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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Quel est notre programme ? - par James Connolly</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Irlande</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; Nos exigences les plus mod&#233;r&#233;es sont &#8211; Nous ne voulons que la terre ! &lt;br class='autobr' /&gt;
James Connolly : &#171; Soyez mod&#233;r&#233; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quel est notre programme ? &lt;br class='autobr' /&gt;
(1916) &lt;br class='autobr' /&gt;
De la R&#233;publique ouvri&#232;re, 22 janvier 1916. &lt;br class='autobr' /&gt;
On nous pose souvent la question ci-dessus. Parfois la question n'est pas trop poliment pos&#233;e, parfois elle est mise dans un ahurissement fr&#233;n&#233;tique, parfois elle est mise dans une objurgation courrouc&#233;e, parfois elle est mise en pri&#232;re en pleurant, parfois elle est pos&#233;e par des nationalistes qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot107" rel="tag"&gt;Irlande&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Nos exigences les plus mod&#233;r&#233;es sont &#8211; Nous ne voulons que la terre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Connolly : &#171; Soyez mod&#233;r&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel est notre programme ?
&lt;p&gt;(1916)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De la R&#233;publique ouvri&#232;re, 22 janvier 1916.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous pose souvent la question ci-dessus. Parfois la question n'est pas trop poliment pos&#233;e, parfois elle est mise dans un ahurissement fr&#233;n&#233;tique, parfois elle est mise dans une objurgation courrouc&#233;e, parfois elle est mise en pri&#232;re en pleurant, parfois elle est pos&#233;e par des nationalistes qui affectent de m&#233;priser le mouvement ouvrier, parfois c'est pos&#233;e par des socialistes qui se m&#233;fient des nationalistes &#224; cause du bilan anti-travailliste de nombre de leurs amis, parfois elle est pos&#233;e par nos ennemis, parfois par nos amis, et toujours elle est pertinente et m&#233;rite une r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier ne ressemble &#224; aucun autre mouvement. Sa force r&#233;side dans le fait qu'il ne ressemble &#224; aucun autre mouvement. Il n'est jamais aussi fort que lorsqu'il est seul. D'autres mouvements redoutent l'analyse et &#233;vitent toute tentative de d&#233;finition de leurs objets. Le mouvement ouvrier se pla&#238;t &#224; analyser, d&#233;finit et red&#233;finit perp&#233;tuellement ses principes et ses objets. L'homme ou la femme qui a capt&#233; l'esprit du mouvement travailliste apporte cet esprit d'analyse et de d&#233;finition dans tous ses actes publics, et s'attend &#224; tout moment &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel pour d&#233;finir sa position. Ils ne peuvent pas vivre d'illusions, ni prosp&#233;rer gr&#226;ce &#224; elles ; m&#234;me si leurs t&#234;tes sont dans les nuages, ils ne feront aucun pas en avant jusqu'&#224; ce qu'ils soient assur&#233;s que leurs pieds reposent sur la terre solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, ils sont essentiellement diff&#233;rents des classes moyennes ou professionnelles, et des partis ou mouvements contr&#244;l&#233;s par ces classes en Irlande. Ceux-ci parlent toujours de r&#233;alit&#233;s, mais se nourrissent eux-m&#234;mes et leurs partisans de la chair sans substance des phrases ; bavardent toujours d'&#234;tre intens&#233;ment pratiques mais passent n&#233;anmoins toute leur vie &#224; suivre des visions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le patriote non travailliste moyen en Irlande qui se vante de son sens pratique est mis en contact avec le monde froid et ses probl&#232;mes, il recule devant le contact. Si ses pieds touchent la terre solide, il la m&#233;prise en tant que &#171; simple base mat&#233;rielle &#187;, et s'efforce de faire croire au peuple que le vrai patriotisme n'a besoin d'aucune base sur laquelle reposer autre que les r&#233;flexions de ses po&#232;tes, orateurs, journalistes et dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demandez &#224; de telles personnes un programme et vous serez qualifi&#233; de critique critique ; refusez d'accepter leur jugement comme le dernier mot de la sagesse humaine et vous devenez un ennemi &#224; surveiller attentivement ; insistez sur le fait que dans la crise de l'histoire de votre pays, votre premi&#232;re all&#233;geance est envers votre pays et non envers un dirigeant, un ex&#233;cutif ou un comit&#233;, et vous &#234;tes imm&#233;diatement un perturbateur, un factionniste, un d&#233;molisseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est notre programme ? Nous au moins, conform&#233;ment &#224; l'esprit de notre mouvement, essaierons de le dire. Notre programme en temps de paix &#233;tait de rassembler entre les mains des Irlandais, dans les syndicats irlandais, le contr&#244;le de toutes les forces de production et de distribution en Irlande. Nous n'avons jamais cru que la libert&#233; serait r&#233;alis&#233;e sans lutter pour elle. Depuis notre premi&#232;re d&#233;claration de politique &#224; Dublin en 1896, le r&#233;dacteur en chef de cet article a maintenu le dicton selon lequel nos fins devraient &#234;tre assur&#233;es &#171; pacifiquement si possible, par la force si n&#233;cessaire &#187;. En croyant cela, nous avons vu ce que le monde en dehors de l'Irlande r&#233;alise aujourd'hui, que les destin&#233;es du monde et la force de combat des arm&#233;es sont &#224; la merci du Labour organis&#233; d&#232;s que ce Labour devient vraiment r&#233;volutionnaire. Ainsi nous nous sommes efforc&#233;s de rendre le Labour en Irlande organis&#233; &#8211; et r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que si cela devait &#234;tre mis &#224; l'&#233;preuve en Irlande (comme nous l'esp&#233;rions et priions pour qu'il vienne), entre ceux qui d&#233;fendaient la nation irlandaise et ceux qui d&#233;fendaient la domination &#233;trang&#232;re, le plus grand atout civil entre les mains des Irlandais nation &#224; utiliser dans la lutte serait le contr&#244;le des docks, des transports maritimes, des chemins de fer et de la production irlandais par des syndicats qui pr&#234;taient all&#233;geance exclusive &#224; l'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons r&#233;alis&#233; que le pouvoir de l'ennemi de lancer ses forces sur les forces de l'Irlande serait &#224; la merci des hommes qui contr&#244;laient le syst&#232;me de transport de l'Irlande ; nous avons vu que les espoirs de l'Irlande en tant que nation reposaient sur la juste reconnaissance de l'identit&#233; d'int&#233;r&#234;t entre cet id&#233;al et les espoirs naissants des travaillistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe aujourd'hui, nous avons vu les gouvernements les plus puissants du monde d&#233;ployer tous leurs efforts, offrant toutes sortes d'incitations possibles, au travail organis&#233; pour utiliser son organisation aux c&#244;t&#233;s de ces gouvernements en temps de guerre. Nous avons pass&#233; la plus grande partie de notre vie &#224; nous efforcer de cr&#233;er en Irlande l'esprit de la classe ouvri&#232;re qui cr&#233;erait une organisation irlandaise du travail pr&#234;te &#224; faire volontairement pour l'Irlande ce que ces gouvernements europ&#233;ens implorent leurs syndicats de faire pour leur pays. Et nous avons en partie r&#233;ussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons r&#233;ussi &#224; cr&#233;er une organisation qui fera volontiers plus pour l'Irlande que n'importe quel syndicat dans le monde n'a tent&#233; de faire pour son gouvernement national. N'avions-nous pas &#233;t&#233; attaqu&#233;s et trahis par nombre de nos fervents patriotes avanc&#233;s, n'avaient-ils pas &#233;t&#233; si d&#233;sireux de nous d&#233;truire, si d&#233;sireux d'applaudir m&#234;me le gouvernement britannique lorsqu'il nous a attaqu&#233;s, s'ils &#233;taient rest&#233;s &#224; nos c&#244;t&#233;s et avaient pouss&#233; notre organisation dans toute l'Irlande il serait maintenant en notre pouvoir d'&#233;craser et de d&#233;moraliser tout mouvement offensif de l'ennemi contre les champions de la libert&#233; irlandaise. Si nous avions pu r&#233;aliser tous nos plans, comme seule une telle organisation irlandaise du travail pouvait les r&#233;aliser, nous aurions pu en un mot cr&#233;er toutes les conditions n&#233;cessaires pour porter un coup r&#233;ussi chaque fois que la branche militaire de l'Irlande voulait mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avons-nous un programme ? Nous sommes les seuls &#224; avoir un programme &#8211; qui comprenait les conditions m&#233;caniques de la guerre moderne et la d&#233;pendance du pouvoir national vis-&#224;-vis du contr&#244;le industriel. Quel est notre programme maintenant ? Au risque de d&#233;plaire &#224; la fois au patriote irlandais et &#224; l'&#171; autorit&#233; militaire comp&#233;tente &#187; britannique, dirons-nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensons qu'en temps de paix, nous devons travailler dans le sens de la paix pour renforcer la nation, et nous pensons que tout ce qui renforce et &#233;l&#232;ve la classe ouvri&#232;re renforce la nation. Mais nous pensons aussi qu'en temps de guerre, nous devons agir comme en temps de guerre. Nous m&#233;prisons, m&#233;prisons et d&#233;testons enti&#232;rement tous les discours sur la guerre qui infestent l'Irlande en temps de paix, tout comme nous m&#233;prisons et d&#233;testons tous les discours sur la prudence et la retenue auxquels les m&#234;mes personnes nous traitent en temps de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notez bien alors notre programme. Tant que la guerre durera et que l'Irlande sera toujours une nation soumise, nous continuerons de l'exhorter &#224; se battre pour sa libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous continuerons, en saison et hors saison, &#224; enseigner que la &#171; ligne de bataille lointaine &#187; de l'Angleterre est la plus faible au point le plus proche de son c&#339;ur, que l'Irlande est dans cette position d'avantage tactique, qu'une d&#233;faite de l'Angleterre en Inde , l'&#201;gypte, les Balkans ou les Flandres ne seraient pas aussi dangereux pour l'Empire britannique que n'importe quel conflit de forces arm&#233;es en Irlande, que le moment de la bataille de l'Irlande est MAINTENANT, le lieu de la bataille de l'Irlande est ICI. Qu'un homme fort puisse donner des coups vigoureux avec ses poings contre une foule d'ennemis environnants, et vaincre, mais succombera si un enfant enfonce une &#233;pingle dans son c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au moment o&#249; la paix sera une fois admise par le gouvernement britannique comme &#233;tant un sujet m&#251;r pour la discussion, ce moment-l&#224; notre politique sera pour la paix et en opposition directe &#224; tout discours ou pr&#233;paration &#224; une r&#233;volution arm&#233;e. Nous ne participerons pas &#224; amener des patriotes irlandais &#224; la rencontre de la puissance d'une Angleterre en paix. D&#232;s que la paix sera dans l'air, nous nous limiterons strictement et pr&#234;terons toute notre influence &#224; l'&#339;uvre consistant &#224; transformer la pens&#233;e du Labour en Irlande en une &#339;uvre de reconstruction pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notre programme. Vous pouvez maintenant le comparer avec le programme de ceux qui vous demandent de tenir votre main maintenant, et ainsi le mettre au pouvoir de l'ennemi pour rafistoler une paix temporaire, faire demi-tour et vous &#233;craser &#224; loisir, puis repartir en guerre avec la question irlandaise r&#233;gl&#233;e - dans les tombes des patriotes irlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous craignons que ce ne soit ce qui va se passer. Il est &#224; notre avis inconcevable que le public britannique permette que la conscription s'applique &#224; l'Angleterre et non &#224; l'Irlande. Le gouvernement britannique ne le souhaite pas non plus. Mais ce gouvernement utilisera le cri des n&#233;cessit&#233;s de la guerre pour forcer la conscription au peuple d'Angleterre, puis fera une paix temporaire, et se retournera pour forcer l'Irlande &#224; accepter les m&#234;mes conditions que celles qui ont &#233;t&#233; impos&#233;es &#224; l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le public anglais le verra avec plaisir &#8211; le malheur aime la compagnie. La situation se pr&#233;sentera alors ainsi : les volontaires irlandais qui se sont engag&#233;s &#224; combattre la conscription devront soit honorer leur engagement et voir les jeunes hommes d'Irlande enr&#244;l&#233;s, soit r&#233;sister &#224; la conscription et engager la force militaire de l'Angleterre &#224; un moment o&#249; l'Angleterre est en paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce &#224; quoi travaille la diplomatie de l'Angleterre, ce que rend possible la b&#234;tise de certains de nos dirigeants qui s'imaginent &#234;tre Wolfe Tones. C'est notre devoir, c'est le devoir de tous ceux qui veulent sauver l'Irlande d'une telle honte ou d'un tel massacre de renforcer la main de ceux des dirigeants qui sont pour l'action comme contre ceux qui font le jeu de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes ni t&#233;m&#233;raires ni l&#226;ches. Nous connaissons notre opportunit&#233; quand nous la voyons, et nous savons quand elle est pass&#233;e. Nous savons qu'&#224; la fin de cette guerre, l'Angleterre aura au moins une arm&#233;e d'un million d'hommes, soit plus de deux soldats pour chaque homme adulte en Irlande. Et ces soldats v&#233;t&#233;rans de la plus grande guerre de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voudrons pas combattre ces hommes. Nous consacrerons notre attention &#224; organiser leurs camarades qui retournent &#224; la vie civile, &#224; les organiser en syndicats et en partis travaillistes pour leur garantir leurs droits dans la vie civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A moins d'&#233;migrer dans un pays o&#249; il y a des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le programme du travail
&lt;p&gt;(1916)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous regrettons de ne pouvoir rendre dans notre m&#233;moire un compte rendu complet du magnifique discours prononc&#233; sous les auspices du Dublin Trades Council le mardi 15 janvier par le P&#232;re Laurence, OFMCap. C'&#233;tait de loin le discours le plus important jamais prononc&#233; dans la salle des m&#233;tiers, et la r&#233;union au cours de laquelle il a &#233;t&#233; prononc&#233; &#233;tait le plus typiquement illustratif de l'esprit de l'&#233;poque. Ici, nous avons eu une grande rencontre d'ouvriers et de femmes majoritairement catholiques dans leur foi religieuse, se r&#233;unissant pour discuter des probl&#232;mes de la vie sociale et des aspirations nationales avec un pr&#234;tre qu'ils tenaient en affection affectueuse, mais insistant pour discuter de ces probl&#232;mes dans un esprit de camaraderie et &#233;galit&#233;. Peut-&#234;tre nulle part ailleurs en Europe une telle r&#233;union ne pourrait-elle se tenir dans de telles conditions et dans une telle harmonie entre les parties concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une partie de son discours, le r&#233;v&#233;rend conf&#233;rencier attribua &#224; juste titre la situation actuelle de l'&#201;glise en France au fait que les catholiques de ce pays avaient perdu leur temps &#224; r&#234;ver &#224; l'impossible restauration d'une monarchie au lieu de se d&#233;battre avec le travail pratique de r&#233;g&#233;n&#233;ration sociale. dans les nouvelles conditions &#233;tablies par la r&#233;publique. On peut dire sans se tromper que des r&#233;unions telles que celle de mardi sont des garanties plus s&#251;res pour l'Irlande contre la croissance ici de l'anticl&#233;ricalisme de type fran&#231;ais que ne le seraient toutes les brochures de la Catholic Truth Society, sans de telles discussions amicales entre le clerg&#233; et le la&#239;cs. Ils sont le signe que la le&#231;on de la France n'est pas perdue, que l'&#201;glise reconna&#238;t que si elle ne bouge pas avec le peuple, le peuple bougera sans elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est g&#233;n&#233;ralement reconnu &#224; Dublin que le r&#233;dacteur en chef de ce journal repr&#233;sente le type le plus militant, et ce qu'on appelle le plus extr&#234;me, du mouvement ouvrier. Nous sommes donc heureux de pouvoir dire en toute sinc&#233;rit&#233; que nous ne voyions aucune diff&#233;rence fondamentale entre les opinions exprim&#233;es par le P&#232;re Laurence et celles que nous avons nous-m&#234;mes et que nous n'h&#233;sitons jamais &#224; exprimer. Les diff&#233;rences n'&#233;taient apparemment que des diff&#233;rences de d&#233;finition. Le r&#233;v&#233;rend conf&#233;rencier appelait les choses par certains noms, nous utilisions des noms totalement diff&#233;rents, mais en substance les choses &#233;taient identiques. Nous avons tous les deux approuv&#233; le principe incarnant les choses dont nous ne pouvions pas nous mettre d'accord sur les noms. C'est pourquoi nous, de notre c&#244;t&#233;, plus soucieux de r&#233;sultats satisfaisants que de d&#233;finitions correctes, ne voudrions insister sur aucun des points de divergence apparents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre bref, voici notre position telle que nous l'avons d&#233;finie au nom du mouvement ouvrier irlandais : nous acceptons la famille comme le vrai type de soci&#233;t&#233; humaine. On dit que, comme dans cette famille, les ressources de toute la maisonn&#233;e sont au service de chacun ; comme dans la famille, le fort ne chasse pas et n'opprime pas le faible ; comme dans la famille les moins dou&#233;s mentalement et les plus faibles physiquement partagent &#224; parts &#233;gales la r&#233;serve commune de tous avec les plus dou&#233;s et les plus forts physiquement ; comme dans la famille la v&#233;ritable &#233;conomie consiste &#224; utiliser et &#224; conserver l'h&#233;ritage de tous pour le bien de tous, de m&#234;me la nation doit agir et &#234;tre administr&#233;e. Chaque homme, femme et enfant de la nation doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme h&#233;ritier de tous les biens de la nation, et toutes les ressources de la nation doivent soutenir tous les individus en les garantissant contre le besoin,et multipliant leurs pouvoirs individuels avec tous les pouvoirs de la nation organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour atteindre ce but, nous cherchons &#224; organiser toute personne qui travaille pour un salaire, afin que les travailleurs eux-m&#234;mes puissent d&#233;terminer les conditions de travail. Nous soutenons que la gr&#232;ve de solidarit&#233; est l'affirmation du principe chr&#233;tien selon lequel nous sommes tous membres les uns des autres, tandis que ceux qui s'opposent &#224; la gr&#232;ve de solidarit&#233; et d&#233;fendent le sectionnalisme dans les luttes syndicales r&#233;p&#232;tent la question de Ca&#239;n qui, interrog&#233; sur le fr&#232;re qu'il avait assassin&#233;, a demand&#233; &#171; suis-je le gardien de mon fr&#232;re &#187;, nous disons, &#171; oui, nous sommes tous les gardiens de nos fr&#232;res et s&#339;urs, et responsables d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de l'organisation du travail en tant que telle, nous proposons de proc&#233;der &#224; l'organisation sur le principe coop&#233;ratif que nous pouvons contr&#244;ler les marchandises que nous utilisons et consommons nous-m&#234;mes. Sur une telle base, nous pouvons cr&#233;er une v&#233;ritable demande de produits fabriqu&#233;s en Irlande dont tous les &#233;l&#233;ments de transpiration ont &#233;t&#233; supprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconnaissant que la bonne utilisation des &#233;nergies de la nation n&#233;cessite le contr&#244;le du pouvoir politique, nous proposons de conqu&#233;rir ce pouvoir politique par le biais d'un parti politique de la classe ouvri&#232;re ; et reconnaissant que le plein d&#233;veloppement des pouvoirs nationaux exige une libert&#233; nationale compl&#232;te, nous sommes franchement et sans r&#233;serve pr&#233;par&#233;s pour toute lutte qui peut &#234;tre n&#233;cessaire pour conqu&#233;rir pour l'Irlande sa place parmi les nations de la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le programme du mouvement ouvrier irlandais militant. Nous nous r&#233;jouissons de trouver parmi le clerg&#233; tant de personnes dont les c&#339;urs palpitent &#233;galement en r&#233;ponse &#224; ces id&#233;aux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1622&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1622&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2810&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2810&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article289&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article289&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/connolly/works/1910/00/role_classe_ouvriere.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/connolly/works/1910/00/role_classe_ouvriere.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/connolly/works/1914/08/connolly_15081914.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/connolly/works/1914/08/connolly_15081914.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La division nationaux/immigr&#233;s, une clef de la domination capitaliste</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7524</link>
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		<dc:date>2023-12-01T23:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Irlande</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La division nationaux/immigr&#233;s, une clef de la domination capitaliste &lt;br class='autobr' /&gt;
Voyons la position de Mati&#232;re et R&#233;volution : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3107 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7321 &lt;br class='autobr' /&gt;
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https://www.matierevolution.fr/spip.php?article262 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3811 &lt;br class='autobr' /&gt;
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https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5090 &lt;br class='autobr' /&gt;
htt&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - Livre Quatorze : PROLETAIRES SANS FRONTIERES&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot107" rel="tag"&gt;Irlande&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La division nationaux/immigr&#233;s, une clef de la domination capitaliste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voyons la position de Mati&#232;re et R&#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7321&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7321&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6679&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6679&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article262&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article262&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3811&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3811&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7363&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7363&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5090&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5090&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4951&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4951&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3797&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3797&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6078&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6078&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2731&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2731&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1631&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1631&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1148&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Voyons la position de Karl Marx et Friedrich Engels, dans le cas de l'immigration irlandaise...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1845&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation de la classe laborieuse en Angleterre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immigration irlandaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A maintes reprises nous avons d&#233;j&#224; eu l'occasion de mentionner l'existence des Irlandais venus s'installer en Angleterre ; nous allons maintenant examiner de plus pr&#232;s les causes et les effets de cette immigration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapide d&#233;veloppement de l'industrie anglaise n'aurait pas &#233;t&#233; possible si l'Angleterre n'avait dispos&#233; d'une r&#233;serve : la population nombreuse et mis&#233;rable de l'Irlande. Chez eux, les Irlandais n'avaient rien &#224; perdre, en Angleterre ils avaient beaucoup &#224; gagner ; et depuis qu'on a su en Irlande que sur la rive est du canal St George tout homme robuste pouvait trouver un travail assur&#233; et de bons salaires, des bandes d'Irlandais l'ont franchi chaque ann&#233;e. On estime qu'un bon million d'Irlandais ont ainsi immigr&#233; jusqu'ici et que maintenant encore, il y a 50,000 immigrants par an ; presque tous envahissent les contr&#233;es industrielles et en particulier les grandes villes, y constituant la plus basse classe de la population. Il y a 120,000 Irlandais pauvres &#224; Londres, 40,000 &#224; Manchester, 34,000 &#224; Liverpool, 24,000 &#224; Bristol, 40,000 &#224; Glasgow, et 29,000 &#224; Edimbourg [1] . Ces gens, qui ont grandi presque sans conna&#238;tre les bienfaits de la civilisation, habitu&#233;s d&#232;s leur jeune &#226;ge aux privations de toutes sortes, grossiers, buveurs, insoucieux de l'avenir, arrivent ainsi, apportant leurs m&#339;urs brutales dans une classe de la population qui a, pour dire vrai, peu d'inclination pour la culture et la moralit&#233;. Laissons la parole &#224; Thomas Carlyle [2] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir dans toutes les rues principales et secondaires, les farouches visa&#172;ges &#171; mil&#233;siens [3] &#187; qui respirent la malice hypocrite, la m&#233;chancet&#233;, la d&#233;raison, la mis&#232;re et la raillerie. Le cocher anglais qui passe dans sa voiture d&#233;coche au Mil&#233;sien un coup de fouet ; celui-ci le maudit [a] , tend son chapeau et mendie. Il repr&#233;sente le pire mal que ce pays ait &#224; combattre. Avec ses guenilles et son ricanement de sauva&#172;ge, il est toujours pr&#234;t &#224; accomplir tout travail qui n'exige que des bras vigoureux et des reins solides ; et cela pour un salaire qui lui permette d'acheter des pommes de terre. Pour condiment, le sel lui suffit ; il dort, tout heureux, dans la premi&#232;re porcherie ou la premi&#232;re niche venue, g&#238;te dans des granges et porte un costume fait de guenilles dont la mise et l'enl&#232;vement constitue une des plus d&#233;lica&#172;tes op&#233;ra&#172;tions qui soient et &#224; laquelle on ne proc&#232;de qu'aux jours de f&#234;te ou en des occasions particuli&#232;rement favorables. Le Saxon qui est incapable de travailler dans de telles conditions est vou&#233; au ch&#244;mage. L'Irlandais, ignorant de toute civilisation, chasse l'indig&#232;ne saxon, non pas par sa force, mais par le contraire, et il s'empare de sa place. C'est l&#224; qu'il habite dans sa crasse et son insouciance, dans sa fausset&#233; et sa brutalit&#233; d'ivrogne, v&#233;ritable ferment de d&#233;gradation et de d&#233;sordre. Quiconque s'efforce encore de surnager, de se maintenir &#224; la surface, peut voir l&#224; l'exemple que l'homme peut exister, non pas en nageant, mais en vivant au fond de l'eau... Qui ne voit que la situation des couches inf&#233;rieures de la masse des travailleurs anglais s'aligne de plus en plus sur celle des Irlandais qui leur font concurrence sur tous les march&#233;s ? Que tout travail qui n'exige que force physique et peu d'habilet&#233; n'est pas pay&#233; au tarif anglais mais &#224; un prix approchant le salaire irlandais, c'est-&#224;-dire &#224; peine plus que &#171; ce qu'il faut pour ne pas mourir tout &#224; fait de faim 30 semaines par an en mangeant des pommes de terre de la pire qualit&#233; &#187;, &#224; peine plus... mais cet &#233;cart diminue avec l'arriv&#233;e de chaque nouveau vapeur venant d'Irlande ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carlyle a ici tout &#224; fait raison - si l'on excepte la condamnation exag&#233;r&#233;e et partiale du caract&#232;re national irlandais. Ces travailleurs irlandais qui, pour 4 pence (3 &#8531; groschen d'argent), font la travers&#233;e, serr&#233;s souvent comme du b&#233;tail sur le pont du navire, s'installent partout. Les pires demeures sont assez bonnes pour eux ; leurs v&#234;tements les pr&#233;occupent peu, tant qu'un seul fil les maintient ; ils ignorent l'usage des chaussures ; leur nourriture consiste uniquement en pommes de terre, ce qu'ils gagnent en plus, ils le boivent ; pourquoi de tels &#234;tres auraient-ils besoin d'un fort salaire ? Les pires quartiers de toutes les grandes villes sont peupl&#233;s d'Irlandais ; partout o&#249; un quartier se signale particuli&#232;rement par sa salet&#233; et son d&#233;labrement, on peut s'attendre &#224; apercevoir en majorit&#233; ces visages celtiques qui, au premier coup d'&#339;il se distinguent des physionomies saxonnes des indig&#232;nes, et &#224; entendre cet accent irlandais chantant et aspir&#233; que l'Irlandais authentique ne perd jamais. Il m'est arriv&#233; d'enten-dre parler le celto-irlandais dans les quartiers les plus populeux de Manchester. La plupart des familles qui habitent des sous-sols sont presque partout d'origine irlandaise. Bref, comme le dit le Dr Kay, les Irlandais ont d&#233;couvert ce qu'est le minimum des besoins vitaux et ils l'apprennent maintenant aux Anglais [b] . Ils ont import&#233; en outre l'alcoolisme et la salet&#233;. Cette malpropret&#233; qui chez eux, &#224; la campagne, o&#249; la population est diss&#233;min&#233;e, n'a pas de trop graves cons&#233;quences mais qui est devenue chez les Irlandais une seconde nature, est v&#233;ritablement une tare effrayante et dangereuse dans les grandes villes par suite de la con&#172;cen-tration urbaine. Ainsi qu'il a coutume de le faire chez lui, le Mil&#233;sien d&#233;verse toutes ses ordures et ses d&#233;tritus devant sa porte, provoquant ainsi la formation de mares et de tas de crotte qui salissent les quartiers ouvriers et empuantissent l'atmosph&#232;re. Comme il le fait dans son pays, il construit sa porcherie tout contre sa maison ; et si ce n'est pas possible, il fait coucher son cochon dans sa chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle et anormale sorte d'&#233;levage pratiqu&#233;e dans les grandes villes est purement d'origine irlandaise ; l'Irlandais tient &#224; son cochon comme l'Arabe &#224; son cheval, si ce n'est qu'il le vend quand il est assez gras pour &#234;tre tu&#233; ; pour le reste il mange avec lui, dort avec lui, ses enfants jouent avec lui, montent sur son dos et s'&#233;battent avec lui dans le fumier, ainsi qu'on peut en voir mille exemples dans toutes les grandes villes d'Angleterre. Et quand &#224; la salet&#233;, &#224; l'inconfort des maisons, impossible de s'en faire une id&#233;e. L'Irlandais n'est pas habitu&#233; aux meubles ; un tas de paille, quelques chiffons absolument inutilisables comme v&#234;tements et voil&#224; pour sa couche. Un bout de bois, une chaise cass&#233;e, une vieille caisse en guise de table, il ne lui en faut pas plus ; une th&#233;i&#232;re, quelques pots et &#233;cuelles de terre, et cela lui suffit pour sa cuisine qui fait en m&#234;me temps office de chambre &#224; coucher et de salle de s&#233;jour. Et quand le combustible lui fait d&#233;faut, tout ce qui peut br&#251;ler et qui lui tombe sous la main : chaises, montants de portes, chambranles, plancher, &#224; supposer qu'il y en ait, prennent la direction de la chemin&#233;e. Et d'ailleurs, pourquoi lui faudrait-il de l'espace ? Dans son pays, dans sa cabane de torchis, une seule pi&#232;ce suffisait &#224; tous les usage domestiques ; en Angleterre, la famille n'a pas non plus besoin de plus d'une pi&#232;ce. Ainsi cet entassement de plusieurs personnes dans une seule pi&#232;ce, maintenant si r&#233;pandu, a &#233;t&#233; introduit princi&#172;palement par l'immigration irlandaise. Et comme il faut bien que ce pauvre diable ait au moins un plaisir, et que la soci&#233;t&#233; l'exclut de tous les autres, il s'en va au cabaret, boire de l'eau-de-vie. L'eau-de-vie est pour l'Irlandais, la seule chose qui donne son sens &#224; la vie - l'eau-de-vie et bien s&#251;r aussi son temp&#233;rament insouciant et jovial : voil&#224; pourquoi il s'adon&#172;ne &#224; l'eau-de-vie jusqu'&#224; l'ivresse la plus brutale. Le caract&#232;re m&#233;ridional, frivole de l'Irlandais, sa grossi&#232;ret&#233; qui le place &#224; un niveau &#224; peine sup&#233;rieur &#224; celui du sauvage, son m&#233;pris de tous les plaisirs plus humains, qu'il est incapable de go&#251;ter en raison m&#234;me de sa grossi&#232;ret&#233;, sa salet&#233; et sa pauvret&#233;, autant de raisons qui favorisent l'alcoolisme - la tentation est trop forte, il ne peut r&#233;sister et tout l'argent qu'il gagne passe dans son gosier. Comment pourrait-il en &#234;tre autrement ? Comment la soci&#233;t&#233; qui le met dans une situation telle qu'il deviendra presque n&#233;cessairement un buveur, qui le laisse s'abrutir et ne se pr&#233;occupe nullement de lui - comment peut-elle ensuite l'accuser, lorsqu'il devient effectivement un ivrogne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est contre un concurrent de ce genre que doit lutter le travailleur anglais, contre un concurrent occupant le barreau de l'&#233;chelle le plus bas qui puisse exister dans un pays civilis&#233; et qui, pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison, se contente d'un salaire inf&#233;rieur &#224; celui de n'importe quel autre travailleur. C'est pourquoi le salaire du travailleur anglais, dans tous les secteurs o&#249; l'Irlandais peut le concurrencer, ne fait que baisser constamment et il ne saurait en &#234;tre autre-ment, comme le dit Carlyle. Or, ces secteurs sont tr&#232;s nombreux. Tous ceux qui n'exi&#172;gent que peu ou pas d'habilet&#233; s'offrent aux Irlandais. Certes, pour les travaux exigeant un long apprentissage ou une activit&#233; durable et r&#233;guli&#232;re, l'Irlandais d&#233;bauch&#233;, versatile et bu&#172;veur est tr&#232;s insuffisant. Pour devenir ouvrier-m&#233;canicien (en Angleterre tout travailleur occup&#233; &#224; la fabrication de machines est un mechanic ), pour devenir ouvrier d'usine, il lui fau&#172;drait d'abord adopter la civilisation et les m&#339;urs anglaises, bref, devenir d'abord objective&#172;ment anglais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais partout o&#249; il s'agit d'un travail simple, moins pr&#233;cis, qui requiert davantage de vigueur que d'adresse, l'Irlandais est tout aussi bon que l'Anglais. Et c'est pourquoi tous ces m&#233;tiers sont envahis par les Irlandais ; les tisserands manuels, aide-ma&#231;ons, porte-faix, &#171; jobbers &#187; [c] , etc... comptent une foule d'Irlandais ; et l'invasion de cette nation a contribu&#233;, pour beaucoup, dans ces professions, &#224; abaisser le salaire et avec lui la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me. Et m&#234;me si les Irlandais qui ont envahi les autres branches ont d&#251; se civiliser, il leur est rest&#233; encore assez de marques de leur ancien mode de vie pour exercer sur leurs camarades de travail anglais, une influence d&#233;gradante - sans parler de l'influence du milieu irlandais lui-m&#234;me. Car si l'on consid&#232;re que dans chaque grande ville, un cinqui&#232;me ou un quart des ouvriers sont Irlandais ou enfants d'Irlandais &#233;lev&#233;s dans la salet&#233; irlandaise, on ne s'&#233;tonnera pas que dans l'existence de toute la classe ouvri&#232;re, dans ses m&#339;urs, son niveau intellectuel et moral, ses caract&#232;res g&#233;n&#233;raux, se retrouve une bonne part de ce qui fait le fond de la nature de l'Irlandais, et l'on concevra que la situation r&#233;voltante des travailleurs anglais, r&#233;sultat de l'industrie moderne et de ses cons&#233;quences imm&#233;diates, ait pu &#234;tre encore avilie [d] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de l'auteur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Archibald ALISON, High Sheriff of Lanarkshire : The Principles of Population and their Connection with Human Happiness (Les lois fondamentales de la population et leurs rapports avec le bonheur humain), 2 vol., 1840. Cet Alison est l'historien de la R&#233;volution fran&#231;aise et comme son fr&#232;re, le Dr W. P. Alison, c'est un tory religieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voir vol. I, p. 529 : &#171; 38,000 &#187; et non &#171; 40,000 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Chartism, pp. 28, 31 et suiv. &lt;br class='autobr' /&gt;
* Londres, Chapman et Hall, 1842&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Miles est le nom des anciens rois celtes d'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de l'&#233;diteur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[a] Engels commet ici un contre-sens. Le texte de Carlyle (Chartism, 1839 pp. 28-29 et 31-32) dit en effet : &#171; Le cocher... maudit le Mil&#233;sien ; celui-ci tend son chapeau ... &#187; Nous avons respect&#233; fid&#232;lement la traduction d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[b] Dr J. P. KAY : The Moral and Physical Condition of the Working Classes employed in the Cotton Manufacture in Manchester, 1832, 2&#176; &#233;d., p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[c] T&#226;cheron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[d] C'est &#224; la lettre, la variante de l'&#233;dition de 1892 que nous avons traduite ici. Le texte de l'&#233;dition de 1845 dit &#171; port&#233;e &#224; un plus haut degr&#233; d'avilissement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1867&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Irlande. &#201;migration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'augmentation - ou la diminution - de la population ouvri&#232;re dans le cycle d&#233;cennal de l'industrie exerce une influence perceptible sur le march&#233; du travail, c'est en Angleterre qu'on l'observe. Nous prenons ce pays comme mod&#232;le, parce que le mode de production capitaliste y est d&#233;velopp&#233;, alors que, sur le continent, il se meut encore essentiellement sur le terrain non ad&#233;quat d'une &#233;conomie paysanne. Bref, c'est en Angleterre que l'on saisit le mieux les effets produits par les besoins de valorisation du capital sur l'expansion et la contraction de l'&#233;migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut remarquer tout d'abord que l'&#233;migration du capital (c'est-&#224;-dire la portion de revenu annuel plac&#233;e comme capital &#224; l'&#233;tranger, et notamment aux colonies et aux &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique) est bien sup&#233;rieure par rapport au fonds d'accumulation annuel, que le nombre des migrants par rapport &#224; l'augmentation annuelle de popula&#172;tion. Au reste, les migrants anglais sont essentiellement des ruraux, fils de m&#233;tayers, etc., et non pas des ouvriers. Jusqu'ici, l'&#233;migration a &#233;t&#233; plus que compens&#233;e par l'immigration en provenance d'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux p&#233;riodes de stagnation et de crise, l'&#233;migration tend &#224; augmenter ; c'est alors aussi que la portion de capital additionnel envoy&#233;e &#224; l'&#233;tranger est la plus forte. Aux p&#233;riodes o&#249; l'&#233;migration humaine diminue, l'&#233;migration de capital additionnel dimi&#172;nue aussi. Le rapport absolu entre capital et force de travail utilis&#233;e dans un pays est donc peu affect&#233; par les fluctuations de l'&#233;migration, puisque les deux mouvements sont parall&#232;les. Si l'&#233;migration prenait en Angleterre des proportions graves par rapport &#224; l'augmentation annuelle de la population, c'en serait fait de sa position h&#233;g&#233;&#172;monique sur le march&#233; mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;migration irlandaise, depuis 1848, a contredit toutes les attentes et pr&#233;visions des malthusiens : 1&#176; ils avaient proclam&#233; qu'il est exclu que l'&#233;migration d&#233;passe le niveau de l'augmentation de la population. Les Irlandais, en d&#233;pit de leur pauvret&#233;, ont r&#233;solu la difficult&#233; en ce sens que ceux qui ont d&#233;j&#224; &#233;migr&#233; couvrent chaque ann&#233;e la plus grande partie des frais de voyage de ceux qui sont encore sur place. 2&#176; ces messieurs n'avaient-ils pas pr&#233;dit que la famine, qui avait balay&#233; un million d'Irlan&#172;dais en 1847 et provoqu&#233; un exode massif aurait exactement le m&#234;me effet que la peste noire au XIV&#176; si&#232;cle en Angleterre. Or, c'est exactement l'inverse qui s'est pro&#172;duit. La production a baiss&#233; plus vite que la population, et il en est de m&#234;me des moyens d'employer les ouvriers agricoles, bien que le salaire actuel de ceux-ci ne d&#233;passe pas celui de 1847, compte tenu des changements des prix moyens de subsis&#172;tance. La population est tomb&#233;e de 8 &#224; 4,5 millions environ au cours de ces 15 derni&#232;res ann&#233;es. Toutefois, la production de b&#233;tail s'est quelque peu accrue, et lord Dufferin qui veut convertir l'Irlande en un simple p&#226;turage &#224; moutons, a parfaitement raison, lorsqu'il affirme que les Irlandais sont encore trop nombreux. En attendant, ils ne transportent pas seulement en Am&#233;ri&#172;que leurs os, mais encore tout leur corps vivant : l'exoriare aliquis ultor [17] sera terrible Outre-Atlantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1870&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre de Marx &#224; Sigfrid Meyer et August Vogt&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Irlande est le rempart de l'aristocratie fonci&#232;re anglaise. L'exploitation de ce pays n'est pas seulement l'une des principales sources de sa richesse mat&#233;rielle ; c'est leur plus grande force morale. Ils repr&#233;sentent en fait la domination sur l'Irlande. L'Irlande est donc le moyen cardinal par lequel l'aristocratie anglaise maintient sa domination en Angleterre m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, au contraire, l'arm&#233;e et la police anglaises devaient se retirer demain d'Irlande, il y aurait imm&#233;diatement une r&#233;volution agraire en Irlande. Mais la chute de l'aristocratie anglaise en Irlande implique et a pour cons&#233;quence n&#233;cessaire sa chute en Angleterre. Et cela constituerait la condition pr&#233;alable &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Angleterre. La destruction de l'aristocratie fonci&#232;re anglaise en Irlande est une op&#233;ration infiniment plus facile qu'en Angleterre elle-m&#234;me, car en Irlande la question agraire a &#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent la forme exclusive de la question sociale parce qu'elle est une question d'existence, de vie et de mort. pour l'immense majorit&#233; du peuple irlandais, et parce qu'elle est en m&#234;me temps indissociable de la question nationale. Sans compter que le caract&#232;re irlandais est plus passionn&#233; et r&#233;volutionnaire que celui des Anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la bourgeoisie anglaise, elle a en premier lieu un int&#233;r&#234;t commun avec l'aristocratie anglaise &#224; faire de l'Irlande un simple p&#226;turage qui approvisionne le march&#233; anglais en viande et en laine aux prix les plus bas possibles. Il a &#233;galement int&#233;r&#234;t &#224; r&#233;duire la population irlandaise, par expulsion et &#233;migration forc&#233;e, &#224; un nombre si petit que le capital anglais (capital investi dans des terres lou&#233;es pour l'agriculture) puisse y fonctionner en toute &#171; s&#233;curit&#233; &#187;. Elle a le m&#234;me int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;fricher les domaines de l'Irlande qu'elle avait &#224; d&#233;fricher les districts agricoles d'Angleterre et d'&#201;cosse. Il faut &#233;galement tenir compte des 6 000 &#224; 10 000 livres sterling de revenus provenant des propri&#233;taires absents et des autres revenus irlandais qui affluent actuellement chaque ann&#233;e vers Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la bourgeoisie anglaise a aussi des int&#233;r&#234;ts bien plus importants dans l'&#233;conomie actuelle de l'Irlande. En raison de la concentration sans cesse croissante des baux, l'Irlande envoie constamment son propre exc&#233;dent sur le march&#233; du travail anglais, ce qui fait baisser les salaires et abaisse la position mat&#233;rielle et morale de la classe ouvri&#232;re anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le plus important de tout ! Chaque centre industriel et commercial d'Angleterre poss&#232;de d&#233;sormais une classe ouvri&#232;re divis&#233;e en deux camps hostiles : les prol&#233;taires anglais et les prol&#233;taires irlandais. Le travailleur anglais ordinaire d&#233;teste le travailleur irlandais, le consid&#233;rant comme un concurrent qui abaisse son niveau de vie. Par rapport &#224; l'ouvrier irlandais, il se consid&#232;re comme un membre de la nation dirigeante et devient par cons&#233;quent un outil des aristocrates et des capitalistes anglais contre l'Irlande, renfor&#231;ant ainsi leur domination sur lui-m&#234;me. Il nourrit des pr&#233;jug&#233;s religieux, sociaux et nationaux contre le travailleur irlandais. Son attitude &#224; son &#233;gard est &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me que celle des &#171; Blancs pauvres &#187; &#224; l'&#233;gard des Noirs dans les anciens &#201;tats esclavagistes des &#201;tats-Unis. L'Irlandais le rembourse avec les int&#233;r&#234;ts de son propre argent. Il voit dans l'ouvrier anglais &#224; la fois le complice et l'instrument stupide des dirigeants anglais en Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet antagonisme est artificiellement entretenu et intensifi&#233; par la presse, la chaire, les journaux comiques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dirigeantes. Cet antagonisme est le secret de l'impuissance de la classe ouvri&#232;re anglaise , malgr&#233; son organisation. C'est le secret gr&#226;ce auquel la classe capitaliste maintient son pouvoir. Et ce dernier en est bien conscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mal ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Cela continue &#224; travers l'oc&#233;an. L'antagonisme entre Anglais et Irlandais est la base cach&#233;e du conflit entre les &#201;tats-Unis et l'Angleterre. Cela rend impossible toute coop&#233;ration honn&#234;te et s&#233;rieuse entre les classes ouvri&#232;res des deux pays. Cela permet aux gouvernements des deux pays, quand ils le jugent opportun, de briser le conflit social par leurs intimidations mutuelles et, en cas de besoin, par la guerre entre les deux pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angleterre, la m&#233;tropole du capital, la puissance qui a jusqu'ici gouvern&#233; le march&#233; mondial, est actuellement le pays le plus important pour la r&#233;volution ouvri&#232;re et, en outre, le seul pays dans lequel les conditions mat&#233;rielles de cette r&#233;volution ont atteint un certain degr&#233; de maturit&#233;. C'est par cons&#233;quent le but le plus important de l'Association internationale des travailleurs de h&#226;ter la r&#233;volution sociale en Angleterre. Le seul moyen de l'acc&#233;l&#233;rer est de rendre l'Irlande ind&#233;pendante. C'est donc la t&#226;che de l'Internationale de mettre partout au premier plan le conflit entre l'Angleterre et l'Irlande et de se ranger partout ouvertement du c&#244;t&#233; de l'Irlande. C'est la t&#226;che particuli&#232;re du Conseil central de Londres de faire comprendre aux ouvriers anglais que pour eux l'&#233;mancipation nationale de l'Irlande n'est pas une question de justice abstraite ou de sentiment humanitaire mais la condition premi&#232;re de leur propre &#233;mancipation sociale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/1870/letters/70_04_09.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/1870/letters/70_04_09.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que fera ensuite la social-d&#233;mocratie, Marx et Engels appellent le mouvement ouvrier des pays riches &#224; se d&#233;solidariser de mani&#232;re r&#233;volutionnaire des int&#233;r&#234;ts de sa propre bourgeoisie qui oppresse les peuples et &#224; se lier au combat de tous les peuples opprim&#233;s sur le terrain national mais, contrairement &#224; ce que fera ensuite le stalinisme, ils l'appellent &#224; le faire non pas sur le terrain du nationalisme mais sur celui de la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme le feront ensuite L&#233;nine et Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Karl Marx et la question nationale irlandaise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La classe ouvri&#232;re anglaise ne va jamais rien accomplir avant qu'elle ne se soit d&#233;barrass&#233;e de l'Irlande. Le levier doit &#234;tre appliqu&#233; en Irlande. C'est pourquoi la question irlandaise est si importante pour le mouvement social en g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KARL MARX, lettre &#224; Engels du 10 d&#233;cembre 1869&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; [&#8230;] la question irlandaise est une question sociale, toute la lutte s&#233;culaire du peuple irlandais contre ses oppresseurs se r&#233;sout, en derni&#232;re analyse dans la lutte pour la ma&#238;trise des ressources vitales, les origines de la production, en Irlande.[&#8230;] Avec cette clef [&#171; clef de l'histoire [&#8230;] expos&#233;e par Karl Marx &#187;] l'histoire irlandaise est une lampe aux pieds [de l'ouvrier irlandais] dans les chemins orageux d'aujourd'hui. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JAMES CONNOLLY in Labour in Irish history&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Donnez-moi deux-cent mille Irlandais et je pourrais renverser la monarchie britannique en son entier. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FRIEDRICH ENGELS, 1843&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une lettre &#224; Engels de1867, Marx &#233;crit que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce que les Anglais ne savent pas d&#233;j&#224;, c'est que depuis 1846 la teneur &#233;conomique et, par cons&#233;quent, le but politique de la domination anglaise en Irlande sont enti&#232;rement entr&#233;s dans une nouvelle phase, et ce, pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de cela, le Fenianisme est caract&#233;ris&#233; par une tendance socialiste (dans un sens n&#233;gatif, dirig&#233; contre l'appropriation de la terre) et en &#233;tant un mouvement des cat&#233;gories les plus humbles. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La question, &#233;crivait-il &#224; Engels, est de savoir ce que nous devons conseiller aux ouvriers. Pour moi, ils doivent inclure dans leur programme l'abrogation de l'Union (&#8230;). C'est la seule forme l&#233;gale de l'&#233;mancipation irlandaise, donc la seule acceptable pour le programme d'un parti anglais. L'exp&#233;rience montrera par la suite si une simple union personnelle entre les deux pays est viable. Je suis &#224; mi-chemin de le croire, &#224; condition que cela se produise &#224; temps. Ce qu'il faut aux Irlandais, c'est :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'autonomie et l'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La r&#233;volution agraire. Les Anglais, avec la meilleure volont&#233;, ne peuvent l'accomplir pour eux, mais ils peuvent leur donner les moyens de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Des droits protecteurs contre l'Angleterre. De 1793 &#224; 1801, toutes les branches de l'industrie irlandaise ont prosp&#233;r&#233;. L'Union, qui fit supprimer les droits protecteurs institu&#233;s autrefois par le Parlement irlandais, a d&#233;sorganis&#233; toute l'activit&#233; industrielle en Irlande (&#8230;). D&#232;s que les Irlandais auront acc&#233;d&#233; &#224; l'ind&#233;pendance, le besoin les forcera &#224; devenir protectionnistes, comme le Canada, l'Australie, etc. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aboutissement du d&#233;bat sur l'Irlande, aliment&#233; par l'exp&#233;rience tir&#233;e de la pratique quotidienne de l'Internationale, se trouve dans la Communication priv&#233;e du 1er janvier 1870 envoy&#233;e &#224; toutes les sections nationales &#224; la suite des d&#233;saccords survenus avec le Conseil f&#233;d&#233;ral de la Suisse romande. C'est un texte d'une grande port&#233;e g&#233;n&#233;rale qui inspira directement L&#233;nine dans l'&#233;laboration de sa r&#233;flexion th&#233;orique sur l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'Angleterre, y &#233;crit Marx, est la forteresse du landlordisme et du capitalisme europ&#233;en, le seul point o&#249; l'on puisse frapper le grand coup contre l'Angleterre officielle est l'Irlande. En premier lieu, l'Irlande est la forteresse du landlordisme anglais, et s'il tombait en Irlande, il tomberait en Angleterre. En Irlande, l'op&#233;ration est cent fois plus facile parce que la lutte &#233;conomique y est concentr&#233;e exclusivement sur la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, parce que cette lutte y est en m&#234;me temps nationale et parce que le peuple y est plus r&#233;volutionnaire et plus exasp&#233;r&#233; qu'en Angleterre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Communication exprimait ensuite l'opinion que la fin de l'Union forc&#233;e entre les deux pays provoquerait en Irlande une r&#233;volution sociale aux formes arri&#233;r&#233;es, ce qui affaiblirait non seulement les propri&#233;taires fonciers britanniques, mais encore la bourgeoisie. Celle-ci n'a pas seulement exploit&#233; la mis&#232;re irlandaise pour rabaisser par l'&#233;migration forc&#233;e des Irlandais pauvres la classe ouvri&#232;re en Angleterre, mais elle a en outre divis&#233; le prol&#233;tariat en deux camps hostiles (&#8230;). L'ouvrier anglais vulgaire hait l'ouvrier irlandais comme un comp&#233;titeur qui d&#233;pr&#233;cie les salaires, le standard of living (&#8230;). Cet antagonisme parmi les prol&#233;taires de l'Angleterre est nourri et entretenu par la bourgeoisie, qui se dit que cette scission est le v&#233;ritable secret du maintien de son pouvoir. &#187; (30 novembre 1867, Marx &#224; Engels)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier aspect de la situation soulign&#233; par la Communication : le lien entre le militarisme et l'oppression sociale d'une part, l'exploitation et l'&#233;crasement de la r&#233;volte irlandaise d'autre part : &#171; L'Irlande est le seul pr&#233;texte pour entretenir une grande arm&#233;e permanente qui en cas de besoin est lanc&#233;e, comme cela s'est vu, sur les ouvriers anglais apr&#232;s avoir fait ses &#233;tudes soldatesques en Irlande. Enfin, ce que nous a montr&#233; l'ancienne Rome sur une &#233;chelle monstrueuse se r&#233;p&#232;te en Angleterre de nos jours. Le peuple qui subjugue un autre peuple se forge ses propres cha&#238;nes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de &#171; pousser la r&#233;volution sociale &#187; en Angleterre, il n'y avait pas de meilleur moyen que de &#171; frapper un grand coup en Irlande &#187; et, abstraction faite de toute &#171; justice internationale &#187;, c'&#233;tait &#171; une condition pr&#233;liminaire de l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re anglaise de transformer la pr&#233;sente Union forc&#233;e (c'est-&#224;-dire l'esclavage de l'Irlande) en conf&#233;d&#233;ration libre et &#233;gale s'il se peut, en s&#233;paration compl&#232;te, s'il le faut &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx affirmera ainsi dans un discours devant les repr&#233;sentants de l'Internationale que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La question irlandaise est [&#8230;] non seulement une question de nationalit&#233; mais aussi une question de terre et d'existence. Ruine ou r&#233;volution est le mot d'ordre ; tous les Irlandais sont convaincus que si tout doit [finalement] arriver, cela doit arriver rapidement. &#187;&lt;/i&gt; (Le 16 d&#233;cembre 1867)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#224; Londres &#233;crit le 29 novembre 1869 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) Je suis de plus en plus arriv&#233; &#224; la conviction, et il ne s'agit que d'inculquer cette id&#233;e &#224; la classe ouvri&#232;re anglaise, qu'elle ne pourra jamais rien faire de d&#233;cisif, ici en Angleterre tant qu'elle ne rompra pas de la fa&#231;on la plus nette, dans sa politique irlandaise, avec la politique des classes dominantes ; tant qu'elle ne fera pas, non seulement cause commune avec les Irlandais, mais encore tant qu'elle ne prendra pas l'initiative de dissoudre l'Union d&#233;cid&#233;e en 1801 pour la remplacer par des liens f&#233;d&#233;raux librement consentis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pratiquer cette politique en en faisant non une question de sympathie pour l'Irlande, mais une revendication qui se fonde sur l'int&#233;r&#234;t m&#234;me du prol&#233;tariat anglais. Sinon le peuple anglais continuera &#224; &#234;tre tenu en lisi&#232;re par ses classes dirigeantes parce qu'il est contraint de faire front commun avec elles contre l'Irlande. Tout mouvement populaire en Angleterre m&#234;me est paralys&#233; par le diff&#233;rend avec les Irlandais qui forment, en Angleterre, une fraction tr&#232;s importante de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re condition de l'&#233;mancipation ici, le renversement de l'oligarchie fonci&#232;re, reste impossible &#224; r&#233;aliser, car on ne pourra emporter la place ici tant que les propri&#233;taires fonciers maintiendront en Irlande leurs avant-postes fortement retranch&#233;s. En Irlande par contre, d&#232;s que la cause du peuple irlandais reposera entre ses propres mains, d&#232;s qu'il sera devenu son propre l&#233;gislateur et qu'il se gouvernera lui-m&#234;me, d&#232;s qu'il jouira de son autonomie, l'an&#233;antissement de l'aristocratie fonci&#232;re (en grande partie les m&#234;mes personnes que les landlords anglais) deviendra infiniment plus facile qu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'en Irlande le probl&#232;me n'est pas seulement d'ordre &#233;conomique, c'est en m&#234;me temps une question nationale, car les landlords en Irlande ne sont pas, comme en Angleterre, les dignitaires et les repr&#233;sentants traditionnels de la nation, mais ses oppresseurs ex&#233;cr&#233;s. Et ce n'est pas seulement l'&#233;volution sociale int&#233;rieure de l'Angleterre qui est paralys&#233;e par les rapports actuels avec l'Irlande, mais encore sa politique ext&#233;rieure et notamment sa politique envers la Russie et les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme c'est incontestablement la classe ouvri&#232;re anglaise qui constitue le poids le plus important dans la balance de l'&#233;mancipation sociale, c'est ici qu'il nous faut agir. En r&#233;alit&#233;, la R&#233;publique anglaise sous Cromwell a &#233;chou&#233; &#224; cause&#8230; de l'Irlande. Non bis in idem [Que cela ne se r&#233;p&#232;te pas] ! Les Irlandais ont jou&#233; un bien joli tour au gouvernement anglais en &#233;lisant membre du Parlement le convict felon [for&#231;at condamn&#233;] O'Donovan Rossa. D&#233;j&#224; les journaux gouvernementaux agitent la menace d'une nouvelle suspension de l'Habeas corpus act, d'une nouvelle terreur ! En fait, l'Angleterre n'a jamais gouvern&#233; l'Irlande qu'en employant la terreur la plus odieuse et la corruption la plus d&#233;testable et, tant que subsisteront les relations actuelles, elle ne pourra jamais la gouverner autrement. (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il est de l'int&#233;r&#234;t direct et absolu de la classe ouvri&#232;re anglaise de se d&#233;barrasser de [sa] connexion actuelle avec l'Irlande. [&#8230;] &lt;br class='autobr' /&gt;
La classe ouvri&#232;re anglaise ne va jamais rien accomplir avant qu'elle ne se soit d&#233;barrass&#233;e de l'Irlande. Le levier doit &#234;tre appliqu&#233; en Irlande. C'est pourquoi la question irlandaise est si importante pour le mouvement social en g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(lettre de Marx &#224; Engels de d&#233;cembre 1869)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &#171; Communication confidentielle &#187; du 28 mars 1870, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le landlordisme anglais ne perdrait pas seulement une grande source de ses richesses, mais encore sa plus grande force morale, c'est-&#224;-dire celle de repr&#233;senter a domination de l'Angleterre sur l'Irlande. De l'autre c&#244;t&#233;, en maintenant le pouvoir de ses landlords en Irlande, le prol&#233;tariat anglais les rend invuln&#233;rables dans l'Angleterre elle-m&#234;me. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc062.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite : L'Internationale et un pays d&#233;pendant, l'Irlande&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans la lettre &#224; Siegfried Vogt et August Mayer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Par rapport &#224; l'ouvrier irlandais, il [l'ouvrier anglais] se sent membre de la nation&lt;br class='autobr' /&gt;
dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l'Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-m&#234;me. Il se berce de pr&#233;jug&#233;s religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte &#224; peu pr&#232;s comme les blancs pauvres vis-&#224;-vis des n&#232;gres dans les anciens &#201;tats esclavagistes des &#201;tats-Unis. L'Irlandais lui rend avec int&#233;r&#234;t la monnaie de sa pi&#232;ce. Il voit dans l'ouvrier anglais &#224; la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels ont soutenu le mouvement des Fenians, dans l'espoir de le ramener vers les id&#233;es du socialisme, mais c'&#233;tait un soutien s&#233;v&#232;rement critique. Marx et Engels fustigeaient l'&#233;troitesse nationaliste des dirigeants de ce mouvement, et d&#233;non&#231;aient sans d&#233;tour leurs activit&#233;s terroristes, comme par exemple l'attentat de Clerkenwell (1867). Cet attentat a d&#233;clench&#233; une vague de sentiments anti-irlandais chez les travailleurs britanniques. Marx &#233;crivait &#224; Engels : &#171; Le dernier exploit des Fenians est une affaire stupide. Les masses londoniennes, qui ont fait preuve de grande sympathie &#224; l'&#233;gard de la cause irlandaise, en seront furieuses. On ne peut pas attendre des prol&#233;taires de Londres qu'ils acceptent de se faire exploser en l'honneur des &#233;missaires des Fenians. &#187; Engels a vigoureusement d&#233;nonc&#233; la futilit&#233; du terrorisme individuel de ce genre &#8211; &#171; l'&#339;uvre de sp&#233;cialistes fanatis&#233;s &#187; &#8211; et ridiculisait &#171; l'id&#233;e que l'on peut lib&#233;rer l'Irlande en incendiant la boutique d'un tailleur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Le mouvement est d&#233;crit ailleurs par Engels comme une &#171; secte &#187; dont les leaders &#171; sont pour la plupart des &#226;nes, certains m&#234;me des exploiteurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, Marx et Engels soutiennent cependant le mouvement Fenian. Ils le font car ils ressentent dans la vie politique et les luttes sociales et nationales de cette &#171; premi&#232;re colonie &#187; les premi&#232;res manifestations de contradictions coloniales que l'on retrouvera dans les luttes d'ind&#233;pendance du XXe si&#232;cle. Ainsi, Marx fit adopter quelques r&#233;solutions par l'Association Internationale des Travailleurs en faveur de la cause nationale irlandaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Principal obstacle &#224; l'av&#232;nement en Angleterre d'un parti ouvrier r&#233;volutionnaire, auquel les deux th&#233;oriciens avaient assign&#233; le r&#244;le dirigeant de leur strat&#233;gie politique, la question irlandaise se devait donc d'&#234;tre r&#233;gl&#233;e, selon eux, &#224; la faveur de l'ind&#233;pendance nationale de l'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-5-f.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La situation en Irlande en 1867&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/engels/works/1845/03/fe_18450315_4.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Engels &#8211; L'immigration irlandaise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/marx/works/00/kug/km_kug_18680406.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lettre de Marx - 6 avril 1868&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/marx/works/00/kug/km_kug_18691129.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lettre de Marx - 29 novembre 1869&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/07/19160700k.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine et la question irlandaise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/07/19160700h.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine et le droit des nations&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1916/07/lt_19160704.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trotsky et Dublin 1916&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/archive/connolly/1916/02/fronta.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;James Connolly - Notes on the Front&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/archive/connolly/1897/xx/scirenat.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;James Connolly - Socialism and Irish Nationalism&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2591&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2591&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>James Connolly : Vive l'armement du peuple travailleur</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6959</link>
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		<dc:date>2023-05-24T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Irlande</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Angleterre Great Britain</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avertissement : &#224; entendre les partis, les associations et les syndicats de la gauche &#224; l'extr&#234;me gauche opportuniste, l'armement du prol&#233;tariat n'est plus du tout &#224; l'ordre du jour. Bien au contraire, devant l'effondrement du syst&#232;me et les menaces violentes qu'elle entra&#238;ne, il devient urgent qu'elle redevienne la t&#226;che de l'heure &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire encore : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 &lt;br class='autobr' /&gt;
2 &lt;br class='autobr' /&gt;
3 &lt;br class='autobr' /&gt;
4 &lt;br class='autobr' /&gt;
5 &lt;br class='autobr' /&gt;
6 &lt;br class='autobr' /&gt;
James Connolly : Vive l'armement du peuple travailleur &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 26 ao&#251;t 1913 &#233;clate une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Dublin men&#233;e par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot107" rel="tag"&gt;Irlande&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot115" rel="tag"&gt;Angleterre Great Britain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avertissement : &#224; entendre les partis, les associations et les syndicats de la gauche &#224; l'extr&#234;me gauche opportuniste, l'armement du prol&#233;tariat n'est plus du tout &#224; l'ordre du jour. Bien au contraire, devant l'effondrement du syst&#232;me et les menaces violentes qu'elle entra&#238;ne, il devient urgent qu'elle redevienne la t&#226;che de l'heure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?q=connolly+++site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;hl=fr&amp;ei=vHs1Y7m5G4rCa8DjttAH&amp;ved=0ahUKEwi5h8G67bn6AhUK4RoKHcCxDXoQ4dUDCBg&amp;uact=5&amp;oq=connolly+++site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;gs_lcp=Cgdnd3Mtd2l6EANKBAhBGAFKBAhGGABQ9wdY9wdgpA5oAXAAeACAASSIASSSAQExmAEAoAEBwAEB&amp;sclient=gws-wiz&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6275&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1905/07/vil19050710.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/11/tract_110844.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530b.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/05/vil19170503a.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;James Connolly : Vive l'armement du peuple travailleur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 26 ao&#251;t 1913 &#233;clate une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Dublin men&#233;e par l'Irish Transport and General Workers' Union (ITGWU), un syndicat dirig&#233; par James Connolly, &#224; la suite d'un conflit &#224; la compagnie des tramways. &#192; la suite de la r&#233;pression du mouvement qui dure jusqu'en f&#233;vrier 1914, est fond&#233;e l'ICA avec comme double-but de prot&#233;ger le mouvement ouvrier et de pr&#233;parer la r&#233;volution socialiste et nationale1. La milice tient ses locaux au Liberty Hall le quartier g&#233;n&#233;ral de l'ITGWU. L&#233;nine l'appelle alors &#171; la premi&#232;re Arm&#233;e rouge d'Europe &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La direction de l'ICA est confi&#233;e au capitaine protestant Jack White puis &#224; la comtesse Constance Markiewicz1. Pour pr&#233;server le caract&#232;re ouvrier du mouvement, Connolly refuse sa fusion avec les Irish Volunteers. En 1914, l'ICA ainsi que l'ITGWU se positionnent contre &#171; la guerre imp&#233;rialiste &#187;1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 avril 1916, 200 membres de l'ICA participent au c&#244;t&#233; de 550 Irish Volunteers &#224; l'Insurrection de P&#226;ques et d&#233;clarent l'ind&#233;pendance de la R&#233;publique irlandaise. La r&#233;bellion est vite &#233;cras&#233;e par l'arm&#233;e britannique, mais Connolly, fusill&#233; le 12 mai, a, pendant les combats, pr&#233;dit le futur de l'organisation : &#171; Vous n'&#234;tes plus les Volunteers ou la Citizen Army ; il n'y a plus qu'une seule arm&#233;e, l'Irish Republican Army. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'arm&#233;e citoyenne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1915)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Connolly&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Irish Citizen Army a &#233;t&#233; fond&#233;e pendant le grand lock-out de Dublin de 1913-14, dans le but de prot&#233;ger la classe ouvri&#232;re et de pr&#233;server son droit de r&#233;union publique et d'association libre. Les rues de Dublin avaient &#233;t&#233; couvertes par les corps d'hommes, de femmes, de gar&#231;ons et de filles sans d&#233;fense brutalement matraqu&#233;s par les brutes en uniforme du gouvernement britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois hommes avaient &#233;t&#233; tu&#233;s et une jeune fille irlandaise assassin&#233;e par un briseur de gr&#232;ve, et rien n'a &#233;t&#233; fait pour traduire les assassins en justice. Alors puisque la justice n'existait pas pour nous, puisque la loi au lieu de prot&#233;ger les droits des travailleurs &#233;tait un ennemi d&#233;clar&#233;, et puisque les forces arm&#233;es de la Couronne &#233;taient sans r&#233;serve &#224; la disposition des ennemis du travail, il fut r&#233;solu de cr&#233;er notre propre arm&#233;e pour garantir nos droits, pour prot&#233;ger nos membres et pour &#234;tre la garantie de notre libre progression.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'arm&#233;e citoyenne irlandaise a &#233;t&#233; la premi&#232;re force citoyenne arm&#233;e publiquement organis&#233;e au sud de la Boyne. Sa constitution engageait et engage encore ses membres &#224; travailler pour une R&#233;publique irlandaise et pour l'&#233;mancipation du travail. Elle a toujours &#233;t&#233; au premier plan de tout travail national et, sans jamais n&#233;gliger sa fonction particuli&#232;re, a toujours &#233;t&#233; &#224; la disposition des forces de nationalit&#233; irlandaise pour les fins communes &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son influence et sa pr&#233;sence ont maintenu la paix dans toutes les assembl&#233;es ouvri&#232;res depuis sa fondation, et la connaissance de son existence et de l'esprit de ses membres a contribu&#233; &#224; emp&#234;cher les patrons et le gouvernement d'aller &#224; l'extr&#234;me contre les syndicats en lutte. Il a, dans un sens v&#233;ritable et r&#233;el, ajout&#233; de nombreux shillings par semaine au salaire des membres du syndicat, car lui et lui seul a emp&#234;ch&#233; le gouvernement de faire &#224; Dublin ce qu'il a fait &#224; Barry, &#224; savoir envoyer des soldats pour faire le travail des dockers. lors d'une gr&#232;ve. Au niveau national, il a fait beaucoup plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la grande trahison a &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233;e contre l'Irlande, et que John Redmond et ses partisans, aid&#233;s par toute la presse capitaliste du pays, se sont joints &#224; un complot visant &#224; pr&#233;cipiter les jeunes hommes d'Irlande dans les rangs de l'arm&#233;e britannique, le premier coup &#233;mouvant a frapp&#233; contre cette trahison &#233;tait la r&#233;union historique &#224; Stephen's Green la nuit du fiasco de Redmond's Mansion House.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui a pris le terrain cette nuit-l&#224; malgr&#233; les bataillons massifs de l'arm&#233;e britannique, attendant le mot dans chaque caserne de Dublin ? C'est l'Irish Citizen Army qui a saut&#233; dans la br&#232;che et, par sa pr&#233;sence intr&#233;pide, a redonn&#233; courage et espoir au peuple constern&#233; et trahi d'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le premier ordre d'expulsion a &#233;t&#233; d&#233;livr&#233; &#224; la premi&#232;re victime, le capitaine Robert Monteith, qui a saut&#233; aux armes et a invit&#233; les habitants de Dublin &#224; lancer leur d&#233;fi aux dents du gouvernement ? Qui s'est ralli&#233; au meeting malgr&#233; les torrents de pluie, et face &#224; la d&#233;monstration ouverte de force arm&#233;e de la garnison de Dublin ? Encore une fois, c'&#233;tait l'Irish Citizen Army.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui, &#224; chaque occasion o&#249; l'ennemi a port&#233; son coup &#224; ceux qui d&#233;fendaient la libert&#233;, s'est jamais pr&#233;cipit&#233; aux c&#244;t&#233;s des victimes en d&#233;clarant que leur cause &#233;tait la sienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ARM&#201;E CITOYENNE IRLANDAISE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui, lorsque la r&#233;union de protestation s'est tenue dans le parc Phoenix sous la direction du comit&#233; des volontaires, &#233;tait le seul corps arm&#233; &#224; y assister et &#224; d&#233;clarer son adh&#233;sion &#224; la cause de leurs fr&#232;res d'armes emprisonn&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ARM&#201;E CITOYENNE IRLANDAISE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une organisation arm&#233;e de la classe ouvri&#232;re irlandaise est un ph&#233;nom&#232;ne en Irlande. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, les ouvriers d'Irlande ont combattu en tant que membres des arm&#233;es dirig&#233;es par leurs ma&#238;tres, jamais en tant que membres d'une arm&#233;e dirig&#233;e, entra&#238;n&#233;e et inspir&#233;e par des hommes de leur propre classe. Maintenant, les armes &#224; la main, ils proposent de suivre leur propre voie, de se tailler leur propre avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni le Home Rule, ni l'absence de Home Rule ne les feront d&#233;poser les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit pour d'autres, pour nous de l'arm&#233;e citoyenne, il n'y a qu'un id&#233;al - une Irlande gouvern&#233;e et poss&#233;d&#233;e par des hommes et des femmes irlandais, souveraine et ind&#233;pendante du centre &#224; la mer, et arborant son propre drapeau vers l'ext&#233;rieur. les oc&#233;ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne pouvons pas &#234;tre d&#233;tourn&#233;s de notre cours par des mots mielleux, endormis dans l'insouciance par la libert&#233; de parader et de se pavaner en uniforme, ni trahis par des phrases retentissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Irish Citizen Army ne coop&#233;rera qu'&#224; un mouvement vers l'avant. Au moment o&#249; le mouvement vers l'avant cesse, il se r&#233;serve le droit de sortir de l'alignement, et d'avancer par lui-m&#234;me s'il le faut, dans un effort pour planter l'&#233;tendard de la libert&#233; d'aller plus loin vers son but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recrutement de l'arm&#233;e citoyenne irlandaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande section a &#233;t&#233; form&#233;e pour l'exercice militaire, et chaque jour les hommes sont instruits d'exercices militaires. Nous devenons ainsi rapidement le corps d'hommes le mieux form&#233; d'Irlande. Pendant un certain temps, il a &#233;t&#233; difficile de former nos hommes, car le travail &#224; quai occupait les hommes toujours le soir, mais les employeurs nous aident gentiment &#224; surmonter cette difficult&#233;. Compagnie apr&#232;s compagnie verrouille ses hommes, puis nous les emmenons &#224; Liberty Hall et profitons de l'occasion pour les entra&#238;ner et les entra&#238;ner. Lorsque chaque diff&#233;rend est r&#233;gl&#233;, cette &#233;quipe d'hommes retourne au travail, et une autre &#233;quipe est mise en lock-out, et nous avons la possibilit&#233; de les former.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, tout le quai est en train d'&#234;tre for&#233;, et l'Irish Citizen Army a une plus grande r&#233;serve de combattants for&#233;s que n'importe quelle force &#224; Dublin. C'est un super jeu ! Et tous ces hommes sont pr&#234;ts &#224; se battre &#8211; en Irlande. Ce n'est peut-&#234;tre pas ce que visent les employeurs. Peut-&#234;tre. Mais chaque instructeur de mousqueterie peut vous dire que les gens frappent souvent ce qu'ils n'ont pas vis&#233;. Le grand danger est que la dispute soit termin&#233;e avant que les hommes ne soient compl&#232;tement entra&#238;n&#233;s. Et quand ce sera fini, les hommes reprendront le travail aux m&#234;mes taux de r&#233;mun&#233;ration que leurs fr&#232;res ont &#233;t&#233; conc&#233;d&#233;s. Et pas un centime de moins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le r&#244;le de la classe ouvri&#232;re dans l'histoire de l'Irlande</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6435</link>
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		<dc:date>2022-09-28T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Irlande</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;James Connolly &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le de la classe ouvri&#232;re dans l'histoire de l'Irlande &lt;br class='autobr' /&gt;
1910 &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant-propos de l'Auteur &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Mrs Stopford Green, dans son remarquable ouvrage, &#8216;The Making of Ireland and its Undoing' [&#8216;Formation et destruction de l'Irlande'], qui est &#224; notre connaissance la seule &#233;tude sur l'histoire de l'Irlande &#224; appliquer des m&#233;thodes scientifiques modernes, la dispersion du peuple irlandais sous Henry VIII et Elizabeth a entra&#238;n&#233; la destruction de la culture traditionnelle, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;James Connolly
