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Bolivie : Evo Morales capitule devant l’extrême droite

vendredi 6 novembre 2009

LIT-CI

BOLIVIE

Evo capitule encore une fois devant l’extrême droite

Après plusieurs jours d’extrême tension dans la confrontation entre le gouvernement d’Evo Morales, d’une part, et les gouverneurs et la bourgeoisie d’extrême droite de la « Media Luna », d’autre part, la situation a débouché sur une négociation officielle entre le gouvernement et ces gouverneurs (groupés dans la Conalde - Coordination Nationale Démocratique), pour arriver à un accord.

Selon la presse internationale, cette négociation représente la seule issue possible à la situation, afin d’éviter une guerre civile dans le pays. En même temps, on affirme qu’elle trouve un équilibre entre les intérêts des deux parties, qui devront céder quelque chose pour conclure l’accord.

Toutefois, la réalité montre que cette négociation et son possible résultat représentent, en réalité, une nouvelle capitulation d’Evo, qui peut rendre possible un triomphe de la bourgeoisie d’extrême droite.

Pour comprendre cette affirmation, il suffit de voir les points qui seront soumis à signature dans l’accord. D’une part, la bourgeoisie de la Media Luna s’engage à mettre fin aux blocages, à restituer les bâtiments nationaux occupés et à accepter la détention et la mise en accusation du gouverneur de Pando, Leopoldo Fernández (non pour les dizaines d’assassinats dont il est responsable, mais uniquement pour « violation de l’état de siège »). D’autre part, le gouvernement national accepterait de retarder le referendum pour approuver le projet de Constitution élaboré par l’Assemblée Constituante (considéré « excessivement indigéniste et étatiste » par la bourgeoisie de la Media Luna) et il examinerait son contenu dans des négociations ; en outre, il se engage à restituer à ces gouverneurs la partie correspondante de l’IDH (Impôt en concept de Droits sur les Hydrocarbures) et « d’approfondir les autonomies ».

Autrement dit, en échange de points qui font partie du simple droit légal et politique (et qui ne devraient donc être soumis à aucune négociation), le gouvernement d’Evo accorderait toutes les exigences pour lesquelles la bourgeoisie de la Media Luna a entamé récemment ses mouvements violents. Pourquoi tout cela ?

Qu’est que c’est la bourgeoisie de la Media Luna ?

En Bolivie, on appelle Media Luna la région qui comprend les départements de Pando, Beni, Santa Cruz et Tarija. Ces départements, bien qu’ils n’hébergent qu’un tiers de la population du pays, recèlent une part très importante des richesses naturelles boliviennes (pétrole, gaz, fer, production de soja et de viande). Ils produisent presque 60 % du PIB national et plus de deux tiers des exportations.

Ce développement date des dernières décennies, alors qu’au contraire, l’économie du reste de la Bolivie (l’altiplano central) stagnait ou reculait. Cette réalité a mené ces bourgeoisies régionales à promouvoir l’exigence d’un présumé « droit à l’autonomie" à l’intérieur de la Bolivie, qui menace même de diviser le pays. Il ne s’agit pas de l’exigence bien fondée d’une nationalité opprimée contre le pays oppresseur. Au contraire, il s’agit de l’exigence réactionnaire d’un secteur bourgeois très puissant, qui veut « l’autonomie » pour négocier directement avec l’impérialisme et les pays plus forts de la région (comme le Brésil) le bradage de ces richesses, afin d’obtenir une marge plus grande que celle obtenue actuellement (en éliminant la médiation du pouvoir central de La Paz) et pour se débarrasser, en passant, de « l’altiplano indigène, pauvre et rebelle ».

Selon un article de l’agence Econoticias.Bolivia, les propriétaires de la région sont « quelques 100 puissants clans familiaux, qui contrôlent l’agro-industrie, le commerce extérieur, la banque et les grands moyens de communication ». Ces clans d’entrepreneurs familiaux possèdent des latifundia gigantesques qui, selon un rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), totalisent 25 millions d’hectares.

