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Mali : l’impérialisme français chassé par la porte revient pas la fenêtre touarègue

mercredi 13 mai 2026, par Karob

Derrière les massacres au Sahel, c’est l’impérialisme français appuyé par l’OTAN — et c’est le silence complice de tout le mouvement ouvrier social-chauvin


Le 25 avril 2026, une offensive coordonnée du Front de Libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM, branche d’Al-Qaïda au Sahel) a frappé le Mali [1]. Le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué dans un attentat-suicide à son domicile de Kati [2], Kidal a basculé entre les mains du FLA dès le 26 avril après le retrait négocié des mercenaires russes d’Africa Corps [3], des dizaines de civils ont été massacrés. Quatre jours plus tard, le 29 avril, le porte-parole du FLA Mohamed Elmaouloud Ramadane était reçu à Paris par des « responsables politiques et sécuritaires » français. Lui-même l’a reconnu à l’AFP : avec la France, « on a toujours gardé contact ». Il sollicite leur soutien diplomatique et politique [4]. La France, chassée militairement du Mali en 2022, du Burkina en 2023, du Niger en 2023, du Tchad et du Sénégal en 2024, revient par la porte des séparatismes touareg. Cet article expose les faits, les explique, et tire les conclusions politiques pour les travailleurs en France — y compris contre les organisations qui se prétendent à leur tête et qui se taisent.


I. CE QUI SE PASSE AU MALI EST UN ÉPISODE DE LA CRISE MONDIALE DU CAPITAL

Pour comprendre ce qui se joue au Sahel en avril-mai 2026, il faut sortir du commentaire d’actualité et remettre les faits dans la dynamique d’ensemble du capitalisme mondial.

Le capitalisme mondial est en crise de valorisation depuis 2008. Le taux de profit baisse depuis près d’un demi-siècle, et la phase actuelle est marquée par une suraccumulation massive de capital qui ne trouve plus à se valoriser dans la production. Quand le capital n’arrive plus à se valoriser par l’extension du marché, il doit le faire par la dévalorisation — c’est-à-dire par la destruction de capital fixe et de force de travail. Donc par la guerre. Et par le repartage des zones d’extraction de valeur entre puissances impérialistes.

« Le développement du capitalisme est arrivé à un degré tel que (…) le partage de toute la terre entre les plus grands pays capitalistes a pris fin. Une fois la terre partagée, l’époque inévitable du repartage commence. »
*— Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme*, 1916 [5]

Lénine écrivait cela à la veille de la Première Guerre mondiale. C’est exactement ce que nous vivons aujourd’hui :

Ukraine 2022 : la Russie reprend de force ce que l’OTAN lui a arraché depuis 1991. Gaza 2023-2026 : Israël, gendarme de l’impérialisme américain, écrase Gaza pour verrouiller les routes énergétiques. Iran mars 2026 : guerre qui valorise le capital militaro-industriel occidental, vide les stocks et teste les capacités. Sahel avril 2026 : la France, éjectée militairement, tente de revenir par la porte des séparatismes touareg pour reprendre le contrôle de l’uranium, de l’or et des terres rares. Mêmes acteurs, même logique, même mouvement.

L’Afrique est l’épicentre du repartage en cours. Uranium d’Imouraren (Niger, exploitation Orano nationalisée par la junte de Niamey en juin 2024 — le coup le plus dur porté au capitalisme français en Afrique depuis Suez 1956). Or du Mali (mines de Sadiola, de Loulo, exploitées par Endeavour, Barrick, et autrefois sous influence française via Areva-Compagnie). Lithium, cobalt, manganèse, terres rares. Sans ces ressources, l’industrie française n’a pas d’avenir : pas de centrales nucléaires, pas de voitures électriques, pas de smartphones, pas d’armement.

C’est pour cela que la bourgeoisie française ne peut pas renoncer. Elle a été chassée militairement, elle revient par procuration. C’est cela qu’on appelle un impérialisme en déclin : il ne peut ni envoyer Barkhane 2 — son opinion intérieure ne le supporterait plus, ses caisses encore moins —, ni accepter sa relégation dans la hiérarchie des puissances. Donc il fait la guerre par sous-traitants. Ces sous-traitants aujourd’hui s’appellent FLA et GSIM.


II. LA FRANCE COMPLICE DES MASSACRES AU MALI

Le voyage de Ramadane à Paris le 29 avril 2026 n’est pas une rencontre diplomatique [4]. C’est un acte de guerre par procuration. Quand le gouvernement français reçoit officiellement le porte-parole d’un mouvement séparatiste qui vient, quatre jours plus tôt, d’assassiner un ministre en exercice et d’organiser une offensive coordonnée avec une branche d’Al-Qaïda contre la capitale d’un État souverain — ce gouvernement-là est complice. Et il faut le nommer.

Complice de quoi exactement ?

Complice du démembrement du Mali. En recevant le FLA, Paris se range officiellement du côté des sécessionnistes. C’est la stratégie syrienne réappliquée au Sahel : casser un État qui résiste, soutenir les forces centrifuges, créer un protectorat de fait sur les zones extractives [6]. La presse russe a vu le parallèle avant tout le monde : les sources moscovites parlent ouvertement de « la France qui construit un discours sur le modèle syrien ».

Complice du jihadisme.* Le FLA est ouvertement allié au GSIM, branche d’Al-Qaïda au Sahel. Les deux mouvements ont conclu en avril 2026 un accord politique : le FLA accepte la charia « modérée à la mauritanienne » imposée par le GSIM, en échange du soutien jihadiste à la sécession [7]. C’est avec ces gens-là que Macron tope. Le même Macron qui prétend défendre la « laïcité » et le « droit des femmes » à Paris pactise au Sahel avec ceux qui imposent la charia* dans le nord du Mali. C’est la répétition de la séquence libyenne 2011, où la France et l’OTAN avaient armé les milices jihadistes contre Kadhafi.

Complice des morts civils. Dizaines de civils tués à Mopti, Sévaré, Bamako, Gao, Kati [1]. Marchands, chauffeurs, étudiants, ouvriers maliens. Derrière chaque mort, un fil qui remonte au Quai d’Orsay et au ministère des Armées.

Continuité historique. Cameroun 1955-1971 (extermination des nationalistes UPC). Algérie 1954-1962. Rwanda 1994 (Mitterrand-Védrine, complicité de génocide reconnue par le rapport Duclert 2021). Côte d’Ivoire 2011 (renversement de Gbagbo par l’armée française). Libye 2011 (destruction de l’État libyen par Sarkozy-BHL au profit de Total et au prix de l’ouverture des routes migratoires sahariennes). Mali-Niger-Burkina 2013-2022 (Barkhane). Mali avril 2026 (FLA-GSIM). Toujours la même main.

Et derrière la main française : l’OTAN. Exercice Flintlock 2026 terminé à Syrte simultanément à l’offensive du 25 avril [8]. Accord de défense Kenya-France ratifié par le parlement kenyan le 10 avril 2026. Sommet Africa Forward à Nairobi en septembre 2025, première tentative depuis 1958 de relancer la Françafrique en zone anglophone. L’impérialisme français n’agit pas seul — il agit comme l’avant-garde africaine de l’OTAN, et il est en concurrence ouverte avec l’impérialisme russe d’Africa Corps pour le contrôle des mêmes ressources.


II.bis. LE 8 MAI 2026 : RTL CONFIRME OFFICIELLEMENT LA CHAÎNE FRANCE → GUR UKRAINIEN → FLA → GSIM

Cette section a été ajoutée à la V5 de cet article. Le 8 mai 2026, dix jours après la rencontre Ramadane-Paris, le journaliste Georges Malbrunot publie sur RTL un article qui confirme par voie de presse mainstream française la chaîne opérationnelle exacte que nous avions reconstituée par déduction politique [31].

Ce que RTL avoue noir sur blanc

Citant « une source sécuritaire française », Malbrunot écrit :

« Les forces françaises ne sont officiellement plus sur le sol malien, et pourtant elles continuent à opérer indirectement. Selon une source sécuritaire française, la France se repose notamment sur de nombreux militaires ukrainiens francophones passés par la Légion étrangère : des unités du renseignement militaire ukrainien, le GUR, opèrent ainsi au Mali en coordination avec les rebelles touaregs, lesquels ont débuté il y a deux semaines une conquête de plusieurs villes grâce à une alliance avec les djihadistes. » [31]

La chaîne est désormais établie, source officielle française à l’appui :

  1. L’État français (Élysée, DGSE, Ministère des Armées)
  2. Forme et finance des militaires ukrainiens francophones via la Légion étrangère
  3. Ces militaires rejoignent les unités du GUR (renseignement militaire ukrainien)
  4. Le GUR forme et coordonne au combat le FLA touareg
  5. Le FLA est allié au GSIM (branche d’Al-Qaïda au Sahel)
  6. Cette coalition FLA-GSIM conquiert plusieurs villes maliennes et assassine le ministre malien de la Défense Sadio Camara le 25 avril 2026

La hiérarchisation de l’ennemi avouée

RTL utilise une formule décisive qu’il faut lire mot pour mot : « Une sorte de hiérarchisation de l’ennemi afin d’atteindre un objectif commun, ici de renverser la junte au pouvoir et d’affaiblir les Russes et leurs alliés dans la région » [31]. C’est-à-dire : pour Paris, l’ennemi principal au Sahel n’est pas Al-Qaïda ; c’est la junte malienne et son sponsor russe. Al-Qaïda devient un allié tactique acceptable.

C’est exactement la séquence libyenne 2011 : armer les milices jihadistes contre Kadhafi, parce que la cible principale est l’État résistant. C’est la séquence syrienne 2012-2015 : tolérer l’expansion d’Al-Nosra et de l’État Islamique parce que la cible principale est Assad. C’est aujourd’hui la séquence sahélienne : tolérer le GSIM parce que la cible principale est Goïta-Africa Corps.

Macron, qui prétend défendre la « laïcité » à Paris, finance objectivement Al-Qaïda au Sahel par procuration. La pancarte d’un manifestant à Duroc le 2 mai 2026 — « MACRON TU PLEURES LE BATACLAN MAIS TU FINANCES LE TERRORISME AU SAHEL » — est désormais validée par la presse française mainstream.

Le verrou levé en avril 2026

Détail capital : RTL révèle que cette stratégie avait été proposée par les Ukrainiens à Paris dès début 2024 mais que « Paris n’avait pas donné de suites à cette proposition, en raison notamment de l’aspect sécuritaire. Le verrou est aujourd’hui levé » [31]. Le rendez-vous Ramadane-Paris du 29 avril 2026 marque exactement ce moment de bascule. C’est à ce moment-là que le verrou tombe et que la France décide d’assumer politiquement la chaîne FLA-GSIM via le GUR.

Le ministère des Armées confirme par silence

Interrogé par RTL, le ministère des Armées « est resté vague et a indiqué que si les militaires ukrainiens avaient quitté la Légion étrangère pour servir l’Ukraine de manière qu’ils jugent utile, la France n’a de son côté pas de commentaire à faire sur le sujet » [31]. C’est l’aveu par non-démenti — technique classique du renseignement. Si l’allégation était fausse, le démenti serait formel ; le silence vague vaut confirmation.

