<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
	<link>https://www.matierevolution.fr/</link>
	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?id_mot=25&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
		<url>http://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-32cbc.jpg?1792900884</url>
		<link>https://www.matierevolution.fr/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Plate-forme de l'Opposition bolch&#233;vique unifi&#233;e (Trotsky-Zinoviev et l'essentiel des anciens dirigeants r&#233;volutionnaires bolcheviques)</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6922</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6922</guid>
		<dc:date>2026-09-01T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Plate-forme de l'Opposition bolch&#233;vique unifi&#233;e (Trotsky-Zinoviev et l'essentiel des anciens dirigeants r&#233;volutionnaires bolcheviques) &lt;br class='autobr' /&gt;
I. Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine, au dernier Congr&#232;s du Parti auquel il assistait, disait dans son discours : &#171; Voil&#224; encore une ann&#233;e de v&#233;cue ! L'&#201;tat est entre nos mains, mais dans le domaine de l'&#233;conomie politique, tout, durant cette ann&#233;e, n'a pas march&#233; selon notre volont&#233;. Nous ne voulons pas le reconna&#238;tre. Non ! Or, comment la machine a-t-elle fonctionn&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Plate-forme de l'Opposition bolch&#233;vique unifi&#233;e (Trotsky-Zinoviev et l'essentiel des anciens dirigeants r&#233;volutionnaires bolcheviques)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I. Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, au dernier Congr&#232;s du Parti auquel il assistait, disait dans son discours : &#171; Voil&#224; encore une ann&#233;e de v&#233;cue ! L'&#201;tat est entre nos mains, mais dans le domaine de l'&#233;conomie politique, tout, durant cette ann&#233;e, n'a pas march&#233; selon notre volont&#233;. Nous ne voulons pas le reconna&#238;tre. Non ! Or, comment la machine a-t-elle fonctionn&#233; ? La machine roule, non pas dans la direction dans laquelle nous la dirigeons, mais dans la direction o&#249; la dirige quelqu'un. Ce quelqu'un, c'est peut-&#234;tre les ill&#233;gaux, les irresponsables, les gens venus Dieu sait d'o&#249; : les sp&#233;culateurs, les capitalistes petits propri&#233;taires. Peut-&#234;tre les uns et les autres. La machine roule tout &#224; fait autrement, surtout autrement que celui qui est au volant se le repr&#233;sente. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paroles indiquent comment il faut examiner les questions fondamentales de notre politique. O&#249; va la machine, o&#249; va l'&#201;tat, o&#249; va le pouvoir ? Vont-ils l&#224; o&#249;, nous autres communistes, qui exprimons les int&#233;r&#234;ts et la volont&#233; de la classe ouvri&#232;re et de l'immense majorit&#233; de la paysannerie, le voudrions, ou non, ou peut-&#234;tre pas tout &#224; fait par l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les ann&#233;es qui se sont &#233;coul&#233;es depuis la mort de L&#233;nine, nous avons essay&#233; plus d'une fois d'attirer l'attention des institutions centrales du Parti et par la suite du parti tout entier, sur le fait qu'en raison d'une fausse politique, les dangers signal&#233;s par L&#233;nine se sont multipli&#233;s ; la machine ne va pas dans la direction o&#249; les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et des paysans exigent qu'elle aille. A la veille du nouveau congr&#232;s du Parti nous pensons de notre devoir, malgr&#233; toutes les poursuites auxquelles nous sommes expos&#233;s, d'indiquer ceci au Parti, avec une force redoubl&#233;e, car nous sommes convaincus que cet &#233;tat de choses peut-&#234;tre corrig&#233; et qu'il peut-&#234;tre redress&#233; par le parti lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand L&#233;nine disait que la machine allait souvent l&#224; o&#249; elle &#233;tait dirig&#233;e par des forces hostiles, il voulait en m&#234;me temps attirer l'attention de nous tous sur deux circonstances les plus importantes. Premi&#232;rement, que dans notre structure sociale existent des forces hostiles &#224; notre cause : le koulak, le nepman, le bureaucrate qui utilisent, contre nous et notre &#201;tat arri&#233;r&#233;, les fautes de notre politique et qui s'appuient effectivement sur tout le capitalisme mondial. Deuxi&#232;mement : que ces forces hostiles ont une telle importance qu'elles peuvent pousser notre machine d'&#201;tat et notre machine &#233;conomique l&#224; o&#249; il ne faut pas qu'elles aillent et, dans l'avenir, m&#234;me essayer, sous une forme d'abord d&#233;guis&#233;e, de s'emparer du volant de cette machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paroles de L&#233;nine nous obligeaient tous :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#193; suivre attentivement la croissance des forces ennemies : le koulak, le nepman, le bureaucrate ;&lt;br class='autobr' /&gt; &#193; nous rendre compte que, dans la mesure du rel&#232;vement g&#233;n&#233;ral du pays, ces forces vont chercher &#224; s'assembler, &#224; apporter leurs &#171; modifications &#187; &#224; nos plans, &#224; renforcer leur pression sur notre politique, &#224; d&#233;fendre &#224; travers nos diff&#233;rents appareils leurs propres int&#233;r&#234;ts ;&lt;br class='autobr' /&gt; &#193; prendre les mesures n&#233;cessaires pour, de toute mani&#232;re, affaiblir la croissance, le rassemblement et la pression de ces forces ennemies en emp&#234;chant qu'elles puissent cr&#233;er une situation qui, tout en &#233;tant cach&#233;e, constitue n&#233;anmoins en fait une dualit&#233; de pouvoir vers laquelle elles aspirent ;&lt;br class='autobr' /&gt; &#193; faire part de ces processus de classes &#224; la classe ouvri&#232;re et &#224; dire l'enti&#232;re v&#233;rit&#233; &#224; tous les travailleurs. C'est en cela que consiste actuellement l'axe de la question en ce qui concerne le danger &#171; thermidorien &#187; et la lutte contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que L&#233;nine a donn&#233; cet avertissement, beaucoup de choses se sont am&#233;lior&#233;es chez nous, mais beaucoup ont empir&#233;. L'influence de l'appareil d'&#201;tat grandit et avec lui grandissent les alt&#233;rations bureaucratiques de l'&#201;tat ouvrier. La croissance absolue et relative du capitalisme &#224; la campagne et sa croissance absolue &#224; la ville commencent &#224; entra&#238;ner l'accroissement chez les &#233;l&#233;ments bourgeois de notre pays de la conscience de leur force politique. Ces &#233;l&#233;ments cherchent &#224; d&#233;moraliser, souvent non sans succ&#232;s, m&#234;me une partie des communistes avec lesquels ils sont continuellement en contact, soit dans le travail, soit au cours de la vie quotidienne. Le mot d'ordre lanc&#233; par Staline, lors du XIV&#176; Congr&#232;s du Parti : Feu &#224; gauche ! n'a pu que faciliter le rassemblement des &#233;l&#233;ments de droite dans le Parti et des &#233;l&#233;ments bourgeois-oustrialovistes dans le pays. La question de savoir qui des deux aura le dessus se r&#233;sout par une lutte de classe continuelle sur tous les secteurs des fronts &#233;conomique, politique et culturel - pour un d&#233;veloppement socialiste ou pour un d&#233;veloppement capitaliste, pour la r&#233;partition du revenu national selon l'une ou l'autre voie emprunt&#233;e, pour la pl&#233;nitude du pouvoir prol&#233;tarien ou pour le partage de ce pouvoir avec la nouvelle bourgeoisie. Dans le pays, o&#249; l'&#233;crasante majorit&#233; de la population est constitu&#233;e par la petite et la toute petite paysannerie, et en g&#233;n&#233;ral, la toute petite propri&#233;t&#233;, les processus principaux de cette lutte s'accomplissent souterrainement &#231;a et l&#224;, de jour en jour, jusqu'&#224; ce que d'une mani&#232;re soudaine et inattendue, ils fassent irruption &#224; l'ext&#233;rieur. L'&#233;l&#233;ment capitaliste trouve avant tout son expression dans la diff&#233;renciation de la campagne et dans la croissance de, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Les gros bonnets de la campagne, comme les &#233;l&#233;ments bourgeois des villes, s'entrelient plus &#233;troitement avec les diff&#233;rents cha&#238;nons de l'appareil &#233;conomique d'&#201;tat. Il arrive assez souvent que cet appareil permet &#224; la nouvelle bourgeoisie d'enve&#173;lopper dans des statistiques n&#233;buleuses sa lutte efficace en faveur de l'augmentation de sa part du revenu national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appareil commercial de l'&#201;tat, de la coop&#233;ration et des particuliers absorbe une immense partie du revenu national : plus d'un dixi&#232;me de la production brute. D'autre part, le capital priv&#233;, dans le roulement du capital de circulation industrielle, occupe ces derni&#232;res ann&#233;es sensiblement plus d'un cinqui&#232;me du roulement dont le chiffre total atteint plus de 5 milliards de recettes par an. Jusqu'&#224; maintenant, la masse des consommateurs re&#231;oit plus de 50 %. des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; des mains du commerce priv&#233;. C'est ici que le commerce priv&#233; trouve sa source de profits et d'accumulation. La diff&#233;rence (ciseaux) entre les prix de la production agricole et ceux de la production industrielle, la diff&#233;rence entre les prix de gros et de d&#233;tail, ce que l'on appelle la &#171; rupture &#187; des prix, selon les diverses branches de l'&#233;conomie rurale, selon les secteurs, selon les saisons, selon la diff&#233;rence entre les prix int&#233;rieurs et les prix mondiaux (contrebande), tout cela repr&#233;sente pour le capital priv&#233; une source continuelle d'enrichissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital priv&#233; recueille un int&#233;r&#234;t usuraire sur les hypoth&#232;ques et s'enrichit sur les emprunts d'&#201;tat. Le r&#244;le de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est aussi tr&#232;s important dans l'industrie. Si, ces derniers temps, il a une tendance &#224; diminuer d'une fa&#231;on relative, dans sa totalit&#233; il grandit. L'industrie capitaliste priv&#233;e, soumise au contr&#244;le de l'&#201;tat, a une production brute de 400 millions par an. La petite industrie &#224; domicile et l'artisanat ont une production annuelle de 1 800 millions. La production non &#233;tatique, prise dans son ensemble, repr&#233;sente plus de 20 % de toute la production industrielle marchande et pr&#232;s de 40 % des marchandises vendues sur l'ensemble du march&#233;. La grande masse de cette industrie est li&#233;e d'une fa&#231;on ou d'une autre au capital priv&#233;. Les formes multiples, aussi bien apparentes que cach&#233;es, de l'exploitation des masses artisanales par le capital commercial et par le capital de l'industrie &#224; domicile, sont la source, extr&#234;mement importante et toujours grandissante, de l'accumulation de la nouvelle bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les imp&#244;ts, les salaires, les prix, le cr&#233;dit sont, dans notre r&#233;gime, les leviers essentiels pour la r&#233;partition du revenu national, le renforcement de certaines classes et l'affaiblissement des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#244;t agricole &#224; la campagne, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, se r&#233;partit progressivement &#224; rebours : lourdement sur les pauvres, l&#233;g&#232;rement sur les paysans riches et les paysans &#233;conomiquement forts. D'apr&#232;s des calculs approximatifs, 34 % de l'&#233;conomie rurale pauvre de l'URSS (m&#234;me en dehors des r&#233;gions o&#249; la diff&#233;renciation est d&#233;j&#224; tr&#232;s accentu&#233;e, comme en Ukraine, dans le Caucase du Nord, en Sib&#233;rie) poss&#232;dent 18 % du revenu net conventionnel ; cette m&#234;me proportion de 18 % de revenus est poss&#233;d&#233;e par le groupe des paysans riches qui embrasse 7,5 % de l'&#233;conomie rurale, alors que chacun de ces groupes paie &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me quantit&#233;, soit environ 20 % du total des imp&#244;ts. Il est clair que l'imp&#244;t p&#232;se beaucoup plus lourdement sur chaque &#233;conomie rurale pauvre que sur chaque &#233;conomie koulak, ou que sur chaque &#233;conomie de paysans ais&#233;s. Contrairement aux craintes des dirigeants du XlV&#176; Congr&#232;s, notre politique en mati&#232;re d'imp&#244;ts est loin de &#171; d&#233;shabiller &#187; le koulak et elle ne met nulle entrave &#224; la concentration entre ses mains de r&#233;serves en argent et en nature de plus en plus fortes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le des imp&#244;ts indirects, dans notre budget, grandit de fa&#231;on mena&#231;ante aux d&#233;pens des imp&#244;ts directs. De ce fait m&#234;me, le poids des imp&#244;ts se d&#233;place automatiquement des couches sup&#233;rieures sur les couches inf&#233;rieures. Les imp&#244;ts sur les ouvriers ont &#233;t&#233;, en 1925-1926, deux fois plus &#233;lev&#233;s que dans l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, alors que les imp&#244;ts sur le reste de l&#224; population des villes ont diminu&#233; de 6 % ( Courrier financier, 1927, n&#176; 2, page 52) : l'imp&#244;t sur l'alcool est un fardeau de plus en plus insupportable, surtout dans les r&#233;gions industrielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation du revenu par t&#234;te en 1926, par rapport &#224; 1925 est, d'apr&#232;s certains calculs approximatifs, pour les paysans de 19 % pour les ouvriers de 26 % pour les commer&#231;ants et industriels de 46 %. Si on divisait les &#171; paysans &#187; en trois groupes principaux, on d&#233;couvrirait de fa&#231;on indiscutable que chez le koulak le revenu s'est beaucoup plus accru que chez l'ouvrier Les revenus des commer&#231;ants et des industriels, qui sont calcul&#233;s d'apr&#232;s les donn&#233;es des imp&#244;ts sont, sans aucun doute, sous-estim&#233;s (en dessous de la r&#233;alit&#233;). Cependant, ces chiffres embellis t&#233;moignent clairement de l'accroissement des antagonismes de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cart des prix entre les produits agricoles et industriels est devenu encore plus grand depuis un an et demi. Pour ses produits, le paysan ne recevait pas plus de 125 % des prix d'avant-guerre ; et pour les produits manufactur&#233;s, il ne payait pas moins de 220 % des prix d'avant-guerre. Le surplus que paye la paysannerie se r&#233;partit principalement sur les couches inf&#233;rieures et il s'est &#233;lev&#233;, pour l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e, &#224; plus d'un milliard de roubles. Ceci entra&#238;ne non seulement l'aggravation des contradictions entre l'&#233;conomie rurale et l'industrie, mais accentue fortement la diff&#233;renciation de la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cart entre les prix de gros et de d&#233;tail occasionne des pertes &#224; l'&#201;tat et aux consommateurs ; il y a un tiers qui gagne, c'est le particulier, c'est-&#224;-dire le capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le salaire r&#233;el, en 1927, est dans le meilleur cas, au m&#234;me niveau que dans l'automne 1925. Mais ce qui est indiscutable c'est que, pendant ces deux ann&#233;es, notre pays s'est enrichi, le revenu g&#233;n&#233;ral s'est accru, les gros bonnets de la campagne, les koulaks, ont augment&#233; leurs r&#233;serves avec une rapidit&#233; &#233;norme. L'accumulation du capitalisme priv&#233;, du commer&#231;ant, du sp&#233;culateur grandit extraordinairement. Il est clair que la part de la classe ouvri&#232;re dans le revenu g&#233;n&#233;ral du pays diminue en m&#234;me temps que la part des autres classes grandit. C'est le fait le plus important pour l'appr&#233;ciation de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut affirmer que fournir des indications publiques sur les contradictions du d&#233;veloppement et de l'accroissement des forces hostiles, c'est de la panique et du pessimisme ; le font ceux qui, au fond d'eux-m&#234;mes, trouvent que notre classe ouvri&#232;re et notre parti ne pourront pas surmonter les difficult&#233;s et les dangers. Nous ne partageons pas ce point de vue. Il faut voir clairement les dangers. Nous les indiquons avec pr&#233;cision pour lutter plus s&#251;rement contre eux et pour les vaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque de la Nep, un certain accroissement des forces qui nous sont hostiles - koulaks, nepmans, bureaucrates - est in&#233;vitable. Ces forces ne peuvent &#234;tre supprim&#233;es par des mesures administratives ou par une simple pression &#233;conomique. En instaurant la Nep et en la r&#233;alisant, nous avons nous-m&#234;mes fait une certaine place aux rapports capitalistes dans notre pays. Et, pendant un laps de temps encore assez long, nous devrons reconna&#238;tre que leur existence est in&#233;vitable. L&#233;nine n'a fait que rappeler une v&#233;rit&#233; banale et n&#233;cessaire aux ouvriers quand il a dit : &#171; Tant que nous vivrons dans un pays &#224; majorit&#233; petite paysanne, il existera toujours en Russie, pour le capitalisme, une base beaucoup plus solide que pour le communisme ; il est n&#233;cessaire de s'en souvenir... nous n'avons pas extirp&#233; les racines du capitalisme et le fondement et la base de l'ennemi int&#233;rieur ne sont pas &#233;branl&#233;s. &#187; (T. XVII, page 427). Ce fait social le plus important, indiqu&#233; par L&#233;nine, ne peut pas, comme il le dit, &#234;tre simplement ray&#233; d'un trait de plume, mais on peut surmonter les difficult&#233;s et les vaincre par une politique juste, syst&#233;matique et m&#233;thodique de la part de la classe ouvri&#232;re, s'appuyant sur la paysannerie pauvre et en s'alliant avec la paysannerie moyenne. Cette politique consiste principalement dans le renforcement de toutes les positions sociales du prol&#233;tariat, dans le rel&#232;vement aussi rapide que possible des positions de commandement du socialisme, en liaison la plus &#233;troite avec la pr&#233;paration et le d&#233;veloppement de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une politique l&#233;niniste juste comprend aussi l'utilisation de la man&#339;uvre dans la lutte contre les forces du capitalisme. L&#233;nine a us&#233; maintes fois du moyen des concessions particuli&#232;res afin de contourner l'ennemi, des reculs temporaires dans le but d'avancer avec plus de s&#251;ret&#233; par la suite. La strat&#233;gie de la man&#339;uvre est encore actuellement n&#233;cessaire. Il ne faut pas louvoyer, mais man&#339;uvrer l'ennemi quand on ne peut pas le renverser par une attaque directe. L&#233;nine est rest&#233; invariablement dans la ligne de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. De son temps, le parti connaissait toujours les causes de la man&#339;uvre, le sens de celle-ci, les limites au-del&#224; desquelles on ne pouvait plus reculer et les positions d'o&#249; on recommencera l'offensive prol&#233;tarienne. La retraite du temps de L&#233;nine s'appelait la retraite, une concession une concession. Gr&#226;ce &#224; cela, l'arm&#233;e prol&#233;tarienne conservait toujours dans la man&#339;uvre sa formation compacte, son esprit combatif, et la compr&#233;hension du but &#224; atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant cette derni&#232;re p&#233;riode, la direction du parti s'est &#233;cart&#233;e de la ligne trac&#233;e par L&#233;nine. Le groupe Staline m&#232;ne le parti &#224; l'aveuglette, cachant les forces de l'ennemi, donnant &#224; tout une apparence toute superficielle de succ&#232;s. Il ne donne aucune perspective au prol&#233;tariat, ou, ce qui est pire, il lui donne une perspective fausse. Il avance en zigzags, s'adaptant aux &#233;l&#233;ments hostiles, affaiblissant et embrouillant les forces de l'arm&#233;e prol&#233;tarienne. Il favorise la croissance et la passivit&#233;, la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de la direction, la d&#233;fiance dans les forces de la r&#233;volution. Se r&#233;f&#233;rant &#224; la strat&#233;gie manoeuvri&#232;re de L&#233;nine, il cache ses oscillations sans principes et inattendues pour le Parti, oscillations qui d&#233;composent ce dernier et n'ont d'autre r&#233;sultat que de faire gagner du temps &#224; l'ennemi et de lui permettre de prendre de l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;chantillons les plus &#171; classiques &#187; des man&#339;uvres de Staline, Boukharine et Rykov, sur l'ar&#232;ne internationale, sont la politique chinoise et la politique envers le Comit&#233; anglo-russe, et, &#224; l'int&#233;rieur du pays, leur politique envers le koulak. Dans toutes ces questions le parti et la classe ouvri&#232;re n'ont su la v&#233;rit&#233; ou une partie de celle-ci que lorsque se sont abattues sur leurs t&#234;tes les lourdes cons&#233;quences d'une ligne fausse &#224; sa base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans apr&#232;s que le groupe Staline ait effectivement d&#233;termin&#233; la politique des institutions centrales du Parti, on petit consid&#233;rer comme compl&#232;tement prouv&#233; que la politique de ce groupe a &#233;t&#233; impuissante &#224; &#233;viter : 1&#176; la croissance d&#233;mesur&#233;e des forces qui veulent orienter le d&#233;veloppement de notre pays dans la voie capitaliste ; 2&#176; l'affaiblissement de la situation de la classe ouvri&#232;re et de la paysannerie pauvre en face de la force grandissante du koulak, du nepman et du bureaucrate ; 3&#176; l'affaiblissement de la situation g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat ouvrier dans sa lutte contre le capitalisme mondial, l'aggravation de la situation internationale de l'URSS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faute directe du groupe de Staline, c'est qu'au lieu de dire au Parti, &#224; la classe ouvri&#232;re et &#224; la paysannerie, toute la v&#233;rit&#233; sur la situation, il a cach&#233; cette v&#233;rit&#233; en pr&#233;sentant, sous une forme &#233;triqu&#233;e, la croissance des forces ennemies en fermant la bouche &#224; ceux qui r&#233;clamaient et d&#233;couvraient la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concentration du feu &#224; gauche alors que toute la situation est caract&#233;ris&#233;e par des dangers de droite, l'&#233;touffement grossi&#232;rement m&#233;canique de toute critique exprimant les craintes l&#233;gitimes du prol&#233;tariat quant &#224; la destin&#233;e de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, l'acquiescement &#224; toute d&#233;viation de droite, l'affaiblissement de l'influence prol&#233;tarienne et du vieux noyau bolchevik dans le parti : tout ceci affaiblit et d&#233;sarme la classe ouvri&#232;re ait moment o&#249; l'activit&#233; du prol&#233;tariat, la vigilance et la coh&#233;sion du Parti, ainsi que la fid&#233;lit&#233; aux v&#233;ritables commandements de L&#233;nine, sont les plus n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;forme L&#233;nine, on le corrige, on l'interpr&#232;te, on le compl&#232;te selon les besoins de la cause pour couvrir les fautes successives. Depuis la mort de L&#233;nine, on a cr&#233;&#233; toute une s&#233;rie de nouvelles th&#233;ories, simplement pour justifier, th&#233;oriquement, l'&#233;loigne&#173;ment du groupe Staline de la voie de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Les mencheviks et la presse capitaliste voient et acclament, dans la politique et les nouvelles th&#233;ories de Staline-Boukharine-Martinov, une marche en avant selon la th&#233;orie d'Oustrialov &#171; plus en avant que L&#233;nine &#187;, la sagesse d'hommes d'&#201;tat, le &#171; r&#233;alisme &#187;, le renoncement aux &#171; utopies &#187; du bolchevisme r&#233;volutionnaire. Dans l'&#233;loignement de la direction du parti de toute une s&#233;rie de disciples de L&#233;nine, ils voient les premiers pas vers le passage &#224; une nouvelle voie et s'en f&#233;licitent ouvertement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, le processus &#233;l&#233;mentaire de la Nep, non frein&#233;e et non dirig&#233;e par une ferme politique de classe, pr&#233;pare de nouveaux glissements dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 millions de petites &#233;conomies rurales sont la source principale des tendances capitalistes. La couche sup&#233;rieure des koulaks qui na&#238;t de cette masse, r&#233;alise le processus de l'accumulation primitive du capitalisme qui mine profond&#233;ment les positions du socialisme. Le sort ult&#233;rieur de ce processus d&#233;pend en dernier lieu des rapports entre la croissance des &#233;conomies &#233;tatiques et des &#233;conomies priv&#233;es. Le retard de l'industrie augmente le rythme cl&#233; la diff&#233;renciation de la paysannerie et multiplie les dangers politiques qui en d&#233;coulent. &#171; Les koulaks, &#233;crivait L&#233;nine, ont plus d'une fois, dans l'histoire des autres pays, restaur&#233; le pouvoir des f&#233;odaux, des tzars, des cur&#233;s et des capitalistes. Il en fut ainsi dans toutes les r&#233;volutions europ&#233;ennes pass&#233;es, lorsque les koulaks, en raison de la faiblesse des ouvriers, r&#233;ussissaient &#224; faire r&#233;gresser la r&#233;publique vers la monarchie, le pouvoir des travailleurs vers la domination des exploiteurs, des riches, des parasites ! On peut tr&#232;s facilement r&#233;concilier le koulak avec les f&#233;odaux, les tzars et les cur&#233;s, m&#234;me s'ils s'&#233;taient querell&#233;s ant&#233;rieurement, mais avec la classe ouvri&#232;re, jamais. &#187; (L&#233;nine, Camarades ouvriers, marchons &#224; la lutte finale, &#233;dition de l'Institut L&#233;nine, pages 1 et 2). Celui qui n'a pas compris cela, celui qui pense que l'on peut &#171; int&#233;grer &#187; le koulak dans notre socialisme n'est capable que d'une seule chose : &#171; c'est de faire &#233;chouer la R&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le pays existent deux positions essentielles, s'excluant r&#233;ciproquement : l'une - position prol&#233;tarienne construisant le socialisme, l'autre - position de la bourgeoisie qui tend &#224; entra&#238;ner le d&#233;veloppement vers une voie capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp de la bourgeoisie, et des couches de la petite bourgeoisie qui sont &#224; sa remorque, met tous ses espoirs dans l'initiative priv&#233;e et l'int&#233;r&#234;t individuel. Ce camp mise sur le pays &#171; &#233;conomiquement fort &#187; afin que la coop&#233;ration, l'industrie et le commerce ext&#233;rieur servent ses propres int&#233;r&#234;ts. Ce camp consid&#232;re que l'industrie socialiste ne doit pas compter sur le budget d'&#201;tat. Le rythme du d&#233;veloppement de l'industrie ne doit pas contrecarrer les int&#233;r&#234;ts de l'accumulation capitaliste agraire. La lutte pour l'augmentation du rendement de la production signifie, pour la petite bourgeoisie qui se renforce quotidiennement, une pression sur les muscles et les nerfs des ouvriers. La lutte pour la baisse des prix signifie, pour elle, la diminution de l'accumulation de l'industrie socialiste dans l'int&#233;r&#234;t du capital commercial ; la lutte avec le bureaucratisme signifie, pour le petit-bourgeois, la dispersion de l'industrie, l'affaiblissement des d&#233;buts collectifs de l'industrie, la mise au dernier plan de l'industrie lourde, c'est-&#224;-dire l'adaptation aux paysans &#233;conomiquement forts, avec la perspective prochaine de la liquidation du monopole du commerce ext&#233;rieur. C'est le chemin des oustrialovistes. Cela s'appelle : le capitalisme &#224; &#233;ch&#233;ances. Cette tendance dans le pays influence m&#234;me certains cercles du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie prol&#233;tarienne est exprim&#233;e dans les paroles suivantes de L&#233;nine : &#171; La victoire du socialisme sur le capitalisme, l'affermissement du socialisme, peut &#234;tre seulement consid&#233;r&#233;e comme assur&#233;e quand le pouvoir gouvernemental prol&#233;tarien, ayant d&#233;finitivement r&#233;prim&#233; toute r&#233;sistance des exploiteurs, et assur&#233; son plein &#233;quilibre et son autorit&#233;, aura r&#233;organis&#233; toute l'industrie sur la base d'une grosse production collective et sur un nouveau fondement technique (&#233;lectrification dans toutes les branches principales de l'&#233;conomie). Cette r&#233;organisation peut seule donner la possibilit&#233; de fournir aux campagnes arri&#233;r&#233;es et dispers&#233;es, une aide radicale technique et sociale cr&#233;ant ainsi une base mat&#233;rielle pour un accroissement consid&#233;rable de la productivit&#233; du travail agricole et du travail g&#233;n&#233;ral &#224; la campagne, contraignant ainsi les petits cultivateurs, par la force de l'exemple et leur propre int&#233;r&#234;t, &#224; passer de la petite production &#224; la grande culture collective m&#233;canique. &#187; (R&#233;solution du II&#176; Congr&#232;s de l'IC). C'est sous cet angle que doit &#234;tre &#233;difi&#233;e toute la politique du Parti (imp&#244;ts, industries, &#233;conomies rurales, commerce ext&#233;rieur et int&#233;rieur, etc.). Telle est la position essentielle de l'Opposition. C'est le chemin vers le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ces deux positions, se trouve, toujours plus pr&#232;s de la premi&#232;re, la ligne de Staline, compos&#233;e de courts zigzags &#224; gauche et de larges zigzags &#224; droite. Le chemin de L&#233;nine signifie le d&#233;veloppement socialiste des forces productives dans la lutte continuelle contre les &#233;l&#233;ments capitalistes. La voie d'Oustrialov signifie le d&#233;veloppement sur des bases capitalistes, par le moyen de l'annulation progressive des conqu&#234;tes d'Octobre. Le chemin de Staline conduit en r&#233;alit&#233; &#224; freiner le d&#233;veloppement des forces productives, &#224; diminuer le poids sp&#233;cifique des &#233;l&#233;ments du socialisme et par l&#224; m&#234;me &#224; pr&#233;parer la victoire de la voie d'Oustrialov. Le cours de Staline est d'autant plus dangereux et d'autant plus n&#233;faste qu'il cache les d&#233;viations r&#233;elles sous des mots simples et des expressions courantes. L'accomplissement du processus de reconstruction a pos&#233; d'une fa&#231;on aigu&#235; les t&#226;ches essentielles du d&#233;veloppement &#233;conomique et, par l&#224; m&#234;me, sap&#233; la position de Staline, qui ne convient pas aux grandes questions ; que ce soit la question chinoise ou la reconstruction du capital de base de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la tension de la situation, qui est rendue extr&#234;mement aigu&#235; par les fautes grossi&#232;res de la direction actuelle, cet &#233;tat de choses est tout &#224; fait r&#233;parable. Mais il faut, pour cela, changer radicalement la ligne de la direction du parti, dans le sens de la ligne trac&#233;e par L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. La situation de la classe ouvri&#232;re et les syndicats&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution d'Octobre a, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, transform&#233; le prol&#233;tariat en classe dirigeante d'un immense pays. La nationalisation des moyens de production signifiait un premier pas d&#233;cisif vers la reconstruction socialiste de tout le syst&#232;me social b&#226;ti sur l'exploitation de l'homme par l'homme. L'introduction de la loi sur les huit heures a &#233;t&#233; un pas en avant dans la voie de la transformation compl&#232;te des conditions vitales et culturelles d'existence de la classe ouvri&#232;re. Malgr&#233; la pauvret&#233; du pays, le Code du Travail a &#233;tabli pour les ouvriers - et parmi eux pour les couches les plus arri&#233;r&#233;es qui, dans le pass&#233;, &#233;taient absolument sans d&#233;fense - des garanties juridiques qui n'avaient &#233;t&#233; et ne seront jamais accord&#233;es par l'&#201;tat capitaliste le plus riche. Les syndicats professionnels ont &#233;t&#233; &#233;lev&#233;s jusqu'au niveau de l'arme la plus importante entre les mains de la classe dirigeante ; ils ont re&#231;u la possibilit&#233;, d'une part, d'englober de larges masses qui, dans d'autres conditions sociales, leur auraient &#233;chapp&#233; et, d'autre part, d'influencer directement et sans interm&#233;diaire, toute la marche de la politique de l'&#201;tat ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che du Parti consiste &#224; assurer l'application de ces grandioses conqu&#234;tes historiques en leur donnant leur plein contenu. Le succ&#232;s dans cette voie d&#233;pend, d'une part, des conditions objectives nationales et internationales ; d'autre part, de la justesse de la ligne et du savoir-faire de la direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments d&#233;cisifs pour la marche de notre pays dans la voie socialiste et non capitaliste sont li&#233;s &#233;troitement aux am&#233;liorations dans le domaine de l'existence de la classe ouvri&#232;re. Ces am&#233;liorations doivent trouver leur expression dans le domaine mat&#233;riel : le nombre des ouvriers occup&#233;s dans les industries, le niveau du salaire r&#233;el, le caract&#232;re du budget ouvrier, les conditions locatives des travailleurs, l'assistance m&#233;dicale, etc. ; dans le domaine politique le Parti, les syndicats, les Soviets, les jeunesses ; enfin, dans le domaine culturel : l'&#233;cole, la litt&#233;rature, le journal, le th&#233;&#226;tre. La tendance &#224; repousser &#224; l'arri&#232;re-plan les int&#233;r&#234;ts vitaux des ouvriers et, sous le nom m&#233;prisant d'&#171; esprit d'atelier &#187;, &#224; les opposer aux aspirations historiques de leur classe repr&#233;sente une tendance th&#233;oriquement fausse et politiquement dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accaparement par l'&#201;tat prol&#233;tarien de la plus-value n'est &#233;videmment pas de l'exploitation. Mais nous avons : 1&#176; l'&#201;tat ouvrier avec des d&#233;formations bureaucratiques, l'appareil privil&#233;gi&#233; de direction d&#233;mesur&#233;ment grossi absorbant une tr&#232;s grande part de la plus-value ; 2&#176; la bourgeoisie grandissante qui, par le commerce et par suite de l'&#233;cart des prix, accapare une partie de la plus-value provenant de l'industrie d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, pendant la p&#233;riode de reconstruction, les effectifs des ouvriers et les conditions de leur existence grandissaient non seulement d'une fa&#231;on absolue, mais m&#234;me relativement &#224; la croissance des autres classes, alors que, dans la derni&#232;re p&#233;riode, c'est le contraire qui s'est produit : la croissance des effectifs ouvriers, l'am&#233;lioration de leur sort marquent un temps d'arr&#234;t, tandis que, pendant cette m&#234;me p&#233;riode, les forces ennemies continuent &#224; grandir d'une fa&#231;on acc&#233;l&#233;r&#233;e, ce qui non seulement fait empirer in&#233;vitablement la situation des ouvriers &#224; l'usine, mais diminue le poids du prol&#233;tariat dans la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks, les agents de la bourgeoisie dans les milieux ouvriers montrent perfidement les difficult&#233;s mat&#233;rielles de nos ouvriers, essayant d'opposer le prol&#233;tariat &#224; l'&#201;tat sovi&#233;tique et d'amener les ouvriers &#224; accepter leurs th&#233;ories petites-bourgeoises et de &#171; marche arri&#232;re vers le capitalisme &#187;. Les fonctionnaires, contents d'eux-m&#234;mes, qui aper&#231;oivent le &#171; mench&#233;visme &#187; dans la fa&#231;on dont l'Opposition pose cr&#251;ment la question des conditions mat&#233;rielles des ouvriers, apportent de cette fa&#231;on le meilleur appui au mench&#233;visme, en poussant les ouvriers sous la banni&#232;re jaune de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vaincre les difficult&#233;s, il faut les conna&#238;tre. Il faut v&#233;rifier consciencieusement et d'une fa&#231;on juste nos succ&#232;s et nos &#233;checs en examinant la v&#233;ritable situation des masses travailleuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
La situation des ouvriers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque de reconstruction fut l'&#233;poque d'une augmentation assez rapide du salaire jusqu'&#224; l'automne 1925. Une sensible diminution du salaire r&#233;el a commenc&#233; en 1926 et a &#233;t&#233; surmont&#233;e seulement au d&#233;but de 1927. Le salaire d'un mois, pendant le premier semestre de l'ann&#233;e &#233;conomique 1926-1927, repr&#233;sentait en moyenne, dans la grande industrie, en roubles conventionnels de la r&#233;gion de Moscou, 30 roubles 67 kopecks et 30 roubles 33 kopecks pendant l'automne 1925. Pendant le troisi&#232;me trimestre de l'ann&#233;e &#233;conomique, selon des pr&#233;visions approximatives, le salaire atteignait 31 roubles 62 kopecks. On voit de cette fa&#231;on que pendant cette ann&#233;e, le salaire r&#233;el marqua un temps d'arr&#234;t &#224; peu pr&#232;s au niveau du salaire de l'automne 1925.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain, d'une part, que le salaire et le niveau mat&#233;riel moyens de certaines cat&#233;gories d'ouvriers, dans certains districts, avant tout dans les capitales comme Moscou et Leningrad, sont d'une mani&#232;re indiscutable au-dessus du niveau moyen indiqu&#233; plus haut ; mais, d'autre part, le niveau mat&#233;riel moyen d'autres larges couches d'ouvriers est sensiblement au-dessous m&#234;me de ces chiffres modestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les donn&#233;es indiquent que l'augmentation du salaire ne suit pas l'augmentation du rendement. L'intensification du travail grandit, les mauvaises conditions de travail restent toujours les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation du salaire est de plus en plus subordonn&#233;e &#224; l'intensification du rendement. Cette tendance qui ne peut s'accorder avec le cours socialiste a &#233;t&#233; confirm&#233;e par le CC dans sa fameuse r&#233;solution sur la rationalisation (Pravda, 25 mars 1927). Cette r&#233;solution a &#233;t&#233; adopt&#233;e par le IV&#176; Congr&#232;s des Soviets. Cette politique signifie que l'augmentation des richesses publiques, gr&#226;ce au d&#233;veloppement de la technique (le rendement des entreprises), n'entra&#238;ne en aucune fa&#231;on une augmentation des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faible croissance des effectifs ouvriers diminue dans les m&#233;nages ouvriers le nombre de ceux qui travaillent. En roubles r&#233;els, le budget des d&#233;penses d'une famille ouvri&#232;re, depuis 1924-1925, s'est r&#233;tr&#233;ci. L'augmentation du prix des loyers oblige les ouvriers &#224; sous-louer une partie de leur logis. Les sans-travail, directement ou indirectement, p&#232;sent sur le budget ouvrier. La consommation grandissante des boissons alcooliques p&#232;se &#233;galement sur le budget ouvrier. En somme, tout ceci entra&#238;ne une diminution du niveau de vie des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rationalisation industrielle entra&#238;ne in&#233;vitablement l'aggravation du sort de la classe ouvri&#232;re, lorsqu'elle n'est pas accompagn&#233;e par un d&#233;veloppement de l'industrie des transports, etc., qui permette d'utiliser les ouvriers licenci&#233;s. Pratiquement, la rationalisation se traduit souvent par l'&#171; expulsion &#187; de certains groupes d'ouvriers et par l'aggravation du sort mat&#233;riel des autres. Ceci entra&#238;ne in&#233;vitablement une m&#233;fiance des ouvriers &#224; l'&#233;gard de la rationalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'une pression sur les conditions de travail est exerc&#233;e, ce sont toujours les groupes les plus faibles des travailleurs : man&#339;uvres, ouvriers saisonniers, femmes et jeunes, qui en p&#226;tissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1926, dans presque toutes les branches de l'industrie, une diminution du salaire de l'ouvri&#232;re s'est produite par rapport &#224; celui de l'ouvrier. Dans maintes branches d'industrie, le salaire des man&#339;uvres femmes repr&#233;sentait, en mars 1926, 51,8 %, 61,7 %, 83 % du salaire de l'homme. Les mesures n&#233;cessaires de protection du travail f&#233;minin, dans les branches industrielles, comme l'exploitation de la tourbe, les travaux de d&#233;chargement et de chargement, etc., ne sont pas prises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le salaire des jeunes, par rapport aux salaires des ouvriers adultes, diminue continuellement : en 1923, il formait 47,19 % ; en 1924, 45 % ; en 1925, 43,4 % ; en 1926, 40,5 % du salaire de l'adulte (Revue de la situation &#233;conomique des jeunes en 1924-1925, 1925-1926). En mars 1926, 49,5 % des jeunes gagnaient moins de 20 roubles par mois (Bureau central de statistiques). Le nombre des jeunes sans travail augmente tous les jours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ouvriers agricoles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le chiffre global de 3 millions et demi de la main-d'&#339;uvre agricole, les ouvriers et ouvri&#232;res agricoles sont au nombre de 1 600 000. Seulement 20 % de ceux-ci font partie d'organisations syndicales. L'enregistrement des contrats de travail, presque tous esclavagistes, est &#224; peine commenc&#233;. Le salaire des ouvriers agricoles est, habituellement et m&#234;me dans les entreprises &#233;tatiques, au-dessous du minimum fix&#233; par l'&#201;tat Le salaire actuel r&#233;el ne d&#233;passe pas, en moyenne, 63 % du salaire d'avant-guerre. La journ&#233;e de travail est rarement au-dessous de 10 heures ; en g&#233;n&#233;ral la journ&#233;e de travail des ouvriers agricoles n'est pas d&#233;limit&#233;e. Le salaire est pay&#233; irr&#233;guli&#232;rement et avec beaucoup de retard. La situation des plus difficiles dans laquelle se trouvent les ouvriers agricoles ne provient pas uniquement des difficult&#233;s de la construction socialiste dans un pays agricole arri&#233;r&#233;, mais provient aussi, certainement, d'un cours erron&#233; qui, en pratique, dans la vie et dans la triste r&#233;alit&#233;, se pr&#233;occupe surtout des couches favoris&#233;es de la campagne au lieu de s'occuper des couches d&#233;favoris&#233;es. Il est n&#233;cessaire de d&#233;fendre syst&#233;matiquement, partout, les int&#233;r&#234;ts des ouvriers agricoles contre les koulaks et contre les soi-disant paysans &#233;conomiquement forts.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question du logement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surface d'habitation pour les ouvriers est habituellement au-dessous de la moyenne de celle du reste de la population des villes. Les ouvriers des plus grandes villes industrielles sont la partie de la population la moins favoris&#233;e dans la question du logement. La r&#233;partition de la surface d'habitation, selon les groupes sociaux, dans les villes o&#249; un travail statistique a eu lieu, se traduit par les chiffres suivants : ouvriers, 5 &#224; 6 m&#232;tres carr&#233;s ; employ&#233;s, 6 &#224; 9 ; artisans, 7,6 ; professions lib&#233;rales, 10,9 ; &#233;l&#233;ments qui ne travaillent pas, 7,1. Ceci d&#233;montre que les ouvriers occupent la derni&#232;re place. La surface d'habitation des ouvriers diminue d'ann&#233;e en ann&#233;e. En m&#234;me temps, les couches non prol&#233;tariennes voient leur surface d'habitation augmenter. La situation g&#233;n&#233;rale, par rapport &#224; la construction des locaux d'habitation, menace le d&#233;veloppement futur de l'industrie. N&#233;anmoins, on reconna&#238;t, selon le plan quinquennal de construction de la Commission du plan d'&#201;tat, que d'ici 5 ans, la situation locative sera encore plus mauvaise qu'actuellement : la surface d'habitation moyenne vers la fin de 1926, qui &#233;tait de 11,3 m&#232;tres carr&#233;s, tombera, selon la Commission, vers la fin de 1931, &#224; 10,6.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ch&#244;mage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement lent de l'industrialisation se fait sentir surtout d'une fa&#231;on aigu&#235; dans la question du ch&#244;mage, qui a p&#233;n&#233;tr&#233; m&#234;me parmi les cadres les plus importants du prol&#233;tariat industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre officiel des ch&#244;meurs enregistr&#233;s pour le 1&#176; avril 1927 est de 1 656 000, le nombre r&#233;el des ch&#244;meurs atteint en r&#233;alit&#233; le chiffre de 2 millions. Le nombre des ch&#244;meurs grandit incontestablement plus vite que le nombre des ouvriers absorb&#233;s par l'industrie. Le nombre des ch&#244;meurs augmente rapidement parmi les ouvriers industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les pr&#233;visions du Plan quinquennal d'&#201;tat, l'industrie augmentera pendant cette p&#233;riode sa main-d'&#339;uvre de 400 000 ouvriers. &#201;tant donn&#233; l'afflux de la main&#173; d'&#339;uvre de la campagne, cela signifie que le nombre des ch&#244;meurs, vers la fin de 1931, s'accro&#238;tra pour atteindre au moins le chiffre de 3 millions. Les cons&#233;quences de cet &#233;tat de choses sont le d&#233;veloppement de la mendicit&#233;, de la prostitution et des sans-abri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ch&#244;meurs se plaignent &#224; juste titre de la fa&#231;on dont ils sont servis par les Caisses d'assurances. La moyenne des secours allou&#233;s est de 11,9 roubles (&#224; peu pr&#232;s 5 roubles d'avant-guerre). Les secours allou&#233;s par les syndicats &#224; leurs membres ne d&#233;passent pas 6,5 &#224; 7 roubles. Seulement 20 % des syndiqu&#233;s ch&#244;meurs b&#233;n&#233;ficient des secours allou&#233;s par les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Code du Travail a &#233;t&#233; soumis &#224; une telle multitude d'explications que celles-ci d&#233;passent de plusieurs fois le nombre des paragraphes qui existaient primitivement et dont un nombre assez important est supprim&#233;. C'est la d&#233;fense juridique des ouvriers saisonniers qui a empir&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne men&#233;e pour les Contrats collectifs se caract&#233;rise surtout presque partout par une diminution des garanties juridiques, une pression accrue sur le rendement et la fixation des prix. C'est ainsi que le droit accord&#233; aux organes &#233;conomiques de recourir &#224; l'arbitrage obligatoire a m&#234;me d&#233;truit dans son essence le contrat collectif, accord entre deux parties contractantes, qui devient une simple disposition administrative (Troud, 4 juillet 1927).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sommes, allou&#233;es &#224; l'industrie pour la protection du travail, sont tout &#224; fait insuffisantes. Selon les donn&#233;es du Commissariat du Travail de la RSFSR, pendant l'ann&#233;e &#233;conomique 1925-1926, sur 1 000 ouvriers travaillant dans de grosses entreprises, il se produisait en moyenne 97,6 accidents de travail entra&#238;nant une incapacit&#233; de travail. Un ouvrier sur 10, au cours de l'ann&#233;e, est sujet &#224; un accident de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derni&#232;res ann&#233;es sont marqu&#233;es par une augmentation des conflits. La solution des conflits, en r&#233;alit&#233;, n'a pas un caract&#232;re de conciliation, mais au contraire plut&#244;t de contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime int&#233;rieur dans les entreprises s'aggrave. L'administration cherche de plus en plus &#224; introduire dans les entreprises son pouvoir illimit&#233;. L'embauchage et le d&#233;bauchage, en fait, ne d&#233;pendent que de l'administration. Il n'est pas rare de voir entre les contrema&#238;tres et les ouvriers s'instaurer des rapports tout &#224; fait identiques &#224; ceux d'avant-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conf&#233;rences de production tendent &#224; dispara&#238;tre. La majeure partie des propositions pratiques des ouvriers concernant la production ne re&#231;oit aucune suite. Une partie des ouvriers est actuellement dress&#233;e contre ces conf&#233;rences de production, car les am&#233;liorations qui en r&#233;sultent entra&#238;nent la diminution du personnel. Tout ceci contribue &#224; une faible participation des ouvriers aux conf&#233;rences de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut faire ressortir dans le domaine des questions culturelles et d'existence les questions relatives &#224; l'&#233;cole. Il devient de plus en plus difficile aux ouvriers de donner &#224; leurs enfants non seulement des connaissances professionnelles, mais m&#234;me de leur fournir une instruction &#233;l&#233;mentaire. Dans presque tous les districts ouvriers, l'insuffisance des &#233;coles se fait sentir d'une fa&#231;on aigu&#235;. Ce syst&#232;me qui consiste &#224; prendre chez les parents des sommes destin&#233;es &#224; divers besoins de l'&#233;cole supprime pratiquement l'enseignement gratuit. Le manque d'&#233;coles et de jardins d'enfants laisse une grande partie des enfants ouvriers &#224; la merci de la rue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les organisations syndicales. Les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines divergences d'int&#233;r&#234;ts dans les questions des conditions de travail des entreprises (telles qu'elles furent reconnues dans une r&#233;solution du XI&#176; Congr&#232;s) ont grandi &#233;norm&#233;ment pendant les derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les derni&#232;res ann&#233;es, la politique du parti et des dirigeants syndicaux a amen&#233; les syndicats &#224; une situation telle que, m&#234;me de l'aveu du XIV&#176; Congr&#232;s du parti, &#171; les syndicats n'ont pas pu accomplir tout le travail qui leur &#233;tait fix&#233;, d&#233;montrant ainsi leur &#233;troitesse d'esprit, rel&#233;guant au second plan leurs t&#226;ches primordiales essentielles de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques des masses qu'ils englobent et de rel&#232;vement de leur niveau mat&#233;riel et moral &#187;. La situation apr&#232;s le XIV&#176; Congr&#232;s ne s'est pas am&#233;lior&#233;e, bien au contraire. La bureaucratisation des syndicats a fait un pas en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre des ouvriers travaillant &#224; l'usine ou des militants sans parti est insignifiant dans les organes dirigeants d'une dizaine de syndicats industriels (12 &#224; 13 %). L'immense majorit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s, dans les congr&#232;s syndicaux, est faite d'&#233;l&#233;ments, qui ne travaillent plus &#224; l'usine (Pravda, 23 juillet 1927). Jamais la classe ouvri&#232;re et les syndicats n'ont &#233;t&#233; aussi &#233;loign&#233;s de la direction de l'industrie socialiste qu'en ce moment. L'activit&#233; propre des organisations syndicales, expression des larges masses ouvri&#232;res, est remplac&#233;e par l'accord entre le secr&#233;taire de la cellule, le directeur de l'usine et le pr&#233;sident du Comit&#233; d'usine. Les Comit&#233;s d'usines inspirent une certaine m&#233;fiance aux ouvriers. La participation de ceux-ci aux r&#233;unions est tr&#232;s faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;contentement que l'ouvrier ne peut exprimer au syndicat, l'oblige &#224; se taire. &#171; Il nous est d&#233;fendu d'&#234;tre trop actifs. Si tu veux manger du pain, parle le moins possible. &#187; Ces d&#233;clarations sont g&#233;n&#233;rales. (Documents du Comit&#233; r&#233;gional de Moscou. Les r&#233;sultats des larges conf&#233;rences ouvri&#232;res. Revue d'informations, p. 30 et autres). On enregistre actuellement des tendances parmi les ouvriers &#224; am&#233;liorer leur sort en dehors des organisations syndicales. Cela d&#233;j&#224; nous d&#233;montre qu'il faut changer radicalement le r&#233;gime actuel des syndicats.&lt;br class='autobr' /&gt;
Propositions concr&#232;tes les plus importantes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans le domaine de la situation mat&#233;rielle des ouvriers&lt;br class='autobr' /&gt; Couper court &#224; toute tentative d'allonger la journ&#233;e de travail (d&#233;fense des huit heures). Ne tol&#233;rer les heures suppl&#233;mentaires que dans les cas de n&#233;cessit&#233; absolue. Ne pas tol&#233;rer les abus dans l'embauche de la main-d'&#339;uvre auxiliaire et dans le d&#233;classement des ouvriers titulaires dans les cat&#233;gories dites auxiliaires. Interdire toutes les prolongations de la journ&#233;e de travail dans les industries insalubres, autoris&#233;es actuellement uniquement gr&#226;ce &#224; la r&#233;vision des anciennes lois.&lt;br class='autobr' /&gt; Une des premi&#232;res t&#226;ches, c'est d'augmenter les salaires, tout au moins en rapport avec le rendement industriel actuel. Il faut s'efforcer que l'augmentation syst&#233;matique du salaire r&#233;el marche de pair avec l'augmentation du rendement de l'industrie. Il est n&#233;cessaire d'effectuer un plus grand rapprochement entre les divers groupes des salaires ouvriers, en relevant continuellement les bas salaires, sans pouf cela baisser les salaires des groupes mieux pay&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est n&#233;cessaire d'arr&#234;ter les alt&#233;rations bureaucratiques dans le domaine de la rationalisalion. La rationalisation doit &#234;tre intimement li&#233;e &#224; un d&#233;veloppement cons&#233;quent de l'industrie, &#224; une r&#233;partition, selon un plan, de la main-d'&#339;uvre et &#224; la lutte contre le gaspillage des forces productives de la classe ouvri&#232;re, eu particulier contre la diss&#233;mination des cadres des ouvriers qualifi&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour adoucir les cons&#233;quences du ch&#244;mage, il faut : a) calculer les secours allou&#233;s aux ouvriers en fonction du salaire moyen de la r&#233;gion en question ; b) ne pas tol&#233;rer la diminution des versements (par l'industrie) pour les assurances sociales et mener une lutte pour emp&#234;cher que ces sommes ne soient pas pay&#233;es en fait aux int&#233;ress&#233;s ; c) supprimer les d&#233;penses des caisses d'assurances ouvri&#232;res au profit des caisses d'assurances publiques ; d) mener Une lutte &#233;nergique, contre les &#233;conomies faites sur le dos des assur&#233;s ; e) supprimer toutes les d&#233;cisions qui ont permis, pour divers motifs, d'enlever les secours et de rayer des listes d'inscription des Bourses du Travail de v&#233;ritables ch&#244;meurs ; f) tendre les efforts pour augmenter les secours allou&#233;s aux ch&#244;meurs, en premier lieu &#224; ceux de l'industrie.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est n&#233;cessaire d'&#233;tudier m&#251;rement des travaux de longue dur&#233;e pour lesquels on pourrait utiliser les ch&#244;meurs, pour le plus grand bien du d&#233;veloppement &#233;conomique et culturel de notre pays.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est n&#233;cessaire d'am&#233;liorer continuellement les conditions locatives des ouvriers. Dans ce domaine, il faut r&#233;solument appliquer une stricte ligne de classe. Il ne faut pas tol&#233;rer que les &#233;l&#233;ments non prol&#233;tariens am&#233;liorent leurs conditions locatives aux d&#233;pens des ouvriers. Il ne faut pas permettre l'expulsion de leur logement des ouvriers licenci&#233;s des entreprises.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut, par des moyens &#233;nergiques, am&#233;liorer la coop&#233;rative d'habitation. Il faut la mettre &#224; la port&#233;e des couches inf&#233;rieures des ouvriers. Il ne faut pas tol&#233;rer que les couches sup&#233;rieures des employ&#233;s accaparent les logements destin&#233;s aux ouvriers. Il faut repousser les pr&#233;visions du plan d'&#201;tat dans les questions de logement comme perspectives contredisant grossi&#232;rement la politique socialiste. Obliger les entreprises &#224; augmenter les d&#233;penses pour la construction de logements ouvriers. Augmenter dans le budget les sommes allou&#233;es &#224; ce chapitre afin d'arriver, d'ici cinq ans, &#224; un changement radical dans ce domaine, en am&#233;liorant les conditions de logement des ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt; Les contrats collectifs doivent &#234;tre r&#233;ellement discut&#233;s et accept&#233;s dans les assembl&#233;es ouvri&#232;res. Proposer au prochain congr&#232;s du Parti d'annuler toutes les d&#233;cisions accordant aux organes &#233;conomiques le droit de recourir &#224; l'arbitrage obligatoire. Le Code du Travail doit &#234;tre compris non comme le maximum, mais bien comme le minimum fixant les conditions de travail. Les contrats collectifs doivent servir en eux-m&#234;mes de garanties contre le licenciement possible d'une partie du personnel (les licenciements probables doivent &#234;tre mentionn&#233;es s&#233;par&#233;ment). La norme du rendement individuel doit &#234;tre fix&#233;e, non selon le rendement du meilleur ouvrier, mais selon les capacit&#233;s moyennes, et pour le laps de temps fix&#233; par les accords concernant les prix. Reconna&#238;tre comme inadmissible tout contrat collectif qui, en comparaison avec les pr&#233;c&#233;dents, aggrave la situation des ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt; Mettre sous le contr&#244;le plus &#233;troit des organisations syndicales et des ouvriers, l'activit&#233; des Bourses du Travail : mettre fin aux changements continuels dans la fixation des prix et du rendement individuel.&lt;br class='autobr' /&gt; Augmenter les sommes allou&#233;es pour la protection du travail et l'am&#233;lioration des conditions de travail. Augmentation des peines juridiques pour infraction aux lois concernant la protection du travail. Pour les ouvri&#232;res &#171; &#224; travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#187;. &#201;lever la qualification du travail f&#233;minin.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est inadmissible d'instaurer l'apprentissage non r&#233;tribu&#233;. Il faut mettre fin &#224; la diminution continuelle du salaire des jeunes. Prendre les mesures qui s'imposent pour l'am&#233;lioration des conditions de travail de la jeunesse laborieuse.&lt;br class='autobr' /&gt; Le r&#233;gime d'&#233;conomies ne doit pas se traduire dans la vie par une aggravation des int&#233;r&#234;ts vitaux des ouvriers. Il est n&#233;cessaire de rendre aux ouvriers les &#171; bagatelles &#187; supprim&#233;es (cr&#232;ches, billets de trams, vacances plus longues, etc.).&lt;br class='autobr' /&gt; Les syndicats doivent s'occuper un peu plus des ouvriers saisonniers.&lt;br class='autobr' /&gt; Augmenter les secours m&#233;dicaux &#224; l'usine (dispensaires, h&#244;pitaux, etc.).&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les districts ouvriers, augmenter le nombre des &#233;coles pour les enfants des travailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt; Renforcer, par divers mesures &#233;tatiques, la situation de la coop&#233;ration ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans le domaine du travail syndical.&lt;br class='autobr' /&gt; La valeur du travail accompli par les syndicats d&#233;pend avant tout du degr&#233; de leur d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et culturels de la classe ouvri&#232;re dans le cadre des possibilit&#233;s &#233;conomiques donn&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; Les organisations du Parti, quand elles examinent les mesures &#224; prendre concernant les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques vitaux et les int&#233;r&#234;ts culturels des masses ouvri&#232;res, doivent pr&#234;ter l'oreille aux opinions &#233;mises sur ces questions par les fractions communistes des organisations syndicales.&lt;br class='autobr' /&gt; Les syndicats doivent proc&#233;der &#224; la d&#233;signation aux postes syndicaux, par des &#233;lections r&#233;elles, publiquement faites, dont ils doivent rendre compte et prendre la responsabilit&#233; &#224; tous les degr&#233;s de l'organisation.&lt;br class='autobr' /&gt; Tous les organes dirigeants de l'industrie doivent &#234;tre form&#233;s en accord r&#233;el avec les organisations syndicales correspondantes.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les congr&#232;s des syndicats industriels (m&#234;me de toute l'Union), dans tous les organes &#233;li&#173;gibles, m&#234;me &#224; la CE de la CGT, la majorit&#233; doit &#234;tre r&#233;serv&#233;e aux ouvriers qui travaillent &#224; l'usine.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut que les &#233;l&#233;ments ouvriers sans-parti parti&#173;cipent plus largement &#224; ces organes, de telle fa&#231;on qu'ils en constituent au moins un tiers.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut r&#233;guli&#232;rement renvoyer &#224; l'usine une certaine partie des membres de l'appareil syndical.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut, dans le travail syndical, employer un peu plus les camarades non r&#233;tribu&#233;s, utiliser les bonnes volont&#233;s, en attirant au travail syndical les ouvriers des usines.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est inadmissible de d&#233;placer d'un poste syndical &#233;lu des camarades pour des d&#233;saccords int&#233;rieurs au Parti.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut assurer la pleine ind&#233;pendance des Comit&#233;s d'usines et des Comit&#233;s locaux vis-&#224;-vis des administrations. L'embauchage et le d&#233;bauchage ainsi que les changements de travail pour une dur&#233;e de plus de 15 jours ne doivent &#234;tre faits qu'en accord avec le Comit&#233; d'usine, Il faut lutter contre les abus dans ce domaine en utilisant le droit qu'&#224; le Comit&#233; d'usine de protester contre une d&#233;cision de l'adminis&#173;tration aupr&#232;s de l'organisation syndicale corres&#173;pondant aux commissions des conflits.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut garantir certains droits des corres&#173;pondants ouvriers et punir sans piti&#233; ceux qui les poursuivent pour des divulgations. Dans le code p&#233;nal, il faut introduire un paragraphe punissant comme crime contre l'&#201;tat n'importe quelle brimade contre les ouvriers pour cause de critique, de propo&#173;sition personnelle ou de vote.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut pratiquement &#233;largir le champ d'action des commissions de contr&#244;le des conf&#233;rences de pro&#173;duction, en leur donnant la possibilit&#233; de contr&#244;ler l'ex&#233;cution des d&#233;cisions et la sauvegarde et la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut laisser intactes les d&#233;cisions, inspir&#233;es par L&#233;nine au XI&#176; Congr&#232;s du parti concernant le droit de gr&#232;ve dans les industries d'&#201;tat. En ce qui concerne le droit de gr&#232;ve dans les industries conc&#233;d&#233;es, il faut le mettre sui, le m&#234;me plan que s'il s'agissait d'un particulier.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut v&#233;rifier et rajuster tout le syst&#232;me de la statistique du travail qui, dans son &#233;tat actuel, donne un faux tableau de la situation &#233;conomique .et de la vie de la classe ouvri&#232;re, emp&#234;chant ainsi m&#234;me tout le travail dans le domaine de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation difficile de la classe ouvri&#232;re au X&#176; anniversaire de la R&#233;volution d'Octobre s'explique &#233;videmment aussi, en dernier lieu, par la pauvret&#233; du pays, fruit des interventions militaires, du blocus, et par la lutte du milieu capitaliste qui entoure le premier &#201;tat prol&#233;tarien. On ne peut pas changer la situation d'un coup de baguette magique. Mais on peut et on doit changer la situation en suivant une ligne juste. La t&#226;che des bolcheviks ne consiste pas &#224; se vanter et &#224; embellir les r&#233;sultats acquis (il en existe &#233;videmment), mais &#224; poser carr&#233;ment la question de ce qui n'est pas encore fait, de ce qu'il faut faire, de ce qu'on petit faire en avant une ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1928/07/ogi192807.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les communistes de gauche de Russie, la paix et la transition au socialisme</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8351</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8351</guid>
