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En Ariège comme ailleurs, contre la mort programmée des petits paysans, vive la révolte !

dimanche 14 décembre 2025, par Karob, Robert Paris

En Ariège, un exemple de la manière de sacrifier les petis paysans

En Ariège, l’État a déployé des centaines de gendarmes/CRS pour imposer l’abattage d’un troupeau au nom de la « politique sanitaire ». Mais derrière le sanitaire, il y a la logique froide du capital : protéger le statut commercial « indemne », préserver les flux, sécuriser l’export — et faire payer la casse aux petits.

Depuis la crise de valorisation ouverte en 2007-2008, le grand capital compresse tout : il concentre la terre, industrialise l’agriculture, transforme la paysannerie en variable d’ajustement.

Contre cette guerre sociale menée sous uniforme, une riposte s’impose : comités de petits paysans, fermiers et ouvriers agricoles, organisés localement, pour diriger la lutte, imposer la transparence foncière, bloquer les chaînes agro-industrielles, et reprendre collectivement la main sur les choix agricoles.

Ariège, abattage et matraque : la crise de valorisation exécute la paysannerie

Ce qui s’est joué à Bordes-sur-Arize n’est ni un accident, ni une erreur de gestion, ni un excès ponctuel de l’État. C’est une séquence parfaitement cohérente avec la phase actuelle du capitalisme. Une décision descend de l’appareil d’État, adossée à un cadre réglementaire verrouillé, et s’impose par la force lorsque les producteurs refusent de s’y soumettre. La police ne vient pas “maintenir l’ordre” : elle vient garantir l’exécution d’une décision économique.

Cette scène dit une chose simple : quand la valorisation est menacée, la paysannerie devient sacrifiable.

1) Depuis 2007, la logique est celle de la purge productive

La crise ouverte en 2007-2008 n’a jamais été surmontée. Elle a transformé durablement le fonctionnement du capitalisme mondial. L’objectif n’est plus l’expansion, mais la sécurisation : sécuriser les débouchés, les normes, les chaînes logistiques, la circulation des marchandises. Dans ce cadre, toute forme de production jugée instable, hétérogène ou insuffisamment capitalisée devient un problème à traiter.

L’agriculture est l’un des secteurs où cette logique s’exprime avec le plus de brutalité. La disparition continue des exploitations, l’agrandissement des surfaces, la concentration du travail et du foncier ne sont pas des dérives : ce sont des mécanismes de sélection. La petite paysannerie n’est pas en difficulté parce qu’elle serait “mal adaptée” ; elle est éliminée parce qu’elle entrave la standardisation nécessaire à la valorisation.

La crise sanitaire n’introduit rien de nouveau. Elle accélère, elle légitime, elle exécute.

2) Le sanitaire comme langage de commandement

La “politique sanitaire” est présentée comme une nécessité scientifique neutre. En réalité, elle fonctionne comme un régime d’exception permanent, permettant de trancher vite, partout, sans discussion. Catégorisation des maladies, éradication immédiate, périmètres, interdictions de mouvement : ce dispositif ne vise pas d’abord à protéger les producteurs, mais à empêcher toute perturbation durable de la circulation marchande.

Le lien est explicite : perdre un statut sanitaire, c’est perdre des marchés. Dans une économie agricole dépendante de l’export et insérée dans une concurrence internationale féroce, ce risque est jugé inacceptable. Le choix est donc fait en amont : mieux vaut détruire des troupeaux et des exploitations que fragiliser la position commerciale globale.

La science n’est pas niée ; elle est subordonnée. Elle devient l’argument technique d’une décision déjà prise au nom de la valorisation.

3) L’État n’arbitre pas : il garantit la valorisation

Dans cette séquence, l’État n’est pas un médiateur entre producteurs et expertise. Il agit comme garant de la continuité du capital. Le préfet, le ministère, puis les forces de l’ordre déroulent une chaîne de commandement conçue pour qu’aucune résistance matérielle ne bloque l’exécution.

