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Congrès 2025 de Lutte Ouvrière (1) : un groupuscule néo-stalinien
dimanche 28 décembre 2025, par
Cet article commente certains passages du texte Conclusions publié par LO à l’occasion de son 55ème congrès, tenu les 6 et 7 décembre 2025. Toutes nos citations de LO proviennent de cet article.
Un parti "homogène" et heureux de l’être
Les deux porte-parole vedettes télévisées de LO, N. Arthaud et J-P Mercier, sont plutôt tristes lors de leurs interventions en public, car les travailleurs "manquent de conscience", et votent pour LO dix fois moins qu’il y a 20 ans :
Mais tout change lors des congrès, qui réunit des militants "conscients", et l’heure est à l’auto-congratulation.
Les deux photos suivantes n’ont pas été prises au congrès de LO, mais peuvent être vues comme un roman-photo allégorique d’un congrès, ou des réunions électorales de LO. Les deux vedettes sont en scène pour chauffer la salle :
et les militants "homogènes", à l’unanimité, applaudissent leurs porte-parole et affichent leur bonheur :
« Le fait que nous soyons homogènes, que nos votes soient unanimes, est le résultat de choix conscients de la part des camarades » écrit LO dans un autre texte à propos de ce congrès (rappelons tout de même que cette "homogénéité" a été obtenue par le "choix conscient" d’exclure la Fraction l’Etincelle de LO en 2008)
Donc il faut se serrer les coudes, et la chanson « I will survive » (Je survivrai) du duo André Rieu / Dorona Alberti, correspond bien à celle de la paire Arthaud/Mercier. Le but de LO annoncé au Congrès est en effet de « survivre », sur terre ou dans l’ « au-delà » :
Un programme à préserver à tout prix
Il faudra que nos perspectives, notre programme, survivent au sens le plus matériel du terme. Mais « survivre », c’est de nos idées, de notre programme et, bien au-delà, de notre volonté de créer une société qui devienne véritablement humaine, qu’il s’agit.
Survivre avec notre conviction fondamentale que la société capitaliste ne peut pas représenter l’avenir de l’humanité, c’est poursuivre un combat que la majorité opprimée, exploitée de la population a toujours mené et qu’elle continuera à mener jusqu’à ce que ce combat perde son objet.
Wikipedia définissant le "survivalisme" comme
(...) un terme qui désigne les activités de certains individus ou groupes d’individus qui se préparent à une catastrophe éventuelle (catastrophe naturelle, crise économique, crise sanitaire, etc.) à l’échelle locale ou globale, voire à un événement potentiellement cataclysmique (effondrement écologique, guerre nucléaire, invasion extraterrestre, etc.), ou plus généralement à un effondrement de la civilisation industrielle.
est en accord avec ce que LO définit comme son objectif !
Mais passons à des choses plus sérieuses (dans le sens : moins drôles, mais pas vraiment plus profondes) concernant le prétendu "trotskisme de LO".
LO reprend le mensonge stalinien : "au début de sa vie militante, Trotski avait tort".
LO reprend les méthodes de l’anticapitalisme. LO en effet se dit, vite-fait, trotskiste (sans jamais définir, en fait, ce terme que Trotsky lui-même récusa à propos de ses partisans, les nommant "bolchéviks-léninistes"), mais commence surtout par affirmer .... que Trotsky s’est trompé. :
Qu’entendons-nous par trotskysme aujourd’hui ? Pour le résumer en quelques phrases, c’est d’abord la compréhension par Trotsky de la politique bolchevique après la révolution d’Octobre 1917. Insistons sur ce point : ce n’est pas ce que Trotsky a mis en avant au début de sa vie militante, où il avait tort.
LO reprend la critique stalinienne de Trotsky : Trotsky avait tout faux avant 1917. LO se place également du point de vue stalinien en mentionnant : "la compréhension par Trotsky de la politique bolchevique", comme si Trotsky était extérieur au bolchévisme, comme si de 1917 à 1923, la politique bolchévique, ça n’était pas Trotsky lui-même, aux côtés de Lénine.
Que veut donc dire pour LO "la compréhension par Trotsky de la politique bolchevique", expression quasi-équivalente à "la compréhension par Trotsky de la politique de Trotsky" ? Feu Alain Delon, qui parlait de lui à la 3ème personne, aurait certes pu mentionner à propos de lui-même : "la compréhension par Alain Delon, des films d’Alain Delon", mais Alain Delon était loin du trotskisme.
Pour tous les marxistes authentiques d’aujourd’hui, le bolchévisme, c’est en premier lieu Lénine de 1903 (IIème congrès du POSDR) à sa mort en 1924, et Trotsky de 1917 à son assassinat en 1940. Ensuite, pour nous, Barta est leur successeur.
