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3e partie de Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme ?

jeudi 22 janvier 2026, par Abacar, Alex, Bianco, charlie, DD, F. Kletz, Faber Sperber, Karim, Karob, Max, Melissa, Mesoke Swallow, Ramata, Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed, Waraa

« Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme ? »

(Troisième partie du programme de La Voix des Travailleurs)

Ne croyez jamais sur parole, demandez le programme et vérifiez qu’il est traduit en actes politiques et syndicaux !

Sommaire de la troisième partie

1- L’humanité se relèvera, le capitalisme jamais !

2- Quelles sont les bases communes des communistes révolutionnaires ?

3- Mais il ne s’agit pas de faire de la particularité des communistes révolutionnaires un moyen de nous placer au-dessus ni à l’écart au sein du prolétariat.

4- La question de la révolution permanente

5- La question du fascisme

6- La question de la guerre

7- La question du programme révolutionnaire

8- La question de l’Etat

9- La question de la religion

10- La question des paysans

11- La question des femmes

12- La question de la science

13- La question de la théorie et de la philosophie

14- La question syndicale

15- La question des soviets

16- La question de l’internationale

17- La question nationale

Lire ici la première partie de « Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme ? »

Sommaire de la première partie

1- LES BASES PHILOSOPHIQUES ET THEORIQUES DU PROGRAMME COMMUNISTE ET DE LA REVOLUTION SOCIALISTE

2- LA POLITIQUE ET LE PROGRAMME DES COMMUNISTES REVOLUTIONNAIRES

3- L’ACTUALITÉ INTERNATIONALE DE LA RÉVOLUTION ! POURQUOI LA RÉVOLUTION SOCIALISTE NE PEUT ÊTRE QUE MONDIALE ?

4- UN PROGRAMME D’ACTION LIANT REVENDICATIONS IMMEDIATES ET LA PERSPECTIVE DE REVOLUTION SOCIALISTE MONDIALE A LA PRISE DU POUVOIR PAR LE PROLETARIAT ALLIÉ AU PEUPLE TRAVAILLEUR !

5- UN PROGRAMME D’ACTION CONTRE LA VIE CHERE, LA MISERE ET LA GUERRE !

Lire ici la deuxième partie de « Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme ? »

Sommaire de la deuxième partie

1- A L’EPOQUE IMPERIALISTE, UN PROGRAMME REVOLUTIONNAIRE DOIT NECESSAIREMENT ETRE INTERNATIONAL ET NON NATIONAL

2- LA LUTTE ANTI IMPERIALISTE ET ANTI COLONIALE CONTRE L’IMPERIALISME ET LE COLONIALISME : LA QUESTION DU DROIT A L’AUTO-DETERMINATION ET LA QUESTION NATIONALE

3- LA LUTTE CONTRE L’IMPÉRIALISME ET LA GUERRE SUPPOSE LA LUTTE CONTRE LE RÉFORMISME BOURGEOIS ISSU DE RÉFORMISME OUVRIER ET QUI GANGRÈNE ENCORE LE PROLÉTARIAT !

4- LE PARTI COMMUNISTE RÉVOLUTIONNAIRE OU LE PARTI MONDIAL DE LA RÉVOLUTION SOCIALISTE

TROISIEME PARTIE DU PROGRAMME

L’humanité se relèvera, le capitalisme jamais !

Les travailleurs révolutionnaires, les femmes, les jeunes, les petits paysans pêcheurs artisans commerçants et auto-entrepreneurs, l’humanité, le communisme, tous se relèveront ensemble, mais le capitalisme, lui, ne se relèvera jamais ! Il a atteint des limites indépassables, non seulement du point de vue des exploités et des opprimés mais aussi du point de vue de son propre système.

Yémen, Gaza, Soudan, Mali, Ukraine, Zaïre, Rwanda, Afghanistan, Pakistan, Sahel, Burkina Faso, Syrie, Liban, Cisjordanie, rien que des massacres voulus, approuvés, organisés, armés par les grandes puissances impérialistes ! Et il n’y pas que les guerres et les guerres civiles ! Il y a les dictatures, les fascismes qui s’étendent partout ! De même que les révoltes et révolutions s’étendent partout, en Asie, en Afrique, en Amérique du sud, en Europe…

La plupart des pays du monde ont connu des révoltes et révolutions depuis 2010, suite à l’effondrement économique capitaliste de 2007-2008. La pandémie covid-19, encore une horreur mondiale due au capitalisme, a partiellement étouffé la révolte à partir de 2019. Et les politiques dictatoriales soi-disant anti-covid ont fait le reste.

Pendant que les horreurs dues aux Etats capitalistes s’aggravent sans cesse, les révoltes et révolutions témoignent des capacités de courage, de dévouement, de solidarité, de spontanéité, d’auto-organisation des jeunes, des femmes, des travailleurs des villes et des campagnes, et montrent d’où viendra l’avenir de l’humanité : du peuple travailleur révolutionnaire.

Ce caractère mondial des révolutions et des contre-révolutions démontre que c’est bien les fondements du monde qui sont ébranlés et non tel ou tel régime (Moubarak ou Ben Ali), telle ou telle région (monde arabe ou Afrique), tel ou tel gouvernement, telle ou telle situation particulière (des femmes, des jeunes, des plus démunis, etc.), telle ou telle usure du pouvoir, telle ou telle situation politique ou économique particulière qui sont en cause. Cela touche aussi bien les pays riches que les pays pauvres, les pays occidentaux que orientaux, du nord et du sud, de l’est et de l’ouest, les dictatures que les prétendues démocraties.

Une telle situation mondiale a une cause qui est fondamentalement économique (la saturation en capitaux par rapport aux capacités limitées des investissements productifs) et c’est le résultat inévitable de la chute historique, elle aussi mondiale, du système de domination capitaliste (de son mode de production) qui a atteint ses limites et ne peut plus se relancer. En effet, ce qui a causé la chute mondiale des marchés capitalistes en 2007 et qui continue de saper l’économie capitaliste n’est ni une récession, ni l’inflation, ni la démondialisation de Trump, ni les effondrements des monnaies, ni les bulles boursières, ni les problèmes de l’énergie, ni la faillite des Etats et des banques centrales, tout cela n’étant que des conséquences.

On ne peut pas prédire de quoi l’avenir sera fait (à quel moment, à quel rythme, pour quelle raison occasionnelle, cette chute se produira, avec quel point de départ, avec quelle conséquence), mais on peut être certains d’une chose : le système à l’agonie nous menace tous de mort, de barbarie, de violences de masse, quel que soit notre pays, notre région, nos situations, nos origines, etc.

Ce qui est certain aussi, c’est que la cause principale n’est pas ce que l’on nous en dit : crise climatique, crise migratoire, crise écologique, crise démographique, crise pandémique, crise des dépenses de l’Etat, crise énergétique, crise générationnelle, crise interethnique, interreligieuse, inter-civilisationnelle, crise est-ouest, crise djihadiste et terroriste, crise des bitcoins, crise de l’IA, crise guerrière, crise de la mondialisation ou de la financiarisation, crise de la robotisation, etc. La cause n’est même pas la misère des plus démunis et le grand écart entre riches et pauvres, ni la révolte des peuples. La cause est économique et pourtant, ce n’est même pas une crise classique du capitalisme.

Le capitalisme pourrait parfaitement se remettre de n’importe laquelle des crises que nous venons de citer et même de toutes mais pas du problème crucial et fondamental qui le mine depuis le début des années 2000 : la saturation complète de l’accumulation des capitaux. La quantité mondiale du capital a augmenté de manière folle toutes les dernières décennies et on pourrait se dire que c’est un grand succès pour le grand capital. Seulement c’est un succès qui dépasse ses capacités… Où placer tous ces capitaux ? Dans la sphère des investissements productifs s’investit une part sans cesse plus faible du capital total qui peut s’investir. Du coup, il devient vital que les Etats et les banques centrales comme les particuliers détenteurs de capitaux inventent des investissements non productifs nouveaux et en quantité. En s’aidant des spéculations, des dettes publiques et privées, des bitcoins, de l’intelligence artificielle et autres, on peut sans cesse créer des faux investissements et qui rapportent vraiment de l’argent. Mais toutes ces méthodes artificielles pour offrir des profits aux capitaux ont un défaut majeur : elles accroissent follement la masse des capitaux qui ne se tournent pas vers l’investissement productif et la part de ces capitaux dans le capital total grandit sans cesse, contribuant à serrer le nœud qui étouffe le système capitaliste. Car la spéculation permet à un capitaliste de s’enrichir mais pas au système tout entier de s’enrichir. La richesse du capitalisme est toujours fondamentalement provenue de l’exploitation du travail humain (la plus-value accroissant le capital par son réinvestissement productif), même si les capitalistes ont toujours entretenu l’illusion que ce seraient eux, le Capital et non le Travail, qui créeraient de la richesse. Or ce système n’a jamais été capable de vivre sans accroitre sans cesse le capital. Seules de brèves chutes des profits (les crises capitalistes) étaient tolérables et la destruction de capital qu’elles engendraient était compensée par le fait que ces crises épuraient le capitalisme de ses canards boiteux, lui permettant de repartir de plus belle. Dans la situation actuelle, une telle crise n’est plus tolérable pour le capitalisme car il la juge « systémique », ce qui signifie qu’une simple crise de régulation menacerait de mort le système tout en entier !

Nous ne pouvons pas empêcher le capitalisme de s’effondrer n’en déplaise à tous les fans des « solutions » réformistes. Nous ne pouvons que nous saisir de la situation et tenter de transformer chaque faiblesse du système en armes des prolétaires révolutionnaires.

En somme, nous n’avons ni à rire ni à pleurer sur la fin du capitalisme. C’est lui-même qui est la cause de cette autodestruction et qui annonce sa mort en sonnant le glas par maints symptômes plus atroces les uns que les autres. Aucune raison de regretter le vieux système d’exploitation et d’oppression, mais pas de raison de se réjouir non plus car rien n’est réglé et seule l’intervention directe du prolétariat révolutionnaire peut nous permettre de tourner la page de l’Histoire de l’humanité.

Et plus les classes possédantes se convainquent que leur avenir est bouché, plus ils manipulent le racisme, le machisme, le fascisme, toutes les haines, toutes les peurs, toutes les divisions, tous les fantasmes, toutes les inepties, tous les appétits sales, horribles, toutes les brutes galonnées sanguinaires, tous les meurtriers, tous les terroristes du monde entier. La barbarie ne meurt pas en même temps que le capitalisme, elle s’accroit jusqu’au triomphe de la révolution sociale !

Les révoltes et révolutions ont agi dans le sens diamétralement opposé à cette montée de la barbarie dans les actes et dans les esprits. Là où les peuples sont le plus durement divisés en ethnies, en clans, en couleurs de peaux, en origines diverses, en religions, en régions, entre nationaux et migrants, entre hommes et femmes, entre riches et pauvres, ces mouvements de masse ont justement mis en avant tous les opprimés et tous les exploités, tous unis, reniant souvent le poids oppressif de tout un vieux passé (les femmes en tête en Iran comme en Tunisie, en Algérie, en Egypte ou au Soudan, les ethnies et clans balayés au Liban, par exemple).

Mais les Etats, ces pouvoirs du grand capital, sont plus présents que jamais, disent les sceptiques en ce qui concerne la mort du capitalisme. Oui, mais le système ne peut se contenter des aides étatiques pour survivre. Son fonctionnement économique est bien plus important. Plus il fait appel au soutien des Etats et des banques centrales plus sa chute s’aggrave car la part des capitaux non issus du secteur productif grandit d’autant plus et la plus-value n’est plus à la base du profit. Un capitaliste individuel se moque d’où vient l’argent pourvu qu’il remplisse sans cesse davantage les coffres mais le système tout entier ne peut pas s’en moquer ! Et le capitalisme accumule des capitaux sans accroitre la richesse réelle. Le gouffre grandit qui sépare la richesse fictive de la richesse réelle. Au point que ce gouffre fait peur aux classes dirigeantes elles-mêmes et les pousse dans les voies folles de la marche à la guerre mondiale, au fascisme mondial, à la dictature et aux massacres de masse menaçant toute l’humanité… Tout cela vaut mieux aux yeux des classes possédantes que les risques mortels de la révolution sociale renversant définitivement le pouvoir économique et politique de la classe capitaliste !

Pour le peuple travailleur, la révolution socialiste demandera de grands efforts mais elle nous coutera moins cher que les souffrances que les classes dirigeantes nous préparent !

La crise du capitalisme et les perspectives pour les révolutionnaires

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1135

Le système capitaliste a-t-il déjà chuté de lui-même ou ne pourra-t-il chuter que par la révolution ?

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5988

La situation actuelle du capitalisme, est-ce une crise classique ou quoi d’autre ?

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1794

Le point de vue de l’économiste François Chesnais sur la fin du capitalisme

https://www.marxists.org/francais/chesnais/limites_infranchissables.pdf

Crise grave, crise systémique ou bout du monde pour le capitalisme ?

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2431

Capitalisme : de la construction à la destruction

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5939

L’humanité est frappée mortellement mais c’est le grand capital qui est en soins palliatifs

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6106

Comment nous allons vivre l’effondrement du capitalisme

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6960

Les théories de l’effondrement capitaliste, adeptes et détracteurs

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7441

Le capitalisme à l’agonie

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4518

Le capitalisme meurt d’avoir... trop bien réussi à accumuler du capital

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478

Agir contre ses propres principes en s’autodétruisant, personne n’imagine le capitalisme faire cela et pourtant…

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7556

Crise ou mort du capitalisme ?

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1976

Quand les gouvernants en sont réduits à la seule violence directe, c’est que la dynamique capitaliste est morte

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6174

Quel avenir pour le capitalisme ? ou quand la bourgeoisie mondiale serre les fesses…

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4084

Pourquoi la dynamique du capitalisme se heurte à ses propres limites : son succès lui-même étouffe dans les limites de la propriété privée des moyens de production

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3250

Les crises « classiques » ne sont plus possibles pour le système (trop dangereuses) et pourtant elles permettaient de le réguler

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3771

Le système de cavalerie financière à la Madoff, une survie illusoire d’un capitalisme mondial en bout de course

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4561

Capitalisme : chronique d’une mort annoncée

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4686

Le capitalisme est-il mort ou vivant ? - Sur quels critères se fonder ?

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1975

Le capitalisme déliquescent et sous perfusion, plus antisocial et sanglant que jamais, est encore plus incompatible avec la liberté des femmes…

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7743

Et si l’humanité changeait... de mode de production

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8434

Le grand capital a encore peur... du communisme !

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7912

Quel avenir : la barbarie de masse…

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7694

… ou l’humanité maitresse d’elle-même ?

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8073

Quelles sont les bases communes des communistes révolutionnaires ?

1°) Ce qui caractérise les communistes révolutionnaires, c’est qu’ils ne défendent pas « leur » pays, « leur » entreprise, ni « leur » ville, ni « leur » département, ni « leur » région, ni « leur » département, ni « leur » Etat, car ils savent que rien ne sera vraiment à eux tant que les capitalistes auront capital et pouvoir et que rien ne sera à eux de manière individuelle mais collectivement. Ils n’appellent aucun patron, aucun Etat à les sauver, ils ne comptent sur aucune institution de la bourgeoisie, ils ne sèment aucune illusion sur aucun système politique bourgeois, pas plus la démocratie que la dictature ou le fascisme, car ils savent que la guerre et le fascisme sont d’abord des politiques bourgeoises qu’aucune entente avec les forces bourgeoises ne peut résoudre.

Aujourd’hui, alors que le système capitaliste est à l’agonie, suite à l’effondrement de 2007-2008 et pour des raisons qui n’ont rien d’accidentel et qui touchent aux fondements même du système (l’accumulation du capital est définitivement en panne), alors que le prolétariat ne dispose nulle part de partis révolutionnaires, qu’aucun courant révolutionnaire n’est en état de relever le parti du prolétariat, il est d’autant plus urgent que les révolutionnaires unissent leurs forces au sein des luttes sociales et politiques sur les bases communes indiquées plus haut et qui ne se résument nullement à une fausse unité, à un programme purement revendicatif même radical, à un simple activisme commun et qui nécessite de poursuivre en même temps le débat politique sur les divergences, sans jamais succomber aux tendances sectaires ni aux tendances opportunistes, et sans réaliser des ententes sans principes.

Cela nécessite de cesser de considérer que le capitalisme va une fois encore s’en sortir, qu’il va renaître de sa crise, qu’il va repartir. Il faut prendre en compte la nouvelle situation : désormais le capitalisme est du passé, même si, dans la transition actuelle où toutes les forces du capital sont bandées pour faire durer la situation d’agonie, où tous les soins palliatifs sont mobilisés pour détourner les risques révolutionnaires, le prolétariat ne manifeste pas une volonté ferme de prendre la tête de ses propres luttes sociales ou politiques et encore moins de prendre la tête de l’humanité en supprimant la propriété privée par une infime minorité des moyens de production et des capitaux.

C’est cependant cette perspective qui doit être défendue par les militants communistes révolutionnaires et ils ne doivent pas le faire dans des cénacles, à l’écart de la lutte des classes quotidienne, mais au contraire au sein des combats de classe, grands et petits, qui seuls peuvent permettre à la classe ouvrière de mesurer ses amis et ses ennemis, et distinguer les vraies perspectives des fausses.

2°) Les communistes révolutionnaires participent à la politique, à la lutte sociale, au combat d’idées, mais ce qui les distingue d’abord c’est qu’ils n’ont pas d’intérêts individuels et « pas d’intérêts d’organisation à défendre » comme le rappelait Marx dans « Le Manifeste communiste ». Ils ne luttent pas seulement pour construire un parti ou un syndicat, pour réussir telle ou telle lutte, ni seulement pour défendre des aspirations des travailleurs. Ils luttent avec et pour l’humanité, une humanité libérée de ses entraves, de ses chaînes, de ses bourreaux et aussi de ses trompeurs.

3°) Se revendiquer du communisme, du socialisme révolutionnaire, du léninisme, du trotskisme, de la révolution russe, etc., ne doit pas être comme un amour platonique, un joli ornement d’une réalité qui n’aurait rien à voir. Les organisations et les militants qui s’en réclament doivent aussi démontrer que cela change complètement leur politique dès maintenant et que cela les engage de manière précise sur l’avenir. Ceux qui, au nom du réalisme, du retard de la révolution, du recul du communisme et autres prétextes malhonnêtes, affirment qu’ils appliqueront ces idées quand la situation changera ne sont que des vendeurs de rêves qui distribuent une marchandise trompeuse. On a bien connu la social-démocratie qui était révolutionnaire pour l’avenir mais pas pour le présent et qui, quand l’heure de la révolution a sonné, s’est retrouvé dans le camp de la contre-révolution aux côtés des gouvernants, de l’état-major, des fascistes et des impérialismes… Il faut faire ses preuves en termes de politique dans la classe ouvrière, dans ses luttes, dans son travail politique parmi les travailleurs, de syndicalisme révolutionnaire, de propagande révolutionnaire dans les élections bourgeoises, d’efforts réels d’auto-organisation du prolétariat, de lutte réelle contre l’impérialisme, de combat pour la démoralisation de l’armée, d’efforts pour que les travailleurs se sentent directement concernés par les révoltes et révolutions partout dans le monde. Il ne suffit pas de rajouter au bout d’un programme qu’un jour peut-être on fera la révolution sociale et qu’on lui est favorable. Il faut que ses analyses, sa stratégie, sa tactique, sa politique, son intervention, tout soit centré sur la révolution de demain. Sinon, ce n’est qu’un drapeau pour… se draper dedans !

4°) Il faut que ces organisations et ces militants qui se veulent révolutionnaires fondent leur politique sur une théorie révolutionnaire bien définie menant à un programme politique indiquant clairement les perspectives, les moyens et les buts, la stratégie de sorte que celle-ci soit dans la lignée de celles de Marx, Engels, Lénine, Rosa Luxemburg et Trotsky. Tout refus d’étudier sérieusement la théorie, la philosophie, la science et l’histoire revient à retomber dans l’activisme qui éloigne de toute politique révolutionnaire. On n’est pas obligés de choisir d’être révolutionnaire mais, quand on le fait, il faut s’en donner les moyens.

5°) Ils doivent ne pas se contenter de la critique du capitalisme, du gouvernement, des classes possédantes, des dérives guerrières, fascistes, dictatoriales, anti-démocratiques, anti-écologiques, anti-sociales, anti-femmes, etc. Il faut défendre un programme clair de transformation révolutionnaire, que ce soit dans la presse, dans l’action politique, dans les entreprises, dans les syndicats, dans la jeunesse, parmi les femmes, dans les milieux populaires. Ce programme doit relier les objectifs, aspirations et revendications immédiates aux buts plus avancés, donc être ce que l’on appelle « un programme de transition ». Cela signifie qu’il ne se contente pas de considérations futuristes sur le socialisme et le communisme mais aussi qu’il ne se contente pas des revendications politiques démocratiques et des revendications syndicales, économiques et sociales. Au contraire, il doit montrer que les communistes révolutionnaires entendent transformer chaque aspiration sociale, économique, politique, démocratique en arme révolutionnaire et explique par écrit pourquoi et comment cela est indispensable. Ceux qui répètent à longueur d’articles qu’on est dans une période de réaction et que la révolution n’est donc pas à l’ordre du jour ou que les prolétaires sont très loin d’une telle conscience ne risquent pas de développer de telles conceptions. Ils se contentent de dire qu’ils se revendiquent du « programme de transition » de Trotsky parce ce que cela donne une certaine image dans les milieux politisés. Le drapeau trotskyste peut servir de camouflage et de publicité mensongère comme la revendication d’un héritage de Marx et Lénine a pu servir à des partis en réalité contre-révolutionnaires.

6°) Il faut examiner leur politique sur un point crucial, qui est comme pierre de touche de ceux qui se disent révolutionnaires. Le critère numéro un d’un révolutionnaire, c’est qu’il ne se contente pas des organes et institutions qui ont existé dans la période calme et fait appel, propose, organise, suscite, provoque la formation de comités, de conseils, d’assemblées souveraines, de toutes les formes d’organisation directe des masses, organisations de masse indépendantes, auto-organisées, sans lien de sujétion avec l’Etat, le pouvoir, les partis politiciens, les bureaucraties syndicales, les associations réformistes, etc. Les masses choisissent directement parmi elles des délégués qui forment des comités et se fédèrent. Ces comités sont directement dépendants de la base qui décide de tout, des buts et des moyens, des méthodes et des objectifs des luttes, des revendications et des perspectives d’action, des buts de la société future et de la forme du pouvoir, qui agit en même temps pour imposer ses vues. Après une phase inévitable de double pouvoir, ils fonderont le futur pouvoir après le renversement de l’ancien. Cela suppose qu’il soit clairement affirmé dès maintenant que notre but n’est pas le remplacement à la tête du pouvoir des gouvernants capitalistes par des gouvernants « ouvriers » liés aux organisations prétendument du « mouvement ouvrier » comme les appareils syndicaux et partis réformistes. Et surtout que tout l’appareil d’état capitaliste sera démoli par le prolétariat en armes, que les travailleurs organisés en soviets prendront les armes, organiseront les petits soldats et détruiront la vieille machine d’oppression, fondant la république des soviets. De vrais révolutionnaires doivent dès maintenant non seulement défendre l’idée des soviets dans les syndicats comme perspective d’avenir mais aussi agir concrètement pour l’auto-organisation des luttes ce qui nécessite d’abord de démasquer toutes les manœuvres des appareils syndicaux, d’opposer à chaque fois des assemblées décisionnelles qui élisent des délégués et constituent des conseils et comité de travailleurs, se fédérant, allant d’entreprises en entreprises, dirigeant les luttes, se mêlant de tout, contrôlant tout, dirigeant tout, se liant aux petits soldats et petits policiers, etc…

7°) Dans chaque lutte, même petite, même défensive, même partielle, même localisée, dans chaque période qu’elle soit favorable ou défavorable, que nos ennemis soient déstabilisés ou pas, que le prolétariat soit offensif ou pas, ce qui distingue leur politique est qu’elle mène toujours et partout au pouvoir des soviets et que c’est cela qui les distingue des autres partis et syndicats… Cela change tout : leur manière de voir les buts, les moyens, les méthodes, les modes d’organisation des travailleurs dans toutes les circonstances, même les plus banales. Leur conception de la solidarité ouvrière, leur manière de voir une grève, une manifestation, une action de contestation, une propagande de dénonciation est particulière aux révolutionnaires communistes. En même temps, ils ne veulent qu’une chose : participer à la vie et aux luttes des travailleurs sans se placer dans une position supérieure, sans se croire plus malins que les autres, sans oublier que c’est l’ensemble de leur classe qui est révolutionnaire par rapport à la société et pas telle ou telle fraction soi-disant plus radicale ou plus avancée ou plus organisée de celle-ci. Lénine rappelait que ce ne sont pas les révolutionnaires communistes qui décident du sort des révolutions communistes mais l’ensemble des travailleurs.

8°) Ce qui distingue les révolutionnaires communistes, c’est qu’ils tentent de transformer chaque faiblesse, chaque contradiction, chaque crise, chaque difficulté, chaque division, chaque recul de nos ennemis en arme de combat politique des travailleurs contre le système global de domination capitaliste, contre l’impérialisme, y compris quand ce qui nuit au capitalisme n’œuvre pas directement en faveur des salariés, des peuples, du socialisme. Ce n’est pas seulement en mettant en avant les aspirations sociales et socialistes des salariés que le prolétariat peut gagner son combat mais aussi en isolant nos ennemis de leurs soutiens mondiaux et de leurs soutiens parmi les petits artisans, paysans, commerçants, auto-entrepreneurs, jeunes, chômeurs, retraités, parmi les peuples opprimés, parmi les femmes opprimées, parmi les peuples menacés, violentés, saignés… La lutte révolutionnaire des salariés ne doit pas être isolée de toutes les autres luttes sociales et politiques ni le prolétariat des autres classes et couches sociales qui subissent le système. La pureté de classe, ce n’est pas l’isolement sectaire.

9°) L’activité politique révolutionnaire n’a rien à voir avec l’activisme politique et syndical. Et d’abord parce qu’elle se fonde sur une vraie étude théorique de la société, sur une philosophie dialectique scientifique. Celui qui méprise la théorie ou s’en détourne par incompétence désarme le prolétariat. On ne peut pas transformer le monde sans le repenser. Sans idéologie et philosophie révolutionnaire pas de théorie, pas d’analyse sérieuse de l’état de la société et des classes, pas de stratégie, pas d’armement théorique du prolétariat. Tout cela sous prétexte de réalisme, de niveau de conscience et de préoccupations des travailleurs. Ceux qui affirment que, de Marx à Trotsky, les révolutionnaires communistes dédiaient une grande part de leur temps à la théorie et qu’aujourd’hui ce ne serait pas la première des nécessités, que nous ne sommes pas des théoriciens et qu’ainsi nous sommes plus prêts de la base des travailleurs, rompent avec le marxisme révolutionnaire et donc avec la révolution prolétarienne !

10°) Rompre avec le réformisme, tous ceux qui se disent révolutionnaires l’affirment, mais le font-ils réellement dans leur analyse et de leur action politique ? Porter des revendications immédiates qui ne prétendent pas remettre en cause les fondements de la société capitaliste n’a rien de scandaleux pour des révolutionnaires, bien entendu. Mais encore faut-il que l’on veuille porter le plus loin possible la lutte, ses objectifs, ses revendications, ses méthodes, ses modes d’action et surtout son mode d’organisation et on en est souvent très loin de la part de militants qui se disent révolutionnaires et couvrent les manœuvres des appareils réformistes contre l’auto-organisation des travailleurs. Ces militants-là trouvent parfaitement naturel que les luttes soient dirigées par les bureaucraties puisqu’elles leur laissent une petite place en leur sein… Du coup, leur politique se modifie en fonction de leurs liens avec ces bureaucraties… Et le réformisme n’est pas que syndical, il est aussi politique, social, écologique, démocratique, etc… On ne peut pas faire qu’attendre le « grand jour » nous disent-ils, il faut agir au quotidien et sous se prétexte ils se mettent (et mettent les travailleurs) sous la coup d’organisations liées au grand capital et à son Etat, y compris des syndicats qui autrefois se disaient eux-mêmes révolutionnaires mais ont mis beaucoup d’eau dans leur piquette ! On ne peut pas combattre le réformisme sans proposer au quotidien une politique révolutionnaire, que ce soit dans les luttes, dans les syndicats, dans les manifestations, dans les rassemblements et cette politique commence par l’organisation des travailleurs par eux-mêmes à la base sans se mettre derrière personne, ni parti, ni syndicat. Ces derniers peuvent, de manière ouverte et non cachée, soumettre leurs propositions aux assemblées souveraines et aux comités, conseils ou soviets qui se constituent dans la lutte. Tel devrait être la manière de procéder que doivent défendre des communistes révolutionnaires dans toutes les luttes. Ils ne sont pas obligés d’y parvenir mais ils ne doivent jamais accepter de diriger des luttes en bureaucrates syndicaux. Dès qu’un problème se pose aux travailleurs, loin de courir le mettre aux mains des bureaucrates, ils doivent réunir les travailleurs, leur soumettre la question, leur faire des propositions, leur faire voter la décision, si possible leur faire élire un petit nombre de travailleurs pour se concerter et faire des propositions à l’assemblée, rédiger ensemble des tracts et se donner les moyens de les tirer, etc. La plupart des organisations qui se disent révolutionnaires ne font rien de tout cela et cela montre qu’il s’agit une fois encore d’une étiquette mensongère.

11°) Nombre de militants révolutionnaires se donnent comme objectif ce qu’ils appellent « construire le parti révolutionnaire ». Nous aussi, nous estimons qu’il faut un parti révolutionnaire à la classe ouvrière pour gagner. Mais un parti, c’est un peu comme des généraux. Les troupes, ce n’est pas le parti, c’est le prolétariat. On ne peut pas construire le parti sans liaison avec la masse des travailleurs, en particulier en période révolutionnaire. Quelle est la liaison ? Ce sont les soviets, ces organisations de masse, dans lesquelles les travailleurs s’organisent eux-mêmes, se dirigent eux-mêmes et auxquels les partis et syndicats soumettent leurs propositions, les communistes révolutionnaires comme les autres. Et la première des particularités des vrais militants communistes révolutionnaires, c’est qu’ils n’ont cessé de militer pour l’existence de ces soviets, pour qu’ils soient indépendants des appareils liés au système, liés à l’Etat, liés à la société capitaliste, liés aux patrons, qui négociaient avec eux, qui se réunissaient avec eux, pour qu’ils prennent par eux-mêmes toutes les décisions, pour qu’ils aillent plus loin, qu’ils contrôlent la société, qu’ils se dotent de pouvoirs d’Etat, qu’ils cassent l’ancien pouvoir, qu’ils mettent en place le pouvoir des soviets. Considérer la construction du parti révolutionnaire comme séparée d’un tel travail n’est ni marxiste, ni léniniste, ni trotskyste et n’est pas du tout révolutionnaire.

12°) S’interroger sur la vraie valeur pour le communisme révolutionnaire des organisations, des groupes, des partis, des syndicats que nous connaissons, c’est se poser les questions suivantes :

Cette organisation appelle-t-elle à refuser les crédits militaires, la défense nationale, à dénoncer l’industrie d’armements, à faire savoir toutes les entreprises contre-révolutionnaires et meurtrières contre les peuples qui sont menées avec ce armes, appelle-t-elle les soldats du rang à désobéir à leur hiérarchie, dénonce-t-elle publiquement et le plus fort possible tous les crimes commis, en particulier ceux de « notre » propre impérialisme, démolit-elle publiquement les prétextes des interventions armées de cet impérialisme dans le monde, fait-elle connaitre les profits réalisés ainsi sur le sang des peuples, en particulier ceux des pays anciennement colonisés ?

Est-ce que cette organisation dénonce les liens entre les partis et syndicats, y compris de gauche, avec l’Etat et les classes possédantes, notamment les liens d’argent, publics ou camouflés ? Est-ce qu’elle souligne toutes les compromissions, tous les arrangements en sous-main, toutes les négociations dans le dos des travailleurs et des peuples ? Est-ce qu’elle cherche à impliquer les travailleurs dans ces dénonciations ? Est-ce qu’elle fait en sorte que les travailleurs du rang puissent rendre publique leur désapprobation des politiques des organisations corrompues, compromises, coupables de collusion avec nos ennemis ?

Est-ce que cette organisation s’engage, si les travailleurs lui font confiance, s’ils la choisissent pour diriger leurs luttes et pour diriger la société, à faire en sorte que les soviets et eux seuls prennent les décisions sur les orientations, que la classe capitaliste et elle seule soit privée de droits et de biens, que le patriarcat soit aboli, que les femmes jouent un rôle dirigeant dans la société sans que les hommes ne subissent une oppression symétrique de celle du patriarcat, que les petits artisans, commerçants, paysans, pêcheurs, auto-entrepreneurs ne soient pas victimes des crises, de la misère, que les locataires en difficulté ne soient pas expulsés, que les salariés des entreprises en difficulté ne soient pas licenciés, que les habitants ne soient pas sans logis, que les femmes et les enfants soient défendus contre les violences ? Est-ce qu’elle s’engage à ne jamais participer à un pouvoir qui n’irait pas dans ce sens, à ne jamais gérer la société capitaliste, à ne jamais accepter de responsabilités si ce ne sont pas les conseils ouvriers qui les lui ont données ? Est-ce qu’elle s’engage à œuvrer pour la suppression de la propriété privée des grandes entreprises et du grand capital ? Est-ce qu’elle s’engage à lutter pour la destruction du pouvoir d’Etat capitaliste, et en particulier son armée, sa police, son administration, ses services spéciaux, sa gendarmerie, ses espions, ses forces pénitentiaires, ses institutions parlementaires, ses chefs religieux, etc. Est-ce qu’elle s’engage à dénoncer publiquement et à combattre réellement toute tentative impérialiste de frapper une révolte ou une révolution dans tous les pays du monde ? Est-ce qu’elle s’engage à mobiliser les travailleurs des pays impérialistes en faveur des révoltes et révolutions quand ces pays aident les dictatures à écraser les luttes et les contestations ? Est-ce qu’elle s’engage non seulement à désarmer la bourgeoisie capitaliste (armée et police) mais à armer les travailleurs, à tisser des liens avec les petits soldats et petits policiers pour détruire l’Etat capitaliste ? Est-ce qu’elle s’engage à placer en premier l’intérêt mondial du prolétariat et de la révolution et pas ce que les nationalistes appellent l’intérêt national ? Est-ce qu’elle s’engage à démasquer toutes les organisations qui, ouvertement ou de manière cachée, pratiquent l’union nationale en faveur de la politique du grand capital ?

Voilà où se place la boussole des communistes révolutionnaires !

Mais il ne s’agit pas de faire de la particularité des communistes révolutionnaires un moyen de nous placer au-dessus ni à l’écart au sein du prolétariat.