La présence de CRS, de blindés et de grenades n’est pas un débordement. Elle est la preuve que la décision est socialement inacceptable et qu’elle doit être imposée. La violence n’est pas accidentelle : elle est fonctionnelle.

4) Terre, propriété et classes agricoles : la base matérielle du conflit

La question foncière est centrale. La terre se concentre, se patrimonialise, se loge dans des montages sociétaires qui éloignent l’outil de production de celles et ceux qui travaillent. Le fermage domine, la propriété se dissocie de l’activité, la terre devient actif.

Ce mouvement restructure profondément le monde agricole en classes distinctes :

  des structures capitalisées, intégrées à l’agro-business ;

  des fermiers dépendants du foncier, du crédit et des normes ;

  des ouvriers agricoles, permanents ou saisonniers, surexploités et invisibilisés ;

  et une petite paysannerie en voie de disparition, écrasée par l’inégalité d’accès à la terre et au capital.

Parler d’“unité paysanne” sans voir ces rapports de classe revient à désarmer politiquement la lutte.

5) Ariège : un cas d’école

À Bordes-sur-Arize, une famille est brisée, un troupeau est abattu, une région s’embrase. Les blocages se multiplient, les lycées agricoles entrent dans la lutte, la colère s’étend. Cela montre une chose : la base matérielle refuse la hiérarchie des priorités imposée. La réponse de l’État — répression, sécurisation, poursuite de l’abattage — confirme le diagnostic : quand les flux sont en jeu, la contestation n’a pas droit de cité.

6) Pourquoi les réponses existantes ne sont pas à la hauteur

Face à cette situation, plusieurs forces prétendent incarner une alternative. Aucune ne répond au niveau réel du problème.

Les Soulèvements de la Terre parlent de la terre comme d’un objet à défendre, jamais comme d’un rapport social de production. Leur écologie est hors travail réel, hors classe, hors pouvoir. Ils contestent des usages, mais pas l’instance qui décide de ces usages. Leur radicalité d’action masque une absence de perspective de gestion collective de la production.

La Coordination rurale capte une colère légitime, mais la détourne vers une impasse réactionnaire. Elle dénonce l’État et les normes, sans jamais remettre en cause la logique concurrentielle et la valorisation capitaliste qui détruisent les petits producteurs. Elle gomme les différences de classe au sein du monde agricole et défend, sous couvert d’unité, les intérêts des plus forts.

La Confédération paysanne identifie correctement la concentration et la violence du modèle agro-industriel, mais reste enfermée dans un syndicalisme de négociation. Elle croit encore à l’aménagement des normes et à la concertation, là où l’Ariège montre que quand l’État a décidé, il ne négocie pas. Elle défend ce qui disparaît, sans construire l’organe capable d’en inverser le cours.

Ces trois courants ont un point commun décisif : ils évitent la question du pouvoir sur la production.

7) Sortir du piège : ni l’État, ni ses normes

Le piège idéologique consiste à imposer une alternative factice : accepter la norme ou nier la maladie. Cette alternative est mensongère. Il est possible de protéger les animaux et les producteurs sans transformer chaque crise en opération de purge sociale. Ce qui l’empêche, ce n’est pas la science ; c’est la subordination totale de l’agriculture à la valorisation.

Il ne s’agit donc pas d’améliorer les procédures, mais de rompre avec la hiérarchie actuelle des priorités.

8) Comités de paysans, fermiers et ouvriers agricoles : reprendre le contrôle

La seule issue réaliste passe par l’auto-organisation. Des comités de petits paysans, de fermiers et d’ouvriers agricoles, ouverts à la population, doivent se constituer partout où la production est menacée. Leur rôle n’est pas consultatif. Il est dirigeant.

Ces comités doivent :

 organiser la lutte et le rapport de force ;

  contrôler collectivement les décisions sanitaires, les tests, les calendriers et les indemnisations ;

  décider des modalités de production et de protection en fonction des besoins réels ;

  lier la production agricole aux besoins de la population (alimentation, prix, accès) ;

  bloquer les chaînes agro-industrielles lorsque celles-ci servent à liquider les producteurs.

