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Accueil du site > 05 - Livre Cinq : ECONOMIE POLITIQUE > 5- L’économie mondiale en route vers une nouvelle crise systémique (...) > Sur la crise de 1929

Sur la crise de 1929

vendredi 17 octobre 2008, par Robert Paris

Sur la crise actuelle

Sur la crise de 1929

Le secrétaire d’Etat américain Mellon face à la crise de 1929, cité Herbert Hoover, dans ses « Mémoires » : « Il suffit de liquider les ouvriers, les stocks, les agriculteurs et l’immobilier. »

« La Crise économique de 1929 »

de John Kenneth Galbraith

« Une année mémorable

Pendant une décennie, toutes les fois que les Américains ont été affligés de doutes sur la pérennité de leur état de prospérité habituel, ils se sont demandé : « Est-ce que c’est 1929 qui va recommencer ? » Et, même après un quart de siècle, c’est toujours une année à la personnalité politique singulière. (....) Il serait bon de savoir si, en fait, nous connaîtrons un jour un autre 1929. Toutefois, la tâche beaucoup moins prétentieuse de ce livre - la seule que les sciences sociales permettent dans leur état présent – est de dire ce qui est arrivé en 1929, ainsi qu’immédiatement avant et après. (…) La catastrophe du marché financier à l’automne 1929 a longtemps été tenue pour un événement un peu secondaire. (…) C’est travestir la réalité. Il y a une unité essentielle dans les phénomènes économiques : aucune muraille de Chine ne sépare le fiduciaire du réel. (…) Les années Vingt furent en Amérique une bonne époque. La production et l’emploi étaient élevés et s’élevaient encore. Les salaires ne montaient guère mais les prix restaient stables. (….) Enfin, le capitalisme américain se trouvait sans aucun doute dans une phase active. Entre 1925 et 1929, le nombre d’établissements industriels s’était accru de 183.900 à 206.700 ; la valeur de leur production industrielle s’était élevée de 60,8 milliards de dollars à 68 milliards de dollars (Federal Reserve Bulletin décembre 1928). (...) En 1926, 4.301.000 automobiles étaient fabriquées. Trois ans plus tard, en 1929, la production s’était accrue de plus d’un million et avait atteint 5.358.000, un chiffre qui se compare très honorablement avec les 5.700.000 immatriculations de nouvelles voitures au cours de l’opulente année 1953. Les bénéfices des affaires s’élevaient rapidement et c’était une époque favorable pour faire des affaires. (...) Le boom de la Floride contenait tous les éléments de la classique affaire véreuse en matière de spéculation. (...) En Floride, la terre fut partagée en lotissements à construire et vendue pour un règlement comptant de 10%. (...) Les acquéreurs ne comptaient pas y vivre (...) La réalité était que ces biens douteux gagnaient en valeur tous les jours et pouvaient être vendus avec un solide bénéfice, quinze jours après. C’est un aspect du climat spéculatif : au fur et à mesure que le temps passe, la tendance diminue de voir au delà du simple fait de la valeur croissante et jusqu’aux raisons qui l’expliquent. Et il n’y a pas de raison pour qu’on le fasse tant que le lot des gens qui achètent avec l’espoir de vendre avec profit continue à augmenter à un rythme suffisamment rapide pour maintenir la montée des prix. (...) Cependant, au printemps 1926, la source de nouveaux acquéreurs, si essentielle pour que les prix continuent de monter, commença à tarir. Comme 1928 et 1929 devaient le montrer, l’élan donné par une bonne hausse ne se dissipe pas en un instant. (...) Le boom de la Floride fut la première indication de l’atmosphère des années Vingt et de cette conviction que Dieu voulait que la classe moyenne américaine s’enrichit. Mais que cette atmosphère ait survécu à l’effondrement de l’Affaire de la Floride est encore plus remarquable. (...) Tandis que le boom de la Floride s’effondrait, la foi des Américains en un enrichissement rapide et sans effort dans le domaine financier devenait tous les jours plus évidente. (...) Dans les derniers mois de 1924, le prix des valeurs commença à monter et l’augmentation se prolongea et se développa tout au long de 1925. (...) Au cours de 1926, il y eut une sorte de recul. (...) Cependant, en avril, le marché se consolida et reprit son avance. Un autre léger recul eut lieu en octobre, immédiatement après que l’ouragan ait balayé les vestiges de l’Affaire de la Floride ; mais à nouveau la reprise fut rapide. (...) En 1927, la hausse commença pour de bon. Jour après jour et mois après mois, le prix des actions monta. (...) L’année 1927 est historique d’un autre point de vue dans l’histoire de la Bourse. Selon une thèse souvent acceptée, ce fut cette année-là que furent semées les graines du désastre final. (...) Le taux d’escompte fut ramené de 4 à 3,5%. (...) Les fonds que la Banque fédérale libéra furent, soit investis dans des valeurs courantes, soit (et c’est