233; au temple de la r&#233;volution ! Trois coups de canon tir&#233;s &#224; blanc retentissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le silence se fait. Un membre de la Commune proclame les noms des &#233;lus du peuple, un cri s'&#233;l&#232;ve, unanime :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive la Commune !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tambours battent au champ, la Marseillaise, le Chant du d&#233;part retentissent. Les drapeaux viennent se ranger autour de l'estrade communale, la voix grave et sonore du canon r&#233;p&#233;t&#233;e par les &#233;chos annon&#231;ait aux quatre coins de Paris la grande nouvelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune est proclam&#233;e !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, abandonn&#233; par ses repr&#233;sentants, livr&#233; &#224; lui-m&#234;me avait le droit de constituer un conseil communal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune n'a jamais eu l'intention de gouverner la France, elle &#233;tait une n&#233;cessit&#233; du moment, elle fut &#233;lue librement, elle voulait Paris libre dans la France libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle voulait affirmer la R&#233;publique et par elle arriver &#224; une am&#233;lioration, non pas sociale, (une minorit&#233; seulement pensait ainsi) mais gouvernementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin elle voulait une R&#233;publique plus &#233;quitable, plus humaine. La Commune s'occupera de ce qui est local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;partements, de ce qui est r&#233;gional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement, de ce qui est national, celui-ci ne pourra plus &#234;tre que le mandataire et le gardien de la R&#233;publique, qui aurait probablement sauv&#233; la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes du 4 septembre ne l'ont pas voulu, ils ont pr&#233;f&#233;r&#233; s'imposer au pays. Qu'ont-ils fait ? Ils ont mieux aim&#233; sacrifier la nation que d'accepter franchement la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes de la Commune, inconnus la veille, seraient devenus les r&#233;dempteurs du lendemain s'ils avaient pu r&#233;aliser leur id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie reproche &#224; la Commune, qu'il y avait parmi eux des hommes tar&#233;s. En manquait-il parmi les hommes du 4 septembre ? Avaient-ils tous la conscience pure ? Ces Messieurs se permettent bien de juger le peuple sans le conna&#238;tre. Nous qui les connaissons, les ayant vus &#224; l'&#339;uvre, nous avons le m&#234;me droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit le jugement de nos contemporains, les hommes de la d&#233;fense nationale, dont M. Thiers &#233;tait le chef supr&#234;me auront au front la tache sanglante d'avoir laiss&#233; l'ennemi &#233;craser la France. Pour se venger d'un tel affront, r&#233;sultat de leur maladresse et de leur incapacit&#233;, ces hommes se ru&#232;rent comme des b&#234;tes fauves sur les Parisiens, qui voulaient sauver l'honneur de la France outrag&#233;e. Car ce n'est pas seulement &#224; la Commune que Versailles a fait la guerre ; c'est &#224; Paris !&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt;Apr&#232;s cinq mois de si&#232;ge, de famine et une honteuse capitulation, avec les dettes &#224; payer, les ateliers encore ferm&#233;s et pas de travaux d'aucun genre, le peuple acceptait encore de prolonger sa mis&#232;re ; il ne voulait pas faiblir devant l'ennemi, c'&#233;tait le mot d'ordre ; la Prusse nous regarde, elle est &#224; nos portes ; soyons sages ! Et il le fut, trop m&#234;me, car quelques folies qu'il e&#251;t pu faire, il n'aurait jamais &#233;gal&#233; ce qu'a fait le gouvernement dont M. Thiers &#233;tait le chef et qui supprima d'abord les 1 fr. 50 de la Garde Nationale, seule ressource de ces pauvres diables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne pouvait encore le satisfaire ; il avait besoin d'une tuerie, de faire une saign&#233;e &#224; ce Paris qu'il d&#233;testait tant ! Il la fit na&#238;tre, l'affaire des Buttes Montmartre. Il ne fut pas encore satisfait ; plus la pers&#233;v&#233;rance et le courage du peuple se maintenait, plus sa haine et sa f&#233;rocit&#233; s'augmentaient dans des proportions effrayantes. On tuait pour tuer, femmes, enfants, vieillards, bourgeois paisibles et indiff&#233;rents, le premier passant venu, tout y passait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 3 avril, sans avertissement, sans sommations l&#233;gales, &#224; 1 heure de l'apr&#232;s-midi les Versaillais ouvraient le feu et jetaient des obus dans Paris. 6 &#224; 700 cavaliers, le g&#233;n&#233;ral Gallifet en t&#234;te, appuyaient le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les f&#233;d&#233;r&#233;s surpris n'&#233;taient pas en nombre, cependant ils ripost&#232;rent ; les Versaillais, les croyant plus nombreux, prirent la fuite, abandonnant sur la route canons et officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris personne ne croyait &#224; une attaque, depuis f&#233;vrier on n'avait plus entendu le son du canon, depuis le 28 mars on semblait vivre avec plus de s&#233;curit&#233;, dans une atmosph&#232;re de confiance et d'espoir ; la surprise fut donc grande, d'entendre la voix du canon. On croyait &#224; un malentendu ou &#224; un anniversaire historique quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'on vit les voitures d'ambulances, quand le mot courut : Le si&#232;ge recommence, il n'y avait plus &#224; douter. Un m&#234;me cri part de tous les quartiers : Aux barricades, on tra&#238;ne des canons dans la direction de la porte Maillot et des Ternes, &#224; 3 heures 50 000 hommes criaient : &#224; Versailles, un grand nombre de femmes voulaient marcher en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; coup une mitraille des plus nourrie assaille les f&#233;d&#233;r&#233;s, ils criaient &#224; la trahison ; une panique affreuse s'en suivit. Ils avaient esp&#233;r&#233; que le Mont Val&#233;rien ne tirerait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande partie des f&#233;d&#233;r&#233;s fuient &#224; travers champ et regagnent Paris. Le 91me seulement et quelques d&#233;bris, 12 000 hommes environ gagnent Rueil, peu apr&#232;s Flourens arrive par la porte d'Asni&#232;res avec 1 000 hommes &#224; peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Versaillais surpris par cette sortie n'entrent en ligne que vers les 10 heures du soir. 10 000 hommes furent envoy&#233;s dans la direction de Bougival. Des batteries plac&#233;es sur le c&#244;t&#233; de Jonch&#232;re, Rueil, deux brigades de cavalerie &#224; droite, celle de Gallifet ; &#224; gauche, vers l'aile droite l'avant garde parisienne, une poign&#233;e d'hommes firent r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flourens fut surpris dans Rueil. Las et d&#233;courag&#233;, il se coucha sur la berge et s'endormit. Cipriani, le premier d&#233;couvert veut se d&#233;fendre, il est assomm&#233;. Flourens reconnu &#224; une d&#233;p&#234;che trouv&#233;e sur lui, est conduit sur les bords de la Seine, o&#249; il se tient debout, t&#234;te nue, les bras crois&#233;s. Un capitaine de Gendarmerie, Desmarets, se dressant sur les &#233;triers, lui fend le cr&#226;ne d'un coup de sabre, si furieux, qu'il lui fit deux &#233;paulettes, dit un gendarme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cipriani, encore vivant, fut jet&#233; avec le mort dans un petit tombereau de fumier et roul&#233; &#224; Versailles[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'extr&#234;me gauche Duval avait pass&#233; la nuit du 2 avril avec 6 ou 7 000 hommes. Le 3, vers 7 heures, il forme une colonne d'&#233;lite, s'avance jusqu'au petit Bic&#234;tre, disperse les avant-postes du g&#233;n&#233;ral du Barail ; il envoie un officier en reconnaissance, lequel annonce que les chemins sont libres, les f&#233;d&#233;r&#233;s avancent sans crainte pr&#232;s du hameau, mais ils se croient d&#233;j&#224; cern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les envoy&#233;s de Duval prient, menacent ; ils ne peuvent obtenir ni renforts, ni munitions, un officier ordonne la retraite. Duval abandonn&#233; est assailli par la brigade Derroja.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4, &#224; 5 heures le plateau et les villages voisins sont envelopp&#233;s par la brigade Derroja et la division Pell&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Rendez-vous, vous aurez la vie sauve ! Les f&#233;d&#233;r&#233;s se rendent. Aussit&#244;t les Versaillais saisirent les soldats qui combattaient dans les rangs f&#233;d&#233;r&#233;s et les fusillent, les autres sont emmen&#233;s &#224; Versailles, leurs officiers, t&#234;te nue, marchent en t&#234;te du convoi au petit Bic&#234;tre, la colonne rencontre Vinoy :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Y a-t-il un chef ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Moi, dit Duval qui sort des rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre s'avance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suis le chef d'&#233;tat-major de Duval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant des volontaires de Montrouge vint se mettre &#224; c&#244;t&#233; d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous &#234;tes d'affreuses canailles, dit Vinoy, se tournant vers ces officiers : qu'on les fusille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duval et ses camarades d&#233;daignent de r&#233;pondre, franchissent le foss&#233;, viennent s'adosser contre un mur, se serrent la main, crient : &#171; Vive la Commune ! &#187; Ils meurent pour elle. Un cavalier arrache les bottes de Duval &#233;tal&#233;s prom&#232;ne comme un troph&#233;e[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral qui appelle les combattants parisiens des bandits, qui donne l'exemple de trois assassinats, n'est autre que le chenapan du Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'est plus &#233;difiant dans cette guerre civile, que les porte-drapeaux des honn&#234;tes gens. Leur bande accourut dans l'avenue de Paris pour recevoir les prisonniers de Ch&#226;tillon, fonctionnaires, &#233;l&#233;gantes filles du monde, demi-mondaines et les filles publiques ; vinrent frapper les captifs des poings, des cannes, des ombrelles, arrachant k&#233;pis et couvertures, criant : &#171; L'assassin &#224; la guillotine ! &#187; Parmi les assassins marchaient &#201;lys&#233;e Reclus pris avec Duval. Ils furent jet&#233;s dans les hangards de Satory et de-l&#224;, dirig&#233;s sur Brest en vagon &#224; bestiaux[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous appr&#238;mes ce qui s'&#233;tait pass&#233; dans la journ&#233;e et dans la nuit du 3 au 4, nous &#233;tions tr&#232;s surexcit&#233;s, tous voulaient marcher au combat, malheureusement nous n'&#233;tions pas encore en &#233;tat de d&#233;fense, cependant le commandant Naze voyait l'impatience de ses soldats commanda : &#171; Ceux d'entre vous qui sont &#224; peu pr&#232;s &#233;quip&#233;s, qu'ils sortent des rangs, alors je vous compterai et j'irai &#224; l'H&#244;tel de Ville demander des fusils. Une trentaine se propos&#232;rent pour aller en reconnaissance. Le commandant obtint assez de fusils et nos amis partirent, ils all&#232;rent ainsi jusqu'&#224; Neuilly. Ils arriv&#232;rent au moment d'une d&#233;route, la panique qui s'&#233;tait produite &#233;tait terrible ; tous voulurent se servir de leurs fusils, &#224; l'H&#244;tel de Ville on avait trouv&#233; que des fusils &#224; pierre (de vieux calibre), ils voulurent faire marcher la d&#233;tente, elle ne fonctionnait pas tant les fusils &#233;taient rouill&#233;s. Ils furent oblig&#233;s de revenir, mais cette fois ils &#233;taient furieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre bataillon n'&#233;tait encore qu'en formation, malheureusement dans cette ann&#233;e de malheur, tout conspirait &#224; ne r&#233;ussir en rien et &#224; faire &#233;chouer l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune, confiante en son r&#244;le, n'avait pas l'air de prendre au s&#233;rieux l'attaque des Versaillais. Elle perdait un temps pr&#233;cieux en vains discours, en paroles inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation militaire &#233;tait absolument d&#233;fectueuse, pas d'ordre dans les administrations, on ne savait jamais &#224; qui s'adresser, on ne pouvait rien obtenir en son temps, tout cela paralysait le mouvement ; la patience des plus braves et des plus d&#233;vou&#233;s &#224; la cause s'usait en pure perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224; le bataillon entier protesta, ils &#233;taient tous furieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de courage et d'&#233;nergie perdus en cette terrible et d&#233;sastreuse ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous nos volontaires &#233;taient impatients, ils voulaient partir dans la nuit, co&#251;te que co&#251;te. Ils dirent au commandant Naze : &#171; Si &#224; 10 heures du soir nous ne sommes pas en &#233;tat de combattre, nous irons ensemble faire tapage &#224; l'H&#244;tel de Ville ; on &#233;gorge nos fr&#232;res, ils sont pris dans un guet-apens sans m&#234;me pouvoir se d&#233;fendre ; on doit aller &#224; leur secours, car Flourens n'a pas &#233;t&#233; tu&#233; en combattant, il a &#233;t&#233; assassin&#233;, Duval et ses amis &#233;galement ont &#233;t&#233; assassin&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mettez bas les armes disaient les Versaillais, il ne vous sera rien fait. &#187; Puis on les postait le long d'un mur, ils &#233;taient fusill&#233;s sans jugement ; la vie de ces hommes &#233;tait entre les mains de la premi&#232;re brute venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps l&#224;, on p&#233;rorait au comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Allons-nous &#234;tre aussi l&#226;ches que les hommes de la d&#233;fense nationale ? Disaient nos volontaires. Maintenant nous ne combattons pas seulement pour le territoire, mais pour sauver la R&#233;publique, nous voulons la France libre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre commandant alla &#224; l'H&#244;tel de Ville. N'ayant pas pr&#233;vu qu'ils auraient &#224; se d&#233;fendre les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Commune &#233;taient dans l'impuissance de satisfaire &#224; tous les besoins imm&#233;diats. De tous c&#244;t&#233;s l'H&#244;tel de Ville &#233;tait envahi par des hommes qui r&#233;clamaient des armes n&#233;cessaires au combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le 7, nous nous m&#238;mes en marche du c&#244;t&#233; de Neuilly o&#249; une lutte violente se livrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Versaillais &#233;taient &#224; quelques pas des fortifications, tout semblait si calme qu'on ne s'en serait pas dout&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soir&#233;e nous pr&#238;mes nos positions dans le contre-fort des remparts, nos officiers nous recommand&#232;rent le silence absolu, disant que l'ennemi nous guettait et qu'il fallait nous pr&#233;parer &#224; combattre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions install&#233;s tant bien que mal ; nos volontaires attendaient l'arme au pied avec courage le signal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais pr&#233;par&#233; tout ce qui est n&#233;cessaire en pareille circonstances pour nos bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit &#233;tait sombre, il avait plu l&#233;g&#232;rement dans la soir&#233;e, le ciel avait un aspect assez &#233;trange, tout semblait myst&#233;rieux autour de nous ; dans ce silence de mort on apercevait &#224; l'horizon des lueurs d'incendie, on aurait entendu le froissement le plus l&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par maladresse un de nos amis, sans le vouloir, fit partir son fusil, ce fut le signal de la lutte, d'une lutte sauvage, il nous tomba une gr&#234;le de balles la fum&#233;e de la poudre nous aveuglait, les obus labouraient la terre. Tous furent courageux, le combat dura assez longtemps, nous allions &#224; la mort avec conviction profonde du devoir accompli. Oh ! comme on est fort quand on a la foi, la conviction, la conscience heureuse et la gait&#233; au c&#339;ur. Nous vengions notre ch&#232;re France, outrag&#233;e et vendue, nous donnions notre sang, notre vie pour la libert&#233; ; &#224; chaque &#233;tape sanglante nous criions : Vive la R&#233;publique ! Nous n'ignorions pas qu'on voulait &#233;craser Paris pour tuer la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux heures de lutte le feu cessa, au loin nous aper&#231;&#251;mes des flammes s'&#233;levant graduellement et avec une plus grande imp&#233;tuosit&#233; ; dans ce lieu presque d&#233;sert, la nuit cela avait une grandeur sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pluie avait cess&#233;, les nuages avaient disparu, les &#233;tincelles se projetaient dans le ciel &#233;toil&#233;. C'&#233;tait la porte de Neuilly qui br&#251;lait, &#224; 3 heures du matin elle &#233;tait d&#233;mantel&#233;e, il ne restait plus debout qu'un pan de mur, se soutenant &#224; peine ; la flamme &#233;tait si intense, &#233;clairant l'espace d'un cercle lumineux, ce qui nous permit de voir, non &#224; la lueur des flambeaux, mais aux reflets de l'incendie, nos d&#233;sastres, et quel d&#233;sastre, nos bless&#233;s et nos morts. Cette lumi&#232;re fantastique se projetait sur les remparts, d'o&#249; l'on voyait nos silhouettes s'agiter sans cesse comme dans un tableau magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous attendions le jour avec impatience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; nos malheurs nous avions toujours un mot heureux pour soutenir notre courage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous occupions de nos bless&#233;s et de nos morts que nous f&#238;mes transporter &#224; la mairie de Neuilly, laquelle &#233;tait transform&#233;e en ambulance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le devoir accompli vint le jour ; nous pr&#238;mes quelque nourriture, nous f&#238;mes du caf&#233; pour nous r&#233;chauffer, car quoi qu'on en ait dit, il n'y avait que peu de buveurs au bataillon. J'avais du cognac que ce qu'il me fallait pour ranimer nos bless&#233;s et nos mourants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin dans l'apr&#232;s-midi, nous pr&#238;mes un peu de repos, autour de nous tout semblait calme, nous nous couch&#226;mes sur la terre pour y dormir. Moi-m&#234;me je m'y suis install&#233;e tant bien que mal, un camarade me pr&#234;ta son sac pour oreiller, pour m'&#233;lever la t&#234;te et un autre me couvrit de sa couverture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais si fatigu&#233;e que je m'endormis profond&#233;ment. Les sentinelles montaient leur faction sur le rempart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine Letoux demanda des hommes de bonne volont&#233; pour aller en reconnaissance ; une quinzaine d'entre eux voulurent l'accompagner. Ils explor&#232;rent les environs imm&#233;diats, mais ne firent aucune d&#233;couverte. Les autres, &#224; leur tour, veillaient les endormis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouveau une canonnade bien nourrie &#233;clata soudain et vint nous assaillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon sommeil je ressentis une violente secousse semblable &#224; un tremblement de terre. Tous mes amis me cri&#232;rent : &#171; Ne vous relevez pas ou vous &#234;tes morte. &#187; Sans me rendre compte de ce qu'on me disait, &#224; demi endormie, je me soul&#232;ve l&#233;g&#232;rement, instantan&#233;ment je suis recouverte de terre, je ressens une forte vibration partout le corps, mes amis me croyant tu&#233;e, arrivent en h&#226;te pour me relever ; je n'&#233;tais qu'&#233;vanouie. Un trou immense &#233;tait creus&#233; &#224; mes pieds ; l'obus &#233;tait entr&#233; en terre &#224; quelques m&#232;tres ; ce qui me pr&#233;serva de la mort, l'obus avait &#233;clat&#233; trop pr&#232;s de moi, les &#233;clats se sont projet&#233;s de tous c&#244;t&#233;s, et comme par miracle, personne ne fut atteint, je fus &#233;pargn&#233;e. Quand je fus revenue &#224; moi, mes compagnons m'entour&#232;rent, inquiets ; je les rassurai ; l&#224;, je vis toute l'affection de fr&#232;res qu'ils avaient pour moi ; cela me rendait heureuse. Ces chers amis avaient tous, sans exception, le plus profond respect, je les en aimai davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le repos fini, nous nous occup&#226;mes de nos bless&#233;s. Apr&#232;s, nous pr&#238;mes une l&#233;g&#232;re collation. Nous m&#238;mes notre couvert sur un tapis vert aux places o&#249; l'herbe commen&#231;ait &#224; pousser. Notre service de table se composait : d'une gamelle, d'une cuill&#232;re et d'une fourchette jumelle, d'un couteau et d'un gobelet, le tout achet&#233; au bazar &#224; treize sous, rue de Rivoli. Quand tout fut fini, nous part&#238;mes pour la caserne, en chantant, quoique nous eussions la mort dans l'&#226;me, nous pensions &#224; nos pauvres amis que nous laissions sur ce sol labour&#233; par des obus versaillais. &#171; Si nous mourons, disions-nous, mieux vaut mourir en chantant. &#187; Nous narguions la mort qui n'avait pas voulu de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous quitt&#226;mes les tranch&#233;es, il faisait nuit. Nous arriv&#226;mes &#224; une passerelle qu'on avait jet&#233;e sur le foss&#233; des fortifications, mais lorsque nous f&#251;mes engag&#233;s sur cette passerelle, elle cassa et un grand nombre d'entre nous (et moi parmi eux) tomb&#232;rent dans le foss&#233; ; plusieurs furent bless&#233;s l&#233;g&#232;rement, un officier eut trois c&#244;tes enfonc&#233;es en tombant sur les fusils des camarades ; il ne faisait pas clair, il &#233;tait difficile de se tirer de l&#224; ; enfin on alluma des fanaux et encore une fois nous d&#251;mes nous extriquer, personne ne fut gravement atteint, moi j'eus le bonheur de tomber un des derniers, je ne me fis aucun mal. C'est ainsi que nous rentr&#226;mes &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Lissagaray. Histoire de la R&#233;volution de 1871. Page 182.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Vinoy &#233;crivit : Les insurg&#233;s jettent leurs armes et se rendent &#224; discr&#233;tion. Le nomm&#233; Duval est tu&#233; dans l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Histoire de la R&#233;volution de 1871 par Lissagaray. Page 184.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; la caserne, o&#249; nous ne sommes rest&#233;s que quelques jours pour nous r&#233;organiser, les d&#233;fenseurs de la R&#233;publique &#233;taient impatients ; ils voulaient repartir au plus vite pour les remparts, car les nouvelles &#233;taient toujours tristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Versaillais, fiers de leurs exploits, faisaient publier par voie d'affiches cette notice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons bombard&#233; tout un quartier de Paris. Force restera &#224; la loi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sign&#233; : Thiers, J. Favre &amp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces r&#233;cits excitaient les esprits, chacun voulait repartir imm&#233;diatement. Enfin sur la demande du commandant Naze, le 25 &#224; minuit, nous re&#231;&#251;mes l'ordre de partir pour le champs de Mars, de l&#224; nous devions &#234;tre dirig&#233;s sur un point quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous promit qu'on nous donnerait des chassepots et des munitions en quantit&#233; suffisante, que rien ne nous manquerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous part&#238;mes, non sans quelque confusion, plusieurs d'entre nous t&#226;chaient d'effrayer les faibles et de r&#233;pandre la panique ; aussi y en avait-il qui h&#233;sitaient. Naze s'en aper&#231;ut : &#171; Citoyens, leur dit-il, si quelques-uns parmi vous n'ont pas le courage de la t&#226;che que nous allons entreprendre, qu'ils se retirent des rangs, il vaut mieux avoir 10 convaincus que 20 h&#233;sitants. Nous agirons envers ceux qui ne veulent pas nous suivre comme il sera jug&#233; utile, pour la cause que nous avons le devoir de d&#233;fendre. &#187; Personne n'osa reculer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Colonel, tous nous irons si vous nous accompagnez !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous accompagnerai !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naze n'&#233;tait pas un traitre comme plusieurs l'ont pr&#233;tendu, il &#233;tait doux de caract&#232;re, assez joli gar&#231;on, poseur, pas tr&#232;s brave, mais il &#233;tait honn&#234;te et bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant alla de nouveau &#224; l'H&#244;tel de Ville ; nous attendions, montre en main, son retour. Dix heures et demie du soir, personne encore, on commen&#231;ait &#224; s'impatienter ; enfin il arriva triomphant avec un ordre de d&#233;part pour minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant Naze fut nomm&#233; colonel ce soir-l&#224;. Le capitaine Martin fut nomm&#233; commandant. Les capitaines et les officiers, sous-officiers Berjaud, Lantara, Sebire, Letoux, Napier, M&#233;nard, Derigny, les sergents-majors Fabre, Laurent, etc., furent mis en possession de leur compagnie respective. Il y avait un vrai remue-m&#233;nage dans la caserne ; malgr&#233; leur enthousiasme &#224; l'id&#233;e de partir, les grad&#233;s avaient peine &#224; coudre et &#224; faire coudre &#224; leur k&#233;pi et sur leurs manches leurs galons. Le colonel Naze me demanda si je voulais lui coudre ses galons, qu'il m'en serait bien reconnaissant, ce que je fis en h&#226;te, car le temps &#233;tait court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui n'avaient rien &#224; coudre s'impatientaient, ils disaient : Partons ; on pourra coudre ces insignes un autre jour, ce n'est pas indispensable pour se battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#224; minuit ils &#233;taient tous pr&#234;ts, on fit l'appel et ils se mirent en rangs ; mais il nous manquait encore beaucoup de choses au moment du d&#233;part, quelques membres de la Commune vinrent nous remettre notre drapeau, sur lequel &#233;tait inscrit en lettres dor&#233;es : &#171; D&#233;fenseurs de la R&#233;publique &#187; Ils nous firent un petit discours de circonstance et nous part&#238;mes. Le colonel et le commandant me pri&#232;rent de les accompagner, tout le bataillon t&#233;moigna le m&#234;me d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mari, gravement bless&#233; par une immense marmite pleine d'eau bouillante qui lui &#233;tait tomb&#233;e sur les pieds, ce qui l'avait oblig&#233; de garder le lit assez longtemps, s'&#233;tait lev&#233;, mais il ne pouvait encore supporter la marche, il resta &#224; la caserne avec ses employ&#233;s, il me conseilla d'accompagner le bataillon. Je partis donc avec eux ; de la caserne on nous dirigea au Champ de Mars, dans les baraquements o&#249; nous allions &#234;tre organis&#233;s par section. Dans la matin&#233;e nous devions recevoir ce qui nous manquait, ensuite partir pour un point strat&#233;gique qu'on nous indiquerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps nous paraissait long, &#224; midi nous nous m&#238;mes &#224; manger et &#224; nous compter. &#192; deux heures nous n'avions encore rien vu, ni rien re&#231;u, chaque instant d'attente nous paraissait un si&#232;cle. Enfin sur les deux heures et demie je vis appara&#238;tre notre n&#232;gre, qui conduisait Mot d'ordre, notre cheval par la bride, lequel m'apportait &#224; moi particuli&#232;rement diff&#233;rentes choses pour me couvrir que m'envoyait mon mari. Il nous annon&#231;ait aussi qu'une voiture pleine de couvertures et de diff&#233;rents articles de campement allait &#234;tre distribu&#233;e dans quelques instants ; &#224; l'&#233;conomat on nous pr&#233;parait une voiture de vivres, apr&#232;s toutes ces tergiversations, au d&#233;clin du jour, nous avons re&#231;u nos couvertures et nos objets de campement, mais nous n'avions pas encore d'armes en suffisante quantit&#233;. L&#224; j'eus une surprise, on m'avait fait faire une magnifique capote en drap bleu clair, avec des galons dor&#233;s, on aimait les choses artistiques dans notre bataillon, cette capote avait surtout le m&#233;rite pour moi, de bien m'abriter contre le froid, j'&#233;tais heureuse des bonnes intentions que mes amis ont eu pour moi ; pour la derni&#232;re fois j'aurai l'occasion de parler du c&#244;t&#233; d&#233;coratif de notre bataillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fenseurs de la R&#233;publique avaient des tuniques bleu clair, un pantalon large de m&#234;me couleur avec molleti&#232;res, mais moins large que ceux des Zouaves, les officiers avaient des tuniques avec revers &#224; la Robespierre sabre au c&#244;t&#233; et k&#233;pi rouge avec galons dor&#233;s, trois, quatre ou cinq selon le grade. Le costume ne manquait pas d'&#233;l&#233;gance et il &#233;tait pratique. Moi, j'avais le costume de drap fin, bleu clair, jupe courte, &#224; mi-jambe, (car on ne peut aller au combat avec des jupes longues, c'est absolument impossible, on ne pourrait pas se mouvoir), corsage ajust&#233; avec revers &#224; la Robespierre, un chapeau mou tyrolien et une &#233;charpe rouge en soie, avec franges dor&#233;es en sautoir, un brassard de la convention des ambulances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suivais mes amis, je leur donnais mes soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En marche tous &#233;taient joyeux ; nous arriv&#226;mes au Champ de Mars, on nous installa dans les baraquements o&#249; nous devions recevoir tout ce qui nous &#233;tait n&#233;cessaire. Cette journ&#233;e du 26 fut longue, quoique le temps fut magnifique, on ne voulait pas rester dans l'inaction ; d'heures en heures nous attendions ce qu'on nous avait promis, enfin dans la soir&#233;e nous v&#238;mes appara&#238;tre des fourgons qui nous apportaient les choses promises, on nous en fit la distribution ; (il y avait une telle confusion &#224; l'H&#244;tel de Ville qu'il &#233;tait difficile d'obtenir en bloc les choses n&#233;cessaires.) Les chassepots manquaient encore, nos hommes &#233;taient furieux, ils ne voulaient pas marcher au combat, avec des fusils &#224; tabati&#232;re, ils savaient par exp&#233;rience ce qu'ils valaient, ces fusils, plusieurs des n&#244;tres avaient &#233;t&#233; bless&#233;s. C'&#233;taient des fusils de rebut, rouill&#233;s, fonctionnant mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin dans l'apr&#232;s-midi, nous re&#231;&#251;mes une certaine quantit&#233; de chassepots, mais pas assez pour tout le monde. Le 27 &#224; 3 heures du matin, nous re&#231;&#251;mes l'ordre de nous diriger sur Issy, o&#249; nous devions prendre nos positions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous quitt&#226;mes le Champ de Mars avec plaisir, tous &#233;taient joyeux et entonn&#232;rent le Chant du d&#233;part pour soutenir la marche. Ils &#233;taient heureux, esp&#233;rant faire payer aux Versaillais de tout acabit les souffrances du si&#232;ge de Paris et de toutes les hontes de la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant pr&#232;s de la porte, dite de Versailles, on nous fit faire halte pour nous reconna&#238;tre, nous rest&#226;mes environ 40 minutes, il y eut un moment de d&#233;sordre, beaucoup se souvenaient de leurs souffrances, de leur manque de nourriture pendant la campagne contre les Prussiens, ils ne voulaient pas franchir les remparts sans avoir les armes n&#233;cessaires pour combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant Martin les encouragea en leur promettant que d&#232;s leur arriv&#233;e &#224; Issy ils auraient ce qu'il leur faudrait[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonel Naze avait &#233;t&#233; oblig&#233; de rester &#224; Paris pour parfaire l'organisation et faire exp&#233;dier tout ce qui nous manquait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calme r&#233;tabli, on abaissa le pont levis ; le d&#233;fil&#233; passa triste et silencieux, la nuit &#233;tait sombre, on ne pouvait rien distinguer autour de soi, on entendait au loin le bruit du canon r&#233;sonnant &#224; nos oreilles, on sentait que la lutte serait terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'entendis le bruissement des cha&#238;nes du pont levis, lorsqu'il s'abaissa, un serrement de c&#339;ur oppressa ma poitrine ; il me semblait que nous entrions dans un immense tombeau. Lorsque nous f&#251;mes s&#233;par&#233;s de la grande cit&#233;, on entendait de &#231;a et de l&#224; le bruit sourd de quelques coups de fusils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pressentais que beaucoup d'entre nous ne franchiraient plus ce pont, dont l'&#233;cho sinistre retentissait en mon c&#339;ur comme un glas fun&#232;bre ; &#224; peine si nous avions march&#233; un quart d'heure lorsque nous entend&#238;mes une fusillade des plus nourries. Tout le monde se ranima, la tristesse qui planait un moment sur les esprits disparut compl&#232;tement, pour faire place &#224; l'enthousiasme, on ne pensait m&#234;me plus &#224; la d&#233;fectuosit&#233; de l'armement. &#171; Nous allons donc venger nos fr&#232;res qui ont d&#233;j&#224; succomb&#233;, &#187; s'&#233;crient-ils tous ensemble !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chemin faisant nous rencontr&#226;mes quatre individus &#224; l'air suspect qui se dirigeaient du c&#244;t&#233; de Paris, un de nos capitaines leur demanda &#224; quel bataillon ils appartenaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous sommes neutres, r&#233;pondirent-ils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Si vous &#234;tes neutres, pourquoi vous dirigez-vous de ce c&#244;t&#233; et ne restez-vous pas en s&#251;ret&#233; ? O&#249; demeurez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne voulurent pas r&#233;pondre &#224; cette question. Ils furent arr&#234;t&#233;s, on supposa que c'&#233;taient des espions. Quelques heures plus tard, ils furent mis en libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arriv&#226;mes &#224; la rue d'Issy cribl&#233;e d'obus, nous pr&#238;mes place au grand s&#233;minaire. Il pouvait &#234;tre 3 heures et demie de l'apr&#232;s-midi, nos vivres n'&#233;taient pas encore arriv&#233;s et nous avions faim. D&#232;s que nous f&#251;mes &#224; peu pr&#232;s install&#233;s, quelques-uns d'entre nous se mirent en route pour acheter quelque chose pour manger, car nous n'avions rien pris avant de quitter Paris ; il fut difficile de se procurer quelque nourriture, les habitants du village nous &#233;taient hostiles ; m&#234;me avec de l'argent, on ne pouvait rien se procurer, quelques-uns cependant avaient trouv&#233; des denr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sergent Laurent et deux autres &#233;taient all&#233;s cueillir quelques feuilles d'oseille pour faire une soupe ; d&#232;s leur retour ils se mirent en devoir de la pr&#233;parer. Au moment o&#249; on allait la manger, un obus &#233;clate et renverse la marmite, le repas fut achev&#233; avant d'avoir commenc&#233;. Le 30, &#224; 10 heures nous re&#231;&#251;mes l'ordre d'aller au feu. Joyeusement, gamelles et le reste furent abandonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Cluseret devait distribuer des cartouches &#224; la tranch&#233;e, o&#249; il &#233;tait en observation aux abords du parc d'Issy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait pas de temps &#224; perdre, la lutte s'annon&#231;ait terrible, on conseilla tout d'abord de ne pas trop s'avancer, disant qu'il vaudrait mieux choisir une habitation rapproch&#233;e, d'o&#249; l'on pourrait tirer ; on trouva que le petit s&#233;minaire serait propice et nous y entr&#226;mes, mais la position &#233;tait mauvaise, elle aurait fait perdre trop de munitions, l'id&#233;e fut abandonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonel Naze et quelques chefs de l'&#233;tat-major, choisirent une propri&#233;t&#233; sur la droite comme camp d'observation. Naze donna l'ordre d'aller en avant. Le commandant Martin se mit carr&#233;ment &#224; la t&#234;te de ses hommes, il &#233;tait sublime d'&#233;lan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais partir avec eux, mais on m'emp&#234;cha de franchir la barricade du Parc, toute d&#233;sol&#233;e, je me rapprochai du colonel et du capitaine Letoux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Dans quelques instants vous nous serez n&#233;cessaire, ne vous exposez pas inutilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine sommes-nous arriv&#233;s qu'on nous annonce que cinq des n&#244;tres sont tu&#233;s, parmi lesquels trois sergents. Voici ce qui s'&#233;tait pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fenseurs de la R&#233;publique avaient re&#231;u l'ordre d'aller fouiller le Parc qui avait &#233;t&#233; abandonn&#233; depuis la veille par un bataillon de la Garde Nationale et &#233;tait en ce moment, au pouvoir de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fusillade indiquait qu'on attaquait le Parc sur la gauche et la barricade qui gardait la grand'rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant Naze lan&#231;ait sa 1re, 2me, 3me compagnies et gardait la 4me en r&#233;serve, en la pla&#231;ant &#224; l'extr&#234;me droite, laquelle &#233;tait appuy&#233;e par un d&#233;tachement du 234me et du 67me bataillon de la Garde Nationale ; les deux compagnies s'&#233;lanc&#232;rent, t&#234;te baiss&#233;e, dans le Parc et reprirent les positions perdues la veille, sur la barricade fut arbor&#233; le drapeau des d&#233;fenseurs de la R&#233;publique, d&#233;j&#224; perc&#233; par deux balles, il y resta jusqu'&#224; la fin du combat, en le pla&#231;ant, deux officiers furent tu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re compagnie, sous les ordres du lieutenant Lantara, se dirigeait, par ordre du colonel Naze du c&#244;t&#233; du fort d'Issy, et en prenait possession ; le fort semblait abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lantara re&#231;ut un parlementaire qui lui ordonnait de rendre le fort dans les 15 minutes, ou qu'il serait pass&#233; par les armes. Quoiqu'il ne rest&#226;t que 23 hommes pour le d&#233;fendre, le lieutenant ne tint pas compte de cet ordre de reddition, l'ennemi fut repouss&#233; sur toute la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sommation de rendre le fort, le commandant Martin avait r&#233;pondu aux Versaillais : &#171; Nous ferons plut&#244;t sauter le fort que de le rendre aux royalistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette reprise du fort et du Parc d'Issy, il y a eu des actes de bravoure et d'h&#233;ro&#239;sme ex&#233;cut&#233;s par notre bataillon. Le lieutenant Berjaud, plusieurs fois sous une gr&#234;le de mitraille, est all&#233; chercher des munitions pour ses hommes qui en manquaient. Sebire, nomm&#233; capitaine sur le champ de bataille, ainsi que le capitaine Marseille ont, avec une grande &#233;nergie, d&#233;fendu le drapeau qui a &#233;t&#233; &#224; nouveau perc&#233; de trois balles. Le capitaine adjudant major Martin, commandant du fort d'Issy, les capitaines Letoux, Napied se sont particuli&#232;rement distingu&#233;s, ainsi que M&#233;nard, sous-lieutenant et Devrigny, qui ont montr&#233; un grand sang froid et un grand courage. Le sergent Laurent de la premi&#232;re compagnie qui a &#233;t&#233; tu&#233;, fut mis &#224; l'ordre du jour. Fabre, bless&#233; mortellement, &#233;galement. Ces deux derniers &#233;taient les bons amis qui, le matin, tout joyeux, &#233;taient revenus de la cueillette d'oseille pour la soupe qu'ils avaient faite avec tant de plaisir, et qui ne fut mang&#233;e par personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux bons gar&#231;ons sont morts dans l'ardeur du combat, ils sont morts heureux. Le sergent de la 2me compagnie fut aussi gri&#232;vement bless&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 4 heures on sonna la retraite. Le drapeau des ambulances fut hiss&#233; ; ordre fut donn&#233; de cesser le feu ; en h&#226;te je m'approche de la tranch&#233;e, j'eus un moment de terrible angoisse et de rage. Tous ces pauvres enfants, qui le matin &#233;taient encore si gais, remplis d'enthousiasme et d'amour pour la libert&#233;, ont donn&#233; si g&#233;n&#233;reusement leur vie pour sauver la R&#233;publique, esp&#233;rant encore sauver la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous relev&#226;mes nos bless&#233;s et nos morts sous les balles ennemies. Quoique le drapeau de la Croix-Rouge fut lev&#233;, les Versaillais tiraient toujours isol&#233;ment, plus d'une fois il fallut nous coucher en tenant dans nos bras notre pr&#233;cieux fardeau, pour le garantir d'&#234;tre tu&#233; une seconde fois. (Ces malheureux avaient beaucoup de courage pour tuer leurs fr&#232;res, ils avaient &#233;t&#233; chauff&#233;s &#224; blanc, on leur avait dit tant de mal et de mensonges de ces pauvres Parisiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Versaillais n'&#233;taient pas nombreux &#224; la prise du Fort, mais ils se d&#233;ployaient en tirailleurs, ce qui &#233;tait un grand avantage sur les n&#244;tres, qui combattaient en ligne, k&#233;pi rouge sur la t&#234;te, point de mire &#224; une distance aussi rapproch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte avait &#233;t&#233; terrible, trois fois notre drapeau tomba, la troisi&#232;me fois il se releva et cette troisi&#232;me fois il fut vainqueur. Les Versaillais abandonn&#232;rent le terrain et fuyaient de toute part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous all&#226;mes au ch&#226;teau, quel horrible tableau nous avions sous les yeux, &#233;tendus p&#234;le-m&#234;le, les morts et les bless&#233;s avaient &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;s dans les chambres au rez-de-chauss&#233;e, il y avait des n&#244;tres, des gardes nationaux, des Vengeurs. Cela faisait mal &#224; voir, au milieu de cette tuerie nous &#233;tions trois femmes, la cantini&#232;re des Vengeurs et une de la Garde Nationale, laquelle fut gri&#232;vement bless&#233;e. Ces deux vaillantes citoyennes ont bien m&#233;rit&#233; de l'humanit&#233;, elles eurent un grand courage et furent admirables de d&#233;vouement. Moi, j'&#233;tais la troisi&#232;me, le hasard m'a &#233;pargn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons puis&#233; des forces nouvelles pour soutenir et aider nos malheureux amis, pour les transporter, et d'abord leur faire le premier pansement avant de les d&#233;poser dans les voitures d'ambulances ou sur des civi&#232;res[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement tout nous manquait, nous n'avions pas de bandes pour les pansements, nous &#233;tions oblig&#233;es de faire boire ces malheureux dans de petites bo&#238;tes &#224; cartouches. Malgr&#233; tout, ces mutil&#233;s ne prof&#233;raient pas une plainte, pas un regret ; ils souffraient, mais ils avaient l'air contents d'avoir repris le fort ; heureux de donner leur vie pour fonder une soci&#233;t&#233; plus juste et plus &#233;quitable. Pour nous tous, R&#233;publique &#233;tait un mot magique qui allait faire accomplir de grandes et bonnes choses pour le bonheur de l'humanit&#233;. Vainqueurs d'un jour, ils entrevoyaient l'aurore nouvelle qui allait se lever sur la France pour le bonheur de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revenant de l'ambulance nous trouvons enfin dans la rue notre fourgon qui &#233;tait abandonn&#233;, il contenait toutes les choses promises, il &#233;tait arriv&#233; dans l'apr&#232;s midi. Au grand s&#233;minaire o&#249; se tenait l'&#233;tat-major on n'avait pu remiser la voiture parce qu'il y avait des marches &#224; monter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant remarqu&#233; la bienveillance des moines du petit s&#233;minaire, le commandant Martin et un capitaine sont all&#233;s demander la permission de faire entrer la voiture dans la cour, un moine de service, n'avait pas l'air d'y consentir, &#171; Parce que, disait-il, le fourgon est lourd, cela ab&#238;mera les pav&#233;s. &#187; Le capitaine Letoux demanda &#224; voir le directeur, qui vint ; le capitaine fit sa requ&#234;te, le directeur &#233;tait un peu h&#233;sitant, cependant, apr&#232;s avoir fait ses recommandations, il accepta. Notre voiture fut remis&#233;e dans une cour couverte, elle &#233;tait en s&#251;ret&#233; et nous sort&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle ne fut pas ma surprise de trouver ma m&#232;re, qui me cherchait dans la rue d'Issy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais, maman, que venez-vous faire ici ? vous ne pouvez pas rester, lui dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'&#233;tais inqui&#232;te et ton mari aussi, on dit des choses terribles &#224; Paris sur ce qui se passe ici, je voulais savoir la v&#233;rit&#233; et s'il n'&#233;tait pas arriv&#233; quelque malheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous voyez que tout va bien, lui r&#233;pondis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne voulais pas lui raconter tout ce qui s'&#233;tait pass&#233; naturellement, mais je lui conseillai de ne pas rester, sachant que la porte des remparts se fermerait &#224; 7 heures et qu'apr&#232;s on ne passerait plus qu'avec un laisser-passer. La porte d'Issy &#233;tant close, elle ne pourrait plus repartir. Elle vint avec moi au petit s&#233;minaire, je lui fis prendre un peu de nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224;, il y avait un grand tumulte, le g&#233;n&#233;ral en chef Cluseret venait de donner ordre de se h&#226;ter et de se mettre en ligne, les Versaillais recommen&#231;aient l'attaque, mais on refusa de lui ob&#233;ir pour deux raisons, la premi&#232;re, qu'il avait trop expos&#233; ses hommes dans la journ&#233;e, ce n'&#233;tait pas un combat qu'ils avaient eu &#224; subir, mais un vrai massacre. La seconde, c'est qu'ils refusaient ob&#233;issance &#224; un g&#233;n&#233;ral qui se pr&#233;sentait en civil ; il &#233;tait v&#234;tu d'un habillement gris fonc&#233; et d'un chapeau mou ; &#224; cette objection, il ouvrit son v&#234;tement, fit voir son &#233;charpe et sa carte de g&#233;n&#233;ral. Il lui fut r&#233;pondu que tous ici &#233;taient &#224; d&#233;couvert, que la vie des hommes &#233;tait tout aussi sacr&#233;e que celle de leurs chefs, qu'un g&#233;n&#233;ral en chef devait &#234;tre dans les m&#234;mes conditions qu'eux. On avait assez eu &#224; se plaindre dans cette triste journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Cluseret quitta Issy, il fut remplac&#233; par le g&#233;n&#233;ral La C&#233;cilia. En r&#233;alit&#233;, nous n'avions pas de g&#233;n&#233;raux au moment de la reprise des hostilit&#233;s. L'un &#233;tait parti, l'autre n'&#233;tait pas encore arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sonna le clairon, tous les fragments de bataillons se r&#233;unissaient, les n&#244;tres avaient maintenant ce qui leur fallait pour &#234;tre en &#233;tat de d&#233;fense. Nous &#233;tions tous en rang dans la rue ; ma m&#232;re n'ayant pas voulu partir, s'&#233;tait faufil&#233;e pr&#232;s de moi, elle ne voulait pas me quitter, mais &#224; l'inspection, un officier s'aper&#231;ut de sa pr&#233;sence, l'obligea de sortir des rangs, je la suivis, le capitaine Letoux et notre commandant la conduisirent d'autorit&#233; &#224; l'ambulance o&#249; &#233;taient nos bless&#233;s, ils la recommand&#232;rent. Ils voulurent que les religieuses r&#233;pondissent de sa vie, le cas &#233;ch&#233;ant ; nous nous embrass&#226;mes et je repartis rejoindre les n&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre bataillon ayant &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;prouv&#233; dans la journ&#233;e nos amis avaient &#233;t&#233; mis en r&#233;serve ; les survivants qui avaient pris part au combat, n'all&#232;rent pas au feu ce soir-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes retourn&#233;s au petit s&#233;minaire, cette fois nous y avons &#233;t&#233; tr&#232;s bien re&#231;us, l'&#233;tat-major &#233;tait revenu l&#224;, j'&#233;tais toujours avec eux. Nous pr&#233;par&#226;mes le souper, on nous permit de manger dans le r&#233;fectoire, les p&#232;res nous avaient pr&#234;t&#233; la vaisselle n&#233;cessaire pour notre d&#238;ner, ils nous avaient m&#234;me pr&#233;par&#233; des lits pour nous reposer si nous le d&#233;sirions, pour moi, ils m'offrirent pour dormir, une petite chambre au rez-de-chauss&#233;e, tr&#232;s propre, que j'ai accept&#233;e avec plaisir, car j'&#233;tais bien sale, j'avais grand besoin de faire ma toilette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit leur opinion, ils ont &#233;t&#233; bienveillants pour nous ; malheureusement, nous n'avons pas pu profiter de leur offre. Lorsque nous &#233;tions en train de manger, nous re&#231;&#251;mes une d&#233;charge bien nourrie, toutes les vitres se bris&#232;rent avec un fracas terrible, nous &#233;tions bombard&#233;s presqu'&#224; bout portant, le s&#233;minaire tremblait sur sa base, c'&#233;tait effrayant, les moines &#233;taient &#233;pouvant&#233;s ; deux heures durant, nous avons &#233;t&#233; assaillis de toute part. Les Versaillais avaient eu connaissance de notre pr&#233;sence au petit s&#233;minaire, ils n'&#233;pargn&#232;rent pas le couvent esp&#233;rant nous atteindre. Nous pensions avoir &#233;t&#233; trahis. Il &#233;tait environ 11 heures du soir lorsque nous descend&#238;mes dans le jardin, presque tous les murs &#233;taient &#233;branl&#233;s, cribl&#233;s par les obus. Nous avions d&#233;j&#224; bien des morts, soudain une d&#233;charge &#233;pouvantable vint nous assaillir, cette fois nous pensions que c'en &#233;tait fait de nous. Nous all&#226;mes voir au dehors, il y avait une terrible panique, dans la rue c'&#233;tait un sauve qui peut, les balles atteignaient les soldats qui fuyaient, puis tout &#224; coup, le calme se fit. &#192; trois nous en profit&#226;mes pour aller jusqu'&#224; l'asile, voir nos bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait alors minuit. Nous frapp&#226;mes &#224; la porte de l'asile, on nous ouvrit avec assez de difficult&#233; ; enfin nous entr&#226;mes, dans une grande salle il y avait des lits sur lesquels nos bless&#233;s gisaient, plusieurs avaient d&#233;j&#224; succomb&#233;, d'autres avaient des mouvements &#233;tranges, un autre avait re&#231;u une balle entre les deux yeux, il n'avait pas repris connaissance, tout son corps &#233;tait inerte, il avait la t&#234;te toute envelopp&#233;e de ouate, ses yeux seuls semblaient vivre, ils faisaient un mouvement continuel, c'&#233;tait p&#233;nible &#224; voir ; ils &#233;taient tous horriblement bless&#233;s ; ceux qui avaient leur connaissance paraissaient heureux de nous voir, mais ils savaient qu'ils &#233;taient perdus, malgr&#233; cela ils n'&#233;taient pas tristes, ils acceptaient sto&#239;quement la fin de leur existence, ils consid&#233;raient que c'&#233;tait un sacrifice naturel, offert &#224; la libert&#233;. Nous &#233;tions vraiment plus tristes qu'eux. Lorsque nous les quitt&#226;mes, ils nous serr&#232;rent la main bien affectueusement, je leur dis au revoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, pas au-revoir, c'est adieu qu'il faut dire, il y a encore loin d'ici au lever du soleil. Alors nous aurons cess&#233; de vivre, nous mourons avec confiance dans l'avenir, nous mourons heureux ! Rappelez-vous, petite s&#339;ur que les balles m&#226;ch&#233;es ne pardonnent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Dans la matin&#233;e nous reviendrons, leur dis-je, puis nous les quitt&#226;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais voir ma m&#232;re, mais une religieuse me fit comprendre qu'elle se reposait, qu'il valait mieux la laisser tranquille jusqu'au matin, que je pouvais &#234;tre sans inqui&#233;tude, qu'elle &#233;tait tr&#232;s bien. Nous sommes donc partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retourn&#226;mes au petit s&#233;minaire. Dans le village tout &#233;tait calme. Nous p&#251;mes constater tous les d&#233;g&#226;ts produits par les obus versaillais, le s&#233;minaire n'avait point &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pass&#226;mes le reste de la nuit &#224; mettre de l'ordre dans nos affaires, nous allions aux nouvelles, nous appr&#238;mes que la d&#233;fense avait faibli, cependant le fort tenait bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'aurore nous re&#231;&#251;mes l'ordre d'&#233;tablir un campement dans la grand'rue d'Issy pour prot&#233;ger la retraite, le cas &#233;ch&#233;ant, et pr&#233;server l'entr&#233;e de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral La C&#233;cilia venait d'arriver, le colonel Lisbonne avec ses Lascars prit notre place au s&#233;minaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la matin&#233;e du 1er mai, nous sommes all&#233;s avec le capitaine Letoux et le sergent Louvel &#224; l'ambulance pour voir nos camarades. En arrivant on nous apprit que pas un seul n'avait surv&#233;cu, ils &#233;taient tous morts dans la nuit. Nous all&#226;mes dans la salle, tous ces pauvres amis semblaient dormir. Quelle sinistre vision ! Vivrais-je cent ans que je ne pourrais oublier cette effroyable h&#233;catombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons eu 72 hommes hors de combat, ils &#233;taient tous morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin nous quitt&#226;mes l'ambulance, le c&#339;ur navr&#233;. Ma m&#232;re revint avec nous, elle s'&#233;tait beaucoup ennuy&#233;e cette nuit-l&#224;. Des obus avaient aussi atteint l'asile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le milieu du jour mon mari vint nous voir &#224; Issy, o&#249; il est rest&#233; quelques heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 et le 3 mai l'occupation ne m'a pas manqu&#233;. Je soignais les bless&#233;s isol&#233;s, de pauvres gardes nationaux atteints dans la fuite, abandonn&#233;s au bord d'un talus ou d'un foss&#233;. Dans ces conditions, j'ai trouv&#233; un pauvre garde national qui avait eu la force de se tra&#238;ner depuis le parc jusqu'&#224; un chemin isol&#233;, pas tr&#232;s &#233;loign&#233; des fortifications, retenant avec ses mains sa m&#226;choire qui avait &#233;t&#233; bris&#233;e par un &#233;clat d'obus et qui tombait sur le haut de sa poitrine. Il &#233;tait affreux de voir cet homme dans un tel &#233;tat, ne pouvant parler, tandis que d'une main il tenait son menton, il eut le courage d'&#233;crire de l'autre main son adresse, pour qu'on le conduis&#238;t chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais rien pour le bander, je parvins &#224; d&#233;chirer en morceaux mon mouchoir avec lequel je fis une bande, je lui ai relev&#233; la partie inf&#233;rieure de la m&#226;choire, je la lui ai band&#233;e fortement et je l'ai couch&#233; sur le bord du chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au village o&#249; je suis retourn&#233;e, je retrouvai mon mari qui n'&#233;tait pas encore parti, il attela Mot d'ordre (notre cheval) et nous retourn&#226;mes chercher notre bless&#233;. Mon mari voulut bien le conduire &#224; sa famille ; tous trois dans la voiture, mon mari, ma m&#232;re et le bless&#233; retourn&#232;rent &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 mai dans la matin&#233;e, nous quitt&#226;mes Issy pour retourner &#224; Paris. Lorsque nous d&#233;fil&#226;mes, notre drapeau en t&#234;te, perc&#233; par plusieurs balles et entour&#233; d'un cr&#234;pe noir en signe de deuil, notre tristesse enthousiasma la foule, dans les rues, sur les boulevards et particuli&#232;rement dans la rue de Rivoli, on nous jeta des fleurs et des branches de feuillage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette manifestation &#233;tait vraiment imposante, grandiose, je sentais en mon c&#339;ur vibrer la grande &#226;me de Paris ; cette sensation sublime qui p&#233;n&#232;tre et vous transporte comme un r&#234;ve sur les ailes d'un avenir meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris fut grand pendant la guerre, il fut h&#233;ro&#239;que dans sa d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant &#224; la caserne on nous pr&#233;senta les armes. Nous comptions 72 morts, le vide &#233;tait grand. Nous parl&#226;mes beaucoup du courage des absents, lesquels ne reviendront jamais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cadavres de nos morts seront l'humus qui enrichira notre ample domaine, et nos neveux r&#233;colteront le fruit de nos sacrifices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain nous devions les enterrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Le commandant Martin &#233;tait un homme actif, plein de courage et d'&#233;nergie. Il &#233;tait tr&#232;s aim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- La plupart d'entre eux furent atteints par des balles m&#226;ch&#233;es pour ma part j'en ai extrait quatre, elles avaient p&#233;n&#233;tr&#233; dans les chairs ; on ne pouvait d&#233;tacher l'&#233;toffe ni de la balle, ni de la plaie ; la fi&#232;vre se propageait rapidement et le bless&#233; mourait vite. Les balles m&#226;ch&#233;es sont presque toujours mortelles. Lorsque nos bless&#233;s furent d&#233;pos&#233;s dans les voitures nous les conduis&#238;mes &#224; l'ambulance d'Issy (asile des vieillards) dirig&#233;e par des religieuses, nous les laiss&#226;mes et nous leur prom&#238;mes de venir les voir dans la soir&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Souvenirs_d%E2%80%99une_morte_vivante&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire le reste du texte&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Commune de Paris et la Russie des Soviets</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6418</link>
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		<dc:date>2022-11-12T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;Le court &#233;pisode de la premi&#232;re r&#233;volution faite par le prol&#233;tariat pour le prol&#233;tariat s'est termin&#233; par le triomphe de ses ennemis. Cet &#233;pisode (du 18 mars au 28 mai) a dur&#233; 72 jours&#034;. (P.L. Lavrov, La Commune de Paris. du 18 mars 1871. Petrograd, 1919, p. 160). &lt;br class='autobr' /&gt;
L'impr&#233;paration des partis socialistes de la Commune &lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de Paris de 1871 a &#233;t&#233; la premi&#232;re tentative historique - faible encore - de domination de la classe ouvri&#232;re. Nous ch&#233;rissons le souvenir de la Commune en d&#233;pit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Le court &#233;pisode de la premi&#232;re r&#233;volution faite par le prol&#233;tariat pour le prol&#233;tariat s'est termin&#233; par le triomphe de ses ennemis. Cet &#233;pisode (du 18 mars au 28 mai) a dur&#233; 72 jours&#034;. (P.L. Lavrov, La Commune de Paris. du 18 mars 1871. Petrograd, 1919, p. 160).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impr&#233;paration des partis socialistes de la Commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune de Paris de 1871 a &#233;t&#233; la premi&#232;re tentative historique - faible encore - de domination de la classe ouvri&#232;re. Nous ch&#233;rissons le souvenir de la Commune en d&#233;pit de son exp&#233;rience par trop restreinte, du manque de pr&#233;paration de ses membres, du caract&#232;re confus de son programme, de l'absence d'unit&#233; parmi ses dirigeants, de l'ind&#233;cision de ses projets, de l'irr&#233;m&#233;diable confusion dans l'ex&#233;cution, et de l'effroyable d&#233;sastre qui en r&#233;sulta fatalement. Nous saluons dans la Commune, selon une expression de Lavrov, &#034;la premi&#232;re aurore, encore bien p&#226;le, de la premi&#232;re R&#233;publique du prol&#233;tariat&#034;. Kautsky ne l'entend pas du tout ainsi. Consacrant la plus grande partie de son livre &#224; &#233;tablir une opposition grossi&#232;rement tendancieuse entre la Commune et le pouvoir sovi&#233;tique, il voit les qualit&#233;s pr&#233;dominantes de la Commune l&#224; o&#249; nous voyons son malheur et ses torts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky d&#233;montre avec application que la Commune de Paris ne fut pas pr&#233;par&#233;e &#034;artificiellement&#034; mais qu'elle surgit &#224; l'improviste, en prenant les r&#233;volutionnaires par surprise, contrairement &#224; la r&#233;volution d'Octobre, qui fut minutieusement pr&#233;par&#233;e par notre parti. C'est indiscutable. N'ayant pas le courage de formuler clairement ses id&#233;es profond&#233;ment r&#233;actionnaires, Kautsky ne nous dit pas franchement si les r&#233;volutionnaires parisiens de 1871 m&#233;ritent d'&#234;tre approuv&#233;s pour n'avoir pas pr&#233;vu l'insurrection prol&#233;tarienne et, partant, pour ne pas s'y &#234;tre pr&#233;par&#233;s, et si nous devons &#234;tre bl&#226;m&#233;s pour avoir pr&#233;vu l'in&#233;vitable et pour &#234;tre all&#233;s consciemment &#224; la rencontre des &#233;v&#233;nements. Mais tout l'expos&#233; de Kautsky est con&#231;u de mani&#232;re &#224; provoquer dans l'esprit du lecteur pr&#233;cis&#233;ment cette impression : un malheur s'est tout bonnement abattu sur les communards (le philistin bavarois Vollmar n'a-t-il pas, un jour, regrett&#233; que les communards ne soient pas all&#233;s se coucher plut&#244;t que de prendre le pouvoir ?) et c'est pourquoi ils m&#233;ritent toute notre indulgence ; les bolcheviks, eux, sont all&#233;s consciemment au devant du malheur (la conqu&#234;te du pouvoir) et c'est pourquoi il ne leur sera pardonn&#233; ni dans ce monde, ni dans l'autre. Poser la question de la sorte peut para&#238;tre d'une incroyable absurdit&#233;. Il n'en est pas moins vrai que cela d&#233;coule in&#233;vitablement de la position des &#034;ind&#233;pendants kautskystes&#034; qui rentrent l&#224; t&#234;te dans leurs &#233;paules pour ne rien voir, pour ne rien pr&#233;voir, et qui ne peuvent faire un pas en avant s'ils n'ont re&#231;u au pr&#233;alable une bonne bourrade dans le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Humilier Paris, &#233;crit Kautsky, lui refuser l'autonomie, le destituer de son titre de capitale, le d&#233;sarmer pour s'aventurer ensuite, en toute s&#233;curit&#233;, dans un coup d'Etat monarchiste, telle &#233;tait la t&#226;che capitale de l'Assembl&#233;e Nationale et de Thiers qu'elle venait d'&#233;lire chef du pouvoir ex&#233;cutif. De cette situation naquit le conflit qui devait mener &#224; l'insurrection parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On voit &#224; quel point est diff&#233;rent le coup d'Etat accompli par le bolchevisme, qui puisa sa force dans les aspirations &#224; la paix, qui avait derri&#232;re lui la masse paysanne ; qui, &#224; l'Assembl&#233;e Nationale, n'avait pas de monarchistes contre lui, mais des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les bolcheviks sont parvenus au pouvoir par une r&#233;volution bien pr&#233;par&#233;e, qui leur mit d'un coup entre les mains toute la machine gouvernementale, dont ils tirent &#224; l'heure actuelle le parti le plus &#233;nergique et le plus impitoyable pour soumettre leurs adversaires, y compris ceux qui appartiennent au prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En revanche, personne ne fut plus &#233;tonn&#233; de l'insurrection de la Commune que les r&#233;volutionnaires eux-m&#234;mes, et pour beaucoup de ceux-ci ce conflit &#233;tait au plus haut point ind&#233;sirable&#034; (p. 44).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de se faire une id&#233;e bien nette du sens r&#233;el de ce qui est dit ici par Kautsky &#224; propos des communards, nous apporterons l'int&#233;ressant t&#233;moignage suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le 1er mars 1871, &#233;crit Lavrov dans son livre instructif sur la Commune, c'est-&#224;-dire six mois apr&#232;s la chute de l'Empire et quelques avant l'explosion de la Commune, les personnalit&#233;s dirigeantes de l'Internationale &#224; Paris n'avaient toujours pas de programme politique d&#233;fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Apr&#232;s le 18 mars, Paris &#233;tait aux mains du prol&#233;tariat, mais ses leaders, d&#233;concert&#233;s par leur puissance inattendue, ne prirent pas les mesures les plus &#233;l&#233;mentaires [1]&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Vous n'&#234;tes pas taill&#233;s pour votre r&#244;le, votre seul souci est de vous d&#233;gager&#034;, d&#233;clara un membre du Comit&#233; central de la Garde Nationale. &#034;Il y avait l&#224; beaucoup de v&#233;rit&#233; - &#233;crit Lissagaray , participant et historien de la Commune - mais, au moment m&#234;me de l'action, le manque d'organisation pr&#233;alable et de pr&#233;paration provient trop souvent du fait que les r&#244;les incombent &#224; des hommes qui ne sont pas de taille &#224; les remplir [2]&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ressort d&#233;j&#224; de ce qui pr&#233;c&#232;de (plus loin, ce sera plus &#233;vident encore) que si les socialistes parisiens n'ont pas entrepris de lutte directe pour le pouvoir, cela s'explique par leur inconsistance th&#233;orique et leur d&#233;sarroi politique, et nullement par des consid&#233;rations de tactique plus &#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est hors de doute que la fid&#233;lit&#233; du m&#234;me Kautsky aux traditions de la Commune se traduira surtout par le profond &#233;tonnement avec lequel il accueillera la R&#233;volution prol&#233;tarienne en Allemagne, o&#249; il ne voit qu'&#034;un conflit au plus haut degr&#233; ind&#233;sirable&#034;. Nous doutons cependant que les g&#233;n&#233;rations futures lui en fassent un m&#233;rite. L'essence m&#234;me de son analogie historique n'est, devons-nous dire, qu'un m&#233;lange de confusion, de r&#233;ticences et de truquages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intentions que Thiers nourrissait &#224; l'&#233;gard de Paris, Milioukov, soutenu ouvertement par Tchernov et Tseretelli, les nourrissait &#224; l'&#233;gard de Petersbourg. De Kornilov &#224; Potressov, tous r&#233;p&#233;taient jour apr&#232;s jour que Petersbourg s'&#233;tait isol&#233; du pays, qu'il n'avait plus rien de commun avec celui-ci, et que, d&#233;prav&#233; jusqu'&#224; la moelle, il voulait lui imposer sa volont&#233;. Abattre et humilier Petersbourg, telle &#233;tait la t&#226;che premi&#232;re de Milioukov et de ses acolytes. Et cela se passait &#224; l'&#233;poque o&#249; Petersbourg &#233;tait le v&#233;ritable foyer de la r&#233;volution qui n'avait pas encore r&#233;ussi &#224; s'affermir dans les autres parties du pays. Afin de lui faire donner une bonne le&#231;on, Rodzianko, ex-pr&#233;sident de la Douma, parlait ouvertement de livrer Petersbourg aux Allemands comme on avait d&#233;j&#224; livr&#233; Riga. Rodzianko ne faisait qu'&#233;noncer ce qui constituait la t&#226;che de Milioukov, et que Kerensky appuyait de toute sa politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milioukov voulait, &#224; l'exemple de Thiers, d&#233;sarmer le prol&#233;tariat. Mais ce qui &#233;tait pire encore, c'est que par l'entremise de Kerensky, Tchernov et Tseretelli, le prol&#233;tariat de Petersbourg avait &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233; en juillet 1917. Il s'&#233;tait de nouveau partiellement r&#233;arm&#233; lors de l'offensive de Kornilov sur Petersbourg en ao&#251;t, Et ce r&#233;armement fut un &#233;l&#233;ment s&#233;rieux pour la pr&#233;paration de l'insurrection d'octobre-novembre. De sorte que ce sont pr&#233;cis&#233;ment les points sur lesquels Kautsky oppose l'insurrection de mars des ouvriers parisiens &#224; notre r&#233;volution d'octobre qui co&#239;ncident dans une tr&#232;s large mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en quoi diff&#232;rent-elles ? Avant tout, en ce que Thiers a r&#233;alis&#233; ses sinistres projets : Paris fut &#233;trangl&#233; et des dizaines de milliers d'ouvriers massacr&#233;s. Milioukov, lui, s'est piteusement effondr&#233; : Petersbourg est rest&#233; la citadelle inexpugnable du prol&#233;tariat, et les leaders de la bourgeoisie russe sont all&#233;s en Ukraine solliciter l'occupation de la Russie par les arm&#233;es du Kaiser. Cette diff&#233;rence est due en grande partie &#224; notre faute, et nous sommes pr&#234;ts &#224; en porter la responsabilit&#233;. Il y a aussi une diff&#233;rence capitale, qui s'est faite plus d'une fois sentir dans le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements, dans le fait suivant : tandis que les communards partaient de pr&#233;f&#233;rence de consid&#233;rations patriotiques, nous nous placions invariablement du point de vue de la r&#233;volution internationale. La d&#233;faite de la Commune a men&#233; &#224; l'effondrement de fait de la Premi&#232;re Internationale. La victoire du pouvoir sovi&#233;tique a conduit &#224; la fondation de la Troisi&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Marx, &#224; la veille m&#234;me de l'insurrection, conseillait aux communards, non de se soulever, mais de cr&#233;er une organisation ! On pourrait &#224; la rigueur comprendre que Kautsky cite ce t&#233;moignage pour montrer que Marx avait sous-estim&#233; l'acuit&#233; de la situation &#224; Paris. Mais Kautsky s'efforce d'exploiter le conseil de Marx comme preuve du caract&#232;re bl&#226;mable de l'insurrection en g&#233;n&#233;ral. Pareil &#224; tous les mandarins de la social-d&#233;mocratie allemande, Kautsky voit avant tout dans l'organisation une entrave &#224; l'action r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on se limite &#224; la question de l'organisation en tant que telle, il ne faut pas oublier que la r&#233;volution d'Octobre a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e par les neuf mois d'existence du gouvernement de K&#233;rensky, pendant lesquels notre parti s'est occup&#233;, non sans succ&#232;s, non seulement d'agitation, mais aussi d'organisation. La r&#233;volution d'Octobre a eu lieu apr&#232;s que nous ayons conquis l'&#233;crasante majorit&#233; dans les Soviets d'ouvriers et de soldats de Petersbourg, de Moscou et en g&#233;n&#233;ral dans tous les centres industriels du pays, et transform&#233; les Soviets en organisation dirig&#233;es par notre parti. Chez les communards il n'y eut rien de semblable. Enfin, nous avions derri&#232;re nous l'h&#233;ro&#239;que Commune de Paris, de l'effondrement de laquelle nous avions tir&#233; cette d&#233;duction que les r&#233;volutionnaires doivent pr&#233;voir les &#233;v&#233;nements et s'y pr&#233;parer. Voil&#224; encore un de nos torts&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de Paris et le terrorisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky ne fait sa vaste comparaison entre la Commune et la Russie sovi&#233;tique que pour calomnier et humilier la dictature du prol&#233;tariat vivante et victorieuse au profit d'une tentative de dictature qui remonte &#224; un pass&#233; d&#233;j&#224; assez lointain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky cite avec une extraordinaire satisfaction une d&#233;claration du Comit&#233; Central de la garde nationale en date du 19 mars, au sujet de l'assassinat par les soldats de deux g&#233;n&#233;raux : &#034;Nous le disons avec indignation : la boue sanglante dont on essaie de fl&#233;trir notre honneur est une ignoble infamie. Jamais un arr&#234;t d'ex&#233;cution n'a &#233;t&#233; sign&#233; par nous ; jamais la garde nationale n'a pris part &#224; l'ex&#233;cution d'un crime [3] &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que le Comit&#233; Central n'avait aucune raison de prendre sur lui la responsabilit&#233; d'un meurtre dans lequel il n'&#233;tait pour rien. Mais le ton path&#233;tique et sentimental de la d&#233;claration caract&#233;rise tr&#232;s clairement la timidit&#233; politique de ces hommes devant l'opinion publique bourgeoise. Ce n'est pas &#233;tonnant. Les repr&#233;sentants de la garde nationale &#233;taient pour la plupart des hommes au pass&#233; r&#233;volutionnaire fort modeste. &#034;Il n'y a, &#233;crit Lissagaray, pas un nom connu. Tous les &#233;lus sont des petits-bourgeois, boutiquiers, employ&#233;s, &#233;trangers aux coteries, jusque-l&#224; m&#234;me &#224; la politique pour la plupart&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le sentiment discret, quelque peu craintif, de sa terrible responsabilit&#233; historique, et le d&#233;sir d'y &#233;chapper au plus t&#244;t - &#233;crit Lavrov &#224; ce sujet - perce dans toutes les proclamations de ce Comit&#233; Central entre les mains duquel &#233;tait tomb&#233; le destin de Paris&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant cit&#233;, pour nous faire honte, cette d&#233;claration sur l'effusion de sang, Kautsky critique ensuite, suivant en cela Marx et Engels, l'ind&#233;cision de la Commune : &#034;Si les Parisiens [c'est-&#224;-dire les communards] s'&#233;taient lanc&#233;s pour de bon &#224; la poursuite de Thiers, peut-&#234;tre auraient-ils r&#233;ussi &#224; s'emparer du gouvernement. Les troupes qui se retiraient de Paris n'auraient pu leur opposer la moindre r&#233;sistance [...]. Mais Thiers put battre en retraite sans encombre. On lui permit de se retirer avec son arm&#233;e, de la r&#233;organiser &#224; Versailles, de lui insuffler un nouveau moral et de la renforcer&#034; (p. 49).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky ne peut pas comprendre que ce sont les m&#234;mes hommes, et pour les m&#234;mes raisons, qui ont publi&#233; la d&#233;claration cit&#233;e du 19 mars et qui ont permis &#224; Thiers de se retirer sans coup f&#233;rir et de regrouper son arm&#233;e. Si les communards avaient vaincu en exer&#231;ant une influence purement morale, leur d&#233;claration aurait &#233;t&#233; d'un grand poids. Mais cela n'a pas &#233;t&#233; le cas. En fait, leur humanitarisme sentimental n'&#233;tait que l'envers de leur passivit&#233; r&#233;volutionnaire. Des hommes &#224; qui par la volont&#233; du sort est &#233;chu le gouvernement de Paris, et qui ne comprennent pas la n&#233;cessit&#233; de s'en servir imm&#233;diatement et jusqu'au bout pour se lancer &#224; la poursuite de Thiers, pour l'&#233;craser compl&#232;tement avant qu'il ait eu le temps de se reprendre, pour concentrer les troupes dans leurs mains, pour proc&#233;der &#224; l'&#233;puration indispensable du corps de commandement, pour s'emparer de la province - de tels hommes ne pouvaient &#233;videmment pas &#234;tre dispos&#233;s &#224; s&#233;vir rigoureusement contre les &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires. Les deux choses sont &#233;troitement li&#233;es. On ne peut se lancer &#224; la poursuite de Thiers sans arr&#234;ter ses agents &#224; Paris et sans fusiller les conspirateurs et les espions. Si l'on consid&#232;re l'assassinat des g&#233;n&#233;raux contre-r&#233;volutionnaires comme un crime abominable, il est impossible de galvaniser les &#233;nergies pour poursuivre les troupes qui sont command&#233;es par des g&#233;n&#233;raux contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;volution, la plus grande humanit&#233; n'est autre que la plus grande &#233;nergie. &#034;Ce sont pr&#233;cis&#233;ment, &#233;crit fort justement Lavrov, ceux qui attachent tant de prix &#224; la vie humaine, au sang humain, qui doivent mettre tout en &#339;uvre pour obtenir une victoire rapide et d&#233;cisive et qui, ensuite, doivent agir au plus vite et &#233;nergiquement pour soumettre l'ennemi ; car ce n'est que par cette mani&#232;re de proc&#233;der que l'on peut obtenir le minimum de pertes in&#233;vitables et le minimum de sang vers&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration du 19 mars peut cependant &#234;tre appr&#233;ci&#233;e plus correctement si on l'envisage non comme une profession de foi absolue, mais comme l'expression d'un &#233;tat d'esprit passager au lendemain d'une victoire inattendue obtenue sans la moindre effusion de sang. Totalement &#233;tranger &#224; la compr&#233;hension de la dynamique de la r&#233;volution et de la d&#233;termination interne de son &#233;tat d'esprit qui &#233;volue rapidement, Kautsky pense au moyen de formules mortes et d&#233;forme la perspective des &#233;v&#233;nements par des analogies arbitraires. Il ne comprend pas que cette ind&#233;cision g&#233;n&#233;reuse en g&#233;n&#233;ral naturelle aux masses dans la premi&#232;re &#233;poque de la r&#233;volution. Les ouvriers ne passent &#224; l'offensive que sous l'empire d'une n&#233;cessit&#233; de fer, comme ils ne passent &#224; la terreur rouge que sous la menace des massacres contre-r&#233;volutionnaires. Ce que Kautsky d&#233;peint comme le r&#233;sultat d'une morale particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e du prol&#233;tariat parisien de 1871, ne fait en r&#233;alit&#233; que caract&#233;riser la premi&#232;re &#233;tape de la guerre civile. Des faits semblables ont &#233;t&#233; &#233;galement observ&#233;s chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Petersbourg, nous avons conquis le pouvoir en octobre-novembre 1917 presque sans effusion de sang, et m&#234;me sans arrestations. Les ministres du gouvernement de K&#233;rensky ont &#233;t&#233; remis en libert&#233; aussit&#244;t apr&#232;s la r&#233;volution. Bien plus, le g&#233;n&#233;ral cosaque Krasnov, qui avait attaqu&#233; Petersbourg de concert avec K&#233;rensky apr&#232;s que le pouvoir f&#251;t pass&#233; au soviet, et qui avait &#233;t&#233; fait prisonnier &#224; Gatchina, fut remis en libert&#233; contre sa parole d'honneur d&#232;s le lendemain. Cette &#034;magnanimit&#233;&#034; &#233;tait bien dans l'esprit des premiers jours de la Commune, mais elle n'en fut pas moins une erreur. Le g&#233;n&#233;ral Krasnov, apr&#232;s avoir guerroy&#233; contre nous pendant pr&#232;s d'un an dans le Sud, apr&#232;s avoir massacr&#233; plusieurs milliers de communistes, a r&#233;cemment attaqu&#233; une nouvelle fois Petersbourg, cette fois dans les rangs de l'arm&#233;e de Youd&#233;nitch. La r&#233;volution prol&#233;tarienne ne se fit plus dure qu'apr&#232;s le soul&#232;vement des junkers &#224; Petersbourg et surtout apr&#232;s la r&#233;volte (tram&#233;e par les cadets, les socialistes-r&#233;volutionnaires, les mencheviks) des tch&#233;coslovaques dans la r&#233;gion de la Volga - o&#249; les communistes furent extermin&#233;s en masse - apr&#232;s l'attentat contre L&#233;nine, l'assassinat d'Ouritsky, etc, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#234;mes tendances, mais seulement dans leurs premi&#232;res phases, nous les observons aussi dans l'histoire de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouss&#233;e par la logique de la lutte, celle-ci entra en mati&#232;re de principe dans la voie de l'intimidation. La cr&#233;ation du Comit&#233; de Salut public &#233;tait dict&#233;e pour beaucoup de ses partisans par l'id&#233;e de la terreur rouge. Ce comit&#233; avait pour objet de &#034;faire tomber les t&#234;tes des tra&#238;tres&#034; et de &#034;r&#233;primer les trahisons&#034; (s&#233;ances du 30 avril et du 1er mai). Parmi les d&#233;crets d'&#034;intimidation&#034;, il convient de signaler l'ordonnance (du 3 avril) sur la s&#233;questration des biens de Thiers et de ses ministres, la d&#233;molition de sa maison, le renversement de la colonne Vend&#244;me, et en particulier le d&#233;cret sur les otages. Pour chaque prisonnier ou partisan de la Commune fusill&#233; par les Versaillais, on devait fusiller trois otages. Les mesures prises par la Pr&#233;fecture de police, dirig&#233;e par Raoul Rigault, &#233;taient d'un caract&#232;re purement terroriste, quoiqu'elles ne fussent pas toujours adapt&#233;es au but poursuivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'efficacit&#233; de toutes ces mesures d'intimidation fut paralys&#233;e par l'inconsistance et l'&#233;tat d'esprit conciliateur des &#233;l&#233;ments dirigeants de la Commune, par leurs efforts pour faire accepter le fait accompli &#224; la bourgeoisie au moyen de phrases pitoyables, par leurs oscillations entre la fiction de la d&#233;mocratie et la r&#233;alit&#233; de la dictature. Cette derni&#232;re id&#233;e est admirablement formul&#233;e par Lavrov dans son livre sur la Commune :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le Paris des riches bourgeois et des prol&#233;taires mis&#233;reux, en tant que communaut&#233; politique des diff&#233;rentes classes, exigeait au nom des principes lib&#233;raux une compl&#232;te libert&#233; de parole, de r&#233;union, de critique du gouvernement, etc. Le Paris qui venait d'accomplir la r&#233;volution dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat, et qui s'&#233;tait donn&#233; pour but de la r&#233;aliser dans les institutions, r&#233;clamait, en tant que communaut&#233; du prol&#233;tariat ouvrier &#233;mancip&#233;, des mesures r&#233;volutionnaires, c'est-&#224;-dire dictatoriales, vis-&#224;-vis des ennemis du nouveau r&#233;gime&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Commune de Paris n'&#233;tait pas tomb&#233;e, si elle avait pu se maintenir dans une lutte ininterrompue, il ne peut y avoir de doute qu'elle aurait &#233;t&#233; oblig&#233;e de recourir &#224; des mesures de plus en plus rigoureuses pour &#233;craser la contre-r&#233;volution. Il est vrai que Kautsky n'aurait pas eu alors la possibilit&#233; d'opposer les communards humanitaires aux bolcheviks inhumains. En revanche, Thiers n'aurait pu commettre sa monstrueuse saign&#233;e du prol&#233;tariat de Paris. L'histoire y aurait peut-&#234;tre trouv&#233; son compte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Comit&#233; Central arbitraire et la Commune &#034;d&#233;mocratique&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le 19 mars, rapporte Kautsky, au Comit&#233; Central de la garde nationale, les uns exig&#232;rent qu'on marche sur Versailles, les autres qu'on en appelle aux &#233;lecteurs, les troisi&#232;mes qu'on recoure avant tout aux mesures r&#233;volutionnaires, comme si chacun de ces pas - nous apprend notre auteur avec une grande profondeur d'esprit - n'&#233;tait pas &#233;galement n&#233;cessaire et comme si l'un e&#251;t exclu l'autre&#034; (p. 54).