English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 0 - PREFACE > Japon : la catastrophe nucléaire est plus grave que jamais, même si elle ne (...)

Japon : la catastrophe nucléaire est plus grave que jamais, même si elle ne fait plus parler ici ...

mercredi 6 juillet 2011

Des associations appellent les autorités à évacuer les femmes enceintes et les enfants de la ville de Fukushima, située à 60 kilomètres de la centrale nucléaire accidentée.

Cinq mois après le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima, des associations de résidents ont réalisé des mesures de radioactivité dans les sols de la ville de Fukushima, à 60km de la centrale.

Une des quatre mesures effectuées dans cette cité de près de 300.000 habitants fait état d’un taux de césium radioactif de 46.540 becquerels par kilogramme. Au Japon, le taux maximum légal est de 10.000 becquerels. Selon le regroupement d’associations, ce niveau dépasse le seuil à partir duquel les autorités soviétiques ont procédé à l’évacuation des populations après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, en 1986.

Les trois autres prélèvements effectués relèvent des taux compris entre 16.290 et 19.220 becquerels par kilogramme. Le collectif appelle désormais les autorités à évacuer les femmes enceintes et les enfants vivant dans la ville. Professeur à l’Université de Kobe, l’auteur des analyses se fait pressant : « Les enfants jouent avec la terre, ils jouent donc avec des substances hautement radioactives. L’évacuation doit être décrétée au plus vite. » Depuis la catastrophe, quelque 160.000 personnes riveraines de la centrale ont évacué leur maison. Environ la moitié a regagné son domicile depuis, mais les autres, qui vivaient dans un rayon de 20km du site ne sont pas retournées chez elles. « On tolère sur place un taux de risque de cancer 20 fois supérieur à celui communément admis », s’indigne Bruno Chareyron, membre de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité.

Des associations japonaises proclament avoir mesuré des quantités de césium alarmantes dans les sols de la cité, exigeant une évacuation au moins des femmes et des enfants dans la ville de Fukushima, à 60 kilomètres de la centrale accidentée, qui compte près de 300.000 habitants. Une telle évacuation serait donc une opération lourde, privant de leur logements, leur école, leur travail, leurs liens sociaux... de dizaines de milliers de personnes. Le risque sanitaire d’une telle évacuation n’est pas petit.

Les associations annonçaient des teneurs en césium radioactifs de 43.500 becquerels (un becquerel égale une désintégration par seconde) par kilo d’une matière non précisée dans la plupart des dépèches, articles de journaux et sites web. La norme légale japonaise est de 10.000 becquerels par kilo pour les matériaux (Pour mémoire, la radioactivité d’un kilo de granite utilisé pour une bordure de trottoir est de 1.000 becquerels par kilo, la radioactivité naturelle interne d’un adulte est de 10.000 becquerels.) La valeur annoncée par les associations est un maximum, les 2 autres valeurs les plus élevées étant de l’ordre de 20.000 becquerels par kilo.

Il a fallu que la municipalité de Fukushima réponde à cette demande d’évacuation pour que l’on apprenne que ce césium avait été mesuré non dans un sol de cour de récréation ou devant un arrêt de bus mais... dans la boue des égouts de la ville. Or, il est évident que la pluie a pu y concentrer des matières radioactives qui se fixent dans la boue du réseau. En tirer des conclusions générales pour les sols de la ville et pour une évacuation des populations n’est donc pas raisonnable.

La municipalité a donc dû repousser la demande d’évacuation à l’aide d’un argumentaire technique, et affirmer par son porte-prole « qu’une radioactivité élevée avait été détectée dans des égouts, dont l’accès avait depuis été condamné. La ville a remplacé le revêtement de sol des cours d’école, nettoyé les bâtiments scolaires et retiré la boue des égouts afin de protéger les enfants ».

On peut comprendre que des associations de citoyens sincères s’inquiètent, se méfient d’un gouvernement ou d’autorités politiques locales et surtout des industriels. Elles peuvent donc conduire de mesures indépendantes de la radioactivité. Le problème survient lorsque le résultat de ces mesures est - Carte détaillée radioactivité délibérement ou non - traduit en terme de risque sanitaire de manière exagérée, ce qui conduit à des actions plus risquées que ce que représente la contamination mesurée.