		<dc:date>2026-08-30T22:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Liebknecht</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les communistes de gauche de Russie, la paix et la transition au socialisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur l'infantilisme &#034;de gauche&#034; et les id&#233;es petites-bourgeoises L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt;
5 mai 1918 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;dition par le petit groupe des &#171; communistes de gauche &#187; de leur revue Kommounist [a] (n&#176; 1, 20 avril 1918) et de leur &#171; th&#232;ses &#187; confirme parfaitement ce que j'avais dit dans ma brochure sur Les t&#226;ches imm&#233;diates du pouvoir . On ne pouvait souhaiter une confirmation plus frappante &#8209; dans la litt&#233;rature politique &#8209; de toute la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot256" rel="tag"&gt;Liebknecht&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les communistes de gauche de Russie, la paix et la transition au socialisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur l'infantilisme &#034;de gauche&#034; et les id&#233;es petites-bourgeoises&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 mai 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;dition par le petit groupe des &#171; communistes de gauche &#187; de leur revue Kommounist [a] (n&#176; 1, 20 avril 1918) et de leur &#171; th&#232;ses &#187; confirme parfaitement ce que j'avais dit dans ma brochure sur Les t&#226;ches imm&#233;diates du pouvoir . On ne pouvait souhaiter une confirmation plus frappante &#8209; dans la litt&#233;rature politique &#8209; de toute la na&#239;vet&#233; qu'il y a &#224; d&#233;fendre le laisser&#173;-aller petit&#8209;bourgeois qui se dissimule parfois sous des mots d'ordre &#171; de gauche &#187;. Il est utile et n&#233;cessaire de s'arr&#234;ter aux raisonnements des &#171; communistes de gauche &#187;, car ils sont caract&#233;ristiques de la p&#233;riode que nous vivons ; ils font ressortir avec une nettet&#233; extraordinaire, sous son aspect n&#233;gatif, ce qu'il y a de plus important dans cette p&#233;riode ; ils sont riches d'enseignements, car nous avons affaire ici aux meilleurs repr&#233;sentants de ceux qui n'ont pas compris la situation actuelle, &#224; des hommes qui, par leurs connaissances et leur d&#233;vouement, sont de beaucoup, de tr&#232;s loin sup&#233;rieurs aux repr&#233;sentants ordinaires de la m&#234;me erreur, je veux parler des socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sa qualit&#233; de facteur politique, ou pr&#233;tendant &#224; un r&#244;le politique, le groupe des &#171; communistes de gauche &#187; nous a donn&#233; ses &#171; th&#232;ses sur la situation actuelle &#187;. C'est une excellente habitude marxiste que de pr&#233;senter un expos&#233; complet et harmonieux des principes de ses conceptions et de sa tactique. Et cette excellente habitude marxiste a contribu&#233; &#224; mettre en &#233;vidence l'erreur de nos &#171; communistes de gauche &#187;, car rien que leur tentative de construire une argumentation &#8209; au lieu de se cantonner dans des d&#233;clamations &#8209; suffit &#224; faire &#233;clater l'inconsistance de leurs arguments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui saute avant tout aux yeux, c'est l'abondance des allusions, des insinuations, des d&#233;robades au sujet de la vieille question de savoir si l'on a bien fait de conclure la paix de Brest&#8209;Litovsk. Les &#171; communistes de gauche &#187; n'ont pas os&#233; poser cette question de front ; ils ont bonne mine, entassant argument sur argument, ergotant &#224; perte de vue, recherchant tous les &#171; d'une part &#187; et tous les &#171; d'autre part &#187;, dissertant de tout et de rien, et s'effor&#231;ant d'ignorer combien ils se contredisent eux&#8209;m&#234;mes Ils ont bien soin de relever le chiffre des 12 voix qui se sont affirm&#233;es contre la paix au congr&#232;s du parti, 28 &#233;tant pour, mais ils passent modestement sous silence le fait qu'&#224; la fraction bolch&#233;vique du Congr&#232;s des Soviets, ils ont r&#233;uni moins du dixi&#232;me des voix sur plusieurs centaines de votants. Ils inventent une &#171; th&#233;orie &#187; d'apr&#232;s laquelle ce sont &#171; les &#233;l&#233;ments fatigu&#233;s et d&#233;class&#233;s &#187; qui &#233;taient pour la paix, tandis que &#171; Ies ouvriers et les paysans des r&#233;gions du Sud, &#233;conomiquement plus d'aplomb et mieux ravitaill&#233;es en bl&#233; &#187; &#233;taient contre... Comment ne pas rire de ces affirmations ? Pas un mot sur le vote en faveur de la paix &#233;mis par le Congr&#232;s des Soviets d'Ukraine ; pas un mot sur le caract&#232;re social, le caract&#232;re de classe du conglom&#233;rat politique typiquement petit&#8209;bourgeois et d&#233;class&#233; (le parti socialiste&#173;-r&#233;volutionnaire de gauche) qui, en Russie, &#233;tait contre la paix. C'est l&#224; une mani&#232;re typique enfantine de dissimuler sa banqueroute sous d'amusantes explications &#171; scientifiques &#187;, en taisant des faits dont la simple &#233;num&#233;ration e&#251;t montr&#233; que c'&#233;taient pr&#233;cis&#233;ment des &#233;l&#233;ments intellectuels d&#233;class&#233;s des couches &#171; sup&#233;rieures &#187; du parti qui combattaient la paix par des mots d'ordre relevant de la phras&#233;ologie petite-bourgeoise r&#233;volutionnaire, et que ce sont pr&#233;cis&#233;ment les masses des ouvriers et des paysans exploit&#233;s qui ont impos&#233; la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simple et claire v&#233;rit&#233; se fraie n&#233;anmoins un chemin &#224; travers toutes ces d&#233;clarations et ces arguties des &#171; communistes de gauche &#187; sur la question de la guerre et de la paix. La conclusion de la paix &#8209; doivent reconna&#238;tre les auteurs des th&#232;ses &#8209; a momentan&#233;ment affaibli l'aspiration des imp&#233;rialistes &#224; s'entendre sur le plan international (les &#171; communistes de gauche &#187; le disent en des termes inexacts, mais ce n'est pas ici le lieu de nous arr&#234;ter &#224; leurs inexactitudes). &#171; La conclusion de la paix a d&#233;j&#224; entra&#238;n&#233; une exacerbation de la lutte entre les puissances imp&#233;rialistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui est un fait. Voil&#224; qui a une importance d&#233;cisive. Voil&#224; pourquoi les adversaires de la conclusion de la paix faisaient objectivement le jeu des imp&#233;rialistes, &#233;taient tomb&#233;s dans leur pi&#232;ge. Car, tant que n'a pas &#233;clat&#233; une r&#233;volution socialiste internationale, embrassant plusieurs pays, assez forte pour vaincre l'imp&#233;rialisme international, le premier devoir des socialistes victorieux dans un seul pays (particuli&#232;rement arri&#233;r&#233;) est de ne pas accepter la bataille contre les g&#233;ants imp&#233;rialistes, de s'efforcer de l'&#233;viter, d'attendre que la lutte des imp&#233;rialistes entre eux les affaiblisse encore plus, qu'elle rapproche encore la r&#233;volution dans les autres pays. Cette simple v&#233;rit&#233;, nos &#171; communistes de gauche &#187; ne l'ont pas comprise en janvier, en f&#233;vrier et en mars ; ils craignent aujourd'hui encore de la reconna&#238;tre ouvertement, elle se fraie un chemin &#224; travers tous leurs balbutiements embrouill&#233;s : &#171; On ne saurait, d'une part, ne pas admettre... mais on doit, d'autre part, reconna&#238;tre... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le courant du printemps et de l'&#233;t&#233; prochains &#233;crivent les &#171; communistes de gauche &#187; dans leurs th&#232;ses, doit commencer l'&#233;croulement du syst&#232;me imp&#233;rialiste, &#233;croulement que la victoire &#233;ventuelle de l'imp&#233;rialisme allemand dans la phase actuelle de la guerre ne peut que diff&#233;rer, et qui rev&#234;tira alors des formes encore plus aigu&#235;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formule est ici encore plus enfantine et inexacte, en d&#233;pit de tout son appareil pseudo-&#173;scientifique. C'est le propre des enfants de &#171; comprendre &#187; la science comme si elle pouvait pr&#233;voir en quelle ann&#233;e, au printemps, en automne ou en hiver, &#171; doit commencer l'&#233;croulement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des tentatives ridicules de conna&#238;tre l'incon&#173;naissable. Aucun homme politique s&#233;rieux ne dira jamais quand &#171; doit commencer &#187; l'&#233;croulement d'un &#171; syst&#232;me &#187; (d'autant plus que l'&#233;croulement du syst&#232;me a d&#233;j&#224; commenc&#233;, et qu'il s'agit de dire quand se produira l'explosion dans les divers pays). Mais une v&#233;rit&#233; ind&#233;niable se fraie cependant un chemin &#224; travers la pu&#233;rile impuissance de cette formule : les explosions de la r&#233;volution dans les autres pays plus avanc&#233;s que le n&#244;tre, sont plus pr&#232;s de nous maintenant, un mois apr&#232;s la &#171; tr&#234;ve &#187; ouverte par la signature de la paix, qu'elles ne l'&#233;taient il y a un mois ou un mois et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est&#8209;ce &#224; dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que les partisans de la paix avaient pleinement raison, et que l'histoire les a d&#233;j&#224; justifi&#233;s, lors qu'ils s'effor&#231;aient d'expliquer aux amateurs d'attitudes romantiques qu'il fallait savoir calculer le rapport de forces et ne pas venir en aide aux imp&#233;rialistes en leur facilitant la lutte contre le socialisme lorsque celui&#8209;ci est encore faible et que ses chances dans la lutte sont a priori d&#233;favorables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nos &#171; communistes de gauche &#187;, qui aiment aussi se qualifier de &#171; communistes prol&#233;tariens &#187;, car ils n'ont pas grand&#8209;chose de prol&#233;tarien et sont surtout des petits-bourgeois, ne savent pas r&#233;fl&#233;chir au rapport des forces ni &#224; la n&#233;cessit&#233; d'en tenir compte. C'est l&#224; l'essentiel du marxisme et de la tactique marxiste, mais ils passent outre &#224; l' &#171; essentiel &#187;, avec des phrases pleines de &#171; superbe &#187; du genre de celle&#8209;ci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ... &#171; L'enracinement parmi les masses d'une &#171; psychologie de paix &#187; toute de passivit&#233; est un fait objectif de &#171; conjoncture politique actuelle... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est&#8209;ce pas l&#224; vraiment une perle ? Alors que, apr&#232;s trois ann&#233;es de la plus douloureuse et de la plus r&#233;actionnaire des guerres, le peuple a obtenu, gr&#226;ce au pouvoir des Soviets et &#224; sa juste tactique qui ne s'&#233;gare pas dans la phras&#233;ologie, une petite, une toute petite tr&#234;ve, bien pr&#233;caire et incompl&#232;te, nos petits intellectuels &#171; de gauche &#187; d&#233;clarent d'un air profond, avec le superbe aplomb d'un Narcisse amoureux de lui-m&#234;me : &#171; L'enracinement (!!!) parmi les masses (???) d'une psychologie de paix toute de passivit&#233; (!!!???). &#187; N'avais&#8209;je pas raison de dire au congr&#232;s du parti que le journal ou la revue des &#171; gauches &#187; aurait d&#251; s'appeler le Gentilhomme et non le Kommou&#173;nist ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment un communiste qui comprend tant soit peu les conditions d'existence et la mentalit&#233; des masses labo&#173;rieuses et exploit&#233;es peut&#8209;il en venir &#224; cette mentalit&#233; typi&#173;que d 'intellectuel, de petit bourgeois, de d&#233;class&#233;, &#224; l'&#233;tat d'esprit d'un nobliau ou d'un gentilhomme, qui taxe de &#171; passivit&#233; &#187; la &#171; psychologie de paix &#187; et consid&#232;re comme &#171; actif &#187; le geste de brandir un sabre de carton ? C'est bien brandir un sabre de carton que d'&#233;luder, comme le font nos &#171; communistes de gauche &#187;, le fait par&#173;faitement connu et d&#233;montr&#233; une fois de plus par la guerre en Ukraine que les peuples &#233;puis&#233;s par trois ann&#233;es de car&#173;nage ne peuvent poursuivre la guerre sans b&#233;n&#233;ficier d'une tr&#234;ve, et que la guerre, si l'on n'a pas la force de l'organiser &#224; l'&#233;chelle nationale, engendre tr&#232;s souvent un &#233;tat de d&#233;liquescence inh&#233;rent &#224; l'esprit petit-propri&#233;taire, et non la discipline de fer, propre au prol&#233;tariat. La revue Kommounist nous montre &#224; chaque instant que nos &#171; communistes de gauche &#187; n'ont pas la moindre id&#233;e de ce que c'est que la discipline de fer prol&#233;tarienne et des moyens de l'assurer, qu'ils sont p&#233;n&#233;tr&#233;s jusqu'&#224; la moelle de la psychologie de l'intellectuel petit&#8209;bourgeois d&#233;class&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut&#8209;&#234;tre les phrases des &#171; communistes de gauche &#187; ne sont&#8209;elles que le fruit d'une fougue enfantine, d'ailleurs tourn&#233;e vers le pass&#233; et n'ayant par cons&#233;quent aucune port&#233;e politique ? C'est ainsi que d'aucuns essaient de d&#233;fendre nos &#171; communistes de gauche &#187;. Mais c'est faux. Quand on pr&#233;tend assumer un r&#244;le de direc&#173;tion politique, on doit savoir m&#233;diter sur les t&#226;ches politi&#173;ques, sinon nos &#171; communistes de gauche &#187; en viennent &#224; manquer de caract&#232;re et &#224; pr&#234;cher des flottements dont le seul sens objectif est d'aider les imp&#233;rialistes &#224; provoquer la R&#233;publique Sovi&#233;tique de Russie &#224; un combat manifes&#173;tement d&#233;savantageux pour cette derni&#232;re, d'aider les imp&#233;rialistes &#224; nous faire tomber dans un pi&#232;ge. &#201;coutez :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (...) &#171; La r&#233;volution ouvri&#232;re de Russie ne peut pas &#171; rester sauve &#187; en abandonnant le chemin de la r&#233;volution internationale, en &#233;vitant sans cesse le combat et en reculant devant la pouss&#233;e du capital international, en faisant des concessions au &#171; capital national &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; De ce point de vue, il est indispensable de poursuivre r&#233;solument une politique internationale de classe, joignant &#224; la propagande r&#233;volutionnaire internationale par la parole et par l'action, le renforcement de la liaison organique avec le socialisme international (et non avec la bourgeoisie internationale) &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aurons l'occasion de reparler des attaques contenues dans ce passage et se rapportant &#224; la politique int&#233;rieure. Mais voyez d'abord ce d&#233;ferlement de grandes phrases &#8209; en m&#234;me temps que cette timidit&#233; sur le plan pratique &#8209; dans le domaine de la politique ext&#233;rieure. Quelle est la tactique obligatoire pour quiconque ne veut pas &#234;tre un instrument de la provocation imp&#233;rialiste et tomber dans le pi&#232;ge qui nous est tendu actuellement ? Tout homme politique doit donner &#224; cette question une r&#233;ponse nette et directe. On conna&#238;t la r&#233;ponse de notre parti : dans la situation actuelle, il faut battre en retraite, &#233;viter le combat. Nos &#171; communistes de gauche &#187; n'osent pas dire le contraire et tirent en l'air : &#171; poursuivre r&#233;solument une politique internationale de classe &#187; !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est mystifier les masses. Si vous voulez faire la guerre maintenant, dites&#8209;le franchement. Si vous ne voulez pas battre en retraite maintenant, dites&#8209;le franchement. Sinon vous devenez, de par votre r&#244;le objectif, des instruments de la provocation imp&#233;rialiste. Quant &#224; votre &#171; psychologie &#187; subjective, elle est celle du petit bourgeois exasp&#233;r&#233; qui plastronne et fanfaronne, mais sent tr&#232;s bien que le prol&#233;taire a raison de battre en retraite et de s'efforcer de le faire d'une fa&#231;on organis&#233;e, que le prol&#233;taire a raison d'estimer que tant qu'on n'a pas encore assez de forces, il faut reculer (devant l'imp&#233;rialisme occidental et oriental), f&#251;t&#8209;ce jusqu'&#224; l'Oural, car c'est la seule chance de triompher en cette p&#233;riode de maturation de la r&#233;volution en Occident, r&#233;volution qui (malgr&#233; les bavardages des &#171; communistes de gauche &#187;) ne doit pas commencer &#171; au printemps ou en &#233;t&#233; &#187; mais devient de mois en mois de plus en plus proche et probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; communistes de gauche &#187; n'ont pas de politique &#171; en propre &#187; ; ils n'osent pas d&#233;clarer que la retraite est inutile en ce moment. Ils tergiversent et se d&#233;robent, jouant sur les mots et parlant d'&#233;viter &#171; sans cesse &#187; le combat, alors qu'il est question de l'&#233;luder en ce moment. Ils lan&#173;cent des bulles de savon : &#171; propagande r&#233;volutionnaire internationale par l'action &#187; !! Qu'est&#8209;ce que cela veut dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne peut vouloir dire que de deux choses l'une : ou bien c'est pure vantardise &#224; la Nozdrev [b] , ou bien il s'agit d'une guerre offensive en vue de renverser l'im&#173;p&#233;rialisme international. Comme on ne saurait avancer ouvertement pareille absurdit&#233;, les &#171; communistes de gau&#173;che &#187; se voient oblig&#233;s, de peur d'&#234;tre tourn&#233;s en ridicule par tout prol&#233;taire conscient, de se r&#233;fugier derri&#232;re des phrases grandiloquentes et creuses : peut&#8209;&#234;tre le lecteur distrait ne pensera&#8209;t&#8209;il pas ainsi &#224; se demander ce que veut dire exactement cette &#171; propagande r&#233;volutionnaire internationale par l'action &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lancer des phrases ronflantes, c'est le propre des inteIlectuels, petits&#8209;bourgeois d&#233;class&#233;s. Il est certain que les prol&#233;taires communistes organis&#233;s condamneront cette &#171; m&#233;thode &#187;, tout au moins en la ridiculisant et en expulsant les partisans de cette m&#233;thode de tout poste responsable. Il faut dire aux masses l'am&#232;re v&#233;rit&#233; simplement, clairement, sans ambages : il est possible et m&#234;me probable que le parti militaire l'emporte une fois de plus en Allemagne (dans le sens d'une offensive imm&#233;diate contre nous) et que l'AIlemagne et le Japon essaient de nous &#233;trangler et de partager notre territoire en vertu d'un accord formel ou tacite. Si nous ne voulons pas pr&#234;ter l'oreille aux braillards, notre tactique doit consister &#224; attendre, &#224; gagner du temps, &#224; &#233;viter le combat, &#224; battre en retraite. Si nous repoussons loin de nous les braillards et si nous nous &#171; reprenons en main &#187;, en cr&#233;ant une v&#233;ritable discipline de fer, v&#233;ritablement prol&#233;tarienne, v&#233;ritablement communiste, nous avons des chances s&#233;rieuses de gagner de nombreux mois. Et alors, m&#234;me en reculant (en mettant les choses au pire) jusqu'&#224; l'Oural, nous faciliterons &#224; notre alli&#233; (le prol&#233;tariat international) le concours qu'il peut nous apporter, nous lui offrirons (pour employer le vocabulaire sportif) la possibilit&#233; de &#171; couvrir &#187; la distance qui s&#233;pare le d&#233;but des explosions r&#233;volutionnaires de la r&#233;volution elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tactique est la seule qui puisse renforcer effectivement la liaison entre un d&#233;tachement du socialisme international qui se trouve momentan&#233;ment isol&#233; et les autres d&#233;tachements ; alors que chez vous, chers &#171; communistes de gauche &#187;, on ne voit &#224; vrai dire qu'un &#171; renforcement de la liaison organique &#187; entre une phrase ronflante et un autre phrase ronflante. C'est l&#224; une pi&#232;tre &#171; liaison organique &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je vais vous expliquer, chers amis, pourquoi ce malheur vous est arriv&#233; : parce que vous apprenez par c&#339;ur et vous retenez les mots d'ordre de la r&#233;volution beaucoup plus que vous n'essayez de les comprendre. C'est pourquoi vous mettez entre guillemets les mots &#171; d&#233;fense de la patrie socialiste &#187;, en essayant probablement d'&#234;tre ironiques, mais en montrant en fait combien vos id&#233;es sont brouill&#233;es. Vous &#234;tes habitu&#233;s &#224; consid&#233;rer la d&#233;fense nationale comme quelque chose d'inf&#226;me et d'ignoble, vous l'avez appris par c&#339;ur et vous l'avez retenu, vous l'avez serin&#233; avec tant de z&#232;le que plusieurs d'entre vous en sont arriv&#233;s &#224; cette affirmation absurde qu'&#224; l'&#233;poque imp&#233;rialiste la d&#233;fense de la patrie serait inadmissible (en fait, elle n'est inadmissible que dans une guerre imp&#233;rialiste, r&#233;actionnaire, men&#233;e par la bourgeoisie). Mais vous n'avez pas essay&#233; de comprendre pourquoi et quand la &#171; d&#233;fense de la patrie &#187; est une infamie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre la d&#233;fense de la patrie, c'est reconna&#238;tre qu'une guerre est juste et l&#233;gitime. Juste et l&#233;gitime &#224; quel point de vue ? Uniquement du point de vue du prol&#233;tariat socialiste et de sa lutte pour l'&#233;mancipation ; nous n'admettons pas d'autre point de vue. Si c'est la classe des exploiteurs qui fait la guerre pour renforcer sa domination de classe, il s'agit d'une guerre criminelle et la &#171; d&#233;fense de la patrie &#187; dans cette guerre est une infamie et une trahison envers le socialisme. Si c'est le prol&#233;tariat qui, apr&#232;s avoir triomph&#233; de la bourgeoisie dans son propre pays, fait la guerre pour consolider et d&#233;velopper le socialisme, il s'agit d'une guerre l&#233;gitime et &#171; sacr&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes partisans de la d&#233;fense de la patrie depuis le 25 octobre 1917. Je l'ai dit plus d'une fois avec la plus grande nettet&#233;, et vous n'osez pas le contester. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour &#171; renforcer la liaison &#187; avec le socialisme international, qu'il est de notre devoir de d&#233;fendre la pa&#173;trie socialiste . Celui&#8209;l&#224; compromettrait la liaison avec le socialisme international qui traiterait avec l&#233;g&#232;ret&#233; la d&#233;&#173;fense du pays o&#249; le prol&#233;tariat a d&#233;j&#224; triomph&#233;. Quand nous &#233;tions des repr&#233;sentants de la classe opprim&#233;e, nous ne traitions pas avec l&#233;g&#232;ret&#233; la d&#233;fense de la patrie dans la guerre imp&#233;rialiste, nous en &#233;tions les adversaires de principe. Devenus les repr&#233;sentants de la classe dominante qui a commenc&#233; &#224; organiser le socialisme, nous exigeons de tous une attitude s&#233;rieuse envers la d&#233;fense du pays. Et cette attitude s&#233;rieuse consiste &#224; se pr&#233;parer activement &#224; la d&#233;fense du pays et &#224; tenir rigoureusement compte du rapport des forces. S'il est &#233;vident que nos forces sont insuffisantes, la retraite au c&#339;ur du pays est le principal moyen de d&#233;fense (celui qui voudrait ne voir l&#224; qu'une formule de circonstance, forg&#233;e pour les besoins de la cause, peut lire chez le vieux Clausewitz, l'un des grands &#233;crivains militaires, le bilan des enseignements de l'histoire qu'il d&#233;gage &#224; ce propos). Or, chez les &#171; communistes de gauche &#187;, rien ne nous permet de penser qu'ils comprennent l'importance du probl&#232;me du rapport des forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du temps o&#249; nous &#233;tions les adversaires de principe de la d&#233;fense de la patrie, nous avions le droit de tourner en ridicule ceux qui voulaient &#171; sauvegarder &#187; leur patrie dans l'int&#233;r&#234;t, pr&#233;tendaient&#8209;ils, du socialisme. Maintenant que nous avons le droit d'&#234;tre des partisans prol&#233;tariens de la d&#233;fense de la patrie, le probl&#232;me se pose d'une tout autre fa&#231;on. Notre devoir devient de mesurer avec la plus grande prudence nos forces, d'examiner minutieusement les possi&#173;bilit&#233;s de recevoir &#224; temps du renfort de notre alli&#233; (le pro&#173;l&#233;tariat international). L'int&#233;r&#234;t du capital est de battre son ennemi (le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire) par parties, tant que les ouvriers de tous les pays ne se sont pas encore unis (dans l'action, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire en commen&#231;ant la r&#233;volu&#173;tion). Notre int&#233;r&#234;t &#224; nous est de faire tout notre possible, d'utiliser toutes les chances, aussi minimes soient&#8209;elles, pour diff&#233;rer la bataille d&#233;cisive jusqu'au moment (ou &#171; jusqu'apr&#232;s &#187; le moment) o&#249; se produira cette fusion des d&#233;tachements r&#233;volutionnaires au sein de la grande et indivisible arm&#233;e internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant aux d&#233;boires de nos &#171; communistes de gauche &#187; en mati&#232;re de politique int&#233;rieure. Il est difficile de ne pas sourire en lisant dans les th&#232;ses sur la situation actuelle des phrases comme celle&#8209;ci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; ... L'utilisation m&#233;thodique des moyens de production rest&#233;s intacts ne se con&#231;oit que dans le cadre de la socialisation la plus r&#233;solue &#187;... &#171; non pas la capitulation devant la bourgeoisie et ses supp&#244;ts intellectuels petits&#8209;bourgeois, mais l'&#233;crasement complet de la bourgeoisie et une action tendant &#224; briser d&#233;finitivement le sabotage... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chers &#171; communistes de gauche &#187;, quelle surabondance de r&#233;solution... et quelle insuffisance de r&#233;flexion ! Qui, veut dire cette &#171; socialisation la plus r&#233;solue &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#234;tre r&#233;solu ou irr&#233;solu en mati&#232;re de nationalisation et de confiscation. Mais aucune &#171; r&#233;solution &#187;, f&#251;t elle la plus grande qui soit, ne suffit pour assurer le passage de la nationalisation et des confiscations &#224; la socialisation. Toute la question est l&#224;, pr&#233;cis&#233;ment. Le malheur de nos &#171; communistes de gauche &#187;, c'est que par ce na&#239;f et pu&#233;ril assemblage de mots : &#171; La socialisation... la plus r&#233;solue &#187;, ils r&#233;v&#232;lent leur incompr&#233;hension totale du n&#339;ud de la question et de la situation &#171; actuelle &#187;. Les d&#233;boires des &#171; communistes de gauche &#187; viennent pr&#233;cis&#233;ment de ce qu'ils ne voient pas le trait essentiel de la &#171; situation actuelle &#187;, du passage des confiscations (pour lesquelles un homme politique doit surtout faire preuve de r&#233;solution) &#224; la socialisation (qui exige des r&#233;volutionnaires d'autres qualit&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier, il fallait essentiellement nationaliser, confisquer, battre et achever la bourgeoisie et briser le sabotage avec le maximum de r&#233;solution. Aujourd'hui, il n'est que des aveugles pour ne pas voir que nous avons nationalis&#233;, confisqu&#233;, bris&#233; et d&#233;moli plus que nous n'avons r&#233;ussi &#224; compter . Or, la socialisation diff&#232;re de la simple confiscation pr&#233;cis&#233;ment en ceci qu'on peut confisquer avec la seule &#171; r&#233;solution &#187;, sans &#234;tre comp&#233;tent en mati&#232;re de recensement et de r&#233;partition rationnelle de ce qui a &#233;t&#233; confisqu&#233;, tandis qu'on ne peut socialiser &#224; d&#233;faut de cette comp&#233;tence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre m&#233;rite historique est d'avoir &#233;t&#233; hier (comme nous le serons demain) r&#233;solus dans le domaine des confiscations, de l'&#233;crasement de la bourgeoisie, de la r&#233;pression du sabotage. En parler aujourd'hui dans des &#171; th&#232;ses sur la situation actuelle &#187;, c'est se tourner vers le pass&#233; et ne pas comprendre le passage vers l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... &#171; Briser d&#233;finitivement le sabotage &#187;... La belle t&#226;che que voil&#224; ! Mais les saboteurs sont d&#233;j&#224; bien assez &#171; bris&#233;s &#187; chez nous. C'est tout autre chose qui nous manque : nous ne savons pas calculer o&#249; il faut mettre tel ou tel saboteur, nous ne savons pas organiser nos propres forces pour la surveillance, charger un directeur ou un contr&#244;leur bolch&#233;vique de surveiller, disons, une centaine de saboteurs qui viennent travailler chez nous. Dans cette situation, lancer des phrases telles que &#171; la socialisation la plus r&#233;solue &#187;, &#171; l'&#233;crasement &#187;, &#171; briser d&#233;finitivement &#187;, c'est se fourrer le doigt dans l'&#339;il. Il est typique, pour un r&#233;volutionnaire petit-&#173;bourgeois, de ne pas remarquer qu'il ne suffit pas au socialisme d'achever, de briser, etc. ; cela suffit au petit propri&#233;taire exasp&#233;r&#233; contre le grand, mais le r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien ne saurait tomber dans une pareille erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les paroles que nous venons de citer appellent un sou&#173;rire, c'est un rire hom&#233;rique que provoque la d&#233;couverte faite par les &#171; communistes de gauche &#187; et selon laquelle si &#171; la d&#233;viation bolch&#233;vique de droite &#187; l'emportait, la R&#233;publique des Soviets risquerait d' &#171; &#233;voluer vers un capita&#173;lisme d'Etat &#187;. Voil&#224; qui semble bien fait pour nous rem&#173;plir d'effroi ! Et quel z&#232;le nos &#171; communistes de gauche &#187; ne mettent&#8209;ils pas &#224; r&#233;p&#233;ter dans leurs th&#232;ses et dans leurs articles cette redoutable d&#233;couverte...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ils n'ont pas song&#233; que le capitalisme d'Etat serait un pas en avant par rapport &#224; l'&#233;tat actuel des choses dans notre R&#233;publique des Soviets. Si, dans six mois, par exemple nous avions instaur&#233; chez nous le capitalisme d'&#201;tat, ce serait un immense succ&#232;s et la plus s&#251;re garantie qu'un an plus tard, dans notre pays, le socialisme serait assis et invincible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois d'ici avec quelle noble indignation le &#171; commu&#173;niste de gauche &#187; va repousser cette affirmation et &#224; quelle &#171; critique destructrice &#187; de la &#171; d&#233;viation bolch&#233;vique de droite &#187; il va se livrer devant les ouvriers. Comment ? Dans la R&#233;publique socialiste des Soviets, le passage au capitalisme d'Etat serait un pas en avant ?... N'est&#8209;ce pas trahir le socialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; pr&#233;cis&#233;ment qu'est l'erreur &#233;conomique des &#171; communistes de gauche &#187;. C'est donc sur ce point qu'il faut nous arr&#234;ter plus longuement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, les &#171; communistes de gauche &#187; n'ont pas compris quel est exactement le caract&#232;re de la transition du capitalisme au socialisme qui nous donne le droit et toutes les raisons de nous appeler R&#233;publique socialiste des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, ils r&#233;v&#232;lent leur nature petite&#8209;bourgeoise du fait, justement, qu'ils ne voient pas dans l'&#233;l&#233;ment petit&#173;-bourgeois l'ennemi principal auquel se heurte chez nous le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, en agitant l'&#233;pouvantail du &#171; capitalisme d'Etat &#187;, ils montrent qu'ils ne comprennent pas ce qui, au point de vue &#233;conomique, distingue l'Etat sovi&#233;tique de l'Etat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons ces trois points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les gens qui se sont int&#233;ress&#233;s &#224; l'&#233;conomie de la Russie, personne, semble&#8209;t&#8209;il, n'a ni&#233; le caract&#232;re transitoire de cette &#233;conomie. Aucun communiste non plus n'a ni&#233;, semble&#8209;t&#8209;il, que l'expression de R&#233;publique socialiste des Soviets traduit la volont&#233; du pouvoir des Soviets d'assurer la transition au socialisme, mais n'entend nullement signifier que le nouvel ordre &#233;conomique soit socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que veut dire le mot transition ? Ne signifie&#8209;t&#8209;il pas, appliqu&#233; &#224; l'&#233;conomie, qu'il y a dans le r&#233;gime en question des &#233;l&#233;ments, des fragments, des parcelles, &#224; la fois de capitalisme et de socialisme ? Tout le monde en conviendra. Mais ceux qui en conviennent ne se demandent pas toujours quels sont pr&#233;cis&#233;ment les &#233;l&#233;ments qui rel&#232;vent, de diff&#233;rents types &#233;conomiques et sociaux qui coexistent en Russie. Or, l&#224; est toute la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enum&#233;rons ces &#233;l&#233;ments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; l'&#233;conomie patriarcale, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire, en grande mesure, l'&#233;conomie naturelle, paysanne ;&lt;br class='autobr' /&gt; la petite production marchande (cette rubrique comprend la plupart des paysans qui vendent du bl&#233;) ;&lt;br class='autobr' /&gt; le capitalisme priv&#233; ;&lt;br class='autobr' /&gt; le capitalisme d'Etat ;&lt;br class='autobr' /&gt; le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie est si grande et d'une telle diversit&#233; que toutes ces formes &#233;conomiques et sociales s'y enchev&#234;trent &#233;troitement. Et c'est ce qu'il y a de particulier dans no&#173;tre situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont donc les types qui pr&#233;dominent ? Il est &#233;vident que, dans un pays de petits paysans, c'est l'&#233;l&#233;ment petit&#8209;bourgeois qui domine et ne peut manquer de dominer ; la majorit&#233;, l'immense majorit&#233; des agriculteurs sont de petits producteurs. L'enveloppe du capitalisme d'Etat (monopole du bl&#233;, contr&#244;le exerc&#233; sur les propri&#233;taires d'usines et des commer&#231;ants, coop&#233;ratives bourgeoises) est d&#233;chir&#233;e &#231;&#224; et l&#224; par les sp&#233;culateurs., le bl&#233; &#233;tant l'objet principal de la sp&#233;culation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce domaine pr&#233;cis&#233;ment que se d&#233;roule la lutte principale. Quels sont les adversaires qui s'affrontent dans cette lutte, si nous parlons par cat&#233;gories &#233;conomiques, comme le &#171; capitalisme d'Etat &#187; ? Sont&#8209;ce le quatri&#232;me et le cinqui&#232;me &#233;l&#233;ment de ceux que je viens d'&#233;num&#233;rer ? Non, bien s&#251;r. Ce n'est pas le capitalisme d'Etat qui est ici aux prises avec le socialisme, mais la petite bourgeoisie et le capitalisme priv&#233; qui luttent, au coude &#224; coude, &#224; la fois contre le capitalisme d'Etat et contre le socialisme. La petite bourgeoisie s'oppose &#224; toute intervention de la part de l'Etat, &#224; tout inventaire, &#224; tout contr&#244;le, qu'il &#233;mane d'un capitalisme d'Etat ou d'un socialisme d'Etat. C'est l&#224; un fait r&#233;el, tout &#224; fait ind&#233;niable, dont l'incompr&#233;hension est &#224; la base de l'erreur &#233;conomique des &#171; communistes de gauche &#187;. Le sp&#233;culateur, le mercanti, le saboteur du monopole, voil&#224; notre pire ennemi &#171; int&#233;rieur &#187;, l'ennemi des mesures &#233;conomiques du pouvoir des Soviets. Si, il y a 125 ans, les petits bourgeois fran&#231;ais, r&#233;volutionnaires des plus ardents et des plus sinc&#232;res, &#233;taient encore excusables de vouloir vaincre la sp&#233;culation en envoyant &#224; l'&#233;chafaud un petit nombre d' &#171; &#233;lus &#187; et en usant de foudres d&#233;clamatoires, aujourd'hui, les attitudes de phraseurs avec lesquelles tel ou tel socialiste&#8209;r&#233;volutionnaire de gauche aborde cette question n'inspirent qu'aversion et d&#233;go&#251;t &#224; tous les r&#233;volutionnaires conscients. Nous savons parfaitement que la base &#233;conomique de la sp&#233;culation est constitu&#233;e par la couche des petits propri&#233;taires si largement r&#233;pandus en Russie et par le capitalisme priv&#233; dont chaque petit bourgeois est un agent. Nous savons que des millions de tentacules de cette hydre petite&#8209;bourgeoise p&#233;n&#232;trent &#231;a et l&#224; dans certaines couches de la classe ouvri&#232;re et que la sp&#233;culation s'introduit dans tous les pores de notre vie &#233;conomique et sociale, l'emportant sur le monopole d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque ne le voit pas montre par son aveuglement &#224; quel point il est prisonnier des pr&#233;jug&#233;s petits&#8209;bourgeois. Tels sont pr&#233;cis&#233;ment nos &#171; communistes de gauche &#187; qui, en paroles (et dans leur conviction la plus sinc&#232;re, naturellement), sont des ennemis acharn&#233;s de la petite bourgeoisie, mais qui, en r&#233;alit&#233;, ne font que l'aider, que la servir, que traduire son point de vue &#224; elle, en combattant &#8209; en avril 1918 !! &#8209; le... &#171; capitalisme d'Etat &#187; ! C'est ce qu'on appelle se fourrer le doigt dans l'&#339;il !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit bourgeois a mis de c&#244;t&#233; une somme coquette, quelques milliers de roubles amass&#233;s pendant la guerre par des moyens &#171; licites &#187; (et le plus souvent illicites). Tel est le type &#233;conomique caract&#233;ristique qui forme la base de la sp&#233;culation et du capitalisme priv&#233;. L'argent est un bon tir&#233; sur la richesse sociale, et des millions de petits propri&#233;taires, cramponn&#233;s &#224; ce bon, le cachent &#224; &#171; l'Etat &#187;, ne croyant &#224; aucun socialisme, &#224; aucun communisme, et &#171; attendant patiemment &#187; que l'orage prol&#233;tarien ait pass&#233;. Ou bien nous soumettrons ce petit bourgeois &#224; notre contr&#244;le et &#224; notre enregistrement (nous pourrons le faire si nous organisons les pauvres, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire la majorit&#233; de la population ou les semi&#8209;prol&#233;taires, autour de l'avant&#8209;garde prol&#233;tarienne consciente), ou bien il culbutera notre pouvoir ouvrier, infailliblement et in&#233;luctablement, comme l'ont fait les Napol&#233;on et les Cavaignac n&#233;s pr&#233;cis&#233;ment sur ce terrain de la petite propri&#233;t&#233;. Voil&#224; comment se pose la question. Seuls les socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires de gauche n'aper&#231;oivent, pas, derri&#232;re les phrases sur la paysannerie &#171; laborieuse &#187;, cette simple et claire v&#233;rit&#233;. Mais en est&#8209;il qui prennent au s&#233;rieux les socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires de gauche noy&#233;s dans la phras&#233;ologie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit bourgeois cramponn&#233; &#224; ses billets de mille est l'ennemi du capitalisme d'Etat ; et ces billets de mille, il entend les r&#233;aliser absolument &#224; son propre profit, contre les pauvres, contre tout contr&#244;le g&#233;n&#233;ral de l'Etat. Or, le total de ces billets de mille donne une base de plusieurs milliards &#224; la sp&#233;culation qui sape notre effort d'&#233;dification socialiste. Admettons qu'un certain nombre d'ouvriers produisent un total de biens chiffr&#233; &#224; 1 000. Admettons ensuite que 200 unit&#233;s sur ce total se perdent du fait de la petite sp&#233;culation, des vols de tout genre et des proc&#233;d&#233;s des petits&#8209;propri&#233;taires visant &#224; &#171; tourner &#187; les d&#233;crets et les r&#233;glementations sovi&#233;tiques. Tout ouvrier conscient dira : si je pouvais donner 300 sur 1000 pour assurer plus d'organisation et plus d'ordre, je les donnerais volontiers au lieu de ces 200, car il nous sera tr&#232;s facile, sous le pouvoir des Soviets, d'abaisser par la suite ce &#171; tribut &#187;, par exemple &#224; 100 ou &#224; 50, du fait que l'ordre et l'organisation auront &#233;t&#233; &#233;tablis, du fait qu'auront &#233;t&#233; d&#233;finitivement bris&#233;s les efforts des petits propri&#233;taires pour mettre en &#233;chec tout monopole d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple chiffr&#233; tout &#224; fait &#233;l&#233;mentaire &#8209; que j'ai simplifi&#233; expr&#232;s au maximum dans un but de vulgarisation - explique le rapport qui existe &#224; l'heure actuelle entre le capitalisme d'Etat et le socialisme. Les ouvriers d&#233;tiennent le pouvoir dans l'Etat ; ils ont l'enti&#232;re possibilit&#233; juridique de &#171; prendre &#187; tout le millier de roubles, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire de n'autoriser aucune d&#233;pense qui n'ait une destination socialiste. Cette possibilit&#233; juridique, s'appuyant sur le passage effectif du pouvoir aux ouvriers, voil&#224; qui va dans le sens du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la petite propri&#233;t&#233; et le capitalisme priv&#233; sabotent de mille fa&#231;ons cette situation juridique, introduisent par la bande la sp&#233;culation, entravent l'application des d&#233;crets sovi&#233;tiques. Le capitalisme d'Etat serait un immense pas en avant m&#234;me si (et c'est &#224; dessein que j'ai choisi cet exemple chiffr&#233; pour renforcer ma d&#233;monstration) nous le payions plus cher qu'&#224; pr&#233;sent, car cela vaut la peine de payer pour &#171; s'instruire &#187;, car c'est utile aux ouvriers, car la victoire sur le d&#233;sordre, la d&#233;sorganisation, l'incurie est plus importante que tout, car la continuation de l'anarchie inh&#233;rente &#224; la petite propri&#233;t&#233; est le pire, le plus grave des dangers, celui qui (si nous n'en venons pas &#224; bout) conduira certainement &#224; la faillite, tandis que si nous payons un tribut plus &#233;lev&#233; au capitalisme d'Etat, cela ne nous nuira en rien, mais servira au contraire &#224; nous conduire au socialisme par le chemin le plus s&#251;r. Quand la classe ouvri&#232;re aura appris &#224; d&#233;fendre l'ordre d'Etat contre l'esprit anarchique de la petite propri&#233;t&#233;, quand elle aura appris &#224; organiser la grande production &#224; l'&#233;chelle de l'Etat, sur les bases du capitalisme d'Etat, elle aura alors, passez&#8209;moi l'expression, tous les atouts en mains et la consolidation du socialisme sera assur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme d'Etat est, au point de vue &#233;conomique, infiniment sup&#233;rieur &#224; notre &#233;conomie actuelle. C'est l&#224; un premier point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il ne contient rien que le pouvoir des Soviets doive redouter, car l'Etat sovi&#233;tique est un Etat dans lequel le pouvoir des ouvriers et des pauvres est assur&#233;. Les &#171; communistes de gauche &#187; n'ont pas compris ces v&#233;rit&#233;s incontestables, que ne comprendra naturellement jamais aucun &#171; socialiste&#8209;r&#233;volutionnaire de gauche &#187;, incapable en g&#233;n&#233;ral de lier dans sa t&#234;te deux id&#233;es quelconques sur l'&#233;conomie politique, mais que tout marxiste sera oblig&#233; de reconna&#238;tre. Il est inutile de discuter avec un socialiste&#8209;r&#233;volutionnaire de gauche, il suffit de le d&#233;signer du doigt comme un &#171; exemple &#224; ne pas suivre &#187; de bavard futile ; mais il faut discuter avec un &#171; communiste de gauche &#187;, car dans ce cas l'erreur est commise par des marxistes, et l'analyse de leur erreur aidera la classe ouvri&#232;re &#224; trouver bon chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;claircir encore plus la question, donnons avant tout un exemple tr&#232;s concret de capitalisme d'Etat. Tout le monde sait quel est cet exemple : l'Allemagne. Nous trouvons dans ce pays le &#171; dernier mot &#187; de la technique moderne du grand capitalisme et de l'organisation m&#233;thodique au service de l'imp&#233;rialisme des bourgeois et des junkers. Suppri mez les mots soulign&#233;s, remplacez l'&#201;tat militaire, l'Etat des junkers, l'Etat bourgeois et imp&#233;rialiste, par un autre Etat, mais un Etat de type social diff&#233;rent, ayant un autre contenu de classe, par l'Etat sovi&#233;tique, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire prol&#233;&#173;tarien, et vous obtiendrez tout l'ensemble de conditions qui donne le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme est impossible sans la technique du grand capitalisme, con&#231;ue d'apr&#232;s le dernier mot de la science la plus moderne, sans une organisation d'Etat m&#233;thodique qui ordonne des dizaines de millions d'hommes &#224; l'observa&#173;tion la plus rigoureuse d'une norme unique dans la produc&#173;tion et la r&#233;partition des produits. Nous, les marxistes, nous l'avons toujours affirm&#233; ; quant aux gens qui ont &#233;t&#233; incapables de comprendre au moins cela (les anarchistes et une bonne moiti&#233; des socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires de gau&#173;che), il est inutile de perdre m&#234;me deux secondes &#224; discuter avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme est &#233;galement impossible sans que le prol&#233;tariat domine dans l'Etat : cela aussi, c'est de l'a b c. Et l'histoire (dont personne, sauf peut&#8209;&#234;tre des ben&#234;ts mench&#233;viques de premi&#232;re grandeur, n'attendait qu'elle produisit sans heurt, dans le calme, facilement et simplement le socialisme &#171; int&#233;gral &#187;) a suivi des chemins si particuliers qu'elle a donn&#233; naissance, en 1918, &#224; deux moiti&#233;s de socialisme, s&#233;par&#233;es et voisines comme deux futurs poussins sous la coquille commune de l'imp&#233;rialisme international. L'Allemagne et la Russie incarnent en 1918, avec une &#233;vidence particuli&#232;re, la r&#233;alisation mat&#233;rielle des conditions du socialisme, des conditions &#233;conomiques, productives et sociales, d'une part, et des conditions politiques, d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse en Allemagne briserait d'embl&#233;e, avec la plus grande facilit&#233;, toutes les coquilles de l'imp&#233;rialisme (faites, malheureusement, de l'acier le meilleur, et que ne peuvent de ce fait briser les efforts de n'importe quel... poussin) et assurerait &#224; coup s&#251;r la victoire du socialisme mondial, sans difficult&#233; ou avec des difficult&#233;s insignifiantes, &#224; condition &#233;videmment de consid&#233;rer les &#171; difficult&#233;s &#187; &#224; l'&#233;chelle de l'histoire mondiale, et non &#224; celle de quelque groupe de philistins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que la r&#233;volution tarde encore &#224; &#171; &#233;clore &#187; en AIlemagne, notre devoir est de nous mettre &#224; l'&#233;cole du capitalisme d'Etat des Allemands, de nous appliquer de tous nos forces &#224; l'assimiler, de ne pas m&#233;nager les proc&#233;d&#233;s dictatoriaux pour l'implanter en Russie encore plus vite que ne l'a fait Pierre I&#176; pour les m&#339;urs occidentales dans la vieille Russie barbare, sans reculer devant l'emploi de m&#233;thodes barbares contre la barbarie. S'il se trouve, parmi les anarchistes et les socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires de gauche (je me suis, sans le vouloir, souvenu des discours prononc&#233;s par Kar&#233;line et Gu&#233; au Comit&#233; ex&#233;cutif), des gens capables de tenir des raisonnements &#224; la Narcisse comme quoi il ne serait pas digne de nous autres, r&#233;volutionnaires, de &#171; nous mettre &#224; l'&#233;cole &#187; de l'imp&#233;rialisme allemand, il faut leur dire ceci : une r&#233;volution qui prend ces gens au s&#233;rieux serait perdue sans r&#233;mission (et l'aurait bien m&#233;rit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pr&#233;domine actuellement en Russie, c'est le capitalisme petit&#8209;bourgeois, &#224; partir duquel il n'est qu'un seul et m&#234;me chemin pour parvenir aussi bien au grand capitalisme d'Etat qu'au socialisme, et ce chemin passe par la m&#234;me &#233;tape interm&#233;diaire qui s'appelle &#171; inventaire et contr&#244;le exerc&#233;s par le peuple entier sur la production et la r&#233;partition des produits &#187;. Quiconque ne le comprend pas commet une erreur &#233;conomique impardonnable, soit en ignorant les faits r&#233;els, en ne voyant pas ce qui est, en ne sachant pas regarder la v&#233;rit&#233; en face, soit en se contentant d'opposer dans l'abstrait le &#171; capitalisme &#187; au &#171; socialisme &#187;, sans analyser les formes et les &#233;tapes concr&#232;tes de cette transition telle qu'elle s'effectue chez nous &#224; l'heure actuelle. Soit dit entre parenth&#232;ses, c'est cette m&#234;me erreur th&#233;orique qui a d&#233;sorient&#233; les meilleurs repr&#233;sentants du camp de la Nova&#239;a Jizn [c] et du Vp&#233;riod [d] : les pires d'entre eux et les m&#233;diocres terroris&#233;s par la bourgeoisie, se tra&#238;nent &#224; sa remorque par stupidit&#233; ou par manque de caract&#232;re ; quant aux meilleurs, ils n'ont pas compris que ce n'est pas pour rien que les ma&#238;tres du socialisme ont parl&#233; de toute une p&#233;riode de transition du capitalisme au socialisme et que ce n'est pas sans raison qu'ils ont insist&#233; sur les &#171; longues douleur de l'enfantement &#187; de la soci&#233;t&#233; nouvelle, celle&#8209;ci n'&#233;tant du reste elle-m&#234;me qu'une abstraction et ne pouvant s'incarner dans la vie qu'&#224; travers toute une s&#233;rie de tentatives concr&#232;tes diverses et imparfaites visant &#224; cr&#233;er tel ou tel Etat socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement parce qu'il est impossible, en partant de la situation &#233;conomique actuelle de la Russie, de progresser sans passer par ce qu'il y a de commun au capitalisme d'Etat et au socialisme (l'inventaire et le contr&#244;le exerc&#233;s par la nation), qu'il est compl&#232;tement absurde au point de vue th&#233;orique de vouloir terroriser tout le monde et soi&#8209;m&#234;me en invoquant l' &#171; &#233;volution vers le capitalisme d'Etat &#187; (Kommounist , n&#176; 1, p. 8, I&#176; colonne). C'est, tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment, laisser sa pens&#233;e &#171; s'&#233;carter &#187; du chemin v&#233;ritable que suit l'&#171; &#233;volution &#187;, c'est ne pas comprendre ce chemin. Dans la pratique, cela revient &#224; tirer en arri&#232;re vers le capitalisme bas&#233; sur la petite propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que le lecteur puisse se convaincre que ma &#171; haute &#187; appr&#233;ciation du capitalisme d'Etat ne date nullement d'aujourd'hui et que je la professais d&#232;s avant la prise du pouvoir par les bolch&#233;viks, je me permets de citer ici un passage de ma brochure sur la Catastrophe imminente et les moyens de la conjurer, &#233;crite en septembre 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ... &#171; Eh bien, essayez un peu de substituer &#224; l'Etat des capitalistes et des hobereaux, &#224; l'Etat des capitalistes et des grands propri&#233;taires fonciers, l'Etat d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire un Etat qui d&#233;truise r&#233;volutionnairement tous les privil&#232;ges quels qu'ils soient, qui ne craigne pas d'appliquer r&#233;volutionnairement le d&#233;mocratisme le plus complet. Et vous verrez que dans un Etat v&#233;ritablement d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire, le capitalisme monopoliste d'Etat signifie in&#233;vitablement, infailliblement, un pas, ou des pas en avant vers le socialisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ... Car le socialisme n'est pas autre chose que l'&#233;tape imm&#233;diatement cons&#233;cutive au monopole capitaliste d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ... Le capitalisme monopoliste d'Etat est la pr&#233;paration mat&#233;rielle la plus compl&#232;te du socialisme, l'antichambre du socialisme, l'&#233;tape de l'Histoire qu'aucune autre &#233;tape interm&#233;diaire ne s&#233;pare du socialisme &#187; (pp. 27 et 28).