Accueil > 12- Livre Douze : OU EN SONT LES GROUPES REVOLUTIONNAIRES ? > Révoltes et révolutions dans le monde depuis 2010-2011 ne leur ont rien appris

Révoltes et révolutions dans le monde depuis 2010-2011 ne leur ont rien appris

samedi 20 décembre 2025, par Robert Paris

Qu’est-ce que la vague des révoltes et révolutions dans le monde depuis 2010, suite à l’effondrement économique de 2007, a appris à l’extrême gauche de France qui se dit révolutionnaire ?

A partir de 2010-2011, le monde a été balayé par une vague de révoltes et de révolutions qui ont parcouru la plupart des pays et tous les continents. C’est un événement d’ampleur mondiale et historique. Une telle vague n’a jamais eu lieu dans l’Histoire. Même si aucune n’a mené à un succès, c’est très important pour le prolétariat et pour les révolutionnaires. On aurait pu croire que les extrêmes gauches qui se disent révolutionnaires s’attacheraient à une étude sérieuse de ces événements et en diffuseraient les principales leçons dans la classe ouvrière et la jeunesse, dans le peuple travailleur. Il n’en est rien !

Il convient de remarquer que cette extrême gauche s’est proclamée solidaire de cette vague révolutionnaire, sans aucune réserve mais sans en tirer les conséquences politiques, sociales et syndicales qui s’imposaient comme nous allons le souligner dans la suite de ce texte. Et en particulier sans tirer les conséquences en France même, dans le pays impérialiste qui a soutenu toutes les dictatures contre toutes les révoltes et toutes les révolutions sans que cette extrême gauche s’en avise sérieusement et explique au prolétariat que nous avons ici des responsabilités dans les échecs de ces révolutions dans la mesure où nous avons laissé tranquille l’impérialisme soutenir les contre-révolutions sans nous y opposer et sans même le tenter. Ces extrêmes gauches ont eu des avis sur le cours de ces révolutions mais elles ne se sont senti aucune responsabilité dans ce cours. Elles n’ont jamais exprimé qu’elles regrettaient leur faiblesse d’intervention face à la situation. Elles ne s’y sont jamais attribué aucun rôle, à part de commentaire. Et elles n’ont jamais dit à la classe ouvrière du pays impérialiste qui se devait d’intervenir, qu’il devait exiger de ses organisations syndicales, associatives et politiques qui se réclament de la classe ouvrière qu’elles s’opposent à l’action de leur impérialisme contre ces révolutions, qu’au moins elles le dénoncent, qu’elles informent les travailleurs de tous les crimes de leur Etat, de toutes les complicités avec les dictatures, de tous les soutiens qu’il a apporté à la répression. Il n’en a rien été. Pas un mot, pas un acte, pas une parole dans ce sens.

On aurait pu s’attendre aussi que ces « révolutionnaires » tirent des leçons des révolutions, eux qui affirment toujours que les peuples apprennent des révolutions, eux qui se réclament des Marx, des Engels, des Lénine, des Rosa Luxemburg, des Trotsky qui ont appris des révolutions du passé, en France comme en Russie et ailleurs. Eux qui ont dit « s’être mis à l’école de la révolution » ne l’ont nullement fait cette fois. Ce n’est pas anodin. Ce n’est pas un hasard. Cela provient du fait qu’ils ne sont plus révolutionnaires qu’en paroles.

L’essentiel de leur politique consiste à pactiser avec l’adversaire sous prétexte de participation des communistes révolutionnaires aux élections bourgeoises et aux syndicats et ils ne risquaient pas de dénoncer ceux qui, dans les pays en révolte et en révolution, agissaient de même.

Pourtant, la principale des leçons de ces révoltes et révolutions ne consistait-elle pas à étudier et faire étudier la manière dont les fausses gauches politiques et syndicales étaient parvenu à limiter, endiguer, canaliser, tromper, détourner, limiter, discréditer les plus révolutionnaires, les couper de la masse, les désigner du doigt, et finir par négocier avec nos ennemis, pour les laisser gouverner, diriger le pays, maintenir leur contrôle sur la police et l’armée.

En effet, toute étude de ces événements ne devrait-elle pas conclure par une analyse de la manière dont nos adversaires les mieux cachés, nos faux amis « de gauche », avaient réussi à développer leur trahison réformiste classique, empêchant le prolétariat de prendre la tête de la lutte, de prendre des initiatives révolutionnaires aux côtés des femmes et des jeunes, d’entraîner dans ce sens la petite bourgeoisie, la base des forces armées et policières, les petits paysans, commerçants, pêcheurs et artisans. On ne trouve rien de tout cela dans les textes cités à la suite. L’extrême gauche en question n’a nullement diffusé de telles leçons, parmi ses militants et sympathisants, et encore moins parmi les salariés des entreprises où elle intervient ou dans les quartiers, parmi le peuple travailleur.