Il s’agit de se passer de l’État et de ses normes, qui ne servent que les intérêts du grand capital, et de poser un autre principe : la production agricole contrôlée par celles et ceux qui produisent, en lien direct avec la population, hors export, hors concurrence destructrice, hors valorisation.

Ce que révèle l’Ariège, c’est que toute attente envers une “bonne décision” venue d’en haut est une illusion. La seule perspective sérieuse est celle d’un pouvoir collectif des producteurs et des ouvriers agricoles sur la terre, la production et les choix sanitaires. C’est là que commence une agriculture libérée de la logique du capital.

S’il y a un soulèvement, il ne faudra pas être étonné !

https://www.franceinfo.fr/economie/crise/blocus-des-agriculteurs/reportage-s-il-y-a-un-soulevement-il-ne-faudra-pas-etre-etonne-dans-le-gers-les-abattages-lies-a-la-dermatose-nodulaire-ravivent-la-colere-des-agriculteurs_7675540.html

La mort programmée des petits paysans

Vont-ils finir d’exterminer les petits paysans des campagnes ?

https://www.francebleu.fr/infos/societe/le-mouvement-citoyen-terre-de-liens-alerte-40-000-fermes-de-petite-taille-ont-disparu-en-trois-ans-4328795

https://rmc.bfmtv.com/actualites/economie/travail/la-disparition-des-petites-fermes-francaises-s-accelere-plus-de-40-000-en-trois-ans_AV-202511180748.html

https://www.lemonde.fr/planete/video/2025/02/27/ne-pas-publier-les-agriculteurs-vont-ils-disparaitre_6567365_3244.html

https://www.youtube.com/watch?v=Pzd-SoSXxq4

https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/en-2050-y-aura-t-il-encore-des-agriculteurs-en-france-7900545449

https://basta.media/De-moins-en-moins-de-fermes-de-plus-en-plus-grandes-et-le-Mercosur-n-arrange-rien

Les grandes exploitations progressent (+ 3,4 %) entre 2010 et 2020, constituant désormais 1 exploitation sur 5.

https://www.inrae.fr/dossiers/quels-agriculteurs-quelles-agricultures-demain/renouveler-generations

https://www.reussir.fr/des-fermes-toujours-plus-grandes-des-elevages-en-baisse-recours-accru-des-salaries-quelle-est-la

https://www.courrierinternational.com/grand-format/infographie-en-europe-les-grosses-exploitations-agricoles-se-taillent-la-part-du-lion

En 1997, déjà, on se demandait si les petits paysans allaient disparaitre…

https://www.youtube.com/watch?v=VpDIvo9HCus

L’expropriation de la population campagnarde, première étape du capitalisme en Angleterre

https://www.matierevolution.org/spip.php?article7620

La répression des révolutions paysannes

https://www.lalsace.fr/societe/2025/10/11/comment-l-armee-du-duc-antoine-a-etouffe-la-guerre-des-paysans-dans-un-bain-de-sang

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/00/fe1850.htm

Les paysans sont victimes de l’industrie agroalimentaire, des grandes surfaces, des banques et de l’industrie chimique !

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3754

Quelles perspectives pour les petits paysans ? S’allier aux prolétaires et au peuple travailleur des villes contre le grand capital des villes et des campagnes !

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8024

Le prolétariat et les paysans, selon Marx

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum9.htm

Le prolétariat et les paysans, selon Lénine

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/01/3-co-so/vil19180101.htm

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171118.htm

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171105b.htm

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/coexsodp/vil19171103.htm

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/01/vil19200104.htm

Le Prolétariat et les paysans, selon Trotsky

https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr03.htm

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/04/lt19220422.htm

https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr03.htm

https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr39.htm

Le prolétariat et les paysans selon Zinoviev

https://www.marxists.org/francais/zinoviev/works/1925/03/paysans%201925.pdf

Le prolétariat et les paysans, aujourd’hui

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7628

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8024

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3754

La question agricole et les communautés agricole : la collectivisation de la terre !