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les lignes qui suivent, Kautsky, au sujet de ces d&#233;saccords au sein de la Commune, nous offrira des banalit&#233;s r&#233;chauff&#233;es sur les rapports r&#233;ciproques entre les r&#233;formes et la r&#233;volution. En r&#233;alit&#233;, la question se posait ainsi : si l'on voulait prendre l'offensive et marcher sur Versailles sans perdre un instant, il &#233;tait n&#233;cessaire de r&#233;organiser sur le champ la Garde Nationale, de mettre &#224; sa t&#234;te les &#233;l&#233;ments les plus combatifs du prol&#233;tariat parisien, ce qui e&#251;t entra&#238;n&#233; un affaiblissement temporaire de Paris du point de vue r&#233;volutionnaire. Mais organiser les &#233;lections &#224; Paris tout en faisant sortir de ses murs l'&#233;lite de la classe ouvri&#232;re aurait &#233;t&#233; une absurdit&#233; du point de vue du parti r&#233;volutionnaire. En th&#233;orie, la marche sur Versailles et les &#233;lections &#224; la Commune ne se contredisaient nullement ; mais dans la pratique, elles s'excluaient : pour le succ&#232;s des &#233;lections, il fallait remettre la marche sur Versailles ; pour le succ&#232;s de la marche, il fallait remettre les &#233;lections. Enfin, si l'on mettait le prol&#233;tariat en campagne en affaiblissant temporairement Paris, il devenait indispensable de s'assurer contre toute possibilit&#233; de tentatives contre-r&#233;volutionnaires dans la capitale, car Thiers ne se f&#251;t arr&#234;t&#233; devant rien pour allumer derri&#232;re les communards l'incendie de la r&#233;action. Il fallait &#233;tablir dans la capitale un r&#233;gime plus militaire, c'est-&#224;-dire plus rigoureux. &#034;Il fallait lutter, &#233;crit Lavrov, contre une multitude d'ennemis int&#233;rieurs qui foisonnaient dans Paris et qui, hier encore, se r&#233;voltaient aux abords de la Bourse et de la Place Vend&#244;me, qui avaient leurs repr&#233;sentants dans l'administration et dans la Garde Nationale, qui avaient leur presse, leurs r&#233;unions, qui entretenaient des rapports presque au grand jour avec les Versaillais, et qui se faisaient toujours plus r&#233;solus et audacieux, &#224; chaque imprudence, &#224; chaque insucc&#232;s de la Commune&#034;. Il fallait en m&#234;me temps prendre des mesures r&#233;volutionnaires d'ordre financier et &#233;conomique en g&#233;n&#233;ral, avant tout pour satisfaire aux besoins de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire. Toutes ces mesures les plus indispensables de la dictature r&#233;volutionnaire auraient difficilement &#233;t&#233; conciliables avec une large campagne &#233;lectorale. Mais Kautsky n'a pas la moindre compr&#233;hension de ce qu'est une r&#233;volution en fait. Il pense que concilier th&#233;oriquement signifie r&#233;aliser pratiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Central avait fix&#233; les &#233;lections &#224; la Commune au 22 mars ; mais manquant de confiance en soi, effray&#233; de sa propre ill&#233;galit&#233;, s'effor&#231;ant d'agir en accord avec une institution plus &#034;l&#233;gale&#034;, il ouvrit des pourparlers ridicules et interminables avec l'assembl&#233;e, tout &#224; fait impuissante, des maires et des d&#233;put&#233;s de Paris, pr&#234;t &#224; partager le pouvoir avec elle ne f&#251;t-ce que pour arriver &#224; un accord. On perdit ainsi un temps pr&#233;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, sur lequel Kautsky, selon une vieille habitude, tente de s'appuyer, n'a nullement propos&#233; d'&#233;lire la Commune et de lancer simultan&#233;ment les ouvriers dans une campagne militaire. Dans sa lettre &#224; Kugelmann du 12 avril 1871, Marx &#233;crivait que le Comit&#233; Central de la Garde Nationale avait bien trop t&#244;t fait abandon de ses pouvoirs pour laisser le champ libre &#224; la Commune. Kautsky, selon ses propres paroles, &#034;ne comprend pas&#034; cette opinion de Marx. La chose est bien simple. Marx comprenait en tout cas que la t&#226;che ne consistait pas &#224; courir apr&#232;s la l&#233;galit&#233;, mais &#224; porter un coup mortel &#224; l'ennemi. &#034;Si le Comit&#233; Central avait &#233;t&#233; compos&#233; de vrais r&#233;volutionnaires, &#233;crit fort justement Lavrov, il aurait d&#251; agir bien diff&#233;remment. Il aurait &#233;t&#233; impardonnable de sa part d'accorder dix jours &#224; ses ennemis avant l'&#233;lection et la convocation de la Commune, pour qu'ils puissent se r&#233;tablir au moment o&#249; les dirigeants du prol&#233;tariat abandonnaient leur devoir et ne se reconnaissaient pas le droit de diriger imm&#233;diatement le prol&#233;tariat. L'impr&#233;paration totale des partis populaires produisait maintenant un Comit&#233; qui consid&#233;rait ces dix jours d'inaction comme obligatoires&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les aspirations du Comit&#233; Central cherchant comment remettre au plus vite le pouvoir &#224; un gouvernement &#034;l&#233;gal&#034; &#233;taient moins dict&#233;es par les superstitions d'une d&#233;mocratie formelle qui, du reste, ne faisaient pas d&#233;faut, que par la peur des responsabilit&#233;s. Sous pr&#233;texte qu'il n'&#233;tait qu'une institution provisoire, le Comit&#233; Central, bien que tout l'appareil mat&#233;riel du pouvoir f&#251;t concentr&#233; entre ses mains, refusa de prendre les mesures les plus n&#233;cessaires et les plus urgentes. Or, la Commune ne reprit pas la totalit&#233; du pouvoir politique Central, qui continua, sans beaucoup se g&#234;ner, &#224; s'immiscer dans toutes les affaires. Il en r&#233;sulta une dualit&#233; de pouvoir extr&#234;mement dangereuse, notamment dans le domaine militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 mai, le Comit&#233; Central envoya &#224; la Commune une d&#233;l&#233;gation qui exigea qu'on lui remette la conduite de l'administration de la guerre. De nouveau, rapporte Lissagaray, on discuta pour savoir s'il fallait faire arr&#234;ter le Comit&#233; Central ou bien lui donner la direction des op&#233;rations de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il s'agissait ici, non des principes de la d&#233;mocratie, mais de l'absence chez les deux parties d'un clair programme d'action ainsi que de la tendance, tant de la part de l'organisation r&#233;volutionnaire &#034;arbitraire&#034; personnifi&#233;e par le Comit&#233; Central, que de l'organisation &#034;d&#233;mocratique&#034; de la Commune, &#224; se d&#233;charger l'une sur l'autre des responsabilit&#233;s sans pour autant renoncer enti&#232;rement au pouvoir. On ne peut pas dire que de tels rapports politiques soient dignes d'&#234;tre imit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Mais le Comit&#233; Central - ainsi se console Kautsky - n'a jamais tent&#233; de porter atteinte au principe en vertu duquel le pouvoir sup&#233;rieur doit appartenir aux &#233;lus du suffrage universel. Sur ce point, la Commune de Paris &#233;tait l'oppos&#233; direct de la R&#233;publique sovi&#233;tique&#034; (p. 55). Il n'y avait pas d'unit&#233; de volont&#233; gouvernementale, il n'y avait pas de fermet&#233; r&#233;volutionnaire, il y avait dualit&#233; de pouvoir, et le r&#233;sultat en f&#251;t un &#233;croulement rapide et &#233;pouvantable. En revanche - n'est-ce pas r&#233;confortant ? - aucune atteinte ne fut port&#233;e au &#034;principe&#034; de la d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune d&#233;mocratique et la dictature r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade L&#233;nine a d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; &#224; Kautsky que tenter de d&#233;peindre la Commune comme une d&#233;mocratie formelle n'est que charlatanisme th&#233;orique. La Commune, tant par les traditions que par les intentions de son parti dirigeant - les blanquistes - &#233;tait l'expression de la dictature de la ville r&#233;volutionnaire sur le pays. Il en fut ainsi dans la Grande R&#233;volution fran&#231;aise ; il en e&#251;t &#233;t&#233; de m&#234;me dans la R&#233;volution de 1871 si la Commune n'&#233;tait pas tomb&#233;e d&#232;s le d&#233;but. Le fait que dans Paris m&#234;me le pouvoir ait &#233;t&#233; &#233;lu sur la base du suffrage universel, n'exclut pas l'autre fait, bien plus important : l'action militaire de la Commune, d'une ville, contre la France paysanne, c'est-&#224;-dire contre toute la nation. Pour donner satisfaction au grand d&#233;mocrate Kautsky, les r&#233;volutionnaires de la Commune auraient d&#251; pr&#233;alablement consulter, par la voie du suffrage universel, toute la population de la France, pour savoir si elle les autorisait &#224; faire la guerre aux bandes de Thiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans Paris m&#234;me, les &#233;lections s'effectu&#232;rent apr&#232;s la fuite de la bourgeoisie soutenant Thiers, ou du moins de ses &#233;l&#233;ments les plus actifs, et apr&#232;s l'&#233;vacuation des troupes de Thiers. La bourgeoisie qui restait &#224; Paris, malgr&#233; toute son impudence, n'en redoutait pas moins les bataillons r&#233;volutionnaires, et c'est sous le signe de cette crainte, qui faisait pressentir l'in&#233;vitable terreur rouge de l'avenir, que se d&#233;roul&#232;rent les &#233;lections. Se consoler en pensant que le Comit&#233; Central de la Garde Nationale, sous la dictature - molle et inconsistante, h&#233;las - duquel s'effectuaient les &#233;lections &#224; la Commune n'a pas attent&#233; au principe du suffrage universel, c'est, en r&#233;alit&#233;, donner des coups d'&#233;p&#233;e dans l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Multipliant les comparaisons st&#233;riles, Kautsky profite de ce que ses lecteurs ignorent les faits. A Petersbourg, en novembre 1917, nous avons aussi &#233;lu une Commune (la Douma municipale) sur la base du suffrage le plus &#034;d&#233;mocratique&#034;, sans restrictions pour la bourgeoisie. Ces &#233;lections, par suite du boycottage des partis bourgeois, nous donn&#232;rent une &#233;crasante majorit&#233; [4]. La Douma &#034;d&#233;mocratiquement&#034; &#233;lue se soumit volontairement au Soviet de Petersbourg, c'est-&#224;-dire qu'elle mit le fait de la dictature du prol&#233;tariat au-dessus du &#034;principe&#034; du suffrage universel ; et quelque temps apr&#232;s, elle se dissolvait de sa propre initiative en faveur d'une des sections du Soviet p&#233;tersbourgeois. De la sorte, le Soviet de Petersbourg, - ce vrai p&#232;re du pouvoir sovi&#233;tique - a sur lui la gr&#226;ce divine d'une cons&#233;cration d&#233;mocratique formelle qui ne le c&#232;de en rien &#224; celle de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Lors des &#233;lections du 26 mars, &#233;crit Kautsky, 90 membres avaient &#233;t&#233; &#233;lus &#224; la Commune. Parmi eux se trouvaient 15 membres du parti gouvernemental (Thiers) et 6 radicaux bourgeois qui, tout en &#233;tant les adversaires du gouvernement, n'en condamnaient pas moins l'insurrection (des ouvriers parisiens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La R&#233;publique sovi&#233;tique, nous enseigne notre auteur, n'aurait jamais tol&#233;r&#233; que de pareils &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires puissent se pr&#233;senter ne serait-ce que comme candidats, et encore moins se faire &#233;lire. La Commune, par respect de la d&#233;mocratie, ne mit pas le moindre obstacle &#224; l'&#233;lection de ses adversaires bourgeois&#034; (p. 55-56).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; vu plus haut qu'ici Kautsky passe compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; de la question. En premier lieu, dans la phase analogue du d&#233;veloppement de la R&#233;volution russe, on a proc&#233;d&#233; &#224; des &#233;lections pendant lesquelles le pouvoir sovi&#233;tique laissa toute latitude aux partis bourgeois. Si les cadets, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, qui avaient leur presse qui appelait ouvertement au renversement du pouvoir sovi&#233;tique, ont boycott&#233; les &#233;lections, c'est uniquement parce qu'ils esp&#233;raient &#224; cette &#233;poque en finir rapidement avec nous par la force des armes. En second lieu, il n'y eut pas dans la Commune de Paris de d&#233;mocratie exprimant toutes les classes. Pour les d&#233;put&#233;s bourgeois - conservateurs, lib&#233;raux, gambettistes - il ne s'y trouva pas de place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Presque tous ces personnages, &#233;crit Lavrov, sortirent soit sur le champ, soit tr&#232;s vite, du conseil de la Commune. Ils auraient pu &#234;tre les repr&#233;sentants de Paris en tant que ville libre sous l'administration de la bourgeoisie, mais ils &#233;taient compl&#232;tement d&#233;plac&#233;s dans le conseil de la Commune qui, bon gr&#233;, mal gr&#233;, consciemment ou inconsciemment, compl&#232;tement ou incompl&#232;tement, repr&#233;sentait tout de m&#234;me la r&#233;volution du prol&#233;tariat et la tentative, aussi faible qu'elle f&#251;t, de cr&#233;er les formes de soci&#233;t&#233; correspondant &#224; cette r&#233;volution&#034;. Si la bourgeoisie p&#233;tersbourgeoise n'avait pas boycott&#233; les &#233;lections communales, ses repr&#233;sentants seraient entr&#233;s &#224; la Douma de Petersbourg. Ils y seraient rest&#233;s jusqu'au premier soul&#232;vement des socialistes-r&#233;volutionnaires et des cadets, apr&#232;s quoi - avec ou sans la permission de Kautsky - ils auraient probablement &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s s'ils n'avaient pas quitt&#233; la Douma &#224; temps, comme l'avaient fait &#224; un certain moment les membres bourgeois de la Commune de Paris. Le cours des &#233;v&#233;nements serait rest&#233; le m&#234;me, &#224; ceci pr&#232;s qu'&#224; la surface quelques &#233;pisodes se seraient d&#233;roul&#233;s diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Glorifiant la d&#233;mocratie de la Commune et l'accusant en m&#234;me temps d'avoir manqu&#233; de hardiesse &#224; l'&#233;gard de Versailles, Kautsky ne comprend pas que les &#233;lections communales, qui se firent avec la participation &#224; double sens des maires et des d&#233;put&#233;s &#034;l&#233;gaux&#034;, refl&#233;taient l'espoir d'un accord pacifique avec Versailles. C'est tout le fond de la question. Les dirigeants voulaient l'entente et non la lutte. Les masses n'avaient pas encore &#233;puis&#233; leurs illusions. Les autorit&#233;s r&#233;volutionnaires factices n'avaient pas encore eu le temps de r&#233;v&#233;ler leur v&#233;ritable nature. Et le tout s'appelait &#034;d&#233;mocratie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous devons dominer nos ennemis par la force morale...&#034;, pr&#234;chait Vermorel. &#034;Il ne faut pas toucher &#224; la libert&#233; et &#224; la vie de l'individu...&#034;. S'effor&#231;ant de conjurer la &#034;guerre intestine&#034;, Vermorel conviait la bourgeoisie lib&#233;rale, qu'il stigmatisait jadis si impitoyablement, &#224; former un &#034;pouvoir r&#233;gulier, reconnu et respect&#233; par toute la population parisienne&#034;. Le Journal officiel, publi&#233; sous la direction de l'internationaliste Longuet, &#233;crivait : &#034;Le d&#233;plorable malentendu qui, aux journ&#233;es de juin [1848], arma l'une contre l'autre deux classes [...] ne pouvait se renouveler. Cette fois l'antagonisme n'existait pas de classe &#224; classe&#034; (30 mars). Et plus loin : &#034;Toute dissidence aujourd'hui, s'effacera, parce que tous se sentent solidaires, parce que jamais il n'y a eu moins de haine, moins d'antagonisme social&#034; (3 avril). A la s&#233;ance de la Commune du 25 avril, ce ne fut pas sans raison que Jourde se vanta que la Commune n'ait &#034;jamais port&#233; atteinte &#224; la propri&#233;t&#233;&#034;. C'est ainsi qu'il s'imaginaient conqu&#233;rir l'opinion des milieux bourgeois et trouver la voie d'un accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce genre de sermon, &#233;crit fort justement Lavrov, ne d&#233;sarma nullement les ennemis du prol&#233;tariat, qui comprenaient parfaitement ce dont le triomphe de celui-ci les mena&#231;ait : par contre, il enleva au prol&#233;tariat toute &#233;nergie combative et l'aveugla comme &#224; dessein en pr&#233;sence d'ennemis irr&#233;ductibles&#034;. Mais ces pr&#234;ches &#233;mollients &#233;taient indissolublement li&#233;s &#224; la fiction de la d&#233;mocratie. Cette fiction de l&#233;galit&#233; faisait croire que la question pouvait se r&#233;soudre sans lutte : &#034;En ce qui concerne les masses de la population - &#233;crit un membre de la Commune, Arthur Arnould - elles croyaient, non sans quelque raison, &#224; l'existence au moins d'une entente tacite avec le gouvernement&#034;. Impuissants &#224; attirer la bourgeoisie, les conciliateurs, comme toujours, induisaient le prol&#233;tariat en erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dans les conditions de l'in&#233;vitable guerre civile qui commen&#231;ait d&#233;j&#224;, le parlementarisme n'exprim&#226;t plus que l'impuissance conciliatrice des groupes dirigeants, c'est ce dont t&#233;moigne de la fa&#231;on la plus &#233;vidente la proc&#233;dure insens&#233;e des &#233;lections compl&#233;mentaires &#224; la Commune (16 avril). A ce moment, &#233;crit Arthur Arnould, &#034;on n'avait plus que faire du vote. La situation &#233;tait devenue tragique au point qu'on n'avait plus ni le loisir, ni le sang-froid n&#233;cessaires pour que les &#233;lections g&#233;n&#233;rales puissent faire leur &#339;uvre. Tous les hommes fid&#232;les &#224; la Commune &#233;taient sur les fortifications, dans les forts, dans les postes avanc&#233;s. Le peuple n'attachait aucune importance &#224; ces &#233;lections compl&#233;mentaires. Ce n'&#233;tait au fond que du parlementarisme. L'heure n'&#233;tait plus &#224; compter les &#233;lecteurs mais &#224; avoir des soldats ; non &#224; rechercher si nous avions grandi ou baiss&#233; dans l'opinion de Paris, mais &#224; d&#233;fendre Paris contre les Versaillais&#034;. Ces paroles auraient pu faire comprendre &#224; Kautsky pourquoi il n'est pas si facile de combiner dans la r&#233;alit&#233; la guerre de classe avec une d&#233;mocratie groupant toutes les classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune n'est pas une Assembl&#233;e Constituante&#034;, &#233;crivait dans sa publication Milli&#232;re, une des meilleures t&#234;tes de la Commune, &#034;elle est un conseil de guerre. Elle ne doit avoir qu'un but : la victoire ; qu'une arme : la force ; qu'une loi : celle du salut public&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ils n'ont jamais pu comprendre&#034;, s'&#233;crie Lissagaray en accusant les dirigeants, &#034;que la Commune &#233;tait une barricade&#034;, et non une administration. Ils ne commenc&#232;rent &#224; le comprendre qu'&#224; la fin, lorsqu'il &#233;tait d&#233;j&#224; trop tard. Kautsky ne l'a pas encore compris. Et rien ne laisse pr&#233;voir qu'il le comprenne un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune a &#233;t&#233; la n&#233;gation vivante de la d&#233;mocratie formelle, car, dans son d&#233;veloppement, elle a signifi&#233; la dictature du Paris ouvrier sur la nation paysanne. Ce fait domine tous tes autres. Quels que fussent les efforts des routiniers politiques au sein de la Commune m&#234;me pour se cramponner &#224; l'apparence de la l&#233;galit&#233; d&#233;mocratique, chaque action de la Commune, insuffisante pour la victoire, &#233;tait suffisante pour convaincre de sa nature ill&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune, c'est-&#224;-dire la municipalit&#233; parisienne, abrogea la conscription nationale. Elle intitula son organe officiel : Journal officiel de la R&#233;publique fran&#231;aise. Bien que timidement, elle toucha &#224; la Banque de France. Elle proclama la s&#233;paration de l'Eglise et de l'Etat et supprima le budget des cultes. Elle entra en relations avec les ambassades &#233;trang&#232;res, etc, etc... Tout cela, elle le fit au nom de la dictature r&#233;volutionnaire. Mais le d&#233;mocrate Cl&#233;menceau, encore vert &#224; l'&#233;poque, ne voulait pas reconna&#238;tre ce droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la r&#233;union avec le Comit&#233; Central, Cl&#233;menceau d&#233;clara : &#034;L'insurrection s'est op&#233;r&#233;e sur un motif ill&#233;gitime [...]. Bient&#244;t le Comit&#233; deviendra ridicule et ses d&#233;crets seront m&#233;pris&#233;s... D'ailleurs, Paris n'a aucun droit de s'insurger contre la France il doit reconna&#238;tre absolument l'autorit&#233; de l'Assembl&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che de la Commune &#233;tait de dissoudre l'Assembl&#233;e Nationale. Elle n'y a malheureusement pas r&#233;ussi. Et maintenant, Kautsky recherche des circonstances att&#233;nuantes &#224; ses criminels desseins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait remarquer que les communards avaient pour adversaires &#224; l'Assembl&#233;e Nationale des monarchistes, tandis qu'&#224; l'Assembl&#233;e Constituante nous avions contre nous... des socialistes en la personne des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks. Voil&#224; bien une totale &#233;clipse d'esprit ! Kautsky parle des mencheviks et des socialistes-r&#233;volutionnaires, mais il oublie l'unique ennemi s&#233;rieux : les cadets. Ils constituaient pr&#233;cis&#233;ment notre parti &#034;versaillais&#034; russe, c'est-&#224;-dire le bloc des propri&#233;taires au nom de la propri&#233;t&#233;, et le professeur Milioukov essayait de toutes ses forces d'imiter le &#034;petit grand homme&#034; Thiers. De tr&#232;s bonne heure - bien avant la r&#233;volution d'Octobre - Milioukov - s'&#233;tait mis &#224; la recherche d'un Galliffet, qu'il avait tour &#224; tour cru trouver en la personne des g&#233;n&#233;raux Kornilov, Alex&#233;iev, Kal&#233;dine, Krasnov ; et apr&#232;s que Koltchak eut rel&#233;gu&#233; &#224; l'arri&#232;re-plan les partis politiques et dissous l'Assembl&#233;e Constituante, le parti cadet, l'unique parti bourgeois s&#233;rieux, de nature essentiellement monarchiste, non seulement ne lui refusa pas son appui, mais l'entoura d'une sympathie encore plus grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires ne jou&#232;rent chez nous aucun r&#244;le ind&#233;pendant, comme il en est d'ailleurs du parti de Kautsky pendant les &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires d'Allemagne. Ils avaient &#233;difi&#233; toute leur politique sur la coalition avec les cadets, leur assurant ainsi une situation pr&#233;pond&#233;rante qui ne correspondait gu&#232;re au rapport des forces politiques. Les partis socialiste-r&#233;volutionnaire et menchevik n'&#233;taient qu'un appareil de transmission destin&#233; &#224; gagner dans les meetings et aux &#233;lections la confiance politiques des masses r&#233;veill&#233;es par la r&#233;volution pour en faire b&#233;n&#233;ficier le parti imp&#233;rialiste contre-r&#233;volutionnaire cadet - cela ind&#233;pendamment de l'issue des &#233;lections. La d&#233;pendance de la majorit&#233; menchevik et socialiste-r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;gard de la minorit&#233; cadette n'&#233;tait en elle-m&#234;me qu'une raillerie &#224; peine voil&#233;e de l'id&#233;e de &#034;d&#233;mocratie&#034;. Mais ce n'est pas tout. Dans les parties du pays o&#249; le r&#233;gime de &#034;d&#233;mocratie&#034; subsistait assez longtemps, il se terminait in&#233;vitablement par un coup d'Etat contre-r&#233;volutionnaire ouvert. Il en fut ainsi en Ukraine o&#249; la Rada d&#233;mocratique, qui avait vendu le pouvoir sovi&#233;tique &#224; l'imp&#233;rialisme allemand, se vit elle-m&#234;me rejet&#233;e par le monarchiste Skoropadsky. Il en fut ainsi au Kouban, o&#249; la Rada d&#233;mocratique se retrouva sous la botte de Denikine. Il en fut ainsi - et c'est l'exp&#233;rience la plus importante de notre &#034;d&#233;mocratie&#034; - en Sib&#233;rie, o&#249; l'Assembl&#233;e Constituante, formellement domin&#233;e, en l'absence des bolcheviks, par les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, et dirig&#233;e en fait par les cadets, conduisit &#224; la dictature de l'amiral tsariste Koltchak. Il en fut ainsi, enfin, dans le Nord, o&#249; les membres de la Constituante, personnifi&#233;s par le gouvernement du socialiste-r&#233;volutionnaire Tchaikovsky, se transform&#232;rent en d&#233;coration de pacotille au profit des g&#233;n&#233;raux contre-r&#233;volutionnaires russes et anglais. Dans tous les petits gouvernements limitrophes, les choses se sont pass&#233;es ou se passent ainsi : en Finlande, en Estonie, en Lettonie, en Lituanie, en Pologne, en G&#233;orgie, en Arm&#233;nie, o&#249;, sous le pavillon formel de la d&#233;mocratie, se renforce la domination des propri&#233;taires fonciers, des capitalistes et du militarisme &#233;tranger.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrier parisien de 1871 - Le prol&#233;taire p&#233;tersbourgeois de 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des comparaisons les plus grossi&#232;res, les plus injustifi&#233;es et les plus honteuses politiquement que fait Kautsky entre la Commune et la Russie sovi&#233;tique, concerne le caract&#232;re de l'ouvrier parisien de 1871 et du prol&#233;taire russe de 1917-1919. Kautsky nous d&#233;peint le premier comme un r&#233;volutionnaire enthousiaste capable de la plus haute abn&#233;gation, le second comme un &#233;go&#239;ste, un profiteur, un anarchiste spontan&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrier parisien a derri&#232;re lui un pass&#233; trop bien d&#233;fini pour avoir besoin de recommandations r&#233;volutionnaires ou pour devoir se d&#233;fendre des louanges du Kautsky actuel. N&#233;anmoins, le prol&#233;tariat de Petersbourg n'a pas et ne peut avoir de motifs de renoncer &#224; se comparer &#224; son h&#233;ro&#239;que fr&#232;re a&#238;n&#233;. Les trois ann&#233;es de lutte ininterrompue des ouvriers p&#233;tersbourgeois, d'abord pour la conqu&#234;te du pouvoir, ensuite pour son maintien et son affermissement au milieu des souffrances sans pr&#233;c&#232;dent de la faim, du froid, des dangers continuels, constituent une chronique exceptionnelle de l'h&#233;ro&#239;sme et de l'abn&#233;gation collectifs. Kautsky, comme nous le montrons par ailleurs, prend, pour les comparer &#224; lu fine fleur des communards, les &#233;l&#233;ments les plus obscurs du prol&#233;tariat russe. Il ne se distingue en rien sur ce point des sycophantes bourgeois, pour lesquels les communards morts sont toujours infiniment plus attrayants que les vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat p&#233;tersbourgeois a pris le pouvoir quarante-cinq ans apr&#232;s le prol&#233;tariat parisien. Cet intervalle nous a dot&#233;s d'une immense sup&#233;riorit&#233;. Le caract&#232;re petit-bourgeois et artisan du vieux et en partie du nouveau Paris est totalement &#233;tranger &#224; Petersbourg, centre de l'industrie la plus concentr&#233;e du monde. Cette derni&#232;re circonstance nous a consid&#233;rablement facilit&#233; nos t&#226;ches d'agitation et d'organisation, ainsi que l'instauration du syst&#232;me sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre prol&#233;tariat est loin de poss&#233;der les riches traditions du prol&#233;tariat fran&#231;ais. Mais en revanche, au d&#233;but de la r&#233;volution pr&#233;sente, la grande exp&#233;rience des insucc&#232;s de 1905 &#233;tait encore vivante dans la m&#233;moire de la g&#233;n&#233;ration a&#238;n&#233;e de nos ouvriers, qui n'oubliait pas le devoir de vengeance qui lui avait &#233;t&#233; l&#233;gu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers russes ne sont pas pass&#233;s, comme les ouvriers fran&#231;ais, par la longue &#233;cole de la d&#233;mocratie et du parlementarisme, &#233;cole qui, &#224; certaines &#233;poques, fut un facteur important de culture politique du prol&#233;tariat. Mais d'autre part, l'amertume des d&#233;ceptions et le poison du scepticisme qui lient - jusqu'&#224; une heure que nous esp&#233;rons proche - la volont&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat fran&#231;ais, n'avaient pas eu le temps de se d&#233;poser dans l'&#226;me de la classe ouvri&#232;re russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune de Paris a subi un d&#233;sastre militaire avant d'avoir vu se dresser devant elle, de toute leur hauteur, les questions &#233;conomiques. En d&#233;pit des magnifiques qualit&#233;s guerri&#232;res des ouvriers parisiens, le destin militaire de la Commune fut de bonne heure d&#233;sesp&#233;r&#233; : l'ind&#233;cision et l'esprit de conciliation au sommet avaient engendr&#233; la d&#233;sagr&#233;gation &#224; la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solde de garde national &#233;tait pay&#233;e &#224; 162.000 simples soldats et &#224; 6.500 officiers, mais le nombre de ceux qui allaient r&#233;ellement au combat, surtout apr&#232;s la sortie infructueuse du 3 avril, variait entre vingt et trente mille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces faits ne compromettent nullement les ouvriers parisiens et ne donnent &#224; personne le droit de les traiter de l&#226;ches ou de d&#233;serteurs - bien que les cas de d&#233;sertion n'aient certainement pas &#233;t&#233; rares. La combativit&#233; d'une arm&#233;e requiert avant tout l'existence d'un appareil de direction pr&#233;cis et centralis&#233;. Les communards n'en avaient pas m&#234;me id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;partement de la guerre de la Commune &#233;tait, selon l'expression d'un auteur, comme dans une chambre sombre o&#249; tout le monde se bousculait. Le bureau du minist&#232;re &#233;tait rempli d'officiers, de gardes qui exigeaient des fournitures militaires, des approvisionnements, ou qui se plaignaient qu'on ne les relev&#226;t pas. On les renvoyait au commandement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Tels bataillons, &#233;crit Lissagaray, restaient vingt, trente jours aux tranch&#233;es, d&#233;nu&#233;s du n&#233;cessaire, tels demeuraient continuellement en r&#233;serve [...]. Cette incurie tua vite la discipline. Les hommes braves ne voulurent relever que d'eux seuls, les autres esquiv&#232;rent le service. Les officiers firent de m&#234;me, ceux-ci quittant leur poste pour aller au feu du voisin, ceux-l&#224; abandonnant&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareil r&#233;gime ne pouvait rester impuni : la Commune fut noy&#233;e dans le sang. Mais &#224; ce sujet, on trouve chez Kautsky une consolation inimitable : &#034;La conduite de la guerre, dit-il en hochant la t&#234;te, n'est pas en g&#233;n&#233;ral le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat&#034; (p. 76).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aphorisme digne de Pangloss est &#224; la hauteur d'une autre sentence de Kautsky, &#224; savoir que l'Internationale n'est pas une arme utile en temps de guerre, &#233;tant par nature &#034;un instrument de paix&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Kautsky actuel se r&#233;sume, au fond, tout entier dans ces deux aphorismes ; et sa valeur est &#224; peine sup&#233;rieure au z&#233;ro absolu. La conduite de la guerre, voyez-vous, n'est pas en g&#233;n&#233;ral le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat, d'autant que l'Internationale n'a pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour une p&#233;riode de guerre. Le navire de Kautsky a &#233;t&#233; construit pour naviguer sur les &#233;tangs et les baies calmes, pas du tout pour la pleine mer et une &#233;poque agit&#233;e. S'il commence &#224; faire eau et coule maintenant &#224; fond, la faute en revient &#224; la temp&#234;te, &#224; la masse d'eau exc&#233;dentaire, &#224; l'immensit&#233; des vagues et &#224; toute une s&#233;rie d'autres circonstances impr&#233;vues auxquelles Kautsky ne destinait pas son magnifique instrument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat international s'est donn&#233; pour t&#226;che de conqu&#233;rir le pouvoir. Que la guerre civile &#034;en g&#233;n&#233;ral&#034; soit ou non un des attributs indispensables de la r&#233;volution &#034;en g&#233;n&#233;ral&#034;, il n'en reste pas moins incontestable que le mouvement en avant du prol&#233;tariat en Russie, en Allemagne et dans certaines parties de l'ancienne Autriche-Hongrie, a rev&#234;tu la forme d'une guerre civile intense, et ce non seulement sur les fronts int&#233;rieurs, mais sur les fronts ext&#233;rieurs. Si la conduite de la guerre n'est pas le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat, et si l'Internationale ouvri&#232;re n'est bonne que pour les &#233;poques pacifiques, il faut faire une croix sur la r&#233;volution et sur le socialisme, car la conduite de la guerre est un c&#244;t&#233; suffisamment fort du gouvernement capitaliste, qui ne permettra pas aux ouvriers d'arriver au pouvoir sans guerre. Il ne reste plus qu'&#224; consid&#233;rer ce qu'on appelle d&#233;mocratie &#034;socialiste&#034; comme un parasite de la soci&#233;t&#233; capitaliste et du parlementarisme bourgeois, c'est-&#224;-dire &#224; sanctionner ouvertement ce que font en politique les Ebert, les Scheidemann, les Renaudel, et ce contre quoi Kautsky, semble-t-il, s'&#233;l&#232;ve encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conduite de la guerre n'&#233;tait pas le c&#244;t&#233; fort de la Commune. C'est la raison pour laquelle elle a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e - et avec quelle sauvagerie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il faut remonter, &#233;crivait en son temps le lib&#233;ral assez mod&#233;r&#233; Fiaux, aux proscriptions de Sylla, d'Antoine et d'Octave pour trouver pareils assassinats dans l'histoire des nation civilis&#233;es ; les guerres religieuses sous les derniers Valois, la nuit de la Saint-Barth&#233;l&#233;my, l'&#233;poque de la Terreur ne sont en comparaison que des jeux d'enfants. Dans la seule derni&#232;re semaine de mai, on a relev&#233; &#224; Paris 17.000 cadavres de f&#233;d&#233;r&#233;s insurg&#233;s... On tuait encore vers le 15 juin&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La conduite de la guerre n'est pas en g&#233;n&#233;ral le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est faux ! Les ouvriers russes ont montr&#233; qu'ils sont capables de se rendre ma&#238;tres aussi de la &#034;machine de guerre&#034;. Nous voyons ici un gigantesque pas en avant par rapport &#224; la Commune. Nous portons coup sur coup &#224; ses bourreaux. La Commune, nous la vengeons, et nous prenons sa revanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des 168.500 gardes nationaux qui recevaient leur solde, 20 ou 30.000 allaient au combat. Ces chiffres sont une mati&#232;re int&#233;ressante pour les d&#233;ductions qu'on peut en tirer sur le r&#244;le de la d&#233;mocratie formelle en p&#233;riode r&#233;volutionnaire. Le sort de la Commune de Paris ne s'est pas d&#233;cid&#233; dans les &#233;lections, mais dans les combats contre l'arm&#233;e de Thiers. Les 168.500 gardes nationaux repr&#233;sentaient la masse principale des &#233;lecteurs. Mais en fait 20 ou 30.000 hommes, minorit&#233; la plus d&#233;vou&#233;e et la plus combative, ont d&#233;termin&#233; dans les combats les destin&#233;es de la Commune. Cette minorit&#233; n'&#233;tait pas isol&#233;e, elle ne faisait qu'exprimer avec plus de courage et d'abn&#233;gation la volont&#233; de la majorit&#233;. Mais ce n'&#233;tait tout de m&#234;me que la minorit&#233;. Les autres, qui se cach&#232;rent au moment critique, n'&#233;taient pas hostiles &#224; la Commune ; au contraire, ils la soutenaient activement ou passivement, mais ils &#233;taient moins conscients, moins r&#233;solus. Sur l'ar&#232;ne de la d&#233;mocratie politique, leur niveau de conscience plus faible rendit possible la supercherie des aventuriers, des escrocs, des charlatans petits-bourgeois et des honn&#234;tes lourdauds qui se leurraient eux-m&#234;mes. Mais lorsqu'il s'agit d'une guerre de classes d&#233;clar&#233;e, ils suivirent plus ou moins la minorit&#233; d&#233;vou&#233;e. Cette situation trouva encore son expression dans l'organisation de la Garde Nationale. Si l'existence de la Commune s'&#233;tait prolong&#233;e, ces rapports r&#233;ciproques entre l'avant-garde et la masse du prol&#233;tariat se seraient renforc&#233;s de plus en plus. L'organisation qui se serait constitu&#233;e et consolid&#233;e en tant qu'organisation des masses travailleuses dans le processus de la lutte ouverte serait devenue l'organisation de leur dictature, le Soviet des d&#233;put&#233;s du prol&#233;tariat en armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, dans Terrorisme et Communisme (1920)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] P.L. Lavrov, La Commune de Paris du 18 mars 1871, Editions de la librairie Goloss, P&#233;trograd, 1919. Les passages cit&#233;s par Trotsky dans ce chapitre se trouvent pp. 64-65, 71, 77, 225, 143-144, 87, 112, 371, 100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Nous n'avons pas retrouv&#233; la seconde partie de cette citation que Trotsky attribue &#224; Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871, Bruxelles, 1876, p. 106. Les autres passages de cet ouvrage cit&#233;s dans le chapitre ont &#233;t&#233; collationn&#233;s sur l'&#233;dition originale, respectivement pp. 70-71, 107 (citation de Cl&#233;menceau) et 238 (que Trotsky attribue sans doute par erreur &#224; Lavrov).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] D&#233;claration du Comit&#233; Central de la Garde Nationale du 19 mars 1871, publi&#233;e dans le Journal Officiel de la Commune, 20 mars 1871. Nous avons &#233;galement collationn&#233; sur la source originale les citations faites plus loin : s&#233;ances de la Commune du 30 avril et du 1er mai (JO des 3 et 4 mai), JO des 30 mars et 3 avril, JO du 25 avril (d&#233;claration de Jourde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de noter qu'aux &#233;lections communales de 1871 &#224; Paris, 230 000 &#233;lecteurs particip&#232;rent au vote. Aux &#233;lections municipales de novembre 1917 &#224; Petersbourg, en d&#233;pit du boycottage des &#233;lections par tous les partis sauf le n&#244;tre et celui des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, qui n'avait presque aucune influence dans la capitale, 390.000 &#233;lecteurs particip&#232;rent au vote. Paris comptait en 1871 2.000.000 d'habitants. Il faut noter que notre syst&#232;me &#233;lectoral &#233;tait incomparablement plus d&#233;mocratique, le Comit&#233; Central de la Garde Nationale ayant fait les &#233;lections sur la base de la loi &#233;lectorale de l'Empire. (Note de l'auteur)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lettres de Marx/Engels sur la Commune de Paris (1871)</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6450</link>
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		<dc:date>2022-10-02T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>1871</dc:subject>
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		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lettres de Marx/Engels sur la Commune de Paris (1871) &lt;br class='autobr' /&gt;
Lettres de Communards &#224; Marx et Engels : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k53276861.r=Lettres%20sur%22%20Le%20Capital%20%22de%20Karl%20Marx?rk=278971 ;2 &lt;br class='autobr' /&gt; Lettres sur la Commune : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom05.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
Lettres &#224; propos de la Commune : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom12.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres lettres : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettres de Marx/Engels sur la Commune de Paris (1871)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lettres de Communards &#224; Marx et Engels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k53276861.r=Lettres%20sur%22%20Le%20Capital%20%22de%20Karl%20Marx?rk=278971;2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k53276861.r=Lettres%20sur%22%20Le%20Capital%20%22de%20Karl%20Marx?rk=278971;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lettres sur la Commune :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom05.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom05.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettres &#224; propos de la Commune :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom12.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom12.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres lettres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom07.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom07.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom08.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom08.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom08.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom08.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom09.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom09.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom11.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom11.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom13.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom13.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire enfin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom10.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom10.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel est ici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1891/03/fe18910318.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1891/03/fe18910318.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aujourd'hui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le socialisme r&#233;formiste &#171; &#224; la Louis Blanc &#187;, agent de la contre-r&#233;volution</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6477</link>
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		<dc:date>2022-04-09T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>1848</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Louis Blanc, prenant position contre la Commune de Paris de 1871, d&#233;clare &#224; l'Assembl&#233;e nationale qui a rejoint la contre-r&#233;volution de Thiers &#224; Versailles, le 20 mars 1871 : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je ne serais pas &#224; cette tribune, si je reconnaissais une autre volont&#233; que la v&#244;tre. La diff&#233;rence de nos opinions est couverte ici, ce me semble, par la communaut&#233; de nos int&#233;r&#234;ts, et un beau jour, peut &#234;tre, vous comprendrez qu'en combattant votre proposition (le d&#233;part de l'assembl&#233;e &#224; Versailles), je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot160" rel="tag"&gt;1848&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Louis Blanc, prenant position contre la Commune de Paris de 1871, d&#233;clare &#224; l'Assembl&#233;e nationale qui a rejoint la contre-r&#233;volution de Thiers &#224; Versailles, le 20 mars 1871 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne serais pas &#224; cette tribune, si je reconnaissais une autre volont&#233; que la v&#244;tre. La diff&#233;rence de nos opinions est couverte ici, ce me semble, par la communaut&#233; de nos int&#233;r&#234;ts, et un beau jour, peut &#234;tre, vous comprendrez qu'en combattant votre proposition (le d&#233;part de l'assembl&#233;e &#224; Versailles), je combattrais pour notre propre cause. (...) Je pense que la Commune a viol&#233; la l&#233;galit&#233; pour laquelle je suis je r&#233;prouve tes actes de la Commune. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-discours-parlementaires/louis-blanc-10-mars-1871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un autre discours de Louis Blanc contre le d&#233;part de l'Assembl&#233;e de Paris, le 10 mars 1871&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le socialisme r&#233;formiste &#171; &#224; la Louis Blanc &#187;, agent de la contre-r&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Louis Blanc (1811-1882)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journaliste et socialiste r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moin des conditions de vie du prol&#233;tariat, il abandonne d&#233;finitivement ses positions l&#233;gitimistes (royaliste et d&#233;fenseur de l'ordre social) en s'approchant des id&#233;es socialistes. Revenu &#224; Paris, il devient journaliste, collaborant au quotidien Le Bon Sens, journal d'opposition &#224; la Monarchie de Juillet. Puis il collabore tout d'abord avec le quotidien National (journal d&#233;mocrate mod&#233;r&#233;), mais c'est surtout &#224; La R&#233;forme (social-d&#233;mocrate avanc&#233;) qu'il gagne sa notori&#233;t&#233; politique et o&#249; il essaie de gagner la petite et moyenne bourgeoisie &#224; la prise de conscience de sa propre perte au profit de la haute bourgeoisie financi&#232;re dans un sch&#233;ma concurrentiel. Il y d&#233;veloppe l'id&#233;e d'un v&#233;ritable suffrage universel. L'insurrection lyonnaise de 1834 voit l'&#233;crasement du mouvement r&#233;publicain par le gouvernement. Louis Blanc s'associe &#224; cette d&#233;marche et publie des articles en faveur des accus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1839, il fonde la Revue du Progr&#232;s, publiant la m&#234;me ann&#233;e L'Organisation du travail2, dans lequel il pr&#233;sente l'Association comme r&#233;ponse &#224; la question sociale. Il s'y attaque en effet &#224; la concurrence anarchique, pr&#233;conisant un syst&#232;me d'associations &#224; but lucratif contr&#244;l&#233;es par l'&#201;tat d&#233;mocratique la premi&#232;re ann&#233;e seulement. Selon lui, ce syst&#232;me est n&#233;cessaire car la concurrence entre entrepreneurs m&#232;ne in&#233;luctablement au monopole et, parall&#232;lement, &#224; la paup&#233;risation de la collectivit&#233;, tandis que la concurrence sur le march&#233; du travail cr&#233;e une spirale appauvrissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la Revue du Progr&#232;s, Louis Blanc ambitionne d'en faire une tribune ouverte aux diverses tendances de l'opinion r&#233;publicaine, mais il ne parvient pas &#224; avoir une large audience dans les classes populaires. Les doctrines d&#233;fendues par la Revue sont tr&#232;s avanc&#233;es, Louis Blanc d&#233;fendant un syst&#232;me parlementaire d&#233;mocratique (suffrage universel s'exprimant annuellement) et monocam&#233;ral (l'Assembl&#233;e nationale repr&#233;sentant fid&#232;lement la Nation). Il se fonde sur le mode de scrutin proportionnel &#233;labor&#233; par Hare, d&#233;fend la responsabilit&#233; politique de l'Assembl&#233;e qui nomme en son sein les membres de l'ex&#233;cutif, ainsi que le double examen en mati&#232;re l&#233;gislative (double lecture et vote par l'Assembl&#233;e). Globalement, il d&#233;fend dans son &#339;uvre un projet de social-d&#233;mocratie en pr&#233;conisant la r&#233;organisation du travail et le partage &#233;quitable des profits, certes, mais &#233;galement des pertes le cas &#233;ch&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rencontre d'ailleurs Louis Napol&#233;on Bonaparte emprisonn&#233; au fort de Ham et, pensant l'avoir convaincu de la pertinence de ses id&#233;es, va le d&#233;fendre devant la chambre des pairs apr&#232;s sa tentative putschiste de Boulogne en 1840.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis Blanc se fait aussi une r&#233;putation d'historien pamphl&#233;taire en publiant en 1841 L'histoire de dix ans (1830 &#224; 1840), tr&#232;s critique &#224; l'&#233;gard des premi&#232;res ann&#233;es de r&#232;gne de Louis-Philippe et encensant au contraire les R&#233;publicains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1843 il entre au comit&#233; de direction du journal La R&#233;forme aux c&#244;t&#233;s de r&#233;publicains tels que Ledru-Rollin, Lamennais, Sch&#339;lcher ou Cavaignac. Il y d&#233;veloppe ses deux id&#233;es centrales, l'Association et le Suffrage universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication en 1840 de son &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Organisation_du_travail/1847&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Organisation du travail &#187;&lt;/a&gt; le fit conna&#238;tre et le mit au premier rang des th&#233;oriciens socialistes. De plus, Louis Blanc se fit une r&#233;putation d'historien en publiant, en 1841, son &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_dix_ans/Tome_1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Histoire de dix ans &#187;&lt;/a&gt;, l'histoire de la France de 1830 &#224; 1840.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis Blanc critique l'&#233;conomie lib&#233;rale, qui fait du travail une marchandise qu'on cherche &#224; payer le moins cher possible : les salaires ont toujours tendance &#224; baisser jusqu'au minimum vital n&#233;cessaire &#224; l'ouvrier. Le prol&#233;taire est donc accul&#233; &#224; la r&#233;volte pour &#233;viter la mis&#232;re. Ce seul fait condamnerait le syst&#232;me capitaliste. La solution est dans la libre association des travailleurs qui, avec l'aide de l'&#201;tat, formeront des ateliers de production autog&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;forme et Le National esp&#232;rent voir s'ouvrir les cercles du pouvoir jalousement gard&#233;s par le gouvernement Guizot dont la majorit&#233; est confirm&#233;e par les &#233;lections de 1846 gr&#226;ce &#224; un mode de scrutin sp&#233;cifique ; d'o&#249; une propagande accrue pour revendiquer la r&#233;forme &#233;lectorale &#224; travers la Campagne des Banquets. Ces r&#233;unions dans toute la France r&#233;unissent diff&#233;rents courants : Louis Blanc est &#224; la t&#234;te des n&#233;gociateurs radicaux, d&#233;fendant le suffrage universel et la repr&#233;sentation proportionnelle de la Nation par l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les talents d'orateur de Louis Blanc sont c&#233;l&#233;br&#233;s durant le banquet de Dijon o&#249; il d&#233;clare : &#171; Quand les fruits sont pourris, ils n'attendent que le passage du vent pour se d&#233;tacher de l'arbre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne des Banquets prend alors une allure que nombre de ses fondateurs n'a pas pr&#233;vue. Un banquet doit avoir lieu &#224; Paris le 22 f&#233;vrier 1848 mais le gouvernement l'interdit. Sous l'impulsion de Louis Blanc, les membres les plus engag&#233;s se r&#233;unissent n&#233;anmoins, et le banquet se prolonge le jour suivant, renforc&#233; par l'appui de la garde nationale. Guizot d&#233;missionne. Le soir m&#234;me &#233;clate une fusillade devant le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res. Les barricades gagnent toute la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis-Philippe Ier abdique en faveur de son petit-fils, le comte de Paris et part en Normandie. Un gouvernement provisoire compos&#233; de Dupont de l'Eure, Ledru-Rollin, Flocon, Marie, Garnier-Pag&#232;s, Lamartine et Louis Blanc est form&#233;. Cette liste r&#233;sulte d'un compromis avec les membres du journal Le National et de La R&#233;forme. Ils se rendent &#224; l'H&#244;tel de ville et proclament la R&#233;publique souhait&#233;e par les insurg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s le 25 f&#233;vrier 1848, Louis Blanc r&#233;digea une proclamation qui d&#233;finissait le droit au travail, que l'&#201;tat devait assurer, et le droit d'association des travailleurs, que l'&#201;tat devait respecter. Il organisa, le 27 f&#233;vrier, les Ateliers nationaux, qui furent transform&#233;s, malgr&#233; lui, en chantiers de charit&#233; sans int&#233;r&#234;t &#233;conomique. Le 28 f&#233;vrier, il fut nomm&#233; pr&#233;sident d'une commission du gouvernement pour les travailleurs, sorte de Conseil &#233;conomique et social qui d&#233;lib&#233;ra sans rien d&#233;cider. Apr&#232;s l'&#233;meute du 15 mai 1848, Louis Blanc, qui n'y avait pas pris part, fut soup&#231;onn&#233;. Il gagna l'Angleterre, et son exil dura jusqu'en 1870. &#201;lu &#224; son retour &#224; l'Assembl&#233;e nationale, il condamna la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rappelons que Louis Blanc, socialiste petit-bourgeois bien connu, entra au gouvernement fran&#231;ais en 1848 et se rendit aussi tristement c&#233;l&#232;bre en 1871. Louis Blanc se consid&#233;rait comme le chef de la &#171; d&#233;mocratie laborieuse &#187; ou de la &#171; d&#233;mocratie socialiste &#187; (ce dernier mot fut aussi souvent employ&#233; en France en 1848 qu'il l'est dans la litt&#233;rature des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks en 1917), alors qu'il &#233;tait en r&#233;alit&#233; &#224; la remorque de la bourgeoisie et n'&#233;tait qu'un jouet entre ses mains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Le 18 Brumaire &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands &#233;v&#233;nements et personnages historiques se r&#233;p&#232;tent pour ainsi dire deux fois. Il a oubli&#233; d'ajouter : la premi&#232;re fois comme &lt;br class='autobr' /&gt;
trag&#233;die, la seconde fois comme farce Causidi&#232;re pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre, la Montagne de 1848 &#224; 1951 pour la Montagne de 1793 &#224; 1795, le neveu pour l'oncle. Et nous &lt;br class='autobr' /&gt;
constatons la m&#234;me caricature dans les circonstances o&#249; parut la deuxi&#232;me &#233;dition du 18 Brumaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui dans &#171; Le toast de Londres &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel &#233;cueil menace la r&#233;volution de demain ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;cueil o&#249; s'est bris&#233;e celle d'hier : la d&#233;plorable popularit&#233; de bourgeois d&#233;guis&#233;s en tribuns. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ledru-Rollin, Louis Blanc, Cr&#233;mieux, Lamartine, Garnier-Pag&#232;s, Dupont de l'Eure, Flocon, Albert, Arago, Marrast ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Liste fun&#232;bre ! Noms sinistres, &#233;crits en caract&#232;res sanglants sur tous les pav&#233;s de l'Europe d&#233;mocratique. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le gouvernement provisoire qui a tu&#233; la R&#233;volution. C'est sur sa t&#234;te que doit retomber la responsabilit&#233; de tous les d&#233;sastres, le sang de tant de milliers de victimes. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;action n'a fait que son m&#233;tier en &#233;gorgeant la d&#233;mocratie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le crime est aux tra&#238;tres que le peuple confiant avait accept&#233;s pour guides et qui l'ont livr&#233; &#224; la r&#233;action. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mis&#233;rable gouvernement ! Malgr&#233; les cris et les pri&#232;res, il lance l'imp&#244;t des 45 centimes qui soul&#232;ve les campagnes d&#233;sesp&#233;r&#233;es, il maintient les &#233;tats-majors royalistes, la magistrature royaliste, les lois royalistes. Trahison ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1880/00/lafargue_18800000.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;ponse de Lafargue au droit du travail int&#233;gr&#233; au capitalisme de Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170408b.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine montre que le socialisme r&#233;formiste &#224; la Russe ne vaut pas plus cher que Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Louis_Blanc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les &#338;uvres de Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&amp;version=1.2&amp;collapsing=disabled&amp;rk=171674;4&amp;query=%28dc.title%20all%20%22M.%20Louis%20Blanc%22%29%20and%20dc.relation%20all%20%22cb301104287%22#resultat-id-1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise de Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56676270.r=Louis%20blanc%201848?rk=85837;2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de dix ans&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94481q.image&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Etat et la commune&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/dommanget/works/1928/La%20Revolution%20de%201848%20et%20le%20drapeau%20rouge.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire sur la r&#233;volution de 1848&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien apr&#232;s l'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire et contre-r&#233;volutionnaire de 1848, le socialisme r&#233;formiste reste le plat avec sauce &#171; &#224; la Louis Blanc &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5901&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5901&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6101&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1248&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1248&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3392&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3392&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article586&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article586&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://comptoir.org/2014/09/29/louis-blanc-la-faillite-du-socialisme-bourgeois/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Biographie de Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Francis Demier rappelle que, &#171; l'id&#233;e d'une r&#233;volution de classe, d'un sc&#233;nario qui pousserait une avant-garde ouvri&#232;re &#224; s'emparer du pouvoir pour transformer la soci&#233;t&#233; est compl&#232;tement &#233;trang&#232;re &#224; la pens&#233;e de Louis Blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut le lire dans ce texte qui montre &lt;a href=&#034;https://publication-theses.unistra.fr/public/theses_doctorat/2008/CHARRUAUD_Benoit_2008.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comment l'Histoire acad&#233;mique bourgeoise rend hommage &#224; Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'autobiographie d'une participante de la Commune de Paris : &#171; Souvenirs d'une morte vivante &#187;</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6401</link>
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		<dc:date>2022-02-01T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
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		<dc:subject>Femmes women</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'autobiographie d'une participante de la Commune de Paris : &#171; Souvenirs d'une morte vivante &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
(...) &lt;br class='autobr' /&gt;
CHAPITRE XXI &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant l'entr&#233;e des Prussiens &#224; Paris, le peuple avait transport&#233; ses canons sur la butte Montmartre, car il &#233;tait d&#233;cid&#233; &#224; ne pas permettre qu'ils tombassent entre les mains de l'ennemi. Je laisse aux historiens &#224; raconter l'histoire officielle de la Commune, comme je l'ai fait pour le premier si&#232;ge. Je limite mon r&#233;cit &#224; ce qui m'est personnel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 17 mars une grande (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot146" rel="tag"&gt;Femmes women&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'autobiographie d'une participante de la Commune de Paris : &#171; Souvenirs d'une morte vivante &#187; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHAPITRE XXI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant l'entr&#233;e des Prussiens &#224; Paris, le peuple avait transport&#233; ses canons sur la butte Montmartre, car il &#233;tait d&#233;cid&#233; &#224; ne pas permettre qu'ils tombassent entre les mains de l'ennemi. Je laisse aux historiens &#224; raconter l'histoire officielle de la Commune, comme je l'ai fait pour le premier si&#232;ge. Je limite mon r&#233;cit &#224; ce qui m'est personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 mars une grande agitation r&#233;gnait dans Paris, on pressentait un danger, le peuple voulait se tenir sur ses gardes, mais Thiers pr&#233;parait dans l'ombre un coup fourr&#233; ; renard, il pensait qu'au jeu, la premi&#232;re mise a presque toujours l'avantage sur l'adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e de Bordeaux sentait bien que sa place &#233;tait dans la capitale historique, mais elle avait peur des 400 000 fusils rest&#233;s, entre les mains des combattants. Elle savait aussi qu'il fallait payer 5 milliards aux Allemands. O&#249; les prendre, si ce n'est dans la poche du travailleur ? Il fallait absolument taper les Parisiens. Ainsi, d'un c&#244;t&#233; la peur, de l'autre n&#233;cessit&#233; d'argent. Il fallait donc aller au plus press&#233;. D&#233;sarmer Paris ; puis on pourrait lui faire suer son argent pour la ran&#231;on par de nouveaux imp&#244;ts indispensables. On tuerait des citadins,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais qu'importe qu'un sang vil soit vers&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tuer, pioupious, canaille, sotte esp&#232;ce ? Est-ce un p&#233;ch&#233; ?&#8230; Non ! Non !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous leur ferez, Seigneur&lt;br class='autobr' /&gt;
En les tuant beaucoup d'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; sera sauv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan machiav&#233;lique &#233;tait fait, il restait &#224; l'ex&#233;cuter. Comment ? Il aurait fallu du temps, mais les Prussiens voulaient de l'or. Il fallait agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que Thiers pr&#233;parait son attaque clandestine sur les batteries prol&#233;tariennes, le comit&#233; central de la Garde Nationale, en pr&#233;vision d'un coup d'&#201;tat, cherchait &#224; former une f&#233;d&#233;ration des gardes nationaux de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; central n'avait encore que 23 membres, dont les pouvoirs &#233;taient v&#233;rifi&#233;s ; &#224; 1 heure du matin, ils se s&#233;paraient, ne se doutant pas de ce qui se tramait contre Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 4 heures du matin, le 18 mars, le g&#233;n&#233;ral Susbeille s'empara, sans coup f&#233;rir, de la position de Montmartre, un factionnaire tu&#233; reste seul sur le carreau, les autres, cinquante tout au plus, sont faits prisonniers. Les canons pris, point de chevaux pour les emmener. Le temps s'&#233;coule dans l'inaction voulue ; ce n'&#233;tait pas seulement pour les canons qu'on avait fait ce guet-apens, on d&#233;sirait une petite &#233;meute, pour effrayer la Garde Nationale et pouvoir saigner le peuple ; enfin &#224; leur tour quelques gardes nationaux rassembl&#233;s en h&#226;te donnent l'assaut &#224; la butte, s'emparent du g&#233;n&#233;ral Lecomte, et fraternisent avec les troupes ; le g&#233;n&#233;ral Susbeille et sa suite, fuient, laissant aux mains de l'insurrection un otage, qui par la force des choses est devenu fatalement une victime. Le premier coup fut donc port&#233; par Thiers et une sentinelle fut tu&#233;e ; homme pour homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 15 mars, tout &#233;tait pr&#234;t pour d&#233;m&#233;nager &#224; la minute, caisses et archives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers les 10 heures du matin nous entend&#238;mes des marchands de journaux crier dans les rues : &#171; Surprise, Montmartre attaqu&#233;, canons pris, la Garde Nationale fraternise avec l'arm&#233;e, les soldats mettent la crosse en l'air, le g&#233;n&#233;ral Lecomte est prisonnier ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mari et moi nous all&#226;mes pour savoir ce qu'il y avait de vrai dans ces racontars. Le faubourg St-Germain semblait si &#233;loign&#233; de la vie active des autres faubourgs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pass&#226;mes sur la Place de l'H&#244;tel de Ville, o&#249; il y avait une grande animation. Les vendeurs de journaux avaient dit vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; central au complet &#233;tait r&#233;uni &#224; l'H&#244;tel de Ville. Ils &#233;taient tous, trop heureux, le soleil s'&#233;tait mis de la partie une journ&#233;e splendide. Le Paris qui voulait son affranchissement semblait respirer une atmosph&#232;re plus salutaire, nous pensions en effet qu'une &#232;re nouvelle allait s'ouvrir. Mais il ne suffit pas d'avoir triomph&#233;, il faut savoir garder le terrain conquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple et le comit&#233; central ne pensaient m&#234;me pas &#224; prendre des mesures n&#233;cessaires pour continuer leur victoire et assurer son succ&#232;s. Il &#233;tait 2 heures environ, lorsque nous &#233;tions &#224; la place de l'H&#244;tel de Ville, tout le monde avait l'air en f&#234;te, et ce pauvre Paris qui a toujours besoin de clinquant, nous donnait le spectacle d'un magnifique d&#233;fil&#233; militaire de la ligne, des gendarmes allant &#224; Versailles, qui, avec des caisses, des malles, des paquets sur leurs &#233;paules, emportant avec eux argent et archives ; et qui plus est, tous ces gaillards allaient renforcer les bataillons des Thiers &amp; Cie, lesquels en r&#233;alit&#233; &#233;taient en d&#233;sarroi, en ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit que le peuple est m&#233;chant et cruel, moi je dis qu'il est b&#234;te, c'est toujours le pauvre oiseau qui se laisse plumer, et cette fois vraiment, il le fit b&#234;tement, stupidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les citoyens &#233;taient si na&#239;fs qu'ils croyaient sinc&#232;rement faire &#339;uvre de gloire en se hissant sur l'imp&#233;riale des omnibus, lan&#231;ant des programmes en profusion, en faveur du mouvement communaliste. Car il ne faut pas s'y tromper, ce que le peuple r&#233;clamait alors c'&#233;tait ses franchises municipales ; il pensait qu'ayant son libre arbitre, sans autorit&#233; gouvernementale, il arriverait &#224; une transformation sociale ; les plus avanc&#233;s esp&#233;raient se f&#233;d&#233;rer dans un temps plus ou moins proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois encore ce brillant d&#233;fil&#233; ; quelques pauvres diables de lignards se retournaient, attrapaient au vol ces morceaux de papier insignifiants, quelques-uns avaient eu l'id&#233;e d'entonner un couplet de la Marseillaise, lorsque des officiers se mirent &#224; crier : &#171; Sacr&#233; nom de D&#8230;, marcherez-vous esp&#232;ce de brutes ! &#187; La foule se contenta de rire et de siffler les galonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e du 18 mars, si belle &#224; son aurore &#233;tait vaincue d'ores et d&#233;j&#224; au d&#233;clin du jour. L'insucc&#232;s de la r&#233;volution est tout entier dans cette journ&#233;e qui promettait tant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si au premier moment d'effervescence on avait ferm&#233; les portes de la capitale et emp&#234;ch&#233; de d&#233;valiser Archives et Monnaie et fait bonne justice de ces gens-l&#224;, je ne dis pas en les tuant, mais en les faisant simplement prisonniers, jusqu'&#224; ce que la force morale e&#251;t vaincu la force brutale, Thiers n'aurait pas eu le temps de tromper l'opinion publique de la Province par ses mensonges et ses corruptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis assez longtemps il avait pr&#233;par&#233; des professionnels, agents de police, gendarmes transform&#233;s en mobiles, voire m&#234;me gardes nationaux, pour le coup de main pr&#233;m&#233;dit&#233;. Il &#233;tait d&#233;cid&#233; &#224; tout plut&#244;t qu'&#224; maintenir la R&#233;publique. Il esp&#233;rait &#233;tablir sur le tr&#244;ne un prince d'Orl&#233;ans, au risque de travailler plus tard &#224; le renverser, son r&#244;le principal en tout temps ayant &#233;t&#233; de faire et de d&#233;faire les gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses agents et autres soudoy&#233;s par Versailles, se seraient rendus &#224; merci, car dans le fond ce ne sont que des mercenaires, ils auraient accept&#233; d'&#234;tre avec le ma&#238;tre qui les aurait pay&#233;s, ils n'avaient pas d'opinion en propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 mars dans l'apr&#232;s midi nous e&#251;mes la visite d'un compagnon d'armes de mon mari, le Garibaldien duquel j'ai d&#233;j&#224; parl&#233;. Il nous dit qu'on fait un appel &#224; tous les corps francs qui sont de retour &#224; Paris et aux soldats de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, qui n'ont pu &#234;tre r&#233;incorpor&#233;s dans leur r&#233;giment respectif, pour former un bataillon pour la d&#233;fense de la R&#233;publique. Il demanda &#224; mon mari et &#224; moi, de la part de quelques compagnons de combats si nous voulions faire partie de leur bataillon en formation, on nous faisait demander si nous consentirions &#224; tenir le mess des officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions un peu h&#233;sitants, mon mari m'engagea de dire oui. Il pensait que cela serait mieux que de rester avec nos tristes souvenirs, dans l'inactivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons accept&#233;. Nous f&#238;mes de l'ordre dans notre maison et trois jours apr&#232;s, nous &#233;tions install&#233;s &#224; la Caserne Nationale, maintenant caserne de la R&#233;publique, &#224; l'angle de la rue de Rivoli et de la place, pr&#232;s de l'H&#244;tel de Ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vie nouvelle commen&#231;ait pour nous, l&#224; nous avions une chambre &#224; nous, une magnifique cuisine, une grande salle &#224; manger et une petite cuisine pour le service du personnel, la salle &#233;tait tr&#232;s propre, il y avait une grande table au milieu, recouverte d'une toile cir&#233;e blanche, des tabourets paill&#233;s, un dressoir, une sorte de comptoir, une grande glace pendue au mur, sur une console, un buste de la R&#233;publique (en pl&#226;tre), lequel &#233;tait coiff&#233; d'un bonnet phrygien et entour&#233; de drapeaux rouges. C'&#233;tait tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions alors comme chefs le commandant Naze et les capitaines Martin, Letoux et plusieurs autres officiers et sous-officiers. On m'adjoignit un cuisinier et deux gar&#231;ons de service, dont un se nommait Adrien Brouiller. Je m'occupais du service g&#233;n&#233;ral, mon mari s'occupait aussi de la surveillance des gar&#231;ons ; tout allait assez bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, je demandai au commandant Naze si l'on voulait m'autoriser &#224; tenir table ouverte deux heures par jour, &#224; 9 heures du matin pour donner &#224; manger aux pauvres diables qui avaient faim (il n'en manquait pas dans Paris dans ces moments-l&#224;.) Ayant &#233;t&#233; autoris&#233;e, je donnais une bonne assiett&#233;e de soupe &#224; chacun, une tranche de b&#339;uf, des l&#233;gumes, du pain &#224; discr&#233;tion et un demi-verre de vin. Nous acceptions hommes, femmes et enfants, par groupes de six ; lorsque chaque groupe avait fini, six autres individus entraient. Je ne demandais pas d'o&#249; ils venaient, ni qui ils &#233;taient ; s'ils avaient faim, cela me suffisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu d&#233;filer des types de bien diff&#233;rentes conditions. J'&#233;tais heureuse d'avoir pu calmer pour quelques instants la faim de ces malheureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre bataillon n'&#233;tait encore ni organis&#233;, ni habill&#233;, ni &#233;quip&#233;, ni arm&#233; ; parmi nous il y avait des zouaves, des spahis, des turcos ; j'avais dans mon service un n&#232;gre, il &#233;tait tr&#232;s bon gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'en disent les mal intentionn&#233;s, chez nous je n'ai jamais vu un homme ivre, dans notre salle et dans notre service tout le monde s'est conduit dignement et respectueusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mars, le comit&#233; central, fid&#232;le &#224; ses engagements, d&#233;posa entre les mains du peuple son mandat, ayant fini son r&#244;le. Le peuple &#233;tait sorti de la l&#233;galit&#233; pour rentrer dans la r&#233;volution ; c'&#233;tait son droit, et ce droit lui &#233;tait contest&#233; par la presse officieuse, qui accusait l'H&#244;tel de Ville, de l'assassinat des deux g&#233;n&#233;raux, quoiqu'il n'y f&#251;t pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse soudoy&#233;e rendait aussi le comit&#233; central responsable de l'affaire de la rue de la Paix. Elle &#233;tait pay&#233;e sans doute pour faire &#233;chouer les &#233;lections, et continua sa campagne diffamatoire, mais le coup a manqu&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 200 000 bulletins affirm&#232;rent les pouvoirs de la Commune ; ils n'avaient pas usurp&#233; les pouvoirs comme l'avaient dit les Thiers, J. Favre &amp; Cie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le suffrage universel avait l&#233;galis&#233; le drapeau rouge de l'&#233;meute. Les membres de la municipalit&#233; parisienne allaient si&#233;ger pour la premi&#232;re fois depuis 1793.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois nous avions la Commune !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la population donnait la bienvenue &#224; la r&#233;volution. Apr&#232;s tant de d&#233;faites, de mis&#232;res et de deuils, il y eut une d&#233;tente, tous &#233;taient joyeux. Toutes les maisons &#233;taient orn&#233;es de drapeaux rouges et de drapeaux tricolores. Sur la place, devant l'H&#244;tel de Ville, canons, mitrailleuses couch&#233;s sur leurs aff&#251;ts reluisaient au soleil. Au front des bataillons de marche, comme aux fen&#234;tres, les drapeaux rouges flottaient et se m&#234;laient aux drapeaux tricolores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'H&#244;tel de Ville, une estrade avait &#233;t&#233; dress&#233;e pour les membres de la Commune, au milieu de la foule endimanch&#233;e qui les acclamait, les bataillons d&#233;filaient, descendant musique en t&#234;te. Au premier rang, les &#233;lus des arrondissements, conduits &#224; l'H&#244;tel de Ville par les &#233;lecteurs f&#233;d&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette f&#234;te &#233;tait magnifique, grandiose. Nous e&#251;mes quelques heures d'&#233;motion ; &#224; la t&#234;te des bataillons au repos, des cantini&#232;res en costumes diff&#233;rents, s'accoudent aux mitrailleuses, la foule est compacte, silencieuse, recueillie devant l'estrade, autel de la Patrie, adoss&#233; au temple de la r&#233;volution ! Trois coups de canon tir&#233;s &#224; blanc retentissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le silence se fait. Un membre de la Commune proclame les noms des &#233;lus du peuple, un cri s'&#233;l&#232;ve, unanime :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive la Commune !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tambours battent au champ, la Marseillaise, le Chant du d&#233;part retentissent. Les drapeaux viennent se ranger autour de l'estrade communale, la voix grave et sonore du canon r&#233;p&#233;t&#233;e par les &#233;chos annon&#231;ait aux quatre coins de Paris la grande nouvelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune est proclam&#233;e !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, abandonn&#233; par ses repr&#233;sentants, livr&#233; &#224; lui-m&#234;me avait le droit de constituer un conseil communal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune n'a jamais eu l'intention de gouverner la France, elle &#233;tait une n&#233;cessit&#233; du moment, elle fut &#233;lue librement, elle voulait Paris libre dans la France libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle voulait affirmer la R&#233;publique et par elle arriver &#224; une am&#233;lioration, non pas sociale, (une minorit&#233; seulement pensait ainsi) mais gouvernementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin elle voulait une R&#233;publique plus &#233;quitable, plus humaine. La Commune s'occupera de ce qui est local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;partements, de ce qui est r&#233;gional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement, de ce qui est national, celui-ci ne pourra plus &#234;tre que le mandataire et le gardien de la R&#233;publique, qui aurait probablement sauv&#233; la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes du 4 septembre ne l'ont pas voulu, ils ont pr&#233;f&#233;r&#233; s'imposer au pays. Qu'ont-ils fait ? Ils ont mieux aim&#233; sacrifier la nation que d'accepter franchement la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes de la Commune, inconnus la veille, seraient devenus les r&#233;dempteurs du lendemain s'ils avaient pu r&#233;aliser leur id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie reproche &#224; la Commune, qu'il y avait parmi eux des hommes tar&#233;s. En manquait-il parmi les hommes du 4 septembre ? Avaient-ils tous la conscience pure ? Ces Messieurs se permettent bien de juger le peuple sans le conna&#238;tre. Nous qui les connaissons, les ayant vus &#224; l'&#339;uvre, nous avons le m&#234;me droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit le jugement de nos contemporains, les hommes de la d&#233;fense nationale, dont M. Thiers &#233;tait le chef supr&#234;me auront au front la tache sanglante d'avoir laiss&#233; l'ennemi &#233;craser la France. Pour se venger d'un tel affront, r&#233;sultat de leur maladresse et de leur incapacit&#233;, ces hommes se ru&#232;rent comme des b&#234;tes fauves sur les Parisiens, qui voulaient sauver l'honneur de la France outrag&#233;e. Car ce n'est pas seulement &#224; la Commune que Versailles a fait la guerre ; c'est &#224; Paris !&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt;Apr&#232;s cinq mois de si&#232;ge, de famine et une honteuse capitulation, avec les dettes &#224; payer, les ateliers encore ferm&#233;s et pas de travaux d'aucun genre, le peuple acceptait encore de prolonger sa mis&#232;re ; il ne voulait pas faiblir devant l'ennemi, c'&#233;tait le mot d'ordre ; la Prusse nous regarde, elle est &#224; nos portes ; soyons sages ! Et il le fut, trop m&#234;me, car quelques folies qu'il e&#251;t pu faire, il n'aurait jamais &#233;gal&#233; ce qu'&#224; fait le gouvernement dont M. Thiers &#233;tait le chef et qui supprima d'abord les 1 fr. 50 de la Garde Nationale, seule ressource de ces pauvres diables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne pouvait encore le satisfaire ; il avait besoin d'une tuerie, de faire une saign&#233;e &#224; ce Paris qu'il d&#233;testait tant ! Il la fit na&#238;tre, l'affaire des Buttes Montmartre. Il ne fut pas encore satisfait ; plus la pers&#233;v&#233;rance et le courage du peuple se maintenait, plus sa haine et sa f&#233;rocit&#233; s'augmentaient dans des proportions effrayantes. On tuait pour tuer, femmes, enfants, vieillards, bourgeois paisibles et indiff&#233;rents, le premier passant venu, tout y passait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHAPITRE XXII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 3 avril, sans avertissement, sans sommations l&#233;gales, &#224; 1 heure de l'apr&#232;s-midi les Versaillais ouvraient le feu et jetaient des obus dans Paris. 