Cette coalition « d’autonomistes puissants » est dirigée par la bourgeoisie de Santa Cruz, la plus forte et la plus dynamique du pays, avec un projet politique propre, mis en oeuvre depuis plusieurs années. Certains de ses membres ont une origine européenne beaucoup plus récente. Par exemple, son principal dirigeant, Branko Marinkovic, est le fils d’un immigrant croate. Grand propriétaire terrien (26 000 hectares), il a en outre un poids important dans le secteur de la production et l’exportation d’huile de soja et il est le directeur de la puissante entreprise Transporte de Hidrocarburos, qui met en oeuvre 6 000 km de gazoducs et d’oléoducs menant au Brésil, à l’Argentine et au Chili. Exxon et Shell ont 50 % du capital de cette entreprise.

Un projet d’extrême droite

Sur la base de ce pouvoir économique, les bourgeoisies de la Media Luna ont déjà obtenu, par voie électorale, le pouvoir politique de leurs départements. Forts de cela, ils essayent de mettre sur pied un « Etat à eux », avec son propre parlement et sa propre police, et d’obtenir le contrôle absolu sur les richesses de la terre, les hydrocarbures, les impôts, l’éducation, etc.

C’est un projet qui adopte une idéologie profondément raciste, de dédain envers les « Indiens », c’est-à-dire envers la majorité de la population, non seulement de la Bolivie mais aussi de leurs propres régions. Et surtout, cette orientation d’extrême droite ne se limite pas à l’idéologie mais se manifeste aussi dans l’action.

Les « Comités civiques » formés par ces bourgeoisies régionales, et des organisations comme l’Union de la Jeunesse Civique de Santa Cruz (UJC), utilisent des méthodes fascistes (c’est-à-dire, de guerre civile) pour réprimer les masses, spécialement les paysans de la région. Les assassinats récents de dizaines de paysans à Pando sont un exemple de cela (voir l’encadré). Dans le cas de l’UJC, l’organisation est formée par les fils des entrepreneurs et des grands propriétaires terriens, mais elle incorpore aussi des jeunes de classe moyenne, soucieux de grimper dans l’échelle sociale.

La bourgeoisie de la Media Luna est parvenue à gagner un secteur important des classes moyennes régionales pour son projet. En même temps, les élections montrent qu’elle a le soutien électoral de certains secteurs du mouvement de masses. Il n’est pas clairement établi toutefois si cet appui concerne l’ensemble de sa politique et ses méthodes ou si, au contraire, il exprime seulement une confusion temporaire face aux promesses d’une amélioration du niveau de vie avec l’« autonomie ».

Ce projet d’extrême droite peut compter sur le soutien du gouvernement des Etats-Unis. Les relations étroites de Phillip Goldberg, l’ambassadeur expulsé par le gouvernement d’Evo, avec Marinkovic, ainsi que le financement des politiciens d’extrême droite de la Media Luna par l’agence américaine de coopération (Usaid), en témoignent. Le projet dispose probablement aussi du soutien de secteurs de la bourgeoisie brésilienne, avec des intérêts importants dans la région à travers Petrobras et la production de soja (le tiers de la terre destinée à cette culture étant entre les mains de bourgeois brésiliens ou de leurs prête-noms).

Les capitulations d’Evo

Ce projet d’extrême droite avance de façon accélérée : il contrôle déjà une partie du pays, il menace la production de gaz et il s’imposé face à l’impuissance ou l’inaction du gouvernement. C’est pourquoi, comme le signale la déclaration récente de la LIT-QI, nous nous demandons : « Comment est-il possible que cela ait lieu dans un pays qui a vécu, durant ces dernières années, deux révolutions qui ont renversé des gouvernements de droite ? [...] Comment ce mouvement peut-il avoir tant de force dans un pays où, il y a moins de deux mois, le président a obtenu presque 70 % des voix pour confirmer son mandat lors d’un référendum révocatoire ? ».

La même déclaration répond à ces questions : « La seule explication possible est la politique de conciliation du gouvernement. Le gouvernement d’Evo Morales refuse de réprimer le mouvement d’extrême droite et de mobiliser les masses contre lui, alors qu’il n’a pas hésité, récemment, de réprimer durement la lutte des mineurs de Huanuni en défense de leur pension et d’autres exigences, en tuant plusieurs travailleurs dans cette répression. A tout moment, Evo cherche des accords ou des pactes avec la bourgeoisie de la Media Luna pour gouverner conjointement le pays. Il refuse d’envoyer des troupes à tous les Départements pour récupérer les bâtiments publics occupés, sous prétexte de "ne pas verser de sang" ».

