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Chassons le racisme ne peut signifier que chassons l’impérialisme, sauf pour LFI !

mardi 14 avril 2026, par Karob

De Bamako à Saint-Denis, travailleurs de France et d’Afrique, chassons la bourgeoisie françafricaine !

### Ou, comme dirait Malcolm X, le « nègre de maison » de l’impérialisme français

## Antiracisme d’apparat et intégration à l’État : le cas Bagayoko

*Gilets Jaunes Poitiers / matierevolution.fr*

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## I. Le racisme est réel — et il ne suffit pas

Posons d’abord ce qui doit être posé sans ambiguïté.

Depuis son élection au premier tour des municipales le 15 mars 2026, Bally Bagayoko, nouveau maire LFI de Saint-Denis, a été la cible d’une campagne raciste violente et systématique.

Dès le soir de sa victoire, ses propos sur LCI ont été déformés. Sur BFM, on l’a accusé de liens avec le narcotrafic — une accusation lancée par le maire PS sortant Mathieu Hanotin lui-même pendant la campagne, reprise ensuite par Valeurs actuelles et BFM. Le PS, premier fournisseur de munitions à la droite : la gauche bourgeoise pave la voie à la droite bourgeoise, et l’union sacrée se referme sur le dos des travailleurs.

Puis CNews a pris le relais. Et ici, il faut être précis — parce que la précision est ce qui distingue l’analyse de classe du moralisme.

Le psychologue Jean Doridot a déclaré en plateau que « l’homo sapiens » est « un mammifère social, de la famille des grands singes », et que « dans toute collectivité, dans toute tribu — nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus — il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité ». Le philosophe Michel Onfray a parlé d’attitude de « mâle dominant ».

**Pris isolément, ces propos ne sont pas racistes.** C’est biologiquement exact : les humains sont des primates, des hominidés. Nous partageons plus de 98 % de notre ADN avec les chimpanzés. Darwin n’a rien inventé là-dessus. Marx avait voulu dédier le Capital à Darwin. Le matérialisme historique inclut le matérialisme biologique — et nous, révolutionnaires, n’avons aucune raison de le nier. Doridot parle de l’autorité d’un maire, pas de l’autorité d’un maire noir. Onfray utilise un concept d’éthologie — le mâle dominant — qui n’est pas en soi racialisé.

**Ce qui est raciste, ce n’est pas ce que Doridot et Onfray disent. C’est l’opération que CNews réalise avec ce qu’ils disent.**

Le mécanisme est précis et il faut le nommer :

**Premier mécanisme : le montage.** CNews diffuse ces propos en boucle, en montrant à chaque fois le visage de Bagayoko — un homme noir. La séquence visuelle fait le travail que les mots ne font pas : « grands singes » + visage noir + « tribu » + « chasseurs-cueilleurs » = activation de tout l’imaginaire colonial qui, pendant un siècle et demi, a appliqué *spécifiquement* la comparaison simienne aux personnes noires. Taubira et le journal *Minute* en 2013, les chants racistes dans les stades, une longue et ignoble tradition. CNews n’a pas besoin de dire « ce noir est un singe ». Il suffit de mettre le mot et l’image côte à côte, et le téléspectateur fait le lien. C’est plus dangereux qu’une insulte directe — parce que ça permet à CNews de dire « on n’a jamais tenu de propos racistes » et, formellement, ils n’ont pas tort.

**Deuxième mécanisme : le darwinisme social.** « Tribu primitive », « mâle dominant », « ancêtres chasseurs-cueilleurs » appliqués à l’organisation politique contemporaine — ce n’est pas Darwin. C’est Spencer : le darwinisme social comme légitimation des hiérarchies existantes, des dominations coloniales, des inégalités de classe. Une vérité scientifique utilisée comme couverture pour un ciblage colonial. Ce qui est dégueulasse, c’est le contexte, pas le contenu.

**Voilà ce que nous condamnons : pas la biologie, mais l’opération idéologique.** L’utilisation calculée de vérités scientifiques dans un dispositif médiatique qui les transforme en armes racistes. C’est plus intelligent qu’une insulte — et c’est exactement pour ça que c’est plus dangereux.

Mais le combattre ne signifie pas soutenir LFI, ni valider le cadre politique dans lequel s’inscrit le rassemblement du 4 avril. Il existe deux façons radicalement opposées de combattre le racisme : l’antiracisme de classe, qui l’articule à l’exploitation et à la lutte des travailleurs ; et l’antiracisme politique autonome, qui le traite comme une oppression compatible avec le maintien du rapport capitaliste, utilisable comme carburant électoral.

La séquence qui va de l’élection de Bagayoko au rassemblement du 4 avril est une séquence d’antiracisme politique autonome. Nous la dénonçons comme substitut à la lutte de classe — tout en condamnant sans réserve le racisme qui en est le prétexte.

Cette position sera attaquée des deux côtés. La droite dira que critiquer LFI revient à couvrir le racisme. LFI dira que refuser son cadre revient à faire le jeu du RN. Ces deux attaques symétriques sont le signe que la ligne est juste.

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## II. Ce que le racisme de CNews est réellement

Démontons le mythe central que LFI entretient : l’idée que la France « n’arrive pas à intégrer l’idée qu’un enfant des quartiers populaires puisse accéder aux responsabilités. »

C’est faux historiquement — et cette fausseté n’est pas un détail.

