Accueil > 01 - Livre Un : PHILOSOPHIE > Matière à philosopher ? > En sciences, il faut imaginer le monde...
En sciences, il faut imaginer le monde...
lundi 23 mars 2026, par ,
En sciences comme en philosophie et dans la vie quotidienne, il faudrait réhabiliter l’imagination, une fonction cérébrale fondamentale de l’intelligence humaine et des sentiments de notre espèce, très largement décriée, dévalorisée, niée et oubliée
L’imagination a souvent été assimilée à des constructions mentales fantasmagoriques, des dragons, des sorcières et autres maléfices, allant jusqu’aux constructions de mondes imaginaires et aux divagations religieuses. Du coup, la philosophie scientifique et dialectique s’en est écarté pour prôner une philosohie du réel. Mais l’imagination est seulement le contraire dialectique de la pensée raisonnant sur le monde réel et donc inséparable d’elle. Sans imagination, l’abstraction est impossible, la mémoire aussi. Les concepts scientifiques et philosophiques, l’écriture, les mathématiques, l’art, l’apprentissage, les rêves, la créativité, les inventions et bien d’autres choses encore sont des produits de l’imagination humaine.
Ceux qui nient le rôle de l’imagination pensent que la science permet la connaissance directe du réel. Ils se disent : « le monde réel, je le touche, je le vois, je le mesure, je le sens, je le teste avec des instruments. » La Physique contemporaine a montré depuis longtemps que ce n’est qu’une illusion. On ne voit rien directement, on ne touche rien directement, on ne sent rien directement, on n’observe rien directement. Même deux matières ne se touchent pas directement. Les fermions n’échangent que par l’intermédiaire de bosons. Ils ne peuvent pas se toucher, deux fermions étant incapables d’être au même moment dans la même position. Plus ils s’approchent, plus il leur est difficile de se rapprocher (inégalités d’Heisenberg et force de répulsion du principe de Pauli). Quand elles s’approchent, les particules peuvent devenir indiscernables mais elles ne peuvent pas être toutes deux au même endroit. La matière n’a connaissance d’une autre matière qu’à distance et pas directement par des intermédiaires. Les liaisons aussi se font par des intermédiaires. La matière que l’on dit compacte ne l’est pas réellement. Quant à l’homme, ses expériences et observations agissent sur la matière au point qu’elles la modifient. Les expériences quantiques démontrent que la matière mesurée n’est plus la matière que l’on voulait mesurer. Cela ne veut pas dire que l’on ne sait rien mais que les principes de Zénon agissent à l’échelle quantique. Il en résulte que nous devons imaginer une compréhension de la particule et que cette compréhension ne peut provenir directement de l’observation. D’ailleurs, elle a commencé à être imaginée, une particule étant finalement un nuage d’une multitude de couples particule-antiparticule éphémères. On conviendra qu’il fallait beaucoup d’imagination pour en arriver là puisque personne ne peut observer directement une particule ou une antiparticule virtuelle éphémère !
Bon ! Cela va au niveau quantique ! Mais à l’échelle du monde où nous vivons tous les jours, en est-il de même ?
Est-ce que les êtres humains entrent directement en contact avec leur petit monde ? Pas du tout ! Nous n’avons pas le contact avec les pensées des autres êtres humains ou des animaux domestiques qui nous entourent. Nous ne savons même pas tout ce qui se passe dans notre propre tête. Nous sommes contraints d’imaginer ce qui nous fait agir sans être sûrs d’avoir raison.
La science, pour se développer, a eu besoin de s’éloigner de la philosophie, de la croyance, des mythes, des imaginations invraisemblables qui lui barraient le chemin. Du coup, la pensée scientifique a eu besoin de se détâcher d’abord de l’imagination. Mais, ensuite, elle a eu besoin d’y retourner pour se proposer des hypothèses à vérifier, des expériences à faire, des concepts dont il fallait vérifier la validité, des quantités à mesurer, etc. La nature n’a pas proposé directement ces paramètres, ces expériences, ces mesures, ces vérifications, ces raisonnements de la science. C’est l’esprit humain qui l’a fait et il lui a fallu de l’imagination.
Cela ne veut pas dire que nous vivons dans un monde imaginaire ou complètement fabriqué par notre imagination. Pas plus que les particules éphémères soient virtuelles au sens où elles ne seraient pas une réalité.