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquez que ces lignes ont &#233;t&#233; &#233;crites &#224; l'&#233;poque de Kerenski, qu'il ne s'agissait l&#224; ni de la dictature du prol&#233;tariat ni d'un Etat socialiste, mais d'un Etat &#171; d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire &#187;. N'est&#8209;il pas &#233;vident que plus nous nous &#233;levons au&#8209;dessus de ce degr&#233; politique, plus nous r&#233;ussissons compl&#232;tement &#224; incarner dans les Soviets l'Etat socialiste et la dictature du prol&#233;tariat, et moins il nous est permis de redouter le &#171; capitalisme d'Etat &#187; ? N'est&#8209;il pas &#233;vident qu'au point de vue mat&#233;riel, &#233;conomique, au point de vue de la production, nous n'en sommes pas encore &#224; l'&#171; antichambre &#187; du socialisme ? Et qu'on ne saurait franchir le seuil du socialisme sans passer par cette &#171; antichambre &#187; que nous n'avons pas encore atteinte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelque c&#244;t&#233; qu'on aborde la question, une seule conclusion s'impose : le raisonnement des &#171; communistes de gauche &#187; au sujet de la menace que ferait peser sur nous le &#171; capitalisme d'Etat &#187; n'est qu'une erreur &#233;conomique et la preuve manifeste qu'ils sont compl&#232;tement prisonniers de l'id&#233;ologie petite&#8209;bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un autre fait extr&#234;mement &#233;difiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de notre discussion au Comit&#233; ex&#233;cutif central avec le camarade Boukharine, celui&#8209;ci a fait notamment la remarque suivante : dans la question des traitements &#233;lev&#233;s des sp&#233;cialistes, &#171; nous &#187; (nous, &#171; communistes de gauche &#187;, bien entendu) sommes &#171; plus &#224; droite &#187; que L&#233;nine, car nous ne voyons ici aucune atteinte aux principes, nous souvenant de ce qu'avait dit Marx, &#224; savoir que, dans certaines conditions, le plus rationnel serait que la classe ouvri&#232;re &#171; se r&#233;dime de cette bande &#187; (de la bande des capitalistes, s'entend, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire qu'elle rach&#232;te &#224; la bourgeoisie la terre, les fabriques, les usines et autres moyens de production).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarque extr&#234;mement int&#233;ressante montre, tout d'abord, que Boukharine d&#233;passe de deux t&#234;tes les socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires de gauche et les anarchistes, qu'il ne s'est pas irr&#233;m&#233;diablement embourb&#233; dans des phrases, mais qu'il s'efforce au contraire de r&#233;fl&#233;chir aux difficult&#233;s concr&#232;tes de la transition &#8209; transition douloureuse et difficile &#8209; qui m&#232;ne du capitalisme au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, cette remarque rend encore plus &#233;vidente l'erreur de Boukharine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet. R&#233;fl&#233;chissez &#224; ce qu'a dit Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait de l'Angleterre des ann&#233;es 70, &#224; l'apog&#233;e capitalisme pr&#233;monopoliste, du pays qui &#233;tait alors le moins militaris&#233; et le moins bureaucratique, du pays qui offrait &#224; cette &#233;poque le plus de possibilit&#233;s quant &#224; la victoire &#171; pacifique &#187; du socialisme sous la forme d'un &#171; rachat &#187; de la bourgeoisie par les ouvriers. Et Marx disait que, dans certaines conditions, les ouvriers ne s'interdiraient nuIlement de se racheter de la bourgeoisie. Marx ne se liait pas les mains et n'entravait en rien les futurs artisans de la r&#233;volution socialiste quant aux formes, proc&#233;d&#233;s ou m&#233;thodes de la r&#233;volution, comprenant parfaitement que de nouveaux et nombreux probl&#232;mes surgiraient &#224; cette &#233;poque, que la situation changerait compl&#232;tement au cours de la r&#233;volution, et qu'elle continuerait &#224; se modifier souvent et consid&#233;rablement au fur et &#224; mesure des progr&#232;s de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, n'est&#8209;il pas &#233;vident que dans la Russie des Soviets, apr&#232;s la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat, apr&#232;s la r&#233;pression de la r&#233;sistance arm&#233;e et du sabotage des exploiteurs, nous voyons r&#233;alis&#233;es certaines conditions du genre de celles qui auraient pu se r&#233;aliser il y a un demi&#8209;si&#232;cle en Angleterre si ce pays s'&#233;tait mis &#224; &#233;voluer pacifiquement vers le socialisme ? Voici les facteurs qui pouvaient, &#224; cette &#233;poque, assurer en Angleterre la soumission des capitalistes aux ouvriers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; une population dont la majorit&#233; absolue &#233;tait compos&#233;e d'ouvriers, de prol&#233;taires, la paysannerie &#233;tant inexistante (certains indices permettaient d'esp&#233;rer, vers les ann&#233;es 70, que le socialisme ferait en Angleterre des progr&#232;s extr&#234;mement rapides parmi les ouvriers agricoles) ;&lt;br class='autobr' /&gt; une excellente organisation du prol&#233;tariat dans les syndicats (l'Angleterre &#233;tait alors le premier pays du monde sous ce rapport) ;&lt;br class='autobr' /&gt; le niveau culturel relativement &#233;lev&#233; du prol&#233;tariat, &#233;duqu&#233; par un si&#232;cle de libert&#233;s politiques ;&lt;br class='autobr' /&gt; la vieille habitude des capitalistes anglais, admirablement organis&#233;s &#8209; ils &#233;taient alors les capitalistes les mieux organis&#233;s du monde (cette priorit&#233; appartient maintenant &#224; l'Allemagne), &#8209; de r&#233;gler les questions politiques et &#233;conomiques par des compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tels &#233;taient les facteurs qui avaient pu faire penser &#224; la possibilit&#233; d'une soumission pacifique des capitalistes d'Angleterre aux ouvriers de ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez nous, cette soumission est actuellement assur&#233;e par certaines pr&#233;misses fondamentales (la victoire d'Octobre et la r&#233;pression, entre octobre et f&#233;vrier, de la r&#233;sistance arm&#233;e et du sabotage des capitalistes). Chez nous, au lieu de la majorit&#233; absolue des ouvriers, des prol&#233;taires, parmi la population, et de leur haut degr&#233; d'organisation, le facteur de victoire a &#233;t&#233; le soutien accord&#233; aux prol&#233;taires par la paysannerie pauvre qui est en train de se ruiner rapidement. Chez nous, enfin, on ne trouve ni un niveau culturel &#233;lev&#233;, ni l'habitude de faire des compromis. Si l'on r&#233;fl&#233;chit &#224; ces conditions concr&#232;tes, il devient &#233;vident que nous pouvons et devons arriver maintenant &#224; conjuguer les m&#233;thodes de r&#233;pression implacable [1] &#224; l'&#233;gard des capitalistes sans culture, qui n'acceptent aucun &#171; capitalisme d'Etat &#187;, ne songent &#224; aucun compromis et continuent &#224; contrecarrer les mesures prises par l'Etat sovi&#233;tique au moyen de la sp&#233;culation, en corrompant les pauvres, etc., avec les proc&#233;d&#233;s de compromis ou de rachat &#224; l'&#233;gard des capitalistes cultiv&#233;s qui acceptent le &#171; capitalisme d'Etat &#187;, sont capables de l'appliquer, se montrent utiles au prol&#233;tariat en qualit&#233; d'organisateurs intelligents et exp&#233;riment&#233;s des entreprises les plus importantes, susceptibles d'assurer l'approvisionnement effectif de dizaines de millions d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boukharine est un &#233;conomiste marxiste d'une excellente culture. Aussi s'est&#8209;il rappel&#233; que Marx avait profond&#233;ment raison quand il enseignait aux ouvriers combien il est important de conserver l'organisation de la grande production, pr&#233;cis&#233;ment pour faciliter la transition au socialisme ; quand il enseignait qu'on peut parfaitement envi&#173;sager de bien payer les capitalistes, de les &#171; racheter &#187; si (par exception, l'Angleterre &#233;tant alors cette exception) les circonstances obligent les capitalistes &#224; se soumettre paci&#173;fiquement et &#224; passer au socialisme d'une fa&#231;on civilis&#233;e et organis&#233;e moyennant ce &#171; rachat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Boukharine s'est tromp&#233;, c'est parce qu'il n'a pas r&#233;fl&#233;chi aux particularit&#233;s concr&#232;tes de la situation actuelle en Russie, situation exceptionnelle, pr&#233;cis&#233;ment, du fait que nous nous trouvons, nous, prol&#233;tariat de Russie, en avance sur n'importe quelle Angleterre et n'importe quelle Allemagne par notre r&#233;gime politique, par la force du pouvoir politique des ouvriers, et en m&#234;me temps en retard par rapport au pays le plus arri&#233;r&#233; d'Europe occidentale en ce qui concerne l'organisation d'un capita&#173;lisme d'Etat digne de ce nom, en ce qui concerne notre niveau culturel et le degr&#233; de notre pr&#233;paration &#224; l' &#171; instau&#173;ration &#187; du socialisme dans le domaine de la production mat&#233;rielle. N'est&#8209;il pas &#233;vident que de cette situation par&#173;ticuli&#232;re d&#233;coule, en ce moment, la n&#233;cessit&#233; d'une sorte de &#171; rachat &#187; que les ouvriers doivent offrir aux capitalistes les plus cultiv&#233;s, les plus dou&#233;s, les plus capables en mati&#232;re d'organisation, dispos&#233;s &#224; servir le pouvoir des Soviets en l'aidant honn&#234;tement &#224; organiser la grande et la tr&#232;s grande production &#171; d'Etat &#187; ? N'est&#8209;il pas &#233;vident que, dans cette situation particuli&#232;re, nous devons nous efforcer d'&#233;viter deux sortes d'erreurs relevant, chacune &#224; sa fa&#231;on, de l'esprit petit&#8209;bourgeois ? D'une part, nous commettrions une faute irr&#233;parable en d&#233;clarant que la disproportion entre nos &#171; forces &#187; &#233;conomiques et notre force politique &#233;tant un fait av&#233;r&#233;, il en &#171; d&#233;coule &#187; qu il ne fallait pas prendre le pouvoir. C'est l&#224; un raisonnement de &#171; maniaques vivant dans du coton &#187;, qui oublient qu'il n'y aura jamais de &#171; proportion &#187;, qu'il ne saurait y en avoir ni dans le d&#233;ve&#173;loppement de la nature ni dans celui de la soci&#233;t&#233;, que le socialisme achev&#233; ne saurait r&#233;sulter que de la collaboration r&#233;volutionnaire des prol&#233;taires de tous les pays et &#224; la suite de nombreuses tentatives dont chacune, consid&#233;r&#233;e isol&#233;ment, sera unilat&#233;rale et souffrira d'une certaine dispropor&#173;tion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il serait profond&#233;ment erron&#233; de laisser faire les braillards et les phraseurs, qui se laissent s&#233;duire par les &#171; belles &#187; attitudes r&#233;volutionnaires, mais sont incapables d'un travail r&#233;volutionnaire pers&#233;v&#233;rant, r&#233;fl&#233;chi, m&#251;rement pes&#233;, tenant compte des transitions les plus difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, l'histoire du d&#233;veloppement des partis r&#233;volutionnaires et de la lutte que leur a livr&#233;e le bolch&#233;visme nous a l&#233;gu&#233; des types nettement dessin&#233;s, parmi lesquels les socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires de gauche et les anarchistes offrent le type de pi&#232;tres r&#233;volutionnaires. Ils poussent maintenant de grands cris, &#224; perdre haleine, jusqu'&#224; piquer des crises d'hyst&#233;rie, contre l'&#171; esprit conciliateur &#187; des &#171; bolch&#233;viks de droite &#187;. Mais ils sont incapables de comprendre en quoi cet &#171; esprit conciliateur &#187; &#233;tait mauvais et pourquoi il a &#233;t&#233; avec juste raison condamn&#233; par l'histoire et par tout le cours de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit conciliateur du temps de K&#233;renski livrait le pouvoir &#224; la bourgeoisie imp&#233;rialiste ; or, la question du pouvoir est la question capitale de toute r&#233;volution. En octobre&#8209;novembre 1917, la tendance conciliatrice d'une partie des bolch&#233;viks les amenait, soit &#224; redouter la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat, soit &#224; vouloir partager le pouvoir sur une base paritaire, non seulement avec des &#171; compagnons de route peu s&#251;rs &#187;, tels que les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, mais m&#234;me avec des ennemis, tels que les partisans de Tchernov et les mench&#233;viks, qui nous auraient certainement g&#234;n&#233;s dans l'essentiel : dans la dissolution de la Constituante, dans l'&#233;crasement impitoyable des Boga&#239;evski, dans la mise en place g&#233;n&#233;ralis&#233;e des institutions sovi&#233;tiques, dans chaque confiscation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant le pouvoir est conquis, conserv&#233;, consolid&#233; entre les mains d'un seul parti, le parti du prol&#233;tariat, qui n'a m&#234;me pas &#224; ses c&#244;t&#233;s des &#171; compagnons de route peu s&#251;rs &#187;. Parler maintenant d'esprit conciliateur, alors qu'il n'est pas et qu'il ne saurait &#234;tre question de partager le pouvoir, de renoncer &#224; la dictature du prol&#233;tariat contre la bourgeoisie, c'est r&#233;p&#233;ter comme un perroquet des mots que l'on a appris par c&#339;ur sans les comprendre. Parler d'&#171; esprit conciliateur &#187; &#224; propos du fait que, plac&#233;s dans une situation o&#249; nous pouvons et devons gouverner le pays, nous nous effor&#231;ons d'attirer &#224; nous, sans regarder &#224; la d&#233;pense, les &#233;l&#233;ments les plus cultiv&#233;s parmi ceux que le capitalisme a form&#233;s, de les engager &#224; notre service contre la d&#233;sorganisation inh&#233;rente &#224; l'esprit petit&#8209;propri&#233;taire, c'est &#234;tre totalement incapable de r&#233;fl&#233;chir aux t&#226;ches &#233;conomiques de l'&#233;dification socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pourquoi, s'il est tout &#224; l'honneur du camarade Boukharine qu'il se soit tout de suite senti &#171; honteux &#187;, au Comit&#233; ex&#233;cutif central, du &#171; service &#187; que lui avaient rendu les Kar&#233;line et les Gu&#233;, il n'en demeure pas moins que I'existence de tels compagnons de lutte politique garde la valeur d'une s&#233;rieuse mise en garde pour la tendance des &#171; communistes de gauche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenez le Znamia Trouda, organe des socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires de gauche, qui d&#233;clare fi&#232;rement dans son num&#233;ro du 25 avril 1918 : &#171; En ce qui concerne sa plate&#8209;forme actuelle, notre parti est solidaire d'une autre tendance du bolch&#233;visme (Boukharine, Pokrovski, etc.). &#187; Prenez l'organe mench&#233;vique Vp&#233;riod de la m&#234;me date ; on y trouve, notamment, la &#171; th&#232;se &#187; suivante du mench&#233;vik bien connu Issouv :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; D&#233;pourvue d&#232;s le d&#233;but de tout caract&#232;re authentiquement prol&#233;tarien, la politique du pouvoir des Soviets s'engage de plus en plus ouvertement, ces derniers temps, dans la voie de la conciliation avec la bourgeoisie et prend un caract&#232;re manifestement antiouvrier. Sous le drapeau de la nationalisation de l'industrie, on poursuit une politique d'implantation des trusts industriels ; sous pr&#233;texte de r&#233;tablir les forces productives du pays, on tente d'abolir la journ&#233;e de 8 heures, d'introduire le travail aux pi&#232;ces et le syst&#232;me Taylor, les listes noires et les passeports d'ind&#233;sirables. Cette politique menace de ravir au prol&#233;tariat ses principales conqu&#234;tes dans le domaine &#233;conomique et d'en faire la victime d'une exploitation illimit&#233;e de la part de la bourgeoisie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est&#8209;ce pas magnifique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les amis de K&#233;renski qui ont men&#233; avec, lui la guerre imp&#233;rialiste au nom des trait&#233;s secrets promettant des annexions aux capitalistes russes, les coll&#232;gues de Ts&#233;r&#233;t&#233;lli qui voulait d&#233;sarmer les ouvriers le 11 juin, les Liber&#8209;Dan qui essayaient de camoufler le pouvoir de la bourgeoisie derri&#232;re des phrases ronflantes, ce sont eux qui accusent le pouvoir des Soviets de chercher &#171; une conciliation avec la bourgeoisie &#187;, d'&#171; implanter des trusts &#187; (c'est&#8209;&#224;&#8209;dire plus pr&#233;cis&#233;ment, d'implanter le &#171; capitalisme d'Etat &#187; !), d'introduire le syst&#232;me Taylor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, les bolch&#233;viks devraient offrir &#224; Issouv une m&#233;daille et exposer sa th&#232;se dans chaque club ouvrier et dans chaque syndicat, comme un &#233;chantillon des discours provocateurs de la bourgeoisie. Aujourd'hui, les ouvriers connaissent bien, ils connaissent partout par exp&#233;rience les Liber&#8209;Dan, les Ts&#233;r&#233;t&#233;li et les Issouv, et il leur sera archiutile de r&#233;fl&#233;chir s&#233;rieusement aux raisons pour lesquelles ces valets de la bourgeoisie les incitent &#224; r&#233;sister au syst&#232;me Taylor et &#224; l'&#171; implantation des trusts &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers conscients confronteront attentivement, la &#171; th&#232;se &#187; d'Issouv, ami de Messieurs les Liber&#8209;Dan et les Ts&#233;r&#233;t&#233;li, &#224; la th&#232;se suivante des &#171; communistes de gauche &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'introduction de la discipline du travail, li&#233;e au r&#233;tablissement de la direction des capitalistes dans la production, ne peut augmenter sensiblement la productivit&#233; du travail, mais elle diminuera l'initiative de classe, l'activit&#233; et le degr&#233; d'organisation du prol&#233;tariat. Elle menace d'asservir la classe ouvri&#232;re, elle suscitera le m&#233;contentement tant des couches arri&#233;r&#233;es que de l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat. Etant donn&#233; la haine qui r&#232;gne dans les milieux prol&#233;tariens &#224; l'&#233;gard des &#171; capitalistes saboteurs &#187;, le Parti communiste devrait, pour appliquer ce syst&#232;me, s'appuyer sur la petite bourgeoisie contre les ouvriers et se perdre ainsi en tant que parti du prol&#233;tariat &#187; (Kommounist, n&#176; 1, page 8, 2&#176; colonne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la preuve &#233;clatante que les &#171; communistes de gauche &#187; sont tomb&#233;s dans le pi&#232;ge , se sont laiss&#233;s prendre &#224; la provocation des Issouv et autres Judas capitalistes. Bonne le&#231;on pour les ouvriers qui savent que c'est l'avant-garde du prol&#233;tariat qui est pour l'introduction de la discipline du travail, et que c'est la petite bourgeoisie qui se d&#233;m&#232;ne le plus pour d&#233;truire cette discipline. Des discours tels que la th&#232;se des &#171; communistes de gauche &#187; que nous venons de citer sont une honte insigne et un total abandon du communisme dans la pratique, un ralliement total &#224; la petite bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Li&#233;e au r&#233;tablissement de la direction des capitalistes &#187; : c'est avec de tels mots que les &#171; communistes de gauche &#187; pensent pouvoir &#171; se d&#233;fendre &#187;. Leur d&#233;fense ne vaut rien, parce que la &#171; direction &#187; est accord&#233;e aux capitalistes par le pouvoir des Soviets, premi&#232;rement, avec des commissaires ouvriers ou des comit&#233;s ouvriers qui surveillent chaque geste du directeur, qui s'assimilent son exp&#233;rience de direction et qui ont la possibilit&#233;, non seulement de faire appel contre ses d&#233;cisions, mais de le destituer par le truchement des organes du pouvoir sovi&#233;tique. Deuxi&#232;mement, la &#171; direction &#187; est confi&#233;e aux capitalistes afin qu'ils remplissent certaines fonctions ex&#233;cutives au cours d'un travail dont les conditions sont d&#233;finies par le pouvoir sovi&#233;tique, lequel peut &#233;galement les annuler et les r&#233;viser. Troisi&#232;mement, le pouvoir sovi&#233;tique confie la &#171; direction &#187; aux capitalistes non pas en tant que capitalistes, mais en tant que sp&#233;cialistes&#8209;techniciens ou organisateurs, moyennant des salaires &#233;lev&#233;s. Et les ouvriers savent parfaitement que 99 % des organisateurs des grosses et des tr&#232;s grosses entreprises, trusts ou autres &#233;tablissements, appartiennent &#224; la classe capitaliste, de m&#234;me que les meilleurs techniciens ; mais c'est eux pr&#233;cis&#233;ment que nous, parti prol&#233;tarien, devons embaucher en tant que &#171; dirigeants &#187; du processus de travail et d'organisation de la production, car nous n'avons personne d'autre qui connaisse la question pratiquement, par exp&#233;rience. Car les ouvriers, sortis de cette premi&#232;re enfance o&#249; la phrase de &#171; gauche &#187; et le laisser&#8209;aller petit&#8209;bourgeois pouvaient les fourvoyer, s'acheminent vers le socialisme pr&#233;cis&#233;ment &#224; travers la direction des trusts par les capitalistes, &#224; travers la grande production m&#233;canis&#233;e, &#224; travers les entreprises dont le chiffre d'affaires se monte &#224; plusieurs millions par an, et uniquement par la voie de cette production et de ces entreprises. Les ouvriers ne sont pas des petits bourgeois. Ils n'ont pas peur du grand &#171; capitalisme d'Etat &#187;, ils le consid&#232;rent comme leur instrument prol&#233;tarien, dont leur pouvoir sovi&#233;tique usera contre le d&#233;sordre et le g&#226;chis caract&#233;risant la petite propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls sont incapables de le comprendre les intellectuels d&#233;class&#233;s et par cons&#233;quent petits&#8209;bourgeois jusqu'&#224; la moelle, dont le type, au sein du groupe des &#171; communistes de gauche &#187; et dans leur revue, est repr&#233;sent&#233; par Ossinski lorsqu'il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; ... Toute l'initiative dans l'organisation et la direction de l'entreprise appartiendra aux &#171; organisateurs de trusts &#187; : car nous ne voulons pas leur enseigner des choses et en faire de simples collaborateurs, mais nous voulons nous mettre &#224; leur &#233;cole &#187; (Kommounist, n&#176; 1, p. 14, 2&#176; colonne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les essais d'ironie contenus dans cette phrase visent mon expression : &#171; Apprendre le socialisme en se mettant &#224; l'&#233;cole des organisateurs de trusts. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ossinski trouve cela ridicule. Il veut faire des organisateurs de trusts de &#171; simples collaborateurs &#187;. Si cela avait &#233;t&#233; &#233;crit par un homme de l'&#226;ge dont le po&#232;te a dit : &#171; Quin&#173;ze printemps ? [e] &#187; il n'y aurait pas lieu de s'&#233;ton&#173;ner. Mais il est plut&#244;t &#233;trange d'entendre de pareils propos de la part d'un marxiste qui devrait savoir qu'il est impos&#173;sible de r&#233;aliser le socialisme sans utiliser les conqu&#234;tes de la technique et de la culture obtenues par le grand capitalis&#173;me. Il ne reste plus l&#224; le moindre soup&#231;on de marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Ne sont dignes de s'appeler communistes que ceux qui comprennent qu'on ne peut pas cr&#233;er ou instaurer le socialisme sans se mettre &#224; l'&#233;cole des organisateurs de trusts. Car le socialisme n'est pas une invention ; c'est l'assimilation et l'application, par l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat qui a conquis le pouvoir, de ce qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par les trusts. Nous, parti du prol&#233;tariat, nous ne pouvons apprendre nulle part l'art d'organiser la grande production &#224; l'instar des trusts, comme les trusts, &#8209; nulle part &#224; moins que nous n'allions le chercher chez les sp&#233;cialistes les plus qualifi&#233;s du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons rien &#224; leur apprendre, si nous ne nous assignons pas la t&#226;che pu&#233;rile d'&#171; enseigner &#187; le socialisme &#224; des intellectuels bourgeois : ce qu'il faut, ce n'est pas les instruire, mais les exproprier (ce qui se fait en Russie avec assez de &#171; r&#233;solution &#187;), c'est briser leur sabotage, c'est les soumettre au pouvoir des Soviets en tant que groupe ou couche sociale. Mais, si nous ne sommes pas des communistes d'une mentalit&#233; et d'un &#226;ge enfantins, nous devons nous instruire &#224; leur &#233;cole, nous avons des choses &#224; apprendre, car le parti et l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat ne poss&#232;dent pas l'exp&#233;rience d un travail ind&#233;pendant dans l'organisation de vastes entreprises desservant des dizaines de millions d'habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les meilleurs ouvriers de Russie l'ont compris. Ils se sont mis &#224; l'&#233;cole des capitalistes&#8209;organisateurs, des ing&#233;nieurs&#8209;dirigeants, des techniciens&#8209;sp&#233;cialistes. Ils ont commenc&#233; avec fermet&#233; et prudence, passant graduellement du plus facile au plus difficile. Si, dans la m&#233;tallurgie et dans les constructions m&#233;caniques, le travail avance lentement, c'est parce que la t&#226;che y est plus difficile. Quant aux ouvriers du textile, du tabac, des cuirs et peaux, ils ne craignent pas le &#171; capitalisme d'Etat &#187;, comme les intellectuels petits&#8209;bourgeois d&#233;class&#233;s ; ils ne craignent pas de &#171; se mettre &#224; l'&#233;cole des organisateurs de trusts &#187;. Dans des administrations dirigeantes centrales telles que la &#171; Direction principale du cuir &#187; ou la &#171; Direction centrale du textile &#187;, ces ouvriers si&#232;gent &#224; c&#244;t&#233; des capitalistes s'instruisent &#224; leur &#233;cole, organisent des trusts, organisent le &#171; capitalisme d'Etat &#187; qui est, sous le pouvoir des Soviets, l'antichambre du socialisme, la condition de la victoire durable du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail des ouvriers avanc&#233;s de Russie, parall&#232;le &#224; celui qu'ils accomplissent pour introduire la discipline du travail, a &#233;t&#233; commenc&#233; et se poursuit sans bruit, sans &#233;clat, sans le tapage et le fracas dont certains &#171; communistes de gauche &#187; ne peuvent se passer, avec la plus grande circonspection et par degr&#233;s, compte tenu des enseignements de la pratique. Ce travail ardu, qui vise &#224; apprendre dans la pratique comment on &#233;difie la tr&#232;s grande production, est le gage que nous sommes dans la bonne voie, que les ouvriers conscients de Russie luttent contre le d&#233;sordre et le g&#226;chis engendr&#233;s par la petite propri&#233;t&#233;, qu'ils luttent contre l'indiscipline [2] petite&#8209;bourgeoise ; il est le gage de la victoire du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux remarques pour conclure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous discutions avec les &#171; communistes de gauche ; le 4 avril 1918 (voir Kommounist, n&#176; 1), je leur ai pos&#233; la question de front : Essayez de nous dire ce qui vous d&#233;pla&#238;t dans le d&#233;cret sur les chemins de fer : apportez-y vos amendements. C'est votre devoir de dirigeants sovi&#233;tiques du prol&#233;tariat ; sinon, vos paroles ne sont que des phrases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 avril 1918 para&#238;t le n&#176; 1 du Kommounist, qui ne contient pas un mot sur les modifications ou les corrections qu'il aurait fallu, de l'avis des &#171; communistes de gauche &#187;, apporter au d&#233;cret sur les chemins de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ce silence, les &#171; communistes de gauche &#187; se sont eux&#8209;m&#234;mes condamn&#233;s. Ils se sont content&#233;s d'insinuations agressives contre le d&#233;cret sur les chemins de fer (pages 8 et 16 du n&#176; 1 de leur revue), mais ils n'ont rien r&#233;pondu de clair &#224; la question : &#171; Dans quel sens corriger le d&#233;cret s'il est erron&#233; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se passe de commentaires. Une pareille &#171; critique du d&#233;cret sur les chemins de fer (mod&#232;le de notre ligne politique, politique de fermet&#233;, politique de dictature politique de discipline prol&#233;tarienne), les ouvriers conscients la qualifieront soit de &#171; critique &#224; la Issouv &#187;, soit de phrase en l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre remarque. Le n&#176; 1 du Kommounist publie un article critique, tr&#232;s flatteur pour moi, consacr&#233; par le camarade Boukharine &#224; ma brochure l'Etat et la R&#233;volution. Mais quelque prix que j'attache &#224; l'avis d'hommes tels que Boukharine, je dois dire en toute conscience que le caract&#232;re de cet article r&#233;v&#232;le un fait affligeant et significatif : c'est tourn&#233; vers le pass&#233;, et non vers l'avenir, que Boukharine envisage les t&#226;ches de la dictature du prol&#233;tariat. Boukharine a remarqu&#233; et soulign&#233; ce qu'un r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien et un r&#233;volutionnaire petit&#8209;bourgeois peuvent avoir de commun dans la question de l'&#201;tat. Mais il n'a pas &#171; remarqu&#233; &#187; ce qui distingue le premier du second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boukharine a remarqu&#233; et soulign&#233; que l'ancien appareil d'Etat doit &#234;tre &#171; d&#233;moli &#187;, qu'il faut &#171; le faire sauter &#187;, que la bourgeoisie doit &#234;tre &#171; &#233;trangl&#233;e jusqu'au bout &#187;, etc . Cela, un petit bourgeois enrag&#233; peut le d&#233;sirer &#233;galement. Et c'est ce que notre r&#233;volution a d&#233;j&#224; fait dans l'essentiel, entre octobre 1917 et f&#233;vrier 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que ne peut vouloir m&#234;me le petit bourgeois le plus r&#233;volutionnaire, ce que veut le prol&#233;taire conscient, ce que notre r&#233;volution n'a pas encore fait, ma brochure en parle &#233;galement. Or, cette t&#226;che, la t&#226;che de demain, Boukharine l'a pass&#233;e sous silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai, quant &#224; moi, d'autant moins de raisons de garder le m&#234;me silence que, tout d'abord, on doit, quand on est communiste, &#234;tre plus attentif aux t&#226;ches de demain qu'&#224; celles d'hier, et qu'ensuite ma brochure a &#233;t&#233; &#233;crite avant la prise du pouvoir par les bolch&#233;viks, &#224; une &#233;poque o&#249; l'on ne pouvait pas servir aux bolch&#233;viks le vulgaire argument petit&#8209;bourgeois : &#171; Eh bien, maintenant que vous avez pris le pouvoir, vous vous mettrez naturellement &#224; faire le grand air de la discipline &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ... &#171; Le socialisme aboutira dans son &#233;volution au communisme... car les hommes s'habitueront &#224; observer les conditions &#233;l&#233;mentaires de la vie en soci&#233;t&#233;, sans violence et sans soumission &#187; (l'Etat et la R&#233;volution, pages 77&#8209;78. Il &#233;tait donc question de &#171; conditions &#233;l&#233;mentaires &#187; avant la prise du pouvoir ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ... &#171; Alors seulement la d&#233;mocratie commencera &#224; s'&#233;teindre &#187; ... quand &#171; les hommes s'habitueront graduellement &#224; respecter les r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de la vie en soci&#233;t&#233; connues depuis des si&#232;cles, rebattues durant des mill&#233;naires dans toutes les prescriptions morales, &#224; les respecter sans violence, sans contrainte... sans cet appareil sp&#233;cial de coercition qui s'appelle l'Etat &#187; (ibid., p. 84 ; il &#233;tait donc question de &#171; prescriptions &#187; avant la prise du pouvoir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ... &#171; La phase sup&#233;rieure du communisme &#187; (&#224; chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacit&#233;s) &#171; suppose une productivit&#233; du travail diff&#233;rente de celle d'aujourd'hui, et la disparition de l'homme moyen d'aujourd'hui, capable, comme les s&#233;minaristes de Pomialovski, de gaspiller &#224; plaisir les richesses publiques et d'exiger l'impossible &#187; (ibid. , p. 91 ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; ... En attendant l'av&#232;nement de la phase &#171; sup&#233;rieure du communisme, les socialistes r&#233;clament de et de l'Etat qu'ils exercent le contr&#244;le le plus rigoureux sur la mesure de travail et la mesure de consommation &#187; (ibid. ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Enregistrement et contr&#244;le, tel est l'essentiel pour la mise en route, pour le fonctionnement r&#233;gulier de la soci&#233;t&#233; communiste dans sa premi&#232;re phase (ibid ., p. 95), Et ce contr&#244;le, il faut l'organiser non seulement &#171; sur l'infime minorit&#233; de capitalistes, sur les petits messieurs d&#233;sireux de conserver leurs pratiques capitalistes &#187;, mais aussi sur ceux des ouvriers qui sont &#171; profond&#233;ment corrompus par le capitalisme &#187; (ibid., p. 96) et sur &#171; les parasites, les fils &#224; papa, les filous et autres gardiens des traditions du capitalisme &#187; (ibid. ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est significatif que cela, Boukharine ne l'ait pas relev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de l'auteur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Il s'agit, l&#224; aussi, de regarder la v&#233;rit&#233; bien en face : nous n'avons pas encore suffisamment de cette implacabilit&#233; qui est indispensable au succ&#232;s du socialisme. Non pas que nous ne soyons pas assez r&#233;solus ; ce n'est pas la r&#233;solution qui nous manque. Mais nous ne savons pas attraper assez vite un nombre assez important de sp&#233;culateurs, de maraudeurs, de capitalistes qui enfreignent les prescriptions sovi&#233;tiques. Car on n'acquiert ce &#171; savoir&#8209;faire &#187; que par l'organisation de l'enregistrement et du contr&#244;le ! En second lieu, nous manquons de fermet&#233; dans nos tribunaux, qui, au lieu de faire fusiller les concussionnaires, leur infligent six mois de prison. Ces deux d&#233;fauts ont la m&#234;me racine sociale : l'influence de l'&#233;l&#233;ment petit&#8209;bourgeois, sa d&#233;bilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Il est extr&#234;mement typique que les auteurs des th&#232;ses ne disent pas un mot de la signification de la dictature du prol&#233;tariat dans le domaine &#233;conomique. Ils ne parlent que d'&#171; organisation &#187;, etc. Mais la n&#233;cessit&#233; de l'organisation est reconnue aussi par le petit bourgeois, qui redoute la dictature des ouvriers dans les rapports &#233;conomiques. Un r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien n'aurait jamais pu, &#224; un pareil moment, &#171; oublier &#187; ce &#171; pivot &#187; de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, qui est dirig&#233;e contre les fondements &#233;conomiques du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de l'&#233;diteur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[a] Kommounist [Le communiste] : revue des &#171; communistes de gauche &#187; autour de Boukharine, Radek et Piatakov. 4 num&#233;ros parurent d'avril &#224; juin 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[b] Nozdrev : personnage de la pi&#232;ce Les &#226;mes mortes de Gogol. Type du hoberau grossier et impudent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[c] Nova&#239;a Jizn [Vie Nouvelle] : revue mench&#233;vique martovienne. Interdite en juillet 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[d] Vp&#233;riod [En avant] : Quotidien mench&#233;vique interdit en avril 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[e] Extrait d'un vers de Pouchkine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/05/vil19180505.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/05/vil19180505.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La bourgeoisie mondiale et la r&#233;volution d'Octobre</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8329</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8329</guid>
		<dc:date>2026-08-27T22:45:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La bourgeoisie mondiale et la r&#233;volution d'Octobre &lt;br class='autobr' /&gt;
Non seulement les prol&#233;taires mais les exploit&#233;s et opprim&#233;s du monde entier s'&#233;taient reconnus dans la r&#233;volution d'Octobre de L&#233;nine et Trotsky comme lib&#233;ration de l'exploitation, de la guerre, de la dictature et de tous les massacres raciaux, interreligieux, interethniques, de toutes les violences contre les nationalit&#233;s opprim&#233;es... &lt;br class='autobr' /&gt;
Et, inversement, les bourgeoisies du monde entier se sont reconnues dans la haine de la r&#233;volution en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La bourgeoisie mondiale et la r&#233;volution d'Octobre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Non seulement les prol&#233;taires mais les exploit&#233;s et opprim&#233;s du monde entier s'&#233;taient reconnus dans la r&#233;volution d'Octobre de L&#233;nine et Trotsky comme lib&#233;ration de l'exploitation, de la guerre, de la dictature et de tous les massacres raciaux, interreligieux, interethniques, de toutes les violences contre les nationalit&#233;s opprim&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, inversement, les bourgeoisies du monde entier se sont reconnues dans la haine de la r&#233;volution en Russie et en Europe, la haine des soviets, la haine du communisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe regardait la r&#233;volution russe comme un espoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/les-repercussions-de-la-revolution-d-octobre-en-europe-dans-l-entre-deux-guerres-5629195&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceculture/les-repercussions-de-la-revolution-d-octobre-en-europe-dans-l-entre-deux-guerres-5629195&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde en r&#233;volutions regardait vers les soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/1918-un-monde-en-revolutions&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/1918-un-monde-en-revolutions&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde en qu&#234;te de paix regardait du c&#244;t&#233; des soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/2-co-so/vil19171025-02.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/2-co-so/vil19171025-02.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/2-co-so/vil19171025-03.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/2-co-so/vil19171025-03.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peuples colonis&#233;s et nationalit&#233;s opprim&#233;es regardaient du c&#244;t&#233; des soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/urss/works/1917/11/droitsdespeuples.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/urss/works/1917/11/droitsdespeuples.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/ic2_19200700f.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/ic2_19200700f.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Reed&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix jours qui &#233;branl&#232;rent le monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://classiques.uqam.ca/classiques/reed_john/Dix_jours_qui_ebranlerent_le_monde/dix_jours.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://classiques.uqam.ca/classiques/reed_john/Dix_jours_qui_ebranlerent_le_monde/dix_jours.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moignage de Louise Bryant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/bryant/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/bryant/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moignages sur la R&#233;volution russe de 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/ussr/archive/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/ussr/archive/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA SITUATION INTERNATIONALE ET LA REVOLUTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article1173&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article1173&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA VAGUE REVOLUTIONNAIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1436&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1436&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA BOURGEOISIE MONDIALE CONTRE LES SOVIETS (source : CCI)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.internationalism.org/revue-internationale/201805/9702/bourgeoisie-mondiale-contre-revolution-d-octobre-premiere-partie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.internationalism.org/revue-internationale/201805/9702/bourgeoisie-mondiale-contre-revolution-d-octobre-premiere-partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-internationalism-org.translate.goog/content/16651/world-bourgeoisie-against-october-revolution-part-two-social-democracy-and-stalinism?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-internationalism-org.translate.goog/content/16651/world-bourgeoisie-against-october-revolution-part-two-social-democracy-and-stalinism?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ECHEC DE LA VAGUE REVOLUTIONNAIRE EN EUROPE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2075&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2075&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8517&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8517&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5834&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5834&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8613&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8613&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA TERREUR BLANCHE CONTRE LA REVOLUTION RUSSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5381&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5381&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES PUISSANCES IMPERIALISTES CONTRE LA VAGUE REVOLUTIONNAIRE EN EUROPE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article214&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article214&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DIX ARMEES ETRANGERES CONTRE LA REVOLUTION RUSSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/publications/l_atlas_histoire/a54050&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.monde-diplomatique.fr/publications/l_atlas_histoire/a54050&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GUERRE IMPERIALISTE CONTRE LA REVOLUTION RUSSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/05/proletaires.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/05/proletaires.htm&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
LA REVOLUTION REFLUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5636&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5636&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ECRASEMENT DES REVOLUTIONS EN EUROPE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4760&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4760&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article216&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article216&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article213&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article213&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article205&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article205&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/00/19390000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/00/19390000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article278&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article278&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5019&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5019&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le mouvement bolchevik-l&#233;niniste (trotskiste)...</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8349</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8349</guid>
		<dc:date>2026-08-26T22:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le mouvement bolchevik-l&#233;niniste (trotskiste) en URSS Le Centre Organisationnel de l'Opposition L&#233;niniste du PCUS(b), cr&#233;&#233; sur le territoire de l'URSS, s'adresse par la pr&#233;sente &#224; tous les bolcheviks-l&#233;ninistes (oppositionnels) en libert&#233;, dans les prisons et en exil : au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es, le processus de consolidation des &#233;l&#233;ments de l'Opposition de gauche de l'Internationale communiste &#224; l'&#233;tranger s'est renforc&#233;. Sous la direction de L&#233;on Trotsky, un important travail (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique194" rel="directory"&gt;10 - Textes programmatiques de La Voix des Travailleurs&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mouvement bolchevik-l&#233;niniste (trotskiste) en URSS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Centre Organisationnel de l'Opposition L&#233;niniste du PCUS(b), cr&#233;&#233; sur le territoire de l'URSS, s'adresse par la pr&#233;sente &#224; tous les bolcheviks-l&#233;ninistes (oppositionnels) en libert&#233;, dans les prisons et en exil : au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es, le processus de consolidation des &#233;l&#233;ments de l'Opposition de gauche de l'Internationale communiste &#224; l'&#233;tranger s'est renforc&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous la direction de L&#233;on Trotsky, un important travail organisationnel a &#233;t&#233; accompli sur la base d'une d&#233;limitation id&#233;ologique. La r&#233;pression policie&#224;re et le joug bureaucratique ont emp&#234;che&#233; l'opposition russe de participer activement a&#224; l'unification internationale de la gauche. Par ce texte, nous affirmons notre appartenance a&#224; ce mouvement, ainsi que notre sympathie et notre soutien ardent &#224; ses id&#233;es et a&#224; son combat. Nous savons et ressentons l'interd&#233;pendance intrins&#232;que et le lien entre notre lutte et celle des camarades &#233;trangers. Chaque victoire des uns renforce notre combat pour la r&#233;forme du PCUS et l'&#233;tablissement d'une d&#233;mocratie prol&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est que par l'unit&#233; et la lutte internationalistes du prol&#233;tariat que les conqu&#234;tes d'Octobre &#8211; aujourd'hui menac&#233;es &#8211; seront pr&#233;serv&#233;es, et que triomphera la r&#233;volution mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution entre dans une p&#233;riode d'&#233;preuves colossales. Un tournant d&#233;cisif approche, o&#249; le sort de la dictature du prol&#233;tariat sera scell&#233;. Toutes les contradictions, enfouies par la pression administrative f&#233;roce de la bureaucratie stalinienne, refont surface. Le Parti n'est plus qu'un appendice impuissant et soumis a&#224; la clique bureaucratique. La faim et le de&#233;sespoir gagnent les masses prol&#233;tariennes et paysannes. Le pari de la collectivisation int&#233;grale a &#233;chou&#233; de fa&#231;on catastrophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1932/04/KR_00041932.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/1970/00/Memoires_bolchevik-leniniste.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1930/08/bl%20tactique%20taches.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/corr_opp/isolateur.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/10/taches.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000g.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1929/10/maintenant_10_29.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/urss.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000a.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6875&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7667&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4789&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 12&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4804&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 13&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6483&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 14&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6273&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 15&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5490&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 16&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6476&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 17&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 18&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6926&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 19&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6863&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 20&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6397&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 21&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6575&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 22&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6299&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 23&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6390&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 24&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6256&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 26&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3088&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 27&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/08/340817.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 28&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gorter et la r&#233;volution russe</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7650</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7650</guid>
		<dc:date>2026-08-09T22:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Gorter et la r&#233;volution russe &lt;br class='autobr' /&gt;
Avertissement : Gorter, po&#232;te n&#233;o-romantique hollandais &#233;tait aussi un militant de la gauche communiste germano-hollandaise. Il s'est oppos&#233; aux choix politiques de la r&#233;volution russe et a pol&#233;miqu&#233; avec L&#233;nine et Trotsky. Nous ne partageons pas ses points de vue mais, pour &#234;tre discut&#233;s, ils doivent &#234;tre connus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky et Gorter &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/11/201124.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5746 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gorter et la r&#233;volution russe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avertissement : Gorter, po&#232;te n&#233;o-romantique hollandais &#233;tait aussi un militant de la gauche communiste germano-hollandaise. Il s'est oppos&#233; aux choix politiques de la r&#233;volution russe et a pol&#233;miqu&#233; avec L&#233;nine et Trotsky. Nous ne partageons pas ses points de vue mais, pour &#234;tre discut&#233;s, ils doivent &#234;tre connus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky et Gorter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/11/201124.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/11/201124.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5746&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5746&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gorter et L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/04/g5.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/04/g5.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/04/gauchisme.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/04/gauchisme.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/gorter/works/1920/00/gorter_19200000_1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/gorter/works/1920/00/gorter_19200000_1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/gorter/1921/march-action.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/gorter/1921/march-action.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/nederlands/gorter/1921/1921internationale.htm?_x_tr_sl=nl&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/nederlands/gorter/1921/1921internationale.htm?_x_tr_sl=nl&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/08/vil19210814.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/08/vil19210814.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gorter et le KAPD&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/bock/1969/Bock7.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/bock/1969/Bock7.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gorter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.wordpress.com/gorter-1864-1927/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bataillesocialiste.wordpress.com/gorter-1864-1927/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.internationalism.org/rinte45/gh.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.internationalism.org/rinte45/gh.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;file :///C :/Users/HP/Downloads/_book_9789004325937_B9789004325937_007-preview.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense du point de vue de Gorter par la gauche communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.left-dis.nl/f/brichg.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.left-dis.nl/f/brichg.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.left-dis.nl/f/gch/5.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.left-dis.nl/f/gch/5.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand la R&#233;volution russe des soviets comptait sur la r&#233;volution des soviets en Allemagne</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8238</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8238</guid>
		<dc:date>2026-07-21T22:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand la R&#233;volution russe des soviets ne gardait le pouvoir qu'en comptant sur la R&#233;volution allemande des conseils de 1918-1919 &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine &#8211; Conf&#233;rence de P&#233;trograd-ville &#8211; 16 avril 1917 : &#171; Si, dans les deux pays, en Allemagne et en Russie, le pouvoir passe enti&#232;rement et sans partage aux mains des Soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats, l'humanit&#233; tout enti&#232;re poussera aussit&#244;t un soupir de soulagement, car cela garantira r&#233;ellement la fin la plus rapide de la guerre, la paix la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - Livre Quatorze : PROLETAIRES SANS FRONTIERES&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Allemagne Deutschland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand la R&#233;volution russe des soviets ne gardait le pouvoir qu'en comptant sur la R&#233;volution allemande des conseils de 1918-1919&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#8211; Conf&#233;rence de P&#233;trograd-ville &#8211; 16 avril 1917 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si, dans les deux pays, en Allemagne et en Russie, le pouvoir passe enti&#232;rement et sans partage aux mains des Soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats, l'humanit&#233; tout enti&#232;re poussera aussit&#244;t un soupir de soulagement, car cela garantira r&#233;ellement la fin la plus rapide de la guerre, la paix la plus solide, une paix vraiment d&#233;mocratique, entre tous les peuples, en m&#234;me temps que le passage de tous les pays au socialisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#8211; Appel aux soldats de tous les pays b&#233;llig&#233;rants &#8211; 4 mai 1917 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est seulement si le pouvoir dans deux pays actuellement ennemis, la Russie et l'Allemagne par exemple, passe enti&#232;rement et exclusivement aux mains de Soviets r&#233;volutionnaires des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats, capables de rompre, non seulement en paroles, mais aussi en fait, tout le r&#233;seau des rapports et des int&#233;r&#234;ts du Capital, - c'est alors seulement que les ouvriers des deux pays bellig&#233;rants pourront avoir confiance les uns dans les autres et mettre rapidement fin &#224; la guerre par une paix r&#233;ellement d&#233;mocratique, une paix qui implique la lib&#233;ration effective de tous les peuples et de toutes les nationalit&#233;s du monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fendant au VIIe Congr&#232;s du parti, en mars 1918, la signature de la paix de Brest, L&#233;nine disait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; La v&#233;rit&#233; absolue, c'est qu'&#224; moins d'une r&#233;volution allemande, nous sommes perdus. Nous p&#233;rirons peut-&#234;tre, non &#224; Piter, non &#224; Moscou, mais &#224; Vladivostok, ou bien dans d'autres endroits &#233;loign&#233;s vers lesquels nous devrons battre en retraite&#8230;, mais, en tout cas, quelles que soient les vicissitudes possibles et concevables, si la r&#233;volution allemande ne vient pas, nous p&#233;rirons. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit pourtant pas seulement de l'Allemagne. &#034; L'imp&#233;rialisme international, qui repr&#233;sente une force r&#233;elle gigantesque&#8230;, ne peut en aucun cas, &#224; aucune condition, s'arranger du voisinage de la R&#233;publique sovi&#233;tique&#8230; Ici, le conflit appara&#238;t in&#233;vitable. Ici&#8230; [intervient] le plus grand des probl&#232;mes historiques&#8230; la n&#233;cessit&#233; de provoquer la r&#233;volution internationale. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une r&#233;solution. secr&#232;te qui fut adopt&#233;e, il est dit : &#034; Le congr&#232;s ne voit de s&#251;re garantie de la consolidation de la r&#233;volution socialiste victorieuse en Russie, que dans sa transformation en une r&#233;volution ouvri&#232;re internationale. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours apr&#232;s, L&#233;nine faisait un rapport au Congr&#232;s des Soviets : &#034; L'imp&#233;rialisme mondial, et &#224; c&#244;t&#233; de lui, la marche victorieuse de la r&#233;volution sociale ne peuvent aller ensemble. &#034; Le 23 avril, il disait &#224; la s&#233;ance du Soviet de Moscou : &#034; Notre &#233;tat arri&#233;r&#233; nous a pouss&#233;s en avant et nous p&#233;rirons si nous ne parvenons pas &#224; tenir jusqu'au jour o&#249; nous rencontrerons un puissant appui venu des ouvriers insurg&#233;s des autres pays. &#034; &#034; &#8230; Il faut battre en retraite [devant l'imp&#233;rialisme] au moins jusqu'&#224; l'Oural, &#233;crit-il en mai 1918, car c'est la seule chance de gagner pendant la p&#233;riode o&#249; la r&#233;volution m&#251;rit en Occident&#8230; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Victor Serge
