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Le mythe Adama Traoré et le slogan "désarmer la police" ne sont pas la bonne réponse

dimanche 15 février 2026, par Karob

Certaines organisations choisissent de particulariser le cas d’Adama Traore en le prenant comme symbole des meurtres causés par des policiers. Ils auraient pu choisir la mort de Nahel ou celle des deux jeunes de Clichy-sous-bois en 2005, Zyed et Bouna, ou encore celui de Zineb, une femme tuée à Marseille pendant la répression du mouvement des Gilets jaunes. Ils ont choisi Adama Traoré non seulement comme symbole des violences policières mais, pire, comme martyr et héros ! Là, c’est carrément à côté de la plaque !

Ces organisations affirment que le racisme est la raison essentielle de la violence policière mais il y a aussi des violences contre les femmes, contre les jeunes, contre les paysans, contre les salariés en lutte, contre les manifestations. Le rôle de la police est d’abord anti-social et contre-révolutionnaire. La violence policière est un produit de la lutte des classes qui ne se combat pas en se contentant de dénoncer… la police…

Désarmer la police et faire d’Adama Traoré une figure mythique, voilà ce que proclament certains :

La véritable réponse est ailleurs :

Le mythe Adama Traoré et le slogan "désarmer la police" ne sont pas la bonne réponse

Adama Traoré n’est pas un martyr… …et la police française n’est pas innocente de sa mort

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Contre la mythologie du lumpen et contre l’impunité de la violence d’État…

Pour une rupture avec la gauche bourgeoise et ses faux symboles

Il faut rompre clairement avec une imposture politique entretenue depuis des années par la gauche bourgeoise, y compris dans sa variante dite “révolutionnaire” : la mythologie Adama Traoré.

Cette imposture ne sert ni la lutte contre la police, ni la compréhension de l’État, ni l’émancipation des exploités. Elle sert la stabilisation de l’ordre existant.

Adama Traoré n’était ni un militant, ni un travailleur en lutte, ni une victime politique ciblée.
C’était un délinquant, issu du lumpenprolétariat, avec tout ce que cela implique : pratiques violentes, économie parallèle, rapports ambigus à la police, et, dans de nombreux quartiers, cohabitation fonctionnelle entre petits trafics et appareil policier.

Ce constat n’est pas moral.

Il est politique.

Toutes les morts ne produisent pas des martyrs. Et choisir un mauvais symbole est toujours une défaite de classe.

La police : bras armé de la bourgeoisie, pas institution déviante

Refuser la sanctification d’Adama Traoré ne signifie en rien défendre la police.

La police est, comme l’écrivait Karl Marx, une bande d’hommes en armes au service de la classe dominante.

Elle n’est ni neutre ni réformable : elle est un organe constitutif de l’État bourgeois.
Son rôle réel est connu :

 tolérer certaines illégalités quand elles stabilisent un territoire ;
 gérer les populations pauvres ;
 frapper quand l’ordre social est menacé politiquement.

C’est pourquoi la violence policière structurelle s’exerce avant tout contre :
— les gilets jaunes,
les paysans en lutte,
 les travailleurs en grève,
 les territoires coloniaux comme Mayotte.

La police n’écrase pas le lumpen parce qu’il dérange moralement ; elle écrase la classe exploitée quand elle s’organise.

Révolution Permanente : une gauche du capital, pas une alternative

C’est ici que le problème devient politique, et non rhétorique.

Révolution Permanente n’est pas extérieure à la gauche bourgeoise.

Elle y est structurellement liée par son intégration aux appareils syndicaux, par sa pratique de l’interpellation institutionnelle, et par son refus constant de rompre avec les médiations de l’État social.

Choisir Adama Traoré comme symbole central n’est pas une erreur de communication.

C’est un choix de classe.

Pourquoi ?

Parce que ce symbole permet :

 d’éviter la question du travail et du salariat ;
 d’éviter la critique des syndicats comme rouages de gestion de la force de travail ;
 d’éviter l’affrontement avec l’État bourgeois dans ses formes “sociales” et “progressistes”.

Choisir Adama Traoré permet une critique morale, individualisée, déconnectée de la production, parfaitement compatible avec :
 les directions syndicales,
 les institutions,
 la gauche parlementaire.

C’est une critique sans rupture, donc inoffensive.

Une confusion volontaire : effacer la hiérarchie politique des violences

La gauche bourgeoise refuse une distinction pourtant décisive.

Adama, ce n’est pas Malik Oussekine. Bien entendu, cela ne justifie pas de tuer Adama. Cela signifie seulement qu’il ne faut pas ériger les Adama en héros !

Oussekine était un étudiant, non violent, tué dans un contexte de répression politique directe.

Adama Traoré meurt dans une séquence relevant de la gestion policière violente d’un territoire et de la délinquance.

Confondre les deux, c’est :
 effacer la hiérarchie des violences d’État ;
 dissoudre la lutte de classes dans l’émotion ;
 rendre impossible toute stratégie révolutionnaire sérieuse.

Cette confusion n’est pas une erreur : elle est fonctionnelle à une gauche intégrée.