La France a eu des représentants noirs depuis 1793. Jean-Baptiste Belley, ancien esclave de Saint-Domingue, siège à la Convention nationale. Blaise Diagne, Sénégalais, est élu député en 1914 — il finira sous-secrétaire d’État aux Colonies, recruteur de tirailleurs pour la boucherie impérialiste de 14-18. Gaston Monnerville, Guyanais, préside le Sénat de la République pendant 22 ans sous de Gaulle. Aimé Césaire est député de la Martinique pendant 47 ans. Des ministres noirs, arabes et juifs traversent toute l’histoire des républiques françaises.

La bourgeoisie française sait parfaitement coopter des personnalités issues des colonies, de l’immigration ou des minorités — à condition qu’elles gèrent *dans son cadre*. La question n’a jamais été la couleur de peau en tant que telle. Elle a toujours été : quelle classe représentes-tu, dans quel cadre gères-tu ?

Ce qui est insupportable à la bourgeoisie à Saint-Denis, ce n’est pas Bagayoko en soi. Soyons clairs : LFI n’est pas un danger pour le capital. Le PS gérait Saint-Denis dans le cadre de l’État bourgeois — LFI gérera Saint-Denis dans le même cadre. Bagayoko sera un bon gestionnaire, comme Hanotin était un bon gestionnaire. La bourgeoisie n’a rien à craindre de lui.

Alors pourquoi CNews l’attaque-t-elle ? Pas par peur. Par calcul. Bolloré a besoin de l’épouvantail LFI. Le schéma Macron pour 2027 repose sur trois forces : le centre républicain (lui), et les deux « extrêmes » — RN à droite, LFI à gauche. Pour que ce schéma fonctionne, il faut que LFI fasse peur. Il faut des images de maires noirs qui « appellent à faire allégeance », de « tribus » et de « grands singes ». CNews ne combat pas Bagayoko — CNews le construit en épouvantail. Et Bagayoko accepte le rôle, parce que l’épouvantail lui sert aussi : plus il est attaqué par la droite, plus il se pose en champion antiraciste, plus il prépare 2027 pour Mélenchon.

Le racisme de CNews est réel. Mais sa fonction n’est pas la haine spontanée — c’est la construction du théâtre politique dont le capital a besoin. Et dans ce théâtre, Bagayoko et Bolloré jouent chacun leur partition. Ils ne sont pas adversaires — ils sont complémentaires.

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## III. Comme dirait Malcolm x : le nègre de maison

Malcolm X, dans son discours *Message to the Grassroots* (Detroit, 1963), posait une distinction que toute la gauche institutionnelle s’emploie à faire oublier : celle entre le *house Negro* — le nègre de maison — et le *field Negro* — le nègre des champs.

Le nègre de maison vivait près du maître. Il mangeait ses restes, s’habillait de ses vieux habits. Quand le maître tombait malade, il demandait : « Qu’est-ce qu’on a, patron ? » Quand la maison prenait feu, il se précipitait pour éteindre l’incendie. Il disait « notre maison ». Il aimait le maître plus que le maître ne s’aimait lui-même.

Le nègre des champs, lui, priait pour que le vent souffle plus fort.

Bagayoko, comme dirait Malcolm, est un nègre de maison. Et la maison qu’il défend, c’est l’État impérialiste français.

Car que fait Bagayoko face aux attaques racistes ? Il organise un rassemblement devant la mairie. Il appelle à saisir l’Arcom. Il demande la fermeture de CNews par le régulateur de l’État. Il invoque « les valeurs humanistes qui nous rassemblent ». Il invoque « la République ».

Le nègre de maison dit « notre maison ».

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## IV. La filiation : Mélenchon — Mitterrand — l’État

Bagayoko est élu sous l’étiquette de La France Insoumise, mouvement structuré autour de Jean-Luc Mélenchon.

Or Mélenchon, présent le 4 avril à Saint-Denis pour déclarer que « Bally Bagayoko parle pour nous tous », ne cache pas sa filiation politique. Il la revendique. À propos de François Mitterrand : « C’était notre chef… notre premier de cordée… »

Ce n’est pas un détail biographique. C’est un aveu politique. Et Bagayoko, en acceptant l’investiture de ce mouvement, en accepte l’héritage.

François Mitterrand, le « chef » de Mélenchon :

— A entretenu des relations personnelles durables avec René Bousquet, organisateur de la rafle du Vél d’Hiv. 13 000 Juifs déportés, dont 4 000 enfants. Mitterrand a dîné avec Bousquet jusque dans les années 1980, alors qu’il était président de la République.

— A couvert et poursuivi les pratiques françafricaines. François-Xavier Verschave, dans *La Françafrique, le plus long scandale de la République* (1998), a documenté ce système dans le détail. Sur Mitterrand, Verschave est formel : « On croit qu’il va changer les choses, mais pas du tout : Mitterrand suivait les traces de Foccart depuis 1948. » Le réseau Mitterrand n’est pas une rupture avec la Françafrique gaulliste — c’est sa continuation. Jean-Christophe Mitterrand, fils du président, est nommé à la cellule Afrique de l’Élysée — le familialisme françafricain au sommet de l’État. Verschave décrit une « nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisée sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’Aide publique au développement ». À peine 2 à 3 % de l’aide publique française au développement sert réellement à lutter contre la pauvreté — le reste alimente les réseaux. Soutien aux dictatures africaines, maintien du franc CFA, interventions militaires, assassinats — depuis les indépendances, l’armée française a mené plus d’une vingtaine d’interventions armées au sud du Sahara. Voilà la « République » de Mélenchon. Voilà la « maison » de Bagayoko. Le père de Bagayoko est Malien. Le Mali a été l’un des terrains de jeu de cet impérialisme françafricain — du franc CFA aux interventions militaires, de Serval à Barkhane. Bagayoko le sait. Il n’en dit rien.