6 &#224; 700 cavaliers, le g&#233;n&#233;ral Gallifet en t&#234;te, appuyaient le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les f&#233;d&#233;r&#233;s surpris n'&#233;taient pas en nombre, cependant ils ripost&#232;rent ; les Versaillais, les croyant plus nombreux, prirent la fuite, abandonnant sur la route canons et officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris personne ne croyait &#224; une attaque, depuis f&#233;vrier on n'avait plus entendu le son du canon, depuis le 28 mars on semblait vivre avec plus de s&#233;curit&#233;, dans une atmosph&#232;re de confiance et d'espoir ; la surprise fut donc grande, d'entendre la voix du canon. On croyait &#224; un malentendu ou &#224; un anniversaire historique quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'on vit les voitures d'ambulances, quand le mot courut : Le si&#232;ge recommence, il n'y avait plus &#224; douter. Un m&#234;me cri part de tous les quartiers : Aux barricades, on tra&#238;ne des canons dans la direction de la porte Maillot et des Ternes, &#224; 3 heures 50 000 hommes criaient : &#224; Versailles, un grand nombre de femmes voulaient marcher en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; coup une mitraille des plus nourrie assaille les f&#233;d&#233;r&#233;s, ils criaient &#224; la trahison ; une panique affreuse s'en suivit. Ils avaient esp&#233;r&#233; que le Mont Val&#233;rien ne tirerait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande partie des f&#233;d&#233;r&#233;s fuient &#224; travers champ et regagnent Paris. Le 91me seulement et quelques d&#233;bris, 12 000 hommes environ gagnent Rueil, peu apr&#232;s Flourens arrive par la porte d'Asni&#232;res avec 1 000 hommes &#224; peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Versaillais surpris par cette sortie n'entrent en ligne que vers les 10 heures du soir. 10 000 hommes furent envoy&#233;s dans la direction de Bougival. Des batteries plac&#233;es sur le c&#244;t&#233; de Jonch&#232;re, Rueil, deux brigades de cavalerie &#224; droite, celle de Gallifet ; &#224; gauche, vers l'aile droite l'avant garde parisienne, une poign&#233;e d'hommes firent r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flourens fut surpris dans Rueil. Las et d&#233;courag&#233;, il se coucha sur la berge et s'endormit. Cipriani, le premier d&#233;couvert veut se d&#233;fendre, il est assomm&#233;. Flourens reconnu &#224; une d&#233;p&#234;che trouv&#233;e sur lui, est conduit sur les bords de la Seine, o&#249; il se tient debout, t&#234;te nue, les bras crois&#233;s. Un capitaine de Gendarmerie, Desmarets, se dressant sur les &#233;triers, lui fend le cr&#226;ne d'un coup de sabre, si furieux, qu'il lui fit deux &#233;paulettes, dit un gendarme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cipriani, encore vivant, fut jet&#233; avec le mort dans un petit tombereau de fumier et roul&#233; &#224; Versailles[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'extr&#234;me gauche Duval avait pass&#233; la nuit du 2 avril avec 6 ou 7 000 hommes. Le 3, vers 7 heures, il forme une colonne d'&#233;lite, s'avance jusqu'au petit Bic&#234;tre, disperse les avant-postes du g&#233;n&#233;ral du Barail ; il envoie un officier en reconnaissance, lequel annonce que les chemins sont libres, les f&#233;d&#233;r&#233;s avancent sans crainte pr&#232;s du hameau, mais ils se croient d&#233;j&#224; cern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les envoy&#233;s de Duval prient, menacent ; ils ne peuvent obtenir ni renforts, ni munitions, un officier ordonne la retraite. Duval abandonn&#233; est assailli par la brigade Derroja.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4, &#224; 5 heures le plateau et les villages voisins sont envelopp&#233;s par la brigade Derroja et la division Pell&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Rendez-vous, vous aurez la vie sauve ! Les f&#233;d&#233;r&#233;s se rendent. Aussit&#244;t les Versaillais saisirent les soldats qui combattaient dans les rangs f&#233;d&#233;r&#233;s et les fusillent, les autres sont emmen&#233;s &#224; Versailles, leurs officiers, t&#234;te nue, marchent en t&#234;te du convoi au petit Bic&#234;tre, la colonne rencontre Vinoy :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Y a-t-il un chef ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Moi, dit Duval qui sort des rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre s'avance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suis le chef d'&#233;tat-major de Duval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant des volontaires de Montrouge vint se mettre &#224; c&#244;t&#233; d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous &#234;tes d'affreuses canailles, dit Vinoy, se tournant vers ces officiers : qu'on les fusille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duval et ses camarades d&#233;daignent de r&#233;pondre, franchissent le foss&#233;, viennent s'adosser contre un mur, se serrent la main, crient : &#171; Vive la Commune ! &#187; Ils meurent pour elle. Un cavalier arrache les bottes de Duval &#233;tal&#233;s prom&#232;ne comme un troph&#233;e[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral qui appelle les combattants parisiens des bandits, qui donne l'exemple de trois assassinats, n'est autre que le chenapan du Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'est plus &#233;difiant dans cette guerre civile, que les porte-drapeaux des honn&#234;tes gens. Leur bande accourut dans l'avenue de Paris pour recevoir les prisonniers de Ch&#226;tillon, fonctionnaires, &#233;l&#233;gantes filles du monde, demi-mondaines et les filles publiques ; vinrent frapper les captifs des poings, des cannes, des ombrelles, arrachant k&#233;pis et couvertures, criant : &#171; L'assassin &#224; la guillotine ! &#187; Parmi les assassins marchaient &#201;lys&#233;e Reclus pris avec Duval. Ils furent jet&#233;s dans les hangards de Satory et de-l&#224;, dirig&#233;s sur Brest en vagon &#224; bestiaux[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous appr&#238;mes ce qui s'&#233;tait pass&#233; dans la journ&#233;e et dans la nuit du 3 au 4, nous &#233;tions tr&#232;s surexcit&#233;s, tous voulaient marcher au combat, malheureusement nous n'&#233;tions pas encore en &#233;tat de d&#233;fense, cependant le commandant Naze voyait l'impatience de ses soldats commanda : &#171; Ceux d'entre vous qui sont &#224; peu pr&#232;s &#233;quip&#233;s, qu'ils sortent des rangs, alors je vous compterai et j'irai &#224; l'H&#244;tel de Ville demander des fusils. Une trentaine se propos&#232;rent pour aller en reconnaissance. Le commandant obtint assez de fusils et nos amis partirent, ils all&#232;rent ainsi jusqu'&#224; Neuilly. Ils arriv&#232;rent au moment d'une d&#233;route, la panique qui s'&#233;tait produite &#233;tait terrible ; tous voulurent se servir de leurs fusils, &#224; l'H&#244;tel de Ville on avait trouv&#233; que des fusils &#224; pierre (de vieux calibre), ils voulurent faire marcher la d&#233;tente, elle ne fonctionnait pas tant les fusils &#233;taient rouill&#233;s. Ils furent oblig&#233;s de revenir, mais cette fois ils &#233;taient furieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre bataillon n'&#233;tait encore qu'en formation, malheureusement dans cette ann&#233;e de malheur, tout conspirait &#224; ne r&#233;ussir en rien et &#224; faire &#233;chouer l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune, confiante en son r&#244;le, n'avait pas l'air de prendre au s&#233;rieux l'attaque des Versaillais. Elle perdait un temps pr&#233;cieux en vains discours, en paroles inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation militaire &#233;tait absolument d&#233;fectueuse, pas d'ordre dans les administrations, on ne savait jamais &#224; qui s'adresser, on ne pouvait rien obtenir en son temps, tout cela paralysait le mouvement ; la patience des plus braves et des plus d&#233;vou&#233;s &#224; la cause s'usait en pure perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224; le bataillon entier protesta, ils &#233;taient tous furieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de courage et d'&#233;nergie perdus en cette terrible et d&#233;sastreuse ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous nos volontaires &#233;taient impatients, ils voulaient partir dans la nuit, co&#251;te que co&#251;te. Ils dirent au commandant Naze : &#171; Si &#224; 10 heures du soir nous ne sommes pas en &#233;tat de combattre, nous irons ensemble faire tapage &#224; l'H&#244;tel de Ville ; on &#233;gorge nos fr&#232;res, ils sont pris dans un guet-apens sans m&#234;me pouvoir se d&#233;fendre ; on doit aller &#224; leur secours, car Flourens n'a pas &#233;t&#233; tu&#233; en combattant, il a &#233;t&#233; assassin&#233;, Duval et ses amis &#233;galement ont &#233;t&#233; assassin&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mettez bas les armes disaient les Versaillais, il ne vous sera rien fait. &#187; Puis on les postait le long d'un mur, ils &#233;taient fusill&#233;s sans jugement ; la vie de ces hommes &#233;tait entre les mains de la premi&#232;re brute venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps l&#224;, on p&#233;rorait au comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Allons-nous &#234;tre aussi l&#226;ches que les hommes de la d&#233;fense nationale ? Disaient nos volontaires. Maintenant nous ne combattons pas seulement pour le territoire, mais pour sauver la R&#233;publique, nous voulons la France libre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre commandant alla &#224; l'H&#244;tel de Ville. N'ayant pas pr&#233;vu qu'ils auraient &#224; se d&#233;fendre les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Commune &#233;taient dans l'impuissance de satisfaire &#224; tous les besoins imm&#233;diats. De tous c&#244;t&#233;s l'H&#244;tel de Ville &#233;tait envahi par des hommes qui r&#233;clamaient des armes n&#233;cessaires au combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le 7, nous nous m&#238;mes en marche du c&#244;t&#233; de Neuilly o&#249; une lutte violente se livrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Versaillais &#233;taient &#224; quelques pas des fortifications, tout semblait si calme qu'on ne s'en serait pas dout&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soir&#233;e nous pr&#238;mes nos positions dans le contre-fort des remparts, nos officiers nous recommand&#232;rent le silence absolu, disant que l'ennemi nous guettait et qu'il fallait nous pr&#233;parer &#224; combattre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions install&#233;s tant bien que mal ; nos volontaires attendaient l'arme au pied avec courage le signal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais pr&#233;par&#233; tout ce qui est n&#233;cessaire en pareille circonstances pour nos bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit &#233;tait sombre, il avait plu l&#233;g&#232;rement dans la soir&#233;e, le ciel avait un aspect assez &#233;trange, tout semblait myst&#233;rieux autour de nous ; dans ce silence de mort on apercevait &#224; l'horizon des lueurs d'incendie, on aurait entendu le froissement le plus l&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par maladresse un de nos amis, sans le vouloir, fit partir son fusil, ce fut le signal de la lutte, d'une lutte sauvage, il nous tomba une gr&#234;le de balles la fum&#233;e de la poudre nous aveuglait, les obus labouraient la terre. Tous furent courageux, le combat dura assez longtemps, nous allions &#224; la mort avec conviction profonde du devoir accompli. Oh ! comme on est fort quand on a la foi, la conviction, la conscience heureuse et la gait&#233; au c&#339;ur. Nous vengions notre ch&#232;re France, outrag&#233;e et vendue, nous donnions notre sang, notre vie pour la libert&#233; ; &#224; chaque &#233;tape sanglante nous criions : Vive la R&#233;publique ! Nous n'ignorions pas qu'on voulait &#233;craser Paris pour tuer la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux heures de lutte le feu cessa, au loin nous aper&#231;&#251;mes des flammes s'&#233;levant graduellement et avec une plus grande imp&#233;tuosit&#233; ; dans ce lieu presque d&#233;sert, la nuit cela avait une grandeur sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pluie avait cess&#233;, les nuages avaient disparu, les &#233;tincelles se projetaient dans le ciel &#233;toil&#233;. C'&#233;tait la porte de Neuilly qui br&#251;lait, &#224; 3 heures du matin elle &#233;tait d&#233;mantel&#233;e, il ne restait plus debout qu'un pan de mur, se soutenant &#224; peine ; la flamme &#233;tait si intense, &#233;clairant l'espace d'un cercle lumineux, ce qui nous permit de voir, non &#224; la lueur des flambeaux, mais aux reflets de l'incendie, nos d&#233;sastres, et quel d&#233;sastre, nos bless&#233;s et nos morts. Cette lumi&#232;re fantastique se projetait sur les remparts, d'o&#249; l'on voyait nos silhouettes s'agiter sans cesse comme dans un tableau magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous attendions le jour avec impatience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; nos malheurs nous avions toujours un mot heureux pour soutenir notre courage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous occupions de nos bless&#233;s et de nos morts que nous f&#238;mes transporter &#224; la mairie de Neuilly, laquelle &#233;tait transform&#233;e en ambulance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le devoir accompli vint le jour ; nous pr&#238;mes quelque nourriture, nous f&#238;mes du caf&#233; pour nous r&#233;chauffer, car quoi qu'on en ait dit, il n'y avait que peu de buveurs au bataillon. J'avais du cognac que ce qu'il me fallait pour ranimer nos bless&#233;s et nos mourants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin dans l'apr&#232;s-midi, nous pr&#238;mes un peu de repos, autour de nous tout semblait calme, nous nous couch&#226;mes sur la terre pour y dormir. Moi-m&#234;me je m'y suis install&#233;e tant bien que mal, un camarade me pr&#234;ta son sac pour oreiller, pour m'&#233;lever la t&#234;te et un autre me couvrit de sa couverture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais si fatigu&#233;e que je m'endormis profond&#233;ment. Les sentinelles montaient leur faction sur le rempart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine Letoux demanda des hommes de bonne volont&#233; pour aller en reconnaissance ; une quinzaine d'entre eux voulurent l'accompagner. Ils explor&#232;rent les environs imm&#233;diats, mais ne firent aucune d&#233;couverte. Les autres, &#224; leur tour, veillaient les endormis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouveau une canonnade bien nourrie &#233;clata soudain et vint nous assaillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon sommeil je ressentis une violente secousse semblable &#224; un tremblement de terre. Tous mes amis me cri&#232;rent : &#171; Ne vous relevez pas ou vous &#234;tes morte. &#187; Sans me rendre compte de ce qu'on me disait, &#224; demi endormie, je me soul&#232;ve l&#233;g&#232;rement, instantan&#233;ment je suis recouverte de terre, je ressens une forte vibration partout le corps, mes amis me croyant tu&#233;e, arrivent en h&#226;te pour me relever ; je n'&#233;tais qu'&#233;vanouie. Un trou immense &#233;tait creus&#233; &#224; mes pieds ; l'obus &#233;tait entr&#233; en terre &#224; quelques m&#232;tres ; ce qui me pr&#233;serva de la mort, l'obus avait &#233;clat&#233; trop pr&#232;s de moi, les &#233;clats se sont projet&#233;s de tous c&#244;t&#233;s, et comme par miracle, personne ne fut atteint, je fus &#233;pargn&#233;e. Quand je fus revenue &#224; moi, mes compagnons m'entour&#232;rent, inquiets ; je les rassurai ; l&#224;, je vis toute l'affection de fr&#232;res qu'ils avaient pour moi ; cela me rendait heureuse. Ces chers amis avaient tous, sans exception, le plus profond respect, je les en aimai davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le repos fini, nous nous occup&#226;mes de nos bless&#233;s. Apr&#232;s, nous pr&#238;mes une l&#233;g&#232;re collation. Nous m&#238;mes notre couvert sur un tapis vert aux places o&#249; l'herbe commen&#231;ait &#224; pousser. Notre service de table se composait : d'une gamelle, d'une cuill&#232;re et d'une fourchette jumelle, d'un couteau et d'un gobelet, le tout achet&#233; au bazar &#224; treize sous, rue de Rivoli. Quand tout fut fini, nous part&#238;mes pour la caserne, en chantant, quoique nous eussions la mort dans l'&#226;me, nous pensions &#224; nos pauvres amis que nous laissions sur ce sol labour&#233; par des obus versaillais. &#171; Si nous mourons, disions-nous, mieux vaut mourir en chantant. &#187; Nous narguions la mort qui n'avait pas voulu de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous quitt&#226;mes les tranch&#233;es, il faisait nuit. Nous arriv&#226;mes &#224; une passerelle qu'on avait jet&#233;e sur le foss&#233; des fortifications, mais lorsque nous f&#251;mes engag&#233;s sur cette passerelle, elle cassa et un grand nombre d'entre nous (et moi parmi eux) tomb&#232;rent dans le foss&#233; ; plusieurs furent bless&#233;s l&#233;g&#232;rement, un officier eut trois c&#244;tes enfonc&#233;es en tombant sur les fusils des camarades ; il ne faisait pas clair, il &#233;tait difficile de se tirer de l&#224; ; enfin on alluma des fanaux et encore une fois nous d&#251;mes nous extriquer, personne ne fut gravement atteint, moi j'eus le bonheur de tomber un des derniers, je ne me fis aucun mal. C'est ainsi que nous rentr&#226;mes &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Lissagaray. Histoire de la R&#233;volution de 1871. Page 182.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Vinoy &#233;crivit : Les insurg&#233;s jettent leurs armes et se rendent &#224; discr&#233;tion. Le nomm&#233; Duval est tu&#233; dans l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Histoire de la R&#233;volution de 1871 par Lissagaray. Page 184.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHAPITRE XXIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; la caserne, o&#249; nous ne sommes rest&#233;s que quelques jours pour nous r&#233;organiser, les d&#233;fenseurs de la R&#233;publique &#233;taient impatients ; ils voulaient repartir au plus vite pour les remparts, car les nouvelles &#233;taient toujours tristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Versaillais, fiers de leurs exploits, faisaient publier par voie d'affiches cette notice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons bombard&#233; tout un quartier de Paris. Force restera &#224; la loi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sign&#233; : Thiers, J. Favre &amp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces r&#233;cits excitaient les esprits, chacun voulait repartir imm&#233;diatement. Enfin sur la demande du commandant Naze, le 25 &#224; minuit, nous re&#231;&#251;mes l'ordre de partir pour le champs de Mars, de l&#224; nous devions &#234;tre dirig&#233;s sur un point quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous promit qu'on nous donnerait des chassepots et des munitions en quantit&#233; suffisante, que rien ne nous manquerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous part&#238;mes, non sans quelque confusion, plusieurs d'entre nous t&#226;chaient d'effrayer les faibles et de r&#233;pandre la panique ; aussi y en avait-il qui h&#233;sitaient. Naze s'en aper&#231;ut : &#171; Citoyens, leur dit-il, si quelques-uns parmi vous n'ont pas le courage de la t&#226;che que nous allons entreprendre, qu'ils se retirent des rangs, il vaut mieux avoir 10 convaincus que 20 h&#233;sitants. Nous agirons envers ceux qui ne veulent pas nous suivre comme il sera jug&#233; utile, pour la cause que nous avons le devoir de d&#233;fendre. &#187; Personne n'osa reculer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Colonel, tous nous irons si vous nous accompagnez !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous accompagnerai !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naze n'&#233;tait pas un traitre comme plusieurs l'ont pr&#233;tendu, il &#233;tait doux de caract&#232;re, assez joli gar&#231;on, poseur, pas tr&#232;s brave, mais il &#233;tait honn&#234;te et bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant alla de nouveau &#224; l'H&#244;tel de Ville ; nous attendions, montre en main, son retour. Dix heures et demie du soir, personne encore, on commen&#231;ait &#224; s'impatienter ; enfin il arriva triomphant avec un ordre de d&#233;part pour minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant Naze fut nomm&#233; colonel ce soir-l&#224;. Le capitaine Martin fut nomm&#233; commandant. Les capitaines et les officiers, sous-officiers Berjaud, Lantara, Sebire, Letoux, Napier, M&#233;nard, Derigny, les sergents-majors Fabre, Laurent, etc., furent mis en possession de leur compagnie respective. Il y avait un vrai remue-m&#233;nage dans la caserne ; malgr&#233; leur enthousiasme &#224; l'id&#233;e de partir, les grad&#233;s avaient peine &#224; coudre et &#224; faire coudre &#224; leur k&#233;pi et sur leurs manches leurs galons. Le colonel Naze me demanda si je voulais lui coudre ses galons, qu'il m'en serait bien reconnaissant, ce que je fis en h&#226;te, car le temps &#233;tait court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui n'avaient rien &#224; coudre s'impatientaient, ils disaient : Partons ; on pourra coudre ces insignes un autre jour, ce n'est pas indispensable pour se battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#224; minuit ils &#233;taient tous pr&#234;ts, on fit l'appel et ils se mirent en rangs ; mais il nous manquait encore beaucoup de choses au moment du d&#233;part, quelques membres de la Commune vinrent nous remettre notre drapeau, sur lequel &#233;tait inscrit en lettres dor&#233;es : &#171; D&#233;fenseurs de la R&#233;publique &#187; Ils nous firent un petit discours de circonstance et nous part&#238;mes. Le colonel et le commandant me pri&#232;rent de les accompagner, tout le bataillon t&#233;moigna le m&#234;me d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mari, gravement bless&#233; par une immense marmite pleine d'eau bouillante qui lui &#233;tait tomb&#233;e sur les pieds, ce qui l'avait oblig&#233; de garder le lit assez longtemps, s'&#233;tait lev&#233;, mais il ne pouvait encore supporter la marche, il resta &#224; la caserne avec ses employ&#233;s, il me conseilla d'accompagner le bataillon. Je partis donc avec eux ; de la caserne on nous dirigea au Champ de Mars, dans les baraquements o&#249; nous allions &#234;tre organis&#233;s par section. Dans la matin&#233;e nous devions recevoir ce qui nous manquait, ensuite partir pour un point strat&#233;gique qu'on nous indiquerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps nous paraissait long, &#224; midi nous nous m&#238;mes &#224; manger et &#224; nous compter. &#192; deux heures nous n'avions encore rien vu, ni rien re&#231;u, chaque instant d'attente nous paraissait un si&#232;cle. Enfin sur les deux heures et demie je vis appara&#238;tre notre n&#232;gre, qui conduisait Mot d'ordre, notre cheval par la bride, lequel m'apportait &#224; moi particuli&#232;rement diff&#233;rentes choses pour me couvrir que m'envoyait mon mari. Il nous annon&#231;ait aussi qu'une voiture pleine de couvertures et de diff&#233;rents articles de campement allait &#234;tre distribu&#233;e dans quelques instants ; &#224; l'&#233;conomat on nous pr&#233;parait une voiture de vivres, apr&#232;s toutes ces tergiversations, au d&#233;clin du jour, nous avons re&#231;u nos couvertures et nos objets de campement, mais nous n'avions pas encore d'armes en suffisante quantit&#233;. L&#224; j'eus une surprise, on m'avait fait faire une magnifique capote en drap bleu clair, avec des galons dor&#233;s, on aimait les choses artistiques dans notre bataillon, cette capote avait surtout le m&#233;rite pour moi, de bien m'abriter contre le froid, j'&#233;tais heureuse des bonnes intentions que mes amis ont eu pour moi ; pour la derni&#232;re fois j'aurai l'occasion de parler du c&#244;t&#233; d&#233;coratif de notre bataillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fenseurs de la R&#233;publique avaient des tuniques bleu clair, un pantalon large de m&#234;me couleur avec molleti&#232;res, mais moins large que ceux des Zouaves, les officiers avaient des tuniques avec revers &#224; la Robespierre sabre au c&#244;t&#233; et k&#233;pi rouge avec galons dor&#233;s, trois, quatre ou cinq selon le grade. Le costume ne manquait pas d'&#233;l&#233;gance et il &#233;tait pratique. Moi, j'avais le costume de drap fin, bleu clair, jupe courte, &#224; mi-jambe, (car on ne peut aller au combat avec des jupes longues, c'est absolument impossible, on ne pourrait pas se mouvoir), corsage ajust&#233; avec revers &#224; la Robespierre, un chapeau mou tyrolien et une &#233;charpe rouge en soie, avec franges dor&#233;es en sautoir, un brassard de la convention des ambulances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suivais mes amis, je leur donnais mes soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En marche tous &#233;taient joyeux ; nous arriv&#226;mes au Champ de Mars, on nous installa dans les baraquements o&#249; nous devions recevoir tout ce qui nous &#233;tait n&#233;cessaire. Cette journ&#233;e du 26 fut longue, quoique le temps fut magnifique, on ne voulait pas rester dans l'inaction ; d'heures en heures nous attendions ce qu'on nous avait promis, enfin dans la soir&#233;e nous v&#238;mes appara&#238;tre des fourgons qui nous apportaient les choses promises, on nous en fit la distribution ; (il y avait une telle confusion &#224; l'H&#244;tel de Ville qu'il &#233;tait difficile d'obtenir en bloc les choses n&#233;cessaires.) Les chassepots manquaient encore, nos hommes &#233;taient furieux, ils ne voulaient pas marcher au combat, avec des fusils &#224; tabati&#232;re, ils savaient par exp&#233;rience ce qu'ils valaient, ces fusils, plusieurs des n&#244;tres avaient &#233;t&#233; bless&#233;s. C'&#233;taient des fusils de rebut, rouill&#233;s, fonctionnant mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin dans l'apr&#232;s-midi, nous re&#231;&#251;mes une certaine quantit&#233; de chassepots, mais pas assez pour tout le monde. Le 27 &#224; 3 heures du matin, nous re&#231;&#251;mes l'ordre de nous diriger sur Issy, o&#249; nous devions prendre nos positions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous quitt&#226;mes le Champ de Mars avec plaisir, tous &#233;taient joyeux et entonn&#232;rent le Chant du d&#233;part pour soutenir la marche. Ils &#233;taient heureux, esp&#233;rant faire payer aux Versaillais de tout acabit les souffrances du si&#232;ge de Paris et de toutes les hontes de la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant pr&#232;s de la porte, dite de Versailles, on nous fit faire halte pour nous reconna&#238;tre, nous rest&#226;mes environ 40 minutes, il y eut un moment de d&#233;sordre, beaucoup se souvenaient de leurs souffrances, de leur manque de nourriture pendant la campagne contre les Prussiens, ils ne voulaient pas franchir les remparts sans avoir les armes n&#233;cessaires pour combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant Martin les encouragea en leur promettant que d&#232;s leur arriv&#233;e &#224; Issy ils auraient ce qu'il leur faudrait[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonel Naze avait &#233;t&#233; oblig&#233; de rester &#224; Paris pour parfaire l'organisation et faire exp&#233;dier tout ce qui nous manquait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calme r&#233;tabli, on abaissa le pont levis ; le d&#233;fil&#233; passa triste et silencieux, la nuit &#233;tait sombre, on ne pouvait rien distinguer autour de soi, on entendait au loin le bruit du canon r&#233;sonnant &#224; nos oreilles, on sentait que la lutte serait terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'entendis le bruissement des cha&#238;nes du pont levis, lorsqu'il s'abaissa, un serrement de c&#339;ur oppressa ma poitrine ; il me semblait que nous entrions dans un immense tombeau. Lorsque nous f&#251;mes s&#233;par&#233;s de la grande cit&#233;, on entendait de &#231;a et de l&#224; le bruit sourd de quelques coups de fusils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pressentais que beaucoup d'entre nous ne franchiraient plus ce pont, dont l'&#233;cho sinistre retentissait en mon c&#339;ur comme un glas fun&#232;bre ; &#224; peine si nous avions march&#233; un quart d'heure lorsque nous entend&#238;mes une fusillade des plus nourries. Tout le monde se ranima, la tristesse qui planait un moment sur les esprits disparut compl&#232;tement, pour faire place &#224; l'enthousiasme, on ne pensait m&#234;me plus &#224; la d&#233;fectuosit&#233; de l'armement. &#171; Nous allons donc venger nos fr&#232;res qui ont d&#233;j&#224; succomb&#233;, &#187; s'&#233;crient-ils tous ensemble !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chemin faisant nous rencontr&#226;mes quatre individus &#224; l'air suspect qui se dirigeaient du c&#244;t&#233; de Paris, un de nos capitaines leur demanda &#224; quel bataillon ils appartenaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous sommes neutres, r&#233;pondirent-ils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Si vous &#234;tes neutres, pourquoi vous dirigez-vous de ce c&#244;t&#233; et ne restez-vous pas en s&#251;ret&#233; ? O&#249; demeurez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne voulurent pas r&#233;pondre &#224; cette question. Ils furent arr&#234;t&#233;s, on supposa que c'&#233;taient des espions. Quelques heures plus tard, ils furent mis en libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arriv&#226;mes &#224; la rue d'Issy cribl&#233;e d'obus, nous pr&#238;mes place au grand s&#233;minaire. Il pouvait &#234;tre 3 heures et demie de l'apr&#232;s-midi, nos vivres n'&#233;taient pas encore arriv&#233;s et nous avions faim. D&#232;s que nous f&#251;mes &#224; peu pr&#232;s install&#233;s, quelques-uns d'entre nous se mirent en route pour acheter quelque chose pour manger, car nous n'avions rien pris avant de quitter Paris ; il fut difficile de se procurer quelque nourriture, les habitants du village nous &#233;taient hostiles ; m&#234;me avec de l'argent, on ne pouvait rien se procurer, quelques-uns cependant avaient trouv&#233; des denr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sergent Laurent et deux autres &#233;taient all&#233;s cueillir quelques feuilles d'oseille pour faire une soupe ; d&#232;s leur retour ils se mirent en devoir de la pr&#233;parer. Au moment o&#249; on allait la manger, un obus &#233;clate et renverse la marmite, le repas fut achev&#233; avant d'avoir commenc&#233;. Le 30, &#224; 10 heures nous re&#231;&#251;mes l'ordre d'aller au feu. Joyeusement, gamelles et le reste furent abandonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Cluseret devait distribuer des cartouches &#224; la tranch&#233;e, o&#249; il &#233;tait en observation aux abords du parc d'Issy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait pas de temps &#224; perdre, la lutte s'annon&#231;ait terrible, on conseilla tout d'abord de ne pas trop s'avancer, disant qu'il vaudrait mieux choisir une habitation rapproch&#233;e, d'o&#249; l'on pourrait tirer ; on trouva que le petit s&#233;minaire serait propice et nous y entr&#226;mes, mais la position &#233;tait mauvaise, elle aurait fait perdre trop de munitions, l'id&#233;e fut abandonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonel Naze et quelques chefs de l'&#233;tat-major, choisirent une propri&#233;t&#233; sur la droite comme camp d'observation. Naze donna l'ordre d'aller en avant. Le commandant Martin se mit carr&#233;ment &#224; la t&#234;te de ses hommes, il &#233;tait sublime d'&#233;lan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais partir avec eux, mais on m'emp&#234;cha de franchir la barricade du Parc, toute d&#233;sol&#233;e, je me rapprochai du colonel et du capitaine Letoux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Dans quelques instants vous nous serez n&#233;cessaire, ne vous exposez pas inutilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine sommes-nous arriv&#233;s qu'on nous annonce que cinq des n&#244;tres sont tu&#233;s, parmi lesquels trois sergents. Voici ce qui s'&#233;tait pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fenseurs de la R&#233;publique avaient re&#231;u l'ordre d'aller fouiller le Parc qui avait &#233;t&#233; abandonn&#233; depuis la veille par un bataillon de la Garde Nationale et &#233;tait en ce moment, au pouvoir de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fusillade indiquait qu'on attaquait le Parc sur la gauche et la barricade qui gardait la grand'rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant Naze lan&#231;ait sa 1re, 2me, 3me compagnies et gardait la 4me en r&#233;serve, en la pla&#231;ant &#224; l'extr&#234;me droite, laquelle &#233;tait appuy&#233;e par un d&#233;tachement du 234me et du 67me bataillon de la Garde Nationale ; les deux compagnies s'&#233;lanc&#232;rent, t&#234;te baiss&#233;e, dans le Parc et reprirent les positions perdues la veille, sur la barricade fut arbor&#233; le drapeau des d&#233;fenseurs de la R&#233;publique, d&#233;j&#224; perc&#233; par deux balles, il y resta jusqu'&#224; la fin du combat, en le pla&#231;ant, deux officiers furent tu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re compagnie, sous les ordres du lieutenant Lantara, se dirigeait, par ordre du colonel Naze du c&#244;t&#233; du fort d'Issy, et en prenait possession ; le fort semblait abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lantara re&#231;ut un parlementaire qui lui ordonnait de rendre le fort dans les 15 minutes, ou qu'il serait pass&#233; par les armes. Quoiqu'il ne rest&#226;t que 23 hommes pour le d&#233;fendre, le lieutenant ne tint pas compte de cet ordre de reddition, l'ennemi fut repouss&#233; sur toute la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sommation de rendre le fort, le commandant Martin avait r&#233;pondu aux Versaillais : &#171; Nous ferons plut&#244;t sauter le fort que de le rendre aux royalistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette reprise du fort et du Parc d'Issy, il y a eu des actes de bravoure et d'h&#233;ro&#239;sme ex&#233;cut&#233;s par notre bataillon. Le lieutenant Berjaud, plusieurs fois sous une gr&#234;le de mitraille, est all&#233; chercher des munitions pour ses hommes qui en manquaient. Sebire, nomm&#233; capitaine sur le champ de bataille, ainsi que le capitaine Marseille ont, avec une grande &#233;nergie, d&#233;fendu le drapeau qui a &#233;t&#233; &#224; nouveau perc&#233; de trois balles. Le capitaine adjudant major Martin, commandant du fort d'Issy, les capitaines Letoux, Napied se sont particuli&#232;rement distingu&#233;s, ainsi que M&#233;nard, sous-lieutenant et Devrigny, qui ont montr&#233; un grand sang froid et un grand courage. Le sergent Laurent de la premi&#232;re compagnie qui a &#233;t&#233; tu&#233;, fut mis &#224; l'ordre du jour. Fabre, bless&#233; mortellement, &#233;galement. Ces deux derniers &#233;taient les bons amis qui, le matin, tout joyeux, &#233;taient revenus de la cueillette d'oseille pour la soupe qu'ils avaient faite avec tant de plaisir, et qui ne fut mang&#233;e par personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux bons gar&#231;ons sont morts dans l'ardeur du combat, ils sont morts heureux. Le sergent de la 2me compagnie fut aussi gri&#232;vement bless&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 4 heures on sonna la retraite. Le drapeau des ambulances fut hiss&#233; ; ordre fut donn&#233; de cesser le feu ; en h&#226;te je m'approche de la tranch&#233;e, j'eus un moment de terrible angoisse et de rage. Tous ces pauvres enfants, qui le matin &#233;taient encore si gais, remplis d'enthousiasme et d'amour pour la libert&#233;, ont donn&#233; si g&#233;n&#233;reusement leur vie pour sauver la R&#233;publique, esp&#233;rant encore sauver la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous relev&#226;mes nos bless&#233;s et nos morts sous les balles ennemies. Quoique le drapeau de la Croix-Rouge fut lev&#233;, les Versaillais tiraient toujours isol&#233;ment, plus d'une fois il fallut nous coucher en tenant dans nos bras notre pr&#233;cieux fardeau, pour le garantir d'&#234;tre tu&#233; une seconde fois. (Ces malheureux avaient beaucoup de courage pour tuer leurs fr&#232;res, ils avaient &#233;t&#233; chauff&#233;s &#224; blanc, on leur avait dit tant de mal et de mensonges de ces pauvres Parisiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Versaillais n'&#233;taient pas nombreux &#224; la prise du Fort, mais ils se d&#233;ployaient en tirailleurs, ce qui &#233;tait un grand avantage sur les n&#244;tres, qui combattaient en ligne, k&#233;pi rouge sur la t&#234;te, point de mire &#224; une distance aussi rapproch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte avait &#233;t&#233; terrible, trois fois notre drapeau tomba, la troisi&#232;me fois il se releva et cette troisi&#232;me fois il fut vainqueur. Les Versaillais abandonn&#232;rent le terrain et fuyaient de toute part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous all&#226;mes au ch&#226;teau, quel horrible tableau nous avions sous les yeux, &#233;tendus p&#234;le-m&#234;le, les morts et les bless&#233;s avaient &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;s dans les chambres au rez-de-chauss&#233;e, il y avait des n&#244;tres, des gardes nationaux, des Vengeurs. Cela faisait mal &#224; voir, au milieu de cette tuerie nous &#233;tions trois femmes, la cantini&#232;re des Vengeurs et une de la Garde Nationale, laquelle fut gri&#232;vement bless&#233;e. Ces deux vaillantes citoyennes ont bien m&#233;rit&#233; de l'humanit&#233;, elles eurent un grand courage et furent admirables de d&#233;vouement. Moi, j'&#233;tais la troisi&#232;me, le hasard m'a &#233;pargn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons puis&#233; des forces nouvelles pour soutenir et aider nos malheureux amis, pour les transporter, et d'abord leur faire le premier pansement avant de les d&#233;poser dans les voitures d'ambulances ou sur des civi&#232;res[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement tout nous manquait, nous n'avions pas de bandes pour les pansements, nous &#233;tions oblig&#233;es de faire boire ces malheureux dans de petites bo&#238;tes &#224; cartouches. Malgr&#233; tout, ces mutil&#233;s ne prof&#233;raient pas une plainte, pas un regret ; ils souffraient, mais ils avaient l'air contents d'avoir repris le fort ; heureux de donner leur vie pour fonder une soci&#233;t&#233; plus juste et plus &#233;quitable. Pour nous tous, R&#233;publique &#233;tait un mot magique qui allait faire accomplir de grandes et bonnes choses pour le bonheur de l'humanit&#233;. Vainqueurs d'un jour, ils entrevoyaient l'aurore nouvelle qui allait se lever sur la France pour le bonheur de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revenant de l'ambulance nous trouvons enfin dans la rue notre fourgon qui &#233;tait abandonn&#233;, il contenait toutes les choses promises, il &#233;tait arriv&#233; dans l'apr&#232;s midi. Au grand s&#233;minaire o&#249; se tenait l'&#233;tat-major on n'avait pu remiser la voiture parce qu'il y avait des marches &#224; monter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant remarqu&#233; la bienveillance des moines du petit s&#233;minaire, le commandant Martin et un capitaine sont all&#233;s demander la permission de faire entrer la voiture dans la cour, un moine de service, n'avait pas l'air d'y consentir, &#171; Parce que, disait-il, le fourgon est lourd, cela ab&#238;mera les pav&#233;s. &#187; Le capitaine Letoux demanda &#224; voir le directeur, qui vint ; le capitaine fit sa requ&#234;te, le directeur &#233;tait un peu h&#233;sitant, cependant, apr&#232;s avoir fait ses recommandations, il accepta. Notre voiture fut remis&#233;e dans une cour couverte, elle &#233;tait en s&#251;ret&#233; et nous sort&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle ne fut pas ma surprise de trouver ma m&#232;re, qui me cherchait dans la rue d'Issy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais, maman, que venez-vous faire ici ? vous ne pouvez pas rester, lui dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'&#233;tais inqui&#232;te et ton mari aussi, on dit des choses terribles &#224; Paris sur ce qui se passe ici, je voulais savoir la v&#233;rit&#233; et s'il n'&#233;tait pas arriv&#233; quelque malheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous voyez que tout va bien, lui r&#233;pondis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne voulais pas lui raconter tout ce qui s'&#233;tait pass&#233; naturellement, mais je lui conseillai de ne pas rester, sachant que la porte des remparts se fermerait &#224; 7 heures et qu'apr&#232;s on ne passerait plus qu'avec un laisser-passer. La porte d'Issy &#233;tant close, elle ne pourrait plus repartir. Elle vint avec moi au petit s&#233;minaire, je lui fis prendre un peu de nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224;, il y avait un grand tumulte, le g&#233;n&#233;ral en chef Cluseret venait de donner ordre de se h&#226;ter et de se mettre en ligne, les Versaillais recommen&#231;aient l'attaque, mais on refusa de lui ob&#233;ir pour deux raisons, la premi&#232;re, qu'il avait trop expos&#233; ses hommes dans la journ&#233;e, ce n'&#233;tait pas un combat qu'ils avaient eu &#224; subir, mais un vrai massacre. La seconde, c'est qu'ils refusaient ob&#233;issance &#224; un g&#233;n&#233;ral qui se pr&#233;sentait en civil ; il &#233;tait v&#234;tu d'un habillement gris fonc&#233; et d'un chapeau mou ; &#224; cette objection, il ouvrit son v&#234;tement, fit voir son &#233;charpe et sa carte de g&#233;n&#233;ral. Il lui fut r&#233;pondu que tous ici &#233;taient &#224; d&#233;couvert, que la vie des hommes &#233;tait tout aussi sacr&#233;e que celle de leurs chefs, qu'un g&#233;n&#233;ral en chef devait &#234;tre dans les m&#234;mes conditions qu'eux. On avait assez eu &#224; se plaindre dans cette triste journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Cluseret quitta Issy, il fut remplac&#233; par le g&#233;n&#233;ral La C&#233;cilia. En r&#233;alit&#233;, nous n'avions pas de g&#233;n&#233;raux au moment de la reprise des hostilit&#233;s. L'un &#233;tait parti, l'autre n'&#233;tait pas encore arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sonna le clairon, tous les fragments de bataillons se r&#233;unissaient, les n&#244;tres avaient maintenant ce qui leur fallait pour &#234;tre en &#233;tat de d&#233;fense. Nous &#233;tions tous en rang dans la rue ; ma m&#232;re n'ayant pas voulu partir, s'&#233;tait faufil&#233;e pr&#232;s de moi, elle ne voulait pas me quitter, mais &#224; l'inspection, un officier s'aper&#231;ut de sa pr&#233;sence, l'obligea de sortir des rangs, je la suivis, le capitaine Letoux et notre commandant la conduisirent d'autorit&#233; &#224; l'ambulance o&#249; &#233;taient nos bless&#233;s, ils la recommand&#232;rent. Ils voulurent que les religieuses r&#233;pondissent de sa vie, le cas &#233;ch&#233;ant ; nous nous embrass&#226;mes et je repartis rejoindre les n&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre bataillon ayant &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;prouv&#233; dans la journ&#233;e nos amis avaient &#233;t&#233; mis en r&#233;serve ; les survivants qui avaient pris part au combat, n'all&#232;rent pas au feu ce soir-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes retourn&#233;s au petit s&#233;minaire, cette fois nous y avons &#233;t&#233; tr&#232;s bien re&#231;us, l'&#233;tat-major &#233;tait revenu l&#224;, j'&#233;tais toujours avec eux. Nous pr&#233;par&#226;mes le souper, on nous permit de manger dans le r&#233;fectoire, les p&#232;res nous avaient pr&#234;t&#233; la vaisselle n&#233;cessaire pour notre d&#238;ner, ils nous avaient m&#234;me pr&#233;par&#233; des lits pour nous reposer si nous le d&#233;sirions, pour moi, ils m'offrirent pour dormir, une petite chambre au rez-de-chauss&#233;e, tr&#232;s propre, que j'ai accept&#233;e avec plaisir, car j'&#233;tais bien sale, j'avais grand besoin de faire ma toilette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit leur opinion, ils ont &#233;t&#233; bienveillants pour nous ; malheureusement, nous n'avons pas pu profiter de leur offre. Lorsque nous &#233;tions en train de manger, nous re&#231;&#251;mes une d&#233;charge bien nourrie, toutes les vitres se bris&#232;rent avec un fracas terrible, nous &#233;tions bombard&#233;s presqu'&#224; bout portant, le s&#233;minaire tremblait sur sa base, c'&#233;tait effrayant, les moines &#233;taient &#233;pouvant&#233;s ; deux heures durant, nous avons &#233;t&#233; assaillis de toute part. Les Versaillais avaient eu connaissance de notre pr&#233;sence au petit s&#233;minaire, ils n'&#233;pargn&#232;rent pas le couvent esp&#233;rant nous atteindre. Nous pensions avoir &#233;t&#233; trahis. Il &#233;tait environ 11 heures du soir lorsque nous descend&#238;mes dans le jardin, presque tous les murs &#233;taient &#233;branl&#233;s, cribl&#233;s par les obus. Nous avions d&#233;j&#224; bien des morts, soudain une d&#233;charge &#233;pouvantable vint nous assaillir, cette fois nous pensions que c'en &#233;tait fait de nous. Nous all&#226;mes voir au dehors, il y avait une terrible panique, dans la rue c'&#233;tait un sauve qui peut, les balles atteignaient les soldats qui fuyaient, puis tout &#224; coup, le calme se fit. &#192; trois nous en profit&#226;mes pour aller jusqu'&#224; l'asile, voir nos bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait alors minuit. Nous frapp&#226;mes &#224; la porte de l'asile, on nous ouvrit avec assez de difficult&#233; ; enfin nous entr&#226;mes, dans une grande salle il y avait des lits sur lesquels nos bless&#233;s gisaient, plusieurs avaient d&#233;j&#224; succomb&#233;, d'autres avaient des mouvements &#233;tranges, un autre avait re&#231;u une balle entre les deux yeux, il n'avait pas repris connaissance, tout son corps &#233;tait inerte, il avait la t&#234;te toute envelopp&#233;e de ouate, ses yeux seuls semblaient vivre, ils faisaient un mouvement continuel, c'&#233;tait p&#233;nible &#224; voir ; ils &#233;taient tous horriblement bless&#233;s ; ceux qui avaient leur connaissance paraissaient heureux de nous voir, mais ils savaient qu'ils &#233;taient perdus, malgr&#233; cela ils n'&#233;taient pas tristes, ils acceptaient sto&#239;quement la fin de leur existence, ils consid&#233;raient que c'&#233;tait un sacrifice naturel, offert &#224; la libert&#233;. Nous &#233;tions vraiment plus tristes qu'eux. Lorsque nous les quitt&#226;mes, ils nous serr&#232;rent la main bien affectueusement, je leur dis au revoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, pas au-revoir, c'est adieu qu'il faut dire, il y a encore loin d'ici au lever du soleil. Alors nous aurons cess&#233; de vivre, nous mourons avec confiance dans l'avenir, nous mourons heureux ! Rappelez-vous, petite s&#339;ur que les balles m&#226;ch&#233;es ne pardonnent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Dans la matin&#233;e nous reviendrons, leur dis-je, puis nous les quitt&#226;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais voir ma m&#232;re, mais une religieuse me fit comprendre qu'elle se reposait, qu'il valait mieux la laisser tranquille jusqu'au matin, que je pouvais &#234;tre sans inqui&#233;tude, qu'elle &#233;tait tr&#232;s bien. Nous sommes donc partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retourn&#226;mes au petit s&#233;minaire. Dans le village tout &#233;tait calme. Nous p&#251;mes constater tous les d&#233;g&#226;ts produits par les obus versaillais, le s&#233;minaire n'avait point &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pass&#226;mes le reste de la nuit &#224; mettre de l'ordre dans nos affaires, nous allions aux nouvelles, nous appr&#238;mes que la d&#233;fense avait faibli, cependant le fort tenait bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'aurore nous re&#231;&#251;mes l'ordre d'&#233;tablir un campement dans la grand'rue d'Issy pour prot&#233;ger la retraite, le cas &#233;ch&#233;ant, et pr&#233;server l'entr&#233;e de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral La C&#233;cilia venait d'arriver, le colonel Lisbonne avec ses Lascars prit notre place au s&#233;minaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la matin&#233;e du 1er mai, nous sommes all&#233;s avec le capitaine Letoux et le sergent Louvel &#224; l'ambulance pour voir nos camarades. En arrivant on nous apprit que pas un seul n'avait surv&#233;cu, ils &#233;taient tous morts dans la nuit. Nous all&#226;mes dans la salle, tous ces pauvres amis semblaient dormir. Quelle sinistre vision ! Vivrais-je cent ans que je ne pourrais oublier cette effroyable h&#233;catombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons eu 72 hommes hors de combat, ils &#233;taient tous morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin nous quitt&#226;mes l'ambulance, le c&#339;ur navr&#233;. Ma m&#232;re revint avec nous, elle s'&#233;tait beaucoup ennuy&#233;e cette nuit-l&#224;. Des obus avaient aussi atteint l'asile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le milieu du jour mon mari vint nous voir &#224; Issy, o&#249; il est rest&#233; quelques heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 et le 3 mai l'occupation ne m'a pas manqu&#233;. Je soignais les bless&#233;s isol&#233;s, de pauvres gardes nationaux atteints dans la fuite, abandonn&#233;s au bord d'un talus ou d'un foss&#233;. Dans ces conditions, j'ai trouv&#233; un pauvre garde national qui avait eu la force de se tra&#238;ner depuis le parc jusqu'&#224; un chemin isol&#233;, pas tr&#232;s &#233;loign&#233; des fortifications, retenant avec ses mains sa m&#226;choire qui avait &#233;t&#233; bris&#233;e par un &#233;clat d'obus et qui tombait sur le haut de sa poitrine. Il &#233;tait affreux de voir cet homme dans un tel &#233;tat, ne pouvant parler, tandis que d'une main il tenait son menton, il eut le courage d'&#233;crire de l'autre main son adresse, pour qu'on le conduis&#238;t chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais rien pour le bander, je parvins &#224; d&#233;chirer en morceaux mon mouchoir avec lequel je fis une bande, je lui ai relev&#233; la partie inf&#233;rieure de la m&#226;choire, je la lui ai band&#233;e fortement et je l'ai couch&#233; sur le bord du chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au village o&#249; je suis retourn&#233;e, je retrouvai mon mari qui n'&#233;tait pas encore parti, il attela Mot d'ordre (notre cheval) et nous retourn&#226;mes chercher notre bless&#233;. Mon mari voulut bien le conduire &#224; sa famille ; tous trois dans la voiture, mon mari, ma m&#232;re et le bless&#233; retourn&#232;rent &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 mai dans la matin&#233;e, nous quitt&#226;mes Issy pour retourner &#224; Paris. Lorsque nous d&#233;fil&#226;mes, notre drapeau en t&#234;te, perc&#233; par plusieurs balles et entour&#233; d'un cr&#234;pe noir en signe de deuil, notre tristesse enthousiasma la foule, dans les rues, sur les boulevards et particuli&#232;rement dans la rue de Rivoli, on nous jeta des fleurs et des branches de feuillage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette manifestation &#233;tait vraiment imposante, grandiose, je sentais en mon c&#339;ur vibrer la grande &#226;me de Paris ; cette sensation sublime qui p&#233;n&#232;tre et vous transporte comme un r&#234;ve sur les ailes d'un avenir meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris fut grand pendant la guerre, il fut h&#233;ro&#239;que dans sa d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant &#224; la caserne on nous pr&#233;senta les armes. Nous comptions 72 morts, le vide &#233;tait grand. Nous parl&#226;mes beaucoup du courage des absents, lesquels ne reviendront jamais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cadavres de nos morts seront l'humus qui enrichira notre ample domaine, et nos neveux r&#233;colteront le fruit de nos sacrifices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain nous devions les enterrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Le commandant Martin &#233;tait un homme actif, plein de courage et d'&#233;nergie. Il &#233;tait tr&#232;s aim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 La plupart d'entre eux furent atteints par des balles m&#226;ch&#233;es pour ma part j'en ai extrait quatre, elles avaient p&#233;n&#233;tr&#233; dans les chairs ; on ne pouvait d&#233;tacher l'&#233;toffe ni de la balle, ni de la plaie ; la fi&#232;vre se propageait rapidement et le bless&#233; mourait vite. Les balles m&#226;ch&#233;es sont presque toujours mortelles. Lorsque nos bless&#233;s furent d&#233;pos&#233;s dans les voitures nous les conduis&#238;mes &#224; l'ambulance d'Issy (asile des vieillards) dirig&#233;e par des religieuses, nous les laiss&#226;mes et nous leur prom&#238;mes de venir les voir dans la soir&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHAPITRE XXIV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rest&#226;mes quelques jours au repos, puis le 10 ou le 12 mai le commandant Martin et la compagnie re&#231;urent l'ordre d'aller occuper la Muette ; lorsque nous arriv&#226;mes au Ch&#226;teau, les religieuses et les pensionnaires &#233;taient partis. Il y avait un d&#233;sordre horrible dans la cour ; j'ignore dans quel &#233;tat &#233;tait l'int&#233;rieur, car je n'y suis pas entr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rest&#226;mes deux heures seulement au ch&#226;teau de la Muette. Nous f&#251;mes remplac&#233;s par le colonel Lisbonne et ses lascars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous re&#231;&#251;mes l'ordre d'aller occuper Passy. On installa l'&#233;tat-major &#224; l'&#233;cole communale, et nos hommes dans les maisons environnantes, j'ai toujours suivi l'&#233;tat-major. Nous pensions rester l&#224; jusqu'&#224; notre triomphe ou notre perte ; pour cette raison, mon mari vint nous rejoindre et se fixer &#224; Passy avec ses employ&#233;s. Il boitait encore, mais il pouvait s'occuper du service de la victuaille, moi j'allais aux remparts avec les amis, chaque jour nous avions des morts et des bless&#233;s &#224; relever, nous avions notre ambulance dans la rue de l'Eglise, je crois, car il peut se faire que je me trompe ou que le nom de la rue soit chang&#233; depuis ce temps-l&#224;. Notre service pour les bless&#233;s aux tranch&#233;es &#233;tait un peu d&#233;fectueux, &#224; force de perdre des n&#244;tres, il manquait de personnel. Un certain jour le combat fut terrible, deux d'entre eux des soldats aguerris devinrent fous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dans ces jours-l&#224; accompli des tours de force, dont je ne me serais jamais cru capable ; l'excitation nerveuse pouss&#233;e au supr&#234;me degr&#233; transforme l'&#234;tre ; soutenues par une id&#233;e, les forces se multiplient extraordinairement. Manquant de voiture d'ambulance, notre commandant avait r&#233;quisitionn&#233; deux omnibus, j'avais peu d'aides, j'ai pu seule tra&#238;ner un pauvre bless&#233;, un homme grand et fort, le tenant avec force sous les bras, le monter en arri&#232;re avec peine il est vrai, car je craignais d'augmenter sa souffrance, je parvins &#224; le hisser et le faire entrer dans le v&#233;hicule, je l'installai sur la paille et je lui mis un oreiller sous la t&#234;te ; il me remercia par un doux sourire. C'&#233;tait tout ce qu'il pouvait faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'un ambulancier &#233;tait all&#233; &#224; un autre bless&#233;, je pr&#233;parai une place pour le recevoir, puis nous les conduis&#238;mes &#224; l'ambulance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois dire que je suis petite de taille, plut&#244;t faible. Chose surprenante, toute ma vie j'ai &#233;t&#233; timide et souvent malade, ne sortant presque jamais, mais pendant huit mois de lutte, expos&#233;e &#224; toutes les mis&#232;res, aux intemp&#233;ries, manquant de n&#233;cessaire, jamais je ne me suis aussi bien port&#233;e que pendant cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 et 21 mai 1871. Tous nos morts avaient &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;s au parvis de Notre-Dame. Ceux de notre bataillon qui &#233;taient d&#233;c&#233;d&#233;s dans l'ambulance de Passy, avaient &#233;t&#233; dirig&#233;s sur Paris. Il y avait, je crois, ce jour-l&#224;, 17 corbillards &#224; la file. Nous retrouv&#226;mes dans la salle qui servait d'amphith&#233;&#226;tre, cinq des n&#244;tres qui n'avaient pas &#233;t&#233; reconnus. Le capitaine Letoux et moi, nous nous m&#238;mes en devoir de faire leur toilette et de les envelopper dans un drap, les amis les d&#233;pos&#232;rent dans la bi&#232;re ; &#224; la sortie du parvis chaque corbillard &#233;tait orn&#233; de drapeaux rouges, un drap rouge couvrait le cercueil. Le drapeau des d&#233;fenseurs de la R&#233;publique suivait le cort&#232;ge, il y avait des morts de plusieurs sections ; celles-ci avaient aussi leurs drapeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parcours et le d&#233;fil&#233; fut long. C'&#233;tait vraiment imposant, partout sur notre passage et &#224; toutes les fen&#234;tres se montraient des figures sympathiques, on nous jetait de l'argent pour les ambulances. On me jeta &#224; moi-m&#234;me plusieurs pi&#232;ces de 2 et de 5 fr., m&#234;me quelques pi&#232;ces d'or envelopp&#233;es dans du papier. J'ai d&#233;pos&#233; le tout dans la caisse de secours aux bless&#233;s. Il y avait parmi nous plusieurs membres de la Commune qui s'&#233;taient joints au cort&#232;ge. Nous grav&#238;mes la rue de Charonne jusqu'au P&#232;re Lachaise. Dans le cimeti&#232;re plusieurs fossoyeurs creusaient une grande tranch&#233;e o&#249; l'on d&#233;posa toutes les victimes de M. Thiers et de ses supp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs discours furent prononc&#233;s, particuli&#232;rement par Ostyn, membre la Commune, d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ralement dans de pareilles circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que tout fut fini, nous sommes revenus &#224; l'H&#244;tel de Ville ; de l&#224; nous avions l'intention de prendre le bateau qui devait nous conduire au Point du Jour, pour nous rendre &#224; Passy o&#249; notre bataillon &#233;tait camp&#233;, mon mari &#233;tait avec eux. Notre bateau venait de partir. Quelques-uns de nos amis se trouvant &#224; Paris all&#232;rent faire des emplettes. Ayant 15 minutes &#224; attendre, je voulus rester sur le ponton jusqu'&#224; leur retour. J'&#233;tais si fatigu&#233;e, il y avait si longtemps que je n'avais pris de repos que je me suis endormie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin un bruit se fit autour de moi, je me r&#233;veillai en sursaut, j'&#233;tais transie de froid. C'&#233;taient les camarades qui venaient m'apprendre qu'il &#233;tait inutile d'attendre plus longtemps, qu'on leur avait dit que le service des bateaux-mouches &#233;tait interrompu. Ils me conseill&#232;rent d'aller coucher chez moi ou chez ma m&#232;re, qu'eux s'arrangeraient. Le lendemain matin entre 4 et 5 heures on sonnerait le clairon au coin de la rue de Beaune, je les rejoindrais et ensemble nous retournerions &#224; Passy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais eu froid, &#224; dormir ainsi au bord de l'eau. Quelques instants apr&#232;s qu'ils m'eurent quitt&#233;e, tout d'un coup j'entendis des rumeurs &#233;tranges, et je vis du c&#244;t&#233; d'Auteuil comme des lueurs d'incendie ; chancelante et &#233;mue je gagne l'H&#244;tel de Ville. Je m'adressai &#224; la premi&#232;re personne venue pour avoir des renseignements. On me dit que le service des bateaux &#233;tait interrompu, parce qu'il y avait du nouveau du c&#244;t&#233; d'Issy, et que les Versaillais &#233;taient aux tranch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions eu si souvent de fausses paniques, que je ne pouvais y croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin je r&#233;solus d'aller chez ma m&#232;re, rue de Beaune, elle m'apprit que depuis deux jours tout &#233;tait bien chang&#233; dans le quartier ; le poste de police qui &#233;tait mitoyen de la maison o&#249; elle habitait &#233;tait occup&#233; militairement par la Garde Nationale. Elle me raconta que l'on avait tir&#233; par une fen&#234;tre dans la rue de Lille, qu'un garde national avait &#233;t&#233; tu&#233;, qu'&#224; partir de cet instant les gardes nationaux ont exig&#233; que les fen&#234;tres fussent surveill&#233;es, ils avaient visit&#233; les maisons suspectes et fait promettre qu'aucune tentative de ce genre ne se renouvellerait. Ils avaient &#233;tabli des postes de surveillance dans la rue de Lille, rue de Beaune, rue de Bac. On disait aussi que les propri&#233;taires du Petit St-Thomas, rue du Bac avaient conserv&#233; tous leurs employ&#233;s pendant la lutte entre Paris et Versailles et les avaient arm&#233;s jusqu'aux dents. (Les Magasins du Bon March&#233; n'ont rien fait de semblable.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tous les renseignements donn&#233;s, ma m&#232;re m'obligea de prendre quelques moments de repos, me promettant de veiller et de me r&#233;veiller &#224; la moindre alerte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute habill&#233;e je me suis jet&#233;e sur un sofa o&#249; je n'ai pas tard&#233; de m'endormir, depuis de longs mois je ne m'&#233;tais vraiment pas repos&#233;e. Depuis le 5 avril elles &#233;taient rares les nuits donn&#233;es au sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine endormie, j'ai fait un r&#234;ve &#233;trange, j'ose &#224; peine le raconter, tant je crains d'&#234;tre accus&#233;e d'exag&#233;ration ou d'invraisemblance, pourtant c'est l'exacte v&#233;rit&#233; : Le peuple &#233;tait vaincu, Blanqui et l'archev&#234;que &#233;taient condamn&#233;s &#224; mort par la volont&#233; de M. Thiers, lequel m'obligeait d'assister &#224; cette horrible sc&#232;ne, &#224; demi-r&#233;veill&#233;e, j'entendis un bruit, je croyais poursuivre mon r&#234;ve ; le bruit se rapprochait de plus en plus, des chaines semblaient tra&#238;ner sur les pav&#233;s de la rue, je me r&#233;veille en sursaut, j'ouvre la fen&#234;tre, j'&#233;coute attentivement si le signal convenu se fait entendre, le jour paraissait &#224; peine. Ce que je voyais &#233;tait bien triste, tous les f&#233;d&#233;r&#233;s battaient en retraite ; les bruits de cha&#238;nes m&#234;l&#233;s &#224; mon r&#234;ve &#233;taient bien la r&#233;alit&#233;, nos pauvres f&#233;d&#233;r&#233;s faisaient piti&#233;, ils avaient l'air si malheureux, les yeux baiss&#233;s, tenant les chevaux, par la bride, tra&#238;nant derri&#232;re eux tout leur attirail de guerre, ce qu'ils avaient pu sauver, ne disant mot, le d&#233;fil&#233; dura assez longtemps, ils avaient perdu leurs derni&#232;res illusions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris avait &#233;t&#233; envahi sur plusieurs points &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces f&#233;d&#233;r&#233;s venaient d'&#234;tre attaqu&#233;s &#224; un bastion de Vaugirard, qu'ils avaient d&#251; abandonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se dirigeaient du c&#244;t&#233; de l'H&#244;tel de Ville. Ils savaient bien qu'ils n'avaient rien &#224; attendre de bon d&#233;sormais ; &#224; partir de cet instant, ils d&#233;siraient combattre et mourir pour fonder la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur serr&#233;, je quittai ma m&#232;re ; je n'avais plus qu'elle au monde, mais je m'&#233;tais engag&#233;e, je devais remplir mon devoir. Qui sait, peut-&#234;tre, ne nous reverrons-nous jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Adieu, ch&#232;re maman, ayez du courage, lui dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pauvre m&#232;re, elle en avait eu si souvent besoin dans sa vie. Je ne doutais pas d'elle, mais elle voulait me suivre dans la lutte supr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais absolument p&#233;n&#233;trer &#224; Passy, j'esp&#233;rais encore y parvenir. Je d&#233;sirais retrouver mon mari, quoiqu'on m'e&#251;t dit qu'il &#233;tait mort, je supposais qu'il y avait beaucoup d'exag&#233;ration dans tout ce que j'entendais raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Lorsque tu &#233;tais un enfant, me disait-elle, souviens-toi que je t'ai emmen&#233;e partout, je veux aller o&#249; tu iras, mourir o&#249; tu mourras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous mettions, toutes deux, bien au-dessus de nous l'humanit&#233;, nous n'&#233;tions qu'une petite parcelle de la grande famille humaine. Tout infiniment petits que nous &#233;tions, nous pouvions encore rendre quelques services aux vaincus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle insista pour m'accompagner, mais quand nous f&#251;mes arriv&#233;es &#224; la place de la Concorde, il ne lui fut pas permis de me suivre, il y avait des gardes nationaux f&#233;d&#233;r&#233;s qui cernaient la place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils avaient l'ordre de ne laisser passer que les personnes munies de leur carte d'identit&#233; ; brusquement et involontairement, je me suis trouv&#233;e s&#233;par&#233;e de ma m&#232;re. Le c&#339;ur serr&#233;, les larmes aux yeux je me suis dirig&#233;e du c&#244;t&#233; de la manutention ; une fois seulement, je me suis retourn&#233;e &#224; son appel d&#233;sesp&#233;r&#233;, je lui ai envoy&#233; un baiser, car je ne voulais pas affaiblir son courage par la vue des larmes qui remplissaient mes yeux. Il me fallait un effort de volont&#233; bien grand, pour voir ainsi ma m&#232;re bien aim&#233;e s'en aller seule et sans espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la manutention on ne pouvait passer, les coups de feu faisaient rage, on me for&#231;a de revenir sur mes pas et &#224; grand peine j'ai pu sortir du cercle dans lequel je m'&#233;tais engag&#233;e &#171; Sortez, citoyenne ! Sortez au plus vite, la lutte est engag&#233;e entre nous et les Versaillais ; c'est inutile, vous ne pouvez pas passer, Passy est pris, ce n'est plus qu'un sauve qui peut. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que je fus sortie de cette ligne pour obtenir des renseignements, je suis all&#233;e &#224; l'H&#244;tel de Ville o&#249; j'esp&#233;rais retrouver quelques amis de la veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appris que Passy avait &#233;t&#233; pris au soleil lev&#233;, et sans coup f&#233;rir, sans grande difficult&#233;, ce qui ne m'a pas &#233;tonn&#233;e ; la d&#233;fense des remparts &#233;tait tellement d&#233;fectueuse, ils n'&#233;taient gard&#233;s qu'avec des pi&#232;ces de canons d&#233;mont&#233;es ; les pi&#232;ces &#233;taient mis&#233;rables, sans munitions, le peu de gargousses qu'il y avait n'&#233;taient pas de calibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre Paris et Passy, les Versaillais avaient group&#233; tous les agents de police, qu'ils avaient enr&#233;giment&#233;s dans la garde nationale, ils firent un cercle de feu sur les f&#233;d&#233;r&#233;s qui cherchaient &#224; fuir de Passy. Les f&#233;d&#233;r&#233;s &#224; leur tour, tiraient sur toute la ligne ; se sentant perdus et trahis, ils entr&#232;rent en une grande confusion ; beaucoup furent tu&#233;s par les leurs sans que ceux-ci le sussent ou le voulussent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille, j'avais laiss&#233; mon mari, mes amis et des malades dans l'ambulance de Passy. J'&#233;tais bien d&#233;sol&#233;e que cela fin&#238;t ainsi, comme j'ignorais ce qui se passerait le lendemain, on m'avait persuad&#233; que c'&#233;tait accomplir mon devoir que d'accompagner nos morts au cimeti&#232;re, et j'y &#233;tais all&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai su plus tard que les soldats guid&#233;s par le sentiment chr&#233;tien avaient envahi l'ambulance de Passy, que pour l'exemple ils avaient achev&#233; les bless&#233;s. (Le&#231;ons de choses pour les survivants).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant, je vois &#224; la place de l'H&#244;tel de Ville, une personne habill&#233;e mi-partie en garde national, jupe courte en drap, k&#233;pi sur la t&#234;te, assise, ayant devant elle une petite table sur laquelle il y avait une boite : &#171; Pour les bless&#233;s, s. v. p. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle m'appelle : Citoyenne que cherchez-vous ? En deux mots je la mets au courant de ce qui se passait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle me proposa de faire partie de leur groupe. &#171; Cela n'est pas possible, lui dis-je, j'ai promis &#224; mes amis de ne jamais les abandonner, assur&#233;ment il y en a parmi ceux qui sont ici, puisqu'ils &#233;taient avec moi hier au soir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette personne &#233;tait Louise Michel je ne la connaissais pas. Je ne connaissais pas davantage le mouvement f&#233;minin, je n'avais jamais mis les pieds dans une r&#233;union publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; je parlais &#224; Louise, un groupe compos&#233; de cinq de mes amis traversaient la place. Ils m'aper&#231;urent, ils vinrent vers moi, heureux de me retrouver. Louise me r&#233;it&#233;ra sa proposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux quitter mes compagnons, au revoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci se passait vers les deux heures de l'apr&#232;s-midi, deux de nos hommes me propos&#232;rent de m'accompagner chez ma m&#232;re, les trois autres, ayant &#224; faire rue de Grenelle St-Germain, devaient venir nous rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re, apr&#232;s m'avoir quitt&#233;e, &#233;tait rentr&#233;e chez elle, triste et r&#233;sign&#233;e. Elle fut heureuse et &#233;tonn&#233;e de ma pr&#233;sence. Sa maison &#233;tait occup&#233;e militairement par la garde nationale. Un des gardes me demandait si je pouvais lui garantir que personne ne tirerait sur eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne le crois pas, lui dis-je, mais pour plus de s&#251;ret&#233;, je vais monter chez tous les locataires. Tous me jur&#232;rent qu'on ne tirerait pas par les fen&#234;tres. J'ai donc dit &#224; l'officier de service que je r&#233;pondais sur ma vie des habitants de cette maison. Cet engagement n'&#233;tait pas peu de chose en ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers les trois heures et demie nous quitt&#226;mes ma m&#232;re. Lorsque nous pass&#226;mes sur le trottoir et sous les fen&#234;tres du Petit St-Thomas, trois coups de feu partirent, nous &#233;tions vis&#233;s. Heureusement les balles ricoch&#232;rent et nous ne f&#251;mes pas atteints. Mes amis &#233;taient furieux et criaient : On assassine les passants au petit St-Thomas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur excitation (bien naturelle), ils &#233;bauch&#232;rent un semblant de barricade. Je les en ai dissuad&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est absolument inutile de faire quoi que ce soit dans ce quartier, leur dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils me comprirent et cess&#232;rent imm&#233;diatement. Voil&#224; tous les crimes que j'ai commis dans le VIIme arrondissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ignorais absolument ce qui s'&#233;tait pass&#233; dans le quartier, n'&#233;tant revenue que quelques minutes, le 28 mai, dans l'apr&#232;s-midi. J'ai appris qu'il s'y &#233;tait pass&#233; des choses terribles. Les habitants s'y &#233;taient expos&#233;s, on ne tue pas impun&#233;ment derri&#232;re les persiennes, les premiers passants venus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie d'un homme est sacr&#233;e, chacun a le droit et le devoir de la d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la rue du Bac nous nous sommes dirig&#233;s par hasard du c&#244;t&#233; du Carrefour de la Croix-Rouge, nous cherchions nos amis, nos ambulances. Il s'y &#233;tait pass&#233; des choses terribles, des pans de murs tenant &#224; peine &#233;taient &#224; demi-br&#251;l&#233;s. Nous &#233;tions &#224; mille lieues de penser &#224; un tel d&#233;sastre. La place &#233;tait absolument d&#233;serte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous sommes pas attard&#233;s, nous sommes redescendus du c&#244;t&#233; de la Seine, nous avons pris le Pont St-Michel. Nous sommes all&#233;s &#224; l'H&#244;tel de Ville. Nous avons demand&#233; si l'on avait vu des d&#233;fenseurs de la R&#233;publique. Il nous fut r&#233;pondu que notre g&#233;n&#233;ral occupait la place Vend&#244;me, et qu'assur&#233;ment nous en trouverions quelques-uns qui avaient pu s'&#233;chapper de Passy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous y sommes all&#233;s ; en effet il s'en trouvait une vingtaine. Dombrowsky &#233;tait bien triste et bien d&#233;courag&#233;. Il nous donna l'ordre d'&#234;tre &#224; la Place le lendemain, &#224; 5 heures du matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques heures plus tard, il &#233;tait arr&#234;t&#233;, des bruits de trahison avaient circul&#233; sur son compte. En v&#233;rit&#233; voici ce qui s'&#233;tait pass&#233;. Les d&#233;fenseurs ne pensaient pas que la situation f&#251;t enlev&#233;e aussi vite. Vers les deux heures, il y eut une panique, on chercha Dombrowsky, on ne le trouva pas, quoique peu de temps avant il f&#251;t &#224; son poste. Voyant que rien n'&#233;tait &#224; craindre, il &#233;tait all&#233; manger au Cours la Reine. Le malheur voulut que ce fut &#224; un mauvais moment. Il est difficile de combattre et de ne jamais manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Comit&#233;, personne ne crut &#224; sa culpabilit&#233;. Il passa la nuit &#224; l'H&#244;tel de Ville, fut mis en libert&#233; d&#232;s l'aube. Il dit &#224; Antoine Arnaud et &#224; ceux du Comit&#233; : je vous ferai voir comment meurt un tra&#238;tre. Tous lui serr&#232;rent la main bien affectueusement, et voulurent le persuader qu'ils ne croyaient pas qu'il f&#251;t un tra&#238;tre. Il partit. Nous devions le rejoindre au poste de combat de la rue Mirrah. L&#224;, la lutte &#233;tait ardente, terrible, para&#238;t-il. &#192; la hauteur du boulevard Magenta, nous v&#238;mes un cort&#232;ge. Des amis portaient &#224; quatre, un brancard sur leurs &#233;paules. C'&#233;tait Dombrowsky qui &#233;tait mortellement bless&#233;. Ils firent halte. Dombrowsky nous serra la main et nous dit : &#171; N'allez pas de ce c&#244;t&#233;, tout est fini ! vous seriez massacr&#233;s pour rien. Je vais mourir, mais ne cherchez pas &#224; me venger, pensez &#224; sauver la R&#233;publique. Les hommes ne comptent pas. &#187; Il &#233;tait fatigu&#233;. Il nous dit : &#171; Adieu mes amis ! &#187; On le conduisit &#224; l'h&#244;pital Lariboisi&#232;re, o&#249; il expira deux heures apr&#232;s. Il s'&#233;tait battu en d&#233;sesp&#233;r&#233;, il eut deux chevaux tu&#233;s sous lui, ses derni&#232;res paroles furent : &#171; Voil&#224; comment meurt un tra&#238;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons continu&#233; notre chemin, mais il &#233;tait impossible d'aller plus loin que le boulevard ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes all&#233;s jusqu'&#224; la gare de Strasbourg, laquelle &#233;tait occup&#233;e militairement par l'arm&#233;e de Versailles, les soldats &#233;taient arm&#233;s, mais ils se tenaient dans l'int&#233;rieur. La place &#233;tait absolument d&#233;serte. Nous d&#233;cid&#226;mes de retourner &#224; l'H&#244;tel de Ville. Arriv&#233;e l&#224;, je suis all&#233;e trouver Delescluse, je lui ai dit ce que j'avais vu, et ce que je savais du faubourg Saint-Germain. Il avait les larmes aux yeux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ch&#232;re amie, ce matin je me leurrais, je croyais pouvoir compter sur 10 000 hommes, nous sommes &#224; peine 600 ; la dispersion porte un grand pr&#233;judice &#224; la d&#233;fense, les choses prennent une mauvaise tournure, il nous faut beaucoup de courage, beaucoup d'&#233;nergie, pour aller jusqu'au bout. Mais il le faut, dussions-nous tous p&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous pensez la lutte d&#233;sesp&#233;r&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne me r&#233;pondit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais si on faisait sauter les ponts de la Seine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delescluse sortit lentement sa montre de son gousset et soupira :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pauvre amie, depuis onze heures j'attends avec impatience le plus d&#233;vou&#233;, le plus fid&#232;le et le meilleur de mes vieux amis ; il est pr&#232;s de deux heures, et il n'est pas encore arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Votre id&#233;al a du bon, mais je n'y puis rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous quitt&#226;mes en nous serrant la main. La douleur &#233;tait peinte sur son visage. Ce soir-l&#224;, mes amis sont rest&#233;s de service &#224; la place de l'H&#244;tel de Ville, moi je suis all&#233;e coucher rue de la Verrerie, chez une dame de mes amies, dont le mari &#233;tait de service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout instant des estaffettes nous apportaient de mauvaises nouvelles. Le bruit circulait que les Versaillais allaient bient&#244;t envahir l'H&#244;tel de Ville ; ils &#233;taient assez nombreux sur la rive, gauche, ils n'avaient que les ponts &#224; traverser ; puis toute la valetaille du faubourg St-Germain donnait la main aux soldats. Ils &#233;taient enr&#244;l&#233;s par leurs ma&#238;tres et arm&#233;s pour sauver leurs propri&#233;t&#233;s, eux, les esclaves, &#233;taient pr&#234;ts &#224; massacrer leurs fr&#232;res (le peuple). J'ai connu des l&#226;ches qui ont pass&#233; tout le temps du si&#232;ge, cach&#233;s dans une cave pour ne pas servir leur pays. Un entre autre qui &#233;tait gar&#231;on de caf&#233;, dans la rue de Beaune, en face du poste de police, n'est sorti de sa cave que pour d&#233;noncer ma m&#232;re et moi, et plusieurs autres, sans doute, simplement parce que plusieurs fois je lui ai dit : Mais vous &#234;tes un vieux gar&#231;on, pourquoi n'allez vous pas aux remparts ? c'est votre place, il y a tant de p&#232;res de famille qui y vont. Vous n'avez pas pay&#233; votre dette sociale, payez au moins votre dette patriotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet homme avait environ 35 ans, il &#233;tait fort et robuste, mais il suintait la mollesse et la l&#226;chet&#233;. Pour ces paroles il nous a d&#233;nonc&#233;es &#224; la pr&#233;v&#244;t&#233; du 7me secteur. Ce qui me valut &#224; moi l'honneur d'une condamnation &#224; mort par le conseil de guerre du 7me secteur. Je fus accus&#233;e de choses que je n'ai jamais faites, par exemple : d'avoir &#233;t&#233; &#224; la Cour des Comptes pendant les &#233;v&#232;nements tragiques qui s'y sont pass&#233;s ; je n'ai jamais &#233;t&#233; de ce c&#244;t&#233; dans ces moments-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le service des D&#233;fenseurs de la R&#233;publique ne s'est pas effectu&#233; sur la rive gauche. Neuilly, Issy, Auteuil, Passy, H&#244;tel de Ville, la Bastille et ; voil&#224; notre parcours, il m'&#233;tait donc impossible de me trouver dans ce quartier, sauf deux heures environ que j'ai cit&#233;es plus haut, lorsque j'ai failli &#234;tre tu&#233;e par les employ&#233;s du Petit St-Thomas ; mon seul crime &#233;tait d'avoir pass&#233; sous les fen&#234;tres closes du magasin, lesquelles m'int&#233;ressaient peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais qu'une id&#233;e, celle d'&#234;tre utile et aider &#224; sauver la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'apr&#232;s midi, nous arriv&#226;mes prendre nos positions, boulevard Beaumarchais No 3. Dans cette maison tous les habitants &#233;taient terrifi&#233;s ; des vieillards, des enfants &#233;taient descendus dans les caves. Cela faisait piti&#233; de les entendre. Tout le monde a &#233;t&#233; bienveillant pour nous. D&#232;s notre arriv&#233;e, on a mis &#224; notre disposition autant de matelas qu'il &#233;tait n&#233;cessaire pour passer la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous install&#226;mes dans le vestibule de l'immeuble. Nous avons &#233;t&#233; bienveillants avec les habitants de cette maison. Nous leur avons jur&#233; que rien ne serait tent&#233; contre eux, si on ne nous faisait aucun mal, promesse qui fut tenue. Il y avait une pauvre vieille femme de 83 ans qui ne se sentait en s&#251;ret&#233; que lorsque j'&#233;tais aupr&#232;s d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'&#233;tions plus qu'un tr&#232;s petit nombre de D&#233;fenseurs de la R&#233;publique. La plupart des n&#244;tres avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s &#224; la prise de Passy, d'autres gri&#232;vement bless&#233;s, avaient &#233;t&#233; massacr&#233;s dans les ambulances. Les soldats de l'arm&#233;e de Versailles se ru&#232;rent comme des brutes sur leurs fr&#232;res, les f&#233;d&#233;r&#233;s ; au premier moment ils &#233;taient tous ivres du carnage. Nous savions que nous &#233;tions vaincus, nous &#233;tions d&#233;cid&#233;s &#224; mourir pour notre cause jusqu'au dernier, la vie &#233;tait si peu de chose dans ces moments-l&#224;, pour nous (je crois qu'on s'habitue plus facilement &#224; l'id&#233;e de la mort, qu'&#224; lutter pour conserver la vie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre petit groupe s'&#233;tant form&#233; &#224; la place de l'H&#244;tel de Ville o&#249; il n'y avait plus rien &#224; faire, nous ne savions trop o&#249; diriger nos pas ; il nous &#233;tait impossible de retourner en arri&#232;re, mourir pour mourir, nous n'avions qu'&#224; marcher en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avions plus qu'un capitaine, quelques sous-officiers comme chefs, c'&#233;tait tout. Ce capitaine nomm&#233; Milliet prit la direction et me remit le drapeau que nous avions gard&#233; le 20 mai, lors de l'enterrement de nos amis, un sous officier m'accompagna et nous part&#238;mes. Avec assez de difficult&#233;s nous arriv&#226;mes &#224; la Bastille. La chaleur &#233;tait excessive, le ciel semblait orageux. La place &#233;tait d&#233;serte et avait un aspect assez &#233;trange, tout &#233;tait silencieux, triste, on sentait que des choses graves se passaient, l'atmosph&#232;re &#233;tait pleine de myst&#232;re. De temps en temps un coup de feu se faisait entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous f&#251;mes install&#233;s, nous all&#226;mes nous rendre compte de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au coin de la place Bastille et de la rue St-Antoine, il y avait une barricade ; l&#224;, nous retrouvons deux des n&#244;tres, deux artilleurs, ils nous racont&#232;rent ce qui s'&#233;tait pass&#233; &#224; Passy, tous deux disaient que tout le bataillon qui &#233;tait dans cette place avait &#233;t&#233; fait prisonnier, et plusieurs avaient &#233;t&#233; fusill&#233;s, que mon mari &#233;tait du nombre des morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils nous dirent aussi que dans la matin&#233;e on avait tir&#233; des coups de feu sur eux, du c&#244;t&#233; de la rue Lesdigui&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu d'instants apr&#232;s cet entretien, nous re&#231;&#251;mes de toutes parts des balles, on tirait sur nous depuis les tourelles de l'&#233;glise Si-Paul. On se mit sur la d&#233;fensive. Un des deux artilleurs pointa la pi&#232;ce, qui, mal &#233;quilibr&#233;e, chancela au moment o&#249; il y mettait le feu, et le pauvre gar&#231;on re&#231;ut toute la d&#233;charge en pleine poitrine ; nous nous empress&#226;mes de le relever et de le conduire dans l'ambulance la plus rapproch&#233;e. Cet homme fut un v&#233;ritable h&#233;ros. Il n'avait pas le moindre effroi, ni la moindre faiblesse ; sa premi&#232;re parole fut pour exprimer sa joie de donner sa vie pour aider &#224; la fondation de la R&#233;publique et pour la cause juste de l'humanit&#233; : &#171; Vive la R&#233;publique, s'est-il &#233;cri&#233;. Ch&#232;re compagne, me dit-il, j'ai encore une heure &#224; vivre, restez pr&#232;s de moi, permettez-moi de mourir entre vos bras, ne m'abandonnez pas et jurez-moi que si vous survivrez, vous chercherez ma femme bien aim&#233;e, vous lui direz comment je suis mort pour notre sainte cause, et que ma derni&#232;re pens&#233;e fut pour elle ; voici son adresse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant une heure, assise sur les planches d'une salle d'ambulance, j'ai gard&#233; ce cher mourant couch&#233; sur mes genoux, n'osant faire un mouvement de peur d'aggraver sa souffrance ; il fut gai jusqu'&#224; son dernier souffle. &#171; Soyez patiente, me dit-il, encore quelques minutes et tout sera fini. &#187; Je l'encourageais de mon mieux pour qu'il mour&#251;t heureux. Il me pria de lui donner un baiser fraternel sur le front, ce que je fis, il me remercia, il eut un dernier soupir et tout fut fini !