Le résultat : une critique neutralisée de la police

À force de choisir des symboles compatibles avec l’ordre existant, la gauche bourgeoise produit :

 une polarisation stérile “pro-flics / pro-Adama” ;
 une rupture avec le monde du travail ;
 une critique de la police inaudible pour les classes populaires organisées.

Pendant ce temps, la police continue son travail réel : protéger la propriété, écraser les luttes, garantir l’ordre capitaliste.

La police anglaise n’est pas armée mais l’Etat n’est pas moins un Etat du grand capital et l’Etat, lui, est armé ! Car, si on parle de désarmer, il faut y rajouter de désarmer l’Etat-major militaire ce qui suppose que les petits soldats ne lui obéissent plus et pas qu’ils jettent leurs armes à la poubelle !

Désarmer la police ? Non. Armer le prolétariat. Et organiser les policiers qui refusent la répression des luttes sociales aux côtés des exploités auto-organisés.

C’est ici que la faillite politique de Révolution Permanente apparaît dans toute sa clarté.

À chaque prise de parole, le même mot d’ordre est martelé : « désarmer la police ».

Ce mot d’ordre n’a rien de révolutionnaire. Il est bourgeois, étatique, et historiquement contre-révolutionnaire.

Pourquoi ?
Parce ce slogan part du point de vue de l’État existant, et non de sa destruction. Il faudrait plutôt que la police en armes passe aux côtés du prolétariat organisé en soviets !

La police séparée du peuple travailleur est le vrai problème — pas le fait qu’elle soit armée

Marx, Engels, Vladimir Lénine, Léon Trotsky n’ont jamais expliqué que le problème central était que la police ait des armes.

Le problème est qu’elle soit :
 séparée du peuple,
 professionnalisée,
 soustraite à tout contrôle populaire,
 obéissant à une hiérarchie réactionnaire,
 placée au service d’une classe dominante.

La solution marxiste n’a jamais été de pacifier l’ordre existant, mais :
 dissoudre les corps armés séparés,
 armer le peuple travailleur,
 transformer la sécurité en fonction collective, exercée par tous.

Ce que disait réellement la tradition marxiste

Le Parti Ouvrier Français de Jules Guesde et Paul Lafargue défendait explicitement :
 l’armement du prolétariat,
 la suppression de l’armée et de la police permanentes,
 leur remplacement par une milice populaire.

Dans L’État et la révolution, Lénine parle :
 de dissolution des corps séparés,
 d’armement général du peuple,
 d’agents mandatés, révocables, responsables devant les assemblées.

Trotsky comme Barta, insiste sur le même point :
 la sécurité révolutionnaire ne peut être assurée que par des organes armés sous contrôle direct -des masses, jamais par une police amputée ou réformée.

Ce que Révolution Permanente refuse d’assumer

Quand Révolution Permanente appelle à « désarmer la police », elle ne parle jamais de :
 garde nationale populaire,
 milices ouvrières,
 comités armés de quartier,
 contrôle direct par les assemblées de travailleurs,
 révocabilité de ceux qui exercent la fonction policière.

Pourquoi ?

Parce que cela impliquerait :
 une rupture frontale avec l’État bourgeois ;
 une remise en cause des appareils syndicaux intégrés ;
 une perspective de pouvoir réel, incompatible avec une stratégie institutionnelle.

Le mot d’ordre « désarmer la police » est donc :
 négatif (on enlève),
 sans perspective de pouvoir,
 parfaitement compatible avec la gauche municipale, parlementaire et syndicale.

Autrement dit : un mot d’ordre de gauche du capital.

Aller jusqu’au bout de la critique

La question n’est pas : « police armée ou désarmée ? »

La question est : qui exerce la fonction de sécurité, avec quelles armes, sous quel contrôle de classe ?

La réponse matérialiste est claire :
 suppression de la police comme corps séparé ;
 fonction policière exercée par le peuple travailleur lui-même ;
 agents mandatés, révocables, responsables devant des assemblées ;
 armement contrôlé collectivement, pas monopolisé par l’État.

C’est précisément cette perspective que Révolution Permanente refuse d’ouvrir.

Elle dénonce les violences policières, mais sans jamais poser la question du pouvoir armé.

Elle critique la police, mais sans jamais appeler à armer la classe ouvrière.

C’est pourquoi sa critique est inoffensive, et c’est pourquoi elle choisit de mauvais symboles : ils permettent de parler de violence sans parler de pouvoir.

Conclusion : rompre avec la gauche du capital

La position révolutionnaire est simple et sans compromis :

Aucune mythologie du lumpen et aucune mythologie d’une police capitaliste sans armes.

Aucune défense de la police, bras armé de la bourgeoisie.

Aucune sanctification du lumpen, encore moins comme figure politique.

Aucune confiance dans les appareils syndicaux comme médiations émancipatrices.

Aucune morale pour masquer des rapports de classe.

Une perspective claire : dissolution de la police séparée et assujettie à la hiérarchie réactionnaire et armement du prolétariat organisé.

En somme, tout le pouvoir aux soviets unis de travailleurs révolutionnaires et de petits policiers et petits soldats auto-organisés eux aussi en soviets.

Tant que la gauche dite “révolutionnaire” refusera cette rupture, elle restera ce qu’elle est déjà : une gauche du capital, radicale en mots, intégrée en actes.

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