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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>D'o&#249; vient et o&#249; va le r&#233;gime de Cor&#233;e du nord ?</title>
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		<dc:date>2011-12-23T08:54:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Cor&#233;e Korea</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e du Nord</dc:subject>

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&lt;p&gt;A l'annonce de la mort du dictateur de la Cor&#233;e du nord dite communiste, c'est &#224; se demander si ce qui inqui&#232;te les r&#233;gimes occidentaux est bien les risques de d&#233;rive du successeur ou les risques d'explosion de col&#232;re du peuple ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Cor&#233;e du Nord. Est-ce qu'une r&#233;volte est possible ? s'inqui&#232;te le journal &#034;Ouest France&#034; !!! &lt;br class='autobr' /&gt;
La Cor&#233;e du nord craint une r&#233;volte populaire &#233;crit Le Point ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Nul ne peut savoir comment, sur notre plan&#232;te les choses vont s'organiser, se ma&#238;triser ! peut on lire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Cor&#233;e Korea&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot230" rel="tag"&gt;Cor&#233;e du Nord&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A l'annonce de la mort du dictateur de la Cor&#233;e du nord dite communiste, c'est &#224; se demander si ce qui inqui&#232;te les r&#233;gimes occidentaux est bien les risques de d&#233;rive du successeur ou les risques d'explosion de col&#232;re du peuple ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cor&#233;e du Nord. Est-ce qu'une r&#233;volte est possible ?&lt;/i&gt; s'inqui&#232;te le journal &#034;Ouest France&#034; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Cor&#233;e du nord craint une r&#233;volte populaire&lt;/i&gt; &#233;crit Le Point !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nul ne peut savoir comment, sur notre plan&#232;te les choses vont s'organiser, se ma&#238;triser !&lt;/i&gt; peut on lire sur RMC !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que ce r&#233;gime monarchique que l'on dit communiste ? D'o&#249; est venu ce pouvoir ? Que signifie-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1330&#034;&gt;Qu'est-ce ce que le r&#233;gime de Cor&#233;e du nord ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve267&#034;&gt;Emeutes en Cor&#233;e du nord&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve462&#034;&gt;La r&#233;volution sociale et politique menace le r&#233;gime&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime de Cor&#233;e du nord est souvent pr&#233;sent&#233; comme l'un des pires ennemis du monde occidental. la r&#233;alit&#233; est moins simple...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cor&#233;e du Nord sert depuis longtemps d'&#233;pouvantail dans cette r&#233;gion, ne serait-ce que pour justifier aupr&#232;s de l'opinion am&#233;ricaine les quelque 50 milliards de dollars que les &#201;tats-Unis d&#233;pensent chaque ann&#233;e pour maintenir 100000 soldats am&#233;ricains stationn&#233;s au Japon et en Cor&#233;e du Sud. Mais &#233;videmment les &#201;tats-Unis ne craignent pas ce petit pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour surmonter les r&#233;ticences des entreprises &#233;trang&#232;res, la Cor&#233;e du Nord d&#233;cida il y a une dizaine d'ann&#233;es d'emprunter la route suivie par la plupart des pays du tiers monde : la cr&#233;ation de zones &#233;conomiques sp&#233;ciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces zones fut ouverte en 1989 au mont Kumgang pour &#234;tre enti&#232;rement consacr&#233;e au tourisme de luxe. Dirig&#233;e par Hyundai-Asan, filiale du g&#233;ant sud-cor&#233;en, elle doit inclure un complexe h&#244;telier de 9 000 chambres, trois parcours de golf, une piste de ski, un parc &#224; th&#232;me, etc. : autrement dit, des services que la plupart des Nord-Cor&#233;ens ne pourront de toute fa&#231;on jamais s'offrir. En 1991, fut cr&#233;&#233;e une deuxi&#232;me zone &#233;conomique sp&#233;ciale, &#224; Rajin Songbong. Ce site se trouve au nord-est du pays, pr&#232;s des fronti&#232;res chinoise et russe. Mais, outre un h&#244;tel de luxe et un casino, qui attirent surtout les joueurs chinois (les casinos sont toujours interdits en Chine), il sert surtout de plate-forme de transit, de stockage et de conditionnement autrement dit, ses &#233;quipements sont utilis&#233;s par les entreprises &#233;trang&#232;res, qui paient pour cela, bien s&#251;r, mais sans faire aucun investissement. Si bien qu'aujourd'hui, les installations portuaires sont en si mauvais &#233;tat que les investissements consid&#233;rables qui doivent &#234;tre r&#233;alis&#233;s seront financ&#233;s par l'&#201;tat nord-cor&#233;en, puisqu'il est exclu que les entreprises &#233;trang&#232;res acceptent de payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre zone &#233;conomique sp&#233;ciale, dont le statut est calqu&#233; sur celui de Hong Kong vis-&#224;-vis de la Chine (c'est-&#224;-dire qu'elle a sa propre administration et son propre syst&#232;me judiciaire), a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 2001 &#224; Siniuji, pr&#232;s de la fronti&#232;re chinoise au nord-ouest. Afin de la rendre plus s&#233;duisante pour les entreprises occidentales, Pyongyang en a confi&#233; l'administration &#224; Yang Bin, homme d'affaires n&#233;erlandais d'origine chinoise. Or voil&#224; que ce Yang Bin est maintenant &#233;crou&#233; par la police de Hong Kong sous l'accusation de fraude fiscale. Du coup, le seul projet d'investissement pr&#233;vu &#224; ce jour &#224; Sinuiji une grandiose installation permettant la production de quantit&#233;s astronomiques de fleurs fra&#238;ches pour l'entreprise de Yang Bin est remis en question. Ce qui ne pr&#233;sage rien de bon pour la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre la zone &#233;conomique sp&#233;ciale lanc&#233;e en 2002 par Hyundai-Asan &#224; Kaeson, qui devrait employer 160 000 personnes d'ici &#224; 2010, aura-t-elle plus de succ&#232;s. Cette fois-ci, c'est une entreprise d'&#201;tat sud-cor&#233;enne qui pr&#234;tera les fonds n&#233;cessaires pour la construction des infrastructures : surendett&#233;, Hyundai n'est pas en mesure de les prendre &#224; sa charge. Reste &#224; savoir si cela suffira pour attirer les investisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est significatif que l'une des raisons invoqu&#233;es par les investisseurs potentiels pour justifier leur r&#233;ticence &#224; s'installer dans les zones sp&#233;ciales de Cor&#233;e du Nord est le refus cat&#233;gorique de Pyongyang de lib&#233;raliser la r&#233;glementation des horaires et conditions de travail et des salaires. On peut en d&#233;duire que si ces zones deviennent une bonne affaire, c'est la classe ouvri&#232;re nord-cor&#233;enne qui en paiera le prix, par une d&#233;t&#233;rioration tant de sa sant&#233; que de son niveau de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour y voir clair, quelques mensonges n&#233;cessitent d'&#234;tre rectifi&#233;s :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le r&#233;gime nord-cor&#233;en a &#233;t&#233; mis en place &#224; la demande express de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain vis-&#224;-vis de Staline et par l'arm&#233;e de ce dernier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le parti communiste nord cor&#233;en n'a pas mis en place ce r&#233;gime et il a &#233;t&#233; lui-m&#234;me &#233;limin&#233; &#224; sa mise en place&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c'est un r&#233;gime anti-communiste et anti-ouvrier comme le r&#233;gime chinois d&#232;s sa mise en place&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; depuis quelques ann&#233;es, de tr&#232;s bonnes affaires sont r&#233;alis&#233;es par les capitalistes pro-US de Cor&#233;e du sud dans la Cor&#233;e du Nord. Ils y investissent et en retirent des mati&#232;res premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le r&#233;gime nord cor&#233;en re&#231;oit un soutien important de la Chine mais aussi du Japon, de la Cor&#233;e du dus et des USA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement soudain de l'administration coloniale japonaise entra&#238;na une explosion populaire. Sorti de la clandestinit&#233;, le Parti communiste constitua une coalition avec tous les mouvements nationalistes. Des comit&#233;s de pr&#233;paration &#224; l'ind&#233;pendance de la Cor&#233;e surgirent dans tout le pays. Le 6 septembre 1945, une conf&#233;rence nationale de ces comit&#233;s, r&#233;unie &#224; S&#233;oul, proclama la naissance de la R&#233;publique Populaire de Cor&#233;e (RPC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant en cela la ligne d&#233;finie par Moscou, le Parti communiste cor&#233;en, qui &#233;tait de loin le courant le plus puissant dans ce mouvement, s'effor&#231;a de contenir l'explosion des revendications sociales parmi les masses exploit&#233;es. Pr&#233;tendant que l'heure &#233;tait &#224; l'&#233;mancipation nationale et non &#224; l'&#233;mancipation sociale, sous le pr&#233;texte fallacieux que toute autre politique diviserait la &#171; nation cor&#233;enne &#187;, le Parti communiste mit les masses pauvres de Cor&#233;e &#224; la remorque politique de leurs propres exploiteurs comme le firent d'ailleurs les partis communistes dans le monde entier durant cette p&#233;riode et utilisa leur mobilisation pour garantir la continuit&#233; de l'ordre capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce respect pour l'ordre capitaliste ne suffit pas au PC cor&#233;en &#224; gagner les faveurs de Washington. Certes, ce que redoutaient les &#201;tats-Unis, ce n'&#233;tait ni le programme politique de la RPC, avec son appel &#224; l'instauration du suffrage universel et &#224; la cr&#233;ation d'institutions d&#233;mocratiques, ni sa d&#233;fense des nationalisations et de la r&#233;forme agraire : apr&#232;s tout, la plupart des grandes entreprises et exploitations agricoles cor&#233;ennes n'avaient plus de propri&#233;taires depuis l'expulsion des colons japonais. Non, ce qui inqui&#233;tait le plus l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, c'&#233;tait que le r&#233;gime de la RPC avait &#233;t&#233; mis en place sans son accord pr&#233;alable, &#224; la faveur d'une mobilisation populaire, et qu'il n'avait donc nul besoin de l'imp&#233;rialisme pour se maintenir au pouvoir. Ce r&#233;gime ne serait donc pas docile vis-&#224;-vis des int&#233;r&#234;ts des &#201;tats-Unis. Aussi, lorsque le comit&#233; ex&#233;cutif de la RPC fit une offre de collaboration &#224; l'&#233;tat-major am&#233;ricain, celui-ci lui opposa une fin de non-recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants am&#233;ricains entreprirent alors de mettre en oeuvre leurs propres conceptions de la d&#233;mocratie dans leur zone d'occupation. L'ancienne force de police coloniale fut r&#233;tablie dans ses fonctions, avec pratiquement les m&#234;mes personnels (on ne changea m&#234;me pas leurs uniformes !) que sous l'occupation japonaise. Les postes de responsabilit&#233; dans les nouvelles institutions furent confi&#233;s &#224; des hommes politiques qui avaient collabor&#233; avec l'occupant japonais ou qui avaient trouv&#233; protection aupr&#232;s du dictateur nationaliste chinois et alli&#233; des USA, Tchang Ka&#239;-chek. Il s'agissait d'individus visc&#233;ralement anticommunistes qui avaient des liens &#233;troits avec la classe des propri&#233;taires fonciers cor&#233;ens. A la t&#234;te du nouveau r&#233;gime, Washington mit Syngman Rhee, un politicien nationaliste de droite bien connu, qui avait des amis tant aux &#201;tats-Unis qu'au sein du r&#233;gime de Tchang Ka&#239;-chek. En f&#233;vrier 1946, ils mirent en place un gouvernement provisoire de Cor&#233;e du Sud pr&#233;sid&#233; par Syngman Rhee, dont la moiti&#233; des membres furent nomm&#233;s directement par les autorit&#233;s am&#233;ricaines d'occupation et l'autre par les classes riches, selon le syst&#232;me &#233;lectoral censitaire en vigueur sous l'occupation japonaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orientation politique du nouveau r&#233;gime se r&#233;v&#233;la aussi r&#233;actionnaire et socialement conservatrice qu'on pouvait l'escompter vu la composition sociale du gouvernement. Les appels &#224; une r&#233;forme agraire d'ensemble furent trait&#233;s par le m&#233;pris tandis que les dignitaires du r&#233;gime accumulaient des fortunes colossales en s'appropriant les terres des anciennes exploitations japonaises et que les paysans sans terre mouraient de faim. La corruption et le march&#233; noir devinrent la r&#232;gle. De sorte qu'au bout du compte, la population pauvre de la zone d'occupation am&#233;ricaine ne vit gu&#232;re de diff&#233;rence entre la nouvelle R&#233;publique de Cor&#233;e, qui y fut proclam&#233;e officiellement en ao&#251;t 1948, et l'ancienne administration coloniale japonaise, sinon dans la langue des troupes d'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la r&#233;pression qui le visait au Sud, o&#249; il fut tr&#232;s vite interdit, le comit&#233; ex&#233;cutif de la RPC &#233;lu en septembre 1945 s'&#233;tait r&#233;fugi&#233; dans la zone d'occupation sovi&#233;tique. L&#224;, les autorit&#233;s d'occupation accept&#232;rent ce comit&#233; ex&#233;cutif et les comit&#233;s de pr&#233;paration &#224; l'ind&#233;pendance comme partenaires dans l'administration quotidienne des affaires sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux &#201;tats-Unis dans leur zone d'occupation, l'URSS appliqua &#224; la lettre le protocole de 1945 dans la sienne en s'abstenant de mettre en place des institutions permanentes susceptibles de pr&#233;juger de la forme d&#233;finitive de l'&#201;tat. Tout au moins c'est ce qu'elle fit jusqu'&#224; la cr&#233;ation d'institutions propres au Sud sous l'&#233;gide des USA. Un comit&#233; populaire provisoire fut alors constitu&#233; &#224; Pyongyang, cette fois sous la direction de Kim Il Sung, un jeune dirigeant du PC r&#233;cemment de retour dans le pays, qui semble avoir &#233;t&#233; choisi moins pour ses liens avec Moscou que pour la raison oppos&#233;e : contrairement &#224; nombre de dirigeants communistes, Kim Il Sung avait pass&#233; les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes non pas &#224; Moscou, mais dans un maquis cor&#233;en contre les Japonais en Mandchourie, en liaison avec la r&#233;sistance chinoise. Il pouvait &#234;tre ainsi pr&#233;sent&#233; comme un h&#233;ros de la r&#233;sistance nationale contre le Japon, sans qu'il puisse &#234;tre associ&#233;, comme les anciens leaders du PC clandestins, &#224; la mobilisation des masses de l'ann&#233;e 1945, &#224; laquelle il n'avait pas particip&#233;. A tous &#233;gards, Kim Il Sung &#233;tait le parfait porte-parole d'un gouvernement &#171; national &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il fut form&#233;, le nouveau r&#233;gime mit en oeuvre un programme de deux ans pr&#233;voyant la nationalisation des industries auparavant accapar&#233;es par les Japonais et une r&#233;forme agraire radicale entra&#238;nant la confiscation sans compensation des grandes exploitations et leur redistribution gratuite aux paysans sans terre. Des lois sur les conditions de travail et un embryon de syst&#232;me social compl&#233;t&#232;rent l'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'apr&#232;s le tournant dans les relations am&#233;ricano-sovi&#233;tiques et les d&#233;buts de la &#171; guerre froide &#187; que, en septembre 1948, trois semaines apr&#232;s la proclamation de la R&#233;publique de Cor&#233;e dans le sud du pays, une R&#233;publique d&#233;mocratique populaire de Cor&#233;e fut proclam&#233;e dans le nord. Peu apr&#232;s, les troupes sovi&#233;tiques se retir&#232;rent de Cor&#233;e, ne laissant que quelques centaines de conseillers militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'en arriver l&#224;, le PC cor&#233;en avait fusionn&#233; en ao&#251;t 1946 avec diff&#233;rents groupes radicaux et nationalistes pour cr&#233;er le Parti des Travailleurs de Cor&#233;e du Nord. Les mouvements qui n'avaient pas rejoint le nouveau parti furent d'abord marginalis&#233;s, puis ceux qui tent&#232;rent de maintenir une existence politique firent l'objet de pers&#233;cutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime qui s'installait au Nord &#233;tait indubitablement r&#233;pressif, r&#233;unissant les traits de beaucoup de dictatures militaires du tiers monde &#224; l'&#233;poque. Comme dans les d&#233;mocraties populaires mises en place sous la protection de l'Arm&#233;e Rouge en Europe centrale et orientale, la premi&#232;re victime du nouveau r&#233;gime fut la classe ouvri&#232;re tant politiquement que physiquement, en raison des efforts surhumains exig&#233;s des travailleurs au nom des n&#233;cessit&#233;s de la reconstruction &#233;conomique. Mais en m&#234;me temps, le discours anti-imp&#233;rialiste de Pyongyang, ses nationalisations et surtout la r&#233;forme agraire radicale qu'il avait mise en place rendaient le r&#233;gime tr&#232;s populaire, non seulement au Nord mais &#233;galement au Sud, o&#249; montait le ressentiment contre l'oligarchie parasitaire des propri&#233;taires fonciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le projet occidental avec l'aide de la Chine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; comment il est d&#233;crit par le journal &#034;Le Monde&#034; et voil&#224; ces beaux projets qu'une r&#233;volution ouvri&#232;re en Cor&#233;e du nord pourrait mettre &#224; mal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la mort de Kim Jong-il, la nouvelle &#233;quipe dirigeante &#224; Pyongyang engagera-t-elle un semblant d'ouverture &#233;conomique ? La Chine tente d'entra&#238;ner son voisin reclus sur la voie des r&#233;formes qu'elle a adopt&#233;es chez elle trois d&#233;cennies plus t&#244;t, et lui prouver qu'elles peuvent avoir lieu sans que le Parti des travailleurs ne c&#232;de le pouvoir. P&#233;kin estime qu'il y a moins &#224; perdre d'une dynamique d'ouverture envers la Cor&#233;e du Nord (R&#233;publique populaire et d&#233;mocratique de Cor&#233;e, RPDC), du moment qu'elle est mesur&#233;e et encadr&#233;e, que d'un appauvrissement continu du r&#233;gime, qui risque de le mener &#224; l'implosion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le climat est donc aux affaires entre les milieux nord-cor&#233;ens autoris&#233;s (des groupes d'Etat ou des officines li&#233;s &#224; l'arm&#233;e et &#224; leurs familles) et ceux qui en Chine s'imaginent, &#224; tort ou &#224; raison, qu'ils pourront tirer leur &#233;pingle du jeu d'un environnement qui &#233;voque parfois la Chine des ann&#233;es 80 ou 90. Ainsi du lancement &#224; P&#233;kin, un soir de d&#233;but d&#233;cembre, d'un club-restaurant destin&#233; &#224; promouvoir les investissements chinois en Cor&#233;e du Nord : l'inauguration du Gaoli Gonguan (Club de Cor&#233;e), &#224; Shunyi, banlieue hupp&#233;e du nord-est de la capitale chinoise, n'avait rien &#224; envier aux galas de chambre de commerce tels qu'en organisent &#224; cette p&#233;riode de l'ann&#233;e de nombreux pays. Des serveuses en habit traditionnel cor&#233;en passent d'une table &#224; l'autre, avant d'encha&#238;ner sur sc&#232;ne quelques-uns de ces tableaux chantants typiques des spectacles pour h&#244;tes de marque en Cor&#233;e du Nord. Elles finiront guitare &#233;lectrique en bandouli&#232;re, sous les applaudissements de la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les convives, on reconna&#238;t les ressortissants du pays ermite au badge de Kim Jong-il &#233;pingl&#233; sur leur veste &#224; col Mao &#8211; comme cette tabl&#233;e enti&#232;re de l'ambassade de Cor&#233;e du Nord en Chine. A l'heure des discours, une responsable du groupe nord-cor&#233;en Myohyang, une centrale d'achat pr&#233;sent&#233;e comme associ&#233;e du Gaoli Gonguan, vante en cor&#233;en la coop&#233;ration sino-nord-cor&#233;enne. Plusieurs soci&#233;t&#233;s d'Etat chinoises sont pr&#233;sentes et on rep&#232;re m&#234;me des militaires chinois parmi les invit&#233;s. En apart&#233;, un patron chinois l&#233;g&#232;rement &#233;m&#233;ch&#233; nous fait remarquer que les affaires avec le Nord, c'est bien beau, mais que se faire payer en devises est parfois compliqu&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gaoli Gonguan est un dr&#244;le de club de rencontres, destin&#233; &#224; cr&#233;er un climat d'affaires favorable pour les Chinois en Cor&#233;e du Nord, et vice-versa. Huang Jianbo, l'homme d'affaires qui en a eu l'initiative, s'occupe d&#233;j&#224; d'un &#034;centre d'&#233;change et d'amiti&#233;&#034; entre Chine et Cor&#233;e du Nord. Il est en train de monter &#224; Pyongyang une usine d'ampoules &#224; basse consommation, qui ouvrira en mai et emploiera une cinquantaine d'ouvriers. Les composants viendront de Chine, et la production sera enti&#232;rement &#233;coul&#233;e via le r&#233;seau de distribution d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous une autre casquette, M. Huang pr&#233;side un groupe public sp&#233;cialis&#233; dans la construction d'infrastructures sportives &#224; l'&#233;tranger. Ce m&#233;lange des genres, courant en Chine, a-t-il l'avantage de rassurer les Nord-Cor&#233;ens ? Depuis 2009, notre h&#244;te s'est rendu une dizaine de fois en Cor&#233;e du Nord. On lui confie un portable &#224; son arriv&#233;e (il est interdit d'en apporter un de l'ext&#233;rieur). Il trinque avec des cadres. Et d&#233;borde d'optimisme : &#034;La Cor&#233;e du Nord a d&#233;cid&#233; l'an dernier de mettre l'accent sur les industries l&#233;g&#232;res. On a beaucoup de visites de Nord-Cor&#233;ens, c'est donc l'occasion de les mettre en contact avec des Chinois&#034;, nous explique-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cor&#233;e du Nord survit sous perfusion chinoise. Selon l'Institut de recherche &#233;conomique sud-cor&#233;en Samsung, les &#233;changes avec la Chine repr&#233;sentaient 56,2% du commerce ext&#233;rieur de la Cor&#233;e du Nord en 2009, la premi&#232;re fois depuis la chute de l'Union sovi&#233;tique que plus de la moiti&#233; des &#233;changes de la RPDC se faisaient avec un seul Etat. Selon une source chinoise, environ 20 % de l'aide ext&#233;rieure chinoise irait &#224; Pyongyang, m&#234;me si le chiffre exact demeure secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pyongyang n'est pourtant pas un client facile : le premier essai nucl&#233;aire nord-cor&#233;en, en 2006, et l'approbation par la Chine de sanctions visant Pyongyang a conduit &#224; une mini-brouille entre les deux pays fr&#232;res. Apr&#232;s le second tir, en mai 2009, la Chine, qui voit avec horreur Pyongyang se retirer des pourparlers &#224; six dont elle est la promotrice, d&#233;cide de s'y prendre autrement : l'invitation de Wen Jiabao &#224; Pyongyang pour les 60 ans des relations bilat&#233;rales, en octobre de cette ann&#233;e-l&#224;, est un tournant. M. Wen, au cours d'une longue discussion avec feu le &#034;cher dirigeant&#034;, l'encourage &#224; d&#233;couvrir de plus pr&#232;s les r&#233;formes &#233;conomiques chinoises, notamment dans le nord-est chinois, et &#224; revenir &#224; la table des n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2010 verra se multiplier les visites officielles &#224; un niveau jamais &#233;gal&#233; dans l'histoire r&#233;cente des deux voisins communistes &#8211; Kim Jong-il se rendra deux fois en Chine &#8211; alors m&#234;me que Pyongyang multiplie les provocations avec le Sud (le torpillage pr&#233;sum&#233; de la corvette sud-cor&#233;enne Cheonan en mars puis le pilonnage de deux &#238;les sud-cor&#233;ennes en novembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2011, l'&#233;treinte chinoise se prolonge &#8211; ce qui n'emp&#234;chera pas P&#233;kin, soucieux de consolider son magist&#232;re sur les deux Cor&#233;es, de r&#233;parer sa relation avec S&#233;oul, froiss&#233; par la d&#233;fiance chinoise &#224; son &#233;gard. &#034;La politique nord-cor&#233;enne &#233;tait focalis&#233;e sur les Etats-Unis et la Cor&#233;e du Sud. A la suite des tensions avec la Cor&#233;e du Sud en 2010, les Nord-Cor&#233;ens ont davantage r&#233;alis&#233; l'importance que pouvait avoir la Chine et &#233;cout&#233; ses conseils&#034;, estime Shi Yongming, un expert de la Cor&#233;e du Nord au China Institute of International Studies. &#034;La Chine souhaite que la Cor&#233;e du Nord s'ouvre, et elle fait des efforts dans ce sens&#034;, poursuit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des aspects du &#034;mod&#232;le chinois&#034; suivi par les Cor&#233;ens du Nord passerait par l'implication tous azimuts de l'arm&#233;e dans l'&#233;conomie &#8211; &#224; l'instar de la Chine des ann&#233;es 80, estime un autre expert chinois. L'exportation en Cor&#233;e du Nord du &#034;capitalisme &#224; la chinoise&#034; a un autre effet secondaire : la corruption. Transparency International a class&#233; d&#233;but d&#233;cembre le pays ermite au 182e rang des pays les plus corrompus de la plan&#232;te &#8211; soit la toute derni&#232;re place, qu'elle partage avec la Somalie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les signes d'ouverture, en outre, sont parfois d&#233;sopilants : &#034;Nous avons commenc&#233; en Chine avec les zones frontali&#232;res, comme Shenzhen. En Cor&#233;e du Nord, plus on est pr&#232;s de la fronti&#232;re, plus c'est ferm&#233; ! Le mot ouverture d&#233;signe avant tout chez eux le fait d'attirer des investissements &#233;trangers, sans d'autres implications &#233;conomiques&#034;, note Shi Yongming.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Chinois en font parfois l'exp&#233;rience &#224; leurs d&#233;pens : de source chinoise bien inform&#233;e, des trois cents entreprises chinoises enregistr&#233;es &#224; l'ambassade de Cor&#233;e du Nord en Chine, cinq ou six seulement tireraient leur &#233;pingle du jeu. Une centaine &#034;surnage&#034;. Et le reste&#8230; ferait des pertes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le syndicalisme en Asie en 2007</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Chine China</dc:subject>
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&lt;p&gt;L'anti-syndicalisme gangr&#232;ne l'Asie &lt;br class='autobr' /&gt;
Bruxelles, le 18 septembre 2007 (CSI en ligne) : L'Asie d&#233;tient le sinistre record du plus grand nombre d'arrestations et de licenciements massifs de travailleurs en raison d'activit&#233;s syndicales. Selon des estimations mod&#233;r&#233;es de la CSI publi&#233;es dans son nouveau rapport sur les violations des droits syndicaux, au moins 4.800 travailleurs asiatiques ont &#233;t&#233; licenci&#233;s en raison de leurs engagement syndical en 2006, et plus de 2.800 ont fait l'objet (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique95" rel="directory"&gt;10 - Livre Dix : SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;Chine China&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot44" rel="tag"&gt;Asie Asia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Cor&#233;e Korea&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot148" rel="tag"&gt;Cambodge&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'anti-syndicalisme gangr&#232;ne l'Asie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruxelles, le 18 septembre 2007 (CSI en ligne) : L'Asie d&#233;tient le sinistre record du plus grand nombre d'arrestations et de licenciements massifs de travailleurs en raison d'activit&#233;s syndicales. Selon des estimations mod&#233;r&#233;es de la CSI publi&#233;es dans son nouveau rapport sur les violations des droits syndicaux, au moins 4.800 travailleurs asiatiques ont &#233;t&#233; licenci&#233;s en raison de leurs engagement syndical en 2006, et plus de 2.800 ont fait l'objet d'arrestations. Cette tendance &#224; se d&#233;barrasser des travailleurs syndiqu&#233;s par le licenciement, les arrestations, voire les tabassages et les assassinats, s'est poursuivie &#224; grande &#233;chelle en 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les donn&#233;es du rapport, ce sont les Philippines qui s'av&#232;rent &#234;tre le pays le plus violent &#224; l'encontre des syndicalistes en Asie. Au moins 33 syndicalistes ont trouv&#233; la mort dans une explosion de violences extrajudiciaires. De hauts fonctionnaires du gouvernement et des officiers sup&#233;rieurs des forces arm&#233;es ont d&#233;clar&#233; publiquement que les dirigeants syndicaux et les repr&#233;sentants de la soci&#233;t&#233; civile appartenant &#224; des mouvements progressistes &#233;taient des &#171; communistes &#187; et des &#171; ennemis de la nation &#187;, pr&#233;texte justifiant la violence exerc&#233;e &#224; leur encontre. L'atmosph&#232;re d'impunit&#233; qui r&#232;gne dans l'archipel a en outre sap&#233; toute possibilit&#233; de faire appliquer correctement la l&#233;gislation du travail, comme en t&#233;moignent les nombreux cas d'intimidation, d'enl&#232;vement et de torture dont sont victimes les syndicalistes. L'une de ces victimes est Rogelio Concepcion, pr&#233;sident du syndicat des travailleurs de la Solid Development Corporation. Enlev&#233; le 6 mars 2006 pr&#232;s de l'usine o&#249; il travaillait, son cadavre a &#233;t&#233; retrouv&#233; un peu plus tard ; il portait des traces de torture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Cambodge, des attaques polici&#232;res contre des travailleurs manifestants ont &#233;t&#233; recens&#233;es pratiquement tous les mois. Le syndicat FTUWKC est particuli&#232;rement vis&#233; par les violences antisyndicales. Le 3 mai par exemple, Chi Simun, pr&#233;sident de ce syndicat au sein de l'usine Bright Sky, a &#233;t&#233; attaqu&#233; par des malfrats qui l'ont frapp&#233; brutalement &#224; la t&#234;te et aux &#233;paules avec des barres de fer et des b&#226;tons. Chi Simun a reconnu certains de ses agresseurs et a donn&#233; leurs noms et d'autres informations &#224; la police locale, mais aucune enqu&#234;te n'a &#233;t&#233; ouverte ni aucune mesure prise. Il a de nouveau &#233;t&#233; menac&#233; par la suite, et a finalement perdu son emploi lors d'un licenciement collectif. Tout comme d'autres ex-d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux, il se trouve actuellement sur une liste noire distribu&#233;e aux autres usines afin qu'il ne trouve plus d&#8216;emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs autres syndicalistes cambodgiens ont &#233;t&#233; bless&#233;s par balle en 2006 et cette violence antisyndicale s'est poursuivie cette ann&#233;e, avec notamment l'assassinat le 24 f&#233;vrier dernier de Hy Vuthy, dirigeant de la FTUWKC au sein de l'usine de confection Suntex. Il s'agit du troisi&#232;me meurtre d'un repr&#233;sentant du FTUWKC depuis l'assassinat en 2004 de Chea Vichea, ancien pr&#233;sident du syndicat. Cette affaire avait confirm&#233; l'incomp&#233;tence de l'appareil judiciaire cambodgien, qui est de notori&#233;t&#233; publique inf&#233;od&#233; au gouvernement. En d&#233;pit de plusieurs campagnes internationales men&#233;es par les syndicats et les organisations de droits de l'homme, deux personnes innocentes, Born Samnang et Sok Sam Oeun, demeurent en prison depuis 2004, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; forc&#233;es sous la torture &#224; livrer de faux aveux dans ce dossier. Leur condamnation &#224; 20 ans de prison a &#233;t&#233; confirm&#233;e en appel cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Bangladesh est l'un des quatre pays d'Asie o&#249; des travailleurs ont trouv&#233; la mort en 2006 pour avoir essay&#233; de d&#233;fendre leurs droits syndicaux. Comme en Indon&#233;sie, les syndicalistes bangladais doivent aussi faire face aux attaques de truands pay&#233;s par les employeurs, et m&#234;me &#224; des tabassages ou &#224; des actes de tortures lorsqu'ils sont emprisonn&#233;s suite &#224; leurs activit&#233;s syndicales. En mai par exemple, &#224; Gazipur, des man&#339;uvres frauduleuses du patronat sur le plan salarial, aggrav&#233;es par des abus verbaux &#224; l'encontre des effectifs, auraient &#233;t&#233; &#224; l'origine de confrontations entre les travailleurs et la direction. Une gr&#232;ve s'en est suivie, mais la direction a aggrav&#233; la situation en faisant appel &#224; des truands charg&#233;s d'attaquer les travailleurs qui formaient le piquet de gr&#232;ve. Les travailleurs ont ripost&#233; &#224; l'attaque et la direction a alors fait appel &#224; la police, qui a ouvert le feu sur les gr&#233;vistes. Bilan : un travailleur tu&#233; et plusieurs bless&#233;s. Ces r&#233;pressions ont provoqu&#233; une vague d'&#233;meutes&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus tard, la police a accus&#233; le syndicat BIGUF d'avoir instigu&#233; des &#233;meutes. Un organisateur de ce syndicat BIGUF a &#233;t&#233; maintenu les yeux band&#233;s, battu et tortur&#233; durant sa garde &#224; vue dans un commissariat. Au moins un autre organisateur et une employ&#233;e de ce syndicat ont &#233;t&#233; tortur&#233;s au m&#234;me moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction par &#233;tapes de droits syndicaux (restreints) promise dans les zones franches n'est pas partie du bon pied au Bangladesh, dans la mesure o&#249; les employeurs ont syst&#233;matiquement harcel&#233;, suspendu et licenci&#233;, durant l'ann&#233;e, des dirigeants des comit&#233;s de repr&#233;sentation et d'aide aux travailleurs. Les zones franches sont d'ailleurs des zones de r&#233;pression antisyndicale &#224; travers toute l'Asie, du Pakistan aux Philippines en passant par l'Etat de Delhi en Inde ou encore l'Indon&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de nombreux pays asiatiques, la police ne semble conna&#238;tre que le recours excessif &#224; la force lorsque des travailleurs manifestent ou partent en gr&#232;ve. On en a encore eu la preuve en Malaisie, o&#249; de violentes attaques polici&#232;res contre des rassemblements syndicaux ont &#233;t&#233; rapport&#233;es en mars. La police n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; se servir de matraques, de chiens et de canons &#224; eau pour disperser une protestation du MTUC et lors d'une autre manifestation, en mai, la gravit&#233; des blessures valut &#224; l'incident d'&#234;tre surnomm&#233; &#171; dimanche sanglant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun changement positif n'a &#233;t&#233; enregistr&#233; dans des pays comme la Chine, le Vietnam, le Laos et la Cor&#233;e du Nord, o&#249; les l&#233;gislations n'autorisent aucune activit&#233; syndicale ind&#233;pendante. En Chine, plus de 100 travailleurs ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et d&#233;tenus pour avoir pris part &#224; des actions collectives de protestation, alors que le &#171; syndicat &#187; officiel n'a rien fait pour les prot&#233;ger. Des rapports font &#233;tat de plusieurs cas de militants atteints de maladies mentales apr&#232;s avoir &#233;t&#233; soumis &#224; de mauvais traitements en prison ou dans des camps de travail. L'un des syndicalistes chinois victimes de la folle r&#233;pression de Beijing est l'enseignant Zhang Shanguang, condamn&#233; &#224; dix ann&#233;es de r&#233;clusion pour &#171; menace pour la s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat &#187; car il avait tent&#233; de mettre sur pied un syndicat ind&#233;pendant. La CSI a appris qu'il subissait des mauvais traitements et des tortures qui se sont intensifi&#233;s quand il a tent&#233; d'am&#233;liorer les conditions dans le centre p&#233;nitentiaire o&#249; il est incarc&#233;r&#233;. Il souffre de tuberculose et est atteint d'une maladie cardiaque, mais il serait n&#233;anmoins forc&#233; de travailler les fers aux pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression violente persiste plus que jamais en Birmanie, o&#249; toute activit&#233; syndicale est interdite. Cinq militants ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et condamn&#233;s &#224; de lourdes peines de prison pour avoir fourni des informations &#224; la f&#233;d&#233;ration syndicale ind&#233;pendante FTUB, consid&#233;r&#233;e comme ill&#233;gale. Une militante du syndicat Karen des travailleurs de la sant&#233; a &#233;t&#233; condamn&#233;e &#224; une peine de quatre ans de travaux forc&#233;s, accus&#233;e d'avoir des &#171; contacts avec des organisations ill&#233;gales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette ann&#233;e o&#249; la Tha&#239;lande a v&#233;cu un nouveau coup d'&#201;tat (le 18&#232;me en 70 ans !), de nombreux cas de harc&#232;lement et de licenciements de membres et de dirigeants syndicaux ont eu lieu dans ce pays. Des employeurs ignorent en toute impunit&#233; des arr&#234;ts de tribunaux et des d&#233;cisions du minist&#232;re du Travail. C'est par exemple le cas de Goodyear, qui refuse de r&#233;int&#233;grer des membres syndicaux sous contrats temporaires alors qu'un organisme relevant du minist&#232;re du Travail a trouv&#233; des preuves flagrantes de discrimination antisyndicale dans leur renvoi et a ordonn&#233; leur r&#233;int&#233;gration. Par ailleurs, en Tha&#239;lande comme dans de nombreux pays asiatiques, les travailleurs migrants se sont r&#233;v&#233;l&#233;s une fois de plus tr&#232;s vuln&#233;rables aux abus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains pays de la r&#233;gion suppos&#233;ment plus favorables au respect des droits humains montrent un m&#233;pris total pour les droits fondamentaux des travailleurs. C'est le cas de l'Australie, o&#249; les craintes concernant une utilisation de la nouvelle l&#233;gislation sur les relations professionnelles contre les travailleurs et les syndicalistes se sont tr&#232;s vite confirm&#233;es : 107 travailleurs du b&#226;timent sont sous le coup de poursuites judiciaires &#224; titre individuel et d'&#233;normes amendes. Un d&#233;l&#233;gu&#233; syndical a &#233;t&#233; renvoy&#233; pour avoir exprim&#233; ses pr&#233;occupations sur des probl&#232;mes de sant&#233; et de s&#233;curit&#233; et des travailleurs immigr&#233;s temporaires ont &#233;t&#233; licenci&#233;s pour s'&#234;tre syndiqu&#233;s. D'autres travailleurs ont &#233;t&#233; contraints de renoncer aux conventions collectives pour souscrire &#224; des contrats individuels, &#224; de moins bonnes conditions en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces mauvaises nouvelles, le rapport annuel de la CSI met &#233;galement en lumi&#232;re quelques avanc&#233;es encourageantes, par exemple au N&#233;pal. Les syndicalistes n&#233;palais avaient fait l'objet d'une r&#233;pression d&#233;brid&#233;e en janvier et avril 2006 en raison de leur participation &#224; la lutte pour la restauration de la d&#233;mocratie. En plus des arrestations, trois travailleurs ont &#233;t&#233; tu&#233;s par balles et de nombreux autres ont &#233;t&#233; gri&#232;vement bless&#233;s. La restauration du Parlement, fin avril, annon&#231;ait cependant un assouplissement consid&#233;rable des restrictions aux droits syndicaux. Les syndicats n&#233;palais luttent &#224; pr&#233;sent contre l'hostilit&#233; de certains employeurs, et notamment de la multinationale Group 4 Securicor (G4S). Le syndicat GEFONT a d&#233;nonc&#233; une campagne antisyndicale f&#233;roce de la part de cette multinationale, qui a mut&#233; plusieurs militants syndicaux &#224; des postes &#233;loign&#233;s et difficiles et a menac&#233; de quitter le N&#233;pal en cas de poursuite des activit&#233;s syndicales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Luttes ouvri&#232;res des ann&#233;es 1970-80 dans le monde</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article98</link>
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		<dc:date>2008-05-13T15:51:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Turquie</dc:subject>
		<dc:subject>Ha&#239;ti</dc:subject>
		<dc:subject>Europe de l'Est</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>
		<dc:subject>Pologne</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e Korea</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e du sud South Korea</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Site : Mati&#232;re et r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
www.matierevolution.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Sommaire du site &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi ce site ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nous &#233;crire, cliquez sur R&#233;pondre &#224; cet article &lt;br class='autobr' /&gt; Turquie, Cor&#233;e du sud, Pologne, Tha&#239;lande, Afrique du sud ... Qu'y a-t-il de commun entre les luttes ouvri&#232;res de ces pays aussi divers politiquement que socialement ? Le fait que tous ces pays aient &#233;t&#233; d&#233;stabilis&#233;s par des luttes ouvri&#232;res parce qu'ils &#233;taient des r&#233;gimes issus de la politique des blocs, ce qui emp&#234;chait toute &#233;volution et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique63" rel="directory"&gt;15- Pologne-Turquie-Cor&#233;e-Ethiopie : luttes ouvri&#232;res ann&#233;es 70-80&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot116" rel="tag"&gt;Turquie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot119" rel="tag"&gt;Ha&#239;ti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot137" rel="tag"&gt;Europe de l'Est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot141" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Cor&#233;e Korea&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot180" rel="tag"&gt;Cor&#233;e du sud South Korea&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Site : Mati&#232;re et r&#233;volution&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;www.matierevolution.fr&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article88&#034;&gt;Sommaire du site&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1&#034;&gt;Pourquoi ce site ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous &#233;crire, cliquez sur &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=forum&amp;id_article=98&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; cet article&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_60 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L155xH250/resize.php-d147f.jpg?1777606548' width='155' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Turquie, Cor&#233;e du sud, Pologne, Tha&#239;lande, Afrique du sud ... Qu'y a-t-il de commun entre les luttes ouvri&#232;res de ces pays aussi divers politiquement que socialement ? Le fait que tous ces pays aient &#233;t&#233; d&#233;stabilis&#233;s par des luttes ouvri&#232;res parce qu'ils &#233;taient des r&#233;gimes issus de la politique des blocs, ce qui emp&#234;chait toute &#233;volution et contraignait les blocs &#224; les maintenir en place malgr&#233; une impopularit&#233; croissante, qui amenait des dangers sociaux : celui que ce soit la classe ouvri&#232;re qui les renverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4-15-3 Turquie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi le chapitre trente du m&#234;me livre sur un si&#232;cle de luttes en Turquie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Chronologie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1950, le pouvoir met en place la centrale T&#252;rk-Is comme m&#233;diateur obligatoire entre les ouvriers et le patronat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1960 : coup d'Etat militaire&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1961, fondation par des syndicalistes du Parti ouvrier de Turquie (TIP, parti de gauche r&#233;formiste qui reconna&#238;t la revendication kurde)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 13 f&#233;vrier 1967, suite &#224; une mont&#233;e des gr&#232;ves dans les ann&#233;es 60, un syndicat ind&#233;pendant du pouvoir, la DISK, est fond&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1968 : mont&#233;e des luttes et de la contestation, dans la jeunesse (en juin) puis dans la classe ouvri&#232;re. La premi&#232;re occupation d'usine &#224; Istanbul, celle de Derby, un mois apr&#232;s le d&#233;but de mai 1968, &#233;tait le d&#233;but d'un processus historique. L'occupation de l'usine de fer-forg&#233;, l'une des citadelles de l'&#233;poque, la tentative de r&#233;pression de la police et la d&#233;fense h&#233;ro&#239;que des ouvriers et de leurs familles marqua l'histoire du mouvement ouvrier. L'arm&#233;e intervient pour r&#233;tablir l'ordre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1969, fondation de la &#171; Dev-Genc &#187; (F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants r&#233;volutionnaires, anc&#234;tre de Dev-Yol), qui regroupe des tendances mao&#239;stes, castristes et trotskistes et affirme le droit du peuple kurde &#224; la lutte arm&#233;e.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; juin 1970, manifestation de masse contre un projet de loi syndicale r&#233;pressive : 100 000 ouvriers descendaient dans la rue, s'affontaient avec la police, &#233;rigeaient des barricades, interdiction de la Disk et manifestations de protestations contre cette interdiction les 15 et 16 juin. Le mouvement kurde se d&#233;veloppe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 12 mars 1971, coup d'Etat militaire : des officiers renversent Demirel et installent la loi martiale. Pendant des ann&#233;es, des milliers d'opposants et de syndicalistes sont souvent assassin&#233;s par des milices, des fascistes, des &#233;l&#233;ments des forces arm&#233;es et polici&#232;res.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1er mai 1977, fusillade de la place Taksim &#224; Istanbul (37 morts parmi les centaines de milliers de manifestants ouvriers). En deux ans, des centaines de milliers de personnes furent arr&#234;t&#233;es et plus de 98000 jug&#233;es, 21700 condamn&#233;es &#224; des peines de prison, cinquante ex&#233;cut&#233;es &#224; l'issue de proc&#232;s politiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de 1979 &#224; 1983, les prix sont multipli&#233;s par 12, les salaires par 8 seulement. La baisse des salaires r&#233;els est tr&#232;s forte dans les ann&#233;es 1980.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; janvier 1980, plan gouvernemental soi-disant &#171; contre l'inflation &#187; : restriction du cr&#233;dit, diminution des investissements publics, blocage des salaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; f&#233;vrier 1980, le complexe agro-industriel d'Izmir licencie des militants actifs et provoque la mobilisation des travailleurs, qui occupent les locaux. C'est l'intervention de l'arm&#233;e, de l'extr&#234;me droite qui intervient en force suppl&#233;tive du pouvoir d'&#201;tat et des patrons, en pratiquant l'assassinat de syndicalistes et de militants d'extr&#234;me gauche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de janvier &#224; septembre 1980, 2 000 personnes sont ainsi assassin&#233;es.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 12 septembre 1980, coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Evren. Les organosations syndicales sont interdites pendant trois ans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1983, la langue kurde est interdite jusque dans les discussions priv&#233;es.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1986-1987 : reprise des gr&#232;ves ouvri&#232;res&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; printemps 1989, vague de gr&#232;ves et de manifestations, avec une grosse mobilisation des travailleurs du secteur public, notamment ceux des chantiers navals. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en 1990-1991, une seconde vague de gr&#232;ve, en, particulier dans les mines, contraint les patrons &#224; c&#233;der des augmentations allant de 150 &#224; 250 % &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1994, la crise &#233;conomique plonge &#224; nouveau les salaires vers le bas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1998, les m&#233;tallurgistes de Renault et Tofas (filiale de Fiat) entrent en lutte aussi bien contre leur patron que contre le syndicat Metal-Is, filiale de T&#252;rk-Is (la plus importante conf&#233;d&#233;ration) qui a accept&#233; une augmentation des salaires de 43 %, alors que l'inflation annuelle est de l'ordre de 100 %. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1999, contre le recul de l'&#226;ge de la retraite et la baisse du pouvoir d'achat, des manifestations qui regroupent des centaines de milliers de travailleurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; f&#233;vrier 2001, crise &#233;conomique et d&#233;valuation de la livre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pologne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&#171; Mon destin m'a plac&#233; &#224; la t&#234;te des gens. Ce que j'appelle marcher &#224; la t&#234;te du troupeau. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Lech Walesa&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Dans son autobiographie intitul&#233;e &lt;br /&gt;
&#171; Un chemin d'espoir &#187;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luttes ouvri&#232;res dans la Pologne des ann&#233;es 70-80&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;L'Etat polonais des ann&#233;es 1970-80 fait partie de ce que l'on a appel&#233; les &#171; d&#233;mocraties populaires &#187;, traduisez dictature anti-ouvri&#232;re sous la domination de la bureaucratie et de l'arm&#233;e russes. La mise en place de ce r&#233;gime ne doit rien &#224; une intervention des masses populaires de Pologne et encore moins &#224; une r&#233;volution communiste, en Pologne ou nulle part ailleurs. Ce r&#233;gime a &#233;t&#233; mis en place avec l'accord de l'imp&#233;rialisme et non contre lui. C'est ainsi que s'est constitu&#233; toute la zone sous domination russe &#8211; et pas communiste &#8211; &#224; l'Est. L'&#233;tatisme polonais ne d&#233;coule nullement d'une perspective communiste, de renversement du capitalisme &#224; l'&#233;chelle mondiale, mais de la lutte mondiale de l'imp&#233;rialisme uni au stalinisme contre les risques r&#233;volutionnaires de l'apr&#232;s-guerre. C'est donc un Etat qui est dirig&#233; de A &#224; Z et d&#232;s le d&#233;but contre la classe ouvri&#232;re. Sa mise en place a n&#233;cessit&#233; la destruction d'anciennes structures mais ni celles des anciennes classes, ni des anciens appareils de l'Etat. Non, il s'agit de celles des anciens partis et syndicats ouvriers, qui sont enti&#232;rement d&#233;truits et reconstruits par le nouvel Etat, y compris l'ancien Parti communiste (comme dans tous les &#171; Pays de l'Est &#187;). La mise en place du parti unique et du syndicat unique &#224; partir de la guerre froide en 1947 ne sont nullement des mesures en faveur des travailleurs, au contraire. C'est la dictature politique et sociale qui s'abat sur les travailleurs qui sont priv&#233;s de tout droit d&#233;mocratique. &lt;br /&gt;
D&#232;s que la classe ouvri&#232;re a tent&#233; de protester, de revendiquer, elle a subi la r&#233;pression violente de cet Etat. En 1956, alors que la r&#233;volution se d&#233;roulait en Hongrie, les ouvriers polonais sont &#233;galement entr&#233;s en lutte. En juin 1956, ce sont notamment les 15.000 ouvriers des usines Staline de Pozna'n qui se mobilisent. Pour les &#233;craser, le pouvoir envoie l'arm&#233;e avec 200 tanks. Elle fait 53 morts et 400 bless&#233;s. Puis, en octobre 1956, tout le pays se couvre de conseils ouvriers, suivant l'exemple des ouvriers de l'usine Z&#233;ran de Varsovie. Le pouvoir parvient &#224; d&#233;tourner la col&#232;re des travailleurs, en faisant venir au pouvoir un pr&#233;tendu r&#233;formateur, en fait un stalinien momentan&#233;ment &#233;cart&#233; : Gomulka. Il r&#233;ussit &#224; calmer les esprits. &lt;br /&gt;
C'est en 1970 qu'un nouveau mouvement massif de la classe ouvri&#232;re contre le pouvoir reprend. L'annonce d'une hausse des prix de 30% met le feu aux poudres. Des arr&#234;ts de travail spontan&#233;s dans toutes les villes du littoral de la Baltique, &#224; Gdynia, Gdansk et Szczecin, sont suivies de manifestations o&#249; les travailleurs vont demander des comptes aux dirigeants des localit&#233;s et du parti unique. A Gdynia, les membres du comit&#233; de gr&#232;ve qui ont n&#233;goci&#233; avec la direction des chantiers sont arr&#234;t&#233;s. A cette nouvelle, une v&#233;ritable foule ouvri&#232;re en col&#232;re attaque et met le feu &#224; la direction du parti unique et fait le si&#232;ge des commissariats. Il en va de m&#234;me ensuite &#224; Gdansk et Szczecin. Il en r&#233;sulte des arrestations, des tortures et des assassinats dans les commissariats. Des ouvriers des chantiers de Gdansk sont fusill&#233;s pr&#232;s de l'entr&#233;e. L'arm&#233;e fait &#233;vacuer les chantiers de Gdansk. A Gdynia, les travailleurs sont battus au cours d'une offensive d'une grande violence, &#224; la mitrailleuse et par des attaques d'h&#233;licopt&#232;res, le 16 d&#233;cembre. Le lendemain, c'est Szczecin qui est le th&#233;&#226;tre d'une terrible bataille de rue. L'arm&#233;e et la milice tirent sur les gr&#233;vistes qui occupent le chantier Warski. &lt;br /&gt;
Le r&#233;gime a vaincu, mais il est discr&#233;dit&#233;. Gomulka est d&#233;missionn&#233;. Il doit laisser la place &#224; un nouveau chef d'Etat, Gierek, qui s'adresse aux ouvriers, leur fait des excuses, retire les mesures anti-ouvri&#232;res, supprime les mesures de r&#233;pression, annonce un nouveau type de relations avec les travailleurs, fait de nombreuses promesses et fait appel au sens des responsabilit&#233;s des travailleurs. Avec succ&#232;s. &lt;br /&gt;
Six ans plus tard, la classe ouvri&#232;re polonaise retrouve la voie de la lutte. Le 24 juin 1976, &#224; l'annonce d'une hausse des prix de 39% d&#233;cid&#233;e par Gierek, un mouvement de gr&#232;ve s'&#233;tend &#224; tout le pays. C'est &#224; Ursus dans la banlieue de Varsovie et &#224; Radom que le mouvement est le plus dur. A Radom, la milice tire sur la foule et 17 personnes sont tu&#233;es. Le gouvernement prend peur. 24 heures apr&#232;s l'annonce des hausses de prix, elles sont annul&#233;es. Mais il craint que cette victoire ouvri&#232;re entra&#238;ne une mont&#233;e irr&#233;pressible de la mobilisation et de l'organisation de la classe ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire par une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire. Il accompagne donc ce recul d'une s&#233;rieuse r&#233;pression. Des centaines de gr&#233;vistes sont arr&#234;t&#233;s, tabass&#233;s dans les locaux de la police. Certains travailleurs subissent des proc&#232;s publics o&#249; ils sont contraints de faire leur autocritique. Des intellectuels s'organisent alors pour d&#233;fendre les travailleurs qui subissent la r&#233;pression et les licenciements. Ils fondent le KOR, comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers. Des dirigeants politiques apparaissent alors, qui vont jouer un r&#244;le dirigeant dans la mobilisation qui suivra en 1980. Certains sont des fondateurs des &#171; syndicats libres &#187; comme Lech Walesa, Anna Walentynowicz, les fr&#232;res Kaczinski, Jack Kuron, Modzlewski, ou Adam Michnik. La conception qu'ils ont tir&#233;e des &#233;v&#233;nements des ann&#233;es 70 est nationaliste et r&#233;formiste. En r&#233;sum&#233; : pas question d'attaquer ou m&#234;me de menacer le pouvoir stalinien, il fait cr&#233;er un rapport de forces pour n&#233;gocier, revendiquer des droits syndicaux hors des &#171; syndicats &#187; du pouvoir et, sans affrontement, viser au d&#233;veloppement d'une opinion nationale, chr&#233;tienne, pro-occidentale. En somme, leurs conceptions sont tout sauf r&#233;volutionnaires. Leur mod&#232;le est souvent l'ancienne Pologne, que gouvernait le g&#233;n&#233;ral Pilsudski, un dictateur anti-communiste et pro-occidental, meneur de pogromes anti-s&#233;mites, mis au pouvoir par les puissances imp&#233;rialistes pour contrer la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Il s'agit m&#234;me de convaincre le pouvoir que la transformation de la soci&#233;t&#233; devient la seule mani&#232;re d'&#233;viter la r&#233;volution prol&#233;tarienne. La mobilisation de la classe ouvri&#232;re est le moyen de n&#233;gocier la sortie de crise, en obtenant progressivement la mise en place d'un r&#233;gime bourgeois. Adam Michnik &#233;crit ainsi, cit&#233; par Lech Walesa dans &#171; Un chemin d'espoir &#187; : &lt;i&gt;&#171; La v&#233;rit&#233; est que sans entente entre le pouvoir et le peuple, on ne peut gouverner ce pays. (&#8230;) La v&#233;rit&#233; est la suivante : le seul gouvernement polonais accept&#233; par les dirigeants de l'URSS est celui des communistes, et rien ne permet de penser que cet &#233;tat de chose puisse changer du jour au lendemain. Qu'est-ce qu'il en r&#233;sulte ? (&#8230;) Il en r&#233;sulte que toute tentative de renversement du pouvoir communiste en Pologne porte directement atteinte aux int&#233;r&#234;ts de l'URSS. (&#8230;) Prenons bien soin de ne pas mettre en lambeaux ce qu'est l'Etat polonais d&#233;pouill&#233; de sa souverainet&#233;, mais toujours l'Etat, sans lequel notre sort serait infiniment plus p&#233;nible. &#187; &lt;/i&gt; De 1976 &#224; 1978, leur groupe est pass&#233; de 6 &#224; 600 militants en faveur de syndicats libres. La mont&#233;e de la classe ouvri&#232;re continuant, ils sont plusieurs milliers en 1979 et diffusent massivement leur journal, &#171; L'ouvrier du littoral &#187;. Lorsque Anna Walentynowicz, militante des syndicats libres, est licenci&#233;e &#224; six mois de la retraite, trois jeunes ouvriers des chantiers naval de Gdansk d&#233;cident de mettre les chantiers en gr&#232;ve et vont chercher Lech Walesa, licenci&#233; depuis des ann&#233;es, mais qu'ils font rentrer dans les lieux. Malgr&#233; un d&#233;but du mouvement tr&#232;s difficile, ils parviennent finalement &#224; mettre les chantiers de Gdansk en gr&#232;ve, un mouvement qui va gagner tout le pays, et contraindre le pouvoir aux n&#233;gociations qu'esp&#233;rait Lech Walesa et ses amis. Il a fallu non seulement mobiliser les travailleurs mais aussi les emp&#234;cher de s'en prendre au pouvoir et canaliser leur &#233;nergie dans un sens qui ne menace pas le pouvoir. Il a fallu que ces dirigeants issus du mouvement se montrent capables de prendre la t&#234;te des luttes ouvri&#232;res pour les calmer et s'imposer ainsi comme la force la plus importante face au pouvoir. Ils ont re&#231;u pour cette t&#226;che d&#233;licate un appui important : celui de L'Eglise et de la papaut&#233;. Ils ont &#233;galement eu l'appui de la petite bourgeoisie nationaliste de Pologne. Le meilleur compte-rendu de cette strat&#233;gie r&#233;formiste est certainement son auteur, Lech Walesa lui-m&#234;me. Si son pass&#233; est celui d'un leader ouvrier d&#233;cid&#233;, combatif qui comprend que le prol&#233;tariat est la principale force politique, il est aussi oppos&#233; &#224; toute forme r&#233;elle de pouvoir ouvrier. Il sait n&#233;gocier dans le dos d'un mouvement, imposer quand il ne convainc pas, effectuer un chantage avec succ&#232;s, faire appel au sens des responsabilit&#233;s des travailleurs pour les faire reculer. Dans ses m&#233;moires, il ne s'en cache nullement et, comme tout bon leader nationaliste, il reconna&#238;t volontiers qu'il n'est pas un d&#233;fenseur des int&#233;r&#234;ts des opprim&#233;s, mais un d&#233;fenseur de l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur du pays, c'est-&#224;-dire des perspectives nationales bourgeoises. Il est fier de s'&#234;tre fait le pompier des gr&#232;ves qui parcoure tout le pays dans un v&#233;hicule fourni par le pouvoir. D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, Walesa parvient &#224; se faire &#233;lire au comit&#233; de gr&#232;ve bien qu'il ne soit plus ouvrier des chantiers, &#233;tant parvenu &#224; &#233;tablir le lien entre la revendication de la r&#233;int&#233;gration d'Anna Walentynowicz et la sienne. Walesa s'av&#232;re un tacticien tr&#232;s habile dans les discussions avec les travailleurs, plus encore que dans celles avec les membres du pouvoir. Il sait parfaitement &#234;tre radical quand c'est n&#233;cessaire pour garder son cr&#233;dit et il sait aussi prendre compl&#232;tement &#224; rebrousse-poil toute une assembl&#233;e ouvri&#232;re. Mais ces grandes capacit&#233;s personnelles sont mises au service d'une strat&#233;gie qui vise certes dans un premier temps &#224; augmenter le rapport de forces des travailleurs, mais, ensuite, &#224; pr&#233;parer la mise en place d'un nouveau nationalisme polonais qui n'a que faire des revendications ouvri&#232;res. Walesa se consid&#232;re comme l'un des piliers de la &#171; nouvelle Pologne &#187;, les deux autres piliers &#233;tant le pouvoir et l'Eglise. C'est un partisan de l'ordre et un ennemi ouvert de la r&#233;volution, il l'affirme lui-m&#234;me. Sans cesse, il pr&#233;dit que, si on ne suit pas ses propositions, c'est la r&#233;volution, avec comme cons&#233;quence imm&#233;diate le bain de sang et, surtout, l'intervention de l'arm&#233;e russe. Les leaders radicaux, il ne craint pas de les &#233;carter de fa&#231;on radicale, en se servant directement et grossi&#232;rement parfois de sa popularit&#233;. La r&#233;volution lui sert autant d'&#233;pouvantail que l'&#233;crasement par l'Etat russe. Le pacifisme, une fois de plus, sert &#224; rendre les opprim&#233;s pacifiques c'est-&#224;-dire &#224; les d&#233;sarmer, mais pas &#224; contraindre le pouvoir &#224; &#234;tre pacifique, en entra&#238;nant les petits soldats aux c&#244;t&#233;s des travailleurs. Loin d'avoir pr&#233;par&#233; les travailleurs, qui &#233;taient pourtant massivement mobilis&#233;s et organis&#233;s, au risque d'intervention arm&#233;e de l'Etat polonais, il les a ainsi compl&#232;tement d&#233;sarm&#233; politiquement et ils seront compl&#232;tement pris par surprise par le coup d'Etat militaire de Jaruzelski en 1981 parce qu'il &#233;tait organis&#233; par l'arm&#233;e polonaise et non par la Russie, situation qu'ils refusaient politiquement d'envisager, par nationalisme. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;La mobilisation ouvri&#232;re de 1980&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;D&#232;s que la gr&#232;ve appara&#238;t comme massive et qu'elle d&#233;montre qu'elle a une direction d&#233;cid&#233;e &#224; aller jusqu'au bout, elle gagne la totalit&#233; des Chantiers de Gdansk, car la seule chose qui retenait les travailleurs &#233;tait la crainte d'une gr&#232;ve faible qui terminerait rapidement par un &#233;chec. D&#232;s que la gr&#232;ve prend solidement, le 15 ao&#251;t 1980, toutes les entreprises travaillant pour l'industrie navale s'y joignent. Les Chantiers sont occup&#233;s et gard&#233;s nuit et jour. Le comit&#233; de gr&#232;ve choisit de faire des Chantiers un bastion de la lutte, plut&#244;t que de se confronter aux forces de l'ordre dans les rues. Les leaders y dorment, y mangent et ne les quittent pas, pour &#233;viter arrestations et intimidations. Au lieu d'aller chercher des soutiens dans la r&#233;gion et le reste du pays, il font des chantiers le point de rencontre de toutes le forces du pays oppos&#233;es au pouvoir, et particuli&#232;rement de la classe ouvri&#232;re. &lt;br /&gt;
Devant le d&#233;but de g&#233;n&#233;ralisation de la gr&#232;ve, de sa radicalisation et de la menace sociale dans une Pologne &#233;conomiquement et politiquement dans l'impasse, la direction des chantiers c&#232;de le 16 ao&#251;t. Elle accepte une partie des revendications des travailleurs mais ne donne que 1500 zlotys au lieu des 2000 revendiqu&#233;s. Cependant, malgr&#233; la mont&#233;e de la lutte, ou &#224; cause de celle-ci, Lech Walesa signe pr&#233;cipitamment le compromis propos&#233; par la direction des Chantiers en ne consultant pas les salari&#233;s. Les travailleurs conspuent Lech Walesa revenu de sa signature aux cris de &#171; 2000 ! 2000 ! &#187;. Dans la nuit suivante, tous les chantiers se couvrent d'inscriptions &#171; Walesa tra&#238;tre ! &#187;, &#171; Walesa vendu ! &#187;. Le lendemain, Walesa revient sur ses positions en disant : la gr&#232;ve des chantiers pour les alaires est termin&#233;e mais la gr&#232;ve de solidarit&#233; commence. Les autres salari&#233;s qui nous ont fait confiance et nous ont suivi doivent &#234;tre soutenus par nous. Ce terme de &#171; Solidarit&#233; &#187;, qui va donner son nom au mouvement puis au syndicat et qui est connu aux quatre coins du monde, provient seulement de la pirouette de Walesa pour garder la t&#234;te du mouvement, faute d'&#234;tre parvenu &#224; l'arr&#234;ter. &lt;br /&gt;
Le 18 ao&#251;t, l'occupation des Chantiers de Gdansk reprend donc et Walesa a &#233;t&#233; maintenu &#224; sa t&#234;te. Walesa a d&#251; accepter que le mouvement prenne un caract&#232;re nouveau. La direction du mouvement change de caract&#232;re et Walesa s'adapte &#224; cette nouvelle situation. Pour garder sa place et la transformer en une direction de l'ensemble de la lutte, il doit convaincre ses anciens camarades, nationalistes et r&#233;formistes, de laisser les leaders radicaux du mouvement participer &#224; la direction du mouvement. Le comit&#233; de gr&#232;ve des chantiers s'&#233;largit &#224; des d&#233;l&#233;gu&#233;s de toutes les entreprises de Gdansk qui seront bient&#244;t rejoints par ceux d'entreprises de la r&#233;gion et au-del&#224;. C'est la fondation du MKS, comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises, de Gdansk qui sera imit&#233; par d'autres MKS dans le reste du pays quelques jours plus tard. Le MKS se dote d'un programme : les fameuses 21 revendications bien plus ax&#233;es sur les libert&#233;s publiques que sur la lutte pour les revendications ouvri&#232;res. Cependant, ce programme a le m&#233;rite de placer la classe ouvri&#232;re en position de direction pour la transformation du pays, puisqu'elle met en avant des transformations politiques et sociales qui vont dans le sens des aspirations de toute la population, y compris la petite bourgeoisie et la bureaucratie elle-m&#234;me. La Pologne toute enti&#232;re, et bient&#244;t le monde entier, a alors les yeux fix&#233;s sur les ouvriers du Littoral. Toute la capacit&#233; de Walesa va &#234;tre de transformer ce potentiel r&#233;volutionnaire, qui est encore sur des bases de classe, en un capital pour la transformation bourgeoise de la Pologne. Il ne va pas &#234;tre seul, loin de l&#224;, pour r&#233;aliser ce retournement impressionnant. La petite bourgeoisie afflue &#224; Gdansk est Walesa saura en faire un contrepoids politique contre la classe ouvri&#232;re. C'est notamment l'instauration du syst&#232;me des &#171; experts &#187; qui remplacent les d&#233;l&#233;gu&#233;s de gr&#233;vistes dans les n&#233;gociations. C'est encore les conseillers dont il s'entoure et qui ne le quittent plus. C'est enfin la mise en place d'un r&#233;seau de journalistes et de militants de la petite bourgeoisie qui donnent le ton dans la presse de la gr&#232;ve. Mais l'Eglise, y compris sa haute hi&#233;rarchie li&#233;e au pouvoir, et le pape lui-m&#234;me, a &#233;t&#233; le point principal qui a permis &#224; Walesa de l'emporter sur les leaders ouvriers radicaux et surtout sur le caract&#232;re imp&#233;tueux de la lutte des classes elle-m&#234;me. Non seulement, la pri&#232;re, l'&#233;vocation religieuse des morts de 1970 a servi &#224; Walesa de donner un caract&#232;re solennel au mouvement, de le calmer, de donner un drapeau religieux &#224; la lutte, drapeau sens&#233; d&#233;passer les revendications sociales de la classe ouvri&#232;re. Mais, surtout, la religion permet de donner un caract&#232;re nationaliste &#224; la lutte. Les ouvriers des Chantiers sont ainsi transform&#233;s en d&#233;fenseurs des droits des chr&#233;tiens contre un pouvoir ath&#233;e ! La lutte qui pouvait devenir un affrontement menant au renversement du r&#233;gime devient un combat moral pour r&#233;former le pouvoir ! L'objectif premier, la transformation des conditions mat&#233;rielles d'existence des travailleurs est remis &#224; plus tard et le renforcement de la classe ouvri&#232;re face &#224; ses ennemis bureaucrates et bourgeois, est devenu, miraculeusement, le renforcement des nationalistes, des religieux et des bourgeois, ainsi que des bureaucrates dits r&#233;formateurs. Ce coup de baguette magique de Walesa s'appuie sur des aspirations l&#233;gitimes des ouvriers eux-m&#234;mes : &#233;viter le d&#233;ferlement de violence que produirait, selon lui, une &#233;volution vers un conflit direct avec le pouvoir, r&#233;aliser l'entente de tous les Polonais, obtenir leurs droits en tant que religieux catholiques, transformer le pays de mani&#232;re pacifique et consensuelle en entra&#238;nant y compris les membres du r&#233;gime. Ce r&#234;ve r&#233;formiste va petit &#224; petit l'emporter parmi les gr&#233;vistes, transformant une vague ouvri&#232;re de port&#233;e r&#233;volutionnaire en un mouvement syndical r&#233;formiste, qui va devenir tr&#232;s vite un syndicat dont la direction freine les gr&#232;ves. Religion, nationalisme, pacifisme et r&#233;formisme syndical ont constitu&#233; un v&#233;ritable programme politique national b&#233;n&#233;ficiant d'un grand nombre d'appuis, de militants, y compris au plus haut sommet de l'Etat. &lt;br /&gt;
Cependant, au d&#233;but, rien de tout cela n'est jou&#233;. Jusqu'au 18 ao&#251;t, la force de la classe ouvri&#232;re grandit par l'&#233;largissement du mouvement, en particulier l'extension &#224; l'autre grand port du Littoral de la Baltique, Szczecin. Le pouvoir a tent&#233; d'abord de proposer aux entreprises de n&#233;gocier s&#233;par&#233;ment, mais tr&#232;s peu d'entreprises l'acceptent. La direction politique du mouvement de la classe ouvri&#232;re est unanimement reconnue aux Chantiers de Gdansk. Le MKS refuse de rencontrer le pouvoir en dehors du contr&#244;le des travailleurs eux-m&#234;mes. Si bien que le Vice-premier ministre Jagielski est contraint de n&#233;gocier dans les chantiers eux-m&#234;mes, au beau milieu du chantier L&#233;nine, fer de lance du mouvement ! Cela donne la mesure du rapport de forces &#224; ce moment l&#224;. Les travailleurs, de nombreuses fois flou&#233;s, ont exig&#233; la publicit&#233; compl&#232;te des n&#233;gociations, avec diffusion en direct des d&#233;bats &#224; l'ext&#233;rieur et avec enregistrements. Et les travailleurs seront massivement pr&#233;sents pour suivre la teneur des discussions. Cela n'emp&#234;chera pas les man&#339;uvres bien entendu, mais l&#224; aussi les travailleurs imposent encore leur marque &#224; la situation et emp&#234;chent l'essentiel des tromperies. Multipliant les tentatives de division, les calomnies, les menaces et les op&#233;rations pour acheter des d&#233;l&#233;gu&#233;s, Jagielski esp&#232;re encore que les ouvriers se d&#233;couragent et fait tra&#238;ner les n&#233;gociations pendant 9 jours.&lt;br /&gt;
Le 26 ao&#251;t, Jagielski est contraint de supplier Walesa de signer vite fait les accords. Il recule sur le droit de gr&#232;ve mais refuse toujours le droit &#224; des syndicats ind&#233;pendants. Les &#233;v&#234;ques, dirigeants de l'Eglise polonaise et soutiens en r&#233;alit&#233; du pouvoir, appellent alors publiquement les gr&#233;vistes &#224; faire preuve de sagesse et &#224; reprendre le travail. Le 26 ao&#251;t, le Primat de Pologne donnait le ton &#224; cette politique de l'Eglise qui peut se r&#233;sumer ainsi : emp&#234;cher tout risque de d&#233;rapage vers une r&#233;volution ouvri&#232;re. Il d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; Je consid&#232;re que parfois il ne faut pas r&#233;clamer, exiger, revendiquer beaucoup, pourvu que l'ordre r&#232;gne. &#187;&lt;/i&gt; Comme on le voit, l'Eglise n'est absolument pas une force de transformation radicale de la soci&#233;t&#233; polonaise. Parmi les travailleurs de chantiers, c'est l'indignation et il faut tout le poids acquis par Walesa pour les d&#233;fendre et t&#226;cher de r&#233;tablir la fiction selon laquelle l'Eglise serait du c&#244;t&#233; des travailleurs. Walesa, une nouvelle fois s'adapte &#224; la situation, reconna&#238;t que la gr&#232;ve doit continuer et affirme qu'il sera le dernier &#224; reprendre le travail. A ce moment, le principal appui de Walesa n'est d&#233;j&#224; plus l'ancien groupe de militants en faveur des syndicats libres du Littoral, de militants du KOR et de jeunes ouvriers radicaux avec lesquels il avait commenc&#233; &#224; militer et qui le suivait jusqu'au d&#233;marrage de la gr&#232;ve. Ces anciens amis lui deviennent hostiles et pensent qu'il n'est pas &#224; la hauteur ou qu'il trahit, comme Anna Walentynowycz avec laquelle il a d&#233;marr&#233; la gr&#232;ve et qui lui demande de se retirer de ses responsabilit&#233;s &#224; la t&#234;te du mouvement. Il est devenu le militant de l'appareil de l'Eglise (comme il l'affirme dans &#171; un chemin d'espoir &#187; en exposant qu'il suit la ligne du Primat de Pologne), appuy&#233; compl&#232;tement par ce grand appareil tr&#232;s puissant en Pologne. On peut le voir au fait qu'il ne se d&#233;place plus sans les deux mentors politiques que l'Eglise lui a envoy&#233; : Mazowiecki et Geremek. Si Walesa pr&#233;tend faire accepter pacifiquement au pouvoir des syndicats libres, c'est avec l'id&#233;e que ceux-ci joueront un r&#244;le d'interm&#233;diaire, de pompiers des gr&#232;ves, r&#244;le qu'il va jouer r&#233;ellement d&#232;s que l'occasion lui en sera offerte, r&#244;le qu'il a toujours consid&#233;r&#233; comme le sien depuis les gr&#232;ves de 1970, n'&#233;tant absolument pas l'ouvrier radicalement oppos&#233; au pouvoir que la presse a voulu fabriquer. Il a toujours pr&#233;tendu chercher au contraire le terrain d'un accord qui convienne &#233;galement au pouvoir. Il a toujours dit qu'il ne se consid&#233;rait pas comme repr&#233;sentant politique de la classe ouvri&#232;re mais comme d&#233;fenseur des int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de la Pologne, int&#233;r&#234;ts face auxquels n'importe quel haut bureaucrate &#233;tait aussi important que les travailleurs. Et l'Etat polonais, loin d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme un adversaire, repr&#233;sente l'id&#233;al de Lech Walesa. Le mouvement se confronte aux dirigeants politique du pays mais, selon lui, il ne vise pas m&#234;me &#224; l'affaiblissement de l'Etat, et m&#234;me au contraire &#224; son renforcement. Lorsqu'il expose en quoi il a suivi le m&#234;me programme que le Primat de Pologne, pourtant tr&#232;s inf&#233;od&#233; au pouvoir, il explique qu'il s'agit de s'opposer aux risques d'explosion d'une r&#233;volution ouvri&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Mon objectif &#171; &#233;tait que la population ne s'oppose pas au pouvoir les armes &#224; la main et prenne le pouvoir &#224; sa place. Je d&#233;fendais la m&#234;me position que le Primat de Pologne, du haut de sa chaire, quand il disait qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; solliciter &#224; genoux le pouvoir. D&#232;s le d&#233;but, j'ai fait part de mon alignement sur la position de l'Eglise de mani&#232;re publique (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Pour imposer son programme, Walesa n'a pas peur d'utiliser au sein du mouvement des m&#233;thodes de commandement bien peu d&#233;mocratiques. Il s'appuie sur une fraction de la base qui lui est acquise sur la base d'un militantisme ouvertement religieux avec messes, croix et g&#233;nuflexions. Il fait taire les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui le d&#233;rangent, en les faisant siffler et couvrir leur voix par ses adeptes. Il se fait proclamer chef sup&#233;rieur et seul v&#233;ritable porte parole du mouvement. Il cultive son propre mythe et pr&#233;tend que seuls ceux qui ont des ambitions personnelles peuvent y &#234;tre oppos&#233;s !&lt;br /&gt;
Fin ao&#251;t, le rapport de forces s'est consid&#233;rablement accru en faveur des ouvriers. La gr&#232;ve a fait t&#226;che d'huile dans tout le pays : &#224; Wroclaw, &#224; Varsovie, parmi les mineurs de Sil&#233;sie. La production de charbon est bloqu&#233;e. &lt;br /&gt;
Le 30 ao&#251;t, le Vice-premier ministre signe, devant des dizaines de milliers d'ouvriers assembl&#233;s, un accord qui restera dans les annales comme &#171; Accords de Gdansk &#187; qui, en principe, accepte les 21 conditions pos&#233;es par les gr&#233;vistes. Cette signature est une v&#233;ritable victoire arrach&#233;e par les travailleurs de tout le pays. Mais en m&#234;me temps, et c'est tout le probl&#232;me, la signature de Walesa, obtenue &#224; l'arrach&#233;e, au chantage, par Walesa contre la plupart des autres d&#233;l&#233;gu&#233;s des gr&#233;vistes, est une trahison du mouvement. Et ce d'abord parce que le pouvoir est au bord du gouffre et que la signature de Walesa le sauve. Dans la pratique, les travailleurs constateront que les formulations, concoct&#233;es par les &#171; experts &#187; du MKS et le pouvoir, n'engagent &#224; pas grand-chose. Par exemple, le MKS de Gdansk obtient le droit &#224; des syndicats libres, mais seulement &#224; Gdansk ! Les militants ouvriers emprisonn&#233;s dans tout le pays ne sont pas lib&#233;r&#233;s, alors que c'&#233;tait une condition r&#233;p&#233;t&#233;e sans cesse lors des n&#233;gociations. Le fait que les militants du KOR, des dirigeants importants du mouvement ne soient m&#234;me pas lib&#233;r&#233;s fait scandale. Walesa, hu&#233; par les ouvriers du chantier &#171; La Commune &#187; de Gdansk, fait marche arri&#232;re &#224; nouveau : il exige du pouvoir la lib&#233;ration des membres du KOR. En apprenant que les troupes de Lublin, mobilis&#233;es pour se rendre &#224; Gdansk se sont mutin&#233;es, le pouvoir recule et lib&#232;re ces militants. On peut voir ainsi que le pouvoir est sur la corde raide : le cr&#233;dit &#233;norme des ouvriers de Gdansk est tel qu'ils pourraient appeler le pays tout entier &#224; constituer des comit&#233;s d'un nouveau pouvoir. Ils auraient alors non seulement la participation des travailleurs, mais le soutien de la majorit&#233; de la jeunesse, de la petite bourgeoisie et l'appareil d'Etat serait impuissant &#224; enrayer le mouvement. C'est justement de ce danger que Walesa est parfaitement conscient et le r&#244;le qu'il s'attribue est justement de sauver ce pouvoir polonais. Le pr&#233;texte avanc&#233; est qu'il vaut mieux &#234;tre opprim&#233; par un pouvoir polonais que de subir une occupation militaire russe, comme la Hongrie en 1956 ou comme la Tch&#233;coslovaquie en 1968. L'&#233;pouvantail russe est, autant que le bain de sang avec les forces de l'ordre, un leitmotiv de Lech Walesa au nom duquel il affirme que toute la difficult&#233; consiste &#224; &#8230; ne pas gagner, et, m&#234;me quand on a gagn&#233;, &#224; ne pas en tirer profit. Il faut redonner du cr&#233;dit &#224; l'Etat, calmer les travailleurs et remettre le pays au travail, tel est le projet de Walesa !&lt;br /&gt;
C'est ce Walesa l&#224; que le pouvoir accepte de diffuser pour la premi&#232;re fois &#224; la t&#233;l&#233;vision nationale, lors de la diffusion de la signature des accords de Gdansk. Il est propuls&#233; ainsi dirigeant national reconnu du mouvement ouvrier. &lt;br /&gt;
Le premier probl&#232;me auquel se heurte alors Walesa, c'est de freiner l'aspiration qu'il a lui-m&#234;me suscit&#233;e : la cr&#233;ation de syndicats libres. Au d&#233;but, c'&#233;tait une mani&#232;re de dire que l'objectif n'&#233;tait pas le renversement du pouvoir, ni m&#234;me l'obtention d'augmentations de salaires que le gouvernement ne pouvait pas accepter. Mais le mouvement en faveur des syndicats libres se heurte &#224; nombre d'int&#233;r&#234;ts locaux des bureaucrates et suscite du coup des confrontations qui, m&#234;me si elles ont un caract&#232;re local, menacent de ramener sur le devant de la sc&#232;ne la n&#233;cessit&#233; de renverser ce pouvoir honni. Walesa demande alors, et obtient, un service de voiturage permanent et gratuit, pour se propulser aux quatre coins du pays, et &#8230; y calmer tous les conflits ! Il d&#233;clare fi&#232;rement &#171; je suis le pompier des gr&#232;ves ! &#187; En quelques jours, Lech Walesa avait obtenu la reprise du travail. Maintenant, il s'acharne efficacement &#224; arr&#234;ter pr&#233;ventivement les mouvements explosifs qui &#233;clatent un peu partout pour des motifs multiples, g&#233;n&#233;ralement sur des provocations de l'appareil bureaucratique local qui n'accepte ni ne comprend la nouvelle situation.&lt;br /&gt;
Mais la classe ouvri&#232;re aspire &#224; s'organiser. Elle ne fait pas sur le terrain politique parce ses militants lui affirment que le seul objectif est revendicatif et de r&#233;forme. Elle a commenc&#233; &#224; constituer partout des MKS, des comit&#233;s interentreprises de la gr&#232;ve. Ces comit&#233;s avaient tendance &#224; se constituer en un double pouvoir politique mais, avec la fin de la gr&#232;ve, sous l'&#233;gide de Walesa, ils sont transform&#233;s en mouvement pour la constitution de syndicats libres qui s'intituleront &#171; Solidarit&#233; &#187; en souvenir du mouvement de gr&#232;ve, que Walesa a affirm&#233; &#234;tre un mouvement &#171; de solidarit&#233; &#187;. Mais, comment parvenir &#224; donner une place &#224; ces nouveaux syndicats alors que la bureaucratie s'est octroy&#233; de multiples petits privil&#232;ges au nom de sa &#171; repr&#233;sentation &#187; pr&#233;tendue la classe ouvri&#232;re dans un Etat o&#249; officiellement les travailleurs ont le pouvoir ? Le mouvement est tellement explosif que le contenir est une gageure. En quelques jours, dix millions de travailleurs adh&#232;rent aux syndicats Solidarnosc. Il ne s'agit plus seulement des grandes entreprises, mais de toute la classe ouvri&#232;re. Les autres cat&#233;gories de la population suivent : des gar&#231;ons de caf&#233; aux pompiers et des &#233;tudiants aux chauffeurs de taxis. Les artisans veulent leurs syndicats. Les paysans aussi et c'est m&#234;me d'eux que vont venir plusieurs situations explosives parce que le pouvoir leur refuse le droit de se syndiquer ! &lt;br /&gt;
Cette explosion syndicale change &#224; nouveau la donne pour Walesa qui comprend parfaitement le danger. De nouveaux leaders ouvriers vont se constituer partout dans le pays, qui ne seront sous le contr&#244;le de personne, &#224; part la population travailleuse. Mais, d&#233;sormais, il a des moyens et un cr&#233;dit personnel pour intervenir partout et calmer ou &#233;carter les leaders radicaux. Walesa &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Les gens d&#233;barquaient au syndicat en tr&#232;s grand nombre avec des rapports, des d&#233;clarations, des plaintes, des demandes d'intervention dans tous les milieux o&#249; on emp&#234;chait la cr&#233;ation des nouvelles organisations. (&#8230;) Les dix premiers jours, ce fut une tornade. (&#8230;) Ce n'&#233;tait plus comme avant, quand chacun pouvait presque m'attraper par la moustache et me parler de tout ce qui lui passait par la t&#234;te. Quant aux membres des comit&#233;s inter-entreprises qui &#233;taient sous la pression des travailleurs, j'essayais en un sens de les prot&#233;ger. &#187; &lt;/i&gt; Walesa, une protection des dirigeants ouvriers contre la pression des travailleurs ! Il l'a toujours &#233;t&#233;, m&#234;me durant la gr&#232;ve de 1970 ou la gr&#232;ve de 1980. Il expliquait ainsi qu'heureusement en 1970 c'&#233;tait la derni&#232;re fois que les travailleurs s'inspiraient de notions comme la lutte des classes ! Il affirmait qu'en 1980, c'est lui qui est parvenu &#224; faire en sorte qu'&#224; la lutte des classes, on substitue la religion, le nationalisme et le pacifisme ! Il &#233;crit cependant : &lt;i&gt;&#171; Je dois reconna&#238;tre que flottait encore en permanence un air de r&#233;volution ouvri&#232;re que l'irresponsabilit&#233; de bien des leaders entretenait et qu'il fallait combattre quasi continuellement. Ma chance, c'&#233;tait mon contact personnel. Les ouvriers pr&#233;f&#233;raient les discours des leaders les plus radicaux qui poussaient les flammes de la col&#232;re et s'appuyaient sur le fait que les ouvriers voulaient absolument en d&#233;coudre avec le pouvoir. Mais personnellement, ils me pr&#233;f&#233;raient moi et c&#233;daient &#224; mon sens des r&#233;alit&#233;s. &#187; &lt;/i&gt; &lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Le comit&#233; de Gdansk devient un centre de d&#233;cision pour tout le pays, aussi puissant politiquement que le pouvoir du gouvernement. Mais, c'est pour mieux contr&#244;ler les luttes et les initiatives politiques des leaders ouvriers. Walesa demande et obtient que les comit&#233;s, que les travailleurs le consultent avant toute d&#233;cision d'action et d'organisation. Mais, en m&#234;me temps, il transforme la signification de l'ancien comit&#233; dirigeant du MKS de Gdansk. Il produit un organisme de collaboration avec le pouvoir qui sera cens&#233; &#224; la fois diriger la classe ouvri&#232;re et diriger aussi les n&#233;gociations avec le pouvoir. C'est le praesidium de la Commission Nationale. &lt;br /&gt;
Le pouvoir va accepter cette intervention du nouveau pouvoir de Lech Walesa tant qu'il ne sera pas parvenu &#224; calmer l'essentiel du potentiel explosif de la classe ouvri&#232;re. C'est seulement alors que viendra la r&#233;pression, sous la forme du &#171; coup d'Etat militaire &#187; du g&#233;n&#233;ral Jaruzelski en 1981. Durant tout cet interm&#232;de, on est sans cesse &#224; la limite de l'explosion populaire. Le pouvoir ouvrier, une esp&#232;ce de double pouvoir, est une r&#233;alit&#233;, puisque c'est du c&#244;t&#233; des organisations de travailleurs que tout le peuple polonais attend son avenir. C'est &#224; elles qu'il pose toutes ses questions quotidiennes. Mais la direction de la classe ouvri&#232;re n'a en fait aucunement l'objectif de faire triompher ce bras de fer de la lutte des classes en faveur du prol&#233;tariat. Walesa le r&#233;p&#232;tera &#224; qui veut l'entendre : il n'est pas pour la lutte des classes qui se r&#233;sume selon lui &#224; l'id&#233;ologie de la bureaucratie stalinienne. Il est hostile &#224; la r&#233;volution qui ne m&#232;ne, selon lui, qu'&#224; un bain de sang inutile. Il expose ouvertement sa strat&#233;gie : &lt;i&gt;&#171; Je soutenais qu'on ne pouvait absolument pas proc&#233;der &#224; une op&#233;ration aussi complexe que l'inversion du rapport des forces en Pologne dans un climat d'extr&#234;me tension, au bord de l'explosion sociale. Mon objectif &#233;tait non pas l'affrontement, mais de durer le plus longtemps possible face au pouvoir pour montrer un aper&#231;u de ce que pouvait &#234;tre la Pologne. Bien s&#251;r, au fur et &#224; mesure, je me rendais compte que notre marge de man&#339;uvre se r&#233;duisait ainsi que notre cr&#233;dit parmi les travailleurs, parce que la volont&#233; de coop&#233;rer du pouvoir atteignait ses limites. Mais mon objectif n'&#233;tait nullement de le souligner. Au contraire, je cherchais toutes les possibilit&#233;s de coop&#233;rations. (&#8230;) D'ao&#251;t 1980 &#224; 1981, on m'a surnomm&#233; Lech-le-pompier. J'ai jou&#233; le r&#244;le de celui qui allait partout &#233;teindre les foyers de gr&#232;ves. Et cela dans tout le pays que je parcourais en tous sens en voiture. &#187;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
En septembre 1980, la temp&#233;rature sociale monte &#224; nouveau dans la classe ouvri&#232;re. La confrontation ne peut plus &#234;tre retard&#233;e. Lech Walesa affirme qu'il se pr&#233;pare &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, mais il la retarde sans cesse. Et finalement, le 31 janvier 1981, le syndicat Solidarnosc signe un compromis pour d&#233;commander la lutte. Il pr&#233;texte qu'il a obtenu la semaine de cinq jours alors que le pouvoir voulait imposer les &#171; samedis libres &#187;. Libre veut dire pr&#233;tendus volontaires mais surtout gratis : pay&#233;s z&#233;ro ! &lt;br /&gt;
Ce recul du syndicat emp&#234;che la classe ouvri&#232;re de construire son rapport de forces, mais n'emp&#234;che pas les affrontements. Des militants sont arr&#234;t&#233;s, matraqu&#233;s. Si bien que Solidarnosc est contraint d'appeler le 27 mars &#224; une gr&#232;ve d'avertissement de quatre heures contre les brutalit&#233;s polici&#232;res. Malgr&#233; les efforts de Walesa, il ne parvient pas &#224; emp&#234;cher le syndicat Solidarnosc d'appeler toute la classe ouvri&#232;re de Pologne pour le 30 mars. Par contre, le 29, il r&#233;ussit &#224; signer un nouvel accord avec le gouvernement et d&#233;commande la gr&#232;ve &#8230; du lendemain ! &lt;br /&gt;
A nouveau, le 17 avril, le pays tout entier est &#224; la limite de la confrontation du fait d'un affrontement entre les paysans qui veulent leur syndicat et le pouvoir qui ne veut pas d'un syndicat libre paysan. On assiste de nouveau aux op&#233;rations de Walesa et &#224; sa strat&#233;gie d&#233;mobilisation/conciliation. &lt;br /&gt;
Le 25 juillet, les p&#233;nuries alimentaires provoquent cependant des marches de la faim dans plusieurs villes, et la capitale Varsovie est bloqu&#233;e pendant trois jours. &lt;br /&gt;
D&#232;s fin juillet, il devient clair que la politique de Walesa est morte, que le pouvoir se pr&#233;pare &#224; la confrontation violente afin de d&#233;truire les formes d'organisation n&#233;es de la gr&#232;ve. Des g&#233;n&#233;raux d'active entrent au gouvernement. La pr&#233;paration du pouvoir &#224; l'offensive, qu'on appellera &#171; coup d'Etat &#187; bien que ceux qui le r&#233;aliseront avaient d&#233;j&#224; le pouvoir, les travailleurs vont en avoir maintes preuves du 31 juillet 1981 au 13 d&#233;cembre, date du &#171; coup d'Etat &#187;. Pourtant, rien ne va &#234;tre pr&#233;vu pour que les organisations ouvri&#232;res s'y pr&#233;parent et y pr&#233;parent les travailleurs. Et surtout rien pour en avertir la classe ouvri&#232;re car cela aurait risqu&#233; de provoquer l'explosion ouvri&#232;re, la r&#233;volution que Walesa craignait plus que tout, plus que l'&#233;chec, plus que la r&#233;pression, plus que l'&#233;crasement du syndicat ou sa propre arrestation. Les jeunes soldats eux-m&#234;mes viennent pr&#233;venir la direction du syndicat Solidarnosc, mais ils ne veulent surtout pas tenir compte de cet avertissement. S'adresser aux soldats, risquer de diviser l'arm&#233;e, demander aux soldats de ne pas tirer sur le peuple, c'est risquer que la classe ouvri&#232;re casse l'Etat polonais. Pour le nationaliste, r&#233;formiste, pacifiste Lech Walesa, il n'y aurait pas de pire danger ! &lt;br /&gt;