&lt;p&gt;La r&#233;volution allemande&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution allemande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'EFFONDREMENT DES EMPIRES CENTRAUX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juillet et ao&#251;t n'avaient pas &#233;t&#233; moins d&#233;cisifs &#224; l'Ouest qu'en Russie. Les grandes offensives allemandes de printemps, lanc&#233;es alors que les forces am&#233;ricaines &#233;taient encore loin du combat et que la Russie avait choisi de ne pas combattre, n'avaient pas r&#233;ussi &#224; briser la volont&#233; de r&#233;sistance des Alli&#233;s. Le mouvement de tenaille allemand n'avait r&#233;ussi qu'&#224; se rapprocher de Paris. Fin avril, les troupes de Hindenburg et de Ludendorff avaient quitt&#233; leurs positions de Cambrai, Saint-Quentin et La F&#232;re et progress&#233; jusqu'&#224; Albert, Montdidier et Noyon (bataille de la Somme) ; elles avaient p&#233;n&#233;tr&#233; &#224; certains endroits sur cinquante kilom&#232;tres, mena&#231;ant Amiens et la liaison entre les arm&#233;es britannique et fran&#231;aise, ainsi que Compi&#232;gne et la route de Paris. Fin mai, un nouvel effort les avait men&#233;s depuis L'Ailette-sur-Marne, une nouvelle avanc&#233;e de quarante kilom&#232;tres marqu&#233;e par la prise de Soissons et de Ch&#226;teau-Thierry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, maintenant que la plus grande puissance industrielle et financi&#232;re du monde, les &#201;tats-Unis, &#233;tait entr&#233;e en guerre, la victoire &#233;tait devenue impossible pour les Empires centraux, tant que les Alli&#233;s ne rel&#226;chaient pas leurs efforts. La guerre sous-marine impitoyable, qui aurait pu mettre la Grande-Bretagne &#224; genoux avant l'intervention am&#233;ricaine, n'&#233;tait plus qu'un gaspillage inutile de forces et d'argent : les chantiers navals am&#233;ricains et britanniques construisaient chaque mois plus de navires que les sous-marins n'en coulaient. L'&#233;puisement des arm&#233;es alli&#233;es &#233;tait plus que compens&#233; par l'arriv&#233;e d'un excellent mat&#233;riel humain envoy&#233; des &#201;tats-Unis, depuis fin avril, &#224; raison de 300 000 hommes par mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne et l'Autriche &#233;taient &#224; la limite de leurs forces, tandis que les &#201;tats-Unis commen&#231;aient &#224; peine leur propre effort, marqu&#233; par un enthousiasme calcul&#233;. L'occupation de l'Ukraine n'avait rapport&#233; que peu de fruits aux Empires centraux, et le front russe continuait d'immobiliser des forces allemandes consid&#233;rables : vingt-deux divisions, d'autant plus vuln&#233;rables (comme les &#233;v&#233;nements allaient bient&#244;t le montrer) &#224; la &#171; contagion du bolchevisme &#187; qu'elles &#233;taient compos&#233;es de r&#233;servistes. Vers la mi-juillet, le chancelier von Hinze avait interrog&#233; Ludendorff sur les chances de remporter une victoire sans &#233;quivoque et avait re&#231;u la r&#233;ponse &#233;tonnante : &#171; Je r&#233;ponds cat&#233;goriquement : oui. &#187; Cette d&#233;claration, excessivement cat&#233;gorique d'ailleurs, aboutit &#224; l'offensive du 15 juillet, qui marqua le d&#233;but de la catastrophe. Une attaque brutale fut lanc&#233;e entre Reims et Ch&#226;teau-Thierry, en direction d'&#201;pernay. Mais apr&#232;s avoir travers&#233; la Marne, les Allemands se heurt&#232;rent &#224; un nouveau front in&#233;branlable : leur effort fut &#233;cras&#233; en vingt-quatre heures. Deux jours plus tard, Foch lan&#231;a l'offensive contre la &#171; poche de Ch&#226;teau-Thierry &#187;, commen&#231;ant son action &#224; Villers-Cotter&#234;ts par une formidable attaque de chars. Ce fut le d&#233;but de la fin. &#192; la fin de juillet, les Allemands se repli&#232;rent sur la Vesle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 8 ao&#251;t fut le jour le plus noir de toute la Seconde Guerre mondiale pour l'arm&#233;e allemande &#187;, comme le remarqua Ludendorff. Ce jour-l&#224; commen&#231;a la troisi&#232;me bataille de Picardie, entre Albert et Moreuil. C'est l&#224; que les chars &#233;tablirent irr&#233;vocablement la sup&#233;riorit&#233; technologique des Alli&#233;s. La deuxi&#232;me arm&#233;e allemande fut disloqu&#233;e et ses pertes furent si lourdes que plusieurs divisions durent &#234;tre reform&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait extraordinaire et nouveau qui amena les dirigeants &#224; prendre conscience de la fin imminente &#233;tait que les soldats n'&#233;taient plus dispos&#233;s &#224; se battre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;v&#233;nements se produisirent, qui auraient &#233;t&#233; jug&#233;s impossibles dans l'arm&#233;e allemande : nos soldats se rendirent aux cavaliers ennemis ; des unit&#233;s enti&#232;res d&#233;pos&#232;rent les armes &#224; l'approche d'un char. Une nouvelle division s'avan&#231;ant courageusement vers la ligne de feu fut accueillie par les troupes en retraite aux cris de : &#171; Briseurs de gr&#232;ve ! &#187; et &#171; Ils n'en ont toujours pas assez de la guerre ! &#187; Les officiers, qui avaient souvent perdu toute influence, suivirent le mouvement&#8230; Il fallait mettre fin &#224; la guerre [Ludendorff]. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, les Allemands reculaient sur tout le front, sous la pression insistante et mesur&#233;e d'un ennemi qui les dominait de plus en plus. D'une semaine &#224; l'autre, leur r&#233;sistance semblait sur le point de s'effondrer. L'&#233;tat-major exigea du gouvernement qu'il recherche la paix sans plus tarder. [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 septembre, les Alli&#233;s attaqu&#232;rent en Mac&#233;doine, entre Vardar et Czerna. Le personnel diplomatique am&#233;ricain, toujours, fort opportun&#233;ment, accr&#233;dit&#233; &#224; Sofia, savait que la Bulgarie &#233;tait &#224; bout de souffle. Les soldats paysans refusaient de se battre, et les deuxi&#232;me et troisi&#232;me divisions abandonn&#232;rent leurs positions sans r&#233;sistance. L'arm&#233;e bulgare se d&#233;sint&#233;gra en quelques jours. Le tsar Ferdinand, furieux de cette situation, envoya au front Stambolisky, le chef de l'opposition paysanne, tout juste sorti de prison. Une arm&#233;e r&#233;publicaine marchait sur Sofia. Ces &#233;v&#233;nements restent obscurs. Ce qui est certain, c'est que pour &#233;touffer la r&#233;volution, une intervention &#233;nergique fut n&#233;cessaire, d'abord de la part des forces allemandes, qui tinrent l'arm&#233;e rebelle &#224; distance de Sofia, puis de la part des forces alli&#233;es. Le tsar Ferdinand abdiqua en faveur de son fr&#232;re Boris. Le parti d'opposition prit le contr&#244;le du gouvernement. Sous la houlette de l'&#233;tranger, la r&#233;volution paysanne continua de troubler la nation. La capitulation officielle de la Bulgarie, faite &#224; Franchet d'Esperey, eut lieu le 27 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Autriche, au bord de l'effondrement, demandait d&#233;j&#224; la paix (Note aux &#201;tats-Unis du 14 septembre). Le 4 octobre, l'Allemagne et l'Autriche pr&#233;sent&#232;rent une proposition conjointe d'armistice au pr&#233;sident Wilson. Un nouveau gouvernement entra au pouvoir &#224; Berlin, avec le prince Max de Bade comme chancelier et le social-d&#233;mocrate Scheidemann comme vice-chancelier. De longues semaines s'&#233;coul&#232;rent en n&#233;gociations ardues avec le pr&#233;sident Wilson. Les Empires centraux accept&#232;rent les quatorze points qu'il avait propos&#233;s en janvier (diplomatie ouverte, libert&#233; des mers, &#233;galit&#233; commerciale, droit &#224; l'autod&#233;termination des peuples, ind&#233;pendance de la Pologne, Soci&#233;t&#233; des Nations). Wilson d&#233;clara qu'il ne parlementerait qu'avec une Allemagne d&#233;mocratique. L'&#339;uvre des blocus et des chars fut compl&#233;t&#233;e par la propagande en faveur de la d&#233;mocratie et des droits des nationalit&#233;s. Ce fut la r&#233;v&#233;lation de la sup&#233;riorit&#233; des pays capitalistes structurellement les plus avanc&#233;s sur des empires accabl&#233;s par les survivances d'un ancien r&#233;gime . L'Allemagne, d&#233;sormais assaillie par les spectres de l'invasion et de la r&#233;volution, accepta toutes les conditions. L'empereur Charles d'Autriche se d&#233;couvrit soudain une &#226;me de r&#233;formateur et proclama, le 16 octobre, un &#171; &#201;tat f&#233;d&#233;ratif &#187;. Il &#233;tait trop tard. Les Tch&#232;ques, las d'attendre ses &#233;dits, s'organis&#232;rent en un &#201;tat ind&#233;pendant. Le 31 octobre, la r&#233;volution d&#233;ferla dans les rues de Vienne et de Budapest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Sofia, &#224; Budapest, &#224; Vienne, &#224; Berlin, tous les regards sont d&#233;sormais tourn&#233;s vers la Russie : elle est l'exemple, l'espoir, la foi. Partout, des soviets clandestins ou d&#233;clar&#233;s se constituent. Une conf&#233;rence ill&#233;gale de la Ligue Spartacus &#224; Berlin, le 7 octobre, d&#233;cide de fonder des soviets ; Liebknecht est amnisti&#233; et lib&#233;r&#233; de prison, tandis que l'&#233;tat-major &#233;labore des plans d&#233;taill&#233;s pour la r&#233;pression des troubles. Le signal du d&#233;clenchement de la r&#233;volution est une d&#233;cision insens&#233;e de l'Amiraut&#233;. La flotte re&#231;oit l'ordre de prendre la mer et de livrer une bataille finale, manifestement d&#233;sesp&#233;r&#233;e, contre les Alli&#233;s pour l'honneur allemand. Les amiraux du Kaiser veulent finir en beaut&#233;. Les marins n'ont plus les m&#234;mes raisons de mourir ; au contraire, ils ont trouv&#233; de nouvelles raisons de vivre. Les &#233;quipages, d&#233;sormais organis&#233;s autour de soviets clandestins, se mutinent, et les ouvriers de Kiel les soutiennent dans une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale (28 octobre-4 novembre). Le social-d&#233;mocrate Noske prononce des discours devant les marins insurg&#233;s &#8211; en vain. La flamme de la r&#233;bellion se rapproche. Le 6 novembre, les hommes d'&#201;tat sociaux-d&#233;mocrates, sous la pr&#233;sidence du prince Max de Bade, discutent avec le g&#233;n&#233;ral Groener des &#171; meilleurs moyens de maintenir la monarchie &#187;. L'obstination de Guillaume II, qui refuse d'abdiquer, compromet la dynastie aux yeux m&#234;me de ses derniers d&#233;fenseurs. Max de Bade assume la r&#233;gence le 9 novembre ; Fritz Ebert, d&#233;put&#233; social-d&#233;mocrate et ancien sellier, devient r&#233;gent imp&#233;rial [3] ; le Kaiser quitte pr&#233;cipitamment le quartier g&#233;n&#233;ral de l'arm&#233;e &#224; Spa, en voiture, et part pour la Hollande, tandis que Karl Liebknecht, du haut d'un balcon du palais imp&#233;rial de Berlin, proclame la R&#233;publique et l'av&#232;nement du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'Escaut &#224; la Volga, les conseils de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats &#8211; les Soviets &#8211; sont les v&#233;ritables ma&#238;tres du moment. Le gouvernement l&#233;gal de l'Allemagne est un Conseil des commissaires du peuple, compos&#233; de six socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les &#233;v&#233;nements survenus en Russie de fin septembre &#224; fin janvier 1919 se d&#233;roulent dans ce contexte radieux. Cette p&#233;riode est marqu&#233;e par une offensive victorieuse de la r&#233;volution russe sur tous les fronts, parall&#232;lement &#224; l'immense victoire que repr&#233;sente la r&#233;volution allemande pour les marxistes r&#233;volutionnaires qui l'ont pr&#233;dite et anticip&#233;e : elle est la r&#233;alisation de leurs espoirs les plus profonds, le d&#233;but de la r&#233;volution en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOUT POUR LA R&#201;VOLUTION ALLEMANDE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vee-Tsik et le Soviet de Moscou se r&#233;unirent en s&#233;ance commune le 3 octobre, jour de la formation d'un nouveau cabinet allemand sous les auspices du prince Max de Bade et de Scheidemann. L&#233;nine, encore en convalescence, ne put &#234;tre pr&#233;sent, mais une courte lettre de sa part fut lue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise allemande [d&#233;clara-t-il] signifie soit que la r&#233;volution a commenc&#233;, soit qu'elle est imminente et in&#233;vitable. Le gouvernement h&#233;site entre une dictature militaire, en vigueur de facto depuis le 2 ao&#251;t 1914 et devenue inapplicable maintenant que les troupes sont peu fiables, et une coalition avec les socialistes. L'admission de Scheidemann au cabinet ne fera qu'acc&#233;l&#233;rer l'explosion, car l'impuissance des mis&#233;rables laquais de la bourgeoisie sera bient&#244;t r&#233;v&#233;l&#233;e. La crise ne fait que commencer. Elle se terminera infailliblement par la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat russe doit tout mettre en &#339;uvre pour aider les travailleurs allemands&#8230; appel&#233;s &#224; mener une lutte acharn&#233;e contre leur propre imp&#233;rialisme et contre l'imp&#233;rialisme britannique. La d&#233;faite de l'imp&#233;rialisme allemand aura pour effet, pendant un certain temps, d'accro&#238;tre l'arrogance, la cruaut&#233;, la r&#233;action et les vis&#233;es annexionnistes de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat russe comprendra bient&#244;t qu'il devra consentir aux plus grands sacrifices au nom de l'internationalisme. Le temps approche o&#249; les circonstances pourraient nous obliger &#224; affronter l'imp&#233;rialisme britannique et fran&#231;ais et &#224; venir en aide aux travailleurs allemands qui luttent contre le joug de leur propre imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons constituer des stocks de c&#233;r&#233;ales pour la r&#233;volution allemande et acc&#233;l&#233;rer nos efforts pour cr&#233;er une puissante Arm&#233;e rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions d&#233;cid&#233; d'avoir une arm&#233;e d'un million d'hommes d'ici le printemps ; il nous en faut maintenant trois millions. Nous pouvons l'avoir. Et nous l'aurons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les changements les plus radicaux de la situation sont possibles : il est encore possible que l'imp&#233;rialisme allemand et l'imp&#233;rialisme anglo-fran&#231;ais s'allient contre le pouvoir sovi&#233;tique. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky a trac&#233; les grandes lignes des &#233;v&#233;nements :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire qu'en tant que mat&#233;rialistes, nous avons compris la nature de ces &#233;v&#233;nements et en avons pr&#233;vu l'issue. L'histoire s'accomplit, contre notre volont&#233; peut-&#234;tre, mais suivant la courbe que nous avons trac&#233;e. Et m&#234;me si de lourds sacrifices sont n&#233;cessaires, la fin sera celle que nous avons pr&#233;dite : la chute des dieux du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme. Il semble que l'histoire ait voulu donner &#224; l'humanit&#233; une le&#231;on ultime et bouleversante. Les travailleurs &#233;taient trop paresseux, apathiques et ind&#233;cis. Il est certain que nous n'aurions jamais &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; cette guerre si la classe ouvri&#232;re avait fait preuve en 1914 de suffisamment de d&#233;termination pour s'opposer aux desseins des imp&#233;rialistes. Mais rien de tel ne s'est produit : la classe ouvri&#232;re avait besoin d'une nouvelle et cruelle le&#231;on de l'histoire. L'histoire a permis &#224; la nation la plus puissante et la mieux organis&#233;e de s'&#233;lever &#224; une hauteur inconcevable. Le canon de 420 a dict&#233; la volont&#233; de l'Allemagne au monde entier. L'Allemagne semblait avoir asservi l'Europe &#224; jamais&#8230; Et maintenant, voyez comment l'histoire, apr&#232;s avoir &#233;lev&#233; l'imp&#233;rialisme allemand &#224; ce niveau et hypnotis&#233; ses masses, le plonge, vertigineusement, dans un ab&#238;me d'impuissance et d'humiliation, comme pour dire : &#171; Voil&#224; ! Il est d&#233;truit ! Allez, d&#233;barrassez l'Europe et le monde de ses d&#233;bris&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky s'est donn&#233; la peine d'&#233;tablir que le salut de l'Allemagne r&#233;sidait dans la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne attirerait alors &#224; elle un puissant courant de sympathie pour la R&#233;volution allemande de la part des peuples et des masses opprim&#233;es du monde, et surtout de la France... La classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, qui a vers&#233; plus de sang que celle de toute autre nation, n'attend, au plus profond de son c&#339;ur r&#233;volutionnaire, que le premier signal de l'Allemagne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a conclu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat allemand passe &#224; l'offensive, le premier devoir de la Russie sovi&#233;tique, dans la lutte r&#233;volutionnaire, sera de ne tenir aucun compte des fronti&#232;res nationales. La Russie des Soviets n'est rien d'autre que l'avant-garde de la r&#233;volution allemande et europ&#233;enne&#8230; Le prol&#233;tariat allemand, fort de son expertise technique, d'un c&#244;t&#233; ; notre Russie, mal organis&#233;e mais tr&#232;s peupl&#233;e et riche en ressources naturelles, de l'autre &#8211; ces deux pays formeront un bloc redoutable contre lequel s'&#233;craseront toutes les vagues de l'imp&#233;rialisme&#8230; Liebknecht n'a nul besoin de conclure un trait&#233; avec nous. Nous l'aiderons sans trait&#233;, dans la limite de nos forces. Nous donnons tout &#224; la lutte prol&#233;tarienne mondiale. L&#233;nine nous a exhort&#233;s dans sa lettre &#224; constituer une arm&#233;e d'un million d'hommes pour la d&#233;fense de la R&#233;publique des Soviets. Ce programme est trop limit&#233;. [5] L'histoire nous le dit : peut-&#234;tre demain la classe ouvri&#232;re allemande vous appellera-t-elle &#224; son secours ; cr&#233;ez une arm&#233;e de deux millions d'hommes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tels &#233;taient les sentiments et les enseignements, non seulement du parti bolchevique, mais de tous les r&#233;volutionnaires de Russie, qu'ils soient socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, anarchistes ou mencheviks-internationalistes. Si L&#233;nine n'avait pas &#233;crit, lors des d&#233;bats sur la paix de Brest-Litovsk, que, face &#224; une r&#233;volution allemande menac&#233;e dans sa bataille d&#233;cisive, &#171; il serait non seulement opportun, mais m&#234;me un devoir de risquer une d&#233;faite, voire la perte du pouvoir sovi&#233;tique &#187; [6] . La R&#233;publique socialiste d'un pays arri&#233;r&#233; pourrait &#234;tre appel&#233;e &#224; se sacrifier pour la r&#233;volution socialiste (qui serait bien plus importante pour le prol&#233;tariat international) dans un pays avanc&#233;, c'est-&#224;-dire dot&#233; d'une base industrielle bien plus solide et d'un prol&#233;tariat plus nombreux. Du point de vue de l'internationalisme prol&#233;tarien, cette proposition affiche la rigueur d'un axiome. L&#233;nine &#233;crivait le 20 ao&#251;t, dans sa Lettre aux travailleurs am&#233;ricains :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est pas un v&#233;ritable socialiste celui qui ne comprend pas que, pour la victoire sur la bourgeoisie, pour la prise du pouvoir par les travailleurs, pour le d&#233;but de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale, nous ne pouvons ni ne devons reculer devant aucun sacrifice, f&#251;t-il territorial, f&#251;t-il celui qui nous inflige de lourdes d&#233;faites face &#224; l'imp&#233;rialisme. N'est pas un v&#233;ritable socialiste celui qui n'a pas prouv&#233; par les faits qu'il est pr&#234;t &#224; consentir les plus grands sacrifices pour que &#171; son &#187; pays puisse r&#233;ellement faire avancer la cause de la r&#233;volution socialiste. [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution adopt&#233;e par Vee-Tsik promettait au prol&#233;tariat d'Allemagne et d'Autriche le soutien sans r&#233;serve de la classe ouvri&#232;re russe ; le Conseil militaire r&#233;volutionnaire fut charg&#233; de &#171; mettre en &#339;uvre un programme &#233;largi de formation de l'Arm&#233;e rouge &#187; ; le Commissariat &#224; l'alimentation re&#231;ut l'ordre de cr&#233;er sans d&#233;lai un fonds alimentaire au profit des travailleurs allemands et autrichiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOUVEAUX DANGERS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, remis de ses blessures, prit la parole le 22 octobre lors d'une s&#233;ance commune du Vee-Tsik, du Soviet de Moscou et du Conseil des syndicats. Il aborda le th&#232;me suivant : &#171; Jamais nous n'avons &#233;t&#233; aussi proches de la r&#233;volution mondiale et jamais nous ne nous sommes trouv&#233;s dans une situation aussi p&#233;rilleuse, car c'est la premi&#232;re fois que le bolchevisme est consid&#233;r&#233; comme un danger mondial. &#187; Avant l'effondrement des empires centraux, on aurait pu penser que la r&#233;volution russe &#233;tait sp&#233;cifique &#224; la Russie. Mais aujourd'hui, c'est le contraire qui s'imposait : &#171; Le bolchevisme est devenu la th&#233;orie et la tactique mondiales du prol&#233;tariat international. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter la prudence &#233;tudi&#233;e de certaines formulations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volution populaire, et peut-&#234;tre une r&#233;volution prol&#233;tarienne, en Allemagne est devenue in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons garde de ne pas entraver la r&#233;volution en Ukraine. Il est essentiel de comprendre les variations de progression de chaque r&#233;volution. Dans chaque pays &#8211; et nous qui l'avons vue et v&#233;cue le savons mieux que quiconque &#8211; la r&#233;volution progresse &#224; sa mani&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interf&#233;rence de ceux qui ne connaissent pas le rythme auquel la r&#233;volution se d&#233;veloppe peut g&#234;ner les communistes intelligents qui disent : &#171; Notre principal effort doit &#234;tre de faire de ce processus un processus conscient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune r&#233;volution ne vaut quelque chose si elle ne peut pas se d&#233;fendre elle-m&#234;me ; mais une r&#233;volution n'apprend pas &#224; se d&#233;fendre tout de suite. [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;composition de l'imp&#233;rialisme allemand faisait paradoxalement peser d'immenses dangers sur la r&#233;volution russe. Les Alli&#233;s avaient d&#233;sormais carte blanche pour attaquer la R&#233;publique sovi&#233;tique. Le bolchevisme les mena&#231;ait d&#233;sormais sur le Rhin, et non plus seulement sur la Vistule. Dans ces circonstances nouvelles, les bourgeoisies allemande et alli&#233;e pouvaient parfaitement se r&#233;concilier contre les Sovi&#233;tiques. Un accord tacite avait apparemment &#233;t&#233; conclu entre l'Allemagne et les Alli&#233;s concernant l'occupation de l'Ukraine. Il fallait s'attendre &#224; une attaque des Alli&#233;s par le sud, soit par les Dardanelles et la mer Noire, soit par la Roumanie. La vision de L&#233;nine &#233;tait claire. Les Alli&#233;s envisageaient bel et bien d'occuper l'Ukraine. Le g&#233;n&#233;ral Franchet d'Esperey planifiait des op&#233;rations de grande envergure dans le sud de la Russie. Comme nous le verrons, cette campagne commen&#231;a &#224; se mettre en &#339;uvre, avec des cons&#233;quences graves et sanglantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours de L&#233;nine ne faisait aucune allusion aux r&#233;centes dissensions apparues autour de la paix de Brest-Litovsk. C'est un dirigeant modeste dans ses victoires, si modestes qu'elles lui &#233;chappent. La justesse des id&#233;es qu'il a expos&#233;es en f&#233;vrier, dans sa pol&#233;mique contre les partisans communistes de gauche de la guerre r&#233;volutionnaire, est d&#233;sormais incontestablement r&#233;v&#233;l&#233;e. Les grandes offensives de printemps lanc&#233;es par Hindenburg et Ludendorff sur le front occidental avaient d&#233;montr&#233; la force durable de l'imp&#233;rialisme allemand, qui allait encore tenir neuf mois. Nous savons aujourd'hui que le g&#233;n&#233;ral Hoffmann tentait de persuader l'&#233;tat-major allemand de lancer une offensive d&#233;cisive contre la R&#233;publique sovi&#233;tique. Le r&#233;pit pr&#233;caire et douloureux obtenu gr&#226;ce au trait&#233; de Brest-Litovsk avait permis &#224; la r&#233;volution de se renforcer, de ma&#238;triser ses ennemis sur le front int&#233;rieur et d'entamer la construction de l'Arm&#233;e rouge ; et pendant ce m&#234;me intervalle, les troubles qui minaient l'imp&#233;rialisme allemand avaient atteint une intensit&#233; extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux probl&#232;mes &#233;troitement li&#233;s &#233;taient &#224; l'ordre du jour des dirigeants de la r&#233;volution russe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour assurer la victoire du prol&#233;tariat en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour tenir bon face aux Alli&#233;s, d&#233;sormais vainqueurs de la guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les puissances alli&#233;es allaient attaquer le bolchevisme avec d'autant plus d'&#233;nergie que la menace du prol&#233;tariat allemand &#233;tait apparue. Le triomphe de la classe ouvri&#232;re en Allemagne constituerait le front uni des travailleurs europ&#233;ens contre les capitalistes du monde entier. Le destin de l'humanit&#233; &#233;tait d&#233;sormais en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES FAITS DE LA R&#201;VOLUTION ALLEMANDE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1908, l'un des plus c&#233;l&#232;bres th&#233;oriciens de la social-d&#233;mocratie allemande s'&#233;tait efforc&#233; de d&#233;montrer que l'Allemagne &#233;tait m&#251;re pour la r&#233;volution socialiste. [9] Aucun autre pays ne r&#233;unissait alors mieux toutes les conditions pr&#233;alables &#224; une transformation sociale : une forte concentration industrielle, un d&#233;veloppement technique extraordinaire, la pr&#233;dominance sociale du prol&#233;tariat, la croissance rapide (toujours en cours) de l'organisation ouvri&#232;re. La population totale de l'Allemagne &#233;tait de 61 700 000 habitants, dont 27 420 000 adultes actifs. Cette population active se composait comme suit : 6 049 135 propri&#233;taires (22,9 %), 1 588 168 salari&#233;s (5,8 %) et 19 782 595 prol&#233;taires (72,3 %). Ces statistiques, issues du recensement officiel de 1907, sont encore sujettes &#224; controverse : la cat&#233;gorie des &#171; propri&#233;taires &#187; comprend notamment, outre les membres des classes moyennes et sup&#233;rieures, un grand nombre de petits agriculteurs dont la situation sociale est tr&#232;s proche de celle du prol&#233;tariat. Quoi qu'il en soit, la pr&#233;dominance du prol&#233;tariat industriel en Allemagne n'est pas contest&#233;e. Une analyse de la r&#233;partition sociale de la population active (datant de 1925) dresse le tableau suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
Prol&#233;taires 16 000 000&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;l&#233;ments semi-prol&#233;tariens (employ&#233;s subalternes et paysans pauvres) 5 700 000&lt;br class='autobr' /&gt;
Petits-bourgeois (artisans, paysans riches, employ&#233;s et fonctionnaires de rang moyen et sup&#233;rieur) 10 100 000&lt;br class='autobr' /&gt;
Capitalistes et cadres pour la soci&#233;t&#233; capitaliste 2 000 000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait un total de 33 800 000 : parmi eux, 20 600 000 sont consid&#233;r&#233;s comme des salari&#233;s. [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais Sur le contexte fondamental de la r&#233;volution allemande, les statistiques sociales sont pleines de controverses, bien que les tendances g&#233;n&#233;rales soient claires. Aux 27,4 millions d'adultes valides du recensement de 1907, il faut ajouter 4,6 millions suppl&#233;mentaires dans les cat&#233;gories extraprofessionnelles : l'arm&#233;e, les &#233;quipages de la marine, les rentiers, les retrait&#233;s, etc. L' Annuaire de l'Internationale communiste de 1923 (&#233;dition russe) donnait les chiffres suivants pour la p&#233;riode ant&#233;rieure &#224; la mobilisation r&#233;volutionnaire de cette ann&#233;e-l&#224; : ind&#233;pendants, 4,43 millions ; semi-prol&#233;taires, 3,47 millions ; employ&#233;s, 3,22 millions ; ouvriers, 22,7 millions. Les chiffres sensiblement plus faibles que nous avons reproduits pour 1925 proviennent de la m&#234;me source, mais ont &#233;t&#233; publi&#233;s en 1925, c'est-&#224;-dire apr&#232;s le revers subi par le Parti communiste allemand [11] , dans Les Partis sociaux-d&#233;mocrates (pr&#233;face d'E. Varga). Nous les accepterons avec les r&#233;serves qui s'imposent, en esp&#233;rant que nos statisticiens feront preuve de plus de soin dans le traitement de leurs chiffres et peut-&#234;tre de moins de souci quant &#224; leur pr&#233;sentation opportune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#233;lections g&#233;n&#233;rales de 1912, le parti social-d&#233;mocrate avait recueilli 4 250 000 voix : il b&#233;n&#233;ficiait du soutien des coop&#233;ratives ais&#233;es et des syndicats les plus puissants du monde, et comptait 1 086 000 membres en 1914. Certes, pendant la guerre (en 1917), ce chiffre &#233;tait tomb&#233; &#224; 243 000, mais cela &#233;tait d&#251; en grande partie &#224; la suspension de l'activit&#233; politique publique. Cependant, le 2 ao&#251;t 1914, on ne trouvait que deux figures h&#233;ro&#239;ques, Karl Liebknecht et Otto R&#252;hle, parmi les 100 d&#233;put&#233;s du parti, pour voter contre la guerre [12] : tous les autres, l'ensemble de la direction et de l'&#233;tat-major du prol&#233;tariat socialiste, avaient vot&#233; pour. Ce n'&#233;tait l&#224; que le point culminant soudain d'une longue &#233;volution. Le grand parti ouvrier avait &#233;t&#233; min&#233; par l'opportunisme petit-bourgeois, dont la domination avait &#233;t&#233; facilit&#233;e par l'expansion &#233;conomique du capitalisme, une prosp&#233;rit&#233; nationale fond&#233;e en partie sur les profits de l'exploitation coloniale et des exportations, et l'existence d'une aristocratie ouvri&#232;re satisfaite, bien r&#233;mun&#233;r&#233;e et li&#233;e, par ses aspirations et son mode de vie, &#224; la classe moyenne en pleine expansion. De plus en plus, les cercles dirigeants du parti s'&#233;taient habitu&#233;s &#224; identifier leur destin &#224; celui de l'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce terrain mouvant, des luttes complexes se d&#233;roul&#232;rent entre les diff&#233;rentes tendances du socialisme : c'est l'opportunisme qui finit toujours par l'emporter, soutenu par toutes les forces de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Ces batailles d'id&#233;es, sans cesse renouvel&#233;es entre de petites minorit&#233;s r&#233;volutionnaires et les grands r&#233;alistes de la direction du parti, aboutirent invariablement &#224; une nouvelle tromperie de la conscience ouvri&#232;re, &#224; un nouveau vocabulaire pour tromper les masses, tout en continuant &#224; employer un langage r&#233;volutionnaire qui avait perdu ses significations fondamentales. Peu &#224; peu, la collaboration de classe se substitua &#224; la lutte des classes ; la th&#233;orie de la conqu&#234;te pacifique du socialisme par la d&#233;mocratie parlementaire rel&#233;gua aux oubliettes la n&#233;cessit&#233; de la dictature du prol&#233;tariat, proclam&#233;e par Marx ; un patriotisme phras&#233; et mensonger drapa les congr&#232;s du parti du drapeau national, &#224; c&#244;t&#233; du drapeau rouge de l'Internationale ouvri&#232;re. Des th&#233;oriciens &#233;rudits propos&#232;rent m&#234;me de r&#233;viser les principes fondamentaux du socialisme &#224; la lumi&#232;re des progr&#232;s du capitalisme allemand. Et ces hommes, alors m&#234;me que l'Empire versait son m&#233;tal dans des canons, consacraient leur &#233;nergie &#224; d&#233;montrer que le voyage vers la ville du socialisme &#233;tait d&#233;sormais en marche, sur le chemin des r&#233;formes pacifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus d'un quart de si&#232;cle, l'aristocratie ouvri&#232;re, au sein de laquelle se recrutaient les sections dirigeantes de la social-d&#233;mocratie, avait progressivement identifi&#233; ses propres int&#233;r&#234;ts avec ceux du syst&#232;me social dont la prosp&#233;rit&#233; garantissait son bien-&#234;tre. Le vote du 2 ao&#251;t 1914 n'a fait que r&#233;v&#233;ler, brutalement et ouvertement, le passage que le corps des officiers du socialisme avait depuis longtemps fait du c&#244;t&#233; de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti social-d&#233;mocrate ind&#233;pendant, m&#233;content du soutien inconditionnel apport&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme par des dirigeants comme Scheidemann et Ebert, s'&#233;tait s&#233;par&#233; et constitu&#233; en 1917 : il refl&#233;tait &#224; la fois la protestation des masses ouvri&#232;res contre l'Union sacr&#233;e et le vieux centrisme qui aimait &#224; utiliser la phras&#233;ologie r&#233;volutionnaire pour masquer une politique de mod&#233;ration, de compromis, de temporisation et de juste milieu. Ses id&#233;ologues se r&#233;v&#233;l&#232;rent &#234;tre ceux-l&#224; m&#234;mes qui avaient le plus &#339;uvr&#233; ces dix derni&#232;res ann&#233;es &#224; corrompre la pens&#233;e socialiste : &#201;douard Bernstein, inventeur du r&#233;visionnisme, et le pacifiste Kautsky, d&#233;sormais pr&#234;t &#224; devenir le proph&#232;te du wilsonisme. [13] En l'absence d'une organisation r&#233;volutionnaire des masses, c'est avec la gauche influente de ce parti (Haase, D&#228;umig, Crispien) que Yoffe dut collaborer &#224; la veille de la r&#233;volution allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul groupe prol&#233;tarien authentiquement r&#233;volutionnaire comparable, en termes de conscience de classe, au parti bolchevique russe &#233;tait le Spartakusbund (Ligue Spartakus), fond&#233; en janvier 1916 par les plus brillants v&#233;t&#233;rans de la lutte contre l'opportunisme. Il comprenait un petit groupe de dirigeants capables de grandes choses : le vieux conspirateur polonais L&#233;o Tyshko, pass&#233; ma&#238;tre dans l'art du travail clandestin ; l'historien Franz Mehring, &#224; l'origine de certaines des applications les plus brillantes de la m&#233;thode historico-mat&#233;rialiste ; Rosa Luxemburg, seule figure du socialisme occidental &#224; s'apparenter &#224; L&#233;nine et Trotsky ; et l'intr&#233;pide Liebknecht. Mais ces dirigeants, habitu&#233;s &#224; lutter &#171; &#224; contre-courant &#187;, ne b&#233;n&#233;ficiaient pas d'une grande arm&#233;e de masses, malgr&#233; leur popularit&#233;. Le Spartakusbund &#233;tait &#171; plus une tendance id&#233;ologique qu'un parti &#187;, comme le disait Karl Radek. Et il n'avait eu d'autre choix que de s'affilier, en avril 1917, au Parti social-d&#233;mocrate ind&#233;pendant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au prol&#233;tariat allemand, si singuli&#232;rement d&#233;pourvu de cette arme essentielle &#224; la guerre de classe &#8211; le parti r&#233;volutionnaire conscient de ses t&#226;ches &#8211; se dressait la bourgeoisie la plus instruite, la plus organis&#233;e, la plus consciente de toutes, la bourgeoisie qui avait su former des chefs de guerre comme Hindenburg, Ludendorff, Mackensen, von der Goltz, von Kl&#252;ck, la bourgeoisie qui avait produit ses Krupp, ses Albert Ballin, ses Hugo Stinne, ses Walter Rathenau, ses Hugenberg, ses Kl&#246;ckner, ses Thyssen et tant d'autres. [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES SOCIALISTES CONTRE-R&#201;VOLUTIONNAIRES GAGNENT LE POUVOIR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie fut trop sage pour tenter de renverser la situation lorsque les troupes, &#233;puis&#233;es, d&#233;moralis&#233;es, sans espoir de gagner la guerre, quitt&#232;rent le front. Nous avons d&#233;j&#224; vu comment Ludendorff comprit aussit&#244;t que la guerre &#233;tait finie et qu'il ne fallait pas perdre une heure avant de faire la paix. Une fois le r&#234;ve d'une Grande Allemagne explos&#233;, il ne restait plus aux hommes de t&#234;te qui l'avaient r&#234;v&#233; que de sauver l'ordre imp&#233;rialiste. Et cela ne pouvait se faire qu'en s'entendant avec les masses. Ce que les Savinkov, Kornilov, Kerenski et Tchernov de Russie (ni Buchanan, Pal&#233;ologue et Albert Thomas) [15] n'avaient jamais compris lorsque la vague bolchevique &#233;tait forte, fut imm&#233;diatement saisi par les dirigeants de l'Allemagne imp&#233;riale de septembre &#224; novembre 1918. Leur id&#233;e directrice &#233;tait de se laisser emporter par la r&#233;volution afin d'&#233;viter de l'&#234;tre. L'expression allemande est ici &#233;tonnamment appropri&#233;e : Sich an der Spitze stellen, um die Spitze abzubrechen &#8211; se mettre &#224; la t&#234;te du mouvement pour le briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nulle part en Allemagne, les chefs militaires ne r&#233;sist&#232;rent aux troupes. Lors de la formation des Conseils de soldats (Soviets), les chefs d'&#233;tat-major eurent l'habilet&#233; de faire &#233;lire leurs propres membres en de nombreux endroits. Les mar&#233;chaux du Kaiser et les grands banquiers prirent sur eux de faire entrer au gouvernement Ebert et Scheidemann, dirigeants socialistes d'une grande biens&#233;ance, mais influents aupr&#232;s des masses. Le cabinet du prince Max de Bade ouvrit la voie au Conseil des commissaires du peuple [16] de la R&#233;publique socialiste, form&#233; le 12 novembre. Toute l'Allemagne &#233;tait au pouvoir des Soviets. Leurs noms m&#234;mes, Conseil des commissaires, Conseils ouvriers ( Arbeiterr&#228;te ), faisaient &#233;cho &#224; la r&#233;volution russe. Mais ces Soviets &#233;taient paralys&#233;s par les majorit&#233;s sociales-d&#233;mocrates dominantes. Le Conseil des commissaires du peuple n'&#233;tait en r&#233;alit&#233; que le camouflage d&#233;magogique d'un cabinet de coalition normal. Au sein de ce gouvernement, trois sociaux-d&#233;mocrates majoritaires, Fritz Ebert, Landsberg et Scheidemann, connus pour leur loyaut&#233; envers la bourgeoisie, cohabitaient avec trois ind&#233;pendants ind&#233;cis, Hugo Haase, Dittmann et Barth. Ce fut ce gouvernement qui entreprit la fondation d'une r&#233;publique socialiste d&#233;mocratique en Allemagne. Il imposa l'ordre et le calme aux citoyens jusqu'aux &#233;lections. Il h&#233;sita &#224; accepter les dures conditions de l'armistice dict&#233;es par les Alli&#233;s et ne les signa que sous la pression pressante de l'&#233;tat-major. D&#232;s sa formation, le gouvernement avait le choix entre deux voies : la paix sociale et la paix avec les Alli&#233;s &#8211; autrement dit, la d&#233;fense du capitalisme, la r&#233;pression du mouvement r&#233;volutionnaire, le front uni avec les Alli&#233;s contre la R&#233;publique sovi&#233;tique ; ou la guerre civile, l'alliance avec les Soviets russes, la guerre r&#233;volutionnaire pour la d&#233;fense de l'Allemagne. Dans une telle guerre civile, la victoire du prol&#233;tariat &#233;tait assur&#233;e ; mais Wilson et Foch n'auraient jamais accept&#233; (du moins, c'est ce qu'on croyait) de s'asseoir &#224; la table des n&#233;gociations avec le bolchevisme. [17] L'int&#233;r&#234;t de la nation aurait donc exig&#233; le d&#233;veloppement de la lutte sur un plan nouveau, celui de la r&#233;volution prol&#233;tarienne elle-m&#234;me ; mais pour cela, il aurait fallu oser, et, pour oser, d&#233;sirer la victoire du prol&#233;tariat, la souhaiter et y croire. Tout le pass&#233; de la social-d&#233;mocratie s'opposait &#224; une telle perspective. Et la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie pr&#233;f&#233;raient une Allemagne capitaliste &#233;cras&#233;e par les Alli&#233;s &#224; une Allemagne prol&#233;tarienne fi&#232;re et forte, n&#233;e des ruines de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les commissaires du peuple refus&#232;rent tout appel &#224; Yoffe. Ils refus&#232;rent le grain russe que Vee-Tsik leur avait propos&#233;. Ils &#233;vit&#232;rent toute ing&#233;rence dans les anciennes bureaucraties et maintinrent les g&#233;n&#233;raux r&#233;actionnaires &#224; leurs postes de commandement. [18]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes de la contre-r&#233;volution &#233;taient au pouvoir. La lutte allait maintenant s'ouvrir entre eux et cette minorit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, group&#233;e autour de la Ligue Spartacus et de la gauche des sociaux-d&#233;mocrates ind&#233;pendants, qui r&#233;clamait la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YOFFE, L'AMBASSADEUR SOVI&#201;TIQUE, EST EXPULS&#201; DE BERLIN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, les &#233;v&#233;nements s'acc&#233;l&#232;rent. L'Arm&#233;e rouge s'organise, remporte des batailles, s'empare de villes. Les Commissions extraordinaires font fusiller les ennemis. Les usines, les transports, les villes sont engag&#233;s dans une lutte acharn&#233;e contre la famine. La vie quotidienne est enti&#232;rement domin&#233;e par l'attente d'une r&#233;volution en Europe. Les yeux de la nation enti&#232;re sont tourn&#233;s vers l'Occident. Famine, typhus, morts, une ville prise, une ville perdue &#8211; qu'importe ? &#192; Berlin, Paris, Rome, Londres, l'avenir du monde se joue. L'internationalisme des Soviets de Russie est profond et vrai : rien ne retient leur attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux de l'&#233;poque sont &#233;tonnants. Chaque jour, en gros caract&#232;res et &#224; la une, ils diffusent des d&#233;p&#234;ches de derni&#232;re minute, de vagues rumeurs capt&#233;es &#224; Stockholm par des oreilles anxieuses : &#233;meutes &#224; Paris, &#233;meutes &#224; Lyon, r&#233;volution en Belgique, r&#233;volution &#224; Constantinople, victoire des Soviets en Bulgarie, &#233;meutes &#224; Copenhague. En fait, toute l'Europe est en mouvement ; des Soviets clandestins ou d&#233;clar&#233;s apparaissent partout, m&#234;me dans les arm&#233;es alli&#233;es ; tout est possible, tout. Le 15 octobre, Vorovski t&#233;l&#233;graphie &#224; Zinoviev de Stockholm : &#171; La r&#233;volution se pr&#233;pare en France &#187; (titre de sa d&#233;p&#234;che dans les journaux) ; &#171; un mouvement populaire ouvrier a commenc&#233; il y a deux jours et se propage avec &#233;nergie &#224; Paris&#8230; Les ouvriers exigent la lib&#233;ration imm&#233;diate de tous les prisonniers politiques&#8230; Un Soviet de soldats alli&#233;s a pris contact au front avec le Soviet de soldats allemands&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 novembre, alors que le drapeau rouge flottait d&#233;j&#224; sur Kiel, le chancelier Max de Bade d&#233;cida de prendre une mesure r&#233;clam&#233;e depuis longtemps par l'&#233;tat-major. Il rompit les relations diplomatiques avec la Russie sovi&#233;tique. Yoffe fut pri&#233; de quitter Berlin dans les vingt-quatre heures. Des bagages diplomatiques russes avaient &#233;t&#233; ouverts &#171; par accident &#187; et contenaient des tracts r&#233;volutionnaires en allemand. [19] Outre ces motifs, susceptibles de jeter une mauvaise image de la Russie aupr&#232;s des masses allemandes, on pr&#233;tendit &#233;galement que la Russie avait &#233;t&#233; r&#233;ticente &#224; punir les assassins du comte Mirbach.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;change de t&#233;l&#233;grammes int&#233;ressant, survenu peu apr&#232;s (le 10 d&#233;cembre), &#233;claire les activit&#233;s de Yoffe &#224; Berlin. L'ambassadeur sovi&#233;tique avait en effet avou&#233; avoir aid&#233; les r&#233;volutionnaires allemands en leur fournissant de l'argent, des armes et des munitions, par l'interm&#233;diaire de Haase et Barth, les sociaux-d&#233;mocrates ind&#233;pendants, qui servaient d'interm&#233;diaires. Haase et Barth, tous deux membres du gouvernement socialiste du Reich, se virent oblig&#233;s de nier cette d&#233;claration ; Yoffe leur r&#233;pondit alors par une lettre accablante dont nous reproduisons les principaux passages :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire que je n'ai pas &#233;t&#233; assez imprudent pour remettre personnellement et directement au camarade Barth, nouveau venu dans le mouvement ouvrier et qui ne m'inspirait qu'une confiance limit&#233;e, les sommes qui &#233;taient destin&#233;es &#224; l'achat d'armements... Le commissaire du peuple Barth savait cependant parfaitement que les centaines de milliers de marks qu'il avait reconnu avoir re&#231;us de camarades allemands provenaient en derni&#232;re analyse de mon &#233;tablissement. Fran&#231;ais Il l'a dit dans la conversation que nous avons eue quinze jours avant la r&#233;volution, lorsqu'il m'a reproch&#233; de ne pas avoir fourni les deux millions de marks qu'il avait demand&#233;s&#8230; Si seulement j'avais fourni cette somme, a-t-il dit, les ouvriers allemands auraient &#233;t&#233; arm&#233;s depuis longtemps et pr&#234;ts pour une insurrection victorieuse&#8230; M. Haase et ses amis ont re&#231;u &#224; maintes reprises de ma part du mat&#233;riel &#8211; pas toujours d'origine russe &#8211; pour leurs discours au Reichstag&#8230; Le Parti social-d&#233;mocrate ind&#233;pendant a re&#231;u de notre part une aide mat&#233;rielle pour les projets d'&#233;dition auxquels nos &#233;crivains ont collabor&#233;&#8230; M. Haase ne croit-il pas que nous agissions ensemble dans l'int&#233;r&#234;t commun de la r&#233;volution allemande et internationale ? Je n'aurais jamais &#233;voqu&#233; ces souvenirs de notre collaboration s'il n'avait pas adopt&#233; le point de vue des von K&#252;hlmann&#8230; qui consid&#232;rent d'ailleurs notre coop&#233;ration avec l'USPD allemande comme un crime et nous ont expuls&#233;s d'Allemagne pour cette raison. Si le nouveau gouvernement allemand, qui se dit socialiste et r&#233;volutionnaire, va jusqu'&#224; nous d&#233;noncer ouvertement pour les actions que nous avons entreprises conjointement avec ses membres lorsqu'ils &#233;taient encore r&#233;volutionnaires, alors les obligations politiques qui me contraindraient &#224; l'&#233;gard de camarades du parti ou d'opposants honn&#234;tes perdent toute force. Je saisis l'occasion pour informer le conseiller juridique du consulat russe &#224; Berlin, le d&#233;put&#233; au Reichstag Oskar Cohn, que la somme de 500 000 marks et 150 000 roubles qu'il a re&#231;ue de moi la veille de mon d&#233;part de Berlin, en sa qualit&#233; de membre de l'USPD, ne doit pas &#234;tre vers&#233;e au compte de son parti. Il en va de m&#234;me pour le fonds de dix millions de roubles que le Dr Cohn &#233;tait auparavant autoris&#233; &#224; utiliser pour la r&#233;volution allemande. [20]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KRASNOV ET LA GRANDE ARM&#201;E DU DON&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ces mois, les nouveaux p&#233;rils contre lesquels L&#233;nine avait mis en garde se manifestent dans toutes les r&#233;gions o&#249; la guerre civile fait encore rage. Allemands et Alli&#233;s se joignent tour &#224; tour &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les victoires de l'Arm&#233;e rouge sur la Volga, le Conseil militaire r&#233;volutionnaire concentra son attention sur le Don. Conquis assez facilement par les Rouges au d&#233;but de l'ann&#233;e (on peut rappeler ici le suicide de l'ataman Kaledin), le Don se souleva au printemps &#224; l'approche des forces allemandes. L'ataman Krasnov (le m&#234;me g&#233;n&#233;ral qui avait march&#233; sur Petrograd &#224; la veille d'octobre 1917, fut fait prisonnier puis lib&#233;r&#233; sur parole) partit en avril et mai &#224; la t&#234;te de cette contre-r&#233;volution cosaque. En juillet, il disposait de 27 000 fantassins, 30 000 cavaliers, 175 canons, 610 mitrailleuses, vingt avions, quatre trains blind&#233;s et huit canonni&#232;res. Le territoire gouvern&#233; par la &#171; Grande Arm&#233;e du Don &#187; est un &#201;tat reconnu par les Empires centraux et dot&#233; d'une constitution assez extraordinaire : il est limit&#233; &#224; l'ouest par l'Ukraine de l'hetman Skoropadsky, au nord par la Russie sovi&#233;tique, &#224; l'est et au sud par le territoire cosaque du Kouban, o&#249; se forme l'Arm&#233;e nationale de D&#233;nikine. Ce nouvel &#201;tat n'est rien d'autre que le fief personnel d'un aventurier militaire, sous la suzerainet&#233; du Kaiser. La constitution du Don, vot&#233;e par le Krug (l'Assembl&#233;e cosaque), d&#233;cr&#232;te que l'ataman est un autocrate. Il exerce le commandement supr&#234;me des forces arm&#233;es, est le seul directeur de la politique &#233;trang&#232;re, nomme tous les ministres et chefs militaires, peut d&#233;clarer l'&#233;tat de si&#232;ge, promulgue toutes les lois et exerce &#224; la fois le droit de veto contre toute mesure l&#233;gislative et le droit de gr&#226;ce. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e est d&#233;clar&#233;e inviolable. Dans la sph&#232;re religieuse, le rite orthodoxe a la primaut&#233; officielle. L'ataman &#233;volue n&#233;anmoins avec son temps : il parle m&#234;me de &#171; guerre des capitalistes &#187;. Une r&#233;forme agraire est d&#233;cr&#233;t&#233;e en faveur des Cosaques pauvres. Les propri&#233;taires fonciers doivent &#234;tre expropri&#233;s avec indemnisation, et les terres cultiv&#233;es sont d&#233;clar&#233;es propri&#233;t&#233; commune. Ces concessions &#224; la r&#233;volution paysanne s'accompagnent de quelques attentions feintes accord&#233;es aux socialistes contre-r&#233;volutionnaires, dont l'un se voit confier le minist&#232;re de l'Instruction publique dans l'administration de Novotcherkassk [21] . Un organe des SR, le Pryazovski Krai ( Le Pays d'Azov ), para&#238;t dans la capitale, aux c&#244;t&#233;s d'un organe monarchiste. Quant au traitement des ouvriers : un commandant militaire envoie au commandant de Iouzovka, une ville ouvri&#232;re, deux t&#233;l&#233;grammes le m&#234;me jour : &#171; Il est interdit d'arr&#234;ter les ouvriers. L'ordre est de les pendre ou de les fusiller. 10 novembre. N&#176; 2428 &#187; ; Ordre est donn&#233; de pendre tous les ouvriers arr&#234;t&#233;s dans la rue. Les corps seront expos&#233;s pendant trois jours. 10 novembre. N&#176; 2431. Sign&#233; Zhirov .Les m&#234;mes m&#233;thodes sont employ&#233;es &#224; Rostov. &#192; Taganrog, le g&#233;n&#233;ral Denissov pr&#233;vient la population qu'il utilisera des gaz asphyxiants en cas de troubles. Entre-temps, conform&#233;ment aux articles 15 &#224; 23 de ses Lois fondamentales, le Don &#233;tait dot&#233; de toutes les libert&#233;s d&#233;mocratiques imaginables. Avec une franchise d&#233;sarmante, Krasnov d&#233;clarait : &#171; Toutes les pr&#233;tendues conqu&#234;tes de la r&#233;volution ont &#233;t&#233; balay&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 mai, l'ataman sollicita l'association et la protection du Kaiser contre le bolchevisme. Il r&#233;clama des armes et l'arbitrage de Guillaume II dans le conflit qui opposa l'Ukraine et le Don au sujet de la possession de Taganrog. Le g&#233;n&#233;ral von Arnim arriva dans le Don, approvisionn&#233; en armes et en munitions par l'Allemagne. Le 28 juin, l'ataman envoya une nouvelle lettre au Kaiser, exposant son projet de cr&#233;ation d'un grand &#201;tat cosaque, vassal de l'Allemagne, s'&#233;tendant de la mer d'Azov &#224; la Caspienne. Cet ennemi du &#171; bolchevisme antinational &#187;, ce patriote, calcula les meilleures amputations possibles de son propre pays ; il demanda &#224; l'envahisseur allemand de lui c&#233;der Voronej et Tsaritsyne, Astrakhan, le Kouban, le Terek. [22] Il proposa un trait&#233; favorable aux int&#233;r&#234;ts commerciaux allemands et offrit les produits de son territoire : c&#233;r&#233;ales, cuir, vins, huiles, tabac et b&#233;tail. Il poignarde m&#234;me son fr&#232;re d'armes D&#233;nikine dans le dos : le Kouban est la base d'op&#233;rations de D&#233;nikine. &#171; La domination allemande &#187;, dit-il &#224; l'Assembl&#233;e cosaque, &#171; sera plus facile &#224; supporter que la domination du moujik-bandit russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, au mois de novembre, au moment m&#234;me o&#249; la rupture des relations diplomatiques entre Berlin et les Sovi&#233;tiques suscite des sp&#233;culations sur une intervention allemande de grande envergure en Russie, l'imp&#233;rialisme allemand s'effondre. Ses arm&#233;es d'occupation en Ukraine sont en plein d&#233;sordre : ses soldats n'ont plus qu'un d&#233;sir : rentrer chez eux &#224; tout prix. Sans perdre un instant, le patriote Krasnov en appelle aux Alli&#233;s. Dans ses m&#233;moires, il rapporte les promesses prodigu&#233;es par ses nouveaux amis. &#192; la conf&#233;rence de Jassy, &#8203;&#8203;en Roumanie, M. Hainaut [23] , consul de France, &#171; exige du commandement allemand l'engagement ferme de maintenir l'ordre en Ukraine, par son entremise, jusqu'&#224; l'arriv&#233;e des Alli&#233;s &#187;. Le g&#233;n&#233;ral Berthelot promet d'envoyer plusieurs divisions fran&#231;aises avant la mi-d&#233;cembre. Ce n'est plus au Kaiser que l'ataman Krasnov adresse ses p&#233;titions, mais au g&#233;n&#233;ral Franchet d'Esperey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Don [informe-t-il ce dernier] est une r&#233;publique d&#233;mocratique, &#224; la t&#234;te de laquelle je me tiens... La seule guerre du Don est contre le bolchevisme... Sans l'aide des Alli&#233;s, la lib&#233;ration de la Russie est impossible... Trois ou quatre corps d'arm&#233;e, de 90 000 &#224; 120 000 hommes, lib&#233;reraient la Russie en trois &#224; quatre mois... L'occupation de l'Ukraine par des troupes &#233;trang&#232;res devient imp&#233;rative...