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Des militants d’extrême gauche au service des appareils bureaucratiques syndicaux

lundi 8 juin 2026, par Karob

Quirante et Le Merrer (NPA-R), permanents fédéraux de SUD-PTT : l’union sacrée et le social-patriotisme ont leurs « révolutionnaires »

Le 12 juin 2025, cinq postiers des Hauts-de-Seine passaient en procès pour des faits de grève remontant à 2014. Parmi eux deux figures publiques : Gaël Quirante, secrétaire de SUD Poste 92, et Yann Le Merrer, membre du Bureau fédéral de SUD-PTT. Tous deux militants du NPA-Révolutionnaires (NPA-R), tous deux candidats sur la liste de cette organisation aux européennes 2024. La presse militante les présente comme l’incarnation du « syndicalisme de lutte de classe » et de la continuité révolutionnaire dans le mouvement ouvrier français. C’est précisément cette présentation qu’il faut démonter, parce qu’elle est mensongère, et que ce mensonge sert objectivement la bourgeoisie française en guerre.

## Note de méthode : défendre contre la répression, combattre la ligne politique

Avant toute analyse, une distinction marxiste qu’il faut poser clairement. La répression patronale contre Quirante et Le Merrer doit être combattue sans réserve. Leur révocation administrative par La Poste, les sanctions disciplinaires, les procès, les tentatives d’intimidation policière et patronale — tout cela appelle la solidarité ouvrière la plus complète, indépendamment de toute appréciation politique sur leur ligne. C’est la règle bolchevique élémentaire : on défend matériellement tout militant ouvrier réprimé par l’État ou le patronat, comme Trotsky défendait Boukharine et Zinoviev contre les procès de Moscou tout en combattant leur ligne politique. Mais la répression subie par un militant ne transforme pas automatiquement sa ligne politique en ligne révolutionnaire. Le courage individuel face au patronat ne dispense pas de la critique politique. On peut, on doit défendre un militant contre l’État bourgeois tout en combattant sa fonction politique dans l’appareil syndical. C’est exactement ce que nous faisons ici. Ce qui suit n’est pas une attaque contre des militants réprimés ; c’est une critique politique sans concession d’une ligne — celle du NPA-R — qui camoufle sous la radicalité verbale un alignement objectif sur le social-patriotisme du mouvement syndical français en guerre.

## Salariés par l’appareil même qu’ils prétendent combattre

Yann Le Merrer a été révoqué de La Poste en 2015 — premier fonctionnaire révoqué pour faits syndicaux depuis 1951. Gaël Quirante a été licencié en 2018 après huit ans de bataille juridique. Depuis leurs révocations respectives, leur reproduction matérielle dépend de l’appareil Solidaires/SUD-PTT, sous deux modalités précises qu’il faut distinguer. Le Merrer a été directement **embauché par sa fédération SUD-PTT** après sa révocation — fait confirmé publiquement par les militants NPA-R France eux-mêmes dans l’article *« A Thorn in La Poste’s Side »* publié sur Speak Out Now en mai 2025. Quirante, quant à lui, est salarié de fait via la **cagnotte des Amis de Sud Poste 92**, structure satellite du syndicat 92, qui assure le maintien de son salaire au niveau de son grade et de son ancienneté de postier — fait documenté sur le site même du NPA-R dans l’appel à dons préparatoire au procès du 12 juin 2025. Les deux configurations sont matériellement différentes — salariat fédéral direct pour l’un, salariat indirect par cagnotte syndicale pour l’autre — mais elles produisent le même effet politique : la reproduction matérielle des deux militants dépend intégralement des structures de l’appareil Solidaires/SUD-PTT, fédéral pour Le Merrer, départemental pour Quirante.

Cette donnée commande tout le reste. Marx l’a établi une fois pour toutes : ce n’est pas la conscience qui détermine l’être social, c’est l’être social qui détermine la conscience. Mais — et c’est décisif pour la suite de l’analyse — le rapport entre cette position matérielle et le contenu politique des bulletins n’est pas un déterminisme mécanique. Ce qui définit politiquement Quirante et Le Merrer, ce n’est pas qu’ils soient des cadres syndicaux rémunérés. C’est le **choix politique** qu’ils font de l’être comme membres consensuels de la direction majoritaire, plutôt que comme représentants déclarés d’une fraction révolutionnaire minoritaire combattant cette direction. On y revient plus bas, et on le démontrera par le précédent historique français du SDR de Pierre Bois à Renault — qui éclaire précisément le rapport entre indépendance matérielle relative et liberté politique de fraction.

## Solidaires, appareil rallié à l’union sacrée 2024-2026

L’appareil dans lequel Quirante et Le Merrer ont leur salaire est partie intégrante du dispositif belliciste français — non pas par déclaration confédérale explicite mais par non-rupture, ce qui équivaut, au sens léniniste classique, à la même responsabilité politique objective.

Sur le terrain électoral d’abord. Solidaires, à l’échelle confédérale, a participé en juin-juillet 2024 à l’appel intersyndical unitaire pour « battre l’extrême droite » dans les législatives — appel qui, dans sa formulation enrobée de « solidarité, égalité, justice », ne dit pas littéralement « votez NFP » mais opère la médiation politique du barrage républicain. Et simultanément, plusieurs structures locales et sectorielles de Solidaires — Solidaires 25, ASSO-Solidaires, et d’autres — ont, elles, appelé explicitement à voter pour le Nouveau Front populaire, c’est-à-dire à voter pour des candidats bourgeois (PS, Place Publique, EELV, fraction LFI électoraliste). Cette articulation entre formulation confédérale ambiguë et appel local explicite n’est pas une contradiction : c’est précisément le dispositif classique du centrisme syndical, tel que Lénine le décrivait. La direction confédérale opère le ralliement à la médiation électorale bourgeoise par formules enrobées qui lui permettent de prétendre n’avoir pas appelé au vote pour des partis bourgeois, tout en organisant matériellement ce vote par sa base locale qu’elle ne désavoue pas. C’est exactement comme Jouhaux signait en août 1914 le ralliement de la CGT à la défense nationale — sauf qu’aujourd’hui la confédération préfère le faire par voie d’appel intersyndical « unitaire » plutôt que par signature explicite. Le résultat politique objectif est identique.