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la classe ouvri&#232;re dans l'histoire de l'Irlande&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1910&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant-propos de l'Auteur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Mrs Stopford Green, dans son remarquable ouvrage, &#8216;The Making of Ireland and its Undoing' [&#8216;Formation et destruction de l'Irlande'], qui est &#224; notre connaissance la seule &#233;tude sur l'histoire de l'Irlande &#224; appliquer des m&#233;thodes scientifiques modernes, la dispersion du peuple irlandais sous Henry VIII et Elizabeth a entra&#238;n&#233; la destruction de la culture traditionnelle, c'est-&#224;-dire la rupture avec la coutume et le droit ga&#233;liques. Selon l'auteur, les Irlandais qui avaient fait leurs &#233;tudes &#224; l'&#233;tranger se d&#233;tachaient des traditions de l'ancienne Erin, et tombaient dans une ignorance telle qu'ils ne comprenaient plus ni l'esprit du Code de Brehon [1] ni l'ordre social dont il &#233;tait l'expression juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils soutenaient, &#233;crit-elle, la th&#232;se si contraire &#224; la loi imm&#233;moriale de l'Irlande, que seuls des h&#233;r&#233;tiques avaient pu concocter dans leurs marmites inf&#226;mes, cette id&#233;e que le peuple a le droit d'&#233;lire ses chefs et de conf&#233;rer &#224; qui il veut l'autorit&#233; supr&#234;me. &#187; En d'autres termes, les Irlandais modernes, form&#233;s selon des principes d'&#233;ducation &#233;trangers, avaient adopt&#233; le syst&#232;me f&#233;odalo-capitaliste instaur&#233; par l'Angleterre en Irlande et ils cherchaient &#224; le faire accepter par les Irlandais ga&#233;liques. La d&#233;composition des clans, achev&#233;e par Cromwell, consomma en d&#233;finitive la ruine de l'Irlande ga&#233;lique. D&#233;sormais, en mati&#232;re d'&#233;ducation sup&#233;rieure des Irlandais, ce fut l'&#233;tranger qui fournit le mod&#232;le, l'&#233;tranger qui donna le ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, la culture ga&#233;lique des chefs de clans fut brutalement d&#233;truite au XVIIe si&#232;cle et remplac&#233;e par les m&#233;thodes &#233;ducatives des despotes europ&#233;ens du continent. On les inculqua aux &#233;tudiants irlandais, qu'on renvoya ensuite dans leur pays pour pr&#234;cher la croyance fanatique dans les pr&#233;rogatives royales et f&#233;odales, croyance aussi &#233;trang&#232;re au g&#233;nie ga&#233;lique que les ma&#238;tres anglais sur le sol de l'Irlande. Quel &#233;clairage cela jette-t-il sur l'histoire irlandaise des XVIIe, XVIIIe et XIXe si&#232;cles ! Quelle belle d&#233;monstration sur l'origine r&#233;elle de cette pr&#233;tendue &#171; v&#233;n&#233;ration des Irlandais pour l'aristocratie, &#187; que d&#233;crivent avec tant d'&#233;loquence les litt&#233;rateurs charlatans de la bourgeoisie irlandaise ! On s'aper&#231;oit que cette v&#233;n&#233;ration est tout aussi exotique, tout aussi import&#233;e, que la caste aristocratique qui en est l'objet. L'une et l'autre ont &#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &#8230; d'immondes fleurs &#233;trang&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'on fit pousser ici pour empoisonner nos plaines. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet insidieux mensonge sur l'attirance des Irlandais pour l'aristocratie s'est profond&#233;ment enracin&#233; dans l'id&#233;ologie. Il faudra beaucoup de temps pour l'extirper de la t&#234;te des gens ou pour leur faire prendre conscience que c'est toute l'interpr&#233;tation classique de ces deux cents derni&#232;res ann&#233;es d'histoire irlandaise qui constitue une trahison et un abandon de nos meilleures traditions populaires. C'est l&#224; un probl&#232;me qu'il nous faut examiner de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un cours d'eau ne peut na&#238;tre plus haut que sa source, une litt&#233;rature nationale ne peut devancer l'&#233;tat des m&#339;urs d'une soci&#233;t&#233; dans laquelle elle puise son inspiration. Si nous voulons comprendre la litt&#233;rature nationale d'un peuple, il nous faut &#233;tudier ses structures sociales et politiques, sans jamais perdre de vue que ses &#233;crivains en sont le produit et que ce qu'ont enfant&#233; leurs cerveaux a &#233;t&#233; con&#231;u et mis au monde dans des conditions historiques d&#233;termin&#233;es. D&#233;poss&#233;d&#233;e de son ancien syst&#232;me social, l'Irlande a &#233;t&#233; du m&#234;me coup d&#233;poss&#233;d&#233;e de sa langue nationale, par laquelle se transmettait la culture de ses couches dirigeantes. Cette double perte provoqua l'arr&#234;t prolong&#233; du d&#233;veloppement social, national et culturel du pays. Dans les derni&#232;res ann&#233;es du XVIIe si&#232;cle, pendant tout le XVIIIe et la majeure partie du XIXe, les Irlandais sont devenus, socialement et politiquement, les ilotes de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysan irlandais, qui avait &#233;t&#233; un homme libre du clan, poss&#233;dant ses terres tribales et exer&#231;ant un pouvoir collectif avec ses compagnons, fut r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de simple occupant pr&#233;caire [2] menac&#233; par l'expulsion, le d&#233;shonneur, l'ignominie et soumis &#224; un propri&#233;taire priv&#233; qui n'avait de comptes &#224; rendre &#224; personne. Politiquement, il n'avait pas d'existence ; juridiquement, il n'avait aucun droit ; intellectuellement, submerg&#233; par le poids de sa d&#233;ch&#233;ance sociale, il c&#233;dait &#224; l'emprise avilissante de la pauvret&#233;. Vaincu par la conqu&#234;te, il subissait toutes les terribles cons&#233;quences de la d&#233;faite, sous la domination d'une classe dirigeante et d'une nation qui ont toujours suivi le vieux pr&#233;cepte des Romains :&#171; Malheur au vaincu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ajouter &#224; son humiliation, ceux de son nom, ceux de son peuple, qui avaient trouv&#233; moyen d'&#233;chapper &#224; la ruine g&#233;n&#233;rale et qui avaient pu envoyer leurs enfants s'instruire &#224; l'&#233;tranger, d&#233;couvraient que ces &#171; wild geese &#187; [3], qui &#233;taient partis vers la France, l'Italie ou l'Espagne pleins de haine pour la Couronne d'Angleterre et la cohorte de landlords anglais install&#233;s en Irlande, revenaient au pays transform&#233;s en partisans catholiques d'un pr&#233;tendant au tr&#244;ne d'Angleterre. Ils usaient de tout le prestige de leur &#233;ducation &#233;trang&#232;re pour discr&#233;diter l'id&#233;al ga&#233;lique d'&#233;galit&#233; et de d&#233;mocratie et pour distiller en &#233;change dans l'esprit de la jeune g&#233;n&#233;ration les id&#233;es f&#233;odales du droit divin des rois &#224; r&#233;gner et des sujets &#224; ob&#233;ir aveugl&#233;ment. Les &#233;tudiants irlandais des universit&#233;s du continent ont &#233;t&#233; les premiers fruits d'un plan que la Papaut&#233; continue de mettre en &#339;uvre avec son habilet&#233; coutumi&#232;re et une pers&#233;v&#233;rance indiff&#233;rente aux si&#232;cles qui s'&#233;coulent : consid&#233;rer l'Irlande catholique comme un simple instrument de reconqu&#234;te spirituelle de l'Angleterre au catholicisme. Au XVIIIe si&#232;cle, c'est en Irlande que ce plan a accompli son &#339;uvre la plus meurtri&#232;re. Sans doute n'est-il pas parvenu &#224; entra&#238;ner un seul travailleur irlandais des villes ou des campagnes dans la lutte pour la cause des Stuart, au temps des R&#233;voltes &#233;cossaises de 1715 et 1745 [4] mais, malgr&#233; cet &#233;chec pitoyable, il les a emp&#234;ch&#233;s de d&#233;fendre leur propre cause ou de tirer parti des querelles intestines de leurs ennemis. Il a fait pire. Il a tu&#233; l'Irlande ga&#233;lique : un Catholique parlant irlandais ne pouvait servir de missionnaire du catholicisme en Angleterre, et un paysan irlandais attach&#233; &#224; la langue de ses anc&#234;tres risquait de tenir tout autant aux principes qui avaient r&#233;gi la soci&#233;t&#233; et la civilisation o&#249; ils avaient v&#233;cu et prosp&#233;r&#233; pendant de longues ann&#233;es. De tels principes &#233;taient d&#233;testables pour les collateurs fran&#231;ais, espagnols ou pontificaux des coll&#232;ges irlandais du continent, plus d&#233;testables que pour les monarques anglais eux-m&#234;mes. De sorte que les pauvres Irlandais &#233;taient non seulement des parias dans le syst&#232;me social de leur &#233;poque, mais ils perdaient encore tout espoir de voir rena&#238;tre et revivre leur culture gr&#226;ce aux succ&#232;s de leurs enfants. A leurs enfants, on enseignait le m&#233;pris de la langue et des traditions paternelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature irlandaise de langue anglaise est n&#233;e &#224; cette &#233;poque, o&#249; le paysan irlandais, r&#233;duit au dernier degr&#233; de l'oppression, pouvait tout au plus esp&#233;rer qu'on ait piti&#233; de lui comme on a piti&#233; d'un animal. Elle n'&#233;tait pas &#233;crite pour les Irlandais comme l'aurait &#233;t&#233; une v&#233;ritable litt&#233;rature nationale ; elle &#233;tait &#233;crite par des Irlandais, elle les prenait pour th&#232;me, mais elle &#233;tait destin&#233;e aux Anglais et aux Anglo-Irlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui permet de dire que, dans la litt&#233;rature anglaise, l'Irlandais est apparu avec l'excuse aux l&#232;vres. Ses cr&#233;ateurs n'avaient aucune id&#233;e de ce qu'avait &#233;t&#233; l'Irlandais libre et ind&#233;pendant de l'Irlande ga&#233;lique, mais ils connaissaient fort bien l'Irlandais vaincu, vol&#233;, asservi, abruti, corrompu, qu'avait engendr&#233; la domination de g&#233;n&#233;rations de landlords et de capitalistes. Celui-l&#224;, ils l'avaient bien rep&#233;r&#233; et ils l'exhibaient &#224; la face du monde en demandant aux autres nations de voir en lui le type m&#234;me de l'Irlandais authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rampait-il devant un repr&#233;sentant du pouvoir royal, en un mouvement de soumission abjecte, n&#233; de cent ans de proscription politique et de dressage aux id&#233;es &#233;trang&#232;res, on pr&#233;sentait fi&#232;rement sa bassesse comme l'exemple de &#171; l'antique fid&#233;lit&#233; celte &#224; la monarchie h&#233;r&#233;ditaire &#187;. Le souvenir des &#233;ternelles famines, des expulsions, des emprisonnements, des pendaisons, de l'occupation pr&#233;caire de la terre, venait-il lui embrumer le cerveau et le pousser &#224; s'humilier devant la classe sup&#233;rieure ou &#224; s'attacher comme un chien au destin d'un de ses membres, on citait sa flagornerie comme une manifestation de &#171; l'antique v&#233;n&#233;ration irlandaise pour l'aristocratie &#187;. La pr&#233;carit&#233; permanente de son existence engendrait-elle en lui, dans un syst&#232;me o&#249; la terre c'est la vie, le d&#233;sir forcen&#233; de poss&#233;der un lopin pour assurer la subsistance des siens, on claironnait aussit&#244;t, triomphalement, que cette faim de terre, toute r&#233;cente, &#233;tait la preuve de &#171; l'attachement irlandais au principe de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#187;. Qu'il soit bien entendu que nous ne parlons pas des Anglais qui calomnient les Irlandais, mais des Irlandais qui distribuent ce genre d'&#233;loges &#224; leur propre peuple. Les calomniateurs anglais n'ont jamais fait autant de mal que ces pr&#233;tendus peintres de la personnalit&#233; irlandaise. C'est &#224; la face du monde que les Anglais rabaissaient les Irlandais, tandis que les professeurs et &#233;crivains de la bourgeoisie irlandaise les rabaissaient &#224; leurs propres yeux, donnant pour des vertus typiquement irlandaises les vices les plus ignobles engendr&#233;s par des g&#233;n&#233;rations de servitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, chaque fois qu'un paysan, ou un ouvrier, ou un artisan irlandais, se liguait avec ses compagnons pour lutter contre ses oppresseurs et d&#233;fendre son droit de vivre sur la terre de ses anc&#234;tres, les classes &#171; respectables &#187;, toutes imbues d'id&#233;es &#233;trang&#232;res, d&#233;ploraient publiquement son action et l'attribuaient en douce &#171; aux cons&#233;quences f&#226;cheuses des erreurs de l'administration anglaise &#224; l'&#233;gard de la personnalit&#233; irlandaise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand par hasard un Irlandais, rejetant toutes les traditions de son peuple, se mettait &#224; marcher sur la t&#234;te de ses compatriotes pour devenir riche ou puissant, on donnait sa vie en exemple de ce dont &#233;taient capables les Irlandais favoris&#233;s par la naissance ou par les circonstances. On peut dire que les dix-septi&#232;me, dix-huiti&#232;me et dix-neuvi&#232;me si&#232;cles ont &#233;t&#233; le chemin de croix du peuple irlandais. Le Ga&#235;l originel disparut et, &#224; sa place, les politiciens bourgeois, les capitalistes et les pr&#234;tres s'efforc&#232;rent de fabriquer un Irlandais hybride, contraint d'assimiler un syst&#232;me social, une langue, une personnalit&#233;, qui lui &#233;taient &#233;trangers. L'assimilation du syst&#232;me social et de la langue fut h&#233;las un succ&#232;s, un tel succ&#232;s que, de nos jours, la majorit&#233; des Irlandais ignorent que leurs anc&#234;tres ont pu conna&#238;tre un autre r&#233;gime de propri&#233;t&#233;, et qu'ils ont, dans leur propre pays, toutes les peines du monde &#224; se d&#233;brouiller dans leur langue maternelle, qu'ils parlent avec l'accent h&#233;sitant des &#233;trangers. Par bonheur, la personnalit&#233; nationale a &#233;t&#233; trop difficile &#224; fa&#231;onner aux moules respectables de l'&#233;tranger. Ce refus de c&#233;der &#224; l'&#233;treinte mortelle du conformisme capitaliste anglais a d&#233;j&#224; provoqu&#233; un retour &#224; la langue ga&#233;lique et va vraisemblablement faire aussi red&#233;couvrir et r&#233;&#233;valuer le syst&#232;me social dans lequel le peuple ga&#235;l a atteint le plus haut degr&#233; de civilisation et de culture en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette reconversion au principe ga&#233;lique de propri&#233;t&#233; collective des moyens de subsistance aura pour obstacle principal l'opposition de ceux qui se repr&#233;sentent la personnalit&#233; et l'histoire de l'Irlande &#224; travers la litt&#233;rature anglo-irlandaise dont ils sont impr&#233;gn&#233;s. Cette litt&#233;rature, nous l'avons signal&#233;, est apparue aux temps les plus abominables de la servitude de notre peuple, et elle en porte toutes les tares cong&#233;nitales. Ironie supr&#234;me, ces marques de la servitude font l'admiration de nos chers professeurs, qui y retrouvent &#171; les caract&#232;res inn&#233;s de la personnalit&#233; celte &#187;. L'une de ces tares originelles, c'est la foi dans le syst&#232;me social capitaliste. L'Irlandais s'en lib&#232;re lorsqu'il d&#233;couvre qu'en v&#233;rit&#233; le syst&#232;me capitaliste est radicalement &#233;tranger &#224; l'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plus de 250 ans, les classes moyennes et sup&#233;rieures ont eu dans ce pays une attitude surprenante. Elles ont affirm&#233; aux travailleurs que leur devoir sacr&#233;, pour d&#233;fendre leur peuple et leur religion, &#233;tait de pr&#233;server un ordre social contre lequel leurs anc&#234;tres ga&#235;ls avaient lutt&#233; plus de 400 ans, en bravant la prison, la famine et la guerre. A l'inverse des Normands venus s'installer en Irlande, dont on disait qu'ils &#233;taient devenus &#171; plus irlandais que les Irlandais &#187;, les classes riches d'Irlande devinrent plus anglaises que les Anglais et n'ont cess&#233; de l'&#234;tre jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sens, nous estimons que notre livre, dont le but est de d&#233;crire l'attitude des masses irlandaises d&#233;poss&#233;d&#233;es lors de la grande crise de notre histoire moderne, peut &#224; juste titre &#234;tre lui-m&#234;me consid&#233;r&#233; comme un &#233;l&#233;ment de la renaissance litt&#233;raire ga&#233;lique. La langue ga&#233;lique, m&#233;pris&#233;e par les classes poss&#233;dantes, a r&#233;ussi &#224; trouver un ultime refuge dans les coeurs et dans les foyers des &#171; ordres inf&#233;rieurs &#187; et la voici qui retrouve de nos jours une place que nous jugeons plus importante et plus durable pour la civilisation que par le pass&#233;. Pour reprendre les paroles de Thomas Francis Meagher [5], ce sont encore ces &#171; mis&#233;rables chaumi&#232;res qui ont &#233;t&#233; les sanctuaires sacr&#233;s o&#249; furent pr&#233;serv&#233;es et transmises tant les traditions que les esp&#233;rances de l'Irlande &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe capitaliste irlandaise, au nom d'un patriotisme apostat qui a rompu avec la tradition ga&#233;lique, rejettera bien entendu une telle fa&#231;on de voir les choses ; &#233;tant elle-m&#234;me impr&#233;gn&#233;e d'usages &#233;trangers, elle continuera de lancer l'&#233;pith&#232;te d'&#171; id&#233;ologie &#233;trang&#232;re &#187; &#224; la t&#234;te des militants d&#233;mocrates irlandais. Mais la renaissance celte que conna&#238;t actuellement l'Irlande peut pousser &#224; r&#233;viser et &#224; approfondir l'analyse des structures juridiques et sociales d'avant l'invasion anglaise. Elle peut aussi, entre autres r&#233;sultats positifs, permettre d'&#233;tablir solidement la validit&#233; de ce que nous avan&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, l'&#233;tude des structures sociales de l'ancienne Irlande souffrait d'une grave lacune. Pour d&#233;crire et interpr&#233;ter les coutumes et les modes de vie du pays, le chercheur d&#233;pendait totalement des descriptions et des interpr&#233;tations de gens qui n'avaient aucune connaissance ni m&#234;me aucune intuition des ph&#233;nom&#232;nes qu'ils essayaient de d&#233;crire, ni de leur signification. Marqu&#233;s par les conceptions du f&#233;odalisme ou du capitalisme, ces auteurs s'effor&#231;aient constamment d'expliquer les institutions irlandaises en se r&#233;f&#233;rant &#224; un ordre de choses auquel ces institutions &#233;taient compl&#232;tement &#233;trang&#232;res. Pour les titres irlandais d&#233;signant la fonction sociale de leurs d&#233;tenteurs, ils croyaient pouvoir trouver des &#233;quivalents dans les titres du r&#233;gime f&#233;odal anglais. Ils oubliaient totalement que les deux formes de soci&#233;t&#233;s &#233;taient antith&#233;tiques et non compl&#233;mentaires, et que les titres de l'une ne pouvaient donc, par d&#233;finition, avoir le m&#234;me sens que ceux de l'autre, encore moins &#234;tre l'objet d'une traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une erreur assez semblable fut faite en Am&#233;rique quand les premiers conquistadores espagnols voulurent d&#233;crire le syst&#232;me politique et social du Mexique et du P&#233;rou. Cette erreur aboutit &#224; des r&#233;sultats identiques, c'est-&#224;-dire &#224; une immense confusion &#224; chaque fois que l'on tenta de retracer la vie r&#233;elle de ces pays avant la conqu&#234;te. Les auteurs espagnols furent incapables de s'imaginer des structures sociales diff&#233;rentes du continent europ&#233;en : d'o&#249; ces r&#233;cits &#233;tranges et merveilleux sur le despotisme des &#171; Empereurs &#187; et des &#171; Nobles &#187; p&#233;ruviens et mexicains, alors qu'on avait affaire en r&#233;alit&#233; au syst&#232;me familial tr&#232;s &#233;labor&#233; de peuples qui n'&#233;taient pas encore parvenus au stade de l'&#201;tat organis&#233;. Ce n'est qu'avec la publication de l'ouvrage monumental de Morgan sur la Soci&#233;t&#233; antique [Ancient society (1877)] que les chercheurs ont pu disposer d'une cl&#233; pour l'&#233;tude des civilisations primitives am&#233;ricaines. La m&#234;me cl&#233; va maintenant ouvrir les portes derri&#232;re lesquelles se cachent les secrets de notre civilisation primitive celte et les rendre plus compl&#232;tement accessibles &#224; l'ensemble du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais auparavant, nous voulons pr&#233;senter &#224; nos lecteurs les deux hypoth&#232;ses sur lesquelles repose ce livre. Elles permettent, selon nous, d'envisager les probl&#232;mes &#233;tudi&#233;s en tenant compte &#224; la fois des fruits de l'exp&#233;rience pass&#233;e et de ceux d'une r&#233;flexion m&#251;rie sur le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re hypoth&#232;se : dans l'histoire de la civilisation, les progr&#232;s de la lutte que m&#232;ne une nation domin&#233;e pour son ind&#233;pendance doivent forc&#233;ment aller de pair avec les progr&#232;s de la lutte que m&#232;ne pour sa lib&#233;ration la classe la plus domin&#233;e de cette nation. Ainsi, les transformations des forces &#233;conomiques et politiques qui accompagnent l'essor du syst&#232;me capitaliste conduisent in&#233;vitablement &#224; un conservatisme croissant en dehors de la classe ouvri&#232;re, et &#224; un &#233;lan r&#233;volutionnaire puissant au sein de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me hypoth&#232;se : le r&#233;sultat de la longue lutte de l'Irlande jusqu'&#224; nos jours a &#233;t&#233; soit la disparition du vieux syst&#232;me de la chefferie, soit son adaptation &#224; l'ordre &#233;tabli, dont il est lui-m&#234;me devenu partie int&#233;grante, sous l'influence de ses h&#233;ritiers ab&#226;tardis. La classe moyenne s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e dans la lanc&#233;e de la lutte nationale ; &#224; certains moments, comme en 1798, sous le choc de la rivalit&#233; &#233;conomique anglaise, elle a &#233;t&#233; quasiment contrainte de prendre la t&#234;te de la r&#233;volution contre le despotisme politique de ses concurrents industriels. Mais, &#224; son tour, elle s'est mise &#224; genoux devant Baal. Mille liens, ceux des investissements, l'attachent au capitalisme anglais et l'emp&#234;chent d'&#233;prouver cette affection ou ce sens de l'histoire qui conduisent au patriotisme irlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule la classe ouvri&#232;re irlandaise demeure l'h&#233;riti&#232;re incorruptible de la lutte pour la libert&#233; en Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indomptable classe ouvri&#232;re d'Irlande, c'est &#224; elle qu'est d&#233;di&#233; ce livre, &#233;crit par un des siens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Connolly&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#171; Brehon &#187; : juriste dans la civilisation celte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#171; Tenant at will &#187; : tenancier sans bail de ferme, r&#233;vocable &#224; volont&#233;, par opposition au &#171; lease holder &#187; qui passait contrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#171; Oies sauvages &#187; : surnom donn&#233; aux &#233;migr&#233;s irlandais qui revenaient comme mercenaires de l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] La r&#233;volte de 1715 &#233;clata, surtout dans les Highlands, pour soutenir les pr&#233;tentions au tr&#244;ne du fils de Jacques II, fr&#232;re de la reine Marie et de la reine Anne (Stuart), &#171; Jacques III &#187; (1688-1766), surnomm&#233; &#171; le Pr&#233;tendant &#187; ou le &#171; Chevalier de Saint-Georges &#187;. L'&#201;cosse avait &#233;t&#233; rattach&#233;e &#224; l'Angleterre par Anne Stuart, en pleine Guerre de Succession d'Espagne (Acte d'Union de 1707). A la mort d'Anne (1714), une guerre de pr&#233;tendants se d&#233;clencha entre la branche a&#238;n&#233;e (Jacques Stuart, catholique) et la branche cadette des Stuarts, dont le repr&#233;sentant, l'&#201;lecteur de Hanovre, qui &#233;tait protestant, devint roi sous le nom de Georges 1er. Cette r&#233;volte fut facilement &#233;cras&#233;e, car Jacques Stuart tarda &#224; se manifester. De retour en exil en France, il alla m&#234;me jusqu'&#224; indemniser les dommages caus&#233;s par ses propres fid&#232;les. En revanche, la r&#233;volte de 1745 fut plus grave. Charles-Edouard Stuart, fils de &#171; Jacques III &#187;, (1720-1788), tenta de profiter de la guerre de Succession d'Autriche, pour relancer ses revendications au tr&#244;ne d'Angleterre. Apr&#232;s une premi&#232;re tentative manqu&#233;e de d&#233;barquement avec l'aide de la flotte fran&#231;aise, il parvint en Ecosse en juillet 1745. Ralliant les clans des Highlands, il fit une brillante campagne et s'empara d'Edimbourg. Puis, il marcha sur Manchester et parvint jusqu'&#224; Derby. Mais l'indiscipline de ses troupes et le peu de soutien des &#171; Jacobites &#187; anglais le firent remonter vers le Nord. Il fut &#233;cras&#233; &#224; Culloden et parvint &#224; regagner la France, puis l'Italie, mais ses troupes furent massacr&#233;es en repr&#233;sailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Cf. chapitre XIII note 62&lt;br class='autobr' /&gt;
I &#8211; Les Le&#231;ons de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais qu'est alors cette v&#233;rit&#233; historique, la plupart du temps ? une fable convenue. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Napol&#233;on Ier [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en soi r&#233;v&#233;lateur de la place secondaire accord&#233;e au monde du travail dans la vie politique irlandaise, qu'un auteur &#233;prouve le besoin de justifier son projet avant de proposer &#224; ses lecteurs une &#233;tude d&#233;taill&#233;e sur les travailleurs irlandais dans le pass&#233;, ainsi que les le&#231;ons &#224; tirer de cette &#233;tude pour orienter le mouvement ouvrier d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'histoire &#233;tait ce qu'elle devrait &#234;tre, un r&#233;cit qui propose un reflet exact de l'&#233;poque qu'il pr&#233;tend &#233;voquer, les pages d'histoire seraient presque exclusivement compos&#233;es de la liste des malheurs et des luttes des travailleurs, qui forment, depuis toujours, la grande masse de l'humanit&#233;. Mais en g&#233;n&#233;ral l'histoire traite la classe ouvri&#232;re comme un politicien retors traite le travailleur, c'est-&#224;-dire par le m&#233;pris lorsqu'il demeure passif, et par la moquerie, la haine, la falsification, lorsque d'aventure il ose manifester le d&#233;sir de secouer le joug de sa servitude politique et sociale. L'Irlande ne fait pas exception &#224; cette r&#232;gle. L'histoire irlandaise a toujours &#233;t&#233; &#233;crite par la classe dirigeante, et dans l'int&#233;r&#234;t de la classe dirigeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois que la question sociale a surgi dans l'histoire moderne de l'Irlande, chaque fois que la tragique question ouvri&#232;re a trouv&#233; place dans les &#233;crits ou les discours de nos politiciens irlandais modernes, ce fut uniquement parce qu'elle pouvait servir d'arme contre un adversaire politique, et pas du tout parce que celui qui s'en servait ainsi avait la conviction personnelle que la suj&#233;tion des travailleurs f&#251;t un mal en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chapitres qui suivent ont avant tout pour objet de faire la d&#233;monstration de ce que nous avan&#231;ons. D&#233;monstration appuy&#233;e sur des documents ou sur d'autres preuves que nous fournirons, pour d&#233;crire la situation de la classe laborieuse dans le pass&#233;, l'indiff&#233;rence presque totale des politiciens irlandais &#224; l'&#233;gard des souffrances des masses populaires et le sens profond de plusieurs manifestations politiques qui ont occup&#233; le devant de la sc&#232;ne aux XVIIe et XIXe si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tout particuli&#232;rement &#233;tudi&#233; la p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de l'Union [7] et nous apportons des t&#233;moignages sur la situation de l'Irlande avant et pendant le Parlement de Grattan [8], ainsi que sur la condition des travailleurs des villes et des campagnes et sur l'attitude qu'ont prise &#224; leur &#233;gard les politiciens de tous bords, qu'ils fussent patriotes ou favorables au pouvoir. Autrement dit, nous nous proposons pour notre part de r&#233;parer l'oubli que nos historiens ont jet&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;ment sur la question sociale et d'ouvrir ainsi la voie permettant &#224; d'autres plumes plus comp&#233;tentes que la n&#244;tre de d&#233;montrer aux lecteurs comment les conditions &#233;conomiques ont orient&#233; et domin&#233; l'histoire de notre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au pr&#233;alable, il convient de r&#233;capituler ici quelques uns des faits historiques les plus marquants qui sont, comme nous l'avons montr&#233; par ailleurs, essentiels pour comprendre pleinement la &#171; Question d'Irlande &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue politique, l'Irlande est sous domination anglaise depuis 170 ans. Tout au long de cette p&#233;riode, le pays fut la plupart du temps le th&#233;&#226;tre de guerres incessantes men&#233;es par les Irlandais d'origine contre cette domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1649 [9], qui provoqua la mort d'un tiers de la population, apr&#232;s sa victoire de Drogheda], ces guerres avaient gard&#233; un caract&#232;re complexe car elles &#233;taient dirig&#233;es contre l'ordre politique et social garanti par l'envahisseur anglais. Bien des lecteurs seront sans doute surpris d'apprendre que jusqu'&#224; cette date la base de la soci&#233;t&#233; irlandaise, sauf &#224; l'int&#233;rieur du Pale [10] (petite bande de territoire autour de la capitale, Dublin), reposait sur une propri&#233;t&#233; du sol communautaire ou tribale. Le chef irlandais, qu'on regardait pourtant dans les cours de France, d'Espagne ou de Rome, comme le pair des princes r&#233;gnants d'Europe, ne tenait en fait son rang que parce que son peuple, dont il administrait les affaires tribales le voulait bien, alors qu'il n'exer&#231;ait lui-m&#234;me aucune juridiction priv&#233;e sur la terre ou le territoire du clan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans les r&#233;gions d'Irlande o&#249;, 400 ans apr&#232;s la &#171; premi&#232;re conqu&#234;te &#187;, comme on l'appelle, les gouvernants anglais ne pouvaient p&#233;n&#233;trer qu'&#224; la t&#234;te d'une puissante arm&#233;e, on n'a jamais connu l'ordre f&#233;odal qui r&#233;gnait alors en Angleterre. Comme ces r&#233;gions formaient la majeure partie du pays, on prit conscience progressivement que la guerre contre l'oppresseur &#233;tranger &#233;tait aussi une guerre contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre. Mais avec la destruction brutale du syst&#232;me clanique en 1649, ce combat perdit sa dimension sociale et seules subsist&#232;rent les formes purement politiques de la lutte pour l'ind&#233;pendance. Il &#233;tait de toute fa&#231;on in&#233;vitable que cela se produise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appropriation collective du sol aurait sans aucun doute &#233;t&#233; d&#233;tr&#244;n&#233;e par le syst&#232;me d'appropriation priv&#233;e du capitalisme agraire, m&#234;me si l'Irlande &#233;tait rest&#233;e un pays ind&#233;pendant. Mais le changement s'est fait sous la pression d'une force arm&#233;e venue de l'ext&#233;rieur, et non par le jeu de forces &#233;conomiques internes. C'est pourquoi, avec raison, la grande masse du peuple irlandais l'a violemment rejet&#233; et nombreux sont encore ceux qui continuent de m&#234;ler &#224; leurs r&#234;ves de libert&#233; le d&#233;sir de revenir &#224; l'ancien syst&#232;me de possession fonci&#232;re, rendu, par essence, d&#233;sormais impossible. La dispersion des clans mit fin, on s'en doute, &#224; la domination des chefs ; et comme l'aristocratie irlandaise ne pouvait &#234;tre form&#233;e que d'&#233;trangers et de tra&#238;tres, les mouvements patriotiques irlandais tomb&#232;rent totalement entre les mains de la classe moyenne. Ils devinrent pour une grande part, d&#232;s lors, l'expression simplement id&#233;alis&#233;e des int&#233;r&#234;ts de cette classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique que les repr&#233;sentants de la classe moyenne, dans la presse ou &#224; la tribune, aient tr&#232;s logiquement cherch&#233; &#224; &#233;masculer le mouvement national irlandais, &#224; d&#233;former l'histoire de l'Irlande et surtout &#224; refuser d'&#233;tablir le moindre rapport entre les droits sociaux des travailleurs irlandais pauvres et les droits politiques de la nation irlandaise. Derri&#232;re cette attitude, il y avait l'espoir et l'intention de cr&#233;er ce qu'on aurait pu appeler un &#171; v&#233;ritable mouvement national &#187;, autrement dit un mouvement au sein duquel chaque classe accepterait de reconna&#238;tre les droits des autres classes et de renoncer provisoirement &#224; ses revendications propres afin de mener dans l'unit&#233; la lutte nationale contre l'ennemi commun : l'Angleterre. Inutile de pr&#233;ciser que la seule &#224; avoir &#233;t&#233; tromp&#233;e par ces belles phrases a &#233;t&#233; la classe ouvri&#232;re. Que les questions d'int&#233;r&#234;ts de &#171; classe &#187; soient &#233;vacu&#233;es du d&#233;bat politique, c'est toujours une victoire pour la classe poss&#233;dante, conservatrice, qui fait reposer l&#224;-dessus son seul espoir de stabilit&#233;. A l'image d'un actionnaire malhonn&#234;te, le bourgeois ne redoute rien plus que l'examen impartial et intransigeant de la validit&#233; de ses titres de propri&#233;t&#233;. C'est bien pourquoi la presse et les politiciens bourgeois s'empressent de tout mettre en oeuvre pour que les ouvriers ne s'enflamment que pour des questions &#233;trang&#232;res &#224; leurs int&#233;r&#234;ts de classe. La guerre, la religion, la race, la langue, la r&#233;forme politique, le patriotisme, tous ces sujets (dont on ne peut nier l'int&#233;r&#234;t intrins&#232;que), font fonction, entre les mains de la classe poss&#233;dante, de s&#233;datifs destin&#233;s &#224; conjurer la catastrophe que serait une r&#233;volution sociale. Ils n'agissent en effet que sur les parties du corps politique les plus &#233;loign&#233;es de la zone o&#249; se posent les questions &#233;conomiques et o&#249; na&#238;t par cons&#233;quent la conscience de classe du prol&#233;tariat. Le bourgeois irlandais est depuis longtemps un sp&#233;cialiste de ce genre de proc&#233;d&#233; et il faut avouer qu'il a trouv&#233; dans la classe ouvri&#232;re de son pays un mat&#233;riau extraordinairement mall&#233;able. En Irlande au cours des cent derni&#232;res ann&#233;es, chaque g&#233;n&#233;ration a connu une tentative de r&#233;volte contre la domination anglaise. Et chacune de ces conjurations, chacune de ces r&#233;voltes, a recrut&#233; la majorit&#233; de ses adh&#233;rents parmi les couches inf&#233;rieures des villes et des campagnes, alors m&#234;me que la question sociale &#233;tait rigoureusement bannie des objectifs de la r&#233;volte, sous l'influence de quelques doctrinaires de la classe moyenne qui escomptaient obtenir ainsi le soutien des classes sup&#233;rieures et les entra&#238;ner dans la lutte de lib&#233;ration. Le r&#233;sultat a presque toujours &#233;t&#233; le m&#234;me. Les travailleurs, qui formaient pourtant le gros des troupes r&#233;volutionnaires, et par cons&#233;quent le gros des victimes promises &#224; la prison et &#224; l'&#233;chafaud, ne purent &#234;tre anim&#233;s &#171; en masse &#187; par la flamme r&#233;volutionnaire qui &#233;tait n&#233;cessaire pour &#233;branler s&#233;rieusement une domination enracin&#233;e depuis 700 ans au coeur de leur nation. Ils &#233;taient tous fortement &#233;pris de libert&#233;. Mais, conscients des &#233;normes obstacles qui se dressaient devant eux, et explicitement pr&#233;venus par leurs dirigeants que, m&#234;me en cas de succ&#232;s, ils ne devaient absolument pas esp&#233;rer voir se modifier leur situation de classe domin&#233;e, ils se retir&#232;rent, dans leur presque totalit&#233;, du conflit, en laissant les membres les plus d&#233;sint&#233;ress&#233;s et les plus chevaleresques de leur classe affronter seuls un ennemi bien sup&#233;rieur et nourrir la vengeance des tyrans. Voil&#224; pr&#233;venus ceux qui, quel que soit leur pays, oublient cette v&#233;rit&#233; fondamentale, qu'une r&#233;volution ne r&#233;ussit pas parce que nos cerveaux l'ont habilement con&#231;ue, mais parce que les conditions objectives sont parvenues &#224; maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe sup&#233;rieure elle aussi, du haut de son m&#233;pris, a fait la sourde oreille aux efforts de s&#233;duction des patriotes bourgeois. Tr&#232;s naturellement, elle s'est cramponn&#233;e &#224; ses biens, fonciers ou autres, qu'elle sentait &#224; l'abri sous la tutelle de l'Angleterre, alors qu'elle n'avait aucune assurance sur leur sort si un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire l'emportait. La classe des landlords demeura donc d'une loyaut&#233; in&#233;branlable &#224; l'&#233;gard de l'Angleterre. Et, tandis que les po&#232;tes et les romanciers de la classe moyenne pla&#231;aient leurs espoirs les plus fervents dans une &#171; union des classes et des croyances &#187;, l'aristocratie continuait de d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts particuliers face aux petits fermiers, avec une pers&#233;v&#233;rance qui mena&#231;ait de d&#233;peupler le pays, &#224; tel point que m&#234;me un journal conservateur anglais, le Times de Londres, fut conduit &#224; d&#233;clarer que &#171; la chr&#233;tient&#233; se bouche le nez quand il est question d'un landlord irlandais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bon de se rappeler, pour &#233;viter de commettre dans l'avenir la m&#234;me erreur, que c'est cette m&#234;me g&#233;n&#233;ration de landlords irlandais qui allait &#233;couter les &#233;loquents plaidoyers de Thomas Davis, et qui, &#224; l'&#233;poque de la Grande Famine, &#171; savait exercer ses pr&#233;rogatives d'une main de fer mais gardait un visage de marbre pour renier tous ses devoirs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite bourgeoisie a fourni dans le pass&#233; &#224; la cause nationale nombre de patriotes d&#233;vou&#233;s. Elle a tr&#232;s s&#233;rieusement cherch&#233; &#224; satisfaire ses compatriotes de condition modeste et m&#234;me &#224; se donner bonne conscience en criant plus fort que tout le monde qu'elle &#233;tait ind&#233;fectiblement attach&#233;e &#224; la cause de la libert&#233;. Malgr&#233; tout, en tant que classe, elle s'est toujours &#233;vertu&#233;e &#224; entra&#238;ner l'esprit public sur les voies d&#233;tourn&#233;es de l'agitation l&#233;gale, en proposant des reformes qui permettaient sans doute de supprimer tout un formalisme irritant et inutile, mais qui laissaient intacts les fondements de la domination nationale et &#233;conomique. C'est gr&#226;ce &#224; ce genre d'attitude qu'elle parvient &#224; jouer le patriotisme devant la masse inconsciente, et qu'elle trouve un &#233;cho &#224; sa phras&#233;ologie, lorsque, &#171; &#224; la t&#234;te du courant patriote &#187;, elle vilipende tout mouvement r&#233;volutionnaire s&#233;rieux qui risquerait d'exiger d'elle des preuves de sinc&#233;rit&#233; plus r&#233;elles que la puissance de ses poumons, ou bien des sacrifices plus grands que n'en supporterait son porte-monnaie. 1848 et 1867, le mouvement Jeune Irlande comme le mouvement Fenian sont les illustrations classiques d'une telle attitude de la classe moyenne irlandaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc quelle est notre position sur la vie politique et l'histoire de l'Irlande. Les chapitres suivants pr&#233;senteront &#224; nos lecteurs les faits qui justifient une telle position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] La citation exacte est : &#171; La v&#233;rit&#233; historique est souvent une fable convenue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] A la suite des troubles de la fin du XVIIIe si&#232;cle, et surtout des mouvements de 1798, Pitt d&#233;cida, par crainte de la contagion r&#233;volutionnaire, de supprimer &#224; l'Irlande l'autonomie qui lui restait. L'Irlande fut rattach&#233;e directement &#224; la Couronne britannique par l'&#171; Acte d'Union &#187; de 1800. Cf. chapitres V &#224; VIII ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Cf. chapitre V ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] La campagne de pacification de Cromwell en 1649.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] &#171; Pale &#187; : zone de r&#233;sidence r&#233;serv&#233;e aux Anglais.&lt;br class='autobr' /&gt;
II &#8211; Les Jacobites et le peuple Irlandais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'il fut jamais un temps o&#249; les hommes publics eussent le devoir de s'expliquer clairement, s'il fut jamais un temps o&#249; ces fl&#233;aux du genre humain qu'on nomme les politiciens dussent se d&#233;partir de leur duplicit&#233; et de leur fourberie, voici venu ce moment. Soyez assur&#233;s que le peuple de ce pays ne tol&#233;rera plus de voir son bonheur se jouer entre un petit nombre de familles rivales ; soyez assur&#233;s que ce peuple sait aujourd'hui o&#249; r&#233;side son int&#233;r&#234;t v&#233;ritable. Il lui faut chasser les hommes qui se sont &#233;lev&#233;s de leur propre chef, sans autre objet que de s'agrandir eux-m&#234;mes et leurs familles aux frais du public et il lui faut mettre au premier rang des hommes qui repr&#233;senteront la nation, qui seront comptables devant elle et qui s'occuperont de ses affaires. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Arthur O'Connor devant la Chambre des Communes d'Irlande &#8211; 4 mai 1795.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que l'histoire moderne de l'Irlande, au sens propre du terme, commence en 1691 avec la fin des &#171; guerres williamites &#187; . L'ensemble de la vie politique du pays au cours des 200 ans qui vont suivre ne prend tout son sens, ne peut &#234;tre compris, qu'&#224; la lumi&#232;re du conflit qui opposa le roi d'Angleterre Jacques II et le pr&#233;tendant au tr&#244;ne, le Prince Guillaume d'Orange [11]. L'&#233;volution politique de l'Irlande n'a cess&#233;, jusqu'&#224; aujourd'hui et pour notre g&#233;n&#233;ration, d'&#234;tre largement influenc&#233;e par l'attitude des diverses cat&#233;gories de la population &#224; l'&#233;gard de ce conflit prolong&#233; qui s'est achev&#233; par la reddition de Sarsfield et de la garnison de Limerick aux forces du parti williamite qui les assi&#233;geaient. Il n'y eut pourtant jamais de guerre, dans toute l'histoire de l'Irlande, o&#249; le peuple e&#251;t moins de raisons de s'engager dans un camp ou dans l'autre. Il est h&#233;las indiscutable que les Catholiques irlandais de l'&#233;poque ont combattu comme des lions pour le roi Jacques. Indiscutable aussi le fait que les Catholiques irlandais ont vers&#233; des fleuves de sang, qu'ils ont pulv&#233;ris&#233; leur fortune pour tenter de maintenir le roi Jacques sur le tr&#244;ne. Mais il est tout aussi indiscutable que cette lutte ne les concernait pour rien au monde. Le roi Jacques &#233;tait l'un des plus indignes repr&#233;sentants d'une race indigne, &#224; avoir jamais acc&#233;d&#233; au tr&#244;ne. &#171; Le pieux, le valeureux, l'immortel &#187; Guillaume n'&#233;tait qu'un aventurier se battant pour son propre compte, avec une arm&#233;e recrut&#233;e parmi les soudards sans fortune de toute l'Europe, qui se souciaient aussi peu du protestantisme que de la vie humaine. Il est indiscutable enfin, qu'aucune de ces deux arm&#233;es n'avait le moindre droit de pr&#233;tendre qu'elle &#233;tait une arm&#233;e patriote combattant pour la lib&#233;ration de la nation irlandaise. Les louanges qui furent prodigu&#233;es &#224; Sarsfield et &#224; l'arm&#233;e jacobite sont fort loin de se justifier. On peut m&#234;me se demander si, dans une &#233;poque plus &#233;clair&#233;e et plus patriote que la n&#244;tre, on ne les accusera pas quasiment de trahison, pour avoir d&#233;tourn&#233; le peuple irlandais de sa fid&#233;lit&#233; &#224; la cause de l'ind&#233;pendance nationale et l'avoir entra&#238;n&#233; dans une guerre pour le compte d'un tyran &#233;tranger. D'autant que ce tyran, alors m&#234;me que le peuple combattait pour lui, contrecarrait les efforts du Parlement de Dublin [12] pour &#233;chapper &#224; la mainmise du Parlement anglais. Le conflit entre Guillaume et Jacques pouvait &#234;tre une occasion id&#233;ale pour la population irlandaise opprim&#233;e d'essayer de se lib&#233;rer alors que leurs forces &#233;taient d&#233;chir&#233;es par la guerre civile. Mais l'occasion fut manqu&#233;e et la population vint prendre rang dans les factions oppos&#233;es de ses ennemis. On en d&#233;couvrira la raison sans difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite et haute noblesse catholique qui se trouvait &#224; la t&#234;te du peuple irlandais &#224; cette &#233;poque se composait de gens qui, tous, poss&#233;daient des propri&#233;t&#233;s consid&#233;rables dans le pays, mais sur lesquelles, tout catholiques qu'ils fussent, ils n'avaient pas plus de droits ni de titres que le moindre aventurier de Cromwell ou de Guillaume. Les terres qu'ils d&#233;tenaient avaient auparavant appartenu au peuple irlandais, c'est-&#224;-dire qu'il s'agissait de terres tribales. Ainsi, seuls les paysans (qui &#233;taient depuis lors r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de simples tenanciers pr&#233;caires) &#233;taient les propri&#233;taires l&#233;gitimes du sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, les beaux chevaliers du roi Jacques &#233;taient soit les descendants de gens qui avaient acquis des terres lors de confiscations ant&#233;rieures aux spoliations de la conqu&#234;te ; soit de gens qui avaient pris parti pour l'oppresseur contre leurs propres compatriotes et qui furent autoris&#233;s &#224; conserver leurs biens en r&#233;compense de leur trahison ; soit enfin de gens qui avaient accept&#233; de r&#233;clamer au gouvernement anglais qu'il leur accorde un titre de propri&#233;t&#233; personnelle sur les terres des hommes de leur clan. De tant d'intrigues on ne pouvait esp&#233;rer voir na&#238;tre une v&#233;ritable action nationale : dans tous leurs actes publics, du premier jusqu'au dernier, ils se comport&#232;rent comme une faction anglaise et rien d'autre. Quels qu'aient &#233;t&#233; leurs d&#233;saccords avec les Williamites, ils s'entendaient parfaitement du moins sur un point : la soumission du peuple irlandais. On comprendra sans difficult&#233; que, m&#234;me si la guerre s'&#233;ta&#239;t achev&#233;e par la d&#233;faite compl&#232;te de Guillaume et le triomphe de Jacques, le sort des Irlandais, du point de vue agraire comme du point de vue national, n'aurait pas &#233;t&#233; notablement am&#233;lior&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patriotisme ind&#233;niable du petit peuple ne change rien &#224; cette v&#233;rit&#233;. Il ne voyait que le nouvel ennemi venu d'Angleterre, tandis qu'il &#233;tait pr&#234;t, avec une g&#233;n&#233;rosit&#233; inconsciente, &#224; doter le vieil ennemi anglais install&#233; en Irlande de toutes les vertus et de tous les attributs des patriotes irlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour caract&#233;riser plus pr&#233;cis&#233;ment l'attitude des dirigeants jacobites en Irlande, nous pourrions invoquer les r&#233;sultats de la grande colonisation de terres de 1675. On avait alors cadastr&#233; onze millions d'acres [13], les colons protestants en poss&#233;dant quatre millions &#224; la suite de confiscations ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne toucha pas aux terres qui avaient &#233;t&#233; acquises de cette fa&#231;on, mais on distribua le restant comme suit (mesures en acres) :&lt;br class='autobr' /&gt; Aux soldats ayant servi en Irlande : 2.367.715 &lt;br class='autobr' /&gt; A 49 officiers : 497.001 &lt;br class='autobr' /&gt; Aux &#171; aventuriers &#187; (qui avaient pr&#234;t&#233; de l'argent) : 707.321 &lt;br class='autobr' /&gt; Aux d&#233;tenteurs d'une &#171; provision &#187; [promesse de terres] : 477.873 &lt;br class='autobr' /&gt; Au Duc d'Ormond et au Colonel Butler : 257.518 &lt;br class='autobr' /&gt; Au Duc d'York : 169.436 &lt;br class='autobr' /&gt; Aux &#233;v&#234;ques protestants : 31.526&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux terres laiss&#233;es aux Catholiques, on les distribua aux &#171; gentilshommes &#187; catholiques comme suit (mesures en acres) :&lt;br class='autobr' /&gt; A ceux reconnus &#171; innocents &#187;, c'est-&#224;-dire qui&lt;br class='autobr' /&gt;
n'avaient pas combattu pour l'ind&#233;pendance mais&lt;br class='autobr' /&gt;
soutenu le gouvernement : 1.176.510 &lt;br class='autobr' /&gt; Aux d&#233;tenteurs d'une &#171; provision &#187; (promesse de terres) : 497.001 &lt;br class='autobr' /&gt; Titulaires d'une jouissance nominale : 68.260 &lt;br class='autobr' /&gt; Restitutions : 55.396 &lt;br class='autobr' /&gt; Aux personnes envoy&#233;es dans le Connaught sous Jacques Ier : 541.330&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra donc constater que, sauf pour le Connaught [14], toutes les terres que poss&#233;daient les gentilhommes catholiques en Irlande ont &#233;t&#233; acquises selon les proc&#233;d&#233;s que nous avons d&#233;crits auparavant : comme butin de la conqu&#234;te ou comme fruits de leur trahison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me dans le Connaught, o&#249; les terres &#233;taient des tenures f&#233;odales d&#233;pendant de la Couronne d'Angleterre, leurs possesseurs avaient d&#251; passer un accord directement avec l'envahisseur pour abolir les droits communautaires du clan au profit de leurs revendications personnelles. Ce fut l&#224; la seule v&#233;ritable raison des dirigeants irlandais de cette &#233;poque pour refuser de lever l'&#233;tendard national au lieu de la banni&#232;re d'une faction anglaise. Ils ne combattaient pas pour la lib&#233;ration de l'Irlande, pour permettre &#224; la nation de recouvrer ses droits. Ils combattaient pour garantir &#224; la classe sociale qui jouissait alors du privil&#232;ge de piller le peuple irlandais, qu'elle n'allait pas &#234;tre &#224; son tour contrainte de c&#233;der la place &#224; une nouvelle horde de voleurs de terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a fait grand cas de leurs efforts pour faire abroger la Loi Poyning [15] et pour donner par ailleurs plus nettement force de loi aux r&#233;solutions du Parlement de Dublin, comme si ce genre d'attitude &#233;tait la preuve qu'ils d&#233;siraient sinc&#232;rement lib&#233;rer le pays, et non pas uniquement assurer leur propre mainmise sur le pouvoir. Mais de telles affirmations, sous la plume de certains auteurs, d&#233;montrent simplement une nouvelle fois combien il est difficile d'interpr&#233;ter les faits historiques si l'on n'est pas guid&#233; dans cette t&#226;che par un principe directeur fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui nous concerne, nous pouvons faire profiter nos lecteurs d'une m&#233;thode d'interpr&#233;tation socialiste de l'histoire. Ils comprendront ainsi plus ais&#233;ment pourquoi les classes dirigeantes ont sans cesse cherch&#233; dans le pass&#233; &#224; conqu&#233;rir le pouvoir politique pour garantir leur domination &#233;conomique (ou, plus simplement, pour soumettre les masses socialement) ; et pourquoi la lib&#233;ration des travailleurs, m&#234;me au sens politique, ne peut &#234;tre qu'incompl&#232;te et al&#233;atoire tant qu'ils n'auront pas arrach&#233; aux classes dirigeantes la possession de la terre et des moyens de production des richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hypoth&#232;se, cette lecture de l'histoire, telle que la propose Karl Marx, le plus grand penseur moderne et le premier socialiste scientifique, la voici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; A toute &#233;poque historique, le mode de production &#233;conomique et d'&#233;change dominant et le r&#233;gime social qui en est le r&#233;sultat n&#233;cessaire, constituent la base sur laquelle s'&#233;difie, et &#224; partir de laquelle seule peut s'expliquer, l'histoire politique et intellectuelle de cette &#233;poque &#187;. [16]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Irlande, &#224; l'&#233;poque de la guerre williamite, &#171; le mode de production &#233;conomique et d'&#233;change dominant &#187; &#233;tait le mode de production f&#233;odal fond&#233; sur l'appropriation priv&#233;e de terres vol&#233;es au peuple irlandais. Ainsi, toutes les luttes politiques de cette &#233;poque se rattachaient &#224; des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, un groupe d'usurpateurs cherchant &#224; garder la mainmise sur ces terres tandis que l'autre cherchait &#224; s'en emparer. En d'autres termes, si l'on analyse selon notre m&#233;thode le probl&#232;me du Parlement Jacobite mis en place par Jacques II, on a imm&#233;diatement l'explication des pr&#233;tendus efforts patriotiques des gentilhommes catholiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Efforts tout autant destin&#233;s &#224; pr&#233;server leurs propres droits de propri&#233;t&#233; qu'&#224; emp&#234;cher le Parlement anglais de s'autoriser &#224; intervenir ou &#224; r&#233;glementer ces droits. Le pr&#233;tendu Parlement Patriote fut en r&#233;alit&#233;, comme tous les autres Parlements qui aient jamais si&#233;g&#233; &#224; Dublin, un pur ramassis de voleurs de terres assist&#233;s de leurs laquais ; leur patriotisme n'a &#233;t&#233; que la volont&#233; de se r&#233;server les biens d&#233;rob&#233;s &#224; la paysannerie indig&#232;ne. Lorsqu'ils s'&#233;levaient contre l'influence anglaise, il s'agissait de celle de leurs complices anglais qui r&#233;clamaient avidement leur part de butin. Sarsfield et ses partisans ne sont pas plus devenus des patriotes irlandais par opposition au pouvoir du roi Guillaume, qu'un Whig irlandais priv&#233; de sa charge ne devient patriote par haine des Tories qui se sont substitu&#233;s &#224; lui [17]. Les forces qui s'affront&#232;rent sous les murs de Derry ou de Limerick n'&#233;taient pas celles d'Angleterre et d'Irlande, mais de deux partis politiques anglais luttant pour s'emparer du pouvoir. Et les chefs des &#171; Oies Sauvages Irlandaises &#187; n'ont pas vers&#233; leur sang sur les champs de bataille europ&#233;ens par fid&#233;lit&#233; envers l'Irlande, comme nos historiens font semblant de le croire, mais parce qu'ils s'&#233;taient rang&#233;s du c&#244;t&#233; des perdants dans un affrontement politique purement anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'illustre parfaitement l'attitude des vieux Franco-irlandais &#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution fran&#231;aise. Ils sont entr&#233;s en masse comme volontaires dans l'arm&#233;e anglaise pour l'aider &#224; abattre la jeune R&#233;publique : l'Europe put donc assister au spectacle de r&#233;publicains irlandais r&#233;cemment exil&#233;s combattant pour la R&#233;volution fran&#231;aise, face aux enfants des aristocrates irlandais anciennement exil&#233;s combattant sous la banni&#232;re de l'Angleterre pour abattre cette R&#233;volution. Il &#233;tait temps que nous apprenions &#224; faire la part de la v&#233;rit&#233; sur ces probl&#232;mes et &#224; d&#233;barrasser nos yeux des &#233;cailles qu'y avaient accumul&#233;es, en r&#233;&#233;crivant l'histoire &#224; leur mani&#232;re, nos politiciens ignares et sans scrupules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, il faut tout autant se souvenir que, lorsque le roi Guillaume eut d&#233;finitivement vaincu ses ennemis en Irlande, il adopta une conduite prouvant que lui et ses partisans &#233;taient anim&#233;s par les m&#234;mes sentiments et les m&#234;mes consid&#233;rations de classe que leurs adversaires. &#192; la fin de la guerre, Guillaume confisqua un million et demi d'acres, et les distribua comme suit aux nobles pillards qui l'accompagnaient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il donna &#224; Lord Bentinck 135.300 acres ; 103.603 &#224; Lord Albemarle ; 59.667 &#224; Lord Conningsby ; 49.517 &#224; Lord Romney ; 36.142 &#224; Lord Galway ; 26.840 &#224; Lord Athlone ; 49.512 &#224; Lord Rochford ; 16.000 au Dr. Leslie ; 12.000 &#224; M. F. Keighley ; 12.000 &#224; Lord Mountjoy ; 7.083 &#224; Sir T. Prendergast ; 5.886 acres au Colonel Hamilton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; quelques-uns des hommes dont les descendants, s'il fallait en croire certains Irlandais apparemment sains d'esprit, pourraient se convertir au &#171; nationalisme &#187; si l'on pr&#234;chait l'&#171; union des classes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas non plus, pour nous en tenir &#224; cette preuve de sa sinc&#233;rit&#233; religieuse, que Guillaume fit don de 95.000 acres, vol&#233;es au peuple irlandais, &#224; sa ma&#238;tresse Elizabeth Villiers, Comtesse d'Orkney. Cependant le Parlement irlandais s'interposa vertueusement, r&#233;cup&#233;ra les terres, et les distribua &#224; ses amis les plus proches, d'autres aventuriers, les Loyalistes irlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] &#171; Jacobites &#187; : partisans de Jacques II, roi d'Angleterre chass&#233; du tr&#244;ne par la R&#233;volution de 1688. Exil&#233; en France, il tenta de reprendre la couronne &#224; son gendre Guillaume III d'Orange en montant une exp&#233;dition &#224; partir de l'Irlande. Ici nous est cont&#233; cet &#233;pisode c&#233;l&#232;bre des &#171; guerres williamites &#187;. La p&#233;riode constitue un tournant essentiel et pour la monarchie anglaise (Bill of Rights de 1689 : d&#233;but de la monarchie parlementaire), et sur le plan international (formation de la Ligue d'Augsbourg contre Louis XIV qui soutenait Jacques II). C'est pourquoi le conflit entre Jacques II et Guil&#173;laume III d&#233;passe de loin le cadre irlandais ; cependant il y pose avec acuit&#233; ou y aggrave les probl&#232;mes anciens du pays : opposi&#173;tions religieuses (Jacques II &#233;tait catholique et Guillaume protestant), pro&#173;bl&#232;me de l'autonomie, &#171; colonisation &#187; &#233;conomique. Voir aussi The Re-Conquest of Ireland, ch. II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Le Parlement de Dublin, h&#233;ritage des princes ga&#233;liques qui &#233;taient deve&#173;nus les vassaux de la couronne anglaise depuis Henri II &#224; la fin du XIIe si&#232;cle, manifestait depuis la Guerre des Deux Roses (XVe si&#232;cle) qui affaiblissait l'autorit&#233; anglaise, une certaine remont&#233;e de l'autonomie irlandaise. Avec les Tudors (Henri VII), la reprise en mains aboutit &#224; la nomination d'un &#171; lord- d&#233;put&#233; &#187; d'Irlande qui &#233;tait un pur Anglais (Edward Poynings). Il pla&#231;a le Parlement de Dublin sous le contr&#244;le de celui de Londres (Poynings' Law 1496). Ce contr&#244;le &#233;choua cependant, m&#234;me quand Henri VIII se proclama roi d'Irlande. C'est seulement sous les premiers Stuarts, puis, apr&#232;s la r&#233;volu&#173;tion de 1648, sous la direction de Cromwell, que cette mainmise de Londres sur Dublin s'appliqua dans toute sa rigueur. Le Parlement de Dublin de 1688 r&#233;clama, en pleine r&#233;volution, l'abrogation de la loi Poynings. Apr&#232;s sa victoire, et malgr&#233; ses promesses du trait&#233; de Limerick, Guillaume m&#232;nera au contraire une politique tr&#232;s dure en Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Un acre fait environ 0,4 ha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Le Connaught, depuis Jacques Ier, servait de lieu de d&#233;portation des populations catholiques chass&#233;es par la &#171; plantation &#187; de colons protestants. Les &#171; aventuriers &#187; &#233;taient charg&#233;s de la r&#233;pression et de l'exploitation du pays apr&#232;s la grande r&#233;volte de 1641, &#224; la suite de l'&#034;Adventurer's Act&#034; de 1642.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] La loi Poyning a plac&#233; le Parlement de Dublin sous le contr&#244;le du Parlement de Londres. (note de J. Connolly)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] C'est en fait Engels qui est cit&#233;, Pr&#233;face &#224; l'&#233;dition de 1888 du Manifeste du Parti Communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] S'ils ne sont nomm&#233;s ainsi qu'au d&#233;but du XVIIIe si&#232;cle, c'est &#224; la veille de la R&#233;volution de 1688, sous Charles II et Jacques II, que le parti des Whigs et celui Tories apparaissent. Les Whigs (d'un nom &#233;cossais signifiant &#171; conduire &#187;) &#233;taient le parti anticatholique oppos&#233; aux pr&#233;tentions du duc d'York, fr&#232;re de Jacques II, qui &#233;tait rest&#233; catholique, et contre lequel ils firent voter, au moment des &#171; guerres williamites &#187;, le Bill d'exclusion de 1689. Les Tories (mot qui vient pr&#233;cis&#233;ment d'un terme irlandais d&#233;signant les rebelles s'opposant aux troupes anglaises) &#233;taient au contraire les partisans catholiques du duc d'York.&lt;br class='autobr' /&gt;
III &#8211; R&#233;voltes paysannes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une injustice intol&#233;rable d'admettre qu'une petite classe d'hommes, &#233;trangers ou non au pays, s'arroge un monopole sur les terres ; lorsque ce monopsuit, cela devient un vol pur et simple de ce que les pauvres ont p&#233;niblement gagn&#233; par leur labeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Irish People (Organe de la Fenian Brotherhood), 30 juillet 1864&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons montr&#233; dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent que la guerre williamite men&#233;e en Irlande, de Derry &#224; Limerick, fut &#224; l'origine une guerre pour soumettre le peuple irlandais et que les dirigeants des deux camps n'eurent que m&#233;pris pour tout ce qui concernait l'ind&#233;pendance nationale ou &#233;conomique, consid&#233;rant que ce genre de questions demeurait, comme le formuleraient leurs modernes repr&#233;sentants, &#171; hors du champ de la politique concr&#232;te &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la nation retrouva &#224; nouveau la paix et quand toute crainte d'un soul&#232;vement catholique ou jacobite eut quitt&#233; l'esprit du hobereau le plus timor&#233; qui soit, les malheureux petits fermiers irlandais, catholiques aussi bien que protestants, purent se rendre compte que la guerre n'avait pas chang&#233; grand-chose &#224; leur situation de classe domin&#233;e. Il &#233;tait naturel que les Catholiques qui eurent l'inconscience de se rallier &#224; l'arm&#233;e de Jacques II, ne puissent s'attendre &#224; beaucoup d'&#233;gards de la part de leurs conqu&#233;rants, et, de fait, ils n'en re&#231;urent point. Mais ils pouvaient se consoler en voyant que la masse de leurs ennemis protestants &#233;taient &#224; peine mieux trait&#233;s qu'eux et, pour tout dire, aussi mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les aventuriers, cette meute affam&#233;e qui avait mis des troupes au service de Guillaume, se furent gorg&#233;s des pillages qui les avaient attir&#233;s de ce c&#244;t&#233;-ci de la Mer d'Irlande, ils ne se montr&#232;rent plus du tout dispos&#233;s &#224; se souvenir des revendications des simples soldats, dont les glaives leur avaient permis d'acc&#233;der au pouvoir. Pas plus que nos dirigeants actuels lorsqu'ils livrent &#224; l'hospice [18] les carcasses d&#233;charn&#233;es des pauvres dupes qui, par le meurtre et le pillage, ont conquis pour leurs ma&#238;tres des empires en Inde ou en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits fermiers protestants et catholiques ne tard&#232;rent pas &#224; subir la m&#234;me oppression. Une fois r&#233;gl&#233;e la question du pouvoir politique, le joug de l'asservissement &#233;conomique pesa d&#233;sormais impitoyablement sur le dos des travailleurs. Toutes les confessions religieuses en souffrirent &#233;galement. Les Lois P&#233;nales [19] d&#233;cid&#233;es &#224; cette &#233;poque contre les Catholiques rendirent incontestablement l'existence des poss&#233;dants catholiques encore plus difficile que ce n'e&#251;t &#233;t&#233; le cas autrement. Mais pour l'immense masse de la population, les mis&#232;res et les difficult&#233;s n&#233;es du jeu des lois &#233;conomiques &#233;taient porteuses d'infiniment plus de souffrances que les Lois P&#233;nales n'eurent jamais le pouvoir d'en infliger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire, on a beaucoup exag&#233;r&#233; l'influence de ce code sur l'appauvrissement des riches Catholiques. Les int&#233;r&#234;ts de classe qui unissent toujours le groupe des poss&#233;dants dans une communaut&#233;, ont consid&#233;rablement jou&#233; pour emp&#234;cher la pers&#233;cution l&#233;gale de s'exercer jusqu'au bout. Les riches Catholiques n'&#233;taient pas inqui&#233;t&#233;s et les riches Protestants leur accordaient en g&#233;n&#233;ral plus de respect et de tol&#233;rance qu'&#224; leurs tenanciers ou &#224; leurs ouvriers protestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait si vrai, qu'&#224; l'instar des Juifs, certains Catholiques devinrent des pr&#234;teurs d'argent r&#233;put&#233;s et que, en l'an 1763, il y eut &#224; la Chambre des Communes irlandaise une proposition de loi visant &#224; donner plus de facilit&#233;s aux Protestants d&#233;sireux d'emprunter de l'argent &#224; des Catholiques. Cette proposition autorisait les Catholiques &#224; prendre des hypoth&#232;ques sur les biens fonciers, les Protestants qui cherchaient &#224; emprunter de l'argent pouvant ainsi gager leurs terres aupr&#232;s de leurs pr&#234;teurs catholiques. La loi ne passa pas, mais le seul fait qu'elle ait &#233;t&#233; propos&#233;e nous d&#233;montre que les Lois P&#233;nales ont bien peu emp&#234;ch&#233; les classes poss&#233;dantes catholiques d'accumuler des richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me social enracin&#233; d&#233;sormais solidement en terre d'Irlande et tenu pour l&#233;gitime par l'ensemble des classes dirigeantes, par del&#224; leurs diff&#233;rences religieuses, repr&#233;sentait un obstacle &#224; la prosp&#233;rit&#233; et au bonheur du peuple bien plus que toutes les combines juridiques du fanatisme religieux. Les hommes politiques irlandais contemporains, dans leur b&#233;ate m&#233;connaissance des &#233;v&#233;nements ou dans leur merveilleuse indiff&#233;rence aux le&#231;ons de l'histoire, font d'ordinaire remonter l'origine des maux de leur pays &#224; l'Union L&#233;gislative [de 1800]. Le moindre contact avec des documents ant&#233;rieurs &#224; l'Union suffira &#224; faire d&#233;couvrir l'existence d'une suite de famines, de r&#233;pressions, d'injustices d'origine &#233;conomique, comme aucune autre p&#233;riode de l'histoire irlandaise moderne n'en a connues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce dont Swift t&#233;moigna en 1729 dans ce chef-d'oeuvre d'ironie intitul&#233; : Modeste Proposition concernant les Enfants des Classes Pauvres. Comment soulager leurs Parents et la Nation de la Charge qu'ils Repr&#233;sentent &#8211; Comment les utiliser pour le Bien Public. Il fut fortement &#233;mu par le spectacle d'une pauvret&#233; si intense, lui qui n'aimait pas ce peuple, qu'il n'appelait d'ailleurs jamais autrement que &#171; ces vieilles brutes d'Irlandais &#187;. Il produisit l&#224; l'acte d'accusation le plus dur et le plus v&#233;h&#233;ment contre la soci&#233;t&#233; de son temps, et aussi le tableau le plus saisissant de l'extr&#234;me d&#233;sespoir, que la litt&#233;rature ait donn&#233; jusqu'&#224; ce jour. Voici en effet ce que contient sa &#171; Proposition &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Rien n'est plus affligeant pour quiconque traverse la capitale ou voyage en province, que le spectacle de ces mendiantes encombrant les rues, les routes et le seuil des masures, suivies de trois, quatre ou six enfants, en groupes, d&#233;guenill&#233;s, qui harc&#232;lent le passant de leurs mains tendues (&#8230;). L'humble plan que je propose au public est donc le suivant : sur ce chiffre de 120.000 enfants que j'ai avanc&#233;, on en r&#233;serverait 20.000 pour la reproduction (&#8230;). On vendrait les 100.000 autres &#224; l'&#226;ge de un an. On les proposerait &#224; la client&#232;le la plus riche et distingu&#233;e du Royaume, non sans pr&#233;venir les m&#232;res de leur donner le sein &#224; sati&#233;t&#233; pendant le dernier mois, de mani&#232;re &#224; les rendre gras &#224; souhait pour une bonne table. Si l'on re&#231;oit, on pourra faire deux plats d'un enfant. Si l'on d&#238;ne en famille, on pourra se contenter d'un quartier (avant ou arri&#232;re), lequel, l&#233;g&#232;rement sal&#233; et poivr&#233;, fournira un excellent pot-au-feu, le quatri&#232;me jour, sp&#233;cialement en hiver. (&#8230;). Comme je l'ai not&#233; plus haut, il doit en co&#251;ter &#224; une mendiante deux shillings (haillons compris) pour faire vivre un enfant pendant une ann&#233;e (on peut assimiler &#224; des mendiants tous les m&#233;tayers et domestiques agricoles, ainsi que les trois-quarts des fermiers) &#8211; et je crois d'autre part tout gentilhomme pr&#234;t &#224; d&#233;bourser dix bons shillings pour un nourrisson de boucherie engraiss&#233; &#224; point. Je r&#233;p&#232;te qu'il s'agit l&#224; d'une viande excellente et nutritive, dont chaque pi&#232;ce fournit quatre plats &#187; [Cf. J. Swift, &#338;uvres, &#233;d. de la Pl&#233;iade, Gallimard, p. 1383-1384.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironie, &#224; coup s&#251;r, mais quelle terrible mis&#232;re a d&#251; inspirer pareille ironie ! Pourtant, il y eut pire encore douze ans plus tard, pendant la famine de 1740 ; on estime qu'alors pas moins de 400.000 personnes sont mortes de faim ou des suites des maladies qui escortent les famines. Ces chiffres peuvent para&#238;tre exag&#233;r&#233;s, mais ils sont largement corrobor&#233;s par des t&#233;moignages contemporains. Ainsi Mgr. Berkeley, &#233;v&#234;que anglican, dans une lettre &#224; un certain M. Thomas Prior, de Dublin, &#233;crit en 1741 : &#171; l'autre jour, quelqu'un venant du comt&#233; de Limerick m'a rapport&#233; que des villages entiers &#233;taient d&#233;peupl&#233;s. Il y a deux mois environ, j'ai entendu Sir Richard Cox affirmer que cinq cents personnes &#233;taient mortes dans sa paroisse, dans un comt&#233; qui n'&#233;tait pourtant pas tr&#232;s populeux, &#224; ma connaissance &#187;. Et un pamphlet intitul&#233; The Groans of Ireland [Les Plaintes de l'Irlande], publi&#233; en 1741, d&#233;clare que &#171; l'universelle disette fut suivie de dysenteries et de fi&#232;vres malignes, qui emport&#232;rent des masses de gens, &#224; tel point que des villages entiers furent d&#233;vast&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette famine, il faut le remarquer, fut, comme toutes les famines modernes d'origine purement &#233;conomique ; les pauvres souffrirent pareillement et les riches furent pareillement &#233;pargn&#233;s, quelles qu'aient &#233;t&#233; leurs opinions religieuses ou politiques. On notera, l&#224; encore, la mani&#232;re r&#233;v&#233;latrice dont les scribes aux gages des classes poss&#233;dantes ont &#233;crit l'histoire : tandis qu'est apparue une litt&#233;rature volumineuse sur les Lois P&#233;nales, sujet d'un int&#233;r&#234;t purement r&#233;trospectif, la question, fondamentale d'un point de vue historique comme d'un point de vue pratique, des causes d&#233;terminantes des famines en Irlande, n'a jamais &#233;t&#233; abord&#233;e jusqu'&#224; ce jour, sinon par quelques rares et in&#233;vitables allusions dans l'histoire nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays ne s'&#233;tait pas encore remis des cons&#233;quences d&#233;sastreuses de cette famine, lorsqu'une autre r&#233;percussion &#233;conomique plongea de nouveau les habitants dans le plus atroce d&#233;sespoir. Une &#233;pizootie ayant atteint et d&#233;truit de grandes quantit&#233;s de b&#233;tail en Angleterre, les dirigeants aristocratiques de ce pays craignirent que la hausse du prix de la viande provoqu&#233;e par cette &#233;pizootie ne pousse la classe ouvri&#232;re anglaise &#224; r&#233;clamer des augmentations de salaires. Ils d&#233;cid&#232;rent donc de lever l'embargo sur le b&#233;tail, le beurre et le fromage irlandais &#224; l'entr&#233;e des ports anglais, &#233;tablissant ainsi partiellement entre les deux pays le libre-&#233;change sur ces denr&#233;es. Le r&#233;sultat imm&#233;diat de ces mesures fut une si forte hausse des prix en Angleterre qu'en Irlande les cultures cess&#232;rent d'&#234;tre d'un rapport suffisant, et qu'on s'effor&#231;a donc d'y transformer les terres arables en p&#226;turages et en prairies. La classe de propri&#233;taires fonciers se mit &#224; expulser les tenanciers, &#224; abattre les petites fermes et m&#234;me &#224; s'emparer des terres et des pacages communaux dans les villages de tout le pays, ce qui fut un d&#233;sastre pour l'ensemble des journaliers et des cottiers [20]. L&#224; o&#249; une centaine de familles avait pu faire pousser leur subsistance, sur de petites exploitations, ou en louant leur travail aux propri&#233;taires de grosses exploitations, une douzaine de bergers les avaient d&#233;sormais remplac&#233;s. Imm&#233;diatement, apparurent dans tout le pays de tr&#232;s nombreuses soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes o&#249; entraient ceux qui, ayant perdu leurs terres, s'engageaient dans la lutte ill&#233;gale et violente pour freiner la rapacit&#233; de leurs ma&#238;tres et pour imposer leur propre droit &#224; l'existence. Ils tenaient de vastes assembl&#233;es, &#224; minuit en g&#233;n&#233;ral, et partaient arracher les cl&#244;tures, couper les jarrets des bestiaux, retourner les p&#226;turages pour les rendre inutilisables, incendier les demeures des bergers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, ils semaient la terreur chez les ma&#238;tres, pour les pousser &#224; abandonner leur politique d'&#233;levage en faveur du labour, et &#224; fournir plus de travail aux journaliers et plus de garanties aux cottiers. Ces associations secr&#232;tes prirent des noms divers et adopt&#232;rent souvent des m&#233;thodes diverses ; aussi est-il aujourd'hui impossible de dire si elles poss&#233;daient ou non une organisation coh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Sud on les appelait les &#171; Whiteboys &#187;, parce que leurs membres avaient l'habitude de mettre des blouses blanches par-dessus leurs v&#234;tements au cours de leurs exp&#233;ditions nocturnes. Vers 1762, ils placardaient leurs affiches bien en vue dans divers comt&#233;s, entre autres ceux de Cork, Waterford, Limerick et Tipperary, mena&#231;ant de leur vengeance tous ceux qui avaient encouru leur m&#233;contentement, comme les &#233;leveurs, les propri&#233;taires responsables d'expulsions, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces proclamations portaient la signature d'une femme imaginaire appel&#233;e parfois &#171; Sive Oultagh &#187;, parfois &#171; La Reine Sive &#187;, parfois encore &#171; La Reine Sive et ses sujets &#187;. Le gouvernement fit une guerre vengeresse &#224; ces pauvres diables : il pendit, fusilla, d&#233;porta impitoyablement ; il organisa des descentes dans les villages &#224; la tomb&#233;e de la nuit pour rechercher des Whiteboys ; il draina de pauvres diables devant des juges qui ne condescendaient jamais &#224; entendre le moindre t&#233;moignage en faveur des prisonniers, mais qui les condamnaient &#224; toutes les peines que pouvaient leur sugg&#233;rer un instinct de classe assoiff&#233; de vengeance ou une digestion difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut juger de l'&#233;tat d'esprit de la classe dirigeante &#224; l'&#233;gard de ces malheureux esclaves r&#233;volt&#233;s d'apr&#232;s deux incidents montrant comment les propri&#233;taires catholiques et protestants savaient s'unir pour faire r&#233;gner l'injustice et pr&#233;server leurs privil&#232;ges, m&#234;me &#224; une &#233;poque o&#249; on a voulu nous faire croire que les Lois P&#233;nales repr&#233;sentaient un obstacle insurmontable &#224; leur alliance. En 1762, le gouvernement offrit une prime de 100 livres pour la capture des cinq chefs principaux des Whiteboys. Les habitants protestants de la ville de Cork y ajout&#232;rent 300 livres pour le chef et 50 livres pour l'arrestation de chacun de ses cinq principaux adjoints. Un gouverneur anglais, Lord Chesterfield, d&#233;clarait &#224; l'&#233;poque que si les soldats avaient tu&#233; moiti&#233; autant de propri&#233;taires fonciers qu'ils avaient tu&#233; de Whiteboys, ils auraient plus efficacement contribu&#233; &#224; restaurer la paix publique ; cette remarque donne un petit aper&#231;u du carnage qui a frapp&#233; la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant Flood, le grand &#171; patriote &#187; protestant, que Davis a chant&#233; en ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; B&#233;ni soit Harry Flood qui nous soutint&lt;br class='autobr' /&gt; Si noblement en ces ann&#233;es am&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;accusait f&#233;rocement en 1763 &#224; la Chambre des Communes irlandaise le gouvernement de ne pas avoir tu&#233; assez de Whiteboys. C'est ce qu'il appelait de la &#171; cl&#233;mence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] &#171; Workhouse &#187; : asile des pauvres. Hospice ou atelier organis&#233; par les Lois sur les Pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Lois anti-catholiques d&#233;cid&#233;es par le Parlement de Dublin apr&#232;s 1688. D&#233;sormais seuls les Protestants &#233;taient repr&#233;sent&#233;s au sein du Parlement. La Bill du Test de 1673 interdisait aux Catholiques toute forme de repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] &#171; cottier &#187; ou &#171; cottager &#187; : journalier poss&#233;dant un petit lopin de terre et une maison ; l'&#233;quivalent fran&#231;ais serait &#171; bordier &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV &#8211; Les r&#233;voltes sociales et les charognards de la politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque progr&#232;s de l'aristocratie est un recul pour le peuple, chaque progr&#232;s du peuple voit les aristocrates, par crainte d'&#234;tre laiss&#233;s en arri&#232;re, s'insinuer dans nos rangs et se transformer en chefs pusillanimes et en alli&#233;s perfides. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Manifeste Secret des Fondateurs de la Soci&#233;t&#233; des Irlandais Unis, 1791&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Nord de l'Irlande, les organisations secr&#232;tes de la paysannerie portaient des noms divers, tels que les &#171; Oakboys &#187;, les &#171; Hearts of Steel &#187; ou &#171; Steelboys &#187; [&#171; Gars de Ch&#234;ne &#187;, &#171; C&#339;urs d'Aciers &#187; ou &#171; Gars d'Acier &#187;]. Les premiers d'entre eux s'opposaient surtout au syst&#232;me de la corv&#233;e des routes, qui les contraignait &#224; fournir un travail non pay&#233; pour l'entretien des routes de campagne. Ce syst&#232;me, on s'en doute, donnait &#224; l'aristocratie campagnarde de multiples possibilit&#233;s de s'assurer un travail gratuit pour embellir ses domaines et ses voies priv&#233;es sous pr&#233;texte de servir les int&#233;r&#234;ts publics. L'organisation des Oakboys &#233;tait particuli&#232;rement puissante dans les comt&#233;s de Monaghan, Armagh et Tyrone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un pamphlet publi&#233; vers 1762, on trouve le r&#233;cit d'un &#171; soul&#232;vement &#187; paysan dans le premier de ces comt&#233;s, ainsi que des exploits h&#233;ro&#239;ques de l'officier qui commandait les troupes charg&#233;es de r&#233;primer ce soul&#232;vement. Ce r&#233;cit &#233;voque irr&#233;sistiblement les compte-rendus qu'on peut trouver dans les journaux anglais actuels sur les exp&#233;ditions punitives de l'arm&#233;e britannique contre les &#171; maraudeurs &#187; des tribus des collines indiennes ou des Daco&#239;tes de Birmanie [21]. L'ouvrage s'intitule : &#171; Relation V&#233;ridique et Fid&#232;le des Insurrections qui se sont Produites dans le Nord, avec une Description de la Campagne du Colonel Coote contre les Oakboys dans le Comt&#233; de Monaghan, &#187; etc., et voici l'essentiel du r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la nouvelle du &#171; soul&#232;vement &#187;, le courageux officier britannique se rendit avec ses hommes dans la ville de Castleblayney. Il d&#233;passa sur sa route de nombreux rassemblements de paysans qui allaient dans la m&#234;me direction, chacun d'eux portant au chapeau un rameau ou une brindille de ch&#234;ne pour signe de ses perfides affinit&#233;s. Lorsqu'il entra dans Castleblayney, il donna l'ordre au peuple de se disperser, et n'eut en retour que r&#233;ponses provocantes et m&#234;me manifestations d'hostilit&#233;. Il dut alors trouver refuge dans la halle qu'il se pr&#233;para &#224; d&#233;fendre en cas de besoin. Enfin, ayant tenu ce bastion toute la nuit, il d&#233;couvrit au matin que les rebelles s'&#233;taient retir&#233;s de la ville. On poss&#232;de aussi un r&#233;cit de l'entr&#233;e du m&#234;me vaillant g&#233;n&#233;ral dans la ville de Ballybay. L&#224;, il trouva toutes les maisons ferm&#233;es &#224; son approche, chacune d'elles arborant fi&#232;rement un rameau de ch&#234;ne aux fen&#234;tres et l'ensemble de la population vraisemblablement pr&#234;t &#224; r&#233;sister jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment d&#233;cid&#233; &#224; faire un exemple pour terroriser la ville, le vaillant soldat se mit en qu&#234;te, avec ses hommes, d'un meneur quelconque &#224; arr&#234;ter. Apr&#232;s une lutte s&#233;v&#232;re, ils parvinrent &#224; forcer la porte d'une cabane de pauvres gens, et &#224; arr&#234;ter un individu, que l'on tra&#238;na en cons&#233;quence jusqu'&#224; la ville de Monaghan, o&#249; on lui fit subir toutes les rigueurs d'une loi absolument inique. Par ailleurs, nous savons que dans la ville de Clones la population affronta ouvertement les forces royales sur la place du march&#233;, mais qu'elle fut &#233;videmment vaincue. Les Oakboys de Monaghan furent alors repouss&#233;s hors de leur propre comt&#233; jusque dans celui d'Armagh, o&#249; ils tent&#232;rent de r&#233;sister une derni&#232;re fois, mais ils furent attaqu&#233;s et battus au cours d'une &#171; bataille rang&#233;e &#187; dont l'&#226;pret&#233; peut &#234;tre mesur&#233;e au fait qu'on ne signala aucune perte dans les rangs des soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le sentiment populaire &#233;tait si fortement et si unanimement oppos&#233; &#224; la corv&#233;e gratuite des routes, que le gouvernement y renon&#231;a &#224; la suite de ces &#233;v&#233;nements et institua un tarif des routes finan&#231;ant ce travail indispensable gr&#226;ce &#224; un imp&#244;t pesant sur les propri&#233;taires et les exploitants de chaque district. On imagine ais&#233;ment le sort des pauvres paysans condamn&#233;s au supplice de l'emprisonnement pour avoir voulu r&#233;parer une injustice, que le gouvernement a reconnue pour telle depuis lors en promulgant ces lois : ils continu&#232;rent de moisir dans leurs cellules, ce qui est le sort habituel des pionniers des r&#233;formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Steelboys formaient une organisation plus redoutable, et leurs bastions se situaient dans les comt&#233;s de Down et d'Antrim. C'&#233;taient en majorit&#233; des dissidents de l'&#201;glise anglicane, Presbyt&#233;riens ou autres, et, comme les Whiteboys, ils luttaient pour obtenir l'abolition ou la r&#233;duction des d&#238;mes et pour limiter le syst&#232;me de r&#233;union des fermes destin&#233;es &#224; l'&#233;levage. Il n'&#233;tait pas rare qu'ils se prom&#232;nent arm&#233;s. Ils se d&#233;pla&#231;aient avec une discipline relative, se regroupant depuis des lieux fort &#233;loign&#233;s, et ob&#233;issant vraisemblablement aux ordres d'un centre commun. En 1772, six d'entre eux furent arr&#234;t&#233;s et incarc&#233;r&#233;s &#224; la prison municipale de Belfast. Leurs partisans se rassembl&#232;rent imm&#233;diatement par milliers, et march&#232;rent, en plein jour, sur la ville, dont ils se rendirent ma&#238;tres ; puis, ils s'empar&#232;rent de la prison d'o&#249; ils firent sortir leurs compagnons. Cet exploit jeta la consternation dans les rangs des classes dirigeantes, qui s'empress&#232;rent d'envoyer des troupes. Tous les moyens furent mis en &#339;uvre pour parvenir &#224; mettre les chefs sous les verrous. Il y eut de nombreux prisonniers ; on fit passer une premi&#232;re fourn&#233;e en jugement. Mais, soit qu'il ait subi des pressions, soit qu'il f&#251;t d'accord avec les prisonniers, il est difficile de le dire, le jury de Belfast refusa de les condamner et, quand le proc&#232;s fut transf&#233;r&#233; &#224; Dublin, le gouvernement n'obtint pas plus de r&#233;sultat. Le refus de porter condamnation &#233;mis par les deux jurys, fut sans doute li&#233; dans une large mesure &#224; l'impopularit&#233; de la loi r&#233;cente qui permettait au gouvernement de faire juger les personnes poursuivies pour d&#233;lits ruraux dans un autre comt&#233; que le leur. Quand la loi fut rapport&#233;e, les condamnations et les ex&#233;cutions continu&#232;rent n&#233;anmoins de plus belle. Combien de paysans se balanc&#232;rent au gibet, combien de vies pleines d'esp&#233;rances furent vou&#233;es &#224; une inf&#226;me d&#233;ch&#233;ance dans les sombres recoins d'un cachot, tout cela pour assouvir la vengeance des classes dominantes ? Voici comment Arthur Young [22], dans son Voyage en Irlande dans les ann&#233;es 1776 et 1779, d&#233;crit la situation contre laquelle se r&#233;voltaient ces pauvres paysans :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; En Irlande, il est quasiment inimaginable qu'un propri&#233;taire foncier donne un ordre qu'un domestique, un journalier, un m&#233;tayer, oseraient refuser d'ex&#233;cuter. (&#8230;). Il a le pouvoir assur&#233; de punir le moindre manque de respect, la moindre marque d'effronterie, d'un coup de canne ou de fouet. Un pauvre risquerait de se faire rompre les os s'il essayait de lever la main pour se d&#233;fendre. (&#8230;). Des propri&#233;taires importants m'ont assur&#233; que nombre de leurs m&#233;tayers tiendraient pour un grand honneur d'envoyer leurs femmes ou leurs filles dans le lit de leur ma&#238;tre, signe de servilit&#233; qui t&#233;moigne de l'oppression sous laquelle ces gens sont contraints de vivre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on y pr&#234;te attention, on observera que les &#171; patriotes &#187; qui occupaient le devant de la sc&#232;ne en Irlande pendant la p&#233;riode que nous avons &#233;voqu&#233;e, n'ont jamais ouvert la bouche pour protester contre une telle injustice sociale. De m&#234;me que ceux qui les imitent aujourd'hui, ils consid&#233;raient les malheurs du peuple irlandais comme un excellent instrument d'agitation politique ; et, tout comme eux, ils &#233;taient toujours pr&#234;ts &#224; d&#233;noncer, plus haut que le gouvernement lui-m&#234;me, tous ceux qui &#233;taient plus r&#233;solus qu'eux &#224; trouver un rem&#232;de radical &#224; ces malheurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au trio patriote Swift-Molyneux-Lucas [23], on peut dire que sa lutte n'&#233;tait qu'une r&#233;p&#233;tition de la lutte men&#233;e en leur temps par Sarsfield et ses partisans. Changement de personnages et changement de costumes, en v&#233;rit&#233;, mais non changement de nature ; c'&#233;tait toujours une lutte entre deux esp&#232;ces de charognards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils faisaient partie d'une classe de privil&#233;gi&#233;s, entretenus gr&#226;ce au pillage du peuple irlandais, mais ils comprirent rapidement, &#224; leur grand dam, qu'ils ne pouvaient se maintenir dans cette position privil&#233;gi&#233;e sans l'aide de l'arm&#233;e anglaise ; en contrepartie de cette aide, la classe dirigeante anglaise avait bien l'intention de se tailler la part du lion dans le pillage. Le Parlement irlandais &#233;tait avant tout une institution anglaise, rien de tel n'existant avant la Conqu&#234;te Normande. En ce sens, il se trouvait sur le m&#234;me pied que le f&#233;odalisme terrien, le capitalisme, ainsi que leur rejeton naturel, le paup&#233;risme. L'Angleterre envoya une nu&#233;e d'&#171; aventuriers &#187; conqu&#233;rir l'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant partiellement r&#233;ussi, ces aventuriers mirent en place un Parlement afin de r&#233;gler leurs querelles intestines, de combiner des mesures pour d&#233;pouiller les autochtones, et d'emp&#234;cher leurs complices demeur&#233;s en Angleterre de r&#233;clamer leur part du butin. Cependant, au bout d'un certain temps, le groupe de voleurs de terres r&#233;sidant en Angleterre se mit &#224; revendiquer un droit de regard sur les aventuriers d'Irlande, et donc un droit de contr&#244;le sur leur Parlement. C'est l'origine de la Loi Poyning et de la soumission du Parlement de Dublin au Parlement de Londres. Se rendant compte que cette situation d'inf&#233;riorit&#233; de leur Parlement permettait &#224; la classe dirigeante anglaise de d&#233;pouiller les travailleurs irlandais des produits de leur travail, les membres les plus clairvoyants des couches privil&#233;gi&#233;es d'Irlande commenc&#232;rent &#224; craindre que cette spoliation ne soit pouss&#233;e trop loin, et qu'il ne leur reste rien pour leur permettre de s'engraisser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du jour au lendemain, ils se transform&#232;rent en patriotes ardents, d&#233;sireux de lib&#233;rer l'Irlande (c'est-&#224;-dire, dans leur jargon, la classe dirigeante irlandaise) de la tutelle du Parlement anglais. Pas un de leurs pamphlets, de leurs discours, pas une de leurs d&#233;clarations publiques ne manqua de proclamer &#224; la face du monde qu'il serait tellement plus doux, plus &#233;quitable, et en d&#233;finitive plus agr&#233;able pour la population irlandaise d'&#234;tre d&#233;trouss&#233;e par une aristocratie indig&#232;ne, que d'encourir l'atroce douleur de voir celle-ci contrainte de partager le butin avec sa rivale anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible que Swift, Molyneux et Lucas ne se soient m&#234;me pas avou&#233; &#224; eux-m&#234;mes que c'&#233;tait l&#224; le fondement de leur credo politique. L'esp&#232;ce humaine a toujours &#233;t&#233; encline &#224; maquiller ses actes les plus vils sous une foule de faux pr&#233;textes, et &#224; masquer ses pires injustices sous l'&#233;clat d'une sentimentalit&#233; factice. Mais nous, c'est la r&#233;alit&#233; qui nous int&#233;resse et non les apparences ; pour avoir gain de cause, il nous faut d&#233;voiler les pi&#232;tres sophismes qui tentent &#224; tout prix de donner &#224; une lutte sordide et &#233;go&#239;ste l'aspect d'un mouvement patriotique. Face au mouvement populaire, politiciens patriotes et gouvernement formaient un bloc indivis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de sa bataille contre les d&#238;mes, la paysannerie de Munster publia en 1786 un texte remarquable, que nous reproduisons ici pour d&#233;crire l'&#233;tat d'esprit des populations provinciales &#224; cette &#233;poque. Ce texte fut repris par plusieurs journaux et reproduit aussi dans un pamphlet en octobre de cette m&#234;me ann&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Adresse aux paysans de Munster&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A la fin de pr&#233;venir la mauvaise impression qu'ont produite les calomnies de nos ennemis, nous demandons la libert&#233; de vous soumettre la requ&#234;te que des gentilshommes bienveillants nous offrent leur protection, et nous sollicitons humblement la v&#244;tre, si cette dite requ&#234;te vous parait fond&#233;e en justice et en bonne civilit&#233;. Il n'y a pas d'&#233;poque, de pays ou de religion qui n'ait permis aux pr&#234;tres de commettre des fourberies et des usurpations pour pr&#233;server des pr&#233;rogatives mal acquises. Bien souvent les discordes de leurs int&#233;r&#234;ts et de leurs opinions ont inond&#233; de sang chr&#233;tien cette &#238;le d&#232;s longtemps vou&#233;e aux plus grands malheurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a quelques trente ans, semblables &#224; un lion captif se d&#233;battant dans les rets vainement, nos malheureux p&#232;res, pouss&#233;s par des souffrances insupportables, voulurent user de violence pour rompre leurs liens, mais ne firent au contraire que les resserrer plus &#233;troitement. Ext&#233;nu&#233;s par cette lutte sanglante, les pauvres de la province se soumirent &#224; l'oppression des pr&#234;tres, et toutes leurs forces vitales s'us&#232;rent &#224; engraisser les vampires d&#233;cimateurs. Le cur&#233; d&#233;bauch&#233; &#233;touffait sous ses exc&#232;s de table les plaintes am&#232;res des malheureux que d&#233;pouillait son procureur, et il ne manquait pas dans sa rapacit&#233; de gl&#226;ner m&#234;me les maigres d&#233;bris des rapines de celui-ci ; mais c'e&#251;t &#233;t&#233; blasph&#232;me de se plaindre, et nous en &#233;tions &#224; esp&#233;rer que les foudres du Ciel vinssent &#233;craser le mis&#233;rable qui d&#233;tournait la part du Seigneur. Ainsi d&#233;pouill&#233;s par l'un ou l'autre des clerg&#233;s, nous avions nos raisons d'en vouloir revenir &#224; nos simples druides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A la fin, cependant, il pl&#251;t au Ciel mis&#233;ricordieux de dissiper les t&#233;n&#232;bres du fanatisme qui nous enveloppaient depuis si longtemps. L'esprit de tol&#233;rance jeta sur nous ses rayons bienfaisants, illuminant la masure du paysan comme s'il se f&#251;t agi d'un palais merveilleux. O'Leary nous d&#233;clara, lui ce moine sans d&#233;tours, que le Dieu d'amour universel ne voulait pas accorder son salut &#224; une seule secte, et que le meilleur titre pour la couronne &#233;tait l'&#233;lection par les sujets. Ayant vu de la sorte se perfectionner nos principes religieux et politiques (&#8230;) nous avons r&#233;solu de manifester en toute occasion ce qui a chang&#233; dans nos sentiments et nous donne l'espoir de r&#233;ussir dans nos tentatives sinc&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Examinant la double cause de nos griefs, nous avons longuement d&#233;battu sur la mani&#232;re de nous en d&#233;livrer, et nous avons d&#233;cid&#233; en dernier ressort de les pr&#233;senter dans leur ensemble par cette remontrance pacifique. L'humanit&#233;, la justice et la civilit&#233; sont les guides de notre requ&#234;te. Tant que le fermier des d&#238;mes jouit du fruit de nos travaux, l'agriculture ne peut que d&#233;cliner, et tant que le pr&#234;tre cupide r&#233;clame plus qu'il ne lui est d&#251; pour un mariage, la population ne peut qu'en &#234;tre ralentie. Pour peu que les pouvoirs publics nous traitent avec amiti&#233;, nous leur serons fid&#232;les &#224; jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La sinc&#233;rit&#233; de notre ardent attachement ne fut jamais remise en cause lorsque nous l'e&#251;mes une fois proclam&#233;e, et nous osons affirmer qu'on ne pourra jamais porter une telle accusation contre les paysans de Munster. Lors d'une rencontre fort nombreuse et pacifique entre les d&#233;l&#233;gu&#233;s des paysans de Munster, qui s'est tenue le jeudi le juillet 1786, les r&#233;solutions suivantes ont &#233;t&#233; approuv&#233;es &#224; l'unanimit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; que nous continuerons de nous opposer &#224; nos oppresseurs par tous les moyens licites qui sont en notre pouvoir, et cela soit jusqu'&#224; ce qu'ils soient repus de notre sang, soit jusqu'&#224; ce que la voix de l'humanit&#233; s'&#233;l&#232;ve, courrouc&#233;e, dans les conseils de la nation, pour qu'ils &#233;tendent leur protection sur les paysans pauvres et qu'ils all&#232;gent leur fardeau. Il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; que, consid&#233;rant l'inconstance de la multitude, il est n&#233;cessaire que chacun d'entre nous sans exception aucune pr&#234;te serment de ne pas payer volontairement au pr&#234;tre ou au cur&#233; plus de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pommes de terre, premi&#232;re r&#233;colte, 6 s. l'acre ; seconde r&#233;colte, 4 s. ; froment, 4 s. ; orge, 4 s. ; avoine, 3 s. ; fauchage, 2 s. 8 d. ; mariage, 5 s. ; bapt&#234;me 1 s. 6 d. ; confession par famille, 2 s. ; messe dominicale 1 s. ; autre messe, 1 s. ; extr&#234;me-onction, 1 s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sign&#233; sur ordre&lt;br class='autobr' /&gt; William O'DRISCOLL,&lt;br class='autobr' /&gt; Au nom des paysans de Munster&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Groupes de hors-la-loi organis&#233;s en soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes meurtri&#232;res, implant&#233;s en milieu rural et r&#233;apparaissant au moment des &#233;meutes agraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] &#201;conomiste et agronome anglais, surtout connu pour son Voyage en France publi&#233; en 1791, document sur la France &#224; la veille de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Ces trois membres du parti &#171; patriote &#187; protestant (les seuls &#224; si&#233;ger au Parlement depuis les Lois P&#233;nales) s'&#233;taient oppos&#233;s &#224; l'Acte d&#233;claratoire de 1719, par lequel les lois vot&#233;es &#224; Londres &#233;taient applicables &#224; l'Irlande.&lt;br class='autobr' /&gt;
V &#8211; Le Parlement de Grattan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les dynasties et les tr&#244;nes ont bien peu d'importance au regard des ateliers, des fermes et des fabriques. Nous pouvons dire au contraire que les dynasties et les tr&#244;nes, les gouvernements provisoires eux-m&#234;mes, ne sont bons que pour autant qu'ils garantissent l'impartialit&#233;, la justice et la libert&#233; &#224; ceux qui travaillent. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