Il expose lui-m&#234;me tr&#232;s clairement que le pire a &#233;t&#233; le r&#233;sultat de sa politique et pas seulement la duret&#233; de la r&#233;pression : &lt;i&gt;&#171; le choc &#233;prouv&#233; a &#233;t&#233; terrible, sans commune mesure avec la force de la r&#233;pression. Et cela parce que personne ne nous avait fait part de cette &#233;ventualit&#233;. Les responsables du mouvement ne l'ont pas fait. Peut-on dire que leur devoir avait &#233;t&#233; accompli ? Personne n'&#233;tait pr&#233;par&#233;. Personne n'avait envisag&#233; cette hypoth&#232;se. (&#8230;) Nous avons &#233;t&#233; totalement livr&#233;s &#224; nous-m&#234;mes. Plus que la r&#233;pression, ce sentiment &#233;tait la v&#233;ritable cause de la d&#233;faite de Solidarnosc. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Pourtant, tous les &#233;l&#233;ments montraient clairement ce qui se pr&#233;parait. En septembre, une liste des dirigeants ouvriers &#224; arr&#234;ter &#233;tait &#233;tablie. En octobre, le g&#233;n&#233;ral Jaruzelski, d&#233;j&#224; chef de l'arm&#233;e, prenait la t&#234;te de l'Etat. En novembre, il se faisait donner les pleins pouvoirs. &lt;br /&gt;
Le 13 d&#233;cembre, en une nuit, c'est le raz de mar&#233;e. Des milliers de militants et la plupart des ouvriers combatifs sont arr&#234;t&#233;s. Et pourtant, malgr&#233; l'absence de la moindre pr&#233;paration, la classe ouvri&#232;re r&#233;agit. Il va falloir cinq jours &#224; l'arm&#233;e pour r&#233;duire la r&#233;sistance spontan&#233;e des travailleurs qui s'est d&#233;velopp&#233;e malgr&#233; un appel de Lech Walesa &#224; ne pas r&#233;agir, pas m&#234;me par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pacifique. Les mineurs, &#224; bout, exasp&#233;r&#233;s, se sont enferm&#233;s et menacent de tout faire sauter si on donne l'assaut&#8230; &lt;br /&gt;
La violence de la r&#233;pression est &#224; la mesure de la crainte d'explosion r&#233;volutionnaire qu'a connu le pouvoir pendant tous ces mois. Il s'agit d'&#233;radiquer tous les sentiments de la force de la classe ouvri&#232;re qui sont mont&#233;s depuis 1980. On arr&#234;te des familles enti&#232;res. On frappe. On torture. On tue. Les prisonniers sont emmen&#233;s par fourgons entiers dans les camps de d&#233;tention &#233;parpill&#233;s dans tout le pays. &lt;br /&gt;
Le nouveau r&#233;gime s'intitule lui-m&#234;me &#171; l'&#233;tat de guerre &#187; ! L'Eglise, elle, appelle au calme et signe tout ce que veut le pouvoir. Glemp, le nouveau Primat de Pologne, est le seul appui d'un pouvoir compl&#232;tement isol&#233;. La population est d&#233;moralis&#233;e, mais pas r&#233;sign&#233;e. Pendant des mois, les v&#233;hicules militaires sont hu&#233;s &#224; chaque fois qu'ils passent dans les quartiers ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1981, le r&#233;formisme a nouvelle fois produit ses effets : d&#233;sarmer politiquement, moralement, mat&#233;riellement la classe opprim&#233;e, donner &#224; la classe dirigeante le temps de se pr&#233;parer et de r&#233;agir. C'est encore une fois dans le sang des ouvriers que se sont pay&#233;es les illusions sur une possibilit&#233; de collaboration entre une classe ouvri&#232;re mobilis&#233;e et un pouvoir dictatorial. La dictature mise en place en d&#233;cembre 1981, les travailleurs polonais vont la subir jusqu'en 1988. &lt;br /&gt;
Cette fois, ce ne sera pas la mobilisation de la classe ouvri&#232;re qui d&#233;mant&#232;lera le r&#233;gime, mais l'accord entre le pouvoir, la direction de la bureaucratie russe et les chefs de l'imp&#233;rialisme. L'avertissement de 1980 en Pologne, comme celui des luttes ouvri&#232;res d'Afrique du sud, de Cor&#233;e du sud, de Turquie auront permis aux classes dirigeantes de mesurer que le mode de domination du monde devait changer et d'organiser, pour &#233;viter la r&#233;volution ouvri&#232;re, la fin de l'ancienne politique des blocs, la &#171; chute du mur de Berlin &#187;. La fin du stalinisme ne s'est pas r&#233;alis&#233;e par la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme la Hongrie de 1956 pouvait le faire esp&#233;rer, mais au b&#233;n&#233;fice politique et social de la bourgeoisie. &lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DOCUMENTS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les gr&#232;ves de 1970&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Extraits de &#171; Gdansk, la m&#233;moire ouvri&#232;re &#187; de &lt;strong&gt;Jean-Yves Potel &lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; E : A Gdansk, le travail d&#233;marre dans une ambiance tendue. Vers neuf heures, &#224; l'heure de la pause, les ouvriers commencent &#224; se rassembler devant les bureaux de la direction du chantier. Ils exigent l'annulation de la hausse des prix. A part les postes de t&#233;l&#233; ou les frigo, tout a augment&#233; de 30%, &#224; quinze jours de No&#235;l : le saucisson, la farine, la semoule, la confiture, les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. La direction s'avoue incomp&#233;tente. (&#8230;) Nous nous dirigeons donc vers le si&#232;ge du comit&#233; de vo&#239;vode du POUP. L&#224;, tr&#232;s spontan&#233;ment, une d&#233;l&#233;gation est d&#233;sign&#233;e (&#8230;) On les a balad&#233;s de bureau en bureau pour les &#233;coeurer. Cette premi&#232;re d&#233;l&#233;gation est, en fait, arr&#234;t&#233;e. (&#8230;) Exasp&#233;r&#233;e pat l'attitude des autorit&#233;s, la foule s'empare d'une voiture-radio de la milice qui appelait les gens &#224; se disperser et utilise le haut-parleur pour diffuser slogans et revendications. Un cort&#232;ge se forme derri&#232;re la voiture et traverse ainsi une partie de la ville, du chantier naval au chantier de r&#233;parations, puis vers le chantier Nord. Avant de rentrer, il s'arr&#234;te devant l'institut polytechnique de Gdansk. (&#8230;) Certains ouvriers ont pris des b&#226;tons, d'autres des outils bien lourds, pour faire face &#224; la milice en cas d'affrontement. Ouvriers et employ&#233;s des bureaux marchent c&#244;te &#224; c&#244;te. (&#8230;) Soudain, on les aper&#231;oit. Ils sont l&#224;, pr&#232;s de l'h&#244;tel Monopole ; plusieurs rang&#233;es de miliciens v&#234;tus de cuir noir et leurs v&#233;hicules blind&#233;s dont d&#233;passent ici ou l&#224; le nez d'une mitrailleuse ou d'autres engins. &#171; C'est la Brigade noire &#187; crie quelqu'un. (&#8230;) Devant la maison de la presse, la Brigade noire disperse les manifestants &#224; coups de grenades. Les gens refluent, mais s'emparent au passage de pierres qui jonchent le sol du chantier de construction d'une banque. (&#8230;) Notre haut-parleur annonce : &#171; Nous revenons vers le comit&#233;. &#187; Devant le b&#226;timent, aucun milicien. Les cris montent vers la fa&#231;ade vide : &#171; Du pain ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : Subitement, le ciel s'&#233;claire autour du comit&#233;. On aper&#231;oit de la fum&#233;e, puis des flammes qui montent derri&#232;re l'immeuble. Cette fois, les miliciens sont au rendez-vous. (&#8230;) Ils courent en file indienne et cognent &#224; la matraque. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 15 d&#233;cembre&lt;br /&gt;
(&#8230;)&lt;br /&gt;
E : Dans les rues, l'atmosph&#232;re s'est durcie par rapport &#224; la veille. Les ouvriers des chantiers ne sont plus seuls. Les travailleurs d'autres entreprises moins importantes se sont mis en gr&#232;ve et nous les retrouvons devant le b&#226;timent du comit&#233;. La foule qui s'y rassemble est consid&#233;rable. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : J'ai l'impression, au d&#233;but, qu'il s'agit d'une v&#233;ritable insurrection nationale. (&#8230;) On entend des coups de feu. &#199;a vient de la rue Swierczewski ; je cours dans cette direction. Sur le pont qui nous s&#233;pare du si&#232;ge de la milice et des b&#226;timents de la prison, miliciens et ouvriers se battent au corps &#224; corps. (&#8230;) Un instant plus tard, l'immeuble de la milice et la prison sont pris d'assaut par des groupes d'ouvriers. (...) Entre-temps, les autorit&#233;s ont barr&#233; les routes d'acc&#232;s &#224; la ville. Aucun train ne peut rentrer &#224; Gdansk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : La ligne de front se stabilise &#224; la hauteur du pont qui enjambe les voies de chemin de fer, rue Swierczewski. Vingt mille personnes, environ, sont mass&#233;s dans les art&#232;res du centre ville, dont les ouvriers du chantier qui restent group&#233;s ensemble et tentent de s'organiser. (&#8230;) Sur le pont, l'affrontement dure d&#233;j&#224; depuis pus d'une heure. Exc&#233;d&#233;e de ne pouvoir se frayer le passage jusqu'aux b&#226;timents gouvernementaux de la rue Swierczewski, la foule s'en prend au si&#232;ge des syndicats, rue Kaliniovski. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E : Devant la gare, les voitures de la milice flambent. Pr&#232;s du comit&#233;, c'est une voiture officielle. Deux tramways sont renvers&#233;s. Rue Hewelisz, les barricades commencent &#224; prendre une taille respectable. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;W : Ce m&#234;me jour, mardi 16 d&#233;cembre, on commence au chantier de r&#233;paration &#224; organiser un peu mieux la gr&#232;ve. Des comit&#233;s sont form&#233;s dans chaque atelier. Des personnes sont d&#233;sign&#233;es pour prot&#233;ger les installations contre des tentatives de sabotage et des provocations &#233;ventuelles : six environ par comit&#233; de gr&#232;ve d'atelier. Sur la base de ces comit&#233;s, un comit&#233; de gr&#232;ve d'entreprise est constitu&#233; dont je fais partie. J'en fais partie. J'ai, comme les autres coll&#232;gues &#233;lus, la confiance des travailleurs de ma boite. Nous prenons des dispositions pour assurer un service de sant&#233; en maintenant ouvert le dispensaire du chantier. (&#8230;) On d&#233;cide de suspendre de ses fonctions le directeur g&#233;n&#233;ral du chantier de r&#233;parations, Mr Zbigniew Gryglewski. (&#8230;) Nous sommes en gr&#232;ve, donc tous les ordres doivent &#233;maner du comit&#233; de gr&#232;ve ; ainsi, c'est &#224; nous de prendre la responsabilit&#233; des personnes et des biens sur tout le chantier. (&#8230;) Le Vice-premier ministre (&#8230;) a cri&#233; &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision : &#171; les ouvriers des Chantiers sont des hooligans, l'avant-garde des voyous et des bandits. &#187; &lt;br /&gt;
(&#8230;) Nous avons &#233;t&#233; re&#231;us par le camarade Hajer, ou par Starzewski, je ne sais plus lequel des deux. (&#8230;) Quand les chars quadrillent les rues qui grouillent de miliciens et de soldats, une chose et une seule : annoncer nos revendications. J'ai d&#233;clar&#233; que si elles n'&#233;taient pas satisfaites d'ici 48 heures, nous proclamerions la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et qu'ainsi le monde entier apprendrait leurs crimes. Il a r&#233;pondu que ce n'est pas nous qui disposions de la force. &#171; Notre force, ai-je dit, ne r&#233;side pas dans l'arm&#233;e mais dans la classe ouvri&#232;re. Nous sommes 14 millions, vous ne pourrez tous nous abattre. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 16 d&#233;cembre&lt;br /&gt;
E : Plusieurs heures avant l'aube, les chars passent (&#8230;) Nous trouvons le chantier encercl&#233; par les chars. Devant le b&#226;timent de la direction, o&#249; tout le monde s'&#233;tait d'abord rendu, un cort&#232;ge se forme pour sortir en ville. Au moment o&#249; les rangs de t&#234;te atteignent la porte du chantier, on entend des rafales de mitraillettes. On pense au d&#233;but qu'il s'agit d'intimidations, en l'air ou &#224; blanc, mais cette illusion est de courte dur&#233;e. Des personnes tombent, tu&#233;es sur le coup ou gri&#232;vement bless&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : La gr&#232;ve avec occupation est proclam&#233;e au chantier L&#233;nine. On &#233;lit le comit&#233; de gr&#232;ve. (&#8230;) Soudain, les lignes t&#233;l&#233;phoniques sont coup&#233;es. Par haut-parleur, les voitures-radio de la milice diffusent un communiqu&#233; nous appelant &#224; quitter les lieux, affirmant aussi que nous ne courrons aucun danger si nous obtemp&#233;rons. Personne ne bouge. (&#8230;) Dans la soir&#233;e, nous apprenons que Stanislas Kociolek, ex secr&#233;taire du comit&#233; de vo&#239;vodie du POUP &#224; Gdansk et Vice-Premier ministre, est apparu devant les cam&#233;ras de t&#233;l&#233;vision. Il nous a trait&#233;s de &#171; provocateurs &#187; et de &#171; fauteurs de troubles &#187; et a appel&#233; &#224; la reprise du travail pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 17 d&#233;cembre&lt;br /&gt;
S : Nous entamons notre deuxi&#232;me nuit de veille au chantier. La nourriture manque ; nous partageons ce que nous avons. (&#8230;) La nouvelle nous parvient que l'arm&#233;e va p&#233;n&#233;trer dans le chantier pour nous r&#233;gler notre compte. (&#8230;) les autorit&#233;s ont lanc&#233; un ultimatum d&#233;finitif. (&#8230;) Il se peut m&#234;me que le chantier soit bombard&#233; par l'aviation. (&#8230;) La d&#233;cision est prise d'arr&#234;ter la gr&#232;ve avec occupation et de quitter les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E : En janvier 1971, nos comit&#233;s de gr&#232;ve ont repris vie. Des d&#233;l&#233;gations sont all&#233;es voir Gierek. J'y &#233;tais. Nous avons demand&#233; que la liste des victimes soit rendue publique. Quand on nous a dit qu'il n'y avait eu que 45 morts, nous ne savions plus s'il fallait rire ou pleurer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Extraits de &#171; Un chemin d'espoir &#187;, autobiographie de &lt;strong&gt;Lech Walesa &lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt; &#171; Lorsque j'eus franchi pour la premi&#232;re fois l'entr&#233;e des Chantiers (les chantiers navals de Gdansk), moi, la &#171; main d'or &#187; du Parc national des Machines agricoles, je me sentis terriblement perdu. Apr&#232;s avoir pass&#233; plusieurs ann&#233;es au milieu des vieilles carcasses de voitures que, par esprit de curiosit&#233;, je d&#233;montais jusqu'au dernier rivet, j'avais fini par devenir un bon technicien. Aux Chantiers, &#224; peine grimpai-je pour la premi&#232;re fois sur un navire en construction que je me fourvoyai parmi les &#233;tages des &#233;chafaudages des cales sans pouvoir retrouver par o&#249; j'&#233;tais venu, et je dus convenir que je n'&#233;tais l&#224; rien de plus qu'un ouvrier parmi des milliers d'autres. C'&#233;tait fort d&#233;sagr&#233;able, mais je ne pouvais plus faire marche arri&#232;re : j'ai horreur de reculer. (..)&lt;br /&gt;
J'ai fait mes d&#233;buts &#224; la brigade de Mosinski, une &#233;quipe d'&#233;lectriciens charg&#233;e de poser les c&#226;bles &#224; bord des navires-usines de p&#234;che. Poser des dizaines de m&#232;tres de c&#226;bles de la grosseur d'un avant-bras depuis le g&#233;n&#233;rateur jusqu'au tableau g&#233;n&#233;ral de commandes, sur une hauteur pouvant aller jusqu'&#224; 60 m&#232;tres, n'est pas chose facile. La longueur du c&#226;ble, ses coudes, ses ondulations et d&#233;rivations devaient tomber pile. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La plupart des ouvriers des Chantiers souffraient de maux d'estomac. Au d&#233;but, je n'arrivais pas &#224; comprendre pourquoi. Mais il pouvait difficilement en &#234;tre autrement. Se levant t&#244;t le matin sans absorber le moindre petit d&#233;jeuner, on travaillait jusqu'&#224; 9 heures, grillant une cigarette de temps en temps, alors que l'effort fourni &#233;tait consid&#233;rable. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Les deux premi&#232;res ann&#233;es de travail aux Chantiers constituaient une p&#233;riode d'essai. Tous ceux qui tenaient ces deux ans avaient des chances de pouvoir continuer. Les d&#233;pressions et les d&#233;parts survenaient surtout durant la premi&#232;re ann&#233;e, au bout de quelques mois. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La production sur les Chantiers est r&#233;gie par le syst&#232;me du travail aux pi&#232;ces. C'est un merveilleux moyen, pour la direction, de se d&#233;charger de ses responsabilit&#233;s. Dans un tel syst&#232;me, tout un chacun est int&#233;ress&#233; &#224; gagner le maximum. Personne, cependant, n'est l&#224; pour livrer l&#224; o&#249; il faut les mat&#233;riaux n&#233;cessaires. Les Chantiers sont en mouvement perp&#233;tuel. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Peu &#224; peu, je parvins &#224; cerner la diff&#233;rence essentielle entre l'activit&#233; dans une entreprise aussi dispers&#233;e que le Parc national des Machines agricoles et le travail aux Chantiers. (&#8230;) Les Chantiers &#233;taient r&#233;gis par des lois radicalement diff&#233;rentes : chacun y apparaissait comme une petite vis, fraction infime d'une &#233;norme m&#233;canique, tout en repr&#233;sentant une certaine force dont il fallait tenir compte. De cela, tout le monde &#233;tait conscient. Quand les choses ne tournaient pas rond &#8211; et, &#224; ma connaissance, c'&#233;tait en permanence -, on travaillait dans une atmosph&#232;re morose, en &#233;tat de tension perp&#233;tuelle. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans les ann&#233;es 60, le r&#233;gime serra la vis. Cette fois, compte tenu des &#233;v&#233;nements de Poznan de 1956, le pouvoir se garda de mettre son plan en &#339;uvre de fa&#231;on directe, en r&#233;duisant les salaires horaires : il pr&#233;f&#233;ra faire donner ses &#171; cerveaux &#187; : &#233;conomistes, ing&#233;nieurs, financiers. Pour faire des &#233;conomies, ils mirent sur pied le syst&#232;me suivant : d&#233;sormais, l'ouvrier n'&#233;tait pas simplement charg&#233; de fabriquer une table, par exemple, mais le temps qui lui &#233;tait imparti pour la fabriquer lui &#233;tait impos&#233;. Il n'&#233;tait plus pay&#233; pour fabriquer une table, mais pour consacrer un certain nombre d'heures &#224; cette t&#226;che. (&#8230;) Conform&#233;ment aux dispositions prises en haut lieu, cette politique d'&#233;conomies se traduisit aux Chantiers par une diminution globale d'environ un million d'heures de travail par an. L'ing&#233;nieur, qui ne devait pas d&#233;passer les co&#251;ts de production du navire &#8211; chiffr&#233;s en heures -, &#233;tait ainsi amen&#233; &#224; r&#233;duire le temps pr&#233;vu pour chaque t&#226;che. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Je commen&#231;ais &#224; bien m'en rendre compte et &#224; le comprendre quand la mort de 22 ouvriers vint alourdir le climat des Chantiers. Ils furent br&#251;l&#233;s vifs en faisant des heures suppl&#233;mentaires dans une cale, dans la fi&#232;vre de l'ach&#232;vement d'un navire qui devait &#224; tout prix &#234;tre pr&#234;t plus t&#244;t que pr&#233;vu. (&#8230;) L&#224; encore se reproduisait le m&#234;me sc&#233;nario qu'&#224; l'&#233;cole, &#224; l'arm&#233;e, au Parc de Machines agricoles : de jour en jour, j'avais autour de moi un peu plus de gens pour m'&#233;couter et me souffler ce que j'ignorais encore. Au sein de mon &#233;quipe, je me liai d'amiti&#233; avec Henryk Lenarciak, (&#8230;) amiti&#233; qui ne s'&#233;tait pas d&#233;mentie en ao&#251;t 1980, quand Lenarciak prit la t&#234;te du Comit&#233; pour l'&#233;dification du monument aux ouvriers des Chantiers tomb&#233;s en 1970. Avant 1970, les Chantiers vivaient encore sous le coup de la r&#233;volte estudiantine de mars 1968, pr&#233;sent&#233;e de mani&#232;re d&#233;form&#233;e par la propagande officielle. (&#8230;) Au lendemain des affrontements entre &#233;tudiants et forces de l'ordre, quelqu'un remarqua dans les vestiaires un stagiaire couvert d'ecchymoses caus&#233;es par des coups de matraques. Nous l'avons promen&#233;, le dos nu, &#224; travers les Chantiers en scandant : &#171; Laisserons-nous tabasser nos enfants, enfants d'ouvriers et de paysans ? &#187; Le m&#234;me jour, les forces de l'ordre furent mises &#224; mal &#224; Wrzeszcz, dans la banlieue de Gdansk. (&#8230;) L'&#233;meute n'&#233;tait plus le fait d'intellectuels, mais d'ouvriers qui avaient pris le parti des &#233;tudiants. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre 1970&lt;br /&gt;
Nous avons d&#233;bray&#233; &#224; l'annonce par le gouvernement de l'augmentation des prix des articles de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, y compris les denr&#233;es alimentaires. Juste avant les f&#234;tes, on avait d&#233;cr&#233;t&#233; cette hausse des prix &#224; la consommation alors que l'ouvrier n'arrivait d&#233;j&#224; pas &#224; joindre les deux bouts et n'avait plus les moyens de se procurer certains produits de base. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La gr&#232;ve sur les Chantiers navals a d&#233;marr&#233; le lundi, aux ateliers de m&#233;canique et aux &#171; coques &#187;. Les ouvriers qui y travaillaient avaient fait des stages chez Zulzer, en Suisse, et chez Baumeistr, au Danemark. C'&#233;tait le sel des Chantiers, l'&#233;lite, et ils &#233;taient tr&#232;s unis. Nantis d'un bon bagage de connaissances et d'exp&#233;rience, ils formaient une &#233;quipe parfaitement organis&#233;e. Devant les cuisines se retrouvaient les conducteurs d'une trentaine d'engins qui servaient aussi, pendant la pause casse-cro&#251;te, &#224; distribuer le caf&#233; dans les ateliers. Ces conducteurs qui gagnaient un salaire de mis&#232;re, &#233;taient &#224; la pointe du mouvement. En m&#234;me temps que le caf&#233;, ils servirent &#224; tous le mot d'ordre de la gr&#232;ve&#8230; &lt;br /&gt;
Nous avons rejoint ceux des &#171; coques &#187; pour nous rendre devant le b&#226;timent de la direction. Nous &#233;tions environ quatre mille, peut-&#234;tre d'avantage. (&#8230;) Tr&#232;s vite, la foule rassembl&#233;e s'est mise &#224; scander ses revendications &#224; l'adresse du directeur qui, en compagnie du secr&#233;taire du Parti pour les Chantiers, r&#233;pondait depuis sa fen&#234;tre. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Finalement, nous r&#233;sol&#251;mes &#224; quelques-uns d'aller trouver le directeur. Une fois chez lui, nous nous sommes plac&#233;s contre la fen&#234;tre afin qu'on nous voie et nous entende d'en bas. (&#8230;) J'ai demand&#233; au directeur s'il &#233;tait &#224; m&#234;me d'obtenir la lib&#233;ration des ouvriers arr&#234;t&#233;s la veille, et s'il &#233;tait en mesure de faire rapporter l'augmentation des prix des denr&#233;es alimentaires. (&#8230;) Sa r&#233;ponse fut n&#233;gative. Dans son bureau, il y avait un porte-voix. Je m'en suis empar&#233; pour faire part &#224; la foule de ce que je venais d'entendre. Et j'ai demand&#233; : &#171; Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? &#187; Ceux d'en bas se sont &#233;cri&#233;s : &#171; On y va ! &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Un groupe s'est dirig&#233; vers le commissariat de police de la rue Svierczewskiego (&#8230;) je me retrouve devant le commissariat de police. (&#8230;) Je demande &#224; le voir (le commissaire). (&#8230;) Je d&#233;clare que je suis venu chercher les n&#244;tre : s'ils sont lib&#233;r&#233;s sur le champ, tout va se passer dans le calme, car nous ne cherchons pas la bagarre. (&#8230;) Un moment je parviens &#224; calmer la foule. Je dis que la milice est d'accord pour rel&#226;cher les n&#244;tres sans affrontement. (&#8230;) La milice se met &#224; charger des deux c&#244;t&#233;s, encerclant carr&#233;ment la foule. J'entend crier &#224; mon adresse : &#171; Tra&#238;tre ! Salaud ! &#171; Les gars sont persuad&#233;s que je les ai men&#233;s en bateau. (&#8230;) J'entends les gens crier que je les ai tromp&#233;s, que je ne suis qu'un mouchard, un espion. (&#8230;) Je retourne au commissariat de police dont je me suis esquiv&#233; une heure plus t&#244;t. La milice a r&#233;ussi &#224; disperser la foule, &#224; moins que les gens ne soient partis d'eux-m&#234;mes. Le b&#226;timent est en feu&#8230; Je r&#233;alise que la situation devient dangereuse. (&#8230;) le premier venu n'aura aucun mal &#224; les inciter (les ouvriers) &#224; la violence. Il faut faire quelque chose. Je vais voir ce que fabrique la milice. Je retourne rue Svierczewskiego, au commissariat, et y rencontre un commandant. Je lui demande ce que comptent faire les autorit&#233;s : &#171; Les magasins sont pill&#233;s, les gens se saoulent. S'ils continuent &#224; picoler, &#231;a va faire du vilain. &#187; Il me r&#233;pond qu'il n'en sait trop rien, mais qu'&#224; l'int&#233;rieur se trouve quelqu'un qui peut me r&#233;pondre. C'est un civil. Je lui repose ma question sur ce que comptent faire les autorit&#233;s. (&#8230;) &#171; Nous nous en occupons &#187;, me r&#233;pond-il. Il me montre du doigt les munitions qu'il est en train de distribuer. Des &#233;tuis en carton contenant une vingtaine de balles.&lt;br /&gt;
Qu'est-ce que vous &#234;tes en train de mijoter ? Mais c'est un &#8230; Des Polonais tirer sur des Polonais ?&lt;br /&gt;
Comment s'en sortir autrement ? Vous voyez une autre solution ?&lt;br /&gt;
Je pense en avoir une&lt;br /&gt;
Laquelle ? &lt;br /&gt;
J'essaie d'en improviser une &#224; toute allure et lui r&#233;pond :&lt;br /&gt;
On ne pourra s'en sortir qu'en s'organisant. Il faut faire le tour de la ville &#224; pied ou &#224; bord d'une voiture d&#233;couverte. Il faut que ce soient des ouvriers des Chantiers, des copains, des anciens. Qu'ils disent aux ouvriers de se r&#233;unir sur leur lieu de travail et d'y choisir des d&#233;l&#233;gu&#233;s avec lesquels pourront s'ouvrir des n&#233;gociations.&lt;br /&gt;
J'arr&#234;te tout, dit le civil apr&#232;s m'avoir &#233;cout&#233;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
D&#232;s mon arriv&#233;e dans l'atelier, mes copains me choisissent comme d&#233;l&#233;gu&#233;. Avec ceux des autres ateliers, nous nous retrouvons dans le bureau de la direction pour constituer un comit&#233; de gr&#232;ve. Nous sommes plut&#244;t nombreux. Ma candidature est avanc&#233;e pour faire partie de ce comit&#233; qui ne doit compter que trois membres. (&#8230;) Me voici &#233;lu pr&#233;sident. (&#8230;) Je refusais de prendre seul la direction de cette gr&#232;ve. Elle fut dirig&#233;e par une &#233;quipe qui changea sans cesse, qui n'avait pas de conception coh&#233;rente et se montrait trop molle dans les pourparlers. Ce fut un &#233;chec. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le mercredi matin, (&#8230;) les Chantiers &#233;taient boucl&#233;s par l'arm&#233;e. (&#8230;) les gens r&#233;agissaient diversement, mais la plupart sifflaient les soldats. Une femme s'est approch&#233;e d'eux en criant : &#171; Alors les enfants, commen&#231;a vous allez nous tirer dessus ? &#187; Quelque chose en nous venait de se briser. (&#8230;) Dans notre atelier, nous faisions tout ce qui &#233;tait en notre pouvoir pour emp&#234;cher les ouvriers de descendre. Ailleurs, il n'en allait pas toujours ainsi. Certains se regroupaient d&#233;j&#224; pour d&#233;bouler dans le rue, ce qui &#233;tait d'ailleurs impossible, les grilles d'entr&#233;e, bien qu'ouvertes, &#233;tant bloqu&#233;es par l'arm&#233;e. Le chef de notre atelier, Lesinievski, Lenarciak, Suzko et moi-m&#234;me nous nous rend&#238;mes chez Zaczek, le directeur. Nous voulions n&#233;gocier avec les responsables r&#233;gionaux de la S&#233;curit&#233; afin d'&#233;viter que la troupe n'ouvre le feu. (&#8230;) c'est en revenant dans l'atelier que j'entendis les premiers coups de feu. (&#8230;) Un meeting houleux s'&#233;tait tenu sur l'esplanade devant le b&#226;timent directorial. On racontait que les ouvriers, curieux d'apprendre ce qui se passait, serr&#232;rent de pr&#232;s les premiers rangs (&#8230;) Un ouvrier se d&#233;tacha alors de la foule et s'adressa aux soldats. (&#8230;) Des sommations furent lanc&#233;es mais la foule continua d'avancer. Un officier donna alors l'ordre de charger. (&#8230;) Oui, c'&#233;tait bien l'arme et la police polonaise, ce sont nos soldats qui ont tir&#233;. Nous ignorons combien ont &#233;t&#233; tu&#233;s. (&#8230;) Nous avons tent&#233; de nous organiser. Un comit&#233; a &#233;t&#233; &#233;lu, puis un autre, compos&#233; de sept &#224; dix membres, lui a succ&#233;d&#233;. (&#8230;) Les chars piaffaient d'impatience devant les grilles d'entr&#233;e (&#8230;) Les blind&#233;s, les cordons de la milice, ceux de l'arm&#233;e avaient &#233;galement pris position autour des autres Chantiers. Les canons des chars &#233;taient point&#233;s sur nos ateliers. (&#8230;) Les gars de l'atelier de soudure se mirent alors &#224; r&#233;fl&#233;chir au moyen de faire sauter un char &#224; l'aide d'une bombe &#224; ac&#233;tyl&#232;ne. .. Nous avons d&#251; abandonner la place. (&#8230;) Lorsque nous quitt&#226;mes les Chantiers, l'arm&#233;e et la milice nous c&#233;d&#232;rent le passage. Nous f&#251;mes ainsi vingt mille &#224; sortir, et non pas six mille, chiffre que l'on nous avait communiqu&#233; peu auparavant. L'immense cohorte n'en finissait pas de se d&#233;rouler&#8230; &lt;br /&gt;
C'est &#224; Gdynia que les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre se sont le plus fortement grav&#233;s dans les m&#233;moires. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela. C'est l&#224; qu'il y eut le plus de victimes, que le parjure du pouvoir bouleversa le plus les gens. (&#8230;) Le mardi 15 d&#233;cembre, la foule des salari&#233;s des entreprises de Gdynia, apr&#232;s avoir attendu en vain devant le Comit&#233; de ville du Parti, s'&#233;tait regroup&#233;e devant le si&#232;ge du PMRN (Conseil national pour la ville de Gdynia). Jan Marianski, &#224; l'&#233;poque pr&#233;sident de ce conseil, (&#8230;) apr&#232;s avoir sign&#233; avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers un protocole d'accord, (&#8230;) fit arr&#234;ter le Comit&#233; inter-entreprises de gr&#232;ve de la ville de Gdynia. Vint ensuite cette dramatique journ&#233;e du jeudi : le feu des mitrailleuses ouvert sur les ouvriers qui se rendaient au travail. (&#8230;) Et, pour finir, les enterrements de nuit op&#233;r&#233;s par la milice. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A Szcecin, le 17 d&#233;cembre, les ouvriers du chantier &#171; Waeski &#187; descendirent dans la rue sans s'&#234;tre fix&#233; de but bien pr&#233;cis. Une heure plus tard se forma un autre rassemblement constitu&#233; par les ouvriers du chantier &#171; Gryfia &#187;, s&#233;par&#233; du premier par un canal. Mis au courant, le Premier secr&#233;taire du Parti pour la r&#233;gion, Walasek, prit ses cliques et ses claques et d&#233;guerpit du Comit&#233; r&#233;gional. Ses coll&#232;gues lui embo&#238;t&#232;rent le pas, si bien que les ouvriers trouv&#232;rent le b&#226;timent vide. Ils le mirent &#224; sac et l'incendi&#232;rent. Puis, ils prirent d'assaut le Commissariat r&#233;gional de la Milice et le si&#232;ge du Conseil r&#233;gional des syndicats ouvriers, mettant le feu &#224; ces deux b&#226;timents qui ne br&#251;l&#232;rent pas compl&#232;tement. (&#8230;) Durant cette m&#234;me nuit, les chars prirent position aux points n&#233;vralgiques de la ville, y compris devant le chantier &#171; Warski &#187;. Le 18 d&#233;cembre, la gr&#232;ve avec occupation fut proclam&#233;e sur les deux chantiers navals. Des comit&#233;s de gr&#232;ve furent &#233;lus. D'un commun accord, ils r&#233;dig&#232;rent 21 revendications dont voici quelques-unes :&lt;br /&gt;
1&#176;) dissolution du Conseil central des syndicats &lt;br /&gt;
2&#176;) cr&#233;ation de syndicats ind&#233;pendants&lt;br /&gt;
3&#176;) baisse des prix &#224; leur valeur ant&#233;rieure&lt;br /&gt;
4&#176;) augmentation des salaires de 30%.&lt;br /&gt;
La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale gagna alors toute la ville. Le chantier naval &#171; Warszava &#187; devint le centre de ralliement des gr&#233;vistes et de tous les gens solidaires du mouvement. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 20 d&#233;cembre furent sign&#233;es les &#171; r&#233;solutions &#187; qui &#233;taient cens&#233;es mettre fin &#224; la gr&#232;ve. Mais lesdites &#171; r&#233;solutions &#187; avaient &#233;t&#233; si bien vid&#233;es de leur substance qu'elles furent rejet&#233;es par la majorit&#233; des gr&#233;vistes et le mouvement repartit de plus belle. Au chantier &#171; Warski &#187; eut lieu une scission : environ mille ouvriers rentr&#232;rent chez eux. Dans la nuit du 20 au 21, le comit&#233; de gr&#232;ve coopta 5 nouveaux membres, dont Edmunt Baluka. Le 22, &#224; dix heures du matin, la gr&#232;ve dut &#234;tre interrompue &#224; cause de l'&#233;puisement des gr&#233;vistes. (&#8230;) Le 22 janvier, au chantier &#171; Warski &#187;, la gr&#232;ve &#233;clate &#224; nouveau, aussit&#244;t suivie par la ville enti&#232;re. (&#8230;) Des tracts lanc&#233;s par h&#233;licopt&#232;re informent qu'un petit groupe de terroriste retient le personnel de force. (&#8230;) Au quatri&#232;me jour de gr&#232;ve, les autorit&#233;s c&#232;dent : les prix d'avant le 12 d&#233;cembre 1970 sont r&#233;tablis. (&#8230;) L'ordre de licencier tous ceux qui &#233;taient descendus dans la rue arriva aux Chantiers navals de Gdansk et de Gdynia. Aux Chantiers &#171; Commune de Paris &#187; de Gdynia, on licencia jusqu'&#224; 800 personnes. A ceux de Gdansk, on n'en vira que 18 (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1976, voyant que les choses allaient de mal en pis, que de nouveaux soul&#232;vements &#233;taient in&#233;vitables, je d&#233;cidai de faire une d&#233;claration en mon nom propre, mettant &#224; profit la campagne des &#233;lections syndicales sur les Chantiers (&#8230;) Je ne fus pas licenci&#233; sur le champ, on m'a seulement donn&#233; cong&#233;. &lt;br /&gt;
Tout cela co&#239;ncida avec l'annonce, en juin 1971, de la hausse des prix des denr&#233;es alimentaires de base. Aux Chantiers, le temps vira &#224; l'orage. Pourtant, cette fois, ce ne fut pas Gdansk, mais Radom et Ursus qui infl&#233;chirent le cours des &#233;v&#233;nements en Pologne. L&#224;-bas, tout se passa selon le sc&#233;nario qu'avait connu Gdansk en 1970. (&#8230;) C'est dans cette atmosph&#232;re que, peu apr&#232;s les &#233;v&#232;nements de Radon et Ursus, fut fond&#233; le Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers (KOR). Les intellectuels essay&#232;rent de faire ce que nous n'&#233;tions pas parvenus &#224; faire aux Chantiers : nous organiser pour nous d&#233;fendre nous-m&#234;mes et enrayer une catastrophe en marche. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Apr&#232;s mon d&#233;part des Chantiers, les soucis financiers commenc&#232;rent &#224; pleuvoir sur nous et je me fis embaucher sans tarder dans une entreprise de r&#233;parations m&#233;caniques, la &#171; Zremb &#187;, situ&#233;e non loin de chez nous. (&#8230;) Durant le premier semestre de 1978 commenc&#232;rent &#224; circuler les premiers num&#233;ros d'un journal bimensuel des Syndicats libres, Robotnik (&#171; L'Ouvrier &#187;). Il &#233;tait r&#233;dig&#233; par une petit groupe de gens qui affichaient bien haut leurs id&#233;es : le journal comportait un encadr&#233; avec les noms et adresses de toute la r&#233;daction. (&#8230;) Je n'&#233;tais pas l&#224; quand fut &#233;labor&#233;e la d&#233;claration annon&#231;ant la cr&#233;ation des syndicats libres &#224; Gdansk. (&#8230;) La m&#234;me id&#233;e avait fait son chemin en diff&#233;rents endroits de Pologne : Kazimierz Switon et ses amis avaient organis&#233; les premiers Syndicats libres dans la r&#233;gion industrielle de Sil&#233;sie. (&#8230;) J'attends qu'un groupe se constitue, auquel je puisse me joindre. Je tombe alors (&#8230;) sur un num&#233;ro de &#171; L'ouvrier du Littoral &#187;. (&#8230;) Un autre groupe form&#233; d'anciens lyc&#233;es et connu comme le Mouvement de la Jeune Pologne consacre son action &#224; la comm&#233;moration des &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre 70 &#224; Gdansk. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Alors que je travaillais &#224; la &#171; Zremb &#187;, je fus &#233;lu d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la KSR (Conf&#233;rence pour l'Autogestion des Travailleurs, organisation fond&#233;e par le gouvernement pour r&#233;pondre au besoin d'organisation des travailleurs). (&#8230;) A une conf&#233;rence (&#8230;) : &#171; J'ai l&#224; un recueil de pens&#233;es, une brochure de Jacek Kuron, o&#249; il &#233;crit que ce que vous dites l&#224; est une pure absurdit&#233;. &#187; (&#8230;) peu apr&#232;s, je suis licencie. (&#8230;) &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Sur les gr&#232;ves de 1976&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Extraits de &#171; La r&#233;volte ouvri&#232;re de juin 1976 &#187; par le Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers KOR, tir&#233; de &#171; La Pologne, une soci&#233;t&#233; en dissidence &#187; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le gouvernement annonce le 25 juin la hausse des prix de la plupart des produits alimentaires, bloqu&#233;s depuis la fin de 1970. La viande et les charcuteries vont augmenter de 60%, le sucre de 100%, le beurre et les fromages de 50%, le poisson de 69%, les l&#233;gumes de 30% et les volailles de 30%. Seuls restent bloqu&#233;s les prix du pain et du lait. Les ouvriers de Radom et Ursus et autres villes industrielles arr&#234;tent, le 25 juin, le travail et sortent dans la rue.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ursus&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Dans les premi&#232;res heures du vendredi 25 juin, presque tout le personnel des Ateliers m&#233;caniques d'Ursus (fabrique de tracteurs) se met en gr&#232;ve. Vers neuf heures, les ouvriers quittent les ateliers et se rassemblent devant les b&#226;timents de la direction. Ils demandent que les repr&#233;sentants des instances les plus &#233;lev&#233;es viennent n&#233;gocier avec eux. Cette revendication ayant &#233;t&#233; rejet&#233;e par la direction, les ouvriers sortent sur les voies de chemin de fer voisines et bloquent les lignes Varsovie-Kultno (c'est-&#224;-dire la ligne internationale Moscou-Varsovie-Berlin-Paris) et Varsovie-Skiernievice. Des trains sont bloqu&#233;s ; parmi eux un train international. Des rails sont d&#233;mont&#233;s. Une locomotive est pouss&#233;e sur le ballast. Un wagon de marchandises contenant des &#339;ufs est saisi et son contenu r&#233;parti entre gr&#233;vistes et passants. Un autre wagon contenant du sucre est arr&#234;t&#233; et une partie de son chargement distribu&#233;e. Vers vingt heures, le Premier ministre, dans une allocution radiodiffus&#233;e, annonce l'annulation de la hausse des prix. Des ouvriers commencent &#224; rentrer chez eux. C'est &#224; ce moment que les d&#233;tachements de la milice les attaquent avec des grenades offensives et des gaz lacrymog&#232;nes ; ils se frayent un chemin &#224; coups de matraques, assomment &#224; coups de pieds ceux qui gisent &#224; terre. Un total de deux &#224; trois cent personnes sont arr&#234;t&#233;s cette nuit-l&#224;. (&#8230;) Ceux qui, &#224; la suite des mauvais traitements subis, &#233;taient hors d'&#233;tat de marcher, sont tra&#238;n&#233;s par les pieds et jet&#233;s dans une voiture de police. (&#8230;) Les personnes arr&#234;t&#233;es sont accus&#233;es d'avoir attaqu&#233; les miliciens, d'avoir d&#233;sob&#233;i aux ordres de dispersion et d'avoir gravement endommag&#233; des boutiques et des wagons de chemin de fer &#8211; accusations non fond&#233;es dans la plupart des cas. (&#8230;) Quelques jours plus tard, tous les ouvriers qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s sont cong&#233;di&#233;s sans pr&#233;avis (&#8230;) Ceux qui habitaient dans des logements ouvriers appartenant &#224; l'usine doivent d&#233;camper le jour m&#234;me de leur licenciement. (&#8230;) Les 16 et 17 juillet, le tribunal de la vo&#239;vodie de Varsovie juge sept ouvriers accus&#233;s d'avoir fait d&#233;railler une locomotive &#233;lectrique. Aucun d'entre eux n'avait de condamnation ant&#233;rieure &#224; son casier. (&#8230;) Les accus&#233;s sont condamn&#233;s &#224; des peines de trois, quatre, quatre et demi et cinq ans de emprisonnement. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Radom&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Vers dix heures du matin, nous sortons pour aller &#224; l'usine de conserves de viande. A l'ext&#233;rieur se forme un cort&#232;ge de camions charg&#233;s de viande pour montrer qu'il y en avait beaucoup. Personne n'en vole. Les camions sont ramen&#233;s &#224; l'int&#233;rieur aussi pleins qu'ils &#233;taient sortis. Vers onze heures, le cort&#232;ge descend dans la rue, chantant &#171; L'Internationale &#187; et l'hymne national. On crie : &#171; Non &#224; la hausse des prix ! &#187; La plupart des manifestants sont des jeunes. Le cort&#232;ge est tout &#224; fait ordonn&#233; et pacifique. (&#8230;) Puis on arrive au si&#232;ge du comit&#233; de vo&#239;vodie du parti. Les ouvriers envahissent le b&#226;timent. (&#8230;) Il y a alors une esquisse de n&#233;gociation : les manifestants exigent des n&#233;gociations avec le Comit&#233; central et l'annulation de la hausse des prix. Une r&#233;ponse est attendue dans les deux heures. Vers midi, la direction du parti &#233;tablit un pont a&#233;rien. Les effectifs de l'&#233;cole de sous-officiers de la milice et des services de s&#233;curit&#233; de Pila arrivent &#224; l'a&#233;roport militaire de Radom avec un armement sp&#233;cial pour combats de rue. Les unit&#233;s sp&#233;ciales arrivent avec des appareils de l'arm&#233;e, des quadrimoteurs du type Ukraine et des bimoteurs. Des unit&#233;s de milice de Lublin, Rzesrow, Tarnobzeg et d'autres villes foncent sur Radom, phares allum&#233;s, &#224; cent &#224; l'heure. Beaucoup plus tard arrive aussi l'unit&#233; sp&#233;ciale de milice de Golendzinow. Les unit&#233;s de la milice arrivent par compagnie, en formation d'assaut, en tout mille hommes environ, casqu&#233;s, arm&#233;s de gourdins de 85 centim&#232;tres et de lance-grenades lacrymog&#232;nes. Des fus&#233;es &#233;clairantes sont &#233;galement tir&#233;es sur la foule. (&#8230;) Vers cinq heures, la milice arrive avec des lances d'incendie et des tubes lance-grenades &#224; gaz. Ils progressent en rangs serr&#233;s par la rue Slowacki en direction du comit&#233; de vo&#239;vodie. Les manifestants mettent le feu aux voitures qui servent de barricade, se dispersent sur les c&#244;t&#233;s et commencent &#224; attaquer la milice sur ses arri&#232;res. Une fois dispers&#233;e la manifestation devant l'immeuble du comit&#233; de vo&#239;vodie du parti, on commence &#224; se rassembler autour du si&#232;ge des bureaux de la vo&#239;vodie. Vers cinq heures de l'apr&#232;s-midi, deux morts, couverts de sang, sont transport&#233;s sur des voitures de trolleybus le long des rues. Les gens serrent les poings et tiennent bon. Vers vingt-trois heures, les forces de s&#233;curit&#233; et le parti restent ma&#238;tres du terrain &#224; Radom. Quelques milliers de personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es. (&#8230;) Toutes les personnes arr&#234;t&#233;es furent brutalement maltrait&#233;es au moment de leur arrestation ou de leur interrogatoire par la milice. Un ouvrier est mort des tortures subies lors de son interrogatoire. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Plock&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Vers dix-sept heures, un cort&#232;ge compos&#233; de quelques dizaines de manifestants est parti des Etablissements de raffinerie et de p&#233;trochimie de Mazovie. Au cours du trajet de quelques kilom&#232;tres pour arriver &#224; la ville, des gens se sont m&#234;l&#233;s aux manifestants. (&#8230;) la foule a fait le si&#232;ge du b&#226;timent de vo&#239;vodie du parti. (&#8230;) Une voiture fut envoy&#233;e, avec un m&#233;gaphone annon&#231;ant que la hausse avait &#233;t&#233; annul&#233;e. Personne ne crut &#224; cette nouvelle et, dans un mouvement de col&#232;re, les gens renvers&#232;rent la voiture et malmen&#232;rent le conducteur. Une partie de la foule se mit &#224; lancer des pierres dans les vitres. D'autres se ru&#232;rent dans le hall, d'o&#249;, au bout d'un instant, ils furent repouss&#233;s. Des divisions de la milice, probablement venues de Lodz, entr&#232;rent en action et dispers&#232;rent la foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Gdansk&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;partement W4 des &#233;lectriciens fut le premier &#224; envoyer une d&#233;l&#233;gation d'ouvriers &#224; la direction. Le directeur des docks accepta de rencontrer les travailleurs. (&#8230;) Les ouvriers demand&#232;rent l'annulation de la hausse des prix ou sa r&#233;duction ; ils firent remarquer que le probl&#232;me du logement n'&#233;tait toujours pas r&#233;gl&#233;. En r&#233;ponse, le directeur les mena&#231;a de licenciement, mais on ne lui permit pas de terminer son intervention et on lui reprit le micro. (&#8230;) Le groupe de repr&#233;sentants des travailleurs des docks, qui s'&#233;tait form&#233; spontan&#233;ment, alla au micro et lan&#231;a le mot d'ordre de gr&#232;ve si le lendemain &#224; sept heures la direction n'avait pas accord&#233; satisfaction aux exigences des travailleurs. Cela dura donc jusqu'&#224; quatorze heures. On ne travailla plus, jusqu'&#224; la fin de la journ&#233;e, sur les chantiers navals. &lt;br /&gt;
Le 26, au soir, Piotr Jaroszovicz, Premier ministre annonce dans une br&#232;ve allocution radiot&#233;l&#233;vis&#233;e qu'il s'est adress&#233; au Parlement de la R&#233;publique pour lui demander d'annuler la hausse des prix. &lt;br /&gt;
Le comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers victimes de la r&#233;pression cons&#233;cutive aux &#233;v&#233;nements du 25 juin 1976 lance l'appel suivant :&lt;br /&gt;
&#171; La protestation des ouvriers contre l'augmentation des prix refl&#232;te l'attitude de la population tout enti&#232;re ; elle a entra&#238;n&#233; des poursuites brutales. A Ursus, &#224; Radom et dans d'autres villes de Pologne, on a battu, frapp&#233; &#224; coups de pied, emprisonn&#233; les manifestants. Des licenciements ont &#233;t&#233; pratiqu&#233;s sur une grande &#233;chelle, ce qui, en plus des arrestations, a frapp&#233; les familles des victimes de la r&#233;pression. (&#8230;) Les victimes de la r&#233;pression actuelle ne peuvent compter sur aucune aide ou d&#233;fense de la part des organismes dont ce devrait &#234;tre la t&#226;che, par exemple les syndicats, dont le r&#244;le est lamentable. Les agents de la protection sociale, eux aussi, refusent toute aide. Dans cette situation, c'est la population, au service de laquelle les personnes victimes de la r&#233;pression se sont expos&#233;es, qui doit assumer ce r&#244;le. En effet, la population n'a d'autres moyens de d&#233;fense contre l'arbitraire que la solidarit&#233; et l'aide mutuelle. C'est pourquoi les personnes soussign&#233;es d&#233;cident de constituer le pr&#233;sent &#171; Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers &#187;, afin de prendre l'initiative de toutes les formes de d&#233;fense et de soutien. &#187;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Des th&#233;oriciens de la r&#233;forme de la Pologne :&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Leszek Kolakowski dans des extraits de &#171; Th&#232;ses sur l'espoir le d&#233;sespoir &#187; (octobre 1966) :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; R&#233;sumons, tout d'abord, les principaux arguments avanc&#233;s d'ordinaire par ceux qui soutiennent que le syst&#232;me communiste sous forme actuelle est irr&#233;formable. Les tenants de cette th&#232;se affirment que la principale fonction sociale de ce syst&#232;me est le maintien du pouvoir incontr&#244;l&#233; monopolis&#233; par l'appareil dirigeant (&#8230;) Le monopole d'un pouvoir despotique ne peut pas &#234;tre supprim&#233; partiellement. (&#8230;) Seules des catastrophes brutales et p&#233;riodiques peuvent conduire &#224; des modifications (&#8230;) Les fonctions fondamentales de ce syst&#232;me social sont dirig&#233;es contre la soci&#233;t&#233; qui se trouve d&#233;munie de toute forme institutionnelle d'autod&#233;fense. D&#232;s lors, l'unique transformation concevable est une r&#233;volution violente. Qui plus est, cette r&#233;volution ne peut &#234;tre envisag&#233;e qu'&#224; l'&#233;chelle du syst&#232;me socialiste mondial, puisque la sup&#233;riorit&#233; militaire sovi&#233;tique, comme le montre l'exp&#233;rience, sera toujours mise &#224; profit pour &#233;touffer toute tentative r&#233;volutionnaire locale. Une telle r&#233;volution aurait pour cons&#233;quence &#8211; selon les espoirs des uns &#8211; une soci&#233;t&#233; socialiste, au sens d&#233;fini par la tradition marxiste (c'est-&#224;-dire la gestion sociale des processus de production et de r&#233;partition, impliquant un syst&#232;me repr&#233;sentatif), ou &#8211; selon l'espoir des autres &#8211; le passage au mod&#232;le occidental de capitalisme qui, face &#224; la faillite &#233;conomique et id&#233;ologique du socialisme, serait l'unique voie de d&#233;veloppement digne de confiance. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Si je me prononce pour l'id&#233;e &#171; r&#233;formiste &#187;, je n'entends nullement par l&#224; qu'on peut identifier le r&#233;formisme avec l'emploi des moyens &#171; l&#233;gaux &#187; oppos&#233;e aux moyens &#171; ill&#233;gaux &#187;. Cette distinction est proprement impossible dans une situation o&#249; ce n'est pas le droit qui d&#233;cide de la l&#233;galit&#233; mais l'interpr&#233;tation arbitraire de lois confuses par la police et les autorit&#233;s du parti. L&#224; o&#249; les dirigeants peuvent, s'ils le veulent, arr&#234;ter et condamner des citoyens pour d&#233;tention d'un livre &#171; ill&#233;gal &#187;, pour une conversation en petit cercle sur des sujets politiques ou pour des opinions exprim&#233;es dans une lettre priv&#233;e, la notion de l&#233;galit&#233; politique n'a aucun sens. Le meilleur moyen de r&#233;agir contre les poursuites pour ces genres de &#171; d&#233;lits &#187; est de les commettre en tr&#232;s grand nombre. Si je parle d'orientation r&#233;formiste, c'est au sens d'une foi dans la possibilit&#233; de pressions partielles et progressives efficaces exerc&#233;es dans une perspective de longue dur&#233;e, c'est-&#224;-dire dans la perspective de la lib&#233;ration sociale et nationale. Le socialisme despotique n'est pas un syst&#232;me absolument rigide, de tels syst&#232;mes n'existent pas. Des indices de souplesse sont apparus au cours des derni&#232;res ann&#233;es dans des domaines o&#249; r&#233;gnait nagu&#232;re l'id&#233;ologie officielle : les fonctionnaires du parti ne pr&#233;tendent plus conna&#238;tre mieux la m&#233;decine que les professeurs de m&#233;decine, bien qu'ils continuent &#224; conna&#238;tre la litt&#233;rature mieux que les &#233;crivains. (&#8230;) Le principe de la nature irr&#233;formable du syst&#232;me peut donc servir d'absolution anticip&#233;e &#224; la l&#226;chet&#233; et &#224; la passivit&#233;. Le fait qu'une grande partie de l'intelligentsia polonaise se soit laiss&#233;e convaincre de la totale rigidit&#233; du syst&#232;me honteux dans lequel elle vit est s&#251;rement en grande partie responsable de la passivit&#233; dont elle a fait preuve au moment du combat dramatique livr&#233; par les ouvriers polonais en d&#233;cembre 1970. (&#8230;) &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Adam Michnik dans des extraits de &#171; Une strat&#233;gie dans l'opposition polonaise &#187; (1977) :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Les &#233;v&#233;nements historiques que nous d&#233;signons sous le nom d'Octobre polonais ont &#233;t&#233; la source principale d'un espoir d'&#233;volution du syst&#232;me communiste. Cet espoir d'exprimait par deux visions ou concepts d'&#233;volution, que nous appellerons &#171; &#171; r&#233;visionniste &#187; et &#171; n&#233;o-positiviste &#187;.&lt;br /&gt;
La conception r&#233;visionniste reconnaissait une certaine possibilit&#233; d'&#233;volution &#224; l'int&#233;rieur du parti. Jamais formul&#233;e sous forme de programme politique, elle impliquait la possibilit&#233; d'humanisation et de d&#233;mocratisation du syst&#232;me d'exercice du pouvoir, ainsi que la capacit&#233; d'assimilation par la doctrine marxiste officielle de certaines notions des sciences humaines et sociales actuelles. Les r&#233;visionnistes d&#233;siraient agir dans la cadre du parti communiste et de la doctrine marxiste. (&#8230;)&lt;br /&gt;
L'autre concept d'&#233;volution, Stanislaw Stomma, l'un de ses meilleurs repr&#233;sentants l'appelait orientation &#171; n&#233;opositiviste &#187;. C'&#233;tait une tentative d'appliquer la strat&#233;gie que Roman Dniowski avait pr&#233;conis&#233;e, au d&#233;but du 20e si&#232;cle, aux conditions politiques nouvelles. Dirigeant du groupe catholique Znak, Stalinaw Stomma prenait en consid&#233;ration les facteurs g&#233;opolitiques du pays, comme son catholicisme, partie int&#233;grante et indispensable de la vie publique polonaise. (&#8230;) La conception &#233;volutionniste de Stomma diff&#233;rait consid&#233;rablement du r&#233;visionnisme. Son n&#233;opositivisme impliquait surtout la loyaut&#233; &#224; l'&#233;gard de l'URSS, consid&#233;r&#233; comme la puissance russe d'autrefois, tout en rejetant la doctrine marxiste et l'id&#233;ologie socialiste. (&#8230;) Cependant, r&#233;visionnistes et n&#233;opositivistes se rejoignaient : pour r&#233;aliser leurs projets, les uns et les autres, comptaient sur des changements venant d'en haut ; ils s'attendaient &#224; une &#233;volution du parti, r&#233;sultat de la politique r&#233;aliste de dirigeants intelligents. Ils n'envisageaient pas de forcer cette &#233;volution par une pression sociale continue et organis&#233;e ; ils misaient sur la raison du prince communiste plut&#244;t que sur la lutte pour l'&#233;tablissement d'institutions souveraines aptes &#224; contr&#244;ler le pouvoir. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Les &#233;v&#233;nements du mois de mars 1968 ont marqu&#233; la limite du r&#233;visionnisme. A ce moment-l&#224;, le lien qui unissait l'intelligentsia r&#233;visionniste du parti fut d&#233;finitivement coup&#233; : on ne pouvait plus compter sur une d&#233;mocratisation de la direction du parti. (&#8230;) Penser jusqu'au bout le r&#233;visionnisme et le n&#233;opositivisme m&#232;ne in&#233;vitablement &#224; accepter lors du conflit le point de vue du pouvoir. En effet, toute solidarit&#233; avec les ouvriers en gr&#232;ve, avec les &#233;tudiants qui manifestent, avec les intellectuels contestataires remet en question les strat&#233;gies r&#233;visionnistes, cherchant &#224; agir &#224; l'int&#233;rieur du parti, et celles des n&#233;opositivistes, qui pr&#233;conisent la politique de l'entente. Le conflit ouvert, les deux strat&#233;gies se trouvent brusquement priv&#233;es d'une composante essentielle : la r&#233;f&#233;rence au pouvoir.&lt;br /&gt;
Le dilemme des mouvements de gauche du 20e si&#232;cle &#171; r&#233;forme ou r&#233;volution &#187; n'est pas un dilemme pour l'opposition polonaise. Postuler un renversement r&#233;volutionnaire de la dictature du parti, s'organiser dans ce but, serait aussi irr&#233;aliste que dangereux : on ne peut pas compter sur le renversement du r&#233;gime tant que la structure politique de l'URSS est ce qu'elle est. Dans un pays o&#249; la culture politique et les normes d&#233;mocratiques sont presque absentes, des activit&#233;s conspiratrices ne peuvent qu'aggraver les maux de la soci&#233;t&#233; sans apporter des r&#233;sultats b&#233;n&#233;fiques. (&#8230;) A mon avis, la seule voie &#224; prendre pour les dissidents des pays de l'Est est celle d'une lutte incessante pour les r&#233;formes en faveur d'une &#233;volution qui &#233;largira les libert&#233;s civiques et garantira le respect des droits de l'homme. L'exemple polonais d&#233;montre que la pression exerc&#233;e sur le pouvoir apporte des concessions non n&#233;gligeables. L'opposition polonaise (&#8230;) compte sur des changements progressifs et partiels plus que sur un renversement violent du syst&#232;me en place. (&#8230;) La nouvelle strat&#233;gie de l'opposition implique des changements lents et progressifs. Cela ne signifie pourtant pas que ce mouvement sera toujours pacifique ni qu'il pourra &#233;viter de faire des victimes. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits de Jacek Kuron dans &#171; Pour une plate-forme unique de l'opposition &#187; (1976) :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Nous commencerons par d&#233;finir le syst&#232;me en termes g&#233;n&#233;raux. Ensuite, nous proc&#233;derons &#224; une discussion des buts de l'opposition et &#224; une analyse des conditions dans lesquelles elle doit travailler. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans un syst&#232;me totalitaire, le pouvoir et le peuple sont s&#233;par&#233;s. Tout le pouvoir de proposer, de r&#233;fl&#233;chir et de d&#233;cider r&#233;side exclusivement dans le gouvernement. Les gens sont destin&#233;s &#224; former une masse amorphe, d&#233;pourvue de droits personnels quels qu'ils soient. Ce syst&#232;me met en danger notre survie nationale et si, par souverainet&#233; nationale nous entendons la capacit&#233; pour la nation &#224; d&#233;cider de son propre destin, le syst&#232;me est contraint de la d&#233;truire. Le syst&#232;me totalitaire a &#233;t&#233; impos&#233; en Pologne il y a quelques trente ans par les forces arm&#233;es de l'Union sovi&#233;tique avec l'approbation des puissances occidentales, en particulier, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. La stabilit&#233; du syst&#232;me est garantie par la propension d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233;e trois fois par l'Union sovi&#233;tique &#224; se r&#233;imposer par la force &#224; toute nation qui tenterait de se lib&#233;rer. Nous ajouterons que ce sont l&#224; des raisons s&#233;rieuses pour penser que le gouvernement polonais doit se pr&#234;ter &#224; toutes les d&#233;cisions importantes prises par la direction sovi&#233;tique. L'Etat polonais n'est pas souverain et, dans l'esprit de notre peuple, c'est l&#224; le mal qui est &#224; la racine de notre vie politique. (&#8230;) L'opposition lutte pour la souverainet&#233; du peuple et de l'Etat polonais. Retenons pour le moment cette d&#233;finition, quoique je suis d'accord avec ceux qui pensent que nos objectifs ne peuvent &#234;tre pleinement r&#233;alis&#233;s dans notre situation g&#233;ographique et politique actuelle. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le mouvement paysan est n&#233; de besoins personnels et particuliers. Mais, en d&#233;fendant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, il prenait &#233;galement position pour l'ind&#233;pendance de la vie villageoise et il pr&#233;servait l'agriculture d'une d&#233;vastation plus grave. C'est ainsi qu'il b&#233;n&#233;ficia &#224; la totalit&#233; de la communaut&#233;. Je consid&#232;re &#233;galement le mouvement de protestation des travailleurs pour la d&#233;fense de leurs salaires en termes de pouvoir d'achat r&#233;el comme socialement b&#233;n&#233;fique. Des gr&#232;ves locales &#233;clatent assez souvent (&#8230;) Ces gr&#232;ves sont bris&#233;es avec une grande promptitude par la police d&#233;p&#234;ch&#233;e par le parti, l'administration et les syndicats. (&#8230;) A trois occasions durant les trente derni&#232;res ann&#233;es, les gr&#232;ves ont donn&#233; toute sa dimension &#224; un mouvement social : en 1956-57, en 1970-71 et en 1976. Les travailleurs ont pay&#233; un prix tr&#232;s lourd, mais ces trois mouvements se sont termin&#233;s par une victoire. (&#8230;) Le troisi&#232;me exemple de mouvements de protestation sociale est l'activit&#233; des fid&#232;les dans la d&#233;fense de l'Eglise catholique. Je pense ici aux participations massives aux processions, aux p&#232;lerinages, aux activit&#233;s paroissiales et &#233;galement aux d&#233;monstrations et m&#234;me aux manifestations pour la d&#233;fense des constructions d'&#233;glises (&#8230;) &lt;br /&gt;
L'opposition doit imm&#233;diatement commencer &#224; organiser un certain nombre de groupes li&#233;s exprimant une vari&#233;t&#233; de points de vue la plus large possible. En premier lieu, il faut une repr&#233;sentation organis&#233;e des travailleurs industriels, en particulier ceux qui sont employ&#233;s dans les tr&#232;s grandes entreprises. L'organisation devrait commencer au niveau de l'usine et s'&#233;tendre ensuite. Ses revendications devraient s'entourer des avis de professionnels de l'&#233;conomie, d'ing&#233;nieurs, d'hommes de loi et de sociologues. (&#8230;) Le plus important, et peut-&#234;tre le plus sp&#233;cifique, des revendications actuelles concerne la pleine r&#233;int&#233;gration des travailleurs licenci&#233;s apr&#232;s le 25 juin et une amnistie pour ceux qui ont &#233;t&#233; condamn&#233;s pour des actes en relation avec les &#233;v&#233;nements de juin. Pour que cette demande soit entendue et accept&#233;e, il est n&#233;cessaire de disposer du soutien uni d'une organisation de travailleurs de l'industrie. &#187; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Sur la gr&#232;ve de 1980&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Extraits de &#171; Gdansk, la m&#233;moire ouvri&#232;re &#187; de &lt;strong&gt;Jean-Yves Potel &lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Un des gars a coll&#233; des affiches dans les vestiaires entre cinq et six heures du matin. Les gens surent ainsi que la gruti&#232;re Anna Walentynowicz avait &#233;t&#233; licenci&#233;e, cinq mois avant la retraite, pour avoir d&#233;fendu les ouvriers. C'&#233;tait cela la &#171; faute grave &#187; dont la direction l'accusait. D&#233;cor&#233;e des croix du M&#233;rite de bronze, d'argent et d'or, elle avait derri&#232;re elle trente ans de travail irr&#233;prochable. Le tribunal avait annul&#233; le licenciement, mais le directeur refusait de la r&#233;int&#233;grer. Anna Walentynowicz avait fait partie du comit&#233; de gr&#232;ve en 1970. Ici, sur le Littoral, ce sont les choses qui comptent. &lt;br /&gt;
C'est la gr&#232;ve. Ce seul mot a suffi pour faire sortir du monde de la cale des constructions, des nefs de montage et des autres ateliers. Certains ont h&#233;sit&#233;, mais au bout d'une demi-heure la plupart ont laiss&#233; tomber leurs outils et se sont rendus sur la grande place du chantier, pr&#233;c&#233;d&#233;s d'une banderole o&#249; l'on venait d'inscrire &#171; 2000 zlotys d'augmentation &#8211; Une prime de vie ch&#232;re &#8211; R&#233;int&#233;grez la gruti&#232;re Walentinowicz ! &#187; Sur la place, tous se sont tus pour une minute de silence en hommage aux ouvriers du chantier tomb&#233;s en 1970. Lech Walesa a fait son apparition. Ouvrier &#233;lectricien, licenci&#233; lui aussi pour faits de gr&#232;ve en 1976, participant actif des gr&#232;ves de 1970-1971, il a escalad&#233; les grilles pour rejoindre les gr&#233;vistes. On a cri&#233; &#171; Hourrah ! &#187;. Un discours a &#233;t&#233; improvis&#233; du hait d'une excavatrice. Le directeur principal, Gniech, y est mont&#233; &#224; son tour pour tenter de convaincre les gens de reprendre le travail. Sans succ&#232;s ; les cris ont couvert sa voix. Lech Walesa a propos&#233; une gr&#232;ve avec occupation. Chacun avait ses raisons de la faire, tous l'ont soutenue. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La gr&#232;ve a d&#233;ferl&#233; comme une vague, chacun y a adh&#233;r&#233; de son c&#244;t&#233; en compagnie des coll&#232;gues de l'atelier. (&#8230;) On buvait beaucoup trop au chantier des derniers temps (&#8230;) Les piquets de gr&#232;ve brisaient les bouteilles de bi&#232;re et de vodka aux portes du chantier. Cette mesure, d'ailleurs, a impressionn&#233; tout le monde. La direction de la gr&#232;ve n'a fait aucune exception. Apr&#232;s trois jours de gr&#232;ve, les n&#233;gociations avec la direction ont abouti &#224; un accord. En son propre nom, le directeur a accord&#233; une augmentation de 1500 zlotys, sur les 2000 demand&#233;s. Cet apr&#232;s-midi l&#224;, nous &#233;tions devant la grille de l'entr&#233;e quand Lech Walesa annon&#231;a que la gr&#232;ve prenait fin. La nouvelle que les revendications seraient satisfaites avait d&#233;j&#224; fait le tour de la ville. Pour les d&#233;l&#233;gu&#233;s des autres usines, l'arr&#234;t du mouvement au chantier &#233;tait catastrophique. On ne leur avait rien promis, &#224; eux. Les repr&#233;sentants de 21 entreprises en gr&#232;ve sont venus au chantier L&#233;nine pour faire pression sur les ouvriers : &#171; Nous vous avons apport&#233; notre appui. A vous maintenant de nous donner le v&#244;tre. &#187; Un d&#233;l&#233;gu&#233; de WPK a demand&#233; que la gr&#232;ve continue, ici comme ailleurs, et pas mal de gens l'ont applaudi. Dans ce cas, a dit Walesa, je reste avec vous. Je vous ai promis de sortir le dernier. Entre-temps, la plupart des travailleurs du chantier, &#224; l'appel du directeur, avaient quitt&#233; les lieux. &lt;br /&gt;
(&#8230;) Le samedi, tard dans la soir&#233;e, les d&#233;l&#233;gations pr&#233;sentes au chantier constituent un comit&#233; de gr&#232;ve interentreprises. Ce comit&#233;, le MKS, &#233;labore une liste de revendications qui, dans sa version finale, comportera 21 points. Le premier est essentiel : c'est l'acceptation des syndicats libres, ind&#233;pendants du parti et des employeurs. La deuxi&#232;me, c'est le droit de gr&#232;ve. Voil&#224; les garanties pour lesquelles la lutte continue. Ce sont les seules qui, si elles sont acquises, pourront donner aux travailleurs la certitude que les &#233;checs, les pi&#232;ges du pass&#233; ne se r&#233;p&#232;teront pas. Suivent ensuite, jusqu'au point 6, les revendications relevant du domaine de la d&#233;mocratie : la libert&#233; d'expression, la r&#233;int&#233;gration des licenci&#233;s pour faits de gr&#232;ve ou d&#233;lit d'opinion et la lib&#233;ration des prisonniers politiques ; une information compl&#232;te et permanente sur la situation socio-&#233;conomique du pays et une discussion publique sur les programmes de r&#233;formes. (&#8230;) Les points suivants mis en avant par le MKS concernent justement ce socialisme-l&#224; : l'acc&#232;s aux logements, aux cr&#232;ches et aux maternelles, le droit &#224; la sant&#233;, aux jours de repos, &#224; un salaire convenable pour un travail honorable, &#224; une retraite m&#233;rit&#233;e. L'exigence, &#233;galement, que se r&#233;duise le foss&#233; entre les tr&#232;s pauvres et les tr&#232;s riches, entre les spoli&#233;s et les privil&#233;gi&#233;s, que tous puissent vivre d&#233;cemment. (&#8230;) Au fil des heures pass&#233;es ici, se renforce l'impression que la gr&#232;ve s'est donn&#233;e un groupe de leaders solides d&#233;cid&#233;s &#224; aller jusqu'au bout. La liste des &#171; 21 Tak &#187; - &#171; oui aux 21 revendication &#187; - est colport&#233;e d'une rue &#224; l'autre dans les Trois-Villes. On la colle partout, sur les poteaux, les murs et les palissades. Ses formules nettes, carr&#233;es, peuvent sembler provocantes &#224; certains, car les gens n'en ont gu&#232;re l'habitude. Aucune r&#233;action de la part des autorit&#233;s. Cependant, l'atmosph&#232;re, on le sent, est devenue pesante. Il fait lourd, l'air est charg&#233; d'&#233;lectricit&#233;. &lt;br /&gt;
Premier dimanche, premi&#232;re messe aux grilles du chantier. Le pr&#234;tre qui fait l'office prononce des paroles d'apaisement. Il appelle au calme, &#224; la dignit&#233;. Quelques milliers de personnes sont agenouill&#233;es. Beaucoup ont pleur&#233;. (&#8230;) La nuit pr&#233;c&#233;dente, les gr&#233;vistes ont construit une croix en bois. Apr&#232;s la messe, ils l'ont emmen&#233;e au-del&#224; de la porte principale, l&#224; o&#249; devra s'&#233;lever un monument aux ouvriers tomb&#233;s en d&#233;cembre 1970. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans la salle du praesidium du comit&#233; de gr&#232;ve, on a install&#233; la maquette (du futur monument aux morts) et les dons ont commenc&#233; &#224; affluer pour la r&#233;alisation du projet. Un extraordinaire &#233;lan de g&#233;n&#233;rosit&#233; du littoral, puis de toute la Pologne. &lt;br /&gt;
Lundi 18 ao&#251;t, nombre de ceux qui avaient quitt&#233; le chantier samedi y sont revenus. (&#8230;) Au chantier Commune de Paris &#224; Gdynia, ce sont les jeunes qui tiennent la barre de la gr&#232;ve. Les principes ont &#233;t&#233; plus s&#233;v&#232;res, les divisions plus rigoureuses. (&#8230;) Les ti&#232;des, les h&#233;sitants, on ne les a pas laiss&#233; entrer. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le directeur emp&#234;che le MKS d'acc&#233;der &#224; la radio int&#233;rieure. Il fait &#233;galement couper le circuit d'alimentation des hauts-parleurs de la porte num&#233;ro 2 pour contrer la popularisation de la gr&#232;ve vers l'ext&#233;rieur. D'un avion, on lance des tracts : &#171; La gr&#232;ve au chantier s'est conclue sur un accord. Elle est poursuivie par des irresponsables, alors qu'une large majorit&#233; entend reprendre le travail. &#187; (&#8230;) Un coup tr&#232;s dur, c'est la coupure des lignes t&#233;l&#233;phoniques qui isole les Trois-Villes du reste du pays. Pendant ce temps-l&#224;, la milice s'active. Elle arr&#234;te les voitures qui se dirigent vers le chantier et celles qui en viennent, fouille les passagers, rel&#232;ve l'identit&#233; des conducteurs, et ceux qu'ils transportent. Les miliciens ne sont pas arm&#233;s mais multiplient les intimidations. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Bient&#244;t, toutes les entreprises de la vo&#239;vode ont rejoint le MKS. Le mouvement est irr&#233;sistible et cependant les man&#339;uvres de derni&#232;re heure ne manquent pas. (...) Samedi 23 ao&#251;t, dixi&#232;me jour de gr&#232;ve. Lech Walesa se met derri&#232;re la table du praesidium. (&#8230;) Les n&#233;gociations pr&#233;paratoires commencent, pour le moment &#224; l'&#233;chelon du vo&#239;vode. (&#8230;) Le 28 ao&#251;t s'engage le troisi&#232;me tour des n&#233;gociations avec la commission gouvernementale. Le vice Premier ministre Jagielski a l'air ma&#238;tre de lui. (&#8230;) On discute ici de libert&#233; d'expression et de conscience garantie par la constitution ; on parle beaucoup de la situation morale et sociale des croyants. Monsieur Jagielski souligne que la dialogue entre l'Etat et l'Eglise se d&#233;veloppe bien&#8230; (&#8230;) La discussion est tr&#232;s anim&#233;e. &#171; En gros, nous sommes d'accord &#187; dit Monsieur Jagielski. Mais, de fait, le d&#233;bat n'a gu&#232;re avanc&#233;. (&#8230;) Au dessus de la porte num&#233;ro 2 du chantier L&#233;nine, les ouvriers ont suspendu une longue banderole &#171; Prol&#233;taires de tous les pays, unissez-vous ! &#187;&lt;br /&gt;
(&#8230;) La finale est &#226;prement disput&#233;e. Vendredi 29, par deux fois les n&#233;gociations sont report&#233;es &#224; plus tard. (&#8230;) L'&#233;nervement cro&#238;t d'heure en heure, l'agressivit&#233; remonte &#224; la surface. Car, si le travail reprend, on va se retrouver du jour au lendemain face au directeur, au secr&#233;taire de cellule, ou m&#234;me &#8230; Demain, la moiti&#233; de cette salle peut se retrouver en taule, s'est &#233;cri&#233; quelqu'un sur un ton hyst&#233;rique. De nouvelles d&#233;l&#233;gations font leur entr&#233;e, venant d'autres vo&#239;vodes. (&#8230;) Le nouvel arrivant est embarrass&#233;. Il ne sait pas o&#249; s'installer. Il vient du bassin du cuivre et repr&#233;sente 20.000 travailleurs. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Samedi 30 ao&#251;t. La commission gouvernementale vient pour la quatri&#232;me fois au chantier. &#171; Il me semble, dit le vice Premier ministre Jagielski, que le moment est venu de terminer nos travaux &#187; &lt;br /&gt;
Dimanche. La signature des accords de Gdansk entre le MKS et Jagielski est retransmise &#224; la t&#233;l&#233;vision. &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Compte-rendu de Henrika Dobisz et Andrej Zianecki&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt; &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Extraits de &#171; Un chemin d'espoir &#187;, autobiographie de &lt;strong&gt;Lech Walesa &lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le moment d&#233;cisif survint apr&#232;s le 3 mai 1980, date de l'arrestation de repr&#233;sentants du Mouvement de la Jeune Pologne et du Mouvement pour la D&#233;fense des Droits de l'Homme &#8211; Dariusz Robzdej et Tadeusz Szczudlowski -, &#224; la suite de leur discours prononc&#233; devant le monument au roi Jan II Sobieski. On se lance quasi ouvertement dans une large diffusion de tracts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve&lt;br /&gt;
Je descendis devant les Chantiers et le dirigeai vers l'entr&#233;e. Le matin, avant l'embauche, des tracts et le bulletin &#171; L'Ouvrier du Littoral &#187; avaient pu &#234;tre distribu&#233;s dans le train de banlieue et dans les tramways qu'empruntent la plupart des ouvriers pour se rendre au travail. L'information essentielle concernait le licenciement disciplinaire d'Anna Walentynowicz, survenu le 7 ao&#251;t, cinq mois avant qu'elle ne prenne sa retraite Le texte des tracts &#233;tait le suivant : &lt;br /&gt;
&#171; Aux ouvriers des Chantiers navals de Gdansk !&lt;br /&gt;
&#171; Nous nous adressons &#224; vous, coll&#232;gues d'Anna Walentynowicz. Elle travaillait aux Chantiers depuis 1950 : 16 ans comme soudeur, puis comme conducteur d'un pont-roulant &#224; l'atelier n&#176;2. Elle s'est vue d&#233;cerner la m&#233;daille de bronze, celle d'argent, puis en 1979, la Croix d'or du M&#233;rite. Elle a toujours &#233;t&#233; une ouvri&#232;re irr&#233;prochable. Elle s'est toujours insurg&#233;e contre toute injustice, toute in&#233;galit&#233;. C'est pourquoi elle a d&#233;cid&#233; de s'engager dans l'action qui avait pour but la mise sur pied d'un syndicat libre. C'est l&#224; que commenc&#232;rent pour elle les ennuis : elle a &#233;t&#233; mut&#233;e &#224; deux reprises dans une autre unit&#233; pour avoir distribu&#233; &#171; L'Ouvrier du Littoral &#187;, et elle s'est vue infliger un bl&#226;me. (&#8230;) En arr&#234;t-maladie, Anna Walentynowicz a re&#231;u une lettre de licenciement prenant effet le 7 ao&#251;t pour avoir enfreint le r&#232;glement&#8230;.&lt;br /&gt;
(&#8230;) C'est pourquoi nous vous lan&#231;ons cet appel : d&#233;fendez Anna Walentynowicz ! Si vous ne le faites pas, nombreux sont ceux qui risquent de se retrouver dans une situation semblable. Nous signalons d'autre part &#224; la direction qu'un pareil acte, en cette p&#233;riode o&#249; une vague de gr&#232;ves d&#233;ferle sur notre pays, para&#238;t un d&#233;fi au bon sens.&lt;br /&gt;
Sign&#233; : comit&#233; de fondation des syndicats libres &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois gar&#231;ons de vingt ans, Jurek Borowczyk, Ludwig Pradzynski et Bogdan Felski, affiches, tracts et bulletins en mains, avaient su mettre en gr&#232;ve l'ensemble des Chantiers. (&#8230;) A la revendication en faveur d'Anna Walentynowicz, j'ajoutai ma propre r&#233;int&#233;gration et l'&#233;rection d'un monument (&#8230;) aux trois ouvriers abattus devant l'entr&#233;e des Chantiers en d&#233;cembre 1970. (&#8230;) Ce qui concernait tout le monde, c'&#233;tait la hausse individuelle de 2000 zlotys. Nous nous cramponn&#226;mes donc &#224; cette derni&#232;re exigence comme pr&#233;alable &#224; toute n&#233;gociation (&#8230;) Au d&#233;but, nous branch&#226;mes des micros dans la salle du Service Hygi&#232;ne et de la S&#233;curit&#233; du Travail o&#249; se d&#233;roulaient les n&#233;gociations, ainsi qu'un autre &#224; l'ext&#233;rieur de la salle. Nous pouvions diffuser dans tous les ateliers, les halls de production. Par la suite, le n&#233;cessaire fut fait pour que les d&#233;bats soient entendus dans les chantiers voisins et dans les entreprises de la rue Walowa. Plus tard encore, nos d&#233;l&#233;gu&#233;s emport&#232;rent les enregistrements pour les faire &#233;couter en d'autres entreprises. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Non, la gr&#232;ve n'a rien d'un &#233;pisode harmonieux, elle passe par des phases de vive exaltation auxquelles succ&#232;dent des p&#233;riodes de compromis, voire des moments de peur. (&#8230;) Personne n'a trouv&#233; de sc&#233;nario id&#233;al pour le d&#233;roulement d'une chose comme la gr&#232;ve, ni ne saurait d'ailleurs en concevoir. La gr&#232;ve, c'est la foule qui r&#233;agit &#224; sa mani&#232;re, diverse et changeante. Moi, je n'avais pas de sc&#233;nario, mais je sentais la foule. Quand je me retrouve au milieu d'une foule, je sais toujours ce que les gens veulent. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Notre gr&#232;ve &#224; nous arrivait &#224; son terme : en ce troisi&#232;me jour, le samedi apr&#232;s-midi, elle avait pris fin ; tout son &#233;lan, toutes ses motivations essentielles s'&#233;taient &#233;vanouis. Comme j'avais affaire &#224; un directeur qui avait su faire face &#224; la situation (&#8230;), je m'&#233;tais senti oblig&#233; de contenir notre conflit dans certaines limites. &#199;a n'avait pas &#233;t&#233; une r&#233;volution s'appuyant sur le d&#233;sordre, mais un mouvement o&#249; chaque objectif &#233;tait soumis &#224; un jugement public. Je ne pouvais et ne voulais personnellement exprimer que CELA. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Voici un t&#233;moignage :&lt;br /&gt;
&#171; A peu pr&#232;s au moment m&#234;me o&#249; Walesa s'appr&#234;tait &#224; mettre fin &#224; la gr&#232;ve (&#8230;), un repr&#233;sentant des employ&#233;s des transports se trouva propuls&#233; sur le podium, devant le micro, et exposa leur cause. Son discours se termina par une demande de soutien. Au bout d'un moment, des employ&#233;s des tramways, sortant du b&#226;timent, se joignirent &#224; lui. Des jeunes entour&#232;rent le podium &#8211; cent, deux cents, cinq cents gar&#231;ons : &#171; Solidarit&#233; ! &#187;, &#171; Solidarit&#233; ! &#187;, &#171; Solidarit&#233; ! &#187; (&#8230;) Sur les murs, la nuit, des inscriptions avaient fait leur apparition : &#171; Walesa, tra&#238;tre ! &#187;. D&#233;j&#224;, le samedi apr&#232;s-midi, (&#8230;) deux &#233;missaires femmes des gr&#233;vistes de Gdansk avaient eu des mots tr&#232;s durs contre Walesa (&#8230;) Le dimanche 17 ao&#251;t, Walesa, tel Simon de Cyr&#232;ne, prit sur ses &#233;paules une croix en bois et la porta devant l'entr&#233;e, jusqu'au lieu o&#249; l'on pr&#233;voyait d'&#233;lever &#224; l'avenir le Monument. La croix fut ciment&#233;e dans le sol (&#8230;) Dans la nuit de dimanche &#224; lundi, on fit dispara&#238;tre les inscriptions diffamant (ou d&#233;non&#231;ant) Walesa. La m&#234;me nuit, Walesa affermit sa position en prenant officiellement la t&#234;te du Comit&#233; de gr&#232;ve cr&#233;&#233; solidairement pour la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des entreprises de Gdansk, Gdynia, Elblag, Pruszcz, Tczew, Lebork, &#8230; entre beaucoup d'autres. Le lundi matin, le directeur avait co-sign&#233; avec Walesa, le samedi, les accords concernant les Chantiers, s'effor&#231;a &#224; nouveau de faire appel au loyalisme du personnel, et reprocha &#224; Walesa d'avoir rompu leurs accords. Walesa ne sut que lui donner raison. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, j'exer&#231;ai un certain ascendant sur les gens, par exemple au sein du Comit&#233; inter-entreprises qui se rassemblait dans la grand-salle de r&#233;union des Chantiers. Je me rendais compte d'embl&#233;e que les gars &#233;taient beaucoup trop excit&#233;s, que les passions &#233;taient &#224; leur comble, ce qui excluait toute discussion s&#233;rieuse et interdisait qu'on prenne aucune d&#233;cision. J'avais &#233;tabli le rituel suivant : je p&#233;n&#233;trai dans la salle, la traversais d'un pas assur&#233;, et, parvenu jusqu'au petit podium, je me retournai brusquement face &#224; l'auditoire, gardais le silence une seconde, puis d&#233;clarais ouverte la session du Comit&#233; en proposant d'entonner l'hymne national. Tout le monde se levait, et les gars se mettaient &#224; chanter &#224; l'unisson. Les gens qui, dix minutes avant la r&#233;union, &#233;taient venus avec la ferme r&#233;solution de donner libre cours &#224; leur col&#232;re, ne contestaient plus les d&#233;cisions prises, se contentant de conciliabules en petits cercles. Et le moment o&#249; je me levais signifiait irr&#233;vocablement la cl&#244;ture de la r&#233;union : les gens embo&#238;taient le pas. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Au moment-cl&#233; o&#249; furent formul&#233;es les 21 revendications du mouvement et o&#249; l'on discuta avec passion de leur version d&#233;finitive, la direction des syndicats libres n'&#233;tait pas unanime. Dans leur hi&#233;rarchie informelle, je ne suis alors que le num&#233;ro trois ou quatre, peut-&#234;tre m&#234;me cinq. C'est &#224; ce moment difficile que je me retrouve propuls&#233; &#224; la premi&#232;re place, que je me sens avancer seul dans le r&#244;le de dirigeant, que je suis amen&#233; &#224; imposer ma volont&#233;, en d&#233;pit de l'amertume justifi&#233;e de certains, que je ne peux pas ne pas percevoir. (&#8230;) je sais que, pour l'heure, il faut nous montrer mod&#233;r&#233;s, contr&#244;ler et limiter certaines revendications irr&#233;alistes, si fond&#233;es qu'elles soient, afin de gagner plus tard. (&#8230;) Il s'agissait de pouvoir dire en toute confiance aux repr&#233;sentants du gouvernement, d&#232;s leur arriv&#233;e chez nous : &#171; A l'exemple de l'ordre qui r&#232;gne ici et qui est accept&#233; par tous, instaurons ensemble un ordre nouveau dans notre pays, dans toute la Pologne. &#187; C'&#233;tait un ordre sans vodka : &#224; l'entr&#233;e des Chantiers, nous brisions les bouteilles apport&#233;es par ceux qui n'&#233;taient pas encore au courant. C'&#233;tait un ordre avec le Pape : son portrait fut suspendu &#224; l'entr&#233;e d&#232;s le premier jour de gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le programme comprenant nos &#171; 21 revendications &#187; vit rapidement le jour (&#8230;) :&lt;br /&gt;
reconnaissance des syndicats libres, ind&#233;pendants du Parti et des employeurs (&#8230;)&lt;br /&gt;
garantie du droit de gr&#232;ve, de la s&#233;curit&#233; des gr&#233;vistes et des personnes qui leur viennent en aide&lt;br /&gt;
respect des libert&#233;s d'expression et de publication (&#8230;)&lt;br /&gt;
r&#233;tablissement dans leurs droits des personnes licenci&#233;es (&#8230;) des &#233;tudiants exclus de l'enseignement sup&#233;rieur (&#8230;), lib&#233;ration des prisonniers politiques (&#8230;)&lt;br /&gt;
rendre publique le comit&#233; inter-entreprises et ses revendications&lt;br /&gt;
information de toute la population sur la situation &#233;conomique et sociale&lt;br /&gt;
paiement des jours de gr&#232;ve (&#8230;)&lt;br /&gt;
augmentation mensuelle du salaire de base de chaque travailleur de 2100 zlotys (&#8230;)&lt;br /&gt;
Instauration de l'&#233;chelle mobile des salaires&lt;br /&gt;
Approvisionnement en produits alimentaires (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Le 22 ao&#251;t au soir, la d&#233;l&#233;gation du praesidium du MKS a rencontr&#233; le pr&#233;sident de la Commission gouvernementale, Monsieur le vice-premier ministre Mieczyslaw Jagielski, et lui a remis le message suivant : &#171; Le MKS informe la D&#233;l&#233;gation gouvernementale dirig&#233;e par le vice-Premier ministre qu'il est pr&#234;t &#224; entreprendre des pourparlers sur la base des 21 revendications, qui pourraient mettre un terme &#224; la gr&#232;ve. &#187;&lt;br /&gt;
(&#8230;) Tadeusz Mazowiecki et Borislav Geremek sont venus de Varsovie en voiture par un chemin d&#233;tourn&#233;. Ils vont travailler en temps qu'experts aupr&#232;s du Comit&#233;. Ils ont re&#231;u un accueil tr&#232;s chaleureux. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Gdansk devient alors une sorte de Mecque o&#249; affluent les d&#233;l&#233;gu&#233;s d'entreprises de l'ensemble du pays, venus apporter leur soutien et pr&#234;ts &#224; se joindre &#224; la gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le tournant d&#233;cisif de la gr&#232;ve est le vendredi 22 ao&#251;t, marqu&#233; par la venue &#224; Gdansk de Mieczyslaw Jagielski, vice-premier ministre, nomm&#233; &#224; la place de Pyka qui vient d'&#234;tre r&#233;voqu&#233;. La rencontre avec nos d&#233;l&#233;gu&#233;s a eu lieu le soir m&#234;me (&#8230;) De retour, avant m&#234;me d'avoir franchi la grille, ceux-ci crient d&#233;j&#224; victoire : cette victoire r&#233;side dans la d&#233;cision d'entamer des pourparlers entre le gouvernement et le Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises sur la base de nos 21 revendications. Un combat difficile nous attend alors. &#171; Nous savons ce que nous voulons &#187; ai-je dit &#224; Mazowwicki et &#224; Geremek lors de notre premi&#232;re entrevue sur le coup de minuit. (&#8230;) Comme tant d'autres, ils &#233;taient venus avec un texte de soutien. Le voyant, je m'&#233;tais dit que ce n'&#233;tait l&#224; qu'une motion de plus. Je leur ai demand&#233; ce qu'ils avaient concr&#232;tement &#224; nous proposer, car nous avions vraiment besoin d'aide. &#171; Comme intellectuels, nous ne pouvons faire grand-chose, hormis vous servir de conseillers, d'experts. &#187; Excellente id&#233;e ! Nous venions de trouver le maillon manquant &#224; notre cha&#238;ne. Tout le monde s'accorda sur la n&#233;cessit&#233; de d&#233;signer une commission d'experts, &#224; d&#233;faut desquels nous aurions bien &#233;t&#233; incapables de faire se rencontrer la &#171; dialectique &#187; du pouvoir et la c&#244;t&#233; un peu fruste et &#233;l&#233;mentaire de nos revendications. (&#8230;) Cette base de d&#233;part nous convenait tout &#224; fait et n'&#233;tait pas non plus pour d&#233;plaire aux autorit&#233;s : non sans raison, celles-ci redoutaient les formulations trop radicales de gens simples, &#224; bout de nerfs, qui mettent &#224; mal respectabilit&#233;s et convenances, et usent parfois d'un vocabulaire &#224; rester pantois. Les uns comme les autres, nous avions besoin d'&#234;tre assur&#233;s qu'il serait possible de trouver une r&#233;ponse commune. Autrement, la situation &#233;tait sans issue. Le fait de nommer une commission d'experts ouvrit cette perspective d'entente. Dans le courant de la nuit, ils d&#233;finirent la marche &#224; suivre : dans un premier temps, nous ne devions pas aller plus loin que le quatre premi&#232;res revendications. (&#8230;) En cette journ&#233;e du 23 ao&#251;t, (&#8230;) les gens se pressent de part et d'autre de la seconde grille d'entr&#233;e des Chantiers. Devant, sont assembl&#233;es plusieurs milliers de personnes inform&#233;es de l'arriv&#233;e tant attendue de la Commission gouvernementale. (&#8230;) Hostiles, les gens reculent &#224; contrec&#339;ur. (&#8230;) Le car ne peut avancer : devant lui, se dresse un mur d'ouvriers en bleus de travail us&#233;s. Ils se tiennent l&#224;, bras crois&#233;s, visages ferm&#233;s. (&#8230;) Je m'avance en compagnie de Gniech, le directeur, et du Comit&#233; inter-entreprises. Jagielski descend du car. P&#226;le, les traits tir&#233;s, dossier noir sous le bras, le vice-premier ministre met pied &#224; terre, suivi de Fizbach et des autres. Je m'approche, lui tends la main pour lui souhaiter la bienvenue aux Chantiers. (&#8230;) &#171; Les-zek ! Les-zek ! &#187; se met &#224; scander d'une seule voix la foule - c'est son vote de confiance, le rappel &#224; la partie adverse que le Comit&#233; est mandataire pleinement reconnu par tous les gr&#233;vistes. Ceux-ci forment une v&#233;ritable for&#234;t humaine. Une frondaison de bras lev&#233;s aux poings serr&#233;s. (&#8230;) Un hors d'&#339;uvre aux pourparlers de la force et de la discipline sur lesquelles reposent notre attachement &#224; la d&#233;mocratie &#8211; et qui seront essentielles au moment o&#249; il faudra ent&#233;riner l'accord intervenu. En cas de contestation, il y a bien s&#251;r l'instance d'appel que constituent les Chantiers, ces milliers d'ouvriers qui attendent rassembl&#233;s autour du b&#226;timent et qui suivent le d&#233;roulement des n&#233;gociations &#224; travers les baies vitr&#233;es. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s, pr&#233;sents dans la grand-salle, sont pour moi un appui consid&#233;rable, de m&#234;me que les experts, ou encore l'Eglise dont le soutien se fait de plus en plus ouvert. En ce qui concerne les syndicats libres, c'est d&#233;j&#224; moins &#233;vident ; les relations les plus confuses existent entre le Praesidium du Comit&#233; de gr&#232;ve et moi : ce dernier compte en son sein une tendance radicale qui s'oppose aux vues &#171; r&#233;alistes &#187;. On y consid&#232;re d'un mauvais &#339;il toute tentative de contact direct avec les repr&#233;sentants du pouvoir, contacts pourtant n&#233;cessaires &#224; la r&#233;ussite de toute n&#233;gociation. Ces &#171; Jacobins &#187; d'ao&#251;t 1980 &#233;pient les moindres faits et gestes de chacun. Ils sont obs&#233;d&#233;s par la crainte d'une manipulation politique et leur m&#233;fiance n'&#233;pargne pas les experts. En l'occurrence, j'ai d&#251; me montrer intransigeant et ne pas c&#233;der aux pressions visant leur &#233;limination. J'ai &#233;galement cherch&#233; &#224; &#233;viter que ces divergences n'apparaissent en cours de n&#233;gociations. Elles ont &#233;t&#233; tenues secr&#232;tes jusqu'&#224; la fin de la gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Walesa : &#171; Monsieur le vice-Pr&#233;sident, nous vous accueillons au nom du Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises repr&#233;sentant pr&#232;s de 370 entreprises de la r&#233;gion de Gdansk et un certain nombre de celles d'Eblag et de Slupsk. Conscients de repr&#233;senter des centaines de milliers d'hommes, nous sommes tout aussi convaincus de lutter pour la bonne cause. Vous avez la possibilit&#233; de visiter aujourd'hui un chantier naval autog&#233;r&#233; par les ouvriers. Vous pouvez constater que l'ordre y r&#232;gne. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Jagielski : (&#8230;) Je pense en premier lieu &#224; un changement de la loi sur les syndicats (..) Il faudra &#224; mon avis que le personnel des Chantiers et que les travailleurs des autres entreprises du Littoral participent &#224; l'&#233;laboration de cette loi (&#8230;) Le second facteur, &#224; mon sens, concerne l'analyse et l'appr&#233;ciation de l'&#233;volution du pouvoir d'achat des diverses cat&#233;gories professionnelles, qui devrait &#234;tre &#233;valu&#233;e et suivie par les syndicats ind&#233;pendamment de l'administration d'Etat. (&#8230;) Si j'ai bien compris, le deuxi&#232;me point porte sur la garantie du droit de gr&#232;ve, ainsi que sur la s&#233;curit&#233; des personnes en gr&#232;ve et de ceux qui leur viennent en aide. (&#8230;) J'en suis &#224; me demander s'il est bien opportun de prendre une telle d&#233;cision aujourd'hui (&#8230;) A ce propos, il serait peut &#234;tre utile d'&#233;couter ce qu'en pense l'opinion publique. (&#8230;) Si nous laissions ce probl&#232;me ouvert &#224; la discussion. Pour ce qui est de la s&#233;curit&#233; des personnes qui font gr&#232;ve, ainsi que pour celles qui les soutiennent, cette s&#233;curit&#233; n'est pas menac&#233;e. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Florian Wisnievski : Florian Wisnievski, je viens d'Elektromontaz. (&#8230;) Nous ne sommes pas du m&#234;me bord : nous autres, nous sommes en contact des travailleurs, au sein des entreprises. Cela fait longtemps que je travaille dans les syndicats, et les choses sont loin de se passer aussi simplement. (&#8230;) Le Code du travail autorise l'entreprise &#224; licencier sur le champ toute personne qui fait gr&#232;ve. (&#8230;) ici, sur le Littoral, &#233;tant donn&#233; l'atmosph&#232;re que vous savez (&#8230;) ce n'est plus le moment de consulter l'opinion publique. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Jagielski : S'il s'agit du troisi&#232;me point, &#224; savoir : &#171; respecter les libert&#233;s d'expression &#187; (&#8230;) la Constitution garantit les libert&#233;s d'expression, d'&#233;dition, de publication, n'est-ce pas ? Le probl&#232;me se pose, comment dire, au niveau de l'application de ces textes. (&#8230;) L'ouverture des m&#233;dias aux repr&#233;sentants de toutes les confessions est une revendication &#224; examiner. (&#8230;) Si quelqu'un me pose des conditions, je voudrai r&#233;pondre ceci. Moi, je n'ai pos&#233; aucune condition. J'ai seulement exprim&#233; mes souhaits. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Walesa : (&#8230;) Je prose d'&#233;laborer ensemble un communiqu&#233; commun. (&#8230;) Nous demandons au surplus une retransmission radiophonique au moins sur Gdansk. (&#8230;) Je propose de chanter ensemble l'hymne national. (Ils chantent.) Nous attendrons gentiment, sagement, sans aucune &#8230; Mesdames, Messieurs, je voudrai que nous saluions courtoisement la d&#233;l&#233;gation avant de nous s&#233;parer. Nos finirons sans doute par nous entendre. &#187;&lt;br /&gt;