plus important) rendus disponibles pour aider à financer l’achat de valeurs courantes par d’autres. Ainsi munis d’argent, les gens se précipitèrent à la Bourse. (...) Cependant, l’explication admet visiblement que les gens spéculeront toujours s’ils peuvent trouver l’argent nécessaire pour le faire. C’est bien loin d’être le cas. (...) Tandis que les mois d’hiver 1928 furent plutôt calmes, par la suite le marché commença à monter, non à pas lents et réguliers, mais par de grands bonds extraordinaires. Parfois, il descendait aussi de la même façon, mais seulement pour se ressaisir et monter encore. (...) L’histoire des marchés en concurrence dépeint la bourse comme le plus impersonnel des marchés. (...) Cependant, il y a des « gros » qui font monter et descendre les valeurs. Comme le boom se développait, les gros devenaient de plus en plus omnipotents dans l’opinion populaire – ou, tout au moins, chez les spéculateurs. En mars, les « gros » décidèrent de faire monter le marché. (...) En juin 1928, le marché recula (...) Le 12 juin où les pertes furent particulièrement lourdes, fut une date décisive. (...) Un journal new-yorkais commença ainsi son récit de événements de la journée : « Le marché en hausse de Wall Street s’est effondré hier avec une détonation qui a été entendue dans le monde entier. » (...) En juillet, il y eut un petit gain et, en août, une forte montée. (...) Andrew Mellon (financier, industriel et secrétaire d’Etat au Trésor) déclara : « Il n’y a pas de raison d’être inquiet. La marée haute de la prospérité continuera. » (...) Monsieur Mellon participait au rituel dont on estime dans notre société qu’il possède un grand pouvoir pour influencer le cours du cycle des affaires. (...) Le 16 novembre, une nouvelle vague d’achats atteignit le marché. (...) Le 20 novembre fut une autre journée énorme. (...) Décembre ne fut pas si bon. (....) Cependant, le marché se stabilisa et se redressa. Pendant toute l’année 1928, l’indice des cours du Times gagna 86 points, de 245 à 331. (....) Comme on l’a noté, à certains moments dans la croissance du boom, tous les aspects de la propriété des biens n’existent plus à côté de la perspective d’une augmentation prochaine des prix. Les revenus des biens, ou le plaisir qu’ils procurent, ou même leur valeur à long terme deviennent alors des réalités académiques. (....) Dans toutes les grandes orgies spéculatives, des moyens sont apparus pour permettre au spéculateur de se concentrer sur ses affaires. Dans l’affaire de la Floride, le trafic portait sur les « options ». Ce n’est pas la terre elle-même qui était vendue, mais le droit d’en acheter à un prix donné. Ce droit d’achat – qui s’obtenait par un premier versement de 10% du prix d’achat – pouvait être vendu. Il conférait ainsi au spéculateur le bénéfice entier de l’augmentation de la valeur. Après que le prix du lotissement avait monté, le spéculateur pouvait revendre l’option au prix qu’il l’avait payée, plus le total intégré de l’augmentation. (...) Le marché financier a aussi son plan pour concentrer les énergies spéculatives du spéculateur et, comme on peut s’y attendre, il raffine de manière substantielle, les principes fondamentaux du marché des valeurs foncières. (...) Les banques fournissent des fonds aux courtiers, les courtiers aux clients, et la garantie retourne aux banques dans un circuit sans heurts et presque automatique. (...) Le volume de prêts des courtiers – de prêts garantis par des valeurs achetées sur marge – est un bon indice du volume de la spéculation. Ainsi mesurée, la masse de la spéculation s’accroissait très vite en 1928. Au début des années Vingt, le volume des prêts de courtiers – à cause de leur liquidité, on les appelle prêts au jour le jour ou prêts de marché à court terme – variait d’un milliard à un milliard et demi de dollars. Vers le début de 1926, ils avaient monté à deux milliards et demi de dollars (...) Au cours de 1927, il y eut une autre augmentation d’environ un milliard de dollars et à la fin de l’année, ils avaient atteint 3.480.780.000 dollars. C’est une somme incroyable mais ce n’était qu’un début. (...) Les prêts des courtiers atteignirent 4 milliards le 1er juin 1928, 5 milliards le 1er novembre et à la fin de l’année, ils approchaient les 6 milliards. Jamais on ne vit semblable chose auparavant. (...) Wall Street pouvait même fournir un emploi plus profitable pour le capital d’exploitation d’une compagnie que par une production accrue. Quelques firmes prirent cette décision : au lieu d’essayer de produire des marchandises avec les tracas et les inconvénients multiples que cela comportait, elles se limitèrent à financer la spéculation. (...) C’était simplement qu’une hausse terrible progressait sur le marché des valeurs et, comme toutes les hausses, elle devait finir un jour. (...) Quand les prix s’arrêteraient