— Porte une responsabilité qualifiée de « lourde et accablante » par la commission Duclert dans le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Un million de morts. L’État français a armé, formé et soutenu les génocidaires. Verschave encore : « La France a soutenu au Rwanda un régime en pleine dérive nazie, progressivement ordonné à une "solution finale du problème tutsi". Elle a financé, équipé et formé les unités militaires qui, avec leurs excroissances miliciennes, ont exécuté le génocide. » Après le 6 avril 1994, Paris a accueilli avec les honneurs Agathe Habyarimana et les instigateurs des massacres. L’opération Turquoise a neutralisé la disqualification politique des génocideurs.

— A ordonné le sabotage du Rainbow Warrior, acte de terrorisme d’État.

Voilà « la maison ». Et quand cette maison est attaquée, Bagayoko ne dit rien. Pas un mot. Pas une ligne. Pas un souffle.

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## V. L’ennemi du prolétariat immigré

Qu’on ne s’y trompe pas : Bagayoko n’est pas un allié maladroit du prolétariat immigré. Il en est l’ennemi politique.

Car sa fonction est précisément d’empêcher que la colère légitime des travailleurs immigrés, des prolétaires des quartiers populaires, ne se tourne contre l’État lui-même — contre ses structures, contre l’appareil impérialiste qui organise à la fois l’exploitation ici et le pillage là-bas.

Son antiracisme dit : « Le problème, c’est le regard qu’on porte sur nous. Fermons CNews. Saisissons l’Arcom. Défendons la République. » Bagayoko appelle à « réaffirmer les valeurs humanistes qui nous rassemblent » — les valeurs humanistes de l’État de Mitterrand, de Bousquet, du Rwanda, de la Françafrique. Voilà ses « valeurs ».

La politique révolutionnaire dit : « Le problème, c’est l’État qui nous exploite, et le même État qui pille l’Afrique, et c’est le même État, et c’est la même classe qui en profite. »

Regardons les conditions matérielles concrètes du prolétariat de Saint-Denis — celles dont personne ne parle le 4 avril. Saint-Denis est l’une des villes les plus pauvres d’Île-de-France. Taux de pauvreté parmi les plus élevés de France. Chômage massif, précarité généralisée, logements insalubres, déserts médicaux, écoles sous-dotées, transports dégradés. Les travailleurs du 93 — français, maliens, marocains, algériens, antillais, en grande majorité racisés — subissent une exploitation et une ségrégation spatiale héritées directement du capitalisme colonial.

Le 4 avril ne mobilise pas sur une seule de ces questions. Pas un mot sur les loyers, les salaires, l’hôpital public du 93, les conditions de travail dans les entrepôts logistiques et les chantiers du BTP qui emploient la majorité des travailleurs de la ville. Le rassemblement mobilise sur la dignité d’un élu — Bagayoko en tant que symbole.

C’est exactement là que se trouve la substitution. Bagayoko sépare ce que l’impérialisme a uni. Il isole la question raciale de la question de classe. Il transforme une contradiction explosive — celle du prolétariat immigré face à l’État impérialiste de l’ancienne métropole — en revendication morale compatible avec l’ordre existant.

C’est exactement ce que le maître attend du nègre de maison.

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## VI. L’antiracisme politique : diviser la classe ouvrière sous couvert de la défendre

Car c’est là le fond de l’affaire, et il faut le dire sans détour : l’antiracisme politique — celui de Bagayoko, de LFI, du PIR, de SOS Racisme avant eux — n’est pas un antiracisme insuffisant. C’est un instrument de division de la classe ouvrière.

Comment ça fonctionne ? Le mécanisme est simple et dévastateur.

L’antiracisme politique pose que le sujet de la lutte n’est pas la classe ouvrière mais « les racisés » — c’est-à-dire une catégorie définie par la couleur de peau, pas par la position dans les rapports de production. Le travailleur malien du chantier de Saint-Denis et le patron malien de l’entreprise de BTP qui l’exploite sont rangés dans la même catégorie. Le prolétaire blanc de la zone aéroportuaire de Roissy, qui subit les mêmes cadences, les mêmes salaires de misère, le même mépris patronal que son collègue noir ou arabe, est rangé de l’autre côté. L’unité de classe est brisée. La solidarité de production est remplacée par la solidarité de peau.

Le résultat est double — et dans les deux cas, c’est le capital qui gagne.

Du côté des travailleurs racisés : la colère est canalisée vers la « reconnaissance », la « représentation », la « visibilité » — c’est-à-dire vers des objectifs compatibles avec le maintien du rapport capitaliste. On peut avoir un maire noir à Saint-Denis, un préfet noir en Seine-Saint-Denis, un PDG noir au CAC 40 — et les travailleurs noirs de Saint-Denis continueront à vivre dans la misère. Les États-Unis le démontrent chaque jour : la « diversité » des élites coexiste parfaitement avec la surexploitation de masse des travailleurs noirs. Obama a été président. Les Noirs américains sont toujours au bas de l’échelle.