L’alliance des ouvriers et des paysans

L’ouvrier agricole est, au village, le frère d’armes et l’équivalent de l’ouvrier de l’industrie. Ils constituent deux parties d’une seule et même classe. Leurs intérêts sont inséparables. Le programme des revendications transitoires des ouvriers industriels est aussi, avec tels ou tels changements, le programme du prolétariat agricole.

Les paysans (fermiers) représentent une autre classe : c’est la petitébourgeoisie du village. La petitébourgeoisie se compose de couches diverses, depuis les semi-prolétaires jusqu’aux exploiteurs. C’est pourquoi la tâche politique du prolétariat indutriel consiste à faire pénétrer la lutte des classes au village : c’est seulement ainsi qu’il pourra séparer ses alliés de ses ennemis.

Les particularités du développement national de chaque pays trouvent leur expression la plus aiguë dans la situation des paysans et partiellement de la petitébourgeoisie citadine (artisans et commerçants), car ces classes, pour nombreux que soient ceux qui y appartiennent, représentent au fond des survivances de formes pré-capitalistes de production. Les sections de la IV° Internationale doivent, sous la forme la plus concrète possible, élaborer des programmes de revendications transitoires pour les paysans (fermiers) et la petitébourgeoisie citadine, correspondant aux conditions de chaque pays. Les ouvriers avancés doivent apprendre à donner des réponses claires et concrètes aux questions de leurs futurs alliés.

Tant que le paysan reste un petit producteur "indépendant", il a besoin de crédit à bon marché, de prix accessibles pour les machines agricoles et les engrais, de conditions favorables de transport et d’une organisation honnête d’écoulement des produits agricoles. Cependant, les banques, les trusts, les négociants pillent le paysan de tous côtés. Seuls, les paysans eux-mêmes peuvent réprimer ce pillage, avec l’aide des ouvriers. Il est nécessaire qu’entrent en scène des COMITÉS DE PETITS FERMIERS qui, en commun avec les comités ouvriers et les comités d’employés de banque, doivent prendre en main le contrôle des opérations de transport, de crédit et de commerce qui intéressent l’agriculture.

Le programme de NATIONALISATION DE LA TERRE et de COLLECTIVISATION DE L’AGRICULTURE doit être élaboré de façon à exclure radicalement l’idée de l’expropriation des petits paysans ou de leur collectivisation forcée. Le paysan restera le propriétaire de son lot de terre tant qu’il le trouvera lui-même nécessaire et possible. Pour réhabiliter aux yeux des paysans le programme socialiste, il faut dénoncer impitoyablement les méthodes staliniennes de collectivisation, dictées par les intérêts de la bureaucratie et non par les intérêts des paysans et des ouvriers.

L’expropriation des expropriateurs ne signifie pas non plus la confiscation forcée de la propriété des PETITS ARTISANS et des PETITS BOUTIQUIERS. Au contraire, le contrôle ouvrier sur les banques et les trusts, à plus forte raison la nationalisation de ces entreprises, peut créer pour la petite bourgeoisie citadine des conditions de crédit, d’achat et de vente incomparablement plus favorables que sous la domination illimitée des monopoles. La dépendance envers le capital privé fera place à la dépendance envers l’État, qui sera d’autant plus attentif pour ses petits collaborateurs et agents que les travailleurs eux-mêmes tiendront plus fermement l’État dans leurs mains.

La participation pratique des paysans exploités au contrôle des divers domaines de l’économie permettra aux paysans eux-mêmes de décider sur la question de savoir s’il convient ou non de passer au travail collectif de la terre, dans quels délais et à quelle échelle. Les ouvriers de l’industrie s’engagent à apporter dans cette voie toute leur collaboration aux paysans : par l’intermédiaire des syndicats, des comités d’usine et, surtout, du gouvernement ouvrier et paysan.

L’alliance que le prolétariat propose, non pas aux "classes moyennes" en général, mais aux couches exploitées de la ville et du village, contre tous les exploiteurs, y compris les exploiteurs "moyens", ne peut être fondée sur la contrainte, mais seulement sur un accord volontaire, qui doit être consolidé dans un "pacte" spécial. Ce "pacte", c’est précisément le programme des revendications transitoires, librement accepté par les deux parties.