Qu’est-ce donc que "la politique bolchevique après la révolution d’Octobre 1917", dont LO fait un tout ? C’est d’abord la politique bolchévique de Lénine et Trotsky, jusqu’en 1923, puis une politique anti-bolchévique déguisée en bolchévisme à partir de 1924, le bolchévisme véritable n’existant que dans une tendance minoritaire dans le parti, puis exclue du parti en 1927. Quel bazar dans les congrès de LO à propos de l’histoire du bolchévisme ! LO ne devrait pas analyser "la politique bolchevique après la révolution d’Octobre 1917" comme un seul bloc, car 1923, ou 1924 si l’on veut, marque une rupture.
Mais surtout, contrairement à LO, ni Trotsky lui-même, ni Lénine n’affirmèrent jamais que Trotsky "au début de sa vie militante, [où il] avait tort", car c’’est seulement sur la question du parti qu’il avait, en partie mais pas entièrement, tort.
Prenons donc des dates du "début de la vie militante" de Trotsky que LO semble arrêter en 1917. C’est l’occasion pour nous de rappeler des points du programme des trotskistes d’aujourd’hui, que LO rejette donc de fait :
a) Trotsky a 22 ans en 1902 lorsqu’il participe au IIème Congrès du POSDR. Il vote, comme Lénine, Plékhanov, Martov, pour le programme élaboré par Lénine et Plékhanov. Le jeune Trotsky est d’accord sur le fait que comme le parti allemand, tout parti marxiste doit avoir un programme ; il a raison contre LO, qui n’a aucun programme !(si vous trouvez ce programme, merci de nous le faire parvenir)
b) Trotsky a voté pour l’article de ce programme qui donnait comme but au parti la dictature du prolétariat. LO ne se prononce jamais en faveur de la dictature du prolétariat. Le jeune Trotsky avait raison contre LO.
c) Trotsky a également voté pour l’article mentionnant le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, article peut-être le plus important de la partie "droits démocratiques" d’un programme marxiste. LO se déclare régulièrement contre ce principe. Le jeune Trotsky avait bien raison contre LO !
d) En 1905, Trotsky dirige le soviet de Pétrograd, il a entièrement raison contre LO (qui apprécie les photos jaunies des soviets du passé à l’étranger, mais n’est pas favorable à des soviets en France, présents ou futurs). Le journal "Natshalo" de Trotsky fut de fait le principal organe social-démocrate (dans le sens d’avant 1914) dirigeant de la révolution de 1905 ! Trotsky eut raison de diriger avec une politique correcte la révolution de 1905. LO qui prétend s’intéresser à la "compréhension" qu’eut enfin Trotsky de la politique bolchévique grâce à sa crise de la quarantaine, devrait citer Trotsky qui en 1938, revenant sur 1905, confirme qu’il a bien eu raison : Le parti a guidé les Soviets dans tout le pays grâce à une politique correcte et à sa cohésion (voir la citation complète plus bas).
e) Trotsky pense dès cette époque que la révolution dans l’Empire russe débouchera sur la dictature du prolétariat, il a entièrement raison, en particulier contre Lénine et sa théorie astucieuse, mais véritable usine à gaz fumeuse de "la dictature démocratique des ouvriers et des paysans". LO déforme l’histoire en datant des années 30 la théorie de la révolution permanente de Trotsky. LO ne parle jamais, à part au confessionnal, de la révolution permanente. Le jeune Trotsky avait bien raison contre le bolchévisme sur ce point. C’est avec les Thèses d’Avril (1917) par Lénine que la révolution permanente entre de fait dans le bolchévisme.
f) Trosky en 1914 se place du côté des internationalistes, fait de Rosmer et Monatte (contrairement à LO) ses camarades de combat contre le social-patriotisme. Trotsky avait raison, alors que LO ne reconnaît même pas le concept de social-patriotisme, et ne reprend pas dans les syndicats le drapeau de Rosmer et Monatte !
Trotsky s’est certes trompé dans la construction du parti, mais seulement quand on le compare à Lénine. Il adopta une position centriste. Mais cela est secondaire, car Trotsky a raison fondamentalement contre LO dans la question du parti, en ce sens qu’il voulait construire un parti dont le but était la dictature du prolétariat, alors que LO n’a pas ce but, se donnant d’autres buts vagues, jamais la dictature du prolétariat.
Seuls ceux qui comme nous, Rosa Luxemburg, Lénine et Trotsky lui-même, veulent construire un parti ayant pour but la dictature du prolétariat, peuvent dire, comme Trotsky lui-même, que Trotsky s’est trompé sur la question du parti. LO qui ne se fixe pas cet objectif, n’a rien à reprocher à Trotsky, car LO n’a pas le même but que Trotsky.