John Mitchel, 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Nous en arrivons maintenant &#224; la p&#233;riode des Volontaires. En cette ann&#233;e 1778, la population de Belfast, &#224; la suite de rumeurs alarmantes sur un raid &#233;ventuel de corsaires fran&#231;ais, fit mander au Secr&#233;taire d'&#201;tat Irlandais r&#233;sidant au Ch&#226;teau de Dublin une force arm&#233;e pour prot&#233;ger la ville. Mais l'arm&#233;e anglaise avait &#233;t&#233; depuis longtemps envoy&#233;e aux &#201;tats-Unis, alors colonies rebelles de l'Angleterre, et l'Irlande &#233;tait pratiquement d&#233;pourvue de troupes. Le Ch&#226;teau de Dublin r&#233;pondit &#224; Belfast par cette lettre c&#233;l&#232;bre qui d&#233;clarait que la seule force disponible pour le Nord consisterait en &#171; quelques chevaux de troupe ou bien un bout de compagnie d'invalides &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque lui parvint cette nouvelle, la population commen&#231;a &#224; s'armer et &#224; organiser publiquement un corps de Volontaires dans tout le pays. En peu de temps, l'Irlande disposa d'une arm&#233;e de quelques 80.000 soldats-citoyens, &#233;quip&#233;s de pied en cap, d&#251;ment entra&#238;n&#233;s et organis&#233;s, dignes &#224; tous &#233;gards d'une force plac&#233;e sous les ordres d'un gouvernement r&#233;gulier. Tous les frais d'incorporation de cette arm&#233;e de Volontaires &#233;taient financ&#233;s par des souscriptions individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que la premi&#232;re alerte d'invasion &#233;trang&#232;re fut pass&#233;e, les Volontaires se tourn&#232;rent vers les probl&#232;mes int&#233;rieurs et se mirent &#224; formuler certaines revendications de r&#233;forme auxquelles le gouvernement n'avait pas le pouvoir de s'opposer. En fin de compte, les Volontaires, apr&#232;s avoir entretenu l'agitation pendant quelques ann&#233;es, furent victimes des intrigues gouvernementales et le parti &#171; patriote &#187; de Grattan et Flood, soutenu par la pression morale d'un d&#233;fil&#233; de Volontaires sous les fen&#234;tres du Parlement, parvint &#224; obtenir des d&#233;put&#233;s que le Parlement anglais renonce temporairement &#224; sa volont&#233; d'imposer sa loi &#224; l'assembl&#233;e de Coll&#232;ge Green [25].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;cision, ainsi que celle d'accorder le libre &#233;change (permettant aux marchands irlandais de commercer sur un pied d'&#233;galit&#233; avec leurs concurrents anglais), inaugurent la p&#233;riode connue dans l'histoire de l'Irlande sous le nom de &#171; Parlement de Grattan &#187;. Aujourd'hui, nos agitateurs politiques nous rab&#226;chent inlassablement que la p&#233;riode du Parlement de Grattan fit conna&#238;tre &#224; l'Irlande une prosp&#233;rit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent ; pour conna&#238;tre de nouveau cet &#233;tat de gr&#226;ce, il suffirait donc d'en revenir &#224; notre &#171; autonomie de d&#233;cision &#187;, d&#233;finition pour le moins bouffonne de cette &#339;uvre avort&#233;e de l'intrigue politique : le Home Rule [26].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous le voulions, il nous serait facile de d&#233;montrer &#224; nos historiens politiques que la prosp&#233;rit&#233; qu'ils &#233;voquent est une prosp&#233;rit&#233; purement capitaliste, c'est-&#224;-dire uniquement &#233;valu&#233;e en termes de volume de richesse produite, et ne tenant aucun compte de la mani&#232;re dont la richesse est distribu&#233;e entre les travailleurs qui la produisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent, nous avons cit&#233; un manifeste des paysans de Munster datant de 1786. Quatre ans apr&#232;s la mise en place du Parlement de Grattan, ils y r&#233;clamaient l'aide de l'assembl&#233;e, d&#233;cid&#233;s, si cette aide ne leur &#233;tait pas accord&#233;e (et elle ne le fut pas), &#224; &#171; nous opposer &#224; nos oppresseurs jusqu'&#224; ce qu'ils soient repus de notre sang &#187;, ce qui semble bien indiquer que la &#171; prosp&#233;rit&#233; &#187; du Parlement de Grattan n'avait pas d&#251; p&#233;n&#233;trer bien loin dans le comt&#233; de Munster. En 1794, un pamphlet publi&#233; &#224; Dublin (7, Capel Street) relevait que le salaire moyen d'un journalier dans le comt&#233; de Meath n'atteignait que 6 d. par jour en &#233;t&#233;, et 4 en hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, on trouve dans les pages du Dublin Journal, organe pro-minist&#233;riel, comme dans le Dublin Evening Post, qui soutenait le parti de Grattan, l'annonce d'un sermon charitable pr&#233;vu en la chapelle paroissiale de Meath Street &#224; Dublin. Le texte de cette annonce nous apprend que dans trois rues de la paroisse Sainte-Catherine, &#171; on a trouv&#233; pas moins de 2.000 &#226;mes r&#233;duites &#224; la famine &#187;. Il est clair que la &#171; prosp&#233;rit&#233; &#187; ne signifiait pas grand-chose pour les gens de Sainte-Catherine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas sur ce terrain que nous avons l'intention de nous placer pour le moment. Nous admettrons, pour notre d&#233;monstration, que la d&#233;finition capitaliste de la &#171; prosp&#233;rit&#233; &#187; que nous proposent les tenants du Home Rule est la bonne, et que l'Irlande &#233;tait prosp&#232;re &#224; l'&#233;poque du Parlement de Grattan ; il nous faut pourtant rejeter de toutes nos forces l'id&#233;e que cette prosp&#233;rit&#233; f&#251;t l'&#339;uvre du Parlement, sauf pour une part absolument infime. L&#224; encore, c'est la th&#233;orie socialiste de l'histoire qui nous fournit la cl&#233; du probl&#232;me, en cherchant la v&#233;ritable solution du c&#244;t&#233; de l'&#233;volution &#233;conomique. Le brusque essor des &#233;changes &#224; cette &#233;poque fut presque exclusivement d&#251; &#224; l'introduction de l'&#233;nergie m&#233;canique qui entra&#238;na une baisse des prix des produits manufactur&#233;s. Ainsi d&#233;butait l'&#232;re de la R&#233;volution industrielle, lorsque les industries artisanales qui nous venaient du Moyen-Age furent d&#233;finitivement remplac&#233;es par le syst&#232;me de la manufacture de l'&#233;poque moderne. Le &#171; water frame &#187; invent&#233; par Arkwright en 1769, la &#171; spinning jenny &#187; que Hargreaves fit breveter en 1770, le renvideur m&#233;canique de Crompton [27], qui fut introduit en 1779, de m&#234;me que l'utilisation de la machine &#224; vapeur dans les hauts fourneaux &#224; partir de 1788, tout cela s'ajouta pour faire baisser les co&#251;ts de production, et donc le prix de vente dans les diverses industries ainsi touch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela provoqua l'arriv&#233;e sur le march&#233; de nouvelles arm&#233;es de consommateurs, et donna en cons&#233;quence une impulsion gigantesque &#224; l'ensemble des &#233;changes en Grande-Bretagne aussi bien qu'en Irlande. Entre 1782 et 1804, le commerce du coton fit plus que tripler ; entre 1783 et 1796, celui du lin fut presque multipli&#233; par trois ; en huit ans, de 1788 &#224; 1796, celui du fer doubla de volume. Ce dernier ne fut florissant que durant cet acc&#232;s de prosp&#233;rit&#233;. L'invention de la fonte au charbon &#224; la place du bois &#224; partir de 1750, et l'utilisation d&#233;j&#224; signal&#233;e de la vapeur pour les hauts-fourneaux, fut un handicap terrible pour l'industriel irlandais dans ses transactions avec son concurrent anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en ces temps b&#233;nis de forte activit&#233; commerciale, entre 1780 et 1800, ce handicap n'&#233;tait pas encore tr&#232;s sensible. En revanche, quand le commerce retrouva le caract&#232;re normal d'une concurrence aigu&#235;, les industriels irlandais, d&#233;pourvus de r&#233;serves locales, et donc totalement d&#233;pendants du charbon import&#233; d'Angleterre, furent incapables de tenir t&#234;te &#224; leurs voisins. Ces concurrents, qui poss&#233;daient &#224; domicile d'abondantes r&#233;serves de charbon, n'eurent aucune peine, avant m&#234;me l'&#232;re des chemins de fer, &#224; proposer des prix inf&#233;rieurs aux malheureux Irlandais, dont ils provoqu&#232;rent la ruine. Les autres activit&#233;s irlandaises importantes connurent le m&#234;me sort, et pour des raisons identiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode marqu&#233;e politiquement par le Parlement de Grattan a &#233;t&#233; une p&#233;riode de croissance commerciale li&#233;e &#224; l'introduction des progr&#232;s du machinisme dans les industries de base nationales. Tant que les machines fonctionnaient &#224; l'aide du travail manuel, l'Irlande pouvait tenir sa place sur les march&#233;s. Mais avec l'utilisation de la vapeur dans l'industrie, qui d&#233;buta &#224; petite &#233;chelle en 1785, puis l'introduction du tissage m&#233;canique, qui commen&#231;a &#224; se g&#233;n&#233;raliser vers 1813, l'immense avantage naturel que repr&#233;sentaient des r&#233;serves locales de charbon, permit aux industriels anglais de l'emporter d&#233;finitivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un Parlement national aurait pu retarder le d&#233;clin qui suivit, tout comme un Parlement mis en place par l'&#233;tranger aurait pu le h&#226;ter ; mais, dans l'un comme dans l'autre cas, le ph&#233;nom&#232;ne &#233;tait en lui-m&#234;me in&#233;vitable dans le syst&#232;me capitaliste, puisqu'il en &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment un des signes les plus visibles d'&#233;volution. On mesurera la faible part qu'y a prise le Parlement en comparant la situation de l'Irlande avec celle de l'&#201;cosse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1799, M. Foster d&#233;clarait devant le Parlement irlandais, que la production de lin irlandaise &#233;tait le double de celle de l'&#201;cosse. Les chiffres exacts pour 1796 &#233;taient de 23.000.000 de yards [28] pour l'&#201;cosse contre 46.705.319 pour l'Irlande. Cette diff&#233;rence en faveur de l'Irlande, il l'attribuait &#224; l'existence d'un Parlement local. Mais en 1830, si l'on en croit le &#171; Dictionnaire commercial &#187; de McCulloch, le port &#233;cossais de Dundee exportait &#224; lui seul plus de lin que toute l'Irlande. Les deux pays &#233;taient alors priv&#233;s d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi l'industrie &#233;cossaise avait-elle progress&#233; alors que l'industrie irlandaise avait d&#233;clin&#233; ? Parce que l'&#201;cosse poss&#233;dait des r&#233;serves locales de charbon, ainsi que tous les facteurs d'essor industriel qui manquaient &#224; l'Irlande. Le Parlement de Grattan n'est pas plus le responsable de la &#171; prosp&#233;rit&#233; &#187; que connut alors l'Irlande, que n'est responsable de la poussi&#232;re soulev&#233;e par les roues d'un coche, la mouche qui s'y est pos&#233;e, et qui s'imagine, en regardant la poussi&#232;re, que c'est l&#224; son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui explique que pour lui faire conna&#238;tre une v&#233;ritable prosp&#233;rit&#233;, il faudra soumettre l'Irlande &#224; des mesures beaucoup plus radicales que ce que le Parlement a jamais pu imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24]&#034; name=&#034;24&#034;&gt;[24] Les quatre chapitres qui suivent &#233;voquent une autre p&#233;riode cruciale de l'histoire irlandaise, qui aboutira &#224; la grande insurrection de 1798. A partir de la seconde moiti&#233; du XVIII&#232;me si&#232;cle, l'exploitation et la r&#233;pression en Irlande, syst&#233;matiques depuis la victoire de Guillaume d'Orange, vont s'att&#233;nuer en partie &#224; cause de l'alerte donn&#233;e par la Guerre d'ind&#233;pendance am&#233;ricaine. Les Lois P&#233;nales furent assouplies (cf. Chapitre suivant). La guerre d'Am&#233;ri&#173;que avait tendu les relations anglo-fran&#231;aises et c'est la crainte d'une invasion fran&#231;aise qui fut &#224; l'origine de la formation des &#171; Volontaires &#187;. Or, ces Volontaires vont devenir un point d'appui arm&#233; pour le parti &#171; patriote &#187;, anim&#233; au Parlement par Flood et Grattan, qui va ainsi obtenir du pouvoir anglais la fin des restrictions &#233;conomi&#173;ques et surtout le &#171; Home Rule &#187;, l'ind&#233;pendance l&#233;gislative (convention de Dungannon, 1782-1783). C'est avec la R&#233;volution fran&#231;aise que la crise int&#233;rieure (essor d'un courant r&#233;volutionnaire, les Irlandais Unis) et ext&#233;rieure (la politique de Pitt face &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise) va se d&#233;velopper jusqu'aux &#233;v&#233;nements de 1798.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Si&#232;ge du Parlement de Dublin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Allusion aux mouvements autonomistes de l'&#233;poque (Ligue, Sinn F&#233;in). Le Home Rule de 1782 avait disparu avec l'Union de 1800.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Il s'agit des principales d&#233;couvertes techniques dans le domaine de la filature. La &#171; spinning-jenny &#187; est une sorte de rouet perfectionn&#233; o&#249; le fileur peut actionner plusieurs broches &#224; la fois ; le &#171; water-frame &#187; am&#233;liore le filage ; la &#171; mule-jenny &#187; de Crompton permet de faire tourner quatre cents broches &#224; la fois, et surtout va peu &#224; peu &#234;tre actionn&#233;e par l'eau, puis par la vapeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Un yard : 0,914 m.&lt;br class='autobr' /&gt;
VI. Les Volontaires Irlandais trahis par le capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que le bien ni le mal ne vous fas&#173;sent oublier&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme vains furent pleurs et pri&#232;res,&lt;br class='autobr' /&gt;
Vains les mots jusqu'au jour o&#249; l'on a vu briller&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;p&#233;es aux mains des Volontaires. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Thomas Davis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul int&#233;r&#234;t de la th&#232;se selon laquelle la &#171; prosp&#233;rit&#233; &#187; passag&#232;re de l'Irlande de cette &#233;poque a pour origine l'action du Parlement de Grattan, c'est de venir appuyer une autre d&#233;monstration. A en croire les tenants de cette th&#232;se, c'est l'Union L&#233;gislative entre la Grande-Bretagne et l'Irlande qui a ruin&#233; le commerce de celle-ci. Il suffirait donc d'abroger cette Union pour rendre &#224; nouveau rentables les manufactures irlandaises. Or, on ignore trop souvent que l'Union a mis toutes les industries irlandaises sur un pied d'&#233;galit&#233; absolue, du point de vue l&#233;gal, avec les industries anglaises ; on d&#233;forme m&#234;me cette r&#233;alit&#233; au point de donner l'impression que c'est le cont&#173;raire qui s'est pass&#233;. Ainsi, des milliers de nos compatriotes continuent de croire que les lois anglaises interdisent l'extrac&#173;tion de certains minerais ou la fabrication de certains articles en Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un instant de r&#233;flexion suffit pour rejeter une telle interpr&#233;&#173;tation. Un capitaliste anglais n'h&#233;sitera pas &#224; investir de l'argent &#224; Tombouctou, en Chine, en Russie, partout o&#249; il croit pouvoir faire du profit, m&#234;me si c'est sur le territoire de son ennemi mortel. Il n'investit pas pour fournir du travail &#224; ses ouvriers, mais pour faire du profit ; il serait donc stupide d'imaginer qu'il laisserait son Parlement voter des lois lui interdisant d'ou&#173;vrir des mines ou des usines en Irlande, alors qu'il peut ainsi faire du profit en exploitant les travailleurs irlandais. Il n'existe aucune loi de ce genre, il n'y en a jamais eu depuis la mise en place de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chercheur d&#233;sireux d'approfondir l'&#233;tude de cette int&#233;res&#173;sante controverse sur l'histoire irlandaise, et de comparer cette th&#232;se parlementariste du d&#233;clin industriel avec celle que nous venons d'avancer (la th&#232;se socialiste expos&#233;e dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent), a un moyen simple et efficace d'en &#233;prouver la validit&#233;. Qu'il lui suffise de s'adresser aux repr&#233;sentants princi&#173;paux de la th&#232;se parlementariste, et de leur poser la question suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Veuillez avoir l'obligeance de m'expliquer en quoi le transfert du Parlement de Dublin &#224; Londres, qui n'a &#233;t&#233; accom&#173;pagn&#233; d'absolument aucune ing&#233;rence l&#233;gislative dans l'indus&#173;trie irlandaise, a emp&#234;ch&#233; la classe capitaliste irlandaise de continuer &#224; produire pour le march&#233; national ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'obtiendra pas de r&#233;ponse logique &#224; sa question, pas de r&#233;ponse que puisse admettre un seul instant un sp&#233;cialiste reconnu des probl&#232;mes &#233;conomiques. En revanche, on lui pr&#233;&#173;sentera certainement une longue statistique des fournisseurs et des travailleurs de l'industrie irlandaise avant l'Union, puis &#224; une date significative quelques 20 ou 30 ans plus tard. Ce fut la m&#233;thode adopt&#233;e par Daniel O'Connell, le Lib&#233;rateur, dans son premier grand discours en faveur du Rappel de l'Union [29], qui marque le d&#233;but de sa campagne, m&#233;thode que tous ses imitateurs ont depuis lors copi&#233;e servilement et popularis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ni O'Connell ni aucun de ses imitateurs n'a tent&#233; jusqu'&#224; ce jour d'analyser et d'expliquer quel processus a entra&#238;n&#233; la destruction de ces industries. Ce qui se rapproche le plus pour l'instant d'un effort d'explication, c'est l'id&#233;e que l'Union a provoqu&#233; un absent&#233;isme des propri&#233;taires fonciers, ce qui a entra&#238;n&#233; pour les industriels irlandais une perte de client&#232;le. Mais ce genre d'explication n'explique strictement rien. C'est de l'infantilisme pur et simple. Qui pourrait soutenir s&#233;rieuse&#173;ment que la perte de quelques milliers de clients de l'aristocra&#173;tie a tu&#233;, par exemple, l'industrie du cuir autrefois si prosp&#232;re en Irlande, et aujourd'hui quasiment disparue. Ainsi, le quar&#173;tier situ&#233; &#224; Dublin entre Thomas Street et la South Circular Road &#233;tait dans le pass&#233; une ruche grouillante d'activit&#233; o&#249; l'on pratiquait le tannage du cuir et les autres op&#233;rations qui s'y rattachent. Aujourd'hui, ces m&#233;tiers ont presque totalement disparu du quartier. Est-ce que les d&#233;put&#233;s et les propri&#233;taires &#233;taient les seuls &#224; porter des chaussures en Irlande ? Les seules personnes &#224; l'usage desquelles on tannait et on travaillait le cuir ? Et sinon, en quoi le fait qu'ils aient &#233;migr&#233; en Angleterre a-t-il interdit &#224; l'industriel irlandais de fabriquer des chaussures et de la sellerie pour les millions de gens qui vivaient toujours dans le pays apr&#232;s l'Union ? M&#234;me remarque pour le tissage, autre activit&#233; autrefois prosp&#232;re du quartier, ou encore pour le drap, le poisson, la ferronnerie, la minoterie, et ainsi de suite. La population avait besoin des produits d'usage courant apr&#232;s l'Union tout autant qu'avant, mais cela n'emp&#234;che pas l'historien superficiel de venir nous dire que l'industriel irlan&#173;dais &#233;tait incapable de r&#233;pondre &#224; la demande, cessant pour cette raison toute activit&#233;. Nous avons en Irlande la r&#233;putation d'&#234;tre dot&#233;s d'un solide sens de l'humour, n'est-ce pas ? Eh bien, on serait presque tent&#233; d'en douter quand on voit com&#173;ment cette th&#232;se parlementariste a &#233;t&#233; admise tr&#232;s s&#233;rieusement par la masse du peuple irlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se pour le moins plaisante, si l'on y r&#233;fl&#233;chit : elle sugg&#232;re que les industriels irlandais &#233;taient tellement d&#233;sesp&#233;r&#233;s d'avoir perdu la client&#232;le de quelques milliers de propri&#233;taires abusifs, qu'ils n'avaient plus la force de continuer &#224; faire des profits en subvenant aux besoins des millions d'Irlandais qu'ils avaient sous la main. Anglais ou &#201;cossais, Fran&#231;ais ou Belges, les industriels, les propri&#233;taires de mines, les marchands, les p&#234;cheurs, pouvaient s'engraisser et prosp&#233;rer, ce qu'ils ne man&#173;quaient pas de faire, en subvenant aux besoins de la commu&#173;naut&#233; irlandaise, mais l'industriel irlandais en &#233;tait incapable. Il &#233;tait contraint de fermer boutique et de s'en aller &#224; l'hospice pour la seule raison que &#171; Monseigneur l'Extorqueur du Ch&#226;&#173;teau de l'Extorquerie &#187; [30] s'&#233;tait install&#233; &#224; Londres avec tous ses gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos historiens parlementaristes sont de v&#233;ritables plaisan&#173;tins ; leur manque de s&#233;rieux absolument ph&#233;nom&#233;nal n'a d'&#233;gaux que le fanatisme et la stupidit&#233; de leurs rivaux loyalis&#173;tes. Sinon, ils n'auraient pas eu de mal &#224; &#233;laborer, en s'ap&#173;puyant sur le m&#234;me ensemble de faits, une autre th&#232;se tout aussi utile &#224; leur cause, et qui correspond plus &#224; la v&#233;rit&#233;. On peut formuler cette autre th&#232;se de la mani&#232;re suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Acte d'Union fut rendu possible par la faiblesse de l'indus&#173;trie irlandaise ; le pays n'avait donc pas de classe capitaliste &#233;nergique et &#233;cout&#233;e, suffisamment patriote pour emp&#234;cher l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque survint le d&#233;clin de l'industrie, la classe capitaliste irlandaise ne fut pas en mesure de combattre l'influence cor&#173;ruptrice de l'argent du gouvernement anglais, ni de cr&#233;er et d'animer un parti suffisamment fort pour arr&#234;ter le ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;moralisation de l'esprit public. N'en doutons pas, c'est l&#224; une description exacte de la situation. Ce n'est pas la perte du Parlement qui a d&#233;truit l'industrie irlandaise, mais c'est le d&#233;clin de celle-ci, dont nous avons d&#233;j&#224; indiqu&#233; les causes, qui a rendu possible la destruction du Parlement irlandais. S'il avait exist&#233; dans le pays une classe capitaliste puissante, audacieuse, parvenant &#224; ses fins, il y aurait eu une r&#233;forme parlementaire accordant le droit de vote aux masses irlandaises. Cette r&#233;ponse aurait &#233;t&#233; obtenue gr&#226;ce aux fusils des Volontaires sans verser une seule goutte de sang. Avec un Parlement &#233;lu dans ces conditions, l'Acte d'Union aurait &#233;t&#233; impossible. Mais la classe capitaliste irlandaise se servit des Volontaires pour contraindre le gouvernement &#224; une r&#233;forme du commerce. Ensuite, sous la houlette de Henry Grattan, elle abandonna et d&#233;non&#231;a les Volontaires quand ils se mirent en t&#234;te de r&#233;former le syst&#232;me repr&#233;sentatif afin de mieux l'accorder &#224; la volont&#233; populaire, et de d&#233;fendre ainsi pacifiquement ce qu'ils avaient conquis sous la menace de la violence. Une Irlande gouvern&#233;e par le suffrage populaire aurait certainement cherch&#233; &#224; sauver l'in&#173;dustrie alors qu'il en &#233;tait encore temps, gr&#226;ce &#224; un rigoureux syst&#232;me de protection taxant les importations assez lourdement pour neutraliser les avantages que tirait l'&#233;tranger de ses mines de charbon. Un syst&#232;me de ce genre aurait pu conjurer le d&#233;clin de l'industrie irlandaise, in&#233;vitable autrement, comme nous l'avons vu. Mais l'unique espoir de fonder cette Irlande-l&#224; reposait alors sur la force arm&#233;e des Volontaires, et les capita&#173;listes ne se sentaient pas assez forts en tant que classe pour s'emparer des r&#234;nes de l'&#201;tat &#224; la fois contre l'aristocratie et contre le peuple. Ils se virent donc oblig&#233;s de choisir la seule autre possibilit&#233; : d&#233;cider de tenter leur chance en soutenant l'un des deux partis en pr&#233;sence. Ils choisirent de faire confiance &#224; l'aristocratie et d'abandonner la populace, ce qui leur valut d'&#234;tre l&#226;ch&#233;s par la classe &#224; laquelle ils s'en &#233;taient remis et de sombrer dans la faillite et la servitude aux c&#244;t&#233;s de la classe qu'ils avaient trahie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une br&#232;ve &#233;vocation du mouvement des Volontaires permet&#173;tra de rappeler les graves trahisons auxquelles s'est livr&#233;e la classe capitaliste irlandaise pour rivaliser avec ses compatriotes de l'aristocratie qui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ont vendu pour de l'or et des places&lt;br class='autobr' /&gt; Leur patrie et leur Dieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons aussi que, contrairement &#224; eux, elle est parve&#173;nue &#224; ne pas encourir l'opprobre que m&#233;ritaient ses agissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du mouvement, l'Irlande &#233;tait r&#233;gie par les Lois P&#233;nales. Les codes comportaient encore &#224; l'encontre des Catholiques une s&#233;rie de statuts d'une f&#233;rocit&#233; sans &#233;gale. Ces lois, qui &#233;taient officiellement destin&#233;es &#224; favoriser la conver&#173;sion des Catholiques au Protestantisme, avaient en fait pour principal objet de favoriser la conversion des biens catholiques en biens protestants. Le fils d'un propri&#233;taire catholique pou&#173;vait d&#233;poss&#233;der son propre p&#232;re et s'emparer de ses biens, en d&#233;clarant simplement sous serment qu'il avait adopt&#233; la reli&#173;gion protestante ; le p&#232;re recevait alors, de par la loi, une rente qui d&#233;pendait de la g&#233;n&#233;rosit&#233; de son fils. L'&#233;pouse d'un Catholique pouvait priver son mari de tout droit sur ses biens simplement en devenant protestante. Un Catholique n'avait pas le droit de poss&#233;der un cheval valant plus de 5 livres. S'il en poss&#233;dait un, n'importe quel Protestant pouvait ouverte&#173;ment lui prendre son cheval, en lui versant 5 livres pour l'ac&#173;quitter de tout droit dessus. La t&#234;te d'un ma&#238;tre d'&#233;cole ou d'un pr&#234;tre catholique &#233;tait mise &#224; prix de la m&#234;me fa&#231;on que celle d'un loup. Les Catholiques ne pouvaient &#234;tre d&#233;sign&#233;s &#224; aucune fonction publique, et ils &#233;taient &#233;cart&#233;s de la plupart des professions lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la religion catholique &#233;tait une institution ill&#233;gale, ce qui ne l'emp&#234;cha pas de se d&#233;velopper et de s'&#233;panouir. Remarquons au passage qu'elle s'assura une emprise sur les sentiments les plus profonds du peuple irlandais avec autant de rapidit&#233; qu'elle la perdit en France et en Italie, o&#249; le catholi&#173;cisme &#233;tait un rouage essentiel de l'&#201;tat. Ph&#233;nom&#232;ne que feraient bien de retenir ces Catholiques qui r&#233;clament &#224; cor et &#224; cri que les institutions catholiques soient financ&#233;es par des fonds publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le chercheur doit se rappeler que les Lois P&#233;nales, bien que toujours inscrites dans les textes, n'&#233;taient plus r&#233;ellement appliqu&#233;es d&#232;s avant le dernier quart du XVIIIe si&#232;cle. Non &#224; cause d'une quelconque cl&#233;mence du gouvernement anglais, mais de la r&#233;probation d'une majorit&#233; de Protestants irlandais &#233;clair&#233;s. Ils refusaient tout bonnement de tirer parti de ces lois, m&#234;me lorsqu'ils pouvaient y trouver un profit personnel, et il y a fort peu de cas av&#233;r&#233;s o&#249; des Protestants se soient empar&#233;s des biens de leurs voisins catholiques en application des Lois P&#233;nales, dans les g&#233;n&#233;rations post&#233;rieures &#224; la fin de la guerre williamite. Ces lois &#233;taient bien trop terribles pour &#234;tre syst&#233;&#173;matiquement appliqu&#233;es et, l&#224;-dessus, l'esprit public &#233;tait tr&#232;s en avance sur la l&#233;gislation. Tous les historiens sont d'accord sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, les fronti&#232;res de classe &#233;taient bien plus nettement d&#233;limit&#233;es que les fronti&#232;res religieuses, comme ce fut toujours le cas en Irlande depuis la disparition du syst&#232;me des clans, et comme c'est encore le cas aujourd'hui. Nous poss&#233;dons l&#224;-dessus les remarques d'une personnalit&#233; aussi &#233;minente que l'Archev&#234;que Whately. Venant sous la plume d'un partisan du gouvernement britannique et de l'&#201;glise angli&#173;cane, elles offrent un t&#233;moignage doublement pr&#233;cieux sur le fait que les divisions politiques en Irlande renvoient avant tout &#224; des questions de propri&#233;t&#233;, et ne renvoient &#224; des questions de religion que dans des cas individuels. Il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; On m'a rapport&#233; de multiples exemples o&#249; les Orangistes [31] les plus fanatiques ont arrach&#233; de leurs domaines des tenanciers protestants qui s'y trouvaient depuis des g&#233;n&#233;rations pour louer leurs terres &#224; des Catholiques... en augmentant le fermage d'un shilling par acre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Protestants qu'on expulsait ainsi &#233;taient, ne l'oublions pas, les hommes et les femmes dont les anc&#234;tres avaient, au nom du roi Guillaume et du Protestantisme, sauv&#233; l'Irlande du roi Jacques et du Catholicisme. Ces expulsions, c'&#233;tait la fa&#231;on de r&#233;compenser la victoire de leurs anc&#234;tres et leur propre fid&#233;lit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons &#224; cette fronti&#232;re &#233;conomique de classe que la repr&#233;&#173;sentation politique du pays &#233;tait le privil&#232;ge exclusif de la classe sup&#233;rieure. Une majorit&#233; de d&#233;put&#233;s du Parlement irlandais si&#233;geaient mandat&#233;s par certains membres de l'aristocratie pos&#173;s&#233;dant les domaines sur lesquels les bourgs qu'ils &#171; repr&#233;sen&#173;taient &#187; &#233;taient situ&#233;s. On les appelait &#171; bourgs de poche &#187;, parce qu'ils subissaient la mainmise de l'aristocratie fonci&#232;re tout comme s'ils se trouvaient dans sa poche. Qui plus est, c'est dans l'&#238;le tout enti&#232;re que le pouvoir d'&#233;lire les d&#233;put&#233;s &#233;tait exclusivement r&#233;serv&#233; &#224; un petit nombre de privil&#233;gi&#233;s. La grande masse de la population catholique et protestante n'avait pas droit de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette situation que naquit le mouvement des Volontaires. Pour les Irlandais il y avait donc trois grandes dol&#233;ances politiques : 1) le Parlement anglais avait interdit tout commerce entre l'Irlande et l'Europe ou l'Am&#233;rique, sauf en passant par un port anglais, ce qui paralysait le d&#233;veloppement du capitalisme irlandais ; 2) toute repr&#233;sentation aux Commu&#173;nes de Dublin &#233;tait refus&#233;e aux travailleurs catholiques comme aux travailleurs protestants, en fait &#224; tout le monde &#224; part un petit nombre de capitalistes protestants et les repr&#233;sentants de l'aristocratie ; 3) enfin, tous les Catholiques &#233;taient frapp&#233;s d'interdits religieux. D&#232;s que les Volontaires (qui &#233;taient tous protestants) prirent les armes, ils commenc&#232;rent &#224; faire campa&#173;gne contre l'ensemble de ces injustices. Ils &#233;taient tous unani&#173;mes au d&#233;but ; c'est ainsi qu'ils d&#233;fil&#232;rent dans les rues de Dublin le jour de la convocation du Parlement avec les pancar&#173;tes accroch&#233;es aux bouches de leurs canons, qui portaient ces mots r&#233;v&#233;lateurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Libre &#233;change ou sinon &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venant d'un peuple uni et arm&#233;, la menace sous-jacente porta ses fruits : le libre &#233;change fut accord&#233;. A ce moment pr&#233;cis, la R&#233;publique aurait pu l'emporter aussi s&#251;rement que le libre &#233;change. Mais lorsque, chez les Volontaires, les simples soldats d&#233;cid&#232;rent de mettre en avant leur ultime revendication politique, une repr&#233;sentation populaire au Parlement, ils furent l&#226;ch&#233;s par tous leurs chefs. Ils avaient &#233;lu &#224; leur t&#234;te des aristocrates, des avocats &#224; la langue bien pendue, des patriotes professionnels ; tous ces officiers les trahirent lorsqu'ils n'eu&#173;rent plus besoin d'eux. Apr&#232;s l'octroi du libre &#233;change, une convention des Volontaires fut convoqu&#233;e &#224; Dublin, afin d'&#233;tu&#173;dier la question d'une repr&#233;sentation populaire au Parlement. Lord Charlemont, le commandant en chef, d&#233;savoua la convention, et son exemple fut suivi par tout le menu fretin des officiers nobles ; quand finalement la convention se r&#233;unit, Henry Grattan, qui devait aux Volontaires toute sa r&#233;ussite politique et personnelle, les attaqua devant le Parlement en les traitant de &#171; canaille arm&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quelques d&#233;bats sans r&#233;sultats, la convention s'ajourna dans la confusion ; lors d'une nouvelle tentative de r&#233;union, le gouvernement interdit la tenue de la convention, et les signataires de l'appel en faveur de cette r&#233;union furent arr&#234;t&#233;s et condamn&#233;s &#224; de lourdes amendes. Le gouvernement, qui avait fait la paix avec l'Am&#233;rique en lui accordant l'ind&#233;&#173;pendance, avait pu masser des troupes en Irlande et se pr&#233;pa&#173;rait &#224; en finir avec les Volontaires. Par son refus de prendre en compte la revendication de repr&#233;sentation populaire, il indi&#173;quait qu'il &#233;tait pr&#234;t au combat ; avec l'interdiction de la seconde r&#233;union, il signifiait qu'il &#233;tait victorieux. Les Volon&#173;taires s'&#233;taient rendus sans coup f&#233;rir. C'est la classe capitaliste irlandaise qui est enti&#232;rement responsable de cette reddition indigne. Si elle avait soutenu les partisans des r&#233;formes, la d&#233;fection de l'aristocratie n'aurait pas pes&#233; lourd ; d'ailleurs les &#233;l&#233;ments les plus radicaux s'&#233;taient certainement attendus et pr&#233;par&#233;s &#224; une telle d&#233;fection. Mais ce qu'ils n'avaient pu pr&#233;voir, c'est que les marchands allaient se ranger du c&#244;t&#233; de l'aristocratie, d&#233;cision trop inf&#226;me pour que quiconque l'ait envisag&#233;e en-dehors de ses auteurs. En outre, il ne faut pas croire que ces &#233;l&#233;ments r&#233;actionnaires n'ont rien fait pour masquer qu'ils trahissaient la cause de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils prenaient au contraire toutes les peines du monde pour donner l'impression qu'ils &#233;taient toujours favorables au peu&#173;ple, tout en essayant de d&#233;tourner l'attention du public sur des probl&#232;mes autres que ceux relevant des enjeux r&#233;els. Il y a un passage d&#233;lectable dans la Vie de Henry Grattan publi&#233;e par son fils, o&#249; il raconte de quelle mani&#232;re le gouvernement s'em&#173;para des armes des divers corps de Volontaires dublinois. Ce r&#233;cit est en soi un v&#233;ritable abr&#233;g&#233; de multiples &#233;pisodes de l'histoire irlandaise, qui souligne fort bien les traits dominants des diff&#233;rentes classes et leur r&#244;le dans la vie publique du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dublin, c'est l'Irlande en miniature ; plus encore, Dublin, c'est la quintessence m&#234;me de l'Irlande. Tout ce qui rend l'Irlande grande ou mis&#233;rable, superbe ou sordide, merveilleu&#173;sement r&#233;volutionnaire ou d&#233;sesp&#233;r&#233;ment r&#233;actionnaire, noblement altruiste ou bassement tra&#238;tresse, appara&#238;t plus for&#173;tement marqu&#233; &#224; Dublin que partout ailleurs. Ainsi, le r&#244;le jou&#233; par Dublin dans toute crise nationale, n'est rien d'autre que l'adaptation sur la sc&#232;ne de la capitale du r&#244;le jou&#233; dans toutes les provinces par des passions du m&#234;me ordre. C'est ce qui donne toute sa valeur &#224; la contribution involontaire &#224; l'histoire l'Irlande qu'on trouve sous la plume du fils de Henry Grattan, et dont voici l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait &#224; Dublin trois sections de Volontaires, correspon&#173;dant aux trois sections populaires des forces &#171; patriotiques &#187;. Tout d'abord, le Corps de la Libert&#233;, au recrutement exclusive&#173;ment ouvrier ; puis le Corps des Marchands, form&#233; par la classe capitaliste ; enfin, le Corps des Juristes, c'est-&#224;-dire les membres de la confr&#233;rie des hommes de loi. &#201;voquant l'inter&#173;vention du gouvernement apr&#232;s la &#171; Loi sur les Armes et la Poudre &#187; qui exigeait pour le maintien de l'ordre que les Volon&#173;taires remettent leurs armes aux autorit&#233;s, le fils de Henry Grattan &#233;crit que le gouvernement &#171; s'empara de l'artillerie du Corps de la Libert&#233;, fit un arrangement priv&#233; pour prendre possession des armes du Corps des Marchands, puis il persuada les juristes de rendre les leurs, acceptant qu'ils d&#233;filent d'abord publiquement avant de les remettre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, en langage clair, le gouvernement dut faire usage de la force pour s'emparer des armes des travailleurs, mais les capitalistes remirent les leurs en secret &#224; la suite d'un marchandage priv&#233; dont nous ne connaissons pas les condi&#173;tions. Quant aux juristes, ils ont promen&#233; leurs armes dans les rues de Dublin, au cours d'un d&#233;fil&#233; public destin&#233; &#224; pr&#233;server le prestige de leur association aux yeux des travailleurs cr&#233;dules de la ville ; puis, alors m&#234;me qu'ils &#233;taient encore enrou&#233;s d'avoir acclam&#233; publiquement les &#171; fusils des Volontaires &#187;, ils remirent en priv&#233; ces fusils aux ennemis du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs combattirent, les capitalistes n&#233;goci&#232;rent, les hommes de loi jou&#232;rent les matamores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, comme toujours en Irlande, le sort du pays d&#233;pen&#173;dait de l'issue du combat opposant les forces de l'aristocratie et celles de la d&#233;mocratie. A la ville et &#224; la campagne, ouvriers et paysans prirent fait et cause pour les forces r&#233;volutionnaires d'Am&#233;rique et de France, br&#251;lant d'&#233;galer leurs exploits dans leur propre pays. Mais la classe capitaliste irlandaise avait encore plus peur du peuple que du gouvernement britannique, et, dans cette crise d&#233;cisive pour le pays, elle priva le peuple de son influence et de ses conseils. Pendant que se livrait ce combat dont l'issue fut si d&#233;sastreuse pour la cause de l'ind&#233;pendance, ailleurs en Irlande se d&#233;roulait un autre com&#173;bat, plus spectaculaire, mais dont l'enjeu &#233;tait factice. Ainsi vont les choses en Irlande : c'est cette parodie qui a le plus retenu l'attention des historiens. Nous avons d&#233;j&#224; fait allusion &#224; ce Henry Flood qui se fit remarquer au Parlement irlandais lorsque, se montrant plus royaliste que le roi, il accusa le gouvernement de n'avoir pas pendu assez de paysans &#224; son gr&#233;. De m&#234;me, nous avons d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; M. Henry Grattan &#224; nos lecteurs. Ces deux hommes &#233;taient les chefs parlementaires du &#171; parti patriote &#187; aux Communes, les &#171; deux Harry &#187;, pour reprendre le surnom ironique que leur avait donn&#233; la foule de Dublin. Lorsque la menace des Volontaires contraignit les autorit&#233;s anglaises &#224; renoncer formellement &#224; tout droit de faire pression l&#233;galement sur le Parlement irlandais, nos deux patriotes se brouill&#232;rent sur un probl&#232;me qui, selon les informa&#173;tions dignes de foi de graves et doctes historiens, divisa l'Irlande tout enti&#232;re. Quand nous dirons l'objet de cette brouille, souhaitons que nos lecteurs n'aillent pas nous accuser de leur conter des sornettes. Ce n'est pas le cas, encore que la tentation soit irr&#233;sistible ou presque : nous nous contentons de rappeler tr&#232;s sobrement des &#233;v&#233;nements historiques. Les gra&#173;ves et doctes historiens nous apprennent que Grattan et Flood se brouill&#232;rent parce que Flood voulait obtenir de l'Angleterre la promesse de ne plus jamais intervenir par des lois r&#233;gentant le Parlement Irlandais, tandis que Grattan voyait dans une telle requ&#234;te une insulte &#224; l'honneur de l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons dit, les graves et doctes historiens affirment que toute l'Irlande prit parti dans cette dispute, et m&#234;me un homme qui ha&#239;ssait l'Angleterre comme John Mitchel, dans son Histoire de l'Irlande, semble croire que c'est ce qui s'est pass&#233;. Quant &#224; nous, nous refusons absolument d'accorder le moindre cr&#233;dit &#224; cette histoire. Tandis que Grattan et Flood remuaient du vent &#224; coups de grandes proclamations, nous sommes fermement convaincus que si quelqu'un &#233;tait all&#233; enqu&#234;ter dans un champ en Irlande au moment de la moisson, et avait demand&#233; au premier moissonneur venu son opinion sur la dispute, le moissonneur en question aurait mis le doigt sur la question sans arr&#234;ter un seul instant de manier sa faucille, en r&#233;pondant probablement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour s&#251;r, qu'est-ce que &#231;a peut bien faire, les promesses de l'Angleterre ? De toute fa&#231;on, est-ce qu'elle ne va pas la violer, sa promesse, d&#232;s que &#231;a lui plaira et que &#231;a lui sera possible ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a du mal &#224; croire que Grattan ou Flood aient pu penser s&#233;rieusement que l'Angleterre se sente li&#233;e par la moindre promesse, elle qui d&#232;s cette &#233;poque avait la r&#233;putation univer&#173;selle de rompre ses serments et de ne pas respecter ses trait&#233;s. Aujourd'hui, lorsqu'on &#233;voque les p&#233;rip&#233;ties de cette c&#233;l&#232;bre controverse, cela ressemble &#224; une mauvaise plaisanterie ; mais si l'on observe dans quel contexte tragique s'est tenue cette controverse, on peut dire que la plaisanterie est &#224; peu pr&#232;s aussi dr&#244;le qu'une farce dans une chambre de tortures. En la circonstance, Grattan et Flood n'ont &#233;t&#233; que deux habiles acteurs se laissant aller &#224; une joute oratoire au pied du lit mortuaire des esp&#233;rances assassin&#233;es de tout un peuple. Et si, outre l'absurdit&#233; de cet ergotage juridique, il fallait trouver un autre argument pour d&#233;montrer que ce simulacre de combat n'int&#233;ressait absolument pas la grande masse du peuple, il suffirait de citer les propos des deux dirigeants. M. Flood n'avait pas seulement la r&#233;putation d'&#234;tre l'ennemi de la pay&#173;sannerie opprim&#233;e et l'adversaire farouche des Catholiques, c'est-&#224;-dire de la grande masse des habitants du pays ; il &#233;tait aussi intervenu et avait vot&#233; au Parlement en faveur d'un texte proposant de payer l'entretien d'une arm&#233;e de 10 000 soldats britanniques qui serait envoy&#233;e en Am&#233;rique pour vaincre la r&#233;volution. M. Grattan, pour sa part, avait accept&#233; de recevoir 50 000 livres du gouvernement au titre de ses services &#171; patrio&#173;tiques &#187; ; puis, par exc&#232;s de gratitude pour ce secours oppor&#173;tun, il paya le gouvernement de retour en trahissant et en d&#233;non&#231;ant les Volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les autres grands probl&#232;mes du moment, ils avaient l'un et l'autre une position &#233;quivoque, et ils jou&#232;rent double jeu. Par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Flood croyait &#224; la d&#233;mocratie &#8212; pour les Protestants ; mais il &#233;tait contre la libert&#233; religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Grattan croyait en la libert&#233; religieuse &#8212; pour les poss&#233;&#173;dants ; mais il &#233;tait contre l'extension du droit de vote &#224; la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Flood aurait volontiers accord&#233; le droit de vote &#224; tous les Protestants, les riches comme les pauvres, mais il le refusait &#224; tous les Catholiques, les riches comme les pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Grattan aurait volontiers accord&#233; le droit de vote &#224; tous les poss&#233;dants, quelle que soit leur religion, mais il refusait de l'&#233;tendre aux non-poss&#233;dants. A la Chambre des Communes irlandaise, il attaqua violemment les Irlandais Unis, dont nous parlerons par la suite, parce qu'ils proposaient le suffrage uni&#173;versel, qui, selon lui, provoquerait la ruine du pays et d&#233;truirait l'ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien que M. Grattan &#233;tait l'homme d'&#201;tat id&#233;al pour le capitalisme ; il &#233;tait l'incarnation de l'esprit bourgeois, il se souciait plus des int&#233;r&#234;ts de la propri&#233;t&#233; que des droits de l'homme ou de la supr&#233;matie d'une religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut chez lui une tendance pr&#233;coce, comme en t&#233;moigne une lettre adress&#233;e &#224; l'un de ses amis, M. Broome, en date du 3 novembre 1767, et que son fils reproduit dans l'&#233;dition qu'il fit de la biographie et des discours de son p&#232;re. Cette lettre nous r&#233;v&#232;le que le tr&#232;s respectable, tr&#232;s religieux et tr&#232;s anti&#173;r&#233;volutionnaire M. Henry Grattan, &#233;tait, dans son for int&#233;&#173;rieur, un libre-penseur, un libertin et un philosophe &#233;picurien, qui avait compris tr&#232;s t&#244;t qu'il &#233;tait plus sage de ne pas laisser conna&#238;tre ses opinions &#224; la vile multitude qu'il aspirait &#224; gouver&#173;ner. En voici un extrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Vous et moi, nous sommes compl&#232;tement d'accord l&#224;- dessus comme sur la plupart des autres questions ; nous pen&#173;sons que le mariage est une institution qui n'est pas naturelle mais artificielle, et nous consid&#233;rons les femmes comme une embarcation trop fragile pour une travers&#233;e aussi longue et agit&#233;e que celle de la vie... Je me suis fait philosophe &#233;picu&#173;rien ; je crois qu'il n'est pas d'autre monde que le n&#244;tre, et que la recherche du bonheur y est notre principal objet... Ce genre de sujet est trop vaste et trop dangereux pour une lettre ; mais nous pourrons en parler plus longuement en priv&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'en aper&#231;oit : nous avons ici affaire, non pas sans doute au Grattan des po&#232;mes dithyrambiques de Moore, mais bien au Grattan r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas tr&#232;s &#233;tonnant que la foule de Dublin ait lapid&#233; ce Grattan-l&#224;, lorsqu'il rentra d'Angleterre apr&#232;s l'une des s&#233;an&#173;ces du Parlement de Londres. Elle ne fut pas dupe de ses grandes phrases et de ses hauts faits qui ont pourtant subjugu&#233; les historiens. Qu'il se soit th&#233;&#226;tralement dress&#233; sur son lit de douleur pour se montrer aux tra&#238;tres qui avaient vendu leur vote pour la victoire de l'Union, et qu'il les ait incit&#233;s &#224; ne pas respecter les termes de leur marchandage, voil&#224; qui compose assur&#233;ment une sc&#232;ne impressionnante pour les gloses des his&#173;toriens romanesques ; mais ce fut une bien pi&#232;tre compensa&#173;tion, aux yeux du commun, en regard des injures contre les Volontaires, de sa trahison &#224; leur &#233;gard, de son opposition de mauvaise foi &#224; la cause du droit de vote populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut trouver une derni&#232;re preuve, &#224; nos yeux d&#233;cisive, de la mani&#232;re dont les nationalistes authentiques et les penseurs progressistes d'Irlande consid&#233;raient le &#171; Parlement de 82 &#187;, dans le passage ci-dessous qui est tir&#233; du c&#233;l&#232;bre pamphlet de Theobald Wolfe Tone, et qui fut publi&#233; en septembre 1791 sous le titre : &#171; Plaidoyer en faveur des Catholiques d'Irlande &#187;. Il est int&#233;ressant de rappeler que cette charge mordante contre la &#171; glorieuse r&#233;volution de 1782 &#187;, sous la plume de l'Irlandais le plus clairvoyant de son &#233;poque, a si peu &#233;t&#233; du go&#251;t de nos historiens et journalistes, qu'ils l'ont rigoureusement boycott&#233;e. C'est l'auteur du pr&#233;sent ouvrage qui la fit r&#233;imprimer en 1897 &#224; Dublin, dans une s&#233;rie de &#171; 98 Lectures &#187; [98 discours]contenant aussi beaucoup d'autres documents oubli&#233;s ou g&#234;nants sur la m&#234;me p&#233;riode. Elle a &#233;t&#233; depuis r&#233;&#233;dit&#233;e &#224; plusieurs reprises exactement comme nous en avions reproduit un extrait ; mais &#224; en juger par la mani&#232;re dont certains de nos amis continuent de d&#233;clarer qu'ils &#171; s'en tien&#173;nent &#224; la constitution de 82 &#187;, il y a des gens pour qui cette r&#233;&#233;dition n'a servi &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Wolfe Tone sur le Parlement de Grattan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (Extrait du c&#233;l&#232;bre pamphlet, &#171; Plaidoyer en faveur des Catholiques d'Irlande &#187;, publi&#233; en septembre 1791).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; J'ai dit que nous n'avions point de gouvernement national. Jusqu'en 1782, nul ne soutenait que nous en eussions un, et c'est une r&#233;flexion pour le moins curieuse, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre utile, de chercher &#224; savoir quelle est aujourd'hui notre opinion &#224; ce sujet. J'ai peu de craintes d'&#234;tre r&#233;fut&#233;, lorsque j'affirme que tout ce que nous avons obtenu gr&#226;ce &#224; ce qu'il nous pla&#238;t d'honorer du nom de R&#233;volution, ce fut seulement une d&#233;fini&#173;tion du bien dans les termes de la loi, sans le recours &#224; la grande r&#232;gle de la nature, qui l'emporte sur tous les r&#232;glements con&#231;us par la raison ; alors que la question profonde est de savoir &#8216;Si nous avons bien fait ou non, et pourquoi nous avons n&#233;glig&#233; de bien faire. Je sais bien que je risque de blesser la fiert&#233; nationale, la vanit&#233; des gens dont je parle, la retenue de quel&#173;ques hommes honn&#234;tes, la vilenie des fripons, lorsque je pr&#233;&#173;tends que la r&#233;volution de 1782 fut l'affaire la plus maladroite qui ait jamais ridiculis&#233; cette &#233;pith&#232;te alti&#232;re dont elle s'est abusivement par&#233;e. Pour un Irlandais, ce n'est gu&#232;re plaisant de le reconna&#238;tre, mais c'est in&#233;vitable si la v&#233;rit&#233; le r&#233;clame. Il est bien pr&#233;f&#233;rable pour nous de conna&#238;tre et de mesurer notre situation r&#233;elle, que de nous bercer d'illusions ou d'&#234;tre dup&#233;s par les &#233;loges imm&#233;rit&#233;s ou les v&#339;ux trompeurs et d&#233;plai&#173;sants de nos ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je laisse aux admirateurs de cette &#233;poque les d&#233;clarations en cascade sur ses hypoth&#233;tiques avantages et ses gloires imaginai&#173;res ; c'est un fort beau sujet, qui ne peut qu'&#234;tre flatteur pour mes compatriotes, puisque beaucoup en ont &#233;t&#233; les acteurs et presque tous les spectateurs. Mais c'est &#224; moi que revient la t&#226;che ingrate de la d&#233;pouiller de son plumage bariol&#233; et de la pr&#233;senter dans toute sa nudit&#233;. Intervention douloureuse, mais qui peut, si on la m&#232;ne &#224; bien, fournir une forte et impression&#173;nante le&#231;on de prudence et de sagesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La R&#233;volution de 1782 a &#233;t&#233; l'occasion pour les Irlandais de vendre bien plus cher leur honneur, leur int&#233;grit&#233; et les int&#233;r&#234;ts de leur pays. Ce fut une R&#233;volution qui, tout en permettant de doubler d'un seul coup la valeur du moindre fabricant de circonscription &#233;lectorale, laissait les trois-quarts de nos com&#173;patriotes dans l'&#233;tat de servitude o&#249; elle les avait trouv&#233;s, et le gouvernement du pays aux mains des personnages vils, corrom&#173;pus et m&#233;prisables qui avaient pass&#233; leur vie &#224; l'abaisser et &#224; le piller, et qui, pour certains d'entre eux, avaient justement vot&#233; en dernier ressort, r&#233;solus mais sans espoir, contre notre R&#233;volution, notre belle R&#233;volution. Qui d'entre les plus anciens ennemis de notre pays a perdu son poste ou sa pen&#173;sion ? Qui de l'opposition fut d&#233;sign&#233; &#224; la moindre responsabi&#173;lit&#233;, &#224; la moindre charge ? Personne. Le pouvoir resta entre les mains de l'ennemi, qui en fit de nouveau usage pour notre perte, mais avec cette diff&#233;rence qu'auparavant l'Angleterre ne nous faisait pas payer les mis&#232;res, les d&#233;g&#226;ts, les injures dont elle nous accablait. Tandis qu'aujourd'hui nous payons au prix fort des maux bien pires, et ce sont d'Irlandais qu'ils nous viennent. Et voil&#224; ce que nous appelons orgueilleusement R&#233;volution ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terminons ce chapitre sur les Volontaires, ce chapitre sur les grandes occasions perdues et sur la confiance populaire trahie. Quelques vers tir&#233;s d'un po&#232;me &#233;crit &#224; Dublin a cette &#233;poque r&#233;sument l'atmosph&#232;re mieux que tout, m&#234;me s'ils peuvent para&#238;tre bien amers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qui souleva le peuple ?&lt;br class='autobr' /&gt; Ce sont les deux Harry&lt;br class='autobr' /&gt; Qui ont fait des grimaces,&lt;br class='autobr' /&gt; En fait d'appel au peuple.&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'ont fait les Volontaires ?&lt;br class='autobr' /&gt; Convents et d&#233;fil&#233;s. Les lauriers sont fan&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;taient les Volontaires.&lt;br class='autobr' /&gt; Et comment sont-ils morts ?&lt;br class='autobr' /&gt; De la mort des esclaves,&lt;br class='autobr' /&gt; Se coulant dans la tombe,&lt;br class='autobr' /&gt; Sont morts les Volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] O'Connell anima, surtout &#224; partir de son &#233;lection triomphale de 1828 (alors que les Catholiques ne pouvaient &#234;tre &#233;ligibles) une campagne pour l'abrogation de l'Union (le &#171; Rappel &#187;) qui aboutira du moins &#224; l'Acte d'&#201;mancipation des Catholiques de 1829. Cf. ci-dessous en particulier Chapitre XII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] &#171; Lord Rackrent of Castle Rackrent &#187;. &#171; Rackrent &#187; signifie &#171; hausse abusive du fermage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] &#192; l'origine, partisans de Guillaume d'Orange. Il s'agit des Protes&#173;tants (Presbyt&#233;riens) qui se dressent dans le Nord du Pays &#224; cette &#233;poque, &#224; la fois contre les Catholiques et contre la minorit&#233; de privil&#233;gi&#233;s anglicans. &#171; Orangiste &#187; va devenir synonyme de Protestant attach&#233; &#224; l'Union.&lt;br class='autobr' /&gt;
VII &#8211; Les Irlandais Unis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre libert&#233;, nous la gagnerons &#224; nos risques et p&#233;rils. Si les poss&#233;dants refusent de nous aider, ce sera leur perte ; nous nous lib&#233;rerons nous-m&#234;mes gr&#226;ce &#224; l'appui de cette classe immense et respectable de la communaut&#233; : les hommes qui ne poss&#232;dent rien. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Theobald Wolfe Tone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Dans le temps o&#249; les Volontaires &#233;taient trahis et vaincus, l'Irlande assista &#224; la naissance et &#224; l'essor de l'Association des Irlandais Unis. C'&#233;tait &#224; ses d&#233;buts une organisation publique et pacifique, qui s'en tenait aux moyens ordinaires de l'agitation politique pour propager ses id&#233;es dans les masses et les pr&#233;parer ainsi &#224; r&#233;aliser son objectif principal : &#233;difier en Irlande une r&#233;publique sur le mod&#232;le de celle qui fut instaur&#233;e en France pendant la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, l'organisation ne put maintenir son activit&#233; publique face &#224; la dure pers&#233;cution du gouvernement britannique, qui n'appr&#233;ciait pas du tout sa nature d&#233;mocratique. Elle dut adopter le masque et les m&#233;thodes de la clandestinit&#233;, et elle acquit sous cette forme une telle influence qu'elle fut &#224; m&#234;me d'entamer des n&#233;gociations avec le Directoire r&#233;volutionnaire de la France, comme un authentique pouvoir national signant des trait&#233;s d'&#233;gal &#224; &#233;gal. A la suite de cet accord secret entre la France r&#233;volutionnaire et l'Irlande r&#233;volutionnaire contre leur ennemi commun, l'Angleterre aristocratique, plusieurs flottes et arm&#233;es furent envoy&#233;es depuis le continent pour soutenir les R&#233;publicains irlandais, mais toutes ces exp&#233;ditions se termin&#232;rent par un d&#233;sastre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re, plac&#233;e sous les ordres de Grouchy et Hoche, fut dispers&#233;e par une temp&#234;te, et plusieurs b&#226;timents durent rentrer en France pour r&#233;parer. Le reste, avec la majeure partie de l'arm&#233;e, put atteindre Bantry Bay sur la c&#244;te irlandaise. Mais le commandant fran&#231;ais fut tout aussi h&#233;sitant, ind&#233;cis, timor&#233;, qu'il le sera &#224; la veille de la bataille de Waterloo, dont l'issue sera tout aussi d&#233;sastreuse pour Napol&#233;on. En d&#233;finitive, malgr&#233; les protestations d&#233;sesp&#233;r&#233;es des r&#233;volutionnaires irlandais qui se trouvaient &#224; bord, il leva l'ancre et rentra en France sans avoir fait tirer un seul coup de canon ni d&#233;barquer le moindre d&#233;tachement. S'il avait &#233;t&#233; &#224; la hauteur des circonstances, il aurait d&#233;barqu&#233;, et il est presque certain que l'Irlande aurait pu se s&#233;parer de l'Angleterre et prendre en mains son destin national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre exp&#233;dition, mise au point par la R&#233;publique batave alli&#233;e &#224; la France, fut retenue au port par des vents contraires, ce qui donna le temps &#224; la flotte britannique d'entrer en sc&#232;ne. Le commandant hollandais releva le d&#233;fi, ce qui &#233;tait tr&#232;s chevaleresque mais totalement irr&#233;fl&#233;chi, et il fut vaincu dans des conditions par trop in&#233;gales et d&#233;favorables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut une tentative non officielle mais fort noble, command&#233;e par un autre officier fran&#231;ais, le g&#233;n&#233;ral Humbert. L'exp&#233;dition parvint effectivement &#224; d&#233;barquer en Irlande, proclama la R&#233;publique irlandaise &#224; Killala, dans le Connaught, arma des Irlandais Unis qui &#233;taient nombreux parmi les habitants. Se joignant &#224; eux, elle affronta et mit totalement en d&#233;route &#224; Castlebar une force britannique bien sup&#233;rieure, et elle p&#233;n&#233;tra profond&#233;ment &#224; l'int&#233;rieur du pays, avant d'&#234;tre encercl&#233;e et contrainte de se rendre &#224; une arm&#233;e qui lui &#233;tait plus de dix fois sup&#233;rieure en nombre. Cette fois, l'&#233;chec &#233;tait d&#251; &#224; l'insuffisance des forces de l'exp&#233;dition fran&#231;aise, incapables de tenir assez longtemps pour permettre aux Irlandais de les rejoindre apr&#232;s s'&#234;tre arm&#233;s et organis&#233;s de mani&#232;re satisfaisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si Humbert avait eu les forces que commandait Grouchy, ou si Grouchy avait eu le courage et l'audace d'Humbert, c'est en 1798 que serait n&#233;e la R&#233;publique irlandaise, pour le meilleur et pour le pire. L'observation est assez banale, mais si vraie qu'il est n&#233;cessaire de la r&#233;p&#233;ter : les &#233;l&#233;ments naturels ont plus fait pour l'Angleterre que ses propres arm&#233;es. En fait, qu'elle se soit trouv&#233;e aux prises avec le corps exp&#233;ditionnaire fran&#231;ais d'Humbert, avec les Presbyt&#233;riens et les Catholiques et l'Arm&#233;e Irlandaise Unie command&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Munro dans le Nord, ou avec les insurg&#233;s des comt&#233;s de Wicklow, Wexford, Kildare et Dublin, il est difficile de dire que l'arm&#233;e britannique ait jamais &#233;t&#233; &#224; la hauteur de sa r&#233;putation, encore moins qu'elle se soit couverte de gloire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'autre camp revenaient toute la gloire, presque tout sentiment de la dignit&#233; de l'homme, tous ses r&#234;ves de lib&#233;ration. Ces gens avaient un armement h&#233;t&#233;roclite, ils n'&#233;taient pas entra&#238;n&#233;s, ils devaient agir sans aucun plan de campagne syst&#233;matique, parce qu'ils avaient &#233;t&#233; surpris par l'arrestation et l'emprisonnement de leurs chefs. Et cependant ils combattirent et vainquirent sur d'innombrables champs de batailles les troupes britanniques, qui &#233;taient pourtant parfaitement disciplin&#233;es, admirablement &#233;quip&#233;es et command&#233;es comme une &#233;norme machine &#224; partir d'un centre commun. La r&#233;pression de l'insurrection dans les seuls comt&#233;s de Wicklow et Wexford r&#233;clama tous les efforts de 30.000 soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans l'&#233;chec du plan des Irlandais Unis, qui pr&#233;voyaient un soul&#232;vement concert&#233; dans toute l'&#238;le &#224; une date d&#233;termin&#233;e, le gouvernement n'aurait pas &#233;t&#233; capable de venir &#224; bout des forces r&#233;publicaines. En fait, &#233;tant donn&#233; le manque de moyens de communication qui r&#233;gnait &#224; l'&#233;poque, il &#233;tait possible de stopper l'insurrection et de la vaincre dans n'importe quel district presque avant que la nouvelle de son d&#233;roulement ne soit parvenue jusqu'&#224; d'autres r&#233;gions du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que les forces du r&#233;publicanisme et du despotisme s'affrontaient sur terre, la victoire &#233;tait en r&#233;alit&#233; en train de se jouer sur mer o&#249; le despotisme avait la supr&#233;matie. Seuls les succ&#232;s de la flotte britannique parvinrent &#224; prot&#233;ger les rivages de l'Angleterre d'une invasion ennemie, et permirent &#224; Pitt [33], le Premier Ministre anglais, de fournir des subsides aux arm&#233;es de ses alli&#233;s, les despotes europ&#233;ens en lutte sur tout le continent avec les forces de libert&#233; et de progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un fait indiscutable, et il est d'autant plus humiliant de devoir rappeler que l'immense majorit&#233; de ceux qui servaient sur ces navires &#233;taient des Irlandais. Mais, &#224; la diff&#233;rence de ceux qui servaient dans l'arm&#233;e britannique, les marins et les soldats de l'infanterie de marine se trouvaient l&#224; contre leur gr&#233;. En effet, le gouvernement britannique prit des mesures r&#233;pressives en Irlande, pour provoquer l'explosion pr&#233;matur&#233;e du mouvement r&#233;volutionnaire. Les autorit&#233;s suspendirent l'Habeas Corpus (qui garantissait une proc&#233;dure l&#233;gale ordinaire) et instaur&#232;rent la Loi Martiale avec le droit de cantonnement pour les soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous ce r&#233;gime, la population civile &#233;tait forc&#233;e de loger la soldatesque, chaque famille &#233;tant tenue de fournir le g&#238;te et le couvert &#224; plusieurs soldats. A toute tentative de r&#233;sistance, &#224; toute protestation contre les exc&#232;s et les brutalit&#233;s des soldats, &#224; toute expression imprudemment l&#226;ch&#233;e devant eux au cours de ce s&#233;jour importun chez l'habitant, les autorit&#233;s fournissaient un rem&#232;de souverain : la d&#233;portation sur les navires de la flotte britannique. Dans toute l'&#238;le, des milliers de jeunes gens furent arr&#234;t&#233;s, encha&#238;n&#233;s et conduits dans les diff&#233;rents ports, embarqu&#233;s sur les navires de guerre anglais, puis forc&#233;s &#224; combattre pour le gouvernement qui avait d&#233;truit leurs demeures, bris&#233; leurs vies et ravag&#233; leur patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'un district &#233;tait soup&#231;onn&#233; de sympathies coupables, on commen&#231;ait par le soumettre &#224; la Loi Martiale, puis tous les jeunes gens dans la force de l'&#226;ge &#233;taient pris et jet&#233;s en prison sur de simples pr&#233;somptions et sans jugement ; ceux qui n'avaient pas &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s ou fouett&#233;s &#224; mort &#233;taient alors conduits de force &#224; bord des navires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute l'Irlande, mais surtout dans l'Ulster et le Leinster &#224; la fin du 18&#232; et au d&#233;but du 19&#232; si&#232;cle, les journaux et les correspondances priv&#233;es de l'&#233;poque sont remplis de r&#233;cits de ce genre t&#233;moignant du nombre impressionnant de gens enr&#244;l&#233;s partout dans la flotte &#224; la suite de dragonnades massives. Parmi eux, il y avait beaucoup d'Irlandais Unis, qui avaient jur&#233; de tout faire pour abattre le despotisme qui accablait le peuple irlandais ; leur pr&#233;sence &#224; bord eut t&#244;t fait de transformer chaque navire britannique en un repaire de conspirateurs. Les &#171; Jack Tars of Old England &#187; [&#171; Loups de Mer de la Vieille Angleterre &#187;] complotaient pour d&#233;truire l'Empire britannique ; rien d'&#233;tonnant &#224; leurs agissements, pour qui est tant soit peu au courant des traitements que leur infligeaient leurs sup&#233;rieurs et les autorit&#233;s. C'est un sujet que n'aiment gu&#232;re aborder les historiens chauvins des classes dirigeantes anglaises, et sur lequel ils multiplient d'ordinaire des mensonges qui les arrangent. Mais, &#224; consid&#233;rer les choses froidement, &#171; les murailles de bois de l'Angleterre &#187; que ch&#233;rissent tant les po&#232;tes de ce pays, &#233;taient en r&#233;alit&#233; d'authentiques enfers flottants pour les malheureux matelots et soldats de l'infanterie de marine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On recevait le fouet pour les fautes les plus v&#233;nielles sur un simple mot du moindre quartier-ma&#238;tre ; les hommes &#233;taient install&#233;s sous le pont, contraints de manger et dormir dans des conditions d'hygi&#232;ne absolument d&#233;plorables ; la nourriture &#233;tait r&#233;pugnante, et tous les matelots &#233;taient forc&#233;s de donner de l'argent &#224; un second ma&#238;tre cupide s'ils voulaient &#233;viter de mourir de faim. Toute la vie officielle &#224; bord, depuis le capitaine jusqu'au plus jeune aspirant, &#233;tait bas&#233;e sur la fortune et sur le rang, et elle respirait haine et m&#233;pris pour tout ce qui appartenait aux classes inf&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi les mutineries et les tentatives de mutineries &#233;taient monnaie courante, ce qui permettait aux Irlandais Unis qui avaient &#233;t&#233; enr&#244;l&#233;s de force de trouver un terrain d'intervention favorable. Dans les archives des cours martiales maritimes de l'&#233;poque, l'une des accusations qu'on retrouve le plus couramment est &#171; d'avoir secr&#232;tement pr&#234;t&#233; serment aux Irlandais Unis &#187;, et le nombre d'hommes ex&#233;cut&#233;s ou d&#233;port&#233;s outre-mer pour ce d&#233;lit est tout simplement gigantesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marins anglais et &#233;cossais pouvaient entrer librement, en pr&#234;tant serment, dans les rangs des conspirateurs, et ils furent si nombreux &#224; les rejoindre qu'en une occasion, la mutinerie du Nore, l'&#233;quipage parvint &#224; se r&#233;volter, &#224; d&#233;poser ses officiers, et &#224; prendre le commandement de la flotte. Les v&#233;t&#233;rans, plus conscients que les autres Irlandais Unis, propos&#232;rent de mener les navires jusqu'&#224; un port fran&#231;ais pour les remettre au gouvernement fran&#231;ais et, pendant un moment, ils eurent grand espoir d'y parvenir. Mais en fin de compte, ils durent consentir &#224; un autre projet, celui d'essayer avant de faire route vers la France, d'entra&#238;ner les &#233;quipages d'autres b&#226;timents mouill&#233;s dans le port de Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'ils firent, mena&#231;ant m&#234;me de bombarder la ville ; mais le d&#233;lai avait permis au gouvernement de rassembler les navires qui lui &#233;taient fid&#232;les, et aux esclaves rest&#233;s &#171; loyaux &#187; qui se trouvaient encore &#224; bord des navires rebelles de jouer sur la fibre &#171; patriotique &#187; des mutins britanniques les plus ind&#233;cis, en leur repr&#233;sentant qu'ils avaient plus de chances d'&#234;tre enferm&#233;s dans des prisons fran&#231;aises que d'&#234;tre accueillis comme des alli&#233;s. Finalement, l'amiral et les officiers, en promettant de &#171; satisfaire leurs justes revendications &#187;, parvinrent &#224; convaincre un nombre d'hommes suffisant sur chaque navire pour paralyser tout espoir de r&#233;sistance et &#233;touffer la mutinerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce fut la liste habituelle des ex&#233;cutions, supplices du fouet, d&#233;portations, mais les conditions de vie &#224; bord furent tr&#232;s longues &#224; s'am&#233;liorer. On pourra s'&#233;tonner que des hommes enr&#244;l&#233;s de force et des conspirateurs oppos&#233;s &#224; un gouvernement tyrannique aient pu combattre pour ce gouvernement comme le firent ces malheureux sous Nelson ; mais il ne faut pas oublier qu'une fois &#224; bord d'un b&#226;timent de guerre, et ce b&#226;timent lanc&#233; contre l'ennemi en pleine mer, il n'existait aucune possibilit&#233; de s'enfuir ni m&#234;me de collaborer avec l'ennemi. L'instinct de conservation contraignait les Irlandais Unis rebelles et les mutins insatisfaits &#224; combattre aussi loyalement pour leur navire que les esclaves sans &#226;me parmi lesquels ils se trouvaient. Et comme c'&#233;taient des hommes d'une meilleure trempe et d'un courage sup&#233;rieur, ils combattaient sans aucun doute beaucoup mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concluons nos quelques brefs aper&#231;us sur ce grand soul&#232;vement d&#233;mocratique, par une citation tir&#233;e de The Press, organe des Irlandais Unis publi&#233; &#224; Dublin. C'est un fait divers qui appara&#238;tra, nous en sommes certain, particuli&#232;rement r&#233;v&#233;lateur de la p&#233;riode et qui confirmera ce que nous avons avanc&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les r&#244;tisseurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pr&#232;s de Castle Ward, hameau situ&#233; dans le nord, un p&#232;re et son fils ont eu le cr&#226;ne r&#244;ti sur leur propre feu, parce qu'on voulait les forcer &#224; avouer qu'ils avaient cach&#233; des armes. Tout cela &#224; cause de la platine d'un fusil qu'on avait trouv&#233;e dans une vieille bo&#238;te appartenant au plus &#226;g&#233; des deux hommes. Le fait est que ledit vieux couple avait deux fils qui servaient &#224; bord de la flotte britannique, l'un sous les ordres de Lord Bridgport, l'autre sous ceux de Lord St. Vincent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Chapitre fort important sur l'analyse de la grande insurrection de 1798. L'impact de la R&#233;volution fran&#231;aise avait entra&#238;n&#233; la formation de nombreux clubs en Irlande, comme d'ailleurs en Ecosse, plus qu'en Angleterre. D&#232;s la fin 1791, Wolfe Tone (Protestant) et Edward Fitzgerald (Catholique) souhaitent d&#233;passer les oppositions religieuses et d&#233;border l'action l&#233;gale pr&#244;n&#233;e par Grattan. Ils fondent les Irlandais Unis dans le but de f&#233;d&#233;rer tous les mouve&#173;ments sans distinction de religion et font pression sur Grattan pour qu'il d&#233;fende au Parlement l'abolition du Bill du Test et le droit de vote aux Catholiques. Mais ils vont de plus en plus vers la revendication de l'ind&#233;pen&#173;dance. Pitt, le Premier Ministre anglais, tente d'abord de diviser les courants politiques irlandais. Apr&#232;s avoir accord&#233; le droit de vote aux Catholiques (1793), il envoie un vice-roi, Fitzwilliam, qui leur est tr&#232;s favorable (1795). Mais sous la pression des conservateurs anglais et irlandais, celui-ci est d&#233;sa&#173;vou&#233; et remplac&#233; par Camden, ce qui d&#233;clenche une &#233;meute &#224; Dublin. Les Orangistes presbyt&#233;riens d'Ulster se tournent contre les Catholiques. Ils furent tous &#233;cras&#233;s par une arm&#233;e &#224; la solde du Parlement anglican. 1796 marque le r&#232;gne de la famine et de l'anarchie. Hoche tente un premier d&#233;barquement. Mais surtout, &#224; l'initiative de Wolfe Tone qui est en contact avec le Directoire, se pr&#233;pare un autre d&#233;barquement. L'insurrection &#233;clate le 23 mars 1798 et va opposer dans une guerre civile atroce les Irlandais unis, soutenus par les Catholiques, et les milices protestantes. Le d&#233;barquement n'aura lieu qu'en juillet, quand l'insurrection est d&#233;j&#224; vaincue, alors que Wolfe Tone et Fitzge&#173;rald sont morts en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Allusion aux &#171; Coalitions &#187; des souverains europ&#233;ens organis&#233;es par Pitt contre la France. Il s'agit ici de la &#171; Seconde Coalition &#187; de 1798.&lt;br class='autobr' /&gt;
VIII &#8211; Le r&#244;le d&#233;mocratique et internationaliste des Irlandais Unis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Irlandais, oh mes gars, vos partis c'est fini,&lt;br class='autobr' /&gt;
J'suis pour tous les credos et professions de foi,&lt;br class='autobr' /&gt;
Si on ne voyait plus, dis, Orange ni Vert,&lt;br class='autobr' /&gt;
Bon Dieu, ce s'rait pas dur de lib&#233;rer l'Irlande. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jamie Hope (1798) [34]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons montr&#233; ailleurs (L'Espoir d'Erin : la fin et les moyens) [34a] que la civilisation irlandaise primitive a pratiquement disparu &#224; la suite de la d&#233;faite de l'Insurrection de 1641, et de la dissolution de la Conf&#233;d&#233;ration de Kilkenny.[35].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette grande insurrection fut l'ultime manifestation du syst&#232;me clanique irlandais, fond&#233; sur la propri&#233;t&#233; collective et sur une organisation sociale d&#233;mocratique, face &#224; l'ordre social et politique du f&#233;odalisme capitaliste, fond&#233; sur le despotisme politique des poss&#233;dants et l'asservissement politique et social des producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'insurrection, les nobles anglo-irlandais qui s'&#233;taient appropri&#233;s les terres d'origine tribale avec l'introduction du syst&#232;me f&#233;odal anglais, se sont alli&#233;s, il est vrai, avec les Irlandais des tribus autochtones. Mais ce ne fut jamais l'entente cordiale, et leur pr&#233;sence dans les conseils d'insurg&#233;s ne cessa d'&#234;tre une source de dissensions, de trahisons et de faiblesses. Ils pr&#233;tendaient se battre pour le Catholicisme, mais ils avaient en r&#233;alit&#233; pour unique but de conserver les terres qu'ils d&#233;tenaient depuis qu'elles avaient &#233;t&#233; confisqu&#233;es aux hommes m&#234;mes, ou &#224; leurs anc&#234;tres directs, aux c&#244;t&#233;s desquels ils se battaient. Ils craignaient que ces terres ne leur soient confisqu&#233;es &#224; leur tour soit par la nouvelle g&#233;n&#233;ration d'Anglais si l'insurrection &#233;chouait, soit par les insurg&#233;s des clans en cas de victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareilles dispositions favorisaient les h&#233;sitations et les trahisons qui seules permettent d'expliquer la d&#233;faite du grandiose mouvement des clans irlandais. Ce mouvement avait pris tant d'ampleur qu'il tenait la majeure partie du pays, fixait les lois, &#233;mettait sa propre monnaie, avait sa propre flotte, attribuait des lettres de marque aux corsaires &#233;trangers, signait des trait&#233;s avec des nations &#233;trang&#232;res, et levait un imp&#244;t pour &#233;quiper les nombreuses arm&#233;es qui combattaient sous son &#233;tendard. Mais le fait d'avoir enr&#244;l&#233; sous sa banni&#232;re les repr&#233;sentants de deux syst&#232;mes sociaux diff&#233;rents contenait en germe les raisons de son &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il avait &#233;t&#233; enti&#232;rement f&#233;odal, il aurait r&#233;ussi &#224; fonder une Irlande ind&#233;pendante, m&#234;me avec une population de serfs semblable &#224; celle de l'Angleterre ; et s'il avait &#233;t&#233; enti&#232;rement form&#233; des anciens &#171; septs &#187; ga&#233;liques [36], il aurait &#233;cras&#233; le pouvoir anglais et &#233;tabli une Irlande r&#233;ellement libre. Mais comme c'&#233;tait un mouvement hybride tenant des deux syst&#232;mes, il eut tous les d&#233;fauts des deux sans poss&#233;der la puissance d'aucun et c'est ce qui le mena au d&#233;sastre. Avec son an&#233;antissement et les massacres, les expropriations, la dispersion des Irlandais autochtones qui suivirent, les clans disparaissent d&#233;finitivement de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;v&#233;nements ont entra&#238;n&#233; plusieurs cons&#233;quences fort int&#233;ressantes pour le chercheur qui veut comprendre l'histoire irlandaise moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re cons&#233;quence fut que la disparition du clan comme lieu d'ancrage des r&#233;voltes et premi&#232;re &#233;tape vers l'ind&#233;pendance, interdit d&#233;sormais aux tentatives r&#233;volutionnaires de rester purement locales, ou de se fixer un objectif plus modeste et plus restreint que le cadre national. Lorsque les clans, avant m&#234;me que ne s'abatte sur eux la poigne de fer de Cromwell, furent totalement annihil&#233;s et soumis, le seul espoir de voir r&#233;appara&#238;tre une culture irlandaise passa d&#233;sormais par la voie de la renaissance nationale. De ce jour, l'id&#233;al de propri&#233;t&#233; collective cessa d'appara&#238;tre comme un objectif essentiel, alors que toutes les forces du pays tentaient lentement et p&#233;niblement d'assimiler le syst&#232;me social des conqu&#233;rants et d'adopter le r&#233;gime politique fond&#233; sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e qui avait remplac&#233; la soci&#233;t&#233; clanique fond&#233;e sur l'appropriation collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre cons&#233;quence de la disparition totale de l'ordre social irlandais : l'essor et l'aggravation des oppositions de classes chez les conqu&#233;rants. D&#233;sormais, ce qui pouvait rester d'industries en Irlande se retrouva entre les mains de l'&#233;l&#233;ment protestant. Mais on ne peut expliquer ce fait ind&#233;niable, comme l'ont tent&#233; certains historiens anti-irlandais amateurs de sophismes, par l'existence d'un esprit d'entreprise plus d&#233;velopp&#233; chez les Protestants que chez les Catholiques. C'est en fait la l&#233;gislation fonci&#232;re qui a fait des Catholiques de v&#233;ritables hors-la-loi sociaux et politiques. Selon la Constitution anglaise telle qu'elle est appliqu&#233;e en Irlande, les Catholiques n'avaient pas d'existence l&#233;gale, et il leur &#233;tait donc pratiquement impossible de poss&#233;der ou de cr&#233;er une entreprise industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, lorsque les aventuriers protestants s'&#233;taient empar&#233;s des biens fonciers des Catholiques, les &#171; Papistes &#187; pourchass&#233;s et proscrits durent livrer l'activit&#233; industrielle du pays aux griffes impitoyables de leurs ennemis victorieux. Il y en avait de deux esp&#232;ces : le Protestant fanatique, et le pur aventurier qui jouait sur la ferveur religieuse du pr&#233;c&#233;dent. Les aventuriers utilis&#232;rent le fanatisme des premiers pour d&#233;sarmer, soumettre et d&#233;pouiller leur ennemi catholique commun ; parvenus &#224; leurs fins, ils se constitu&#232;rent en une classe dirigeante de propri&#233;taires et de n&#233;gociants, et ils abandonn&#232;rent le soldat protestant &#224; son sort de petit fermier ou d'artisan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de la guerre williamite, pour les g&#233;n&#233;rations post&#233;rieures &#224; Cromwell, les industries du Nord de l'Irlande s'&#233;taient tellement d&#233;velopp&#233;es que les &#171; Prentice Boys &#187; [Organisations d'apprentis] de Derry &#233;taient devenus le facteur d&#233;terminant dans l'attitude adopt&#233;e par la ville sur le conflit entre les deux souverains anglais. A la fin de la guerre, les industries s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;es si rapidement dans l'ensemble du pays, qu'elles &#233;taient devenues une menace pour les capitalistes anglais. Ceux-ci adress&#232;rent une p&#233;tition au roi d'Angleterre et ils obtinrent de lui des mesures pour enrayer cet essor. L'application de cette l&#233;gislation restrictive pour les industries irlandaises m&#233;contenta les capitalistes du pays ; ils cess&#232;rent d'&#234;tre fid&#232;les au roi, mais ils n'eurent pas le courage de devenir r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus se jouait l'&#233;ternelle trag&#233;die de l'invasion anglaise, de la trahison des Anglo-irlandais, avec ses implications &#233;conomiques habituelles. Nous avons montr&#233; dans un chapitre ant&#233;rieur que chaque g&#233;n&#233;ration d'aventuriers anglais venus s'&#233;tablir en s'appropriant la terre, r&#233;prouvait l'arriv&#233;e de la g&#233;n&#233;ration suivante, et que le pr&#233;tendu patriotisme irlandais de ces aventuriers &#233;tait uniquement inspir&#233; par la crainte d'&#234;tre d&#233;poss&#233;d&#233;s &#224; leur tour, de la m&#234;me mani&#232;re qu'ils en avaient eux-m&#234;mes d&#233;poss&#233;d&#233; d'autres. Ce qui vaut pour les propri&#233;taires fonciers &#171; patriotes &#187; vaut aussi pour les industriels. Les capitalistes protestants, aid&#233;s par des aventuriers anglais, hollandais et autres, d&#233;poss&#233;d&#232;rent les Catholiques autochtones et connurent la prosp&#233;rit&#233; ; leur essor commercial en fit des concurrents s&#233;rieux pour l'Angleterre, et les capitalistes anglais obtinrent donc la mise au point d'une l&#233;gislation qui s'y opposait, ce qui transforma sur le champ l'ancienne &#171; Garnison anglaise d'Irlande &#187; en parti &#171; patriote &#187; irlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;labor&#233; &#224; plusieurs reprises des th&#233;ories &#233;tranges et fantaisistes, pour expliquer la transformation, en l'espace d'une g&#233;n&#233;ration, de colons anglais en patriotes irlandais. On nous a racont&#233; que c'&#233;tait l'air, la langue, la religion, l'hospitalit&#233;, l'amabilit&#233; de l'Irlande, alors que les r&#233;alit&#233;s purement &#233;conomiques, les raisons mat&#233;rielles, apparaissaient aussi &#233;videntes que l'explication invoqu&#233;e &#233;tait imaginaire et controuv&#233;e. Mais il n'est pire aveugle que celui que ne veut pas voir ; le fait demeure que depuis l'arr&#234;t des confiscations de terres par les Anglais, aucun groupe de propri&#233;taires irlandais n'est devenu patriote ou ne s'est r&#233;volt&#233;, et que depuis la fin de la l&#233;gislation r&#233;pressive anglaise contre les industriels irlandais, les capitalistes n'ont cess&#233; d'&#234;tre des atouts importants dans les projets de domination anglaise sur le pays. Ils semblerait donc que, les causes &#233;conomiques ayant cess&#233; de jouer, l'air, la langue, la religion, l'hospitalit&#233;, l'amabilit&#233; de l'Irlande aient perdu tout leur pouvoir de s&#233;duction, tout leur pouvoir de transformer en patriote irlandais un colon anglais appartenant &#224; la classe poss&#233;dante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'apparition d'une prise de conscience &#171; patriotique &#187; dans la classe des industriels irlandais fit &#233;cho une prise de conscience plus profonde et plus combative dans la classe inf&#233;rieure protestante des villes et des campagnes. A l'&#233;poque, il n'y avait pas seulement deux peuples, divis&#233;s en Catholiques et non-Catholiques, mais chacun d'entre eux se subdivisait &#224; son tour en riches et en pauvres. L'essor industriel avait attir&#233; un grand nombre de Protestants pauvres qui quittaient l'agriculture pour l'industrie ; apr&#232;s quoi la disparition de cette industrie au profit de l'industrie anglaise les laissa &#224; la fois sans terre et sans travail. Cette situation r&#233;duisit &#224; l'&#233;tat de serfs les travailleurs des villes et des champs. Il y eut une course effr&#233;n&#233;e aux fermes et aux emplois, qui permit &#224; la classe dominante de soumettre &#224; sa volont&#233; les Protestants comme les Catholiques, ce qui entra&#238;na les r&#233;voltes que nous avons &#233;voqu&#233;es auparavant dans notre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrier ou le fermier protestant se rendait compte aussi que le Pape &#233;tait un danger bien irr&#233;el et fantomatique compar&#233; &#224; la pression sociale de son patron ou de son propri&#233;taire, et le fermier catholique prenait peu &#224; peu conscience que, dans ce nouvel ordre social, le propri&#233;taire catholique symbolisait moins la messe que le bail de ferme. Le temps &#233;tait venu en Irlande pour l'union des deux courants d&#233;mocratiques. Ils avaient suivi des routes bien diff&#233;rentes, traversant les vall&#233;es du d&#233;sespoir et de la d&#233;ception, pour parvenir enfin &#224; se rejoindre dans le fleuve unificateur de la souffrance commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que cette union se r&#233;alise et devienne un &#233;l&#233;ment important de la vie nationale, il fallait l'intervention d'un r&#233;volutionnaire ayant suffisamment le sens de l'&#201;tat pour d&#233;couvrir sur quelle base commune r&#233;unir les deux courants, et un grand &#233;v&#233;nement de nature assez dramatique pour attirer l'attention de tous et allumer en eux une m&#234;me flamme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme, tout d'abord, le r&#233;volutionnaire et l'homme d'&#201;tat, ce fut Theobald Wolfe Tone ; l'&#233;v&#233;nement, ensuite, ce fut la R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il f&#251;t protestant, Wolfe Tone avait &#233;t&#233; un temps secr&#233;taire du Comit&#233; catholique, et c'est &#224; ce titre qu'il avait &#233;crit le pamphlet que nous avons cit&#233; dans un chapitre pr&#233;c&#233;dent ; mais il s'&#233;tait ensuite peu &#224; peu convaincu qu'&#233;tait venue l'heure de mesures plus globales et plus radicales que celles que pouvait imaginer le Comit&#233; catholique m&#234;me s'il voulait aller plus loin. La R&#233;volution fran&#231;aise eut une influence identique sur les courants d&#233;mocratiques catholique et protestant : elle persuada les esprits qu'il fallait aller plus loin, et les pr&#233;para &#224; admettre cette id&#233;e. Les travailleurs protestants virent en elle la r&#233;volution d'une grande nation catholique, ce qui &#233;branla la conviction si perfidement ancr&#233;e en eux que les Catholiques &#233;taient les esclaves consentants du despotisme. Quant aux Catholiques, il virent en elle une grande d&#233;monstration de la puissance du peuple, la r&#233;volution du peuple contre l'aristocratie, et ils cess&#232;rent de penser qu'ils avaient besoin pour leur salut d'&#234;tre dirig&#233;s par l'aristocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profitant de ce moment propice, Tone et ses partisans propos&#232;rent de former une association regroupant des adh&#233;rents de toutes religions pour s'assurer au Parlement une repr&#233;sentation populaire &#233;quitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, il ne s'agissait que de trouver un th&#232;me unificateur, comme le d&#233;montre amplement tout ce que Tone a pu dire ou &#233;crire par la suite. Il avait fort bien compris le caract&#232;re de son &#233;poque, la nature de l'oligarchie politique au pouvoir, et il savait que le gouvernement utiliserait tous les moyens dont il disposait pour s'opposer &#224; une telle exigence ; mais il escomptait fort intelligemment que cette r&#233;sistance &#224; une exigence populaire tendrait &#224; rendre plus &#233;troite et plus solide l'union des courants d&#233;mocratiques ind&#233;pendamment des diff&#233;rences religieuses. Et s'il faut des preuves que Tone n'avait aucune illusion sur le r&#244;le de l'aristocratie, on en trouve dans des dizaines de passages de son autobiographie. Nous en extrayons un qui peut en t&#233;moigner, en m&#234;me temps qu'il nous montre l'influence d&#233;cisive de la R&#233;volution fran&#231;aise sur la conscience populaire en Irlande :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les progr&#232;s de la R&#233;volution, le cours m&#234;me des &#233;v&#233;nements, favoris&#232;rent en Irlande la naissance et l'essor rapide de l'opinion publique. Les craintes et l'animosit&#233; de l'aristocratie s'accrurent dans des proportions identiques ou m&#234;me sup&#233;rieures. En peu de temps, l'attitude envers la R&#233;volution fran&#231;aise devient le crit&#232;re des positions politiques, et la nation fut bel et bien, &#224; l'exemple de la France, divis&#233;e en deux grands partis : les aristocrates et les d&#233;mocrates, qui n'ont cess&#233; depuis de s'affronter en une sorte de guerre sourde, que la tournure prise par les &#233;v&#233;nements a toute chance de transformer bient&#244;t en action directe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit que Tone fondait ses espoirs sur le succ&#232;s d'une lutte de classes, alors que ceux qui pr&#233;tendent suivre aujourd'hui ses traces l&#232;vent les bras au ciel, saisis d'une sainte terreur, lorsqu'on se contente de mentionner l'expression. Il &#233;tait tr&#232;s avis&#233; politiquement de prendre pour mot d'ordre susceptible de rassembler tous les d&#233;mocrates irlandais la revendication d'&#233;galit&#233; de repr&#233;sentation ; on en a la preuve en &#233;tudiant l'extension du droit de vote &#224; l'&#233;poque. Dans une Adresse envoy&#233;e par les Irlandais Unis de Dublin &#224; la Soci&#233;t&#233; Anglaise des Amis du Peuple [37], en date du 26 octobre 1792, on trouve le tableau de la repr&#233;sentation &#233;lectorale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La repr&#233;sentation des Protestants est la suivante : dix-sept &#171; boroughs &#187; [circonscriptions &#233;lectorales], n'ont pas d'&#233;lecteur r&#233;sidant sur place ; seize n'en ont qu'un ; quatre vingt-dix ont treize &#233;lecteurs chacun ; quatre vingt-dix personnes repr&#233;sentent 106 bourgs ruraux, soit 212 membres sur un total de 300 ; cinquante quatre d&#233;put&#233;s sont &#233;lus par cinq nobles et quatre &#233;v&#234;ques ; et l'influence qu'ils ont sur les bourgs a donn&#233; tant de pouvoir aux grands propri&#233;taires dans les comt&#233;s qu'ils traitent les comt&#233;s eux-m&#234;mes comme de simples bourgs&#8230; On continue n&#233;anmoins d'invoquer la Souverainet&#233; du Peuple avec componction et, si l'on d&#233;cerne ostensiblement la couronne &#224; une partie des Protestants, c'est par d&#233;rision, car elle est ceinte d'&#233;pines. