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Socrate et Euripide, deux adversaires de... Homère !
jeudi 19 février 2026, par
Socrate et Euripide, deux adversaires de… Homère !
La mythologie grecque est fondée en grande partie sur la légende de la guerre de Troie attribuée à Homère. Elle affirme que ce qui a unifié le peuple grec, c’est d’avoir mené une guerre contre ceux des Grecs qui pratiquaient la liberté des femmes et d’avoir écrasé ceux-ci en les mettant en esclavage. Les dieux de Homère ne sont là que pour justifier les comportements machistes, impérialistes, esclavagistes des Grecs. Socrate et Euripide se sont faits remarquer en détruisant cette mythologie.
Socrate contre Homère : extraits de “La République” de Platon (cherchez « Homère » dans le texte) :
« Nous prierons Homère et les autres poètes de ne point trouver mauvais que nous les effacions ; ce n’est point qu’ils manquent de poésie, et ne flattent l’oreille du grand nombre : mais, plus ils sont poétiques, moins il convient de les laisser entendre à des enfants et à des hommes qui doivent être libres, et redouter l’esclavage plus que la mort. »
« Je peux vous le dire à vous ; car vous n’irez pas me dénoncer aux poètes tragiques et aux autres auteurs qui pratiquent l’imitation. Il me semble que toutes les œuvres de ce genre causent la ruine de l’âme de ceux qui les entendent, s’ils n’ont pas l’antidote, c’est-à-dire la connaissance de ce qu’elles sont réellement.
Quelle est, demanda-t-il, la raison qui te fait parler de la sorte ?
Il faut que je vous la dise, répondis-je, bien qu’une certaine tendresse et un certain respect que j’ai dès l’enfance pour Homère s’oppose à cet aveu ; ccar il semble bien avoir été le premier maître et le guide de tous ces beaux poètes tragiques ; mais on doit plus d’égards à la vérité qu’à un homme, et, comme je l’ai dit, c’est un devoir de parler….
Maintenant nous ne demanderons pas compte à Homère ni à tout autre poète de mille choses dont ils ont parlé ; nous ne demanderons pas si ctel d’entre eux a été un habile médecin, et non un simple imitateur du langage des médecins, quels malades un poète ancien ou moderne passe pour avoir guéris, comme l’a fait Asclépios, ou quels disciples savants en médecine il a laissés après lui, comme celui-ci a laissé ses descendants. Ne les interrogeons pas non plus sur les autres arts : faisons-leur en grâce. Mais pour les sujets les plus importants et les plus beaux dont Homère s’est mêlé de parler, tels que la guerre, le commandement des armées, l’administration des États, l’éducation de l’homme, dil est peut-être juste de l’interroger et de lui dire : « Cher Homère, s’il est vrai qu’en ce qui regarde la vertu tu ne sois pas éloigné de trois degrés de la vérité, et que tu ne sois pas le simple ouvrier d’images que nous avons dénommé imitateur ; si tu t’élèves jusqu’au second degré et si tu fus jamais capable de connaître quelles institutions rendent les hommes meilleurs ou pires dans la vie privée et dans la vie publique, dis-nous quel État te doit la réforme de son gouvernement…
Mais crois-tu, Glaucon, que, si Homère eût été réellement capable d’instruire les hommes et de les rendre meilleurs, comme un homme qui peut parler de ces matières en connaisseur, et non en simple imitateur, crois-tu qu’il ne se serait pas fait de nombreux disciples qui l’auraient honoré et chéri ?...