C’est parce que l’univers est dialectiquement contradictoire de manière intrinsèque (et non par l’erreur de notre perception ou de notre compréhension, ni du fait de nos observations) que l’imagination est indispensable car il s’agit d’apprender ce qui est contradictoire, donc contraire à la logique formelle, sans tomber pour autant dans l’agnosticisme (affirmation selon laquelle le monde est définitivement incompréhensible à l’entendement humain). Il s’agit d’intégrer la philosophie dialectique à l’ensemble de la science, des sciences physiques, chimiques, biologiques, humaines, sociologiques, historiques et préhistoriques.
L’imagination n’est que le contraire dialectique de la conscience et du rationnel et il ne s’agit donc pas de choisir entre les deux mais de les associer.
L’imagination n’est nullement le contraire diamétral du matérialisme, de la science, de l’expérience, du raisonnement scientifique.
Pour construire une image scientifique du fonctionnement du monde, il ne suffit pas d’observer, d’expérimenter, de calculer, de raisonner. Il faut imaginer une théorie qui colle avec tout cela et c’est souvent par une construction mentale complètement intérieure, imaginée par le savant, que l’on y parvient. Mais la démarche scientifique n’en reste bien entendu pas à cette première image, elle la vérifie ensuite par la cohérence avec la théorie, avec l’expérience, avec le raisonnement. Seule la confrontation avec la réalité conclut sur la validité des théories imaginées.
La pensée sans imagination est simple routine, répétition de formules apprises, de connaissances reconnues mais sans se les assimiler personnellement, simple utilisation de méthodes toutes faites sans acquisition de leur compréhension personnelle, sans possibilité d’améliorer ou de transformer la théorie. Dans ce dernier but, il faut s’autoriser à ne pas penser comme avant, pas comme tout le monde, pas en suivant le consensus des savants précédents, pas en obéissant aux autorités. Il faut être prêt à heurter les apparences, à aller en sens inverse du courant de pensée dominant, des vérités reconnues jusque là, non pas pour se singulariser mais parce que des problèmes subsistent qui n’ont pas été résolus.
L’imagination, c’est quand le cerveau s’autorise à aller hors des sentiers battus, à faire des voyages a priori impossibles, à concevoir des mondes illogiques en apparence. Toute la science a progressé ainsi. Quand Einstein, pour ne prendre qu’un exemple, a affirmé que la lumière, ce sont des corpuscules (les photons), c’est un peu comme s’il avait dit qu’on va traverser la Terre en train en passant par le noyau. Cela ne paraissait pas plus vraisemblable. Tout le monde savait (toujours le consensus des savants) que la lumière c’est des ondes, alors que la matière ce sont des corpuscules ! C’était purement imaginaire ! Et quand la physique quantique a conclu que matière et lumière étaient à la fois des ondes et des corpuscules, c’est un peu comme si elle avait dit que l’homme est à la fois mort et vivant, à la fois ici et ailleurs, à la fois présent et absent, à la fois tel homme et tel autre, à la fois homme et femme, ce genre de choses assez inattendues, vous voyez… Il faut pas mal d’imagination pour accepter… les contradictions de la réalité afin de les concevoir par la pensée ! Et l’imagination n’est pas seulement art, poésie, peinture, rèveries, mais aussi théorie, pensée et philosophie scientifiques.
L’imagination est une fonction cérébrale fondamentale de l’intelligence humaine…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4929
La part de l’inconscient et de l’irrationnel dans la formation de la pensée
https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique165
Rôle de l’inhibition et de l’inconscient, de la logique et de l’absurde, du rationnel et de la fable dans la formation de l’intelligence
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1528
Réel et Rationnel, deux mondes ou un seul ?
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5085
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3035
L’homme ou l’espèce fabulatrice ?
