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Congrès 2025 de Lutte Ouvrière (2) : un groupuscule qui renie Barta mais le plagie pour "survivre"
dimanche 11 janvier 2026, par
Suite de Congrès 2025 de Lutte Ouvrière (1) : un groupuscule néo-stalinien
"Nos analyses après la mort de Trotsky" : Trotsky est-il mort en 1970-1971 ?
Le Congrès annuel 2025 de L0 est le 55ème. Si l’on compte bien le 1er date donc de 1971. Mais sur le site internet de LO on ne trouve aucune trace du premier congrès, et la rubrique "nos filiations" est très vague. Aucune date n’est donnée, à part de vagues références à Marx. Sur son site, Lutte ouvrière cultive le flou total sur son passé.
Nous soulignons ces faits, car le thème principal du Congrès 2025 de LO est l’auto-satisfaction de cette organisation concernant « ses » analyses qu’elle fait remonter à avant la 2ème guerre mondiale. Si dans la conversation une personne commence à mettre en avant les exploits de ses ancêtres, vous avez tout de suite envie de lui demander : comment s’appelait cet ancêtre, quand et où a-t-il vécu ? Comment s’appellent la province que vous prétendez qu’il a conquise ? Le château fort qu’il a défendu contre les Anglois ? Sans réponse à ces questions que lui-même provoque, vous souriez en continuant à écouter les récits du fanfaron à propos de "notre lignée". Or LO répète à l’envi "notre courant" de manière similaire.
Quand commence LO ? Mystère !
La rubrique nos filiations de LO est extrêmement vague.
Le plus ancien texte de LO sur son site date de 1960, 20 ans après la mort de Trotsky.
Pour LO, les "souvenirs souvenirs" commencent donc en 1960, comme ceux de Johnny :
On sait que Trotsky est mort en 1940, que le groupe dont LO tire son origine est "Voix Ouvrière" fondé en 1956, mais le site de LO ne mentionne pas cette date et ne publie pas en libre accès les textes de ce groupe.
Mais pourquoi remuer ce passé lointain ? LO a-t-elle eu une politique correcte, une politique tout court cette année face au mouvement GenZ ? Nous n’en saurons rien, car ces révolutions sont des non-événements pour LO, bien que le Maroc et Madagascar, qui ont de forts liens avec la France vu leur passé colonial, soient des annexes de notre pays.
LO ne pose pas la question de l’impulsion qu’elle a pu, qu’elle aurait pu donner par ses propres campagnes d’agitation, de propagande ou d’action. Ces campagnes n’existent pas. Les élections sont le seul moment où LO est fier d’être "indépendant" organisationnellement. Sinon LO fait les campagnes de Sophie Binet ! Les élections politiques sont devenues des routines avec 0% à la fin.
Toutes ces questions d’actualités sont secondaires à ce congrès. Le grand "acquis" que LO célèbre à son 55ème congrès en 2025, c’est de ne pas s’être trompé sur la "nature" des "démocraties populaires" (1948) et de la "révolution de Mao" (1949) ! Des événements qui ont eu lieu il y a près de 80 ans !
C’est comme si Lénine en 1920, avait célébré au congrès de son parti le fait que son courant pouvait être "fier" d’avoir correctement caractérisé le coup d’Etat de Napoléon III ! Tout le monde sait que c’est Marx qui l’avait très bien fait dans une petite brochure, et si Lénine ajoutait : "nous avons tenu bon", "nous n’avons pas trahi", nous sommes "restés fidèles" à notre analyse du coup d’Etat de Napoléon III : un camarade se serait approché de la tribune, proposant à Lénine de boire un verre d’eau et de s’assoir quelques minutes.
Or c’est à à peu près ce que fait LO à son 55ème congrès en 2025, mais sans qu’aucun camarade ayant du bon sens ne dise à Nathalie Arthaud : ce sont Trotsky et Barta qui ont analysé tout cela, parle-nous de GenZ ! De la guerre en Ukraine etc.
