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Le racket fiscal de l’Etat français ou de l’UE : une arme de guerre contre la classe ouvrière

jeudi 19 mars 2026, par Alex, Waraa

Le racket fiscal de l’Etat français ou de l’UE : une arme de guerre contre la classe ouvrière

La guerre est un racket (général Butler, 1935)

« La guerre est un racket » (en anglais War is a Racket), dénonçait à juste titre en 1935 le général américain Smedley D. Butler, donnant ce titre à son livre, à faire lire dans tous les cercles marxistes des lycées et Universités, sur le thème de l’antimilitarisme. Mais de tels cercles n’existent pas, ou font exception. Alors qu’en cette période électorale la gauche de la gauche (LFI) et l’extrême-gauche électoraliste (LO, NPAs, RP) profitent d’une large exposition médiatique, alors que des groupuscules comme le NPA-R se disent ouvriers, mais présentent avant tout comme candidats tête de liste des étudiants, aucun de ces partis ne mène de propagande révolutionnaire sérieuse sur ce terrain. La réaction fait son travail !, avait expliqué Blanqui dès 1848, dénonçant à juste titre les révolutionnaires de salon qui ne faisaient pas le leur.

Dans un des chapitres de son livre (intitulés : La guerre est un racket - Qui bénéficie des profits ? - Qui paie l’addition ? - Comment briser ce racket ! - Au diable la guerre !), on y lit :

J’ai aidé à rendre le Mexique, en particulier Tampico, sûr pour les intérêts pétroliers américains en 1914. J’ai aidé à faire d’Haïti et de Cuba des endroits convenables pour que les gars de la National City Bank y fasse du profit. J’ai aidé au viol[a] d’une demi douzaine de républiques d’Amérique Centrale au bénéfice de Wall Street. L’historique du racket est long. J’ai aidé à purifier le Nicaragua pour la banque internationale Brown Brothers (en) en 1909-1912. J’ai amené la lumière en République dominicaine pour les intérêts sucriers américains en 1916. En Chine je me suis assuré que la Standard Oil puisse faire des affaires sans encombres.

Wikipedia

Le fait que la guerre soit motivée par des profits est certes repris largement par des media bourgeois, et l’extrême-gauche et les directions syndicales ne font que s’aligner sur ces media, dénonçant la guerre d’une façon si vague qu’aucun mot d’ordre transitoire ne puisse être repris par les travailleurs les plus conscients et combattifs. La dénonciation du péché de la "cupidité" des impérialistes (surtout celle des étrangers américains, chinois et russes) n’est que le pacifisme des socio-patriotes. Le fait que ce terme ait disparu du vocabulaire de cette extrême-gauche est l’indice de son ralliement à l’union sacrée. Le ministre de l’intérieur Nunez a eu de fait bien raison de regrouper sous la même étiquette "extrême-gauche" les réformistes déclarés de LFI et NPA-A, les réformistes honteux de LO, NPA-R et RP.

Le racket lié à la guerre, dénoncé par le général Butler, touche de plein fouet en ce mois de mars les travailleurs de France, sous la forme du prix des carburants à la pompe.

Le litre de pétrole, à 100 ou 200 dollars le baril, est moins cher qu’on ne le croit

"Les prix flambent !", "Le baril de pétrole à 100 dollars !" : cherchant à profiter de la guerre en Asie occidentale (terme plus exact que les dénominations coloniales Proche-, ou Moyen-orient), les media bourgeois prétendent relayer les émotions "objectives" des "marchés".
Or les chiffres sont têtus. Même si le baril de pétrole passait de 100 à 200 dollars, cela ne devrait pas avoir de conséquences aussi catastrophique pour les travailleurs.

Car un baril, c’est 160 litres, et 1 euros, c’est environ 1,15 dollars. Donc à 100 dollars le baril, un litre de pétrole vaut 100/160= 63 centimes de dollars. Ajoutons 15% pour le raffinage, mais enlevons 15% pour la conversion du dollar en euros, on revient au point de départ : 63 centimes d’euros, c’est le prix coutant du litre d’essence. Pour un baril de 160 litres de pétrole à 160 dollars, on serait à 1 dollar le litre de pétrole, 1 euro le litre d’essence ; à 200 dollars le baril, un litre d’essence vaudrait à peine plus d’ 1 euro 20.