Jamais elle ne leur a dit : « Attention ! Cette leçon a coûté trop cher au peuple travailleur des pays en révolution ! C’est aussi une leçon pour vos luttes ! »

Jamais elle ne leur a dit : « Attention ! Ces syndicats et partis de gauche ont trahi des luttes et voici comment ils ont procédé. Vos syndicats et partis de gauche ne se démarquent pas de leur action. Attention pour vos luttes de demain ! »

Alors nous disons aux travailleurs : « Attention ! Cette extrême gauche ne vous arme pas contre vos faux amis, c’est qu’elle cautionne ces trahisons et les camouflera demain au peuple travailleur et nous mènera elle aussi à des défaites. »

Cette extrême gauche n’a pas dit aux travailleurs : « Voici comment il faut procéder pour ne pas nous laisser tromper la prochaine fois, que ce soit dans ce pays ou ailleurs. »

Elle n’a pas dit à ses militants et sympathisants : « Voici la leçon que nous tirons de ces dizaines et dizaines de révoltes et de révolutions et qui nous servira demain de nos luttes. »

Elle ne leur a pas dit : « Voici comment nous comptons infléchir notre politique ici pour nous préparer aux luttes de demain en intégrant ces leçons. »

Elle ne leur a pas dit : « Voici comment nous devons mener le combat au sein des syndicats pour ne pas laisser nos ennemis réformistes détourner demain la lutte des classes. »

Ces organisations ont salué la vague révolutionnaire d’un coup de chapeau, juste pour faire comme s’ils s’annexaient ces luttes, les portaient à leur actif, sans payer le prix des leçons cuisantes que cela signifiait.

Marx et Engels avaient-ils rechigné à porter le poids des leçons de la Commune de Paris de 1871, pour ne citer que celle-ci ? Avaient-ils renoncé à tirer les leçons de cette lutte sous prétexte qu’elle ne se déroulait pas dans le pays où ils vivaient ?

N’en avaient-ils pas tiré des leçons générales, historiques, durables, pour tout le mouvement ouvrier et révolutionnaire ?

Comment une telle vague révolutionnaire mondiale devrait-ils ne susciter chez de vrais révolutionnaires que des commentaires polis sans conséquences politiques et syndicales sérieuses ?

La première des leçons sérieuses qui crèvent les yeux et auraient dues être diffusées par les dits révolutionnaires dans le peuple travailleur aurait été : « Attention travailleurs ! Les syndicats qui se réclament de nous et prétendent défendre nos intérêts économiques, politiques et sociaux ont agi dans tous ces pays et ils l’ont fait dans le sens contraire du soutien à ces révolutions ! » Ils n’ont pas rajouté : « Et vos syndicats n’ont rien dit sur cette trahison, et se sont bien gardés de le remarquer. » Pas étonnant : ces groupes-là n’en ont pas fait plus. Pas un article dont le but aurait été de décrire dans le détail, pays par pays, révolution par révolution, révolte par révolte, les manœuvres, les trahisons, les mensonges, les tactiques de nos faux amis de gauche, politiques et syndicaux. Ils se sont contentés de dénoncer les dictatures, les répressions et les contre-révolutions. Ils dénoncent la main qui frappe, qui blesse et qui tue, pas celle qui fait taire, qui détourne, qui trompe, qui fait échouer, qui affaiblit, qui baillonne…

Pourtant ces groupes dits d’extrême gauche (terme juste quand il ne sert pas à dire révolutionnaires) ont parfois de fortes influences dans certains syndicats. Ils ne les ont pas amenés à étudier cette vague de révoltes et révolutions, à en tirer les leçons sur qui sont leurs vrais amis et ennemis, sur la manière de détourner et tromper les révolutions, sur la manière de démasquer les faux amis, sur les leçons essentielles de cette vague de luttes dans le monde.

L’hypocrisie des déclarations syndicales sur les révoltes et révolutions dans le Maghreb, le monde arabe, puis le monde entier n’a pas été soulignée par ces groupes. Ces déclarations ne dénoncent que les dictatures locales, ne démasquent pas leur propre impérialisme, ne soulignent pas sa responsabilité directe, ne cherchent nullement à impliquer le prolétariat de France dans les événements, ne s’adressent pas à lui à ce propos, etc.

Les groupes d’extrême gauche de France dénoncent parfois abstraitement et verbalement l’impérialisme français (surtout à propos de la Palestine), mais ils le font très peu à propos de la Tunisie, de l’Egypte, de l’Algérie, de la Libye, etc., des pays où cet impérialisme est pourtant directement actif, vend des armes, soutient le pouvoir, prête de l’argent, aide la répression, cautionne la dictature, etc. Elle ne le fait pas trop dans sa presse, encore moins dans ses tracts d’entreprise, et moins encore dans les syndicats, y compris ceux où elle a le plus d’influence. Il faut dire qu’elle ne souhaite pas trop se mettre mal avec les appareils bureaucratiques de ces syndicats qui, eux, cautionnent les politiques de l’impérialisme français ou dénoncent de très petites choses très ponctuellement.