Voici comment LO présente (confusément, comme notre "descendant" d’aristocrates ci-dessus) ses "exploits" d’avant guerre :
il fallait comprendre et interpréter ces bouleversements et il fallait se débrouiller seuls, avec nos propres têtes et sans que Trotsky nous tienne la main. Nous l’avons fait et nous avons éprouvé le besoin de mettre nos raisonnements par écrit : sur la nature des démocraties populaires, sur la Chine, etc., car comprendre ce qui s’est réellement passé dans des révolutions comme celles de Cuba ou de la Chine, cela a son importance pour comprendre ce qu’on veut construire.
Nous avons donc écrit sur ces analyses avant même de les intégrer complètement dans notre programme, dans les années 1970-1971. Nous avons maintenu nos analyses de la nature de l’État soviétique, même après la Deuxième Guerre mondiale, menée et gagnée conjointement par l’impérialisme américain et l’Union soviétique, malgré Yalta et la division du monde en deux camps. Ces écrits font partie de notre programme, il faut les diffuser et les utiliser.
Nous n’avons pas fait nôtres les positions capitalistes d’État, même dans leurs variantes d’après-guerre. Et pour ce qui est de notre courant, sans avoir vraiment et complètement compris la nature des démocraties populaires dès le début, nos ancêtres avaient réclamé le retrait de l’armée soviétique de ces démocraties populaires.
N’allez pas parler de l’abolition de la monarchie au Maroc, diffusez dans la jeunesse GenZ du Maroc les "analyses" des démocraties populaires par LO !
Les analyses de Trotsky sur la nature de l’URSS exposées dans "La Révolution trahie" deviennent pour LO "nos analyses", que LO aurait maintenues continument jusqu’en 2025 !
Mais montrez-nous donc ces analyses ! Qui est ce "Nous" champion du monde, qui reste anonyme ? Nostradamus ? Cyrano de Bergerac ? Le trotskyste inconnu ? Le gagnant du Loto qui ne s’est jamais présenté ? Et quel est le nom de "notre courant" à l’époque ? Mystère ! Les centristes ne donnent jamais ni non ni dates ni lieux, ils aiment le vague, le flou, écrivait- Trotsky.
On remarquera au passage la mystérieuse nuance : "notre courant" qui n’aurait pas "vraiment et complètement compris la nature des démocraties populaires dès le début" : en résumé qui n’aurait rien compris ! Mais passons.
Si ce courant est "Lutte Ouvrière", pourquoi ne pas nommer cette organisation ? Si ce courant est "Voix Ouvrière", pourquoi ne pas nommer cette organisation ? Pourquoi ne pas nommer l’Union Communiste de Barta ?
Après la mort de Trotsky, c’est Barta qui est pour nous l’héritier de Trotsky.
Mais pour LO, Barta n’existe pas.
Où sont "nos analyses", celles de LO, à partir de 1940 ? Mystère !
Lorsqu’une organisation politique comme LO à son 55ème congrès date ses exploits politiques de la mort de Trotsky en 1940 ou même avant, on est en droit de demander les textes bien datés. LO se vante de ses "analyses" de la Chine (1949) et des démocraties populaires (1948), mais par modestie, ou mensonge, ne donne aucune référence à ses textes de l’époque. La raison est qu’ils n’existent pas.
Pour parler dans le style de LO : Nous sommes beaucoup plus simples, nous pensons que Trotsky et Barta avaient déjà à peu près tout dit concernant la nature bourgeoise des Démocraties populaires et du régime de Mao, et allons simplement donner l’accès aux textes.
Premier mensonge de LO : Trotsky n’aurait pas connu le "régime maoïste" de son vivant
Pour un certain nombre d’événements majeurs comme, par exemple, la révolution chinoise au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, Trotsky nous a donné des clés politiques pour comprendre cette révolution qui a conduit au régime maoïste, qu’il n’a pas connu de son vivant. (...)
Trotsky n’a pas pu écrire là-dessus et guider notre compréhension. (...) il fallait se débrouiller seuls, avec nos propres têtes et sans que Trotsky nous tienne la main.
Commençons par un détail de vocabulaire. LO voit donc une "révolution" dans la proclamation de la République populaire de Chine par Mao en 1949.