Sur le terrain de la guerre ensuite. Solidaires co-signe systématiquement les communiqués d’intersyndicale aux côtés de la CGT de Binet, de la CFDT, de la FSU et de l’UNSA. Solidaires laisse prospérer en son sein et autour de lui une ligne pro-livraisons d’armes à l’Ukraine et de soutien au Réarmement européen — le RESU, dispositif de mobilisation de l’industrie de guerre française et allemande au service de la stratégie OTAN contre la Russie d’abord, contre l’Iran ensuite, demain contre la Chine. Cette ligne est portée par des cadres et des bulletins ENSU-RESU émanant de structures Solidaires sans que la confédération ne désavoue, ne rompe, ne mène de bataille fractionnelle interne, ni n’exclue. Solidaires relaie sur son site la lettre d’information ENSU/RESU, le comité français du RESU appelle explicitement à fournir à l’Ukraine « avions, canons, chars » autant que nécessaire — sans rupture publique de la confédération.

Et c’est là précisément le point politique central. Lénine l’a établi dans son combat contre Kautsky et le SPD en 1914-1915 : ne pas rompre avec une ligne social-patriote présente dans sa propre organisation, c’est en partager la responsabilité politique objective. La direction confédérale Solidaires n’a mené **aucune campagne fractionnelle interne** contre le RESU. Solidaires n’a pas dénoncé la France comme État matériellement engagé dans la guerre régionale ouverte par l’opération Epic Fury contre l’Iran du 28 février au 5 mai 2026 — opération dans laquelle la France a été matériellement engagée par déploiements navals, défense anti-aérienne d’Israël, ravitaillement, couverture renseignement, engagement que l’État français présente comme « strictement défensif », qualification que le marxisme matérialiste refuse de reprendre à son compte puisque la défense d’Israël en guerre est elle-même un acte de guerre du point de vue iranien et du droit international réel. La déclaration franco-germano-britannique du 1er mars 2026 annonçait des mesures pour défendre « leurs intérêts et ceux de leurs alliés dans la région » — c’est-à-dire un engagement matériel régional, et non une posture passive. Solidaires n’a appelé à aucune expropriation de Thales, Dassault, Safran, MBDA, KNDS. Solidaires n’a appelé à aucune fraternisation entre soldats français et soldats désignés comme ennemis.

À partir des invariants du défaitisme révolutionnaire léniniste de 1915 (notamment dans *Le Socialisme et la Guerre* et *La Faillite de la IIe Internationale*), développés par le programme militaire du prolétariat de Lénine en 1917, puis intégrés dans le programme transitoire trotskyste de 1938, on peut dégager cinq critères opératoires d’une position internationaliste révolutionnaire en temps de guerre impérialiste : nommer sa propre bourgeoisie comme adversaire principal ; appeler à la défaite militaire de son propre gouvernement (porazhenchestvo léniniste) ; exiger l’expropriation de l’industrie d’armement nationale ; soutenir l’organisation des soldats avec droit de refus d’ordre et fraternisation ; lier le défaitisme à la dictature du prolétariat et à l’Internationale à reconstruire. Sur ces cinq critères opératoires, Solidaires obtient zéro sur cinq. C’est la définition opératoire du social-chauvinisme contemporain par non-rupture. Et c’est l’appareil dont Quirante et Le Merrer sont salariés permanents, dont ils diffusent le matériel, dont ils respectent la discipline confédérale, dont ils participent aux instances de décision sans jamais en exiger publiquement la rupture.

## Le silence du NPA-R : la trahison qui ne dit pas son nom

Quirante et Le Merrer ne signent pas en leur nom personnel les appels au vote NFP. Ils n’écrivent pas les communiqués intersyndicaux pro-Ukraine. Ils maintiennent dans leurs interventions une phraséologie radicale, anticapitaliste, lutte de classe.

Ce qui compte n’est pas ce qu’ils disent. Ce qui compte est ce qu’ils refusent de faire. Aucune tendance fractionnelle déclarée à l’intérieur de SUD-PTT pour combattre la ligne pro-RESU. Aucune minorité organisée appelant publiquement à la rupture avec l’intersyndicale ralliée à la médiation barrage républicain. Aucune pétition interne contre les livraisons d’armes à l’Ukraine. Aucun appel public au défaitisme révolutionnaire face à Epic Fury. Aucune campagne pour l’expropriation de l’industrie d’armement française. Aucun appel aux postiers à former des comités d’usine autonomes des appareils. Aucun travail public, signé, daté, pour faire reculer la direction fédérale de SUD-PTT comme l’opposition internationaliste de *La Vie ouvrière* travaillait à faire reculer Jouhaux entre 1914 et 1918. Rien.

Ils occupent l’espace verbal de la « gauche du syndicat » sans exercer aucune fonction de rupture. C’est exactement le rôle que Lénine analyse dans *La Faillite de la IIe Internationale* (1915) : ce ne sont pas seulement Plekhanov, Guesde et Sembat qui composent l’union sacrée, ce sont aussi et surtout les centristes qui restent dans la même organisation qu’eux sans rompre. Kautsky, Martov, Longuet. Ces centristes ne sont pas l’opposition au social-chauvinisme, ils en sont la condition de stabilité. Ils saturent l’espace de la critique en la rendant verbale, donc inoffensive, donc compatible avec le maintien intégral de la ligne combattue en paroles.

Lénine désignait dès 1894 ce mécanisme par un terme qui reste valable trait pour trait aujourd’hui : ce sont des **faux amis du peuple travailleur**. Ceux qui parlent au nom du peuple travailleur, dans son vocabulaire, depuis ses tribunes, en occupant ses postes, pour empêcher qu’il construise les outils de son émancipation.

## Le bulletin d’usine, instrument de fraction révolutionnaire — pas une feuille combative parmi d’autres

Pour comprendre la nature exacte de ce qui manque, il faut revenir à ce que défendait un militant ouvrier français comme Barta. Barta, de son vrai nom David Korner, animait dans les années 1940 l’Union Communiste, petite fraction trotskyste française qui a notamment dirigé la grève Renault de 1947 contre la CGT et le PCF alors au gouvernement. Sa contribution centrale, c’est d’avoir posé pratiquement la question suivante : comment construire un parti révolutionnaire à partir de l’entreprise, à partir des ouvriers, et non pas par cooptation dans les appareils existants ?