Pas question pour ces fameuses extrêmes gauches de clamer dans ces syndicats comme dans la classe ouvrière : « Pas un sou, pas une arme, pas un soutien politique, économique, financier ou diplomatique aux dictatures qui écrasent les révolutions ! » et aussi « Aucun soutien aux réformistes qui négocient avec les dictatures ! » Et aussi : « Dénonçons-les comme les pires ennemis des travailleurs ! Il n’y a pas pire que les faux amis ! »

Non, il n’y a rien de tout cela non plus dans les articles que l’on pourra lire ensuite…

Ces groupes n’ont pas fait de ces révoltes et révolutions une occasion pour désigner du doigt ces fameux faux amis, pour montrer comment ils ont fait pour éviter que le prolétariat s’organise en vue de postuler au pouvoir, transformant ainsi révoltes et révolutions en nouveaux pas vers un pouvoir aux travailleurs. Ils n’ont pas montré dans leurs articles quels sont les syndicats et partis de gauche ou de fausse extrême gauche qui, dans chaque cas, ont œuvré et de quelle manière pour casser l’élan révolutionnaire, pour canaliser la lutte, pour l’empêcher de prendre un tour incontrolable par ces mêmes organisations, et finalement pour reprendre le chemin de la construction des soviets.

Ces groupes n’en ont pas profité pour montrer que le syndicalisme révolutionnaire devrait être remis au goût du jour, en quoi il consiste, comment il diffère radicalement du syndicalisme que pratiquent actuellement les bureaucraties.

Ils n’en ont pas non plus profité pour développer la compréhension de la question de l’Etat dans le prolétariat, question qui est si peu claire que la plupart des travailleurs croient encore que c’est le même Etat qui doit améliorer leur situation et ne savent pas qu’il faut d’abord casser l’Etat pour construire un Etat du peuple travailleur. Ils n’ont pas montré que l’organisation des travailleurs en future classe dominante nécessite absolument l’organisation de comités de masse dans la classe ouvrière, qui débordent les organisations traditionnelles, politiques et syndicales.
En fait, ces groupes en sont restés à « la révolution du monde arabe » et n’ont pas étudié la vague mondiale des révolutions, au point qu’ils n’ont pas écrit d’article reprenant l’ensemble du mouvement de 2010 à maintenant, les derniers mouvements dits de la génération Z étant la queue du mouvement mondial. Contrairement à nous :

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8166

Ils n’ont pas montré comment ces mouvements pourraient être la répétition générale, une phase préparatoire à une vague de révolutions plus profondes. Ils ne cherchent nullement à prendre ainsi une responsaibilité dans l’avenir des luttes mondiales, n’ayant qu’un internationalisme de façade qui s’en tient à la solidarité platonique et abstraite.

Leur anti-impérialisme de façade ne les a menés à aucune intervention politique ou syndicale qui puisse gêner l’impérialisme, fût-ce dans l’opinion, fût-ce par les informations et les dénonciations qu’elle aurait portées dans le public et particulièrement dans le prolétariat, au moins dans sa partie qui travaille dans l’armement, ne serait-ce que dans les syndicats de ce secteur… Ils n’auraient pas pu dénoncer l’armement par l’impérialisme de la contre-révolution, vu qu’ils sont liés aux appareils bureaucratiques des syndicats du secteur !

Ces groupes n’en ont pas profité pour démontrer aux travailleurs que la montée de la lutte doit entrainer non seulement l’organisation indépendante des prolétaires en masse en comités se fédérant mais aussi l’organisation de milices qui visent à prendre les armes, en se liant aux petits soldats et petits policiers appelés à se mutiner par le peuple travailleur.

Ils ont toujours considéré ces révolutions de l’extérieur (déjà en les estimant comme les révolutions du monde arabe et pas comme le début d’une vague mondiale qui allait toucher toutes les régions du monde, ce qu’ils étaient dès le début).

Ils se sont bien gardés d’analyser les racines mondiales d’une telle vague de révoltes et révolutions qui allaient toucher y compris des grands pays impérialistes comme USA, France et Royaume Uni. Ils n’ont pas dit que l’effondrement financier, économique et social mondial de 2007-2008 était à la base de cette vague de contestation. Tout comme ils n’ont pas dit que la pandémie covid avait servi pour éradiquer la lutte, autant que la répression violente de la contre-révolution.

La vague mondiale de luttes ne leur a rien appris parce qu’ils se sont pas mis à son école et ne sont pas intervenus comme porte-voix de cette révolution, comme représentants de celle-ci au sein du prolétariat.