Du côté des travailleurs blancs : l’antiracisme politique les désigne implicitement comme le problème — ou au mieux comme des alliés qui doivent « se déconstruire », « reconnaître leurs privilèges », « se taire et écouter ». Le travailleur blanc de Roissy qui gagne le SMIC, qui vit dans un HLM dégradé, qui n’a jamais eu de « privilège » de sa vie, se retrouve renvoyé dans le camp des oppresseurs. Il ne comprend pas. Il se détourne. Et c’est le RN qui le ramasse. L’antiracisme politique fabrique mécaniquement l’électorat du RN — et c’est une des raisons pour lesquelles le capital le tolère si bien.

Bagayoko incarne cette mécanique. Derrière son apparence d’homme de gauche, derrière son sourire, derrière sa posture d’« enfant des quartiers populaires », sa fonction est de tromper le prolétariat d’origine immigrée en lui faisant croire que la lutte contre le racisme passe par l’intégration à l’État — alors que l’État est précisément la machine qui produit le racisme. Et simultanément, sa fonction est de couper ce prolétariat de ses alliés naturels — les travailleurs blancs qui subissent la même exploitation — en substituant la solidarité de peau à la solidarité de classe.

Fred Hampton avait compris cela il y a plus d’un demi-siècle. Sa Rainbow Coalition unissait les Black Panthers, les Young Lords portoricains et les Young Patriots — des Blancs pauvres des Appalaches — sur une base de classe. Hampton disait : « On va combattre le racisme par la solidarité. » Pas par la séparation. Pas par l’identité. Par la solidarité de classe. Et c’est pour ça que le FBI l’a assassiné — parce qu’un mouvement qui unit les races sur une base de classe est la chose la plus dangereuse qui soit pour le capitalisme.

L’antiracisme de Bagayoko fait exactement l’inverse de ce que faisait Hampton. Il sépare ce que Hampton unissait. Il divise ce que Hampton rassemblait. Et il appelle ça « la lutte contre le racisme ».

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## VII. Les deux bras du schéma Macron : Deranque et Bagayoko

La séquence Saint-Denis ne s’analyse pas isolément. Elle commence deux mois plus tôt, le 14 février à Lyon, avec la mort du militant néofasciste Quentin Deranque lors d’affrontements en marge d’une conférence de Rima Hassan. Sa mort est immédiatement instrumentalisée pour criminaliser LFI et construire le récit de « la violence des extrêmes ». L’Assemblée nationale observe une minute de silence — geste symbolique jamais accordé aux victimes de crimes racistes.

Deux mois plus tard, l’affaire Bagayoko. Après que la séquence Deranque a positionné LFI comme « extrême violente », la séquence Bagayoko permet à LFI de se reconstruire en pôle antiraciste — et à Bagayoko d’annoncer qu’il fera de la lutte antiraciste « le cœur de la présidentielle 2027 ».

Ces deux séquences s’inscrivent dans le schéma des trois forces théorisé par Macron : le centre républicain (lui), et les deux « extrêmes ». LFI accepte ce cadre en jouant le rôle de « l’extrême gauche » dans le théâtre Macron. Le 4 avril le renforce : LFI = pôle antiraciste, RN = pôle raciste, Macron = arbitre républicain. C’est exactement ce dont Macron a besoin pour 2027.

Et Bagayoko, le Obama de Saint-Denis, joue sa partition dans cette pièce. Comme Obama jouait la sienne dans le bipartisme américain. Comme Mandela jouait la sienne dans la transition sud-africaine.

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## VIII. La question noire en France — celle que Bagayoko refuse de poser

Car si Bagayoko posait vraiment la question du racisme structurel, s’il la posait sérieusement, en militant et non en candidat à 2027, voici ce qu’il poserait :

**Y a-t-il une question noire en France ?**

Et la réponse est oui. Mais elle ne se trouve pas dans les insultes de CNews. Elle se trouve dans les structures de l’État que Bagayoko défend.

La Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Réunion, Mayotte — ces territoires sont encore aujourd’hui, maintenant, en 2026, sous domination coloniale française. Pas au figuré. Au sens propre : économies de comptoir, dépendance totale à la métropole, vie chère structurelle, services publics dégradés, chômage massif. En Guadeloupe, les révoltes contre la gestion de l’eau — une ressource de base, l’eau — ont éclaté parce que l’État français est incapable d’assurer l’approvisionnement en eau potable d’un territoire qu’il administre depuis quatre siècles. En Martinique, le chlordécone — un pesticide interdit mais que l’État a autorisé pendant des années dans les bananeraies, empoisonnant les sols, les eaux et la population. 90 % de la population antillaise est contaminée. C’est un scandale sanitaire colonial — et la justice française a prononcé un non-lieu en 2023. À la Réunion, les mobilisations contre la vie chère se heurtent aux mêmes structures néocoloniales. À Mayotte, la misère est telle que l’État envoie la police détruire les bidonvilles au lieu de construire des logements.

Voilà le racisme structurel. Voilà la question noire en France. Pas les insultes de Doridot sur CNews — la domination coloniale qui continue, ici même, dans la République, sur des territoires administrés par l’État français.

Le 4 avril, Bagayoko avait l’occasion de poser cette question. De dire : la France maintient des colonies. De dire : la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion ont droit à l’autodétermination. De dire : le chlordécone est un crime colonial. De lier son combat antiraciste à Saint-Denis à la réalité coloniale qui continue dans les DOM-TOM.

Il ne l’a pas fait. Pas un mot.