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quant aux Catholiques, les faits sont d'une affligeante simplicit&#233; : ils sont trois millions, individuellement impliqu&#233;s dans les affaires de l'&#201;tat, contribuant collectivement &#224; sa prosp&#233;rit&#233;, qui doivent des imp&#244;ts sans avoir de repr&#233;sentants, qui sont soumis &#224; des lois qu'ils n'ont point approuv&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette Adresse, qui porte la signature du secr&#233;taire Thomas Wright, contient un passage que certains socialistes et d'autres en Irlande comme en Angleterre feraient bien de m&#233;diter pour leur plus grand profit, d'autant qu'il est r&#233;v&#233;lateur de la pens&#233;e de l'&#233;poque. Voici ce passage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quant &#224; la nature d'une union entre nos deux &#238;les, croyez-nous lorsque nous affirmons que notre union repose sur notre mutuelle ind&#233;pendance. Nous pourrons nous aimer les uns les autres &#224; condition qu'on nous laisse &#234;tre nous-m&#234;mes. C'est par une union spirituelle que devraient &#234;tre li&#233;es nos deux nations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc dans quelles conditions est n&#233;e l'Association des Irlandais Unis. Elle fut lanc&#233;e et anim&#233;e par des hommes qui avaient compris l'importance de ces principes d'action auxquels les r&#233;volutionnaires irlandais tourn&#232;rent ensuite le dos. Et elle parvint &#224; unir les d&#233;mocrates d'Irlande avec autant d'efficacit&#233; que nos &#171; patriotes &#187; actuels en ont pour les maintenir divis&#233;s en factions religieuses rivales. Pour elle, l'aristocratie &#233;tait n&#233;cessairement l'ennemie de la libert&#233;, dans son essence comme dans sa pratique ; pour elle, la lutte des Irlandais pour l'ind&#233;pendance n'&#233;tait qu'un &#233;l&#233;ment des progr&#232;s universels de l'humanit&#233;. C'est ce qui la poussa &#224; s'allier avec les r&#233;volutionnaires britanniques comme avec les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, bien moins pr&#233;occup&#233;e du pass&#233; glorieux que de la mis&#232;re moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un Rapport de la Commission secr&#232;te de la Chambre des Lords a reproduit int&#233;gralement le Manifeste Secret aux Amis de la Libert&#233; d'Irlande, que Wolfe Tone et ses partisans diffus&#232;rent dans le pays en juin 1791. Il contient &#224; l'&#233;tat d'&#233;bauche le programme de cette organisation r&#233;volutionnaire que l'histoire conna&#238;t sous le nom d'Association des Irlandais Unis ; nous en extrayons, &#224; l'appui de nos affirmations, quelques passages r&#233;v&#233;lateurs de l'id&#233;al d&#233;mocratique de ses fondateurs. On pense que le manifeste a &#233;t&#233; &#233;crit par Wolfe Tone en collaboration avec Samuel Neilson et d'autres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Parce qu'elle s'est &#233;cart&#233;e de quelques principes simples et clairs de Loyaut&#233; dans les Affaires Publiques, notre vie politique et religieuse n'est qu'un pr&#234;chi-pr&#234;cha sans rapport avec la pratique, o&#249; les mots ont remplac&#233; les actes. Une association comme la n&#244;tre rejettera les appellations partisanes qui divisent les coeurs humains en petits compartiments, et qui morcellent en sectes et en cat&#233;gories le sens commun, l'honneur commun, le bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle ne se comportera pas comme une aristocratie, qui, derri&#232;re un discours patriotique, combat le despotisme pour son seul profit, sans en &#234;tre l'adversaire irr&#233;ductible pour le bien commun. Loin de se cantonner dans la nostalgie du pass&#233;, elle ne cherchera pas &#224; arr&#234;ter le progr&#232;s de l'humanit&#233; ni &#224; lui faire rebrousser le chemin ancestral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette association est susceptible d'&#339;uvrer puissamment &#224; la r&#233;alisation des plus hauts desseins. Quels desseins ? Droits de l'Homme en Irlande. Le plus grand bonheur pour le plus grand nombre de gens de cette &#238;le, le droit naturel et imprescriptible de chaque nation libre &#224; disposer d'elle-m&#234;me, autrement dit : la volont&#233; et le pouvoir de rechercher le bonheur commun, tout comme un individu recherche son bonheur personnel, et d'&#234;tre un peuple ind&#233;pendant et souverain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le plus grand bonheur pour le Plus Grand Nombre. C'est sur ce principe in&#233;branlable que devra reposer notre association, c'est lui qui guidera ses jugements et ses choix sur chaque probl&#232;me politique. Ainsi, tout ce qui concourt &#224; ce dessein ne devra point &#234;tre le fait du hasard, mais de notre int&#233;r&#234;t, de notre devoir, de notre gloire, de notre religion commune. Les Droits de l'Homme sont les Droits de Dieu, revendiquer les premiers, c'est d&#233;fendre les seconds. Il nous faut &#234;tre libres pour pouvoir Le servir, car Le servir est la supr&#234;me libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Notre association sera en relation avec l'ext&#233;rieur : premi&#232;rement, par des publications qui lui permettront de faire conna&#238;tre ses principes et d'accomplir ses projets. Deuxi&#232;mement, par des contacts avec les diverses villes, pour les tenir r&#233;guli&#232;rement au courant, en mettant tout en &#339;uvre pour r&#233;unir une Convention Nationale du Peuple Irlandais, capable de tirer les le&#231;ons des erreurs pass&#233;es ou d'autres circonstances impr&#233;vues qui ont pu se produire depuis la r&#233;union pr&#233;c&#233;dente. Troisi&#232;mement en entrant en relations avec des associations similaires &#224; l'&#233;tranger, telles que le Club des Jacobins &#224; Paris, la Revolutionary Society en Angleterre, le Comit&#233; pour la R&#233;forme en &#201;cosse [38]. Il faut que les nations marchent de front, que les hommes puissent &#233;changer leurs sentiments sur les Droits de l'Homme aussi rapidement que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chaque progr&#232;s de l'aristocratie est un recul pour le peuple ; chaque progr&#232;s du peuple voit les aristocrates, par crainte d'&#234;tre laiss&#233;s en arri&#232;re, s'insinuer dans nos rangs et se transformer en chefs pusillanimes et en alli&#233;s perfides. Les nobles veulent faire de nous leurs instruments ; faisons plut&#244;t le contraire, car l'un des deux doit se produire. Soit c'est le peuple qui doit servir le parti politique, soit c'est le parti qui na&#238;t de la puissance du peuple ; Hercule alors pourra se reposer sur sa massue. Le 14 juillet, jour qui c&#233;l&#232;brera &#224; jamais la R&#233;volution fran&#231;aise, que la premi&#232;re libation de notre soci&#233;t&#233; soit port&#233;e au nom de la libert&#233; de l'Europe, puis de la libert&#233; du monde. Ensuite, se prenant les mains et levant les yeux vers le Ciel, en Sa pr&#233;sence, Lui qui a insuffl&#233; en chacun d'eux une &#226;me &#233;ternelle, que tous les associ&#233;s fassent serment de pr&#233;server les droits et les pr&#233;rogatives d'une Irlande devenue un peuple ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dieu et mon Droit est la devise des rois. Dieu et la libert&#233; fut le cri de Voltaire rencontrant Franklin, citoyen du monde comme lui. Dieu et nos Droits, que ce soit le cri haut lanc&#233; par chaque Irlandais &#224; son prochain, en signe de cl&#233;mence, de justice et de victoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire ce manifeste, il serait difficile de trouver dans la litt&#233;rature socialiste moderne quelque chose qui poss&#232;de des perspectives et des objectifs internationaux plus vastes, des m&#233;thodes dont le caract&#232;re de classe soit plus affirm&#233;, une nature plus nettement d&#233;mocratique. Il t&#233;moigne de l'inspiration et des m&#233;thodes d'un r&#233;volutionnaire reconnu pour avoir &#233;t&#233; le plus grand organisateur de r&#233;voltes en Irlande depuis l'&#233;poque de Rory O'More ; et cependant, tous ceux qui aujourd'hui se r&#233;clament de lui ne cessent de pi&#233;tiner et de r&#233;pudier tous ses principes et de refuser de s'en servir comme guides de leur action politique. Seuls les Socialistes irlandais sont dans la ligne de la pens&#233;e de cet ap&#244;tre r&#233;volutionnaire des Irlandais Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manifeste fut diffus&#233; en juin 1791, et en juillet de la m&#234;me ann&#233;e, les habitants et les soci&#233;t&#233;s de volontaires de Belfast se r&#233;unirent pour c&#233;l&#233;brer l'anniversaire de la prise de la Bastille. L'inspirateur du manifeste souhaitait que cette c&#233;l&#233;bration serv&#238;t &#224; &#233;duquer et &#224; unir le peuple irlandais v&#233;ritable, celui des producteurs. Nous extrayons de la Chronicle de Dublin de cette &#233;poque les passages suivants de la &#171; D&#233;claration des Volontaires et de l'Ensemble des Habitants de la ville de Dublin et des environs sur la question de la R&#233;volution fran&#231;aise &#187;. Belfast &#233;tait alors le foyer des id&#233;es r&#233;volutionnaires en Irlande, et devint le si&#232;ge de la premi&#232;re association des Irlandais Unis, &#224; partir de laquelle furent fond&#233;es toutes les autres filiales de l'association, ce qui rend fort int&#233;ressante l'&#233;tude des sentiments qui y sont exprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Approuv&#233; &#224; l'unanimit&#233; lors d'une Assembl&#233;e tenue apr&#232;s avis au public le 14 juillet 1791.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Colonel Sharman, Pr&#233;sident&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les droits et les devoirs des hommes ne peuvent &#234;tre grav&#233;s dans le marbre ni dans le bronze aussi durablement que dans leurs m&#233;moires et leurs c&#339;urs. Aussi nous sommes-nous r&#233;unis ce jour pour comm&#233;morer la R&#233;volution fran&#231;aise, afin que le souvenir de ce grand &#233;v&#233;nement s'inscrive profond&#233;ment dans nos c&#339;urs, qui ne battront pas seulement parce que nous nous sentons habitants d'une m&#234;me ville, mais parce que nous nous sentons li&#233;s &#224; l'ensemble du genre humain, par la fraternit&#233; de nos int&#233;r&#234;ts, de nos devoirs et de nos affections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est donc l&#224; notre position, et si l'on nous demande ce qu'est pour nous la R&#233;volution fran&#231;aise, nous r&#233;pondons : elle nous importe grandement. Parce que nous sommes des hommes. Parce qu'il est bon pour le genre humain que pousse l'herbe l&#224; o&#249; se dressait la Bastille. Nous nous r&#233;jouissons d'un &#233;v&#233;nement qui signifie que sont bris&#233;es les cha&#238;nes de la soci&#233;t&#233; et de la religion, lorsque nous jetons un regard sur la d&#233;solante suite d'abus, que la coutume seule cimentait, que permettait l'ignorance d'un peuple prostr&#233;, et qui aujourd'hui se d&#233;sagr&#232;ge, tandis que na&#238;t le vrai degr&#233; d'&#233;gale libert&#233; et de bonheur commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Oui vraiment, nous nous r&#233;jouissons de cette r&#233;surrection de la nature humaine, et nous accueillons avec joie nos fr&#232;res humains qui remontent des salles de tortures raffin&#233;es et des cavernes de la mort. Nous f&#233;licitons la chr&#233;tient&#233; de contenir une grande nation qui ait rejet&#233; toute id&#233;e de conqu&#234;te et publi&#233; le premier manifeste &#224; la gloire de l'humanit&#233;, de l'union et de la paix. En remerciement, nous prions Dieu que cette terre connaisse la paix, et que jamais les rois, les nobles, ni les pr&#234;tres n'aient le pouvoir de d&#233;ranger l'harmonie d'un bon peuple, qui respecte des lois capables d'assurer son propre bonheur et celui des millions d'&#234;tres qui na&#238;tront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Continue donc, peuple grand et g&#233;n&#233;reux, &#224; mettre en application la philosophie sublime qui guide tes lois, &#224; forcer l'admiration des nations les moins dispos&#233;es &#224; te rendre justice, et non point par la conqu&#234;te mais par la toute-puissance de la raison, &#224; convertir et lib&#233;rer le monde, un monde qui a les yeux fix&#233;s sur toi, qui est de coeur &#224; tes c&#244;t&#233;s, qui parle de toi dans toutes les langues. En v&#233;rit&#233;, tu es l'espoir de ce monde, l'espoir de tous &#224; l'exception de quelques hommes qui, au fond de quelques bureaux, croyaient que l'humanit&#233; leur appartenait et non que c'&#233;tait eux qui appartenaient &#224; l'humanit&#233;. Ils le savent maintenant, pour en avoir eu le terrible exemple, ils tremblent et n'ont plus confiance dans des arm&#233;es lev&#233;es contre toi et contre ta cause. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que disait Belfast. On voit que les id&#233;es des auteurs du manifeste secret touchaient une corde sensible dans le c&#339;ur du peuple. Une s&#233;rie de r&#233;unions du Corps des Volontaires de Dublin se tint en octobre de la m&#234;me ann&#233;e, dans le but avou&#233; de rejeter une proclamation gouvernementale qui offrait une r&#233;compense pour tout Catholique arr&#234;t&#233; en possession d'une arme, mais en r&#233;alit&#233; afin de discuter de la situation politique. On peut juger des conclusions auxquelles on parvint d'apr&#232;s un des derniers paragraphes de la R&#233;solution du 23 octobre 1791, qui porte entre autres la signature de James Napper Tandy, au nom du Corps de la Libert&#233; de l'artillerie. On peut y lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous qui admirons la philanthropie de cette nation grande et &#233;clair&#233;e, qui a donn&#233; l'exemple &#224; l'humanit&#233; de la sagesse politique autant que religieuse, nous ne pouvons que nous d&#233;soler que des distinctions, injurieuses pour les uns et les autres, aient si longtemps d&#233;shonor&#233; le nom des Irlandais. Et nous souhaitons tr&#232;s ardemment que nos animosit&#233;s soient ensevelies avec les restes de nos anc&#234;tres, et que nous et nos fr&#232;res catholiques puissions &#234;tre r&#233;unis comme des concitoyens afin de proclamer les Droits de l'Homme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait au mois d'octobre. Le m&#234;me mois, Wolfe Tone vint &#224; Belfast sur l'invitation d'un des Clubs de Volontaires les plus avanc&#233;s, et il fonda le premier club d'Irlandais Unis. Il en organisa un autre &#224; son retour &#224; Dublin. Dans le proc&#232;s-verbal de la r&#233;union inaugurale de cette premi&#232;re soci&#233;t&#233; dublinoise des Irlandais Unis, tenue &#224; l'Eagle Inn, Eustace Street, le 9 novembre, nous relevons les passages suivants. Ils exposent fort bien les principes qui animaient les membres fondateurs de ces deux clubs apparent&#233;s &#224; une association qui allait s'&#233;tendre dans tout le pays en peu de temps, et mettre en action les flottes de deux alli&#233;s &#233;trangers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour r&#233;aliser cet important et grandiose projet, la suppression de distinctions absurdes et d&#233;sastreuses, et pour parvenir &#224; une union parfaite du peuple, un club a &#233;t&#233; fond&#233;, compos&#233; de toutes les croyances religieuses, et il a pris le nom de Soci&#233;t&#233; des Irlandais Unis de Dublin ; il fait sienne la d&#233;claration d'une soci&#233;t&#233; similaire de Belfast, que voici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; En cette grande &#232;re de r&#233;forme que nous vivons, o&#249; les gouvernements injustes tombent dans toutes les parties de l'Europe, o&#249; la pers&#233;cution religieuse est contrainte de renoncer &#224; la tyrannie qu'elle exer&#231;ait sur les consciences, o&#249; les Droits de l'Homme sont confirm&#233;s par la Th&#233;orie et o&#249; cette Th&#233;orie prend corps dans la Pratique, o&#249; la tradition ancestrale ne peut plus d&#233;fendre des formes d'oppression absurdes devant le sens commun et l'int&#233;r&#234;t commun de l'humanit&#233;, o&#249; il est &#233;tabli que tout gouvernement tire son origine du peuple, et ne peut &#234;tre impos&#233; que dans la mesure o&#249; il en prot&#232;ge les droits et en favorise le bonheur, nous pensons qu'il est de notre devoir d'Irlandais de venir dire ce que nous ressentons comme une lourde injustice pesant sur nous, et quel rem&#232;de nous sommes s&#251;rs de pouvoir y porter efficacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous n'avons point de gouvernement national ; nous sommes gouvern&#233;s par les Anglais et leurs laquais, qui prot&#232;gent les int&#233;r&#234;ts d'un autre pays, dont l'instrument est la corruption, dont la force r&#233;side dans la faiblesse de l'Irlande. Car ces hommes jouissent de tout le pouvoir et de toute l'influence pour corrompre et asservir l'honneur et la conscience des repr&#233;sentants du pays au sein de l'assembl&#233;e. Pour r&#233;sister &#224; un pouvoir tellement &#233;tranger, intervenant uniform&#233;ment dans un sens trop fr&#233;quemment oppos&#233; &#224; la ligne r&#233;elle de nos int&#233;r&#234;ts les plus &#233;vidents, il faut de la part du peuple unanimit&#233;, d&#233;cision et courage, qualit&#233;s qui peuvent s'exercer tout &#224; fait l&#233;galement, constitutionnellement et efficacement si l'on applique cette grande mesure essentielle &#224; la prosp&#233;rit&#233; et &#224; la libert&#233; de l'Irlande : une repr&#233;sentation &#233;gale de l'ensemble du Peuple au Parlement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous en sommes arriv&#233;s &#224; ce que nous croyons &#234;tre la racine du mal, et nous avons d&#233;fini ce qui nous semble &#234;tre le rem&#232;de : avec un Parlement ainsi r&#233;form&#233;, tout est simple, sans lui rien ne peut &#234;tre fait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici en pr&#233;sence d'un plan d'action proche de ceux qui ont &#233;t&#233; suivis plus tard avec tant de succ&#232;s par les socialistes d'Europe : un parti qui affiche ouvertement ses intentions r&#233;volutionnaires, mais qui limite sa premi&#232;re revendication &#224; une mesure populaire permettant d'affranchir les masses sur le soutien desquelles repose sa victoire finale. On ne peut lire le manifeste que nous venons de citer sans prendre conscience que ces hommes avaient pour but rien moins qu'une r&#233;volution sociale et politique identique &#224; celle qui a &#233;t&#233; accomplie en France, et m&#234;me plus importante, parce que la R&#233;volution n'a pas donn&#233; le droit de vote &#224; l'ensemble du peuple, mais a &#233;tabli une distinction entre citoyens actifs et passifs, selon qu'ils &#233;taient ou non impos&#233;s. De m&#234;me un chercheur impartial ne doit pas oublier que c'&#233;tait justement dans l'audace du but que r&#233;sidait le secret de leur succ&#232;s d'organisateurs, comme c'est le secret de l'efficacit&#233; politique pour les socialistes de notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un objectif moins ambitieux n'aurait jamais permis aux masses protestantes et catholiques de se tendre la main au-dessus du gouffre sanglant des haines religieuses, pas plus qu'aujourd'hui il n'atteindrait un r&#233;sultat identique parmi les ouvriers irlandais. Il faut mettre au cr&#233;dit des dirigeants des Irlandais Unis qu'ils soient rest&#233;s fid&#232;les &#224; leurs principes m&#234;me lorsque la mod&#233;ration aurait pu leur assurer un sort plus doux. Interrog&#233; par la commission secr&#232;te de la Chambre des Lords &#224; la prison de Fort George en &#201;cosse, Thomas Addis Emmet n'h&#233;sita pas &#224; d&#233;clarer aux enqu&#234;teurs que, s'ils l'avaient emport&#233;, ils auraient instaur&#233; un syst&#232;me social tout &#224; fait diff&#233;rent du syst&#232;me existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a peu de mouvements dans l'histoire qui aient &#233;t&#233; aussi sciemment d&#233;figur&#233;s par ses ennemis d&#233;clar&#233;s comme par ses pr&#233;tendus admirateurs. Contre les Irlandais Unis, on a fait usage sans vergogne de la suggestio falso et de la suppressio veri. Les historiens, orateurs et journalistes &#171; patriotes &#187; de la classe moyenne irlandaise ont fait assaut de descriptions enthousiastes &#233;voquant leurs exploits militaires terrestres et maritimes, les poursuites dont ils se tiraient &#224; la derni&#232;re minute, leur martyre h&#233;ro&#239;que, mais ils ont syst&#233;matiquement supprim&#233; ou d&#233;form&#233; leurs &#233;crits, leurs chants et leurs manifestes. Nous avons essay&#233; d'aller &#224; contre-courant, de faire conna&#238;tre leur litt&#233;rature, parce que nous pensons qu'elle r&#233;v&#232;le ce que furent ces hommes bien mieux que ne peut le faire un biographe partisan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dr. Madden, qui est un de ces biographes appliqu&#233;s et consciencieux, &#233;crit dans son volume sur les Literary Remains &#171; des Irlandais Unis, qu'il a supprim&#233; nombre de ces textes &#224; cause de leur tendance &#224; verser dans la &#171; camelote &#187; r&#233;publicaine et irr&#233;ligieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait regrettable, qui oblige les autres biographes et historiens &#224; se donner le mal, mille fois plus grand aujourd'hui, de rechercher de nouveau et de r&#233;unir les textes permettant de rendre justice &#224; l'&#339;uvre de ces pionniers de la d&#233;mocratie en Irlande. Et, puisque les hommes et les femmes d'Irlande prennent de plus en plus conscience de la mani&#232;re exacte de poser les probl&#232;mes sociaux et politiques, on pourra peut-&#234;tre dire, sans le moins du monde prof&#233;rer de blasph&#232;me ou d'incongruit&#233;, que les pierres rejet&#233;es par les constructeurs du pass&#233; sont devenues les pierres de touche de tout l'&#233;difice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Orange et Vert : couleurs respectives des partisans de l'Union (Orangistes presbyt&#233;riens) et de l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34a] Erin's Hope : The End and the Means, publi&#233; tout d'abord dans The Harp en 1897. On y lit d&#233;j&#224; une &#233;vocation de l'Irlande en trois &#171; tableaux &#187; comme ceux dress&#233;s ci-dessus Chapitre I.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Dans la lutte engag&#233;e par Charles 1er (1625-1649) contre le Parlement, qui allait aboutir &#224; la guerre civile en Angleterre &#224; partir de 1642 et &#224; la R&#233;volution de 1648, Strafford, principal conseiller du roi, avait tent&#233; d'utiliser l'Irlande contre le Parlement de Londres en assouplissant la politique de colonisation. Son &#233;limination (1639), qui signe le triomphe du Parlement anglais, puritain et anti-catholique, d&#233;clenche en Ulster et &#224; Dublin une r&#233;volte violente, qui massacre Protestants anglais et Presbyt&#233;riens &#233;cossais. Alors que la guerre civile fait rage en Angleterre, Londres fait passer l'Adventurers' Act (1642) pour organiser la r&#233;pression. La Conf&#233;d&#233;ration de Kilkenny (octobre 1642) fut la r&#233;plique irlandaise. Les Anglais, vaincus &#224; Benburb, offrirent une paix honorable (1646). Mais, apr&#232;s la mort de Charles 1er, Cromwell fut envoy&#233; en Irlande pour r&#233;tablir l'ordre et vainquit d&#233;finitivement les Irlandais &#224; Drogheda en 1649. Victoire suivie de massacres impitoyables et de d&#233;porta&#173;tions (cf. ci-dessus Ch. III et The Re-Conquest of Ireland, Ch. I et II).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] &#171; Sept &#187; : regroupement de &#171; fine &#187; (gens au sens latin) ayant un anc&#234;tre mythique et un territoire communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] Au d&#233;but de 1792, les clubs wigs se multiplient en Angleterre pour soutenir les R&#233;volutionnaires fran&#231;ais. Paine publie &#224; ce moment la fin de son c&#233;l&#232;bre Droits de l'homme ; en mars, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des clubs se r&#233;unissent en &#171; convention &#187; &#224; Norwich. La &#171; Soci&#233;t&#233; des Amis du Peuple &#187; est fond&#233;e en avril. Le mouvement se radicalise en d&#233;veloppant des revendications sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] La &#171; Soci&#233;t&#233; de la R&#233;volution &#187; (de 1688) s'&#233;tait rendue c&#233;l&#232;bre pour avoir envoy&#233; d&#232;s le 4 novembre 1789 une adresse &#224; la Constituante. En &#201;cosse, les clubs furent moins nombreux.&lt;br class='autobr' /&gt;
IX &#8211; La Conjuration d'Emmet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toujours le Riche trahit le Pauvre &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Henry Joy McCracken, Lettre &#224; sa s&#339;ur (1798)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjuration d'Emmet, s&#233;quelle du mouvement des Irlandais Unis de 1798, fut encore plus d&#233;mocratique, internationale et populaire que lui, tant par ses tendances que par ses ramifications. L'indigne trahison des dirigeants des Irlandais Unis, pass&#233;s dans le camp gouvernemental, avait fait dispara&#238;tre de la sc&#232;ne pratiquement tous les partisans du mouvement r&#233;volutionnaire appartenant aux classes moyennes. Le petit peuple se retrouvait livr&#233; d&#232;s lors &#224; ses propres ressources et &#224; ses propres choix. Ce fut donc &#224; ces humbles travailleurs des villes et des campagnes qu'Emmet eut affaire lorsqu'il tenta de regrouper les forces de lib&#233;ration dispers&#233;es pour pr&#233;parer une nouvelle empoignade avec le gouvernement de classe qui exer&#231;ait alors son pouvoir despotique en Irlande et en Angleterre [39]. Tous les chercheurs qui se sont pench&#233;s sur le probl&#232;me s'accordent &#224; reconna&#238;tre que la conjuration d'Emmet eut un caract&#232;re ouvrier bien plus marqu&#233; que les mouvements ant&#233;rieurs. Cette conjuration, qui s'&#233;tendit largement en Irlande, en Angleterre et en France, connut un essor fulgurant, avec une pr&#233;paration tr&#232;s pouss&#233;e de la r&#233;volte arm&#233;e, dans la couche la plus pauvre des classes populaires. Mais le plus remarquable, c'est que la conjuration arriva jusqu'&#224; une date fort rapproch&#233;e du soul&#232;vement pr&#233;vu sans que le vigilant gouvernement anglais ni son ex&#233;cutif irlandais n'aient &#233;t&#233; mis au courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est probable que c'est le caract&#232;re prol&#233;tarien du mouvement, qui recruta principalement dans la classe ouvri&#232;re de Dublin et d'autres grands centres ainsi que parmi les journaliers des zones rurales, qui peut expliquer pourquoi il n'entra&#238;na pas autant de trahisons que le mouvement pr&#233;c&#233;dent. Apr&#232;s l'&#233;chec de la conjuration, le gouvernement pr&#233;tendit &#233;videmment en avoir &#233;t&#233; inform&#233; depuis longtemps (le gouvernement britannique en Irlande pr&#233;tendait d'ailleurs toujours tout savoir), mais rien ne vint justifier cette affirmation au cours du proc&#232;s d'Emmet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on n'a rien trouv&#233; depuis, alors que ceux qui ont travaill&#233; sur les documents officiels de l'&#233;poque, papiers Castlereagh [40], rapports de services secrets et autres sources, ont eu tout loisir de faire pleinement la lumi&#232;re sur l'inf&#226;mie de ceux qui, pendant plus d'une g&#233;n&#233;ration, ont &#233;t&#233; si nombreux &#224; s'attribuer les premiers r&#244;les, en posant aux grandes &#226;mes du patriotisme et de la r&#233;forme. C'est le cas de Leonard McNally, avocat &#224; la cour, d&#233;fenseur des Irlandais Unis lors des proc&#232;s de leurs dirigeants, qui fut membre du Comit&#233; Catholique &#233;lu en 1811 d&#233;l&#233;gu&#233; catholique en Angleterre et en qui on a admir&#233; et r&#233;v&#233;r&#233; l'intr&#233;pide combattant des droits des Catholiques et le champion des nationalistes pers&#233;cut&#233;s. Or, on a d&#233;couvert qu'il fut tout le temps pay&#233; par le gouvernement pour jouer le r&#244;le m&#233;prisable d'indicateur, et pour lui livrer syst&#233;matiquement les secrets les plus pr&#233;cieux des hommes dont il pr&#233;tendait d&#233;fendre la cause au tribunal. Mais cela fut dissimul&#233; pendant un demi-si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Francis Magan, autre figure du mouvement, re&#231;ut du gouvernement une pension secr&#232;te de 200 livres par an pour d&#233;voiler la cachette de Lord Edward Fitzgerald, et il v&#233;cut et mourut dans le respect qu'on doit &#224; un citoyen honn&#234;te et irr&#233;prochable. Un corps de la Royal Meath Militia en garnison &#224; Mallow dans le comt&#233; de Cork, avait d&#233;cid&#233; de s'emparer de l'artillerie de la garnison et de passer en bloc aux insurg&#233;s avec ces armements fort utiles. Mais l'un d'eux avoua le complot en allant se confesser au R&#233;v&#233;rend Thomas Barry, le pr&#234;tre de la paroisse, qui lui donna l'ordre de tout r&#233;v&#233;ler aux autorit&#233;s militaires. Le chef des conjur&#233;s, le sergent Beatty, comprenant aux mesures de s&#233;curit&#233; prises subitement que le complot &#233;tait d&#233;couvert, tenta avec dix-neuf hommes une sortie en force pour s'enfuir du casernement, mais il fut repris par la suite et pendu &#224; Dublin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le P&#232;re Barry, un dr&#244;le de &#171; P&#232;re &#187; en v&#233;rit&#233;, re&#231;ut du gouvernement une pension annuelle de 100 livres, et il toucha secr&#232;tement ce prix du sang toute sa vie sans que soit d&#233;couvert son crime. On raconte que le grand Daniel O'Connell devint soudain livide lorsqu'on lui montra un re&#231;u sign&#233; de la main du P&#232;re Barry. On sait pourtant aujourd'hui que O'Connell lui-m&#234;me, qui &#233;tait membre du corps des avocats de la milice bourgeoise de Dublin fut de garde contre les r&#233;volt&#233;s pendant la nuit de l'insurrection d'Emmet, et Daunt raconte dans ses Souvenirs que O'Connell lui d&#233;signa dans James's Street une maison qu'il avait fouill&#233;e pour trouver des &#171; Croppies &#187; (patriotes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur a vu lui-m&#234;me &#224; Derrynane, demeure ancestrale de O'Connell dans le comt&#233; de Kerry, un tromblon de cuivre qui avait appartenu &#224; un partisan d'Emmet. Un membre de la famille nous affirma que O'Connell l'avait obtenu de son propri&#233;taire dans une maison de James Street &#224; Dublin, ce qui ne manqua pas de nous faire penser &#224; la chasse aux &#171; Croppies &#187; dont parle Daunt ; cela fit na&#238;tre en nous l'hypoth&#232;se que le tromblon en question pouvait bien devoir sa pr&#233;sence &#224; Derrynane &#224; ce raid m&#233;morable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des chercheurs plus r&#233;cents ont d&#233;couvert d'autres trahisons &#8211; du m&#234;me ordre contre ce mouvement de lib&#233;ration, et ils ont d&#233;voil&#233; des gouffres de corruption dans des milieux qu'on n'avait jamais soup&#231;onn&#233;s. Mais &#224; ce jour, rien n'a &#233;t&#233; trouv&#233; qui puisse ternir la gloire ou salir le nom des hommes et des femmes de la classe ouvri&#232;re qui d&#233;tenaient le dangereux secret de la conjuration d'Emmet et qui l'ont si bien gard&#233; et si fid&#232;lement jusqu'&#224; la fin. Dans cet ordre d'id&#233;es, il faut se souvenir qu'&#224; l'&#233;poque toute organisation publique de travailleurs &#233;tait ill&#233;gale, quels qu'en soient les buts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats qui se d&#233;veloppaient alors dans la classe ouvri&#232;re &#233;taient donc des organisations ill&#233;gales ; leurs membres risquaient constamment d'&#234;tre arr&#234;t&#233;s ou d&#233;port&#233;s pour d&#233;lit de coalition. Un projet comme celui d'Emmet, qui visait &#224; renverser les oppresseurs de la classe dirigeante et &#224; &#233;tablir une r&#233;publique fond&#233;e sur le suffrage de tous les citoyens, r&#233;pondait parfaitement aux besoins mat&#233;riels et aux aspirations des travailleurs irlandais. D&#233;j&#224; habitu&#233;s au secret dans l'organisation, ils constitu&#232;rent naturellement un &#233;l&#233;ment de choix pour le mouvement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est significatif que le seul affrontement s&#233;rieux, au cours de cette nuit fatale de l'insurrection, se soit d&#233;roul&#233; dans le quartier des Liberties &#224; Dublin, dans le district de Coombe. Ce quartier &#233;tait exclusivement habit&#233; par des fileurs, des tanneurs, des cordonniers, c'est-&#224;-dire les m&#233;tiers les mieux organis&#233;s de la ville. De m&#234;me, une troupe de gens de Wicklow, conduite dans Dublin par Michael Dwyer, chef des insurg&#233;s, parvint &#224; se r&#233;fugier sur les quais parmi les dockers, puis finalement &#224; rentrer chez elle sans avoir &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;e par qui que ce soit aux nombreux espions du gouvernement qui sillonnaient la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, dans l'ensemble du pays, les travailleurs &#233;taient m&#251;rs pour participer &#224; un mouvement porteur d'un espoir d'&#233;mancipation sociale. Ainsi, une r&#233;volte limit&#233;e s'&#233;tait d&#233;j&#224; produite en 1802 &#224; Limerick, Waterford et Tipperary, o&#249;, d'apr&#232;s l'Histoire de l'Irlande de Haverty, &#171; les motifs invoqu&#233;s de r&#233;volte &#233;taient la chert&#233; des pommes de terre &#187; et &#171; le droit pour les anciens fermiers de garder la possession de leurs fermes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'int&#233;rieur du pays, la conjuration d'Emmet put donc s'appuyer sur les &#233;l&#233;ments de la classe ouvri&#232;re enflamm&#233;e par l'espoir d'une &#233;mancipation sociale et politique. A l'&#233;tranger, Emmet chercha des alliances avec la R&#233;publique fran&#231;aise, symbole du mouvement de r&#233;volution politique, sociale et religieuse de l'&#233;poque et, en Grande-Bretagne, avec les r&#233;formateurs du &#171; Sassenach &#187; [41] qui conspiraient pour renverser la monarchie anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 novembre 1802, un certain colonel Despard fut, avec dix-neuf autres hommes, arr&#234;t&#233; &#224; Londres et accus&#233; de haute trahison ; ils furent jug&#233;s sous l'inculpation de complot pour assassiner le roi. On ne trouva aucune preuve pour &#233;tayer cette accusation, mais Despard et sept de ses co-inculp&#233;s furent pendus. D'apr&#232;s les papiers Castlereagh, Emmet et Despard pr&#233;paraient un soul&#232;vement simultan&#233;, et un certain William Dowdall, pr&#233;sent&#233; comme l'un des membres les plus d&#233;cid&#233;s de l'association des Irlandais Unis, leur servait d'homme de confiance &#224; tous les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. W.-J. Fitzpatrick, dans ses ouvrages Secret service under Pitt et The Sham Squire [Le faux ch&#226;telain], r&#233;v&#232;le toute une s&#233;rie de faits de ce genre, &#224; la suite d'une enqu&#234;te approfondie et &#233;rudite dans les archives officielles et les papiers familiaux priv&#233;s. Pourtant, bien que ces livres aient &#233;t&#233; publi&#233;s il y a un demi-si&#232;cle, &#224; chaque comm&#233;moration de la conjuration, on voit r&#233;appara&#238;tre une troupe d'orateurs qui connaissent tout du martyre d'Emmet, mais rien de ses principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me certains des pan&#233;gyristes les plus favorables ne semblent pas se rendre compte qu'ils ternissent sa gloire en le pr&#233;sentant comme la victime d'un mouvement de protestation contre des injustices limit&#233;es &#224; l'Irlande, et non comme un ap&#244;tre irlandais d'un mouvement mondial pour la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; et la fraternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles &#233;taient pourtant la personnalit&#233; et les positions d'Emmet, et c'est &#224; ce titre que les d&#233;mocrates du futur le v&#233;n&#233;reront. Il partageait totalement l'internationalisme de cette soci&#233;t&#233; dublinoise des Irlandais Unis qui avait admis parmi ses membres un r&#233;formateur &#233;cossais lorsqu'elle avait appris que le gouvernement l'avait condamn&#233; au bagne pour avoir particip&#233; &#224; une convention pour la r&#233;forme &#224; Edimbourg. Il croyait &#224; la fraternit&#233; des opprim&#233;s, &#224; la communaut&#233; des nations libres, et il est mort pour cet id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmet demeure le plus idol&#226;tr&#233;, le plus universellement admir&#233; de tous les martyrs de l'Irlande. C'est pourquoi on notera avec int&#233;r&#234;t que, dans la proclamation r&#233;dig&#233;e par lui et qui fut publi&#233;e au nom du &#171; Gouvernement Provisoire de l'Irlande &#187;, le premier article d&#233;cr&#232;te la confiscation et la nationalisation de tous les biens du clerg&#233;, l'article 2 et 3 interdisent et frappent de nullit&#233; tous les transferts de biens fonciers, titres, obligations et fonds d'&#201;tat jusqu'&#224; ce qu'un gouvernement national soit &#233;tabli et que la volont&#233; nationale se soit prononc&#233;e en ce qui les concerne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous fournit deux indications : d'une part, Emmet pensait que la volont&#233; nationale &#233;tait sup&#233;rieure aux droits de propri&#233;t&#233; et pouvait donc les abolir &#224; son gr&#233; ; d'autre part, il avait conscience que pour esp&#233;rer rallier &#224; la r&#233;volution les classes laborieuses, il fallait leur faire comprendre que cela signifiait pour elles la lib&#233;ration de leur servitude sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] La tentative d'insurrection dirig&#233;e par Emmet et Russell, en 1803, intervient au moment o&#249; Bonaparte se lance dans des projets de d&#233;barquement en Angleterre. Des contacts avaient &#233;t&#233; pris avec les rebelles irlandais, mais l'insurrection &#233;choua avant m&#234;me que ne d&#233;bute la r&#233;alisation du projet fran&#231;ais. Ce mouvement, beaucoup plus radical et populaire que celui de 1798, mais aussi beaucoup plus proche de la tradition des &#233;meutes populaires, se produit apr&#232;s la &#171; trahison &#187; des chefs des Irlandais Unis. Apr&#232;s l'Acte d'Union de 1800, les divisions sociales et religieuses recommencent &#224; se manifester, et il ne demeure, parmi les Irlandais Unis, qu'une petite minorit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Castlereagh, homme politique irlandais (1769-1822), partisan de l'int&#233;gration, qui deviendra plusieurs fois ministre de la Guerre ou des Affaires &#233;trang&#232;res, et qui sera l'&#226;me de la Seconde Coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] D'un mot ga&#233;lique signifiant &#034;Saxon&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
X &#8211; Le premier socialiste Irlandais : un pr&#233;curseur de Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un syst&#232;me qui, jusque dans ses aspects les moins r&#233;voltants, contraint des milliers, voire des dizaines de milliers de gens &#224; travailler comme des b&#234;tes, &#224; vivre et &#224; mourir le ventre creux, d&#233;guenill&#233;s et mis&#233;rables, pour permettre &#224; quelques parasites de se complaire dans l'aisance et le luxe. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Irish People, 9 juillet 1864.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'Irlande comme pour tout le reste de l'Europe, le premier quart du XIXe si&#232;cle a &#233;t&#233;, sur le plan politique, une p&#233;riode noire pendant laquelle le despotisme et la r&#233;action se sont donn&#233; libre cours. La peur engendr&#233;e par la R&#233;volution fran&#231;aise au sein des classes dirigeantes avait suscit&#233; une haine maladive de toute r&#233;forme, doubl&#233;e d'un acharnement f&#233;roce dans la chasse aux r&#233;formateurs les plus mod&#233;r&#233;s. Au triomphe des souverains alli&#233;s sur Napol&#233;on succ&#233;da une v&#233;ritable d&#233;bauche de despotisme en Europe ; les organisations populaires furent soumises &#224; une r&#233;pression implacable ou rejet&#233;es dans la clandestinit&#233;. Cela ne pouvait cependant supprimer les causes du m&#233;contentement et, tandis que la r&#233;action triomphait au grand jour, ses adversaires d&#233;ployaient dans l'ombre leurs soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;contentement populaire s'aggrava encore &#224; la suite du retour des soldats d&#233;mobilis&#233;s &#224; la fin des guerres napol&#233;oniennes, qui eut de s&#233;rieuses r&#233;percussions &#233;conomiques. La d&#233;mobilisation priva les agriculteurs d'un march&#233; pour leurs produits et elle entra&#238;na une profonde crise agricole et industrielle. Elle stoppa l'activit&#233; de tous les navires charg&#233;s de l'approvisionnement des troupes, ainsi que tous les travaux de construction, d'armement et de r&#233;paration de ces navires, et toutes les industries de guerre. L'interruption de ces activit&#233;s submergea le march&#233; du travail des hommes et des femmes mis au ch&#244;mage, mais en outre, des milliers de soldats et de marins bons pour le service furent lanc&#233;s p&#234;le-m&#234;le dans une course aux places contre les travailleurs qui les avaient nourris, v&#234;tus, entretenus, pendant la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Irlande tout particuli&#232;rement, les cons&#233;quences furent d&#233;sastreuses, &#224; cause du nombre d&#233;mesur&#233; d'Irlandais parmi les soldats et marins d&#233;mobilis&#233;s. Ils trouvaient au retour un march&#233; de l'emploi engorg&#233; de ch&#244;meurs dans les villes. A la campagne, les propri&#233;taires fonciers faisaient une h&#233;catombe parmi les petits fermiers qui, priv&#233;s des d&#233;bouch&#233;s et des prix dont ils b&#233;n&#233;ficiaient durant le conflit, &#233;taient incapables de faire face aux exactions des d&#233;tenteurs du sol. C'est &#224; cette &#233;poque que la grande conspiration &#171; des Rubans &#187; [42] se propagea parmi les travailleurs des zones rurales. On n'a jamais d&#233;couvert l'exacte v&#233;rit&#233; sur ce mouvement, mais on en sait assez pour dire qu'il s'agissait effectivement d'une association secr&#232;te de d&#233;fense des journaliers et des petits fermiers, sorte de syndicat qui entreprit &#224; sa mani&#232;re, violente, de juger les auteurs des expulsions et de ch&#226;tier les tra&#238;tres. C'est aussi &#224; cette &#233;poque, que le syndicalisme irlandais, qui &#233;tait pourtant clandestin et ill&#233;gal, parvint au fa&#238;te de sa puissance et de son organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1824, le chef de la police de Dublin, venu t&#233;moigner devant une commission de la Chambre des Communes, d&#233;clara que les m&#233;tiers de Dublin &#233;taient parfaitement organis&#233;s, et que de nombreux patrons commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; se plaindre de &#171; la tyrannie des associations ouvri&#232;res irlandaises &#187;. Qu'on ne s'&#233;tonne pas, dans ces conditions, qu'en face d'un XVIIIe si&#232;cle tourn&#233; vers les r&#233;formes politiques et les th&#233;ories qui les inspiraient, le XIXe ait surtout &#233;t&#233; pr&#233;occup&#233; par le progr&#232;s social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, en France, en Allemagne, surgit une nu&#233;e de th&#233;oriciens sociaux, qui avaient chacun leur projet de soci&#233;t&#233; id&#233;ale, leur plan de r&#233;g&#233;n&#233;ration sociale destin&#233; &#224; abolir la pauvret&#233; et tous les maux qui l'accompagnent. La plupart de ces th&#233;oriciens ne s'attaquaient pas aux b&#233;n&#233;ficiaires du syst&#232;me social de l'&#233;poque, mais seulement aux cons&#233;quences de ce syst&#232;me. A vrai dire, ils s'imaginaient en g&#233;n&#233;ral que les classes dirigeantes et poss&#233;dantes renonceraient d'elles-m&#234;mes et de leur plein gr&#233; &#224; leurs privil&#232;ges et &#224; leurs biens, et qu'elles instaureraient le nouveau r&#233;gime sit&#244;t qu'elles seraient convaincues de ses avantages. Une telle opinion conduisait naturellement leur critique sociale &#224; analyser avant tout les effets de la concurrence sur l'acheteur et sur le vendeur, et &#224; n&#233;gliger totalement les rapports entre le travailleur qui produit les richesses et le propri&#233;taire qui s'en empare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vue si partielle des rapports sociaux les emp&#234;chait n&#233;cessairement de se rendre compte que l'&#233;volution historique pouvait &#234;tre un &#233;l&#233;ment permettant &#224; leur id&#233;al de se r&#233;aliser plus rapidement. Puisque c'&#233;tait la classe dirigeante qui devait instaurer le nouveau r&#233;gime, il en r&#233;sultait que plus cette classe se renfor&#231;ait, plus la transition &#233;tait facilit&#233;e ; donc, tout ce qui aurait tendance &#224; affaiblir l'organisation sociale par l'accentuation des distinctions de classe, ou &#224; alt&#233;rer le sentiment de respect que le journalier portait &#224; ses ma&#238;tres, ne pouvait que ralentir le progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces th&#233;oriciens fond&#232;rent des sectes socialistes, et l'on sait bien que leurs adeptes, ayant perdu le g&#233;nie et l'inspiration de leurs chefs, d&#233;g&#233;n&#233;r&#232;rent en r&#233;actionnaires de la pire esp&#232;ce, oppos&#233;s au moindre pas en avant du mouvement ouvrier. Quant aux Irlandais, ce ne sont pas des th&#233;oriciens en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale ; ils passent trop vite de la pens&#233;e &#224; l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant alors, qu'une p&#233;riode qui avait produit, en France, en Angleterre et en Allemagne, les socialistes utopiques &#233;voqu&#233;s plus haut, ait produit en Irlande un &#233;conomiste plus authentiquement socialiste au sens moderne du terme, qu'aucun de ses contemporains. Ce socialiste-l&#224;, William Thompson, de Glonkeen, Roscarberry, comt&#233; de Cork, n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; d&#233;signer la suj&#233;tion politique et sociale des travailleurs comme le pire des maux de la soci&#233;t&#233;, ni &#224; d&#233;crire, tout en restant rigoureusement fid&#232;le &#224; la v&#233;rit&#233;, les cons&#233;quences d&#233;sastreuses pour la libert&#233; politique de l'existence d'une classe riche dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thompson croyait qu'il &#233;tait possible de parvenir au socialisme en fondant des colonies coop&#233;ratives sur le mod&#232;le de celles qu'avait pr&#233;conis&#233;es Robert Owen, ce qui le range pour une part parmi les utopistes. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, il pensait que ces colonies devaient &#234;tre &#233;difi&#233;es par les travailleurs eux-m&#234;mes et non par la classe dirigeante. Il professait que la richesse de la classe dirigeante provenait de ce qu'elle avait vol&#233; aux travailleurs, et il soutenait qu'il &#233;tait n&#233;cessaire, comme pr&#233;alable au socialisme, de conqu&#233;rir la repr&#233;sentation politique fond&#233;e sur le suffrage de tous les adultes des deux sexes. Il ne croyait pas que l'&#201;tat puisse &#234;tre la base de la soci&#233;t&#233; socialiste, mais il insistait sur la n&#233;cessit&#233; d'utiliser des moyens politiques pour d&#233;truire tous les privil&#232;ges de classe sanctionn&#233;e par la loi, et pour &#233;liminer tous les obstacles que la classe dirigeante chercherait &#224; mettre en travers de l'essor des communaut&#233;s socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait penser que nous exag&#233;rons la port&#233;e de l'&#339;uvre de Thompson en le pr&#233;sentant comme un penseur original, un pionnier de la pens&#233;e socialiste, sup&#233;rieur &#224; tous les socialistes utopiques du continent, un pr&#233;curseur de Karl Marx tant par son insistance &#224; voir dans l'exploitation des travailleurs la cause de toute la mis&#232;re sociale, de la criminalit&#233; moderne et de la d&#233;pendance politique, par son effort rigoureux pour &#233;laborer une d&#233;finition exacte du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, nous allons citer un passage tir&#233; de son ouvrage le plus important, paru en 1824 : &#171; Enqu&#234;te sur les principes de distribution de la Richesse les plus propres &#224; conduire au bonheur de l'Homme et sur leur application dans un nouveau Syst&#232;me proposant l'&#201;galit&#233; Volontaire de la Richesse. &#187; Troisi&#232;me &#233;dition [43] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quelle est donc la d&#233;finition la plus pr&#233;cise du capital ? C'est cette part du produit du travail, de nature constante ou non, qui est susceptible de se transformer en profit. Telles semblent bien &#234;tre les conditions qui s&#233;parent sous forme de capital une part des produits du travail. Pourtant, cette distinction est &#224; l'origine de l'ins&#233;curit&#233; et de l'oppression du travailleur productif, qui, guid&#233; par le savoir, est la source de toute richesse ; et aussi de l'usurpation gigantesque op&#233;r&#233;e contre les forces productives et les autres individus par ceux qui, sous le nom de capitalistes ou de grands propri&#233;taires, se sont empar&#233;s de cette accumulation de richesses, qui constituaient les r&#233;serves annuelles ou permanentes de la collectivit&#233;. D'o&#249; les exigences contradictoires du capitaliste et du travailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le capitaliste, en faisant r&#233;gner l'ins&#233;curit&#233; et la violence, a mis la main sur la subsistance annuelle de nombreux travailleurs, sur les outils et machines n&#233;cessaires pour rendre leur activit&#233; productive, et sur les demeures o&#249; il leur faut vivre ; il en a tir&#233; un profit maximum, et il a pu ainsi acheter leur travail et son futur produit au meilleur compte possible. Plus est grand le profit du capital, ou encore plus le capitaliste a fait payer d'avance le travailleur pour sa nourriture, l'utilisation des outils et des machines et l'occupation de son habitation, moins il reste &#233;videmment au travailleur de quoi acqu&#233;rir ce qu'il peut d&#233;sirer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un autre passage o&#249; Thompson, qui veut faire de la r&#233;forme politique un moyen de parvenir au but, en d&#233;crit l'inefficacit&#233; si on la prend pour une fin en soi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Tant que le capital accumul&#233; demeurera entre les mains d'une partie de la soci&#233;t&#233;, alors que la capacit&#233; de produire et de cr&#233;er de la richesse se trouvera dans les mains de l'autre partie, si la nature humaine continue d'&#234;tre ce qu'elle est &#224; pr&#233;sent, ce capital accumul&#233; sera utilis&#233; pour contrecarrer les lois naturelles de la distribution, et pour priver les producteurs de la jouissance des produits de leur travail. Parviendra-t-on &#224; comprendre que, si on laisse agir le moindre exp&#233;dient permettant de maintenir cet &#233;tat d'ins&#233;curit&#233; qui rend possible la division du capital et du travail, &#224; elles seules, des institutions repr&#233;sentatives, m&#234;me si le pouvoir politique cesse de se livrer au pillage, ne seraient pas aussi favorables au bonheur r&#233;el de l'humanit&#233; que l'instauration de moyens permettant l'essor de la connaissance, et l'abolition d&#233;finitive de tous ces exp&#233;dients. Tant qu'existe une classe de capitalistes, la soci&#233;t&#233; ne peut que se trouver dans un &#233;tat malsain. Les richesses vol&#233;es qui &#233;chapperont au pouvoir politique, tomberont d'une autre fa&#231;on, sous le nom de profit, aux mains des capitalistes qui ne cesseront de faire les lois tant qu'ils resteront des capitalistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thompson voulait une &#233;ducation libre pour tous ; il entrait dans tous les d&#233;tails pour en d&#233;montrer la possibilit&#233;, &#233;tablissant des statistiques pour prouver que le co&#251;t total de cette &#233;ducation &#233;tait ais&#233;ment supportable pour l'Irlande, sans accro&#238;tre exag&#233;r&#233;ment la charge des producteurs. Il &#233;tait sur ce point en avance de trois g&#233;n&#233;rations sur son temps, puisque la r&#233;forme qu'il pr&#233;conisait alors n'est que partiellement r&#233;alis&#233;e aujourd'hui. Lui qui vivait dans un pays o&#249; une petite minorit&#233; imposait de force une religion abhorr&#233;e &#224; une nation conquise, provoquant ainsi un fanatisme sauvage d&#233;shonorant pour l'un et l'autre camp, il eut pourtant le courage et la clairvoyance de plaider pour l'&#233;ducation la&#239;que. Aux hurlements des fanatiques qui pr&#233;tendaient, tout comme de nos jours, que la religion dispara&#238;trait si elle n'&#233;tait soutenue par l'&#201;tat, il r&#233;pondait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'exp&#233;rience a prouv&#233; non seulement que la religion peut exister sans intervenir dans les lois naturelles de la distribution en violation de toute s&#233;curit&#233;, mais qu'elle s'est d&#233;velopp&#233;e et &#233;panouie en Irlande et en Gr&#232;ce pendant des si&#232;cles, alors m&#234;me que ses ressources &#233;taient arrach&#233;es de force des mains des fid&#232;les pour enrichir un clerg&#233; rival d&#233;test&#233;, ou pour nourrir la violence m&#234;me qui la r&#233;duisait &#224; merci. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit du socialisme que pr&#244;nait Thompson &#233;tait fort loin du sentimentalisme visionnaire des utopistes du reste de l'Europe, ou d'Owen &#224; ses d&#233;buts en Angleterre, qui en appelaient constamment &#224; &#171; l'humanit&#233; &#187; des classes poss&#233;dantes. Le passage suivant le montre encore mieux, et nous n'h&#233;sitons pas &#224; le reproduire en d&#233;pit de sa longueur. L'attitude des riches aux diff&#233;rents niveaux de l'organisation politique, la passion du pouvoir qui va de pair avec l'extr&#234;me richesse, sont l'objet d'une analyse si mordante que ce passage aurait pu &#234;tre &#233;crit par un socialiste du XXe si&#232;cle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les riches oisifs sont sans occupation active ; il leur manque un but dans la vie. Ils ont d&#233;j&#224; les moyens de satisfaire leurs sens, ou m&#234;me leur imagination, d'apaiser leurs besoins et leurs caprices. Il leur faut encore obtenir les plaisirs du pouvoir. Il y a in&#233;vitablement, chez ceux qui ont &#233;t&#233; &#233;lev&#233;s dans la facilit&#233;, une forte propension &#224; d&#233;tester la contrainte, &#224; ne pas supporter d'opposition et donc &#224; d&#233;sirer avoir le pouvoir d'&#233;viter ces d&#233;sagr&#233;ments. Comment ont-ils ce pouvoir ? D'abord gr&#226;ce &#224; leur richesse elle-m&#234;me, &#224; son influence directe, aux craintes et aux espoirs qu'elle suscite. Quand ils ont &#233;puis&#233; ces moyens ou pour leur donner plus d'effet, ils essaient partout de prendre et d'accaparer les pouvoirs gouvernementaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&#224; o&#249; le despotisme n'existe pas, ils tentent de s'emparer de l'int&#233;gralit&#233; des fonctions l&#233;gislatives, ou encore, d'en d&#233;tenir, conjointement avec la direction de l'Etat ou d'autres institutions, une part aussi importante que possible. L&#224; o&#249; le despotisme n'existe pas, ou s'est r&#233;form&#233;, ils se partagent tous les postes d&#233;pendant du gouvernement ; ils monopolisent, directement ou indirectement, le commandement de la force arm&#233;e, les charges de magistrats et de pr&#234;tres, ainsi que tous ces postes ex&#233;cutifs qui donnent le plus de pouvoir en demandant le moins d'activit&#233; et en rapportant le plus d'argent. Et lorsque le despotisme existe, la classe des grosses fortunes s'arrange du mieux qu'elle peut avec le despote pour partager son pouvoir en partenaire, en &#233;gale, ou en simple esclave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si la situation est telle que les riches soient s&#251;rs de leur propre force, ils passent un accord avec le despote, et revendiquent ce qu'ils appellent leurs droits. S'ils sont trop faibles, ils n'h&#233;sitent pas &#224; ramper devant lui, et semblent se faire gloire de leur soumission parce qu'ils aspirent uniquement &#224; se faire d&#233;l&#233;guer le pouvoir de soumettre &#224; leur tour le reste de la communaut&#233;. Les historiens de tous les pays le montrent bien : voil&#224; o&#249; peut conduire une richesse excessive. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays de langue anglaise, on ignore pratiquement l'&#339;uvre de ce penseur irlandais, mais son importance est depuis longtemps reconnue dans le reste de l'Europe [44]. Outre l'ouvrage que nous avons cit&#233;, il a &#233;crit un &#171; Appel au nom des femmes, qui forment la moiti&#233; du genre humain, contre les pr&#233;tentions des hommes, qui forment l'autre moiti&#233;, &#224; les maintenir dans la servitude politique et, partant, la servitude civile et domestique &#187;, publi&#233; &#224; Londres en 1825. On conna&#238;t deux autres ouvrages de lui : Labour Rewarded, the Claims of Labour and Capital Conciliated ; or, How to Secure to Labour the Whole Product of its Exertions [La r&#233;compense des travailleurs : comment concilier les exigences du capital et du travail ; ou : Comment assurer aux travailleurs les fruits entiers de leur labeur], publi&#233; en 1827, et Practical Directions for the Speedy and Economical Establishment of Communities [Recommandations pratiques pour &#233;tablir rapidement et &#233;conomiquement des communaut&#233;s], publi&#233; &#224; Londres en 1830.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a aussi laiss&#233; les manuscrits d'autres livres traitant du m&#234;me sujet, mais ils n'ont jamais &#233;t&#233; publi&#233;s, et l'on ignore o&#249; ils se trouvent maintenant. On pr&#233;tend que durant vingt ans il fut v&#233;g&#233;tarien et ne toucha pas une goutte d'alcool, et que, dans son testament, il l&#233;gua l'essentiel de sa fortune &#224; la premi&#232;re communaut&#233; coop&#233;rative qui serait fond&#233;e en Irlande, et fit don de son corps &#224; la science pour des exp&#233;riences de dissection. Sa famille parvint &#224; contester le testament en s'appuyant sur le fait que &#171; des projets immoraux &#233;taient inclus dans les donations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;volution du socialisme scientifique on peut le situer, selon nous, &#224; mi-chemin entre l'utopisme des premiers id&#233;alistes et le mat&#233;rialisme historique de Marx. Il annonce celui-ci dans la plupart de ses analyses du syst&#232;me &#233;conomique, et il a pr&#233;vu le r&#244;le qu'une d&#233;mocratisation de la vie politique pouvait jouer pour supprimer les privil&#232;ges l&#233;gaux des membres des professions lib&#233;rales. Dans sa pr&#233;face &#224; la traduction anglaise du livre d'un biographe allemand de Thompson, Anton Menger, l'auteur, H.-S. Foxwell, licenci&#233; &#232;s-lettres, &#233;crit de sa contribution &#224; la science &#233;conomique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ce qui fera le renom de Thompson, ce n'est pas son plaidoyer en faveur de la coop&#233;ration owenienne, malgr&#233; tout l'attachement au bien public dont il t&#233;moigne, mais c'est le fait qu'il a &#233;t&#233; le premier auteur &#224; donner &#224; la question de la juste r&#233;partition de la richesse la place fondamentale qu'elle a tenue dans l'&#233;conomie politique anglaise. Jusqu'alors l'&#233;conomie politique s'&#233;tait pr&#233;occup&#233;e du commerce plut&#244;t que de l'industrie ; et il a jug&#233; n&#233;cessaire d'expliquer le sens m&#234;me du mot &#171; industriel &#187;, qui venait selon lui du fran&#231;ais, repris sans doute de Saint-Simon. &#187; [45]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous cherchons &#224; comparer l'importance des &#339;uvres de Thompson et de Marx, n'esp&#233;rons pas rendre justice &#224; l'un des deux en les mettant en contradiction, ou en faisant le pan&#233;gyrique de Thompson pour rabaisser Marx, comme tentent de le faire certains critiques continentaux de celui-ci. Il est pr&#233;f&#233;rable de dire que les positions respectives de ce g&#233;nie irlandais et de Marx sont plut&#244;t comparables au rapport historique des &#233;volutionnistes pr&#233;-Darwiniens avec Darwin. Darwin a syst&#233;matis&#233; toutes les th&#233;ories de ses pr&#233;d&#233;cesseurs, passant toute sa vie &#224; r&#233;unir les faits qui lui ont permis de se situer par rapport &#224; eux. De m&#234;me, la pens&#233;e &#233;conomique &#233;tait d&#233;j&#224; sur la bonne route avant Marx, et c'est &#224; l'&#233;tablir sur des fondements in&#233;branlables qu'il consacra tout son g&#233;nie, toutes ses connaissances encyclop&#233;diques et ses efforts de recherche. Thompson a balay&#233; cette fiction &#233;conomique entretenue par les &#233;conomistes orthodoxes et admise par les utopistes, selon laquelle c'est de l'&#233;change que na&#238;t le profit. Il a affirm&#233; que le profit provenait de l'exploitation des travailleurs, c'est-&#224;-dire de l'appropriation par les capitalistes et des propri&#233;taires fonciers des fruits du travail des autres. Il n'h&#233;site pas &#224; se consid&#233;rer lui-m&#234;me comme un b&#233;n&#233;ficiaire de ce syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;crivait en 1827, que depuis pr&#232;s de douze ans &#171; il vivait de ce qu'on appelle une rente, qui est le produit du travail des autres &#187; [46]. Toute la th&#233;orie de la lutte des classes d&#233;coule purement et simplement de ce principe. Mais bien que Thompson adm&#238;t l'existence de la lutte des classes, il n'y voyait pas un facteur, le facteur de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; vers la libert&#233;. Cela fut le privil&#232;ge de Marx, dont c'est selon nous le plus haut titre de gloire. Alors qu'Owen et les socialistes du continent recherchaient les faveurs des rois, des parlements et des congr&#232;s, cet Irlandais mettait les riches en accusation, montrant que la richesse entra&#238;ne toujours la volont&#233; de puissance, que &#171; les capitalistes ne cesseront de faire la loi tant qu'ils resteront des capitalistes &#187;, mais que &#171; tant qu'existe une classe de capitalistes, la soci&#233;t&#233; demeure immanquablement dans un &#233;tat malsain. &#187; Tout en pr&#234;chant cette doctrine, qui attaquait les dirigeants sociaux et politiques de la soci&#233;t&#233; et la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, le courageux Celte exigeait avec v&#233;h&#233;mence l'extension du droit de vote &#224; l'ensemble de la population adulte. Cela seul suffit &#224; expliquer pourquoi ses &#233;crits n'ont rencontr&#233; aucune faveur dans les classes respectables de la soci&#233;t&#233;, ces m&#234;mes classes qui mettaient si souvent sur un pi&#233;destal les chefs des sectes socialistes de son &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, un autre Irlandais c&#233;l&#232;bre, Standish O'Grady, qui est peut-&#234;tre le plus grand &#233;crivain du pays, a d&#233;nonc&#233; la soci&#233;t&#233; capitaliste dans les pages du Peasant (Dublin, 1908-1909), proposant pour y &#233;chapper la formation de communaut&#233;s coop&#233;ratives. Il est d'ailleurs fort r&#233;v&#233;lateur de l'ignorance qu'ont les Irlandais pour leurs propres &#339;uvres intellectuelles que O'Grady n'ait apparemment jamais entendu parler des travaux de son grand pr&#233;d&#233;cesseur dans ce domaine. Il est tout aussi r&#233;v&#233;lateur de la conqu&#234;te des esprits irlandais par les traditions anglaises que l'on voit souvent les nationalistes irlandais combattre de toutes leurs forces le socialisme consid&#233;r&#233; comme &#171; une id&#233;e allemande &#187;, alors que presque toutes les conceptions sociales qu'on trouve &#233;panouies chez Marx, on les trouve d&#233;j&#224; en germe chez Thompson, vingt-trois ans avant la publication du Manifeste communiste, quarante-trois avant celle du Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons conclure ce chapitre par une autre citation de ce pionnier irlandais du socialisme r&#233;volutionnaire ; et c'est &#224; dessein que nous parlons de socialisme r&#233;volutionnaire, car l'ensemble de ses enseignements d&#233;bouche irr&#233;sistiblement sur l'action r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re. Puisque pour la th&#233;orie socialiste les revendications politiques du mouvement ouvrier doivent toujours d&#233;pendre et de l'&#233;poque et du d&#233;veloppement du pays o&#249; il se d&#233;roule, les th&#233;ories de Thompson sur l'action ouvri&#232;re apparaissent comme l'expression la plus haute possible de la pens&#233;e r&#233;volutionnaire de son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les travailleurs productifs, qu'on a d&#233;pouill&#233;s de tout capital, de leurs outils, de leurs maisons, de tous leurs instruments de production, doivent se tuer &#224; la t&#226;che par besoin, par n&#233;cessit&#233; de subsister, alors que leur r&#233;mun&#233;ration est maintenue au plus bas niveau compatible avec l'existence d'habitudes industrieuses&#8230; Comment veut-on que les plus d&#233;munis soient vertueux ? Qui se soucie d'eux ? Quelle r&#233;putation ont-ils &#224; perdre ? Quelle influence l'opinion publique a-t-elle sur eux ? Qu'ont &#224; faire des plaisirs raffin&#233;s de l'honn&#234;tet&#233; ceux que tourmentent les affres de la n&#233;cessit&#233; la plus extr&#234;me ? Comment pourraient-ils respecter les biens et les droits des autres, eux qui n'en ont aucun qui puisse au moins susciter de la compassion, de ceux qui souffrent de les voir vivre dans les privations ? Comment peuvent-ils prendre part aux chagrins des autres, aux petites difficult&#233;s passag&#232;res des autres, eux que tourmentent des malheurs autrement consid&#233;rables ? La seule mention des menues mis&#232;res des autres est une insulte qui attise leur indignation au lieu d'attirer leur compr&#233;hension amicale. Priv&#233; de ce qui assure &#224; l'existence un minimum de d&#233;cence et de confort, le besoin engendre la sauvagerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en regardant autour d'eux, ils en voient beaucoup d'autres dans la m&#234;me situation, qui se sentent eux aussi incapables de la moindre bienveillance pour les gens heureux. Ils prennent conscience qu'ils font partie du m&#234;me monde, le monde de la souffrance, de l'insatisfaction et de l'ignorance ; ils se forment une opinion &#224; eux, au m&#233;pris de celle des riches, ayant dans l'id&#233;e que les riches et leurs lois ne tirent leur origine que de la violence. De qui ces malheureux apprendraient-ils les principes moraux alors qu'ils n'en voient jamais la mise en pratique ? Et le respect de la s&#233;curit&#233; des autres ? De leurs sup&#233;rieurs ? Des lois ? Mais l'attitude de leurs sup&#233;rieurs, l'application de ces lois, leur ont donn&#233; une le&#231;on fort concr&#232;te de violence et de contrainte, en les d&#233;pouillant contre leur gr&#233; et sans aucune contrepartie des fruits de leur travail. Quelle est la valeur de principes et d'imp&#233;ratifs moraux que les faits ne cessent de contredire et de d&#233;mentir ? Ils ne peuvent certainement pas inciter &#224; une conduite vertueuse. Les raisons ne peuvent na&#238;tre que des choses, que des conditions environnantes, et non pas de mots creux et de proclamations vides. Les mots ne peuvent servir qu'&#224; transmettre et inculquer la connaissance de ces choses et de ces conditions. Et si ces choses n'existent pas, les mots ne sont que du vent. &#187; [47].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce fragment de th&#233;orie &#233;conomique d&#233;terministe, qui nous enseigne que la morale est li&#233;e au progr&#232;s social, qu'elle est le r&#233;sultat de conditions mat&#233;rielles, que nous allons quitter le premier ap&#244;tre irlandais de la r&#233;volution sociale. Les militants celtes fervents aiment &#224; proclamer, ce que semblent confirmer les recherches actuelles, que les missionnaires irlandais furent les premiers &#224; ranimer la flamme de la culture en Europe, et &#224; faire reculer l'obscurantisme intellectuel qui avait suivi la chute de l'Empire romain. Ne pouvons-nous pas nous aussi &#234;tre fiers que ce f&#251;t encore un Irlandais qui ait perc&#233; des t&#233;n&#232;bres pires que celles de l'&#201;gypte, les t&#233;n&#232;bres de la barbarie capitaliste, et qui ait r&#233;v&#233;l&#233; aux travailleurs les raisons de leur esclavage, et les conditions essentielles de leur &#233;mancipation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Ribbon, Ribbonmen. L'agitation sociale en revient aux &#233;meutes agraires du type de celles du XVIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] An Inquiry into the Principles of the Distribution of Wealth Most Conducive to Human Happiness, applied to the Newly Proposed System of Voluntary Equality of Wealth. Publi&#233; &#224; Londres en 1869.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] Mais, surtout par Marx&#8230; Qui ne le cite qu'en note dans Mis&#232;re de la Philosophie (&#201;d. Sociales, 1968, p. 196)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Anton Menger, The Right to the whole produce of Labour : the origin and development of the theory of labour's claim to the whole product of industry, translated by M.-E. Tanner, with an introduction and bibliography by H.-S. Foxwell, M.-A., London, 1899. Menger se contente de citer Thompson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] Phrase tir&#233;e de Labour Rewarded, dont le titre complet se termine par : &#171; By One of the Idle Class &#187; (&#171; Ecrit par un membre de la classe des oisifs &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[47] Passage tir&#233; de Distribution of Wealth.&lt;br class='autobr' /&gt;
XI &#8211; Une Utopie Irlandaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Locke lui-m&#234;me, du haut de son firmament, nous tendait de sa propre main le syst&#232;me de gouvernement le plus parfaitement adapt&#233; &#224; la nature et aux aptitudes de la nation irlandaise, ce serait seulement un parchemin pompeux tomb&#233; &#224; terre s'il ne contenait d'autre efficience que ses m&#233;rites intrins&#232;ques. Tous les vrais Irlandais s'entendent sur ce qu'il faudrait faire, mais la question est de savoir comment il faut le faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Manifeste secret (Irlande), 1795.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons montr&#233; dans le dernier chapitre comment la fin des guerres napol&#233;oniennes avait provoqu&#233; une crise commerciale en Grande-Bretagne et en Irlande, et comment, dans ce dernier pays, elle avait aussi contribu&#233; &#224; aggraver la duret&#233; des relations entre propri&#233;taires et tenanciers. Au cours des guerres contre Napol&#233;on, les prix agricoles n'avaient cess&#233; de monter, &#233;tant donn&#233; les besoins d'approvisionnement du gouvernement britannique, qui devait ravitailler une arm&#233;e et une flotte immense. La hausse des prix entra&#238;na celle des fermages ; mais alors que la fin du conflit, en stoppant la demande, faisait baisser les prix, ce mouvement de baisse ne fut pas suivi par les fermages. Face &#224; l'effondrement du march&#233;, la stabilit&#233; ou la hausse des baux de ferme ne pouvaient avoir comme issue que la guerre agraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands propri&#233;taires fonciers exig&#232;rent leur &#171; livre de chair &#187;, et les paysans form&#232;rent des organisations secr&#232;tes pour se d&#233;fendre en semant la terreur parmi leurs oppresseurs. En 1829, l'Acte d'&#201;mancipation des Catholiques fut une nouvelle cause de mis&#232;re pour le peuple.[48]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque l&#224;, il avait &#233;t&#233; interdit aux Catholiques de si&#233;ger &#224; la Chambre des Communes anglaise, d'entrer dans la magistrature, ou d'aspirer &#224; l'une des fonctions sup&#233;rieures de l'administration civile, militaire ou navale. Daniel O'Connell, ce dirigeant qui avait entra&#238;n&#233; toute la population catholique dans une lutte fr&#233;n&#233;tique contre les injustices que lui faisait subir l'&#171; ascendancy &#187; [Irlandais d'origine anglaise] protestante, fit alors parvenir la lutte &#224; son apog&#233;e en se pr&#233;sentant lui-m&#234;me au Parlement comme candidat du comt&#233; de Clare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il d&#233;clara que, s'il &#233;tait &#233;lu, il refuserait de pr&#234;ter le serment qui &#233;tait alors exig&#233; des d&#233;put&#233;s, parce qu'il diffamait la religion catholique. En Irlande &#224; cette &#233;poque, le scrutin n'&#233;tait pas secret, chaque &#233;lecteur devant se prononcer publiquement devant les responsables du bureau de vote et tous les assistants sur le nom du candidat pour lequel il votait. Or, presque tous les tenanciers &#233;taient alors des tenanciers pr&#233;caires, qui pouvaient &#234;tre chass&#233;s selon le bon plaisir de l'intendant ou du propri&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela transformait les &#233;lections en farce et en trag&#233;die ; une farce, si l'on pense &#224; la fa&#231;on de v&#233;rifier la volont&#233; r&#233;elle des &#233;lecteurs, une trag&#233;die quand par hasard un tenancier avait l'audace de voter contre le candidat du propri&#233;taire. Le droit de vote avait &#233;t&#233; &#233;tendu &#224; tous les tenanciers payant un fermage annuel de 40 shillings, quelle que soit leur religion, mais le terrible pouvoir de vie et de mort d&#233;tenu par le propri&#233;taire emp&#234;chait habituellement ce droit de servir la cause populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, quand O'Connell appela les paysans catholiques du comt&#233; de Clare &#224; d&#233;fier la vengeance de leurs tyrans en votant pour lui au nom de la libert&#233; religieuse, ils r&#233;pondirent noblement &#224; son appel. O'Connell fut &#233;lu, ce qui entra&#238;na peu de temps apr&#232;s l'&#201;mancipation des Catholiques. Mais les classes dirigeantes et le gouvernement britannique prirent leur revanche ; ils accol&#232;rent &#224; cette r&#233;forme une loi qui privait les petits tenanciers du droit de vote, en faisant passer &#224; 10 livres le cens &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque l&#224;, les grands propri&#233;taires avaient eu plut&#244;t tendance &#224; encourager la croissance de la population sur leurs domaines, parce que cela augmentait le nombre de leurs adh&#233;rents politiques ; mais le vote de cet Acte du Parlement faisant dispara&#238;tre ce motif, ils entam&#232;rent sur le champ l'expulsion massive de leurs tenanciers et la conversion de leurs terres arables en fermes destin&#233;es &#224; l'&#233;levage. Pour les classes moyennes, les professions lib&#233;rales, les propri&#233;taires catholiques, l'&#201;mancipation ouvrait l'acc&#232;s &#224; toutes les places bien tranquilles disponibles dans l'administration. Elle condamnait, par contre, les Catholiques de la classe pauvre &#224; l'extermination ; telle &#233;tait la revanche d'un gouvernement &#233;tranger et d'une aristocratie dont le pouvoir avait &#233;t&#233; d&#233;fi&#233; au moment m&#234;me o&#249; elle se croyait la plus forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expulsion massive des petits tenanciers et l'absorption de leurs exploitations dans d'immenses fermes d'&#233;levage, en fermant toute possibilit&#233; d'emploi aux travailleurs, signifiait la mort de la population agricole, et elle poussa les paysans &#224; rendre coup pour coup par tous les moyens dont ils disposaient. Ils fond&#232;rent des loges de la &#171; Soci&#233;t&#233; Secr&#232;te &#187; des Rubans, lanc&#232;rent au milieu des la nuit des raids contre les demeures des nobles pour y prendre des armes, form&#232;rent de grands rassemblements nocturnes pour aller retourner les herbages et les rendre impropres au p&#226;turage, ils combl&#232;rent les canaux, terroris&#232;rent les &#233;leveurs pour les pousser &#224; abandonner leur ferme, bless&#232;rent et tu&#232;rent ceux qui &#233;taient entr&#233;s au service des &#233;leveurs ou des propri&#233;taires d&#233;test&#233;s, assassin&#232;rent leurs agents, et parfois, au comble du d&#233;sespoir, oppos&#232;rent leurs corps d&#233;sarm&#233;s aux armes des soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays fut boulevers&#233; par la plus sanguinaire des guerres civiles [49]. En mai 1831, le Lord Lieutenant de l'Irlande, avec une imposante force militaire assist&#233;e de l'artillerie fit une descente dans le comt&#233; de Clare pour intimider la population. Mais cela n'arr&#234;ta pas les expulsions, cela ne fournit pas de travail aux journaliers priv&#233;s de leurs emplois dans les fermes par le d&#233;veloppement de l'&#233;levage, et les &#171; attentats &#187; se poursuivirent. Les patriotes professionnels, les riches catholiques r&#233;cemment &#233;mancip&#233;s n'avaient pas plus de piti&#233; pour le peuple malheureux. Ils s'&#233;taient ouvert l'acc&#232;s aux places et &#224; l'avancement en se servant des journaliers et des cottiers comme d'un levier pour renverser la forteresse du fanatisme et du privil&#232;ge religieux ; d&#232;s lors que la lutte &#233;tait victorieuse, ils abandonnaient leurs malheureux corr&#233;ligionnaires &#224; l'affectueuse mis&#233;ricorde de leurs exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cri de d&#233;sespoir que poussaient du tr&#233;fonds de leur cour les familles expuls&#233;es, contemplant, affam&#233;es et prostr&#233;es sur le bord de la route, leurs maisons abattues ; &#224; l'appel d&#233;chirant du journalier, que la perte de son gagne-pain avait mis d&#233;finitivement au ch&#244;mage ; aux lamentations des femmes et des enfants mourant de faim, les hommes politiques fournissaient invariablement la m&#234;me r&#233;ponse : &#171; Respectez la loi et attendez le Rappel de l'Union. &#187; Nous n'exag&#233;rons rien. L'un des deux chauds partisans du Rappel, l'un des plus proches amis de Daniel O'Connell, M. Thomas Steele [50], fit afficher sur la place du march&#233; d'Ennis et en d'autres endroits du comt&#233; de Clare, le manifeste suivant qu'il adressait aux journaliers et aux fermiers r&#233;duits au d&#233;sespoir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Cessez de vous battre, ou bien je vous d&#233;nonce comme tra&#238;tres &#224; la cause de la libert&#233; en Irlande&#8230; Je vous abandonne au gouvernement, au feu et aux ba&#239;onnettes des soldats. Votre sang r&#233;pondra de votre &#226;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette menace de d&#233;nonciation &#233;tait prof&#233;r&#233;e contre les hommes et les femmes h&#233;ro&#239;ques qui avaient sacrifi&#233; leurs demeures, leur s&#233;curit&#233;, l'espoir de nourrir leurs enfants, pour parvenir &#224; s'&#233;manciper de la tyrannie religieuse de ces snobs bien nourris qui les avaient ainsi abandonn&#233;s. On voit mal ce que le Rappel de l'Union, qu'on leur promettait pour un avenir ind&#233;termin&#233;, pouvait apporter aux affam&#233;s du comt&#233; de Clare, surtout lorsqu'ils savaient que leurs anc&#234;tres avaient &#233;t&#233; r&#233;duits &#224; la famine, expuls&#233;s et tyrannis&#233;s avant l'Union exactement comme ils l'&#233;taient eux-m&#234;mes apr&#232;s. Et pourtant, &#224; cette &#233;poque, on trouvait qu'il &#233;tait fort patriotique de mettre sur le compte de l'Union tous les maux dont l'Irlande avait h&#233;rit&#233;s jusque dans sa chair m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'un certain M. O'Gorman Mahon, intervenant aux Communes de Londres le 8 f&#233;vrier 1831, insinuait que la temp&#234;te de neige qui recouvrait alors l'Irlande &#233;tait la cons&#233;quence de l'Union l&#233;gislative. Il d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Messieurs les D&#233;put&#233;s s'imaginent-ils pouvoir emp&#234;cher les malheureux qui se trouvent sous cinq pieds de neige, de croire qu'ils verront s'am&#233;liorer leur sort gr&#226;ce au Rappel de l'Union ? On est en droit de dire que l'Angleterre n'a pas provoqu&#233; la neige, mais comme les gens se trouvent dans la neige, ils pensent que ce sont leurs liens avec l'Angleterre qui les ont r&#233;duits &#224; l'&#233;tat dans lequel ils se trouvent d&#233;sormais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre patriote, William Smith O'Brien, qui devait par la suite endosser l'habit de rebelle irlandais, publia en 1830 un pamphlet pr&#244;nant l'&#233;migration comme seul rem&#232;de aux malheurs de l'Irlande. D'autre part, une commission fut d&#233;sign&#233;e par la Chambre des Lords en 1839 pour enqu&#234;ter sur les causes de l'agitation et des conspirations clandestines dans la classe pauvre. Elle entendit plusieurs t&#233;moins tr&#232;s au fait de la vie paysanne, et elle suscita des d&#233;positions fort int&#233;ressantes, d'o&#249; il ressortait que le mal avait des racines beaucoup plus profondes que le seul r&#233;gime politique et qu'il fallait en r&#233;alit&#233; les rechercher dans les conditions sociales. Interrog&#233; par exemple sur l'attitude des journaliers envers la &#171; Soci&#233;t&#233; des Rubans &#187;, l'un des t&#233;moins d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Beaucoup se tournent vers la Soci&#233;t&#233; pour obtenir sa protection. Ils pensent qu'ils n'en ont pas d'autre. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Question :&#171; Quels sont leurs objectifs principaux ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; R&#233;ponse :&#171; Pouvoir rester sur leurs terres. J'ai souvent entendu leurs conversations, et ils disaient : &#171; Quel bien avons-nous retir&#233; de l'&#201;mancipation ? Sommes-nous mieux nourris et mieux v&#234;tus, nous ou nos enfants ? Ne sommes-nous point tout aussi nus qu'auparavant ; ne mangeons-nous pas toujours nos pommes de terre dess&#233;ch&#233;es, et encore quand nous en trouvons ? Faisons savoir aux fermiers qu'ils doivent nous nourrir et nous payer mieux, et ne point tant donner au propri&#233;taire, mais plus au travailleur. Ne les laissons pas chasser les pauvres de la terre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, un d&#233;put&#233; du nom de Poulett Scroope affirma dans un de ses &#233;crits sur la n&#233;cessit&#233; d'une Loi des Pauvres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La question de la d&#238;me, de l'&#201;glise, des lois sur le Grand Jury, du nombre plus ou moins important de Catholiques nomm&#233;s sh&#233;riffs ou magistrats, ce sont l&#224; des th&#232;mes d'agitation politique pour les foules d&#233;s&#339;uvr&#233;es ; tandis que les massacres nocturnes, les pillages quotidiens, les insurrections incessantes, l'ins&#233;curit&#233; de la vie et des biens, qui sont le lot des zones agricoles de l'Irlande, ce n'est pas l'agitation qui les provoque, et ce n'est pas elle qui les r&#232;glera. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit par l&#224; que l'opinion de ce d&#233;put&#233; impartial co&#239;ncidait avec celle des journaliers r&#233;volt&#233;s pour qui les probl&#232;mes qui accaparent l'attention des politiciens d'hier et d'aujourd'hui avaient assez peu d'importance du point de vue des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle &#233;tait la situation politique et sociale de l'Irlande en l'an 1831. C'est dans le comt&#233; de Clare qu'avait &#233;t&#233; frapp&#233; le coup d&#233;cisif menant &#224; l'&#233;mancipation religieuse, et c'est dans ce m&#234;me comt&#233; qu'allait na&#238;tre la premi&#232;re tentative pour trouver une voie pacifique menant &#224; l'&#201;mancipation sociale, sans laquelle toutes les autres libert&#233;s, la libert&#233; religieuse ou politique, garderaient &#224; jamais, pour le palais des travailleurs, le m&#234;me go&#251;t que les fruits de la Mer Morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1823, le grand socialiste anglais Robert Owen, fit un voyage en Irlande et tint un certain nombre de r&#233;unions &#224; la Rotonde de Dublin, afin d'expliquer les principes du socialisme &#224; la population de la ville. Ses auditoires se composaient surtout des habitants ais&#233;s, comme c'&#233;tait en fait le cas le plus g&#233;n&#233;ral &#224; cette &#233;poque o&#249; le socialisme &#233;tait un snobisme de riches au lieu d'&#234;tre le credo des pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la tribune, se trouvaient le Duc de Leinster, l'Archev&#234;que catholique Murray, Lord Meath, Lord Cloncurry et d'autres. Owen leur d&#233;crivit comment la mis&#232;re provoquait, pour toutes les classes, l'ins&#233;curit&#233; de la vie et des biens, et il souligna les bienfaits du syst&#232;me de coop&#233;ration socialiste. [50a] A la suite de cette conf&#233;rence se forma une association intitul&#233;e &#171; Soci&#233;t&#233; Philanthropique Hibernienne &#187; [51], destin&#233;e &#224; mettre ses id&#233;es en application. De l'argent fut r&#233;uni par souscription, pour soutenir les objectifs de la soci&#233;t&#233; ; un certain g&#233;n&#233;ral Brown qui donna 1.000 livres, Lord Cloncurry 500, M. Owen lui-m&#234;me souscrivit pour 1.000 livres et 100 livres vinrent d'autres sources. L'association fit long feu et n'eut aucun r&#233;sultat concret, mais l'un de ses membres, M. Arthur Vandeleur, un propri&#233;taire irlandais, fut profond&#233;ment impressionn&#233; par tout ce qu'il avait vu et entendu des possibilit&#233;s ouvertes par le socialisme ow&#233;nien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1831, meurtres et attentats culminaient dans le pays, et lui-m&#234;me avait eu l'exp&#233;rience de l'ins&#233;curit&#233; dans laquelle vivait sa classe lorsque son r&#233;gisseur fut assassin&#233; pour s'&#234;tre conduit de fa&#231;on inhumaine avec les travailleurs. Cela le d&#233;cida &#224; tenter d'&#233;tablir une colonie socialiste sur l'un de ses domaines, &#224; Ralahine dans le comt&#233; de Clare. Dans ce but il invita en Irlande un disciple d'Owen, M. Craig, de Manchester, et il lui confia la t&#226;che de mettre le projet &#224; ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Craig ne connaissait pas l'irlandais, et les gens de Ralahine, pour la plupart, ne connaissaient pas l'anglais, ce qui compliqua beaucoup le travail d'explication ; pourtant, ils parvinrent en fin de compte &#224; se comprendre et le domaine fut transform&#233; en une association intitul&#233;e &#171; Association coop&#233;rative agricole et industrielle de Ralahine &#187;. Dans le pr&#233;ambule des statuts de l'association, ses objectifs &#233;taient d&#233;finis de la mani&#232;re suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Constitution d'un capital collectif.&lt;br class='autobr' /&gt; Garantie mutuelle entre les membres contre les maux de la pauvret&#233;, de la maladie, de l'infirmit&#233; et de la vieillesse.&lt;br class='autobr' /&gt; Acquisition d'un confort dans la vie quotidienne sup&#233;rieur &#224; celui que poss&#232;dent les classes laborieuses dans le pr&#233;sent.&lt;br class='autobr' /&gt; Promotion spirituelle et morale des membres adultes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#201;ducation de leurs enfants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paragraphes suivants qui sont tir&#233;s des statuts de l'association donneront une id&#233;e assez juste de ses caract&#232;res principaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Base de la Soci&#233;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout le fonds, les instruments de culture ainsi que les autres biens appartiennent en toute propri&#233;t&#233; &#224; M. Vandeleur jusqu'&#224; ce que la Soci&#233;t&#233; ait r&#233;uni une somme suffisante pour les racheter ; ils deviendront alors propri&#233;t&#233; commune de la Soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous prenons l'engagement que : Quels que soient physiquement ou mentalement nos talents individuels, agricoles, industriels, scientifiques, ils auront pour but le b&#233;n&#233;fice de tous, soit en les exer&#231;ant imm&#233;diatement dans toutes les occupations n&#233;cessaires, soit en nous communiquant mutuellement nos connaissances, et en particulier aux plus jeunes.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la mesure de ses possibilit&#233;s pratiques, chaque individu participera aux activit&#233;s agricoles, en particulier &#224; la moisson, &#233;tant bien entendu que personne n'aura le r&#244;le d'un r&#233;gisseur, mais que tous travailleront.&lt;br class='autobr' /&gt; Tous les jeunes, des deux sexes, s'engageront &#224; apprendre un travail utile, en m&#234;me temps que l'agriculture et la jardinage, entre les &#226;ges de 9 et 17 ans.&lt;br class='autobr' /&gt; Le comit&#233; se r&#233;unira tous les soirs pour organiser les t&#226;ches du lendemain.&lt;br class='autobr' /&gt; Les heures de travail iront de 6 heures du matin &#224; 6 heures du soir en &#233;t&#233;, et du lever au coucher du soleil en hiver, avec une interruption d'une heure pour d&#233;jeuner.&lt;br class='autobr' /&gt; Chaque homme participant aux travaux agricoles recevra 8 pence par jour pour sa peine, et chaque femme 5 pence (c'&#233;tait le salaire habituel &#224; la campagne, alors que le secr&#233;taire, le magasinier, les forgerons, les menuisiers et quelques autres touchaient un peu plus, l'exc&#233;dent revenant au propri&#233;taire) ; le tout devant &#234;tre pay&#233; au magasin en vivres et tous articles produits ou entrepos&#233;s l&#224; par la Soci&#233;t&#233;, et les autres articles pouvant &#234;tre achet&#233;s ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt; On ne pourra exiger d'aucun membre qu'il accomplisse une fonction ou un travail qui lui soit d&#233;sagr&#233;able ou qu'il soit incapable d'accomplir. Cependant, si l'un des membres consid&#232;re qu'un autre membre, homme ou femme, n'emploie pas son temps &#224; des activit&#233;s utiles, il est de son devoir d'en avertir le comit&#233; ; le comit&#233; devra alors &#233;voquer le comportement de ce membre en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, celle-ci ayant le pouvoir, si n&#233;cessaire, d'expulser ce membre inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Distribution et &#233;conomie domestique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toutes les fonctions accomplies d'ordinaire par des domestiques le seront par les jeunes des deux sexes de moins de 17 ans, soit par roulement soit au choix.&lt;br class='autobr' /&gt; Les d&#233;penses pour la nourriture, l'habillement, le nettoyage et l'&#233;ducation des enfants seront pay&#233;es sur les fonds communs de la soci&#233;t&#233;, du sevrage &#224; l'&#226;ge de 17 ans o&#249; ils pourront &#234;tre &#233;lus comme membres.&lt;br class='autobr' /&gt; On calculera la part les frais de nourriture, d'habillement, etc., des enfants &#233;lev&#233;s par leurs parents, et vivant avec eux.&lt;br class='autobr' /&gt; Toutes les personnes r&#233;sidant dans une maison, ou cuisinant et consommant leurs vivres sur place, devront payer le combustible utilis&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; On ne fera rien payer pour le combustible utilis&#233; dans la salle commune.&lt;br class='autobr' /&gt; Le sous-comit&#233; charg&#233; de l'&#233;conomie domestique ou le responsable de ce secteur s'attacheront sp&#233;cialement &#224; exp&#233;rimenter et &#224; pratiquer les m&#233;thodes les plus adapt&#233;es et les plus &#233;conomiques de pr&#233;paration et de cuisson de la nourriture.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout le lavage sera fait en commun &#224; la buanderie publique ; les d&#233;penses de savon, de travail, de combustible &#233;tant &#233;galement r&#233;parties entre les membres adultes.&lt;br class='autobr' /&gt; Chaque membre versera un demi-penny par shilling gagn&#233; afin de constituer un fonds plac&#233; entre les mains du comit&#233;, qui s'en servira pour indemniser tous les membres malades ou victimes d'un accident.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout dommage caus&#233; par un membre au fonds, aux instruments, ou &#224; tout autre bien appartenant &#224; la soci&#233;t&#233;, devra &#234;tre pr&#233;lev&#233; sur son salaire, &#224; moins que le comit&#233; n'accepte de le prendre &#224; sa charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#201;ducation et formation morale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous nous garantissons mutuellement que :&lt;br class='autobr' /&gt; Les enfants d'un membre de la soci&#233;t&#233; qui viendrait &#224; mourir seront prot&#233;g&#233;s, &#233;duqu&#233;s et aim&#233;s au m&#234;me titre que les enfants des membres vivants, et auront droit, &#224; l'&#226;ge de 17 ans, &#224; toutes les pr&#233;rogatives des membres de la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Chacun pourra jouir d'une totale libert&#233; de conscience, d'expression et de croyance religieuse.&lt;br class='autobr' /&gt; Aucun alcool d'aucune sorte, ni tabac &#224; fumer ou &#224; priser, ne sera entrepos&#233; au magasin ou dans les locaux.