Sa réponse était l’usage politique du bulletin d’usine. Pas le tract d’agitation, pas la feuille de revendication salariale, pas le bulletin syndical confédéral — autre chose. Un bulletin d’usine au sens politique remplit quatre fonctions inséparables. Premièrement, le bulletin fonctionne comme organe de fraction révolutionnaire — soit signé d’une fraction publiquement déclarée à l’intérieur du syndicat quand la force le permet, soit, quand la base reste encore à conquérir, fonctionnant comme l’organe extérieur de fraction qui dit la vérité politique entière que les militants ne peuvent pas encore tenir publiquement à l’intérieur du syndicat — dans tous les cas, nommant les directions syndicales adversaires comme telles. Deuxièmement, il articule chaque conflit local au programme transitoire du prolétariat international, c’est-à-dire qu’il fait passer la lutte sur les conditions de travail à la lutte sur le pouvoir dans l’entreprise et dans la société. Troisièmement, il pose dans l’entreprise des revendications de double pouvoir — contrôle ouvrier, ouverture des livres de comptes, expropriation sans indemnité, comités d’ouvriers indépendants. Quatrièmement, il prend position publiquement sur la guerre impérialiste en cours, en appelant les ouvriers à l’internationalisme contre leur propre bourgeoisie et contre l’État qui les emploie. Le bulletin de Barta à Renault en 1947 faisait tout cela : il combattait publiquement la direction CGT-PCF dans l’entreprise, il liait la grève à la critique de la guerre coloniale française en Indochine, il appelait au gouvernement ouvrier et paysan.

## Ce que produit réellement le NPA-R à La Poste : une cartographie

Le NPA-R produit des bulletins d’entreprise sur quatre implantations La Poste : Centre financier et distribution Paris 15, Paris 11-20, Lyon, et PIC de Lille (Plateforme Industrielle Courrier de Lesquin). Il édite également un Bulletin du NPA Poste national. À noter d’emblée un fait politiquement éloquent : il n’existe **aucun bulletin d’entreprise dédié La Poste 92** dans la rubrique « Bulletins La Poste » du NPA-R, comparable aux bulletins Paris 15, Paris 11-20, Lyon ou PIC Lille — et surtout **aucun organe de fraction publique signé « fraction révolutionnaire de SUD-PTT 92 »**, précisément dans le département où Quirante et Le Merrer sont permanents. Il existe des articles NPA-R sur La Poste 92 et un bulletin généraliste NPA Hauts-de-Seine, mais aucun bulletin d’entreprise dédié à La Poste 92 ni aucun bulletin de fraction syndicale signé. L’intervention dans le 92 passe par les mandats SUD Poste 92, jamais par un bulletin politique distinct des tracts intersyndicaux qui permettrait de poser publiquement la critique de la direction fédérale et de la confédération Solidaires.

Tous les bulletins consultés suivent la même architecture en cinq blocs. Un édito politique national produit à la rédaction centrale du NPA-R, intégré identiquement dans plusieurs bulletins d’entreprise — par exemple « Israël, État oppresseur et colonial » en octobre 2023, ou « Quand le gouvernement crie haro sur les chômeurs » en avril 2024. Des brèves d’entreprise sur les réorganisations, les fermetures, les RAP, les anecdotes ironiques sur la direction. Le relais des appels intersyndicaux et grèves en cours. Un encart société ou culture. Une adresse mail locale de contact.

Mesurés aux quatre fonctions politiques inséparables d’un bulletin de fraction révolutionnaire, ces bulletins obtiennent **zéro sur quatre**.

**Sur la fonction d’organe de fraction nommant les directions syndicales adversaires** : absente. Les bulletins se signent « Bulletin du NPA Poste » ou « PIC de Lille » — présence syndicale d’un parti politique extérieur, sans articulation à une politique de fraction interne aux syndicats. Aucun bulletin consulté ne nomme la direction fédérale SUD-PTT comme adversaire politique. Aucun bulletin n’appelle à la rupture avec la ligne fédérale ralliée à la médiation barrage républicain.

**Sur l’articulation du conflit local au programme transitoire international** : absente. Sur Gaza octobre 2023, le bulletin PIC Lille demande « solidarité avec le peuple palestinien » et « la démission de Netanyahou » — pas l’expropriation de l’industrie d’armement française, pas le défaitisme révolutionnaire envers la France livrant matériel et formant l’armée israélienne, aucune articulation à la nécessité du Front Unique du Peuple Travailleur. Sur la réforme chômage avril 2024, le bulletin appelle à « une mobilisation d’ensemble du monde du travail » sans aucune mention de programme transitoire ni de dictature du prolétariat.

**Sur les revendications de double pouvoir embryonnaire dans l’entreprise** : absentes. Aucun appel à constituer des comités de postiers autonomes des sections syndicales. Aucune exigence de contrôle ouvrier sur la production postale. Aucune exigence d’ouverture des livres de comptes du groupe La Poste, alors même que ce groupe est détenu à 34 % par l’État et 66 % par la Caisse des dépôts. Aucune exigence d’expropriation sans indemnité, ni de La Poste, ni de La Banque Postale, ni de CNP Assurance qui rachète 65 % de la Mutuelle Générale. Le bulletin avril 2024 mentionne précisément ce rachat — son analyse s’arrête à « le seul but est de faire du fric sur notre santé ». Aucun débouché politique.

**Sur la position publique sur la guerre impérialiste appelant les ouvriers à l’internationalisme contre leur propre bourgeoisie** : et c’est l’effondrement politique majeur. Le bulletin PIC Lille d’octobre 2023, dont l’édito entier porte sur Gaza, ne contient **pas une seule ligne** dénonçant la France comme État matériellement engagé dans la guerre — par les livraisons d’armes via MBDA et Eurosam à Israël, par la formation d’officiers, par les accords renseignement. Catherine Colonna est citée comme ministre française qui se rend à Tel Aviv — mais aucune dénonciation programmatique de l’engagement matériel français. Aucun appel au défaitisme révolutionnaire envers la France. Aucune exigence d’expropriation de Thales, Dassault, Safran, MBDA, KNDS, Naval Group. Aucun appel à la fraternisation. La position léniniste fondamentale de 1915 — chaque prolétariat combat **sa propre** bourgeoisie comme adversaire principal — est totalement absente du bulletin alors même que l’édito porte exclusivement sur la guerre. Sur l’Ukraine, sur le RESU, sur Epic Fury 2026 contre l’Iran : silence intégral dans tous les bulletins consultés.