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout aussi imp&#233;rative, para&#238;t-il, sera la pr&#233;sence de garnisons alli&#233;es &#224; Toula, Samara, Saratov, Tsaritsyne, Penza et Moscou... A Jassy, &#8203;&#8203;le g&#233;n&#233;ral Berthelot donne des assurances formelles &#224; l'&#233;missaire envoy&#233; par Krasnov : &#171; L'Ukraine sera certainement occup&#233;e, soit par une arm&#233;e anglo-fran&#231;aise, soit par des troupes que l'Allemagne sera oblig&#233;e d'y laisser. &#187; De plus, s'il le faut, &#171; toute l'arm&#233;e de Salonique &#187; sera envoy&#233;e en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mission militaire britannique, dirig&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Poole, se rend au quartier g&#233;n&#233;ral de D&#233;nikine &#224; Ekaterinodar. Des officiers britanniques et fran&#231;ais (Dupr&#233;, Faure, Hochain [24] , Ehrlich) visitent la r&#233;gion du Don ; ils sont accueillis par des Te Deum , f&#234;t&#233;s par d'anciens Cosaques, d&#233;cor&#233;s, acclam&#233;s par des rang&#233;es de jeunes filles v&#234;tues de blanc. Poole n'est pas moins cat&#233;gorique que Berthelot : &#171; Je vais appeler imm&#233;diatement une brigade de Batoum ! &#187; d&#233;clare-t-il. Cependant, Londres le rappelle. [25] Fin janvier 1919, le capitaine Fouquet, repr&#233;sentant du g&#233;n&#233;ral Franchet d'Esperey, pr&#233;sente enfin &#224; l'ataman les conditions draconiennes pos&#233;es par les Alli&#233;s. L'ataman doit se subordonner au g&#233;n&#233;ral D&#233;nikine, chef supr&#234;me des forces arm&#233;es russes ; il &#171; se soumettra, en mati&#232;re militaire, politique et administrative, &#224; l'autorit&#233; du g&#233;n&#233;ral Franchet d'Esperey &#187;. Tous ses ordres seront contresign&#233;s par le capitaine Fouquet. Le gouvernement du Don remboursera &#224; tous les citoyens fran&#231;ais ayant subi des dommages du fait de la r&#233;volution : &#171; le revenu moyen de tous les commerces perdus pendant les troubles leur sera restitu&#233;, plus une indemnit&#233; de cinq pour cent sur toute la production desdites entreprises depuis 1914 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Krasnov menait une guerre d'extermination contre les Rouges, recourant &#224; la fois &#224; des attaques surprises et &#224; des op&#233;rations strat&#233;giques de grande envergure. &#192; deux reprises, en octobre 1918 et en janvier 1919, il parvint &#224; encercler Tsaritsyne, [26] porte d'entr&#233;e de la Basse Volga, mais elle fut h&#233;ro&#239;quement d&#233;fendue par la Dixi&#232;me Arm&#233;e (Touliakov, Vorochilov et Staline). Sa tentative de mobiliser la paysannerie pour sa cause se solda par un &#233;chec. D&#233;but novembre, Trotski arriva sur le front sud, visitant Voronej, Tsaritsyne et Astrakhan : il galvanisa le moral des troupes et donna son impulsion d&#233;cisive &#224; l'organisation d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. Dans ces r&#233;gions, la t&#226;che &#233;tait particuli&#232;rement difficile. La guerre civile dressait les villages les uns contre les autres et, souvent, les riches contre les pauvres au sein d'un m&#234;me village. Partout, des bandes de gu&#233;rilleros se formaient autour de chefs devenus des h&#233;ros populaires. Pour remplacer ces escadrons courageux mais &#233;tranges par une v&#233;ritable arm&#233;e, il fallait briser leur r&#233;sistance, leur coh&#233;sion de groupe et leurs traditions personnelles. Parfois, les villages &#233;taient fortifi&#233;s pour assurer leur propre d&#233;fense statique, sans &#233;gard pour le reste du front. Lorsqu'une bande devait quitter son district, elle se disloquait. Les chefs-h&#233;ros voulaient &#234;tre ind&#233;pendants, et les premi&#232;res tentatives de centralisation suscit&#232;rent chez eux des r&#233;actions dangereuses. Au Kouban, Sorokine fit prisonnier le Conseil r&#233;volutionnaire plac&#233; sous son commandement et le fit fusiller. Mironov, Avtonomov, Sakharov, Potapenko et de nombreux autres commandants locaux se mutin&#232;rent contre le pouvoir central, au nom de la r&#233;volution. Leur r&#233;bellion fut r&#233;prim&#233;e. Une centralisation vigoureuse fut instaur&#233;e sur le front sud par des r&#233;giments recrut&#233;s &#224; Moscou, par les commissaires ouvriers et par un Conseil r&#233;volutionnaire de l'arm&#233;e dirig&#233; par le m&#233;tallurgiste Chliapnikov (l'arm&#233;e elle-m&#234;me &#233;tait command&#233;e par un ancien officier tsariste ralli&#233; au bolchevisme, P.P. Sytine). D&#232;s lors, les attaques de Krasnov se bris&#232;rent contre des lignes rouges de plus en plus dures et solides. D&#233;but 1919, la cr&#233;ation d'une cavalerie rouge efficace, command&#233;e par un sous-officier intr&#233;pide nomm&#233; Boudionny, [27] t&#233;moigna du ralliement &#224; la cause rouge des Cosaques moyens, voire ais&#233;s : la cavalerie &#233;tant une branche relativement riche des forces arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che des Arm&#233;es rouges dans le sud a &#233;t&#233; bien d&#233;finie par Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons nous ins&#233;rer entre l'imp&#233;rialisme allemand en d&#233;clin et le militarisme anglo-fran&#231;ais qui s'approche. Nous devons prendre le contr&#244;le du Don, du Caucase du Nord, de la r&#233;gion Caspienne, porter assistance aux ouvriers et aux paysans d'Ukraine, et retourner dans notre patrie sovi&#233;tique, o&#249; il n'y a de place ni pour les auxiliaires britanniques ni pour ceux de l'Allemagne&#8230; Le pouls de notre r&#233;volution bat sur le front sud : c'est l&#224; que se joue le sort du pouvoir sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'EFFONDREMENT DE SAMARA&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration de la r&#233;gion de la Volga, obtenue d&#233;but octobre avec la prise de Samara et de Stavropol, correspondait &#224; ce que Trotski avait annonc&#233;. L'Arm&#233;e rouge poursuivit ses succ&#232;s en p&#233;n&#233;trant dans la province de l'Oural (prise de Bougoulma, le 16 octobre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la chute de Kazan et de Simbirsk, la capitale des SR constitutives vivait dans un &#233;tat de terreur. Des paniques soudaines s'empar&#232;rent de la ville, paralysant la circulation. La population se cachait dans les caves, les magasins &#233;taient ferm&#233;s, la bourgeoisie locale s'entassa dans les trains et s'en alla. Le Comit&#233; de l'Assembl&#233;e constituante, de plus en plus conscient de son impuissance, d&#233;cida de se dissoudre et de c&#233;der son pouvoir au Directoire d'Oufa, en qui il avait peu confiance. Les Tch&#232;ques, &#233;puis&#233;s par de longs mois de combats, ne voulaient plus de combats. Les volontaires blancs &#233;taient trop peu nombreux pour &#234;tre utiles. Les paysans mobilis&#233;s d&#233;sert&#232;rent en masse ou pass&#232;rent aux Rouges. Pour couronner le tout, l'ataman Doutov refusa aux SR l'aide des Cosaques &#224; Orenbourg. Le Directoire perdait d&#233;sesp&#233;r&#233;ment son temps dans une succession d'intrigues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut m&#234;me impossible de trouver &#224; Samara un chef militaire capable d'organiser l'&#233;vacuation de la ville. Les diverses soci&#233;t&#233;s lib&#233;rales adopt&#232;rent des r&#233;solutions d&#233;clarant la r&#233;sistance jusqu'&#224; la mort, les socialistes-r&#233;volutionnaires form&#232;rent des groupes de combat ou d&#233;cr&#233;t&#232;rent la conscription de toute la population masculine : mais rien de s&#233;rieux ne fut fait, et les Rouges avanc&#232;rent inexorablement. L'ordre d'&#233;vacuation, donn&#233; le 4 octobre, ne fut que le signal d'une d&#233;route g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut un cauchemar&#8230; Le g&#233;n&#233;ral Tregubov, gouverneur militaire, prit la fuite par le premier train. La Commission d'&#233;vacuation disparut&#8230; Personne ne d&#233;livrait les papiers et les laissez-passer. Chacun se dirigea droit vers la gare, sans penser &#224; personne, pour s'assurer une place dans l'un des trains. Le chaos &#233;tait incroyable. Il n'y avait ni wagons ni locomotives. Les bagages des institutions publiques ou des particuliers s'empilaient sur trois &#233;tages dans la cour devant le b&#226;timent. Des milliers de fonctionnaires, de membres de divers partis, de personnalit&#233;s influentes et de petits bourgeois terrifi&#233;s se ru&#232;rent dans la gare, au milieu des sanglots des femmes et des enfants. Sur tous les visages, la panique et un &#233;go&#239;sme impitoyable. Chacun pensa : &#171; Moi d'abord ! &#187; et se fraya un chemin brutal vers la couchette tant convoit&#233;e dans un wagon de marchandises. [28]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques d&#233;tails m&#233;ritent d'&#234;tre not&#233;s. Le train sp&#233;cial du gouvernement, bond&#233; de voyageurs, se trouva abandonn&#233; in extremis sur un tron&#231;on p&#233;rilleux. Les Tch&#232;ques accapar&#232;rent tout le mat&#233;riel roulant disponible pour &#233;vacuer leurs propres troupes. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; constituant, qui se rendirent aupr&#232;s du chef d'&#233;tat-major tch&#232;que pour lui demander une locomotive, ne re&#231;urent que des insultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne nous est racont&#233;e par Maisky, un menchevik membre du cabinet de Samara. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s venaient de quitter Volsky, le chef du gouvernement socialiste-r&#233;volutionnaire, ivre et d&#233;sesp&#233;r&#233;, au milieu des vestiges d'une orgie alcoolis&#233;e, brisant des verres et criant : &#171; Je bois &#224; la mort de Samara ! Vous ne sentez pas l'odeur du cadavre ? &#187; La ville &#233;tait en proie &#224; la terreur et &#224; la d&#233;pression. &#192; leur arriv&#233;e au quartier g&#233;n&#233;ral tch&#232;que, un officier les accueillit par un &#233;clat de rire : &#171; O&#249; est votre arm&#233;e ? H&#233;, h&#233;, h&#233;, h&#233;. Allez, dites-moi, o&#249; est votre arm&#233;e ? &#187; Le mot &#171; gouvernement &#187; le fit &#233;clater de rire. &#171; Le gouvernement ? &#187; bredouilla-t-il. &#171; Vous &#234;tes le gouvernement ? &#187; Il roula une boulette de papier et la lan&#231;a avec m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes attard&#233;s sur ces d&#233;tails de l'effondrement de Samara car ils sont typiques. Le contraste entre cette d&#233;gradation et la t&#233;nacit&#233; h&#233;ro&#239;que des Rouges &#224; Sviajsk, dans l'Oural, &#224; Touaps&#233;, d&#233;coule de la diff&#233;rence de qualit&#233; humaine manifest&#233;e par les forces sociales en pr&#233;sence. La sup&#233;riorit&#233; des Rouges en ressources spirituelles &#8211; confiance, &#233;nergie, intelligence et endurance &#8211; est frappante. On l'observera de m&#234;me tout au long de la r&#233;volution. Plus tard, d'autres faillites, plus graves et plus sanglantes, feront oublier l'effondrement de Samara ; et Sviajsk sera &#233;clips&#233;e par d'autres exploits. Le monde verra les prol&#233;taires d'Orenbourg r&#233;sister &#224; un long si&#232;ge jusqu'&#224; leur victoire ; Petrograd tenir contre toute attente sous la d&#233;fense de Trotski ; Tsaritsyne investie deux fois par les Blancs et deux fois victorieuse ; l'Arm&#233;e rouge prendre d'assaut deux forteresses imprenables, Cronstadt et P&#233;r&#233;kop. D'autre part, les occupants roumains et fran&#231;ais subiront la d&#233;b&#226;cle d'Odessa ; les occupants britanniques, celle d'Arkhangelsk ; D&#233;nikine terminera sa carri&#232;re par l'horrible &#233;vacuation de Novorossisk ; Koltchak par sa fuite par le Transsib&#233;rien ; Wrangel par le d&#233;sastre de Crim&#233;e. Nous avons d&#233;j&#224; not&#233; le caract&#232;re de la primaut&#233; des forces sociales &#224; laquelle correspond cette sup&#233;riorit&#233; morale. Nous ajouterons, des &#233;v&#233;nements du Don et de Samara, une autre caract&#233;ristique qui se reproduira encore et encore dans tous les &#233;pisodes de la contre-r&#233;volution : l'attitude brutalement int&#233;ress&#233;e des &#233;trangers, britanniques, fran&#231;ais et tch&#233;coslovaques. Les officiers alli&#233;s dictent avec arrogance leurs ordres aux chefs contre-r&#233;volutionnaires, les d&#233;sertent d&#232;s que la situation s'aggrave, les fouettent de leur m&#233;pris lorsque l'heure du jugement arrive et s'enfuient pour sauver leur peau dans les premiers trains de toute &#233;vacuation. Sans ba&#239;onnettes &#233;trang&#232;res, la contre-r&#233;volution est impuissante ; Pourtant, la Russie &#171; nationale &#187; est trait&#233;e par ses alli&#233;s comme un territoire conquis. C'est l&#224; l'un des paradoxes apparents les plus curieux de la guerre civile : on y voit le patriotisme bourgeois s'asservir constamment &#224; l'&#233;tranger, tandis que l'internationalisme prol&#233;tarien remplit sa mission en excellant dans la d&#233;fense de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES ALLI&#201;S EN SIB&#201;RIE : KOLCHAK&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute de Samara r&#233;v&#232;le le d&#233;clin de la contre-r&#233;volution d&#233;mocratique. Les forces r&#233;actionnaires sont d&#233;sormais concentr&#233;es en Sib&#233;rie, autour du gouvernement d'Omsk. Le conflit entre les constituants SR et la contre-r&#233;volution sib&#233;rienne (dirig&#233;e par les cadets, partisans d'une dictature de droite) s'intensifie de jour en jour. Le gouvernement sib&#233;rien maintient le Directoire d'Oufa sous une forte contrainte. &#192; Omsk, le corps des officiers joue un r&#244;le exceptionnellement puissant : aucune administration ne peut se maintenir au pouvoir sans son soutien. Son influence m&#234;me le d&#233;moralise, car la vie publique se transforme en une succession de complots et d'intrigues militaires. Tout homme politique &#224; la r&#233;putation lib&#233;rale risque &#224; tout moment d'&#234;tre arr&#234;t&#233;, enlev&#233; ou assassin&#233; : ainsi le ministre SR Novoseltsov dispara&#238;t fin septembre. La capitale sib&#233;rienne offre alors un spectacle complexe d'anarchie militaire : le Directoire, pr&#233;tendument l'autorit&#233; supr&#234;me, n'est respect&#233; de personne ; Un Conseil des ministres, &#233;pur&#233; par les assassinats, est en conflit avec la Douma lib&#233;rale, majoritairement socialiste-r&#233;volutionnaire ; les Tch&#233;coslovaques, &#171; d&#233;mocrates &#187; mais attach&#233;s &#224; l'ordre comme premi&#232;re priorit&#233;, r&#233;servent leur all&#233;geance ; des juntes d'officiers l&#233;gif&#232;rent dans l'ombre. Industriels et g&#233;n&#233;raux, d'accord sur le principe d'une dictature personnelle, imaginent entre-temps la formation d'un &#171; front uni national &#187;. Le Directoire et le gouvernement d'Omsk s'accordent &#8211; &#8203;&#8203;exception plut&#244;t que r&#232;gle &#8211; sur la nomination de l'amiral Koltchak au poste de ministre de la Guerre (4 novembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dissensions internes sont aggrav&#233;es par les agissements des puissances &#233;trang&#232;res. Les Japonais, soutenus par l'ataman Semionov, poursuivent leurs op&#233;rations en Extr&#234;me-Orient ; les Tch&#232;ques dominent la ligne transsib&#233;rienne en conqu&#233;rants ; leur chef, le g&#233;n&#233;ral Gajda, humilie les officiers russes, proc&#232;de &#224; des r&#233;quisitions, fusille les bolcheviks et les suspects (cinq personnes sont fusill&#233;es sans jugement le 25 octobre &#224; Krasno&#239;arsk) ; les Alli&#233;s envoient les g&#233;n&#233;raux Knox et Janin [29] , officiellement investis par Lloyd George et Clemenceau pour prendre le commandement de toutes les forces alli&#233;es en Sib&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point par point, l'exp&#233;rience de l'Ukraine, o&#249; les partis d&#233;mocratiques des classes moyennes n'ont pu qu'ouvrir la voie &#224; la r&#233;action noire, se r&#233;p&#232;te en Sib&#233;rie. Telle est, en effet, la fonction in&#233;vitable de ces partis dans les guerres civiles, car le propre de la petite-bourgeoisie est de n'avoir aucune politique propre. Elle est toujours situ&#233;e entre deux dictatures &#8211; celle du prol&#233;tariat ou celle de la r&#233;action ; son destin est de pr&#233;parer cette derni&#232;re, jusqu'&#224; un certain point, puis de s'y soumettre. La Direction de la SR n'a rien &#224; offrir que l'&#233;loquence creuse de ses dirigeants. &#192; Omsk, ces messieurs se sentent tout aussi angoiss&#233;s, tout aussi impuissants, sous la menace des militaires, qu'ils l'&#233;taient &#224; Petrograd il n'y a pas si longtemps, au temps de l'Assembl&#233;e constituante, sous la menace du prol&#233;tariat. Les m&#234;mes illusions fortifient leur esprit. La vocation du martyr parlementaire monte en eux. Le menchevik Maisky, qui a fui Samara, s'entretient avec Avksentiev, le grand homme du Directoire et du parti SR : barbe impressionnante, front d'id&#233;aliste, rh&#233;torique aust&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avksentiev m'a dit sans d&#233;tour : &#171; Nous vivons au sommet d'un volcan, nous nous attendons &#224; &#234;tre arr&#234;t&#233;s chaque nuit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui ai demand&#233; : &#171; Pensez-vous que votre politique soit la bonne ? &#187; Il a r&#233;pondu : &#171; Oui, il nous &#233;tait impossible d'agir autrement. Nous sommes les martyrs du compromis. Cela vous fait-il rire ? Il existe de tels martyrs, et la Russie en a peut-&#234;tre plus besoin que de toute autre chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques minutes plus tard, Maisky demanda &#224; un autre membre du Directoire : &#171; Mais vous n'allez pas essayer de r&#233;sister ? &#187; &#171; Et que pourrions-nous faire ? &#187; fut la r&#233;ponse, avec un geste de d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 18 au 19 novembre, les membres du Directoire et leurs complices politiques furent enfin arr&#234;t&#233;s par les Cosaques. Les points strat&#233;giques de la ville &#233;taient domin&#233;s par les mitrailleuses du colonel britannique Ward. Le m&#234;me jour, une d&#233;cision du gouvernement sib&#233;rien conf&#233;ra &#224; l'amiral Koltchak le titre de souverain supr&#234;me. L'amiral, &#171; acceptant la croix de la fonction &#187;, d&#233;clara qu'il n'entendait suivre ni la voie de la r&#233;action ni celle des factions ; son seul objectif serait la formation d'une arm&#233;e forte pour combattre le bolchevisme. Le peuple russe &#171; organiserait d&#233;sormais sa propre libert&#233; &#187;. Le coup d'&#201;tat avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; avec l'accord des repr&#233;sentants alli&#233;s : le colonel Ward, le consul fran&#231;ais Regnault, l'Am&#233;ricain Harris et le Tch&#232;que Stefanik. [30] Les membres du Directoire partirent en exil quelques jours plus tard, escort&#233;s de soldats russes et britanniques. Le g&#233;n&#233;ral Janin est arriv&#233; &#224; Omsk le 14 d&#233;cembre : l'ordre du jour alli&#233; faisait en r&#233;alit&#233; du &#171; chef supr&#234;me &#187; d'Omsk un subordonn&#233; de ce g&#233;n&#233;ral !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les constituants SR tent&#232;rent en vain de s'opposer &#224; cette tournure des &#233;v&#233;nements. Leur comit&#233; de r&#233;sistance, dirig&#233; par Tchernov, se laissa arr&#234;ter. Le parti SR d&#233;cida d'abandonner la lutte contre le bolchevisme et de revenir &#224; ses m&#233;thodes insurrectionnelles et terroristes, cette fois contre la r&#233;action sib&#233;rienne. Il &#233;tait trop tard. Quelques militants furent fusill&#233;s, et ce fut tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude de la contre-r&#233;volution sib&#233;rienne, qui atteignit son apog&#233;e en 1919, d&#233;passe le cadre de ce livre. La dictature militaire et l'intervention alli&#233;e atteignirent ces r&#233;sultats. Au printemps 1919, Koltchak se retrouva &#224; la t&#234;te d'une force arm&#233;e suffisamment puissante pour para&#238;tre temporairement sup&#233;rieure &#224; l'Arm&#233;e rouge. Mais, comme toutes les arm&#233;es blanches, il s'agissait d'une arm&#233;e de classe, principalement compos&#233;e d'officiers et de jeunes issus des classes ais&#233;es. Le r&#233;gime instaur&#233; par le Souverain supr&#234;me &#233;tait celui de la terreur blanche. Les paysans d&#233;sert&#232;rent, refus&#232;rent de fournir de la nourriture et r&#233;sist&#232;rent aux r&#233;quisitions, au retour des propri&#233;taires terriens et &#224; l'arbitraire des anciennes autorit&#233;s, revenues plus arrogantes que jamais. Bient&#244;t, toute la Sib&#233;rie fut ravag&#233;e par des colonnes de feu. La r&#233;pression &#233;tait partout de mise : dans les villages rebelles, les moujiks furent fusill&#233;s par dizaines, les femmes fouett&#233;es, les jeunes filles viol&#233;es, le b&#233;tail vol&#233;. Les villages bombard&#233;s ou incin&#233;r&#233;s se comptent par centaines. Bient&#244;t, des hordes de gu&#233;rilleros rouges commenc&#232;rent &#224; envahir la brousse sib&#233;rienne. Fin d&#233;cembre, une insurrection ouvri&#232;re organis&#233;e par la section clandestine du Parti communiste &#233;clata &#224; Omsk ; sa r&#233;pression fit 900 victimes. Lors du massacre g&#233;n&#233;ral, plusieurs membres SR et mencheviks de l'Assembl&#233;e constituante furent ex&#233;cut&#233;s. En cas de sabotage ferroviaire, les villages soup&#231;onn&#233;s de complicit&#233; &#233;taient incendi&#233;s ; pour chaque &#171; acte de banditisme &#187; des Rouges, entre trois et vingt otages &#233;taient fusill&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat de Koltchak r&#233;pondait au souhait des Alli&#233;s d'un commandement unifi&#233; des forces contre-r&#233;volutionnaires. Au moment m&#234;me o&#249; se d&#233;roulaient les &#233;v&#233;nements d'Omsk, se tenait &#224; Jassy (Roumanie) une conf&#233;rence dont l'h&#244;te &#233;tait l'ambassadeur britannique Barclay ; elle comprenait l'ambassadeur de France, M. de Saint-Aulaire, un diplomate am&#233;ricain, un diplomate italien, les dirigeants des ailes lib&#233;rale (Milyukov) et monarchiste de la bourgeoisie, et les dirigeants SR (Fundaminsky). [31] Le principal enjeu &#233;tait la question d'une dictature militaire en Russie. On peut dire que ce sont les Alli&#233;s qui impos&#232;rent &#224; la contre-r&#233;volution russe ses principaux chefs, D&#233;nikine et Koltchak, dont la moindre action &#233;tait cens&#233;e &#234;tre surveill&#233;e par les g&#233;n&#233;raux Franchet d'Esperey [32] et Janin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SIXI&#200;ME CONGR&#200;S DES SOVIETS. ANNULATION DU TRAIT&#201; DE BREST-LITOVSK&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier anniversaire de la R&#233;volution d'Octobre fut comm&#233;mor&#233; par le Sixi&#232;me Congr&#232;s (extraordinaire) des Soviets, tenu du 6 au 9 novembre, &#224; l'heure m&#234;me de la r&#233;volution allemande. Ce fut un congr&#232;s singuli&#232;rement atone : une session quasi &#233;largie du Vee-Tsik. Il n'y eut pas, et ne pouvait pas y avoir, de controverse en raison de la composition extr&#234;mement homog&#232;ne de l'assembl&#233;e, qui, sur les 950 d&#233;l&#233;gu&#233;s votants, se composait de 933 communistes, huit communistes-r&#233;volutionnaires, quatre SR de gauche, deux communistes populistes [33] , un maximaliste, un anarchiste et un d&#233;l&#233;gu&#233; sans parti. Les seuls orateurs furent L&#233;nine, Trotski, Sverdlov, Radek, Steklov, Kamenev, Koursk et Avanesov. [34] Les seules r&#233;actions de la salle consist&#232;rent en de longs applaudissements et des votes unanimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s d&#233;cida une fois de plus de proposer la paix aux &#201;tats-Unis, &#224; la Grande-Bretagne, &#224; la France, &#224; l'Italie et au Japon, pays qui &#233;taient en guerre avec la Russie sans l'avoir d&#233;clar&#233;e. Une r&#233;solution d'amnistie fut adopt&#233;e, ordonnant aux Commissions extraordinaires de ne garder en &#233;tat d'arrestation que les ennemis d&#233;clar&#233;s et actifs du r&#233;gime ; une autre r&#233;solution portait sur la l&#233;galit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des d&#233;bats, la nouvelle de la prise des usines d'Ijevsk (r&#233;gion de l'Oural) par l'Arm&#233;e rouge parvint. Il s'agissait d'une avanc&#233;e majeure, car les usines de munitions d'Ijevsk et de Votkinsk &#233;taient pass&#233;es &#224; la contre-r&#233;volution sous l'influence des mencheviks. Trotski annon&#231;a que, dans le district de Kotlas, un groupe de cinquante-huit soldats britanniques avait rejoint les Rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s fit preuve d'une extr&#234;me prudence dans son &#233;valuation des &#233;v&#233;nements en Allemagne. La motion adopt&#233;e apr&#232;s le rapport de L&#233;nine &#233;voquait la n&#233;cessit&#233; de faire prendre conscience aux masses des nouveaux dangers pr&#233;sents et de &#171; la conviction que nous serons capables de d&#233;fendre et de pr&#233;server la patrie socialiste et la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale &#187;. Yoffe venait d'&#234;tre expuls&#233; d'Allemagne, et on s'attendait d&#233;sormais &#224; une double attaque contre la Russie communiste, de la part des Empires centraux et des Alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine est mont&#233; &#224; la tribune &#224; deux reprises, pour comm&#233;morer le premier anniversaire de la r&#233;volution et pour expliquer la situation internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons toujours compris [dit-il] que ce n'&#233;tait pas &#224; cause d'un quelconque m&#233;rite du prol&#233;tariat russe que nous avons commenc&#233; la r&#233;volution, qui &#233;tait pouss&#233;e par la lutte mondiale : c'&#233;tait &#224; cause de la faiblesse de la Russie, de son retard et de l'influence particuli&#232;re des circonstances militaires strat&#233;giques qui nous ont oblig&#233;s &#224; nous placer &#224; la t&#234;te du mouvement jusqu'&#224; ce que les autres d&#233;tachements surgissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dressa le bilan d'une ann&#233;e de luttes : du contr&#244;le ouvrier, nous &#233;tions pass&#233;s &#224; l'organisation ouvri&#232;re de l'industrie ; de la lutte d&#233;mocratique g&#233;n&#233;rale des paysans pour la terre &#224; la diff&#233;renciation des classes &#224; la campagne ; de l'impuissance militaire &#224; la cr&#233;ation de l'Arm&#233;e rouge ; de l'isolement &#224; l'action commune avec le prol&#233;tariat d'Europe occidentale. &#171; Nous avons commenc&#233; par le contr&#244;le ouvrier, nous n'avons pas d&#233;cr&#233;t&#233; le socialisme d'embl&#233;e, car le socialisme ne peut prendre forme que lorsque la classe ouvri&#232;re aura appris &#224; administrer. &#187; Il parla de la question paysanne, faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la crise de juillet des r&#233;voltes des koulaks. &#171; Nous nous sommes born&#233;s &#224; laisser la voie ouverte &#224; la transformation socialiste &#224; la campagne, tout en sachant pertinemment que la paysannerie &#233;tait encore, &#224; l'&#233;poque, incapable de s'engager sur cette voie. &#187; Aucune r&#233;publique d&#233;mocratique n'avait fait autant pour les paysans. Ce n'est qu'avec la famine que la guerre &#233;clata entre les ouvriers et les koulaks ; le principal r&#233;sultat fut la mobilisation massive des travailleurs des villes et des campagnes. Et maintenant, &#171; l'alliance des pauvres des campagnes avec les travailleurs des villes pose les bases d'une v&#233;ritable construction socialiste &#187;. &#171; Quoi qu'il nous arrive &#187;, d&#233;clarait L&#233;nine, &#171; l'imp&#233;rialisme p&#233;rira. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son deuxi&#232;me discours, il a d&#233;clar&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations internationales sont devenues pour nous une question centrale, non seulement parce que l'essence de l'imp&#233;rialisme est d&#233;sormais l'union ferme et stable de tous les &#201;tats du monde en un seul syst&#232;me &#8211; ou plut&#244;t en une seule masse de sang et de salet&#233; &#8211; mais aussi parce que la victoire socialiste est inconcevable dans un seul pays mais exige la collaboration la plus active d'au moins plusieurs pays avanc&#233;s, parmi lesquels nous ne pouvons pas compter la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Convaincu de cette conception d&#232;s le premier instant, le prol&#233;tariat russe a concentr&#233; ses efforts sur l'&#233;ducation des masses des autres pays, sans esp&#233;rer de r&#233;sultats imm&#233;diats. &#171; M&#234;me si nous &#233;tions subitement an&#233;antis, nous aurions le droit de dire, sans dissimuler nos erreurs, que nous avons pleinement utilis&#233;, pour la r&#233;volution socialiste mondiale, le d&#233;lai que le destin nous a offert. &#187; Il r&#233;p&#233;tait une fois de plus, en compl&#233;ment de ces observations g&#233;n&#233;rales, que &#171; jamais nous n'avons &#233;t&#233; aussi pr&#232;s de la r&#233;volution mondiale, et pourtant nous ne nous sommes jamais trouv&#233;s dans une situation aussi dangereuse &#187;. Les derni&#232;res remarques de L&#233;nine furent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons aucune raison de d&#233;sesp&#233;rer ou de pessimiser. Nous savons que le danger est grand. Il se peut que le destin nous r&#233;serve des &#233;preuves encore plus dures. Il n'est pas exclu qu'ils puissent &#233;craser un pays : mais ils ne parviendront jamais &#224; &#233;craser la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale&#8230; [35]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky fit un rapport sur la situation sur les fronts, qui suscitait un espoir consid&#233;rable. La lib&#233;ration du Sud, disait-il, &#233;tait d&#233;sormais &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'armistice du 11 novembre, conclu entre les Alli&#233;s et l'Allemagne, posait comme condition l'annulation des trait&#233;s de Brest-Litovsk et de Bucarest. Deux jours plus tard, Vee-Tsik proclamait la nullit&#233; du trait&#233; de Brest-Litovsk. La R&#233;publique des Soviets offrait son alliance fraternelle &#224; tous les peuples lib&#233;r&#233;s de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UKRAINE EST RECONQUISE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant l'occupation allemande et sous le r&#232;gne de Heiman Skoropadsky, l'Ukraine n'avait jamais &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e par les troubles. La lutte des classes se poursuivait avec rage. Les r&#233;quisitions forc&#233;es avaient pour effet de forcer la paysannerie &#224; prendre les armes. Les partis nationalistes-socialistes de la petite-bourgeoisie, offens&#233;s par cette humiliation nationale, relayaient le m&#233;contentement des masses rurales. Dans les centres ouvriers, les organisations ill&#233;gales du parti bolchevique poursuivaient leur combat. Les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche se livraient &#224; des actes terroristes. Les campagnes regorgeaient de bandes irr&#233;guli&#232;res appel&#233;es ha&#239;damaks (tradition ukrainienne), de forces partisanes sous le drapeau rouge (bolchevique) ou noir (anarchiste). &#192; la mi-septembre, les groupes nationalistes qui avaient officiellement d&#233;clar&#233; la guerre &#224; l'hetman commenc&#232;rent &#224; rassembler une arm&#233;e de volontaires autour de Bela&#239;a-Tserkov. Ce mouvement insurrectionnel &#233;tait dirig&#233; par deux vieux dirigeants nationalistes-socialistes, l'&#233;crivain Vinnitchenko et l'instituteur Simon Petlioura, qui avaient tous deux &#233;t&#233; des figures &#233;minentes de la Rada, de pitoyable m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que les membres des forces d'occupation apprirent les &#233;v&#233;nements de Vienne et de Berlin, ils n'eurent qu'une id&#233;e en t&#234;te : rentrer chez eux. La seule organisation dont les Austro-Allemands pouvaient d&#233;sormais se targuer &#233;tait celle n&#233;cessaire &#224; une &#233;vacuation du pays en bon ordre, assur&#233;e par les Conseils de soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ukraine germanis&#233;e se d&#233;sint&#233;gra instantan&#233;ment. Partout, des forces rouges surgirent, tandis que des unit&#233;s r&#233;guli&#232;res de l'Arm&#233;e rouge marchaient sur Gomel, Kharkov et Kiev. Les troupes de Vinnitchenko et de Petlioura, plus puissantes que les Rouges au premier moment de l'effondrement, lanc&#232;rent des attaques simultan&#233;es partout contre les autorit&#233;s paniqu&#233;es de l'hetman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Allemands se retir&#232;rent sans livrer bataille. Vers le 15 novembre, Petlioura se sentit suffisamment fort pour d&#233;clarer l'hetman hors-la-loi. Dans ce chaos sanglant, deux puissances rivales surgirent simultan&#233;ment : le Directoire des nationalistes et le gouvernement sovi&#233;tique. Le pouvoir devint alors disput&#233; entre la petite-bourgeoisie, les classes moyennes urbaines et les paysans ais&#233;s d'un c&#244;t&#233;, et les ouvriers et les paysans pauvres de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais Le Directoire proposait un programme &#224; premi&#232;re vue tr&#232;s proche de celui du bolchevisme : l'expropriation des grands domaines au profit des paysans (la terre &#233;tait d&#233;clar&#233;e appartenir aux cultivateurs) ; la journ&#233;e de travail de huit heures ; la l&#233;gislation du travail ; les droits de coalition et de gr&#232;ve ; la reconnaissance des comit&#233;s d'usine ; &#171; l'autorit&#233; exclusive des classes laborieuses &#187;, c'est-&#224;-dire des ouvriers, des paysans et des intellectuels ; la convocation rapide d'un Congr&#232;s des travailleurs. [36] Les soviets devaient &#234;tre tol&#233;r&#233;s &#224; condition qu'ils limitent leur activit&#233; &#224; la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts locaux et corporatifs. Ce r&#233;volutionnarisme plausible ne r&#233;sista pas longtemps aux chocs de la r&#233;alit&#233;. La force de la r&#233;volution r&#233;sidait, dans les villes, dans le prol&#233;tariat ; &#192; la campagne, apr&#232;s le d&#233;part pr&#233;cipit&#233; du propri&#233;taire foncier, du gendarme, de l'hetman et de la Kommandatur allemande , la situation se d&#233;veloppa du c&#244;t&#233; du paysan pauvre, et ce dernier fut imm&#233;diatement engag&#233; dans une lutte contre la paysannerie riche et moyenne, qui proclamait que la r&#233;volution &#233;tait termin&#233;e et que la seule t&#226;che restante &#233;tait de consolider la propri&#233;t&#233; priv&#233;e face &#224; la menace du bolchevisme. &#192; peine les soldats de Petlioura plant&#232;rent-ils le drapeau national jaune et bleu dans une ville ou un village que la lutte recommen&#231;a entre eux et le soviet, le parti communiste, les ouvriers et les paysans. Au lendemain de son &#233;ph&#233;m&#232;re victoire, la contre-r&#233;volution d&#233;mocratique se retrouva une fois de plus prise entre deux dictatures. Et, comme d'habitude, elle opta &#224; l'heure d&#233;cisive pour la r&#233;action militaire. Le suicide politique du Directoire ukrainien est pitoyable. Voici le texte de la d&#233;claration qu'il adressa en janvier aux commandants fran&#231;ais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Directoire se place sous la protection de la France et demande aux autorit&#233;s fran&#231;aises de le guider sur toutes les questions diplomatiques, militaires, politiques, &#233;conomiques, financi&#232;res et judiciaires jusqu'&#224; la conclusion de la lutte contre le bolchevisme. Il compte sur la g&#233;n&#233;rosit&#233; de la France et des puissances alli&#233;es pour tout nouveau r&#232;glement des questions de fronti&#232;res et de nationalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux termes du trait&#233; sign&#233; fin janvier 1919 avec la France (repr&#233;sent&#233;e par le g&#233;n&#233;ral d'Anselme), le Directoire d&#233;clare l'Ukraine partie int&#233;grante d'une Russie une et indivisible (tant pour l'&#171; ind&#233;pendance nationale &#187;) ; il transf&#232;re ses pouvoirs &#224; un cabinet de coalition (tant pour l'&#171; autorit&#233; exclusive des travailleurs &#187;) ; il renonce au projet de convoquer un Congr&#232;s du Travail, promet de ne tol&#233;rer aucun Soviet sur son territoire et confie le commandement de ses troupes &#224; un &#201;tat-Major compos&#233; du g&#233;n&#233;ral d'Anselme, officier commandant les troupes alli&#233;es, d'un repr&#233;sentant de l'arm&#233;e des volontaires du g&#233;n&#233;ral D&#233;nikine, d'un repr&#233;sentant des l&#233;gionnaires polonais et d'un repr&#233;sentant des r&#233;publicains ukrainiens. En contrepartie, les Alli&#233;s s'engagent &#224; assurer l'approvisionnement des Ukrainiens en munitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence de ce curieux trait&#233; r&#233;sidait dans deux clauses &#233;conomiques, r&#233;dig&#233;es en des termes encore plus durs, divulgu&#233;es plus tard dans une note de Rakoysky &#224; M. Stephen Pichon. La France acquerrait sur l'Ukraine, pour cinq ans, des droits &#233;tendus &#233;quivalant &#224; ceux d'un protectorat ; elle recevrait des concessions de cinquante ans sur les chemins de fer ukrainiens. Le s&#233;rieux de ces projets de contr&#244;le de l'Ukraine serait bient&#244;t r&#233;v&#233;l&#233; par l'occupation d'Odessa et de Kherson par les Fran&#231;ais, les Grecs et les Roumains (d&#233;cembre-mars), les activit&#233;s de la flotte fran&#231;aise en mer Noire et les engagements militaires &#224; Kherson et S&#233;bastopol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces efforts &#233;chou&#232;rent, compte tenu du caract&#232;re purement temporaire des victoires remport&#233;es par les nationalistes qui avaient trahi l'Ukraine. Petlioura s'empara de Kharkov le 23 novembre et de Kiev le 14 d&#233;cembre. Mais, entre-temps, un congr&#232;s des soviets tenu &#224; Ekaterinoslav avait &#233;tabli le gouvernement bolchevique des ouvriers et des paysans sous la pr&#233;sidence de Youri Piatakov. [37] Les Rouges ralli&#232;rent les paysans moyens &#224; leur cause et reconquirent peu &#224; peu les campagnes ; les villes leur appartenaient d&#233;j&#224;. Les unit&#233;s de partisans furent absorb&#233;es par l'Arm&#233;e rouge. Les anarchistes et leurs sympathisants, qui montaient en puissance sous la puissante direction de Makhno, apport&#232;rent leur soutien au pouvoir sovi&#233;tique malgr&#233; de nombreuses h&#233;sitations ; tandis que les forces alli&#233;es dans les ports de la mer Noire furent soumises &#224; l'influence de la contagion r&#233;volutionnaire. Il reste vrai que le gouvernement sovi&#233;tique (avec Rakovsky &#224; la t&#234;te du Conseil des commissaires du peuple) ne s'installera dans les grands centres ukrainiens qu'aux alentours de janvier et f&#233;vrier, et m&#234;me alors pas d&#233;finitivement. Nulle part ailleurs en Russie la guerre civile ne sera aussi intense et f&#233;roce qu'en Ukraine, o&#249; quatorze gouvernements se sont succ&#233;d&#233; en quatre ans. Mais, dans ce pays, tout ce que les hommes tenteront de construire contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne se r&#233;v&#233;lera b&#226;ti sur du sable : quel que soit le sang vers&#233;, il sera vain, car le sable se d&#233;robera toujours sous leurs pieds. [38]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VICTOIRE DES TRAVAILLEURS EN RUSSIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le chemin le plus court pour rejoindre la r&#233;volution en Autriche-Hongrie passe par Kiev : de m&#234;me que les routes de Pskov et de Vilnius nous conduisent &#224; la r&#233;volution allemande. &#187; Ces paroles de Trotsky d&#233;finissent le caract&#232;re des grandes offensives que l'Arm&#233;e rouge lance en ce moment dans les pays baltes et en Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les forces en jeu &#224; ce moment-l&#224; ? Le 15 septembre, l'Arm&#233;e rouge comptait 452 509 combattants et 95 000 auxiliaires ou troupes d'arri&#232;re-garde. Vers le printemps 1919, elle atteindra et d&#233;passera le million de combattants. Essayons maintenant d'&#233;valuer les forces ennemies : entre 30 000 et 40 000 soldats alli&#233;s (britanniques, am&#233;ricains, italiens, serbes et fran&#231;ais) occupaient Arkhangelsk, Onega, Kem et Mourmansk ; 40 000 Finlandais mena&#231;aient Petrograd et la Car&#233;lie ; en Estonie, en Lettonie et en Lituanie, la r&#233;sistance des Gardes blancs comptait entre 30 000 et 40 000 hommes, avec l'aide du corps de volontaires allemands (30 000 hommes) command&#233; par von der Goltz. L'arm&#233;e polonaise &#233;tait en cours de rassemblement et compterait plus de 50 000 hommes au printemps. 20 000 soldats fran&#231;ais et grecs occup&#232;rent Odessa et Kherson. 40 000 Tch&#233;coslovaques &#233;taient diss&#233;min&#233;s le long du Transsib&#233;rien. Trois divisions japonaises et 7 000 Am&#233;ricains op&#233;raient en Extr&#234;me-Orient. &#192; ces 300 000 ba&#239;onnettes &#233;trang&#232;res, il faut ajouter les forces de la contre-r&#233;volution russe : l'arm&#233;e cosaque du Don, 50 000 hommes ; les cosaques du Kouban, 80 000 ; l'&#171; arm&#233;e nationale &#187; de Koltchak, 100 000 hommes (au printemps) ; l'arm&#233;e de volontaires de D&#233;nikine au Kouban, 10 000 &#224; 15 000 hommes ; les troupes du Directoire ukrainien, 10 000 &#224; 15 000 ; les bandes contre-r&#233;volutionnaires d'Ukraine, plus de 20 000 hommes : le tout pour un total de plus de 250 000 hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux camps &#233;taient donc loin d'&#234;tre &#233;gaux. Les forces de la contre-r&#233;volution sont bien mieux arm&#233;es et mieux approvisionn&#233;es, mais dispers&#233;es et divis&#233;es, et souvent r&#233;ticentes au combat (c'est le cas des troupes &#233;trang&#232;res). Les Rouges, d&#233;fendant avec passion leur unique &#233;tendue de territoire, contr&#244;lent le vaste r&#233;seau ferroviaire qui converge vers Moscou. Les Alli&#233;s sont d&#233;sunis : les Rouges jouissent de la formidable unit&#233; de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les offensives rouges sont men&#233;es &#224; bien sur tous les fronts. Pskov, porte d'entr&#233;e des pays baltes, est prise le 20 novembre. Narva, cl&#233; de l'Estonie, tombe le 28 ; Minsk, capitale de la Bi&#233;lorussie, le 9 d&#233;cembre. L'effondrement des Allemands entra&#238;ne la faillite des semi-gouvernements nationalistes des &#201;tats baltes. En Estonie, en Lituanie et en Lettonie, des gouvernements sovi&#233;tiques sont constitu&#233;s et reconnus par un d&#233;cret de Vee-Tsik du 23 d&#233;cembre. Oufa est prise le 31 d&#233;cembre ; Kharkov et Riga, le 3 janvier ; Vilna, le 8 janvier ; Mittau, le 9 ; Shenkoursk, sur la Dvina, dans le cercle polaire arctique, et Ekaterinoslav, au c&#339;ur de l'Ukraine m&#233;ridionale, le 26. Par Ouralsk, Orenbourg et Iletsk, la voie est &#224; nouveau libre pour rejoindre le Turkestan, lui-m&#234;me en proie &#224; la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour de l'Ukraine et des &#201;tats baltes &#224; la patrie sovi&#233;tique appara&#238;t comme la premi&#232;re cons&#233;quence internationale de la r&#233;volution allemande. Mais, au moment m&#234;me o&#249; le prol&#233;tariat russe s'appr&#234;te, par la force de ses victoires, &#224; s'allier au prol&#233;tariat allemand, ce dernier s'effondre sur les barricades de Berlin. L'assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg marque l'&#233;crasement de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#201;FAITE DES OUVRIERS D'ALLEMAGNE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons ici que souligner les principales &#233;tapes de la r&#233;volution allemande. Apr&#232;s l'Armistice, le gouvernement socialiste des Commissaires du Peuple manifesta deux pr&#233;occupations principales : apaiser les revendications des Alli&#233;s (par crainte d'une occupation &#233;trang&#232;re) et contenir le bolchevisme, qui annon&#231;ait pour eux de nouvelles crises. La social-d&#233;mocratie s'affirma au pouvoir comme le parti du conservatisme social, de la d&#233;fense de l'ordre capitaliste. Dans l'ensemble du pays, la seule v&#233;ritable autorit&#233; r&#233;sidait dans les Conseils ouvriers ( Arbeiterr&#228;te ) ; mais les sociaux-d&#233;mocrates y d&#233;tenaient une majorit&#233; &#233;crasante. Le Congr&#232;s des Conseils d'Allemagne, r&#233;uni &#224; Berlin du 16 au 25 d&#233;cembre, rejeta par 344 voix contre 98 une motion propos&#233;e par le social-d&#233;mocrate ind&#233;pendant Ernst D&#228;umig, qui affirmait le principe du &#171; pouvoir aux Soviets &#187; ; elle transf&#233;ra toute autorit&#233; aux Commissaires du Peuple, qui furent alors charg&#233;s de convoquer l'Assembl&#233;e constituante. Apr&#232;s cette abdication explicite des principales organisations de la classe ouvri&#232;re, la seule chance pour le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire r&#233;sidait dans une initiative insurrectionnelle. S'il avait &#233;t&#233; organis&#233; et dirig&#233; par un parti communiste, il aurait sans aucun doute &#233;t&#233; assez fort pour remporter cette bataille cruciale. L'avenir semblait offrir la possibilit&#233; d'une reprise &#233;clatante. Le groupe Spartacus, poursuivant sa propagande en faveur de la dictature du prol&#233;tariat, gagnait en influence. Les marins de Kiel et les prol&#233;taires des quartiers ouvriers de Berlin ne r&#234;vaient que de suivre l'exemple de leurs fr&#232;res russes. Tant que ces forces ne subiraient pas une r&#233;pression sanglante, l'ordre social n'&#233;tait pas assur&#233;. Sur ce point, les dirigeants sociaux-d&#233;mocrates se trouvaient d'accord avec les chefs militaires. Nous nous pencherons sur les m&#233;moires de Gustav Noske, ancien r&#233;dacteur en chef du Volksstimme social-d&#233;mocrate de Chemnitz , qui, lors de la crise de janvier 1919, &#224; la t&#234;te du corps des officiers r&#233;actionnaires, entreprit de massacrer la classe ouvri&#232;re qu'il repr&#233;sentait au Reichstag. On y trouve le passage consacr&#233; &#224; la s&#233;ance commune du gouvernement et de l'Ex&#233;cutif central des conseils ouvriers, le 6 janvier 1919, et qui se lit comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'a &#233;mis d'objection lorsque j'ai exprim&#233; l'avis que l'ordre devait &#234;tre r&#233;tabli par la force des armes. Le ministre de la Guerre, le colonel Reinhardt, a r&#233;dig&#233; un d&#233;cret nommant comme commandant en chef le g&#233;n&#233;ral Hoffmann, qui se trouvait &#224; proximit&#233; de Berlin &#224; la t&#234;te de plusieurs unit&#233;s de troupes. On a object&#233; que ce g&#233;n&#233;ral serait trop impopulaire parmi les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions l&#224;, debout dans le bureau d'Ebert, tr&#232;s nerveux. Le temps pressait : nos hommes se rassemblaient dans les rues pour r&#233;clamer des armes. J'insistai pour qu'une d&#233;cision soit prise. Quelqu'un me dit : &#171; Peut-&#234;tre ferez-vous le travail vous-m&#234;me ? &#187; &#192; quoi je r&#233;pondis, bri&#232;vement et r&#233;solument : &#171; Je veux bien, il faut bien que quelqu'un soit le chien de chasse ! Je n'ai pas peur des responsabilit&#233;s ! &#187; Il fut imm&#233;diatement d&#233;cid&#233; que le gouvernement m'accorderait des pouvoirs extraordinaires afin de r&#233;tablir l'ordre &#224; Berlin. Dans son projet, Reinhardt raya le nom d'Hoffmann et le rempla&#231;a par le mien. C'est ainsi que je fus nomm&#233; commandant en chef. [39]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, une provocation sanglante mit le feu aux poudres. Emil Eichhorn, un courageux r&#233;volutionnaire de l'USPD, occupait le poste de chef de la police de Berlin depuis le d&#233;but de la r&#233;volution. [40] Il avait transform&#233; le Polizeipr&#228;sidium en un bastion prol&#233;tarien. Un conflit permanent existait entre ce quartier g&#233;n&#233;ral r&#233;volutionnaire, le gouvernement et le commandant social-d&#233;mocrate de Berlin, Otto Wels. Une manifestation ouvri&#232;re autoris&#233;e par Eichhorn fut r&#233;prim&#233;e dans le centre de Berlin, sur ordre de Wels, par des vol&#233;es de tirs des troupes. La nomination de Noske fut ainsi contresign&#233;e dans les rues par le sang de seize ouvriers morts. Le gouvernement annon&#231;a la destitution d'Eichhorn, qui refusa de d&#233;missionner d'un poste qu'il occupait non par gr&#226;ce des ministres, mais par la r&#233;volution. [41] Ces provocations pr&#233;cipitaient l'entr&#233;e du prol&#233;tariat dans la rue &#224; une &#233;poque o&#249;, comme l'&#233;crivait Karl Radek au Comit&#233; central du Parti communiste allemand r&#233;cemment constitu&#233;, les soviets n'avaient qu'une existence nominale et n'avaient encore connu aucune lutte politique susceptible de lib&#233;rer le pouvoir des masses : celles-ci, par cons&#233;quent, restaient asservies &#224; l'influence des social-d&#233;mocrates. Dans ces conditions, il &#233;tait hors de question de penser &#224; la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat. [42] Le conseil de Radek &#233;tait d'&#233;viter l'affrontement et d'entreprendre une campagne d'agitation d&#233;masquant la trahison des commissaires du peuple et de l'ex&#233;cutif des conseils ouvriers ; le but de cette campagne serait de rechercher de nouvelles &#233;lections pour les conseils, permettant ainsi au prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, tout en pr&#233;parant l'offensive, de conqu&#233;rir les organes du pouvoir par des moyens l&#233;gaux. Le Comit&#233; central h&#233;sita. Liebknecht fut entra&#238;n&#233; par le courant de masse : sans consulter le Comit&#233; central, il signa un manifeste avec les ind&#233;pendants Schultze et Lebedour, destituant Ebert et Scheidemann du gouvernement. Ce fut non seulement un grave manque de discipline, mais aussi l'erreur m&#234;me que les bolcheviks avaient eu la fermet&#233; d'&#233;viter lors des troubles de juillet 1917, lorsqu'ils avaient retenu les masses de Petrograd qui aspiraient &#224; une bataille pr&#233;matur&#233;e contre Kerensky. L'inexp&#233;rience des meilleurs dirigeants du prol&#233;tariat devint l'une des principales causes de sa d&#233;faite. Liebknecht, sans son parti, d&#233;clencha une insurrection intempestive qu'il fut incapable de guider. Le Comit&#233; central, surpris par la tournure des &#233;v&#233;nements, ne publia ni slogans insurrectionnels ni directives strat&#233;giques. 200 000 prol&#233;taires d&#233;termin&#233;s, une arm&#233;e magnifique pr&#234;te &#224; tous les sacrifices, qui aurait &#233;t&#233; redoutable si seulement elle avait &#233;t&#233; soutenue par un parti bien dirig&#233;, ont pi&#233;tin&#233; le pas pendant de longues heures dans les avenues humides du Tiergarten. [43]Personne ne leur donna d'ordres. Aucun comit&#233; r&#233;volutionnaire ne sut comment utiliser leur &#233;nergie. &#171; Les chefs &#233;taient en conf&#233;rence, en conf&#233;rence, en conf&#233;rence &#187;, &#233;crivait Rosa Luxemburg le lendemain. &#171; Non, ces masses n'&#233;taient pas pr&#234;tes &#224; prendre le pouvoir, sinon leur initiative en aurait trouv&#233; d'autres &#224; leur t&#234;te, et leur premi&#232;re action r&#233;volutionnaire aurait &#233;t&#233; de contraindre les chefs &#224; mettre fin &#224; leurs interminables conf&#233;rences au Polizeipr&#228;sidium . &#187; [44] Le t&#233;moignage de Noske confirme ce jugement : &#171; Si ces foules, au lieu d'&#234;tre men&#233;es par des bavards, avaient eu des chefs r&#233;solus, conscients de leur destination, elles auraient &#233;t&#233; ma&#238;tresses de Berlin avant midi&#8230; &#187; [45]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun dirigeant r&#233;volutionnaire digne de ce nom. Un parti communiste trop jeune, trop inexp&#233;riment&#233;, sans cadres, sans Comit&#233; central capable d'initiatives audacieuses. Des masses d'ouvriers en marche pour combattre, mais trop soumis aux traditions de la discipline social-d&#233;mocrate pour compenser par leur action les d&#233;ficiences de la direction et du parti. L'impatience compr&#233;hensible et le grand courage personnel de Liebknecht, qui craint de laisser passer l'heure de l'action. Rosa, lucide mais impuissante. Ainsi se consolid&#232;rent les causes imm&#233;diates de la d&#233;faite. L'insurrection fut r&#233;prim&#233;e par les bandes monarchistes de Noske, compos&#233;es principalement d'officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, d&#233;nonc&#233;s par le Vorw&#228;rts comme instigateurs de la guerre civile, furent arr&#234;t&#233;s le 15 janvier apr&#232;s les combats de rue et p&#233;rirent le jour m&#234;me. Liebknecht fut emmen&#233; le soir au Tiergarten et abattu d'une balle dans le dos &#171; alors qu'il tentait de s'&#233;chapper &#187;. Rosa Luxemburg fut emmen&#233;e de l'h&#244;tel o&#249; elle &#233;tait d&#233;tenue et plac&#233;e dans une berline ; l&#224;, son cr&#226;ne fut fracass&#233; d'un coup de revolver par le lieutenant Vogel. Son corps fut jet&#233; dans un canal voisin. Les meurtriers de Liebknecht et de Luxemburg s'en tir&#232;rent indemnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PRINKIPO&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de la r&#233;volution prol&#233;tarienne allemande rassurait les Alli&#233;s ; ils y avaient d'ailleurs apport&#233; leur contribution particuli&#232;re. Les spartakistes de Berlin s'attaquaient en r&#233;alit&#233; &#224; l'ensemble du monde capitaliste. Wilson, Clemenceau, Lloyd George, Orlando [46] et Foch (dont la remarque &#171; Mieux vaut Hindenburg que Liebknecht &#187; devint c&#233;l&#232;bre) apport&#232;rent un soutien discret aux &#171; socialistes &#187; Noske, Stinne, Krupp, Groener et Hoffmann. La fronti&#232;re du bolchevisme s'&#233;tait d&#233;sormais retir&#233;e du Rhin jusqu'au-del&#224; de la Vistule, o&#249;, sous le gouvernement socialiste de Daszynski, la R&#233;publique polonaise s'&#233;tablissait comme un autre rempart de la vieille Europe. Cependant, les bains de sang de Berlin n'apport&#232;rent aucun rem&#232;de &#224; la crise sociale qui s'emparait du continent. La situation restait r&#233;volutionnaire dans les pays vaincus et tendait &#224; le devenir dans les pays vainqueurs. La France, la Grande-Bretagne et l'Italie vivaient dans l'angoisse d'une d&#233;mobilisation qui jetterait au ch&#244;mage des millions de travailleurs aigris et &#233;puis&#233;s ; ceux-ci, de plus, &#233;taient habitu&#233;s au maniement des grenades et n'&#233;taient pas enclins &#224; accepter des promesses pour r&#233;ponse. L'ann&#233;e 1919 allait &#234;tre marqu&#233;e par des &#233;v&#233;nements d'une importance capitale : la R&#233;publique sovi&#233;tique en Bavi&#232;re, la dictature du prol&#233;tariat en Hongrie, l'aggravation de la crise en Italie, la d&#233;moralisation des troupes fran&#231;aises &#224; Odessa, les mutineries dans la flotte fran&#231;aise de la mer Noire. De plus, les difficult&#233;s d'une intervention efficace &#233;taient pleinement &#233;videntes lors de la r&#233;union des Alli&#233;s (Conf&#233;rence de Paris) convoqu&#233;e pour redessiner la carte du monde apr&#232;s la ruine des empires centraux. Une intervention ne pouvait apporter tous les fruits escompt&#233;s &#8211; &#224; savoir la restauration du capitalisme en Russie &#8211; qu'au prix d'une nouvelle guerre, probablement longue et difficile. Mais l'&#233;tat moral des arm&#233;es victorieuses et l'attitude de la classe ouvri&#232;re des pays bellig&#233;rants des deux camps montraient clairement que les hostilit&#233;s ne pouvaient &#234;tre rouvertes &#224; grande &#233;chelle contre la r&#233;volution des travailleurs. D'o&#249; les h&#233;sitations de la Conf&#233;rence de Paris face au probl&#232;me russe, qui ne constituait qu'un aspect isol&#233; &#8211; &#224; peine isol&#233;, d'ailleurs &#8211; du probl&#232;me international. Deux tendances se d&#233;gageaient clairement de la discussion. Clemenceau pr&#244;nait une politique &#233;nergique, sans doute convaincu d'une victoire militaire rapide sur le bolchevisme. Lloyd George et le pr&#233;sident Wilson &#233;taient plus prudents : ils envisageaient des actions &#224; long terme telles que le sabotage diplomatique, la guerre non d&#233;clar&#233;e, la guerre indirecte par le biais d'&#201;tats satellites corrompus et les blocus ; il se peut qu'ils aient compt&#233; sur les effets de la famine, de l'&#233;puisement physique et de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du bolchevisme lui-m&#234;me. Ces divergences d'opinion &#233;taient compliqu&#233;es par des conflits d'int&#233;r&#234;ts : le plus grave &#233;tait de maintenir les Am&#233;ricains et les Japonais neutralis&#233;s, par peur r&#233;ciproque, dans l'Extr&#234;me-Orient sib&#233;rien. [47]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est l'explication des tendances contradictoires des Alli&#233;s, au moment o&#249; la d&#233;faite de la r&#233;volution allemande co&#239;ncidait avec les victoires de l'Arm&#233;e rouge. Un message radio de la Conf&#233;rence de Paris du 23 janvier 1919 invitait tous les gouvernements existant de facto sur le territoire de l'ancien Empire russe &#224; envoyer des repr&#233;sentants &#224; une conf&#233;rence de paix qui devait se tenir sur l'&#238;le de Prinkipo, pr&#232;s de Constantinople, en pr&#233;sence des Alli&#233;s. Le 4 f&#233;vrier, le gouvernement sovi&#233;tique notifia aux grandes puissances son accord pour l'ouverture de n&#233;gociations et se montra pr&#234;t &#224; offrir un prix &#233;lev&#233; pour obtenir la paix : cela &#233;quivalait (du moins, le supposait-on) &#224; la poursuite de la politique de Brest-Litovsk dans les transactions avec les Alli&#233;s, pour les m&#234;mes raisons qui avaient conduit &#224; la cr&#233;ation de Brest-Litovsk. La note de Tchitcherine pr&#233;cisait, entre autres points principaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement des Soviets d&#233;clare qu'il est pr&#234;t &#224; faire des concessions aux puissances de l'Entente sur la question des dettes. Il ne refuse pas de reconna&#238;tre ses obligations financi&#232;res envers ses cr&#233;anciers citoyens des puissances de l'Entente. Il propose de garantir le paiement des int&#233;r&#234;ts des emprunts par une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de mati&#232;res premi&#232;res. Il est pr&#234;t &#224; accorder aux citoyens des puissances de l'Entente des concessions mini&#232;res, foresti&#232;res et autres, &#224; condition que leur gestion interne ne porte pas atteinte &#224; l'ordre social et &#233;conomique de la Russie sovi&#233;tique. Le quatri&#232;me point, sur lequel le gouvernement sovi&#233;tique estime que les n&#233;gociations propos&#233;es pourraient avoir une incidence, concerne les concessions territoriales : le gouvernement sovi&#233;tique ne souhaite en effet pas exclure en principe des n&#233;gociations la question de l'annexion par les puissances de l'Entente de certains territoires russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette offre d'annexions d&#233;passait m&#234;me la politique de Brest-Litovsk : il faut sans doute en rechercher les causes dans les d&#233;faites de Berlin. Les limites du recul &#233;taient cependant clairement d&#233;finies ; en effet, &#224; l'exception des concessions territoriales, elles constituent encore la politique de l'URSS : reconnaissance de dettes sous certaines conditions, garanties &#233;conomiques pour les accords financiers, concessions industrielles &#224; condition qu'elles n'affectent pas le r&#233;gime sovi&#233;tique. L'ouverture m&#234;me des n&#233;gociations de Prinkipo signifiait la reconnaissance par les Sovi&#233;tiques des &#201;tats contre-r&#233;volutionnaires en construction en Sib&#233;rie, dans le Don et dans le Caucase. C'&#233;tait une politique extr&#234;mement dangereuse, qui heureusement &#233;choua gr&#226;ce &#224; la r&#233;action des chefs de la contre-r&#233;volution, Koltchak et D&#233;nikine, sans doute sur les conseils des g&#233;n&#233;raux alli&#233;s. Comptant sur les offensives de printemps &#224; venir, ils refus&#232;rent de r&#233;pondre &#224; l'offre des puissances de l'Entente et &#224; la note de Tchitcherine. Ce fut une grave erreur de calcul de leur part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objectifs des dirigeants de la R&#233;publique sovi&#233;tique &#233;taient alors tr&#232;s simples : gagner du temps, consolider le pouvoir sovi&#233;tique, m&#234;me sur un terrain restreint et amput&#233;, y maintenir le centre de gravit&#233; de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, et pr&#233;server les perspectives d'avenir : &#171; gagner du temps en c&#233;dant de l'espace si n&#233;cessaire &#187;, et permettre &#224; la r&#233;volution europ&#233;enne, de plus en plus imminente, de m&#251;rir. Les &#233;v&#233;nements survenus depuis ont montr&#233; combien le prol&#233;tariat occidental &#233;tait loin de r&#233;pondre aux exigences du moment. Les efforts des prol&#233;taires r&#233;volutionnaires d'Occident n'auraient certainement pas &#233;t&#233; favoris&#233;s par la cristallisation d'un certain nombre d'&#201;tats contre-r&#233;volutionnaires autour d'une Russie sovi&#233;tique mutil&#233;e par les termes d'une paix on&#233;reuse et humiliante. Consid&#233;rons la perspective d'une Russie rouge, priv&#233;e du bl&#233; du Kouban et de la Sib&#233;rie, du charbon du Donetz, du fer de l'Oural, du p&#233;trole de Bakou, r&#233;duite &#224; ses propres ressources par l'inaction du prol&#233;tariat occidental : une telle Russie aurait-elle r&#233;ussi plus tard &#224; conqu&#233;rir &#8211; ou m&#234;me &#224; r&#233;sister &#8211; &#224; une Sib&#233;rie, un Caucase, un Sud blanc o&#249; des &#201;tats capitalistes, plus ou moins colonies de l'Entente, se seraient consolid&#233;s avec l'aide des puissances victorieuses ? Gr&#226;ce &#224; l'intransigeance du camp blanc, les dangereuses man&#339;uvres diplomatiques de Lloyd George et de Wilson ont tourn&#233; &#224; l'avantage des Sovi&#233;tiques. Une fois de plus, il a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; que la r&#233;publique prol&#233;tarienne ne reculerait devant aucun sacrifice pour proclamer la paix au monde, m&#234;me si ses ennemis la contraignaient &#224; une guerre &#224; mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec des propositions de Prinkipo co&#251;ta &#224; la r&#233;volution russe trois ann&#233;es suppl&#233;mentaires de luttes h&#233;ro&#239;ques. Mais c'est gr&#226;ce &#224; ces luttes que la grandeur historique de la R&#233;publique se forgea durablement : le territoire de l'URSS s'&#233;tendit du golfe de Finlande au Pacifique, du cercle polaire arctique &#224; l'Asie Mineure, soit sur un sixi&#232;me du globe. Pour l'instant, les Alli&#233;s continuaient de pr&#233;parer leurs offensives de printemps, en Pologne, en Sib&#233;rie, &#224; Arkhangelsk, dans les pays baltes, dans la r&#233;gion du Don et au Kouban, et planifiaient l'encerclement de la Commune russe par un cercle d'&#201;tats contre-r&#233;volutionnaires. Pendant ce temps, aucun pays n'osa d&#233;clarer officiellement la guerre aux Sovi&#233;tiques. Cette guerre non avou&#233;e trouva une forme officielle dans la perfidie des blocus. D&#232;s les premiers mois de 1919, pas une lettre, pas un colis de nourriture, pas un paquet de marchandises, pas un journal &#233;tranger ne put entrer en Russie rouge, sauf en contrebande &#224; travers les barbel&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Remarques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] E. Ludendorff, Mes souvenirs de guerre, 1914-1918 (Londres, 1919), vol. 