(&#8230;) Nous avons trouv&#233; une formule nouvelle, r&#233;sultant de la fusion de plusieurs &#233;l&#233;ments : religion, patriotisme, st&#233;r&#233;otype de la &#171; classe ouvri&#232;re &#187; - oui, cette tradition-l&#224; aussi &#8230; C'&#233;tait une mani&#232;re de &#171; r&#233;volution &#224; genoux &#187;, avec pri&#232;re, chapelet et messe. La pri&#232;re nous prot&#233;geait, mais nous avons magnifi&#233; son importance, cela n'avait plus rien &#224; voir avec la d&#233;votion. &lt;br /&gt;
(&#8230;) On joua contre nous le contenu du sermon prononc&#233; &#224; Jasna-Gora par Mgr Stefan Wyzynski. (&#8230;) Les gars qui priaient sur les Chantiers, eux, accueillirent avec incr&#233;dulit&#233; et d&#233;sarroi les propos du Primat. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Arrive la derni&#232;re s&#233;ance de pourparlers avec la Commission gouvernementale, le samedi 30 ao&#251;t. Le climat de la discussion n'est plus le m&#234;me. Jagielski est press&#233; d'aboutir, fait pression pour que des solutions rapides soient trouv&#233;es, sans trop ergoter sur les formulations de d&#233;tail : &#171; les points num&#233;ro un et deux des revendications &#8230; nous les paraphons ! &#187; Puis, de but en blanc, il d&#233;clare qu'il souhaite revenir aux Chantiers avec ces textes rev&#234;tus de l'aval &#8211; donc de l'approbation &#8211; du plenum du Comit&#233; central. Il sugg&#232;re d&#233;j&#224; les termes du communiqu&#233; final. (&#8230;) Le pl&#233;num du Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises exige que je transforme l'affaire des prisonniers en ultimatum. Aucun accord ne doit &#234;tre sign&#233; avant leur lib&#233;ration. (&#8230;) Aussi bien parmi l'assembl&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s qu'au sein du Pr&#230;sidium du Comit&#233; de gr&#232;ve, commencent &#224; s'exacerber les points de vue. (&#8230;) Nous convenons qu'un accord existe bel et bien pour le moment et que, pour le reste, nous ferons au mieux&#8230; Le lendemain, la c&#233;l&#233;bration de la messe ram&#232;ne le calme dans la grand-salle. (&#8230;) L'affaire s'&#233;ternisa pour des raisons pratiques. (&#8230;) Jagielski, tendu, bl&#234;mit et d&#233;clare : &#171; je vous en prie&#8230; Je ne sais pas si, dans une heure, je pourrai encore signer cet accord&#8230; &#187; (&#8230;) Nous avons appos&#233; nos signatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je veux &#233;voquer la p&#233;riode qui a suivi les &#233;v&#233;nements qui se sont alors d&#233;roul&#233;s dans notre pays, et que je cherche une image qui r&#233;sume &#224; la fois le climat et l'&#233;tat d'esprit des gens (&#8230;) je compare volontiers la soci&#233;t&#233; polonaise d'apr&#232;s ao&#251;t 80 &#224; un pauvre qui occupait jusque l&#224; un petit coin dans une belle maison dont il n'&#233;tait pas propri&#233;taire. Et voici que subitement, il devient clair que la maison est son ancienne propri&#233;t&#233; et qu'en r&#233;alit&#233;, tout lui appartient ! (&#8230;) Psychologiquement parlant, une telle situation n'est commode ni pour l'ancien ni pour le nouveau gestionnaire, et force est d'admettre que le temp&#233;rament de chacun commande ses actions. (&#8230;) Mais les Accords de Gdansk avaient lanc&#233; des ponts, ouvert des possibilit&#233;s d'entrer dans une nouvelle &#233;tape de coexistence, fait appara&#238;tre la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; convivialit&#233; du pouvoir &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le lundi matin, ouverture des premiers locaux du Syndicat, rue Marchlewskiego, dans le vieux Wrescz. (&#8230;) Bient&#244;t, la file d'attente s'&#233;tend jusqu'&#224; la rue. (&#8230;) Gdansk devait expliquer, d&#233;fendre, organiser, conf&#233;rer son label. La capitale de la Pologne avait d&#233;m&#233;nag&#233; sur le Littoral. (&#8230;) La p&#233;riode difficile venait de commencer. De jour en jour, une force r&#233;elle se constituait ; les maillons syndicaux se multipliaient &#224; une vitesse vertigineuse dans toutes les entreprises, les &#233;coles, les h&#244;pitaux, et cette force cherchait naturellement &#224; s'exercer : elle entendait influencer les d&#233;cisions concernant le Plan, les questions salariales, celles de la productivit&#233;, les cas individuels. Les directions d'entreprise lui refusaient g&#233;n&#233;ralement ce r&#244;le. Il n'existait pas de jurisprudence indiquant avec pr&#233;cision comment comprendre les Accords d'ao&#251;t 80, dont les formulations &#233;taient souvent trop g&#233;n&#233;rales. Les controverses se multipliaient (...) Toutes affaires devaient &#234;tre r&#233;gl&#233;es par le MKZ : le Comit&#233; inter-entreprises de fondation des syndicats ind&#233;pendants autog&#233;r&#233;s. Nous n'&#233;tions que 18 et il nous revenait d'accomplir sur le champ la r&#233;forme du syst&#232;me. (&#8230;) Quand il devin manifeste que toute notre exp&#233;rience acquise dans les Syndicats libres n'y suffirait pas (&#8230;) je d&#233;couvris la voie menant &#224; moi-m&#234;me par l'Eglise, par la foi, qui m'avait &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e dans les moments difficiles de la gr&#232;ve. (&#8230;) Durant les premiers jours de septembre nous parvint un signal de Varsovie : le Primat souhaitait rencontrer Walesa et l'&#233;quipe des dirigeants de la gr&#232;ve. Ainsi allait donc avoir lieu ce contact personnel, cette rencontre en t&#234;te &#224; t&#234;te avec celui qui personnifiait la majest&#233; de l'Eglise polonaise, qui repr&#233;sentait le lien principal entre la tradition nationale, toujours vivante, et le pr&#233;sent. (&#8230;) Nous avons commenc&#233; par une messe matinale au cours de laquelle le cardinal Wyszynski, s'adressant &#224; nous, d&#233;clara : &#171; (&#8230;) Les plus grandes &#233;nergies doivent se d&#233;ployer afin de donner des fruits pour le bien des travailleurs qui entreprennent dans notre Patrie un immense effort. Mais comme il faut &#234;tre sage ! Comme il faut savoir embrasser &#224; la fois le pr&#233;sent et l'avenir de cette nation (&#8230;) &#187; Il d&#233;clara un peu plus tard : &#171; Il ne faut pas vouloir changer les gens en place, ce sont eux qui doivent changer, devenir autres. &#187; (&#8230;) Je me sentais tr&#232;s proche du primat sur tous ces sujets ! (...) Le Primat surprenait parfois par son indulgence et sa g&#233;n&#233;rosit&#233;, si &#233;loign&#233;s d'une tactique sommaire et plus ais&#233;e &#224; adopter, tentante m&#234;me. Il en avait &#233;t&#233; ainsi en 1970, apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre, quand l'Eglise &#233;tait &#224; m&#234;me d'exiger beaucoup d'un pouvoir affaibli par les r&#233;cents bouleversements&#8230; Le Primat d&#233;clara alors qu'on ne pouvait &#171; gagner &#187; gr&#226;ce qu sang ouvrier qui avait &#233;t&#233; r&#233;pandu, que l'Eglise devait &#234;tre forte de sa propre force, non de la faiblesse de l'adversaire. (&#8230;) Novice comme je l'&#233;tais &#224; l'&#233;poque, ce sont l&#224; des &#233;l&#233;ments qui me permirent de construire ce qu'on a plus tard appel&#233; la &#171; ligne Walesa &#187;, qui ne faisait alors que s'esquisser. (&#8230;) En ao&#251;t, ce but &#233;tait clair aux yeux de tous, tout &#233;tait simple : il fallait arr&#234;ter la gr&#232;ve, formuler nos revendications, amener le pouvoir &#224; les accepter. (&#8230;) Prendre le pouvoir, r&#233;tablir l'ordre par un nouveau pouvoir install&#233; par nous ? Non ! Plut&#244;t, un profond changement int&#233;rieur du pouvoir en place, puisque rien ne garantissait qu'un autre serait meilleur (&#8230;)&lt;br /&gt;
Ce pendait, pr&#232;s du feu, l&#224; o&#249; tout se d&#233;cidait, les affaires se r&#233;v&#233;laient beaucoup plus complexes. J'&#233;tais celui qui choisissait les &#233;l&#233;ments de l'alliage, mais, parall&#232;lement, d'autres &#233;l&#233;ments s'y infiltraient &#224; mon insu : par les c&#244;t&#233;s, par en haut, par derri&#232;re&#8230; Il y avait m&#234;me des gens qui agissaient de leur propre initiative, sans demander la moindre autorisation. La temp&#233;rature montait constamment. Situation nouvelle : dans la gr&#232;ve, nous &#233;tions la force motrice, nous dosions les probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre, le mouvement ob&#233;issait &#224; un programme, donnait lui-m&#234;me le tempo des &#233;v&#233;nements qui, cette fois, se d&#233;roulaient ind&#233;pendamment de nous. L'aiguillage avait &#233;t&#233; d&#233;vi&#233; : il fallait redoubler de force pour contr&#244;ler le cours de l'actualit&#233;, proposer &#224; temps des corrections de trajectoires, &#233;viter les catastrophes, servir de butoir l&#224; o&#249; des revendications d&#233;cha&#238;n&#233;es mena&#231;aient directement l'existence de certaines structures concr&#232;tes du pouvoir. Au cours de dizaines de r&#233;unions, il me fallut combattre la tendance g&#233;n&#233;rale au r&#232;glement de comptes avec des chefs de services, des directeurs compromis dans leurs entreprises, des repr&#233;sentants du pouvoir &#224; divers niveaux. Les gens &#233;taient emport&#233;s par la fureur de tout nettoyer tout de suite. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Quelques jours apr&#232;s la gr&#232;ve, je re&#231;us la visite d'Anna Walentynowicz, dans notre nouvel appartement, rue Pilotow, dans le quartier neuf de Zaspa. (&#8230;) Mme Anna vint me voir avec une proposition amicale bien concr&#232;te : &#171; Donne ta d&#233;mission du Comit&#233; inter-entreprises ! &#187; Je n'avais pas les &#233;paules assez larges, &#224; ce qu'elle disait, il fallait un type dans le genre d'Andrej Gwiazda, de Kuron, de Modzelewski ou de tel autre encore&#8230; Le candidat n'&#233;tait pas pr&#233;cis&#233;, mais l'intention n'en &#233;tait pas moins claire : d'apr&#232;s elle, j'&#233;tais trop faible, pas assez &#171; r&#233;volutionnaire &#187; dans mes revendications, trop mou avec les autorit&#233;s. Cette id&#233;e n'&#233;manait pas uniquement de madame Anna, il y avait derri&#232;re elle une fraction pas tr&#232;s nombreuse mais influente des syndicats libres du Littoral. (&#8230;) Il &#233;tait devenu &#233;vident que le Comit&#233; inter-entreprises de Gdansk s'employait sans cesse &#224; contester la position que j'avais acquise, il faut le reconna&#238;tre, gr&#226;ce &#224; la gr&#232;ve. Aux yeux de certains, je pouvais encore appara&#238;tre comme un &#171; usurpateur &#187;. (&#8230;) Ainsi Jacek Kuron &#233;tait indiscutablement un homme aux id&#233;es bien arr&#234;t&#233;es, initiateur de conceptions assez radicales. C'&#233;tait le m&#234;me homme avec qui j'avais eu une discussion interminable &#224; l'&#233;poque o&#249; je faisais mes tout premiers pas dans les syndicats libres. C'est &#224; lui que j'&#233;tais redevable de l'aide que le KOR (Comit&#233; de D&#233;fense des Ouvriers) avait apport&#233;e &#224; moi-m&#234;me et &#224; beaucoup d'autres en p&#233;riode de ch&#244;mage ou de difficult&#233;s personnelles. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Sous le label Solidarnosc, les Comit&#233;s inter-entreprises r&#233;gionaux iront tous ensemble se faire enregistrer au tribunal. (&#8230;) A pr&#233;sent, le groupe de conseillers et d'experts varsoviens travaillait &#224; nos statuts qui devaient refl&#233;ter &#224; la fois notre exp&#233;rience syndicale, la signification d'ao&#251;t 80, la tradition polonaise. (&#8230;) Dans le m&#234;me temps, une &#233;quipe de t&#233;l&#233;vision polonaise m'interroge sur le sort de la premi&#232;re gr&#232;ve d'avertissement annonc&#233;e par Solidarnosc. Ils ont du mal &#224; comprendre que la proclamation de cette gr&#232;ve d'avertissement canalise toutes les gr&#232;ves sauvages qui explosent comme des p&#233;tards dans tout le pays contre les autorit&#233;s qui s'opposent &#224; divers &#233;chelons aux in&#233;vitables revendications de la population. A cela s'ajoute encore en arri&#232;re-plan la cr&#233;ation de l'organisation syndicale rurale qui est en train de se mettre pr&#233;cipitamment en place. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Sur les &#171; gr&#232;ves de solidarit&#233; ouvri&#232;re &#187;, notamment aux revendications des agriculteurs, Walesa cite la bande son d'un film :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Walesa : (&#8230;) C'est &#224; Gdansk que &#231;a se passe. Poznan a d&#233;bray&#233; aussi, j'ai stopp&#233;. J'ai tout de m&#234;me stopp&#233; deux gr&#232;ves ! (&#8230;) Ce serait pire s'ils faisaient gr&#232;ve sans nous. Ce serait la r&#233;volution. (&#8230;) Je pense donc que ce que nous avons fait constituait l'issue la plus logique. (&#8230;) Nous &#233;tions oblig&#233;s de nous prononcer, et nous nous sommes prononc&#233;s pour la ma&#238;trise de ce mouvement. Le pire aurait &#233;t&#233; qu'il &#233;chappe &#224; notre contr&#244;le. Nous ne souhaitons pas la gr&#232;ve, parce qu'il en viendra alors sans cesse de nouveaux pour multiplier les revendications, et tout risque alors de mal tourner. C'est pourquoi nous n'en voulons pas. (&#8230;) Bien s&#251;r que nous pouvons y aller, mais nous sommes bien plac&#233;s pour savoir que, d'ici une heure, il peut aussi bien &#233;clater une r&#233;volution. (&#8230;) Nous for&#231;ons les choses, pouss&#233;s par des hourrah, de telle mani&#232;re qu'il n'y ait plus de solution du tout ! &#187;&lt;br /&gt;
&#171; Walesa : &#171; Walesa &#224; l'appareil. Monsieur le directeur, il y a deux affaires dont je voudrais vous parler. (&#8230;) En ce qui concerne cette gr&#232;ve. Vous savez, nous ne tenons pas &#224; ce qu'il y ait des gr&#232;ves en ce moment&#8230; (&#8230;) C'est pourquoi il serait bien que vous fassiez en sorte que (&#8230;) je m'entretienne avec eux (les gr&#233;vistes), ou pour qu'ils viennent chez nous&#8230; Nous leur expliquerions en quoi &#231;a fait probl&#232;me. (&#8230;) R&#233;ponse de l'assistant du vo&#239;vode : nous enverrons des voitures vous chercher. &#187;&lt;br /&gt;
Les voitures sont bien arriv&#233;es, mais l'annulation de la premi&#232;re gr&#232;ve d'avertissement d'apr&#232;s ao&#251;t n'a pas &#233;t&#233; prononc&#233;e pour autant pour la simple raison qu'elle ne pouvait pas l'&#234;tre. (&#8230;) De toute fa&#231;on, j'allais mettre fin &#224; ces gr&#232;ves (&#8230;) &lt;br /&gt;
La c&#233;sure dans la br&#232;ve existence officielle du syndicat se situe &#224; mon avis en mars 1981. Elle correspond &#224; la crise de Bydgoszcz, engendr&#233;e par l'agression perp&#233;tr&#233;e par la milice contre Rulewski, responsable de Solidarnosc pour cette r&#233;gion, et d'autres qui tentaient de pr&#233;senter &#224; la session du conseil r&#233;gional de Bydgoszcz le probl&#232;me de la reconnaissance du syndicat des agriculteurs priv&#233;s. Cette crise de mars a &#233;t&#233; surmont&#233;e, mais nous avions d&#233;j&#224; presque atteint le point limite. J'ai eu le plus grand mal &#224; apaiser le climat de mobilisation g&#233;n&#233;rale qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; autour de la raison d'&#234;tre de Solidarnosc, et qui, &#233;tant donn&#233; l'attitude du pouvoir, mena&#231;ait de conduire &#224; la catastrophe. J'eus alors le sentiment d'avoir d&#233;samorc&#233; une &#233;norme charge de dynamite et d'avoir men&#233; &#224; bien quelque chose d'irr&#233;versible. A partir de ce moment-l&#224;, Solidarnosc ne b&#233;n&#233;ficierait certes plus jamais d'une conjoncture aussi favorable, mais, d'un autre c&#244;t&#233;, jamais une confrontation g&#233;n&#233;rale avec ce pouvoir aux abois n'avait &#233;t&#233; aussi lourde de dangers. &lt;br /&gt;
L'affaire de mars est en effet une date cl&#233; pour comprendre l'histoire du syndicat. Je soutenais qu'on ne pouvait absolument pas proc&#233;der &#224; une op&#233;ration aussi complexe que l'inversion du rapport de forces en Pologne dans un climat d'extr&#234;me tension, au bord de l'explosion sociale. Je tablais sur une issue &#233;volutive. Malheureusement, le pouvoir ne tira de la mobilisation qu'une seule conclusion : qu'il &#233;tait tr&#232;s menac&#233; et, qu'en l'espace d'une journ&#233;e, l'ensemble de la population pouvait se dresser contre lui. Apr&#232;s ces &#233;v&#233;nements, j'&#233;tais n&#233;anmoins certain d'une chose : tant que nous pourrions naviguer, tant que Solidarnosc continuerait d'exister, il serait possible, ne f&#251;t-ce que tr&#232;s lentement, de consolider les changements, de donner aux gens ne f&#251;t-ce qu'un aper&#231;u de ce que pourrait &#234;tre la vraie vie en Pologne. (&#8230;) Parfois, on pr&#233;f&#232;rerait presque que tout nous tombe dessus : on verra bien, &#231;a nous tranchera peut-&#234;tre pas la t&#234;te, si nous savons rester raisonnables ; le cas &#233;ch&#233;ant, nous reviendrons alors sur nos pas&#8230; Je me repr&#233;sentais toujours l'avenir comme une marche par &#233;tapes, jamais comme une course d'une seule traite. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Si l'espoir &#233;tait immense, les chances de r&#233;ussir ici et maintenant n'&#233;taient vraiment pas &#233;normes. J'&#233;tais au contraire d'avis qu'elles &#233;taient infimes. Elles r&#233;sidaient dans le simple fait que la cause d'ao&#251;t 80 &#233;tait commune &#224; tous les Polonais. Elles reposaient sur l'espoir que le pouvoir repr&#233;senterait le peuple dans cette mesure au moins o&#249; il serait capable de comprendre ses aspirations et il accepterait de participer &#224; ce difficile processus. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Quoiqu'on puisse en penser, &#224; aucun moment l'attitude de Solidarnosc n'avait abouti &#224; aggraver les difficult&#233;s &#233;conomiques, m&#234;me si telle &#233;tait alors la version des faits la plus courante parmi ceux qui d&#233;fendaient les int&#233;r&#234;ts gouvernementaux. En voici une illustration : c'est la cr&#233;ation des syndicats ind&#233;pendants qui constituait la revendication principale des gr&#233;vistes d'ao&#251;t 80, bien que les revendications salariales eussent domin&#233; dans un premier temps. Les ouvriers des Chantiers c&#233;d&#232;rent sur ces derni&#232;res jusqu'&#224; y renoncer pour ainsi dire totalement. On en eut termin&#233; avec une augmentation de quelques centaines de zlotys, et plut&#244;t pour le principe, afin d'en finir avec l'aspect purement &#233;conomique de la gr&#232;ve. Il y avait de notre part une grande compr&#233;hension des difficult&#233;s du pays. Les gens &#233;taient pr&#234;ts &#224; consentir des sacrifices. Il y eut m&#234;me des propositions comme quoi ceux qui en avaient encore les moyens allaient se cotiser pour rembourser ne f&#251;t-ce qu'une toute petite partie de la dette polonaise ? &lt;br /&gt;
(&#8230;) Novembre 80 &#233;largit dangereusement le champ de confrontation avec le pouvoir. Deux incidents y contribu&#232;rent : le premier, li&#233; &#224; l'enregistrement du syndicat ; le second, concernant l'affaire Jan Narozniak, un math&#233;maticien de l'Universit&#233; de Varsovie qui avait rendu public un texte confidentiel du procureur g&#233;n&#233;ral. (...) Dans le m&#234;me temps d&#233;ferle une vague de revendications plus g&#233;n&#233;rales : dans la r&#233;gion montagneuse, &#224; Bielsko-Biala, &#224; Jelenia-Gora. Un puissant mouvement social se d&#233;veloppe, exigeant que soient restitu&#233;s de nombreux centres de loisirs luxueusement &#233;quip&#233;s, des maisons de repos, des b&#226;timents publics appartenant jusqu'alors aux diff&#233;rents organes gouvernementaux et inaccessibles au reste de la population. (&#8230;) D'o&#249; une vague de gr&#232;ves dans toutes les r&#233;gions de Pologne. Je passe cette p&#233;riode &#224; voyager sans cesse pour participer aux n&#233;gociations entre gr&#233;vistes et autorit&#233;s. Les conseillers et experts du syndicat ne me quittent pas un instant. Ils sont partout o&#249; les conflits se propagent. (&#8230;) L'Eglise jouait avec succ&#232;s le r&#244;le de m&#233;diateur entre les gr&#233;vistes et le pouvoir. L'image en est devenue classique et restera longtemps dans les m&#233;moires : trois &#233;v&#234;ques assis &#224; la table des pourparlers entre repr&#233;sentants des autorit&#233;s et de Solidarnosc. C'est le moment o&#249; la tension &#224; Bielsko-Biala &#233;tait &#224; son comble. (&#8230;) Je me suis mis en route en janvier 1981. A Rome m'attendait un grand Polonais, le pape Jean Paul II, et cette rencontre fut pour moi le temps fort de mon s&#233;jour en Italie. Nous apportions au Pape le message de Solidarnosc, et j'avais grandement conscience de l'importance de ce que nous re&#231;&#251;mes de lui qui, publiquement, &#224; la face du monde, approuva nos id&#233;aux. (...) J'avais re&#231;u une invitation &#224; me rendre &#224; Gen&#232;ve pour participer, au d&#233;but de juin, &#224; la prochaine session annuelle de l'Organisation Internationale du Travail. (&#8230;) Nous sommes partis en juin de Varsovie avec le ministre Jerzy Obodowski et un petit groupe de ses conseillers repr&#233;sentant la &#171; sph&#232;re des employeurs &#187;. Pour ma part, j'&#233;tais accompagn&#233; par Bronislaw Geremek, Andrej Stelmachowski et Ryszard Kalinowski qui avait, au sein de son syndicat, la responsabilit&#233; des contacts avec l'&#233;tranger. D&#232;s le d&#233;collage de l'avion se cr&#233;a entre nous une bonne atmosph&#232;re : apr&#232;s tout nous partions repr&#233;senter conjointement la Pologne &#224; une assembl&#233;e internationale o&#249; on ne se priva pas de nous scruter attentivement. (&#8230;) L'appui de la France se r&#233;v&#233;la alors essentiel, dissipant les malentendus auxquels se heurtait l'id&#233;al de Solidarnosc et &#233;clairant par contrecoup le malaise de l'&#233;quipe dirigeante polonaise. Il fit mieux comprendre &#224; l'opinion politique internationale le sens et la port&#233;e r&#233;els de l' &#187;&#233;t&#233; polonais &#187;. (&#8230;) Les cinq grandes organisations syndicales repr&#233;sent&#233;es ce jour-l&#224; refl&#233;taient &#224; elles seules tout l'&#233;ventail des tendances existantes, depuis le mouvement d'inspiration chr&#233;tienne jusqu'aux communistes. Toutes soulign&#232;rent n&#233;anmoins &#8211; et cette unanimit&#233; &#233;tait capitale &#8211; l'importance de l'exp&#233;rience polonaise pour le mouvement syndical mondial. (&#8230;) Ce sont les chr&#233;tiens de la CFTC qui percevaient le mieux la nature de notre attachement &#224; la religion et &#224; l'Eglise. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Mes d&#233;placements en Pologne m&#234;me commenc&#232;rent &#224; compter d'octobre 1980. (&#8230;) Je devais enfourcher ce cheval l&#224; &#8211; exprimer certaines choses en usant de la langue de bois de la politique &#8211; afin de ne pas permettre &#224; ce cheval de me d&#233;sar&#231;onner, et pour mieux le freiner ensuite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;T&#233;moignage de Mieczyslaw Wachoowski cit&#233; par Walesa : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Il faut commencer par dire que Lech avait une passion pour les voyages et les foules. (&#8230;) D&#233;j&#224;, &#224; cette &#233;poque, on le surnommait &#171; Lech-le-pompier &#187;, il jouait le r&#244;le de celui qui allait partout &#233;teindre les foyers de gr&#232;ves. (&#8230;) A Jelenia-Gora, c'&#233;taient Wielowieyski et Sila-Nowicki qui menaient les pourparlers. (&#8230;) Lech arrive et explique que vouloir aujourd'hui confisquer quoi que ce soit &#224; la milice est une pure b&#234;tise, qu'on se faire briser les reins pour des futilit&#233;s. (...) R&#233;sultat : le b&#226;timent fut conc&#233;d&#233;, les gens rentr&#232;rent chez eux, le probl&#232;me &#233;tait r&#233;gl&#233;. Lech eut ce mot de la fin : &#171; Encore une gr&#232;ve d'&#233;teinte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;T&#233;moignage d'Anna Kowalczyk cit&#233; par Walesa : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Leszek n'aimait d&#233;cid&#233;ment pas ce d&#233;ferlement de gr&#232;ves. Pr&#233;tendre qu'il les soutenait n'est que calomnie. Il y allait plut&#244;t en tant que &#171; pompier &#187;, pour &#233;touffer l'incendie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Walesa&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : &lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&#171; En f&#233;vrier 1981 survient un changement important. Pietkowski est remplac&#233; &#224; son poste par le g&#233;n&#233;ral Wojciech Jaruzelski qui devient Premier ministre tout en conservant le portefeuille de la D&#233;fense qu'il d&#233;tient depuis 1968. (&#8230;) Dans sa premi&#232;re allocution, le g&#233;n&#233;ral-Premier ministre appelle &#224; 90 jours de tr&#234;ve, tout en exposant un programme anti-crise en dix points. A peine nomm&#233; vice-Premier ministre Rokowski entreprend des n&#233;gociations avec Solidarnosc. On note alors de rapides progr&#232;s dans l'action visant &#224; apaiser les menaces de gr&#232;ve dans l'ensemble du pays (&#8230;) Tous ces acquis peuvent para&#238;tre bien minces. Mais l'opinion pr&#233;vaut que le G&#233;n&#233;ral fait montre de bonne volont&#233; et qu'il convient donc de l'aider. Le 18 f&#233;vrier 1981, une semaine apr&#232;s l'entr&#233;e en fonctions de Jaruzelski comme Premier ministre, les gr&#232;ves ont cess&#233; et le calme r&#232;gne partout dans le pays. Mais, dans le m&#234;me temps, une r&#232;gle arbitraire, limitant consid&#233;rablement le droit de gr&#232;ve, est introduite par d&#233;cret : le pouvoir se r&#233;serve de d&#233;cider de la conformit&#233; d'une gr&#232;ve aux conditions pr&#233;vues dans les conventions, et il exige que la dur&#233;e de pr&#233;avis soit port&#233;e &#224; au moins sept jours. (&#8230;) On assiste &#224; une nouvelle vague de repr&#233;sailles &#224; l'encontre de militants de Solidarnosc. (&#8230;) &lt;br /&gt;
En d&#233;pit de tout cela, on parvient &#224; m'organiser un premier entretien en t&#234;te &#224; t&#234;te avec Jaruzelski. (&#8230;) Je ne me dissimule pas pour autant l'estime instinctive que je voue &#224; l'uniforme. Le fait que le G&#233;n&#233;ral ait rev&#234;tu l'uniforme pour cette rencontre si attendue n'est d'ailleurs pas d&#233;nu&#233; de signification&#8230; (&#8230;) La rencontre elle-m&#234;me se d&#233;roule dans un climat qu'il serait exag&#233;r&#233; de qualifier de chaleureux, mais, entre nous, le courant passe qui avait &#233;t&#233; compl&#232;tement absent de ma premi&#232;re rencontre avec Kania (&#8230;) Je nourris en revanche une certaine estime pour Jaruzelski, probablement li&#233;e au port de l'uniforme, mais pas seulement. (&#8230;) Tout donne alors &#224; croire qu'il existe un langage commun, susceptible d'&#234;tre employ&#233; et compris par l'un et par l'autre. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Quelle est la situation au moment o&#249; &#233;clate l'incident de Bydgoszcz ? Dans le Nored de la Pologne se d&#233;roulent de grandes man&#339;uvres du Pacte de Varsovie. On nous signale que plane sur le pays la menace d'une instauration de l'&#233;tat d'urgence. On sait &#233;galement que sont constitu&#233;es des listes de militants que les autorit&#233;s ont &#224; l'&#339;il. (&#8230;) Nous n'&#233;tions pas &#224; m&#234;me de nous battre. J'avais confiance en la sagesse de notre population, je ne concevais pas qu'on en arriverait &#224; une telle situation, m&#234;me au cas o&#249; une certaine &#171; aide &#187; ext&#233;rieure viendrait nous tomber dessus. Les &#233;v&#233;nements ne pouvaient tourner au tragique, puisque la population n'&#233;tait pas arm&#233;e, n'&#233;tait nullement pr&#233;par&#233;e et ne souhaitait pas lutter de cette fa&#231;on-l&#224;. (&#8230;) Bydgoszcz ouvrit cette faille si contraire &#224; ma conception : je savais que si nous commencions et si nous nous r&#233;v&#233;lions incapables de nous arr&#234;ter, ceux d'en haut n'auraient plus le choix. C'est pourquoi je ne tenais pas &#224; aborder ainsi ce genre de probl&#232;mes. Il fallait y faire face, mais pour leur trouver une solution toujours possible, et non de mani&#232;re offensive, comme l'on se pr&#233;pare &#224; un conflit. Je misais sur une longue et patiente obstination (&#8230;) &lt;br /&gt;
A la veille du Congr&#232;s de Solidarnosc, je me rendais bien compte que de nos trois courants : pragmatique, repr&#233;sent&#233; en principe par notre groupe d'experts, organisationnel, repr&#233;sent&#233; par les d&#233;l&#233;gu&#233;s arriv&#233;s &#224; Gdansk, c'&#233;tait le troisi&#232;me, celui de l'action pratique, qui devait se voir accorder la plus grande importance : pour ce courant, la question &#233;tait de savoir si et comment nous pourrions arriver &#224; passer avec le pouvoir un compromis permettant d'ins&#233;rer Solidarnosc dans le paysage politique polonais en tant que force populaire ind&#233;pendante, non soumise au Parti. (...) Le probl&#232;me &#233;tait que les membres de cette assembl&#233;e voulaient &#224; tout prix briller, voler plus haut que leurs ailes ne le leur permettaient. (&#8230;) La mode &#233;tait aux slogans, on en braillait pour un oui, pour un non. (&#8230;) L'ensemble des d&#233;cisions et motions adopt&#233;es n'avait &#224; mes yeux qu'une valeur toute th&#233;orique car, en v&#233;rit&#233;, une seule chose comptait d&#233;sormais : savoir si on parviendrait &#224; cr&#233;er en Pologne un syst&#232;me tripartite entre le pouvoir, l'Eglise et Solidarnosc. Prenant part &#224; la discussion pour soutenir ce point de vue, j'eus plusieurs fois l'occasion de perdre patience, et ne pus le dissimuler jusqu'&#224; la cl&#244;ture des d&#233;bats. Quelqu'un se d&#233;clara m&#234;me scandalis&#233; lorsque j'avouai ne pas conna&#238;tre dans le d&#233;tail l'assez volumineux projet de plate-forme soumis au vote des congressistes&#8230;&lt;br /&gt;
Voici le t&#233;moignage d'un participant au Congr&#232;s sur son d&#233;roulement :&lt;br /&gt;
&#171; Au cours des d&#233;bats du Congr&#232;s de Solidarnosc, Walesa n'est apparemment attentif qu'&#224; une chose : il essaie et finit par obtenir une composition des instances dirigeantes qui lui assure un plein contr&#244;le sur le syndicat. (&#8230;) Il r&#233;clame au Congr&#232;s les pleins pouvoirs. Cette proposition ne soul&#232;ve gu&#232;re l'enthousiasme. (&#8230;) La motion pr&#233;sent&#233;e par Karol Modzlewski, mise aux voix, est adopt&#233;e, de m&#234;me que le projet de loi pour l'autogestion ouvri&#232;re. Celui-ci balaie le projet gouvernemental adress&#233; &#224; la Di&#232;te : au lieu de faire nommer les directeurs par un organe d'Etat, il r&#233;clame leur d&#233;signation par voix d'&#233;lections. Cette autogestion ouvri&#232;re s'inscrit ainsi comme une contestation radicale de la nomenklatura. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Walesa : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; A la conf&#233;rence de presse cl&#244;turant les longs et orageux d&#233;bats du Congr&#232;s, j'expose &#224; nouveau mon id&#233;e de &#171; triple entente &#187; entre le gouvernement, l'Eglise et Solidarnosc. C'est au cours des derniers mois de l'ann&#233;e 1981, les plus tendus, lors de la rencontre du &#171; grand trio &#187; Jaruzelski-Glemp-Walesa, que sera formul&#233;e officiellement la proposition suivante ; pour Solidarnosc, non pas une voix sur trois, mais tout au plus une voix dans un ch&#339;ur de sept. Dans le projet de cr&#233;ation d'un Front d'Entente nationale, le grand syndicat ne disposera que d'un strapontin aux c&#244;t&#233;s de multiples autres organisations sociales. (&#8230;) Quelques jours avant la rencontre du &#171; grand trio &#187; se d&#233;cha&#238;ne une violente campagne contre Solidarnosc (&#8230;) Le g&#233;n&#233;ral Jaruzelski y parle de la folie des gr&#232;ves, de la campagne de haine d&#233;clench&#233;e contre le pays, le socialisme et ses alli&#233;s naturels. (&#8230;) Le 4 novembre dans l'apr&#232;s-midi, Lech Walesa est accueilli par le primat Jozef Glemp. C'est bient&#244;t l'heure de la rencontre avec Wojzech Jaruzelski. (&#8230;) Le texte de proposition d'&#233;laboration d'une ligne commune entre Solidarnosc et le pouvoir, r&#233;dig&#233; par Tadeuz Mazowiecki n'est m&#234;me pas examin&#233; lors de cette rencontre. &#187; (&#8230;) La rencontre du &#171; trio &#187; a finalement abouti &#224; une impasse, elle n'a donn&#233; aucun r&#233;sultat. Ce qui ne veut pas dire que je suis rest&#233; sourd aux arguments du pouvoir. Apr&#232;s cette rencontre et jusqu'au 12 septembre, tous les foyers de gr&#232;ve furent &#233;touff&#233;s ; la derni&#232;re gr&#232;ve, objet de discussion entre le Primat et moi - , celle des &#233;tudiants, allait se terminer par une messe solennelle au sanctuaire de Jasna Gora, &#224; Czestochova. Les autorit&#233;s en furent elles aussi inform&#233;es. Je d&#233;clarai &#233;galement que la meilleure solution au probl&#232;me des gr&#232;ves serait la cr&#233;ation de commissions paritaires : une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ou r&#233;gionale ne pourrait &#234;tre d&#233;clench&#233;e qu'apr&#232;s qu'on ait &#233;puis&#233; toute possibilit&#233; de m&#233;diation. Cela vaudrait aussi bien &#224; l'&#233;chelon local, jusqu'au niveau des entreprises ; interdit de d&#233;clencher une gr&#232;ve sans m&#233;diation pr&#233;alable, sauf peut-&#234;tre en cas d'attaque directe contre le syndicat&#8230; (&#8230;) J'ai pr&#233;sent&#233; tout un catalogue de propositions semblables, la principale, sciemment pass&#233;e sous silence par les autorit&#233;s, devait contribuer &#224; changer le fonctionnement de la Commission Nationale (&#8230;) lui permettant de s'occuper d'avan&#231;age de solutions pratiques aux probl&#232;mes au lieu de se sentir investie de la mission de formuler en permanence une litanie de revendications embl&#233;matiques. (&#8230;) Une modification fut apport&#233;e en toute connaissance de cause, pendant le Congr&#232;s, &#224; la liste des membres de l'instance dirigeante du mouvement, autrement dit du Praesidium de la Commission Nationale. N'y figurait plus aucune &#171; personnalit&#233; &#187; dont le cas eut risqu&#233; de para&#238;tre politiquement &#171; &#233;pineux &#187; aux yeux du pouvoir. On me reprocha d'ailleurs d'avoir ainsi cr&#233;&#233; un &#171; praesidium-croupion &#187;, mais, en ces temps de transition difficile, ce n'&#233;tait pas une mauvaise chose. Qui en &#233;tait membre ? Des gens comp&#233;tents, non plus des meneurs de gr&#232;ves, mais des hommes capables de travailler. (&#8230;) je pouvais compter sur l'&#233;quipe qui m'entourait et sur moi-m&#234;me. Ayant d&#233;j&#224; une certaine exp&#233;rience, je pensais que nous pourrions maintenir les choses le plus longtemps possible et que nous serions capables d'emp&#234;cher ce qui s'&#233;tait pass&#233; avec les conseils ouvriers apr&#232;s 1956, avec l'autogestion apr&#232;s 1970. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 13 d&#233;cembre 1981, le g&#233;n&#233;ral Wojciech Jaruzelski fait sa rentr&#233;e sur la sc&#232;ne nationale dans un tout nouveau r&#244;le. (&#8230;) L'&#233;tat de guerre (&#8230;) ressemble &#224; une action militaire de grande envergure. (&#8230;) J'ai compris que, pour le moment, notre mouvement est stopp&#233;. Il faut l'accepter, de m&#234;me qu'on a accept&#233; les r&#232;gles du jeu. Quand vient le tour du joueur qu nous fait face, il faut savoir se retirer, r&#233;fl&#233;chir &#224; t&#234;te repos&#233;e, garder bon moral et refaire ses forces pour affronter la suite. (&#8230;) &lt;br /&gt;
A Gdansk et sur les Chantiers, la situation durant ces journ&#233;es critique est la suivante : &lt;br /&gt;
&#171; D&#233;cret instaurant l'Etat de guerre et toutes les dispositions qui en d&#233;coulent : couvre-feu, interdiction de voyager, coupure des liaisons t&#233;l&#233;phoniques et du telex, suppression de la libert&#233; d'expression, r&#233;duction des programmes de la radio et de la t&#233;l&#233;vision, suspension des cours dans les &#233;coles et les universit&#233;s, contribution obligatoire au profit des forces arm&#233;es, militarisation de nombreuses entreprises, service de d&#233;fense civile, suspension des activit&#233;s des organisations &#233;tudiantes et des associations, blocage des retraits d'argent polonais et &#233;tranger. (&#8230;) Les gens accourus devant le b&#226;timent de la Direction r&#233;gionale du syndicat forment une foule consid&#233;rable. Un jeune homme a plant&#233; sur le toit le drapeau de Solidarnosc. (&#8230;) De l'int&#233;rieur, on annonce par hauts-parleurs : &#171; Nous nous attendons &#224; une intervention de la milice, nous vous prions de ne pas rester devant l'entr&#233;e. &#187; (&#8230;) Il est terrible le coup de massue re&#231;u par les militants de Solidarnosc. Comme tout le monde, ils ne s'y attendaient pas. Puis la stupeur laisse place &#224; la r&#233;flexion : &#171; n'aurait-on pas d&#251; pr&#233;parer l'opinion &#224; cette &#233;ventualit&#233; ? Si les responsables du mouvement ne l'ont pas fait, peut-on dire que leur devoir a &#233;t&#233; rempli ? &#187; Il est exact que le syndicat avait &#233;labor&#233; un plan pr&#233;cis, mais qui ne s'appliquait qu'au cas o&#249; la Di&#232;te se serait appr&#234;t&#233;e &#224; voter des pouvoirs sp&#233;ciaux au gouvernement. &#171; &lt;br /&gt;
(&#8230;) Une r&#233;union a lieu &#224; laquelle participent les membres des trois comit&#233;s de gr&#232;ve : national, r&#233;gional et celui des Chantiers. (&#8230;) Le pr&#233;sident de la r&#233;union passe le micro au P&#232;re Jankowski qui affirme s'&#234;tre entretenu avec Lech, intern&#233; pour le moment &#224; Varsovie :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il nous demande d'attendre sa d&#233;cision. Ce soir ou demain matin, Lech parlera avec les repr&#233;sentants du gouvernement. &lt;br /&gt;
A peine le P&#232;re Jankowski a-t-il termin&#233; sa phrase qu'un homme se presse en s'&#233;criant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; A quoi bon attendre ? (&#8230;) Les dirigeants de Solidarnosc sont-ils arr&#234;t&#233;s ? Ils le sont ! Il ne reste donc qu'une seule r&#233;ponse face &#224; ces &#233;v&#233;nements : la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale !&lt;br /&gt;
Madame Walesa a demand&#233; la parole : (&#8230;) Lech vous demande de ne pas prendre de d&#233;cisions irr&#233;fl&#233;chies&#8230;. &lt;br /&gt;
La salle est parcourue par des mouvements divers. Quelqu'un lance :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Walesa n'est pas le syndicat &#224; lui tout seul ! (&#8230;)&lt;br /&gt;
La d&#233;termination des gens est telle que plus personne ne veut entendre parler de vote : la d&#233;cision est d&#233;j&#224; prise (la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale).&lt;br /&gt;
(&#8230;) Au fond, je savais bien qu'il n'&#233;tait pas dans la tradition de ce pays que sa population s'oppose par la force, les armes &#224; la main, au pouvoir en face ; notre chemin n'&#233;tait pas celui-l&#224;. C'&#233;tait &#233;galement la fa&#231;on de penser du Primat qui appelait en chaire &#224; l'ouverture de pourparlers, disant qu'il &#233;tait dispos&#233; &#224; aller les solliciter &#224; genoux. Sur ce point, il n'y avait gu&#232;re de divergences entre nous et j'ai clairement fait part de mon alignement sur la position de l'Eglise. (&#8230;) Je ne suis pas candidat au suicide. Je ne vais pas me lancer dans des histoires stupides, je n'ai nulle intention d'ameuter les foules ni d'organiser des gr&#232;ves. Je veux aider &#224; une sortie progressive de la gr&#232;ve, car je sais qu'on ne peut impun&#233;ment plonger la soci&#233;t&#233; dans le chaud pour brusquement l'exposer au froid... (&#8230;) La p&#233;riode de l'&#233;tat de guerre, m&#234;me si elle doit durer une ann&#233;e, pourrait &#234;tre mise &#224; profit pour changer progressivement de mod&#232;le en en discutant en commun ; je la consid&#232;re &#233;galement comme une solution pr&#233;f&#233;rable &#224; toute intervention ext&#233;rieure. J'ai moi-m&#234;me connu des difficult&#233;s &#224; ma&#238;triser certaines tendances. (&#8230;) &lt;br /&gt;
La d&#233;cision de dissoudre Solidarnosc n'ayant pas &#233;t&#233; prise d&#232;s le d&#233;but, tout pouvait encore s'arranger ; il fallait simplement attendre : un jour, une semaine, un mois&#8230; &lt;br /&gt;
(&#8230;) La Vistule d&#233;borde. Des milliers d'hommes et de femmes se retrouvent coup&#233;s du monde. (&#8230;) Les gens se r&#233;voltent. Les rues sont le th&#233;&#226;tre de manifestations, d'affrontements. (&#8230;) Des dizaines, des centaines de bulletins et d'&#233;ditoriaux clandestins voient le jour (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le 11 novembre 1982, pour le 64e anniversaire de l'ind&#233;pendance de la Pologne, la Commission (de ccordination provisoire du syndicat Solidarnosc) lance un appel &#224; une manifestation massive. Pour ma part, j'&#233;tais plut&#244;t sceptique sur les chances de r&#233;ussite &#224; grande &#233;chelle d'une telle manifestation. Je craignais que ces impulsions successives ne rapportent rien, sauf un regain de rafles et d'arrestations pr&#233;ventives de nos syndicalistes. (&#8230;) Je d&#233;cidai de risquer une ouverture. (&#8230;) j'&#233;cris au g&#233;n&#233;ral Jaruzelski (&#8230;) Le lendemain, la presse publia le texte de cette lettre assorti du commentaire suivant : &#171; (&#8230;) Le ministre de l'Int&#233;rieur a ordonn&#233; au commandant de la Milice de Gdansk de lever la d&#233;cision d'internement de Lech Walesa. &#187; Le climat est alors le suivant : j'apprend que la Commission de Coordination provisoire, apr&#232;s avoir lanc&#233; un appel &#224; la population, annonce des manifestations pour le 11 novembre. Je suis persuad&#233; que ce sera un &#233;chec. (&#8230;) En ces circonstances, j'essaie de pr&#233;venir un &#233;ventuel &#233;chec de la manifestation. J'ai &#233;galement pr&#233;sent &#224; l'esprit, d'apr&#232;s ce que j'ai pu entendre, que l'arm&#233;e risque de passer &#224; l'action, ce qui ne peut me laisser indiff&#233;rent. Voil&#224; comment j'ai l'id&#233;e de r&#233;diger cette lettre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;T&#233;moignage de Jan Mur, cit&#233; par Walesa :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) La clandestinit&#233; lance un appel &#224; une gr&#232;ve d'avertissement d'une dur&#233;e de huit heures. (&#8230;) La t&#233;l&#233;vision nous montre la lettre manuscrite de Walesa adress&#233;e au g&#233;n&#233;ral Jaruzelski (&#8230;) Cette lettre annon&#231;ait une certaine ouverture. (&#8230;) Mais les dirigeants de la clandestinit&#233;, que deviennent-ils dans tout cela ? La lettre place-t-elle Walesa en retrait par rapport &#224; leur d&#233;cision ? (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Walesa lors de son premier discours le 16 d&#233;cembre :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Notre cause n'est pas dirig&#233;e contre quoi que ce soit. Nous ne cherchons pas &#224; renverser le pouvoir, nous acceptons les r&#233;alit&#233;s politiques cr&#233;es par l'environnement mondial et par l'Histoire. C'est dans ces conditions que nous entendons servir notre patrie. (&#8230;) je vous demande, &#224; vous qui attendez la concr&#233;tisation de ces espoirs, de rentrer chez vous dans le calme. (&#8230;) Ne nous laissons pas &#233;carter de la voie pacifique que nous avons choisie (&#8230;) &#187; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;4-15-3 Turquie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Chronologie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1950, le pouvoir met en place la centrale T&#252;rk-Is comme m&#233;diateur obligatoire entre les ouvriers et le patronat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1960 : coup d'Etat militaire&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1961, fondation par des syndicalistes du Parti ouvrier de Turquie (TIP, parti de gauche r&#233;formiste qui reconna&#238;t la revendication kurde)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 13 f&#233;vrier 1967, suite &#224; une mont&#233;e des gr&#232;ves dans les ann&#233;es 60, un syndicat ind&#233;pendant du pouvoir, la DISK, est fond&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1968 : mont&#233;e des luttes et de la contestation, dans la jeunesse (en juin) puis dans la classe ouvri&#232;re. La premi&#232;re occupation d'usine &#224; Istanbul, celle de Derby, un mois apr&#232;s le d&#233;but de mai 1968, &#233;tait le d&#233;but d'un processus historique. L'occupation de l'usine de fer-forg&#233;, l'une des citadelles de l'&#233;poque, la tentative de r&#233;pression de la police et la d&#233;fense h&#233;ro&#239;que des ouvriers et de leurs familles marqua l'histoire du mouvement ouvrier. L'arm&#233;e intervient pour r&#233;tablir l'ordre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1969, fondation de la &#171; Dev-Genc &#187; (F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants r&#233;volutionnaires, anc&#234;tre de Dev-Yol), qui regroupe des tendances mao&#239;stes, castristes et trotskistes et affirme le droit du peuple kurde &#224; la lutte arm&#233;e.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; juin 1970, manifestation de masse contre un projet de loi syndicale r&#233;pressive : 100 000 ouvriers descendaient dans la rue, s'affontaient avec la police, &#233;rigeaient des barricades, interdiction de la Disk et manifestations de protestations contre cette interdiction les 15 et 16 juin. Le mouvement kurde se d&#233;veloppe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 12 mars 1971, coup d'Etat militaire : des officiers renversent Demirel et installent la loi martiale. Pendant des ann&#233;es, des milliers d'opposants et de syndicalistes sont souvent assassin&#233;s par des milices, des fascistes, des &#233;l&#233;ments des forces arm&#233;es et polici&#232;res.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1er mai 1977, fusillade de la place Taksim &#224; Istanbul (37 morts parmi les centaines de milliers de manifestants ouvriers). En deux ans, des centaines de milliers de personnes furent arr&#234;t&#233;es et plus de 98000 jug&#233;es, 21700 condamn&#233;es &#224; des peines de prison, cinquante ex&#233;cut&#233;es &#224; l'issue de proc&#232;s politiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de 1979 &#224; 1983, les prix sont multipli&#233;s par 12, les salaires par 8 seulement. La baisse des salaires r&#233;els est tr&#232;s forte dans les ann&#233;es 1980.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; janvier 1980, plan gouvernemental soi-disant &#171; contre l'inflation &#187; : restriction du cr&#233;dit, diminution des investissements publics, blocage des salaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; f&#233;vrier 1980, le complexe agro-industriel d'Izmir licencie des militants actifs et provoque la mobilisation des travailleurs, qui occupent les locaux. C'est l'intervention de l'arm&#233;e, de l'extr&#234;me droite qui intervient en force suppl&#233;tive du pouvoir d'&#201;tat et des patrons, en pratiquant l'assassinat de syndicalistes et de militants d'extr&#234;me gauche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de janvier &#224; septembre 1980, 2 000 personnes sont ainsi assassin&#233;es.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 12 septembre 1980, coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Evren. Les organosations syndicales sont interdites pendant trois ans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1983, la langue kurde est interdite jusque dans les discussions priv&#233;es.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1986-1987 : reprise des gr&#232;ves ouvri&#232;res&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; printemps 1989, vague de gr&#232;ves et de manifestations, avec une grosse mobilisation des travailleurs du secteur public, notamment ceux des chantiers navals. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en 1990-1991, une seconde vague de gr&#232;ve, en, particulier dans les mines, contraint les patrons &#224; c&#233;der des augmentations allant de 150 &#224; 250 % &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1994, la crise &#233;conomique plonge &#224; nouveau les salaires vers le bas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1998, les m&#233;tallurgistes de Renault et Tofas (filiale de Fiat) entrent en lutte aussi bien contre leur patron que contre le syndicat Metal-Is, filiale de T&#252;rk-Is (la plus importante conf&#233;d&#233;ration) qui a accept&#233; une augmentation des salaires de 43 %, alors que l'inflation annuelle est de l'ordre de 100 %. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1999, contre le recul de l'&#226;ge de la retraite et la baisse du pouvoir d'achat, des manifestations qui regroupent des centaines de milliers de travailleurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; f&#233;vrier 2001, crise &#233;conomique et d&#233;valuation de la livre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4-15-4 Cor&#233;e du sud&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
En Cor&#233;e, au cours d'une succession impressionnante de mouvements durant vingt ans, la classe ouvri&#232;re a constitu&#233; d'imposantes forces militantes combatives et d&#233;termin&#233;es, des organisations de masse consid&#233;rables par rapport &#224; celles de nombreux pays, et notamment un syndicat, le KCTU, qui a &#233;t&#233; construit malgr&#233; l'opposition violente du pouvoir refusant toute autre organisation que le syndicat officiel KFTU (le KCTU revendique aujourd'hui 500.000 adh&#233;rents et le KFTU en a un million). On se souvient encore des combats du syndicat KCTU en 1997-98, combats violents qui ont finalement men&#233; &#224; sa reconnaissance en mars 1998. Pendant quatre d&#233;cennies, la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne a eu en face d'elle un des r&#233;gimes militaires les plus f&#233;roces, r&#233;pressif et r&#233;actionnaire d&#233;veloppant une id&#233;ologie violemment anticommuniste. La dictature a &#233;t&#233; n&#233;cessit&#233;e, pour les classes dirigeantes cor&#233;ennes comme pour l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain qui l'a parrain&#233;e, &#224; la fois par le besoin du r&#233;gime d'imposer une exploitation f&#233;roce sur la classe ouvri&#232;re (ni droit d'association, ni droit syndical libre, ni droit de gr&#232;ve) et par le fait que le pays a &#233;t&#233; le point le plus chaud de la guerre froide entre les deux blocs, avec la guerre de Cor&#233;e. Et encore aujourd'hui, non seulement le rideau de fer entre les deux Cor&#233;es n'est pas tomb&#233;, non seulement le Nord maintient une id&#233;ologie stalinienne avec une dictature qui proclame p&#233;riodiquement sa volont&#233; d'imposer la r&#233;unification des deux Cor&#233;es mais au sud l'anti-communisme est toujours aussi fort. Il suffit pour aller en prison de se dire communiste ou m&#234;me simplement de pr&#233;tendre &#233;tudier le marxisme comme universitaire. Il suffit m&#234;me d'avoir fait un voyage en Cor&#233;e du nord ou m&#234;me d'entretenir une correspondance avec sa famille l&#224;-bas. En Cor&#233;e du sud, non seulement il n'est pas autoris&#233; de s'intituler parti communiste mais m&#234;me les termes d'ouvrier et de social sont interdits dans le nom d'un parti. La police politique reste un pouvoir &#224; part au sein de l'Etat et loin de s'effacer avec l'&#233;loignement de la dictature militaire, la KCIA est de plus en plus riche et puissante. &lt;br /&gt;
La dictature qui a gouvern&#233; la Cor&#233;e du sud depuis la deuxi&#232;me guerre mondiale, si elle a &#233;cras&#233; bien des mouvements, n'est jamais parvenue &#224; mettre au pas la fraction radicale des dirigeants ouvriers : elle les a au contraire pouss&#233; &#224; se radicaliser. Cette confrontation violente continuelle a donn&#233; au mouvement ouvrier ce caract&#232;re ultra-combatif et militant qui a impressionn&#233; le monde lors des grands &#233;pisodes de lutte. La Cor&#233;e a connu une s&#233;rie de rebondissements politiques, de crises du pouvoir, la dictature militaire &#233;tant r&#233;guli&#232;rement secou&#233;e par des coups d'Etat et par des contestations violentes des &#233;tudiants et des ouvriers, crises qui l'ont contraint de passer d'un pouvoir dictatorial de l'arm&#233;e intervenant sans cesse pour r&#233;primer les mouvements populaires &#224; un r&#233;gime bourgeois plus classique domin&#233; par la droite qui a lui-m&#234;me croul&#233; sous les scandales pour finalement laisser la place &#224; un gouvernement de centre-gauche : celui de Kim Dae Jung . Le caract&#232;re combatif, explosif et quasi r&#233;volutionnaire des luttes ouvri&#232;res qu'a connu la Cor&#233;e n'est pas d&#251; seulement &#224; l'affrontement sur le terrain &#233;conomique et social entre ouvriers et patrons (avec des revendications comme les salaires, le refus de la flexibilit&#233; ou la reconnaissance d'un syndicat libre) mais li&#233; tout autant &#224; cette situation politique et au combat men&#233; avec les &#233;tudiants pour contester la dictature et reposer le probl&#232;me de l'unification du pays. C'est ce contexte qui donne ce caract&#232;re explosif du mouvement social, mais aussi son caract&#232;re ultra politique dans lequel la revendication d&#233;mocratique et la question nationale ont &#233;t&#233; des questions d&#233;terminantes chez les ouvriers comme chez les &#233;tudiants. C'est ce qui explique le poids des dirigeants nationalistes sur les militants ouvriers. D'ailleurs nombre de militants de l'ancien mouvement &#233;tudiant sont devenus des dirigeants des syndicats ouvriers et des associations populaires et une majorit&#233; d'entre eux sont des nationalistes qui consid&#232;rent que l'unification du pays est &#224; mettre en premi&#232;re place, avant les int&#233;r&#234;ts de classe des travailleurs.&lt;br /&gt;
Loin d'&#234;tre le repr&#233;sentant de ce mouvement social, le soi-disant homme de gauche Kim Dae Jung a choisi comme premier ministre Kim Jong Pil, un des officiers putschistes de 1961, ancien chef de la police politique, la KCIA, d&#233;test&#233;e des milieux populaires et qui rappelle les pires moments de la dictature du g&#233;n&#233;ral Park. M&#234;me s'il a obtenu les voix des ouvriers, s'il a &#233;t&#233; &#233;lu en grande partie gr&#226;ce au soutien militant du syndicat KFTU et &#224; celui d'une partie du mouvement social, en r&#233;alit&#233; Kim Dae Jung n'est pas de ce bord. Il a un discours &#224; double sens d&#233;clarant ainsi : &#171; &lt;i&gt; la d&#233;mocratie et l'&#233;conomie de march&#233; sont les deux facettes de la m&#234;me pi&#232;ce&lt;/i&gt; &#187;, ce qui signifie &#224; la fois soutien au capitalisme mais est interpr&#233;t&#233; par ceux qui le soutiennent comme l'opposition entre lib&#233;ralisme et chaebols, synonymes de dictature politique et sociale. Le pr&#233;sident social-d&#233;mocrate n'avait pas encore officiellement pris ses fonctions que d&#233;j&#224; il se d&#233;clarait en faveur de licenciements massifs, justifiant son retournement en pr&#233;tendant qu'il venait de d&#233;couvrir l'&#233;tendue des d&#233;g&#226;ts &#233;conomiques. Et le 11 janvier 1998, le porte parole du parti de Kim Dae Jung d&#233;clarait &#224; la presse : &#171; &lt;i&gt;nous devons sacrifier 30% de ce que nous avons pour ne pas avoir &#224; perdre 100%&lt;/i&gt; &#187;. C'est avec un discours catastrophiste que Kim Dae Jung, a d&#233;but&#233; : &#171; &lt;i&gt;nous ignorons si nous serons en faillite demain ou apr&#232;s-demain&lt;/i&gt; &#187; et il s'en est servi pour mettre au pied du mur les organisations ouvri&#232;res, leur imposer des n&#233;gociations tripartites : &#233;tat/patronat/syndicat et leur faire signer un accord autorisant les licenciements collectifs. Aujourd'hui l'homme de gauche a m&#234;me pour conseiller le financier Georges Soros ! &lt;br /&gt;
On pourrait penser que ce n'est pas ce lib&#233;ral &#224; peine color&#233; &#224; gauche qui va r&#233;ussir &#224; tromper ou &#224; app&#226;ter des organisations ouvri&#232;res qui ont derri&#232;re elles un pass&#233; fait de bien autres engagements contre le pouvoir. On pourrait se dire que les dirigeants ouvriers cor&#233;ens qui, dans le pass&#233;, ont su lutter dans la clandestinit&#233;, tenir devant la r&#233;pression, l'emprisonnement et m&#234;me la torture, ne pas c&#233;der aux pressions politiques ni aux menaces, seront capables de ne pas c&#233;der &#224; une politique anti-ouvri&#232;re m&#234;me pr&#233;sent&#233;e par un social-d&#233;mocrate. Pourtant, on assiste &#224; une volte face de la direction du KCTU qui ne peut &#234;tre comprise comme une faiblesse face aux patrons ou &#224; la r&#233;pression mais comme un choix politique de la direction ultra-nationaliste du courant syndical dite &#171; djouch&#233;iste &#187;, celle qui soutient le r&#233;gime de Cor&#233;e du Nord. En effet, cet alignement sur la politique de Kim Dae Jung ne peut qu'&#234;tre mise en parall&#232;le avec la politique de celui-ci de dialogue avec la Cor&#233;e du nord et de collaboration avec le mouvement nationaliste, jusque l&#224; non seulement &#233;cart&#233; totalement par les diff&#233;rents r&#233;gimes mais dont les militants &#233;taient condamn&#233;s &#224; mourir en prison. Non seulement Kim Dae Jung en a lib&#233;r&#233; quelques uns mais certains anciens leaders djouch&#233;istes ont pu recevoir des postes et on a eu le spectacle &#233;tonnant d'anciens leaders radicaux du mouvement nationaliste participant &#224; la collecte d'or pour soutenir la monnaie nationale et aussi ... la propagande de Kim Dae Jung, sous pr&#233;texte de soutien n&#233;cessaire au pays face &#224; la crise qui est attribu&#233;e au FMI et aux financiers &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bourgeoisie cor&#233;enne : de l'expansion &#224; la crise&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
La crise &#233;conomique a frapp&#233; la Cor&#233;e d&#232;s 1995 mais elle n'a &#233;t&#233; reconnue officiellement qu'en novembre 1997, &#224; partir du moment o&#249; l'Etat cor&#233;en a &#233;t&#233; contraint de se d&#233;clarer au bord de la faillite et de faire la demande humiliante d'un pr&#234;t du FMI. Malgr&#233; l'accord du FMI obtenu rapidement pour une aide financi&#232;re massive et dont une partie donn&#233;e imm&#233;diatement, la Cor&#233;e a plong&#233; dans la crise en d&#233;cembre 97, le pays n'&#233;tant plus capable de faire face &#224; ses dettes et la monnaie chutant irr&#233;m&#233;diablement. La Cor&#233;e, qui se voyait dans le peloton de t&#234;te des pays riches en appartenant au cercle ferm&#233; de l'OCDE, pouvait &#234;tre trait&#233;e comme n'importe quel pays sous-d&#233;velopp&#233; comme le soulignait Camdessus, directeur g&#233;n&#233;ral du FMI, interrog&#233; en d&#233;cembre 97 par le journal &#171; le Monde &#187; : &#171; &lt;i&gt;Le FMI n'a pas assorti son plan de redressement de la Cor&#233;e de conditions plus dures que dans le cas du Mexique.(...) Il nous faut passer du mythe du &#171; miracle asiatique &#187; qui n'a jamais exist&#233; &#224; une vision plus r&#233;aliste&lt;/i&gt; &#187;. Et depuis, le FMI y dicte sa loi qui se traduit en fermetures massives d'entreprises, destructions massives de moyens de production, r&#233;ductions drastiques des investissements et licenciements massifs et d&#233;clare &#224; qui veut l'entendre que le gouvernement cor&#233;en est un &#233;l&#232;ve bien ob&#233;issant. Bien des commentateurs financiers ont tenu &#224; se rassurer en disant que la crise asiatique ne faisait que ramener &#224; leur vraie valeur les &#233;conomies de ces pays gonfl&#233;es par une sp&#233;culation effr&#233;n&#233;e. Certains allaient jusqu'&#224; pr&#233;senter leurs &#233;conomies comme de simples cr&#233;ations fictives de la finance. C'&#233;tait bien entendu une mani&#232;re de ne pas accuser le capitalisme mondial de cette nouvelle crise qui le frappe.&lt;br /&gt;
Il est certain que la revue am&#233;ricaine &#171; fortune &#187; qui mettait la Cor&#233;e en t&#234;te pour ses chances de succ&#232;s n'a pas fait le bon pari mais peut-on, avec Camdessus, qualifier de mythe ce &#171; nouveau pays industriel &#187; alors que l'industrie occupe 13 millions d'ouvriers parmi lesquels un million travaillent dans des unit&#233;s de plus de 1000 salari&#233;s ? Il n'y a certes pas de &#171; miracle &#187; dans le d&#233;veloppement du capitalisme cor&#233;en, comme le dit Camdessus mais pas au sens o&#249; il l'entend : les profits g&#233;n&#233;r&#233;s l'ont &#233;t&#233; non par le miracle des op&#233;rations financi&#232;res qui ne font que transvaser des capitaux d'une forme du capital dans une autre mais par l'exploitation des travailleurs. Ce qui a rendu ce pays attractif pour les capitaux internationaux, c'est que la dictature militaire en a fait un terrain d'exploitation f&#233;roce de la classe ouvri&#232;re tout en garantissant une certaine s&#251;ret&#233; des investissements par la r&#233;pression. Et ces profits se sont faits d'abord dans l'industrie et pas dans la sp&#233;culation boursi&#232;re. &lt;br /&gt;
C'est vers des investissements productifs massifs dans l'industrie que s'est tourn&#233; l'Etat cor&#233;en &#224; partir des ann&#233;es 60, quand la dictature militaire du g&#233;n&#233;ral Park a impos&#233; ce que l'on a appel&#233; &#171; la dictature du d&#233;veloppement &#187;. C'est un r&#233;gime &#233;conomique dirigiste o&#249; l'Etat se porte l'organisateur et le garant des investissements dans des grandes firmes industrielles priv&#233;es : les chaebols. Le KMF (f&#233;d&#233;ration des managers cor&#233;ens), l'&#233;quivalent du CNPF, est le symbole mme de la force des chaebols car il regroupe les 50 plus importantes soci&#233;t&#233;s capitalistes du pays en une organisation politique et &#233;conomique. Ces trusts n'ont pas &#233;t&#233; de simples officines financi&#232;res mais d'abord et avant tout des grands conglom&#233;rats industriels dont les 5 principales sont : Samsung dans le commerce, la distribution et la micro&#233;lectronique, Hyundai dans l'automobile, la construction navale, le b&#226;timent et la p&#233;trochimie, Lucky-Goldstar dans la chimie, l'&#233;lectronique et la p&#233;trochimie, Daewoo dans l'&#233;lectronique, l'automobile et le commerce, SK dans le p&#233;trole et les t&#233;l&#233;communications. Si la bourgeoisie cor&#233;enne se gonfle d'orgueil en nommant ses trusts : trois &#233;toiles (Samsung), modernit&#233; (Hyundai) grand cosmos (Daewoo) ou encore l'excellence pour SK, c'est &#224; l'Etat qu'elle doit tout. C'est lui qui a concentr&#233; la quasi totalit&#233; des investissements priv&#233;s et des subventions &#233;tatiques vers ces conglom&#233;rats et c'est encore l'Etat qui a trouv&#233; les d&#233;bouch&#233;s, qui a cr&#233;&#233; le protectionnisme n&#233;cessaire &#224; leur d&#233;veloppement, et a donn&#233; les garanties et su int&#233;resser les capitaux internationaux &#224; de tels investissements. Il a b&#233;n&#233;fici&#233; pour cela de la situation politique : la guerre froide amenant les USA &#224; le soutenir &#224; grands coups de dollars. Il a aussi b&#233;n&#233;fici&#233; de l'aide technologique du Japon et de ses investissements car ce dernier a pu ainsi exporter vers les USA. Se situer d'embl&#233;e &#224; l'&#233;chelle internationale, la bourgeoisie cor&#233;enne n'en &#233;tait pas capable et c'est seulement la cr&#233;dibilit&#233; du r&#233;gime militaire cor&#233;en aupr&#232;s des japonais et des am&#233;ricains qui pouvait permettre ce d&#233;veloppement tr&#232;s particulier, &#224; la fois national et sur des bases internationales.&lt;br /&gt;
Ces conditions politiques ont &#233;t&#233; d&#233;terminantes, et c'est ce qui rend ridicule l'expression de &#171; mod&#232;le cor&#233;en de d&#233;veloppement &#187;, mais la condition premi&#232;re c'est que la Cor&#233;e du sud est devenue dans les ann&#233;es 70 l'un des pays au taux d'exploitation le plus &#233;lev&#233; au monde ! Selon un rapport de la banque mondiale, la valeur ajout&#233;e par travailleur a &#233;t&#233; multipli&#233;e par six dans l'industrie de 1966 &#224; 1990 et le m&#234;me rapport indique que la valeur ajout&#233;e dans l'industrie est pass&#233;e de 1,8 milliards de dollars en 1970 &#224; 85,4 milliards de dollars en 1992 ! Et ces profits industriels, c'est bien sur le dos d'une classe ouvri&#232;re en chair et en os qu'ils se sont r&#233;alis&#233;s. Une seule statistique en dit long : dans la seule ann&#233;e 1993, il y a eu deux mille ouvriers morts par accident du travail sur les chantiers. Le prix du &#171; miracle &#187; est une longue litanie : 101 ouvriers morts dans la construction du m&#233;tro &#224; Taegu, 500 morts dans le grand magasin Sampoong de S&#233;oul, etc ...sans compter les victimes des massacres du r&#233;gime militaire. Et &#224; ce prix, le patronat a eu une main d'oeuvre durement exploit&#233;e. Si dans les luttes des ann&#233;es 80-90, la classe ouvri&#232;re de certains grands conglom&#233;rats a impos&#233; des reculs importants au patronat, notamment de fortes augmentations de salaires, l'exploitation est rest&#233;e f&#233;roce pour l'essentiel des travailleurs, en particulier ceux des petits ateliers (3,5 millions d'ouvriers y travaillent dans des conditions atroces) et pour les travailleurs immigr&#233;s. &lt;br /&gt;
De cette exploitation a &#233;t&#233; tir&#233;e non seulement une fortune pour la bourgeoisie cor&#233;enne mais aussi pour les USA et le Japon qui sont propri&#233;taires respectivement de 18 et de 24% de l'&#233;conomie cor&#233;enne. Et ces capitaux &#233;trangers ne sont pas venus en Cor&#233;e simplement pour sp&#233;culer. L'accroissement de la fortune de la Cor&#233;e du sud de 1960 &#224; 1998 est loin d'une simple cr&#233;ation artificielle de la finance mondiale, d'un capital purement virtuel comme on dit en langage informatique, d'un simple jeu de cavalerie mon&#233;taire, ou d'une bulle sp&#233;culative qui n'aurait correspondu &#224; aucun d&#233;veloppement ni &#224; aucune cr&#233;ation de richesses r&#233;elles. La croissance &#233;conomique cor&#233;enne a &#233;t&#233; due &#224; un taux d'investissement productif record par rapport au reste du monde : en dix ans, 35% du PIB a &#233;t&#233; r&#233;investi dans la production. Le passage de la Cor&#233;e au onzi&#232;me rang mondial a correspondu &#224; un accroissement important et rapide de la production et des &#233;changes. Dans un monde capitaliste dont le d&#233;veloppement s'est ralenti, la croissance cor&#233;enne &#233;tait plut&#244;t impressionnante : de 1963 &#224; 1997, le produit int&#233;rieur brut a &#233;t&#233; multipli&#233; par 15 et la production industrielle a augment&#233; en quinze ans de 450 %. En trois d&#233;cennies, la Cor&#233;e est pass&#233;e au deuxi&#232;me rang mondial pour la construction navale, au troisi&#232;me pour l'&#233;lectronique grand public, au cinqui&#232;me pour l'automobile, au sixi&#232;me pour la sid&#233;rurgie et au douzi&#232;me rang mondial pour l'importation et l'exportation de marchandises. En 97, la Cor&#233;e a produit par exemple 43 millions de tonnes d'acier, supplantant l'Allemagne de sa place de 5e producteur mondial et les chantiers navals cor&#233;ens ont atteint le m&#234;me niveau que ceux du Japon. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233; un enrichissement important touchant aussi le niveau de vie de la population et permettant de constituer une petite bourgeoisie nombreuse et consommatrice. Le revenu moyen par habitant est pass&#233; de 100 dollars en 1965 &#224; 10000 dollars en 1997. &lt;br /&gt;
Lorsque la crise &#233;conomique a d&#233;but&#233; en Cor&#233;e du sud, en 1995, son &#233;conomie &#233;tait lanc&#233;e dans une expansion sans frein, alors qu'il n'en &#233;tait pas de m&#234;me du reste du monde et la croissance cor&#233;enne s'est donc arr&#234;t&#233;e, butant sur les limites d'absorption du march&#233; mondial. Or en r&#233;gime capitaliste, on ne peut pas s'arr&#234;ter : c'est la spirale ascendante ou la spirale descendante. Le taux de croissance qui &#233;tait de 15,2 % par an en 76 est pass&#233; &#224; 9,2% en 95 et n'a cess&#233; de chuter brutalement depuis atteignant 7% en 96 et 5,3% au moment de la crise de 97. D&#233;j&#224; en 95, 14.000 PME ont fait faillite. Les chaebols ont trouv&#233; une issue provisoire dans la fuite en avant, le fait d'&#234;tre chaebol et de justifier de nouveaux investissements massifs entra&#238;nant des aides massives de l'Etat. Si les d&#233;bouch&#233;s de la production se sont restreints et avec eux les b&#233;n&#233;fices industriels, la Cor&#233;e est rest&#233;e un investissement rentable relativement sur le march&#233; des capitaux internationaux avec un taux de croissance de 7% relativement &#224; un taux de 2% dans les pays occidentaux. C'est l&#224; que le ph&#233;nom&#232;ne sp&#233;culatif a pris son envol. Le maintien d'apports importants en capitaux internationaux a permis aux entreprises, aux banques et &#224; l'&#233;tat cor&#233;en de tenir momentan&#233;ment, de payer leurs dettes gr&#226;ce &#224; la fameuse fuite en avant. Ils ont ainsi pu, pendant deux ans, continuer &#224; distribuer des profits alors que la machine &#233;conomique &#233;tait gripp&#233;e. C'&#233;tait reculer pour mieux sauter. En effet la crise a r&#233;v&#233;l&#233; la fragilit&#233; de la structure financi&#232;re de ces conglom&#233;rats cor&#233;ens qui ont toujours fonctionn&#233; sur une faible part de capitaux propres (Hyundai, le plus grand des conglom&#233;rats, appartient &#224; une famille qui ne d&#233;tient que 5% des capitaux). Les chaebols, litt&#233;ralement la maffia du capital, n'ont jamais &#233;t&#233; propri&#233;taires d'une part importante des capitaux de leurs entreprises. L'essentiel des fonds qu'elles font tourner provient des banques, de l'Etat et des financiers japonais et am&#233;ricains. Tout allait bien tant que la rentabilit&#233; &#233;tait assur&#233;e et que l'on ne leur demandait pas de rembourser mais seulement de verser de copieux b&#233;n&#233;fices. Pour satisfaire leurs actionnaires, elles ont d&#251; distribuer plus que ce qu'elles poss&#233;daient : 25 des 30 plus grandes compagnies cor&#233;ennes se sont r&#233;v&#233;l&#233;es avoir des dettes trois fois sup&#233;rieures &#224; leur actif et dix ont des dettes plus de cinq fois sup&#233;rieures d'apr&#232;s &#171; l'&#233;conomiste &#187; de novembre 1998. Ainsi la firme Halla de construction navale, fond&#233;e par l'un des fr&#232;res du patron d'Hyundai, a chut&#233; avec 5,3 millions de dollars de dettes soit vingt fois son actif sans m&#234;me qu'Hyundai ose intervenir pour emp&#234;cher la faillite ! Cela a fait un choc pour tous ceux qui pensaient que du moment qu'on &#233;tait chaebol puissant, rien ne pouvait vous arriver... &lt;br /&gt;
En janvier 1997, le premier signe de la crise des chaebols a &#233;t&#233; la faillite du trust Hanbo travaillant dans l'acier et l'industrie pharmaceutique. Puis en mars 97, Sammi, n&#176;3 mondial des aciers sp&#233;ciaux a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; en cessation de paiement suivi en ao&#251;t par Jinro, trust de la distribution et le premier pour l'alcool et par le constructeur automobile Kia en septembre. Cette derni&#232;re faillite a &#233;t&#233; le signal que tout le syst&#232;me &#233;tait en train de s'effondrer, Kia mena&#231;ant d'entra&#238;ner la Korean First Bank dans sa chute. Seuls neuf des trente premiers chaebols sont rest&#233;s b&#233;n&#233;ficiaires en 1997. En octobre, le krach des bourses asiatiques a entra&#238;n&#233; la faillite des soci&#233;t&#233;s de courtage cor&#233;ennes. Les chaebols &#233;taient tr&#232;s implant&#233;es dans ce domaine du courtage afin de s'assurer de l'utilisation imm&#233;diate des fonds internationaux. Le syst&#232;me consistait en des pr&#234;ts &#224; tr&#232;s courts terme (un &#224; deux jours avec d'&#233;normes pourcentages de b&#233;n&#233;fices) mais garantis par les banques nationalis&#233;e et en dernier ressort par l'Etat. L'Etat, qui &#233;tait le garant &#224; la fois des banques, nationalis&#233;es pour la plupart, et des trusts, s'est retrouv&#233; menac&#233; de faillite et la monnaie, le won, a chut&#233; brutalement de 50%. Les capitaux internationaux ont engag&#233; un retrait massif, les chaebols n'ont plus eu de fonds pour poursuivre leur production. La production a chut&#233; de 4% par mois. Et la Cor&#233;e s'est retrouv&#233;e contrainte de faire appel au FMI. En cas d'effondrement, l'imp&#233;rialisme a craint une crise g&#233;n&#233;rale incontr&#244;lable et a pr&#233;f&#233;r&#233; intervenir. La Cor&#233;e a obtenu le r&#233;&#233;chelonnement de sa dette et des fonds pour tenir.&lt;br /&gt;
Si le &#171; plan de sauvetage &#187; pour la Cor&#233;e est le plus important de l'histoire du FMI avec 330 milliards de dollars (le FMI va jusqu'&#224; dire qu'il ne lui restait plus que 30 milliards en caisse !), la contrepartie a &#233;t&#233; un plan d'aust&#233;rit&#233; draconien pour l'Etat, les banques et toute l'industrie. La Cor&#233;e s'est engag&#233;e &#224; ouvrir aux investisseurs &#233;trangers son march&#233; mon&#233;taire et obligataire et le capital de ses entreprises jusqu'&#224; 55% et le Figaro s'est f&#233;licit&#233;e : &lt;i&gt;&#171; la crise aura &#233;t&#233; le vecteur de l'acc&#233;l&#233;ration de r&#233;formes indispensables&lt;/i&gt; &#187;. Imm&#233;diatement, le gouvernement a ferm&#233; cinq banques, licenciant 10.000 salari&#233;s, annonc&#233; la fermeture de 55 entreprises et des plans de licenciements dans tous les trusts. D&#232;s l'annonce des plans de licenciements, il y a eu 10 000 salari&#233;s licenci&#233;s par jour ! Le ch&#244;mage a atteint les 10% avec 3 millions de ch&#244;meurs et il s'achemine &#224; grande vitesse vers les 15%. Les prix ont subi des hausses vertigineuses &#224; partir de la crise de janvier : jusqu'&#224; 100% en dix jours alors que les salaires sont en baisse, pour ceux qui en ont encore un &#8230; Les 400 000 &#233;tudiant en fin d'&#233;tude et demandeurs d'emploi ont 1000 postes &#224; se partager ! Mais la police cor&#233;enne leur propose 5.000 postes sur deux ans ! Les soupes populaires ont repris dans les rues de S&#233;oul comme &#224; l'&#233;poque de la guerre de Cor&#233;e. Bien des salari&#233;s ne sont m&#234;me pas licenci&#233;s mais ... renvoy&#233;s volontaires (on les appelle des &#171; retrait&#233;s d'honneur &#187; et ils re&#231;oivent une petit prime !). Des salari&#233;s qui ont conserv&#233; leur emploi se voient demander de remplir des lettres de d&#233;mission, &#224; utiliser au cas o&#249; ...&lt;br /&gt;
Devant cette catastrophe g&#233;n&#233;ralis&#233;e pour la population, une seule question : le gouvernement du social-d&#233;mocrate Kim Dae Jung parviendra-t-il &#224; faire passer les sacrifices en &#233;vitant une crise politique et sociale majeure ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La social-d&#233;mocratie peut-elle r&#233;soudre la crise politique ?&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Son arriv&#233;e au pouvoir est l'aboutissement d'une s&#233;rie de crises politiques et de scandales &#224; c&#244;t&#233; desquels les scandales des politiciens fran&#231;ais sont des enfantillages. Le pouvoir militaire a &#233;t&#233; n&#233;cessaire aux classes dirigeantes cor&#233;ennes car, apr&#232;s le d&#233;part de l'occupant japonais, les poss&#233;dants n'&#233;taient pas capables d'organiser l'Etat. En 1945, comme au Vietnam et dans toute l'Indochine, des soul&#232;vements ont suivi le d&#233;part des troupes japonaises. Des comit&#233;s du peuple se sont form&#233;s partout, organis&#233;s sous forme sovi&#233;tique et se pr&#233;parant en vue du pouvoir. L'arm&#233;e am&#233;ricaine a d&#251; les &#233;craser dans le sang avant de mettre &#224; la t&#234;te d'une dictature militaire au sud son homme de paille Sungman Rhee (qui s'est tout de suite distingu&#233; en &#233;crasant lui aussi dans le sang les puissantes gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales de 1946 et 48) alors que le nord &#233;tait occup&#233; par les troupes russes qui ont plac&#233; &#224; la t&#234;te du pays Kim Il Sung, un leader de gu&#233;rilla militaire contre le Japon. Au sud, les militaires ont remis sur pied &#224; la fois l'Etat et l'&#233;conomie et ils ont instaur&#233; des relations privil&#233;gi&#233;es avec les trusts, les chaebols, relations qui institutionnalisent la corruption : un v&#233;ritable syst&#232;me d'aide mutuelle qui a permis aux chaebols comme aux g&#233;n&#233;raux de prosp&#233;rer. Samsung doit tout au premier pr&#233;sident le f&#233;roce dictateur Sungman Rhee et Daewoo ne serait rien sans le pr&#233;sident Park. En contrepartie, certains ont fait fortune comme Roh qui a constitu&#233; la modeste cagnotte de 650 millions de dollars ! Ce pays qui a &#233;t&#233; gouvern&#233; dictatorialement par des &#233;quipes de chefs militaires s'est vu contraint de les retirer de la sc&#232;ne politique : les g&#233;n&#233;raux Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo qui ont gouvern&#233; respectivement de 80 &#224; 87 et de 88 &#224; 92 ont &#233;t&#233; contraints de d&#233;missionner de l'arm&#233;e. Le g&#233;n&#233;ral Roh a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; 22 ans et demi de prison pour corruption. Le g&#233;n&#233;ral Chun a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; la peine capitale (commu&#233;e en prison &#224; vie) pour avoir conduit le putsch militaire de 79 et r&#233;prim&#233; dans le sang une manifestation &#233;tudiante. Tous les deux ont &#233;t&#233; &#233;galement d&#233;clar&#233;s responsables du massacre de la commune de Kwanju en mai 80. C'est dire &#224; quel point actuellement l'arm&#233;e est sur le plan politique compl&#232;tement mise &#224; l'&#233;cart de la direction des affaires. &lt;br /&gt;
C'est dans les ann&#233;es 80 que la bourgeoisie cor&#233;enne a commenc&#233; &#224; trouver le prix de la dictature militaire trop co&#251;teux. Le pays devenant riche et d&#233;velopp&#233;, elle pr&#233;f&#233;rait une autre forme de direction politique, sans coups d'Etat, sans r&#233;pression et r&#233;voltes permanentes. Et c'est aussi de l&#224; que vient l'explosion de 87. En effet, les militaires se sont accroch&#233;s au pouvoir et on a vu pendant des ann&#233;es non seulement les classes pauvres et les travailleurs mais toute une partie des fils de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie se battre pour en finir avec la dictature militaire, participant &#224; des manifestations, arr&#234;t&#233;s, tortur&#233;s, assassin&#233;s, choisissant une vie militante dans des organisations clandestines plut&#244;t que l'int&#233;gration sociale, pour lutter contre ce pouvoir d&#233;test&#233;. De l&#224; est n&#233; le mouvement d&#233;mocratique radical de masse des ouvriers et des &#233;tudiants. &lt;br /&gt;
Mais il a encore fallu de nombreuses luttes pour que la dictature militaire c&#232;de la place puisque c'est seulement &#224; partir de 1993 qu'il n'y a plus eu de militaires au pouvoir. Le probl&#232;me n'&#233;tait pas pour autant r&#233;gl&#233; car le pouvoir civil qui a tent&#233; de r&#233;gler la crise de l'Etat s'est lui m&#234;me effondr&#233;, victime des scandales, de la corruption d'une soci&#233;t&#233; aux mains de maffias capitalistes qui ne valent pas mieux que les clans militaires.&lt;br /&gt;
En 1992, Kim Jun San, premier civil arriv&#233; au pouvoir a promis de nettoyer le pays de la corruption. Il a instaur&#233; la frugalit&#233; &#224; la pr&#233;sidence : une soupe de nouilles &#224; d&#233;jeuner ! Il a contraint les fonctionnaires &#224; d&#233;voiler leur patrimoine. Il a profit&#233; d'une &#233;poque de prosp&#233;rit&#233; o&#249; une partie de la population a un peu b&#233;n&#233;fici&#233; du d&#233;veloppement &#233;conomique et c'est sous sa pr&#233;sidence que la Cor&#233;e est entr&#233;e &#224; l'OCDE. Sa loi sur la flexibilit&#233; de la dur&#233;e du travail (alors que la dur&#233;e moyenne est de 49 heures par semaine), vot&#233;e comme un cadeau aux chaebols et en l'absence des d&#233;put&#233;s de l'opposition, a relanc&#233; l'agitation sociale. En d&#233;cembre 1996, les travailleurs se sont mobilis&#233;s pour la premi&#232;re grande gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale que le pays ait connu. Le mouvement dirig&#233; par la KCTU syndicat ind&#233;pendant non reconnu par le pouvoir et il a &#233;t&#233; suivi aussi par le syndicat KFTU, la mesure du gouvernement r&#233;ussissant &#224; r&#233;unir pour la premi&#232;re fois toutes les organisations syndicales et le KFTU s'est m&#234;me r&#233;ellement radicalis&#233;. Le gouvernement a r&#233;pondu par une r&#233;pression violente mais a d&#251; finalement n&#233;gocier avec le KCTU et lui reconna&#238;tre une existence l&#233;gale. Kim Jun San a renforc&#233; les pouvoirs et les finances de la police politique, la KCIA. Il est ainsi apparu comme celui qui n'a r&#233;gl&#233; ni la question sociale ni la question de la d&#233;mocratie. Les relations avec la Cor&#233;e du nord se sont elles aussi d&#233;grad&#233;es faisant resurgir la crainte d'une intervention militaire du nord. Et loin d'en finir avec la corruption, Kim Jun San a lui m&#234;me &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; du doigt et son fils momentan&#233;ment emprisonn&#233;. A peine plus d'un mois apr&#232;s le grand mouvement de gr&#232;ve contre la loi sur la flexibilit&#233;, Hanbo Steel, l'un des principaux groupes sid&#233;rurgiques et filiale du chaebol Hanbo, a annonc&#233; en janvier sa cessation de paiement avec 6 milliards de dettes et le gouvernement est accus&#233; d'avoir re&#231;u des pots de vin pour &#233;touffer l'affaire. Les fondateurs du groupe Hanbo ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s ainsi que plusieurs banquiers et politiciens Le ministre de l'int&#233;rieur, un des dirigeants du parti pr&#233;sidentiel ont &#233;t&#233; mis en cause. Kim Jun San, qui risquait d'&#234;tre inculp&#233;, a d&#251; se retirer en faisant ses excuses &#224; la nation... &lt;br /&gt;
Cet &#233;chec retentissant de la droite a amen&#233; la gauche au pouvoir alors qu'aux &#233;lections pr&#233;c&#233;dentes la gauche r&#233;unissait royalement ... 1% des voix ! Pour Kim Dae Jung, le premier pr&#233;sident de gauche de toute l'histoire de la r&#233;publique de Cor&#233;e du sud, les gongs et les torchent qui ont marqu&#233; l'&#233;v&#233;nement &#233;taient &lt;i&gt;&#171; le son de la r&#233;conciliation et la flamme de l'espoir vers un nouveau bond en avant&lt;/i&gt; &#187;. L'espoir en question c'est que l'Etat cor&#233;en parvienne &#224; se stabiliser car rien ne serait plus redoutable pour la bourgeoisie qu'un Etat faible face &#224; une classe ouvri&#232;re forte et ... face aussi &#224; la Cor&#233;e du nord.&lt;br /&gt;
C'est l&#224; que Kim Dae Jung peut leur &#234;tre utile car, lui peut trouver moyen d'allier nationalistes de droite et de gauche et m&#234;me les nationalistes radicaux djouch&#233;istes. Ces derniers n'oublient pas qu'il a fr&#244;l&#233; l'ex&#233;cution capitale &#224; une &#233;poque pour avoir os&#233; pr&#244;ner le dialogue avec le nord. Mais s'il a fait appel &#224; des djouch&#233;istes, il s'est surtout uni au parti de Kim Jong Pil, homme de droite de l'&#233;poque du g&#233;n&#233;ral Park devenu leader d'un parti d'opposition avec lequel il a remport&#233; les &#233;lections et qu'il a choisi comme premier ministre. Sa volont&#233; de jouer sur tous les tableaux a &#233;t&#233; indiqu&#233;e d&#232;s le d&#233;but par la lib&#233;ration d'un c&#244;t&#233; de quelques prisonniers - pas tous - parmi les anciens leaders &#233;tudiants et syndicalistes ouvriers mais &#233;galement celle des g&#233;n&#233;raux emprisonn&#233;s : Roh et Chun qui a choqu&#233; la population ! La marge &#233;troite du social-d&#233;mocrate est l&#224; : composer avec des dirigeants d'un mouvement social puissant sans incommoder ses commanditaires capitalistes eux aussi puissants et un secteur ultra-r&#233;actionnaire li&#233; &#224; l'arm&#233;e et &#224; la police politique qui s'est mis en r&#233;serve mais reste puissant. La venue au pouvoir de la gauche dans ce pays tr&#232;s &#224; droite est le t&#233;moignage que les classes dirigeantes ont peur et craignent la classe ouvri&#232;re.&lt;br /&gt;
Car la classe ouvri&#232;re repr&#233;sente une menace politique. Elle a men&#233; des mobilisations sur le terrain politique de nombreuses fois. M&#234;me son combat pour un syndicat ind&#233;pendant du pouvoir avait un contenu politique. Le KCTU apparaissait comme la premi&#232;re &#233;tape vers la constitution d'un parti ouvrier. C'&#233;tait r&#233;guli&#232;rement formul&#233; par les militants. Le retournement du KCTU a d'autant plus surpris les militants radicaux de la classe ouvri&#232;re qu'ils ne le consid&#233;raient pas du tout comme un syndicat r&#233;formiste classique mais comme une opposition politique au r&#233;gime, ouvri&#232;re et radicale. &lt;br /&gt;
La liaison entre luttes gr&#233;vistes et luttes politiques, luttes ouvri&#232;res et luttes &#233;tudiantes a exist&#233; d&#232;s le d&#233;but. Ainsi, apr&#232;s l'assassinat du g&#233;n&#233;ral Park en 79, les luttes &#233;tudiantes d&#233;clenchent des gr&#232;ves ouvri&#232;res massives en 1980. C'est le combat pour la d&#233;mocratie qui est &#224; l'origine de la r&#233;volution de Kwangju, ville d'une r&#233;gion pauvre et peu ouvri&#232;re. Favorable &#224; Kim Dae jung, elle s'est battue contre son arrestation. Les militaires ont d&#233;cid&#233; d'y faire un exemple, entourant la ville et la massacrant avec un fort appui militaire am&#233;ricain. Ensuite la r&#233;pression a touch&#233; les ouvriers dans tout le pays et le syndicat libre &#233;t&#233; &#233;cras&#233;. En 85, &#224; nouveau les ouvriers parviennent &#224; la suite de la gr&#232;ve de Daewoo &#224; Inchon (4&#232;me ville du pays et important centre industriel) &#224; fonder deux syndicats ind&#233;pendants qui manifestent en 86 &#224; S&#233;oul avec les &#233;tudiants et un parti d'opposition (le nouveau parti d&#233;mocratique cor&#233;en qui donnera naissance &#224; deux formations politiques : celle de Kim Yong-sam et celle de Kim Dae-jung) aux cris de &#171; Minjok, Minjou, Minjung &#187; (nation, d&#233;mocratie, peuple). D&#233;j&#224; les nationalistes et la gauche cherchaient &#224; s'appuyer sur la force des travailleurs avec leurs propres vis&#233;es &lt;br /&gt;
Le mouvement ouvrier a &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; par sa tendance politique d&#232;s 1987 qui est l'ann&#233;e de l'explosion sociale. D&#232;s ce moment, deux courants politiques ont marqu&#233; les militants ouvriers : l'un nationaliste soutenant Kim Dae Jung et l'autre pour un front populaire o&#249; la classe ouvri&#232;re jouerait un r&#244;le dirigeant (c'est cette derni&#232;re qui sera &#224; l'origine de groupes d'extr&#234;me gauche). Le premier courant s'appellera le NL (National Liberation) et l'autre le PD (People's Democracy).&lt;br /&gt;
En 1990, le Chonohyop (alliance des syndicats authentiques) qui &#233;tait l'anc&#234;tre ill&#233;gal et clandestin du KCTU a &#233;t&#233; fond&#233; comme un syndicat charg&#233; de fonder un parti ouvrier et d&#233;clarait dans sa r&#233;solution de fondation &#234;tre &#171; pour une r&#233;forme sociale et &#233;conomique, pour un changement de la situation des travailleurs, pour la d&#233;mocratie, l'ind&#233;pendance et la r&#233;unification nationale politique &#187;. Mais ce parti ouvrier n'a finalement pas &#233;t&#233; fond&#233; &#224; l'&#233;poque par les militants syndicalistes, une partie du mouvement syndical ayant jug&#233; qu'il valait mieux mettre toutes ses forces uniquement dans la lutte syndicale. Non par apolitisme mais en pensant que le syndicat pouvait &#234;tre une meilleure arme politique. &lt;br /&gt;