&lt;br class='autobr' /&gt; Si l'un d'entre nous se querellait par malheur avec quelqu'un d'autre, nous accepterions de nous en remettre &#224; la d&#233;cision de la majorit&#233; des membres ou d'une personne charg&#233;e par cette majorit&#233; de trancher la question.&lt;br class='autobr' /&gt; Si quelqu'un d&#233;sire se marier, il signera &#224; cet effet une d&#233;claration une semaine avant le mariage, afin que soit imm&#233;diatement construit ou am&#233;nag&#233; un logement pour recevoir les nouveaux &#233;poux.&lt;br class='autobr' /&gt; Si quelqu'un veut &#233;pouser une personne ext&#233;rieure &#224; la soci&#233;t&#233;, il signera une d&#233;claration comme ci-dessus ; l'entr&#233;e de cette personne devra &#234;tre soumise au vote et, en cas de refus, les deux devront quitter la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Si la conduite d'un membre est consid&#233;r&#233;e comme portant atteinte au bien-&#234;tre de la soci&#233;t&#233;, le comit&#233; lui expliquera, &#224; lui ou &#224; elle, en quoi sa conduite y a port&#233; atteinte, et si ledit membre continue &#224; violer les statuts, il sera convoqu&#233; devant une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale r&#233;unie &#224; cet effet ; si la plainte est justifi&#233;e, les membres auront le pouvoir de voter l'expulsion de ce membre r&#233;calcitrant &#224; la majorit&#233; des trois-quarts des pr&#233;sents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Gouvernement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La soci&#233;t&#233; sera dirig&#233;e et ses affaires seront g&#233;r&#233;es par un comit&#233; de neuf membres, &#233;lus tous les six mois par tous les membres adultes hommes et femmes, la liste des candidats devant comporter au moins quatre membres du comit&#233; sortant.&lt;br class='autobr' /&gt; Le comit&#233; se r&#233;unira chaque soir, ses d&#233;lib&#233;rations seront r&#233;guli&#232;rement transcrites dans un registre des proc&#232;s-verbaux, dont le secr&#233;taire fera le compte-rendu devant l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt; Il se tiendra une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233; chaque semaine ; le tr&#233;sorier fera contr&#244;ler son bilan par le comit&#233;, puis le pr&#233;sentera &#224; l'assembl&#233;e, &#224; laquelle il sera aussi donn&#233; lecture du &#171; Registre des Suggestions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La colonie n'utilisait pas la monnaie courante, mais adopta un syst&#232;me de r&#233;tribution par &#171; bons de travail &#187;. Tous les travailleurs recevaient ces bons selon leur nombre d'heures de travail, et pouvaient les &#233;changer au magasin pour acheter tout ce dont ils avaient besoin dans la vie quotidienne. Les bons &#233;taient imprim&#233;s sur du carton rigide de la taille d'une carte de visite, et ils repr&#233;sentaient l'&#233;quivalent d'une journ&#233;e de travail, d'une demi-journ&#233;e, d'un quart, d'un huiti&#232;me, d'un seizi&#232;me de journ&#233;e de travail. Il y avait aussi des bons sp&#233;ciaux imprim&#233;s en rouge, pour un jour et demi et deux jours de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon M. Craig, qui a d&#233;crit la colonie dans un livre publi&#233; par Heywood and Sons &#224; Manchester sous le titre : Histoire de Ralahine, et que nous recommandons vivement &#224; nos lecteurs, &#171; le travail effectu&#233; &#233;tait mentionn&#233; chaque jour sur une &#171; Liste des travaux &#187;, qui &#233;tait affich&#233;e bien en vue pendant toute la semaine. Les membres pouvaient &#224; leur gr&#233; travailler ou non. Mais sans travail, pas d'inscription et donc pas de paie. Concr&#232;tement, cette organisation s'av&#233;ra fort efficace. Personne ne restait sans rien faire. &#187; Craig commente plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les avantages des bons de travail furent rapidement &#233;vidents pour le budget des soci&#233;taires. Ils n'avaient aucune inqui&#233;tude pour l'emploi, le salaire, le prix des vivres. Chacun pouvait avoir autant de l&#233;gumes qu'il ou elle le d&#233;sirait. Les d&#233;penses d'alimentation ou d'&#233;ducation des enfants &#233;taient prises en charge d&#232;s le berceau par la caisse commune. Si nous voulions y faire r&#233;gner la justice, il nous fallait adopter des r&#232;gles &#233;quitables. Et seul pouvait y conduire un syst&#232;me &#233;galitaire fond&#233; sur la propri&#233;t&#233; collective o&#249; le travail de chaque membre a la m&#234;me valeur que celui des autres et o&#249; l'on &#233;change du travail contre du travail. Il ne fut pas possible de parvenir &#224; ce degr&#233; d'&#233;galit&#233; &#224; Ralahine, mais nous pr&#238;mes des dispositions pour que tous y &#233;prouvent un sentiment de s&#233;curit&#233;, de loyaut&#233; et de justice. Les prix des fournitures &#233;taient fixes et uniformes. Un travailleur payait un shilling par semaine pour consommer autant de l&#233;gumes et de fruits qu'il le d&#233;sirait ; un penny pour un quart de lait ; quatre pence pour une livre de b&#339;uf ou de mouton, deux pence et demi pour une livre de porc. Les membres mari&#233;s qui vivaient &#224; part payaient six pence par semaine pour le loyer et deux pence pour le combustible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on traite de l'Irlande, il est impossible de n&#233;gliger la question de l'attitude du clerg&#233;. Il est donc int&#233;ressant de citer un Anglais venu visiter Ralahine, M. Finch, qui &#233;crivit par la suite une s&#233;rie de quatorze lettres o&#249; il d&#233;crivait la communaut&#233;, et qui proposa de d&#233;poser un rapport sp&#233;cial sur le sujet devant une commission restreinte de la Chambre des Communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La seule religion, &#233;crit-il, qu'on enseignait dans l'association, c'&#233;tait le souci permanent de rendre chacun, homme, femme ou enfant, le plus heureux possible. Aussi ne se servait-on pas de la Bible comme d'un manuel scolaire ; on n'enseignait aucune opinion sectaire dans les &#233;coles ; il n'y avait aucun conflit public sur les dogmes religieux ou les questions de partis politiques ; les membres n'avaient pas le droit de tourner en d&#233;rision la religion des autres, et il n'existait aucune tentative de pros&#233;lytisme. Une totale libert&#233; &#233;tait assur&#233;e &#224; tous dans l'accomplissement de leurs pratiques et de leurs devoirs religieux. L'enseignement religieux &#233;tait confi&#233; &#224; des ministres de la religion et aux parents ; mais aucun pr&#234;tre n'&#233;tait r&#233;tribu&#233; avec l'argent de la soci&#233;t&#233;. N&#233;anmoins, les pr&#234;tres catholiques et protestants se d&#233;claraient favorables au syst&#232;me d&#232;s qu'ils le comprenaient, entre autres parce qu'ils se rendaient compte que ces gens sobres et actifs avaient d&#233;sormais quelque chose &#224; leur donner sur leurs &#233;conomies, eux qui, auparavant n'&#233;taient que des mendiants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Craig fait aussi remarquer qu'apr&#232;s quelques temps de fonctionnement, les membres de la communaut&#233; &#233;taient devenus meilleurs catholiques qu'au d&#233;but. Lui-m&#234;me eut d'abord beaucoup de mal &#224; se pr&#233;server des attaques de pros&#233;lytes protestants fort z&#233;l&#233;s, et sa fermet&#233; fut l'un des principaux atouts qui lui permirent, en d&#233;fendant de toutes ses forces le caract&#232;re totalement impartial de l'enseignement, de gagner la confiance et le soutien des gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les conflits entre soci&#233;taires &#233;taient r&#233;gl&#233;s lors des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales auxquelles participaient les adultes des deux sexes et dont &#233;taient rigoureusement exclus tous les juges, avocats et autres membres de la corporation des hommes de loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui craignent que l'instauration de la propri&#233;t&#233; collective ne nuise au progr&#232;s et &#224; l'invention, seront certes rassur&#233;s d'apprendre que cette communaut&#233; de paysans irlandais &#171; ignorants &#187; introduisit &#224; Ralahine la premi&#232;re moissonneuse utilis&#233;e en Irlande et qu'elle la salua comme un bienfait des dieux &#224; une &#233;poque o&#249; en Angleterre les gentlemen-farmers en &#233;taient encore &#224; d&#233;battre gravement de la possibilit&#233; d'utiliser cette invention. Nous tirons les passages suivants d'une adresse aux agriculteurs du comt&#233; de Clare, publi&#233;e par la communaut&#233; &#224; l'occasion de l'introduction de cette machine. Ils montrent les cons&#233;quences diff&#233;rentes d'une invention selon qu'on se trouve en r&#233;gime de propri&#233;t&#233; collective ou de propri&#233;t&#233; capitaliste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Notre machine est l'une des premi&#232;res jamais propos&#233;es aux classes laborieuses dans le but de faciliter leur travail tout en accroissant leur bien-&#234;tre. Elle ne favorise aucun d'entre nous &#224; titre exclusif, et elle ne prive personne de son travail. Toutes les machines utilis&#233;es pour raccourcir la dur&#233;e du travail, ont tendance, sauf dans une soci&#233;t&#233; coop&#233;rative telle que la n&#244;tre, &#224; faire baisser les salaires, &#224; priver les travailleurs d'emploi, et, en fin de compte, soit &#224; les affamer, soit &#224; les contraindre de trouver un nouvel emploi (ce qui fait aussi baisser leur salaire), soit &#224; les pousser &#224; l'&#233;migration. Alors, si les classes laborieuses voulaient s'unir fraternellement et pacifiquement pour adopter notre syst&#232;me, aucun pouvoir ni aucun parti ne pourrait emp&#234;cher leur victoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte fut publi&#233; par d&#233;cision du comit&#233; le 21 ao&#251;t 1833. A en consid&#233;rer la date, on ne peut qu'&#234;tre stup&#233;fait de tout ce qui a &#233;t&#233; oubli&#233; depuis lors dans le comt&#233; de Clare comme dans le reste de l'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas s'imaginer que le propri&#233;taire du domaine sur lequel se trouvait Ralahine avait, dans son enthousiasme pour le socialisme, perdu de vue son int&#233;r&#234;t personnel. Au contraire, en remettant ses exploitations &#224; la communaut&#233;, il stipula que devait lui &#234;tre vers&#233; un loyer en nature extr&#234;mement lourd. Nous extrayons de Brotherhood, revue socialiste chr&#233;tienne publi&#233;e dans le nord de l'Irlande en 1891, un &#233;tat de loyers, suivi d'un expos&#233; tr&#232;s clair sur les principaux enseignements de Ralahine. L'auteur, qui est le r&#233;dacteur en chef de la revue, M. Bruce Wallace, d&#233;fend depuis longtemps avec un d&#233;vouement sans faille la cause du socialisme en Irlande :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'Association devait livrer chaque ann&#233;e, &#224; Palahine, Bunratty, Clare ou Limerick, selon le gr&#233; du propri&#233;taire, libres de tout frais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Froment 320 barils &lt;br class='autobr' /&gt; Orge 240 barils &lt;br class='autobr' /&gt; Avoine 50 barils&lt;br class='autobr' /&gt; Beurre 10 quintaux &lt;br class='autobr' /&gt; Porc 30 quintaux&lt;br class='autobr' /&gt; Boeuf 70 quintaux [52]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tous ces produits, aux prix de l'&#233;poque, repr&#233;senteraient environ 900 de nos livres : 700 livres de loyer pour l'utilisation des &#233;l&#233;ments naturels et 200 livres d'int&#233;r&#234;t sur le capital. Ces pauvres travailleurs irlandais devaient donc verser un tribut fort lourd pour avoir le privil&#232;ge de rendre productif un petit morceau de leur sol natal. C'&#233;tait, bien entendu, autant qu'il fallait retrancher des ressources destin&#233;es &#224; am&#233;liorer leur m&#233;diocre situation. Lorsque d'autres exp&#233;riences seront tent&#233;es sur le mod&#232;le de Ralahine, reprenant les principes d'une agriculture coop&#233;rative, il sera n&#233;cessaire de tout faire pour r&#233;duire au minimum le tribut &#224; payer aux gens qui ne travaillent pas et, si possible, pour s'en d&#233;barrasser totalement. Malgr&#233; cette lourde charge qui les contraignait &#224; produire de quoi entretenir luxueusement ces oisifs, le sort des travailleurs de Ralahine, comme nous le verrons, avait connu une am&#233;lioration prodigieuse gr&#226;ce &#224; l'introduction du principe coop&#233;ratif ; on imagine &#224; quel point il aurait pu encore s'am&#233;liorer s'ils n'avaient eu &#224; supporter ce d&#233;courageant poids mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tels sont les enseignements de Ralahine. Si toute la terre et tous les b&#226;timents avaient appartenu au peuple, si tous les autres domaines d'Irlande avaient &#233;t&#233; g&#233;r&#233;s selon des principes identiques, et les industries de m&#234;me, les uns et les autres envoyant des d&#233;l&#233;gu&#233;s pour d&#233;battre des affaires du pays aupr&#232;s d'un centre commun tel que Dublin, c'&#233;tait l&#224; les fondations et la charpente d'une Irlande libre qui &#233;taient d&#233;j&#224; mises en place : Le jour o&#249; l'Irlande parviendra &#224; prendre compl&#232;tement en mains son propre destin, elle devra, si elle veut le bonheur de son peuple, g&#233;n&#233;raliser &#224; l'&#233;chelle nationale les mesures sociales de Ralahine. Sinon, elle ne sera qu'un autre purgatoire pour ses pauvres, car &#224; tous leurs tourments s'ajoutera le souvenir des promesses trompeuses des r&#233;formateurs politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le comt&#233; qui subissait la plus forte criminalit&#233; de toute l'Irlande, cette exp&#233;rience limit&#233;e de socialisme faisait dispara&#238;tre le crime ; l&#224; o&#249; s'&#233;taient d&#233;roul&#233;es des luttes religieuses acharn&#233;es, elle introduisait la plus cl&#233;mente des tol&#233;rances ; l&#224; o&#249; l'ivrognerie avait aliment&#233; les plus noires passions, elle instaurait la sobri&#233;t&#233; et la mod&#233;ration ; l&#224; o&#249; la pauvret&#233; et le d&#233;nuement avaient fait na&#238;tre la sauvagerie, le maraudage nocturne, le m&#233;pris de tous les liens sociaux, elle faisait r&#233;gner la s&#233;curit&#233;, la paix et le respect de la justice. Pour y parvenir, il avait suffi que se d&#233;veloppe une nouvelle conception de la soci&#233;t&#233;, gr&#226;ce &#224; l'institution d'une propri&#233;t&#233; collective permettant un profit collectif. Si de tels changements sont parvenus &#224; &#233;clore, que ne peut-on esp&#233;rer le jour o&#249; ils fleuriront ? Si une exp&#233;rience limit&#233;e de socialisme, avec tous les d&#233;fauts d'une exp&#233;rience, parvient &#224; des r&#233;sultats si prodigieux, &#224; quoi n'est-on pas en droit de s'attendre si l'Irlande enti&#232;re, le monde entier, s'organisaient ainsi sur la base de la propri&#233;t&#233; collective, si l'exploitation et la domination &#233;taient pour toujours abolies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui provoqua l'&#233;chec de l'Association, ce furent les lois agraires iniques appliqu&#233;es par la Grande-Bretagne, qui d&#233;niaient le droit &#224; une telle communaut&#233; de prendre un bail et d'agir comme un fermier individuel. Le propri&#233;taire, M. Vandeleur, se ruina dans une transaction risqu&#233;e &#224; Dublin, et, incapable de payer ses dettes, il s'enfuit ignominieusement. Les gens qui reprirent le domaine en faillite refus&#232;rent de reconna&#238;tre la communaut&#233;, exig&#232;rent de traiter ses membres comme des travailleurs ordinaires du domaine, firent saisir les b&#226;timents et les terres et prononc&#232;rent la dissolution de l'Association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut la fin de Ralahine. Mais dans l'Irlande r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e de l'avenir, on admirera l'&#339;uvre de ces simples paysans, on y verra une &#233;tape importante dans la marche du genre humain vers sa compl&#232;te &#233;mancipation sociale. Ralahine a &#233;t&#233; comme un point d'interrogation irlandais se dressant dans le d&#233;sert de la pens&#233;e capitaliste et de la pratique f&#233;odale, les d&#233;fiant, en vain, l'une et l'autre de fournir une r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres communaut&#233;s moins importantes s'&#233;tablirent aussi en Irlande &#224; la m&#234;me &#233;poque. Un certain Lord Wallscourt fonda une communaut&#233; assez semblable sur son domaine dans le comt&#233; de Galway. La Quarterly Review de novembre 1819 signalait qu'existait alors une petite communaut&#233; &#224; 9 miles de Dublin, qui poss&#233;dait trente arpents, entretenait un pr&#234;tre et une &#233;cole de 200 enfants, avait construit des b&#226;timents, fabriquait et vendait des voitures d'excursion, et comprenait des bouchers, des charpentiers et des charrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Quakers de Dublin &#233;tablirent une usine coop&#233;rative de drap, qui fut florissante jusqu'au jour o&#249; un litige provoqu&#233; par des membres m&#233;contents, gagn&#233;s &#224; la cause de capitalistes concurrents, entra&#238;na sa disparition. Et une maison communautaire fut install&#233;e &#224; Dublin pendant fort longtemps par des membres de la m&#234;me secte religieuse, mais sans autre motif que de promouvoir le progr&#232;s social. Nous savons que le vaste magasin de MM. Ganly and Sons sur le quai Usher de Dublin servit de foyer &#224; cette communaut&#233; qui put vivre, travailler et profiter de ces salles immenses, dormant dans des pi&#232;ces plus petites qui appartiennent aujourd'hui &#224; un adjudicateur capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[48] L'Acte d'&#201;mancipation fut obtenu &#224; la suite de la campagne men&#233;e depuis 1823 par O'Connell et son Association catholique. C'est un tournant essentiel, qui marque en Angleterre la fin de l'&#171; ancien r&#233;gime &#187; religieux et le d&#233;but des grandes r&#233;formes politiques et &#233;conomiques du d&#233;but de l'&#232;re victorienne. Pour les Irlandais, la loi de 1829 met fin &#224; une situation absurde. In&#233;ligibles et exclus de toute fonction depuis le Bill du Test de 1673, les Catholiques irlandais avaient n&#233;anmoins obtenu le droit de vote en 1793. Avec l'Union de 1800, ils pouvaient donc voter&#8230; pour envoyer aux Communes de Londres des &#233;lus protestants. Les Catholiques anglais, quant &#224; eux, n'&#233;taient ni &#233;ligibles ni &#233;lecteurs. La d&#233;marche de O'Connell met en lumi&#232;re l'absurdit&#233; de cette situation. Cela dit, l'analyse de Connolly est fort int&#233;ressante car elle pr&#233;sente paradoxalement l'Acte d'&#201;mancipation comme un &#233;l&#233;ment d'aggravation du sort des classes populaires irlandaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[49] 1831 est une ann&#233;e dramatique. En Angleterre, c'est la mont&#233;e du mouvement ouvrier, avec les d&#233;buts du chartisme, et l'agitation pour la r&#233;forme &#233;lectorale. La crise politique va conna&#238;tre un premier sommet avec les &#233;lections d'avril 1831. Au m&#234;me moment commence en Irlande la &#171; guerre de la D&#238;me &#187; : les paysans refusent de payer la d&#238;me, malm&#232;nent les responsables de l'ordre et paralysent les jur&#233;s dans les &#171; Grands Jurys &#187; d&#233;sign&#233;s sp&#233;cialement pour les crimes agraires. L'Irlande appara&#238;t en effet dans une situation centrale : marqu&#233;e par des troubles paysans de caract&#232;re traditionnel, elle est aussi &#224; la fois le terrain exp&#233;rimental et le refuge des agitateurs ouvriers et des premiers socialistes, dont un certain nombre sont d'origine irlandaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[50] Les partisans d'O'Connell, d'abord fermes partisans du Home Rule, vont changer de position, avant de de lancer la campagne pour le &#034;Rappel de l'Union&#034;&#034; &#224; partir de 1843. Cf. chapitre suivant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[50a] Owen s'appr&#234;te &#224; fonder aux &#201;tats-Unis sa communaut&#233; de New-Harmony (1824-1826)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[51] &#034;Hibernienne&#034; : irlandaise. Le courant philanthrope est anim&#233; par de grands aristocrates tories comme Lord Ashley.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[52] Un &#171; barrel &#187; : 163,44 l ; un &#171; quintal &#187; : 50,802 kg&lt;br class='autobr' /&gt;
XII &#8211; Un chapitre plein d'atrocit&#233;s : Daniel O'Connell et la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la civilisation, &#224; ce qu'on dit, on ne peut la changer car les hommes sont faibles,&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenez garde, prenez garde, c'est dangereux de traquer ainsi le loup f&#233;roce tout au fond de sa tani&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenez garde &#224; votre civilisation, oui, c'est une pyramide dont chaque pierre est un c&#339;ur palpitant,&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des &#233;poques, comme &#224; Paris en 93, o&#249; les hommes les plus communs jouent des r&#244;les terribles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenez garde &#224; votre progr&#232;s, il s'est chauss&#233; les pieds avec les &#226;mes assassi&#173;n&#233;es par ses propres infections,&lt;br class='autobr' /&gt;
La soumission est juste, mais le com&#173;mandement de Dieu peut allumer le flambeau des r&#233;volutions. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
John Boyle O'Reilly&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'Irlande comme pour la Grande-Bretagne la p&#233;riode qui va de l'&#201;mancipation catholique (1829) &#224; 1850, a &#233;t&#233; mar&#173;qu&#233;e par une immense mis&#232;re des classes laborieuses, qui entra&#238;na dans ces deux pays des tentatives r&#233;volutionnaires avort&#233;es et la concession de quelques r&#233;formes politiques et sociales sans importance [53]. En Irlande, la premi&#232;re atteinte &#224; la puissance des privil&#232;ges fut l'abolition des D&#238;mes [54], ou, plus exactement, la suppression des m&#233;thodes les plus brutales de perception des d&#238;mes. Le clerg&#233; de l'&#201;glise anglicane, qui &#233;tait l'&#201;glise officielle en Irlande, avait l&#233;galement le droit de pr&#233;le&#173;ver sur la population de chaque district, quelle que soit sa religion, un certain imp&#244;t destin&#233; &#224; l'entretien de cette &#201;glise et de ses ministres. Le fait que cela soit conforme &#224; la pratique de l'&#201;glise catholique dans les pays o&#249; elle &#233;tait religion domi&#173;nante ne consolait &#233;videmment pas pour autant la paysannerie catholique irlandaise, qui voyait sans cesse ses r&#233;coltes saisies et vendues pour entretenir un clerg&#233; dont elle ne pratiquait pas le culte et pour une religion qu'elle abhorrait. En fin de compte, elle se prit d'une haine si vive pour une telle injustice, qu'une r&#233;bellion ouverte &#233;clata ; dans toute l'Irlande, les tenanciers se mirent &#224; s'opposer par tous les moyens &#224; la collecte des d&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#234;tres de l'&#201;glise anglicane recoururent &#224; la loi ; escor&#173;t&#233;s par la police et les soldats, ils s'emparaient de la production des pauvres tenanciers et l'emportaient pour la faire vendre aux ench&#232;res. De leur c&#244;t&#233;, les paysans r&#233;cup&#233;raient et transportaient en pleine nuit les r&#233;coltes et le b&#233;tail des fermes menac&#233;es de saisie ; quand c'&#233;tait impossible, ils emp&#234;chaient par la violence les adjudicataires et acheteurs de r&#233;aliser la vente. Que d'existences jeunes et brillantes a-t-on envoy&#233; s'achever au bout d'une corde ou au fond d'un cachot pour entretenir une religion d&#233;test&#233;e en extorquant les contributions &#224; la pointe des ba&#239;onnettes. Vint le moment o&#249; la lutte prit r&#233;ellement l'aspect d'une guerre civile. En plusieurs endroits, lorsque les soldats revenaient d'une descente dans la ferme d'un pauvre paysan, les gens du pays se rassemblaient, cons&#173;truisaient des barricades et les emp&#234;chaient de passer par la force. Ils parvenaient en g&#233;n&#233;ral &#224; sauver &#8212; signe du courage populaire au cours de ces engagements &#8212; leurs r&#233;coltes et leur b&#233;tail des mains de la police et de l'arm&#233;e, d&#233;montrant ainsi qu'en Irlande il existait toujours les &#233;l&#233;ments d'une r&#233;volte arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un de ces affrontements, &#224; Newtownbarry, douze pay&#173;sans furent tu&#233;s et vingt mortellement bless&#233;s ; dans un autre &#224; Carrigshock, onze policiers furent tu&#233;s et dix-sept bless&#233; ?.. ; et dans une grande bagarre &#224; Rathcormack, douze paysans furent tu&#233;s en combattant une forte troupe de soldats et de policiers arm&#233;s. Des t&#233;moins oculaires d&#233;clar&#232;rent que les pau&#173;vres fermiers et les journaliers qui se battaient r&#233;sist&#232;rent aux charges et aux salves des soldats avec autant de d&#233;termination que des troupes aguerries, ce qui impressionna le gouverne&#173;ment bien plus qu'un million de discours. Ce qui mit en relief la gravit&#233; de la crise, ce fut le contraste entre la somme minime qui &#233;tait le plus souvent en cause et le carnage n&#233;cessaire pour la r&#233;cup&#233;rer. Ainsi, &#224; Rathcormack, les douze paysans furent massacr&#233;s alors qu'ils essayaient d'emp&#234;cher qu'on ne vende les effets d'une pauvre veuve pour payer les quarante shillings qu'elle devait au titre de la d&#238;me. Tout ce mouvement de r&#233;sistance aboutit en fin de compte &#224; un &#171; Acte de commutation des d&#238;mes &#187; qui abolissait la collecte des d&#238;mes et la rempla&#231;ait par une &#171; charge locative au titre de la d&#238;me &#187; par laquelle les sommes n&#233;cessaires &#224; l'entretien du clerg&#233; anglican &#233;taient incluses dans le loyer de ferme et donc vers&#233;es &#224; l'aristocratie fonci&#232;re. Autrement dit, le pr&#233;l&#232;vement subsistait, mais avait perdu ses aspects les plus blessants et odieux. Au cours de cette lutte, les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes des Ribbons ou des Whiteboys furent les armes les plus efficaces de la paysannerie. La victoire doit &#234;tre pour une grande part attribu&#233;e &#224; leurs activit&#233;s. Les politi&#173;ciens n'offrirent ni leur aide ni leur soutien et, &#224; l'exception de la campagne men&#233;e par une seule petite feuille de Dublin, anim&#233;e par un groupe restreint mais brillant de jeunes &#233;crivains protestants, il n'y eut pas un journal dans tout le pays pour d&#233;fendre leur cause. Quant au clerg&#233; catholique, il suffit de dire qu'au cours de cette guerre de la d&#238;me, il garda un silence presque total sur ce &#171; grave p&#233;ch&#233; de conspiration secr&#232;te &#187; qui le rendait d'ordinaire si &#233;loquent. Nous n'oserions affirmer que, puisque les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes s'opposaient &#224; un clerg&#233; rival, il trouvait pr&#233;f&#233;rable de suspendre provisoirement ses atta&#173;ques. Peut-&#234;tre n'est-ce pas la raison, mais en tout cas, il est frappant de constater que, d&#232;s que la guerre de la d&#238;me fut gagn&#233;e, les bonnes vieilles invectives contre toute action ill&#233;&#173;gale reprirent imm&#233;diatement de plus belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contemporaine de cette guerre de la d&#238;me, la campagne en faveur du Rappel de l'Union l&#233;gislative se d&#233;veloppait sous la conduite de Daniel O'Connell, avec l'appui d'une grande partie des classes moyennes et de presque tout le clerg&#233; catholique [55]. D&#232;s le d&#233;but, la classe ouvri&#232;re irlandaise prit passionn&#233;ment fait et cause pour le Rappel, en partie parce qu'elle admettait l'explication d'O'Connell, selon qui l'Union &#233;tait responsable du d&#233;clin du commerce irlandais, et en partie parce qu'elle ne le croyait pas sinc&#232;re dans ses d&#233;clarations de loyaut&#233; &#224; la monarchie anglaise, ni dans sa volont&#233; de limiter ses objectifs &#224; la question du Rappel. De son c&#244;t&#233;, celui-ci fit entrer les corps de m&#233;tiers dans son association avec des droits identiques &#224; ceux des membres r&#233;guli&#232;rement inscrits, d&#233;marche qui pro&#173;voqua dans divers milieux un m&#233;contentement consid&#233;rable. Ainsi, l'lrish Monthly Magazine de Dublin, revue incondition&#173;nellement favorable &#224; O'Connell, se plaint dans son num&#233;ro de septembre 1832 que l'Union nationale (pour le Rappel) soit mise en p&#233;ril parce qu'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; il existe parall&#232;lement une union des classes de commer&#231;ants et d'ouvriers, dont les membres ont droit de vote lors des s&#233;ances, et qui sont en tous points mis sur un pied d'&#233;galit&#233; absolue avec les membres de l'Union Nationale. &#187; Dans le num&#233;ro de d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e, il revient &#224; la charge en d&#233;clarant de mani&#232;re fort significative :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; nous craignons en fait que ne vienne beaucoup de mal et peu de bien de l'union des m&#233;tiers telle qu'elle est constitu&#233;e pour le pr&#233;sent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le repr&#233;sentant du roi d'Angleterre en Irlande se faisait apparemment la m&#234;me opinion que ce partisan d'O'Connell sur le danger politique repr&#233;sent&#233; par les syndicats irlandais. Ainsi, lorsque les corps de m&#233;tiers de Dublin eurent le projet d'organiser une manifestation g&#233;ante en faveur du Rappel, le repr&#233;sentant du roi d'Angleterre en Irlande l'inter&#173;dit sur le champ et donna l'ordre aux troupes de l'emp&#234;cher, par la force arm&#233;e si n&#233;cessaire. Cependant O'Connell ren&#173;contrait une audience croissante dans le pays et il attirait &#224; lui de plus en plus de membres de la classe capitaliste et des professions lib&#233;rales. Les politiciens whigs avaient de plus en plus besoin de lui pour leurs propres projets, et lui-m&#234;me avait de plus en plus besoin d'eux pour parvenir au succ&#232;s. Il cessa de d&#233;fendre la cause des travailleurs organis&#233;s, et devint alors progressivement l'un des ennemis les plus &#226;pres et les moins scrupuleux du mouvement syndical qu'ait jamais produit l'Irlande, r&#233;servant ses attaques les plus venimeuses aux asso&#173;ciations de m&#233;tiers de Dublin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1835, O'Connell alla si&#233;ger avec les Minist&#233;riels &#224; la Chambre des Communes, apportant son soutien au gouverne&#173;ment whig. C'&#233;tait l'&#233;poque o&#249; la population laborieuse anglaise &#233;tait la plus exploit&#233;e, la plus humili&#233;e, et, pour tout dire, la plus d&#233;shumanis&#233;e de toutes les nations europ&#233;ennes. C'&#233;tait une situation qui r&#233;v&#233;lait tant d'inhumanit&#233; chez les patrons, tant de mis&#232;re et de d&#233;ch&#233;ance chez les travailleurs, que, s'il n'y avait pas le t&#233;moignage des sobres d&#233;positions faites devant diverses commissions parlementaires, on ne par&#173;viendrait pas &#224; y croire. Des femmes travaillaient presque nues dans les mines de charbon pour des salaires de mis&#232;re, et il arrivait qu'elles donnent naissance &#224; un enfant, surprises par les douleurs au beau milieu de l'obscurit&#233; lugubre de leur lieu de travail. Des gar&#231;onnets et des fillettes &#233;taient employ&#233;s &#224; tirer de lourds wagonnets remplis de charbon le long des gale&#173;ries de la mine, le corps entour&#233; d'une courroie qui passait entre leurs petites jambes. Dans les usines de coton, des bambins des deux sexes &#226;g&#233;s de huit, sept et m&#234;me six ans, devaient surveil&#173;ler les machines ; on les louait &#224; cet effet dans les workhouses comme de vrais esclaves, et ils travaillaient douze, quatorze et m&#234;me seize heures par jour, vivant, dormant et travaillant dans des conditions qui les faisaient mourir comme l'e&#251;t fait la peste. Dans les ateliers de poterie, les boulangeries, les usines et les ouvroirs de confection, le surmenage et l'insalubrit&#233; des conditions de travail provoquaient de telles souffrances et une telle d&#233;ch&#233;ance, un tel raccourcissement de la vie, que c'&#233;tait l'existence m&#234;me de la classe ouvri&#232;re qui &#233;tait menac&#233;e. Dans les r&#233;gions agricoles, les souffrances des pauvres &#233;taient si terribles que l'agriculteur anglais, qui est l'individu le plus impassible, le plus patient, le plus d&#233;pourvu d'imagination qui vive &#224; la surface de la terre, se jeta brusquement dans une s&#233;rie d'&#233;meutes, d'actes de luddisme [56] et d'incendies de meules de foin. De m&#234;me qu'en Irlande le Capitaine Rock ou le Capitaine Moonlight &#233;taient des sortes de g&#233;nies &#224; qui on attribuait l'orga&#173;nisation des r&#233;voltes paysannes nocturnes, de m&#234;me en Angle&#173;terre, le Capitaine Swing, personnage tout aussi mythique, &#233;tait tour &#224; tour accus&#233; ou lou&#233; d'en faire autant. Dans un petit livre qui circula parmi les agriculteurs anglais, on fait dire au Capitaine Swing :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Je ne suis pas l'auteur de ces incendies. Ce qui les provoque, c'est que les fermiers sont chass&#233;s de leurs terres, qu'on transforme en r&#233;serves de chasse au renard, que les paysans &#233;copent de deux ans de prison pour avoir ramass&#233; une perdrix morte, et que les cur&#233;s s'emparent de l'unique vache d'un pauvre homme pour la d&#238;me sur son jardin potager. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;tresse &#233;tait si grande, les lois si brutales, les travailleurs si totalement priv&#233;s d'espoir que lors d'Assises Sp&#233;ciales tenues &#224; Winchester en d&#233;cembre 1830, on ne jugea pas moins de trois cents prisonniers, et on en condamna &#224; mort un grand nombre. Parmi ceux-ci, six furent effectivement pendus, vingt d&#233;port&#233;s &#224; vie, et les autres pour une p&#233;riode moins longue. Nous pou&#173;vons lire dans la Via Dolorosa anglaise de William Heath, qu'&#171; un enfant de quatorze ans fut condamn&#233; &#224; mort ; et deux fr&#232;res, &#226;g&#233;s de vingt et dix-neuf ans, furent impitoyablement pendus &#224; Penenden Heath, o&#249; ils furent conduits par un r&#233;gi&#173;ment de Scots Greys. &#187; Quant aux responsables de toutes ces souffrances, les t&#233;moins de l'&#233;poque ne nous laissent aucun doute. Le Times de Londres, le plus conservateur de tous les journaux capitalistes, d&#233;clarait, dans son num&#233;ro du 27 d&#233;cembre 1830 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous affirmons que les actions de cette mis&#233;rable classe d'hommes (les travailleurs) sont une r&#233;ponse au traitement que leur infligent les classes sup&#233;rieures et les classes moyennes. Cette population doit &#234;tre trait&#233;e au physi&#173;que et au spirituel selon des principes plus lib&#233;raux et plus chr&#233;tiens, ou sinon c'est l'ensemble des travailleurs qui se transformeront en l&#233;gions de bandits, moins criminels que ceux qui en ont fait des bandits, et qui, par un juste mais terrible retour des choses, deviendront bient&#244;t leurs victimes. &#187; Et en 1833, une commission parlementaire &#233;crivit dans son rapport que &#171; la situation des travailleurs agricoles est celle de brutes mis&#233;rables ; leurs enfants disputent leur nourriture aux porcs pendant la journ&#233;e et la nuit s'entassent sur la paille humide sous un toit de chaume pourri. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les grandes villes, r&#233;gnait le m&#234;me &#233;tat de r&#233;volte ; la troupe intervenait sans cesse et tant de gens furent tu&#233;s que les coroners [56a] cess&#232;rent de mener des enqu&#234;tes. En bas la mis&#232;re et la r&#233;volte, en haut la r&#233;pression sanguinaire et la cupidit&#233; impitoyable, telle &#233;tait la situation de l'Angleterre &#224; l'&#233;poque o&#249; O'Connell, entrant au Parlement, mit toutes ses forces au service du privil&#232;ge capitaliste et contre la r&#233;forme sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1838, cinq ouvriers des filatures de coton de Glasgow, en &#201;cosse, furent condamn&#233;s &#224; sept ans de d&#233;portation pour des actes qu'ils avaient commis en liaison avec une organisation syndicale destin&#233;e &#224; am&#233;liorer la condition mis&#233;rable de leur classe. La sentence fut universellement consid&#233;r&#233;e comme excessive, m&#234;me pour les mentalit&#233;s f&#233;roces de l'&#233;poque, et un d&#233;put&#233; de Finsbury, M. Wakley, d&#233;posa une motion &#224; la Chambre des Communes le 13 f&#233;vrier de cette ann&#233;e, pour qu'une &#171; Commission restreinte m&#232;ne une enqu&#234;te sur la cons&#173;titution, les pratiques et les r&#233;sultats de l'Association des Ouvriers du coton de Glasgow. &#187; O'Connell s'opposa &#224; cette motion et en profita pour attaquer les syndicats irlandais. Il d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Jamais ne fut exerc&#233;e une tyrannie &#233;gale &#224; celle des syndi&#173;calistes de Dublin sur leurs compagnons. Une des directives de ces ouvriers imposait un salaire minimum, de sorte que le meil&#173;leur ouvrier n'aurait pas touch&#233; davantage que le plus mauvais. Un autre point de leur programme avait pour but de priver les patrons de toute libert&#233; dans le choix de la main-d'&#339;uvre. Les noms des ouvriers devaient &#234;tre inscrits dans un registre, et l'employeur oblig&#233; de prendre le premier de la liste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon lui, une grande usine de Bendon avait ferm&#233; &#224; cause des ouvriers qui cherchaient &#224; obtenir des augmentations de salaires ; m&#234;me chose &#224; Belfast, et &#171; on a calcul&#233; que les syndi&#173;cats ont fait perdre 500 000 livres de salaires par an &#224; Dublin. L'association des tailleurs de la ville, par exemple, avait provo&#173;qu&#233; une telle augmentation des prix des v&#234;tements qu'il valait mieux aller jusqu'&#224; Glasgow et attendre deux jours pour un costume, car la diff&#233;rence de prix payait les d&#233;penses du voyage. &#187; C'est aussi &#224; l'influence pernicieuse des syndicats qu'il attribuait la disparition des constructions navales de Dublin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite du discours d'O'Connell, ses amis du gouverne&#173;ment whig d&#233;sign&#232;rent une commission, non pas pour s'infor&#173;mer sur les probl&#232;mes de Glasgow, mais pour enqu&#234;ter sur les activit&#233;s des syndicats irlandais, en particulier ceux de Dublin. La commission sp&#233;ciale se r&#233;unit, compila deux volumes de documents et O'Connell y produisit de nombreux t&#233;moins pour d&#233;poser contre les syndicalistes irlandais. Mais le rapport de la commission ne fut jamais pr&#233;sent&#233; devant la Chambre des Communes. En juin de cette m&#234;me ann&#233;e 1838, O'Connell eut une autre occasion de laisser para&#238;tre son animosit&#233; &#224; l'&#233;gard de la classe ouvri&#232;re et de servir les int&#233;r&#234;ts du capitalisme anglais et irlandais, occasion qu'il mit &#224; profit sans plus atten&#173;dre. En 1833, essentiellement gr&#226;ce aux efforts des organisa&#173;tions ouvri&#232;res et de quelques philanthropes courageux, &#233;tait pass&#233;e une loi interdisant le travail des enfants de moins de neuf ans dans les usines, &#224; l'exception des filatures de soie, et interdisant aux enfants de moins de treize ans de travailler plus de quarante-huit heures par semaine, ou neuf heures par jour. Les &#226;ges que nous venons d'indiquer donneront au lecteur un aper&#231;u du sacrifice qui fut fait de la chair et du sang des enfants pour assouvir la cupidit&#233; des classes poss&#233;dantes. Et pourtant cette l&#233;gislation extr&#234;mement mod&#233;r&#233;e avait rencontr&#233; la haine farouche des pieux capitalistes anglais, qui utilis&#232;rent tous les stratag&#232;mes possibles pour la contourner. Ils &#233;taient parvenus &#224; &#233;chapper si efficacement et si constamment &#224; ces mesures de simple mis&#233;ricorde que le 23 juin, le c&#233;l&#232;bre ami des ouvriers d'usine, Lord Ashley, d&#233;posa &#224; la Chambre des Communes un amendement &#224; l'ordre du jour, proposant en seconde lecture &#171; une loi r&#233;glementant plus strictement le travail en usine &#187; afin de pr&#233;venir ou de punir toute nouvelle infraction &#224; la loi de 1833 [57]. O'Connell s'opposa &#224; cette motion et tenta de justi&#173;fier les infractions &#224; la loi commises par les employeurs en d&#233;clarant que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; le Parlement avait l&#233;gif&#233;r&#233; &#224; l'encontre de la nature des choses et des droits de l'industrie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ajouta :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il ne faut pas qu'il se rende coupable de la pu&#233;rile sottise de r&#233;glementer le travail des adultes, pour aller ensuite &#233;taler &#224; la face du monde sa ridicule humanit&#233;, qui ne peut qu'aboutir &#224; faire de ses industriels des mendiants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage sur la r&#233;glementation du travail des adultes &#233;tait emprunt&#233; aux argu&#173;ments pr&#233;sent&#233;s pour leur d&#233;fense par les capitalistes qui pr&#233;&#173;tendaient qu'en limitant le travail des enfants, on touchait aussi au travail des adultes, qui sont des citoyens anglais libres de naissance. O'Connell n'h&#233;sita pas &#224; reprendre ce boniment, &#224; son compte, pas plus qu'il n'avait h&#233;sit&#233; &#224; pr&#233;tendre effront&#233;&#173;ment que l'application d'un salaire minimum interdisait le paie&#173;ment de hauts salaires aux artisans particuli&#232;rement qualifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'attitude &#224; adopter face aux revendications des travail&#173;leurs, O'Connell diff&#233;rait radicalement d'un de ses lieutenants les plus comp&#233;tents, Feargus O'Connor. Celui-ci, qui s'&#233;tait retrouv&#233; au Parlement comme partisan du Rappel, fut frapp&#233; par la mis&#232;re r&#233;elle du peuple anglais, dans l'int&#233;r&#234;t duquel on pr&#233;tendait gouverner l'Irlande. Il &#233;tudia la question et parvint &#224; la conclusion qu'en Irlande le fondement de l'oppression &#233;tait d'ordre &#233;conomique, que les travailleurs anglais subissaient l'oppression de la m&#234;me classe, pour les m&#234;mes raisons que celles qui avaient appauvri et ruin&#233; l'Irlande, et que dans les deux pays la solution du probl&#232;me n&#233;cessitait l'union des deux mouvements d&#233;mocratiques pour mener une lutte commune contre leurs oppresseurs. Il fit tout ce qu'il put pour en convain&#173;cre O'Connell, mais ce fut seulement pour d&#233;couvrir chez lui une conscience de classe plus forte que sa volont&#233; d'ind&#233;pen&#173;dance nationale pour l'Irlande. En effet, O'Connell se sentait beaucoup plus proche de la classe poss&#233;dante anglaise que de la classe ouvri&#232;re irlandaise. Ses interventions dans les affaires que nous avons mentionn&#233;es en t&#233;moignent. Cette divergence d'opinion entre O'Connell et O'Connor d&#233;tourna d&#233;finitive&#173;ment celui-ci de l'Irlande en l'entra&#238;na chez les Chartistes [58] dont il fut l'un des dirigeants les plus audacieux et les plus &#233;cout&#233;s. A sa mort, plus de 50 000 travailleurs d&#233;fil&#232;rent der&#173;ri&#232;re le convoi fun&#232;bre qui conduisit sa d&#233;pouille jusqu'&#224; sa derni&#232;re demeure. Il fut l'un des premiers sur la longue liste des Irlandais qui se sont battus en Grande-Bretagne et dont le d&#233;vouement et le sacrifice ont &#233;difi&#233; le monument du mouve&#173;ment ouvrier &#171; anglais &#187;. Quant &#224; O'Connell, les classes poss&#233;&#173;dantes et dominantes furent tout &#224; fait conscientes de la valeur de ses services face au mouvement d&#233;mocratique, et elles lui en furent reconnaissantes. En t&#233;moigne l'intervention de Richard Lalor Shiel qui le d&#233;fendit lors des c&#233;l&#232;bres proc&#232;s d'&#201;tat [59] : il attira l'attention de la Cour sur le cas d'O'Connell, parce qu'il s'&#233;tait interpos&#233; entre le peuple d'Irlande et le peuple d'Angle&#173;terre, et qu'il avait ainsi &#171; emp&#234;ch&#233; une jonction qui e&#251;t &#233;t&#233; suffisamment redoutable pour renverser tout gouvernement tenant de s'&#233;tablir &#187;. Mais en d&#233;pit des efforts d'O'Connell et des &#171; repealers &#187; des classes moyennes pour emp&#234;cher toute action internationale des mouvements d&#233;mocratiques, la classe ouvri&#232;re irlandaise n'en d&#233;sirait pas moins ardemment y parve&#173;nir. Des Associations Chartistes irlandaises surgirent dans toute l'&#238;le. Un article de l'United Irishman de John Mitchel en 1848 nous apprend qu'&#224; Dublin elles &#233;taient devenues si puissantes et si hostiles aux th&#232;ses d'O'Connell qu'&#224; un moment donn&#233; des n&#233;gociations furent entam&#233;es pour que s'ouvre un d&#233;bat public entre le lib&#233;rateur et un repr&#233;sentant des syndicats de Dublin. Mais, poursuit l'article, apr&#232;s l'arrestation et l'em&#173;prisonnement d'O'Connell, on persuada la classe ouvri&#232;re qu'elle devait renoncer &#224; s'organiser s&#233;par&#233;ment pour permet&#173;tre de pr&#233;senter un front commun face au gouvernement, d&#233;marche qu'elle regretta par la suite. A cette lettre, John Mitchel ajouta, en tant que r&#233;dacteur en chef, une note rappe&#173;lant &#224; ses lecteurs tout ce qu'avait fait O'Connell contre le mouvement ouvrier, ce qui &#233;tait une raison suppl&#233;mentaire de rejeter sa direction. Cependant, il est &#233;trange que, dans son Histoire de l'Irlande, Mitchel omette toute r&#233;f&#233;rence &#224; cet aspect peu honorable de la carri&#232;re d'O'Connell, comme d'ail&#173;leurs le font tous les autres &#171; Historiens &#187; irlandais. Qui ne dit mot consent ; c'est donc que tous nos polygraphes qui font de l'histoire ( ?), ont consenti et donc donn&#233; leur aval &#224; l'omission de ces &#233;v&#233;nements historiques pour contribuer &#224; perp&#233;tuer l'aveuglement et la domination des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[53] P&#233;riode cruciale en effet, qui d&#233;bouchera sur les crises &#233;conomiques et politiques du milieu du si&#232;cle. En Angleterre, c'est surtout la mont&#233;e du mouvement lib&#233;ral, qui obtiendra aussi bien la r&#233;forme &#233;lectorale (1832) que le libre-&#233;change (abolition des Corn Laws, 1846) et celle du mouvement ouvrier avec les grandes crises chartistes des ann&#233;es 1840. En Irlande s'entre&#173;m&#234;lent, outre ces courants, les probl&#232;mes pos&#233;s par la mont&#233;e du mouvement national qu'O'Connell incarne de plus en plus. On verra donc &#224; la fois une pouss&#233;e ouvri&#232;re, des troubles agraires et la grande campagne pour le &#171; Rappel de l'Union &#187; lanc&#233;e par O'Connell et qui aboutit &#224; la crise de 1843.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[54] Sur la &#171; guerre de la D&#238;me &#187; cf. Ch. pr&#233;c&#233;dent, n. 49. C'est surtout entre 1841 et 1843 que la v&#233;ritable guerre agraire se d&#233;veloppe. &#201;victions par les landlords et la force arm&#233;e (exploits de la fameuse &#171; crowbar brigade &#187; qui abattait les masures paysannes &#224; coups de barre de fer) auxquelles r&#233;pondent les crimes agraires qui se chiffrent par milliers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[55] O'Connell, partisan du Home Rule, com&#173;mence pourtant par mod&#233;rer ses revendications en soutenant les Whigs de 1835 &#224; 1841, dans l'espoir que cela favoriserait des r&#233;formes. C'est ainsi qu'il obtient la suppression des &#233;v&#234;ch&#233;s anglicans (1835) puis la transformation de la d&#238;me en une taxe per&#231;ue par l'&#201;tat (1838). Mais avec le retour des Tories en 1841, au moment m&#234;me o&#249; la lutte agraire devient dramatique, O'Connell lance la campagne pour le &#171; Rappel de l'Union &#187; avec des meetings monstres &#224; la mani&#232;re chartiste, qui culminera, en avril 1843, avec le grand rassemble&#173;ment de Tara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[56] Destruction de machines. Premi&#232;res r&#233;actions ouvri&#232;res &#224; l'essor du machinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[56a] &#171; Coroner &#187; : officier de justice charg&#233; d'enqu&#234;ter sur les cas de mort suspecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[57] Il s'agit d'une pr&#233;figuration de la fameuse loi de 1844, qui constitue la premi&#232;re r&#233;glementation du travail des adultes, et qui est due &#224; l'intervention de Lord Ashley qui fit pression sur Peel, alors Premier Ministre tory.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[58] O'Connor, comme O'Brien, repr&#233;sentent la jonction entre le mouvement ouvrier et le mouvement national en Irlande. Connolly pr&#233;sente les choses &#224; sa fa&#231;on, car O'Connor &#233;tait devenu l'un des leaders chartistes (partisan de la &#171; force physique &#187;) avant la campagne du Rappel. C'est apr&#232;s l'&#233;chec de la premi&#232;re pouss&#233;e chartiste qu'il s'&#233;tait r&#233;fugi&#233; en Irlande (1839).Rappelons que le chartisme est le premier grand courant socialiste anglais, &#224; la fois premier exemple de &#171; parti &#187; (au sens de &#171; parti historique &#187; et non pas de &#171; parti formel &#187;) de classe et premi&#232;re forme du syndicalisme moderne. Mais d'autre part, les dirigeants les plus radicaux du mouvement national irlandais vont rompre avec O'Connell pour former le mouvement Jeune Irlande (cf. Chapitre XIV).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[59] D&#233;bord&#233; par le mouvement Jeune Irlande, apr&#232;s son triomphe de Tara, O'Connell d&#233;commande le meeting de Clontarf interdit par le gouvernement. Il est n&#233;anmoins arr&#234;t&#233; et jug&#233; par un jury protestant. La Chambre des Lords casse l'arr&#234;t et il est lib&#233;r&#233;, mais il quitte son pays pour l'Italie o&#249; il mourra en 1847.&lt;br class='autobr' /&gt;
XIII - Comment nos Girondins Irlandais ont sacrifi&#233; la paysannerie Irlandaise sur l'autel de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est une classe de r&#233;volutionnaires appel&#233;s Girondins dont la destin&#233;e m&#233;rite de retenir l'attention. Des hommes qui se r&#233;voltent et qui poussent les classes inf&#233;&#173;rieures &#224; se r&#233;volter, devraient agir autre&#173;ment qu'&#224; coups de formules. Des hom&#173;mes qui ne voient dans la mis&#232;re de millions de travailleurs accabl&#233;s qu'une mati&#232;re brute qu'on peut fa&#231;onner, et dont on peut trafiquer pour satisfaire de pauvres th&#233;ories, de pauvres &#233;go&#239;smes qu'on tient sous le boisseau ; des hommes pour qui les millions d'&#234;tres vivants et leurs poitrines au c&#339;ur battant, au c&#339;ur battant d'espoirs et de souffrances, for&#173;ment des &#171; masses &#187;, des masses qu'on se contente de faire exploser, des masses pour abattre les Bastille, des masses qui votent pour &#171; nous &#187; aux &#233;lections, oui, ces hommes-l&#224; sont de la pire esp&#232;ce. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Thomas Carlyle [60]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famine qui &#233;clata d'abord &#224; petite &#233;chelle &#224; partir de 1845, puis qui s'&#233;tendit et s'amplifia jusqu'en 1849, porta &#224; un point critique les antagonismes de classe en Irlande [61]. Elle entra&#238;na la rupture avec les classes marchandes et, de nouveau, la ques&#173;tion de la propri&#233;t&#233; servit de crit&#232;re pour le comportement des hommes politiques, m&#234;me lorsque ceux-ci se drapaient dans le manteau de la r&#233;volution. Inutile de dire que ce n'est pas l&#224; l'analyse historique que nous proposent de cette terrible p&#233;riode les auteurs irlandais ou anglais orthodoxes. Les natio&#173;nalistes irlandais de tout acabit comme les critiques anglais de toute esp&#232;ce, merveilleusement unanimes, s'accordent &#224; penser que la scission de l'Association pour le Rappel et la formation par les scissionnistes du groupe appel&#233; &#171; Conf&#233;d&#233;ra&#173;tion irlandaise &#187;, fut le r&#233;sultat d'un d&#233;bat purement th&#233;orique sur les forces &#224; mettre en &#339;uvre pour atteindre un objectif politique. Ils pr&#233;tendent que la majorit&#233; de l'Association pour le Rappel approuva le principe &#233;nonc&#233; par O'Connell selon lequel &#171; les plus grandes faveurs des astres ne m&#233;ritaient pas qu'on verse une seule goutte de sang humain &#187;. John Mitchel, le P&#232;re Meehan, Gavan Duffy, Thomas Francis Meagher, Devin Reilly, William Smith O'Brien, Fintan Lalor [62] et d'au&#173;tres rejetaient cette th&#232;se et la scission avec O'Connell se pro&#173;duisit sur cette divergence d'ordre purement th&#233;orique. Il est difficile de croire que beaucoup d'Irlandais aient jamais pris cette th&#232;se au s&#233;rieux ; et il est certain que les pr&#234;tres catholi&#173;ques irlandais, qui &#233;taient les principaux lieutenants d'O'Connell, ne l'ont jamais admise ni pr&#244;n&#233;e au cours de la guerre des d&#238;mes. O'Connell lui-m&#234;me avait d&#233;clar&#233; qu'il accepterait de bon gr&#233; d'aider l'Angleterre &#224; &#171; abattre l'aigle am&#233;ricain au plus haut de son vol orgueilleux &#187;, ce qui e&#251;t &#224; coup s&#251;r signifi&#233; la guerre ; et lors d'une s&#233;ance de la Chambre des Communes, en r&#233;ponse &#224; Lord Lyndhurst qui avait trait&#233; les Irlandais d'&#171; &#233;trangers par le sang, la langue et la religion &#187;, Richard Lalor Shiel, fervent partisan d'O'Connell, avait pro&#173;nonc&#233; une allocution grandiose o&#249; il exaltait les prouesses des soldats irlandais dans l'arm&#233;e anglaise. Au passage, notons que Shiel consid&#233;rait l'expression de Lord Lyndhurst comme une insulte, alors que les nationalistes irlandais modernes revendi&#173;quent hautement l'id&#233;e qu'elle contient comme le fondement authentique du nationalisme irlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scissionnistes, qu'on appelait les &#171; Jeunes Irlandais &#187;, n'&#233;taient pas pour autant favorables &#224; la force physique, sinon comme th&#232;me de leurs envol&#233;es po&#233;tiques et oratoires. En fait, la scission se produisit sur un faux probl&#232;me, la majorit&#233; de l'un et l'autre camp se refusant &#224; admettre les raisons v&#233;ritables de leur d&#233;saccord, qu'ils connaissaient pourtant parfaitement. Ce qui &#233;tait en cause, c'&#233;tait la question &#233;ternelle de la lutte dans les soci&#233;t&#233;s humaines entre le principe d&#233;mocratique et le principe aristocratique. Les Jeunes Irlandais, dans leur enthousiasme juv&#233;nile, comprirent la puissance du principe d&#233;mocratique qui agitait alors la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne ; le nom lui-m&#234;me de Jeune Irlande correspondait &#224; ceux qu'utilisait l'Italien Mazzini pour des organisations r&#233;volutionnaires comme Jeune Italie, Jeune Suisse, Jeune France, Jeune Alle&#173;magne, qu'il fonda apr&#232;s 1831 [63].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les progr&#232;s du mouvement r&#233;volutionnaire europ&#233;en, marqu&#233; par la popularisation des id&#233;es socialistes dans les masses r&#233;volutionnaires, furent contemporains de la destruction du syst&#232;me social irlandais provoqu&#233;e par la famine. Et les dirigeants du parti Jeune Irlande r&#233;agirent en s'accrochant au cours r&#233;volutionnaire pris par les &#233;v&#233;nements sans jamais parvenir &#224; comprendre la pro&#173;fondeur et la puissance du torrent qui les entra&#238;nait. Cette v&#233;rit&#233; appara&#238;t clairement &#224; tous ceux qui &#233;tudient leur compor&#173;tement lorsqu'arriva enfin le jour tant attendu de la r&#233;volution. A ce moment, en 1848, l'Irlande subissait les tourments de la plus affreuse famine de son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots d'explication sur cette famine ne seront pas de trop pour certains de nos lecteurs. La nourriture de base des paysans irlandais &#233;tait la pomme de terre ; le reste de la production agricole, grains et b&#233;tail, &#233;tait vendu pour payer le fermage au propri&#233;taire. La valeur moyenne de la r&#233;colte annuelle de pommes de terre &#233;tait environ de vingt millions de livres en monnaie anglaise ; en 1848, au plus fort de la famine, la valeur de la production agricole irlandaise &#233;tait de 44 958 120 livres. Cette ann&#233;e-l&#224;, toute la r&#233;colte de pommes de terre fut mauvaise, et c'est &#224; cela qu'on attribue tranquillement la famine, alors que les chiffres montrent amplement que la pro&#173;duction du pays &#233;tait suffisante pour nourrir le double de la population si l'on avait renonc&#233; aux lois de la soci&#233;t&#233; capitaliste et v&#233;ritablement respect&#233; les droits de l'homme. C'est devenu un adage chez les nationalistes irlandais de dire que &#171; c'est la Providence qui a envoy&#233; la maladie de la pomme de terre, mais c'est l'Angleterre qui est cause de la famine. &#187; L'affirmation est exacte, mais il faut la corriger en ajoutant que &#171; l'Angle&#173;terre est cause de la famine parce qu'elle a rigoureusement appliqu&#233; les principes &#233;conomiques qui sont &#224; la base de la soci&#233;t&#233; capitaliste. &#187; Pour qui admet la soci&#233;t&#233; capitaliste et ses lois, il est impossible de critiquer l'attitude des politiciens anglais au cours de cette terrible p&#233;riode. Ils ont d&#233;fendu les droits de la propri&#233;t&#233; et de la libre concurrence et en ont admis avec philosophie les cons&#233;quences pour l'Irlande. Les dirigeants populaires irlandais ont d&#233;fendu eux aussi les droits de la propri&#233;t&#233;, et ont refus&#233; d'y renoncer m&#234;me lorsqu'ils ont vu qu'ils entra&#238;naient le massacre par la famine de plus d'un million de travailleurs irlandais. La premi&#232;re mauvaise r&#233;colte de pommes de terre eut lieu en 1845, et de septembre &#224; d&#233;cem&#173;bre de cette ann&#233;e, on enregistra 515 d&#233;c&#232;s caus&#233;s par la faim, alors que l'on avait export&#233; 3.250.000 quarters [64] de bl&#233; et d'innombrables t&#234;tes de b&#233;tail. La famine s'&#233;tendit jusqu'en 1850 : tandis que les exportations de produits alimentaires continuaient. Ainsi, on a estim&#233; qu'en 1848,300 000 personnes sont mortes de faim alors qu'on exportait 1.826.132 quarters de bl&#233; et d'orge. Le typhus, qui va toujours de pair avec la faim, fit autant de victimes que n'en fit directement la famine. En fin de compte il &#233;tait devenu impossible de trouver suffisam&#173;ment de travailleurs assez r&#233;sistants pour creuser des tombes individuelles pour ceux qui mouraient. On eut recours aux fosses communes des temps de famine, o&#249; les corps &#233;taient jet&#233;s p&#234;le-m&#234;le ; des familles enti&#232;res moururent dans leurs mis&#233;rables chaumi&#232;res et rest&#232;rent &#224; se d&#233;composer sur place. Des gens qui se rendirent dans les coins recul&#233;s du pays tomb&#232;&#173;rent souvent sur des villages o&#249; toute la population &#233;tait morte de faim. En 1847, &#171; l'ann&#233;e noire &#187;, 250.000 personnes mouru&#173;rent du typhus, 21.770 de faim. Gr&#226;ce aux efforts des agents d'&#233;migration et &#224; l'argent qu'envoyaient des parents vivant &#224; l'&#233;tranger, 89.783 personnes s'embarqu&#232;rent cette ann&#233;e-l&#224; pour le Canada. Ces gens fuyaient la faim, mais ils ne pouvaient &#233;chapper aux fi&#232;vres qui accompagnent la famine, et 6.100 d'entre eux moururent et furent jet&#233;s par-dessus bord au cours de la travers&#233;e, tandis que 4 100 moururent &#224; l'arriv&#233;e au Canada, 5.200 dans les h&#244;pitaux et 1.900 dans les villes de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Grande-Bretagne &#233;tait plus proche, et nombre de ceux qui ne purent s'enfuir vers l'Am&#233;rique se pr&#233;cipit&#232;rent vers ses rivages peu accueillants. Mais il y eut des pressions sur les compagnies de navigation, qui augment&#232;rent les tarifs de tous les passagers de derni&#232;re classe pour atteindre des prix quasi&#173;ment prohibitifs. C'est au cours de cette fuite vers l'Angleterre que se d&#233;roula l'une des plus atroces trag&#233;dies de l'histoire, une trag&#233;die qui d&#233;passe &#224; notre avis celle du &#171; Trou Noir &#187; de Calcutta [65] tant elle accumula les horreurs macabres les plus effroyables. Le 2 d&#233;cembre 1848, un paquebot quitta Sligo pour Liverpool, emportant &#224; son bord 200 passagers de derni&#232;re classe. Sur cette c&#244;te d&#233;sol&#233;e du nord-ouest, la travers&#233;e est toujours difficile, les temp&#234;tes y sont &#224; la fois soudaines et violentes. Une temp&#234;te de ce genre eut lieu durant la nuit. Comme les passagers s'entassaient en trop grand nombre sur le pont, les hommes d'&#233;quipage les pouss&#232;rent brutalement et sans c&#233;r&#233;monie dans les ponts inf&#233;rieurs, et ils ferm&#232;rent les &#233;coutilles pour les emp&#234;cher de remonter. M&#234;me par beau temps, et m&#234;me sans passagers, l'entrepont dans ce genre de caboteur est terriblement f&#233;tide et suffocant. Il est impossible d'imaginer ce que d&#251;t &#234;tre la travers&#233;e pendant cette nuit atroce, avec 200 pauvres diables jet&#233;s dans ses profondeurs. Pour comble d'horreur, lorsque quelques d&#233;sesp&#233;r&#233;s se mirent &#224; marteler les &#233;coutilles pour se faire ouvrir, le second, fou de rage, donna l'ordre de recouvrir l'ouverture d'une b&#226;che goudronn&#233;e pour &#233;touffer les cris. La b&#226;che &#233;touffa les cris, mais elle priva aussi d'air et de lumi&#232;re 200 &#234;tres humains qui commenc&#232;rent, au fond de cet enfer, &#224; se battre pour respirer une bouff&#233;e d'air, alors qu'&#224; l'ext&#233;rieur les &#233;l&#233;ments d&#233;cha&#238;n&#233;s secouaient le malheureux rafiot &#224; la surface des flots. A la fin, quelqu'un de plus fort que les autres r&#233;ussit &#224; pratiquer une ouverture et &#224; atteindre le pont, et il se pr&#233;cipita sur les officiers pour leur annoncer que leur brutalit&#233; poussait les gens au meurtre, et que la mort &#233;tait en train de faire sa macabre moisson parmi les passagers. Ce n'&#233;tait que trop vrai. Sur les 200 passagers enferm&#233;s dans les ponts inf&#233;rieurs, 72, plus du tiers du total, avaient expir&#233; par manque d'air ou s'&#233;taient massacr&#233;s dans l'obscurit&#233;, en une lutte aveugle et d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Voil&#224; l'histoire de la travers&#233;e du Londonderry ; c'est certaine&#173;ment l'histoire de mer la plus horrible dans les annales des peuples de race blanche !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la Conf&#233;d&#233;ration irlandaise pr&#234;chait le droit moral &#224; la r&#233;volte et tenait &#224; un peuple affam&#233; qui, dans sa grande majorit&#233; ne comprenait que l'irlandais, des discours fort savants en anglais o&#249; elle &#233;voquait les exemples historiques de la Hollande, de la Belgique, de la Pologne et du Tyrol. Seuls quelques-uns de ses membres, parmi lesquels John Mitchel, James Fintan Lalor et Thomas Devin Reilly, ont eu le m&#233;rite de donner ouvertement au peuple comme mots d'ordre, de refuser de payer les fermages, de garder les r&#233;coltes pour nourrir les familles, de faire sauter les ponts et les voies ferr&#233;es pour emp&#234;cher les produits alimentaires de quitter le pays. Si ces appels avaient &#233;t&#233; suivis par l'ensemble du mouvement Jeune Irlande, les &#233;v&#233;nements ont prouv&#233; qu'ils auraient &#233;t&#233; repris dans l'enthousiasme par la masse du peuple, et le pouvoir anglais n'aurait jamais eu la force n&#233;cessaire pour sauver le f&#233;odalisme terrien et l'Empire britannique en Irlande. Comme l'expliquait Fintan Lalor, qui fut dans notre pays le plus brillant cerveau de son &#233;poque, cela voulait dire qu'il fallait &#233;viter toute bataille rang&#233;e avec l'arm&#233;e anglaise, et lui imposer des m&#233;thodes et des objectifs de combat qui rendraient plus g&#234;nants qu'utiles sa discipline, son entra&#238;nement et ses techni&#173;ques et qui n'exigerait des masses insurg&#233;es ni mobilisation, ni exercice, ni science militaire. En un mot, cela impliquait une r&#233;volution sociale et nationale, chacune &#233;tayant l'autre. Mais les partisans de ce type de lutte ne formaient qu'une infime minorit&#233;, et les dirigeants des Jeunes Irlandais s'inqui&#233;taient aussi furieusement des droits des propri&#233;taires que les diri&#173;geants du gouvernement anglais. Pendant que les gens mou&#173;raient, les Jeunes Irlandais discouraient. C'&#233;tait d'admirables discours, &#224; la syntaxe irr&#233;prochable, au style raffin&#233;, dans les&#173;quels ils savaient introduire ce qu'il fallait de passion juste au bon moment. Et cependant les gens mouraient quand m&#234;me. En fin de compte, le gouvernement fit arr&#234;ter John Mitchel, le seul homme r&#233;ellement dangereux, l'homme qui ha&#239;ssait si profond&#233;ment l'injustice qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; tout pour la d&#233;truire, l'homme qui avait assez foi dans les masses pour croire que leurs impulsions spontan&#233;es feraient &#233;clater la r&#233;volution, et qui poss&#233;dait cette qualit&#233; de savoir combiner la pens&#233;e et l'action. Lors de son arrestation, le peuple s'attendit &#224; voir la r&#233;volution &#233;clater sur le champ, tout comme le gouvernement, tout comme John Mitchel lui-m&#234;me. La d&#233;ception fut g&#233;n&#233;rale. John Mitchel fut exp&#233;di&#233; aux travaux forc&#233;s dans la Terre de Van Diemen (Tasmanie), apr&#232;s avoir d&#233;daigneusement refus&#233; de signer un manifeste qui lui fut pr&#233;sent&#233; dans sa cellule par Thomas Meagher et d'autres, recommandant au peuple de ne pas essayer de lui venir en aide. La classe ouvri&#232;re de Dublin et de la majorit&#233; des autres villes r&#233;clamait &#224; cor et &#224; cri que les dirigeants donnent le signal du soul&#232;vement. En plusieurs endroits du pays, les paysans commen&#231;aient &#224; agir spontan&#233;&#173;ment. Finalement, lorsque parvint &#224; Dublin, en juin 1848, la nouvelle qu'on avait d&#233;livr&#233; des mandats d'arr&#234;t contre les chefs du parti Jeune Irlande, ils se d&#233;cid&#232;rent &#224; faire appel au pays. Mais il fallait que tout se passe de mani&#232;re &#171; respecta&#173;ble &#187; : d'un c&#244;t&#233; l'arm&#233;e anglaise, avec ses fusils, ses cuivres et ses drapeaux, et de l'autre c&#244;t&#233; l'arm&#233;e irlandaise, avec elle aussi fusils, cuivres et drapeaux, &#171; en rangs serr&#233;s, les armes &#233;tincelantes &#187;, sans qu'il soit question d'une insurrection prol&#233;&#173;tarienne, ou de la moindre atteinte aux droits de la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque C. G. Duffy fut arr&#234;t&#233; le samedi 9 juillet &#224; Dublin, les ouvriers de la ville entour&#232;rent l'escorte de soldats qui le conduisaient &#224; la prison de Newgate, arr&#234;t&#232;rent la voiture, s'amass&#232;rent autour de Duffy et propos&#232;rent de commencer l'insurrection tout de suite et sur place. &#171; Voulez-vous qu'on vous sauve ? &#187; dit l'un des animateurs, et Duffy r&#233;pondit : &#171; Certes non. &#187; Les ouvriers abasourdis en tomb&#232;rent &#224; la renverse, et laiss&#232;rent emprisonner le futur Premier Ministre d'Australie. A Cashel, dans le Tipperary, fut arr&#234;t&#233; Michael Doheny. La population investit la prison et vint &#224; son secours. C'est lui qui insista pour se rendre et il demanda sa mise en libert&#233; sous caution. Meagher fut arr&#234;t&#233; &#224; Waterford. Alors qu'il traversait la ville sous la garde de la troupe, le peuple &#233;leva une barricade en travers d'un pont &#233;troit sur la Suir ; et lorsque la voiture atteignit le pont on coupa les traits des chevaux et on obligea le convoi &#224; s'immobiliser. Meagher ordonna qu'on d&#233;fasse la barricade ; on le supplia de donner le signal de l'insurrection qui pouvait commencer sur le champ. Cette ville importante &#233;tait aux mains du peuple, mais Meagher pr&#233;f&#233;ra rester avec les soldats, et les pauvres ouvriers rebelles de Waterford le laiss&#232;rent repartir en s'&#233;criant : &#171; Vous le regretterez, vous le regretterez, ce sera votre faute. &#187; Meagher se montra par la suite un soldat courageux dans une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, mais, comme insurg&#233;, il lui manqua l'audace n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'absurdit&#233; atteignit son comble lorsque William Smith O'Brien prit les choses en main. Il parcourut le pays en disant aux paysans affam&#233;s de se tenir pr&#234;ts, mais en refusant de les laisser se nourrir aux d&#233;pens des propri&#233;taires qui les volaient, les affamaient et les expulsaient depuis si longtemps. Il interdit &#224; ses partisans de s'emparer des chariots de grains qui passaient sur les routes dans des endroits o&#249; les gens mouraient de faim. A Mullinahone, il leur interdit d'abattre des arbres pour construire une barricade avant d'avoir demand&#233; une autorisa&#173;tion au propri&#233;taire de ces arbres. Lorsque les gens de Killenaule r&#233;ussirent &#224; coincer un corps de dragons entre deux barricades, il fit rel&#226;cher les dragons en mauvaise posture contre l'assurance que leur chef n'avait aucun mandat d'arr&#234;t contre sa personne. Ailleurs, il surprit une bande de soldats install&#233;s dans l'h&#244;tel de ville, et qui avaient d&#233;pos&#233; leurs armes pour les nettoyer ; au lieu de les leur confisquer, il dit aux soldats que leurs armes se trouvaient autant &#224; l'abri en ce lieu qu'au Ch&#226;teau de Dublin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on se souvient dans quel &#233;tat se trouvait alors l'Irlande, avec sa population d&#233;cim&#233;e par la famine, tout ce r&#233;cit ressemble &#224; une page d'op&#233;ra comique. Ce n'est h&#233;las pas le cas : c'est une page de la p&#233;riode la plus sombre de l'histoire irlandaise. Nous pouvons comprendre en la lisant, pourquoi Smith O'Brien a sa statue &#224; Dublin, alors que le nom et l'&#339;uvre de Fintan Lalor ont &#233;t&#233; mis sous le boisseau pendant plus de cinquante ans. W. A. O'Connor, licenci&#233; &#232;s lettres, r&#233;sume ainsi, dans son History of the Irish people [Histoire du peuple irlandais], la carri&#232;re de Smith O'Brien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Cet homme a d&#233;moli une organisation pacifique pour faire la guerre, il a promis la guerre &#224; un peuple d&#233;sesp&#233;r&#233; et affam&#233;, il a parcouru le pays pour provoquer la guerre, apr&#232;s quoi il a condamn&#233; toute action belliqueuse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut certes reconna&#238;tre que Smith O'Brien &#233;tait un homme d'une grande probit&#233;, mais il faut aussi rappeler qu'il &#233;tait un grand propri&#233;&#173;taire fortement attach&#233; aux pr&#233;rogatives de sa classe, au point de les laisser s'interposer entre les millions d'Irlandais et leurs espoirs de vivre librement. Il faut encore ajouter, pour excuser quelque peu sa conduite lors de cette terrible crise, qu'il avait h&#233;rit&#233; d'immenses domaines acquis par ses anc&#234;tres pour prix de leur apostasie sociale, nationale et religieuse ; si l'on tient compte du poids d'une telle h&#233;r&#233;dit&#233;, ce qui est surprenant, c'est qu'il ait song&#233; &#224; se r&#233;volter plut&#244;t qu'&#224; s'opposer &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les principes socialistes avaient &#233;t&#233; appliqu&#233;s en Irlande &#224; cette &#233;poque, personne ne serait mort de faim ; il n'y aurait eu nul besoin de verser un seul sou d'aum&#244;ne, rien ne serait venu ternir le nom de notre pays. Mais tout le monde, &#224; quelques rares exceptions, avait &#233;lev&#233; la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et l'&#233;conomie politique capitaliste au rang d'idole qu'il fallait adorer ; c'est sur l'autel de cette idole que l'Irlande a expir&#233;. Selon la plus faible estimation, 1.225.000 personnes sont mortes directement de faim, toutes sacrifi&#233;es sur l'autel de la pens&#233;e capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de la famine, le Premier Ministre anglais, Lord John Russell, d&#233;clara qu'il ne fallait rien faire qui vienne g&#234;ner l'entreprise priv&#233;e et l'activit&#233; commerciale normale ; et ce fut la politique immuable du gouvernement du d&#233;but jusqu'&#224; la fin. Un proc&#232;s-verbal du Tr&#233;sor du 31 ao&#251;t 1846 pr&#233;voyait &#171; l'&#233;tablissement de d&#233;p&#244;ts de vente de nourriture &#224; Longford, Banagher, Limerick, Galway, Waterford et Sligo, et de d&#233;p&#244;ts secondaires en d'autres endroits de la c&#244;te ouest &#187;. Mais les r&#232;glements pr&#233;cisaient qu'on ne devait pas en ouvrir l&#224; o&#249; il &#233;tait possible d'acqu&#233;rir des vivres dans des commerces priv&#233;s, et que, l&#224; o&#249; on en ouvrait, les prix devaient permettre la concurrence des commerces priv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les lois d'assistance ouvrant des chantiers de travail stipulaient que l'activit&#233; devait y &#234;tre totalement improductive, pour ne pas emp&#234;cher les capitalistes de faire du profit le plus rapidement possible. Il y eut des n&#233;gociants priv&#233;s qui firent des fortunes de 40.000 &#224; 80.000 livres. En 1845 fut mis sur pied un Service d'Organisation des Secours pour importer du ma&#239;s et le vendre en Irlande, mais il &#233;tait interdit d'en vendre avant que les stocks des magasins priv&#233;s ne soient &#233;puis&#233;s. L'&#201;tat du Massachusetts loua un navire de guerre am&#233;ricain, le &#171; Jamestown &#187;, qui fut charg&#233; de grains et envoy&#233; en Irlande ; le gouvernement fit entreposer la cargaison, sous pr&#233;texte que sa mise en vente perturberait le march&#233;. Une loi de secours aux pauvres de 1847 prit des mesures pour employer les travailleurs dans des chantiers de travaux publics, mais pr&#233;cisa que per&#173;sonne ne devait y &#234;tre employ&#233; s'il poss&#233;dait plus d'un quart d'acre de terre, ce qui poussa des dizaines de milliers de gens &#224; abandonner leurs fermes pour une bouch&#233;e de pain et &#233;vita aux propri&#233;taires toutes les complications et les d&#233;penses d'une expulsion. Quand la loi eut produit des effets suffisants, on cong&#233;dia 734 000 personnes, et, comme elles avaient c&#233;d&#233; leur ferme pour s'embaucher sur les chantiers, elles se retrouvaient d&#233;sormais aussi d&#233;munies que des naufrag&#233;s sur un radeau au milieu de l'oc&#233;an. M. Mulhall, dans Fifty years of national progress [Cinquante ans d'&#233;volution nationale], estime &#224; 3.668.000 le nombre de personnes expul&#173;s&#233;es entre 1838 et 1888. La plupart virent leurs maisons d&#233;trui&#173;tes au cours de ces ann&#233;es, et cette loi de secours aux pauvres, surnomm&#233;e &#171; loi de l'expulsion sans peine &#187;, en fut l'arme essentielle. En 1846, l'Angleterre, pays protectionniste jusque l&#224;, adopta le libre &#233;change [66], dans le but apparent de livrer du grain librement et &#224; bas prix aux Irlandais affam&#233;s. La signification r&#233;elle de cette mesure &#233;tait que l'Angleterre, nation industrielle, cherchait &#224; faire baisser les prix alimentai&#173;res pour que ses esclaves salari&#233;s se contentent de bas salaires ; en effet, en Angleterre, l'un des r&#233;sultats imm&#233;diats du libre &#233;change fut une r&#233;duction massive des salaires du prol&#233;tariat industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe capitaliste anglaise, avec cette hypocrisie qui carac&#173;t&#233;rise toujours ses interventions publiques, s'est servie de la mis&#232;re irlandaise pour vaincre l'opposition de l'aristocratie fon&#173;ci&#232;re anglaise au libre &#233;change des grains. Comme pour toutes les autres mesures qui furent prises en ces ann&#233;es de famine, elle respecta ainsi des principes de l'&#233;conomie politique capita&#173;liste. Il est impossible de contester et de remettre en cause son action en restant dans le cadre de ce syst&#232;me social et de ces th&#233;ories. C'est le syst&#232;me qu'il faut rejeter et les entraves intellectuelles et sociales qu'il impose si l'on veut avoir vrai&#173;ment le droit de condamner les m&#233;thodes de l'administration anglaise en Irlande durant la famine comme un gigantesque crime contre l'humanit&#233;. Les hommes et les femmes d'Irlande qui ne sont pas socialistes et qui fulminent contre cette adminis&#173;tration se retrouvent dans la situation illogique de celui qui d&#233;nonce une cons&#233;quence alors qu'il d&#233;fend la cause. Or, la cause, c'est le syst&#232;me de la propri&#233;t&#233; capitaliste. A l'exception de la poign&#233;e d'hommes dont nous avons parl&#233;, les dirigeants Jeune Irlande de 1848 ne parvinrent pas &#224; &#234;tre &#224; la hauteur des circonstances qui leur offraient le choix entre les droits de l'homme et les droits de la propri&#233;t&#233; comme principe national, et leur &#233;chec fut &#224; la mesure du d&#233;sastre que connut leur pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[60] T. Carlyle, Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise, 1837, Londres. Trad. fran&#231;aise : Jules Roche, avec un avertissement d'A. Aulard, 3 vol., Paris, 1912 (cf. J. Godechot, Un Jury pour la R&#233;volution, Paris, R. Laffont, 1974).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[61] Il s'agit bien entendu de la &#171; Grande Famine &#187;, cons&#233;cutive &#224; la maladie de la pomme de terre, qui ramena l'&#238;le de 8 &#224; 4 millions d'habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[62] Principaux dirigeants du mouvement &#171; Jeune Irlande &#187;. Partisans de l'insurrec&#173;tion arm&#233;e, les Jeunes Irlandais &#233;choueront en 1848, et ce sont leurs survivants, r&#233;fugi&#233;s aux &#201;tats-Unis, qui fonderont le mouvement des Fenians.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[63] Sont mis ici sur le m&#234;me plan des mouvements directement fond&#233;s par le r&#233;volutionnaire italien Mazzini, qui avait d'abord fait partie des organisations secr&#232;tes de carbonari, avant de fonder, lors de son exil en France le mouvement &#171; Jeune Italie &#187; (1831) favorable &#224; l'unit&#233; italienne &#8212; et des mouvements qui, comme &#171; Jeune Allemagne &#187;, ne se sont appel&#233;s ainsi que par analogie avec les organisations inspir&#233;es par lui. Ce qui est aussi le cas de &#171; Jeune Irlande &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[64] Un &#171; quarter &#187; : 290,78 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[65] Le &#171; Trou Noir &#187; de Calcutta repr&#233;sente un cas d'atrocit&#233;s exemplaires aux yeux des Anglais du XIXe si&#232;cle. En 1756, les Anglais cherchaient &#224; &#233;liminer les Fran&#231;ais. A Fort-William (Calcutta), qui d&#233;pendait de l'East India Com&#173;pany, ils avaient renforc&#233; leur syst&#232;me de d&#233;fense. Or, un des princes indiens qui r&#233;sistaient &#224; la pr&#233;sence anglaise, le nabab du Bengale, avait interdit les mesures militaires prises par les Anglais. Il s'empara alors du comptoir et fit prisonniers les 146 r&#233;sidents europ&#233;ens. Enferm&#233;s dans une cellule trop &#233;troite par une chaleur &#233;crasante, on dit que 123 d'entre eux moururent suffoqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[66] Il s'agit du fameux Bill d'abolition des Corn Law de 1846. Le Minist&#232;re Russell incarne cependant une &#232;re importante de r&#233;formes : le libre-&#233;change, que compl&#232;te l'abolition des Actes de Navigation (1849), et la loi des 10 heures (1847) limitant le travail des femmes et des enfants, sans parler des mesures budg&#233;taires d'aide &#224; l'Irlande, tr&#232;s insuffisantes, &#233;voqu&#233;es par Connolly.&lt;br class='autobr' /&gt;
XIV - Les enseignements socialistes du mouvement Jeune Irlande ;&lt;br class='autobr' /&gt;
les penseurs et les travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que fais-tu donc &#224; notre porte,&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu gardes les greniers du ma&#238;tre contre les mains gr&#234;les des pauvres. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lady Wilde (Speranza)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dieu de justice, ai-je cri&#233;, que ton esprit&lt;br class='autobr' /&gt;
Descende sur ces fiers et si cruels seigneurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;tends leurs durs regards et attendris &#187; leurs c&#339;urs,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou bien, si tu le veux, ai-je cri&#233; tr&#232;s fort,&lt;br class='autobr' /&gt;