## Le verrou politique : refus de la politique de fraction, intégration à la direction majoritaire

Il faut s’attarder sur un point précis qui démasque toute la mécanique : **ce que les bulletins disent (et ne disent pas) des directions syndicales**.

Dans le bulletin PIC Lille d’octobre 2023, les mots CGT, SUD-PTT, FO, Solidaires, direction syndicale, fédération **n’apparaissent pas une seule fois**. Pas une. La PIC de Roye va fermer en 2025 — sans un mot sur ce qu’en font les directions fédérales. Le combat contre le sexisme à La Poste est évoqué — sans un mot sur les commissions femmes des fédérations. Gaza est évoqué — sans un mot sur le silence de Solidaires, de la CGT et de la FSU concernant les livraisons d’armes françaises. Silence intégral sur l’appareil syndical, alors même que c’est le secteur d’intervention central et que les rédacteurs sont eux-mêmes syndicalistes permanents.

Dans le bulletin du NPA Poste national du 2 avril 2024, il existe une critique — et sa forme est encore plus éclairante. Le bulletin reproche à « les syndicats à La Poste qui signent un accord salarial à +2,5 % pour 2024 » d’avoir entériné une baisse des salaires réels. La formulation est volontairement floue : « les syndicats », sans nommer **lesquels**. CGT FAPT a signé. SUD-PTT n’a pas signé. Cette distinction est centrale pour un postier qui lit le bulletin — elle lui dit quelle direction syndicale combattre concrètement. Le bulletin l’efface. Il met tous les syndicats dans le même sac d’une critique molle, là où il faudrait nommer **la** signature et **la** direction qui l’a apposée.

Le même bulletin contient une autre référence aux syndicats — la condamnation d’un militant FO COM 92 qui aurait physiquement agressé Quirante en marge d’une manifestation. La formule employée : « De telles pratiques violentes sont à bannir du mouvement ouvrier. Le NPA demande que le service d’ordre intersyndical condamne ces pratiques. » C’est une condamnation **morale d’un individu**, pas une critique politique de FO comme appareil. Et surtout, la demande adressée — « que le service d’ordre intersyndical condamne » — **maintient intégralement la légitimité de l’intersyndicale** dont relèvent Solidaires, donc SUD-PTT, donc Quirante et Le Merrer eux-mêmes. Le NPA-R demande à la structure dont son propre appareil syndical est partie prenante de se policer elle-même. C’est la définition même du centrisme : on ne rompt pas avec l’intersyndicale ralliée à la médiation barrage républicain et alignée RESU, on lui demande poliment de bien vouloir se réformer en interne. C’est tout l’inverse d’une critique programmatique.

## Ce qu’ils refusent : la politique de fraction et le bulletin comme organe fractionnel

Il faut être précis sur la nature du verrou — parce que la formulation paresseuse consisterait à dire « ils sont dans l’appareil donc ils ne peuvent pas le critiquer ». C’est faux. Ce n’est pas le fait d’être à des postes syndicaux qui interdirait politiquement la critique des directions syndicales.

La politique de fraction révolutionnaire à l’intérieur d’un syndicat dominé par une majorité opportuniste ne prend pas une forme unique. Elle se déploie en plusieurs configurations selon le rapport de forces matériel et la situation concrète. **Premier cas** : quand on est isolé, un ou deux militants dans une boîte sans base de masse encore constituée, on ne peut pas immédiatement se déclarer publiquement comme tendance dans le syndicat — la majorité opportuniste vous broierait par exclusion ou mise à l’écart immédiate. Dans ce cas, c’est **le bulletin lui-même qui est la fraction**. Le bulletin dit, depuis l’extérieur immédiat de la structure syndicale, ce que les militants ne peuvent pas encore dire publiquement à l’intérieur. Il dit la vérité politique entière — nommant les directions syndicales adversaires, articulant la lutte locale au programme transitoire, prenant position sur la guerre, exigeant la dictature du prolétariat. Simultanément, à l’intérieur du syndicat, les mêmes militants interviennent par motions, par propositions, par amendements concrets qui obligent la direction à se prononcer publiquement et qui mettent matériellement la majorité en difficulté devant la base. C’est précisément ce que faisait le groupe Barta avant le SDR à Renault : six militants à l’intérieur de l’usine, *La Lutte de classes* puis *La Voix des Travailleurs-Renault* comme bulletin de fraction, et interventions concrètes dans la CGT et les autres syndicats pour faire bouger la base.

**Deuxième cas** : quand la force le permet — quand on a gagné une base significative dans le syndicat, quand on peut emporter 10, 20, 30 % d’une assemblée générale ou d’un congrès — alors la fraction se déclare publiquement comme tendance, présente ses motions signées, occupe des postes de représentation **au nom de cette tendance**, et combat la majorité confédérale en interne dans des conditions ouvertes. C’est ce que faisaient Monatte, Rosmer, Loriot et Péricat dans la CGT entre 1914 et 1918 : Monatte démissionne dès décembre 1914 du bureau confédéral en signe de rupture publique avec la ligne majoritaire de Jouhaux et de l’Union sacrée. Avec Rosmer, Loriot, Péricat et quelques autres, ils constituent autour de *La Vie ouvrière* le noyau de l’opposition internationaliste **comme fraction déclarée**. Ils signent des textes publics combattant Jouhaux. Ils participent aux conférences internationalistes de Zimmerwald (1915) et de Kienthal (1916). Ils préparent ainsi le terrain matériel pour ce qui deviendra le courant bolchevik-léniniste en France après la révolution d’Octobre 1917 — fraction qui fonde en 1920 la SFIC, futur PCF, sur la base des 21 conditions de l’Internationale Communiste.