Pourquoi ? Parce que LFI ne remet pas en cause l’intégrité territoriale de la République. Parce que Mélenchon se présente aux élections — y compris dans les circonscriptions ultramarines. Parce que la « France insoumise » n’est insoumise qu’à l’intérieur du cadre de l’État français — elle ne remet jamais en cause l’existence de ce cadre.

L’antiracisme de Bagayoko s’arrête là où commence la question coloniale réelle. C’est un antiracisme de métropole, pour la métropole, dans le cadre de la métropole. La Françafrique, les DOM-TOM, le franc CFA, le pillage de l’Afrique — tout cela est hors de son champ de vision. Parce que tout cela est hors du champ électoral de LFI.

Un antiracisme qui refuse de poser la question coloniale n’est pas un antiracisme. C’est de la communication électorale.

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## IX. Une fonction historique connue

Car la technique est éprouvée. L’intégration de figures issues des peuples dominés dans les institutions impérialistes est aussi vieille que l’impérialisme lui-même.

**Blaise Diagne**, premier député africain élu en 1914 : il n’a pas combattu le colonialisme depuis l’Assemblée. Il a organisé le recrutement massif de tirailleurs sénégalais — chair à canon pour les intérêts du capital français. Sa présence au Parlement a renforcé l’empire. Elle lui a donné un visage noir.

**Barack Obama**, premier président noir des États-Unis : poursuite des guerres impérialistes, drones au Pakistan et au Yémen, expulsions massives d’immigrés, maintien intégral de l’appareil sécuritaire américain. La couleur de peau a changé. La politique n’a pas bougé d’un millimètre. Obama déclarait dans son discours d’adieu en 2017 : « Nous devons être les gardiens de notre démocratie. » Sa démocratie. Celle qui bombarde le Yémen, qui expulse les sans-papiers, qui maintient Guantánamo. La maison du maître, et Obama qui la défend. Les États-Unis sont l’exemple le plus avancé : une société parfaitement « diverse » dans ses élites peut maintenir intacte l’exploitation de masse des travailleurs racisés.

**Nelson Mandela** : sorti de prison quand la bourgeoisie sud-africaine et l’impérialisme international ont compris que l’apartheid ne pouvait plus tenir et que la révolution menaçait. Mandela n’a pas été libéré pour faire la révolution. Il a été libéré pour l’empêcher. Dans son discours d’investiture le 10 mai 1994, Mandela appelait à « agir ensemble en tant que peuple uni, pour la réconciliation nationale, pour la construction de la nation, pour la naissance d’un monde nouveau. » Réconciliation — avec qui ? Avec les mêmes propriétaires des mines, les mêmes capitalistes qui avaient profité de l’apartheid pendant un siècle. Résultat : fin de l’apartheid juridique, maintien intégral de l’apartheid économique. Les mines sont restées aux mêmes propriétaires. Les townships n’ont pas bougé. La « nation arc-en-ciel » — un arc-en-ciel qui couvrait une structure de classe intacte.

Bagayoko est le dernier maillon de cette chaîne. Plus modeste en taille, identique en fonction : canaliser la révolte, lui donner un visage qui rassure, l’enfermer dans les cadres existants.

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## X. L’autre tradition — les Noirs dans le mouvement ouvrier révolutionnaire

Car il y a noir et noir. Comme il y a blanc et blanc. La question n’a jamais été la couleur de peau — elle a toujours été le camp de classe.

Et c’est précisément ce que l’antiracisme de Bagayoko efface : l’existence d’une tradition révolutionnaire noire, ancrée non pas dans l’identité raciale mais dans le mouvement ouvrier international, dans l’Internationale Communiste, dans le marxisme. Des militants noirs qui n’ont pas cherché à s’intégrer à la maison du maître mais à la détruire. Et que l’État a assassinés pour cette raison.

Cette tradition ne commence pas avec eux. Elle commence avec Marx, qui écrivait dans *Le Capital* en 1867 : « Le travail sous peau blanche ne peut s’émanciper là où le travail sous peau noire est stigmatisé. » Elle se poursuit avec Lénine, dont les thèses sur la question coloniale au 2e Congrès de l’Internationale Communiste en 1920 posaient : « Les communistes doivent soutenir directement le mouvement révolutionnaire parmi les nations opprimées — par exemple l’Irlande, les Nègres d’Amérique, etc. » Et avec Trotsky, qui discutait avec C.L.R. James en 1939 à Coyoacán de la question de la libération noire aux États-Unis, dans le cadre du Programme de transition.

Marx, Lénine, Trotsky étaient blancs. Mais ils posaient la question noire comme question de classe — pas comme question identitaire. Et c’est dans leur sillage que des militants noirs ont rejoint le mouvement ouvrier révolutionnaire.

Faisons-les parler. Leurs mots valent tous les programmes de LFI réunis.

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**Malcolm X** — on l’a dit — convergeait dans sa dernière année avec le Socialist Workers Party, parti trotskyste américain. Il intervenait au Militant Labor Forum, dont il disait : « The Militant newspaper is one of the best in New York City. In fact, it is one of the best anywhere you go today. » (Janvier 1965, un mois avant son assassinat.) Il déclarait : « On ne peut pas avoir le capitalisme sans le racisme. » Et : « Il est impossible que le capitalisme survive. » Quand un journaliste lui demandait ce qu’il pensait du socialisme, Malcolm répondait : « Est-ce que c’est bon pour les Noirs ? » Le journaliste lui répondait que ça semblait l’être. Malcolm concluait : « Alors je suis pour. »

Il était en train de comprendre que la libération noire passait par la destruction du capitalisme, pas par l’intégration à ses institutions. Le 21 février 1965, il est assassiné. Le FBI, via le programme COINTELPRO, avait infiltré son entourage. L’État l’a tué au moment précis où il devenait dangereux — c’est-à-dire au moment où il unissait la question noire et la question de classe.