Le PC chinois ne prétendit jamais faire une révolution en 1949, ou alors seulement bourgeoise. A l’école chinoise, tout enfant apprend qu’en 1949 eut lieu la "Libération", l’ "Unification". De même que tout petit français apprend que 1945 en France est la "Libération". LO pense peut-être que 1945 en France fut une "révolution" ? Non bien sûr. Comme en Chine on appelle cela plutôt "Libération". LO s’oppose à juste titre à des courants qui comme le NPA voient 1945 en France une "révolution", sous -entendu "progressiste". Par contre LO fait cette erreur de vocabulaire à propos de la Chine.
Certes ce terme est un peu secondaire, mais le fait que celui "d’Etat bourgeois de la Chine continentale" est absent remplacé par LO par "régime maoïste" est gênant. Nous voulons surtout souligner que la culture de LO dans la question chinoise est très influencée notre école franchouillarde, le vocabulaire syndicaliste qui évite de parler d’Etat bourgeois, car cela compromettrait le soutien à un gouvernement de gauche.
L’important est surtout que le "régime maoïste", terme vague qu’il faut au moins appeler par son nom officiel "la République populaire de Chine" a été fondée en 1935 par le PC de Mao, pas en 1949. Le qualificatif de "populaire" a la même origine que celui des "Fronts populaires", ceux de France et d’Espagne : c’est la politique de Staline (juillet 1935) consistant à renoncer officiellement à la révolution prolétarienne (abandonnée dès 1924 avec le "Socialisme dans un seul pays"), engageant les PCs dans la défense nationale.
Mao menait déjà une politique bourgeoise, mais la politique de Staline officialisa cette pratique en 1935. Mao, à la tête d’une armée, devient le représentant local officiel d’un allié de l’URSS, donc des démocraties bourgeoises, il est donc propulsé à la tête d’un Etat bourgeois grâce à l’alliance de l’URSS avec un des deux camps impérialistes. En 1949 cette République populaire ne fait qu’étendre à toute la Chine continentale le contrôle qu’elle avait commencé à exercer sur une partie de la Chine à partir de 1935.
Cette analyse que nous faisons est exactement celle décrite par l’histoire chinoise officielle. Ce tournant validé par la Résolution de Wayaobu (Noël 1935) est expliqué en long en large et en travers par Mao lui même dans son texte "La tactique de la lutte contre l’impérialisme japonais" (27 décembre 1935) où Mao se réjouit de "transformer la république des ouvriers et des paysans en république populaire".
LO ignore complètement cet aspect chinois de la politique de Front populaire (voir le paragraphe Après l’échec de 1927, le PC dans l’errance dans ce texte de LO, alors qu’un historien bourgeois comme Philip Short, dans le chapitre X de sa biographie de Mao, explique bien que ce que fait Mao est comparable à ce que firent les Fronts populaires en Espagne en France !
La République populaire de Chine de 1949 est de même nature que celle de 1935, que Trotsky avait eu le temps d’analyser, même si ses contacts chinois ne semblent pas lui avoir signalé la résolution de Wayaobu. Trotsky a très bien analysé la nature de classe des armées de Mao, démontrant qu’elles étaient purement bourgeoises. Trotsky a écrit des dizaines de textes sur la révolution chinoise. Les 4 premiers congrès de l’IC avaient étudié ce genre de situation.
Une des questions sur laquelle se fonde l’opposition internationale à partir de 1929 est celle de la révolution chinoise. Etre "trotskiste" à partir de 1929, c’est entre autres être d’accord sur cette analyse. Mais LO n’aime pas ces références.
LO veut faire croire que c’est un événement de taille mondiale, inattendu, que LO a dû analyser "toute seule", sans Trotsky, en 1949. C’est faux et quoi qu’il en soit, Barta était venu après Trotsky et avait déjà fait tout le travail.
LO se vante ... de son plagiat de Barta
Concernant Mao, Barta écrivait dès 1948 :
En Chine, les armées dites rouges, aux ordres de Moscou, avancent au cœur de la Chine pas tellement par leurs propres vertus mais en raison de la décomposition du régime de Tchang-Kaï-Chek et du pourrissement du capitalisme chinois incapable d’opposer une résistance tant soit peu sérieuse malgré l’aide américaine.