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne l'ai quitt&#233; que lorsque je fus certaine qu'il avait cess&#233; de vivre. Lorsqu'on le releva pour le mettre sur une civi&#232;re, j'&#233;tais inond&#233;e de son sang. Il avait eu les intestins perfor&#233;s par la mitraille, le sang sortait de ses entrailles d'un jet continu. Il n'eut pas une seconde de d&#233;faillance. Nous avions pens&#233; que nous assisterions &#224; son enterrement ; mais dans les r&#233;volutions il n'y a pas de lendemain, c'est toujours l'inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain de cette triste journ&#233;e, presque tous les bless&#233;s furent massacr&#233;s dans cette ambulance. Ce h&#233;ros inconnu avait eu le bonheur de mourir dans son r&#234;ve, il n'eut pas la douleur de voir des soldats ivres de carnage, massacrer sans merci leurs fr&#232;res impuissants &#224; se d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis retourn&#233;e &#224; nos amis. Pendant mon absence ils avaient eu &#224; repousser des attaques, ils avaient re&#231;u des balles en assez grand nombre, cependant peu apr&#232;s mon retour un calme relatif se produisit, tout semblait se reposer, mais &#224; 11 heures du soir le bombardement recommen&#231;a. C'&#233;tait terrible, tous les habitants criaient, pleuraient ; la maison tremblait sur sa base, puis le calme se produisit de nouveau, toute la nuit se passa ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand vint le jour, quel affreux spectacle ! Les maisons &#233;taient endommag&#233;es du c&#244;t&#233; de la rue St-Antoine. Toutes les vitres &#233;taient bris&#233;es au chemin de fer de Vincennes. On nous envoyait de la Seine des fulminates qui incendiaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; coup un bruit formidable se fit entendre ; c'&#233;tait un immeuble qui s'&#233;croulait au coin du boulevard Richard-Lenoir. Au m&#234;me instant le kiosque de la Bastille, c&#244;t&#233; pair, &#233;tait en flammes. De tous les c&#244;t&#233;s la mitraille nous assaillait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous cherchions &#224; rallier quelques amis sur la place. L'id&#233;e me vint de hisser notre drapeau sur le sommet de la barricade du centre pour les rappeler &#224; nous. La place en cet instant avait quelque chose de magique, d'infernal, digne de l'enfer de Dante. Cette place &#233;tait sublime d'horreur, un vent terrible vint &#224; souffler, un soleil brillant nous &#233;clairait ; la mitraille, les balles et tout le tintamarre d'un effroyable combat s&#233;vissaient de tous c&#244;t&#233;s. Des nuages de poudre se r&#233;pandaient dans le ciel azur&#233;. Des maisons &#233;taient incendi&#233;es par des obus envoy&#233;s par l'arm&#233;e versaillaise ; du milieu de cet embrasement sortait comme une apoth&#233;ose le g&#233;nie de la libert&#233; affranchissant le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous mont&#226;mes sur la barricade je m'empressai de faire flotter notre drapeau, un de mes amis voulut me suivre, entendit un bruit sourd se diriger de mon c&#244;t&#233;, il voulut pour m'&#233;viter la balle fatale qui devait m'atteindre me tirer de c&#244;t&#233;, ouvrit les l&#232;vres pour me dire : V&#8230; ! La balle lui coupa la parole, p&#233;n&#233;tra par la bouche, il fut foudroy&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos ennemis visaient le drapeau que j'avais hiss&#233;, je puis dire : il est mort &#224; ma place. Le jeune homme tu&#233; &#224; mes c&#244;tes &#233;tait un fils de bonne famille, un Zouave d'Afrique. Ayant fait la campagne de 1870 avec Garibaldi, dans l'arm&#233;e de la Loire, apr&#232;s la signature du trait&#233; de paix avec la Prusse, comme beaucoup d'autres, il &#233;tait &#224; la d&#233;rive ; il vint avec plusieurs braves d&#233;fenseurs de la France, offrir son courage et sa vie au service de la R&#233;publique menac&#233;e par Thiers &amp; Cie. Cet homme avait combattu en brave pour sa patrie, il est mort en h&#233;ros pour sauver la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais pas le droit d'avoir de d&#233;faillance ; je r&#233;solus de lui faire des fun&#233;railles, dignes de son d&#233;vouement &#224; la cause qui nous est ch&#232;re. Quelques amis et moi, nous d&#233;tach&#226;mes notre drapeau de sa hampe pour couvrir notre ami, nous demand&#226;mes &#224; un marchand de nous procurer un brancard, ce qu'il fit ; nous conduis&#238;mes alors notre h&#233;ros &#224; l'amphith&#233;&#226;tre des Quinze-Vingts (hospice des aveugles) o&#249; ses noms et qualit&#233;s furent enregistr&#233;s aux archives de l'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place de la Bastille n'&#233;tait pas encore prise. Nous apprenions aussi que l'H&#244;tel de Ville avait saut&#233; la veille, quelques instants apr&#232;s que nous e&#251;mes quitt&#233; cette place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHAPITRE XXV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant retourn&#233;s &#224; la Bastille, nous retrouv&#226;mes nos amis assez boulevers&#233;s, le cercle de feu commen&#231;ait &#224; se resserrer de plus en plus, nous n'avions plus ni vivres ni argent. Les amis avaient faim ! nous ne savions que faire. Toutes les boutiques et les maisons &#233;taient absolument closes. Le service des vivres et de la solde ne s'effectuait plus pour notre bataillon depuis la prise de Passy. Apr&#232;s l'explosion de l'H&#244;tel de Ville, la commune s'&#233;tait r&#233;fugi&#233;e au 11me arrondissement. Nous d&#233;cid&#226;mes de d&#233;l&#233;guer le capitaine M&#8230;, qui dut aller &#224; la mairie du 11me arrondissement et expliquer les faits, les amis voulurent que je l'accompagne, ce qu'il accepta avec plaisir. Nous nous compt&#226;mes et nous part&#238;mes. &#192; la Mairie il y avait foule : apr&#232;s quelques minutes d'attente, M&#8230; me dit : &#171; Restez assise, je vais t&#226;cher de me faufiler, cela ira plus vite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai attendu assez longtemps, la salle se vidait ; voyant qu'il ne revenait pas, j'ai pris la r&#233;solution d'entrer, il &#233;tait parti. J'ai trouv&#233; Delescluse, je lui ai dit ce qui &#233;tait arriv&#233; ; en effet, M&#8230; avait touch&#233; l'argent, un effectif assez &#233;lev&#233;, nous n'avions pas touch&#233; de solde depuis six jours ! Je ne sais ce qui est arriv&#233;, a-t-il &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;, a-t-il pris la fuite, toujours est-il qu'on ne l'a pas revu et que nous sommes rest&#233;s sans le sou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ose croire que cet homme nous ait tromp&#233;s en un pareil moment !&#8230; Peut &#234;tre a-t-il &#233;t&#233; tu&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je revins seule et sans argent, on m'a bl&#226;m&#233;e de ne pas l'avoir accompagn&#233; &#224; la caisse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques-uns des n&#244;tres se f&#226;ch&#232;rent ; nous ne restions qu'une quinzaine, triste &#233;pave de notre bataillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au boulevard Beaumarchais No 3, en face d'o&#249; nous &#233;tions camp&#233;s, il y avait, &#224; l'&#233;tage sup&#233;rieur de cette maison, une personne qui me fit un signe. Je suis mont&#233;e. Cette dame me dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voulez-vous quitter la place de la Bastille et rester avec nous ? je vous donnerai des v&#234;tements n&#233;cessaires, car maintenant la lutte est inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je refusai et je dis que nous n'avions pas mang&#233; depuis deux jours, que nos amis avaient faim ! elle m'offrit une collation. J'ai accept&#233; &#224; condition que les cinq camarades qui m'attendaient pussent en profiter ; aussit&#244;t on les fit monter, on nous donna du pain et du fromage, et un verre de vin. Notre collation finie, nous remerci&#226;mes. Cette personne me r&#233;it&#233;ra sa proposition de rester, j'ai refus&#233;, elle me reconduisit &#224; la porte, et me remit 20 francs dans la main pour nous et les amis absents. Nous &#233;tions d&#233;courag&#233;s, nous &#233;tions si peu nombreux ! Cependant nous descend&#238;mes le quai du c&#244;t&#233; du grenier d'abondance. J'ai dit que les lignards s'&#233;taient rendus ma&#238;tres de cette place en se faufilant par les rues &#233;troites et en p&#233;n&#233;trant par les maisons de la rue Lesdigui&#232;res et gagnant les toits du c&#244;t&#233; du quai. Ce vaste b&#226;timent &#233;tait occup&#233; par les f&#233;d&#233;r&#233;s et quelques volontaires, les gardes nationaux &#233;taient tu&#233;s sans qu'on se rendit compte d'o&#249; partaient les coups. Enfin, on s'aper&#231;ut que le corps principal &#233;tait envahi par derri&#232;re et par dessus. Nous arrivions au moment o&#249; l'on constatait le fait, nous p&#233;n&#233;tr&#226;mes dans l'int&#233;rieur. On nous fit voir approximativement toutes les richesses de victuailles, emmagasin&#233;es dans ce sanctuaire. On se rappelle combien de pauvres &#234;tres sont sous terre, morts de faim et de mis&#232;re, tandis que dans ce grenier il restait encore entass&#233; des bl&#233;s et des denr&#233;es de toutes sortes, de quoi soutenir un troisi&#232;me si&#232;ge. Les f&#233;d&#233;r&#233;s se voyaient perdus n'ayant plus devant eux que la Seine, o&#249; ils n'avaient pas m&#234;me l'esp&#233;rance de se sauver, car l&#224; aussi, il y avait des Versaillais pour les traquer. R&#233;duits au d&#233;sespoir, et ne voyant nulle issue qu'en arr&#234;tant par une barri&#232;re infranchissable, la poursuite de ceux qui, invisibles, leur tiraient dessus de tous c&#244;t&#233;s, ils se d&#233;cid&#232;rent enfin &#224; mettre le feu &#224; cet immense b&#226;timent, dont les murs int&#233;rieurs &#233;taient d&#233;j&#224; perfor&#233;s ; un massacre &#233;pouvantable aurait &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233; par les troupes si les insurg&#233;s n'avaient eu recours &#224; cette mesure extr&#234;me. Mourir dans les flammes n'&#233;tait pas pire que d'&#234;tre mis en morceaux ou fusill&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand &#224; nous, nous n'avions fait qu'une courte apparition au boulevard Bourdon, nous avions esp&#233;r&#233; y trouver des n&#244;tres. N'ayant vu aucun ami, nous rev&#238;nmes &#224; la Bastille. Toujours portant le drapeau, je suis all&#233;e avec mes amis &#224; Picpus ; nous n'avions qu'une pi&#232;ce de canon que tra&#238;naient les camarades, on tirait sur nous du c&#244;t&#233; du couvent ; alors ils mirent la pi&#232;ce en batterie, bien r&#233;solus &#224; nous d&#233;fendre, mais lorsqu'ils voulurent charger, nous n'avions que des gargousses qui n'&#233;taient pas de calibre, nous avons d&#251; renoncer &#224; nos projets de d&#233;fense et nous avons quitt&#233; l'endroit pour nous diriger du c&#244;t&#233; du boulevard de Belleville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre parcours nous avons &#233;t&#233; plus ou moins inqui&#233;t&#233;s par des coups de feu ; le plus fort de l'action &#233;tait aux abords des terrains conquis par l'arm&#233;e versaillaise. Cependant quand nous franchissions le boulevard, une balle vint atteindre un des n&#244;tres qui fut bless&#233; assez gri&#232;vement, mais non mortellement. Je n'avais plus rien pour le panser ; lorsque j'aper&#231;us une pharmacie sur le boulevard, j'y entrai avec mon bless&#233;, le pharmacien fit ce qui &#233;tait n&#233;cessaire, puis il nous raconta ce qui se passait dans diff&#233;rents quartiers, il nous dit que nous avions tort d'aller plus loin, que cela &#233;tait une t&#233;m&#233;rit&#233; inutile, que nous serions massacr&#233;s sans piti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il offrit de nous r&#233;conforter et me pria de changer de costume, il m'engagea &#224; rester chez eux, je leur fis comprendre qu'il serait horrible de ma part d'abandonner mes amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous avons lutt&#233; ensemble, nous mourrons ensemble si cela doit &#234;tre, mais je ne veux pas les quitter, lui r&#233;pondis-je, je n'ai qu'une parole, je leur ai jur&#233; que je resterais jusqu'&#224; la fin, je dois y rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Enfin, me dit-il, quittez au moins votre costume, je vous donnerai une robe de ma femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne puis accepter, car je veux continuer jusqu'&#224; la fin de la lutte, si je ne suis pas tu&#233;e ; en jupe longue on ne peut marcher, puis je ne peux me d&#233;cider &#224; me travestir pendant que mes amis restent en costumes officiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions encore une dizaine ; ces braves gens ont &#233;t&#233; admirables de d&#233;vouement, ils ont trouv&#233; des habillements pour tous, plus ou moins corrects ; pour moi, comme je suis petite, c'&#233;tait assez difficile, mais le pharmacien se souvint que son attrape-science &#233;tait &#224; peu pr&#232;s de ma taille ; il lui demanda son pantalon, un gilet et une jaquette qu'il donna de bon c&#339;ur ; le gamin &#233;tait heureux et fier de donner son costume &#224; une citoyenne, comme il disait si gentiment. La femme du pharmacien m'offrit &#224; son tour un plastron-chemisette, col et cravate, en un mot, j'&#233;tais beaucoup trop chic pour ce que nous allions faire, et surtout j'&#233;tais fort peu &#224; l'aise pour me mouvoir dans mon nouveau costume, qui m'&#233;tait un peu &#233;troit. &#192; c&#244;t&#233; de la pharmacie, il y avait une boutique de coiffeur, j'y entre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur, lui dis-je, je d&#233;sire que vous me coupiez les cheveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il comprit pourquoi, cependant il h&#233;sitait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est dommage, madame, vous avez de beaux cheveux, il faudra bien des ann&#233;es pour qu'ils reviennent comme ils sont, et encore, les cheveux coup&#233;s &#224; un certain moment ne reviennent jamais aussi beaux. Puis voyez-vous dans deux ou trois jours, tout sera fini, alors vous regretterez de ne plus les avoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je veux que mes cheveux soient coup&#233;s, lui r&#233;pondis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il les coupa donc, puis il me demanda ce qu'il fallait en faire. Il ne m'est pas venu &#224; l'id&#233;e qu'il aurait pu me les acheter, nous &#233;tions si pauvres, cela nous aurait cependant rendu service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Faites en ce que vous voudrez, lui dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette op&#233;ration me laissa tout &#224; fait indiff&#233;rente, car j'&#233;tais convaincue que nous serions tu&#233;s ; ce qui m'a le plus impressionn&#233;e, c'est lorsque dans sa chambre, cette charmante personne, la femme du pharmacien m'aida &#224; me d&#233;shabiller, je dois l'avouer, j'avais le c&#339;ur serr&#233;. Je portais &#224; mon cou une petite chaine d'or avec un m&#233;daillon noir, cercl&#233; d'or, dans lequel il y avait des cheveux de mes enfants. J'y tenais plus que tout au monde. J'ai laiss&#233; cette chaine et son m&#233;daillon entre les mains de ces excellentes personnes, ainsi qu'une bague que j'avais &#224; mon doigt, les priant de bien vouloir, lorsque tout rentrerait dans l'ordre, faire parvenir &#224; ma m&#232;re les dits objets, comme souvenir de ma derni&#232;re pens&#233;e pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout ce que je poss&#233;dais, je leur indiquai l'adresse. Ils firent un paquet de mes effets, ils devaient les mettre en s&#251;ret&#233; ; ils me dirent au revoir, esp&#233;rant que je ferais une visite dans des temps meilleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ce temps-l&#224;, bien souvent j'ai pens&#233; &#224; ces braves gens que je n'ai jamais revus. &#171; Pourvu, me disais-je, que mes objets et mon costume n'aient pas &#233;t&#233; trouv&#233;s chez eux et qu'il ne leur soit arriv&#233; aucun malheur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous f&#251;mes ainsi &#233;quip&#233;s, je pris mon poignard (un cadeau que j'avais re&#231;u de la 7me compagnie pendant la guerre). Il &#233;tait beau, mon poignard, mais il &#233;tait plut&#244;t un objet de luxe qu'une chose utile. Lorsque j'&#233;tais dans la Garde Nationale, je le portais &#224; la ceinture, pendant les &#233;v&#232;nements, dans mon corsage, sur ma poitrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous quitt&#226;mes cette famille si bonne pour nous, ils gard&#232;rent notre bless&#233;. Nous prom&#238;mes &#224; notre ami que nous viendrions le voir. Les &#233;v&#232;nements ne nous ont pas permis de tenir notre promesse. Je pris notre drapeau, et en t&#234;te de ma petite troupe, je me dirigeai sur le XXme arrondissement, o&#249; les membres de la Commune s'&#233;taient r&#233;fugi&#233;s apr&#232;s la prise du XIme arrondissement. Nous arriv&#226;mes au coin du boulevard o&#249; commence la rue de Paris (autrefois rue de Belleville). Je n'avais jamais &#233;t&#233; dans ces quartiers. La rue &#233;tait tr&#232;s agit&#233;e, au moment o&#249; nous y p&#233;n&#233;tr&#226;mes des barricades s'&#233;bauchaient dans le style de 1848, toutes simplettes, sans pr&#233;tentions artistiques, pour se d&#233;fendre, enfin non construites telles qu'un brillant d&#233;cor th&#233;&#226;tral, comme il y en a eu dans certains quartiers de Paris, barricades sur lesquelles quelques gavroches avaient d&#233;pos&#233; des touffes d'herbes et de fleurettes des champs, qu'on allait visiter comme on visite un mus&#233;e, un tableau de ma&#238;tre. Malheureusement elles ne servirent &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Belleville on circulait encore assez facilement ; nous y appr&#238;mes qu'on avait vu passer quelques D&#233;fenseurs de la R&#233;publique, qu'ils &#233;taient mont&#233;s du c&#244;t&#233; de la mairie. On nous dit aussi que beaucoup de gens se sont r&#233;fugi&#233;s dans les caves, les femmes, les enfants et les vieillards &#233;taient &#233;pouvant&#233;s. On tirait sur Belleville &#224; boulet rouge ; on disait des choses horribles sur les atrocit&#233;s commises par les Versaillais, plusieurs insurg&#233;s avaient pu s'&#233;chapper de cette fournaise. Cette fois nous &#233;tions &#224; la porte de l'enfer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait une ambulance &#224; la salle de concerts, j'y suis entr&#233;e, il y avait encore pas mal de bless&#233;s, dont on pr&#233;parait le d&#233;m&#233;nagement, on racontait que les bless&#233;s de l'ambulance de St-Sulpice avaient &#233;t&#233; tous massacr&#233;s, avec le personnel et que le docteur Faneau qui voulait prot&#233;ger son ambulance avait aussi &#233;t&#233; tu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rue de Belleville avait un aspect sinistre, de pauvres enfants p&#226;les &#224; l'air maladif erraient &#231;&#224; et l&#224; ; de pauvres &#234;tres r&#233;chapp&#233;s du si&#232;ge qui avaient tra&#238;n&#233; bravement leurs mis&#232;res, esp&#233;rant des jours meilleurs. En r&#233;compense de leurs souffrances, M. Thiers, le premier repr&#233;sentant de la patrie, leur pr&#233;parait une h&#233;catombe qui aurait fait envie aux barbaries du moyen-&#226;ge, et qui a de beaucoup d&#233;pass&#233; les horreurs de la Sainte-Barth&#233;lemy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous quitt&#226;mes l'ambulance et nous remont&#226;mes la rue, plusieurs maisons br&#251;laient ; ce quartier avait &#233;t&#233; affreusement bombard&#233;, les obus avaient mis le feu aux maisons par les toits. Les habitants de ces rues n'avaient pas d'int&#233;r&#234;t &#224; l'incendie, comme l'ont pr&#233;tendu tant de journalistes d'une certaine presse. Jusqu'&#224; la derni&#232;re minute le peuple esp&#233;rait toujours qu'il serait vainqueur, quel int&#233;r&#234;t aurait-il eu &#224; br&#251;ler les maisons dans lesquelles il habitait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'en passant nous v&#238;mes au coin de la rue de Belleville et d'une rue y aboutissant de braves pompiers, faisant tous leurs efforts pour &#233;teindre le feu, ou au moins le circonscrire pour que tout le quartier ne dev&#238;nt pas la proie des flammes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde sait aujourd'hui qu'ils ont &#233;t&#233; tous massacr&#233;s, sans en excepter un seul, sous pr&#233;texte qu'ils avaient mis du p&#233;trole dans leurs pompes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit commen&#231;ait &#224; poindre, nous &#233;tions fatigu&#233;s, nous all&#226;mes &#224; la mairie demander comment il fallait nous organiser, on nous dit que depuis le matin le presbyt&#232;re &#233;tait abandonn&#233;, une seule personne restait encore, la vieille servante du cur&#233;, qu'elle nous recevrait avec une carte du comit&#233;, qui nous fut remise ; elle ne put recevoir que quatre de nous, la place n'&#233;tait pas tr&#232;s spacieuse, on m'offrit la chambre du cur&#233;, les trois autres d&#233;fenseurs all&#232;rent dans une chambre voisine ; l'un d'entre eux, un tout jeune homme presqu'un enfant, un Breton, (il se nommait Marie) lorsque je lui dis d'aller se coucher &#224; c&#244;t&#233;, avec ses camarades, s'est mis &#224; fondre en larmes, il avait peur qu'on ne me tu&#226;t dans cette maison, il voulut coucher dehors, en travers de ma porte, au cas o&#249; on viendrait pour me faire du mal, il me d&#233;fendrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi, 27. Nous &#233;tant repos&#233;s un peu, nous quitt&#226;mes le presbyt&#232;re &#224; une heure assez matinale ; notre petit groupe se reforma et nous march&#226;mes en avant ; autour de nous on entendait un bruit continuel de fusillade, un tintamarre effroyable. On bombardait toujours. Les barricades sont plus nombreuses que la veille, les f&#233;d&#233;r&#233;s du quartier s'organisent pour sa d&#233;fense, il y une confusion aux barricades, les f&#233;d&#233;r&#233;s deviennent de moins en moins nombreux ; la journ&#233;e est tr&#232;s agit&#233;e, pourtant place de la Mairie il y a une grande animation, beaucoup de morts sont plac&#233;s dans la cour du b&#226;timent, des femmes, des m&#232;res, des enfants viennent fouiller dans le tas de cadavres, cherchant &#224; d&#233;couvrir un des leurs. Des femmes sanglotent, des enfants appellent leur p&#232;re, il est difficile de reconnaitre les siens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soir&#233;e nous avions &#233;lu domicile &#224; une barricade dans le haut de la rue de Belleville, deux des n&#244;tres faillirent &#234;tre victimes des Versaillais ; par erreur ils avaient saut&#233; dans une barricade voisine de la n&#244;tre, quand ils s'aper&#231;urent qu'il y avait des lignards, ils n'eurent que le temps de sauter &#224; nouveau, et de revenir pr&#232;s de nous ; heureusement qu'il faisait sombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous quitt&#226;mes notre barricade et nous remont&#226;mes la rue, nous dirigeant vers la rue Haxo. Chemin faisant, nous rencontr&#226;mes une dizaine des n&#244;tres que nous n'avions pas revus depuis Passy, nous &#233;tions contents de nous retrouver ; ils &#233;taient heureux de revoir notre drapeau, seulement ils paraissaient douter de nous, parce qu'ils ne nous avaient pas revus, nous leur avons expliqu&#233; ce qui &#233;tait arriv&#233;, nos tourments et nos luttes ; quoique s&#233;par&#233;s, chacun de nous avait fait son devoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions faim, il me restait encore un peu d'argent sur les 20 francs que l'on m'avait donn&#233;s &#224; la Bastille, je propose aux amis de demander &#224; une concierge du quartier de bien vouloir nous faire une bonne soupe au fromage ; elle accepta, ce fut la derni&#232;re soupe que nous devions manger ensemble. J'ai donn&#233; 3 francs &#224; la concierge, elle &#233;tait contente et nous aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades nous apprennent qu'une heure avant leur arriv&#233;e &#224; la rue Haxo, les otages avaient &#233;t&#233; fusill&#233;s, ils nous disent que les corps ont &#233;t&#233; relev&#233;s et d&#233;pos&#233;s dans une salle du Rez-de-chauss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous parlions une fusillade des plus nourries nous assaille, une panique se produit, la foule arrive en criant : &#171; Belleville est en partie pris, la mairie est abandonn&#233;e, il y a des morts et des bless&#233;s plein les rues, on tire sur nous de tous les c&#244;t&#233;s ; les f&#233;d&#233;r&#233;s et les volontaires se battent comme des lions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre drapeau en t&#234;te, nous nous groupons pour le combat supr&#234;me, il y avait des &#233;paves de tous les bataillons et quelques membres de la Commune que je ne connaissais pas alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulions faire une r&#233;sistance &#224; outrance et nous faire tuer jusqu'au dernier, lorsqu'un incident fatal mit tout en d&#233;route. Une quantit&#233; assez notable de soldats vinrent pour s'unir &#224; nous ; le peuple na&#239;vement crut &#224; cette histoire ; momentan&#233;ment il abandonna la lutte et d&#233;posa ses fusils pour fraterniser avec les nouveaux venus. Les effusions de tendresse et de sympathie &#233;taient touchantes, les combattants et les troupiers s'embrassaient et pleuraient de joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las ! c'&#233;tait tout simplement les soldats qui avaient voulu rester neutres entre Paris et Versailles ; ils s'&#233;taient constitu&#233;s prisonniers. Ferr&#233; venait de les faire sortir de prison. (Voil&#224; comment les communards tuaient leurs prisonniers.) En r&#233;alit&#233;, nous leur &#233;tions sympathiques, mais ils ne pouvaient &#234;tre utiles, puisqu'ils &#233;taient sans armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re les soldats qui s'&#233;taient rendus, disait-on, l'arm&#233;e versaillaise faisait son apparition ; depuis dix heures et demie du matin la fusillade s'&#233;tait calm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 &#224; midi, le dernier coup de canon f&#233;d&#233;r&#233; part du haut de la Rue de Paris ; la pi&#232;ce bourr&#233;e &#224; double charge exhale le dernier soupir de la Commune expirante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve achev&#233;, la chasse &#224; l'homme commence !&#8230; Arrestations !&#8230; Massacres !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Souvenirs_d%E2%80%99une_morte_vivante&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le texte int&#233;gral&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="en">
		<title>The Civil War in France</title>
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		<dc:date>2022-01-07T05:47:13Z</dc:date>
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		<dc:subject>France</dc:subject>
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		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;The Beginning of the Franco-Prussian War &lt;br class='autobr' /&gt;
In the Inaugural Address of the International Working Men's Association, of November 1864, we said: &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;If the emancipation of the working classes requires their fraternal concurrence, how are they to fulfill that great mission with a foreign policy in pursuit of criminal designs, playing upon national prejudices, and squandering in piratical wars the people's blood and treasure?&#8221; &lt;br class='autobr' /&gt;
We defined the foreign policy aimed at by the International in these (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;20- ENGLISH - MATERIAL AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;English&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_16396 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/Barricade_Voltaire_Lenoir_Commune_Paris_1871.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/Barricade_Voltaire_Lenoir_Commune_Paris_1871.jpg' width=&#034;800&#034; height=&#034;543&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16395 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/10740305-L.jpg' width=&#034;316&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;The Beginning of the Franco-Prussian War&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the Inaugural Address of the International Working Men's Association, of November 1864, we said:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;If the emancipation of the working classes requires their fraternal concurrence, how are they to fulfill that great mission with a foreign policy in pursuit of criminal designs, playing upon national prejudices, and squandering in piratical wars the people's blood and treasure?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We defined the foreign policy aimed at by the International in these words:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Vindicate the simple laws of morals and justice, which ought to govern the relations of private individuals, as the laws paramount of the intercourse of nations.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No wonder that Louis Bonaparte, who usurped power by exploiting the war of classes in France, and perpetuated it by periodical wars abroad, should, from the first, have treated the International as a dangerous foe. On the eve of the plebiscite[A] he ordered a raid on the members of the Administrative Committee of the International Working Men's Association throughout France, at Paris, Lyons, Rouen, Marseilles, Brest, etc., on the pretext that the International was a secret society dabbling in a complot for his assassination, a pretext soon after exposed in its full absurdity by his own judges. What was the real crime of the French branches of the International? They told the French people publicly and emphatically that voting the plebiscite was voting despotism at home and war abroad. It has been, in fact, their work that in all the great towns, in all the industrial centres of France, the working class rose like one man to reject the plebiscite. Unfortunately, the balance was turned by the heavy ignorance of the rural districts. The stock exchanges, the cabinets, the ruling classes, and the press of Europe celebrated the plebiscite as a signal victory of the French emperor over the French working class; and it was the signal for the assassination, not of an individual, but of nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The war plot of July [19] 1870[B] is but an amended edition of the coup d'etat of December 1851. At first view, the thing seemed so absurd that France would not believe in its real good earnest. It rather believed the deputy denouncing the ministerial war talk as a mere stock-jobbing trick. When, on July 15, war was at last officially announced to the Corps Legislatif, the whole Opposition refused to vote the preliminary subsidies &#8211; even Thiers branded it as &#8220;detestable&#8221;; all the independent journals of Paris condemned it, and, wonderful to relate, the provincial press joined in almost unanimously.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meanwhile, the Paris members of the International had again set to work. In the Reveil of July 12, they published their manifesto &#8220;to the Workmen of all Nations,&#8221; from which we extract the following few passages:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Once more,&#8221; they say, &#8220;on the pretext of European equilibrium, of national honor, the peace of the world is menaced by political ambitions. French, German, Spanish workmen! Let our voices unite in one cry of reprobation against war!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;War for a question of preponderance or a dynasty can, in the eyes of workmen, be nothing but a criminal absurdity. In answer to the warlike proclamations of those who exempt themselves from the blood tax, and find in public misfortunes a source of fresh speculations, we protest, we who want peace, labor, and liberty!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Brothers in Germany! Our division would only result in the complete triumph of the despotism on both sides of the Rhine...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Workmen of all countries! Whatever may for the present become of our common efforts, we, the members of the International Working Men's Association, who know of no frontiers, we send you, as a pledge of indissoluble solidarity, the good wishes and the salutations of the workmen of France.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This manifesto of our Paris section was followed by numerous similar French addresses, of which we can here only quote the declaration of Neuilly-sur-Seine, published in the Marseillaise of July 22:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The war, is it just? No! The war, is it national? No! It is merely dynastic. In the name of humanity, or democracy, and the true interests of France, we adhere completely and energetically to the protestation of the International against the war.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;These protestations expressed the true sentiments of the French working people, as was soon shown by a curious incident. The Band of the 10th of December, first organized under the presidency of Louis Bonaparte, having been masqueraded into blouses [i.e., to appear as common workers] and let loose on the streets of Paris, there to perform the contortions of war fever, the real workmen of the Faubourgs [suburbs, workers' districts] came forward with public peace demonstrations so overwhelming that Pietri, the Prefect of Police, thought it prudent to stop at once all further street politics, on the plea that the real Paris people had given sufficient vent to their pent-up patriotism and exuberant war enthusiasm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Whatever may be the incidents of Louis Bonaparte's war with Prussia, the death-knell of the Second Empire has already sounded at Paris. It will end, as it began, by a parody. But let us not forget that it is the governments and the ruling classes of Europe who enabled Louis Bonaparte to play during 18 years the ferocious farce of the Restored Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the German side, the war is a war of defence; but who put Germany to the necessity of defending herself? Who enabled Louis Bonaparte to wage war upon her? Prussia! It was Bismarck who conspired with that very same Louis Bonaparte for the purpose of crushing popular opposition at home, and annexing Germany to the Hohenzollern dynasty. If the battle of Sadowa had been lost instead of being won, French battalions would have overrun Germany as the allies of Prussia. After her victory, did Prussia dream one moment of opposing a free Germany to an enslaved France? Just the contrary. While carefully preserving all the native beauties of her old system, she super-added all the tricks of the Second Empire, its real despotism, and its mock democratism, its political shams and its financial jobs, its high-flown talk and its low legerdemains. The Bonapartist regime, which till then only flourished on one side of the Rhine, had now got its counterfeit on the other. From such a state of things, what else could result but war?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If the German working class allows the present war to lose its strictly defensive character and to degenerate into a war against the French people, victory of defeat will prove alike disastrous. All the miseries that befell Germany after her wars of independence will revive with accumulated intensity.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The principles of the International are, however, too widely spread and too firmly rooted amongst the German working class to apprehend such a sad consummation. The voices of the French workmen had re-echoed from Germany. A mass meeting of workmen, held at Brunswick on July 16, expressed its full concurrence with the Paris manifesto, spurned the idea of national antagonism to France, and wound up its resolutions with these words:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;We are the enemies of all wars, but above all of dynastic wars. ... With deep sorrow and grief we are forced to undergo a defensive war as an unavoidable evil; but we call, at the same time, upon the whole German working class to render the recurrence of such an immense social misfortune impossible by vindicating for the peoples themselves the power to decide on peace and war, and making them masters of their own destinies.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At Chemnitz, a meeting of delegates, representing 50,000 Saxon workmen, adopted unanimously a resolution to this effect:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;In the name of German Democracy, and especially of the workmen forming the Democratic Socialist Party, we declare the present war to be exclusively dynastic.... We are happy to grasp the fraternal hand stretched out to us by the workmen of France.... Mindful of the watchword of the International Working Men's Association: Proletarians of all countries, unite, we shall never forget that the workmen of all countries are our friends and the despots of all countries our enemies.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Berlin branch of the International has also replied to the Paris manifesto:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;We,&#8221; they say, &#8220;join with heart and hand your protestation.... Solemnly, we promise that neither the sound of the trumpets, nor the roar of the cannon, neither victory nor defeat, shall divert us from our common work for the union of the children of toil of all countries.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Be it so!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the background of this suicidal strike looms the dark figure of Russia. It is an ominous sign that the signal for the present war should have been given at the moment when the Moscovite government had just finished its strategic lines of railway and was already massing troops in the direction of the Prut.[C] Whatever sympathy the Germans may justly claim in a war of defense against Bonapartist aggression, they would forfeit at once by allowing the Prussian government to call for, or accept the help of, the Cossack. Let them remember that after their war of independence against the first Napoleon, Germany lay for generations prostrate at the feet of the tsar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The English working class stretch the hand of fellowship to the French and German working people. They feel deeply convinced that whatever turn the impending horrid war may take, the alliance of the working classes of all countries will ultimately kill war. The very fact that while official France and Germany are rushing into a fratricidal feud, the workmen of France and Germany send each other messages of peace and goodwill; this great fact, unparalleled in the history of the past, opens the vista of a brighter future. It proves that in contrast to old society, with its economical miseries and its political delirium, a new society is springing up, whose International rule will be Peace, because its national ruler will be everywhere the same &#8211; Labour! The pioneer of that new society is the International Working Men's Association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapter 2: [Prussian Occupation of France]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[A] A plebiscite is a direct vote by an electorate of a nation to decide a question of national importance, such as governmental policy. Conducted by Napoleon III in May 1870 the questions were so worded that it was impossible to express disapproval of the policy of the Second Empire without declaring opposition to all democratic reforms for the working class. The sections of the First International in France argued that their members should not participate in the vote. On the eve of the plebiscite members of the Paris Federation were arrested on a charge of conspiring against Napoleon III. This pretext was further used by the government to launch a campaign of persecution of the members of the International throughout France. At the trial of the Paris Federation members (June 22 to July 5, 1870), the charge of conspiracy was clearly exposed as without any basis. Nevertheless a number of the International's members were sentenced to imprisonment based solely on their socialistic beliefs. The working class of France responded to these political persecutions with mass protests.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[B] The date when Napoleon III declared war on Prussia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[C] The river Prut, rising in the southwestern Ukraine and flowing southeast, forming part of the border between Roumania (within an autonomous part of Austria-Hungary) and Russia (later to join the river Danube). Length: 853 kilometers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prussian Occupation of France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In our first manifesto of the 23rd of July, we said:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The death-knell of the Second Empire has already sounded at Paris. It will end, as it began, by a parody. But let us not forget that it is the governments and the ruling classes of Europe who enabled Louis Bonaparte to play during 18 years the ferocious farce of the Restored Empire.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus, even before war operations had actually set in, we treated the Bonapartist bubble as a thing of the past.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If we were not mistaken as to the vitality of the Second Empire, we were not wrong in our apprehension lest the German war should &#8220;lose its strictly defensive character and degenerate into a war against the French people.&#8221; The war of defense ended, in point of fact, with the surrender of Louis Bonaparte, the Sedan capitulation, and the proclamation of the republic at Paris. But long before these events, the very moment that the utter rottenness of the imperialist arms became evident, the Prussian military camarilla had resolved upon conquest. There lay an ugly obstacle in their way &#8211; [Prussian] King William's own proclamations at the commencement of the war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In a speech from the throne to the North German Diet, he had solemnly declared to make war upon the emperor of the French and not upon the French nation, where he said:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The Emperor Napoleon having made by land and sea an attack on the German nation, which desired and still desires to live in peace with the French people, I have assumed the command of the German armies to repel his aggression, and I have been led by military events to cross the frontiers of France.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Not content to assert the defensive character of the war by the statement that he only assumed the command of the German armies &#8220;to repel aggression&#034;, he added that he was only &#8220;led by military events&#8221; to cross the frontiers of France. A defensive war does, of course, not exclude offensive operations, dictated by military events.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus, the pious king stood pledged before France and the world to a strictly defensive war. How to release him from his solemn pledge? The stage managers had to exhibit him as reluctantly yielding to the irresistible behest of the German nation. They at once gave the cue to the liberal German middle class, with its professors, its capitalists, its aldermen, and its penmen. That middle class, which, in its struggles for civil liberty, had, from 1846 to 1870, been exhibiting an unexampled spectacle of irresolution, incapacity and cowardice, felt, of course, highly delighted to bestride the European scene as the roaring lion of German patriotism. It re-vindicated its civic independence by affecting to force upon the Prussian government the secret designs of that same government. It does penance for its long-continued, and almost religious, faith in Louis Bonaparte's infallibility, but shouting for the dismemberment of the French republic. Let us, for a moment, listen to the special pleadings of those stout-hearted patriots!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;They dare not pretend that the people of Alsace and Lorraine pant for the German embrace; quite the contrary. To punish their French patriotism, Strasbourg, a town with an independent citadel commanding it, has for six days been wantonly and fiendishly bombarded by &#8220;German&#8221; explosive shells, setting it on fire, and killing great numbers of its defenceless inhabitants! Yet, the soil of those provinces once upon a time belonged to the whilom German empire.[A] Hence, it seems, the soil and the human beings grown on it must be confiscated as imprescriptible German property. If the map of Europe is to be re-made in the antiquary's vein, let us by no means forget that the Elector of Brandenburg, for his Prussian dominions, was the vassal of the Polish republic.[B]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The more knowing patriots, however, require Alsace and the German-speaking Lorraine as a &#8220;material guarantee&#8221; against French aggression. As this contemptible plea has bewildered many weak-minded people, we are bound to enter more fully upon it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;There is no doubt that the general configuration of Alsace, as compared with the opposite bank of the Rhine, and the presence of a large fortified town like Strasbourg, about halfway between Basle and Germersheim, very much favour a French invasion of South Germany, while they offer peculiar difficulties to an invasion of France from South Germany. There is, further, no doubt that the addition of Alsace and German-speaking Lorraine would give South Germany a much stronger frontier, inasmuch as she would then be the master of the crest of the Vosges mountains in its whole length, and of the fortresses which cover its northern passes. If Metz were annexed as well, France would certainly for the moment be deprived of her two principal bases of operation against Germany, but that would not prevent her from concentrating a fresh one at Nancy or Verdun. While Germany owns Coblenz, Mayence [i.e., Mainz], Germersheim, Rastatt, and Ulm, all bases of operation against France, and plentifully made use of in this war, with what show of fair play can she begrudge France Strasbourg and Metz, the only two fortresses of any importance she has on that side? Moreover, Strasbourg endangers South Germany only while South Germany is a separate power from North Germany. From 1792 to 1795, South Germany was never invaded from that direction, because Prussia was a party to the war against the French Revolution; but as soon as Prussia made a peace of her own[C] in 1795, and left the South to shift for itself, the invasions of South Germany with Strasbourg as a base began and continued till 1809. The fact is, a united Germany can always render Strasbourg and any French army in Alsace innocuous by concentrating all her troops, as was done in the present war, between Saarlouis and Landau, and advancing, or accepting battle, on the line of road between Mayence and Metz. While the mass of the German troops is stationed there, any French army advancing from Strasbourg into South Germany would be outflanked, and have its communication threatened. If the present campaign has proved anything, it is the facility of invading France from Germany.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But, in good faith, is it not altogether an absurdity and an anachronism to make military considerations the principle by which the boundaries of nations are to be fixed? If this rule were to prevail, Austria would still be entitled to Venetia and the line of the Minicio, and France to the line of the Rhine, in order to protect Paris, which lies certainly more open to an attack from the northeast than Berlin does from the southwest. If limits are to be fixed by military interests, there will be no end to claims, because every military line is necessarily faulty, and may be improved by annexing some more outlying territory; and, moreover, they can never be fixed finally and fairly, because they always must be imposed by the conqueror upon the conquered, and consequently carry within them the seed of fresh wars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Such is the lesson of all history.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus with nations as with individuals. To deprive them of the power of offence, you must deprive them of the means of defence. You must not only garrote, but murder. If every conqueror took &#8220;material guarantees&#034; for breaking the sinews of a nation, the first Napoleon did so by the Tilsit Treaty, and the way he executed it against Prussia and the rest of Germany. Yet, a few years later, his gigantic power split like a rotten reed upon the German people. What are the &#8220;material guarantees&#8221; Prussia, in her wildest dreams, can or dare imposes upon France, compared to the &#8220;material guarantees&#8221; the first Napoleon had wrenched from herself? The result will not prove the less disastrous. History will measure its retribution, not by the intensity of the square miles conquered from France, but by the intensity of the crime of reviving, in the second half of the 19th century, the policy of conquest!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But, say the mouthpieces of Teutonic [German] patriotism, you must not confound Germans with Frenchmen. What we want is not glory, but safety. The Germans are an essentially peaceful people. In their sober guardianship, conquest itself changes from a condition of future war into a pledge of perpetual peace. Of course, it is not Germans that invaded France in 1792, for the sublime purpose of bayonetting the revolution of the 18th century. It is not Germans that befouled their hands by the subjugation of Italy, the oppressions of Hungary, and the dismemberment of Poland. Their present military system, which divides the whole able-bodied male population into two parts &#8211; one standing army on service, and another standing army on furlough, both equally bound in passive obedience to rulers by divine right &#8211; such a military system is, of course, &#8220;a material guarantee,&#8221; for keeping the peace and the ultimate goal of civilizing tendencies! In Germany, as everywhere else, the sycophants of the powers that be poison the popular mind by the incense of mendacious self-praise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indignant as they pretend to be at the sight of French fortresses in Metz and Strasbourg, those German patriots see no harm in the vast system of Moscovite fortifications at Warsaw, Modlin, and Ivangorod [All strongholds of the Russian Empire] . While gloating at the terrors of imperialist invasion, they blink at the infamy of autocratic tutelage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As in 1865, promises were exchanged between Gorchakov and Bismarck. As Louis Bonaparte flattered himself that the War of 1866, resulting in the common exhaustion of Austria and Prussia, would make him the supreme arbiter of Germany, so Alexander [II of Russia] flattered himself that the War of 1870, resulting in the common exhaustion of Germany and France, would make him the supreme arbiter of the Western continent. As the Second Empire thought the North German Confederation incompatible with its existence, so autocratic Russia must think herself endangered by a German empire under Prussian leadership. Such is the law of the old political system. Within its pale the gain of one state is the loss of the other. The tsar's paramount influence over Europe roots in his traditional hold on Germany. At a moment when in Russia herself volcanic social agencies threaten to shake the very base of autocracy, could the tsar afford to bear with such a loss of foreign prestige? Already the Moscovite journals repeat the language of the Bonapartist journals of the War of 1866. Do the Teuton patriots really believe that liberty and peace will be guaranteed to Germany by forcing France into the arms of Russia? If the fortune of her arms, the arrogance of success, and dynastic intrigue lead Germany to a dismemberment of French territory, there will then only remain two courses open to her. She must at all risks become the avowed tool of Russian aggrandizement, or, after some short respite, make again ready for another &#8220;defensive&#8221; war, not one of those new-fangled &#8220;localized&#8221; wars, but a war of races &#8211; a war with the Slavonic and Roman races.[D]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The German working class have resolutely supported the war, which it was not in their power to prevent, as a war for German independence and the liberation of France and Europe from that pestilential incubus, the Second Empire. It was the German workmen who, together with the rural laborers, furnished the sinews and muscles of heroic hosts, leaving behind their half-starved families. Decimated by the battles abroad, they will be once more decimated by misery at home. In their turn, they are now coming forward to ask for &#8220;guarantees&#8221; &#8211; guarantees that their immense sacrifices have not been bought in vain, that they have conquered liberty, that the victory over the imperialist armies will not, as in 1815, be turned into the defeat of the German people[E]; and, as the first of these guarantees, they claim an honorable peace for France, and the recognition of the French republic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Central Committee of the German Social-Democratic Workmen's Party issued, on September 5, a manifesto, energetically insisting upon these guarantees.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;We,&#8221; they say, &#8220;protest against the annexation of Alsace and Lorraine. And we are conscious of speaking in the name of the German working class. In the common interest of France and Germany, in the interest of western civilization against eastern barbarism, the German workmen will not patiently tolerate the annexation of Alsace and Lorraine.... We shall faithfully stand by our fellow workmen in all countries for the common international cause of the proletariat!&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unfortunately, we cannot feel sanguine of their immediate success. If the French workmen amidst peace failed to stop the aggressor, are the German workmen more likely to stop the victor amidst the clamour of arms? The German workmen's manifesto demands the extradition of Louis Bonaparte as a common felon to the French republic. Their rulers are, on the contrary, already trying hard to restore him to the Tuileries[F] as the best man to ruin France. However that may be, history will prove that the German working class are not made of the same malleable stuff as the German middle class. They will do their duty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Like them, we hail the advent of the republic in France, but at the same time we labor under misgivings which we hope will prove groundless. That republic has not subverted the throne, but only taken its place, become vacant. It has been proclaimed, not as a social conquest, but as a national measure of defence. It is in the hands of a Provisional Government composed partly of notorious Orleanists, partly of middle class republicans, upon some of whom the insurrection of June 1848 has left its indelible stigma. The division of labor amongst the members of that government looks awkward. The Orleanists have seized the strongholds of the army and the police, while to the professed republicans have fallen the talking departments. Some of their acts go far to show that they have inherited from the empire, not only ruins, but also its dread of the working class. If eventual impossibilities are, in wild phraseology, promised in the name of the republic, is it not with a view to prepare the cry for a &#8220;possible&#8221; government? Is the republic, by some of its middle class undertakers, not intended to serve as a mere stop-gap and bridge over an Orleanist restoration?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The French working class moves, therefore, under circumstances of extreme difficulty. Any attempt at upsetting the new government in the present crisis, when the enemy is almost knocking at the doors of Paris, would be a desperate folly. The French workmen must perform their duties as citizens; but, at the same time, they must not allow themselves to be swayed by the national souvenirs of 1792, as the French peasant allowed themselves to be deluded by the national souvenirs of the First Empire. They have not to recapitulate the past, but to build up the future. Let them calmly and resolutely improve the opportunities of republican liberty, for the work of their own class organization. It will gift them with fresh herculean powers for the regeneration of France, and our common task &#8211; the emancipation of labor. Upon their energies and wisdom hinges the fate of the republic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The English workmen have already taken measures to overcome, by a wholesome pressure from without, the reluctance of their government to recognize the French republic.[G] The present dilatoriness of the British government is probably intended to atone for the Anti-Jacobin war [1792] and the former indecent haste in sanctioning the coup d'etat.[H] The English workmen call also upon their government to oppose by all its power the dismemberment of France, which a part of the English press is shameless enough to howl for. It is the same press that for 20 years deified Louis Bonaparte as the providence of Europe, that frantically cheered on the slaveholders' rebellion.[I] Now, as then, it drudges for the slaveholder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let the sections of the International Working Men's Association in every country stir the working classes to action. If they forsake their duty, if they remain passive, the present tremendous war will be but the harbinger of still deadlier international feuds, and lead in every nation to a renewed triumph over the workman by the lords of the sword, of the soil, and of capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive la Republique!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapter 3: [France Capitulates &amp; the Government of Thiers]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[A] The Holy Roman Empire of the German nation, founded in the 10th century and constituting a union of feudal principalities and free towns which recognized the supreme of authority of an emperor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[B] In 1618 the Electorate of Brandenburg united with the Prussian Dutchy (East Prussia), which had been formed early in the 16th century out of the Teutonic Order possessions and which was still a feudal vessel of the Kingdom of Poland. The Elector of Brandenburg, a Prussian Duke at the same time, remained a Polish vassal until 1657 when, taking advantage of Poland's difficulties in the war against Sweden, he secured sovereign rights to Prussian possessions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[C] The Treaty of Basle concluded by Prussia, a member of the first anti-French coalition of the European states, with the French Republic on April 5, 1795.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[D] Marx's clear assessment of Germany's historical position took some time to completely fulfill itself, but when it did Germany's war on races occurred in full force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[E] Marx refers here to the triumph of feudal reaction in Germany after the downfall of Napoleon. The feudalist unity of Germany was restored, the feudal-monarchist system was established in the German states, which retained all the privileges of the nobility and intensified the semi-feudal exploitation of the peasantry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[F] The Tuileries Palace in Paris, a residence of Napoleon III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[G] Campaigns by English workers to secure recognition of the French Republic proclaimed on Sept. 4, 1870. On Sept. 5 a series of meetings and demonstrations began in London and other big cities, at which resolutions and petitions were passed demanding that the British Government immediately recognize the French Republic. The General Council of the First International took a direct part in the organization of this movement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[H] Marx is alluding to England's active part in forming a coalition of feudal monarchies which started a war against revolutionary France in 1792, and also to the fact that the English oligarchy was the first in Europe to recognize the Bonapartist regime in France, established as a result of the coup d'etat, by Louis Bonaparte on December 2, 1851.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[I] During the American Civil War (1861-65) between the industrial North and the slave-owning South, the English bourgeois press took the side of the South.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France Capitulates &amp; the Government of Thiers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In September 4, 1870, when the working men of Paris proclaimed the republic, which was almost instantaneously acclaimed throughout France, without a single voice of dissent, a cabal of place-hunting barristers, with Thiers for their statesman, and Trochu for their general, took hold of the Hotel de Ville. At that time they were imbued with so fanatical a faith in the mission of Paris to represent France in all epochs of historical crisis that, to legitimate their usurped titles as governors of France, they thought it quite sufficient to produce their lapsed mandates as representatives of Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In our second address on the late war, five days after the rise of these men, we told you who they were. Yet, in the turmoil of surprise, with the real leaders of the working class still shut up in Bonapartist prisons and the Prussians already marching on Paris, Paris bore with their assumption of power, on the express condition that it was to be wielded for the single purpose of national defence. Paris, however, was not to be defended without arming its working class, organizing them into an effective force, and training their ranks by the war itself. But Paris armed was the revolution armed. A victory of Paris over the Prussian aggressor would have been a victory of the French workmen over the French capitalist and his state parasites. In this conflict between national duty and class interest, the Government of National Defence did not hesitate one moment to turn into a Government of National Defection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The first step they took was to send Thiers on a roving tour to all the courts of Europe, there to beg mediation by offering the barter of the republic for a king. Four months after the commencement of the siege [of Paris], when they thought the opportune moment came for breaking the first word of capitulation, Trochu, in the presence of Jules Favre, and others of his colleagues, addressed the assembled mayors of Paris in these terms:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The first question put to me by my colleagues on the very evening of the 4th of September was this: Paris, can it, with any chance of success, stand a siege by the Prussian army? I did not hesitate to answer in the negative. Some of my colleagues here present will warrant the truth of my words and the persistence of my opinion. I told them, in these very terms, that, under the existing state of things, the attempt of Paris to hold out a siege by the Prussian army would be a folly. Without doubt, I added, it would be an heroic folly; but that would be all.... The events [managed by himself] have not given the lie to my prevision.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This nice little speech of Trochu was afterwards published by M. Carbon, one of the mayors present.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus, on the very evening of the proclamation of the republic, Trochu's &#8220;plan&#8221; was known to his colleagues to be the capitulation of Paris. If national defence has been more than a pretext for the personal government of Thiers, Favre, and Co., the upstarts of September 4 would have abdicated on the 5th &#8211; would have initiated the Paris people into Trochu's &#8220;plan,&#8221; and called upon them to surrender at once, or to take their own fate into their own hands. Instead of this, the infamous impostors resolved upon curing the heroic folly of Paris by a regimen of famine and broken heads, and to dupe her in the meanwhile by ranting manifestos, holding forth that Trochu, &#8220;the governor of Paris, will never capitulate&#034;, and Jules Favre, the foreign minister, will &#8220;not cede an inch of our territory, nor a stone of our fortresses.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In a letter to Gambetta, the very same Jules Favre avows that what they were &#8220;defending&#8221; against were not the Prussian soldiers, but the working men of Paris. During the whole continuance of the siege, the Bonapartist cut-throats, whom Trochu had wisely entrusted with the command of the Paris army, exchanged, in their intimate correspondence, ribald jokes at the well-understood mockery of defence. (See, for instance, the correspondence of Alphonse Simon Guiod, supreme commander of the artillery of the Army of Defence of Paris and Grand Cross of the Legion of Honor, to Suzanne, general of division of artillery, a correspondence published by the Journal officiel of the Commune.) The mask of the true heroism was at last dropped on January 28, 1871. With the true heroism of utter self-debasement, the Government of National Defence, in their capitulation, came out as the government of France by Bismarck's prisoners &#8211; a part so base that Louis Bonaparte himself had, at Sedan, shrunk from accepting it. After the events of March 18 on their wild flight to Versailles, the capitulards left in the hands of Paris the documentary evidence of their treason, to destroy which, as the Commune says in its manifesto to the provinces, &#8220;those men would not recoil from battering Paris into a heap of ruins washed by a sea of blood.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To be eagerly bent upon such a consummation, some of the leading members of the Government of Defence had, besides, most peculiar reasons of their own.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Shortly after the conclusion of the armistice, M. Milliere, one of the representatives of Paris to the National Assembly, now shot by express orders of Jules Favre, published a series of authentic legal documents in proof that Jules Favre, living in concubinage with the wife of a drunken resident at Algiers, had, by a most daring concoction of forgeries, spread over many years, contrived to grasp, in the name of the children of his adultery, a large succession, which made him a rich man, and that, in a lawsuit undertaken by the legitimate heirs, he only escaped exposure by the connivance of the Bonapartist tribunals. As these dry legal documents were not to be got rid of by any amount of rhetorical horse-power, Jules Favre, for the first time in his life, held his tongue, quietly awaiting the outbreak of the civil war, in order, then, frantically to denounce the people of Paris as a band of escaped convicts in utter revolt against family, religion, order, and property. This same forger had hardly got into power, after September 4, when he sympathetically let loose upon society Pic and Taillefer, convicted, even under the empire, of forgery in the scandalous affair of &#8220;Etendard.&#8221; One of these men, Taillefer, having dared to return to Paris under the Commune, was at once reinstated in prison; and then Jules Favre exclaimed, from the tribune of the National Assembly, that Paris was setting free all her jailbirds!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernest Picard, the Joe Miller of the Government of National Defence, who appointed himself Finance Minister of the republic after having in vain striven to become home minister of the empire, is the brother of one Arthur Picard, an individual expelled from the Paris Bourse as a blackleg (see report of the Prefecture of Police, dated July 13, 1867), and convicted, on his own confession, of theft of 300,000 francs, while manager of one of the branches of the Societe Generale,[A] Rue Palestro, No.5 (see report of the Prefecture of Police, dated December 11, 1868). This Arthur Picard was made by Ernest Picard the editor of his paper, l'Electeur Libre. While the common run of stockjobbers were led astray by the official lies of this finance office paper, Arthur was running backwards and forwards between the finance office and the Bourse, there to discount the disasters of the French army. The whole financial correspondence of that worthy pair of brothers fell into the hands of the Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Ferry, a penniless barrister before September 4, contrived, as mayor of Paris during the siege, to job a fortune out of famine. The day on which he would have to give an account of his maladministration would be the day of his conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;These men, then, could find in the ruins of Paris only their tickets-of-leave[1]; they were the very men Bismarck wanted. With the help of some shuffling of cards, Thiers, hitherto the secret prompter of the government, now appeared at its head, with the tickets-of-leave men for his ministers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Theirs, that monstrous gnome, has charmed the French bourgeoisie for almost half a century, because he is the most consummate intellectual expression of their own class corruption. Before he became a statesman, he had already proved his lying powers as an historian. The chronicle of his public life is the record of the misfortunes of France. Banded, before 1830, with the republicans, he slipped into office under Louis Philippe by betraying his protector Lafitte, ingratiating himself with the king by exciting mob riots against the clergy, during which the church of Saint Germain l'Auxerrois and the Archbishop's palace were plundered, and by acting the minister-spy upon, and the jail-accoucheur of the Duchess de Berry.[B] The massacre of the republicans in the Rue Transnonian, and the subsequent infamous laws of September against the press and the right of association, were his work.[C] Reappearing as the chief of the cabinet in March 1840, he astonished France with his plan for fortifying France.[D] To the republicans, who denounced this plan as a sinister plot against the liberty of Paris, he replied from the tribune of the Chamber of Deputies:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;What! To fancy that any works of fortification could ever endanger liberty! And first of all you calumniate any possible government in supposing that it could some day attempt to maintain itself by bombarding the capital; [...] but that the government would be a hundred times more impossible after its victory than before.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indeed, no government would ever have dared to bombard Paris from the forts, save that government which had previously surrendered these forts to the Prussians.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When King Bomba [Ferdinand II of Spain] tried his hand at Palermo, in January 1848, Thiers, then long since out of office, again rose in the Chamber of Deputies:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;You know, gentlemen, what is happening at Palermo. You, all of you, shake with horror [in the parliamentary sense] on hearing that during 48 hours a large town has been bombarded &#8211; by whom? Was it a foreign enemy exercising the rights of war? No, gentlemen, it was by its own government. And why? Because the unfortunate town demanded its rights. Well, then, for the demand of its rights it has got 48 hours of bombardment.... Allow me to appeal to the opinion of Europe. It is doing a service to mankind to arise, and to make reverberate, from what is perhaps the greatest tribune in Europe, some words [indeed words] of indignation against such acts.... When the Regent Espartero, who had rendered services to his country [which M. Thiers never did] intended bombarding Barcelona, in order to suppress its insurrection, there arose from all parts of the world a general outcry of indignation.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eighteen months afterwards, M. Thiers was amongst the fiercest defenders of the bombardment of Rome by a French army.[E] In fact, the fault of King Bomba seems to have consisted in this only &#8211; that he limited his bombardment to 48 hours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A few days before the February Revolution, fretting at the long exile from place and pelf to which Guizot had condemned him, and sniffing in the air the scent of an approaching popular commotion, Thiers, in that pseudo-heroic style which won him the nickname Mirabeau-mouche [Mirabeau the fly], declared, to the Chamber of Deputies:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;I am of the party of revolution, not only in France, but in Europe. I wish the government of the revolution to remain in the hands of moderate men... but if that government should fall into the hand of ardent minds, even into those of radicals, I shall, for all that, not desert my cause. I shall always be of the party of the revolution.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The February Revolution came. Instead of displacing the Guizot Cabinet by the Thiers Cabinet, as the little man had dreamt, it superseded Louis Philippe by the republic. On the first day of the popular victory, he carefully hid himself, forgetting that the contempt of the working men screened him from their hatred. Still, with his legendary courage, he continued to shy the public stage, until the June [1848] massacres had cleared it for his sort of action. Then he became the leading mind of the &#8220;Party of Order&#8221;[F] and its parliamentary republic, that anonymous interregnum, in which all the rival factions of the ruling class conspired together to crush the people, and conspired against each other to restore to each of them its own monarchy. Then, as now, Thiers denounced the republicans as the only obstacle to the consolidation of the republic; then, as now, he spoke to the republic as the hangman spoke to Don Carlos: &#8220;I shall assassinate thee, but for thy own good.&#8221; Now, as then, he will have to exclaim on the day after his victory: L'Empire est fait &#8211; the empire is consummated.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Despite his hypocritical homilies about the necessary liberties and his personal grudge against Louis Bonaparte, who had made a dupe of him, and kicked out parliamentarism &#8211; and, outside of its factitious atmosphere, the little man is conscious of withering into nothingness &#8211; he had a hand in all the infamies of the Second Empire, from the occupation of Rome by French troops to the war with Prussia, which he incited by his fierce invective against German unity &#8211; not as a cloak of Prussian despotism, but as an encroachment upon the vested right of France in German disunion. Fond of brandishing, with his dwarfish arms in the face of Europe, the sword of the first Napoleon, whose historical shoeblack he had become, his foreign policy always culminated in the utter humiliation of France &#8211; from the London convention[G] of 1840 to the Paris capitulation of 1871, and the present civil war, where he hounds on the prisoners of Sedan and Metz[H] against Paris by special permission of Bismarck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Despite his versatility of talent and shiftiness of purpose, this man has his whole lifetime been wedded to the most fossil routine. It is self-evident that to him the deeper undercurrents of modern society remained forever hidden; but even the most palpable changes on its surface were abhorrent to a brain (all the vitality of which) had fled to the tongue. Thus, he never tired of denouncing as a sacrilege any deviation from the old French protective system.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When a minister of Louis Philippe, he railed at railways as a wild chimera; and when in opposition under Louis Bonaparte, he branded as a profanation every attempt to reform the rotten French army system. Never in his long political career has he been guilty of a single &#8211; even the smallest &#8211; measure of any practical use. Thiers was consistent only in his greed for wealth and his hatred of the men that produce it. Having entered his first ministry, under Louis Philippe, poor as Job, he left it a millionaire. His last ministry under the same king (of March 1, 1840) exposed him to public taunts of peculation in the Chamber of Deputies, to which he was content to reply by tears &#8211; a commodity he deals in as freely as Jules Favre, or any other crocodile. At Bordeaux, his first measure for saving France from impending financial ruin was to endow himself with three millions a year, the first and the last word of the &#8220;Economical Republic,&#8221; the vista of which he had opened to his Paris electors in 1869. One of his former colleagues of the Chamber of Deputies of 1830, himself a capitalist and, nevertheless, a devoted member of the Paris Commune, M. Beslay, lately addressed Thiers thus in a public placard:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The enslavement of labor by capital has always been the cornerstone of your policy, and from the very day you saw the Republic of Labor installed at the Hotel de Ville, you have never ceased to cry out to France: &#8216;These are criminals!'&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A master in small state roguery, a virtuoso in perjury and treason, a craftsman in all the petty strategems, cunning devices, and base perfidies of parliamentary warfare; never scrupling, when out of office, to fan a revolution, and to stifle it in blood when at the helm of the state; with class prejudices standing him in the place of ideas, and vanity in the place of a heart; his private life as infamous as his public life is odious &#8211; even now, when playing the part of a French Sulla, he cannot help setting off the abomination of his deeds by the ridicule of his ostentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The capitulation of Paris, by surrendering to Prussia not only Paris, but all France, closed the long-continued intrigues of treason with the enemy, which the usurpers of September 4 had begun, as Trochu himself said, on the very same day. On the other hand, it initiated the civil war they were now to wage, with the assistance of Prussia, against the republic and Paris. The trap was laid in the very terms of the capitulation. At that time, above one-third of the territory was in the hands of the enemy, the capital was cut off from the provinces, all communications were disorganized. To elect, under such circumstances, a real representation of France was impossible, unless ample time were given for preparation. In view of this, the capitulation stipulated that a National Assembly must be elected within eight days; so that in many parts of France the news of the impending election arrived on its eve only. This assembly, moreover, was, by an express clause of the capitulation, to be elected for the sole purpose of deciding on peace or war, and, eventually, to conclude a treaty of peace. The population could not but feel that the terms of the armistice rendered the continuation of the war impossible, and that for sanctioning the peace imposed by Bismarck, the worst men in France were the best. But not content with these precautions, Thiers even before the secret of the armistice had been broached to Paris, set out for an electioneering tour through the provinces, there to galvanize back into life the Legitimist party, which now, along with the Orleanists, had to take the place of the then impossible Bonapartists. He was not afraid of them. Impossible as a government of modern France, and, therefore, contemptible as rivals, what party were more eligible as tools of counter-revolution than the party whose action, in the words of Thiers himself (Chamber of Deputies, January 5, 1833), &#8220;Had always been confined to the three resources of foreign invasion, civil war, and anarchy&#8221;? They verily believed in the advent of their long-expected retrospective millennium. There were the heels of foreign invasion trampling upon France; there was the downfall of an empire, and the captivity of Bonaparte; and there they were themselves. The wheel of history had evidently rolled back to stop at the &#8220;Chambers introuvable&#8221; of 1816.[I] In the assemblies of the republic, 1848 to 1851, they had been represented by their educated and trained parliamentary champions; it was the rank-and-file of the party which now rushed in &#8211; all the Pourceaugnacs of France. [a character in one of Moli&#232;re's comedies, typifying the dull-witted, narrow-minded petty landed gentry.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As soon as this Assembly of &#8220;Rurals&#034;[J] had met at Bordeaux, Thiers made it clear to them that the peace preliminaries must be assented to at once, without even the honors of a parliamentary debate, as the only conditions on which Prussia would permit them to open the war against the republic and Paris, its stronghold. The counter-revolution had, in fact, no time to lose. The Second Empire had more than doubled the national debt, and plunged all the large towns into heavy municipal debts. The war had fearfully swelled the liabilities, and mercilessly ravaged the resources of the nation. To complete the ruin, the Prussian Shylock was there with his bond for the keep of half a million of his soldiers on French soil, his indemnity for five milliards[K], and interest at 5 per cent on the unpaid instalments thereof. Who was to pay this bill? It was only by the violent overthrow of the republic that the appropriators of wealth could hope to shift onto the shoulders of its producers the cost of a war which they, the appropriators, had themselves originated. Thus, the immense ruin of France spurred on these patriotic representatives of land and capital, under the very eyes and patronage of the invader, to graft upon the foreign war a civil war &#8211; a slaveholders' rebellion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;There stood in the way of this conspiracy one great obstacle &#8211; Paris. To disarm Paris was the first condition of success. Paris was therefore summoned by Thiers to surrender its arms. Then Paris was exasperated by the frantic anti-republican demonstrations of the &#8220;Rural&#8221; Assembly and by Thiers' own equivocations about the legal status of the republic; by the threat to decapitate and decapitalize Paris; the appointment of Orleanist ambassadors; Dufaure's laws on over-due commercial bills and house rents[L], inflicting ruin on the commerce and industry of Paris; Pouyer-Quertier's tax of two centimes upon every copy of every imaginable publication; the sentences of death against Blanqui and Flourens; the suppression of the republican journals; the transfer of the National Assembly to Versailles; the renewal of the state of siege declared by Palikao, and expired on September 4; the appointment of Vinoy, the D&#233;cembriseur[M], as governor of Paris &#8211; of Valentin, the imperialist gendarme, as its prefect of police &#8211; and of D'Aurelles de Paladine, the Jesuit general, as the commander-in-chief of its National Guard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And now we have to address a question to M. Thiers and the men of national defence, his under-strappers. It is known that, through the agency of M. Pouyer-Quertier, his finance ministers, Thiers had contracted a loan of two milliards. Now, is it true or not &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. That the business was so managed that a consideration of several hundred millions was secured for the private benefit of Thiers, Jules Favre, Ernest Picard, Pouyer-Quertier, and Jules Simon? and &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. That no money was to be paid down until after the &#8220;pacification&#8221; of Paris?[N]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At all events, there must have been something very pressing in the matter, for Thiers and Jules Favre, in the name of the majority of the Bordeaux Assembly, unblushingly solicited the immediate occupation of Paris by Prussian troops. Such, however, was not the game of Bismarck, as he sneeringly, and in public, told the admiring Frankfort philistines on his return to Germany.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapter 4: [Paris Workers' Revolution&lt;br class='autobr' /&gt;