Ces chiffres sont bien connus, les Gilets jaunes ont déclenché leur mouvement sur cette question. C’est le prix usuel de l’essence à la pompe, qui depuis des décennies, est un racket de l’Etat français, pas le blocage du détroit d’Ormuz ! D’ailleurs les hydrocarbures qui passent par ce détroit vont à 80% vers l’Asie, pas chez nous.

La "guerre" est donc une aubaine pour notre Etat bourgeois, c’est une ponction brutale sur les salaires grâce aux taxes sur les carburants. Le "blocage du détroit d’Ormuz" n’était d’ailleurs pas nécessaire, notre Etat par l’intermédiaire des ses alliés (USA, GB, Ukraine) en a instauré un bien avant : en faisant sauter les tuyaux de Nord-Stream, l’UE et les USA ont décidé de bloquer "notre" détroit d’Ormuz, la Baltique. Les "sanctions contre la Russie" sont une augmentation des impôts pour les travailleurs. Ce sont les salariés que B. Lemaire voulait mettre "à genoux", pas la Russie.

Pour un litre de carburant à pas plus de 50 centimes pour les travailleurs d’Europe ! C’est un prix qui correspond à ceux du marché, il est d’ailleurs pratiqué aux USA et dans bien d’autres pays. Aucun syndicat, aucun parti de la gauche de la gauche (LFI, LO, NPAs) ne met en avant un tel mot d’ordre.

L’Etat français est bien entré en guerre contre nous. Les organisations syndicales ne mènent aucune offensive contre ce volet fiscal de la guerre impérialiste déclenchée par Israël et les USA, relayée par notre ministère des finances. Ceux qui prétendent défendre les travailleurs n’ont pas levé le petit-doigt, alors qu’en France, l’offensive anti-travailleurs principale du mois de mars, c’est bien le racket organisé à travers les carburants, et bientôt le gaz, l’électricité, encore et surtout au moyen de taxes anti-ouvrières.

Les mini-augmentations de salaires, auxquelles se cantonnent les organisations syndicales à travers les N.A.O (appuyées par l’extrême-gauche qui renomment "lutte" cette institution patronale), sont un leurre face à ce type d’offensive brutale. Les syndicats, rejoignant le marxisme sur ce point, étaient arrivés à cette conclusion avant 1914 : c’est l’abolition du salariat qui est l’objectif des révolutionnaires. Un mot d’ordre transitoire est certes l’augmentation des salaires, mais au même titre l’abolition des impôts indirects, dont font partie les taxes sur les carburants. Ce point ne faisait partie d’aucun des programmes aux élections Municipales.

Seule la perspective de la prise du pouvoir politique, l’abolition du salariat sont une perspective réaliste face à ce type d’attaque. L’atout de la classe ouvrière (à quelque chose malheur est bon) est que ce racket fiscal touche les classes moyennes appauvries : "abolition des impôts indirects" est un slogan qui permettrait à la classe ouvrière de "prendre la tête de la nation", comme Marx et Engels l’appelait à faire dans leur Manifeste en 1847 :

Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu’ils n’ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot.

Les milliards du plan "Safe" : le racket de l’UE

Le fait que le prix à la pompe n’est pas un "prix de marché" fut illustré par la ruée constatée, début mars, de voitures allemandes se précipitant en Pologne, même d’aussi loin que Berlin, pour faire le plein dans la Pologne où l’essence restait bien moins chère.

Dans cette Pologne, depuis des semaines, deux sujets qui impliquent la France font la une des media, alors qu’ils restent dans l’ombre chez nous : le partage de la bombe nucléaire française avec d’autres pays, et le plan "Safe". Ce phénomène démontre comment tous les partis politiques font tout pour mettre des oeillères nationales à la classe ouvrière. Tout parti qui comme LFI a des députés au Parlement européen sait qu’un des thèmes majeurs de discussion est celui du plan "Safe" : 150 milliards d’euros de prêts quasi-gratuits aux marchands de canons pour produire des armes !