Dès lors nous avons raison de nous attaquer à lui tout de suite, et de le mettre sur la même ligne que le peintre ; car il lui ressemble en ce qu’il fait des ouvrages de peu de prix, si on les rapproche de la vérité, et il lui ressemble encore par les rapports qu’il a avec la partie de l’âme qui est de peu de prix aussi, tandis qu’il n’en a pas avec la meilleure. Aussi voyons-nous là une première raison qui nous justifie de lui refuser l’entrée d’un État qui doit être gouverné par de bonnes lois, puisqu’il réveille cette mauvaise partie de l’âme, la nourrit, la fortifie et par là ruine la raison, ainsi qu’il arrive dans un État, lorsqu’on donne la force et le pouvoir à des méchants et qu’on fait périr les plus sages. De même nous dirons du poète imitateur qu’il implante dans l’âme de chaque individu un mauvais gouvernement, en flattant la partie déraisonnable, cqui ne sait pas distinguer ce qui est plus grand de ce qui est plus petit et qui tient les mêmes choses tantôt pour grandes, tantôt pour petites ; qu’il crée des fantômes et qu’il est toujours à une distance infinie de la vérité. »
Il faut avoir bien en tête que c’est Platon qui prête à Socrate sa propre position (la poésie doit ête bannie de la république), mais il se fonde sur un point réel : Socrate combattait la conception de les légendes prêtées à Homère et devenues la mythologie officielle et générale d’Athènes…
https://fr.wikisource.org/wiki/La_R%C3%A9publique_(trad._Chambry)/Livre_X
https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep1.htm
https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep2.htm
https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep3.htm
Voir la critique par Socrate de Homère dans « Phédon » de Platon :
https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/phedonfr.htm
A son procès, Socrate aurait déclaré :
« Si, d’autre part, on fait société avec Orphée, Musée, Hésiode et Homère, à quel prix n’achèteriez-vous pas ce bonheur ? Quant à moi, je consens à mourir plusieurs fois, si ces récits sont vrais. »
https://philo-labo.fr/fichiers/Platon%20-%20Apologie%20de%20Socrate%20(BeQ).pdf
Il combattait l’omniprésence dans la politique de la Grèce des récits mythologiques racontant des faux héros qui aveuglait le peuple, le rendait belliciste et guerrier …
Euripide contre Homère :
Première pièce d’Euripide, déjà en rupture avec Homère :
https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/rhesus.htm
Ion, une pièce déjà critique des dieux d’Homère
https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/ion.htm
Socrate et Euripide (ainsi que leurs amis) ont combattu toute leur vie la thèse dite de Homère qui justifie la politique athénienne de guerre, de conquêtes coloniales, de prises d’esclaves, de domination de la Grèce et aussi de patriarcat que contient les textes de l’Illiade et de l’Odyssée racontant la guerre de Troie (encore appelée Ilios ou Ilion) des peuples de Grèce.
Il convient de rappeler que, avant d’être condamné à mort par Athènes, Socrate a toujours discuté le contenu des pièces de son ami Euripide et qu’ils avaient des points de vue très proches au plan politique et social. Et c’étaient des avis très minoritaires par rapport à la société athénienne où ils vivaient. On dirait aujourd’hui des positions d’extrême gauche !
Que le récit d’Homère soit mythologique et non historique, ce n’est plus contesté par quasiment personne. On s’interroge seulement sur le fondement historique du récit poétique. Il n’en reste pas moins que ce récit attribué à un certain Homère a eu un rôle social et politique fondamental dans la Grèce antique jusqu’à l’époque de Socrate et d’Euripide.