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5225
L’énigme du réel
https://www.matierevolution.org/spip.php?article5323
La dialectique de la pensée humaine
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9016
Sciences et imagination
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3072
Le fondateur de la pensée scientifique, Bacon, reconnaissait le rôle de l’imagination
« Bacon divise ainsi le savoir humain selon les facultés de mémoire, d’imagination et de raison… »
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6414
Bacon :
« L’imagination a été donnée à l’homme pour compenser ce qu’il n’est pas ; le sens de l’humour pour le consoler de ce qu’il est. »
« Ce sont de mauvais explorateurs qui pensent qu’il n’y a pas de terre, alors qu’ils ne voient que la mer. »
« On peut en tirer un autre argument d’espoir : certaines inventions déjà connues sont telles qu’avant leur découverte, il aurait été difficilement concevable ; elles auraient été tout simplement jugées impossibles. Car, lorsqu’ils conjecturent sur le futur, les hommes se basent sur le passé et imaginent le nouveau avec une imagination influencée par le passé ; or, cette manière de se forger une opinion est très erronée, car les sources de la nature ne coulent pas toujours dans leur lit originel. »
« L’entendement humain est touché par les choses qui le frappent et pénètrent l’esprit simultanément et soudainement, et qui emplissent ainsi l’imagination ; et alors il feint et suppose que toutes les autres choses sont d’une manière ou d’une autre, bien qu’il ne puisse voir comment, semblables à ces quelques choses qui l’entourent. »
« La vérité peut sans doute valoir une perle, qui brille de mille feux le jour ; mais elle n’atteindra jamais le prix d’un diamant ou d’un escarboucle, qui resplendissent sous différentes lumières. Un soupçon de mensonge procure toujours du plaisir. Quelqu’un doute-t-il que, si l’on ôtait aux hommes leurs vaines opinions, leurs espoirs illusoires, leurs estimations erronées, leurs imaginations débridées et autres fantaisies, il ne resterait pas dans l’esprit de certains un esprit appauvri, empli de mélancolie et de malaise, et déplaisant à eux-mêmes ? »
Hegel et l’imagination
« La véritable conscience de soi comprend les moments de mémoire, d’imagination et de raison. »
Hegel : « La pensée spéculative consiste seulement en ceci, que la pensée tient la Contradiction, et, dans la Contradiction, elle-même, et non en ce qu’elle se laisse dominer par elle - comme il arrive à l’imagination - ou laisse ses déterminations se résoudre en autre, ou en Rien. »
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7474
Comme c’est souvent le cas, Hegel n’emploie pas le mot « imagination » au sens que tout le monde emploie.
« La pensée spéculative consiste uniquement en ceci : la pensée s’accroche à la Contradiction, et, dans la Contradiction, elle-même, et non en ce qu’elle se laisse dominer par elle – comme cela arrive à l’imagination – ou qu’elle laisse ses déterminations se résoudre en autre, ou en Néant.
Hegel nous explique d’abord comment l’Imagination pense, et par Imagination (nous l’avons vue il y a quelques minutes), Hegel entend la pensée qui ne traite que de ce qui est familier. Remarquez le terme qu’il emploie : Imagination. À première vue, cela semble incongru. Mais je pense qu’il veut l’opposer à la méthode scientifique, à l’analyse.
En tout cas :
Ainsi, bien que l’imagination ait partout la contradiction pour contenu, elle n’en prend jamais conscience ; elle reste un reflet extérieur, qui passe de la ressemblance à la dissemblance… Elle maintient ces deux déterminations extérieures l’une à l’autre et n’a à l’esprit que celles-ci, et non leur transition, qui est la matière essentielle et contient la contradiction.
L’imagination perçoit une multitude de choses, les distinguant par leurs similitudes et leurs différences, une variété infinie. La réflexion, la compréhension, les relie et révèle leurs contradictions.
Ce n’est donc pas un défaut, une imperfection, une insuffisance qu’une chose recèle une contradiction. C’est là son essence même.
En revanche, la réflexion intelligente, si l’on peut dire, consiste à comprendre et à énoncer la contradiction. Elle n’exprime pas le concept des choses et de leurs relations et ne dispose que de déterminations de l’imagination quant à leur matière et leur contenu ; mais elle les met néanmoins en relation, et cette relation contient leur contradiction, permettant ainsi à leur concept de se manifester à travers elle.
Hegel maudit ceux pour qui l’idéal réside dans leur propre imagination et leurs propres caprices. Comme il les déteste ! Pour lui, l’idée est si intimement liée au réel qu’on ne peut les dissocier. L’idéal véritable d’aujourd’hui est le réel de demain. Et c’est ainsi que se meuvent la vie et la logique.
André Breton
« L’imagination, c’est l’art de donner vie à ce qui n’existe pas, de persuader les autres d’accepter un monde qui n’est pas vraiment là. Il n’est de plaisir qu’en imagination. »
« Chère imagination, ce que j’aime surtout en toi, c’est que tu ne pardonnes pas. »
« L’imaginaire, c’est ce qui tend à devenir réel. »
« L’homme, ce rêveur définitif. »
« La seule imagination me rend compte de ce qui peut être, et c’est assez pour lever un peu le terrible interdit. »
« Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, de surréalité, si l’on peut ainsi dire. »
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6589
La pensée humaine dépasse-t-elle la nature, est-elle seulement son reflet, ou bien dépend-elle d’un monde différent, celui de l’esprit ?