LO se trompe doublement en affirmant : "au début de sa vie militante, Trotski avait tort".
Un mensonge bien plus subtil de LO dans sa condamnation du "jeune Trotsky" est lié à la question de l’opportunisme, encore un concept que LO ignore, l’appliquant seulement au NPA dans des articles confidentiels !
L’opportunisme est le courant du mouvement ouvrier qui est au service de la bourgeoisie. Il existe depuis que le mouvement ouvrier moderne est apparu, en 1830, sa forme moderne s’étant incarnée en Bernstein (vers 1898) du point de vue théorique en Allemagne, et du point de vue pratique par Millerand (ministre socialiste en 1899) en France.
LO nie de fait ce concept d’opportunisme en mettant en avant un "camp des travailleurs", y incluant donc les directions syndicales, qui y incarnent l’opportunisme.
Au II-ème Congrès du POSDR, c’est la question de l’opportunisme qui était au centre des débats, même si c’est la question des statuts, aboutissant à la rupture bolchéviks-menchéviks, qui a pris la vedette aux yeux de la postérité.
L’intervention principale de Trotsky à ce IIème Congrès du POSDR est d’ailleurs centrée sur ce point, il y affirme en substance : l’Iskra de Lénine, Plékhanov et Martov, a mené et gagné la bataille contre l’opportunisme, c’est à dire l’aile bourgeoise du mouvement ouvrier, vive l’Iskra ! Futurs menchéviks, comme bolchéviks, l’applaudissent ! Certes les mencheviks n’incarnaient qu’une forme subtile d’opportunisme, mais sur le papier, les deux tendances (plus celle de Rosa Luxemburg qui adhéra, c’est peu connu, au parti de Lénine en 1906) avaient clairement dénoncé l’opportunisme, se débarrassant à ce titre du Bund dès le début du congrès.
Trotsky avait donc raison de dénoncer l’opportunisme dans le mouvement ouvrier au "début de sa vie militante", , en particulier au Congrès de 1902 du POSDR. Trotsky avait raison contre LO sur ce point, car LO nie l’existence même de l’opportunisme !
LO ne mène absolument pas cette lutte contre l’opportunisme, comme le firent R. Luxemburg, Lénine et Trotsky. Lisez les éditoriaux et les textes de congrès, ce mot n’apparait même pas. L’erreur de Trotsky est de n’avoir pas reconnu des opportunistes dans les tendances mencheviks. Mais c’est l’erreur d’un ennemi de l’opportunisme, alors que LO, ne combattant jamais publiquement l’opportunisme, en est de fait un allié.
Pourquoi LO ne combat-elle pas l’opportunisme ? Car la direction de Sud Solidaires est opportuniste, mais JP Mercier, porte-parole de LO, perdra son poste s’il le dit ! Finie sa carrière, "veaux vaches cochons" que sont les passages à BFM et autre grands media bourgeois anti-communistes que LO a tort de fréquenter.
C’est en ce sens que LO est néo-stalinien, c’est à dire opportuniste, mais reprenant certaines positions de Staline (Trotsky avait tort avant 1917) tout en en rejetant d’autres (Staline n’était pas un démocrate) ... comme le PC d’aujourd’hui.
Car LO, en focalisant ses critiques sur les traits "non démocratiques" de Staline, qui est mort depuis longtemps, ne fait que suivre les PCs européens, qui ont également officiellement rompu avec Staline (surtout après sa mort !). LO, dans sa critique de Staline, ne fait que reprendre tout ce que le PC français pourrait signer. Dénoncer les crimes de Staline est aujourd’hui en effet une banalité. Manuel Valls et E. Macron dénoncent Staline. Fabien Roussel et Sophie Binet critiquent Staline ! Olivier Faure critique Staline ! Et LO se donne un brevet de trotskisme en le faisant !
LO fait de Trotsky ce que la gauche de la gauche bourgeoise (anticapitalistes, soi-disant "luxemburgistes") aime bien faire : un intellectuel isolé, qui "commente" la politique des bolchévique après 1917, "démocrate" qui critique Staline et Hitler :
trotskysme aujourd’hui ? (...) Insistons sur ce point : ce n’est pas ce que Trotsky a mis en avant au début de sa vie militante, où il avait tort. C’est évidemment tout ce qui a été l’apport du bolchevisme, y compris sur des questions comme la bureaucratisation et le fascisme qui sont dans une large mesure les apports personnels de Trotsky.