Mais des dizaines de paysans et d’indigènes ont déjà été assassinés dans la Media Luna par les bandes d’extrême droite. Le sang coule déjà. Ce n’est donc pas la véritable raison de la politique d’Evo. Pour nous, l’explication profonde de cette politique est que, au-delà de l’origine paysanne et indigène de ce gouvernement et du fait que la majorité du peuple bolivien le voit comme « son gouvernement », il s’agit bel et bien d’un gouvernement bourgeois, qui cherche à défendre le système capitaliste et l’Etat bourgeois bolivien, qui cherche à éviter l’approfondissement des processus de mobilisation de masses qui menacent de le faire tomber. C’est pourquoi, bien que durement attaqué par la bourgeoisie de la Media Luna et l’impérialisme, il insiste sur la politique de conciliation avec eux.

La conciliation fortifie l’extrême droite

Il est évident que la « conciliation » promue par Evo a seulement laissé la voie ouverte pour que l’extrême droite avance. En premier lieu, celle-ci s’est déployée dans les départements de la Media Luna, et cette légalité et ces fonds ont servi pour développer son projet. Maintenant, à travers l’action directe, elle hausse le ton et se fortifie de plus en plus, en occupant le vide de pouvoir laissé par le gouvernement et en avançant avec son projet.

Pire encore, cette politique de conciliation essaye de paralyser et de démoraliser une réaction possible des masses, qui seraient la seule force capable de faire face à l’extrême droite et de la mettre en échec. C’est une politique qui ne peut pas être qualifiée autrement que de « suicidaire » et dont la droite profitera avec de nouvelles attaques, malgré l’accord qu’elle est en train de signer avec le gouvernement et qui consolide ses avancées.

Il faut s’organiser pour faire face à la droite dans la rue

Fortifiée par cette victoire possible, l’extrême droite voudra continuer à avancer et répétera les méthodes violentes qui lui ont si bien réussi jusqu’à présent. Les assassinats de Pando montrent ce que sera le futur bolivien si l’extrême droite s’impose. Si le gouvernement d’Evo ne se décide pas de la combattre à fond, le peuple bolivien doit se mobiliser et exiger de lui qu’il le fasse.

Mais le peuple ne peut pas attendre passivement la réponse d’un gouvernement qui, jusqu’à présent, a toujours opté pour la conciliation. Pour faire face à l’extrême droite et la mettre en échec, il est nécessaire que les travailleurs et les masses boliviennes développent leur propre mobilisation autonome et s’organisent pour cela.

C’est pourquoi, nous revendiquons la déclaration approuvée par les mineurs de Huanuni qui dit : « Prison pour tous les séditieux ! Qu’ils s’en aillent de notre pays ! Faisons avec ces fascistes la même chose que le Président a fait avec l’Ambassadeur des Etats-Unis ! Ça suffit ! Assez de mineurs et de paysans assassinés ! Assez d’agressions contre le pays ! Assez de propriétaires fonciers et d’oligarques qui veulent contrôler toute la Bolivie ! Il faut freiner la violence de l’oligarchie. Nous tous, toute la classe ouvrière, nous devons reprendre les mobilisations et faire valoir l’"agenda d’octobre", qui propose de combattre pour l’expropriation des propriétaires fonciers de l’Est bolivien. La terre aux paysans et aux indigènes et pour une véritable nationalisation du gaz et de l’industrie minière. Non au racisme et à la discrimination de nos frères ! [...] Pour l’unité du peuple, en lutte contre les séparatistes et pour freiner l’escalade de violence. Le seul chemin est la mobilisation des travailleurs et des paysans pour mettre en échec l’oligarchie. »

C’est une proposition absolument réalisable, tant par l’histoire combative du peuple bolivien que par sa réalité actuelle. Même si la majorité a encore confiance dans le gouvernement d’Evo Morales et le soutient, partout apparaissent des mobilisations qui montrent la disposition à faire face à l’extrême droite et à la mettre en échec.

Il y a les mobilisations massives convoquées depuis El Alto et par la COB nationale, qui ont réuni des dizaines de milliers de personnes à La Paz, ainsi que le blocage de la route de Cochabamba à Santa Cruz par les paysans du Chaparé. Il y a les habitants de Plan 3 000, un des quartiers les plus pauvres de la ville de Santa Cruz, avec 300 000 habitants constamment attaqués par les bandes fascistes des « Civiques », qui ont commencé à s’organiser pour se défendre contre les attaques et sont déjà parvenus à défendre le quartier à plusieurs reprises.