Voici par exemple, un article de l’organisation Lutte ouvrière, qui, significativement, parle d’une révolution qui aurait pu prendre un tour révolutionnaire prolétarien en se démarquant sur l’aspiration démoncratique mais en se gardant de faire le moins du monde de référence à une politique de construction des soviets (ou comités ou conseils) de travailleurs des villes et des campagnes joints à des conseils de femmes, de jeunes, de petits soldats et petits policiers, pourtant la seule politique vraiment révolutionnaire et qui aurait permis aux travailleurs de créer un double pouvoir puis de chercher à prendre le pouvoir en cassant l’ancien, ce que Lutte ouvrière refuse de développer dans tous ses articles :

« Le mouvement de révolte des pays arabes
Le mouvement de contestation qui a touché à des degrés divers la majorité des pays arabes est un fait politique important. À certains égards, il s’agit d’un phénomène unique tant les différents pays concernés, qui parlent une même langue, partagent une histoire voisine et s’inter-influencent. Le caractère et la profondeur du mouvement varient cependant d’un pays à l’autre.
Dans le cas de la Tunisie et de l’Égypte, le mouvement est parti d’en bas et a mobilisé une partie importante de la population. La dictature de Ben Ali et celle de Moubarak pesaient sur la quasi-totalité de la population, la famille et le clan du dictateur mis à part. Elles pesaient essentiellement sur les classes pauvres, mais aussi dans une certaine mesure sur la petite bourgeoisie, sur ses couches inférieures, ses jeunes diplômés réduits au chômage, qui ont joué un rôle important dans les mouvements de révolte, comme sur l’ensemble de la petite bourgeoisie privée des libertés élémentaires. Elles pesaient même sur la bourgeoisie nationale dans la mesure où le clan au pouvoir mettait la main sur les meilleures affaires.
Exiger le départ de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Égypte a été une motivation puissante et un facteur d’unification des classes sociales aux intérêts différents, voire opposés.
L’exigence de liberté et l’exigence d’un régime démocratique, autre facteur d’unification, n’avaient cependant certainement pas le même contenu aux yeux de riches bourgeois des quartiers élégants du Caire, d’Alexandrie ou de Tunis, qu’aux yeux des ouvriers payés l’équivalent de 50 euros par mois ou des paysans déshérités.
La mobilisation populaire a été assez puissante pour que l’armée, c’est-à-dire la hiérarchie militaire, lâche Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Égypte. Elle l’a fait avec le consentement des puissances impérialistes tutélaires.
En Tunisie, l’impérialisme français, tuteur attitré de Ben Ali, s’accrochait un peu trop à son protégé, au risque de laisser le bénéfice de saluer la victoire de la « révolution tunisienne » aux dirigeants américains. Après avoir offert au dictateur en difficulté la compétence de sa police en matière de répression, le gouvernement français a bien dû se reconvertir, à son tour, en protecteur de la démocratie naissante, sous peine de perdre des positions au profit du rival américain et de rendre les choses plus difficiles pour les entreprises françaises implantées en Tunisie.
En Égypte, Moubarak, lui-même issu de la caste des officiers, pouvait espérer pouvoir compter sur la hiérarchie militaire, comme sur la solidité de la protection américaine, lui qui servait si fidèlement et depuis si longtemps la politique des États-Unis dans une région d’une importance stratégique vitale. Espoir déçu : l’état-major égyptien comme les dirigeants américains ont préféré lâcher le dictateur plutôt que de prendre le risque d’une radicalisation du mouvement populaire. Les États-Unis savaient que, Moubarak chassé, l’armée égyptienne qu’ils ont dressée, financée et dont ils ont formé les hauts gradés, continuerait à servir fidèlement les mêmes intérêts sociaux et politiques fondamentaux.
Malgré la puissance du mouvement aussi bien en Tunisie qu’en Égypte, capable de renverser des dictatures solides, nous ne savons pas si la situation aurait pu devenir révolutionnaire au sens prolétarien du terme. Les informations de l’époque ont fait état de la participation au mouvement de travailleurs dans les deux pays. En Tunisie, le départ de Ben Ali n’a pas arrêté l’effervescence. Le maintien en place des tenants de l’ancien régime a été un facteur de mobilisation. En même temps que se développait un mouvement contre des échelons locaux de l’appareil d’État, commissariats ou préfectures, des grèves éclataient dans nombre d’entreprises. En Égypte, où le prolétariat est relativement puissant, la chute de Moubarak a été accompagnée d’un mouvement de grèves autour des revendications salariales.
La politique des révolutionnaires communistes aurait consisté à prendre le contre-pied des discours sur la transition démocratique derrière lesquels se retrouvaient aussi bien les dirigeants du monde impérialiste que ceux des bourgeois contents de se débarrasser du clan Moubarak, ainsi que les petits bourgeois les plus radicaux. Cette transition démocratique n’avait pas d’autre objectif que de changer le mode de fonctionnement du sommet pour que rien ne change dans le pays.
La caricature de démocratie qu’est le multipartisme, des élections plus ou moins libres, un Parlement sans pouvoir, s’accommodent très bien de l’exploitation dans les usines, des bidonvilles, du chômage, de la grande misère des campagnes et du pillage des pays au profit du grand capital impérialiste.
Nombre de pays pauvres qui se prétendent des démocraties, à commencer par la plus ancienne et la plus grande dans le genre, l’Inde, montrent que les institutions parlementaires où l’on peut bavarder librement n’affectent pas le caractère autoritaire du régime ni l’arriération des rapports sociaux.
De plus, même ce parlementarisme des pays pauvres ne s’est pas établi en Égypte, qui continue à rester sous la loi des généraux, et il reste hypothétique en Tunisie.