Et c’est exactement ce que théorisait Lénine en 1920 dans *La maladie infantile du communisme (le « gauchisme »)*, chapitre VI « Les révolutionnaires doivent-ils militer dans les syndicats réactionnaires ? ». Réponse de Lénine, sans aucune ambiguïté : « Ne pas travailler dans les syndicats réactionnaires, c’est abandonner les masses ouvrières insuffisamment développées ou arriérées à l’influence des leaders réactionnaires, des agents de la bourgeoisie, des aristocrates ouvriers ou des "ouvriers embourgeoisés" » (Œuvres, tome 31, p. 48). Et un peu plus loin : « Il faut savoir consentir tous les sacrifices, surmonter les plus grands obstacles, afin de faire un travail de propagande et d’agitation méthodique, persévérant, opiniâtre et patient justement dans les institutions, sociétés, organisations — même tout ce qu’il y a de plus réactionnaires — partout où il y a des masses prolétariennes ou semi-prolétariennes ». La règle léniniste est donc claire : militer à l’intérieur des syndicats dominés par des directions opportunistes ou social-chauvines, y construire patiemment l’influence révolutionnaire, et y faire pression — par motions, par propositions, par bulletins de fraction, par tendances déclarées quand la force le permet — pour démasquer les directions opportunistes aux yeux de la base. Lénine précise dans le même chapitre que la tâche est de « savoir convaincre les retardataires, de savoir travailler parmi eux et non de se séparer d’eux par des mots d’ordre "de gauche" d’une puérile invention » (p. 49).

C’est aussi la position que défendait Trotsky en 1938 dans le *Programme de transition*, partie sur le travail dans les syndicats, et dans toute sa polémique contre les renégats trotskystes qui voulaient soit fonder des « syndicats rouges » coupés des masses, soit s’intégrer sans combat dans les appareils existants. La règle bolchevique est précise : **mener la bataille politique publiquement, sous une forme adaptée au rapport de forces — bulletin de fraction quand on est isolé, tendance publique déclarée quand on a la base — contre la majorité opportuniste, depuis l’intérieur du syndicat tant que c’est possible, depuis l’extérieur immédiat quand on est isolé, depuis l’extérieur complet quand on en est exclu**.

Quirante et Le Merrer ne sont dans aucune de ces configurations. Leur bulletin n’est pas un bulletin de fraction qui dit la vérité politique entière — il ne nomme pas Solidaires comme appareil rallié, ne nomme pas la direction fédérale SUD-PTT comme adversaire, ne nomme pas le RESU, ne prend pas position sur le défaitisme révolutionnaire, n’appelle pas à l’expropriation de l’industrie d’armement. Et leurs interventions à l’intérieur de SUD-PTT ne prennent pas la forme de motions fractionnelles publiques posant ces questions à la base. Ils n’ont jamais déposé une motion à un congrès de SUD-PTT exigeant ces ruptures. Ils n’ont jamais publié un texte signé « fraction révolutionnaire de SUD-PTT » dans la presse militante. Ils n’ont jamais appelé publiquement les militants combatifs de la fédération à se regrouper en tendance organisée contre la direction. Ils ne sont ni dans la configuration du bulletin-fraction-isolée, ni dans la configuration de la tendance-publique-déclarée. Ils ne sont dans aucune des deux. Ils ne sont dans aucune des traditions — ni celle du courant bolchevik-léniniste français de Monatte-Rosmer-Loriot-Péricat, ni celle de Barta et de Pierre Bois au SDR, ni celle théorisée par Lénine dans *La maladie infantile* (1920), ni celle du syndicalisme révolutionnaire d’avant 1914 — Pelloutier, Pouget, Griffuelhes, la Charte d’Amiens de 1906.

Ce qu’ils ont fait, c’est l’exact contraire : ils sont restés à l’intérieur de la direction majoritaire de SUD-PTT comme membres consensuels, partageant ses ambiguïtés, participant à ses instances de cogestion, à sa discipline confédérale, à ses signatures intersyndicales. Et ils ont reporté leur phraséologie radicale **à l’extérieur** du syndicat — dans le parti NPA-R, dans les meetings, dans les listes électorales européennes ou présidentielles, dans les bulletins d’entreprise rédigés comme tracts d’agitation politique sans aucun débouché fractionnel à l’intérieur de SUD-PTT.

Toute la différence politique entre un centriste et un bolchevik tient là. Le bolchevik mène publiquement la bataille politique — par bulletin de fraction quand il est isolé, par tendance déclarée quand il a la base — et accepte d’être minoritaire, voire d’en être exclu, tant qu’il n’a pas convaincu la base. Le centriste reste à l’intérieur de la majorité, partage ses ambiguïtés, et utilise sa phraséologie radicale dans l’espace politique extérieur sans jamais la traduire en bataille fractionnelle interne au syndicat — ni par bulletin posant la vérité politique entière, ni par motion publique au congrès. C’est très exactement la position de Quirante et Le Merrer. C’est la position de Martov face à Lénine en 1903, de Kautsky face à Liebknecht et Luxemburg en 1914-1915, de Longuet face à Monatte-Rosmer en 1916-1918. C’est la position que Lénine combattait sans relâche en 1915 — la position centriste — en notant que **le centrisme est plus dangereux que le social-chauvinisme ouvert**, parce qu’il maintient l’unité avec lui en désamorçant les ruptures programmatiques qui pourraient le faire tomber.

## La preuve historique par a + b : le SDR à Renault 1947, ce que faisait Pierre Bois à la tête d’un syndicat — et la question de l’indépendance matérielle

L’objection prévisible que pourraient nous opposer les défenseurs du NPA-R est la suivante : « Quirante dirige le syndicat SUD Poste 92, c’est précisément cela qui rend impossible la critique publique de la direction syndicale et la production d’un bulletin politique distinct — quand on est secrétaire départemental, on n’a pas le luxe de signer en plus comme fraction. » Cette objection s’effondre dès qu’on la confronte à un précédent historique français parfaitement documenté : le **Syndicat Démocratique Renault** (SDR) animé par Pierre Bois et le groupe de Barta entre 1947 et 1949.