de monter – quand le flot des gens qui achetaient en vue d’une augmentation se serait épuisé – alors la propriété sur marge n’aurait plus de sens et tout le monde voudrait vendre. Le marché ne s’étalerait pas et s’effondrerait brutalement. (...) Le vrai choix était entre un effondrement immédiat et délibérément organisé et un désastre plus grave ultérieurement. (...) Les hommes qui avaient la responsabilité de ces choix inéluctables étaient le Président des Etats-Unis, le secrétaire d’Etat au Trésor, le Conseil de la Banque Fédérale à Washington, le Gouverneur et les directeurs de la Banque Fédérale à New York. (...) Les instruments de régulation étaient en fait largement inutiles. (...) La banque fédérale doit avoir des valeurs à vendre. (...) Vers la fin de 1928, l’inventaire des valeurs d’Etat de la Banque Fédérale s’élevait seulement à 627 millions de dollars. (...) L’autre instrument de la politique de la Banque Centrale était le taux de réescompte. C’est le taux auquel les banques commerciales empruntent aux banques fédérales (...) Seule une augmentation brutale aurait rendu sans profit à une banque d’emprunter à la Banque d’Etat afin de prêter, directement ou non, au marché financier. (...) En fait, cela augmenterait seulement les taux pour les emprunteurs des affaires normales. (...) Cependant, la hausse continuait. En janvier, l’indice des cours des actions industrielles du Times gagna 30 points de plus que dans la joyeuse période (précédente). Les prêts des courtiers montèrent au niveau formidable de 260 millions de dollars. (...) Le 2 février, le Conseil de la Banque Fédérale publia un communiqué de presse : « (....) Le Conseil a une grave responsabilité toutes les fois que la preuve est faite que les banques associées maintiennent des prêts pour la spéculation sur des valeurs, avec l’aide du crédit de la Réserve Fédérale . » (...) La Banque d’Angleterre éleva son taux bancaire de 4,5% à 5,5% dans un effort poiur diminuer le flux des fonds britanniques vers le nouveau monde. Le résultat fut une rupture brutale du marché. Le 7 février, en une journée à 7 millions d’actions, le cours du Times tomba de douze points, avec une nouvelle chute le jour suivant. Vers la fin du mois de mars, des nouvelles inquiétantes parvinrent à Wall Street. (...) Le lundi 25 mars, la tension devint insupportable. (...) Les gens commencèrent à vendre. (...) Le jour suivant, le lundi 26 mars, (...) davanatge de gens encore décidèrent de vendre et ils vendirent en masse. Nombre stupéfiant, 8.246.740 actions changèrent de main à la Bourse de New York, bien au delà de tout record antérieur. (...) Chaque nouvelle cotation était loin au dessous de la précédente. (...) Le matin du 26 mars, le taux sur l’argent à court terme atteignit 20%, son niveau le plus élevé lors du boom de 1929. (...) Le directeur de la Banque Fédérale Charles E. Mitchell déclara à la presse : « Nous estimons que nous avons une obligation qui l’emporte sur tout avertissement de la Banque Fédérale, c’est d’écarter toute crise grave sur le marché de l’argent. » La National City Bank, annonça-t-il, prêterait l’argent nécessaire pour empêcher la liquidation. (...) Vers la fin des échanges, le 26, les taux avaient baissé et le marché s’était repris. (...) Le jour suivant, la National City Bank régularisa son engagement envers la hausse ; elle annonça qu’elle garantissait des taux raisonnables d’intérêt, en mettant 25 millions de dollars sur le marché à court terme. (...) C’était également l’époque des fusions et chaque nouveau regroupement exigeait, inévitablement, des capitaux nouveaux et une nouvelle émission de titres pour la financer. (...) L’exemple le plus remarquable d’architecture spéculative de la fin des années Vingt fut la société ou le trust d’investissement. Elle ne créait pas de nouvelles entreprises et n’élargissait pas les anciennes ; elle s’arrangeait simplement pour que des gens puissent posséder les titres de vieilles sociétés par l’entremise de nouvelles. (...) Au cours de 1929, on estime que 186 sociétés d’investissement furent organisées : dans les premiers mois de 1929, elles se créèrent au rythme d’à peu près une par jour et, au total, 265 naquirent tout au long de l’année. (…) Vers l’automne 1929, la totalité des avoirs des sociétés d’investissement était estimée supérieure à huit milliards de dollars. Ils avaient augmenté d’environ onze fois depuis le début de 1927. (…) Dans presque tous les cas elle (la société d’investissement) était créée par une autre société et, vers 1929, toutes sortes d’affaires différentes faisaient naître des sociétés de placements. (…) La firme fondatrice, ou ses promoteurs, recevaient des allocations, d’actions ou de garanties qui leur donnaient le droit d’obtenir des actions au prix offert. Ils pouvaient alors les vendre aussitôt avec bénéfice. (…)