Aujourd'hui, le KCTU est encore une organisation politique autant que syndicale. Les djouch&#233;istes ou anciens djouch&#233;istes y ont un poids important. C'est entre autres eux qui dans la gr&#232;ve de 97 ont pouss&#233; le syndicat &#224; ne pas aller &#224; l'affrontement et &#224; accepter le compromis pourri qui n'annulait pas r&#233;ellement la flexibilit&#233;. Pour pr&#233;senter le dirigeant du KCTU comme candidat aux &#233;lections pr&#233;sidentielles, les nationalistes ont en effet fait alliance avec l'extr&#234;me gauche et d'autres secteurs de l'opposition. Mais il n'a eu qu'environ 1% des voix (soit beaucoup moins que le nombre d'adh&#233;rents du syndicat), le succ&#232;s de l'op&#233;ration politique de Kim Dae Jung ayant drain&#233; toutes les voix de gauche. Et &#224; la suite des &#233;lections, les nationalistes ont cass&#233; leur alliance avec l'extr&#234;me gauche. Des dirigeants du KCTU, qui appartiennent au mouvement nationaliste dont le slogan &#233;tait jusque l&#224; &#171; victoire du peuple &#187;, ont fond&#233; une organisation politique nomm&#233;e : &#171; victoire nationale 21 &#187; (21 repr&#233;sente le 21&#232;me si&#232;cle qui doit consacrer le triomphe du parti...) qui vise &#224; regrouper non seulement les travailleurs et les &#233;tudiants ou paysans mais &#171; tous les acteurs sociaux &#187;. Et par ce terme, le mouvement nationaliste a toujours entendu les patrons pas chaebols, ceux en somme qui seraient d&#233;mocrates et auraient le sens de l'int&#233;r&#234;t national. Cette tentative du courant djouch&#233;iste (pro-Cor&#233;e du nord) se fait cependant au nom du parti ouvrier cor&#233;en car il est &#233;vident que la classe ouvri&#232;re est la principale force. Ce courant essaie donc de capitaliser politiquement la r&#233;volte et les combats de la classe ouvri&#232;re. Ainsi il appelle &#224; manifester le 8 novembre dans la capitale. En Cor&#233;e du sud, le djouch&#233;isme est l'expression du rejet de la politique de la petite minorit&#233; dirigeante par l'immense majorit&#233; qui comprend aussi bien les ouvriers que bien des couches petites bourgeoises. Pour ce courant, si le mouvement ouvrier peut &#234;tre un moyen, il n'est certes pas la direction des luttes sociales et politiques. Les djouch&#233;istes ne se pr&#233;sentent que rarement au grand jour, notamment &#224; cause de l'interdiction au sud de faire de la propagande en faveur du r&#233;gime du nord, mais ils sont tr&#232;s influents dans les organisations militantes sud cor&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le djouch&#233;imse, une id&#233;ologie nationaliste r&#233;actionnaire &lt;br /&gt;
et faussement anti-imp&#233;rialiste&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;La djouch&#233; est la philosophie qui a &#233;t&#233; mise en avant par le r&#233;gime du nord en 1960, quand celui-ci a eu besoin de se distinguer de ses deux &#171; grands fr&#232;res &#187; chinois et russe. C'est une id&#233;ologie qui affirme la capacit&#233; de la Cor&#233;e &#224; se d&#233;brouiller seule. Litt&#233;ralement djouch&#233; veut dire : se suffire &#224; soi-m&#234;me. Le d&#233;veloppement autarcique, c'est en somme le socialisme dans un seul pays... moins le socialisme ! La djouch&#233; est expos&#233;e dans l'&#233;quivalent du petit livre rouge : 50 volumes de justifications th&#233;oriques ! A peu pr&#232;s la taille de l'autoglorification de Kim Il Sung, son &#171; &lt;i&gt; chef g&#233;nial, bien-aim&#233; et soleil de la Cor&#233;e&lt;/i&gt; &#187; qui a d'ailleurs eu pour successeur son propre fils (apparemment, se revendiquer du marxisme n'emp&#234;che pas de l&#233;guer le pouvoir de p&#232;re en fils !). Mais la djouch&#233; a un autre objectif que la m&#233;galomanie : donner une base apparemment intellectuelle au courant qui se revendique de la r&#233;unification en Cor&#233;e du sud, ce qui permettait de p&#233;n&#233;trer au sud malgr&#233; la fermeture de la fronti&#232;re et d'y exercer une pression politique.&lt;br /&gt;
Au sud o&#249; la question de la r&#233;unification a toujours &#233;t&#233; une question br&#251;lante, les djouch&#233;istes ont &#233;t&#233; le courant largement dominant dans toutes les luttes &#233;tudiantes et ils ont fait en sorte qu'elles se polarisent sur la question de la r&#233;unification avec le nord. Ils ont &#233;t&#233; le courant le plus important parmi les militants ouvriers, d&#233;passant g&#233;n&#233;ralement les social-d&#233;mocrates, les autres nationalistes qui n'&#233;taient pas pro-Cor&#233;e du nord, les religieux...&lt;br /&gt;
En Cor&#233;e du sud de nombreuses organisations du mouvement social sont anim&#233;es par des djouch&#233;istes dont les principales apr&#232;s le KCTU sont Kyung Sil Yun (l'organisation civile pour la justice &#233;conomique), association d&#233;mocratique contre la dictature et Chamyou Younde, c'est-&#224;-dire l'alliance des ouvriers et de la soci&#233;t&#233; civile, bien qu'il n'y ait pas d'ouvriers dans cette organisation qui programme des manifestations sur le th&#232;me tr&#232;s vague de la d&#233;mocratie. Toutes les deux permettent au mouvement nationaliste d'avoir une base militante de masse en dehors de la classe ouvri&#232;re. Ces associations ont appuy&#233; &#224; fond Kim Dae Jung. Les djouch&#233;istes ont un poids pr&#233;pond&#233;rant dans bien d'autres milieux comme le milieu &#233;tudiant avec la conf&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants cor&#233;ens. Le principal slogan des djouch&#233;istes est Ja Min Tong (Autonomie, d&#233;mocratie, r&#233;unification) mais avant tout ce qui les distingue est le soutien au r&#233;gime du nord.&lt;br /&gt;
Depuis la partition de la Cor&#233;e en 1953, apr&#232;s la fin de la guerre entre les USA, la Chine et les deux Cor&#233;es, les cor&#233;ens vivent continuellement dans la hantise d'un nouveau conflit. Aucune des deux Cor&#233;e n'a admis la partition et les populations ne l'acceptent pas non plus. Chacun des deux pays est rest&#233; symbolique des deux camps de l'&#233;poque : pro-stalinien et pro-imp&#233;rialisme am&#233;ricain. En effet, la Cor&#233;e du nord reste domin&#233;e par l'une des derni&#232;res dictatures du bloc stalinien et la Cor&#233;e du sud reste d&#233;pendante des USA selon le statut de 1953. Cela signifie 40 000 marines en permanence, une base militaire en plein milieu de S&#233;oul et de nombreuses autres sur tout le territoire, financ&#233;es par la Cor&#233;e et un statut de d&#233;pendance militaire et politique. Les n&#233;gociations entre les deux Cor&#233;es, par exemple, ne peuvent se d&#233;rouler qu'en pr&#233;sence des USA. Et cette opposition nord-sud est la base y compris de la politique int&#233;rieure des deux pays. Au nord, l'arm&#233;e repr&#233;sente environ un tiers du budget et occupe deux millions de soldats sur une population de 26 millions ! Au sud, c'est aussi un tiers du budget pour le budget de l'arm&#233;e et au moindre conflit social ou politique, les classes dirigeantes et les USA font planer la menace d'une intervention militaire de la Cor&#233;e du nord qui profiterait du d&#233;sordre au sud. De l&#224; &#224; accuser de trahison nationale quiconque s'agite ou fait gr&#232;ve, c'est tr&#232;s facile. C'est ce qui a justifi&#233; l'intervention militaire am&#233;ricaine lors de la r&#233;volte populaire du Kwangju en mai 1980 quand la population s'est r&#233;volt&#233;e contre le coup d'Etat du g&#233;n&#233;ral Chun et l'arrestation du leader de la r&#233;gion qui n'&#233;tait autre que Kim Dae Jung. La menace du nord a &#233;t&#233; pour les am&#233;ricains un pr&#233;texte pour &#233;craser une r&#233;volution populaire dans le sang et soutenir la dictature militaire.&lt;br /&gt;
Ces derni&#232;res ann&#233;es, l'isolement de la Cor&#233;e du nord s'est accentu&#233; du fait du blocus am&#233;ricain et des liens un peu distendus avec la Chine (compl&#232;tement avec la Russie). Ses relations &#233;conomiques &#233;tant r&#233;duites, son d&#233;veloppement &#233;conomique s'est effondr&#233; et une grave crise le frappe faisant revenir la famine. La Cor&#233;e du nord est un pays montagneux et c'est moins d'un quart du territoire qui peut &#234;tre cultiv&#233;, si bien que la question de l'alimentation y a toujours &#233;t&#233; une question difficile. Pyongyang a longtemps d&#233;pendu sur ce plan de l'aide de la Chine, aide qui est devenue moins avantageuse &#224; partir de 1989 pour se tarir en 1995 du fait de difficult&#233;s internes de la Chine, au moment m&#234;me o&#249; les inondations entra&#238;naient en Cor&#233;e du nord une catastrophe alimentaire. Du fait du blocus des informations et de la propagande des deux c&#244;t&#233;s, personne ne peut dire quelle est la gravit&#233; r&#233;elle de cette catastrophe subie par 26 millions de nord cor&#233;ens. Les USA et les Nations Unies pr&#233;tendent que c'est en grande partie du bluff et affirment que les aides alimentaires des organisations humanitaires sont revendues par le r&#233;gime &#224; la Chine mais en m&#234;me temps les organisations caritatives am&#233;ricaines pr&#233;tendent que la Cor&#233;e du nord est au bord du gouffre. Les occidentaux refusent de lever le blocus, la Cor&#233;e du Nord ayant &#233;t&#233; d&#233;cr&#233;t&#233;e &#171; ennemi de l'Am&#233;rique &#187; et pr&#233;voient des sanctions contre toute entreprise qui ne s'y conformerait pas. Les conditions mises par les USA pour une reprise des relations sont l'ouverture du pays, le renoncement &#224; l'arme nucl&#233;aire, le paiement des dettes de 3,2 milliards de dollars et l'&#233;volution du r&#233;gime. C'est bien les USA qui bloquent et pas la Cor&#233;e du nord puisqu'&#224; chaque fois que les USA ont lev&#233; la sanction, des &#233;changes ont pu se r&#233;aliser : par exemple l'exportation de magn&#233;site ou encore la cr&#233;ation des communications t&#233;l&#233;phoniques par AT et T, l'&#233;change de c&#233;r&#233;ales contre des min&#233;raux avec le trust am&#233;ricain Cargill. L'accord conclu en octobre 94 avec General Motors pour un investissement en Cor&#233;e du Nord a &#233;t&#233; bloqu&#233; par les USA. Les 280 000 tonnes de p&#233;trole qui devaient &#234;tre livr&#233;es par les USA ne l'ont pas &#233;t&#233; en raison d'un refus du congr&#232;s am&#233;ricain. La construction de centrales &#224; eau l&#233;g&#232;re accept&#233;e par les USA en 1994 en &#233;change d'un gel du programme nucl&#233;aire nord cor&#233;en n'est toujours pas &#233;t&#233; achev&#233;e. La Cor&#233;e du nord a cr&#233;&#233; une zone franche pour que les capitalistes &#233;trangers puissent investir, &#224; Raijin-Sonbong, &#224; l'extr&#233;mit&#233; nord-est du pays. Certains chaebols du sud ont m&#234;me pu investir au nord comme Daewoo pour une centrale et une usine automobile. Le seul chaebol qui a pu r&#233;ellement investir &#224; la fois au nord et au sud est un chaebol dont la base est aux USA : c'est la secte Moon !&lt;br /&gt;
Cependant les conditions d'investissement au nord ont &#233;t&#233; consid&#233;rablement assouplies et de nombreux patrons du sud l'ont fait ou y sont tr&#232;s int&#233;ress&#233;s. Ainsi Hyundai envisage d'y investir. Le nord comme le sud ont leur strat&#233;gie, chacun pr&#233;tendant que le d&#233;veloppement d'investissements crois&#233;s, qui va rapprocher les deux pays, va le faire en faveur de son propre r&#233;gime. C'est la strat&#233;gie de la r&#233;unification dite pacifique que pr&#244;ne Kim Dae Jung. Il n'emp&#234;che que pour la population, il n'y a rien de chang&#233; : toujours pas moyen de traverser pour aller voir des membres de sa famille. Pire m&#234;me, il est interdit de chercher &#224; &#233;changer des courrier avec sa famille de l'autre c&#244;t&#233; du 38&#232;me parall&#232;le ! Jim Dae Jung a m&#234;me d&#233;clar&#233; que l' &#171; &lt;i&gt;on ne doit pas confondre &#233;conomie et politique&lt;/i&gt; &#187; pour justifier que pour lui l'essentiel n'est pas que les cor&#233;ens retrouvent leur famille mais que le nord s'ouvre aux capitaux du sud et ce n'est pas les chaebols qui le contrediront ! C'est d'ailleurs l'un d'entre eux, le patron de Hyundai, qui a servi d'ambassadeur aupr&#232;s de la Cor&#233;e du nord pour le pr&#233;sident Kim Dae Jung ! L'ouverture du march&#233; reste un espoir de tous les patrons sud cor&#233;ens en mal d'acheteurs et aussi de main d'oeuvre bon march&#233;. Ces pas en avant dans les bonnes relations n'ont pas emp&#234;ch&#233; les incidents de se multiplier entre la Cor&#233;e du nord et la Cor&#233;e du sud. En juin 98, un sous-marin nord cor&#233;en a coul&#233; pr&#232;s des c&#244;tes sud cor&#233;ennes. Et fin ao&#251;t, la Cor&#233;e du nord a lanc&#233; un satellite que le Japon a d&#233;clar&#233; &#234;tre un missile, mettant ainsi la r&#233;gion &#224; la limite de la confrontation militaire et les USA d&#233;ployant imm&#233;diatement six bombardiers strat&#233;giques !&lt;br /&gt;
Depuis 25 ans, des n&#233;gociations ont commenc&#233; sous l'&#233;gide des USA pour signer enfin la paix, mais sans succ&#232;s. Un dernier &#233;pisode de ce feuilleton &#224; rebondissements multiples a encore eu lieu le 27 octobre o&#249; le nord s'est dit dispos&#233; &#224; n&#233;gocier ... &#224; condition que les USA retirent leurs troupes de Cor&#233;e du sud.&lt;br /&gt;
Si Kim Dae Jung a sembl&#233; attacher de l'importance au rapprochement nord-sud, a m&#234;me accept&#233; de reconna&#238;tre le r&#233;gime du nord, il a fait bien plus que des pas vers un autre rapprochement : celui avec le Japon, ce qui est tr&#232;s contradictoire. Ainsi le pr&#233;sident sud-cor&#233;en en visite au Japon a annonc&#233; que les productions artistiques japonaises seront d&#233;sormais autoris&#233;es en Cor&#233;e et vice versa. Il n'y a pas que les spice girls qui pourront chanter dans les deux langues : Kim Dae Jung a accept&#233; les excuses du Japon pour les souffrances subies par le peuple cor&#233;en pendant l'occupation coloniale japonaise, sujet pourtant aussi brulant que la division du pays ! Et bien s&#251;r, tout cela n'a pas que des buts culturels et moraux mais &#233;conomiques, les deux &#233;conomies &#233;tant de longue date tr&#232;s interp&#233;n&#233;tr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le nationalisme, un danger mortel pour la classe ouvri&#232;re&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Cette orientation du gouvernement signifie que la question nationale risque fort de rester encore longtemps explosive en Cor&#233;e. Et la crise &#233;conomique n'a fait qu'aggraver les choses. &lt;br /&gt;
Elle a favoris&#233; la mont&#233;e de la x&#233;nophobie et peu apr&#232;s l'annonce de l'effondrement &#233;conomique, une campagne anti-&#233;trangers a d&#233;but&#233;. Pour bien des gens la crise est synonyme de FMI. Ils consid&#232;rent que le capital &#233;tranger a fait expr&#232;s de couler l'&#233;conomie cor&#233;enne. Partir en voyage &#224; l'&#233;tranger est devenu comme un acte de trahison nationale. Des campagnes nationalistes ont &#233;t&#233; lanc&#233;es comme &lt;i&gt;&#171; 100% cor&#233;en &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;achetez des produits de notre pays&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;ne vous chaussez pas en dollars&lt;/i&gt; &#187; et des associations, qui ont un &#233;norme succ&#232;s, se sont d&#233;velopp&#233;es dans la petite bourgeoisie uniquement sur ces bases. On a d&#233;j&#224; cit&#233; la campagne de collecte de l'or pour soutenir le pays : l'or des bijoux de famille est revendu pour fournir le pays en devises. Dans ces conditions, la politique de Kim Dae Jung risque plus de faire grandir le nationalisme que de le discr&#233;diter. Le nationalisme radical risque fort d'&#234;tre le principal danger politique pour la classe ouvri&#232;re. Et une strat&#233;gie d&#233;courageante pour les luttes gr&#233;vistes peut tr&#232;s bien se coupler avec un radicalisme politique nationaliste et m&#234;me avec des affrontements r&#233;guliers avec les forces de l'ordre sans chercher r&#233;ellement &#224; renverser par la lutte le rapport des forces. On en a eu r&#233;cemment une d&#233;monstration avec les gr&#232;ves de juillet-ao&#251;t.&lt;br /&gt;
Le probl&#232;me des luttes &#224; venir de la classe ouvri&#232;re n'est pas une simple question de combativit&#233;, c'est un probl&#232;me politique, celui des perspectives politiques que se sont donn&#233;es ses dirigeants et ses militants. Pour nombre d'entre eux, le combat principal est celui de l'unification avec la Cor&#233;e du nord et souvent sous la forme d'un soutien direct et sans critique au r&#233;gime du nord. Le pr&#233;sident Kim Dae Jung joue sur ce nationalisme auquel il laisse des espoirs en faisant croire qu'il serait pr&#234;t &#224; faire des pas en vue d'un rapprochement avec le nord. Il se sert aussi du nationalisme pour mettre de son c&#244;t&#233; une partie du mouvement social. Il s'en sert m&#234;me pour faire accepter les sacrifices &#224; la population pour la reconstruction d'une &#233;conomie forte et faire reculer les syndicats comme on l'a vu avec le KCTU. M&#234;me si ce jeu est un peu de la corde raide, m&#234;me s'il &#233;choue et ne peut emp&#234;cher l'explosion sociale, c'est d'abord au nationalisme radical que cela risque de profiter dans une situation o&#249; il est facile de tout axer sur la responsabilit&#233; dans la crise cor&#233;enne des financiers &#233;trangers, du FMI, des puissances imp&#233;rialistes, notamment l'Am&#233;rique et le Japon. &lt;br /&gt;
Et ce nationalisme radical, en cas de grave crise sociale, risque d'&#234;tre la derni&#232;re issue pour la bourgeoisie cor&#233;enne. Que ce soit en Pologne avec Lech Walesa ou en Iran avec Khomeiny, on a vu que des nationalistes radicaux n'h&#233;sitaient pas &#224; s'appuyer sur la r&#233;volte sociale, sur la classe ouvri&#232;re m&#234;me, pour parvenir au pouvoir mais certainement pas pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des opprim&#233;s ni pour jouer le r&#244;le de transformation sociale qui est celui du prol&#233;tariat. M&#234;me si, jusqu'&#224; pr&#233;sent c'est le mouvement nationaliste pro-Cor&#233;e du nord au sein des &#233;tudiants, des ouvriers et des milieux populaires qui a &#233;t&#233; le plus r&#233;prim&#233; par les diff&#233;rents r&#233;gimes, ce n'est pas lui qui est socialement le plus &#224; craindre pour la bourgeoisie mais un courant ouvrier r&#233;volutionnaire qui prendrait la t&#234;te de l'ensemble des aspirations populaires et d&#233;mocratiques, en ne craignant pas de combattre &#224; la fois la dictature capitaliste du sud et la dictature n&#233;o-stalinienne du nord. Face &#224; la crise, il ne suffit pas que les travailleurs cor&#233;ens descendent dans la rue, fassent une nouvelle fois preuve de leur combativit&#233;. Il leur faut une politique r&#233;volutionnaire. Il leur faut une strat&#233;gie des luttes qui se fonde sur l'extension des luttes plut&#244;t que sur la n&#233;gociation secteur par secteur qui les divise et les maintient sur la d&#233;fensive. Il leur faut un programme de revendications qui fasse de la classe ouvri&#232;re le centre de toutes les luttes des opprim&#233;s et qui souligne l'opposition avec tous les poss&#233;dants, m&#234;me ceux qui se disent purement nationaux ou d&#233;mocrates. Il leur faut un parti qui lie leur combat &#224; celui de leurs fr&#232;res du nord comme &#224; ceux de tous les pays, et notamment ceux aujourd'hui en r&#233;volte comme l'Indon&#233;sie et la Malaisie. Si la crise a montr&#233; quelque chose, c'est qu'il n'y a pas de protection possible derri&#232;re des fronti&#232;res nationales. Il leur faut un parti qui ne se laisse pas arr&#234;ter par des consid&#233;rations nationalistes, qui ne craigne pas de faire payer la crise &#224; ses responsables : les capitalistes, et d'abord les patrons cor&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANNEXE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;gr&#232;ve de 1997 en Cor&#233;e du sud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Un vote d&#233;cisif par une Assembl&#233;e croupion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 d&#233;cembre, le parti au pouvoir en Cor&#233;e du Sud (le Parti de la Cor&#233;e Nouvelle - PCN) n'a pu faire passer devant l'Assembl&#233;e nationale deux ensembles de lois qui &#233;taient d&#233;battues depuis plusieurs mois. L'un avait trait &#224; une r&#233;organisation des organes de s&#233;curit&#233; (National Security Planning Agency qui devait remplacer l'ancienne KCIA, c'est-&#224;-dire la CIA de Cor&#233;e du Sud). L'autre concernait une modification importante de la loi sur le travail.Face &#224; cet &#233;chec, le 26 d&#233;cembre &#224; 6 heures du matin le PCN organise une r&#233;union &#034;sp&#233;ciale&#034; de l'Assembl&#233;e nationale, pr&#233;sid&#233;e par le vice-pr&#233;sident de cette Assembl&#233;e (Ho Se-eung). Au total, 11 lois sont vot&#233;es en bloc en 6 minutes. Le PCN dispose de 157 si&#232;ges &#224; l'Assembl&#233;e nationale qui r&#233;unit 299 d&#233;put&#233;s. Seuls 154 d&#233;put&#233;s du PCN &#233;taient pr&#233;sents lors de cette r&#233;union &#034;sp&#233;ciale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Des lois antisyndicales&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les modifications de la nouvelle loi sur le travail, on peut mentionner :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Seul un syndicat peut exister dans une entreprise ou une branche industrielle (art. 3, paragraphe 5 du Trade Union Act). Ce syndicat doit &#234;tre enregistr&#233; aupr&#232;s des autorit&#233;s administratives (art. 13). Cette l&#233;gislation a pour but d'emp&#234;cher la reconnaissance l&#233;gale de syndicats qui ne sont pas reconnus, c'est-&#224;-dire qui ne sont pas membres de la F&#233;d&#233;ration des syndicats de Cor&#233;e (FKTU, Nochong), seule centrale syndicale autoris&#233;e &#224; l'&#233;chelle nationale par le gouvernement. Une telle d&#233;cision est en opposition avec l'art. 2 de la Convention n&#176;ree ; 87 de l'Organisation internationale du travail et du Bureau international du travail (OIT/BIT) ayant trait au pluralisme syndical. La fonction essentielle de ces articles est d'emp&#234;cher l'implantation syndicale d'organisations li&#233;es &#224; la Conf&#233;d&#233;ration cor&#233;enne des syndicats (KCTU, Minjunochong) dans des secteurs ou des entreprises o&#249; existent d&#233;j&#224; des organisations rattach&#233;es &#224; la FKTU. De plus, la KCTU n'est pas reconnue (donc est ill&#233;gale) en tant que conf&#233;d&#233;ration repr&#233;sentative &#224; l'&#233;chelle nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) La Constitution cor&#233;enne, dans son art. 21, reconna&#238;t le droit et la libert&#233; d'association et, dans son art. 33, reconna&#238;t le droit et la libert&#233; des salari&#233;(e)s &#224; des n&#233;gociations collectives et &#224; entreprendre des actions collectives dans le cadre de ces n&#233;gociations. Toutefois, une restriction importante existe dans le m&#234;me article : les employ&#233;s du service public (fonctionnaires) ne peuvent s'organiser et engager une action collective que dans cadre de ce qui est strictement permis par la loi. Or, le statut des fonctionnaires - &#224; l'&#233;chelle nationale et &#224; l'&#233;chelle locale - nie les droits d'action collective de l'essentiel des fonctionnaires. Des exceptions existent pour une partie des &#034;travailleurs manuels&#034; du secteur m&#233;dical, des chemins de fer et des t&#233;l&#233;communications, qui disposent de droits syndicaux. Les amendements &#224; la loi confirment ces restrictions du droit d'organisation et de n&#233;gociations collectives dans le secteur public. L'interdiction la plus forte touche le secteur des enseignants. Lorsque les enseignants ont cr&#233;&#233; en 1989 la F&#233;d&#233;ration des enseignants et des travailleurs de l'&#233;ducation (KTU), 45 enseignants ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s et 831 ont &#233;t&#233; expuls&#233;s des &#233;coles publiques. La KTU reste une organisation non reconnue au plan l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) La l&#233;gislation (art. 12.2 du Trade Union Act et 13.2 du Labour Dispute Adjustment Act - qui font partie de l'ensemble de la l&#233;gislation sur le travail) emp&#234;che l'intervention d'un tiers. Autrement dit, une conf&#233;d&#233;ration syndicale ou un syndicat d'une autre entreprise ne peuvent agir comme conseil, interm&#233;diaire ou organiser des actions de solidarit&#233; &#224; l'occasion d'un conflit entre un employeur et le syndicat reconnu l&#233;galement. Cela vise &#224; emp&#234;cher l'activit&#233; de la KCTU et les actions de solidarit&#233;. Ces dispositions facilitent les arrestations de militants syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) L'art. 12 du Trade Union Act interdit toute activit&#233; qualifi&#233;e de politique par les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;e) La nouvelle l&#233;gislation du travail pr&#233;voit de m&#234;me la possibilit&#233; : 1&#176;ree ; de licencier sans restriction en invoquant des modifications technologiques, des n&#233;cessit&#233;s de restructuration, la d&#233;t&#233;rioration de la situation financi&#232;re de l'entreprise ou une modification de la gestion pour accro&#238;tre la productivit&#233; ; or, un syst&#232;me d'allocation de ch&#244;mage est tout &#224; fait embryonnaire en Cor&#233;e du Sud ; il n'existe que depuis un an sous la forme d'une assurance de type priv&#233; ; pour toucher des allocations, il faut avoir cotiser dix ans ; d&#232;s lors, la perte d'un emploi a des cons&#233;quences tr&#232;s graves, d'autant plus dans une situation &#233;conomique qui se p&#233;jore ; 2&#176;ree ; de pouvoir remplacer par des travailleurs int&#233;rimaires les travailleurs en gr&#232;ve ; 3&#176;ree ; de permettre &#224; des soci&#233;t&#233;s de travail temporaire (qui sont contr&#244;l&#233;es par les grands conglom&#233;rats sud-cor&#233;ens appel&#233;s chaebol) d'entrer sur le march&#233; du travail plus stable des grandes entreprises ; 4&#176;ree ; d'introduire une flexibilit&#233; maximale dans l'horaire de travail avec un maximum de 56 heures hebdomadaires sans que soient pay&#233;es des heures suppl&#233;mentaires (dans l'industrie, hors heures suppl&#233;mentaires, le temps de travail hebdomadaire &#233;tait de 48,7 heures en 1995, ce qui est sup&#233;rieur au temps de travail de Ta&#239;wan... et de l'ensemble des pays membres de l'OCDE).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ensemble de ces mesures ont pour but de modifier les relations de forces sur le march&#233; du travail et de tendre &#224; freiner la hausse salariale. Depuis 1992, l'effort principal des chaebols et de la Conf&#233;d&#233;ration des employeurs cor&#233;ens vise &#224; r&#233;duire au maximum la hausse du salaire minimum mensuel dont le niveau influence le revenu de l'essentiel des salari&#233;(e)s de Cor&#233;e du Sud travaillant dans les petites et moyennes entreprises. &lt;br class='autobr' /&gt;
La dimension d&#233;mocratique et politique du mouvement social qui a pris son essor depuis fin d&#233;cembre s'explique par la conjonction de trois facteurs : 1&#176;ree ; les modalit&#233;s choisies par le gouvernement de Kim Young-sam pour imposer les deux ensembles de lois et le renforcement des organes de r&#233;pression ; 2&#176;ree ; les restrictions &#224; l'activit&#233; syndicale, plus sp&#233;cifiquement &#224; l'action du mouvement syndical ind&#233;pendant et d&#233;mocratique ; 3&#176;ree ; la tentative de d&#233;grader les conditions salariales et de travail, conditions qui &#233;taient la contrepartie d'un travail tr&#232;s intensif et de longue dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Premi&#232;re &#233;tape d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 26 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le vote par l'Assembl&#233;e des deux ensembles de lois, la KCTU a appel&#233; &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e jusqu'au retrait de la nouvelle loi sur le travail. C'&#233;tait le premier appel &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale depuis 1948.Les huit syndicats membres de la F&#233;d&#233;ration des syndicats du groupe Hyundai (Hyonchongnyon) - syndicats repr&#233;sentant les plus de 70'000 travailleurs de huit grandes entreprises du conglom&#233;rat (chaebol) Hyundai dans la ville de Ulsan - soutiennent l'appel de la KCTU. Un premier meeting de protestation est organis&#233; devant la Cath&#233;drale Myongdong &#224; Seoul. La FKTU annonce qu'elle rejoindra la gr&#232;ve. Les partis d'opposition - le Congr&#232;s national pour une nouvelle politique (dirig&#233; par Kim Dae-jung) l'Union des d&#233;mocrates lib&#233;raux (dirig&#233; par Kim Jong-pil) - d&#233;clarent de m&#234;me la loi nulle et non avenue. La Conf&#233;d&#233;ration des employeurs de Cor&#233;e (KEF) soutient la loi et r&#233;clame du gouvernement une attitude ferme. Elle d&#233;clare que les jours de gr&#232;ve ne doivent pas &#234;tre pay&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 27 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque 210'000 travailleurs rejoignent la gr&#232;ve. La mobilisation est particuli&#232;rement forte, dans cette phase, au sein de l'industrie automobile, des chantiers navals, des entreprises de la p&#233;trochimie. De grands conglom&#233;rats sont touch&#233;s par la gr&#232;ve ou par des mobilisations de protestation : Kia (automobiles), Deawoo (automobiles), Ssangyong (automobiles). Des travailleurs du secteur hospitalier entrent en gr&#232;ve dans des h&#244;pitaux de Seoul, Inchon, Suwon, etc. Le gouvernement d&#233;clare les gr&#232;ves ill&#233;gales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 28 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
220'000 travailleurs continuent la gr&#232;ve. Les travailleurs du m&#233;tro de Seoul rejoignent le mouvement. D'importantes manifestations ont lieu &#224; Seoul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 29 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
214 entreprises doivent suspendre leur production. Les travailleurs du m&#233;tro de Pusan entrent en gr&#232;ve des 4 heures du matin. Les autorit&#233;s judiciaires menacent de poursuivre et d'arr&#234;ter les dirigeants syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 30 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
215'000 travailleurs sont en gr&#232;ve. Le syndicat des t&#233;l&#233;communications vote son adh&#233;sion &#224; la gr&#232;ve. La police anti-&#233;meute intervient pour bloquer l'acc&#232;s aux centres de t&#233;l&#233;communications. &lt;br class='autobr' /&gt;
La KCTU d&#233;clarera la suspension temporaire de la gr&#232;ve durant les f&#234;tes de fin d'ann&#233;e. Un mouvement de soutien aux gr&#233;vistes se d&#233;veloppe parmi les professeurs de diverses universit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 31 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
La direction de la KCTU organise devant la Cath&#233;drale de Myongdong un sit-in permanent. Le parvis de la cath&#233;drale devient le &#034;quartier g&#233;n&#233;ral&#034; de la mobilisation sociale et d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Deuxi&#232;me &#233;tape de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 3 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement est relanc&#233; le vendredi 3 janvier. Les secteurs de l'industrie lourde continuent &#224; jouer un r&#244;le d&#233;cisif. Pour la premi&#232;re fois, des syndicats de salari&#233;s de la presse participent &#224; la mobilisation. Les menaces de r&#233;pression de la part des autorit&#233;s s'accentuent ; ces derni&#232;res annoncent que des mesures strictes seront prises &#224; l'encontre de gr&#232;ves qui se d&#233;velopperaient dans le secteur public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 4 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gr&#232;ves s'affaiblissent dans le secteur de l'industrie lourde. Toutefois les manifestations de rue sont importantes le samedi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 5 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La FKTU organise d'importants rassemblements dans les principales villes, entre autres &#224; Seoul et Pussan. Les salari&#233;s de la radio et de la t&#233;l&#233;vision d&#233;cident de soutenir la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 6 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La mobilisation repart. Quelque 200'000 travailleurs entrent en gr&#232;ve. Les secteurs de l'automobile se remobilisent et le mouvement de gr&#232;ve touche pour la premi&#232;re fois les banques et les assurances (les employ&#233;s des banques craignent des restructurations avec les pertes d'emplois &#224; la cl&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les gr&#232;ves dans le m&#233;tro et les transports sont suspendues par les syndicats, &#233;tant donn&#233; les conditions tr&#232;s difficiles de d&#233;placement &#224; cause d'un hiver rigoureux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le procureur du district de Seoul &#233;met des mandats de comparution &#224; l'encontre de 50 leaders syndicaux, y compris le pr&#233;sident de la KCTU, Kwon Jong-gil. Des mesures identiques &#224; l'encontre de responsables syndicaux sont prises dans les villes de Ulsan, Chanwon, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 7 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La mobilisation s'&#233;tend au secteur public. 4000 salari&#233;s des quatre principales compagnies de radio et t&#233;l&#233;vision entrent en gr&#232;ve : Corean Broadcasting System (CBS), Munhwa Broadcasting Corp. (MBC), Education Broadcasting System (EBS) et Christian Broadcasting System (CBS). Quelque 17'000 salari&#233;s syndiqu&#233;s des centres hospitaliers et m&#233;dicaux de Seoul participent &#224; la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 8 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant le succ&#232;s de la mobilisation du 7, la direction de la KCTU envisage une accentuation des gr&#232;ves et des mobilisations. En effet, pour la premi&#232;re fois depuis la flamb&#233;e de gr&#232;ves de 1987, les syndicats du tertiaire (f&#233;d&#233;ration des employ&#233;s, des assurances maladie, de la presse, des employ&#233;s de l'universit&#233;, des enseignants, etc.) manifestent une claire volont&#233; de se joindre au mouvement. Les repr&#233;sentants de ces syndicats se r&#233;unissent &#224; Seoul. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les autorit&#233;s judiciaires d&#233;cident de reporter l'application des mesures l&#233;gales prises &#224; l'encontre des dirigeants syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 9 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Les travailleurs des entreprises du groupe Hyundai reprennent le travail. La police accro&#238;t sa pression autour du parvis de la Cath&#233;drale Myongdong &#224; Seoul, o&#249; est toujours install&#233;e la direction de la gr&#232;ve. Le si&#232;ge de la KCTU est occup&#233; par la police, ainsi que le si&#232;ge de trois f&#233;d&#233;rations, celles de la m&#233;tallurgie, du secteur hospitalier et de l'automobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 10 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement de gr&#232;ve continue. Selon la KCTU, 200'000 travailleurs y participent. La soci&#233;t&#233; Hyundai Motor Co., le plus grand fabricant d'automobiles de Cor&#233;e de Sud, d&#233;cide un lock-out (fermeture de l'entreprise). Une manifestation de protestation de 20'000 salari&#233;s a lieu dans la ville de Ulsan. Un travailleur de 32 ans, Chong Chae-song, s'immole par le feu. Universitaires, artistes, professeurs, repr&#233;sentants des &#233;glises chr&#233;tiennes et bouddhistes multiplient les p&#233;titions demandant l'abrogation des lois vot&#233;es le 26 d&#233;cembre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sident du Parti de la Nouvelle Cor&#233;e, au cours d'un entretien avec le pr&#233;sident de la FKTU (Park In-sang), cherche &#224; ce que cette f&#233;d&#233;ration se d&#233;solidarise du mouvement de gr&#232;ve. Le pr&#233;sident de la FKTU rejette cette proposition, ce qui traduit la pression populaire en faveur de l'abrogation des lois &#034;adopt&#233;es&#034; le 26 d&#233;cembre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le BIT et le TUAC (organe de consultation sur les questions du travail de l'OCDE) font conna&#238;tre leur opposition &#224; la l&#233;gislation impos&#233;e par le gouvernement de Kim Young-sam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 11 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Une d&#233;l&#233;gation de la CISL (Conf&#233;d&#233;ration internationale des syndicats libres) participe &#224; un grand meeting dans le parc Chong-Myo &#224; Seoul. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Marcello Malentacchi de la F&#233;d&#233;ration internationale de la m&#233;tallurgie, membre de la CISL, y d&#233;clare : &#034;Votre lutte est la n&#244;tre&#034;. Les dirigeants de la KCTU et de la FKTU refusent de d&#233;battre &#224; la t&#233;l&#233;vision avec le pr&#233;sident du parti au pouvoir. Ils r&#233;clament de rencontrer et de d&#233;battre directement avec le pr&#233;sident Kim Young-sam qui a impos&#233; les lois &#034;sc&#233;l&#233;rates&#034;. Une v&#233;ritable n&#233;gociation, selon eux, ne peut commencer qu'apr&#232;s l'abrogation de ces lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 12 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La KCTU indique que les actions de gr&#232;ve et de mobilisation continueront jusqu'&#224; l'abrogation des lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 13 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La FKTU annonce la participation de ses membres pour une gr&#232;ve de 39 heures d&#232;s le mardi 14 janvier. Une r&#233;union a eu lieu entre la KCTU et la FKTU afin d'&#233;tablir un plan d'unit&#233; d'action. Une manifestation convoqu&#233;e par l'Eglise catholique se tient sur le parvis de la Cath&#233;drale et affirme son soutien aux salari&#233;s en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 14 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appel conjoint de la KCTU et de la FKTU &#224; la mobilisation n'a pas le r&#233;sultat escompt&#233;, malgr&#233; un &#233;cho dans les secteurs de la chimie, de la m&#233;tallurgie, des transports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Troisi&#232;me &#233;tape de la gr&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 15 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors d'une rencontre entre les pr&#233;sidents de la FKTU et de la KCTU sur le parvis de la Cath&#233;drale Myongdong, un accord en 5 points est intervenu : 1&#176;ree ; demande d'abrogation de la loi sur le travail ; 2&#176;ree ; poursuite des mobilisations jusqu'&#224; ce que cette revendication soit accept&#233;e ; 3&#176;ree ; prolongation de la mobilisation jusqu'aux &#233;lections pr&#233;sidentielles du 8 d&#233;cembre si satisfaction n'est pas obtenue ; 4&#176;ree ; organisation commune de manifestations ; 5&#176;ree ; demande &#224; la population de soutenir la lutte, tout en s'excusant pour les inconv&#233;nients que les gr&#232;ves peuvent provoquer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 15 janvier marque un des hauts moments de la mobilisation au plan quantitatif. Les manifestations sont massives dans 15 villes. Le procureur g&#233;n&#233;ral laisse entendre que ces mobilisations participent d'une &#034;propagande communiste&#034;, ce qui en Cor&#233;e du Sud ouvre la porte &#224; une r&#233;pression s&#233;rieuse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Minist&#232;re du travail publie des annonces publicitaires dans toute la presse afin d'expliquer combien la nouvelle loi est n&#233;cessaire &#224; la comp&#233;titivit&#233; au plan mondial de la Cor&#233;e du Sud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sident Kim Young-sam affirme que certains r&#233;glements d&#233;coulant de la loi peuvent &#234;tre revus, mais que la loi ne peut pas &#234;tre abrog&#233;e, car cela constituerait un acte anticonstitutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 16 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Les salari&#233;s de Hyundai Motor Co., apr&#232;s la r&#233;ouverture de l'entreprise suite au lock-out, reprennent le travail en accord avec les directions syndicales. Le syndicat des travailleurs de Asia Motor &#224; Kwangju (ville o&#249; la dictature militaire avait exerc&#233; une r&#233;pression f&#233;roce faisant des milliers de morts, en mai 1980) d&#233;cident de reprendre le travail. Il en va de m&#234;me &#224; Ssanjyong Motor Co. La Cour de justice du district de Changwon dans la province de Kyongsang demande &#224; la Cour constitutionnelle de statuer sur la l&#233;galit&#233; de la loi sur le travail. Un jour plus tard, la Cour de district de Taejon de la province de Chungchong. La Cour constitutionnelle est cens&#233;e donner une r&#233;ponse &#224; la question qui lui a &#233;t&#233; pos&#233;e au plus t&#244;t au cours du mois de f&#233;vrier. Un enqu&#234;te d'opinion (effectu&#233;e par Hang-gil Research's survey) est publi&#233;e par un des principaux journaux de Cor&#233;e du Sud : 65,3% des personnes interrog&#233;es demande l'annulation de la loi sur le travail ; 93,8% s'oppose &#224; l'utilisation de la force pour r&#233;soudre le conflit. Cela confirme l'&#233;cho public et la dynamique d&#233;mocratique de la mobilisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;orientation de la mobilisation&lt;br class='autobr' /&gt;
Vendredi 17 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors d'une r&#233;union de la direction de la KCTU, la d&#233;cision est prise de r&#233;duire le niveau de mobilisation apr&#232;s 23 jours de gr&#232;ves et de manifestations. D&#233;cision est prise d'organiser des gr&#232;ves chaque mercredi et des mobilisations de masse dans les principales villes chaque samedi. Une date butoir est fix&#233;e au 18 f&#233;vrier 1997. A cette date, le gouvernement doit avoir retir&#233; les lois &#034;sc&#233;l&#233;rates&#034; sans quoi la mobilisation sera &#224; nouveau accentu&#233;e, entre autres sous la forme de gr&#232;ves. Cette loi est cens&#233;e entrer en vigueur d&#232;s le 1er mars. Cette d&#233;cision a &#233;t&#233; prise par la KCTU sur la base de deux consid&#233;rations : d'un c&#244;t&#233;, le soutien dans l'opinion publique, parmi les partis d'opposition, dans les milieux universitaires et religieux s'est renforc&#233; ; de l'autre, des difficult&#233;s importantes apparaissaient dans la poursuite de la gr&#232;ve au sein des entreprises les plus importantes, dont les directions d&#233;claraient que les pertes financi&#232;res subies impliquaient l'impossibilit&#233; de faire face &#224; leurs obligations salariales. &lt;br class='autobr' /&gt;
La KCTU et la FKTU soulignent que la mobilisation pour les droits syndicaux et d&#233;mocratiques doit s'inscrire dans la dur&#233;e. La direction de la KCTU propose un d&#233;bat avec le pr&#233;sident du Parti de la Cor&#233;e Nouvelle (PCN) &#224; condition que la s&#233;curit&#233; du pr&#233;sident de la KCTU Kwon Yong-gil soit assur&#233;e et que la libert&#233; du d&#233;bat soit assur&#233;e. La KCTU avait refus&#233; dans un premier temps un tel d&#233;bat. Cette fois, c'est le PCN qui rejette la suggestion de la KCTU, affirmant que le pr&#233;sident de la KCTU ne pouvait participer &#224; un d&#233;bat puisqu'un mandat d'amener avait &#233;t&#233; lanc&#233; &#224; son encontre et que d&#232;s lors d&#233;battre avec lui impliquait une violation de la loi. Pour le PCN un probl&#232;me se pose : tous les principaux dirigeants de la KCTU sont poursuivis par la &#034;justice&#034; et donc aucun n'est susceptible de d&#233;battre &#224; la TV... si les conditions &#233;nonc&#233;e par le pr&#233;sident du PCN sont maintenues.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail reprend aussi dans les chantiers navals et dans les stations de radio-t&#233;l&#233;vision. Le cardinal Kim Sou-hwan de l'Eglise catholique romaine de Cor&#233;e rencontre le pr&#233;sident Kim Young-sam afin que le dialogue s'instaure. Il fait conna&#238;tre l'opposition de l'Eglise &#224; l'usage de la force pour arr&#234;ter les dirigeants syndicaux install&#233;s sur le parvis de la Cath&#233;drale Myongdong.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 18 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors d'un rassemblement au parc Chong-Myo &#224; Seoul, la KCTU annonce la reprise du travail et la strat&#233;gie de la gr&#232;ve du mercredi et des manifestations du samedi. La FKTU annonce des mobilisations conjointes pour le 25 janvier. La date ultimatum du 18 f&#233;vrier pour l'abrogation de la loi sur le travail est r&#233;affirm&#233;e.Des affrontements ont lieu autour de la Cath&#233;drale Myongdong, la police anti-&#233;meute augmentant sa pression.Dans la ville de Ulsan (ville du conglom&#233;rat Hyundai), un d&#233;l&#233;gu&#233; syndical important est arr&#234;t&#233;, Kim Im-chik. C'est le sixi&#232;me syndicaliste arr&#234;t&#233; durant la semaine du 13 au 18 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 21 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sident Kim Young-sam rencontre les dirigeants des deux partis d'opposition (Kim Dae-jung et Kim Jong-pil). Le d&#233;saccord est explicite : si les trois leaders politiques affirment que la &#034;crise doit &#234;tre r&#233;solue dans le cadre de l'Assembl&#233;e nationale&#034;, les deux leaders de l'opposition exigent - comme le demandent les deux conf&#233;d&#233;ration syndicales - que les deux lois (loi sur le travail et loi sur la s&#233;curit&#233;) soient abrog&#233;es avant toute r&#233;ouverture du d&#233;bat parlementaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La KCTU affirme que la rencontre des partis politiques a abouti &#224; une complet &#233;chec. La KCTU r&#233;affirme sa volont&#233; de poursuivre la mobilisation tant que ne sont pas obtenus : 1&#176;ree ; abrogation des deux lois ; 2&#176;ree ; retrait de l'ensemble des poursuites judiciaires lanc&#233;es contre les militants et responsables syndicaux (410 personnes au total) ; suppression des licenciements punitifs prononc&#233;s au cours des gr&#232;ves.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque 500 repr&#233;sentants des &#233;glises bouddhistes, catholiques, protestantes et Won-Bul Kyo (une branche de l'Eglise bouddhiste) se sont r&#233;unis le 21 janvier, dans le temple Cho-Gae &#224; Chong-ro (&#224; Seoul). Ils r&#233;clament l'abrogation des deux lois. Ils demandent que la nouvelle loi garantisse les droits sociaux, syndicaux et politiques de l'ensemble des salari&#233;(e)s. Apr&#232;s cette r&#233;union, les repr&#233;sentants des diff&#233;rentes &#233;glises se sont rendus &#224; la cath&#233;drale Myongdong pour rencontrer les repr&#233;sentants de la KCTU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 22 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque 140'000 gr&#233;vistes ont particip&#233; &#224; la premi&#232;re gr&#232;ve du mercredi. Des membres de 135 syndicats de branches et d'entreprises ont particip&#233; &#224; ce mouvement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un meeting r&#233;unissant quelque 15'000 personnes s'est tenu sur la place Chong-Myo. La suspension des mandats d'arr&#234;t &#224; l'encontre des dirigeants de la KCTU ayant &#233;t&#233; prononc&#233;e par le pr&#233;sident Kim Young-sam, pour la premi&#232;re fois le pr&#233;sident de la KCTU (Kwon jung-gil) a particip&#233; &#224; ce meeting, venant de la Cath&#233;drale de Myongdong. Dans son discours, il insista sur l'ambigu&#239;t&#233; de la proposition d'une simple rediscussion de la loi au Parlement, en soulignant qu'elle visait &#224; &#233;touffer la mobilisation. La revendication d'annulation et de r&#233;vision doit &#234;tre maintenue. Apr&#232;s le meeting de Chong-Myo, les participants se sont rendus en cort&#232;ge, sans intervention de la police, jusqu'&#224; la Cath&#233;drale Myondong&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 23 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dirigeants de la KCTU d&#233;cident de quitter le parvis de la Cath&#233;drale de Myongdong et de r&#233;int&#233;grer les bureaux de la Conf&#233;d&#233;ration syndicale. Une conf&#233;rence de presse est organis&#233;e pour le 24. L'Eglise protestante organise une manifestation &#224; l'Eglise Yang Lin &#224; Seoul. Elle r&#233;clame la d&#233;mission du pr&#233;sident Kim Young-sam pour ses crimes &#224; l'encontre de la d&#233;mocratie et se prononce pour l'annulation des lois ainsi que la dissolution de l'Agence nationale de s&#233;curit&#233; (ex-CIA sud-cor&#233;enne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 24 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement, apr&#232;s suspension des mandats d'arr&#234;t &#224; l'encontre des dirigeants de la KCTU, les l&#232;ve. Toutefois, des mesures r&#233;pressives continuent &#224; l'encontre des syndicalistes, entre autres sous l'impulsion de la F&#233;d&#233;ration des employeurs de Cor&#233;e et de la F&#233;d&#233;ration des industries de Cor&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les bureaux de la KCTU, une conf&#233;rence de presse se tient. Les objectifs pr&#233;c&#233;dents sont confirm&#233;s (annulation des lois, lev&#233;e des mesures r&#233;pressives, etc.). Pour la premi&#232;re fois, une r&#233;union de repr&#233;sentants de toutes les r&#233;gions de la KCTU se fait afin d'envisager les &#233;tapes suivantes de la mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 25 janvier - Dimanche 26 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Des rassemblements r&#233;unissant des dizaines de milliers de salari&#233;s, qui reprennent les revendications centrales du mouvement syndical, se tiennent &#224; travers le pays, entre autres &#224; Seoul, Ulsan, Pohang (ville sid&#233;rurgique). La manifestation de Seoul &#233;tait la premi&#232;re manifestation publique unitaire entre la KCTU et la FKTU. Elle a r&#233;uni sur la place Yoido quelque 85'000 personnes. Le 1er mai devient un objectif de mobilisation dans le calendrier fix&#233;, la date du 18 f&#233;vrier restant toujours un objectif important.Parall&#232;lement &#224; la lib&#233;ration de syndicalistes accus&#233;s d'avoir &#034;men&#233; des gr&#232;ves ill&#233;gales&#034; s'ouvrent des poursuites judiciaires &#224; l'encontre de syndicalistes dans l'ensemble du pays, poursuites engag&#233;es &#224; la demande d'entreprises (ces poursuites concernent 420 salari&#233;s membres de 55 diff&#233;rents syndicats). &lt;br class='autobr' /&gt;
La F&#233;d&#233;ration des entreprises de Cor&#233;e et la F&#233;d&#233;ration des employeurs de Cor&#233;e demandent &#224; leurs adh&#233;rents de ne pas payer les jours de gr&#232;ve. Au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es, les jours de gr&#232;ve &#233;taient pay&#233;s. Le refus de les payer est conforme &#224; un des nouveaux articles introduits dans la nouvelle loi sur le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 27 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La faillite du second producteur d'acier de Cor&#233;e - Hanbo Steel - sert de r&#233;v&#233;lateur du syst&#232;me de corruption financi&#232;re propre au r&#233;gime de Cor&#233;e du Sud : parti au pouvoir, administration, syst&#232;me bancaire et grandes entreprises sont les acteurs permanents de scandales financiers et industriels. Sous la pression des autorit&#233;s gouvernementales, l'entreprise Hanbo a re&#231;u des cr&#233;dits de la Banque d'Etat Korea Development Bank et de la banque priv&#233;e Korea First Bank. Le d&#233;couvert officiel s'&#233;l&#232;ve &#224; plus de 6 milliards de dollars et la faillite de Hanbo serait susceptible d'&#233;branler le syst&#232;me financier de Cor&#233;e. Le gouvernement envisage une reprise de cette soci&#233;t&#233; par le conglom&#233;rat d'Etat Pohang Iron and Steel, deuxi&#232;me producteur d'acier &#224; l'&#233;chelle mondiale. Toutefois, ce scandale industriel et financier r&#233;v&#232;le une fois de plus la nature de la classe dominante cor&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 28 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La KCTU organise une r&#233;union nationale pour d&#233;finir sa strat&#233;gie. La KCTU affirme que si elle n'obtient pas satisfaction sur ses revendications, elle ouvrira ce qu'elle nomme la quatri&#232;me &#233;tape de gr&#232;ves &#224; l'&#233;chelle nationale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une vaste campagne de signatures demandant l'abrogation de la loi est lanc&#233;e avec l'objection de r&#233;unir 1 million de signatures dans un laps de temps tr&#232;s bref. Des mesures sont prises pour obtenir le paiement des jours de gr&#232;ve dans les grandes entreprises. Enfin, la KCTU d&#233;clare que les activit&#233;s immorales et injustes li&#233;es &#224; la crise de Hanbo, activit&#233;s ruinant l'&#233;conomie nationale, soient l'objet d'une enqu&#234;te compl&#232;te et impartiale. La KCTU sugg&#232;re que les responsables soient punis pour activit&#233;s ill&#233;gales. Enfin, le syndicat souligne que la gestion du groupe Hanbo met en question non seulement l'emploi du groupe lui-m&#234;me, mais celui de l'ensemble des soci&#233;t&#233;s sous-traitantes. La KCTU propose la mise en place d'un comit&#233; sp&#233;cial qui enqu&#234;te sur la corruption r&#233;gnant dans la gestion de nombreuses soci&#233;t&#233;s dont les dirigeants se sont fait les supporters de la nouvelle loi sur le travail et ont soutenu la nouvelle loi sur la s&#233;curit&#233;. La KCTU d&#233;cide de suspendre pour l'instant les gr&#232;ves du mercredi. Les difficult&#233;s d'organisation et la pression exerc&#233;e dans les grandes entreprises sur les travailleurs rendaient cette strat&#233;gie difficile &#224; maintenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4-15-6 Ha&#239;ti&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six ann&#233;es d'insurrection&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 f&#233;vrier 1986, apr&#232;s des semaines de manifestations antigouvernementales, le &#171; pr&#233;sident &#224; vie &#187; Jean-Claude Duvalier, dit B&#233;b&#233; Doc, est chass&#233; du pouvoir et se r&#233;fugie en France. Le g&#233;n&#233;ral Namphy devient pr&#233;sident d'un Conseil national de gouvernement (CNG) compos&#233; de quatre militaires et de deux civils. &lt;br /&gt;
Le 9 f&#233;vrier, cinq mille manifestants r&#233;clament la formation d'un gouvernement civil.&lt;br /&gt;
Le 17 novembre 1986, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale se d&#233;clenche pour obtenir la dissolution du CNG&lt;br /&gt;
Le 29 novembre 1987, les &#233;lections sont annul&#233;es.&lt;br /&gt;
Le 17 janvier 1988, des &#233;lections sont organis&#233;es sous l'&#233;gide de l'arm&#233;e. L'abstention est massive. Leslie Manigat devient pr&#233;sident. &lt;br /&gt;
Le 18 juin 1988, Namphy reprend le pouvoir et nomme, le 22 juin, un gouvernement de militaires.&lt;br /&gt;
Le 10 septembre 1988, massacre au cours d'une messe &#224; Port-au-Prince&lt;br /&gt;
Le 18 septembre, le g&#233;n&#233;ral Prosper Avril, chef de la garde pr&#233;sidentelle et ancien homme de confiance de B&#233;b&#233;Doc renverse Namphy. Durant toute l'ann&#233;e qui suit, le g&#233;n&#233;ral Avril &#233;chappe &#224; plusieurs tentatives de coup d'&#233;tat et ne peut r&#233;tblir la paix sociale. &lt;br /&gt;
En 1990, les anciens &#171; tontons macoutes &#187; font r&#233;gner la terreur dans les rues de la capitale. Les n&#233;o-duvali&#233;ristes cr&#233;ent l'Union pour la r&#233;conciliation nationale dirig&#233;e par Roger lafontant. La vague de protestation populaire emp&#234;che que ce parti soit admis &#224; participer aux &#233;lections. &lt;br /&gt;
Le 16 d&#233;cembre 1990, le p&#232;re Jean Bertrand Aristide, partisan de la &#171; th&#233;ologie de la lib&#233;ration &#187;, remporte haut la main l'&#233;lection pr&#233;sidentielle et devient pr&#233;sident le 7 f&#233;vrier 1991. Il est renvers&#233; le 30 septembre 1991 par un coup d'&#233;tat dirig&#233; par le g&#233;n&#233;ral Raoul C&#233;dras, commandnat en chef de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANNEXE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans patrie ni fronti&#232;res :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
La classe ouvri&#232;re cor&#233;enne : de la gr&#232;ve de masse &#224; la pr&#233;carisation et au reflux, 1987-2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment au mod&#232;le que l'on a pu observer en Espagne et au Portugal (1974-76), mais aussi au Br&#233;sil (1978-83) &#224; partir du milieu des ann&#233;es 70, la classe ouvri&#232;re sud-cor&#233;enne a d&#233;truit, gr&#226;ce &#224; des gr&#232;ves de masse remarquables au cours des ann&#233;es 1987-1990, les bases d'une dictature militaire qui s&#233;vissait depuis des d&#233;cennies. Pendant une br&#232;ve p&#233;riode (1990-1994), les gr&#232;ves ont abouti &#224; la cr&#233;ation de syndicats d&#233;mocratiques radicaux et donc &#224; des augmentations de salaires &#233;lev&#233;es et g&#233;n&#233;rales. Mais, comme dans les autres cas cit&#233;s ci-dessus, la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;e au r&#244;le de b&#233;lier facilitant un changement politique &#171; d&#233;mocratique &#187; qui a rapidement chant&#233; l'hymne de la mondialisation et du n&#233;olib&#233;ralisme en faveur de l'&#233;conomie de march&#233;. En fait, avant la vague de gr&#232;ves mais surtout apr&#232;s, le capital sud-cor&#233;en investissait d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;tranger et cherchait &#224; imposer une politique d'aust&#233;rit&#233; n&#233;olib&#233;rale &#224; l'int&#233;rieur du pays. En 1997-98, la crise financi&#232;re asiatique for&#231;a la Cor&#233;e du Sud &#224; passer sous la tutelle du FMI, ce qui acc&#233;l&#233;ra consid&#233;rablement la pr&#233;carisation de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne, pr&#233;carisation qui avait &#233;t&#233; la principale riposte capitaliste aux avanc&#233;es de la fin des ann&#233;es 80. Aujourd'hui, au moins 60% de la main-d'&#339;uvre vivent dans la pr&#233;carit&#233; la plus brutale. Soumis aux licenciements instantan&#233;s, les travailleurs pr&#233;caires touchent des salaires et des avantages sociaux qui sont au moins inf&#233;rieurs de moiti&#233; au statut des 10% constitu&#233;s par les travailleurs fixes. Les vestiges bureaucratiques des syndicats d&#233;mocratiques radicaux du d&#233;but des ann&#233;es 90 ne sont plus aujourd'hui que des organisations corporatistes repr&#233;sentant cette &#233;lite de la classe ouvri&#232;re, et autant de luttes ont &#233;clat&#233; entre les travailleurs fixes et les travailleurs pr&#233;caris&#233;s qu'entre l'ensemble des ouvriers et le capital lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I - Le contexte historique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; partir de juin 1987 et de mani&#232;re significative jusqu'en 1990, la vague de gr&#232;ves que l'on appelle en cor&#233;en &#171; Nodongja Taettujaeng &#187;, la Grande Lutte des Travailleurs, repr&#233;sente un des principaux &#233;pisodes de la lutte de classe durant les ann&#233;es 80, de m&#234;me que Solidarnosc en Pologne (1980-81), les conseils ouvriers (shura) iraniens (1979-1981) et la vague br&#233;silienne de gr&#232;ves de 1978-1983. La vague de gr&#232;ves a &#233;branl&#233; les bases d'une dictature qui avait r&#233;gn&#233; fa&#231;on presque interrompue apr&#232;s la fin de la guerre de Cor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces gr&#232;ves ont permis que des secteurs importants de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne b&#233;n&#233;ficient d'augmentations de salaire significatives, et qu'apparaissent, durant une br&#232;ve p&#233;riode (1990-1994), des syndicats d&#233;mocratiques radicaux qui form&#232;rent le Congr&#232;s national des syndicats (ChoNoHyop), regroupement qui d&#233;fendait une politique anticapitaliste, au moins verbalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que cette vague de gr&#232;ves eut triomph&#233;, ses gains commenc&#232;rent &#224; &#234;tre s&#233;rieusement attaqu&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ChoNoHyop fut d&#233;truit par la r&#233;pression gouvernementale qui frappa ses meilleurs militants. D'autre part, le gouvernement incita les militants plus conservateurs &#224; former la Conf&#233;d&#233;ration cor&#233;enne des syndicats (Minju Nochong ou KCTU) qui fut cr&#233;e en 1995 ; en d&#233;cembre 1996, le gouvernement essaya d'imposer par la force une loi de pr&#233;carisation du travail &#224; laquelle la KCTU s'opposa &#224; contrec&#339;ur durant la gr&#232;ve de janvier 1997. En automne 1997, la crise financi&#232;re asiatique obligea la Cor&#233;e du Sud &#224; passer sous la tutelle du FMI en &#233;change d'un renflouement de 57 milliards de dollars, et le FMI exigea explicitement la pr&#233;carisation de la force de travail et des licenciements de masse pour appliquer son programme de restructurations. En d&#233;cembre 1997, Kim Dae Jong, dirigeant de l'opposition d&#233;mocratique depuis des d&#233;cennies, fut &#233;lu pr&#233;sident de la R&#233;publique ; en f&#233;vrier 1998, il amena la KCTU &#224; signer un &#171; accord historique &#187; et &#224; accepter des centaines de milliers de licenciements et des plans sociaux avec r&#233;ductions d'effectifs en accord avec les demandes du FMI, le tout en &#233;change de la l&#233;galisation d&#233;finitive du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la galerie, le gouvernement de Kim Dae Jong cr&#233;a &#233;galement en 1998 une Commission tripartite entre l'Etat, le Capital et le Travail, sur des positions corporatistes. Et cette institution sans signification n'a bien s&#251;r agi qu'au service de l'Etat et du Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce sombre tableau et une s&#233;rie de reculs presque syst&#233;matiques, les capitalistes et l'Etat ont d&#251; combattre la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne, secteur apr&#232;s secteur, au cours de longues gr&#232;ves aux r&#233;sultats amers, et les &#233;v&#233;nements r&#233;cents prouvent que la combativit&#233; des travailleurs est loin d'avoir &#233;t&#233; &#233;limin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, vingt ans apr&#232;s la Grande Lutte des Travailleurs de 1987, les prol&#233;taires cor&#233;ens subissent l'un des programmes de pr&#233;carisation les plus r&#233;ussis du monde capitaliste, en tout cas certainement parmi les pays industriels avanc&#233;s. Approximativement 10% de la main-d'&#339;uvre cor&#233;enne sont organis&#233;s dans les syndicats de la KCTU, disposant d'un travail et d'un salaire fixes, tandis que 60% sont pr&#233;caris&#233;s, externalis&#233;s et victimes de &#171; plans sociaux &#187; &#224; r&#233;p&#233;tition. &#192; la Hyundai Motor Company, par exemple, l'un des bastions du militantisme industriel des ann&#233;es 1987-90, travailleurs fixes et travailleurs pr&#233;caires bossent c&#244;te &#224; c&#244;te, effectuant exactement les m&#234;mes t&#226;ches, alors que les seconds gagnent moiti&#233; moins que les premiers qui touchent entre 50 000 et 60 000 dollars par an, sans compter les primes et les heures suppl&#233;mentaires. Les travailleurs pr&#233;caires ha&#239;ssent g&#233;n&#233;ralement la KCTU, car ils la consid&#232;rent comme le porte-parole corporatiste des salari&#233;s fixes les mieux pay&#233;s. Les travailleurs fixes ont m&#234;me agress&#233; physiquement des travailleurs pr&#233;caires lorsque ces derniers ont lanc&#233; des gr&#232;ves sauvages (comme cela s'est produit &#224; l'usine de la Kia Motor Company en ao&#251;t 2007). Lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles de d&#233;cembre 2007, un grand nombre d'ouvriers ont vot&#233; pour le candidat de la droite dure, Lee Myoung Back, dirigeant du Hanaratang (Parti d'une seule nation), ex-PDG de Hyundai et maire de S&#233;oul, dans le vain espoir d'un retour &#224; l'expansion &#233;conomique des ann&#233;es 70 et 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article tente d'expliquer comment la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne est pass&#233;e d'une lutte offensive et victorieuse &#224; la pr&#233;carisation et aux reculs, en l'espace de seulement deux d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II - La d&#233;mocratie sert &#224; imposer l'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la lutte de classe dans un r&#233;gime autoritaire de d&#233;veloppement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut situer l'exp&#233;rience de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne dans le cycle plus large des transitions de la dictature &#224; la d&#233;mocratie (bourgeoise), qui a commenc&#233; en Espagne et au Portugal (1974-1976), et a continu&#233; dans des pays tels que la Pologne et le Br&#233;sil. Nous pouvons &#233;galement noter que, apr&#232;s les &#171; transitions &#187; de la P&#233;ninsule ib&#233;rique, les explosions suivantes ont eu lieu pendant une p&#233;riode de r&#233;gression et de reflux pour les classes ouvri&#232;res am&#233;ricaine et nord-europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, elles se sont d&#233;roul&#233;es dans le contexte de la crise &#233;conomique mondiale survenue apr&#232;s la fin du boom qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. Dans la P&#233;ninsule ib&#233;rique, en Pologne et au Br&#233;sil, comme en Cor&#233;e du Sud, l'intervention de la classe ouvri&#232;re dans la vie politique et sociale a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e par une p&#233;riode prolong&#233;e &#171; de croissance &#233;conomique &#187; intensive (de qualit&#233; fortement variable) et la r&#233;pression violente de l'activit&#233; ind&#233;pendante de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque fois, les luttes des travailleurs ont jou&#233; un r&#244;le central dans la bataille plus large de &#171; l'opposition d&#233;mocratique &#187; contre la dictature, et &#224; chaque fois, &#171; l'opposition d&#233;mocratique &#187; a pris le pouvoir et a mis en application (toujours en collaboration &#233;troite avec le capital international) des programmes tr&#232;s stricts d'aust&#233;rit&#233; qui ont fragment&#233; le mouvement ouvrier. On pourrait en conclure que la &#171; d&#233;mocratie sert &#224; imposer l'aust&#233;rit&#233; &#187; - et telle est, en effet, ma conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas cor&#233;en, naturellement, comporte beaucoup de particularit&#233;s qui ne doivent pas &#234;tre dilu&#233;s ou dissimul&#233;es par une comparaison g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cor&#233;e &#233;tait, en 1960, consid&#233;r&#233;e comme un &#171; cas sans espoir &#187; sur le plan &#233;conomique, aussi pauvre - en ce qui concerne la consommation par t&#234;te - que l'Inde ou la Tanzanie. En 1996, elle fut accueillie en fanfare dans l'OCDE comme une &#171; &#233;conomie avanc&#233;e &#187; et tomba sous le contr&#244;le du FMI &#224; peine un an plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la Cor&#233;e, l'un des quatre &#171; tigres &#187; asiatiques aux c&#244;t&#233;s de Ta&#239;wan, Hong Kong et Singapour, apparut entre 1960 et 1997 comme l'une des rares r&#233;ussistes parmi les centaines d'&#233;checs et de retours en arri&#232;re que connurent les pays du tiers monde qui b&#233;n&#233;ficiaient de l' &#171; aide &#187; occidentale et de la tutelle de la Banque mondiale et du FMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui a rendu donc la Cor&#233;e si diff&#233;rente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord son statut sp&#233;cial (comme les autres &#171; tigres &#187; d'Asie) : avant-poste et vitrine pour l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, son succ&#232;s &#233;conomique fournissait un contrepoids important pour la propagande des Etats-Unis face aux (soi-disant) r&#233;gimes socialistes voisins, &#224; savoir la Cor&#233;e du Nord, la Chine et l'Union sovi&#233;tique. Des dizaines de milliers de soldats am&#233;ricains stationnaient dans le pays depuis la fin de la guerre de Cor&#233;e et les Etats-Unis y ont tol&#233;r&#233; une politique &#233;tatiste de d&#233;veloppement &#224; laquelle ils s'opposaient habituellement dans le reste du tiers monde, allant jusqu'&#224; renverser les gouvernements qui voulaient appliquer ce type de mesures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, la Cor&#233;e du Sud, comme Taiwan, diff&#233;rait de presque tous les autres pays du tiers monde parce que la r&#233;forme agraire y avait d&#233;finitivement &#233;limin&#233; l'aristocratie pr&#233;capitaliste &#171; yangban &#187; entre 1945 et 1950. (Cette r&#233;forme avait eu lieu sous la pression intense de la r&#233;forme agraire men&#233;e dans le Nord et qui s'&#233;tait &#233;tendue au Sud quand les arm&#233;es de Kim il-sung avaient bri&#232;vement occup&#233; presque toute la p&#233;ninsule durant les premiers mois de la guerre.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, la Cor&#233;e du Sud, pauvre en ressources naturelles et ruin&#233;e lors des hostilit&#233;s de 1950-1953, &#233;tait le pays par excellence &#171; du capital humain &#187;. Elle a toujours accord&#233; une importance &#233;norme, quasi maniaque, &#224; l'&#233;ducation. M&#234;me en 1960, il n'y avait que 10 % d'illetrisme chez les adultes, pourcentage exceptionnel dans les pays &#233;quivalents du tiers monde, &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fronti&#232;re qui divisait le pays en deux fut fix&#233;e le long du trente-huiti&#232;me parall&#232;le, en 1945, par les arm&#233;es d'occupation am&#233;ricaines et et sovi&#233;tiques. La d&#233;faite du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale mit fin &#224; 35 ann&#233;es de domination coloniale japonaise. Cette domination repr&#233;senta un moment important de l'histoire cor&#233;enne car elle cr&#233;a les bases d'une &#233;conomie capitaliste moderne (le bilan exact de cette p&#233;riode est encore l'objet de controverses).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les occupants japonais s'enfuirent en ao&#251;t 1945, un &#224; deux millions d'ouvriers cr&#233;&#232;rent des conseils ouvriers (Cheonpyong, ou Conseil des ouvriers nationaux &#224; Choson) dans les usines abandonn&#233;es de la zone occup&#233;e par l'arm&#233;e am&#233;ricaine. Ils n'&#233;taient pas sp&#233;cialement motiv&#233;s par l'autogestion (la gauche cor&#233;enne &#233;tait alors domin&#233;e totalement par le stalinisme), mais ils avaient besoin de produire de quoi satisfaire leurs besoins &#233;l&#233;mentaires quotidiens. Les autorit&#233;s am&#233;ricaines d'occupation mirent fin &#224; ce syst&#232;me de conseils ouvriers en d&#233;cembre 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans les pays europ&#233;ens occup&#233;s par l'Allemagne nazie et dont les bougeoisies avaient collabor&#233;, l'aristocratie pr&#233;capitaliste yangban et la petite classe capitaliste &#233;taient politiquement et socialement discr&#233;dit&#233;es. &#192; partir de ces forces h&#233;t&#233;rog&#232;nes, la puissance occupante (les Etats-Unis) dut installer un gouvernement viable capable de liquider le soul&#232;vement des ouvriers et des paysans, dont beaucoup &#233;taient fortement favorables &#224; Kim il-Sung et &#224; ses forces de gu&#233;rilla, et g&#233;n&#233;ralement favorables &#224; un changement radical. Les Etats-Unis choisirent Rhee Syngman comme chef du gouvernement. Ils supervis&#232;rent (et particip&#232;rent &#224;) l'&#233;crasement impitoyable de la gauche dans la zone m&#233;ridionale durant les cinq ann&#233;es de guerre de partisans et de massacres qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent le d&#233;but la guerre avec la Cor&#233;e du Nord en juin 1950. En 1950, tous les militants de gauche du Sud soit avaient &#233;t&#233; physiquement &#233;limin&#233;s soit avaient fui au Nord (o&#249; bon nombre d'entre eux furent &#233;galement liquid&#233;s). Dans le Sud, la continuit&#233; avec la gauche cor&#233;enne d'avant 1945 fut totalement bris&#233;e, facteur qui joua un r&#244;le non n&#233;gligeable lorsque le r&#233;veil politique de la gauche et du mouvement social eut lieu dans les ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solidement &#233;paul&#233; par le soutien militaire et l'aide des Etats-Unis, Rhee Syngman dirigea un pays &#224; l'&#233;conomie faible et stagnante jusqu'en 1960. Il fut finalement renvers&#233; par des &#233;meutes men&#233;es par les &#233;tudiants en 1960, et la Cor&#233;e du Sud connut une br&#232;ve ouverture d&#233;mocratique, close par le coup d'Etat de Park chung-hee en 1961, qui ouvrit une nouvelle &#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Park chung-hee n'&#233;tait pas, du moins pas seulement, le dictateur typique, la marionette minable soutenue par les Am&#233;ricains, apr&#232;s la fin de la Seconde Guerre mondiale. On pr&#233;tend qu'il aurait adh&#233;r&#233; au Parti communiste d&#232;s 1943 (&#224; ma connaissance aucune preuve d&#233;finitive n'en a jusqu'ici &#233;t&#233; fournie), et qu'en 1948 il aurait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; car il appartenait &#224; un groupe de discussion du PC regroupant de jeunes officiers. Quand il prit le pouvoir en 1961, les Etats-Unis h&#233;sit&#232;rent &#224; reconna&#238;tre son gouvernement, et, pendant son r&#232;gne autoritaire (1961-1979), les Am&#233;ricains se m&#233;fi&#232;rent plusieurs fois de ses tendances nationalistes (par exemple de son programme nucl&#233;aire militaire ind&#233;pendant et de ses flirts diplomatiques pr&#233;caires avec la Cor&#233;e du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, Park chung-hee avait &#233;t&#233; form&#233; dans une acad&#233;mie militaire japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Il admirait tant le mod&#232;le nippon de d&#233;veloppement &#233;conomique qu'il essaya rapidement de l'imiter en Cor&#233;e du Sud, avec un certain succ&#232;s. Puisque le mod&#232;le japonais avait lui-m&#234;me &#233;t&#233; copi&#233; du mod&#232;le prussien &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, la Cor&#233;e du Sud acquit un certain vernis &#171; allemand &#187;. Ce vernis est g&#233;n&#233;ralement dissimul&#233; par l'h&#233;ritage nippon, lui-m&#234;me souvent cach&#233; et objet de pol&#233;miques. La Constitution cor&#233;enne, par exemple, fut r&#233;dig&#233;e par un juriste cor&#233;en qui avait &#233;tudi&#233; le droit en Allemagne dans les ann&#233;es 50, et s'&#233;tait entich&#233; des th&#233;ories de Carl Schmitt ; raison pour laquelle l' &#171; &#233;tat d'urgence &#187; &#233;tait l'une des pierres angulaires de l'id&#233;ologie de Park chung-hee. Ahn Ho Sang, personnage ouvertement pro-nazi dans les ann&#233;es 30 et qui avait &#233;tudi&#233; en Allemagne sous Hitler, r&#233;digea les manuels scolaires d'histoire pour le secondaire en y introduisant, apr&#232;s-guerre, le genre de mythes hyper-nationalistes que ch&#233;rissait le populisme romantique allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, Park chung-hee s'attaqua aux capitalistes parasites du r&#233;gime Rhee soit en les &#233;liminant, soit en les for&#231;ant &#224; se lancer dans des investissements productifs. Il lan&#231;a la politique du &#171; nouveau village &#187; (Se Maul) dans les campagnes, con&#231;ue pour capitaliser enti&#232;rement l'agriculture et pour forcer une partie importante de la population rurale &#224; &#233;migrer vers les villes et &#224; chercher du travail en usine. Gr&#226;ce &#224; la F&#233;d&#233;ration des syndicats cor&#233;ens (FKTU), tr&#232;s anticommuniste et marqu&#233;e par la guerre froide, le r&#233;gime exer&#231;a un contr&#244;le draconien sur la classe ouvri&#232;re. Les prol&#233;taires travaillaient fr&#233;quemment 7 jours sur 7, par &#233;quipes de 12 heures, et le r&#233;gime n'h&#233;sitait pas, si n&#233;cessaire, &#224; utiliser la terreur polici&#232;re et la torture. Pendant l'&#232;re de Park chung-hee, les c&#233;l&#232;bres chaebol (conglom&#233;rats) s'impos&#232;rent, l'Etat contr&#244;lant le cr&#233;dit et choisissant les industries qui devaient &#234;tre de v&#233;ritables &#171; championnes nationales &#187;, pratique qui fut plus tard d&#233;nonc&#233;e comme un &#171; capitalisme de copinage &#187; quand l'&#233;conomie cor&#233;enne commen&#231;a &#224; avoir des rat&#233;s pendant les ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cor&#233;e, comme les autres &#171; tigres &#187; asiatiques et &#224; la diff&#233;rence de la plupart des pays du tiers monde &#224; la m&#234;me &#233;poque, se d&#233;veloppa gr&#226;ce &#224; une strat&#233;gie orient&#233;e vers l'exportation. Elle se fraya un chemin vers le sommet de la &#171; cha&#238;ne de production &#187; internationale, commen&#231;ant par le textile et d'autres industries l&#233;g&#232;res de consommation, puis passant &#224; la fabrication (automobile, construction navale) et terminant par la haute technologie, en s'emparant de parts importantes du march&#233; mondial pour les composants d'ordinateur durant les ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s &#233;conomique des ann&#233;es Park chung-hee ne peut &#233;videmment pas &#234;tre s&#233;par&#233; de ses m&#233;thodes autoritaires ou de la conjoncture internationale de l'&#233;poque (deux r&#233;alit&#233;s largement ignor&#233;es aujourd'hui dans les discussions au sujet des probl&#232;mes &#233;conomiques croissants en Cor&#233;e du Sud ; la victoire, en d&#233;cembre 2007, de la droite dure aux &#233;lections pr&#233;sidentielles a donn&#233; une aura nostalgique, teint&#233;e de rose, &#224; la dictature de Park chung-hee). Non seulement l'&#233;conomie sud-cor&#233;enne a tir&#233; profit de sa place priviligi&#233;e dans la strat&#233;gie g&#233;opolitique am&#233;ricaine durant la guerre froide, mais elle chevaucha &#233;galement la vague croissante d'investissements industriels qui, d&#233;marrant vers 1965, commen&#231;a &#224; rechercher des d&#233;bouch&#233;s en dehors de l'Am&#233;rique du Nord et de l'Europe. Les revenus des Cor&#233;ens &#224; l'&#233;tranger jou&#232;rent &#233;galement un r&#244;le significatif, car les soldats sud-cor&#233;ens rapatri&#232;rent des millions de dollars durant la guerre du Vietnam et des dizaines de milliers d'ouvriers sud-cor&#233;ens all&#232;rent au Moyen-Orient travailler sur des chantiers de construction, au cours du boom p&#233;trolier qui eut lieu apr&#232;s 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; la centralit&#233; de l'industrie l&#233;g&#232;re pendant la p&#233;riode de &#171; d&#233;collage &#187; des ann&#233;es 60, ce n'est donc pas par hasard que la renaissance du mouvement ouvrier sud-cor&#233;en se produisit dans l'industrie textile, ni qu'elle se d&#233;roula parmi les travailleuses, puisque la main-d'&#339;uvre &#233;tait majoritairement compos&#233;e de jeunes femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 novembre 1970 marque la naissance symbolique du mouvement ouvrier sud-cor&#233;en contemporain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce jour-l&#224;, Jeon Tae-il, un jeune ouvrier du textile, s'immola au cours d'une petite manifestation dans l'une des zones industrielles de S&#233;oul qui regroupent des sweatshops (entreprises o&#249; les syndicats sont, de fait, interdits et les ouvriers surexploit&#233;s). Jeon avait auparavant essay&#233; toutes les d&#233;marches l&#233;gales possibles pour obtenir r&#233;paration, mais en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des ann&#233;es 70 fut caract&#233;ris&#233; par un nombre croissant de gr&#232;ves men&#233;es, dans les conditions les plus difficiles, par des ouvri&#232;res du textile. Les revendications &#233;taient simples et claires ; elles concernaient la longueur inhumaine des journ&#233;es de travail, les bas salaires, l'autoritarisme des chefs et le fait que les femmes &#233;taient oblig&#233;es de vivre dans des dortoirs. Elles &#233;taient g&#233;n&#233;ralement recrut&#233;es directement dans les campagnes et les bidonvilles qui fleurissaient autour de S&#233;oul et d'autres villes. Les gr&#232;ves furent presque toujours brutalement r&#233;prim&#233;es par les gardiens d'usines, la police, les soldats et des nervis recrut&#233;s dans les bas-fonds. La lutte pour la cr&#233;ation d'un syndicat d&#233;mocratique &#224; l'usine de la soci&#233;t&#233; textile Dongil &#224; Inchon, entre 1972 et 1976, fut exemplaire &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement durant les ann&#233;es 70 que des groupes religieux (principalement chr&#233;tiens) et des &#233;tudiants radicaux (les &#171; hakchul &#187;, &#171; venant de l'universit&#233; &#187;) commenc&#232;rent &#224; nouer des liens avec le mouvement ouvrier. Les groupes religieux &#233;taient inspir&#233;s par la th&#233;ologie de lib&#233;ration catholique et des doctrines sociales protestantes similaires. Les groupes religieux et les &#233;tudiants radicaux cr&#233;&#232;rent des &#233;coles du soir pour les ouvriers et ouvri&#232;res du textile, pour leur apprendre &#224; lire et &#233;crire, leur enseigner des rudiments de secr&#233;tariat et aussi leurs droits fondamentaux en tant que salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 70 virent aussi &#233;clore le mouvement minjung (impr&#233;gn&#233; par la culture populaire), &#233;troitement li&#233; au mouvement religieux et au mouvement hakchul. N&#233; dans la classe moyenne, le mouvement minjung p&#233;n&#233;tra la culture populaire, qui subissait une &#233;rosion rapide sous l'impact de la modernisation de la Cor&#233;e &#224; marche forc&#233;e. Il essaya d'utiliser cette culture populaire afin de cr&#233;er une &#171; contre-culture de lutte &#187;. &#192; cette fin, il utilisa la musique et les danses du chamanisme cor&#233;en et des traditions paysannes rurales : il r&#233;ussit ainsi &#224; consolider la d&#233;termination collective des travailleurs pour lutter contre tous les mauvais coups et la r&#233;pression. Encore aujourd'hui, les chansons, comme chez les IWW am&#233;ricains, demeurent une tradition importante du mouvement ouvrier cor&#233;en : lors des manifestations et des gr&#232;ves les travailleurs chantent des dizaines de chansons que tout le monde conna&#238;t par c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement cor&#233;en des ann&#233;es 70 - que ce soit le mouvement ouvrier ou les mouvements hakchul, minjung ou religieux - ne d&#233;passa pas le cadre de l'id&#233;ologie d&#233;mocratique lib&#233;rale et eut tendance &#224; regarder avec sympathie les Etats-Unis qu'il consid&#233;rait comme une force qui orienterait la dictature cor&#233;enne vers la d&#233;mocratie. Tout cela changea avec le soul&#232;vement de Kwangju et le massacre qui s'ensuivit en mai 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, la Cor&#233;e a toujours &#233;t&#233; un pays caract&#233;ris&#233; par des fid&#233;lit&#233;s r&#233;gionales intenses, et ce ph&#233;nom&#232;ne a persist&#233; &#224; l'&#232;re du capitalisme moderne. La province de Cholla, dans le sud-ouest, &#233;tait traditionnellement une r&#233;gion agricole arri&#233;r&#233;e. Park chung-hee, quant &#224; lui , &#233;tait originaire de Gyeongsang, une province du sud-est, et sa politique &#233;conomique favorisa surtout cette r&#233;gion, donnant naissance &#224; des centres industriels importants (Ulsan, Pohang, et Pusan). Les habitants de la province de Cholla &#233;taient m&#233;contents d'&#234;tre tenus &#224; l'&#233;cart par le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1979, des manifestations de masse balay&#232;rent le pays, exigeant l'instauration de la d&#233;mocratie. Les ouvriers prirent la t&#234;te de plusieurs manifestations. En octobre 1979, Park chung-hee fut assassin&#233; par le chef des services de renseignements cor&#233;ens (la KCIA), qui pr&#233;tendit que cela s'&#233;tait produit &#224; l'issue d'une discussion concernant la fa&#231;on de contenir et r&#233;primer les manifestations en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III - Le soul&#232;vement de Kwangju&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une br&#232;ve ouverture d&#233;mocratique, semblable &#224; celle de 1960, eut lieu, mais Park chung-hee fut remplac&#233; par un autre dictateur militaire, Chun Doo Hwan. En mai 1980, l'arm&#233;e tira sur une manifestation &#224; Kwangju, la plus grande ville dans la province de Cholla. Il s'ensuivit un soul&#232;vement durant lequel la population de Kwangju prit le contr&#244;le de la ville, d&#233;valisa une armurerie militaire, et combattit pendant onze jours les forces de r&#233;pression, y compris une unit&#233; d'&#233;lite venue sp&#233;cialement de la zone fronti&#232;re (DMZ) avec la Cor&#233;e du Nord. Au total, on estime qu'il y eut environ 2 000 morts des deux c&#244;t&#233;s (la plupart d'entre eux &#233;videmment au moment de la r&#233;pression de la r&#233;volte) &#224; Kwangju.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kwangju fut coup&#233;e du reste du pays et la censure emp&#234;cha toute information de filtrer. (Draconienne, la &#171; loi sur la s&#233;curit&#233; nationale &#187;, adopt&#233;e en 1948 et toujours en vigueur aujourd'hui, interdisait, sous peine de graves condamnations, de discuter publiquement du soul&#232;vement de Kwangju jusqu'au milieu des ann&#233;es 90.) On croit cependant que le gouvernement des Etats-Unis (qui venait de subir le renversement du Shah d'Iran en 1979 et se trouvait au milieu de la crise des otages &#224; T&#233;h&#233;ran) d&#233;cida qu'il ne voulait plus assister &#224; des mouvements radicaux de masse contre des dictateurs amis des Etats-Unis. Il a donc peut-&#234;tre &#233;t&#233; profond&#233;ment impliqu&#233; dans la d&#233;cision d'&#233;craser violemment le mouvement (hypoth&#232;se consid&#233;rablement renforc&#233;e par la r&#233;cente publication de documents concernant les rapports entre les deux gouvernements pendant la crise de 1980).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce moment-l&#224;, le mouvement cor&#233;en se d&#233;tacha rapidement des id&#233;ologies lib&#233;rales d&#233;mocratiques et religieuses des ann&#233;es 70 et prit une orientation plus radicale, essentiellement vers une r&#233;volution &#224; la sauce &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tournant id&#233;ologique montre l'importance de toute la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente qui fut marqu&#233; par :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la discontinuit&#233; pratiquement totale avec la gauche qui avait &#233;merg&#233; apr&#232;s l'effondrement de l'occupation japonaise en 1945, gauche qui fut d&#233;truite par la r&#233;pression du gouvernement cor&#233;en et de l'arm&#233;e am&#233;ricaine entre 1945 et 1953 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; les d&#233;cennies de dictature apr&#232;s la guerre de Cor&#233;e qui avaient stigmatis&#233; toute critique sociale comme &#233;tant inspir&#233;e par la Cor&#233;e du Nord ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; l'isolement de la Cor&#233;e du Sud par rapport aux mouvements internationaux et &#224; la fermentation politique des ann&#233;es 60 et suivantes. &lt;br class='autobr' /&gt; (Quand les &#233;tudiants cor&#233;ens rejoignirent les groupes clandestins d'opposition dans les ann&#233;es 70 et 80, une de leurs premi&#232;res t&#226;ches fut souvent d'apprendre le japonais, afin de lire tous les livres politiques - et particuli&#232;rement marxistes - qui ne pouvaient pas &#234;tre &#233;dit&#233;s en Cor&#233;e. Par cons&#233;quent les Cor&#233;ens du Sud ne connurent ni la longue &#233;rosion du stalinisme qui dura plusieurs d&#233;cennies en Europe et aux Etats-Unis, ni l'impact de 1968 et de la Nouvelle Gauche occidentale, ni la critique radicale du l&#233;ninisme, ni la red&#233;couverte de Hegel et des &#233;crits de Marx durant les ann&#233;es 1840. Ils ignor&#232;rent tout cela, ou alors ils en prirent connaissance de fa&#231;on tr&#232;s d&#233;form&#233;e. Au d&#233;but des ann&#233;es 80, la police arr&#234;ta les membres d'un groupe d'&#233;tude clandestin qui souhaitaient lire en allemand les &#233;crits de Lukacs et de Hegel sur l'esth&#233;tique ; ils furent condamn&#233;s &#224; six mois de prison.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la radicalisation du mouvement cor&#233;en, apr&#232;s l'&#233;crasement de l'insurrection de Kwangju, suivit presque toujours une orientation profond&#233;ment stalinienne, qu'elle se dise &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187;, prosovi&#233;tique, prochinoise ou pro-Cor&#233;e du Nord. Trotsky &#233;tait tr&#232;s peu connu jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 80, et les critiques de gauche de Trotsky encore plus ignor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains des groupes marxistes-l&#233;ninistes qui &#233;merg&#232;rent dans les ann&#233;es 80 sont &#224; l'origine des deux tendances principales du mouvement ouvrier cor&#233;en actuel (dans la KCTU et dans le Parti travailliste d&#233;mocratique cor&#233;en ou KDLP). Il s'agit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; d'un c&#244;t&#233;, de la tendance &#171; lib&#233;ration nationale &#187;, favorable &#224; la Cor&#233;e du Nord : on les appelle les &#171; NL &#187;, ou &#171; juche-istes &#187;, en raison de la doctrine nord-cor&#233;enne du &#171; juche &#187; ou &#171; autosuffisance &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; et, de l'autre, de la tendance &#171; D&#233;mocratie du peuple &#187; (ou PD) qui est en fait proche de la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la pr&#233;paration de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de d&#233;cembre 2007, les &#171; Juche-istes &#187; s'empar&#232;rent de l'appareil du KDLP, et purg&#232;rent une partie des membres de &#171; D&#233;mocratie du peuple &#187;. (Il faut &#233;galement noter que ces deux courants sont implant&#233;s principalement dans les syndicats de cols blancs, tels ceux des banques, les professeurs et d'autres fonctionnaires, tandis que la plupart des cols bleus ne s'int&#233;ressent &#224; aucune de ces deux tendances. Sous la direction du courant NL, le KDLP a perdu des voix dans tout le pays, puisque, entre les &#233;lections de 2002 et celles de 2007, il est pass&#233; de 5 &#224; 3% &#224; l'&#233;chelle nationale, et qu'&#224; Ulsan, le bastion de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne, son score a chut&#233; de 11 &#224; 8%.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nationalisme est end&#233;mique en Cor&#233;e, y compris dans le mouvement ouvrier. Cela est d&#251; aux si&#232;cles de domination &#233;trang&#232;re (chinoise, japonaise, puis am&#233;ricaine) qu'a subis le pays, &#224; la division de la Cor&#233;e apr&#232;s 1945, et &#224; sa position g&#233;opolitique au &#171; carrefour &#187; des sph&#232;res d'influence chinoise, japonaise, russe et am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;ninsule cor&#233;enne, ou l'h&#233;g&#233;monie dans cette r&#233;gion, a &#233;t&#233; la cible des intrusions &#233;trang&#232;res pendant des si&#232;cles, et plus r&#233;cemment, de la guerre sino-japonaise de 1895, russo-japonaise de 1904- 1905, et enfin de la guerre de Cor&#233;e. &#171; Quand les baleines se battent, les vairons s'enfuient pour se mettre &#224; l'abri &#187; - ce vieux proverbe cor&#233;en exprime bien cette r&#233;alit&#233;. Pendant 35 ans (de 1910 &#224; 1945) la domination coloniale japonaise tenta d'&#233;liminer presque enti&#232;rement la culture cor&#233;enne, ce qui ne fit que renforcer cette tendance nationaliste. Enfin, les mythes sur l'homog&#233;n&#233;it&#233; ethnique, promus par les manuels d'histoire remplis de mythes populistes ou, plus r&#233;cemment, les t&#233;l&#233;films historiques au sujet de la grandeur cor&#233;enne pass&#233;e ont jou&#233; aussi leur r&#244;le. (La Cor&#233;e du Nord a propag&#233;, elle aussi, une version diff&#233;rente de ce nationalisme, et bien plus virulente.) Dans ce contexte, m&#234;me les &#233;v&#233;nements sportifs, comme les Jeux Olympiques de S&#233;oul en 1988 ou les succ&#232;s de l'&#233;quipe cor&#233;enne en 2002 lors de la demi-finale de la coupe du monde de football, deviennent des &#233;v&#233;nements qui contribuent &#224; forger l'identit&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les m&#234;mes raisons g&#233;opolitiques, toute lutte de classe s&#233;rieuse en Cor&#233;e du Sud prend imm&#233;diatement une dimension internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la renaissance de la gauche et du mouvement social dans les ann&#233;es 70 et les ann&#233;es 80, personne ne remit donc en cause le nationalisme. Durant les ann&#233;es 80 un &#171; marxisme &#187; stalinis&#233; &#233;carta les orientations d&#233;mocratiques lib&#233;rales qui avaient domin&#233; durant la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dant l'insurrection de Kwangju. &#192; travers leurs publications clandestines influentes, les groupes marxistes-l&#233;ninistes import&#232;rent surtout en Cor&#233;e du Sud des variantes de la th&#233;orie l&#233;niniste de l'imp&#233;rialisme, de la th&#233;orie du capitalisme de monopoles et des th&#233;ories de la d&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les ann&#233;es 80 le mouvement hakchul s'implanta aussi dans les usines, exactement comme les &#171; tournants ouvriers &#187; et autres politiques d' &#171; &#233;tablissement &#187; que pr&#244;n&#232;rent les petits bourgeois radicaux dans les pays occidentaux apr&#232;s 1968. &#192; la cr&#234;te du mouvement, des milliers d'ex-&#233;tudiants se firent embaucher en usine, et parfois men&#232;rent des gr&#232;ves importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 80, la gauche et l'extr&#234;me gauche cor&#233;ennes consid&#233;raient tout naturellement la Cor&#233;e du Sud comme un pays &#171; p&#233;riph&#233;rique &#187; du syst&#232;me imp&#233;rial am&#233;ricain, qui ne pourrait &#234;tre lib&#233;r&#233; que par le &#171; socialisme &#187; (au sens stalinien) et la r&#233;unification nationale avec le Nord. Elles avaient ainsi tendance &#224; sous-estimer la profondeur du d&#233;veloppement industriel cor&#233;en et surtout l'&#233;lasticit&#233; du syst&#232;me qui allait pouvoir accorder des augmentations de salaires significatives, dans un cadre capitaliste, apr&#232;s la r&#233;volte ouvri&#232;re des ann&#233;es 1987-1990. De telles th&#233;ories furent renforc&#233;es par le fait que la Cor&#233;e du Sud ne rattrapa, puis d&#233;passa &#233;conomiquement, la Cor&#233;e du Nord qu'aux alentours de 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La convergence de tous ces facteurs signifia que l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique en 1991, co&#239;ncidant avec la diminution des luttes ouvri&#232;res apr&#232;s 1990, eut un impact psychologique bien plus fort sur les militants en Cor&#233;e que n'importe o&#249; en Occident, o&#249; le prestige de l'Union sovi&#233;tique avait commenc&#233; &#224; s'effondrer &#224; partir de 1956 au moins, en tout cas certainement apr&#232;s 1968. Le climat politique devint d&#233;j&#224; particuli&#232;rement morose au printemps 1991, quand un &#233;tudiant de S&#233;oul fut battu &#224; mort par la police et que les candidats de la gauche d&#233;mocratique furent &#233;cras&#233;s lors des &#233;lections municipales de juin 1991. Tout cela contribua &#224; cr&#233;er un certain d&#233;faitisme et un sentiment de futilit&#233; de la lutte politique apr&#232;s des ann&#233;es de la mobilisation et de luttes. Il faut ajouter que l'&#233;conomie cor&#233;enne, qui avait connu une phase d'expansion dans la p&#233;riode 1986-88 et durant la premi&#232;re phase de la Grande Lutte des Travailleurs, connut de nouvelles difficult&#233;s &#224; partir de 1990, difficult&#233;s dont elle n'a pas encore enti&#232;rement r&#233;cup&#233;r&#233; jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ph&#233;nom&#232;nes comparables se produisirent en Occident apr&#232;s la fin des ann&#233;es 70, lorsque des milliers de militants arr&#234;t&#232;rent leurs activit&#233;s politiques, d&#233;cid&#232;rent de ne plus se consacrer qu'&#224; leur vie priv&#233;e, tent&#232;rent de poursuivre une carri&#232;re dans une des professions de la classe moyenne ou, dans les milieux universitaires, succomb&#232;rent &#224; l'attrait du post-modernisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV - La politique nationale &lt;br class='autobr' /&gt;