Quand le casque tombe : formez vos comités

En Ariège, des gendarmes ont retiré leur casque face aux paysans. Le geste a frappé, à juste titre. Il dit une chose simple : l’obéissance n’est jamais totalement mécanique. Mais il faut être clair : ce geste n’a de portée politique que s’il est organisé, généralisé, assumé collectivement. Sans cela, il reste une parenthèse que l’État referme.

L’histoire l’enseigne sans ambiguïté.

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La leçon oubliée de la Révolution française

En 1789-1793, la rupture ne s’est pas faite par la compassion des soldats, mais par la politisation du rang.
La Garde nationale ne fut pas une simple force d’ordre populaire : elle reposait sur un principe explosif pour l’Ancien Régime — l’élection des gradés.

Les armes n’étaient plus aux mains d’un corps séparé obéissant à la Cour, mais d’hommes armés insérés dans le peuple, contrôlant leurs chefs, discutant les ordres, refusant de tirer sur ceux dont ils partageaient la condition.

C’est cela qui a fait basculer le rapport de forces.
Pas la morale. L’organisation.

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Retirer le casque n’est pas désobéir

Aujourd’hui, policiers, gendarmes, militaires du rang peuvent hésiter. Ils peuvent reconnaître en face d’eux des travailleurs, des paysans, des familles. Mais tant qu’ils restent isolés, tant qu’ils n’ont aucun organe collectif, ils n’ont aucune alternative matérielle à l’obéissance.

L’État le sait. C’est pourquoi il tolère parfois l’hésitation individuelle, mais écrase toute tentative d’organisation autonome du rang.

La question n’est donc pas :
« êtes-vous d’accord avec l’ordre ? »
La question est : à qui obéissez-vous collectivement ?

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Former des comités du rang : une nécessité politique

Face à un État qui frappe pour le capital, il n’existe qu’une issue historique :
la formation de comités de soldats du rang, de policiers du rang, de gendarmes du rang.

Des comités :

élus par la base,

révocables,

indépendants de la hiérarchie,

discutant collectivement des ordres,

refusant la répression contre la population laborieuse,

se coordonnant entre unités et territoires.

Comme hier, il ne s’agit pas de désarmer le peuple, mais de désarmer l’État bourgeois de son monopole sur la force.

Formez vos bataillons.
Formez vos comités.

Ce n’est pas une métaphore. C’est une consigne politique.

— -

Mais cela n’a de sens que si le peuple s’organise lui-même

Aucun comité du rang ne tiendra s’il n’existe pas en face des comités de producteurs et de travailleurs.

Paysans, ouvriers agricoles, salariés, habitants :
formez vos propres comités.

Des comités :

pour diriger les luttes,

pour décider collectivement,

pour contrôler la production,

pour bloquer ce qui doit l’être,

pour imposer d’autres priorités que celles du capital.

Sans organisation du peuple, les forces du rang restent prisonnières de l’État.
Sans organisation du rang, les comités populaires restent exposés à la répression.

— -

La question est posée

L’Ariège a montré une chose : l’ordre bourgeois n’est pas accepté sans tension, même dans ses propres rangs.
Mais l’histoire tranche toujours de la même manière :

Sans comités, le casque se remet.

Avec des comités, l’ordre vacille.

La Révolution française l’a prouvé.

Le bolchevisme l’a systématisé.

La tâche est devant nous :
organiser le peuple, organiser le rang, briser l’obéissance de classe à l’État du capital.

Le reste n’est que commentaire.

Dermatose nodulaire contagieuse : quand le capital sacrifie la paysannerie

Normes sanitaires, abattage et violence d’État

Les médias, l’État et les autorités vétérinaires martèlent qu’« il n’y a pas d’alternative » face à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), et que l’abattage total s’impose au nom de la science et des normes internationales. Cette affirmation est à la fois vraie et fausse. Vraie dans le cadre du système économique existant. Fausse dès lors que l’on interroge la nature réelle de ces normes et les intérêts matériels qu’elles servent.