À quelques jours des élections prévues en Tunisie, les premières depuis la fuite de Ben Ali, la démocratie se limite dans ce pays aux bavardages de politiciens visant une carrière parlementaire, à la montée des courants fondamentalistes réactionnaires qui mettent en cause les quelques aspects de la société tunisienne favorables à la situation des femmes, ainsi qu’aux balbutiements de la liberté de la presse. Rien d’important n’a cependant changé dans la situation des exploités qui, avec la consolidation de la situation politique, se heurtent à la même police que sous Ben Ali et, derrière la police, à la même armée.
En Égypte, la prétendue transition démocratique, non seulement n’a pas écarté l’armée du pouvoir, mais laisse le champ libre aux provocations visant à aggraver les tensions entre musulmans et coptes. L’armée peut, comme maintes fois dans le passé, jouer les uns contre les autres et réprimer des manifestations dans le sang.
Les communistes révolutionnaires auraient dénoncé, dès le début de la mobilisation populaire contre Moubarak, toute unité nationale comme un piège pour les masses exploitées, une façon d’endiguer leur colère avant qu’elles acquièrent la conscience qu’il ne suffisait pas de renverser une dictature pour assurer les droits et les libertés démocratiques pour les exploités. Ils auraient agi dès le début pour que le prolétariat s’organise autour de ses propres exigences et surtout sur la base d’une politique représentant ses intérêts de classe.
Ce n’est pas le lieu de développer ici ce qu’aurait dû être cette politique qui, à côté des revendications économiques concernant les salaires, l’emploi, aurait dû mettre en avant des objectifs politiques. Mais, en tête de ces objectifs aurait figuré la dislocation de l’armée, en opposant les soldats du rang issus des classes exploitées à la caste des officiers liés à la classe privilégiée et à l’impérialisme américain.
La vague de révoltes en Tunisie et en Égypte s’est traduite ici, dans l’émigration, par des clapotis, significatifs seulement de la politique des démocrates petits-bourgeois de ces pays. Par une réaction pour ainsi dire viscérale, le milieu des démocrates petits-bourgeois tunisiens a pris le contre-pied de l’idée même d’un éventuel développement prolétarien. Leur maître mot était l’unité nationale contre le dictateur déchu et il était sacrilège non seulement de s’en prendre à l’armée, mais même de la critiquer.
Huit mois après le départ de Moubarak, nous ne pouvons que reprendre, sans y changer grand-chose, ce que nous avons écrit alors (Lutte Ouvrière n° 2220 du 18 février 2011) :
« Ni en Tunisie ni en Égypte, le nouveau régime ne répond et ne répondra dans l’avenir à la question : comment assurer le pain aux plus pauvres, mais il ne leur assurera même pas les libertés et les droits démocratiques. Dans les libertés concédées, il y a peut-être celle d’élire un Parlement qui donnera un vernis démocratique pour dissimuler le fait que les classes exploitées continueront à être livrées aux policiers - les mêmes qu’avant -, aux militaires - les mêmes qu’avant -, aux autorités locales - les mêmes qu’avant. L’intelligentsia pourra peut-être lire quelques ouvrages de Naguib Mahfouz interdits d’édition jusqu’à présent - et c’est tant mieux ! Mais que signifiera cette liberté-là pour la majorité des exploités dont le problème est le pain quotidien et dont beaucoup, d’ailleurs, ne savent pas lire ?
Même pour avoir droit à un minimum de libertés, les classes exploitées doivent l’imposer et se donner les moyens pour cela.
Nous ne savons pas grand-chose de l’ampleur de la révolte sociale, ni de la détermination des ouvriers grévistes, ni de celle des paysans pauvres dont certaines informations font état de la révolte. Peut-être ont-ils assez d’énergie pour continuer, même maintenant que la petite bourgeoisie anti-Moubarak se retire ? Peut-être qu’il se trouvera, même au sein de cette dernière, des femmes et des hommes qui ne se contentent pas du départ du dictateur pour crier « On a gagné ! », mais qui feront l’effort de réfléchir ? Et, peut-être, de comprendre que l’exploitation poussée à l’extrême, que l’oppression sociale au profit aussi bien de la bourgeoisie locale que des profiteurs agglutinés autour de l’armée et de la bourgeoisie impérialiste, ne laissent pas beaucoup de place aux libertés démocratiques, pas même pour eux.
Cette transition démocratique, saluée aussi bien par les petits bourgeois libéraux en tout genre que, hypocritement il est vrai, par les têtes pensantes de l’impérialisme, n’est destinée qu’à stabiliser la situation, à faire taire la contestation politique, avant que les masses exploitées y soient entraînées massivement, avant qu’elles commencent à se battre pour leurs intérêts de classe.
Mais là encore, une fois entrés dans la lutte, les exploités se battant pour leurs propres intérêts peuvent apprendre, et apprendre très vite. Alors, on pourra parler d’espoir et se réjouir sans réserve de la révolution égyptienne en marche ! »
Les déclamations des dirigeants des puissances impérialistes saluant les révolutions arabes après la chute de Ben Ali et de Moubarak ne les ont pas empêchés d’apporter leur soutien à quelques dictateurs du Moyen-Orient au moins aussi infâmes. Au Bahreïn, l’émir a pu, avec l’aide de soldats saoudiens, noyer la contestation dans le sang sans déclencher de protestations en Occident.
À plus forte raison, il n’est pas question pour l’impérialisme de s’en prendre, ne fût-ce qu’oralement, au régime d’Arabie saoudite qui, en plus d’être une dictature, impose des structures sociales archaïques et une oppression moyen¬âgeuse sur les femmes.
Si, dans le cas de la Tunisie et de l’Égypte, on pouvait parler de possibilités de développement révolutionnaire, cela n’a pas été le cas en Libye où, dès leurs débuts, les affrontements étaient orientés vers les aspects tribaux. Instruites par le développement de la révolte en Tunisie et en Égypte, les puissances impérialistes sont aussitôt intervenues pour favoriser la mise en place d’un appareil d’État susceptible de se substituer à celui de Kadhafi. Le Conseil national de transition (CNT), hâtivement mis en place autour de quelques sous-fifres de Kadhafi qui ont retourné leur veste, comme son ancien ministre de la Justice, Moustafa Abdel Jalil, et le général Abdelfattah Younès, son ancien ministre de l’Intérieur, flanqués de quelques revenants de l’émigration et, pour faire bonne figure, de quelques islamistes, sert à cela.