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5061
L’imagination et le rêve
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5669
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2700
L’humanité, ce peuple du rêve...
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5146
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3953
Diderot :
« Le poète a reçu de la nature la qualité qui distingue l’homme de génie : l’imagination. »
« Ai-je rencontré un beau trait, je me promets de leur (à mes amis) en faire part. Ai-je sous les yeux quelque spectacle enchanteur, sans m’en apercevoir je médite le récit pour eux. Je leur ai consacré l’usage de tous mes sens et de toutes mes facultés ; et c’est peut-être la raison pour laquelle tout s’exagère, tout s’enrichit un peu dans mon imagination et dans mon discours. Ils m’en font quelquefois un reproche ; les ingrats ! »
« Quand on écrit, faut-il tout écrire ? Quand on peint, faut-il tout peindre ? De grâce, laissez quelque chose à suppléer par mon imagination ! »
« La nuit met l’imagination en jeu. »
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6977
Freud :
« Après tout, nous n’avons pas inventé le symbolisme ; c’est une activité universelle et ancestrale de l’imagination humaine. »
« Car il existe un chemin de retour de l’imagination à la réalité, et ce chemin, c’est l’art. »
« Le rêve ne pense ni ne calcule ; d’une manière générale il ne juge pas : il se contente de transformer. »
« Je ne peux envisager sereinement une vie sans travail ; le travail et le libre jeu de l’imagination sont pour moi une seule et même chose, je ne trouve de plaisir dans rien d’autre. »
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6485
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6314
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1489
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1490
Spinoza :
« Les imaginations de l’esprit indiquent plus les affects de notre Corps que la nature des corps extérieurs. »
« L’esprit, autant qu’il le peut, s’efforce d’imaginer ce qui augmente ou aide la puissance d’agir du Corps. »
« Nous voyons donc que toutes les notions dont use ordinairement le vulgaire pour expliquer la nature ne sont que des manières d’imaginer, et n’indiquent la nature d’aucune chose, mais seulement l’état de l’imagination ; et puisqu’elles ont des noms qui se donnent pour ceux d’étants existant hors de l’imagination, je les appelle des étants non de raison, mais d’imagination. »
« Et ici, pour commencer à indiquer ce qu’est l’erreur, je voudrais que vous notiez que les imaginations de l’Esprit considérées en soi, ne contiennent pas d’erreur, autrement dit, que l’Esprit, s’il se trompe, ce n’est pas parce qu’il imagine, mais c’est seulement en tant qu’on le considère manquer d’une idée qui exclue l’existence des choses qu’il imagine avoir en sa présence. »
« L’esprit, autant qu’il le peut, s’efforce d’imaginer ce qui augmente ou aide la puissance d’agir du Corps »
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1488
https://books.openedition.org/enseditions/8621?lang=fr
La science, ce sont seulement des faits ?
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3443
Notre espèce a besoin d’imagination
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1524
Le physicien Max Planck dans « Initiations à la Physique » :
« Il serait ensensé au plus haut point de s’imaginer que les lois concernant l’origine et l’évolution des idées scientifiques pourront jamais se laisser réduire en formules exactes applicables à la prédiction de l’avenir de la science. En dernière analyse, toute idée nouvelle procède, en effet, de l’imagination créatrice de son auteur ; c’est pourquoi toute recherche, même en mathématiques, la plus exacte pourtant de toutes les sciences, contient toujours quelque part un élément irrationnel, cet élément étant essentiellement inhérent à la notion même de personnalité. »
Le physicien Einstein dans « L’évolution des ides en physique » :
« D’autre part, il ne faudrait pas s’imaginer que, même dans la plus exacte de toutes les sciences, on puisse faire des progrès en ses passant d’une conception générale de l’Univers, c’est-à-dire en définitive d’hypothèses indémontrables. (...) Ce que l’on ne voit pas, c’est à quel point la difficulté pour faire progresser la science, c’est que le savant ait la ténacité de maintenir son point de vue. (...) Bien plus, l’austère recherche de la science ne peut progresser que par le libre jeu de l’imagination. Qui ne peut, à l’occasion, ne serait-ce qu’une fois, concevoir des choses apparemment contraires à la loi causale, jamais n’enrichira la science d’une idée nouvelle. »
Einstein :
« L’imagination est plus importante que le savoir. »
« La logique vous mènera de A à B. L’imagination vous emmènera partout. »
« L’imagination est primordiale. Elle est un avant-goût des plaisirs à venir. »
« Le don de l’imaginaire a compté davantage pour moi que mon talent pour absorber les connaissances positives. »
En physique quantique, le problème a été d’imaginer…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1999
En sciences, il faut aussi qu’intervienne l’imagination humaine, l’inconscient même, le rêve. Les lois de Maxwell ne découlent pas directement des observations ni des idées de ses prédécesseurs mises bout à bout, pas plus que les idées de Darwin, d’Einstein, de Planck, de Broglie, de Prigogine ou de Feynman, pour ne citer que ceux-là. Ce ne sont pas les seules connaissances qui les ont guidés mais ils ont construit des voies et moyens totalement novateurs, des nouvelles démarches, des nouvelles manières de poser les problèmes, avant de demander aux observations si leurs thèses pouvaient se vérifier.