Il est exact que les mesures d’abattage massif s’appuient sur le Code sanitaire des animaux terrestres de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA, ex-OIE), repris par la réglementation européenne, seule compétente en matière vétérinaire dans les 27 États membres. Mais ces normes ne sont pas des normes sanitaires au sens de la protection du vivant. Ce sont des normes commerciales.

L’OMSA définit explicitement son code comme un ensemble de règles destinées à garantir un commerce international « sûr » des animaux et de leurs produits. Elle fait partie, avec le Codex Alimentarius et la Convention internationale pour la protection des végétaux, des trois organisations reconnues par l’Organisation mondiale du commerce pour encadrer les échanges. Leur fonction n’est pas de protéger prioritairement la santé animale ou humaine, mais de fixer les conditions minimales permettant de limiter les entraves au libre-échange sans créer de distorsions de concurrence.

Le sanitaire n’est donc pas une fin. C’est un langage de régulation du marché mondial.

Une crise économique avant d’être sanitaire

La DNC ne révèle pas une défaillance de la science vétérinaire, mais l’organisation économique de l’élevage bovin en France. Deux modèles productifs coexistent, sans être équivalents.

Le modèle dominant repose sur l’élevage de jeunes bovins (broutards) exportés massivement vers l’Italie pour y être engraissés et abattus. Ce marché représente plus d’un milliard d’euros par an. Il concerne des exploitations fortement capitalisées, concentrées notamment en Bourgogne, dans le Limousin et le centre de la France. La Fédération nationale bovine est structurellement alignée sur ce modèle, dont dépend directement son appareil dirigeant.

Le second modèle, minoritaire, repose sur l’engraissement en France pour des marchés plus localisés. Il est porté majoritairement par de petites exploitations, notamment en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine, beaucoup moins dépendantes des flux d’exportation.

L’irruption de la DNC a immédiatement suspendu puis restreint les exportations vers l’Italie. La vaccination généralisée — pourtant scientifiquement efficace pour réduire la mortalité et les formes graves — pose un problème majeur pour ce modèle exportateur : certaines régions italiennes refusent l’importation d’animaux vaccinés afin de préserver leur statut sanitaire commercial.

Le conflit n’oppose donc pas science et irrationalité, mais deux modèles économiques incompatibles.

« Il n’y a pas d’alternative » : une vérité capitaliste

Lorsque des experts affirment qu’il n’existe pas d’autre solution que l’abattage total, ils disent la vérité dans le cadre du capitalisme agricole libéral, exportateur et concurrentiel. Dans ce cadre, toute perte de statut sanitaire menace directement les flux commerciaux et donc la valorisation du capital investi. La destruction préventive devient rationnelle.

Mais cette rationalité disparaît dès que l’on change de priorité. La vaccination généralisée est une alternative scientifiquement établie. Elle réduit drastiquement la mortalité et permet la survie des troupeaux. L’argument consistant à prédire la mort future de centaines de milliers d’animaux est vrai si l’on refuse la vaccination ; il est faux si on la met en œuvre.

Le verrou n’est pas sanitaire. Il est commercial.

De la crise sanitaire à la purge productive

Depuis la crise de 2007-2008, le capitalisme mondial n’est plus dans une logique d’expansion, mais de sécurisation : sécurisation des débouchés, des normes, des chaînes logistiques. Toute production jugée instable, hétérogène ou insuffisamment capitalisée devient un problème à éliminer.

L’agriculture est l’un des secteurs où cette logique s’exerce avec le plus de brutalité. Concentration foncière, disparition des exploitations, endettement, standardisation : il s’agit d’un processus de sélection sociale. La crise sanitaire ne crée pas cette dynamique ; elle la légitime et l’accélère.

Quand la valorisation est menacée, la paysannerie devient sacrifiable.

L’État comme instrument d’exécution

Dans cette séquence, l’État n’arbitre pas. Il exécute. Préfets, administrations vétérinaires et forces de l’ordre forment une chaîne de commandement conçue pour garantir la continuité des flux marchands. La violence déployée à Bordes-sur-Arize n’est ni un accident ni un dérapage : elle prouve que la décision est socialement inacceptable et qu’elle doit être imposée par la force.