et la Grande Lutte des Travailleurs (1987-1990)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut &#233;galement &#233;voquer le contexte politique qui sous-tend le cours de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir des ann&#233;es 80, les luttes ouvri&#232;res pour des syndicats d&#233;mocratiques pass&#232;rent (tout comme l'&#233;conomie cor&#233;enne elle-m&#234;me) de l'industrie l&#233;g&#232;re &#224; l'industrie lourde. La dictature militaire de Chun Doo Hwan, qui succ&#232;da &#224; celle de Park chung-hee, fut oblig&#233;e de rel&#226;cher son contr&#244;le sur la soci&#233;t&#233; au milieu des ann&#233;es 80, sous la pression croissante de l'opposition d&#233;mocratique au cours de la pr&#233;paration des Jeux olympiques panasiatiques (en 1986) et des Jeux olympiques de S&#233;oul (en 1988). En particulier, le gouvernement dut l&#226;cher une &#171; d&#233;claration sur la d&#233;mocratisation &#187; en juin 1987, face &#224; la menace que la classe ouvri&#232;re s'associe aux protestations en faveur de la d&#233;mocratie. Et cette d&#233;claration d&#233;clencha imm&#233;diatement la Grande Lutte des Travailleurs durant l'&#233;t&#233; 1987. Pour la premi&#232;re fois, le mouvement passa de la r&#233;gion de S&#233;oul-Inchon aux nouvelles zones industrielles m&#233;ridionales d'Ulsan, Masan et Changwon. En tout, il y eut plus de 3 000 gr&#232;ves en 1987, qui obtinrent le droit de cr&#233;er des sections syndicales, de 25 &#224; 30% d'augmentation de salaire, et l'abolition de la discipline militaire, particuli&#232;rement d&#233;test&#233;e dans les usines : les patrons imposaient aux ouvriers de porter des cheveux courts, de faire de la gym tous les matins, etc. &#192; Ulsan, la ville de la soci&#233;t&#233; Hyundai, on assista &#224; des mobilisations massives et &#224; des combats de rues qui dur&#232;rent jusqu'en 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve de 128 jours (d&#233;cembre 1988-avril 1989) chez Hyundai Heavy Industries (HHI) se termina par une attaque militaire coordonn&#233;e contre le chantier naval de Hyundai, occup&#233; par les travailleurs. Le gouvernement l&#226;cha contre eux 9 000 soldats et policiers, au cours d'une offensive terrestre, maritime et a&#233;rienne. Il s'ensuivit dix jours de combats de rues (mobilisant les ouvriers mais aussi leurs &#233;pouses et leurs enfants) dans les quartiers ouvriers d'Ulsan. Cette lutte fut suivie en 1990 par la gr&#232;ve de Goliath, encore &#224; Hyundai Heavy Industries, conflit qui se termina par une d&#233;faite am&#232;re. (En r&#233;ponse &#224; ces luttes Hyundai construisit de nombreux immeubles de grande hauteur pour y loger ses ouvriers.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V - 1990-1997 : le d&#233;clin des luttes &lt;br class='autobr' /&gt;
et le reflux du mouvement commencent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reflux des luttes offensives de masse de la p&#233;riode 1987-1990, et l'atmosph&#232;re g&#233;n&#233;rale de d&#233;faite qui s'ensuivit ouvrirent une nouvelle phase dans les organisations ouvri&#232;res cor&#233;ennes. Les augmentations de salaires obtenues &#224; la fin des ann&#233;es 80 renforc&#232;rent bri&#232;vement l'illusion de la possibilit&#233; d'une cohabitation entre le Capital et le Travail, et renforc&#232;rent donc les courants r&#233;formistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier, au sein de la Conf&#233;d&#233;ration nationale des syndicats (ChoNoHyop), la tendance de droite et ouvertement r&#233;formiste (dite NL, pour la lib&#233;ration nationale, et favorable &#224; la Cor&#233;e du Nord) commen&#231;a &#224; prendre le dessus sur la tendance radicale affaiblie. (En cor&#233;en, la tendance NL s'appelle Kukminpa, ce qui signifie litt&#233;ralement &#171; Les Travailleurs unis avec la Nation &#187;.) Cette tendance a toujours courtis&#233; les bureaucrates et les politiciens. Comme nous l'avons dit pr&#233;c&#233;demment, le gouvernement pers&#233;cuta les meilleurs militants de la NCTU et soutint les r&#233;formistes, ce qui d&#233;truisit la NCTU en 1995 et conduisit au regroupement des syndicats dans la KCTU sous la direction de son aile droite. (En effet, &#224; la fondation de la NCTU en janvier 1990, la plupart de ses dirigeants &#233;taient en prison ou dans la clandestinit&#233;.) La longue exp&#233;rience de la dictature et du client&#233;lisme poussa &#233;galement une partie des ouvriers &#224; accueillir favorablement la d&#233;mocratie bourgeoise et le n&#233;o-lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant Ulsan resta un centre de fermentation sociale intense et, en juin 1991, quand Park Chang Su, un dirigeant syndical, fut tu&#233; en prison, 20 000 ouvriers de Hyundai Heavy Industries et 30 000 ouvriers de Hyundai Motor Company attaqu&#232;rent la mairie d'Ulsan, et leur lutte dura finalement un mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1992, la Cor&#233;e du Sud adh&#233;ra &#224; l'Organisation internationale du travail (l'OIT), &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me moment o&#249; les capitalistes se concertaient pour attaquer leurs gains salariaux. &#192; cette p&#233;riode, les travailleurs du secteur public, qui touchaient de bas salaires, commenc&#232;rent &#224; s'organiser, les travailleurs des T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e (KT) &#233;tant les plus militants. M&#234;me si leurs luttes tendaient &#224; &#234;tre principalement centr&#233;es sur la question des salaires, ils se battaient aussi pour davantage de d&#233;mocratie dans les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1993-1994, la discussion fit rage dans le mouvement &#224; propos des perspectives, y compris le besoin de lancer des gr&#232;ves politiques. Les courants les plus radicaux voulaient transformer les syndicats d'entreprises (les plus r&#233;pandus &#224; ce jour) en syndicats de branches, et cr&#233;er une conf&#233;d&#233;ration. Tandis que la NCTU d&#233;clinait encore sous les coups de la r&#233;pression et les magouilles de la tendance NL, la voie &#233;tait ouverte pour la cr&#233;ation de la KCTU, qui fut formellement fond&#233;e en novembre 1995, m&#234;me si elle ne fut pas l&#233;galis&#233;e avant que n'&#233;clate la crise du FMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques gr&#232;ves r&#233;ussies eurent lieu en 1995-96, notamment une gr&#232;ve chez KT (les T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e), qui obtint des augmentations de salaires importantes. En raison de gr&#232;ves comme celles-ci, les salaires des ouvriers tendaient &#224; d&#233;passer ceux des fonctionnaires. En m&#234;me temps, les employeurs cor&#233;ens d&#233;cid&#232;rent d'abandonner progressivement le mod&#232;le des chaebol pour profiter des avantages de la mondialisation. Les deux camps s'&#233;chauffaient en vue de l'affrontement &#224; propos de la loi sur la pr&#233;carisation du travail, affrontement qui allait se produire en 1996-1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1996, la mobilisation de la base et la pr&#233;paration de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'accentu&#232;rent. Sous cette pression, la KCTU dut se retirer des discussions pour la cr&#233;ation de l'inf&#226;me Commission tripartite (Etat-Travail-Capital) qui sera lanc&#233;e au milieu de la crise du FMI, au printemps 1998. La base des syndicats commen&#231;a &#224; rejeter de plus en plus la tendance NL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contre-mesures importantes prises par les militants les plus radicaux de cr&#233;er des &#171; hyung-jang jojik &#187;, structures de base qui essay&#232;rent de combattre la d&#233;g&#233;n&#233;rescence des syndicats et de la KCTU &#224; l'aide d'une organisation alternative, qui n'&#233;tait pas &#171; ext&#233;rieure &#187; aux syndicats mais un contre-pouvoir interne ayant en m&#234;me temps des liens &#171; horizontaux &#187; avec les militants d'autres syndicats, pour lutter contre les tendances corporatistes fond&#233;es sur le patriotisme d'entreprise. Les hyung-jang jojik ont eu de l'influence pendant une quinzaine d'ann&#233;es, de 1990 &#224; 2005. Dans diff&#233;rentes circonstances, les hyung-jang jojik r&#233;ussirent &#224; prendre le pouvoir dans des syndicats importants, &#224; la suite de quoi ils se bureaucratis&#232;rent le plus souvent ; au cours des derni&#232;res ann&#233;es, ils sont devenus la proie de divers groupes qui cherchaient un moyen discret d'influencer les syndicats, et ils se sont finalement effondr&#233;s. Mais durant leur meilleure p&#233;riode, dans une situation g&#233;n&#233;ralement d&#233;fensive, ils ont pr&#233;serv&#233; une certaine continuit&#233; avec la pouss&#233;e radicale de la p&#233;riode 1987-1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI - La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et la crise du FMI, 1997-1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste apr&#232;s No&#235;l 1996, le gouvernement cor&#233;en de Kim Jung-sam, au cours d'une session sp&#233;ciale de nuit et en l'absence des d&#233;put&#233;s de l'opposition, fit adopter la premi&#232;re d'une s&#233;rie de lois sur la pr&#233;carisation du travail destin&#233;es &#224; faire p&#233;n&#233;trer l'&#233;conomie sud-cor&#233;enne dans l'&#232;re de la &#171; mondialisation &#187;, &#224; faciliter les licenciements pour les employeurs, et &#224; introduire des contrats temporaires (diff&#233;renci&#233;s selon le statut). Les employeurs avaient r&#233;guli&#232;rement rogn&#233; les conqu&#234;tes des travailleurs acquises &#224; la fin des ann&#233;es 80, et l'&#233;conomie s'affaiblit davantage durant l'ann&#233;e 1996 avec des faillites de plus en plus nombreuses, mais ce fut la premi&#232;re confrontation directe avec la nouvelle puissance de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'intense pression de la base, la KCTU, fermement contr&#244;l&#233;e par l'aile droite qui avait battu et d&#233;truit la NCTU, appela &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale imm&#233;diate qui fut largement suivie. M&#234;me la FKTU, syndicat conservateur, jaune, perp&#233;tuant l'esprit de la guerre froide, rejoignit le mouvement. Les cols blancs se mirent en gr&#232;ve eux aussi, et, &#224; l'apog&#233;e de la lutte, trois millions de travailleurs firent gr&#232;ve. (Le gouvernement retira la l&#233;gislation initiale, mais une loi pratiquement identique fut adopt&#233;e en mars 1997, sans r&#233;action significative de la KCTU.) &#192; nouveau, l'exp&#233;rience historique de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne et la nouveaut&#233; des mesures de pr&#233;carisation donn&#232;rent &#224; la gr&#232;ve une tonalit&#233; plus &#171; antifasciste &#187; qu'anti-n&#233;olib&#233;rale. La KCTU fit tout ce qui &#233;tait en son pouvoir pour &#233;viter une confrontation avec le gouvernement, et d&#233;mobiliser les travailleurs partout o&#249; elle le put. La base, quant &#224; elle, fit preuve d'une grande spontan&#233;it&#233;, comme chez Hyundai et &#224; la Kia Motor Company. On raconte que la KCTU se r&#233;unit secr&#232;tement avec les patrons pour leur assurer qu'ils contr&#244;laient la gr&#232;ve et que celle-ci faiblissait. Ils lanc&#232;rent la tactique inefficace de la &#171; gr&#232;ve du mercredi &#187;, proposition r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; plusieurs reprises au cours des ann&#233;es suivantes. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'arr&#234;ta &#224; la fin janvier, sans avoir rien r&#233;solu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, le Parti travailliste d&#233;mocratique cor&#233;en (KDLP, ou Minju Nodong TanG) fut fond&#233; au printemps 1997, avec les m&#234;mes &#233;l&#233;ments de droite qui dominaient la majorit&#233; de la KCTU. L'&#233;chec de la gr&#232;ve de janvier 1997, cependant, fut &#224; son tour &#233;clips&#233; par la d&#233;vastation de l'&#233;conomie cor&#233;enne pendant la crise financi&#232;re asiatique de 1997-1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise commen&#231;a en Tha&#239;lande, en juillet 1997, par l'effondrement de la devise tha&#239;landaise, puis elle frappa une bonne partie de l'Asie au cours des mois suivants, alors tous les pays qui avaient d&#233;fendu &#171; la libert&#233; du commerce &#187; et par cons&#233;quent all&#233;g&#233; les contr&#244;les sur les mouvements de capitaux connurent une fuite massive des capitaux et l'effondrement de leur devise. La Tha&#239;lande, l'Indon&#233;sie et la Cor&#233;e furent les plus touch&#233;es. Le won cor&#233;en chuta de 40% en novembre 1997, tandis que le gouvernement de Kim Jung Sam &#233;tait renflou&#233; par le FMI qui promit de lui verser 57 milliards de dollars. Les quatre candidats aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de d&#233;cembre 1997 durent tous s'engager par &#233;crit &#224; respecter l'accord avec le FMI, sinon la Cor&#233;e ne pourrait pas recevoir l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Kim Dae Jong, repr&#233;sentant de l'opposition d&#233;mocratique, qui fut finalement &#233;lu pr&#233;sident de la Cor&#233;e apr&#232;s une tr&#232;s longue travers&#233;e du d&#233;sert, dut consacrer son mandat &#224; faire appliquer le paquet de mesures draconiennes pr&#244;n&#233;es par le FMI : licenciements, coupes dans le budget des services publics, d&#233;r&#233;gulation, rachat des industries cor&#233;ennes et des banques par des soci&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res, et pr&#233;carisation du travail. La d&#233;mocratie cor&#233;enne, tout comme le mouvement ouvrier cor&#233;en avant elle, triompha au moment m&#234;me o&#249; la r&#233;alisation de ses promesses ant&#233;rieures &#233;tait devenue impossible, et son triomphe servit &#224; cacher l'application d'un programme &#233;conomique et social extr&#234;mement dur. Les faillites se succ&#233;d&#232;rent en cascade et les suicides augment&#232;rent en fl&#232;che. Le FMI exigea au d&#233;but que les banques cor&#233;ennes cong&#233;dient 50% de leur personnel (le chiffre fut ensuite abaiss&#233; &#224; 30%) et que l'Etat fasse de m&#234;me pour ses fonctionnaires. Le taux de ch&#244;mage tripla en moins de deux ans, et des millions de gens retomb&#232;rent &#224; nouveau dans la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, Kim Dae Jong et la KCTU jou&#232;rent chacun leur r&#244;le, fix&#233; &#224; l'avance. Kim poussa la direction de la KCTU &#224; signer les accords tripartites de f&#233;vrier 1998, donc &#224; approuver les licenciements de masse pr&#233;sent&#233;s comme des mesures d'urgence indispensables. La base de la KCTU se r&#233;volta contre cette capitulation abjecte et chassa la direction qui avait conclu et sign&#233; les accords. Quelques gr&#232;ves importantes &#233;clat&#232;rent contre des licenciements en 1998, comme &#224; la Hyundai Motor Company (HMC), mais les nouveaux dirigeants de la KCTU furent emprisonn&#233;s et les gr&#232;ves se termin&#232;rent g&#233;n&#233;ralement par des d&#233;faites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la crise du FMI, beaucoup de petites usines furent liquid&#233;es, y compris celles regroupant des travailleurs particuli&#232;rement militants depuis la vague de gr&#232;ves de la fin des ann&#233;es 80 et qui auparavant sympathisaient avec la NCTU. Pour la premi&#232;re fois, en accord avec les exigences du FMI, la &#171; main d'&#339;uvre occasionnelle &#187; devint un ph&#233;nom&#232;ne important au sein de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne. Une gr&#232;ve &#233;clata contre la vente des actions des T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e (KT) aux investisseurs de Wall Street, par exemple. Cette gr&#232;ve montra le foss&#233; croissant qui se formait entre la &#171; main-d'&#339;uvre r&#233;guli&#232;re &#187; et la &#171; main-d'&#339;uvre occasionnelle &#187;. Non seulement les travailleurs fixes, plus &#226;g&#233;s, touchaient un salaire plus &#233;lev&#233; et travaillaient moins que les jeunes en CDD, mais ils n'avaient pas, ou manquaient, de connaissances informatiques, ce qui cr&#233;ait chez eux un sentiment d'ins&#233;curit&#233; croissante au travail. Les chefs des syndicats employaient un langage radical mais ne faisaient rien. Finalement, les travailleurs fixes et pr&#233;caires firent gr&#232;ve, mais pas en m&#234;me temps. La gr&#232;ve des T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e (KT) se termina par le renvoi de 10 000 salari&#233;s pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord de f&#233;vrier 1998 entre Kim Dae Jong et la direction de droite de la KCTU concernant les licenciements de masse provoqua une r&#233;volte de la base de la KCTU, et toute la direction fut chass&#233;e apr&#232;s que des militants ouvriers, arm&#233;s avec barres de fer, eurent occup&#233; le si&#232;ge du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle direction de gauche s'installa &#224; la t&#234;te du syndicat et essaya de relancer une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre la nouvelle loi du travail en mai, juin et juillet 1998, mais en vain. La vieille direction conserva le pouvoir dans les syndicats de l'industrie lourde, et s'opposa &#224; toute action militante. Entre juin et ao&#251;t 1998, une gr&#232;ve de 28 jours eut lieu &#224; la Hyundai Motor Company, qui se termina par le licenciements de 10 000 travailleurs fixes. En l'espace de deux ans, 10 000 ouvriers pr&#233;caires furent embauch&#233;s pour faire leur boulot. Les T&#233;l&#233;coms cor&#233;ens et diverses banques licenci&#232;rent aussi une partie de leur personnel fixe et le remplac&#232;rent par des salari&#233;s pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII - Apr&#232;s 1998 : le conflit entre travailleurs &#171; fixes &#187; et &#171; pr&#233;caires &#187; devient une question centrale pour le mouvement ouvrier cor&#233;en&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de la crise du FMI, la question de la &#171; main-d'&#339;uvre occsionnelle &#187; a pris de plus en plus de place au sein du mouvement ouvrier cor&#233;en, ainsi que l'antagonisme entre travailleurs fixes et pr&#233;caires, les salari&#233;s fixes voyant les salari&#233;s pr&#233;caires comme un danger pour leur emploi. (En l'an 2000, un syndicat national des salari&#233;s pr&#233;caires a &#233;t&#233; fond&#233;, et cette conf&#233;d&#233;ration compte maintenant plus de 50 000 membres.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1999, une gr&#232;ve nationale de 32 jours de 4 000 tuteurs des &#233;coles Jaenung (les &#171; hakwon &#187;, ou cours priv&#233;s du soir) leur permit d'acqu&#233;rir le droit de mener des n&#233;gociations collectives. Le gouvernement avait ni&#233; leur statut de salari&#233;s, les consid&#233;rant comme des &#171; entrepreneurs ind&#233;pendants &#187;. La gr&#232;ve fut importante parce qu'elle prouva que les travailleurs pr&#233;caires pouvaient s'organiser, contre la r&#233;sistance de l'Etat et des employeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2000-2002, une gr&#232;ve dura 517 jours chez les T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e (KT). Au lendemain de la d&#233;faite, le syndicat des travailleurs pr&#233;caires de KT fut dissous. Les travailleurs fixes de KT &#233;taient g&#233;n&#233;ralement hostiles aux travailleurs pr&#233;caires. Apr&#232;s la gr&#232;ve, les T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e embauch&#232;rent des gens en tant que &#171; salari&#233;s &#224; contrat indirect &#187;, c'est-&#224;-dire ayant un statut d'int&#233;rimaires. En 2002, 49% des actions des T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e (KT) furent vendus &#224; des investisseurs am&#233;ricains, et on distribua des indemnit&#233;s substantielles de licenciement aux travailleurs licenci&#233;s ainsi que des actions aux salari&#233;s fixes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2000-2001, une gr&#232;ve dura plus d'un mois dans une usine de climatiseurs, et fut trahie par les travailleurs fixes, pour contrecarrer l'action des militants des syndicats de salari&#233;s pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2000, cependant, les salari&#233;s du Lotte Hotel fournirent un contre-exemple : ils prouv&#232;rent qu'un syndicat de travailleurs fixes pouvait, dans certaines circonstances, organiser les salari&#233;s pr&#233;caires. Apr&#232;s que les propri&#233;taires d'h&#244;tel eurent men&#233; une violente r&#233;pression et que les gr&#233;vistes eurent &#233;t&#233; emprisonn&#233;s, l'h&#244;tel accepta de r&#233;gulariser les pr&#233;caires sur une p&#233;riode de deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ces m&#234;mes ann&#233;es, cependant, le KDLP vira &#224; droite, et la domination de la ligne du courant NL, orient&#233;e vers les bureaucrates de la KCTU et les politiciens du KDLP, emp&#234;cha l'organisation des travailleurs pr&#233;caires. (En 2004, la KCTU aida m&#234;me un P-DG de Hyundai &#224; mener sa campagne &#233;lectorale en tant que candidat ind&#233;pendant.) La KCTU d&#233;fendait une politique n&#233;olib&#233;rale qui imposait l'externalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2003, par exemple, les conducteurs de camions de Pusan d&#233;clench&#232;rent une gr&#232;ve avec succ&#232;s, mais le gouvernement, les patrons, la KCTU et le KDLP la sabot&#232;rent. La m&#234;me ann&#233;e, une grande gr&#232;ve &#233;clata &#224; la raffinerie LG Caltex (aujourd'hui GS Caltex), mais la KCTU ne fit rien pour aider les gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2005, 10 000 travailleurs pr&#233;caires du p&#233;trole et de la chimie &#224; Ulsan lutt&#232;rent pendant 83 jours &#224; propos de leurs conditions de travail. La structure d'embauche compliqu&#233;e impos&#233;e par les lois du travail et la strat&#233;gie des entreprises affaiblirent la gr&#232;ve. Un &#171; Comit&#233; pour la r&#233;gion d'Ulsan &#187; fut cr&#233;&#233; pour r&#233;gler le conflit, y compris des capitalistes, des P-DG, des patrons de PME, des ONG, et la section d'Ulsan de la KCTU. L'accord se limita &#224; la reconnaissance du syndicat. Les ouvriers retourn&#232;rent au travail pendant les six mois que dur&#232;rent les &#171; discussions &#187; au sein du comit&#233;, et celles-ci n'aboutirent &#224; rien. Les gr&#233;vistes reprirent le travail suite aux concessions accord&#233;es par les PME, mais lorsque la KCTU et le KDLP se retir&#232;rent de la sc&#232;ne, aucune clause de l'accord ne fut jamais appliqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 2005, une bataille &#233;clata de nouveau chez la Hyundai Motor Company, &#224; Ulsan, &#224; propos de la pr&#233;carisation. Un travailleur s'immola en signe de protestation, mais le syndicat refusa de lier sa mort &#224; la situation dans l'usine. Les travailleurs pr&#233;caires essay&#232;rent d'arr&#234;ter la cha&#238;ne, mais les salari&#233;s fixes refus&#232;rent de collaborer &#224; leur action. Les cadres de l'entreprise et les jaunes remirent la cha&#238;ne en marche tandis que les ouvriers fixes refusaient d'agir. Tous les travailleurs pr&#233;caires impliqu&#233;s dans la lutte furent licenci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 2006, le syndicat des m&#233;tallos vota pour former un syndicat de branche afin de tenter de surmonter la fragmentation des ouvriers entre une multitude de filiales secondaires ayant chacune des contrats diff&#233;rents, mais HMC n&#233;gocie toujours avec le syndicat-maison de HMC. Beaucoup d'ouvriers militants s'oppos&#232;rent &#224; la cr&#233;ation d'un syndicat de branche en raison de son programme corporatiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, cet &#233;t&#233;-l&#224;, les travailleurs pr&#233;caires de la construction des gigantesques usines sid&#233;rurgiques de POSCO &#224; Pohang d&#233;clench&#232;rent une gr&#232;ve sauvage et furent battus. En ao&#251;t 2007, les ouvriers pr&#233;caires de la Kia Motor Company entam&#232;rent une gr&#232;ve sauvage et occup&#232;rent une partie de l'usine, o&#249; ils furent physiquement attaqu&#233;s par les travailleurs fixes de Kia et forc&#233;s &#224; reprendre le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII - La gr&#232;ve d'E-Land &#233;claire l'horizon social&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve d'E-Land qui se poursuit &#224; l'heure o&#249; nous &#233;crivons (6 janvier 2008) est la lutte la plus r&#233;cente et, par certains c&#244;t&#233;s, la plus importante de toutes celles qui ont plac&#233; les travailleurs pr&#233;caires au centre et sur le devant de la sc&#232;ne sociale sud-cor&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2006, le gouvernement cor&#233;en fit adopter la plus r&#233;cente d'une s&#233;rie de mesures sur le travail pr&#233;caire, qu'il appela, dans un style bien orwellien, la &#171; loi pour la protection de la main-d'&#339;uvre occasionnelle &#187;. Elle a &#233;t&#233; con&#231;ue pour cr&#233;er l'illusion que le pouvoir &#171; faisait quelque chose &#187; &#224; propos d'un probl&#232;me affectant maintenant plus de 60% de la population active sud-cor&#233;eenne. La loi stipule, qu'au bout de deux ans dans la m&#234;me entreprise, tous les salari&#233;s pr&#233;caires acqui&#232;rent automatiquement le statut de travailleurs fixes. La loi entra en application sept mois plus tard, le 1er juillet 2007, mais ses &#233;normes lacunes offraient la possibilit&#233; aux employeurs de cong&#233;dier leurs salari&#233;s pr&#233;caires avant la date-limite des 2 ann&#233;es de pr&#233;sence dans l'entreprise. Quelques soci&#233;t&#233;s se sont conform&#233;es &#224; la loi, mais de nombreuses autres ne l'ont pas fait et ont licenci&#233; leurs travailleurs pr&#233;caires en juin 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation a &#233;t&#233; mise le plus clairement en &#233;vidence dans deux cha&#238;nes de grands magasins E-Land et, en second plan, New Core.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; E-Land a commenc&#233; comme une petite affaire de famille, sous la f&#233;rule d'un propri&#233;taire chr&#233;tien fondamentaliste, et est d&#233;sormais une soci&#233;t&#233; qui fait 58 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel avec 61 succursales dans le pays. Elle s'est empar&#233; des magasins de la cha&#238;ne fran&#231;aise Carrefour. Cette soci&#233;t&#233; impose des conditions de travail particuli&#232;rement dures. Elle embauche surtout des femmes avec des contrats pr&#233;caires ; celles-ci gagnent 800 dollars par mois pour des semaines de 40 heures, et sont souvent oblig&#233;es de travailler 12 heures d'affil&#233;e sans m&#234;me le droit (l&#233;gal) de se rendre aux toilettes. De plus, la soci&#233;t&#233; fait pression sur tous ses employ&#233;s, qu'ils soient chr&#233;tiens ou pas, pour qu'ils fr&#233;quentent la chapelle de l'entreprise. Le P-DG d'E-Land a vers&#233; 15 millions de dollars &#224; son &#233;glise en 2006. Juste avant que la nouvelle loi sur la pr&#233;carisation entre en application, les soci&#233;t&#233;s E-Land et New Score ont licenci&#233; 1 000 salari&#233;s qui travaillaient depuis suffisamment de temps pour acqu&#233;rir le statut de travailleurs fixes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salari&#233;s ont r&#233;agi imm&#233;diatement par une gr&#232;ve qui en est maintenant (en janvier 2008) &#224; son septi&#232;me mois, et ils tiennent toujours bon. Au d&#233;but de la gr&#232;ve, partout en Cor&#233;e du Sud, des milliers de travailleurs pr&#233;caires d'autres branches sont venus pour aider &#224; fermer les magasins d'E-Land. Sous la pression de cet important soutien des salari&#233;s, la KCTU est entr&#233;e dans le mouvement. Elle a d&#233;ploy&#233; tout son arsenal pour &#233;touffer la gr&#232;ve sous une rh&#233;torique pseudo-radicale tout en d&#233;tournant l'&#233;nergie de la base et des soutiens &#171; ext&#233;rieurs &#187; vers des actions symboliques sans signification. Le 30 juin, cependant, 200 employ&#233;s d'E-Land ont occup&#233; une succursale &#224; S&#233;oul et l'ont ferm&#233;e. Le 20 juillet, le gouvernement a r&#233;agi en envoyant 7 000 soldats, policiers et nervis embauch&#233;s par la soci&#233;t&#233; pour expulser et arr&#234;ter 200 personnes. Le gouvernement Noh Moon Yon, en pleine d&#233;cr&#233;pitude (fortement inpopulaire, il ne durera de toute fa&#231;on que jusqu'en f&#233;vrier 2008), a mis tout son prestige en jeu pour faire accepter la nouvelle loi. Mais il n'&#233;tait pas le seul &#224; comprendre l'importance de la gr&#232;ve. De nombreux grands chaebols ont aid&#233; E-Land en lui pr&#234;tant des millions de dollars. La KCTU, pour sa part, promit de pr&#234;ter des sommes importantes aux syndicats d'E-Land et de New Core quand leur caisse de gr&#232;ve serait vide, vers la fin de l'&#233;t&#233; 2007, puis elle revint sur son offre. La KCTU a constamment fait pression sur les syndicats-maison pour qu'ils acceptent de venir &#224; la table des n&#233;gociations tandis que la direction d'E-Land n'a pour le moment l&#226;ch&#233; aucune concession. A Pohang, en novembre, E-Land a m&#234;me essay&#233; d'ouvrir une nouvelle succursale avec seulement des employ&#233;s pr&#233;caires. 500 travailleurs d'E-Land et d'autres salari&#233;s pr&#233;caires ont non seulement bloqu&#233; l'entr&#233;e du magasin, mais attaqu&#233; et d&#233;sarm&#233; les flics et les nervis qui le prot&#233;geaient. Des actions semblables, y compris des blocages et des occupations de magasins, se sont produites par intermittence tout au long de l'automne 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Contrairement &#224; beaucoup d'autres gr&#232;ves pr&#233;c&#233;dentes autour de la question du travail pr&#233;caire, ce qui est peut-&#234;tre le plus remarquable dans la gr&#232;ve d'E-Land, c'est la large sympathie et l'appui dont b&#233;n&#233;ficie la gr&#232;ve parmi les salari&#233;s pr&#233;caires qui vivent dans la m&#234;me situation. Un boycott national a r&#233;ussi, jusqu'au mois de d&#233;cembre 2007, &#224; r&#233;duire les ventes de 30%, et m&#234;me les m&#233;dias, du moins dans les premi&#232;res semaines, se sont montr&#233; plut&#244;t favorables &#224; la gr&#232;ve. Que la gr&#232;ve d'E-Land permette - ou pas - aux gr&#233;vistes de r&#233;cup&#233;rer leur boulot, ce mouvement repr&#233;sente d&#233;j&#224; une victoire pour le mouvement ouvrier dans son ensemble car d&#233;sormais on ne peut plus ignorer le probl&#232;me de la pr&#233;carisation du travail en Cor&#233;e du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loren Goldner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(traduit de l'anglais pour le n&#176; 22-23 de Ni patrie ni fronti&#232;res, &#224; para&#238;tre en mars 2008)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pr&#233;parer cet article, j'ai appris bien davantage en discutant et collaborant avec des militants et des intellectuels cor&#233;ens partisans de la lutte de classe qu'en lisant n'importe quel livre, &#224; l'exception de Korean Workers, The Culture and Politics of Class Formation de Koo Hagen publi&#233; en 2001. Ce livre constitue l'unique ouvrage disponible dans une langue occidentale et qui offre une analyse compl&#232;te de l'histoire de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne. J'ai bien s&#251;r &#233;t&#233; consid&#233;rablement limit&#233; par ma ma&#238;trise insuffisante de la langue cor&#233;enne. La liste r&#233;capitulative ci-dessous rassemble les ouvrages que j'ai n&#233;anmoins trouv&#233;s utiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bae, Kichan, Korea at the Crossroads. The History and Future of East Asia, S&#233;oul, 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brzezinski, Zbigniew, The Grand Chessboard. American Primacy and Its Geostrategic Imperatives, New York, 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cho, Lee-Jay et al., (sous la direction de), Institutional and Policy Reforms to Enhance Corporate Efficiency in Korea, S&#233;oul, 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cho, Lee-Jay et al. (sous la direction de), Regulatory Reforms in the Age of Financial Consolidation, S&#233;oul, 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cumings, Bruce, The Origins of the Korean War, vol. I : Princeton, 1981 ; vol. II : Princeton, 1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denis, M. et al., S&#252;dkorea : Kein Land fuer friedliche Spiele, Reinbek bei Hamburg, 1988&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Graham, E., Reforming Korea's Industrial Conglomerates, Washington DC, 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harris, N., The End of the Third World, London, 1986&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hart-Landsberg, M. et al. (sous la direction de), Marxist Perspectives on South Korea in the Global Economy, Hampshire (Grande-Bretagne), 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hart-Landsberg, M., The rush to development : economic change and political struggle in South Korea, New York, 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hwang, B-D., Nachholende Industrialisierung und autorit&#228;rer Staat, Berlin, 1989&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kang, Su-Dol, Fordismus und Hyundaismus, Francfort, 1995&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim, San/Wales, N., Song of Ariran, New York, 1941&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim, S./Shin, D.C., Economic Crisis and Dual Transition in Korea, S&#233;oul, 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim, W./Kim, P.S., Korean Public Administration, S&#233;oul, 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeju Development Institute/ East Asia Foundation, Building a Northeast Asian Community, vol. II, S&#233;oul, 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeong, Seongjin et Shin, Jo-Yung, &#171; Debates on the Economic Crisis within the Korean Left &#187;, in Rethinking Marxism, vol. II, n&#176; 2, printemps 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jomo, K.S., Tigers in Trouble, Financial Governance, Liberalisation and Crises in East Asia, London, 1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Johnson, Chalmers, Blowback, 2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim, Kyeong-won, Post-Crisis Transformation of the Korean Economy, A Review from 1998 to 2002, S&#233;oul, 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kirk, D./Choe, S.H., Korea Witness, S&#233;oul, 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kirk, Donald, Korean Dynasty, Hyundai and chung Ju Yung, Hong Kong, 2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Koo, Hagen, Korean Workers, The Culture and Politics of Class Formation, Ithaca, 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Korean National Commission for UNESCO, The Korean Economy : Reflections at the Millennium, S&#233;oul, 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lee, B-H., Verfassungs- und gesellschaftspolitische Konzeptionen und ihre Verwirklicung in der Dritten Republik Koreas (1963-1972)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacobs, Norman, The Korean Road to Modernization and Development., Urbana, 1985&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moon, C. et Steinberg, D., Korea in Transition, Three Years under the Kim Dae-Jung Government, S&#233;oul, 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ogle, G., South Korea : Dissent Within the Economic Miracle, Londres, 1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Park, Min-na, Birth of Resistance, Stories of Eight Women Worker Activists, S&#233;oul, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scalapino, R. et Lee, Chong-sik, Communism in Korea, vol. I. Berkeley, 1972&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sun, Hak Tae, The Political Economy of Democratic Consolidation. Dynamic Labour Politics in South Korea, Kwangju, 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialist Political Alliance, Marx/ Revolution, Papers of the SPA International Conference in S&#233;oul and Ulsan, octobre 2006, S&#233;oul&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suh, D-S., The Korean Communist Movement, 1918-1948, Princeton, 1967&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;West, J., A Critical Discourse on Korean Law and Economy, Pusan, 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Woronoff, J., Asia's &#8220;Miracle&#8221; Economies, S&#233;oul, 1986&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Glossaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cheonpyong : Conseil national des travailleurs &#224; Choson ; conseils ouvriers qui se sont empar&#233;s de l'industrie cor&#233;enne entre ao&#251;t et d&#233;cembre 1945. Dissous par les forces d'occupation am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chun Doo-hwan ; dictateur militaire sud-cor&#233;en entre 1980 et 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commission Tripartite : organisme corporatiste r&#233;unissant des repr&#233;sentants de l'Etat, du Capital et du travail, et qui s'inspire du mod&#232;le n&#233;erlandais et de son &#8220;Conseil &#233;conomique et social' tripartite. Elle fut cr&#233;&#233;e en 1998 pour donner au gouvernment sud-cor&#233;en une aura sociale-d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crise du FMI (1997-98) : une fuite massive de capitaux obligea la Cor&#233;e du Sud &#224; qu&#233;mander au FMI un pr&#234;t de 57 milliards de dollars qui lui fut accord&#233; avec des conditions draconiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FKTU (Syndicats libres cor&#233;ens) : syndicat anticommuniste, de l'&#233;poque de la guerre froide. Contribua &#224; r&#233;primer les luttes des travailleurs sous la dictature et devint un syndicat conservateur de cols blancs apr&#232;s la transition &#224; la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grande Lutte des Travailleurs (Nodongja Taetujeang) : mouvement de gr&#232;ve qui toucha 3 000 entreprises durant l'&#233;t&#233; 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grand Parti national (Hanaratang, litt&#233;ralement &#171; parti pour une nation unie &#187;) : parti de la droite dure qui a gagn&#233; les &#233;lections pr&#233;sidentielles en d&#233;cembre 2007 ; rassemble les nostalgique du r&#233;gime Park Chung-hee&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre de Cor&#233;e (1950-1953) : important affrontement de la guerre froide entre la Cor&#233;e du Sud (soutenue par les Etats-Unis),et la Cor&#233;e du Nord, soutenue par la Chine et l'Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hakchul (litt&#233;ralement &#171; venant de l'universit&#233; &#187;) : &#233;tudiants qui se firent embaucher en usine pour faire de l'agitation &#224; la fin des ann&#233;es 70 et surtout dans les ann&#233;es 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HMC (Hyundai Motor Company) : chantier naval au centre de l'agitation ouvri&#232;re dans la ville d'Ulsan, ainsi que HHI (Hyundai Heavy Industry). En 1990, 9000 policiers et soldats men&#232;rent une attaque a&#233;rienne, terrestre et maritime contre l'occupation par les travailleurs de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;hyung-jang jojik : organisation dans les ateliers, qui vise &#224; contrebalancer celle des bureaucraties syndicales en entretenant des liens horizontaux avec les travailleurs des autres branches d'industrie (1990-2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeon tae-il (1948-1970) : jeune ouvrier textile qui s'immola par le feu et dont le sacrifice provoqua la renaissance du mouvement ouvrier sud-cor&#233;en en 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KCTU (Minju Nochong) : Conf&#233;d&#233;ration cor&#233;enne des syndicats. Fond&#233;e en 1995, l&#233;galis&#233;e en 1998 ; syndicat r&#233;formiste-corporatiste n&#233; sur les ruines de la NCTU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KDLP (Parti travailliste d&#233;mocratique cor&#233;en) : parti social-d&#233;mocrate fond&#233; au printemps 1997. &#192; obtenu 5% des voix aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2002, puis 3% en 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim Dae-jung : politicien d&#233;mocratique lib&#233;ral, &#233;lu pr&#233;sident de la Cor&#233;e du Sud apr&#232;s des d&#233;cennies de travers&#233;e du d&#233;sert&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KT (T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e) : entreprise publique de t&#233;l&#233;communications qui connut de nombreuses gr&#232;ves entre 1994 et 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kwangju (insurrection de) : soul&#232;vement qui se produisit en mai 1980 dans la plus grande ville de la province de Cholla dans le sud-ouest du pays. Ecras&#233;e par le gouvernement militaire de Chun Doo-hwan. On estime le bilan de la r&#233;pression &#224; environ 2 000 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lee Myung Bak : pr&#233;sident de la Cor&#233;e du Sud &#233;lu en d&#233;cembre 2007 ; ancien PDG de Hyundai et ancien maire de S&#233;oul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;minjung : mouvement culturel des ann&#233;es 70, inspir&#233; par des chr&#233;tiens de gauche. Il puisa dans la culture cor&#233;enne populaire pour cr&#233;er une nouvelle culture d'opposition dans le domaine de la musique, de la danse et des arts graphiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NCTU (ChoNoHyop) : Conf&#233;d&#233;ration nationale des syndicats. Conf&#233;d&#233;ration d&#233;mocratique radicale dans la p&#233;riode 1990-1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NL (Lib&#233;ration nationale) tendance favorable &#224; la Cor&#233;e du Nord majoritaire &#224; la fois dans le syndicat KCTU et le parti KDLP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Park Chung-hee : dictateur militaire de la Cor&#233;e du Sud, 1961-1979. Assassin&#233; par le chef des services secrets cor&#233;ens (KCIA) en octobre 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PD (D&#233;mocratie du peuple) : tendance sociale-d&#233;mocrate minoritaire dans le syndicat KCTU et le parti KDLP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se Maul (Nouveau Village) : programme lanc&#233; sous la dictature de Park Chung-hee, au d&#233;but des ann&#233;es 70. Il visait &#224; moderniser l'agriculture et vider les campagnes pour acc&#233;l&#233;rer l'industrialisation du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syngman Rhee : pr&#233;sident de la Cor&#233;e du Sud (1948-1960). Cette marionnette des Etats-Unis fut renvers&#233;e par les &#233;meutes &#233;tudiantes de 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ulsan : principale ville industrielle de Cor&#233;e du Sud et lieu des plus intenses luttes de classe particuli&#232;rement en 1987-1990, mais aussi dans les ann&#233;es suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;yangban : ce terme d&#233;signe la classe dirigeante du royaume de Cor&#233;e durant la derni&#232;re dynastie (celle des Choson) entre 1390 et 1910, classe compos&#233;e d'une caste de guerriers et de lettr&#233;s confuc&#233;ens.&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>R&#233;volution coloniale &#224; la fin de la guerre</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article91</link>
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		<dc:date>2007-09-15T12:34:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Asie Asia</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Inde India</dc:subject>
		<dc:subject>Vietnam</dc:subject>
		<dc:subject>Indon&#233;sie Indonesia</dc:subject>
		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e Korea</dc:subject>
		<dc:subject>Cameroun</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;SITE : Mati&#232;re et R&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
www.matierevolution.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Sommaire du site &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nous &#233;crire, cliquez sur &#034;r&#233;pondre &#224; cet article&#034; qui se trouve en bas du texte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une entente contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne &lt;br class='autobr' /&gt; Le 18 mars 1946, le pr&#233;sident Ho Chi Minh re&#231;oit, &#224; la r&#233;sidence du gouverneur, le g&#233;n&#233;ral Leclerc, en pr&#233;sence du commissaire de la R&#233;publique du Tonkin, Jean Sainteny. La r&#233;volution prol&#233;tarienne en Asie &lt;br class='autobr' /&gt;
Un dirigeant bourgeois d&#233;clarait : &#171; le Japon vaincu a gagn&#233;. L&#224; o&#249; les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;02- La deuxi&#232;me guerre mondiale et l'alliance imp&#233;rialisme/stalinisme contre le prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot44" rel="tag"&gt;Asie Asia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot124" rel="tag"&gt;Inde India&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot130" rel="tag"&gt;Vietnam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot132" rel="tag"&gt;Indon&#233;sie Indonesia&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Cor&#233;e Korea&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot153" rel="tag"&gt;Cameroun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;SITE : Mati&#232;re et R&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;www.matierevolution.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article88&#034;&gt;Sommaire du site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous &#233;crire, cliquez sur &#034;r&#233;pondre &#224; cet article&#034; qui se trouve en bas du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une entente contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L320xH220/leclerc_ho-chi-minh-51c15.jpg?1777604916' width='320' height='220' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Le 18 mars 1946, le pr&#233;sident Ho Chi Minh re&#231;oit, &#224; la r&#233;sidence du gouverneur, le g&#233;n&#233;ral Leclerc, en pr&#233;sence du commissaire de la R&#233;publique du Tonkin, Jean Sainteny.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne en Asie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dirigeant bourgeois d&#233;clarait : &#171; le Japon vaincu a gagn&#233;. L&#224; o&#249; les japonais sont pass&#233;s, ils ont d&#233;moli l'id&#233;e de la sup&#233;riorit&#233; du colonialisme occidental &#187;. Le 16 ao&#251;t 45, c'est la d&#233;faite japonaise. Ce m&#234;me mois &#233;clatent des mouvements insurrectionnels en m&#234;me temps en Indon&#233;sie, en Cor&#233;e, au Vietnam. Il ne s'agit pas de mouvements de gu&#233;rillas paysannes comme on l'a souvent pr&#233;sent&#233; pour dire que la direction nationaliste &#233;tait une fatalit&#233;. Dans les trois cas, ces mouvements ont lieu dans les grandes villes, et dans les trois cas ils sont essentiellement populaires et m&#234;me prol&#233;tariens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Indon&#233;sie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en Indon&#233;sie que la r&#233;volution a commenc&#233;. Ao&#251;t 1945 au d&#233;part des japonais, quand les Hollandais &#224; peine ressortis de prison veulent remettre en place la dictature coloniale, les ind&#233;pendantistes et les staliniens d'Indon&#233;sie prennent les armes et le pouvoir. Ils proclament imm&#233;diatement l'ind&#233;pendance mais ils ne parviendront &#224; virer compl&#232;tement le colonialisme hollandais qu'en 1949. Le courant nationaliste bourgeois de Soekarno, le parti national, est loin d'&#234;tre le seul. Bien que d&#233;capit&#233; par une r&#233;pression f&#233;roce des hollandais lors de l'insurrection de 1928 le PKI, le parti communiste est au moins aussi puissant et beaucoup plus influent dans la classe ouvri&#232;re. Sa strat&#233;gie est le soutien total &#224; Soekarno au point que le parti communiste met toute son &#233;nergie freiner la lutte des ouvriers et des paysans, &#224; emp&#234;cher les occupations d'usines, et de terres des plantations &#233;trang&#232;res et des grands propri&#233;taires, &#224; justifier le rachat des propri&#233;t&#233;s nationalis&#233;es par l'Etat, &#224; justifier le d&#233;sarmement des travailleurs et la formation de l'arm&#233;e bourgeoise. Rapidement les forces nationalistes se trouvent circonscrites dans l'&#238;le de Java, la plus peupl&#233;e. Mais m&#234;me l&#224;, une insurrection populaire partie de Madium conteste le pouvoir de Soekarno. Le parti communiste, bien que r&#233;ticent &#224; mener une politique offensive contre la bourgeoisie nationaliste, est port&#233; &#224; la t&#234;te de l'insurrection par les masses populaires. Celle-ci fut noy&#233;e dans le sang par l'arm&#233;e de Soekarno et les militants du parti communiste sont pourchass&#233;s. Un avant go&#251;t de ce qui allait se passer des ann&#233;es plus tard o&#249; cette m&#234;me arm&#233;e assassinera le parti communiste indon&#233;sien qui &#233;tait le plus grand parti communiste de tous les pays du bloc non communiste, faisant en trois mois un v&#233;ritable massacre, des centaines de milliers de victimes, dans les rangs de ce parti qui comptait 15 millions de membres en comptant toutes les associations qu'il dirigeait. Un parti communiste qui avait pourtant &#233;t&#233; &#224; nouveau un soutien sans faille au r&#233;gime nationaliste qui cependant n'&#233;tait qu'une f&#233;roce dictature qui s'est content&#233;e de faire passer l'exploitation p&#233;troli&#232;re de la compagnie Shell &#224; la Standard Oil et de surexploiter violemment la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Anglais constatant qu'il y a un mouvement r&#233;volutionnaire irr&#233;sistible, pr&#233;f&#232;rent c&#233;der le pouvoir d'eux-m&#234;mes &#224; des nationalistes avec lesquels ils tentent des accords pour conserver leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques plut&#244;t que de risquer que les masses populaires ne s'embrasent. Le travailliste, le major Attlee qui a succ&#233;d&#233; &#224; Churchill d&#233;clare qu'il craint un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire des masses en Inde et c'est comme cela qu'il obtient tr&#232;s rapidement l'accord de la bourgeoisie anglaise pour c&#233;der &#224; toute vitesse l'ind&#233;pendance ce que l'Angleterre n'envisageait absolument pas un an plus t&#244;t. En octobre 1946 il explique &#224; la chambre que tout retard dans l'accession &#224; l'ind&#233;pendance provoquera des graves troubles r&#233;volutionnaires selon le compte rendu de la mission minist&#233;rielle qu'il a envoy&#233;e sur place et que selon lui il sera inutile et impossible d'amener suffisamment de renforts sur place. Il est certain que la population anglaise qui r&#233;clamait d'abord et avant tout sa d&#233;mobilisation et qui venait de faire chuter Churchill le repr&#233;sentant de tous les sacrifices consentis au nom de l'effort de guerre ne se sentait pas pr&#234;te &#224; verser son sang pour lutter contre la population de l'Inde soulev&#233;e. Et en f&#233;vrier 47 &#224; la chambre des lords Pethic-Lawrence d&#233;clare que l'on a d&#233;j&#224; trop tard&#233; que selon ses termes &#171; il existe en Inde une situation et un danger r&#233;volutionnaire extr&#234;me, que si le transfert du pouvoir ne s'effectue pas &#224; bref d&#233;lai la r&#233;volution dont l'&#233;ruption a &#233;t&#233; momentan&#233;ment retard&#233;e par l'annonce de la pr&#233;paration de l'ind&#233;pendance par la mission minist&#233;rielle &#233;clatera in&#233;vitablement &#187;. L'exemple Birman montre toute l'utilit&#233; d'aller vers l'ind&#233;pendance qui a permis en janvier 1947 un rapprochement entre l'Angleterre et le nationaliste Ang San ce qui leur a permis de casser l'alliance entre les nationalistes mod&#233;r&#233;s et radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Inde la direction incontest&#233;e de la bourgeoisie nationale est le parti du congr&#232;s de Gandhi. Sa position est caract&#233;ristique vis &#224; vis de la classe ouvri&#232;re : aucune ind&#233;pendance syndicale. Ainsi la seule organisation syndicale qui lui soit li&#233;e, celle des ouvriers du textile d'Ahmedabad qui lui sont li&#233;es, est organis&#233;es syndicalement au sein du parti s&#233;par&#233;ment du reste du mouvement ouvrier qui appartient &#224; une f&#233;d&#233;ration unifi&#233;e regroupant tous les autres syndicalistes des staliniens aux r&#233;formistes et aux militants radicaux. Le mouvement ouvrier organis&#233; compte autant de membres que le parti du congr&#232;s soit 400 000 membres chacun en 1935. Mais plus la revendication politique devient pr&#233;pond&#233;rante, plus la distance s'accro&#238;t en faveur de la formation nationaliste bourgeoise faute d'une politique du mouvement ouvrier. Directement li&#233; aux propri&#233;taires fonciers, industriels et commer&#231;ants, le parti du congr&#232;s est r&#233;ticent &#224; inclure toute mesure sociale y compris un programme agraire dans ses revendications ce qui laisserait une &#233;norme marge pour un mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire afin de s'adresser &#224; une paysannerie en r&#233;volte. Tout mouvement &#224; caract&#232;re r&#233;volutionnaire contre l'imp&#233;rialisme anglais d&#233;borderait in&#233;vitablement le mouvement politique bourgeois puisque celui-ci s'interdit toute insurrection arm&#233;e contre les anglais. Le mouvement nationaliste de Gandhi appelle les masses au pacifisme sous des pr&#233;textes philosophiques. N'oublions pas que cette philosophie n'avait pas emp&#234;ch&#233; Gandhi de choisir d'appeler les Indiens &#224; soutenir l'effort de guerre de l'imp&#233;rialisme britannique pendant la premi&#232;re guerre mondiale. Par contre, la mont&#233;e du mouvement ind&#233;pendantiste avant guerre va le contraindre &#224; une position plus radicale. En octobre 1939, 90 000 ouvriers d'industrie de Bombay participent &#224; une gr&#232;ve politique contre la guerre qui va obliger le parti du congr&#232;s &#224; une petite d&#233;claration de non coop&#233;ration &#224; la guerre aux c&#244;t&#233;s des anglais. C'est seulement en 1941 qu'il peut &#224; nouveau offrir sa coop&#233;ration &#224; l'effort de guerre anglais. Mais, de 1942 &#224; 1944, l'imp&#233;rialisme anglais ne veut qu'&#233;craser le mouvement nationaliste et pratique des arrestations massives de ses dirigeants comme des militants plus radicaux. Et ce jusqu'&#224; la fin de la guerre. C'est pour n&#233;gocier avec eux de leur donner le pouvoir &#224; l'ind&#233;pendance que l'imp&#233;rialisme anglais les fait lib&#233;rer en 1945. L'ann&#233;e 1946 est marqu&#233;e par la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res et par une v&#233;ritable maturation r&#233;volutionnaire qui d&#233;bute par une mutinerie militaire. Les marins d'une caserne d'entra&#238;nement de Bombay manifestent leur m&#233;contentement le 18 f&#233;vrier 1946. Le lendemain il s'agit d&#233;j&#224; d'un v&#233;ritable soul&#232;vement de plus de 20 000 marins casern&#233;s &#224; Bombay et de 20 b&#226;timents ancr&#233;s dans le port. Les marins soulev&#233;s &#233;lisent un comit&#233; central de gr&#232;ve. Et &#224; Karachi des troubles semblables se produisent. Face &#224; la menace de r&#233;pression violente le comit&#233; central de gr&#232;ve de la flotte en appelle aux travailleurs. Le parti du congr&#232;s et la ligue musulmane, les organisations ind&#233;pendantistes de la bourgeoisie refusent leur soutien au soul&#232;vement. Les 22 et 23 f&#233;vrier la bataille fait rage dans Bombay o&#249; la population ouvri&#232;re qui a pris le parti des mutin&#233;s est violemment r&#233;prim&#233;e : 250 morts. Parti du Congr&#232;s et Ligue musulmane contraignent finalement les marins &#224; se rendre et le comit&#233; de gr&#232;ve d&#233;clare : &#171; nous nous rendons &#224; l'Inde mais pas &#224; l'Angleterre &#187;. Les mutins sont s&#233;v&#232;rement condamn&#233;s par les partis bourgeois. Gandhi les traite de &#171; racaille &#187; et de combinaison impie d'hindous et de musulmans &#187;. Les dirigeants musulmans d&#233;clarent que la flotte doit &#234;tre disciplin&#233;e. C'est l&#224; le point commun que ces partis bourgeois ont avec l'Angleterre : la crainte commune du d&#233;clenchement d'un mouvement de masse r&#233;volutionnaire. Et cela alors qu'ont lieu aussi des troubles dans l'arm&#233;e anglaise des Indes. Les tommies qui veulent rentrer plus vite et sentent que &#231;a va chauffer manifestent pour rentrer plus vite en Angleterre que ce soit &#224; Delhi ou dans l'Uttar Pradesh. Au m&#234;me moment, les luttes gr&#233;vistes des travailleurs sont au point le plus &#233;lev&#233; jamais atteint avec la gr&#232;ve insurrectionnelle de deux millions de travailleurs dans un climat de tension extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire diversion ces formations nationalistes, la Ligue musulmane et le Hindu Masahabha, organisent des manifestations d'opposition inter-ethnique, principalement dans le Bengale et dans le Bihar avec des heurts sanglants entre les communaut&#233;s religieuses. La Ligue musulmane annonce qu'elle r&#233;clame la partition du pays sur des bases religieuses hindous d'un c&#244;t&#233; et musulmans de l'autre. Cette id&#233;e a &#233;t&#233; en fait discut&#233;e par la Ligue &#224; Londres et c'est l'imp&#233;rialisme anglais qui en a fait lui-m&#234;me la suggestion pour d&#233;tourner le m&#233;contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;pression et malgr&#233; les diversions racistes, dans les mois qui suivent, le pays plonge dans le soul&#232;vement et le chaos. Dans des r&#233;gions enti&#232;res, plus personne n'ob&#233;it plus &#224; l'administration colonialiste. Dans ces conditions, l'Angleterre acc&#233;l&#232;re &#224; toute vitesse le plan d'accession &#224; l'ind&#233;pendance. Sign&#233; d&#233;but juillet 1947, le plan de partage en Inde et Pakistan, est adopt&#233; le 18 juillet et le nouveau pouvoir install&#233; le 15 ao&#251;t 1947. On n'aura jamais vu un pouvoir colonial aussi press&#233; de donner sa place !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace prol&#233;tarienne en Inde &#233;tait tout ce qu'il y a de plus s&#233;rieuse. Les salari&#233;s repr&#233;sentaient 55% de population des villes et les travailleurs ind&#233;pendants n'exploitant personne 32% alors que les employeurs n'y &#233;taient que 1%. L'essentiel du prol&#233;tariat travaillait dans de grandes entreprises industrielles et pr&#232;s des trois quarts vivaient dans de tr&#232;s grandes cit&#233;s. Et la lutte s'est d&#233;roul&#233;e essentiellement dans les villes. Il y aurait eu pour une r&#233;volution prol&#233;tarienne un &#233;norme potentiel de soutien d'une paysannerie tr&#232;s exploit&#233;e et r&#233;volt&#233;e. L'influence de la grande bourgeoisie sur le petite et moyenne &#233;tait faible et c'est l'absence politique des travailleurs alors que les poss&#233;dants ont eu des dirigeants de haut niveau capables d'unir toutes les classes poss&#233;dantes indiennes qui a permis aux grands propri&#233;taire, banquiers et grands commer&#231;ants de tenir le haut du pav&#233;. Le parti communiste indien ne risquait pas de repr&#233;senter m&#234;me de mani&#232;re d&#233;form&#233;e une politique de classe pour les travailleurs, lui qui proclamait vouloir &#171; un gouvernement de d&#233;mocratie populaire qui sera celui de tous les groupes, individus et partis d&#233;mocratiques repr&#233;sentant les ouvriers, les paysans, les classes moyennes et la bourgeoisie nationale, celle qui est favorable &#224; une v&#233;ritable industrialisation du pays et &#224; l'ind&#233;pendance de l'Inde &#187;. Pour se donner un visage plus radical que celui qu'il a eu au moment de l'ind&#233;pendance, le parti communiste soutient un soul&#232;vement paysan arm&#233; de deux r&#233;gions en 1948 l'Andhra et Telengana o&#249; sur un territoire de 4000 km&#178; 2000 villages sont organis&#233;s en comit&#233;s populaires, soul&#232;vement qui est r&#233;prim&#233; dans le sang par la nouvelle arm&#233;e de l'Inde ind&#233;pendante, en guise d'avertissement aux couches populaires. La classe ouvri&#232;re a tr&#232;s vite eu &#224; s'opposer &#224; ce nouveau pouvoir avec notamment une grande gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de la ville de Calcutta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'absence d'une politique ouvri&#232;re ind&#233;pendante n'est pas due &#224; l'absence de soutien qu'il rencontrerait dans la population. Ainsi aux premi&#232;re &#233;lections g&#233;n&#233;rales en Inde, le parti communiste recueille quand m&#234;me plus de 6 millions de voix et quatre autres groupes se r&#233;clamant de l'extr&#234;me gauche font respectivement 2,5 millions de voix, 1,1 millions, un million et 400 000 voix &#224; rajouter aux 22, 8 millions de voix obtenues par l'opposition socialiste et communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons l'ouvrage de Charles Bettelheim &#171; L'Inde ind&#233;pendante &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La naissance de L'union indienne est intimement li&#233;e &#224; l'action du Congr&#232;s national indien (parti du Congr&#232;s). Cette action elle-m&#234;me n'a pu aboutir que parce que, sur les ruines de l'ancienne soci&#233;t&#233;, s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;es des forces sociales nouvelle, une bourgeoisie et un prol&#233;tariat, qui devaient s'opposer de fa&#231;on de plus en plus active &#224; la domination &#233;trang&#232;re. (&#8230;) Au cours d'une premi&#232;re p&#233;riode, qui s'&#233;tend jusqu'&#224; 1905, le parti du Congr&#232;s a &#233;t&#233;, essentiellement, le porte-parole de la grande bourgeoisie indienne et des couches sup&#233;rieures des classes moyennes cultiv&#233;es. Il se fixait pour but l'ind&#233;pendance nationale. Il d&#233;sirait voir les Britanniques mettre en &#339;uvre une politique de r&#233;formes sociales et de progr&#232;s &#233;conomique. (&#8230;) En 1905, ann&#233;e de la premi&#232;re victoire d'un Etat d'Asie, le Japon, sur une puissance europ&#233;enne et ann&#233;e de la premi&#232;re r&#233;volution russe, le parti du Congr&#232;s se prononce pour le boycott &#233;conomique des Anglais afin de protester contre le partage du Bengale. (...) Pendant la guerre de 1914-18, le parti du Congr&#232;s se prononce pour le soutien de la guerre, Gandhi lui-m&#234;me demande aux Indiens de s'engager dans l'arm&#233;e anglaise. A la fin de la guerre mondiale, le parti du Congr&#232;s est pr&#234;t &#224; accepter, avec quelques r&#233;serves, les r&#233;formes promulgu&#233;es par le gouvernement britannique. (&#8230;) Cependant, le mouvement des masses (mouvement qui se manifeste principalement par un puissant essor des gr&#232;ves ouvri&#232;res), la mise en &#339;uvre par le gouvernement britannique d'une politique de r&#233;pression, puis la vague d'indignation que cette r&#233;pression suscite dans la population indienne conduisent le parti du Congr&#232;s &#224; raidir ses positions. Ces positions plus combatives sont abandonn&#233;es par Gandhi en 1922. Tout semble indiquer que ce revirement correspond &#224; la crainte de voir le Congr&#232;s d&#233;bord&#233; par l'action des masses. Cette interpr&#233;tation est celle que Jawaharlal Nehru lui-m&#234;me semble admettre (dans &#171; Une autobiographie &#187;). Peu &#224; peu, cependant, l'activit&#233; syndicale et politique de la classe ouvri&#232;re indienne prend de la force. Les organisations syndicales se multiplient et deviennent permanentes. Le Gouvernement doit m&#234;me reconna&#238;tre officiellement leur existence par le Trade Union Act (1926) qui, d'ailleurs, impose de nombreuses limitations &#224; la libert&#233; et &#224; l'action syndicales. Au cours des ann&#233;es 1922-27, le Trade Union Congress se remplit d'une vie syndicale r&#233;elle et, en 1927, il compte 57 syndicats affili&#233;s et 150.000 membres environ. La direction du mouvement syndical &#233;chappe alors, progressivement, au parti du Congr&#232;s et passe &#224; des syndicalistes ainsi qu'&#224; des militants se r&#233;clamant du socialisme ou du mouvement communiste indien. L'essor syndical se poursuit malgr&#233; une r&#233;pression s&#233;v&#232;re. De nouvelles centrales se forment. Parall&#232;lement, sur le plan politique, on assiste &#224; la naissance des partis ouvriers et paysans n&#233;s de la jonction des militants les plus combatifs du mouvement syndical et des &#233;l&#233;ments de la gauche du parti du Congr&#232;s. D'abord constitu&#233; sur une base provinciale (au Bengale, &#224; Bombay, dans les Provinces-Unies, au Pendjab, etc&#8230;), ces partis s'unissent pour former en 1928 le parti pan-indien des ouvriers et des paysans.(&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1935, avec la promulgation du Government of India Act, la partie &#171; provinciale &#187; de cet acte va donner l'occasion au parti du Congr&#232;s de participer pour la premi&#232;re fois sur une large &#233;chelle &#224; la gestion des affaires publiques. (&#8230;) Sur le plan syndical, l'&#233;v&#233;nement important est la fusion qui a lieu en 1935, du Red Trade Union Congress, centrale &#224; direction communiste qui s'&#233;tait form&#233;e en 1930, et du All India Trade Union Congress. En 1938, la fusion s'effectue aussi avec la National Federation of Trade Unions &#224; direction r&#233;formiste. Le mouvement syndical indien est alors unifi&#233; &#224; l'exception de l'Association des travailleurs du textile d'Ahmedabad cr&#233;e par Gandhi et qui est toujours rest&#233;e en dehors du mouvement ouvrier et compte environ 400 000 membres en 1938-39. Au sein du parti du Congr&#232;s, les id&#233;es socialistes trouvent un &#233;cho. Leurs partisans se regroupent dans le parti socialiste du Congr&#232;s (form&#233; en 1934). (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La Ligue musulmane avait &#233;t&#233; fond&#233;e en 1906 &#224; l'initiative des autorit&#233;s britanniques. Celles-ci cherchaient &#224; opposer une force nouvelle au Congr&#232;s dont l'orientation leur d&#233;plaisait de plus en plus. (&#8230;) Les &#233;lections ont lieu en 1937 dans les diff&#233;rentes &#171; provinces &#187;. Ces &#233;lections, tenues sur une base censitaire, aboutissent &#224; une victoire &#233;crasante du Congr&#232;s. La Ligue musulmane, par contre, n'obtient que de maigres r&#233;sultats : 4,6% du total des votes musulmans. L'accession du parti du Congr&#232;s aux gouvernements de la majorit&#233; des Provinces accro&#238;t consid&#233;rablement son prestige. En 1938-39, le Congr&#232;s est devenu un parti de masse comptant 4 400 000 membres, contre environ 500 000 trois ans plus t&#244;t. L'action pratique du parti du Congr&#232;s &#224; travers les gouvernements provinciaux qu'il dirige se trouve doublement limit&#233;e : par les pouvoirs restreints dont ces gouvernements disposent et par la diff&#233;renciation politique qui ne tarde pas de s'op&#233;rer &#224; nouveau au sein du parti. (&#8230;) La majorit&#233; des cadres dirigeants du parti du Congr&#232;s &#233;taient &#233;troitement li&#233;s aux propri&#233;taires fonciers, aux industriels et aux commer&#231;ants indiens et n'&#233;taient donc pas particuli&#232;rement dispos&#233;s &#224; promouvoir les mesures qui, comme une r&#233;forme agraire quelque peu profonde, ou des moratoires importants accord&#233;s aux paysans &#233;cras&#233;s par les dettes ou des augmentations de salaires, etc, auraient port&#233; pr&#233;judice aux int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels de la bourgeoisie indienne. Bien entendu, les masses qui avaient soutenu le parti du Congr&#232;s s'attendaient &#224; un changement plus sensible de leurs conditions d'existence, d'o&#249; l'apparition d'une certaine d&#233;sillusion. Comme le disait Jawaharlal Nehru : &#171; Le progr&#232;s &#233;tait lent et le m&#233;contentement se fit jour. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but de la seconde guerre mondiale, le parti du Congr&#232;s prend une position de principe radicalement diff&#233;rente de celle adopt&#233;e en 1914-18. Tandis que le Congr&#232;s avait alors apport&#233; son concours &#224; la guerre, le Comit&#233; d&#233;clare qu'il &#171; ne peut s'associer &#224; une guerre de caract&#232;re imp&#233;rialiste et dont le but est de consolider l'imp&#233;rialisme en Inde &#187;. (&#8230;) La classe ouvri&#232;re indienne prenait elle-m&#234;me l'initiative de la &#171; non-coop&#233;ration &#187; : elle d&#233;clenchait sur l'initiative de ses propres organisations (et sans l'accord du parti du Congr&#232;s) une gr&#232;ve pacifique de protestation contre la guerre. Comme le note justement R. Palme-Dutt, &#171; cette gr&#232;ve du 2 octobre 1939, &#224; laquelle particip&#232;rent 90 000 ouvriers de l'industrie de Bombay, a &#233;t&#233; la premi&#232;re gr&#232;ve contre la guerre dans l'histoire du mouvement ouvrier mondial. &#187; (&#8230;) Le refus de coop&#233;ration du parti du Congr&#232;s se limite &#224; la d&#233;mission des minist&#232;res provinciaux en octobre 1939. (&#8230;) En juillet 1940, le parti du Congr&#232;s change d'attitude. Il offre sa coop&#233;ration &#224; l'effort de guerre, &#224; condition que soit reconnu le principe de l'ind&#233;pendance de l'Inde (&#8230;) Cette proposition est rejet&#233;e par le gouvernement britannique. Les propositions britanniques sont unanimement rejet&#233;es par le Congr&#232;s. (&#8230;) Au cours de l'&#233;t&#233; 1941, l'extension de la guerre &#224; l'Union sovi&#233;tique puis en d&#233;cembre de cette m&#234;me ann&#233;e, l'entr&#233;e en guerre du Japon contre les Etats-Unis am&#232;nent la majorit&#233; de la direction du Congr&#232;s &#224; r&#233;viser encore une fois de position &#224; l'&#233;gard de la guerre. Fin d&#233;cembre 1941, le Congr&#232;s offre sa coop&#233;ration aux Nations Unies. (&#8230;) Finalement c'est la politique de Gandhi qui l'emporte avec le vote de la r&#233;solution d'ao&#251;t 1942. Cette r&#233;solution d&#233;clare que le Congr&#232;s ne veut nuire ni &#171; &#224; la d&#233;fense de la Chine et de la Russie &#187; ni &#171; &#224; la campagne de d&#233;fense des Nations Unies &#187;. (&#8230;) La d&#233;claration de Nehru au cours du d&#233;bat o&#249; cette r&#233;solution &#233;t&#233; adopt&#233;e est particuli&#232;rement significative : &#171; Cette r&#233;solution n'est pas une menace ; c'est une invitation et une explication, c'est une offre de coop&#233;ration. &#187; Le gouvernement britannique, loin d'interpr&#233;ter ainsi la d&#233;claration du 8 ao&#251;t 1942 (la &#171; lutte non-violente &#187; de Gandhi), y trouve une occasion de d&#233;clencher une vaste op&#233;ration de r&#233;pression. (&#8230;) Entre ao&#251;t 1942 et la fin de l'ann&#233;e, les manifestations entra&#238;nent, d'apr&#232;s les chiffres officiels, plus de 60 000 arrestations, tandis que 940 personnes sont tu&#233;es et 1 630 bless&#233;es &#224; la suite d'actions de r&#233;pression men&#233;es par la police ou les forces militaires. La r&#233;pression se poursuivra jusqu'&#224; la fin de la guerre. Le 6 mai 1944, au moment o&#249; la guerre se termine en Europe, Gandhi est lib&#233;r&#233; pour raison de sant&#233; et il annonce que la partie de la r&#233;solution d'ao&#251;t 1942 relative &#224; la d&#233;sob&#233;issance civile est annul&#233;e. (&#8230;) La formation en Grande-Bretagne d'un gouvernement travailliste, &#224; la suite des &#233;lections de l'&#233;t&#233; 1945, n'acc&#233;l&#232;re pas l'accession de l'Inde &#224; l'ind&#233;pendance. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les premiers mois de l'ann&#233;e 1946 sont marqu&#233;s par deux &#233;v&#233;nements qui influencent s&#233;rieusement l'&#233;volution &#224; venir : la tenue des &#233;lections aux assembl&#233;es l&#233;gislatives et d'importants soul&#232;vements dans la Royal Indian Navy. Aux &#233;lections aux assembl&#233;es provinciales (&#233;lections toujours tenues sur une base censitaire et auxquelles ne peuvent participer que 11% de la population), le Congr&#232;s obtient 930 si&#232;ges (et 55,5 &#249; des voix) et la Ligue musulmane obtient 427 des 507 si&#232;ges destin&#233;s aux musulmans. (&#8230;) ces &#233;lections mettent en lumi&#232;re le caract&#232;re &#171; repr&#233;sentatif &#187; de ces organisations mais ne suffisent pas &#224; inciter le gouvernement britannique &#224; prendre l'initiative de nouvelles discussions sur le probl&#232;me de l'ind&#233;pendance indienne. Cependant, depuis de longs mois, on assiste &#224; une maturation r&#233;volutionnaire qui est acc&#233;l&#233;r&#233;e par l'action syndicale et ouvri&#232;re. Le 18 f&#233;vrier les marins d'un centre d'entra&#238;nement de Bombay manifestent leur m&#233;contentement, nombre de leurs dol&#233;ances n'&#233;tant pas satisfaites depuis longtemps. D&#232;s le 19 au matin, on est en pr&#233;sence d'un v&#233;ritable soul&#232;vement auquel participent plus de 20 000 marins casern&#233;s &#224; Bombay et dans ses environs ainsi que 30 b&#226;timents &#224; l'ancre dans le port. Les marins soulev&#233;s &#233;lisent un Comit&#233; central de gr&#232;ve. (&#8230;) Le 21 f&#233;vrier au matin, la bataille s'engage. Le Comit&#233; central de gr&#232;ve de la Flotte fait appel au soutien de la population et des organisations politiques. Le Congr&#232;s et la Ligue musulmane se refusent &#224; apporter tout soutien aux marins ; par contre, les syndicats de Bombay et le parti communiste leur apportent leur concours et d&#233;cident d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qui commence effectivement le 22 f&#233;vrier. Les 22 et 23 f&#233;vrier, la bataille fait rage dans Bombay et une r&#233;pression, massive et brutale, s'abat sur la population, faisant plus de 250 morts. Le Congr&#232;s et la Ligue font alors pression sur le Comit&#233; central de gr&#232;ve pour que les marins se rendent. Le Comit&#233; central de gr&#232;ve d&#233;cide finalement de c&#233;der, en d&#233;clarant : &#171; Nous nous rendons &#224; l'Inde, non &#224; l'Angleterre. &#187; Gandhi condamne s&#233;v&#232;rement la &#171; combinaison impie &#187; des hindous et des musulmans qui, si elle avait triomph&#233; aurait &#171; livr&#233; l'Inde &#224; la racaille &#187;, tandis que Valabhbhai Patel d&#233;clare que &#171; la flotte doit &#234;tre disciplin&#233;e. &#187; Ainsi se confirme la volont&#233; de la direction du Congr&#232;s d'&#233;viter le d&#233;clenchement ou l'expansion d'un mouvement de masse qui pourrait mettre en cause non seulement la domination &#233;trang&#232;re mais le r&#233;gime social.&lt;br class='autobr' /&gt;
A partir de la mi-ao&#251;t 1946, les heurts sanglants entre les communaut&#233;s religieuses se multiplient, principalement au Bengale et dans le Bihar. A l'action de la Ligue musulmane, les organisations politico-religieuses hindoues, et principalement le Hindu Mahasabha qui, dans cette situation, reprend des forces, r&#233;pondent &#233;galement par la violence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Parall&#232;lement, les luttes revendicatives se d&#233;veloppent, englobant pr&#232;s de 2 millions de travailleurs dans des mouvements de gr&#232;ve. Un tel chiffre n'avait jamais &#233;t&#233; atteint jusque l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans ces conditions que le vice-roi d&#233;cide de constituer le premier gouvernement int&#233;rimaire. Celui-ci entre en fonctions le 2 septembre 1946. Il est dirig&#233; par Jawaharlal Nehru, Premier ministre. (&#8230;) La situation est telle que l'Assembl&#233;e constituante d&#233;cide de s'ajourner jusqu'&#224; avril. La formation du gouvernement int&#233;rimaire, en effet, n'a pas mis fin &#224; la d&#233;t&#233;rioration de la situation int&#233;rieure. En d&#233;pit de la r&#233;pression massive et de milliers d'arrestations, le pays glisse vers le chaos et l'administration elle-m&#234;me cesse par endroits de fonctionner. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 20 avril 1947, alors que la situation int&#233;rieure indienne se d&#233;t&#233;riore rapidement, le Premier ministre britannique, Cl&#233;ment Attlee, d&#233;clare que le gouvernement de sa Majest&#233; est &#171; d&#233;cid&#233; &#224; prendre les mesures n&#233;cessaires pour transf&#233;rer le pouvoir en des mains indiennes responsables, au plus tard en juin 1948. &#187; En m&#234;me temps le Premier ministre annonce (&#8230;) que lord Mountbattent est nomm&#233; vice-roi de l'Inde en remplacement de lord Wavell. Lord Mountbatten, aussit&#244;t arriv&#233; en Inde, pr&#233;pare un plan de partage de l'Inde. Celle-ci doit &#234;tre divis&#233;e en deux dominions : l'Union indienne et le Pakistan, tandis que les Etats princiers conserveront leur ind&#233;pendance et joindront, apr&#232;s n&#233;gociations, l'un des deux dominions. Le parti du Congr&#232;s et la Ligue musulmane acceptent ces propositions (&#8230;). Au d&#233;but de juillet 1947, le plan est soumis au gouvernement britannique qui le discute et l'adopte en un temps record, faisant preuve d'un remarquable r&#233;alisme, &#233;tant donn&#233; la place tenue par l'Inde dans l'empire britannique. Le 18 juillet 1947, la loi d'ind&#233;pendance de l'Inde est adopt&#233;e par le parlement britannique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vietnam&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 mars 1945 : Coup de force japonais qui fait tomber le r&#233;gime fran&#231;ais au Vietnam&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 mars 1945 : D&#233;mant&#232;lement des troupes fran&#231;aises d'Indochine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 mars 1945 : Bao Da&#239; proclame l'ind&#233;pendance de l'Indochine en collaboration avec le Japon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 avril 1945 : Constitution du gouvernement vietnamien projaponais de Tran Van Kim&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 juillet 1945 : Aux accords de Potsdam, les Alli&#233;s d&#233;cident l'occupation chinoise au nord du Vietnam et anglaise au sud, zones limit&#233;es par le 16e parall&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 ao&#251;t 1945 : Pour anticiper l'arriv&#233;e des Alli&#233;s, les staliniens du &#171; Comit&#233; de Libaration du peuple vietnamien &#187; parlent de renversement du pouvoir japonais, la veille de sa reddition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 ao&#251;t 1945 : Capitulation du Japon dans la guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 ao&#251;t 1945 : Constitution du Front National Unifi&#233; qui regroupe bourgeoisie et f&#233;odaux (Caoda&#239;stes, Hoa Hao et Parti de l'ind&#233;pendance).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 ao&#251;t 1945 : Apparition de comit&#233;s du peuple dans la r&#233;gion sud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 ao&#251;t 1945 : Constitution de centaines de comit&#233;s de la jeunesse d'avant-garde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, le plus grand quartier ouvrier de Sa&#239;gon (Phu-Huan) &#233;lit son comit&#233; du peuple qui se proclame nouveau pouvoir central. Les paysans liquident les anciens serviteurs des gouvernements fran&#231;ais et japonais. Ils investissent les bureaux et tribunaux de l'administration locale. Constitution de tribunaux du peuple qui jugent les grands propri&#233;taires et les anciens fonctionnaires. Les comit&#233;s du peuple, d'ao&#251;t &#224; septembre, confisquent les biens des riches et partagent les terres. Manifestation de 300.000 personnes dont 30.000 derri&#232;re la banni&#232;re trotskyste de la LCI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 ao&#251;t 1945 : Pour contrer la vague r&#233;volutionnaire, le Front National Unifi&#233; se dissous et adh&#232;re au Viet Minh tenu par les staliniens, seule force capable de contrer la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 ao&#251;t 1945 : Abdication de Bao Da&#239;. Formation par les staliniens du &#171; Comit&#233; ex&#233;cutif provisoire du sud Vietnam &#187; qui vise &#224; &#233;viter le vide du pouvoir en occupant tous les postes adminstratifs et en maintenant en place la police : sept staliniens sur neuf ministres et Ho Chi Minh &#224; la pr&#233;sidence. Grandiose manifestation &#224; Sa&#239;gon pour l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 ao&#251;t 1945 : Entr&#233;e des troupes chinoises au nord du Vietnam. Premi&#232;re assembl&#233;e des comit&#233;s du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 ao&#251;t 1945 : D&#233;claration du stalinien Nguyen Van Tao, ministre l'Int&#233;rieur, contre les trostskystes : &#171; Seront s&#233;v&#232;rement punis et impitoyablement frapp&#233;s tous ceux qui auront pouss&#233; les paysans &#224; s'emparer des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res. (&#8230;) Nous n'avons pas encore fait la r&#233;volution communiste qui apportera la solution au probl&#232;me agraire. Ce gouvernement n'est qu'un gouvernement d&#233;mocratique, c'est pourquoi il ne lui apartient pas de r&#233;aliser une telle t&#226;che. Notre gouvernement, je le r&#233;p&#232;te, est un gouvernement d&#233;mocratique bourgeois, bien que les communistes soient actuellement au pouvoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 ao&#251;t 1945 : D&#233;clenchement d'une vaste campagne de calomnies contre les trotskystes accus&#233;s de semer le d&#233;sordre et de provoquer des troubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 ao&#251;t 1945 : Formation du gouvernement provisoire vietnamien&lt;br class='autobr' /&gt;
1er septembre 1945 : D&#233;claration de Tran Van Giau affirmant que l'ind&#233;pendance n'est pas le produit de la lutte mais des &#171; n&#233;gociations avec nos alli&#233;s &#187; et qui menancent quiconque pr&#233;tend combattre les armes &#224; la main les &#171; forces alli&#233;es &#187; : &#171; Ceux qui incitent le peuple &#224; l'armement seront consid&#233;r&#233;s comme des saboteurs et des provocateurs, ennemis de l'ind&#233;pendance nationale. Nos libert&#233;s d&#233;mocratiques seront octroy&#233;es et garanties par les Alli&#233;s d&#233;mocratiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 septembre 1945 : Manifestation organis&#233;e par le gouvernement et les staliniens pour &#171; accueillir les Alli&#233;s &#187; qui d&#233;barquent &#224; Sa&#239;gon. La manifestation se d&#233;roule dans le calme mais des coups de feu sont tir&#233;s contre les manifestants en marge du cort&#232;ge. La col&#232;re des Vietnamiens explose. La population explose de col&#232;re contre le retour des colonialistes. Le climat change. Des Fran&#231;ais sont pris &#224; partie et assassin&#233;s. Les staliniens accusent les trotskystes de la responsabilit&#233; des troubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 septembre 1945 : A Hano&#239;, Tran Van Giau d&#233;cr&#232;te le d&#233;sarmement des organisations non-gouvernementales, dont les comit&#233;s populaires qui pr&#233;paraient une insurrection arm&#233;e contre le retour des troupes alli&#233;es au Vietnam. Le nouveau pouvoir stalinien se pr&#233;pare &#224; &#171; accueillir nos alli&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 septembre 1945 : D&#233;barquement des troupes anglaises &#224; Sa&#239;gon&lt;br class='autobr' /&gt;
12 septembre 1945 : Manifeste commun des comit&#233;s du peuple et du groupe trostskyste LCI d&#233;non&#231;ant la politique de trahison du gouvernement stalinien et capitulation devant l'Etat-major des troupes anglaises.&lt;br class='autobr' /&gt;
14 septembre 1945 : Un d&#233;tachement arm&#233; sous les ordres du chef de la police, le stalinien Quang Bach, arr&#234;te les membres du comit&#233; populaire r&#233;volutionnaire de Tan Dinh (banlieue de Sa&#239;gon). Le massacre des trotskystes est lanc&#233; par les staliniens et le nouveau pouvoir dans tout le pays pour d&#233;capiter la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 septembre 1945 : Le g&#233;n&#233;ral britannique Gracey arme les troupes fran&#231;aises, liquide le &#171; comit&#233; ex&#233;cutif du sud Vietnam &#187; et proclame la loi martiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre 1945 : Les troupes de leclerc se rendeznt maitresses de Sa&#239;gon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre 1945 &#224; janvier 1946 : Leclerc et les troupes fran&#231;aises r&#233;occupent la Cochinchine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 novembre 1945 : autodissolution du Parti Communiste &#171; pour placer les int&#233;r&#234;ts de la patrie au dessus de ceux des classes. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