Or, l’imagination humaine, l’invention, le rêve, l’innovation, l’inconscient comme le conscient, la création, ce ne sont pas des qualités des robots, des Big Data, de l’informatique. Demandez à n’importe quelle machine : « Vous rêvez, que voyez-vous ? », il va répondre en cherchant tout ce que d’autres êtres humaines ont rêvé précédemment et… c’est tout ! Et c’est bien peu s’agissant de rêver de nouvelles idées scientifiques…
Le robot ne rêve pas, n’écoute pas son inconscient, ne développe pas son imagination, ne construit pas des scénarios virtuels de manière non pilotée par le système central, contrairement à l’homme.
Chez l’homme, la conscience ne pilote pas tout. Le cerveau peut explorer des « hypothèses absurdes », contraires à la logique, au bon sens et même à la raison, toutes les nuits dès qu’il rêve et même le jour chez les humains particulièrement « dans leur tête ». Pas le robot ! Aucune sorte de robot et jamais !
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4965
Le grand physicien Feynman : « L’expérience est le seul juge de la « vérité » scientifique. Mais quelle est la source de la connaissance ? D’où viennent les lois à tester ? L’expérience, elle-même, aide à produire ces lois, dans le sens où elle nous donne des indices. Mais il faut aussi de l’imagination pour créer à partir de ces indications les grandes généralisations : deviner les motifs merveilleux, simples, mais très étranges, puis expérimenter pour vérifier à nouveau si nous avons bien deviné. Ce processus d’imagination est si difficile qu’il existe une division du travail en physique : il existe des physiciens théoriciens qui imaginent, déduisent, et devinent de nouvelles lois, mais n’expérimentent pas ; et puis il y a des physiciens expérimentaux qui expérimentent, imaginent, déduisent et devinent. »
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5072
Le philosophe Feuerbach : « Certes, les produits de l’imagination sont aussi ceux de la nature, car la puissance de l’imagination, pareille aux autres forces humaines, est en dernière analyse (zuletzt) par son essence même et ses origines, une force de la nature ; l’homme est néanmoins un être différent du soleil, de la lune et des étoiles, des pierres, des animaux et des plantes, différent, en un mot, de tout ce qui est (Wesen) et à quoi il applique le terme général de nature. Les représentations (Bilder) que se fait l’homme du soleil, de la lune, des étoiles et de tout ce qui est la nature (Naturwesen), sont donc aussi des produits de la nature, mais d’autres produits qui diffèrent des objets qu’ils représentent. ».
« Est ce qu’un homme n’est pas pour un autre, même pour l’homme le plus proche, un objet d’imagination, un objet de représentation ? »
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2773
Le travail humain de l’abstraction nécessite l’imagination…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2494
Personne ne voit sous yeux, même lors de l’expérience la plus ingénieuse et bien montée, agir l’énergie cinétique ou le potentiel, ni même la masse et la charge ! Ces paramètres ne sont pas des faits, ne sont pas des objets naturels, ne sont pas des résultats directs de l’observation mais des produits du raisonnement humain et d’abord des créations de l’imagination des hommes. S’ils sont aujourd’hui à la rationalité de notre époque, ils ont à un moment ou à autre dus être inventés, c’est-à-dire se heurter à la rationalité des hommes d’une époque précédente.