A juste titre, Barta ne voyait aucune révolution au programme de Mao.
Concernant la Yougloslavie, Barta écrivait en 1948 :
Quand on cherche ce qu’il y a de progressif et de révolutionnaire, le Parti conscient, les communistes yougoslaves, on ne les trouve pas. En fait, il ne peut y avoir de véritable mouvement ouvrier sans activité révolutionnaire consciente.
https://www.marxists.org/francais/barta/1948/08/barta_tito.htm
Concernant les Démocraties populaires Barta écrivait en 1949 :
derrière le "rideau de fer", comme dans l’ancienne Russie des tsars, les "démocraties populaires" sont autant de prisons des peuples dont Staline est le geôlier en chef.
https://www.marxists.org/francais/barta/1949/03/LDC02_030049.htm
Trotsky avait tout dit sur Mao. Barta avait tout dit sur la Chine, Youglosalvie en 1948 et les démocraties populaires en 1949.
LO fondée en 1956 mais ne se revendiquant pas cette date afin de s’attribuer une origine antique mythique, s’attribue donc le "courage" ... d’avoir repris les analyses de Barta, sans être tenu par la main par Trotsky. Il fut certes, juste de reprendre ces analyses de Barta, comme nous-mêmes le faisons encore aujourd’hui. Mais s’en vanter auprès des jeunes militants, leur racontant "nos" exploits "historiques", est déplacé. Nous n’avons pas découvert le théorème de Pythagore, même si nous avons le "courage" de l’utiliser encore aujourd’hui.
Si un enseignant disait : je suis partisan des lois de Képler, on le regarderait poliment d’un air approbateur, sachant qu’il ne fait que son travail. Mais s’il prétendait "avoir le courage", d’avoir "tenu", de défendre les lois de Képler contre "les autres courants", il ferait rire. Or c’est à peu près ce que fait LO en s’attribuant les mérites de Trotsky et de Barta !
Mais surtout, LO se vante d’analyses d’événements qui datent de deux générations.
En 1991, avec la fin de l’URSS, LO a décidé que la nature d’Etat ouvrier dégénéré de la Russie était éternelle, car les écrits de Trotsky sont fixés "pour l’éternité" depuis sa mort. De même Trotsky n’ayant jamais écrit que la Chine était une puissance impérialiste, donc elle ne le sera jamais !
Devant ces deux phénomènes que Barta et Trotsky n’ont pas vécu, LO a pris peur et décrété la fin de toute discussion, comme les italiens avec Cervetto, qui aurait "fixé le marxisme". Trotsky a ainsi "toujours raison" : la Russie n’est pas capitaliste, la Chine n’est pas impérialiste !
Quelles acrobaties verbales sont nécessaires à LO (le spécialiste du triple salto verbal est Pierre Lafitte) pour faire avaler à ses militants que la Russie et la Chine ne sont pas des puissances capitalistes et impérialistes ! LO qui est fier de ses analyses dans ses congrès, ne l’est pas dans ses éditos où LO n’expose jamais sa théorie de l’Etat ouvrier dégénéré (alors que Trotsky le faisait), mais parle de "la guerre de Poutine", "des oligarques", "des bureaucrates", du "régime" revenant ainsi aux théories balayées par le matérialisme historique : l’histoire faite par les grands hommes, la cupidité etc.
Conclusion : LO de 1980 à 2025 : du petit groupe au grand groupuscule
Certes l’analyse des démocraties populaires et de la Chine de 1949 a eu et garde son importance historique, mais seulement parce que les courants de la IV faisaient des analyses farfelues, pour ne pas rompre avec les staliniens. La difficulté n’était pas théorique concernant la nature des démocraties populaires, mais le fait de ne pas céder à la pression des staliniens. LO peut se revendiquer de ces analyses, mais a rejoint aujourd’hui les héritiers des staliniens dans les syndicats. Si des groupes qui se disent trotskistes sautent dans l’abîme, cela ne veut pas dire que nous nous élevons, trop se vanter est créer des illusions. Le NPA s’est rallié au NFP en 2024, nous avons peu de mérite de ne pas l’avoir fait. LO et le NPA-R ont tort d’en faire un de leurs exploits de l’année.