&amp; Thiers' Reactionary Massacres]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) In England common criminals are often discharged on parole after serving the greater part of their term, and are placed under police surveillance. On such discharge they receive a certificate called ticket-of-leave, their possessor is being referred to as ticket-of-leave-men.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[A] Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale du Credit Mobilier &#8211; A large French joint-stock bank founded in 1852. Its main source of income was speculation in securities. The bank was closely linked with the government circles of the Second Empire. In 1867 it went bankrupt and was liquidated in 1871.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[B] On February 14 and 15, 1831 the Paris mob plundered the church of St. Germain l' Auxerroisand Archbishop Qu&#233;len's palace in protest against the Legitimist demonstration during the Requiem mass for the Duke de Barry. Thiers, who was present among the rioting crowd while it was committing excesses in the church and in the Archbishop's palace, persuaded the French National Guards not to interfere.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In 1832, by the order of Thiers, who was at that time minister of the Interior, the Duchesse de Berry (mother of the Comte de Chambord) &#8211; the Legitimist pretender to the French throne &#8211; was arrested and subjected to a humiliating medical examination aimed at giving publicity to her secret marriage and in this way ruling her political career.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[C] An allusion to the ignominious role of Thiers, then Minister of the Interior, in suppressing the people's insurrection in Paris against the July monarchy on April 13-14, 1834. The insurrection was put down with savage brutality by the military who, for example, massacred the inhabitants of one of the houses on Rue Transnonain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;September Laws &#8211; reactionary laws against the press introduced by the French Government in September 1835. They provided for imprisonment and large fines for publications criticizing the existing social and political system.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[D] In January 1841, Thiers submitted to the Chamber of Deputies a plan for building a range of military fortifications around Paris. Revolutionary-democratic sections saw this move as a preparatory step for the crushing of popular demonstrations. The plan provided for the building of particularly strong fortifications in the vicinity of the workers districts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[E] In April 1849 France, in conjunction with Austria and Naples, organized an intervention campaign against the republic of Rome in order to crush it and restore the pope's temporal power. French troops severely bombarded Rome. Despite heroic resistance, the Republic was crushed and Rome occupied by French troops.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[F] Party of Order &#8211; A party of the influential conservative bourgeoisie founded in 1848. It was a coalition of the two French monarchist factions &#8211; the Legitimists and Orleanists; from 1849 until the coup d'etat of December 2, 1851, it held the leading position in the Legislative Assembly of the Second Republic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[G] On July 15, 1840, England, Russia, Prussia, Austria and Turkey signed the London Convention, without the participation of France, on rendering aid to the Turkish Sultan against the Egyptian ruler Mohammed Ali, who had the support of France. As a result, a threat of war arose between France and the coalition of European powers, but King Louis Philippe did not dare begin hostilities and abandoned his support of Mohammed Ali.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[H] In order to suppress the Paris Commune Thiers appealed to Bismarck for permission to supplement the Versailles Army with French prisoners of war, most of whom had been serving in the armies that surrendered at Sedan and Metz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[I] Chamber of Deputies in France in 1815 and 1816 (during the early years of the Restoration), which consisted of extreme reactionaries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[J] Landlord Chamber, the Assembly of &#8220;Rurals&#8221; &#8211; A nickname of the National Assembly of 1871, which met in Bordeaux and was largely made up of reactionary monarchists, provincial landlords, officials, rentiers and traders &#8220;elected&#8221; in rural districts. There were about 430 monarchists among the Assembly's 630 deputies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[K] The preliminary peace treaty between France and Germany signed at Versailles on February 26, 1871 by Thiers and Jules Favre, on the one hand, and Bismarck, on the other. According to the terms of this treaty, France ceded Alsace and East Lorraine to Germany and paid it indemnities to the sum of 5 billion francs. The final peace treaty was signed in Frankfort-on-Main on May 10, 1871.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[L] On March 10, 1871, the National Assembly passed a law on the deferred payment of overdue bills; under this law the payment of debts on obligations concluded between August 13 and November 12, 1870 could be deferred. Thus, law led to the bankruptcy of many petty bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[M] D&#233;cembriseur &#8211; a participant in the Bonapartist coup d'etat of December 2, 1851 and supporter of acts in the spirit of this coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[N] According to the newspapers, the internal loan, which the Thiers government wanted to float, gave Thiers and members of his government over 300 million francs &#8220;commission.&#8221; On June 20, 1871, after the suppression of the Paris Commune, the law on the loan was passed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris Workers' Revolution &amp; Thiers' Reactionary Massacres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Armed Paris was the only serious obstacle in the way of the counter-revolutionary conspiracy. Paris was, therefore, to be disarmed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On this point, the Bordeaux Assembly [National Assembly] was sincerity itself. If the roaring rant of its Rurals had not been audible enough, the surrender of Paris by Thiers to the tender mercies of the triumvirate of Vinoy the Decembriseur, Valentin the Bonapartist gendarme, and Aurelles de Paladine the Jesuit general, would have cut off even the last subterfuge of doubt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But while insultingly exhibiting the true purpose of the disarmament of Paris, the conspirators asked her to lay down her arms on a pretext which was the most glaring, the most barefaced of lies. The artillery of the Paris National Guard, said Thiers, belonged to the state, and to the state it must be returned. The fact was this: From the very day of the capitulation, by which Bismarck's prisoners had signed the surrender of France, but reserved to themselves a numerous bodyguard for the express purpose of cowing Paris, Paris stood on the watch. The National Guard reorganized themselves and entrusted their supreme control to a Central Committee elected by their whole body, save some fragments of the old Bonapartist formations. On the eve of the entrance of the Prussians into Paris, the Central Committee took measures for the removal to Montmartre, Belleville, and La Villette, of the cannon and mitrailleuses treacherously abandoned by the capitulards in and about the very quarters the Prussians were to occupy. That artillery had been furnished by the subscriptions of the National Guard. As their private property, it was officially recognized in the capitulation of January 28, and on that very title exempted from the general surrender, into the hands of the conqueror, or arms belonging to the government. And Thiers was so utterly destitute of even the flimsiest pretext for initiating the war against Paris, that he had to resort to the flagrant lie of the artillery of the National Guard being state property!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The seizure of her artillery was evidently but to serve as the preliminary to the general disarmament of Paris, and, therefore, of the Revolution of September 4. But that revolution had become the legal status of France. The republic, its work, was recognized by the conqueror in the terms of the capitulation. After the capitulation, it was acknowledged by all foreign powers, and in its name, the National Assembly had been summoned. The Paris working men's revolution of September 4 was the only legal title of the National Assembly seated at Bordeaux, and of its executive. Without it, the National Assembly would at once have to give way to the Corps Legislatif elected in 1869 by universal suffrage under French, not under Prussian, rule, and forcibly dispersed by the arm of the revolution. Thiers and his ticket-of-leave men would have had to capitulate for safe conducts signed by Louis Bonaparte, to save them from a voyage to Cayenne[A]. The National Assembly, with its power of attorney to settle the terms of peace with Prussia, was but an incident of that revolution, the true embodiment of which was still armed Paris, which had initiated it, undergone for it a five-months' siege, with its horrors of famine, and made her prolonged resistance, despite Trochu's plan, the basis of an obstinate war of defence in the provinces. And Paris was now either to lay down her arms at the insulting behest of the rebellious slaveholders of Bordeaux, and acknowledge that her Revolution of September 4 meant nothing but a simple transfer of power from Louis Bonaparte to his royal rivals; or she had to stand forward as the self-sacrificing champion of France, whose salvation from ruin and whose regeneration were impossible without the revolutionary overthrow of the political and social conditions that had engendered the Second Empire, and under its fostering care, matured into utter rottenness. Paris, emaciated by a five-months' famine, did not hesitate one moment. She heroically resolved to run all the hazards of a resistance against French conspirators, even with Prussian cannon frowning upon her from her own forts. Still, in its abhorrence of the civil war into which Paris was to be goaded, the Central Committee continued to persist in a merely defensive attitude, despite the provocations of the Assembly, the usurpations of the Executive, and the menacing concentration of troops in and around Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thiers opened the civil war by sending Vinoy, at the head of a multitude of sergents-de-ville, and some regiments of the line, upon a nocturnal expedition against Montmartre, there to seize, by surprise, the artillery of the National Guard. It is well known how this attempt broke down before the resistance of the National Guard and the fraternization of the line with the people. Aurelles de Paldine had printed beforehand his bulletin of victory, and Thiers held ready the placards announcing his measures of coup d'etat. Now these had to be replaced by Thiers' appeals, imparting his magnanimous resolve to leave the National Guard in the possession of their arms, with which, he said, he felt sure they would rally round the government against the rebels. Out of 300,000 National guards, only 300 responded to this summons to rally around little Thiers against themselves. The glorious working men's Revolution of March 18 took undisputed sway of Paris. The Central Committee was its provisional government. Europe seemed, for a moment, to doubt whether its recent sensational performances of state and war had any reality in them, or whether they were the dreams of a long bygone past.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From March 18 to the entrance of the Versailles troops into Paris, the proletarian revolution remained so free from the acts of violence in which the revolutions &#8211; and still more the counter-revolutions &#8211; of the &#8220;better classes&#8221; abound, that no facts were left to its opponents to cry out about, but the executions of Generals Lecomte and Clement Thomas, and the affair of the Place Vendome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;One of the Bonapartist officers engaged in the nocturnal attempt against Montmartre, General Lecomte, had four times ordered the 81st line regiment to fire at an unarmed gathering in the Place Pigalle, and on their refusal fiercely insulted them. Instead of shooting women and children, his own men shot him. The inveterate habits acquired by the soldiery under the training of the enemies of the working class are, of course, not likely to change the very moment these soldiers change sides. The same men executed Clement Thomas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;General&#8221; Clement Thomas, a malcontent ex-quartermaster-sergeant, had, in the latter times of Louis Philippe's reign, enlisted at the office of the republican newspaper Le National, there to serve in the double capacity of responsible man-of-straw (gerant responsable) and of duelling bully to that very combative journal. After the February Revolution, the men of the National having got into power, they metamorphosed this old quarter-master-sergeant into a general on the eve of the butchery of June &#8211; of which he, like Jules Favre, was one of the sinister plotters, and became one of the most dastardly executioners. Then he and his generalship disappeared for a long time, to again rise to the surface on November 1, 1870. The day before, the Government of National Defence, caught at the Hotel de Ville, had solemnly pledged their parole to Blanqui, Flourens, and other representatives of the working class, to abdicate their usurped power into the hands of a commune to be freely elected by Paris.[B] Instead of keeping their word, they let loose on Paris the Bretons of Trochu, who now replaced the Corsicans of Bonaparte.[C] General Tamisier alone, refusing to sully his name by such a breach of faith, resigned the commandership-in-chief of the National Guard, and in his place Clement Thomas for once became again a general. During the whole of his tenure of command, he made war, not upon the Prussians, but upon the Paris National Guard. He prevented their general armament, pitted the bourgeois battalions against the working men's battalions, weeded out officers hostile to Trochu's &#8220;plan,&#8221; and disbanded, under the stigma of cowardice, the very same proletarian battalions whose heroism has now astonished their most inveterate enemies. Clement Thomas felt quite proud of having reconquered his June pre-eminence as the personal enemy of the working class of Paris. Only a few days before March 18, he laid before the War Minister, Leflo, a plan of his own for &#8220;finishing off la fine fleur [the cream] of the Paris canaille.&#8221; After Vinoy's rout, he must needs appear upon the scene of action in the quality of an amateur spy. The Central Committee and the Paris working men were as much responsible for the killing of Clement Thomas and Lecomte as the Princess of Wales for the fate of the people crushed to death on the day of her entrance into London.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The massacre of unarmed citizens in Place Vendome is a myth which M. Thiers and the Rurals persistently ignored in the Assembly, entrusting its propagation exclusively to the servants' hall of European journalism. &#8220;The men of order,&#8221; the reactionists of Paris, trembled at the victory of March 18. To them, it was the signal of popular retribution at last arriving. The ghosts of the victims assassinated at their hands from the days of June 1848, down to January 22, 1871,[D] arose before their faces. Their panic was their only punishment. Even the sergents-de-ville, instead of being disarmed and locked up, as ought to have been done, had the gates of Paris flung open wide for their safe retreat to Versailles. The men of order were left not only unharmed, but allowed to rally and quietly seize more than one stronghold in the very centre of Paris. This indulgence of the Central Committee &#8211; this magnanimity of the armed working men &#8211; so strangely at variance with the habits of the &#8220;Party of Order,&#8221; the latter misinterpreted as mere symptoms of conscious weakness. Hence their silly plan to try, under the cloak of an unarmed demonstration, what Vinoy had failed to perform with his cannon and mitrailleuses. On March 22, a riotous mob of swells started from the quarters of luxury, all the petits creves in their ranks, and at their head the notorious familiars of the empire &#8211; the Heeckeren, Coetlogon, Henri de Pene, etc. Under the cowardly pretence of a pacific demonstration, this rabble, secretly armed with the weapons of the bravo [i.e. hired assassin], fell into marching order, ill-treated and disarmed the detached patrols and sentries of the National Guard they met with on their progress, and, on debouching from the Rue de la Paix, with the cry of &#8220;Down with the Central Committee! Down with the assassins! The National Assembly forever!&#8221; attempted to break through the line drawn up there, and thus to carry by surprise the headquarters of the National Guard in the Place Vendome. In reply to their pistol-shots, the regular sommations (the French equivalent of the English Riot Act)[E] were made, and, proving ineffective, fire was commanded by the general [Bergeret] of the National Guard. One volley dispersed into wild flight the silly coxcombs, who expected that the mere exhibition of their &#8220;respectability&#8221; would have the same effect upon the Revolution of Paris as Joshua's trumpets upon the walls of Jericho. The runaways left behind them two National Guards killed, nine severely wounded (among them a member of the Central Committee [Maljournal]), and the whole scene of their exploit strewn with revolvers, daggers, and sword-canes, in evidence of the &#8220;unarmed&#8221; character of their &#8220;pacific&#8221; demonstration. When, on June 13, 1849, the National Guard made a really pacific demonstration in protest against the felonious assault of French troops upon Rome, Changarnier, then general of the Party of Order, was acclaimed by the National Assembly, and especially by M. Thiers, as the savior of society, for having launched his troops from all sides upon these unarmed men, to shoot and sabre them down, and to trample them under their horses' feet. Paris, then was placed under a state of siege. Dufaure hurried through the Assembly new laws of repression. New arrests, new proscriptions &#8211; a new reign of terror set in. But the lower orders manage these things otherwise. The Central Committee of 1871 simply ignored the heroes of the &#8220;pacific demonstration&#034;; so much so, that only two days later, they were enabled to muster under Admiral Saisset, for that armed demonstration, crowned by the famous stampede to Versailles. In their reluctance to continue the civil war opened by Thiers' burglarious attempt on Montmartre, the Central Committee made themselves, this time, guilty of a decisive mistake in not at once marching upon Versailles, then completely helpless, and thus putting an end to the conspiracies of Thiers and his Rurals. Instead of this, the Party of Order was again allowed to try its strength at the ballot box, on March 26, the day of the election of the Commune. Then, in the mairies of Paris, they exchanged bland words of conciliation with their too generous conquerors, muttering in their hearts solemn vows to exterminate them in due time.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Now, look at the reverse of the medal. Thiers opened his second campaign against Paris in the beginning of April. The first batch of Parisian prisoners brought into Versailles was subjected to revolting atrocities, while Ernest Picard, with his hands in his trousers' pockets, strolled about jeering them, and while Mesdames Thiers and Favre, in the midst of their ladies of honor (?) applauded, from the balcony, the outrages of the Versailles mob. The captured soldiers of the line were massacred in cold blood; our brave friend, General Duval, the iron-founder, was shot without any form of trial. Galifet, the kept man of his wife, so notorious for her shameless exhibitions at the orgies of the Second Empire, boasted in a proclamation of having commanded the murder of a small troop of National Guards, with their captain and lieutenant, surprised and disarmed by his Chasseurs. Vinoy, the runaway, was appointed by Thiers, Grand Cross of the Legion of Honor, for his general order to shoot down every soldier of the line taken in the ranks of the Federals. Desmaret, the Gendarme, was decorated for the treacherous butcher-like chopping in pieces of the high-souled and chivalrous Flourens, who had saved the heads of the Government of Defence on October 31, 1870.[F] &#8220;The encouraging particulars&#8221; of his assassination were triumphantly expatiated upon by Thiers in the National Assembly. With the elated vanity of a parliamentary Tom Thumb permitted to play the part of a Tamerlane, he denied the rebels the right of neutrality for ambulances. Nothing more horrid than that monkey allowed for a time to give full fling to his tigerish instincts, as foreseen by Voltaire.[Candide, Ch. 22](See news articles)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;After the decree of the Commune of April 7, ordering reprisals and declaring it to be the duty &#8220;to protect Paris against the cannibal exploits of the Versailles banditti, and to demand an eye for an eye, a tooth for a tooth,&#8221; [G] Thiers did not stop the barbarous treatment of prisoners, moreover, insulting them in his bulletins as follows: &#8220;Never have more degraded countenances of a degraded democracy met the afflicted gazes of honest men&#8221; &#8211; honest, like Thiers himself and his ministerial ticket-of-leave men. Still, the shooting of prisoners was suspended for a time. Hardly, however, had Thiers and his Decembrist generals [of the December 2, 1851 coup by Louis Bonaparte] become aware that the Communal decree of reprisals was but an empty threat, that even their gendarme spies caught in Paris under the disguise of National Guards, that even sergents-de-ville, taken with incendiary shells upon them, were spared &#8211; when the wholesale shooting of prisoners was resumed and carried on uninterruptedly to the end. Houses to which National Guards had fled were surrounded by gendarmes, inundated with petroleum (which here occurs for the first time in this war), and then set fire to, the charred corpses being afterwards brought out by the ambulance of the Press at the Ternes. Four National Guards having surrendered to a troop of mounted Chasseurs at Belle Epine, on April 25, were afterwards shot down, one after another, by the captain, a worthy man of Gallifet's. One of his four victims, left for dead, Scheffer, crawled back to the Parisian outposts, and deposed to this fact before a commission of the Commune. When Tolain interpellated the War Minister upon the report of this commission, the Rurals drowned his voice and forbade Leflo to answer. It would be an insult to their &#8220;glorious&#8221; army to speak of its deeds. The flippant tone in which Thiers' bulletin announced the bayoneting of the Federals, surprised asleep at Moulin Saquet, and the wholesale fusillades at Clamart shocked the nerves even of the not over-sensitive London Times. But it would be ludicrous today to attempt recounting the merely preliminary atrocities committed by the bombarders of Paris and the fomenters of a slaveholders' rebellion protected by foreign invasion. Amidst all these horrors, Thiers, forgetful of his parliamentary laments on the terrible responsibility weighing down his dwarfish shoulders, boasts in his bulletins that l'Assemblee siege paisiblement (the Assembly continues meeting in peace), and proves by his constant carousals, now with Decembrist generals, now with German princes, that his digestion is not troubled in the least, not even by the ghosts of Lecomte and Clement Thomas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapter 5: [The Paris Commune]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[A] A town in French Guiana (Northern South America), penal settlement and place of exile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[B] On October 31, 1870, upon the receipt of news that the Government of National Defense had decided to start negotiations with the Prussians, the Paris workers and revolutionary sections of the National Guard rose up in revolt. They seized the town hall and set up their revolutionary government &#8211; the Committee of Public Safety, headed by Blanqui. Under pressure from the workers the Government of National Defense promised to resign and schedule national elections to the Commune for November 1. The government then, with the aid of some loyal battalions of the National Guard, seized the town hall by force of arms and re-established its domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[C] Bretons &#8211; Breton Mobile Guard which Trochu used as gendarmes to put down the revolutionary movement in Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Corsicans &#8211; constituted a considerable part of the gendarmes corps during the Second Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[D] On January 22, 1871, the Paris proletariat and the National Guards held a revolutionary demonstration initiated by the Blanquists. They demanded the overthrow of the government and the establishment of a Commune. By order of the Government of National Defense, the Breton Mobile Guard, which was defending the town hall, opened fire on the demonstrators. After massacring the workers, the government began preparations to surrender Paris to the Germans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[E] Sommations (a preliminary demand to disburse) &#8211; under the laws of most bourgeois states, this demand is repeated three times, following which the armed police are entitled to resort to force. The Riot Act was introduced in England in 1715. It prohibited &#8220;rebel gatherings&#8221; of more than 12 people in a group, giving the authorities the right to use force if the crowd did not disperse within an hour after the reading out of the sommations three times.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[F] On October 31, Flourens prevented the members of the Government of National Defense from being shot, as had been demanded by one of the insurrectionists.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[G] A reference to the decree on hostages adopted by the Commune on April 5, 1871. (Marx gives the date of its publication in the English press.) Under this decree, all persons found guilty of being in contact with Versailles were declared hostages. By this decree the Commune sought to prevent Communards from being shot by the Versaillists.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Paris Commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the dawn of March 18, Paris arose to the thunder-burst of &#8220;Vive la Commune!&#8221; What is the Commune, that sphinx so tantalizing to the bourgeois mind?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The proletarians of Paris,&#8221; said the Central Committee in its manifesto of March 18, &#8220;amidst the failures and treasons of the ruling classes, have understood that the hour has struck for them to save the situation by taking into their own hands the direction of public affairs.... They have understood that it is their imperious duty, and their absolute right, to render themselves masters of their own destinies, by seizing upon the governmental power.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But the working class cannot simply lay hold of the ready-made state machinery, and wield it for its own purposes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The centralized state power, with its ubiquitous organs of standing army, police, bureaucracy, clergy, and judicature &#8211; organs wrought after the plan of a systematic and hierarchic division of labor &#8211; originates from the days of absolute monarchy, serving nascent middle class society as a mighty weapon in its struggle against feudalism. Still, its development remained clogged by all manner of medieval rubbish, seignorial rights, local privileges, municipal and guild monopolies, and provincial constitutions. The gigantic broom of the French Revolution of the 18th century swept away all these relics of bygone times, thus clearing simultaneously the social soil of its last hinderances to the superstructure of the modern state edifice raised under the First Empire, itself the offspring of the coalition wars of old semi-feudal Europe against modern France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;During the subsequent regimes, the government, placed under parliamentary control &#8211; that is, under the direct control of the propertied classes &#8211; became not only a hotbed of huge national debts and crushing taxes; with its irresistible allurements of place, pelf, and patronage, it became not only the bone of contention between the rival factions and adventurers of the ruling classes; but its political character changed simultaneously with the economic changes of society. At the same pace at which the progress of modern industry developed, widened, intensified the class antagonism between capital and labor, the state power assumed more and more the character of the national power of capital over labor, of a public force organized for social enslavement, of an engine of class despotism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;After every revolution marking a progressive phase in the class struggle, the purely repressive character of the state power stands out in bolder and bolder relief. The Revolution of 1830, resulting in the transfer of government from the landlords to the capitalists, transferred it from the more remote to the more direct antagonists of the working men. The bourgeois republicans, who, in the name of the February Revolution, took the state power, used it for the June [1848] massacres, in order to convince the working class that &#8220;social&#8221; republic means the republic entrusting their social subjection, and in order to convince the royalist bulk of the bourgeois and landlord class that they might safely leave the cares and emoluments of government to the bourgeois &#8220;republicans.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;However, after their one heroic exploit of June, the bourgeois republicans had, from the front, to fall back to the rear of the &#8220;Party of Order&#8221; &#8211; a combination formed by all the rival fractions and factions of the appropriating classes. The proper form of their joint-stock government was the parliamentary republic, with Louis Bonaparte for its president. Theirs was a regime of avowed class terrorism and deliberate insult towards the &#8220;vile multitude.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If the parliamentary republic, as M. Thiers said, &#8220;divided them [the different fractions of the ruling class] least&#034;, it opened an abyss between that class and the whole body of society outside their spare ranks. The restraints by which their own divisions had under former regimes still checked the state power, were removed by their union; and in view of the threatening upheaval of the proletariat, they now used that state power mercilessly and ostentatiously as the national war engine of capital against labor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In their uninterrupted crusade against the producing masses, they were, however, bound not only to invest the executive with continually increased powers of repression, but at the same time to divest their own parliamentary stronghold &#8211; the National Assembly &#8211; one by one, of all its own means of defence against the Executive. The Executive, in the person of Louis Bonaparte, turned them out. The natural offspring of the &#8220;Party of Order&#8221; republic was the Second Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The empire, with the coup d'etat for its birth certificate, universal suffrage for its sanction, and the sword for its sceptre, professed to rest upon the peasantry, the large mass of producers not directly involved in the struggle of capital and labor. It professed to save the working class by breaking down parliamentarism, and, with it, the undisguised subserviency of government to the propertied classes. It professed to save the propertied classes by upholding their economic supremacy over the working class; and, finally, it professed to unite all classes by reviving for all the chimera of national glory.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In reality, it was the only form of government possible at a time when the bourgeoisie had already lost, and the working class had not yet acquired, the faculty of ruling the nation. It was acclaimed throughout the world as the savior of society. Under its sway, bourgeois society, freed from political cares, attained a development unexpected even by itself. Its industry and commerce expanded to colossal dimensions; financial swindling celebrated cosmopolitan orgies; the misery of the masses was set off by a shameless display of gorgeous, meretricious and debased luxury. The state power, apparently soaring high above society and the very hotbed of all its corruptions. Its own rottenness, and the rottenness of the society it had saved, were laid bare by the bayonet of Prussia, herself eagerly bent upon transferring the supreme seat of that regime from Paris to Berlin. Imperialism is, at the same time, the most prostitute and the ultimate form of the state power which nascent middle class society had commenced to elaborate as a means of its own emancipation from feudalism, and which full-grown bourgeois society had finally transformed into a means for the enslavement of labor by capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The direct antithesis to the empire was the Commune. The cry of &#8220;social republic,&#8221; with which the February Revolution was ushered in by the Paris proletariat, did but express a vague aspiration after a republic that was not only to supercede the monarchical form of class rule, but class rule itself. The Commune was the positive form of that republic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, the central seat of the old governmental power, and, at the same time, the social stronghold of the French working class, had risen in arms against the attempt of Thiers and the Rurals to restore and perpetuate that old governmental power bequeathed to them by the empire. Paris could resist only because, in consequence of the siege, it had got rid of the army, and replaced it by a National Guard, the bulk of which consisted of working men. This fact was now to be transformed into an institution. The first decree of the Commune, therefore, was the suppression of the standing army, and the substitution for it of the armed people.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Commune was formed of the municipal councillors, chosen by universal suffrage in the various wards of the town, responsible and revocable at short terms. The majority of its members were naturally working men, or acknowledged representatives of the working class. The Commune was to be a working, not a parliamentary body, executive and legislative at the same time.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instead of continuing to be the agent of the Central Government, the police was at once stripped of its political attributes, and turned into the responsible, and at all times revocable, agent of the Commune. So were the officials of all other branches of the administration. From the members of the Commune downwards, the public service had to be done at workman's wage. The vested interests and the representation allowances of the high dignitaries of state disappeared along with the high dignitaries themselves. Public functions ceased to be the private property of the tools of the Central Government. Not only municipal administration, but the whole initiative hitherto exercised by the state was laid into the hands of the Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Having once got rid of the standing army and the police &#8211; the physical force elements of the old government &#8211; the Commune was anxious to break the spiritual force of repression, the &#8220;parson-power&#034;, by the disestablishment and disendowment of all churches as proprietary bodies. The priests were sent back to the recesses of private life, there to feed upon the alms of the faithful in imitation of their predecessors, the apostles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The whole of the educational institutions were opened to the people gratuitously, and at the same time cleared of all interference of church and state. Thus, not only was education made accessible to all, but science itself freed from the fetters which class prejudice and governmental force had imposed upon it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The judicial functionaries were to be divested of that sham independence which had but served to mask their abject subserviency to all succeeding governments to which, in turn, they had taken, and broken, the oaths of allegiance. Like the rest of public servants, magistrates and judges were to be elective, responsible, and revocable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Paris Commune was, of course, to serve as a model to all the great industrial centres of France. The communal regime once established in Paris and the secondary centres, the old centralized government would in the provinces, too, have to give way to the self-government of the producers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In a rough sketch of national organization, which the Commune had no time to develop, it states clearly that the Commune was to be the political form of even the smallest country hamlet, and that in the rural districts the standing army was to be replaced by a national militia, with an extremely short term of service. The rural communities of every district were to administer their common affairs by an assembly of delegates in the central town, and these district assemblies were again to send deputies to the National Delegation in Paris, each delegate to be at any time revocable and bound by the mandat imperatif (formal instructions) of his constituents. The few but important functions which would still remain for a central government were not to be suppressed, as has been intentionally misstated, but were to be discharged by Communal and thereafter responsible agents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The unity of the nation was not to be broken, but, on the contrary, to be organized by Communal Constitution, and to become a reality by the destruction of the state power which claimed to be the embodiment of that unity independent of, and superior to, the nation itself, from which it was but a parasitic excresence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;While the merely repressive organs of the old governmental power were to be amputated, its legitimate functions were to be wrested from an authority usurping pre-eminence over society itself, and restored to the responsible agents of society. Instead of deciding once in three or six years which member of the ruling class was to misrepresent the people in Parliament, universal suffrage was to serve the people, constituted in Communes, as individual suffrage serves every other employer in the search for the workmen and managers in his business. And it is well-known that companies, like individuals, in matters of real business generally know how to put the right man in the right place, and, if they for once make a mistake, to redress it promptly. On the other hand, nothing could be more foreign to the spirit of the Commune than to supercede universal suffrage by hierarchical investiture.[A]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is generally the fate of completely new historical creations to be mistaken for the counterparts of older, and even defunct, forms of social life, to which they may bear a certain likeness. Thus, this new Commune, which breaks with the modern state power, has been mistaken for a reproduction of the medieval Communes, which first preceded, and afterward became the substratum of, that very state power. The Communal Constitution has been mistaken for an attempt to break up into the federation of small states, as dreamt of by Montesquieu and the Girondins,[B] that unity of great nations which, if originally brought about by political force, has now become a powerful coefficient of social production. The antagonism of the Commune against the state power has been mistaken for an exaggerated form of the ancient struggle against over-centralization. Peculiar historical circumstances may have prevented the classical development, as in France, of the bourgeois form of government, and may have allowed, as in England, to complete the great central state organs by corrupt vestries, jobbing councillors, and ferocious poor-law guardians in the towns, and virtually hereditary magistrates in the counties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Communal Constitution would have restored to the social body all the forces hitherto absorbed by the state parasite feeding upon, and clogging the free movement of, society. By this one act, it would have initiated the regeneration of France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The provincial French middle class saw in the Commune an attempt to restore the sway their order had held over the country under Louis Philippe, and which, under Louis Napoleon, was supplanted by the pretended rule of the country over the towns. In reality, the Communal Constitution brought the rural producers under the intellectual lead of the central towns of their districts, and there secured to them, in the working men, the natural trustees of their interests. The very existence of the Commune involved, as a matter of course, local municipal liberty, but no longer as a check upon the now superseded state power. It could only enter into the head of a Bismarck &#8211; who, when not engaged on his intrigues of blood and iron, always likes to resume his old trade, so befitting his mental calibre, of contributor to Kladderadatsch (the Berlin Punch)[C] &#8211; it could only enter into such a head to ascribe to the Paris Commune aspirations after the caricature of the old French municipal organization of 1791, the Prussian municipal constitution which degrades the town governments to mere secondary wheels in the police machinery of the Prussian state. The Commune made that catchword of bourgeois revolutions &#8211; cheap government &#8211; a reality by destroying the two greatest sources of expenditure: the standing army and state functionarism. Its very existence presupposed the non-existence of monarchy, which, in Europe at least, is the normal incumbrance and indispensable cloak of class rule. It supplied the republic with the basis of really democratic institutions. But neither cheap government nor the &#8220;true republic&#8221; was its ultimate aim; they were its mere concomitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The multiplicity of interpretations to which the Commune has been subjected, and the multiplicity of interests which construed it in their favor, show that it was a thoroughly expansive political form, while all the previous forms of government had been emphatically repressive. Its true secret was this:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It was essentially a working class government, the product of the struggle of the producing against the appropriating class, the political form at last discovered under which to work out the economical emancipation of labor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Except on this last condition, the Communal Constitution would have been an impossibility and a delusion. The political rule of the producer cannot co-exist with the perpetuation of his social slavery. The Commune was therefore to serve as a lever for uprooting the economical foundation upon which rests the existence of classes, and therefore of class rule. With labor emancipated, every man becomes a working man, and productive labor ceases to be a class attribute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is a strange fact. In spite of all the tall talk and all the immense literature, for the last 60 years, about emancipation of labor, no sooner do the working men anywhere take the subject into their own hands with a will, than uprises at once all the apologetic phraseology of the mouthpieces of present society with its two poles of capital and wages-slavery (the landlord now is but the sleeping partner of the capitalist), as if the capitalist society was still in its purest state of virgin innocence, with its antagonisms still undeveloped, with its delusions still unexploded, with its prostitute realities not yet laid bare. The Commune, they exclaim, intends to abolish property, the basis of all civilization!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yes, gentlemen, the Commune intended to abolish that class property which makes the labor of the many the wealth of the few. It aimed at the expropriation of the expropriators. It wanted to make individual property a truth by transforming the means of production, land, and capital, now chiefly the means of enslaving and exploiting labor, into mere instruments of free and associated labor. But this is communism, &#8220;impossible&#8221; communism! Why, those members of the ruling classes who are intelligent enough to perceive the impossibility of continuing the present system &#8211; and they are many &#8211; have become the obtrusive and full-mouthed apostles of co-operative production. If co-operative production is not to remain a sham and a snare; if it is to supersede the capitalist system; if united co-operative societies are to regulate national production upon common plan, thus taking it under their own control, and putting an end to the constant anarchy and periodical convulsions which are the fatality of capitalist production &#8211; what else, gentlemen, would it be but communism, &#8220;possible&#8221; communism?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The working class did not expect miracles from the Commune. They have no ready-made utopias to introduce par d&#233;cret du peuple. They know that in order to work out their own emancipation, and along with it that higher form to which present society is irresistably tending by its own economical agencies, they will have to pass through long struggles, through a series of historic processes, transforming circumstances and men. They have no ideals to realize, but to set free the elements of the new society with which old collapsing bourgeois society itself is pregnant. In the full consciousness of their historic mission, and with the heroic resolve to act up to it, the working class can afford to smile at the coarse invective of the gentlemen's gentlemen with pen and inkhorn, and at the didactic patronage of well-wishing bourgeois-doctrinaires, pouring forth their ignorant platitudes and sectarian crotchets in the oracular tone of scientific infallibility.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When the Paris Commune took the management of the revolution in its own hands; when plain working men for the first time dared to infringe upon the governmental privilege of their &#8220;natural superiors,&#8221; and, under circumstances of unexampled difficulty, performed it at salaries the highest of which barely amounted to one-fifth of what, according to high scientific authority,(1) is the minimum required for a secretary to a certain metropolitan school-board &#8211; the old world writhed in convulsions of rage at the sight of the Red Flag, the symbol of the Republic of Labor, floating over the H&#244;tel de Ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And yet, this was the first revolution in which the working class was openly acknowledged as the only class capable of social initiative, even by the great bulk of the Paris middle class &#8211; shopkeepers, tradesmen, merchants &#8211; the wealthy capitalist alone excepted. The Commune had saved them by a sagacious settlement of that ever recurring cause of dispute among the middle class themselves &#8211; the debtor and creditor accounts.[D] The same portion of the middle class, after they had assisted in putting down the working men's insurrection of June 1848, had been at once unceremoniously sacrificed to their creditors[E] by the then Constituent Assembly. But this was not their only motive for now rallying around the working class. They felt there was but one alternative &#8211; the Commune, or the empire &#8211; under whatever name it might reappear. The empire had ruined them economically by the havoc it made of public wealth, by the wholesale financial swindling it fostered, by the props it lent to the artificially accelerated centralization of capital, and the concomitant expropriation of their own ranks. It had suppressed them politically, it had shocked them morally by its orgies, it had insulted their Voltairianism by handing over the education of their children to the fr&#233;res Ignorantins,[F] it had revolted their national feeling as Frenchmen by precipitating them headlong into a war which left only one equivalent for the ruins it made &#8211; the disappearance of the empire. In fact, after the exodus from Paris of the high Bonapartist and capitalist boh&#232;me, the true middle class Party of Order came out in the shape of the &#8220;Union Republicaine,&#8221;[G] enrolling themselves under the colors of the Commune and defending it against the wilful misconstructions of Thiers. Whether the gratitude of this great body of the middle class will stand the present severe trial, time must show.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Commune was perfectly right in telling the peasants that &#8220;its victory was their only hope.&#8221; Of all the lies hatched at Versailles and re-echoed by the glorious European penny-a-liner, one of the most tremendous was that the Rurals represented the French peasantry. Think only of the love of the French peasant for the men to whom, after 1815, he had to pay the milliard indemnity.[H] In the eyes of the French peasant, the very existence of a great landed proprietor is in itself an encroachment on his conquests of 1789. The bourgeois, in 1848, had burdened his plot of land with the additional tax of 45 cents in the franc; but then he did so in the name of the revolution; while now he had fomented a civil war against revolution, to shift on to the peasant's shoulders the chief load of the 5 milliards of indemnity to be paid to the Prussian. The Commune, on the other hand, in one of its first proclamations, declared that the true originators of the war would be made to pay its cost. The Commune would have delivered the peasant of the blood tax &#8211; would have given him a cheap government &#8211; transformed his present blood-suckers, the notary, advocate, executor, and other judicial vampires, into salaried communal agents, elected by, and responsible to, himself. It would have freed him of the tyranny of the garde champ&#234;tre, the gendarme, and the prefect; would have put enlightenment by the schoolmaster in the place of stultification by the priest. And the French peasant is, above all, a man of reckoning. He would find it extremely reasonable that the pay of the priest, instead of being extorted by the tax-gatherer, should only depend upon the spontaneous action of the parishioners' religious instinct. Such were the great immediate boons which the rule of the Commune &#8211; and that rule alone &#8211; held out to the French peasantry. It is, therefore, quite superfluous here to expatiate upon the more complicated but vital problems which the Commune alone was able, and at the same time compelled, to solve in favor of the peasant &#8211; viz., the hypothecary debt, lying like an incubus upon his parcel of soil, the prol&#233;tariat foncier (the rural proletariat), daily growing upon it, and his expropriation from it enforced, at a more and more rapid rate, by the very development of modern agriculture and the competition of capitalist farming.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The French peasant had elected Louis Bonaparte president of the Republic; but the Party of Order created the empire. What the French peasant really wants he commenced to show in 1849 and 1850, by opposing his maire to the government's prefect, his school-master to the government's priest, and himself to the government's gendarme. All the laws made by the Party of Order in January and February 1850 were avowed measures of repression against the peasant. The peasant was a Bonapartist, because the Great Revolution, with all its benefits to him, was, in his eyes, personified in Napoleon. This delusion, rapidly breaking down under the Second Empire (and in its very nature hostile to the Rurals), this prejudice of the past, how could it have withstood the appeal of the Commune to the living interests and urgent wants of the peasantry?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Rurals &#8211; this was, in fact, their chief apprehension &#8211; knew that three months' free communication of Communal Paris with the provinces would bring about a general rising of the peasants, and hence their anxiety to establish a police blockade around Paris, so as to stop the spread of the rinderpest [cattle pest &#8211; contagious disease].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If the Commune was thus the true representative of all the healthy elements of French society, and therefore the truly national government, it was, at the same time, as a working men's government, as the bold champion of the emancipation of labor, emphatically international. Within sight of that Prussian army, that had annexed to Germany two French provinces, the Commune annexed to France the working people all over the world.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Second Empire had been the jubilee of cosmopolitan blackleggism, the rakes of all countries rushing in at its call for a share in its orgies and in the plunder of the French people. Even at this moment, the right hand of Thiers is Ganessco, the foul Wallachian, and his left hand is Markovsky, the Russian spy. The Commune admitted all foreigners to the honor of dying for an immortal cause. Between the foreign war lost by their treason, and the civil war fomented by their conspiracy with the foreign invader, the bourgeoisie had found the time to display their patriotism by organizing police hunts upon the Germans in France. The Commune made a German working man [Leo Frankel] its Minister of Labor. Thiers, the bourgeoisie, the Second Empire, had continually deluded Poland by loud professions of sympathy, while in reality betraying her to, and doing the dirty work of, Russia. The Commune honored the heroic sons of Poland [J. Dabrowski and W. Wr&#243;blewski] by placing them at the head of the defenders of Paris. And, to broadly mark the new era of history it was conscious of initiating, under the eyes of the conquering Prussians on one side, and the Bonapartist army, led by Bonapartist generals, on the other, the Commune pulled down that colossal symbol of martial glory, the Vend&#244;me Column.[I]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The great social measure of the Commune was its own working existence. Its special measures could but betoken the tendency of a government of the people by the people. Such were the abolition of the nightwork of journeymen bakers; the prohibition, under penalty, of the employers' practice to reduce wages by levying upon their workpeople fines under manifold pretexts &#8211; a process in which the employer combines in his own person the parts of legislator, judge, and executor, and filches the money to boot. Another measure of this class was the surrender to associations of workmen, under reserve of compensation, of all closed workshops and factories, no matter whether the respective capitalists had absconded or preferred to strike work.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The financial measures of the Commune, remarkable for their sagacity and moderation, could only be such as were compatible with the state of a besieged town. Considering the colossal robberies committed upon the city of Paris by the great financial companies and contractors, under the protection of Haussman,[J] the Commune would have had an incomparably better title to confiscate their property than Louis Napoleon had against the Orleans family. The Hohenzollern and the English oligarchs, who both have derived a good deal of their estates from church plunders, were, of course, greatly shocked at the Commune clearing but 8,000F out of secularization.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;While the Versailles government, as soon as it had recovered some spirit and strength, used the most violent means against the Commune; while it put down the free expression of opinion all over France, even to the forbidding of meetings of delegates from the large towns; while it subjected Versailles and the rest of France to an espionage far surpassing that of the Second Empire; while it burned by its gendarme inquisitors all papers printed at Paris, and sifted all correspondence from and to Paris; while in the National Assembly the most timid attempts to put in a word for Paris were howled down in a manner unknown even to the Chambre introuvable of 1816; with the savage warfare of Versailles outside, and its attempts at corruption and conspiracy inside Paris &#8211; would the Commune not have shamefully betrayed its trust by affecting to keep all the decencies and appearances of liberalism as in a time of profound peace? Had the government of the Commune been akin to that of M. Thiers, there would have been no more occasion to suppress Party of Order papers at Paris that there was to suppress Communal papers at Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It was irritating indeed to the Rurals that at the very same time they declared the return to the church to be the only means of salvation for France, the infidel Commune unearthed the peculiar mysteries of the Picpus nunnery, and of the Church of St. Laurent.[K] It was a satire upon M. Thiers that, while he showered grand crosses upon the Bonapartist generals in acknowledgment of their mastery in losing battles, signing capitulations, and turning cigarettes at Wilhelmsh&#246;he,[L] the Commune dismissed and arrested its generals whenever they were suspected of neglecting their duties. The expulsion from, and arrest by, the Commune of one of its members [Blanchet] who had slipped in under a false name, and had undergone at Lyons six days' imprisonment for simple bankruptcy, was it not a deliberate insult hurled at the forger, Jules Favre, then still the foreign minister of France, still selling France to Bismarck, and still dictating his orders to that paragon government of Belgium? But indeed the Commune did not pretend to infallibility, the invariable attribute of all governments of the old stamp. It published its doings and sayings, it initiated the public into all its shortcomings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In every revolution there intrude, at the side of its true agents, men of different stamp; some of them survivors of and devotees to past revolutions, without insight into the present movement, but preserving popular influence by their known honesty and courage, or by the sheer force of tradition; others mere brawlers who, by dint of repeating year after year the same set of stereotyped declarations against the government of the day, have sneaked into the reputation of revolutionists of the first water. After March 18, some such men did also turn up, and in some cases contrived to play pre-eminent parts. As far as their power went, they hampered the real action of the working class, exactly as men of that sort have hampered the full development of every previous revolution. They are an unavoidable evil: with time they are shaken off; but time was not allowed to the Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wonderful, indeed, was the change the Commune had wrought in Paris! No longer any trace of the meretricious Paris of the Second Empire! No longer was Paris the rendezvous of British landlords, Irish absentees,[M] American ex-slaveholders and shoddy men, Russian ex-serfowners, and Wallachian boyards. No more corpses at the morgue, no nocturnal burglaries, scarcely any robberies; in fact, for the first time since the days of February 1848, the streets of Paris were safe, and that without any police of any kind.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;We,&#8221; said a member of the Commune, &#8220;hear no longer of assassination, theft, and personal assault; it seems indeed as if the police had dragged along with it to Versailles all its Conservative friends.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The cocottes [&#8216;chickens' &#8211; prostitutes] had refound the scent of their protectors &#8211; the absconding men of family, religion, and, above all, of property. In their stead, the real women of Paris showed again at the surface &#8211; heroic, noble, and devoted, like the women of antiquity. Working, thinking fighting, bleeding Paris &#8211; almost forgetful, in its incubation of a new society, of the Cannibals at its gates &#8211; radiant in the enthusiasm of its historic initiative!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Opposed to this new world at Paris, behold the old world at Versailles &#8211; that assembly of the ghouls of all defunct regimes, Legitimists and Orleanists, eager to feed upon the carcass of the nation &#8211; with a tail of antediluvian republicans, sanctioning, by their presence in the Assembly, the slaveholders' rebellion, relying for the maintenance of their parliamentary republic upon the vanity of the senile mountebank at its head, and caricaturing 1789 by holding their ghastly meetings in the Jeu de Paume.(2) There it was, this Assembly, the representative of everything dead in France, propped up to the semblance of life by nothing but the swords of the generals of Louis Bonaparte. Paris all truth, Versailles all lie; and that lie vented through the mouth of Thiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thiers tells a deputation of the mayors of the Seine-et-Oise &#8211; &#8220;You may rely upon my word, which I have never broken!&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;He tells the Assembly itself that &#8220;it was the most freely elected and most liberal Assembly France ever possessed&#034;; he tells his motley soldiery that it was &#8220;the admiration of the world, and the finest army France ever possessed&#8221;; he tells the provinces that the bombardment of Paris by him was a myth: &#8220;If some cannon-shots have been fired, it was not the deed of the army of Versailles, but of some insurgents trying to make believe that they are fighting, while they dare not show their faces.&#8221; He again tells the provinces that &#8220;the artillery of Versailles does not bombard Paris, but only cannonades it&#034;. He tells the Archbishop of Paris that the pretended executions and reprisals (!) attributed to the Versailles troops were all moonshine. He tells Paris that he was only anxious &#8220;to free it from the hideous tyrants who oppress it,&#8221; and that, in fact, the Paris of the Commune was &#8220;but a handful of criminals.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Paris of M. Thiers was not the real Paris of the &#8220;vile multitude,&#8221; but a phantom Paris, the Paris of the francs-fileurs,[N] the Paris of the Boulevards, male and female &#8211; the rich, the capitalist, the gilded, the idle Paris, now thronging with its lackeys, its blacklegs, its literary bonhome, and its cocottes at Versailles, Saint-Denis, Rueil, and Saint-Germain; considering the civil war but an agreeable diversion, eyeing the battle going on through telescopes, counting the rounds of cannon, swearing by their own honor and that of their prostitutes, that the performance was far better got up than it used to be at the Porte St. Martin. The men who fell were really dead; the cries of the wounded were cries in good earnest; and, besides, the whole thing was so intensely historical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This is the Paris of M. Thiers, as the emigration of Coblenz was the France of M. de Calonne.[O]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapter 6: [The Fall of Paris]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Authors Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Professor Huxley. [Note to the German addition of 1871.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) The tennis court where the National Assembly of 1789 adopted its famous decisions. [Note to the German addition of 1871.]&lt;br class='autobr' /&gt;