Le crépuscule des illusions

Il n’y eut pas d’accalmie estivale à Wall Street cette année-là. Parallèlement aux grands lancements des sociétés d’investissement, se développait le plus grand marché jamais connu. Tous les jours, les prix montaient, ils ne retombaient presque jamais. En juin, l’indice des actions industrielles du Times monta de 52 points ; en juillet, il en gagna 25 autres. (…) Puis, en août, 33 points supplémentaires. (…) C’était non seulement le prix des actions ordinaires qui montait, mais aussi, à un rythme effrayant, le volume de la spéculation. Les prêts des courtiers augmentèrent durant l’été à un taux de près de 40.000.000 dollars par mois. (…) En fait, les ruptures temporaires du marché qui précédèrent la catastrophe constituaient une épreuve sérieuse pour ceux qui en avaient écarté les caprices. Au début de 1928, en juin et en décembre 1928, en février et mars 1929, il semblait que la fin fut arrivée. A ces différentes occasions, le Times annonça avec joie le retour à la réalité. Puis le marché reprit son essor. (…) Durant cet été 1929, la bourse constituait dans la vie américaine un pôle indubitable. Et beaucoup de gens de niveau et de condition différents se retrouvaient sur le marché financier. (…) Cependant, comme aujourd’hui, pour la grande majorité des travailleurs, des cultivateurs, des employés de bureau et, en vérité, pour la majorité des Américains, la bourse était une chose lointaine et vaguement inquiétante. (…) Jamais la conviction ne fut plus solide que le marché était devenu l’instrument personnel d’hommes mystérieux mais tout puissants. Ce fut vraiment la période où les opérations de regroupement et d’union – bref les tripotages – furent extrêmement actives. Au cours de 1929, plus de cent émissions à la Bourse de New York étaient l’objet de tripotages auxquels participaient les membres de la Bourse ou leurs associés. La nature de ces opérations variait quelque peu mais, dans une opération typique, un groupe d’affairistes rassemblaient leurs ressources pour faire monter une action particulière. (…) Tant que cela durait, il n’y avait pas de façon plus agréable de faire de l’argent. (…) Tandis que le marché était de moins en moins considéré comme le registre à long terme des perspectives des sociétés et de plus en plus comme un produit de combinaisons manœuvrières, la spéculation était obligée de lui accorder une attention plus grande et de préférence totale. Les signes d’activité de groupements naissants devaient être détectés au tout premier moment, ce qui signifiait qu’il fallait avoir les yeux sur le télétype. (…) Le 3 septembre, les ventes à la Bourse de New York s’élevaient à 4.438.910 parts ; l’argent à court terme fut à 9% toute la journée ; le taux des banques sur des effets négociables fut de 6,5% ; le taux de réescompte à la banque de la Réserve Fédérale de New York fut de 6%. Le marché était solide, avec ce que les journalistes financiers appellent une tendance favorable. (…) Le 3 septembre, le grand marché haussier des années Vingt se termina. L’économie, comme toujours, nous octroie peu de virages dramatiques. Ses événements sont invariablement flous ou même imprécis. Certaines des journées suivantes – quelques unes seulement – quelques moyennes furent effectivement plus élevées. Cependant, jamais plus le marché ne manifesta sa vieille confiance. Les pics ultérieurs n’en étaient pas, sinon comme de brèves interruption d’une tendance descendante. Le 4 septembre, le ton du marché était encore favorable, puis, le 5 septembre une rupture se produisit. L’indice des actions industrielles du Times perdit dix points et beaucoup de valeurs particulières beaucoup plus. (…) Parlant le 5 septembre devant l’Annual National Business Conference, Robert Babson remarqua : « Tôt ou tard une catastrophe viendra et elle peut être terrible. » Il suggéra que ce qui était arrivé en Floride arriverait alors à Wall Street et avec sa précision coutumière il déclara que les moyennes du marché Dow-Jones tomberaient probablement de 60 à 80 points. Dans un élan d’optimisme, il conclut : « Les usines fermeront… les hommes seront mis à la porte … le cercle vicieux se mettra à tourner et le résultat sera une sérieuse crise financière. » (cité du Commercial and financial Chronicle du 7 septembre 1929) (…)

La catastrophe

Selon la façon admise de voir les événements, vers l’automne 1929, l’économie était bien entrée en crise. En juin, l’indice de la production industrielle et celui des usines atteignirent tous deux un sommet et redescendirent. Vers octobre, l’indice de la production industrielle donné par la Réserve Fédérale se situait à 117 contre 126 quatre mois plus tôt. La production de l’acier déclina à partir de juin ; en octobre, le volume des marchandises transportées par chemin de fer baissa. La construction de logements, une industrie des plus inconstantes, baissait depuis plusieurs années, et elle s’affaissa encore davantage en 1929. Finalement ce fut au marché financier de s’écrouler. Un observateur pénétrant du comportement économique de cette période, Thomas Wilson dans « Fluctuations in income and employment », a déclaré que l’écroulement du marché « refléta, pour l’essentiel, le changement qui était déjà apparent dans la situation industrielle. » (…) En fait, toute explication satisfaisante des événements de l’automne 1929 et d’après doit reconnaître le rôle capital de la hausse spéculative et de l’effondrement qui en résulta. Jusqu’en septembre ou octobre 1929, le déclin de l’activité économique était très léger. (…) Personne ne pouvait prévoir que la production, les prix, les revenus et tous les autres indicateurs continueraient de se contracter durant trois longues et sombres années. Ce n’est qu’après la catastrophe que l’on vit des raisons plausibles pour supposer que les choses pourraient bien s’aggraver pendant longtemps encore. (…) Certains, qui observaient les indices, ont pu être persuadés par ces renseignements, de vendre, encourageant ainsi d’autres à les suivre. Cela n’est pas très important, car il est dans la nature de la hausse spéculative que presque n’importe quoi puisse la faire retomber. Tout choc sérieux contre la confiance peut provoquer la vente chez les spéculateurs qui ont toujours espéré se retirer avant l’effondrement final mais après avoir recueilli tous les gains possibles procurés par la montée des prix. (…) En Angleterre, le 20 septembre 1929, les entreprises Clarence Hatry s’effondrèrent brutalement. (…) Il devait beaucoup de son expansion à l’émission d’actions non autorisées, à l’accroissement de ses avoirs par la contrefaçon d’actions et autres formes de financement également peu orthodoxes. Dans l’histoire de 1929, on suppose que le fait d’avoir démasqué Hatry à Londres a dû porter un sérieux coup à la confiance de New York. (…)