Il y a au moins un grain de vérité dans l’hypocrite affirmation des dirigeants français pour justifier leur intervention : sans l’intervention de l’aviation occidentale, la ville rebelle de Benghazi aurait été facilement prise par les troupes de Kadhafi. Que l’on compare la facilité avec laquelle les troupes de Kadhafi étaient en train de reconquérir Benghazi avant l’intervention des avions de l’OTAN, avec les difficultés des troupes du Conseil national de transition pour prendre Syrte. En réalité, ce que l’aviation occidentale voulait sauver, c’est surtout l’équipe de rechange susceptible de prendre la place de Kadhafi.
La situation est loin d’être stabilisée en Libye. À l’heure où nous écrivons, Kadhafi se trouve encore dans le pays où aucune des évolutions qui se dessinent entre une partition du pays ou une prise du pouvoir par les islamistes n’est favorable aux classes exploitées. Et le déchaînement de la chasse aux immigrés venus d’Afrique noire, sous prétexte que Kadhafi avait parmi ses mercenaires des Africains du sud du Sahara, augure mal de l’évolution ultérieure du pays.
La guerre aérienne des puissances impérialistes aura donc servi aux deux puissances impérialistes les plus en pointe, la France et la Grande-Bretagne, à placer des contrats pour leurs trusts intéressés par le pétrole ou par la reconstruction de ce que les avions occidentaux ont détruit, sans parler de la publicité pour les avions Dassault.
Accessoirement, cette guerre a permis à ¬Sarkozy et à Cameron de se faire applaudir en Libye, chose bien plus difficile pour eux dans leurs pays respectifs.
Il est à rappeler que le Parti socialiste qui joue à l’opposant a pleinement soutenu l’aventure guerrière de Sarkozy. En matière de politique impérialiste agressive, la bourgeoisie peut compter sur le PS. Quant à Mélenchon, il s’est souvenu de sa formation à l’intérieur de ce parti pour adopter fondamentalement la même position de va-t-en-guerre, avant de faire marche arrière.
La guerre en Libye, pour être limitée, n’en est pas moins une guerre impérialiste.
En Syrie, la poursuite des manifestations malgré la violence de la répression montre la détermination d’une partie au moins de la population à se débarrasser de la dictature. Assad a cependant d’autant plus de raison de s’accrocher au pouvoir que les puissances impérialistes, tout en faisant des déclarations à l’ONU, répètent aussi qu’elles n’ont pas l’intention de s’en mêler.
L’attitude de la Russie et de la Chine, alliées d’Assad, et leur droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU servent d’alibi commode aux puissances occidentales pour que les déclarations à l’ONU ne se transforment pas en résolutions. Le régime des Assad père et fils est devenu au fil du temps un facteur de stabilisation au Moyen-Orient. Les puissances impérialistes ont su s’en servir dans le passé contre le mouvement populaire au Liban, où l’armée syrienne est tout de même restée trente ans à jouer les gendarmes avant d’être priée de retourner en Syrie.
Moubarak tombé, les puissances impérialistes ne tiennent pas à déstabiliser le régime d’Assad, tout en prenant cependant leurs précautions, en patronnant, dans l’émigration, des hommes politiques susceptibles de prendre la relève dans le cas où la résistance deviendrait assez puissante pour se débarrasser d’Assad.
Contrairement à l’Égypte cependant, la révolte du début est en train de se transformer en guerre entre des forces armées opposées. À cet égard, les déserteurs de l’armée syrienne qui ont basculé dans l’opposition donnent du fil à retordre à l’armée syrienne, mais offrent aussi à l’impérialisme une carte supplémentaire au cas où la répression d’Assad ne suffirait pas pour arrêter les manifestations et où, le dictateur tombé, il serait nécessaire de remettre en fonction l’appareil d’État autour d’un axe qui passerait pour moins compromis avec le régime d’Assad et la répression. Il est par ailleurs difficile de mesurer d’ici le rôle des clivages religieux qui constituent un autre moyen de canaliser la révolte dans un sens qui ne soit pas menaçant pour l’impérialisme.
Il n’est pas dit que le mouvement, déclenché par l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi en Tunisie le 4 janvier, soit allé jusqu’au bout de ses possibilités. Pas seulement parce que, en Syrie mais aussi au Yémen, la contestation n’est pas terminée même si les tentatives pour la canaliser vers des affrontements entre appareils armés se poursuivent. Mais le Maroc ou l’Algérie, avec leur prolétariat relativement nombreux, sont de leur côté touchés par une effervescence qui se situe d’emblée sur le terrain social. Si les vagues de la révolte contre la dictature dans d’autres pays arabes continuent, leur exemple peut être un encouragement pour les masses pauvres de ces deux pays, qu’il serait plus difficile de contenter par la promesse d’une transition démocratique.
À part certaines monarchies pétrolières riches, où la classe dominante peut d’autant plus facilement acheter la paix sociale que la classe exploitée est constituée pour une large part de travailleurs immigrés sans droits et expulsables, les pays arabes constituent une poudrière.
Il n’est pas illusoire d’espérer que, dans ces pays qui semblaient si solidement tenus auparavant par leurs dictateurs respectifs, ne se lève une nouvelle génération qui apprenne de l’expérience des luttes en cours, qui refuse l’islamisme réactionnaire comme antidote aux dictatures, et qui ne se contente pas non plus d’avoir pour seule perspective la démocratie parlementaire.
Même dans les pays bourgeois développés, cette démocratie parlementaire est devenue la caricature d’elle-même. Et même cette caricature n’est pas à la portée des pays sous-développés, comme le sont la plupart des pays arabes.
Moderniser ces pays, ce n’est pas seulement se débarrasser de leurs dictateurs, mais c’est aussi se débarrasser des classes privilégiées dominantes liées à l’impérialisme et de toutes les arriérations sociales et politiques sur lesquelles repose leur pouvoir. »