Ces vieilles analyses des démocraties populaires font maintenant partie du B. A. BA qui doit être assimilé par un militant rejoignant un parti marxiste, plus une question de congrès ! C’était aller à contre courant du stalinisme de le dire à l’époque, alors qu’aujourd’hui même les staliniens ont renié cette période.
De même, la lutte de Lénine contre les "liquidateurs" était à juste titre une question vitale des congrès d’avant 1914, mais une organisation se ridiculiserait en affirmant plus de 100 ans après : nous avons tenu, nous avons maintenu "nos analyses des liquidateurs" malgré deux guerres mondiales. Une telle vieillerie redevient d’actualité seulement si des phénomènes présents la font resurgir sous une autre forme. Par exemple on peut dire que LO est un courant liquidateur, car ce parti n’envisage plus aucune activité illégale.
Aujourd’hui c’est la question des impérialismes chinois et russe, de GenZ, des paysans, de la guerre en Ukraine, de la nature de la crise de 2008, qui se posent réellement. LO fait semblant de les résoudre par un verbiage peu convaincant, qui satisfait les militants : rien de nouveau sous le soleil, et nous avons toujours eu raison. Nous avions raison de ne rien faire, car la preuve : cela n’a pas débouché sur la révolution prolétarienne ! Et aucune de ces questions que LO résout magistralement de cette façon dans ses congrès n’est évoquée dans la campagne électorale des Municipales 2026, preuve que ces "discussions" n’ont qu’un usage interne, elle sont l’occasion de vérifier que les adhérents sont passivement disciplinés, prêts à tout avaler !
Qu’est-ce qu’un groupuscule mort-vivant, une scorie politique ? LO en est un bon exemple. Le congrès de LO 1980 montre ce qu’était un parti vivant (exemple d’initiatives non électorales), avec une conclusion prémonitoire :
Sur un terrain qui n’est pas directement politique (les transports en commun) mais qui est un terrain de masse, nous nous sommes préparés à deux reprises à l’automne 1979 et à l’été 1980, à intervenir à la tête d’un mouvement de masse contre l’augmentation des tarifs. Ce mouvement n’a pas eu lieu, notre propagande en faveur de la grève du paiement n’a rencontré qu’une audience très limitée, et nous avons dû restreindre nos ambitions en constituant et en animant une association de consommateurs. Mais nous avons essayé de faire ce qui dépendait de nous.
Très récemment, après les attentats antisémites et la bombe de la rue Copernic, nous nous sommes posé la question d’intervenir directement. Comment ? En proposant, au nom des travailleurs révolutionnaires, d’assurer la protection des lieux publics juifs et des hôtels et cafés musulmans, en demandant l’aide de la population, des jeunes Juifs et des jeunes Musulmans bien sûr, mais aussi de tous ceux, par exemple motards, jeunes travailleurs, cibistes, ou encore population habitant à côté des lieux visés, pour assurer ensemble la surveillance jours et nuits. Cela aurait été une façon concrète de démontrer à la population ou à une partie d’entre elle, que l’on pouvait se défendre soi-même, se passer des policiers et de l’appareil de répression douteux de l’État, que l’on pouvait s’organiser, créer des structures populaires efficaces et responsables. Pour ce travail d’organisation, demandant une exceptionnelle disponibilité et des qualités de sérieux, de sang-froid, d’organisation et de jugement politique, nous n’étions pas assez nombreux, nous ne faisions pas le poids. La tâche nous dépassait. De très loin ? Non, probablement pas, mais d’assez loin pour que nous ne puissions pas nous lancer dans une telle intervention sans risquer d’aboutir à l’effet contraire, à démontrer notre inefficacité en faisant perdre toute confiance dans le sérieux des révolutionnaires.
Sinon, si nous ne parvenons pas à nous hisser a ce niveau, nous resterons un groupe propagandiste, et avec le temps, nous finirons par ne plus être même un groupe révolutionnaire.