6 mars 1946 : Accord entre la France et le Viet Minh : le Vietnam appartient &#224; la F&#233;d&#233;ration Indochinoise et d&#233;pend de l'Union fran&#231;aise (c'est-&#224;-dire &#224; l'empire colonial fran&#231;ais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 mars 1946 : Entr&#233;e des troupes fran&#231;aises &#224; Hano&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1945, les forces arm&#233;es japonaises, qui avaient laiss&#233; la France de Vichy au pouvoir, occupent militairement le Vietnam et d&#233;cident de d&#233;clarer l'ind&#233;pendance aux Etats indochinois. Un coup de force en mars 1945 suffit &#224; d&#233;sarmer les troupes fran&#231;aises li&#233;es au gouvernement de Vichy qui sont arr&#234;t&#233;es et remplac&#233;es par un gouvernement vietnamien pseudo ind&#233;pendant puisqu'il reste li&#233; aux Japonais. Il s'agit de se servir des aspirations nationales des peuples d'Indochine contre les alli&#233;s anglo-am&#233;ricains qui ripostent en d&#233;clarant accorder l'ind&#233;pendance &#224; l'Indochine. Seulement la d&#233;faite du Japon est tr&#232;s rapide et le 5 ao&#251;t c'est le bombardement de Hiroshima. Le 10 ao&#251;t, le dirigeant nationaliste stalinien Ho Chi Minh devant la carence des autorit&#233;s projaponaises s'autoproclame nouveau pouvoir. L'essentiel de sa sup&#233;riorit&#233; n'est pas politique mais militaire. C'est lui que les alli&#233;s ont arm&#233; au Vietnam contre les japonais via le gouvernement chinois du Kuomintang. Il n'a aucune difficult&#233; &#224; d&#233;mettre le pouvoir fantoche projaponais. Loin d'&#234;tre un acte r&#233;volutionnaire contre le colonialisme fran&#231;ais, Ho Chi Minh consid&#232;re alors cette action du 5 ao&#251;t comme un acte anti-japonais dans le cadre de l'Etat fran&#231;ais auquel il demande seulement une autonomie au sein de l'empire. Partisans de cette politique anti-fran&#231;aise, Ho Chi Minh s'est empress&#233; de proclamer un gouvernement pour &#233;viter un vide du pouvoir en un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire des masses vietnamiennes devenait possible. Le 10 ao&#251;t est proclam&#233; par son mouvement la r&#233;volution vietnamienne alors qu'en r&#233;alit&#233; il s'est juste content&#233; d'un accord au sommet avec toutes les forces bourgeoises et nationalistes en &#233;cartant seulement les militants ouvriers syndicalistes, staliniens des villes et trotskystes. Et surtout les masses ont &#233;t&#233; soigneusement tenues &#224; l'&#233;cart lors de sa constitution. Puis il a orchestr&#233; des manifestations contre le r&#233;gime pro-japonais pr&#233;c&#233;dent qui n'a pu que se retirer. Dans une proclamation pourtant appel&#233;e d&#233;claration d'ind&#233;pendance, le nouveau pouvoir se dit d&#233;favorable &#224; une ind&#233;pendance imm&#233;diate et admet que celle-ci sera accord&#233;e par la France dans un d&#233;lai de 5 &#224; dix ans !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le vietminh dirig&#233; par le parti communiste vietnamien d'Ho Chi Minh n'est fort que dans le nord du pays, au Tonkin. Dans le sud, en Cochinchine, Ho Chi Minh est beaucoup plus faible et les travailleurs ont un rapport de force beaucoup plus favorable et l'escamotage de la r&#233;volution va s'av&#233;rer beaucoup plus difficile. Il a en face de lui un courant trotskyste implant&#233; avec lequel il a d&#251; plusieurs fois s'entendre. En 1939, seul face &#224; toutes les forces nationalistes et staliniennes les trotskystes ont eu 80% des voix aux &#233;lections de Saigon. A l'annonce de la capitulation japonaise s'est en fait un v&#233;ritable soul&#232;vement r&#233;volutionnaire qui a lieu car la population est r&#233;volt&#233;e contre toutes les autorit&#233;s. Il faut dire qu'il y a eu au Vietnam un million de morts et par la seule famine il y a encore en 1945 des centaines de milliers de morts chaque mois. Au Tonkin et au Nord Annam, c'est la r&#233;volution. Des pauvres s'attaquent aux autorit&#233;s locales, aux profiteurs et oppresseurs de toutes sortes, les arr&#234;tent les tuent. Ils forment des comit&#233;s du peuple. Ils mettent en avant le partage des terres, la confiscation des biens des riches. A Saigon, l'op&#233;ration des nationalistes et des bourgeois qui a eu lieu au nord n'a pu se faire car ce sont les comit&#233;s du peuple qui se sont f&#233;d&#233;r&#233;s et qui ont pris le pouvoir &#224; l'issu d'une manifestation dirig&#233;e par les trotskystes sur les slogans armement du peuple, la terre aux paysans, nationalisation des usines sous contr&#244;le ouvrier. Des tribunaux du peuple jugent les anciens grands propri&#233;taires et fonctionnaires. Les comit&#233;s du peuple &#233;lisent alors une direction provisoire auquel ils affectent un local et qui est gard&#233; par un d&#233;tachement d'ouvriers en armes. C'est pour se d&#233;barrasser de cette r&#233;volution que le vietminh qui s'est associ&#233; d'anciennes forces vietnamiennes li&#233;es &#224; l'ancien r&#233;gime vichyste va pratiquer une politique se r&#233;pression et d'assassinat syst&#233;matique contre les membres des comit&#233;s du peuple et particuli&#232;rement contre les dirigeants trotskystes comme Ta Thu Tau et Tran Van Tach qui sont assassin&#233;s syst&#233;matiquement. C'est en brisant le soul&#232;vement ouvrier que le vietminh va se hisser au pouvoir et non en s'appuyant dessus. Nous le verrons dans un texte que nous lirons sur ce sujet. Et d&#232;s qu'il parvient au pouvoir son langage est clair : &#171; seront s&#233;v&#232;rement et impitoyablement punis ceux qui auront pouss&#233; les paysans &#224; s'emparer des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res. Notre gouvernement n'est qu'un gouvernement d&#233;mocratique bourgeois et il ne lui appartient pas de r&#233;aliser la r&#233;volution communiste. &#187; Le 2 septembre 1945 ils manifestent m&#234;me en l'honneur de la commission des alli&#233;s. Des colons fran&#231;ais tirent dans la foule qui arr&#234;te un certain nombre de ces assassins. Cependant le chef de la police stalinien les fait rapidement rel&#226;cher. L'exasp&#233;ration des masses grandit et les staliniens d&#233;cident d'en finir avec la r&#233;volution. Ils annoncent &#171; seront consid&#233;r&#233;s comme provocateurs et saboteurs ceux qui appellent le peuple &#224; l'armement et surtout &#224; la lutte contre les alli&#233;s occidentaux &#187;. En septembre 1945 les staliniens vont d&#233;sarmer les comit&#233;s du peuple puis pourront en finir d&#233;finitivement et physiquement avec les membres des comit&#233;s du peuple de Saigon. Ils avaient fini d'assassiner la r&#233;volution indochinoise. En octobre 1945, Ho Chi Minh d&#233;clare &#224; la presse : &#171; la France et le Vietnam ont depuis longtemps conclu un mariage. Le mariage n'a pas toujours &#233;t&#233; heureux mais nous n'avons pas int&#233;r&#234;t &#224; le briser. &#187; En novembre 1945, le parti communiste indochinois s'autodissout d&#233;clarant : &#171; il faut placer les int&#233;r&#234;ts de la patrie au dessus de ceux des classes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1946, les troupes fran&#231;aises reviennent au Vietnam. Loin de combattre le retour des troupes fran&#231;aise, Ho Chi Minh va les accueillir, esp&#233;rant toujours que celles-ci vont accepter de le mettre &#224; la t&#234;te d'un territoire autonome li&#233; &#224; la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une ind&#233;pendance pr&#233;matur&#233;e du Vietnam risque de ne pas &#234;tre dans la ligne des perspectives sovi&#233;tiques et embarrasserait l'URSS dans ses efforts pour gagner la France en tant qu'alli&#233;e. &#187; &#233;crit le PCF, dans un document transmis au Viet Minh par le Groupe culturel marxiste (li&#233; au PCF) de Saigon le 25 septembre 1945 et publi&#233; par Harold Isaacs dans &#171; Pas de paix en Asie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#233;goire Madjarian rapporte dans &#171; La question coloniale et la politique du Parti communiste fran&#231;ais &#187; : &#171; Le 16 f&#233;vrier, Ho Chi Minh communiquait &#224; Jean Sainteny, l'envoy&#233; du Haut commissaire D'Argenlieu, qu'il consentait &#224; n&#233;gocier, sur la base de l'unit&#233; et de l'ind&#233;pendance du Vietnam, l'adh&#233;sion &#224; l'Union fran&#231;aise. Leclerc et Sainteny press&#232;rent le gouvernement fran&#231;ais d'accepter. Ce qu'il fit, se d&#233;clarant pr&#234;t &#224; reconna&#238;tre un gouvernement vietnamien autonome, &#224; condition que ce dernier accueille amicalement les troupes fran&#231;aises lorsqu'elles viendraient remplacer les troupes du Kuomintang. On apprenait le 4 mars, &#224; Hano&#239;, que la flotte de d&#233;barquement fran&#231;aise faisait route vers Ha&#239;phong &#8211; le grand port du nord du Vietnam. (&#8230;) Le 5 mars, le comit&#233; central du Viet Minh, r&#233;uni &#224; Huong-Canh, dans la campagne proche de Hano&#239;, d&#233;cidait que &#171; dans cette conjoncture, la meilleure condition &#224; suivre pour le salut de la patrie n'&#233;tait pas de couper les ponts, mais de sauver la paix. &#187; (&#8230;) Le journal (du Viet Minh) de Hu&#233; le 5 mars, sous le titre &#171; Calmes mais pr&#234;ts &#187; : (&#8230;) &#171; La France a pris l'initiative de n&#233;gocier. Nous sommes heureux de n&#233;gocier selon la demande des Fran&#231;ais. (&#8230;) Les n&#233;gociations n'aboutiront que si nous obtenons l'ind&#233;pendance. &#187; (&#8230;) Ho Chi Minh et Sainteny signaient le 6 mars 1946 une convention pr&#233;liminaire. (&#8230;) L'id&#233;e d'ind&#233;pendance &#233;tait absente ; l'unit&#233; du Vietnam restait suspendue &#224; un r&#233;f&#233;rendum - dont la date n'&#233;tait pas fix&#233;e - qui d&#233;ciderait du sort de la Cochinchine (Nam-Bo) contr&#244;l&#233;e par les troupes coloniales. Enfin des unit&#233;s fran&#231;aises &#8211; quinze mille hommes &#8211; s'installaient dans le Tonkin pour y effectuer, conjointement avec l'arm&#233;e vietnamienne, la rel&#232;ve des troupes de Tchang Ka&#239;-chek. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1946, le Vietminh repr&#233;sent&#233; par Pham Van Dong et Ho Chi Minh, encore en n&#233;gociations avec la France &#224; Fontainebleau, est aid&#233; par des troupes fran&#231;aises pour achever sa purge et en finir avec les militants trotskystes. Ho d&#233;clare alors sur son alliance avec la France : &#171; nos libert&#233;s d&#233;mocratiques seront octroy&#233;es et garanties par nos alli&#233;s d&#233;mocratiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement apr&#232;s le bombardement massif du port de Haiphong, qui fait 6000 morts en novembre 1946, que les nationalistes vietnamiens se trouveront contraints d'admettre qu'il va falloir se battre avec l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. En d&#233;cembre 46 c'est l'attaque des troupes fran&#231;aises qui reprend possession du Vietnam et contraint les nationalistes &#224; la lutte arm&#233;e &#224; Hano&#239; qui est occup&#233;e par l'arm&#233;e fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Documents sur la situation insurrectionnelle au Vietnam :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Staliniens et trotskystes au Vietnam &#187; John Sharpe :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les journ&#233;es d'ao&#251;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 16 ao&#251;t 1945, les nouvelles de la d&#233;faite du Japon parvinrent en Indochine. Le lendemain, le commandement japonais proclamait l'ind&#233;pendance de l'Indochine (Vietnam, Laos et Cambodge). La rapidit&#233; de la reddition surprit tout le monde. Cependant, le Viet Minh avait d&#233;j&#224; convoqu&#233; un congr&#232;s qui formait le jour m&#234;me un Comit&#233; populaire de lib&#233;ration nationale, sorte de gouvernement provisoire. Partout, ils se d&#233;p&#234;ch&#232;rent d'occuper le vide du pouvoir, en s'emparant simplement de l'appareil du pouvoir colonial franco-japonais. Les troupes du Viet Minh occup&#232;rent rapidement Hano&#239; sans opposition de la part des Japonais. D&#233;sirant d'&#233;viter toute apparence de r&#233;volution, le Viet Minh demanda et re&#231;u l'abdication officielle de Bao Da&#239;, l'empereur traditionnel, qui devint du coup &#171; conseiller politique supr&#234;me &#187; du nouveau gouvernement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un geste tr&#232;s significatif, Ho r&#233;digea (conjointement avec les conseillers am&#233;ricains) une D&#233;claration d'Ind&#233;pendance, qui commence en citant la D&#233;claration d'Ind&#233;pendance am&#233;ricaine et la D&#233;claration des droits de l'homme fran&#231;aise, deux documents clefs des r&#233;volutions bourgeoises. Selon la th&#233;orie stalinienne de la r&#233;volution par &#233;tapes, parler de socialisme &#224; ce stade aurait &#233;t&#233; pr&#233;matur&#233;, puisque la premi&#232;re t&#226;che &#233;tait la d&#233;faite des f&#233;odaux et de l'imp&#233;rialisme. La r&#233;alit&#233; de cette &#171; th&#233;orie &#187; avait &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; un mois avant par l'appel de Ho &#224; la France pour une ind&#233;pendance au sein de l'Union fran&#231;aise &#171; dans au moins cinq ans et au plus dix ans &#187; et par l'accord sign&#233; &#224; Hano&#239; au d&#233;but de 1946 en vue du retour des troupes fran&#231;aises ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Au Sud Vietnam, la situation &#233;volua diff&#233;remment du fait de la faiblesse relative des staliniens. Le 19 ao&#251;t, les travailleurs de Ban Co, quartier de Sa&#239;gon, formaient le premier Comit&#233; du peuple du sud Vietnam. Le jour suivant, un comit&#233; similaire du quartier Phu Nhuan de Sa&#239;gon, le plus important quartier ouvrier de la ville, occupa le pouvoir gouvernemental. En m&#234;me temps, les paysans se soulevaient dans les campagnes, br&#251;lant les villas des grands propri&#233;taires ainsi que plusieurs entreprises rizicoles, le 19 ao&#251;t dans la province de Sadec. Dans la seule province de Long Xuyen, plus de deux cents repr&#233;sentants du gouvernement et policiers furent tu&#233;s par les paysans dans les premiers jours qui suivirent la reddition du Japon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 21 ao&#251;t, le Front National Uni appela &#224; une manifestation qui attira plus de 300.000 participants. Hoa Hao et Cao Da&#239; marchaient derri&#232;re le drapeau de la monarchie suivis d'un groupe de 100.000 manifestants. Les trotskystes la Ligue Communiste Internationale repr&#233;sentait l'autre p&#244;le important de la manifestation. Derri&#232;re une large banderole de la Quatri&#232;me Internationale venaient des pancartes et des drapeaux avec les principaux slogans de la LCI : &#171; A bas l'imp&#233;rialisme ! &#187;, &#171; Longue vie &#224; la r&#233;volution mondiale ! &#187;, &#171; Front des ouvriers et des paysans ! &#187;, &#171; Formons partout des comit&#233;s du peuple ! &#187;, &#171; Assembl&#233;e populaire ! &#187;, &#171; Armement du peuple &#187;, &#171; nationalisation des usines sous le contr&#244;le des travailleurs ! &#187;, &#171; Gouvernement ouvrier et paysan &#187;. Quand la banni&#232;re de la quatri&#232;me internationale apparut, des centaines et des milliers de travailleurs, qui n'avaient pas oubli&#233; le mouvement r&#233;volutionnaire de 1930, se rassembl&#232;rent derri&#232;re, embrassant de vieux amis. (&#8230;) En quelques heures, les manifestants d'ICL se mont&#232;rent &#224; 30.000. &lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; la mont&#233;e du mouvement de masse, les staliniens du Viet Minh s'empress&#232;rent de prendre le pouvoir. Leur premi&#232;re tactique consista &#224; se pr&#233;senter comme les repr&#233;sentants l&#233;gitimes des forces alli&#233;es victorieuses. Ainsi, dans la proclamation du Viet Minh du 23 ao&#251;t, Tran van Giau, le dirigeant des staliniens du sud, proclama : &#171; Nous nous sommes battus durant cinq ann&#233;es aux c&#244;t&#233;s des d&#233;mocraties alli&#233;es&#8230; &#187; La nuit pr&#233;c&#233;dente, Giau avait envoy&#233; un ultimatum au Front National Uni, le sommant de se dissoudre et remettre ses postes administratifs au Viet Minh. Le lendemain, le Front National Uni se dissolvait et rejoignait le Viet Minh. (pour couronner la trahison du groupe La Lutte qui avait organis&#233; le Front National Uni en tant que &#171; front populaire &#171; trotskyste &#187;, il leur fut accord&#233; un si&#232;ge au &#171; Comit&#233; du sud &#187; du Viet Minh, le 10 septembre 1945 !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La LCI n'&#233;tait pas inactive durant cette p&#233;riode, mettant en place une imprimerie, &#233;ditant des bulletins adress&#233;s &#224; la population toutes les trois heures et formant des unit&#233;s militaires, comme &#233;tape vers l'armement des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les staliniens &#233;taient plus rapides. Le 25 ao&#251;t, &#224; 5 heures du matin, le Viet Minh faisaient un coup d'&#233;tat sans verser une goutte de sang occupant l'h&#244;tel de ville et les commissariats. Agissant dans le dos des masses et avec l'aide de la bourgeoisie nationaliste (Hoa Hao, Cao Da&#239;, VNQDD), les staliniens s'empar&#232;rent simplement de l'appareil d'&#233;tat en place et install&#232;rent un nouveau r&#233;gime bonapartiste bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les staliniens appel&#232;rent &#224; une manifestation monstre avec plus d'un million de participants. Plus de trente associations politiques &#233;taient pr&#233;sentes, mais les forces le plus remarquables &#233;taient celles des staliniens et de la LCI. Lors de l'effondrement de l'administration japonaise, les forces de police elles-m&#234;mes se divis&#232;rent en deux camps, la majorit&#233; soutenant le Viet Minh, mais une minorit&#233; se pla&#231;ant sous la banni&#232;re de la quatri&#232;me internationale ! La d&#233;l&#233;gation de la LCI &#224; la manifestation &#233;tait nettement plus petite cette fois (2000 manifestants seulement) que lors de la pr&#233;c&#233;dente, mais cette fois ceux qui soutenaient la LCI &#233;taient venus avec des contingents de leurs syndicats. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux jours apr&#232;s le coup d'&#233;tat, Nguyen Van Tao, devenu ministre de l'int&#233;rieur du r&#233;gime Viet Minh, lan&#231;a un d&#233;fit mena&#231;ant : &#171; Celui qui encouragera les paysans &#224; s'emparer des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res sera puni s&#233;v&#232;rement et sans piti&#233;&#8230; Nous n'avons pas encore lanc&#233; une r&#233;volution communiste qui apporterait une solution au probl&#232;me agraire. Ce gouvernement est seulement un gouvernement d&#233;mocratique ( !), et de ce fait il ne peut pas prendre en charge cette t&#226;che. Je le r&#233;p&#232;te, notre gouvernement est d&#233;mocratique bourgeois m&#234;me si les Communistes sont au pouvoir. &#187; On ne pouvait pas &#234;tre plus clair ! (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Suite &#224; une conf&#233;rence de presse de Tao, le Viet Minh lan&#231;a une campagne anti-trotskyste incessante dans la presse accusant la quatri&#232;me internationale de semer le d&#233;sordre. Le 1er septembre, Tran Van Giau d&#233;clara : &#171; Ceux qui incitent le peuple &#224; s'armer seront consid&#233;r&#233;s comme des saboteurs et des provocateurs, ennemis de l'ind&#233;pendance nationale. Nos libert&#233;s d&#233;mocratiques seront garanties et assur&#233;es par les d&#233;mocraties alli&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'Ho Chi Minh lisait la D&#233;claration d'Ind&#233;pendance &#224; Hano&#239;, le Viet Minh du sud organisait une d&#233;monstration le 2 septembre pour accueillir les troupes britanniques qui arrivaient. Plus tard dans l'apr&#232;s-midi du 2 septembre, plus de 400.000 personnes se joignaient &#224; une d&#233;monstration pacifique allant &#224; la cath&#233;drale. Alors qu'un pr&#234;tre connu comme sympathisant des Vietnamiens parlait sur les marches de la cath&#233;drale, des tirs partirent et il fut tu&#233;. La foule courut se prot&#233;ger mais 150 personnes furent bless&#233;es. Des &#233;meutes &#233;clat&#232;rent avec des attaques des colons fran&#231;ais responsables de crimes. Nombre de Fran&#231;ais furent arr&#234;t&#233;s mais imm&#233;diatement rel&#226;ch&#233;s par Duong Bach Mai, qui publia une d&#233;claration &#171; d&#233;plorant des exc&#232;s qui ont &#233;t&#233; commis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse aux &#233;v&#233;nements du 2 septembre, staliniens et trotskystes &#233;mirent deux appels clairement oppos&#233;s. Alors que les troupes anglaises sous la direction du g&#233;n&#233;ral Gracey &#233;taient attendues d'un jour &#224; l'autre, le Viet Minh proclamait : &#171; Dans l'int&#233;r&#234;t de la nation, nous appelons chacun &#224; avoir confiance en nous et &#224; ne pas se laisser &#233;garer par des gens qui trahissent notre pays. C'est seulement de cette mani&#232;re que nous pourrons faciliter nos relations avec les repr&#233;sentants des Alli&#233;s. &#187; (tract du 7 septembre 1945)&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'oppos&#233;, la LCI d&#233;clarait : &#171; Nous, communistes internationalistes, n'avons aucune illusion sur la capacit&#233; d'un gouvernement Viet Minh, du fait sa politique de collaboration de classe, de se battre victorieusement contre l'invasion imp&#233;rialiste qui va avoir lieu dans les prochaines heures. Cependant, s'il s'engage &#224; d&#233;fendre l'ind&#233;pendance nationale et les libert&#233;s populaires, nous n'h&#233;siterons &#224; l'y aider et &#224; le soutenir par tous les moyens possibles de la lutte r&#233;volutionnaire. Mais, par contre, nous devons r&#233;p&#233;ter que nous maintiendrons l'absolue ind&#233;pendance de notre parti vis-&#224;-vis du gouvernement et des autres partis, car l'existence m&#234;me d'un parti qui se revendique du bolchevik-l&#233;ninisme d&#233;pend enti&#232;rement de son ind&#233;pendance politique. &#187; (Communiqu&#233; du 4 septembre 1947)&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous l'influence de la LCI, durant les trois mois apr&#232;s le 16 ao&#251;t, plus de cent cinquante comit&#233;s du peuple (To Chuc Uy Banh Hanh Dong) ont &#233;t&#233; mis en place au Nam Bo (Vietnam du sud), dont approximativement cent dans la r&#233;gion Sa&#239;gon-Cholon. Un Comit&#233; central provisoire compos&#233; de neuf membres (qui sera ensuite port&#233; &#224; 15) est form&#233; apr&#232;s les manifestations du 21 ao&#251;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
La question du r&#244;le historique de ces &#171; comit&#233;s du peuple &#187; est d'une importance cruciale pour le courant r&#233;volutionnaire trotskyste. Dans la revue &#171; Quatri&#232;me internationale &#187;, un article sign&#233; Lucien (pseudonyme d'un leader vietnamien de la LCI) &#233;crivait : &#171; La LCI dirigeait les masses par l'interm&#233;diaire des comit&#233;s du peuple&#8230; Malgr&#233; sa faiblesse num&#233;rique, la LCI r&#233;ussit, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de la r&#233;volution indochinoise, la t&#226;che historique grandiose de cr&#233;ation de comit&#233;s du peuple, c'est-&#224;-dire de soviets. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La LCI et les comit&#233;s du peuple propos&#232;rent concr&#232;tement une politique d'opposition &#224; la bourgeoisie. Ainsi, les comit&#233;s du peuple ne donn&#232;rent aucun soutien politique au gouvernent bourgeois du Viet Minh, quand il appelait (hypocritement) &#224; un bloc militaire contre l'invasion des troupes alli&#233;es (ce que le Viet Minh rejetait en r&#233;alit&#233; puisque sa politique consistait &#224; &#171; accueillir &#187; les Alli&#233;s). La LCI appela &#224; l'armement des masses travailleuses et commen&#231;a &#224; prendre des premi&#232;res mesures pour le mettre en pratique. Les slogans de la LCI ne se born&#232;rent pas &#224; appeler &#224; une r&#233;volution &#171; d&#233;mocratique &#187; limit&#233;e &#224; l'ind&#233;pendance nationale, mais appel&#232;rent aussi &#224; l'expropriation de l'industrie sous contr&#244;le ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, le terme m&#234;me de comit&#233;s &#171; du peuple &#187; obscurcissait la n&#233;cessit&#233; d'une mobilisation ind&#233;pendante du prol&#233;tariat, organis&#233; de mani&#232;re s&#233;par&#233;e sur des bases de classe. Bien que l'alliance avec la paysannerie et une partie de la petite bourgeoisie urbaine contre l'imp&#233;rialisme et les propri&#233;taires semi-f&#233;odaux &#233;tait d'une br&#251;lante n&#233;cessit&#233;, cette alliance devait &#234;tre fond&#233;e avant tout sur l'organisation ind&#233;pendante du prol&#233;tariat. Dans des pays o&#249; la paysannerie domine num&#233;riquement, la mobilisation indissoci&#233;e &#171; du peuple &#187; garantit qu'une petite bourgeoisie instable dominera les travailleurs. L'alliance n&#233;cessaire entre soviets de travailleurs et soviets de paysans doit viser &#224; d&#233;truire l'Etat bourgeois et &#224; son remplacement par un Etat ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales avaient des cons&#233;quences pratiques imm&#233;diates. Alors que les comit&#233;s du peuple repoussaient l'ultimatum du Viet Minh leur intimant de se subordonner au r&#233;gime bonapartiste, l'opposition de classe entre les deux pouvoirs n'apparaissait pas toujours clairement aux masses. Les comit&#233;s du peuple, sp&#233;cialement &#224; Sa&#239;gon, &#233;taient essentiellement des organes du pouvoir ouvrier, alors que le comit&#233; du sud du gouvernement du Viet Minh &#233;tait un front populaire bas&#233; sur l'Etat bourgeois en place. Mais aux yeux des masses, cela apparaissait simplement comme une diff&#233;rence entre deux gouvernements &#171; du peuple &#187;, un domin&#233; par les staliniens et l'autre par les trotskystes. Le clash violent &#233;tait in&#233;vitable entre ces deux pouvoirs, mais en appelant &#224; la formation de &#171; comit&#233;s du peuple &#187;, la LCI &#233;chouait &#224; pr&#233;parer politiquement les masses &#224; la bataille &#224; la bataille imminente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clash in&#233;vitable prit rapidement forme. Le 7 septembre, Giau publia un d&#233;cret ordonnant le d&#233;sarmement de toutes les organisations non-gouvernementales. Toutes les armes devaient &#234;tre rendues &#224; la &#171; garde r&#233;publicaine &#187; du Viet Minh. Cela concernait les sectes religieuses mais aussi les &#171; organisations de la jeunesse d'avant-garde &#187; et les groupes d'autod&#233;fense bas&#233;s dans les usines qu'avaient fond&#233; les trotskystes. Le plus important de tous ces groupes &#233;tait la milice ouvri&#232;re organis&#233;e conjointement par les travailleurs du d&#233;p&#244;t de bus de Go Vap et par la LCI. Cette milice lan&#231;a un appel &#224; tous les travailleurs de Sa&#239;gon-Cholon de s'armer eux-m&#234;mes en vue de la lutte contre l'invasion imminente des anglo-fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les troupes anglaises et indiennes sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Gracey arriv&#232;rent &#224; Sa&#239;gon le 10 septembre. Le long de la route vers l'a&#233;roport, le Viet Minh a plac&#233; des pancartes et des banderoles avec des slogans souhaitant la bienvenue aux Alli&#233;s. A l'H&#244;tel de ville, flottent les drapeaux alli&#233;s aux c&#244;t&#233;s du drapeau du Viet Minh. Le &#171; Comit&#233; du sud &#187;, du Viet Minh se r&#233;unissait &#224; l'int&#233;rieur, continuant son travail administratif pendant que les troupes anglaises s'occupaient de supprimer leur pouvoir sur la ville. Le g&#233;n&#233;ral Gracey qui quelques semaine plus t&#244;t d&#233;clarait : &#171; La question du gouvernement de l'Indochine est exclusivement une question fran&#231;aise. &#187;, supprima la presse vietnamienne, proclama la loi martiale et imposa un strict couvre-feu. Toute manifestation &#233;tait interdite, ainsi que le port d'armes, y compris des b&#226;tons de bambous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 septembre, les comit&#233;s du peuple et la LCI publiaient conjointement un manifeste d&#233;non&#231;ant la politique tra&#238;tresse du gouvernement Viet Minh. Le m&#233;contentement populaire &#233;tait sensible dans les quartiers ouvriers. Devant la probabilit&#233; d'une insurrection ouvri&#232;re, le Viet Minh se pr&#233;para &#224; y faire face. A 4 heures du matin, le 14 septembre, Duong Bach Mai, le chef stalinien de la police, envoya un d&#233;tachement de la Garde r&#233;publicaine encercler le local des comit&#233;s du peuple qui &#233;tait en r&#233;union. Les trotskystes se content&#232;rent de se rendre &#224; ces bouchers, ce qui est incroyable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La LCI le raconte en ces termes : &#171; Nous nous sommes conduits comme d'authentiques militants r&#233;volutionnaires. Nous nous sommes laiss&#233;s arr&#234;ter sans violence contre la police, bien que nous soyons plus nombreux et bien arm&#233;s. Ils nous enlev&#232;rent nos fusils et nos pistolets. Ils saccag&#232;rent nos bureaux, d&#233;truisant le mat&#233;riel, d&#233;chirant nos drapeaux, cassant nos machines &#224; &#233;crire et br&#251;lant nos papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En agissant ainsi, les dirigeants de la LCI firent leur propre perte et celui de la r&#233;volution vietnamienne. Derri&#232;re cette capitulation, il y avait une grave incompr&#233;hension de la vraie nature du stalinisme. Il est vrai que dans les ann&#233;es trente, les leaders de l'Internationale communiste du Vietnam sud maintinrent un bloc de longue dur&#233;e avec le groupe La lutte et eurent une politique plus &#171; &#224; gauche &#187; que Ho. (&#8230;) Cette situation est pr&#233;sent&#233;e par les staliniens comme une d&#233;viation droiti&#232;re de leur parti au sud et comme une sous-estimation du danger trotskyste et sur le caract&#232;re sans principe d'une coop&#233;ration avec les trotskystes dans la p&#233;riode des fronts populaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les dirigeants trotskystes qui ont &#233;t&#233; victimes de ce coup de force stalinien, il y a Lo Ngoc, membre du comit&#233; central de la LCI, Nguyen Van Ky, dirigeant ouvrier de la LCI, et Nguyen Huong, jeune dirigeant des milices ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 septembre, les Anglais avaient suffisamment fortifi&#233; leur position pour tenter de mesurer leur rapport de force. Les Anglais ont repris la prison de Sa&#239;gon, pendant que les troupes fran&#231;aises du 11e r&#233;giment d'infanterie coloniale &#233;taient r&#233;arm&#233;es. Les colons fran&#231;ais sont devenus sauvages &#224; partir de ce jour, arr&#234;tant, frappant, tuant d'innombrables Vietnamiens. Dans la nuit suivante, les troupes fran&#231;aises occup&#232;rent plusieurs postes de police, la poste, la banque centrale et l'h&#244;tel de ville, le tout sans aucune r&#233;sistance arm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'annonce de cette nouvelle dans les quartiers ouvriers, un mouvement spontan&#233; de r&#233;sistance a &#233;clat&#233;. Le Viet Minh se disait oppos&#233; &#171; aux violences &#187;, et essayait plut&#244;t de proposer &#171; des n&#233;gociations &#187; avec le g&#233;n&#233;ral Gracey. Dans les quartiers p&#233;riph&#233;riques, des arbres ont &#233;t&#233; abattus, des v&#233;hicules renvers&#233;s et du mat&#233;riel amoncel&#233; pour former des barricades grossi&#232;res. Pendant ce temps, les travailleurs des quartiers ouvriers (Khanh Hoi, Cau Kho, Ban Co, Phu Nhuan, Tan Dinh et Thi Nghe) &#233;taient compl&#232;tement aux mains des insurg&#233;s. Dans certaines zones, des Fran&#231;ais ont &#233;t&#233; tu&#233;s dans des explosions de haine raciale, r&#233;sultat de 80 ans de domination coloniale brutale. (&#8230;) Les forces insurg&#233;es paradaient dans les rues principales du centre ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus important contingent arm&#233; de l'insurrection &#233;tait la milice ouvri&#232;re du d&#233;p&#244;t de bus de Go Vap, une force arm&#233;e de 60 combattants. Les 400 travailleurs de la compagnie &#233;taient connus pour leur intervention militante dans la classe ouvri&#232;re. Alors qu'ils &#233;taient encore affili&#233;s &#224; la f&#233;d&#233;ration syndicale stalinienne, ils refus&#232;rent la d&#233;nomination de Cong Nhan Cuu Quoc (&#171; Travailleurs qui sauvent la patrie &#187;), et refus&#232;rent de porter le drapeau du Viet Minh (&#233;toile jaune sur fond rouge), disant qu'ils voulaient se battre exclusivement sous le drapeau rouge de la classe ouvri&#232;re. Leur force fut organis&#233;e en groupes de choc de onze membres, dirig&#233;e par des responsables &#233;lus, sous la direction g&#233;n&#233;rale de Tranh Dinh Minh, un jeune dirigeant de la LCI et romancier venu de Hano&#239;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faisant face &#224; l'opposition conjointe des Alli&#233;s et de la police du Viet Minh, la milice ouvri&#232;re de Go Vap tenta un repli vers la zone de la plaine de joncs. Apr&#232;s plusieurs batailles contre les troupes fran&#231;aises et indiennes, ils atteignent un point de regroupement, o&#249; ils purent &#233;tablir un contact avec des paysans pauvres. Ayant d&#233;j&#224; perdu vingt hommes, et ayant vu leur dirigeant Minh le 13 janvier 1946 dans une bataille contre les forces imp&#233;rialistes, la milice fut finalement &#233;cras&#233;e et nombre de ses membres frapp&#233;s &#224; mort par des bandes du Viet Minh. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Giau se pr&#233;occupait avant tout de ses n&#233;gociations avec les Anglais. Une tr&#234;ve fut annonc&#233;e le 1er octobre, mais d&#232;s le 5 octobre, le g&#233;n&#233;ral Leclerc et le corps exp&#233;ditionnaire fran&#231;ais arrivaient et agissaient rapidement pour &#171; r&#233;tablir l'ordre &#187; et &#171; construire une Indochine forte au sein de l'Union fran&#231;aise &#187;. La tr&#234;ve le plus beau cadeau que les forces alli&#233;es fran&#231;aise et anglaise pouvaient recevoir (du Viet Minh) comme trahison honteuse des masses insurg&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que le Viet Minh continuait sa politique visant &#224; apaiser les Alli&#233;s, autorisant le libre passage aux troupes anglaises et japonaises au milieu de la zone rebelle, les troupes fran&#231;aises et indiennes attaquaient au nord-est, cassant ainsi le blocus de la cit&#233; par l'insurrection. Au lieu de s'en tenir &#224; la d&#233;fensive, les staliniens concentraient leurs attaques en vue d'&#233;liminer les trotskystes. Ayant &#233;limin&#233; la LCI et les dirigeants des comit&#233;s du peuple le 14 septembre, ils se tourn&#232;rent contre le groupe La Lutte et encercl&#232;rent son si&#232;ge dans le quartier Thu Duc, ils arr&#234;t&#232;rent l'ensemble du groupe et les enferm&#232;rent &#224; Ben Suc. L&#224;, ils furent tous fusill&#233;s (par le Viet Minh), &#224; l'approche des troupes fran&#231;aises. Parmi ceux qui furent assassin&#233;s ainsi se trouvaient Tran Van Trach (&#233;lu conseiller municipal de Sa&#239;gon aux &#233;lections de 1933), Phan Van Hum, Nguyen Van So et dix autres militants r&#233;volutionnaires. Peu apr&#232;s, le Viet Minh fut forc&#233; de quitter Sa&#239;gon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le nord, Ho suivait la m&#234;me politique de capitulation face aux forces alli&#233;es, dans ce cas aux Chinois et aux Fran&#231;ais. Cependant, cela prit beaucoup plus de temps qu'au sud, car les troupes chinoises arriv&#232;rent seulement fin septembre, laissant au Viet Minh le temps de consolider son pouvoir. Aussi, le Vietminh avait sa propre zone de gu&#233;rilla arm&#233;e au nord, et les Chinois n'&#233;taient pas activement oppos&#233;s &#224; un Vietnam ind&#233;pendant. Dans la ligne de sa politique d' &#187;ouverture &#187; de la coalition pour y inclure les nationalistes bourgeois et les leaders catholiques, Ho d&#233;cr&#233;ta en novembre la liquidation compl&#232;te du parti communiste indochinois. La d&#233;claration du Comit&#233; central affirmait que &#171; afin d'accomplir la t&#226;che du Parti &#8230; en vue d'une union nationale sans distinction de classes, de partis est un facteur indispensable &#187; et que ce geste a &#233;t&#233; fait pour montrer que les Communistes &#171; sont toujours dispos&#233;s de placer les int&#233;r&#234;ts de leur pays au dessus de ceux de classe, et de renoncer aux int&#233;r&#234;ts du Parti pour servir ceux du peuple vietnamien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, cependant, l'opposition &#233;tait toujours forte au Nord. Le groupe La Lutte publiait &#224; ce moment un quotidien &#224; Hano&#239;, Tran Dao (La Lutte), qui avait une diffusion de 30.000 exemplaires &#224; la fin 1945. Un courrier du secr&#233;tariat de la Quatri&#232;me Internationale &#224; ce moment parlait d'un groupe La Lutte bien organis&#233; mais pers&#233;cut&#233; dans le nord. Conduit par Ta Thu Thau, ancien dirigeant des &#233;diteurs du Tonkin dans les ann&#233;es 1937-38, il tenait de grands meetings et publiait de nombreux ouvrages en plus de son quotidien. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ta Thu Thau fut arr&#234;t&#233; par le Viet Minh au cours d'un voyage vers le sud. Jug&#233; trois fois par des comit&#233;s du peuple locaux, il faut acquitt&#233; trois fois, un tribut &#224; la r&#233;putation des trotskystes &#224; cette &#233;poque. Finalement, il fut simplement fusill&#233; &#224; Quang Ngai, en f&#233;vrier 1946, sur ordre du dirigeant stalinien du sud Tran Van Giau. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant liquid&#233; physiquement tous les dirigeants trotskystes au Vietnam, Ho pouvait maintenant conclure un &#171; march&#233; &#187; avec le gouvernement fran&#231;ais (qui comportait Fran&#231;ois Billoux comme ministre de la D&#233;fense !) L'accord pr&#233;liminaire entre la France et la. &#171; R&#233;publique D&#233;mocratique du Vietnam &#187; sign&#233; &#224; Hano&#239; le 6 mars pr&#233;voyait notamment que &#171; le gouvernement du Vietnam se d&#233;clarait pr&#234;t &#224; recevoir amicalement les forces arm&#233;es fran&#231;aises. &#187; et &#224; accepter le stationnement de 15.000 hommes des troupes fran&#231;aises au nord du 16e parall&#232;le. Le sens de l'accord &#233;tait une ind&#233;pendance limit&#233;e sous l'&#233;gide de l'Union fran&#231;aise. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(extraits de &#171; Workers vanguard &#187; - Ligue spartakiste)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expos&#233; du militant trotskyste vietnamien Ngo Van&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rappelons qu'apr&#232;s la d&#233;faite fran&#231;aise en Europe, les Japonais occup&#232;rent l'Indochine et, en accord avec Vichy, conserv&#232;rent l'appareil administratif et r&#233;pressif fran&#231;ais, avec un nouveau gouverneur colonial d&#233;sormais &#224; leur service. La politique des Japonais tendit &#224; &#233;liminer la tendance stalinienne et &#224; rechercher un compromis de collaboration avec les tendances nationalistes et les sectes ; en 1942, le &#034;bonze fou&#034; exil&#233; au Laos fut lib&#233;r&#233; par eux et lorsque, le 9 mars 1945, les Japonais eurent mis fin au gouvernement colonial fran&#231;ais, ils arm&#232;rent les adeptes de ces deux sectes, esp&#233;rant les utiliser comme auxiliaires militaires en cas de d&#233;barquement am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons aux staliniens et &#224; leurs activit&#233;s, jusqu'&#224; la prise du pouvoir en 1945. H&#244; chi Minh, qui vivait en Chine, dans le Kouang si, r&#233;unit en mai 1941, un congr&#232;s qui groupa des &#233;l&#233;ments vietnamiens de toutes provenances et forma avec eux, sous l'&#233;tiquette peu compromettante de Vi&#234;tminh (abr&#233;g&#233; de Vi&#234;tnam d&#244;c-l&#226;p d&#244;ng-minh, Ligue pour l'Ind&#233;pendance du Vi&#234;tnam une organisation dont la direction effective appartenait &#224; ses propres partisans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#233;n&#233;raux chinois du Kuomingtang r&#233;unirent une seconde conf&#233;rence des r&#233;fugi&#233;s politiques vietnamiens en Chine, le 4 octobre 1942 &#224; Lieou-tcheou, dans le but d'&#233;carter la tendance communiste et mirent sur pied le D&#244;ng-minh h&#244;i, Association pour la Lib&#233;ration Nationale, pr&#233;sid&#233; par le vieil &#233;migr&#233; prochinois Nguyen-hai Th&#226; ; H&#244; chi Minh fut emprisonn&#233; pour 18 mois. Cependant, au Congr&#232;s de Lieou-tcheou de mars 1944 au cours duquel fut &#233;labor&#233; le programme d'un &#034;gouvernement r&#233;publicain provisoire du Vi&#234;tnam&#034;, le Vi&#234;tminh &#233;tait repr&#233;sent&#233;, il avait un portefeuille. Ce programme consistait en deux points : liquidation de la domination fran&#231;aise et japonaise, ind&#233;pendance du Vi&#234;t-nam avec l'aide du Kuomingtang ; tandis que les nationalistes de ce gouvernement restaient en Chine o&#249; ils attendaient que l'intervention du Kuomintang leur assur&#226;t le pouvoir au Vi&#234;t-nam, le groupe de H&#244; chi Minh, sous la banni&#232;re du Vi&#234;tminh, rentra au Tonkin et s'&#233;tablit dans la r&#233;gion de Thai-nguyen. Lorsque le coup de force japonais du 9 mars 1945 mit un terme &#224; l'autorit&#233; fran&#231;aise en Indochine, le Vi&#234;tminh se trouva pratiquement ma&#238;tre du Haut pays. S'orientant politiquement vers les alli&#233;s (Russie, Chine nationaliste, Grande Bretagne, &#201;tats Unis), H&#244; chi Minh organisa quelques escarmouches contre les Japonais, prit contact avec les Am&#233;ricains &#224; Kun-ming, et en obtint des armes pour lutter aux c&#244;t&#233;s des alli&#233;s. Apr&#232;s la capitulation des Japonais le 15 ao&#251;t 1945, le groupe de H&#244; chi Minh (le Vi&#234;tminh) &#233;tait d&#233;j&#224; une force militaire organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ao&#251;t 1945. Av&#232;nement de H&#244; chi Minh&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous examinerons ici la situation qui permit la prise du pouvoir par H&#244; chi Minh et ses partisans du Vi&#234;tminh en ao&#251;t 1945.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les premiers coups de canon inaugurant en Europe la &#034;continuation de la politique&#034; des puissances par le sang des esclaves, ouvrirent &#224; l'imp&#233;rialisme japonais, en pleine guerre de conqu&#234;te de la Chine depuis 1937, la perspective de r&#233;aliser le plan de la Grande Asie de Tojo, par l'&#233;viction des anciens ma&#238;tres occidentaux du sud-est asiatique. En 1940 sur le refus des Fran&#231;ais de laisser p&#233;n&#233;trer leurs troupes au Tonkin, les Japonais pass&#232;rent &#224; l'attaque &#224; Lan-son et Dong-dang dans la nuit du 22 septembre et d&#233;barqu&#232;rent &#224; Haiphong le 24, apr&#232;s avoir bombard&#233; le port. Ainsi d&#233;buta l'occupation japonaise de l'Indochine ; elle conserva l'appareil administratif colonial fran&#231;ais ayant &#224; sa t&#234;te un amiral de Vichy qui collabora dans une grande mesure avec l'&#233;tat-major japonais. Le pillage syst&#233;matique des produits du pays pour les fins de guerre plongea la population dans une mis&#232;re accrue ; les masses paysannes v&#233;curent plus que jamais dans le d&#233;nuement. Bombardements am&#233;ricains, typhons, froid exceptionnel, firent culminer le d&#233;sastre dans la grande famine de mars &#224; mai 1945, avec environ un million de morts dans le nord, jusque dans les rues de Hanoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le sud du pays, les sectes religieuses pers&#233;cut&#233;es par les Fran&#231;ais entrevoient un espoir dans le Japon : les cao-da&#239;stes, dont le pape Pham cong Tac vivait exil&#233; &#224; Nossi-lava (Madagascar) comptent sur le retour du prince Cuong-d&#234; r&#233;fugi&#233; au Japon ; les fid&#232;les du &#034;bonze fou&#034;, les Hoa-hao, obtiennent des Japonais en 1942 le retour de leur ma&#238;tre Huynh phu S&#244; qui avait &#233;t&#233; exil&#233; au Laos par les Fran&#231;ais. Des groupes nationalistes pro-japonais se forment d&#232;s 1943 et leurs membres sont utilis&#233;s dans les services japonais de propagande et de gendarmerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le nord, vers 1943, dans la r&#233;gion montagneuse de Tuy&#234;n-quang, voisin de la fronti&#232;re chinoise, H&#244; chi Minh organise son foyer de gu&#233;rilla, se met en contact avec les Am&#233;ricains pour leur demander des armes, se proclamant aux c&#244;t&#233;s des &#034;alli&#233;s d&#233;mocratiques&#034; &#034;contre le fascisme japonais&#034; ; son &#034;arm&#233;e populaire&#034; est officiellement institu&#233;e dans le maquis &#224; partir du 22 d&#233;cembre 1944.&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant l'offensive am&#233;ricaine dans le Pacifique et la menace de d&#233;b&#226;cle de l'axe Berlin-Tokio-Rome, le japonais, par un coup de force, mettent fin &#224; l'autorit&#233; des Fran&#231;ais sur toute la p&#233;ninsule &#224; partir du 9 mars 1945. Les troupes fran&#231;aises sont d&#233;sarm&#233;es et cantonn&#233;es dans leurs casernes, les dirigeants emprisonn&#233;s ou mis &#224; mort ; la population est rassembl&#233;e et strictement contr&#244;l&#233;e. Les Japonais font proclamer l'ind&#233;pendance par l'empereur Bao-da&#239; et constituer par Tr&#226;n trong Kim un &#034;gouvernement national&#034; &#224; Hu&#234; le 2 mars. Le couvercle de plomb qui pesait sur le pays s'est fissur&#233;. Les masses populaires se sentent soulag&#233;es deux brigands vous pillent et l'un est tomb&#233; sous les coups de l'autre, prises du sentiment de contentement de l'impuissant, de l'illusion qu'avec &#034;l'ind&#233;pendance nationale&#034;, quelque chose de positif va se produire dans leur condition. Les policiers arrogants du r&#233;gime fran&#231;ais n'apostropheront plus dans les rues de Saigon, pour v&#233;rification de leur carte d'imp&#244;t personnel (gi&#226;y thu&#234; th&#226;n) les ouvriers et employ&#233;s se rendant au travail ; on n'entendra plus les colons fran&#231;ais menacer de coups de pied au cul les coolies-pousse qui r&#233;clament leur d&#251;. Les membres des groupes nationalistes pro-japonais re&#231;oivent les postes cl&#233;s de l'administration. La jeunesse du pays, des villes et des villages, est organis&#233;e paramilitairement afin de servir de force auxiliaire &#224; l'arm&#233;e japonaise en cas de d&#233;barquement am&#233;ricain ; ce mouvement est connu sous le nom de Jeunesse d'avant-garde (Thanh-ni&#234;n ti&#234;n-phong). Les cao-da&#239;stes forment leurs groupes arm&#233;s tandis que les Hoa-hao forgent des armes blanches en &#034;attendant les &#233;v&#233;nements&#034;, c'est-&#224;-dire l'occasion de prendre le pouvoir. Les militants du groupe stalinien qui ont &#233;chapp&#233; &#224; la r&#233;pression ou ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s des camps de concentration apr&#232;s le 9 mars, travaillent en quelque sorte mobilis&#233;e par &#034;le gouvernement national&#034; et les paysans et noyautent la Jeunesse d'avant-garde. Tout ce bouillonnement politique dans le sud durant les cinq mois qui pr&#233;c&#232;dent la d&#233;faite des Japonais &#233;chappe &#224; leur contr&#244;le, tandis que dans les r&#233;gions du Haut-Tonkin s'&#233;tend la zone des groupes arm&#233;s de H&#244; chi Minh ; eux aussi attendent les &#034;&#233;v&#233;nements&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bombes de Hiroshima et de Nagasaki suivies de la capitulation du Japon le 15 ao&#251;t 1945, marquent une autre &#232;re sanglante pour ce coin d'Asie destin&#233; par les puissances imp&#233;rialistes (accord de Postdam entre Staline, Churchill et Roosevelt) &#224; &#234;tre occup&#233; au nord du 17e parall&#232;le par les troupes chinoises, et au sud, par les troupes anglaises. Le nouveau partage du monde efface de la carte indochinoise l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais et les Am&#233;ricains comptent, par le truchement des Chinois, de Tchang-Ka&#239; Chek, inclure le nord Vi&#234;t-nam dans leur zone d'influence au sud-est asiatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le vide politique cr&#233;&#233; par la reddition japonaise et devan&#231;ant les troupes chinoises qui allaient ramener avec elles les nationalistes prochinois du Dong-minh-h&#244;i et du Vi&#234;tnam qu&#244;c d&#226;n dang, H&#244; chi Minh r&#233;unit ses partisans au village de T&#226;ntrao (province de Thai-nguy&#234;n) et cr&#233;a un Comit&#233; de lib&#233;ration nationale du Vi&#234;t-nam (Uy-ban giai-phong d&#226;n-t&#244;c Vi&#234;tnam) dont la majorit&#233; se composait d'une dizaine d'anciens membres du PC. Ainsi rompit-il avec le &#034;gouvernement en exil&#034; en Chine, donc avec les nationalistes prochinois. Apr&#232;s quelques manifestations spectaculaires organis&#233;es par ses &#233;missaires &#224; Hanoi, H&#244; chi Minh y fit son entr&#233;e &#224; la t&#234;te de son &#034;arm&#233;e populaire&#034; vers ao&#251;t. Le repr&#233;sentant &#224; Hanoi du gouvernement pro-japonais de Bao-Da&#239;, Phan k&#234; Toai, se retira sans ambages. Ainsi se constitua le pouvoir de facto du Vi&#234;tminh dans l'indiff&#233;rence des Japonais qui avaient re&#231;u des alli&#233;s la mission de maintenir l'ordre jusqu'&#224; l'arriv&#233;e des troupes chinoises. On dit m&#234;me que les Japonais rel&#226;ch&#232;rent les quelque quatre cents prisonniers politiques enferm&#233;s dans les b&#226;timents de la Shell et r&#233;clam&#233;s par le Vi&#234;tminh et qu'ils les laiss&#232;rent s'emparer des armes. En m&#234;me temps, des &#034;comit&#233;s populaires&#034; prirent le contr&#244;le de l'administration dans les provinces et les mandarins disparurent ou se soumirent. Un gouvernement provisoire Vi&#234;tminh fut form&#233; &#224; Hanoi le 25 ao&#251;t, pr&#233;sid&#233; par H&#244; chi Minh ; &#224; Hu&#234;, apr&#232;s la d&#233;mission du gouvernement Tr&#226;n trong Kim, Bao-da&#239; abdiqua et fut choisi par H&#244; chi Minh comme &#034;conseiller supr&#234;me&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il pass&#233; dans le sud du pays apr&#232;s le 15 ao&#251;t ? &#192; Saigon la m&#234;me absence de pouvoir que dans le nord se fit sentir : les troupes japonaises semblaient frapp&#233;es d'immobilit&#233; en attendant l'arriv&#233;e des Anglais, tandis que les Fran&#231;ais d&#233;sarm&#233;s depuis le 9 mars attendaient leur &#034;lib&#233;ration&#034; et leur retour au pouvoir. Les partisans de H&#244; chi Minh (quelques &#233;missaires venus du Tonkin rejoignent le groupe stalinien de Cochinchine), en pleine ville, circulent dans des voitures munies de haut-parleurs en criant : &#034;d&#233;fendez le Vi&#234;tMinh&#034; (ung-h&#244; Vi&#234;t minh) Viet Minh, mot inconnu jusqu'alors &#224; Saigon et qui avait tout l'attrait du myst&#232;re puis, ils distribuent des tracts, se proclament &#034;aux c&#244;t&#233;s des alli&#233;s Russie, Chine, Angleterre, &#201;tats Unis pour l'Ind&#233;pendance&#034;. Apr&#232;s une manifestation Vi&#234;tminh d'essai organis&#233;e le 18 ao&#251;t dans les rues de Saigon, et en l'absence de r&#233;action japonaise, ils appellent &#224; une manifestation g&#233;n&#233;rale pour le 20. Pour la premi&#232;re fois dans la vie politique du pays, de v&#233;ritables masses humaines s'assemblent comme des fourmis d&#232;s le matin et emplissent le boulevard Norodom, depuis le jardin botanique jusqu'au palais du gouverneur, puis en ordre, d&#233;filent &#224; travers les art&#232;res importantes en scandant les mots d'ordre : &#034;&#192; bas l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais (Da-dao d&#234;-qu&#244;c phap) ! Vive l'Ind&#233;pendance du Vi&#234;t-nam (Vietnam ho&#224;n d&#244;c-l&#226;p) ! D&#233;fense du Front Vi&#234;tminh !...&#034;. Drapeaux et banderoles flottant au-dessus de cette arm&#233;e mouvante indiquent la pr&#233;sence de la Jeunesse d'avant-garde, la veille encore organisation pro-japonaise, des paysans conduits par des militants staliniens et venus des alentours de Saigon, des ouvriers de Saigon-Cholon, des cao-da&#239;stes, des bouddhistes de diverses sectes encadr&#233;s par leurs bonzes, des Hoa-hao, des militants des groupes trotskistes La Lutte et la Ligue des communistes internationalistes. Certains manifestants sont arm&#233;s de b&#226;tons de bambou. On remarque des banderoles avec des inscriptions insolites &#034;groupe d'assassinat d'assaut (Ban am-sat xung-phong)&#034; arbor&#233;es par des hommes aux torses nus et tatou&#233;s, porteurs d'armes blanches et de vieux fusils. La police vietnamienne au service de l'occupant ne sait plus o&#249; prendre les ordres : elle reste impassible devant le d&#233;fil&#233; &#224; travers la ville en gr&#232;ve, et la foule ne se disperse que dans l'apr&#232;s-midi. Cette manifestation, dont l'initiative appartint au Vi&#234;tminh est la tactique classique pr&#233;paratoire &#224; la prise du pouvoir, elle figure le sceau de l'approbation g&#233;n&#233;rale. En r&#233;alit&#233; chacun est descendu dans la rue avec un espoir diff&#233;rent. Seul sentiment commun mais tout puissant : ne plus voir les Fran&#231;ais au pouvoir, vivre la fin du r&#233;gime colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du premier &#233;veil de ces masses depuis toujours dans les &#034;menottes et les baillons&#034; &#233;mane une tension &#233;lectrique dans un calme insolite, ce calme pr&#233;occupant qui pr&#233;c&#232;de la temp&#234;te. Toute contrainte est rompue et tout le monde semble vivre un instant de totale libert&#233;, o&#249; l'absence de l'&#201;tat, la carence de la police permet &#224; chacun de se pr&#233;parer &#224; sa guise &#224; l'&#233;ventualit&#233; d'un combat terrible. Que l'obscurit&#233; &#224; l'horizon d'un changement fondamental ! &#192; Yalta, &#224; Postdam, Roosevelt, Churchill et Staline, ont d&#233;cid&#233; de notre sort, nous nous jetterons pourtant corps et &#226;me dans un sans lendemain. Devant la perspective de l'arriv&#233;e imminente des troupes anglaises, devant la menace du retour de l'ancien r&#233;gime colonial, l'envoy&#233; sp&#233;cial de la &#034;France Nouvelle&#034; le colonel C&#233;dile, est d&#233;j&#224; &#224; Saigon au palais du gouverneur g&#233;n&#233;ral , tous les hommes d&#233;cid&#233;s cherchent &#224; se procurer des armes ; chacun vit dans la m&#234;me atmosph&#232;re explosive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la rapidit&#233; de l'&#233;clair, les &#233;v&#233;nements vont se d&#233;rouler en ces moments cruciaux de crise g&#233;n&#233;rale. Les groupes nationalistes et sectes qui furent pro-japonais restent arm&#233;s, mais incapables d'initiative : avec la chute du Japon, leur temps est r&#233;volu. Le Vi&#234;tminh politiquement renforc&#233; par l'av&#232;nement de H&#244; chi Minh &#224; Hanoi et ayant d&#233;j&#224; en main le mouvement de la Jeunesse d'avant-garde dont les dirigeants se sont ralli&#233;s, fort aussi de la manifestation monstre du 20 dans laquelle il voit l'approbation des masses &#224; sa politique de collaboration avec les &#034;alli&#233;s&#034; pour l'ind&#233;pendance nationale, va imposer son gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t en effet, appara&#238;t sur les murs de la ville une proclamation sign&#233;e du Comit&#233; ex&#233;cutif provisoire du sud (Uv-ban b&#224;nh-chanh l&#226;m-thoi Nam-b&#244;). Le comit&#233; appelle la population &#224; se mettre derri&#232;re lui en vue d'obtenir l'ind&#233;pendance du pays par la n&#233;gociation avec les &#034;alli&#233;s&#034; et promet la formation d'une r&#233;publique d&#233;mocratique parlementaire. En m&#234;me temps que cette affiche annonce la &#034;prise du pouvoir&#034; par le Vi&#234;tminh, la liste des membres du gouvernement provisoire pr&#233;sid&#233; par le stalinien Tran van Giau est dress&#233;e devant l'H&#244;tel de ville de Saigon affich&#233;e sur une imposante colonne couverte d'&#233;tamine rouge ; Nguyen van Tao, autre stalinien, ancien conseiller municipal de Saigon, est d&#233;sign&#233; pour l'int&#233;rieur ; pour donner &#224; leur comit&#233; une allure d'union nationale acceptable par les alli&#233;s imp&#233;rialistes dans une &#233;ventuelle n&#233;gociation, les staliniens se sont assur&#233; la collaboration gouvernementale d'un m&#233;decin, de quelques intellectuels non staliniens et m&#234;me d'un propri&#233;taire foncier. Le Comit&#233; Nam-b&#244; si&#232;ge &#224; l'H&#244;tel de ville, gard&#233; par des miliciens en uniforme blanc. La police et la s&#251;ret&#233; se sont ralli&#233;es, les commissariats sont contr&#244;l&#233;s par les camarades de Tran van Giau ; les pirates de L&#234; van Vi&#234;n dit Bay Vi&#234;n, sont embrigad&#233;s comme policiers et agents des futurs assassinats staliniens (on les connaissait depuis toujours sous les Fran&#231;ais, sous l'appellation &#034;bandes de Binh-xuy&#234;n&#034;, du nom d'un hameau situ&#233; entre Saigon et Cholon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; du Comit&#233; Nam-b&#244; s'&#233;tendit vers les provinces o&#249; il constitua ses propres comit&#233;s provinciaux, qui prirent en main les comit&#233;s populaires n&#233;s spontan&#233;ment dans les villages, de l'ancienne Jeunesse d'avant-garde. L'arriv&#233;e de la commission alli&#233;e &#233;tait annonc&#233;e pour le d&#233;but de septembre. Dans les rues de Saigon flottaient d'immenses banderoles portant des inscriptions de bon accueil en anglais, en russe, en chinois et en vietnamien : &#034;Welcome to the Allied Forces !...&#034;. Quelques actes spectaculaires marqu&#232;rent la volont&#233; du Comit&#233; Nam-b&#244; d'en finir avec la colonisation fran&#231;aise : les rues de Saigon chang&#232;rent de noms ; la rue Catinat, art&#232;re de luxe de la ville, c&#233;l&#232;bre par ses locaux de la s&#251;ret&#233; cachots et chambres de tortures fut baptis&#233;e rue de la Commune de Paris ; le boulevard Norodom s'appela boulevard de la R&#233;publique... Les statues des &#034;h&#233;ros&#034; de la conqu&#234;te (&#201;v&#234;que d'Adran tenant par la main le jeune prince Canh devant la cath&#233;drale, amiral Rigault de Genouilly au bord de la rivi&#232;re de Saigon, Bonnard devant le th&#233;&#226;tre municipal) et autres monuments de l'&#232;re coloniale furent d&#233;truits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin du 2 septembre, un grand d&#233;fil&#233; officiel fut organis&#233; par le Comit&#233; Nam-b&#244;. La nouvelle milice arm&#233;e en uniforme ouvrait la marche. Dans l'apr&#232;s-midi place de la cath&#233;drale, quelques coups de feu tir&#233;s on ne sait d'o&#249; provoquent un d&#233;cha&#238;nement g&#233;n&#233;ral ; les manifestants se ruent sur les maisons fran&#231;aises et la manifestation se termine tard le soir avec des bless&#233;s et des tu&#233;s de part et d'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bient&#244;t arrivent par avion les gurkhas de la 20e division indienne sous le commandement du g&#233;n&#233;ral anglais Gracey. D&#232;s son arriv&#233;e Gracey fait r&#233;pandre sur la ville, par des avions de chasse japonais, des tracts proclamant qu'il charge les Japonais du maintien de l'ordre public et qu'il interdit &#224; la population sous peine de punition s&#233;v&#232;re la d&#233;tention de toutes armes. Une immense affiche reproduisant cette proclamation est coll&#233;e sur les murs de la ville. Le ton hautain du militaire repr&#233;sentant les alli&#233;s &#233;quivaut &#224; une mise en demeure adress&#233;e non seulement aux groupes arm&#233;s des sectes religieuses qui d&#233;tenaient des quantit&#233;s d'armes japonaises mais &#233;galement au Comit&#233; Nam-b&#244; dont la milice arm&#233;e est plus ou moins tenue pour responsable des &#034;d&#233;sordres&#034; du 2 septembre. Gracey installe son quartier g&#233;n&#233;ral au petit palais du gouverneur de la Cochinchine. Une activit&#233; fi&#233;vreuse anime groupes et sectes. Les Hoa-hao prennent l'&#233;tiquette de Parti social-d&#233;mocrate (Dang d&#226;n-xa) et il semble qu'ils aient &#233;t&#233; invit&#233;s ainsi que les cao-da&#239;stes &#224; quelques postes subalternes du minist&#232;re Vi&#234;tminh des affaires sociales. Les trotskistes du groupe La Lutte se prononcent pour le soutien du Vi&#234;tminh stalinien dans la phase de la lutte pour l'ind&#233;pendance nationale et pour la formation d'une r&#233;publique d&#233;mocratique, mais d&#233;clarent se r&#233;server le droit de critique ; une autre tendance trotskiste d&#233;nonce comme illusion entretenue dans les masses la possibilit&#233; d'obtenir l'ind&#233;pendance nationale par la n&#233;gociation avec des brigands imp&#233;rialistes dont le Vi&#234;tminh sollicite l'alliance ; pr&#233;conisant l'armement du peuple (ce qui est contre la volont&#233; de contr&#244;le du Comit&#233; Nam-b&#244; sur tous les groupes arm&#233;s) et la pr&#233;paration de l'insurrection arm&#233;e contre le retour de l'ancien r&#233;gime, ils regroupent quelques dizaines d'ouvriers et d'employ&#233;s en un Comit&#233; populaire r&#233;volutionnaire (Uy-ban nh&#226;n-d&#226;n cach-mang) &#224; T&#226;n-dinh banlieue de Saigon ; un comit&#233; populaire semblable se forme &#224; Bi&#234;n-ho&#224; &#224; une trentaine de kilom&#232;tres de Saigon ; mais l'activit&#233; de tels comit&#233;s, n&#233;gation du pouvoir de facto stalinien, risque de faire tache d'huile et l'arrestation et l'incarc&#233;ration de leurs membres par la police Vi&#234;tminh y met fin. Notons que les militants de T&#226;n-dinh se laissent d&#233;sarmer sans riposte car ils craignent qu'en tirant sur la police, ils n'arrivent qu'&#224; nourrir l'accusation de provocation port&#233;e contre eux par les gens de l'H&#244;tel de ville, et restent incompris des masses. Les chefs des sectes &#233;galement objets des recherches de la police, disparaissent avec leurs groupes arm&#233;s. La r&#233;pression Vi&#234;tminh vise d&#233;j&#224; tous les opposants en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'H&#244;tel de ville si&#232;ge toujours le Comit&#233; Nam-b&#244; auquel Gracey a accord&#233; quelques contacts courtois sans reconnaissance officielle ; d'autre part C&#233;dile qui manigance fi&#233;vreusement avec les Anglais pour &#034;r&#233;tablir l'ordre colonial&#034; a &#233;tabli avec ce m&#234;me Comit&#233; un dialogue de sourds. Le 17 septembre des tracts du Comit&#233; appellent &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre le fran&#231;ais et, toujours dans l'espoir d'une n&#233;gociation possible avec les Anglais, recommande le calme &#224; la population. Trois jours apr&#232;s, le 20, la presse vietnamienne est interdite par les Anglais et les proclamations du Comit&#233; sont lac&#233;r&#233;es et arrach&#233;es des murs de la ville. Le 22, les Anglais contr&#244;lent la prison et r&#233;arment quelque mille cinq cents soldats fran&#231;ais enferm&#233;s par les Japonais dans les casernes du deuxi&#232;me RIC ; enfin dans la nuit du 22 au 23, les Fran&#231;ais aid&#233;s des gurkhas r&#233;occupent les commissariats de police, la S&#251;ret&#233;, le Tr&#233;sor, la Poste. Le Comit&#233; Vi&#234;tminh quitte l'H&#244;tel de ville et se retire dans les environs de Cholon ; l'insurrection de Saigon &#233;clate la nuit m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection de Saigon de 23 septembre 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Vi&#234;tminh dans le but d'obtenir sa reconnaissance par les Anglais comme gouvernement de facto fit tout pour montrer son pouvoir et sa capacit&#233; de &#034;maintenir l'ordre&#034;. Il ordonna par voie de presse la dissolution de tous les groupes arm&#233;s et la remise des armes &#224; sa propre police. La milice Vi&#234;tminh, appel&#233;e &#034;garde r&#233;publicaine (Cong-ho&#224;-v&#234;-binh)&#034; eut avec cette police le monopole l&#233;gal du port des armes. &#201;taient vis&#233;s non seulement les sectes religieuses Cao-da&#239; et Ho&#224;-hao, mais aussi les comit&#233;s ouvriers, la Jeunesse d'avant-garde et les groupes d'autod&#233;fense, c'est-&#224;-dire tous ceux qui se trouvaient hors du contr&#244;le Vi&#234;tminh.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les trotskistes du groupe Tia-sang (l'Etincelle) devant la perspective imminente d'un affrontement in&#233;vitable avec les forces militaires anglaises et fran&#231;aises, appellent par tracts &#224; la formation de comit&#233;s d'action populaires (t&#244;-chuc-uy-ban h&#224;nh-d&#244;ng) et &#224; l'armement du peuple (thi&#234;t-l&#226;p d&#226;n-qu&#226;n) en vue de la constitution d'une assembl&#233;e populaire, organe de lutte pour l'ind&#233;pendance nationale. Les ouvriers du d&#233;p&#244;t de tramways de Go-v&#226;p, &#224; quelque huit kilom&#232;tres de Saigon, aid&#233;s des militants du groupe Tia-sang, organisent une milice et invitent les ouvriers de la r&#233;gion Saigon-Cholon &#224; s'armer et &#224; se pr&#233;parer au combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Vi&#234;tminh avant de quitter la ville, fait coller partout des papillons la presse &#233;tant interdite et la loi martiale proclam&#233;e par Gracey d&#232;s le 22 invitant la population &#224; se disperser &#224; la campagne et &#224; &#034;rester calme car le gouvernement esp&#232;re arriver &#224; n&#233;gocier&#034;. Une psychose d'ins&#233;curit&#233; r&#232;gne dans la ville qui se vide peu &#224; peu d'une partie de sa population vietnamienne. Dans la nuit du 22 au 23, les Fran&#231;ais, r&#233;arm&#233;s et appuy&#233;s par les Gurkhas, r&#233;occupant pratiquement sans r&#233;sistance les commissariats de police, la S&#251;ret&#233;, la Poste, le Tr&#233;sor, l'H&#244;tel de ville... La nouvelle qui se r&#233;pand comme une tra&#238;n&#233;e de poudre, d&#233;clenche l'insurrection dans les quartiers populaires et les faubourgs de la ville. De partout, des d&#233;tonations s&#232;ches d&#233;chirent la nuit : c'est l'explosion spontan&#233;e des masses. Personne ne peut avoir une vue globale d'&#233;v&#233;nements de cet ordre. Nous recueillons ici les souvenirs de deux t&#233;moins plus ou moins acteurs dans le drame. Des arbres abattus, des v&#233;hicules renvers&#233;s, du mobilier divers entass&#233;s dans les rues, telles sont les &#233;bauches de barricades qui s'improvisent aussit&#244;t pour emp&#234;cher le passage des patrouilles et le d&#233;ploiement des troupes imp&#233;rialistes. Les insurg&#233;s se tiennent cach&#233;s &#224; proximit&#233;. Si le centre de la ville est sous le contr&#244;le des Fran&#231;ais second&#233;s par les Gurkhas et les Japonais, la p&#233;riph&#233;rie et les faubourgs (Khanh-h&#244;i, C&#226;u-kho, B&#224;n-co, Phu-nhu&#226;n, T&#226;n-dinh, Thi-ngh&#232;...) habitat des pauvres, appartiennent aux insurg&#233;s : comit&#233;s populaires, Jeunes d'avant-garde, garde r&#233;publicaine, cao-da&#239;stes... Les Fran&#231;ais rencontr&#233;s sont abattus ; les fonctionnaires cruels de l'ancien r&#233;gime, les policiers r&#233;put&#233;s tortionnaires rep&#233;r&#233;s depuis longtemps par la population, sont mis &#224; mort et jet&#233;s dans l'Arroyo chinois. Le racisme entretenu par quatre-vingts ans de domination, par le m&#233;pris de l'homme blanc &#224; l'&#233;gard de l'homme jaune, marque de son sceau aveugle les violences populaires qui &#233;clatent en ces heures critiques. Le massacre d'une centaine de civils fran&#231;ais de la cit&#233; H&#233;raud &#224; T&#226;n-dinh, le 25, en est une illustration douloureuse. La menace de certains Fran&#231;ais, r&#233;pandue en ville, de &#034;faire la peau aux Annamites pour en tirer des sandales&#034; s'est retourn&#233;e contre tous les blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des fouilles et des perquisitions syst&#233;matiques dans le centre n'emp&#234;chent pas les insurg&#233;s de mettre le feu &#224; la Compagnie du caoutchouc manufactur&#233;, aux entrep&#244;ts, etc.... Dans la nuit du 23 au 24, le commissariat du port est attaqu&#233; sans r&#233;sultat par les gu&#233;rilleros. Le 24, les insurg&#233;s contre-attaquent : des groupes descendent la rue de Verdun et remontent le boulevard de la Somme, convergeant vers le march&#233; ; dans la nuit, le march&#233; br&#251;le. Il n'y a plus &#224; Saigon ni eau, ni &#233;lectricit&#233;, ni ravitaillement et chacun vit dans une &#034;ambiance de massacre et de famine&#034;. Tandis que chaque jour les Fran&#231;ais tentent d'&#233;largir le cercle de leur contr&#244;le, des groupes arm&#233;s divers s'organisent en gu&#233;rilla tout autour de la ville. Le Comit&#233; Vi&#234;tminh d&#233;clare alors dans un tract : &#034;les Fran&#231;ais... prennent plaisir &#224; assassiner notre peuple. Une seule r&#233;ponse s'impose : appliquer le d&#233;cret du blocus alimentaire. Les soldats fran&#231;ais pris seront mis &#224; mort&#034;. Il conserve cependant l'espoir de s'entendre avec les Anglais et dans l'attente du corps exp&#233;ditionnaire fran&#231;ais dirig&#233; par le g&#233;n&#233;ral Leclerc. Gracey r&#233;ussit &#224; engager des conversations avec lui, et une tr&#234;ve est annonc&#233;e le premier octobre. Le 3, Leclerc arrive, avec mission de &#034;r&#233;tablir l'ordre&#034; et &#034;construire une Indochine forte au sein de la communaut&#233; fran&#231;aise&#034;. Les commandes du Triomphant d&#233;filent rue Catinat et les drapeaux tricolores flottent de nouveau aux fen&#234;tres. Les conversations continuent et n'ont d'autre r&#233;sultat que le libre passage des troupes anglaises et japonaises dans les zones contr&#244;l&#233;es par les insurg&#233;s ; c'est le Comit&#233; Vi&#234;tminh qui, suivant sa politique d'entente avec les imp&#233;rialistes alli&#233;s a pris cette d&#233;cision. Les Gurkhas et les Japonais ouvrent la marche, occupent les endroits strat&#233;giques dans la p&#233;riph&#233;rie puis, le 12 octobre, les troupes fran&#231;aises second&#233;es par les Gurkhas passent &#224; l'attaque g&#233;n&#233;rale vers le nord-est : les paillotes br&#251;lent &#224; Thi-ngh&#232; jusqu'au poste de T&#226;n-binh et l'encerclement de la ville par les insurg&#233;s s'effrite dans des combats acharn&#233;s. Les anciens font observer que les Fran&#231;ais se dirigent d'abord vers les provinces de l'est, comme ils ont fait au d&#233;but de la colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la gu&#233;rilla, le chef de bande Ray Vi&#234;n, se refusant aux basses besognes polici&#232;res contre toutes les tendances non affili&#233;es au Vi&#234;tminh, se rend ind&#233;pendant de ce dernier et op&#232;re pour son propre compte : tout en guerroyant contre les Fran&#231;ais, il se livre au pillage. Comme nous l'avons vu, il n'est pas le seul groupe arm&#233; &#224; ne pas accepter l'autorit&#233; du Vi&#234;tminh. Les plus nombreux de ces groupes connus sous le nom de Troisi&#232;me division (d&#234;-tam su-do&#224;n) sont dirig&#233;s par un ancien nationaliste qui avait un moment plac&#233; son espoir dans le Japon ; il se retire avec ses quelques centaines d'hommes arm&#233;s dans la Plaine des Joncs en vue d'organiser la r&#233;sistance aux Fran&#231;ais ; mais il se rend quelques mois plus tard et se dissout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vi&#234;tminh ne tol&#232;re aucune tendance qui lui porte ombrage et il en vient &#224; bout par la liquidation physique. Les militants du groupe trotskiste La Lutte qui pourtant s'&#233;taient prononc&#233;s pour le soutien critique du gouvernement Vi&#234;tminh, en sont presque imm&#233;diatement les victimes. R&#233;unis dans un temple de la r&#233;gion de Thu-duc, o&#249; ils se pr&#233;parent &#224; participer &#224; la lutte arm&#233;e sur le front de Gia-dinh, ils sont cern&#233;s le matin par la police Vi&#234;tminh, arr&#234;t&#233;s et intern&#233;s un peu plus tard &#224; B&#234;n-suc, province de Thu-d&#226;u-m&#244;t, o&#249; ils furent tous fusill&#233;s avec une trentaine d'autres prisonniers lors de l'approche des troupes fran&#231;aises. Tr&#226;n van Thach, ancien conseiller municipal de Saigon &#233;lu en 1933 sur la liste stalino-trotskiste et revenu peu de temps auparavant du bagne de Poulo-Condor, &#233;tait parmi eux. On apprit quelques mois plus tard que le leader du groupe La Lutte, Ta thu Th&#226;u, revenu du bagne lui aussi, et qui s'&#233;tait ensuite rendu au Tonkin en vue d'organiser des secours contre la famine, avait &#233;galement &#233;t&#233; assassin&#233; par les partisans de H&#244; chi Minh sur le chemin du retour dans le centre Annam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette atmosph&#232;re de terreur Vi&#234;tminh, la milice ouvri&#232;re des Tramways de Go-v&#226;p (Do&#226;n c&#244;ng-binh) dont l'effectif s'&#233;l&#232;ve &#224; une soixantaine de personnes, participe &#224; l'insurrection en dehors de toute autorit&#233;. Les quelque quatre cents ouvriers et employ&#233;s des Tramways &#233;taient r&#233;put&#233;s pour leur esprit de lutte et d'ind&#233;pendance. On sait que sous les Fran&#231;ais le droit syndical n'existait pas. Lorsque les Japonais, apr&#232;s le 9 mars, avaient remplac&#233; les Fran&#231;ais &#224; la t&#234;te de l'entreprise, les ouvriers avaient constitu&#233; eux-m&#234;mes un comit&#233; d'entreprise et pr&#233;sent&#233; des revendications ; les militaires japonais, colonel Kirino en t&#234;te, &#233;taient venus menacer les ouvriers mais, devant leur attitude ferme, les Japonais avaient c&#233;d&#233; accordant non seulement une augmentation de salaire, mais la reconnaissance de onze d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus par les onze cat&#233;gories de travailleurs : &#233;lectriciens, forgerons, menuisiers, etc.... En ao&#251;t, lorsque les techniciens fran&#231;ais abandonn&#232;rent momentan&#233;ment l'entreprise, le comit&#233; la g&#233;ra jusqu'&#224; l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or tous les insurg&#233;s qui ne se rangent pas sous le drapeau Vi&#234;tminh sont aussit&#244;t qualifi&#233;s de Viet-gian, tra&#238;tres ; tous les ouvriers qui ne s'identifient pas au nationalisme sont qualifi&#233;s de r&#233;actionnaires, de saboteurs. C'est dans cette atmosph&#232;re de violence mentale totalitaire que les ouvriers des Tramways de Go-v&#226;p quoiqu'adh&#233;rant &#224; la CGT du Sud (cr&#233;ation du gouvernement Vi&#234;tminh de facto sous la pr&#233;sidence du stalinien Ho&#224;ang-d&#244;n V&#226;n et destin&#233;e &#224; s'assurer le contr&#244;le des ouvriers de la r&#233;gion Saigon-Cholon ; les d&#233;l&#233;gu&#233;s y &#233;taient d&#233;sign&#233;s d'office par Ho&#224;ang-d&#244;n V&#226;n et consorts malgr&#233; les protestations des quelques d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus par les ouvriers eux-m&#234;mes) refusent de prendre l'&#233;tiquette de &#034;Travailleurs Sauveurs de la patrie (C&#244;ng-nh&#226;n cuu-qu&#244;c)&#034; impos&#233;e par les staliniens de la CGT et d'adopter le drapeau rouge &#224; &#233;toile jaune du Vi&#234;tminh ; ils gardent leur appellation de milice ouvri&#232;re, symbole de leur ind&#233;pendance dans le &#034;front commun&#034;, et combattent sous l'embl&#232;me du drapeau rouge non pour la patrie mais pour leur propre &#233;mancipation de classe. Ils s'organisent en groupes de combat de deux personnes sous la direction d'un responsable &#233;lu et les responsables &#233;lisent comme commandant Tr&#226;n dinh Minh ; c'&#233;tait un jeune trotskiste du nord qui avait publi&#233; un roman social &#224; Hanoi sous le pseudonyme de Nguy&#234;n hai Au, et &#233;tait venu participer &#224; la lutte ouvri&#232;re dans le sud. Par la force des choses, cette formation ouvri&#232;re entra en contact avec les autres groupes de combat des faubourgs est de Saigon dont le commandement &#233;tait aux mains du chef Vi&#234;tminh, Nguy&#234;n dinh Th&#226;u. Deux faits divers donneront une id&#233;e de ce que put &#234;tre la dictature sur les insurg&#233;s par des individus hiss&#233;s au commandement et consacr&#233;s par le Vi&#234;tminh. Nguy&#234;n dinh Th&#226;n entend celer par le sang sa parcelle d'autorit&#233; : des gu&#233;rilleros du groupe T&#226;y-son (ainsi nomm&#233; en souvenir de la r&#233;volte des paysans des montagnes T&#226;y-son contre les seigneurs f&#233;odaux au 18&#232; si&#232;cle) ont r&#233;quisitionn&#233; du tissu chez la tante d'un stalinien notoire, Duong bach Mai, ancien conseiller municipal de Saigon. Au m&#233;pris du combat contre les imp&#233;rialistes, il les fait fusiller. Il fait arr&#234;ter T., suspect de trotskisme, secr&#233;taire ex&#233;cutif Vi&#234;tminh de T&#226;n-binh, et conseiller du Groupe I des Volontaires de la mort (do&#224;n cam-tu s&#244; I) dirig&#233; par Khu&#226;t ; on pr&#234;tait &#224; ce dernier le projet de descendre Nguy&#234;n dinh Th&#226;u malgr&#233; sa garde personnelle arm&#233;e jusqu'aux dents, plut&#244;t que de le laisser assassiner T., lorsque le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT du sud, Ly chi&#234;n Thang, le fit lib&#233;rer. De tels actes terroristes et totalitaires ne sont pas des exceptions, mais seront pratiques courantes dans l'embryon d'&#201;tat du maquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refusant de se soumettre &#224; l'autorit&#233; de Nguy&#234;n dinh Th&#226;u, la milice des tramways d&#233;cide de se regrouper dans la Plaine des Joncs, vers laquelle elle se dirige, tout en combattant contre Fran&#231;ais et Gurkhas &#224; Loc-giang, Th&#244;t-n&#244;t, My-hanh... Dans la Plaine des Joncs, ces ouvriers prennent contact avec les paysans pauvres, et c'est l&#224; qu'ils perdent au combat leur camarade Tr&#226;n dinh Minh le 13 janvier 1946. Une vingtaine d'autres avaient d&#233;j&#224; trouv&#233; la mort dans les batailles livr&#233;es en cours de route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intol&#233;rance du Vi&#234;tminh &#224; l'&#233;gard de toutes les tendances ind&#233;pendantes, l'accusation de tra&#238;trise assortie de menace de mort qu'il porte contre elles, et la faiblesse num&#233;rique du groupe des Tramways, obligent ses membres &#224; se disperser. Trois d'entre eux, L&#234; Ngoc, Ky, Huong, jeune ouvrier de 14 ans, seront poignard&#233;s par les bandes Vi&#234;tminh apr&#232;s avoir &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s puis rel&#226;ch&#233;s par les troupes fran&#231;aises &#224; Hoc-m&#244;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explosion de Saigon s'est r&#233;percut&#233;e &#224; la campagne est dans les provinces. Comme dans le pass&#233;, les paysans ont saisi les notables qui s'&#233;taient distingu&#233;s par leur cruaut&#233;, les propri&#233;taires fonciers r&#233;put&#233;s pour leurs extorsions ; beaucoup sont mis &#224; mort, leurs maisons et leurs greniers incendi&#233;s. On dit que des militants paysans staliniens, revenus de Poulo Condor, le mois pr&#233;c&#233;dent, tent&#232;rent d'intervenir dans certains endroits pour temp&#233;rer les violences et furent eux-m&#234;mes menac&#233;s dans leur vie, suspect&#233;s qu'ils furent alors de se mettre aux c&#244;t&#233;s des anciens oppresseurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrit par Ngo Van&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annexe : trois lettres d'Ho Chi Minh (3e tome des oeuvres compl&#232;tes)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re lettre d'Ho Chi Minh&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 mai 1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chers camarades bien aim&#233;s,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le pass&#233;, &#224; mesyeux et aux yeux de nombre de camarades, le traotskysme nous a sembl&#233; une question de lutte entre les tendances au sein du parti communiste chinois. C'est pourquoi nous n'y pr&#234;tions gu&#232;re attention. Mais, peu avant l'&#233;clatement de la guerre, plus exactement depuis la fin de l'ann&#233;e 1936 et notamment pendant la guerre, la propagande criminelle des trotskystes nous a ouvert les yeux. Depuis, nous nous sommes mis &#224; &#233;tudier le probl&#232;me. Et notre &#233;tude nous a conduits aux conclusions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me du trotskysme n'est pas une lutte entre les tendances au sein du Parti communiste chinois. Car, entre communistes et trotskystes il n'y a aucun lien, absolument aucun lien. Il s'agit d'un sujet concernant le peuple tout entier : la lutte contre la patrie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les fascistes japonais et &#233;trangers le savent. C'est pourquoi ils cherchent &#224; cr&#233;er des d&#233;saccords pour tromper l'opinion et porter atteinte au renom des communistes, en faisant croire que communistes et trotskystes sont du m&#234;me camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes chinois comme les trotskystes d'autres pays ne repr&#233;sentent pas un groupe, encore moins un parti politique. Ils ne sont qu'une bande malfaiteurs, de chiens de chasse du fascisme japonais et du fascisme international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les pays, les trotskystes se sont donn&#233; de belles appellations afin de masquer leur sale besogne de bandits. Par exemple, en Espagne ils se nomment Parti ouvrier unifi&#233; marxiste (POUM). Savez-vous que ce sont eux qui constituent le niz d'espions &#224; Madrid, &#224; Barcelone et d'autres endroits, au service de Franco ? Ce sont eux qui organisent la c&#233;l&#232;bre &#171; cinqui&#232;me colonne &#187;, organisme d'espionnage de l'arm&#233;e des fascistes italiens et allemands. Au Japon, ils s'appellent Ligue Marx-Engels-L&#233;nine (MEL). Les trotskystes japonais attirent les jeunes dans leur ligne puis ils les d&#233;noncent &#224; la police. Ils cherchent &#224; p&#233;n&#233;trer dans le Parti communiste japonais afin de le d&#233;truire de l'int&#233;rieur. A mon avis, les troskystes fran&#231;ais organis&#233;s autour du groupe R&#233;volution prol&#233;tarienne se sont fix&#233;s pour but de saboter le Font populaire. Sur ce sujet, je pense que vous &#234;tes s&#251;rmeent plus renseign&#233;s que moi. Dans notre pays de Chine, les trotskystes se regroupent autour de formation telles que La Lutte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les trotskystes ne sont pas seulement les ennemis du communisme. Ils sont aussi les ennemis de la d&#233;mocratie et du progr&#232;s. Ce sont les tra&#238;tres et les espions les plus inf&#226;mes. Peut-&#234;tre avez-vous lu les actes d'accusation des proc&#232;s en Union sovi&#233;tique contre les trotskystes. Si vous ne les avez pas lus, je vous conseille de les lire et de les faire lire aux amis. Cette lecture est tr&#232;s utile. Elle vous aidera &#224; voir le vrai visage r&#233;pugnant du trotskysme. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre parue dans &#171; Notre voix &#187; du 23 juin 1939 et au tome 3 des &#338;uvres de Ho Chi Minh&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me lettre d'Ho Chi Minh :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chers camarades bien aim&#233;s,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avant que je vous r&#233;ponde sur les activit&#233;s des trotskystes de Chine, permettez-moi de vous pr&#233;senter la demi-douzaine de leurs chefs de file, ma&#238;tres reconnus qui ont &#339;uvr&#233; pour le renom de la IVe Internationale. Tran Doc Tu (Chen Duxiu), Banh Thakt Chi, Lu Han, Dep Thanh, Thuong Mo Dao, Hiang Cong Luoc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologiquement, voil&#224; les actions qu'ils ont commises :&lt;br class='autobr' /&gt;