https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-article-situation-internationale-19782.html

Articles de LO (Lutte ouvrière) :

https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-article-situation-internationale-19782.html

https://www.lutte-ouvriere.org/clt/documents-archives-cercle-leon-trotsky-article-l-egypte-entre-deux-dictatures-et.html

https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/2021-02-03-janvier-fevrier-2011-les-printemps-arabes-et-leurs-braises-non-eteintes_154439.html

https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/2011-02-02-apres-ben-ali-moubarak-menace-de-tomber-quelle-politique-pour-les-classes-exploitees_24091.html

https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/2011-02-02-tunisie-egypte-les-exploites-ont-lutter-pour-leurs-propres-interets_24071.html

https://www.lutte-ouvriere.org/clt/documents-archives-cercle-leon-trotsky-article-aux-origines-lointaines-et-proches-14843.html

https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-article-syrie-la-population-prise-au-piege.html

Caricature : pour LO, il a juste manqué un parti…

https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2022-12-10-combativite-des-masses-et-direction-revolutionnaire_450521.html

Jugez à quel point la vague des révolutions n’est pas un point central des analyses de Lutte Ouvrière dans la période 2011-2012…

https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/archives.html#

La spécialité de LO est de noyer la question dans une immense rétrospective historique dont les conclusions politiques et sociales sont aussi petites et pauvres que le texte est grand :

https://www.lutte-ouvriere.org/clt/documents-archives-cercle-leon-trotsky-article-aux-origines-lointaines-et-proches-14843.html

PCR (parti communiste révolutionnaire)

https://www.marxiste.org/du-sri-lanka-au-nepal-lecons-dune-vague-revolutionnaire

CCI (gauche communiste)

https://fr.internationalism.org/icconline/2011/comprendre_la_periode_une_analyse_sur_la_classe_et_sur_les_evenements_dans_le_monde_arabe.html

NPA (ses diverses versions)

https://npa-lanticapitaliste.org/node/24319

https://inprecor.fr/theses-sur-le-printemps-arabe

https://npa-lanticapitaliste.org/actualite/international/vive-la-revolution-syrienne-construire-la-solidarite-internationale