Lénine dans "Le matérialisme militant" :
« Une des erreurs les plus grandes et les plus dangereuses que commettent les communistes (comme, d’ailleurs, les révolutionnaires en général qui ont mené à bien le début d’une grande révolution), c’est de se figurer que la révolution peut être accomplie par les mains des seuls révolutionnaires. Or, pour assurer le succès de toute action révolutionnaire sérieuse, il faut comprendre et savoir appliquer pratiquement l’idée que les révolutionnaires ne peuvent jouer un rôle que comme avant garde de la classe réellement avancée et viable. L’avant garde ne remplit sa mission que lorsqu’elle sait ne pas se détacher de la masse qu’elle dirige, lorsqu’elle sait véritablement faire progresser toute la masse. Sans l’alliance avec les non communistes dans les domaines d’activité les plus divers, il ne saurait être question d’aucun succès en matière de construction de la société communiste. »

Karl Marx exposait ainsi dans « Le Manifeste du Parti communiste » de 1848 :
« Les communistes n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat… Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat et, dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans son ensemble. Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule la marche en avant des ouvriers ; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarient. Le but immédiat des communistes est le même que celui de tous les partis ouvriers : constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat… La première étape de la révolution ouvrière est la constitution du prolétariat en classe dominante, la conquête de la démocratie. Le prolétariat se servira de la suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’Etat ouvrier, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives. Cela ne pourra se faire, au début, que par une violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production, c’est-à-dire par des mesures qui, économiquement, paraissent insuffisantes et insoutenables, mais qui, au cours du mouvement, se dépassent elles-mêmes et sont indispensables pour bouleverser le mode de production tout entier… Les communistes combattent pour les intérêts et les buts immédiats de la classe ouvrière ; mais dans le mouvement présent, ils défendent et représentent en même temps l’avenir du mouvement…. A aucun moment, le parti communiste ne néglige d’éveiller chez les ouvriers une conscience claire et nette de l’antagonisme violent entre la bourgeoisie et le prolétariat, afin que, l’heure venue, les ouvriers sachent convertir les conditions politiques et sociales créées par le régime bourgeois, en autant d’armes contre la bourgeoisie… En somme, les communistes appuient dans tous les pays tout mouvement révolutionnaire contre l’ordre social et politique existant. Dans tous les mouvements, ils font de la question de la propriété, à quelque degré d’évolution qu’elle ait pu arriver, la question fondamentale du mouvement… Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé. Puissent les classes dirigeantes trembler à l’idée d’une révolution communiste ! Les prolétaires n’ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

LA QUESTION DE LA REVOLUTION PERMANENTE

La notion de révolution permanente s’oppose à celle de révolution par étapes. Cette dernière laisse entendre qu’il va d’abord falloir obtenir la démocratie ou d’abord l’indépendance, d’abord la naissance d’un Etat ou d’abord telle ou telle revendication de tel ou tel groupe social. Pour l’étapisme, on posera plus tard les autres problèmes. La révolution permanente suppose au contraire que toutes les questions sont liées, qu’elles le seront concrètement au sein d’une même révolution ayant une perspective socialiste et dirigée par le prolétariat révolutionnaire.
Historiquement, la « révolution permanente » est connue comme la thèse de Trotsky qui s’opposait à celle de Staline de « révolution dans un seul pays » renonçant à la révolution mondiale, à la thèse stalinienne d’ « intégration du koulak et du nepman au socialisme » et de « progrès à pas de tortue vers le socialisme », qui allaient être suivies par des thèses comme « la coexistence avec le capitalisme », « la voie pacifique vers le socialisme », entre autres expressions qui cachaient non seulement la renonciation aux perspectives d’octobre 1917 mais la haine virulente de la révolution qui animait la bureaucratie stalinienne. Celle-ci a usurpé le pouvoir du prolétariat, en profitant d’un recul de la révolution européenne et a craint tout réveil de la révolution en Europe qui risquait de remettre en cause le statu quo avec la bourgeoisie impérialiste, statu quo qui lui permettait de survivre. C’est bien la « révolution permanente » initiée en 1917 qui a échoué.

Et, effectivement, la révolution de 1917 en Russie était permanente, au sens où elle marquait le début d’une révolution ouvrière en Europe et qu’elle ne pouvait triompher que si celle-ci l’emportait. Car son caractère n’était pas celui d’une révolution nationale visant à supprimer les restes russes du féodalisme. La révolution qui a renversé le tsarisme ne pouvait s’en tenir à la mise en place d’une démocratie bourgeoise. La locomotive de la révolution était, malgré sa faiblesse numérique, le prolétariat industriel. Lorsque celui-ci prenait des mesures démocratiques révolutionnaires, son caractère de classe marquait ces mesures.

Lénine, lui-même, n’avait pas envisagé les choses ainsi. Jusqu’en mars 1917, il s’opposait à la thèse de Trotsky de la révolution permanente.

Avant 1917, Lénine était victime d’une conception bien peu dialectique du cours de l’histoire, conception que nous pouvons appeler « progressisme » ou « révolution par étapes ». Le tournant de la pensée politique, stratégique, de Lénine a pris un caractère public dans ce que l’on a appelé les « thèses d’avril ». Lénine, tout juste rentré en Russie suite au renversement du tsar, défendait les anciennes thèses de Trotsky au sein de son propre parti. Non sans difficulté. Les thèses opposées affirmaient que la Russie n’était pas mûre pour le socialisme, que l’on devait appuyer l’aile révolutionnaire de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie qui voulait porter la démocratie bourgeoise à son terme en Russie. Il s’agissait d’ « une étape démocratique » à distinguer de l’ « étape socialiste et prolétarienne » qui, selon ses adeptes, n’était pas à l’ordre du jour vu le faible développement de l’économie et du prolétariat.

La révolution russe, elle-même, a tranché le débat en donnant le pouvoir au prolétariat et en marquant le début de la révolution prolétarienne en Europe, menaçant même l’impérialisme mondial.

La révolution permanente est notre philosophie permanente

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8008

Léon Trotsky, dans « La révolution permanente » :

« La théorie de la révolution permanente (...) démontrait qu’à notre époque l’accomplissement des tâches démocratiques, que se proposent les pays bourgeois arriérés, les mène directement à la dictature du prolétariat, et que celle-ci met les tâches socialistes à l’ordre du jour. (...) »

« C’est ce que Lénine appelait la transformation de la révolution démocratique en révolution socialiste. Ce n’est pas le pouvoir bourgeois qui se transforme par hypertrophie en pouvoir ouvrier et paysans et, ensuite, prolétarien : non, le pouvoir d’une classe ne se « transforme » pas en pouvoir d’une autre classe, mais on l’arrache l’arme à la main. »

« A propos du saut par-dessus les étapes historiques

« Savoir distinguer entre la révolution bourgeoise et la révolution prolétarienne, c’est l’abc politique. Mais, après avoir appris l’alphabet, on apprend les syllabes qui sont formées de lettres. L’histoire a réuni les lettres les plus importantes de l’alphabet bourgeois et les premières lettres de l’alphabet socialiste. (...) Il est absurde de dire qu’on ne peut jamais sauter par-dessus les étapes. Le cours vivant des événements historiques saute toujours par-dessus les étapes qui sont le résultat d’une division théorique de l’évolution prise dans sa totalité, c’est-à-dire dans son ampleur maximale et, aux moments critiques, il exige le même souci dans la politique révolutionnaire. On peut dire que la capacité de reconnaître et d’utiliser ces moments distingue avant tout le révolutionnaire de l’évolutionniste vulgaire. »

Lénine, Lettre d’adieu aux ouvriers suisses, juste avant de quitter la Suisse pour la Russie (avril 1917) :

« C’est au prolétariat russe qu’est échu le grand honneur d’inaugurer la série des révolutions engendrées avec une nécessité objective par la guerre impérialiste. Mais l’idée de considérer le prolétariat russe comme un prolétariat révolutionnaire élu par rapport aux ouvriers des autres pays nous est absolument étrangère. Nous savons parfaitement que le prolétariat de Russie est moins organisé, préparé, conscient que les ouvriers d’autres pays. Ce ne sont pas des qualités particulières, mais uniquement les conditions historiques particulières qui ont fait du prolétariat russe, pour un certain temps, peut-être très court, le chef de file du prolétariat révolutionnaire du monde entier.
La Russie est un pays paysan, l’un des pays les plus arriérés d’Europe. Le socialisme ne peut y vaincre tout de suite et spontanément. Mais le caractère paysan du pays peut, sur la base de l’expérience de 1905 et étant donné l’énorme superficie des terres restées aux mains de l’aristocratie foncière, donner une formidable ampleur à la révolution démocratique bourgeoise en Russie et faire de notre révolution le prologue de la révolution socialiste mondiale, une étape vers celle-ci. »

Marx et la tactique dans la révolution permanente

Tandis que les petits bourgeois démocratiques veulent terminer la révolution au plus vite (...), il est de notre intérêt et de notre devoir de rendre la révolution permanente, jusqu’à ce que toutes les classes plus ou moins possédantes aient été écartées du pouvoir, que le prolétariat ait conquis le pouvoir et que non seulement dans un pays, mais dans tous les pays régnants du monde l’association des prolétaires ait fait assez de progrès pour faire cesser dans ces pays la concurrence des prolétaires et concentrer dans leurs mains au moins les forces productives décisives. Il ne peut s’agir pour nous de transformer la propriété privée, mais Seulement de 1’anéantir ; ni de masquer les antagonismes de classes, mais d’abolir les classes ; ni d’améliorer la société existante, mais d’en fonder une nouvelle. (...) « Leurs efforts doivent tendre à ce que l’effervescence révolutionnaire directe ne soit pas une nouvelle fois réprimée aussitôt après la victoire. Il faut, au contraire, qu’ils la maintiennent le plus longtemps possible. Bien loin de s’opposer aux prétendus excès, aux exemples de vengeance populaire contre des individus haïs ou des édifices publics auxquels ne se rattachent que des souvenirs odieux, il faut non seulement tolérer ces exemples, mais encore en assumer soi-même la direction. Pendant et après la lutte, les ouvriers doivent en toute occasion formuler leurs propres revendications à côté de celles des démocrates bourgeois. Ils doivent exiger des garanties pour les ouvriers, dès que les bourgeois démocratiques se disposent à prendre le gouvernement en main. Il faut au besoin qu’ils obtiennent ces garanties de haute lutte et s’arrangent en somme pour obliger les nouveaux gouvernants à toutes les concessions et promesses possibles ; c’est le plus sûr moyen de les compromettre. Il faut qu’ils s’efforcent, par tous les moyens et autant que faire se peut, de contenir la jubilation suscitée par le nouvel état de choses et l’état d’ivresse, conséquence de toute victoire remportée dans une bataille de rue, en jugeant avec calme et sang-froid la situation et en affectant à l’égard du nouveau gouvernement une méfiance non déguisée. Il faut qu’à côté des nouveaux gouvernements officiels ils établissent aussitôt leurs propres gouvernements ouvriers révolutionnaires, soit sous forme d’autonomies administratives locales ou de conseils municipaux, soit sous forme de clubs ou comités ouvriers, de façon que les gouvernements démocratiques bourgeois non seulement s’aliènent aussitôt l’appui des ouvriers, mais se voient, dès le début, surveillés et menacés par des autorités qui ont derrière elles toute la masse des ouvriers. En un mot, dès les premiers instants de la victoire, on ne doit plus tant se défier des partis réactionnaires vaincus que des anciens alliés des ouvriers, que du parti qui cherche à exploiter la victoire pour lui seul. (...) » « Les ouvriers doivent se placer non sous la tutelle de l’autorité de l’Etat mais sous celle des conseils révolutionnaires de communautés que les ouvriers auront pu faire adopter. Les armes et les munitions ne devront être rendues sous aucun prétexte. (...) » « Ils doivent pousser à l’extrême les propositions des démocrates qui, en tout cas, ne se montreront pas révolutionnaires, mais simplement réformistes, et transformer ces propositions en attaques directes contre la propriété privée. Si, par exemple, les petits bourgeois proposent de racheter les chemins de fer et les usines, les ouvriers doivent exiger que ces chemins de fer et ces usines soient simplement et sans indemnité confisqués par l’Etat en tant que propriété de réactionnaires. Si les démocrates proposent l’impôt proportionnel, les ouvriers réclament l’impôt progressif. Si les démocrates proposent eux-mêmes un impôt progressif modéré, les ouvriers exigent un impôt dont les échelons montent assez vite pour que le gros capital s’en trouve compromis. Si les démocrates réclament la régularisation de la dette publique, les ouvriers réclament la faillite de l’Etat. Les revendications des ouvriers devront donc se régler partout sur les concessions et les mesures des démocrates. » « Ils (les ouvriers) contribueront eux-mêmes à leur victoire définitive bien plus par le fait qu’ils prendront conscience de leurs intérêts de classe, se poseront dès que possible en parti indépendant et ne se laisseront pas un instant détourner—par les phrases hypocrites des petits bourgeois démocratiques—de l’organisation autonome du parti du prolétariat. Leur cri de guerre doit être : La révolution en permanence ! »
Karl Marx et Friedrich Engels dans « Adresse du Comité Central à la Ligue des communistes » (1850)

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7198

La révolution permanente de Lénine

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1458

Qu’est-ce que la révolution permanente

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article600

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2976

LA QUESTION DU FASCISME

LES FAUSSES INTERPRETATIONS DU FASCISME ET LA VRAIE

0°) Il y a une tendance erronée à considérer un phénomène social et politique comme le fascisme comme on considère à tort un phénomène physique, c’est-à-dire comme un objet inerte, sans dynamique, sans dialectique des contraires, sans changement brutal, en somme comme une chose inerte qui peut seulement casser mais pas réellement se transformer ou transformer le monde. Le fascisme n’est pas une chose mais un phénomène émergent et dynamique qui ne peut pas être combattu simplement en disant qu’on est contre mais en développant une autre dynamique réelle. Le fascisme ne peut pas exister (la formation d’une masse de gens révoltés, paupérisés et militarisés sous la domination des fascistes écrasant le prolétariat) sans la dynamique capable d’être extraordinairement agitée et porteuse de changements radicaux potentiels de la lutte des classes, tout comme le nuage ne peut pas exister (des tonnes d’eau ne tiendraient pas en l’air) sans la dynamique capable d’être extraordinairement agitée et porteuse de changements radicaux potentiels de l’agitation moléculaire et que l’atome (et même la particule matérielle) ne peut pas exister (une somme de particules positives qui se repoussent restant collées) ne peut pas exister sans la dynamique capable d’être extraordinairement agitée et porteuse de changements radicaux potentiels du vide quantique. La vision figée sans dynamique et sans dialectique ne permet pas de combattre le fascisme.

1°) Et ce n’est pas non plus un simple discours. Le fascisme n’est pas un courant d’opinion (la mise en place d’un pouvoir fasciste n’est pas une décision de l’opinion publique et on ne combat pas le fascisme simplement en combattant des idées, des préjugés, des mensonges) : c’est un type de pouvoir d’Etat qui est le produit d’une situation extrême, complètement déstabilisée pour la classe exploiteuse. Il ne doit surtout pas être séparé de la lutte des classes. Le fascisme est le produit d’un combat entre les classes arrivées à un stade ultime où la seule alternative est révolution sociale ou contre-révolution fasciste.

2°) Ce type particulier d’Etat (qui n’est pas une simple dictature) provient du fait qu’en plus des forces de répression classiques (notamment armée et police ou même milices d’Etat), il associe provisoirement un mouvement organisé de masses appelées les « troupes fascistes » et prises dans les classes moyennes et les milieux populaires.

3°) Cette situation particulière concerne les trois classes sociales essentielles de toute société : classe exploiteuse, classe moyenne et classe exploitée. Ce qui caractérise cet état critique de l’ordre social et politique est le fait qu’il y a un risque que la classe exploitée s’unisse à la classe moyenne (ou à une fraction notable de celle-ci) pour mettre en place un pouvoir révolutionnaire. C’est ce risque social menaçant qui justifie aux yeux de la classe exploiteuse de mettre en avant (de façon momentanée) une fraction violente de la classe moyenne et aussi des milieux populaires ou paupérisés, ceux que l’on appellera « les fascistes », de les organiser et de les jeter dans l’action violente.

4°) L’un des risques d’erreur politique et sociale consiste à prendre ces « troupes fascistes » pour une vraie force sociale, pour une véritable arme de guerre alors que ce n’est qu’une bande sans foi ni loi mais aussi sans but réel ni perspective politique ou sociale propre. Ces troupes ne défendent que les intérêts des gros exploiteurs mais n’en ont pas conscience. La classe dominante ne fait que les utiliser mais elle s’en méfie et les dissoudra dès que le véritable danger révolutionnaire, celui des exploités et de leur capacité en prenant la tête de tous les opprimés de renverser le pouvoir d’Etat des exploiteurs, sera éradiqué. La vraie réponse au fascisme consiste à unir de manière révolutionnaire les exploités aux opprimés de la classe moyenne et d’autres couches populaires, afin de constituer une force capable de renverser la classe dominante. Cela n’est possible que si la classe exploitée s’auto-organise et développe ses propres perspectives en démontrant qu’elle veut renverser la classe exploiteuse et s’adresse aux autres opprimés, notamment ceux des classes moyennes.

5°) Si on veut comprendre le fascisme, le premier point est de ne pas se fixer sur le seul exemple du nazisme en Allemagne ou du fascisme en Italie. Non seulement il y a bien d’autres exemples mais on risque de croire que les caractéristiques spécifiques de ces fascismes particuliers seraient générales. Par exemple, nulle nécessité pour un pouvoir fasciste d’être antisémite. Ni de pratiquer un génocide des Juifs. Même le racisme n’est pas une caractéristique indispensable. Le fascisme n’est pas un mouvement européen, ni spécifiquement lié à la phase impérialiste du grand capital (Karl Marx l’a reconnu en France avec le mouvement bonapartiste de Louis Bonaparte qui allait devenir Napoléon III), ni même à l’époque du capitalisme (on l’a vu dans des sociétés bourgeoises pré-capitalistes et dans des sociétés esclavagistes comme l’empire romain).

6°) Il y a une autre erreur classique d’interprétation du fascisme que les « démocrates anti-fascistes », ou prétendus tels, aiment particulièrement développer comme tromperie et qui consiste à attribuer le caractère fasciste aux seuls mouvements politiques et sociaux d’extrême droite, ce qui blanchirait le centre et la gauche de tout risque d’être des éléments favorables, à un moment donné, à la montée fasciste. En fait, quand il y a une montée fasciste, cela se produit avec la complicité à de multiples niveaux de tous les partis, syndicats et associations liés à l’Etat des exploiteurs et à leur ordre social et politique, notamment toute la gauche et tous les réformistes et opportunistes (jusqu’à la fausse extrême gauche). Les dirigeants fascistes peuvent parfaitement provenir de la gauche (comme Mussolini ou Laval), ou être soutenus par elle (comme celle de Pétain soutenu de la plupart des dirigeants politiques et syndicaux du front populaire en France). Ceux qui lient pieds et poings de la classe exploitée sont surtout des éléments de la gauche.

7°) Il ne faut pas attribuer la décision du fascisme à tel ou tel dirigeant populiste, démagogue, soi-disant génial ou fou. Il ne faut pas attribuer le choix du fascisme à la seule décision d’un appareil politique (de l’Etat ou d’un parti). C’est le choix d’une classe sociale exploiteuse (à notre époque, du capitalisme et de la fraction du grand capital). C’est dans une situation d’un pays que le fascisme se développe mais il le fait sur une décision qui n’est pas propre au pays mais à la classe capitaliste dans son ensemble.

8°) Quelles que soient les circonstances diverses de son avènement, le fascisme est toujours une attaque brutale, violente, sanglante, terroriste et totalement destructrice contre tout ce qui représente une fraction organisée, consciente (même très partiellement, même de manière réformiste et démocrate) des exploités. La classe capitaliste doit absolument annihiler tout sentiment de classe et transformer les exploités capables de faire la révolution en esclaves obéissants, apeurés et rampants.

9°) Sur le plan idéologique, le fascisme n’a pas nécessairement de rapport avec l’antisémitisme ou même le racisme mais il en a toujours avec le nationalisme exacerbé et violent, la haine des autres peuples, l’attirance pour la guerre contre les autres peuples, la haine contre l’internationalisme. Et, là non plus, il ne s’agit pas d’idéologie en dehors des classes : ce que le fascisme hait, c’est le caractère international du prolétariat révolutionnaire et de la perspective de société qu’il porte.

10°) Le fascisme a un soutien populaire de masse mais ce mouvement populaire n’a pas le caractère d’une révolution, non seulement parce que dans ses buts il est contre-révolutionnaire, est chargé de sauver de la révolution sociale la classe dirigeante et possédante mais surtout parce que ce mouvement n’a pas de force autonome socialement et politiquement. Ces masses de gens fascisés ne sont pas une vraie force. Ils ne savent même pas le rôle qu’ils jouent et, dès qu’ils ont annihilé le prolétariat, ils sont renvoyés au néant de leur inexistence, désarmés et désorganisés, pour laisser place à la dictature classique d’Etat. Ces masses fascisées n’ont aucune perspective sociale et politique propre. Tout ce qu’elles peuvent, c’est clamer leur amour du nationalisme à une époque où le respect des nations n’a plus aucun sens.

11°) Le moralisme n’a aucune force face au fascisme. Si on le considère seulement comme un mal moral, on ne peut pas combattre le fascisme. Le moralisme antifasciste est une espèce de pacifisme qui désarme les prolétaires et ne sert que les fascistes. Le moralisme dénonce mais il ne combat pas, il refuse le combat au nom de… la morale !

12°) Il n’y a pas un programme particulier pour combattre le fascisme, ni un pour combattre la guerre, ni un pour le combat économique, il y a un seul programme qui vise à la révolution socialiste prolétarienne internationale. Le pire est de croire que devant la menace fasciste, il faut abandonner la révolution sociale et se contenter de… lutter contre le fascisme, pour mieux s’unir, pour mieux l’entraver, pour mieux l’isoler, pour assurer l’avenir. C’est abandonner la barque parce qu’il y a une inondation…

CELUI QUI RECULE DEVANT LA TACHE DE CONSTRUIRE DES CONSEILS DU PEUPLE TRAVAILLEUR ET DE LEUR DONNER LA TOTALITE DU POUVOIR EST INAPTE A COMBATTRE LE FASCISME ;

La suite

LA QUESTION DE LA GUERRE

Face à la guerre mondiale inter-impérialiste, quelles sont nos armes, nous prolétaires ?
Imaginons un peu. Demain, il y a la nouvelle grande boucherie guerrière entre les grandes puissances et qu’est-ce qu’on peut dans ces conditions effroyables espérer, tenter, sur quoi fonder nos luttes, quelles sont nos forces, nos faiblesses, notre politique ? Comment nous battre sur nos propres bases de prolétaires avant, pendant et après le déclenchement guerrier ? Comment ne pas tomber dans les pièges ? Comment ne pas nous trouver liés par la logique guerrière et ne pas nous solidariser avec nos propres exploiteurs ? Pourquoi peut-on penser que le prolétariat, absolument désarmé actuellement (sans organisation autonome, sans indépendance de classe, sans idéologie et programme de classe, sans armes, sans alliances avec des couches opprimées et exploitées) a cependant une force potentielle déterminante qui peut lui permettre de devenir le pôle autour duquel une alternative au système capitaliste se bâtira ?

Tout d’abord, sachant que la guerre mondiale entre les grandes puissances impérialistes ne se déclenchera qu’à partir du moment où l’effondrement de l’économie capitaliste s’avèrera ingérable, il certain qu’à ce moment-là, quand les banques seront fermées, quand les épargnes seront ponctionnées, quand les salaires et retraites ne seront plus versées, quand les Etats seront déclarés en faillite en même temps que les trusts, les banques et les bourses, alors, oui, il serait clair pour tous les prolétaires qu’il faut un nouveau système social, un nouveau mode de production.

Et alors, sera déterminant le fait que le prolétariat est la seule classe qui n’est pas objectivement dépendante historiquement du vieux système d’exploitation, même si elle a longtemps été subjectivement dépendante parce les organisations les plus importantes en son sein sont réformistes, c’est-à-dire tout à fait dépendantes du système, de ses institutions, de son Etat et de sa classe possédante. Cela signifie que la conscience des prolétaires de devoir offrir une alternative a toutes les chances de remonter en même temps que la colère face à la guerre et ses horreurs, la misère, la dictature, dès lors qu’il sera patent que le capitalisme n’offre plus aucun avenir à l’humanité. C’est pour cela que, dès ce moment, les grandes puissances se lanceront dans la guerre générale et globale, afin de s’en servir pour museler la colère, pour détourner la prise de conscience révolutionnaire prolétarienne en plongeant le monde dans le bain de sang et s’appuieront sur l’état de guerre pour museler les classes laborieuses et les masses populaires.

La guerre n’est rien d’autre que l’une des armes de la contre-révolution et la révolution est seulement le produit de l’effondrement du capitalisme. C’est l’incapacité du grand capital à aller de l’avant, en investissant ses profits dans la production, qui contraint les prolétaires à redevenir un potentiel révolutionnaire. Le grand capital a beau avoir son plus grand succès en termes de masse totale des capitaux, elle a atteint son plus grand échec en termes de masse des investissements productifs par rapport au total des capitaux. Or l’investissement productif est la source de la plus-value et donc la vraie origine de tout profit, malgré la masse des profits fictifs car purement spéculatifs en hausse spectaculaire.

Dès que la marche à la guerre générale sera annoncée, on nous dira : « quoique vous pensiez de la justesse de l’entrée en guerre, vous n’avez plus le choix, il faut défendre le camp de « notre » pays, de « notre » Etat, il faut viser à la victoire de « notre » armée. » Et cela viendra de la part non seulement des va-t-en guerre mais des prétendus pacifistes, les réformistes, la gauche, les syndicats et une certaine extrême gauche opportuniste. Ils diront : « Nous avons tout fait pour éviter la guerre et maintenant nous devons tout faire pour que « notre » peuple, « notre » pays (assimilés à tort à notre ville, notre maison, notre foyer, notre famille) ne subisse pas des conséquences trop graves de cette guerre. » Et c’est faux ! En cas de guerre entre les impérialismes, les peuples travailleurs de chacun de ces pays ont un seul intérêt : QUE LEUR PROPRE PAYS IMPERIALISTE SOIT VAINCU ! Cela s’appelle le défaitisme révolutionnaire. Parce que c’est de cette défaite que peut naître la victoire du prolétariat. Parce que souhaiter cette défaite, c’est la seule manière pour le prolétariat de relever le défit de la guerre à la classe dirigeante. Parce que tout autre politique est une trahison des intérêts du peuple travailleur. Cette « trahison nationale » est la seule vraie dénonciation du nationalisme guerrier impérialiste et toute autre position n’est que mensonges pacifistes, pacifiques seulement à l’égard des possédants. Seule la défaite militaire de l’impérialisme provoquée et organisée par les exploités peut arrêter la guerre en mettant en avant le pouvoir des travailleurs. Les diverses formes du patriotisme mêlé de pacifisme ne sont que mensonges sanglants. Ne pas désarmer et détruire l’armée de la bourgeoisie impérialiste, c’est la laisser tourner ses armes contre le peuple travailleur. N’oublions pas que dans tous les épisodes historiques connus, l’armée impérialiste a fait suivre la guerre entre impérialismes, d’une guerre civile sanglante dans laquelle l’armée a fait tirer sur le peuple !

Jamais aucun impérialisme n’a mené de guerre pour sauver un peuple de la guerre, de la dictature, du fascisme, du massacre ou même du génocide. Les prétendues démocraties, leurs « démocrates », leurs gauches, leurs syndicats, leurs médias qui prétendent le contraire sont des fieffés menteurs qui veulent à nouveau nous tromper demain. Aucun impérialisme ne mène une guerre pour soutenir le peuple de son pays, pas plus qu’il n’exploite la planète dans ce but. L’impérialisme, même soi-disant tempéré de démocratie électorale et de constitution légale, n’est rien d’autre que le pouvoir du grand capital, c’est-à-dire d’une infime minorité qui exploite l’immense majorité, y compris celle du pays impérialiste. Ce n’est pas pour enrichir le peuple des pays riches que les pays pauvres sont mis en coupe réglée par l’impérialisme. Certes, cela a permis longtemps de retarder les révolutions dans les pays riches mais cela n’est plus vrai. L’effondrement du capitalisme sonne le glas aussi de cette tromperie-là. Plus que jamais, l’impérialisme signifie le bain de sang des travailleurs, quelle que soit leur nationalité, leur origine, leur race, leur religion, leur couleur de peau.
PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS UNISSEZ VOUS POUR ABATTRE L’IMPERIALISME MONDIAL !
La défaite, la chute de l’impérialisme, et même le début de la révolte prolétarienne contre l’impérialisme c’est le début de la révolution sociale, le début de la fin de l’impérialisme, le début de la république des soviets ! Ce qui s’oppose à l’impérialisme, c’est le prolétariat organisé en soviets, c’est-à-dire en conseils de délégués élus et révocables par les assemblées générales prolétariennes révolutionnaires qui décident de tout et dirigent tout. Sans le pouvoir de soviets, on ne peut pas en finir avec l’impérialisme !
CEUX QUI DENONCENT L’IMPERIALISME SANS APPELER AU POUVOIR DES SOVIETS SONT DES COMPLICES CAMOUFLES DE NOS ENNEMIS !
Le premier pas dans le sens de la défaite de l’impérialisme consiste à casser le moral de l’armée. A casser aussi la crédibilité du patriotisme. A dévoiler et casser les buts prétendus de l’impérialisme. A dénoncer et démasquer les amis cachés de l’impérialisme et surtout ceux qui ont du crédit parmi les travailleurs. A dénoncer les crimes de l’impérialisme et à montrer qu’ils n’ont pas été commis pour défendre la population contre les crimes d’autres impérialismes mais pour des buts bien plus intéressés et qui « intéressent » une part infime de la population, les plus riches et les oppresseurs et exploiteurs du monde, gens qui n’appartiennent pas au même monde que nous. Tant que le moral de l’armée est haut, que le soldat suit aveuglément sa hiérarchie, aucune révolution ne peut triompher. Tant que le petit soldat ne sent pas qu’il a des buts différents voire opposés à ceux de ses chefs, la révolution prolétarienne se heurte à un mur infranchissable. Mais, avec la guerre, le soldat voit tous les jours les mensonges, les exactions, les crimes des chefs militaires et la démoralisation peut être très rapide. Le soldat est chair à canons comme le prolétaire est chair à travail, exploité, trompé, exposé et sacrifié en premier. Encore faut-il que le petit soldat soit attiré par un prolétariat combatif qui exprime une solidarité avec lui et qui affirme que tout soldat qui prend parti pour la révolution sera protégé par elle. Car un soldat révolté en temps de guerre est très vite éliminé physiquement par la répression militaire. Dès lors que l’armée se fissure, le pouvoir des classes possédantes tient à un fil, qu’il est possible de briser pour peu que les travailleurs s’auto-organisent en soviets dans ce but et combattent les forces réformistes en leur sein, forces qui ne veulent surtout pas de la déstabilisation de l’Etat. Il est alors possible que les soviets de travailleurs se lient aux comités de soldats. C’est le signal que la révolution est mure pour préparer un nouveau pouvoir face à l’ancien, pour commencer à contester, puis renverser le pouvoir des possédants.
LA GUERRE N’EST PAS LA FIN DE LA LUTTE DE CLASSE MAIS SON EXACERBATION.
La défaite militaire est la meilleure arme des prolétaires qui veulent agir dans le sens des intérêts historiques de leur classe, c’est-à-dire vers le pouvoir des conseils de travailleurs en armes. Inversement, la réussite du lancement de la guerre démolit momentanément le moral des travailleurs, leur sens de classe, leur confiance dans leurs propres forces. La guerre apparaît toujours comme une victoire du nationalisme exacerbé, renforce la haine des autres peuples, donne la parole aux pires bellicistes, étouffe la voix des internationalistes et de tous ceux qui se revendiquent du prolétariat. Bien sûr, la guerre ne favorise nullement le moral et la conscience des travailleurs, ni leur organisation, ni leurs luttes, ni leurs liens entre prolétaires. L’accablement, le désespoir, le fatalisme, la méfiance, la peur, le soupçon, le nationalisme, le racisme, le fascisme, les sentiments les plus bas ne peuvent que sortir favorisés dans un premier temps par l’entrée en guerre. La propagande y rajoute la dénonciation des exactions réelles ou imaginaires de l’impérialisme ennemi et le camouflage des crimes de son propre impérialisme. Bien entendu, tout cela n’est pas fait pour favoriser la montée de la révolution, bien au contraire, celle de la contre-révolution. Redisons-le, la guerre n’est pas seulement le produit des rivalités inter-impérialistes mais de la lutte des classes, qui, en période de crise aigue du système dominant, nécessite des moyens violents, sanglants, pour éradiquer les risques révolutionnaires. Et la méfiance a des fondements bien réels : la guerre permet d’autoriser la répression systématique et l’élimination individuelle et collective des « ennemis » par le pouvoir, les ennemis de classe étant considérés comme des ennemis de guerre.

QUAND ILS FONT LA GUERRE, IL FAUT NOUS DIRE QUE C’EST A NOUS, PEUPLE TRAVAILLEUR, QU’ILS FONT LA GUERRE.
La perte de moral du prolétariat dans cette première phase provient non seulement de la peur des horreurs qui démarrent ou qui peuvent suivre mais aussi de l’effondrement des illusions qui l’avaient précédé sur la possibilité de bien vivre au sein du système, malgré ses défauts. Bien des prolétaires ont longtemps cru que l’ordre social n’était pas parfait mais qu’on pouvait s’y faire sa place. Ces illusions ont été bien organisées et planifiées par l’ordre établi et par toutes les organisations installées au sein du système, y compris la gauche, les syndicats et la fausse extrême gauche. Ces derniers n’ont cessé de faire croire que l’on pouvait défendre ses intérêts de classe au sein des institutions et qu’on devait compter pour s’exprimer et lutter sur les élections bourgeoises et sur les bureaucraties syndicales liées aux classes possédantes à l’Etat capitaliste. Toutes ces tromperies ont lié pieds et poings les travailleurs à leurs pires ennemis et les ont menés à croire que l’armée de leur impérialisme était « leur » armée, chargée de les protéger, eux et leur famille ! Ce sont eux qui ont fait croire qu’on pouvait faire confiance aux classes dirigeantes si le sort du pays était en jeu ! Comme si les exploiteurs voulaient sauver un seul peuple ! Ce sont eux qui refusent aux exploités et aux opprimés de s’unir au sein des conseils du peuple travailleur, seule organisation de masse capable d’offrir une alternative à la société d’exploitation. Aujourd’hui, à la veille du conflit général, ils ne lèvent pas le petit doigt pour permettre aux exploités et aux opprimés de s’unir dans la lutte pour préparer un autre avenir que cette immense boucherie. Et pourtant certains d’entre eux se disent opposés à la guerre et pour certains opposés aux exploiteurs ou opposés au système capitaliste. Mais ils sont liés entre eux, ils se tiennent les coudes, même s’ils se critiquent mutuellement. Les illusions sur le système que toutes ces organisations ont cultivé vont nous coûter extrêmement cher car elles nous ont empêché de nous préparer, elles vous nous contraindre de le faire sous le feu, dans les pires conditions, mais nous devrons cependant le faire, nous le pouvons et nous pouvons gagner. Les classes possédantes le savent. Elles l’ont appris des guerres impérialistes précédentes dans lesquelles des révoltes et des révolutions ont éclaté. De la dernière vague des révoltes et révolutions débutée en 2010-2011 qui a suivi l’effondrement économique et social de 2007-2008, elles ont tiré la leçon que la révolution sociale mondiale menace de revenir sur le devant de la scéne de l’Histoire et elles comptent bien pratiquer un bain de sang de masse pour éviter que la prochaine vague révolutionnaire internationale ne tire les leçons de la précédente et ne mène au pouvoir des soviets.

ILS SONT EN GUERRE PARCE QU’ILS CRAIGNENT NOTRE REVOLUTION.
La guerre se charge de détruire les potentialités révolutionnaires mais elle va nécessairement détruire en même temps les illusions réformistes qui enchainaient et baillonnaient le prolétariat révolutionnaire. Elle va détruire, torturer, terroriser et démolir la vie de millions d’êtres humains mais aussi les libérer de leurs réserves, de leurs réticences, de leurs timidités à agir révolutionnairement à l’égard des exploiteurs et oppresseurs, de leurs craintes de semer la violence face à une société qui, elle, n’a pourtant jamais craint de semer la violence, leurs retenues devant la nécessité de terroriser ceux qui nous terrorisent.
Bien sûr, les travailleurs et les peuples n’ont pas voulu de la lutte au couteau pas plus qu’ils n’ont voulu de la guerre civile et de la révolution. Ce sont les exploiteurs et les oppresseurs qui les y contraignent. Et ils nous contraignent de prendre les armes pour tuer le peuple d’en face qui est comme nous contraint de prendre les armes pour massacrer ses frères du pays voisin. Alors, il est légitime d’employer les armes pour renverser les bouchers qui nous donnent de tels ordres. Il n’y aucune morale à accepter, à céder, à se soumettre aux hiérarchies militaires et aux pouvoirs civils qui nous donnent ces ordres. Notre devoir, la défense de nos familles, notre dignité d’hommes et de femmes nous imposent l’inverse : le droit à refuser, de nous révolter, de renverser le pouvoir assassin.
Toute cette tromperie qui se finit dans la barbarie sanglante provient d’un mensonge : faire croire que cet Etat est celui du peuple travailleur, l’émanation de sa propre volonté. Eh bien, la seule réponse valable est de mettre en place réellement l’Etat qui est le produit des décisions du peuple travailleur, l’Etat des conseils révolutionnaires de travailleurs, élus et révocables par eux. Et cela nécessite de désarmer, de dissoudre, de désorganiser, de démoraliser l’armée permanente de la bourgeoisie capitaliste dans tous les pays à commencer par celle des plus grandes puissances, des impérialismes qui dominent et terrorisent le monde. C’est la guerre qui peut nous permettre d’y parvenir mais cela nécessite que les travailleurs agissent en révolutionnaires et se donnent comme objectif de détruire le mensonge de cet Etat capitaliste qu’on leur a présenté comme leur propre Etat.