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**Fred Hampton** — dirigeant des Black Panthers de Chicago, marxiste-léniniste explicite. À 20 ans, il construit la Rainbow Coalition : une alliance de classe entre les Black Panthers (Noirs), les Young Lords (Portoricains) et les Young Patriots (Blancs pauvres des Appalaches). Hampton ne laissait aucune ambiguïté sur sa position politique :

« Nous disons que la priorité de cette lutte, c’est la classe. Que Marx et Lénine et Che Guevara, et tous ceux qui ont connu ou pratiqué la révolution, ont toujours dit qu’une révolution est une lutte de classe. »

« On ne combat pas le racisme par le racisme — on le combat par la solidarité. On ne combat pas le capitalisme par le capitalisme noir — on le combat par le socialisme. »

« Nous ne sommes pas une organisation raciste, parce que nous comprenons que le racisme est une excuse utilisée par le capitalisme, et nous savons que le racisme n’est rien d’autre qu’un sous-produit du capitalisme. »

« Quand je parle des masses, je parle des masses blanches, je parle des masses noires, et des masses brunes, et des masses jaunes aussi. »

Et il ajoutait : « Je crois que je mourrai en révolutionnaire dans la lutte révolutionnaire prolétarienne internationale. »

Il avait raison. Le 4 décembre 1969, un infiltré du FBI, William O’Neal, drogue Hampton. La police de Chicago entre dans son appartement à 4h45 du matin et tire 99 balles. Hampton est abattu dans son lit, à côté de sa compagne enceinte de huit mois. Il avait 21 ans. L’État n’a pas tué Hampton parce qu’il était noir. Il l’a tué parce qu’il unissait les races sur une base de classe. Le FBI le considérait comme « la plus grande menace pour la sécurité intérieure du pays ».

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**C.L.R. James** — marxiste noir trinidadien, trotskyste, auteur des *Jacobins noirs* (1938) sur la révolution haïtienne de Toussaint Louverture — la seule révolution d’esclaves victorieuse de l’histoire, contre la France. En 1939, James discute directement avec Trotsky à Coyoacán (Mexique) de la question de la libération noire aux États-Unis.

James posait le problème avec une clarté que Bagayoko devrait méditer :

« La question raciale est subordonnée à la question de classe en politique, et penser l’impérialisme en termes de race est désastreux. Mais négliger le facteur racial comme simplement accessoire est une erreur à peine moins grave que d’en faire le facteur fondamental. »

Tout est dit dans cette phrase. La race n’est pas rien — mais elle est subordonnée à la classe. Bagayoko fait exactement l’inverse : il fait de la race le facteur fondamental et de la classe un accessoire. James ajoutait : « La lutte pour le socialisme est la lutte pour la démocratie prolétarienne. » Et il rappelait, en relisant la révolution haïtienne : « Mon expérience antillaise et mon étude du marxisme m’avaient fait voir ce qui avait échappé à tous les auteurs précédents : que ce sont les esclaves qui avaient fait la révolution. »

Pas les « représentants ». Pas les « élus ». Pas les « maires ». Les esclaves eux-mêmes. La classe en mouvement.

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**Claude McKay** — poète et militant jamaïcain, premier militant noir des Amériques à prendre la parole à un Congrès de l’Internationale Communiste. En novembre 1922, au 4e Congrès à Moscou, McKay s’adresse aux délégués du monde entier. Il rencontre Lénine. Et voici ce qu’il dit à la tribune de l’Internationale :

« Je sens que ma race est honorée par cette invitation faite à l’un de ses membres de parler à ce Quatrième Congrès de la Troisième Internationale. Ma race est honorée en cette occasion, non pas parce qu’elle est différente de la race blanche et de la race jaune, mais parce qu’elle est spécialement une race de travailleurs, de bûcherons et de porteurs d’eau. »

Une race de travailleurs. Pas une race de « racisés ». Pas une identité. Une classe. McKay posait devant Lénine ce que Bagayoko refuse de poser devant Mélenchon.

Et McKay ajoutait, sur les communistes américains eux-mêmes : « Ils doivent d’abord s’émanciper des idées qu’ils entretiennent envers les Nègres avant de pouvoir atteindre les Nègres avec quelque propagande radicale que ce soit. » La question du racisme dans le mouvement ouvrier n’est pas niée — elle est posée comme condition de la lutte commune, pas comme substitut à cette lutte.

McKay a pris ses distances avec le mouvement communiste dans les années 1930, critiquant à juste titre la mainmise stalinienne sur les partis communistes. Son parcours ultérieur a ses limites. Mais en 1922, à la tribune de l’Internationale, il posait la question noire sur le terrain de classe et de l’internationalisme prolétarien — ce que Bagayoko, un siècle plus tard, refuse de faire.