Ce sont ces mobilisations, dans une grande mesure fruits de la condamnation du massacre de Pando, qui ont forcé le gouvernement d’Evo à assumer un discours plus « dur » et à prendre des mesures pour donner satisfaction à cette base, avec la détention du gouverneur de Pando. Ce sont ces mobilisations qui empêchent jusqu’à maintenant le gouvernement de brader les « autonomies des nations originaires », inclus dans le projet de Constitution, lors des négociations.

Pour se mettre à la tête de cette lutte, la COB doit avoir de l’indépendance face au gouvernement

Dans un autre article de cette édition, nous analysons plus profondément ce qu’est le fascisme et comment lui faire face. La conclusion principale est que seule la classe ouvrière, à la tête des masses paysannes, indigènes et populaires, peut le mettre en échec, sans aucune confiance dans les gouvernements qui s’arrangent avec l’extrême droite, et avec une autonomie totale par rapport à ces gouvernements

En ce sens, le rôle que peut jouer la COB est fondamental. Mais pour ce faire, cette organisation doit changer d’orientation et doit retirer son appui et son soutient au gouvernement d’Evo, un soutien que son secrétaire exécutif, Pedro Montes, vient de signer avec le gouvernement, au nom de la COB, ensemble avec des dirigeants paysans et le dirigeant de El Alto, Edgar Patana, qui ont toujours soutenu le gouvernement.

Nous nous référons à « l’Accord pour la défense de la démocratie, l’unité et l’intégrité du pays ». L’objectif de ce pacte serait « la défense de l’unité du pays et la défense de la démocratie touchée par un putsch civil » en même temps qu’il condamne « la haine et le racisme fasciste et néonazi et l’attitude des gouverneurs et des dirigeants néo-libéraux ». Toutefois, le texte inclut aussi explicitement « le soutien à l’attitude révolutionnaire » du président Morales dans sa réponse à l’attaque de la bourgeoisie de la Media Luna. C’est-à-dire, sous le couvert de la nécessité de faire face à cette bourgeoisie, l’accord intègre la COB dans un front de soutien au gouvernement d’Evo et à sa politique de conciliation. Si cet accord se maintient, il n’y a aucune possibilité que la COB soit la direction dont les masses boliviennes ont besoin pour mettre en échec l’extrême droite.

C’est pourquoi, nous faisons nôtres les critiques qu’ont fait les secteurs les plus combatifs de la COB, qui n’ont pas été consultés. C’est le cas de Guido Mitma, secrétaire exécutif de la Fédération de Mineurs, qui a déclaré que la signature de l’accord était « unilatérale et inorganique » et qu’elle compromettait « l’indépendance politique des travailleurs ». Il a aussi mis en question « le dialogue et les négociations que le président Morales mène avec l’oligarchie » et il ajoute : « Nous, les mineurs, nous assumons le compromis de préserver l’intégrité du territoire national et de la démocratie. Mais le dialogue avec l’oligarchie et les concessions envers elle n’apporteront rien de bon pour les travailleurs et le pays. [...] Au contraire, il faut approfondir "l’agenda d’octobre", qui prône la nationalisation réelle des ressources naturelles non renouvelables qui sont toujours entre les mains des transnationales ; l’expropriation des immenses latifundia dans l’Est et dans les vallées ; la distribution de la terre entre les paysans et les indigènes pauvres ; et l’amélioration dans les conditions de travail et de vie des travailleurs. » Il a revendiqué, en outre, des résolutions de congrès de mineurs qui expriment : « Assez de concertation avec les conspirateurs et les saboteurs du véritable processus de changement. » Il est indispensable que cette proposition correcte se transforme substantiellement en action, par exemple, en expropriation immédiate des « 100 clans ».

Pour cela, il faut reprendre la tradition glorieuse des mineurs dans la Révolution de 1952 (spécialement celle des milices ouvrières de la COB), des mobilisations de 1985 et des soulèvements triomphants de 2003 et de 2005, quand les travailleurs et les secteurs populaires ont fait face à la répression armée dans la rue et l’ont mise en échec.

Les mineurs, qui ont critiqué durement la signature de l’accord avec le gouvernement, doivent combattre pour que la COB rompe cet accord et lance un appel à tous les syndicats, aux organisations paysannes, populaires et démocratiques, pour former un grand Front Unique afin de faire face aux fascistes au moyen de l’action directe. Une grande mobilisation nationale de masses est nécessaire pour mettre en échec la droite.