LE PREMIER PAS DES TRAVAILLEURS REVOLUTIONNAIRES EST DE CESSER D’ETRE LES DUPES DE L’ETAT DES CAPITALISTES QUI SE DIT ETAT DU PEUPLE TOUT ENTIER ET DE PROCLAMER QUE SA DEFAITE EST LE DEBUT DE NOTRE VICTOIRE !
Quelles sont nos armes ? La première et principale arme du prolétariat révolutionnaire est de ne pas se lier au pouvoir capitaliste, de ne pas se lier à la défense de son système d’exploitation, de ne pas croire aux organisations qui l’y enchainent. La seconde est de ne pas être enchaînés aux institutions même celles dites démocratiques, ne pas être enchaînés à la propriété privée des capitaux et des moyens de production, ne pas être à sa hiérarchie, à sa légalité, à ses forces de répression, à son ordre social, à sa morale, à son idéologie, à sa philosophie, à son prétendu pacifisme, à sa prétendue morale. La troisième arme des prolétaires est l’auto-organisation en comités du peuple travailleur s’emparant, avec l’aide des comités de soldats qui refusent l’obéissance à leur hiérarchie et au pouvoir capitaliste, de tout le pouvoir de décision, de tous les pouvoirs réels et notamment du capital tout entier et de la totalité des armes. Tous les organisations qui se disent du côté des travailleurs mais refusent tout cela ne sont que des traitres aux intérêts prolétariens !
Ceux qui, craintifs, se disent que leurs camarades de travail sont encore loin d’avoir conscience de tout cela et pensent que ces remarques sont hors de propos, ont tort : si la guerre mondiale approche, c’est que l’effondrement économique et social est déjà inéluctablement réalisé. Alors, cela signifie que la perspective révolutionnaire socialiste n’est pas pour après-demain. Il est donc plus que temps de se préparer, camarades, de préparer nos idées, nos programmes, nos conseils de travailleurs et notre parti révolutionnaire afin de préparer un avenir socialiste à la société humaine mondiale !

LA QUESTION DU PROGRAMME REVOLUTIONNAIRE

Demandez le programme des communistes révolutionnaires…

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8532

Le programme de Lutte ouvrière (le petit article qui en tient lieu) ne parle de l’Etat ouvrier que pour faire référence à sa dégénérescence et pas pour parler de l’avenir, du pouvoir des soviets !

Il ne parle que de détruire des rapports sociaux, pas de détruire l’Etat bourgeois !

Il ne dit rien de ce qu’il faut faire de l’armée capitaliste, de la police capitaliste, des prisons capitalistes, de l’administration capitaliste, etc…

Sur l’état actuel du système capitaliste, il ne va pas au-delà des termes de « nouvelle crise grave »…

La tâche qu’elle se donne est très passive : « Transmettre fidèlement les idées marxistes aux nouvelles génération. »

La référence au grand communiste révolutionnaire Barta est effacée : « Le courant politique incarné aujourd’hui par Lutte ouvrière est né, pendant la Deuxième Guerre mondiale. » C’est tout.

Pourtant il cite le rapport de 1943 de Barta sans nommer son auteur !

https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-12-09-construire-un-parti-communiste-revolutionnaire_100246.html

1847

1875

1892

1899

1917

1918

1922

1928

1934

1938

LA QUESTION DE L’ETAT

La plus "démocratique" des républiques n’est rien d’autre que la dictature du grand capital défendue jusqu’à la mort par ses forces armées
L’Etat est la principale tromperie politique qui induit en erreur les masses laborieuses dans le monde entier. Il est présenté partout comme le principal outil de progrès social et de développement de la société alors qu’il est le principal outil des classes dirigeantes en vue de la conservation d’un ordre social fondé sur l’exploitation et l’oppression. Les peuples et les classes ouvrières dénoncent souvent les hommes politiques, les chefs militaires éventuellement, parfois même les chefs religieux mais ils ne cessent jamais de croire que l’Etat "devrait" être au service du peuple. C’est là l’illusion suprême et la plus grave des tromperies.
"Certes, il est beaucoup plus facile de s’exclamer, d’injurier, de pousser les hauts cris, que d’essayer de raconter, d’expliquer, de rappeler la façon dont Marx et Engels ont analysé en 1871, 1872, 1875 l’expérience de la Commune de Paris et ce qu’ils ont dit de la nature de l’Etat qui est nécessaire au prolétariat."
Lénine dans les thèses d’avril 1917
« Etant donné que l’Etat est la forme par laquelle les individus d’une classe dominante font valoir leurs intérêts communs, la forme dans laquelle l’ensemble de la société civile d’une époque se résume, il s’ensuit que toues les institutions communes sont médiatisées par l’Etat, reçoivent une forme politique. D’où l’illusion que la loi repose sur la volonté libre, détachée de sa base réelle. »
Karl Marx dans « Feuerbach »
"On se rend compte immédiatement que, dans un pays comme la France, où le pouvoir exécutif dispose d’une armée de fonctionnaires de plus d’un demi-million de personnes et tient, par conséquent, constamment sous sa dépendance la plus absolue une quantité énorme d’intérêts et d’existences, où l’Etat enserre, contrôle, réglemente, surveille et tient en tutelle la société civile, depuis ses manifestations d’existence les plus vastes jusqu’à ses mouvements les plus infimes, de ses modes d’existence les plus généraux jusqu’à la vie privée des individus, où ce corps parasite, grâce à la centralisation la plus extraordinaire, acquiert une omniprésence, une omniscience, une capacité de mouvement et un ressort accru, qui n’a d’analogue que l’état de dépendance absolue, la difformité incohérente du corps social, on comprend donc que, dans un tel pays, l’Assemblée nationale, en perdant le droit de disposer des postes ministériels, perdait également toute influence réelle, si elle ne simplifiait pas en même temps l’administration de l’Etat, ne réduisait pas le plus possible l’armée de fonctionnaires et ne permettait pas, enfin, à la société civile et à l’opinion publique de créer leurs propres organes, indépendants du pouvoir gouvernemental. Mais l’intérêt matériel de la bourgeoisie française est précisément lié de façon très intime au maintien de cette machine gouvernementale vaste et compliquée. C’est là qu’elle case sa population superflue et complète sous forme d’appointements ce qu’elle ne peut encaisser sous forme de profits, d’intérêts, de rentes et d’honoraires. D’autre part, son intérêt politique l’obligeait à aggraver de jour en jour la répression, et, par conséquent, à augmenter les moyens et le personnel du pouvoir gouvernemental, tandis qu’en même temps il lui fallait mener une guerre ininterrompue contre l’opinion publique, mutiler et paralyser jalousement les organes moteurs indépendants de la société, là où elle ne réussissait pas à les amputer complètement. C’est ainsi que la bourgeoisie française était obligée, par sa situation de classe, d’une part, d’anéantir les conditions d’existence de tout pouvoir parlementaire et, par conséquent aussi, du sien même, et, d’autre part, de donner une force irrésistible au pouvoir exécutif qui lui était hostile."
Karl Marx dans "Le 18 brumaire de Louis Bonaparte"
𝐂𝐎𝐌𝐌𝐄𝐍𝐓 𝐋𝐄 𝐏𝐄𝐔𝐏𝐋𝐄 𝐓𝐑𝐀𝐕𝐀𝐈𝐋𝐋𝐄𝐔𝐑 𝐏𝐄𝐔𝐓-𝐈𝐋 𝐀𝐒𝐒𝐔𝐑𝐄𝐑 𝐒𝐀 𝐏𝐑𝐎𝐏𝐑𝐄 𝐒𝐄𝐂𝐔𝐑𝐈𝐓𝐄 𝐄𝐓 𝐈𝐍𝐓𝐄𝐆𝐑𝐈𝐓𝐄 𝐏𝐇𝐘𝐒𝐈𝐐𝐔𝐄 𝐄𝐓 𝐌𝐎𝐑𝐀𝐋𝐄 𝐄𝐍 𝐒𝐄 𝐃𝐄𝐁𝐀𝐑𝐑𝐀𝐒𝐒𝐀𝐍𝐓 𝐃𝐄𝐒 𝐅𝐎𝐑𝐂𝐄𝐒 𝐃𝐄 𝐋’𝐎𝐑𝐃𝐑𝐄 𝐂𝐀𝐏𝐈𝐓𝐀𝐋𝐈𝐒𝐓𝐄
On nous présente tous les jours l’existence de la police, de la gendarmerie ou de l’armée comme une chose allant de soi, comme une chose qui ne se discute même pas. Leur vocation serait de protéger le peuple ! On nous l’apprend depuis que nous sommes enfants, comme on nous apprend l’existence du divin et le respect et la soumission que nous devrions aux deux ! La police (et l’État) au travers des différentes formes qu’elle a pu prendre dans les sociétés humaines, comme la religion, a toujours eu la vocation d’aider à maintenir de toutes les manières les sociétés de classes au profit exclusif d’une seule classe, une petite minorité qui, ellémême a changé au fil des temps, allant du patricien au seigneur avant de laisser la place aux bourgeois capitalistes !
Les classes dirigeantes, pour asseoir leur pouvoir, se sont toujours appuyées sur des bandes d’hommes en armes pour lesquelles elles avaient besoin de légitimer le port exclusif des armes et de la violence qu’elles nomment justice divine ou républicaine tout en excluant le peuple de cet exercice politique !
En effet, depuis notre enfance, on nous explique que les forces de l’ordre nous protègeraient des délinquants et de la racaille ! Que nous ne pouvons pas vivre sans elles ! Que c’est un mal nécessaire ! Que nous sommes bien contents quand des CRS sauvent des vies sur les plages l’été…. La liste est longue !
Pourtant où sont-elles quand on est licencié, expulsé ? Où sont-elles quand on meurt aux urgences, victime de la destruction de l’hôpital public ? Où sont-elles quand on ne fait qu’un repas par jour, quand on ne peut rien offrir à ses enfants que misère, pauvreté, chômage, SNU, guerres... Où sont-elles quand les gouvernants foulent aux pieds le droit des peuples ? Où sont-elles quand le peuple se révolte contre cette situation intolérable ? Elles sont là, matraque à la main, nous gazant, nous tirant dessus à l’arme de guerre (LBD), nous jetant des grenades qui nous mutilent et nous tuent, pour protéger soi-disant la république du Peuple mais certainement pas pour protéger le peuple de la république capitaliste, de ses gouvernements et de son État qui jettent de plus en plus d’entre nous dans la misère ! Les forces de l’ordre capitalistes ne sont et ne seront jamais du côté du peuple mais du côté de l’État et des gouvernements qui eux-mêmes sont au service des classes dirigeantes : c’est-à-dire les grandes fortunes. Voilà où sont les forces de l’ordre capitaliste !
Oui mais, nous diront certains, malgré cela la police nous protège quand même de la racaille et des gangs tant bien que mal ! Faux et archifaux, la police ne pourra jamais lutter efficacement non plus contre la délinquance ou même contre les gangs qui leur servent de faire valoir à leur propre existence ! Oui, contrairement à tout ce qui est dit, la police ne peut pas nous protéger de la délinquance et de la racaille, ni la faire disparaître, car l’existence même de la petite délinquance et de l’économie parallèle est intimement liée aux sociétés de classes ! Petite délinquance, gang, mafia et Cie ne sont rien d’autres que les produits du capitalisme qui n’offre pas à certaines populations la possibilité de travailler ou de vivre de leur travail, poussant ainsi à l’émergence d’une économie parallèle, souterraine, mafieuse, qui, au final, est tout aussi capitaliste que tout le reste de l’économie dont elle irrigue de son argent dit sale comme s’il y avait de l’argent propre non issu de l’exploitation du travail sous le capitalisme ! La police ne peut d’autant plus rien contre l’économie illégale car celle-ci est vitale au bon fonctionnement du capitalisme tout entier et dont les plus grands trafiquants sont à la tête des grandes entreprises capitalistes mondiales et des États protégés par cette même police qui leur obéit et qui jamais ne s’en prend à eux !
La Françafrique dont la France bourgeoise et l’Élysée ne sont-elles pas à la tête d’une des plus grandes entreprises mafieuses basées sur le trafic d’armes, de drogues et l’esclavage salarial des peuples par le biais de dictatures soutenues par l’armée française qui n’hésitent pas à massacrer les peuples voire à soutenir et aider à l’organisation de génocides comme au Rwanda en 1994 ? Si !
N’est-ce pas les mêmes raisons qui prévalent à Mayotte ? Si !
N’est-ce pas les mêmes raisons qui prévalent en Ukraine ? Si !
Ce sont celles du brigandage et du vol faites sur le corps et le sang des prolétaires et des peuples ! Et que fait la police contre les brigands à la tête de l’État et des gouvernements ? Rien ! Elle les protège sous couvert de défendre la république et la démocratie ! Jamais un groupe de mercenaires n’a défendu la démocratie ! Le pendant de cette politique mafieuse extérieure est le maintien de l’ordre bourgeois par la police et la gendarmerie en France par tous les moyens nécessaires pour maintenir l’exploitation légale en France !
Bien des prolétaires et une majorité du peuple travailleur ont oublié ce qu’était la police et l’armée même républicaines ! Ils ont oublié comment ces derniers ont assassiné des grévistes ou massacré des soulèvements comme la Commune de Paris ! La raison de cet oubli mémoriel est simple ! L’exploitation du reste du monde a permis aux classes dirigeantes en France de maintenir une certaine paix sociale pendant de nombreuses années grâce aux CDI et à l’emploi à vie jusqu’à la retraite, l’accession aux études des enfants de la petite bourgeoisie mais aussi ouvrière (au moins jusqu’au BAC), l’accession à la propriété ! Mais cette période même de calme relatif dans un pays comme la France n’empêchait nullement la police de quadriller les quartiers les plus populaires et les plus pauvres pour maintenir la paix civile bourgeoise pour tous ceux qui étaient exclus du « miracle économique des 30 glorieuses » ! Seule la fraction la plus pauvre (notamment issue de l’immigration) a continué de subir pendant de nombreuses décennies les violences policières et les meurtres commis par la police ! Afin de maintenir cette séparation entre le prolétariat autochtone et celui issu des colonies ou des anciennes colonies, le racisme républicain à gauche comme à droite a permis de faire de la fraction du prolétariat la plus précaire et issue de l’immigration une nouvelle « classe dangereuse » qu’il fallait rendre sulfureuse pour mieux défendre auprès de la classe ouvrière autochtone les violences à son encontre afin d’obtenir leur soutien à la police capitaliste ! Mais ce qui fût vrai pendant tout un temps est de plus en plus remis en cause ces dernières années ! De nouvelles fractions du prolétariat et du peuple travailleur se trouvent de plus en plus confrontées à la réalité policière de la république capitaliste et de ses violences !
En effet, avec l’effondrement économique de 2008, l’ensemble des économies capitalistes ne peuvent plus maintenir la paix sociale comme avant ! Et un pays impérialiste comme la France ne fait pas exception, provoquant un recul sans précédent des conditions de vie et de travail ! Cette situation a poussé et pousse encore inéluctablement à une lutte de classe toujours plus exacerbée entre la bourgeoisie et le peuple travailleur ! Et les Gilets Jaunes comme les émeutes de ces derniers jours sont l’expression de cette lutte de classe qui s’exacerbe ! Et face à ces menaces, l’État montre son vrai visage, celui d’une bande de mercenaires assermentés défendant avant les intérêts des classes dirigeantes capitalistes ! Et les Gilets Jaunes ont montré pour la première fois depuis très longtemps que lorsqu’on se montrait dangereux politiquement pour les classes dirigeantes, elles utilisaient les mêmes politiques de répression que celles utilisées contre les populations des quartiers les plus populaires ! Les « fascistes, antisémites, homophobes » Gilets Jaunes remplaçant alors la « racaille, les délinquants » des quartiers populaires à forte concentration de population d’origine arabe ou africaine qu’est la jeunesse ouvrière, ces nouveaux gavroches des temps modernes jetés à la vindicte populaire !
Quant à l’État, il réapparait pour un très grand nombre de travailleurs pour ce qu’il n’a jamais cessé d’être, c’est-à-dire une bande d’assassins couverts de la légalité capitaliste qui n’a strictement rien à voir avec le mythe de la police républicaine défendue par la gauche bourgeoise du PCF au PS en passant par la LFI qui n’ont rien à voir avec le réformisme ouvrier d’un Jaurès. Jaurès qui sur cette question est bien plus à gauche que tous ces partis qui, aujourd’hui, défendent non seulement la police capitaliste mais sa république comme horizon indépassable, là où même un Jaurès défendait l’horizon du socialisme cad l’abolition de la propriété privée des moyens de production et du salariat ! Il n’en est plus rien pour ces partis du socialisme comme de l’abolition de la police et de l’armée que le socialisme défendait encore jusqu’en 1914 comme le faisait alors le POF de Jules Guesde et Lafargue ou encore le syndicalisme révolutionnaire de la CGT avant de tous rejoindre l’Union Sacrée avec leur bourgeoisie et de ne plus en sortir depuis ! Programme politique que d’ailleurs l’ensemble de nos extrêmes gauches LO, NPA(s), UCL, Révolution Permanente, CNT et syndicats ont complètement jeté aux orties dénonçant seulement les violences policières et demandant soit une police de proximité pour certains comme LO ou une démocratisation impossible de la police pour d’autres !
Mais alors par quoi remplacer la police, la gendarmerie et l’armée ? Qui doit assurer la sécurité et la sureté du peuple travailleur ? Dans les sociétés de classes dominées par une petite minorité dirigeante, l’exercice de la violence et le maintien de la société de classe se fait par le biais d’un organisme autonome et indépendant du peuple qui a l’usage exclusif de la violence. Violence qu’il exerce contre ce même peuple quand celui-ci n’accepte plus son sort dans la société de classe comme sous le capitalisme ! Dans sa lutte contre la société de classe, le peuple travailleur ne peut prendre en ses mains l’appareil d’État et la police et les faire fonctionner pour ses besoins comme le prétendent les réformistes bourgeois qui sont à la direction actuelle du mouvement ouvrier (de collaboration de classe) ! Le peuple travailleur doit détruire L’État Bourgeois et sa police et construire un appareil d’État et une police qui n’ont rien à voir cad un État et une police qui ne lui sont pas extérieure, pas au-dessus de lui, mais qui émane de lui-même et de son organisation ! Le peuple travailleur devient l’État, il est l’ÉTAT et il assure lui-même, en mandatant des personnes qui sont responsables et révocables devant lui, sa propre sécurité c.-à-d. un qu’il exerce lui-même les fonctions de police par le biais d’un corps social qui ne lui est pas extérieur mais bien au contraire qui émane directement de lui et de son auto-organisation. Le peuple travailleur se constitue ainsi en ÉTAT MAIS UN ETAT QUI N’A RIEN DE COMPARABLE À CELUI DES CLASSES DIRIGEANTES CAR C’EST UN ETAT QUI REPOSE SUR L’ARMEMENT GÉNÉRAL DU PEUPLE !
Le peuple ne peut en réalité défendre son intégrité physique et morale qu’en assurant lui-même sa propre défense ! Et cela s’appelle l’armement général du peuple, l’armement du prolétariat avec la constitution de milices qui seront responsables devant des comités du peuple ! L’armement du peuple va de pair avec la lutte contre la présidence et les parlements bourgeois ! A la police bourgeoise et à son État, nous y opposons L’État ouvrier issu de la fédération des comités du peuple travailleur et l’armement du peuple ! A la privatisation de la violence, nous opposons un exercice public de la violence par le peuple lui-même ! Pour cela le peuple doit s’organiser ! D’ailleurs le chant de l’armée du Rhin avant de devenir un chant récupéré par les nationalistes, les réactionnaires et la bourgeoisie était un chant révolutionnaire mettant en avant l’armement du peuple : « Citoyens aux armes, formez vos bataillons » ! Mais cet armement du peuple ne peut -être indépendant de la lutte contre l’appareil d’État et le capitalisme et de la lutte pour le socialisme, une société basée sur la propriété collective des moyens de production et l’auto gouvernement du peuple, jetant par la même les bases du communisme !
Face à la police et aux gangs !
Peuple travailleur, organise toi, forme tes milices et prend les armes !
Lire ensuite
Lire enfin

Qu’est ce que l’État ?
http://matierevolution.fr/spip.php?article1362

L’Etat ou le monopole des armes imposé par la classe possédante

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7362

Le prolétariat peut-il se passer des forces de l’ordre capitaliste ?

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7317

La compréhension de l’Etat

http://matierevolution.fr/spip.php?article477

L’Etat et la révolution de Lénine

http://matierevolution.fr/spip.php?article140

"L’Etat, une bande d’hommes en armes"
Friedrich Engels

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5338

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5302

LA QUESTION DE LA RELIGION

Nos thèses sur Révolutionnaires et Religions

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8526

Références

https://www-marxists-org.translate.goog/subject/religion/index.html?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc#trotskyism

Toutes les religions sont au service des classes dirigeantes

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5076

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7591

Les religions se battent d’abord contre la révolution sociale

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6077

La religion, ce n’est jamais seulement… religieux...

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8084

Le combat à mener contre les religions et, en particulier, celle qui domine dans un pays…

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7764

LES COMMUNISTES, LA LAICITÉ ET LA LUTTE CONTE LA RELIGION, LES « EGLISES » ET LES CLERGÉS
 Qu’est-ce que la religion et le rôle de la religion dans les sociétés de classe
 Croyances et religion
 Les nouvelles guerres de religion (islamo-gauchisme et anti-islamo gauchisme ou islamophobie)
Le confusionnisme pseudo d’extrême gauche antiraciste tombe dans l’islamophilie…

https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1114

Anti-islamophobie : un bourbier réactionnaire où s’enlisent des "trotskistes" du NPA

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3737

Ni islamophobie, ni islamophilie :

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2876

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6052

LA QUESTION DES PAYSANS

La mort programmée des petits paysans
Vont-ils finir d’exterminer les petits paysans des campagnes ?
https://www.francebleu.fr/infos/societe/le-mouvement-citoyen-terre-de-liens-alerte-40-000-fermes-de-petite-taille-ont-disparu-en-trois-ans-4328795
https://rmc.bfmtv.com/actualites/economie/travail/la-disparition-des-petites-fermes-francaises-s-accelere-plus-de-40-000-en-trois-ans_AV-202511180748.html
https://www.lemonde.fr/planete/video/2025/02/27/ne-pas-publier-les-agriculteurs-vont-ils-disparaitre_6567365_3244.html
https://www.youtube.com/watch?v=Pzd-SoSXxq4
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/en-2050-y-aura-t-il-encore-des-agriculteurs-en-france-7900545449
https://basta.media/De-moins-en-moins-de-fermes-de-plus-en-plus-grandes-et-le-Mercosur-n-arrange-rien
Les grandes exploitations progressent (+ 3,4 %) entre 2010 et 2020, constituant désormais 1 exploitation sur 5.
https://www.inrae.fr/dossiers/quels-agriculteurs-quelles-agricultures-demain/renouveler-generations
https://www.reussir.fr/des-fermes-toujours-plus-grandes-des-elevages-en-baisse-recours-accru-des-salaries-quelle-est-la
https://www.courrierinternational.com/grand-format/infographie-en-europe-les-grosses-exploitations-agricoles-se-taillent-la-part-du-lion
En 1997, déjà, on se demandait si les petits paysans allaient disparaitre…
https://www.youtube.com/watch?v=VpDIvo9HCus
L’expropriation de la population campagnarde, première étape du capitalisme en Angleterre
https://www.matierevolution.org/spip.php?article7620
La répression des révolutions paysannes
https://www.lalsace.fr/societe/2025/10/11/comment-l-armee-du-duc-antoine-a-etouffe-la-guerre-des-paysans-dans-un-bain-de-sang
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/00/fe1850.htm
Les paysans sont victimes de l’industrie agroalimentaire, des grandes surfaces, des banques et de l’industrie chimique !
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3754
Quelles perspectives pour les petits paysans ? S’allier aux prolétaires et au peuple travailleur des villes contre le grand capital des villes et des campagnes !
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8024
Le prolétariat et les paysans, selon Marx
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum9.htm
Le prolétariat et les paysans, selon Lénine
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/01/3-co-so/vil19180101.htm
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171118.htm
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171105b.htm
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/coexsodp/vil19171103.htm
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/01/vil19200104.htm
Le Prolétariat et les paysans, selon Trotsky
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr03.htm
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/04/lt19220422.htm
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr03.htm
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr39.htm
Le prolétariat et les paysans selon Zinoviev
https://www.marxists.org/francais/zinoviev/works/1925/03/paysans%201925.pdf
Le prolétariat et les paysans, aujourd’hui
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7628
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8024
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3754
La question agricole et les communautés agricole : la collectivisation de la terre !
L’alliance des ouvriers et des paysans
L’ouvrier agricole est, au village, le frère d’armes et l’équivalent de l’ouvrier de l’industrie. Ils constituent deux parties d’une seule et même classe. Leurs intérêts sont inséparables. Le programme des revendications transitoires des ouvriers industriels est aussi, avec tels ou tels changements, le programme du prolétariat agricole.
Les paysans (fermiers) représentent une autre classe : c’est la petite bourgeoisie du village. La petite bourgeoisie se compose de couches diverses, depuis les semi-prolétaires jusqu’aux exploiteurs. C’est pourquoi la tâche politique du prolétariat industriel consiste à faire pénétrer la lutte des classes au village : c’est seulement ainsi qu’il pourra séparer ses alliés de ses ennemis.
Les particularités du développement national de chaque pays trouvent leur expression la plus aiguë dans la situation des paysans et partiellement de la petite bourgeoisie citadine (artisans et commerçants), car ces classes, pour nombreux que soient ceux qui y appartiennent, représentent au fond des survivances de formes pré-capitalistes de production. Les sections de la IV° Internationale doivent, sous la forme la plus concrète possible, élaborer des programmes de revendications transitoires pour les paysans (fermiers) et la petite bourgeoisie citadine, correspondant aux conditions de chaque pays. Les ouvriers avancés doivent apprendre à donner des réponses claires et concrètes aux questions de leurs futurs alliés.
Tant que le paysan reste un petit producteur "indépendant", il a besoin de crédit à bon marché, de prix accessibles pour les machines agricoles et les engrais, de conditions favorables de transport et d’une organisation honnête d’écoulement des produits agricoles. Cependant, les banques, les trusts, les négociants pillent le paysan de tous côtés. Seuls, les paysans eux-mêmes peuvent réprimer ce pillage, avec l’aide des ouvriers. Il est nécessaire qu’entrent en scène des COMITÉS DE PETITS FERMIERS qui, en commun avec les comités ouvriers et les comités d’employés de banque, doivent prendre en main le contrôle des opérations de transport, de crédit et de commerce qui intéressent l’agriculture.

Le programme de NATIONALISATION DE LA TERRE et de COLLECTIVISATION DE L’AGRICULTURE doit être élaboré de façon à exclure radicalement l’idée de l’expropriation des petits paysans ou de leur collectivisation forcée. Le paysan restera le propriétaire de son lot de terre tant qu’il le trouvera lui-même nécessaire et possible. Pour réhabiliter aux yeux des paysans le programme socialiste, il faut dénoncer impitoyablement les méthodes staliniennes de collectivisation, dictées par les intérêts de la bureaucratie et non par les intérêts des paysans et des ouvriers.

L’expropriation des expropriateurs ne signifie pas non plus la confiscation forcée de la propriété des PETITS ARTISANS et des PETITS BOUTIQUIERS. Au contraire, le contrôle ouvrier sur les banques et les trusts, à plus forte raison la nationalisation de ces entreprises, peut créer pour la petite bourgeoisie citadine des conditions de crédit, d’achat et de vente incomparablement plus favorables que sous la domination illimitée des monopoles. La dépendance envers le capital privé fera place à la dépendance envers l’État, qui sera d’autant plus attentif pour ses petits collaborateurs et agents que les travailleurs eux-mêmes tiendront plus fermement l’État dans leurs mains.

La participation pratique des paysans exploités au contrôle des divers domaines de l’économie permettra aux paysans eux-mêmes de décider sur la question de savoir s’il convient ou non de passer au travail collectif de la terre, dans quels délais et à quelle échelle. Les ouvriers de l’industrie s’engagent à apporter dans cette voie toute leur collaboration aux paysans : par l’intermédiaire des syndicats, des comités d’usine et, surtout, du gouvernement ouvrier et paysan.

L’alliance que le prolétariat propose, non pas aux "classes moyennes" en général, mais aux couches exploitées de la ville et du village, contre tous les exploiteurs, y compris les exploiteurs "moyens", ne peut être fondée sur la contrainte, mais seulement sur un accord volontaire, qui doit être consolidé dans un "pacte" spécial. Ce "pacte", c’est précisément le programme des revendications transitoires, librement accepté par les deux parties.

LA QUESTION DES FEMMES

Aux femmes qui en ont marre…

… marre d’être traitées comme des soumises sexuelles

… marre d’une société où elles doivent toujours se placer en dessous

… marre d’une société où la femme est désignée du doigt comme un objet

… marre de risquer la violence des hommes, y compris celle de leur conjoint

… marre d’être menacées par des guerres et des guerres civiles, par des fascismes et des dictatures, par les exactions des armées

… marre qu’on leur annonce que leurs enfants devront être sacrifiés dans les prochaines guerres et qu’elles devront en être… satisfaites ou du moins soumises encore une fois
… marre que leurs enfants subissent des maladies liées au capitalisme et à son stade d’effondrement (mort à l’accouchement, mort de maladies respiratoires, de cancers dus à l’industrie agroalimentaire, aux pesticides et aux engrais, dus à l’industrie chimique, nucléaire, métallurgique, etc…)

… marre de ce monde politique et social où les femmes sont encore plus esclaves que les exploités car doublement opprimées et exploitées

Et aux hommes qui en ont marre de jouer un tel rôle ou d’être considérés comme tels et qui ne veulent pas soutenir le capitalisme patriarcal !

Deux jours avant une manifestation des femmes le 22 novembre, quatre féminicides ont eu lieu en France dans la seule journée de jeudi 20 novembre, dans quatre endroits très différents, des femmes de tous âges et toutes origines. Toutes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.

Quatre en un jour dans un seul pays, la France, cela témoigne que la vague de violences anti-femmes enfle dans ce pays pourtant démocratique et riche comme dans le monde entier. Et bien plus que ne le disent les statistiques, des femmes sont fréquemment menacées de mort, violentées, violées, subissent des sévices, et des jeunes femmes sont victimes de crimes. Bien des violences ont lieu dans le cadre de la famille et ne sont même pas dues à des milieux extérieurs, même si la propagande que l’on entend souvent attribue mensongèrement ces violences à l’immigration !

Selon les chiffres de l’ONU, une femme ou une fille est tuée toutes les 10 minutes par son partenaire intime ou un autre membre de sa famille.

En effet, 85 000 femmes et filles ont été tuées intentionnellement dans le monde en 2023, et 60 % de ces crimes, soit 51 000, ont été commis par un partenaire intime ou un autre membre de la famille. Chaque jour, 140 femmes ou filles meurent sous les coups ou agissements de leur partenaire ou d’un parent proche.

Il y a bien sûr d’autres types de violences, notamment celles à proximité des lieux de guerre, où les femmes sont considérées comme du butin de guerre et les violences contre elles des manières de punir la population du camp adverse.

Il y a aussi les enlévements réalisés par des armées en guerre, que ce soient des armées officielles comme au Soudan ou des armées terroristes comme au Nigéria.

Ce n’est pas un effet du hasard si au même moment on nous dit qu’il faut s’y faire : on doit accepter de mourir… à la guerre.

Car c’est aussi une guerre qui est actuellement entreprise contre les femmes.

Il ne faut pas oublier que les femmes sont bien plus antimilitaristes et antirépression que les hommes, que ce soit parmi les jeunes ou les moins jeunes. Il faut donc les terroriser pour les faire taire et leur faire admettre de se taire en craignant les violences que la société peut leur faire subir.

Il s’agit aussi, au travers de la montée des violences des hommes contre les femmes, de faire monter un climat guerrier où de jeunes hommes soient fiers de participer à une boucherie comme l’a, si joliment et avec des mots bien choisis, exprimé le chef d’état-major Mandon devant les députés puis devant les maires (pas les mères !)…

Plus la montée vers la guerre généralisée devient officielle, plus on sait que la société va basculer dans la pire violence, plus la recherche de boucs émissaires devient cruciale pour les classes dirigeantes qui ne veulent pas être accusées de cette boucherie. Bien entendu, on accuse le camp d’en face : Russie et Chine bien sûr mais aussi Iran, Corée du Nord. Mais il faut y rajouter l’immigration, les sans papiers, les chômeurs, les révoltés du type Gilets jaunes, les prétendus complotistes, les « bloquons tout ». Et à tous ces boucs émissaires, on ne manque pas de rajouter les femmes. Elles sont accusées de ne pas comprendre les bienfaits du nationalisme guerrier, les nécessités de la course au profit fût-ce aux dépens de la famille, les besoins de l’homme guerrier et de son fameux repos…

Il est remarquable qu’au même moment que la société est officielllement en train de lutter contre les violences et discrimiantions contre les femmes celles-ci se multiplient sans que la société dominante ne fasse rien pour les empêcher.

A toutes ces femmes (et ces hommes) qui en ont marre, nous disons : ROMPEZ AVEC LES CAPITALISTES, LEUR SYSTEME, LEURS ETATS, LEUR SOCIETE, LEURS INSTITUTIONS ET JOIGNEZ-VOUS AU PROLETARIAT REVOLUTIONNAIRE POUR RENVERSER LE COUPLE INFERNAL PATRIARCAT-CAPITALISME

La révolution permanente et la fin de l’oppression des femmes

La « révolution permanente » est une orientation politique développée par Marx, Engels, Lénine et Trotsky. Cela n’a rien de commun avec l’organisation de France qui a repris ce nom sans même soutenir une partie de la politique qu’elle exprime.

Quelle est donc cette « stratégie de la révolution permanente » ? La révolution permanente s’oppose au réformisme, et même à la révolution graduelle, par étapes, aux objectifs prétendument réalistes, tenant compte des préjugés réels ou supposés des prolétaires, craignant le radicalisme, opposant d’un côté le programme immédiat réformiste et, de l’autre, le programme à long terme communiste. Elle vise à transformer en armes révolutionnaires à retourner avec le maximum de force et de détermination contre le système tout ce que l’ancienne société réactionnaire fait subir d’exactions, de souffrances, d’oppression aux peuples. Pour cela, le prolétariat révolutionnaire doit se faire le porte-parole de tous ceux qui les subissent, le plus radical de leurs défenseurs, le seul qui souhaite, sans la moindre réticence, en finir définitivement et sans retour avec ces maux et leurs causes profondes attachées au système lui-même.

Et, utilisée ainsi, l’oppression des femmes est un potentiel de bombe explosive incroyable que le prolétariat peut envoyer à la figure du monde capitaliste et de la domination impérialiste sur le monde.