L’assassinat ciblé de Sadio Camara

RTL nomme Sadio Camara comme « ce numéro deux de la junte, considéré comme l’homme de Moscou, [qui] avait été formé en Russie » [31]. L’attaque-suicide de Kati le 25 avril 2026 n’était donc pas une action jihadiste aléatoire — c’était la décapitation ciblée de l’ancrage russe de la junte malienne. Le timing est parfait : Sadio Camara meurt le 25 avril, l’offensive FLA-GSIM frappe simultanément, Africa Corps négocie son retrait de Kidal le 26 avril, et Ramadane est reçu à Paris le 29 avril. Quatre jours qui décrivent une opération coordonnée, pas une coïncidence.


II.ter. LE CHIFFRE QUI BOUCLE LE CERCLE : 70% DES ARMES OCCIDENTALES POUR L’UKRAINE SONT DÉTOURNÉES

Comment la France peut-elle alimenter cette chaîne sans que ce soit visible dans les comptes publics et les exportations d’armement officielles ? La réponse a été documentée dès 2022 par la presse américaine, et confirmée depuis par les autorités africaines et les organismes de surveillance internationaux.

Le documentaire CBS News Arming Ukraine (août 2022)

En août 2022, CBS News publie un documentaire intitulé Arming Ukraine dans lequel Jonas Ohman, fondateur de l’ONG Blue-Yellow qui ravitaille les forces ukrainiennes en équipement, déclare textuellement :

« Tout ce matériel traverse la frontière et après il se passe quelque chose. Quelque chose comme 30% [du matériel] atteint sa destination finale. » [32]

Donc 70% des armes occidentales destinées à l’Ukraine sont détournées vers le marché noir. Ohman précise qu’il faut composer avec « un vaste réseau de seigneurs, d’oligarques et d’acteurs politiques » [32]. Le documentaire est dépublié quelques jours après par CBS sous pression du gouvernement ukrainien. Mais le chiffre a été confirmé depuis :

  • Boulevard Voltaire, décembre 2025 : « 60 à 70% des armes envoyées à l’Ukraine seraient détournées », citant le journaliste Régis Le Sommier (Omerta) : « plus de 600 000 armes auraient été détournées depuis le début du conflit » [33].
  • Le Diplomate, décembre 2025 : confirme que « voir ces mêmes armes potentiellement réapparaître sur d’autres théâtres de conflit – au Moyen-Orient, en Afrique ou dans les Balkans – menace directement la sécurité de ceux qui les ont livrées. Paris, Berlin, Rome et Washington savent... » [34].

L’alerte africaine dès décembre 2022

Le président nigérian Muhammadu Buhari alerte au 16e Sommet ordinaire de la Commission du bassin du lac Tchad à Abuja, en décembre 2022, sur l’arrivée de ces armes dans la région du lac Tchad — Cameroun, Tchad, Niger, Nigeria [35]. Les institutions Europol, Small Arms Survey, Amnesty International et l’ONUDC confirment depuis le détournement « vers les zones de fragilité » dont le Sahel est l’épicentre. Selon le Small Arms Survey, le réseau de trafic d’armes au Sahel s’étend sur près de 6 000 kilomètres sur les routes transsahariennes historiques [35].

Septembre 2025 : le Premier ministre malien accuse Kiev à l’ONU

Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga déclare à la tribune de l’ONU en septembre 2025 : « Aussi éloignés qu’ils paraissent, la guerre en Ukraine et le terrorisme dans le Sahel ont des connexions » [36]. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont rompu leurs relations diplomatiques avec Kiev « qu’ils accusent de fournir des armes au FLA » [36].

Octobre 2025 : Jeune Afrique documente le transfert de tactiques

Jeune Afrique publie le 7 octobre 2025 un article intitulé « Mali : comment les tactiques militaires ukrainiennes s’importent au Sahel » [36]. L’article documente :

  • Drones à fibre optique (commandés par cordon, impossibles à brouiller) — innovation venue d’Ukraine, désormais utilisée par le FLA contre l’armée malienne et Africa Corps
  • Leurres gonflables imitant chars et systèmes de défense — autre tactique ukrainienne contre les drones russes, désormais utilisée au Sahel
  • Formations militaires dispensées par les services ukrainiens aux rebelles touaregs

Le porte-parole du FLA déclarait à Jeune Afrique : « Ce qui nous lie peut-être davantage à l’Ukraine, c’est que, comme nous, elle subit la barbarie et l’impérialisme russes. » [36]. Ulf Laessing, directeur du programme Sahel de la Fondation Konrad Adenauer au Mali, précise : « L’Ukraine voulait impressionner ses partenaires occidentaux en affirmant qu’elle aidait les rebelles à attaquer la Russie également en Afrique » [36].

La chaîne complète de la guerre française par procuration

Mettons les pièces en ordre :

  1. L’État français finance massivement son industrie d’armement (Dassault, Thales, MBDA, Safran, Naval Group, Nexter/KNDS) via les commandes OTAN et l’aide militaire directe à l’Ukraine
  2. Cette industrie vend des armes occidentales acheminées vers Kiev
  3. 70% de ces armes sont détournées en Ukraine vers le marché noir [32][33]
  4. Une part significative de ces armes détournées alimente les zones d’instabilité, dont le Sahel [35]
  5. Le GUR ukrainien forme et coordonne directement les rebelles touaregs du FLA [31][36]
  6. Le FLA est allié au GSIM (Al-Qaïda Sahel) [31]
  7. Cette coalition assassine le ministre malien de la Défense le 25 avril 2026 et reprend Kidal le 26 avril
  8. Le porte-parole du FLA est reçu à Paris le 29 avril par les services français [4]
  9. RTL confirme officiellement la chaîne le 8 mai 2026 [31]

C’est cela, le retour de l’impérialisme français au Sahel par procuration. C’est pour cela que la fenêtre touareg s’est ouverte exactement le 29 avril 2026.


III. NOTRE POSITION : POUR LA DÉFAITE DE L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS

Que faire, comme travailleurs en France, face à cela ? Notre position est sans équivoque. Elle s’appelle défaitisme révolutionnaire.

« Dans toute guerre impérialiste, le devoir des socialistes de chaque pays est de souhaiter la défaite de leur propre gouvernement. (…) Un révolutionnaire sincère qui se refuse à souhaiter la défaite de son propre gouvernement, dans une guerre réactionnaire, n’est pas un socialiste. »
*— Lénine, Le socialisme et la guerre*, 1915 [9]

Cela signifie concrètement, aujourd’hui, au Sahel :

1. Nous sommes pour la défaite militaire des forces qui combattent sous bannière française. Aujourd’hui, ces forces s’appellent FLA et GSIM. Nous ne soutenons pas leur « combat ». Nous souhaitons leur défaite, parce que leur victoire serait celle de la bourgeoisie française et de l’OTAN au Sahel.

2. Cela ne signifie PAS que nous soutenons l’impérialisme russe. Africa Corps n’est pas une force libératrice. C’est l’instrument d’un autre capital impérialiste — le capital russe — en concurrence avec le capital français pour la captation de la même rente extractive. Africa Corps a son propre bilan de massacres de civils (Moura mars 2022, Tinzaouaten juillet 2024) [2]. Nous ne lavons pas Africa Corps avec le sang du peuple malien.

3. Cela ne signifie PAS non plus que nous soutenons la junte d’Assimi Goïta. Goïta est un colonel bonapartiste, qui a confisqué le pouvoir par deux coups d’État (2020, 2021), s’est octroyé en juillet 2025 un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable « autant de fois que nécessaire » sans élection, qui réprime les syndicats et les opposants politiques, et qui a livré l’économie malienne à un autre impérialisme. Sa défaite serait positive — mais pas par les voies de l’impérialisme français.

4. Notre position prioritaire est la défaite de NOTRE PROPRE impérialisme. Parce que nous sommes des travailleurs en France. Parce que c’est ici, et nulle part ailleurs, que nous pouvons faire reculer la bourgeoisie qui nous exploite, qui nous appauvrit avec ses « réformes des retraites » et ses « plans d’économies », et qui finance ses opérations militaires africaines avec l’argent volé sur nos salaires. L’ennemi principal est dans notre propre pays.

5. Notre solidarité va aux travailleurs et aux paysans du Sahel. Pas aux chefs de guerre touareg, pas aux colonels jihadistes, pas à la junte. Aux ouvriers des mines d’or de Sadiola et de Loulo, aux cheminots du Dakar-Bamako, aux fonctionnaires impayés, aux femmes des marchés de Bamako, aux paysans du delta intérieur du Niger qui paient le prix fort de cette guerre dont ils ne sont jamais consultés.


IV. LE TEST LÉNINISTE 1915 — POURQUOI LO, LE NPA-RÉVOLUTIONNAIRES, RÉVOLUTION PERMANENTE, LFI, LA CGT, SOLIDAIRES, LA FSU ET FO SONT, OBJECTIVEMENT, DES ORGANISATIONS DU GRAND PARTI SOCIAL-CHAUVIN

Cette section est la pièce démonstrative de cet article. Nous ne nous contenterons pas d’affirmer que les organisations qui se réclament du mouvement ouvrier sont défaillantes sur le Mali. Nous allons le prouver, texte en main**, à partir de leurs publications du 28 avril au 1er mai 2026 et de leur pratique des journées de mobilisation des 1er et 2 mai 2026 à Paris.

1. Le critère bolchevik : qu’est-ce qui distingue un internationaliste d’un social-chauvin ?

Le critère n’est pas inventé par nous. Il a été posé par Lénine en 1915, dans le feu de la rupture avec la IIe Internationale qui venait de s’effondrer dans le soutien à « son » impérialisme respectif. Plekhanov en Russie, Hyndman en Angleterre, Guesde et Sembat en France : tous se proclamaient internationalistes, tous dénonçaient l’impérialisme — et tous, quand l’épreuve est venue, se sont rangés derrière leur propre bourgeoisie [9].

Lénine a alors formulé le critère opératoire qui a permis aux bolcheviks de trier le mouvement ouvrier vivant du mouvement ouvrier mort :

« On reconnaît un opportuniste social-chauvin à ce qu’il dénonce avec véhémence l’impérialisme étranger et garde un silence prudent sur l’impérialisme de son propre gouvernement. (…) Sous couvert de la lutte contre l’impérialisme en général, les sociaux-chauvins ménagent leur propre impérialisme en particulier. »
— Lénine, 1915 [9]

La signature du social-chauvinisme n’est pas le silence intégral. C’est la dénonciation sélective. On parle, on écrit, on tonne — mais sur les théâtres où la critique n’engage à rien, où le « propre impérialisme » n’est pas frontalement nommé. Le test léniniste est donc objectif et contrôlable : il suffit de regarder ce qu’une organisation dit là où ça coûte cher politiquement, et ce qu’elle dit là où ça ne coûte rien.