Trotsky était "isolé", avait des contributions "personnelles", quels mensonges staliniens. Les milliers d’opposants de gauche enfermés dans les isolateurs n’existent pas pour LO.
Trotsky est pour LO essentiellement démocrate (sans dictature du prolétariat) antifasciste et anti-stalinien, formidable, le hasard fait que ces deux thèmes font partie des thèmes vedettes de la gauche bourgeoise. Sophie Binet et Olivier Faure signent des deux mains !
Certes, des intellectuels petits-bourgeois peuvent être fiers de se réclamer de Trotsky qui "le premier" dénonça Staline. Donnons nous des médailles en chocolat ! Mais la seule manière d’être anti-stalinien "mieux" que les autres, c’est de recourir au concept de centrisme, mais LO ignore ce concept.
Les PC déstalinisés ne critiquent pas l’opportunisme car ils en incarnent une forme nouvelle, celle du néo-stalinisme. C’est pourquoi LO ne critique pas l’opportunisme. Ou alors en le réduisant aux NPAs.
En réduisant son "trotskisme" aux critiques du stalinisme et du fascisme et oubliant l’opportunisme, LO rejoint en fait le PC en ayant l’air de le critiquer, dans le courant opportuniste ! LO va à la messe, avec la photo d’un athée bien cachée dans sa poche, et se donne un brevet d’athéisme "courageux", car faisant ainsi "survivre matériellement" l’athéisme.
Roussel et Binet ne sont que les héritiers des assassins de Trotsky, Staline, Thorez et Benoît Frachon ! Ils sont des socio-patriotes ! Le rappeler haut et fort est la seule façon de critiquer le stalinisme sans devenir un néo-stalinien opportuniste. LO ne le dira jamais, par peur de perturber les carrières syndicales de ses militants vedettes nationales ou locales (CGT AP-HP, CGT Airbus Marignane, CGT Toyota Valenciennes, Sud Stellantis, CGT Stellantis Vesoul etc)
En 1929, Trotsky mit comme noyau fondamental du programme de l’opposition internationale 1) la question de l’URSS mais également : 2) la question du comité anglo-russe 3) la politique dans la révolution chinoise
LO, ne conservant que le 1), n’aurait pas été admis par Trotsky comme courant de l’Opposition de gauche, car le point 2) dénonçait la collaboration avec les directions syndicales bourgeoises, ce que LO pratique à grande échelle.
Conclusion
Citons Trotsky, les passages qui contredisent ce que LO présente comme le "trotskisme" étant soulignés en gras :
La signification du programme est la signification du parti. Le parti est l’avant-garde de la classe. Le parti est formé par sélection parmi les éléments les plus conscients, les plus avancés, les plus dévoués et le parti peut jouer un rôle politique historique important sans relation directe avec sa force numérique. Un petit parti peut jouer un grand rôle. Par exemple, dans la première révolution russe de 1905, la fraction bolchevique ne comptait pas plus de 10.000 membres, les mencheviks 10.000 à 12.000 ; c’est le maximum. A cette époque, ils appartenaient au même parti, de sorte que le parti dans son ensemble ne comptait pas plus de 20.000 à 22.000 ouvriers. Le parti a guidé les Soviets dans tout le pays grâce à une politique correcte et à sa cohésion. On peut objecter que la différence entre les Russes et les Américains, ou tout autre vieux pays capitaliste, était que le prolétariat russe était un prolétariat totalement frais, vierge, sans aucune tradition de syndicats, de réformisme conservateur. C’était une jeune classe ouvrière vierge qui avait besoin d’une direction et cherchait cette direction. Malgré le fait que le parti dans son ensemble n’avait pas plus de 20.000 ouvriers, ce parti a guidé dans la lutte 23.000.000 d’ouvriers.
Maintenant, c’est quoi le parti ? En quoi consiste la cohésion ? Cette cohésion est une compréhension commune des événements, des tâches, et cette compréhension commune - c’est le programme du parti. De même que les ouvriers actuels, plus que les anciens barbares, ne peuvent travailler sans outils, de même dans le parti le programme est l’instrument. Sans le programme, chaque ouvrier doit improviser son outil, trouver des outils improvisés, et chacun contredit l’autre.
Ce n’est que lorsque nous aurons organisé l’avant-garde sur la base de conceptions communes que nous pourrons alors agir.
On peut dire que nous n’avions pas de programme jusqu’à ce jour. Pourtant nous avons agi. Mais ce programme a été formulé en différents articles, différentes motions, etc. En ce sens, le projet de programme ne présage pas d’une nouvelle invention, ce n’est pas l’écrit d’un seul homme. C’est la somme du travail collectif jusqu’à aujourd’hui..