Editorial Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[A] A top-down system of appointing officials in bourgeois systems, where high-up officials appoint many or all lower officials.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[B] The party of the influential bourgeoisie during the French revolution at the end of the 18th century. (The name is derived from the Department of Gironde.) It came out against the Jacobin government and the revolutionary masses which supported it, under the banner of defending the departments' right to autonomy and federation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[C] Satirical/humorous liberal weekly papers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[D] A reference to the Paris Commune's decree of April 16, 1871, providing for payment of all debts in installments over three years and abolition of interest on them.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[E] On Aug. 22, 1848, the Constituent Assembly rejected the bill on &#8220;amiable agreements&#8221; (&#8220;concordats &#225; l' amiable &#8221;) aimed to introduce the deferred payment of debts. As a result of this measure, a considerable section of the petty-bourgeoisie were utterly ruined and found themselves completely dependent on the creditors of the richest bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[F] (Ignorant Brothers) &#8211; a nickname for a religious order, founded in Rheims in 1680, whose members pledged themselves to educate children of the poor. The pupils received a predominantly religious education and barely any knowledge otherwise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[G] This refers to the Alliance r&#233;publicaine des D&#233;partements &#8211; a political association of petty-bourgeois representatives from the various departments of France, who lived in Paris; calling on the people to fight against the Versailles government and the monarchist National Assembly and to support the Commune throughout the country.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[H] The law of April 27, 1825 on the payment of compensation to the former emigres for the landed states confiscated from them during the preceding French Revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[I] The Vend&#244;me Column was erected between 1806 and 1810 in Paris in honor of the victories of Napoleonic France; it was made out of the bronze captured from enemy guns and was crowned by a statue of Napoleon. On May 16, 1871, by order of the Paris Commune, the Vend&#244;me Column was pulled down.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[J] During the Second Empire, Baron Haussmann was Prefect of the Department of the Seine (the City of Paris). He introduced a number of changes in the layout of the city for the purpose of crushing workers' revolts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[K] In the Picpus nunnery cases of the nuns being incarcerated in cells for many years were exposed and instruments of torture were found; in the church of St. Laurent a secret cemetery was found attesting to the murders that had been committed there. These facts were finally exposed by the Commune's newspaper Mot d'Ordre on May 5, 1871, and also in the pamphlet Les Crimes des congre&#233;gations religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[L] The chief occupation of the French prisoners of war in Wilhelmsh&#246;he (those captured after the Battle of Sedan) was making cigars for their own use.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[M] Rich landowners who hardly ever visited their estates, but instead had their land managed by agents or leased it to petty-bourgeois who, in their turn, sub-leased the land at high rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[N] (litterly rendered: &#8220;free absconder&#8221;) &#8211; the nickname given to the Paris bourgeois who fled from the city during the siege. The name carried brazen historical irony as a result of its resemblance to the word &#8220;francs-tireurs &#8221; (&#8220;free sharpshooters&#8221;) &#8211; French guerrillas who actively fought against the Prussians.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[O] A city in Germany; during the French Revolution at the end of the 18th-century it was the center where the landlord monarchist emigres made preparations for intervention against revolutionary France. Coblenz was the seat of the emigre government headed by the rabid reactionary de Calonne, a former minister of Louis XVI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Fall of Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The first attempt of the slaveholders' conspiracy to put down Paris by getting the Prussians to occupy it was frustrated by Bismarck's refusal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The second attempt, that of March 18, ended in the rout of the army and the flight to Versailles of the government, which ordered the whole administration to break up and follow in its track.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;By the semblance of peace negotiations with Paris, Thiers found the time to prepare for war against it. But where to find an army? The remnants of the line regiments were weak in number and unsafe in character. His urgent appeal to the provinces to succour Versailles, by their National Guards and volunteers, met with a flat refusal. Brittany alone furnished a handful of Chouans[A] fighting under a white flag, every one of them wearing on his breast the heart of Jesus in white cloth, and shouting &#8220;Vive le Roi!&#8221; (Long live the King!)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thiers was, therefore, compelled to collect, in hot haste, a motley crew, composed of sailors, marines, Pontifical Zouaves, Valentin's gendarmes, and Pietri's sergents-de-ville and mouchards. This army, however, would have been ridiculously ineffective without the instalments of imperialist war prisoners, which Bismarck granted in numbers just sufficient to keep the civil war a-going, and keep the Versailles government in abject dependence on Prussia. During the war itself, the Versailles police had to look after the Versailles army, while the gendarmes had to drag it on by exposing themselves at all posts of danger. The forts which fell were not taken, but bought. The heroism of the Federals convinced Thiers that the resistance of Paris was not to be broken by his own strategic genius and the bayonets at his disposal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meanwhile, his relations with the provinces became more and more difficult. Not one single address of approval came in to gladden Thiers and his Rurals. Quite the contrary. Deputations and addresses demanding, in a tone anything but respectful, conciliation with Paris on the basis of the unequivocal recognition of the republic, the acknowledgment of the Communal liberties, and the dissolution of the National Assembly, whose mandate was extinct, poured in from all sides, and in such numbers that Dufaure, Thiers' Minister of Justice, in his circular of April 23 to the public prosecutors, commanded them to treat &#8220;the cry of conciliation&#8221; as a crime! In regard, however, of the hopeless prospect held out by his campaign, Thiers resolved to shift his tactics by ordering, all over the country, municipal elections to take place on April 30, on the basis of the new municipal law dictated by himself to the National Assembly. What with the intrigues of his prefects, what with police intimidation, he felt quite sanguine of imparting, by the verdict of the provinces, to the National Assembly that moral power it had never possessed, and of getting at last from the provinces the physical force required for the conquest of Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;His bandit-warfare against Paris, exalted in his own bulletins, and the attempts of his ministers at the establishment, throughout France, of a reign of terror, Thiers was from the beginning anxious to accompany with a little by-play of conciliation, which had to serve more than one purpose. It was to dupe the provinces, to inveigle the middle class elements in Paris, and above all, to afford the professed republicans in the National Assembly the opportunity of hiding their treason against Paris behind their faith in Thiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On March 21, when still without an army, he had declared to the Assembly: &#8220;Come what may, I will not send an army to Paris.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On March 27, he rose again: &#8220;I have found the republic an accomplished fact, and I am firmly resolved to maintain it.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In reality, he put down the revolution at Lyons and Marseilles[B] in the name of the republic, while the roars of his Rurals drowned the very mention of his name at Versailles. After this exploit, he toned down the &#8220;accomplished fact&#8221; into a hypothetical fact. The Orleans princes, whom he had cautiously warned off Bordeaux, were now, in flagrant breach of the law, permitted to intrigue at Dreux. The concessions held out by Thiers in his interminable interviews with the delegates from Paris and the provinces, although constantly varied in tone and color, according to time and circumstances, did in fact never come to more than the prospective restriction of revenge to the &#8220;handful of criminals implicated in the murder of Lecomte and Clement Thomas,&#8221; on the well-understood premise that Paris and France were unreservedly to accept M. Thiers himself as the best of possible Republics, as he, in 1830, had done with Louis Philippe, and in 1849 under Louis Bonaparte's presidency. While out of office, he made a fortune by pleading for the Paris capitalists, and made political capital by pleading against the laws he had himself originated. He now hurried through the National Assembly not only a set of repressive laws which were, after the fall of Paris, to extirpate the last remnants of republican liberty in France; he foreshadowed the fate of Paris by abridging what was for him the too slow procedure of courts-martial,[C] and by a new-fangled, Draconic code of deportation. The Revolution of 1848, abolishing the penalty of death for political crimes, had replaced it by deportation. Louis Bonaparte did not dare, at least not in theory, to re-establish the regime of the guillotine. The Rural Assembly, not yet bold enough even to hint that the Parisians were not rebels, but assassins, had therefore to confine its prospective vengeance against Paris to Dufaure's new code of deportation. Under all these circumstances, Thiers himself could not have gone on with his comedy of conciliation, had it not, as he intended it to do, drawn forth shrieks of rage from the Rurals, whose ruminating mind did neither understand the play, nor its necessities of hypocrisy, tergiversation, and procrastination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In sight of the impending municipal elections of April 30, Thiers enacted one of his great conciliation scenes on April 27. Amidst a flood of sentiment rhetoric, he exclaimed from the tribune of the Assembly:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;There exists no conspiracy against the republic but that of Paris, which compels us to shed French blood. I repeat it again and again. Let those impious arms fall from the hands which hold them, and chastisement will be arrested at once by an act of peace excluding only the small number of criminals.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To the violent interruption of the Rurals, he replied:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Gentlemen, tell me, I implore you, am I wrong? Do you really regret that I could have stated the truth that the criminals are only a handful? Is it not fortunate in the midst of our misfortunes that those who have been capable to shed the blood of Clement Thomas and General Lecomte are but rare exceptions?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France, however, turned a deaf ear to what Thiers flattered himself to be a parliamentary siren's song. Out of 700,000 municipal councillors returned by the 35,000 communes still left to France, the united Legitimists, Orleanists, and Bonapartists did not carry 8,000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The supplementary elections which followed were still more decidedly hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus, instead of getting from the provinces the badly-needed physical force, the National Assembly lost even its last claim to moral force, that of being the expression of the universal suffrage of the country. To complete the discomfiture, the newly-chosen municipal councils of all the cities of France openly threatened the usurping Assembly at Versailles with a counter assembly at Bordeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Then the long-expected moment of decisive action had at last come for Bismarck. He peremptorily summoned Thiers to send to Frankfort plenipotentiaries for the definitive settlement of peace. In humble obedience to the call of his master, Thiers hastened to despatch his trusty Jules Favre, backed by Pouyer-Quertier. Pouyer-Quertier, an &#8220;eminent&#8221; Rouen cotton-spinner, a fervent and even servile partisan of the Second Empire, had never found any fault with it save its commercial treaty with England,[D] prejudicial to his own shop-interest. Hardly installed at Bordeaux as Thiers' Minister of Finance, he denounced that &#8220;unholy&#8221; treaty, hinted at its near abrogation, and had even the effrontery to try, although in vain (having counted without Bismarck), the immediate enforcement of the old protective duties against Alsace, where, he said, no previous international treaties stood in the way. This man who considered counter-revolution as a means to put down wages at Rouen, and the surrender of French provinces as a means to bring up the price of his wares in France, was he not the one predestined to be picked out by Thiers as the helpmate of Jules Favre in his last and crowning treason?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the arrival at Frankfurt of this exquisite pair of plenipotentiaries, bully Bismarck at once met them with the imperious alternative: Either the restoration of the empire or the unconditional acceptance of my own peace terms! These terms included a shortening of the intervals in which war indemnity was to be paid and the continued occupation of the Paris forts by Prussian troops until Bismarck should feel satisfied with the state of things in France; Prussia thus being recognized as the supreme arbiter in internal French politics! In return for this, he offered to let loose for the extermination of Paris the Bonapartist army, and to lend them the direct assistance of Emperor William's troops. He pledged his good faith by making payment of the first installment of the indemnity dependent on the &#8220;pacification&#8221; of Paris. Such bait was, of course, eagerly swallowed by Thiers and his plenipotentiaries. They signed the treaty of peace on May 10 and had it endorsed by the Versailles Assembly on the 18th.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the interval between the conclusion of peace and the arrival of the Bonapartist prisoners, Thiers felt the more bound to resume his comedy of conciliation, as his republican tools stood in sore need of a pretext for blinking their eyes at the preparations for the carnage of Paris. As late as May 18, he replied to a deputation of middle-class conciliators &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Whenever the insurgents will make up their minds for capitulation, the gates of Paris shall be flung wide open during a week for all except the murderers of Generals Clement Thomas and Lecomte.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A few days afterwards, when violently interpellated on these promises by the Rurals, he refused to enter into any explanations; not, however, without giving them this significant hint:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;I tell you there are impatient men amongst you, men who are in too great a hurry. They must have another eight days; at the end of these eight days there will be no more danger, and the task will be proportionate to their courage and to their capacities.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As soon as MacMahon was able to assure him, that he could shortly enter Paris, Thiers declared to the Assembly that&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;he would enter Paris with the laws in his hands, and demand a full expiation from the wretches who had sacrificed the lives of soldiers and destroyed public monuments.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As the moment of decision drew near, he said &#8211; to the Assembly, &#8220;I shall be pitiless!&#8221; &#8211; to Paris, that it was doomed; and to his Bonapartist bandits, that they had state licence to wreak vengeance upon Paris to their hearts' content.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At last, when treachery had opened the gates of Paris to General Douai, on May 21, Thiers, on the 22nd, revealed to the Rurals the &#8220;goal&#8221; of his conciliation comedy, which they had so obstinately persisted in not understanding.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;I told you a few days ago that we were approaching our goal; today I come to tell you the goal is reached. The victory of order, justice, and civilization is at last won!&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;So it was. The civilization and justice of bourgeois order comes out in its lurid light whenever the slaves and drudges of that order rise against their masters. Then this civilization and justice stand forth as undisguised savagery and lawless revenge. Each new crisis in the class struggle between the appropriator and the producer brings out this fact more glaringly. Even the atrocities of the bourgeois in June 1848 vanish before the infamy of 1871. The self-sacrificing heroism with which the population of Paris &#8211; men, women, and children &#8211; fought for eight days after the entrance of the Versaillese, reflects as much the grandeur of their cause, as the infernal deeds of the soldiery reflect the innate spirit of that civilization, indeed, the great problem of which is how to get rid of the heaps of corpses it made after the battle was over!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To find a parallel for the conduct of Thiers and his bloodhounds we must go back to the times of Sulla and the two Triumvirates of Rome.[E] The same wholesale slaughter in cold blood; the same disregard, in massacre, of age and sex, the same system of torturing prisoners; the same proscriptions, but this time of a whole class; the same savage hunt after concealed leaders, lest one might escape; the same denunciations of political and private enemies; the same indifference for the butchery of entire strangers to the feud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;There is but this difference: that the Romans had no mitrailleuses for the despatch, in the lump, of the proscribed, and that they had not &#8220;the law in their hands,&#8221; nor on their lips the cry of &#8220;civilization.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And after those horrors look upon the other still more hideous face of the bourgeois civilization as described by its own press!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;With stray shots,&#8221; writes the Paris correspondent of a London Tory paper, &#8220;still ringing in the distance, and unintended wounded wretches dying amid the tombstones of Pere la Chaise &#8211; with 6,000 terror-stricken insurgents wandering in an agony of despair in the labyrinth of the catacombs, and wretches hurried through the streets to be shot down in scores by the mitrailleuse &#8211; it is revolting to see the cafes filled with the votaries of absinthe, billiards, and dominoes; female profligacy perambulating the boulevards, and the sound of revelry disturbing the night from the cabinets particuliers of fashionable restaurants.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Edouard Herve writes in the Journal de Paris, a Versaillist journal pressed by the Commune:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The way in which the population of Paris [!] manifested its satisfaction yesterday was rather more than frivolous, and we fear it will grow worse as time progresses. Paris has now a fete day appearance, which is sadly out of place; and, unless we are to be called the Parisiens de la decadence, this sort of thing must come to an end.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And then he quotes the passage from Tacitus:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Yet, on the morrow of that horrible struggle, even before it was completely over, Rome &#8211; degraded and corrupt &#8211; began once more to wallow in the voluptuous slough which was destroying its body and pulling its soul &#8211; alibi proelia et vulnera, alibi balnea popinoeque [here fights and wounds, there baths and restaurants].&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Herve only forgets to say that the &#8220;population of Paris&#8221; he speaks of is but the population of the Paris of M. Thiers &#8211; the francs-fileurs returning in throngs from Versailles, Saint-Denis, Rueil, and Saint Germain &#8211; the Paris of the &#8220;Decline.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In all its bloody triumphs over the self-sacrificing champions of a new and better society, that nefarious civilization, based upon the enslavement of labor, drowns the moans of its victims in a hue-and-cry of calumny, reverberated by a world-wide echo. The serene working men's Paris of the Commune is suddenly changed into a pandemonium by the bloodhounds of &#8220;order.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And what does this tremendous change prove to the bourgeois mind of all countries? Why, that the Commune has conspired against civilization! The Paris people die enthusiastically for the Commune in numbers unequally in any battle known to history. What does that prove? Why, that the Commune was not the people's own government but the usurpation of a handful of criminals! The women of Paris joyfully give up their lives at the barricades and on the place of execution. What does this prove? Why, that the demon of the Commune has changed them into Megaera and Hecates!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The moderation of the Commune during the two months of undisputed sway is equalled only by the heroism of its defence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What does that prove? Why, that for months the Commune carefully hid, under a mask of moderation and humanity, the bloodthirstiness of its fiendish instincts to be let loose in the hour of its agony!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The working men's Paris, in the act of its heroic self-holocaust, involved in its flames buildings and monuments. While tearing to pieces the living body of the proletariat, its rulers must no longer expect to return triumphantly into the intact architecture of their abodes. The government of Versailles cries, &#8220;Incendiarism!&#8221; and whispers this cue to all its agents, down to the remotest hamlet, to hunt up its enemies everywhere as suspect of professional incendiarism. The bourgeoisie of the whole world, which looks complacently upon the wholesale massacre after the battle, is convulsed by horror at the desecration of brick and mortar!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When governments give state licences to their navies to &#8220;kill, burn, and destroy,&#8221; is that licence for incendiarism? When the British troops wantonly set fire to the Capitol at Washington and to the summer palace of the Chinese emperor,[F] was that incendiarism? When the Prussians not for military reasons, but out of the mere spite of revenge, burned down, by the help of petroleum, towns like Chateaudun and innumerable villages, was that incendiarism? When Thiers, during six weeks, bombarded Paris, under the pretext that he wanted to set fire to those houses only in which there were people, was that incendiarism? &#8211; In war, fire is an arm as legitimate as any. Buildings held by the enemy are shelled to set them on fire. If their defenders have to retire, they themselves light the flames to prevent the attack from making use of the buildings. To be burned down has always been the inevitable fate of all buildings situated in the front of battle of all the regular armies of the world.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But in the war of the enslaved against their enslavers, the only justifiable war in history, this is by no means to hold good! The Commune used fire strictly as a means of defence. They used it to stop up to the Versailles troops those long, straight avenues which Haussman had expressly opened to artillery-fire; they used it to cover their retreat, in the same way as the Versaillese, in their advance, used their shells which destroyed at least as many buildings as the fire of the Commune. It is a matter of dispute, even now, which buildings were set fire to by the defence, and which by the attack. And the defence resorted to fire only then when the Versailles troops had already commenced their wholesale murdering of prisoners.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Besides, the Commune had, long before, given full public notice that if driven to extremities, they would bury themselves under the ruins of Paris, and make Paris a second Moscow, as the Government of National Defence, but only as a cloak for its treason, had promised to do. For this purpose Trochu had found them the petroleum. The Commune knew that its opponents cared nothing for the lives of the Paris people, but cared much for their own Paris buildings. And Thiers, on the other hand, had given them notice that he would be implacable in his vengeance. No sooner had he got his army ready on one side, and the Prussians shutting the trap on the other, than he proclaimed: &#8220;I shall be pitiless! The expiation will be complete, and justice will be stern!&#8221; If the acts of the Paris working men were vandalism, it was the vandalism of defence in despair, not the vandalism of triumph, like that which the Christians perpetrated upon the really priceless art treasures of heathen antiquity; and even that vandalism has been justified by the historian as an unavoidable and comparatively trifling concomitant to the titanic struggle between a new society arising and an old one breaking down. It was still less the vandalism of Haussman, razing historic Paris to make place for the Paris of the sightseer!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But the execution by the Commune of the 64 hostages, with the Archbishop of Paris at their head! The bourgeoisie and its army, in June 1848, re-established a custom which had long disappeared from the practice of war &#8211; the shooting of their defenceless prisoners. This brutal custom has since been more or less strictly adhered to by the suppressors of all popular commotions in Europe and India; thus proving that it constitutes a real &#8220;progress of civilization&#8221;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the other hand, the Prussians in France, had re-established the practice of taking hostages &#8211; innocent men, who, with their lives, were to answer to them for the acts of others. When Thiers, as we have seen, from the very beginning of the conflict, enforced the human practice of shooting down the Communal prisoners, the Commune, to protect their lives, was obliged to resort to the Prussian practice of securing hostages. The lives of the hostages have been forfeited over and over again by the continued shooting of prisoners on the part of the Versaillese. How could they be spared any longer after the carnage with which MacMahon's praetorians[G] celebrated their entrance into Paris?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Was even the last check upon the unscrupulous ferocity of bourgeois governments &#8211; the taking of hostages &#8211; to be made a mere sham of?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The real murderer of Archbishop Darboy is Thiers. The Commune again and again had offered to exchange the archbishop, and ever so many priests in the bargain, against the single Blanqui, then in the hands of Thiers. Thiers obstinately refused. He knew that with Blanqui he would give the Commune a head; while the archbishop would serve his purpose best in the shape of a corpse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thiers acted upon the precedent of Cavaignac. How, in June 1848, did not Cavaignac and his men of order raise shouts of horror by stigmatizing the insurgents as the assassins of Archbishop Affre! They knew perfectly well that the archbishop had been shot by the soldiers of order. M. Jacquemet, the archbishop's vicar-general, present on the spot, had immediately afterwards handed them in his evidence to that effect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;All the chorus of calumny, which the Party of Order never fail, in their orgies of blood, to raise against their victims, only proves that the bourgeois of our days considers himself the legitimate successor to the baron of old, who thought every weapon in his own hand fair against the plebeian, while in the hands of the plebeian a weapon of any kind constituted in itself a crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The conspiracy of the ruling class to break down the revolution by a civil war carried on under the patronage of the foreign invader &#8211; a conspiracy which we have traced from the very 4th of September down to the entrance of MacMahon's praetorians through the gate of St. Cloud &#8211; culminated in the carnage of Paris. Bismarck gloats over the ruins of Paris, in which he saw perhaps the first installment of that general destruction of great cities he had prayed for when still a simple Rural in the Prussian Chambre introuvable of 1849.[H] He gloats over the cadavers of the Paris proletariat. For him, this is not only the extermination of revolution, but the extinction of France, now decapitated in reality, and by the French government itself. With the shallowness characteristic of all successful statesmen, he sees but the surface of this tremendous historic event. Whenever before has history exhibited the spectacle of a conqueror crowning his victory by turning into, not only the gendarme, but the hired bravo of the conquered government? There existed no war between Prussia and the Commune of Paris. On the contrary, the Commune had accepted the peace preliminaries, and Prussia had announced her neutrality. Prussia was, therefore, no belligerent. She acted the part of a bravo, a cowardly bravo, because incurring no danger; a hired bravo, because stipulating beforehand the payment of her blood-money of 500 millions on the fall of Paris. And thus, at last, came out the true character of the war, ordained by Providence, as a chastisement of godless and debauched France by pious and moral Germany! And this unparalleled breach of the law of nations, even as understood by the old-world lawyers, instead of arousing the &#8220;civilized&#8221; governments of Europe to declare the felonious Prussian government, the mere tool of the St. Petersburg Cabinet, an outlaw amongst nations, only incites them to consider whether the few victims who escape the double cordon around Paris are not to be given up to the hangman of Versailles!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;That, after the most tremendous war of modern times, the conquering and the conquered hosts should fraternize for the common massacre of the proletariat &#8211; this unparalleled event does indicate, not, as Bismarck thinks, the final repression of a new society up heaving, but the crumbling into dust of bourgeois society. The highest heroic effort of which old society is still capable is national war; and this is now proved to be a mere governmental humbug, intended to defer the struggle of classes, and to be thrown aside as soon as that class struggle bursts out into civil war. Class rule is no longer able to disguise itself in a national uniform; the national governments are one as against the proletariat!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;After Whit-Sunday, 1871, there can be neither peace nor truce possible between the working men of France and the appropriators of their produce. The iron hand of a mercenary soldiery may keep for a time both classes tied down in common oppression. But the battle must break out again and again in ever-growing dimensions, and there can be no doubt as to who will be the victor in the end &#8211; the appropriating few, or the immense working majority. And the French working class is only the advanced guard of the modern proletariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;While the European governments thus testify, before Paris, to the international character of class rule, they cry down the International Working Men's Association &#8211; the international counter-organization of labor against the cosmopolitan conspiracy of capital &#8211; as the head fountain of all these disasters. Thiers denounced it as the despot of labor, pretending to be its liberator. Picard ordered that all communications between the French Internationals and those abroad be cut off; Count Jaubert, Thiers' mummified accomplice of 1835, declares it the great problem of all civilized governments to weed it out. The Rurals roar against it, and the whole European press joins the chorus. An honorable French writer [Robinet], completely foreign to our Association, speaks as follows:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The members of the Central Committee of the National Guard, as well as the greater part of the members of the Commune, are the most active, intelligent, and energetic minds of the International Working Men's Association... men who are thoroughly honest, sincere, intelligent, devoted, pure, and fanatical in the good sense of the word.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The police-tinged bourgeois mind naturally figures to itself the International Working Men's Association as acting in the manner of a secret conspiracy, its central body ordering, from time to time, explosions in different countries. Our Association is, in fact, nothing but the international bond between the most advanced working men in the various countries of the civilized world. Wherever, in whatever shape, and under whatever conditions the class struggle obtains any consistency, it is but natural that members of our Association, should stand in the foreground. The soil out of which it grows is modern society itself. It cannot be stamped out by any amount of carnage. To stamp it out, the governments would have to stamp out the despotism of capital over labor &#8211; the condition of their own parasitical existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Working men's Paris, with its Commune, will be forever celebrated as the glorious harbinger of a new society. Its martyrs are enshrined in the great heart of the working class. Its exterminators history has already nailed to that eternal pillory from which all the prayers of their priest will not avail to redeem them.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The General Council&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. J. Boon, Fred. Bradnick, G. H. Buttery, Caihil, Delayhaye, William Hales, A. Hermann, Kolb, Fred. Lessner, Lochner, T. P. Macdonnell, George Milner, Thomas Mottershead, Ch. Mills, Charles Murray, Pfander, Roach, Rochat, Ruhl, Sadler, A. Ser- Railler, Cowell Stepney, Alf. Taylor, William Townshend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corresponding Secretaries:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eugene Dupont, For France Zevy Maurice, For Hungary Karl Marx, For Germany And Anton Zabicki, For Poland Holland James Cohen, For Denmark Fred. Engels, For Belgium And J.G. Eccarius, For The United Spain States Hermann Jung, For Switzerland P. Giovacchini, For Italy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hermann Jung, Chairman John Weston, Treasurer George Harris, Financial Secretary J. George Eccarius, General Secretary&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Office: 256 High Holborn Road, London, W.C., May 30, 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Postscript by Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[A] This name was given to the Versailles soldiers of royalist sympathies recruited in Brittany, by analogy with those who took part in the counter-revolutionary royalist insurrection in North-Western France during the French Revolution at the end of the 18th century.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[B] Under the impact of the proletarian revolution in Paris which led to the establishment of the Commune, revolutionary mass actions of a similar nature took place in Lyons and Marseilles. However, these were brutally crushed by French government troops.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[C] Under the law concerning the procedure of military courts, submitted by Dufaure to the National Assembly, it was ruled that cases were to be investigated and sentences carried out within 48 hours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[D] This trade treaty between England and France was concluded on January 23, 1860. Under its terms France was to abandon her prohibitive Customs policy and replace it by introducing new import duties. As result of the influx of English goods to France, competition in the home market dramatically increased, causing dissatisfaction among some French manufacturers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[E] This refers to the reign of terror and bloody repression in Ancient Rome at the various stages of the crisis of the slave-owning Roman Republic in the first century B.C.E. &#8211; Sulla's dictatorship (in 82-79 B.C.E.), and the first and second triumvirates: Pompey, Caesar, Crassus (60-53) and Octavian, Antonius, Lepidus (43-36 B.C.E.) respectively.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[F] In August 1814, during the war between Britain and the United States, British troops seized Washington and burned the Capitol, the White House and other public buildings to the ground. In October 1860, during the war waged by Britain and France against China (the first of the Opium Wars), British and French troops pillaged and burned down the summer palace of the Chinese emperors near Beijing, a treasure-house of Chinese art and architecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[G] In ancient Rome the privileged life-guards of the general or emperor; they constantly took part in internal disturbances. Later the word &#8220;praetorians&#8221; became the symbol of the mercenary, tyrannical nature of the militarists.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[H] This is what Marx called the Prussian Assembly by analogy with the French Chambre introuvable. The Assembly elected in January and February 1849 consisted of two chambers: the first was a privileged aristocratic &#8220;chamber of the gentry&#034;; the composition of the second was determined by two-stage elections in which only the so-called &#8220;independent&#8221; Prussians took part. Elected to the second chamber, Bismarck became one of the leaders of the extremely reactionary Junker group.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La commune insurrectionnelle et prol&#233;tarienne, ce n'est pas seulement la Commune de Paris de 1871, il y en a eu bien d'autres&#8230;</title>
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		<dc:date>2021-06-15T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>


		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La commune insurrectionnelle et prol&#233;tarienne, ce n'est pas seulement la Commune de Paris de 1871, il y en a eu bien d'autres&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
1077, commune insurrectionnelle de Cambrai &lt;br class='autobr' /&gt;
1112, commune insurrectionnelle de Laon &lt;br class='autobr' /&gt;
Les communes des ann&#233;es 1200 et en 1356 &#224; Paris &lt;br class='autobr' /&gt;
1356, commune insurrectionnelle de Paris &lt;br class='autobr' /&gt;
1358, la commune insurrectionnelle de Gand &lt;br class='autobr' /&gt;
1378, commune insurrectionnelle de Florence &lt;br class='autobr' /&gt;
1524, commune insurrectionnelle de Li&#232;pvre &lt;br class='autobr' /&gt;
1792-1793, la Commune insurrectionnelle de Paris (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_15925 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/Commune-de-paris-1871-300x157.jpg' width=&#034;300&#034; height=&#034;157&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La commune insurrectionnelle et prol&#233;tarienne, ce n'est pas seulement la Commune de Paris de 1871, il y en a eu bien d'autres&#8230; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://caullery.free.fr/docs/cambrai.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1077, commune insurrectionnelle de Cambrai&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://jpjcg.pagesperso-orange.fr/archeo/sa_commu.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1112, commune insurrectionnelle de Laon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3181&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les communes des ann&#233;es 1200 et en 1356 &#224; Paris&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article238&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1356, commune insurrectionnelle de Paris&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article595&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1358, la commune insurrectionnelle de Gand&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3642&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1378, commune insurrectionnelle de Florence&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2016-2-page-69.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1524, commune insurrectionnelle de Li&#232;pvre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4728&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1792-1793, la Commune insurrectionnelle de Paris&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cosmovisions.com/ChronoRevolutionCommune.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1792 : commune r&#233;volutionnaire de Paris&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9bellion_irlandaise_de_1798&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1798, commune insurrectionnelle de Dublin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jstor.org/stable/3777090?seq=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Octobre 1870, la Commune de Brest&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2686&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1870, les Communes de Marseille et de Lyon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.infobretagne.com/nantes-revolution-de-1870.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Septembre 1870, la commune de Nantes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.journalzibeline.fr/societe/la-commune-revolutionnaire-de-marseille-episode-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1870, la commune de Marseille&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lyonnais.hypotheses.org/851&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1870, la commune de Lyon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?q=mars+1871+commune+de+Paris+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;hl=fr&amp;ei=ubu8YPq8DquIjLsP5_61qA8&amp;oq=mars+1871+commune+de+Paris+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;gs_lcp=Cgdnd3Mtd2l6EAM6BwgAEEcQsANQ5TJY9jhgojtoAXACeACAAVaIAYECkgEBNpgBAKABAaoBB2d3cy13aXrIAQPAAQE&amp;sclient=gws-wiz&amp;ved=0ahUKEwi6_by7_YLxAhUrBGMBHWd_DfUQ4dUDCA0&amp;uact=5&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mars 1871, la Commune de Paris&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nouvelobs.com/histoire/20210425.OBS43249/le-8-fevrier-1871-la-commune-d-alger-est-proclamee-avant-celle-de-paris.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;F&#233;vrier 1871, commune insurrectionnelle d'Alger&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jstor.org/stable/3777090?seq=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mars 1871, la Commune du Creusot&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://commune-1871-tregor.monsite-orange.fr/file/a81a75e1323ab6c74ee6287f6c8cb4ff.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mars 1871, la commune de Narbonne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.commune1871.org/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/dossier-thematique/les-communes-en-province/816-la-commune-a-saint-etienne-du-24-au-28-mars-1871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mars 1871, la commune de Saint Etienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.commune1871.org/index.php/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/dossier-thematique/les-communes-en-province/593-la-commune-de-toulouse-25-27-mars-1871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mars 1871, la commune de Toulouse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.commune1871.org/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/dossier-thematique/les-communes-en-province/593-la-commune-de-toulouse-25-27-mars-1871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Encore 1871 &#224; Toulouse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://cgtaddsea.wordpress.com/2021/03/18/la-commune-de-paris-et-ses-repercussions-dans-le-doubs-et-le-jura-suisse/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mai 1871, la commune de Besan&#231;on&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.commune1871.org/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/dossier-thematique/les-communes-en-province/604-4-avril-1871-la-breve-commune-de-limoges&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Avril 1871, la commune de Limoges&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.commune1871.org/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/commune-1871-ephemeride/1196-commune-1871-ephemeride-10-avril-decret-legitimant-de-fait-l-union-libre-la-charite-sur-loire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Avril 1871, la commune de La Charit&#233;-sur-Loire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.commune1871.org/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/dossier-thematique/les-communes-en-province/995-rouen-et-la-commune&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Avril 1871, la commune de Rouen&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.commune1871.org/2-uncategorised/1204-commune-1871-ephemeride-15-avril-le-louvre-reouvert-vive-la-commune-a-cosne-sur-loire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Avril 1871, la commune de Cosne-sur-Loire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Communes_insurrectionnelles_en_France_en_1870-1871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1870-1871, les communes de province en France&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.commune1871.org/index.php/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/441-chronologie-des-evenements-en-province&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Encore sur les communes de 1870-71 en province&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1263&#034;&gt;1905, commune insurrectionnelle de Petrograd&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1531&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1916, la commune de Dublin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1583&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1917, la commune sovi&#233;tique de P&#233;trograd&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/chrhc/6368&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1917, communes insurrectionelles en Lombardie, au Pi&#233;mont, en V&#233;n&#233;tie, en Toscane, en &#201;milie-Romagne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/chrhc/6368&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1917, commune insurrectionnelle de Turin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Comit%C3%A9_d%27Olten&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1918, le comit&#233; d'Olten (Suisse)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_des_conseils_d%27Alsace-Lorraine&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1918, commune r&#233;volutionnaire de Strasbourg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4761&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1919, la commune de Budapest&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://rebellyon.info/Le-3-avril-1919-a-Augsbourg-et-Munich-le-303&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1919, les communes r&#233;volutionnaires d'Augsbourg et M&#252;nich&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3808&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1919, commune r&#233;volutionnaire de Munich&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article216&#034;&gt;1919, commune r&#233;volutionnaire de Berlin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Histoire-Il-y-a-deux-cents-ans-les-communes-dans-la-revolution-Russe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1917-1919 : les communes dans la R&#233;volution Russe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://sites.google.com/site/kommuny/Home/les-communes/communes-presentation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les communes sovi&#233;tiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Commune_de_Canton&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1927, commune insurrectionnelle de Canton&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6153&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1945, la commune r&#233;volutionnaire de Sa&#239;gon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5573&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1956, la commune r&#233;volutionnaire de Budapest&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1680&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1980, la commune de Kwangju&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Soul%C3%A8vement_de_Gwangju&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://cie-joliemome.org/?p=6793&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Et encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5231&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les communes insurrectionnelles de Gilets jaunes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5216&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/chrhc/15828&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx-Engels et la Commune de Paris (1871)</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6060</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6060</guid>
		<dc:date>2021-03-05T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Commune de Paris- 1871 &lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre civile en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx, &#034;La formation de la Commune et le Comit&#233; Central&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;re &#233;bauche de la Guerre Civile en France. 1871 &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Sedan, la Commune fut proclam&#233;e &#224; Lyon, puis &#224; Marseille, Toulouse, etc. Gambetta fit de son mieux pour l'&#233;craser. [1] &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Paris, les diff&#233;rentes actions de d&#233;but octobre visaient &#224; instaurer la Commune en tant que mesure de d&#233;fense contre l'invasion &#233;trang&#232;re, concr&#233;tisant v&#233;ritablement l'insurrection du 4 septembre. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=marx+commune+1871+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Commune de Paris- 1871&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La guerre civile en France&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, &#034;La formation de la Commune et le Comit&#233; Central&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re &#233;bauche de la Guerre Civile en France. 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Sedan, la Commune fut proclam&#233;e &#224; Lyon, puis &#224; Marseille, Toulouse, etc. Gambetta fit de son mieux pour l'&#233;craser. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris, les diff&#233;rentes actions de d&#233;but octobre visaient &#224; instaurer la Commune en tant que mesure de d&#233;fense contre l'invasion &#233;trang&#232;re, concr&#233;tisant v&#233;ritablement l'insurrection du 4 septembre. Si l'action du 31 octobre n'aboutit pas &#224; l'instauration de la Commune, c'est que Blanqui, Flourens et les autres chefs du mouvement firent confiance aux gens de parole (Fr) qui avaient donn&#233; leur parole d'honneur (Fr) de d&#233;missionner et de c&#233;der la place &#224; une Commune librement &#233;lue par tous les arrondissements de Paris. Elle &#233;choua parce que ses chefs sauv&#232;rent la vie de gens qui ne cherchaient qu'&#224; tuer leurs sauveurs. Ils laiss&#232;rent Trochu et Ferry s'&#233;chapper, mais ceux-ci les assaillirent avec les Bretons de Trochu. Il importe de rappeler que, le 31 octobre, le &#171; gouvernement de la D&#233;fense &#187;, nomm&#233; par lui-m&#234;me, n'existait que parce qu'on voulait bien le supporter. Encore n'avait-il pas d&#233;cid&#233; d'entreprendre la farce du pl&#233;biscite. [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, rien n'&#233;tait plus facile que de donner une image fausse de la nature du mouvement, de le d&#233;noncer comme une conspiration nou&#233;e avec les Prussiens, d'utiliser la d&#233;mission du seul de ces hommes [Rochefort] qui ne voul&#251;t point manquer &#224; sa parole, afin de renforcer les Bretons de Trochu (qui furent pour le gouvernement de la D&#233;fense ce que les spadassins corses avaient &#233;t&#233; pour L. Bonaparte), en nommant Cl&#233;ment Thomas commandant en chef de la Garde nationale. Rien n'&#233;tait plus facile &#224; ces fauteurs de panique &#233;prouv&#233;s que de solliciter les l&#226;ches frayeurs qu'&#233;prouvaient les classes moyennes &#224; l'&#233;gard des bataillons ouvriers qui venaient de prendre l'initiative, que de semer la suspicion et la dissension au sein m&#234;me des bataillons ouvriers en en appelant au patriotisme, afin de pr&#233;parer les conditions d'une de ces journ&#233;es de r&#233;action aveugle et d'&#233;quivoques fatales, gr&#226;ce auxquelles les usurpateurs ont toujours su se maintenir au pouvoir. Tout comme ils s'&#233;taient gliss&#233;s furtivement &#224; ce pouvoir, ils &#233;taient maintenant en mesure de lui donner une justification fallacieuse gr&#226;ce &#224; un pl&#233;biscite de pur style bonapartiste dans un climat de terreur r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Commune avait remport&#233; la victoire au d&#233;but de novembre 1870 &#224; Paris (&#224; un moment o&#249; elle &#233;tait d&#233;j&#224; instaur&#233;e dans les grandes villes du pays), elle aurait s&#251;rement trouv&#233; un &#233;cho et se serait &#233;tendue &#224; toute la France. Non seulement elle aurait arrach&#233; la d&#233;fense des mains des tra&#238;tres et lui aurait insuffl&#233; l'enthousiasme, comme le d&#233;montre l'h&#233;ro&#239;que guerre que Paris m&#232;ne actuellement, mais encore elle aurait chang&#233; compl&#232;tement la nature de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle serait devenue la guerre de la France r&#233;publicaine, hissant l'&#233;tendard de la r&#233;volution sociale du XIXe si&#232;cle contre la Prusse, porte-drapeau de la conqu&#234;te et de la contre-r&#233;volution. Au lieu d'envoyer le vieil intrigant us&#233; (Jules Favre) mendigoter dans toutes les cours d'Europe, on aurait &#233;lectris&#233; la masse des producteurs de l'Ancien et du Nouveau-Monde. En escamotant la Commune le 31 octobre, les Jules Favre et Cie ont assur&#233; la capitulation de la France devant la Prusse et suscit&#233; l'actuelle guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la preuve est faite : la R&#233;volution du 4 septembre n'a pas simplement r&#233;tabli la R&#233;publique, du fait que la place de l'usurpateur &#233;tait devenue vacante &#224; la suite de la capitulation de Sedan, ni conquis cette R&#233;publique sur l'envahisseur &#233;tranger gr&#226;ce &#224; la r&#233;sistance prolong&#233;e de Paris qui luttait pourtant sous la direction de ses ennemis, cette r&#233;volution s'est fray&#233; un chemin jusqu'au c&#339;ur des classes ouvri&#232;res. La R&#233;publique avait cess&#233; d'&#234;tre un nom pour une cause du pass&#233; : elle &#233;tait grosse d'un monde nouveau. Sa tendance v&#233;ritable fut masqu&#233;e aux yeux du monde par les supercheries, les mensonges et les platitudes d'une bande d'avocats intrigants et de phraseurs imp&#233;nitents, mais elle ne cessait de repara&#238;tre &#224; la surface au cours des actions spasmodiques de la classe ouvri&#232;re de Paris et du Midi de la France, dont le mot d'ordre fut toujours le m&#234;me : la Commune ! [3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune, forme positive de la r&#233;volution contre l'Empire et les conditions de son existence, fut d'abord instaur&#233;e dans les villes du Midi de la France et fut sans cesse proclam&#233;e au cours des actions spasmodiques durant le si&#232;ge de Paris. Mais, elle fut tenue en &#233;chec et bris&#233;e par les agissements du gouvernement de la D&#233;fense et par les Bretons de Trochu, le h&#233;ros du &#171; plan de capitulation &#187;. Elle finit par triompher le 26 mars, mais elle n'est pas n&#233;e brusquement ce jour-l&#224;. C'&#233;tait l'invariable but des r&#233;volutions ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitulation de Paris, la conspiration ouverte &#224; Bordeaux contre la R&#233;publique, le coup d'&#201;tat d&#233;clench&#233; par l'attaque nocturne sur Montmartre ont ralli&#233; autour d'elle tous les Parisiens ouverts &#224; la vie : les hommes de la D&#233;fense n'&#233;taient plus en mesure de la r&#233;duire &#224; des tentatives isol&#233;es des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires les plus conscients de la classe ouvri&#232;re de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de la D&#233;fense n'avait &#233;t&#233; tol&#233;r&#233; que comme un pis-aller (Fr), n&#233; de la premi&#232;re surprise, une sorte de n&#233;cessit&#233; de la guerre. La vraie r&#233;ponse du peuple de Paris au Second Empire, r&#232;gne du mensonge, ce fut la Commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi le soul&#232;vement de tout le Paris ouvert &#224; la vie - &#224; l'exclusion des piliers du bonapartisme et de son opposition officielle, des grands capitalistes, des boursicoteurs, des escrocs, des oisifs, des traditionnels parasites de l'&#201;tat - contre le gouvernement de la D&#233;fense ne date-t-il pas du 18 mars, bien qu'il ait remport&#233; ce jour-l&#224; sa premi&#232;re victoire sur la conjuration. Il date du, 31 janvier, du jour m&#234;me de la capitulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Garde nationale - c'est-&#224;-dire tous les Parisiens arm&#233;s - s'est organis&#233;e et a vraiment gouvern&#233; Paris &#224; partir de ce jour-l&#224;, ind&#233;pendamment du gouvernement usurpateur des capitulards (Fr), mis en place par la gr&#226;ce de Bismarck. [4]. Elle a refus&#233; de livrer ses armes et son artillerie, qui lui appartenaient et qui lui avaient &#233;t&#233; laiss&#233;es &#224; la capitulation, parce qu'elles &#233;taient sa propri&#233;t&#233;. Ce n'est pas la magnanimit&#233; de Jules Favre qui a sauv&#233; ces armes des mains de Bismarck ; c'est la promptitude des combattants parisiens &#224; les arracher &#224; Jules Favre et Bismarck. [5] ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits des protocoles des r&#233;unions du Conseil G&#233;n&#233;ral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expos&#233; sur la r&#233;volution du 18 mars 1871 &#224; la r&#233;union du 21 mars 1871&lt;br class='autobr' /&gt;
Le citoyen Engels d&#233;crit la situation &#224; Paris. Il dit que les lettres re&#231;ues de Paris cette semaine et d&#233;j&#224; cit&#233;es par Serraillier, ont expliqu&#233; ce qui &#233;tait incompr&#233;hensible auparavant. Il semblait qu'un certain nombre d'hommes s'&#233;taient soudainement empar&#233;s de plusieurs canons et les avaient gard&#233;s. Toute la presse et les correspondants ont &#233;crit qu'il eut fallu leur demander des comptes, mais que le gouvernement fran&#231;ais &#233;tait demeur&#233; dans l'expectative. Notre Comit&#233; parisien nous a inform&#233; que les Gardes nationaux avaient pay&#233; pour fabriquer ces canons et tenaient &#224; les conserver. Ils ont compris que sous l'Assembl&#233;e nationale qui venait d'&#234;tre &#233;lue, [6] la R&#233;publique n'&#233;tait pas du tout garantie. Lorsque les Prussiens p&#233;n&#233;tr&#232;rent dans Paris, ces canons avaient &#233;t&#233; transport&#233;s hors de leur port&#233;e, dans un autre faubourg de la ville. Par la suite, le gouvernement r&#233;clama les canons et tenta de les enlever &#224; la Garde nationale. Aurelle de Paladine aurait &#233;t&#233; nomm&#233; commandant en chef de la Garde nationale et pr&#233;fet de police *. Sous Napol&#233;on III, il avait &#233;t&#233; colonel de gendarmerie et un d&#233;fenseur des cur&#233;s. Sur l'ordre de l'&#233;v&#234;que d'Orl&#233;ans - Dupanloup -, il aurait fait p&#233;nitence &#224; l'&#233;glise pendant 5 heures, tandis que son arm&#233;e se faisait battre dans un engagement avec les Allemands. Cette nomination ne laisse subsister aucun doute sur les intentions du gouvernement.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors, la Garde nationale organisa la r&#233;sistance. Sur 260 bataillons, 215 - des soldats aux officiers - ont constitu&#233; un Comit&#233; Central. Chaque compagnie a choisi un d&#233;l&#233;gu&#233;, les d&#233;l&#233;gu&#233;s ont form&#233; des sous-comit&#233;s d'arrondissement ou de quartier, qui ont ensuite &#233;lu le Comit&#233; Central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les vingt arrondissements, cinq seulement n'ont pas &#233;lu de d&#233;l&#233;gu&#233;s. Lorsque l'Assembl&#233;e nationale se transporta &#224; Versailles, le gouvernement tenta de nettoyer Paris des r&#233;volutionnaires et de leur enlever les canons. Les troupes qui venaient d'arriver &#224; Paris, furent plac&#233;es sous le commandement de Vinoy, sous les ordres duquel les soldats, lors du coup d'&#201;tat de 1851, tir&#232;rent sur la foule des boulevards. Aux toutes premi&#232;res heures de la journ&#233;e, ces troupes enregistr&#232;rent quelques succ&#232;s, mais lorsque la Garde nationale s'aper&#231;ut du tour que prenait l'affaire, elle se mit en devoir de reconqu&#233;rir les canons, et les soldats se mirent &#224; fraterniser avec le peuple. &#192; pr&#233;sent, la ville se trouve aux mains du peuple ; les troupes qui ne sont pas pass&#233;es du c&#244;t&#233; du peuple se sont repli&#233;es sur Versailles, et l'Assembl&#233;e nationale ne sait plus ce qu'il faut entreprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun des hommes du Comit&#233; Central n'est c&#233;l&#232;bre ; il n'y a pas parmi eux de F&#233;lix Pyat et individus de son esp&#232;ce ; mais ces hommes sont bien connus de la classe ouvri&#232;re. Quatre membres de l'Internationale font partie du Comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, ce fut l'&#233;lection de la Commune. [7]. Le Comit&#233; Central proclama qu'il respecterait la libert&#233; de presse, mais ne tol&#233;rerait pas la presse pourrie des bonapartistes. La r&#233;solution la plus importante qu'il adopta, d&#233;clarait que les pr&#233;liminaires de paix seraient respect&#233;s. Les Prussiens sont toujours encore &#224; proximit&#233; imm&#233;diate et les chances d'un succ&#232;s seraient plus grandes, si l'on pouvait r&#233;ussir &#224; les tenir &#224; l'&#233;cart de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expos&#233; sur la Commune de Paris, &#224; la r&#233;union du 11 avril 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Engels dit qu'il a encore un autre fait &#224; mentionner. R&#233;cemment, la presse &#233;tait pleine des miracles que l'Association aurait accompli, mais le dernier miracle dont relate un journal parisien est que Marx aurait &#233;t&#233; le secr&#233;taire priv&#233; de Bismarck en 1857.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels dit, en outre, qu'on ne peut admettre d'assister au d&#233;roulement des &#233;v&#233;nements de Paris sans en dire quelque chose. Tant que le Comit&#233; Central de la Garde nationale a domin&#233; la situation, les choses se sont bien pass&#233;es ; mais apr&#232;s les &#233;lections, [8] il y eut plus de bavardages que d'actions. Il e&#251;t fallu foncer sur Versailles, lorsque celle-ci &#233;tait faible. Or cette occasion a &#233;t&#233; manqu&#233;e, et il semble maintenant que les Versaillais prennent le dessus et repoussent les Parisiens. Le peuple ne tol&#233;rerait pas longtemps qu'on le conduise &#224; la d&#233;faite. Les Parisiens semblent avoir perdu du terrain, leurs munitions ont &#233;t&#233; utilis&#233;es sans grande efficacit&#233; et leur approvisionnement en vivres d&#233;cline. Tant que Paris a eu un acc&#232;s vers l'ext&#233;rieur, on ne pouvait pas obtenir sa reddition en l'affamant. Favre aurait rejet&#233; l'offre d'un soutien prussien. [9] En juin 1848, la lutte a &#233;t&#233; termin&#233;e en quatre jours, mais les ouvriers ne disposaient pas alors de canons. Aujourd'hui, les choses ne peuvent aller aussi vite. Louis-Napol&#233;on a fait construire de larges avenues pour pouvoir tirer sur les ouvriers &#224; coups de canon. Or, aujourd'hui, ce plan tourne &#224; l'avantage des ouvriers qui peuvent balayer &#224; coups de canon leurs adversaires dans ces avenues. Les ouvriers - 200 000 hommes - sont bien mieux organis&#233;s que lors de tous les soul&#232;vements pr&#233;c&#233;dents. Cependant, la situation est difficile, et les chances moins bonnes qu'il y a 15 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expos&#233; sur la Commune de Paris &#224; la r&#233;union du 25 avril 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx... ou journaux. [10] On a trouv&#233; une solution pour l'avenir, &#233;tant donn&#233; qu'un homme d'affaires qui circule entre Londres et Paris, se charge aussi d'&#233;tablir la liaison entre la Commune et nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Serraillier et Dupont se sont port&#233;s candidats pour les si&#232;ges vacants du XVIIe arrondissement. [11] Serraillier nous a inform&#233;s que Dupont serait certainement &#233;lu, mais il n'a plus &#233;crit depuis les &#233;lections. Peut-&#234;tre a-t-il envoy&#233; sa lettre &#224; Manchester. On s'aper&#231;oit qu'il y a plus de lettres exp&#233;di&#233;es que de lettres arriv&#233;es &#224; bon port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;lix Pyat et V&#233;sinier ont calomni&#233; Serraillier et Dupont, &#224; Paris ; mais ils se sont r&#233;cus&#233;s, lorsque Serraillier les a menac&#233;s de les poursuivre en justice. Il est tout &#224; fait urgent d'&#233;crire imm&#233;diatement &#224; Paris pour r&#233;v&#233;ler les raisons secr&#232;tes qui ont pouss&#233; Pyat &#224; calomnier Serraillier et Dupont. (Le citoyen Mottershead propose que le citoyen Marx soit charg&#233; de r&#233;diger cette lettre.) [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lafargue a post&#233; les lettres &#224; l'ext&#233;rieur des lignes de d&#233;fense parisiennes, leur r&#233;exp&#233;dition par chemin de fer explique leur retard ; les lettres ont &#233;t&#233; ouvertes aussi bien par les autorit&#233;s fran&#231;aises que prussiennes. La plupart des nouvelles qu'elles contenaient avaient vieilli ; mais les journaux n'ont pas mentionn&#233; certains faits. Les lettres disaient que la province &#233;tait aussi peu au courant de ce qui se passe &#224; Paris qu'au temps du si&#232;ge. D&#232;s lors que les combats s'arr&#234;tent, Paris est aussi calme qu'auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande partie de la classe moyenne a ralli&#233; la Garde nationale de Belleville. Les gros capitalistes se sont enfuis, mais les petits commer&#231;ants et artisans se sont joints aux ouvriers. L'enthousiasme du peuple et des gardes nationaux est indescriptible, et les Versaillais sont insens&#233;s de s'imaginer qu'ils peuvent envahir Paris. Les Parisiens ne croient pas &#224; un soul&#232;vement dans les provinces et savent que l'ennemi concentre des forces sup&#233;rieures contre la capitale, mais ils ne les redoutent pas. Ils sont n&#233;anmoins pr&#233;occup&#233;s par une &#233;ventuelle intervention prussienne et par la p&#233;nurie de vivres. Les d&#233;crets sur les loyers et les dettes sont vraiment des mesures magistrales, sans elles les trois quarts des petits commer&#231;ants et artisans eussent fait faillite. [13]. L'assassinat de Duval et de Flourens ont suscit&#233; un d&#233;sir de vengeance. La famille de Flourens et la Commune ont charg&#233; des fonctionnaires judiciaires de rechercher quelles ont &#233;t&#233; les causes de sa mort, mais sans r&#233;sultat. Flourens aurait &#233;t&#233; tu&#233; dans sa propre maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a obtenu quelques informations sur la mani&#232;re dont on fabrique les d&#233;p&#234;ches. Lorsque Brutto contr&#244;la les comptes du gouvernement de la D&#233;fense nationale, il d&#233;couvrit qu'on avait d&#233;pens&#233; de l'argent pour r&#233;aliser une guillotine plus perfectionn&#233;e et transportable. Cette guillotine aurait &#233;t&#233; retrouv&#233;e par la Commune et br&#251;l&#233;e. La soci&#233;t&#233; du gaz se serait endett&#233;e pour plus d'un million de francs aupr&#232;s de l'administration municipale, mais n'aurait pris aucune disposition pour la rembourser. Ce n'est que lorsqu'on confisqua ses biens qu'une traite de cette somme fut adress&#233;e &#224; la Banque de France. Toutes les d&#233;p&#234;ches et nouvelles de correspondants ne donnent qu'une version tronqu&#233;e de ces faits. Ce qui tracasse le plus tous ces gens, c'est que la Commune administre &#224; si peu de frais. Ses employ&#233;s du plus haut poste ne re&#231;oivent que 6 000 francs par an, les autres le salaire d'un ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Adresse [sur la Guerre Civile] serait pr&#234;te pour la prochaine r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expos&#233; sur la Commune de Paris, &#224; la r&#233;union du 9 mai 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Engels dit alors que l'Adresse n'est pas encore termin&#233;e. Le citoyen Marx a &#233;t&#233; tr&#232;s souffrant, et l'&#233;laboration de l'Adresse a encore aggrav&#233; son &#233;tat. Toutefois, elle serait achev&#233;e samedi, et le Comit&#233; permanent pourrait passer chez Marx dans l'apr&#232;s-midi &#224; n'importe quelle heure apr&#232;s 17 heures. Un &#233;missaire de la Commune serait pass&#233; &#224; Londres et aurait apport&#233; de bonnes nouvelles. Des mesures s&#233;v&#232;res viennent d'&#234;tre prises pour emp&#234;cher quiconque d'entrer en ville sans laissez-passer. On s'est aper&#231;u que des espions versaillais se promenaient librement &#224; Paris. L'attaque principale a &#233;t&#233; repouss&#233;e. L'arm&#233;e de Versailles a tent&#233; de percer les lignes de d&#233;fense des gardes nationaux et le syst&#232;me des fortifications ; mais d&#233;sormais elle ne peut plus attaquer qu'&#224; un seul point, et pr&#233;cis&#233;ment l&#224; o&#249; elle a d&#233;j&#224; subi un &#233;chec. La d&#233;fense se renforce. La Commune a perdu un peu de terrain. Clamart a &#233;t&#233; reconquis. M&#234;me si l'arm&#233;e versaillaise r&#233;ussissait &#224; s'emparer des remparts, elle se heurterait ensuite aux barricades. Il n'y a jamais eu encore de combat comme celui qui se pr&#233;pare maintenant : pour la premi&#232;re fois, des barricades seront d&#233;fendues au moyen de canons, de fusils militaires et de troupes r&#233;guli&#232;res organis&#233;es. Les arm&#233;es en pr&#233;sence sont pratiquement de force &#233;gale &#224; pr&#233;sent. Versailles ne peut pas se procurer des troupes en province ; une partie de ses propres forces a d&#251; y &#234;tre d&#233;tach&#233;e pour maintenir l'ordre dans plusieurs villes. Thiers ne peut m&#234;me pas tol&#233;rer que les conseillers municipaux se r&#233;unissent pour discuter de questions politiques &#224; Bordeaux. Pour les en emp&#234;cher, il est oblig&#233; d'appliquer la loi napol&#233;onienne. [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#224; Leo Frankel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, vers le 26 avril 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher citoyen,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil g&#233;n&#233;ral m'a charg&#233;, en son nom, de d&#233;mentir avec la derni&#232;re &#233;nergie les basses calomnies r&#233;pandues sur Serraillier par le citoyen F. Pyat. L'infamie de cet homme s'alimente &#224; une seule source : sa haine contre l'Internationale. Gr&#226;ce &#224; la pr&#233;tendue Section fran&#231;aise de Londres que le Conseil g&#233;n&#233;ral a exclue et dans laquelle s'&#233;taient faufil&#233;s des mouchards, d'anciens gardes imp&#233;riaux et autres chenapans, Pyat tenta de se faire passer aux yeux du monde comme le chef secret de notre Association, alors qu'il n'en faisait m&#234;me pas partie. Son but &#233;tait de nous rendre responsables de ses manifestations grotesques &#224; Londres et de ses indiscr&#233;tions compromettantes &#224; Paris, ce pour quoi le citoyen Tridon lui a donn&#233; la r&#233;ponse qu'il m&#233;ritait, lors de son s&#233;jour &#224; Bruxelles. [15] Le Conseil g&#233;n&#233;ral s'est donc vu contraint de d&#233;savouer publiquement ce vulgaire intrigant. D'o&#249; sa col&#232;re contre Dupont et Serraillier. Lorsque dans la pr&#233;tendue Section fran&#231;aise Serraillier mena&#231;a les mis&#233;rables comparses de Pyat de les citer devant un tribunal anglais, pour juger des calomnies que Pyat r&#233;p&#232;te maintenant &#224; Paris, ils furent d&#233;savou&#233;s par la Section fran&#231;aise et fl&#233;tris comme calomniateurs. Comme la vie politique de Serraillier n'offre pas la moindre prise &#224; la calomnie, on s'est tourn&#233; vers sa vie priv&#233;e. Si Pyat avait une vie priv&#233;e aussi propre que celle de Serraillier, il n'aurait pas eu &#224; essuyer quelques affronts sanglants &#224; Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil g&#233;n&#233;ral publiera ces jours-ci une Adresse sur la Commune. Il en a remis jusqu'ici la publication, car il attendait jour apr&#232;s jour des informations pr&#233;cises de la Section parisienne. En vain ! Pas un mot ! Le Conseil ne pouvait h&#233;siter plus longtemps, &#233;tant donn&#233; que les ouvriers attendaient avec une impatience croissante les explications de notre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, nous n'avons pas perdu notre temps. Gr&#226;ce aux correspondances des diff&#233;rents secr&#233;taires aux Sections du continent et des &#201;tats-Unis, les ouvriers ont obtenu partout l'explication du v&#233;ritable caract&#232;re de cette sublime r&#233;volution de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai re&#231;u la lettre des mains du citoyen. * Il &#233;tait au courant de l'envoi que vous savez pour moi. On a eu tort &#224; Paris, lorsqu'on n'a pas exp&#233;di&#233; les papiers susceptibles de faciliter les op&#233;rations. Vous devez maintenant avoir des titres &#224; 3 %, en cote libre, n&#233;gociables au cours du jour. Le citoyen vous fournira toutes les autres explications utiles. On peut lui confier les valeurs : elles sont en parfaite s&#233;curit&#233; dans ses mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#224; Leo Frakel et Louis-Eug&#232;ne Varlin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 13 mai 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chers citoyens Frankel et Varlin,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu des entrevues avec le porteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne serait-il pas utile de mettre en lieu s&#251;r les papiers compromettants pour les canailles de Versailles ? Une telle pr&#233;caution ne peut jamais &#234;tre nuisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'a &#233;crit de Bordeaux que quatre Internationaux ont &#233;t&#233; &#233;lus aux derni&#232;res &#233;lections municipales. Les provinces commencent &#224; fermenter. Malheureusement leur action est localis&#233;e et &#171; pacifique &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;crit plusieurs centaines de lettres pour exposer et d&#233;fendre votre cause &#224; tous les coins du monde o&#249; nous avons des branches [16]. La classe ouvri&#232;re &#233;tait du reste pour la Commune d&#232;s son origine.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me les journaux bourgeois de l'Angleterre sont revenus de leur premi&#232;re r&#233;action de f&#233;rocit&#233;. Je r&#233;ussis &#224; y glisser de temps en temps des paragraphes favorables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune me semble perdre trop de temps &#224; des bagatelles et &#224; des querelles personnelles. On voit qu'il y a d'autres influences que celles des ouvriers. Tout cela ne serait rien, si vous disposiez de temps pour rattraper le temps perdu. [17].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est absolument n&#233;cessaire de faire vite pour tout ce que vous voudriez faire en dehors de Paris, en Angleterre ou ailleurs. Les Prussiens ne livreront pas les forts aux Versaillais, mais apr&#232;s la conclusion d&#233;finitive de la paix (le 10 mai [18] ), ils permettront au gouvernement de cerner Paris avec ses gendarmes. &#201;tant donn&#233; que Thiers et Cie avaient, comme vous le savez, stipul&#233; un grand pot-de-vin [19] dans leur trait&#233; conclu par Pouyer-Quertier, ils refus&#232;rent d'accepter l'aide des banquiers allemands offerte par Bismarck. Dans ce cas, ils auraient perdu le pot-de-vin. La condition pr&#233;alable de la r&#233;alisation de leur trait&#233; &#233;tant la conqu&#234;te de Paris, ils ont pri&#233; Bismarck d'ajourner le paiement du premier terme jusqu'&#224; l'occupation de Paris. Bismarck a accept&#233; cette condition. La Prusse, ayant elle-m&#234;me un besoin tr&#232;s pressant de cet argent, donnera donc toutes les facilit&#233;s possibles aux Versaillais pour acc&#233;l&#233;rer l'occupation de Paris. Ainsi, prenez garde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;solution du Conseil g&#233;n&#233;ral sur l'exclusion de Tolain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Eastern Post, 29 avril 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attendu que le Conseil g&#233;n&#233;ral a &#233;t&#233; pri&#233; de confirmer la d&#233;cision du Conseil f&#233;d&#233;ral des sections parisiennes qui a exclu le citoyen Tolain de l'Association parce qu'ayant &#233;t&#233; &#233;lu pour repr&#233;senter la classe ouvri&#232;re &#224; l'Assembl&#233;e nationale, il y a trahi sa cause de la mani&#232;re la plus l&#226;che ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attendu que la place de tout membre fran&#231;ais de l'Association internationale des travailleurs est indubitablement au c&#244;t&#233; de la Commune de Paris, et non dans l'Assembl&#233;e usurpatrice et contre-r&#233;volutionnaire de Versailles, [20] le Conseil g&#233;n&#233;ral confirme la d&#233;cision du Conseil f&#233;d&#233;ral de Paris et d&#233;clare que le citoyen Tolain est chass&#233; de l'A.I.T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil g&#233;n&#233;ral n'a pu r&#233;gler cette affaire plus t&#244;t, parce que la version authentique de la d&#233;cision ci-dessous mentionn&#233;e du Conseil f&#233;d&#233;ral de Paris ne lui est parvenue que le 25 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#224; Kugelmann&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 12 avril 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Kugelmann,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tes conseils m&#233;dicaux ont eu pour effet que je suis all&#233; consulter le Dr Maddison et que je suis maintenant la cure qu'il m'a prescrite. Il d&#233;clare toutefois que mes poumons sont en parfait &#233;tat et que la toux est d'origine bronchitique, etc. Sa m&#233;dication agira aussi sur le foie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons re&#231;u hier la nouvelle peu rassurante que Lafargue - sans Laura - &#233;tait en ce moment &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu relis le dernier chapitre de mon 18-Brumaire, tu verras que j'y pr&#233;vois que le prochain assaut r&#233;volutionnaire en France devra s'attacher non plus &#224; faire passer la machine bureaucratico-militaire en d'autres mains, comme ce fut le cas jusqu'ici, mais &#224; la d&#233;truire, et que c'est l&#224; la condition pr&#233;alable de toute r&#233;volution v&#233;ritablement populaire sur le continent. C'est aussi ce qu'ont tent&#233; nos h&#233;ro&#239;ques camarades de Paris. De quelle souplesse, de quelle initiative historique, de quelles capacit&#233;s de sacrifice ont fait preuve ces Parisiens ! Apr&#232;s six mois de famine et de destructions dues &#224; la trahison int&#233;rieure plus encore qu'&#224; l'ennemi ext&#233;rieur, ils se soul&#232;vent, sous le r&#232;gne de la ba&#239;onnette prussienne, comme s'il n'y avait jamais eu de guerre entre la France et l'Allemagne, comme si l'ennemi n'&#233;tait pas toujours aux portes de Paris ! L'histoire n'a pas connu &#224; ce jour d'exemple aussi grand !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils succombent, la faute en sera uniquement &#224; leur &#171; magnanimit&#233; &#187;. Il e&#251;t fallu marcher aussit&#244;t sur Versailles, apr&#232;s que Vinoy d'abord, les &#233;l&#233;ments r&#233;actionnaires de la Garde nationale parisienne ensuite, eurent eux-m&#234;mes laiss&#233; le champ libre. On laissa passer le moment propice par scrupule de conscience : on ne voulait pas d&#233;clencher la guerre civile, comme si le m&#233;chant avorton de Thiers ne l'avait pas d&#233;j&#224; d&#233;clench&#233;e lorsqu'il tenta de d&#233;sarmer Paris ! Deuxi&#232;me faute : le Comit&#233; Central abandonna trop t&#244;t le pouvoir en c&#233;dant la place &#224; la Commune. [21]. Encore par un excessif scrupule d' &#171; honneur &#187; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi qu'il en soit, m&#234;me si elle est en train de succomber devant les loups, les porcs et les chiens de la vieille soci&#233;t&#233;, l'actuelle insurrection de Paris est le plus glorieux exploit de notre Parti depuis l'insurrection parisienne de juin 1848. Que l'on compare ceux qui, &#224; Paris, sont mont&#233;s &#224; l'assaut du ciel avec ceux qui sont les esclaves du c&#233;leste Saint-Empire romain de la Germanie prussienne, avec ses mascarades posthumes et ses relents de caserne et d'&#233;glise, de f&#233;odalit&#233; et surtout de philistinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. M.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#224; Kugelmann&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 17 avril 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Kugelmann,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta lettre est bien arriv&#233;e. En ce moment j'ai du travail par-dessus la t&#234;te. Aussi quelques mots seulement. Je ne peux absolument pas comprendre que tu compares les manifestations petites-bourgeoises &#224; la 13 juin 1849, etc. avec l'actuelle lutte &#224; Paris. [22]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait &#233;videmment fort commode de faire l'histoire du monde, si l'on n'engageait le combat qu'avec des chances infailliblement favorables. Au demeurant elle serait de nature tr&#232;s mystique, si les &#171; hasard &#187; n'y jouaient aucun r&#244;le. Ces hasards eux-m&#234;mes font naturellement partie du cours g&#233;n&#233;ral de l'&#233;volution et se trouvent compens&#233;s par d'autres hasards. Or, l'acc&#233;l&#233;ration ou le ralentissement de l'&#233;volution sont tr&#232;s d&#233;pendants de tels &#171; hasards &#187;, parmi lesquels figure aussi le &#171; hasard &#187; du caract&#232;re des gens qui se trouvent d'abord &#224; la t&#234;te du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette fois, il ne faut pas rechercher le plus d&#233;cisif des &#171; hasards &#187; d&#233;favorables dans les conditions g&#233;n&#233;rales de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, mais dans la pr&#233;sence des Prussiens en France et dans le fait qu'ils encerclaient &#233;troitement Paris. Les Parisiens le savaient fort bien, mais c'est aussi ce que savaient les canailles bourgeoises de Versailles. C'est exactement pour cela qu'elles plac&#232;rent les Parisiens devant l'alternative ou de relever le d&#233;fi, ou de succomber sans lutter. Dans le dernier cas, la d&#233;moralisation de la classe ouvri&#232;re e&#251;t &#233;t&#233; un malheur infiniment plus grand que la liquidation d'un nombre quelconque de &#171; chefs &#187;. [23]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; la lutte des Parisiens, la bataille de la classe ouvri&#232;re contre la classe et l'&#201;tat capitalistes est entr&#233;e dans une phase nouvelle. Quelle qu'en soit l'issue, c'est la conqu&#234;te d'un nouveau point de d&#233;part d'une importance historique universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Addio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. M.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#224; Wilhelm Liebknecht&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 6 avril 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Liebknecht,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil g&#233;n&#233;ral a accueilli avec joie la nouvelle de ta lib&#233;ration, ainsi que de celle de Bebel et des Brunswickois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que les Parisiens aient le dessous. C'est de leur faute, mais une faute qui provient en fait de leur trop grande honn&#234;tet&#233;. Le Comit&#233; Central et plus tard la Commune laiss&#232;rent le temps au m&#233;chant avorton Thiers de concentrer les forces ennemies : 1&#186; parce qu'ils avaient la folle volont&#233; de ne pas d&#233;clencher la guerre civile, comme si Thiers ne l'avait pas d&#233;j&#224; engag&#233;e en essayant par la force de d&#233;sarmer Paris, comme si l'Assembl&#233;e nationale, convoqu&#233;e seulement pour d&#233;cider de la guerre ou de la paix avec la Prusse, n'avait pas aussit&#244;t d&#233;clar&#233; la guerre &#224; la R&#233;publique ? 2&#186; parce qu'ils ne voulaient pas laisser planer sur eux le doute d'avoir usurp&#233; le pouvoir, ils perdirent un temps pr&#233;cieux du fait de l'&#233;lection de la Commune, dont l'organisation etc. co&#251;ta beaucoup de temps, alors qu'il e&#251;t fallu foncer directement sur Versailles apr&#232;s la d&#233;faite des r&#233;actionnaires &#224; Paris. [24]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne crois pas un seul mot de tout ce que tu peux apprendre par les journaux sur les &#233;v&#233;nements qui se sont d&#233;roul&#233;s &#224; Paris. Tout n'est que mensonge et tromperie. Jamais la presse bourgeoise n'a aussi brillamment fait &#233;talage de sa bassesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout &#224; fait symptomatique que l'Empereur unique de l'Allemagne, l'Empire unitaire et le Parlement de l'unit&#233; ne semblent m&#234;me pas exister &#224; Berlin aux yeux du monde ext&#233;rieur : le moindre coup de vent &#224; Paris suscite plus d'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous devriez suivre avec attention les &#233;v&#233;nements dans les Principaut&#233;s danubiennes. Si la r&#233;volution est momentan&#233;ment &#233;cras&#233;e en France, le mouvement ne peut &#234;tre bloqu&#233; cependant que pour tr&#232;s peu de temps, et une nouvelle p&#233;riode de guerre s'ouvrira pour l'Europe &#224; partir de l'Est : la Roumanie en fournira le premier pr&#233;texte &#224; l'orthodoxe tsar. Donc attention de ce c&#244;t&#233;-l&#224; !... [25]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. M.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#224; Edward Spencer Beesly&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1, Maitland Park Road, N.W., 12 juin 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lafargue, sa famille et mes filles sont dans les Pyr&#233;n&#233;es pr&#232;s de la fronti&#232;re espagnole, mais du c&#244;t&#233; fran&#231;ais. [26] &#201;tant n&#233; &#224; Cuba, Lafargue a pu se procurer un passeport espagnol. Mais, j'aimerais qu'il s'&#233;tablisse d&#233;finitivement du c&#244;t&#233; espagnol, du fait qu'il a jou&#233; &#224; Bordeaux un r&#244;le de premier plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'estime beaucoup vos articles du Bee-Hive. [27] Mais vous me permettrez de vous faire remarquer qu'en &#233;tant homme de parti j'ai une position tout &#224; fait hostile &#224; l'&#233;gard du comtisme, et en tant qu'homme de science j'en ai une tr&#232;s mince opinion. Cependant, je vous consid&#232;re comme le seul comtiste, aussi bien en Angleterre qu'en France, qui ne traite pas les crises et tournants historiques en sectaire, mais en historien au sens le meilleur du terme. En cons&#233;quence, je d&#233;plore presque de trouver votre nom dans ce journal. Le Bee-Hive se fait passer pour un journal ouvrier, mais c'est en r&#233;alit&#233; l'organe de ren&#233;gats, vendu &#224; Samuel Morley et Cie. Lors de la r&#233;cente guerre franco-prussienne, le Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Internationale a &#233;t&#233; oblig&#233; de rompre toute relation avec cette feuille et de d&#233;clarer publiquement que c'est un organe pseudo-ouvrier. Les grandes feuilles londoniennes se refus&#232;rent toutefois &#224; publier cette d&#233;claration, &#224; l'exception de l'Eastern Post, journal local de Londres. Dans ces conditions, votre collaboration au Bee-Hive n'est pas une contribution &#224; notre bonne cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de mes amies part dans trois ou quatre jours pour Paris. Je lui confierai trois passeports en r&#232;gle pour certains membres de la Commune qui doivent se cacher &#224; Paris. Si vous, ou l'un de vos amis, avez des commissions &#224; y faire, &#233;crivez-moi, je vous prie.&lt;br class='autobr' /&gt;