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Extraits de t&#233;l&#233;grammes envoy&#233;s par le GQG au gouvernement : 1er octobre 1918, 13 h 00 : &#171; ... Pri&#233; instamment de proposer la paix imm&#233;diatement. Les troupes tiennent toujours, mais impossible de pr&#233;voir ce qui peut arriver demain. Sign&#233; : Lersner. &#187; 1er octobre, 13 h 30 : &#171; Si le prince Max de Bade est charg&#233; de former un gouvernement &#224; 19 ou 20 heures ce soir, je suis pr&#234;t &#224; attendre jusqu'au matin. Sinon, je me sentirai oblig&#233; de faire une d&#233;claration aux gouvernements du monde entier cette nuit m&#234;me. Sign&#233; : Hindenburg. &#187; 1er octobre (exp&#233;di&#233; le 2 octobre &#224; 00 h 10) : &#171; Le g&#233;n&#233;ral Ludendorff m'a dit que nos propositions de paix devaient &#234;tre transmises imm&#233;diatement de Berne &#224; Washington. L'arm&#233;e ne peut attendre encore 48 heures. Sign&#233; : Grunau. &#187; Telle &#233;tait la terreur inspir&#233;e par l'arm&#233;e au sein de l'&#233;tat-major ! Paul Fr&#246;hlich, La R&#233;volution allemande [une version de Zehn Jahre Krieg et Burgerkrieg de Fr&#246;hlich , Berlin, 1924] (1926), chapitre 13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] [Ebert devint effectivement chancelier du Reich, mais une fiction juridique de continuit&#233; entre lui et son pr&#233;d&#233;cesseur comme chancelier et r&#233;gent, le prince Max, fut maintenue afin que les fonctionnaires des autorit&#233;s imp&#233;riales puissent reconna&#238;tre la l&#233;gitimit&#233; du nouveau gouvernement sans violer leurs serments &#224; l'empereur (E. Waldman, The Spartacist Uprising of 1919 (Milwaukee, 1958), p. 89).]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] N. L&#233;nine, &#338;uvres compl&#232;tes (Londres, 1969), vol. 28, pp. 101-103.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Bien des ann&#233;es plus tard, en 1924 [c'est-&#224;-dire alors que Staline, Zinoviev et Kamenev accumulaient tous les &#233;l&#233;ments de fait laissant entrevoir une divergence entre L&#233;nine et Trotsky], ces mots ont &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;s comme le signe d'un d&#233;saccord entre les deux dirigeants. Il suffit de se r&#233;f&#233;rer au texte des propos de L&#233;nine pour constater que les deux dirigeants exprimaient la m&#234;me id&#233;e. En tout cas, Trotsky parlait au nom du Comit&#233; central du parti. Nous n'avons ici qu'une formulation vague laiss&#233;e par l'orateur, voire une erreur st&#233;nographique du genre de celles qui abondent dans les comptes rendus transcrits de l'&#233;poque. &#192; ce stade, il n'y a qu'une seule ligne de pens&#233;e, celle du parti ; Sur cette base commune, on ne trouve qu'une l&#233;g&#232;re nuance de diff&#233;rence : l'accent est mis, dans le discours de L&#233;nine, sur le danger de guerre avec l'Entente imp&#233;rialiste, tandis que Trotsky conclut (dans son discours du 30 octobre, &#224; Vee-Tsik) que la R&#233;publique b&#233;n&#233;ficie d'un nouveau r&#233;pit jusqu'au printemps prochain, car il est trop tard pour entreprendre des op&#233;rations de grande envergure cette ann&#233;e (opinion qui sera bient&#244;t confirm&#233;e par les &#233;v&#233;nements) ; toute sa pens&#233;e se tourne maintenant vers l'offensive que doit mener la r&#233;volution en Occident. On peut y discerner, peut-&#234;tre, soit les effets naturels de la division du travail entre le pr&#233;sident du Conseil des commissaires du peuple et le pr&#233;sident du Conseil militaire r&#233;volutionnaire, soit la manifestation de deux temp&#233;raments diff&#233;rents, l'un enclin &#224; la prudence, l'autre plut&#244;t &#224; l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Extrait de &#201;trange et Monstrueux , r&#233;ponse de L&#233;nine aux communistes de gauche, 28 f&#233;vrier 1918 ( Collected Works , Vol.27, p.72).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] L&#233;nine, &#338;uvres compl&#232;tes , vol. 28, pp. 65-6. Un an plus tard, la R&#233;publique sovi&#233;tique allait se montrer inspir&#233;e par ces m&#234;mes principes lorsque L&#233;nine et Trotski, dans un t&#233;l&#233;gramme conjoint du 18 avril 1919, exhort&#232;rent le gouvernement sovi&#233;tique d'Ukraine &#224; prendre l'offensive en direction de Czernovitz (Bucovine) afin d'&#233;tablir une liaison avec la Hongrie sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] ibid. , pp.116, 117, 123, 124. Ces observations s'adressaient &#233;videmment aux communistes qui auraient voulu acc&#233;l&#233;rer le cours des &#233;v&#233;nements en Ukraine au moyen d'une intervention arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] K. Kautsky, La Route du pouvoir (Chicago, 1909).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Voir Les Partis sociaux-d&#233;mocrates (un ensemble de monographies publi&#233;es par le Bureau d'&#233;dition et de diffusion) (Paris, 1925) ; &#233;galement GY Yakovin, The Political Development of Contemporary Germany [pas de titre russe disponible] (Leningrad, 1927).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] [c'est-&#224;-dire apr&#232;s son &#233;chec &#224; mobiliser une large base ouvri&#232;re lors des &#233;v&#233;nements de 1923.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] [Liebknecht a en fait vot&#233; avec le reste des parlementaires du SPD en ao&#251;t 1914 ; et lorsqu'il a enfreint la discipline, il n'a &#233;t&#233; rejoint par R&#252;hle qu'en mars 1915.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] [Wilsonisme : c'est-&#224;-dire les principes de r&#232;glement d'apr&#232;s-guerre propos&#233;s par le pr&#233;sident am&#233;ricain.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] [Albert Bailin &#233;tait un magnat du transport maritime de Hambourg, Klockner, Krupp, Thyssen et Hugenberg &#233;taient des maisons industrielles de la Ruhr, Hugo Stinnes &#233;tait un entrepreneur b&#226;tisseur d'empire contr&#244;lant de nombreux journaux, et Walter Rathenau &#233;tait le brillant capitaliste et homme politique juif assassin&#233; par des voyous de droite en 1922.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] [Sir George Buchanan et Maurice Pal&#233;ologue &#233;taient respectivement ambassadeurs britannique et fran&#231;ais aupr&#232;s de la Cour imp&#233;riale tsariste et du Gouvernement provisoire ; Albert Thomas &#233;tait le dirigeant socialiste fran&#231;ais et ministre de l'Armement dans le cabinet Clemenceau qui visita la Russie &#224; l'&#233;poque de Kerensky pour tenter de la maintenir dans la guerre.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] [La d&#233;signation allemande du gouvernement, Rat der Volksbeauftragten, est une traduction virtuelle du &#171; Conseil des commissaires du peuple &#187; de L&#233;nine ; &#171; Commissaires &#187; est donn&#233; comme traduction du terme Mandataires de Serge , qu'il utilise ici plut&#244;t que Commissaires .]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Il est vrai que tout consentement &#224; n&#233;gocier de leur part aurait &#233;t&#233; h&#233;sitant. Mais l'exp&#233;rience des troupes alli&#233;es envoy&#233;es en Russie a montr&#233; que l'Entente n'&#233;tait pas en mesure de mener une guerre victorieuse contre des pays r&#233;volutionnaires. D&#232;s leur premier contact avec la r&#233;volution prol&#233;tarienne, les troupes se sont rapidement d&#233;sint&#233;ress&#233;es. La r&#233;volution ne se serait pas arr&#234;t&#233;e au Rhin. Foch et Wilson auraient d&#251; se montrer beaucoup plus conciliants face &#224; une r&#233;volution russe et allemande combin&#233;e que von K&#252;hlmann et Hoffmann ne l'avaient &#233;t&#233; &#224; Brest-Litovsk face &#224; une r&#233;volution russe isol&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le g&#233;n&#233;ral Groener, successeur de Ludendorff au commandement g&#233;n&#233;ral supr&#234;me, d&#233;clara lors du proc&#232;s de Munich en 1925 : &#171; Nous [c'est-&#224;-dire le haut commandement et les sociaux-d&#233;mocrates] avons conclu une alliance contre le bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais en contact quotidien avec Ebert. Mon objectif &#233;tait de retirer le pouvoir aux Conseils d'ouvriers et de soldats. Nous pr&#233;voyions l'entr&#233;e de dix divisions &#224; Berlin. Ebert &#233;tait d'accord avec nous&#8230; Les Ind&#233;pendants et les Sovi&#233;tiques exigeaient que les troupes y entrent sans armes ; Ebert &#233;tait d'accord avec nous pour qu'elles y entrent bien arm&#233;es. Nous avons &#233;labor&#233; un plan d'action d&#233;taill&#233; pour Berlin : la capitale devait &#234;tre d&#233;sarm&#233;e et purg&#233;e des spartakistes. Tout a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; en collaboration avec Ebert&#8230; Ensuite, un gouvernement fort devait &#234;tre mis en place. Les troupes sont arriv&#233;es en d&#233;cembre, mais, comme elles &#233;taient d&#233;termin&#233;es &#224; rentrer chez elles, le plan n'a jamais &#233;t&#233; mis &#224; ex&#233;cution&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] [Il semble que, bien que Yoffe ait effectivement men&#233; une propagande r&#233;volutionnaire en Allemagne, ces tracts particuliers ont &#233;t&#233; &#171; plac&#233;s &#187; dans les bagages diplomatiques par la police prussienne (Waldman, op. cit. , pp. 66-7).]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Extrait des Izvestia de Moscou , 18 ou 19 d&#233;cembre 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] [Novotcherkassk &#233;tait la capitale du territoire du Don.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] [La r&#233;gion du Terek dans le Caucase borde le fleuve du m&#234;me nom, qui se jette dans la mer Caspienne.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Le nom du consul Hainaut a &#233;t&#233; transcrit du russe, et l'orthographe peut &#234;tre erron&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Il en va de m&#234;me pour le nom Hochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] [Les rapports de Poole au War Office, extraits des documents du Cabinet, sont r&#233;sum&#233;s dans RH Ullman, Britain and the Russian Civil War (Princeton, 1968), p. 49 : ils recommandaient une assistance &#224; grande &#233;chelle &#224; D&#233;nikine (y compris des chars, des avions et des troupes britanniques) pour emp&#234;cher la terreur bolchevique de &#171; d&#233;peupler de vastes &#233;tendues &#187; et de &#171; d&#233;truire la civilisation &#187;.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Aujourd'hui Stalingrad. [Depuis 1961, Volgograd.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] [Boudionny devint un fid&#232;le partisan militaire de Staline ; il fut nomm&#233; mar&#233;chal de l'Union sovi&#233;tique en 1935 et surv&#233;cut &#224; la purge militaire ; il ne joua aucun r&#244;le s&#233;rieux dans la Seconde Guerre mondiale.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] I. Maisky, La Contre-R&#233;volution D&#233;mocratique ( Demokraticheskaya Kontr-Revoliutsiya ) (Moscou, 1923).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] [Le g&#233;n&#233;ral de brigade Alfred Knox, pendant son mandat d'attach&#233; militaire &#224; l'ambassade britannique &#224; Petrograd, avait soutenu en 1917 le coup d'&#201;tat de Kornilov contre Kerensky ; l'ann&#233;e suivante, il tenta de faire rappeler Lockhart (pendant la phase prosovi&#233;tique de ce dernier) et fit campagne avec ardeur pour le d&#233;cha&#238;nement du Japon sur la Sib&#233;rie (R.H. Ullman, Intervention and the War (Princeton, 1961), pp. 11-12, 131, 197-8). Le g&#233;n&#233;ral Maurice Janin, commandant en chef titulaire des forces alli&#233;es en Sib&#233;rie, &#233;tait en pratique le subordonn&#233; de Knox (Ullman, Britain and the Russian Civil War , p. 35) ; Sa pr&#233;sence &#224; Vladivostok t&#233;moignait &#224; la fois de l'int&#233;r&#234;t fran&#231;ais pour l'intervention alli&#233;e (il poss&#233;dait une longue exp&#233;rience de la Russie pr&#233;r&#233;volutionnaire et avait dirig&#233; la mission militaire fran&#231;aise &#224; Saint-P&#233;tersbourg en 1916) et des n&#233;gociations des Tch&#233;coslovaques pour une reconnaissance politique. Le lien avec la Tch&#233;coslovaquie avait &#233;t&#233; &#233;tabli lorsqu'il commandait les forces tch&#233;coslovaques combattant en France avant son arriv&#233;e en Sib&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] [Il existe une controverse consid&#233;rable sur la mesure pr&#233;cise du soutien apport&#233; par les diff&#233;rents repr&#233;sentants alli&#233;s au coup d'&#201;tat de Koltchak . Le g&#233;n&#233;ral Janin a affirm&#233; plus tard que les Britanniques avaient &#171; install&#233; &#187; Koltchak pour obtenir &#171; leur propre gouvernement &#187; qui leur permettrait d'obtenir des concessions &#233;conomiques au Turkestan. L'ambassadeur Noulens et deux officiers d'&#233;tat-major de Janin ont port&#233; des accusations similaires ; le g&#233;n&#233;ral Knox aurait pris les dispositions n&#233;cessaires au coup d'&#201;tat de fin octobre 1918. La L&#233;gion tch&#233;coslovaque a protest&#233; publiquement contre le renversement du Directoire ; avant m&#234;me qu'il n'ait eu lieu, elle &#233;tait en mauvais termes avec Koltchak. Le gouvernement britannique lui-m&#234;me &#233;tait tr&#232;s embarrass&#233; par le coup d'&#201;tat , puisqu'il venait de reconna&#238;tre de facto le Directoire comme le gouvernement de la Russie. Les activit&#233;s du colonel J.F. Nielson, membre de la mission militaire de Knox &#224; Omsk, ont fait l'objet d'une enqu&#234;te de Whitehall, car elles tendaient &#224; sugg&#233;rer une complicit&#233; britannique dans la prise de pouvoir de Koltchak ; Il fut blanchi, m&#234;me si lui et ses coll&#232;gues de la Mission avaient, de l'aveu m&#234;me, eu connaissance de la possibilit&#233; d'un coup d'&#201;tat &#224; tout moment. Le capitaine Steveni, l'autre adjudant de Knox impliqu&#233; dans les accusations, &#233;tait un r&#233;actionnaire pro-tsariste dont la participation au complot n'est, selon Ullman, &#171; pas inconcevable &#187;. L'aide apport&#233;e aux conspirateurs par les mitrailleuses du 25e bataillon du Middlesex du colonel Ward ne fait aucun doute. Voir Ullman, Intervention and the War , p. 279-284 et Britain and the Russian Civil War , p. 33-34, et P. Fleming, The Fate of Admiral Kolchak (Londres, 1963), p. 112-116.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Sur la conf&#233;rence de Jassy, &#8203;&#8203;voir M. Margulies, Une ann&#233;e d'intervention ( God Interventsii ) (Berlin, 1923). [Margulies participa &#224; la conf&#233;rence.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Le g&#233;n&#233;ral Franchet d'Esperey n'&#233;tant pas venu en Russie, le projet d'intervention le concernant fut abandonn&#233; peu apr&#232;s. [Serge a, bien s&#251;r, tort de consid&#233;rer Janin comme un possible &#171; contr&#244;leur &#187; efficace de Koltchak : voir note 30 ci-dessus.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] [Les communistes r&#233;volutionnaires et les communistes populistes &#233;taient deux petits partis dissidents qui se s&#233;par&#232;rent des SR de gauche apr&#232;s la tentative de soul&#232;vement des SR de gauche en juillet 1918. Les communistes populistes dissout leur parti et rejoignirent le Parti communiste russe en novembre de la m&#234;me ann&#233;e, et le &#171; Parti du communisme r&#233;volutionnaire &#187; (qui publiait sa propre presse avec une position th&#233;orique int&#233;ressante soutenant les soviets mais niant la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;) se dissolvait dans les rangs bolcheviques &#224; la fin de 1920.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] [Il s'agissait tous d'orateurs bolcheviks : Y. M. Steklov &#233;tait le r&#233;dacteur en chef des Izvestia , D. I. Kursky &#233;tait le commissaire du peuple &#224; la justice et V. Avanesov &#233;tait le secr&#233;taire de Vee-Tsik.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] L&#233;nine, &#338;uvres compl&#232;tes , vol. 28, pp. 138, 139, 142, 143, 150, 151, 154, 160, 163-4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] La premi&#232;re proclamation du Directoire affirmait que les classes poss&#233;dantes (les capitalistes et les grands propri&#233;taires fonciers) s'&#233;taient d&#233;shonor&#233;es par leur cupidit&#233;, leur &#233;go&#239;sme antinational et leur soumission &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] G.L. Piatakov devint l'un des administrateurs sovi&#233;tiques les plus comp&#233;tents (il faisait partie du petit cercle de bolcheviks de haut rang, distingu&#233;s par des &#233;loges prudents dans le Testament de L&#233;nine de d&#233;cembre 1922). Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; un membre dirigeant de l'opposition de gauche trotskiste, il capitula en 1928 et travailla comme commissaire &#224; l'industrie lourde russe, avant d'&#234;tre r&#233;int&#233;gr&#233; au Comit&#233; central du parti en 1934. Arr&#234;t&#233; fin 1936, il avoua divers complots d'assassinat et de sabotage lors du &#171; Proc&#232;s du Centre trotskiste antisovi&#233;tique &#187; en janvier 1937, puis fut condamn&#233; &#224; mort et fusill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] En 1919, l'Ukraine, enti&#232;rement occup&#233;e par l'arm&#233;e blanche de D&#233;nikine, fut perdue au profit de la R&#233;publique sovi&#233;tique. L'offensive de D&#233;nikine contre Toula et Moscou fut bris&#233;e par l'Arm&#233;e rouge et par des soul&#232;vements paysans &#224; l'arri&#232;re. La r&#233;volution parvint finalement &#224; reconqu&#233;rir le pays en 1920. Tout au long de cette succession de luttes, Rakovski continua de diriger le gouvernement sovi&#233;tique d'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] G. Noske, Von Kiel bis Kapp (Berlin, 1920).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] [Emil Eichhorn (1863-1925) avait dirig&#233; le bureau de presse du SPD allemand de 1908 &#224; 1917 ; il dirigea ensuite le service de presse de l'USPD. En sa qualit&#233; de Polizeipr&#228;sident de la ville pendant la r&#233;volution, il avait r&#233;guli&#232;rement rendu compte &#224; l'ex&#233;cutif berlinois des conseils ouvriers et soldats, encourag&#233; l'armement des ouvriers et cr&#233;&#233; une milice r&#233;volutionnaire, la Sicherheitswehr . Il rejoignit le KPD en 1920 (G. Badia, Le Spartakisme (Paris, 1967), pp. 247, 251, 420).]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] [Il avait &#233;t&#233; nomm&#233; par l'USPD et l'Ex&#233;cutif des Conseils de Berlin ; ce dernier organisme fut influenc&#233; par le gouvernement apr&#232;s le reflux de la vague r&#233;volutionnaire dans la ville, et approuva en fait sa r&#233;vocation (6 janvier) ; Waldman, op. cit. , pp.165-6, 180.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Ces lignes sont tir&#233;es d'une lettre de Karl Radek au Comit&#233; central du KPD, dat&#233;e de Berlin, le 9 janvier. Travaillant clandestinement dans la capitale, Radek avait vu juste et clair. Il mettait en garde le parti contre le danger de se soumettre &#224; la provocation. Cette lettre est un mod&#232;le de clairvoyance politique et de fermet&#233; r&#233;volutionnaire. Si les conseils de Radek avaient &#233;t&#233; suivis, le prol&#233;tariat allemand aurait probablement &#233;chapp&#233; &#224; l'irr&#233;parable d&#233;faite de janvier, pr&#233;serv&#233; ses dirigeants, Karl et Rosa, d&#233;jou&#233; les desseins d'Ebert, Wels et Noske et gard&#233; l'avenir ouvert. Voir K. Radek, Au service de la r&#233;volution allemande ( Na Sluzhbe Germanskoi Revoliutsii ) (Moscou, 1921) ; traduction allemande, 1921. Il est regrettable que ce livre remarquable, qui condense l'exp&#233;rience d'une ann&#233;e de luttes d&#233;cisives en Europe centrale, n'ait pas &#233;t&#233; traduit en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Le Tiergarten est un vaste parc situ&#233; au centre de Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] Extrait d'un article paru dans Rote Fahne [en r&#233;alit&#233; d'une autre main, en janvier 1920, bien qu'il suive de pr&#232;s la pens&#233;e de Rosa dans son article, Was machen die F&#252;hrer ?, dans le num&#233;ro du 7 janvier 1919 : voir Waldman, op. cit. , pp.177-8, 188-9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Noske, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] [VE Orlando &#233;tait le Premier ministre de l'Italie.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[47] [L'analyse de Serge des diff&#233;rentes politiques des ministres alli&#233;s et de leurs motivations est globalement correcte. Le compte rendu d'Ullman, tir&#233; des proc&#232;s-verbaux de la d&#233;l&#233;gation de l'Empire britannique et du principal &#171; Conseil des Dix &#187; &#224; la Conf&#233;rence de paix de Paris, relate les efforts d&#233;ploy&#233;s par Lloyd George pour demander &#224; chaque gouvernement participant combien de troupes il pouvait fournir pour &#233;craser le bolchevisme ; la r&#233;ponse, dans chaque cas, &#233;tait &#171; aucune &#187; (comme le Premier ministre britannique l'avait sans doute devin&#233; avant de poser la question). Lloyd George &#233;tait formellement oppos&#233; &#224; un cordon sanitaire contre le bolchevisme ; mais lui et le pr&#233;sident Wilson ont poursuivi la politique de blocus contre la R&#233;publique sovi&#233;tique, conjointement avec les autres Alli&#233;s, jusqu'&#224; la fin de 1919. Wilson a &#233;t&#233; le premier &#224; se d&#233;sengager de l'encerclement naval du commerce ext&#233;rieur de la Russie, et ce pour des raisons purement l&#233;galistes : (bien qu'il soit en sympathie avec les objectifs du blocus) il ne pouvait pas ordonner &#224; la marine am&#233;ricaine d'agir &#224; moins que le Congr&#232;s n'ait d&#233;clar&#233; la guerre &#224; la nation sous blocus. Le Cabinet britannique saisit l'occasion en d&#233;cidant, le 4 juillet, qu'&#171; en r&#233;alit&#233;, un &#233;tat de guerre existait entre la Grande-Bretagne et le gouvernement bolchevique de Russie &#187;, de sorte que &#171; nos forces navales dans les eaux russes devaient &#234;tre autoris&#233;es &#224; engager les forces ennemies par terre et par mer, si n&#233;cessaire &#187;. Mais la conclusion officielle du trait&#233; de Versailles quelques jours plus tard, et la perspective de l'ouverture de relations commerciales &#224; grande &#233;chelle entre la Russie et l'Allemagne (et les pays neutres), soulev&#232;rent une nouvelle interrogation quant &#224; l'utilit&#233; et &#224; la l&#233;gitimit&#233; du blocus. En pratique, cependant, il fut maintenu : le commerce ext&#233;rieur de la Russie fut quasi inexistant en 1919 comme en 1918 (Ullman, Britain and the Russian Civil War , p. 104-108, 287-291).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/serge/1930/year-one/ch10.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/serge/1930/year-one/ch10.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire aussi &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'influence de la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/00/broue_all_07.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/00/broue_all_07.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/00/broue_all_08.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/00/broue_all_08.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque de la premi&#232;re r&#233;volution, il (L&#233;nine) a sans cesse r&#233;p&#233;t&#233; que nous ne saurions maintenir la d&#233;mocratie (m&#234;me la d&#233;mocratie !) sans la r&#233;volution socialiste en Europe. En 1917-1918, et pendant les ann&#233;es qui suivirent, L&#233;nine a toujours &#233;valu&#233; et envisag&#233; le sort de notre r&#233;volution en liaison avec la r&#233;volution socialiste qui avait d&#233;j&#224; commenc&#233; en Europe. Il disait carr&#233;ment, par exemple : &#034;Notre perte est in&#233;vitable si la r&#233;volution n'est pas victorieuse en Allemagne&#034;. Et il l'a affirm&#233; en 1918, non pas &#224; l'&#233;poque du &#034;niveau &#233;conomique&#034; de 1905, ayant en vue non pas les d&#233;cennies &#224; venir mais une &#233;ch&#233;ance plus proche, qu'on pouvait estimer &#224; quelques ann&#233;es, sinon &#224; quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine a expliqu&#233; des dizaines de fois que si nous avons tenu bon, &#034;c'est uniquement &#224; cause d'une combinaison de conditions sp&#233;ciales qui nous ont d&#233;fendus pour un court moment [un court moment !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine : &#034;L'imp&#233;rialisme mondial... ne peut, en aucun cas, &#224; aucune condition, coexister avec la R&#233;publique sovi&#233;tique... Le conflit appara&#238;t ici in&#233;vitable.&#034; Et sa conclusion ? Est-ce l'espoir pacifiste de la &#034;pression&#034; du prol&#233;tariat et de la &#034;neutralisation&#034; de la bourgeoisie ? Non, sa conclusion est la suivante : &#034;C'est la plus grande difficult&#233; pour la R&#233;volution russe... que la n&#233;cessit&#233; de susciter la r&#233;volution mondiale&#034; (Tome XV, p. 126).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce que L&#233;nine, jetant un regard en arri&#232;re, exposait au III&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous comprenions parfaitement que, sans le soutien de la r&#233;volution internationale et mondiale, la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne est impossible [chez nous. L.T.]. Avant et m&#234;me apr&#232;s la r&#233;volution, nous pensions : ou bien la r&#233;volution &#233;clatera imm&#233;diatement ou, du moins, tr&#232;s prochainement dans les autres pays plus d&#233;velopp&#233;s au point de vue capitaliste, ou bien nous sommes condamn&#233;s &#224; p&#233;rir. En d&#233;pit de cette conviction, nous faisions tout pour conserver, &#224; tout prix et en toutes conditions, le syst&#232;me sovi&#233;tique, car nous &#233;tions certains de travailler non seulement pour nous, mais aussi pour la r&#233;volution mondiale. Nous en &#233;tions certains et nous avons souvent exprim&#233; cette conviction, aussi bien avant la r&#233;volution d'Octobre qu'imm&#233;diatement apr&#232;s et pendant la conclusion de la paix de Brest-Litovsk. Et, en somme, c'&#233;tait juste. &#187; (Compte rendu du III&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste, p. 354 de l'&#233;dition russe.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que l'exp&#233;rience faussement interpr&#233;t&#233;e de la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre faisait na&#238;tre l'espoir factice qu'il &#233;tait possible de se passer de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe et de la remplacer par le &#034;soutien&#034; en g&#233;n&#233;ral, la situation mondiale changeait radicalement. Les d&#233;faites subies par le prol&#233;tariat ont ouvert la voie &#224; la stabilisation capitaliste. L'effondrement &#233;conomique du capitalisme d'apr&#232;s-guerre a &#233;t&#233; surmont&#233;. De nouvelles g&#233;n&#233;rations, qui n'ont pas subi les horreurs du carnage imp&#233;rialiste, ont surgi. Le r&#233;sultat est qu'en ce moment la bourgeoisie peut disposer de sa machine militaire beaucoup plus facilement qu'il y a cinq ou huit ans. Les masses ouvri&#232;res s'orientant de plus en plus &#224; gauche, le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de ce ph&#233;nom&#232;ne fera certainement grandir de nouveau leur pression sur l'&#201;tat bourgeois. Mais c'est une arme &#224; double tranchant. La menace croissante des masses ouvri&#232;res pourrait, lors d'une &#233;tape ult&#233;rieure, pousser la bourgeoisie &#224; prendre des mesures &#233;nergiques, pour prouver qu'elle reste toujours ma&#238;tresse chez elle, et &#224; tenter d'&#233;craser la R&#233;publique sovi&#233;tique, ce principal foyer de contagion. La lutte contre la guerre ne se gagne pas au moyen de la pression exerc&#233;e sur le gouvernement : elle se gagne seulement par la lutte r&#233;volutionnaire pour le pouvoir. Les effets &#034;pacifistes&#034; de la lutte de classe du prol&#233;tariat ainsi que ses effets &#034;r&#233;formistes&#034; ne repr&#233;sentent qu'un sous-produit de la lutte pour le pouvoir ; ils n'ont qu'une force relative et peuvent facilement provoquer l'effet oppos&#233;, c'est-&#224;-dire pousser la bourgeoisie sur le chemin de la guerre. La peur qu'a la bourgeoisie du mouvement ouvrier, &#233;voqu&#233;e par Radek d'une mani&#232;re si unilat&#233;rale, constitue la principale esp&#233;rance des social-pacifistes. Mais la peur de la r&#233;volution ne d&#233;cide rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la r&#233;volution qui d&#233;cide. Voil&#224; pourquoi L&#233;nine disait que la seule garantie contre la restauration monarchique en 1905 et contre la restauration capitaliste en 1918 r&#233;sidait, non pas dans la pression du prol&#233;tariat, mais bien dans sa victoire r&#233;volutionnaire en Europe. C'est la seule mani&#232;re juste de poser la question. En d&#233;pit de la longue dur&#233;e du sursis, elle conserve aujourd'hui toute sa force. Je n'ai jamais pos&#233; autrement la question. En 19O6, j'&#233;crivais dans Bilan et perspectives :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est pr&#233;cis&#233;ment la peur du soul&#232;vement du prol&#233;tariat qui contraint les partis bourgeois, tout en votant de monstrueux budgets militaires, &#224; manifester solennellement en faveur de la paix et &#224; r&#234;ver de cours internationales d'arbitrage ou m&#234;me d'une organisation des &#201;tats-Unis d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'est qu'une mis&#233;rable d&#233;clamation qui ne pourra certainement &#233;viter ni les antagonismes entre les &#201;tats ni les conflits arm&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Notre r&#233;volution : Bilan et perspectives, p. 283.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Louise Bryant - Six mois rouges en Russie</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8246</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8246</guid>
		<dc:date>2026-07-16T22:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Louise Bryant &lt;br class='autobr' /&gt;
Six mois rouges en Russie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre I &lt;br class='autobr' /&gt;
En route vers la russie &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis d&#233;cid&#233;e &#224; partir en Russie lorsque les nouvelles de la r&#233;volution russe se sont r&#233;pandues en premi&#232;re page de tous les journaux du monde. Je l'ai fait spontan&#233;ment, sans r&#233;fl&#233;chir. Devant un petit kiosque situ&#233; &#224; un coin de rue, je d&#233;posai deux pennies par la force de l'habitude et le marchand de journaux me tendit un journal du soir. C'est l&#224;, environn&#233;e par le vacarme de la grande ville, que je (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Louise Bryant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois rouges en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En route vers la russie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis d&#233;cid&#233;e &#224; partir en Russie lorsque les nouvelles de la r&#233;volution russe se sont r&#233;pandues en premi&#232;re page de tous les journaux du monde. Je l'ai fait spontan&#233;ment, sans r&#233;fl&#233;chir. Devant un petit kiosque situ&#233; &#224; un coin de rue, je d&#233;posai deux pennies par la force de l'habitude et le marchand de journaux me tendit un journal du soir. C'est l&#224;, environn&#233;e par le vacarme de la grande ville, que je lus le premier compte rendu. Je fus envahie par une sensation de chaleur provoqu&#233;e par une joie profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais march&#233; avec un jeune Russe depuis l'East Side. Je me mis &#224; lui parler, mais il regardait les grandes lettres noires comme un d&#233;ment, les yeux exorbit&#233;s. Soudain, il s'empara de mon journal et se mis &#224; courir follement dans la rue. Je le rencontrai trois jours plus tard. Il n'arr&#234;tait pas d'embrasser tous les gens qu'il rencontrait, de pleurer et de leur annoncer la bonne nouvelle. Il avait pass&#233; trois ans en Sib&#233;rie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, j'ai quitt&#233; l'Am&#233;rique sur le steamer danois United-States. La premi&#232;re nuit, sur le pont &#233;lev&#233; de la premi&#232;re classe, venant de l'entrepont, je pouvais entendre les exil&#233;s de retour chez eux entonnant des chants r&#233;volutionnaires. Les jours suivants, je passais le plus grande partie de mon temps en bas, avec eux, car ils &#233;taient les seuls &#224; bord &#224; ne pas &#234;tre ennuyeux &#224; mourir. Ils &#233;taient environ une [34] centaine. La plupart &#233;taient des Juifs originaires de la zone du Pale *. Eux qui avaient &#233;t&#233; chass&#233;s, vol&#233;s, maltrait&#233;s de toutes les fa&#231;ons possibles et imaginables, eux qui avaient fui en Am&#233;rique, ils conservaient, quoi qu'il en soit, le plus grand amour pour leur pays natal. Je ne pouvais pas comprendre cela alors. Je le comprends maintenant. La Russie laisse une empreinte affective profonde, m&#234;me chez un visiteur &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce voyage de retour fut tr&#232;s long pour tous ces gens. Leur pr&#233;sence &#224; bord nous a valu d'&#234;tre retenus une semaine &#224; Halifax. Chaque matin, des officiers britanniques montaient &#224; bord pour les examiner et les r&#233;examiner. Des incidents navrants se produisaient. Il y avait une vieille femme qui s'agrippait fr&#233;n&#233;tiquement aux lettres de son fils d&#233;c&#233;d&#233;. Elle les cachait dans toutes sortes d'endroits &#233;tranges, ce qui la rendait suspecte. Les officiers avaient d&#233;cid&#233; de mettre un jeune homme en d&#233;tention. Il se jeta sur le pont, la t&#234;te la premi&#232;re, et se mit &#224; sangloter bruyamment comme un enfant. Nombre d'entre eux &#233;taient dans un &#233;tat de terreur nerveuse : la Russie &#233;tait si proche et si lointaine encore. Et on les retenait [35] &#224; Christiania, &#224; Stockholm, &#224; Haparanda. Je vis un de ces hommes &#224; Petrograd cinq mois plus tard. Il venait tout juste de r&#233;ussir &#224; passer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s notre d&#233;part de Stockholm, ma curiosit&#233; augmenta d'heure en heure. Tandis que notre train fon&#231;ait &#224; travers les for&#234;ts immenses et immacul&#233;es du nord de la Su&#232;de, je pouvais &#224; peine me contenir. Bient&#244;t, j'allais voir comment la plus grande et la plus jeune des d&#233;mocraties apprenait &#224; marcher, &#224; se d&#233;velopper, &#224; &#233;prouver ses forces, lib&#233;r&#233;e de ses entraves ! Notre groupe de voyageurs &#233;tait form&#233; d'une population vari&#233;e, r&#233;unie pour quelques heures, avec des sentiments bien diff&#233;rents ; il &#233;tait sur le point d'observer cette tentative courageuse d'une nouvelle r&#233;publique s'&#233;difiant elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour o&#249; nous atteign&#238;mes la fronti&#232;re, tous dans le train &#233;taient debout d&#232;s l'aube et s'affairaient pour se pr&#233;parer au changement. La pluie cinglait tristement les vitres de la voiture tandis que nous mangions notre repas frugal constitu&#233; de pain noir aigre et de caf&#233; clair. Pour la plupart, nous &#233;tions partis depuis un mois et &#233;tions &#233;puis&#233;s par le voyage. Nous nous demandions confus&#233;ment ce qui se passait en Russie. Aucune nouvelle n'avait &#233;t&#233; divulgu&#233;e en Su&#232;de depuis l'annonce &#224; moiti&#233; cr&#233;dible de l'offensive germanique sur Riga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un matin gris et triste de septembre, le petit ferry-boat glissant sur les eaux noires et boueuses entre Haparanda et Tornea *, transportant le m&#234;me train de [36] passagers et leurs piles de bagages, nous d&#233;barqua sur le rivage de la Finlande. Une bruine obstin&#233;e s'ajoutait &#224; notre inconfort. D&#232;s que nous descend&#238;mes du bateau, j'eus un premier aper&#231;u de l'arm&#233;e russe : des hommes gigantesques, pour la plupart des ouvriers et des paysans, en vieux uniformes macul&#233;s de boue dont tous les embl&#232;mes du tsarisme avaient &#233;t&#233; soigneusement enlev&#233;s. Les boutons de cuivre avec l'insigne imp&#233;rial, les &#233;paulettes dor&#233;es ou argent&#233;es, les d&#233;corations, tout avait &#233;t&#233; remplac&#233; par un simple brassard ou un morceau de tissu rouge. Je remarquais que tous fumaient, qu'ils ne saluaient pas et que les sentinelles, avec leur allure extr&#234;mement dr&#244;le, restaient assises sur leurs chaises. Le vernis militaire semblait avoir disparu. Par quoi avait-il &#233;t&#233; remplac&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des anicroches de produisirent d&#232;s notre d&#233;barquement. Dans son excitation, une femme se mit &#224; parler allemand. Ensuite, lorsqu'on d&#233;couvrit que son passeport ne comportait pas de visa de Stockholm, elle fut refoul&#233;e brutalement &#224; l'arri&#232;re de la file. Elle cria qu'en arrivant elle n'avait pas d'argent, que personne ne lui avait dit que le visa lui &#233;tait n&#233;cessaire et qu'elle avait trois enfants mourant de faim en Russie. Sa voix &#233;tait faible, tra&#238;nante, avec un d&#233;bit saccad&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand patriarche &#224; barbe blanche, qui revenait apr&#232;s une absence forc&#233;e de trente ann&#233;es, se pr&#233;cipitait d'un soldat &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment allez-vous, mes chers enfants ? De quelle ville &#234;tre-vous ? Depuis combien de temps &#234;tes-vous ici. Ah, je suis heureux d'&#234;tre de retour ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il courait ainsi, n'attendant pas ou n'esp&#233;rant pas de r&#233;ponse. Les soldats souriaient avec indulgence, bien que d'humeur grave pour quelque myst&#233;rieuse raison. Finalement l'un d'eux eut un geste d'impatience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;coutez, petit grand-p&#232;re, dit-il s&#233;v&#232;rement mais pas m&#233;chamment, n'&#234;tes-vous pas au courant qu'en ce moment m&#234;me, il y a vraiment autre chose &#224; penser en Russie qu'&#224; r&#233;unir les familles ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme comprit que, derri&#232;re ces mots, se cachait quelque chose ayant un sens profond. Il eut l'air troubl&#233;, pitoyable. Pendant de nombreuses ann&#233;es, il avait vendu des livres radicaux &#224; Londres ; il s'&#233;tait immerg&#233; dans ces livres. Il ne s'&#233;tait pas pr&#233;par&#233; &#224; l'action ; il revenait pour c&#233;l&#233;brer un mill&#233;naire, pour mourir en paix dans une Russie libre, heureuse et joyeuse. &#192; pr&#233;sent, on voyait voltiger sur son vieux visage le pressentiment d'une peur. Il empoigna nerveusement le bras du soldat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que vous m'avez dit ? cria-t-il. La Russie n'est pas libre ? Ce n'est pas le commencement du bonheur et de la paix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le travail commence, s'&#233;cri&#232;rent plusieurs soldats. Maintenant c'est le d&#233;but de davantage de luttes et de morts ! Vous autres les vieux, vous ne comprendrez jamais que le boulot n'est en aucun cas termin&#233;. N'y a-t-il pas des ennemis &#224; l'ext&#233;rieur et des tra&#238;tres &#224; l'int&#233;rieur ?&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil exil&#233; devint tout &#224; coup sombre et se recroquevilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel est le probl&#232;me ? &#187; dit-il &#224; voix basse.&lt;br class='autobr' /&gt;
[38]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toute r&#233;ponse, ils montr&#232;rent le panneau sur lequel une grande affiche venait d'&#234;tre appos&#233;e. Nous rejoign&#238;mes un petit groupe de personnes tr&#232;s agit&#233;es et l&#251;mes :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; tous ! &#224; tous ! &#224; tous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 ao&#251;t (le 8 septembre dans notre calendrier), le g&#233;n&#233;ral Kornilov a d&#233;p&#234;ch&#233; aupr&#232;s de moi V.N. Lvov, membre de la Douma, avec la demande de lui remettre le pouvoir civil et militaire, en pr&#233;cisant qu'il formera un nouveau gouvernement pour diriger le pays. J'ai v&#233;rifi&#233; l'autorit&#233; de ce membre de la Douma par une communication t&#233;l&#233;phonique directe avec le g&#233;n&#233;ral Kornilov. J'ai vu, dans cette demande adress&#233;e au gouvernement provisoire, le d&#233;sir d'une certaine classe du peuple russe d'exploiter la situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e de notre nation, pour restaurer ce syst&#232;me d'ordre qui serait en contradiction avec les acquis de notre r&#233;volution. En cons&#233;quence, le gouvernement provisoire consid&#232;re n&#233;cessaire, pour sauver le pays, la libert&#233; et le gouvernement d&#233;mocratique, de prendre toutes les mesures susceptibles d'assurer l'ordre dans le pays, et toutes celles emp&#234;chant toute tentative d'usurper le pouvoir supr&#234;me de l'&#201;tat et d'usurper les droits gagn&#233;s par nos concitoyens par la r&#233;volution. Je mets en &#339;uvre ces mesures et j'informerai plus compl&#232;tement la nation sur leur nature. Simultan&#233;ment, j'ai ordonn&#233; au g&#233;n&#233;ral Kornilov de transmettre son commandement au g&#233;n&#233;ral Klembovski, commandant en chef du front nord d&#233;fendant les voies d'acc&#232;s &#224; Petrograd. De fa&#231;on conjointe, je d&#233;signe le g&#233;n&#233;ral [39] Klembovski, commandant en chef de toutes les arm&#233;es russes. Par l'application de cette d&#233;p&#234;che, il est proclam&#233; que la ville de Petrograd et son district sont plac&#233;s sous la loi martiale. J'appelle tous les citoyens &#224; maintenir la paix et l'ordre qui sont si n&#233;cessaires pour sauver le pays, et j'appelle tous les officiers de l'arm&#233;e et de la flotte &#224; accomplir leur devoir en d&#233;fendant la Nation face &#224; l'ennemi ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(sign&#233;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Premier ministre KERENSKI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, j'arrivais lors du pic d'une contre-r&#233;volution ! Kornilov marchait sur Petrograd. Petrograd &#233;tait en &#233;tat de si&#232;ge. En ce moment m&#234;me, on devait creuser des tranch&#233;es en dehors de la ville. La d&#233;p&#234;che de Kerenski &#233;tait vieille de deux jours. Que s'&#233;tait-il pass&#233; depuis ? Les rumeurs les plus folles se succ&#233;daient. En fait, les exag&#233;rations dans la prose chauff&#233;e &#224; blanc de chaque reportage confirmaient que la physionomie d'ensemble du pays avait compl&#232;tement chang&#233;. Nous marchions de long en large dans la gare sous bonne garde ; comme des prisonniers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion la plus totale r&#233;gnait. Les passeports et les bagages &#233;taient examin&#233;s &#224; maintes reprises. Je fus conduite dans une petite pi&#232;ce froide et mal &#233;clair&#233;e par six soldats munis de ce qui ressemblait &#224; de longues ba&#239;onnettes. Une fille russe trapue s'y trouvait. Elle me fit signe d'enlever mes v&#234;tements, ce que je fis en m'interrogeant. D&#232;s que je fus d&#233;shabill&#233;e, elle m'ordonna de les remettre sans aucune explication. J'&#233;tais curieuse d'en conna&#238;tre la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est juste le r&#232;glement &#187;, dit-elle en souriant de mon incompr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait l&#224; des officiers britanniques qui me conseill&#232;rent de ne pas poursuivre mon chemin. &#171; Les Allemands ont pris Riga et s'appr&#234;tent &#224; traverser la Dvina. Lorsqu'ils atteindront Petrograd, ils vous tailleront en pi&#232;ces ! &#187; Avec de pareilles sombres pr&#233;visions, je quittai la ville fronti&#232;re et me h&#226;tai de traverser cette Finlande au paysage plat et monotone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la fronti&#232;re &#224; P&#233;trograd&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne pensait que notre train r&#233;ussirait &#224; atteindre Petrograd. Au cas o&#249; il aurait &#233;t&#233; stopp&#233;, j'&#233;tais d&#233;cid&#233;e &#224; continuer &#224; pied. J'&#233;tais donc extr&#234;mement heureuse de chaque mile que nous parcourions. Ce fut un voyage loufoque qui tenait plus du jeu extravagant que d'un &#233;pisode de la vie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le compartiment &#224; c&#244;t&#233; du mien se trouvait un g&#233;n&#233;ral, un homme d'un extr&#234;me raffinement, terriblement soign&#233;, avec des moustaches cir&#233;es. Il y avait plusieurs monarchistes, un courrier diplomatique, trois aviateurs d'opinions politiques incertaines et, plus loin, nombre d'exil&#233;s politiques qui avaient &#233;t&#233; retenus aux frais du nouveau gouvernement De rudes soldats, presque en loques, grimpaient continuellement dans le train, nous d&#233;visageaient et repartaient. Souvent, ils h&#233;sitaient devant la porte du g&#233;n&#233;ral et le regardaient avec suspicion ; ils ne l'honoraient jamais de la moindre marque de d&#233;f&#233;rence militaire. Lui, il restait assis sur son si&#232;ge, rigide, les fixant froidement du regard. Nous &#233;tions tous beaucoup trop perturb&#233;s pour rester silencieux ou m&#234;me discrets. &#192; chaque gare, nous nous pr&#233;cipitions dehors pour prendre des nouvelles et acheter les journaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; un certain endroit, on apprit que les cosaques &#233;taient tous avec Kornilov, de m&#234;me que [42] l'artillerie ; les gens &#233;taient d&#233;sesp&#233;r&#233;s. &#192; l'annonce de ces nouvelles alarmantes, les monarchistes commenc&#232;rent &#224; se faire entendre. Ils me confi&#232;rent le fond de leur pens&#233;e, &#224; savoir qu'il fallait torturer publiquement les leaders r&#233;volutionnaires puis les ex&#233;cuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re rumeur laissait entendre que Kerenski avait &#233;t&#233; assassin&#233; et que c'&#233;tait la panique dans toute la Russie, que le sang coulait &#224; flot dans les rues de Petrograd. Les exil&#233;s affichaient une mine p&#226;le et malheureuse. Voil&#224; donc ce qu'&#233;tait le joyeux retour chez eux ! Ils soupiraient, mais &#233;taient extr&#234;mement courageux. &#171; Fort bien, nous allons &#224; nouveau lutter, encore et encore ! &#187; disaient-ils avec une merveilleuse d&#233;termination. Je ne faisais aucun commentaire. J'&#233;prouvais un curieux sentiment de solitude ; j'&#233;tais consciente d'&#234;tre une &#233;trang&#232;re dans un pays &#233;trange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les gares, les soldats se rassemblaient par petits groupes de six ou sept et bavardaient, argumentaient, gesticulaient. Une fois, un grand mujik &#224; la barbe en broussaille passa sa t&#234;te par la fen&#234;tre d'une voiture, pointa du doigt une voyageuse bien habill&#233;e et beugla d'un ton interrogatif : &#171; Burzhouee ! &#187; (Bourgeoise). Il avait l'air comique, mais personne ne rit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'excitation &#233;tait telle qu'il nous &#233;tait bien difficile de rester assis. Nous nous rassemblions dans la couloir &#233;troit pour regarder la campagne d&#233;sol&#233;e, pour lire les journaux, nous perdre en conjectures&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute cette situation confuse semblait avoir aiguis&#233; notre app&#233;tit. &#192; Helsingfors [Helsinki], nous v&#238;mes un monceau de plats de nourriture au wagon-restaurant. &#192; la porte, un gar&#231;on nous expliqua la proc&#233;dure : [43] nous devions d'abord acheter des tickets. Nous pourrions ensuite manger autant qu'il nous plairait. &#192; notre grand &#233;tonnement, la caissi&#232;re refusa l'argent russe que nous nous &#233;tions prudemment procur&#233; avant de quitter la Su&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais c'est ridicule, lui dis-je. La Finlande fait partie de la Russie ! Pourquoi ne prenez-vous pas cette monnaie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses yeux lan&#231;aient des &#233;clairs. Elle r&#233;torqua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle ne fera plus partie de la Russie ! La Finlande sera une r&#233;publique ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l&#224; une situation toute nouvelle. Les complications survenaient maintenant tr&#232;s rapidement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions totalement d&#233;sempar&#233;s. Nous marchions de long en large en nous plaignant am&#232;rement. Il nous &#233;tait donc impossible d'acheter de la nourriture. Cette mauvaise surprise augmenta notre faim de fa&#231;on alarmante. Nous f&#251;mes sauv&#233;s par un passager d'une autre voiture qui avait plein de marks finlandais et souhaitait r&#233;cup&#233;rer nos roubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Wiborg, nous avons ressenti une tension intense et mena&#231;ante. Nous avions tout &#224; coup peur de demander des nouvelles aux gens attroup&#233;s sur le quai. Il y avait litt&#233;ralement des centaines de soldats, le visage hagard dans la p&#233;nombre de la fin de l'apr&#232;s-midi. Les bouts de conversation que nous pouvions attraper au vol nous faisaient fr&#233;mir : &#171; Tous les g&#233;n&#233;raux doivent &#234;tre tu&#233;s ! &#187;, &#171; Nous devons nous d&#233;barrasser de la bourgeoisie ! &#187;, &#171; Non, ce n'est pas juste &#187;, &#171; Je ne suis pas d'accord avec &#231;a ! &#187;, &#171; Tout meurtre est mauvais&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[44]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune homme p&#226;le et mince, &#224; c&#244;t&#233; de moi, laissa &#233;chapper &#224; l'impr&#233;vu, dans une sorte de chuchotement, &#171; c'&#233;tait terrible&#8230; Je les ai entendus crier ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le questionnai anxieusement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entendus qui ? Entendus qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les officiers. Les beaux officiers brillants ! Ils ont pi&#233;tin&#233; leurs visages sous leurs lourdes bottes, ils les ont tra&#238;n&#233;s dans la boue&#8230; et jet&#233;s dans le canal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regardait apeur&#233; de haut en bas. Ses mots sortaient par saccades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont termin&#233; &#224; pr&#233;sent, dit-il en continuant &#224; trembler, ils en ont tu&#233; cinquante, et je les ai entendu crier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que le train repartit, on se mit &#224; rassembler tous nos fragments d'informations, ce qui permit de reconstituer l'histoire suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t la veille &#233;taient parvenus les messages de Kerenski ordonnant aux troupes de Petrograd de d&#233;fendre la ville. Les officiers avaient bien re&#231;u ces messages, mais ils &#233;taient rest&#233;s cois et n'avaient donn&#233; aucun ordre. Les soldats nourrissaient de forts soup&#231;ons. Ils murmuraient entre eux. Leurs murmures se transform&#232;rent bient&#244;t en un grondement de col&#232;re. Suite &#224; la proposition de quelqu'un, ils form&#232;rent un groupe pour aller chercher les messages. Ils les trouv&#232;rent. Leurs pires soup&#231;ons &#233;taient confirm&#233;s. Un acc&#232;s de fureur et de vengeance les submergea. Ils ne s'attendaient pas &#224; s&#233;parer les coupables des innocents. Les officiers &#233;taient des sympathisants de Kornilov, des aristocrates, des ennemis [46] de la r&#233;volution ! Rapidement, la col&#232;re furieuse leur fit subir un ch&#226;timent terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;tails du massacre &#233;taient terribles, mais il n'est pas n&#233;cessaire que je les relate. Tout &#233;crivain russe qui a eu l'occasion de s'exprimer sur la violence collective a d&#233;crit avec une extraordinaire v&#233;racit&#233; ces sc&#232;nes terribles qui se succ&#233;d&#232;rent fr&#233;n&#233;tiquement. Comme nous r&#233;alisions &#224; quel point une mutinerie militaire est une des formes de r&#233;volte et de dissolution les plus graves, nos pens&#233;es voltig&#232;rent vers des perspectives effarantes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos r&#233;flexions furent interrompues par le g&#233;missement d'un courrier russe qui se trouvait face &#224; un dilemme singulier. &#171; Qu'est-ce que je dois faire ? nous demandait-il d'un ton lugubre. J'ai &#233;t&#233; en mer pendant pr&#232;s d'un mois, et Dieu sait ce qui est arriv&#233; &#224; ce moment-l&#224; &#224; mon malheureux pays. Dieu sait ce qu'il se passe maintenant. Si je remets ces documents &#224; la mauvaise faction, cela me sera fatal ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s minuit, on s'arr&#234;ta &#224; Beeloostrov. C'&#233;tait la derni&#232;re gare. Nous &#233;tions tous tellement persuad&#233;s que nous ne parviendrions jamais &#224; atteindre Petrograd que nous ne f&#251;mes pas surpris lorsque des soldats mont&#232;rent &#224; bord et nous ordonn&#232;rent de descendre. Cependant, nous allions bient&#244;t nous apercevoir que ce n'&#233;tait qu'une nouvelle inspection fastidieuse. Nous &#233;tions entass&#233;s dans une grande pi&#232;ce vide, tremblant nerveusement, tandis que nos bagages &#233;taient lanc&#233;s p&#234;le-m&#234;le les uns sur les autres. &#192; l'appel de notre nom, nous pr&#233;sentions [47] notre passeport, r&#233;pondions aux questions, inscrivions notre religion, le but de notre voyage en Russie et nous nous h&#226;tions de d&#233;verrouiller nos malles face aux soldats impatients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les officiers nous firent tressaillir lorsqu'ils commenc&#232;rent &#224; confisquer toutes sortes d'affaires ordinaires. Nous protest&#226;mes autant que nous os&#226;mes. Pour toute explication, ils r&#233;pliqu&#232;rent qu'ils venaient de recevoir un nouvel ordre interdisant les m&#233;dicaments, les produits cosm&#233;tiques et autres du m&#234;me genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une princesse indign&#233;e se trouvait pr&#232;s de moi dans la file. Ses bagages contenaient de nombreuses et pr&#233;cieuses &#171; aides &#224; la beaut&#233; &#187; que les censeurs timides et des fonctionnaires des douanes avaient laiss&#233; passer auparavant. Mais ce nouvel ordre d&#233;raisonnable bouleversait tout : les b&#226;tons de rouge &#224; l&#232;vres comme les parfums rares, la poudre fran&#231;aise, la brillantine, la teinture capillaire, tout &#233;tait jet&#233; brutalement dans une grande bo&#238;te non peinte, une bo&#238;te dont le contenu grimpait de plus en plus haut. Cette bo&#238;te avait le pouvoir magique de transformer ce qui &#233;tait de l'art dans un sac &#224; main en d&#233;chets aval&#233;s par une gueule insatiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La princesse plaida sa cause aupr&#232;s des soldats, fit usage de ruses f&#233;minines, &#233;clata en sanglots. Pauvre et malheureuse princesse de 40 ans avec un beau et s&#233;duisant mari de 23 ans ! La situation &#233;tait beaucoup plus subtile pour ces cruels d&#233;fenseurs de la r&#233;volution ! Seul un vieux monarchiste osa faire preuve de bienveillance, mais je remarquai qu'il prit soin de s'exprimer en anglais, une langue que peu de ses compatriotes pouvaient comprendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