RP (Révolution permanente)

https://www.revolutionpermanente.fr/La-theorie-de-la-revolution-permanente-et-les-processus-revolutionnaires-dans-le-monde-arabe-32240

https://www.revolutionpermanente.fr/Egypte-Deux-ans-apres-le-renversement-de-Morsi-par-le-marechal-al-Sissi

https://www.revolutionpermanente.fr/Egypte-A-sept-ans-de-la-chute-de-Hosni-Moubarak

https://www.revolutionpermanente.fr/Revolte-en-Tunisie-10-ans-apres-la-revolution-la-jeunesse-brave-le-couvre-feu-et-la-repression

POI (Parti ouvrier indépendant)

https://infos-ouvrieres.fr/2025/09/06/2011-tunisie-egypte-la-revolution-proletarienne/

GR (gauche révolutionnaire)

https://www.gaucherevolutionnaire.fr/tunisie-trois-ans-apres-la-chute-de-ben-ali-la-revolution-continue/

GCI (gauche communiste) et TCI

https://fractioncommuniste.org/fra/bci11/bci11_3.php

CCI (gauche communiste)

https://fr.internationalism.org/rint145/que_se_passe_t_il_au_moyen_orient.html

Voici les leçons que nous avons tiré des événements pendant et après…

La Voix des Travailleurs (notre point de vue)

https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique193

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2007

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1893

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1903

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1915

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1932

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1956

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2668

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article507

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8166

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7640

https://www.matierevolution.org/spip.php?article6426

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1842

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1881

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1892

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1891

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1886

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1835

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5638

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1923

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1929

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2635

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1900

https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve398

https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve459

Pour conclure :

Quelles forces ont dissuadé la classe ouvrière d’intervenir avec son poids, ses forces, ses méthodes d’action, ses perspectives propres sur le terrain social et politique des révoltes et révolutions, quels syndicats, quels partis, par quelles méthodes, par quelles fausses perspectives, par quelles fausses directives, quelles fausses revendications, quel faux programme, ne comptez pas sur ces groupes dits révolutionnaires pour l’expliquer en détail. Ils se contentent de disserter sur les limites de la démocratie en général, alors qu’il faudrait discuter sérieusement des méthodes démocratiques propres au prolétariat, c’est-à-dire les assemblées générales décisionnelles, qui décident non seulement des revendications, des méthodes d’action, du programme, des perspectives mais aussi de toutes les décisions nécessaires à l’ensemble de la société et au pouvoir politique, au pouvoir d’Etat, c’est-à-dire qui décident finalement de contrôler le pouvoir de la bourgeoisie puis de le démolir.

Loin de dire aux travailleurs de France : « c’est votre lutte qui commence en Egypte, en Tunisie, au Soudan, etc. », ils ont dit que « la situation du monde arabe n’est pas la même, qu’elle est particulière, que ce sont des dictatures, que le peuple souhaite la démocratie même s’il ne l’aura pas, etc. »
Loin de dire aux travailleurs de France : « les dictateurs de ces pays ne tiendraient pas s’ils n’étaient soutenus par les impérialismes dont le nôtre et c’est notre responsabilité si rien n’est fait pour empêcher l’impérialisme de soutenir ces dictatures. Et ce sont les appareils réformistes, de gauche, qui en sont les responsables. », ils ont fait comme si ces dictatures locales n’avaient comme adversaires que le peuple travailleur du pays et qu’eux n’avaient aucune responsabilité dans les défaites, les échecs, les répressions.

Loin de dire aux travailleurs de France : « les faux amis que vous voyez là-bas sont les mêmes que ceux d’ici », ils n’en ont pas parlé du tout.

Les « gauches » de ces pays, en particulier les syndicats, ont discrédité les aspirations révolutionnaires des travailleurs, les ont isolées, les ont dénoncées, les ont combattues de mille manières, ont négocié avec l’ennemi, ont empêché la liaison avec les petits soldats, les petits policiers, ont empêché le prolétariat de dissoudre, de démoraliser l’armée et la police, ont donné de faux objectifs, de faux modes d’organisation, de fausses perspectives et ces adversaires de gauche sont les mêmes qui font la même chose ici dans les mouvements de la base du peuple travailleur. Et les groupes de la fausse extrême gauche qui les cautionnent ici ne risquaient pas de les combattre quand ils agissaient dans d’autres pays.

Les appareils réformistes et opportunistes sont la plaie, les mouchards, les menteurs, les bluffeurs, les démagogues, les baratineurs, les faux lutteurs, les faux radicaux, les faux amis des travailleurs. Les démasquer, c’est la première moitié de la tâche des vrais révolutionnaires et ceux qui s’y refusent indiquent ici de quel côté ils se placeront dans les luttes de demain…

Pour lire en guise de conclusion :

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2668

Voici un exemple remarquable :

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7581

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.