Avec la « révolution permanente », il s’agit de diriger la révolution sociale du prolétariat de manière qu’elle ne se contente pas d’une seule de ses étapes, d’un seul de ses objectifs, d’une seule de ses revendications, mais les combinent toutes, les enchainent indissociablement, afin qu’elles se renforcent les unes les autres, qu’elles détruisent de fond en comble l’ancien ordre social et politique, qu’elles servent à construire le nouvel ordre, à bâtir le socialisme et le communisme.

En ce qui concerne l’oppression des femmes, il ne s’agit pas de faire l’éloge des féministes bourgeois et petit-bourgeois, ni de mettre les mouvements sociaux des travailleurs à la remorque de tels dirigeants, bien entendu. D’une manière plus générale, il n’est pas question que le prolétariat se mette à la remorque d’aspirations bourgeoises, petites bourgeoises au changement d’un ordre devenu insupportable pour tous, mais, au contraire, que le prolétariat prenne la tête de toutes les luttes et en fassent des armes pour renverser en totalité l’ancien ordre économique et social.

L’objectif de la révolution permanente ne se contente pas de réduire les inégalités, ni même de prôner l’égalité (égalité entre capitalistes et exploités, ça veut dire quoi ?) ni seulement de raccourcir l’immense gouffre entre riches et pauvres, d’obtenir un peu plus de démocratie, un peu plus de considération de la part des gouvernants, un peu plus de paix, un peu moins de guerre, un peu plus de richesses distribuées à l’ensemble de la population et un peu moins aux plus riches, supprimer les dictatures les plus ouvertes et barbares, et autres objectifs illusoires et soi-disant progressistes. D’autant plus illusoires que nous avons atteint la phase d’effondrement du capitalisme où la réforme est plus illusoire que jamais, même les contre-réformes ne sont plus suffisantes et la grande bourgeoisie capitaliste a besoin d’une contre-révolution ultra-radicale et violente !

Non, la révolution sociale doit être permanente, c’est-à-dire qu’elle ne doit s’arrêter devant aucun obstacle, ne pas se contenter d’aucune demi-mesure, mais toujours aller plus loin, passant de la démolition de l’ancien ordre médiéval et féodal qui subsiste un peu partout, notamment au travers des religions, des Etats, des royautés et même des républiques bourgeoises, supprimer les dictatures militaires de fond en comble en désarmant complètement les anciennes classes dirigeantes et bien sûr la bourgeoisie capitaliste, en supprimant la totalité de ses forces armées, en libérant les nationalités opprimées, les ethnies opprimées, les religions opprimées, les femmes opprimées, les jeunes opprimés, les couches moyennes paupérisées, etc.

Nous avons montré sur ce site Matière et Révolution que les femmes avaient autrefois été maitresses d’elles-mêmes et non seulement n’étaient pas dominées mais avaient eu un rôle dirigeant dans la société. C’est ce que l’on a appelé le matriarcat et qui n’est pas le symétrique du patriarcat en ce qu’il ne suppose nullement l’oppression des hommes. Il s’agit de la phase de l’humanité appelée communisme primitif et qui a existé partout dans le monde jusqu’au Néolithique et parfois jusqu’à l’Age de Bronze, donc avant le grand développement de l’agriculture, de la sédentarité et l’apparition des classes sociales et de l’Etat, mais aussi l’exploitation de l’homme par l’homme. C’est-à-dire jusqu’à la mise en place du patriarcat sur presque toute la planète.

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8499

Mais il ne s’agit pas seulement pour nous, en défendant la thèse d’un matriarcat ancien, de réhabiliter le passé des femmes des premières sociétés. Certes, cette position idéologique doit être conquise mais c’est dans un but actuel et pas seulement scientifique (préhistorique et historique). Défendre l’idée d’un matriarcat qui a dominé le monde de l’époque du communisme primitif au néolithique ou à l’Age de Bronze n’est pas qu’une correction d’une erreur scientifique, c’est aussi un drapeau vers l’avenir. Ce matriarcat a signifié que les femmes ont longtemps eu un pouvoir un peu plus grand que les hommes, même si ce n’était pas un pouvoir de type étatique, fondé sur des lois, sur des moyens répressifs, sur l’oppression ou l’exploitation des hommes (des mâles en somme) comme le patriarcat, lui, est fondé sur l’exploitation et l’oppression des femmes avec l’aide de l’Etat et pour le plus grand profit de la classe exploiteuse. Sous le matriarcat, l’exploitation de l’homme par l’homme n’existait pas encore ou était à peine embryonnaire du fait de la faible capacité de travail de chaque être humain. La division du travail entre les êtres humains n’était pas réalisée.

Et le patriarcat a ensuite dominé jusqu’à aujourd’hui presque partout, sauf là où la révolution sociale a triomphé, comme dans la Commune de Paris de 1871 et dans la révolution russe de 1917 ou encore dans la révolution espagnole de 1936. L’Histoire a démontré depuis belle lurette le lien entre révolution sociale et libération des femmes.

Comment la révolution permanente entend œuvrer à la libération des femmes et comment il compte faire de cet objectif un moyen de renforcer considérablement la force de la révolution, voilà la question qu’il faut maintenant développer. L’oppression des femmes est un reste antique des anciens système d’oppression pré-capitalistes que le capitalisme a repris et exploité à fond à son propre profit. Même quand la société capitaliste a été à son apogée, il n’a jamais renoncé à cette horreur. Maintenant que le système capitalisme est à l’agonie, il ressent encore plus le besoin d’aggraver l’oppresion des femmes pour s’en servir afin de conserver son pouvoir sur le monde.

La meilleure définition de la révolution permanente consiste à dire qu’il s’agit de transformer toutes les formes d’oppression et d’exploitation de la vieille société toute pourrie en armes de combat de prolétariat pour renverser définitivement capitalisme et impérialisme ainsi que toutes les formes d’oppresion plus antiques comme l’oppression religieuse ou l’oppression patriacale des femmes.

Le capitalisme a choisi le patriarcat comme moyen de domination pour assurer la stabilité de sa société d’exploitation du travail des prolétaires. Eh bien, pour se libérer, il faut que ces derniers, qui sont la principale force révolutionnaire de l’ancienne société, n’aient aucune crainte ni aucune réticence à transformer en armes de combat les aspirations des femmes à la libération, qu’il en prenne même la tête, qu’il mette cette lutte en tête de son drapeau de combat, qu’il n’attende même pas l’heure de la révolution pour proclamer dans les entreprises et les quartiers cet objectif, pour le porter dans les syndicats comme dans les comités du peuple travailleur, pour dénoncer tous les partis et syndicats qui y sont réticents ou qui font seulement semblant de soutenir les droits des femmes et prétendent que le capitalisme et ses Etats oeuvrent à l’égalité hommes-femmes.

Nous avons déjà montré dans des articles du site Matière et Révolution que le capitalisme aggrave sans cesse la situation des femmes dans le monde :

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2545

Nous y avons montré que la libération des femmes n’est jamais venue et ne viendra jamais des institutions de la bourgeoisie :

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2931

Nous avons montré que le capitalisme déliquescent et sous perfusion, plus antisocial et sanglant que jamais, est encore plus incompatible avec la liberté des femmes :

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7743

Nous avons montré que capitalisme et patriarcat se renforcent mutuellement et que, pour en finir avec le capitalisme, il faut aussi en finir avec le patriarcat :

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4397

Nous avons montré que le patriarcat est un instrument de guerre du grand capital contre les femmes et contre les peuples :

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5352

Nous avons montré que femmes opprimées et travailleurs exploités, peuvent lutter ensemble pour le renversement du capitalisme :

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6903

Il nous reste à montrer comment transformer l’horreur sociale de l’oppression des femmes en véritable bombe que le prolétariat révolutionnaire et les femmes révoltées peuvent jeter directement dans la gueule du système d’exploitation et d’oppression qui a longtemps dominé le monde.

Nous le redisons, la politique de la révolution permanente consiste à retourner les armes du système capitaliste contre lui. L’oppression des femmes doit, dans la stratégie révolutionnaire du prolétariat, être un canon dirigé directement et violemment contre le système tout entier.

Et c’est d’abord l’objectif de la révolution socialiste et prolétarienne qui doit être clairement établi et affiché, à savoir revenir au… matriarcat ! On nous dira : « mais, ce serait opprimer les hommes (au sens masculin) ! » Pas du tout, l’ancien matriarcat n’était pas un système d’oppression et d’exploitation. Il ne servait pas à soutenir une société d’oppression et d’exploitation, puisque celle-ci n’existait pas encore. Le communisme primitif ne connaissait ni la propriété privée, ni l’exploitation de l’homme. Et comme le socialisme veut remettre en question ces deux bases de l’arriération des sociétés humaines actuelle, il est logique de se poser la question de revenir aux relations entre hommes et femmes que l’on connaissait alors. Cela ne peut faire peur qu’aux timorés et ne faire rire que les idiots. Ceux-là vous diront : « Les hommes prolétaires n’en sont pas capables, il n’y a pas plus misogynes ! » C’est là que l’on voit à quel point réformistes et opportunistes méprisent les capacités du prolétariat, dès qu’il se décide à rompre de manière révolutionnaire avec le vieux fatras du monde.

C’est en affirmant cet objectif radical, le plus radical qui existe en la matière, que les prolétaires peuvent prendre la tête du combat des femmes pour leur libération. Et ils ne feront pas que tuer le patriarcat. Ils affirmeront aussi qu’il faut tuer définitivement d’autres ennemis mortels des femmes : tuer l’armée permanente de la bourgeoisie, cause de guerres dont les femmes et les enfants sont les premières victimes, tuer la fausse domination machiste et misogyne qui rend les femmes victimes de violences sexistes permanentes et mortelles, tuer l’exploitation sexuelle et pédophile en libérant complètement les femmes et en leur donnant un véritable pouvoir.

Et nous avons montré dans notre site Matière et Révolution que l’ancien matriarcat était un pouvoir des femmes un peu supérieur à celui des hommes. Mais, nous dirons les sceptiques et les modérés en tout, « il suffit de revendiquer l’égalité entre hommes et femmes. » On voit que ces gens-là craignent surtout de trop en faire, d’être trop radicaux, d’avoir trop de mal à convaincre, mais ne craignent pas d’affaiblir le camp prolétarien dans la guerre à mort qui se prépare contre le capitalisme et l’impérialisme. Aucun canon super puissant ne sera en trop dans cette lutte féroce qui se prépare ! « On va se couper des masses qui n’en sont pas là » est le leitmotiv de ces gens-là, y compris ceux qui se disent révolutionnaires, dès que l’on propose d’aller à la racine du mal pour le couper radicalement. Ils répètent que « cela va faire trop mal, ce sera trop difficile », comme des passagers pour l’espace qui ne veulent pas que la poussée de la fusée soit trop forte pour ne pas incommoder les passagers et qui ne craignent pas, par contre, que la fusée retombe…

Ce sont les mêmes pseudo radicaux, qu’ils se disent ou pas d’extrême gauche, qui ne veulent pas mettre en avant la dictature des conseils de travailleurs, en somme les soviets ! Cela ferait fuir les salariés modérés (ou plutôt l’aristocratie ouvrière des appareils syndicaux) ! Ils ne veulent pas davantage mettre en avant la destruction de l’appareil répressif armée/police/prisons/gendarmerie/forces spéciales ! Et pas davantage l’armement du prolétariat… Mais pas non plus la liaison entre prolétaires et tous les opprimés, tous les exploités, toutes les victimes du système (petits bourgeois, pauvres, femmes, jeunes, chômeurs, sans logis, pêcheurs, paysans, sans papiers, etc.) Là encore il s’agit de ne pas effaroucher les appareils syndicaux qui hébergent ces soi-disant radicaux !

Alors, vous pensez, clamer sur tous les toits qu’on va revenir au matriarcat, c’est beaucoup trop, même si ces gens-là écrivent de temps en temps qu’ils veulent, un jour, en finir avec le capitalisme et donc construire le socialisme et le communisme. Mais c’est loin… un jour…

Mais le matriarcat, même si ce n’est pas l’oppression directe de l’homme par la femme, ni son exploitation, c’est quand même la primauté des femmes, leur pouvoir en premier. C’est inégal, disent certains. Eux, ils veulent « l’égalité ».

Mais, alors, pour nos radicaux en herbe, le pouvoir des travailleurs, c’est plus de pouvoir pour les travailleurs que pour… les autres ! C’est inégal, non ? En fait, ils veulent juste un peu plus de démocratie, en somme, ces fameux « radicaux ».

Comme le disait Karl Marx, être vraiment radical, c’est attaquer le mal à la racine ! C’est pour cela qu’il se disait non seulement pour la révolution mais pour la révolution permanente, celle qui ne cesse de creuser, de s’approfondir, d’aller au fond des choses, de s’attaquer au plus profond du mal, de l’ancienne société et la déraciner complètement.

Voilà ce que nous allons faire avec le patriarcat. Et cela signifie aussi déraciner l’armée capitaliste. Déraciner également les religions qui culpabilisent les femmes (dans tous les jardins d’Eden), qui enferment les femmes (et les hommes) dans un piège idéologique anti-féminin. Déraciner l’éducation bourgeoise, scolaire et extra-scolaire. Déraciner la misogynie et le machisme des médias, des sciences, de la philosophie, de l’art, etc.

Certains radicaux se satisfont de voir les femmes à la tête des révoltes, que ce soit celle débutée en 2010-2011 au Maghreb, dans le monde arabe puis dans le monde entier, y compris le début du mouvement des Gilets jaunes. Mais ils n’en tirent pas les conclusions vraiment radicales qui s’imposent. Les femmes seront à la tête de la lutte car elles subissent une double oppression, en tant qu’explotées et en tant que femmes. Alors, elles devront aussi avoir la primauté dans la société qui se construira.

Mais, non, dirons nos critiques, elles auront l’égalité. Eh bien, mes critiques, vous comprendrez que pour détordre un bâton, il faille le tordre dans l’autre sens. C’est ce qui se produit avec la dictature du prolétariat et il faut même retirer des droits démocratiques aux anciens exploiteurs, aux anciens chefs politiques ou militaires. On ne passe pas du tordu au droit de façon directe. Il faut, dirait Hegel, passer par la négation de la négation pour atteindre l’affirmation ! Le patriarcat a nié le matriarcat. Il faut que le matriarcat nie le patriarcat ! Et c’est la négation de la négation qui va libérer à la fois les femmes et les hommes.

Oui, les hommes ont besoin de se libérer de leur fausse supériorité, de leurs faux besoins : de mépriser, de dominer, de frapper, de soumettre, de décider seuls, de se croire supérieurs, de satisfaire leurs besoins sexuels et psychologiques aux dépens de l’autre sexe, d’être attirés par des relations interdites et forcées, toutes sortes de faux besoins que le système capitaliste et patriarcal, utilisant tous les médias et technologies modernes, a implanté dans leurs têtes.

Le radicalisme de ces faux radicaux s’en tient à quelques modifications de vocabulaire, permettant aux femmes d’accéder (verbalement) à des professions que la linguistique n’attribue qu’aux hommes (masculins).

Cette linguisitique soi-disant féministe ne change pas la réalité de la vie des femmes.

Et surtout pas dans une phase de la société où la classe dominante s’emploie à généraliser la guerre, le fascisme, la dictature, écraser les révoltes, opprimer, appauvrir, teroriser plus que jamais, toutes choses dont les femmes sont les premières victimes.

Non, il ne suffit pas du féminisme bourgeois et petit-bourgeois qui est trop timoré pour critiquer même sérieusement le système dominant et reconnaitre que celui-ci est à l’agonie. Qu’il en faudra un autre et qu’on ne le mettra pas en place juste avec… des mots !

Fondamentalement, il va falloir détruire l’Etat capitaliste (y comrpis celui des prétendues démocraties) et l’impérialisme et les femmes, pour cela, ont absolument besoin de s’unir aux prolétaires révolutionnaires et l’inverse est vrai également.

Les fameuses démocraties n’ont pas levé le petit doigt quand on a écrasé les révoltes dans le monde, frappant en premier les femmes. Oh que non ! Elles l’ont levé pour soutenir les dictatures. Y compris dans le monde arabe. Y compris en Arabie saoudite. Y compris en Afghanistan. Y compris en Iran. Y compris en Algérie. Dans la révolte des Gilets jaunes comme dans celle aux USA, les forces de répression de la « démocratie » ont frappé en premier… les femmes !

Alors, vous qui combattez le capitalisme, vous ne voulez toujours pas placer les femmes en premier dans la société future ?

LA QUESTION DE LA SCIENCE

Le marxisme a-t-il raison de se prétendre scientifique ?

S’il est une revendication clairement affirmée de Marx concernant l’ensemble de sa pensée, et de celle de Engels, c’est bien l’attribution à ce travail du qualificatif de « science ». Car cela n’est pas une médaille en chocolat que souhaite s’attribuer ainsi Marx mais c’est un choix de méthode de travail, un choix de buts, de conceptions, d’étude, de recherche.
Marx récuse l’idée que le domaine politique, juridique, social, économique ou philosophique devrait être exclu du domaine des sciences. Il combat l’idée que dans ces domaines, chacun développe les perspectives qui lui chantent et qu’il n’y aurait aucune loi, aucune nécessité objective mais seulement des propositions qui n’auraient qu’à recueillir ou pas les suffrages des hommes, individuellement ou collectivement. Chacun pourrait proposer la politique économique qui lui chante, chacun pourrait proposer les changements sociaux qui lui plaisent, chacun pourrait imaginer les changements de société que lui permettent son imagination. Pas de loi en politique ? Pas de loi en économie ? Pas de loi de l’évolution sociale des sociétés humaines ? Pas de loi au sens où on parle de loi de la physique, de la chimie ou de la biologie ?
Bien entendu, parler de démarche scientifique dans l’œuvre de Marx nécessite de ne pas réserver cette catégorie à l’étude de la matière et de ne pas la récuser concernant la société humaine. La signification de la démarche scientifique postule l’étude des conditions objectives de la réalité, conditions qui sont liées à chaque époque historique et pas créées pour l’éternité, conditions qui sont aussi celles des changements radicaux pour sauter d’un état à un autre, et ceci aussi qu’il s’agisse de la matière, inerte ou vivante, que de la société humaine.
Cependant, il importe de rejeter toute conception selon laquelle la science serait séparée de la pensée humaine, serait infaillible, indiscutable, imbattable, séparable de la philosophie. Parler de « conception scientifique » ne signifie pas en faire un domaine réservé à des spécialistes, seuls aptes à trancher.
Les sciences, même celles dites « dures, ont besoin d’être discutées, remises en question, car elles continuent d’évoluer, de se transformer, d’entrer en contradiction. Elles ne mènent pas à un déterminisme strict dans lequel le hasard n’aurait pas droit de cité, dans lequel il n’y aurait pas un spectre des possibles, dans lequel il n’y aurait pas plusieurs solutions et des sauts qualitatifs entre ces solutions. L’existence de la liberté humaine n’exclue pas les lois pas plus que l’agitation des éléments de la matière n’exclue l’ordre ni que la production permanente de diversité dans le vivant n’exclue pas l’ordre génétique.
L’idée d’un « marxisme scientifique » ou d’un « socialisme scientifique » a été critiquée de divers bords et les critiques ont été amplifiées depuis le stalinisme du fait de la caricature qu’a représenté ce prétendu « marxisme dialectique » stalinien ou maoïste.
Certains auteurs y voient une manière d’imposer des conclusions absurdes à la science à la Lyssenko de la même manière qu’il s’agit d’imposer par la dictature une évolution absurde et antidémocratique à la société. D’autres affirment que le marxisme a ainsi un désir de se transformer en dogme indiscutable paré du titre glorieux et respectable de la science. D’autres enfin considèrent comme inacceptable d’appeler science tout domaine concernant la société humaine, du fait de la liberté humaine, du fait de l’imprédictibilité de l’action humaine, du fait du choix humain, du fait de la conscience de l’homme sur lui-même, tout cela empêchant selon eux toute objectivité de l’étude, l’acteur se confondant avec l’observateur.
La discussion de cette question nécessite bien entendu de se mettre d’accord sur ce que signifie une science, ce qu’on lui attribue comme critère, comme méthode, comme moyen de vérification, comme outils de recherche, comme qualités, comme mode de transformation, comme potentialités, comme domaine d’efficacité, etc…
Or cette question même est déjà très controversée, et bien au-delà de la question du statut du marxisme elle-même.
Les uns affirment qu’il n’y a de science qu’au travers de lois mathématiques. Les autres prétendent qu’il n’y a de science que prédictive. Les suivants, les poppériens, prétendent que toute science doit être falsifiable.
Cependant, les définitions restrictives précédentes sont loin de n’exclure que le marxisme. Elles rejettent hors du domaine de la science le darwinisme, l’évo-développement, l’étude des animaux, la psychanalyse et même la médecine, sans parler de la psychiatrie, de l’économie, de la sociologie ou de l’anthropologie.
Bien des données de la physique elle-même, pourtant science « dure » par excellence, ne sont pas intégrées par de telles définitions comme la climatologie, la géologie, l’astrophysique ou la cosmologie, ces sciences étant historiques et l’homme ne pouvant reproduire deux fois le même climat ni deux fois la formation d’une étoile, d’une galaxie, d’un trou noir ou la formation de l’univers.
Ce n’est pas parce qu’un critère unique de la science fait défaut qu’on ne saurait pas dire ce qu’est la démarche scientifique. Cette démarche n’est pas un résultat définitif, fondé de manière éternelle, mais est au contraire, le produit sans cesse remis en question d’un développement historique et contradictoire, avec des avancées et des reculs. La science n’est pas un domaine à part, isolé dans une bulle de verre, mais, au contraire liée sans cesse aux développements économiques, sociaux, techniques de la société humaine dont elle est le produit, y compris quand il s’agit des sciences physiques, chimiques ou biologiques. Toutes ces sciences sont historiques, aucune n’est poppérisable. Aucune n’est prédictive. Aucune n’est fondée sur l’action directe, linéaire et formelle « de cause à effet ». Toutes sont du domaine des rétroactions en cascade qui produisent des lois émergentes intégrant le désordre au sein des lois statistiques, un ordre supérieur étant le produit des agitations à l’ordre inférieur. La non-linéarité, la sensibilité aux conditions initiales, l’émergence de structure entraînent la formation de lois ne sont pas prédictives mais produisent un petit nombre d’évolutions possibles.
L’existence d’une « nécessité objective » ne signifie nullement que les lois soient du type « A entraîne B », de la causalité directe, linéaire, unidirectionnelle et strictement prédictive. Ces « causalités » linéaires et formelles ont été considérées à tort comme le paradigme de la science.
La science exprime l’intégration au sein d’un couple dialectique de l’aspiration vers la nouveauté et des interdits de la nécessité. Ainsi, les hommes auraient volontiers affirmé autrefois que l’homme n’était pas fait pour voler, que l’homme ne pouvait pas lui-même produire du vivant, que les astres étaient le domaine des dieux, inatteignables aux véhicules produits par l’homme, que l’homme ne peut pas intervenir artificiellement dans la production d’enfants, etc…
Bien des affirmations actuelles de la science auraient été traitées de pure fiction par les générations précédentes de scientifiques, et de sorcellerie par les vieilles sociétés.
L’utopie a bel et bien un caractère actif au sein des sciences. Il ne s’agit nullement de « se contenter d’observer ce que l’on voit ». L’expérimentation elle-même doit être pensée et elle ne consiste pas seulement à regarder la réalité. Quant à la théorie, elle est loin de se fonder seulement sur l’observation mais a un besoin absolu de la théorie. Cette dernière, elle-même nécessite des conceptions philosophiques ayant évolué de manière rétroactive avec les sciences.
Une science qui se serait développée indépendamment des aspirations, des utopies humaines, n’a jamais existé et n’existera jamais.
Par contre, une prétendue science qui se contenterait de ces aspirations sans chercher de fondement logique, de cadre théorique, de lien avec les autres théories et connaissances ne serait qu’un dogme indiscutable.
L’un des buts fondamentaux de Marx a été de tirer le socialisme de son impasse utopiste. L’utopisme socialiste est issu notamment de la déception provoquée dans la petite bourgeoisie et dans les milieux populaires par les résultats sociaux et politiques de la révolution française. Une révolution pour la liberté, pour le bien-être du peuple, pour l’égalité a donné naissance à la dictature de classe de la bourgeoisie, à une plus grande mainmise des richesses et du pouvoir par une minorité, à de plus grandes inégalités, à une division de classe encore plus marquée. Faut-il répondre à ce constat par des projets utopiques de société, ces projets prétendant permettre la construction de nouvelles sociétés ou étudier la nouvelle société capitaliste issue de la révolution bourgeoise, en tirer les lois économiques et les lois d’évolution pour en déduire les évolutions historiques possibles ? C’est deux démarches opposées : socialisme utopique et socialisme scientifique, expliquent Marx et Engels…
« Sur le terrain de l’économie politique la libre et scientifique recherche rencontre bien plus d’ennemis que dans ses autres champs d’exploration… Tout jugement inspiré par une critique vraiment scientifique est pour moi le bienvenu. Vis à vis des préjugés de ce qu’on appelle l’opinion publique à laquelle je n’ai jamais fait de concessions, j’ai pour devise, après comme avant, la parole du grand Florentin : « Suis ton chemin et laisse dire les gens ! »
Karl Marx, Le Capital, Livre I
Marx expose le plan de son travail dans « Le Capital » :
« L’exposé, je veux dire la manière, est tout à fait scientifique, donc ne contrevient pas aux règlements de police au sens habituel. »
Il écrit à Lassalle sur son oeuvre :
« Elle représente pour la première fois d’une façon scientifique une importante manière de voir les rapports sociaux. »
Dans Die Zukunft du 11 août 1869, Engels écrit à propos du « Capital » : « Cet ouvrage contient le résultat des études de toute une vie. C’est l’économie politique de la classe laborieuse réduite à son expression scientifique. »
Marx lui-même considérait « Le Capital » comme une véritable arme de guerre : « C’est certainement le plus terrible missile qui ait encore jamais été lancé à la face des bourgeois (y compris les propriétaires fonciers). » (Marx à J.-B. Becker, 17 avril 1867.)
« La critique de l’économie politique, pierre angulaire du socialisme scientifique, a été pendant presque toute sa vie une des préoccupations dominantes de Karl Marx et le thème essentiel de ses recherches… En étudiant l’économie classique, il est arrivé à un certain nombre de conclusions qui mettent en lumière les contradictions fondamentales du régime bourgeois et les impasses auxquelles aboutit l’œuvre de ses théoriciens. La classe ouvrière peut disposer maintenant d’une base scientifique pour fonder son action révolutionnaire. »
Emile Botigelli, Introduction à la « Critique de l’Economie politique » de Karl Marx
« L’instinct de classe des prolétaires est fait du pressentiment de la société communautaire et collectiviste, rationnellement organisée par les producteurs associés pour l’épanouissement matériel et intellectuel de l’humanité, tout autant que de la réaction d’hostilité aux conditions de vie et de travail créées par la production capitaliste. Les utopistes furent les premiers porte-parole des masses laborieuses, en quelque sorte les théoriciens de leurs aspirations, à un moment ou les conditions historiques ne fournissaient pas encore au prolétariat les moyens matériels et politiques de son émancipation. Cependant, à l’aube de la société capitaliste, ils connaissaient déjà les méfaits de la production capitaliste, et ce n’est pas par hasard qu’un Owen, par exemple, fut aussi bien un chantre de la société future qu’un réformateur hardi, de sa propre fabrique, où il introduisit le travail associé et diminua de manière draconienne les heures de travail. Marx et Engels ne renient ni l’instinct profond des masses ni la vision du futur des utopistes. Ils les dépouillent de leurs éléments idéalistes et fantastiques, en leur donnant une assise critique et scientifique, sans tomber en conséquence dans l’objectivisme agnostique de ceux pour qui la science ne s’applique qu’aux objets inertes et aux faits « constatables » du passé et du présent… Marx-Engels ne purent établir leur théorie moderne du communisme, fondée sur le matérialisme économique et historique, qu’en s’appuyant sur des développements sociaux du capitalisme. La théorie « allemande » dut pour cela s’appuyer sur les données politiques de la France et économiques de l’Angleterre, où la bourgeoisie était enfin parvenue au pouvoir en 1830. Si l’économie anglaise montre aux autres nations du continent quelle sera « l’image de leur proche avenir » (préface allemande du Capital), c’est le parti chartiste qui fournit le modèle de l’organisation du prolétariat moderne (cf. le dernier chapitre de Misère de la philosophie), où Marx expose l’évolution du parti chartiste, solidement relié à la classe ouvrière par l’intermédiaire des syndicats et des luttes revendicatives. C’est pourquoi, le Manifeste a pu affirmer que « les conceptions théoriques des communistes ne reposent nullement sur des idées ou des principes découverts ou inventés par tel ou tel réformateur du monde. Elles ne sont que l’expression théorique des conditions réelles de la lutte des classes. » Le socialisme scientifique ou programme communiste du prolétariat moderne n’a donc pu être élaboré qu’au contact avec la classe ouvrière allemande, française et surtout anglaise, et n’a pu surgir qu’en liaison avec la création d’une organisation internationale que Marx-Engels s’efforcèrent de fonder avec les Démocrates fraternels, c’est-à-dire les chartistes de gauche qui étaient partisans de la violence révolutionnaire. …. Pour déchiffrer l’histoire afin d’en appliquer les enseignements aux batailles non plus critiques, mais violentes et armées entre les classes, il faut avant tout dégager une connaissance précise des rapports sociaux qui, d’une forme de production à l’autre, s’établissent dans la base économique et assurent le passage révolutionnaire du capitalisme au socialisme … En fait « Le Capital » est la démonstration du caractère éminemment transitoire de la forme de production capitaliste, c’est sa nécrologie, non l’étude de la vie et du fonctionnement du capital. »
R. Dangeville dans son introduction à « Le parti de classe » de Marx-Engels
« L’homme de science était loin d’être en lui la moitié de l’homme. La science était pour Marx une force révolutionnaire, historiquement déterminante. Marx était par-dessus tout un révolutionnaire. Coopérer d’une manière ou de l’autre au bouleversement de la société capitaliste et des institutions politiques crées par elle, contribuer à la libération du prolétariat moderne, auquel il a, le premier, donné la conscience de sa situation propre et de ses besoins, la conscience des conditions de son émancipation... telle était sa vraie vocation. »
Hommage funèbre de Friedrich Engels à son camarade et ami Karl Marx, dans "Der Sozialdemokrat" du 22 mars 1883
« Karl Marx, histoire de sa vie » par Franz Mehring :
« La science était pour Marx une force qui actionnait l’histoire, une force révolutionnaire. Si pure que fut la joie qu’il pouvait avoir à une découverte dans une science théorique quelconque dont il peut être impossible d’envisager l’application pratique, sa joie était tout autre lorsqu’il s’agissait d’une découverte d’une portée révolutionnaire immédiate pour l’industrie ou, en général, pour le développement historique. (…) Car Marx était avant tout un révolutionnaire. Contribuer, d’une façon ou d’une autre, au renversement de la société capitaliste et des institutions d’Etat qu’elle a créées, collaborer à l’affranchissement du prolétariat moderne, auquel il avait donné le premier la conscience de sa propre situation et de ses besoins, la conscience des conditions de son émancipation, telle était sa véritable vocation. »
Marx discute ainsi de sa méthode scientifique en citant un de ses critiques dans « Le Capital », Livre premier :
« Le Messager européen, revue russe, publiée à Saint-Pétersbourg, dans un article entièrement consacré à la méthode du Capital, déclare que mon procédé d’investigation est rigoureusement réaliste, mais que ma méthode d’exposition est malheureusement dans la manière dialectique. « A première vue, dit-il, si l’on juge d’après la forme extérieure de l’exposition, Marx est un idéaliste renforcé, et cela dans le sens allemand, c’est-à-dire dans le mauvais sens du mot. En fait, il est infiniment plus réaliste qu’aucun de ceux qui l’ont précédé dans le champ de l’économie critique... On ne peut en aucune façon l’appeler idéaliste. »
L’auteur continue ainsi :
« Une seule chose préoccupe Marx : trouver la loi des phénomènes qu’il étudie ; non seulement la loi qui les régit sous leur forme arrêtée et dans leur liaison observable pendant une période de temps donnée. Non, ce qui lui importe, par-dessus tout, c’est la loi de leur changement, de leur développement, c’est-à-dire la loi de leur passage d’une forme à l’autre, d’un ordre de liaison dans un autre. Une fois qu’il a découvert cette loi, il examine en détail les effets par lesquels elle se manifeste dans la vie sociale... Ainsi donc, Marx ne s’inquiète que d’une chose ; démontrer par une recherche rigoureusement scientifique, la nécessité d’ordres déterminés de rapports sociaux, et, autant que possible, vérifier les faits qui lui ont servi de point de départ et de point d’appui. Pour cela il suffit qu’il démontre, en même temps que la nécessité de l’organisation actuelle, la nécessité d’une autre organisation dans laquelle la première doit inévitablement passer, que l’humanité y croie ou non, qu’elle en ait ou non conscience. Il envisage le mouvement social comme un enchaînement naturel de phénomènes historiques, enchaînement soumis à des lois qui, non seulement sont indépendantes de la volonté, de la conscience et des desseins de l’homme, mais qui, au contraire, déterminent sa volonté, sa conscience et ses desseins... Si l’élément conscient joue un rôle aussi secondaire dans l’histoire de la civilisation, il va de soi que la critique, dont l’objet est la civilisation même, ne peut avoir pour base aucune forme de la conscience ni aucun fait de la conscience. Ce n’est pas l’idée, mais seulement le phénomène extérieur qui peut lui servir de point de départ. La critique se borne à comparer, à confronter un fait, non avec l’idée, mais avec un autre fait ; seulement elle exige que les deux faits aient été observés aussi exactement que possible, et que dans la réalité ils constituent vis-à-vis l’un de l’autre deux phases de développement différentes ; par-dessus tout elle exige que la série des phénomènes, l’ordre dans lequel ils apparaissent comme phases d’évolution successives, soient étudiés avec non moins de rigueur. Mais, dira-t-on, les lois générales de la vie économique sont unes, toujours les mêmes, qu’elles s’appliquent au présent ou au passé. C’est précisément ce que Marx conteste ; pour lui ces lois abstraites n’existent pas... Dès que la vie s’est retirée d’une période de développement donnée, dès qu’elle passe d’une phase dans une autre, elle commence aussi à être régie par d’autres lois. En un mot, la vie économique présente dans son développement historique les mêmes phénomènes que l’on rencontre en d’autres branches de la biologie... Les vieux économistes se trompaient sur la nature des lois économiques, lorsqu’ils les comparaient aux lois de la physique et de la chimie. Une analyse plus approfondie des phénomènes a montré que les organismes sociaux se distinguent autant les uns des autres que les organismes animaux et végétaux. Bien plus, un seul et même phénomène obéit à des lois absolument différentes, lorsque la structure totale de ces organismes diffère, lorsque leurs organes particuliers viennent à varier, lorsque les conditions dans lesquelles ils fonctionnent viennent à changer, etc. Marx nie, par exemple, que la loi de la population soit la même en tout temps et en tout lieu. Il affirme, au contraire, que chaque époque économique a sa loi de population propre... Avec différents développements de la force productive, les rapports sociaux changent de même que leurs lois régulatrices... En se plaçant à ce point de vue pour examiner l’ordre économique capitaliste, Marx ne fait que formuler d’une façon rigoureusement scientifique la tâche imposée à toute étude exacte de la vie économique. La valeur scientifique particulière d’une telle étude, c’est de mettre en lumière les lois qui régissent la naissance, la vie, la croissance et la mort d’un organisme social donné, et son remplacement par un autre supérieur ; c’est cette valeur-là que possède l’ouvrage de Marx. »
En définissant ce qu’il appelle ma méthode d’investigation avec tant de justesse, et en ce qui concerne l’application que j’en ai faite, tant de bienveillance, qu’est-ce donc que l’auteur a défini, si ce n’est la méthode dialectique ? Certes, le procédé d’exposition doit se distinguer formellement du procédé d’investigation. A l’investigation de faire la matière sienne dans tous ses détails, d’en analyser les diverses formes de développement, et de découvrir leur lien intime. Une fois cette tâche accomplie, mais seulement alors, le mouvement réel peut être exposé dans son ensemble. Si l’on y réussit, de sorte que la vie de la matière se réfléchisse dans sa reproduction idéale, ce mirage peut faire croire à une construction a priori.
Ma méthode dialectique, non seulement diffère par la base de la méthode hégélienne, mais elle en est même l’exact opposé. Pour Hegel le mouvement de la pensée, qu’il personnifie sous le nom de l’idée, est le démiurge de la réalité, laquelle n’est que la forme phénoménale de l’idée. Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n’est que la réflexion du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l’homme.
J’ai critiqué le côté mystique de la dialectique hégélienne il y a près de trente ans, à une époque où elle était encore à la mode... Mais bien que, grâce à son quiproquo, Hegel défigure la dialectique par le mysticisme, ce n’en est pas moins lui qui en a le premier exposé le mouvement d’ensemble. Chez lui elle marche sur la tête ; il suffit de la remettre sur les pieds pour lui trouver la physionomie tout à fait raisonnable. Sous son aspect mystique, la dialectique devint une mode en Allemagne, parce qu’elle semblait glorifier les choses existantes. Sous son aspect rationnel, elle est un scandale et une abomination pour les classes dirigeantes, et leurs idéologues doctrinaires, parce que dans la conception positive des choses existantes, elle inclut du même coup l’intelligence de leur négation fatale, de leur destruction nécessaire ; parce que saisissant le mouvement même, dont toute forme faite n’est qu’une configuration transitoire, rien ne saurait lui imposer ; qu’elle est essentiellement critique et révolutionnaire.
Le mouvement contradictoire de la société capitaliste se fait sentir au bourgeois pratique de la façon la plus frappante, par les vicissitudes de l’industrie moderne à travers son cycle périodique, dont le point culminant est la crise générale. Déjà nous apercevons le retour de ses prodromes ; elle approche de nouveau ; par l’universalité de son champ d’action et l’intensité de ses effets, elle va faire entrer la dialectique dans la tête même aux tripoteurs qui ont poussé comme champignons dans le nouveau Saint-Empire prusso-allemand. »
L’analyse scientifique démontre que la production capitaliste est d’une nature spéciale, qu’elle est déterminée historiquement et que, de même que tout autre système de production, elle a comme condition un stade déterminé du développement et de la morphologie des forces productives, condition qui est le résultat historique et le produit d’un processus antérieur, base déterminée du processus nouveau. Cette analyse établit encore que les rapports de production adéquats à ce système déterminé historiquement - rapports que les hommes observent dans leur vie sociale - ont un caractère spécifique, historique et transitoire, et que les rapports de la répartition sont essentiellement identiques à ceux de la production, dont elles représentent la seconde face, si bien qu’elles ont tous les deux le même caractère historique et transitoire.
Dans l’observation des conditions de la répartition, on part de ce prétendu fait que le produit annuel se subdivise en salaire, profit et rente, fait inexact lorsqu’il est présenté sous cette forme. Le produit se divise en capital et en revenus. L’un de ceux-ci, le salaire, ne prend la forme de revenu des ouvriers, qu’après avoir été opposé à ces mêmes ouvriers sous forme de capital. L’opposition comme capital des moyens de production et des produits du travail en général aux producteurs immédiats implique d’avance que les conditions matérielles du travail se présentent à l’égard des ouvriers avec un caractère social déterminé, et que dans la production même il existe un rapport donné entre eux et les propriétaires des moyens de travail. De son côté la conversion de ceux-ci en capital implique que les producteurs immédiats sont expropriés du sol et du sous-sol, et que la propriété foncière prend une forme déterminée.