Le paradoxe de ce type d’affaire est d’affaiblir la décision d’évacuation là où elle est nécessaire. Car des populations qui observent que des zones déclarées "à risque et devant être évacuées" par des associations auxquelles elles font confiance et qui ne le sont pas peuvent en arriver à douter de tout, y compris des décisions d’évacuation prises pour des régions où la frontière de la précaution est délicate à tracer entre rester et partir.

Ainsi, selon l’ACRO des mesures de contamination de sols dans la ville de Fukushima montrent des niveaux allant « jusqu’à 931 000 becquerels par mètre carré en césium ont été mesurés en un point par un universitaire de l’université de Kobe, ce qui en Biélorussie, conduirait à l’évacuation. En trois autres endroits, il y avait entre 326.000 and 384.000 becquerels par mètre carré. » Si ces mesures sont confirmées, il faudrait donc évacuer ou décontaminer en urgence ces lieux. A l’inverse, mesurer moins de 2 becquerels de césium radioactif par litre dans l’urine d’un individu - comme cela a été fait pour des enfants - ne signifie pas un niveau dangereux de contamination. Un enfant produit une radioactivité naturelle interne d’environ 4.000 becquerels.

Au dessus carte du niveau de contamination mesuré en dose subie pour les 12 mois après l’accident. Des zones d’évacuation complémentaires ont été décidées, dont certaines sont aussi éloignées de la centrale que les commune d’Itate ou de Date - mais cette dernière fait l’objet de controverses, les autorités locales affirmant vouloir décontaminer leur commune plutôt que d’évacuer).

Ce dilemme peut se mesurer à un exemple certes différent mais illustratif pris sur le site web de l’ACRO (association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest) : « selon une enquête du Yomiuri, 77 personnes âgées qui ont dû évacuer leur maison de retraite sont décédées dans les 3 mois qui ont suivi la catastrophe. C’est 3 fois plus que les 25 décès enregistrés pendant la même période l’année précédente. Elles avaient entre 68 et 104 ans. Le Journal a contacté 15 établissements accueillant des personnes dépendantes dans la zone des 30 km autour de la centrale. 826 personnes ont été évacuées de 12 établissements. » Il est évident que les traumatismes et chocs de l’évacuation (donc, in fine, l’accident nucléaire qui ne doit pas être exonéré) sont responsables de ce pics de décès dans cette population fragile. Or, il n’est pas évident que le niveau de radioactivité de la zone dont ils ont été évacués aurait causé un tel résultat.

La population japonaise va devoir naviguer entre précautions nécessaires et excès de précautions durant de longs mois. L’angoisse inéluctable devant le danger invisible, inodore et insensible de la radioactivité peut faire des ravages. Un contact personnel avec une famille japonaise m’indique que lors de conversations des jeunes filles et garçons issus des zones aux alentours de la centrale accidentée commencent à dire qu’ils ne sont plus "mariables" parce que contaminés. Il y a là une référence aux Fukushima-Daiichi_réacteur n°4, piscine survivants mais irradiés des bombardements nucléaires de Hiroshima et Nagasaki, longtemps soupçonnés - à tort ont conclu les médecins - de donner naissance à des enfants malformés.

Il n’est pas exclu qu’une mauvaise gestion des rumeurs, émotions, croyances et des manipulations délibérées des esprits fasse plus de mal à la santé psychique et physique des Japonais que l’effet direct des atomes radioactifs émis par la centrale dévastée... autrement dit que leur effet indirect - c’est bien l’accident nucléaire qui est in fine responsable même s’il ne faut pas exonérer de leur responsabilité ceux qui utiliseraient sciemment la manipulation des esprits pour des raisons commerciales, politiques ou idéologiques.

Par ailleurs, une étape importante a été franchie à la centrale nucléaire dévastée de Fukushima Dai-ichi. Avec la mise en route réussie de la station de décontamination des eaux radioactives, les Japonais peuvent désormais réutiliser cette eau pour refroidir les réacteurs accidentés et les piscines de stockage du combustible. Les quantités traitées chaque jour - environ 1000 tonnes, à 80% du débit théorique maximal de l’installation - permettent d’assurer les besoins quotidiens, plus le traitement d’environ 500 tonnes suplémentaires. Cela peut sembler beaucoup, mais il faut comparer ces 500 tonnes par jour aux plus de 100.000 tonnes d’eau radioactive accumulée dans les parties basses des réacteurs et qui doivent être pompées et décontaminées. Lorsque ce travail sera terminé, la libération des parties basses des bâtiments et des galeries souterraines va considérablement diminuer le niveau de radioactivité du site et la difficulté du travail des équipes.