[48]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madame, fit-il remarquer d'un ton irrit&#233;, il y a un fort relent de moralit&#233; stupide dans toute cette affaire. Vous devez ne pas oublier que, pour les gens incultes, tous les produits d'&#233;l&#233;gance raffin&#233;e sont consid&#233;r&#233;s comme immoraux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son mari la consola tardivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Restez sereine, ma ch&#233;rie, vous retrouverez tout cela plus tard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne put tenir sa promesse, car au cours de ces rudes journ&#233;es de nouvel ordre, les produits cosm&#233;tiques ne furent plus consid&#233;r&#233;s comme importants, et les dames russes se virent oblig&#233;es de sortir &#171; au naturel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant &#224; Petrograd &#224; trois heures du matin, nous &#233;tions pr&#233;par&#233;s &#224; tout sauf &#224; l'ordre apparent et au silence profond qui surviennent avant l'aube. Mes compagnons de voyage se dispers&#232;rent bient&#244;t et se perdirent dans la nuit. Je me retrouvais d&#233;boussol&#233;e dans cette grande gare, avec le peu qu'on avait laiss&#233; dans mes bagages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t un jeune soldat arriva en courant. &#171; Aftmobile ? &#187; demanda-t-il d'une voix mielleuse. &#171; Aftmobile ? &#187; Je fis signe que oui, une grande voiture grise se gara devant nous. &#192; l'int&#233;rieur, il y avait un autre soldat, tout aussi jeune et aimable. Je leur donnai le nom d'un h&#244;tel dont quelqu'un m'avait parl&#233; : l'h&#244;tel d'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voiture tournoyait dans les rues d&#233;sertes. &#199;&#224; et l&#224;, nous rencontrions des sentinelles qui nous interpellaient brusquement. Nous donnions le bon mot de passe et on nous laissait passer. Je br&#251;lais de curiosit&#233;. Ces soldats n'avaient ni brassards ni morceaux de ruban. Je n'avais aucun moyen de savoir d'o&#249; ils venaient et qui ils &#233;taient&#8230; L'un d'eux voulait se distraire. Il commen&#231;a donc &#224; me raconter les cinq premiers jours de la r&#233;volution et &#224; quel point cela avait &#233;t&#233; merveilleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le manifestants portaient un homme sur leurs &#233;paules ; dit-il, quand ils virent arriver les cosaques. Et cet homme criait, &#8220;si vous &#234;tes venus pour d&#233;truire la r&#233;volution, tirez d'abord sur moi&#8221;, les cosaques r&#233;pliqu&#232;rent &#8220;nous ne tirons pas sur nos fr&#232;res&#8221;. Certains anciens qui se souvenaient &#224; quel point les cosaques avaient &#233;t&#233; nos ennemis et depuis si longtemps devinrent litt&#233;ralement fous de joie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il cessa de parler. Un bruit &#233;mergeait myst&#233;rieusement de l'obscurit&#233;. Toutes les cloches des &#233;glises commen&#231;aient &#224; gronder sur la ville endormie. C'&#233;tait comme une sorte de tango barbare jou&#233; par des cloches. Je n'avais jamais rien entendu de semblable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[51]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;trograd&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le portier somnolant de l'h&#244;tel d'Angleterre fit tomber ses cl&#233;s et r&#233;ussit finalement &#224; ouvrir la porte. Mes deux soldats repartirent en nous faisant joyeusement signe du bras. Je ne les ai jamais revus. Le portier prit mon passeport et le mit dans le coffre sans m&#234;me l'examiner. Il gravit lourdement les escaliers devant moi jusqu'au troisi&#232;me &#233;tage pour atteindre une grande suite ressemblant &#224; une chambre forte vo&#251;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait quatre heures du matin, et il ne faudrait pas attendre bien longtemps pour voir des lumi&#232;res s'allumer. Petrograd est situ&#233;e tr&#232;s loin au nord pour les New-Yorkais. En d&#233;cembre, lorsque la situation atteignit un stade d&#233;sesp&#233;r&#233; que nous n'avions que tr&#232;s rarement de l'&#233;lectricit&#233; par manque de charbon pour alimenter les centrales, il nous semblait vivre dans une obscurit&#233; perp&#233;tuelle. Dans les &#233;glises d&#233;sertes, j'ai souvent recherch&#233; des bougies cens&#233;es &#233;clairer les sanctuaires des saints. Je les ramenais chez moi subrepticement afin de pouvoir m'&#233;clairer pour &#233;crire. Mais en octobre, l'&#233;clairage fonctionnait encore. Lorsque le portier appuya sur le bouton de l'interrupteur, je clignai des yeux douloureusement sous l'&#233;clat &#233;blouissant d'un vieux cand&#233;labre de cristal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je portai un regard circulaire sur la grande pi&#232;ce peu accueillante o&#249; je me trouvais. Il y avait partout de l'or et de l'acajou avec de vieilles draperies bleues.&lt;br class='autobr' /&gt;
[52]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des meubles &#233;taient encore recouverts par leurs housses d'&#233;t&#233;. J'avais l'impression que personne n'avait habit&#233; dans cette pi&#232;ce depuis des ann&#233;es. Il y avait une odeur de moisi inhabituelle. Dans un coin recul&#233; contigu &#224; la pi&#232;ce se trouvait mon lit et, au-del&#224;, une &#233;norme baignoire taill&#233;e dans le granit qui r&#233;fl&#233;chissait froidement la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien co&#251;tait cette &#233;l&#233;gance ? &#171; Trente roubles &#187;, murmura le portier &#224; moiti&#233; r&#233;veill&#233;. Au-dessus de mon lit, un grand panneau m'interdisait de parler allemand sous peine d'une amende de cinq cents roubles. Je n'avais aucune envie d'enfreindre la loi. Cela semble une grosse somme pour une faible satisfaction, me dis-je, en me glissant sous les draps glac&#233;s, morte de sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus r&#233;veill&#233;e par des coups violents &#224; ma porte. Un russe costaud entra et commen&#231;a &#224; brailler &#224; propos de mes bagages. Je me frottai les yeux en essayant de comprendre quelle langue il parlait. Soudain, je r&#233;alisai qu'il parlait allemand ! je lui montrai le panneau et il &#233;clata de rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rendis compte plus tard que personne en Russie ne pr&#234;tait attention &#224; ce qui est &#233;crit sur les panneaux. Les gens les lisent et ensuite exercent leur propre jugement. Prenez la langue par exemple. Tr&#232;s peu d'&#233;trangers apprennent le russe. En revanche, ils sont tout &#224; fait capables d'avoir des vagues connaissances en fran&#231;ais ou en allemand. Quelle est la solution ? Parlez la langue que vous comprenez. Si vous leur dites que l'allemand est la langue de l'ennemi, ils vous r&#233;pondront qu'ils ne sont pas en guerre avec une langue. Par [53] ailleurs, cette langue a &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;cieuse pour la propagande diffus&#233;e en Autriche et en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste en face de ma fen&#234;tre se dressait la t&#233;n&#233;breuse cath&#233;drale Saint-Isaac. J'observais les sonneurs dans les coupoles massives, les cordes serr&#233;es autour de leurs &#233;paules, de leurs genoux, de leurs pieds et de leurs mains. Avec les petites et les grosses cloches, ils produisaient la musique la plus folle qui soit. Les gens qui passaient les regardaient aussi et, de temps en temps, l'un d'eux se signait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sortis me promener sans but dans les rues, en remarquant que les petits magasins &#233;taient maintenant tristement vides. Il est curieux de voir ce qui reste dans une ville assi&#233;g&#233;e et affam&#233;e. Il n'y avait de la nourriture que pour trois jours, et plus du tout de v&#234;tements chauds. Je passais de vitrine en vitrine. Elles &#233;taient remplies de fleurs, de corsets, de colliers pour chien ou de perruques !&lt;br class='autobr' /&gt;
Nul besoin de mener une grande investigation pour expliquer cette combinaison absurde. Les corsets de mod&#232;le &#171; taille de gu&#234;pe &#187;, le plus cher, &#233;taient d&#233;mod&#233;s. Les femmes qui les portaient avaient en grande partie disparu de la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de perruquiers ou de colliers pour chien &#233;tait tout aussi logique. En ville, environ un tiers des femmes portait les cheveux courts, de sorte qu'il n'y avait plus d&#233;bouch&#233; pour ces tas de beaux cheveux ; leur prix d&#233;marqu&#233; n'&#233;tait que de quelques roules. Un commer&#231;ant hardi aurait pu faire fortune dans ce cr&#233;neau en exportant les tresses blondes, brunes ou auburn de cette population [54] f&#233;minine &#233;mancip&#233;e qui avait cisaill&#233; ses cheveux. Il les aurait vendus en Am&#233;rique, en France ou dans un autre pays arri&#233;r&#233; o&#249; les femmes s'accrochent encore &#224; leurs &#233;pingles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me &#224; propos des colliers pour chiens. Imaginez seulement un passionn&#233; de chiens, ou m&#234;me quelqu'un aimant les caresser au point d'acheter un collier cercl&#233; d'or ou serti de diamants, tandis qu'un tribunal r&#233;volutionnaire se tient juste &#224; c&#244;t&#233;. Quelles qu'aient &#233;t&#233; les distinctions de classe entre chiens, elles se sont effondr&#233;es avec le tsar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela concerne aussi la profusion de fleurs. L'horticulture avait atteint un niveau de d&#233;veloppement &#233;lev&#233; avant la r&#233;volution. C'&#233;tait particuli&#232;rement le cas pour les fleurs exotiques qui correspondaient aux go&#251;ts extravagants des classes sup&#233;rieures. Avec le changement de gouvernement, la demande pour ces productions de luxe a brusquement cess&#233;, mais il y a toujours des serres chaudes avec leurs vieux jardiniers. Il est impossible de rompre le vieil ordonnancement des choses en un clin d'&#339;il. Il est aussi difficile de briser les habitudes de faire du commerce que de rompre avec les autres habitudes de la vie. Les boutiques continuaient donc &#224; &#234;tre pleines de fleurs. Sur la Morskaya, o&#249; des combats de rue acharn&#233;s s'&#233;taient produits, il y avait trois fleuristes qui exposaient toujours les vari&#233;t&#233;s les plus rares d'orchid&#233;es. Au cours des journ&#233;es mouvement&#233;es de janvier, des lilas blancs avaient fait soudain leur apparition !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;tranges reliquats d'un autre temps refaisaient surface partout et offraient des contrastes frappants. [55] Il y avait par exemple ces hommes qui stationnaient devant les palaces et les grands h&#244;tels, avec leurs chapeaux ronds &#224; la chinoise orn&#233;s de plumes de perroquets ; ils portaient des &#233;charpes vertes, dor&#233;es ou &#233;carlates. Leur t&#226;che consistait &#224; aider les gens &#224; descendre de leur voiture. &#192; pr&#233;sent, les grands personnages n'arrivaient plus. Mais eux continuaient d'&#234;tre l&#224;, avec leurs &#233;charpes d&#233;fra&#238;chies et leurs plumes tristes et d&#233;penaill&#233;es. Ils &#233;taient aussi malheureux que les vieux Noirs du Sud s'accrochant &#224; leur condition d'esclaves apr&#232;s l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contraste &#233;tait complet avec les serveurs qui s'affairaient dans les restaurants situ&#233;s &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des b&#226;timents o&#249; se tenaient en faction ces svetzars devant les portes, comme des courtisans sans cour. Les serveurs g&#233;raient leurs restaurants de fa&#231;on coop&#233;rative, et &#224; chaque table il y avait une petite note s&#232;che :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas parce qu'un homme gagne sa vie comme serveur que vous devez l'insulter en lui donnant un pourboire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petrograd est une ville impressionnante, &#233;norme, massive. Les hauts buildings de New York d&#233;gagent une sorte de l&#233;g&#232;ret&#233; &#233;lanc&#233;e qui n'est pas sinistre. Petrograd donne le sentiment d'avoir &#233;t&#233; construite par un g&#233;ant qui ne s'est pas souci&#233; de l'existence des &#234;tres humains. La force rude de Pierre le Grand se retrouve dans toutes les larges rues, les espaces ouverts imposants, les grands canaux serpentant la ville, dans les rang&#233;es de palaces &#224; n'en plus finir et les immenses fa&#231;ades des b&#226;timents gouvernementaux. M&#234;me ces [56] &#233;l&#233;ments raffin&#233;s d'architecture que sont les gracieuses fl&#232;ches dor&#233;es du vieux b&#226;timent de l'amiraut&#233; et les d&#244;mes ronds de la mosqu&#233;e d'un bleu turquoise ne parviennent pas &#224; briser la lourdeur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construite en raison de la cruelle obstination d'un autocrate, sur le corps de milliers de serfs, contre la volont&#233; unanime de toutes les classes de la soci&#233;t&#233;, cette immense ville artificielle est devenue, par une ironie particuli&#232;re de l'histoire, le c&#339;ur de la r&#233;volution mondiale. Elle est devenue Petrograd la Rouge !&lt;br class='autobr' /&gt;
On m'a racont&#233; des histoires formidables sur la d&#233;faite de Kornilov. On m'en parlait comme d'une &#171; nouvelle forme de lutte &#187;. Chacun &#233;tait impatient de donner sa version, de raconter comment les &#233;claireurs all&#232;rent au-devant de l'arm&#233;e des contre-r&#233;volutionnaires et fraternis&#232;rent avec eux, comment ils les avaient vaincus &#171; par la parole &#187;, de telle sorte que ces derniers avaient refus&#233; de se battre et s'&#233;taient retourn&#233;s contre leurs chefs. Les versions diff&#233;raient peu. L'histoire peut se r&#233;sumer ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;claireurs tomb&#232;rent sur l'arm&#233;e ennemie qui avait &#233;tabli son campement pour la nuit. Ils pass&#232;rent parmi eux en disant : &#171; Pourquoi &#234;tes-vous venus d&#233;truire la r&#233;volution ? &#187; Les soldats ennemis rejet&#232;rent cette accusation avec indignation en affirmant qu'ils avaient &#233;t&#233; envoy&#233;s pour la &#171; sauver &#187;. Les &#233;claireurs continu&#232;rent alors &#224; argumenter. &#171; Ne croyez pas aux mensonges de vos chefs. Nous combattons pour la m&#234;me chose. Venez &#224; Petrograd avec nous. Assistez &#224; nos conseils, apprenez la v&#233;rit&#233; et vous abandonnerez ce Kornilov qui s'appr&#234;te &#224; vous trahir. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[57]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, des d&#233;l&#233;gu&#233;s furent envoy&#233;s &#224; Petrograd. Lorsqu'ils revinrent faire un compte rendu &#224; leurs r&#233;giments, les soldats de deux arm&#233;es s'unirent comme des fr&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que se poursuit cette fraternisation dont les r&#233;sultats &#233;taient incertains, &#224; Petrograd les r&#233;volutionnaires travaillaient f&#233;brilement. Certains me racont&#232;rent qu'ils avaient fabriqu&#233; un canon entier en trente heures et que les tranch&#233;es encerclant la ville avaient &#233;t&#233; creus&#233;es pendant la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;cits terribles circulaient sur la chute de Riga. La plupart des Russes avaient d'assez bonnes raisons de croire qu'elle avait &#233;t&#233; abandonn&#233;e. La ville tomba juste apr&#232;s que le g&#233;n&#233;ral Kornilov eut d&#233;clar&#233; en public : &#171; Devons-nous payer, avec Riga, le prix pour ramener le pays &#224; la raison ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un ordre vague avait &#233;t&#233; donn&#233; &#224; l'arm&#233;e russe qui battait en retraite : &#171; Passez au nord et tournez &#224; gauche ! &#187; Personne n'en expliqua jamais la raison. Les soldats d&#233;sempar&#233;s battirent en retraite pendant des jours dans la confusion, sans officiers ni instructions. Ils finirent par se retrancher, par &#233;lire des comit&#233;s de soldats et par combattre &#224; nouveau&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les officiers qui revinrent une ou deux semaines plus tard racont&#232;rent une histoire incroyable. Elle a &#233;t&#233; imprim&#233;e dans le journal conservateur Vetcherneie Vremya. Je l'ai entendue deux fois de la bouche d'hommes qui ont &#233;t&#233; captur&#233;s et j'ai tout lieu de penser qu'elle est vraie. Au moment de la chute de Riga, de nombreux soldats furent faits prisonniers. C'&#233;tait vers la fin de la semaine. Le dimanche, le [58] Kaiser fit son apparition &#224; un office religieux et il tint un discours aux soldats russes. Il les traita de &#171; chiens &#187; et les fustigea pour avoir tu&#233;s leurs officiers. Selon lui, ces derniers &#233;taient des gentlemen courageux et admirables qui lui inspiraient du respect. Conform&#233;ment &#224; son id&#233;al militaire prussien, il se livra &#224; une d&#233;monstration pratique en autorisant les officiers &#224; &#234;tre compl&#232;tement libres et en donnant l'ordre que les soldats du rang ne re&#231;oivent que peu de nourriture, qu'ils travaillent dur et que dans certains cas ils soient fouett&#233;s. Les centaines de milliers de prisonniers russes tuberculeux, qui rentrent maintenant en Russie, prouvent par leur &#233;tat &#224; quel point ces instructions ont bien &#233;t&#233; suivies. Dans son discours aux soldats, &#224; l'&#233;glise, le Kaiser d&#233;clara : &#171; priez pour le gouvernement d'Alexandre III, et non pour votre inf&#226;me gouvernement actuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi m&#234;me, il d&#238;na avec les officiers. Lorsque ceux-ci revinrent en Russie, ils expliqu&#232;rent que nous n'avions pas &#171; compris &#187; de Kaiser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Petrograd, une des sc&#232;nes poignantes qui fige le c&#339;ur, c'est de voir les longues files de gens mis&#233;rablement v&#234;tus qui attendent dans le froid glacial pour acheter du pain, du lait, du sucre ou du tabac. D&#232;s quatre heures du matin, ils commenc&#232;rent &#224; patienter debout alors qu'il fait nuit noire. Il arrive souvent qu'apr&#232;s plusieurs heures d'attente dans la queue, il y ait une rupture d'approvisionnement. La plupart du temps, ils n'ont droit qu'&#224; un quart de livre de pain pour deux jours. Or le pain noir d&#233;tremp&#233; des paysans est indispensable &#224; la vie &#8211; ce n'est pas un [59] &#171; accompagnement &#187; comme notre pain am&#233;ricain. Le chou est &#233;galement une denr&#233;e de base.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de ma deuxi&#232;me nuit &#224; Petrograd, je rencontrai un Russe venant de New York. Nous avons arpent&#233; la perspective Nevski de long en large. Tous les russes s'y prom&#232;nent, c'est l'une des plus grandes avenues du monde. Mon ami voulut se montrer hospitalier comme le sont tous les russes, mais il &#233;tait tr&#232;s pauvre. En passant devant un petit stand, nous y examin&#226;mes quelques barres de chocolat qui sont tr&#232;s bon march&#233; en Am&#233;rique. Il s'informa du prix : sept roubles ! Avec une d&#233;sinvolture typiquement russe, il paya jusqu'&#224; son dernier kopeck et me dit : &#171; venez refaisons un aller et retour, cela ne fait qu'un mile&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de r&#233;serves de nourriture de seulement trois jours, Petrograd n'&#233;tait ni tragique ni triste. Les Russes supportent les difficult&#233;s sans se plaindre. Quand je suis arriv&#233;e pour la premi&#232;re fois, j'avais tendance &#224; mettre cela sur le compte de leur servilit&#233;. Mais maintenant, je suis persuad&#233;e que ceci est d&#251; &#224; leur esprit indomptable. D'ici &#224; quelques semaines, les voitures ne rouleraient plus du tout dans les rues. Les gens marchaient sur de longues distances, sans un murmure, et la vie de la cit&#233; continuait comme d'habitude. L'eau et l'&#233;lectricit&#233; &#233;taient coup&#233;es, et il &#233;tait presque impossible de se procurer du fuel pour se chauffer. Une telle situation bouleverserait compl&#232;tement New York, pas Petrograd.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une des choses les plus remarquables chez les Russes est leur merveilleuse pers&#233;v&#233;rance. D'une fa&#231;on ou d'une autre, les th&#233;&#226;tres r&#233;ussissaient &#224; [60] fonctionner deux ou trois fois par semaine. &#192; minuit, la perspective Nevski &#233;tait aussi divertissante que la Cinqui&#232;me avenue dans l'apr&#232;s-midi. Les caf&#233;s n'avaient rien &#224; servir, mais ils &#233;taient toujours pleins. La grande vari&#233;t&#233; des accoutrements livrait un tableau infiniment plus int&#233;ressant. Il n'y pratiquement pas de &#171; mode &#187; en Russie. les hommes et les femmes portent ce qui leur pla&#238;t. &#192; une table, on pouvait trouver un soldat avec un chapeau de fourrure penchant sur une oreille, devant lui un garde rouge en guenilles, &#224; c&#244;t&#233; un cosaque noir et or, avec des anneaux &#224; l'oreille et des cha&#238;nes en argent autour du cou, ou encore un homme de la division sauvage, recrut&#233; dans une des tribus les plus redoutables du Caucase, avec sa sombre cape flottante&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les filles qui fr&#233;quentaient ces endroits n'&#233;taient en aucun cas des prostitu&#233;es, m&#234;me si elles parlaient &#224; tout le monde. Depuis la premi&#232;re r&#233;volution, la prostitution n'&#233;tait plus reconnue comme institution. Les d&#233;gradants &#171; tickets jaunes * &#187; avaient &#233;t&#233; d&#233;truits. De nombreuses femmes &#233;taient devenues infirmi&#232;res et &#233;taient parties au front, ou bien cherchaient un autre emploi l&#233;gal. Les femmes russes sont originales en mati&#232;re d'habillement. Si elles s'int&#233;ressent &#224; la r&#233;volution, de fa&#231;on presque invariable, elles refusent de penser &#224; leur mani&#232;re de s'habiller et ont [61] une apparence miteuse. Si elles ne s'int&#233;ressent pas &#224; celle-ci, elles prennent extr&#234;mement soin de leurs v&#234;tements et s'arrangent pour d&#233;ployer sur elles les inspirations &#187; les plus fantastiques en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviendrai toujours de Karsavina, la plus belle danseuse au monde, qui dansait devant une salle comble au cours de ces jours de disette. Le public &#233;tait merveilleux. Ces spectateurs, en haillons, priv&#233;s de pain, &#233;taient venus acheter des billets &#224; bon march&#233;. Je pense que Karsavina a d&#251; se demander quel sens cela avait de danser devant cette foule de gens fatigu&#233;s et sous-aliment&#233;s, au lieu de danser devant un petit cercle brillant et ferm&#233; des nobles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un silence de mort lorsqu'elle entra en sc&#232;ne. Ah ! cette mani&#232;re de danser et la fa&#231;on dont les spectateurs la suivaient ! Les Russes connaissent la danse comme les Italiens connaissent leurs op&#233;ras ; ils appr&#233;cient &#224; l'extr&#234;me la beaut&#233; de chaque petite figure. Les cris sortaient de la gorge de dix mille personnes : &#171; Bravo ! Bravo ! &#187; Et lorsqu'elle eut fini de danser, ils ne voulurent pas la laisser partir. Elle dut revenir et danser, encore et encore, jusqu'&#224; s'effondrer comme un papillon &#233;puis&#233;. Vingt fois, trente fois, elle &#233;tait revenue saluer, sourire, refaire des pirouettes ; on ne comptait plus le nombre de rappels&#8230; Les gens sortirent ensuite dans la nuit noire de cet hiver humide, en serrant contre eux leurs manteaux l&#233;gers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tout Petrograd, on ne voyait que des drapeaux rouges. M&#234;me la statue de la Grande Catherine dans un petit square devant le th&#233;&#226;tre Alexandrinski n'y a pas &#233;chapp&#233;. Catherine se tenait debout [62] avec toutes ses courtisanes favorites assises &#224; ses pieds, et sur son sceptre flottait un drapeau rouge ! On trouvait partout ces petits signes visibles de la r&#233;volution. De grandes taches indiquaient sur les b&#226;timents les endroits o&#249; les insignes imp&#233;riaux avaient &#233;t&#233; arrach&#233;s. Des gardes affables patrouillaient aux principaux coins de rue en s'effor&#231;ant de ne froisser personne. Et au-dessus de tout r&#233;gnait le &#171; roi de la faim &#187;, tandis qu'une pluie glaciale d'automne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SMOLNY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Institut Smolny, le quartier g&#233;n&#233;ral des bolcheviks, est en bordure de Petrograd. Il y a des ann&#233;es, il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme &#171; perdu dans la campagne &#187;, mais en se d&#233;veloppant, la ville l'a rattrap&#233;, englouti et, finalement, se l'est arrog&#233;. C'est un endroit gigantesque. Les plus grands b&#226;timents s'&#233;tendent en ligne droite sur des dizaines de m&#232;tres avec une coud&#233;e faisant saillie &#224; chaque bout, formant une sorte de longue cour. Au nord, la coud&#233;e se referme l&#224; o&#249; se blottit le joli petit couvent de Smolny avec son d&#244;me bleu mat et ses &#233;toiles argent&#233;es. Autrefois, des jeunes filles issues de la noblesse venaient de toute la Russie pour y recevoir une &#171; bonne &#187; &#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris &#224; bien conna&#238;tre Smolny au cours de mon s&#233;jour en Russie. J'ai vu ce lieu solitaire form&#233; de baraquements d&#233;serts se transformer en une ruche bourdonnante et devenir le c&#339;ur et l'&#226;me de la derni&#232;re r&#233;volution. J'ai observ&#233; ces dirigeants, qui avaient et accus&#233;s, pourchass&#233;s et emprisonn&#233;s, &#234;tre &#233;lev&#233;s aux plus hautes fonctions de la nation par la masse du peuple de toute la Russie. Ils avaient &#233;t&#233; port&#233;s par la tornade d'un radicalisme qui avait balay&#233; et qui continuait &#224; balayer la Russie ; et ils ne savaient pas eux-m&#234;mes pour combien de temps ni dans quelle mesure ils seraient capables de chevaucher la tornade&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
[64]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Smolny a toujours &#233;t&#233; un lieu insolite. Au quotidien, dans les longs et sombres couloirs caverneux o&#249; scintillait ici ou l&#224; une faible lumi&#232;re &#233;lectrique, des milliers et des milliers de soldats, de marins et d'ouvriers d'usine marchaient d'un pas lourd dans leurs grosses bottes couvertes de boue. Le monde entier semblait avoir des affaires &#224; r&#233;gler &#224; Smolny. Les parquets blancs cir&#233;s sur lesquels sautillaient autrefois les pieds l&#233;gers de jeunes filles insouciantes devinrent noirs et macul&#233;s de boue. &#192; pr&#233;sent, le prol&#233;tariat en marche faisait trembler ce grand b&#226;timent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pris de nombreux repas avec les soldats dans le grand r&#233;fectoire du rez-de-chauss&#233;e meubl&#233; de banc et de grandes tables en bois brut. Un grand souffle de fraternit&#233; se propageait partout. Si vous &#233;tiez pauvre et affam&#233;, vous &#233;tiez toujours le bienvenu &#224; Smolny. Nous mangions avec le m&#234;me genre de cuillers en bois que celles que les soldats russes glissent dans leurs grandes bottes. Nous n'avions rien d'autre que de la soupe au chou et du pain noir. Nous en &#233;tions reconnaissants, car la crainte planait constamment sur nous de ne m&#234;me pas avoir cela le lendemain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; midi, nous formions de longues queues et nous bavardions comme des enfants. &#171; Alors comma &#231;a, vous &#234;tes am&#233;ricaine, tavarishe. Eh bien, comment &#231;a marche en ce moment en Am&#233;rique ? &#187; me demandaient-ils.&lt;br class='autobr' /&gt;
[65]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une petite pi&#232;ce &#224; l'&#233;tage, on servait du th&#233; nuit et jour. Trotsky avait l'habitude d'y venir ainsi que Kollonta&#239;, Spiridonova, Kamenev, Volodarski et tous les autres, sauf L&#233;nine. Je n'ai jamais vu L&#233;nine dans aucun de ces lieux. Il restait &#224; l'&#233;cart et n'apparaissait qu'aux plus grandes assembl&#233;es. Personne ne le connaissait bien alors que tous ceux cit&#233;s pr&#233;c&#233;demment discutaient des &#233;v&#233;nements tr&#232;s g&#233;n&#233;reusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les anciennes salles de classes, les dactylos tapaient sans arr&#234;t. &#192; Smolny, on travaillait vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pendant des semaines, Trotsky ne quittait pas le b&#226;timent. Il mangeait, dormait et travaillait dans son bureau du troisi&#232;me &#233;tage, et toute une s&#233;rie de gens y p&#233;n&#233;trait &#224; n'importe quelle heure pour le voir. Tous les dirigeants &#233;taient effroyablement surmen&#233;s. Ils avaient l'air p&#226;les et hagard d&#251; au manque de sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des hommes arrivaient directement de la premi&#232;re ligne de tranch&#233;es ou des champs ou des usines. Des gens de toutes les origines ethniques de la Russie se rencontraient ici fraternellement. Au cours de ces assembl&#233;s, les hommes livraient le fond de leur c&#339;ur. Ils exprimaient des choses magnifiques et terribles. Je voudrais vous donner un exemple de ces prises de parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un petit soldat fatigu&#233;, aux traits &#233;maci&#233;s, monte &#224; la tribune. Il est couvert de boue de la t&#234;te aux pieds, et aussi de taches de sang s&#233;ch&#233;. Il cligne des yeux &#224; cause de la lumi&#232;re d'alarme. C'est le [66] premier discours qu'il ait jamais fait de sa vie, et il le commence en s'&#233;criant d'une voix per&#231;ante et hyst&#233;rique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[67]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Tavarishi ! J'arrive d'un lieu o&#249; les hommes creusent leurs tombes et o&#249; ils les appellent des tranch&#233;es ! On nous a oubli&#233;s dans la neige et dans le froid. On nous a oubli&#233; tandis que vous &#234;tes l&#224;, assis, &#224; discuter politique ! je vous le dis, l'arm&#233;e ne peut plus continuer &#224; se battre ! Il faut faire quelque chose ! Il le faut ! Les officiers ne veulent pas collaborer avec les comit&#233;s de soldats, les soldats cr&#232;vent de faim et les Alli&#233;s ne veulent pas organiser une conf&#233;rence. Je vous le dis, il faut faire quelque chose, sinon les soldats rentreront chez eux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;taient ensuite des paysans qui montaient &#224; la tribune et plaidaient leur cause. Ils affirmaient que les membres des comit&#233;s paysans pour la terre avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s par le gouvernement provincial. Ils &#233;prouvaient un sentiment religieux envers la terre. Ils se disaient pr&#234;ts &#224; lutter et &#224; mourir pour elle, mais ils n'attendraient plus longtemps. Si on ne la leur donnait pas maintenant, ils la prendraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers d'usine parlaient du sabotage de la bourgeoisie. Ils expliquaient comment les individus de cette classe ruinent les m&#233;canises d&#233;licats des machines afin que les ouvriers ne puissent pas faire tourner les usines. Ces gens fermaient les moulins pour les affamer. &#171; Il disent que les ouvriers gagnent des sommes fabuleuses. Ce n'est pas vrai, s'&#233;criaient les intervenants. Les ouvriers ne peuvent pas vivre avec ce qu'ils gagnent !&lt;br class='autobr' /&gt;
[68]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inlassablement, comme le d&#233;ferlement incessant des vagues, le cri de toute la Russie affam&#233;e s'&#233;levait : Paix, terre et pain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait tr&#232;s injuste de reprocher aux dirigeants les mesures qu'ils ont prises. Selon mes observations, ils ont &#233;t&#233; pouss&#233;s &#224; les rendre par la formidable volont&#233; de la majorit&#233; russe. Il est aussi compl&#232;tement ridicule de penser que les paysans &#233;taient &#233;cart&#233;s de Smolny. L'un des &#233;v&#233;nements les plus spectaculaires qui aient eu lieu &#224; Petrograd apr&#232;s la r&#233;volution fut le d&#233;fil&#233; des paysans sur plus de trois kilom&#232;tres, partant du 6 Fontanka o&#249; se tenait leur congr&#232;s panrusse pour aller &#224; Smolny, pr&#233;cis&#233;ment afin de montrer qu'ils approuvaient cette institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De multiples organisations avaient leurs bureaux &#224; Smolny. Le comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, qui est d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre, travaillait dans le bureau 17 au dernier &#233;tage. Ce comit&#233;, qui a accompli des prouesses extraordinaires dans les premiers jours de l'insurrection bolchevique, &#233;tait dirig&#233; par Lazarimov, un gar&#231;on de 18 ans. La vie &#233;tait palpitante dans cette salle. Les courriers allaient et venaient. Les &#233;trangers faisaient la queue pour obtenir des laissez-passer pour quitter le pays. Des suspects y &#233;taient amen&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antonov, le ministre de la Guerre, avait un bureau &#224; Smolny, de m&#234;me que Krylenko et Dybenko. C'&#233;tait donc &#224; la fois le centre politique et le centre nerveux de l'arm&#233;e et de la marine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les couloirs se trouvaient des piles de litt&#233;rature que les gens d&#233;voraient avec avidit&#233;. Des pamphlets, des livres, des journaux officiels du parti [69] bolchevique, comme le Rabotchi Pout ou les Izvestia, &#233;taient d&#233;pos&#233;s quotidiennement par milliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des soldats &#233;reint&#233;s dormaient dans les halls sur des chaises ou sur des bancs dans les pi&#232;ces inoccup&#233;es. D'autres restaient &#233;veill&#233;s et montaient la garde devant toutes sortes de salles de comit&#233;. Et si vous n'aviez pas un laissez-passer comme celui qui est reproduit dans ce livre, vous ne pouviez pas y entrer. On changeait fr&#233;quemment les laissez-passer pour maintenir les espions &#224; l'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; de nombreuses fen&#234;tres, des mitrailleuses avaient &#233;t&#233; install&#233;es pointant leurs yeux aveugles dans l'air froid de l'hiver. Il y avait des tas de fusils le long des murs. Sur les marches de l'entr&#233;e principale, plusieurs canons &#233;taient en position. Dans la cour, des v&#233;hicules blind&#233;s semblaient pr&#234;ts &#224; entrer en action. Smolny restait en permanence sous la garde vigilante de nombreux volontaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu importait si les r&#233;unions se prolongeaient tardivement, en g&#233;n&#233;ral elles se terminaient &#224; quatre heures du matin ; les traminots faisaient attendre les tramways. Quand les plus grosses temp&#234;tes de neige bloquaient la circulation, des soldats, des marins et des ouvri&#232;res venaient dans les rues pour d&#233;gager la voie d'acc&#232;s &#224; Smolny. C'&#233;tait souvent la seule ligne qui fonctionnait dans la ville.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai entendu dire que Smolny &#233;tait un &#233;tablissement corrompu par les imp&#233;rialistes allemands. J'ai essay&#233; d'en donner une image authentique. Ce n'est pas le genre d'endroit o&#249; un quelconque [70] imp&#233;rialiste se serait senti tr&#232;s &#224; l'aise. Je n'ai jamais entendu un dirigeant ou aucun des milliers de soldats, d'ouvriers ou de paysans qui s'y sont rendus exprimer la moindre sympathie pour le gouvernement allemand. En revanche, ils partagent l'avis du pr&#233;sident Wilson qu'il faut s'adresser aux peuples d'Allemagne et d'Autriche par-dessus la t&#234;te de leurs dirigeants militaires autocratiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils r&#233;ussiront. Cela appara&#238;tra un jour de fa&#231;on flagrante aux yeux du monde qui en doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lire la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://classiques.uqam.ca/classiques/Bryant_Louise/SIx_mois_rouges_en_Russie/SIx_mois_rouges_en_Russie.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://classiques.uqam.ca/classiques/Bryant_Louise/SIx_mois_rouges_en_Russie/SIx_mois_rouges_en_Russie.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De nombreux t&#233;moignages r&#233;volutionnaires sur la R&#233;volution d'Octobre 1917</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8265</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8265</guid>
		<dc:date>2026-07-14T22:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De nombreux t&#233;moignages r&#233;volutionnaires sur la R&#233;volution d'Octobre 1917 &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky : Je commencerai mes souvenirs par la s&#233;ance de la section des soldats. &lt;br class='autobr' /&gt;
(Je ne me souviens plus exactement de quoi il s'agissait, du pr&#233;sidium de la section des soldats ou du comit&#233; ex&#233;cutif du Soviet de Saint-P&#233;tersbourg.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de cette s&#233;ance, on apprit que l'&#233;tat-major du district militaire exigeait l'envoi au front d'environ un tiers des r&#233;giments de la garnison de Saint-P&#233;tersbourg. Il s'agissait (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De nombreux t&#233;moignages r&#233;volutionnaires sur la R&#233;volution d'Octobre 1917&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Je commencerai mes souvenirs par la s&#233;ance de la section des soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Je ne me souviens plus exactement de quoi il s'agissait, du pr&#233;sidium de la section des soldats ou du comit&#233; ex&#233;cutif du Soviet de Saint-P&#233;tersbourg.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette s&#233;ance, on apprit que l'&#233;tat-major du district militaire exigeait l'envoi au front d'environ un tiers des r&#233;giments de la garnison de Saint-P&#233;tersbourg. Il s'agissait probablement d'une s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif ; y &#233;taient pr&#233;sents le socialiste-r&#233;volutionnaire de gauche Verba et, parmi nos hommes, Mekhonochine et Sadovsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que la nouvelle fut connue, nous commen&#231;&#226;mes &#224; d&#233;lib&#233;rer &#224; voix basse, constatant qu'il s'agissait de l'&#233;limination des r&#233;giments les plus r&#233;volutionnaires et les plus bolcheviques. L'important &#233;tait donc de tirer le meilleur parti de ce projet, car la question de l'insurrection arm&#233;e &#233;tait d&#233;j&#224; tranch&#233;e. Nous d&#233;clar&#226;mes que nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; nous soumettre aux exigences de la guerre, mais qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de v&#233;rifier au pr&#233;alable s'il n'y avait pas une ruse de Kornilov derri&#232;re tout cela. Il fut donc d&#233;cid&#233; d'&#233;laborer un projet de r&#233;solution visant &#224; cr&#233;er un organisme sp&#233;cial charg&#233; de v&#233;rifier, d'un point de vue militaire, si ces exigences correspondaient r&#233;ellement au front ou s'il s'agissait d'un stratag&#232;me politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La section des soldats &#233;tait l'organe politique de la garnison et n'&#233;tait pas adapt&#233;e &#224; cette t&#226;che. C'est pourquoi nous avons organis&#233;, &#224; cette fin, une sorte de contre-&#233;tat-major, institution purement militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks nous ont alors interpell&#233;s pour savoir si, avec notre organisation, nous ne rompions pas avec l'&#201;tat-major du district militaire de P&#233;tersbourg. Nous avons r&#233;pondu par la n&#233;gative et avons d&#233;clar&#233; que nous laissions notre repr&#233;sentant y rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette s&#233;ance &#233;tait pr&#233;sent le socialiste-r&#233;volutionnaire de gauche Lazimir (qui mourut plus tard sur le front sud de la Russie), un jeune camarade qui avait travaill&#233; au Commissariat de l'ancienne arm&#233;e. Il &#233;tait l'un de ces socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche qui nous avaient suivis d&#232;s le d&#233;part. Lors de cette s&#233;ance, il nous a soutenus et nous nous sommes accroch&#233;s &#224; lui. De ce fait, la demande de cr&#233;ation d'un Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire semblait venir non pas de notre camp, mais de celui d'un socialiste-r&#233;volutionnaire de gauche. Les vieux mencheviks, plus experts en questions politiques, commenc&#232;rent &#224; dire que tout cela n'&#233;tait que l'organisation du soul&#232;vement arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces derniers se trouvait un vieux menchevik bien connu, ancien membre de leur Comit&#233; central, qui nous d&#233;non&#231;a alors avec un acharnement particulier. En bref, nous propos&#226;mes &#224; Lazimir de r&#233;diger un plan du Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire, ce qu'il accepta. Avait-il devin&#233; qu'il s'agissait d'un complot, ou refl&#233;tait-il simplement les sentiments r&#233;volutionnaires amorphes des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche ? Je l'ignore. Je penche plut&#244;t pour la seconde hypoth&#232;se. Quoi qu'il en soit, il s'appliqua &#224; cette t&#226;che, tandis que les autres socialistes-r&#233;volutionnaires adopt&#232;rent une attitude d'attente et de suspicion, sans toutefois le g&#234;ner dans son travail. Apr&#232;s qu'il eut pr&#233;sent&#233; son projet, nous le corrige&#226;mes en dissimulant autant que possible son caract&#232;re insurrectionnel. Le lendemain soir, le projet fut soumis au Soviet de P&#233;tersbourg et adopt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la cr&#233;ation d'un Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire avait &#233;t&#233; soulev&#233;e par l'organisation militaire des bolcheviks. En septembre 1917, alors qu'elle discutait de l'organisation d'un soul&#232;vement arm&#233;, elle conclut qu'il &#233;tait indispensable de cr&#233;er un organisme sovi&#233;tique extra-parti pour diriger l'insurrection. J'ai inform&#233; le camarade L&#233;nine de cette d&#233;cision. Le moment &#233;tait particuli&#232;rement favorable pour nous. Dans l'appartement d'un des Rakhias, ou dans un appartement indiqu&#233; par le camarade Rakhia, se tenait une s&#233;ance du Comit&#233; central, &#224; laquelle assistait M. I. Kalinine. (Je me suis sans doute tromp&#233; en disant que le jour de l'insurrection avait &#233;t&#233; fix&#233; par le Comit&#233; central ; que l'insurrection aurait lieu, personne n'en doutait, mais la discussion de cette question au Comit&#233; central n'a eu lieu qu'apr&#232;s la naissance du Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire.) Lors de cette s&#233;ance, nous avons discut&#233; la question et, nous basant sur les faits, nous sommes arriv&#233;s &#224; la conclusion que si un fait aussi important que le d&#233;placement de la garnison pouvait amener le conflit au point d'une r&#233;volution ouverte, alors c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment cette circonstance qui nous aiderait &#224; aller vers les modalit&#233;s choisies pour la r&#233;volution, car nous avions form&#233; le plan de l'accomplir par de simples voies d'une conspiratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e s'est impos&#233;e tout naturellement, d'autant plus que la majorit&#233; de la garnison nous &#233;tait gagn&#233;e et qu'il fallait concr&#233;tiser cet &#233;tat d'esprit. &#192; ce moment-l&#224;, nous &#233;tions face &#224; une situation purement militaire, celle d'un grand conflit, sur la base duquel l'intervention pouvait &#234;tre lanc&#233;e. Quelqu'un ici se souvient peut-&#234;tre de la date &#224; laquelle la d&#233;cision du Comit&#233; central &#224; ce sujet a &#233;t&#233; adopt&#233;e ? Ce devait &#234;tre d&#233;but octobre, vers le 10, ou peut-&#234;tre avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podvoisky : Le 9, ou un peu plus tard, apr&#232;s le 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Non, car le deuxi&#232;me congr&#232;s des Soviets &#233;tait fix&#233; au 25. J'ai dit que nous avions fix&#233; le soul&#232;vement arm&#233; au 25 &#233;galement, mais il semblait qu'il restait encore un d&#233;lai assez long avant cette date.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kozmin : Le 18, il y a eu l'interpellation de Martov : &#171; Qu'est-ce que ce Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire ? &#187; &#8211; Et vous avez r&#233;pondu par la question : &#171; Qui a donn&#233; &#224; Martov le droit de nous interpeller de cette mani&#232;re ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : C'est exact. Mais je dis que la s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif, o&#249; il fut d&#233;cid&#233; en principe d'organiser le Comit&#233;, s'est tenue avant m&#234;me la s&#233;ance d&#233;cisive du Comit&#233; central ; et si vous dites que la s&#233;ance du Comit&#233; central s'est tenue le 10 ou le 12, la d&#233;cision aurait pu &#234;tre prise le 7. Ce n'est qu'une approximation. Quant au Comit&#233; de guerre lui-m&#234;me, si on me demandait de r&#233;v&#233;ler sa composition, je ne pourrais plus le dire, m&#234;me sous peine de mort, m&#234;me si j'y ai jou&#233; un r&#244;le important. Mais cette affaire &#233;tait devenue un bloc de trois partis et, en bref, chaque parti fournissait ses hommes, envoyait des rempla&#231;ants pour remplacer ceux qui &#233;taient fatigu&#233;s, de sorte qu'il est tr&#232;s difficile d'en nommer les membres officiels. Les noms pourraient &#234;tre &#233;tablis &#224; partir des journaux. Le camarade Joffe en &#233;tait-il membre officiel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voix : Il l'&#233;tait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Et Uritsky ? Il a beaucoup travaill&#233; l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podvoisky : Unschlicht s'est r&#233;v&#233;l&#233; surtout apr&#232;s la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Lazimir a fait beaucoup de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kozmin : Je me souviens qu'apr&#232;s le 18 octobre, le Conseil a tenu des sessions incessantes, au cours desquelles vous avez donn&#233; des ordres concernant la distribution [d'armes]. Pourriez-vous nous en dire plus &#224; ce sujet, nous expliquer comment tout cela s'est d&#233;roul&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Concernant les armes, voici comment les choses se pass&#232;rent. La premi&#232;re source d'approvisionnement en armes fut l'usine de Siestrorietsk. Lorsqu'une d&#233;l&#233;gation d'ouvriers arrivait en d&#233;clarant avoir besoin d'armes, je disais : &#171; Mais l'arsenal n'est pas entre nos mains. &#187; Et ils r&#233;pondaient : &#171; Nous sommes all&#233;s &#224; l'usine de Siestrorietsk. &#187; &#171; Alors ? &#187; Ils r&#233;pondaient : &#171; Si le Soviet l'ordonne, nous les donnerons. &#187; Ce fut la premi&#232;re exp&#233;rience. J'ai pass&#233; commande de 5 000 fusils et ils les ont re&#231;us le jour m&#234;me. Et tous les journaux bourgeois ont publi&#233; la nouvelle. Je me souviens tr&#232;s bien que le Novo&#239;&#233; Vremia en a parl&#233; dans un article, peut-&#234;tre m&#234;me dans un &#233;ditorial. Et ce seul fait a l&#233;galis&#233; nos commandes d'armes. Par la suite, tout s'est acc&#233;l&#233;r&#233;. Apr&#232;s la r&#233;volution, lorsque nous, le Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire, avons commenc&#233; &#224; nommer des commissaires dans toutes les institutions militaires, dans tous les corps de troupe de la garnison et dans tous les commissariats o&#249; il y avait des armes, nos commissaires ont remis l'organisation militaire au parti et la disposition des armes est pass&#233;e naturellement entre nos mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens encore d'un incident peu important, mais pittoresque. C'&#233;tait au moment o&#249; nous essayions de nous organiser militairement dans le b&#226;timent m&#234;me de Smolny. Le d&#233;tachement de mitrailleurs, charg&#233; de ses fonctions par Kerensky, ne s'est pas r&#233;v&#233;l&#233; tr&#232;s utile, m&#234;me si les mitrailleurs &#233;taient devenus bolcheviks au moment de la r&#233;volution. Grekov &#233;tait alors le commandant de Smolny. Il passait pour un socialiste-r&#233;volutionnaire syndicaliste et fut souvent emprisonn&#233; sous les bolcheviks. &#192; cette &#233;poque, il nous &#233;tait tr&#232;s hostile. Apr&#232;s une r&#233;union &#224; la forteresse Pierre-et-Paul, o&#249; j'ai acquis la certitude que nous allions non seulement vers la victoire, mais vers une victoire presque sans r&#233;sistance, Grekov, me conduisant en automobile, m'a dit : &#171; Certes, vous pourriez faire un coup d'&#201;tat , mais cela ne durerait pas longtemps ; vous seriez &#233;touff&#233;s. &#187; Et il ne voulait pas s'associer &#224; nous. Mais le commandant du d&#233;tachement est venu vers moi et m'a dit : &#171; Nous sommes avec vous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque nous avons commenc&#233; &#224; examiner les mitrailleuses, nous avons constat&#233; qu'elles &#233;taient toutes hors d'usage. Les soldats &#233;taient &#233;puis&#233;s et, de m&#234;me, inaptes au combat. Nous avons d&#233;cid&#233; d'introduire &#224; Smolny une compagnie de mitrailleurs, je ne sais plus laquelle. Ce n'est qu'&#224; l'aube du 25 que cette compagnie est arriv&#233;e. Un nombre insignifiant de mencheviks et de socialistes-r&#233;volutionnaires se trouvaient encore &#224; Smolny. &#192; l'aube, aucun de nous n'avait encore dormi. T&#244;t le matin, l'air &#233;tait brumeux, la tension nerveuse &#8211; et soudain, dans le couloir, ces mitrailleuses : rrrrrrrr&#8230; Les mencheviks se regardaient, p&#226;les, alarm&#233;s. Le moindre bruit cr&#233;ait l'alarme. Et dans les couloirs, des tr&#233;pignements et une agitation g&#233;n&#233;rale. C'est alors que les mencheviks &#233;vacu&#232;rent d&#233;finitivement Smolny.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25, le Deuxi&#232;me Congr&#232;s des Soviets s'ouvrit. C'est alors que Dan et Skobelev arriv&#232;rent &#224; Smolny et travers&#232;rent la pi&#232;ce o&#249; je logeais avec Vladimir Ilitch. Ce dernier &#233;tait emmitoufl&#233; dans un mouchoir comme s'il avait mal aux dents, portait d'&#233;normes lunettes, une casquette en lambeaux et avait une allure plut&#244;t &#233;trange. Mais Dan, &#224; l'&#339;il exerc&#233; et per&#231;ant, regarda autour de lui lorsqu'il nous aper&#231;ut, donna un coup de coude &#224; Skobelev, lui fit un clin d'&#339;il et poursuivit sa route. Vladimir Ilitch me donna &#233;galement un coup de coude : &#171; Ils nous ont reconnus, ces canailles ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons poursuivi le jeu du Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire avec l'&#201;tat-major du district militaire. Nous avons discut&#233; des relations &#224; &#233;tablir avec les commissaires afin d'&#233;viter toute friction entre la section des soldats et la garnison. Ils ont propos&#233; que leur commissaire soit &#233;galement commissaire du district militaire. La nomination de nos commissaires dans les r&#233;giments ne les a pas contrari&#233;s, &#224; condition qu'ils ob&#233;issent &#224; leur commissaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podvoisky : La s&#233;ance d&#233;cisive o&#249; Zinoviev et Kamenev protest&#232;rent contre l'insurrection eut lieu le 13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Cette s&#233;ance eut lieu dans l'appartement du menchevik Soukhanov. C'&#233;tait la nuit du 14. Mais si c'&#233;tait bien cette date, camarades, il ne restait que tr&#232;s peu de temps entre le congr&#232;s sovi&#233;tique et la s&#233;ance o&#249; fut prononc&#233; le discours de Martov. Non, c'&#233;tait avant. La premi&#232;re fois que les socialistes-r&#233;volutionnaires arriv&#232;rent de l'&#233;tat-major du district militaire et annonc&#232;rent l'ordre de d&#233;part de trois r&#233;giments, ce fut au Comit&#233; ex&#233;cutif. Ou peut-&#234;tre au Comit&#233; ex&#233;cutif de la section des soldats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sadovsky : Je crois que c'&#233;tait au pr&#233;sidium. Il y avait une s&#233;ance sous la pr&#233;sidence de Zavadye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : Je n'ai pas assist&#233; &#224; la r&#233;union des militants responsables. J'ai assist&#233; &#224; la r&#233;union pr&#233;liminaire avec le camarade L&#233;nine, &#224; laquelle &#233;taient pr&#233;sents Zinoviev et Kalinine. Lorsqu'on a demand&#233; &#224; Kalinine si les ouvriers &#233;taient pr&#234;ts pour le soul&#232;vement, il a r&#233;pondu par l'affirmative, affirmant que nous ne devions pas laisser passer ce moment. En m&#234;me temps, la conversation avec Vladimir Ilitch a plut&#244;t port&#233; sur le moment o&#249; l'insurrection devait commencer. Une p&#233;riode pr&#233;cise a &#233;t&#233; fix&#233;e jusqu'au d&#233;but de l'insurrection, au moyen d'une conspiration militaire, utilisant tous les &#233;v&#233;nements, y compris le d&#233;part de la garnison. Pour Vladimir Ilitch, venu de Finlande, les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulaient n'&#233;taient pas suffisamment clairs, de sorte que nous n'avons eu que des d&#233;lib&#233;rations. Cette s&#233;ance a eu lieu apr&#232;s un conseil des militants responsables chez Soukhanov. &#201;taient pr&#233;sents : L&#233;nine, Zinoviev, Kamenev, Lomov, Yakovleva, Sverdlov. De Moscou, Oppokov ; Je crois que Noguine n'&#233;tait pas l&#224;, Rykov non plus, Staline y &#233;tait, et Shaoumian, il me semble, aussi. Aucun proc&#232;s-verbal n'a &#233;t&#233; dress&#233;. Seuls les votes ont &#233;t&#233; compt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discussions portaient sur les principes et les camarades qui s'opposaient &#224; l'insurrection arm&#233;e &#233;taient plus nombreux que pr&#233;vu. Dans leur argumentation, ils allaient jusqu'&#224; rejeter le pouvoir des Soviets. Les objections se r&#233;sumaient &#224; ceci : le soul&#232;vement arm&#233; peut aboutir, mais apr&#232;s ? Apr&#232;s, nous ne pourrons pas tenir pour des raisons &#233;conomiques et sociales, etc. Ainsi, la discussion fut assez approfondie. Des parall&#232;les furent &#233;tablis avec les journ&#233;es de juillet, on affirma que les masses pourraient ne pas descendre dans la rue et que nous battrions en retraite. Entre autres arguments, on disait que nous ne pourrions jamais r&#233;soudre le probl&#232;me alimentaire, que nous sombrerions dans la premi&#232;re quinzaine, que P&#233;tersbourg resterait une petite &#238;le, que le Comit&#233; ex&#233;cutif des cheminots, les techniciens, les sp&#233;cialistes, les intellectuels, nous tiendraient &#224; la gorge. Les discussions furent tr&#232;s passionn&#233;es, mais j'ai du mal &#224; me souvenir de tous les arguments. Le plus frappant, camarades, c'est que lorsqu'ils ont commenc&#233; &#224; nier la possibilit&#233; d'un soul&#232;vement arm&#233;, les opposants, dans le feu de la discussion, en sont venus &#224; rejeter l'id&#233;e du pouvoir sovi&#233;tique. Nous leur avons demand&#233; : &#171; Alors, quelle est votre position ? &#187; Ils ont r&#233;pondu : &#171; Poursuivre l'agitation, la propagande, discipliner les masses. &#187; &#8211; &#171; Et apr&#232;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me souviens plus de la r&#233;partition des voix, mais je sais qu'il y avait cinq ou six voix contre et quelque chose comme neuf voix pour l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne garantis bien s&#251;r pas l'exactitude des chiffres. La s&#233;ance a dur&#233; toute la nuit. Nous nous sommes s&#233;par&#233;s &#224; l'aube. Quelques camarades et moi sommes rest&#233;s dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait deux nuances concernant l'insurrection. D'un c&#244;t&#233;, les P&#233;tersbourgeois (ceux qui travaillaient au Soviet de Saint-P&#233;tersbourg) faisaient d&#233;pendre le sort du soul&#232;vement du conflit r&#233;sultant de l'&#233;vacuation de la garnison de la ville. Vladimir Ilitch ne craignait pas le soul&#232;vement et insistait m&#234;me pour qu'il ait lieu, mais il ne voulait pas le laisser d&#233;pendre exclusivement de l'&#233;volution du conflit &#224; Saint-P&#233;tersbourg. Ce n'&#233;tait plus une nuance, mais plut&#244;t un point de vue ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre position &#233;tait celle de P&#233;tersbourg, c'est-&#224;-dire que P&#233;tersbourg m&#232;nerait l'affaire de cette mani&#232;re ; mais L&#233;nine s'&#233;carta de son point de vue d'un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral dans tout le pays tout en n'accordant pas une si grande place au soul&#232;vement de la garnison de P&#233;tersbourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La date du soul&#232;vement fut fix&#233;e au 15 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podvoisky : Si je me souviens bien, je crois que la s&#233;ance a eu lieu plus t&#244;t, sinon il y aurait eu un retard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : La r&#233;union des militants responsables eut sans doute lieu apr&#232;s la r&#233;union du Comit&#233; central, alors que la question &#233;tait d&#233;j&#224; r&#233;solue. C'est alors que Zinoviev et Kamenev furent autoris&#233;s &#224; d&#233;fendre leurs points de vue. Mais la d&#233;cision du Comit&#233; central fut prise. J'en conclus que la r&#233;union du Comit&#233; central eut lieu d&#233;but octobre, le 3, je crois, car je me souviens que le soul&#232;vement &#233;tait pr&#233;vu pour le 15 au plus tard. Une nuance apparut pr&#233;cis&#233;ment concernant la fixation de la date. J'insistai pour que le Comit&#233; de guerre r&#233;volutionnaire soit charg&#233; de pr&#233;parer le moment du soul&#232;vement pour le jour du Congr&#232;s des Soviets. Cela ne suscita pas de grande discussion, mais il fut d&#233;cid&#233; que le soul&#232;vement aurait lieu fin octobre ou d&#233;but novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kozmin : Cette d&#233;cision a-t-elle &#233;t&#233; prise avant ou apr&#232;s le d&#233;part des bolcheviks du pr&#233;-Parlement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : C'&#233;tait apr&#232;s. Quand ce d&#233;part a-t-il eu lieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podvoisky : En septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : J'ai dit que c'&#233;tait apr&#232;s le d&#233;part des bolcheviks du Pr&#233;-Parlement. Mais je ne peux pas le dire avec pr&#233;cision. Quoi qu'il en soit, cette d&#233;cision a &#233;t&#233; prise apr&#232;s la s&#233;ance de la fraction o&#249; la question &#233;tait d&#233;battue : devions-nous entrer ou non au Pr&#233;-Parlement ? J'&#233;tais partisan du boycott. Rykov ne partageait pas mon point de vue. Ce n'est que plus tard que nous avons re&#231;u une lettre de L&#233;nine en Finlande, dans laquelle il se pronon&#231;ait en faveur du boycott. Apr&#232;s cela, la s&#233;ance du Comit&#233; central a sembl&#233; marquer un effort pour entrer dans les d&#233;tails, mettre les points sur les &#171; i &#187;. Dans le comportement des noyaux du parti, dans les r&#233;giments, parmi les commissaires, nous avons senti une certaine ind&#233;cision&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/11/Nlleinter.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr47.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/raskolnikov/works/1925/00/Raskolnikov_1925.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trois&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1919/09/lt_19190914.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quatre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1929/10/lt19291017.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cinq&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Six&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/octobre.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sept&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/preobrajensky/works/1921/02/base.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Huit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/lecons.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Neuf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3646&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dix&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6453&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Onze&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5798&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Douze&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4845&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Treize&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6455&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quatorze&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article511&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quinze&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6363&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Seize&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4425&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dix-sept&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4495&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dix-huit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6698&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dix-neuf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6924&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vingt&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/histoire/archives/2017/11/06/26010-20171106ARTFIG00179-le-recit-d-un-petit-francais-egare-dans-le-chaos-de-la-revolution-russe.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vingt et un&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201705/9559/temoignage-l-an-i-revolution-russe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vingt deux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5796&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution d'Octobre a-t-elle &#233;t&#233; un &#233;chec ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2317&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi Octobre 1917 appartient aux travailleurs d'aujourd'hui comme &#224; ceux d'hier&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le stalinisme russe en 1928</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article768</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article768</guid>