On m'envoie r&#233;guli&#232;rement de Paris les absurdit&#233;s que la petite presse publie chaque jour sur mes &#233;crits et mes relations avec la Commune. Tout cela m'amuse. En outre cela d&#233;montre que la police versaillaise &#233;prouve un besoin imp&#233;rieux de se procurer des documents v&#233;ritables. Un marchand allemand qui voyage toute l'ann&#233;e pour affaires entre Paris et Londres, a assur&#233; la liaison entre la Commune et moi. Tout &#233;tait r&#233;gl&#233; oralement, sauf pour deux affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cet interm&#233;diaire, j'ai envoy&#233; premi&#232;rement aux membres de la Commune une lettre de r&#233;ponse &#224; la question qu'ils me posaient sur la possibilit&#233; de n&#233;gocier certaines valeurs &#224; la bourse de Londres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;mement, le 11 mai, dix jours avant la catastrophe, j'ai envoy&#233; par le m&#234;me canal tous les d&#233;tails de l'accord secret entre Bismarck et Favre &#224; Francfort. [28]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'information m'avait &#233;t&#233; transmise par un collaborateur direct de Bismarck [29] qui appartint jadis &#224; une soci&#233;t&#233; secr&#232;te (1848-1852), que je dirigeais. Cet homme sait que je d&#233;tiens encore tous les rapports qu'il m'a exp&#233;di&#233;s d'Allemagne sur la situation de ce pays, en sorte qu'il d&#233;pend de ma discr&#233;tion. D'o&#249; ses efforts pour me prouver encore ses bonnes intentions. C'est celui-l&#224; m&#234;me qui, comme vous le savez, m'a fait pr&#233;venir que Bismarck &#233;tait d&#233;cid&#233; &#224; me faire arr&#234;ter, si j'avais &#233;t&#233; rendre visite cette ann&#233;e au Dr Kugelmann &#224; Hanovre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; la Commune, que n'a-t-elle &#233;cout&#233; mes avertissements ! J'ai conseill&#233; &#224; ses membres de fortifier le c&#244;t&#233; nord des hauteurs de Montmartre, (le c&#244;t&#233; prussien), alors qu'il en &#233;tait encore temps. Je leur ai dit &#224; l'avance qu'ils risquaient autrement d'&#234;tre pris dans une sourici&#232;re. En outre, je les ai mis en garde contre Pyat, Grousset et V&#233;sinier. Enfin, je leur ai demand&#233; d'envoyer aussit&#244;t &#224; Londres les papiers compromettants pour les membres de la D&#233;fense nationale pour pouvoir gr&#226;ce &#224; ce moyen tenir quelque peu en &#233;chec la f&#233;rocit&#233; des ennemis de la Commune. Bref, tout cela e&#251;t pu faire &#233;chouer en partie le plan des Versaillais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les Versaillais avaient trouv&#233; ces documents, ils n'auraient pas publi&#233; de faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Adresse de l'Internationale ne para&#238;tra pas avant mercredi. Je vous ferai parvenir aussit&#244;t un exemplaire. Un texte couvrant 4 &#224; 5 feuilles d'imprimerie a &#233;t&#233; publi&#233; sur 2 feuilles. D'o&#249; d'innombrables corrections, r&#233;visions et coquilles. Tout cela a caus&#233; du retard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre fid&#232;le,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mr. Washburne, l'ambassadeur am&#233;ricain &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Comit&#233; central new-yorkais de la Section de l'Association Internationale des Travailleurs aux &#201;tats-Unis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, juillet 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citoyens,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Association estime devoir vous &#233;clairer sur l'attitude prise par l'ambassadeur am&#233;ricain, Mr. Washburne, au cours de la guerre civile en France. [30]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier t&#233;moignage &#233;mane de Mr Robert Reid, un &#201;cossais qui a v&#233;cu dix-sept ans &#224; Paris et qui fut le correspondant du Daily Telegraph de Londres et du Herald de New York durant la guerre civile. Notons, en passant, que le Daily Telegraph poussa la connivence avec le gouvernement versaillais au point de falsifier les br&#232;ves d&#233;p&#234;ches t&#233;l&#233;graphiques que lui transmettait Mr Reid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant de retour en Angleterre, Mr Reid est dispos&#233; &#224; t&#233;moigner sous serment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le fracas du tocsin d'alarme, m&#234;l&#233; aux grondements du canon, se poursuivit toute la nuit. Impossible de dormir. Mais o&#249; sont donc - me disais-je - les repr&#233;sentants d'Europe et d'Am&#233;rique ? Est-il possible qu'ils ne fassent pas le moindre geste de conciliation, alors que le sang des innocents coule &#224; flots ? Ne pouvant supporter plus longtemps cette id&#233;e et sachant que Mr Washburne &#233;tait en ville, je d&#233;cidai d'aller lui rendre visite. C'&#233;tait, je pense, le 17 avril ; quoi qu'il en soit, la date exacte peut &#234;tre &#233;tablie par ma lettre &#224; lord Lyons, auquel j'&#233;crivis le m&#234;me jour. En passant sur les Champs-&#201;lys&#233;es pour aller trouver Mr Washburne, je croisai de nombreuses ambulances transportant des bless&#233;s et des morts. Des bombes &#233;clataient tout autour de l'Arc de Triomphe, et toujours plus d'innocentes personnes venaient s'ajouter &#224; la longue liste des victimes de M. Thiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon arriv&#233;e au 95 rue de Chaillot, je m'adressai au portier de l'ambassade qui m'envoya au second &#233;tage. L'&#233;tage de l'appartement que vous habitez &#224; Paris est une indication presque infaillible de votre fortune et de votre rang, une sorte de barom&#232;tre social. Tout de suite au premier &#233;tage, nous trouvons un marquis, au fond du cinqui&#232;me un modeste artisan. Les &#233;tages qui les s&#233;parent symbolisent l'ab&#238;me social qui existe entre eux. En montant les escaliers, je ne vis pas de laquais ventrus, en culottes rouges et bas de soie, et je me dis : &#171; Eh bien ! les Am&#233;ricains placent leur argent mieux que nous, qui le gaspillons. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le bureau du secr&#233;taire, je m'informai de Mr Washburne : &#171; D&#233;sirez-vous le voir personnellement ? &#187; - &#171; Certainement ! &#187; On m'annon&#231;a, et je lui fus pr&#233;sent&#233;. Il &#233;tait vautr&#233; nonchalamment dans son fauteuil et lisait le journal. je m'attendais &#224; ce qu'il se l&#232;ve, mais il resta assis, en continuant &#224; lire son journal : un acte d'une telle grossi&#232;ret&#233; choque dans un pays o&#249; tout le monde est si poli.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dis &#224; Mr Washburne que nous trahirions la cause de l'humanit&#233;, si nous ne faisions pas tout ce qui est en notre pouvoir pour aboutir &#224; une conciliation. Que nous r&#233;ussissions ou non, il &#233;tait de notre devoir d'essayer, et le moment semblait des plus favorables, puisque les Prussiens &#233;taient press&#233;s d'arriver &#224; une conclusion d&#233;finitive avec Versailles. L'influence concurrente de l'Am&#233;rique et de l'Angleterre eussent pu faire pencher la balance en faveur de la paix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mr. Washburne r&#233;pondit : &#171; Les Parisiens sont des rebelles. Ils doivent d&#233;poser les armes ! &#187; Je lui fis observer que la Garde nationale &#233;tait en droit de les garder, mais que ce n'&#233;tait pas l&#224; la question. En effet, lorsque l'humanit&#233; est foul&#233;e aux pieds, le monde civilis&#233; a le droit d'intervenir, et je vous prie de coop&#233;rer avec lord Lyons dans ce but. - Mr Washburne : &#171; Ces Versaillais ne voudront rien entendre. &#187; - &#171; Si vous refusez, vous en porterez la responsabilit&#233; morale. &#187; - Mr. Washburne : &#171; Je ne pense pas. Je ne puis rien dans cette affaire. Voyez plut&#244;t Mr Lyons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi prit fin notre entrevue. Je quittai Mr Washburne profond&#233;ment d&#233;&#231;u. J'&#233;tais tomb&#233; sur un personnage grossier et arrogant, n'ayant rien de cette fraternit&#233; que l'on s'attend &#224; trouver chez un repr&#233;sentant d'une R&#233;publique d&#233;mocratique. J'ai eu l'honneur de rencontrer deux fois lord Cowley, alors qu'il repr&#233;sentait l'Angleterre en France. Sa courtoisie et sa simplicit&#233; forment un contraste frappant avec la froideur, la pr&#233;tention et les airs pseudo-aristocratiques qu'affiche l'ambassadeur am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'effor&#231;ai maintenant de convaincre lord Lyons qu'il &#233;tait de l'int&#233;r&#234;t de l'humanit&#233; que l'Angleterre tent&#226;t un effort s&#233;rieux pour obtenir une r&#233;conciliation, car j'&#233;tais convaincu que le gouvernement anglais ne pouvait assister sans broncher aux atrocit&#233;s et aux massacres de Clamart et de Moulin-Saquet, sans parler des sc&#232;nes d'horreur de Neuilly, si elle ne voulait pas encourir la mal&#233;diction de tout ami de l'humanit&#233;. Lord Lyons me fit savoir oralement par son secr&#233;taire, Mr Edouard Malet, qu'il avait transmis ma lettre au gouvernement et qu'il &#233;tait dispos&#233; &#224; en faire autant pour tout ce que j'aurais &#224; y ajouter. Un instant, les conditions furent extr&#234;mement favorables &#224; la conciliation et, si notre gouvernement avait jet&#233; tout son poids dans la balance, il e&#251;t &#233;pargn&#233; au monde le bain de sang de Paris. En tout cas, ce ne fut pas par la faute de lord Lyons que le gouvernement anglais manqua &#224; ses devoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, revenons &#224; Mr Washburne. Dans l'apr&#232;s-midi du mercredi 24 mai, comme je passais sur le boulevard des Capucines, quelqu'un m'appela par mon nom et, en me retournant, je vis Mr Hossart, au c&#244;t&#233; de Mr Washburne dans une cal&#232;che, entour&#233; d'un grand nombre d'Am&#233;ricains. Apr&#232;s les politesses d'usage, j'entrai en conversation avec le Dr Hossart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conversation roula aussit&#244;t sur les sc&#232;nes d'horreur qui se d&#233;roulaient non loin de l&#224;, et chacun dit son mot. Mr Washburne, se tournant vers moi, dit d'un ton profond&#233;ment p&#233;n&#233;tr&#233; : &#171; Tous ceux qui appartiennent &#224; la Commune et tous ceux qui sympathisent avec elle seront fusill&#233;s. &#187; H&#233;las ! Je ne savais que trop bien qu'on tuait jeunes ou vieux pour le seul crime de sympathiser avec la Commune ; mais je n'imaginais pas de l'entendre dire semi-officiellement par Mr Washburne. Au moment o&#249; il pronon&#231;ait cette phrase sanguinaire, il &#233;tait encore temps pour lui de sauver l'archev&#234;que. [31]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 24 mai, le secr&#233;taire de Mr Washburne alla proposer &#224; la Commune qui si&#233;geait &#224; la mairie du XIe arrondissement, un compromis pr&#233;par&#233; par les Prussiens en vue d'un r&#232;glement entre Versailles et F&#233;d&#233;r&#233;s. Les conditions en &#233;taient les suivantes : suspension des hostilit&#233;s ; r&#233;&#233;lection de la Commune d'une part, et de l'Assembl&#233;e nationale de l'autre ; les troupes versaillaises quittent Paris et s'installent dans les forts ; la d&#233;fense continue d'&#234;tre assur&#233;e par la Garde nationale ; personne ne pourra &#234;tre poursuivi parce qu'il a servi ou sert dans l'arm&#233;e f&#233;d&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une s&#233;ance extraordinaire, la Commune accepta ces propositions, sous r&#233;serve que la France aurait deux mois pour se pr&#233;parer aux &#233;lections g&#233;n&#233;rales de l'Assembl&#233;e constituante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une seconde entrevue eut lieu avec le secr&#233;taire de l'ambassade am&#233;ricaine. Le 25 mai, dans sa s&#233;ance du matin, la Commune d&#233;cida d'envoyer cinq pl&#233;nipotentiaires - parmi lesquels Vermorel, Delescluze et Arnold - &#224; Vincennes, o&#249; devait se trouver un repr&#233;sentant de la Prusse, selon les indications du secr&#233;taire de Mr Washburne. Mais la d&#233;l&#233;gation fut repouss&#233;e par les Gardes nationaux &#224; la porte de Vincennes. Lors d'une derni&#232;re entrevue avec le m&#234;me secr&#233;taire am&#233;ricain, celui-ci transmit un sauf-conduit au citoyen Arnold pour se rendre le 26 mai &#224; Saint-Denis, o&#249; il ne fut pas re&#231;u par les Prussiens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette m&#233;diation am&#233;ricaine eut pour r&#233;sultat de faire croire &#224; un armistice et &#224; une position de neutralit&#233; de la Prusse &#224; l'&#233;gard des bellig&#233;rants : au moment le plus critique, elle servit &#224; paralyser la d&#233;fense durant deux jours. Malgr&#233; les mesures prises pour garder secr&#232;tes les n&#233;gociations, elles vinrent &#224; la connaissance des Gardes nationaux qui, se fiant &#224; la neutralit&#233; de la Prusse, se rendirent dans les lignes prussiennes pour se constituer prisonniers. On sait comment leur confiance fut tromp&#233;e par les Prussiens, qui les re&#231;urent &#224; coups de fusil et livr&#232;rent les survivants au gouvernement de Versailles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout au long de la guerre civile, par le truchement de son secr&#233;taire, Mr Washburne ne cessa d'assurer la Commune de ses plus vives sympathies, que seule sa position diplomatique emp&#234;chait de manifester publiquement, tandis qu'il pr&#233;tendait r&#233;prouver fermement le gouvernement de Versailles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce second t&#233;moignage provient d'un membre de la Commune de Paris, qui est pr&#234;t - comme Mr Reid - &#224; confirmer ses assertions par serment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour juger vraiment de l'attitude de Mr Washburne, il faut lire le t&#233;moignage de Mr Robert Reid et celui du membre de la Commune comme un tout unique, deux faces d'une seule et m&#234;me affaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que Mr Washburne d&#233;clarait &#224; Mr Reid que les communards &#233;taient des &#171; rebelles &#187; qui m&#233;ritaient leur ch&#226;timent, il assurait la Commune qu'il sympathisait avec sa cause et pr&#233;tendait m&#233;priser le gouvernement de Versailles. Le m&#234;me 24 mai, il informait Mr Reid que, non seulement les Communards, mais tous ceux qui sympathisaient avec eux m&#233;ritaient purement et simplement la mort, tandis qu'il chargeait son secr&#233;taire de persuader la Commune que non seulement ses membres, mais encore tous les soldats de l'arm&#233;e f&#233;d&#233;r&#233;e auraient la vie sauve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vous prions, chers citoyens, de soumettre ces faits &#224; la classe ouvri&#232;re des &#201;tats-Unis afin qu'elle d&#233;cide si Mr Washburne m&#233;rite de repr&#233;senter la R&#233;publique am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le 11 juillet 1871.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Association internationale des travailleurs (suivent les signatures)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits des protocoles des r&#233;unions du Conseil G&#233;n&#233;ral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expos&#233; sur la Commune de Paris, le 23 mai 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Marx d&#233;clare qu'il est malade et n'est donc pas en mesure de terminer l'Adresse promise, mais il esp&#232;re qu'elle sera pr&#234;te mardi prochain. En ce qui concerne les combats de Paris, il craint que la fin ne soit proche ; mais si la Commune est battue, le combat est simplement diff&#233;r&#233;. Les principes de la Commune sont &#233;ternels et ne peuvent pas &#234;tre d&#233;truits : ils resurgiront toujours de nouveau jusqu'&#224; ce que la classe ouvri&#232;re soit &#233;mancip&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune de Paris a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e avec l'aide des Prussiens, qui ont assum&#233; le r&#244;le de gendarmes de Thiers. Bismarck, Thiers et Favre ont conspir&#233; pour liquider la Commune. &#192; Francfort, Bismarck a reconnu que Thiers et Favre lui ont demand&#233; d'intervenir. Le r&#233;sultat d&#233;montre qu'il est dispos&#233; &#224; faire tout ce qui est en son pouvoir pour les aider -, sans risquer la vie de soldats allemands, non parce qu'il m&#233;nage les vies humaines lorsque s'ouvre &#224; lui la perspective d'un butin, mais parce qu'il veut humilier encore davantage les Fran&#231;ais qui se battent entre eux pour pouvoir leur extorquer encore plus de choses. Bismarck a autoris&#233; Thiers &#224; utiliser plus de soldats que n'en pr&#233;voyait la convention ; en revanche, il n'a permis qu'un approvisionnement limit&#233; de Paris en vivres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'est que la r&#233;p&#233;tition de pratiques anciennes. Les classes sup&#233;rieures se sont toujours mises d'accord, lorsqu'il s'agissait de mater la classe travailleuse. Au XIe si&#232;cle, lors d'une guerre entre les chevaliers fran&#231;ais et normands, les paysans se soulev&#232;rent et organis&#232;rent une insurrection. Aussit&#244;t les chevaliers oubli&#232;rent leurs diff&#233;rends et s'alli&#232;rent pour &#233;craser le mouvement paysan. Pour montrer comment les Prussiens firent office de policiers, il suffit de rappeler que, dans la ville de Rouen qu'ils occupent, ils firent arr&#234;ter 500 hommes sous pr&#233;texte qu'ils appartiennent &#224; l'Internationale. On redoute l'Internationale. Tout r&#233;cemment, le comte de Jaubert - momie dess&#233;ch&#233;e, ministre en 1834, bien connu pour avoir pr&#244;n&#233; des mesures dirig&#233;es contre la presse - a d&#233;clar&#233; dans un discours &#224; l'Assembl&#233;e nationale fran&#231;aise, qu'une fois l'ordre de nouveau r&#233;tabli, il serait du devoir du gouvernement d'enqu&#234;ter sur l'activit&#233; de l'Internationale et de la liquider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#192; la nouvelle de la catastrophe de Sedan et de la r&#233;volution du 4 septembre consacrant l'effondrement du Second Empire, il y eut de grandes manifestations d'ouvriers r&#233;volutionnaires dans de nombreuses villes fran&#231;aises. Des organes du pouvoir - communes - furent cr&#233;&#233;s &#224; Lyon, Marseille et Toulouse. Le gouvernement de la D&#233;fense nationale ne put tol&#233;rer cet &#201;tat rival et entreprit de le r&#233;primer par tous les moyens. Dans les provinces, les Communes instaur&#232;rent, malgr&#233; leur br&#232;ve existence, une s&#233;rie de mesures r&#233;volutionnaires importantes : remplacement de l'appareil administratif et policier, lib&#233;ration des prisonniers politiques, introduction de l'instruction la&#239;que, forte imposition des grandes fortunes, restitution des objets - au-dessous d'une certaine valeur - mis en gage aux monts-de-pi&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le 3 novembre, le gouvernement de la D&#233;fense nationale, fortement &#233;branl&#233; par les actions r&#233;volutionnaires du 31 octobre, organisa en toute h&#226;te, dans Paris assi&#233;g&#233;, au milieu d'un climat de peur et de contrainte et sous l'action d'une intense propagande d&#233;magogique, un v&#233;ritable pl&#233;biscite sur la question de savoir si la population acceptait, &#171; oui ou non &#187;, de maintenir les pouvoirs du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La Ligue du Midi f&#233;d&#233;ra les mouvements des d&#233;partements du Sud-Est, qui s'efforc&#232;rent d'&#233;purer le personnel bonapartiste, de lutter contre l'envahisseur et d'instaurer la R&#233;publique sociale. Elle subsista du 18 septembre &#224; novembre 1870.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] C'est ce que dit Engels d&#232;s le 7 septembre 1870 dans sa lettre &#224; Marx ; &#171; les Prussiens ont fait cadeau &#224; la France d'une r&#233;publique, mais laquelle ! &#187; Cf. l'article de L&#233;nine sur la difficile question de la dualit&#233; du pouvoir, in V. L&#233;nine, la Commune de Paris, p. 22-26, article &#233;crit entre la r&#233;volution de F&#233;vrier et d'Octobre 1917, soit &#224; un moment o&#249; se r&#233;alisait la pr&#233;vision de Marx selon laquelle la Commune et ses probl&#232;mes resurgiront sans cesse de nouveau jusqu'&#224; ce que ses principes se r&#233;alisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Engels d&#233;crit cet &#233;pisode dans le R&#244;le de la violence dans l'histoire... -, in &#201;crits militaires, pp. 573-574.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Engels fait allusion aux &#233;lections du 8 f&#233;vrier qui aboutirent &#224; l'Assembl&#233;e nationale r&#233;actionnaire, r&#233;unie pour la premi&#232;re fois le 12 f&#233;vrier 1871 &#224; Bordeaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
* &#192; la r&#233;union suivante du Conseil g&#233;n&#233;ral du 28 mars 1871, Engels d&#233;clara que dans le compte rendu de son expos&#233; du 21 mars, il s'&#233;tait gliss&#233; une erreur : il avait confondu les g&#233;n&#233;raux Aurelle de Paladine et Valentin. En fait, c'est ce dernier qui a &#233;t&#233; nomm&#233; pr&#233;fet de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Dans sa premi&#232;re &#233;bauche de l'Adresse sur la guerre civile, Marx &#233;crit &#224; ce propos : &#171; Sur la base existante de son organisation militaire, Paris &#233;difia une f&#233;d&#233;ration politique, selon un plan tr&#232;s simple. Elle consistait en une association de toute la Garde nationale, unie en toutes ses parties par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque compagnie, d&#233;signant &#224; leur tour les d&#233;l&#233;gu&#233;s de bataillons, qui, &#224; leur tour, d&#233;signaient des d&#233;l&#233;gu&#233;s g&#233;n&#233;raux, les g&#233;n&#233;raux de l&#233;gion - chacun d'eux devant repr&#233;senter un arrondissement et coop&#233;rer avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s des 19 autres arrondissements. Ces 20 d&#233;l&#233;gu&#233;s, &#233;lus &#224; la majorit&#233; par les bataillons de la Garde nationale, composaient le Comit&#233; central, qui, le 18 mars, prit l'initiative de la plus grande r&#233;volution de notre si&#232;cle... &#187; (cf. &#201;d. Soc., p. 209).&lt;br class='autobr' /&gt;
La forme prise d&#232;s le d&#233;but par la Commune confirme ainsi les id&#233;es de Marx et d'Engels sur la dictature du prol&#233;tariat, dont l'&#201;tat est une superstructure de force, violence concentr&#233;e de la classe au pouvoir : &#171; La r&#233;volution tout court - c'est-&#224;-dire le renversement du pouvoir existant et la d&#233;sagr&#233;gation des anciens rapports sociaux - est un acte politique. Le socialisme ne peut se r&#233;aliser sans cette r&#233;volution. Il lui faut cet acte politique dans la mesure o&#249; il a besoin de d&#233;truire et de dissoudre. Mais le socialisme repousse l'enveloppe politique l&#224; o&#249; commence son activit&#233; organisatrice, l&#224; o&#249; il poursuit son but &#224; lui, l&#224; o&#249; il est lui-m&#234;me. &#187; (Marx, le 10 ao&#251;t 1844, in &#201;crits militaires, p. 175-176). La Commune repr&#233;sentant tout cela, n'est donc plus un &#201;tat au sens propre, cf. Engels &#224; Bebel, 16-18 mars 1875.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Il s'agit des &#233;lections &#224; la Commune du 26 mars, qu'il faut distinguer de l'&#233;lection des d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; central de la Garde nationale. Marx critiqua l'organisation des &#233;lections du 26 mars qui fit perdre du temps aux Communards, affaiblit leur capacit&#233; de d&#233;cision, mieux repr&#233;sent&#233;e par le Comit&#233; Central, et enfin installa au pouvoir des &#233;l&#233;ments encore moins &#233;nergiques et homog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Allusion &#224; un discours de Favre devant l'Assembl&#233;e nationale, le 10 avril 1871. Il s'y effor&#231;a de disculper le gouvernement de Versailles accus&#233; d'avoir conclu pratiquement une alliance avec les Prussiens. Il affirma, mensong&#232;rement, que le gouvernement avait repouss&#233; une offre d'aide de Bismarck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le d&#233;but de cet expos&#233; de Marx n'a pu &#234;tre retrouv&#233; dans le cahier contenant les comptes rendus de s&#233;ance du Conseil g&#233;n&#233;ral, la page en ayant &#233;t&#233; arrach&#233;e. Comme le Conseil publiait les d&#233;bats les plus importants dans Eastern Post quand il en avait l'occasion, nous avons - &#224; l'instar de Marx-Engels, Werke, vol. 17 - utilis&#233; le texte de Eastern Post pour compl&#233;ter celui des comptes rendus de s&#233;ance, r&#233;dig&#233;s plus sommairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Serraillier fut &#233;lu le 16 avril 1871 &#224; la Commune, lors d'&#233;lections compl&#233;mentaires dans le 2e arrondissement. Eug&#232;ne Dupont, membre du Conseil g&#233;n&#233;ral, pr&#233;senta sa candidature, mais elle ne put devenir effective, car, &#233;tant en Angleterre, il ne put atteindre Paris. Pyat calomnia Serraillier, membre du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Internationale et homme de confiance de Marx, qui, apr&#232;s son &#233;lection, fut nomm&#233; &#224; la Commission du travail, de l'industrie et du commerce. Les intrigues de Pyat avaient un sens nettement politique : ruiner l'influence du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Internationale au sein de la Commune. Frankel, ministre du Travail de la Commune et correspondant de Marx, s'attacha &#224; r&#233;futer les calomnies de Pyat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Marx r&#233;digea cette lettre le 26 avril, afin de fournir &#224; Frankel des &#233;l&#233;ments pour r&#233;pondre &#224; Pyat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Le lecteur trouvera le d&#233;tail des mesures prises par la Commune dans l'ouvrage des &#201;ditions Sociales consacr&#233; &#224; la Guerre Civile en France. Marx y note en particulier comment les mesures &#233;conomiques, prises en faveur de la petite-bourgeoisie, r&#233;ussirent &#224; la d&#233;tourner de sa traditionnelle alliance avec la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Il s'agit, sans doute, de la loi municipale de 1831, qui limita de mani&#232;re draconienne les droits des communes, ainsi que de la loi de 1855 qui interdit aux conseils municipaux d'&#233;tablir des contacts entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Edme-Marie-Gustave Tridon, ami et conseiller de Blanqui, publia dans la Cigale une lettre, intitul&#233;e la Commune r&#233;volutionnaire de Paris, o&#249; il attaquait F&#233;lix Pyat, &#224; un moment o&#249; en France la Commune &#233;tait en butte &#224; une critique et une opposition de plus en plus violentes. Cette lettre r&#233;pondait &#224; un appel lanc&#233; par Pyat lors d'une r&#233;union, tenue &#224; Cleveland Hall le 29 juin 1868, pour comm&#233;morer l'insurrection ouvri&#232;re de juin 1848 de Paris. Pyat se fit le porte-parole d'une pr&#233;tendue commune r&#233;volutionnaire, soci&#233;t&#233; parisienne et proposa une r&#233;solution d&#233;clarant qu'il &#233;tait du devoir le plus sacr&#233; des Fran&#231;ais d'assassiner Napol&#233;on III. Tridon r&#233;pondit simplement que cet appel &#233;tait le produit de l'imagination de Pyat, qui &#233;tait loin des rives de la Seine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me num&#233;ro, la Cigale publia la r&#233;solution du Conseil g&#233;n&#233;ral, r&#233;dig&#233;e par Marx, contre les agissements de F&#233;lix Pyat.&lt;br class='autobr' /&gt;
* Il s'agit probablement de N. Eilau, homme d'affaires, qui servit d'interm&#233;diaire &#224; Marx et ses correspondants de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Cette lettre ainsi que la pr&#233;c&#233;dente donne une id&#233;e de la correspondance de Marx avec des amis politiques, li&#233;s &#224; la Commune. La plupart de ces lettres n'ont pu &#234;tre retrouv&#233;es. Marx y aborde des questions tr&#232;s importantes, d'ordre financier en vue d'assurer des moyens mat&#233;riels &#224; la Commune, d'ordre militaire en vue de sa d&#233;fense, et d'ordre politique pour la mettre en garde contre des ennemis avou&#233;s ou camoufl&#233;s, et pour lui conseiller telle ou telle mesure sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart des lettres &#171; &#233;crites aux quatre coins du monde &#187; pour exposer et d&#233;fendre la cause de la Commune n'ont pas &#233;t&#233; retrouv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Leo Frankel, ministre du travail de la Commune, &#233;crivit &#224; Marx, fin avril 1871 : &#171; Je souhaiterais vivement que vous m'aidiez de quelque fa&#231;on que ce soit, de vos conseils, car je suis actuellement pour ainsi dire seul, et notamment seul responsable pour les r&#233;formes que je veux introduire et que j'introduirai dans le domaine du travail. Faites tout votre possible pour expliquer &#224; tous les peuples, &#224; tous les ouvriers, et notamment aux Allemands, que la Commune de Paris n'a rien de commun avec les communes petites-bourgeoises d'antan. C'est, d'ailleurs, ce qui ressort d&#233;j&#224; des quelques lignes de votre derni&#232;re lettre. Avec cela, vous rendrez en tout cas un grand service &#224; notre cause. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine, lui-m&#234;me, poursuivit la pol&#233;mique sur ce point contre Bernstein et accusa Pl&#233;khanov et Kautsky de se taire sur ce point. En effet, Bernstein pr&#233;tendait que la Commune de Paris &#233;tait une sorte de f&#233;d&#233;ration de municipalit&#233;s, l'&#201;tat s'&#233;teignant au fur et &#224; mesure de l'accroissement du pouvoir de celles-ci. Et L&#233;nine de s'indigner : Voil&#224; qui est tout simplement monstrueux : confondre les vues de Marx sur la destruction du pouvoir d'&#201;tat parasite avec le f&#233;d&#233;ralisme de Proudhon &#187;, et L&#233;nine de citer les passages de l'Adresse de Marx sur l'organisation et la centralisation de la nation, cf. l'&#201;tat et la R&#233;volution,in Oeuvres choisies, op. cit., tome II, pp. 376-377.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le trait&#233; du 10 mai aggrava les conditions de paix : augmentation des indemnit&#233;s de guerre &#224; payer par la France, prolongation de l'occupation du territoire fran&#231;ais. En fait, c'&#233;tait le prix pour le soutien fourni par Bismarck au gouvernement de Versailles pour &#233;craser la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Selon des informations de presse, Thiers et d'autres membres du gouvernement auraient pr&#233;vu de d&#233;duire une &#171; provision &#187; de plus de 300 millions de francs sur l'emprunt national. Thiers reconnut plus tard que les milieux financiers avec lesquels il avait n&#233;goci&#233; cet emprunt, avaient pos&#233; comme condition la liquidation la plus rapide possible de la r&#233;volution. De fait, le d&#233;cret sur l'emprunt fut ratifi&#233; le 20 juin, apr&#232;s la d&#233;faite de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Le 17 avril, le Times fit allusion &#224; la r&#233;solution du Conseil f&#233;d&#233;ral de Paris. Tolain avait refus&#233; de quitter l'Assembl&#233;e de Versailles, comme l'exigeait la Commune. La trahison de Tolain marqua le glissement de la droite proudhonienne vers la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Il s'agit des &#233;lections &#224; la Commune du 26 mars, qu'il faut distinguer de l'&#233;lection des d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; central de la Garde nationale. Marx critiqua l'organisation des &#233;lections du 26 mars qui fit perdre du temps aux Communards, affaiblit leur capacit&#233; de d&#233;cision, mieux repr&#233;sent&#233;e par le Comit&#233; Central, et enfin installa au pouvoir des &#233;l&#233;ments encore moins &#233;nergiques et homog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Le 13 juin 1849, la Montagne petite-bourgeoise organisa une manifestation pacifique &#224; Paris pour protester contre l'envoi de troupes fran&#231;aises &#224; Rome : l'article IV de la Constitution fran&#231;aise n'interdisait-il pas d'envoyer des soldats fran&#231;ais lutter contre la libert&#233; d'autres peuples ? L'&#233;chec de cette manifestation, dispers&#233;e par la troupe, rendit &#233;vident la banqueroute de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Dans sa lettre du 15 avril 1871 &#224; Marx, Kugelmann affirmait : &#171; La d&#233;faite privera de nouveau les ouvriers pour longtemps de ses chefs, ce qui est un malheur qu'il ne faut pas sous-estimer. Il me semble que, pour l'instant, le prol&#233;tariat a plus besoin de s'&#233;duquer que de lutter les armes &#224; la main. Attribuer l'&#233;chec &#224; tel ou tel fait du hasard, n'est-ce pas tomber dans l'erreur reproch&#233;e avec tant de vigueur aux petits-bourgeois dans les premi&#232;res pages du Dix-huit Brumaire ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Des monarchistes tent&#232;rent, le 22 mars 1871, un putsch contre-r&#233;volutionnaire &#224; Paris, lors d'une manifestation &#171; pacifique &#187;, sous la direction de Henri de P&#232;ne, du baron de Heeckeren, etc. Les conjur&#233;s ouvrirent le feu sur la Garde nationale, place Vend&#244;me ; ils furent mis en fuite, mais ne subirent ni pertes ni dommages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Si Marx d&#233;conseille aux ouvriers fran&#231;ais de prendre l'initiative d'une r&#233;volution sociale, ce n'est pas qu'il &#233;tait pacifiste, ni qu'il pensait ajourner la r&#233;volution sine die. Comme le montrent le passage de la lettre &#224; Liebknecht, p. 131 et la note n&#186; 39, Marx s'attendait &#224; de graves conflits entre les grandes puissances (notamment entre l'Allemagne, d&#233;sormais pratiquement unifi&#233;e, et la Russie, avec l'enjeu polonais, conflit qui e&#251;t mis &#224; l'ordre du jour la question nationale dans l'Est et le Sud-Est europ&#233;en et e&#251;t affaibli la position des classes dominantes en g&#233;n&#233;ral. La Commune, provoqu&#233;e par Thiers et Bismarck, a scell&#233; pour un temps l'alliance de l'Europe officielle et retard&#233; le conflit, qui &#233;clata cependant dans les Balkans en 1876, avec le soul&#232;vement de Bosnie et de Herz&#233;govine et se prolongea par la Guerre russo-turque de 1877-1878, cf. &#201;crits militaires, p. 605-611 et la note n&#186; 229, p. 658.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Marx (dans une lettre adress&#233;e &#224; Charles Dana du journal am&#233;ricain Sun) et Jenny Marx (dans un article &#224; l'hebdomadaire Woodhull 6 Clafflin's Weekly) racontent l'arrestation des filles de Marx, Jenny et El&#233;anore &#224; Luchon par la police fran&#231;aise et leur expulsion de France. Paul Lafargue fut arr&#234;t&#233; en Espagne le 11 ao&#251;t 1871, &#224; la demande de Thiers, puis rel&#226;ch&#233; peu de temps apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Marx fait allusion aux articles de Beesly sur la Commune de Paris, des 25 mars, 1er, 15 et 22 avril, 20 et 27 mai et 3 et 10 juin 1871. Marx porta des commentaires en marge de certains de ces articles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Lors de la signature du trait&#233; de paix &#224; Francfort le 10 mai 1871, Bismarck et Jules Favre conclurent un accord secret pr&#233;voyant une collaboration franco-prussienne contre la Commune. Les n&#233;gociations avaient commenc&#233; d&#232;s le 6 mai. L'accord &#233;tablissait que les troupes de Versailles seraient autoris&#233;es &#224; traverser les lignes allemandes en vue &#171; de r&#233;tablir l'ordre &#224; Paris &#187;, &#224; restreindre l'approvisionnement de Paris en vivres et &#224; imposer, par le truchement du commandement allemand, &#224; la Commune le d&#233;sarmement des fortifications qu'elle tenait autour de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Il s'agit de Johannes Miquel, ancien membre de la Ligue des communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] &#192; son retour de Paris, le journaliste Reid prit contact avec Marx et le Conseil g&#233;n&#233;ral pour exprimer son indignation sur certaines attitudes prises contre la Commune. Le Comit&#233; central new-yorkais fit publier l'Adresse contre Washburne dans le journal Sun, tr&#232;s lu dans les couches populaires de New York. Sorge, ami de Marx, y fit pr&#233;c&#233;der l'Adresse d'une note o&#249; il expliquait la v&#233;ritable nature de la Commune et mettait les ouvriers am&#233;ricains en garde contre les mensonges publi&#233;s par la presse bourgeoise des &#201;tats-Unis sur la Commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement Thiers prit des mesures pour emp&#234;cher la publication de l'Adresse contre Washburne dans la presse fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Washburne avait, en fait, refus&#233; d'intervenir aupr&#232;s du gouvernement Thiers pour lui soumettre la proposition de la Commune, &#224; savoir &#233;changer le seul Blanqui contre l'archev&#234;que Darboy et d'autres personnes prises en otage apr&#232;s que des Communards aient &#233;t&#233; fusill&#233;s. Apr&#232;s l'ex&#233;cution de l'archev&#234;que, Washburne utilisa hypocritement, dans ses articles et ses conf&#233;rences, cette mesure prise par la Commune pour r&#233;pondre au terrorisme des Versaillais, afin de salir les Communards. Marx traite de la question des otages dans son Adresse sur la Guerre civile en France, cf. p. 61 (&#201;d. Soc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notice du traducteur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels n'ont pas arr&#234;t&#233; le combat pour la Commune le jour o&#249; elle fut vaincue. Sur le simple plan militaire de la lutte des classes, il importe que le parti organise les forces r&#233;volutionnaires, non seulement quand elles passent &#224; l'attaque, mais encore lorsqu'elles battent en retraite : la d&#233;faite est plus ou moins lourde selon la mani&#232;re dont le vaincu y r&#233;agit, physiquement et moralement ; en outre, les conditions de la reprise de la lutte et la chance de vaincre dans la prochaine guerre de classes sont fortement d&#233;termin&#233;es par la capacit&#233; de sauver et d'organiser les forces r&#233;volutionnaires apr&#232;s la d&#233;faite. La Seconde Internationale n'aurait pu surgir plus forte que la Premi&#232;re, si elle n'avait pas &#233;t&#233; reli&#233;e par un fil ininterrompu, quoique t&#233;nu, sur le plan th&#233;orique aussi bien que politique et militant. On ne construit pas une Internationale dans l'enthousiasme et la volont&#233; r&#233;volutionnaires, retrouv&#233;s un beau jour. M&#234;me lorsqu'elle eut cess&#233; d'exister &#171; formellement &#187;, le petit &#171; parti Marx &#187; continua de d&#233;fendre ses principes avec une continuit&#233; totale et sur des positions invariables. De m&#234;me L&#233;nine, en fondant la Troisi&#232;me Internationale, mena sans interruption une dure lutte, toujours contre le r&#233;visionnisme, et parfois &#224; contre-courant des masses, par exemple apr&#232;s la d&#233;b&#226;cle de la Seconde Internationale, le 14 ao&#251;t 1914.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du plan militaire de l'agencement de la retraite, on arrive tout de suite au plan politique, en passant par le probl&#232;me organisationnel. Mais ce qui est toujours fondamental, c'est la lutte th&#233;orique qui oriente et le caract&#232;re et le but de la lutte politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels avaient d&#233;conseill&#233; aux ouvriers parisiens d'engager la bataille d&#233;cisive, parce qu'un rapport de forces d&#233;favorable et la faiblesse de leur organisation les emp&#234;chaient de vaincre. On devait retrouver, apr&#232;s la dure d&#233;faite, un rapport de force g&#233;n&#233;ral au moins aussi d&#233;favorable et une organisation amoindrie. Cependant, Marx avait saisi que les ouvriers, accul&#233;s &#224; la bataille par la bourgeoisie, avaient eu le juste instinct de se battre plut&#244;t que de succomber sans lutter devant la bourgeoisie, car &#171; dans le dernier cas, la d&#233;moralisation de la classe ouvri&#232;re e&#251;t &#233;t&#233; un malheur infiniment plus grand &#187; (cf. supra p. 130).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'Internationale remporta encore des victoires lors de la bataille d'arri&#232;re-garde, ce fut l'immense m&#233;rite de Marx et d'Engels, ainsi que des ouvriers courageux et combatifs. Il existe toujours un rapport, non pas direct, mais dialectique, entre la force et la valeur du prol&#233;tariat et celles de son parti, entre les conditions objectives et les conditions &#171; subjectives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes de la derni&#232;re partie de ce volume sur la Commune sont, grosso modo, subdivis&#233;s logiquement et chronologiquement, selon les rubriques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#186; D&#233;fense imm&#233;diate de la Commune. Marx et Engels intensifient encore la lutte apr&#232;s la d&#233;faite de Mai, en d&#233;non&#231;ant avec &#233;nergie les ennemis d&#233;clar&#233;s et cach&#233;s de tout l'univers officiel : gouvernements, presse, partis r&#233;actionnaires, oppositionnels, petits-bourgeois, r&#233;publicains, etc. Parall&#232;lement, la presse lib&#233;rale anglaise, par exemple, d&#233;couvre son v&#233;ritable visage : son hostilit&#233; cro&#238;t &#224; chaque Adresse de l'Internationale et, elle se fait la complice de Thiers dans la chasse aux Communards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande peur de toutes les classes privil&#233;gi&#233;es atteint son paroxysme apr&#232;s la Commune et gagne tout le monde civilis&#233;. Elle va de pair avec le terrorisme de la bourgeoisie &#224; l'encontre des ouvriers, des Communards, et des membres de l'Internationale. La r&#233;pression va des fusillades et d&#233;portations &#224; la d&#233;lation, la fabrication de faux, la provocation, la diffamation et la falsification des principes et des buts de la Commune et du socialisme. Le spectre du communisme hante toute l'Europe voire l'Am&#233;rique, et l'attitude courageuse de l'Internationale sous la direction de Marx et d'Engels atteint un r&#233;sultat que l'on pouvait difficilement esp&#233;rer apr&#232;s l'&#233;crasement de la Commune et le d&#233;cha&#238;nement de la r&#233;action : faire de l'Internationale une v&#233;ritable puissance en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rendant coup pour coup avec les moyens dont elle disposait, l'Internationale fit conna&#238;tre et respecter partout la Commune et elle-m&#234;me. Marx d&#233;finit sa m&#233;thode, en accord avec les blanquistes : &#171; Nous devons mener une action non seulement contre les gouvernements, mais encore contre l'opposition bourgeoise qui n'est pas encore arriv&#233;e au gouvernement. Comme le propose Vaillant, il faut que nous jetions un d&#233;fi &#224; tous les gouvernements, partout, m&#234;me en Suisse, en r&#233;ponse &#224; leurs pers&#233;cutions contre l'Internationale. La r&#233;action existe sur tout le continent : elle est g&#233;n&#233;rale et permanente, m&#234;me aux &#201;tats-Unis et en Angleterre, quoique sous une autre forme &#187; (p. 213).&lt;br class='autobr' /&gt;
La condition sine qua non du succ&#232;s, c'&#233;tait que l'Internationale reste unie. C'est pourquoi Marx s'effor&#231;a, autant qu'il le put, de concilier les multiples tendances et de dissimuler les dissensions qui d&#233;chiraient l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1844, Engels dit que les pers&#233;cutions ne contribu&#232;rent pas &#224; d&#233;truire le communisme, mais tout au contraire le servirent (ce qui n'emp&#234;che que l'on combatte et d&#233;nonce la r&#233;pression par tous les moyens) : la m&#234;me chose se produisit apr&#232;s la Commune, et Marx-Engels le r&#233;p&#233;teront souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut surtout un fait &#233;conomique - le d&#233;veloppement pacifique du capitalisme en Europe occidentale de 1871 &#224; 1914 - qui diminua la capacit&#233; et l'initiative r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat, cependant que le centre de gravit&#233; du mouvement r&#233;volutionnaire se d&#233;pla&#231;ait vers la Russie, comme Marx l'entrevit dans la Pr&#233;face russe du Manifeste Communiste, et Kautsky et L&#233;nine le remarqueront souvent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le reflux de la vague r&#233;volutionnaire dans les pays capitalistes occidentaux atteignit d'abord l'Angleterre, les &#201;tats-Unis, puis la France et &#224; un degr&#233; moindre I'Allemagne (qui eut une grave d&#233;faillance en 1914, mais se ressaisit magnifiquement en 1919-1921). Le &#171; parti Marx &#187;, puis les marxistes de la Seconde Internationale tent&#232;rent de contrecarrer cette &#233;volution : en l'absence de grands mouvements r&#233;volutionnaires, la lutte se d&#233;pla&#231;a vers la d&#233;fense du programme marxiste &#224; l'int&#233;rieur de l'Internationale, puis de la social-d&#233;mocratie et se limita &#224; des revendications syndicales et politiques, ne d&#233;passant pas le cadre du r&#233;gime existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte politique et organisationnelle au sein de l'Internationale &#233;clata entre marxistes et anarchistes, &#224; propos des m&#233;thodes et des principes r&#233;volutionnaires, propos&#233;s et utilis&#233;s par chacune de ces tendances durant et apr&#232;s la Commune. Elle porte sur les enseignements de l'un de ces grands &#233;v&#233;nements qui ont permis de th&#233;oriser et de confirmer l'un des trois points fondamentaux du marxisme : la dictature du prol&#233;tariat. En m&#234;me temps, la divergence portait sur les t&#226;ches imm&#233;diates des ouvriers au cours de la p&#233;riode qui s'ouvrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#186; La phase politique et th&#233;orique tourne essentiellement autour de la nature et la fonction du parti et de l'&#201;tat. Apr&#232;s l'&#233;chec de la tentative du prol&#233;tariat de se constituer en classe dominante pour r&#233;aliser ses buts socialistes, c'est-&#224;-dire de se forger un &#201;tat susceptible de r&#233;duire par la violence les survivances capitalistes, puis de s'&#233;teindre progressivement, le prol&#233;tariat battu r&#233;trogradait au niveau de la classe existant pour soi, c'est-&#224;-dire dot&#233;e d'un parti. En pr&#233;tendant que le prol&#233;tariat ne devait pas s'organiser en parti, les anarchistes faisaient tomber le prol&#233;tariat plus bas encore : au lieu d'exister comme classe consciente d'elle-m&#234;me et luttant ensemblement pour ses propres int&#233;r&#234;ts, les prol&#233;taires n'eussent plus &#233;t&#233; qu'une classe pour les capitalistes qui les exploitent. C'&#233;tait retomber au niveau historique du prol&#233;tariat &#224; l'aube du capitalisme. Tels furent le contexte et l'enjeu de la pol&#233;mique sur l'abstention en mati&#232;re politique et sur l'autoritarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes, comme les &#233;v&#233;nements, ont un caract&#232;re &#224; la fois th&#233;orique et pratique : d'une part, les anarchistes, consciemment ou inconsciemment au service de la bourgeoisie en pleine fureur r&#233;pressive, s'acharn&#232;rent &#224; minimiser d'abord l'importance et le r&#244;le de l'Internationale, puis &#224; nier toute organisation militante unitaire ; d'autre part, Marx et Engels affirm&#232;rent avec une nettet&#233; et une vigueur accrues la n&#233;cessit&#233; et la fonction du parti. Parall&#232;lement, se d&#233;roula la lutte politique concr&#232;te au sein de l'Internationale, dont le proc&#232;s de dissolution s'amor&#231;a irr&#233;sistiblement deux ans apr&#232;s la chute de la Commune et s'acheva - pour sauver l'honneur et les principes - par son transfert &#224; New York et sa mise en veilleuse. En apparence, Marx et Engels sont vaincus, comme le fut la Commune, par suite du &#171; manque de centralisation et d'autorit&#233; &#187; (p. 218).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce n'est pas par un aveugle optimisme de commande qu'Engels affirme, lors des diff&#233;rentes comm&#233;morations de la Commune, que le prol&#233;tariat &#233;tait plus fort et mieux organis&#233; qu'au moment de la Ire Internationale : les traditions r&#233;volutionnaires restaient vivaces et conservaient leur prestige, en outre, le d&#233;veloppement m&#234;me de l'&#233;conomie capitaliste concentre et discipline les ouvriers, de mani&#232;re &#233;l&#233;mentaire, tandis que le gonflement de l'appareil politique de l'&#201;tat, les menaces en politique ext&#233;rieure et l'intensification des luttes de partis au sein du Parlement, par exemple, d&#233;velopp&#232;rent le sens politique des ouvriers en g&#233;n&#233;ral. La formation de la Seconde Internationale en 1885 confirme l'optimisme de Marx et d'Engels : de grands et puissants partis ouvriers form&#232;rent la nouvelle Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx dit que la Commune avait d&#233;montr&#233; la faillite du proudhonisme et de l'anarchisme en g&#233;n&#233;ral, et confirm&#233; le marxisme. L&#233;nine ajoute que la victoire du marxisme fut si &#233;clatante que d&#233;sormais les ennemis du prol&#233;tariat, les pseudo-socialistes, revendiqueraient eux-m&#234;mes le marxisme, en paroles, pour le trahir en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#186; La derni&#232;re phase expose les positions du marxisme sur le rapport entre parti prol&#233;tarien et &#201;tat existant . Marx et Engels th&#233;orisent ici encore l'exp&#233;rience de la Commune : le prol&#233;tariat et son parti doivent d&#233;truire par la violence l'&#201;tat bourgeois avant d'instaurer la dictature du prol&#233;tariat. Cependant, pour se pr&#233;parer &#224; cette lutte, les prol&#233;taires doivent revendiquer au sein du syst&#232;me capitaliste pour des conditions de vie meilleures au moyen des syndicats, de m&#234;me qu'ils doivent faire de la politique sans s'ins&#233;rer dans le syst&#232;me bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les textes th&#233;oriques s'imbriquent &#233;troitement aux &#233;crits traitant de probl&#232;mes imm&#233;diats et d'actualit&#233; br&#251;lante : d&#233;termination de la politique et de l'action des organisations ouvri&#232;res. Marx et, apr&#232;s lui, Engels jouent le r&#244;le de conseiller et d'arbitre dans les conflits opposant les multiples courants de la social-d&#233;mocratie des divers pays. La phase idyllique de d&#233;veloppement du capitalisme sugg&#232;re avec force la possibilit&#233; et l'efficacit&#233; d'une politique de r&#233;formes et, par voie de cons&#233;quence, de r&#233;vision du marxisme r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les novateurs pr&#244;nent l'abandon de la violence et l'utilisation de la d&#233;mocratie en politique et des revendications graduelles en &#233;conomie, et scindent le mouvement unitaire du prol&#233;tariat en deux secteurs poursuivant en fait des buts diff&#233;rents avec des moyens et des organisations particuliers, contrairement au mod&#232;le de la Ire Internationale de Marx. Les am&#233;liorations progressives des conditions de vie du prol&#233;tariat (surtout en Am&#233;rique, en Angleterre et en Allemagne) et le gonflement des appareils syndicaux et politiques de la classe ouvri&#232;re font illusion et sont exploit&#233;s par le r&#233;visionnisme qui d&#233;clare qu'une nouvelle phase sociale s'ouvrait, exigeant un changement de doctrine et de politique. La partie militaire du marxisme et ses m&#233;thodes de lutte violente, tir&#233;es de l'exp&#233;rience des luttes de classes en France et confirm&#233;es par l'histoire des autres pays, sont &#233;videmment les plus contest&#233;es par les novateurs. Or, la th&#233;orie marxiste et la strat&#233;gie &#224; appliquer dans la guerre de classes ne sont pas le patrimoine de chefs, mais l'exp&#233;rience th&#233;oris&#233;e des luttes des classes ouvri&#232;res : nul Comit&#233; directeur, ni Congr&#232;s n'ont le droit, ni le pouvoir de changer les lois historiques inexorables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains dirigeants de la social-d&#233;mocratie allemande mirent sous le boisseau une grande partie de l'&#339;uvre de Marx-Engels, choisirent les &#233;crits qui leur convenaient et en tronquaient d'autres, les accompagnant de commentaires tendancieux. Ils all&#232;rent jusqu'&#224; demander au vieil Engels de modifier lui-m&#234;me certains passages en fonction de situations contingentes et, si cela ne suffisait pas, en supprimaient certains, dans l'espoir de d&#233;montrer qu'il s'&#233;tait converti au r&#233;formisme et au r&#233;visionnisme, en devenant un d&#233;mocrate. La derni&#232;re tentative porta sur le dernier texte important &#233;crit par Engels et pr&#233;sent&#233; en quelque sorte comme la conclusion de toute son oeuvre et de son exp&#233;rience militante : la Pr&#233;face de 1895 aux Luttes de classes en France. Or, ces luttes repr&#233;sentent le mod&#232;le classique de l'action politique pour les ouvriers du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette Pr&#233;face, Engels - expert militaire - dit, par exemple, que les luttes de barricades sont aujourd'hui d&#233;pass&#233;es. Mais il ne commande pas pour autant de ne jamais plus utiliser cette m&#233;thode de combat, mais constate simplement que, face aux arm&#233;es modernes, ce moyen est d&#233;risoire pour s'emparer du pouvoir. De m&#234;me, affirmer qu'on ne peut renverser le r&#233;gime capitaliste au moyen d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, n'est pas renoncer aux gr&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce point, Engels ne peut conc&#233;der davantage, m&#234;me si les ouvriers allemands doivent &#234;tre prudents &#224; un moment tr&#232;s court o&#249; le gouvernement cherche un pr&#233;texte pour les surprendre et les attaquer &#224; l'heure et dans les conditions choisies par lui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'estime que vous n'avez rien &#224; gagner si vous pr&#234;chez le renoncement absolu &#224; l'intervention violente. Personne ne vous croira, et aucun parti d'aucun pays ne va aussi loin dans le renoncement au droit de recourir &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qui plus est, je dois tenir compte des &#233;trangers - Fran&#231;ais, Anglais, Suisses, Autrichiens, Italiens, etc. - qui lisent ce que j'&#233;cris : je ne peux me compromettre aussi compl&#232;tement &#224; leurs yeux. &#187; (p. 260).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Conseil g&#233;n&#233;ral est fier du r&#244;le &#233;minent que les sections parisiennes de l'Internationale ont assum&#233; dans la glorieuse r&#233;volution de Paris. Non point, comme certains faibles d'esprit se le figurent, que la section de Paris, ni aucune autre branche de l'Internationale, ait re&#231;u un mot d'ordre d'un centre. Mais, comme dans tous les pays civilis&#233;s la fleur de la classe ouvri&#232;re adh&#232;re &#224; l'Internationale et est impr&#233;gn&#233;e de ses principes, elle prend partout, &#224; coup s&#251;r, la direction des actions de la classe ouvri&#232;re. &#187; (K. Marx, Deuxi&#232;me. &#233;bauche de la Guerre civile en France.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discours de comm&#233;moration du septi&#232;me anniversaire de l'Association internationale des travailleurs, le 25 septembre 1871 &#224; Londres [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The World, le 15 octobre 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos de l'Internationale, Marx dit que le grand succ&#232;s qui a couronn&#233; jusqu'alors ses efforts, est d&#251; &#224; des circonstances qui d&#233;passent le pouvoir de ses membres eux-m&#234;mes. La fondation de l'Internationale elle-m&#234;me a &#233;t&#233; le r&#233;sultat de telles circonstances et n'est pas due aux efforts des hommes qui se sont attach&#233;s &#224; cette oeuvre. Ce n'est donc pas le fruit d'une poign&#233;e de politiciens habiles : tous les politiciens du monde r&#233;unis n'auraient pu cr&#233;er les conditions et les circonstances qui furent n&#233;cessaires pour assurer le succ&#232;s de l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale n'a propag&#233; aucun credo particulier. Sa t&#226;che a &#233;t&#233; d'organiser les forces de la classe ouvri&#232;re et de coordonner les divers mouvements ouvriers afin de les unifier. Les conditions qui ont donn&#233; une impulsion si formidable &#224; l'Association, sont celles-l&#224; m&#234;mes qui ont opprim&#233; de plus en plus les travailleurs &#224; travers le monde : tel est le secret de son succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements des derni&#232;res semaines ont montr&#233; de mani&#232;re indubitable comment la classe ouvri&#232;re doit lutter pour son &#233;mancipation. Les pers&#233;cutions organis&#233;es par les gouvernements contre l'Internationale &#233;voquent celles des premiers chr&#233;tiens de la Rome antique. Ils ont &#233;t&#233;, eux aussi, peu nombreux au d&#233;but, mais les patriciens ont senti d'instinct que l'Empire romain serait ruin&#233; si les chr&#233;tiens triomphaient. &#192; Rome, les pers&#233;cutions n'ont pas sauv&#233; l'Empire ; de nos jours, les pers&#233;cutions dirig&#233;es contre l'Internationale ne sauveront pas davantage les conditions sociales de l'&#233;poque actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait l'originalit&#233; de l'Internationale, c'est qu'elle a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par les travailleurs eux-m&#234;mes. Avant la fondation de l'Internationale, toutes les diverses organisations &#233;taient des soci&#233;t&#233;s fond&#233;es pour les classes ouvri&#232;res par quelques radicaux issus des classes dominantes. En revanche, l'Internationale a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par les travailleurs eux-m&#234;mes. En Angleterre, le mouvement chartiste a &#233;t&#233; form&#233; avec l'accord et le concours de radicaux bourgeois. Cependant, s'il avait connu le succ&#232;s, il n'e&#251;t pu tourner qu'&#224; l'avantage de la classe ouvri&#232;re. L'Angleterre est le seul pays o&#249; la classe ouvri&#232;re est assez d&#233;velopp&#233;e pour pouvoir utiliser le suffrage universel &#224; son profit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, Marx &#233;voque la r&#233;volution de F&#233;vrier et rappelle que ce mouvement a &#233;t&#233; soutenu par une fraction de la bourgeoisie contre le parti au pouvoir. La r&#233;volution de F&#233;vrier s'est content&#233;e de faire des promesses aux ouvriers et de remplacer une &#233;quipe d'hommes de la classe dominante par une autre. En revanche, la r&#233;volution de juin 1848 a &#233;t&#233; une r&#233;volte contre toute la classe dominante, y compris la fraction la plus radicale. Les ouvriers qui, en F&#233;vrier 1848, avaient port&#233; au pouvoir des hommes nouveaux, ont senti instinctivement qu'ils avaient simplement substitu&#233; un groupe d'oppresseurs &#224; un autre, et qu'ils &#233;taient trahis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier mouvement a &#233;t&#233; le plus grand de tous ceux qui se sont produits jusqu'ici, et il ne peut y avoir deux opinions &#224; son &#233;gard : la Commune a &#233;t&#233; la conqu&#234;te du pouvoir politique par la classe ouvri&#232;re. Il y a eu de nombreux malentendus sur la Commune. Celle-ci ne devait pas asseoir une nouvelle forme de domination de classe. Lorsque les pr&#233;sentes conditions d'oppression seront &#233;limin&#233;es gr&#226;ce au transfert des moyens de production aux travailleurs productifs et &#224; l'obligation faite &#224; tous les individus physiquement aptes de travailler pour vivre, on aura d&#233;truit l'unique raison d'&#234;tre d'une quelconque domination de classe et d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, avant de r&#233;aliser un changement socialiste, il faut une dictature du prol&#233;tariat, dont une condition premi&#232;re est l'arm&#233;e prol&#233;tarienne. Les classes ouvri&#232;res devront conqu&#233;rir sur le champ de bataille le droit &#224; leur propre &#233;mancipation. La t&#226;che de l'Internationale est d'organiser et de coordonner les forces ouvri&#232;res dans le combat qui les attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;solutions du meeting de comm&#233;moration du premier anniversaire de la Commune de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13-18 mars 1872&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e r&#233;unie en l'honneur de l'anniversaire du 18 Mars 1871 a adopt&#233; les r&#233;solutions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Nous consid&#233;rons le glorieux mouvement du 18 Mars comme l'aube de la grande r&#233;volution sociale, qui lib&#233;rera les hommes &#224; tout jamais du r&#233;gime des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Nous d&#233;clarons que les actes d&#233;mentiels et les crimes perp&#233;tr&#233;s par les classes bourgeoises ligu&#233;es dans toute l'Europe, par haine des ouvriers, ainsi que par la vieille soci&#233;t&#233;, quelles que puissent en &#234;tre les formes de gouvernement, monarchique ou r&#233;publicain, sont vou&#233;s &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Nous proclamons que la croisade de tous les gouvernements contre l'Internationale et les mesures terroristes des assassins versaillais et de leurs vainqueurs prussiens t&#233;moignent de l'inanit&#233; de leurs efforts et confirment que l'arm&#233;e mena&#231;ante du prol&#233;tariat mondial se tient derri&#232;re l'h&#233;ro&#239;que avant-garde &#233;cras&#233;e par les forces ligu&#233;es de Thiers et de Guillaume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au directeur de la Libert&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Libert&#233;, le 17 mars 1872&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur le Directeur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre du citoyen G. Lefran&#231;ais, &#201;tude sur le mouvement communaliste &#224; Paris, en 1871, dont j'ai eu connaissance il y a quelques jours seulement, je lis, page 92, le passage suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans sa lettre sur les &#233;lections du 8 f&#233;vrier, envoy&#233;e au citoyen Serraillier, Karl Marx, le principal inspirateur de la section allemande de l'Internationale, critique avec une certaine amertume la participation de la section fran&#231;aise aux &#233;lections. Cela d&#233;montre &#224; sati&#233;t&#233; qu'&#224; tort ou &#224; raison, l'Internationale &#233;tait alors peu encline &#224; s'immiscer activement dans la politique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t apr&#232;s la publication de ma pr&#233;tendue lettre &#224; Serraillier dans le Times, le Courrier de l'Europe, l'Avenir de Berlin, etc., j'ai d&#233;clar&#233; qu'il s'agissait d'une fabrication de Paris-journal. Pour sa part, Serraillier a r&#233;v&#233;l&#233; publiquement que le v&#233;ritable auteur de cette lettre est un journaliste travaillant avec la police. Comme presque tous les organes de l'Internationale et m&#234;me certains journaux parisiens ont publi&#233; nos d&#233;clarations, je suis tr&#232;s &#233;tonn&#233; de ce que le citoyen Lefran&#231;ais ait repris &#224; son compte les canards de journaux invent&#233;s par Henri de P&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reste, Monsieur, votre tr&#232;s d&#233;vou&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'action politique de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte rendu, r&#233;dig&#233; par l'auteur lui-m&#234;me, de son discours &#224; la s&#233;ance du 21 septembre 1871 &#224; la Conf&#233;rence de Londres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est absolument impossible de s'abstenir des affaires politiques. M&#234;me les journaux qui ne font pas de politique ne manquent pas, &#224; l'occasion, d'attaquer le gouvernement, et se m&#234;lent donc de politique. La seule chose dont il s'agit, c'est de savoir quelle politique on pratique et avec quels moyens ? Au demeurant, pour nous l'abstention est impossible. Le parti ouvrier existe d&#233;j&#224; comme parti politique dans la plupart des pays. Ce n'est certes pas &#224; nous de le ruiner en pr&#234;chant l'abstention. &lt;br class='autobr' /&gt;
La pratique de la vie r&#233;elle et l'oppression politique que les gouvernements en place font subir aux ouvriers - &#224; des fins politiques, aussi bien que sociales -contraignent les ouvriers &#224; faire de la politique, qu'ils le veuillent ou non. Leur pr&#234;cher l'abstention en mati&#232;re politique reviendrait &#224; les pousser dans les bras de la politique bourgeoise. Plus que jamais apr&#232;s la Commune de Paris, qui a mis &#224; l'ordre du jour l'action politique du prol&#233;tariat, l'abstention politique est tout &#224; fait impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons abolir les classes. Par quel moyen y parviendrons-nous ? Par la domination politique du prol&#233;tariat. Or, maintenant que tout le monde est d'accord sur ce point, on nous demande de ne pas nous m&#234;ler de politique ! Tous les abstentionnistes se nomment des r&#233;volutionnaires, et m&#234;me des r&#233;volutionnaires par excellence. Mais la r&#233;volution n'est-elle pas l'acte supr&#234;me en mati&#232;re politique ? Or, qui veut la fin doit vouloir aussi les moyens - l'action politique qui pr&#233;pare la r&#233;volution, &#233;duque l'ouvrier et sans elle le prol&#233;tariat sera toujours frustr&#233; et dup&#233; le lendemain de la bataille par les Favre et Pyat. Cependant, la politique qu'il faut faire doit &#234;tre celle du prol&#233;tariat : le parti ouvrier ne doit pas &#234;tre &#224; la queue de quelque parti bourgeois que ce soit, mais doit toujours se constituer en parti autonome ayant sa propre politique et poursuivant son propre but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les libert&#233;s politiques, le droit de r&#233;union et d'association, la libert&#233; de la presse, telles sont nos armes. Et nous devrions accepter de limiter l'armement et faire de l'abstention, lorsqu'on essaie de nous en priver ? On pr&#233;tend que toute action politique signifie reconna&#238;tre l'ordre existant. Or, si ce qui existe nous donne les moyens pour protester contre l'&#233;tat existant, d&#232;s lors l'utilisation de ces moyens n'est pas une reconnaissance de l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes d'un discours sur l'action politique de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(S&#233;ance du 20 septembre de la Conf&#233;rence de Londres)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Lorenzo nous a rappel&#233;s &#224; l'observation du r&#232;glement, et le citoyen Bastelica l'a suivi dans cette voie. Si je prends les statuts originaux et l'Adresse inaugurale de notre Association, je lis dans les deux que le Conseil g&#233;n&#233;ral a &#233;t&#233; charg&#233; de soumettre &#224; la discussion des Congr&#232;s un programme ouvrier. [2] Le programme que le Conseil g&#233;n&#233;ral soumet &#224; la discussion de la Conf&#233;rence traite de l'organisation de notre Association, et la proposition de Vaillant se rapporte elle aussi &#224; cette question : l'objection de Lorenzo et de Bastelica n'est donc pas fond&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plupart des pays, certains Internationaux, en invoquant la d&#233;claration tronqu&#233;e des Statuts vot&#233;s au Congr&#232;s de Gen&#232;ve [3] ont fait de la propagande en faveur de l'abstention dans les affaires politiques, propagande que les gouvernements se sont bien gard&#233;s d'enrayer. En Allemagne, Schweitzer et autres, &#224; la solde de Bismarck, ont essay&#233; de raccrocher l'activit&#233; de nos sections au char de la politique gouvernementale. En France, cette abstention coupable a permis aux Favre, Trochu, Picard et autres de s'emparer du pouvoir le 4 septembre. Le 18 mars, cette m&#234;me abstention permit &#224; un Comit&#233; dictatorial - le Comit&#233; central - compos&#233; en majeure partie de bonapartistes et d'intrigants, de s'&#233;tablir &#224; Paris et de perdre sciemment, dans l'inaction, les premiers jours de la r&#233;volution, alors qu'il aurait d&#251; les consacrer &#224; son affermissement. [4] En France, le mouvement a &#233;chou&#233;, parce qu'il n'avait pas &#233;t&#233; assez pr&#233;par&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En Am&#233;rique, un congr&#232;s, tenu r&#233;cemment et compos&#233; d'ouvriers, (149) a d&#233;cid&#233; de s'engager dans les affaires politiques et de substituer aux politiciens de m&#233;tier des ouvriers comme eux, charg&#233;s de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de leur classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il faut faire la politique en tenant compte des conditions de chaque pays. En Angleterre, par exemple, il n'est pas facile &#224; un ouvrier d'entrer au parlement. Les parlementaires ne recevant aucun subside et l'ouvrier n'ayant que les ressources de son travail pour vivre, le parlement est inaccessible pour lui. Or, la bourgeoisie qui refuse obstin&#233;ment une allocation aux membres du parlement, sait parfaitement que c'est le moyen d'emp&#234;cher la classe ouvri&#232;re d'y &#234;tre repr&#233;sent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas croire que ce soit d'une mince importance d'avoir des ouvriers dans les parlements. Si l'on &#233;touffe leur voix, comme &#224; De Potter et Castiau ou si on les expulse comme Manuel, l'effet de ces rigueurs et de cette intol&#233;rance est profond sur les masses. Si, au contraire, comme Bebel et Liebknecht, ils peuvent parler de cette tribune, c'est le monde entier qui les entend. D'une mani&#232;re comme d'une autre, c'est une grande publicit&#233; pour nos principes. Lorsque Bebel et Liebknecht ont entrepris de s'opposer &#224; la guerre qui se livrait contre la France, leur lutte pour d&#233;gager toute responsabilit&#233; de la classe ouvri&#232;re dans tout ce qui se passait, a secou&#233; toute l'Allemagne ; Munich m&#234;me, cette ville o&#249; l'on n'a jamais fait de r&#233;volution que pour des questions de prix de la bi&#232;re, se livra &#224; de grandes manifestations pour r&#233;clamer la fin de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements nous sont hostiles. Il faut leur r&#233;pondre avec tous les moyens que nous avons &#224; notre disposition. Envoyer des ouvriers dans les parlements &#233;quivaut &#224; une victoire sur les gouvernements, mais il faut choisir les hommes, et ne pas prendre les Tolain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx appuie la proposition du citoyen Vaillant, ainsi qu'un amendement de Frankel relatif &#224; la traduction erron&#233;e des Statuts et tendant &#224; faire pr&#233;c&#233;der d'un consid&#233;rant explicatif la raison d'&#234;tre de cette d&#233;claration ; en effet, cette question a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;solue par les Statuts et ce n'est pas d'aujourd'hui que l'Association demande aux ouvriers de faire de la politique, mais de toujours. *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx-Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;solutions de la Conf&#233;rence de l'A.I.T., Londres, 17-23 septembre 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX. L'action politique de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu les consid&#233;rants des statuts originaux o&#249; il est dit : &#171; L'&#233;mancipation &#233;conomique de la classe ouvri&#232;re est le grand but auquel tout mouvement politique doit &#234;tre subordonn&#233; comme moyen &#187; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vu l'Adresse inaugurale de l'Association internationale des travailleurs (1864) qui dit : &#171; Les seigneurs de la terre et les seigneurs du capital se serviront toujours de leurs privil&#232;ges politiques pour d&#233;fendre et perp&#233;tuer leurs monopoles &#233;conomiques. Bien loin de pousser &#224; l'&#233;mancipation des travailleurs, ils continueront &#224; y opposer le plus d'obstacles possible... La conqu&#234;te du pouvoir politique est donc devenue le premier devoir de la classe ouvri&#232;re &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu la r&#233;solution du Congr&#232;s de Lausanne (1867) &#224; cet effet : &#171; L'&#233;mancipation sociale des travailleurs est ins&#233;parable de leur &#233;mancipation politique &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu la d&#233;claration du Conseil g&#233;n&#233;ral sur le pr&#233;tendu complot des internationaux fran&#231;ais &#224; la veille du pl&#233;biscite (1870) o&#249; il est dit : &#171; D'apr&#232;s la teneur de nos statuts, certainement toutes nos sections en Angleterre, sur le continent et en Am&#233;rique, ont la mission sp&#233;ciale, non seulement de servir de centres &#224; l'organisation militante de la classe ouvri&#232;re, mais aussi de soutenir dans leurs pays respectifs, tout mouvement politique tendant &#224; l'accomplissement de notre but final : l'&#233;mancipation &#233;conomique de la classe ouvri&#232;re ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attendu que des traductions infid&#232;les des statuts originaux ont donn&#233; lieu &#224; des interpr&#233;tations fausses qui ont &#233;t&#233; nuisibles au d&#233;veloppement et &#224; l'action de l'Association internationale des travailleurs ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;sence d'une r&#233;action sans frein qui &#233;touffe par la violence tout effort d'&#233;mancipation de la part des travailleurs, et pr&#233;tend maintenir par la force brutale les diff&#233;rences de classes et la domination politique des classes poss&#233;dantes qui en r&#233;sulte ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant en outre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Que contre ce pouvoir collectif des classes poss&#233;dantes le prol&#233;tariat ne peut agir comme classe qu'en se constituant lui-m&#234;me en parti politique distinct, oppos&#233; &#224; tous les anciens partis form&#233;s par les classes poss&#233;dantes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Que cette constitution de la classe ouvri&#232;re en parti politique est indispensable pour assurer le triomphe de la r&#233;volution sociale et de son but supr&#234;me : l'abolition des classes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Que la coalition des forces ouvri&#232;res d&#233;j&#224; obtenue par les luttes &#233;conomiques doit aussi servir de levier aux mains de cette classe dans sa lutte contre le pouvoir politique de ses exploiteurs,&lt;br class='autobr' /&gt;