2. La dissymétrie Gaza/Mali en avril-mai 2026 : la signature

Mettons côte à côte les théâtres dont parle ou ne parle pas l’extrême gauche française à la fin avril 2026 :

Théâtre Position française Coût politique de dénoncer Traitement par LO/NPA-R/RP/CGT/LFI
--- --- --- ---
Gaza / Liban Complicité diplomatique et armement, mais théâtre dominé par USA/Israël Faible — aligné sur la majorité de la gauche Dénoncé abondamment
Ukraine Soutien à Kiev, théâtre dominé par USA et Russie Faible — alignement OTAN Dénoncé (Russie comme cible principale)
Iran / Golfe Frappes par procuration, théâtre dominé par USA/Israël Faible — théâtre éloigné Dénoncé
Venezuela Théâtre dominé par USA, complicité européenne secondaire Moyen Dénoncé partiellement (avec compromis)
Mali / Sahel Impérialisme français direct, retour par procuration FLA-GSIM, Ramadane reçu à Paris le 29 avril 2026 Élevé — touche aux trusts français, à l’OTAN, à la « grandeur » de la France SILENCE éditorial, omissions structurelles, aucun appel à l’action

Le motif est trop net pour être accidentel. Plus le théâtre engage directement la bourgeoisie française, plus le silence devient lourd. Ce n’est pas un retard rédactionnel ni un défaut de couverture. C’est le tri politique caractéristique d’organisations qui ont gardé le verbe radical mais perdu le critère bolchevik.

3. NPA-Révolutionnaires (Olivier Belin, « Mali : une crise dont l’impérialisme français est le premier responsable », daté du 28 avril, publié le 1er mai 2026) [10]

Le titre est plus radical que LO. Mais le radicalisme du titre est précisément le mécanisme de l’esquive. Belin nomme l’impérialisme français « en premier lieu responsable ». La formule paraît juste — elle est en réalité le déplacement central. « Premier responsable » implique une hiérarchie de responsabilités (français premier, russe second). Or la question bolchevik n’est pas « qui est le plus responsable de la misère » — c’est « que doit faire la classe ouvrière de chaque pays envers sa propre bourgeoisie ». En posant la question sur le terrain de la responsabilité comparée, Belin reste dans le cadre moral, dans le registre de la dénonciation à distance, et évite la question programmatique.

Surtout, Belin écrit textuellement : « Le développement de ces bandes armées est le fruit d’une misère dont l’impérialisme français, ancienne puissance coloniale, est en premier lieu responsable » [10]. Cette formule masque la chaîne politico-militaire concrète. Les bandes armées ne « se développent » pas par génération spontanée à partir de la misère. Elles sont armées, financées, formées, légitimées par des États précis. Les Kalashnikovs du FLA viennent des stocks libyens pillés après l’intervention française de 2011. L’argent du GSIM vient des EAU et du Qatar [11]. Les rendez-vous diplomatiques se tiennent à Paris [4]. Dire que « la misère engendre les bandes armées » revient à transformer la question politique concrète (qui arme qui) en question sociologique abstraite. C’est la méthode kautskyste — celle que Lénine condamnait précisément en 1915-1916.

Les omissions structurelles confirment :

  • Pas un mot du voyage Ramadane à Paris. Pour cet article-là, l’argument du calendrier est partiellement recevable : l’article est daté du 28 avril, le voyage est du 29 ; Belin pouvait ne pas savoir au moment de l’écriture. Mais l’article a été publié le 1er mai, deux jours après le rendez-vous parisien révélé par l’AFP [4]. NPA-R avait le temps d’amender, de mettre une note, de publier en complément. Ils ne l’ont pas fait.
  • Pas un mot du défaitisme révolutionnaire. Le mot ne figure pas, le concept non plus. Belin condamne moralement l’impérialisme français ; il ne demande pas sa défaite militaire. Il n’appelle pas les soldats français en Afrique à refuser, il n’appelle pas à des comités de soldats, il n’appelle pas à fraterniser.
  • Pas une revendication transitoire. Pas un mot sur l’ouverture des livres comptables de Bouygues, Bolloré, Orano au Mali. Pas un mot sur les comités d’audit ouvrier sur les contrats militaires (Dassault, Thales, Nexter). Pas un mot sur la nationalisation sans indemnité sous contrôle ouvrier des trusts pillards. Pas un mot sur la rupture du franc CFA. Pas un mot sur l’annulation des dettes coloniales.
  • Pas un appel au prolétariat français. Sur la CGT, SUD, FO, FSU : silence absolu. Pas un mot sur le refus de charger les armes pour le Sahel dans les ports, pas un mot sur les fractions communistes dans les unions, pas un mot sur la grève de solidarité.
  • La main-d’œuvre immigrée en queue de comète. Mentionnée dans la dernière phrase comme un appendice moralisant — alors qu’elle est stratégiquement le pont vivant entre prolétariat sahélien et prolétariat de France.

4. Lutte Ouvrière (Daniel Mescla, « Mali : la population entre djihadistes et militaires », n°3013, 28 avril 2026) [12]

Le titre est l’aveu complet de la méthode. « La population entre djihadistes et militaires » : deux bandes armées, et entre les deux la population. Pas de classe, pas d’impérialisme nommé, pas de tâche. C’est exactement la position que prendrait un éditorialiste libéral du Monde.

Le contenu confirme. Pas un mot de Bouygues, Bolloré, Orano, Total. La phrase de clôture est devenue un classique de la sociologisation : les bandes armées seraient « le résultat de la situation de sous-développement dans lequel l’impérialisme maintient cette région » [12].

Cette formule est le kautskysme appliqué à l’Afrique dans sa forme chimiquement pure. « Sous-développement » est un mot post-1945 inventé par l’ONU et la Banque mondiale précisément pour évacuer la question coloniale en termes de processus impersonnel. Lénine ne parlait jamais de « sous-développement » : il parlait de pillage, d’exportation de capitaux, d’oppression nationale [5]. Surtout, la causalité « sous-développement → bandes armées » est mécaniquement fausse — pour les mêmes raisons que celles déjà énoncées contre la formule NPA-R.

L’éditorial du même numéro, signé Nathalie Arthaud, intitulé « Confiscation des bénéfices de tous les profiteurs de guerre ! », dévoile la sélection à l’œuvre [13]. Arthaud nomme :

  • Les opérations militaires dans le Golfe (« 200 millions par mois »)
  • L’Ukraine et le Moyen-Orient
  • TotalEnergies (« coup spéculatif à un milliard de dollars »)
  • Thales, Dassault, Safran, Naval Group, MBDA (industrie d’armement)

Et elle ne nomme pas :

  • Le Mali, alors que l’éditorial est rédigé le 28 avril, jour 4 de l’offensive FLA-GSIM, après l’annonce officielle de la mort de Sadio Camara, après la chute de Kidal
  • Bouygues, Bolloré, Orano — les trusts français qui pillent directement le Sahel
  • Les opérations militaires françaises en Afrique

L’article-cadre du 1er mai, « 1er Mai : pas une fête, une journée de lutte » signé Sylvie Maréchal, parle de « la montée des tensions guerrières » sans nommer un seul théâtre, et certainement pas le Mali [14].

Diagnostic LO : sur une journée internationale du prolétariat, dans les trois textes-cadres (éditorial Arthaud, article 1er mai Maréchal, article international Mescla), Mali est traité comme un théâtre périphérique en page 16, encadré par la sociologisation kautskyste, jamais nommé là où la candidate à la présidentielle s’adresse à la classe ouvrière française.

5. Révolution Permanente (anonyme, « Mali. Le régime militaire ébranlé par une offensive de groupes djihadistes et touaregs », 30 avril 2026) [15]

C’est le texte le plus développé théoriquement des trois — et c’est ce qui rend sa critique la plus sévère. RP a, sur le papier, conservé la grammaire marxiste. Le régime Goïta y est correctement caractérisé comme « tentative de canalisation de la colère populaire » destinée à « renégocier la place des classes dominantes maliennes dans l’ordre international ». L’AES (Alliance des États du Sahel) est nommée comme « partenariat de cliques militaires réactionnaires et démagogiques », « voué à l’échec par son caractère bourgeois ». RP est le seul des trois à mentionner le financement supposé du GSIM par les Émirats arabes unis et le précédent du financement Qatar du MNLA et d’AQMI en 2012 [11].

C’est dire si RP dispose de la sophistication théorique pour comprendre exactement ce que signifie le voyage Ramadane à Paris : la canalisation impérialiste française par les Touareg, le repartage inter-impérialiste, la sous-traitance.

Et pourtant :

  • Pas un mot du voyage Ramadane à Paris. L’article est du 30 avril ; le voyage est du 29. RP avait l’information [4], RP avait les outils théoriques — RP a choisi de ne pas le nommer.
  • Pas un mot du défaitisme révolutionnaire. La référence léniniste est absente alors que la situation l’imposait absolument.
  • Pas une revendication transitoire concrète. Pas un livre comptable à ouvrir, pas une nationalisation à exiger, pas un contrat à dénoncer, pas un secret-défense à lever.
  • Pas un appel au prolétariat français. RP a un syndicat (SUD Rail Kazib), des sympathisants à la CGT, des contacts à la FSU. Ils n’appellent pas.
  • *L’analyse reste sur le terrain de la situation, jamais des tâches*. C’est de la sociologie politique de gauche, pas du programme transitoire.

Diagnostic RP : c’est le cas pédagogiquement le plus parlant. La connaissance théorique conservée, la méthode bolchevik perdue. Ils savent qualifier ; ils ne savent plus poser de tâches. Le programme de transition de 1938 n’existe plus comme méthode chez eux — il existe comme référence ornementale.

6. La France Insoumise (Mélenchon) — non pas le silence, mais le soutien historique à l’impérialisme français au Mali

LFI mérite un traitement particulier parce qu’il ne s’agit pas d’une organisation socialiste révolutionnaire mais d’une formation républicaine bourgeoise dans la tradition Millerand-Jaurès-Blum. Le critère léniniste 1915 ne s’applique donc pas à elle au sens strict. En revanche, il révèle quelque chose d’encore plus significatif : la position de Mélenchon sur le Mali est de soutien historique à l’impérialisme français, pas de silence opportuniste.

Mélenchon a soutenu l’opération Serval en 2013.* Le 22 février 2013, à l’Assemblée nationale, il justifie l’intervention française au Mali par « une demande du gouvernement malien, en lien avec les accords de défense franco-maliens, pour faire face à l’arrivée d’une colonne armée sur la capitale du pays »* [16]. Le cadre argumentatif est strictement celui de l’État français : légalité internationale, accords bilatéraux, devoir de la France comme puissance protectrice. C’est la position d’un patriote républicain, pas d’un anti-impérialiste.

Mélenchon a regretté le retrait français en 2022. Quand Barkhane se retire du Mali, Mélenchon publie un communiqué : « Le retrait piteux du Mali signe le bilan accablant du duo Hollande-Macron. Le désastre était si largement prévisible ! » [17] Et il ajoute, dans ses notes de blog : « Le retrait piteux du Mali me cuit. J’en veux à ceux qui nous ont mis dans cette situation à Paris et à Bamako » [17].

Le mot « piteux » est l’aveu intégral. Pour Mélenchon, le problème n’est pas que la France ait été présente militairement au Mali pendant dix ans — c’est qu’elle ait dû partir, et que ce départ ait été humiliant. C’est exactement la position d’un nationaliste impérial blessé, pas celle d’un anti-impérialiste. L’anti-impérialiste se serait réjoui que l’armée d’un État oppresseur soit chassée d’un pays opprimé. Mélenchon en éprouve une cuisson personnelle.