Il est évident, en outre, qu’on ne peut pas faire face aux groupes des fascistes avec des mots ou des meetings sur la place publique. Il faut se défendre des groupes fascistes dans la rue, en utilisant des méthodes d’action directe. Il est urgent que les syndicats et les organisations paysannes organisent des milliers de groupes d’autodéfense parmi les mineurs, les paysans, les travailleurs industriels et les secteurs populaires, en reprenant la tradition glorieuse des milices de la COB de 1952. C’est le seul chemin pour mettre en échec l’extrême droite et les organisations fascistes.

La nécessité du soutien international

Le projet de l’extrême droite de la Media Luna représente une grande menace, non seulement pour les masses boliviennes mais aussi pour le mouvement ouvrier et les peuples de toute l’Amérique latine. Il s’agit d’un « essai » qui, en cas de succès, pourrait se répéter dans d’autres pays et régions « en conflit ». C’est pourquoi, il est indispensable de le mettre en échec. Il est indispensable d’apporter l’appui de tout le continent au peuple bolivien. Aidons à mettre en échec ce projet de l’extrême droite, avant qu’il ne se fortifie davantage et s’étende à d’autres pays.

La tâche immédiate est d’entourer le peuple d’actions de solidarité et de rejet du projet d’extrême droite, comme les mobilisations qui ont déjà eu lieu en Argentine, Equateur, Uruguay et Brésil. Il y a aussi la proposition de Conlutas du Brésil, que la solidarité avec le peuple bolivien et le rejet de l’extrême droite soit un des axes principaux de la « semaine anti-impérialiste » que l’ELACT (Rencontre Latino-Américaine et Caraïbe des Travailleurs) a décidé de réaliser en octobre. La LIT-QI s’engage à soutenir totalement ces actions. Les assassinats de Pando Il y a eu récemment, dans le département de Pando, des attaques extrêmement violentes contre des paysans, partisans du gouvernement, de la part de groupes armés d’extrême droite. On compte 28 assassinats et il y a 45 disparus dont on ne sait pas s’ils sont morts eux aussi, ou s’ils se sont enfuis pour échapper des bandes fascistes.

Une vidéo circule sur Internet, diffusée à l’origine par Canal 7 (étatique), qui montre comment les bandes de paramilitaires et de tueurs à gage, au service du gouverneur de Pando, Leopoldo Fernández, selon les témoignages rassemblés de quelques survivants, achèvent le massacre de paysans sans défense dans la rivière Tahuamanu.

Nous reproduisons le texte qui suit, à partir du matériel reçu de BoliviaEnVideos.com (16 septembre 2008) :

« Les images montrent comment les paysans se sont jetés à la rivière pour essayer de sauver leurs vies et de traverser l’affluent à la nage, mais les hommes armés tirent. Dans au moins deux occasions on entend dire : "là, il y a encore des Indiens". Celui qui parle est une des personnes situées sur la rive du Tahuamanu, tandis qu’on entend les rafales de mitrailleuse. [...] On voit aussi une personne, probablement un médecin, qui déclare : "Ecoutez, c’est terrible, ça c’est un fusil, nous nous occupons de gens, à vrai dire, cette situation passe les limites, c’est terrible, c’est le comble, nous n’avons aucune sécurité". Pendant que les images passent, quelqu’un dont on voit une main, probablement un des tireurs à gage, signale avec ironie : "ils ont peur", tandis que ses compagnons continuent à tirer avec leurs armes. "Là, il y a beaucoup d’Indiens cachés", assure un autre des paramilitaires, alors que leurs victimes nagent désespérément en essayant d’atteindre l’autre rive de la rivière Tahuamanu et de pouvoir ainsi échapper à la pluie de balles. On écoute partout les rafales de mitrailleuse, et les projectiles qui font impact sur la surface de l’eau provoquent des ondes, qui certifient le massacre. La vidéo montre aussi quelques victimes, comme le corps d’Alfonzo Cruz, inerte, ainsi que des cercueils transférés dans une camionnette. Un des témoignages indique qu’on a trouvé un corps, des heures plus tard, en aval de la rivière, dont la mort est arrivée quand une balle est entrée par la nuque et est sortie par la bouche en la détruisant complètement. »

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