Si l’une des parties du produit ne se convertissait pas en capital, l’autre ne se transformerait pas en salaire, profit et rente. D’autre part, la production capitaliste, par ce fait qu’elle suppose que les conditions de la production ont tel caractère social déterminé, les reproduit continuellement avec la même caractéristique. Elle engendre non seulement les produits matériels, mais reproduit continuellement les conditions de production dans lesquelles ceux-ci sont obtenus ; elle reproduit en même temps les conditions de répartition qui y correspondent.
D’une manière générale on peut dire que le capital, avec la propriété foncière qui en est le corollaire, implique par lui-même une répartition : l’expropriation des travailleurs des moyens de travail, la concentration de ceux-ci aux mains d’une minorité d’individus et l’appropriation exclusive du sol et du sous-sol au profit de quelques autres, en un mot les rapports que nous avons exposés dans le livre I, chap. XXV, en parlant de l’accumulation primitive. Mais cette répartition est absolument différente de celle dont on entend parler quand on dit que les rapports de la répartition ont un caractère historique comme les rapports de la production et qui fixe les droits des individus à la part du produit destinée à leur consommation individuelle. Ces conditions de la production sont la base de fonctions sociales spéciales, qui dans la production même sont assignées à des agents déterminés de celle-ci, distincts des producteurs immédiats. Elles communiquent aux conditions et aux représentants de la production une qualité sociale spécifique et déterminent entièrement le caractère et le mouvement de la production.

Karl Marx dans « Le Capital », Livre III, Les rapports de distribution et les rapports de production

« J’ai étudié naguère avec beaucoup de soin le premier fascicule paru à Berlin : la Contribution à la critique de l’économie politique, et j’avoue qu’aucun livre, si volumineux fût-il, ne m’a jamais apporté autant d’enseignements, autant de notions neuves et positives que cet opuscule. Aussi en ai je attendu la suite avec beaucoup d’impatience. Vous exprimez pour la première fois sous une forme claire, irréfutable, scientifique, ce qui désormais constituera la tendance consciente de l’évolution historique : subordonner à la conscience humaine le processus social de production qui, jusqu’à présent, n’était qu’une force aveugle de la nature. Votre oeuvre immortelle, Monsieur, c’est d’avoir fourni un fondement rationnel à cette tendance, d’avoir fait comprendre que notre production est anarchique. Notre époque vous doit, pour cette découverte, une reconnaissance éternelle. »

LA QUESTION DE LA THEORIE ET DE LA PHILOSOPHIE

Lénine dans « La portée du matérialisme militant » :
"Nous devons comprendre qu’à défaut d’un solide fondement philosophique, il n’est point de science de la valeur, point de matérialisme qui pussent soutenir la lutte contre les pressions des idées bourgeoises et la restauration de la conception bourgeoise du monde. Pour soutenir cette lutte et la mener à terme avec un entier succès, le spécialiste des sciences de la nature doit être un matérialiste moderne, un partisan conscient du matérialisme tel que l’a présenté Marx, c’est-à-dire que son matérialisme doit être dialectique. (...) Nous pouvons et devons élaborer cette dialectique dans tous ses aspects, publier des extraits des principales œuvres de Hegel, les interpréter dans un esprit matérialiste. (...) Les spécialistes modernes des sciences de la nature trouveront (s’ils cherchent et si nous apprenons à les aider) dans la dialectique de Hegel interprétée de manière matérialiste un bon nombre de réponses aux questions philosophiques que pose la révolution dans la science. Faute de cela, les grands savants seront aussi souvent que par le passé impuissants dans leurs conclusions et généralisations philosophiques. Car les sciences de la nature progressent si vite, traversent une période de bouleversements révolutionnaires dans tous les domaines si profonde, qu’elles ne pourront se passer en aucun cas de conclusions philosophiques."

Rosa Luxemburg, « Réforme sociale ou Révolution » :

« Le signe distinctif de l’opportunisme, c’est d’abord l’hostilité à la " théorie ". C’est tout naturel, puisque notre " théorie " - c’est-à-dire les principes du socialisme scientifique - pose des limites très fermes à l’action pratique à la fois quant aux objectifs visés, aux moyens de lutte, et enfin au mode de lutte lui-même. Aussi ceux qui ne recherchent que les succès pratiques ont-ils tout naturellement tendance à réclamer la liberté de manœuvre, c’est-à-dire à séparer la pratique de la " théorie ", à s’en rendre indépendants. »

Pour nombre de militants révolutionnaires, la théorie est d’une importance très secondaire et certains considèrent même qu’elle ne sert que d’ornement et mène à des absurdités qu’il faudrait éviter, nous disent-ils, en restant proches des gens, proches des réalités. En somme, dans le domaine de l’activité des révolutionnaires, on en est encore bien souvent à opposer action et théorie. Cette situation est bien particulière puisque dans nombre d’activités, cette attitude a été dépassée, au moins partiellement. Personne n’imagine un bon avocat ou un bon chirurgien qui n’ait pas étudié à fond la théorie. Par contre, certains bons militants de la classe ouvrière, qu’ils soient ouvriers ou pas, considèrent que la théorie est à respecter en gardant ses distances. De temps en temps, la théorie mérite un petit stage pour avoir quelques connaissances mais l’activité n’est pas directement liée à la théorie… Et le militant ne se considère pas comme en train de construire lui aussi … la théorie. Elle n’est pas vivante. C’est celle de Marx, Lénine ou Trotsky. Certains y ajoutent tel ou tel penseur plus récent mais peu considèrent qu’il faut toujours la faire évoluer en connexion avec la réalité.
Il s’y rajoute aussi un facteur social. Dans la société capitaliste, la séparation des tâches, des rôles sociaux, des pouvoirs, des classes amène à penser que tout ce qui est lié à la classe ouvrière ne serait pas du domaine de l’étude théorique mais pratique. Les milieux syndicalistes jouent un grand rôle dans cette déformation de la pensée politique et ils ont une grande influence dans la mesure où la plupart des militants révolutionnaires ont une importante activité syndicale qui leur prend une grande partie de leur temps et de leurs préoccupations, pour ne pas dire la plus grande partie de leur temps et de leurs préoccupations. La théorie passe pour être « en chambre », « en labo », réalisée par des « savants cosinus » qui planent au-dessus de la réalité et dont les véritables militants auraient intérêt à se défier. Ce genre de situation existe mais ce n’est pas une raison pour se détourner de la théorie. Il y a certes bien des faux docteurs mais cela ne suffit pas à penser que le médecin ne doit apprendre la théorie de son domaine… Il y a aussi de pragmatistes, des activistes qui envoient les luttes dans le mur, et même les révolutions, parce qu’ils ont refusé de prendre le soin d’étudier la théorie, l’histoire mais aussi la philosophie…
La base de toute intervention militante révolutionnaire devrait être :
pour transformer le monde, il faut le comprendre car cette transformation, pour réussir devra être consciente et cette conscience ne devra pas seulement être une révolte, un sens de classe, mais aussi un sens des nécessités objectives, un sens de la dynamique de l’Histoire, un sens des intérêts aussi des classes adverses.
la volonté individuelle et collective n’est pas seule en cause : il y a des lois du réel qui ne sont pas visibles à l’œil nu et qui nécessitent, pour être appréhendées, d’un matériel théorique perfectionné aussi développé que dans d’autres types d’activité.
Le stalinisme et le réformisme ont certes leur responsabilité dans le fait que les travailleurs et les militants se détournent des théories. Ces dernières ont trop servi à tromper, à justifier l’injustifiable. Mais, pas plus que les dérives de certains courants néo-darwiniens ne doivent détourner de Darwin et donc empêcher de développer un darwinisme moderne, les dérives de prétendus adeptes de Marx ne doivent détourner du marxisme, c’est-à-dire détourner de bâtir un édifice conceptuel pour répondre au monde tel que nous le comprenons à notre époque.
Il ne peut suffire de référer à Marx et encore moins de le révérer. Il n’y a que trop de militants qui le lisent mais ne veulent pas faire le même travail que lui. Et je ne cite là Marx qu’à titre d’exemple parmi d’autres. Il existe de nombreux groupes d’extrême-gauche qui se revendiquent pleinement des Marx, Engels, Lénine, Trotsky ou Rosa Luxemburg mais se détournent de la philosophie de Hegel alors que tous ces auteurs et militants pensaient qu’on devait absolument, de manière vitale, étudier Hegel et se pénétrer de sa dialectique.
Bien sûr, rien n’oblige à faire exactement comme les « maîtres » et nous sommes les premiers à penser que quiconque pense par lui-même s’autorise à se détacher de toute appréciation des anciens qui ne lui semblerait plus fondée. Mais encore faut-il le justifier. Encore faut-il le dire même, ce que ces militants et ces courants ne font nullement. Bien des dirigeants de groupes ont affirmé : « nous ne sommes pas des théoriciens et il nous suffit d’étudier et d’appliquer la théorie marxiste ». Mais peut-on étudier la théorie marxiste comme des textes anciens sans se poser la question d’écrire nous-mêmes théoriquement ce que le monde nous paraît être aujourd’hui. Le simple fait d’étudier Marx comme s’il écrivait pour aujourd’hui me semble un parfait non-sens. C’est une manière d’en faire une icône et donc de le rendre inoffensif, de le transformer en pensée morte.
Non, nous ne disposons pas de la théorie de Marx (ou d’autres) comme d’un point de vue sur le monde actuel et il ne peut nous suffire de produire des textes d’actualité, de dénonciation, de prises de position, d’intervention politique et sociale. Inversement, il ne peut nous suffire de prises de positions théoriques, la théorie ne pouvant être séparée de la pratique, de l’expérience des masses, de l’intervention parmi elles, de la confrontation avec la réalité actuelle des classes en lutte, des actes et intérêts des classes dirigeantes en particulier. Or l’essentiel des groupes font l’un ou l’autre mais pas les deux…
Marx n’a pas analysé une fois pour toutes les crises du capitalisme. Il a aussi étudié chaque crise, une par une, montré ses spécificités, approfondi dans chacune ses points de vue, contredit ses idées précédentes, etc… La théorie ainsi conçue est dynamique. Elle ne peut consister en une attitude de révérence envers le marxisme, sensé expliquer le monde, sans changement, jusqu’à nos jours !
Ceux qui ont peur du changement en théorie sont aussi dangereux que ceux qui ont peur du changement en pratique. Il n’y a pas de voie assurée pour les militants révolutionnaires. Ceux qui veulent absolument des chemins tranquilles risquent fort de se détourner du bon…
Quant à la conscience de classe, elle ne peut s’extraire des luttes de classe actuelles que si on parvient en même temps à transmettre la compréhension des enjeux, les buts des classes dirigeantes et la situation de leur système. Sans quoi, les travailleurs se battront mais avec un bandeau sur les yeux...
Contre la conception religieuse de l’idéologie des révolutionnaires, de leur activité militante et de leur conception de l’organisation
Et tout d’abord qu’appelle-t-on conception religieuse ? C’est une vision noir et blanc fondée sur un moralisme qui distingue, dans ce qui se passe dans le monde, le bien du mal, le progrès et la réaction, et les oppose diamétralement, qui considère que l’idéologie a un rôle premier, qui houspille la pingrerie des riches, qui dénonce les injustices et promeut la justice, qui pleure sur les pauvres, qui se penche sur les opprimés, qui commisère sans cesse, qui oppose sans cesse une norme morale au monde réel sans jamais vouloir chercher la base matérielle et politique des faits dénoncés. La religion peut très bien dénoncer la cupidité des classes dirigeantes et livrer leur amoralisme à la vindicte publique. Elle ne veut pas en décrypter les buts sociaux et politiques. Elle peut dénoncer l’exploitation mais jamais elle ne montre où sont les forces et les faiblesses des opprimés.
L’idéologie religieuse assimile l’émancipation au recrutement des émancipateurs et évangélistes et non à l’action autonome des opprimés qu’il s’agirait d’étudier afin de permettre aux opprimés de connaître leur propre histoire, les leçons de ses échecs et victoires, la stratégie de leurs adversaires.
Un autre point est à souligner : la distance grandissante entre discours sur le futur et pratique dans l’immédiat. Par exemple, le discours religieux des révolutionnaires consistera à dire qu’au jour du jugement dernier, les prolétaires se dirigeront eux-mêmes par des soviets mais ce n’est nullement d’actualité puisque, pour le moment, le plus important est d’être nombreux à la promenade organisée par des bureaucraties syndicales dont on se garde de dire à quel point elles sont liées à nos pires adversaires…
Remplacer l’arme de la critique par celle de la dénonciation morale, ériger la théorie en dogme, former les nouveaux à l’obéissance aveugle, considérer la discussion critique comme une opposition stérile, refuser l’étude systématique de la philosophie, prétendre que l’activisme est la base de activité du révolutionnaire, oublier l’existence du travail théorique, prétendre que le travail essentiel est le recrutement de nouveaux missionnaires, présenter le communisme comme une société future qu’il s’agit d’annoncer comme le messie, parler du parti comme d’un but fantasmagorique, refuser de dénoncer les illusions des masses sous prétexte que ce n’est pas possible vu le niveau actuel de conscience de celles-ci, tenir un double discours intérieur et extérieur et présenter l’activité des révolutionnaires comme un élitisme qui nous place au dessus des masses, voilà quelques unes des caractéristiques de la conception religieuse de l’activité révolutionnaire.
L’inverse de la conception religieuse des révolutionnaires :
l’étude théorique et philosophique est à la base de l’activité militante des révolutionnaires. En 1908, au plus bas de l’activité des militants ouvriers révolutionnaires suite à la défaite de la révolution de 1905, Lénine estimait que la tâche numéro un était de réarmer en étudiant la philosophie de la matière liée aux crises de la physique, en écrivant « Matérialisme et empiriocriticisme », un ouvrage que les adeptes de la conception religieuse de l’activité révolutionnaire détestent comme ils détestent « La dialectique de la nature » d’Engels et comme ils prétendent aimer « Le capital » de Marx qu’ils présentent comme un ouvrage d’économie alors que son auteur affirmait que c’était de la dialectique de Hegel à toutes les pages…
jamais de double langage
ne jamais présenter des victoires quand ce sont des défaites
ne jamais cultiver ce qui nuit à l’auto-organisation des masses, à leurs possibilités de prendre en compte leur propre rôle dans les événements
ne jamais présenter des ennemis comme des alliés, à commencer par les directions syndicales
ne jamais effacer le caractère de classe de l’Etat ni « oublier » d’insister sur le fait que nous ne pourrons pas le laisser en place et que nous, prolétaires révolutionnaires, devront le détruire de fond en comble. Nous ne lui reprochons par exemple jamais de manière morale de ne pas œuvrer pour l’intérêt général….

On ne peut pas révolutionner le monde sans repenser l’ensemble de la réalité

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537

Que vient faire la philosophie dialectique dans la politique des révolutionnaires ?

https://www.matierevolution.org/spip.php?article3617

LA QUESTION SYNDICALE

Le syndicalisme est par nature réformiste et l’était déjà du temps de Marx.

Marx n’avait pas d’illusions dans la signification du syndicalisme en termes de lutte des classes qui était cependant très loin de ce qu’elle est devenue avec l’époque impérialiste. Il affirmait le 17 août 1869 au conseil général de l’Association internationale de travailleur, l’AIT :
« Aussi longtemps que la société est divisée en classes opposées – d’un côté les capitalistes qui monopolisent l’ensemble des moyens de production ; de l’autre, les ouvriers qui travaillent et sont privés de toute propriété sur leurs moyens de production, et ne disposent que de leur force de travail – et que subsiste cette organisation sociale, la loi du salaire restera toute-puissante et resserrera chaque jour davantage les chaînes qui rendent le travailleur esclave du produit de ses propres mains, produit que monopolise le capitaliste. Depuis près de soixante ans, les syndicats anglais ont lutté contre cette loi capitaliste. Or, quel en a été le résultat ? Ont-ils réussi à libérer la classe ouvrière anglaise de l’esclavage dans lequel la tient le capital, qui n’est pourtant que le produit du travail des ouvriers ? Ont-ils permis, ne serait-ce qu’à une petite fraction de la classe ouvrière, de s’élever au-dessus de sa condition d’esclave salarié, en devenant propriétaire des moyens de production, matières premières, instruments et machines nécessaires à son industrie, et en conséquence aussi du produit de son propre travail ? Il est de notoriété publique que, non seulement ils n’ont jamais atteint ce but, mais qu’ils ne l’ont jamais poursuivi. Nous ne voulons absolument pas prétendre par là que les syndicats ne sont d’aucune utilité, parce qu’ils ne l’ont pas fait. Au contraire, les syndicats – aussi bien en Angleterre que dans tout autre pays industriel – sont indispensables à la classe ouvrière pour lutter contre le capital…. Le grand mérite des syndicats, dans leur lutte pour le maintien de ce taux de salaire et la diminution des heures de travail, est qu’ils s’efforcent d’augmenter ce standard de vie… Cependant la lutte des syndicats n’enfreint pas la loi du salaire ; au contraire, elle ne fait que l’appliquer. Sans l’arme syndicale de résistance, l’ouvrier ne recevrait même pas ce qui lui est dû conformément au statut du salariat… Ainsi donc, les syndicats n’attaquent pas le système salarial lui-même. Or, la dégradation économique de la classe ouvrière n’est pas due au niveau, bas ou élevé, des salaires, mais au fait qu’au lieu de percevoir le produit intégral de son travail, la classe ouvrière doit se satisfaire d’une fraction de ce produit, celle que l’on appelle salaire. »

En 1866, Marx fit adopter par le Conseil Central de l’Internationale une résolution qui critiquait les syndicats ainsi :
« Les syndicats s’occupent trop exclusivement des luttes immédiates. Ils n’ont pas assez compris leur pouvoir d ‘action contre le système capitaliste lui-même... A part leur œuvre immédiate de réaction contre les manœuvres tracassières du capital, ils doivent maintenant agir sciemment comme foyers organisateurs de la classe ouvrière dans le grand but de son émancipation radicale. Ils doivent aider tout mouvement social et politique tendant dans cette direction. »

Karl Marx, dans un rapport sur les syndicats pour le Conseil Général de la Première Internationale :
« Ils (les syndicats) ne doivent pas oublier qu’ils luttent contre les effets et non contre les causes de ces effets, qu’ils ne peuvent que retenir le mouvement descendant, mais non en changer la direction, qu’ils n’appliquent que des palliatifs, mais sans guérir le mal. Ils ne doivent donc pas se laisser absorber exclusivement par les escarmouches inévitables que font naître sans cesse les empiétements ininterrompus du capital ou les variations du marché. (…) Au lieu du mot d’ordre conservateur : « Un salaire équitable pour une journée de travail équitable », ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d’ordre révolutionnaire : « Abolition du salariat »... Les syndicats, utiles comme centres de résistance aux exagérations du capital, sont impuissants dans la mesure où ils se contentent de ne faire qu’une guerre de partisans à l’ordre capitaliste. Sans renoncer à cette action quotidienne ils doivent travailler à la transformation de la société capitaliste, faire de leur force organisée un levier de l’émancipation définitive de la classe ouvrière, c’est-à-dire de l’abolition du salariat... En plus de leurs buts initiaux, ils doivent maintenant apprendre à agir délibérément en tant que centres organisationnels de la classe ouvrière pour réaliser le but plus large de l’émanciper complètement. Ils doivent aider chacun des mouvements sociaux et politiques qui va dans ce sens. Se considérant eux-mêmes comme les champions et les représentants de toute la classe ouvrière, et agissant comme tels, ils ne peuvent échouer à enrôler les hommes qui n’en sont pas membres. Ils doivent s’occuper avec grand soin des intérêts des moins bien payés, comme les travailleurs agricoles, rendus impuissants par des circonstances exceptionnelles. Ils doivent convaincre le monde dans son ensemble que leurs efforts, loin d’être mesquins et égoïstes, visent à émanciper les millions d’opprimés. »

D’organe de résistance ouvrière, les syndicats sont devenu des institutions du capital et des soutiens du pouvoir jusqu’à faire élire Macron ! Leurs financements par l’État et leur intégration aux institutions en font des agents de la bourgeoisie au sein du peuple ! Ils servent de leur légitimité reconnue par le pouvoir pour exercer une tutelle sur nos luttes ! Et ce n’est certainement pas sur la gauche parlementaire et gouvernementale, à la tête également de ces directions syndicales, que nous pourrons compter également ! Qu’ont-ils fait au pouvoir ? Poser la question c’est déjà y répondre ! Nous ne pouvons faire confiance à un
"État-major des luttes" qui n’est pas sous le contrôle d’assemblées auto-organisées où il serait responsable et révocable et qui maintient le pouvoir capitaliste en luttant contre toute politique révolutionnaire et la prise du pouvoir par le peuple travailleur ! Nous ne voulons pas de cette tutelle !

Retrouver le syndicalisme d’Action Directe ! Rompre avec la parlementarisation du syndicalisme !
L’intersyndicale soutenue par tous les syndicats, sections syndicales et leurs alliés de gauche et d’extrême gauche, n’a cessé d’interpeller le président, le gouvernement, les parlementaires ! Pourtant pour les syndicalistes de la CGT avant 1914, le syndicalisme c’était l’action directe : « l’Action Directe (…) signifie que la Classe Ouvrière (…) n’attend rien des hommes, des puissances ou des forces extérieures à elle, mais qu’elle crée ses propres conditions de lutte et puise en soi ses moyens d’action. » (Pouget, l’action directe,1910). Par l’action directe, l’ouvrier crée lui-même sa lutte. C’est lui qui la conduit, décidé à ne pas s’en rapporter à d’autres qu’à Iui-même du soin de le Iibérer. L’action ouvrière pour nous n’est donc qu’une manifestation continue de nos efforts (qui) se transformera en (…) grève générale, et qui sera la révolution sociale. (Victor Griffuelhes, l’action syndicaliste,1908). L’action directe était le moyen du prolétariat pour s’émanciper du capitalisme et aller au communisme abolissant propriété privée de moyens de production et salariat ! Telle n’est plus l’ambition des appareils syndicaux qui sont la négation du syndicalisme de la CGT avant 1914 qui était un communisme au sens politique du terme !

Le syndicalisme réformiste contre la lutte de classe et la révolution

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3786

Oui, nous sommes syndicalistes révolutionnaires !

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Conscience syndicaliste réformiste et conscience politique prolétarienne de classe

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4236

Déboulonner les dirigeants réformistes dans les appareils syndicaux comme dans les partis politiques…

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7257

L’extrême gauche de France d’origine trotskiste agit en aile gauche des bureaucraties syndicales inféodées à la bourgeoisie et à l’Etat

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2233

Tous ceux qui sont liés aux appareils syndicaux nuisent aux mouvements de la base. Ils divisent les participants, veulent limiter le blocage, rejettent le boycott, la contestation du système, des possédants, des institutions et du pouvoir, l’auto-organisation du mouvement !

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8380

LA QUESTION DES SOVIETS

L’objectif numéro un des travailleurs révolutionnaires : les soviets et leur prise du pouvoir.

Pas d’autre perspective pour le monde que le pouvoir révolutionnaire des travailleurs organisés en soviets (qui nécessite la destruction du pouvoir d’Etat capitaliste)
N’en déplaise aux valets du capitalisme, aux réactionnaires, aux réformistes, aux pessimistes, aux sceptiques, aux anti-communistes, aux anti-bolchevistes, aux anti-trotskistes, aux faux trotskistes, aux opportunistes, aux gauchistes et aux anarchistes, la seule issue pour le peuple travailleur du monde est de s’organiser en soviets en vue de la prise du pouvoir d’Etat et la destruction de tous les pouvoirs d’Etat du monde, à commencer par ceux des puissances impérialistes.
Certains diront que la révolution n’est pas encore d’actualité et que cette question n’est pas d’une brulante urgence. Pour eux, inutile de proférer des sentences ultra-radicales, bien trop avancées par rapport à la situation et incomprises des travailleurs et ils se trompent (et nous trompent) lourdement et gravement. Au contraire, ce qui doit sans cesse guider notre activité politique, syndicale et sociale quotidienne comme notre action, c’est de guider la classe ouvrière vers sa principale tâche : prendre le pouvoir d’Etat. Comment concevoir que cela soit d’actualité alors que les luttes ouvrières ne sont pas du tout insurrectionnelles et que les appareils syndicaux n’ont même pas de mal à les controler ? Eh bien, même les simples grèves, manifestations ou rassemblements, mais même tout problème dans l’entreprise doit être l’occasion de réunions même informelles de salariés, même la rédaction d’un tract des salariés peut être l’occasion de dscussions et décisions collectives. Or, comme l’expliquait Pierre Bois, militant trotskiste du groupe Barta, ouvrier de Renault Billancourt et organisateur du comité de grève de 1947 qui a alors battu la bureaucratie stalinienne française au plus haut niveau de sa puissance, « tout travailleur révolutionnaire doit considérer chaque réunion de travailleurs comme un soviet et le soviet n’est rien d’autre que l’embryon de l’Etat ouvrier ». C’est exactement ce que l’on ne comprend plus du tout et que l’on ne défend plus dans les fausses extrêmes gauches opportunistes (y compris celle faussement héritière de Pierre Bois, liées aux appareils syndicaux (qui leur laissent une petite place et un petit rôle) et aux élections bourgeoises (qui permettent à l’Etat bourgeois de les financer et à eux de faire croire à l’expression démocratique sous le capitalisme !) En conclusin, il n’est nul besoin de situations insurrectionnelles pour militer en permanence pour l’auto-organisation des travailleurs, cela doit au contraire être la boussole du quotidien du militant ouvrier, celle qui distingue en premier le révolutionnaire du réformiste et de l’opportuniste, le militant ouvrier du bureaucrate ou caution des bureaucrates : pas de tract sans discussion entre travailleurs, pas de grève sans décision des travailleurs organisés à la base, pas de manifestation ou autre action sans décision collective le plus organisée possible des travailleurs sur les buts, les méthodes, les slogans, les revendications, aucun soutien à la bureaucratie, aucune caution aux négociateurs. Ceux qui passent leur temps en réunion avec nos ennemis ne sont pas nos amis. Ceux qui se passent du point de vue et de la décision collective des travailleurs sont nos faux amis. Les stratégies de conquête des appareils syndicaux par les petits groupes soi-disant révolutionnaires sont des camouflages de l’opportunisme (défini par Engels comme la trahison des buts révolutionnaires du fait de la tentative de réussir plus vite que ne le permet le progrès de la classe exploitée).
On remarquera que les pseudo-révolutionnaires opportunistes parlent beaucoup de la dénonciation générale du capitalisme, de la révolution à faire (en restant vagues sur les conséquences dans l’activité militante, du communisme pour des jours lointains, de la nécessité de renverser le capitalisme à date ultérieure, du parti révolutionnaire à construire dès maintenant et, sur tout cela, ils n’ont pas de contradiction directe avec les appareils syndicaux et étatiques. Ils se gardent de raisonner comme nous le faisons plus haut : centrer leur boussole sur le Nord (le rôle des conseils de travailleurs comme dirigeants futurs de l’Etat ouvrier).
Ce qui caractérise aussi les hommes politiques bourgeois, de droite comme de gauche ou de gauche de la gauche, ou les dirigeants syndicaux ou associatifs, c’est leur attachement à l’appareil de l’Etat : pas plus étatiste que Mélenchon ! Et aucun d’entre eux n’envisage nullement l’objectif de renversement de l’Etat bourgeois, sans parler de son remplacement par l’Etat des soviets ouvriers (ils préfèrent faire semblant que défendre cela, ce serait du stalinisme et qu’eux y sont hostiles parce que ce sont des démocrates !).
Et curieusement, il se trouve que sur un point, des plus réactionnaires aux plus « gauches », ils se trouve qu’ils convergent avec les faux révolutionnaires… C’est sur la question, fondamentale entre toutes, de l’Etat ouvrier. Les extrêmes gauches en sont eux aussi les adversaires, en fait plus encore qu’en théorie. Pour eux, l’Etat a forcément le caractère d’une puissance en dehors de la classe ouvrière et, s’ils tentent d’y prendre le pouvoir, amenée à se retourner contre elle, comme cela a été le cas avec le stalinisme. La bureaucratisation leur semble découler naturellement de la constitution des soviets en base de l’Etat. C’est le cas qu’il s’agisse d’hommes politiques bourgeois, d’anarchistes, de gauches communistes, de conseillistes, de luxemburgistes, de bordiguistes, de partisans de Pannekoek ou Korsch, etc… En tout cas, tous appellent les travailleurs à se détourner de tout objetif d’Etat ouvrier. D’autres comme les faux trotskistes se disent favorables mais affirment qu’il n’est pas temps de parler ni d’Etat des soviets ni de soviets, qu’il faut parler d’un parti révolutionnaire qui milite pour renverser le capitalisme, sans parler de construire des soviets, sans parler de casser l’Etat capitaliste, sans parler de donner le pouvoir aux conseils ouvriers, en laissant entendre qu’un parti qui dirige les syndicats arrivant à saisir les rênes de l’Etat, cela pourrait parfaitement aller. L’organisation française Lutte Ouvrière, faussement trotskyste, navigue, par exemple, dans ce type d’eaux vaseuses.
Bien sûr, être favorable à l’Etat des soviets ne garantit pas contre tous les problèmes et notamment contre les risques de bureaucratisation. Il n’y a aucune formule magique qui prémunisse contre les problèmes réels, notamment l’isolement de la révolution prolétarienne dans un pays des plus retardataires du monde capitaliste.
Bien entendu, le pouvoir d’Etat aux mains des travailleurs, cela signifie qu’on est encore dans la barbarie, que les classes sociales exploiteuses existent toujours et qu’il faut encore mener une guerre de classe contre elles et que l’Etat ouvrier est l’instrument de ce combat. Mais pour dépasser les stades barbares, il ne faut pas refuser les seules armes dont le prolétariat puisse disposer, le pouvoir d’Etat. Il n’empêche que, nous marxistes révolutionnaires, avons toujours été d’accord sur un point avec les anarchistes : l’existence de l’Etat, même l’Etat ouvrier, c’est encore la barbarie et l’objectif final est la disparition totale de l’Etat. C’est pour le stalinisme que l’Etat ouvrier n’est pas, comme pour Lénine, un Etat en voie de disparition, que l’Etat « socialiste » est le nec plus ultra, que le communisme se conjongue avec le renforcement du pouvoir de l’Etat et non avec son affaiblissement avec l’objectif non dissimulé de sa disparition, comme l’a expliqué plus que clairement Lénine dans « L’Etat et la révolution ». Et l’Etat ouvrier est une « dictature du prolétariat » et non une dictature contre le prolétariat. Il n’est dictature que contre l’infime minorité de capitalistes et de leurs soutiens en armes.
Les anarchistes, les gauches communistes de toutes les sortes et autres puristes socialistes ne nous expliquent pas comment combattre victorieusement les forces armées de l’impérialisme et du capitalisme sans nous doter de l’arme de l’Etat, comment faire triompher les soviets sans l’Etat des soviets.

