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Pour LO (Lutte ouvrière) et RP (Révolution permanente), il n’y a pas de lutte de classe à mener dans les campagnes !

vendredi 2 janvier 2026, par Karob

Pour LO (Lutte ouvrière) et RP (Révolution permanente), il n’y a pas de lutte de classe à mener dans les campagnes !

Face aux abattages sanitaires, à la liquidation de la petite paysannerie et à la répression d’État, Lutte ouvrière (LO) et Révolution Permanente (RP) produisent des analyses qui se veulent radicales. Elles dénoncent l’agrobusiness, pointent la FNSEA, critiquent l’autoritarisme gouvernemental, et affirment leur solidarité avec les petits éleveurs.

Mais ce qu’elles disent — et surtout ce qu’elles ne disent pas — éclaire leur fonction politique réelle.


Une critique du capital sans remise en cause du pouvoir

LO comme RP identifient des responsables économiques : grands groupes, exportateurs, banques, grande distribution. Elles montrent que la politique sanitaire vise à préserver les flux marchands et les intérêts de l’agro-industrie.

Mais cette critique reste désincarnée politiquement.

Ni LO ni RP ne posent la question centrale : qui exerce le pouvoir sur la production agricole, et comment ce pouvoir peut être arraché ?

Le sanitaire est critiqué comme excès, dérive autoritaire ou mauvais protocole, jamais comme dispositif structurel de commandement au service de la valorisation. La répression est dénoncée, mais pas analysée comme fonction normale de l’État dans une phase de purge productive.

Résultat : la violence apparaît comme injuste, non comme nécessaire au système qu’elles prétendent combattre.


La paysannerie pensée comme objet, pas comme classe dirigeante alliée au prolétariat

Dans leurs textes, la paysannerie est un sujet à soutenir, jamais une classe appelée à diriger sa propre lutte.

LO parle d’injustice et de responsabilité capitaliste, mais sans jamais distinguer clairement les classes agricoles ni poser les contradictions internes au monde paysan. RP, de son côté, reconnaît certaines divisions, mais les dissout immédiatement dans une solution syndicale et institutionnelle.

Dans les deux cas, la paysannerie n’est pas pensée comme force politique autonome, mais comme un allié à défendre, un terrain de solidarité, un levier pour une mobilisation plus large.

Ce déplacement est décisif : une classe qui n’est pas appelée à exercer le pouvoir ne peut pas mener une lutte de classe.


L’encadrement syndical comme horizon indépassable

Lorsqu’il s’agit de propositions, LO se tait. RP, elle, parle. Mais ce qu’elle propose reste strictement enfermé dans le cadre syndical existant.

RP appelle à une réponse « par en bas », mais ce « par en bas » est immédiatement confié :

• aux directions syndicales agricoles,
• aux instances représentatives reconnues,
• aux dispositifs de négociation avec l’État.

Il n’est jamais question de créer des organes nouveaux, indépendants, capables de décider contre l’État et contre les filières.

LO et RP partagent ainsi un même postulat : le cadre syndical bourgeois est indépassable.


Une radicalité verbale qui neutralise la rupture

La différence entre LO et RP est surtout de ton.

• LO adopte une posture d’observation critique : elle décrit, explique, attend.
• RP adopte une posture d’accompagnement militant : elle soutient, canalise, encadre.

Mais ni l’une ni l’autre ne cherchent à arracher la direction réelle des luttes aux appareils syndicaux et politiques intégrés à l’État.

Cette radicalité contrôlée joue une fonction précise :
elle empêche que la colère déborde vers une remise en cause directe du pouvoir sur la production.


Pourquoi LO et RP refusent de mener la lutte de classe ?

Ce refus n’est pas spécifique à la paysannerie.

Il est cohérent avec leur pratique générale.

LO et RP ne mènent pas la lutte de classe dans les entreprises. Elles ne construisent pas d’organes de pouvoir ouvriers. Elles ne rompent pas avec les directions syndicales bourgeoises. Elles n’affrontent pas le social-patriotisme qui structure le mouvement ouvrier institutionnel.

Elles en sont les relais radicaux.

Dans les entreprises comme à la campagne, leur rôle est le même :

• traduire la ligne syndicale dominante en langage radical,
• canaliser la colère vers des formes compatibles avec l’État et la nation productive,
• empêcher la constitution d’un pouvoir de classe autonome.

C’est pour cela qu’elles refusent — en pratique, sinon en discours — de mener la lutte de classe.

Mener réellement la lutte de classe impliquerait :

• de rompre avec les appareils syndicaux intégrés à l’État ;
• de poser la question du pouvoir sur la production ;
• de construire des organes indépendants, dirigeants, révocables ;
• d’assumer la confrontation avec l’État, les normes et les flux marchands.

C’est précisément ce qu’elles ne font pas — et ne peuvent pas faire sans se nier elles-mêmes.

Ainsi, ce que révèle leur discours sur la paysannerie n’est pas une erreur d’analyse ponctuelle, mais leur fonction politique générale : empêcher que la colère sociale, ouvrière ou paysanne, se transforme en lutte de classe autonome.

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