Daigne accorder la force au bras du paysan&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour qu'ils soient &#224; la fin chass&#233;s de notre terre. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Thomas Davis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons de voir que les chefs du mouvement Jeune Irlande, si prompts &#224; proclamer leurs ardeurs r&#233;volutionnaires, s'av&#233;r&#232;rent totalement incapables de les assumer lorsqu'enfin la r&#233;volution s'offrit &#224; eux. C'est le mot m&#234;me que prononce Doheny lorsqu'il d&#233;crit les sc&#232;nes de Cashel : &#171; C'&#233;tait la r&#233;volution si nous l'avions assum&#233;e. &#187; On pourrait fort justement appliquer &#224; ces hommes brillants mais malheureux, les mots d'un autre &#233;crivain, Lissagaray, lorsqu'il d&#233;crit un groupe iden&#173;tique de dirigeants en France : &#171; ces femmelins, qui avaient toute leur vie chant&#233; la R&#233;volution, quand ils la virent se dresser s'enfuirent, &#233;pouvant&#233;s, comme le p&#234;cheur arabe &#224; l'apparition du G&#233;nie &#187; [67]. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, l'historien traite des relations entre l'Irlande et l'Angleterre comme s'il s'agissait d'un affrontement entre deux nations, sans comprendre les conditions &#233;conomiques, ni les grandes convulsions mondiales dont elles d&#233;pendaient &#233;troitement l'une et l'autre. Aussi, les h&#233;sitations et les louvoiements des chefs Jeune Irlande au cours d'une crise o&#249; se jouait le destin de leur patrie sont pour lui un probl&#232;me insoluble, dont il profite trop souvent pour marquer son m&#233;pris &#224; l'&#233;gard des Irlandais, si l'auteur est anglais, ou se lancer dans d'&#233;c&#339;urantes apologies s'il est irlandais. Aucune de ces attitudes n'est justifi&#233;e. Ce qui est vrai, c'est que les travailleurs irlandais des villes et des campagnes &#233;taient pr&#234;ts &#224; la r&#233;volte, qu'ils la d&#233;siraient, et que le gouvernement anglais de l'&#233;poque fut sauv&#233; de ce danger mortel uniquement parce que Smith O'Brien et ses imitateurs craignaient de livrer la nation aux passions des pr&#233;tendues classes inf&#233;rieures. Si la r&#233;volte avait alors &#233;clat&#233; en Irlande, les Chartistes anglais, qui s'armaient et s'appr&#234;taient &#224; poursuivre un dessein identique, auraient saisi eux aussi l'occasion de descendre dans l'ar&#232;ne, comme Mitchel ne cesse de le d&#233;montrer dans son journal [68]. De m&#234;me, de nombreux r&#233;giments de l'arm&#233;e anglaise &#233;taient min&#233;s par la r&#233;volte, et avaient &#224; maintes reprises manifest&#233; leur &#233;tat d'esprit en soutenant publiquement la cause irlandaise et chartiste. Un des dirigeants chartistes anglais, John Frost, fut condamn&#233; &#224; une lourde peine de bagne pour les propos s&#233;ditieux qu'il avait tenus &#224; l'&#233;poque. Un autre grand d&#233;fenseur anglais de la classe ouvri&#232;re, Ernest Jones, commentant cette affaire, d&#233;clare, par d&#233;fi, au cours d'une r&#233;union publique, que &#171; viendrait le temps o&#249; John Mitchel et John Frost seraient ramen&#233;s et Lord John Russell envoy&#233; &#224; leur place, et o&#249; le drapeau rouge flotterait triomphalement sur Downing Street et le Ch&#226;teau de Dublin &#187; &#8212; Downing Street &#233;tant la r&#233;sidence du Premier Ministre. Pour avoir &#233;mis cette opinion, Ernest Jones fut arr&#234;t&#233; et condamn&#233; &#224; douze ans de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Jeunes Irlandais &#233;taient gravement divis&#233;s sur l'attitude &#224; prendre envers les manifestations de r&#233;volte de la classe ouvri&#232;re anglaise. Dans son journal The United Irishman, John Mitchel les soutenait ardemment et les consid&#233;rait comme un renfort pour l'Irlande et un pr&#233;sage de la victoire de la d&#233;mo&#173;cratie v&#233;ritable, consacrant une large place dans chaque num&#233;ro &#224; la chronique des progr&#232;s de la cause populaire en Angleterre. Et si sa popularit&#233; reste persistante aupr&#232;s des masses c'est &#224; son attitude en la mati&#232;re qu'il la doit. De leur c&#244;t&#233;, les membres de Jeune Irlande qui avaient fait de Smith O'Brien leur idole, sans autre raison apparente que sa fortune et sa grande honorabilit&#233;, firent tous les efforts possibles pour dissocier la cause de l'Irlande de la cause de la d&#233;mocratie. Mitchel, d'un c&#244;t&#233;, et ses critiques, de l'autre, se livr&#232;rent alors &#224; des assauts d'&#233;loquence, chaque camp se r&#233;f&#233;rant au pr&#233;c&#233;dent de 1798. Mitchel n'eut aucun mal &#224; d&#233;montrer que les r&#233;volutionnaires de cette &#233;poque, en particulier Wolfe Tone, n'avaient pas seulement fait le lien entre la cause de l'Irlande et la cause de la d&#233;mocratie en g&#233;n&#233;ral, mais qu'ils avaient soulign&#233; fortement la n&#233;cessit&#233; en Irlande d'une r&#233;volution sociale, tourn&#233;e contre l'aristocratie terrienne. S'inspirant de Fintan Lalor, Mitchel tira de ces positions de principe les slogans de sa campagne r&#233;volutionnaire. Il d&#233;montra fort juste&#173;ment que seule une insurrection sociale pouvait servir de base &#224; une r&#233;volution nationale, et que le soul&#232;vement insurrectionnel qui an&#233;antirait la suj&#233;tion sociale des classes laborieuses, mar&#173;querait aussi la fin de la d&#233;testable tyrannie &#233;trang&#232;re qui lui servait de toile de fond. Deux passages de ses &#233;crits mettent assez nettement en valeur sa position &#224; ce sujet, qui reste un th&#232;me de disputes f&#233;roces en Irlande. Dans sa &#171; Lettre aux petits fermiers d'Irlande &#187; du 4 mars 1848, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Mais on me dit qu'il est vain de m'adresser ainsi &#224; vous ; que la politique pacifique d'O'Connell vous est plus ch&#232;re que la vie et l'hon&#173;neur, que beaucoup de membres de votre clerg&#233; vous exhortent eux aussi &#224; mourir plut&#244;t que de violer ce que les Anglais nomment la &#171; loi &#187;, et que vous &#234;tes d&#233;cid&#233;s &#224; suivre ce qu'ils vous ordonnent. Alors, mourez, mourez avec votre patience et votre ent&#234;tement, mais soyez assur&#233;s de cette v&#233;rit&#233; : le pr&#234;tre qui vous ordonne de p&#233;rir dans la patience au milieu de votre moisson dor&#233;e, pr&#234;che l'&#233;vangile de l'Angleterre, insulte l'humanit&#233; et le sens commun, porte un faux t&#233;moignage contre la religion et blasph&#232;me contre la Providence divine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le gouvernement r&#233;publicain prit le pouvoir &#224; Paris apr&#232;s la r&#233;volution de f&#233;vrier 1848, il reconnut qu'il devait son existence aux ouvriers en armes, et que ces travailleurs demandaient en r&#233;compense du sang vers&#233; des garanties pour leur propre classe ; aussi promulga-t-il une loi qui garantissait &#171; le droit au travail &#187; pour tous, et dont la nation allait r&#233;pon&#173;dre sur son honneur. Mitchel accueillit avec enthousiasme cette loi. Elle indiquait &#224; ses yeux que les th&#233;ories absurdes de ce qu'il appelait fort justement le &#171; syst&#232;me anglais &#187;, c'est-&#224;-dire le capitalisme, avaient cess&#233; d'influencer les esprits dans le peuple fran&#231;ais. Voici un extrait de cet article. Nos lecteurs noteront que le Libre &#201;change dont il est question est le Libre March&#233; du Travail, par opposition &#224; la protection par l'&#201;tat des droits des travailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les dynasties et les tr&#244;nes ont bien peu d'importance au regard des ateliers, des fermes et des fabriques. Nous pouvons dire au contraire que les dynasties et les tr&#244;nes, les gouverne&#173;ments provisoires eux-m&#234;mes, ne sont bons que pour autant qu'ils garantissent l'impartialit&#233;, la justice et la libert&#233; &#224; ceux qui travaillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; C'est l&#224;-dessus que la France est v&#233;ritablement en avance sur le monde entier. Cette grandiose Troisi&#232;me R&#233;volution a renvers&#233; la p&#233;dantesque &#233;conomie politique classique (ce que nous appelons en Irlande l'&#233;conomie politique anglaise ou &#201;co&#173;nomie Politique de la Famine), et elle a instaur&#233; une fois pour toutes les bons vieux principes de protection du travail, en m&#234;me temps que le droit et le devoir de coalition pour les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Par d&#233;cret du Gouvernement Provisoire en date du 25 f&#233;vrier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Il s'engage &#224; garantir du travail &#224; tous les citoyens. Il reconna&#238;t que les ouvriers doivent s'associer entre eux pour jouir du b&#233;n&#233;fice de leur travail&#8221; [69].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Diff&#233;rant l&#224;-dessus de la grossi&#232;ret&#233; ignare des Whigs anglais, les R&#233;publicains fran&#231;ais n'accordent pas aux pauvres un droit de secours, qu'ils consid&#232;rent comme une prime &#224; l'oisivet&#233;. Ils savent que l'homme a le privil&#232;ge de manger le pain qu'il a gagn&#233; &#224; la sueur de son front et non d'autre fa&#231;on ; et ils reconnaissent au gouvernement cette mission la plus haute et la plus sacr&#233;e qui soit : veiller qu'il y ait toujours, assez de pain &#224; gagner. C'est pour cette raison qu'ils abandonnent express&#233;ment et d&#233;lib&#233;r&#233;ment la &#8220; concurrence &#8221; et le &#8220; libre &#233;change &#8221; au sens o&#249; ces mots sont utilis&#233;s par un Whig anglais ; et qu'ils d&#233;cident d'adopter l'association et la protection, la nation s'associant pour prot&#233;ger par la loi sa propre production nationale, et les individus s'associant &#224; d'autres individus pour prot&#233;ger par des organisations professionnelles les diverses branches de la production nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; On sait fort bien d&#233;sormais ce que sont le libre &#233;change et la concurrence, autrement dit le syst&#232;me anglais ; ses objectifs et ses r&#233;sultats d&#233;clar&#233;s sont de rendre le riche plus riche et le pauvre plus pauvre, de faire du capital le monarque absolu du monde, et du travail une masse d'esclaves aveugles et sans secours. Gr&#226;ce au libre &#233;change les industriels de Manchester ont la capacit&#233; d'habiller l'Inde, la Chine, et l'Am&#233;rique du Sud, alors que les artisans de Manchester ont &#224; peine de quoi se v&#234;tir pour se prot&#233;ger du froid. Par la gr&#226;ce du libre &#233;change, Belfast fabrique plus de toile de lin qu'elle n'en a jamais fabri&#173;qu&#233;, mais les gens qui la tissent ont &#224; peine une chemise &#224; se mettre sur le dos. Le libre &#233;change emplit de bl&#233; les entrep&#244;ts des capitalistes sp&#233;culateurs, mais laisse ceux qui ont sem&#233; et moissonn&#233; le bl&#233; sans m&#234;me de quoi faire un repas. Le libre &#233;change d&#233;peuple les villages et peuple les hospices, concentre les fermes et gorge les cimeti&#232;res de cadavres morts de faim.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; En France c'en est fini de ce libre &#233;change-l&#224;. Les hommes de ce pays ne peuvent plus &#171; disposer de leurs biens comme ils le veulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; F&#233;vrier 1848 a &#233;clat&#233;, &#224; la suite de la campagne des ban&#173;quets. De nouveau Paris a connu ses trois jours de martyre puis sa d&#233;livrance, en donnant naissance &#224; sa troisi&#232;me r&#233;volu&#173;tion, la plus belle des trois [70].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Cette fois-ci, il ne pouvait y avoir d'erreur ; toute cette salet&#233; de tr&#244;nes et de dynasties a &#233;t&#233; balay&#233;e pour toujours, et le peuple si&#232;ge souverain dans sa patrie. L'une des premi&#232;res et des plus nobles mesures fut de nommer une commission d'enqu&#234;te sur l'ensemble de la question ouvri&#232;re, et tous les documents publi&#233;s par cette commission portent, outre la signature de Louis Blanc, celle de l'insurg&#233; lyonnais Albert, Ouvrier. Il n'a pas honte de son &#233;tat, bien qu'il soit d&#233;sormais un responsable important du gouvernement. C'est un travail&#173;leur, et il en est fier, ouvrier &#171; pour tous les contrats, traites, quittances ou obligations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il y a soixante-six ans, les paysans de France avaient fait leur r&#233;volution. Il y a dix-huit ans, ce fut le tour de la classe moyenne &#171; respectable &#187;, qui en a tir&#233; depuis un joli b&#233;n&#233;fice ; mais le monde entier peut voir sur cette troisi&#232;me et ultime r&#233;volution l'empreinte de l'homme qui en est l'auteur, Albert, Ouvrier, son symbole. Nous, ce sont les trois r&#233;volutions que nous avons &#224; faire, et plus t&#244;t nous nous y mettrons, mieux cela vaudra. Esp&#233;rons seulement que nous pourrons accomplir l'ensemble de la t&#226;che en une seule fois. T&#226;chons de ne pas rendre totalement inutiles les le&#231;ons de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le syst&#232;me d&#233;testable du &#8220; libre &#233;change &#8221; et de la &#8220; concurrence loyale &#8221;, que Louis Blanc d&#233;crit comme ce &#8220; syst&#232;me trompeur qui n'apporte aucune restriction aux affai&#173;res d'argent entre les hommes, qui laisse le pauvre &#224; la merci du riche, et qui promet &#224; la cupidit&#233; qui sait attendre une victoire facile sur la faim qui n'attend pas &#8221; ; le syst&#232;me qui cherche &#224; faire gouverner le monde par Mammon et non par Dieu ou la justice, en un mot le syst&#232;me anglais ou syst&#232;me de famine, il faut qu'il soit int&#233;gralement aboli &#224; la ferme et &#224; l'atelier, int&#233;gralement aboli, &#224; la ville et &#224; la campagne.. Pour y parvenir, il a fallu trois r&#233;volutions, ou trois fois trois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'&#233;crivait Mitchel, emport&#233; par sa haine sacr&#233;e de la tyrannie. Il jetait tout le vitriol de son m&#233;pris sur les p&#233;dants qui se pavanaient autour de lui, polissant m&#233;ticuleusement leurs maximes en pr&#233;vision d'une conf&#233;rence comme on polit son &#233;p&#233;e avant un d&#233;fil&#233;, mais incapables d'aller plus loin qu'une conf&#233;rence ou qu'un d&#233;fil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mitchel, nous le savons aujourd'hui, se r&#233;jouissait un peu trop vite. Le gouvernement qui fit passer cette loi &#233;tait lui- m&#234;me un gouvernement capitaliste, qui, d&#232;s qu'il se sentit assez fort et qu'il eut mis l'arm&#233;e de son c&#244;t&#233;, abrogea ses propres lois, et r&#233;prima, au prix d'un terrible massacre, l'insurrection ouvri&#232;re de juin qui voulait le contraindre &#224; appliquer ces lois [71]. Cette insurrection, Mitchel la condamne dans son Jail Journal [Journal de Prison], lorsque, fourvoy&#233; par les r&#233;cits falsifi&#233;s des journaux anglais, il jette l'anath&#232;me sur les m&#234;mes hommes qu'il avait approuv&#233;s courageusement et justement dans l'article ci-dessus, &#224; une &#233;poque o&#249; il disposait de sources d'information plus compl&#232;tes. Mais un autre r&#233;volutionnaire, Devin Reilly, &#233;mit dans The Irish Felon un jugement plus exact sur les insurg&#233;s de juin. Il estimait en m&#234;me temps que la r&#233;demption de l'Irlande r&#233;clamait quelque chose de plus profond, faisant agir en l'homme des ressorts plus puissants, repr&#233;sentait quelque chose de plus proche des principes qui inspir&#232;rent les h&#233;ro&#239;ques ouvriers de France, que ce qui reposait sur &#171; l'honn&#234;tet&#233; per&#173;sonnelle &#187;, &#171; les principes &#233;lev&#233;s &#187; ou &#171; les origines aristocrati&#173;ques &#187;, ou encore &#171; l'&#233;minente respectabilit&#233; &#187; de quelques dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Mitchel fut arr&#234;t&#233; et son journal supprim&#233;, deux autres journaux apparurent pour prendre la rel&#232;ve au poste de combat qu'il avait laiss&#233; vacant. L'un d'eux, The Irish Tribune repr&#233;sentait l'&#233;l&#233;ment soutenant &#171; le droit moral &#224; l'insurrec&#173;tion &#187;, et l'autre, The Irish Felon, incarnait les id&#233;es de ceux pour qui la conqu&#234;te anglaise de l'Irlande avait deux aspects, l'un social ou &#233;conomique, l'autre politique, et pour qui la r&#233;volution devait donc elle aussi comporter ces deux aspects. Ils accord&#232;rent toujours leur appui aux mouvements d&#233;mocra&#173;tiques ouvriers nationaux et &#233;trangers. L'Irish Felon &#233;tait dirig&#233; par John Martin, et avait pour principaux r&#233;dacteurs James Fintan Lalor et Devin Reilly. Reilly, originaire de Monaghan, suivait de pr&#232;s et soutenait depuis longtemps les mouvements ouvriers et tous les projets de r&#233;demption sociale. Il avait &#233;crit dans le journal The Nation, o&#249; il avait publi&#233; une s&#233;rie d'articles sur le grand socialiste fran&#231;ais Louis Blanc, pour rendre compte de son c&#233;l&#232;bre ouvrage Dix Ans [72]. Dans ce compte rendu, il n'approuvait pas les projets de &#171; socialisme d'&#201;tat &#187; que pr&#233;conisait Blanc pour r&#233;g&#233;n&#233;rer la soci&#233;t&#233;, mais il faisait preuve d'un sens tr&#232;s aigu de la gravit&#233; et de l'universalit&#233; du probl&#232;me social, de m&#234;me qu'il saisissait parfaitement l'h&#233;&#173;ro&#239;sme inn&#233;, le caract&#232;re sublime du mouvement ouvrier. Il resta fid&#232;le &#224; cette attitude jusqu'&#224; son dernier jour. Exil&#233; en Am&#233;rique apr&#232;s l'insurrection, il fut mis par les typographes de Boston &#224; la t&#234;te d'un journal, The Protective Union, qu'ils avaient fond&#233; sur des principes coop&#233;ratifs pour d&#233;fendre les droits des travailleurs. Il fut donc un des pionniers du journa&#173;lisme de classe aux &#201;tats-Unis, ce qui &#233;tait fort l&#233;gitime pour un r&#233;volutionnaire irlandais authentique. Journaliste &#224; The American Review, il &#233;crivit une s&#233;rie d'articles sur la situation euro&#173;p&#233;enne, dont Horace Greeley disait qu'ils provoqueraient une r&#233;volution en Europe si on les r&#233;unissait en un livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysant le soul&#232;vement de juin en France, Reilly &#233;crit dans The Irish Felon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous ne sommes point des Communistes, et nous d&#233;tes&#173;tons le communisme pour la m&#234;me raison que nous d&#233;testons les lois sur les pauvres ou les syst&#232;mes fond&#233;s sur la souverai&#173;net&#233; absolue de la richesse. Le communisme d&#233;truit l'ind&#233;pen&#173;dance et la dignit&#233; des travailleurs, en fait des pauvres d'&#201;tat et leur &#244;te toute humanit&#233;. Mais communisme ou pas, ces 70 000 travailleurs avaient absolument le droit de vivre, et m&#234;me plus que quiconque en France, et s'ils avaient pu faire valoir ce droit par les armes, ils auraient eu tout &#224; fait raison. Le syst&#232;me social qui pousse &#224; la famine un homme pr&#234;t &#224; travailler est un blasph&#232;me, une anarchie, ce n'est pas un syst&#232;me. Pour l'instant, ces victimes du pouvoir monarchique, d&#233;savou&#233;s par la R&#233;publique, sont vaincus ; il y a eu 10.000 morts, et peut-&#234;tre 20.000 d&#233;port&#233;s aux Marquises. Mais, malgr&#233; tout, ce ne sont pas les droits des travailleurs qui sont vaincus, ils ne le seront jamais, ils ne pourront jamais l'&#234;tre. Sans rel&#226;che, le travailleur continuera de se r&#233;volter contre l'oisif, et les ouvriers continueront d'affronter cette bourgeoisie, de la combattre et de lui faire la guerre jusqu'au jour o&#249; ils auront conquis l'&#233;galit&#233;, non dans les mots, mais dans les faits. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles &#233;taient les conceptions des hommes qui s'&#233;taient regroup&#233;s autour de The Irish Felon, &#224; la seule exception du direc&#173;teur. Ceux qui travaillent sur le socialisme admettront que nombre des artisans les plus d&#233;vou&#233;s du socialisme &#171; d&#233;teste&#173;raient &#187; aujourd'hui, tout comme Devin Reilly, le commu&#173;nisme grossier de 1848. Devin Reilly a affirm&#233; le droit imprescriptible de la classe ouvri&#232;re &#224; &#339;uvrer pour son propre salut, par les armes s'il le faut, et, en cela, il a m&#233;rit&#233; pleinement toute l'estime du prol&#233;tariat militant d'Irlande. Et voici un passage qui se trouve au d&#233;but d'une &#171; Adresse des &#233;tudiants en m&#233;decine de Dublin &#224; tous les &#233;tudiants en Sciences et en Lettres &#187;, adopt&#233;e lors d'un rassemblement aux Northumberland Buildings, Eden Quay, le 4 avril 1848, adresse sign&#233;e par le pr&#233;sident John Savage et le secr&#233;taire Richard Dalton Williams. On y voit l&#224; encore que les jeunes intellectuels de cette g&#233;n&#233;ration admettaient tous que la lutte de l'Irlande contre ses oppresseurs &#233;tait li&#233;e par nature et devait &#234;tre conju&#173;gu&#233;e avec le mouvement mondial des combattants de la d&#233;mo&#173;cratie. Cette adresse d&#233;clare : &#171; il se m&#232;ne &#224; cette heure en Europe une guerre entre l'Intelligence et le Travail d'un c&#244;t&#233;, le Despotisme et la Violence de l'autre &#187;. C'est la m&#234;me id&#233;e que Joseph Brennan mit en vers dans un po&#232;me sur le &#171; Droit Divin &#187;, dont la noblesse d'inspiration compense la m&#233;diocrit&#233;. En voici une strophe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il est un seul droit aujourd'hui Que doive r&#233;clamer le peuple,&lt;br class='autobr' /&gt; Le droit de gagner le respect Avec sa t&#234;te avec ses muscles.&lt;br class='autobr' /&gt; Le Droit Divin du Travailleur &#202;tre premier sur cette terre,&lt;br class='autobr' /&gt; Car le Savant et l'Ouvrier&lt;br class='autobr' /&gt; Sont les seuls rois du genre humain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#224; James Fintan Lalor, de Tenakill dans le comt&#233; de Queen, que revient le plus grand honneur, celui d'avoir donn&#233; la plus claire d&#233;finition de la doctrine r&#233;volutionnaire. Malheureusement Lalor souffrait d'une l&#233;g&#232;re incapacit&#233; phy&#173;sique, qui l'emp&#234;cha d'avoir un r&#244;le dirigeant autre qu'intellec&#173;tuel, ce qui, &#224; cette &#233;poque et parmi ces hommes, &#233;tait fatal &#224; une influence directe. Et pourtant dans ses &#233;crits, lorsque nous les &#233;tudions de nos jours, nous trouvons des principes d'action et d'organisation sociale qui non seulement comportent la stra&#173;t&#233;gie la plus adapt&#233;e &#224; un pays cherchant &#224; se lib&#233;rer par l'insurrection d'une nation dominante, mais qui contiennent aussi en germe les moyens d'assurer une paix sociale d&#233;finitive dans l'avenir. Tous ses &#233;crits de l'&#233;poque sont tellement lumi&#173;neux qu'il est difficile de s&#233;lectionner des passages particuliers m&#233;ritant plus que d'autres d'&#234;tre reproduits. Pour donner cependant un aper&#231;u de la d&#233;marche de ce penseur hors pair, et pour faire agr&#233;ablement contraste avec le respect, pardon, la v&#233;n&#233;ration paralysante de Smith O'Brien et ses adorateurs &#224; l'&#233;gard du landlordisme voici peut-&#234;tre quelques passages r&#233;v&#233;lateurs. Dans un article paru sous le titre &#171; La Foi d'un F&#233;lon &#187; le 8 juillet 1848, il raconte ses efforts pour amener la Conf&#233;d&#233;ration Irlandaise &#224; partager ses vues, ainsi que son &#233;chec :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ils recherchaient, &#233;crit-il, une alliance avec les pro&#173;pri&#233;taires fonciers. Ils choisirent de les consid&#233;rer comme des Irlandais, et s'imagin&#232;rent qu'ils pourraient les pousser &#224; bran&#173;dir le drapeau vert. En fait, ils voulaient maintenir une aristo&#173;cratie, et d&#233;siraient une r&#233;volution qui ne f&#251;t pas d&#233;mocratique, mais seulement nationale. Si en mai ou juin 1847, la Conf&#233;d&#233;ra&#173;tion s'&#233;tait, avec tous ses moyens, lanc&#233;e corps et &#226;me dans le mouvement, j'ai montr&#233; qu'elle en aurait fait un succ&#232;s, e|ti qu'elle aurait permis de r&#233;gler une fois pour toutes l'ensemble des probl&#232;mes pendants entre l'Angleterre et nous. J'ai alors prof&#233;r&#233;, et je m'y tiens encore, les opinions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; 1. Pour sauver leurs propres vies, tous les tenanciers qui occupent le sol irlandais doivent, &#224; l'automne, refuser de payer tous fermages et arr&#233;rages d&#251;s &#224; cette &#233;poque, en dehors et &#224; l'exception de la valeur du surplus de r&#233;colte leur restant en mains, une fois qu'ils auront d&#233;duit et gard&#233; les r&#233;serves conve&#173;nables et suffisantes pour leur propre subsistance des douze mois &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; 2. Ils doivent opposer un refus d&#233;cid&#233; &#224; la loi anglaise d'expulsion qui les transformerait en mendiants sans terre et sans foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; 3. Ils doivent en outre refuser, par principe, de payer tout fermage aux propri&#233;taires usurpateurs actuels, jusqu'&#224; ce que le peuple, seul vrai propri&#233;taire, (seigneur souverain, en termes l&#233;gaux) ait d&#233;cid&#233;, lors d'un congr&#232;s ou d'une convention natio&#173;nale, quels fermages ils doivent payer, et &#224; qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; 4. Enfin, le peuple, pour des raisons politiques et &#233;cono&#173;miques, doit d&#233;cider (la r&#232;gle g&#233;n&#233;rale admettant des excep&#173;tions) que c'est &#224; lui-m&#234;me, le peuple, que les fermages doivent &#234;tre pay&#233;s, &#224; des fins publiques, pour le profit et b&#233;n&#233;fice du peuple tout entier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; On m'a dit qu'une guerre de ce genre, fond&#233;e sur les principes que j'avance, serait consid&#233;r&#233;e avec horreur par l'Europe. J'affirme le contraire ; je dis qu'une guerre de ce genre se propagerait dans toute l'Europe. Qu'on retienne bien ces paroles proph&#233;tiques : le principe que j'invoque touche aux fondements sur lesquels tient l'Europe, et t&#244;t ou tard il conduira l'Europe &#224; se soulever. Les hommes seront alors les ma&#238;tres de la terre. Le droit pour le peuple de d&#233;cider des lois, voil&#224; ce qui fut le premier grand &#233;branlement de notre &#233;poque, et ses secousses latentes, encore aujourd'hui frappent au c&#339;ur m&#234;me du monde. Le droit pour le peuple de s'approprier la terre, voil&#224; qui produira le nouvel &#233;branlement. Pr&#233;parez vos bras, et ceux de vos fils, nobles gens de la terre, car vous et eux, vous allez encore en avoir besoin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paragraphe r&#233;v&#233;lateur car il d&#233;montre que Fintan Lalor, comme tous les r&#233;volutionnaires irlandais vraiment radicaux, consid&#233;rait que ses propres principes faisaient corps avec le credo du mouvement d&#233;mocratique mondial, et ne s'appli&#173;quaient pas uniquement aux p&#233;rip&#233;ties de la lutte entre l'Irlande et l'Angleterre. C'est pourtant cette derni&#232;re interpr&#233;&#173;tation que les politiciens et historiens irlandais de la classe moyenne ont tent&#233; de donner de son enseignement, quand il ne leur fut plus possible, apr&#232;s un demi-si&#232;cle, d'ignorer ou de gommer toute r&#233;f&#233;rence &#224; sa contribution &#224; la litt&#233;rature r&#233;volutionnaire irlandaise. Esp&#233;rons que le mouvement d&#233;mo&#173;cratique ouvrier d'Irlande reconna&#238;tra l'universalit&#233; des id&#233;es de Lalor aussi cat&#233;goriquement que ses compatriotes bourgeois la nient. La classe ouvri&#232;re laisserait en vain souiller sa propre histoire, si elle devait permettre qu'on &#233;mascule le message de cet ap&#244;tre irlandais du socialisme r&#233;volutionnaire. Et en mettant en relief les tendances catholiques de Lalor au m&#234;me titre que l'acuit&#233; de son analyse des structures sociales, la classe ouvri&#232;re irlandaise fera bien de confronter le patriotisme apostat des politiciens et anti-socialistes du pays avec le passage suivant tir&#233; de l'ouvrage d&#233;j&#224; cit&#233;. Us montreront ainsi quelle r&#233;ponse faisait Lalor &#224; ceux qui le suppliaient de mod&#233;rer ou de modifier ses positions, en admettant qu'il les pr&#233;sente comme n&#233;cessaires &#224; la condition d&#233;sesp&#233;r&#233;e de l'Irlande de l'&#233;poque, mais surtout pas comme un principe universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Je partage et je soutiens moi aussi que l'&#233;tat de n&#233;cessit&#233; absolue et d&#233;sesp&#233;r&#233;e o&#249; se trouve l'Irlande peut renforcer son exigence, mais non qu'elle la fonde. Cette exigence, je la fonde, quant &#224; moi, non point sur des conditions passag&#232;res et tempo&#173;raires, mais sur des principes permanents, indestructibles et uni&#173;versels, applicables en tous temps &#224; tous pays aussi bien qu'au n&#244;tre. Et je traverse la couche superficielle de circonstances occasionnelles et changeantes pour atteindre au fond et &#224; la base de la roche inf&#233;rieure. Je pose la question sous une forme qui est &#233;ternelle ; une forme o&#249;, bien qu'elle soit si souvent repouss&#233;e provisoirement, la question ne peut &#234;tre &#224; terme &#233;lud&#233;e, mais demeure et revient, plus vivace et plus t&#234;tue que la couardise et la corruption des g&#233;n&#233;rations successives. Cette question, je l'envisage comme on l'envisagera durant des si&#232;&#173;cles : non point dans les brumes de la famine, mais sous la vivante lumi&#232;re du firmament. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; sous quel jour il faut consid&#233;rer la le&#231;on de Fintan Lalor aujourd'hui, et, plus il s'&#233;loigne de nous dans le temps, plus la grandeur de sa pens&#233;e nous appara&#238;t. Sa figure se d&#233;tache plus claire et plus distincte &#224; nos regards, &#224; mesure que les figures des agitateurs m&#233;diocres et rebelles phraseurs, qui semblaient dominer la sc&#232;ne en cette p&#233;riode historique, s'effacent et retrouvent la place qui est la leur, celle de facteurs inconscients dans le plan imp&#233;rial britannique de conqu&#234;te par la famine. Frapp&#233;s du don maudit de l'&#233;loquence, nos Girondins irlandais ont fascin&#233; le peuple et se sont empoison&#173;n&#233;s eux-m&#234;mes, perdant toute aptitude &#224; une r&#233;flexion s&#233;rieuse. Gris&#233;s par les mots, ils n'ont pas vu que les id&#233;es de Fintan Lalor, partiellement reprises et d&#233;velopp&#233;es avec tant de force dramatique par Mitchel, repr&#233;sentaient une menace bien plus grande pour le pouvoir honni de l'Angleterre, que tous les r&#234;ves d'union des classes qui aient jamais pu se r&#233;aliser sur le sol Irlandais. Les ossements des victimes de la famine qui blanchissaient sur toutes les collines, ou se balan&#231;aient sur toutes les vagues de l'Atlantique, voil&#224; de quel prix l'Irlande payait les belles paroles de ses rebelles et leur refus m&#233;prisant d'admettre l'enseignement de ses penseurs socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[67] Lissagaray, Histoire de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[68] Comme on l'a vu dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent, au printemps 1848, sous l'influence des r&#233;volutions continentales, le mouvement r&#233;volutionnaire reprend en Irlande au moment m&#234;me ou le Chartisme conna&#238;t un nouveau et ultime sursaut, sous la direction d'un certain nombre d'Irlandais comme O'Brien ou O'Connor. En avril, reprenant une initiative inaugur&#233;e en 1839, les Chartistes lancent une grande p&#233;tition, qui recueille plusieurs millions de signatures, qu'ils portent en cort&#232;ge aux Communes. En m&#234;me temps &#233;clatent des gr&#232;ves insurrectionnelles dans le pays. Le mouvement s'effondre d&#232;s la fin de l'&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[69] Une des toutes premi&#232;res mesures du Gouvernement provisoire, &#224; la suite de laquelle est form&#233;e une commission anim&#233;e par Louis Blanc et Albert. Outre le droit au travail, et le principe d'aide aux associations, cette commis&#173;sion dite du Luxembourg va aboutir &#224; la cr&#233;ation des ateliers nationaux, inspir&#233;s au d&#233;part du socialisme de Louis Blanc, mais rapidement d&#233;tourn&#233;s de leur objectif initial, ce qui sera d&#233;terminant lors de la crise de juin 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[70] On sait que, d&#232;s l'&#233;t&#233; 1847, les partisans d'une r&#233;forme &#233;lectorale lancent une &#171; campagne de banquets &#187;, les r&#233;unions politiques &#233;tant interdites. Le mouvement se radicalise peu &#224; peu, dans son contenu (revendication du suffrage universel, revendications sociales) et dans sa composition (vu le prix des banquets, il restait r&#233;serv&#233; aux plus riches au d&#233;part). C'est le banquet pr&#233;vu dans le XIIe arrondissement de Paris, pr&#233;c&#233;d&#233; d'un cort&#232;ge de gardes nationaux et ouvert &#224; des participants plus modestes, qui, interdit par le gouvernement de Louis-Philippe, va donner le signal de la R&#233;volution de f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[71] C'est l'affaire des ateliers nationaux qui va servir de pr&#233;texte au gouverne&#173;ment provisoire, inquiet de l'agitation ouvri&#232;re et socialiste. D&#233;j&#224; d&#233;tourn&#233;s de leur but initial, employant des ch&#244;meurs embrigad&#233;s de mani&#232;re militaire &#224; des travaux inutiles, les ateliers nationaux sont dissous. L'insurrection du 22 au 26 juin, sans chefs v&#233;ritables, va &#234;tre noy&#233;e dans le sang par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[72] Histoire de Dix Ans, pamphlet contre la Monarchie de Juillet publi&#233; en 1841. L. Blanc y reprend ses th&#232;ses d&#233;velopp&#233;es dans L'Organisation du Travail (1839).&lt;br class='autobr' /&gt;
XV - Autres pionniers du mouvement socialiste en Irlande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Sermon sur la Montagne peut ou non gouverner le monde. Le Diable a lui aussi le droit de gouverner si nous le laissons, mais non le droit d'appeler son r&#232;gne la Civilisation Chr&#233;tienne. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
John Boyle O'Reilly&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un regard r&#233;trospectif sur la p&#233;riode mouvement&#233;e d'apr&#232;s 1848 nous montre aujourd'hui que, pour cette g&#233;n&#233;ration, tous les espoirs de r&#233;volution s'&#233;taient effondr&#233;s apr&#232;s avoir &#233;t&#233; &#233;touff&#233;s sous des embrassements passionn&#233;s de nos Girondins ; mais cela n'&#233;tait naturellement pas aussi &#233;vident pour les hom&#173;mes de l'&#233;poque. Il n'est donc pas surprenant que l'activit&#233; journalistique des r&#233;volutionnaires n'ait pas cess&#233; avec la dispa&#173;rition de l'United Irishman, de l'Irish Tribune ou de l'Irish Felon. Une petite publication &#233;ph&#233;m&#232;re, intitul&#233;e l'Irish Natio&#173;nal Guard, vraisemblablement &#233;dit&#233;e par un groupe de coura&#173;geux ouvriers progressistes de Dublin, connut une existence agit&#233;e en essayant de d&#233;fendre la cause r&#233;volutionnaire. Et en juin 1849, un autre journal, The Irishman, fut mis sur pied par Bernard Fullam qui avait &#233;t&#233; l'administrateur de The Nation. Il lan&#231;a aussi une nouvelle organisation, l'&#171; Association D&#233;mo&#173;cratique &#187;, qu'on a d&#233;crite comme &#171; une association dont les buts &#233;taient presque uniquement le socialisme et la r&#233;volu&#173;tion &#187;. Cette association se d&#233;veloppa aussi parmi les ouvriers irlandais de Grande-Bretagne, et elle re&#231;ut le soutien amical et l'aval de Feargus O'Connor, qui y vit la r&#233;alisation de son vieil espoir de programme commun r&#233;unissant les d&#233;mocrates d'Irlande et de Grande-Bretagne. Mais, dans les deux pays, l'&#232;re de la r&#233;volution &#233;tait close pour cette g&#233;n&#233;ration, et il &#233;tait trop tard pour que les ouvriers r&#233;volutionnaires puissent r&#233;parer le mal fait par les doctrinaires de la classe moyenne. Le journal disparut en mai 1850, apr&#232;s avoir surv&#233;cu dix-sept mois. On trouvait parmi ses collaborateurs Thomas Clarke Luby, qui fut par la suite un des principaux r&#233;dacteurs de l'&#233;quipe de l'Irish People, organe de la Confr&#233;rie Fenian [73], ce qui peut expliquer pour une bonne part les th&#232;ses avanc&#233;es d&#233;fendues par ce journal. Autre membre de l'&#233;quipe de l'Irishman de l'&#233;poque, Joseph Brennan, qui, nous l'avons d&#233;j&#224; vu, &#233;crivait dans l'Irish Tribune. Brennan &#233;migra finalement en Am&#233;rique et collabora largement aux pages du Delta de la Nouvelle-Orl&#233;ans, qui publia des po&#232;mes de lui, et o&#249; se faisait sentir l'influence de ses liens pr&#233;coces avec les courants de pens&#233;e socialistes r&#233;volutionnaires d'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de quitter cette p&#233;riode, il faut dire quelques mots de l'empreinte laiss&#233;e sur le mouvement ouvrier britannique par les exil&#233;s ouvriers irlandais. Un auteur anglais, H. S. Foxwell [74], a &#233;crit que &#171; la propagande socialiste a &#233;t&#233; avant tout assur&#233;e par des hommes de sang celtique ou s&#233;mitique &#187;. Dans l'ab&#173;solu, l'affirmation peut se discuter, mais il est du moins certain que c'est &#224; des gens de sang celte que les pays de langue anglo-saxonne doivent la plus grande part des premi&#232;res formes de propagande en faveur des conceptions socialistes. Nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; Feargus O'Connor ; un autre Irlandais a profon&#173;d&#233;ment grav&#233; son nom dans les premi&#232;res structures du mouve&#173;ment ouvrier et socialiste anglais : James Bronterre O'Brien qui fut &#224; la fois un &#233;crivain et un dirigeant chartiste. Parmi ses &#339;uvres les plus connues, citons : Rise, Progress and Phases of Human Slavery : How it came into the world, and how it may be made go out of it, publi&#233; en 1830 ; Address to the Oppressed and Mystified People of Great Britain, 1851 ; European Letters, ainsi que les pages du National Reformer qu'il fonda en 1837 [Naissance, Essor et &#201;poques de l'Esclavage Humain : Comment il apparut dans le monde et comment on peut l'en chasser ; Adresse au Peuple Opprim&#233; et Mystifi&#233; de Grande-Bretagne ; Lettres Europ&#233;ennes]. D'abord partisan de la violence physique, il se consacra par la suite presque exclusivement au d&#233;veloppement d'un syst&#232;me de banques fonci&#232;res, gr&#226;ce auxquelles il pensait avoir trouv&#233; le moyen de tourner le pouvoir politique et militaire de la classe capitaliste. On dit que c'est Bronterre O'Brien qui fut le premier &#224; utiliser en Angleterre le terme distinctif de &#171; social-d&#233;mocrate &#187; pour d&#233;signer les partisans du nouvel ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Doherty, autre ap&#244;tre du mouvement ouvrier et socia&#173;liste, est bien moins connu aujourd'hui qu'O'Brien. Pourtant, c'&#233;tait un r&#233;volutionnaire beaucoup plus r&#233;solu dans ses prises de position politiques et son message &#233;tait tout aussi clair. Il a, sans doute &#233;t&#233; la figure dominante du mouvement ouvrier anglais et irlandais entre 1830 et 1840. Il ne s'est pas beaucoup pr&#233;occup&#233; de d&#233;velopper les th&#233;ories socialistes, mais il consa&#173;cra tous ses efforts &#224; organiser la classe ouvri&#232;re et &#224; lui appren&#173;dre &#224; agir par elle-m&#234;me. Il fut Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral de la &#171; F&#233;d&#233;&#173;ration of Spinning Societies &#187; [75], qui cherchait &#224; r&#233;unir toutes les industries textiles en un seul grand syndicat industriel natio&#173;nal, et qui s'&#233;tendit largement en Grande-Bretagne et en Irlande. Il fonda une &#171; National Association for the Protection of Labour &#187;, qui s'effor&#231;a d'&#233;difier un syndicat ouvrier ayant des objectifs politiques autant qu'&#233;conomiques. Ce syndicat regroupa 100 000 membres, et les organisations de Belfast vinrent y adh&#233;rer en bloc. Il fonda et fit para&#238;tre en 1831 The Voice of the People, un journal qui, bien que co&#251;tant sept pence le num&#233;ro, atteignit un tirage de 30.000 exemplaires et qui est d&#233;crit comme &#171; accordant une grande attention &#224; la politique des &#8220; Radicals &#8221; et aux progr&#232;s de la r&#233;volution sur le continent. &#187; D'apr&#232;s Sydney Webb, qui le cite dans History of Trades Unionism, Francis Place, qui &#233;tait l'homme le mieux inform&#233; de son temps sur le mouvement ouvrier anglais, aurait affirm&#233; que lors de la crise anglaise du Reform Bill de 1832 [76], Doherty, loin de se fourvoyer comme bien d'autres dirigeants ouvriers dans le ralliement aux r&#233;formateurs de la classe moyenne, &#171; conseillait &#224; la classe ouvri&#232;re de profiter de l'occa&#173;sion pour faire la R&#233;volution sociale &#187;. C'&#233;tait assur&#233;ment la note dominante du message de Doherty : tout devait &#234;tre accompli par la classe ouvri&#232;re et par elle seule. On peut r&#233;su&#173;mer le personnage en disant qu'il avait &#171; de larges connaissan&#173;ces, une grande perspicacit&#233; naturelle et des perspectives &#224; long terme &#187;. Il &#233;tait n&#233; &#224; Lame en 1799.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre Doherty, Hugh, connut une certaine notori&#233;t&#233; dans les cercles socialistes anglais, et nous le trouvons en 1841 &#224; Londres, directeur d'un journal socialiste, The Phalanx, qui se consacrait &#224; la diffusion des id&#233;es du socialiste fran&#231;ais Fourier. Ce journal eut peu d'influence sur le mouvement ouvrier &#224; cause de son attitude extr&#234;mement doctrinaire, mais il semble avoir &#233;t&#233; diffus&#233; et avoir eu des correspondants aux &#201;tats-Unis. Ce fut une des premi&#232;res publications fabriqu&#233;es sur une composeuse ; l'un des num&#233;ros comporte une minutieuse description de la machine, ce qui constitue une lecture &#233;ton&#173;nante aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il nous semble que l'afflux impor&#173;tant d'ouvriers irlandais a &#233;t&#233; b&#233;n&#233;fique pour le mouvement ouvrier anglais. Il est vrai que, dans un premier temps, la concurrence qu'ils repr&#233;sentaient sur le march&#233; de l'emploi eut des cons&#233;quences d&#233;sastreuses sur les salaires. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, l'&#233;tude de la litt&#233;rature &#233;ph&#233;m&#232;re de ces mouvements nous montre que les exil&#233;s ouvriers irlandais &#233;taient des mili&#173;tants comparativement beaucoup plus pr&#233;sents et actifs que ce que repr&#233;sente leur pourcentage dans l'ensemble de la population. Et ils &#233;taient toujours l'&#233;l&#233;ment le plus avanc&#233;, le moins pr&#234;t au compromis, le plus irr&#233;conciliable du mouvement. Nous savons bien que les sectaires et philosophes^socialistes n'aimaient pas les Irlandais : Charles Kingsley, ce curieux m&#233;lange de pr&#233;lat, de socialiste, de chauvin et de fanatique religieux, a du mal &#224; garder un langage d&#233;cent lorsqu'il fait intervenir un Irlandais dans le fil de ses r&#233;cits. Mais cette aversion leur venait de la peur que provoquaient chez eux le refus du compromis et la volont&#233; d'action des ouvriers irlan&#173;dais. Voil&#224; pourquoi les qualit&#233;s du travailleur irlandais qui lui valaient l'affection des adversaires les plus r&#233;solus de l'injustice capitaliste, &#233;taient celles-l&#224; m&#234;me qui rebutaient ceux qui, par leur situation sociale, allaient devenir les historiens des mouve&#173;ments auxquels il participa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[73] cf. chapitre suivant note 79&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[74] cf. chapitre X, note 45&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[75] &#171; F&#233;d&#233;ration des Associations de Fileurs &#187; : en fait Grand General Union of ail the Spinners (Grand Syndicat G&#233;n&#233;ral de tous les Fileurs), fond&#233; par Doherty &#224; Manchester en 1829. L'Association Nationale pour la Protection du Travail, fond&#233;e par lui en 1830, fut, avant m&#234;me les tentatives d'Owen, la premi&#232;re exp&#233;rience de syndicat conf&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[76] &#171; Radical &#187; signifie presque extr&#233;miste. Ici, il s'agit des &#171; Radical reformers &#187; des ann&#233;es 1810-1820, qui, inspir&#233;s par Bentham, r&#233;cla&#173;maient des r&#233;formes &#233;conomiques et politiques, celles-l&#224; m&#234;me qui aboutiront au Reform Bill (r&#233;forme &#233;lectorale de 1832, qui abaisse le sens &#233;lectoral et restructure les circonscriptions). Francis Place, un des initiateurs du trade-unionisme, avait alors lanc&#233; de grandes campagnes et meetings pour pousser plus loin que les courants whigs qui revendiquaient seulement la r&#233;forme &#233;lectorale.&lt;br class='autobr' /&gt;
XVI - La classe ouvri&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
h&#233;riti&#232;re des id&#233;aux irlandais du pass&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;positaire des espoirs de l'avenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Affam&#233;, r&#233;sign&#233;, obs&#233;quieux, est-ce ainsi&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'un Chr&#233;tien doit c&#233;der comme &#224; l'ordre de Dieu,&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendu aux vieux dictons : &#171; La fai&#173;blesse est la force &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou encore : &#171; Tout ce qui est, est pour le mieux &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
O texte d'abjection, credo de la grand-honte,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;vangile marqu&#233; de triple d&#233;shon&#173;neur !&lt;br class='autobr' /&gt;
Tel qui rend coup pour coup et prend quand il a faim,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne peut &#234;tre rebelle au regard du Seigneur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
J.-F. O'Donnell&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre ne pr&#233;tend pas faire l'histoire de la classe ouvri&#232;re en Irlande, mais plut&#244;t le bilan de son r&#244;le dans l'histoire irlandaise. C'est ce qui explique que notre plan ne pr&#233;voyait pas d'&#233;tudier en d&#233;tail la naissance, l'&#233;volution ou le d&#233;clin de l'industrie en Irlande, sauf dans la mesure o&#249; cela influait sur notre argumentation d'ensemble. Il fallait donc &#233;voquer la situation des travailleurs dans les p&#233;riodes importantes de notre histoire moderne, et l'attitude des dirigeants irlandais envers les espoirs, les aspirations et les besoins de ceux qui vivent de leur travail. A diverses reprises, par exemple pour l'analyse de la &#171; prosp&#233;rit&#233; &#187; du Parlement de Grattan, ou du d&#233;clin commercial de l'Irlande &#224; la suite de l'Union L&#233;gislative de 1800, nous avons &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; &#233;tudier les causes fondamentales qui peuvent expliquer les progr&#232;s industriels ou commerciaux de certains pays et les reculs enregistr&#233;s dans d'autres. Nous ne cherchons pas &#224; nous excuser pour ces digressions apparen&#173;tes ; il n'en est nul besoin : il &#233;tait impossible de donner &#224; nos lecteurs une id&#233;e claire de la situation de la classe ouvri&#232;re &#224; un moment historique donn&#233;, sans expliquer les causes &#233;cono&#173;miques et politiques qui contribu&#232;rent &#224; rendre possible ou n&#233;cessaire tel ou tel comportement. Pour la m&#234;me raison, il nous a fallu parfois revenir sur une p&#233;riode d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e afin d'attirer l'attention sur un aspect du probl&#232;me dont l'introduc&#173;tion pr&#233;matur&#233;e aurait d&#233;form&#233; la perspective. C'est ainsi que nous n'avons pas parl&#233; de l'origine du syndicalisme en Irlande, tout en montrant au cours de notre &#233;tude que les secteurs professionnels &#233;taient fort bien organis&#233;s dans le pays. Nous ne comptons pas plus traiter ce probl&#232;me maintenant, m&#234;me si nous esp&#233;rons avoir, &#224; un moment plus favorable, l'occasion d'analyser les documents sur ce sujet afin de retracer le d&#233;ve&#173;loppement de cette institution en Irlande. Qu'il suffise pour l'instant de rappeler qu'il existait en Irlande avant la R&#233;forme des corporations de m&#233;tiers comme en Angleterre et sur le continent. Apr&#232;s la R&#233;forme, ces corporations devinrent exclu&#173;sivement protestantes, et m&#234;me anti-catholiques dans la &#171; zone anglaise &#187;[77] ; elles continu&#232;rent de refuser l'admission des Catholiques, m&#234;me apr&#232;s la Loi d'&#201;mancipation, et elles furent officiellement abolies par une loi en 1840. Pourtant, les ouvriers catholiques et protestants, qui n'&#233;taient pas admis dans les corporations (seuls les Anglicans &#233;taient &#233;ligibles) se mirent n&#233;anmoins &#224; s'organiser par eux-m&#234;mes. Et leurs syndicats domin&#232;rent alors le monde du travail, &#224; la grande col&#232;re des capitalistes et propri&#233;taires fonciers et au grand d&#233;pit des gouvernements. Voici l'un des traits les plus remarquables et fort instructifs de leur organisation &#224; la ville comme &#224; la campagne : avant chaque tentative de r&#233;volte politique &#224; l'&#233;chelle du pays, il y avait un essor sensible de l'agitation, du m&#233;contentement et de la conscience de classe parmi les adh&#233;rents, ce qui montre bien que dans la t&#234;te d'un ouvrier irlandais conscient, le lien entre la domination politique et sociale &#233;tait tout &#224; fait clair. Dans la Dublin Chronicle du 28 janvier 1792, on trouve le r&#233;cit d'une grande gr&#232;ve men&#233;e par les compagnons tailleurs de Dublin. D'apr&#232;s ce r&#233;cit, les tailleurs arm&#233;s se rendirent dans les ateliers de M. Miller, &#224; Ross Lane, de M. Leet, sur Merchant's Quay, de M. Walsh &#224; Castle Street et de M. Ward &#224; Cope Street ; ils s'en prirent &#224; des jeunes qui y travaillaient, coup&#232;rent les mains de deux d'entre eux et en jet&#232;rent d'autres dans le fleuve. Dans un num&#233;ro ult&#233;rieur de ce m&#234;me magazine, il y a l'histoire d'un petit groupe de d&#233;chargeurs de charbon (travaillant aux docks) appr&#233;hend&#233;s par la presse royale qui voulait les enr&#244;ler de force dans la marine ; mises au courant, les organisations de dockers convoqu&#232;rent leurs adh&#233;rents, march&#232;rent sur le poste de garde o&#249; les hommes &#233;taient d&#233;tenus, l'attaqu&#232;rent, vainqui&#173;rent les gardes et d&#233;livr&#232;rent leurs camarades. Toujours dans le m&#234;me journal, le 3 janvier 1793, il y a une lettre envoy&#233;e par un habitant de Carrickmacross, dans le comt&#233; de Monaghan, qui raconte comment une troupe arm&#233;e de &#171; D&#233;fenseurs &#187; [78] d&#233;fila dans cette ville alors qu'elle se dirigeait vers Ardee, et comment les soldats, charg&#233;s de l'attaquer, en tu&#232;rent une bonne partie. Le 24 janvier 1793, un autre correspondant d&#233;crit le combat qui mit aux prises, entre Bailieborough et Kingscourt, dans le comt&#233; de Cavan,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; ces pauvres dupes qui se nomment eux-m&#234;mes D&#233;fenseurs et une partie de l'arm&#233;e &#187;. Dix-huit travailleurs furent tu&#233;s, cinq gri&#232;vement bless&#233;s et trente faits prisonniers et &#171; incarc&#233;r&#233;s &#224; la prison de Cavan &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici encore, le 23 juillet 1793, le r&#233;cit d'une bataille &#224; Limerick :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La nuit derni&#232;re, nous avons appris par un expr&#232;s de Lime&#173;rick porteur des informations qui suivent, que dans la nuit de samedi une foule de 7 ou 8 000 personnes a attaqu&#233; la ville et essay&#233; de l'incendier. L'arm&#233;e, la milice et les citoyens durent conjuguer leurs forces pour repousser ces audacieux sc&#233;l&#233;rats et faire descendre l'artillerie dans la rue. Apr&#232;s une r&#233;sistance s&#233;v&#232;re et tenace, les insurg&#233;s furent dispers&#233;s, perdant 140 morts et de nombreux bless&#233;s &#187;. Des affrontements similaires entre paysans et soldats assist&#233;s des propri&#233;taires locaux, se d&#233;roul&#232;rent dans le comt&#233; de Wexford.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un Rapport fait en 1793 par la Commission secr&#232;te de la Chambre des Lords, on peut lire, au sujet des D&#233;fenseurs (qui &#233;taient, comme nous l'avons dit, des travailleurs organis&#233;s luttant pour am&#233;liorer leur sort utilisant les seuls moyens qui leur restaient) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; ils sont d'abord apparus dans le comt&#233; de Louth &#187;, &#171; se sont bient&#244;t multipli&#233;s dans les comt&#233;s de Meath, Cavan, Monaghan et r&#233;gions proches &#187;, et &#171; il semble que leurs dispositions ont &#233;t&#233; concert&#233;es, pr&#233;par&#233;es dans le plus grand secret, avec un degr&#233; d'organisation et de m&#233;thode qui n'est pas habituel chez des gens de si m&#233;diocre condition, comme si les directives venaient d'hommes d'un rang sup&#233;rieur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;v&#233;nements, on le remarquera, se d&#233;roulaient &#224; la veille de la grande pouss&#233;e r&#233;volutionnaire de 1798, ce qui montre &#224; quel point les luttes de classes des travailleurs irlandais furent une v&#233;ritable &#233;cole pr&#233;paratoire &#224; la lutte insurrectionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; dit comment l'exp&#233;rience de l'interminable lutte contre les d&#238;mes, ainsi que l'esprit militant des m&#233;tiers irlandais et des &#171; Ribbonmen &#187; avaient forg&#233; le mat&#233;riau r&#233;vo&#173;lutionnaire de 1848, que ne surent pas utiliser Smith O'Brien et ses partisans. On constate, pour la p&#233;riode r&#233;volutionnaire suivante, celle de la conspiration Fenian, le m&#234;me m&#233;lange tr&#232;s frappant de conscience de classe militante et de nationalisme r&#233;volutionnaire. Il n'est d'ailleurs pas &#233;tonnant que les authen&#173;tiques nationalistes irlandais, les S&#233;paratistes, aient toujours &#233;t&#233; des gens profond&#233;ment humanistes, passionn&#233;ment d&#233;mo&#173;crates, parce que ce fut toujours au sein de la classe ouvri&#232;re de leur pays qu'ils trouv&#232;rent le soutien le plus fid&#232;le, et dans la classe ouvri&#232;re &#233;trang&#232;re qu'ils eurent les d&#233;fenseurs les plus r&#233;solus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Fraternit&#233; Fenian fut fond&#233;e en 1857 [79], si l'on en croit John O'Mahony, l'un de ses deux dirigeants, l'autre &#233;tant James Stephens. D'O'Mahony, M. John O'Leary &#233;crit dans ses Recollections of Fenians and Fenianism [Souvenirs sur...], qu'il &#233;tait un d&#233;mocrate avanc&#233; de tendance socialiste ; et W. A. O'Connor, dans son History of the Irish People, assure qu'O'Mahony comme Stephens ont &#233;t&#233; membres de soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes en France, O'Mahony parce qu'il &#233;tait &#171; simplement d'accord &#187;. La personnalit&#233; de ces hommes qui furent les responsables de l'Association Fenian nous est pr&#233;cis&#233;e par un passage d'un journal fond&#233; pour d&#233;fendre la cause des Fenians, et publi&#233; &#224; Londres apr&#232;s la suppression en 1865 de l'organe de la Frater&#173;nit&#233;, The Irish People qui paraissait &#224; Dublin. Ce journal, le Flag of Ireland, citant le correspondant &#224; Paris de l'Irishman, &#233;crit le 3 octobre 1868 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'association prit naissance au Quartier Latin, alors que John O'Mahony, Michael Doheny et James Stephens &#233;taient exil&#233;s &#224; Paris apr&#232;s 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est dans les t&#234;tes de ce triumvirat de conspirateurs que germa l'id&#233;e du Fenianisme. O'Mahony, qui connaissait tr&#232;s bien les traditions irlandaises et y &#233;tait fort attach&#233;, trouva le nom de la nouvelle association ; Doheny qui &#233;tait l'obstination, la vivacit&#233; et l'&#233;nergie personnifi&#233;es, lui insuffla l'&#233;lan principal qui la fit na&#238;tre ; mais c'est &#224; Stephens qu'est due l'orientation qui la rallia aux mouvements r&#233;volutionnaires du continent. Il per&#231;ut que la question irlandaise n'&#233;tait plus une question religieuse ; il avait trop de bon sens pour admettre qu'il ne s'agissait que d'une question de nationalit&#233;. Et il pressentit qu'il s'agissait du m&#234;me vieux combat qui avait agit&#233; la France &#224; la fin du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, simplement d&#233;plac&#233; sur un autre terrain ; les forces en pr&#233;sence &#233;taient les m&#234;mes, avec cette diff&#233;rence qu'en Irlande les gens ne pouvaient pas se consoler en se disant que leurs tyrans &#233;taient des compatriotes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral que choisit Stephens pour en faire le commandant en chef de l'Arm&#233;e R&#233;publicaine Irlandaise n'&#233;tait autre que le G&#233;n&#233;ral Cluseret [80], qui sera par la suite le commandant en chef des F&#233;d&#233;r&#233;s pendant la Commune de Paris ; voil&#224; un &#233;l&#233;ment plus r&#233;v&#233;lateur des principes des hommes qui inspir&#232;&#173;rent le mouvement Fenian que n'importe quel t&#233;moignage de leurs subordonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1857, au moment m&#234;me o&#249; naissait le Fenianisme, appa&#173;rut en Irlande une agitation ouvri&#232;re tr&#232;s r&#233;solue, qui culmina lors d'un mouvement puissant des compagnons boulangers contre le travail de nuit et pour une r&#233;duction des horaires de travail. Entre 1858 et 1860, il y eut de vastes rassemblements dans tout le pays o&#249; l'on revendiquait avec v&#233;h&#233;mence les droits des travailleurs et o&#249; l'on d&#233;crivait et d&#233;non&#231;ait la tyrannie des patrons irlandais. Dans le Wexford, le Kilkenny, le Clonmel et le Waterford, le travail de nuit fut aboli, et le travail de jour r&#233;glement&#233;. Le mouvement fut pris suffisamment au s&#233;rieux pour qu&#8221;une commission parlementaire soit form&#233;e afin d'en&#173;qu&#234;ter &#224; son sujet. Nous tirons de son rapport, cit&#233; par Karl Marx dans son grand ouvrage Le Capital, les passages qui suivent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; A Limerick, o&#249;, de l'aveu g&#233;n&#233;ral, les souffrances des ouvriers d&#233;passaient toute mesure, le mouvement &#233;choua contre l'opposition des ma&#238;tres boulangers et surtout des bou&#173;langers meuniers. L'exemple de Limerick r&#233;agit sur Ennis et Tipperary. A Cork, o&#249; l'hostilit&#233; du public se manifesta de la mani&#232;re la plus vive, les ma&#238;tres firent &#233;chouer le mouvement en renvoyant leurs ouvriers. A Dublin, ils oppos&#232;rent la plus opini&#226;tre r&#233;sistance, et, en poursuivant les principaux meneurs de l'agitation, forc&#232;rent le reste &#224; c&#233;der et &#224; se soumettre au travail de nuit et au travail du dimanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le comit&#233; croit que les heures de travail sont limit&#233;es par des lois naturelles qui ne peuvent &#234;tre viol&#233;es impun&#233;ment. Les ma&#238;tres, en for&#231;ant leurs ouvriers, par la menace de les chasser, &#224; blesser leurs sentiments religieux, &#224; d&#233;sob&#233;ir &#224; la loi du pays et &#224; m&#233;priser l'opinion publique (tout cela se rapporte au travail du dimanche), les ma&#238;tres s&#232;ment la haine entre le capital et le travail et donnent un exemple dangereux pour la religion, la moralit&#233; et l'ordre public... Le comit&#233; croit que la prolongation du travail au-del&#224; de douze heures est une v&#233;rita&#173;ble usurpation, un empi&#233;tement sur la vie priv&#233;e et domestique du travailleur qui aboutit &#224; des r&#233;sultats moraux d&#233;sastreux, portant atteinte &#224; son foyer : elle l'emp&#234;che de remplir ses devoirs de famille comme fils, fr&#232;re, &#233;poux et p&#232;re. Un travail de plus de douze heures tend &#224; miner la sant&#233; de l'ouvrier ; il am&#232;ne pour lui la vieillesse et la mort pr&#233;matur&#233;es, et, par suite, le malheur de sa famille, qui se trouve priv&#233;e des soins et de l'appui de son chef au moment m&#234;me o&#249; elle en a le plus besoin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur remarquera que les villes o&#249; le mouvement fut le plus puissant, o&#249; les travailleurs lutt&#232;rent le plus durement et o&#249; la conscience de classe fut la plus &#233;lev&#233;e, &#233;taient les endroits o&#249; le Fenianisme avait connu l'essor le plus important. C'est un ph&#233;nom&#232;ne historique consid&#233;rable que Dublin, Cork, Wexford, Clonmel, Kilkenny, Waterford et Ennis, ainsi que leurs r&#233;gions respectives, furent les villes o&#249; le message du mouvement Fenian rencontra le plus d'&#233;cho. Richard Pigott, qui, avant de succomber &#224; l'influence de l'argent que lui offrit le Times de Londres, avait eu une longue et fructueuse carri&#232;re de dirigeant important de la presse progressiste irlandaise, et qui avait acquis, en cette qualit&#233;, une connaissance approfon&#173;die des hommes et des mouvements dont il avait embrass&#233; la cause, nous donne, dans ses Recollections of an Irish Journalist [Souvenirs d'un journaliste irlandais], un t&#233;moignage sur les membres du courant Fenian. T&#233;moignage qui, on va le voir, fait pleinement ressortir notre analyse des relations entre le mouvement r&#233;volutionnaire et la classe ouvri&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il est connu que le Fenianisme &#233;tait consid&#233;r&#233; avec une aversion non dissimul&#233;e, pour ne pas dire une haine mortelle, non seulement par les grands propri&#233;taires et la classe diri&#173;geante, mais aussi par le clerg&#233; catholique, la petite-bourgeoi&#173;sie catholique, et l'immense majorit&#233; des classes agricoles. En fait, elle ne trouvait d&#233;faveur que parmi les travailleurs les plus jeunes et les plus conscients les jeunes des grandes villes employ&#233;s dans les petits m&#233;tiers commerciaux, ou encore parmi les jeunes artisans et ouvriers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx cite les &#171; Rapports de l'Administration de la Loi des Pauvres sur le Salaire des Travailleurs agricoles de la r&#233;gion de Dublin, 1870 &#187;, et il montre que, de 1849 &#224; 1869, alors que les salaires avaient augment&#233; en Irlande de cinquante &#224; soixante pour cent, les prix alimentaires avaient plus que dou&#173;bl&#233;. Il reproduit le tableau suivant des comptes officiels d'un &#171; workhouse &#187; irlandais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moyenne hebdomadaire des frais d'entretien par t&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt; Ann&#233;e finissant le : Vivres V&#234;tements Total &lt;br class='autobr' /&gt; 29 septembre 1849 1s. 31/4d. 3d. 1s. 61/4d. &lt;br class='autobr' /&gt; 29 septembre 1869 2s. 71/4d. 6d. 3s. 11/4d.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces faits nous prouvent qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; le mouvement Fenian se d&#233;veloppait parmi les masses irlandaises des villes les ouvriers &#233;taient engag&#233;s dans des affrontements acharn&#233;s avec leurs employeurs, tandis que les prix des produits courants avaient doubl&#233;. C'&#233;tait l&#224; deux causes suffisantes pour cr&#233;er un ferment r&#233;volutionnaire m&#234;me dans un pays qui n'aurait pas eu comme l'Irlande des raisons historiques de vouloir la r&#233;volution. La Grande-Bretagne &#233;tait elle aussi en proie &#224; une violente agitation provoqu&#233;e par les terribles souffrances des ouvriers dues &#224; la crise industrielle de 1866-7. Le Morning Star, journal londonien, relevait que, dans six districts de Londres, il y avait 15 000 ouvriers et leurs familles en &#233;tat d'indigence. Le Reynold's Newspaper du 20 janvier 1867 citait une grande affiche placard&#233;e selon lui dans tout Londres, o&#249; l'on pouvait lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les b&#339;ufs sont gras, les hommes cr&#232;vent de faim ; les b&#339;ufs qu'on engraisse dans des palais de verre vont nourrir les riches dans de luxueuses demeures, tandis qu'on laisse les pauvres crever de faim dans leurs bas-fonds mis&#233;rables &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le journal ajoutait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce texte fait penser &#224; l'activit&#233; des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes qui pr&#233;par&#232;rent le peuple fran&#231;ais aux &#233;v&#233;nements de 1789. En ce moment, o&#249; les ouvriers anglais sont en train de mourir de froid et de faim avec leurs femmes et leurs enfants, il y a de l'or anglais, produit par les travailleurs anglais, qu'on investit par millions dans des entreprises &#233;trang&#232;res, russes, espagnoles, italiennes ou autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Standard de Londres &#233;crivait le 5 avril 1866 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; On a pu voir hier un effrayant specta&#173;cle dans un des quartiers de la capitale. Les milliers de ch&#244;&#173;meurs de l'East End n'&#233;taient pas tous venus d&#233;filer avec leurs drapeaux noirs, mais le torrent humain &#233;tait d&#233;j&#224; fort impres&#173;sionnant. Qu'on se rappelle ce que ces gens doivent endurer. Ils meurent de faim. Voil&#224; le fait, dans sa terrible simplicit&#233;. Et ils sont ainsi 40.000. Sous nos yeux, dans un quartier de notre admirable capitale, sont entass&#233;es, voisinant avec la plus &#233;norme accumulation de richesses que le monde ait connue, serr&#233;es comme sardines en bo&#238;te, 40.000 personnes affam&#233;es et sans recours. Ce sont ces milliers-l&#224;, que nous voyons main&#173;tenant d&#233;ferler dans les autres quartiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faim et la r&#233;volte qui frappaient la Grande-Bretagne expliquent le curieux ph&#233;nom&#232;ne signal&#233; par A. M. Sullivan dans New Ireland : la presse favorable au Home Rule [81] ou au gouvernement parvenait &#224; tenir t&#234;te &#224; l'Irish People en Irlande m&#234;me, alors qu'en Grande-Bretagne le journal Fenian s'&#233;tait d&#233;barrass&#233; de tous ses concurrents. Les ouvriers irlan&#173;dais exil&#233;s en Grande-Bretagne se rendaient compte que les aspirations de leur peuple visaient aux m&#234;mes fins, n&#233;cessi&#173;taient la m&#234;me action que les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels de leur classe : le renversement d&#233;finitif du gouvernement capitaliste et de la tyrannie nationale et sociale sur laquelle il repose. Prenons les po&#232;mes de J. F. O'Donnell, &#171; La mansarde de l'artisan &#187;, par exemple, qui d&#233;peint avec des mots qui font mal ce qui se passe dans la t&#234;te d'un artisan Fenian de Dublin au ch&#244;mage, assis au pied du lit de sa femme en train de mourir de faim ; pensons &#224; la tendresse plaintive des po&#233;sies de J.-K. Casey (L&#233;o). A lire de pr&#232;s les m&#233;ditations qu'ils inspirent, on comprend que les revues qui les publiaient aient &#233;t&#233; chaleureusement accueil&#173;lies par des hommes et des femmes qui appartenaient &#224; la fois au peuple irlandais et &#224; une classe domin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1798 fut pour l'Irlande l'&#233;quivalent des aspirations incarn&#233;es par la premi&#232;re R&#233;volution fran&#231;aise ; 1848 fit &#233;cho en palpi&#173;tant aux soul&#232;vements d&#233;mocratiques et sociaux d'Angleterre et du continent europ&#233;en. De la m&#234;me fa&#231;on, le Fenianisme a fait battre les c&#339;urs irlandais au m&#234;me rythme que la classe ouvri&#232;re europ&#233;enne dont les pulsations furent ailleurs &#224; l'ori&#173;gine de l'Association Internationale des Travailleurs. Des sec&#173;tions de l'Internationale se d&#233;velopp&#232;rent &#224; Dublin et &#224; Cork m&#234;me apr&#232;s la Commune de Paris, et il est fort int&#233;ressant de comparer l'&#233;volution du mouvement socialiste en Europe apr&#232;s la Commune et celle de la lutte r&#233;volutionnaire irlandaise apr&#232;s l'&#233;chec de 1867. Dans les deux cas, on constate que les r&#233;volt&#233;s abandonnent l'insurrection et inaugurent un type de lutte o&#249;, tout en maintenant leur objectif r&#233;volutionnaire, ils refusent constamment de recourir &#224; l'affrontement arm&#233;. Les nationalistes r&#233;volutionnaires se rang&#232;rent aux c&#244;t&#233;s de la Ligue Agraire [82] irlandaise firent de la lutte agraire le fondement de leur action. Mais ils ne se contentaient pas ainsi d'exploiter une fois de plus le filon in&#233;puisable des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, d'o&#249; tous les grands hommes politiques, de St. Laurent O'Toole &#224; Wolfe Tone, ont extrait les mat&#233;riaux avec lesquels ils ont &#233;difi&#233; une organisation patriotique de militants irlandais. Ils se trouvaient aussi d'eux-m&#234;mes, qu'ils en aient &#233;t&#233; ou non conscients, en accord avec les principes qui sous-tendent et inspirent le mouvement ouvrier moderne. C'est un ph&#233;nom&#232;ne qu'ont remarqu&#233; &#224; l'&#233;poque les observateurs les plus impar&#173;tiaux. Par exemple, dans un livre assez amusant, publi&#233; en France en 1887 sous le titre Chez Paddy, l'auteur, le Baron E. de Mandat-Grancey, un aristocrate fran&#231;ais, raconte un voyage qu'il fit en Irlande en 1886. Il y fit la connaissance de plusieurs dirigeants de la Ligue Agraire, et visita aussi les manoirs de plusieurs grands propri&#233;taires. Voici ce qu'il rapporte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; En effet, les revendications irlandaises ne reviennent peut- &#234;tre pas ouvertement au communisme, et il peut demeurer encore quelques illusions &#224; ce sujet ; m&#234;me si la Ligue Agraire cherche &#224; le dissimuler, mais il est du moins tout &#224; fait certain que les m&#233;thodes qu'elle emploie ne seraient point d&#233;savou&#233;es par les Communistes les plus avanc&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait reconna&#238;tre une r&#233;alit&#233; qui poussa l'Irish World, prin&#173;cipal organe de la Ligue Agraire en Am&#233;rique, &#224; porter en sous-titre &#171; Le Lib&#233;rateur Industriel Am&#233;ricain &#187;, et &#224; devenir le porte-parole du mouvement ouvrier naissant. C'&#233;tait aussi reconna&#238;tre une r&#233;alit&#233; qui incita les dirigeants de la classe moyenne irlandaise &#224; abandonner la lutte agraire, et &#224; tout faire pour que l'Irlande ne s'int&#233;resse plus qu'&#224; la lutte parle&#173;mentaire, aussit&#244;t qu'ils purent profiter d'un &#233;chec provisoire pour proposer ce changement de tactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte agraire leur faisait craindre une mise en question des droits de propri&#233;t&#233;, qui risquait non seulement de nier le caract&#232;re sacro-saint des fortunes fond&#233;es sur la rente, mais aussi de remettre en cause la l&#233;gitimit&#233; de celles qui s'&#233;taient construites sur le profit et l'int&#233;r&#234;t. Ils sentaient instinctivement qu'une telle mise en question ferait d&#233;couvrir qu'il n'y a aucune diff&#233;rence fondamentale entre ces deux types de fortunes ; qu'elles n'ont pas pour origine la terre dans un cas ou l'atelier dans l'autre, mais l'exploitation de la classe des non-poss&#233;&#173;dants, contraints de travailler comme fermiers sur les terres ou comme ouvriers dans les ateliers et les usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour la m&#234;me raison qu'au moment de sa fondation (en 1879 &#224; Irishtown, dans le comt&#233; de Mayo, lors d'un rassem&#173;blement contre les exactions d'un pr&#234;tre qui &#233;tait aussi un propri&#233;taire terrien abusif), la Ligue Agraire eut &#224; vaincre en Irlande l'opposition de toute la presse officielle favorable au Home Rule, et en Grande-Bretagne celle des exil&#233;s irlandais, tandis qu'elle ne trouvait de soutien que chez les journaliers pauvres et chez les socialistes anglais et &#233;cossais. A vrai dire, les socialistes furent pendant des ann&#233;es presque les seuls &#224; exposer et &#224; d&#233;fendre les principes de la Ligue Agraire aupr&#232;s des masses britanniques, t&#226;che qu'ils accomplirent sans se d&#233;courager &#224; une &#233;poque o&#249; les &#171; respectables &#187; milieux ais&#233;s des communaut&#233;s irlandaises install&#233;es en Grande-Bretagne tremblaient comme des feuilles &#224; l'id&#233;e de d&#233;plaire &#224; leurs riches voisins britanniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, lorsqu'en Irlande le flot montant de la r&#233;volte victorieuse contraignit le parti lib&#233;ral &#224; approuver du bout des l&#232;vres les revendications de la paysannerie irlandaise, et lorsque fut r&#233;alis&#233;e l'alliance des Lib&#233;raux et des partisans du Home Rule [83], les hommes d'affaires irlandais install&#233;s en Grande-Bretagne mont&#232;rent en premi&#232;re ligne et s'insinu&#232;rent dans tous les postes de confiance et de direction des organisa&#173;tions irlandaises. L'un des premiers fruits de cette alliance, et l'un des plus amers, ce fut que les suffrages irlandais permirent de faire &#233;chec aux candidats des partis socialiste et travailliste. Malgr&#233; les protestations horrifi&#233;es et &#233;nergiques d'hommes tels que Michael Davitt, la phalange compacte des &#233;lecteurs irlandais fut lanc&#233;e sans rel&#226;che contre ceux qui avaient com&#173;battu et souffert pour l'Irlande, endur&#233; ostracismes et mauvais traitements en un temps o&#249; le gouvernement lib&#233;ral remplissait les prisons d'hommes et de femmes irlandais, sans jugement pr&#233;alable. Ces man&#339;uvres permettaient de d&#233;tacher les masses irlandaises vivant en Grande-Bretagne de leurs vieux amis, les clubs socialistes et travaillistes, pour les jeter dans les bras de leurs vieux ennemis, les capitalistes lib&#233;raux. Gr&#226;ce &#224; ces man&#339;uvres les politiciens bourgeois d'Irlande purent d&#233;fendre avec beaucoup d'astuce leurs int&#233;r&#234;ts de classe, alors m&#234;me qu'ils couvraient leurs agissements du masque du patriotisme. Il &#233;tait clair que si l'alliance entre le patriotisme irlandais et le courant socialiste avait &#233;t&#233; adopt&#233;e et consolid&#233;e par les organisations irlandaises de Grande-Bretagne, ils n'auraient pu la maintenir longtemps hors d'Irlande, ni la vaincre &#224; l'int&#233;&#173;rieur du pays, une fois qu'elle s'y serait introduite. C'est pour&#173;quoi, contre toute logique, ils s'acharnaient &#224; d&#233;former et falsifier la signification de l'histoire irlandaise, en pr&#233;tendant que la question de la propri&#233;t&#233; et de son &#233;volution &#233;tait ext&#233;&#173;rieure &#224; tous les d&#233;bats sur le nationalisme irlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voici qu'est soulev&#233;e de nouveau cette question qu'ils craignent tant ; on ne pourra ni la dissimuler ni l'&#233;liminer. Le succ&#232;s relatif de la Ligue Agraire a provoqu&#233; en Irlande un changement dont peu de gens mesurent l'importance. En un mot, cela signifie que les r&#233;centes Lois fonci&#232;res, en m&#234;me temps que l'essor actuel du trafic transatlantique, sont en train de faire passer l'Irlande de l'&#233;tat de pays gouvern&#233; selon des conceptions f&#233;odales &#224; celui de pays se d&#233;veloppant selon les lois capitalistes du march&#233;. De nos jours, la concurrence que repr&#233;sentent les fermes poss&#233;d&#233;es par les trusts aux Etats-Unis et en Argentine est un ennemi bien plus dangereux pour l'agriculteur irlandais que les derniers vestiges du landlordisme ou de l'administration bureaucratique de l'Empire britannique. L'ennemi d&#233;sormais, c'est le capitalisme, qui est en train de traverser l'oc&#233;an. L'agriculteur irlandais qui a r&#233;colt&#233; sa mois&#173;son et l'a port&#233;e au march&#233;, d&#233;couvre aujourd'hui qu'un concurrent vivant &#224; trois mille miles de l&#224; dans un pays ami, vend moins cher que lui et le r&#233;duit &#224; la mendicit&#233;. Ainsi touche &#224; sa fin l'h&#233;r&#233;sie purement politique sous laquelle depuis pr&#232;s de 250 ans les doctrinaires de la classe moyenne d&#233;guisent la lutte des Irlandais pour l'ind&#233;pendance. Le combat des clans irlandais contre l'influence anglaise et tout ce qu'elle entra&#238;nait, la lutte des paysans et des travailleurs des 18e et 19e si&#232;cles, la grande lutte sociale de tous les temps va rena&#238;tre en Irlande sous des formes nouvelles adapt&#233;es aux conditions nouvelles. Cette guerre entreprise par la Ligue Agraire, puis abandonn&#233;e avant m&#234;me d'&#234;tre perdue ou gagn&#233;e, les travailleurs irlandais vont la reprendre &#224; plus large &#233;chelle, mieux arm&#233;s et mieux instruits sur les conditions essentielles d'une victoire d&#233;finitive. Les anciens clans irlandais &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme anglais ou comme irlandais selon qu'ils rejetaient ou adoptaient le syst&#232;me social autochtone ou le syst&#232;me &#233;tranger ; de la m&#234;me fa&#231;on, ils pouvaient mesurer leur degr&#233; d'oppression ou de libert&#233; selon qu'ils perdaient ou recouvraient la propri&#233;t&#233; col&#173;lective de leurs terres. De m&#234;me, d&#233;sormais, les travailleurs irlandais fonderont leur lutte lib&#233;ratrice non point sur le fait qu'ils gagnent ou perdent le droit d'intervenir au Parlement irlandais, mais selon les progr&#232;s qu'ils feront pour devenir les ma&#238;tres de ces usines, ateliers et fermes dont d&#233;pendent le pain et les libert&#233;s d'un peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons r&#233;p&#233;t&#233; si souvent, la question irlandaise est une question sociale. Toute la lutte ancestrale du peuple irlandais contre ses oppresseurs se r&#233;sume en derni&#232;re analyse &#224; une lutte pour la domination des moyens de subsistance et de production du pays. Qui d&#233;tiendrait la propri&#233;t&#233; et la ma&#238;&#173;trise du sol ? Le peuple ou les envahisseurs ? Et quel groupe d'envahisseurs ? Le flot le plus r&#233;cent de voleurs de terre ou les enfants des voleurs d'une g&#233;n&#233;ration ant&#233;rieure ? Voil&#224; quelles &#233;taient les questions de fond de la vie politique irlan&#173;daise. Toutes les autres questions n'intervenaient que dans la mesure o&#249; elles pouvaient servir les int&#233;r&#234;ts de l'une des fac&#173;tions, une fois qu'elle avait pris position dans cette lutte sur les droits de propri&#233;t&#233;. Sans cette cl&#233; pour atteindre le sens des &#233;v&#233;nements, sans ce fil directeur pour interpr&#233;ter les actions des &#171; grands hommes &#187;, l'histoire de l'Irlande n'est qu'un imbroglio de faits sans relations, un chaos d&#233;sesp&#233;rant d'&#233;clats sporadiques, de trahisons, d'intrigues, de massacres, d'assassinats et de guerres sans raison. Gr&#226;ce &#224; cette cl&#233;, on peut tout comprendre et remonter jusqu'aux origines. Sans cette cl&#233;, les occasions que l'Irlande a perdues sont si nombreuses qu'elles feraient monter le rouge au front des travailleurs irlandais ; gr&#226;ce &#224; elle, l'exp&#233;rience historique &#233;claire leur marche dans les sentiers tumultueux d'aujourd'hui. Si &#233;vident que ce fait nous apparaisse, il est ind&#233;niable que tous les mouvements politiques irlandais l'ont ignor&#233; pendant deux cents ans, et qu'ils ont &#233;t&#233; dirig&#233;s par des hommes qui restaient limit&#233;s &#224; la surface politique des choses. Pour &#233;veiller les passions du peu&#173;ple, ils invoquaient le souvenir des maux sociaux, les expulsions et les famines, mais ils ne proposaient &#224; ces maux que des rem&#232;des politiques : modification de la fiscalit&#233; ou transfert du si&#232;ge du gouvernement (de classe) d'un pays &#224; l'autre. Ils ne purent donc parvenir &#224; aucun r&#233;sultat, car ils proposaient des rem&#232;des politiques sans tenir compte de la domination sociale qui &#233;tait &#224; l'origine. Les r&#233;volutionnaires du pass&#233; &#233;taient plus avis&#233;s, comme le sont les socialistes irlandais aujourd'hui. Avec eux, le Nord et le Sud se prendront de nouveau la main, et il sera de nouveau prouv&#233;, comme en 1798, que face &#224; une m&#234;me oppression des ouvriers protestants peuvent se transformer en rebelles ardents, et des ouvriers catholiques en d&#233;fenseurs r&#233;solus des libert&#233;s religieuses et civiles, et que les deux peu&#173;vent devenir des sociaux d&#233;mocrates unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[77] Zone de r&#233;sidence r&#233;serv&#233;e aux ressortissants anglais &#224; l'&#233;tranger, en particulier en Irlande, autour de Dublin (le &#171; Pale)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[78] &#171; Defenders &#187;, groupe d'autod&#233;fense catholique, qui s'&#233;taient form&#233;s dans le Nord de l'Irlande face aux groupes protestants, en particulier presbyt&#233;&#173;riens (cf. Chapitre VI, note 31).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[79] Le mouvement Fenian a &#233;t&#233; fond&#233; par d'anciens dirigeants, parmi les plus radicaux, de Jeune Irlande. Son nom est inspir&#233; de vieilles l&#233;gendes celtiques (Fiana). Une autre tradition veut que le mouvement ait &#233;t&#233; fond&#233; en 1858 aux &#201;tats-Unis. Reprenant la tradition de terrorisme r&#233;volutionnaire, le mouvement se r&#233;pandit d'abord parmi les &#233;migr&#233;s irlandais de ce pays, puis au Canada et en Angleterre. En Irlande, il tenta plusieurs mouvements insurrectionnels (1865, 1867) qui &#233;chou&#232;rent et furent durement r&#233;prim&#233;s. Le mouvement s'effondra sous Gladstone, mais inspirera par la suite le Sinn Fein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[80] Cluseret (1823-1900) &#233;tait un officier de carri&#232;re. Il avait commenc&#233; par combattre sous Cavaignac les insurg&#233;s de juin 1848. Il participa aux exp&#233;ditions garibaldiennes et &#224; la Guerre de S&#233;cession avec les Nordistes. Il s'affilia &#224; la Premi&#232;re Internationale et devint le d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Guerre de la Commune. Il sera jug&#233; puis lib&#233;r&#233;, s'exilera d'abord &#224; Constantinople, avant de revenir lors de l'amnistie des Communards et fut alors d&#233;put&#233; de Toulon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[81] Dans les ann&#233;es 1880-1890, Gladstone tente de calmer la &#171; question d'Irlande &#187; par des mesures agraires et deux projets de Home Rule (1886 et 1892), qui &#233;chou&#232;rent. Les premi&#232;res r&#233;formes aboutirent au &#171; desestablishment &#187; de l'&#201;glise d'Irlande (s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat en 1869) et au Land Act de 1870 destin&#233; &#224; prot&#233;ger les fermiers des propri&#233;tai&#173;res. Ces mesures furent insuffisantes, et les probl&#232;mes vont reprendre sous le second minist&#232;re Gladstone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[82] La Land League, dont Connolly raconte plus bas la naissance, fut lanc&#233;e en 1879 par Parnell, &#224; la fois pour d&#233;fendre les fermiers insatisfaits par la loi de 1870, et pour relancer les revendications de Home Rule. Mais Parnell tentait de limiter la lutte au plan parlementaire, o&#249; il utilisait syst&#233;mati&#173;quement une tactique d'obstruction. Si c'est &#224; son action que sont pour une part imputables les mesures prises par Gladstone, il fut en m&#234;me temps l'homme du compromis, effray&#233; par la mont&#233;e du mouvement populaire. C'est en effet la Land League qui inaugure la m&#233;thode du boycott des propri&#233;taires. Les violences mont&#232;rent jusqu'&#224; l'assassinat du secr&#233;taire pour l'Irlande Lord Cavendish (1882). Parnell, alors en prison au terme d'une r&#233;cente loi r&#233;pres&#173;sive, passe un compromis avec le gouvernement (Kilmainham Treaty) promet&#173;tant de faire cesser l'agitation contre la n&#233;gociation du Home Rule. La chute de Gladstone entra&#238;na l'&#233;chec du compromis (1886) et Parnell relan&#231;a l'agita&#173;tion de la Land League. Mais sa carri&#232;re politique fut interrompue par une sombre histoire d'adult&#232;re et de divorce. Les luttes de la Land League abouti&#173;rent n&#233;anmoins &#224; plusieurs lois agraires sur le fermage (1881) et sur le transfert partiel des terres des propri&#233;taires aux fermiers par un syst&#232;me de rachat (1891).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[83] Qui va conduire &#224; la victoire des Lib&#233;raux aux &#233;lections de 1906, face &#224; la coalition &#171; unioniste &#187; domin&#233;e par les Conservateurs qui s'&#233;taient oppos&#233;s aux projets de Home Rule de Gladstone et qui dirigeaient le pays depuis la retraite de celui-ci en 1894.*&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Connaissez-vous James Connoly, dirigeant de la lutte r&#233;volutionnaire et prol&#233;tarienne d'Irlande ?</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Irlande</dc:subject>

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&lt;p&gt;Connaissez-vous James Connoly, dirigeant de la lutte r&#233;volutionnaire et prol&#233;tarienne d'Irlande ? &lt;br class='autobr' /&gt;
James Connolly &#8211; Le premier socialiste irlandais : un pr&#233;curseur de Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
James Connolly et la solution prol&#233;tarienne, communiste et r&#233;volutionnaire de la question nationale en Irlande &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution irlandaise &lt;br class='autobr' /&gt;
La classe ouvri&#232;re dans la r&#233;volution irlandaise &lt;br class='autobr' /&gt;
What is our programme, by Connoly &lt;br class='autobr' /&gt;
Writings of Connoly &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur James Connoly &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire aussi le commentaire du CCI pour lequel Connoly (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot107" rel="tag"&gt;Irlande&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Connaissez-vous James Connoly, dirigeant de la lutte r&#233;volutionnaire et prol&#233;tarienne d'Irlande ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://liberationirlande.wordpress.com/2012/03/05/james-connolly-le-premier-socialiste-irlandais-un-precurseur-de-marx/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;James Connolly &#8211; Le premier socialiste irlandais : un pr&#233;curseur de Marx&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1622&#034;&gt;James Connolly et la solution prol&#233;tarienne, communiste et r&#233;volutionnaire de la question nationale en Irlande&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1531&#034;&gt;La r&#233;volution irlandaise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article289&#034;&gt;La classe ouvri&#232;re dans la r&#233;volution irlandaise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article955&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;What is our programme, by Connoly&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/archive/connolly/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Writings of Connoly&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.scribd.com/doc/96599559/Irlande-%E2%80%93-Les-idees-de-James-Connolly&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur James Connoly&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.internationalism.org/ri416/james_connolly_s_oppose_a_l_independance_irlandaise.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi le commentaire du CCI pour lequel Connoly ne peut &#234;tre en m&#234;me temps un dirigeant national et un dirigeant prol&#233;tarien ce qui est pourtant le cas&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="en">
		<title>Marxist point of view on irish national liberation</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3527</link>
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		<dc:date>2015-01-04T01:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>en</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Irlande</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Marxist point of view on irish national liberation &lt;br class='autobr' /&gt;
On the irish question &lt;br class='autobr' /&gt;
First international on irish question &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &amp; Engels On Ireland &lt;br class='autobr' /&gt;
Lenin on Ireland &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky on thr Irish revolution &lt;br class='autobr' /&gt;
Connolly on irish question &lt;br class='autobr' /&gt;
The Re-Conquest of Ireland Labour and national freedom &lt;br class='autobr' /&gt;
Irish revolution James Connolly and the proletarian, Communist and revolutionary solution of the national question in Ireland &lt;br class='autobr' /&gt;
Connolly's writings&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;20- ENGLISH - MATERIAL AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot107" rel="tag"&gt;Irlande&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marxist point of view on irish national liberation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/1867/12/16.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On the irish question&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/iwma/documents/ireland.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;First international on irish question&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/archive/marx/works/subject/ireland/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marx &amp; Engels On Ireland&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/lenin/works/1914/mar/12.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lenin on Ireland&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/archive/trotsky/1916/07/dublin.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trotsky on thr Irish revolution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1445&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Connolly on irish question&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/connolly/1915/rcoi/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The Re-Conquest of Ireland&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/connolly/1916/01/laborprg.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Labour and national freedom&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://translate.google.fr/translate?u=http://www.matierevolution.org%2Fspip.php?article2971&amp;sl=fr&amp;tl=en&amp;hl=fr&amp;ie=UTF-8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Irish revolution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://translate.google.fr/translate?u=http://www.matierevolution.fr%2Fspip.php?article1622&amp;sl=fr&amp;tl=en&amp;hl=fr&amp;ie=UTF-8}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Who is James Connolly -&gt; http://en.wikipedia.org/wiki/James_Connolly&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;James Connolly and the proletarian, Communist and revolutionary solution of the national question in Ireland&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/connolly/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Connolly's writings&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karl Marx et la question nationale irlandaise</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2591</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2591</guid>
		<dc:date>2013-01-08T07:51:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Irlande</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que fera ensuite la social-d&#233;mocratie, Marx et Engels appellent le mouvement ouvrier des pays riches &#224; se d&#233;solidariser de mani&#232;re r&#233;volutionnaire des int&#233;r&#234;ts de sa propre bourgeoisie qui oppresse les peuples et &#224; se lier au combat de tous les peuples opprim&#233;s sur le terrain national mais contrairement &#224; ce que fera ensuite le stalinisme, ils l'appellent &#224; le faire non pas sur le terrain du nationalisme mais sur celui de la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme le feront ensuite (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - Livre Quatorze : PROLETAIRES SANS FRONTIERES&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot107" rel="tag"&gt;Irlande&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que fera ensuite la social-d&#233;mocratie, Marx et Engels appellent le mouvement ouvrier des pays riches &#224; se d&#233;solidariser de mani&#232;re r&#233;volutionnaire des int&#233;r&#234;ts de sa propre bourgeoisie qui oppresse les peuples et &#224; se lier au combat de tous les peuples opprim&#233;s sur le terrain national mais contrairement &#224; ce que fera ensuite le stalinisme, ils l'appellent &#224; le faire non pas sur le terrain du nationalisme mais sur celui de la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme le feront ensuite L&#233;nine et Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Karl Marx et la question nationale irlandaise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La classe ouvri&#232;re anglaise ne va jamais rien accomplir avant qu'elle ne se soit d&#233;barrass&#233;e de l'Irlande. Le levier doit &#234;tre appliqu&#233; en Irlande. C'est pourquoi la question irlandaise est si importante pour le mouvement social en g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KARL MARX, lettre &#224; Engels du 10 d&#233;cembre 1869&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; [&#8230;] la question irlandaise est une question sociale, toute la lutte s&#233;culaire du peuple irlandais contre ses oppresseurs se r&#233;sout, en derni&#232;re analyse dans la lutte pour la ma&#238;trise des ressources vitales, les origines de la production, en Irlande.[&#8230;] Avec cette clef [&#171; clef de l'histoire [&#8230;] expos&#233;e par Karl Marx &#187;] l'histoire irlandaise est une lampe aux pieds [de l'ouvrier irlandais] dans les chemins orageux d'aujourd'hui. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JAMES CONNOLLY in Labour in Irish history&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Donnez-moi deux-cent mille Irlandais et je pourrais renverser la monarchie britannique en son entier. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FRIEDRICH ENGELS, 1843&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une lettre &#224; Engels de1867, Marx &#233;crit que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce que les Anglais ne savent pas d&#233;j&#224;, c'est que depuis 1846 la teneur &#233;conomique et, par cons&#233;quent, le but politique de la domination anglaise en Irlande sont enti&#232;rement entr&#233;s dans une nouvelle phase, et ce, pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de cela, le Fenianisme est caract&#233;ris&#233; par une tendance socialiste (dans un sens n&#233;gatif, dirig&#233; contre l'appropriation de la terre) et en &#233;tant un mouvement des cat&#233;gories les plus humbles. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La question, &#233;crivait-il &#224; Engels, est de savoir ce que nous devons conseiller aux ouvriers. Pour moi, ils doivent inclure dans leur programme l'abrogation de l'Union (&#8230;). C'est la seule forme l&#233;gale de l'&#233;mancipation irlandaise, donc la seule acceptable pour le programme d'un parti anglais. L'exp&#233;rience montrera par la suite si une simple union personnelle entre les deux pays est viable. Je suis &#224; mi-chemin de le croire, &#224; condition que cela se produise &#224; temps. Ce qu'il faut aux Irlandais, c'est :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'autonomie et l'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La r&#233;volution agraire. Les Anglais, avec la meilleure volont&#233;, ne peuvent l'accomplir pour eux, mais ils peuvent leur donner les moyens de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Des droits protecteurs contre l'Angleterre. De 1793 &#224; 1801, toutes les branches de l'industrie irlandaise ont prosp&#233;r&#233;. L'Union, qui fit supprimer les droits protecteurs institu&#233;s autrefois par le Parlement irlandais, a d&#233;sorganis&#233; toute l'activit&#233; industrielle en Irlande (&#8230;). D&#232;s que les Irlandais auront acc&#233;d&#233; &#224; l'ind&#233;pendance, le besoin les forcera &#224; devenir protectionnistes, comme le Canada, l'Australie, etc. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aboutissement du d&#233;bat sur l'Irlande, aliment&#233; par l'exp&#233;rience tir&#233;e de la pratique quotidienne de l'Internationale, se trouve dans la Communication priv&#233;e du 1er janvier 1870 envoy&#233;e &#224; toutes les sections nationales &#224; la suite des d&#233;saccords survenus avec le Conseil f&#233;d&#233;ral de la Suisse romande. C'est un texte d'une grande port&#233;e g&#233;n&#233;rale qui inspira directement L&#233;nine dans l'&#233;laboration de sa r&#233;flexion th&#233;orique sur l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'Angleterre, y &#233;crit Marx, est la forteresse du landlordisme et du capitalisme europ&#233;en, le seul point o&#249; l'on puisse frapper le grand coup contre l'Angleterre officielle est l'Irlande. En premier lieu, l'Irlande est la forteresse du landlordisme anglais, et s'il tombait en Irlande, il tomberait en Angleterre. En Irlande, l'op&#233;ration est cent fois plus facile parce que la lutte &#233;conomique y est concentr&#233;e exclusivement sur la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, parce que cette lutte y est en m&#234;me temps nationale et parce que le peuple y est plus r&#233;volutionnaire et plus exasp&#233;r&#233; qu'en Angleterre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Communication exprimait ensuite l'opinion que la fin de l'Union forc&#233;e entre les deux pays provoquerait en Irlande une r&#233;volution sociale aux formes arri&#233;r&#233;es, ce qui affaiblirait non seulement les propri&#233;taires fonciers britanniques, mais encore la bourgeoisie. Celle-ci n'a pas seulement exploit&#233; la mis&#232;re irlandaise pour rabaisser par l'&#233;migration forc&#233;e des Irlandais pauvres la classe ouvri&#232;re en Angleterre, mais elle a en outre divis&#233; le prol&#233;tariat en deux camps hostiles (&#8230;). L'ouvrier anglais vulgaire hait l'ouvrier irlandais comme un comp&#233;titeur qui d&#233;pr&#233;cie les salaires, le standard of living (&#8230;). Cet antagonisme parmi les prol&#233;taires de l'Angleterre est nourri et entretenu par la bourgeoisie, qui se dit que cette scission est le v&#233;ritable secret du maintien de son pouvoir. &#187; (30 novembre 1867, Marx &#224; Engels)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier aspect de la situation soulign&#233; par la Communication : le lien entre le militarisme et l'oppression sociale d'une part, l'exploitation et l'&#233;crasement de la r&#233;volte irlandaise d'autre part : &#171; L'Irlande est le seul pr&#233;texte pour entretenir une grande arm&#233;e permanente qui en cas de besoin est lanc&#233;e, comme cela s'est vu, sur les ouvriers anglais apr&#232;s avoir fait ses &#233;tudes soldatesques en Irlande. Enfin, ce que nous a montr&#233; l'ancienne Rome sur une &#233;chelle monstrueuse se r&#233;p&#232;te en Angleterre de nos jours. Le peuple qui subjugue un autre peuple se forge ses propres cha&#238;nes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de &#171; pousser la r&#233;volution sociale &#187; en Angleterre, il n'y avait pas de meilleur moyen que de &#171; frapper un grand coup en Irlande &#187; et, abstraction faite de toute &#171; justice internationale &#187;, c'&#233;tait &#171; une condition pr&#233;liminaire de l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re anglaise de transformer la pr&#233;sente Union forc&#233;e (c'est-&#224;-dire l'esclavage de l'Irlande) en conf&#233;d&#233;ration libre et &#233;gale s'il se peut, en s&#233;paration compl&#232;te, s'il le faut &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx affirmera ainsi dans un discours devant les repr&#233;sentants de l'Internationale que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La question irlandaise est [&#8230;] non seulement une question de nationalit&#233; mais aussi une question de terre et d'existence. Ruine ou r&#233;volution est le mot d'ordre ; tous les Irlandais sont convaincus que si tout doit [finalement] arriver, cela doit arriver rapidement. &#187;&lt;/i&gt; (Le 16 d&#233;cembre 1867)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#224; Londres &#233;crit le 29 novembre 1869 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) Je suis de plus en plus arriv&#233; &#224; la conviction, et il ne s'agit que d'inculquer cette id&#233;e &#224; la classe ouvri&#232;re anglaise, qu'elle ne pourra jamais rien faire de d&#233;cisif, ici en Angleterre tant qu'elle ne rompra pas de la fa&#231;on la plus nette, dans sa politique irlandaise, avec la politique des classes dominantes ; tant qu'elle ne fera pas, non seulement cause commune avec les Irlandais, mais encore tant qu'elle ne prendra pas l'initiative de dissoudre l'Union d&#233;cid&#233;e en 1801 pour la remplacer par des liens f&#233;d&#233;raux librement consentis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pratiquer cette politique en en faisant non une question de sympathie pour l'Irlande, mais une revendication qui se fonde sur l'int&#233;r&#234;t m&#234;me du prol&#233;tariat anglais. Sinon le peuple anglais continuera &#224; &#234;tre tenu en lisi&#232;re par ses classes dirigeantes parce qu'il est contraint de faire front commun avec elles contre l'Irlande. Tout mouvement populaire en Angleterre m&#234;me est paralys&#233; par le diff&#233;rend avec les Irlandais qui forment, en Angleterre, une fraction tr&#232;s importante de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re condition de l'&#233;mancipation ici, le renversement de l'oligarchie fonci&#232;re, reste impossible &#224; r&#233;aliser, car on ne pourra emporter la place ici tant que les propri&#233;taires fonciers maintiendront en Irlande leurs avant-postes fortement retranch&#233;s. En Irlande par contre, d&#232;s que la cause du peuple irlandais reposera entre ses propres mains, d&#232;s qu'il sera devenu son propre l&#233;gislateur et qu'il se gouvernera lui-m&#234;me, d&#232;s qu'il jouira de son autonomie, l'an&#233;antissement de l'aristocratie fonci&#232;re (en grande partie les m&#234;mes personnes que les landlords anglais) deviendra infiniment plus facile qu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'en Irlande le probl&#232;me n'est pas seulement d'ordre &#233;conomique, c'est en m&#234;me temps une question nationale, car les landlords en Irlande ne sont pas, comme en Angleterre, les dignitaires et les repr&#233;sentants traditionnels de la nation, mais ses oppresseurs ex&#233;cr&#233;s. Et ce n'est pas seulement l'&#233;volution sociale int&#233;rieure de l'Angleterre qui est paralys&#233;e par les rapports actuels avec l'Irlande, mais encore sa politique ext&#233;rieure et notamment sa politique envers la Russie et les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme c'est incontestablement la classe ouvri&#232;re anglaise qui constitue le poids le plus important dans la balance de l'&#233;mancipation sociale, c'est ici qu'il nous faut agir. En r&#233;alit&#233;, la R&#233;publique anglaise sous Cromwell a &#233;chou&#233; &#224; cause&#8230; de l'Irlande. Non bis in idem [Que cela ne se r&#233;p&#232;te pas] ! Les Irlandais ont jou&#233; un bien joli tour au gouvernement anglais en &#233;lisant membre du Parlement le convict felon [for&#231;at condamn&#233;] O'Donovan Rossa. D&#233;j&#224; les journaux gouvernementaux agitent la menace d'une nouvelle suspension de l'Habeas corpus act, d'une nouvelle terreur ! En fait, l'Angleterre n'a jamais gouvern&#233; l'Irlande qu'en employant la terreur la plus odieuse et la corruption la plus d&#233;testable et, tant que subsisteront les relations actuelles, elle ne pourra jamais la gouverner autrement. (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il est de l'int&#233;r&#234;t direct et absolu de la classe ouvri&#232;re anglaise de se d&#233;barrasser de [sa] connexion actuelle avec l'Irlande. [&#8230;] &lt;br class='autobr' /&gt;