Trotsky (1906) : « Le conseil organisait les masses, dirigeait les grèves politiques et les manifestations, armait les ouvriers... Si le prolétariat, tout comme la presse réactionnaire, appelait le conseil « le gouvernement ouvrier », dans les faits, le conseil représentait réellement un embryon de gouvernement révolutionnaire. Le conseil réalisait le pouvoir dans la mesure où il se trouvait déjà dans ses mains ; il luttait directement pour le pouvoir dans la mesure ou il se concentrait encore dans les mains de l’Etat militaro-policier. Avant le conseil, il y avait déjà au sein du prolétariat industriel des organisations révolutionnaires, la plupart des organisations social-démocrates. Mais c’était des organisations évoluant au sein du prolétariat ; leur lutte avait pour but immédiat de conquérir une influence sur les masses. Le conseil, lui, est l’organisation du prolétariat son but — c’est la lutte pour le pouvoir révolutionnaire.
Mais, simultanément, le conseil était et demeurait l’expression organisée de la volonté de classe du prolétariat. Dans la lutte pour le pouvoir, il appliquait les méthodes que tout naturellement impliquait le fait que le prolétariat est une classe : son rôle dans la production, son nombre, son homogénéité sociale. Plus : il liait la lutte pour le pouvoir à la direction immédiate de toute l’activité sociale autonome des masses ouvrières ; souvent même il se chargea de régler des conflits entre des représentants individuels du capital et le travail.
Si le conseil a conduit à la victoire diverses grèves, s’il a réglé avec succès divers conflits entre ouvriers et patrons, ce n’est absolument pas qu’il existât tout exprès dans ce but au contraire, là où existait un syndicat puissant, celui-ci se montra bien plus à même que le conseil de diriger la lutte syndicale ; l’intervention du conseil n’avait du poids qu’en raison de l’autorité universelle dont il jouissait. Et cette autorité était due au fait qu’il accomplissait ses tâches fondamentales, les tâches de la révolution, qui allaient bien au-delà des limites de chaque métier et de chaque ville et assignaient au prolétariat comme classe une place dans les premiers rangs des combattants.
L’instrument principal du conseil a été la grève politique de masse. La vertu d’une grève de ce type est de désorganiser le pouvoir d’Etat. Et plus l’ « anarchie » qui en résulte est grande, plus la grève approche son but. Mais cela n’est exact que si ce n’est pas par des moyens anarchistes qu’on arrive à cette anarchie. La classe qui jour après jour met en oeuvre l’appareil de production et simultanément celui du pouvoir, la classe qui, en cessant le travail en bloc, paralyse non seulement l’industrie mais aussi toute la machine étatique, doit être suffisamment organisée pour ne pas être la première victime de l’anarchie qu’elle a créée. Plus la grève suspend l’organisation d’Etat existante sur une large échelle, plus l’organisation de la grève doit assumer les fonctions de l’Etat.
Le conseil des députés ouvriers a réalisé la liberté de la presse. Il a organisé des patrouilles de rue pour garantir la sécurité des citoyens. Il s’est plus ou moins rendu maître de la poste, du télégraphe et des chemins de fer. Il a tenté d’instaurer la journée de travail de huit heures obligatoire. En paralysant par le mouvement gréviste l’Etat absolutiste, il introduit son propre ordre démocratique dans la vie des classes laborieuses des villes. »

Trotsky (1909) : « Qu’était ce donc que le soviet ?
Le conseil des députés ouvriers fut formé pour répondre à un besoin pratique, suscité par les conjonctures d’alors : il fallait avoir une organisation jouissant d’une autorité indiscutable, libre de toute tradition, qui grouperait du premier coup les multitudes disséminées et dépourvues de liaison ; cette organisation devait être un confluent pour tous les courants révolutionnaires à l’intérieur du prolétariat ; elle devait être capable d’initiative et se contrôler elle même d’une manière automatique ; l’essentiel enfin, c’était de pouvoir la faire surgir dans les vingt quatre heures. Le parti social démocrate qui unissait étroitement, dans ses retraites clandestines, plusieurs centaines, et, par la circulation des idées, plusieurs milliers d’ouvriers à Pétersbourg, était en mesure de donner aux masses un mot d’ordre qui éclairerait leur expérience naturelle à la lumière fulgurante de la pensée politique ; mais ce parti n’aurait pas été capable d’unifier par un lien vivant, dans une seule organisation, les milliers et les milliers d’hommes dont se composait la masse : en effet, il avait toujours accompli l’essentiel de son travail dans des laboratoires secrets, dans les antres de la conspiration que les masses ignoraient. Le parti des socialistes révolutionnaires souffrait des mêmes maladies de la vie souterraine, aggravées encore par son impuissance et son instabilité. Les difficultés qui existaient entre les deux fractions également fortes de la social démocratie d’une part, et leur lutte avec les socialistes révolutionnaires de l’autre, rendaient absolument indispensable la création d’une organisation impartiale. Pour avoir de l’autorité sur les masses, le lendemain même de sa formation, elle devait être instituée sur la base d’une très large représentation. Quel principe devait on adopter ? La réponse venait toute seule. Comme le seul lien qui existât entre les masses prolétaires, dépourvues d’organisation, était le processus de la production, il ne restait qu’à attribuer le droit de représentations aux entreprises et aux usines . On avait comme exemple et comme précédent la commission du sénateur Chidlovsky. Une des deux organisations social démocrates de Pétersbourg prit l’initiative de créer une administration autonome révolutionnaire ouvrière, le 10 octobre, au moment où la plus grande des grèves s’annonçait. Le 13 au soir, dans les bâtiments de l’Institut technologique, eut lieu la première séance du futur soviet. Il n’y avait pas plus de trente à quarante délégués. On décida d’appeler immédiatement le prolétariat de la capitale à la grève politique générale et à l’élection des délégués. " La classe ouvrière, disait l’appel rédigé à la première séance, a dû recourir à l’ultime mesure dont dispose le mouvement ouvrier mondial et qui fait sa puissance : à la grève générale... Dans quelques jours, des événements décisifs doivent s’accomplir en Russie. Ils détermineront pour de nombreuses années le sort de la classe ouvrière ; nous devons donc aller au devant des faits avec toutes nos forces disponibles, unifiées sous l’égide de notre commun soviet... "
Cette décision d’une importance incalculable fut adoptée à l’unanimité ; il n’y eut même pas de débat sur le principe de la grève générale, sur les méthodes qui convenaient, sur les fins et les possibilités que l’on pouvait envisager ; et ce sont pourtant ces questions qui soulevèrent, peu de temps après, une lutte idéologique passionnée dans les rangs de notre parti allemand. Ce serait un non sens que d’expliquer ce fait par les différences psychologiques entre nationalités ; bien au contraire, c’est plutôt à nous autres, Russes, que l’on pourrait reprocher une prédilection maladive pour les finasseries de tactique et l’abus des subtilités dans le détail. La raison véritable de la conduite que l’on adopta alors, on la trouve dans le caractère révolutionnaire de l’époque. Le soviet, depuis l’heure où il fut institué jusqu’à celle de sa perte, resta sous la puissante pression de l’élément révolutionnaire qui, sans s’embarrasser de vaines considérations, devança le travail de l’intelligence politique.
Chacune des démarches de la représentation ouvrière était prédéterminée, la " tactique " à suivre s’imposait d’une manière évidente. On n’avait pas à examiner les méthodes de lutte, on avait à peine le temps de les formuler... »

https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_8.htm

Lénine (juin 1917) : « Les Soviets sont une institution qui n’existe dans aucun Etat parlementaire bourgeois du type ordinaire, et qui ne peut exister à côté d’un gouvernement bourgeois. C’est cet Etat de type nouveau, plus démocratique, que nous avons appelé dans les résolutions de notre Parti république démocratique du prolétariat et de la paysannerie, et où le pouvoir n’appartient qu’aux Soviets des députés ouvriers et soldats. »

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/06/1-co-so/vil19170601.htm

Lénine (octobre 1917) : « Que signifie cette révolution ouvrière et paysanne ? Avant tout, le sens de cette révolution, c’est que nous aurons un gouvernement des Soviets, notre pouvoir à nous, sans la moindre participation de la bourgeoisie. Les masses opprimées créeront elles-mêmes le pouvoir. Le vieil appareil d’Etat sera radicalement détruit et il sera créé un nouvel appareil de direction dans la personne des organisations des Soviets. »

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1583

Lénine (1919) : « Les masses ouvrières de tous les pays ont saisi d’instinct l’importance des Soviets comme arme de lutte du prolétariat et ferme de l’Etat prolétarien. Mais les « chefs » corrompus par l’opportunisme ont continué, et continuent de vouer un culte à la démocratie bourgeoise en l’appelant « démocratie » en général. »

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/04/vil19190415.htm

Internationale communiste (1920) : « les communistes peuvent et doivent propager systématiquement et opiniâtrement l’idée des Soviets, la vulgariser dans les masse, démontrer aux plus profondes couches de la population que les Soviets constituent la seule forme gouvernementale correspondant aux besoins de la période de transition au communisme intégral. »

https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/ic2_19200700e2.htm

Trotsky (1924) : « dans la majorité des cas, les soviets se créeront sur l’appel des communistes et seront par suite des organes directs de l’insurrection prolé¬tarienne. Il n’est pas impossible, évidemment, que la désorga¬nisation de’ l’appareil étatique bourgeois devienne très forte avant que le prolétariat puisse s’emparer du pouvoir, ce qui permettrait de créer des soviets comme organes déclarés de la prépara¬tion de l’insurrection. Mais il y a bien peu de chance pour que cela soit la règle générale. Dans le cas le plus fréquent, on ne parviendra à créer les soviets qu’aux derniers jours, comme organes directs de la masse prête à s’insurger. Enfin, il est très possible également que les soviets surgissent après le moment critique de l’insurrection et même après sa victoire comme organes du nouveau pouvoir. Il faut avoir constamment devant les yeux toutes ces éventualités pour ne pas tomber dans le fétichisme d’organisation et ne pas transformer les soviets, de forme souple, vitale de lutte, en "principe " d’organisation, introduit de l’extérieur dans le mouvement et entravant son développement régulier. »

http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915h.htm

Trotsky (1938) : « Dans certaines périodes, les soviets peuvent être remplacés par les comités d’usine, de l’échelle locale à l’échelle nationale. On ne peut le dire à l’avance, mais notre orientation stratégique pour la prochaine période, c’est l’orientation vers les soviets. L’ensemble du programme de transition doit combler les trous entre les conditions d’aujourd’hui et les soviets de demain. »

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/03/lt19380323.htm

Comment les travailleurs peuvent s’organiser par eux-mêmes et décider de l’avenir de toute la société

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7443

« La classe exploitée et opprimée (le prolétariat) ne peut plus se libérer de la classe qui l’exploite et l’opprime (la bourgeoisie), sans libérer en même temps et à tout jamais la société entière de l’exploitation, de l’oppression et des luttes de classes ; cette idée maîtresse appartient uniquement et exclusivement à Marx », écrit Engels.

https://www.marxists.org/francais/engels/works/1883/06/fe18830628.htm

La mission historique du prolétariat : prendre le pouvoir d’Etat pas pour le conserver mais pour aller au socialisme en allant vers la suppression des classes sociales et des Etats

https://www.marxists.org/francais/loriot/works/1928/04/loriot_19280401.htm

Prendre le pouvoir en instaurant la dictature du prolétariat

https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf

Une seule armée digne d’être construite : l’armée rouge internationale des travailleurs

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7602

Le monde du travail doit gouverner lui-même !

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6004

Le pouvoir aux travailleurs et le socialisme sont des nécessités vitales pour l’humanité

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8073

L’Etat que veut mettre en place l’organisation Lutte ouvrière n’est pas le pouvoir des soviets de travailleurs

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7513

Pourquoi rejeter dos à dos Etat ouvrier et Etat bourgeois revient à… soutenir ce dernier

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7492

Notre principale divergence avec l’extrême gauche française : ils ne sont pas clairs vis-à-vis de la nature de l’Etat capitaliste !

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5462

La question du pouvoir est certainement la question la plus importante de toute révolution.

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5189

Refuser l’Etat ouvrier désarme même la plus dynamique des révolutions prolétariennes

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2430

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4795

La révolution est une épreuve de force ouverte entre les forces sociales en lutte pour le pouvoir. L’Etat n’est pas une fin en soi. C’est seulement une machine entre les mains des forces sociales dominantes.

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1434

L’Etat et la révolution, de Lénine

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article140

Le pouvoir aux travailleurs après Octobre

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6453

La seule démocratie possible, en période de crise aïgue de la domination capitaliste, est d’arracher à la bourgeoisie ses instruments de domination

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6420

Face à l’effondrement actuel du capitalisme, la politique de classe du prolétariat le mène à prendre la tête du peuple travailleur afin de prendre le pouvoir d’Etat

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5907

Cela ne signifie pas que le socialisme soit un étatisme

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article373

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148

LA QUESTION DE L’INTERNATIONALE

L’internationalisme n’est pas juste une jolie proclamation des militants communistes révolutionnaires. C’est une politique qui se constate sans cesse dans les écrits comme dans les actes des groupes. Il ne s’agit pas seulement d’être une organisation nationale qui est solidaire de la lutte des autres. Il ne s’agit pas d’être très internationalistes en déclaration mais totalement inactifs quand il s’agit de soutenir une lutte. Or, l’essentiel des groupes qui se disent révolutionnaires se gardent bien de s’impliquer quand il s’agit de luttes où leur impérialisme est actif. Ainsi, les groupes français qui manifestaient volontiers contre l’impérialisme américain ne le faisaient pas contre l’impérialisme français !

On ne voit qu’un nombre minime de révolutionnaires qui considèrent de la responsabilité du prolétariat de prendre en charge la solidarité internationale et qui se chargent d’en rendre conscients les travailleurs autour d’eux, notamment dans les syndicats…

II° Congrès de l’I.C. (l’internationale de Lénine et de Trotsky)

Juillet 1920
Conditions d’admission des Partis dans l’Internationale Communiste

Le premier Congrès constituant de l’Internationale Communiste n’a pas élaboré les conditions précises de l’admission des Partis dans la III° Internationale. Au moment où eut lieu son premier Congrès, il n’y avait dans la plupart des pays que des tendances et des groupes communistes.

Le deuxième Congrès de l’Internationale Communiste se réunit dans de tout autres conditions. Dans la plupart des pays il y a désormais, au lieu des tendances et des groupes, des Partis et des organisations communistes.

De plus en plus souvent, des Partis et des groupes qui, récemment encore, appartenaient à la II° Internationale et qui voudraient maintenant adhérer à l’Internationale Communiste s’adressent à elle, sans pour cela être devenus véritablement communistes. La II° Internationale est irrémédiablement défaite. Les Partis intermédiaires et les groupes du « centre » voyant leur situation désespérée, s’efforcent de s’appuyer sur l’Internationale Communiste, tous les jours plus forte, en espérant conserver cependant une « autonomie » qui leur permettrait de poursuivre leur ancienne politique opportuniste ou « centriste ». L’Internationale Communiste est, d’une certaine façon, à la mode.
Le désir de certains groupes dirigeants du « centre » d’adhérer à la III° Internationale nous confirme indirectement que l’Internationale Communiste a conquis les sympathies de la grande majorité des travailleurs conscients du monde entier et constitue une puissance qui croît de jour en jour.
L’Internationale Communiste est menacée de l’envahissement de groupes indécis et hésitants qui n’ont pas encore pu rompre avec l’idéologie de la II° Internationale.

En outre, certains Partis importants (italien, suédois), dont la majorité se place au point de vue communiste, conservent encore en leur sein de nombreux éléments réformistes et social-pacifistes qui n’attendent que l’occasion pour relever la tête, saboter activement la révolution prolétarienne, en venant ainsi en aide à la bourgeoisie et à la II° Internationale.

Aucun communiste ne doit oublier les leçons de la République des soviets hongroise. L’union des communistes hongrois avec les réformistes a coûté cher au prolétariat hongrois.
C’est pourquoi le 2° Congrès international croit devoir fixer de façon tout à fait précise les conditions d’admission des nouveaux Partis et indiquer par la même occasion aux Partis déjà affiliés les obligations qui leur incombent.

Le 2° Congrès de l’Internationale Communiste décide que les conditions d’admission dans l’Internationale sont les suivantes :

1. La propagande et l’agitation quotidiennes doivent avoir un caractère effectivement communiste et se conformer au programme et aux décisions de la III° Internationale. Tous les organes de la presse du Parti doivent être rédigés par des communistes sûrs, ayant prouvé leur dévouement à la cause du prolétariat. Il ne convient pas de parler de dictature prolétarienne comme d’une formule apprise et courante ; la propagande doit être faite de manière à ce que la nécessité en ressorte pour tout travailleur, pour toute ouvrière, pour tout soldat, pour tout paysan, des faits mêmes de la vie quotidienne, systématiquement notés par notre presse. La presse périodique ou autre et tous les services d’éditions doivent être entièrement soumis au Comité Central du Parti, que ce dernier soit légal ou illégal. Il est inadmissible que les organes de publicité mésusent de l’autonomie pour mener une politique non conforme à celle du Parti. Dans les colonnes de la presse, dans les réunions publiques, dans les syndicats, dans les coopératives, partout où les partisans de la III° Internationale auront accès, ils auront à flétrir systématiquement et impitoyablement non seulement la bourgeoisie, mais aussi ses complices, réformistes de toutes nuances.

2. Toute organisation désireuse d’adhérer à l’Internationale Communiste doit régulièrement et systématiquement écarter des postes impliquant tant soit peu de responsabilité dans le mouvement ouvrier (organisations de Parti, rédactions, syndicats, fractions parlementaires, coopératives, municipalités) les réformistes et les « centristes » et les remplacer par des communistes éprouvés, - sans craindre d’avoir à remplacer, surtout au début, des militants expérimentés, par des travailleurs sortis du rang.

3. Dans presque tous les pays de l’Europe et de l’Amérique la lutte de classes entre dans la période de guerre civile. Les communistes ne peuvent, dans ces conditions, se fier à la légalité bourgeoise. Il est de leur devoir de créer partout, parallèlement à l’organisation légale, un organisme clandestin, capable de remplir au moment décisif, son devoir envers la révolution. Dans tous les pays où, par suite de l’état de siège ou de lois d’exception, les communistes n’ont pas la possibilité de développer légalement toute leur action, la concomitance de l’action légale et de l’action illégale est indubitablement nécessaire.

4. Le devoir de propager les idées communistes implique la nécessité absolue de mener une propagande et une agitation systématique et persévérante parmi les troupes. Là, où la propagande ouverte est difficile par suite de lois d’exception, elle doit être menée illégalement ; s’y refuser serait une trahison à l’égard du devoir révolutionnaire et par conséquent incompatible avec l’affiliation à la III° internationale.

5. Une agitation rationnelle et systématique dans les campagnes est nécessaire. La classe ouvrière ne peut vaincre si elle n’est pas soutenue tout au moins par une partie des travailleurs des campagnes (journaliers agricoles et paysans les plus pauvres) et si elle n’a pas neutralisé par sa politique tout au moins une partie de la campagne arriérée. L’action communiste dans les campagnes acquiert en ce moment une importance capitale. Elle doit être principalement le fait des ouvriers communistes en contact avec la campagne. Se refuser à l’accomplir ou la confier à des demi-réformistes douteux c’est renoncer à la révolution prolétarienne.

6. Tout Parti désireux d’appartenir à la III° Internationale, a pour devoir de dénoncer autant que le social-patriotisme avoué le social-pacifisme hypocrite et faux ; il s’agit de démontrer systématiquement aux travailleurs que, sans le renversement révolutionnaire du capitalisme, nul tribunal arbitral international, nul débat sur la réduction des armements, nulle réorganisation « démocratique » de la Ligue des Nations ne peuvent préserver l’humanité des guerres impérialistes.

7. Les Partis désireux d’appartenir à l’Internationale Communiste ont pour devoir de reconnaître la nécessité d’une rupture complète et définitive avec le réformisme et la politique du centre et de préconiser cette rupture parmi les membres des organisations. L’action communiste conséquente n’est possible qu’à ce prix.
L’Internationale Communiste exige impérativement et sans discussion cette rupture qui doit être consommée dans le plus bref délai. L’Internationale Communiste ne peut admettre que des réformistes avérés, tels que Turati, Kautsky, Hilferding, Longuet, Mac Donald, Modigliani et autres, aient le droit de se considérer comme des membres de la III° Internationale, et qu’ils y soient représentés. Un pareil état de choses ferait ressembler par trop la III° Internationale à la II°.

8. Dans la question des colonies et des nationalités opprimées, les Partis des pays dont la bourgeoisie possède des colonies ou opprime des nations, doivent avoir une ligne de conduite particulièrement claire et nette. Tout Parti appartenant à la III° Internationale a pour devoir de dévoiler impitoyablement les prouesses de « ses » impérialistes aux colonies, de soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d’émancipation dans les colonies, d’exiger l’expulsion des colonies des impérialistes de la métropole, de nourrir au cœur des travailleurs du pays des sentiments véritablement fraternels vis-à-vis de la population laborieuse des colonies et des nationalités opprimés et d’entretenir parmi les troupes de la métropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux.

9. Tout Parti désireux d’appartenir à l’Internationale Communiste doit poursuivre une propagande persévérante et systématique au sein des syndicats, coopératives et autres organisations des masses ouvrières. Des noyaux communistes doivent être formés, dont le travail opiniâtre et constant conquerra les syndicats au communisme. Leur devoir sera de révéler à tout instant la trahison des social-patriotes et les hésitations du « centre ». Ces noyaux communistes doivent être complètement subordonnés à l’ensemble du Parti.

10. Tout Parti appartenant à l’Internationale Communiste a pour devoir de combattre avec énergie et ténacité l’« Internationale » des syndicats jaunes fondée à Amsterdam. Il doit répandre avec ténacité au sein des syndicats ouvriers l’idée de la nécessité de la rupture avec l’Internationale Jaune d’Amsterdam. Il doit par contre concourir de tout son pouvoir à l’union internationale des syndicats rouges adhérant à l’Internationale Communiste.

11. Les Partis désireux d’appartenir à l’Internationale Communiste ont pour devoir de réviser la composition de leurs fractions parlementaires, d’en écarter les éléments douteux, de les soumettre, non en paroles mais en fait, au Comité Central du Parti, d’exiger de tout député communiste la subordination de toute son activité aux intérêts véritables de la propagande révolutionnaire et de l’agitation.

12. Les Partis appartenant à l’Internationale Communiste doivent être édifiés sur le principe de la centralisation démocratique. A l’époque actuelle de guerre civile acharnée, le Parti Communiste ne pourra remplir son rôle que s’il est organisé de la façon la plus centralisée, si une discipline de fer confinant à la discipline militaire y est admise et si son organisme central est muni de larges pouvoirs, exerce une autorité incontestée, bénéficie de la confiance unanime des militants.

13. Les Partis Communistes des pays où les communistes militent légalement doivent procéder à des épurations périodiques de leurs organisations, afin d’en écarter les éléments intéressés et petit-bourgeois.

14. Les Partis désireux d’appartenir à l’Internationale Communiste doivent soutenir sans réserves toutes les républiques soviétiques dans leurs luttes avec la contre-révolution. Ils doivent préconiser inlassablement le refus des travailleurs de transporter les munitions et les équipements destinés aux ennemis des républiques soviétiques, et poursuivre, soit légalement soit illégalement, la propagande parmi les troupes envoyées contre les républiques soviétiques.

15. Les Partis qui conservent jusqu’à ce jour les anciens programmes social-démocrates ont pour devoir de les réviser sans retard et d’élaborer un nouveau programme communiste adapté aux conditions spéciales de leur pays et conçu dans l’esprit de l’Internationale Communiste. Il est de règle que les programmes des Partis affiliés à l’Internationale Communiste soient confirmés par le Congrès International ou par le Comité Exécutif. Au cas où ce dernier refuserait sa sanction à un Parti, celui-ci aurait le droit d’en appeler au Congrès de l’Internationale Communiste.

16. Toute les décisions des Congrès de l’Internationale Communiste, de même que celles du Comité Exécutif, sont obligatoires pour tous les Partis affiliés à l’Internationale Communiste. Agissant en période de guerre civile acharnée, l’Internationale Communiste et son Comité Exécutif doivent tenir compte des conditions de lutte si variées dans les différents pays et n’adopter de résolutions générales et obligatoires que dans les questions où elles sont possibles.

17. Conformément à tout ce qui précède, tous les Partis adhérant à l’Internationale Communiste doivent modifier leur appellation. Tout Parti désireux d’adhérer à l’Internationale Communiste doit s’intituler Parti Communiste de... (section de la III° Internationale Communiste). Cette question d’appellation n’est pas une simple formalité ; elle a aussi une importance politique considérable. L’Internationale Communiste a déclaré une guerre sans merci au vieux monde bourgeois tout entier et à tous les vieux Partis social-démocrates jaunes. Il importe que la différence entre les Partis Communistes et les vieux Partis « social-démocrates » ou « socialistes » officiels qui ont vendu le drapeau de la classe ouvrière soit plus nette aux yeux de tout travailleur.

18. Tous les organes dirigeants de la presse des Partis de tous les pays sont obligés d’imprimer tous les documents officiels importants du Comité Exécutif de l’Internationale Communiste.

19. Tous les Partis appartenant à l’Internationale Communiste ou sollicitant leur adhésion sont obligés de convoquer (aussi vite que possible), dans un délai de 4 mois après le 2° Congrès de l’Internationale Communiste, au plus tard, un Congrès extraordinaire afin de se prononcer sur ces conditions. Les Comités Centraux doivent veiller à ce que les décisions du 2° Congrès de l’Internationale Communiste soient connues de toutes les organisations locales.

20. Les Partis qui voudraient maintenant adhérer à la III° Internationale, mais qui n’ont pas encore modifié radicalement leur ancienne tactique, doivent préalablement veiller à ce que les 2/3 des membres de leur Comité Central et des Institutions centrales les plus importantes soient composés de camarades, qui déjà avant le 2° Congrès s’étaient ouvertement prononcés pour l’adhésion du Parti à la III° Internationale. Des exceptions peuvent être faites avec l’approbation du Comité Exécutif de l’Internationale Communiste. Le Comité Exécutif se réserve le droit de faire des exceptions pour les représentants de la tendance centriste mentionnés dans le paragraphe 7.

21. Les adhérents au Parti qui rejettent les conditions et les thèses établies par l’Internationale Communiste doivent être exclus du Parti. Il en est de même des délégués au Congrès extraordinaire.

Principaux textes de l’Internationale communiste de Lénine et de Trotsky

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article261

Juin 1921 : thèses de l’Internationale Communiste

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1234

Quand l’internationale communiste a été stalinisée

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8184

Qu’est-ce que la Quatrième Internationale ? Celle de Léon Trotsky !

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6247

TEXTE DE BARTA EN 1943

DE LA PREMIERE INTERNATIONALE A LA QUATRIEME

Que la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie prenne nécessairement une forme nationale, son contenu n’en reste pas moins essentiellement international. Il est évident que pour pouvoir lutter, la classe ouvrière doit s’organiser en tant que classe et que le théâtre immédiat de sa lutte est l’intérieur du pays. Mais "le cadre de l’Etat national", remarquait Marx déjà au milieu du XIXème siècle, plusieurs décades d’années avant la phase impérialiste actuelle du capitalisme, "entre lui-même à son tour économiquement dans le cadre du marché mondial, politiquement dans le cadre du système des Etats". Par conséquent l’internationalisme de la classe ouvrière n’est pas l’expression de la "fraternité" sentimentale des prolétaires de tous les pays soumis à la même exploitation capitaliste, mais l’expression de l’unité organique de leur lutte contre un régime social international par sa nature.
Le capitalisme s’est développé historiquement en formant un système international qui a fondu progressivement les différents pays du monde en un bloc organique, la lutte du prolétariat mondial est devenue elle aussi nécessairement internationale. En 1847, à Londres, fut fondée la Ligue des Communistes, première association internationale prolétarienne avec la participation active de Marx et d’Engels, qui rédigèrent aussi son programme historique "Le Manifeste Communiste". En 1852 la Ligue des Communistes sombra dans la vague de la réaction, dont la défaite des ouvriers parisiens en juin 1848 marqua le début. "Quand la classe ouvrière européenne eut repris suffisamment de forces" écrit Engels, "pour un nouvel assaut contre la puissance des classes, se constitua l’Association Internationale des travailleurs", la Première Internationale. C’était de nouveau à Londres, en 1864. Marx, qui rédigea l’Adresse inaugurale de l’Internationale et ses statuts, définissait ainsi son rôle principal : "créer un centre de communication et de coopération entre les associations ouvrières des différents pays aspirant au même but, à savoir : le concours mutuel, le progrès et le complet affranchissement de la classe ouvrière", et cela par "la conquête du pouvoir politique qui est devenue le premier devoir de la classe ouvrière".

L’idée fondamentale qui inspirait toute l’activité de Marx dans la première Internationale était que les ouvriers doivent créer partout des organisations syndicales et politiques, sur la base "des circonstances réelles", qui à son époque variaient encore considérablement d’un pays à l’autre, afin de préparer les masses prolétariennes à la conquête du pouvoir politique.

La première Internationale ne vécut elle-même que neuf années, du 28 septembre 1864 jusqu’en 1874. Elle se brisa elle aussi sous les coups de la réaction, soulevée après la sanglante défaite de la Commune de Paris en 1871 et minée intérieurement par l’action liquidatrice des anarchistes bakouniniens et par l’incompréhension théorique des blanquistes.

Elle fut cependant au cours de son existence éphémère le puissant levier de l’organisation syndicale et dans une certaine mesure aussi politique, de larges couches prolétariennes en Europe et en Amérique, et surtout un étonnant "prophète de l’avenir", comme l’a justement caractérisée 45 ans plus tard le Manifeste Inaugural de la IIIème Internationale.

A partir de 1880 le mouvement ouvrier mondial eut à nouveau un essor prodigieux. En Europe l’organisation syndicale et politique du prolétariat allemand, français, anglais, italien, suisse, etc... remporte d’éclatants succès. En 1889, à l’occasion de l’exposition universelle de Paris, un Congrès convoqué par les "Guesdistes" fonda la IIème Internationale ouvrière.

Pendant vingt ans, à peu près jusqu’à la veille de la première guerre mondiale de 1914, la IIème Internationale fut la grande "organisatrice des millions" d’ouvriers dans tous les pays capitalistes du monde. Cependant, malgré ses progrès, la IIème Internationale resta entre 1904-1914 une Fédération mal consolidée aux tendances et à l’organisation discordantes. Son aile réformiste et opportuniste, issue du développement organique de ce capitalisme industriel qui dure à peu près jusqu’à la fin du XIXème siècle, croyait à l’éternité de cette période de prospérité et niait la nécessité de l’action révolutionnaire des masses. Son aile prolétarienne au contraire, représentée surtout par le parti bolchévique de Lénine, par Trotsky, par Liebknecht et Rosa Luxembourg, basait sa politique sur l’analyse exacte de la nouvelle phase impérialiste du capitalisme et l’approche inévitable de la guerre. Cette perspective se montra bientôt parfaitement juste. En août 1914 éclate la première guerre mondiale impérialiste et quelques semaines après les chefs ouvriers et socialistes de la plupart des pays belligérants décommandent aux masses la lutte de classe et se jettent sans réserve dans le social patriotisme.

Pour une seconde fois l’organisation internationale du prolétariat se disloquait.

Mais tandis que la première Internationale de Marx tombait victime de la réaction après une lutte héroïque couronnée par l’immortelle Commune de Paris, la IIème Internationale de Scheidemann, d’Ebert, de Noske de Renaudel, d’Albert Thomas, etc... périssait dans la honte du social-chauvinisme après avoir trahi les intérêts de la classe ouvrière. Seule une petite minorité, et à sa tête Lénine, Trotsky, Liebknecht et R. Luxembourg, restèrent fidèles à la doctrine de Marx et se dressèrent contre la guerre dans tous les pays, "démocratiques" ou "autoritaires", "agresseurs" ou "victimes de l’agression", en se basant sur la tactique du défaitisme révolutionnaire valable pour l’ensemble des pays impérialistes. Cette minorité révolutionnaire déclarait déjà en 1915 qu’il était nécessaire de former une nouvelle Internationale, puisque la IIème Internationale, par son attitude social-patriotique avait cessé d’exister.

Mais la IIIème Internationale ne devint une réalité qu’en mars 1919, après le triomphe de la Révolution Russe en 1917. C’est à Moscou qu’a eu lieu le 1er Congrès de la nouvelle "Internationale de l’action", comme l’ont qualifiée ses fondateurs dans leur premier "Manifeste aux prolétaires de tous les pays".

La IIIème Internationale considérait sa politique comme la continuation naturelle de la doctrine révolutionnaire marxiste telle qu’elle avait été définie pour la première fois, 72 ans auparavant, dans le "Manifeste Communiste", et de toutes les traditions vraiment révolutionnaires du prolétariat mondial. Sa tâche principale était d’autre part le renversement immédiat du capitalisme dans le monde, renversement dont la première étape fut la victorieuse Révolution Russe.

Dans la pensée de Lénine et de Trotsky, les principaux organisateurs de la nouvelle Internationale, on ne pouvait mener cette action révolutionnaire des masses sans avoir un programme international qui corresponde au caractère de l’époque impérialiste, c’est-à-dire l’époque où le capital financier dirige l’économie et la politique mondiales. A ce programme international correspond d’autre part nécessairement une organisation internationale des différents partis politiques du prolétariat, une sorte d’Etat-major international des masses en lutte sur l’ensemble du terrain mondial.
A l’époque impérialiste, infiniment plus qu’à l’époque du capitalisme industriel du XIXème siècle, aucun parti prolétarien ne peut établir son programme en se basant seulement ou principalement sur les conditions et les tendances de l’évolution de son pays. Au contraire "le sens dans lequel se dirige le prolétariat au point de vue national doit se déduire et ne peut se déduire que de la direction prise dans le domaine international et non pas vice-versa" (Trotsky). C’est en cela d’ailleurs que consiste la différence fondamentale qui sépare l’internationalisme communiste de toutes les autres tendances du mouvement ouvrier.

Et cependant, devant l’isolement de la révolution russe, consécutive aux défaites successives du prolétariat mondial entre 1917 et 1923, devant la fatigue des ouvriers russes et la stabilisation éphémère du capitalisme, la direction stalinienne de la IIIème Internationale substitua après la mort de Lénine, vers la fin de 1924, à son programme jusqu’alors entièrement basé sur la révolution internationale, une théorie "consolatrice", celle du "socialisme dans un seul pays". Mais en fait il s’agissait d’une orientation politique nouvelle, dont il faut chercher les racines dans une conception social-patriotique du rôle de l’URSS dans la révolution mondiale. En 1924, quand Staline lança pour la première fois cette formule, devenue depuis la base de toute sa politique intérieure et extérieure, les conditions objectives ne permettaient pas encore à la grande masse de militants révolutionnaires du monde d’apprécier toutes les conséquences inévitables d’une telle orientation. Et l’opposition soulevée par Trotsky au sein de la IIIème Internationale contre le "socialisme dans un seul pays" n’a paru alors qu’une injustifiable tentative de scission et de discorde, trop "théorique" pour avoir un résultat pratique appréciable. Mais Trotsky, qui était capable de manier le marxisme non pas comme une doctrine empirique de "manœuvres" et de "combines" politiques, mais comme une science, avait vu parfaitement juste.

La théorie du "socialisme dans un seul pays" était la négation de toute action et de toute organisation internationales du prolétariat. Elle ne pouvait nécessairement aboutir qu’à la liquidation du mouvement international. Qu’on compare après 25 ans ce qu’écrivait Trotsky en 1928 sur la signification réelle de la théorie stalinienne du "socialisme dans un seul pays" avec la dissolution récente de la IIIème Internationale survenue le 16 mai 1943 en pleine guerre impérialiste, à la veille de sa phase décisive, au moment où des millions d’ouvriers, de paysans, d’exploités et d’opprimés sur toute la planète gardent encore un suprême espoir : la délivrance de la barbarie impérialiste par la révolution mondiale.

"Le marxisme a toujours enseigné aux ouvriers, que même la lutte pour les salaires et la limitation de la journée de travail ne peut avoir de succès que si elle est menée en tant que lutte internationale. Et voilà qu’à présent, tout d’un coup, il se trouve que l’idéal de la société socialiste peut être réalisé par les seules forces d’une nation. C’est un coup mortel porté à l’Internationale. La conviction inébranlable que le but fondamental de classe ne peut pas être atteint, encore bien moins que les objectifs partiels, par des moyens nationaux ou dans le cadre d’une nation, constitue la moelle de l’internationalisme révolutionnaire. Si l’on peut arriver au but final à l’intérieur des frontières nationales par les efforts du prolétariat d’une nation, alors l’épine dorsale de l’internationalisme est brisée. ...Le Parti Communiste de n’importe quel pays capitaliste, après s’être pénétré de l’idée qu’il y a au sein de son Etat toutes les prémices "nécessaires et suffisantes" pour construire par ses propres forces "la société socialiste intégrale", ne se distinguera au fond en rien de la social-démocratie révolutionnaire, qui elle non plus n’avait pas commencé par Noske mais qui a définitivement trébuché sur cette question le 4 août 1914".