Le jeudi 24 octobre est la première des journées que l’histoire – telle qu’on l’a écrite – identifie avec la panique de 1929. (…) Ce jour-là, 12.894.650 parts changèrent de main, beaucoup d’entre elles à des prix qui brisèrent les rêves et les espoirs de ceux qui les possédaient. (…) Souvent, il n’y eut pas d’acheteur, et c’est seulement après de nombreuses chutes verticales, qu’il se trouva des gens pour faire une offre d’achat. (…) Vers onze heures trente, le marché s’était abandonné à une frayeur aveugle et sans merci. C’était vraiment la panique. A l’extérieur de la Bourse, dans Broad Street, un rugissement mystérieux se fit entendre. Une foule s’attroupa. (…) Les actions se vendaient maintenant pour presque rien. Les Bourses de Chicago et Buffalo avaient fermé. Une vague de suicides se développa et onze spéculateurs bien connus s’étaient déjà tués. (….) A midi trente, les autorités de la Bourse de New York fermèrent la galerie des visiteurs donnant sur les scènes effrénées qui se déroulaient en dessous. (…) On parvint rapidement à la décision de grouper les ressources disponibles pour soutenir le marché. (…) La nouvelle était déjà parvenue à la Bourse que les banquiers étaient réunis et le télétype avait répandu le mot magique partout. Les prix s’affermirent aussitôt et commencèrent à remonter. (…) La peur disparut et céda la place au souci de ne pas manquer la nouvelle avance. (…) La reprise du Jeudi noir fut tout aussi remarquable que les ventes qui le rendirent si noir. (…) Les banquiers avaient montré à la fois leur courage et leur puissance et les gens applaudirent chaleureusement et généreusement. La communauté financière, déclara le Times, se sentait « maintenant en sécurité, sachant que les banques les plus puissantes du pays se tenaient prêtes à empêcher un retour de la panique ». (…)

Les choses deviennent plus sérieuses

Le trait singulier de la catastrophe de 1929, c’est que le pire continua sans cesse de s’aggraver. Ce qui paraissait un jour être la fin s’avérait le lendemain n’être que le commencement. (…) Le lundi 28 octobre fut le premier jour où le processus de climax et d’anticlimax sans arrêt commença à se révéler. Ce fut encore une journée terrible. Le volume des échanges fut énorme, bien qu’inférieur au jeudi précédent – 9,25 millions d’actions contre presque 13 millions. Mais les pertes furent bien plus sévères. L’indice des actions industrielles du Times baissa de 49 points durant toute la journée. (….) Le mardi 28 octobre fut le jour le plus dévastateur dans l’histoire de la Bourse de New York – et peut-être dans toute l’histoire des bourses. Il fut la combinaison de tous les mauvais aspects de toutes les mauvaises journées précédentes. Le volume des échanges fut immense, plus que celui du Jeudi Noir ; la chute des prix fut presque aussi grande que lundi. (….) Durant la première semaine, le massacre avait été celui des innocents. Durant la seconde, il semble que ce furent les gens aisés et les riches qui furent soumis à un processus de nivellement comparable en grandeur et en soudaineté à celui auquel Lénine avait présidé une décennie auparavant. (…)

Une rumeur épouvantable avait submergé la Bourse : le groupement des banquiers, loin de stabiliser le marché, vendait en fait des actions. Le prestige des banquiers baissait donc encore plus vite que le marché. (…) Les banques de New York affrontèrent un trou béant créé par les financiers des beaux jours et, durant la première semaine de la crise, elles augmentèrent leurs prêts d’environ un milliard. (…) Il était alors également évident que les sociétés d’investissement, autrefois considérées comme une défense solide contre l’effondrement, étaient en réalité une source de faiblesse profonde. Le levier, dont les gens, une quinzaine de jours auparavant, parlaient encore en connaisseurs et même avec affection, fonctionnait maintenant en sens inverse. Avec une célérité remarquable, il enleva toute valeur aux actions ordinaires des sociétés. (…) A la mi-novembre 1929, enfin le marché s’arrêta de baisser – tout au moins pour un temps. Le creux eut lieu le mercredi 13 novembre. Ce jour-là, l’indice des actions industrielles du Times ferma à 224, contre 452 (soit presque la moitié) le 3 septembre. (…) La chute était à bout de souffle. (…) En janvier, février et mars 1930, la Bourse marqua une reprise substantielle. Puis, en avril, la reprise perdit de son élan et, en juin, il y eut une nouvelle forte chute. Ensuite, avec de rares exceptions, le marché baissa toutes les semaines, tous les mois et tous les ans jusqu’en 1932. Le point où il s’arrêta fit paraître comme un sommet, par contraste, le niveau le plus bas atteint durant la catastrophe. Le 13 novembre 1929, on s’en souvient, l’indice des actions industrielles du Times ferma à 224 ; le 6 juillet 1932, il était à 58. Cette valeur n’était guère plus que le montant de la baisse dans la seule journée du 28 octobre 1929. (…) Cependant, comparativement, les valeurs de ces actions principales se maintenaient encore bien : les choses étaient pires pour les sociétés d’investissement.