La tournée africaine 2023-2024 : pan-africanisme bourgeois et clientélisme diasporique. Reçu « comme un chef d’État » à Dakar par Pastef en mai 2024 [18], Mélenchon mobilise un vocabulaire pan-africaniste qui plaît aux régimes bourgeois nationaux du Sahel et du Sénégal — tout en heurtant immédiatement, dès qu’un désaccord de classe apparaît, sa propre matrice républicaine bourgeoise française. La séquence Dakar mai 2024 le montre crûment : quand Sonko évoque que les questions LGBT pourraient être « le prochain casus belli », Mélenchon répond « Vous venez de dire ce sur quoi nous sommes en désaccord » et se fait copieusement huer [18]. Cette fonction est largement diasporique-électorale : capter le vote des binationaux en métropole [19].

Sur le Mali avril 2026 : silence intégral. Aucun communiqué LFI, aucun tweet Mélenchon sur les événements du 25 avril, sur la mort de Sadio Camara, sur la chute de Kidal, sur le voyage Ramadane à Paris. L’Assemblée représentative LFI du 12 avril 2026 [20] n’a pas posé une seule motion sur le Sahel, alors qu’elle se tenait dans la séquence d’embargo de carburant et d’avancée FLA-GSIM en cours depuis septembre 2025.

Diagnostic LFI : LFI n’est pas social-chauvine au sens strict — elle est républicaine-impériale, c’est-à-dire qu’elle assume ouvertement la défense de l’État français et de son armée comme cadre politique. Mélenchon défend la dissuasion nucléaire, l’industrie d’armement, et la « grandeur de la France ». Le silence sur le Mali en avril 2026 n’est donc pas une trahison — c’est la cohérence parfaite de sa nature de classe. Demander à LFI de prendre position contre l’impérialisme français au Sahel, c’est demander à un parti républicain de désavouer la République. Cela n’arrivera pas.

7. La CGT (Sophie Binet) — silence sur le Mali, alignement OTAN sur l’Ukraine, anti-impérialisme à géométrie variable sur le Venezuela

Sur le Mali en avril-mai 2026 : silence intégral. Sur le site officiel de la CGT (cgt.fr) en avril-mai 2026 : aucun communiqué confédéral sur les événements maliens. Sophie Binet, dans son intervention France Info du 31 mars 2026 [21] et dans ses prises de parole autour du 1er mai, n’aborde le Mali à aucun moment. La dernière fois que la CGT a pris position spécifiquement sur le Mali, c’était en août 2020, lors du coup d’État contre IBK — pour soutenir les syndicats maliens (CSTM, CDTM) du M5-RFP [22]. Depuis cinq ans : plus rien.

Le test comparatif est implacable.

Ukraine : la CGT co-signe avec CFDT, CFE-CGC, CFTC, UNSA, Solidaires et FSU un appel intersyndical « Solidarité avec la résistance des travailleuses et travailleurs d’Ukraine » [23]. Vocabulaire : « invasion militaire russe », « régimes autoritaires », « droit international ». C’est l’alignement parfait sur le cadre OTAN, sans aucune mention de la responsabilité de l’élargissement de l’Alliance atlantique depuis 1991, sans aucune dénonciation de l’industrie d’armement française qui fournit Kiev, sans aucun appel au défaitisme révolutionnaire.

Venezuela : Sophie Binet sur X qualifie l’agression américaine de « agression impérialiste et coloniale » — formule juste. Mais la direction confédérale a paraphé un communiqué intersyndical condamnant simultanément le gouvernement Maduro, repris des éléments de langage USA-UE-OTAN [24]. Ce double mouvement (dénonciation de l’agression + condamnation de la victime) est la signature de l’opportunisme : on dénonce assez pour calmer la base, on s’aligne assez pour rester dans le concert atlantique.

Gaza : positions multiples, manifestations co-organisées. Position abondante quand le coût politique est faible et l’alignement avec le sentiment populaire fort.

Mali avril 2026 : silence.

L’article-cadre CGT « Stop à toutes les guerres dans le monde » [25], signé Véronique Martin (secrétaire confédérale chargée de la paix et du désarmement), donne la doctrine officielle. Mali y figure dans une liste pacifiste-générale (« Ukraine, Yémen, Syrie, Mali, Palestine, Afghanistan »), traité sur le même plan que des guerres dans lesquelles la France n’est pas directement impliquée. Le texte mentionne que « la France a dépensé 100 milliards d’euros en 15 ans pour renouveler son arsenal nucléaire » — donc l’industrie d’armement est connue. Mais aucune position n’est posée sur les ouvriers de Dassault, Thales, MBDA, Saft, Naval Group. Aucune fraction syndicale révolutionnaire dans ces usines. Aucune exigence d’arrêt des productions de guerre. Aucune reconversion sous contrôle ouvrier.

Le pacifisme abstrait (« stop à toutes les guerres ») est exactement le déplacement kautskyste que Lénine dénonçait : transformer la question politique concrète (qui produit les armes, qui les vend, qui les utilise contre qui) en lamentation morale générale. C’est précisément cette pratique qui a permis à la SFIO de voter les crédits de guerre en août 1914 tout en se réclamant du pacifisme jaurésien.

Diagnostic CGT : la CGT dirigée par Sophie Binet n’est plus la CGT pré-1914 de Pouget, Griffuelhes, Monatte, Rosmer. Elle n’est plus non plus la CGT des Renault de 1936, de 1947, de 1968. C’est une CGT cogérante, intégrée à la concertation sociale française depuis 1945, qui défend dans les usines d’armement « l’emploi » et « la souveraineté nationale » comme valeurs en soi. Le silence sur le Mali en avril 2026 est structurel, pas accidentel. L’aristocratie ouvrière française des bassins militaro-industriels est partie prenante du système impérialiste, et la CGT y défend ses intérêts immédiats contre les intérêts historiques du prolétariat mondial. C’est exactement la fonction qu’analysait Lénine dans L’impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916) : la corruption d’une fraction de la classe ouvrière par les surprofits coloniaux [5].

8. Le tableau récapitulatif

Critère NPA-R [10] LO [12][13][14] RP [15] LFI [16][17] CGT [22-25]
--- --- --- --- --- ---
Position sur Mali avril 2026 Article moralisant Article p.16 sociologisé Article analytique sans tâches Silence Silence
Voyage Ramadane à Paris cité Absent Absent Absent Silence Silence
Bouygues / Bolloré / Orano nommés Bouygues, Bolloré (partiel) Aucun Aucun Aucun Aucun
Méthode causale Sociologisante (« misère ») Sociologisante (« sous-développement ») Politique partielle Cadre républicain Pacifisme abstrait
Défaitisme révolutionnaire Absent Absent Absent Inversé (regret du retrait) Absent
Front unique anti-impérialiste France-Mali Absent Absent Absent Inversé Absent
Revendications transitoires concrètes Aucune Aucune Aucune Aucune Aucune
Appel aux usines d’armement Aucun Aucun Aucun Aucun Cogestion
Appel aux soldats Aucun Aucun Aucun Aucun Aucun
Tâches concrètes posées 0 0 0 0 0
Position autres théâtres Gaza, Ukraine Gaza, Iran, Ukraine Gaza, Ukraine Gaza, Ukraine, Venezuela Ukraine (OTAN), Gaza, Venezuela

9. Le test pratique des 1er et 2 mai 2026 à Paris : silence dans le cortège unique, désertion dans les manifs spécifiques

Le test textuel des publications est probant. La séquence des deux journées de mobilisation des 1er et 2 mai 2026 le scelle de manière définitive.

Le 1er mai 2026, journée internationale du prolétariat : l’ensemble des organisations qui se réclament du mouvement ouvrier français étaient présentes dans le cortège interprofessionnel parisien. La mobilisation unitaire CGT-FSU-Solidaires-CFDT-UNSA-UNEF partait à 14h de la Place de la République vers la Place de la Nation [26], rejointe par LFI, le PCF, LO, NPA-R, RP, Place Publique, Attac. Sur la question de la complicité française au Mali — fait politique massif des sept jours précédents (offensive du 25 avril, mort de Sadio Camara, chute de Kidal, voyage Ramadane à Paris du 29 avril) — aucune de ces organisations n’a porté de banderole, de mot d’ordre, de prise de parole publique mettant en avant cette dénonciation.

Le mot d’ordre intersyndical officiel parlait abstraitement de « paix », « droit international » et « solutions diplomatiques » — c’est-à-dire du cadre ONU/OTAN. Le tract de la CGT Airbus Defence & Space publié pour l’occasion sur son site syndical mentionne « les politiques impérialistes » sans nommer le Sahel, sans nommer Bouygues, Bolloré, Orano, sans nommer Ramadane [27]. Le 1er mai 2026 fut donc, à Paris, le 1er mai du silence collectif sur le théâtre où l’impérialisme français venait de faire le choix le plus spectaculaire de la décennie : recevoir officieusement à Paris le porte-parole d’un mouvement qui venait d’assassiner un ministre allié.

Le 2 mai 2026 — deux manifestations distinctes et opposées sur le Mali à Paris. Le lendemain de cette journée internationale, deux mobilisations spécifiquement sur le Mali se sont tenues à Paris, à l’appel d’organisateurs différents et exprimant des positionnements politiques distincts :

  • À Duroc (départ 13h00 métro Duroc, près du 89 rue du Cherche-Midi, vers l’ambassade du Mali) : marche organisée par des associations de la diaspora panafricaniste pro-Alliance des États du Sahel, en hommage public à Sadio Camara et avec remerciements officiels à la FAMa et au "Corps Africain" russe (Africa Corps) [28]. Drapeaux Mali et AES. L’affiche officielle de la marche, diffusée sur les réseaux des relais panafricanistes (Burkina Infos 24/24 et autres), affirme vouloir « exprimer notre soutien sans faille aux FAMAs et aux forces conjointes de la Confédération des États de l’AES » et « dénoncer les manœuvres de tentatives de déstabilisation de l’AES par la France et des puissances néocoloniales ». Trois Chargés d’affaires AES ont reçu les manifestants à l’ambassade pour leur remettre des lettres de condoléances [29]. Cette manifestation était relayée par African Initiative, Pravda France et Pravda Mali — c’est-à-dire l’écosystème médiatique russe.
  • À République : une autre mobilisation, distincte, également sur le Mali [30], avec un appel et un cadre politique différents de celui de Duroc. Ces deux mobilisations sur la même question, le même jour, à la même ville, avec deux pôles d’organisation distincts, attestent qu’il existait, ce 2 mai à Paris, plus d’un cadre politique pour exprimer publiquement la solidarité avec le peuple malien.

Bilan factuel des absents aux DEUX mobilisations du 2 mai :

  • LO : absente
  • NPA-R : absent
  • RP : absent
  • CGT confédérale : absente
  • Solidaires : absent
  • FSU : absente
  • FO : absente
  • LFI : absente

Aucune banderole syndicale, aucun cortège politique, aucun service d’ordre de ces organisations à Duroc ni à République. Aucune n’a appelé ses militants à se porter sur l’une ou l’autre. Aucune n’a, par ailleurs, organisé sa propre mobilisation spécifiquement contre la complicité française avec Ramadane et le FLA-GSIM — ni avant le 2 mai, ni pendant, ni après.