la Conf&#233;rence rappelle aux membres de l'Internationale que, dans l'&#233;tat militant de la classe ouvri&#232;re, son mouvement &#233;conomique et son action politique sont indissolublement unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X. R&#233;solution g&#233;n&#233;rale relative aux pays o&#249; l'organisation r&#233;guli&#232;re de l'Internationale est entrav&#233;e par les gouvernements&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays o&#249; l'organisation r&#233;guli&#232;re de l'Association internationale des travailleurs est momentan&#233;ment devenue impraticable par suite de l'intervention gouvernementale, l'Association et ses groupes locaux pourront se constituer sous diverses d&#233;nominations, mais toute constitution de section internationale sous forme de soci&#233;t&#233; secr&#232;te est et reste formellement interdite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XI. R&#233;solutions relatives &#224; la France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence exprime sa ferme conviction que toutes les pers&#233;cutions ne feront que doubler l'&#233;nergie des adh&#233;rents de l'Internationale et que les branches continueront &#224; s'organiser sinon par grands centres, du moins par ateliers et f&#233;d&#233;rations d'ateliers correspondant entre eux par leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, la Conf&#233;rence invite toutes les branches &#224; continuer sans rel&#226;che &#224; propager les principes de notre Association en France et &#224; y importer le plus grand nombre possible d'exemplaires de toutes les publications et des statuts de l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx-Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;solution relative aux Statuts au Congr&#232;s g&#233;n&#233;ral de La Haye du 2-7 septembre 1872&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article suivant qui r&#233;sume le contenu de la r&#233;solution de la Conf&#233;rence de Londres (Septembre 1871) sera ins&#233;r&#233; dans les Statuts apr&#232;s l'article 7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Art. 7a : Dans sa lutte contre le pouvoir collectif des classes poss&#233;dantes, le prol&#233;tariat ne peut agir comme classe qu'en se constituant lui-m&#234;me en parti politique distinct, oppos&#233; &#224; tous les anciens partis form&#233;s par les classes poss&#233;dantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette constitution du prol&#233;tariat en parti politique est indispensable pour assurer le triomphe de la r&#233;volution sociale et de son but supr&#234;me : l'abolition des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coalition des forces ouvri&#232;res, d&#233;j&#224; obtenue par la lutte &#233;conomique doit aussi servir de levier aux mains de cette classe, dans sa lutte contre le pouvoir politique de ses exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seigneurs de la terre et du capital se servant toujours de leurs privil&#232;ges politiques pour d&#233;fendre et perp&#233;tuer leurs monopoles &#233;conomiques et asservir le travail, la conqu&#234;te du pouvoir politique devient le grand devoir du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx-Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;face de 1872 au Manifeste Communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune notamment a d&#233;montr&#233; que &#171; la classe ouvri&#232;re ne peut pas simplement prendre possession de la machine d'&#201;tat, telle qu'elle est et l'utiliser pour ses propres fins &#187;. (Voir la Guerre Civile en France. Adresse du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'A.I.T., o&#249; cette id&#233;e est plus longuement d&#233;velopp&#233;e.) *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels &#224; C. Terzaghi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 14 janvier 1872&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon cher Terzaghi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... D'abord, les anarchistes nous cherchent querelle sous le pr&#233;texte que nous avons tenu une Conf&#233;rence ; ensuite, ils nous attaquent parce que nous appliquons les r&#233;solutions de B&#226;le, r&#233;solutions que nous sommes tenus d'ex&#233;cuter. Ils ne veulent pas que le Conseil g&#233;n&#233;ral dispose d'autorit&#233;, m&#234;me si elle est librement consentie par tous. J'aimerais bien savoir comment, sans cette autorit&#233; (comme ils l'appellent), il e&#251;t &#233;t&#233; possible de faire justice des Tolain aussi bien que des Durand et Netcha&#239;ev, et comment avec la belle phrase d'autonomie des sections, comme vous l'expliquez dans votre circulaire, vous entendez emp&#234;cher l'intrusion de mouchards de police et des tra&#238;tres. Certes, personne ne conteste l'autonomie aux sections, mais une f&#233;d&#233;ration n'est pas possible, si les sections ne c&#232;dent pas certains pouvoirs aux comit&#233;s f&#233;d&#233;raux et, en derni&#232;re instance, au Conseil g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, savez-vous quels furent les initiateurs et les z&#233;lateurs de ces r&#233;solutions autoritaires ? Peut-&#234;tre les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Conseil g&#233;n&#233;ral ? Pas du tout. Ces mesures autoritaires ont &#233;t&#233; propos&#233;es par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de Belgique, et les Schwitzgu&#233;bel, Guillaume et Bakounine en furent les protagonistes les plus acharn&#233;s. Voil&#224; comment les choses se pr&#233;sentent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que vous faites un grand abus des mots d'autorit&#233; et de centralisation. Je ne connais pas d'affaire plus autoritaire qu'une r&#233;volution, et quand on impose sa volont&#233; aux autres avec des bombes et des fusils comme cela se fait dans toutes les r&#233;volutions, il me semble que l'on fasse preuve d'autorit&#233;. Ce fut le manque de centralisation et d'autorit&#233; qui a co&#251;t&#233; la vie &#224; la Commune de Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faites ce que vous voulez de l'autorit&#233;, etc. apr&#232;s la victoire, mais pour la lutte nous devons r&#233;unir toutes nos forces en un seul faisceau et les concentrer sur le m&#234;me point d'attaque. Enfin, quand j'entends parler de l'autorit&#233; et de la centralisation comme de deux choses condamnables dans toutes les circonstances possibles, il me semble que ceux qui parlent ainsi, ou bien ne savent pas ce qu'est une r&#233;volution, ou bien ne sont des r&#233;volutionnaires qu'en paroles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si vous voulez savoir ce que les auteurs de la circulaire ont fait dans la pratique pour l'Internationale, lisez leur propre rapport officiel sur l'&#233;tat de la conf&#233;d&#233;ration jurassienne au Congr&#232;s (cf. la R&#233;volution sociale de Gen&#232;ve du 23 novembre 1871), et vous verrez &#224; quel &#233;tat de dissolution et d'impuissance, ils ont r&#233;duit une f&#233;d&#233;ration bien &#233;tablie il y a un an. [5] Or, ces gens-l&#224; pr&#233;tendent r&#233;former l'Internationale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut fraternel,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;votre Fr. Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels &#224; A. Bebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 20 juin 1873&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Bien s&#251;r, toute direction d'un parti veut avoir des r&#233;sultats, et c'est normal. Mais il y a des circonstances o&#249; il faut avoir le courage de sacrifier le succ&#232;s momentan&#233; &#224; des choses plus importantes. Cela est surtout vrai pour un parti comme le n&#244;tre, dont le triomphe final doit &#234;tre complet et qui, depuis que nous vivons et sous nos yeux encore, se d&#233;veloppe si colossalement, que l'on n'a pas besoin &#224; tout prix et toujours de succ&#232;s momentan&#233;s. Prenez, par exemple, l'Internationale : apr&#232;s la Commune elle connut un succ&#232;s immense. Les bourgeois, comme frapp&#233;s par la foudre, la croyaient toute-puissante. La grande masse de ses membres crurent que cela durerait toujours. Nous savions fort bien que la bulle devait crever. Toute la racaille s'accrochait &#224; nous. Les sectaires qui s'y trouvaient, s'&#233;panouirent, abus&#232;rent de l'Internationale dans l'espoir qu'on leur passerait les pires b&#234;tises et bassesses. Mais nous ne l'avons pas support&#233;. Sachant fort bien que la bulle cr&#232;verait tout de m&#234;me, il ne s'agissait pas pour nous de diff&#233;rer la catastrophe, mais de nous pr&#233;occuper de ce que l'Internationale demeure pure et attach&#233;e &#224; ses principes sans les falsifier, jusqu'&#224; son terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bulle creva au Congr&#232;s de La Haye, et vous savez que la majorit&#233; des membres du Congr&#232;s rentra chez elle, en pleurnichant de d&#233;ception. Et pourtant presque tous ceux qui &#233;taient si d&#233;&#231;us, parce qu'ils croyaient trouver dans l'Internationale l'id&#233;al de la fraternit&#233; universelle et de la r&#233;conciliation, n'avaient-ils pas connu chez eux des chamailleries bien pires que celles qui &#233;clat&#232;rent &#224; La Haye ! Maintenant les sectaires brouillons se mirent &#224; pr&#234;cher la r&#233;conciliation et nous d&#233;nigr&#232;rent en nous pr&#233;sentant comme des intraitables et des dictateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si nous nous &#233;tions pr&#233;sent&#233;s &#224; La Haye en conciliateurs et si nous eussions &#233;touff&#233; les vell&#233;it&#233;s de scission, quel en e&#251;t &#233;t&#233; le r&#233;sultat ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Les sectaires - notamment les bakounistes - eussent dispos&#233; d'un an de plus pour commettre, au nom de l'Internationale, des b&#234;tises et des infamies plus grandes encore ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	les ouvriers des pays les plus avanc&#233;s se fussent &#233;cart&#233;s avec d&#233;go&#251;t. La bulle n'&#233;clata pas, elle se d&#233;gonfla doucement, sous l'effet de quelques coups d'aiguille, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	et le Congr&#232;s suivant qui e&#251;t tout de m&#234;me apport&#233; la crise se f&#251;t d&#233;roul&#233; au niveau des scandales mettant en cause les individus, puisqu'on avait d&#233;j&#224; quitt&#233; le terrain des principes &#224; La Haye. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors, l'Internationale &#233;tait d&#233;j&#224; morte, et l'e&#251;t &#233;t&#233; m&#234;me si nous avions tent&#233; de faire l'union de tous. Au lieu de cela, dans l'honneur, nous sommes d&#233;barrass&#233;s des &#233;l&#233;ments pourris. Les membres de la Commune pr&#233;sents &#224; la derni&#232;re r&#233;union d&#233;cisive ont dit qu'aucune r&#233;union de la Commune ne leur avait laiss&#233; un sentiment aussi terrible que cette s&#233;ance du tribunal jugeant les tra&#238;tres &#224; l'&#233;gard du prol&#233;tariat europ&#233;en. Nous avons permis pendant dix mois qu'ils rassemblent toutes leurs forces pour mentir, calomnier et intriguer, - et o&#249; sont-ils ? Eux, les pr&#233;tendus repr&#233;sentants de la grande majorit&#233; de l'Internationale, d&#233;clarent eux-m&#234;mes &#224; pr&#233;sent qu'ils n'osent plus venir au prochain Congr&#232;s. Pour ce qui est des d&#233;tails, ci-joint un article destin&#233; au Volksstaat. Et si nous avions &#224; le refaire, nous agirions en gros de la m&#234;me fa&#231;on, &#233;tant entendu que l'on commet toujours des erreurs tactiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, je crois que les &#233;l&#233;ments sains parmi les lassalliens viendront d'eux-m&#234;mes &#224; vous au fur et &#224; mesure, et qu'il ne serait donc pas clairvoyant de cueillir les fruits avant qu'ils soient m&#251;rs, comme le voudraient les partisans de l'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, le vieil Hegel a d&#233;j&#224; dit : un parti &#233;prouve qu'il vaincra, en ce qu'il se divise et supporte une scission. Le mouvement du prol&#233;tariat passe n&#233;cessairement par divers stades de d&#233;veloppement. &#192; chaque stade, une partie des gens reste accroch&#233;e, ne r&#233;ussissant pas &#224; passer le cap. Ne serait-ce que pour cette raison, on voit que la pr&#233;tendue solidarit&#233; du prol&#233;tariat se r&#233;alise en pratique par les groupements les plus divers de parti, qui se combattent &#224; mort, comme les sectes chr&#233;tiennes dans l'Empire romain, et ce en subissant tous les pires pers&#233;cutions...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi ne devons-nous pas oublier, lorsque par exemple le Neue Social-Democrat a plus d'abonn&#233;s que le Volksstaat, que toute secte est forc&#233;ment fanatique et obtient, en raison m&#234;me de ce fanatisme des r&#233;sultats momentan&#233;s bien plus consid&#233;rables, surtout dans des r&#233;gions o&#249; le mouvement ne fait que commencer (par exemple l'Association g&#233;n&#233;rale des ouvriers allemands au Schlesvig-Holstein). Ces r&#233;sultats d&#233;passent ceux du parti, qui, sans particularit&#233;s sectaires, repr&#233;sente simplement le mouvement r&#233;el. En revanche, le fanatisme ne dure gu&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#192; la cl&#244;ture de la Conf&#233;rence de Londres de septembre 1871, Marx tint ce discours lors d'une manifestation organis&#233;e pour comm&#233;morer le septi&#232;me anniversaire de la fondation de l'A.I.T. Marx pr&#233;sidait la r&#233;union &#224; laquelle assistaient des membres du Conseil g&#233;n&#233;ral et des Communards. Ce discours a &#233;t&#233; reproduit dans ses grandes lignes par le journal new-yorkais The World.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Marx fait allusion aux Statuts de l'Internationale publi&#233;s &#224; Londres en 1867, ainsi qu'aux Statuts provisoires de 1864 qui pr&#233;c&#232;dent l'Adresse inaugurale de l'A.I.T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le texte original fut r&#233;dig&#233; par Marx en anglais. Le Congr&#232;s de Gen&#232;ve (1866) l'approuva en lui donnant quelques ajouts et l'accompagna d'un R&#232;glement. Lafargue et Marx traduisirent le tout en fran&#231;ais, mais ce texte ne fut gu&#232;re diffus&#233;. La traduction de 1866, faite par le proudhonien de droite Tolain (qui passa aux Versaillais pendant la Commune : cf. p. 127 et note n&#186; 117), tronquait l'importante r&#233;solution sur le r&#244;le de la lutte politique dans l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re. Pour remettre de l'ordre dans tout cela, la Conf&#233;rence de Londres adopta une r&#233;solution sur une &#233;dition authentique nouvelle des Statuts et des R&#232;glements, en anglais, en allemand et en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Marx fait allusion &#224; l'intrusion d'&#233;l&#233;ments douteux et de tra&#238;tres dans le Comit&#233; central de la Garde nationale parisienne, qui comprenait des blanquistes, des n&#233;o-jacobins, des proudhoniens, etc. La composition disparate de ce Conseil fut &#224; l'origine d'h&#233;sitations, de mollesse et de diverses erreurs (par exemple : ne pas attaquer Versailles, au moment o&#249; la r&#233;action ne s'y &#233;tait pas encore organis&#233;e, etc.). Marx attribue ici ces erreurs &#224; la doctrine proudhonienne de l'abstention en mati&#232;re politique : on notera que Tolain, proudhonien de droite, ne craignit pas de si&#233;ger dans l'Assembl&#233;e versaillaise. La Commune, &#233;lue le 26 mars, fut encore plus disparate, et prit encore moins d'initiatives.&lt;br class='autobr' /&gt;
* Le lendemain, Marx pr&#233;cisa encore une fois son point de vue sur l'abstention : &#171; Les gens qui propageaient dans le temps la doctrine de l'abstention &#233;taient de bonne foi, mais ceux qui reprennent le m&#234;me chemin aujourd'hui ne le sont pas. Ils rejettent la politique apr&#232;s qu'ait eu lieu une lutte violente (Commune de Paris), et poussent le peuple dans une opposition bourgeoise toute formelle, ce contre quoi nous devons lutter en m&#234;me temps que contre les gouvernements. Nous devons d&#233;masquer Gambetta, afin que le peuple ne soit pas, une fois de plus, abus&#233;. Nous devons mener une action non seulement contre les gouvernements, mais encore contre l'opposition bourgeoise qui n'est pas encore arriv&#233;e au gouvernement. Comme le propose Vaillant, il faut que nous jetions un d&#233;fi &#224; tous les gouvernements, partout, m&#234;me en Suisse,, en r&#233;ponse &#224; leurs pers&#233;cutions contre l'Internationale. La r&#233;action existe sur tout le continent ; elle est g&#233;n&#233;rale et permanente, m&#234;me aux &#201;tats-Unis et en Angleterre, sous une autre forme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous devons d&#233;clarer aux gouvernements : nous savons que vous &#234;tes la force arm&#233;e contre les prol&#233;taires. Nous agirons contre vous pacifiquement l&#224; o&#249; cela nous sera possible, et par les armes quand cela sera n&#233;cessaire. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
* D&#232;s 1852, Marx avait pr&#233;vu qu'on ne pouvait s'emparer de la machine gouvernementale toute faite, et qu'il fallait briser l'appareil politique bourgeois avant d'instaurer l'&#201;tat de la dictature du prol&#233;tariat, la Commune &#171; qui n'est plus un &#201;tat au sens propre &#187; puisqu'il est capable de se dissoudre lui-m&#234;me, alors que le v&#233;ritable &#201;tat (f&#233;odal, bourgeois) ne peut se supprimer lui-m&#234;me normal'&gt;. En effet, dans sa lettre &#224; Kugelmann, Marx &#233;crit, le 12 avril 1871 : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si tu relis le dernier chapitre de mon 18-Brumaire, tu verras que j'affirme qu'&#224; la prochaine tentative de r&#233;volution en France, il ne sera plus possible de faire passer d'une main dans l'autre la machine bureaucratico-militaire, mais qu'il faudra la briser et que c'est l&#224; la condition pr&#233;alable de toute r&#233;volution v&#233;ritablement populaire sur le continent. C'est aussi ce qu'ont tent&#233; nos h&#233;ro&#239;ques camarades de parti de Paris. &#187; Cf. L&#233;nine, l'&#201;tat et la r&#233;volution, chap. III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Il s'agit du Rapport du Comit&#233; f&#233;d&#233;ral romand de tendance bakouniste. Marx et Engels le critiqu&#232;rent dans la circulaire priv&#233;e du Conseil g&#233;n&#233;ral : cf. p. 232 sqq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'&#201;tat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels &#224; A. Bebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, 16-18 mars 1875&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Le projet de programme de Gotha] a transform&#233; le libre &#201;tat populaire en &#201;tat libre. Du point de vue grammatical, un &#201;tat libre est celui qui est libre &#224; l'&#233;gard de ses citoyens, autrement dit un &#201;tat &#224; gouvernement despotique. Il faudrait laisser tomber un tel bavardage sur l'&#201;tat, surtout apr&#232;s la Commune qui n'&#233;tait plus un &#201;tat au sens propre. L'&#201;tat populaire, les anarchistes nous l'ont assez jet&#233; &#224; la t&#234;te, bien que l'ouvrage de Marx contre Proudhon et ensuite le Manifeste disent express&#233;ment qu'avec l'instauration du r&#233;gime socialiste l'&#201;tat se dissout de lui-m&#234;me et finit par dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; &#201;tat &#187; n'&#233;tant qu'une institution transitoire, dont on se sert dans la lutte durant la r&#233;volution pour r&#233;primer de force ses adversaires, il est parfaitement absurde de parler de &#171; libre &#201;tat populaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si le prol&#233;tariat a besoin de l'&#201;tat, ce n'est point pour instaurer la libert&#233;, mais pour r&#233;primer ses adversaires, et sit&#244;t qu'il pourra &#234;tre question de libert&#233;, l'&#201;tat aura cess&#233; d'exister en tant que tel. En cons&#233;quence, nous proposerions de mettre partout &#224; la place du mot &#171; &#201;tat &#187; le mot &#171; communaut&#233; &#187;, (Gemeinwesen), excellent vieux mot allemand r&#233;pondant fort bien au mot fran&#231;ais &#171; Commune &#187;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ph. Van Patten&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 18 avril 1883&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; votre lettre du 2 avril sur la position de Karl Marx vis-&#224;-vis des anarchistes en g&#233;n&#233;ral et de Johann Most en particulier, je serai concis et clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1845, Marx et moi, nous avons pens&#233; que l'une des cons&#233;quences finales de la future r&#233;volution prol&#233;tarienne sera l'extinction progressive des organisations politiques appel&#233;es du nom d'&#201;tat. De tout temps, le but essentiel de cet organisme a &#233;t&#233; de maintenir et de garantir, par la violence arm&#233;e, l'assujettissement &#233;conomique de la majorit&#233; travailleuse par la stricte minorit&#233; fortun&#233;e. Avec la disparition de cette stricte minorit&#233; fortun&#233;e dispara&#238;t aussi la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir arm&#233; d'oppression, ou &#201;tat. Mais, en m&#234;me temps, nous avons toujours pens&#233; que, pour parvenir &#224; ce r&#233;sultat et &#224; d'autres, bien plus importants encore de la future r&#233;volution sociale, la classe ouvri&#232;re devait d'abord s'emparer du pouvoir politique de l'&#201;tat, afin d'&#233;craser gr&#226;ce &#224; lui la r&#233;sistance de la classe capitaliste et de r&#233;organiser les structures sociales. C'est ce que l'on peut lire d&#233;j&#224; dans le Manifeste communiste de 1847, chapitre II, fin. [1] (104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes mettent les choses sens dessus dessous. Ils d&#233;clarent que la r&#233;volution prol&#233;tarienne doit commencer en abolissant l'organisation politique de l'&#201;tat. Or, la seule organisation dont le prol&#233;tariat dispose apr&#232;s sa victoire, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'&#201;tat. Certes, cet &#201;tat doit subir des changements tr&#232;s consid&#233;rables avant de pouvoir remplir ses nouvelles fonctions. Mais, le d&#233;truire &#224; ce moment, ce serait d&#233;truire le seul organisme gr&#226;ce auquel le prol&#233;tariat victorieux puisse pr&#233;cis&#233;ment faire valoir la domination qu'il vient de conqu&#233;rir, &#233;craser ses adversaires capitalistes et entreprendre la r&#233;volution &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, faute de quoi toute victoire devra s'achever par une nouvelle d&#233;faite et par un massacre g&#233;n&#233;ral des ouvriers, comme ce fut le cas de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il que je vous donne express&#233;ment l'assurance que Marx s'est oppos&#233; &#224; cette stupidit&#233; anarchiste d&#232;s l'instant o&#249; elle lui apparut sous la forme que lui donne actuellement Bakounine ? Toute l'histoire interne de l'Association internationale des travailleurs en t&#233;moigne. Les anarchistes tentent depuis 1867 avec les proc&#233;d&#233;s les plus inf&#226;mes de s'emparer de la direction de l'Internationale, et Marx fut l'obstacle principal &#224; leur projet. Le r&#233;sultat d'une lutte de cinq ans, ce fut, au Congr&#232;s de La Haye en septembre 1872, l'exclusion des anarchistes de l'Internationale, et l'homme qui fit le plus pour obtenir cette exclusion, ce fut Marx. &#192; ce propos, notre vieil ami, F.A. Sorge de Hoboken, qui y assista en tant que d&#233;l&#233;gu&#233;, peut vous fournir des d&#233;tails, si vous le souhaitez...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eastbourne, 17 ao&#251;t 1883&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Dans la lutte de classe entre prol&#233;tariat et bourgeoisie, la monarchie bonapartiste (dont Marx a d&#233;fini les caract&#233;ristiques dans le 18-Brumaire, et moi-m&#234;me dans la Question du logement II, etc) joue un r&#244;le semblable &#224; celui de la monarchie absolue dans la lutte entre forces f&#233;odales et bourgeoisie. Or, ce combat ne peut &#234;tre livr&#233; jusqu'au bout sous l'ancienne monarchie absolue, mais seulement sous la monarchie constitutionnelle (Angleterre, France de 1789-1792 et 1815-1830). De m&#234;me, en ce qui concerne le combat entre bourgeoisie et prol&#233;tariat, c'est sous la R&#233;publique qu'il est men&#233; &#224; son terme. Comme des conditions favorables et les traditions r&#233;volutionnaires ont contribu&#233; &#224; ce que les Fran&#231;ais renversent le bonapartisme et instaurent la r&#233;publique bourgeoise, ils poss&#232;dent d&#233;j&#224; la forme o&#249; le combat doit &#234;tre men&#233; jusqu'&#224; son terme. Ils ont donc un avantage sur nous qui sommes embourb&#233;s dans un m&#233;lange de semi-f&#233;odalisme et de bonapartisme, puisque nous avons &#224; conqu&#233;rir la forme o&#249; se d&#233;roulera la lutte finale. Bref, du point de vue politique, ils nous devancent de toute une &#233;tape. Une restauration monarchiste aurait pour cons&#233;quence de remettre &#224; l'ordre du jour la lutte pour la restauration de la r&#233;publique bourgeoise, tandis que la poursuite de la r&#233;publique signifie une exacerbation croissante de la lutte de classe directe et non dissimul&#233;e. En cons&#233;quence, le premier r&#233;sultat imm&#233;diat de la r&#233;volution, pour ce qui est de la forme, peut et doit &#234;tre chez nous, la r&#233;publique bourgeoise [2]. Mais, ce ne peut &#234;tre alors qu'un bref point de passage, &#233;tant donn&#233; que nous avons la chance de ne pas avoir un parti bourgeois purement r&#233;publicain. La r&#233;publique bourgeoise, ayant &#224; sa t&#234;te le parti du progr&#232;s peut-&#234;tre, nous servira d'abord &#224; conqu&#233;rir la grande masse des ouvriers pour le socialisme r&#233;volutionnaire. C'est ce qui se r&#232;gle en un an ou deux, tous les partis de milieu encore possibles sans nous s'usant et se ruinant eux-m&#234;mes pendant ce laps de temps. C'est alors seulement que ce sera notre tour, et avec succ&#232;s. La grande erreur des Allemands, c'est de se repr&#233;senter la r&#233;volution comme quelque chose qui se r&#232;gle en une nuit [3]. En fait, c'est un processus de d&#233;veloppement des masses dans des conditions acc&#233;l&#233;r&#233;es, processus s'&#233;tendant sur des ann&#233;es. Chacune des r&#233;volutions qui s'est faite en une nuit (1830) s'est born&#233;e &#224; &#233;liminer une r&#233;action d'embl&#233;e sans espoir ou a conduit directement au contraire de ce qu'elle s'effor&#231;ait de r&#233;aliser (cf, 1848, France).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre F.E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 1er janvier 1894&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... En ce qui concerne votre question sur le passage de la Pr&#233;face du Manifeste se r&#233;f&#233;rant &#224; la Guerre civile en France *, vous serez sans doute d'accord avec la r&#233;ponse que j'en donne dans ma pr&#233;face de Mars 1891. [4] (165) Je vous en envoie un exemplaire pour le cas o&#249; vous n'en auriez pas. Il s'agit tout simplement de prouver que le prol&#233;tariat victorieux doit commencer par donner une forme nouvelle &#224; l'ancien &#201;tat et administration bureaucratiques et centralis&#233;s, avant de pouvoir utiliser l'&#201;tat &#224; ses fins. &#192; l'inverse, depuis 1848 tous les bourgeois r&#233;publicains, si violemment aient-ils attaqu&#233;s cette machine, tant qu'ils &#233;taient dans l'opposition - ont, sit&#244;t qu'ils sont parvenus au gouvernement, repris sans aucun changement cette machine pour l'utiliser, soit contre la r&#233;action, soit le plus souvent contre le prol&#233;tariat. Si, dans la Guerre civile en France 1871 nous avons port&#233; au compte de la Commune des plans plus ou moins conscients, alors que ses tendances lui &#233;taient plus ou moins inconscientes, ce n'est pas seulement parce que les circonstances le justifiaient, mais encore parce que c'est ainsi qu'il faut proc&#233;der. Les Russes ont fait preuve d'un grand bon sens, en mettant ce passage de la Guerre civile en annexe &#224; leur traduction du Manifeste. Si le cours des choses n'avait pas &#233;t&#233; aussi rapide, on aurait pu faire davantage encore &#224; l'&#233;poque...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 14 mars 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion de d&#233;mocratie change avec chaque demos (peuple) donn&#233; &#224; chaque fois, et ne nous fait donc pas avancer d'un pas. Ce qu'il y avait &#224; dire, &#224; mon avis, c'est que le prol&#233;tariat a besoin de formes d&#233;mocratiques pour s'emparer du pouvoir politique, mais comme toutes les formes politiques, elles ne sont que des moyens. Cependant, si l'on veut aujourd'hui, en Allemagne, la d&#233;mocratie comme butil faut s'appuyer sur les paysans et les petits bourgeois, autrement dit des classes en voie de disparition, c'est-&#224;-dire r&#233;actionnaires, par rapport au prol&#233;tariat, si l'on veut les maintenir artificiellement. En outre, il ne faut pas oublier que la forme cons&#233;quente de la domination bourgeoise est pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;publique d&#233;mocratique, devenue trop risqu&#233;e &#224; la suite du d&#233;veloppement d&#233;j&#224; atteint par le prol&#233;tariat, mais qui reste une forme encore possible de la domination bourgeoise pure, comme le montrent la France et les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe du lib&#233;ralisme comme &#171; un &#233;tat de choses d&#233;j&#224; atteint historiquement &#187; n'est en fait qu'une incons&#233;quence. La monarchie constitutionnelle lib&#233;rale est une forme ad&#233;quate de la domination bourgeoise : 1&#186; au d&#233;but, lorsque la bourgeoisie n'a pas encore r&#233;gl&#233; compl&#232;tement ses comptes avec la monarchie absolue ; 2&#186; &#224; la fin, lorsque le prol&#233;tariat rend d&#233;j&#224; trop risqu&#233;e la r&#233;publique d&#233;mocratique. Quoi qu'il en soit, la r&#233;publique d&#233;mocratique restera toujours la forme ultime de la domination bourgeoise, forme dans laquelle elle cr&#232;vera. Mais, il suffit sur cette salade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nim me prie de te saluer. Je n'ai pas vu Tussy hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton F.E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; A. Bebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 6 juin 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons d&#233;tourner les masses des partis lib&#233;raux, tant que ceux-ci n'ont pas eu l'occasion de se ridiculiser dans la pratique, en arrivant au pouvoir et en d&#233;montrant qu'ils sont des incapables. Nous sommes toujours, comme en 1848, l'opposition de l'avenir et nous devons donc avoir au gouvernement le plus extr&#234;me des partis actuels avant que nous puissions devenir vis-&#224;-vis de lui l'opposition actuelle. La stagnation politique c'est-&#224;-dire la lutte sans effet ni but des partis officiels telle qu'elle se pratique &#224; l'heure actuelle - ne peut pas nous servir &#224; la longue, comme le ferait un combat progressif de ces partis tendant au fur et &#224; mesure &#224; un glissement vers la gauche. C'est ce qui se produit en France, o&#249; la lutte politique se d&#233;roule comme toujours sous forme classique. Les gouvernements qui se succ&#232;dent sont de plus en plus orient&#233;s &#224; gauche ; le minist&#232;re Clemenceau est d&#233;j&#224; en vue, et ce ne sera pas le minist&#232;re de la bourgeoisie extr&#234;me. &#192; chaque glissement &#224; gauche, des concessions tombent en partage aux ouvriers (voir la derni&#232;re gr&#232;ve de Decazeville o&#249;, pour la premi&#232;re fois, la soldatesque n'est pas intervenue). Ce qui importe avant tout, c'est que le champ soit de plus en plus net pour la bataille d&#233;cisive et la position des partis claire et pure. Dans cette &#233;volution lente, mais irr&#233;sistible de la r&#233;publique fran&#231;aise, je tiens pour in&#233;vitable ce r&#233;sultat final : opposition entre les bourgeois radicaux jouant aux socialistes et les ouvriers vraiment r&#233;volutionnaires. Ce sera l'un des &#233;v&#233;nements les plus importants, et j'esp&#232;re qu'il ne sera pas interrompu. Je me r&#233;jouis de ce que nos gens ne soient pas encore assez forts &#224; Paris (et ils le sont d'autant plus en province) pour se laisser aller &#224; des putschs, par la force du verbe r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, dans la confuse Allemagne, l'&#233;volution ne se poursuit pas d'une mani&#232;re aussi classiquement pure qu'en France. Elle a trop de retard pour cela, nous n'arrivons &#224; ce stade que quand les autres l'ont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;. Mais, en d&#233;pit de la mesquinerie de nos partis officiels, la vie politique, quelle qu'elle soit, nous est bien plus favorable que l'actuel d&#233;sert politique o&#249; ne joue que le faisceau des intrigues de politique ext&#233;rieure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 11 d&#233;cembre 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Pour ce qui est de la d&#233;mocratie pure et de son r&#244;le &#224; l'avenir, je ne partage pas ton opinion. Il est &#233;vident qu'en Allemagne, elle jouera un r&#244;le bien plus insignifiant que dans les pays de d&#233;veloppement industriel plus ancien. Mais, cela n'emp&#234;che pas qu'elle acquerra, au moment de la r&#233;volution, une importance momentan&#233;e en tant que parti bourgeois extr&#234;me : c'est ce qui s'est d&#233;j&#224; pass&#233; en 1849 &#224; Francfort, du fait qu'elle repr&#233;sentait la derni&#232;re bou&#233;e de sauvetage de toute l'&#233;conomie bourgeoise et m&#234;me f&#233;odale. &#192; ce moment, toute la masse des r&#233;actionnaires se range derri&#232;re lui et le renforce : tout ce qui est r&#233;actionnaire se donne alors des allures d&#233;mocratiques. De mars &#224; septembre 1848, toute la masse f&#233;odale et bureaucratique renfor&#231;a ainsi les lib&#233;raux, afin de mater les masses r&#233;volutionnaires et, le coup r&#233;ussi, les lib&#233;raux furent &#233;conduits &#224; coups de pied, comme il fallait s'y attendre. C'est ainsi qu'en France, de mai 1848 aux &#233;lections de Bonaparte en d&#233;cembre, ce fut le parti r&#233;publicain pur du National, le parti le plus faible de tous, qui r&#233;gna du simple fait qu'il avait derri&#232;re lui toute la masse organis&#233;e de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui s'est pass&#233; &#224; chaque r&#233;volution : le parti le plus b&#233;nin qui puisse encore r&#233;gner, arrive au pouvoir, simplement parce que le vaincu voit en lui la derni&#232;re chance de salut. Or, on ne peut pas s'attendre &#224; ce qu'au moment de la crise, nous ayions derri&#232;re nous la majorit&#233; des &#233;lecteurs, c'est-&#224;-dire de la nation. Toute la classe bourgeoise et les vestiges des classes f&#233;odales poss&#233;dantes, une grande partie de la petite-bourgeoisie et de la population des campagnes se rangeront alors derri&#232;re le parti bourgeois extr&#234;me qui se donnera des allures r&#233;volutionnaires extr&#233;mistes, et je tiens pour tr&#232;s possible qu'il soit repr&#233;sent&#233; dans le gouvernement provisoire, voire qu'il en forme un moment la majorit&#233;. La minorit&#233; social-d&#233;mocrate du gouvernement parisien de F&#233;vrier a montr&#233; comment il ne fallait pas agir lorsqu'on est en majorit&#233;. Cependant, pour l'heure, c'est une question encore acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, les &#233;v&#233;nements peuvent se d&#233;rouler tout autrement en Allemagne, et ce sont pour des raisons militaires. Dans l'&#233;tat actuel des choses, l'impulsion, si elle vient de l'ext&#233;rieur, ne peut venir que de Russie ; mais si elle vient de l'Allemagne elle-m&#234;me, la r&#233;volution ne peut alors partir que de l'arm&#233;e. Un peuple sans armes contre une arm&#233;e moderne est, du point de vue militaire, une grandeur purement &#233;vanescente. Dans ce cas, nos r&#233;servistes de 20 &#224; 25 ans, qui ne votent pas mais qui sont exerc&#233;s dans le maniement des armes, entreraient en action, et la d&#233;mocratie pure pourrait &#234;tre sauv&#233;e. Mais, pr&#233;sentement, cette question est &#233;galement acad&#233;mique, bien que je sois oblig&#233; de l'envisager, &#233;tant pour ainsi dire le repr&#233;sentant du Grand Quartier g&#233;n&#233;ral du Parti. En tout cas, notre seul ennemi, le jour de la crise et le lendemain, ce sera l'ensemble de la r&#233;action group&#233;e autour de la d&#233;mocratie pure, et cela, me semble-t-il, ne doit pas &#234;tre perdu de vue...&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#224; F. Domela Nieuwenhuis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 22 f&#233;vrier 1881&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos du prochain Congr&#232;s de Zurich, la question que vous me posez [sur les mesures l&#233;gislatives &#224; prendre en vue d'assurer la victoire du socialisme en cas d'arriv&#233;e au pouvoir des socialistes] me semble des plus maladroites. Ce qu'il faut faire imm&#233;diatement &#224; un moment bien d&#233;termin&#233; de l'avenir d&#233;pend naturellement tout &#224; fait des circonstances historiques dans lesquelles il faut agir. Votre question se pose au pays des nuages et repr&#233;sente donc pratiquement un probl&#232;me fantasmagorique, auquel on ne peut r&#233;pondre qu'en faisant la critique de la question elle-m&#234;me. Nous ne pouvons r&#233;soudre une &#233;quation que si elle inclut d&#233;j&#224; dans ses donn&#233;es les &#233;l&#233;ments de sa solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, l'embarras dans lequel se trouve un gouvernement subitement form&#233; &#224; la suite d'une victoire populaire n'a rien de sp&#233;cifiquement &#171; socialiste &#187;. Au contraire. Les politiciens bourgeois victorieux se sentent aussit&#244;t g&#234;n&#233;s par leur &#171; victoire &#187;, quant aux socialistes, ils peuvent au moins intervenir sans se g&#234;ner et, vous pouvez &#234;tre s&#251;r d'une chose : un gouvernement socialiste n'arriverait jamais au pouvoir si les conditions n'&#233;taient pas d&#233;velopp&#233;es au point qu'il puisse avant toute chose prendre les mesures n&#233;cessaires &#224; intimider la masse des bourgeois de sorte qu'il conquiert ce dont il a le plus besoin : du temps pour une action durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me renverrez peut-&#234;tre &#224; la Commune de Paris. Mais, abstraction faite de ce qu'il s'agissait d'un simple soul&#232;vement d'une ville dans des conditions exceptionnelles, la majorit&#233; de la Commune n'&#233;tait pas socialiste, et ne pouvait pas l'&#234;tre. [5] Avec une faible dose de bon sens, elle aurait pu n&#233;anmoins obtenir avec Versailles un compromis utile &#224; toute la masse du peuple, seule chose qu'il &#233;tait possible d'atteindre &#224; ce moment-l&#224;. En mettant simplement la main sur la Banque de France, elle aurait pu effrayer les Versaillais et mettre fin &#224; leurs fanfaronnades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications g&#233;n&#233;rales de la bourgeoisie fran&#231;aise avant 1789 &#233;taient &#224; peu pr&#232;s &#233;tablies - mutatis mutandis - comme le sont de nos jours toutes les mesures &#224; prendre uniform&#233;ment par le prol&#233;tariat dans tous les pays &#224; production capitaliste, Mais, la fa&#231;on dont les revendications de la bourgeoisie fran&#231;aise ont &#233;t&#233; appliqu&#233;es, un quelconque Fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle en avait-il la moindre id&#233;e a priori ? L'anticipation doctrinaire et n&#233;cessairement fantasmagorique du programme d'action d'une r&#233;volution future ne ferait que d&#233;voyer la lutte pr&#233;sente. Le r&#234;ve de la ruine tout &#224; fait imminente du r&#233;gime enflammait les Chr&#233;tiens primitifs dans leur lutte contre l'Empire romain et leur donnait la certitude de vaincre. La compr&#233;hension scientifique de la dissolution in&#233;luctable et toujours plus grave sous nos yeux de l'ordre social dominant et les masses pouss&#233;es &#224; coups de fouet &#224; la passion r&#233;volutionnaire par les vieux simulacres de gouvernements, en m&#234;me temps que par le prodigieux d&#233;veloppement positif de moyens de production, tout cela suffit &#224; garantir qu'au moment o&#249; &#233;clatera une v&#233;ritable r&#233;volution prol&#233;tarienne, nous aurons &#233;galement les conditions de leur modus operandi imm&#233;diat, qui ne s'av&#233;rera certainement pas idyllique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis convaincu que la conjoncture de crise n'existe pas encore pour une nouvelle Association internationale des travailleurs. En cons&#233;quence, je consid&#232;re que tous les congr&#232;s ouvriers ou socialistes - pour autant qu'ils ne se pr&#233;occupent pas des conditions donn&#233;es imm&#233;diates de telle ou telle nation - ne sont pas seulement inutiles, mais encore nuisibles. Ils se perdront toujours en fum&#233;e, en rab&#226;chant mille fois des g&#233;n&#233;ralit&#233;s banales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amicalement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;votre d&#233;vou&#233; Karl Marx&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; J. Mesa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 24 mars 1891&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon cher Mesa,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; tr&#232;s heureux d'apprendre, par votre lettre du 2 courant, la publication imminente de votre traduction espagnole de la Mis&#232;re de la Philosophie de Marx. Il va sans dire que nous nous associons avec empressement &#224; cette oeuvre qui ne manquera pas de produire un effet des plus favorables sur le d&#233;veloppement du socialisme en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie proudhonienne, d&#233;molie dans ses bases par le livre de Marx, a certainement &#233;t&#233; balay&#233;e de la surface depuis la chute de la Commune de Paris. Mais, elle forme toujours le grand arsenal dans lequel les bourgeois radicaux pseudo-socialistes d'Europe occidentale puisent les formules propres &#224; endormir les ouvriers. Or, comme les ouvriers de ces m&#234;mes pays ont h&#233;rit&#233;, de leurs devanciers, de semblables phrases proudhoniennes, il arrive que, chez beaucoup d'entre eux, la phras&#233;ologie des radicaux trouve encore un &#233;cho. C'est le cas en France, o&#249; les seuls proudhoniens qu'il y ait encore, sont les bourgeois radicaux soi-disant socialistes. Et si je ne m'abuse, vous en avez aussi, dans vos Cort&#232;s et dans votre presse, de ces r&#233;publicains qui se pr&#233;tendent socialistes, parce qu'ils voient dans les id&#233;es proudhoniennes un moyen plausible tout trouv&#233; d'opposer au vrai socialisme, expression rationnelle et concise des aspirations du prol&#233;tariat, un socialisme bourgeois et de faux aloi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut fraternel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr. Engels&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; N.F. Danielson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 17 octobre 1893&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Si l'Europe occidentale avait &#233;t&#233; pour une telle r&#233;volution (socialiste) entre 1860-1870, si un tel bouleversement social avait &#233;t&#233; entrepris &#224; ce moment en Angleterre, France, etc., alors c'e&#251;t &#233;t&#233; aux Russes de montrer ce qu'ils auraient pu faire de leurs communaut&#233;s (agraires), [6] qui &#233;taient encore plus ou moins intactes. Or, l'Occident resta immobile. Aucune r&#233;volution de ce genre n'ayant &#233;t&#233; entreprise, le capitalisme s'y d&#233;veloppa au contraire &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;. Ainsi donc, comme il &#233;tait manifestement impossible de hausser les communaut&#233;s &#224; une forme de production dont elles &#233;taient s&#233;par&#233;es par une s&#233;rie de stades historiques, il ne leur reste plus qu'&#224; se d&#233;velopper de mani&#232;re capitaliste, ce qui me semble-t-il, est leur seule &#233;volution possible...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Lafargue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Reproduite dans le Socialiste, le 24 novembre 1900]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ah, mais nous avons la r&#233;publique en France &#187;, nous diront les ex-radicaux, &#171; chez nous, c'est autre chose. Nous pouvons utiliser le gouvernement pour des mesures socialistes ! &#187; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;publique, vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat, ne diff&#232;re de la monarchie qu'en ceci qu'elle est la forme politique toute faite pour la domination future du prol&#233;tariat. Vous avez sur nous l'avantage de l'avoir l&#224; ; nous autres, nous devrons perdre vingt-quatre heures pour la faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;publique, comme toute autre forme de gouvernement, est d&#233;termin&#233;e par ce qu'elle contient ; tant qu'elle est la forme de la d&#233;mocratie bourgeoise, elle nous est tout aussi hostile que n'importe quelle monarchie (sauf les formes de cette hostilit&#233;). C'est donc une illusion toute gratuite que de la prendre pour une forme socialiste par son essence ; que de lui confier, tant qu'elle est domin&#233;e par la bourgeoisie, des missions socialistes. Nous pourrons lui arracher des concessions, mais jamais la charger de l'ex&#233;cution de notre besogne &#224; nous. Encore si nous pouvions la contr&#244;ler par une minorit&#233; assez forte pour qu'elle p&#251;t se changer en majorit&#233; d'un jour &#224; l'autre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 3 avril 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liebknecht vient de me jouer un vilain tour. * Il a pris de mon introduction aux articles de Marx sur la France de 1848-1850 tout ce qui a pu lui servir pour soutenir la tactique, &#224; tout prix paisible et anti-violente, qu'il lui pla&#238;t de pr&#234;cher depuis quelque temps, surtout en ce moment o&#249; on pr&#233;pare des lois coercitives &#224; Berlin. Mais cette tactique, je ne la pr&#234;che que pour l'Allemagne d'aujourd'hui et encore sous bonne r&#233;serve. Pour la France, la Belgique, l'Italie, l'Autriche, cette tactique ne saurait &#234;tre suivie dans son ensemble, et pour l'Allemagne elle pourra devenir inapplicable demain...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Richard Fischer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 8 mars 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Fischer,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tenu compte autant qu'il &#233;tait possible de vos pr&#233;occupations, bien que, avec la meilleure volont&#233;, je ne comprenne pas pourquoi vos r&#233;ticences commencent &#224; la moiti&#233;. * Je ne peux tout de m&#234;me pas admettre que vous ayiez l'intention de prescrire, de tout votre corps et de toute votre &#226;me, la l&#233;galit&#233; absolue, la l&#233;galit&#233; en toutes circonstances, la l&#233;galit&#233; m&#234;me vis-&#224;-vis de ceux qui frisent la l&#233;galit&#233;, bref la politique qui consiste &#224; tendre la joue gauche &#224; celui qui vous a frapp&#233; la joue droite. Dans le Vorw&#228;rts, toutefois, certains pr&#234;chent parfois la r&#233;volution, avec la m&#234;me &#233;nergie que d'autres la repoussent, comme cela se faisait autrefois et se fera peut-&#234;tre encore &#224; l'avenir. Mais, je ne peux consid&#233;rer cela comme une position comp&#233;tente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'estime que vous n'avez rien &#224; gagner si vous pr&#234;chez le renoncement absolu &#224; l'intervention violente. Personne ne vous croira, et aucun parti d'aucun pays ne va aussi loin dans le renoncement au droit de recourir &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e, &#224; l'ill&#233;galit&#233;. [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, je dois tenir compte des &#233;trangers - Fran&#231;ais, Anglais, Suisses, Autrichiens, Italiens, etc. - qui lisent ce que j'&#233;cris : je ne peux me compromettre aussi compl&#232;tement &#224; leurs yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc accept&#233; vos modifications avec les exceptions suivantes- 1&#186; &#201;preuves, chez les masses, il est dit : &#171; elles doivent avoir compris pourquoi elles interviennent &#187; ; 2&#186; Le passage suivant : &#171; barrer toute la phrase de : &#171; le d&#233;clenchement sans pr&#233;paration de l'attaque &#187;, votre proposition contenant une inexactitude flagrante : le mot d'ordre &#171; d&#233;clenchement de l'attaque &#187; est utilis&#233; par les Fran&#231;ais, Italiens, etc. &#224; tout propos, mais ce n'est pas tellement s&#233;rieux ; 3&#186; &#201;preuve : &#171; Sur la r&#233;volution (Umsturz) sociale-d&#233;mocrate qui vit actuellement en s'en tenant &#224; la loi &#187;, vous voulez enlever &#171; actuellement &#187;, autrement dit transformer une tactique valable momentan&#233;ment et toute relative, en une tactique permanente et absolue. (168) Cela je ne peux pas le faire, sans me discr&#233;diter &#224; tout jamais. J'&#233;vite donc la formule de l'opposition, et je dis : &#171; Sur la r&#233;volution sociale-d&#233;mocrate, &#224; qui il convient si bien en ce moment pr&#233;cis&#233;ment de s'en tenir &#224; la loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne comprends absolument pas pourquoi vous trouvez dangereuse ma remarque sur l'attitude de Bismarck en 1866, lorsqu'il viola la Constitution. Il s'agit d'un argument lumineux, comme aucun autre ne le serait. Mais, je veux cependant vous faire ce plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, je ne peux absolument pas continuer de la sorte. J'ai fait mon possible pour vous &#233;pargner des d&#233;sagr&#233;ments dans le d&#233;bat. Mais vous feriez mieux de pr&#233;server le point de vue selon lequel l'obligation de respecter la l&#233;galit&#233; est de caract&#232;re juridique, et non moral, comme Bogoulavski vous l'a si bien montr&#233; dans le temps, et qu'elle cesse compl&#232;tement lorsque les d&#233;tenteurs du pouvoir violent la l&#233;gislation. Mais vous avez eu la faiblesse - ou du moins certains d'entre vous -de ne pas contrer comme il fallait les pr&#233;tentions de l'adversaire : reconna&#238;tre l'obligation l&#233;gale du point de vue moral, c'est-&#224;-dire obligatoire dans toutes les circonstances, au lieu de dire : vous avez le pouvoir et vous faites les lois, si nous les violons, vous pouvez nous traiter selon ces lois, cela nous devons le supporter, et c'est tout ; nous n'avons pas d'autre devoir, vous n'avez pas d'autre droit, C'est ce qu'ont fait les catholiques sous les lois de Mai, les vieux luth&#233;riens &#224; Meissen, le soldat mennonite qui figure dans tous les journaux, et vous ne devez pas d&#233;savouer cette position. Les projets anti-s&#233;ditieux sont de toute fa&#231;on vou&#233;s &#224; la ruine : ce genre de choses ne peut m&#234;me pas se formuler et, moins encore, se r&#233;aliser, lorsque ces gens sont au pouvoir, ils r&#233;priment et s&#233;vissent de toute fa&#231;on contre vous d'une mani&#232;re ou d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si vous voulez expliquer aux gens du gouvernement que vous n'attendez que parce que vous n'&#234;tes pas encore assez forts pour vous d&#233;brouiller tout seuls et parce que l'arm&#233;e n'est pas encore compl&#232;tement sap&#233;e, mais alors, mes braves, pourquoi ces vantardises quotidiennes dans la presse sur les progr&#232;s et succ&#232;s gigantesques du Parti ? Tout aussi bien que nous ces gens savent que nous avan&#231;ons puissamment vers la victoire, que nous serons irr&#233;sistibles dans quelques ann&#233;es, et c'est pour cela qu'ils veulent passer &#224; l'attaque maintenant, mais h&#233;las pour eux, ils ne savent pas comment s'y prendre. Nos discours ne peuvent rien changer &#224; cela : ils le savent aussi bien que nous et ils savent tout autant que, si nous avons le pouvoir, nous l'utiliserons comme cela nous servira &#224; nous, et non &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, si la question est d&#233;battue au Comit&#233; central, pensez un peu &#224; ceci : pr&#233;servez le droit de r&#233;sistance aussi bien que Bogouslavski nous l'a pr&#233;serv&#233; ; de vieux r&#233;volutionnaires -fran&#231;ais, italiens, espagnols, hongrois, anglais - figurent parmi ceux qui vous entendent, et que -sait-on jamais combien rapidement - le temps peut revenir o&#249; les choses deviennent s&#233;rieuses avec l'&#233;limination de la l&#233;galit&#233;, qui fut r&#233;alis&#233;e autrefois &#224; Wyden. Regardez donc les Autrichiens qui aussi ouvertement que possible menacent de la violence, si le suffrage universel n'est pas bient&#244;t instaur&#233;. Pensez &#224; vos propres ill&#233;galit&#233;s sous le r&#233;gime des lois anti-socialistes auquel on voudrait vous soumettre de nouveau. L&#233;galit&#233; aussi longtemps que cela nous arrange, mais pas de l&#233;galit&#233; &#224; tout prix, m&#234;me en paroles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton F. E.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Dans sa premi&#232;re &#233;bauche de l'Adresse sur la guerre civile, Marx &#233;crit &#224; ce propos : &#171; Sur la base existante de son organisation militaire, Paris &#233;difia une f&#233;d&#233;ration politique, selon un plan tr&#232;s simple. Elle consistait en une association de toute la Garde nationale, unie en toutes ses parties par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque compagnie, d&#233;signant &#224; leur tour les d&#233;l&#233;gu&#233;s de bataillons, qui, &#224; leur tour, d&#233;signaient des d&#233;l&#233;gu&#233;s g&#233;n&#233;raux, les g&#233;n&#233;raux de l&#233;gion - chacun d'eux devant repr&#233;senter un arrondissement et coop&#233;rer avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s des 19 autres arrondissements. Ces 20 d&#233;l&#233;gu&#233;s, &#233;lus &#224; la majorit&#233; par les bataillons de la Garde nationale, composaient le Comit&#233; central, qui, le 18 mars, prit l'initiative de la plus grande r&#233;volution de notre si&#232;cle... &#187; (cf. &#201;d. Soc., p. 209).&lt;br class='autobr' /&gt;
La forme prise d&#232;s le d&#233;but par la Commune confirme ainsi les id&#233;es de Marx et d'Engels sur la dictature du prol&#233;tariat, dont l'&#201;tat est une superstructure de force, violence concentr&#233;e de la classe au pouvoir : &#171; La r&#233;volution tout court - c'est-&#224;-dire le renversement du pouvoir existant et la d&#233;sagr&#233;gation des anciens rapports sociaux - est un acte politique. Le socialisme ne peut se r&#233;aliser sans cette r&#233;volution. Il lui faut cet acte politique dans la mesure o&#249; il a besoin de d&#233;truire et de dissoudre. Mais le socialisme repousse l'enveloppe politique l&#224; o&#249; commence son activit&#233; organisatrice, l&#224; o&#249; il poursuit son but &#224; lui, l&#224; o&#249; il est lui-m&#234;me. &#187; (Marx, le 10 ao&#251;t 1844, in &#201;crits militaires, p. 175-176). La Commune repr&#233;sentant tout cela, n'est donc plus un &#201;tat au sens propre, cf. Engels &#224; Bebel, 16-18 mars 1875.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La domination &#233;conomique de la bourgeoisie se compl&#232;te par une domination politique, qui &#233;tend le r&#232;gne de la bourgeoisie &#224; toute la nation et &#224; toutes les activit&#233;s. Les superstructures de l'&#201;tat bourgeois ont un caract&#232;re &#224; la fois historique et &#233;conomique : &#171; La violence (c'est-&#224;-dire le pouvoir &#233;tatique) est elle aussi une puissance &#233;conomique &#187;, &#233;crit Engels &#224; Schmidt, le 27 octobre 1890.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie n'est pleinement d&#233;velopp&#233;e qu'&#224; partir du moment o&#249; elle ne domine pas seulement la production sociale, mais a &#233;cart&#233; du pouvoir les classes f&#233;odales ou a cess&#233; de partager le pouvoir avec elles, autrement dit lorsqu'elle a instaur&#233; la R&#233;publique. Mais le mot de R&#233;publique pr&#234;te &#224; confusion. De nos jours, la bourgeoisie anglaise domine parfaitement avec la monarchie constitutionnelle et gouverne sans partage. Mais tant que l'&#201;tat bourgeois n'a pas atteint son plein &#233;panouissement, Marx et Engels admettaient que le prol&#233;tariat puisse utiliser l'&#201;tat faiblement d&#233;velopp&#233; de la bourgeoisie, &#171; le mouvement r&#233;publicain ne peut se d&#233;velopper sans transcro&#238;tre en mouvement de la classe ouvri&#232;re &#187; (cf. supra, p. 104). Autrement dit, il &#233;tait possible d'am&#233;nager l'&#201;tat bourgeois peu d&#233;velopp&#233;, en le modifiant dans le sens des int&#233;r&#234;ts ouvriers, en dictature du prol&#233;tariat. C'est dire qu'il &#233;tait possible de prendre pacifiquement le pouvoir. Cette hypoth&#232;se historique ne s'est pas v&#233;rifi&#233;e, et partout, il faut maintenant commencer &#224; briser par la violence l'appareil d'&#201;tat bourgeois, comme l'a enseign&#233; la Commune. L&#233;nine en explique les raisons : &#171; la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, c'est la violence exerc&#233;e contre la bourgeoisie ; et cette violence est n&#233;cessit&#233;e surtout, comme Marx et Engels l'ont expliqu&#233; maintes fois et de la fa&#231;on la plus explicite (notamment dans la Guerre civile en France et dans la pr&#233;face de cet ouvrage), par l'existence du militarisme et de la bureaucratie. Or, ce sont justement ces institutions, justement en Angleterre et en Am&#233;rique, qui, justement dans les ann&#233;es 70, &#233;poque &#224; laquelle Marx fit sa remarque, n'existaient pas. Maintenant, elles existent et en Angleterre et en Am&#233;rique. Cf. la R&#233;volution prol&#233;tarienne et le ren&#233;gat Kautsky, in V. L&#233;nine, la Commune de Paris, p. 100. En effet, dans un discours tenu apr&#232;s le Congr&#232;s de La Haye en Septembre 1872, Marx avait fait la remarque qu'il &#233;tait possible de prendre le pouvoir pacifiquement en Hollande, Angleterre, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte contre le fascisme a &#233;t&#233; fauss&#233;e, en Italie et en Allemagne, par l'id&#233;e qu'il fallait d&#233;fendre la d&#233;mocratie bourgeoise, en s'alliant avec les sociaux-d&#233;mocrates (qui avaient pourtant assassin&#233; Rosa Luxembourg et Liebknecht) ainsi que les d&#233;mocrates et r&#233;publicains bourgeois ou petits-bourgeois, qui furent en r&#233;alit&#233; les complices - conscients ou inconscients - du fascisme : sur une base aussi erron&#233;e, la lutte des communistes fut impuissante &#224; emp&#234;cher l'av&#232;nement des r&#233;gimes fascistes. Pour la d&#233;finition de la strat&#233;gie de lutte efficace contre le fascisme, cf. Communisme et fascisme, &#201;ditions &#171; Programme communiste &#187;, 1970, p. 35-158. La pr&#233;face &#224; ce choix de textes des ann&#233;es 20 est erron&#233;e, car elle cite p&#234;le-m&#234;le des d&#233;clarations et actes de la droite du centre et de la gauche du parti communiste allemand, dont elle exag&#232;re l'incoh&#233;rence, tandis qu'elle pr&#233;sente l'attitude du parti communiste italien comme infiniment plus coh&#233;rente en ne citant que des textes de la Gauche. Cette introduction d&#233;nigre ainsi syst&#233;matiquement les camarades et les ouvriers allemands, qui lutt&#232;rent les armes &#224; la main et furent soumis a une forte pression id&#233;ologique ext&#233;rieure (Zinoviev, Radek, Staline, etc.) qui changea sans arr&#234;t la direction du parti communiste allemand, en m&#234;me temps que sa politique et sa strat&#233;gie : cf. Trotsky, l'Internationale communiste apr&#232;s L&#233;nine, Paris, P.U.F. 1969, 2 vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cf. la traduction fran&#231;aise in la Guerre civile en France. 1871, op. cit., p. 291-302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4]Cf. plus haut &#224; la &#171; Pr&#233;face de 1872 au Manifeste Communiste &#187; o&#249; Marx et Engels affirment que l'une des le&#231;ons essentielles de la Commune a &#233;t&#233; qu'on ne peut utiliser l'appareil d'&#201;tat bourgeois : il faut le briser et cr&#233;er un &#201;tat prol&#233;tarien pour faire des transformations socialistes. Cela exclut la participation de communistes marxistes &#224; un gouvernement bourgeois. Engels le dit express&#233;ment, et ce dans deux hypoth&#232;ses : 1&#186; en cas de victoire de la d&#233;mocratie dans la r&#233;volution : &#171; Apr&#232;s la victoire commune, on pourrait nous offrir quelques si&#232;ges au gouvernement - mais TOUJOURS en minorit&#233;. Cela est le plus grand danger. Apr&#232;s F&#233;vrier 1848, les d&#233;mocrates socialistes fran&#231;ais (&#171; R&#233;forme &#187;, Ledru-Rollin, L. Blanc, Flocon, etc.) ont commis la faute d'accepter de pareils si&#232;ges. Minorit&#233; au gouvernement des r&#233;publicains purs (&#171; National &#187;, Marrast, Bastide, Marie), ils ont partag&#233; volontairement la responsabilit&#233; de toutes les infamies vot&#233;es et commises par la majorit&#233;, de toutes les trahisons de la classe ouvri&#232;re &#224; l'int&#233;rieur. Et pendant que tout cela se passait, la classe ouvri&#232;re &#233;tait paralys&#233;e par la pr&#233;sence au gouvernement de ces messieurs, qui pr&#233;tendaient l'y repr&#233;senter. &#187; Engels, &#224; F. Turati, le 26 janvier 1894 ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2&#186; En cas de victoire &#233;lectorale des seuls socialistes : &#171; Avant tout, je n'ai pas dit que &#171; le parti socialiste obtiendra la majorit&#233; et prendra ensuite le pouvoir &#187;. J'ai dit express&#233;ment, au contraire, qu'il y a dix probabilit&#233;s contre une que ceux qui sont au pouvoir utiliseront auparavant la force contre nous ; cela nous ram&#232;nerait du terrain de la majorit&#233; sur celui de la r&#233;volution. &#187; Fr. Engels, &#224; G. Bosio, le 6 f&#233;vrier 1892.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Marx estimait que la Commune &#233;tait fort &#233;loign&#233;e d'introduire le socialisme en France. En fait, elle inaugurait une longue phase de dictature du prol&#233;tariat et de luttes de classes farouches : telle &#233;tait aussi la conception de L&#233;nine pour lequel la r&#233;volution russe &#233;tait le premier acte de la r&#233;volution mondiale, contrairement &#224; Staline qui y vit le moyen de construire, dans un seul pays, le socialisme, au sens &#233;conomique et social. Dans sa premi&#232;re &#233;bauche de la Guerre civile en France, Marx &#233;crit : &#171; La Commune ne supprime pas les luttes de classes, par lesquelles la classe ouvri&#232;re s'efforce d'abolir toutes les classes et, par suite, toute domination de classe.... mais elle cr&#233;e l'ambiance rationnelle dans laquelle cette lutte de classe peut passer par ses diff&#233;rentes phases de la fa&#231;on la plus rationnelle et la plus humaine. Elle peut &#234;tre le point de d&#233;part de r&#233;actions violentes et, de r&#233;volutions tout aussi violentes &#187; (op. cit., pp. 215-216).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Marx fait allusion &#224; l'intrusion d'&#233;l&#233;ments douteux et de tra&#238;tres dans le Comit&#233; central de la Garde nationale parisienne, qui comprenait des blanquistes, des n&#233;o-jacobins, des proudhoniens, etc. La composition disparate de ce Conseil fut &#224; l'origine d'h&#233;sitations, de mollesse et de diverses erreurs (par exemple : ne pas attaquer Versailles, au moment o&#249; la r&#233;action ne s'y &#233;tait pas encore organis&#233;e, etc.). Marx attribue ici ces erreurs &#224; la doctrine proudhonienne de l'abstention en mati&#232;re politique : on notera que Tolain, proudhonien de droite, ne craignit pas de si&#233;ger dans l'Assembl&#233;e versaillaise. La Commune, &#233;lue le 26 mars, fut encore plus disparate, et prit encore moins d'initiatives, cf. notes nos 104 et 105.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans une lettre du 8 mars 1881 &#224; V&#233;ra Zassoulitch, Marx expliquait que le passage par le capitalisme n'&#233;tait une fatalit&#233; que pour les pays d'Europe occidentale. Les autres pays - et notamment la Russie - eussent pu, en th&#233;orie, sauter la phase capitaliste pour arriver directement au socialisme, si la r&#233;volution socialiste s'&#233;tait r&#233;alis&#233;e en Europe occidentale, de sorte qu'elle aurait apport&#233; son aide technique, fraternelle aux pays non encore d&#233;velopp&#233;s, Cf. l'article Marx et la Russie et Lettres de Marx &#224; V&#233;ra Zassoulitch, in l'Homme et la Soci&#233;t&#233;, n&#186; 5, pp. 149-180.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;chec de la Commune aura donc eu pour cons&#233;quence de forcer la Russie &#224; passer par l'enfer capitaliste ; les communaut&#233;s rurales, au lieu de pouvoir se transformer en unit&#233;s de production socialistes, &#233;tant condamn&#233;es &#224; prendre des formes plus ou moins capitalistes d'oppression de la masse paysanne russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Vers la fin de 1893, les d&#233;put&#233;s marxistes de la Chambre fran&#231;aise se trouv&#232;rent subitement d&#233;bord&#233;s par l'arriv&#233;e du groupe Millerand-Jaur&#232;s, transfuges du groupe radical. Les millerandistes (qui furent pour la participation au gouvernement bourgeois et furent durement fustig&#233;s par Engels et L&#233;nine) eurent la majorit&#233; absolue dans le groupe socialiste et prirent la t&#234;te du seul quotidien &#171; socialiste &#187;. Outre les 12 marxistes, le groupe socialiste comptait aussi 3 ou 4 allemanistes, 2 broussistes et 4 ou 6 blanquistes contre environ 30 millerandistes. Cf. la lettre de Fr. Engels &#224; Sorge, 30 d&#233;cembre 1893, in Correspondance Fr. Engels, K. Marx et divers, publi&#233;e par F.-A. Sorge, &#201;ditions Costes, 2 vol., 1950, tome Il, pp. 307-311. Comme on le voit, l'id&#233;e de la participation de socialistes ou de communistes &#224; un gouvernement bourgeois est &#233;trang&#232;re &#224; Marx aussi bien qu'&#224; Engels et &#224; L&#233;nine ; elle contredit l'enseignement fondamental de la Commune : briser la machine d'&#201;tat bourgeoise comme premi&#232;re mesure de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#192; propos de la Pr&#233;face d'Engels (1895), &#224; Luttes de classes en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Engels fait allusion &#224; sa Pr&#233;face du 3 mars 1895, cf. les Luttes de classes en France, le 18-Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, &#201;d. Soc., 1948, pp. 21-38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] M&#234;me au temps o&#249; le prol&#233;tariat pouvait prendre le pouvoir pacifiquement, il devait utiliser la violence pour transformer l'&#233;conomie capitaliste en &#233;conomie socialiste (cf. les mesures despotiques du Manifeste communiste de 1848). Mais il se trouve que les violences exerc&#233;es par l'&#201;tat sont l&#233;gales et, de ce fait, consid&#233;r&#233;es comme justes. M&#234;me si le grand nombre est de cet avis, le marxisme estime que l'&#201;tat est toujours violence concentr&#233;e, et la justice violence l&#233;galis&#233;e. M&#234;me la d&#233;mocratie n'est pas le but du communisme, puisqu'elle signifie que la minorit&#233; s'incline devant la majorit&#233;, dont le gouvernement s'appuie sur la force : cf. Marx-Engels, &#201;crits militaires, p. 127, Un parti &#233;tant un premier pas vers le gouvernement, forme concentr&#233;e de la violence, ne peut donc se taxer de parti de la paix et de la non-violence sans nier sa raison d'&#234;tre. Fid&#232;le disciple de Marx-Engels, L&#233;nine consid&#233;rait le communisme comme l'abolition des classes et de l'&#201;tat, et donc la fin de la d&#233;mocratie, cf L&#233;nine, l'&#201;tat et la r&#233;volution, chap. 6 : &#171; Engels et la suppression de la d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx-Engels&lt;br class='autobr' /&gt;
Au pr&#233;sident du meeting slave, convoqu&#233; le 21 mars 1881 pour comm&#233;morer la Commune de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citoyens,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre grand regret, nous devons vous informer que nous ne sommes pas en mesure d'assister &#224; votre meeting.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la Commune de Paris finit par succomber et fut massacr&#233;e par les d&#233;fenseurs de l' &#171; ordre &#187;, les vainqueurs ne se doutaient pas, certes, qu'il ne passerait pas dix ans avant que, dans la lointaine P&#233;tersbourg il se d&#233;roule un &#233;v&#233;nement qui, sans doute, apr&#232;s un long et violent combat, ne manquera pas d'aboutir lui aussi &#224; l'instauration d'une Commune russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne se doutaient pas non plus que le roi de Prusse avait pr&#233;par&#233; la Commune en assi&#233;geant Paris et en for&#231;ant le pouvoir bourgeois &#224; armer le peuple, que ce m&#234;me roi de Prusse, dix ans apr&#232;s, serait assi&#233;g&#233; dans sa propre capitale par les socialistes, et qu'il ne pourrait sauver son tr&#244;ne qu'en proclamant l'&#233;tat de si&#232;ge dans la capitale berlinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, en pers&#233;cutant syst&#233;matiquement, apr&#232;s la chute de la Commune, l'Association internationale des travailleurs pour l'obliger &#224; abandonner son organisation formelle et ext&#233;rieure, les gouvernements du continent croyaient pouvoir d&#233;truire, par d&#233;crets et lois d'exception, le grand mouvement international des travailleurs et ne se doutaient pas que ce m&#234;me mouvement ouvrier international serait, dix ans plus tard, plus puissant que jamais et s'&#233;tendrait non seulement aux classes ouvri&#232;res d'Europe, mais encore &#224; celles d'Am&#233;rique, et que la lutte commune pour des int&#233;r&#234;ts communs contre un ennemi commun les r&#233;unirait spontan&#233;ment en une nouvelle et plus grande Internationale, qui d&#233;passe de loin ses formes ext&#233;rieures d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la Commune que les puissances du vieux monde croyaient avoir extermin&#233;e vit plus forte que jamais, et nous pouvons nous &#233;crier avec vous : Vive la Commune !&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels&lt;br class='autobr' /&gt;
Discours de comm&#233;moration du quinzi&#232;me anniversaire de la Commune de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Socialiste, le 17 mars 1886&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citoyens,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir, avec vous, les ouvriers du monde entier comm&#233;morent l'&#233;v&#233;nement le plus glorieux et le plus terrible des annales du prol&#233;tariat. En 1871, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, la classe ouvri&#232;re d'une grande capitale conquit le pouvoir politique. H&#233;las, cela ne dura que le temps d'un r&#234;ve. &#201;cras&#233;e entre les mercenaires de l'ex-Empire bourgeois fran&#231;ais d'un c&#244;t&#233;, et les Prussiens de l'autre, la Commune ouvri&#232;re fut bient&#244;t &#233;touff&#233;e dans un bain de sang qui reste sans exemple et que nous n'oublierons jamais. Apr&#232;s la victoire, les orgies de la r&#233;action ne connurent plus de bornes : le socialisme semblait noy&#233; dans le sang et le prol&#233;tariat r&#233;duit &#224; tout jamais &#224; l'esclavage. Quinze ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es depuis cette d&#233;faite. Pendant ce temps, dans tous les pays, le pouvoir au service de ceux qui poss&#232;dent la terre et le capital n'a recul&#233; devant aucun moyen pour &#233;trangler les derniers sursauts de r&#233;volte des ouvriers. Or, quel en fut le r&#233;sultat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardez autour de vous ! Le socialisme r&#233;volutionnaire des ouvriers, plus vivant que jamais, est aujourd'hui une puissance qui fait trembler tous les pouvoirs &#233;tablis, les radicaux fran&#231;ais aussi bien que Bismarck, les rois am&#233;ricains de la bourse aussi bien que le tsar de toutes les Russies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ce n'est pas tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes arriv&#233;s au point o&#249; tous nos adversaires - quoi qu'ils fassent - travaillent pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont cru tuer l'Internationale. Eh bien ! aujourd'hui l'union internationale du prol&#233;tariat, la fraternit&#233; des ouvriers r&#233;volutionnaires de tous les pays est mille fois plus forte, plus vivante qu'avant la Commune de Paris. L'Internationale n'a plus besoin d'une organisation formelle ; elle vit et grandit gr&#226;ce &#224; la coop&#233;ration spontan&#233;e, cordiale des ouvriers d'Europe et d'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, Bismarck a &#233;puis&#233; tous les moyens et jusqu'aux plus inf&#226;mes pour tuer le mouvement ouvrier. Avant la Commune, il avait en face de lui quatre d&#233;put&#233;s socialistes ; ses pers&#233;cutions ont si bien fait qu'ils sont maintenant vingt-cinq. Les ouvriers allemands rient de leur Chancelier qui, m&#234;me s'il &#233;tait pay&#233;, ne ferait pas mieux la propagande r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, on vous a impos&#233; le scrutin de liste, syst&#232;me bourgeois par excellence, invent&#233; express&#233;ment pour assurer l'&#233;lection exclusive des avocats, journalistes et autres aventuriers politiques, ces porte-parole du Capital. Or qu'a-t-il fait ce syst&#232;me &#233;lectoral, con&#231;u par les riches de la bourgeoisie ? Il a cr&#233;&#233; au sein du Parlement fran&#231;ais un Parti ouvrier socialiste r&#233;volutionnaire, qui par sa seule apparition sur la sc&#232;ne, a port&#233; le d&#233;sarroi dans les rangs de tous les partis bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en sommes l&#224; ! Tout ce qui arrive tourne &#224; notre avantage. Les mesures les plus raffin&#233;es pour enrayer la marche du prol&#233;tariat ne font qu'en acc&#233;l&#233;rer la progression. Nos ennemis eux-m&#234;mes, quoi qu'ils fassent, sont condamn&#233;s &#224; travailler pour nous. Et ils ont si bien rempli cette t&#226;che qu'aujourd'hui - le 18 mars 1886 - des mines de Californie et de l'Aveyron &#224; celles des bagnes de Sib&#233;rie, des millions de travailleurs font retentir ce cri :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive la Commune ! Vive l'union internationale du prol&#233;tariat de tous les pays !&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'adresse des ouvriers fran&#231;ais en l'honneur du 20&#176; anniversaire de la Commune de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Socialiste, le 25 mars 1891&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citoyennes et citoyens,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a vingt ans, le peuple ouvrier de Paris se soulevait comme un seul homme contre le sinistre complot des bourgeois et des ruraux dirig&#233;s par Thiers. Ces ennemis du prol&#233;tariat tremblaient &#224; l'id&#233;e que les ouvriers parisiens s'&#233;taient arm&#233;s et organis&#233;s pour d&#233;fendre leurs droits. Thiers voulut leur voler les armes qu'ils avaient utilis&#233;es glorieusement contre l'invasion &#233;trang&#232;re et qu'ils utilis&#232;rent plus glorieusement encore contre les attaques des mercenaires versaillais. Pour vaincre Paris insurg&#233;e, les bourgeois et les ruraux implor&#232;rent l'aide des Prussiens et l'obtinrent. Apr&#232;s une lutte h&#233;ro&#239;que, Paris fut &#233;cras&#233;e par un ennemi sup&#233;rieur en nombre et en armement, et fut d&#233;sarm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; maintenant vingt ans que les ouvriers de Paris sont sans armes, comme c'est le cas partout ailleurs : dans tous les grands pays civilis&#233;s, le prol&#233;tariat est d&#233;pouill&#233; des moyens mat&#233;riels de sa d&#233;fense. Partout, ce sont les ennemis et les exploiteurs de la classe ouvri&#232;re qui disposent de toutes les forces militaires et de l'armement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; cela nous conduit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce que tout homme valide passe aujourd'hui par l'arm&#233;e : celle-ci refl&#232;te de plus en plus les sentiments et les opinions du peuple en sorte que le moyen d'oppression essentiel qu'est l'arm&#233;e devient de jour en jour une institution moins s&#251;re. D&#233;j&#224; les hommes qui sont &#224; la t&#234;te de tous les grands &#201;tats voient venir avec terreur le jour o&#249; les soldats qui sont sous les drapeaux refuseront de massacrer leurs fr&#232;res et leurs p&#232;res. C'est ce qui est arriv&#233; lorsque le Tonkinois (Jules Ferry) eut le toupet de pr&#233;tendre &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique fran&#231;aise ; c'est ce que nous voyons aujourd'hui &#224; Berlin, o&#249; le successeur de Bismarck (Caprivi) r&#233;clame au Reichstag les moyens de renforcer dans l'arm&#233;e l'esprit d'ob&#233;issance des sous-officiers que l'on cherche &#224; acheter avec des primes de z&#232;le, et ce parce qu'il y a trop de socialistes parmi eux ! Quand on en est l&#224;, quand jusque dans l'arm&#233;e, l'aube commence &#224; pointer, c'est que la fin du vieux monde n'est plus tr&#232;s &#233;loign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les destins s'accomplissent ! Que la bourgeoisie d&#233;cadente d&#233;missionne ou sombre, mais que vive le prol&#233;tariat ! Vive la r&#233;volution sociale internationale !&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'adresse des ouvriers fran&#231;ais en l'honneur du 21&#176; anniversaire de la Commune de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Socialiste, le 26 mars 1892&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citoyennes et citoyens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a vingt et un ans aujourd'hui, le peuple de Paris brandit le drapeau rouge et d&#233;clara la guerre &#224; la fois au drapeau tricolore fran&#231;ais flottant &#224; Versailles et au drapeau tricolore allemand, hiss&#233; sur les forts occup&#233;s par les Prussiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce drapeau rouge, le prol&#233;tariat de Paris se dressait &#224; une hauteur surplombant de loin les vainqueurs aussi bien que les vaincus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait la grandeur historique de la Commune, c'est son caract&#232;re &#233;minemment international, c'est le d&#233;fi qu'elle lan&#231;a hardiment &#224; tout sentiment de chauvinisme bourgeois. Le prol&#233;tariat de tous les pays ne s'y est pas tromp&#233;. Que les bourgeois c&#233;l&#232;brent leur 14 juillet ou 21 Septembre, la f&#234;te du prol&#233;tariat sera toujours le 18 Mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi l'inf&#226;me bourgeoisie n'a pas cess&#233; d'amonceler les pires calomnies sur la tombe de la Commune. C'est pourquoi aussi l'Association internationale des travailleurs fut la seule qui ait os&#233; s'identifier, d&#232;s le premier jour, avec les insurg&#233;s parisiens, et, jusqu'au dernier jour et au-del&#224;, avec les prol&#233;taires vaincus. Cela est si vrai que lorsque la Commune fut &#233;cras&#233;e, l'Internationale ne put lui survivre : au cri de &#171; Sus aux Communards &#187;, l'Internationale fut abattue d'un bout &#224; l'autre de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! il y a aujourd'hui 21 ans qu'eut lieu la reprise des canons de la butte Montmartre. Les enfants n&#233;s en 1871 sont aujourd'hui majeurs et, gr&#226;ce &#224; l'imb&#233;cillit&#233; des classes dirigeantes, ils sont soldats et apprennent le maniement des armes ainsi que l'art de s'organiser et de se d&#233;fendre le fusil &#224; la main. La Commune que l'on a d&#233;clar&#233;e morte, l'Internationale que l'on a cru an&#233;antie &#224; tout jamais, toutes deux vivent au milieu de nous avec une force vingt fois plus grande qu'en 1871. L'union du prol&#233;tariat mondial que la vieille Internationale a su pr&#233;voir et pr&#233;parer, est aujourd'hui une r&#233;alit&#233;. Qui plus est, les fils des soldats prussiens qui occup&#232;rent en 1871 les forts cernant le Paris des Communards, luttent aujourd'hui par millions, au premier rang, bras dessus bras dessous, avec les fils des communards parisiens, pour l'&#233;mancipation totale et finale de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive la Commune ! Vive la r&#233;volution sociale internationale !&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Comit&#233; national du Parti Ouvrier fran&#231;ais en l'honneur du 23&#176; anniversaire de la Commune de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 18 mars 1894&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l&#232;ve mon verre avec vous pour la venue prochaine d'un 18 mars international, qui assure le triomphe du prol&#233;tariat et, en cons&#233;quence, abolisse les antagonismes de classe et fasse que la paix et le bonheur deviennent une r&#233;alit&#233; dans les pays civilis&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/mo/mouvement_ouvrier_t2.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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