Le SDR a été créé après la grève Renault d’avril-mai 1947 par le groupe de Barta — l’Union Communiste — qui ne comptait alors que **six militants à l’intérieur de l’usine et six à l’extérieur**. Douze militants au total, sans aucun moyen, sans aucune base de masse établie, mais avec une politique claire. La grève victorieuse de Renault contre la CGT et le PCF au gouvernement Ramadier avait posé un problème politique concret : que faire des ouvriers qui avaient suivi le groupe Barta contre la direction CGT ? Barta a tranché en ces termes, repris dans la biographie de Pierre Bois : « abandonner les ouvriers qui nous avaient suivi aux appareils syndicaux, ou créer le syndicat pour les aider à poursuivre la lutte ». Ils ont créé le SDR. Pierre Bois en est devenu le militant central à l’usine, ouvrier reconnu comme dirigeant ouvrier révolutionnaire de l’après-guerre.

Ce SDR n’était pas une fiction de témoignage. Aux élections au Comité d’entreprise de la Régie Renault, le SDR a obtenu **35 % des votants** — à parité exacte avec la CGT — la CGT ne conservant son siège que par découpage électoral antidémocratique, comme la *Voix des Travailleurs* le démontrait chiffres à l’appui dans son numéro 40 de mars 1948. Le SDR était une force politique réelle qui pesait à parité avec l’appareil dominant à Renault Billancourt, l’usine la plus importante de France à l’époque.

Et voici ce qui rend la comparaison écrasante. Pierre Bois **dirigeait le SDR** tout en étant ouvrier en activité à la Régie Renault. Il occupait la position formelle que Quirante occupe aujourd’hui à SUD Poste 92, mais avec une différence matérielle décisive : **son salaire ne dépendait pas du syndicat qu’il dirigeait**. Il vivait de son travail d’ouvrier spécialisé chez Renault, jusqu’à ce que la Régie ne lui propose en mars 1951 un poste aux services techniques. Cette indépendance matérielle relative — vivre du travail productif et non de l’appareil syndical — n’est pas un détail biographique. C’est la condition matérielle qui rendait possible la liberté politique de la bataille fractionnelle. Quand Pierre Bois attaquait nommément Thorez ou la direction CGT dans *La Voix des Travailleurs*, il ne risquait pas son salaire — il risquait sa peau face à la répression cégétiste et patronale, ce qui est autrement plus grave, mais il ne risquait pas l’asphyxie matérielle qui dépend d’un appareil. Quirante et Le Merrer ne sont pas dans la même configuration : leur reproduction matérielle entière dépend de l’appareil Solidaires/SUD-PTT — directement pour Le Merrer (salarié fédéral), indirectement pour Quirante (cagnotte des Amis de Sud Poste 92). Cette asymétrie matérielle est centrale pour comprendre pourquoi Pierre Bois pouvait politiquement ce que Quirante et Le Merrer ne peuvent pas — ou plutôt, refusent de pouvoir, puisqu’il s’agit d’un choix politique délibéré accepté à l’origine, pas d’une fatalité subie.

Or, **simultanément** à sa fonction de dirigeant syndical, le groupe Barta-SDR publiait un **bulletin d’entreprise séparé**, *La Voix des Travailleurs-Renault*, devenu en 1947 *La Voix des Travailleurs* sous-titrée « organe de lutte de classes ». Au moins quarante numéros documentés sur marxists.org pour les seules années 1947-1948. Ce bulletin n’était ni le tract syndical du SDR, ni un journal politique extérieur à l’usine — c’était précisément la **fraction révolutionnaire publiquement déclarée** s’adressant aux ouvriers de Renault depuis l’usine, dont Pierre Bois et les autres militants du SDR étaient les rédacteurs identifiés.

Et que faisait ce bulletin ? Il **nommait publiquement** la CGT comme appareil opportuniste, attaquait Maurice Thorez et le mot d’ordre stalinien « produire d’abord revendiquer ensuite » dans des numéros datés, dénonçait la complicité du PCF avec le gouvernement Ramadier dans la répression de la grève, articulait chaque revendication locale à la perspective du **gouvernement ouvrier et paysan** appuyé sur les masses organisées contre l’État bourgeois — c’est le numéro 19 du 17 septembre 1947, lisible sur marxists.org. Le bulletin n’avait pas peur de désigner ses adversaires politiques nommément. Le SDR comme syndicat menait la bataille interne de la démocratie ouvrière — assemblées générales décisionnelles, mandatement révocable. Le bulletin *Voix des Travailleurs*, lui, menait la bataille politique extérieure de classe contre l’appareil CGT et contre l’État bourgeois.

Confrontons maintenant. À Renault 1947-1949, douze militants Barta dont les rédacteurs principaux vivent de leur travail productif, dirigeant un syndicat de 35 % des votants au CE, publient un bulletin politique signé qui nomme la CGT comme adversaire, attaque Thorez et Ramadier, et lie la lutte d’usine au gouvernement ouvrier et paysan. À La Poste 92 en 2024-2026, le NPA-R revendique au moins une vingtaine de cadres dans l’organisation Solidaires, dirige avec Quirante le syndicat SUD Poste 92, dispose d’un membre au Bureau fédéral SUD-PTT avec Le Merrer dont la reproduction matérielle dépend intégralement de cet appareil, dispose des moyens techniques et politiques d’un parti national avec liste européenne, journal hebdomadaire *Révolutionnaires*, congrès périodiques — et **ne publie aucun bulletin politique dédié à La Poste 92**, et dans ses bulletins ailleurs ne nomme pas une seule fois Solidaires, SUD-PTT, la CGT FAPT ou la FSU comme directions syndicales adversaires.

La différence ne tient ni aux moyens techniques, ni à la position formelle dans l’appareil. Elle tient à deux choses indissociables : la politique et le rapport matériel à l’appareil. Pierre Bois et le SDR dirigeaient un syndicat et publiaient simultanément un bulletin de fraction révolutionnaire signé qui combattait publiquement les directions syndicales rivales — parce qu’ils en avaient l’indépendance matérielle relative et le projet politique conscient. Quirante et Le Merrer dirigent un syndicat et un secteur fédéral, et ne publient aucun bulletin de fraction qui combattrait publiquement les directions syndicales — ni leur propre direction Solidaires, ni la direction CGT FAPT, ni les autres — parce qu’ils ont accepté de vivre de l’appareil qu’ils auraient à combattre, et parce qu’ils n’ont pas le projet politique d’une fraction publique déclarée. Le refus du NPA-R de mener cette bataille à La Poste en 2024-2026, avec infiniment plus de moyens que Barta en 1947, est un **choix politique** soutenu par une **configuration matérielle d’intégration**. Les deux se renforcent.

