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Staline

mardi 15 juillet 2014

Soljenitsyne dans « Le premier cercle », parlant de Staline :

« Quand j’étais jeune garçon, j’ai commencé à lire ses livres après ceux de Lénine… et je n’ai pas pu les finir. Après un style qui était direct, ardent, précis, je trouvai tout d’un coup une sorte de bouillie. Chacune de ses pensées est grossière et stupide… Il ne se rend même pas compte qu’il manque toujours ce qui est important…. C’était la nuit qui était pour Staline la période la plus fructueuse. Son esprit méfiant se déroulait lentement au matin. C’était dans ces ténébreuses dispositions d’esprit matinales qu’il chassait les gens des positions qu’ils occupaient, qu’il réduisait les dépenses, qu’il ordonnait la fusion en un seul de deux ou trois ministères. La nuit, l’esprit vif et acéré, il décidait de la façon de les scinder, de les diviser, et quel nom donner aux nouveaux. Il signait de nouveaux décrets et confirmait de nouvelles nominations. Ses meilleures idées naissaient entre minuit et quatre heures du matin : comment remplacer de vieux bons du trésor par des nouveaux de façon à ne pas payer ceux qui en possédaient ; quelles peines de prison infliger pour absentéisme au travail ; comment étirer la journée et la semaine de travail ; comment lier à jamais les ouvriers et employés à leurs places ; l’édit concernant les travaux forcés et la potence ; la dissolution de la Troisième Internationale ; l’exil en Sibérie de populations traîtresses. L’exil de nationalités entières représentait à la fois sa grande contribution sur le plan de la théorie et son expérience la plus audacieuse… Toute sa vie, il avait été le premier spécialiste du Parti pour les questions des nationalités. »

Sous le coup de l’inspiration, Staline écrivit : « Il faut dire en général pour l’information de nos camarades qui sont fascinés par les explosions que la loi de transition d’une vieille qualité à une nouvelle qualité grâce à l’explosion non seulement ne s’applique pas à l’histoire du développement linguistique, mais qu’elle s’applique rarement aussi aux autres phénomènes sociaux. »

(…) La méfiance, c’était son point de vue sur le monde. Il ne s’était pas fié à sa mère. Il ne s’était pas fié non plus à ce Dieu devant lequel pendant onze ans de sa jeunesse il avait incliné la tête vers les dalles du séminaire. Plus tard, il ne s’était pas fié davantage à ses propres camarades du Parti et surtout à ceux qui parlaient bien. Il ne se fiait pas à ses compagnons d’exil. Il ne faisait pas confiance aux paysans pour semer le grain et récolter des moissons s’ils n’étaient pas forcés et si leur travail n’était pas surveillé. Il ne faisait pas confiance aux travailleurs pour travailler si on ne leur fixait pas des normes. Il ne faisait pas confiance aux membres de l’intelligentsia pour construire et non détruire. Il ne faisait pas confiance aux soldats ni aux généraux pour se battre sans la menace des régiments pénitentiaires et des détachements de sacrifiés. Il ne se fiait pas à ses intimes. Il ne se fiait pas à ses épouses et à ses maîtresses. Il ne se fiait pas à ses enfants. Et toujours, il avait découvert qu’il avait raison !

Il s’était fié à un seul être, un seul dans toute une vie de méfiance Aux yeux du monde entier, c’était quelqu’un qui passait pour aussi décidé dans ses amitiés que dans ses inimitiés ; seul parmi tous les ennemis de Staline, il avait brusquement tourné casaque pour lui offrir son amitié.

Et Staline lui avait fait confiance.

Cet homme, c’était Adolf Hitler.

Staline avait regardé avec approbation et ravissement Hitler soumettre la Pologne, la France et la Belgique, tandis que ses avions obscurcissaient le ciel de l’Angleterre. Molotov était rentré de Berlin effrayé. Ses officiers de renseignement avaient signalé que Hitler rassemblait des forces dans l’Est… Staline seul demeurait inébranlable et sans inquiétude.

Il avait cru en Hitler !

Cela avait bien failli lui coûter sa peau.

Alors maintenant, à tout jamais, il se méfiait de tout le monde…

Pour Staline, il ne fallait pas travailler à pleine force, il ne fallait jamais mettre tout le paquet. Il ne tolérait pas l’échec quand on devait exécuter ses ordres, mais il avait horreur de la réussite spectaculaire. Il y voyait une façon de saper le côté unique de sa propre personnalité. Personne d’autre que lui ne devait connaître ou être capable de faire quelque chose à la perfection.

Tout comme le roi Midas changeait en or tout ce qu’il touchait, Staline créait partout la médiocrité…

Et plus nombreux étaient les gens qu’il faisait disparaître, plus il était opprimé par la perpétuelle terreur qu’on s’attaquât à sa propre vie. Il avait inventé de nombreuses améliorations dans le système de garde : par exemple on n’annonçait la composition de la garde qu’une heure avant le moment où les hommes devaient prendre leur poste, et chaque détachement était composé de soldats de casernes différentes. En arrivant pour prendre leur service, ils se rencontraient pour la première fois, pour un seul jour, et ils n’avaient pas la possibilité de comploter…

Toutes ces dispositions ne lui semblaient pas être de la lâcheté, mais seulement des précautions raisonnables à prendre. Sa personne était sans prix pour l’histoire de l’humanité. »

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