Il suffit de remarquer que la physique contemporaine donne comme fondement à l’ensemble de l’univers matériel l’espace vide qui pourtant n’est observé et connu que depuis un tout petit nombre d’années. Les théories sur le vide sont encore plus récentes et encore peu connues, y compris de l’ensemble des physiciens qui ne travaillent pas précisément dans ce domaine. C’est dire que le fondement des sciences lui-même n’est pas si largement diffusé que le ferait croire une image très rationaliste des sciences physiques.
La découverte a besoin elle aussi de cette dimension irrationnelle de la pensée humaine, aussi bien pour proposer des solutions aux grands problèmes de sciences (les réponses folles dont parlait Einstein) que pour fonder des concepts nouveaux dont on n’avait pas encore idée et qui ne peuvent naître qu’à l’aide de l’imagination humaine, l’observation et la mesure ne permettant de mesurer et d’observer que des choses que l’on a préalablement imaginé de mesurer et d’observer. Encore une fois, l’expérience scientifique doit être pensée avant d’être réalisée et parfois même le simple fait d’avoir été pensée donne une réponse sans même avoir réalisé l’expérience.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2832
Le physicien Feynman : « Notre science demande des prodiges d’imagination. Le degré d’imagination nécessaire est bien plus élevé que celui exigé par certaines des idées anciennes. Les idées modernes sont bien plus difficiles à imaginer. Et cependant nous nous servons d’un grand nombre d’outils. Nous nous servons d’équations et de règles mathématiques, et nous faisons beaucoup de dessins. Je réalise maintenant, qu’en parlant du champ électromagnétique dans l’espace, je vois une sorte de superposition de tous les diagrammes que j’en ai toujours vus tracés. Je ne vois pas courir des faisceaux de lignes de champ, car cela m’inquiète de penser que si je courais à une vitesse différente, ces faisceaux disparaîtraient… »
« Tout le problème de l’imagination en sciences est souvent incompris de ceux qui pratiquent d’autres disciplines. Ils essayent de mettre à l’épreuve notre imagination de la façon suivante. Ils disent, « voici un dessin de certaines personnes dans une certaine situation. Comment imaginez-vous ce qui va se produire ensuite ? » Quand nous disons, « je ne peux pas imaginer », ils peuvent penser que nous avons une bien faible imagination. Ils négligent le fait que tout ce qui nous est permis d’imaginer en sciences doit être compatible avec tout le reste de nos connaissances, que les champs électriques et les ondes dont nous parlons ne sont pas simplement d’heureuses idées que nous sommes libres d’inventer, mais des idées qui doivent être compatibles avec toutes les lois connues de la physique. Nous ne pouvons nous laisser à imaginer sérieusement des choses qui sont de toute évidence en contradiction avec les lois connues de la nature. C’est ainsi que notre type d’imagination est un jeu bien difficile. On doit avoir de l’imagination pour penser à quelque chose qui n’a jamais été vu avant, jamais entendu avant. Mais en même temps, ces pensées sont restreintes dans un corset rigide, pour ainsi dire, et limitées par les conditions qui résultent de notre connaissance de la nature telle qu’elle est réellement.
Le problème de la création de quelque chose de neuf, mais compatible avec tout ce qui est déjà connu, est d’une extrême difficulté… »
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3573
Le physicien Lee Smolin : « La science a besoin de visionnaires. »
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3850
Le physicien Einstein : « L’importante invention du champ électromagnétique fait son apparition. Il fallait une imagination scientifique hardie pour réaliser pleinement que ce n’est pas le comportement des corps, mais le comportement de quelque chose qui se trouve entre eux, c’est-à-dire le champ, qui pourrait être essentiel pour ordonner et comprendre les événements...
L’image représentative physique doit, a priori, satisfaire à la condition, imposée par la logique, d’être exempte de contradiction interne entre ses diverses parties. Une fois cette condition remplie, toute liberté est laissée à l’artisan dans son travail descriptif. Il jouit d’une autonomie complète et il n’a besoin d’imposer aucune contrainte à son imagination. Ceci ne va pas, bien entendu, sans entraîner une forte dose d’arbitraire et d’incertitude ; c’est pourquoi la tâche du physicien est beaucoup plus difficile qu’il ne pourrait le paraître au premier abord à des esprits simplistes.