En septembre 1931, lors de l'invasion japonaise en Mandchourie, la S&#251;ret&#233; japonaise a pris contact avec les trois premiers. Les deux parties ont sign&#233; un pacte ; le groupe trotskyste s'engage &#224; ne mener aucune propagande contre l'invasion japonaise. La S&#251;ret&#233; japonaise s'engage &#224; lui verser mensuellement une somme de trois cent dollars ainsi que d'autres sommes suppl&#233;mentaires, selon les &#171; r&#233;sultats du service rendu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ce moment, Chen Duxiu (Tran Doc Tu) et ses complices se mirent imm&#233;diatement au travail. Avce les subventions japonaises, ils publi&#232;rent des brochures et des revues satiriques pour propager des id&#233;es telles que &#171; En occupant la Mandchourie, les Japonais ont voulu r&#233;gler rapidement le diff&#233;rend en suspens, ils n'ont pas le but de s'emparer de la Chine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine ces id&#233;es se propageaient dans les colonnes de leurs publications, Shanga&#239; fut attaqu&#233;e &#224; son tour en janvier 1932 par les troupes japonaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment que disent les trotskystes ? Reconnaissent-ils qu'ils se sont tromp&#233;s ? Cessent-ils de collaborer avec les occupants ? Absolument pas ! Alors que les soldats de la 19e arm&#233;e versent leur sang pour d&#233;fendre la patrie, les trotskystes en actes comme en paroles continuent de commettre crime sur crime. D'un c&#244;t&#233; ils &#233;crivent : &#171; La guerre de Shanga&#239; ne concerne nullement le peuple. Il ne s'agit pas d'une guerre nationale r&#233;volutionnaire. Il s'agit d'une guerre interimp&#233;rialiste. &#187; &#8230; D'un autre c&#244;t&#233;, ils r&#233;pandent des fausses rumeurs, agitent des mots d'ordre &#224; caract&#232;re d&#233;faitiste, d&#233;voilent les secrets de la d&#233;fense, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas tout. Les trotskystes tels que Hoa Van Khoi et Cung Van Thu, en liaison avec la police et les patrons japonais, s'introduisent dans la gr&#232;ve des ouvriers &#224; Shanga&#239; et emploient tous les moyens pour saboter le mouvement. Au point qu'ils arrvient &#224; faire arr&#234;ter les dirigeants les plus talentueux de la gr&#232;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1933, le g&#233;n&#233;ralissime Phung Ngoc Tuong et le g&#233;n&#233;ral Cat Hong Xuong, membres du parti communiste, organisent une troupe de r&#233;sistance &#224; Kal-gan. A cette &#233;poque, &#233;tant dans la clandestinit&#233;, la liaison entre le centre et le nord s'av&#232;re difficile. Profitant de cette situation, le trotskyste Truong Mo Dao, se disant &#171; repr&#233;sentant du Parti communiste &#187;, tente de transformer la guerre anti-japonaise en guerre civile avec le mot d'ordre &#171; Marcher avec les Japonais, lutter contre Tchang Ka&#239; Shek &#187;. &#8230; etc ..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre parue dans &#171; Notre Voix &#187; du 7 juillet 1939 et au tome 3 des Oeuvres de Ho Chi Minh&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me lettre d'Ho Chi Minh&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Camarades bien aim&#233;s,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ma derni&#232;re lettre, je vous ai racont&#233; coment les trotskystes ont re&#231;u leur salaire pay&#233; par les Japonais et comment ils ont essay&#233; de saboter notre h&#233;ro&#239;que lutte &#224; Shanga&#239; et notre mouvement patriotique &#224; Kal-gan. Aujourd'hui, je vous raconterai la suite de leurs crimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se repliant &#224; Fu Kien, la 19e arm&#233;e reprend sa lutte. Elle forme le gouvernement antijaponaiset m&#232;ne la propagande pour le front uni gr&#226;ce &#224; la signature d'un pacte avec l'Arm&#233;e rouge chinoise. Peu de temps avant, la 19e arm&#233;e &#233;tait l'une des forces les plus anticommunistes. Mais, devant le danger qui menace la patrie, elle accepte d'oubler les querelles et les haines pour ne viser qu'un but unique : la lutte contre les envahisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ob&#233;issant aux ordres des Japonais, les trotskystes entent imm&#233;diatement en action : d'une part, ils suscitent le sentiment r&#233;gionaliste parmi la population &#8211; la 19e arm&#233;e &#233;tant venue de Kouang Toung &#8211; pour combattre le nouveau gouvernement. D'autre part, ils cherchent &#224; affaiblir l'Arm&#233;e rouge. La fa&#231;on dont ils accomplissent la deuxi&#232;me t&#226;che est la suivante : ils demandent &#224; entrer dans l'Arm&#233;e rouge en tant que militants r&#233;volutionnaires. Au d&#233;but, afin de gagner la confiance, ils ont men&#233; des actions tr&#232;s positives. Une fois plac&#233;s aux postes de responsabilit&#233; plus ou moins importants, ils ont commenc&#233; &#224; commettre des actes criminels. Je vous cite quelques exemples : Dans la bataille, quand il faut reculer, ils donnent l'ordre d'avancer. Quand il faut avancer, ils donnent l'ordre de reculer. Ils envoient des renfots et des armes dans les endroits o&#249; on n'en pas besoin. Mais dans les endroits o&#249; on en a besoin, ils ne les envoient pas. Ils badigeonnent de poison des blessures des combattants, surtout des cadres de l'arm&#233;e, dans le but de leur faire amputer les bras et les jambes, etc. Ces actes ont &#233;t&#233; heureusement d&#233;couverts &#224; temps. Quelle chance pour les communistes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis 1935, les communistes m&#232;nent une campagne d'une grande ampleur pour la formation du Frant national contre les Japonais. Le peuple, et particuli&#232;rement les ouvriers et les paysans, a soutenu activement ce programme. Dans le Kuo-min-tang, l'id&#233;e du front national progresse. Pendant ce temps, on constate que les trotskystes jouent le double jeu, en recourant &#224; la fois &#224; la calomnie et &#224; la division. Ils disent aux masses : &#171; Vous voyez les communistes se sont vendus &#224; la bourgeoisie. Le Kuo-min-tang ne se battra pas contre les Japonais ! &#187; S'adressant au Kuo-min-tang, ils lui disent : &#171; le Front national, ce n'est qu'une ruse des communistes. Pour combattre les Japonais, il faut d&#233;truire les communistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de 1936, la politique de l'union contre les Japonais a triomph&#233; dans les &#233;v&#233;nements de Tay A&#239;n. Devant la d&#233;faite de leur politique de guerre civile, les trotskystes Truong Mo Dao et Ta Duy Liet d&#233;cident d'organiser l'assassinat de Vuong Di Triet, un des partisans convaincus de la politique de Front national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, je vous parle de 1937, &#233;poque qui pr&#233;c&#232;de la guerre. Tout le monde s'unit pour combattre les Japonais, sauf les trotskystes. Ces tra&#238;tres se sont r&#233;unis clandestinement et ont &#233;dopt&#233; &#171; la r&#233;solution &#187; dont voci quelques extraits : &#171; Dans la guerre contre les Japonais, notre position est claire : ceux qui veulent la guerreet ont des illusions sur le gouvernement du Kuo-min-tang, ceux-l&#224; concr&#232;tement ont trahi. L'union entre le Parti communiste et le Kuo-min-tang n'est qu'une trahison. &#187; Et d'autres ignominies de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la guerre s'approche, les promesses japonaises se mat&#233;rialisent. Les trostskystes de Shanga&#239; re&#231;oivent 100.000 dollars chaque mois por leurs activit&#233;s dans le centre et le sud de la patrie. Ceux de Tien Sin et de P&#233;kin 50.000 chaque mois pour leurs activit&#233; dans le Hoa Bac (r&#233;gion du nord) afin de mener la lutte contre la 8e arm&#233;e et contre les organisations patriotiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers le milieu de 1937, les trotskystes ont &#233;t&#233; d&#233;couverts et arr&#234;t&#233;s dans la &#171; zone sp&#233;ciale &#187; (dac khu). D'apr&#232;s les aveux de Ton Nghia Hai, ils se sont fix&#233;s comme objectif : &amp;- d&#233;truire la 8e arm&#233;e, 2- Emp&#234;cher le d&#233;veloppement du front national, 3- Espionner, 4- Organiser l'assassinat des dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le tribunal populaire de la &#171; zone sp&#233;ciale &#187;, le trotskyste Hoang Phat Hi, entre autres aveux, a d&#233;clar&#233; qu'au cours de la quatri&#232;me entrevue avec Truong Mo Dao, celui-ci lui a fait les recommandations suivantes : &#171; Tu dois &#233;tudier attentivement les m&#233;thodes et le syst&#232;me d'organisation de l'Arm&#233;e rouge. Apr&#232;s, tu organiseras des centres de jeunes qui assureront la t&#226;che de sabotage. Notre but est de provoquer le d&#233;sordre au sein de l'Arm&#233;e rouge et de liquider ses dirigeants. &#187; Truong Mo Dao a ajout&#233; : &#171; Il faut persuader une partie des cades de la base de nous suivre, susciter leur nostalgie du pays natal, encourager leur d&#233;sertion en leur fournissant un peu d'argent. C'est un des moyens de d&#233;sint&#233;gration de cette arm&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trotskyste Quach Uan Kinh a avou&#233; que Ton Nghia Hai l'a charg&#233; de mener la propagande pour le d&#233;faitisme chez les combattants en leur d&#233;montrant que &#171; La Chine ne pourra pas vaincre. &#187;, car, &#171; m&#234;me si nous arrivons &#224; chasser les Japonais, les Am&#233;ricains et les Anglais seront encore l&#224; pour nous opprimer &#187; ; que &#171; non seulement nous ne pourrons pas vaincre, mais notre pays sera d&#233;truit si nous continuons le combat &#187;, que &#171; la Chine est trop faible pour lutter &#224; la fois contre le Japon, l'Angleterre et l'Am&#233;rique. &#187; Truong Mo Dao a compl&#233;t&#233; ses instructions par ces paroles : &#171; Il faut exploiter la politique du front national pour calomnier les communistes et dire qu'ils ont vendu la classe ouvri&#232;re. Notre but est de scusciter le m&#233;contentement parmi les combattants. &#187; Sous le pr&#233;texte de les &#233;duquer, les trotskystes les trotskystes organisent les &#233;l&#233;ments les plus retard&#233;s de l'arm&#233;e en petits groupes puis profitant des conditions p&#233;nibles de la vie dans l'arm&#233;e, ils les encouragent &#224; d&#233;serter avec armes et munitions. En liaison avec les brigands, ils cr&#233;ent des d&#233;sordres &#224; l'arri&#232;re de la 8e arm&#233;e en plein combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; les proc&#233;d&#233;s des trotskystes dans lutte contre la 8e arm&#233;e nationale r&#233;volutionnaire. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre parue dans &#171; Notre voix &#187; du 28 juillet 1939 et au tome 3 des &#339;uvres de Ho Chi Minh&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits du Rapport de Ho Chi Minh &#224; l'Internationale communiste intitul&#233; &#171; Quelques id&#233;es sur la ligne politique pr&#233;conis&#233;e par le parti pendant la p&#233;riode du Front d&#233;mocratique (1936-1939) &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vis-&#224;-vis des trotskystes, il ne doit y avoir aucun compromis, aucun concession. Il faut utiliser tous les moyens pour les d&#233;masquer comme agents du fascisme. Il faut les extermine politquement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; R&#233;volution d'ao&#251;t &#187;, ouvrage &#233;crit par le Parti communiste vietnamien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s le coup de force des Japonais contre les Fran&#231;ais (le 8 mars 1945), la situation de la province de Quang nam fut des plus complexes. Le pouvoir des Fran&#231;ais fut renvers&#233; mais le nouveau pouvoir des Japonais ne s'&#233;tait pas encore install&#233; ; les Japonais men&#232;rent activement la propagande pour la r&#233;alisation de la &#171; Grande Asie &#187;. (&#8230;) Il y eut un groupe se proclamant anti-imp&#233;rialiste compos&#233; de trotskystes qui mettait en avant le mot d'ordre : &#171; lutter ocntre tous les imp&#233;rialismes &#187;. Ce faisant il combattait la politique qui &#233;tait alors celle de notre parti, qui pr&#233;conisait l'alliance avec les Forces alli&#233;es. (&#8230;) Dans cette p&#233;riode, bien qu'ils n'eussent jou&#233; aucun r&#244;le tant soit peu important, les trotskystes complot&#232;rent pour la prise du pouvoir. Ils plac&#232;rent Ho Ta Khanh [1], une de leurs partisans comme ministre dans le gouvernement fantoche des pro-japonais et Huynh Van Phuong comme directeur de la S&#251;ret&#233; japonaise. Ils d&#233;p&#234;ch&#232;rent Ta Thu Thau, leur chef de file, &#224; Hu&#233; pour occuper la place de conseiller du gouvernement de Tran Truong Kim, avec l'espoir qu'apr&#232;s le renversement de celui-ci, Thau remplacerait Kim et s'installerait au pouvoir. En un mot, &#224; partir de mars 1945, et plus pr&#233;cis&#233;ment apr&#232;s le coup de force des Japonais renversant les Fran&#231;ais, se constitu&#232;rent autour des Japonais les couches de gens, des sectes religieuses pro-japonaises, avec le soutien des trotskystes. (&#8230;) Le 11 septembre 1945, les soldats anglais et indiens arriv&#232;rent au Sud Vietnam. Ils lib&#233;r&#232;rent aussit&#244;t 7000 Fran&#231;ais emprisonn&#233;s lors du coup de force du 8 mars 1945 et leur distribu&#232;rent des armes prises aux Japonais. En plus, ils aid&#232;rent les Fran&#231;ais &#224; r&#233;organiser leur appareil administrtatif, des fonctionnaires dont le r&#244;le consistait &#224; mener des activit&#233;s de division et de provocation. Ce fut l'occasion pour les trostskystes de commettre des actes de destuctions. Ils avanc&#232;rent les mots d'ordre ultra-gauchistes tels que &#171; d&#233;truire les ennemis fran&#231;ais &#187;, &#171; distribuer la terre aux paysans &#187;. Notre service de s&#251;ret&#233; intercepta &#224; Tan Binh un document dans lequel ils envisageaient le renversement de notre pouvoir. Dans la r&#233;alit&#233;, ils collabor&#232;rent avec les r&#233;actionnaires des sectes religieuses, cherchant &#224; amadouer et &#224; organiser nos compatriotes, venant des provinces, en unit&#233;s de combat arm&#233;es. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;pression contre les trostskystes r&#233;ctionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s notre prise de pouvoir, les trotskystes ont publi&#233; un journal ayant pour titre Doc Lap (Ind&#233;pendance) tendant &#224; saborder notre politique. Ils demand&#232;rent la confiscation de toutes les rizi&#232;res et terres pour qu'elles soient partag&#233;es entre les paysans. Nous avons d&#233;cid&#233; de saisir le journal Doc Lap, de d&#233;masuqer les saboteurs devant le peuple ; en m&#234;me temps, nous avons donn&#233; l'ordre d'arr&#234;ter les chefs de la bande trotskyste qui s'&#233;taient cach&#233;s &#224; Di An, Thu Duc (&#224; 18 kilom&#232;tres au nord de Sa&#239;gon) ; parmi eux Nguyen Van So, Phan Van Hun, Phan Van Chanh, Tran Van Thach, etc&#8230; (&#8230;) En d&#233;masquant les Japonais, nous avons d&#233;masqu&#233; en m&#234;me temps les r&#233;actionnaires caoda&#239;stes pro-japonais qui cherch&#232;rent &#224; embrigader la population (&#8230;) Nous avons d&#233;masqu&#233; &#233;galement les trostskystes, espions des Japonais. (&#8230;) Les trotskystes ont &#233;t&#233; dirig&#233;s par Tran Van Thach, Ho Huu Tuong, Nguyen Van So. Pendant la p&#233;riode o&#249; ils &#233;taient plac&#233;s sous le r&#233;gime de surveillance par les Fran&#231;ais &#224; Can Tho, ils orient&#232;rent leurs activit&#233;s en direction des intellectuels et des fonctionnaires. Mais leur influence fut minime. Apr&#232;s le coup de force des Japonais, ils men&#232;rent la propagande pour le soutien de Tran Truong Kim, milit&#232;rent pour le retour au tr&#244;ne du prince Cuong D&#233;, et se prononc&#232;rent contre le Viet Minh et les communistes. Ils s'alli&#232;rent &#224; la secte religieuse Hoa Hao pour lutter contre la r&#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de lib&#233;ration nationale du Vietnam a &#233;t&#233; la plus longue et la plus douloureuse de tous les combats contre l'oppressio nationale. Une des raisons en est que l'imp&#233;rialisme ne se battait pas seulement pour conqu&#233;rir ou reconqu&#233;rir une petite langue de terre sans grandes richesses et, m&#234;me, sans situation si strat&#233;gique que cela, au regard des efforts en hommes, en argent et en mat&#233;riel. Se jouait au Vietnam toute l'image aux yeux du monde entier du colonialisme fran&#231;ais et de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. En face, on trouvait toute la d&#233;termination d'un petit peuple qui, ayant vu qu'un peuple jaune n'&#233;tait pas fatalement un peuple d'esclaves et qu'un pays occidental n'&#233;tait pas toujours le vainqueur, ne supportait plus d'&#234;tre trait&#233; comme du b&#233;tail. Cependant, ce combat avait pris une tournure sociale &#224; ses d&#233;buts en 1945. Il avait &#233;t&#233; men&#233; par le prol&#233;tariat des villes insurg&#233;, se constituant en comit&#233;s autonomes, donc des soviets, un double pouvoir ou du moins son embryon, Cette capacit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat en Asie n'avait pas concern&#233; que le Vietnam. C'est gr&#226;ce &#224; une allliance de la bourgeoisie, de la petite bourgeoisie et des imp&#233;rialismes que la r&#233;volution a &#233;t&#233; en partie d&#233;toun&#233;e, en partie battue en 1945. Les nationalistes, sous couvert de communisme, ont monopolis&#233; le pouvoir, assassin&#233; les membres des comit&#233;s et livr&#233; la r&#233;volution au colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonialisme fran&#231;ais a voulu faire du Vietnam une d&#233;monstration de sa force retrouv&#233;e. L'imp&#233;rialisme anglais vouliat y d&#233;montrer son alliance avec la France. La bourgeoisie vietnamienne voulait se d&#233;barrasser de son pire ennemi : le prol&#233;tariat vietnamien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cor&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Cor&#233;e les alli&#233;s avaient d&#233;cid&#233; d'un syst&#232;me d'occupation apparemment absurde et qui allait donner lieu au pire affrontement de la guerre froide en 1950 mais qui, en cette fin de guerre mondiale, correspondait aux diff&#233;rentes zones dans cette r&#233;gion. En effet la p&#233;ninsule cor&#233;enne &#233;tait divis&#233;e en deux, une partie sous occupation russe et une autre sous occupation am&#233;ricaine, les deux &#233;tant s&#233;par&#233;es par le 38&#232;me parall&#232;le. En fait en disant cela on oublie lune grande part du probl&#232;me, on attribuait &#224; la Chine la partie de la Cor&#233;e continentale, le Kan Do, prise lors des conqu&#234;tes militaires et cela allait s'av&#233;rer tr&#232;s important par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part cette division discut&#233;e lors des conf&#233;rences de T&#233;h&#233;ran en 1943 et Yalta en 1945 devait &#234;tre provisoire. Les premiers arriv&#233;s sur place sont les russes au nord le 24 ao&#251;t 1945. Puis les USA arrivent un mois plus tard au sud en septembre 45. Des deux c&#244;t&#233;s tout est programm&#233; et aucun des deux camps n'a l'intention de demander &#224; la population de d&#233;cider. Les russes ont dans leurs bagages Kim Il Sung qu'ils comptent imposer comme dirigeant sous l'&#233;tiquette parti communiste. Pourtant il existe en Cor&#233;e un parti communiste clandestin dont Kim n'est pas le dirigeant mais c'est l'homme des russes et dans l'ambiance d'effervescence sociale les russes s'en m&#233;fient comme ils se m&#233;fient de tous les militants d&#233;mocrates ou syndicalistes qui vont tr&#232;s vite peupler leurs prisons. Pour se d&#233;barrasser du r&#233;el parti communiste cor&#233;en, les russes vont avoir de grandes difficult&#233;s car il faut s'en d&#233;barrasser &#224; la fois au nord et au sud. Au nord cela se fera sous l'occupation militaire russe, les anciens dirigeants iront en prison ainsi qu'au fur et &#224; mesure tous les opposants &#224; Kim Il Sung. Au sud, ce sera beaucoup plus difficile d'autant que traditionnellement la direction du parti communiste r&#233;sidait au sud &#224; S&#233;oul et que le parti va rester un seul parti malgr&#233; la division du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des deux c&#244;t&#233;s, il y a la m&#234;me situation catastrophique pour la population qui se traduit tout de suite par une explosion sociale La mis&#232;re des travailleurs est catastrophique. Le nombre des morts est consid&#233;rable. Et, en plus la population sort de nombreuses ann&#233;es d'occupation japonaise o&#249; ils ont souffert atrocement. Ce n'est pas pour accepter facilement une autre occupation militaire. Enfin, tr&#232;s vite le probl&#232;me du partage du pays en deux qui semble &#234;tre du provisoire qui dure va devenir un probl&#232;me politique de premier ordre, emp&#234;chant les deux pouvoirs de se stabiliser et de gagner du cr&#233;dit. En effet, sur ordre de Staline, Kim Il Sung au nord va d&#233;fendre la division du pays de la m&#234;me mani&#232;re qu'au sud le fantoche des am&#233;ricains Syngman Rhee, un dictateur d'extr&#234;me-droite corrompu et ultra-violent. Des deux c&#244;t&#233;s, la classe ouvri&#232;re va s'opposer &#224; cette division et en particulier les syndicats d'origine plut&#244;t anarcho-syndicalistes avec des militants d'extr&#234;me gauche et qui ne sont pas encore contr&#244;l&#233;s par le parti communiste. La pression est telle au sud que le parti communiste sud cor&#233;en prend son ind&#233;pendance politique de la direction du nord en ao&#251;t 46. Mais en m&#234;me temps il le fait sur des bases tout ce qu'il y a de moins r&#233;volutionnaire, du moins dans un sens prol&#233;tarien. La th&#232;se d'ao&#251;t qui souligne cette ind&#233;pendance politique &#224; la fois n'accepte plus la division du pays mais affirme qu'il faut mener une r&#233;volution bourgeoise en vue de la r&#233;unification, r&#233;volution qui aura pour base les campagnes et non les villes. Et cela signifie aussi que le PC du sud appelle les ouvriers et les paysans &#224; rejoindre les montagnes pour y organiser la gu&#233;rilla. Le syndicat des ouvriers du sud va s'opposer violemment &#224; ces propositions. En effet, les travailleurs sont tr&#232;s loin de se sentir impuissants dans leurs luttes dans les usines au point d'aller se retrancher dans les montagnes. La th&#232;se du caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution n'est pas mieux accept&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, dans les usines c'est &#224; une offensive ouvri&#232;re que l'on assiste en Cor&#233;e du sud. L'insurrection ouvri&#232;re part de deux villes : Taekou, grande ville du sud est et Busan le grand port du sud. C'est un soul&#232;vement spontan&#233; qui d&#233;bute par une gr&#232;ve des cheminots et qui se termine par de v&#233;ritables affrontements arm&#233;s, les travailleurs s'&#233;tant organis&#233;s en milice ouvri&#232;re. Partout des comit&#233;s de gr&#232;ve sont mis en place et la gr&#232;ve s'&#233;tend &#224; de nombreuses autres villes. La r&#233;action des troupes am&#233;ricaines est tr&#232;s violente. La r&#233;pression s'&#233;tend &#224; tout le pays contre les syndicats et les militants radicaux. Le PC du sud qui n'&#233;tait pour rien dans le mouvement est interdit. La dictature de Syngman Rhee devient f&#233;roce. Des opposants politiques et des dirigeants syndicalistes sont assassin&#233;s comme le leader anarcho-syndicaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim Ku et le dirigeant social-d&#233;mocrate Yo Un Hyong. Le Parti communiste a &#233;t&#233; contraint de passer dans la clandestinit&#233; totale. La direction politique du PC du nord en profite pour r&#233;ussir pour la premi&#232;re fois &#224; &#233;tablir sa domination sur l'ensemble du parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1946-47, loin de se stabiliser, le r&#233;gime de Cor&#233;e du sud est attaqu&#233; sur tous les fronts : mutineries militaires, insurrections paysannes, mouvements politiques dans les villes contre le r&#233;gime de Syngman Rhee et mouvements sociaux. Le pouvoir central de S&#233;oul est tellement affaibli qu'il est contraint de laisser les paysans occuper toute une r&#233;gion dite lib&#233;r&#233;e. Le PC du sud d&#233;cide de s'investir dans cette r&#233;volution paysanne et il appelle &#224; nouveau les ouvriers &#224; le suivre. La plupart des ouvriers et des militants intellectuels qui vont suivre cet appel sont massacr&#233;s avant m&#234;me qu'ils aient pu rejoindre la r&#233;gion ni s'armer. Le PC du sud va quand m&#234;me prendre la direction politique de ces paysans insurg&#233;s. Il leur conseille de quitter les terres agricoles pour rejoindre les montagnes et effectivement cette gu&#233;rilla va tenir l&#224; jusqu'&#224; la guerre de Cor&#233;e en 1950, o&#249; elle fera sa jonction avec l'arm&#233;e nord cor&#233;enne. Paradoxalement c'est cela qui lui sera fatal car le r&#233;gime de Cor&#233;e du nord n'avait nullement envie de soutenir les paysans du sud et va les abandonner en cessant de les armer d&#232;s l'offensive am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; r&#233;volution &#187; mao&#239;ste est l'une de celles qui a produit le plus de mythes mensongers pour couvrir d'un voile &#171; r&#233;volutionnaire &#187; et &#171; communiste &#187; des politiques qui &#233;taient tout le contraire de cela. On a m&#234;me longtemps pr&#233;sent&#233; la Chine comme plus communiste, plus anti-imp&#233;rialiste et plus r&#233;volutionnaire que la Russie de Staline, et m&#234;me de L&#233;nine. Selon cette l&#233;gende, Mao serait arriv&#233; au pouvoir &#224; la t&#234;te d'une r&#233;volution paysanne. Il aurait construit un pouvoir des ouvriers et des paysans, du type sovi&#233;tique comme en octobre 1917 en Russie. Il aurait rompu avec l'imp&#233;rialisme. Il aurait aid&#233; la r&#233;volution mondiale, en restant r&#233;volutionnaire, contrairement au &#171; r&#233;visionnisme &#187; russe. La r&#233;volution culturelle marquerait le caract&#232;re de &#171; r&#233;volution permanente &#187; du r&#233;gime chinois, sa capacit&#233; &#224; s'attaquer aux id&#233;ologoqies r&#233;actionnaires et la jeunesse des id&#233;es r&#233;volutionnaires en Chine. Voil&#224; quelques uns des mensonges qui courent sur le pouvoir chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution chinoise de 1949&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons essayer de r&#233;tablir une r&#233;alit&#233; qui n'a pas grand-chose &#224; voir avec les affirmations pr&#233;c&#233;dentes. Ce qui a donn&#233; ses forces arm&#233;es &#224; Mao, ce n'est pas la lutte des classes, ni la r&#233;volution sociale, mais la lutte de d&#233;fense nationale contre le Japon. Il a ainsi pu construire sa fameuse &#171; huiti&#232;me arm&#233;e de route &#187; int&#233;gr&#233;e &#224; l'ensemble des forces arm&#233;es chinoises, aux c&#244;t&#233;s de Tchang Ka&#239; Chek, et aux c&#244;t&#233;s des USA. C'est cette arm&#233;e, une fois la d&#233;faite japonaise acquise, qui lui a permis de prendre le pouvoir. M&#234;me s'il a eu un recrutement dans les campagnes, l'arm&#233;e de Mao est tout sauf une organisation fond&#233;e sur une lutte radicale de la paysannerie. Mao a gouvern&#233; des r&#233;gions paysannes comme un chef d'arm&#233;e qui s'entend bien avec les paysans, mais qui s'accommode avec les poss&#233;dants locaux, propri&#233;taires fonciers, banquiers, commer&#231;ants et usuriers. Dans ces zones dites lib&#233;r&#233;es, il n'appliquait pas un programme social radical, se contentait de baisser les imp&#244;ts. Il n'a pas appliqu&#233; un programme radical de distribution de terres aux paysans pauvres. Mao n'est m&#234;me pas un chef de r&#233;volte paysanne, comme la Chine en a connu dans le pass&#233;. Quant &#224; la r&#233;volution paysanne, quand elle a &#233;clat&#233; &#8211; nullement &#224; l'initiative de Mao &#8211; il a longuement h&#233;sit&#233; &#224; prendre son parti, et, m&#234;me apr&#232;s cette d&#233;cision, il a toujours refus&#233; d'armer les paysans. Y compris durant l'offensive contre le r&#233;gime de Tchang Ka&#239; Chek, il d&#233;clarait que &#171; Les paysans qui nous rejoignent peuvent nous apporter &#224; manger, pousser nos chariots, ou s'occuper des soins des bless&#233;s. En aucun cas, ils ne doivent &#234;tre arm&#233;s. &#187; En ce sens, son arm&#233;e et son appareil d'Etat sont des instruments classiques de pouvoir et non des organes r&#233;volutionnaires. Son parti est un organe politique de pouvoir et, avant m&#234;me la prise de pouvoir, un parti unique. Il n'est pas question de remettre en question cette direction dictatoriale. Mao n'a pas un seul instant envisag&#233; d'organiser les travailleurs de villes au cours de sa &#171; r&#233;volution &#187;, m&#234;me pas au moment de la prise de pouvoir dans les villes. Dans les villes, il a, par contre, pris contact avec les bourgeois, petits et grands, et les intellectuels, auxquels il donnera des places dans le pouvoir. Il a &#233;galement recycl&#233; l'essentiel du pouvoir de Tchang Ka&#239; Chek, notamment ses chefs militaires, m&#234;me ceux ralli&#233;s de la derni&#232;re seconde. Il est encore moins, malgr&#233; le titre de communiste dont il pare son parti, un dirigeant du prol&#233;tariat chinois. A partir de 1927, il avait quitt&#233; ce prol&#233;tariat et ne l'a jamais retrouv&#233;. La lettre aux militants trotskystes qu'&#233;crit Trotsky explique que, si l'arm&#233;e de Mao prend le pouvoir, elle interviendra contre le prol&#233;tariat. La politique de Mao n'est pas communiste, ne vise pas au pouvoir du prol&#233;tariat, n'a nullement renou&#233; avec Marx ni rompu d&#233;finitivement avec l'imp&#233;rialisme et le capitalisme, comme le rappelle son idylle actuelle. Le terme le plus juste sur son r&#233;gime est celui de bonapartisme bourgeois. Le bonapartisme signifie une dictature militaire qui est populaire et dont l'apparence de force provient de l'&#233;quilibre entre deux forces r&#233;elles. Ici ces forces sont, d'un c&#244;t&#233; la bourgeoisie imp&#233;rialiste et de l'autre le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Document :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA GUERRE DES PAYSANS EN CHINE ET LE PROL&#201;TARIAT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Letttre aux Bolcheviks-l&#233;ninistes chinois)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 septembre 1932&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s une longue interruption, nous avons enfin re&#231;u votre lettre du 15 juin. Il est superflu de vous dire combien nous nous f&#233;licitons de la r&#233;surrection de l'Opposition de Gauche chinoise, apr&#232;s la d&#233;sorganisation apport&#233;e dans ses rangs par les pers&#233;cutions polici&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant que l'on puisse juger d'ici avec nos informations tout &#224; fait insuffisantes, la position exprim&#233;e dans votre lettre concorde avec la n&#244;tre. L'attitude intransigeante envers les opinions d&#233;mocratiques vulgaires des staliniens sur le mouvement paysan, ne peut &#233;videmment rien avoir de commun avec une attitude passive et inattentionn&#233;e envers le mouvement paysan lui-m&#234;me. Le manifeste de l'Opposition de Gauche internationale publi&#233; il y a deux ans (Sur les perspectives et les t&#226;ches de la r&#233;volution chinoise), appr&#233;ciant le mouvement paysan des provinces du sud de la Chine, disait : &#034;La r&#233;volution chinoise trahie, d&#233;truite, exsangue, montre qu'elle est vivante. Esp&#233;rons que le temps n'est plus loin o&#249; elle l&#232;vera de nouveau sa t&#234;te prol&#233;tarienne.&#034; Et plus loin : &#034;La large crue du soul&#232;vement paysan peut incontestablement donner une impulsion &#224; l'animation de la lutte politique dans les centres industriels. Nous comptons fermement l&#224;-dessus.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre lettre montre que, sous l'influence de la crise et de l'intervention japonaise, la lutte des ouvriers des villes rena&#238;t sur le fond de la guerre paysanne. Dans notre manifeste nous &#233;crivions sur ce fait, avec toute la prudence n&#233;cessaire : &#034; Personne ne peut pr&#233;dire d'avance si les foyers des soul&#232;vements paysans se maintiendront sans interruption pendant toute la p&#233;riode prolong&#233;e dont l'avant-garde prol&#233;tarienne aurait besoin pour se renforcer, pour engager dans la bataille la classe ouvri&#232;re, et accorder sa lutte pour le pouvoir avec les offensives paysannes g&#233;n&#233;ralis&#233;es contre ses ennemis les plus imm&#233;diats. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, il semble que l'on puisse exprimer avec quelque certitude l'espoir qu'avec une juste politique on r&#233;ussisse &#224; lier le mouvement ouvrier, et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le mouvement des villes, avec la guerre paysanne. Cela serait le commencement de la troisi&#232;me r&#233;volution chinoise. Mais pour l'instant, ce n'est l&#224; qu'un espoir, et non une certitude. Le principal travail reste &#224; accomplir dans l'avenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette lettre je ne voudrais poser qu'un seul probl&#232;me, en tout cas celui qui me semble avoir de beaucoup la plus grande importance et &#234;tre le plus br&#251;lant. Je vous rappelle encore une fois que les informations dont je dispose sont absolument insuffisantes, occasionnelles et fragmentaires. C'est avec plaisir que j'accueillerais toute information compl&#233;mentaire et toute rectification.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement paysan a cr&#233;&#233; son arm&#233;e, a conquis un grand territoire, et l'a couvert de ses institutions. Au cas de nouveaux succ&#232;s, &#8211; et nous souhaitons &#233;videmment ces succ&#232;s &#8211; le mouvement se heurtera aux centres citadins et industriels, et par l&#224;-m&#234;me, se trouvera face &#224; face avec la classe ouvri&#232;re. Comment se passera cette rencontre ? Sera-t-elle assur&#233;e d'un caract&#232;re pacifique et amical ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question peut sembler &#224; premi&#232;re vue superflue. A la t&#234;te du mouvement paysan se trouvent des communistes ou des sympathisants ; n'est-il donc pas &#233;vident que les ouvriers et les paysans doivent, lorsqu'ils se rencontreront, s'unifier sous le drapeau du communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, le probl&#232;me n'est pas si simple. Je m'appuierai sur l'exp&#233;rience de la Russie. Durant les ann&#233;es de la guerre civile, la paysannerie, dans diff&#233;rentes r&#233;gions, cr&#233;ait ses propres troupes de partisans, et parfois m&#234;me, naissaient des arm&#233;es enti&#232;res. Quelques-uns de ces corps d'arm&#233;e se consid&#233;raient comme bolcheviks et &#233;taient souvent dirig&#233;s par des ouvriers. D'autres restaient sans parti et avaient &#224; leur t&#234;te le plus souvent d'anciens sous-officiers paysans. Il y avait aussi l'arm&#233;e &#034; anarchiste &#034; sous le commandement de Makhno. Tant que les arm&#233;es de partisans agissaient sur le revers de l'arm&#233;e blanche, elles servaient la cause de la r&#233;volution. Certaines d'entre elles se remarquaient par un h&#233;ro&#239;sme et une t&#233;nacit&#233; particuli&#232;re. Mais, dans les villes, ces arm&#233;es entraient souvent en conflit avec les ouvriers et avec les organisations locales du parti. Les conflits naissaient aussi lors de la rencontre des partisans et de l'arm&#233;e rouge r&#233;guli&#232;re, et dans certains cas, cela prenait un caract&#232;re aigu et morbide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rude exp&#233;rience de la guerre civile nous a d&#233;montr&#233; la n&#233;cessit&#233; d&#233; d&#233;sarmer les corps d'arm&#233;e des paysans d&#232;s que l'arm&#233;e rouge assumait le pouvoir dans une r&#233;gion d&#233;barrass&#233;e des gardes blancs. Les meilleurs &#233;l&#233;ments, les plus conscients et les plus disciplin&#233;s, s'int&#233;graient dans les rangs de l'arm&#233;e rouge. Mais la plus grande partie des partisans tentait de conserver une existence ind&#233;pendante, et entrait souvent en lutte arm&#233;e directe avec le pouvoir sovi&#233;tique. Il en fut ainsi avec l'arm&#233;e &#034; anarchiste &#034;, indirectement koulak par son esprit, de Makhno, mais pas seulement avec elle. De nombreux corps paysans, luttant fermement contre la restauration des propri&#233;taires fonciers, se transformaient apr&#232;s la victoire en une arme de la contre-r&#233;volution. Les conflits arm&#233;s entre les paysans et les ouvriers, quelle qu'en soit l'origine dans les cas particuliers, que ce soit la provocation consciente des gardes blancs, le manque de tact des communistes, ou le concours malheureux d&#233;s circonstances, avaient &#224; leur base la m&#234;me cause sociale : la situation de classe et l'&#233;ducation diff&#233;renci&#233;e des ouvriers et des paysans. L'ouvrier aborde les probl&#232;mes sous l'angle socialiste ; le paysan sous l'angle petit-bourgeois. L'ouvrier tente de socialiser la propri&#233;t&#233; qu'il a reprise &#224; ses exploiteurs ; le paysan, tente, lui, de la partager. L'ouvrier veut faire servir les ch&#226;teaux et les parcs dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ; le paysan, pour peu qu'il ne puisse les partager, est enclin &#224; br&#251;ler les ch&#226;teaux et &#224; d&#233;boiser les parcs. L'ouvrier fait effort pour r&#233;soudre les probl&#232;mes &#224; l'&#233;chelle &#233;tatique, et selon un plan ; mais le paysan aborde tous les probl&#232;mes &#224; l'&#233;chelle locale, et se conduit d'une fa&#231;on hostile envers le plan du centre, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que le paysan peut lui aussi s'&#233;lever jusqu'&#224; un point de vue socialiste. Sous le r&#233;gime prol&#233;tarien, une masse de plus en plus grande de paysans se r&#233;&#233;duque dans l'esprit socialiste. Mais cela exige du temps, &#8211; des ann&#233;es, et m&#234;me des d&#233;cades. Si l'on n'envisage que la premi&#232;re &#233;tape de la r&#233;volution, alors les contradictions entre le socialisme prol&#233;tarien et l'individualisme paysan prennent souvent un caract&#232;re aigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sont des communistes qui se trouvent &#224; la t&#234;te des arm&#233;es rouges chinoises. Cela n'exclut-il pas les conflits entre les corps paysans et les organisations ouvri&#232;res ? Non cela ne les exclut pas. Le fait que des communistes se trouve individuellement &#224; la t&#234;te des arm&#233;es paysannes ne change en rien le caract&#232;re social de ces derni&#232;res, m&#234;me si la direction communiste a une bonne trempe prol&#233;tarienne. Mais comment la situation se pr&#233;sente-t-elle en Chine ? Parmi les dirigeants communistes des corps de partisans rouges, il y a, sans aucun doute, pas mal d'intellectuels ou de semi-intellectuels d&#233;class&#233;s qui ne sont pas pass&#233;s par la s&#233;rieuse &#233;cole de la lutte prol&#233;tarienne. Durant deux ou trois ans, ils vivent la vie des commandants et des commissaires de partisans. Ils commandent, ils conqui&#232;rent des territoires, etc... Ils s'impr&#232;gnent de l'esprit du milieu environnant. La plus grande partie des communistes du rang dans les corps de partisans rouges se compose de toute &#233;vidence de paysans qui, tr&#232;s honn&#234;tement et sinc&#232;rement, se prennent pour des communistes, mais qui sont des r&#233;volutionnaires &#034;paup&#233;ris&#233;s&#034; ou des petits propri&#233;taires r&#233;volutionnaires. Celui qui, en politique, juge selon les &#233;tiquettes et les d&#233;nominations, et non selon les faits sociaux, est perdu. Surtout lorsqu'il s'agit d'une politique qui se fait l'arme &#224; la main. Le v&#233;ritable parti communiste est l'organisation de l'avant-garde prol&#233;tarienne. En outre, la classe ouvri&#232;re de Chine se trouve depuis quatre ans dans une situation dispers&#233;e et asservie, et c'est seulement maintenant qu'apparaissent les sympt&#244;mes d'une renaissance. Lorsque le Parti communiste, fermement appuy&#233; sur le prol&#233;tariat des villes, essaye de commander l'arm&#233;e paysanne par une direction ouvri&#232;re, c'est une chose. C'est tout autre chose lorsque quelques milliers, ou m&#234;me quelques dizaines de milliers de r&#233;volutionnaires qui dirigent la guerre paysanne, sont ou se d&#233;clarent communistes, sans avoir aucun appui s&#233;rieux dans le prol&#233;tariat. Or, telle est avant tout la situation en Chine. Cela accro&#238;t dans une grande mesure le danger des conflits possibles entre les ouvriers et les paysans arm&#233;s. Dans tous les cas, les provocateurs bourgeois ne manqueront pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, &#224; l'&#233;poque de la guerre civile, le prol&#233;tariat &#233;tait au pouvoir dans la plus grande partie du pays. La direction de la lutte appartenait &#224; un parti fermement tremp&#233;, et malgr&#233; cela, les corps de paysans, qui &#233;taient incomparablement plus faibles que l'arm&#233;e rouge, entraient souvent en conflit avec elle lorsque celle-ci avan&#231;ait victorieusement sur le territoire des partisans paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine, la situation absolument d&#233;savantageuse des ouvriers est visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les principaux centres de la Chine, le pouvoir appartient aux militaristes bourgeois. Dans d'autres districts, aux dirigeants des paysans arm&#233;s. Le prol&#233;tariat, lui, n'a de pouvoir nulle part. Les syndicats sont faibles, et l'influence du parti parmi les ouvriers infime. Les corps des partisans paysans qui ont la pleine conscience de la victoire acquise sont couverts par l'I.C. Ils se nomment &#034; l'arm&#233;e rouge &#034;, c'est-&#224;-dire qu'ils s'identifient ainsi avec le pouvoir sovi&#233;tique arm&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit que les &#233;l&#233;ments dirigeants de la paysannerie r&#233;volutionnaire de Chine s'attribuent par avance une valeur politique et morale qui, en r&#233;alit&#233;, appartient aux ouvriers chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne peut-il pas en r&#233;sulter que toutes ces valeurs se retourneront &#224; un moment donn&#233; contre les ouvriers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que les paysans pauvres qui constituent la majorit&#233; en Chine, pour peu qu'ils r&#233;fl&#233;chissent politiquement, et ceux-l&#224; sont une infime minorit&#233;, d&#233;sirent sinc&#232;rement et ardemment l'union et l'amiti&#233; avec les ouvriers. Mais la paysannerie, m&#234;me arm&#233;e, est incapable de mener une politique ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Occupant dans les circonstances actuelles une situation ind&#233;termin&#233;e et instable, la paysannerie peut au moment d&#233;cisif, aller soit vers le prol&#233;tariat, soit vers la bourgeoisie. La paysannerie ne trouve pas facilement la voie vers le prol&#233;tariat, et elle ne la trouve qu'apr&#232;s une s&#233;rie d'erreurs et de d&#233;faites. Le pont entre la paysannerie et la bourgeoisie est constitu&#233; par la moyenne bourgeoisie citadine, principalement par les intellectuels qui interviennent sous le drapeau du socialisme, et m&#234;me du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cercles dirigeants de l'arm&#233;e rouge chinoise ont, sans aucun doute, r&#233;ussi &#224; se cr&#233;er une psychologie de commandement. En l'absence d'un fort parti r&#233;volutionnaire et d'organisations de masses prol&#233;tariennes, il ne peut y avoir en fait de contr&#244;le sur les cercles dirigeants. Les commandants et les commissaires apparaissent comme les ma&#238;tres incontest&#233;s de la situation et, en entrant dans les villes, ils seront avant tout enclins &#224; regarder les ouvriers de haut en bas. Les revendications des ouvriers leur sembleront souvent inopportunes et mal venues. Il ne faut pas oublier aussi des &#034; futilit&#233;s &#034;, comme celle-ci : dans les villes, l'Etat-major et toute l'organisation de l'arm&#233;e ne s'installent pas dans les taudis prol&#233;tariens, mais au contraire, dans les meilleurs &#233;difices de la ville, dans les maisons, et les appartements des bourgeois. C'est une raison qui peut pousser le sommet de l'arm&#233;e paysanne &#224; se consid&#233;rer comme une partie de la classe &#034; cultiv&#233;e et instruite &#034;, et non comme le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en Chine, des causes et des motifs d'une conflagration entre l'arm&#233;e paysanne par son contenu et petite-bourgeoise par sa direction &#8211; et les ouvriers, existent. Et m&#234;me toute la situation augmente consid&#233;rablement les possibilit&#233;s et m&#234;me l'in&#233;vitabilit&#233; de tels conflits. Par l&#224; m&#234;me, les chances du prol&#233;tariat se pr&#233;sentent d&#232;s le d&#233;but moins favorablement qu'en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue th&#233;orique et politique, le danger s'accro&#238;t d'autant plus que la bureaucratie stalinienne recouvre cette situation pleine de contradictions, par le mot d'ordre de la &#034; dictature d&#233;mocratique des ouvriers et des paysans &#034;. Peut-on trouver un pi&#232;ge plus agr&#233;able ext&#233;rieurement, plus perfide en son essence ? Les &#233;pigones r&#233;fl&#233;chissent non pas avec une compr&#233;hension sociale, mais avec des phrases toutes faites : le formalisme est le trait fondamental de la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les populistes (narodniki) russes reprochaient parfois aux marxistes russes leur ignorance de la paysannerie, leur aveuglement sur le travail &#224; faire &#224; la campagne, etc... A quoi les marxistes r&#233;pondaient : &#034; Nous soulevons et organisons les ouvriers du rang, et gr&#226;ce &#224; eux, nous soul&#232;verons la paysannerie. Telle est la seule voie du parti prol&#233;tarien. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1925-1927 de la r&#233;volution, les staliniens ont soumis directement et sans recours les int&#233;r&#234;ts des paysans &#224; ceux de la bourgeoisie nationale. Dans les ann&#233;es de la contre-r&#233;volution, ils sont pass&#233;s du prol&#233;tariat &#224; la paysannerie, et ainsi, ont pris sur eux le r&#244;le qu'assumaient chez nous les socialistes-r&#233;volutionnaires au temps o&#249; ils &#233;taient un parti r&#233;volutionnaire. Si, durant ces derni&#232;res ann&#233;es, le Parti communiste chinois avait concentr&#233; son effort dans les villes, dans les centres industriels, dans les chemins de fer, s'il avait soutenu les syndicats, fr&#233;quent&#233; les clubs de culture et les cercles, si, sans se s&#233;parer des ouvriers, il leur avait appris ce qui se passait au village, &#8211; la situation du prol&#233;tariat dans le rapport g&#233;n&#233;ral des forces serait aujourd'hui beaucoup plus favorable. En fait, le parti s'est s&#233;par&#233; de sa propre classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justement pour cela, il peut porter en fin de compte un pr&#233;judice &#224; la paysannerie, car, si le prol&#233;tariat est et reste dans l'avenir &#224; l'&#233;cart, sans organisation et sans direction, alors la guerre paysanne, m&#234;me en plein succ&#232;s, s'enlisera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vieille Chine, chaque victoire de la r&#233;volution paysanne se terminait par la cr&#233;ation d'une nouvelle dynastie, avec, en outre, de nouveaux grands propri&#233;taires. Le mouvement aboutissait &#224; un cercle vicieux. Dans la situation actuelle, la guerre paysanne, par elle-m&#234;me sans une direction imm&#233;diate de l'avant-garde prol&#233;tarienne, ne peut que donner le pouvoir &#224; une nouvelle clique de la bourgeoisie, &#224; un quelconque Kuomintang de &#034; gauche &#034;, &#224; un &#034;troisi&#232;me parti &#034;, qui en pratique se diff&#233;rencieront tr&#232;s peu du Kuomintang de Tchang-Kai-Chek. Et cela signifierait une nouvelle d&#233;faite des ouvriers due &#224; l'arme de la &#034; dictature d&#233;mocratique &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles conclusions peut-on tirer de l&#224; ? La premi&#232;re conclusion est qu'il faut fermement et ouvertement regarder les faits en face. Le mouvement paysan est un grand facteur r&#233;volutionnaire dans la mesure o&#249; il est dirig&#233; contre les gros propri&#233;taires fonciers, les militaristes, les ge&#244;liers et les usuriers. Mais dans le mouvement paysan lui-m&#234;me, il y a une tr&#232;s forte tendance r&#233;actionnaire et de propri&#233;taires. Et &#224; un certain stade la paysannerie peut se retourner contre les ouvriers, en ayant en outre les armes &#224; la main. Celui qui oublie la double origine de la paysannerie n'est pas un marxiste. Il faut apprendre aux ouvriers du rang &#224; diff&#233;rencier par des connaissances et des recherches &#034; communistes &#034; les processus sociaux r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut suivre avec soin les op&#233;rations de l'arm&#233;e rouge &#034;, &#233;clairer syst&#233;matiquement aux yeux des ouvriers la marche, la signification et les perspectives de la guerre paysanne, et lier les revendications actuelles et les probl&#232;mes du prol&#233;tariat avec le mot d'ordre de la lib&#233;ration de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de vos propres investigations, de rapports et autres documents, il faut &#233;tudier avec t&#233;nacit&#233; la vie int&#233;rieure des arm&#233;es paysannes et des corps d'arm&#233;es dans les r&#233;gions occup&#233;es par elle, d&#233;voiler sur des faits concrets les tendances de classe contradictoires, et montrer clairement aux ouvriers quelles sont les tendances que nous soutenons, et quelles sont celles que nous combattons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut veiller avec attention &#224; la coordination entre l'arm&#233;e rouge et les ouvriers des petites localit&#233;s sans perdre de vue m&#234;me les plus petites discordances entre eux. Dans le cadre des conflits de villes et de rayons isol&#233;s, m&#234;me tr&#232;s aigus, ces discordances peuvent sembler des &#233;pisodes locaux, mais, dans un d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements, les conflits de classe peuvent s'&#233;tendre &#224; l'&#233;chelle nationale, et mener la r&#233;volution &#224; la catastrophe, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; une nouvelle destruction des ouvriers par les paysans arm&#233;s tromp&#233;s par la bourgeoisie. L'histoire de la r&#233;volution est pleine d'exemples semblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; les ouvriers comprendront plus clairement la dialectique vivante des relations de classe entre le prol&#233;tariat, la paysannerie et la bourgeoisie, plus ils rechercheront sans h&#233;sitations des liaisons avec les couches paysannes les plus proches, et plus ils se dresseront ardemment contre les provocateurs contre-r&#233;volutionnaires, tant dans le cadre des arm&#233;es paysannes elles-m&#234;mes, que dans les villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cr&#233;er des unions syndicales, des cellules du parti, &#233;duquer des ouvriers du rang, unifier l'avant-garde prol&#233;tarienne et l'entra&#238;ner dans la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut s'adresser &#224; tous les membres du parti officiel par des appels, et des demandes d'&#233;claircissements. Il est vraisemblable que les ouvriers communistes li&#233;s &#224; la fraction stalinienne ne nous comprendront pas imm&#233;diatement. Les bureaucrates hurleront sur notre &#034; sous-estimation &#034; de la paysannerie, et m&#234;me, s'il vous pla&#238;t, sur notre &#034; hostilit&#233; &#034; envers la paysannerie (Tchernov accusait toujours L&#233;nine d'hostilit&#233; envers la paysannerie). Il est &#233;vident que de tels cris n'&#233;mouvront pas les bolcheviks-l&#233;ninistes. Lorsqu'avant avril 1927 nous donnions les avertissements n&#233;cessaires contre le coup d'Etat in&#233;vitable de Tchang-Ka&#239;-Chek, les staliniens nous accusaient d'hostilit&#233; envers la r&#233;volution nationale chinoise. Les &#233;v&#233;nements ont d&#233;montr&#233; qui a eu raison. Les &#233;v&#233;nements apporteront de nouveau leur v&#233;rification. L'opposition de gauche peut appara&#238;tre trop faible pour impulser dans l'&#233;tape pr&#233;sente une direction aux &#233;v&#233;nements dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat. Mais elle est suffisamment forte d&#232;s maintenant pour montrer aux ouvriers la voie juste et, s'appuyant sur le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la lutte de classes, pour d&#233;montrer aux yeux des ouvriers sa justesse et sa perspicacit&#233; politique. Ce n'est qu'ainsi que le parti r&#233;volutionnaire peut conqu&#233;rir la confiance, cro&#238;tre, se fortifier, et se mettre &#224; la t&#234;te des masses populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prinkipo, 22 septembre 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. S . Pour donner le plus de clart&#233; possible &#224; ma pens&#233;e, je noterai la variante th&#233;orique suivante, qui est fort plausible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Supposons que l'Opposition de Gauche d&#233;veloppe dans le plus prochain avenir un travail &#233;norme et plein de succ&#232;s au sein du prol&#233;tariat industriel et acqui&#232;re en son sein une influence capitale. Le parti communiste officiel continue, pendant ce temps, &#224; limiter toutes ses forces &#224; &#034;l'arm&#233;e rouge&#034; et aux rayons paysans. Arrive le moment o&#249; les troupes paysannes entrent dans les centres industriels et se heurtent aux ouvriers. Il n'est pas difficile de pr&#233;voir qu'ils opposeront hostilement l'arm&#233;e paysanne aux &#034; contre-r&#233;volutionnaires trotskystes &#034;. En d'autres termes, ils se mettront &#224; surexciter les paysans arm&#233;s contre les ouvriers du rang. C'est ainsi qu'ont agi les S. R. russes et les mencheviks en 1917 ; ayant perdu les ouvriers, ils lutt&#232;rent de toutes leurs forces pour conserver leur appui unitaire, et envoy&#232;rent les casernes contre les usines, le paysan arm&#233; contre l'ouvrier bolchevik. Kerenski, Tseretelli, Dan, baptisaient les bolcheviks si ce n'est du nom de &#034; contre-r&#233;volutionnaire &#034;, tout au moins &#034; d'agents involontaires &#034; ou &#034; d'aides inconscients &#034; de la contre-r&#233;volution. Les staliniens s'embarrassent moins que quiconque de la terminologie politique. Mais les tendances sont identiques : une orientation hostile des paysans et en g&#233;n&#233;ral des &#233;l&#233;ments petits-bourgeois contre les d&#233;tachements du rang de la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le centrisme bureaucratique, en tant que centrisme ne peut avoir une base de classe ind&#233;pendante. Mais dans sa lutte contre les bolcheviks-l&#233;ninistes, il est contraint de rechercher un appui &#224; droite, c'est-&#224;-dire dans la paysannerie et la petite-bourgeoisie, les opposant au prol&#233;tariat. La lutte des deux fractions communistes, les staliniens et les bolcheviks-l&#233;ninistes renferme ainsi en son sein, des tendances &#224; se transformer en une lutte de classe. Le d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire en Chine peut d&#233;velopper ces tendances jusqu'au bout, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la guerre civile entre les dirigeants de l'arm&#233;e paysanne et l'avant-garde prol&#233;tarienne sous la direction des l&#233;ninistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un tel conflit, par la faute des staliniens, survenait, cela signifierait que l'Opposition de Gauche et la fraction stalinienne cesseraient d'&#234;tre des fractions communistes mais seraient devenues des partis politiques hostiles l'un &#224; l'autre, ayant une base de classe diff&#233;rente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle perspective est-elle in&#233;vitable ? Non, je ne le pense aucunement. Dans la fraction stalinienne (P.C. chinois officiel), il y a non seulement des paysans, c'est-&#224;-dire des petits-bourgeois mais aussi des tendances prol&#233;tariennes. Il est de toute premi&#232;re importance pour l'Opposition de Gauche de rechercher un rapprochement avec l'aile prol&#233;tarienne des staliniens, de lui d&#233;velopper les appr&#233;ciations marxistes sur les &#034; arm&#233;es rouges &#034; et en g&#233;n&#233;ral sur la relation entre le prol&#233;tariat et la paysannerie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gardant son ind&#233;pendance politique, l'avant-garde prol&#233;tarienne doit &#234;tre in&#233;vitablement pr&#234;te &#224; r&#233;aliser l'unit&#233; d'action avec la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire. Si nous ne sommes pas d'accord pour identifier les corps arm&#233;s des paysans avec l'arm&#233;e rouge, comme la force arm&#233;e du prol&#233;tariat, si nous ne sommes pas enclins &#224; fermer les yeux sur le fait que l'on couvre le drapeau communiste par le mouvement paysan d'un contenu petit-bourgeois, par contre, nous nous rendons parfaitement compte de la signification, de l'importance &#233;norme du caract&#232;re d&#233;mocratique-r&#233;volutionnaire des guerres de paysans, nous apprenons aux ouvriers &#224; comprendre cette signification et nous sommes pr&#234;ts &#224; faire tout ce qui est en notre pouvoir, pour aboutir avec les organisations paysannes &#224; un accord militaire n&#233;cessaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre t&#226;che consiste, en cons&#233;quence, non seulement &#224; emp&#234;cher tout commandement militaire et politique sur le prol&#233;tariat de la part de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, s'appuyant sur les paysans arm&#233;s, mais aussi &#224; pr&#233;parer et assurer la direction prol&#233;tarienne sur le mouvement paysan et, en particulier sur son &#034;arm&#233;e rouge&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus nette sera pour les bolcheviks-l&#233;ninistes la compr&#233;hension de la situation politique et des t&#226;ches qui en d&#233;coulent ; plus sera couvert de succ&#232;s l'&#233;largissement de leur base dans le prol&#233;tariat ; plus sera tenace la mani&#232;re dont ils pratiqueront la politique du front unique envers le parti officiel et le mouvement paysan dirig&#233; par lui, d'autant mieux ils r&#233;ussiront &#224; pr&#233;server la r&#233;volution du heurt plein de danger entre la paysannerie et le prol&#233;tariat ; non seulement ils assureront l'unit&#233; d'action n&#233;cessaire entre deux classes r&#233;volutionnaires, mais aussi ils transformeront leur front unique en un pas historique vers la dictature du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prinkipo, 26 septembre 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre une force combattue par l'imp&#233;rialisme, l'arm&#233;e de Mao a repr&#233;sent&#233; pour les Am&#233;ricains une force combattante &#224; soutenir pendant la guerre contre les japonais ; Ils l'ont arm&#233; et soutenu. Ils ont fait pression sur Tchang Ka&#239; Chek pour qu'il collabore avec Mao. Ce dernier a accept&#233; mais, d&#232;s la fin de la guerre, Tchang a pens&#233; &#234;tre capable d'&#233;craser Mao avec l'aide am&#233;ricaine. C'&#233;tait compter sans la vague r&#233;volutionnaire qui parcourt alors les campagnes, un mouvement spontan&#233; qu'apr&#232;s une h&#233;sitation Mao d&#233;cide d'accompagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Document :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La &#034;R&#233;volution&#034; de Mao Tse-Toung &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rapport sur le stalinisme chinois &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;crit par Hsieh Yueh&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1948 Paru dans la revue &#034;Fourth International&#034; (New-York), d&#233;cembre 1949, avec l'introduction suivante : &#171; Le texte suivant est un r&#233;sum&#233; d'un article paru dans le premier num&#233;ro du magazine &#034;Fourth International&#034; (publi&#233; &#224; Hong Kong), organe du Parti Communiste R&#233;volutionnaire, section chinoise de la IV&#232;me Internationale. L'auteur est un des principaux leaders du trotskisme chinois et un des pionniers du mouvement communiste en extr&#234;me orient. Bien qu'ayant &#233;t&#233; &#233;crit il y a huit mois, le 15 avril 1948, l'article rapporte des faits et des tendances dans le soi-disant mouvement communiste chinois qui ont &#233;t&#233; jusqu'&#224; maintenant ignor&#233;s &#224; l'ouest. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 avril 1948&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La victoire militaire du stalinisme en Chine a fait croire &#224; certains que les pays arri&#233;r&#233;s fournissent un sol fertile au d&#233;veloppement du stalinisme. C'est un raisonnement empirique. Il est vrai que les pays coloniaux sont compos&#233;s dans leur majorit&#233; de petits bourgeois et d'&#233;l&#233;ments paysans, mais cette seule condition n'est pas suffisante pour garantir le succ&#232;s des staliniens. La petite bourgeoisie n'est pas isol&#233;e du reste de la soci&#233;t&#233;. En d&#233;pit de son importance num&#233;rique dans certains pays, elle ne peut jouer un r&#244;le ind&#233;pendant &#224; l'&#233;poque du d&#233;clin capitaliste. Elle doit prendre position dans le combat qui oppose le prol&#233;tariat &#224; la bourgeoisie en faveur de l'une de ces deux classes. Les staliniens chinois ne peuvent &#234;tre victorieux en s'appuyant uniquement sur la petite bourgeoisie, une classe qui est incapable de r&#233;sister &#224; la pression des capitalistes. Cela est d'autant plus vrai que le prol&#233;tariat a &#233;t&#233; &#233;cras&#233; et le mouvement paysan isol&#233;. Ainsi l'insurrection paysanne dans la province du Kiangsi en 1927-37 a &#233;t&#233; vaincue par le blocus capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stalinisme a pu remporter de grandes victoires en Chine parce que la paralysie du prol&#233;tariat s'est accompagn&#233;e d'un effondrement du capitalisme. La guerre de 1935-1947 a affaibli les bases mat&#233;rielles de la puissance capitaliste. Les masses, m&#234;me celles qui soutiennent normalement la bourgeoisie, se sont retourn&#233;es contre elle. Mais les m&#234;mes conditions historiques qui ont favoris&#233; la croissance du stalinisme, cr&#233;ent &#233;galement des difficult&#233;s pour lui lorsque ses arm&#233;es s'approchent des grandes villes. Le probl&#232;me pour le stalinisme est alors de s'allier lui-m&#234;me au prol&#233;tariat ou aux capitalistes. Les faits prouvent qu'il a pr&#233;f&#233;r&#233; s'allier &#224; la bourgeoise plut&#244;t qu'au prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le facteur principal des succ&#232;s militaires du stalinisme fut la r&#233;forme agraire d'octobre 1947. Pendant la guerre sino-japonaise, les staliniens ont abandonn&#233; la r&#233;forme agraire et se sont content&#233;s de r&#233;duire les loyers revenant aux propri&#233;taires. Apr&#232;s la guerre, le PC fut vaincu par le Kuomintang pour le contr&#244;le des zones lib&#233;r&#233;es. Les leaders staliniens reconnaissaient eux-m&#234;mes que les paysans n'&#233;taient pas satisfaits de leur politique r&#233;formiste et r&#233;clamaient des terres. Lors de la r&#233;union du Comit&#233; Central du 4 mai 1946, le PC d&#233;cida d'effectuer un tournant vers la r&#233;forme agraire afin de gagner le soutien de la paysannerie dans la guerre contre Tchang Kai-chek.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, les effets de cette r&#233;forme dans les zones initialement contr&#244;l&#233;es par les staliniens furent limit&#233;s. Les propri&#233;taires re&#231;urent leur part dans la distribution de terre et cette part fut souvent plus importante que celle re&#231;ue par les paysans. Les paysans riches conserv&#232;rent toutes leurs terres. Mais m&#234;me cette r&#233;forme limit&#233;e dut faire face &#224; l'opposition des propri&#233;taires fonciers qui avaient p&#233;n&#233;tr&#233; dans les rangs du PC chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034;lettre ouverte aux membres du parti&#034; publi&#233;e en janvier 1948 par le Comit&#233; Central de la r&#233;gion Shansi-Shantung-Honan d&#233;clarait : &#034;Les directives actuelles du Parti visent une fraction du parti qui est compos&#233;e de propri&#233;taires et de paysans riches qui pr&#233;servent les biens de leur famille et de leurs amis.&#034; Et le stalinien Nieh Yung-jin, dans son texte sur &#034;le Renouvellement de nos Rangs&#034;, admet que &#034;ces &#233;l&#233;ments (les propri&#233;taires et les paysans riches) occupent la plupart des postes dans notre parti.&#034; Il va m&#234;me jusqu'&#224; d&#233;clarer que, &#034;vue &#224; la lumi&#232;re de la r&#233;forme agraire, notre politique appara&#238;t comme refl&#233;tant les vues des propri&#233;taires et des paysans riches.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
De plus, ces documents donnent une description tr&#232;s concr&#232;te de l'attitude de ces propri&#233;taires membres du PC chinois. Ces &#233;l&#233;ments furent les principaux opposants &#224; la r&#233;forme agraire mais quand elle eut lieu, ils cherch&#232;rent &#224; en obtenir le maximum d'avantages. Ils se conduisirent &#034;toujours avec la plus grande avidit&#233;&#034;, utilisant m&#234;me les forces arm&#233;es pour se r&#233;server les meilleures terres, la plupart des vivres, des outils, des maisons et des v&#234;tements, etc. Ces &#233;l&#233;ments sont d&#233;j&#224; devenus &#034;un groupe oppos&#233; au peuple&#034;, oppos&#233; aux paysans pauvres et d&#233;pourvus de terres. Le document cit&#233; ajoute : &#034;Les paysans pauvres et sans terres sont aujourd'hui dans une situation pire que jamais car ils n'ont pas assez de terre &#224; cultiver, pas assez de maison, pas assez de v&#234;tements. Ils n'ont m&#234;me pas le droit de parler dans les comit&#233;s de village. Exploit&#233;s auparavant par les propri&#233;taires, les paysans pauvres et sans terre sont maintenant exploit&#233;s par ces mauvais membres du Parti.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression de cette crise interne dans ses rangs comme du tournant &#224; gauche de la politique ext&#233;rieure du Kremlin, le PC effectua alors un nouveau tournant avec la publication le 10 octobre 1947 du &#034;Programme de R&#233;forme Agraire.&#034; Il s'agissait d'un appel aux masses pour compl&#233;ter la r&#233;forme agraire. Mais le caract&#232;re limit&#233; de cette &#034;orientation vers les masses&#034; apparaissait non seulement dans le fait que la r&#233;forme agraire n'a rien chang&#233; du droit d'acheter et de vendre la terre confisqu&#233;e aux propri&#233;taires - ce qui favorisait une nouvelle concentration de terre entre les mains des paysans riches - mais aussi parce qu'elle autorisait express&#233;ment le libre transfert de capital aux entreprises industrielles et commerciales. Il apparut plus tard que la r&#233;forme elle-m&#234;me s'arr&#234;ta rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie fut effray&#233;e par le d&#233;veloppement de la lutte des masses. &#034;Les masses combattent automatiquement les mauvais membres du parti. Dans certaines r&#233;gions, les membres du Parti sont arr&#234;t&#233;s et battus par le peuple.&#034; Telle est la plainte de Liou Chao-chi dans &#034;Le&#231;ons de la R&#233;forme Agraire dans le Pinshang.&#034; Dans un autre document important, le Comit&#233; Central du district de Shansi-Hopei-Shantung-Honan r&#233;sume ainsi le conflit entre les paysans et la ligne politique du PC :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Dans le but d'obtenir davantage de terres, les paysans donnent de fausses informations sur la taille des terres des propri&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Apr&#232;s le partage, ils n'admettent pas que les propri&#233;taires obtiennent davantage de terres qu'eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Ils veulent confisquer les usines et les entreprises des propri&#233;taires et des paysans riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela d&#233;montre clairement le conflit entre les tendances r&#233;volutionnaires des masses qui veulent exproprier compl&#232;tement les classes poss&#233;dantes et la tendance bureaucratique et conservatrice du PC qui, en pratique, prot&#232;ge les positions de ces classes. La bureaucratie accuse invariablement les masses d'&#034;&#234;tre trop &#224; gauche&#034; ou d'&#034;aventurisme de gauche&#034; afin de limiter leurs actions qui menacent la ligne stalinienne et ses alli&#233;s bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fallut bient&#244;t stopper toutes les actions des masses. Le 24 ao&#251;t 1948, la New China News Agency (New China press service) publia le texte d'un article du West Honan Daily News qui annon&#231;ait officiellement que la r&#233;forme agraire devait &#234;tre arr&#234;t&#233;e et que les paysans devraient se satisfaire d'une r&#233;duction des loyers, des imp&#244;ts et des int&#233;r&#234;ts aux usuriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la r&#233;forme agraire qui d&#233;buta le 4 mai 1946 dans les r&#233;gions ant&#233;rieurement occup&#233;es par les staliniens fut interrompue en ao&#251;t 1948 dans les r&#233;gions qu'ils occupaient depuis peu. Un document officiel du PC chinois du 22 f&#233;vrier indique que dans les r&#233;gions lib&#233;r&#233;es depuis longtemps ou plus r&#233;cemment, la r&#233;forme qui s'&#233;tait achev&#233;e par diff&#233;rentes mesures avait conduit &#224; la constitution de trois zones distinctes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re, une petite fraction de propri&#233;taires et de paysans riches avait acquis les terres les meilleures et les plus grandes. Dans cette zone, les paysans riches et moyens constitueraient 50 &#224; 80 % de la population des villages et poss&#233;deraient en moyenne deux fois plus de terres que les paysans pauvres. Le Comit&#233; Central du PC chinois dit que la distribution des terres dans cette zone est termin&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la seconde zone, les paysans riches et les vieux propri&#233;taires disposent relativement de plus de terres que dans la zone pr&#233;c&#233;demment d&#233;crite. La plupart d'entre eux, selon le CC du PC, ont de meilleures et de plus grandes propri&#233;t&#233;s que les paysans pauvres et il en est de m&#234;me pour les membres du Parti. Les paysans pauvres et sans terre comptent 50 &#224; 70 % de la population villageoise et &#034;pour la plupart d'entre eux, la vie n'a pas beaucoup chang&#233;&#034;. Ici, la distribution des terres a eu lieu, mais dans une forme incompl&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, une troisi&#232;me zone n'a connu aucune distribution de terres et les propri&#233;taires et les paysans riches disposent de la plus grande partie de la terre alors que les paysans pauvres n'ont rien re&#231;u. Cela provient aussi d'une information officielle du CC du PC chinois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il appara&#238;t de toute &#233;vidence que la &#034;cupidit&#233;&#034; des propri&#233;taires et des paysans riches, qu'ils soient ou non membres du PC, a eu les mains libres dans cette r&#233;forme et que la plupart de ceux &#224; qui des terres ont &#233;t&#233; confisqu&#233;es s'enrichissent d&#233;j&#224; &#224; nouveau. Les &#034;paysans moyens&#034; dont parle le CC dans la premi&#232;re zone, comprennent de nombreux exploiteurs et propri&#233;taires fonciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soi-disant r&#233;gions lib&#233;r&#233;es comprennent tout le territoire situ&#233; au nord du Hoang-Ho (Fleuve Jaune). La r&#233;forme agraire &#233;tait et est encore appliqu&#233;e dans cette r&#233;gion de mani&#232;re variable. Nous sommes en pr&#233;sence ici d'une politique typiquement stalinienne. Pour r&#233;sister &#224; la pression de la bourgeoisie, les staliniens sont forc&#233;s de s'appuyer sur les masses. Mais quand le mouvement des masses risque d'entra&#238;ner un bouleversement social, la bureaucratie stalinienne tente de canaliser ces actions et, dans sa frayeur, effectue un virage &#224; droite, n&#233;gocie avec la bourgeoisie et ordonne l'arr&#234;t du mouvement populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politique industrielle et commerciale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal frein de la r&#233;forme agraire est la politique nomm&#233;e &#034;protection de l'industrie et du commerce&#034;. Elle autorise le libre transfert des capitaux des paysans riches aux entreprises industrielles et commerciales m&#234;me dans les villages et les petites villes des zones lib&#233;r&#233;es. Les usines et les mines ant&#233;rieurement nationalis&#233;es dans les premiers districts occup&#233;s sont peu &#224; peu remises aux capitalistes priv&#233;s. Liu Ning-i le montre clairement dans son texte sur &#034;La politique Industrielle dans les R&#233;gions Lib&#233;r&#233;es&#034; o&#249; il &#233;crit : &#034;Le gouvernement veut renforcer les diff&#233;rents secteurs d'industrie lourde et l&#233;g&#232;re. Pour cela, tout le monde, y compris les grands capitalistes, doit &#234;tre mobilis&#233; en utilisant toutes les forces et gr&#226;ce &#224; une coop&#233;ration totale.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour contribuer au d&#233;veloppement industriel et commercial, le PC chinois a mis en oeuvre une politique fiscale stimulant l'initiative priv&#233;e &#224; la place de la politique fiscale du Kuomintang qui &#233;touffe l'entrepreneur. Mais le miracle de la construction rapide d'une industrie lourde dans les r&#233;gions arri&#233;r&#233;s et agricoles ne s'est pas produit. La plupart des entreprises industrielles et commerciales de cette r&#233;gion sont de type artisanal. Il y a de petites machines. La composition organique du capital est donc tr&#232;s basse. Mais la propagande du PC chinois proclame que la t&#226;che principale sur le terrain de l'industrie et du commerce est (selon Lui Ning-i) &#034;de d&#233;velopper les forces productives et de r&#233;duire les co&#251;ts de production.&#034; Plus la composition organique est basse, Plus la part du capital variable, celle des salaires est importante dans la d&#233;termination du co&#251;t de production. Par cons&#233;quent, la politique industrielle et commerciale du PC chinois implique en premier lieu une baisse des salaires r&#233;els, l'allongement de la journ&#233;e de travail et la surexploitation de la force de travail par la m&#233;thode bien connue du travail aux pi&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PC chinois a introduit ces m&#233;thodes d'exploitation dans toutes les zones lib&#233;r&#233;es. Voil&#224; ce qu'il en est de la &#034;politique salariale&#034; dont il est si fier. Les documents du PC chinois parlent ouvertement de &#034;salaires trop &#233;lev&#233;s&#034;. La journ&#233;e de travail a &#233;t&#233; allong&#233;e jusqu'&#224; 10 et m&#234;me 12 heures. Non seulement le syst&#232;me du travail aux pi&#232;ces a &#233;t&#233; introduit mais les staliniens ont tent&#233; de le justifier sur le plan th&#233;orique. Ils expliquent que &#034;dans le syst&#232;me du paiement aux pi&#232;ces, les ouvriers obtiennent des salaires plus &#233;lev&#233;s si ils augmentent la production ; ils augmenteront donc la production pour obtenir des salaires plus &#233;lev&#233;s : c'est une conception tr&#232;s raisonnable et progressive de la r&#233;mun&#233;ration du travail manuel.&#034; (Chang Per-la, &#034;Politique du Travail et de l'Imp&#244;t dans le D&#233;veloppement Industriel&#034;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'arm&#233;e du PC chinois entra dans les grandes villes, elle prot&#233;gea toutes les entreprises priv&#233;es, chinoises ou &#233;trang&#232;res. Seul le vieux &#034;capital bureaucratique&#034;, c'est &#224; dire les entreprises directement contr&#244;l&#233;es par le gouvernement du Kuomintang, furent touch&#233;es ; m&#234;me dans ce cas, les investissements des capitalistes priv&#233;s dans ces &#034;entreprises bureaucratiques&#034; rest&#232;rent intacts. Ainsi, la politique des staliniens dans les villes est le prolongement de leur politique dans les campagnes. Et tout comme les staliniens sacrifient les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et des paysans pauvres sous la pression de la bourgeoisie nationale, ils prendront des mesures similaires sous la pression de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le transfert du pouvoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir examin&#233; les faits &#233;conomiques, venons-en &#224; la situation politique. Avant la r&#233;forme agraire dans les r&#233;gions primitivement occup&#233;es, le pouvoir &#233;tait d&#233;j&#224; pass&#233; entre les mains des paysans riches et des propri&#233;taires sans que les paysans pauvres puissent se faire entendre dans le Parti ou dans leurs organisations. Apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;forme agraire, le PC chinois commen&#231;a &#224; cr&#233;er des Comit&#233;s de Paysans Pauvres afin d'obtenir un soutien populaire de masse &#224; leur politique. Ces Comit&#233;s group&#232;rent les pauvres des campagnes et permirent d'acc&#233;l&#233;rer la r&#233;alisation de la r&#233;forme agraire. Les Comit&#233;s de Paysans Pauvres ont donn&#233; naissance au Congr&#232;s des d&#233;l&#233;gations paysannes. Au moment de leur formation, les Comit&#233;s de Paysans Pauvres remplissaient toujours le r&#244;le de v&#233;ritables soviets paysans : ils confisquaient les terres des propri&#233;taires fonciers et levaient les imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s des D&#233;l&#233;gations Paysannes rempla&#231;a les Comit&#233;s de Paysans Pauvres par des Comit&#233;s Paysans auxquels les paysans riches et exploiteurs appartenaient &#233;galement. En fait, les documents du PC chinois se plaignent de ce que &#034;certains de ces Comit&#233;s Paysans ne comprennent m&#234;me pas les paysans moyens.&#034; Il faut noter que le PC chinois ne diff&#233;rencie pas scientifiquement les diff&#233;rentes couches de la paysannerie et consid&#232;re souvent les paysans riches comme des &#034;paysans moyens&#034;. De plus, le parti est toujours constitu&#233; par des &#233;l&#233;ments riches et m&#234;me souvent exploiteurs. Cela explique les plaintes constantes de la bureaucratie au sujet des paysans pauvres qui &#034;veulent toujours tout contr&#244;ler&#034;, qui &#034;violent la propri&#233;t&#233; des paysans moyens&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet de l'ach&#232;vement de la r&#233;forme agraire, la bureaucratie insiste particuli&#232;rement sur la dissolution des Comit&#233;s de Paysans Pauvres ; tout au plus autorise-t-elle une&#034;commission des paysans pauvres&#034; &#224; l'int&#233;rieur des Comit&#233;s Paysans. Pour leur part, les Comit&#233;s Paysans furent uniquement constitu&#233;s dans un but &#233;conomique. La bureaucratie a tout fait pour les emp&#234;cher de devenir une autorit&#233; politique Ce pouvoir devait passer du Congr&#232;s des D&#233;l&#233;gations Paysannes au Congr&#232;s des, D&#233;l&#233;gu&#233;s du Peuple de village qui devaient devenir l'autorit&#233; politique dans le village. Il est dit express&#233;ment que ce Congr&#232;s de Village des D&#233;l&#233;gu&#233;s du Peuple &#034;r&#233;unirait toutes les classes d&#233;mocratiques, c'est &#224; dire les ouvriers, les paysans, les artisans, les professions lib&#233;rales, les intellectuels, les entrepreneurs et les propri&#233;taires &#233;clair&#233;s.&#034; (Discours de Mao Ts&#233;-toung au Congr&#232;s du PC du Shansi-Shuiyun) C'est donc un organe de pouvoir bas&#233; sur la collaboration de classes et qui remplace l'autorit&#233; des paysans pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs de l'&#034;arm&#233;e de lib&#233;ration&#034; font preuve du m&#234;me esprit conservateur et r&#233;actionnaire quand ils p&#233;n&#232;trent dans les grandes villes. Cherchant &#224; r&#233;concilier les factions de l'ancien gouvernement Kuomintang, les staliniens ont consid&#233;r&#233; la &#034;paix de Peiping&#034; comme un mod&#232;le pour le transfert du pouvoir. Aussi ils ont d&#233;montr&#233; que ce qui comptait pour eux &#233;tait seulement de gagner la confiance de la bourgeoisie Kuomintang et non celle de la classe ouvri&#232;re qui aurait d&#233;truit l'appareil d'&#233;tat bourgeois dans les villes. Le PC chinois a &#233;galement maintenu les moyens de r&#233;pression dans les villes parmi lesquels l'inf&#226;me principe de la responsabilit&#233; collective. (Si la police ne peut trouver un &#034;fauteur de troubles&#034;, elle peut arr&#234;ter un membre de sa famille ou un otage). Les staliniens ont aboli le droit de gr&#232;ve et institu&#233; l'arbitrage obligatoire. Tout comme le pouvoir des paysans pauvres fut supprim&#233; dans l'int&#233;r&#234;t de la collaboration de classe, les premiers efforts des ouvriers pour cr&#233;er une organisation ind&#233;pendante dans les villes furent &#233;touff&#233;s par la bureaucratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les syndicats ont traditionnellement servi au mouvement ouvrier d'&#233;cole de la lutte de classe. Les staliniens chinois ont transform&#233; cette formule. Pour eux, le syndicat est devenu &#034;une &#233;cole de production qui encourage les caract&#232;res productifs et positifs du prol&#233;tariat.&#034; Le devoir de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des ouvriers est appel&#233; &#034;aventurisme gauchiste.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les entreprises priv&#233;es, les capitalistes ont conserv&#233; un pouvoir illimit&#233;. Dans les entreprises nationalis&#233;es - appartenant auparavant au &#034;capital bureaucratique&#034; - le pouvoir appartient &#224; un comit&#233; de contr&#244;le dont le directeur de l'usine est le pr&#233;sident et comprenant des repr&#233;sentants des anciens propri&#233;taires, des repr&#233;sentants de la ma&#238;trise et des repr&#233;sentants des ouvriers. Mais les ouvriers disposent seulement de voix consultatives, le directeur ayant le dernier mot pour toutes les d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence de cette politique anti-ouvri&#232;re, comme l'admit r&#233;cemment le North East Daily News, est que &#034;les membres du parti travaillant dans les usines abandonnent le point de vue des masses et croient que le directeur prend toutes les d&#233;cisions importantes sans demander l'avis du parti et du syndicats et que le comit&#233; de contr&#244;le est superflu.&#034; Le journal poursuit : &#034;Il ne sera pas possible de maintenir longtemps l'attitude positive des ouvriers si nous ne les prot&#233;geons pas par des m&#233;thodes de gestion d&#233;mocratique. A c&#244;t&#233; du directeur, des ing&#233;nieurs et de la ma&#238;trise, les comit&#233;s de contr&#244;le doivent comprendre une majorit&#233; d'ouvriers, Ces ouvriers seraient &#233;lus par les syndicats ou par le Congr&#232;s des d&#233;l&#233;gu&#233;s Ouvriers&#034; (Le 16 mars 1949, la New China News Agency rapporte de Mukden un article de la North East Daily News intitul&#233; : &#034;La d&#233;mocratisation de la gestion des entreprises est une importante mesure pour augmenter la production.&#034;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette citation indique que les Comit&#233;s de Contr&#244;le dans les usines nationalis&#233;es n'existent m&#234;me pas dans toutes les r&#233;gions primitivement occup&#233;es par les staliniens. Quand ils existent, ce sont des organes purement administratifs s&#233;par&#233;s de la classe ouvri&#232;re et qui sont devenus en fait des organes au service des directeurs. Mais quand le Congr&#232;s des D&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers existe, il sert de corps consultatif comme les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re du &#034;Pouvoir du Peuple&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse faite plus haut nous procure un mat&#233;riel important sur le caract&#232;re du soi-disant &#034;pouvoir populaire&#034; du PC chinois et son &#233;volution future. La progression des arm&#233;es a partir de la campagne vers les villes industrielles a fait passer le PC d'un pouvoir r&#233;gional instable avec une base agricole isol&#233;e &#224; un pouvoir reposant sur une base relativement stable et urbaine. Cette transformation s'est accompagn&#233;e d'une politique de collaboration de classe. Au fur et &#224; mesure que le PC chinois s'est empar&#233; du pouvoir national, il s'est &#233;loign&#233; des ouvriers et des paysans pauvres et il a c&#233;d&#233; &#224; la pression de la bourgeoisie. Mao Ts&#233;-toung pr&#233;tend que son pouvoir sera &#034;une dictature populaire d&#233;mocratique conduite par le prol&#233;tariat alli&#233; &#224; la paysannerie&#034;. Mais en expliquant quelles classes forment la base de son pouvoir, il d&#233;clare franchement qu'il s'agit &#034;des ouvriers, des paysans, des artisans ind&#233;pendants, des professions lib&#233;rales, des intellectuels, des capitalistes &#034;libres&#034; et des propri&#233;taires &#034;&#233;clair&#233;s&#034; qui ont rompu avec leur classe&#034;. Nous, marxistes, ne nous trompons pas sur cette formule ; nous comprenons que ce n'est rien d'autre qu'un pouvoir bourgeois embelli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, alors que les arm&#233;es du PC chinois s'emparent des grandes villes, ce pouvoir est encore en pleine &#233;volution et se d&#233;place des campagnes vers les villes. La victoire du PC chinois n'a pu &#234;tre acquise sans le soutien arm&#233; de la paysannerie qui r&#233;sulte d'un compromis entre ces arm&#233;es et la bourgeoisie. Nous pouvons nous rendre compte pourtant, en fonction de son attitude conservatrice envers la classe ouvri&#232;re et les paysans pauvres et de sa peur des actions de masse, que le PC s'oriente vers une dictature militaire. Presque toutes les villes ont &#233;t&#233; plac&#233;es sous contr&#244;le militaire direct. Les bureaucrates se d&#233;gagent tellement des organisations de masse qu'ils sont oblig&#233;s de s'appuyer directement sur l'arm&#233;e, la police et les services secrets. Bien sur, ce processus est encore loin d'&#234;tre achev&#233;. Il en est seulement &#224; son d&#233;but mais son futur d&#233;veloppement peut d&#233;j&#224; &#234;tre discern&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les perspectives du stalinisme chinois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de la Chine a d'importantes cons&#233;quences :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Dans les campagnes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Dans les &#034;r&#233;gions anciennement ou plus r&#233;cemment lib&#233;r&#233;es&#034; o&#249; la r&#233;forme agraire a &#233;t&#233; effectu&#233;e ou est en voie d'ach&#232;vement, les nouveaux paysans riches et propri&#233;taires, parmi lesquels se trouvent des membres du parti qui ont acquis de nombreux privil&#232;ges, constituent les principaux &#233;l&#233;ments dans le Cong&#233;s de village des D&#233;l&#233;gu&#233;s du Peuple alors que les comit&#233;s paysans, lorsqu'ils avaient un pouvoir r&#233;el, ont &#233;t&#233; subordonn&#233;s &#224; des &#034;gouvernements de coalition&#034; &#224; l'&#233;chelon du village. Les paysans pauvres, &#233;ternelles victimes, sont m&#233;contents du pouvoir exerc&#233; par les membres locaux du parti et des paysans riches qui proviennent d'une nouvelle diff&#233;renciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) La r&#233;forme agraire a &#233;t&#233; stopp&#233;e dans les r&#233;gions &#034;r&#233;cemment lib&#233;r&#233;es&#034;. Les anciens paysans riches et propri&#233;taires sont consid&#233;r&#233;s comme la composante principale dans la formation du &#034;gouvernement de coalition&#034;. Les paysans pauvres, incapables de satisfaire leurs besoins, continueront comme auparavant la lutte de classe en introduisant des oppositions dans les rangs du mouvement stalinien lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Dans les villes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces diff&#233;renciations et ces contradictions conduisent &#224; la formation de nombreuses tendances oppositionnelles au sein du mouvement stalinien mais celles-ci sont encore r&#233;gionales, isol&#233;es, individualistes et souvent de type paysan. Elles sont condamn&#233;es et r&#233;prim&#233;es comme manifestations d'&#034;aventurisme gauchiste&#034; et de &#034;trotskysme&#034;. Un grand nombre d'ouvriers rejoindront le PC apr&#232;s l'entr&#233;e des arm&#233;es staliniennes dans les villes mais la politique anti-ouvri&#232;re de la bureaucratie fera na&#238;tre un m&#233;contentement parmi le prol&#233;tariat. Leur r&#233;sistance aggravera la lutte de classe dans les rangs des staliniens eux-m&#234;mes. Les ouvriers &#233;duqu&#233;s tenteront de former des groupes d'opposition politique. Cela marquera le d&#233;but de l'effondrement du stalinisme en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. A l'&#233;chelle nationale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PC chinois s'oriente vers un pouvoir bas&#233; sur la collaboration de classe. Il exercera le pouvoir en maintenant les anciennes bases sociales de la Chine et se trouvera face &#224; face avec les anciennes difficult&#233;s. Pour les r&#233;soudre sur le plan &#233;conomique comme sur le plan politique, la bureaucratie ne pourra se contenter de petites r&#233;formes partielles (comme le sacrifice du &#034;capital bureaucratique&#034; et d'une partie des int&#233;r&#234;ts des landlords). Elle ne recevra aucune aide substantielle du Kremlin. La r&#233;putation du Kremlin est d&#233;j&#224; mauvaise dans la population chinoise : il demande des services pour lesquels il ne donne rien en &#233;change. La seule voie ouverte au PC chinois est l'utilisation de la bourgeoisie nationale pour mendier l'assistance de l'imp&#233;rialisme. Etant moins capable de r&#233;sister &#224; la pression imp&#233;rialiste que Tito, Mao Ts&#233;-toung entrera plus rapidement en conflit avec l' &#034;internationalisme&#034; de Staline (lisez : le nationalisme grand-russien). (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Mensonges : cet ancien ministre de Tran Trong Kim n'a jamais &#233;t&#233; trotskyste. Pas plus que le chef de la S&#251;ret&#233; n'&#233;tait bien s&#251;r un trostskyste, ni que le dirigeant trotskyste le plus connu, Ta Thu Thau, ait &#233;t&#233; conseiller d'un gouvernement quel qu'il soit ! Ces all&#233;gations grossi&#232;res, qui ne sont &#233;tay&#233;es d'aucune preuve, sont des calomnies classiques des staliniens. Si leurs auteurs y avaient cru, ils les auraient utilis&#233; &#224; l'&#233;poque des faits, ce qui n'est m&#234;me pas le cas. Elles servent seulement de justification apr&#232;s coup d'une politique d'assassinats cibl&#233;s. Pas de pardon pour des agents de l'imp&#233;rialisme japonais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Colonies fran&#231;aises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des insurrections vont se d&#233;rouler &#224; la fin de la guerre mondiale parmi les peuples colonis&#233;s. La guerre a d&#233;stabilis&#233; la domination imp&#233;rialiste. Et l&#224; plus encore que pendant la premi&#232;re guerre mondiale. Ces imp&#233;rialismes ont parfaitement conscience du danger et chacun essaie d'y r&#233;pondre &#224; sa mani&#232;re.&lt;br /&gt;
L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais essaie de se battre pour garder leurs colonies et &#233;viter de c&#233;der m&#234;me aux nationalistes mod&#233;r&#233;s du coup ils d&#233;clenchent des insurrections populaires. Les am&#233;ricains s'imposent au sud de la Cor&#233;e et d&#233;clenchent eux aussi des insurrections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Madagascar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;En mars 1947, c'est l'insurrection de Madagascar. La France va mettre cinq mois &#224; l'&#233;craser, malgr&#233; la violence de la r&#233;pression. En juin et en d&#233;cembre 1946, des signes avant-coureurs de la grande r&#233;volte ont &#233;t&#233; &#233;mis. Ces premi&#232;res r&#233;voltes sont durement r&#233;prim&#233;es. Ces &#233;tincelles vont allumer un grand incendie. Dans la nuit du 29 au 30 mars 1947, toute la partie Est de l'&#238;le se soul&#232;ve, contre la mis&#232;re, contre les exactions des Europ&#233;ens et du pouvoir colonial. C'est une explosion spontan&#233;e. Cela se voit notamment au fait que, sans armes, l'insurrection le restera jusqu'&#224; la fin de l'ann&#233;e 1948. Les plus pauvres, les plus opprim&#233;s se mobilisent, n'ont plus peur de la r&#233;pression, ne reviendront plus en arri&#232;re. La r&#233;action coloniale est violente et d&#233;bute, d&#232;s le 4 avril, avec la proclamation de l'&#233;tat de si&#232;ge dans dix districts. Le 31 mars, c'est un camp militaire fran&#231;ais qui est attaqu&#233; par plusieurs centaines d'hommes seulement arm&#233;s de sagaies et de coupe-coupes. C'est la guerre c&#244;t&#233; fran&#231;ais : infanterie, parachutistes et aviations attaquent les civils d&#233;sarm&#233;s et font d&#233;j&#224; un carnage. Le 30 avril, un camp militaire, celui de Moramanga, est attaqu&#233;. Les r&#233;volt&#233;s lib&#232;rent cent cinquante prisonniers. Les Europ&#233;ens, survolt&#233;s, organisent une v&#233;ritable milice de tueurs et le carnage commence. Les exactions et l'arriv&#233;e de renforts militaires n'y suffisent pas. Ce n'est qu'en juillet que le colonialisme commencera &#224; pr&#233;tendre qu'il est d&#233;sormais &#224; l'offensive. Il faudra toute l'ann&#233;e 1948 au colonialisme fran&#231;ais pour en finir avec les rebelles. Le 7 d&#233;cembre 1948, Mr De Chevign&#233;, Haut commissaire de France &#224; Madagascar, d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; Le dernier foyer rebelle a &#233;t&#233; occup&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Bilan : l'&#238;le est ravag&#233;e et il y a eu bien plus que les 80.000 morts reconnus officiellement, sans compter les bless&#233;s, les personnes arr&#234;t&#233;es, les tortur&#233;s. &lt;br /&gt;