En Pologne ce sujet est mis en avant, il divise le pays en droite et centre gauche. Le président de droite veut mettre son veto sur ces prêts, privilégiant l’alliance USA-Pologne ; le premier ministre de centre gauche rétorque, paraphrasant son homologue Macron : c’est un pognon de dingue ! D’où qu’il vienne prenons-le, c’est dans des usines polonaises faisant travailler des ouvriers polonais que ces prêts financeront. Rien n’empêchera de profiter ensuite de l’argent américain :

Le fonds européen met à disposition quelque 150 milliards d’euros afin de financer des projets dans le domaine de la défense. La Pologne, chargée de bâtir une partie du « bouclier oriental » de l’UE et de l’Otan, en est le principal bénéficiaire. Le gouvernement pro-européen de la Pologne s’est engagé vendredi à mettre en œuvre le programme Safe (Security Action for Europe) de l’Union européenne pour financer l’effort de défense à ses frontières orientales malgré le veto du président nationaliste. Le programme Safe a été décidé par les Européens pour faire face à la menace russe et au risque de désengagement américain en Europe. Ce fonds met à disposition quelque 150 milliards d’euros sous forme de prêts préférentiels afin de financer des projets en commun dans le domaine de la défense, l’achat d’armes ou de munitions et le développement d’infrastructures critiques. La Pologne, frontalière de la Russie et du Bélarus et à ce titre chargée de bâtir une partie du « bouclier oriental » de l’UE et de l’Otan, en est le principal récipiendaire avec un montant de 43,73 milliards d’euros, devant la Roumanie avec 16,68 milliards d’euros.

Le premier ministre polonais Donald Tusk revendique la paternité du programme Safe, affirmant avoir convaincu ses partenaires européens de mettre la main à la poche. Safe est un « turbo » pour l’industrie de défense nationale, selon lui, pas moins de 12.000 entreprises polonaises devant directement ou indirectement en bénéficier. Pour le président nationaliste Karol Nawrocki et ses alliés conservateurs du parti PiS (Droit et justice), principale formation d’opposition, Safe est au contraire un cheval de Troie permettant à Bruxelles et à l’Allemagne d’orienter les choix stratégiques de Varsovie. La droite craint par ailleurs de s’aliéner Washington avec des achats d’armement prioritairement européens, aux dépens des fournisseurs américains. (...) Le gouvernement a tiré à boulets rouges sur le président après son veto, faisant assaut d’accusations infamantes pour cet historien obsédé par les dettes de sang des voisins de la Pologne à son égard, qu’il s’agisse de l’Allemagne, de l’Ukraine ou de la Russie. Le camp de Donald Tusk a ainsi dénoncé « un acte de trahison nationale » et le Premier ministre lui-même a ironisé sur une décision que seuls « les journaux russes ont compris ».

Le Figaro - International - 16 mars 2026

Traduction : La gauche polonaise propose de financer une "aristocratie ouvrière" patriote, au service des guerres impérialistes.
Ces arguments de la gauche polonaises fonctionnent, car pour la Pologne, l’UE, c’est incontestablement la poule aux oeufs d’or : investissements massifs dans les infrastructures, transports, communications etc. Le développement que connut la France des années 50-60, la Pologne l’a connu récemment.

Bien sûr, ce "développement", c’est au profit des multinationales allemandes et françaises.

Mais en Pologne comme en France, les hôpitaux sont en ruine. Cette question pourrait faire l’ union entre les travailleurs de France et de Pologne : les 150 milliards de l’UE, c’est dans les hôpitaux, les écoles qu’il faut les investir, pas dans l’armement. En France, ces 150 milliards du plan Safe, aucun parti n’en a fait un sujet de campagne électorale, alors qu’ils font partie de ce cadeaux au patronat que les syndicats dénoncent en parole !