C’est le résultat le plus accablant de la séquence : non seulement ces organisations ont gardé le silence dans le cortège unique du 1er mai, mais quand des cadres distincts se sont organisés le lendemain pour mettre publiquement la question malienne sur la place publique parisienne, elles se sont retirées de la dispute politique. Elles n’ont ni soutenu, ni critiqué, ni contre-organisé. Elles ont déserté.

10. Le résultat politique de cette désertion : le terrain abandonné aux récits adverses

La conséquence pratique est massive et doit être nommée. Sur la séquence 25 avril – 2 mai 2026, à Paris, capitale de l’impérialisme directement impliqué, les seules prises de parole audibles sur le Mali ont été :

  • Le 29 avril : l’entretien AFP de Ramadane, c’est-à-dire la voix du FLA-OTAN, médiatisée par l’agence officielle française [4]
  • Le 2 mai à Duroc : la voix des panafricanistes pro-junte, pro-Africa Corps, médiatisée par l’écosystème russe [28][29]
  • Le 2 mai à République : une autre voix, organisée par d’autres acteurs, dans un cadre politique distinct du précédent [30]

Entre ces voix, dans tout l’espace public français du 25 avril au 2 mai, aucune voix audible du prolétariat français contre l’impérialisme français au Sahel. Aucune voix qui ait porté simultanément les deux pôles d’une position bolchevik authentique : défaite de l’impérialisme français + refus de toute illusion sur la junte et sur l’impérialisme russe.

C’est là le résultat mécanique du social-chauvinisme : quand les organisations qui se réclament du prolétariat refusent de combattre "leur" impérialisme, le terrain de la dénonciation est intégralement occupé par d’autres acteurs, dans des cadres politiques qui ne sont ni les leurs ni les nôtres. La position bolchevik — défaitisme vis-à-vis de l’impérialisme français + refus simultané de l’illusion sur la junte et sur l’impérialisme russe — n’a aucun porteur de masse en France parce que les organisations qui auraient dû la porter ont déserté.

C’est exactement le mécanisme que Lénine décrivait en 1915-1917 : la trahison des social-chauvins ne profite pas seulement à "leur" bourgeoisie ; elle profite aussi, mécaniquement, à la bourgeoisie adverse, qui peut se présenter comme la seule alternative anti-impérialiste pour les masses opprimées. Plekhanov en ménageant le tsarisme russe ne renforçait pas seulement le tsarisme — il livrait aussi les arguments à Berlin selon lesquels « il n’y a pas d’opposition socialiste sérieuse en Russie ». Aujourd’hui, le silence de LO, NPA-R, RP, CGT, Solidaires, FSU, FO, LFI sur la complicité française au Mali ne renforce pas seulement Macron — il livre objectivement la cause sahélienne aux récits qui l’occupent à leur place.

Cette double désertion appelle un seul remède : la construction d’un courant prolétarien français capable de tenir simultanément les deux pôles — défaite de l’impérialisme français + refus de toute illusion sur la junte et sur l’impérialisme russe. C’est précisément la place que doit occuper le Front Unique du Peuple Travailleur.

11. Le verdict

Le diagnostic est désormais étayé sur trois plans articulés qui se renforcent mutuellement :

  • Plan textuel : les éditoriaux et articles-cadres du 1er mai 2026 nomment Iran, Ukraine, Gaza, Total, Thales, Dassault, MBDA, mais omettent systématiquement le Mali, Bouygues, Bolloré, Orano, Ramadane, l’OTAN, le défaitisme révolutionnaire et toute revendication transitoire concrète.
  • Plan méthodologique : la dissymétrie Gaza/Mali est la signature objective décrite par Lénine en 1915 [9]. La sociologisation kautskyste (« sous-développement », « misère », « cliques militaires démagogiques » sans nommer la chaîne d’armement française) est le déplacement caractéristique qui permet de paraître anti-impérialiste sans toucher à « son » impérialisme.
  • Plan pratique : le silence collectif dans le cortège unique du 1er mai et la désertion des deux mobilisations spécifiques du 2 mai à Paris attestent que ces organisations ne portent plus la question malienne, ni dans le cadre intersyndical général, ni dans les cadres politiques différenciés où elle aurait pu être posée.

Aucune de ces organisations ne franchit le seuil de la rupture avec le social-chauvinisme. Toutes restent dans le grand parti social-chauvin qui couvre, par son silence ou par ses ambiguïtés, les opérations de la bourgeoisie française au Sahel. Qu’elles se réclament ou non de l’anti-impérialisme, elles sont en pratique des social-chauvins, exactement au sens où Lénine définissait Plekhanov, Hyndman et Guesde en 1915 [9]. Quant à LFI, elle est, par cohérence avec sa nature républicaine-impériale, l’aile gauche de la défense de l’État français — donc objectivement de la bourgeoisie française.

12. Le cercle bouclé : pourquoi le bruit sur l’Ukraine et le silence sur le Mali sont les deux faces du même opportunisme

Cette section a été ajoutée à la V5 de cet article, après les révélations RTL du 8 mai 2026 [31] et la documentation du transfert d’armes Ukraine → Sahel [32-36]. Elle explique pourquoi le silence de toutes ces organisations sur le Mali n’est pas une lacune mais une nécessité fonctionnelle de leur position dominante sur l’Ukraine. Mais il faut le démontrer organisation par organisation, parce que les positions ne sont pas uniformes — et c’est précisément le système de positions et de silences croisés qui permet à l’ensemble de tenir.

Solidaires : membre déclaré et actif du RESU, position pro-armement explicite

L’Union syndicale Solidaires est officiellement membre du Réseau Européen de Solidarité avec l’Ukraine (RESU) et de son comité français, qu’elle reconnaît publiquement et abondamment sur son propre site [37]. La charte du RESU appelle textuellement à « la résistance armée et non armée du peuple ukrainien » [38]. Le communiqué du 24 février 2024 du RESU-France pose la position non équivoque : « L’Ukraine doit pouvoir recevoir et produire les armes et munitions qui lui manquent (…) Les pressions pour un cessez-le-feu et pour le ralentissement voire l’arrêt de l’aide militaire à l’Ukraine, associées de facto à l’idée d’un gel du maintien sous domination russe des territoires annexés, ne conduiraient pas à la paix mais à la poursuite de la guerre et des crimes contre l’humanité » [39].

Solidaires a organisé 6 convois syndicaux vers l’Ukraine depuis 2022 [40]. Son communiqué officiel du 28 février 2025, après la passe d’armes Trump-Zelensky à la Maison-Blanche, posait : « Nous aurions pu échapper à l’alliance entre Trump et Poutine, si la résistance populaire ukrainienne avait été suffisamment soutenue depuis trois ans, pour expulser les troupes russes de toute l’Ukraine » [40]. C’est-à-dire le regret explicite que l’OTAN n’ait pas armé Kiev davantage.

C’est la position française la plus claire en faveur du maintien et du renforcement des livraisons d’armes occidentales à Kiev. Et c’est, structurellement, la position qui alimente la chaîne révélée par RTL — puisque ce sont précisément ces armes occidentales et ces militaires francophones formés par la Légion étrangère qui se retrouvent au Mali via le GUR.

LO, NPA-Révolutionnaires, Révolution Permanente : la complicité par silence stratégique via les fractions syndicales

Aucune de ces trois organisations n’est signataire directe du RESU. Mais elles partagent toutes des militants avec Solidaires, via des liens fraction-syndicat précis et nommables.

Révolution Permanente est implantée à SUD Rail via son porte-parole national Anasse Kazib (cheminot, délégué syndical SUD Rail Paris-Nord depuis 2015, fondateur de la section Le Bourget) et la cheminote Laura Varlet (militante Du Pain et des Roses — collectif féministe satellite de RP, équivalent français de Pan y Rosas argentin / Fraction Trotskyste-Quatrième Internationale). Le Poing Levé, collectif jeunesse étudiant implanté dans 19 universités, est l’autre satellite de RP. RP, Pain & Roses et Le Poing Levé ne sont donc pas trois organisations distinctes : ce sont les trois facettes d’un même courant.

NPA-Révolutionnaires est implanté à SUD-PTT 92 via Gaël Quirante, secrétaire départemental SUD-PTT des Hauts-de-Seine, membre du comité exécutif NPA-R, licencié de La Poste en avril 2018 par décision de Muriel Pénicaud (ministre du Travail), contre l’avis de l’Inspection du Travail qui avait conclu à la discrimination syndicale. Le licenciement avait déclenché une grève historique de 15 mois de 150 postières et postiers du 92. Quirante a été jugé le 12 juin 2025 au tribunal de Paris (porte de Clichy) avec quatre autres postiers pour occupation du siège de La Poste en 2014.

Lutte Ouvrière a basculé à Solidaires par son porte-parole national Jean-Pierre Mercier. Adhérent à LO depuis ses 19 ans, Mercier a été délégué syndical CGT à PSA-Aulnay puis (après fermeture du site en 2014) à PSA-Poissy, puis délégué syndical central CGT du groupe PSA puis Stellantis de 2014 à mai 2022. Exclu de la CGT par la FTM-CGT en mai 2022 malgré une pétition signée par 222 élus CGT du groupe Stellantis demandant son maintien, exclusion validée par le tribunal judiciaire de Bobigny le 8 décembre 2022, Mercier a alors rejoint l’Union syndicale Solidaires via l’Union fédérale SUD Industrie. Cet épisode est lui-même symptomatique de la dérive bureaucratique de la CGT confédérale : la FTM-CGT a éjecté un militant historique pour le punir de ses positions de classe, le précipitant vers Solidaires sans que Mercier ait choisi de quitter la CGT.

Aucune de ces trois organisations ne dénonce publiquement la position pro-armement de Solidaires sur le RESU. Aucune n’a écrit un seul article critiquant la charte du RESU. Aucune n’a dénoncé les 6 convois syndicaux vers l’Ukraine. Aucune n’a mis en cause la position du communiqué Solidaires du 28 février 2025 où le syndicat regrette publiquement que l’Ukraine n’ait pas été assez armée.

Le silence vaut accord politique. Dans des courants qui se réclament de la critique frontale, l’omission systématique est une position. Toutes ces organisations sont donc, par défaut et par silence stratégique, alignées sur la position pro-armement OTAN portée par Solidaires. Elles préservent leur fraction syndicale en ne disant rien, et acceptent objectivement la chaîne France → industrie d’armement → Ukraine → GUR → FLA → GSIM → Sahel.

C’est exactement le mécanisme que Lénine appelait en 1915 « la complicité tacite des centristes » : non pas la défense ouverte de la guerre, mais le refus systématique de dénoncer les positions pro-guerre des partenaires syndicaux pour préserver les alliances. C’est ce qui transforme une organisation prétendument révolutionnaire en aile gauche du social-chauvinisme dominant.