La classe ouvri&#232;re anglaise ne va jamais rien accomplir avant qu'elle ne se soit d&#233;barrass&#233;e de l'Irlande. Le levier doit &#234;tre appliqu&#233; en Irlande. C'est pourquoi la question irlandaise est si importante pour le mouvement social en g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(lettre de Marx &#224; Engels de d&#233;cembre 1869)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &#171; Communication confidentielle &#187; du 28 mars 1870, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le landlordisme anglais ne perdrait pas seulement une grande source de ses richesses, mais encore sa plus grande force morale, c'est-&#224;-dire celle de repr&#233;senter a domination de l'Angleterre sur l'Irlande. De l'autre c&#244;t&#233;, en maintenant le pouvoir de ses landlords en Irlande, le prol&#233;tariat anglais les rend invuln&#233;rables dans l'Angleterre elle-m&#234;me. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc062.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite : L'Internationale et un pays d&#233;pendant, l'Irlande&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans la lettre &#224; Siegfried Vogt et August Mayer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Par rapport &#224; l'ouvrier irlandais, il [l'ouvrier anglais] se sent membre de la nation&lt;br class='autobr' /&gt;
dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l'Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-m&#234;me. Il se berce de pr&#233;jug&#233;s religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte &#224; peu pr&#232;s comme les blancs pauvres vis-&#224;-vis des n&#232;gres dans les anciens &#201;tats esclavagistes des &#201;tats-Unis. L'Irlandais lui rend avec int&#233;r&#234;t la monnaie de sa pi&#232;ce. Il voit dans l'ouvrier anglais &#224; la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels ont soutenu le mouvement des Fenians, dans l'espoir de le ramener vers les id&#233;es du socialisme, mais c'&#233;tait un soutien s&#233;v&#232;rement critique. Marx et Engels fustigeaient l'&#233;troitesse nationaliste des dirigeants de ce mouvement, et d&#233;non&#231;aient sans d&#233;tour leurs activit&#233;s terroristes, comme par exemple l'attentat de Clerkenwell (1867). Cet attentat a d&#233;clench&#233; une vague de sentiments anti-irlandais chez les travailleurs britanniques. Marx &#233;crivait &#224; Engels : &#171; Le dernier exploit des Fenians est une affaire stupide. Les masses londoniennes, qui ont fait preuve de grande sympathie &#224; l'&#233;gard de la cause irlandaise, en seront furieuses. On ne peut pas attendre des prol&#233;taires de Londres qu'ils acceptent de se faire exploser en l'honneur des &#233;missaires des Fenians. &#187; Engels a vigoureusement d&#233;nonc&#233; la futilit&#233; du terrorisme individuel de ce genre &#8211; &#171; l'&#339;uvre de sp&#233;cialistes fanatis&#233;s &#187; &#8211; et ridiculisait &#171; l'id&#233;e que l'on peut lib&#233;rer l'Irlande en incendiant la boutique d'un tailleur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Le mouvement est d&#233;crit ailleurs par Engels comme une &#171; secte &#187; dont les leaders &#171; sont pour la plupart des &#226;nes, certains m&#234;me des exploiteurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, Marx et Engels soutiennent cependant le mouvement Fenian. Ils le font car ils ressentent dans la vie politique et les luttes sociales et nationales de cette &#171; premi&#232;re colonie &#187; les premi&#232;res manifestations de contradictions coloniales que l'on retrouvera dans les luttes d'ind&#233;pendance du XXe si&#232;cle. Ainsi, Marx fit adopter quelques r&#233;solutions par l'Association Internationale des Travailleurs en faveur de la cause nationale irlandaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Principal obstacle &#224; l'av&#232;nement en Angleterre d'un parti ouvrier r&#233;volutionnaire, auquel les deux th&#233;oriciens avaient assign&#233; le r&#244;le dirigeant de leur strat&#233;gie politique, la question irlandaise se devait donc d'&#234;tre r&#233;gl&#233;e, selon eux, &#224; la faveur de l'ind&#233;pendance nationale de l'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-5-f.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La situation en Irlande en 1867&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/engels/works/1845/03/fe_18450315_4.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Engels &#8211; L'immigration irlandaise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/marx/works/00/kug/km_kug_18680406.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lettre de Marx - 6 avril 1868&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/marx/works/00/kug/km_kug_18691129.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lettre de Marx - 29 novembre 1869&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/07/19160700k.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine et la question irlandaise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/07/19160700h.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine et le droit des nations&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1916/07/lt_19160704.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trotsky et Dublin 1916&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/archive/connolly/1916/02/fronta.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;James Connolly - Notes on the Front&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/archive/connolly/1897/xx/scirenat.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;James Connolly - Socialism and Irish Nationalism&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Karl Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale et un pays d&#233;pendant, l'Irlande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous enverrai apr&#232;s-demain les papiers sur les affaires internationales dont je dispose [1]. (Il est trop tard aujourd'hui pour la poste.) Je vous enverrai par la suite les autres documents sur le Congr&#232;s de B&#226;le. Dans ce que je vous enverrai, vous trouverez aussi certaines des r&#233;solutions prises par le Conseil g&#233;n&#233;ral le 30 novembre sur l'amnistie irlandaise, dont vous avez entendu parler et que j'ai pr&#233;par&#233;es, ainsi qu'un pamphlet irlandais sur le traitement des Fenians emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai l'intention de pr&#233;parer d'autres r&#233;solutions sur la n&#233;cessit&#233; de transformer l'actuelle Union (qui asservit l'Irlande) en une f&#233;d&#233;ration libre et &#233;gale avec la Grande-Bretagne. Pour l'heure, les choses restent en suspens pour ce qui est des r&#233;solutions publiques, en raison de mon absence prolong&#233;e au Conseil g&#233;n&#233;ral. Aucun autre membre ne poss&#232;de la connaissance n&#233;cessaire des affaires irlandaises et une autorit&#233; suffisante aupr&#232;s des membres anglais du Conseil g&#233;n&#233;ral pour pouvoir me remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, je n'ai pas &#233;t&#233; inactif durant ce temps, et je vous demande de lire ce qui suit avec la plus grande attention :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que je me suis pr&#233;occup&#233;, durant de longues ann&#233;es, de la question irlandaise, j'en suis venu &#224; la conclusion que le coup d&#233;cisif contre les classes dominantes anglaises (et il sera d&#233;cisif pour le mouvement ouvrier du monde entier) ne peut pas &#234;tre port&#233; en Angleterre, mais seulement en Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er janvier 1870, j'ai pr&#233;par&#233; pour le Conseil g&#233;n&#233;ral une circulaire confidentielle en fran&#231;ais (car ce sont les publications fran&#231;aises, et non allemandes, qui ont le plus d'effet sur les Anglais) &#224; propos du rapport entre la lutte nationale irlandaise et l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire de la position que l'Internationale devrait adopter sur la question irlandaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous en donne ici tr&#232;s bri&#232;vement les points essentiels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Irlande est la citadelle de l'aristocratie fonci&#232;re anglaise. L'exploitation de ce pays ne constitue pas seulement l'une des sources principales de sa richesse mat&#233;rielle, en m&#234;me temps que sa plus grande force morale. De fait, elle repr&#233;sente la domination de l'Angleterre sur l'Irlande. L'Irlande est donc le grand moyen gr&#226;ce auquel l'aristocratie anglaise maintient sa domination en Angleterre m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, si demain l'arm&#233;e et la police anglaises se retiraient d'Irlande, nous aurions imm&#233;diatement une r&#233;volution agraire en Irlande. Le renversement de l'aristocratie anglaise en Irlande aurait pour cons&#233;quence n&#233;cessaire son renversement en Angleterre, de sorte que nous aurions les conditions pr&#233;alables [2] &#224; une r&#233;volution prol&#233;tarienne en Angleterre. La destruction de l'aristocratie fonci&#232;re est une op&#233;ration infiniment plus facile &#224; r&#233;aliser en Irlande qu'en Angleterre, parce que la question agraire a &#233;t&#233; jusqu'ici, en Irlande, la seule forme qu'ait rev&#234;tu la question sociale, parce qu'il s'agit d'une question d'existence m&#234;me, de vie ou de mort, pour l'immense majorit&#233; du peuple irlandais, et aussi parce qu'elle est ins&#233;parable de la question nationale. Tout cela abstraction faite du caract&#232;re plus passionn&#233; et plus r&#233;volutionnaire des Irlandais que des Anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la bourgeoisie anglaise, elle a d'abord un int&#233;r&#234;t en commun avec l'aristocratie anglaise : transformer l'Irlande en un simple p&#226;turage fournissant au march&#233; anglais de la viande et de la laine au prix le plus bas possible. Elle a le m&#234;me int&#233;r&#234;t &#224; r&#233;duire la population irlandaise &#8209; soit en l'expropriant, soit en l'obligeant &#224; s'expatrier &#8209; &#224; un nombre si petit que le capital fermier anglais puisse fonctionner en toute s&#233;curit&#233; dans ce pays. Elle a le m&#234;me int&#233;r&#234;t &#224; vider la terre irlandaise de ses habitants qu'elle en avait &#224; vider les districts agricoles d'&#201;cosse et d'Angleterre [3]. Il ne faut pas n&#233;gliger non plus les 6 &#224; 10 000 livres sterling qui s'&#233;coulent chaque ann&#233;e vers Londres comme rentes des propri&#233;taires qui n'habitent pas leurs terres, ou comme autres revenus irlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la bourgeoisie anglaise a encore d'autres int&#233;r&#234;ts, bien plus consid&#233;rables, au maintien de l'&#233;conomie irlandaise dans son &#233;tat actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison de la concentration toujours plus grande des exploitations agricoles, l'Irlande fournit sans cesse un exc&#233;dent de main-d'&#339;uvre au march&#233; du travail anglais et exerce, de la sorte, une pression sur les salaires dans le sens d'une d&#233;gradation des conditions mat&#233;rielles et intellectuelles de la classe ouvri&#232;re anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est primordial, c'est que chaque centre industriel et commercial d'Angleterre poss&#232;de maintenant une classe ouvri&#232;re divis&#233;e en deux camps hostiles : les prol&#233;taires anglais et les prol&#233;taires irlandais. L'ouvrier anglais moyen d&#233;teste l'ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui d&#233;grade son niveau de vie. Par rapport &#224; l'ouvrier irlandais, il se sent membre de la nation dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l'Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-m&#234;me. Il se berce de pr&#233;jug&#233;s religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte &#224; peu pr&#232;s comme les blancs pauvres vis-&#224;-vis des n&#232;gres dans les anciens &#201;tats esclavagistes des &#201;tats-Unis. L'Irlandais lui rend avec int&#233;r&#234;t la monnaie de sa pi&#232;ce. Il voit dans l'ouvrier anglais &#224; la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet antagonisme est artificiellement entretenu et d&#233;velopp&#233; par la presse, le clerg&#233; et les revues satiriques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dominantes. Cet antagonisme est le secret de l'impuissance de la classe ouvri&#232;re anglaise, malgr&#233; son organisation. C'est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mal ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Il passe l'Oc&#233;an. L'antagonisme entre Anglais et Irlandais est la base cach&#233;e du conflit entre les &#201;tats-Unis et l'Angleterre. Il exclut toute coop&#233;ration franche et s&#233;rieuse entre les classes ouvri&#232;res de ces deux pays. Il permet aux gouvernements des deux pays de d&#233;samorcer les conflits sociaux en agitant la menace de l'autre et, si besoin est, en d&#233;clarant la guerre [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant la m&#233;tropole du capital et dominant jusqu'ici le march&#233; mondial, l'Angleterre est pour l'heure le pays le plus important pour la r&#233;volution ouvri&#232;re ; qui plus est, c'est le seul o&#249; les conditions mat&#233;rielles de cette r&#233;volution soient d&#233;velopp&#233;es jusqu'&#224; un certain degr&#233; de maturit&#233;. En cons&#233;quence, la principale raison d'&#234;tre de l'Association internationale des travailleurs est de h&#226;ter le d&#233;clenchement de la r&#233;volution sociale en Angleterre. La seule fa&#231;on d'acc&#233;l&#233;rer ce processus, c'est de rendre l'Irlande ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che de l'Internationale est donc en toute occasion de mettre au premier plan le conflit entre l'Angleterre et l'Irlande, et de prendre partout ouvertement parti pour l'Irlande. Le Conseil central &#224; Londres doit s'attacher tout particuli&#232;rement &#224; &#233;veiller dans la classe ouvri&#232;re anglaise la conscience que l'&#233;mancipation nationale de l'Irlande n'est pas pour elle une question abstraite de justice ou de sentiments humanitaires, mais la condition premi&#232;re de leur propre &#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tels sont en gros les points essentiels de la circulaire qui expliquait les raisons d'&#234;tre des r&#233;solutions du Conseil central sur l'amnistie irlandaise. Peu de temps apr&#232;s, j'envoyai &#224; L'Internationale, organe de notre comit&#233; central de Bruxelles, un article anonyme tr&#232;s violent contre Gladstone sur le traitement que subissent les Fenians de la part des Anglais. J'y accusai, entre autres, les r&#233;publicains fran&#231;ais (La Marseillaise avait publi&#233; des sottises sur l'Irlande, &#233;crites par le mis&#233;rable Talandier) d'&#233;conomiser, par une sorte d'&#233;go&#239;sme national, toute leur col&#232;re pour l'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela produisit son effet : ma fille Jenny &#233;crivit toute une s&#233;rie d'articles pour La Marseillaise sous la signature de J. Williams (nom sous lequel elle s'&#233;tait dans sa lettre pr&#233;sent&#233;e au comit&#233; de r&#233;daction) et publia, entre autres choses, la lettre de O'Donavan Rossa [5]. Tout cela fit grand bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir refus&#233; cyniquement pendant plusieurs ann&#233;es d'intervenir, Gladstone a finalement &#233;t&#233; contraint d'accepter une enqu&#234;te parlementaire sur le traitement r&#233;serv&#233; aux prisonniers fenians. Jenny est maintenant le correspondant r&#233;gulier de La Marseillaise pour les affaires irlandaises (cela soit dit entre nous sous le sceau du secret). Le gouvernement et la presse britanniques enragent de voir que la question irlandaise soit ainsi pass&#233;e au premier plan de l'actualit&#233; en France, de sorte que ces canailles sont maintenant expos&#233;es aux regards et &#224; la critique de tout le continent par le truchement de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fait d'une pierre deux coups : nous avons ainsi oblig&#233; les dirigeants, journalistes, etc., irlandais de Dublin &#224; entrer en contact avec nous, ce que le Conseil g&#233;n&#233;ral n'avait jamais pu obtenir jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez, en Am&#233;rique, un champ tr&#232;s vaste pour &#339;uvrer dans le m&#234;me sens. Coalition des ouvriers allemands et irlandais (et, naturellement, des ouvriers anglais et am&#233;ricains qui seraient d'accord), telle est la t&#226;che la plus importante que vous puissiez entreprendre aujourd'hui. C'est ce qu'il faut faire au nom de l'Internationale. Il faut exposer clairement la signification sociale de la question irlandaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la prochaine occasion, je vous ferai parvenir des pr&#233;cisions sur la situation des ouvriers anglais. Salut et fraternit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Projet de r&#233;solution du Conseil g&#233;n&#233;ral sur l'attitude du gouvernement britannique dans la question de l'amnistie irlandaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que, dans sa r&#233;ponse &#224; la demande faite par les Irlandais en vue de faire lib&#233;rer les patriotes irlandais emprisonn&#233;s (r&#233;ponse contenue dans ses lettres &#224; Mr O'Shea, le 18 octobre 1869, &#224; Mr Issac Butt, le 23 octobre, et aux anciens forestiers de Dublin), Mr Gladstone a insult&#233; la nation irlandaise [6] ;&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'il met &#224; l'amnistie politique des conditions qui d&#233;gradent &#224; la fois les victimes d'un mauvais gouvernement et le peuple gouvern&#233; ;&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'ayant, malgr&#233; la responsabilit&#233; de sa position, publiquement et avec enthousiasme, applaudi &#224; la r&#233;bellion des esclavagistes am&#233;ricains, il vient de pr&#234;cher au peuple irlandais la doctrine de l'ob&#233;issance passive ;&lt;br class='autobr' /&gt; Que l'ensemble de sa conduite dans la question de l'amnistie irlandaise est la continuation fid&#232;le et naturelle de cette politique de conqu&#234;te qui, fi&#232;rement d&#233;nonc&#233;e par Mr Gladstone, a chass&#233; les conservateurs, ses rivaux, du minist&#232;re,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Association internationale des travailleurs exprime son admiration pour la magnanimit&#233; avec laquelle le peuple irlandais a conduit son mouvement de l'amnistie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les relations entre les sections irlandaises et le Conseil g&#233;n&#233;ral de l'A. I. T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Engels dit que le sens v&#233;ritable de cette motion [7], une fois d&#233;pouill&#233;e de tout son voile d'hypocrisie, est de placer les sections irlandaises sous la suj&#233;tion du conseil f&#233;d&#233;ral britannique, ce &#224; quoi les sections irlandaises ne se r&#233;soudront jamais et ce que le Conseil g&#233;n&#233;ral n'a ni le droit ni le pouvoir de leur imposer. Conform&#233;ment aux statuts et aux r&#232;glements, ce Conseil n'a pas non plus le pouvoir de forcer une section ou une branche &#224; reconna&#238;tre la supr&#233;matie d'un quelconque conseil f&#233;d&#233;ral. Certes, il a le devoir, avant d'admettre ou de rejeter toute nouvelle branche qui se trouve sous la juridiction d'un quelconque conseil f&#233;d&#233;ral, de consulter ce conseil, mais le citoyen Engels soutient avec force que les sections irlandaises en Angleterre ne se trouvent pas plus sous la juridiction du conseil f&#233;d&#233;ral britannique que les sections fran&#231;aises, allemandes, italiennes ou polonaises. Les Irlandais forment &#224; tous &#233;gards une nationalit&#233; propre, distincte de toutes les autres, et le fait qu'ils usent de la langue anglaise ne saurait en aucune fa&#231;on les d&#233;pouiller de droits valables pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Hales a d&#233;peint les rapports entre l'Angleterre et l'Irlande sous un jour tout &#224; fait idyllique, comme si la plus grande harmonie r&#233;gnait entre elles. Or, ce sont exactement les m&#234;mes rapports qui ont exist&#233; entre la France et l'Angleterre au moment de la guerre de Crim&#233;e, lorsque les classes dominantes des deux pays ne trouvaient pas assez de mots pour se congratuler, et que tout respirait l'harmonie la plus parfaite. Mais le cas est tout diff&#233;rent. Il y a le fait de sept si&#232;cles de conqu&#234;te et d'oppression de l'Irlande par l'Angleterre. Or, tant que durera cette oppression, c'est insulter les ouvriers irlandais que de leur demander de se soumettre &#224; un conseil f&#233;d&#233;ral anglais. La position de l'Irlande vis-&#224;-vis de l'Angleterre n'est en rien celle de l'&#233;galit&#233;, mais bien plut&#244;t celle de la Pologne vis-&#224;-vis de la Russie. Que dirait-on si le Conseil g&#233;n&#233;ral exigeait des sections polonaises qu'elles reconnaissent la supr&#233;matie du conseil f&#233;d&#233;ral russe de P&#233;tersbourg, ou s'il demandait aux sections de la Pologne prussienne, du Schleswig septentrional et de l'Alsace de se soumettre au conseil f&#233;d&#233;ral berlinois ? Or, c'est exactement ce que l'on demande aux sections irlandaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les membres de l'Internationale appartenant &#224; une nation conqu&#233;rante demandent &#224; ceux appartenant &#224; une nation opprim&#233;e, non seulement dans le pass&#233;, mais encore dans le pr&#233;sent, d'oublier leur situation et leur nationalit&#233; sp&#233;cifiques, d'&#171; effacer toutes les oppositions nationales &#187;, etc., ils ne font pas preuve d'internationalisme. Ils d&#233;fendent tout simplement l'assujettissement des opprim&#233;s en tentant de justifier et de perp&#233;tuer la domination du conqu&#233;rant sous le voile de l'internationalisme. En l'occurrence, cela ne ferait que renforcer l'opinion, d&#233;j&#224; trop largement r&#233;pandue parmi les ouvriers anglais, selon laquelle, par rapport aux Irlandais, ils sont des &#234;tres sup&#233;rieurs et repr&#233;sentent une sorte d'aristocratie, comme les blancs des &#201;tats esclavagistes am&#233;ricains se figuraient l'&#234;tre par rapport aux noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cas comme celui des Irlandais, le v&#233;ritable internationalisme doit n&#233;cessairement se fonder sur une organisation nationale autonome : les Irlandais, tout comme les autres nationalit&#233;s opprim&#233;es, ne peuvent entrer dans l'Association ouvri&#232;re internationale qu'&#224; &#233;galit&#233; avec les membres de la nation conqu&#233;rante et en protestant contre cette oppression. En cons&#233;quence, les sections irlandaises n'ont pas seulement le droit mais encore le devoir de d&#233;clarer dans les pr&#233;ambules &#224; leurs statuts que leur premi&#232;re et plus urgente t&#226;che, en tant qu'Irlandais, est de conqu&#233;rir leur propre ind&#233;pendance nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antagonisme entre les ouvriers anglais et irlandais a toujours &#233;t&#233; l'un des moyens les plus puissants pour maintenir la domination de classe en Angleterre. Que l'on se souvienne du temps o&#249; Feargus O'Connor et les chartistes anglais ont &#233;t&#233; expuls&#233;s par des Irlandais de la salle des Sciences &#224; Manchester. &#192; pr&#233;sent, il existe pour la premi&#232;re fois une bonne occasion de faire &#339;uvrer de concert travailleurs anglais et irlandais en vue de leur &#233;mancipation commune, ce qui est un r&#233;sultat qu'aucun autre mouvement n'a jamais atteint dans un quelconque pays. Or, avant m&#234;me que l'on se soit assur&#233; de ce r&#233;sultat, on nous demande de dire et d'imposer aux Irlandais de ne pas prendre les choses eux-m&#234;mes en main et de se soumettre &#224; la direction d'un conseil anglais ! En fait, cela reviendrait &#224; introduire dans l'Internationale l'assujettissement des Irlandais par les Anglais. Si les initiateurs de cette motion sont &#224; ce point remplis d'un authentique esprit internationaliste, qu'ils en fassent donc la preuve, en transf&#233;rant le si&#232;ge du conseil f&#233;d&#233;ral britannique &#224; Dublin et en le pla&#231;ant sous la direction d'Irlandais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les pr&#233;tendus heurts entre branches irlandaises et branches anglaises, ils ont &#233;t&#233; suscit&#233;s uniquement par les membres du conseil f&#233;d&#233;ral anglais qui ont tent&#233; de s'immiscer dans les affaires des sections irlandaises dans le but de les amener &#224; renoncer &#224; leur caract&#232;re national sp&#233;cifique et &#224; se soumettre &#224; la direction du conseil anglais. Si elles se laissaient faire, les sections irlandaises d'Angleterre ne seraient plus reli&#233;es aux sections irlandaises d'Irlande. Il n'est pas possible de faire d&#233;pendre certains Irlandais d'un conseil f&#233;d&#233;ral de Londres, et d'autres d'un conseil f&#233;d&#233;ral de Dublin. Les sections irlandaises en Angleterre sont, en outre, notre base d'op&#233;ration vis-&#224;-vis des ouvriers irlandais en Irlande. Elles sont plus progressistes, parce qu'elles disposent de conditions plus favorables, et le mouvement ne peut &#234;tre propag&#233; et organis&#233; en Irlande que par leur truchement. Or, faut-il d&#233;lib&#233;r&#233;ment an&#233;antir soi-m&#234;me cette base d'op&#233;ration et renoncer au seul moyen gr&#226;ce auquel l'Irlande peut &#234;tre gagn&#233;e efficacement &#224; l'Internationale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il ne faut pas perdre de vue que les sections irlandaises n'accepteraient jamais &#8209; et elles auraient parfaitement raison &#8209; de renoncer &#224; leur organisation nationale autonome pour se subordonner au conseil anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se ram&#232;ne donc &#224; l'alternative : doit-on permettre aux Irlandais d'&#234;tre leurs propres ma&#238;tres, ou les chasser de l'Association ? Si la motion &#233;tait accept&#233;e, le Conseil g&#233;n&#233;ral devrait informer les ouvriers irlandais qu'apr&#232;s la domination de l'aristocratie anglaise sur l'Irlande, qu'apr&#232;s la domination de la bourgeoisie anglaise sur l'Irlande ils doivent s'attendre maintenant &#224; une domination de l'aristocratie ouvri&#232;re anglaise sur l'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. Marx &#224; Siegfried Mayer et August Vogt, 9 avril 1870.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons choisi ce texte de pr&#233;f&#233;rence &#224; d'autres, non seulement parce qu'il permet de donner sur cette question la synth&#232;se la plus compl&#232;te et concise, mais encore parce qu'il &#233;largit le probl&#232;me de l'Irlande &#224; l'Angleterre et jusqu'aux &#201;tats-Unis. En effet, Marx informe Mayer et Vogt, socialistes allemands &#233;migr&#233;s en Am&#233;rique, des grandes lignes de la politique de l'Internationale vis-&#224;-vis des Irlandais telle qu'elle s'applique aussi dans la pratique am&#233;ricaine. Nous abordons du m&#234;me coup l'activit&#233; de l'Internationale et du Conseil g&#233;n&#233;ral de Marx-Engels aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Les probl&#232;mes nationaux sont, en g&#233;n&#233;ral, des questions pr&#233;alables de la lutte du prol&#233;tariat pour ses buts propres, le socialisme. En ce sens, ce sont des conditions objectives, mais elles n'en demeurent pas moins de simples pr&#233;misses, et non des objectifs prol&#233;tariens. Il en va de m&#234;me pour les droits de r&#233;union, de presse, d'association, dits d&#233;mocratiques, qui sont des conqu&#234;tes de l'&#232;re bourgeoise et en quelque sorte des pr&#233;misses &#224; l'action autonome du prol&#233;tariat (certes, pas de mani&#232;re absolue, puisqu'en plein r&#233;gime bourgeois d&#233;velopp&#233; la classe capitaliste peut fort bien supprimer ces droits).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il faut absolument faire la distinction entre conditions pr&#233;alables de la lutte du prol&#233;tariat et objectifs propres de celle-ci, sous peine de brouiller la claire vision du programme de classe du prol&#233;tariat, donc aussi sa lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Marx a d&#233;crit ce processus sous le titre de &#171; Clearing of estates, champs convertis en p&#226;turages et p&#226;turages convertis en r&#233;serves de chasse dans la haute &#201;cosse &#187;, dans Le Capital, I, &#201;d. sociales, vol. III, p. 168-173.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans la circulaire du 1er janvier 1870 du Conseil g&#233;n&#233;ral au conseil f&#233;d&#233;ral de la Suisse romande, Marx donne la pr&#233;cision suivante sur ce point : &#171; Cet antagonisme se reproduit au-del&#224; de l'Atlantique. Les Irlandais, chass&#233;s de leur sol natal par des b&#339;ufs et des moutons, se retrouvent en Am&#233;rique du Nord o&#249; ils constituent une fraction formidable et toujours croissante de la population. Leur seule pens&#233;e, leur seule passion, c'est la haine de l'Angleterre. Le gouvernement anglais et le gouvernement am&#233;ricain (c'est-&#224;-dire les classes qu'ils repr&#233;sentent) alimentent ces passions pour &#233;terniser la lutte souterraine entre les &#201;tats-Unis et l'Angleterre ; c'est ainsi qu'ils emp&#234;chent l'alliance sinc&#232;re et s&#233;rieuse, par cons&#233;quent toute &#233;mancipation, des classes ouvri&#232;res des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; De plus, l'Irlande est le seul pr&#233;texte du gouvernement anglais pour entretenir une grande arm&#233;e permanente qui, en cas de besoin, comme cela s'est vu, est lanc&#233;e sur les ouvriers anglais, apr&#232;s avoir fait ses &#233;tudes soldatesques en Irlande. &#187; (Cf. Documents of the First International, vol. III, p. 359-360.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Du 1er mars au 17 avril 1870, La Marseillaise publia huit articles de Jenny Marx consacr&#233;s &#224; la d&#233;fense des Fenians.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] R&#233;solution &#233;labor&#233;e par Marx, adopt&#233;e le 30 octobre 1869 par le Conseil g&#233;n&#233;ral, et publi&#233;e &#224; Bruxelles le 12 d&#233;cembre dans L'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Extrait du protocole de la s&#233;ance du Conseil g&#233;n&#233;ral du 14 mai 1872.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le citoyen Hales y avait propos&#233; : &#8216;Que, dans l'opinion du Conseil, la formation de branches irlandaises nationalistes, en Angleterre, est en opposition aux statuts g&#233;n&#233;raux et aux principes de l'Association'. Et d'ajouter qu'il ne pr&#233;sente pas cette motion dans un esprit antagonique vis-&#224;-vis des membres irlandais, mais estime que la politique qu'elle vise pr&#233;senterait les plus graves p&#233;rils pour l'Association, abstraction faite de ce quelle serait en opposition avec ses statuts et principes. En effet, le principe fondamental de l'Association est de d&#233;truire toute vell&#233;it&#233; de doctrine nationaliste, et de d&#233;truire toutes les barri&#232;res qui s&#233;parent un homme de l'autre : la formation de branches irlandaises ou anglaises quelconques ne pourrait que retarder le mouvement, au lieu de le servir. La formation de branches irlandaises en Angleterre ne pourrait qu'aviver cet antagonisme national qui a malencontreusement exist&#233; si longtemps entre les peuples de ces deux pays. &#187; (Extrait du protocole de la m&#234;me s&#233;ance.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que, sous une phras&#233;ologie internationaliste de caract&#232;re humanitaire, Hales ne tol&#233;rait que des sections anglaises en Angleterre, bref refusait aux Irlandais le droit &#224; une existence au m&#234;me titre que les Anglais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>James Connolly et la solution prol&#233;tarienne, communiste et r&#233;volutionnaire de la question nationale en Irlande</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1622</link>
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		<dc:date>2010-03-24T05:50:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Irlande</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extraits de &#171; James Connolly et le mouvement r&#233;volutionnaire irlandais &#187; de Roger Faligot &lt;br class='autobr' /&gt;
En mars 1897, &#224; vingt-neuf ans, Connolly publia sa premi&#232;re oeuvre majeure, &#171; Erin's Hope &#187;, qui constitua l'embryon de son &#171; Mouvement ouvrier dans l'histoire irlandaise &#187;. Se situant r&#233;solument dans une perspective socialiste, Connolly y expliquait comment le syst&#232;me des clans ga&#233;liques, qui aurait garanti la propri&#233;t&#233; collective des terres, fut d&#233;truit par les envahisseurs anglais qui y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_1460 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/190401330_L-2.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; James Connolly et le mouvement r&#233;volutionnaire irlandais &#187; de Roger Faligot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1897, &#224; vingt-neuf ans, Connolly publia sa premi&#232;re oeuvre majeure, &#171; Erin's Hope &#187;, qui constitua l'embryon de son &#171; Mouvement ouvrier dans l'histoire irlandaise &#187;. Se situant r&#233;solument dans une perspective socialiste, Connolly y expliquait comment le syst&#232;me des clans ga&#233;liques, qui aurait garanti la propri&#233;t&#233; collective des terres, fut d&#233;truit par les envahisseurs anglais qui y substitu&#232;rent un r&#233;gime f&#233;odal, et comment l'affrontement entre ces deux syst&#232;mes d'appropriation de la terre avait constitu&#233; le &#171; pivot &#187; de toutes les r&#233;voltes et de la r&#233;sistance continue du peuple irlandais &#224; la pr&#233;sence anglaise. La brochure portait en germe sa th&#232;se sur la trahison constante de la bourgeoisie nationale dans la r&#233;sistance moderne et sur le r&#244;le de la classe ouvri&#232;re qui, en voulant r&#233;aliser son &#233;mancipation en tant que classe, lib&#233;rerait la nation tout enti&#232;re. (&#8230;) Le 13 ao&#251;t 1898, James Connolly sortait le premier num&#233;ro de &#171; The Workers' Republic &#187; (La R&#233;publique des travailleurs) (&#8230;) se pronon&#231;ant pour une R&#233;publique irlandaise, l'abolition du landlordisme (syst&#232;me des grands propri&#233;taires terriens) et du salariat, pour l'organisation coop&#233;rative de l'industrie sous le contr&#244;le de structures repr&#233;sentatives du gouvernement irlandais &#187;. Le principe central du journal &#233;tait ainsi d&#233;fini : &#171; Unir les ouvriers et enterrer dans une fosse commune les haines religieuses, les jalousies provinciales et la m&#233;fiance mutuelle sur lesquelles l'oppression a si longtemps assis sa force. &#187; (&#8230;) Ce journal de huit pages &#233;tait le premier &#224; assumer la fonction d'organisateur collectif des luttes et outil d'&#233;ducation populaire (&#8230;) L'ISRP stagnait et Connolly &#233;crivait : &#171; Je crois fermement que le mouvement socialiste sera toujours num&#233;riquement faible, jusqu'&#224; ce que l'heure de la r&#233;volution arrive. Alors, il sera facile de recruter des adh&#233;rents par milliers, comme nous en recrutons aujourd'hui quelques poign&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre revendication la plus mod&#233;r&#233;e : nous voulons le pouvoir sur la Terre enti&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Connolly, &#171; Soyez mod&#233;r&#233;s &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tout le mouvement ouvrier est impliqu&#233; dans le mot d'ordre de guerre &#224; la guerre, impliqu&#233; &#224; la hauteur de sa force et de son influence. (&#8230;) N'est-il pas clair comme la vie que nulle insurrection de la classe ouvri&#232;re, nulle gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, nul soul&#232;vement g&#233;n&#233;ralis&#233; de la classe ouvri&#232;re europ&#233;enne n'occasionnerait ou n'entra&#238;nerait un plus grand massacre de socialistes que ne le fera leur participation comme soldats aux campagnes des arm&#233;es de leurs pays respectifs. Chaque obus qui explose au milieu d'un bataillon allemand tuera des socialistes ; chaque charge de cavalerie autrichienne laissera sur le sol les corps tordus d'agonie de socialistes serbes ou russes ; chaque navire russe, autrichien ou allemand envoy&#233; par le fond ou explos&#233; jusqu'au ciel signifie chagrin et deuil dans les foyers de camarades socialistes. Si ces hommes doivent mourir, ne vaudrait-il pas mieux qu'ils meurent dans leur pays en combattant pour la libert&#233; de leur classe, et pour l'abolition de la guerre, que d'aller dans des pays &#233;trangers mourir en massacrant et massacr&#233; par ses fr&#232;res pour que puissent vivre des tyrans et des profiteurs ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Connoly, lors de la d&#233;claration de la premi&#232;re guerre mondiale, &#171; Une r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'&#233;chelle d'un continent &#187;, 15 ao&#251;t 1914&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La prise de conscience f&#233;minine du fait que la soci&#233;t&#233; moderne reposait sur la force et l'injustice, que les honneurs les plus &#233;lev&#233;s de la soci&#233;t&#233; n'avaient aucun lien avec les m&#233;rites des r&#233;cipiendaires, et que les penchants humains &#224; la violence &#233;taient plus une entrave qu'un soutien dans le monde, fut un ph&#233;nom&#232;ne cons&#233;cutif au d&#233;veloppement de l'industrialisation et &#224; la lutte sans merci pour l'existence qu'il impose. Pour les femmes, qui &#233;taient les &#233;l&#233;ments les plus faibles physiquement et la main d'&#339;uvre la moins form&#233;e professionnellement, cette lutte fut in&#233;vitablement la plus cruelle ; il faut remercier chaudement les femmes les plus instruites de s'&#234;tre r&#233;volt&#233;es contre cette anomalie : forc&#233;es de supporter les pires difficult&#233;s dans la lutte, elles se sont vues refuser jusqu'aux quelques droits dont jouissaient leurs compagnons de mis&#232;re masculins. Si la pr&#233;cieuse &#233;galit&#233; politique avait &#233;t&#233; accord&#233;e aussi facilement que la sagesse politique le dictait, il est probable que la valeur r&#233;volutionnaire de l'affranchissement de la femme aurait &#233;t&#233; largement amoindrie. Mais les obstacles, la d&#233;loyaut&#233; des politiciens &#224; l'&#233;gard des femmes, d&#233;loyaut&#233; dont tous les partis &#233;taient &#233;galement coupables, la lutte de longue haleine, la vague croissante du martyre des femmes militantes de Grande-Bretagne et d'Irlande, et le cheminement de l'id&#233;e dans les esprits actifs du mouvement ouvrier de la r&#233;alit&#233; du d&#233;sir de libert&#233; des femmes, ainsi que du courage d&#233;ploy&#233; pour la gagner, ont exerc&#233; une influence inestimable sur les relations entre les deux mouvements. En Irlande, la cause des femmes est ressentie par tous les travailleurs, hommes et femmes, comme la leur ; la cause du Travail n'a pas de partisans plus sinc&#232;res et plus ardents que les femmes militantes. La r&#233;volte, m&#234;me en pens&#233;e, amena une ambiance intellectuelle particuli&#232;re ; cette ambiance ouvrit les yeux des femmes et conduisit leur esprit &#224; comprendre les effets sur leur sexe d'un syst&#232;me social dans lequel les plus faibles doivent in&#233;vitablement &#234;tre &#233;cras&#233;s ; et quand une &#233;tude plus approfondie du syst&#232;me capitaliste leur apprit que le terme &#8220;les plus faibles&#8221; signifie concr&#232;tement les plus scrupuleux, les plus gentils, les plus humains, les plus aimants et charitables, les plus honorables, et les plus sympathiques, alors les militantes ne purent pas manquer de voir que le capitalisme p&#233;nalisait, chez les &#234;tres humains, justement ces traits de caract&#232;re que les femmes reconnaissaient elles-m&#234;mes incarner le plus compl&#232;tement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Connolly, &#171; Femmes &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Comme nous l'avons r&#233;p&#233;t&#233; si souvent, la question irlandaise est une question sociale. Toute la lutte ancestrale du peuple irlandais contre ses oppresseurs se r&#233;sume en derni&#232;re analyse &#224; une lutte pour la domination des moyens de subsistance et de production du pays. Qui d&#233;tiendrait la propri&#233;t&#233; et la ma&#238;trise du sol ? Le peuple ou les envahisseurs ? Et quel groupe d'envahisseurs ? Le flot le plus r&#233;cent de voleurs de terre ou les enfants des voleurs d'une g&#233;n&#233;ration ant&#233;rieure ? Voil&#224; quelles &#233;taient les questions de fond de la vie politique irlandaise. Toutes les autres questions n'intervenaient que dans la mesure o&#249; elles pouvaient servir les int&#233;r&#234;ts de l'une des factions, une fois qu'elle avait pris position dans cette lutte sur les droits de propri&#233;t&#233;. Sans cette cl&#233; pour atteindre le sens des &#233;v&#233;nements, sans ce fil directeur pour interpr&#233;ter les actions des &#171; grands hommes &#187;, l'histoire de l'Irlande n'est qu'un imbroglio de faits sans relations, un chaos d&#233;sesp&#233;rant d'&#233;clats sporadiques, de trahisons, d'intrigues, de massacres, d'assassinats et de guerres sans raison. Gr&#226;ce &#224; cette cl&#233;, on peut tout comprendre et remonter jusqu'aux origines. Sans cette cl&#233;, les occasions que l'Irlande a perdues sont si nombreuses qu'elles feraient monter le rouge au front des travailleurs irlandais ; gr&#226;ce &#224; elle, l'exp&#233;rience historique &#233;claire leur marche dans les sentiers tumultueux d'aujourd'hui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Connolly, &#171; La classe laborieuse dans l'histoire de l'Irlande &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'histoire &#233;tait ce qu'elle devrait &#234;tre, un r&#233;cit qui propose un reflet exact de l'&#233;poque qu'il pr&#233;tend &#233;voquer, les pages d'histoire seraient presque exclusivement compos&#233;es de la liste des malheurs et des luttes des travailleurs, qui forment, depuis toujours, la grande masse de l'humanit&#233;. Mais en g&#233;n&#233;ral l'histoire traite la classe ouvri&#232;re comme un politicien retors traite le travailleur, c'est-&#224;-dire par le m&#233;pris lorsqu'il demeure passif, et par la moquerie, la haine, la falsification, lorsque d'aventure il ose manifester le d&#233;sir de secouer le joug de sa servitude politique et sociale. L'Irlande ne fait pas exception &#224; cette r&#232;gle. L'histoire irlandaise a toujours &#233;t&#233; &#233;crite par la classe dirigeante, et dans l'int&#233;r&#234;t de la classe dirigeante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Connolly, &#171; La classe laborieuse dans l'histoire irlandaise &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand un fantassin fran&#231;ais vide le chargeur de son fusil meurtrier dans les rangs de la ligne d'attaque allemande, pourra-t-il se r&#233;conforter de la probabilit&#233; que ses balles tuent et mutilent des camarades qui encore l'ann&#233;e derni&#232;re se rassemblaient dans les &#171; hourras ! &#187; et les &#171; bravo ! &#187; pour l'&#233;loquent Jaur&#232;s, venu &#224; Berlin pour plaider en faveur de la solidarit&#233; internationale ? (&#8230;) N'est-il pas limpide comme une chose naturelle de la vie qu'aucune insurrection de la classe ouvri&#232;re, aucune gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, aucun soul&#232;vement des forces du mouvement ouvrier en Europe, ne pourrait impliquer et susciter un plus grand massacre de socialistes que ne le fera leur participation en tant que soldats aux campagnes des arm&#233;es de leur pays respectifs ? (&#8230;) Croyant, comme je le fais, que serait justifi&#233;e toute action qui mettrait fin &#224; ce crime colossal que l'on perp&#232;tre aujourd'hui, je me sens oblig&#233; d'exprimer l'espoir qu'avant peu nous pourrons lire que les services de transport auront &#233;t&#233; paralys&#233;s sur le continent, m&#234;me si cette paralysie n&#233;cessite l'&#233;rection de barricades socialistes et de mutineries des soldats et des marins socialistes, comme cela s'est produit en Russie en 1905. M&#234;me une tentative sans succ&#232;s de r&#233;volution sociale par la force des armes, entra&#238;nant la paralysie de la vie &#233;conomique du militarisme, serait moins d&#233;sastreuse pour la cause socialiste que le fait que des socialistes se permettent d'&#234;tre utilis&#233;s dans le massacre de leurs fr&#232;res pourtant engag&#233;s dans une cause commune. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
James Connolly, dans le journal Forward, 15 ao&#251;t 1914.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cit&#233;s par James Connolly : &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un syst&#232;me qui, jusque dans ses aspects les moins r&#233;voltants, contraint des milliers, voire des dizaines de milliers de gens &#224; travailler comme des b&#234;tes, &#224; vivre et &#224; mourir le ventre creux, d&#233;guenill&#233;s et mis&#233;rables, pour permettre &#224; quelques parasites de se complaire dans l'aisance et le luxe. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Irish People, 9 juillet 1864.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une injustice intol&#233;rable d'admettre qu'une petite classe d'hommes, &#233;trangers ou non au pays, s'arroge un monopole sur les terres ; lorsque ce monopole se poursuit, cela devient un vol pur et simple de ce que les pauvres ont p&#233;niblement gagn&#233; par leur labeur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Irish People (Organe de la Fenian Brotherhood), 30 juillet 1864&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir organis&#233; et entra&#238;n&#233; ses hommes dans son organisation r&#233;volutionnaire secr&#232;te, la Fraternit&#233; R&#233;publicaine Irlandaise, et ses organisations arm&#233;es, les Volontaires d'Irlande et l'Arm&#233;e des Citoyens Irlandais, apr&#232;s avoir patiemment perfectionn&#233; sa discipline, et attendu r&#233;solument le moment opportun pour se r&#233;v&#233;ler, elle saisit l'instant o&#249;, soutenue par ses enfants exil&#233;s en Am&#233;rique et ses courageux alli&#233;s en Europe, mais comptant avant tout sur ses propres forces, elle frappe avec la certitude de vaincre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous proclamons le droit du peuple d'Irlande &#224; la propri&#233;t&#233; de l'Irlande et au contr&#244;le sans entraves de sa destin&#233;e, son droit &#224; &#234;tre souverain et indivisible. La longue usurpation de ce droit par un peuple et un gouvernement &#233;tranger n'a pas supprim&#233; ce droit, car il ne peut dispara&#238;tre que par la destruction du peuple irlandais.&lt;br class='autobr' /&gt;
A chaque g&#233;n&#233;ration, les Irlandais ont affirm&#233; leur droit &#224; la libert&#233; et &#224; la souverainet&#233; nationale ; six fois durant les trois derniers si&#232;cles ils l'ont affirm&#233; par les armes. En nous appuyant sur ce droit fondamental et en l'affirmant de nouveau par les armes &#224; la face du monde, nous proclamons la R&#233;publique d'Irlande, Etat souverain et ind&#233;pendant, et nous engageons nos vies et celles de nos compagnons d'armes &#224; la cause de sa libert&#233;, de son bien-&#234;tre, et de sa fiert&#233; parmi les nations.&lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;publique d'Irlande est en droit d'attendre et requiert l'all&#233;geance de tous les Irlandais et Irlandaises. La R&#233;publique garantit la libert&#233; civile et religieuse, des droits &#233;gaux et l'&#233;galit&#233; des chances pour tous ses citoyens et d&#233;clare &#234;tre r&#233;solue &#224; rechercher le bonheur et la prosp&#233;rit&#233; de la nation enti&#232;re et de toutes ses composantes, avec une &#233;gale sollicitude pour tous les enfants de la nation, oublieuse des diff&#233;rences soigneusement entretenues par un gouvernement &#233;tranger qui a s&#233;par&#233; dans le pass&#233; une minorit&#233; de la majorit&#233;&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sign&#233; au nom du Gouvernement Provisoire :&lt;br class='autobr' /&gt;
THOMAS J. CLARKE, SEAN McDIARMADA, THOMAS McDONAGH, P. H. PEARSE, EAMONN CEANNT, JAMES CONNOLLY, JOSEPH PLUNKETT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; If you strike at, imprison, or kill us, out of our prisons or graves we will still evoke a spirit that will thwart you, and perhaps, raise a force that will destroy you ! We defy you ! Do your worst ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; The worker is the slave of capitalist society, the female worker is the slave of that slave. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Just as it is true that a stream cannot rise above its source, so it is true that a national literature cannot rise above the moral level of the social conditions of the people from whom it derives its inspiration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; There can be no perfect Europe in which Ireland is denied even the least of its national rights. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Without the power of the Industrial Union behind it, Democracy can only enter the State as the victim enters the gullet of the Serpent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James Connolly&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;James Connolly et le soul&#232;vement de Dublin de 1916 : Entre socialisme et nationalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#226;ques 1916. L'Irlande, sous le joug du capitalisme anglais depuis le 17&#232;me si&#232;cle, se soul&#232;ve contre l'oppresseur. Le 24 avril &#224; Dublin, capitale de la colonie anglaise, James Connolly, membre de l'Internationale Socialiste et &#224; la t&#234;te de la Irish Republican Brotherhood (&#8220;Fraternit&#233; r&#233;publicaine irlandaise&#8221;), proclame la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine plus tard, le centre de Dublin est en ruines, &#233;cras&#233; par la puissante arm&#233;e de l'imp&#233;rialisme britannique. Les dirigeants du mouvement, dont Connolly, sont arr&#234;t&#233;s. Dans les autres villes qui se sont soulev&#233;es, les r&#233;publicains acceptent la r&#233;alit&#233; de la victoire britannique et se rendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 jours plus tard, Connolly, bless&#233; et ligot&#233; &#224; une chaise, sera ex&#233;cut&#233; par un peloton britannique. L'ordre r&#233;gnait &#224; Dublin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour L&#233;nine, cet &#233;v&#233;nement, malgr&#233; la d&#233;faite que les masses irlandaises essuy&#232;rent, fut la &#8220;pierre de touche&#8221; de la position r&#233;volutionnaire sur la question nationale. En ceci, il s'opposa vigoureusement &#224; ceux qui, au sein du mouvement socialiste, critiqu&#232;rent le soul&#232;vement comme un &#8220;putsch&#8221; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;On ne peut parler de &#8216;putsch', au sens scientifique du terme, que lorsque la tentative d'insurrection n'a rien r&#233;v&#233;l&#233; d'autre qu'un cercle de conspirateurs ou d'absurdes maniaques, et qu'elle n'a trouv&#233; aucun &#233;cho dans les masses. Le mouvement national irlandais, qui a derri&#232;re lui des si&#232;cles d'existence (...) s'est traduit par des batailles de rue auxquelles prirent part une partie de la petite bourgeoisie des villes ainsi qu'une partie des ouvriers, apr&#232;s un long effort de propagande au sein des masses, apr&#232;s des manifestations, des interdictions de journaux, etc. Quiconque qualifie de putsch pareille insurrection est, ou bien le pire des r&#233;actionnaires, ou bien un doctrinaire absolument incapable de se repr&#233;senter la r&#233;volution sociale comme un ph&#233;nom&#232;ne vivant.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;ro&#239;que insurrection de P&#226;ques, peu connue en France, reste un &#233;v&#233;nement important dans l'histoire du mouvement ouvrier. Connolly en particulier est une figure embl&#233;matique de la gauche irlandaise et du mouvement r&#233;publicain. Aujourd'hui, il est encore plus important de tracer une voie ouvri&#232;re &#224; l'unification de l'Irlande et &#224; la fin de la domination imp&#233;rialiste, les militants de l'Irish Republican Army (IRA &#8212; Arm&#233;e r&#233;publicaine irlandaise), qui se veulent les h&#233;ritiers de Connolly et de 1916, ayant recommenc&#233; leur campagne d'attentats contre l'imp&#233;rialisme britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly et la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la r&#233;volution bolch&#233;vique, le soul&#232;vement de P&#226;ques 1916 a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233; par une combinaison de deux facteurs : d'une part, les conditions sociales des masses, fortement opprim&#233;es et exploit&#233;es, d'autre part la guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, le r&#244;le de la guerre fut pr&#233;dominant &#224; cause du fait qu'elle renfor&#231;a toutes les contradictions dans la soci&#233;t&#233; russe et qu'elle r&#233;v&#233;la l'incapacit&#233; du tsarisme de faire autre chose que mener le pays &#224; la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette situation qui poussa les masses &#224; la r&#233;volution de f&#233;vrier et, ensuite, &#224; la prise de pouvoir bolch&#233;vique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Irlande, les cons&#233;quences de la guerre furent toutes autres. En 1912, face au licenciement de plus de 2.000 catholiques provoqu&#233; par l'Ulster Volunteer Force (UVF &#8212; &#8220;Forces des volontaires d'Ulster&#8221;), organisation cr&#233;&#233;e afin de mobiliser les masses des travailleurs protestants en d&#233;fense de leurs privil&#232;ges et de l'union avec la Grande-Bretagne, les masses catholiques &#8212; largement majoritaires &#8212; s'arm&#232;rent et cr&#233;&#232;rent des milices &#8212; les Irish National Volunteers (INV &#8212; &#8220;Volontaires nationaux irlandais&#8221;) pour se d&#233;fendre contre les bandes protestantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation devint de plus en plus tendue. Le gouvernement britannique, qui n'&#233;tait pas convaincu de la n&#233;cessit&#233; strat&#233;gique du maintien de sa domination politique en Irlande, se lan&#231;a dans une politique de &#8220;d&#233;colonisation&#8221; &#224; la va-vite, et promulgua en 1914 un projet de loi sur le &#8220;Home Rule&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre mit fin aux espoirs d'ind&#233;pendance. L'Irlande, avec sa position strat&#233;gique &#224; la fois sur la rive orientale de l'Atlantique et sur les c&#244;tes anglaises, devait rester sous la tutelle de Londres, au moins pour la dur&#233;e de la guerre. Les imp&#233;rialistes soulign&#232;rent clairement leur refus de c&#233;der la r&#233;gion industrialis&#233;e du Nord &#8212; qui comprenait notamment plusieurs chantiers navals &#8212; en avan&#231;ant l'id&#233;e de la partition de l'&#238;le pour la fin de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montrant son intransigeance face &#224; la pression ind&#233;pendantiste dans le nouveau contexte de la guerre mondiale, le gouvernement britannique r&#233;ussit son coup : les Irish National Volunteers scissionn&#232;rent, le dirigeant bourgeois Redmond appuyant la guerre des britanniques et mettant des troupes &#8212; 200.000 hommes &#8212; dans la balance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;go&#251;t&#233;e par la trahison de Redmond, une fraction plus cons&#233;quente politiquement du mouvement ind&#233;pendantiste bourgeois cr&#233;a les Irish Volunteers qui, eux, n'&#233;taient forts que de 12.000 hommes. Les bases du soul&#232;vement de P&#226;ques &#233;taient jet&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la guerre joua un r&#244;le fondamental dans la pr&#233;paration des r&#233;volutions russe et irlandaise, les r&#233;ponses des r&#233;volutionnaires de ces deux pays furent tr&#232;s diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour L&#233;nine, la guerre constituait une confrontation entre pays imp&#233;rialistes, fruit logique du syst&#232;me capitaliste mondial, et la t&#226;che des r&#233;volutionnaires &#233;tait donc de combattre la paix sociale et l'union sacr&#233;e et pour la continuation de la lutte des classes, m&#234;me si celle-ci conduisait &#224; la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait d'utiliser les conditions soulev&#233;es par la guerre afin de poursuivre l'objectif de la r&#233;volution socialiste : &#8220;Transformer la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile&#8221; disait L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal marxiste irlandais fut James Connolly. Dirigeant syndicaliste, il avait jou&#233; un r&#244;le fondamental dans la cr&#233;ation du mouvement ouvrier irlandais. Membre de l'aile gauche de l'Internationale Socialiste, Connolly avait pass&#233; une partie importante de sa vie militante &#224; l'&#233;tranger &#8212; notamment en &#201;cosse et aux USA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1908 et en 1912 Connolly et L&#233;nine s'&#233;taient rejoints au sein de l'Internationale pour appuyer des positions de gauche sur la question de la guerre, une fois le conflit commenc&#233;, leurs positions furent tr&#232;s diff&#233;rentes, &#224; la fois dans leur m&#233;thode et dans leurs conclusions programmatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Connolly, la guerre &#233;tait la faute de l'imp&#233;rialisme britannique particuli&#232;rement rapace. Celui-ci voulait &#224; tout prix maintenir son contr&#244;le des mers face &#224; un capitalisme en voie de d&#233;veloppement &#8212; celui de l'Allemagne &#8212; cherchant ainsi &#224; garder sa mainmise sur le d&#233;veloppement capitaliste mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces circonstances, disait Connolly, une d&#233;faite militaire de la Grande-Bretagne ouvrirait une p&#233;riode de paix mondiale et de d&#233;veloppement capitaliste dans laquelle les forces encore embryonnaires du syndicalisme pourraient se d&#233;velopper, ouvrant ainsi la voie au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il l'a dit en 1915, &#8220;chaque socialiste attend avec impatience le plein d&#233;veloppement du syst&#232;me capitaliste qui, seul, rend possible le socialisme, mais qui ne peut avoir lieu qu'en cons&#233;quence des efforts des capitalistes, inspir&#233;s par des raisons &#233;go&#239;stes.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position est totalement fausse. Elle m&#233;lange tout ce qu'il y a de passif et d'objectiviste dans les analyses les plus m&#233;canistes de l'Internationale &#8212; l'in&#233;luctabilit&#233; du socialisme et le r&#244;le progressiste du capitalisme &#8212; avec des illusions tr&#232;s fortes dans la possibilit&#233; qu'une politique purement syndicale puisse conduire les masses &#224; la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces graves erreurs, la position de Connolly apr&#232;s que la guerre eut &#233;clat&#233; fut tr&#232;s diff&#233;rente de celle d'autres dirigeants syndicalistes &#8212; notamment en France &#8212; qui, bien qu'ils aient appuy&#233; en 1912 l'appel utopiste de l'Internationale &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e et internationale en cas de guerre, se sont ru&#233;s dans les bras des imp&#233;rialistes pour f&#234;ter l'union sacr&#233;e et le massacre &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly, lui, sut garder l'ind&#233;pendance de classe face &#224; la bourgeoisie imp&#233;rialiste dans la guerre. La trag&#233;die de 1916, c'est qu'il n'a pas su faire de m&#234;me face &#224; sa propre bourgeoisie lors de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du syndicalisme au nationalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1914, Connolly consid&#233;rait que l'ind&#233;pendance serait le r&#233;sultat in&#233;vitable du d&#233;veloppement de l'imp&#233;rialisme britannique, et la construction du mouvement syndical serait l'arme principale des socialistes. Il &#233;tait bien plac&#233; pour le savoir. Il avait jou&#233; un r&#244;le fondamental dans la cr&#233;ation du mouvement ouvrier irlandais qui, malgr&#233; le fait que l'Irlande soit partie int&#233;grante de la Grande-Bretagne, avait des structures et des organisations compl&#232;tement s&#233;par&#233;es de celles du pays imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re centrale syndicale irlandaise, l'Irish Trade Union Congress n'avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e qu'en 1894, presque 30 ans apr&#232;s son homologue britannique, et sans liens r&#233;els avec ce dernier. Le Parti travailliste, cr&#233;&#233; en Grande-Bretagne en 1900 par les syndicats, ne tenta jamais de s'implanter en Irlande (m&#234;me aujourd'hui, il est compl&#232;tement absent du Nord).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la classe ouvri&#232;re existait bel et bien en Irlande. Dans le nord, fortement industrialis&#233;, il y avait notamment une industrie m&#233;tallurgique et des chantiers navals (le &#8220;Titanic&#8221; y fut construit...). Partout dans l'&#238;le, des usines produisaient du tissu, et les marins et les dockers jouaient un r&#244;le fondamental dans le maintien des contacts commerciaux avec la Grande-Bretagne et l'Empire britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que Connolly, apr&#232;s avoir dirig&#233; sa propre petite organisation au d&#233;but des ann&#233;es 1890, revient en Irlande en 1910 apr&#232;s avoir s&#233;journ&#233; en &#201;cosse et aux USA, ayant appris son marxisme dans le premier pays, son syndicalisme dans le deuxi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pendant son s&#233;jour en Am&#233;rique, il avait particip&#233; &#224; l'IWW (International Workers of the World &#8212; Travailleurs Internationaux du Monde), connu sous le surnom &#8220;les Wobblies&#8221;, organisation syndicaliste r&#233;volutionnaire. Au d&#233;but, c'est ce genre d'organisation qu'il chercha &#224; cr&#233;er en Irlande &#224; son retour, notamment par sa participation &#224; la direction du syndicat &#8220;g&#233;n&#233;ral &#187;, l'IGTWU. Son objectif &#233;tait donc de fournir les bases ouvri&#232;res d'un futur mouvement nationaliste qui serait, obligatoirement, aussi socialiste (voir encadr&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;chec de la politique du &#8220;Home Rule&#8221; et l'&#233;clatement du mouvement nationaliste apr&#232;s le d&#233;but de la guerre l'obligea &#224; repenser sa strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il adopta l'id&#233;e que, face au militarisme, il fallait se servir de m&#233;thodes militaristes, en particulier de l'insurrection, tradition bien enracin&#233;e dans le mouvement ind&#233;pendantiste irlandais et &#224; ne pas confondre avec r&#233;volution ouvri&#232;re. Il s'orienta de plus en plus vers l'aile anti-guerre du mouvement r&#233;publicain petit-bourgeois, en partie ceux des Irish National Volunteers qui avaient refus&#233; d'appuyer la guerre, mais plus particuli&#232;rement vers l'Irish Republican Brotherhood (IRB).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;publicains arm&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IRB, fond&#233;e en 1907, &#233;tait une organisation clandestine et conspiratrice dont l'objectif &#233;tait une insurrection en vue d'arracher l'ind&#233;pendance et qui perp&#233;tuait les traditions d'utilisation de la &#171; force physique&#8221; des ind&#233;pendantistes du 19&#232;me et du 18&#232;me si&#232;cles. L'IRB n'avan&#231;ait aucun programme social, n'allant pas plus loin qu'une proclamation en faveur de l'&#233;galit&#233; de &#8220;tous les enfants de la nation&#8221; similaire &#224; celle de la r&#233;volution am&#233;ricaine de 1776 ou de la r&#233;volution fran&#231;aise de 1789.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de Connolly, l'Irish Citizen Army (ICA &#8212; Arm&#233;e citoyenne irlandaise) ne comptait pas plus de 200 militants. Cr&#233;&#233;e comme une v&#233;ritable milice pour d&#233;fendre les gr&#233;vistes contre les attaques des nervis des patrons lors du grand lock-out de 1913, une fois la gr&#232;ve retomb&#233;e, son activit&#233; principale devint l'entra&#238;nement militaire des adh&#233;rents, comme noyau de la future arm&#233;e populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, au niveau organisationnel, l'ICA fut calqu&#233;e sur n'importe quelle arm&#233;e bourgeoise : accent mis sur le pouvoir des officiers et sur la discipline et la propret&#233;, discussion politique minimale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'une fusion entre l'ICA et l'IRB &#233;tait donc tout &#224; fait logique. Connolly, le socialiste, &#233;tait pr&#234;t &#224; faire un front unique avec les nationalistes r&#233;volutionnaires de l'IRB afin de battre l'imp&#233;rialisme britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son raisonnement &#233;tait le suivant : il ne fallait pas perdre un seul jour dans la pr&#233;paration de l'insurrection anti-britannique, pour emp&#234;cher une victoire britannique. Pour Connolly, les conditions de la guerre &#233;taient de loin les meilleures possibles pour gagner l'ind&#233;pendance. Pendant l'ann&#233;e 1915, Connolly multiplia des appels &#224; l'insurrection. A tel point que son impatience a m&#234;me fait peur &#224; l'IRB : il semble qu'au d&#233;but de 1916 il fut &#8220;enlev&#233;&#8221; pendant quelques jours pour emp&#234;cher toute action intempestive de sa part et le convaincre d'attendre le soul&#232;vement programm&#233; pour le mois d'avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly accepta et devint membre du Conseil militaire de l'IRB, dont la t&#226;che &#233;tait de planifier l'insurrection. Une &#8220;usine &#224; bombes&#8221; fut cr&#233;&#233;e dans le local du syndicat dirig&#233; par Connolly et, sept jours avant le soul&#232;vement, Connolly hissa le drapeau vert &#8212; symbole traditionnel des r&#233;publicains irlandais &#8212; au dessus du b&#226;timent et expliqua aux militants de son Irish Citizen Army que les combats allaient bient&#244;t commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, l'&#233;l&#233;ment sp&#233;cifiquement socialiste de la politique de Connolly devint de plus en plus faible. Certes, il continuait &#224; d&#233;noncer le capitalisme et &#224; conspuer les r&#233;formistes. Mais, sur le fond, il s'adapta &#224; ses nouveaux alli&#233;s, les nationalistes r&#233;volutionnaires de l'IRB : il prit la d&#233;fense de l'industrie irlandaise et avan&#231;a une ligne peu mat&#233;rialiste sur la religion. Il &#233;crivit un article qui finissait par une pri&#232;re en l'honneur de Saint Patrick (saint patron de l'Irlande), &#8220;l'ap&#244;tre irlandais&#8221; qui, selon Connolly, &#8220;typifia la conception spirituelle &#224; laquelle la race irlandaise aspira en vain.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, il fit une s&#233;rie d'adaptations aux imp&#233;rialistes allemands qui, int&#233;ress&#233;s par tout ce qui pourrait affaiblir leurs adversaires, avaient d&#233;cid&#233; d'appuyer financi&#232;rement et militairement le soul&#232;vement des Irlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi son journal couvrit la trahison des dirigeants du SPD allemand, qui appuyaient la guerre imp&#233;rialiste du Kaiser, pr&#233;tendant qu'ils ne soutenaient qu'une &#8220;guerre d&#233;fensive&#8221; et donna une image radieuse d'une Allemagne o&#249; tout le monde mangeait &#224; sa faim, gr&#226;ce &#224; la pr&#233;tendue destruction des grands propri&#233;t&#233;s terriennes par les socialistes. Les diff&#233;rences avec la politique de L&#233;nine ne pouvaient &#234;tre plus flagrantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, aussi, allait recevoir de l'aide des imp&#233;rialistes allemands &#8212; les fameux &#8220;trains sous scell&#233;s&#8221;, bond&#233;s de r&#233;volutionnaires russes, qui travers&#232;rent l'Allemagne apr&#232;s la r&#233;volution de f&#233;vrier 1917 afin de ramener non seulement L&#233;nine, comme voudraient trop souvent nous faire croire les anticommunistes, mais des repr&#233;sentants de tous les courants anti-tsaristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en Irlande, l'objectif des Allemands &#233;tait clair : ils voulaient affaiblir leur ennemi. Tout le monde le comprenait, y compris L&#233;nine et Connolly. Mais L&#233;nine, &#224; la diff&#233;rence de Connolly, ne fit aucun compromis politique avec les imp&#233;rialistes allemands, et n'arr&#234;ta jamais de chanter les louanges des socialistes qui furent emprisonn&#233;s pour leur opposition &#224; la guerre, tels que Rosa Luxemburg ou Karl Liebknecht.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sup&#233;riorit&#233; de la position de L&#233;nine d&#233;coulait de sa m&#233;thode politique, et non d'une quelconque sup&#233;riorit&#233; de l'homme. L&#233;nine avait cherch&#233; &#224; renouer avec les &#233;l&#233;ments fondamentaux de la m&#233;thode marxiste, notamment sur les questions de la guerre, de l'Etat, de la question nationale et de l'imp&#233;rialisme. Connolly, par contre, s'est satisfait d'un m&#233;lange de syndicalisme r&#233;volutionnaire, d'insurrectionnisme &#224; la Blanqui et d'une historiographie mythique de la nation irlandaise (voir encadr&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine s'est concentr&#233; sur la cr&#233;ation d'un parti de militants, porteur d'un programme d'action et ayant des racines profondes dans la classe ouvri&#232;re. Connolly, par contre, oscillant entre une vision purement syndicaliste et une politique insurrectionnelle, n'arriva pas &#224; r&#233;unir plus que quelques centaines de militants autour de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection est lanc&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plan de l'insurrection fut soigneusement &#233;tablie : les 16.000 militants des Volontaires Irlandais que les conspirateurs esp&#233;raient rallier seraient arm&#233;s de 20.000 fusils qui seraient fournis par un navire allemand, l'Aud. Les b&#226;timents-cl&#233;s de Dublin seraient pris par les rebelles et un gouvernement provisoire serait &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly, avec le dirigeant nationaliste Padraig Pearse, l'un des principaux architectes du soul&#232;vement, estima que le soul&#232;vement devrait pouvoir tenir bon. En effet, il n'y avait que 6. 000 soldats britanniques et 9.500 policiers dans tout le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plan &#233;choua. D'abord l'Aud fut prise par la marine britannique et le capitaine la saborda, les fusils disparaissant au fond de la mer. Ensuite, une manoeuvre conspiratrice par l'IRB, impliquant un faux document dont l'objectif &#233;tait de provoquer la participation des Volontaires, fut d&#233;nonc&#233;e, et la direction des Volontaires abandonna la mobilisation. En m&#234;me temps, les autorit&#233;s britanniques &#233;taient mises au courant de tout et s'appr&#234;taient &#224; arr&#234;ter les dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conspirateurs n'avaient que peu de choix : soit ils allaient &#224; l'aventure dans l'espoir de rallier les masses &#224; leur drapeau, malgr&#233; le manque de pr&#233;paration, soit ils attendaient l'arriv&#233;e des militaires... et des bourreaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement fut repouss&#233; d'un seul jour. Le lundi de P&#226;ques, Connolly prit le titre de commandant en chef des forces r&#233;publicaines &#224; Dublin et lan&#231;a l'insurrection. La Poste centrale fut le quartier g&#233;n&#233;ral du soul&#232;vement, qui devint rapidement tr&#232;s populaire. N&#233;anmoins, le mouvement resta dans l'optique d'une insurrection blanquiste, celle d'une minorit&#233; agissante au nom de la majorit&#233;. Ainsi il ne mobilisa pas plus de 1.300 militants, dont 150 de l'ICA de Connolly. Dans leur &#233;crasante majorit&#233;, les masses ne furent ni mobilis&#233;es ni arm&#233;es lors du soul&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple militaire en dit long sur la politique de Connolly &#224; cette &#233;poque. Au troisi&#232;me jour du soul&#232;vement, les troupes britanniques arriv&#232;rent &#224; la gare d'Amiens Street. Connolly et Pearse d&#233;cid&#232;rent d'envoyer dix militants de l'ICA, dirig&#233;s par un Volontaire, afin de construire et d&#233;fendre une barricade contre l'avanc&#233;e anglaise. Des badauds voulurent participer &#224; la construction et se joindre aux insurg&#233;s, mais l'officier Volontaire envoy&#233; sur place refusa ces propositions &#171; parce que les ordres &#233;taient sans appel : seuls des Volontaires Irlandais et des soldats de l'Arm&#233;e &#233;taient admis &#224; participer aux op&#233;rations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que dirigeant de l'IGTWU, Connolly avait jou&#233; un r&#244;le important dans le mouvement syndical irlandais, y compris lors de la gr&#232;ve des marins de Dublin, lanc&#233;e en automne 1915, qui avait dur&#233; jusqu'&#224; la veille de l'insurrection de 1916. Mais il ne semble pas avoir consid&#233;r&#233; que les deux aspects de sa vie politique &#8212; pr&#233;paration d'une insurrection d'une part, intervention dans le mouvement syndical de l'autre &#8212; devait aller de pair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est encore plus &#233;tonnant &#233;tant donn&#233; qu'en 1915 et 1916, Connolly chercha consciemment &#224; tirer les le&#231;ons des combats historiques des masses, notamment des &#233;v&#233;nements de Moscou &#224; la fin de 1905 et de Paris en 1830. Dans une s&#233;rie d'articles &#233;tudiant ces &#233;v&#233;nements, il conclut que la le&#231;on principale &#233;tait qu'il fallait impliquer les masses populaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Chaque difficult&#233; qui existe pour le fonctionnement des troupes r&#233;guli&#232;res en terrain montagneux est centupl&#233;e dans une ville. Et les difficult&#233;s v&#233;cues par une force populaire en montagne sont r&#233;solues lorsqu'elle descend dans la rue, &#224; cause du soutien populaire.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'en fut pas ainsi &#224; Dublin en avril 1916.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou plut&#244;t si. C'est justement de &#8220;soutien populaire&#8221; qu'ont joui les insurg&#233;s, &#8212; mais seulement &#8212; ce qui n'&#233;tait pas assez. Ce qu'il fallait, mais cela aurait exig&#233; une toute autre politique, c'&#233;tait la mobilisation de la population des principales grandes villes d'Irlande dans des conseils ouvriers, la cr&#233;ation d'une v&#233;ritable milice ouvri&#232;re et de masse, l'organisation de comit&#233;s dans les principales usines, le tout li&#233; &#224; un programme de fraternisation avec les troupes anglaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette politique-l&#224; Connolly ne pouvait la concevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui devait se passer se passa : apr&#232;s 10 jours d'&#226;pres combats, qui co&#251;t&#232;rent la vie &#224; 318 civils et d&#233;truisirent le centre de Dublin, les imp&#233;rialistes d&#233;chir&#232;rent le drapeau vert et le remplac&#232;rent par le drapeau de l'Union, symbole de l'exploitation et de l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.500 militants furent emprisonn&#233;s, 92 furent condamn&#233;s &#224; mort. La r&#233;pression s&#233;vit &#224; la campagne comme dans les villes. L'un apr&#232;s l'autre, les principaux dirigeants de l'insurrection furent ex&#233;cut&#233;s, le dernier &#233;tant Connolly, le 12 mai. Le soul&#232;vement avait &#233;t&#233; mat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le legs du soul&#232;vement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les britanniques souhaitaient que ce soit la fin de l'histoire. Il n'en fut rien. L'insurrection et son &#233;crasement renforc&#232;rent les sentiments nationalistes parmi les masses et coup&#232;rent de plus en plus ces derni&#232;res des dirigeants pro-imp&#233;rialistes. Les principaux gagnants furent Sinn F&#233;in (&#8220;Nous seuls&#8221;), tendance nationaliste bourgeoise fond&#233;e &#224; la fin du 19&#232;me si&#232;cle qui s'&#233;tait oppos&#233;e &#224; l'&#233;crasement de l'insurrection de P&#226;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une victoire &#233;crasante aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1918, Sinn F&#233;in cr&#233;a un parlement ind&#233;pendant, un gouvernement et une arm&#233;e en janvier 1919. Craignant la contagion ind&#233;pendantiste ailleurs dans leur empire, les imp&#233;rialistes britanniques envoy&#232;rent 40.000 soldats afin d'&#233;craser la r&#233;sistance. Une v&#233;ritable guerre civile &#233;clata et se poursuivit jusqu'en juillet 1921, quand les pourparlers commenc&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Sinn F&#233;in, nationaliste et bourgeois, trahit le mouvement ind&#233;pendantiste en acceptant le trait&#233; de Partition de 1922, qui partageait l'&#238;le entre le nord-est industriel et protestant, demeurant sous contr&#244;le britannique et le sud rural et catholique, qui devenait la R&#233;publique d'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat lanc&#233; par Connolly et 1916 s'acheva non pas par une victoire des travailleurs mais par un demi-&#233;chec &#224; la fois pour les imp&#233;rialistes et les ind&#233;pendantistes, et par le renforcement des divisions politiques, &#233;conomiques et religieuses entre le Nord et le Sud, divisions qui existent toujours et qui constituent la toile de fond des combats actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine comprit l'importance d'une politique juste face &#224; la question nationale quand, analysant l'insurrection de 1916, il attaqua tous ceux qui repoussaient l'id&#233;e m&#234;me que les questions nationales et sociales puissent s'entrem&#234;ler dans la r&#233;volution ouvri&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Croire que la r&#233;volution sociale soit concevable sans insurrections des petites nations dans les colonies et en Europe, sans explosions r&#233;volutionnaires d'une partie de la petite-bourgeoisie avec tous ses pr&#233;jug&#233;s, sans mouvement de masses prol&#233;tariennes et semi-prol&#233;tariennes politiquement inconscientes contre le joug seigneurial, cl&#233;rical, monarchique, national, etc. &#8212; c'est r&#233;pudier la r&#233;volution sociale. (...) Quiconque attend une r&#233;volution sociale &#8216;pure' ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n'est qu'un r&#233;volutionnaire en paroles qui ne comprend rien &#224; ce qu'est une v&#233;ritable r&#233;volution.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le legs de Connolly est important, parce qu'il a refus&#233; de plier le genou face &#224; l'imp&#233;rialisme et parce qu'il a cherch&#233; &#224; trouver une r&#233;ponse ouvri&#232;re &#224; l'oppression du peuple irlandais. Et, comme l'avait soulign&#233; L&#233;nine, l'exemple irlandais s'est fait sentir partout dans le monde. Loin d'&#234;tre un exemple isol&#233;, le soul&#232;vement de 1916 n'a constitu&#233; que l'&#233;tincelle la plus brillante des r&#233;bellions des peuples opprim&#233;s contre l'imp&#233;rialisme pendant la premi&#232;re guerre mondiale, toutes malheureusement peu connues, de l'Afrique au Vietnam, en passant par Singapour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trag&#233;die de Connolly, c'est que, &#224; la diff&#233;rence de L&#233;nine, il ne comprit pas l'&#233;chec fondamental de la Deuxi&#232;me Internationale et de ses deux piliers principaux, le syndicalisme et le programme confus et fortement objectiviste avanc&#233; par l'&#233;crasante majorit&#233; des dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine avan&#231;a le besoin d'une nouvelle Internationale, et, enfin, dans le mouvement r&#233;volutionnaire de 1917, d'un nouveau programme, afin de mener &#224; bien l'insurrection ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly appuya une collaboration de classe blanquiste avec des &#233;l&#233;ments de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire. Son manque de clart&#233; sur les questions-cl&#233;s du programme et du parti, son refus de mobiliser les masses et son incapacit&#233; &#224; rompre avec les m&#233;thodes conspiratrices l'ont condamn&#233; &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, son courage et son d&#233;vouement &#224; la cause des exploit&#233;s et des opprim&#233;s n'ont jamais flanch&#233;, et il faut saluer sa m&#233;moire pour son espoir, exprim&#233; au plus sombre moment de la guerre, qu'une insurrection en Irlande contre l'imp&#233;rialisme britannique pourrait aller encore plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;En commen&#231;ant ainsi, l'Irlande pourrait encore mettre feu &#224; une conflagration europ&#233;enne qui ne s'&#233;teindra que lorsque le dernier tr&#244;ne et la derni&#232;re action capitaliste seront consomm&#233;s sur le b&#251;cher fun&#233;raire du dernier seigneur de la guerre.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly, Trotsky et la r&#233;volution permanente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains ont sugg&#233;r&#233; que Connolly avan&#231;ait une id&#233;e similaire &#224; celle de la r&#233;volution permanente de Trotsky, parce qu'il soutenait que tout combat pour l'autod&#233;termination en Irlande serait, in&#233;vitablement, un combat contre le capitalisme et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;suma son hypoth&#232;se par la phrase, bien connu de la gauche irlandaise : &#8220;La cause de l'Irlande est la cause du Travail ; la cause du Travail est la cause de l'Irlande.&#8221; En fait &#8212; et les &#233;v&#233;nements de 1916 le confirment &#8212; les positions de Connolly et de Trotsky furent tr&#232;s &#233;loign&#233;es l'une de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Trotsky, l'&#233;poque des r&#233;volutions bourgeoises &#233;tait pass&#233;e ; la bourgeoisie n'&#233;tait plus capable de lutter de fa&#231;on efficace pour &#8220;ses&#8221; propres revendications telles que l'autod&#233;termination, contre le despotisme aristocratique etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces circonstances, pour r&#233;ussir, les luttes pour les libert&#233;s d&#233;mocratiques doivent &#234;tre men&#233;es par les travailleurs et les masses populaires. Ces forces-l&#224; ne sauraient s'arr&#234;ter aux simples revendications d&#233;mocratiques bourgeoises et iraient plus loin, vers la seule r&#233;solution possible &#224; de tels probl&#232;mes &#224; cette &#233;poque : la r&#233;volution ouvri&#232;re et la destruction du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Connolly, par contre, le rapport entre lutte nationale et lutte ouvri&#232;re n'&#233;tait nullement li&#233; au changement d'&#233;poque et &#224; la faiblesse de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire, mais plut&#244;t &#224; la sp&#233;cificit&#233; de l'histoire pr&#233;-coloniale de l'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly, fortement influenc&#233; par les historiens nationalistes irlandais, pr&#233;tendait que, jusqu'&#224; l'occupation de l'Irlande par les bourgeois anglais, l'&#238;le avait &#233;t&#233; l'ar&#232;ne d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique bas&#233;e sur une propri&#233;t&#233; communale &#8212; une esp&#232;ce de &#171; communisme primitif&#8221;. Retrouver la nation irlandaise impliquait aussi retrouver ses pr&#233;tendues formes de propri&#233;t&#233; originelles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Il n'existe qu'une seule solution &#224; l'esclavage de la classe ouvri&#232;re ; cette solution c'est la r&#233;publique socialiste, un syst&#232;me de soci&#233;t&#233; o&#249; la terre et toutes les maisons, les chemins de fer, les canaux, les ateliers et tout ce qui est n&#233;cessaire au travail sera poss&#233;d&#233; et contr&#244;l&#233; comme propri&#233;t&#233; commune, comme la terre de l'Irlande fut poss&#233;d&#233;e par les clans de l'Irlande avant que l'Angleterre n'introduise le syst&#232;me capitaliste parmi nous, &#224; la pointe de l'&#233;p&#233;e.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly avait deux fois tort. D'abord, comme Marx l'a expliqu&#233;, l'Irlande n'&#233;tait nullement l'exception &#224; la r&#232;gle g&#233;n&#233;rale du d&#233;veloppement &#233;conomique europ&#233;en. Loin d'&#234;tre un syst&#232;me de &#8220;communisme primitif&#8221; (caract&#233;ristique des soci&#233;t&#233;s avant le moindre d&#233;veloppement des classes), l'Irlande d'avant l'invasion anglaise constituait une forme particuli&#232;re de f&#233;odalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le probl&#232;me fondamental dans sa position n'&#233;tait pas d'ordre acad&#233;mique et historique, mais plut&#244;t d'ordre politique, au niveau du programme qui d&#233;coulait de son analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de Connolly (partag&#233;e par Rosa Luxemburg) selon laquelle le march&#233; capitaliste avait rencontr&#233; ses limites et ne pouvait plus s'&#233;tendre l'amenait &#224; la conclusion qu'une Irlande ind&#233;pendante ne pouvait se d&#233;velopper que sur les bases du socialisme. Ainsi, il sous-estimait la question fondamentale du r&#244;le tra&#238;tre de la bourgeoisie coloniale dans le combat national, et eut une forte tendance &#224; attendre la r&#233;solution spontan&#233;e de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son r&#244;le lors de l'insurrection de 1916 montra que de toute &#233;vidence il comprenait le r&#244;le d'une direction, mais de fa&#231;on purement militaire. Croyant que l'Irlande ind&#233;pendante serait obligatoirement socialiste, il ne comprit pas le danger de se lier totalement &#224; la bourgeoisie nationaliste et ne fit rien pour organiser les travailleurs de fa&#231;on ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, malgr&#233; son courage et sa volont&#233;, Connolly n'arriva pas &#224; surmonter, dans les faits, le legs objectiviste, et au bout du compte passif, du centrisme de la Deuxi&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa m&#233;thode donc peut &#234;tre rapproch&#233;e de celle de Trotsky, mais avec les trois pr&#233;cisions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En aucun sens Connolly n'avait la compr&#233;hension dialectique et l&#233;niniste du Trotsky de 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant que Connolly comprit le lien entre le combat pour l'ind&#233;pendance et celui pour le socialisme, ce fut de fa&#231;on purement spontan&#233;e et objectiviste, en un mot centriste, comme le Trotsky de 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant que Connolly comprit le r&#244;le d'une direction, ce fut de fa&#231;on blanquiste, pour la seule t&#226;che de l'insurrection, qui ne serait nullement l'action des masses organis&#233;es en conseils et dans un parti, mais comme minorit&#233; agissante, capable d'arracher le pouvoir pour et &#224; la place des masses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La classe ouvri&#232;re dans la r&#233;volution irlandaise</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article289</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Irlande</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sommaire du site &lt;br class='autobr' /&gt; James Connolly &lt;br class='autobr' /&gt; Labour In Irish History &lt;br class='autobr' /&gt; Chapter X The first Irish socialist : A forerunner of Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;It is a system which in its least repulsive aspects compels thousands and tens of thousands to fret and toil, to live and die in hunger and rags and wretchedness, in order that a few idle drones may revel in ease and luxury.&#8221; &#8211; Irish People, July 9, 1864 &lt;br class='autobr' /&gt;