		<dc:date>2026-07-11T22:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1927</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un appel au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste. Source : &#338;uvres, Janv.-Juil. 1928. Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
13 janvier 1928 &lt;br class='autobr' /&gt; Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;1927&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un appel au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Source : &#338;uvres, Janv.-Juil. 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 janvier 1928&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur r&#233;solution du comit&#233; central du parti), nous, vieux bolcheviks, sommes exil&#233;s dans les r&#233;gions les plus &#233;loign&#233;es d'Union sovi&#233;tique sans qu'aucune accusation soit port&#233;e contre nous, dans le but unique d'emp&#234;cher notre liaison avec Moscou et les autres centres ouvriers, et, par cons&#233;quent, avec le VI&#176; congr&#232;s mondial. Nous estimons donc n&#233;cessaire, &#224; la veille de notre d&#233;part forc&#233; vers des r&#233;gions lointaines de l'Union, d'adresser la d&#233;claration pr&#233;sente au pr&#233;sidium du comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, en le priant de le porter &#224; la connaissance des comit&#233;s centraux de tous les partis communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Le G.P.U. nous exile sur la base de l'article 58 du Code criminel, c'est &#224;-dire pour &#171; propagande ou agitation en faveur du renversement, de la sape ou de l'affaiblissement du pouvoir sovi&#233;tique ou pour commettre des actes individuels contre-r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec un calme d&#233;dain, nous rejetons la tentative d'appliquer cet article &#224; des dizaines de bolcheviks l&#233;ninistes qui ont beaucoup fait pour &#233;tablir, d&#233;fendre et consolider le pouvoir sovi&#233;tique dans le pass&#233; et, qui, &#224; l'avenir aussi, consacreront toutes leurs forces &#224; d&#233;fendre la dictature du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
2.	La d&#233;portation administrative de vieux militants, sur ordre administratif du G.P.U., est tout simplement un nouveau maillon de la cha&#238;ne des &#233;v&#233;nements qui &#233;branlent le P.C. sovi&#233;tique. Ces &#233;v&#233;nements auront une importance historique immense pour une s&#233;rie d'ann&#233;es. Les divergences de vues actuelles sont parmi les plus importantes de celles que connut l'histoire du mouvement r&#233;volutionnaire international. Il s'agit en substance de savoir comment ne pas mener &#224; sa perte la dictature du prol&#233;tariat qui fut conquise en octobre 1917. La lutte dans le P.C. de l'U.R.S.S. se d&#233;roule dans le dos de l'I.C. ; celle-ci n'y participe pas, elle l'ignore m&#234;me. Les documents principaux de l'Opposition consacr&#233;s aux grandes questions de notre &#233;poque continuent &#224; &#234;tre inconnus de l'Internationale communiste. Les partis communistes sont toujours plac&#233;s devant le fait accompli et ne font qu'apposer leur estampille sur des d&#233;cisions adopt&#233;es d'avance. Nous estimons qu'une telle situation est issue du r&#233;gime absolument faux en vigueur dans le P.C. de l'U.R.S.S. et dans l'I.C. tout enti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
3.	L'&#226;pret&#233; exceptionnelle de la lutte au sein du parti, qui a amen&#233; notre exclusion de celui ci (et actuellement notre exil, sans qu'aucun fait nouveau puisse &#234;tre invoqu&#233; pour le motiver), trouve pr&#233;cis&#233;ment sa cause dans notre aspiration &#224; faire conna&#238;tre notre point de vue au parti et &#224; l'I.C. Tant que L&#233;nine &#233;tait l&#224;, une telle activit&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme normale et logique Les discussions se d&#233;veloppaient &#224; cette &#233;poque sur la base de la publication et de l'examen int&#233;gral de tous les documents concernant les questions litigieuses. Faute d'un tel r&#233;gime l'I.C. ne peut devenir ce qu'elle doit &#234;tre. La lutte pour le pouvoir du prol&#233;tariat international contre la bourgeoisie, extr&#234;mement puissante, est encore enti&#232;rement devant lui. Cette lutte pr&#233;suppose, du c&#244;t&#233; des partis communistes, une direction forte, jouissant d'une autorit&#233; morale, et capable d'agir par elle-m&#234;me. Une telle direction ne peut &#234;tre cr&#233;&#233;e qu'au cours de nombreuses ann&#233;es, en s&#233;lectionnant les repr&#233;sentants les plus fermes, les plus aptes &#224; d&#233;terminer leur action d'une fa&#231;on autonome, les plus cons&#233;quents, les plus vaillants de l'avant garde du prol&#233;tariat. Dans l'ex&#233;cution de leur t&#226;che, des fonctionnaires, m&#234;me les plus consciencieux, ne peuvent remplacer les guides de la R&#233;volution. La victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe et dans le monde entier d&#233;pend, dans une tr&#232;s large mesure, de la solution du probl&#232;me de la direction r&#233;volutionnaire. Le r&#233;gime int&#233;rieur de l'I.C. emp&#234;che de choisir et d'&#233;duquer une pareille direction. Cela se manifeste surtout de fa&#231;on &#233;clatante par l'attitude des partis communistes &#233;trangers en pr&#233;sence des proc&#233;dures internes du P.C. de l'U.R.S.S. dont le sort est intimement li&#233; au destin de l'I.C.&lt;br class='autobr' /&gt;
4.	Nous, Oppositionnels, nous avons bris&#233; les normes de la vie du parti. Pourquoi ? Parce que nous avons &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;s ill&#233;galement de la possibilit&#233; d'exercer nos droits normaux de membres du parti. Pour porter notre point de vue &#224; la connaissance du congr&#232;s, nous avons &#233;t&#233; contraints de prendre sur nous d'utiliser une imprimerie d'&#201;tat. Pour r&#233;futer devant la classe ouvri&#232;re la falsification de notre point de vue, et, en particulier, la vile calomnie relative &#224; notre pr&#233;tendue liaison avec un officier de Wrangel [1] et la contre r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, nous avons arbor&#233;, &#224; la manifestation du X&#176; anniversaire, des pancartes portant les inscriptions suivantes :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Feu &#224; droite, contre les Koulaks, les Nepmen et les Bureaucrates ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; R&#233;alisons les derni&#232;res volont&#233;s de L&#233;nine ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour une v&#233;ritable d&#233;mocratie dans le Parti ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces mots d'ordre, incontestablement bolcheviques, furent d&#233;clar&#233;s non seulement hostiles au parti, mais contre r&#233;volutionnaires. De nombreux signes montrent qu'il faut s'attendre &#233;galement, dans l'avenir, &#224; des tentatives de cr&#233;er de toutes pi&#232;ces de pr&#233;tendus liens entre l'Opposition et les organisations de gardes-blancs et de mencheviks dont nous sommes plus &#233;loign&#233;s que quiconque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour forger un tel amalgame, point n'est besoin de donner de motifs, pas plus d'ailleurs que pour nous d&#233;porter.&lt;br class='autobr' /&gt;
5.	Dans la d&#233;claration que nous avons adress&#233;e au XV&#176; congr&#232;s, sign&#233;e des camarades Smilga , Mouralov , Rakovsky et Radek , nous avons annonc&#233; notre soumission aux d&#233;cisions du XV&#176; congr&#232;s et notre d&#233;termination &#224; cesser le travail fractionnel. N&#233;anmoins, on nous a exclus et l'on nous d&#233;porte &#224; cause de nos opinions. Mais, par dessus tout, nous avons d&#233;clar&#233;, et nous r&#233;p&#233;tons ici, que nous ne pouvons pas renoncer aux opinions exprim&#233;es dans nos th&#232;ses et dans notre plate forme, car le cours des &#233;v&#233;nements confirme leur justesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
6.	La th&#233;orie de la construction du socialisme dans un seul pays conduit in&#233;luctablement &#224; s&#233;parer le sort de l'U.R.S.S. de celui de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale dans son ensemble. Poser ainsi la question, c'est saper, dans le domaine th&#233;orique et politique, les fondements m&#234;me de l'internationalisme prol&#233;tarien. La lutte contre cette nouvelle th&#233;orie fonci&#232;rement anti marxiste, invent&#233;e en 1925 c'est &#224; dire notre lutte pour les int&#233;r&#234;ts fondamentaux de l'I.C. c'est ce qui a amen&#233; notre exclusion du parti et notre d&#233;portation administrative.&lt;br class='autobr' /&gt;
7.	La r&#233;vision du marxisme et du l&#233;ninisme, dans la question fondamentale du caract&#232;re international de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, provient du fait que la p&#233;riode de 1923 &#224; aujourd'hui a &#233;t&#233; marqu&#233;e par de dures d&#233;faites de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale (1923 en Bulgarie et en Allemagne, 1925 en Estonie, 1926 en Angleterre, 1927 en Chine et en Autriche [2] ). Ces d&#233;faites ont cr&#233;&#233; &#224; elles seules la possibilit&#233; de ce qu'on a nomm&#233; la stabilisation du capitalisme, car elles ont consolid&#233; provisoirement la situation de la bourgeoisie mondiale ; par la pression renforc&#233;e de celle ci sur l'U.R.S.S., ces d&#233;faites ont ralenti l'allure de l'&#233;dification socialiste ; elles ont renforc&#233; les positions de notre bourgeoisie &#224; l'int&#233;rieur ; elles ont donn&#233; &#224; celle ci la possibilit&#233; de se lier plus fortement &#224; beaucoup d'&#233;l&#233;ments de l'appareil d'&#201;tat sovi&#233;tique ; elles ont accru la pression de cet appareil sur celui du parti, et elles ont conduit &#224; l'affaiblissement de l'aile gauche de notre parti. Au cours de ces m&#234;mes ann&#233;es, il s'est produit en Europe une renaissance provisoire de la social-d&#233;mocratie, un affaiblissement provisoire des partis communistes, et un renforcement de l'aile droite &#224; l'int&#233;rieur de ces derniers. L'Opposition dans le P.C.R., en tant qu'aile gauche ouvri&#232;re, a subi des d&#233;faites en m&#234;me temps que s'affaiblissaient les positions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
8.	Si les partis de l'I.C. n'ont eu aucune possibilit&#233; d'appr&#233;cier exactement la signification historique de l'Opposition, la bourgeoisie mondiale, en revanche, a d&#233;j&#224; &#233;mis son jugement sans ambigu&#239;t&#233;. Tous les journaux bourgeois plus ou moins s&#233;rieux, dans tous les pays, consid&#232;rent l'Opposition du P.C.R. comme leur mortelle ennemie et envisagent au contraire la politique de la majorit&#233; actuellement dirigeante comme une transition n&#233;cessaire &#224; l'U.R.S.S. vers le monde &#171; civilis&#233; &#187;, c'est &#224; dire capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sidium de l'I.C. devrait, selon nous, rassembler les opinions exprim&#233;es par les chefs politiques et par les organes principaux de la bourgeoisie, en ce qui concerne la lutte int&#233;rieure du P.C.R., afin de permettre au VI&#176; congr&#232;s la possibilit&#233; de tirer les conclusions politiques n&#233;cessaires sur cette question primordiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
9.	L'issue et les le&#231;ons de la r&#233;volution chinoise, r&#233;volution qui constitue un des plus grands &#233;v&#233;nements de l'histoire mondiale, ont &#233;t&#233; tenus dans l'obscurit&#233;, &#233;cart&#233;s de la discussion, et n'ont pas &#233;t&#233; assimil&#233;s par l'opinion publique de l'avant garde prol&#233;tarienne. En r&#233;alit&#233;, le comit&#233; central du P.C.R. a interdit la discussion des questions relatives &#224; la r&#233;volution chinoise. Mais, sans l'&#233;tude des fautes commises, fautes classiques de l'opportunisme, il est impossible de concevoir dans l'avenir la pr&#233;paration r&#233;volutionnaire des partis prol&#233;tariens d'Europe et d'Asie !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ind&#233;pendamment de la question de savoir sur qui retombe la responsabilit&#233; imm&#233;diate de la direction des &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre &#224; Canton [3] , ces &#233;v&#233;nements fournissent un exemple frappant de putschisme lors du reflux de la vague r&#233;volutionnaire. Dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, une d&#233;viation vers l'opportunisme est souvent le r&#233;sultat de d&#233;faites dont la cause imm&#233;diate r&#233;side dans une direction opportuniste. L'Internationale communiste ne peut faire aucun nouveau pas en avant sans avoir tir&#233; pr&#233;alablement les le&#231;ons de l'exp&#233;rience de l'insurrection de Canton, en corr&#233;lation avec la marche d'ensemble de la r&#233;volution chinoise. C'est l&#224; une des t&#226;ches essentielles du VI&#176; congr&#232;s mondial. Les mesures de r&#233;pression prises contre l'aile gauche, non seulement ne r&#233;pareront pas les fautes d&#233;j&#224; commises, mais, ce qui est plus grave, n'apprendront rien &#224; personne.&lt;br class='autobr' /&gt;
10.	La contradiction la plus flagrante et la plus mena&#231;ante de la politique du P.C.U.S. et de l'I.C. tout enti&#232;re est constitu&#233;e par le fait suivant : apr&#232;s quatre ann&#233;es de processus de stabilisation &#233;quivalant &#224; un renforcement des tendances de droite dans le mouvement ouvrier, le feu continue &#224; &#234;tre, comme auparavant, surtout dirig&#233; contre la Gauche. Dans la p&#233;riode qui vient de s'&#233;couler, nous avons &#233;t&#233; t&#233;moins de fautes et de d&#233;viations opportunistes monstrueuses dans les partis communistes d'Allemagne, d'Angleterre, de France, de Pologne, de Chine, etc. Entre temps, l'aile gauche de l'I.C. a &#233;t&#233; l'objet d'un travail d'an&#233;antissement qui se poursuit encore. Il est incontestable qu'actuellement les masses ouvri&#232;res d'Europe s'orientent politiquement vers la gauche, en raison des contradictions inh&#233;rentes au processus de stabilisation. Il est difficile de pr&#233;dire &#224; quelle allure se d&#233;roulera ce d&#233;veloppement vers la gauche et quelle forme il prendra dans le proche avenir. Mais la campagne permanente contre les &#233;l&#233;ments de gauche pr&#233;pare, pour le moment o&#249; s'aggravera la situation r&#233;volutionnaire, une nouvelle crise de direction semblable &#224; celle que nous avons connue ces derni&#232;res ann&#233;es en Bulgarie, en Allemagne, en Angleterre, en Pologne, en Chine, etc., etc. ! Peut on exiger que des r&#233;volutionnaires, des l&#233;ninistes, des bolcheviks, se taisent devant de telles perspectives ?&lt;br class='autobr' /&gt;
11.	Nous n'estimons pas n&#233;cessaire de r&#233;futer &#224; nouveau l'affirmation absolument fausse que nous nierions le caract&#232;re prol&#233;tarien de notre Etat, la possibilit&#233; de l'&#233;dification socialiste, ou m&#234;me la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;fense inconditionnelle de la dictature prol&#233;tarienne contre ses ennemis de classe de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur. Ce n'est pas l&#224; dessus que porte la discussion ; elle porte sur l'appr&#233;ciation des dangers qui menacent la dictature du prol&#233;tariat, sur les m&#233;thodes pour combattre ces dangers, et comment distinguer entre les v&#233;ritables et faux amis, les v&#233;ritables et faux ennemis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous affirmons qu'au cours des derni&#232;res ann&#233;es, sous l'influence de causes int&#233;rieures et internationales, le rapport des forces s'est modifi&#233; d'une mani&#232;re d&#233;favorable pour le prol&#233;tariat ; que la place tenue par lui dans l'&#233;conomie, dans la vie politique, &#233;conomique et culturelle du pays, s'est amoindrie au lieu de grandir ; nous affirmons que, dans le pays, les forces de r&#233;action thermidorienne se sont consolid&#233;es, et qu'en sous-estimant les dangers qui en d&#233;coulent, ces dangers s'aggravent dans une proportion extraordinaire. En chassant l'Opposition du parti, l'appareil, inconsciemment, mais avec d'autant plus d'efficacit&#233;, rend service aux classes non prol&#233;tariennes qui ont tendance &#224; se renforcer et &#224; se consolider aux d&#233;pens de la classe ouvri&#232;re. C'est de ce point de vue que nous nous pla&#231;ons pour juger notre d&#233;portation, et nous ne doutons pas que dans un avenir prochain, l'avant garde du prol&#233;tariat mondial portera sur cette question le m&#234;me jugement que nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
12.	Les repr&#233;sailles contre les Oppositionnels co&#239;ncident avec une nouvelle aggravation des difficult&#233;s &#233;conomiques sans pr&#233;c&#233;dent dans les derni&#232;res ann&#233;es. La p&#233;nurie de produits industriels, la perturbation de la collecte des grains apr&#232;s trois bonnes r&#233;coltes, la menace grandissante contre le syst&#232;me mon&#233;taire tout cela ralentit le d&#233;veloppement des force productives, affaiblit &#233;videmment les &#233;l&#233;ments socialistes de l'&#233;conomie et emp&#234;che d'am&#233;liorer les conditions de vie du prol&#233;tariat et des paysans pauvres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les conditions d'une aggravation de la situation en ce qui concerne les biens de consommation sur le march&#233;, les ouvriers repoussent in&#233;vitablement les tentatives de r&#233;viser les conventions collectives dans le sens d'une baisse des salaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le G.P.U. assure que ces &#233;checs colossaux du cours qui pr&#233;vaut actuellement rel&#232;vent de la responsabilit&#233; criminelle des Oppositionnels exil&#233;s, dont le v&#233;ritable crime a &#233;t&#233; de pr&#233;dire &#224; plusieurs reprises, au cours des derni&#232;res ann&#233;es, que toutes les difficult&#233;s actuelles seraient l'in&#233;vitable cons&#233;quence d'un cours &#233;conomique erron&#233;, et d'avoir r&#233;clam&#233; &#224; temps un changement de ce cours.&lt;br class='autobr' /&gt;
13.	La pr&#233;paration du XV&#176; congr&#232;s du parti convoqu&#233; apr&#232;s un intervalle d'un an et demi, en violation des statuts du parti a &#233;t&#233; elle-m&#234;me une manifestation &#233;clatante et grave de la violence croissante de l'appareil, s'appuyant de plus en plus sur des mesures de r&#233;pression gouvernementale. De son c&#244;t&#233;, sans d&#233;lib&#233;ration et en brusquant les d&#233;bats, le XV&#176; congr&#232;s a adopt&#233; une r&#233;solution selon laquelle les congr&#232;s se r&#233;uniront dor&#233;navant tous les deux ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un pays de dictature prol&#233;tarienne, dont le parti communiste est l'expression, il est apparu n&#233;cessaire, dix ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, d'arracher au parti son droit &#233;l&#233;mentaire de contr&#244;ler, au moins une fois par an, l'activit&#233; de ses organes et avant tout de son comit&#233; central.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me dans les conditions les plus d&#233;favorables cr&#233;&#233;es par la guerre civile et par la famine, les congr&#232;s se r&#233;unissaient parfois deux fois par an, mais jamais moins d'une fois. Alors le parti d&#233;lib&#233;rait et d&#233;cidait r&#233;ellement, sur toutes les questions, ne cessant jamais d'&#234;tre ma&#238;tre de son propre sort. Quelles forces contraignent donc maintenant &#224; consid&#233;rer les congr&#232;s comme un mal n&#233;cessaire qu'on cherche &#224; r&#233;duire au minimum ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces forces ne sont pas celles du prol&#233;tariat. Elles sont la r&#233;sultante d'une pression &#233;trang&#232;re &#224; celui ci, exerc&#233;e par son avant garde. Cette pression a conduit &#224; l'exclusion de l'Opposition et &#224; la d&#233;portation des Vieux-bolcheviks en Sib&#233;rie et dans d'autres pays perdus.&lt;br class='autobr' /&gt;
14.	Nous repoussons l'accusation d'aspirer &#224; cr&#233;er un nouveau parti. Nous disons par avance que les &#233;l&#233;ments d'un dit deuxi&#232;me parti se rassemblent en r&#233;alit&#233; &#224; l'insu des masses du pli parti et avant tout de leur noyau prol&#233;tarien, au point de rencontre des &#233;l&#233;ments d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s de l'appareil du parti et de l'Etat et des nouveaux propri&#233;taires. Les pires repr&#233;sentants de la bureaucratie, munis ou non de la carte du parti, n'ayant absolument rien de commun avec la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale, se groupent toujours davantage, cr&#233;ant ainsi des points d'appui pour un deuxi&#232;me parti qui commence &#224; se dessiner et qui, au cours de son d&#233;veloppement, peut devenir l'aile gauche des forces thermidoriennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'accusation selon laquelle, nous, les d&#233;fenseurs de la ligne historique du bolchevisme, aspirerions &#224; cr&#233;er un deuxi&#232;me parti, sert en r&#233;alit&#233; inconsciemment &#224; couvrir le profond travail souterrain des forces historiques hostiles au prol&#233;tariat. En face de ces processus, nous mettons l'I.C. en garde ; t&#244;t ou tard, un jour viendra o&#249; ces processus seront &#233;vidents pour tous, mais chaque jour perdu compromet incontestablement le succ&#232;s de la r&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt;
15.	Il faut pr&#233;parer le VI&#176; congr&#232;s de l'I.C. selon les voies et moyens selon lesquels les congr&#232;s &#233;taient pr&#233;par&#233;s du temps de L&#233;nine : publier tous les documents principaux se rapportant aux questions litigieuses, en finir avec la pers&#233;cution des communistes coupables seulement d'avoir exerc&#233; leur droit de membres du parti ; dans la discussion d'avant congr&#232;s, poser dans toute son ampleur la question du rapport des forces &#224; l'int&#233;rieur du P.C. R., ainsi que la question de la ligne politique suivie par ce dernier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les questions litigieuses ne seront pas r&#233;gl&#233;es par de nouvelles m&#233;thodes de r&#233;pression. De telles mesures peuvent jouer un grand r&#244;le positif lorsqu'elles servent &#224; soutenir une ligne politique juste et &#224; liquider plus facilement les groupements r&#233;actionnaires. En tant que bolcheviks, nous connaissons la valeur des mesures de r&#233;pression r&#233;volutionnaires, et nous les avons appliqu&#233;es &#224; plusieurs reprises contre la bourgeoisie et ses agents, les s.r. et les mencheviks.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi ne pensons nous pas un seul instant &#224; renoncer &#224; ces mesures contre les ennemis du prol&#233;tariat. Mais nous nous souvenons avec fermet&#233; que la r&#233;pression dirig&#233;e par les partis ennemis contre les bolcheviks est demeur&#233;e impuissante. En fin de compte, c'est la politique juste qui est d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nous, soldats de la r&#233;volution, compagnons d'armes de L&#233;nine, notre d&#233;portation est l'expression la plus claire des changements dans le rapport des forces de classes dans ce pays et de la d&#233;rive opportuniste de la direction. En d&#233;pit de tout cela, nous demeurons fermement convaincus que la base du pouvoir sovi&#233;tique est encore le prol&#233;tariat. Il est encore possible, au moyen d'un changement d&#233;cisif dans la ligne de la direction, en corrigeant les erreurs d&#233;j&#224; commises, par de profondes r&#233;formes, sans un nouveau soul&#232;vement r&#233;volutionnaire, de renforcer et de consolider le syst&#232;me de la dictature prol&#233;tarienne. Cette possibilit&#233; peut devenir r&#233;alit&#233; si l'Internationale communiste intervient de fa&#231;on d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous en appelons &#224; tous les partis communistes et au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale, demandant avec instance l'examen de toutes ces questions, ouvertement, et avec la participation de tous les membres du parti. Le Testament de L&#233;nine n'a jamais paru plus proph&#233;tique qu'en ce moment. Personne ne sait combien de temps le cours des &#233;v&#233;nements historiques va nous laisser pour corriger les erreurs qui ont &#233;t&#233; commises. Nous soumettant &#224; la force, nous quittons nos postes dans le parti et les soviets pour un exil absurde et futile. Ce faisant, nous ne doutons cependant pas une minute que chacun d'entre nous et nous tous serons encore n&#233;cessaires au parti et qu'il aura besoin de nous, mais encore qu'&#224; l'heure des grandes batailles qui sont devant nous, nous retrouverons tous nos places dans les rangs combattants du parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sur la base de tout ce qui vient d'&#234;tre dit que nous demandons instamment au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste de nous r&#233;int&#233;grer dans le parti. &lt;br class='autobr' /&gt;
Signatures : M . Alsky A. Beloborodov A. Ichtchenko - L. Trotsky K. Radek Kh. Rakovsky E. A. Pr&#233;obrajensky I. N. Smirnov L. S&#233;r&#233;briakov I. Smilga - L Sosnovsky N. I. Mouralov G. Valentinov - Nevelson-Man V. Eltsine V. Vaganian V. Maliouta V. Kasparova S. Kavtaradz&#233; Vilenskij (Sibiriakov).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Piotr N. Wrangel (1878 1928), g&#233;n&#233;ral du tsar, avait &#233;t&#233; le dernier chef de l'arm&#233;e blanche avec le soutien du gouvernement fran&#231;ais en 1920. L'&#233;pisode de &#171; l'officier de Wrangel &#187; s'&#233;tait produit l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Un individu pr&#233;tendant se nommer Stroilov s'&#233;tait pr&#233;sent&#233; aux dirigeants de l'Opposition qui cherchaient les moyens d'imprimer la plate forme de cette derni&#232;re. Le G.P.U. &#171; r&#233;v&#233;la &#187; que Stroilov qui ne fut pas officiellement &#171; retrouv&#233; &#187; &#233;tait un ancien officier de l'arm&#233;e Wrangel. Mais l'Opposition d&#233;montre sans r&#233;plique que cet ancien officier de Wrangel &#233;tait aussi agent du G.P.U. en service.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon les services secrets polonais, Stroilov aurait &#233;t&#233; en r&#233;alit&#233; le c&#233;l&#232;bre Oupeninch, dit Opperput, l'homme qui noyauta puis d&#233;capita les organisations d'&#233;migr&#233;s blancs et construisit le Trust. (cf. P. Brou&#233;, &#171; La Main-d'&#339;uvre blanche de Staline &#187;, Cahiers L&#233;on Trotsky n&#176; 24).&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Trotsky fait allusion ici &#224; diff&#233;rentes d&#233;faites de l'I.C. ou du mouvement ouvrier, dans lesquelles la responsabilit&#233; des dirigeants de Moscou &#233;tait engag&#233;e diff&#233;remment. En Allemagne, apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;cid&#233; tr&#232;s tard &#224; admettre l'existence d'une situation r&#233;volutionnaire, apr&#232;s avoir contribu&#233; &#224; freiner les masses par une politique de &#171; grand soir &#187;, l'I.C. avait sous estim&#233; l'ampleur du recul d'Octobre et de la renonciation &#224; l'insurrection. En Bulgarie, elle avait fait pr&#233;parer un putsch qui fut r&#233;prim&#233; dans le sang ; la Lettonie fut aussi le th&#233;&#226;tre d'une insurrection manqu&#233;e en 1925 ; en 1926, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale britannique fut &#233;cras&#233;e sans que le P.C. de l'U.R.S.S. ait jug&#233; bon de rompre les relations au sein d'un comit&#233; syndical anglo russe avec les dirigeants r&#233;formistes qui cautionnaient et avaient la responsabilit&#233; de cet &#233;crasement ; en Chine, Tchiang Ka&#239; chek avait massacr&#233; les communistes &#224; partir du &#171; coup de Shanghai &#187; et les forces du gouvernement chr&#233;tien social de Vienne avaient mitraill&#233; en pleine capitale des manifestants ouvriers, faisant plus de trente morts.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Apr&#232;s avoir port&#233; pendant des mois la responsabilit&#233; de la politique de soutien au Guomindang et d'alliance avec Tchiang Ka&#239; chek, et, apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;pression de celui-ci, apr&#232;s avoir continu&#233; cette politique avec ce qu'elle appelait &#171; le Guomindang de gauche &#187;, la direction Staline Boukharine avait fait un brutal virage &#224; gauche, sans doute dans la perspective du XV&#176; congr&#232;s et pour &#233;touffer les critiques de l'Opposition. Une fois de plus, son &#171; gauchisme &#187; avait rev&#234;tu la forme du putschisme, les militants communistes, seuls, se soulevant le 11 d&#233;cembre 1927 au nom d'un &#171; soviet de Canton &#187; d&#233;sign&#233; par l'appareil. L'insurrection, priv&#233;e du soutien populaire par sa conception m&#234;me, ne dura que trois jours mais fut suivie d'une r&#233;pression f&#233;roce. Trotsky nuancera plus tard son appr&#233;ciation, comme on le verra dans ce volume, notamment dans sa correspondance avec Pr&#233;obrajensky.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;ponse de Clara Zetkin &#224; Karl Kautsky sur la r&#233;volution russe</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7430</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7430</guid>
		<dc:date>2026-06-18T22:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Clara Zetkin &lt;br class='autobr' /&gt;
De la dictature &#224; la d&#233;mocratie &lt;br class='autobr' /&gt;
(1919) &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un article r&#233;cent intitul&#233; D&#233;mocratie contre Dictature , le camarade Kautsky s'est oppos&#233; &#224; la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie telle qu'elle a &#233;t&#233; instaur&#233;e en Russie par le renversement bolchevique de l'autorit&#233; de l'&#201;tat. Il a exprim&#233; son d&#233;saccord avec les opinions des socialistes qui soutiennent que, dans les circonstances actuelles, cette dictature est historiquement justifi&#233;e. Pour l'essentiel, les opinions de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Clara Zetkin
&lt;p&gt;De la dictature &#224; la d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(1919)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article r&#233;cent intitul&#233; D&#233;mocratie contre Dictature , le camarade Kautsky s'est oppos&#233; &#224; la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie telle qu'elle a &#233;t&#233; instaur&#233;e en Russie par le renversement bolchevique de l'autorit&#233; de l'&#201;tat. Il a exprim&#233; son d&#233;saccord avec les opinions des socialistes qui soutiennent que, dans les circonstances actuelles, cette dictature est historiquement justifi&#233;e. Pour l'essentiel, les opinions de Kautsky sont identiques &#224; celles r&#233;cemment publi&#233;es par Martoff, un camarade menchevik, dans son ouvrage Marx et le probl&#232;me de la dictature du prol&#233;tariat . Ma r&#233;ponse aux critiques de Kautsky &#224; l'&#233;gard des bolcheviks est la suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bolchevisme et la main forte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage de la main forte est la caract&#233;ristique essentielle de l'activit&#233; bolchevique. Ce n'est pas id&#233;al, mais in&#233;vitable. Cela peut &#234;tre contraire aux prescriptions de la d&#233;mocratie, mais cela sert pourtant les int&#233;r&#234;ts de la d&#233;mocratie. Si, pour tous ceux qui vivent en Russie, la d&#233;mocratie doit devenir une r&#233;alit&#233; socialiste diffusant de l'&#233;nergie, les bolcheviks ne pourront &#233;chapper &#224; la n&#233;cessit&#233; de sacrifier, &#224; titre de mesure transitoire, les droits de certains individus et de certains groupes sociaux. Que cela se produise est une caract&#233;ristique in&#233;vitable de l'&#233;volution historique. La d&#233;mocratie est de double nature, &#233;tant &#224; la fois le moyen et la fin de l'&#233;volution historique. En tant que fin ou but de l'&#233;volution historique, elle peut entrer en conflit avec elle-m&#234;me en tant que moyen d'&#233;volution historique. La dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie en Russie porte les marques de cette contradiction. Les voix plaintives de Russie, les critiques &#233;mises par les adversaires du &#171; bolchevisme &#187; dans d'autres pays, nous assurent que depuis que les bolcheviks sont arriv&#233;s au pouvoir, ils ont partout viol&#233; et sacrifi&#233; les principes d&#233;mocratiques. La d&#233;mocratie, nous dit-on, a &#233;t&#233; mise &#224; l'&#233;preuve &#224; plusieurs reprises : avec la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante ; dans les privations des droits civils annonc&#233;es dans la constitution sovi&#233;tique ; et dans la d&#233;claration de la terreur de masse. Sans aucun doute ! Mais sans de telles violations, la r&#233;volution aurait-elle pu &#234;tre sauv&#233;e, aurait-elle pu aller plus loin, les r&#233;volutionnaires auraient-ils pu continuer &#224; &#339;uvrer pour le socialisme, qui seul garantit la d&#233;mocratie pour tous ? C'est la question cruciale, et pour moi la r&#233;ponse va de soi, compte tenu des circonstances entourant la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dissolution de l'Assembl&#233;e constituante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je consid&#232;re que la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante, loin d'impliquer un sacrifice de la d&#233;mocratie, a rendu la d&#233;mocratie plus efficace. Il ne fait aucun doute que cette assembl&#233;e avait &#233;t&#233; &#233;lue sur la base du suffrage d&#233;mocratique, mais les &#233;lections avaient eu lieu avant que les mots d'ordre bourgeois et le programme de compromis bourgeois-socialiste n'aient perdu leur attrait pour les larges masses ouvri&#232;res. Elles avaient eu lieu avant le moment historique d&#233;cisif o&#249; la r&#233;volution de novembre et l'acceptation du gouvernement sovi&#233;tique par les ouvriers, les paysans et les soldats organis&#233;s avaient effectivement &#171; condamn&#233; comme partiaux et inad&#233;quats &#187; les programmes des deux phases d'ouverture de la r&#233;volution. et des partis qui avaient propos&#233; ces programmes. Il faut ajouter que, pendant les premi&#232;res p&#233;riodes, la puissance &#233;conomique et sociale des classes poss&#233;dantes &#233;tait encore suffisante pour exercer une influence consid&#233;rable sur les r&#233;sultats &#233;lectoraux. L'Assembl&#233;e constituante ne saurait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une expression non falsifi&#233;e des opinions et de la volont&#233; des travailleurs. Dans la mesure o&#249; l'on peut parler en Russie d'une volont&#233; populaire, cette volont&#233; &#233;tait indubitablement incorpor&#233;e dans les d&#233;cisions des soviets. Le gouvernement sovi&#233;tique provisoire allait-il abdiquer son pouvoir r&#233;el en faveur de la d&#233;mocratie du feu follet de l'Assembl&#233;e constituante ? Le gouvernement sovi&#233;tique devait-il confier le travail de la r&#233;volution aux mains de la bourgeoisie, &#224; des mains d&#233;sireuses d'entraver, voire d'&#233;trangler, cet intrus indisciplin&#233; ? Ou fallait-il remettre le pouvoir aux socialistes-r&#233;volutionnaires, qui s'&#233;taient r&#233;v&#233;l&#233;s trop faibles pour prot&#233;ger la r&#233;volution ? Prendre une telle mesure aurait &#233;t&#233; aussi insens&#233; que criminel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vin r&#233;volutionnaire et bouteilles parlementaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un autre point &#224; consid&#233;rer. La r&#233;volution n'avait pas arr&#234;t&#233; sa progression dans le but d'une r&#233;volution bourgeoise. Au-del&#224; de tout tel objectif, elle avait r&#233;v&#233;l&#233; la figure titanesque d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne, visant une r&#233;organisation socialiste. S'ils avaient accept&#233; le parlementarisme, les bolcheviks auraient accept&#233; une institution qui, si importante soit-elle, n'a qu'une valeur tr&#232;s limit&#233;e ; une institution qui, m&#234;me en p&#233;riode d'&#233;volution pacifique, s'est r&#233;v&#233;l&#233;e manifestement inadapt&#233;e aux besoins de la lutte prol&#233;tarienne pour l'&#233;mancipation ; une institution qui, adapt&#233;e aux exigences de l'ordre capitaliste, doit n&#233;cessairement &#233;chouer &#224; r&#233;pondre aux n&#233;cessit&#233;s de ceux dont le but est de renverser cet ordre. Il est ind&#233;niable que le prol&#233;tariat doit tirer tous les avantages que l'on peut tirer des institutions parlementaires. Mais le Parlement est une de ces institutions d'&#201;tat qu'un prol&#233;tariat victorieux ne peut pas simplement s'emparer et utiliser &#224; ses propres fins. Le nouveau vin r&#233;volutionnaire ne doit pas &#234;tre vers&#233; dans de vieilles bouteilles. Dans cette perspective, le &#171; bolchevisme &#187; &#233;tait assur&#233;ment justifi&#233; en rempla&#231;ant l'Assembl&#233;e constituante par les soviets, en rempla&#231;ant l'activit&#233; d'une assembl&#233;e d&#233;terminante et l&#233;gislative par l'activit&#233; d'organisations sur la base d&#233;mocratique la plus large possible et simultan&#233;ment l&#233;gislative, administrative et ex&#233;cutive. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dictature du Prol&#233;tariat Provisoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que la d&#233;mocratie cr&#233;&#233;e par la constitution sovi&#233;tique est incompl&#232;te ; il est incontestable que de grands groupes de personnes sont ainsi exclus du suffrage. Mais les critiques semblent oublier que ces exclusions ne sont que provisoires, qu'elles ne seront appliqu&#233;es que pour la p&#233;riode pendant laquelle la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie persiste et doit persister. La Constitution ne laisse aucun doute &#224; ce sujet. La dissolution de l'ancienne Russie et l'av&#232;nement de la Nouvelle Russie ne sont pas encore assez avanc&#233;s pour permettre au gouvernement sovi&#233;tique, d'un seul trait de plume ou d'un seul coup puissant, d'abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. En Russie, le glas de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'a pas encore sonn&#233;, l'heure de l'expropriation de tous les expropriateurs n'a pas encore sonn&#233;. Les minorit&#233;s poss&#232;dent toujours le pouvoir &#233;conomique et le pouvoir social et peuvent toujours utiliser et abuser de ces pouvoirs contre l'&#233;crasante majorit&#233; des travailleurs. Le pouvoir politique doit-il &#234;tre ajout&#233; pour leur permettre de poursuivre leurs objectifs &#233;go&#239;stes au m&#233;pris des int&#233;r&#234;ts de la communaut&#233; dans son ensemble ? Vidons notre esprit des phrases ; lib&#233;rons-nous des formalit&#233;s ; cessons de r&#233;it&#233;rer le slogan selon lequel &#171; les masses ont le droit et le pouvoir &#187; de contrecarrer les machinations antisociales des minorit&#233;s poss&#233;dantes. N'est-il pas &#233;vident qu'en r&#233;alit&#233;, les choses seront tr&#232;s diff&#233;rentes jusqu'&#224; ce que la libert&#233; &#233;conomique et l'&#233;galit&#233; &#233;conomique aient dot&#233; la nation enti&#232;re de libert&#233; et de maturit&#233; spirituelles ? Qui ne se moquerait pas d'un commandant militaire assez imprudent pour envoyer de l'artillerie et des obus en cadeau &#224; l'arm&#233;e ennemie ? Pourtant, les bolchevistes sont cens&#233;s avoir commis un p&#233;ch&#233; mortel en refusant d'armer et d'&#233;quiper les minorit&#233;s r&#233;actionnaires pour la lutte contre la r&#233;volution. Cela aussi au moment m&#234;me o&#249; la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution &#233;taient aux prises avec une question de vie ou de mort ; &#224; une &#233;poque o&#249; la contre-r&#233;volution n'&#233;tait pas seulement soutenue par toutes les &#233;nergies r&#233;actionnaires de la Russie, mais &#233;tait &#233;galement fournie par les gouvernements alli&#233;s en troupes, en argent et en soutien moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesures de n&#233;cessit&#233; militaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissolution de l'Assembl&#233;e constituante, le recours &#224; la force contre les opposants, la d&#233;claration de la terreur de masse sont les fruits amers de la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie. Elles doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des mesures de n&#233;cessit&#233; militaire. &#034;A la guerre comme la guerre.&#034; (Quand vous faites la guerre, faites la guerre.) Les dirigeants bolcheviques de la Russie r&#233;volutionnaire sont engag&#233;s dans une guerre d'une importance sans pr&#233;c&#233;dent. Ici, les normes morales et politiques de la vie quotidienne ne nous parviennent pas. Sur cette sc&#232;ne colossale, les mesures individuelles et les ph&#233;nom&#232;nes individuels sont r&#233;duits &#224; l'insignifiance. Il s'agit d'un drame d'une port&#233;e historique &#233;crasante et il doit &#234;tre accept&#233; ou rejet&#233; dans son ensemble. Celui qui veut la fin ne doit pas reculer devant les moyens. Une r&#233;volution prol&#233;tarienne visant le socialisme ne peut se r&#233;aliser sans dictature. Cela est particuli&#232;rement vrai dans les conditions actuelles en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel &#224; Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques d&#233;sobligeantes de nos amis russes ne rejettent en effet pas absolument la dictature par principe. Ce qu'ils per&#231;oivent mal, c'est le caract&#232;re de la dictature en Russie. Karl Kautsky s'efforce de prouver que dictature et d&#233;mocratie doivent aller de pair. La dictature ne doit pas sacrifier les principes d&#233;mocratiques mais doit les mettre en &#339;uvre. La dictature doit &#234;tre une &#233;manation de la d&#233;mocratie. Il sert au mieux la volont&#233; et les int&#233;r&#234;ts de la majorit&#233;. Selon les critiques, aucune de ces conditions n'est remplie en Russie. La petite minorit&#233; bolchevique, nous dit-on, emploie des mesures brutales et &#233;nergiques. contraint l'&#233;crasante majorit&#233; des Russes &#224; accepter la politique bolchevique. Cette politique, loin de sauvegarder la r&#233;volution, la met en danger ; loin de faire progresser le socialisme, il compromet le socialisme. C'est l&#224; le noyau des assauts critiques dirig&#233;s contre un domaine au-del&#224; du &#171; bolchevisme &#187; et visant &#224; clarifier, &#224; r&#233;viser la th&#233;orie de la dictature du prol&#233;tariat. On nous pr&#233;sente des cha&#238;nes d'inf&#233;rences logiques, des tentatives pour une nouvelle conception du concept de dictature, par opposition &#224; l'ancienne th&#233;orie, qui est rejet&#233;e comme &#171; blanquiste &#187; ou &#171; jacobine &#187;. Les arguments sont, bien s&#251;r, parsem&#233;s d'appels &#224; Marx et Engels, et avec des citations de ces auteurs. J'ai lu attentivement les expos&#233;s, mais ma vision g&#233;n&#233;rale de la question, de l'application de la doctrine au cas particulier de la r&#233;volution russe et du r&#244;le jou&#233; par les bolcheviks dans cette r&#233;volution, reste inchang&#233;e. En ce qui concerne les questions controvers&#233;es de notre &#233;poque, qu'importe que les ph&#233;nom&#232;nes historiques dont Marx a &#233;t&#233; t&#233;moin de son vivant l'aient amen&#233; &#224; codifier sa conception de la dictature du prol&#233;tariat ; qu'importe si, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d'abord enclin &#224; une vision &#171; jacobine &#187;, il en soit venu ensuite &#224; adopter plut&#244;t une vision &#171; &#233;volutionniste et parlementaire &#187;. Malgr&#233; tout le respect que je dois &#224; la vaste connaissance qu'a le camarade Martoff de la th&#233;orie marxiste et &#224; la perspicacit&#233; incontestable avec laquelle il applique cette th&#233;orie, nous pouvons n&#233;anmoins nous sentir enclins &#224; remettre en question ses d&#233;ductions et la mani&#232;re dont il oppose son interpr&#233;tation de Marx &#224; la th&#233;orie marxiste. dictature exerc&#233;e par les bolcheviks. Mais m&#234;me si nous pensons que Martoff a raison concernant les opinions de Marx et quant &#224; l'applicabilit&#233; de ces opinions &#224; la situation russe, il reste un fait simple &#224; retenir, c'est que l'&#233;volution historique ne s'est pas arr&#234;t&#233;e lorsque la plume est tomb&#233;e des mains de Marx. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ce jour, l'&#233;conomie capitaliste n'a pas seulement connu une croissance, elle a &#233;galement manifest&#233; des ph&#233;nom&#232;nes enti&#232;rement nouveaux, d'une importance notable. Pour en &#233;num&#233;rer quelques-unes, nous avons : la formation de r&#233;seaux, de fiducies et de syndicats ; la prise de la premi&#232;re place dans l'industrie par les produits sid&#233;rurgiques &#224; la place des textiles ; la transformation r&#233;volutionnaire op&#233;r&#233;e par les am&#233;liorations de la technologie &#233;lectrique ; les entrelacs du capital industriel, du capital commercial et du capital bancaire pour constituer le capital financier, et la domination mondiale de ce dernier, etc. Dans la politique int&#233;rieure et la politique &#233;trang&#232;re de tous les &#201;tats les plus &#233;volu&#233;s, on peut retracer l'influence de un capitalisme plus d&#233;velopp&#233; et plus mature. M&#234;me si en apparence les conditions de vie semblent s'&#234;tre am&#233;lior&#233;es, la lutte des classes entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie s'est en r&#233;alit&#233; intensifi&#233;e. Parmi les classes en lutte, nous voyons un m&#233;lange et une confusion d'impulsions vers des colonies de grande envergure et de peur de telles colonies, de grands projets et de petites actions. Les classes dominantes sont de plus en plus enclines &#224; s'accrocher &#224; un pass&#233; politique fugitif. Nous constatons le d&#233;clin du parlementarisme bourgeois et son incapacit&#233; de plus en plus &#233;vidente &#224; aider la lutte prol&#233;tarienne pour la libert&#233; vers des questions d&#233;cisives. Nous sommes surtout impressionn&#233;s par la puissante expansion de l'imp&#233;rialisme, avec sa soif insatiable de domination mondiale, avec ses armements excessifs, ses entreprises coloniales et ses guerres, sa politique extr&#233;miste d'exploitation et d'oppression tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme, une doctrine progressiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui oserait soutenir que face aux d&#233;veloppements des derni&#232;res d&#233;cennies, Marx, penseur r&#233;solument r&#233;volutionnaire, n'aurait pas modifi&#233; sa conception de la dictature du prol&#233;tariat conform&#233;ment &#224; l'enseignement de faits imposants ? Si nous supposons que le camarade Martoff a raison quant &#224; la th&#233;orie d&#233;fendue par Marx il y a plus de quarante ans, ne pouvons-nous pas &#234;tre assur&#233;s que Marx aurait r&#233;vis&#233; cette th&#233;orie s'il avait &#233;t&#233; en vie aujourd'hui. Pour Marx, la th&#233;orie &#233;tait quelque chose de plus grand qu'un moyen d'&#233;lucider le monde ; c'&#233;tait un moyen de transformer le monde. Mais, pour cette raison m&#234;me, il n'a jamais consid&#233;r&#233; ses th&#233;ories comme des v&#233;rit&#233;s &#233;ternelles et immuables auxquelles la r&#233;alit&#233; devait se conformer ; pour lui, la r&#233;alit&#233; restait toujours l'objet de recherche, la chose &#224; &#233;tudier consciencieusement, la chose &#224; partir de laquelle ses th&#233;ories &#233;taient acquises et en fonction de laquelle ses th&#233;ories devaient, en cas de besoin, &#234;tre modifi&#233;es. Je suis convaincu qu'&#224; ce stade, la conception de Marx de la dictature du prol&#233;tariat pr&#233;senterait remarquablement peu de similitudes avec l'id&#233;al doux et humble, l'id&#233;al de ceux qui ne visent que l'harmonie et la coop&#233;ration de toutes les personnes de &#171; bonne volont&#233;, &#187; l'id&#233;al qui nous moque timidement des expos&#233;s des adversaires du bolchevisme. L'intelligence r&#233;volutionnaire de Marx &#233;tait aussi tranchante qu'une &#233;p&#233;e ; son c&#339;ur brillait d'un feu r&#233;volutionnaire ; sa volont&#233; r&#233;volutionnaire &#233;tait dure comme l'acier. Marx a toujours &#233;t&#233; un combattant r&#233;volutionnaire, un homme d'action, et je ne peux pas croire qu'on le retrouve aujourd'hui parmi les critiques du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le papier, &#171; la dictature du prol&#233;tariat &#187; et &#171; l'id&#233;al d'une d&#233;mocratie compl&#232;te &#187; peuvent &#234;tre li&#233;s &#224; la simple copule. Dans le monde de la r&#233;alit&#233;, il en va autrement. L'essence historique de la dictature est la domination &#8211; une domination dure et coercitive. Sans porter atteinte aux droits et int&#233;r&#234;ts des minorit&#233;s, cela est aussi impossible que la quadrature du cercle. La justification historique de la dictature du prol&#233;tariat r&#233;side dans le fait que la dictature s'exerce dans l'int&#233;r&#234;t de l'immense majorit&#233; de la population, et qu'elle n'est qu'un moyen de transition, car elle vise &#224; se suspendre, &#224; rendre impossible, en soi, de r&#233;aliser l'id&#233;al de la d&#233;mocratie : un peuple libre, dans un pays libre, vivant de travail libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;rennit&#233; du bolchevisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos anti-bolcheviks nient que la dictature actuelle en Russie poss&#232;de ces justifications. Ils d&#233;clarent que la dictature bolchevique est l'&#339;uvre d'une minorit&#233; inconsid&#233;rable de dogmatiques et de fanatiques qui, dans l'int&#233;r&#234;t de conceptions partisanes &#233;troites et d'une politique partisane &#233;troite, souhaitent contraindre, par l'exercice brutal de la force, l'immense majorit&#233; du peuple russe. avaler les prescriptions bolcheviques, maintenant et pour l'avenir. D'o&#249; viennent ceux qui d&#233;fendent de telles vues avec la certitude que la politique bolchevique est celle d'une infime minorit&#233; d'ouvriers et de paysans russes ? A mon avis, le nombre, l'ampleur et la passion des attaques contre le r&#233;gime coercitif des bolcheviks ne devraient pas nous faire surestimer l'&#233;tendue ou l'importance d'une hostilit&#233; s&#233;rieuse &#224; l'&#233;gard de la politique du gouvernement sovi&#233;tique. C'est une exp&#233;rience ancienne et facilement explicable que, dans les luttes de factions, les minorit&#233;s qui sont largement inf&#233;rieures en nombre sont susceptibles de faire preuve d'une violence particuli&#232;re. C'est pour eux un besoin naturel de convaincre le monde qu'en d&#233;pit de la d&#233;faite, ils ont le pouvoir et ont raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui nierait qu'une grande partie des ouvriers, de nombreux paysans et surtout la majeure partie de l'intelligentsia ne partagent pas les vues ni ne soutiennent la politique des bolcheviks ? N&#233;anmoins, une tr&#232;s grande proportion, sinon la majorit&#233;, des prol&#233;taires et des paysans qui s'int&#233;ressent activement aux questions politiques soutiennent les bolcheviks, et il en va de m&#234;me pour les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Cette opinion est confirm&#233;e par le fait que ceux qui constituent, pr&#233;tend-on, une infime minorit&#233;, bien qu'on leur reproche des erreurs, des actes de violence, des manquements aux principes, etc., auraient conserv&#233; le pouvoir pendant une p&#233;riode bien plus longue que celle pendant laquelle ils les gouvernements provisoires des deux premi&#232;res phases de la r&#233;volution dominent. De plus, cela s'est produit dans des conditions de difficult&#233; presque sans pr&#233;c&#233;dent, pendant la terrible &#233;preuve de la paix de Brest-Litovsk et face &#224; la menace toujours pr&#233;sente de famine. Les anti-bolcheviks peuvent dire ce qu'ils veulent, mais le simple recours &#224; la force ne peut expliquer la p&#233;rennit&#233; du gouvernement sovi&#233;tique &#8211; qui a dur&#233; bien plus longtemps que d'habitude en p&#233;riode de r&#233;volution. Aucune minorit&#233; dont le pouvoir ne reposait que sur la force ne pouvait continuer, dans de telles circonstances et pendant si longtemps, &#224; s'asseoir sur les ba&#239;onnettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la dictature &#224; la d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La persistance du r&#233;gime sovi&#233;tique, qui, comme nous l'ont assur&#233; les proph&#232;tes confiants, ne pourrait pas durer plus de quelques semaines, nous permet de d&#233;duire avec certitude que ce gouvernement est soutenu par les larges masses du peuple russe. Les bolcheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche qui coop&#232;rent avec eux constituent la structure solide de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire russe. Par leur disponibilit&#233; &#224; l'action et par leur capacit&#233;, ils inspirent confiance aux masses et les rallier &#224; leur soutien. La n&#233;cessit&#233; d'une dictature nous montre en effet qu'il ne faut en aucun cas sous-estimer le nombre et l'importance des opposants au gouvernement sovi&#233;tique. Il faut utiliser le pouvoir pour r&#233;primer le pouvoir. Notre espoir est que la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie se maintiendra assez longtemps pour s'abolir lorsqu'elle aura rempli sa fonction et atteint son objectif. Car tandis que pendant les deux premi&#232;res p&#233;riodes de la r&#233;volution, le chemin des gouvernements menait du bel id&#233;al de la d&#233;mocratie &#224; la dure et cruelle r&#233;alit&#233; de la dictature, le chemin de la domination sovi&#233;tique m&#232;nera de la dure et cruelle r&#233;alit&#233; de la dictature &#224; la belle r&#233;alit&#233;. et r&#233;alis&#233; un r&#234;ve de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