Ruffin : position pro-armement publique et explicite

François Ruffin, qui n’est pas dans LFI mais dans la nébuleuse « gauche populaire » devenue centrale dans l’écosystème CGT-NFP, a publié dans Le Monde du 17 mars 2024 une déclaration sans ambiguïté [41] :

« Il faut armer l’Ukraine, lui donner la priorité dans nos livraisons, et relever notre production. Kiev n’a pas besoin de grandes déclarations, mais de munitions. »

« Par les armes, pour que se taisent les armes, afin de ramener Vladimir [Poutine] à la table des négociations. »

Et plus loin, l’appel programmatique à « bâtir en Europe notre propre sécurité, notre dissuasion. Et s’en donner les moyens : pour cela [il faut] bousculer les règles de Bruxelles sur les investissements, sur la commande publique, sur le libre-échange » [41].

C’est mot pour mot la position Macron sur l’économie de guerre européenne, avec une nuance rhétorique sur la « justice fiscale » — mais le mot d’ordre est identique : armer Kiev davantage, relever la production militaire française, construire l’autonomie stratégique européenne. C’est-à-dire alimenter exactement la chaîne révélée par RTL le 8 mai 2026.

CGT et UD CGT 86 : la promotion active de Ruffin

La CGT confédérale, on l’a vu, signe les communiqués intersyndicaux pro-Ukraine alignés sur le cadre OTAN [23]. Mais le mécanisme se vérifie aussi à l’échelle territoriale, dans la pratique militante quotidienne.

L’Union Départementale CGT de la Vienne (UD CGT 86) a accueilli François Ruffin à Poitiers à plusieurs reprises pour soutenir publiquement les luttes locales — notamment la grève des EHPAD Les Feuillants (groupe Vivalto) en septembre-octobre 2025. Le secrétaire de l’UD, Julien Hémon, déclarait dans son discours d’ouverture : « Aujourd’hui, merci aux députés Lisa Belluco et François Ruffin d’être à nos côtés à Poitiers, ainsi qu’à notre camarade Florence Harris, conseillère départementale » [42]. Ruffin est ensuite remonté à Paris avec les EHPAD lors de leur déplacement national, accueilli là encore par la CGT.

Promouvoir Ruffin = promouvoir un candidat pro-armement de l’Ukraine = promouvoir un candidat de l’économie de guerre européenne. L’UD CGT 86, en faisant venir Ruffin sur ses luttes les plus emblématiques, fait politiquement campagne pour la position qui alimente la chaîne France-Sahel via l’Ukraine. Sans le savoir, peut-être. Mais objectivement, certainement. Le même mécanisme se reproduit dans toutes les UD CGT qui ont parié, depuis le NFP de 2024, sur l’alliance avec Ruffin et la « gauche populaire » contre la « gauche radicale ».

Le cercle est bouclé

Mettons les pièces en ordre :

  1. Solidaires soutient officiellement le RESU et l’armement de l’Ukraine [37-40]
  2. LO (via Mercier/SUD Industrie depuis fin 2022), NPA-R (via Quirante/SUD-PTT 92), RP (via Kazib/SUD Rail) se taisent sur la position de Solidaires pour préserver leur fraction syndicale = pro-armement par défaut
  3. Ruffin défend publiquement l’économie de guerre européenne et l’armement maximal de l’Ukraine [41]
  4. CGT confédérale signe les communiqués pro-Ukraine alignés OTAN [23]
  5. UD CGT 86 (et autres UD) promeut Ruffin dans les luttes locales = promeut sa position pro-armement [42]
  6. Or armer l’Ukraine = alimenter l’industrie d’armement française (Dassault, Thales, MBDA, Naval Group)
  7. Or 70% des armes occidentales pour l’Ukraine sont détournées [32][33]
  8. Or le GUR ukrainien forme et coordonne le FLA touareg au Mali [31][36]
  9. Or le FLA est allié au GSIM (Al-Qaïda Sahel) [31]
  10. Or RTL confirme officiellement que cette chaîne sert à « renverser la junte au pouvoir et affaiblir les Russes » [31]

Donc tout ce monde-là, par soutien direct (Solidaires, Ruffin) ou par silence complice (LO, NPA-R, RP, CGT, FSU, FO), alimente objectivement la guerre française par procuration au Sahel.

C’est exactement le test léniniste 1915 sous sa forme la plus pure. Lénine identifiait que les social-chauvins de la IIe Internationale ne soutenaient pas la guerre directement — ils la soutenaient « par leurs silences sur les conditions concrètes ». Aujourd’hui, en 2026, la position « Solidarité Ukraine » + silence sur le Sahel = la version contemporaine exacte de ce social-chauvinisme. Parce qu’elle laisse intacte la chaîne qui transforme l’aide militaire à Kiev en armement du FLA-GSIM via le GUR, donc en outil du retour impérialiste français au Sahel.

Le silence sur le Mali ne se comprenait pas pleinement avant le 8 mai 2026. Il se comprend désormais parfaitement. Ce n’est pas un oubli, ce n’est pas un retard rédactionnel. C’est la condition fonctionnelle pour pouvoir tenir l’autre extrémité du discours — le soutien atlantiste à l’Ukraine. Si LO, NPA-R, RP (avec ses satellites Pain & Roses et Le Poing Levé), les Jeunes Communistes, la CGT, Solidaires, la FSU, FO et LFI dénonçaient honnêtement la chaîne révélée par RTL, elles devraient simultanément revoir leur position sur le RESU, sur Ruffin, sur l’aide militaire à Kiev, sur l’industrie d’armement française, et sur l’OTAN. Donc elles préfèrent ne pas voir.

C’est cela, le cercle de l’opportunisme social-chauvin en 2026. L’Ukraine est bruyante parce qu’elle est l’alibi anti-impérialiste qui permet de soutenir l’impérialisme français au Sahel sans le nommer. Le bruit sur l’Ukraine et le silence sur le Mali ne sont pas deux phénomènes séparés — ce sont les deux faces simultanées d’une seule et même position : l’alignement objectif sur le bloc OTAN-France contre la Russie, dans toutes ses ramifications, y compris quand ce bloc passe par la médiation d’Al-Qaïda Sahel. Et Ruffin est à Poitiers parce qu’il est la figure populaire qui valide cette équation devant la base CGT, sans jamais avoir à parler du Mali ni des contrats Bouygues-Bolloré-Orano.

C’est la version 2026 de ce que Lénine appelait en 1915 « l’union sacrée déguisée » : non plus le vote des crédits de guerre directs, mais le silence sélectif qui permet à la bourgeoisie nationale de mener ses guerres tout en conservant intacte la base ouvrière qui se croit anti-impérialiste.

La rupture avec ce social-chauvinisme passe par la rupture simultanée des deux pôles :

  • Sur l’Ukraine : refus du soutien à l’OTAN et au gouvernement Zelensky-GUR, position de défaitisme révolutionnaire vis-à-vis des deux camps impérialistes (russe et OTAN), solidarité de classe avec les ouvriers, syndicalistes et soldats des deux camps qui refusent la guerre.
  • Sur le Mali : refus de la complicité française, défaitisme révolutionnaire vis-à-vis de Paris, et refus simultané de toute illusion sur la junte Goïta et sur Africa Corps russe.

Ce sont les deux faces d’une seule et même position bolchevik. C’est la position que doit porter le Front Unique du Peuple Travailleur — la seule qui permette de tenir simultanément les deux extrémités du combat anti-impérialiste réel, sans se laisser enfermer dans les choix binaires que la bourgeoisie nous propose (Russie ou OTAN, Goïta ou France, Maduro ou Trump). L’ennemi principal est dans notre propre pays. Et le silence sur lui est la première trahison.


V. NOTRE COMBAT

Notre combat n’est pas un programme de bonnes intentions à faire signer par on ne sait quel gouvernement « de gauche ». C’est une politique à mener dans toute la classe ouvrière, ici et maintenant, pour préparer la rupture révolutionnaire avec la bourgeoisie française.

1. Une politique dans les usines d’armement. Dassault, Safran, Saft (Total), Thales, MBDA, Naval Group, Nexter (KNDS). Ces entreprises produisent les armes qui tuent au Sahel, à Gaza, en Ukraine, au Yémen, en Iran. Aucun syndicat aujourd’hui ne porte dans ces usines la moindre exigence d’arrêt des productions de guerre, ni de reconversion sous contrôle ouvrier. La CGT y défend « l’emploi » et « la souveraineté nationale » — c’est-à-dire qu’elle se met explicitement au service du capital français [25]. Notre tâche est d’y construire des fractions révolutionnaires qui posent la question : pour qui produisons-nous, contre qui ?

2. Une politique en direction des soldats. L’armée française n’est pas une abstraction. Elle est composée en large partie de fils et filles de la classe ouvrière, beaucoup issus de l’immigration africaine et antillaise, qui s’y engagent par nécessité économique. Ils sont envoyés mourir et tuer pour les intérêts d’Orano, de Bolloré, de Total, de Dassault. Aucune organisation aujourd’hui ne s’adresse à eux comme à des frères de classe. C’est là une faillite historique. Les bolcheviks de 1917, eux, avaient construit leur révolution sur la fraternisation entre soldats et travailleurs. Notre tâche est de relier les ouvriers, les soldats du contingent et les engagés, autour d’un même mot d’ordre : nous ne mourrons pas pour Orano, nous ne tuerons pas pour Total.

3. Une politique dans les quartiers populaires et avec les travailleurs immigrés. Les travailleurs originaires d’Afrique, du Maghreb, des Antilles vivent dans leur chair l’envers domestique de l’impérialisme français : racisme d’État, contrôles au faciès, expulsions, ghettoïsation. L’impérialisme à l’extérieur et le racisme à l’intérieur sont les deux faces d’une même politique de classe. Les travailleurs maliens et sahéliens en France sont le pont vivant entre le prolétariat de la métropole et celui du Sahel. Aucune politique anti-impérialiste sérieuse ne peut faire l’économie de ce pont.

4. Une politique dans les syndicats existants. Pas pour les « quitter » au profit d’un syndicalisme « pur ». Pas pour les « suivre » non plus. Mais pour y construire des fractions révolutionnaires, selon la méthode Barta, qui mènent un combat politique frontal contre les directions intégrées — CGT, CFDT, FO, FSU, Solidaires — et qui rallient les travailleurs combatifs sur un programme de classe et anti-impérialiste.

5. Des revendications transitoires précises sur le Mali, sur lesquelles aucune des organisations sociales-chauvines ne peut nous suivre :

  • Levée immédiate du secret-défense sur l’identité exacte des « responsables politiques et sécuritaires » français qui ont rencontré Mohamed Elmaouloud Ramadane à Paris fin avril 2026, et sur l’historique complet des contacts officiels et officieux entre l’État français et le FLA depuis 2012
  • Ouverture immédiate des livres comptables de Bouygues, Bolloré, Orano, Total, Eramet, Areva-Compagnie sur leurs activités africaines, sous contrôle d’un comité d’audit ouvrier indépendant
  • Nationalisation sans indemnité ni rachat, sous contrôle des travailleurs, de tous les groupes français impliqués dans le pillage du Sahel
  • Annulation de la dette malienne et sahélienne détenue par les banques françaises et le Trésor français
  • Rupture du franc CFA et restitution des avoirs africains détenus en France
  • Retrait immédiat et inconditionnel de tous les militaires, conseillers, agents de renseignement et sous-traitants français du continent africain
  • Refus, par les ouvriers des ports et des transports, de charger toute cargaison militaire à destination du Sahel
  • Comités de soldats dans toutes les unités françaises encore engagées en Afrique, droit syndical et droit de retrait
  • Asile politique inconditionnel pour tout militant, syndicaliste, intellectuel persécuté par les régimes africains soutenus par la France

VI. À POITIERS, LE COMBAT EST LE MÊME

À Poitiers, le combat anti-impérialiste n’est pas une affaire lointaine. Il est ici. Maintenant. Dans nos usines.