Causes et conséquences

Après la grande catastrophe, vint la grande crise qui dura, avec une gravité variable, pendant dix ans. En 1938, le produit national brut (la production totale de l’économie) était presque d’un tiers inférieur à celui de 1929. Ce ne fut pas avant 1937 que le volume de la production retrouva les niveaux de 1929 et pour baisser de nouveau rapidement. Jusqu’en 1941, la valeur en dollars de la production demeura inférieure à celle de 1929. Entre 1930 et 1940, une seule fois, en 1937, le nombre moyen des chômeurs pour l’année tomba au dessous de huit millions. En 1933, il y avait presque treize millions de sans-travail, soit un quart de la main d’œuvre disponible. En 1938, une personne sur cinq était sans travail. (…) Dans l’ensemble, la grande catastrophe de la Bourse peut être beaucoup plus facilement expliquée que la crise qui a suivi. (…) Comme on l’a souligné bien souvent, l’effondrement de la Bourse à l’automne 1929 était implicite dans la spéculation qui l’a précédé. La seule question concernant la spéculation était de savoir combien de temps elle durerait. (…) Les causes de la Grande Crise sont encore loin d’être certaines. (…) Aucun rythme inévitable n’appelait l’effondrement et la stagnation de 1939-40. (…) En fait, la production élevée des années Vingt n’a pas, comme certains l’ont suggéré, dépassé les besoins des gens. (…) Pendant les années Vingt, la production et la productivité par travailleur ont progressé régulièrement : entre 1919 et 1929, le rendement par travailleur dans les industries de fabrication s’était accru d’environ 43%. Les salaires, les traitements et les prix (…) ne subirent aucune augmentation sensible. Par conséquent, les coûts baissèrent et, les prix restant les mêmes, les bénéfices augmentèrent. Ces bénéfices soutinrent les dépenses des classes aisées et ils alimentèrent également certaines des espérances apparues dans le boom de la bourse. Mais surtout, ils encouragèrent un niveau élevé d’investissement des capitaux. (…) L’effet d’investissements insuffisants – investissements qui ne pouvaient suivre le rythme régulier de l’accroissement des bénéfices – pouvait se traduire par une demande totale en baisse, se reflétant à son tour dans une baisse des commandes et de la production. (…) »

Extraits de « Histoire économique et sociale du monde » de P. Léon :