L’installation de traitement des eaux est un "bricolage" réalisé en urgence qui utilise de matériels et compétences de l’américain Kurion, des français Areva et Veolia à côté des industriels japonais. Il consiste, après avoir pompé l’eau, à la débarrasser de ses huiles, graisses et boues. Puis de la faire passer par un premier piège à césium (Kurion) à base de filtres en zéolites. Puis par un second (Areva) dont le principe est la "co-précipitation" (en gros on met dans l’eau des molécules qui vont piéger le césium et couler avec lui au fond des cuves où le tout est récupéré). Enfin à dessaliniser l’eau car elle comporte une part d’eau de mer en raison du tsunami du 11 mars et de l’utilisation de l’eau de mer pour refroidir les réacteurs depuis l’accident jusqu’au 26 mars.

Par ailleurs, le nettoyage du site se poursuit, parfois à l’aide de robots comme dans le bâtiment du réacteur n°2 qui est, paradoxalement, le moins détruit en apparence mais en réalité le plus radioactif. Les matériaux pour la couverture des bâtiments par un dispositif qui y confinera la poussière radioactive arrivent sur le site.

Le Japon traverse en ce moment une période de fortes chaleurs, les japonais doivent donc se restreindre pour éviter le black-out. Ils ont pour consigne de consommer moins d’électricité pour compenser l’arrêt des réacteurs nucléaires, hors de fonction depuis la catastrophe de Fukushima. Dans les gares, les escalators ont donc cessé de fonctionner, dans les bureaux les lumières sont désormais le plus souvent éteintes et bon nombre de nippons ont été forcés de prendre des congés. Une nécessité absolue à l’heure où seulement 19 des 54 réacteurs que compte le Japon fonctionnent et où le gouvernement peine à gérer correctement la crise nucléaire que le pays traverse actuellement.

Et pour cause, la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), qui revient tout juste de mission au Japon, dénonce les « carences graves » des autorités japonaises dans la gestion de la catastrophe nucléaire de Fukushima. D’après Bruno Chareyron, membre de la Commission, la population n’a pas été évacuée sur un périmètre suffisant et nombreux sont les japonais qui n’ont pas reçu de pastilles d’iode dans les délais nécessaires. « Bien au-delà de la zone interdite de 20 kilomètres autour de la centrale, il y a des doses de radioactivité qui induisent des risques de cancer inacceptables » a-t-il déclaré. « On tolère sur place un risque de cancer vingt fois supérieur à celui communément admis » a-t-il poursuivit.

fukushima : la crise nucléaire toujours en cours

Et il semblerait que désormais, les japonais veulent définitivement se séparer du nucléaire. D’après un sondage publié dans le quotidien nippon « The Nikkei », sept japonais sur dix sont opposés au redémarrage des réacteurs nucléaires qui ont été arrêtés après le séisme et le tsunami du 11 mars dernier. Et l’avis des japonais semble faire échos à celui des municipalités nippones. En effet, 80% d’entre elles ont exprimé des réserves quant à la reprise d’activité de ces centrales nucléaires. Pour convaincre sa population, l’Agence japonaise de sûreté nucléaire et industrielle a donc décidé de mettre en place une campagne de prévention expliquant que des drames tels que celui de Fukushima peuvent être évités avec des mesures de sécurité appropriées.

Mais pour l’heure, à la centrale de Fukushima 1, l’opération de décontamination des eaux radioactives est toujours aussi chaotique. Hier, un robinet mal ajusté a entrainé l’arrêt du système. L’opération a cependant pu reprendre deux heures plus tard. Mais les 120 000 tonnes d’eau radioactives accumulées dans l’usine sont loin d’être traitées. En effet, TEPCO (Tokyo Electric Power Energy) a déclaré qu’en ce moment, le système d’exploitation n’est qu’à 55% de ses capacités. Mais ce qui inquiète le plus l’exploitant japonais, c’est sans doute cette fuite dans le réacteur n°2 de la centrale, plus précisément, dans une tranchée située à seulement 180 mètres de l’océan, incident pour le moment maitrisé. Chaque semaine apporte ainsi de nouveaux chapitres à une histoire bien partie pour durer…

Répondre à cette brève

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0