Le libre pouvoir spéculatif du savant s’introduit déjà, dès sa première démarche qui consiste à intégrer dans le domaine d’une loi uniquele résultat de mesures qui lui sont données séparément et sans coordination. Cette tâche est analogue à celle qui consiste à relier par une courbe un certain nombre de points isolés et l’on sait qu’il existe une infinité de courbes passant par chacun de ces points. »
Le physicien Max Planck : « Nous sommes donc en présence d’une démarche intellectuelle, pour laquelle aucune logique n’est suffisante. S’il veut l’accomplir avec succès, le physicien devra posséder deux qualités : une connaissance approfondie de son sujet et une imagination créatrice puissante. Il lui faut, en effet : premièrement, être familier avec toutes sortes de mesures et, secondement, avoir une acuité intellectuelle suffisante pour rapprocher deux mesures différentes sous un point de vue commun.
Toute hypothèse féconde surgit de la combinaison de deux représentations sensibles, de nature différente. L’histoire nous offre de nombreux exemples de ces rapprochements : c’est d’abord Archimède rapprochant la perte de poids de la couronne d’or du tyran de Syracuse quand elle était immergée. C’est Newton, rapprochant la chute d’une pomme du mouvement de la Lune autour de la Terre. Plus tard, c’est Einstein, rapprochant le mouvement d’un corps soumis à la gravitation, situé dans une enceinte en état de repos, d’un corps soumis à la gravitation, situé dans une enceinte en état de repos, d’un corps échappant à la gravitation et se trouvant dans une enceinte qui se déplace vers le haut avec un mouvement accéléré. Enfin Bohr rapprocha le mouvement d’un électron autour d’un noyau atomique du mouvement des planètes autour du soleil. Il serait intéressant de suivre, à propos de chaque hypothèse importante de la physique, le détail des rapprochements d’idées auxquels elles ont dû leur naissance…
Il y a un fait très remarquable qui n’est pas sans rapport avec cet état de choses : c’est que le progrès de la physique n’est pas une évolution continue au cours de laquelle nos connaissances s’approfondiraient et s’affineraient peu à peu ; il a au contraire un caractère discontinu et, en quelque sorte, explosif.
L’apparition de chaque hypothèse nouvelle provoque comme une éruption subite ; elle est un saut dans l’inconnu, inexplicable logiquement. Ensuite sonne l’heure d’une théorie nouvelle qui, une fois venue au monde, se développe d’une façon continue ; mais toujours, en subissant plus ou moins des contraintes extérieures, son sort étant, en fin de compte, réglé par les mesures. Tant que ces dernières lui demeurent favorables, l’hypothèse jouit d’une considération de plus en plus générale ; mais des difficultés viennent-elles à surgir quelque part à propos de l’interprétation du résultat de mesures, les doutes, les critiques et la méfiance ne tardent pas à s’élever de toutes parts…
Contrairement à ce que l’on soutient volontiers dans certains milieux de physiciens, il n’est pas exact que l’on ne puisse utiliser, pour l’élaboration d’une hypothèse que des notions dont le sens puisse, a priori, être défini par des mesures, c’est-à-dire, indépendamment de toute théorie. En effet, premièrement, toute hypothèse, en tant que partie constituante de l’image représentative de l’univers, est un produit de la spéculation libre de l’esprit humain et, secondairement, il n’y a absolument aucune grandeur qui puisse être mesurée directement. Une mesure ne reçoit, au contraire, son sens physique qu’en vertu d’une interprétation qui est le fait de la théorie…
Jamais des mesures ne pourront confirmer ni infirmer directement une hypothèse, elles pourront seulement en faire ressortir la convenance plus ou moins grande. »
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5085
Comment Voltaire se représente l’imagination…
https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/IMAGINATION,_IMAGINER
Une tentative de définition
https://fr.wikisource.org/wiki/Cours_de_philosophie/Le%C3%A7on_XXVI._L%27imagination
Gaston Bachelard est le plus grand philosophe scientifique de l’imagination :
« La manière dont on imagine est souvent plus instructive que ce qu’on imagine. »
« L’imagination n’est pas, comme le suggère l’étymologie, la faculté de former des images de la réalité ; elle est la faculté de former des images qui dépassent la réalité, qui chantent la réalité. Elle est une faculté de surhumanité. »
« De notre point de vue très particulier, l’habitude est l’exacte antithèse de l’imagination créatrice. L’image habituelle arrête les forces imaginantes. L’image apprise dans les livres, surveillée et critiquée par les professeurs, bloque l’imagination. »