« La grande crise du monde capitaliste

« La crise débuta en octobre 1929 aux Etats-Unis par une crise boursière ; elle prit rapidement un caractère mondial, elle fut longue et atteignit son paroxysme lorsque la production tomba au plus bas : 1931 en Grande-Bretagne, 1933 aux Etats-Unis et 1935 en France. Les différents rouages de la vie économique furent successivement touchés. Ainsi, le krach de Wall Street engendra une nouvelle chute des prix de 1929 à 1932, dans laquelle vinrent d’inscrire en mai 1931 une crise française et, à partir de septembre de la même année, une crise monétaire. Malgré la diversité de ses manifestations, loin de constituer une série de crises qui venaient s’ajouter accidentellement les uns aux autres, le cataclysme était dû à un enchaînement de causes.(…) Une nouvelle chute des prix, dont le centre fut encore une fois les Etats-Unis, eut lieu dans le second semestre de l’année 1937 et la production mondiale ne se releva vraiment que grâce à la course aux armements pendant l’année 1938 (…) La crise du capitalisme eut de multiples aspects qui sont indissociables. Par commodité, les répercussions sociales et les luttes qu’elle provoqua sont traitées à part : le danger d’un tel parti pris assimilable à l’économisme est de faire tout dépendre de la politique économique (…)
La flambée sur le cours des actions à la Bourse de New York avait commencé en 1927-1928 : l’indice des valeurs industrielles indique un doublement des cours en moins de deux ans (début 1928 : 191 ; décembre 1928 : 300 ; septembre 1929 : 381). Bien que cette poussée n’eût rien d’exceptionnel dans l’histoire de la Bourse, elle expliquait assez bien la fièvre du public. Les transactions en 1929 portaient en moyenne sur 42 millions de titres par jour, avec parfois des montées en flèche à 82 millions comme en mars 1929. La hausse du nombre de transactions ne présentait aucun danger en soi. Le fait que certaines actions passaient entre plusieurs mains en peu de temps dénotait pourtant le caractère spéculatif de ces mouvements. Le nombre des Américains qui jouaient à la Bourse était autour de 1,5 millions sur 122 millions d’habitants, mais en réalité le marché se cristallisait autour de quelques milliers de spéculateurs parmi lesquels Samuel Insull, Charles Mitchell de la National City Bank et Albert Wiggins de la Chase Bank. Comment expliquer tout d’abord l’abondance des titres mis sur le marché ? Principalement par la transformation rapide des structures sociales de l’entreprise – de la firme familiale à la société anonyme - et par l’habitude prise par les grandes affaires de prévoir à l’avance, au moyen d’augmentations anticipées du capital, leurs projets d’investissements à long terme. A quoi il faut ajouter la multiplication caractéristique de l’époque des sociétés d’investissement qui n’étaient que des pyramides financières fondées sur l’achat, en principe, de bons portefeuilles afin d’offrir à l’épargnant la possibilité de jouer sans risques. D’où provenait en second lieu la flambée des cours ? (…) Dans l’atmosphère de prospérité générale qui régnait et surtout par suite du manque d’informations des épargnants, un mouvement excessif d’anticipation à la hausse avait eu lieu, surtout dans les secteurs à la traîne et dans les affaires risquées. La spéculation n’avait plus aucun lien avec le montant des dividendes distribués, elle se fondait sur la hausse des cours des actions et prenait manifestement un caractère de plus en plus psychologique. (…) L’un des phénomènes les plus caractéristiques de cet emballement de Wall Street fut la forte croissance des prêts aux courtiers. Ils doublèrent de fin août 1926 à fin novembre 1928 et augmentèrent encore d’un tiers à partir de cette date jusqu’à fin septembre 1929. (…) L’édifice du crédit boursier était donc tout aussi fragile que celui du crédit international ; de plus, il pompait les liquidités du monde. Le gouvernement fédéral était d’ailleurs convaincu du danger de la situation ; cependant il hésita longtemps avant d’intervenir, le seul moyen qu’il eût à sa disposition pour réduire la masse monétaire en circulation étant de relever le taux d’escompte. Or, une telle manipulation ne pouvait qu’accentuer la récession économique qui était apparue fortement dans le bâtiment, voire l’automobile. Le 6 août, ce taux fut finalement porté à 6%. (…) Il n’y eut pour le moment point de résultat sur la Bourse. La crise débuta le 23 octobre et le jeudi 24, le fameux jeudi noir, ce fut la panique : 13 millions de titres furent cédés, 16,5 millions d’actions furent encore liquidées le 29. Malgré l’intervention d’un syndicat de banquiers (Morgan, Mitchell, Wiggin, …) qui avança un milliard de dollars pour couvrir des prêts à vue, malgré celle du Système Fédéral qui fournit également des fonds – ce qui était contraire à la loi – et qui abaissa le taux d’escompte à 5 puis 4,5%, le krach dura 22 jours. Ce fut le plus long de l’histoire. (…)

Comment expliquer le retournement du cycle boursier ? Il faut noter d’abord que les difficultés des affaires et de l’emploi avaient commencé bien avant, de part et d’autre de l’Atlantique. Le resserrement de la production, des prix et de l’emploi en Europe – sauf la France – datait du premier trimestre de 1929 (déjà 1,9 millions de chômeurs en Allemagne). Aux Etats-Unis, la construction des villas de luxe s’était fortement ralentie dès le printemps, la production des automobiles avait atteint le chiffre record de 622.000 en mars, avant de retomber à 416.000 dès septembre. Dans le cas américain, les trois indicateurs précités qui cernent l’activité économique changèrent de direction à partir de juin. (…) La crise boursière ne fut qu’un « maillon de la chaîne » qui désagrégea les économies occidentales. Certes, à la fin de l’année 1929 et au début de 1930, des liquidités réapparurent à la suite du renversement des politiques d’escompte des banques centrales. Il était trop tard. En raison de la contraction du crédit au moment du krach, le phénomène de déflation des prix avait atteint un nouveau palier qui fut longtemps irréversible. A son tour, la déflation, cette fois générale, provoqua un réflexe de retrait des fonds et de thésaurisation d’une tout autre ampleur qui fit éclater au grand jour la crise économique. La spéculation boursière avait donc masqué pendant un temps la contradiction entre l’existence d’une suraccumulation mondiale de capitaux et une économie qui végétait faute de débouchés. Le krach fut moins dû à la prise de conscience de l’inanité d’une telle spéculation qu’aux déséquilibres supplémentaires que la Bourse créait. »

« Un processus de nivellement comparable en grandeur et en soudaineté à celui auquel Lénine avait présidé une décennie auparavant. »
John Kenneth Galbraith dans « La crise économique de 1929 »

La crise des années 70 comparée à celle de 1929

« La crise actuelle est-elle la répétition de celle de 1929 ? » de Robert Boyer

article pour le n°8206 de la revue du Cepremap (centre d’études prospectives d’économie) :