Dassault Aviation à Poitiers-Biard. Safran à Châtellerault. Saft (Total) à Poitiers et à Nersac. Thales dans la région. Ces usines tournent avec des marchés publics et des commandes export qui dépendent directement du maintien de l’influence française au Sahel et au Moyen-Orient.

Même chaîne : un ouvrier de Saft à Poitiers, exploité par Bolloré-Total, fabrique des batteries vendues à l’armée française, utilisées dans des équipements engagés ou exportés au Sahel, soutenant les forces qui défendent les concessions d’Orano au Niger, d’où sort l’uranium qui alimente nos centrales nucléaires, ce qui paie une partie du compromis social en France.

L’aristocratie ouvrière française est nourrie par le pillage africain. C’est cela que les directions syndicales (CGT, CFDT, FO) refusent de dire, parce que cela mettrait en cause le compromis social qu’elles cogèrent depuis 1945.

Mais nous, travailleurs conscients, nous le disons : le combat de classe en France et le combat anti-impérialiste en Afrique sont un seul et même combat. Le travailleur français qui ferme les yeux sur le Sahel se condamne à perdre aussi à Poitiers. Le travailleur malien qui croit pouvoir sortir de l’oppression sans alliance avec les travailleurs de la métropole se condamne à passer d’un maître à un autre.


VII. CE QUE NOUS DISONS, CE QUE NOUS APPELONS

Nous dénonçons la complicité de la France dans les massacres en cours au Sahel. La rencontre Ramadane-Paris du 29 avril 2026 [4] est un acte de guerre par procuration. Le gouvernement français est complice de l’assassinat du ministre malien de la Défense, complice du démembrement du Mali, complice du jihadisme, complice des morts civils. La France est complice des massacres au Sahel.

Pour la défaite de l’impérialisme français. Nous appliquons la leçon de Lénine 1915 sans aucune ambiguïté : nous voulons la défaite de notre propre gouvernement dans la guerre qu’il mène [9]. Organisons la défaite de l’impérialisme français au Mali. Dans les usines d’armement, dans les casernes, dans les quartiers populaires, dans les syndicats, dans la rue.

Rompons avec les organisations sociales-chauvines et républicaines-impériales : Lutte Ouvrière d’Arthaud, NPA-Révolutionnaires de Besancenot et Poutou, Révolution Permanente de Kazib, CGT de Binet, Solidaires de Guilbert et Duteil, FSU de Teste, Force Ouvrière de Souillot, La France Insoumise de Mélenchon. Aucune n’a pris la parole sur la complicité française au Mali dans le cortège unique du 1er mai 2026. Aucune n’était présente aux deux mobilisations du 2 mai à Paris. Aucune n’a organisé la sienne. Toutes sont, qu’elles le sachent ou non, du côté du grand parti social-chauvin — ou pour LFI, du côté avoué de la République impériale.

Pour un front unique anti-impérialiste du peuple travailleur, de la France au Mali. Pour chasser la bourgeoisie françafricaine et les armées impérialistes — françaises, américaines, russes — et leurs hommes de main — juntes militaires, chefs de guerre, jihadistes. Pour rendre aux peuples du Sahel et à la classe ouvrière de France la souveraineté réelle sur leur travail, sur leurs ressources, sur leur destin.


DÉFAITE DE L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS AU SAHEL

RUPTURE AVEC LE GRAND PARTI SOCIAL-CHAUVIN

FRONT UNIQUE ANTI-IMPÉRIALISTE DU PEUPLE TRAVAILLEUR

DE LA FRANCE AU MALI


SOURCES ET RÉFÉRENCES

Sur les événements maliens d’avril 2026

[1] Attaques d’avril 2026 au Mali — Wikipédia, article récapitulatif sourcé sur AFP, Le Monde, Libération, Reuters. https://fr.wikipedia.org/wiki/Attaques_d’avril_2026_au_Mali

[2] Sadio Camara — Wikipedia (en), biographie complète et circonstances de sa mort le 25 avril 2026 à Kati, sanctions américaines de juillet 2023, double nationalité française. https://en.wikipedia.org/wiki/Sadio_Camara

[3] Mali : Sadio Camara, l’homme qui croyait aux Russes, Jeune Afrique, 27 avril 2026. https://www.jeuneafrique.com/1791810/politique/mali-sadio-camara-lhomme-qui-croyait-aux-russes/

[4] Dépêche AFP du 29 avril 2026 reprise par plusieurs médias internationaux : « Mali : "le régime va tomber" et les Russes doivent partir, affirme à l’AFP le porte-parole des rebelles », photo Stéphane de Sakutin, mention par Ramadane lui-même qu’il « doit rencontrer ces prochains jours des responsables politiques et sécuritaires » français et qu’avec la France « on a toujours gardé contact ». Reprises consultables : Boursorama, https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/mali-le-regime-va-tomber-et-les-russes-doivent-partir-affirme-a-l-afp-le-porte-parole-des-rebelles-ffe670961e39c76d077f767ee2e0664d ; Bourse Direct, https://www.boursedirect.fr/fr/actualites/categorie/guerres-et-conflits/mali-le-regime-va-tomber-et-les-russes-doivent-partir-afp-a1b3fcd0eab8de0de29a56e639f7a9e61e9581f3 ; Africa Radio, https://www.africaradio.com/actualite-114151-mali-les-rebelles-touareg-affirment-que-le-regime-va-tomber-et-visent-de-nouvelles-villes ; entretien Afrique XXI, https://afriquexxi.info/Attaques-au-Mali-Une-secousse-monumentale-dans-l-histoire-malienne

[6] Lecture du « scénario syrien » au Sahel par les analystes russes : Mali, avril 2026 : Le scénario syrien se répète au Sahel, Pravda Burkina Faso, 29 avril 2026. https://burkina-faso.news-pravda.com/world/2026/04/29/65167.html

[7] Sur l’alliance FLA-GSIM et le contenu politique de leur accord : Mercenaires français, 1 000 terroristes tués… Les intox sur les attaques jihadistes au Mali, France 24, 27 avril 2026. https://www.france24.com/fr/afrique/20260427-mali-intox-mercenaires-fran%C3%A7ais-terroristes-tues-attaques-jihadistes-mort-sadio-camara

[8] Exercice Flintlock 2026 (AFRICOM) terminé à Syrte simultanément à l’offensive du 25 avril : voir [6] et sources OSINT régionales recoupées.

[11] Sur le financement par le Qatar du MNLA et d’AQMI en 2012 : enquête initiale du Canard enchaîné (juin 2012) reprise par Le Monde et Marianne. Sur le financement supposé EAU du GSIM en 2026 : analyse Révolution Permanente [15].

Cadre théorique léniniste

[5] V. I. Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916). Édition française disponible sur Marxists.org : https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/01/vil19160100.htm

[9] V. I. Lénine, Le socialisme et la guerre (1915), notamment chapitre I (« Le socialisme et la guerre ») et chapitre II (« Les classes et les partis en France et en Russie »). https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1915/07/vil19150700.htm

Sur l’article NPA-Révolutionnaires

[10] Olivier Belin, Mali : une crise dont l’impérialisme français est le premier responsable, NPA-Révolutionnaires, daté du 28 avril 2026, mis en ligne le 1er mai 2026. https://npa-revolutionnaires.org/

Sur les articles Lutte Ouvrière (n°3013, daté du 28 avril 2026)

[12] Daniel Mescla, Mali : la population entre djihadistes et militaires, Lutte ouvrière n°3013, 28 avril 2026. https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/mali-population-entre-djihadistes-militaires-193903.html

[13] Nathalie Arthaud, Confiscation des bénéfices de tous les profiteurs de guerre !, éditorial, Lutte ouvrière n°3013, 28 avril 2026. https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/confiscation-benefices-profiteurs-guerre-193859.html

[14] Sylvie Maréchal, 1er Mai : pas une fête, une journée de lutte, Lutte ouvrière n°3013, 28 avril 2026. https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/1supersup-mai-fete-journee-lutte-193862.html

Sur l’article Révolution Permanente

[15] Mali. Le régime militaire ébranlé par une offensive de groupes djihadistes et touaregs, Révolution Permanente, 30 avril 2026. https://www.revolutionpermanente.fr/

Sur les positions de La France Insoumise (Mélenchon)

[16] Jean-Luc Mélenchon, intervention à l’Assemblée nationale du 22 février 2013, justification de l’intervention française au Mali par les « accords de défense franco-maliens ». Vidéo et compte-rendu sur le site melenchon.fr. https://melenchon.fr/categorie/themes/international/afrique/mali/

[17] Jean-Luc Mélenchon, communiqué et notes de blog (février 2022) sur le retrait français du Mali : « Le retrait piteux du Mali signe le bilan accablant du duo Hollande-Macron » et « Le retrait piteux du Mali me cuit ». https://melenchon.fr/categorie/themes/international/afrique/mali/

[18] Afrique : Mélenchon drague le vote communautaire, Le Journal du Dimanche, 2 juillet 2024 (séquence Dakar mai 2024 avec Sonko, accroc LGBT). https://www.lejdd.fr/international/afrique-melenchon-drague-le-vote-communautaire-147000

[19] La « galaxie africaine » de Jean-Luc Mélenchon : militants, sherpas et chefs d’État, Jeune Afrique, 2 juin 2024. https://www.jeuneafrique.com/1573175/politique/la-galaxie-africaine-de-jean-luc-melenchon-militants-sherpas-et-chefs-detat/

[20] Assemblée représentative du 12 avril 2026 — La France insoumise, site officiel LFI. https://lafranceinsoumise.fr/assemblee-representative-du-12-avril-2026/

Sur les positions de la CGT (Sophie Binet)

[21] Sophie Binet, Secrétaire générale de la CGT, invitée du 8h30 franceinfo du 31 mars 2026 — aucune mention du Mali, du Sahel, ni des opérations militaires françaises en Afrique. https://www.cgtetat.fr/societe-959/autres/article/sophie-binet-secretaire-generale-de-la-cgt-etait-l-invitee-du-8h30-franceinfo-10965

[22] La CGT aux côtés des syndicats maliens, communiqué de la CGT, 19 août 2020 (dernière prise de position confédérale spécifiquement sur le Mali). https://www.cgt.fr/comm-de-presse/la-cgt-aux-cotes-des-syndicats-maliens

[23] Solidarité avec la résistance des travailleuses et travailleurs d’Ukraine ! Manifestation à Paris, le 5 avril !, communiqué intersyndical CGT-CFDT-CFE-CGC-CFTC-UNSA-Solidaires-FSU. https://www.cgt.fr/comm-de-presse/solidarite-avec-la-resistance-des-travailleuses-et-travailleurs-dukraine-manifestation-paris-le-5

[24] 22 janvier 2026 à Paris et dans le monde : les syndicats CGT et la Fédération syndicale mondiale en solidarité avec le Venezuela, Initiative Communiste, 23 janvier 2026 (analyse de la double position CGT : dénonciation USA + condamnation Maduro, polémique Binet/Mélenchon). https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/22-janvier-les-syndicats-cgt-et-la-federation-syndicale-mondiale-en-solidarite-avec-le-venezuela/

[25] Véronique Martin, Stop à toutes les guerres dans le monde, CGT, article-cadre sur les questions militaires (Mali noyé dans la liste avec Yémen, Syrie, Palestine, Afghanistan ; aucune fraction syndicale dans les usines d’armement). https://www.cgt.fr/actualites/international/stop-toutes-les-guerres-dans-le-monde

Sur les manifestations des 1er et 2 mai 2026 à Paris

[26] Manifestation du 1er mai 2026 : parcours de l’intersyndicale à Paris, Affiches Parisiennes, 30 avril 2026. https://mesinfos.fr/75000-paris/manifestation-du-1er-mai-2026-quel-parcours-pour-l-intersyndicale-a-paris-245490.html — départ 14h Place de la République, parcours République-Voltaire-Léon Blum-Nation, intersyndicale CGT-FSU-Solidaires-CFDT-UNSA-UNEF, mots d’ordre officiels « paix », « droit international », « justice sociale et fiscale », sans mention du Mali.