C’est ce qui explique trait pour trait ce qu’on lit (et surtout ce qu’on ne lit pas) dans les bulletins NPA-R à La Poste : la formule floue « les syndicats » au lieu de nommer la direction fédérale CGT FAPT signataire ; l’absence totale de critique politique de l’appareil Solidaires alors que c’est l’appareil dont les cadres dirigeants du NPA-R sont salariés ; la condamnation morale d’un militant FO individuel plutôt qu’une critique politique de FO COM ou de l’intersyndicale comme structure ralliée ; l’absence de revendication de fraction révolutionnaire publique à l’intérieur de SUD-PTT. Le bulletin NPA-R à La Poste ne **mène pas** la critique des directions syndicales — non pas parce que cela leur serait matériellement impossible depuis leur position, mais parce qu’ils ont fait le **choix politique** de ne pas se constituer en fraction publique, choix politique adossé à la dépendance matérielle accumulée à l’appareil. Choix politique qui les exclut de la tradition bolchevique-léniniste française et qui les inscrit dans la lignée centriste que Lénine combattait sans relâche.

Ce sont des feuilles intersyndicales radicalisées avec un édito politique national rajouté en tête comme bandeau extérieur. L’édito politique et le contenu d’entreprise restent **structurellement séparés** : le premier flotte au-dessus des conditions matérielles locales sans s’y articuler programmatiquement, le second reste dans le périmètre des revendications économiques classiques que la direction syndicale majoritaire est elle-même prête à porter. Le postier qui lit ce bulletin apprend que Gaza est massacré, que les chômeurs sont attaqués, que la PIC de Roye va fermer — il n’apprend nulle part que la France est matériellement engagée dans la guerre, que la direction fédérale SUD-PTT est alignée par non-rupture sur le RESU, qu’il existe une fraction révolutionnaire à l’intérieur de son syndicat qui combat cette direction, ni que la lutte dans son centre de tri prépare la dictature du prolétariat.

## Ce qu’il faudrait faire à La Poste, à SUD-PTT, et partout ailleurs

Si l’on appliquait les principes politiques que défendaient Monatte, Rosmer, Loriot et Péricat dans la CGT de 1914-1918, que défendait Barta et qu’appliquait matériellement Pierre Bois à la tête du SDR à Renault en 1947-1949, et que Lénine théorisait dans *La maladie infantile* en 1920, il faudrait faire dans les entreprises tout autre chose que ce que fait le NPA-R aujourd’hui.

Il faudrait que les militants combatifs de SUD-PTT, de la CGT, de FO, de la FSU, dans La Poste comme partout, construisent à la base des bulletins d’usine fonctionnant comme organes de fraction révolutionnaire, nommant leur organisation politique, articulant chaque lutte locale à la perspective du Front Unique du Peuple Travailleur et de la dictature du prolétariat, et nommant les directions syndicales fédérales comme adversaires politiques à combattre depuis l’intérieur par motions, propositions et amendements aux congrès.

Il faudrait constituer publiquement, à un congrès de SUD-PTT ou par déclaration publique signée, une **fraction révolutionnaire minoritaire** présentant ses textes au vote des militants, exigeant la rupture avec l’intersyndicale ralliée à la médiation barrage républicain, la dénonciation du RESU, l’expropriation de l’industrie d’armement, le défaitisme révolutionnaire face aux guerres françaises.

Il faudrait organiser des comités de lutte dirigés par les travailleurs eux-mêmes, autonomes des directions fédérales, capables de prendre des décisions de grève contre l’avis des appareils.

Il faudrait publier des appels signés à la rupture de l’intersyndicale, et dénoncer publiquement l’alignement de Solidaires, de la CGT et de la FSU sur le Réarmement européen et la guerre française contre la Russie, contre l’Iran, au Sahel.

Il faudrait prendre publiquement position pour le défaitisme révolutionnaire face à la guerre impérialiste menée par la France, c’est-à-dire appeler à la défaite militaire de sa propre bourgeoisie.

Il faudrait exiger l’expropriation sans indemnité de l’industrie d’armement — Thales, Dassault, Safran, MBDA, KNDS — et l’ouverture des livres de comptes de La Poste, des grands groupes industriels, des banques.

Il faudrait organiser la fraternisation entre soldats français et soldats désignés comme ennemis, exiger des comités de soldats avec droit de refus d’ordre, le démantèlement de l’arsenal nucléaire français.

Rien de tout cela n’existe du côté du NPA-R, ni dans ses interventions à La Poste, ni dans ses bulletins, ni dans ses listes électorales. Et rien de tout cela ne peut exister tant que ses cadres dirigeants refusent la politique de fraction publiquement déclarée à l’intérieur de SUD-PTT et préfèrent l’intégration consensuelle à la direction majoritaire d’un appareil aligné par non-rupture sur le camp impérialiste français.

## Nommer la fonction sociale : les faux amis du peuple travailleur

Quirante et Le Merrer ne sont pas des social-chauvins déclarés à la manière de Plekhanov ou de Guesde en août 1914. Ils sont autre chose, qu’il faut nommer précisément : des centristes intégrés matériellement à la direction majoritaire d’un appareil rallié au RESU et à l’OTAN par non-rupture, refusant la politique de fraction publique déclarée que la tradition bolchevique-léniniste française a fondée avec Monatte-Rosmer-Loriot-Péricat entre 1914 et 1918, et que Barta et Pierre Bois ont matériellement appliquée à Renault avec le SDR et *La Voix des Travailleurs* en 1947-1949 — en s’assurant précisément l’indépendance matérielle relative qui rendait cette politique possible. Quirante et Le Merrer jouent la fonction d’aile gauche décorative qui empêche la rupture en la rendant verbalement superflue. C’est la position la plus utile à la bourgeoisie française dans la phase actuelle. Un radicalisme de tribune qui sature la critique sans jamais la traduire en actes organisationnels. Une vitrine révolutionnaire qui camoufle un appareil de cogestion aligné sur l’union sacrée. Des mots de Lénine, Trotsky et Marx au service objectif du maintien des postiers, des télécoms, des travailleurs de SUD-PTT dans la discipline de Solidaires, et donc dans la discipline de l’intersyndicale, et donc dans la discipline de l’union sacrée 2024-2026.