« L’imagination trouve plus de réalité à ce qui cache qu’à ce qui se montre. »
« Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton. »
« N’imagine pas qui veut ! Il ne s’agit pas d’imaginer n’importe quoi. La révolution euphorique se trouve au contraire devant cette tâche difficile qu’est l’unité d’imagination. Pour gagner cette unité d’imagination, pour avoir le schème dynamique directeur du bonheur, il faut donc revenir à l’un des grands principes de l’imagination matérielle. Ce n’est pas là une condition suffisante du bonheur, mais c’est une condition nécessaire. L’on ne peut être heureux avec une imagination divisée. La sublimation — tâche positive de l’imagination — ne peut être occasionnelle, hétéroclite, scintillante. Un principe de calme doit venir auréoler toutes les passions, même les passions de la force. »
« L’imagination créatrice a de tout autres fonctions que celles de l’imagination reproductrice. À elle appartient cette fonction de [’irréel qui est psychiquement aussi utile que la fonction du réel si souvent évoquée par les psychologues pour caractériser l’adaptation d’un esprit à une réalité estampillée par les valeurs sociales. »
https://fr.wikiquote.org/wiki/Imagination
Lénine, cité par René Crevel :
« Si l’homme était privé de sa faculté de rêver, s’il ne pouvait parfois courir en avant et contempler par l’imagination l’œuvre complète qui commence à se former sous ses mains, comment pourrait-il entreprendre et mener à leur fin lointaine la vastitude épuisante de ses travaux ? Rêvons, mais à la condition de croire sérieusement en notre rêve, d’examiner attentivement la vie réelle, de confronter nos observations avec notre rêve, de réaliser scrupuleusement notre fantaisie. Il faut rêver. Et cette sorte de rêve est malheureusement trop rare dans notre mouvement par le fait de ceux-là mêmes qui s’enorgueillissent le plus de leur bon sens et de leur exacte approximation des choses concrètes. »
Karl Marx :
« Le résultat auquel le travail aboutit, préexiste idéalement dans l’imagination du travailleur. »
« Quand une idée s’empare des masses, elle devient force matérielle. »
« Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l’abeille confond par la structure de ses cellules de cire l’habileté de plus d’un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit, préexiste idéalement dans l’imagination du travailleur. »
« Les contes réels ont la même existence que les dieux imaginaires. Un conte réel existe-t-il autrement que dans l’imagination, ne serait-ce que dans l’imagination commune de l’homme ? Apportez du papier-monnaie dans un pays où cet usage est inconnu, et tous se moqueront de votre imagination subjective. »
« Les prémisses à partir desquelles nous partons ne sont ni arbitraires, ni dogmatiques, mais des prémisses réelles dont l’abstraction ne peut se faire que par l’imagination. »
« La résurrection des morts, dans ces révolutions, servit par conséquent à magnifier les nouvelles luttes, non à parodier les anciennes, à exagérer dans l’imagination la tâche à accomplir, non à se soustraire à leur solution en se réfugiant dans la réalité, à retrouver l’esprit de la révolution et non à évoquer de nouveau son spectre… La révolution sociale du XIX° siècle ne peut pas tirer sa poésie du passé, mais seulement de l’avenir. Elle ne peut pas commencer avec elle-même avant d’avoir liquidé complètement toute superstition à l’égard du passé. Les révolutions antérieures avaient besoin de réminiscences historiques pour se dissimuler à elles-mêmes leur propre contenu. La révolution du XIX° siècle doit laisser les morts enterrer leurs morts pour réaliser son propre objet. Autrefois, la phrase débordait le contenu, maintenant, c’est le contenu qui déborde la phrase. »
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum3.htm
Imagination et rêve
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5669
Art et sciences
Messages
1. En sciences, il faut imaginer le monde..., 28 mars, 07:32, par arthur
.
Maurice Godelier : “Dans toutes les activités humaines, il y a un noyau d’imaginaire”
Denis Diderot : "Quand on écrit, faut-il tout écrire ? Quand on peint, faut-il tout peindre ? De grâce, laissez quelque chose à suppléer par mon imagination !"
Rousseau : "C’est l’imagination qui étend pour nous la mesure des possibles, et nourrit les désirs par l’espoir de les satisfaire."
Einstein : "L’imagination est plus importante que le savoir."
mais il y a aussi l’imagination absurde et purement destructive...
Par exemple, Musk se lance dans une conquête imaginaire de l’espace...