Il ne s’agissait pas de protéger la santé publique, mais de préserver un modèle économique.

Vacciner ne suffit pas

Même dans l’hypothèse d’une vaccination généralisée, la condition des éleveurs resterait inchangée. Ils demeureraient dépendants des groupes d’abattage — Bigard en tête — et de la grande distribution, oligopole qui fixe les prix, les volumes et les marges.

Les producteurs créent la richesse alimentaire. D’autres en captent la valeur.

Sortir du piège : pouvoir sur la production

L’alternative n’est pas entre accepter la norme ou nier la maladie. Cette opposition est mensongère. La seule issue réaliste passe par l’auto-organisation : des comités de paysans, fermiers et ouvriers agricoles, ouverts à la population, constitués à l’échelle des bassins de production réels.

Ces comités doivent être des organes de pouvoir :

décision collective sur les mesures sanitaires ;

contrôle des indemnisations et des calendriers ;

défense collective face aux abattages forcés ;

articulation directe avec les besoins alimentaires de la population ;

blocage des chaînes agro-industrielles lorsque celles-ci servent à liquider les producteurs.

Aucune autonomie n’est possible sans rupture foncière. La concentration de la terre doit être brisée par l’expropriation des groupes agro-industriels et des rentiers fonciers, et la mise en commun des terres sous contrôle collectif des producteurs et des travailleurs agricoles.

La lutte paysanne ne peut gagner seule. Elle doit s’articuler avec les ouvriers des abattoirs, de la logistique et de la distribution. C’est là que le capital est vulnérable : dans la circulation et la valorisation.

Ce que révèle la DNC, ce n’est pas une crise exceptionnelle, mais l’incompatibilité radicale entre la protection du vivant et un système fondé sur la concurrence, l’exportation et la valeur.

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Critique politique des discours dominants

Reporterre : l’écologie de la mauvaise gestion

Le reportage de Reporterre décrit la violence, la souffrance et la répression. Mais il enferme ces faits dans un cadrage idéologique précis : celui de la « gestion catastrophique ». La violence d’État y apparaît comme un excès, jamais comme une nécessité structurelle.

Ce cadrage transforme une décision économique rationnelle du point de vue du capital en dysfonctionnement administratif. Il évite soigneusement de nommer les normes OMSA comme normes commerciales, le conflit entre modèles agricoles, la captation de la valeur par l’agro-industrie et la grande distribution, et le rôle de l’État comme instrument de la valorisation.

La colère est légitime, mais l’ennemi reste flou. On peut s’indigner sans jamais menacer le cœur du pouvoir. C’est une écologie de la compassion, pas une écologie de la rupture.

Les “luttes invisibles” : la pression sans pouvoir

Les appels à la mobilisation immédiate — blocages, élargissement de la vaccination, changement de protocole — partent d’une colère réelle. Mais ils s’arrêtent précisément là où commence la politique.

Ils interprètent chaque recul gouvernemental comme une victoire, alors qu’il ne s’agit que d’ajustements tactiques. Ils revendiquent des modifications de protocoles sans poser la question centrale : qui écrit ces protocoles et dans quel intérêt.

En appelant à l’unité « quels que soient les syndicats », ces discours gomment les contradictions de classe au sein du monde agricole et permettent aux fractions dominantes de se fondre dans la colère sans jamais être mises en cause.

La lutte devient un moment émotionnel, pas un processus de construction de pouvoir.

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Conclusion

Reporterre documente la souffrance pour neutraliser le conflit.
Les luttes invisibles mobilisent sans stratégie de pouvoir.

Dans les deux cas, la question décisive est évitée : le contrôle de la production, de la terre et des choix sanitaires.

Ce ne sont pas les vaches qui sont sacrifiées par erreur.
C’est la paysannerie qui est éliminée méthodiquement au nom de la valeur.

Et tant que cette vérité ne sera pas assumée politiquement, chaque crise sanitaire servira de prétexte à une nouvelle purge.

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