https://books.openedition.org/puc/27577?lang=fr
Il faut dire d’abord en quoi la guerre de Troie aurait un rapport avec la lutte du patriarcat contre le matriarcat et avec la lutte d’Athènes pour dominer toute la Grèce.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146
La position très particulière d’Euripide et Socrate sur le matriacat et sur la guerre de Troie
Euripide écrit que « Puisque les dieux font des choses laides, commettent des actions basses, ce ne sont pas des dieux ! »
De la ville de Troie, « conquise », il disait :
« Le Scamandre retentit des lamentai ions des captives à qui le sort vient d’assigner un maître. Les unes sont échues aux Arcadiens, les autres aux Thessaliens, d’autres aux fils de Thésée (06) rois d’Athènes. Celles des Troyennes qui n’ont pas été tirées au sort sont dans cette tente, réservées aux chefs de l’armée ; la fille de Tyndare, Hélène, est avec elles, et c’est avec justice qu’on la compte parmi les captives. Là, s’offre à tous les regards l’infortunée Hécube ; prosternée à l’entrée de la tente, elle verse des larmes abondantes sur la perte de tout ce qui lui fut cher. Sa fille Polyxène vient d’ être immolée sur le tombeau d’Achille, à l’insu de sa mère ; Priam n’est plus, ses enfants ne sont plus ; et celle dont Apollon respecta la virginité, Cassandre, qu’inspire l’esprit prophétique, Agamemnon, au mépris du dieu et par une violence impie, la contraint de s’unira lui par une alliance clandestine. Adieu, ville jadis florissante ; adieu, superbes remparts ; si Minerve, fille de Jupiter, n’eût voulu votre ruine, vous seriez encore debout. » (Les Troyennes)
La thèse héroïque d’Homère est ainsi transformée par Euripide :
« Un général prétendu sage sacrifie à ses ennemis ce qu’il a de plus cher, les jouissances de la tendresse, ses enfants, qu’il livre à son frère pour une infidèle qui n’a point été ravie par force, mais s’est donnée elle-même à son amant. » (Les Troyennes)
Euripide rapporte par le menu comment chaque Troyenne devient l’esclave sexuelle d’un des chefs de l’armée grecque qui ont tué, pillé, détruit et assassiné les Troyens.
« Chefs des cohortes, rassemblés pour embraser la ville de Priam, ne conservez plus dans vos mains la flamme inactive, lancez, les torches ardentes, afin qu’après avoir renversé Ilion de fond en comble, nous retournions pleins de joie dans notre patrie. Et vous, filles des Troyens, pour dire la même chose d’une double manière, dès que les chefs de l’armée feront entendre le son éclatant de la trompette, rendez- vous aux vaisseaux qui doivent vous transporter en Grèce. »
Euripide donne la parole aux victimes troyennes :
« Il ne faut pas que les souverains donnent des ordres injustes ; qu’ils ne pensent pas que leur prospérité soit inaltérable. Moi-même j’étais autrefois ; à présent je ne suis plus. Tout mon bonheur, un jour me l’a ravi. O toi que je supplie, respecte ma vieillesse, aie pitié de moi : retourne vers l’armée des Grecs, représente-leur combien il est odieux d’égorger des femmes que vous avez épargnées d’abord, en les arrachant au pied des autels, et dont vous avez eu pitié. Chez vous, la loi qui punit le meurtre est égale pour l’homme libre et pour l’esclave. »
(Hécube)
« Un général prétendu sage sacrifie à ses ennemis ce qu’il a de plus cher, les jouissances de la tendresse, ses enfants, qu’il livre à son frère pour une infidèle qui n’a point été ravie par force, mais s’est donnée elle-même à son amant. Arrivés aux bords du Scamandre, ils y trouvent la mort sans avoir perdu leur terre natale, sans être bannis des murs de leur patrie. Ceux que Mars a moissonnés n’ont pas revu leurs enfants ; les mains de leurs épouses ne les ont pas enveloppés des voiles funèbres, et ils sont restés couchés sur la terre étrangère. Mêmes désastres dans leurs foyers domestiques : les femmes y mouraient veuves des pères privés de leurs enfants, qu’ils ont élevés pour autrui. Il n’est personne qui fasse couler sur leur tombeau le sang des victimes. Certes voilà une expédition bien glorieuse ! Que ma muse reste sans voix, plutôt que de célébrer des crimes. Les Troyens, au contraire, sont morts pour leur patrie (ce qui est la plus belle des gloires) ; ceux que le fer a fait périr ont été rapportés dans leurs maisons par leurs amis, ils ont reçu la sépulture sur la terre de leurs pères, des mains de ceux à qui appartenait ce saint devoir. Ceux des Phrygiens qui ne sont pas morts dans les combats ont passé leurs jours au milieu de leurs enfants et de leurs épouses, bonheur refusé aux Grecs. Quant au destin d’Hector, si cruel à tes yeux, écoute ce qu’il en est : il est mort en laissant le renom d’un héros, et c’est à la venue des Grecs qu’il en doit l’honneur. S’ils n’eussent assiégé Troie, sa valeur fût restée inconnue. Pâris a épousé la fille de Jupiter, et sans cet hymen il eût trouvé quelque alliance obscure dans sa patrie. Fuir la guerre est un devoir pour le sage ; mais, lorsqu’il faut la faire, la plus glorieuse couronne pour un État est de mourir avec courage ; mourir lâchement est une honte. Cesse donc, ô ma mère, de déplorer le sort de ta patrie et l’hymen de ta fille ; car cet hymen nous vengera de ceux que nous détestons. »