For Ireland, as for every part of Europe, the first quarter of the nineteenth century was a period of (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot107" rel="tag"&gt;Irlande&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/revo_irland.jpg' width=&#034;390&#034; height=&#034;243&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_713 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/revolution_irlandaise_mai_1916.jpg' width=&#034;386&#034; height=&#034;236&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article88&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sommaire du site&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;James Connolly&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Labour In Irish History&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapter X&lt;br class='autobr' /&gt;
The first Irish socialist :&lt;br class='autobr' /&gt;
A forerunner of Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;It is a system which in its least repulsive aspects compels thousands and tens of thousands to fret and toil, to live and die in hunger and rags and wretchedness, in order that a few idle drones may revel in ease and luxury.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Irish People, July 9, 1864&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For Ireland, as for every part of Europe, the first quarter of the nineteenth century was a period of political darkness, or unbridled despotism and reaction. The fear engendered in the heart of the ruling classes by the French Revolution had given birth to an almost insane hatred of reform, coupled with a wolfish ferocity in hunting down even the mildest reformers. The triumph of the allied sovereigns over Napoleon was followed by a perfect saturnalia of despotism all over Europe, and every form of popular organisation was ruthlessly suppressed or driven under the surface. But driving organisations under the surface does not remove the causes of discontent, and consequently we find that, as rapidly as reaction triumphed above ground, its antagonists spread their secret conspiracies underneath. The popular discontent was further increased by the fact that the return home of the soldiers disbanded from the Napoleonic wars had a serious economic effect. It deprived the agriculturists of a market for their produce, and produced a great agricultural and industrial crisis. It threw out of employment all the ships employed in provisioning the troops, all the trades required to build, equip and repair them, all the industries engaged in making war material ; and in addition to suspending the work and flooding the labour market with the men and women thus disemployed, it cast adrift scores of thousands of able-bodied soldiers and sailors, to compete with the civilian workers who had fed, clothed and maintained them during the war. In Ireland especially the results were disastrous, owing to the inordinately large proportion of Irish amongst the disbanded soldiers and sailors. Those returning home found the labour market glutted with unemployed in the cities, and in the rural districts the landlords engaged in a fierce war of extermination with their tenantry, who, having lost their war market and war prices, were unable to meet the increasing exactions of the owners of the soil. It was at this period the great Ribbon conspiracy took hold upon the Irish labourer in the rural districts, and although the full truth relative to that movement has never yet been unearthed, sufficient is known to indicate that it was in effect a secret agricultural trades union of labourers and cottier farmers &#8211; a trades union which undertook, in its own wild way, to execute justice upon the evictor, and vengeance upon the traitor to his fellows. Also at this time Irish trade unionism, although secret and illegal, attained to its maximum of strength and compact organisation. In 1824 the chief constable of Dublin, testifying before a committee of the House of Commons, declared that the trades of Dublin were perfectly organised, and many of the employers were already beginning to complain of the &#8220;tyranny of the Irish trades unions&#8221;. Under such circumstances it is not to be wondered at, that the attention which in the eighteenth century had been given to political reforms and the philosophy thereof, gave way in the nineteenth to solicitude for social amelioration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In England, France, and Germany a crop of social philosophers sprang up, each with his scheme of a perfect social order, each with a plan by which the regeneration of society could be accomplished, and poverty and all its attendant evils abolished. For the most part these theorists had no complaint to make against the beneficiaries of the social system of the day ; their complaint was against the results of the social system. Indeed they, in most cases, believed that the governing and possessing classes would themselves voluntarily renounce their privileges and property and initiate the new order once they were convinced of its advantages. With this belief it was natural that the chief direction taken by their criticism of society should be towards an analysis of the effects of competition upon buyer and seller, and that the relation of the labourer as producer to the proprietor as appropriator of the thing produced should occupy no part of their examination. One result of this one sided view of social relations necessarily was a complete ignoring of historical development as a factor in hastening the attainment of their ideal ; since the new order was to be introduced by the governing class, it followed that the stronger that class became the easier would be the transition, and consequently, everything which would tend to weaken the social bond by accentuating class distinction, or impairing the feelings of reverence held by the labourer for his masters, would be a hindrance to progress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Those philosophers formed socialist sects, and it is known that their followers, when they lost the inspiring genius of their leaders, degenerated into reactionaries of the most pronounced type, opposed to every forward move of labour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Irish are not philosophers as a rule, they proceed too rapidly from thought to action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hence it is not to be wondered at, that the same period which produced the Utopian Socialists before alluded to in France, England, and Germany produced in Ireland an economist more thoroughly Socialist in the modern sense than any of his contemporaries &#8211; William Thompson, of Clonkeen, Roscarbery, County Cork &#8211; a Socialist who did not hesitate to direct attention to the political and social subjection of labour as the worst evil of society ; nor to depict, with a merciless fidelity to truth, the disastrous consequences to political freedom of the presence in society of a wealthy class. Thompson was a believer in the possibility of realising Socialism by forming co-operative colonies on the lines of those advocated by Robert Owen, and to that extent may be classed as a Utopian. On the other hand he believed that such colonies must be built by the labourers themselves, and not by the governing class. He taught that the wealth of the ruling class was derived from the plunder of labour, and he advocated, as a necessary preliminary to Socialism, the conquest of political representation on the basis of the adult suffrage of both sexes. He did not believe in the State as a basis of Socialist society, but he insisted upon the necessity of using political weapons to destroy all class privileges founded in law, and to clear the ground of all obstacles which the governing class might desire to put in the way of the growth of Socialist communities.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lest it may be thought that we are exaggerating the merits of Thompson's work as an original thinker, a pioneer of Socialist thought, superior to any of the Utopian Socialists of the Continent, and long ante-dating Karl Marx in his insistence upon the subjection of labour as the cause of all social misery, modern crime and political dependence, as well as in his searching analysis of the true definition of capital, we will quote a passage from his most important work, published in 1824 : An Inquiry into the principles of the distribution of Wealth most conducive to Human Happiness as applied to the newly-proposed System of the Voluntary Equality of Wealth. Third edition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;What, then, is the most accurate idea of capital ? It is that portion of the product of labour which, whether of a permanent nature or not, is capable of being made the instrument of profit. Such seem to be the real circumstances which mark out one portion of the products of labour as capital. On such distinctions, however, have been founded the insecurity and oppression of the productive labourer &#8211; the real parent, under the guidance of knowledge, of all wealth &#8211; and the enormous usurpation, over the productive forces and their fellow-creatures, of those who, under the name of capitalists, or landlords, acquired the possession of those accumulated products &#8211; the yearly or permanent supply of the community. Hence the opposing claims of the capitalist and the labourer. The capitalist, getting into his hands, under the reign of insecurity and force, the consumption of many labourers for the coming year, the tools or machinery necessary to make their labour productive, and the dwellings in which they must live, turned them to the best account, and bought labour and its future products with them as cheaply as possible. The greater the profit of capital, or the more the capitalist made the labourer pay for the advance of his food, the use of the implements or machinery and the occupation of the dwelling, the less of course remained to the labourer for the acquisition of any object of desire.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or again, see how, whilst advocating political reform as a means to an end, he depicts its inefficiency when considered as an end in itself : &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;As long as the accumulated capital of society remains in one set of hands, and the productive power of creating wealth remains in another, the accumulated capital will, while the nature of man continues as at present, be made use of to counter-act the natural laws of distribution, and to deprive the producers of the use of what their labour has produced. Were it possible to conceive that, under simple representative institutions, any such of the expedients of insecurity should be permitted to remain in existence as would uphold the division of capital and labour, such representative institutions (though all the plunder of political power should cease) would be of little further benefit to the real happiness of mankind, than as affording an easy means for the development of knowledge, and the ultimate abolition of all such expedients. As long as a class of mere capitalists exists, society must remain in a diseased state. Whatever plunder is saved from the hand of political power will be levied in another way, under the name of profit, by capitalists who, while capitalists, must be always law- makers.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thompson advocated free education for all, and went into great detail to prove its feasibility, giving statistics to show that the total cost of such education could easily be borne by Ireland, without unduly increasing the burden of the producers. In this he was three generations ahead of his time &#8211; the reform he then advocated being only partially realised in our day. Living in a country in which a small minority imposed a detested religion by force upon a conquered people, with the result that a ferocious fanaticism disgraced both sides, he yet had courage and foresight enough to plead for secular education, and to the cry of the bigots who then as now declared that religion would die unless supported by the State, he answered : &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Not only has experience proved that religion can exist without interfering with the natural laws of distribution by violation of security, but it has increased and flourished during centuries in Ireland, and in Greece, under and in spite of the forced abstraction of its own resources from its own communicants, to enrich a rival and hated priesthood, or to feed the force that enchained it.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;How different was the spirit of the Socialism preached by Thompson from the visionary sentimentalism of the Utopians of Continental Europe, or of Owen in his earlier days in England, with their constant appeals to the &#8216;humanity' of the possessing classes, is further illustrated by the following passage which, although lengthy, we make no apology for reproducing. Because of its biting analysis of the attitude of the rich in the various stages of political society, and the lust for power which accompanies extreme wealth, the passage might have never been written by a Socialist of the twentieth century : &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;The unoccupied rich are without any active pursuit ; an object in life is wanting to them. The means of gratifying the senses, the imagination even, of sating all wants and caprices they possess. The pleasures of power are still to be attained. It is one of the strongest and most unavoidable propensities of those who have been brought up in indulgence, to abhor restraint, to be uneasy under opposition, and therefore to desire power to remove these evils of restraint and opposition. How shall they acquire the power ? First by the direct influence of their wealth, and the hopes and fears it engenders ; then when these means are exhausted, or to make these means more effectual, they endeavour everywhere to seize on, to monopolise the powers of Government.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Where despotism does exist, they endeavour to get entirely into their own hands, or in conjunction with the head of the State, or other bodies, they seize as large a portion as they can of the functions of legislation. Where despotism does not exist, or is modified, they share amongst themselves all the subordinate departments of Government ; they monopolise, either directly or indirectly, the command of the armed force, the offices of judges, priests and all those executive departments which give the most power, require the least trouble, and render the largest pecuniary returns. Where despotism exists, the class of the excessively rich make the best terms they can with the despot, to share his power whether as partners, equals or mere slaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;If his situation is such as to give them a confidence in their strength, they make terms with the despot, and insist on what they call their rights ; if they are weak they gladly crawl to the despot, and appear to glory in their slavishness to him for the sake of the delegated power of making slaves to themselves of the rest of the community. Such do the historians of all nations prove the tendencies of excessive wealth to be.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the English-speaking world the work of this Irish thinker is practically unknown, but on the Continent of Europe his position has long been established. Besides the work already quoted he wrote an Appeal of one-half of the Human Race &#8211; Women &#8211; against the Pretensions of the other half &#8211; Men &#8211; to retain them in Political and thence in Civil and Domestic Slavery published in London in 1825. Labour Rewarded, the Claims of Labour and Capital Conciliated ; or, How to Secure to Labour the Whole Product of its Exertions, published in 1827, and Practical Directions for the Speedy and Economical Establishment of Communities, published in London in 1830, are two other known works. He also left behind the manuscript of other books on the same subject, but they have never been published, and their whereabouts is now unknown. It is told of him that he was for twenty years a vegetarian and total abstainer, and in his will left the bulk of his fortune to endow the first co-operative community to be established in Ireland, and his body for the purpose of dissection in the interests of science. His relations successfully contested the will on the ground that &#8220;immoral objects were included in its benefit&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;His position in the development of Socialism as a science lies, in our opinion, midway between the Utopianism of the early idealists and the historical materialism of Marx. He anticipated the latter in most of his analyses of the economic system, and foresaw the part that a democratisation of politics must play in clearing the ground of the legal privileges of the professional classes. In a preface to the English translation of the work of one of his German biographers, Anton Menger, the writer, H.S. Foxwell, M.A., says of his contribution to economic science :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Thompson's fame will rest, not upon his advocacy of Owenite co-operation, devoted and public-spirited as that was, but upon the fact that he was the first writer to elevate the question of the just distribution of wealth to the supreme position it has since held in English political economy. Up to his time political economy had been rather commercial than industrial, indeed he finds it necessary to explain the very meaning of the term &#8216;industrial', which he says, was from the French, no doubt adopted from Saint Simon.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If we were to attempt to estimate the relative achievements of Thompson and Marx we should not hope to do justice to either by putting them in contrast, or by eulogising Thompson in order to belittle Marx, as some Continental critics of the latter seek to do. Rather we should say that the relative position of this Irish genius and of Marx are best comparable to the historical relations of the pre-Darwinian evolutionists to Darwin ; as Darwin systematised all the theories of his predecessors and gave a lifetime to the accumulation of the facts required to establish his and their position, so Marx found the true line of economic thought already indicated, and brought his genius and encyclopaedic knowledge and research to place it upon an unshakable foundation. Thompson brushed aside the economic fiction maintained by the orthodox economists and accepted by the Utopian, that profit was made in exchange, and declared that it was due to the subjection of labour and the resultant appropriation, by the capitalists and landlords, of the fruits of the labour of others. He does not hesitate to include himself as a beneficiary of monopoly. He declared, in 1827, that for about twelve years he had been &#8220;living on what is called rent, the produce of the labour of others&#8221;. All the theory of the class war is but a deduction from this principle. But, although Thompson recognised this class war as a fact, he did not recognise it as a factor, as the factor in the evolution of society towards freedom. This was reserved for Marx, and in our opinion, is his chief and crowning glory. While Owen and the Continental Socialists were beseeching the favour of kings, Parliaments and Congresses, this Irishman was arraigning the rich, pointing out that lust of power for ever followed riches, that &#8220;capitalists, while capitalists, would always be law-makers&#8221;, but that &#8220;as long as a class of mere capitalists exists, society must remain in a diseased state&#8221;. The fact that the daring Celt who preached this doctrine, arraigning alike the social and political rulers of society and society itself, also vehemently demanded the extension of the suffrage to the whole adult population, is surely explanation enough why his writings found no favour with the respectable classes of society, with those same classes who so frequently lionised the leaders of the Socialist sects of his day.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In our day another great Irishman, Standish O'Grady, perhaps the greatest litterateur in Ireland, has been preaching in the pages of The Peasant Dublin, 1908-9, against capitalist society, and urged the formation of co-operative communities in Ireland as an escape therefrom. It is curiously significant how little Irishmen know of the intellectual achievements of their race, that O'Grady apparently is entirely unconscious of the work of his great forerunner in that field of endeavour. It is also curiously significant of the conquest of the Irish mind by English traditions, that Irish Nationalists should often be found fighting fiercely against Socialism as &#8220;a German idea&#8221;, although every social conception which we find in the flower in Marx, we can also find in the bud in Thompson, twenty-three years before the publication of the Communist Manifesto, forty-three years before the issue of Das Kapital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We will conclude this chapter by another citation from this Irish pioneer of revolutionary Socialism ; we say of revolutionary Socialism advisedly, for all the deductions from his teachings lead irresistibly to the revolutionary action of the working class. As, according to the Socialist philosophy, the political demands of the working-class movement must at all times depend upon the degree of development of the age and country in which it finds itself, it is apparent that Thompson's theories of action were the highest possible expression of the revolutionary thought of his age.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;The productive labourers, stript of all capital, of tools, houses, and materials to make their labour productive, toil from want, from the necessity of existence, their remuneration being kept at the lowest compatible figure with the existence of industrious habits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;How shall the wretchedly poor be virtuous ? Who cares about them ? What character have they to lose ? What hold has public opinion on their action ? What care they for the delicate pleasures of reputation who are tormented by the gnawings of absolute want ? How should they respect the property or rights of others who have none of their own to beget a sympathy for those who suffer from their privation ? How can they feel for others' woes, for others' passing light complaints, who are tormented by their own substantial miseries ? The mere mention of the trivial inconveniences of others insults and excites the indignation, instead of calling forth their complacent sympathies. Cut off from the decencies, the comforts, the necessaries of life, want begets ferocity. If they turn they find many in the same situation with themselves, partaking of their feelings of isolation from kindly sympathies with the happy. They become a public to each other, a public of suffering, of discontent and ignorance ; they form a public opinion of their own in contempt of the public opinion of the rich, whom, and their laws, they look upon as the result of force alone. From whom are the wretched to learn the principle while they never see the practice of morality ? Of respect for the security of others ? From their superiors ? From the laws ? The conduct of their superiors, the operation of those laws have been one practical lesson to them of force, of restraint, of taking away without their consent, without any equivalent, the fruits of their labour. Of what avail are morals or principles or commands, when opposed, when belied by example ? These can never supply motives of virtuous conduct. Motives arise from things, from surrounding circumstances, not from the idleness of words and empty declamations. Words are only useful to convey and impress a knowledge of these things and circumstances. If these things do not exist, words are mere mockery.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;With this bit of economic determinist philosophy &#8211; teaching that morality is a thing of social growth, the outcome of things and circumstances &#8211; we leave this earliest Irish apostle of the social revolution. Fervent Celtic enthusiasts are fond of claiming, and the researches of our days seem to bear out the claim, that Irish missionaries were the first to rekindle the lamp of learning in Europe, and dispel the intellectual darkness following the downfall of the Roman Empire ; may we not also take pride in the fact that an Irishman was the first to pierce the worse than Egyptian darkness of capitalist barbarism, and to point out to the toilers the conditions of their enslavement, and the essential pre-requisites of their emancipation ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;volution irlandaise</title>
		<link>http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1531</link>
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		<dc:date>2010-01-02T21:27:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Irlande</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;James Connolly &lt;br class='autobr' /&gt;
La grande gr&#232;ve de 1913 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'insurrection de 1916 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 24 avril 1916, le lundi de P&#226;ques, alors que depuis pr&#232;s de deux ans l'Europe &#233;tait plong&#233;e dans une guerre cruelle et fratricide, une poign&#233;e de travailleurs r&#233;volutionnaires et de combattants nationalistes unis se soulevaient dans la capitale irlandaise, occupant quelques b&#226;timents publics dont la Poste centrale d'o&#249; les chefs des insurg&#233;s allaient proclamer une R&#233;publique d'Irlande ind&#233;pendante de la couronne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot107" rel="tag"&gt;Irlande&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Connolly_%28Irlande%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;James Connolly&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1138 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/greve.jpg' width=&#034;329&#034; height=&#034;149&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La grande gr&#232;ve de 1913&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/190401330_L.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_de_P%C3%A2ques_1916&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'insurrection de 1916&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le 24 avril 1916, le lundi de P&#226;ques, alors que depuis pr&#232;s de deux ans l'Europe &#233;tait plong&#233;e dans une guerre cruelle et fratricide, une poign&#233;e de travailleurs r&#233;volutionnaires et de combattants nationalistes unis se soulevaient dans la capitale irlandaise, occupant quelques b&#226;timents publics dont la Poste centrale d'o&#249; les chefs des insurg&#233;s allaient proclamer une R&#233;publique d'Irlande ind&#233;pendante de la couronne britannique. Les insurg&#233;s tinrent t&#234;te toute une semaine &#224; l'arm&#233;e et &#224; la marine britanniques.
&lt;p&gt;S'ils rest&#232;rent isol&#233;s et ne purent entra&#238;ner &#224; leur suite les masses ouvri&#232;res et paysannes opprim&#233;es d'Irlande, s'ils furent &#233;cras&#233;s sous les bombes et les obus d'une des plus fortes arm&#233;es imp&#233;rialistes, les insurg&#233;s de P&#226;ques 1916 n'en annon&#231;aient pas moins la fin prochaine de la domination s&#233;culaire de la Grande-Bretagne sur l'Irlande et l'ind&#233;pendance de la majeure partie du territoire de l'&#238;le. Ils ouvraient la premi&#232;re br&#232;che dans l'Empire britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Irlande une colonie anglaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conqu&#234;te de l'Irlande par l'Angleterre ne s'acheva qu'au 17&#232;me si&#232;cle. Elle consacra l'expropriation brutale des paysans irlandais au profit de grands propri&#233;taires anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saign&#233;e par des fermages exorbitants, la population pauvre des campagnes irlandaises connut les famines &#224; r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des plus importantes, celle de 1847, fit au moins un million de morts et contraignit un million et demi d'Irlandais &#224; l'&#233;migration. Elle provoqua aussi un exode vers les villes qui virent leur population plus que doubler en une quarantaine d'ann&#233;es. Une classe ouvri&#232;re moderne se forma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re entre en lutte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1907, une gr&#232;ve victorieuse de trois mois des dockers de Belfast permit un important d&#233;veloppement du syndicat des travailleurs des transports, qui allait jouer un r&#244;le d&#233;cisif dans les luttes ouvri&#232;res des ann&#233;es suivantes, dans toute l'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1913, pour s'opposer &#224; l'agitation grandissante des travailleurs de Dublin qui entendaient imposer la reconnaissance de leur syndicat, les patrons locaux d&#233;cid&#232;rent de fermer les entreprises de la ville. Ce lock-out dura six mois. Maintes fois les travailleurs s'oppos&#232;rent physiquement &#224; la police et aux nervis patronaux. C'est au cours de ces combats que se formaient, &#224; l'initiative de militants syndicalistes et socialistes, une organisation d'auto-d&#233;fense ouvri&#232;re, l'Irish Citizen Army.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs furent vaincus mais ils gard&#232;rent leurs organisations. Leurs dirigeants, comme le socialiste James Connolly, devinrent des leaders r&#233;put&#233;s et respect&#233;s. La classe ouvri&#232;re irlandaise apparut comme l'aile la plus d&#233;termin&#233;e du nationalisme irlandais, pr&#234;te &#224; se battre non seulement contre l'oppresseur britannique mais aussi contre l'oppression du capital, britannique et irlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre mondiale:une occasion pour les travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;clatement de la Premi&#232;re Guerre mondiale, James Connolly et le Parti R&#233;publicain Socialiste Irlandais furent de la minorit&#233; qui, au sein de la Deuxi&#232;me Internationale, rest&#232;rent fermement attach&#233;s &#224; l'internationalisme. Pour Connolly, de m&#234;me que &#171; le socialiste d'un autre pays est mon concitoyen &#187;, guerre ou pas, le capitaliste de son pays demeurait &#171; l'ennemi naturel &#187;. Il d&#233;fendit la n&#233;cessit&#233; d'un soul&#232;vement populaire pour mettre fin &#224; la guerre &#171; qui ne cessera de br&#251;ler tant que le dernier tr&#244;ne et les derniers titres et obligations capitalistes n'auront pas br&#251;l&#233; &#187; et de profiter du fait que l'oppresseur britannique &#233;tait occup&#233; en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par crainte des r&#233;actions populaires, le gouvernement britannique avait renonc&#233; &#224; soumettre les jeunes irlandais &#224; la conscr&#239;ption militaire obligatoire. La rumeur selon laquelle le gouvernement pourrait revenir sur cette d&#233;cision sembla r&#233;unir aux yeux de Connolly, et des jeunes militants nationalistes radicaux avec lesquels il s'&#233;tait associ&#233;, les conditions favorables &#224; une action r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La milice nationaliste irlandaise des Irish Volonteers devait profiter des f&#234;tes de P&#226;ques pour effectuer des man&#339;uvres d'entra&#238;nement. C'est en pensant ainsi forcer la main aux dirigeants nationalistes que les jeunes nationalistes qui y participaient d&#233;cid&#232;rent d'appeler &#224; l'insurrection &#224; cette occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avertis, les dirigeants annul&#232;rent la plupart des man&#339;uvres, isolant ainsi les nationalistes radicaux et les socialistes de Connolly organis&#233;s autour de l'Irish Citizen Army. &#201;cras&#233;s sous les yeux d'une population impuissante, les insurg&#233;s durent se rendre. Les principaux dirigeants, dont Connolly, furent fusill&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais loin de marquer la fin du combat, cette r&#233;pression fut en fait le d&#233;but d'une lutte acharn&#233;e qui, &#224; l'issue d'une guerre civile qui dura pr&#232;s de cinq ans, devait contraindre la Grande-Bretagne &#224; accepter l'ind&#233;pendance irlandaise, &#224; l'exception des comt&#233;s &#224; majorit&#233; protestante du nord-est qui form&#232;rent l'Ulster.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour beaucoup l'insurrection de Dublin appara&#238;t comme un coup de force d'un autre &#226;ge, romantique et inutile, dans une Irlande encore arri&#233;r&#233;e. Pour les nationalistes irlandais d'aujourd'hui c'est un drapeau, mais dont ils ignorent le sens et falsifient l'histoire. Aux premiers, Trotsky r&#233;pondait : &#171; L'arriv&#233;e du prol&#233;tariat irlandais sur la sc&#232;ne de l'histoire ne fait que commencer. Il a d&#233;j&#224; inject&#233; dans ce soul&#232;vement -sous un drapeau archa&#239;que- son sentiment de classe contre le militarisme et l'imp&#233;rialisme. &#187;. Connolly a r&#233;pondu par avance aux seconds en demandant : &#171; Lorsque l'Irlande sera libre, dit le nationaliste qui ne veut pas entendre parler de socialisme, nous prot&#233;gerons toutes les classes et si vous ne payez pas votre loyer, vous serez expuls&#233; tout comme aujourd'hui. Mais ceux qui vous expulseront porteront des uniformes verts (...) et le mandat qui vous jettera &#224; la rue sera frapp&#233; aux armes de la R&#233;publique d'Irlande. Alors cela vaut-il la peine de se battre pour &#231;a ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul tort de ces Irlandais, comme l'a dit L&#233;nine, fut de s'&#234;tre &#171; insurg&#233;s dans un moment inopportun, alors que l'insurrection du prol&#233;tariat europ&#233;en n'&#233;tait pas encore m&#251;re &#187;. Mais en levant le drapeau de la r&#233;bellion, c'est cette insurrection qu'ils anticipaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain VALLER&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/ireland_easter-rising.jpg' width=&#034;743&#034; height=&#034;570&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine
&lt;p&gt;L'insurrection irlandaise de 1916&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nos th&#232;ses ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es avant cette insurrection qui doit servir de mat&#233;riel d'&#233;tude pour v&#233;rifier nos vues th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opinions des adversaires de l'autod&#233;termination aboutissent &#224; cette conclusion que la viabilit&#233; des petites nations opprim&#233;es par l'imp&#233;rialisme est d'ores et d&#233;j&#224; &#233;puis&#233;e, qu'elles ne peuvent jouer aucun r&#244;le contre l'imp&#233;rialisme, qu'on n'aboutirait &#224; rien en soutenant leurs aspirations purement nationales, etc. L'exp&#233;rience de la guerre imp&#233;rialiste de 1914-1916 d&#233;ment concr&#232;tement ce genre de conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre a &#233;t&#233; une &#233;poque de crise pour les nations d'Europe occidentale et pour tout l'imp&#233;rialisme. Toute crise rejette ce qui est conventionnel, arrache les voiles ext&#233;rieurs, balaie ce qui a fait son temps, met &#224; nu des forces et des ressorts plus profonds. Qu'a-t-elle r&#233;v&#233;l&#233; du point de vue du mouvement des nations opprim&#233;es ? Dans les colonies, plusieurs tentatives d'insurrection que les nations oppressives se sont &#233;videmment efforc&#233;es, avec l'aide de la censure de guerre, de camoufler par tous les moyens. On sait, n&#233;anmoins, que les anglais ont sauvagement &#233;cras&#233; &#224; Singapour une mutinerie de leurs troupes hindoues ; qu il y a eu des tentatives d'insurrection dans l'Annam fran&#231;ais (voir Nach&#233; Slovo) et au Cameroun allemand (voir la brochure de Junius [1] ) ; qu'en Europe, il y a eu une insurrection en Irlande, et que les Anglais &#034;&#233;pris de libert&#233;&#034;, qui n'avaient pas os&#233; &#233;tendre aux irlandais le service militaire obligatoire, y ont r&#233;tabli la paix par des ex&#233;cutions ; et que, d'autre part, le gouvernement autrichien a condamn&#233; &#224; mort les d&#233;put&#233;s de la Di&#232;te tch&#232;que &#034;pour trahison&#034; et fait passer par les armes, pour le m&#234;me &#034;crime&#034;, des r&#233;giments tch&#232;ques entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette liste est naturellement bien loin d'&#234;tre compl&#232;te, tant s'en faut. Elle d&#233;montre n&#233;anmoins que des foyers d'insurrections nationales, surgies en liaison avec la crise de l'imp&#233;rialisme, se sont allum&#233;s &#224; la fois dans les colonies et en Europe ; que les sympathies et les antipathies nationales se sont exprim&#233;es en d&#233;pit des menaces et des mesures de r&#233;pression draconiennes. Et pourtant, la crise de l'imp&#233;rialisme &#233;tait encore loin d'avoir atteint son point culminant : la puissance de la bourgeoisie imp&#233;rialiste n'&#233;tait pas encore &#233;branl&#233;e (la guerre &#034;d'usure&#034; peut aboutir &#224; ce r&#233;sultat, mais on n'en est pas encore l&#224;) ; les mouvements prol&#233;tariens au sein des puissances imp&#233;rialistes sont encore tr&#232;s faibles. Qu'arrivera-t-il lorsque la guerre aura provoqu&#233; un &#233;puisement complet ou bien lorsque, au moins dans l'une des puissances, le pouvoir de la bourgeoisie chancellera sous les coups de la lutte prol&#233;tarienne, comme le pouvoir du tsarisme en 1905 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal Berner Tagwacht, organe des zimmerwaldiens, jusques et y compris certains &#233;l&#233;ments de gauche, a publi&#233; le 9 mai 1916 un article consacr&#233; au soul&#232;vement irlandais, sign&#233; des initiales K.R. et intitul&#233; &#034;Finie, la chanson !&#034; L'insurrection irlandaise y &#233;tait qualifi&#233;e de &#034;putsch&#034;, ni plus ni moins, car la &#034;question irlandaise&#034;, y disait-on, &#233;tait une &#034;question agraire&#034;, les paysans avaient &#233;t&#233; apais&#233;s par des r&#233;formes, et le mouvement national n'&#233;tait plus maintenant &#034;qu'un mouvement purement urbain, petit-bourgeois, et qui, en d&#233;pit de tout son tapage, ne repr&#233;sentait pas grand-chose &#034;au point de vue social&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant que cette appr&#233;ciation d'un doctrinarisme et d'un p&#233;dantisme monstrueux ait co&#239;ncid&#233; avec celle d'un national-lib&#233;ral russe, un cadet, monsieur A. Koulicher (Retch, n&#176; 102 du 15 avril 1916), qui a qualifi&#233; lui aussi l'insurrection de &#034;putsch de Dublin&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est permis d'esp&#233;rer que, conform&#233;ment au proverbe &#034;A quelque chose malheur est bon&#034;, beaucoup de camarades qui ne comprenaient pas dans quel marais ils s'enlisaient en s'opposant &#224; l'&#034;autod&#233;termination&#034; et en consid&#233;rant avec d&#233;dain les mouvements nationaux des petites nations, auront leurs yeux dessill&#233;s sous l'effet de cette co&#239;ncidence &#034;fortuite&#034; entre l'appr&#233;ciation d'un repr&#233;sentant de la bourgeoisie imp&#233;rialiste et celle d'un social-d&#233;mocrate' !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut parler de &#034;putsch&#034;, au sens scientifique du terme, que lorsque la tentative d'insurrection n'a rien r&#233;v&#233;l&#233; d'autre qu'un cercle de conspirateurs ou d'absurdes maniaques, et qu'elle n'a trouv&#233; aucun &#233;cho dans les masses. Le mouvement national irlandais, qui a derri&#232;re lui des si&#232;cles d'existence, qui est pass&#233; par diff&#233;rentes &#233;tapes et combinaisons d'int&#233;r&#234;ts de classe, s'est traduit, notamment, par un congr&#232;s national irlandais de masse, tenu en Am&#233;rique (Vorw&#228;rts du 20 mars 1916), lequel s'est prononc&#233; en faveur de l'ind&#233;pendance de l'Irlande ; il s'est traduit par des batailles de rue auxquelles prirent part une partie de la petite bourgeoisie des villes,ainsi q'une partie des ouvriers, apr&#232;s un long effort de propagande au sein des masses, apr&#232;s des manifestations, des interdictions de journaux, etc. Quiconque qualifie de putsch pareille insurrection est, ou bien le pire des r&#233;actionnaires, ou bien un doctrinaire absolument incapable de se repr&#233;senter la r&#233;volution sociale comme un ph&#233;nom&#232;ne vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croire que la r&#233;volution sociale soit concevable sans insurrections des petites nations dans les colonies et en Europe, sans explosions r&#233;volutionnaires d'une partie de la petite bourgeoisie avec tous ses pr&#233;jug&#233;s, sans mouvement des masses prol&#233;tariennes et semi-prol&#233;tariennes politiquement inconscientes contre le joug seigneurial, cl&#233;rical, monarchique, national, etc., c'est r&#233;pudier la r&#233;volution sociale. C'est s'imaginer qu'une arm&#233;e prendra position en un lieu donn&#233; et dira &#034;Nous sommes pour le socialisme&#034;, et qu'une autre, en un autre lieu, dira &#034;Nous sommes pour l'imp&#233;rialisme&#034;, et que ce sera alors la r&#233;volution sociale ! C'est seulement en proc&#233;dant de ce point de vue p&#233;dantesque et ridicule qu'on pouvait qualifier injurieusement de &#034;putsch&#034; l'insurrection irlandaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque attend une r&#233;volution sociale &#034;pure&#034; ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n'est qu'un r&#233;volutionnaire en paroles qui ne comprend rien &#224; ce qu'est une v&#233;ritable r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe de 1905 a &#233;t&#233; une r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise. Elle a consist&#233; en une s&#233;rie de batailles livr&#233;es par toutes les classes, groupes et &#233;l&#233;ments m&#233;contents de la population. Parmi eux, il y avait des masses aux pr&#233;jug&#233;s les plus barbares, luttant pour les objectifs les plus vagues et les plus fantastiques, il y avait des groupuscules qui recevaient de l'argent japonais, il y avait des sp&#233;culateurs et des aventuriers, etc. Objectivement, le mouvement des masses &#233;branlait le tsarisme et frayait la voie &#224; la d&#233;mocratie, et c'est pourquoi les ouvriers conscients &#233;taient &#224; sa t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution socialiste en Europe ne peut pas &#234;tre autre chose que l'explosion de la lutte de masse des opprim&#233;s et m&#233;contents de toute esp&#232;ce. Des &#233;l&#233;ments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arri&#233;r&#233;s y participeront in&#233;vitablement - sans cette participation, la lutte de masse n'est pas possible, aucune r&#233;volution n'est possible - et, tout aussi in&#233;vitablement, ils apporteront au mouvement leurs pr&#233;jug&#233;s, leurs fantaisies r&#233;actionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais, objectivement, ils s'attaqueront au capital, et l'avant-garde consciente de la r&#233;volution, le prol&#233;tariat avanc&#233;, qui exprimera cette v&#233;rit&#233; objective d'une lutte de masse disparate, discordante, bigarr&#233;e, &#224; premi&#232;re vue sans unit&#233;, pourra l'unir et l'orienter, conqu&#233;rir le pouvoir, s'emparer des banques, exproprier les trusts ha&#239;s de tous (bien que pour des raisons diff&#233;rentes !) et r&#233;aliser d'autres mesures dictatoriales dont l'ensemble aura pour r&#233;sultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme, laquelle ne &#034;s'&#233;purera&#034; pas d'embl&#233;e, tant s'en faut, des scories petites-bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie, lisons-nous dans les th&#232;ses polonaises (1,4), &#034;doit utiliser la lutte men&#233;e par la jeune bourgeoisie coloniale contre l'imp&#233;rialisme europ&#233;en pour aggraver la crise r&#233;volutionnaire en Europe&#034; (les italiques sont des auteurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas clair que, sous ce rapport moins que sous tous les autres, on n'a pas le droit d'opposer l'Europe aux colonies ? La lutte des nations opprim&#233;es en Europe, capable d'en arriver &#224; des insurrections et &#224; des combats de rues, &#224; la violation de la discipline de fer de l'arm&#233;e et &#224; l'&#233;tat de si&#232;ge, &#034;aggravera la crise r&#233;volutionnaire en Europe&#034; infiniment plus qu'un soul&#232;vement de bien plus grande envergure dans une colonie lointaine. A force &#233;gale, le coup port&#233; au pouvoir de la bourgeoisie imp&#233;rialiste anglaise par l'insurrection en Irlande a une importance politique cent fois plus grande que s'il avait &#233;t&#233; port&#233; en Asie ou en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse chauvine fran&#231;aise a annonc&#233; r&#233;cemment la parution en Belgique du 80&#176; num&#233;ro de la revue ill&#233;gale la Libre Belgique [2]. La presse chauvine fran&#231;aise ment tr&#232;s souvent, certes, mais cette information semble exacte. Alors que la social-d&#233;mocratie allemande chauvine et kautskiste n'a pas cr&#233;&#233; de presse libre pendant ces deux ann&#233;es de guerre et supporte servilement le joug de la censure militaire (seuls les &#233;l&#233;ments radicaux de gauche ont, &#224; leur honneur, fait para&#238;tre des brochures et des proclamations sans les soumettre &#224; la censure), une nation cultiv&#233;e opprim&#233;e r&#233;pond aux atrocit&#233;s inou&#239;es de l'oppression militaire en cr&#233;ant un organe de protestation r&#233;volutionnaire ! La dialectique de l'histoire fait que les petites nations, impuissantes en tant que facteur ind&#233;pendant dans la lutte contre l'imp&#233;rialisme, jouent le r&#244;le d'un des ferments, d'un des bacilles, qui favorisent l'entr&#233;e en sc&#232;ne de la force v&#233;ritablement capable de lutter contre l'imp&#233;rialisme, &#224; savoir : le prol&#233;tariat socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la guerre actuelle, les &#233;tats-majors g&#233;n&#233;raux s'attachent minutieusement &#224; tirer profit de chaque mouvement national ou r&#233;volutionnaire qui &#233;clate dans le camp adverse : les allemands, du soul&#232;vement irlandais ; les Fran&#231;ais, du mouvement des Tch&#232;ques, etc. Et, de leur point de vue, ils ont parfaitement raison. On ne peut se comporter s&#233;rieusement &#224; l'&#233;gard d'une guerre s&#233;rieuse si l'on ne profite pas de la moindre faiblesse de l'ennemi, si l'on ne se saisit pas de la moindre chance, d'autant plus que l'on ne peut savoir &#224; l'avance &#224; quel moment pr&#233;cis et avec quelle force pr&#233;cise &#034;sautera&#034; ici ou l&#224; tel ou tel d&#233;p&#244;t de poudre. Nous serions de pi&#232;tres r&#233;volutionnaires, si, dans la grande guerre lib&#233;ratrice du prol&#233;tariat pour le socialisme, nous ne savions pas tirer profit de tout mouvement populaire dirig&#233; contre tel ou tel fl&#233;au de l'imp&#233;rialisme, afin d'aggraver et d'approfondir la crise. Si nous nous mettions, d'une part, &#224; d&#233;clarer et r&#233;p&#233;ter sur tous les tons que nous sommes &#034;contre&#034; toute oppression nationale, et, d'autre part, &#224; qualifier de &#034;putsch&#034; l'insurrection h&#233;ro&#239;que de la partie la plus active et la plus &#233;clair&#233;e de certaines classes d'une nation opprim&#233;e contre ses oppresseurs, nous nous ravalerions &#224; un niveau de stupidit&#233; &#233;gal &#224; celui des kautskistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur des irlandais est qu'ils se sont insurg&#233;s dans un moment inopportun, alors que l'insurrection du prol&#233;tariat europ&#233;en n'&#233;tait pas encore m&#251;re. Le capitalisme n'est pas harmonieusement agenc&#233; au point que les diverses sources d'insurrection peuvent fusionner d'elles-m&#234;mes et d'un seul coup, sans &#233;checs et sans d&#233;faites. Au contraire, c'est pr&#233;cis&#233;ment la diversit&#233; de temps, de forme et de lieu des insurrections qui est le plus s&#251;r garant de l'ampleur et de la profondeur du mouvement g&#233;n&#233;ral ; ce n'est que par l'exp&#233;rience acquise au cours de mouvements r&#233;volutionnaires inopportuns, isol&#233;s, fragmentaires et vou&#233;s de ce fait &#224; l'&#233;chec, que les masses acquerront de la pratique, s'instruiront, rassembleront leurs forces, reconna&#238;tront leurs v&#233;ritables chefs, les prol&#233;taires socialistes, et pr&#233;pareront ainsi l'offensive g&#233;n&#233;rale, de m&#234;me que les gr&#232;ves isol&#233;es, les manifestations dans les villes ou de caract&#232;re national, les mutineries dans l'arm&#233;e, les soul&#232;vements paysans, etc., avaient pr&#233;par&#233; l'assaut g&#233;n&#233;ral de 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir L&#233;nine : &#034;A propos de la brochure de Junius&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cette revue &#233;tait alors l'organe du Parti Ouvrier Belge.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/150px-1916proc.jpg' width=&#034;150&#034; height=&#034;228&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1140 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/kilmainham.jpg' width=&#034;267&#034; height=&#034;158&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'execution des r&#233;volutionnaires et des nationalistes de 1916&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;James Connolly et le soul&#232;vement de Dublin de 1916 : Entre socialisme et nationalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#226;ques 1916. L'Irlande, sous le joug du capitalisme anglais depuis le 17&#232;me si&#232;cle, se soul&#232;ve contre l'oppresseur. Le 24 avril &#224; Dublin, capitale de la colonie anglaise, James Connolly, membre de l'Internationale Socialiste et &#224; la t&#234;te de la Irish Republican Brotherhood (&#8220;Fraternit&#233; r&#233;publicaine irlandaise&#8221;), proclame la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine plus tard, le centre de Dublin est en ruines, &#233;cras&#233; par la puissante arm&#233;e de l'imp&#233;rialisme britannique. Les dirigeants du mouvement, dont Connolly, sont arr&#234;t&#233;s. Dans les autres villes qui se sont soulev&#233;es, les r&#233;publicains acceptent la r&#233;alit&#233; de la victoire britannique et se rendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 jours plus tard, Connolly, bless&#233; et ligot&#233; &#224; une chaise, sera ex&#233;cut&#233; par un peloton britannique. L'ordre r&#233;gnait &#224; Dublin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour L&#233;nine, cet &#233;v&#233;nement, malgr&#233; la d&#233;faite que les masses irlandaises essuy&#232;rent, fut la &#8220;pierre de touche&#8221; de la position r&#233;volutionnaire sur la question nationale. En ceci, il s'opposa vigoureusement &#224; ceux qui, au sein du mouvement socialiste, critiqu&#232;rent le soul&#232;vement comme un &#8220;putsch&#8221; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;On ne peut parler de &#8216;putsch', au sens scientifique du terme, que lorsque la tentative d'insurrection n'a rien r&#233;v&#233;l&#233; d'autre qu'un cercle de conspirateurs ou d'absurdes maniaques, et qu'elle n'a trouv&#233; aucun &#233;cho dans les masses. Le mouvement national irlandais, qui a derri&#232;re lui des si&#232;cles d'existence (...) s'est traduit par des batailles de rue auxquelles prirent part une partie de la petite bourgeoisie des villes ainsi qu'une partie des ouvriers, apr&#232;s un long effort de propagande au sein des masses, apr&#232;s des manifestations, des interdictions de journaux, etc. Quiconque qualifie de putsch pareille insurrection est, ou bien le pire des r&#233;actionnaires, ou bien un doctrinaire absolument incapable de se repr&#233;senter la r&#233;volution sociale comme un ph&#233;nom&#232;ne vivant.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;ro&#239;que insurrection de P&#226;ques, peu connue en France, reste un &#233;v&#233;nement important dans l'histoire du mouvement ouvrier. Connolly en particulier est une figure embl&#233;matique de la gauche irlandaise et du mouvement r&#233;publicain. Aujourd'hui, il est encore plus important de tracer une voie ouvri&#232;re &#224; l'unification de l'Irlande et &#224; la fin de la domination imp&#233;rialiste, les militants de l'Irish Republican Army (IRA &#8212; Arm&#233;e r&#233;publicaine irlandaise), qui se veulent les h&#233;ritiers de Connolly et de 1916, ayant recommenc&#233; leur campagne d'attentats contre l'imp&#233;rialisme britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly et la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la r&#233;volution bolch&#233;vique, le soul&#232;vement de P&#226;ques 1916 a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233; par une combinaison de deux facteurs : d'une part, les conditions sociales des masses, fortement opprim&#233;es et exploit&#233;es, d'autre part la guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, le r&#244;le de la guerre fut pr&#233;dominant &#224; cause du fait qu'elle renfor&#231;a toutes les contradictions dans la soci&#233;t&#233; russe et qu'elle r&#233;v&#233;la l'incapacit&#233; du tsarisme de faire autre chose que mener le pays &#224; la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette situation qui poussa les masses &#224; la r&#233;volution de f&#233;vrier et, ensuite, &#224; la prise de pouvoir bolch&#233;vique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Irlande, les cons&#233;quences de la guerre furent toutes autres. En 1912, face au licenciement de plus de 2.000 catholiques provoqu&#233; par l'Ulster Volunteer Force (UVF &#8212; &#8220;Forces des volontaires d'Ulster&#8221;), organisation cr&#233;&#233;e afin de mobiliser les masses des travailleurs protestants en d&#233;fense de leurs privil&#232;ges et de l'union avec la Grande-Bretagne, les masses catholiques &#8212; largement majoritaires &#8212; s'arm&#232;rent et cr&#233;&#232;rent des milices &#8212; les Irish National Volunteers (INV &#8212; &#8220;Volontaires nationaux irlandais&#8221;) pour se d&#233;fendre contre les bandes protestantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation devint de plus en plus tendue. Le gouvernement britannique, qui n'&#233;tait pas convaincu de la n&#233;cessit&#233; strat&#233;gique du maintien de sa domination politique en Irlande, se lan&#231;a dans une politique de &#8220;d&#233;colonisation&#8221; &#224; la va-vite, et promulgua en 1914 un projet de loi sur le &#8220;Home Rule&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre mit fin aux espoirs d'ind&#233;pendance. L'Irlande, avec sa position strat&#233;gique &#224; la fois sur la rive orientale de l'Atlantique et sur les c&#244;tes anglaises, devait rester sous la tutelle de Londres, au moins pour la dur&#233;e de la guerre. Les imp&#233;rialistes soulign&#232;rent clairement leur refus de c&#233;der la r&#233;gion industrialis&#233;e du Nord &#8212; qui comprenait notamment plusieurs chantiers navals &#8212; en avan&#231;ant l'id&#233;e de la partition de l'&#238;le pour la fin de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montrant son intransigeance face &#224; la pression ind&#233;pendantiste dans le nouveau contexte de la guerre mondiale, le gouvernement britannique r&#233;ussit son coup : les Irish National Volunteers scissionn&#232;rent, le dirigeant bourgeois Redmond appuyant la guerre des britanniques et mettant des troupes &#8212; 200.000 hommes &#8212; dans la balance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;go&#251;t&#233;e par la trahison de Redmond, une fraction plus cons&#233;quente politiquement du mouvement ind&#233;pendantiste bourgeois cr&#233;a les Irish Volunteers qui, eux, n'&#233;taient forts que de 12.000 hommes. Les bases du soul&#232;vement de P&#226;ques &#233;taient jet&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la guerre joua un r&#244;le fondamental dans la pr&#233;paration des r&#233;volutions russe et irlandaise, les r&#233;ponses des r&#233;volutionnaires de ces deux pays furent tr&#232;s diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour L&#233;nine, la guerre constituait une confrontation entre pays imp&#233;rialistes, fruit logique du syst&#232;me capitaliste mondial, et la t&#226;che des r&#233;volutionnaires &#233;tait donc de combattre la paix sociale et l'union sacr&#233;e et pour la continuation de la lutte des classes, m&#234;me si celle-ci conduisait &#224; la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait d'utiliser les conditions soulev&#233;es par la guerre afin de poursuivre l'objectif de la r&#233;volution socialiste : &#8220;Transformer la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile&#8221; disait L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal marxiste irlandais fut James Connolly. Dirigeant syndicaliste, il avait jou&#233; un r&#244;le fondamental dans la cr&#233;ation du mouvement ouvrier irlandais. Membre de l'aile gauche de l'Internationale Socialiste, Connolly avait pass&#233; une partie importante de sa vie militante &#224; l'&#233;tranger &#8212; notamment en &#201;cosse et aux USA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1908 et en 1912 Connolly et L&#233;nine s'&#233;taient rejoints au sein de l'Internationale pour appuyer des positions de gauche sur la question de la guerre, une fois le conflit commenc&#233;, leurs positions furent tr&#232;s diff&#233;rentes, &#224; la fois dans leur m&#233;thode et dans leurs conclusions programmatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Connolly, la guerre &#233;tait la faute de l'imp&#233;rialisme britannique particuli&#232;rement rapace. Celui-ci voulait &#224; tout prix maintenir son contr&#244;le des mers face &#224; un capitalisme en voie de d&#233;veloppement &#8212; celui de l'Allemagne &#8212; cherchant ainsi &#224; garder sa mainmise sur le d&#233;veloppement capitaliste mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces circonstances, disait Connolly, une d&#233;faite militaire de la Grande-Bretagne ouvrirait une p&#233;riode de paix mondiale et de d&#233;veloppement capitaliste dans laquelle les forces encore embryonnaires du syndicalisme pourraient se d&#233;velopper, ouvrant ainsi la voie au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il l'a dit en 1915, &#8220;chaque socialiste attend avec impatience le plein d&#233;veloppement du syst&#232;me capitaliste qui, seul, rend possible le socialisme, mais qui ne peut avoir lieu qu'en cons&#233;quence des efforts des capitalistes, inspir&#233;s par des raisons &#233;go&#239;stes.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position est totalement fausse. Elle m&#233;lange tout ce qu'il y a de passif et d'objectiviste dans les analyses les plus m&#233;canistes de l'Internationale &#8212; l'in&#233;luctabilit&#233; du socialisme et le r&#244;le progressiste du capitalisme &#8212; avec des illusions tr&#232;s fortes dans la possibilit&#233; qu'une politique purement syndicale puisse conduire les masses &#224; la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces graves erreurs, la position de Connolly apr&#232;s que la guerre eut &#233;clat&#233; fut tr&#232;s diff&#233;rente de celle d'autres dirigeants syndicalistes &#8212; notamment en France &#8212; qui, bien qu'ils aient appuy&#233; en 1912 l'appel utopiste de l'Internationale &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e et internationale en cas de guerre, se sont ru&#233;s dans les bras des imp&#233;rialistes pour f&#234;ter l'union sacr&#233;e et le massacre &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly, lui, sut garder l'ind&#233;pendance de classe face &#224; la bourgeoisie imp&#233;rialiste dans la guerre. La trag&#233;die de 1916, c'est qu'il n'a pas su faire de m&#234;me face &#224; sa propre bourgeoisie lors de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du syndicalisme au nationalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1914, Connolly consid&#233;rait que l'ind&#233;pendance serait le r&#233;sultat in&#233;vitable du d&#233;veloppement de l'imp&#233;rialisme britannique, et la construction du mouvement syndical serait l'arme principale des socialistes. Il &#233;tait bien plac&#233; pour le savoir. Il avait jou&#233; un r&#244;le fondamental dans la cr&#233;ation du mouvement ouvrier irlandais qui, malgr&#233; le fait que l'Irlande soit partie int&#233;grante de la Grande-Bretagne, avait des structures et des organisations compl&#232;tement s&#233;par&#233;es de celles du pays imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re centrale syndicale irlandaise, l'Irish Trade Union Congress n'avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e qu'en 1894, presque 30 ans apr&#232;s son homologue britannique, et sans liens r&#233;els avec ce dernier. Le Parti travailliste, cr&#233;&#233; en Grande-Bretagne en 1900 par les syndicats, ne tenta jamais de s'implanter en Irlande (m&#234;me aujourd'hui, il est compl&#232;tement absent du Nord).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la classe ouvri&#232;re existait bel et bien en Irlande. Dans le nord, fortement industrialis&#233;, il y avait notamment une industrie m&#233;tallurgique et des chantiers navals (le &#8220;Titanic&#8221; y fut construit...). Partout dans l'&#238;le, des usines produisaient du tissu, et les marins et les dockers jouaient un r&#244;le fondamental dans le maintien des contacts commerciaux avec la Grande-Bretagne et l'Empire britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que Connolly, apr&#232;s avoir dirig&#233; sa propre petite organisation au d&#233;but des ann&#233;es 1890, revient en Irlande en 1910 apr&#232;s avoir s&#233;journ&#233; en &#201;cosse et aux USA, ayant appris son marxisme dans le premier pays, son syndicalisme dans le deuxi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pendant son s&#233;jour en Am&#233;rique, il avait particip&#233; &#224; l'IWW (International Workers of the World &#8212; Travailleurs Internationaux du Monde), connu sous le surnom &#8220;les Wobblies&#8221;, organisation syndicaliste r&#233;volutionnaire. Au d&#233;but, c'est ce genre d'organisation qu'il chercha &#224; cr&#233;er en Irlande &#224; son retour, notamment par sa participation &#224; la direction du syndicat &#8220;g&#233;n&#233;ral &#187;, l'IGTWU. Son objectif &#233;tait donc de fournir les bases ouvri&#232;res d'un futur mouvement nationaliste qui serait, obligatoirement, aussi socialiste (voir encadr&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;chec de la politique du &#8220;Home Rule&#8221; et l'&#233;clatement du mouvement nationaliste apr&#232;s le d&#233;but de la guerre l'obligea &#224; repenser sa strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il adopta l'id&#233;e que, face au militarisme, il fallait se servir de m&#233;thodes militaristes, en particulier de l'insurrection, tradition bien enracin&#233;e dans le mouvement ind&#233;pendantiste irlandais et &#224; ne pas confondre avec r&#233;volution ouvri&#232;re. Il s'orienta de plus en plus vers l'aile anti-guerre du mouvement r&#233;publicain petit-bourgeois, en partie ceux des Irish National Volunteers qui avaient refus&#233; d'appuyer la guerre, mais plus particuli&#232;rement vers l'Irish Republican Brotherhood (IRB).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;publicains arm&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IRB, fond&#233;e en 1907, &#233;tait une organisation clandestine et conspiratrice dont l'objectif &#233;tait une insurrection en vue d'arracher l'ind&#233;pendance et qui perp&#233;tuait les traditions d'utilisation de la &#171; force physique&#8221; des ind&#233;pendantistes du 19&#232;me et du 18&#232;me si&#232;cles. L'IRB n'avan&#231;ait aucun programme social, n'allant pas plus loin qu'une proclamation en faveur de l'&#233;galit&#233; de &#8220;tous les enfants de la nation&#8221; similaire &#224; celle de la r&#233;volution am&#233;ricaine de 1776 ou de la r&#233;volution fran&#231;aise de 1789.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de Connolly, l'Irish Citizen Army (ICA &#8212; Arm&#233;e citoyenne irlandaise) ne comptait pas plus de 200 militants. Cr&#233;&#233;e comme une v&#233;ritable milice pour d&#233;fendre les gr&#233;vistes contre les attaques des nervis des patrons lors du grand lock-out de 1913, une fois la gr&#232;ve retomb&#233;e, son activit&#233; principale devint l'entra&#238;nement militaire des adh&#233;rents, comme noyau de la future arm&#233;e populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, au niveau organisationnel, l'ICA fut calqu&#233;e sur n'importe quelle arm&#233;e bourgeoise : accent mis sur le pouvoir des officiers et sur la discipline et la propret&#233;, discussion politique minimale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'une fusion entre l'ICA et l'IRB &#233;tait donc tout &#224; fait logique. Connolly, le socialiste, &#233;tait pr&#234;t &#224; faire un front unique avec les nationalistes r&#233;volutionnaires de l'IRB afin de battre l'imp&#233;rialisme britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son raisonnement &#233;tait le suivant : il ne fallait pas perdre un seul jour dans la pr&#233;paration de l'insurrection anti-britannique, pour emp&#234;cher une victoire britannique. Pour Connolly, les conditions de la guerre &#233;taient de loin les meilleures possibles pour gagner l'ind&#233;pendance. Pendant l'ann&#233;e 1915, Connolly multiplia des appels &#224; l'insurrection. A tel point que son impatience a m&#234;me fait peur &#224; l'IRB : il semble qu'au d&#233;but de 1916 il fut &#8220;enlev&#233;&#8221; pendant quelques jours pour emp&#234;cher toute action intempestive de sa part et le convaincre d'attendre le soul&#232;vement programm&#233; pour le mois d'avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly accepta et devint membre du Conseil militaire de l'IRB, dont la t&#226;che &#233;tait de planifier l'insurrection. Une &#8220;usine &#224; bombes&#8221; fut cr&#233;&#233;e dans le local du syndicat dirig&#233; par Connolly et, sept jours avant le soul&#232;vement, Connolly hissa le drapeau vert &#8212; symbole traditionnel des r&#233;publicains irlandais &#8212; au dessus du b&#226;timent et expliqua aux militants de son Irish Citizen Army que les combats allaient bient&#244;t commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, l'&#233;l&#233;ment sp&#233;cifiquement socialiste de la politique de Connolly devint de plus en plus faible. Certes, il continuait &#224; d&#233;noncer le capitalisme et &#224; conspuer les r&#233;formistes. Mais, sur le fond, il s'adapta &#224; ses nouveaux alli&#233;s, les nationalistes r&#233;volutionnaires de l'IRB : il prit la d&#233;fense de l'industrie irlandaise et avan&#231;a une ligne peu mat&#233;rialiste sur la religion. Il &#233;crivit un article qui finissait par une pri&#232;re en l'honneur de Saint Patrick (saint patron de l'Irlande), &#8220;l'ap&#244;tre irlandais&#8221; qui, selon Connolly, &#8220;typifia la conception spirituelle &#224; laquelle la race irlandaise aspira en vain.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, il fit une s&#233;rie d'adaptations aux imp&#233;rialistes allemands qui, int&#233;ress&#233;s par tout ce qui pourrait affaiblir leurs adversaires, avaient d&#233;cid&#233; d'appuyer financi&#232;rement et militairement le soul&#232;vement des Irlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi son journal couvrit la trahison des dirigeants du SPD allemand, qui appuyaient la guerre imp&#233;rialiste du Kaiser, pr&#233;tendant qu'ils ne soutenaient qu'une &#8220;guerre d&#233;fensive&#8221; et donna une image radieuse d'une Allemagne o&#249; tout le monde mangeait &#224; sa faim, gr&#226;ce &#224; la pr&#233;tendue destruction des grands propri&#233;t&#233;s terriennes par les socialistes. Les diff&#233;rences avec la politique de L&#233;nine ne pouvaient &#234;tre plus flagrantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, aussi, allait recevoir de l'aide des imp&#233;rialistes allemands &#8212; les fameux &#8220;trains sous scell&#233;s&#8221;, bond&#233;s de r&#233;volutionnaires russes, qui travers&#232;rent l'Allemagne apr&#232;s la r&#233;volution de f&#233;vrier 1917 afin de ramener non seulement L&#233;nine, comme voudraient trop souvent nous faire croire les anticommunistes, mais des repr&#233;sentants de tous les courants anti-tsaristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en Irlande, l'objectif des Allemands &#233;tait clair : ils voulaient affaiblir leur ennemi. Tout le monde le comprenait, y compris L&#233;nine et Connolly. Mais L&#233;nine, &#224; la diff&#233;rence de Connolly, ne fit aucun compromis politique avec les imp&#233;rialistes allemands, et n'arr&#234;ta jamais de chanter les louanges des socialistes qui furent emprisonn&#233;s pour leur opposition &#224; la guerre, tels que Rosa Luxemburg ou Karl Liebknecht.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sup&#233;riorit&#233; de la position de L&#233;nine d&#233;coulait de sa m&#233;thode politique, et non d'une quelconque sup&#233;riorit&#233; de l'homme. L&#233;nine avait cherch&#233; &#224; renouer avec les &#233;l&#233;ments fondamentaux de la m&#233;thode marxiste, notamment sur les questions de la guerre, de l'Etat, de la question nationale et de l'imp&#233;rialisme. Connolly, par contre, s'est satisfait d'un m&#233;lange de syndicalisme r&#233;volutionnaire, d'insurrectionnisme &#224; la Blanqui et d'une historiographie mythique de la nation irlandaise (voir encadr&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine s'est concentr&#233; sur la cr&#233;ation d'un parti de militants, porteur d'un programme d'action et ayant des racines profondes dans la classe ouvri&#232;re. Connolly, par contre, oscillant entre une vision purement syndicaliste et une politique insurrectionnelle, n'arriva pas &#224; r&#233;unir plus que quelques centaines de militants autour de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection est lanc&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plan de l'insurrection fut soigneusement &#233;tablie : les 16.000 militants des Volontaires Irlandais que les conspirateurs esp&#233;raient rallier seraient arm&#233;s de 20.000 fusils qui seraient fournis par un navire allemand, l'Aud. Les b&#226;timents-cl&#233;s de Dublin seraient pris par les rebelles et un gouvernement provisoire serait &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly, avec le dirigeant nationaliste Padraig Pearse, l'un des principaux architectes du soul&#232;vement, estima que le soul&#232;vement devrait pouvoir tenir bon. En effet, il n'y avait que 6. 000 soldats britanniques et 9.500 policiers dans tout le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plan &#233;choua. D'abord l'Aud fut prise par la marine britannique et le capitaine la saborda, les fusils disparaissant au fond de la mer. Ensuite, une manoeuvre conspiratrice par l'IRB, impliquant un faux document dont l'objectif &#233;tait de provoquer la participation des Volontaires, fut d&#233;nonc&#233;e, et la direction des Volontaires abandonna la mobilisation. En m&#234;me temps, les autorit&#233;s britanniques &#233;taient mises au courant de tout et s'appr&#234;taient &#224; arr&#234;ter les dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conspirateurs n'avaient que peu de choix : soit ils allaient &#224; l'aventure dans l'espoir de rallier les masses &#224; leur drapeau, malgr&#233; le manque de pr&#233;paration, soit ils attendaient l'arriv&#233;e des militaires... et des bourreaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement fut repouss&#233; d'un seul jour. Le lundi de P&#226;ques, Connolly prit le titre de commandant en chef des forces r&#233;publicaines &#224; Dublin et lan&#231;a l'insurrection. La Poste centrale fut le quartier g&#233;n&#233;ral du soul&#232;vement, qui devint rapidement tr&#232;s populaire. N&#233;anmoins, le mouvement resta dans l'optique d'une insurrection blanquiste, celle d'une minorit&#233; agissante au nom de la majorit&#233;. Ainsi il ne mobilisa pas plus de 1.300 militants, dont 150 de l'ICA de Connolly. Dans leur &#233;crasante majorit&#233;, les masses ne furent ni mobilis&#233;es ni arm&#233;es lors du soul&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple militaire en dit long sur la politique de Connolly &#224; cette &#233;poque. Au troisi&#232;me jour du soul&#232;vement, les troupes britanniques arriv&#232;rent &#224; la gare d'Amiens Street. Connolly et Pearse d&#233;cid&#232;rent d'envoyer dix militants de l'ICA, dirig&#233;s par un Volontaire, afin de construire et d&#233;fendre une barricade contre l'avanc&#233;e anglaise. Des badauds voulurent participer &#224; la construction et se joindre aux insurg&#233;s, mais l'officier Volontaire envoy&#233; sur place refusa ces propositions &#171; parce que les ordres &#233;taient sans appel : seuls des Volontaires Irlandais et des soldats de l'Arm&#233;e &#233;taient admis &#224; participer aux op&#233;rations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que dirigeant de l'IGTWU, Connolly avait jou&#233; un r&#244;le important dans le mouvement syndical irlandais, y compris lors de la gr&#232;ve des marins de Dublin, lanc&#233;e en automne 1915, qui avait dur&#233; jusqu'&#224; la veille de l'insurrection de 1916. Mais il ne semble pas avoir consid&#233;r&#233; que les deux aspects de sa vie politique &#8212; pr&#233;paration d'une insurrection d'une part, intervention dans le mouvement syndical de l'autre &#8212; devait aller de pair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est encore plus &#233;tonnant &#233;tant donn&#233; qu'en 1915 et 1916, Connolly chercha consciemment &#224; tirer les le&#231;ons des combats historiques des masses, notamment des &#233;v&#233;nements de Moscou &#224; la fin de 1905 et de Paris en 1830. Dans une s&#233;rie d'articles &#233;tudiant ces &#233;v&#233;nements, il conclut que la le&#231;on principale &#233;tait qu'il fallait impliquer les masses populaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Chaque difficult&#233; qui existe pour le fonctionnement des troupes r&#233;guli&#232;res en terrain montagneux est centupl&#233;e dans une ville. Et les difficult&#233;s v&#233;cues par une force populaire en montagne sont r&#233;solues lorsqu'elle descend dans la rue, &#224; cause du soutien populaire.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'en fut pas ainsi &#224; Dublin en avril 1916.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou plut&#244;t si. C'est justement de &#8220;soutien populaire&#8221; qu'ont joui les insurg&#233;s, &#8212; mais seulement &#8212; ce qui n'&#233;tait pas assez. Ce qu'il fallait, mais cela aurait exig&#233; une toute autre politique, c'&#233;tait la mobilisation de la population des principales grandes villes d'Irlande dans des conseils ouvriers, la cr&#233;ation d'une v&#233;ritable milice ouvri&#232;re et de masse, l'organisation de comit&#233;s dans les principales usines, le tout li&#233; &#224; un programme de fraternisation avec les troupes anglaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette politique-l&#224; Connolly ne pouvait la concevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui devait se passer se passa : apr&#232;s 10 jours d'&#226;pres combats, qui co&#251;t&#232;rent la vie &#224; 318 civils et d&#233;truisirent le centre de Dublin, les imp&#233;rialistes d&#233;chir&#232;rent le drapeau vert et le remplac&#232;rent par le drapeau de l'Union, symbole de l'exploitation et de l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.500 militants furent emprisonn&#233;s, 92 furent condamn&#233;s &#224; mort. La r&#233;pression s&#233;vit &#224; la campagne comme dans les villes. L'un apr&#232;s l'autre, les principaux dirigeants de l'insurrection furent ex&#233;cut&#233;s, le dernier &#233;tant Connolly, le 12 mai. Le soul&#232;vement avait &#233;t&#233; mat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le legs du soul&#232;vement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les britanniques souhaitaient que ce soit la fin de l'histoire. Il n'en fut rien. L'insurrection et son &#233;crasement renforc&#232;rent les sentiments nationalistes parmi les masses et coup&#232;rent de plus en plus ces derni&#232;res des dirigeants pro-imp&#233;rialistes. Les principaux gagnants furent Sinn F&#233;in (&#8220;Nous seuls&#8221;), tendance nationaliste bourgeoise fond&#233;e &#224; la fin du 19&#232;me si&#232;cle qui s'&#233;tait oppos&#233;e &#224; l'&#233;crasement de l'insurrection de P&#226;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une victoire &#233;crasante aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1918, Sinn F&#233;in cr&#233;a un parlement ind&#233;pendant, un gouvernement et une arm&#233;e en janvier 1919. Craignant la contagion ind&#233;pendantiste ailleurs dans leur empire, les imp&#233;rialistes britanniques envoy&#232;rent 40.000 soldats afin d'&#233;craser la r&#233;sistance. Une v&#233;ritable guerre civile &#233;clata et se poursuivit jusqu'en juillet 1921, quand les pourparlers commenc&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Sinn F&#233;in, nationaliste et bourgeois, trahit le mouvement ind&#233;pendantiste en acceptant le trait&#233; de Partition de 1922, qui partageait l'&#238;le entre le nord-est industriel et protestant, demeurant sous contr&#244;le britannique et le sud rural et catholique, qui devenait la R&#233;publique d'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat lanc&#233; par Connolly et 1916 s'acheva non pas par une victoire des travailleurs mais par un demi-&#233;chec &#224; la fois pour les imp&#233;rialistes et les ind&#233;pendantistes, et par le renforcement des divisions politiques, &#233;conomiques et religieuses entre le Nord et le Sud, divisions qui existent toujours et qui constituent la toile de fond des combats actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine comprit l'importance d'une politique juste face &#224; la question nationale quand, analysant l'insurrection de 1916, il attaqua tous ceux qui repoussaient l'id&#233;e m&#234;me que les questions nationales et sociales puissent s'entrem&#234;ler dans la r&#233;volution ouvri&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Croire que la r&#233;volution sociale soit concevable sans insurrections des petites nations dans les colonies et en Europe, sans explosions r&#233;volutionnaires d'une partie de la petite-bourgeoisie avec tous ses pr&#233;jug&#233;s, sans mouvement de masses prol&#233;tariennes et semi-prol&#233;tariennes politiquement inconscientes contre le joug seigneurial, cl&#233;rical, monarchique, national, etc. &#8212; c'est r&#233;pudier la r&#233;volution sociale. (...) Quiconque attend une r&#233;volution sociale &#8216;pure' ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n'est qu'un r&#233;volutionnaire en paroles qui ne comprend rien &#224; ce qu'est une v&#233;ritable r&#233;volution.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le legs de Connolly est important, parce qu'il a refus&#233; de plier le genou face &#224; l'imp&#233;rialisme et parce qu'il a cherch&#233; &#224; trouver une r&#233;ponse ouvri&#232;re &#224; l'oppression du peuple irlandais. Et, comme l'avait soulign&#233; L&#233;nine, l'exemple irlandais s'est fait sentir partout dans le monde. Loin d'&#234;tre un exemple isol&#233;, le soul&#232;vement de 1916 n'a constitu&#233; que l'&#233;tincelle la plus brillante des r&#233;bellions des peuples opprim&#233;s contre l'imp&#233;rialisme pendant la premi&#232;re guerre mondiale, toutes malheureusement peu connues, de l'Afrique au Vietnam, en passant par Singapour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trag&#233;die de Connolly, c'est que, &#224; la diff&#233;rence de L&#233;nine, il ne comprit pas l'&#233;chec fondamental de la Deuxi&#232;me Internationale et de ses deux piliers principaux, le syndicalisme et le programme confus et fortement objectiviste avanc&#233; par l'&#233;crasante majorit&#233; des dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine avan&#231;a le besoin d'une nouvelle Internationale, et, enfin, dans le mouvement r&#233;volutionnaire de 1917, d'un nouveau programme, afin de mener &#224; bien l'insurrection ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly appuya une collaboration de classe blanquiste avec des &#233;l&#233;ments de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire. Son manque de clart&#233; sur les questions-cl&#233;s du programme et du parti, son refus de mobiliser les masses et son incapacit&#233; &#224; rompre avec les m&#233;thodes conspiratrices l'ont condamn&#233; &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, son courage et son d&#233;vouement &#224; la cause des exploit&#233;s et des opprim&#233;s n'ont jamais flanch&#233;, et il faut saluer sa m&#233;moire pour son espoir, exprim&#233; au plus sombre moment de la guerre, qu'une insurrection en Irlande contre l'imp&#233;rialisme britannique pourrait aller encore plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;En commen&#231;ant ainsi, l'Irlande pourrait encore mettre feu &#224; une conflagration europ&#233;enne qui ne s'&#233;teindra que lorsque le dernier tr&#244;ne et la derni&#232;re action capitaliste seront consomm&#233;s sur le b&#251;cher fun&#233;raire du dernier seigneur de la guerre.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly, Trotsky et la r&#233;volution permanente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains ont sugg&#233;r&#233; que Connolly avan&#231;ait une id&#233;e similaire &#224; celle de la r&#233;volution permanente de Trotsky, parce qu'il soutenait que tout combat pour l'autod&#233;termination en Irlande serait, in&#233;vitablement, un combat contre le capitalisme et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;suma son hypoth&#232;se par la phrase, bien connu de la gauche irlandaise : &#8220;La cause de l'Irlande est la cause du Travail ; la cause du Travail est la cause de l'Irlande.&#8221; En fait &#8212; et les &#233;v&#233;nements de 1916 le confirment &#8212; les positions de Connolly et de Trotsky furent tr&#232;s &#233;loign&#233;es l'une de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Trotsky, l'&#233;poque des r&#233;volutions bourgeoises &#233;tait pass&#233;e ; la bourgeoisie n'&#233;tait plus capable de lutter de fa&#231;on efficace pour &#8220;ses&#8221; propres revendications telles que l'autod&#233;termination, contre le despotisme aristocratique etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces circonstances, pour r&#233;ussir, les luttes pour les libert&#233;s d&#233;mocratiques doivent &#234;tre men&#233;es par les travailleurs et les masses populaires. Ces forces-l&#224; ne sauraient s'arr&#234;ter aux simples revendications d&#233;mocratiques bourgeoises et iraient plus loin, vers la seule r&#233;solution possible &#224; de tels probl&#232;mes &#224; cette &#233;poque : la r&#233;volution ouvri&#232;re et la destruction du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Connolly, par contre, le rapport entre lutte nationale et lutte ouvri&#232;re n'&#233;tait nullement li&#233; au changement d'&#233;poque et &#224; la faiblesse de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire, mais plut&#244;t &#224; la sp&#233;cificit&#233; de l'histoire pr&#233;-coloniale de l'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly, fortement influenc&#233; par les historiens nationalistes irlandais, pr&#233;tendait que, jusqu'&#224; l'occupation de l'Irlande par les bourgeois anglais, l'&#238;le avait &#233;t&#233; l'ar&#232;ne d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique bas&#233;e sur une propri&#233;t&#233; communale &#8212; une esp&#232;ce de &#171; communisme primitif&#8221;. Retrouver la nation irlandaise impliquait aussi retrouver ses pr&#233;tendues formes de propri&#233;t&#233; originelles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Il n'existe qu'une seule solution &#224; l'esclavage de la classe ouvri&#232;re ; cette solution c'est la r&#233;publique socialiste, un syst&#232;me de soci&#233;t&#233; o&#249; la terre et toutes les maisons, les chemins de fer, les canaux, les ateliers et tout ce qui est n&#233;cessaire au travail sera poss&#233;d&#233; et contr&#244;l&#233; comme propri&#233;t&#233; commune, comme la terre de l'Irlande fut poss&#233;d&#233;e par les clans de l'Irlande avant que l'Angleterre n'introduise le syst&#232;me capitaliste parmi nous, &#224; la pointe de l'&#233;p&#233;e.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connolly avait deux fois tort. D'abord, comme Marx l'a expliqu&#233;, l'Irlande n'&#233;tait nullement l'exception &#224; la r&#232;gle g&#233;n&#233;rale du d&#233;veloppement &#233;conomique europ&#233;en. Loin d'&#234;tre un syst&#232;me de &#8220;communisme primitif&#8221; (caract&#233;ristique des soci&#233;t&#233;s avant le moindre d&#233;veloppement des classes), l'Irlande d'avant l'invasion anglaise constituait une forme particuli&#232;re de f&#233;odalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le probl&#232;me fondamental dans sa position n'&#233;tait pas d'ordre acad&#233;mique et historique, mais plut&#244;t d'ordre politique, au niveau du programme qui d&#233;coulait de son analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de Connolly (partag&#233;e par Rosa Luxemburg) selon laquelle le march&#233; capitaliste avait rencontr&#233; ses limites et ne pouvait plus s'&#233;tendre l'amenait &#224; la conclusion qu'une Irlande ind&#233;pendante ne pouvait se d&#233;velopper que sur les bases du socialisme. Ainsi, il sous-estimait la question fondamentale du r&#244;le tra&#238;tre de la bourgeoisie coloniale dans le combat national, et eut une forte tendance &#224; attendre la r&#233;solution spontan&#233;e de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son r&#244;le lors de l'insurrection de 1916 montra que de toute &#233;vidence il comprenait le r&#244;le d'une direction, mais de fa&#231;on purement militaire. Croyant que l'Irlande ind&#233;pendante serait obligatoirement socialiste, il ne comprit pas le danger de se lier totalement &#224; la bourgeoisie nationaliste et ne fit rien pour organiser les travailleurs de fa&#231;on ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, malgr&#233; son courage et sa volont&#233;, Connolly n'arriva pas &#224; surmonter, dans les faits, le legs objectiviste, et au bout du compte passif, du centrisme de la Deuxi&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa m&#233;thode donc peut &#234;tre rapproch&#233;e de celle de Trotsky, mais avec les trois pr&#233;cisions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En aucun sens Connolly n'avait la compr&#233;hension dialectique et l&#233;niniste du Trotsky de 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant que Connolly comprit le lien entre le combat pour l'ind&#233;pendance et celui pour le socialisme, ce fut de fa&#231;on purement spontan&#233;e et objectiviste, en un mot centriste, comme le Trotsky de 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant que Connolly comprit le r&#244;le d'une direction, ce fut de fa&#231;on blanquiste, pour la seule t&#226;che de l'insurrection, qui ne serait nullement l'action des masses organis&#233;es en conseils et dans un parti, mais comme minorit&#233; agissante, capable d'arracher le pouvoir pour et &#224; la place des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouvoir Ouvrier&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1139 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH340/009_2-ef00b.jpg?1782423059' width='500' height='340' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des droits civiques en Irlande (ann&#233;es 70)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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