[27] Toutes et tous en manifestation le 1er mai 2026 — 14h à Paris Place de la République, CGT Airbus Defence & Space, tract du 30 avril 2026 — mention abstraite des « politiques impérialistes », cadre de respect du « droit international » et de l’« autodétermination des peuples », aucune mention du Mali, de Bouygues, de Bolloré, d’Orano. https://ds.cgtairbus.com/toutes-et-tous-en-manifestation/

[28] Affiche officielle de la marche Duroc → Ambassade du Mali, samedi 2 mai 2026, 13h00, départ métro Duroc, vers le 89 rue du Cherche-Midi, 75006 Paris. Affiche aux drapeaux Mali + sigle Confédération des États du Sahel (AES), portrait de Sadio Camara saluant en uniforme, objectifs explicitement énoncés : « Rendre hommage au Général de Division Sadio Camara », « Condamner cet acte de barbarie ignoble », « Exprimer notre soutien sans faille aux FAMAs et aux forces conjointes de la Confédération des États de l’AES ». Diffusion sur la page Facebook Burkina Infos 24/24 par Amadou Maiga, et autres relais associatifs.

[29] Des hommages au ministre malien de la Défense prévus à Paris, Londres et New York, African Initiative (agence de presse, Russie), 2 mai 2026 : description de la marche Duroc → Ambassade du Mali, drapeaux Mali et AES, remerciements à la FAMa et au « Corps Africain » russe, remise de lettres de condoléances à trois Chargés d’affaires AES à l’ambassade. https://afrinz.ru/fr/2026/05/des-milliers-de-personnes-ont-defile-a-paris-en-signe-de-solidarite-avec-le-mali/ — repris par Pravda France https://france.news-pravda.com/france/2026/05/02/216445.html et Pravda Mali https://mali.news-pravda.com/world/2026/05/02/15193.html

[30] Présence d’une seconde mobilisation distincte sur le Mali à Paris le 2 mai 2026, Place de la République, à l’appel d’organisateurs distincts de ceux de la marche Duroc, dans un cadre politique différent. RFI, 3 mai 2026 : Mali : à Paris, des Maliens se mobilisent en soutien aux autorités de transition, https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260503-mali-%C3%A0-paris-des-maliens-se-mobilisent-en-soutien-aux-autorit%C3%A9s-de-transition (témoignage direct de la délégation de Gilets Jaunes Poitiers présente sur les deux sites).

Sur la chaîne France → GUR ukrainien → FLA → GSIM (révélations RTL du 8 mai 2026)

[31] Georges Malbrunot, Comment la France, chassée du Mali, combat indirectement la junte au pouvoir et ses soutiens russes via des militaires ukrainiens, RTL, 8 mai 2026. Article-clef qui révèle la chaîne opérationnelle Élysée → Légion étrangère → GUR ukrainien → FLA touareg → GSIM jihadiste, avec citation d’une « source sécuritaire française » et confirmation par non-démenti du Ministère des Armées. https://www.rtl.fr/

Sur le détournement des armes occidentales destinées à l’Ukraine et leur arrivée au Sahel

[32] Documentaire Arming Ukraine, CBS News, 5 août 2022, dépublié le 7 août 2022 sous pression du gouvernement ukrainien. Citation de Jonas Ohman, fondateur de l’ONG Blue-Yellow : « 30% [du matériel] atteint sa destination finale ». Repris par France Soir, RT France, FranceInfo, Sott.net, Sierra Leone Times. Republications disponibles malgré la dépublication initiale.

[33] 60 à 70% des armes envoyées à l’Ukraine seraient détournées, Boulevard Voltaire, décembre 2025, citant Régis Le Sommier (rédaction Omerta) : « plus de 600 000 armes auraient été détournées depuis le début du conflit ». https://www.bvoltaire.fr/60-a-70-des-armes-envoyees-a-lukraine-seraient-detournes/

[34] Trafic d’armes en Ukraine et corruption politique — l’affaire qui ébranle Kiev, Le Diplomate, 28 décembre 2025. Analyse politique du détournement, des routes de réapparition des armes (Moyen-Orient, Afrique, Balkans), et de la connaissance qu’en ont Paris-Berlin-Rome-Washington. https://lediplomate.media/decryptage-affaire-armes-revendues-kiev-scandale-symptome-guerre-bout-souffle/

[35] Angeline Savadogo, Prolifération des armes destinées à l’Ukraine : une « menace silencieuse » pour la stabilité au Sahel ?, WATHI (think tank ouest-africain), 15 décembre 2024. Cite l’alerte du président nigérian Muhammadu Buhari au 16e Sommet ordinaire de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT), Abuja, décembre 2022. Documentation Europol, Small Arms Survey, Amnesty International, ONUDC. Réseau de trafic transsaharien sur 6 000 km. https://www.wathi.org/laboratoire/tribune/proliferation-des-armes-destinees-a-lukraine-une-menace-silencieuse-pour-la-stabilite-au-sahel/

[36] Mali : comment les tactiques militaires ukrainiennes s’importent au Sahel, Jeune Afrique, 7 octobre 2025. Documentation détaillée du transfert au FLA des tactiques GUR ukrainiennes : drones à fibre optique, leurres gonflables, formation par les services de renseignement ukrainiens. Citations du porte-parole du FLA, du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga à l’ONU (septembre 2025), du chercheur Rida Lyammouri (PCNS), du directeur Sahel de la Fondation Konrad Adenauer Ulf Laessing. Rupture des relations diplomatiques Mali-Burkina-Niger / Kiev en accusant cette dernière « de fournir des armes au FLA ». https://www.jeuneafrique.com/1728489/politique/mali-comment-les-tactiques-militaires-ukrainiennes-simportent-au-sahel/

Sur le RESU, Solidaires, Ruffin et l’UD CGT 86 — la chaîne politique du soutien à l’armement de l’Ukraine

[37] Brochure du collectif français du Réseau européen de Solidarité avec l’Ukraine, dont est membre l’Union syndicale Solidaires, site officiel Solidaires. Document fondateur affirmant l’appartenance de Solidaires au RESU. https://solidaires.org/sinformer-et-agir/brochures/international/brochure-du-collectif-francais-du-reseau-europeen-de-solidarite-avec-lukraine/

[38] Charte du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (RESU/ENSU), reprise par Association Autogestion (juin 2022) et site officiel ukraine-solidarity.eu. Texte fondateur appelant à « la défense d’une Ukraine indépendante et démocratique », « le retrait immédiat des troupes russes », « le soutien à la résistance (armée et non armée) du peuple ukrainien ». Signataires multiples (4e Internationale, MES-PSOL, LIS, PSTU-LITCI, UIT-CI, etc.). https://ukraine-solidarity.eu/

[39] Réseau de solidarité avec l’Ukraine France — appel du 24 février 2024 : « L’Ukraine doit pouvoir recevoir et produire les armes et munitions qui lui manquent (…) Les pressions pour un cessez-le-feu et pour le ralentissement voire l’arrêt de l’aide militaire à l’Ukraine (…) ne conduiraient pas à la paix mais à la poursuite de la guerre et des crimes contre l’humanité. » Page HelloAsso. https://www.helloasso.com/associations/reseau-de-solidarite-avec-l-ukraine-france-resu-france

[40] Le soutien à la résistance ukrainienne est partie intégrante de notre combat pour la liberté et l’émancipation : là-bas, ici, partout dans le monde !, communiqué Union syndicale Solidaires, mars 2025 (post-Trump-Zelensky 28 février 2025). Mention de 6 convois syndicaux vers l’Ukraine et regret explicite : « Nous aurions pu échapper à l’alliance entre Trump et Poutine, si la résistance populaire ukrainienne avait été suffisamment soutenue depuis trois ans, pour expulser les troupes russes de toute l’Ukraine ». https://solidaires.org/sinformer-et-agir/actualites-et-mobilisations/internationales/le-soutien-a-la-resistance-ukrainienne-est-partie-integrante-de-notre-combat-pour-la-liberte-et-lemancipation-la-bas-ici-partout-dans-le-monde/

[41] François Ruffin, interview Le Monde, 17 mars 2024. Citations textuelles : « Il faut armer l’Ukraine, lui donner la priorité dans nos livraisons, et relever notre production. Kiev n’a pas besoin de grandes déclarations, mais de munitions » + « Par les armes, pour que se taisent les armes, afin de ramener Vladimir [Poutine] à la table des négociations » + appel à « bâtir en Europe notre propre sécurité, notre dissuasion. Et s’en donner les moyens : pour cela [il faut] bousculer les règles de Bruxelles sur les investissements, sur la commande publique, sur le libre-échange ». Reprise et critique dans François Ruffin : « Par les armes, pour que se taisent les armes », Infos Ouvrières (POID), 22 mars 2024. https://infos-ouvrieres.fr/2024/03/22/francois-ruffin-par-les-armes-pour-que-se-taisent-les-armes/

[42] Discours de Julien Hémon, secrétaire de l’Union Départementale CGT 86, lors du rassemblement de soutien à la grève des EHPAD Les Feuillants (groupe Vivalto), Poitiers, septembre-octobre 2025. Citation : « Aujourd’hui, merci aux députés Lisa Belluco et François Ruffin d’être à nos côtés à Poitiers, ainsi qu’à notre camarade Florence Harris, conseillère départementale ». Présence et prise de parole de François Ruffin sur le rassemblement. Compte-rendu publié sur Matière et Révolution. https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8746=


Gilets Jaunes Poitiersgiletsjaunespoitiers.wordpress.com
La Voix des Travailleursmatierevolution.fr
Mai 2026

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