Aux élections Municipales les citoyens de l’UE pouvaient être candidats, les partis d’extrême-gauche comme LO, les NPA-s, LFI ont choisi de mettre sur leur liste, de fait "des Français d’abord". Car ces institutions européennes, elles les financent à travers les députés, des organisations syndicales comme l’OIT etc. La notable bourgeoise Marina Mesure, soi-disant militante CGT du BTP, de fait une des égéries LFI de JL Mélenchon tout comme Clémence Gaité, incarne la fusion des sommets des appareils réformistes avec les institutions bourgeoises nationales ou européennes, se vautrant dans l’argent que la bourgeoisie donne à la "République sociale". Ce financement du social-patriotisme fut définitivement instauré par l’Union sacrée en 1914 et la création de l’OIT en 1919 (Traité de Versailles !).

Si des groupuscules comme LO ou le NPA-R, qui se veulent l’aile révolutionnaire des appareils (le "camp des travailleurs" de LO) commençaient à dénoncer cet argent de la corruption qui arrose LFI, la CGT, SUD-Solidaires etc, des porte-parole comme Gaël Quirante, JP Mercier, perdraient leur chasuble de "délégué central SUD", qui leur ouvre les portes des pires media bourgeois ! Ce ne serait rien ? Oui, c’est ce que des travailleurs révolutionnaires diraient simplement, mais c’est la fin du monde pour des bureaucrates réformistes, un signe démontrant que les militants de ces organisations construisent des petites boutiques réformistes, fixant pour objectif à leur parti la conquête de centaines de postes de cadres moyens des appareils, payant de mots leurs militants, qui face aux scores proches de 0 % au élections municipales se voient dire : les travailleurs manquent de conscience, nos 0% sont la preuve que vous êtes les nouveaux bolchéviks !

Conclusion

Comment cette actualité aurait-elle dû s’insérer dans une campagne électorale réellement révolutionnaire ?

Outre les questions économiques, un racket politique énorme a été couvert par l’extrême-gauche : le fait que des lois électorales ont abouti à la généralisation des candidatures de "listes", interdisant de fait les candidatures individuelles. Résultat, dans 2/3 des communes, des maires ont été élus au premier tour avec 100% des voix car une seule liste existait ! Ils ne font pas mieux en Corée du Nord, où un maximum de 99% est imposé. Pas étonnant que c’est l’abstention qui soit "le premier parti de France".

Les principes de Lénine et Trotsky à propos de la participation des partisans de la révolution prolétarienne aux élections, n’ont été suivi par aucun des partis qui prétendent (dans leurs congrès confidentiels) s’en inspirer (LO, NPA-R, RP), il suffit de les lire :

[ainssi] le devoir historique immédiat de la classe ouvrière est-il d’arracher ces appareils aux classes dirigeantes, de les briser, de les détruire et de leur substituer les nouveaux organes du pouvoir prolétarien. L’état-major révolutionnaire de la classe ouvrière est d’ailleurs profondément intéressé à avoir dans les institutions parlementaires de la bourgeoisie des éclaireurs qui faciliteront son œuvre de destruction. (...)

Les Parlements bourgeois, constituant un des principaux appareils de la machine gouvernementale de la bourgeoisie, ne peuvent pas plus être conquis par le prolétariat que l’Etat bourgeois, en général. La tâche du prolétariat consiste à faire sauter la machine gouvernementale de la bourgeoisie, à la détruire, y compris les institutions parlementaires, que ce soit celles des Républiques ou celles des monarchies constitutionnelles.

Il en est de même des institutions municipales ou communales de la bourgeoisie, qu’il est théoriquement faux d’opposer aux organes gouvernementaux. A la vérité, elles font aussi partie du mécanisme gouvernemental de la bourgeoisie : elles doivent être détruites par le prolétariat révolutionnaire et remplacées par les Soviets de députés ouvriers. (...)

Les communistes, s’ils obtiennent la majorité dans les municipalités, doivent : (...) remplacer, dans certaines circonstances, les municipalités par des Soviets de députés ouvriers. Toute l’action des communistes dans les municipalités doit donc s’intégrer dans l’œuvre générale de désagrégation du système capitaliste

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