Tout au long des &#233;v&#233;nements, les principales organisations malgaches comme fran&#231;aises n'ont pas pris le parti des insurg&#233;s. Le Parti communiste fran&#231;ais ne risquait pas de le faire puisqu'il participait au pouvoir colonial fran&#231;ais qui &#233;crasait la r&#233;volte. En juin 1947, au onzi&#232;me congr&#232;s du PCF &#224; Strasbourg, Maurice Thorez conclue : &lt;i&gt;&#171; A Madagascar, comme dans d'autres parties de l'Union Fran&#231;aise, certaines puissances &#233;trang&#232;res ne se privent pas d'intriguer contre notre pays. &#187; &lt;/i&gt; L'empire colonial fran&#231;ais, hypocritement appel&#233; &#171; Union fran&#231;aise &#187;, est d&#233;fendu par le PCF. Dans les &#171; Cahiers du communisme &#187; d'avril 1945, on peut lire : &lt;i&gt;&#171; A l'heure pr&#233;sente, la s&#233;paration des peuples coloniaux avec la France irait &#224; l'encontre des int&#233;r&#234;ts de ces populations. &#187; &lt;/i&gt;Quant &#224; Fran&#231;ois Mitterrand, il d&#233;clarait le 6 avril 1951, alors que des milliers de Malgaches pourrissaient dans les ge&#244;les de la France : &lt;i&gt;&#171; Je me d&#233;clare solidaire de celui de mes pr&#233;d&#233;cesseurs sous l'autorit&#233; duquel se trouvait M de Chevign&#233; quand il &#233;tait haut commissaire. Les statistiques manquent de pr&#233;cision mais il semble que le nombre de victimes n'ait pas d&#233;pass&#233; 15.000. C'est beaucoup trop encore, mais &#224; qui la faute si ce n'est aux instigateurs et aux chefs de la r&#233;bellion. &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;A Madagascar, l'attitude des organisations de gauche ne vaut pas mieux. Le 8 avril, ils envoient &#224; Ramadier, pr&#233;sident du Conseil, le t&#233;l&#233;gramme suivant : &lt;i&gt;&#171; Les comit&#233;s et groupes suivants, France combattante, Union rationaliste, CGT, Ligue des droits de l'homme, Groupes d'&#233;tudes communistes, F&#233;d&#233;ration socialiste, soucieux de traduire l'opinion de tous les Fran&#231;ais et Malgaches unis dans un sinc&#232;re d&#233;sir de construire une v&#233;ritable Union fran&#231;aise, profond&#233;ment indign&#233;s des troubles actuels, s'inclinent devant les victimes, condamnent toute la r&#233;action factieuse, approuvent les mesures prises par l'autorit&#233; civile et lui font confiance pour r&#233;tablir l'ordre dans la l&#233;galit&#233; d&#233;mocratique et poursuivre l'&#339;uvre constructive vers une v&#233;ritable union. &#187; &lt;/i&gt; L'opposition d&#233;mocratique malgache, elle, avait &#233;t&#233; accus&#233;e d'avoir organis&#233; la r&#233;volte, accusation totalement infond&#233;e en ce qui concerne sa direction. Les dirigeants du M.D.R.M (Mouvement d&#233;mocratique de r&#233;novation malgache) n'&#233;taient nullement politiquement de taille &#224; vouloir une insurrection contre le colonialisme fran&#231;ais. Il s'agissait tout au plus de politiciens lib&#233;raux. Mais il fallait bien que le pouvoir trouve des coupables ayant manipul&#233; les masses malgaches. D&#232;s le lendemain de l'insurrection des 29-30 mars, ses dirigeants sont arr&#234;t&#233;s et tortur&#233;s. Le MDRM avait d&#233;clar&#233; : &lt;i&gt;&#171; Les &#233;v&#233;nements du 30 mars apparaissent comme le fait d'&#233;l&#233;ments ou de groupes isol&#233;s de la population ayant agi spontan&#233;ment sous la pression des souffrances endur&#233;es et des pers&#233;cutions subies. &#187; &lt;/i&gt;M de Coppet, Haut commissaire &#224; Madagascar, d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; Le M.D.R.M est le responsable des troubles &#224; Madagascar. La preuve de la pr&#233;m&#233;ditation des crimes est &#233;tablie, c'est l&#224; un coup pr&#233;par&#233; minutieusement et de longue date. &#187; &lt;/i&gt;Le 26 mars, le M.D.R.M collait une affiche appelant les populations au calme. Pourtant, le 7 mai, d&#233;j&#224; 13.000 militants de ce parti sont arr&#234;t&#233;s et tortur&#233;s et les d&#233;put&#233;s sont inculp&#233;s de crime et d'atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'Etat. Il en r&#233;sultera dix condamnations &#224; mort et trois aux travaux forc&#233;s &#224; perp&#233;tuit&#233;, qui se rajoutent &#224; plus de cent mille morts. M&#234;me apr&#232;s l'ind&#233;pendance, la mainmise de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais se maintiendra, notamment avec la mise en place de la dictature de Tsiranana.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Documents :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gr&#233;goire Madjarian &lt;/strong&gt;rapporte dans &#171; La question coloniale et la politique du Parti communiste fran&#231;ais &#187; : &lt;i&gt;&#171; Madagascar, &#224; l'issue de la Seconde Guerre mondiale, &#233;tait exsangue ; sa population accabl&#233;e de mis&#232;re, au bord de la r&#233;volte. Les colonialistes ne se maintenaient qu'en exer&#231;ant une r&#233;pression inou&#239;e. (&#8230;) Le spectacle de l'effondrement des forces vichystes devant les arm&#233;es britanniques en 1942 avait renforc&#233; l'id&#233;e que la France &#233;tait affaiblie et que le moment &#233;tait venu de s'organiser pour h&#226;ter la lib&#233;ration de la patrie. Des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes s'&#233;taient donn&#233;es pour objet un vaste soul&#232;vement pour restaurer la souverainet&#233; nationale. Jina et Panama, cr&#233;&#233;es la premi&#232;re en 1941, la seconde en 1943. (&#8230;) Le MDRM (Mouvement d&#233;mocratique pour la r&#233;novation malgache) (&#8230;) pensait acqu&#233;rir l'ind&#233;pendance par voie l&#233;gale et pacifique. L'ind&#233;pendance elle-m&#234;me &#233;tait con&#231;ue dans le cadre de l'Union fran&#231;aise et du maintien des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques de la France. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A partir de 1946, des manifestations populaires, souvent tr&#232;s violentes, se multipli&#232;rent dans diff&#233;rentes villes de l'&#238;le contre l'arbitraire colonial. (&#8230;) Le 19 mai arrivait &#224; Tananarive le nouveau haut commissaire, le socialiste de Coppet, d&#233;j&#224; en fonction avant 1940. L'envoi de ce gouverneur d'avant-guerre cristallisa le m&#233;contentement envers la m&#233;tropole coloniale. (&#8230;) De Coppet &#233;tait accueilli aux cris de &#171; Vive l'ind&#233;pendance ! &#187;. De nombreuses bagarres &#233;clataient contre les forces de police et les colons venus prot&#233;ger le cort&#232;ge officiel. Elles se transform&#232;rent rapidement en &#233;meutes. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A Paris, &#224; la suite de la pression des &#233;tats g&#233;n&#233;raux de la colonisation fran&#231;aise, les parlementaires &#8211; dont ceux du PCF &#8211; votaient et faisaient approuver la constitution colonialiste de la quatri&#232;me r&#233;publique. L'assimilation &#233;tait la r&#232;gle : Madagascar &#233;tait int&#233;gr&#233;e d'office, en tant que territoire d'outre-mer, dans la R&#233;publique fran&#231;aise &#171; une et indivisible &#187; ; les Malgaches &#233;taient d&#233;sormais &#171; citoyens fran&#231;ais &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A la fin de l'ann&#233;e 1946, de grandes gr&#232;ves dans les chemins de fer et les travaux publics paralys&#232;rent les transports pendant pr&#232;s d'une semaine. Les dockers de Majunga et Tamatave arr&#234;t&#232;rent le travail, r&#233;clamant un salaire journalier de 65 francs ; on leu accorda 18 &#224; 20 francs. D&#232;s le 18 mai 1946, les planteurs de la c&#244;te pressentaient les &#233;v&#233;nements : &#171; (&#8230;) Rien ne permet de d&#233;terminer quand d&#233;butera la r&#233;volte, ni sous quelle forme, ni quelles seront les premi&#232;res victimes. Mais elle doit logiquement &#233;clater. &#187; (cit&#233; par B&#233;nazet dans &#171; L'Afrique fran&#231;aise en danger &#187;). En janvier 1947, le pr&#233;sident du Syndicat des planteurs, Ruheman &#233;crit : &#171; Le danger est grand et peut-&#234;tre proche. En brousse, la transformation des esprits depuis moins d'un an est ahurissante. (&#8230;) Madagascar va devenir avant peu une autre Indochine. &#187; (&#8230;) Depuis la mi-46, l'administration coloniale r&#232;gne par la force et les prisons de Madagascar sont combles, les m&#233;thodes polici&#232;res utilis&#233;es sans mesure. A plusieurs milliers de kilom&#232;tres de l'&#238;le, le bombardement de Ha&#239;phong, en d&#233;cembre 1946, &#233;tait le produit de la m&#234;me r&#233;action coloniale. L'objectif politique poursuivi d&#233;passait le cadre du Vietnam. L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais voulait donner un exemple de sa puissance retrouv&#233;e. Mais au bombardement de Ha&#239;phong r&#233;pondit l'insurrection de Hano&#239;. (&#8230;) Dans la nuit du 29 au 30 mars 1947, r&#233;plique grandiose aux provocations coloniales et d'une ampleur insoup&#231;onnable, une immense flamb&#233;e de r&#233;volte et de col&#232;re embrasait toute la partie Est de l'&#238;le, affolant la poign&#233;e d'Europ&#233;ens imbus de leur sup&#233;riorit&#233;, install&#233;s dans leur domination. A 80 kilom&#232;tres de Tananarive, le camp militaire de Moramanga, o&#249; &#233;taient entra&#238;n&#233;e la &#171; brigade fran&#231;aise d'extr&#234;me-orient &#187; &#233;tait attaqu&#233; par deux mille hommes simplement arm&#233;s de sagaies, qui tuaient une partie de la garnison, s'emparaient des armes, mettaient le feu &#224; la poudri&#232;re. A la m&#234;me heure, en diff&#233;rents points de l'&#238;le, des fermes de gros colons &#233;taient d&#233;truites, les voies ferr&#233;es et les lignes &#233;lectriques coup&#233;es dans trois districts, des bases a&#233;riennes assaillies. Plusieurs villages tombaient enti&#232;rement entre les mains des insurg&#233;s &#224; l'armement toujours rudimentaire : sagaies, haches, coupe-coupes et les seuls fusils pris dans les postes occup&#233;s. L'insurrection s'en prenait &#224; tout ce qui concernait la puissance militaire de la France et l'exploitation coloniale. Le 30, les insurg&#233;s &#233;taient ma&#238;tres d'un sixi&#232;me de l'&#238;le. Ils d&#233;ployaient partout l'ancien drapeau blanc et rouge, en appelaient &#224; la fraternit&#233; malgache. &lt;br /&gt;
L'insurrection rev&#234;t deux formes militaires : coups de main &#233;clair r&#233;alis&#233;s par des &#233;l&#233;ments de la petite bourgeoisie urbaine et soul&#232;vement paysan. Trois traits caract&#233;risent le soul&#232;vement : sa coordination (le d&#233;clenchement simultan&#233; des attaques la m&#234;me nuit en est la preuve) ; son absence de commandement central ; enfin sa mauvaise organisation. Il ne r&#233;ussit que dans de rares cas &#224; s'emparer des armes ; il avorte en plusieurs endroits ; il ne parvient pas &#224; s'&#233;tendre au-del&#224; de la zone conquise d&#232;s le d&#233;but. (&#8230;) Cependant, malgr&#233; les forces d&#233;ploy&#233;es, la r&#233;volte ne s'&#233;teignait pas. Nouvelles attaques de garnisons les 7, 8 et 9 avril ; le 26, insurrection &#224; Tananarive. Dans la nuit du 30 avril, les insurg&#233;s assaillent &#224; nouveau le camp militaire de Maramanga et lib&#232;rent cent cinquante prisonniers. La r&#233;action coloniale affirmait qu'il s'agissait d' &#187;un coup tr&#232;s dur port&#233; &#224; son prestige &#187;, se retournait contre la m&#233;tropole et son repr&#233;sentant de Coppet, demandant des renforts et l'emploi de tous les moyens pour an&#233;antir &#171; ces bandits &#224; abattre &#187;. Les colons s'organisaient en groupes d'autod&#233;fense et ex&#233;cutaient des otages malgaches.&lt;br /&gt;
D&#233;but ao&#251;t, des renforts importants arrivaient dans l'&#238;le : L&#233;gion &#233;trang&#232;re, Nord-Africains et tirailleurs s&#233;n&#233;galais principalement. Suivit ce qui deviendra le sc&#233;nario classique des campagnes coloniales de la quatri&#232;me r&#233;publique : quadrillage du territoire par les paras, ratissage, terreur sur les populations, ex&#233;cutions sommaires. Les forces de r&#233;pression fusillent, pillent, incendient les villages. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La r&#233;pression n'&#233;pargna pas le MDRM, qui en fut une des cibles privil&#233;gi&#233;es ; il faut expliquer pourquoi. Le jeu politique du Mouvement consistait &#224; conqu&#233;rir par les voies l&#233;gales trac&#233;es par la Constitution les postes administratifs et parlementaires. Dans cette voie, il avait obtenu des succ&#232;s &#8211; qui n'&#233;taient pas de nature &#224; changer son orientation : il poss&#233;dait tous les parlementaires malgaches et dominait presque toutes les assembl&#233;es locales. Le MDRM n'avait cess&#233; d'inviter les Malgaches &#224; l'ordre et au travail. Le 3 juillet 1946, avant de rejoindre le Palais-Bourbon, les d&#233;put&#233;s du Mouvement avaient adress&#233; &#224; la population de l'&#238;le un message radiodiffus&#233; : &#171; Chers compatriotes. Avant notre d&#233;part de Madagascar, notre ch&#232;re patrie, nous tenons &#224; vous adresser cet appel : restez calmes, &#233;vitez les troubles, parce que le d&#233;sordre n'engendre jamais aucun bienfait. Rien ne s'accomplira sans la tranquillit&#233; et la paix. &#187; En mars 1947, encore, le MDRM avait lanc&#233; des appels au calme ; le 30, dans une proclamation &#224; la population, ses d&#233;put&#233;s r&#233;prouvaient de la fa&#231;on la plus formelle l'insurrection, ramen&#233;e &#224; des &#171; crimes &#187;, des &#171; actes de barbarie et de violence &#187;. N&#233;anmoins, le m&#234;me jour, Radio-Tananrive attribuait au MDRM la responsabilit&#233; du soul&#232;vement. (&#8230;) D&#233;but avril 1947, 3.000 membres du MDRM &#233;taient incarc&#233;r&#233;s, interrog&#233;s, tortur&#233;s &#8211; dont les deux d&#233;put&#233;s Ravoahangy et Rab&#233;nananjara (Raseta se trouvait &#224; Paris lors de l'insurrection). (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans la m&#233;tropole, les dirigeants du mouvement ouvrier ne manifestent visiblement aucune sympathie vis-&#224;-vis des insurg&#233;s, mais prononcent au contraire une condamnation sans appel. L'une des plus sanglantes intervention militaire de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais commence sous un gouvernement &#224; direction socialiste, auquel, jusqu'au 5 mai, participe largement le PCF. Ce dernier occupe, entre autres, le minist&#232;re de la D&#233;fense nationale (Fran&#231;ois Billoux). (&#8230;) Le Parti communiste, remarquait Le Monde du 18 avril, n'avait (&#8230;.) Manifest&#233; aucune opposition cat&#233;gorique &#224; l'envoi de renforts comme &#224; la r&#233;pression des &#233;meutes. &#187; (&#8230;) &lt;br /&gt;
Tandis que Madagascar n'arrivait plus &#224; enterrer ses morts, le chef du groupe parlementaire PCF invoquait le &#171; courant de libert&#233; &#187; que repr&#233;sentait l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, appelait &#224; l'union sacr&#233;e pour d&#233;fendre les droits de son pays &#224; opprimer d'autres peuples : &#171; Je le dis, et c'est l&#224; note sentiment profond : la France a des positions dans le monde, tous les Fran&#231;ais et j'ajoute tous les peuples associ&#233;s, nous avons int&#233;r&#234;t que la France puisse maintenir ses positions. Mais nous serions bien aveugles si nous ne tenions pas compte de ce fait important, &#224; savoir que les positions fran&#231;aises dans le monde sont terriblement convoit&#233;es. &#187; (d&#233;bat au parlement le 9 mai 1947)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Dans &#171; L'insurrection malgache de 1947 &#187; de &lt;strong&gt;Jacques&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Tronchon&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la cause de la r&#233;volte, cete ouvrage cite Marcel de Coppet, Haut-commissaire de la R&#233;publique fran&#231;aise &#224; Madagascar au moment des &#233;v&#233;nements, organisateur de la r&#233;pression violente et barbare et nullement suspect de sympathie pour le colonis&#233; malgache r&#233;volt&#233; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Il faut avoir le courage de reconna&#238;tre qu'&#224; Madagascar la juste mesure a &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e. (&#8230;.) Toutes les r&#233;quisitions des travailleurs, pratiqu&#233;es sur une grande &#233;chelle, souvent au d&#233;triment des cultures vivri&#232;res les plus indispensables aux autochtones, n'&#233;taient pas justifi&#233;es par l'effort de guerre. Quant aux prestations, elles perdirent leur caract&#232;re d'imp&#244;t en nature, pour s'apparenter &#224; nouveau &#224; la corv&#233;e. &#187; &lt;/i&gt;(3 mars 1949)&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;De Coppet explique en f&#233;vrier 1947 dans sa Conf&#233;rence des Hauts-commissaires :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Quand survint l'armistice (sign&#233; par P&#233;tain avec le vainqueur allemand), les Hova exploit&#232;rent au mieux la d&#233;faite fran&#231;aise : la France pouvait donc &#234;tre battue ; bien mieux, elle pouvait m&#234;me se r&#233;signer &#224; la d&#233;faite ; elle manquait &#224; la fois de force mat&#233;rielle et de force d'&#226;me. Plus n'&#233;tait besoin de la craindre. En 1943, au lendemain de la campagne anglaise (victorieuse contre les Allemands) (&#8230;) Madagascar fut plac&#233;e sous l'&#233;gide de la France combattante. La situation &#233;conomique &#233;tait alors s&#233;rieuse. On pensa pouvoir y rem&#233;dier en &#171; stimulant la production &#187;. Pour ce faire, on doubla tout simplement la dur&#233;e des prestations, on aggrava, de fa&#231;on non moins ill&#233;gale, les peines disciplinaires et on r&#233;quisitionna partout la main d'&#339;uvre pour la mettre &#224; la disposition, non seulement des services publics mais aussi des entreprises priv&#233;es. Ce fut une tr&#232;s grave erreur. La production ne s'en accrut gu&#232;re et, il faut avoir le courage de le dire, Madagascar regretta Vichy. C'est de ce moment, d'ailleurs, (en juin 1946) que date l'explosion g&#233;n&#233;ralis&#233;e d'un m&#233;contentement qui devait aller en s'amplifiant. (&#8230;) La population urbaine d'enhardit. (&#8230;) Tout est pr&#233;texte au d&#233;sordre des rues : l'arriv&#233;e d'un train, une foire, un march&#233;, un enterrement. (&#8230;) Cette p&#233;riode d'agitation, au cours de laquelle des gr&#232;ves sont d&#233;clench&#233;es &#224; Tamatave et Majunga, ne s'&#233;tend pas au-del&#224; du 23 juin 1946, date de la derni&#232;re &#233;chauffour&#233;e &#224; Tananarive ou ailleurs. Pour mettre un terme &#224; toute cette agitation, j'ai simplement appliqu&#233; la loi mais je l'ai appliqu&#233;e dans toute sa rigueur (&#8230;) Certes la temp&#233;rature a baiss&#233;, mais le mal subsiste (&#8230;) &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Sur l'historique de l'insurrection, De Coppet &#233;crit :&lt;br /&gt;
&#171; L'&#233;clatement de l'insurrection, dans la nuit du samedi 29 au dimanche 30 mars 1947,&lt;i&gt; n'est pas une r&#233;elle surprise. Plusieurs &#233;v&#233;nements survenus cette nuit-l&#224; sur diff&#233;rents points du territoire malgache, comprennent qu'ils marquent le d&#233;but du soul&#232;vement contre l'occupation fran&#231;aise. A plus forte raison, les autorit&#233;s coloniales, inform&#233;es pr&#233;cis&#233;ment de la date. D&#232;s la fin novembre 1946, celles-ci se trouvent sur le qui-vive. A plusieurs reprises, des forces de l'ordre sont s&#233;v&#232;rement molest&#233;es par la population. Le 29 novembre 1946, entre Ifanadiana et Androrangavola, le 31 janvier &#224; Marolambo, l'incident tourne &#224; l'&#233;meute. (&#8230;) Quant aux leaders du MDRM, ils multiplient depuis longtemps les mises en garde officielles pour d&#233;tourner les militants du parti de toute action violente. (&#8230;) Un t&#233;l&#233;gramme (du Bureau politique du MDRM de Madagascar du 29 mars 1947) est approuv&#233; &#224; l'unanimit&#233; : &#171; pri&#232;re de diffuser et afficher. Ordre imp&#233;ratif est donn&#233; &#224; toutes sections, &#224; tous membres du MDRM de garder calme et sang-froid absolus devant man&#339;uvres et provocations toutes natures destin&#233;es &#224; susciter des troubles au sein de la population malgache et &#224; saboter la politique pacifique du MDRM. Diffusez et accusez r&#233;ception. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le premier foyer de l'insurrection se d&#233;clare vers 22 heures dans le district de Manakara, plus pr&#233;cis&#233;ment dans un triangle dont les points seraient Ambila, Sahasinaka et Ampasimanjeva. Le premier objectif des insurg&#233;s est de s'attaquer aux garnisons militaires, aux postes de gendarmerie, tant pour r&#233;cup&#233;rer des armes que pour neutraliser la r&#233;action de leurs adversaires. Certains commandos prennent d'assaut les concessions europ&#233;ennes et les b&#226;timents administratifs. (&#8230;) L'insurrection est d&#233;samorc&#233;e partout o&#249; l'occupant se trouve sur le pied de guerre. A Tananarive en particulier, le coup de main est d&#233;command&#233; au dernier moment, et la circulation de plusieurs convois militaires dans les rues de la ville au soir du 29 mars a pu provoquer en partie cette ultime d&#233;fection. (&#8230;) Au matin du 30 mars, il est &#233;vident que les conjur&#233;s n'ont pas atteint leur but, celui d' &#187; un soul&#232;vement de tous, partout et &#224; la m&#234;me heure. &#187; Pourtant, cet &#233;chec initial n'emp&#234;che pas l'insurrection de s'&#233;tendre rapidement &#224; partir de ses foyers des districts de Manakara et de Moramanga. Les troupes qui ont attaqu&#233; le camp de Tristani se replient le long de la voie ferr&#233;e du M.L.A, en d&#233;vastant les concessions des colons europ&#233;ens ou malgaches francophiles. La plupart sont massacr&#233;s. (&#8230;) Au bout de quelques jours, l'insurrection a gagn&#233; l'ensemble de la c&#244;te est, puisque Mananjary, Tamatave, F&#233;n&#233;rive, Antalaha, Andapa, Sambava et Voh&#233;mar sont &#224; leur tour plus ou moins menac&#233;es. (&#8230;) Dans toutes r&#233;gions contr&#244;l&#233;es par les insurg&#233;s, un gouvernement malagasy s'organise, sous l'autorit&#233; plus ou moins directe de Victorien Razafindrabe au nord, et de Michel Radaoroson (dit Rakotozaly) au sud. (&#8230;) Jusqu'en juillet 1947, l'insurrection ne cesse de s'&#233;tendre. Il s'agit de contr&#244;ler les secteurs les plus vastes possible, et de mobiliser les populations paysannes en vue de &#171; l'attaque d&#233;cisive &#187; sur les grands centres. Des combats sont livr&#233;s jusque dans les banlieues de Tananarive, Fianarantsoa et Tamatave. L'occupant redoute tr&#232;s fortement que l'insurrection gagne l'ensemble des r&#233;gions centrales et d&#233;ferle ensuite sur les r&#233;gions occidentales. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Les leaders du MRDM se d&#233;solidarisent, d&#232;s qu'ils en ont eu connaissance, du mouvement de violence inaugur&#233; sur la c&#244;te est, fid&#232;le en cela &#224; leur appel au calme du 27 mars. (&#8230;) Ils sollicitent la possibilit&#233; de faire afficher dans tout Madagascar, ou au besoin de radiodiffuser, une &#171; proclamation &#187; d&#233;savouant l'insurrection de mani&#232;re cat&#233;gorique : &#171; Nous r&#233;prouvons de la fa&#231;on la plus formelle ces actes de barbarie et de violence et nous esp&#233;rons que la justice fera jaillir toute la v&#233;rit&#233; et d&#233;terminera la responsabilit&#233; de ces crimes. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Depuis le 1er avril, la Justice a ouvert une vaste instruction judiciaire sous l'inculpation de complot contre la s&#251;ret&#233; de l'Etat et ordonn&#233; l'arrestation des militants MDRM les plus influents. Aussit&#244;t une r&#233;pression polici&#232;re implacable s'abat sur tout Madagascar : c'est &#224; la v&#233;rit&#233; tous les militants du parti qui sont traqu&#233;s quel que soit leur rang. Les inculp&#233;s sont entass&#233;s sans m&#233;nagement dans des prisons trop exigu&#235;s, quand ce n'est pas dans de v&#233;ritables camps de concentration &#171; am&#233;nag&#233;s &#187; &#224; la h&#226;te. Dans de telles conditions, la situation des d&#233;tenus est intol&#233;rable. Les s&#233;vices de toutes sortes et les tortures subies au cours des interrogatoires de l'instruction viennent ajouter &#224; leurs souffrances physiques et morales. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Contrairement aux pr&#233;visions initiales des autorit&#233;s fran&#231;aises, la r&#233;pression militaire de l'insurrection malgache se r&#233;v&#232;le longue et co&#251;teuse. Revenu de son optimisme du mois de juin, le g&#233;n&#233;ral Pellet &#233;crit dans un rapport en septembre 1947 : &#171; Il serait pr&#233;matur&#233; d'&#233;mettre d&#232;s maintenant une opinion sur l'avenir de la r&#233;bellion. (&#8230;) Pourtant tous les moyens sont mis en &#339;uvre pour en venir &#224; bout. La t&#234;te des chefs insurg&#233;s est mise &#224; prix. Des tribunaux d'exception se forment pour proc&#233;der &#224; des ex&#233;cutions exemplaires autour desquelles il est fait grand tapage. Des inculp&#233;s soumis &#224; la torture puis corrompus sont envoy&#233;s aupr&#232;s des insurg&#233;s comme agents de renseignement. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans les districts en &#233;tat de si&#232;ge, le sort des populations civiles peut devenir dramatique. (&#8230;) Le chef de district d'Ambatondrazaka fait proc&#233;der &#224; des arrestations massives. Le 5 mai, avant l'aube, 16 otages sont transf&#233;r&#233;s &#224; la gare et enferm&#233;s dans trois wagons plomb&#233;s, affect&#233;s d'ordinaire au transport des bestiaux. (&#8230;) Vers minuit, les militaires de garde re&#231;oivent l'ordre de faire feu sur le train. (&#8230;) les 71 rescap&#233;s de cette tuerie sont transf&#233;r&#233;s &#224; la prison. (&#8230;) Ils en sont extirp&#233;s d&#233;finitivement le jeudi 8 mai dans l'apr&#232;s-midi pour &#234;tre conduits devant le peloton d'ex&#233;cution. (&#8230;) C'est &#171; l'affaire du train de Moramanga &#187;. &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Afrique noire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;En Afrique aussi, contrairement &#224; une image mensong&#232;re, il y a une classe ouvri&#232;re et elle a d&#233;j&#224; tout un pass&#233; de luttes de classe. Un des mensonges les plus couramment diffus&#233;s concernant l'ind&#233;pendance de l'Afrique coloniale fran&#231;aise est qu'elle aurait &#233;t&#233; octroy&#233;e sans lutte. En fait, la lutte de classe s'y est d&#233;velopp&#233;e &#224; la fin de la guerre mondiale avec un d&#233;veloppement notamment de grandes luttes ouvri&#232;res, comme du c&#244;t&#233; colonial anglais. L'apr&#232;s-guerre a &#233;t&#233; explosive sur le continent noir comme dans le reste du monde, &#224; la mesure des souffrances subies et de la prise de conscience qu'elles entrainaient. La guerre mondiale et l'apr&#232;s-guerre n'ont fait qu'accro&#238;tre l'exploitation des peuples colonis&#233;s. Mais ils leur ont d&#233;voil&#233; les richesses de l'imp&#233;rialisme et les guerres entre imp&#233;rialismes ont montr&#233; aussi la possibilit&#233; de le battre. C'est ce qui a incit&#233; en 1944, &#224; Brazzaville, De Gaulle &#224; parler de libert&#233; des peuples d'Afrique. La r&#233;alit&#233; &#233;tait tout autre et on le voyait d&#233;j&#224; dans le contenu de ces d&#233;clarations. La conf&#233;rence de Brazzaville &#233;crivait en pr&#233;alable : &lt;i&gt;&#171; Les faits de l'&#339;uvre de la civilisation accomplie par la France dans les colonies &#233;cartent toute id&#233;e d'autonomie, toute possibilit&#233; d'&#233;volution hors du bloc fran&#231;ais de l'empire. La constitution m&#234;me lointaine de self gouvernement est &#224; &#233;carter. &#187; &lt;/i&gt;Le programme g&#233;n&#233;ral confirme : &lt;i&gt;&#171; On veut que le pouvoir politique de la France s'exerce avec pr&#233;cision et rigueur sur toutes le terres de son empire. &#187; &lt;/i&gt;La r&#233;alit&#233; coloniale durant et &#224; la fin de la guerre en dit encore plus long. Toute la th&#232;se de la &#171; France libre &#187; est l&#224; dedans de la droite au parti communiste. Ce dernier reproche au Mar&#233;chal P&#233;tain de &lt;i&gt;&#171; ne pas s'&#234;tre oppos&#233; &#224; la p&#233;n&#233;tration japonaise en Indochine, la grande colonie fran&#231;aise de l'extr&#234;me orient (&#8230;) et de vouloir livrer la Syrie aux Allemands. &#187;&lt;/i&gt; N'oublions pas qu'&#224; la fin de la guerre, c'est le PCF qui poussera les r&#233;sistants &#224; s'engager dans le corps exp&#233;ditionnaire en Indochine, que c'est le ministre &#171; communiste &#187; Tillon qui commandera les forces arm&#233;es a&#233;riennes fran&#231;aises quand celles-ci bombardaient l'Alg&#233;rie &#224; S&#233;tif en 1945. La guerre n'a pas chang&#233; la nature de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais c&#244;t&#233; vichyste comme c&#244;t&#233; gaulliste. L'essentiel des colonies est vite pass&#233; c&#244;t&#233; &#171; France libre &#187; mais le colonis&#233; y est toujours un esclave dont la vie ne compte pas. Le Tchad, pass&#233; tr&#232;s rapidement dans le camp de la &#171; France libre &#187; de De Gaulle, ou camp de l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain, est une colonie qui exploite et opprime affreusement ses populations. L'exploitation y est m&#234;me accrue &#224; l'apr&#232;s-guerre, reconstruction du capital fran&#231;ais oblige. Le massacre de Madagascar comme celui de S&#233;tif en Alg&#233;rie, les &#233;meutes du Maroc violemment r&#233;prim&#233;es, la r&#233;pression du Kenya comme celle du Vietnam, montrent pleinement que les imp&#233;rialismes n'&#233;taient ni plus pacifiques, ni plus d&#233;mocratiques, apr&#232;s la guerre qu'avant, malgr&#233; la n&#233;cessit&#233; apr&#232;s la guerre de reconstituer les illusions et les faux espoirs des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Apartheid d'Afrique du sud a &#233;t&#233; une politique de la bourgeoisie, sud-africaine et imp&#233;rialiste, face &#224; la lutte de classe exacerb&#233;e par la guerre. En Afrique du sud, la lutte de la classe ouvri&#232;re s'est d&#233;velopp&#233;e en pleine deuxi&#232;me guerre mondiale. En 1940 et 1941, les travailleurs ont men&#233; des gr&#232;ves dures malgr&#233; les mesures gouvernementales d&#233;clarant ill&#233;gale toute gr&#232;ve d'Africains &#171; en toute circonstance &#187;. An ao&#251;t 1943, &#224; Alexandra pr&#232;s de Johannesburg, un vaste mouvement de boycott eut lieu contre la hausse des tarifs des transports. En m&#234;me temps, la classe ouvri&#232;re prenait conscience de sa force. Le syndicat des mineurs se reconstituait. En 1946, &#233;clatait une grande gr&#232;ve spontan&#233;e des mineurs et la r&#233;pression eut un mal consid&#233;rable &#224; faire reprendre le travail. La bourgeoisie sud-africaine, consciente du danger que repr&#233;sentaient d&#233;sormais les gr&#232;ves des Africains, mit en place l'Apartheid en 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;D&#232;s 1945, la r&#233;pression coloniale fran&#231;aise fait rage en Afrique. Elle prend un tour violent &#224; Douala, au Cameroun. Dans cette ville, c'est un soul&#232;vement spontan&#233; de la classe ouvri&#232;re qui menace de d&#233;buter une v&#233;ritable insurrection anticoloniale. Elle est &#233;cras&#233;e dans le sang le 24 septembre 1945. Au d&#233;but des &#233;v&#233;nements, la gr&#232;ve des journaliers du chemin de fer pour laquelle le quartier populaire de Bou-B&#233;ri a pris fait et cause. C'est toute une population pauvre qui s'est mobilis&#233;e, arm&#233;e seulement de b&#226;tons, et a envahi le quartier de New Bell. Les Blancs r&#233;agissent &#224; l'arme &#224; feu, faisant imm&#233;diatement 80 morts et lan&#231;ant une chasse &#224; l'homme contre les militants ouvriers. Les chemins de fer sont un des hauts lieux de la classe ouvri&#232;re et, partout, ils sont le point central de la mobilisation. En 1947, a lieu &#233;galement la grande gr&#232;ve des cheminots dans toute l'Afrique fran&#231;aise, qui s'est &#233;tendue du S&#233;n&#233;gal &#224; la C&#244;te d'Ivoire. On peut &#233;galement citer la gr&#232;ve qui oppose les cheminots, et avec eux tous les travailleurs, aux Blancs arm&#233;s de Matadi &#224; L&#233;opoldville, ou encore le soul&#232;vement ouvrier au Kenya en 1947, dans le centre ferroviaire de Mombasa o&#249;, pendant onze jours, dockers et cheminots dirigent toute la classe ouvri&#232;re, domestiques compris, et font la loi dans la ville. En 1945-46, au Congo-Za&#239;re, ont lieu des mouvements de gr&#232;ve des lignes de chemins de fer accompagn&#233;s de r&#233;voltes urbaines. En 1946, c'est la gr&#232;ve de Dakar, en 1949 la gr&#232;ve des mines de charbon du Nigeria, les &#233;meutes en C&#244;te d'Ivoire en 1947 et 48. Et encore, en 1950, c'&#233;tait &#224; Nairobi qu'avait lieu la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Enfin, en 1956, en C&#244;te d'ivoire et au Nigeria, de nouveaux soul&#232;vements de la classe ouvri&#232;re r&#233;prim&#233;s f&#233;rocement, par des fusillades et des arrestations. Puis, il y a eu des mouvements nationalistes notamment &#224; Madagascar, au Cameroun ou au Congo (futur Za&#239;re). En m&#234;me temps, se d&#233;veloppait le mouvement Mau-Mau au Kenya qui prenait le tour d'une guerre civile en 1955. C'est tout le continent africain qui &#233;tait concern&#233; par la lutte d'ind&#233;pendance mais aussi par le d&#233;veloppement de la lutte et de l'organisation de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; Le 20e si&#232;cle am&#233;ricain &#187;, &lt;strong&gt;Howard&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Zinn&lt;/strong&gt; rapporte sur ces mouvements : &lt;i&gt;&#171; Tout aussi inqui&#233;tants aux yeux du gouvernement am&#233;ricain, des mouvements ind&#233;pendantistes &#233;clataient partout &#224; travers le monde chez les peuples colonis&#233;s. Des mouvements r&#233;volutionnaires se d&#233;veloppaient en Indochine contre les Fran&#231;ais, Indochine contre les Hollandais, aux Philippines contre les Etats-Unis. En Afrique, la r&#233;bellion et le m&#233;contentement s'exprimaient au travers des gr&#232;ves. Dans &#171; Let freedom come &#187;, Basil Davidson fait &#233;tat de la plus longue gr&#232;ve de l'histoire africaine conduite par dix-neuf mille cheminots d'Afrique Occidentale fran&#231;aise en 1947 ; elle dura cent soixante jours. Le message qu'ils adress&#232;rent au gouvernement g&#233;n&#233;ral exprime assez bien le nouvel esprit militant qui les habitait : &#171; Pr&#233;parez vos prisons, sortez vos mitrailleuses et vos canons. De toute fa&#231;on, le 10 octobre &#224; minuit, si nos revendications ne sont pas accept&#233;es, nous proclamerons la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. &#187; L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, en Afrique du sud, cent mile mineurs des exploitations aurif&#232;res avaient cess&#233; le travail pour obtenir 10 shillings suppl&#233;mentaires par jour. Il s'agissait de la plus grande gr&#232;ve de toute l'histoire de l'Afrique du sud et il fallut une intervention de l'arm&#233;e pour que les mineurs reprennent le travail. En 1950, au Kenya, il y eut &#233;galement une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour protester contre les salaires de mis&#232;re. (&#8230;) En Chine, en Cor&#233;e, en Indochine, aux Philippines, il s'agissait de mouvements communistes locaux et non de complots sovi&#233;tiques. Cette vague g&#233;n&#233;ralis&#233;e de r&#233;voltes anti-imp&#233;rialistes conduisit les Etats-Unis &#224; fournir un effort gigantesque pour en venir &#224; bout (&#8230;) &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Le r&#244;le dirigeant, le caract&#232;re central, de la classe ouvri&#232;re dans la contestation de la domination coloniale &#224; la fin de la guerre, est &#233;vident. Et d'autant plus qu'il convient de rappeler que les &#171; &#233;lites &#187; africaines comme Houphou&#235;t Boigny ou Senghor ne sont pas du c&#244;t&#233; des gr&#233;vistes ni des &#233;meutiers. Des leaders syndicalistes apparaissent et jouent un r&#244;le dirigeant dans les luttes sociales et politiques. Par contre, les petites bourgeoisies et bourgeoisies nationales ont des leaders qui ne revendiquent g&#233;n&#233;ralement m&#234;me pas l'ind&#233;pendance et ne prennent pas la t&#234;te des luttes. L&#224; o&#249; des soul&#232;vements des masses pauvres des campagnes explosent, comme en Alg&#233;rie, &#224; Madagascar, au Kenya, ou au Congo, elles sont amen&#233;es &#224; les accompagner mais ne leur offrent aucune perspective. La radicalit&#233; des luttes sera plus due &#224; la violence de la r&#233;pression coloniale qu'&#224; la radicalit&#233; des leaders de la petite bourgeoisie. Les dirigeants staliniens sont en pleine phase &#171; d&#233;mocratique &#187;, d' &#171; alliance anti-fasciste &#187; avec leur colonialisme au nom de l'alliance de l'URSS avec l'imp&#233;rialisme. Les dirigeants petits bourgeois en restent aux espoirs suscit&#233;s par les discours de De Gaulle &#224; Brazzaville. Les petites bourgeoisies nationalistes craignent de perdre cette perspective d'&#234;tre appel&#233;es &#224; gouverner en prenant partie pour les masses populaires. Les dirigeants nationalistes sont des mod&#233;r&#233;s qui jouent le jeu &#233;lectoral. Les Partis communistes ob&#233;issent &#224; la politique de Moscou d'alliance contre-r&#233;volutionnaire avec l'imp&#233;rialisme ce qui les emp&#234;che m&#234;me d'&#234;tre anti-colonialistes. Le PCF reprend la politique de la bourgeoisie et du colonialisme fran&#231;ais, intitul&#233;e &#171; Union fran&#231;aise &#187;, qui consiste &#224; maintenir &#224; tout prix l'essentiel de son empire colonial malgr&#233; la d&#233;faite du r&#233;gime de P&#233;tain alli&#233; &#224; Hitler. Les partis communistes des colonies s'alignaient. Le Parti communiste alg&#233;rien pr&#233;tendait rester dans le cadre de l'alliance avec la France au nom de l'antifascisme, allant jusqu'&#224; traiter les &#233;meutiers de 1945 de fascistes. La Parti communiste tunisien condamnait en bloc toute agitation nationaliste. La CGT tunisienne perdait ainsi son influence sur le prol&#233;tariat tunisien au profit de l'UGTT de Ferhat Hached.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alg&#233;rie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Document :&lt;br /&gt;
Extraits de &lt;i&gt;&#171; La question coloniale et la politique du Parti communiste fran&#231;ais (1944-47)&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;de &lt;strong&gt;Gr&#233;goire Madjarian &lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le 8 mai 1945, dans toute l'Alg&#233;rie, devait &#234;tre c&#233;l&#233;br&#233; l'armistice. Des c&#233;r&#233;monies officielles avaient &#233;t&#233; pr&#233;vues. Un mot d'ordre clandestin du PPA avait circul&#233; : &#171; Le jour de la victoire, manifestons pour exiger, apr&#232;s le sacrifice et la conduite h&#233;ro&#239;que des Alg&#233;riens dans l'arm&#233;e fran&#231;aise, un peu de d&#233;mocratie et de justice ! &#187; Une fraction l&#233;galiste des Amis du Manifeste, croyant &#233;viter ainsi l'intervention polici&#232;re, envoya une d&#233;l&#233;gation demander au gouverneur g&#233;n&#233;ral l'autorisation de s'exprimer. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s ne sortirent pas de la r&#233;sidence g&#233;n&#233;rale : ils avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et les autorit&#233;s pr&#233;venues. &lt;br /&gt;
Le jour de l'armistice, eurent lieu dans plusieurs villes des manifestations d'ampleur et de forme diverses. A B&#244;ne et Didjelli, les manifestations se joignirent au cort&#232;ge officiel et d&#233;ploy&#232;rent leurs propres banderoles. Des d&#233;fil&#233;s analogues furent organis&#233;s &#224; Batna, Biskra, Kenchela, Blida, Berrouaghia et Bel-Abb&#232;s. A Sa&#239;da, la mairie fut incendi&#233;e. A Alger, les fid&#232;les n'assist&#232;rent pas &#224; la c&#233;r&#233;monie officielle de la Grande Mosqu&#233;e. Les incidents les plus graves eurent lieu &#224; S&#233;tif et Guelma. &lt;br /&gt;
A Guelma, peu de musulmans avaient assist&#233; aux c&#233;r&#233;monies officielles : les comit&#233; des AML organisait sa propre manifestation avec des mots d'ordre tels que &#171; Vive la d&#233;mocratie ! &#187;, &#171; A bas l'imp&#233;rialisme ! &#187;, &#171; Vive l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante ! &#187;. La police tira sur la foule. &lt;br /&gt;
A S&#233;tif, un cort&#232;ge de quinze mille personnes se dirigeait vers le monument aux morts afin d'y d&#233;poser une gerbe, arborant pour la premi&#232;re fois le drapeau alg&#233;rien vert et blanc. Les manifestants brandissaient des pancartes et des banderoles : &#171; D&#233;mocratie pour tous ! &#187;, &#171; Lib&#233;rez Messali ! &#187;, &#171; Lib&#233;rez nos leaders emprisonn&#233;s ! &#187;, &#171; Vive la victoire alli&#233;e ! &#187;, &#171; Vive l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante ! &#187;, &#171; A bas le colonialisme ! &#187;, &#171; Pour une Constituante alg&#233;rienne souveraine ! &#187;. La police ouvrit le feu &#224; la suite d'un ordre du sous-pr&#233;fet de retirer pancartes et banderoles.&lt;br /&gt;
Ces manifestations furent le point de d&#233;part d'un soul&#232;vement qui s'&#233;tendit &#224; la Kabylie des Babords, se propagea dans une grande partie de la r&#233;gion du Constantinois. Des messagers allaient dans les campagnes, les villages les plus recul&#233;s, pour faire le r&#233;cit des manifestations de S&#233;tif et Guelma et de leur r&#233;pression. Les responsables locaux des AML organisaient leurs militants et dirigeaient des attaques contre les b&#226;timents de l'autorit&#233; fran&#231;aise : la mairie, la poste, la recette des contributions, la gendarmerie.&lt;br /&gt;
Les centres de A&#239;n-Abessa, Sill&#232;gue, le bordj Taktount Bouga (La Fayette), ainsi que Kerrata furent encercl&#233;s. Les centres de B&#233;ni Aziz (Chevreuil) assi&#233;g&#233; aux cris de &#171; Djihad ! Dkihad ! &#187; fut enti&#232;rement incendi&#233;. &lt;br /&gt;
Des groupes arm&#233;s venus des douars voisins assaillirent Guelma, le 9 mai, pour venger leurs morts, et le car de Bougie &#224; S&#233;tif fut attaqu&#233;. Le 10 mai, le village d'Aokas (commune morte d'oued Marsa), la gendarmerie de Tesara, le bordj et la poste de Fedj M'zala furent encercl&#233;s. Dans la r&#233;gion d'oued Marsa, les communications t&#233;l&#233;phoniques furent coup&#233;es, des gardes forestiers tu&#233;s.&lt;br /&gt;
Dans la r&#233;gion des Babors, au nord de S&#233;tif, l'&#233;meute prit &#171; l'allure d'une v&#233;ritable dissidence &#187; d'apr&#232;s le rapport du g&#233;n&#233;ral de gendarmerie. Les troupes &#233;taient &#171; accueillies dans certains douars &#224; coups de fusils et m&#234;me d'armes automatiques &#187;. Des rassemblements d'hommes arm&#233;s &#233;taient signal&#233;s &#224; El Arrouche, Azzaba, oued Amizour, Smendou, Chelghoun-La&#239;d, El Milia, ouest-Z&#233;nati. Entre Tizi-Ouzou et Th&#233;nia, les fils t&#233;l&#233;phoniques furent coup&#233;s. Des d&#233;p&#244;ts d'armes clandestins furent signal&#233;s &#224; T&#233;bessa.&lt;br /&gt;
Des bruits circulaient &#224; propos d'un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral, bruits qui n'&#233;taient, nous le verrons plus loin, pas sans fondement. Plusieurs groupes arm&#233;s de paysans s'attaqu&#232;rent aux villages et aux centres de colonisation. Fermes, colons, repr&#233;sentants de l'ordre colonial furent les cibles de la r&#233;volte.&lt;br /&gt;
A propos des &#233;v&#233;nements de mai 1945 et afin de d&#233;gager leur signification, il est n&#233;cessaire de poser plusieurs questions distinctes : de quel ordre sont les facteurs qui ont d&#233;termin&#233; le soul&#232;vement du Constantinois, quelles sont les causes imm&#233;diates du d&#233;clenchement de l'insurrection, y a-t-il eu pr&#233;paration d'une insurrection, y a-t-il eu volont&#233; insurrectionnelle ?&lt;br /&gt;
A l'&#233;poque, &#224; c&#244;t&#233; de la th&#232;se d'un complot fasciste qui fut, nous le verrons plus loin, la principale th&#232;se officielle et qui ne repose sur aucun fondement, vint s'adjoindre celle d'une r&#233;volte de la faim. Bien que la situation des musulmans, et en particulier celle des fellahs, f&#251;t dramatique, de nombreux &#233;l&#233;ments contredisent cette derni&#232;re th&#232;se. Pendant les &#233;v&#233;nements, &#171; Le Monde &#187; remarquait : &#171; Au cours de ces journ&#233;es sanglantes, ni les silos remplis de bl&#233; ni les entrep&#244;ts de denr&#233;es ne furent pill&#233;s. &#171; En 1948, B&#233;nazet &#233;crivait : &#171; Non seulement les manifestants des cort&#232;ges n'ont jamais pouss&#233; des clameurs ou arbor&#233; des pancartes contre le ravitaillement &#187; mais les silos de la r&#233;gion &#171; remplis de grains et laiss&#233;s sans protection, ne souffrirent nulle atteinte. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Sur le d&#233;clenchement des &#233;v&#233;nements, l'analyse de Mohamed Boudiaf et le t&#233;moignage qu'il a recueilli, attribuant un r&#244;le d&#233;terminant aux provocations polici&#232;res, semblent faire le point sur cette question : &#171; L'effervescence populaire &#233;tait &#224; son comble, les autorit&#233;s coloniales, d&#233;cid&#233;es &#224; reprendre la situation en mains, cherchaient l'occasion de frapper un grand coup (..) J'ai eu plus tard l'occasion d'en parler avec le responsable du parti (le PPA) de S&#233;tif, Ma&#239;za, il n'avait aucune directive et ne savait quoi r&#233;pondre aux militants qui vinrent lui en demander apr&#232;s le d&#233;but des incidents dans la r&#233;gion. Ce sont les provocations qui ont mis le feu aux poudres. Le sc&#233;nario fut le m&#234;me un peu partout. D&#232;s que les drapeaux &#233;taient sortis, la police tirait sur le porteur. La foule r&#233;agissait. &#187; (El Jarida &#8211; novembre-d&#233;cembre 1974)&lt;br /&gt;
(&#8230;) Par contre, apr&#232;s le 8 mai, des responsables du Constantinois demand&#232;rent aux dirigeants du PPA d'appeler &#224; l'insurrection g&#233;n&#233;rale pour soulager les populations de la r&#233;gion qui supportaient, seules, le poids de la r&#233;pression, mais celle-ci n'eut pas lieu, &#224; cause notamment des tergiversations de la direction du PPA. (&#8230;) Il appara&#238;t, comme l'&#233;crit Mahfoud Kaddache dans &#171; Il y a trente ans &#187;, que &#171; les &#233;v&#233;nements de S&#233;tif et Guelma furent consid&#233;r&#233;s comme le signal de la r&#233;volution, de la guerre lib&#233;ratrice. &#187; Ainsi, les heurts et les fusillades qui se produisirent dans les deux villes en question &#8211; et ce dernier &#233;l&#233;ment seul permet de comprendre l'embrasement du Constantinois &#8211; ne trouv&#232;rent un &#233;cho que parce qu'il existait une volont&#233; insurrectionnelle dans les masses. &lt;br /&gt;
Dirig&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Duval, la r&#233;pression du soul&#232;vement du Constantinois fut d'une sauvagerie indescriptible. (&#8230;) dans un message &#224; l'ONU, Messali Hadj dira des &#233;v&#233;nements du Constantinois qu'ils &#171; ont co&#251;t&#233; plus de quarante mille victimes au peuple alg&#233;rien. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Comment ces massacres furent-ils justifi&#233;s par les autorit&#233;s et accept&#233;s par l'opinion de la m&#233;tropole ? (&#8230;) la version officielle du gouvernement de l'Alg&#233;rie, version qui fut &#233;galement celle des trois partis politiques au pouvoir sous la t&#234;te gaulliste (MRP, SFIO et PCF) &#233;tait la suivante : le soul&#232;vement du Constantinois &#233;tait un &#171; complot fasciste &#187; accompli par des &#171; agents hitl&#233;riens &#187;. L'arm&#233;e n'&#233;tait d&#233;p&#234;ch&#233;e que pour &#171; poursuivre l'action patriotique de nettoyage &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 11 mai, &#171; L'Humanit&#233; &#187; relatait les &#233;v&#233;nements du 8 en rapportant la d&#233;claration du gouvernement g&#233;n&#233;ral : &#171; Des &#233;l&#233;ments troubles d'inspiration hitl&#233;rienne se sont livr&#233;s &#224; S&#233;tif &#224; une agression arm&#233;e contre la population qui f&#234;tait la capitulation hitl&#233;rienne. La police, aid&#233;e de l'arm&#233;e, maintient l'ordre. &#187; En publiant sans r&#233;serves ces propos sous le titre : &#171; A S&#233;tif, attentat fasciste le jour de la victoire &#187;, le quotidien du PCF accr&#233;ditait la version de l'administration coloniale. (&#8230;)&lt;br /&gt;
(Le 12 mai,) le Comit&#233; central du PCF, prenant une position sans nuances, recommandait explicitement une r&#233;pression rapide et impitoyable. Il publiait imm&#233;diatement la r&#233;volution suivante : &#171; Il faut tout de suite ch&#226;tier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la r&#233;volte et les hommes de main qui ont dirig&#233; l'&#233;meute. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Sur une distance de 150 kilom&#232;tres, de S&#233;tif &#224; la mer, la loi martiale fut proclam&#233;e. La troupe re&#231;ut l'ordre de tirer sans sommation. &#171; sur le burnous &#187;. Tout arabe ne portant pas le brassard r&#233;glementaire &#233;tait abattu (t&#233;moignage de Charles-Andr&#233; Julien dans &#171; L'Afrique du Nord &#187;). Les l&#233;gionnaires furent autoris&#233;s &#224; massacrer toute la population arabe de S&#233;tif et m&#234;me ailleurs, o&#249; aucune manifestation n'avait eu lieu. &lt;br /&gt;
A Villard, pendant deux jours, une batterie de 75 bombarda les douars environnants. A Saint-Armand, les soldats eurent pour mission de raser tous les villages se trouvant &#224; 15 kilom&#232;tres des centres de colonisation. P&#233;rigotville et Chevreuil furent enti&#232;rement d&#233;truits.&lt;br /&gt;
L'aviation bombardait et mitraillait &#224; l'int&#233;rieur, tandis que les navires de guerre canonnaient des villages c&#244;tiers. D'apr&#232;s ce que reconnut le g&#233;n&#233;ral Weiss, il y eut, en quinze jours, vingt actions a&#233;riennes contre la population. Les avions d&#233;truisirent 44 mechtas (groupe de maisons pouvant aller de 50 &#224; 1000 habitants). La marine intervint devant Bougie et &#224; Djijeli. Le croiseur Dugay-Trouin, venu de B&#244;ne, fut employ&#233; au bombardement des environs de Kerrata. Le douar Tararest fut ras&#233;. Des douars entiers disparurent. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A Guelma, la r&#233;action visc&#233;rale de la population europ&#233;enne, sous l'initiative du sous-pr&#233;fet, mena &#224; l'organisation d'une milice. Le comit&#233; de vigilance, qui recrutait et contr&#244;lait la milice, comportait une forte majorit&#233; de combattants de la &#171; France combattante &#187;, y compris deux responsables du Parti communiste alg&#233;rien, ainsi que le secr&#233;taire de l'Union locale de la CGT. Dans ce qui fut l'une des op&#233;rations de repr&#233;sailles les plus meurtri&#232;res de mai 1945, les miliciens massacr&#232;rent entre 500 et 700 &#171; musulmans &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le mouvement syndical de la m&#233;tropole, par l'interm&#233;diaire de son principal repr&#233;sentant, la CGT, adopte des positions voisines du PCF (&#8230;) afin de &#171; souligner l'action courageuse et magnifique des organisations syndicales d'Alg&#233;rie pour emp&#234;cher que le mouvement ne s'&#233;tende &#224; d'autres r&#233;gions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Si la situation &#233;tait r&#233;volutionnaire en Alg&#233;rie &#224; la fin de la deuxi&#232;me guerre mondiale, en Alg&#233;rie comme sur une bonne partie de la plan&#232;te, l'inexistence de partis r&#233;volutionnaires &#233;tait aussi tr&#232;s g&#233;n&#233;rale et d&#233;truisait l'essentiel des possibilit&#233;s de la situation. La r&#233;volte a &#233;clat&#233; en 1945 en Alg&#233;rie, alors que les travailleurs et les masses populaires ne disposent d'aucune organisation favorable &#224; une r&#233;volution sociale renversant le colonialisme. Le plus important parti dans les masses populaires, alg&#233;riennes comme pied-noires, est le Parti Communiste Alg&#233;rien. Alors que le Parti Communiste Fran&#231;ais, qui participe au gouvernement, soutient le colonialisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'Union fran&#231;aise est un fait r&#233;volutionnaire qui peut changer le monde. &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et participe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le ministre stalinien Charles Tillon, ministre de l'aviation lorsque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; la r&#233;pression de la r&#233;volte, le PCA d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; Fr&#232;res musulmans, le peuple de France lutte contre tes ennemis : le fascisme et les trusts qui oppriment l'Alg&#233;rie en m&#234;me temps qu'ils trahissent la France (&#8230;) dans cette lutte, une France nouvelle se cr&#233;e, qui n'aura rien de commun avec celle d'hier. (&#8230;) Ton int&#233;r&#234;t propre est donc d'aider cette France nouvelle &#224; se cr&#233;er, &#224; se forger, car c'est le chemin de salut pour toi. &#187; &lt;/i&gt;(extrait de &#171; Le PCA au service de la population d'Alg&#233;rie &#187;, rapport de Amar Ouzegane &#224; la conf&#233;rence centrale du PCA &#224; Alger le 23 septembre 1944). Il va d&#233;noncer la lutte d'ind&#233;pendance comme &#171; fasciste &#187;. Le PPA, parti nationaliste de Messali Hadj, qui avait des origines communistes (L'Etoile Nord-africaine), choisit tactiquement de jouer le jeu des &#233;lections dans le cadre colonial, comme l'avait fait l'Association du Manifeste et de la Libert&#233; de Ferhat Abbas. M&#234;me sa frange paramilitaire, l'Organisation Sp&#233;ciale, dirig&#233;e par Ben Bella et A&#239;t Ahmed, plus port&#233;e sur l'action directe comme le montrera son &#233;volution en FLN, affirme qu'il ne fallait pas faire la r&#233;volution sociale, pas de soul&#232;vement en masse, en 1945. Le rapport de l'OS en 1947 sur l'analyse des &#233;v&#233;nements de 1945 dans le Constantinois et dans toute l'Alg&#233;rie, dont voici quelques extraits, est &#233;difiant sur le caract&#232;re contre-r&#233;volutionnaire de la petite bourgeoisie nationaliste radicale :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Rapport de l'Organisation Sp&#233;ciale&lt;/strong&gt; (formation paramilitaire clandestine du PPA) pour le Comit&#233; Central &#233;largi de d&#233;cembre 1948 du Parti du peuple alg&#233;rien PPA-MTLD (Mouvement pour le triomphe des libert&#233;s d&#233;mocratiques) et adopt&#233; par celui-ci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous nous proclamons un parti r&#233;volutionnaire. Le mot r&#233;volutionnaire est dans les propos de nos militants et de nos responsables. Notre vocabulaire est domin&#233; par des formules &#224; l'emporte-pi&#232;ce, extr&#233;mistes, magiques telles que &#171; le probl&#232;me alg&#233;rien est un probl&#232;me de force &#187;, &#171; nous sommes pour l'action, contre les discours &#187; ; en attendant, nous ne cessons de discourir. (&#8230;) Aujourd'hui que l'&#233;lectoralisme a fait faillite, le regard doit se porter r&#233;solument vers les v&#233;ritables objectifs. Notre but est de mobiliser toutes les couches de la population alg&#233;rienne, d'entra&#238;ner m&#234;me les &#171; m&#233;contents &#187;, les &#171; h&#233;sitants &#187;, m&#234;me ceux qui sont contre les &#171; in&#233;galit&#233;s choquantes &#187;. &lt;br /&gt;
&#171; Des id&#233;es fumeuses, voire saugrenues, bouchent notre conscience. En parlant de soul&#232;vement, certains y voient une forme d'insurrection &#171; g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#187;, &#224; l'exemple de celle de 1871, &#233;tendue &#224; l'ensemble du territoire national. (&#8230;) Le but de ce rapport est de pr&#233;ciser la donn&#233;e principale de la r&#233;volution : la ou les formes de lutte que doit rev&#234;tir la lutte de lib&#233;ration. &#187;&lt;br /&gt;
&#171; Quelle forme prendra la lutte de lib&#233;ration ? La lutte de lib&#233;ration ne sera pas un soul&#232;vement en masse. L'id&#233;e de soul&#232;vement en masse est en effet courante. L'homme de la rue pense que le peuple alg&#233;rien peut facilement d&#233;truire le colonialisme gr&#226;ce &#224; une sup&#233;riorit&#233; num&#233;rique : dix contre un. Il suffira de g&#233;n&#233;raliser &#224; l'Alg&#233;rie enti&#232;re un soul&#232;vement populaire. (&#8230;) En r&#233;alit&#233;, l'id&#233;e de &#171; soul&#232;vement en masse &#187; se fonde sur des souvenirs historiques, au niveau de l'opinion populaire. Les paysans n'oublient pas la grande insurrection de 1871. De p&#232;re en fils ils ont h&#233;rit&#233; le regret visc&#233;ral que cette insurrection fut circonscrite &#224; la Kabylie, &#224; quelques r&#233;gions de l'Alg&#233;rois et du Constantinois. Ils peuvent croire que cette insurrection aurait r&#233;ussi si elle avait &#233;clat&#233; partout. Il faut pr&#233;ciser tout de suite que cette conception n'est pas partag&#233;e par les populations de Kherrata qui ont connu le massacre de mai 1945, ni par celles de Kabylie qui depuis cette date connaissent les r&#233;pressions les plus dures. Les &#233;v&#233;nements qui ont suivi &#171; l'Ordre du 23 mai 1945 &#187; indiquent &#224; quelles aventures tragiques peuvent conduire des id&#233;es archa&#239;ques. (&#8230;) L'insurrection de 1871 a &#233;chou&#233;, moins parce qu'elle &#233;tait g&#233;ographiquement limit&#233;e qu'en raison de son caract&#232;re spontan&#233;, improvis&#233; et des conceptions militaires erron&#233;es de ses dirigeants. (&#8230;) Le soul&#232;vement en masse est une forme de lutte anachronique. La notion de sup&#233;riorit&#233; de la multitude, nous en avons fait l'exp&#233;rience, a d&#233;j&#224; bouch&#233; la conscience que devait avoir nos dirigeants des bouleversements engendr&#233;s par l'armement moderne dans l'art de se battre pour se lib&#233;rer. Aux yeux des militants qui ont &#233;prouv&#233; directement les cons&#233;quences de &#171; l'Ordre et du Contre-Ordre d'insurrection &#187;, l'histoire du &#171; cheval blanc &#187; et du drapeau vert &#187; est plus qu'une anecdote humoristique. (Note : le PPA a donn&#233; un ordre d'insurrection, puis l'a d&#233;command&#233;, mais le contrordre serait arriv&#233; trop tard en Kabylie et &#224; Sa&#239;da). (&#8230;) L'exp&#233;rience du soul&#232;vement avort&#233; du 23 mai 1945 est plus proche de nous que l'&#233;chec de la r&#233;volution de 1905, ou la d&#233;b&#226;cle des patriotes irlandais lors de l'insurrection de P&#226;ques 1916 et du terrorisme qui l'a suivit. De plus, c'est notre propre exp&#233;rience ; elle a profond&#233;ment marqu&#233; les militants qui l'ont v&#233;cue et qui en ont tir&#233; les le&#231;ons pour eux-m&#234;mes et pour le parti. En &#233;t&#233; 1945, le district de la Grande Kabylie re&#231;oit l'ordre d'abattre les candidats aux &#233;lections cantonales. Les responsables du district refusent d'ex&#233;cuter cet ordre. (&#8230;) Nous pouvons tuer et prendre le maquis, si le parti a pr&#233;vu la djihad comme &#233;tape suivante. (&#8230;) La forme de lutte individuelle conduit &#224; nous mettre en position de moindre efficacit&#233; et de moindre r&#233;sistance. (&#8230;) par contre, le terrorisme sous sa forme d&#233;fensive ou d'appoint, c'est-&#224;-dire le contre-terrorisme, peut jouer un r&#244;le dans le cadre de la guerre populaire, comme en Indochine. (&#8230;) La guerre est un instrument de la politique. Les formes du combat lib&#233;rateur doivent se mesurer &#224; l'aune de la politique. (&#8230;) La lutte de lib&#233;ration sera une v&#233;ritable guerre r&#233;volutionnaire. (&#8230;) La lutte de lib&#233;ration de l'humanit&#233; alg&#233;rienne sera donc une guerre. Elle assumera les proportions d'un conflit avec la puissance coloniale avec tout son potentiel militaire, &#233;conomique et diplomatique, donc politique. (&#8230;) Aussi la guerre r&#233;volutionnaire est la seule forme de lutte ad&#233;quate aux conditions qui pr&#233;valent dans notre pays. C'est la guerre populaire. Il importe de pr&#233;ciser que nous n'entendons pas par l&#224; les lev&#233;es en masse. Par guerre populaire, nous entendons guerre des partisans men&#233;e par les avant-gardes militairement organis&#233;es et solidement encadr&#233;es. (&#8230;) Et d'abord posons-nous la question : quels sont les principes directeurs qu'il faut r&#233;unir pour assurer la victoire de cette guerre de lib&#233;ration ? Sur quels &#233;l&#233;ments doit se baser notre strat&#233;gie pour &#234;tre victorieuse ? (&#8230;) Les principes directeurs de notre strat&#233;gie sont l'avantage du terrain, la gu&#233;rilla comme forme de guerre principale, la d&#233;fense strat&#233;gique et non l'offensive, la formation de bases strat&#233;giques (&#8230;). Le principe directeur se rapportant &#224; l'unit&#233; d'action avec le Maroc et la Tunisie se situe &#224; la charni&#232;re des probl&#232;mes de strat&#233;gie int&#233;rieure et de strat&#233;gie ext&#233;rieure. Nous pr&#233;f&#233;rons les situer &#224; cette fronti&#232;re. (&#8230;) Cependant, l'Alg&#233;rie se condamnerait &#224; perdre d'avantage, c'est-&#224;-dire tous les autres atouts, si elle faisait une condition sine qua non d'un dispositif maghr&#233;bin pr&#233;alable. (&#8230;) &lt;br /&gt;
&#171; Les th&#232;ses assimilationnistes sont bel et bien enterr&#233;es. M&#234;me le Parti communiste alg&#233;rien semble se soumettre devant le puissant courant qui porte nos masses vers la lib&#233;ration. Il court derri&#232;re le peuple dont il pr&#233;tend &#234;tre l'avant-garde. Il va jusqu'&#224; sacrifier comme bouc &#233;missaire, Amar Ouzegane, son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral (note : il est pr&#233;sent&#233; comme responsable du soutien du PCA au massacre colonialiste fran&#231;ais de S&#233;tif et du Constantinois, d&#233;cision du PCA et du PCF, qui r&#233;sulte de la participation du PCF au gouvernement fran&#231;ais et de l'alliance contre-r&#233;volutionnaire du stalinisme et de l'imp&#233;rialisme &#224; la fin de la guerre). (&#8230;) Cependant, depuis le truquage &#233;hont&#233; des &#233;lections d'avril dernier, au vu de la r&#233;pression qui a pr&#233;c&#233;d&#233; et suivi ces truquages, le peuple alg&#233;rien dans son ensemble a d&#233;couvert le caract&#232;re d&#233;risoire et vain du r&#233;formisme, bas&#233; sur la l&#233;galit&#233; coloniale. (&#8230;) le patriotisme rural a triomph&#233; dans l'opinion avec la duret&#233; qui caract&#233;rise l'oppression subie par les masses rurales : &#171; Ne nous appelez plus aux urnes, donnez nous des armes &#187;. (&#8230;) Ici apparaissent les dangereuses faiblesses de l'Organisation Sp&#233;ciale OS. Nous manquons d'armes et d'argent. (&#8230;) Le probl&#232;me de l'armement doit &#234;tre le souci majeur du parti. (&#8230;) Un appareil &#233;metteur-r&#233;cepteur nous a co&#251;t&#233; 100.000 francs, l'&#233;quivalent du budget de fonctionnement mensuel allou&#233; &#224; l'organisation. Aucun sou n'a &#233;t&#233; consacr&#233; par le parti &#224; l'achat d'armements. (&#8230;) Nous disposons aujourd'hui de trois organisations toutes structur&#233;es &#224; l'&#233;chelle nationale. Il y a le MTLD, appareil l&#233;gal et public. Il y a l'OS, organisation paramilitaire, ultra clandestine. Il y a le PPA, appareil semi clandestin ou pr&#233;tendu tel. Ces trois structures correspondent&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;au sch&#233;ma d&#233;cid&#233; par le Congr&#232;s de 1947. (&#8230;) Dans des localit&#233;s, les responsables de l'OS sont &#224; la fois dirigeants des sections locales du MTLD, du PPA et conseillers municipaux. N'ayant pu &#234;tre remplac&#233;s &#224; leurs &#171; fonctions &#187; l&#233;gales ou semi l&#233;gales, ces responsables n'ont pas pu se conformer aux directives de l'&#233;tat-major de l'OS qui leur &#171; fait obligation de se faire oublier &#187; des autorit&#233;s &#8230; des polices et des masses. &#187;&lt;br /&gt;
&#171; Puisqu'on nous parle souvent de &#171; plan de s&#233;curit&#233; &#187;, il n'en existe pas d'autre que le maquis. Les militants sont aujourd'hui connus de toute fa&#231;on. Ils ne peuvent pas &#233;chapper aux coups de filet par &#171; la simple vigilance &#187;. Ils doivent pouvoir continuer leurs activit&#233;s au sein des masses en s'int&#233;grant clandestinement &#224; elles. &#171; &lt;br /&gt;
&#171; Perspectives&lt;br /&gt;
&#171; Cette guerre de lib&#233;ration mettra aux prises, nous n'aurons de cesse de le rappeler, une puissance mondiale &#224; une nation d&#233;sarm&#233;e qui de surcro&#238;t a &#233;t&#233; soumise &#224; une politique de d&#233;personnalisation et d'asservissement pendant plus d'un si&#232;cle. (&#8230;) La guerre populaire de lib&#233;ration nous donne des atouts. D'abord la force morale d'une cause juste (&#8230;) Les vertus guerri&#232;res de notre peuple, le m&#233;pris du danger, la force de caract&#232;re et d'esprit, la pers&#233;v&#233;rance trouveront dans l'Islam bien exploit&#233; un &#233;l&#233;ment de mobilisation et de soutien dans les vicissitudes, les revers, le deuil et les &#171; hasards &#187; de la guerre. Ensuite, l'Alg&#233;rie c'est notre pays. Le peuple alg&#233;rien conna&#238;t ses moindres recoins. Il fait corps avec le relief. La guerre de partisans, avec ses fonctions de commandos dans les villes, ses actions de sabotage g&#233;n&#233;ralis&#233;es, nous permettra de tirer le maximum de ces atouts, c'est-&#224;-dire de durer et d'atteindre les objectifs de la d&#233;fense strat&#233;gique. (&#8230;.) Il s'agit de combler nos lacunes et de travailler en profondeur nos masses rurales. Le patriotisme r&#233;volutionnaire est dans les campagnes ; la paysannerie pauvre, la paysannerie des khammes, les petits paysans constitueront l'&#233;l&#233;ment moteur de la guerre de lib&#233;ration. Leur temp&#233;rament, l'amour patriotique qui s'aiguise dans le nif (note : sentiment de l'honneur) et la &#171; convoitise de la gloire &#171; , leur d&#233;vouement fanatique, gage de fermet&#233; et d'obstination, toutes qualit&#233;s et force d'&#226;me qui les ont rendu jadis et les rendront encore ma&#238;tres dans l'art de la gu&#233;rilla. (&#8230;) la nature m&#234;me chez nous de l'oppression coloniale de m&#234;me que la r&#233;pression sous toutes ses formes, &#233;conomique, polici&#232;re, terroriste, administrative, ont atteint des paliers exasp&#233;rants. D'o&#249; la v&#233;h&#233;mence du m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral. Aujourd'hui, la conscience r&#233;volutionnaire consiste &#224; exploiter l'impasse l&#233;galiste et les fiascos r&#233;formistes afin de familiariser les masses avec l'id&#233;e d'une v&#233;ritable guerre et faire ainsi du recours &#224; la violence non pas un geste de d&#233;sespoir, de col&#232;re et de r&#233;volte, mais un geste r&#233;volutionnaire qui doit mener &#224; la victoire. (&#8230;) &lt;br /&gt;
&#171; Le mot d'ordre &#171; La terre &#224; ceux qui la lib&#232;rent &#187; qui correspond aux aspirations de nos masses rurales aura un effet multiplicateur, c'est-&#224;-dire durablement mobilisateur. Le slogan qu&#233;mandeur &#171; La terre &#224; ceux qui la travaillent &#187; est sans effet (&#8230;) Il importe de b&#233;tonner notre implantation rurale. Il faudra tirer avantage de l'influence des notabilit&#233;s acquises au mouvement pour structurer les paysans. &lt;br /&gt;
&#171; Nous voulons trois choses : des armes ! encore des armes ! toujours des armes !&lt;br /&gt;
La strat&#233;gie du harc&#232;lement qui suppose des s&#233;ries de petites attaques ne peut remplir son objet sans armes individuelles, pistolets mitrailleurs, fusils mitrailleurs, mitrailleuses l&#233;g&#232;res, grenades offensives, grenades anti-chars. La strat&#233;gie de d&#233;sorganisation de l'infrastructure coloniale, de dislocation &#233;conomique et de destruction des voies de communication, suppose &#233;galement les techniques d'explosifs les plus appropri&#233;es. Il est indispensable d'avoir dans chaque r&#233;gion des stocks de guerre. (&#8230;) Malgr&#233; les sacrifices des masses et la g&#233;n&#233;rosit&#233; des militants, le parti ne pourra au mieux que se procurer les ressources de subsistance &#224; l'int&#233;rieur du pays. C'est &#224; l'ext&#233;rieur que nous devons nous approvisionner. (&#8230;) Une &#233;quipe doit &#234;tre charg&#233;e de trouver les armes et les finances qu'exige la conjoncture. (&#8230;) Certains nous consentiraient un emprunt par solidarit&#233; sentimentale, anti-coloniale ou par communion de lutte contre l'imp&#233;rialisme ; l'int&#233;r&#234;t, le calcul n'y est peut-&#234;tre pas totalement absent. Ils pourraient escompter des avantages politiques &#224; plus ou moins long terme. &#187;&lt;br /&gt;
&#171; La proclamation de l'ind&#233;pendance du Viet Minh, la guerre de lib&#233;ration qui se d&#233;roule au Tonkin, la r&#233;sistance de l'Indon&#233;sie, les &#233;v&#233;nements de Madagascar, le revirement anglo-saxon en faveur de l'ind&#233;pendance libanaise et syrienne, autant de faits qui illustrent la puissance du ph&#233;nom&#232;ne anti-colonial. (&#8230;) Cette force &#171; &#233;mancipatrice &#187; est vitale du point de vue strictement militaire, par la dispersion de la puissance et des efforts du colonialisme et l'affaiblissement de son potentiel &#233;conomique. (&#8230;) &lt;br /&gt;
&#171; Nul doute que la r&#233;sistance du Maghreb sensibilisera les musulmans au plus haut point. L'Islam est un facteur mobilisateur sur le plan moral et affectif. Il peut et doit apporter une contribution d&#233;cisive dans la lutte de lib&#233;ration des peuples coloniaux. Aucun &#233;l&#233;ment constitutif de cette force vitale ne doit &#234;tre n&#233;glig&#233;, pour user et d&#233;truire la force vitale du colonialisme. &#187; &lt;br /&gt;
&#171; Depuis quelques mois, la guerre froide s&#233;vit. L'Alg&#233;rie, le Maghreb, est dans la zone d'influence occidentale. Jamais les USA ne permettront qu'il passe du c&#244;t&#233; de l'Est. Gardons-nous d'apriorismes id&#233;ologiques et de slogans sentimentaux cr&#233;&#233;s en dehors de l'espace et du temps. L'efficience r&#233;volutionnaire commande le s&#233;reux et la prudence dans le verbe. &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Rapport, r&#233;dig&#233; en 1948 par A&#239;t Ahmed et Ben Bella, dirigeants de l'OS, et adopt&#233; par Messali Hadj et le PPA, avant d'&#234;tre appliqu&#233; comme strat&#233;gie par le FLN, issu de l'OS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kenya&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Au Kenya, l'affrontement, qui va &#234;tre impitoyable entre le peuple kenyan et le colonialisme anglais (rompant la pr&#233;tention de ce colonialisme d'avoir pris en compte pacifiquement le passage &#224; l'ind&#233;pendance, comme en Inde et au Ghana), sera le fait exclusif de la r&#233;volte d'un c&#244;t&#233; et des forces coloniales de l'autre. Des leaders petits bourgeois, comme Jomo Kenyatta, vont faire maintes fois des offres de services au colonialisme anglais en se pr&#233;sentant comme un autre N'Krumah, mais sans succ&#232;s. Son parti, le Kenyan African Union, est pacifiste, c'est-&#224;-dire contre la violence r&#233;volutionnaire des masses africaines &#8211; la violence du colonialisme, il n'y peut rien bien s&#251;r -. Il r&#233;clame seulement l'&#233;largissement de la participation des Africains &#224; un conseil qui n'a aucun pouvoir. Le KAU a une influence r&#233;formiste sur les syndicats qu'il entra&#238;ne dans son r&#233;formisme et la classe ouvri&#232;re ne jouera qu'un petit r&#244;le dans la lutte. C'est le colonialisme anglais qui radicalisme la situation en affirmant, contre l'&#233;vidence, que le mouvement populaire des campagnes, le Mau-Mau, serait manipul&#233; par le KAU. Ce mouvement de r&#233;volte a &#233;clat&#233; en 1952, parmi le peuple Kikuyu exasp&#233;r&#233; par les exactions des Blancs qui volent les terres, le Kenya &#233;tant consid&#233;r&#233; par les Anglais comme une colonie de peuplement comme l'Afrique du sud et les propri&#233;taires Blancs, 1% de la population, poss&#232;dent 25% des terres. Elle se traduit par des attaques physiques individuelles de colons blancs dans leurs fermes. Le colonialisme anglais le pr&#233;sente comme une lutte de sauvages barbares, et d&#233;cide, en juin 1953, de d&#233;clencher une guerre d'extermination contre l'ensemble du peuple kikuyu. C'est la chasse &#224; l'homme contre des paysans quasi compl&#232;tement d&#233;sarm&#233;s. 50.000 soldats britanniques et rhod&#233;siens r&#233;alisent l'une des plus sanglantes r&#233;pressions coloniales. Hommes, femmes et enfants sont d&#233;chiquet&#233;s par les bombardements des villages. Le pays tout entier est ratiss&#233; par l'arm&#233;e. Ceux qui r&#233;sistent sont abattus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Le mouvement ''Mau-Mau'' &#187; de Robert Buijtenhuij :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le premier syndicat permanent du Kenya, le &#171; Kenya Indian Labour Trade Union &#187;, fond&#233; en avril 1935 par Makhan Singh, &#233;tait une affaire enti&#232;rement indienne. Les syndicats africains brillaient &#224; cette &#233;poque par leur absence (&#8230;). Ce n'est qu'en juillet 1939 que les dockers de Mombasa ont d&#233;clench&#233; &#8211; plus ou moins spontan&#233;ment &#8211; la premi&#232;re gr&#232;ve &#171; noire &#187;. Quels faits nouveaux nous frappent dans l'activit&#233; politique du Kenya apr&#232;s la seconde guerre mondiale ? Le fait, d'abord, que le r&#233;veil politique a commenc&#233; &#224; toucher toutes les ethnies du Kenya sans exception (&#8230;) Il y a ensuite le fait que les Africains du Kenya ont trouv&#233; dans les activit&#233;s syndicales un nouveau champ de bataille. Apr&#232;s une nouvelle gr&#232;ve &#224; Mombasa en 1947, gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale cette fois &#224; laquelle participaient 15 000 Africains et qui a eu un succ&#232;s retentissant. Son organisateur, Chege Kibachia, a en effet fond&#233; le premier syndicat africain, la &#171; Africain Workers Federation &#187;. Consid&#233;r&#233;e avec m&#233;fiance par le gouvernement, cette organisationa &#233;t&#233; de courte dur&#233;e ; elle s'est progressivement dissoute apr&#232;s l'arrestation de son pr&#233;sident en ao&#251;t 1947. L'action de Chege Kibachia a cependant &#233;t&#233; &#224; l'origine d'un mouvement syndical qui comptait en 1952, 27.588 membres en 13 syndicats ; &#224; la m&#234;me &#233;poque, il y aurait eu au Tanganika un seul syndicat avec 381 membres et en Ouganda trois organisations ouvri&#232;res avec 259 membres. Nous verrons que cette activit&#233; syndicale fait partie int&#233;grante du cadre dans lequel il convient de situer la r&#233;volte mau-mau. L'&#233;v&#233;nement qui cependant caract&#233;rise le mieux la nouvelle orientation de la vie politique (&#8230;) : le fondation du premier mouvement politique, la &#171; Kenya African Union &#187; dont l'origine remonte &#224; 1944. (&#8230;) Jomo Kenyatta, revenu au Kenya en 1946, (&#8230;) devint pr&#233;sident de cette nouvelle organisation en juin 1947. (&#8230;) C'&#233;tait d'abord un mouvement de masse qui avait en 1952 au moins 100.000 membres et dont certains meetings attiraient des foules de 20.000 &#224; 25.000 personnes. (&#8230;) Le KAU a pos&#233; d&#232;s le d&#233;but le probl&#232;me de l'Ind&#233;pendance (&#8230;). Les colons, qui suivaient avec inqui&#233;tude l'&#233;volution politique de la &#171; Gold Coast &#187;, parlaient avec horreur du &#171; Gold Coatism &#187; pour d&#233;signet toute mesure favorable aux Africains. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 25 novembre 1952, l'&#233;viction de 2.500 squatters travaillant sur les fermes de Leshaw Ward pour des raisons de s&#233;curit&#233; et par repr&#233;sailles &#224; la suite de l'assassinat du commandant Meiklejohn et de son &#233;pouse, ces mesures inspir&#233;es par la peur et exc&#233;cut&#233;es dans un climat de panique voisin de l'hyst&#233;rie, ont &#233;t&#233; d'autant plus ressenties par l'ensemble des squatters que les &#233;victions avaient &#233;t&#233; effectu&#233;es manu militari et que des m&#233;thodes particuli&#232;rement dures avaient &#233;t&#233; employ&#233;es pour briser toute tentative de r&#233;sistance ou de protestation. (&#8230;) Un exode soudain (&#8230;) a amn&#233; vers les r&#233;serves kikuyu une masse de squatters dont le nombre a &#233;t&#233; &#233;valu&#233; de 100.000 &#224; 200.000 personnes. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans une premi&#232;re phase qui a dur&#233; de 1948 jusqu'en 1950, le mouvement a pris naissance parmi les masses d&#233;sh&#233;rit&#233;es (&#8230;) Ce n'est que dans une deuxi&#232;me phase qui a dur&#233; du d&#233;but 1950 jusqu'&#224; la d&#233;claration de l'&#233;tat d'urgence en octobre 1952, que des &#233;volu&#233;s et des leaders nationaux ont pris le pas sur les masses populaires anonymes. Puis, apr&#232;s la d&#233;claration de l'&#233;tat d'urgence et l'arrestation de la quasi-totalit&#233; des leaders nationaux kikuyus, les masses paysannes se sont retrouv&#233;es de nouveau seules pour s'engager dans la r&#233;sistance arm&#233;e. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Cette arm&#233;e paysanne sans armes, sans exp&#233;rience militaire et sans cadres instruits, a malgr&#233; tout r&#233;sist&#233; durant pr&#232;s de quatre ans &#224; l'arm&#233;e moderne anglaise et, jusqu'en 1954, elle n'a pas seulement su garder ses positions, mais m&#234;me les am&#233;liorer &#224; certians &#233;gards. (&#8230;) Un facteur qui explique la dur&#233;e de la r&#233;sistance kikuyu est l'existence, &#224; Nairobi et dans les r&#233;serves, d'un r&#233;seau de soutien, remarquablement bien organis&#233;, qui a fonctionn&#233; pendant plusieurs ann&#233;es gr&#226;ce &#224; la complicit&#233; active ou passive de la grande majorit&#233; du peuple kikuyu. (&#8230;) Les structures territoriales de l'arm&#233;e favorisaient les liaisons &#233;troites entre les unit&#233;s combattantes et les comit&#233;s mau-mau dans les villages ou les communes d'origine des maquisards. (&#8230;) Ces comit&#233;s mau-mau du r&#233;seau de soutien ont pu tenter s&#233;rieusement de se substituer au gouvernement colonial en cr&#233;ant une v&#233;ritable &#171; administration parall&#232;le &#187;. (&#8230;) Le r&#233;seau de soutien de Nairobi s'occupait surtout du ravitaillement des arm&#233;es de la for&#234;t en armes et en nouvelles recrues, et de la collecte des fonds n&#233;cessaires &#224; la d&#233;fense des membres du mouvement devant les cours de justice et &#224; l'entretien des familles des membres du mouvement d&#233;tenus ou disparus au combat. (&#8230;) Cependant, les leaders mau-mau de Nairobi n'ont jamais tent&#233; d'exploiter leur contr&#244;le sur la population africaine pour ouvrir un deuxi&#232;me ou troisi&#232;me front contre le gouvernement colonial. (&#8230;) L'exception (&#8230;) est une campagne de r&#233;sistance passive lanc&#233;e &#224; Nairobi en 1953 et qui comprenait entre autres le boycottage des autobus municipaux europ&#233;ens et des boutiques de th&#233; tenues par des Asiatiques ainsi que l'interdiction de fumer en public, de boire de la bi&#232;re europ&#233;enne et de porter des chapeaux. (&#8230;) Aucune gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et tr&#232;s peu de gr&#232;ves partielles n'ont &#233;t&#233; mentionn&#233;es par les leaders du mouvement mau-mau (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans les r&#233;serves kikuyu, la politique (des Anglais) des &#171; hameaux strat&#233;giques &#187; a &#233;t&#233; mise en &#339;uvre pour emp&#234;cher le contact entre les combattants mau-mau et leurs supporters dans les campagnes. (&#8230;) A partir du d&#233;but de 1954, le pays kikuyu commen&#231;a &#224; ressembler &#224; un immense camp de concentration. Toute la population concentr&#233;e dans des villages nouveaux, devait d'ailleurs construire de ses propres mains, villages fortifi&#233;s et entour&#233;s de barricades et de barbel&#233;s, dont les habitants ne pouvaient sortir qu'une heure par jour (et encore sous escorte militaire) pour se ravitailler. (&#8230;) A partir de l'&#233;t&#233; 1954, l'arm&#233;e mau-mau a &#233;t&#233; contrainte de se replier sur elle-m&#234;me. La for&#234;t devint alors sa seule dimension, son dernier sanctuaire dont elle ne sortait plus gu&#232;re. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Au fur et &#224; mesure qu'approchait l'ind&#233;pendance, les survivants (de l'arm&#233;e mau-mau) se sont manifest&#233;s avec une audace croissante pour devenir, &#224; la fin de 1963, un v&#233;ritable probl&#232;me pour les nouveaux responsables du pays. (&#8230;) A partir de l'&#233;t&#233; 1961, (&#8230;) la lib&#233;ration de Jomo Kenyatta &#233;tait imminente et l'ind&#233;pendance commen&#231;ait &#224; devenir une r&#233;alit&#233; relativement proche. La question des anciens combattants devenait br&#251;ante : quelle serait leur place dans le Kenya ind&#233;pendant ? (&#8230;) le nouveau gouvernement de Jomo Kenyatta n'&#233;tait pas pr&#234;t &#224; leur accorder des faveurs (propri&#233;t&#233;s des anciens colons ou postes gouvernementaux). (&#8230;) En ce qui concerne les fermes, le gouvernement n'avait nullement l'intention d'exproprier les colons blancs. (&#8230;) Le Kenya de Jomo Kenyatta n'&#233;tait ni radical ni socialiste (&#8230;) La r&#233;volte mau-mau &#233;tait une r&#233;volution nationale et une r&#233;volte sociale en m&#234;me temps, et en temps que r&#233;volte sociale elle r&#233;clamait les terres cultiv&#233;es par les colons europ&#233;ens pour le peuple africain. Pour Jomo Kenyatta, par contre, la d&#233;colonisation signifiait avant tout l'ind&#233;pendance politique et il entendait rester en bons termes avec les Anglais et les colons sur le plan &#233;conomique. (&#8230;) D&#232;s sa lib&#233;ration en 1961, Jomo Kenyatta a annonc&#233; la couleur (&#8230;) &#171; Nous n'avons pas l'intention de former un gouvernement de gangsters &#8230; Nous dissiperons les appr&#233;hensions des gens qui craignent qu'un Kenya ind&#233;pendant ne se jette sur leurs propri&#233;t&#233;s pour les confisquer. &#187; (cit&#233; par le Monde du 28 ao&#251;t 1961) (&#8230;) A l'&#233;gard de ceux qui croyaient pouvoir en toute impunit&#233; pr&#234;ter serment d'all&#233;geance &#224; des organisations clandestines de r&#233;sistance &#224; la politique lib&#233;rale officielle, Mr Kenyatta a d&#233;clar&#233; (durant l'&#233;t&#233; 1963) : &#171; Nous serons impitoyables &#224; l'&#233;gard de ceux qui fabriquent des fusils dans la brousse. &#187; l'ind&#233;pendance elle-m&#234;me n'a rien chang&#233; &#224; cet &#233;tat de choses. (&#8230;) En novembre 1963, un mois avant l'ind&#233;pendance, un appel du gouvernement kenyatta aux derniers combattants leur enjoignait de se &#171; rendre &#187; avant la c&#233;l&#233;bration officielle de l'ind&#233;pendance. (&#8230;) Le premier &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel du gouvernement Kenyatta en vue d'une capitulation fut Mwariama, qui se pr&#233;senta le 8 d&#233;cembre 1963 &#224; la r&#233;sidence de Jomo Kenyatta &#224; Gattundu. (&#8230;) Le mar&#233;chal Mwariama a &#233;t&#233; condamn&#233; en mars 1964 &#224; cinq ans et trois mois de prison pour outrage &#224; un agent de police en fonction et possession ill&#233;gale d'armes. (&#8230;) Parmi les personnalit&#233;s du nouveau r&#233;gime, on ne compte &#224; notre connaissance aucun ancien combattant de la for&#234;t et peu d'anciens d&#233;tenus (&#8230;). Sur le plan purement mat&#233;riel aussi, tr&#232;s peu de choses ont &#233;t&#233; faites pour les anciens combattants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Si le pays obtient finalement son ind&#233;pendance en 1963, cela ne signifiait pas effectivement une victoire pour les combattants comme le rapporte la romanci&#232;re NGugi Wa thiongo dans &#171; P&#233;tales de sang &#187; : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait &#224; la veille de l'ind&#233;pendance. Alors, vous pouviez imaginer ce que cela repr&#233;sentait pour moi d'&#233;motions, d'espoirs et de souvenirs. (&#8230;) Tout allait changer. Plus jamais, je ne verrai le Blanc se moquer de nos efforts. (&#8230;) Les usines, les plantations, tout allait &#234;tre &#224; nous. (&#8230;) Des mois et des semaines apr&#232;s, je chantais encore le chant de l'esp&#233;rance. J'ai attendu la r&#233;forme agraire et la redistribution des terres. J'ai attendu un emploi. (&#8230;) J'ai entendu dire qu'on donnait des pr&#234;ts pour permettre d'acheter les fermes des Europ&#233;ens. Je n'ai pas compris pourquoi il me faudrait acheter des terres d&#233;j&#224; pay&#233;es au prix du sang. (&#8230;) J'ai attendu. Je me suis dit : OK. Je me fais muet, je me fais sourd. Et j'ai regard&#233; les choses &#233;voluer. J'ai vu les &#233;v&#233;nements. J'ai vu la tension monter entre les Noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Cameroun&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Au Cameroun, c'est la classe ouvri&#232;re qui commenc&#233; la lutte en 1955, comme on l'a rappel&#233;, &#224; Douala, &#224; Yaound&#233; et dans d'autres villes de moindre importance. C'est ce qui va amener les dirigeants nationalistes comme Ruben Nyobe, ancien syndicaliste, &#224; se radicaliser. L'organisation de Ruben, l'UPC, n'est pourtant pas si radicale. Au d&#233;but, elle se contente d'organiser des manifestations non violentes. La r&#233;pression ne va pas lui donner le choix. Pour le pouvoir fran&#231;ais, il n'est pas question d'accepter le moindre compromis, car l'UPC est &#171; communiste &#187;. En 1955, la r&#233;pression de Roland Pr&#233;, gouverneur du Cameroun, fait 5000 morts. L'UPC n'a pas choisi tout de suite la lutte arm&#233;e. Tr&#232;s clairement, Um Nyob&#233;, tout stalinien qu'il &#233;tait, ne proposait pas la r&#233;volution, ni la lutte radicale. Il ne s'en cachait pas, d&#233;clarant : &lt;i&gt;&#171; Nous offrons des garanties qui prouvent non seulement notre d&#233;termination d'&#339;uvrer pour sortir le Cameroun de l'impasse, mais aussi de travailler de concert avec le gouvernement fran&#231;ais (&#8230;) &#187;. &lt;/i&gt;Ce qui montre le mieux les limites sociales et politiques des nationalistes de l'UPC, c'est leur volont&#233; de laisser la classe ouvri&#232;re en dehors du combat. L'UPC mobilise trois r&#233;gions : Bassa, Bamil&#233;k&#233; et la Sanaaga. Les travailleurs de Douala qui ont pourtant maintes et maintes fois montr&#233; leur combativit&#233; sont laiss&#233;s en dehors par l'UPC. Nyob&#233; a tourn&#233; le dos &#224; la classe ouvri&#232;re, d'o&#249; il vient. D&#233;sormais, il est un dirigeant de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie camerounaises. Il s'adresse &#224; eux ainsi qu'aux chefs traditionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au Moyen Orient&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Iran&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;En Iran, d&#232;s 1944, ce sont les ouvriers qui ont donn&#233; le coup d'envoi de la lutte. D&#233;but 1944, c'est le soul&#232;vement des ouvriers d'Ispahan qui donnent l &#8216;assaut aux r&#233;serves de grains des propri&#233;taires, mouvement suivi de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans toute la ville. Mais, c'est le 14 juillet 1946 que d&#233;bute un grand mouvement des travailleurs d'Iran. La gr&#232;ve &#233;clate dans le Khouzestan, fief de l'imp&#233;rialisme britannique. Partie des travailleurs du p&#233;trole sur des revendications &#233;conomiques, elle concerne vite jusqu'&#224; 60 000 travailleurs et dure quatre jours pendant lesquels ont lieu de combats de rue. Contre les travailleurs il y aura non seulement toutes les forces coloniales et bourgeoises, l'arm&#233;e qui fait 46 morts, mais m&#234;me le parti communiste Toudeh qui cherche &#224; entreprendre une m&#233;diation pour arr&#234;ter la lutte. La centrale syndicale comme le Toudeh font tout pour que la gr&#232;ve ne s'&#233;tende pas et, en guise de remerciements, le Toudeh obtient trois postes de ministres en ao&#251;t. Ils seront renvoy&#233;s en octobre d&#232;s que la bourgeoisie aura repris des forces. Le pouvoir lance alors une attaque contre les travailleurs, licencie partout les syndicalistes, les arr&#234;te et les d&#233;porte par centaines. Le parti communiste Toudeh tout au long avait suivi la politique de Staline qui d&#233;fendait ses propres relations et ses int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques face &#224; la bourgeoisie iranienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Toudeh avait profit&#233; de l'occupation militaire russe pour constituer un gouvernement autonome en Azerba&#239;djan et au Kurdistan mais en 1946 la politique d'alliance avec les imp&#233;rialismes anglo-am&#233;ricain est plus importante pour Staline et il les abandonne en retirant ses troupes d'Iran en 1946. Les int&#233;r&#234;ts diplomatiques du Kremlin ne co&#239;ncident pas avec les int&#233;r&#234;ts nationaux des partis communistes et encore moins avec l'int&#233;r&#234;t des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des troubles politiques et sociaux ont agit&#233; l'Egypte, la Palestine, la Transjordanie, la Syrie, l'Irak et le Liban. Si l'imp&#233;rialisme anglais et am&#233;ricain ont accept&#233; de donner un Etat au peuple juif de Palestine c'est uniquement parce qu'ils se sentaient menac&#233;s par la r&#233;volte des peuples arabes &#224; cette &#233;poque. Ces pays ont connu des journ&#233;es populaires insurrectionnelles ont obtenu rapidement leur ind&#233;pendance mais gr&#226;ce &#224; l'Etat d'Isra&#235;l d'un c&#244;t&#233; et aux dirigeants nationalistes bourgeois de l'autre, ils sont parvenus &#224; polariser la r&#233;volte des peuples et des classes ouvri&#232;res sur la lutte contre Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Liban-Syrie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;C'est d&#232;s 1943, que la &#171; France libre &#187; de De Gaulle obtient des engagement des Anglais en Syrie et au Liban. Ceux-ci sont reconnus parties de l'Empire fran&#231;ais le 25 juillet 1941 : &lt;i&gt;&#171; l'Angleterre s'engage &#224; respecter la position de la France en Syrie et au Liban. &#187; &lt;/i&gt;(accord De Gaulle-Litteleton) &lt;br /&gt;
A l'&#233;t&#233; 1943, les &#233;lections donnent la victoire aux nationalistes arabes et le gouvernement libanais officialise la reconnaissance de la langue arabe comme seule langue nationale, du drapeau libanais et d'une nouvelle constitution. Le D&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais au Liban, Jean Heleu, suspend la Constitution et fait arr&#234;ter le pr&#233;sident de la R&#233;publique libanaise, Bechara el Khoury et plusieurs ministres. &lt;br /&gt;
La situation devient imm&#233;diatement insurrectionnelle en Syrie-Liban et la France n'a nullement les forces pour s'imposer. Des &#233;meutes &#233;clatent &#224; Tripoli, Sa&#239;da et Beyrouth, faisant des morts et des bless&#233;s. Le 21 novembre 1943, De Gaulle &#233;tait contraint de r&#233;tablir le gouvernement libanais dans ses fonctions et de renoncer &#224; sa tutelle. D&#232;s qu'il le pourrait, De Gaulle, qui avait maintenu les troupes fran&#231;aises sur place pour &#171; maintenir l'ordre &#187;, allait renier cette parole et obtenir pour cela le soutien des partis socialiste et communiste fran&#231;ais ! Le 6 octobre 1944, le ministre des affaires &#233;trang&#232;res, Bidault, avec le soutien de la gauche et de la droite du gouvernement d'union nationale de De Gaulle, repoussait les revendications des gouvernements syriens et libanais d'un d&#233;part des troupes fran&#231;aises. Le 6 mai 1945, un nouveau contingent de l'arm&#233;e fran&#231;aise compos&#233; de &#171; S&#233;n&#233;galais &#187; d&#233;barquait en Syrie. Le 8 mai, le jour de la reddition allemande, en pleine insurrection alg&#233;rienne, avait lieu le coup de force de l'arm&#233;e fran&#231;aise en Syrie et au Liban. Le m&#234;me jour, &#224; Alep, Homs, Hama et Damas (Syrie), des insurg&#233;s s'attaquaient aux garnisons fran&#231;aises (23.000 soldats). En pleine &#171; n&#233;gociations &#187; avec les autorit&#233;s syrienne et libanaise, les renforts militaires continuaient d'arriver, susciter de nouvelles r&#233;voltes. Les &#233;meutes &#233;taient durement r&#233;prim&#233;es. Le 26, les forces fran&#231;aises canonnaient Homs et Hama, bombardaient Damas le 29, faisant 480 morts. Le PCF condamnait les &#233;meutes syro-libanaises, les attribuant &#171; &#224; des doriotistes &#187;. L'Humanit&#233; du 30 mai 1945 &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Ces d&#233;sordres ont &#233;t&#233; organis&#233;s par des agents doriotistes du PPF en Syrie qui ne cherchent qu'&#224; nuire &#224; l'entente des peuples de France, de Syrie et du Liban. &#187; &lt;/i&gt;L'Humanit&#233; du 31 mai &#233;crivait : &lt;i&gt;&#171; Des &#233;l&#233;ments doriotistes, agissant dans divers milieux et de divers c&#244;t&#233;s, ont jou&#233; un r&#244;le particuli&#232;rement important dans ces regrettables &#233;v&#233;nements. &#187; &lt;/i&gt; Les troupes sp&#233;ciales de la France en Syrie-Liban, recrut&#233;es sur place, s'av&#233;raient tr&#232;s peu sures et commen&#231;aient &#224; se mutiner et la poursuite de l'insurrection contraignaient la France &#224; les r&#233;troc&#233;der aux gouvernements syrien et libanais. Finalement incapable de se maintenir dans ces deux ex-protectorats, la France signait un accord avec l'Angleterre fin d&#233;cembre 1945 : le partage des colonies &#233;tait d&#233;cid&#233;, la France ne se maintenant qu'au Liban. En protestation contre ce partage de brigands, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#233;tait d&#233;clench&#233;e &#224; Beyrouth et &#224; Damas en janvier 1946. Devant l'explosion de la r&#233;volte populaire et ouvri&#232;re, France et Angleterre d&#233;cidaient tous deux d'&#233;vacuer le Levant : le 30 juin pour l'Angleterre et le 31 ao&#251;t pour la France. &lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'Union fran&#231;aise est un fait r&#233;volutionnaire qui peut changer le monde. &#187; peut-on lire dans la brochure &#171; Le PCF et l'avenir de l'Alg&#233;rie &#187; &#233;crite en 1947 !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le ministre stalinien Charles Tillon, ministre de l'aviation lorsque celle-ci bombarde S&#233;tif et le Constantinois, d&#233;clare dans l'Humanit&#233; des 16-17 septembre 1945 : &#171; l'aviation fran&#231;aise reprendra sa place dans le monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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