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**Harry Haywood** — communiste noir américain, formé à l’Université communiste des travailleurs d’Orient (KUTV) à Moscou. Au 6e Congrès de l’Internationale Communiste en 1928, c’est Haywood qui fait adopter la résolution sur le droit à l’autodétermination des Noirs aux États-Unis — dans le cadre des thèses de Lénine sur la question nationale. Haywood ne demandait pas un « antiracisme ». Il posait la question nationale noire comme question de classe, dans le cadre de la révolution prolétarienne.

Haywood est ensuite devenu un apparatchik stalinien, défenseur de la ligne de Moscou à chaque tournant — y compris les plus criminels. Sa trajectoire ultérieure illustre précisément la dégénérescence bureaucratique du mouvement communiste que Trotsky analysait au même moment. Mais en 1928, à la tribune du Komintern, il portait une résolution qui articulait la question noire à la question de classe dans un cadre internationaliste — ce qui reste infiniment plus avancé que tout ce que LFI a jamais produit sur le sujet.

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**Voilà la tradition que Bagayoko efface.** Tout au long du XXe siècle, des militants noirs ont rejoint le mouvement ouvrier révolutionnaire — pas pour s’intégrer à l’État bourgeois, mais pour le détruire. Ils n’ont pas demandé la « représentation ». Ils ont posé que la libération noire était impossible sans la destruction du capitalisme, et que la révolution prolétarienne était impossible sans la libération noire. Les deux ensemble, ou rien.

Malcolm X l’avait compris. Fred Hampton l’avait compris. C.L.R. James, Claude McKay, Harry Haywood l’avaient compris avant eux — dans le cadre théorique de Marx, de Lénine et de Trotsky.

Bagayoko, lui, organise un rassemblement devant la mairie avec Mélenchon et Tondelier pour « défendre les valeurs républicaines ».

La différence entre ces deux traditions n’est pas une différence de degré. C’est une différence de nature. L’une conduit à la révolution. L’autre conduit à 2027.

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## XI. LFI : hors du mouvement ouvrier

Il faut le dire sans détour : LFI n’est pas un courant ouvrier dévié qu’il faudrait « pousser à gauche ». C’est un parti qui n’a jamais appartenu au mouvement ouvrier.

Même Kautsky, même l’aile droite de la 2e Internationale, avait un ancrage organique dans le mouvement ouvrier, une théorie de classe, une base syndicale réelle. LFI n’a rien de tout ça. C’est un vote identitaire de gauche — il capte une appartenance sans programme de classe, sans base syndicale, sans enracinement au point de production.

La filiation juste : Millerand (1899), premier « socialiste » à entrer dans un gouvernement bourgeois avec Gallifet, massacreur de la Commune. Blum (1936), gestion de crise du capital, accords Matignon pour éteindre la grève générale, non-intervention criminelle en Espagne républicaine.

LFI, c’est ce mélange : phraséologie radicale héritée du républicanisme de gauche, pratique d’union sacrée implicite — notamment sur l’impérialisme français. Le porte-avions Charles de Gaulle dans le détroit d’Ormuz, le budget Lecornu de réarmement, la « France puissance » : silence ou ambiguïté coupable.

LFI n’est pas une opposition trop timide au capitalisme. C’est un obstacle à la construction d’une opposition réelle. Pourquoi ? Parce que LFI absorbe exactement l’énergie sociale dont la classe ouvrière a besoin pour construire son indépendance politique. Les travailleurs des quartiers populaires qui se révoltent contre le racisme, la précarité, la police — cette énergie, LFI la capte et la convertit en vote présidentiel. Elle ne laisse rien derrière elle : pas d’organisation ouvrière, pas de comités de travailleurs, pas d’ancrage syndical. Elle consomme le potentiel militant sans rien construire de durable.

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## XII. La complicité de l’extrême gauche

Révolution Permanente a obtenu 2 sièges sur 59 au conseil municipal de Saint-Denis — elle est en opposition, pas dans la majorité. Pendant la campagne, RP avait critiqué les insuffisances programmatiques de Bagayoko. On ne peut pas préjuger de ses votes au conseil.

Le problème est ailleurs : c’est la subordination politique au cadre LFI sur le terrain national. RP dénonce LFI dans sa presse — « gauche bourgeoise ». Mais le 4 avril, ses élus marchent aux côtés de Mélenchon et Tondelier, appellent à une « riposte ouvrière et populaire » sous la bannière de Bagayoko, dans un rassemblement dont le cadre est entièrement celui de LFI. La dénonciation est rhétorique ; la pratique est la subordination.

C’est exactement la position que Trotsky analysait pour le PCF en 1936 vis-à-vis du Front Populaire. Le PCF n’était pas au gouvernement Blum — et pourtant sa politique d’autolimitation a désarmé la classe ouvrière. La forme diffère ; la logique est la même.

LO fait mieux sur un point : son article du 1er avril dit que l’élection de Bagayoko « ne changera pas grand-chose à ce que vivent les habitants des cités. » C’est la démarcation correcte vis-à-vis de l’illusion électorale. Mais LO non plus ne développe pas de programme transitoire. Sa démarcation est verbale, pas programmatique.

Le pattern est structurel : à chaque « urgence » — mort de Deranque, affaire Bagayoko, budget Lecornu — l’extrême gauche suspend sa critique et vient au secours de LFI. Il y a toujours une urgence. L’indépendance programmatique est toujours remise à plus tard. Le parti révolutionnaire ne se construit jamais. C’est le centrisme classique selon Trotsky : radical dans les textes, conciliant dans la pratique, incapable de rompre au moment décisif.