Euripide rapporte mille exemples des crimes des prétendus dieux révérés :
« Apollon ? Abandonner une fille innocente après l’avoir séduite, et laisser mourir l’enfant dont il est le père ! ah ! cette conduite est indigne de toi ; et puisque tu règnes sur les mortels, sois fidèle à la vertu. Les dieux punissent parmi les hommes ceux dont le cœur est pervers : est-il donc juste que, vous qui avez écrit les lois qui nous gouvernent, vous soyez vous-mêmes les violateurs des lois ? S’il arrivait (chose impossible, je le sais, mais je le suppose), s’il arrivait qu’un jour les hommes vous fissent porter la peine de vos violences et de vos criminelles amours, bientôt toi, Apollon, et Neptune, et Jupiter, roi du ciel, vous seriez contraints de dépouiller vos temples pour payer le prix de vos fautes. En vous livrant à vos passions au mépris de la sagesse, vous êtes coupables. Il n’est plus juste d’accuser les hommes, s’ils imitent les vices des dieux, qui leur donnent de si funestes exemples. » (Ion)
Le théâtre d’Euripide donne systématiquement la parole aux femmes, rapporte leur grande humanité, leur courage, leur dévouement, montre qu’elles ont un plus grand sens des responsabilités que les hommes, en particulier que les guerriers et les chefs.
La Grèce antique de cette époque est celle d’une domination oppressive, militaire et politique, d’Athènes, d’une domination oppressive des hommes sur les femmes, particulièrement méprisées, d’une glorification de la guerre qui donnait sa supériorité à Athènes, d’un mépris pour les peuples écrasés et trainés en esclavage et aussi d’un mépris des riches oisifs pour tous les travailleurs, artisans comme ouvriers ou domestiques. Tout cela est dénoncé par Euripide. Ce dernier est parfaitement en accord sur tous ces points avec son ami Socrate et il défend ainsi publiquement toutes les thèses socratiques sauf une : Socrate n’était pas pour rendre publiques de cette manière ses idées. Il a cependant accepté de discuter et de relire les pièces qu’Euripide rédigeait et des témoins affirment qu’il les a largement influencées.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7573
https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Troyennes
https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9cube_(Euripide)
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7322
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7268
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article234
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6534
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5991
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article233
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article351
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article782
https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/index.htm
La pièce « Hélène » d’Euripide
https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/helene.htm
La pièce « Les troyennes » d’Euripide
https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/troyennes.htm
La pièce « Hécube » d’Euripide
https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/hecube.htm
La pièce « Médée » d’Euripide
https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/medeefr.htm
Homère, qui aurait vécu au 8e siècle avant J.-C., époque du développement des cités-États, aurait raconté des événements qui se seraient produits quatre siècles auparavant, vers 1250 avant J.-C., à la fin de la civilisation mycénienne.
La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ? Ce que raconte Homère a-t-il existé ? Ces questions se posent et sont débattues depuis les premiers historiens grecs, qui s’accordent sur la durée de la guerre (dix ans), mais font varier ses dates entre 1344 et 1150.
Des « histoires » de la guerre de Troie
https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie.htm
https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie2.htm
https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie3.htm
https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie4.htm
https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie5.htm
https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie6.htm
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k53655n.chemindefer
https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Troie
Euripide montre que les Troyens sont des victimes, que les Grecs sont à la fois vainqueurs et…vaincus, triomphants et victimes.