Le NPA-R produit dans ses meetings, sur son site, dans ses listes électorales, et jusque dans ses bulletins d’entreprise, une mise en scène de la continuité révolutionnaire. Cette mise en scène a un coût direct pour la classe ouvrière. Elle dissimule la nature objectivement ralliée de l’appareil dans lequel ses cadres dirigeants ont leur salaire. Elle décourage toute construction effective d’une fraction révolutionnaire dans le mouvement syndical réel. Elle vend aux postiers, aux télécoms, aux travailleurs de SUD-PTT l’illusion qu’il existe déjà, dans leur fédération, une « gauche révolutionnaire » qui ferait le travail à leur place. Ce travail n’est pas fait. Il ne sera pas fait depuis ces positions, parce que ces positions reposent sur le refus délibéré de la politique de fraction publique et sur la dépendance matérielle accumulée à l’appareil. Et tant que les militants combatifs de SUD-PTT croiront le contraire, ils ne construiront pas eux-mêmes ce dont la classe a besoin.

C’est en cela que Quirante et Le Merrer, indépendamment de toute appréciation personnelle sur leur courage individuel face à la répression patronale — qui appelle notre solidarité sans réserve — occupent objectivement la place de faux amis du peuple travailleur. Ils ne sont pas la gauche du mouvement ouvrier français. Ils ne sont dans la tradition ni de Monatte, ni de Rosmer, ni de Loriot, ni de Péricat, ni de Barta, ni de Pierre Bois et du SDR. Ils sont, à La Poste comme dans Solidaires, l’un des verrous qui maintiennent le mouvement ouvrier dans l’union sacrée 2024-2026, dans l’alignement par non-rupture sur le RESU, dans le silence sur la France comme État matériellement engagé dans la guerre impérialiste. Le travail révolutionnaire commence par le refus de cette confusion. Il continue par la construction patiente, à la base, d’organes autonomes des appareils, par la diffusion de bulletins ouvriers indépendants nommant publiquement les directions syndicales comme adversaires politiques, par la formation de fractions révolutionnaires déclarées publiquement à l’intérieur des syndicats existants, par l’articulation programmatique de toutes les luttes au sein du Front Unique du Peuple Travailleur. L’inverse exact, c’est-à-dire le contraire trait pour trait, de la trajectoire qui mène de la révocation à l’entreprise jusqu’au poste de permanent fédéral consensuel et à la candidature aux européennes.

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## Sources et liens vers les bulletins consultés

**Bulletins NPA-R La Poste analysés :**

 Bulletin du NPA Poste, 2 avril 2024 — <https://npa-revolutionnaires.org/bu...> — PDF : <https://npa-revolutionnaires.org/wp...>

 Bulletin La Poste PIC de Lille, 16 octobre 2023 — <https://npa-revolutionnaires.org/bu...> — PDF : <https://npa-revolutionnaires.org/wp...>

 Bulletin La Poste Paris 15, 29 avril 2024 — <https://npa-revolutionnaires.org/bu...>

**Rubriques :**

 Rubrique « Bulletins La Poste » du NPA-R — <https://npa-revolutionnaires.org/mo...>

 Index des bulletins d’entreprise sur Convergences Révolutionnaires — <https://www.convergencesrevolutionn...>

**Sources sur la position de Quirante et Le Merrer :**

 Page candidat Yann Le Merrer, européennes 2024 — <https://npa-revolutionnaires.org/eu...>

 Page candidat Gaël Quirante, européennes 2024 — <https://npa-revolutionnaires.org/eu...>

 Article NPA-R / Speak Out Now, mai 2025 — confirmation de l’embauche de Yann Le Merrer par la fédération SUD-PTT après sa révocation — <https://speakoutsocialists.org/a-th...>

 Cagnotte « pour soutenir les postiers du 92 » — confirmation du maintien du salaire de Gaël Quirante par la cagnotte des Amis de Sud Poste 92 — <https://npa-revolutionnaires.org/un...>

 SUD-PTT, « Non à la révocation de Yann Le Merrer » — <http://www.sudptt.org/Non-a-la-revo...>

**Sources sur le SDR et le groupe Barta à Renault :**

 Pierre Bois, notice biographique du Maitron — <https://maitron.fr/spip.php?article17060>

 *La Voix des Travailleurs* numéro 19, 17 septembre 1947 — <https://www.marxists.org/francais/b...>

 *La Voix des Travailleurs* numéro 21, 1er octobre 1947 — <https://www.marxists.org/francais/b...>

 *La Voix des Travailleurs* numéro 40, 31 mars 1948 — <https://www.marxists.org/francais/b...>

 Matière et Révolution, « En savoir plus sur le révolutionnaire Barta » — <https://www.matierevolution.fr/spip...>

 Matière et Révolution, « L’histoire du Syndicat Démocratique de Renault » — <https://www.matierevolution.fr/spip...>

**Sources théoriques et historiques :**

 Lénine, *Que sont les « amis du peuple » et comment luttent-ils contre les social-démocrates ?* (1894), *La Faillite de la IIe Internationale* (1915), *Le Socialisme et la Guerre* (1915), *Programme militaire de la révolution prolétarienne* (1917), ***La maladie infantile du communisme (le « gauchisme »)*** (1920), Œuvres tome 31, en particulier chapitre VI « Les révolutionnaires doivent-ils militer dans les syndicats réactionnaires ? », p. 41-50 — notes de lecture intégrales : <https://d-meeus.be/marxisme/classiq...>

 Trotsky, *Programme de transition* (1938), partie sur le travail dans les syndicats

 Marx, *Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte* (1852), *Lettre à Meyer et Vogt* du 9 avril 1870

 Pierre Monatte, *Trois scissions syndicales* — articles dans *La Vie ouvrière* 1914-1918

 Alfred Rosmer, *Le mouvement ouvrier pendant la première guerre mondiale* (1936 et 1959)

 Conférences de Zimmerwald (septembre 1915) et de Kienthal (avril 1916)

La solidarité face à la répression

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2046#forum26539

https://www.matierevolution.org/spip.php?article1878#forum18591

*Matière et Révolution ★ Voix des Travailleurs ★ Gilets Jaunes Poitiers*

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