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## XIII. La riposte prolétarienne

Contre le racisme d’État : pas « défendre les valeurs républicaines ». Pas « fermer CNews via l’Arcom ». L’Arcom est un instrument de l’État bourgeois — une fermeture administrative de CNews pourrait demain frapper un média ouvrier. La réponse est l’expropriation sans indemnité des groupes médiatiques concentrés — Bolloré, Bouygues, Lagardère —, leur mise sous contrôle des travailleurs de l’information.

Contre la police de classe : pas retirer les LBD à la police municipale — c’est le programme de dissolution des forces de répression spécialisées, d’armement du peuple travailleur organisé. Ce programme n’a rien à voir avec la gestion municipale de LFI.

Contre le schéma des 3 forces : l’indépendance de classe totale, hors de tous les partis bourgeois — y compris LFI. Refuser que le 4 avril soit le premier acte de la campagne présidentielle 2027.

Contre la substitution : articuler systématiquement racisme et exploitation. Montrer que le sujet de la transformation sociale est la classe ouvrière dans sa diversité réelle — pas des identités fragmentées sans rapport de production commun. Les travailleurs de Saint-Denis — employés des grandes surfaces, personnel hospitalier, ouvriers des chantiers et des entrepôts logistiques, travailleurs de la zone aéroportuaire — ont besoin de comités de travailleurs, pas de rassemblements républicains.

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## Conclusion

Malcolm X avait un mot pour décrire ceux qui luttent contre le racisme des mots tout en défendant le système qui le produit.

Bagayoko combat le racisme des regards, des insultes, des chroniqueurs de CNews. C’est un combat réel. Mais il ne touche pas à la machine. Il ne touche pas à l’État. Il ne touche pas à l’impérialisme. Il ne touche pas aux structures. Il siège dans la maison du maître, et quand la maison est attaquée, il la défend.

Le prolétariat immigré n’a rien à attendre de lui. Pas plus que le prolétariat noir américain n’avait quoi que ce soit à attendre d’Obama. Pas plus que la classe ouvrière noire sud-africaine n’avait quoi que ce soit à attendre de Mandela. Pas plus que les tirailleurs sénégalais n’avaient quoi que ce soit à attendre de Blaise Diagne.

Mais le prolétariat a tout à attendre de ceux qui, noirs comme blancs, ont combattu pour détruire le système qui produit le racisme. Malcolm X, assassiné au moment où il convergeait avec les marxistes. Fred Hampton, assassiné à 21 ans parce qu’il unissait les races sur une base de classe. C.L.R. James, qui a relié la révolution haïtienne à la révolution prolétarienne mondiale. Claude McKay, qui a porté la question noire à la tribune de l’Internationale Communiste devant Lénine. Harry Haywood, qui a fait adopter le droit à l’autodétermination des Noirs dans le cadre du Komintern.

Ces hommes étaient noirs. Bagayoko aussi est noir. La différence entre eux n’est pas la couleur de peau — c’est le camp de classe. Et c’est cette vérité-là que l’antiracisme de Bagayoko est construit pour masquer.

Chaque Doridot, chaque Onfray, chaque éditorialiste de CNews qui animalise un homme noir ne fait qu’exprimer crûment ce que l’État français pratique quotidiennement sous des formes policées : discrimination à l’embauche, contrôles au faciès, ségrégation spatiale, surexploitation des travailleurs immigrés, pillage de l’Afrique.

Bagayoko combat le racisme des mots. Nous combattons le racisme des structures. Et les structures, c’est l’État dans lequel il siège, la République qu’il invoque, la maison dont il a les clés.

Comme dirait Malcolm : quand la maison du maître brûle, le nègre de maison pleure. Le nègre des champs, lui, se demande pourquoi il a fallu si longtemps.

**Contre le racisme — oui. Pour la lutte de classe — toujours. Les deux ensemble, ou rien.**

**Des deux côtés — du côté des maîtres comme du côté des révolutionnaires — il y a des Blancs et des Noirs. La ligne de fracture n’est pas la race. C’est la classe.**

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*Gilets Jaunes Poitiers — matierevolution.fr / matierevolution.org*

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**Sources et lectures complémentaires :**

 [La question noire et la lutte de classe](https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134)
 [Colonialisme et impérialisme français](https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2513)
 [La Françafrique, histoire d’un pillage organisé](https://www.matierevolution.fr/spip.php?article121)
 [L’antiracisme, piège ou combat ?](https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7056)
 [La question coloniale et le mouvement ouvrier](https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2021)
 [Impérialisme et oppression nationale](https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1717)
 [La fonction de la social-démocratie](https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316)
 [Luttes sociales et prolétariat immigré](https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7864)
 [Mitterrand et la Françafrique](https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3579)
 [Le Rwanda et la responsabilité française](https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2258)
 [L’État français et ses guerres](https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8684)
 [Impérialisme français contemporain](https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8658)
 François-Xavier Verschave, *La Françafrique, le plus long scandale de la République*, Stock, 1998
 François-Xavier Verschave, *Complicité de génocide ? La politique de la France au Rwanda*, La Découverte, 1994
 C.L.R. James, *Les Jacobins noirs*, 1938
 George Breitman (éd.), *Malcolm X Speaks*, Merit Publishers, 1965
 Mélenchon sur Mitterrand : [vidéo 1](https://www.youtube.com/watch?v=0o2pGBZdMMg) — [vidéo 2](https://www.youtube.com/watch?v=KpqO9Af0Z1Q)

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