Paroles prophétiques ! Méditez-les, camarades qui combattez pour le triomphe du socialisme. Méditez-les vous particulièrement, camarades de la IIIème Internationale dissoute, comme vous devez méditer par ailleurs toute la lutte idéologique qui a abouti à l’exclusion de l’aile révolutionnaire de la IIIème dirigée par Trotsky et à la formation depuis 1934 du mouvement pour la IVème Internationale. Faites à la lumière des événements actuels, à la lumière de la pratique vivante, l’autocritique nécessaire, l’examen minutieux de vos armes idéologiques, des idées qui ont servi jusqu’à maintenant de base à votre action. Faites le bilan de cette dernière. Passez en revue toute la politique de vos dirigeants dans les dernières années et pendant cette guerre impérialiste. Et vous arriverez alors sûrement à comprendre pourquoi le prolétariat mondial encore une fois trahi, est obligé par l’histoire de forger de nouvelles armes : les nouveaux partis, la nouvelle Internationale.

La tâche est immense ; mais d’une nécessité impérieuse. Reculer devant cette tâche, se décourager, abandonner la lutte, cela équivaut à accepter passivement votre sort d’esclaves dans le régime capitaliste. Les pires conditions économiques et politiques vous attendraient dans la période d’après-guerre.

Comme les damnés de l’enfer, aucun espoir ne vous est permis dans ce régime de misère croissante, d’esclavage politique et de guerres perpétuelles.

Plus que jamais dans le passé, une seule voie de salut reste ouverte aux prolétaires et à toute l’humanité agonisante : le triomphe du socialisme par la révolution prolétarienne mondiale.
De nouveaux partis, une nouvelle Internationale, sont pour cela absolument nécessaires. Le comprendre et agir fermement dans cette direction, c’est accomplir le devoir suprême que nous impose le moment historique actuel.

A LA NOUVELLE VICTOIRE POLITIQUE DE L’IMPERIALISME ANGLO-SAXON :

LA DISSOLUTION DE LA TROISIEME INTERNATIONALE,

LE PROLETARIAT REPONDRA PAR LA LUTTE REVOLUTIONNAIRE

SOUS LE DRAPEAU DE LA QUATRIEME INTERNATIONALE !

Au moment où la guerre impérialiste mondiale entre dans sa phase décisive, une "nouvelle sensationnelle" diffusée depuis 48 heures par toutes les radios et dans toute la presse du globe y compris les radios et la presse de l’URSS, remplit de stupéfaction et d’embarras les prolétariats de tous les pays : Staline dissout l’Internationale Communiste et recommande à ses membres de subordonner leur action à l’action des Gouvernements "alliés" dans la lutte contre Hitler !
Et tandis que la propagande de l’Axe s’empresse de qualifier la nouvelle de "bluff" et de "manœuvre grotesque", la propagande "alliée" exalte "l’importance historique" de l’événement.

DE QUOI DONC S’AGIT-IL ? PRESSION ET VICTOIRE DE L’IMPERIALISME ANGLO-AMERICAIN.
Staline dissout l’Internationale de Lénine cédant ainsi à la pression de l’impérialisme américain et anglais. La nouvelle de la dissolution du Komintern a été annoncée tout de suite après la visite du représentant de Roosevelt, Davies, à Staline, et avant la fin des travaux de la conférence politico-militaire des Anglo-Américains à Washington.

La guerre impérialiste étant arrivée à sa phase décisive, et le rapport de forces des belligérants s’étant profondément modifié au cours de la dernière année en faveur du camp anglo-américain à la suite des défaites de l’Axe en Russie, en Afrique et dans les airs, l’impérialisme anglo-américain est aujourd’hui sur le point de fixer ses plans définitifs pour la liquidation de la guerre. Mais avant d’agir sur le terrain militaire en Europe, ayant tiré l’expérience amère de la crise révolutionnaire qui a suivi la fin de la guerre de 14-18 et qui a menacé jusqu’aux tréfonds l’édifice capitaliste, il veut s’assurer d’avance la liquidation capitaliste et sans risques pour le régime des classes possédantes, de cette guerre. L’impérialisme subordonne ainsi l’action militaire immédiate aux considérations politiques qui visent à créer le climat nécessaire en Europe, dans lequel aucune crise révolutionnaire sérieuse ne serait possible.

C’est pour cette raison que l’impérialisme anglo-américain neutralise d’abord la IIIème Internationale qui, malgré sa dégénérescence bureaucratique croissante pendant toutes ces dernières années, représentait encore grâce à ses traditions et sa liaison avec l’URSS un cadre dans lequel se canalisait l’activité révolutionnaire spontanée des masses.

POURQUOI STALINE CEDE-T-IL ?

Staline a cédé à la pression des impérialistes "alliés" parce que, malgré les dernières victoires de l’Armée Rouge, malgré la défaite en perspective de l’Axe, l’URSS est sur le plan mondial plus faible que jamais. Faible d’abord parce que la guerre a consommé et détruit une masse énorme de richesses naturelles du pays, de réalisations techniques, de matériel et d’hommes. Faible ensuite parce que la force principale de l’URSS en tant que pays qui voulait ériger une société socialiste basée sur un système d’économie planifiée et sans les entraves du régime capitaliste de la propriété privée, réside dans le soutien actif du prolétariat mondial, dans le progrès de son mouvement révolutionnaire et dans l’élargissement de la révolution socialiste commencée il y a 25 ans en URSS.
Ni matériellement en fait, ni politiquement, l’URSS ne pouvait soutenir longtemps la lutte avec son entourage capitaliste. Mais le mouvement révolutionnaire sous la direction stalinienne n’a accumulé jusqu’à maintenant que des défaites, qui ont rendu la situation de l’URSS à la longue, et surtout pendant la guerre actuelle, extrêmement précaire et à la merci des pressions et des chantages de l’impérialisme mondial.

MAIS S’IL NE S’AGIT QUE D’UNE MANŒUVRE ?

La propagande de l’Axe qui par le succès politique de l’impérialisme anglo-saxon a perdu un atout d’argumentation en faveur de la croisade "anti-communiste", dénonce la liquidation du Komintern comme une "manœuvre", et les bureaucrates qui dirigent les partis communistes, embarrassés par l’ampleur et la vitesse de la décision du Kremlin, ne tarderont pas de donner aux ouvriers la même explication facile.

Mais c’est une série de telles manœuvres qui pendant toutes ces dernières années ont amené la liquidation pratique du mouvement communiste, et dont l’aboutissement nécessaire est la liquidation aussi du Komintern. C’est la "manœuvre" du Front Populaire qui a éliminé de la scène politique la physionomie indépendante des partis communistes et qui a favorisé ainsi la préparation idéologique de la guerre par la "sainte alliance" des partis bourgeois et "ouvriers". C’est la "manœuvre" de la subordination du mouvement ouvrier pendant la présente guerre aux mouvements bourgeois nationaux des différents De Gaulle et Giraud dans les camps des pays "alliés" qui fait évoluer jusqu’à maintenant la guerre selon les désirs de l’impérialisme mondial et qui prépare sa victoire accompagnée de l’étouffement de toute crise révolutionnaire et de l’écrasement de ce qui reste encore vivant de la révolution d’Octobre en URSS. Ce n’est pas la bourgeoisie qui a été trompée par ces "manœuvres", c’est le prolétariat au contraire qui a servi d’instrument docile aux buts réactionnaires. Il n’y a que des bureaucrates pourris, des coquins ou des imbéciles qui peuvent faire vanter au prolétariat les avantages d’une "ingénieuse" politique de manœuvre et lui déformer ainsi son critère de classe.

La politique prolétarienne, pour qu’elle soit vraiment révolutionnaire, c’est-à-dire pour qu’elle fasse avancer la conscience, l’éducation politique et l’organisation des masses laborieuses, doit être telle qu’elle a toujours été définie par Marx, par Lénine et par Trotsky : franche, audacieuse, avec son propre drapeau, expliquant toujours ce qui est et ce qu’elle veut, au lieu de s’adapter misérablement aux dispositions de telle ou telle bourgeoisie "amie" ou "alliée" de l’URSS. Parce que c’est précisément la politique extérieure de l’URSS qui conditionne et qui explique toute la politique opportuniste des partis communistes pendant les dernières années.
La IIIème Internationale était devenue aux mains de la bureaucratie stalinienne un simple accessoire de sa politique extérieure, qui au lieu d’être appuyée sur l’action révolutionnaire des masses, les seuls alliés naturels de l’URSS, a été orientée exclusivement dans la voie des "combines" et des "manœuvres" avec les différents pays impérialistes.

Et la bande de bureaucrates qui d’une main aussi légère, sur un geste des maîtres du Kremlin, dissout maintenant en pleine guerre impérialiste l’organisation suprême du prolétariat mondial, montre pour une dernière fois le misérable sort que le stalinisme a réservé à l’Internationale de Lénine : devenir un simple moyen de marchandage avec les bandits impérialistes internationaux.

LA CONCESSION DE STALINE NE SERA PAS LA DERNIERE.
Plus on prive le prolétariat de ses armes idéologiques et organisationnelles pour sa lutte de classe contre la bourgeoisie, plus la position internationale de cette dernière se renforce et plus elle devient insatiable et agressive.

La liquidation du Komintern par Staline ne peut pas être la dernière de ses concessions à l’impérialisme armé des "alliés". Sur la voie d’une désorganisation et d’une passivité progressive du prolétariat mondial, l’existence de l’URSS avec tout ce qui reste encore debout de la Révolution d’octobre dans ce pays, nationalisation de la propriété, économie planifiée, commerce extérieur étatisé, ne pourra pas subsister encore pour longtemps. Le rapport des forces changera chaque jour davantage en faveur du capitalisme, aussi bien à l’intérieur de l’URSS que sur l’échelle mondiale et provoquera l’effondrement brusque de toutes les conquêtes socialistes qui subsistent encore en URSS.
L’impérialisme international, d’accord avec les tendances réactionnaires renforcées dans certains milieux de la bureaucratie soviétique, exercera pendant cette guerre tout son pouvoir pour arracher d’autres concessions substantielles dans le domaine de l’économie planifiée de l’URSS pour la ramener finalement dans le cycle de l’économie anarchique du capitalisme.

SURPRISE ? NON, SUITE LOGIQUE DE TOUTE LA POLITIQUE STALINIENNE.

Pour nous marxistes, nourris de la pensée et de l’œuvre pratique de Marx, de Lénine, de Trotsky, un fait est l’aboutissement nécessaire de son évolution antérieure. Que Staline dissolve le Komintern, arme suprême du prolétariat combattant, à la veille de la phase décisive de la guerre impérialiste mondiale, ne nous surprend pas. Il y a en fait 15 ans que nous avons commencé à prouver aux militants de l’avant-garde révolutionnaire que la politique stalinienne conduisait pratiquement à la liquidation du mouvement communiste. Et il y a plus de 9 ans qu’ayant tiré de l’expérience pratique la certitude qu’aucune réforme ne serait plus possible à l’intérieur de la IIIème Internationale, nous avons proclamé devant le prolétariat mondial, dans la mesure de nos forces, la nécessité historique de la IVème Internationale.

Nous ne verserons pas de larmes inutiles devant la dépouille de celle qui fut jadis l’Internationale héroïque de Lénine et de Trotsky. Nous ne perdrons pas non plus notre courage devant les difficultés immenses de notre œuvre et notre foi inébranlable dans la justice prolétarienne et le triomphe certain de notre cause. Nous savons avec Marx que les succès faciles ne sont pas propres à la révolution prolétarienne.

Nous savons au contraire que "les révolutions prolétariennes se critiquent elles-mêmes constamment, interrompent à chaque instant leur propre cours, reviennent sur ce qui semble déjà être accompli, pour le recommencer à nouveau, raillent impitoyablement les hésitations, les faiblesses et les misères de leurs premières tentatives, paraissent n’abattre leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de la terre et se redresser à nouveau formidable en face d’elles, reculent constamment à nouveau devant l’immensité infinie de leurs propres buts, jusqu’à ce que soit enfin créée la situation qui rende impossible tout retour en arrière, et que les circonstances elles-mêmes crient : ...c’est ici qu’il faut sauter !"

Prolétaires ! Camarades !

Laissons les morts enterrer leurs morts. Aussi pénible que cela puisse être pour des milliers d’entre vous de constater que l’Internationale sous le drapeau de laquelle d’innombrables militants de notre cause ont trouvé la mort et ont souffert dans les geôles de la bourgeoisie les pires martyrs moyenâgeux, vous abandonne au moment le plus critique de la lutte contre l’impérialisme qui, une fois de plus, a plongé l’humanité entière dans une mer immense de sang, de détresse et de souffrance, ne vous découragez pas !

Le capitalisme européen sortira de cette guerre mortellement affaibli. Dans une série de pays tels que l’Allemagne, l’Italie, la Roumanie, etc... l’effondrement risque d’être total et le chaos économique et politique indescriptible. Dans les autres pays la guerre n’a pas fait moins de ravages et le désordre général qui accompagnera sa fin provoquera des explosions gigantesques.

Une ère de guerres civiles et de révolutions commencera.

Mais la désorganisation et la confusion dans les rangs des révolutionnaires peuvent permettre de nouveau une stabilisation éphémère du capitalisme. Dans ce cas la misère atroce et l’esclavage politique seraient pour une certaine période notre sort.

Le capitalisme européen ne peut en fait se survivre après cette guerre qu’en rabaissant le niveau de vie à ses extrêmes limites et en instaurant un ordre politique dictatorial. Crises économiques plus longues et plus profondes que toutes celles que nous avons jusqu’à maintenant connues, chômage massif et permanent, salaires bas, vie chère, esclavage politique, voilà les perspectives d’après-guerre si nous accordons au capitalisme encore un délai d’existence.

Forgeons dès maintenant dans la lutte nos armes nouvelles : les nouveaux partis révolutionnaires, la nouvelle Internationale.

Que la pensée de Marx, de Lénine et de Trotsky soit notre guide et notre drapeau.

POUR LE TRIOMPHE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE MONDIALE !

POUR LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D’EUROPE !

Pour le gouvernement révolutionnaire des Comités ouvriers et paysans !
Pour la défense des conquêtes socialistes de l’URSS contre les nouveaux assauts de l’impérialisme !
Pour la paix, le pain et la liberté !

VIVE LA QUATRIEME INTERNATIONALE !

Barta

La question nationale

Aux quatre coins du monde, des peuples se voient refuser toute reconnaissance d’identité nationale, qu’il s’agisse des Kurdes, des Palestiniens, des Cachemiris, des Tamouls, des Touarègues, des Tziganes, des Ouighours, des peuples des anciennes colonies comme les Antillais, les Kanaks, les Réunionnais, etc.

Bien sûr, l’existence d’un Etat ne prouve pas que le peuple ne soit pas opprimé et ne soit pas exploité. Loin de là ! Mais l’inverse est une raison de plus de subir tous les mauvais traitements imaginables et d’être traités en citoyens de seconde zone, sans cesse désignés du doigt et frappés.

Nombre de révolutionnaires pensent soit qu’il faut juste soutenir les nationalismes des peuples opprimés et d’autres juste qu’il faut s’en démarquer. Pourtant, la politique de révolution permanente de Léon Trotsky et la politique de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes de Lénine ne consistaient en cela ni l’une ni l’autre ! Ces deux dernières consistaient toujours à faire de la « question nationale » une arme de combat du prolétariat révolutionnaire international contre l’impérialisme.
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr40.htm

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7230

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6259

La question nationale a tellement été une arme aux mains du prolétariat révolutionnaire de Russie que l’armée rouge a été une armée fondée sur trois forces : ouvriers, paysans, nationalités opprimées. Et ces trois forces ont été déterminantes dans la victoire prolétarienne face aux armées blanches et impérialistes !

Barta :

La question nationale surgit du développement inégal de l’histoire (voir 4ème tome de la Révolution Russe de Léon Trotsky).

Développement d’une partie de l’humanité vers l’État national comme forme supérieure de production par rapport à l’ancienne forme de production morcelée, d’autre part la transformation des États avancés en États impérialistes qui ont trouvé une issue temporaire à leurs contradictions en soumettant à leur exploitation les pays arriérés, en les empêchant par là-même de se constituer en État national, en les maintenant dans un état économique et social arriéré.

Le premier but stratégique des droits des peuples c’est d’enlever à l’impérialisme une source de puissance, tant que ces États auront les colonies la révolution sera impossible dans les pays impérialistes. Cela signifie-t-il que ce mot d’ordre devient superflu sinon nuisible (Rosa Luxembourg) ? Une fois la révolution sociale accomplie il est donc inutile puisqu’il n’est réalisable que précisément quand il devient contre-révolutionnaire. La question ainsi posée l’est d’une façon mécanique et non dialectique. Les socialistes dans leur programme vis-à-vis de la paysannerie moyenne et pauvre spécifient que le passage à la société socialiste, dont le début c’est l’insurrection armée du prolétariat contre la bourgeoisie, ne peut se faire que par l’affirmation pratique de la supériorité de l’économie socialiste sur la production isolée. Intégration donc de larges couches paysannes dans le socialisme par la voie pacifique suivant leur propre gré. Il en est de même a propos de la question nationale. Entre le prolétariat de la nation dominante et les couches populaires de la nation opprimée il y a le fossé historique de l’oppression, la responsabilité en retombe, aux yeux de la nation opprimée, aussi sur le prolétariat de la nation dominante. Il n’est donc pas possible d’attirer les couches populaires de la nation opprimée dans une collaboration pacifique socialiste avec la nation anciennement oppresseuse si cette collaboration n’a pour base l’égalité complète des droits. Cette égalité des droits est détruite si le droit de libre disposition à n’importe quel moment de la nation opprimée n’est pas reconnu.

Dans ce cas il arrive comme le disait Lénine en Avril 1917, confirmé par la révolution russe : si les Ukrainiens voient que nous avons une République des Soviets ils ne se sépareront pas, mais si nous avons une république de Milioukov ils se sépareront. République des soviets, ceci est incompatible avec quelque contrainte que ce soit imposée à la nation anciennement opprimée sous prétexte de socialisme. Le droit des nationalités nous ne le mettons pas au dessus de la révolution socialiste. Si on enlève la moindre parcelle de la liberté, ce n’est plus la liberté. Quand il s’agit de construction socialiste c’est un droit inviolable fondamental. Mais quand il s’agit de situation stratégique de guerre déterminée (la Pologne est maintenant opprimée mais le capitalisme anglais et américain pourrait s’en servir pour lutter contre la révolution allemande, le prolétariat allemand sera obligé de détruire par les armes la contre-révolution là-bas). Si l’Etat anciennement opprimé se trouve dans un entourage capitaliste il aura de lui-même intérêt à faire partie d’une Union soviétique. Cela n’implique pas que les partis communistes des nations opprimées mènent eux une politique séparatiste. Mais ce droit est reconnu par le parti de la nation oppresseuse. En Europe cette question concerne les nationalités opprimées, Pologne, Tchécoslovaquie, Albanie, etc. Si l’Allemagne reste impérialiste et qu’elle est battue elles se sépareront, mais si l’Europe est socialiste elles ne se sépareront pas. Ne pas recourir à la contrainte cela fait partie de la qualité de l’État socialiste.
L’essentiel du mot d’ordre : le prolétariat de la nation dominante affirmant ce droit inaugure une politique tout à fait nouvelle par rapport à celle de la bourgeoisie, il se présente sous un autre visage à l’égard des peuples opprimés. Non pas en les traitant en enfants mineurs, le socialisme doit surgir des cœurs et de l’effort intellectuel et économique de toute l’humanité.

https://www.marxists.org/francais/barta/1943/12/note_123043.htm

L’exemple de Mayotte, colonie française

Syndicats, gauche et extrême gauche : entre soutien ouvert et implicite au colonialisme français ! Mayotte aux Comoriens ! Troupes coloniales françaises, hors de Mayotte !
Aucun des partis ou syndicats se réclamant du mouvement ouvrier ou de la révolution socialiste qui nous appellent à manifester le 6 juin pour soutenir le groupe LIOT ne réclame : « Mayotte aux comoriens ! Droit de libre circulation entre les « quatre iles soeurs » (expression du temps des colonies) des Comores ». LFI, le PC depuis 1935, le PS et la CGT depuis 1914, forment une gauche (bourgeoise) qui a de longues traditions coloniales ! Le NPA et LO sont de nouveaux venus. N. Arthaud pour LO déclare ainsi à propos de Mayotte : « À Mayotte comme ici, à bas la guerre faite aux migrants ! En montrant du doigt les étrangers, Le Pen et Darmanin cherchent à dresser des pauvres contre d’autres pauvres, comme ils tentent d’opposer des travailleurs à d’autres travailleurs. (...) à la lutte contre les migrants, opposons la lutte des travailleurs contre leurs seuls ennemis de classe, et pour leurs véritables intérêts. » Mais les comoriens ne sont pas des « étrangers », des « migrants », ils sont chez eux à Mayotte ! On ne peut pas passer sous silence la dimension coloniale de la question, sous prétexte de défendre les intérêts des travailleurs et des « migrants ». Pas d’anticolonialisme, pas de parti révolutionnaire ! Pour nous les problèmes centraux des pays coloniaux et semi-coloniaux sont : la liquidation de l’héritage féodal et l’indépendance nationale. Il est impossible de rejeter purement et simplement le programme démocratique. (Trotsky, 1938).

Du droit des nations à disposer d’elles-mêmes
de Lénine

I. L’impérialisme, le socialisme et la libération des nations opprimées

L’impérialisme est le stade suprême de développement du capitalisme. Dans les pays avancés, le capital a débordé le cadre des Etats nationaux et substitué le monopole à la concurrence, en créant toutes les prémisses objectives pour la réalisation du socialisme. Voilà pourquoi, en Europe occidentale et aux Etats-Unis, s’inscrit à l’ordre du jour la lutte révolutionnaire du prolétariat pour le renversement des gouvernements capitalistes, pour l’expropriation de la bourgeoisie. L’impérialisme pousse les masses à cette lutte, en exacerbant dans de vastes proportions les contradictions de classes, en aggravant la situation de ces masses aussi bien sous le rapport économique - trusts, vie chère - que sous le rapport politique : développement du militarisme, multiplication des guerres, renforcement de la réaction, affermissement et extension du joug national et du pillage des colonies. Le socialisme victorieux doit nécessairement instaurer une démocratie intégrale et, par conséquent, non seulement instaurer une égalité totale en droits des nations, mais aussi mettre en application le droit des nations opprimées à disposer d’elles-mêmes, c’est-à-dire le droit à la libre séparation politique. Les partis socialistes qui ne prouveraient pas par toute leur activité maintenant, pendant la révolution et après sa victoire, qu’ils affranchiront les nations asservies et établiront leurs rapports avec elles sur la base d’une alliance libre - et l’alliance libre est une formule mensongère si elle n’implique pas la liberté de séparation - ces partis trahiraient le socialisme.

Certes, la démocratie est aussi une forme d’Etat, qui devra disparaître quand celui-ci disparaîtra lui-même, mais cela n’arrivera que lors du passage du socialisme définitivement victorieux et affermi au communisme intégral.

II. La révolution socialiste et la lutte pour la démocratie

La révolution socialiste, ce n’est pas un acte unique, une bataille unique sur un seul front, c’est toute une époque de conflits de classes aigus, une longue succession de batailles sur tous les fronts, c’est-à-dire sur toutes les questions d’économie et de politique, batailles qui ne peuvent finir que par l’expropriation de la bourgeoisie. Ce serait une erreur capitale de croire que la lutte pour la démocratie est susceptible de détourner le prolétariat de la révolution socialiste ou d’éclipser celle-ci, de l’estomper, etc. Au contraire, de même qu’il est impossible de concevoir un socialisme victorieux qui ne réaliserait pas la démocratie intégrale, de même le prolétariat ne peut se préparer à la victoire sur la bourgeoisie s’il ne mène pas une lutte générale, systématique et révolutionnaire pour la démocratie.

Une erreur non moins grave serait de supprimer un des paragraphes du programme démocratique, par exemple celui concernant le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, sous prétexte que ce droit serait "irréalisable" ou "illusoire" à l’époque de l’impérialisme.
L’affirmation selon laquelle le droit des nations à disposer d’elles-mêmes est irréalisable dans le cadre du capitalisme peut être prise soit dans un sens absolu, économique, soit dans un sens relatif, politique.

Dans le premier cas, cette affirmation est foncièrement erronée au point de vue théorique. Premièrement, sont irréalisables dans ce sens, en régime capitaliste, par exemple la monnaie de travail ou la suppression des crises, etc. Mais il est absolument faux que le droit des nations à disposer d’elles-mêmes soit également irréalisable. Deuxièmement, l’exemple de la séparation de la Norvège d’avec la Suède, en 1905, suffit à lui seul pour réfuter ce "caractère irréalisable" compris dans ce sens. Troisièmement, il serait ridicule de nier qu’un petit changement du rapport des forces politiques et stratégiques, par exemple entre l’Allemagne et l’Angleterre, rendrait parfaitement "réalisable" aujourd’hui ou demain la formation de nouveaux Etats : polonais, indien, etc. Quatrièmement, le capital financier, dans sa tendance à l’expansion, achètera et soudoiera "librement" le gouvernement démocratique et républicain le plus libre et les fonctionnaires élus de n’importe quel pays, fût-il "indépendant". La domination du capital financier, comme celle du capital en général, ne saurait être éliminée par quelque transformation que ce soit dans le domaine de la démocratie politique ; or, l’autodétermination se rapporte entièrement et exclusivement à ce domaine. Mais cette domination du capital financier n’abolit nullement l’importance de la démocratie politique en tant que forme plus libre, plus large et plus claire de l’oppression de classe et de la lutte des classes. C’est pourquoi tous les raisonnements présentant comme "irréalisable", du point de vue économique, l’une des revendications de la démocratie politique en régime capitaliste procèdent d’une définition théoriquement fausse des rapports généraux et fondamentaux du capitalisme et de la démocratie politique en général.

Dans le second cas, cette affirmation est incomplète et inexacte. Car ce n’est pas seulement le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, mais toutes les revendications fondamentales de la démocratie politique qui, à l’époque de l’impérialisme, ne sont "réalisables" qu’incomplètement, sous un aspect tronqué et à titre tout à fait exceptionnel (par exemple, la séparation de la Norvège d’avec la Suède, en 1905). La revendication de l’affranchissement immédiat des colonies, formulée par tous les social-démocrates révolutionnaires, est elle aussi "irréalisable" en régime capitaliste sans toute une série de révolutions. Cependant, cela n’entraîne nullement la renonciation de la social-démocratie à la lutte immédiate et la plus résolue pour toutes ces revendications - cette renonciation ferait tout simplement le jeu de la bourgeoisie et de la réaction - tout au contraire, il en découle la nécessité de formuler toutes ces revendications et de les faire aboutir non pas en réformistes, mais en révolutionnaires ; non pas en restant dans le cadre de la légalité bourgeoise, mais en le brisant ; non pas en se contentant d’interventions parlementaires et de protestations verbales, mais en entraînant les masses à l’action, en élargissant et en attisant la lutte autour de chaque revendication démocratique, fondamentale jusqu’à l’assaut direct du prolétariat contre la bourgeoisie, c’est-à-dire jusqu’à la révolution socialiste qui exproprie la bourgeoisie. La révolution socialiste peut éclater non seulement à la suite d’une grande grève ou d’une manifestation de rue, ou d’une émeute de la faim, ou d’une mutinerie des troupes, ou d’une révolte coloniale, mais aussi à la suite d’une quelconque crise politique du genre de l’affaire Dreyfus ou de l’incident de Saverne [1] ou à la faveur d’un référendum à propos de la séparation d’une nation opprimée, etc.

Le renforcement de l’oppression nationale à l’époque de l’impérialisme commande à la social-démocratie, non pas de renoncer à la lutte "utopique", comme le prétend la bourgeoisie, pour la liberté de séparation des nations, mais, au contraire, d’utiliser au mieux les conflits qui surgissent également sur ce terrain, comme prétexte à une action de masse et à des manifestations révolutionnaires contre la bourgeoisie.

II. La signification du droit des nations à disposer d’elles-mêmes et son rapport avec la fédération

Le droit des nations à disposer d’elles-mêmes signifie exclusivement leur droit à l’indépendance politique, à la libre séparation politique d’avec la nation qui les opprime. Concrètement, cette revendication de la démocratie politique signifie l’entière liberté de propagande en faveur de la séparation et la solution de ce problème par la voie d’un référendum au sein de la nation qui se sépare. Ainsi, cette revendication n’a pas du tout le même sens que celle de la séparation, du morcellement, de la formation de petits Etats. Elle n’est que l’expression conséquente de la lutte contre toute oppression nationale. Plus le régime démocratique d’un Etat est proche de l’entière liberté de séparation, plus seront rares et faibles, en pratique, les tendances à la séparation, car les avantages des grands Etats, au point de vue aussi bien du progrès économique que des intérêts de la masse, sont indubitables, et ils augmentent sans cesse avec le développement du capitalisme. Reconnaître le droit d’autodétermination n’équivaut pas à reconnaître le principe de la fédération. On peut être un adversaire résolu de ce principe et être partisan du centralisme démocratique, mais préférer la fédération à l’inégalité nationale, comme la seule voie menant au centralisme démocratique intégral. C’est précisément de ce point de vue que Marx, tout en étant centraliste, préférait même la fédération de l’Irlande avec l’Angleterre à l’assujettissement forcé de l’Irlande par les Anglais.

Le socialisme a pour but, non seulement de mettre fin au morcellement de l’humanité en petits Etats et à tout particularisme des nations, non seulement de rapprocher les nations, mais aussi de réaliser leur fusion. Et, précisément pour atteindre ce but, nous devons, d’une part, expliquer aux masses le caractère réactionnaire de l’idée de Renner et de O. Bauer sur ce qu’ils appellent l’"autonomie nationale culturelle [2]" et, d’autre part, revendiquer la libération des nations opprimées, non pas en alignant des phrases vagues et générales, des déclamations vides de sens, non pas en "ajournant" la question jusqu’à l’avènement du socialisme, mais en proposant un programme politique clairement et exactement formulé, qui tienne tout particulièrement compte de l’hypocrisie et de la lâcheté des socialistes des nations oppressives. De même que l’humanité ne peut aboutir à l’abolition des classes qu’en passant par la période de transition de la dictature de la classe opprimée, de même elle ne peut aboutir à la fusion inévitable des nations qu’en passant par la période de transition de la libération complète de toutes les nations opprimées, c’est-à-dire de la liberté pour elles de se séparer.

III. Comment le prolétariat révolutionnaire doit poser le problème du droit des nations à disposer d’elles-mêmes

Ce n’est pas seulement la revendication du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, mais tous les points de notre programme-minimum démocratique qui ont été autrefois, dès le XVII° et le XVIII° siècle, formulés par la petite bourgeoisie. Et la petite bourgeoisie continue à les formuler tous d’une façon utopique, sans voir la lutte des classes et son aggravation à l’époque de la démocratie, et en croyant au capitalisme "pacifique".

Telle est précisément l’utopie d’une union pacifique de nations égales en droit à l’époque de l’impérialisme, utopie qui trompe le peuple et que prônent les partisans de Kautsky. A l’opposé de cette utopie petite bourgeoise et opportuniste, le programme de la social-démocratie doit mettre au premier plan, comme un fait fondamental, essentiel et inévitable à l’époque de l’impérialisme, la division des nations en nations oppressives et nations opprimées. Le prolétariat des nations oppressives ne peut se contenter de phrases générales, stéréotypées, rabâchées par tous les bourgeois pacifistes, contre les annexions et pour l’égalité en droits des nations en général. Il ne peut passer sous silence le problème, particulièrement "désagréable" pour la bourgeoisie impérialiste, des frontières des Etats fondés sur l’oppression nationale. Il ne peut pas ne pas lutter contre le maintien par la force des nations opprimées dans les frontières de ces Etats ; autrement dit, il doit lutter pour le droit d’autodétermination. Il doit revendiquer la liberté de séparation politique pour les colonies et les nations opprimées par "sa" nation. Sinon, l’internationalisme du prolétariat demeure vide de sens et verbal ; ni la confiance, ni la solidarité de classe entre les ouvriers de la nation opprimée et de celle qui opprime ne sont possibles ; et l’hypocrisie des défenseurs réformistes et kautskistes de l’autodétermination, qui ne disent rien des nations opprimées par "leur propre" nation et maintenues de force au sein de "leur propre" Etat, n’est pas démasquée.

D’autre part, les socialistes des nations opprimées doivent s’attacher à promouvoir et à réaliser l’unité complète et absolue, y compris sur le plan de l’organisation, des ouvriers de la nation opprimée avec ceux de la nation oppressive. Sans cela, il est impossible de sauvegarder une politique indépendante du prolétariat et sa solidarité de classe avec le prolétariat des autres pays, devant les manœuvres de toutes sortes, les trahisons et les tripotages de la bourgeoisie. Car la bourgeoisie des nations opprimées convertit constamment les mots d’ordre de libération nationale en une mystification des ouvriers : en politique intérieure, elle exploite ces mots d’ordre pour conclure des accords réactionnaires avec la bourgeoisie des nations dominantes (voir l’exemple des Polonais en Autriche et en Russie, qui concluent des marchés avec la réaction pour opprimer les Juifs et les Ukrainiens) ; en politique extérieure, elle cherche à pactiser avec une des puissances impérialistes rivales pour réaliser ses buts de rapine (politique des petits Etats dans les Balkans, etc.).

Le fait que la lutte contre une puissance impérialiste pour la liberté nationale peut, dans certaines conditions, être exploitée par une autre "grande" puissance dans ses propres buts également impérialistes, ne peut pas plus obliger la social-démocratie à renoncer au droit des nations à disposer d’elles-mêmes, que les nombreux exemples d’utilisation par la bourgeoisie des mots d’ordre républicains dans un but de duperie politique et de pillage financier, par exemple dans les pays latins, ne peuvent obliger les social-démocrates à renier leur républicanisme [3].

V. Le marxisme et le proudhonisme dans la question nationale

A l’opposé des démocrates petits-bourgeois, Marx voyait dans toutes les revendications démocratiques sans exception non pas un absolu, mais l’expression historique de la lutte des masses populaires, dirigées par la bourgeoisie, contre le régime féodal. Il n’est pas une seule de ces revendications qui, dans certaines circonstances, ne puisse servir et n’ait servi à la bourgeoisie à tromper les ouvriers. Il est radicalement faux, du point de vue théorique, de monter en épingle, à cet égard, l’une des revendications de la démocratie politique, à savoir le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, et de l’opposer à toutes les autres. Dans la pratique, le prolétariat ne peut conserver son indépendance qu’en subordonnant sa lutte pour toutes les revendications démocratiques, sans en excepter la république, à sa lutte révolutionnaire pour le renversement de la bourgeoisie.

D’autre part, à l’opposé des proudhoniens, qui "niaient" la question nationale "au nom de la révolution sociale", Marx mettait au premier plan, en considérant par-dessus tout les intérêts de la lutte de classe du prolétariat des pays avancés, le principe fondamental de l’internationalisme et du socialisme : un peuple qui en opprime d’autres ne saurait être libre. C’est du point de vue des intérêts du mouvement révolutionnaire des ouvriers allemands que Marx réclamait en 1848 que la démocratie victorieuse d’Allemagne proclamât et accordât la liberté aux peuples opprimés par les Allemands. C’est du point de vue de la lutte révolutionnaire des ouvriers anglais que Marx réclamait, en 1869, la séparation de l’Irlande d’avec l’Angleterre. Et il ajoutait : "Dût-on, après la séparation, aboutir à la fédération". Ce n’est qu’en formulant cette revendication que Marx éduquait véritablement les ouvriers anglais dans un esprit internationaliste. C’est ainsi seulement qu’il pouvait opposer une solution révolutionnaire de ce problème historique aux opportunistes et au réformisme bourgeois, qui, jusqu’à présent, après un demi-siècle, n’a toujours pas réalisé la "réforme" irlandaise. C’est ainsi seulement qu’il pouvait, à l’encontre des apologistes du capital qui criaient à l’utopisme et à l’impossibilité de réaliser pour les petites nations le droit à la séparation, et proclamaient le caractère progressiste de la concentration non seulement économique, mais aussi politique, défendre le caractère progressiste de cette concentration opérée d’une manière non impérialiste, et défendre le rapprochement des nations basé non pas sur la violence, mais sur la libre union des prolétaires de tous les pays. C’est ainsi seulement qu’il pouvait opposer à la reconnaissance verbale, et souvent hypocrite, de l’égalité des nations et de leur droit à disposer d’elles-mêmes l’action révolutionnaire des masses également en ce qui concerne la solution des problèmes nationaux. La guerre impérialiste de 1914-1916 et les écuries d’Augias de l’hypocrisie opportuniste et kautskiste qu’elle a révélé ont nettement confirmé la justesse de cette politique de Marx, qui doit servir de modèle à tous les pays avancés, puisque chacun d’eux opprime actuellement des nations étrangères [4].

VI. Trois types de pays par rapport au droit des nations à disposer d’elles-mêmes

Il faut, sous ce rapport, distinguer trois principaux types de pays.
Premièrement, les pays capitalistes avancés de l’Europe occidentale et les Etats-Unis. Les mouvements nationaux progressistes bourgeois y ont depuis longtemps pris fin. Chacune de ces "grandes" nations opprime d’autres nations dans les colonies et à l’intérieur de ses frontières. Les tâches du prolétariat des nations dominantes y sont précisément celles du prolétariat de l’Angleterre, au XIX° siècle, à l’égard de l’Irlande [5].

Deuxièmement, l’Est de l’Europe : l’Autriche, les Balkans et surtout la Russie. C’est au XX° siècle que s’y sont particulièrement développés les mouvements nationaux démocratiques bourgeois et que la lutte nationale y a pris un caractère particulièrement aigu. Dans ces pays, les tâches du prolétariat, tant pour achever la transformation démocratique bourgeoise que pour aider la révolution socialiste dans les autres pays, ne peuvent pas être menées à bien s’il n’y défend pas le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Particulièrement difficile et particulièrement importante y est la tâche consistant à fusionner la lutte de classe des ouvriers des nations oppressives et des ouvriers des nations opprimées.

Troisièmement, les pays semi-coloniaux comme la Chine, la Perse, la Turquie, et toutes les colonies totalisent environ 1000 millions d’habitants. Là, les mouvements démocratiques bourgeois ou bien commencent à peine, ou bien sont loin d’être à leur terme. Les socialistes ne doivent pas seulement revendiquer la libération immédiate, sans condition et sans rachat, des colonies (et cette revendication, dans son expression politique, n’est pas autre chose que la reconnaissance du droit des nations à disposer d’elles-mêmes ; les socialistes doivent soutenir de la façon la plus résolue les éléments les plus révolutionnaires des mouvements démocratiques bourgeois de libération nationale de ces pays et aider à leur insurrection (ou, le cas échéant, à leur guerre révolutionnaire) contre les puissances impérialistes qui les oppriment.

VII. Le social-chauvinisme et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes

L’époque impérialiste et la guerre de 1914-1916 ont mis particulièrement en relief la nécessité de lutter contre le chauvinisme et le nationalisme dans les pays avancés. En ce qui concerne le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, il existe deux nuances principales parmi les social-chauvins, c’est-à-dire les opportunistes et les kautskistes, qui maquillent et idéalisent la guerre impérialiste, réactionnaire, en lui appliquant la notion de "défense de la patrie".

D’une part, nous voyons les serviteurs déclarés de la bourgeoisie, qui défendent les annexions sous prétexte que l’impérialisme et la concentration politique sont progressistes, et qui nient le droit d’autodétermination en le déclarant utopique, illusoire, petit-bourgeois, etc. Ce groupe comprend : Cunow, Parvus et les ultra-opportunistes en Allemagne, une partie des fabiens et des chefs des trade-unions en Angleterre, les opportunistes en Russie : Semkovski, Liebmann, Iourkévitch, etc.

D’autre part, nous voyons les kautskistes, auxquels se rattachent également Vandervelde, Renaudel et beaucoup de pacifistes d’Angleterre et de France, etc. Ils sont pour l’unité avec les premiers et, en fait, ils les rejoignent pleinement en défendant d’une façon purement verbale et hypocrite le droit d’autodétermination : ils estiment "exagérée" ("zu viel verlangt" : Kautsky dans la Neue Zeit du 21 mai 1915) la revendication du droit de séparation politique ; ils n’affirment pas la nécessité d’une tactique révolutionnaire des socialistes des nations oppressives, mais estompent au contraire leurs obligations révolutionnaires, justifient leur opportunisme, les aident à mystifier le peuple, éludent comme par hasard la question des frontières des Etats qui maintiennent de force dans leur sein des nations lésées dans leurs droits, etc.

Les uns comme les autres sont des opportunistes qui prostituent le marxisme parce qu’ils ont perdu toute faculté de comprendre la portée théorique et l’importance pratique capitale de la tactique de Marx, explicitée par lui-même à propos de l’Irlande.

En ce qui concerne plus particulièrement les annexions, ce problème a acquis une actualité toute spéciale du fait de la guerre. Mais qu’est-ce qu’une annexion ? Il est aisé de se convaincre que l’opposition aux annexions se ramène à la reconnaissance du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, ou bien elle repose sur une phraséologie pacifiste qui défend le statu quo et est hostile à toute violence, même révolutionnaire. Une telle position est foncièrement fausse et inconciliable avec le marxisme.

VIII. Les tâches concrètes du prolétariat dans le proche avenir

La révolution socialiste peut débuter dans le plus proche avenir. Dès lors, le prolétariat se trouvera placé devant les tâches immédiates que voici : conquête du pouvoir, expropriation des banques et réalisation d’autres mesures dictatoriales. La bourgeoisie - et surtout les intellectuels du type des fabiens et des kautskistes - s’efforcera à ce moment de morceler et de freiner la révolution en lui imposant des buts limités, démocratiques. Si toutes les revendications purement démocratiques sont susceptibles, dans le cas où l’assaut des prolétaires a déjà commencé contre les fondements du pouvoir de la bourgeoisie, de constituer en un sens un obstacle pour la révolution, la nécessité de proclamer et de réaliser la liberté de tous les peuples opprimés (c’est-à-dire leur droit à l’autodétermination) sera tout aussi essentielle pour la révolution socialiste qu’elle l’a été pour la victoire de la révolution démocratique bourgeoise, par exemple dans l’Allemagne de 1848 ou dans la Russie de 1905.

Il est possible, toutefois, qu’il s’écoule cinq ans, dix ans, voire davantage, avant le début de la révolution socialiste. A l’ordre du jour s’inscrira l’éducation révolutionnaire des masses dans un esprit qui rendrait impossibles l’appartenance des socialistes chauvins et opportunistes au parti ouvrier, ainsi que la répétition de leur victoire de 1914-1916. Les socialistes devront expliquer aux masses que les socialistes anglais qui ne revendiquent pas la liberté de séparation pour les colonies et l’Irlande, - que les socialistes allemands qui ne revendiquent pas la liberté de séparation pour les, colonies, les alsaciens, les danois et les polonais, et qui n’étendent pas la propagande révolutionnaire et l’action de masse révolutionnaire jusque dans le domaine de la lutte contre le joug national, qui n’utilisent pas les incidents comme celui de Saverne pour développer une très large propagande illégale parmi le prolétariat de la nation oppressive, pour organiser des manifestations de rue et des actions révolutionnaires de masse, - que les socialistes russes qui ne revendiquent pas la liberté de séparation pour la Finlande, la Pologne, l’Ukraine, etc., etc., - que ces socialistes agissent en chauvins, en laquais des monarchies impérialistes et de la bourgeoisie impérialiste qui se sont couvertes de sang et de boue.

IX. L’attitude de la social-démocratie russe et polonaise et de la II° Internationale envers le droit des nations à disposer d’elles-mêmes

Les divergences de vue qui existent entre les social-démocrates révolutionnaires de Russie et les social-démocrates polonais en ce qui concerne l’autodétermination se sont manifestées dès 1903, au congrès qui a adopté le programme du Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie, et qui, malgré la protestation de la délégation des social-démocrates polonais, y a inclus le §9, qui reconnaît le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Depuis cette date, les social-démocrates polonais n’ont jamais repris, au nom de leur parti, leur proposition d’éliminer ce §9 du programme de notre parti ou de lui substituer une autre formule quelconque.

En Russie, où 57 pour cent au moins de la population, plus de 100 millions d’habitants, appartiennent aux nations opprimées, - où ces nations peuplent principalement les régions périphériques, - où une partie de ces nations est plus cultivée que les Grands-Russes, où le régime politique est particulièrement barbare et médiéval, - où la révolution démocratique bourgeoise n’est pas encore achevée, - en Russie donc, la reconnaissance du droit de libre séparation d’avec la Russie des nations opprimées par le tsarisme est absolument obligatoire pour les social-démocrates, au nom de leurs objectifs démocratiques et socialistes. Notre parti, reconstitué en janvier 1912, a adopté en 1913 une résolution [6] qui confirme le droit d’autodétermination et l’explique précisément dans le sens concret indiqué plus haut. Le déchaînement du chauvinisme grand-russe en 1914-1916, tant au sein de la bourgeoisie que parmi les socialistes opportunistes (Roubanovitch, Plekhanov, Naché Diélo, etc.) nous donne une raison supplémentaire d’insister sur cette revendication et de considérer que ceux qui la rejettent soutiennent pratiquement le chauvinisme grand-russe et le tsarisme. Notre parti déclare qu’il décline de la façon la plus résolue toute responsabilité pour cette levée de boucliers contre le droit d’autodétermination.

Telle qu’elle a été récemment formulée, la position de la social-démocratie polonaise dans la question nationale (déclaration de la social-démocratie polonaise à la conférence de Zimmerwald) renferme les idées suivantes :

Cette déclaration stigmatise les gouvernements allemands et autres qui considèrent les "régions polonaises" comme un gage dans le futur jeu des compensations, "en privant le peuple polonais de la possibilité de décider lui-même de son sort". "La social-démocratie polonaise proteste résolument et solennellement contre le découpage et le démembrement de tout un pays"... Elle flétrit les socialistes qui s’en rapportent aux Hohenzollern... pour "la libération des peuples opprimés". Elle exprime sa conviction que seule la participation à la lutte imminente du prolétariat révolutionnaire international, à la lutte pour le socialisme, "brisera les chaînes de l’oppression nationale, anéantira toutes les formes de domination étrangère, et garantira au peuple polonais la possibilité d’un libre et ample développement en qualité de membre égal de l’union des peuples". La déclaration indique que la guerre est "doublement fratricides pour les polonais". (Bulletin de la Commission socialiste internationale N°2, 27. IX. 1915, p. 15 ; traduction russe dans le recueil L’Internationale et la guerre, p. 97.)

Ces thèses ne se différencient en rien, pour l’essentiel, de la reconnaissance du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, mais leurs formules politiques sont encore plus imprécises et plus vagues que la plupart des programmes et résolutions de la II° Internationale. Toute tentative d’exprimer ces idées dans des formules politiques nettement définies et de préciser dans quelle mesure elles sont applicables au régime capitaliste ou seulement au régime socialiste ne pourra que faire ressortir l’erreur que commettent les social-démocrates polonais en niant le droit des nations à disposer d’elles-mêmes.

La décision du Congrès socialiste international de Londres de 1896, qui reconnaissait le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, doit être complétée sur la base des thèses exposées ci-dessus, par des indications soulignant :

1.l’urgence particulière de cette revendication à l’époque de l’impérialisme ;

2.la nature politique conditionnelle et le contenu de classe de toutes les revendications de la démocratie politique, y compris celle-ci ;

3.la nécessité de distinguer entre les tâches concrètes des social-démocrates des nations oppressives et celles des social-démocrates des nations opprimées ;

4.la reconnaissance inconséquente, purement verbale et, par cela même, hypocrite quant à sa signification politique, du droit d’autodétermination par les opportunistes et les kautskistes ;

5.le fait que la position des social-démocrates, particulièrement ceux des nations dominatrices (grands-russes, anglo-américains, allemands, français, italiens, japonais, etc.), qui ne défendent pas la liberté de séparation pour les colonies et les nations opprimées par "leurs" nations, est pratiquement identique à celle des chauvins ;

6.la nécessité de subordonner la lutte pour cette revendication, comme pour toutes les revendications fondamentales de la démocratie politique, à la lutte révolutionnaire de masse directement orientée vers le renversement des gouvernements bourgeois et la réalisation du socialisme.

Reprendre le point de vue de certaines petites nations et surtout des social-démocrates polonais, que leur lutte avec la bourgeoisie polonaise dont les mots d’ordre nationalistes trompent le peuple a conduit jusqu’au rejet erroné du droit d’autodétermination, serait, pour l’Internationale, commettre une faute théorique, substituer le proudhonisme au marxisme et, en pratique, soutenir involontairement le chauvinisme et l’opportunisme hautement dangereux des nations impérialistes.

Boukharine et Préobrajensky :

L’oppression nationale est une des formes de l’oppression de l’homme par l’homme.

La haine nationale sciemment exploitée et dirigée par la bourgeoisie est un moyen éprouvé pour berner le prolétariat et obscurcir sa conscience de classe.
Examinons comment un prolétaire conscient doit aborder le problème national pour le résoudre dans l’intérêt de la victoire la plus rapide du communisme.

Une nation est un groupe d’hommes unis par une langue commune et habitant un territoire déterminé.

Telles sont les principales caractéristiques de la nation.

Les Juifs, par exemple, avaient jadis un territoire à eux et une langue commune ; à présent ils n’ont pas de territoire et ne savent pas tous l’hébreu. Les Tsiganes ont une langue à eux, mais ne possèdent pas de territoire particulier. Les Toungouses en Sibérie ont leur territoire mais ont oublié leur langue.

Les exemples suivants illustreront très bien ce que c’est que l’oppression nationale. Le gouvernement tsariste persécutait les Juifs, leur défendant d’habiter certaines régions de la Russie, leur refusant toute fonction dans l’administration ; il limitait l’accès de leurs enfants dans les écoles, organisait contre eux des pogromes, etc... Ce même gouvernement interdisait aux Ukrainiens l’enseignement secondaire et la publication de journaux dans leur langue maternelle.

Le gouvernement allemand fermait les écoles polonaises ; celui d’Autriche imposait aux Tchèques la langue allemande par la violence. La bourgeoisie anglaise opprimait et opprime encore les naturels d’Afrique et d’Asie ; elle subjugue les peuples incultes, les exploite et les fait fusiller à chaque tentative d’indépendance.

En résumé, lorsque dans un État quelconque une nationalité à tous les droits et qu’une autre n’en possède qu’une partie, lorsqu’une nation faible est annexée par une autre plus forte, qu’une langue et des mœurs étrangères lui sont imposées et qu’il ne lui est pas permis de vivre à sa guise, il y a oppression et inégalité nationales.

L’unité du Prolétariat

Nous devons tout d’abord examiner et résoudre la question principale : un ouvrier ou un paysan russe peut-il considérer comme ses ennemis un Allemand, un Français, un Anglais, un Juif, un Chinois ou un Tartare, indépendamment de leur classe ? Peut-il se défier d’un représentant d’une autre nation pour la seule raison qu’il parle une autre langue, qu’il a la peau jaune ou noire ou qu’il a d’autres mœurs et d’autres habitudes. Certes, il ne le peut ni ne le doit. L’ouvrier de France, d’Allemagne ou l’ouvrier nègre sont des prolétaires, tout comme l’ouvrier russe. Quelle que soit leur langue, ils sont tous exploités par le capitalisme rapace. Ils sont tous camarades de misère, d’oppression et d’injustice.
L’ouvrier russe peut-il aimer davantage un capitaliste russe uniquement parce que celui-ci l’insulte dans sa langue maternelle, qu’il lui donne des coups de poing à la manière russe ou qu’il fouette les grévistes avec un knout authentiquement russe ?

Il ne le peut certes pas plus que l’ouvrier allemand ne peut préférer son capitaliste pour la seule raison qu’il le maltraite en langue allemande, à la manière allemande. Les ouvriers de tous les pays sont frères de classe et ennemis des capitalistes de tous les pays.

On peut en dire autant des paysans pauvres de tous les pays. Le paysan russe, pauvre ou moyen, se sent plus près du prolétaire hongrois ou du pauvre paysan de Sicile ou de Belgique que du paysan aisé russe et, à plus forte raison, du gros propriétaire foncier, exploiteur de son propre pays.

Il ne suffit pas que les ouvriers du monde entier se reconnaissent frères de classe. Il ne leur suffit pas de pester chacun dans sa langue et de lutter chacun dans son pays. Frères dans l’oppression et dans l’esclavage, ils doivent être frères aussi dans une union internationale pour la lutte contre le capital.
C’est par cette union internationale seulement qu’ils peuvent vaincre le capital mondial. C’est pourquoi il y a plus de soixante-dix ans, les fondateurs du Communisme, Marx et Engels, ont proclamé dans leur glorieux Manifeste Communiste la grande devise : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
Il faut que la classe ouvrière triomphe de tous les préjugés nationaux, de toutes les inimitiés nationales, non seulement dans l’intérêt de l’offensive universelle contre le capital, mais encore pour l’organisation mondiale de la production. De même que la Russie des Soviets ne peut vivre sans le bassin minier du Don, sans le pétrole de Bakou, sans le coton du Turkestan, l’Europe entière ne peut pas non plus se passer du bois, du chanvre, du lin, du platine provenant de la Russie ou du blé qui lui vient de l’Amérique. L’Italie ne pourrait se passer du charbon anglais, l’Angleterre, du coton de l’Égypte, etc., etc. La bourgeoisie n’est pas capable d’organiser la production mondiale et c’est pour cela qu’elle doit périr.

Une telle production ne peut être organisée que par le prolétariat, et pour cela il doit avoir comme devise : L’univers et toutes ses richesses appartiennent au monde des travailleurs.
Mais cette devise signifie la renonciation de chaque prolétariat à ses richesses nationales.
Partout où les préjugés nationaux, où la rapacité nationale barre le chemin à l’internationalisation de l’industrie et de l’agriculture, il faut les combattre et s’en débarrasser.

Causes des haines nationales

Déclarer la guerre à l’oppression nationale, aux préjugés nationaux, proclamer l’union internationale pour la lutte contre le capital et l’union économique universelle du prolétariat victorieux, tout cela ne peut suffire aux travailleurs. Ils doivent aussi rechercher les moyens efficaces pour faire disparaître le plus rapidement possible dans les masses ouvrières tout égoïsme et tout chauvinisme, toute mesquinerie et toute méfiance nationale, ainsi que tout orgueil patriotique.

Les querelles, les hostilités nationales ont une origine très ancienne. Il fut un temps où les différentes tribus luttaient l’une contre l’autre, non seulement pour s’approprier des terres et des forêts, mais encore pour faire des prisonniers qu’ils dévoraient. Les vestiges de cette défiance bestiale, de la haine entre peuples et entre races subsistent encore aujourd’hui chez les ouvriers et chez les paysans du monde entier. Ils disparaissent peu à peu au fur et à mesure du développement de l’échange mondial, des relations économiques, de l’émigration, de la fusion des diverses nationalités habitant le même territoire et surtout grâce au développement de la lutte de classe organisée par les ouvriers de tous les pays. Néanmoins, ils se raniment parfois d’une vigueur nouvelle lorsque viennent s’ajouter à la haine nationale les antagonismes de classes.

La bourgeoisie de chaque pays opprime son prolétariat. Mais elle fait tous ses efforts pour prouver au prolétariat que ce n’est pas elle et que ce sont les peuples qui l’entourent qui sont ses ennemis.
La bourgeoisie d’Allemagne excite le prolétariat de ce pays contre les Français et contre les Anglais ; la bourgeoisie anglaise crie à son tour : « Sus aux Allemands ! »

Ces derniers temps, les bourgeoisies de tous les pays ont excité les ouvriers contre les Juifs.
Tout cela dans le but de faire dégénérer la lutte de classe du prolétariat en une lutte nationale.
La bourgeoisie ne se contente pas d’exciter à la haine nationale afin de détourner les ouvriers de leur lutte pour le socialisme. Elle essaye de les intéresser matériellement à l’oppression des autres peuples.

Lorsque, au cours de la dernière guerre mondiale, les bourgeois allemands chantaient en cœur :
« L’Allemagne au-dessus de tout ! », les économistes bourgeois allemands expliquaient aux ouvriers allemands ce qu’ils gagneraient par la victoire, c’est-à-dire par l’exploitation et l’oppression du prolétariat des pays vaincus. Avant la guerre, la bourgeoisie corrompait effectivement les chefs de la classe ouvrière avec les bénéfices qu’elle retirait du pillage des colonies et de l’oppression des peuples faibles et arriérés. Les ouvriers des pays cultivés d’Europe se sont laissés entrainer par la provocation des capitalistes et se sont laissés convaincre par leurs social-patriotes qu’ils avaient, eux aussi, une patrie, puisqu’ils participaient au pillage des colonies et à l’exploitation des pays de faible développement économique. L’ouvrier qui, en régime capitaliste, se montre patriote, vend pour un denier sa vraie patrie, le socialisme, et se fait le complice de l’oppression des peuples faibles et arriérés.

L’égalité des nations et le droit des peuples de disposer d’eux-mêmes.

La confédération

Le Parti communiste, en déclarant la guerre à toute oppression de l’homme par l’homme, se dresse de la façon la plus résolue contre l’oppression nationale inévitable en régime bourgeois. Il lutte encore plus impitoyablement contre la moindre participation de la classe ouvrière à cette oppression.
Mais il ne suffit pas que les prolétaires des grands et puissants États se refusent à toute tentative d’oppression d’autres peuples. Il faut aussi que le prolétariat des peuples opprimés ne nourrisse pas de méfiance à l’égard de ses camarades appartenant aux pays oppresseurs. Lorsque la Bohême fut écrasée par la bourgeoisie austro-allemande, l’ouvrier tchèque considérait tous les Allemands comme ses ennemis.

Bien que les Polonais n’aient été opprimés que par le tsarisme, la population polonaise a gardé sa méfiance envers tous les Russes, et pas seulement envers le tsar, les capitalistes et les propriétaires fonciers. Pour extirper toute méfiance des ouvriers des pays opprimés à l’égard du prolétariat du pays oppresseur, il est nécessaire non seulement de proclamer, mais de réaliser l’égalité nationale.
Cette égalité doit être complète entre les langues, les écoles, les religions, etc. Bien plus, le prolétariat doit être prêt à donner le droit de libre disposition nationale, c’est-à-dire laisser à la majorité des travailleurs de n’importe quelle nation la possibilité de continuer à faire partie intégrante de l’État auquel elle appartenait, ou de s’en séparer complètement, ou de constituer avec lui un État confédéré (Confédération).

— Permettez, va dire le lecteur, un communiste peut-il être partisan de la séparation des nations ?
Comment concilier cela avec l’idéal communiste de l’État prolétarien universel ? Il semble qu’il y ait là contradiction.

— Il n’y a point de contradiction, répondrons-nous. Pour atteindre le plus rapidement l’unité complète de tout le monde du travail, il faut parfois consentir à une séparation temporaire entre deux nations.
Examinons tous les cas qui peuvent se produire.

Admettons que la Bavière, qui fait partie de l’Allemagne confédérée, proclame la République des Soviets, tandis qu’à Berlin continue à régner la dictature bourgeoise de Noske et de Scheidemann. Les communistes bavarois doivent-ils en ce cas chercher à obtenir l’indépendance de la Bavière ?

Non seulement les communistes bavarois, mais aussi les communistes du reste de l’Allemagne doivent saluer la séparation de la Bavière socialiste de l’Empire, parce qu’elle sera en même temps la libération du prolétariat bavarois du joug de la bourgeoisie allemande au pouvoir. Prenons le cas contraire. Toute l’Allemagne, à l’exception de la Bavière, proclame la République des Soviets. La bourgeoisie de la Bavière se prononce pour la séparation de l’Allemagne ; son prolétariat est pour l’union.

Quelle devra être la conduite des communistes allemands ? Ils auront à soutenir les ouvriers bavarois et à réprimer, les armes à la main, les tentatives de séparation de la bourgeoisie bavaroise.

Admettons maintenant que la République des Soviets soit proclamée simultanément en Angleterre et en Irlande, c’est-à-dire dans le pays oppresseur et dans le pays opprimé. Admettons encore que les ouvriers irlandais n’aient pas confiance dans les ouvriers anglais, car l’Angleterre les opprime depuis plusieurs siècles. Les voilà qui demandent leur séparation complète de l’Angleterre. Cette séparation est nuisible économiquement. Quelle sera la ligne de conduite des communistes anglais ? lls ne devront aucunement s’opposer, par la force, aux aspirations des Irlandais comme le faisait la bourgeoisie anglaise. Et voici pourquoi :

Premièrement, pour prouver une fois pour toutes, aux ouvriers irlandais que ce n’est pas la classe ouvrière, mais la bourgeoisie anglaise qui opprimait l’Irlande et pour conserver ainsi la confiance des Irlandais.

Deuxièmement, pour que les ouvriers irlandais se rendent compte que l’existence indépendante de leur petit État n’offre point d’avantages ; pour qu’ils voient clairement que la production en Irlande ne peut être bien organisée que par une étroite union politique et économique avec l’Angleterre prolétarienne et les autres États prolétariens.

Admettons encore qu’une nation en régime bourgeois veuille se séparer d’une nation en régime prolétarien et que la majorité de la classe ouvrière du pays désireux de se séparer soit pour cette séparation parce qu’elle garde encore sa méfiance non seulement envers la bourgeoisie, tuais envers le prolétariat du pays qui l’opprimait jadis, et qu’aussi elle veuille se séparer. Dans ce cas, également, il serait préférable de ne pas s’opposer à cette séparation. Il faut laisser le prolétariat de ce pays seul à seul avec sa bourgeoisie, afin que cette dernière ne puisse plus lui répéter tous les jours que ce n’est pas elle, mais tel ou tel pays qui l’opprime. Le prolétariat aura vite fait de s’apercevoir que la bourgeoisie réclamait l’indépendance du pays afin de pouvoir librement écorcher son prolétariat. Il se rendra compte également que le prolétariat de l’État socialiste voisin l’appelle à l’union non pour l’exploiter ou pour l’opprimer, mais pour faire l’effort commun de libération.

Ainsi les communistes, tout en étant contre la division du prolétariat en pays différents, surtout lorsque ces pays sont liés économiquement, peuvent admettre toutefois une séparation temporaire. De même, la mère laisse son enfant toucher au feu, afin qu’il en perde le désir pour toujours.
Qui exprime la volonté nationale ?

Le Parti Communiste reconnaît à toute nation le droit de libre disposition jusqu’à la séparation complète. Mais il considère que la volonté du peuple ne petit être exprimée que par la majorité laborieuse de la nation et non par la bourgeoisie.

Par conséquent, il serait plus juste de dire que nous reconnaissons le droit de disposer d’elle-même non pas à une nation en général, mais seulement à sa majorité laborieuse. En ce qui concerne la bourgeoisie, après l’avoir privée de tous droits civiques dans la période de guerre civile, nous la privons également du droit de suffrage dans les questions nationales.

Nous allons examiner maintenant comment étendre le droit de libre disposition et le droit à l’indépendance même aux pays de culture tout à fait inférieure. Comment devons-nous agir envers les peuples qui n’ont pas encore de prolétariat ni de bourgeoisie ou qui n’en possèdent qu’un embryon rudimentaire ?

Prenons, par exemple, nos Toungouses, nos Kalmouks, etc., ou d’autres peuples coloniaux.

Que devons-nous faire si ces nations réclament leur séparation complète de peuples plus cultivés et même de nations qui ont déjà réalisé le socialisme ? Dire oui, n’est-ce pas renforcer la barbarie aux dépens de la civilisation ? Nous croyons que le socialisme, une fois réalisé dans les pays les plus avancés du monde, les peuples les plus primitifs eux-mêmes entreront volontairement dans l’union Universelle des peuples. La bourgeoisie impérialiste qui pillait les colonies et les annexait par la violence, avait des raisons de craindre la séparation des colonies. Le prolétariat, qui n’a pas l’intention de voler les peuples coloniaux et qui pourra recevoir d’eux les matières nécessaires par voie d’échanges, laisseront les peuples des colonies organiser leur vie nationale à leur guise.
Le Parti communiste pose le principe de la libre disposition des peuples pour en finir une fois pour toutes avec les formes d’inégalité et d’oppression. Le prolétariat espère ainsi porter le dernier coup au nationalisme et amener tous les peuples de plein gré à l’union fédérative. Et si finalement l’union fédérative n’était point suffisante pour l’organisation de la production mondiale et si la grande majorité, une fois l’expérience faite, en reconnaissait l’insuffisance, on instaurerait la République socialiste mondiale.

[Si nous examinons de plus près comment la bourgeoisie posait et résolvait (ou plutôt embrouillait) la question nationale, nous allons voir qu’elle la réglait au début de son règne autrement qu’à l’époque de son déclin.

Lorsque la bourgeoisie était une classe opprimée et que le pouvoir se trouvait aux mains de la noblesse avec un roi à la tête, lorsque les tsars et les rois donnaient des peuples tout entiers en dot à leurs filles, à cette époque la bourgeoisie ne proclamait pas seulement en paroles la liberté des nations, elle essayait aussi de la réaliser, au moins dans son propre pays. C’est ainsi qu’à l’époque de l’assujettissement de l’Italie à la monarchie autrichienne la bourgeoisie italienne se mit à la tête du mouvement d’émancipation de son pays, et réalisa la libération de l’Italie du joug étranger et son unification. À l’époque où l’Allemagne était divisée en de nombreuses petites principautés et qu’elle gémissait sous la botte de Napoléon, la bourgeoisie allemande luttait pour l’unification de l’Allemagne et pour son émancipation. Lorsque la France, après avoir détruit la monarchie absolue de Louis XVI, fut attaquée par les États monarchistes du reste de l’Europe, ce fut la bourgeoisie radicale française qui dirigea la défense de son pays et qui créa la Marseillaise. En résumé, dans tous les pays opprimés,
ce fut la bourgeoisie qui se mit à la tête de la lutte pour la libération. Elle créa une riche littérature nationale qui eut ses écrivains, ses peintres, ses poètes et ses philosophes de génie. C’est ainsi qu’agit la bourgeoisie lorsqu’elle était elle-même opprimée.

Pourquoi la bourgeoisie des pays opprimés luttait-elle pour la libération de son pays ? À lire ses poètes et ses écrivains, on peut croire qu’elle menait ces luttes au nom du droit des peuples de disposer librement d’eux-mêmes et parce qu’elle s’opposait à toute oppression, fut-elle exercée contre la nation la plus petite. Mais en réalité elle voulait secouer le joug étranger afin de créer son propre État bourgeois et de pouvoir elle-même, sans concurrents, dévaliser son propre prolétariat et encaisser elle-même toute la plus-value créée par le travail des ouvriers et des paysans de ce pays.
L’histoire de tous les pays capitalistes est là qui le prouve. Chaque fois que la bourgeoisie est opprimée en même temps que le reste du peuple, elle revendique hautement la liberté des peuples en général, et déclare inadmissible toute oppression nationale. Mais dès que la classe capitaliste arrive au pouvoir et qu’elle a chassé le conquérant étranger, que ce soit la noblesse ou la bourgeoisie étrangère, elle tend à son tour à soumettre les peuples plus faibles dont l’oppression lui est profitable. La bourgeoisie révolutionnaire française, personnifiée par Danton, Robespierre et les autres grands chefs de la première Révolution, appelait tous les peuples du monde à la libération de toutes les tyrannies. La Marseillaise de Rouget de L’Isle que chantaient les soldats de la Révolution est chère et sympathique à tous les peuples opprimés. Mais cette même bourgeoisie française, commandée par Napoléon et aux accents de cette même Marseillaise, opprima les peuples d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne, d’Autriche et les pilla durant toute l’époque napoléonienne. La bourgeoisie allemande opprimée exaltait dans Guillaume Tell, de Schiller, la lutte des peuples contre la tyrannie étrangère ; mais cette même bourgeoisie, avec Bismarck et de Moltke, déroba à la France les provinces d’Alsace et de Lorraine, annexa le SchIesvig danois, opprima les Polonais en Posnanie, etc. Après sa libération du joug autrichien la bourgeoisie italienne fusilla les Bédouins vaincus en Tripolitaine, les Albanais et les Dalmates sur le littoral de l’Adriatique et les Turcs en Anatolie.]

Pourquoi cela ? Pour quel motifs la bourgeoisie, après avoir partout et toujours proclamé le principe de la liberté nationale, ne l’a-t-elle réalisé nulle part et jamais ?

Parce que chaque État bourgeois, après sa libération du joug national étranger, tend inévitablement à son expansion.

La bourgeoisie de n’importe quel pays capitaliste ne se contente jamais de l’exploitation de son propre prolétariat. Elle a besoin de matières premières et cherche à acquérir des colonies où, après avoir soumis les indigènes, elle puisse se procurer facilement les matières premières nécessaires à ses usines. Elle a besoin de débouchés pour ses marchandises et elle les cherche dans les pays arriérés sans s’occuper des intérêts véritables de la population. Elle a besoin de pays où exporter le surplus de ses capitaux, pour y établir des entreprises et exploiter aussi le prolétariat indigène, et ainsi elle opprime ces pays en s’y établissant comme chez elle. Si la bourgeoisie puissante d’un autre pays ayant les mêmes visées s’oppose à ses entreprises mondiales, une guerre s’ensuit fatalement, comme la guerre mondiale qui vient d’ensanglanter toute l’Europe. En somme, les colonies et les pays arriérés sont restés opprimés, seul l’oppresseur a changé. De plus, dans la catégorie des pays opprimés sont entrés les pays vaincus récemment : l’Allemagne, l’Autriche, la Bulgarie, etc. qui, avant la guerre, étaient des pays libres. Ainsi le développement du régime bourgeois, loin de diminuer le nombre des pays opprimés, l’accroît, et la domination bourgeoise conduit à l’oppression nationale universelle.
L’univers entier est courbé sous le knout du groupe d’États capitalistes victorieux.

L’antisémitisme et le prolétariat

L’antisémitisme, c’est-à-dire la haine de la race sémitique à laquelle appartiennent les Juifs (de même que les Arabes) est une des formes les plus dangereuses de la persécution nationale. Le tsarisme autocrate persécutait les Juifs afin de se sauver de la révolution ouvrière et paysanne. Il affirmait à la classe ouvrière qu’elle était pauvre parce qu’elle était pillée par les Juifs et il tâchait de diriger l’indignation des ouvriers et des paysans opprimés non pas contre la bourgeoisie, ni contre les propriétaires ruraux, mais contre le peuple juif en entier. Or, ce peuple, tout comme les autres, se divise en classes différentes et seule la bourgeoisie juive, d’accord avec celle d’autres peuples, pille le monde ouvrier. Mais les ouvriers et les artisans juifs vivaient, dans les régions où leur séjour était autorisé, souvent encore plus misérablement que les ouvriers du reste de la Russie.

La bourgeoisie russe excitait la population contre les Juifs non seulement pour détourner d’elle la colère des travailleurs exploités, mais encore pour se débarrasser de la concurrence juive dans le commerce et dans l’industrie.

On assiste actuellement, dans presque tous les pays, à une recrudescence des persécutions contre les Juifs. La bourgeoisie lutte ainsi contre ses concurrents dans l’œuvre de détroussement du prolétariat et se défend en même temps contre la révolution imminente à la manière de Nicolas II.
Récemment encore l’antisémitisme était très peu développé en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis.

Actuellement les ministres anglais font des discours antisémites. C’est le premier signe précurseur de l’effondrement du régime bourgeois en Occident. Il pense se sauver en sacrifiant à la Révolution ouvrière les Rothschild et les Mendelsohn. En Russie, l’antisémitisme avait diminué d’intensité au cours de la Révolution de février, mais il reprit avec d’autant plus d’intensité que les tentatives bourgeoises devenaient plus désespérées au cours de la lutte de la bourgeoisie contre le prolétariat.
Tout cela prouve que l’antisémitisme n’est qu’une forme de lutte contre le socialisme, et gare à l’ouvrier ou au paysan qui se laissera ainsi rouler par son ennemi de classe !

Nikolaï Boukharine et Evgueni Préobrajensky, dans « L’ABC du communisme »

https://www.marxists.org/francais/preobrajensky/works/1919/10/ABC.pdf

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