« Lors des années vingt, la forte croissance de l’économie repose sur un boom de l’accumulation portant de façon privilégiée sur la section des moyens de production. Quant à la croissance de l’emploi, elle est dans sa quasi-totalité dépendante du succès de l’accumulation puisqu’elle est uniquement le fait de la section 1. La crise de 1929 apparaît donc comme une crise de suraccumulation dans la section 1, ce qui explique que, de 1929 à 1938, la chute de l’accumulation, différentiellement plus marquée dans la section 1, impose le retour à une relative cohérence des deux sections mais au prix d’une contraction cumulative de la production et de l’emploi. A l’opposé, à partir de la fin des années cinquante, l’accumulation se porte simultanément sur les deux sections, signe d’une forme nouvelle d’articulation entre les conditions de production – tout particulièrement dans la section 2, initialement retardataire par rapport aux normes américaines – et les conditions de vie des salariés. (…) Dans la crise actuelle – tout comme de 1930 à 1938 – la montée du chômage ne dérive pas de désajustements conjoncturels, mais bien de l’arrivée aux limites d’un régime d’accumulation – lui-même conséquence d’un ensemble de formes structurelles ou institutionnelles originales. (…) Le mode de croissance de l’après seconde guerre (…) a buté aux Etats-Unis depuis le milieu des années soixante (…) sur les limites de l’approfondissement de la division sociale et technique du travail, hypothéquant la poursuite des gains de productivité élevés, base sur laquelle repose la stabilité du mode de croissance due en particulier à la complémentarité salaire-profit d’une part, consommation et investissement de l’autre. (…) Aux Etats-Unis dans le milieu des années soixante se manifeste un problème majeur de productivité industrielle, que ces difficultés naissent du caractère de plus en plus coûteux du développement des forces productives ou des luttes des travailleurs (…). Si la crise de 1929 était marquée par l’incompatibilité entre un taux de profit – trop haut – et des perspectives de réalisation – insuffisantes du fait même du niveau du taux de profit -, la dynamique à l’œuvre après 1945 se manifeste au contraire par une très grande régularité de la croissance qui conserve jusqu’en 1973 un niveau élevé. (…) C’est l’ensemble des formes institutionnelles, d’un régime d’accumulation intensive centrée sur la consommation de masse et d’une régulation dite « monopoliste » qui entre en crise au début des années soixante-dix. (…) Apparemment, les années 1930-1931 d’une part, 1974-1975 de l’autre, font apparaître une étonnante similitude quant à la contraction de la production industrielle et du PIB (environ – 11% pour la première, – 4% pour la seconde). De la même façon, l’investissement se contracte massivement bien qu’à un rythme moindre en 1975 (- 7% contre – 15%). De fait, au-delà de ces similitudes, on enregistre deux différences fondamentales :
- Après la chute de la production pendant quatre trimestres, le mouvement se renverse au milieu de l’année 1975 alors que la dépression ne cesse de s’approfondir jusqu’en 1932 ;
- Au cours des deux années sous revue, une différence fondamentale tient à l’opposition entre une déflation qui va s’approfondissant (respectivement –2,8% et -7,5% de chute des prix à la consommation en 1931 puis 1932) et la poursuite de l’inflation à un rythme élevé peu affecté par l’ampleur de la récession (10,9% et 9,6% par an en 1975 et 1976). (…) Si la récession (des années soixante-dix) s’arrête au bout de quatre trimestres, c’est pour l’essentiel du fait de la poursuite d’une forte croissance de la consommation des ménages (+ 4,2% par an) alors qu’au contraire elle avait chuté de 1930 à 1931 (-5,1%). Ainsi s’explique qu’après une première année de réduction de l’investissement, ce dernier se remette à croître légèrement, du fait des pressions qu’exerce la demande finale sur les capacités de production d’abord dans le secteur des moyens de consommation et par extension dans celui des moyens de production. Enfin, la reprise de la croissance des exportations au milieu de l’année 1975 s’oppose à l’effondrement qui survient de 1931 à 1932, lui-même conséquence de la montée du protectionnisme et de la dislocation des relations internationales qui marquent les années trente. (…) Le contraste entre l’effondrement de la consommation dans les années trente (son taux annuel de variation passe de 2,3% à – 3,8% après 1930) et la très légère décélération après 1974 (de + 4,9% à + 3,6% par an) est frappant (…) La crise actuelle trouve son origine dans le divorce entre un niveau de taux de profit trop bas et la poursuite d’une croissance des débouchés de moyens de consommation, impulsée par le rapport salarial, dans un premier temps tout au moins. Dans un second temps, le blocage de l’accumulation a pour conséquence de réduire le dynamisme de la consommation, crise liée à l’insuffisance de la rentabilité et récession dérivant de la contraction de la demande effective cumulant leurs effets. Tout le problème est alors celui du relèvement du taux de profit. (…) Il est clair que la complexité de ce réseau de contradictions marque l’arrivée aux limites du mode de développement lui-même et non pas un « dérèglement passager ». (…) Quelles qu’en soient les causes (suraccumulation liée à la montée de la composition technique ou à une croissance « disproportionnée », conséquence de la spéculation financière, …), les crises trouvent leur origine dans une baisse du profit qui, contractant l’accumulation, déclenche une chute de la production, donc de l’emploi. La reprise intervient lorsque les faillites industrielles et bancaires et le chômage induisent un relèvement du profit suffisant pour enclencher une nouvelle phase d’expansion, initiée par la restauration des bases de l’accumulation (abondance des réserves de main d’œuvre, salaires bas, possibilités de crédit … donc haut niveau du taux de profit). (…)

Une crise cyclique correspond à un épisode de chute de la production, d’effondrement de l’accumulation, de faillites industrielles et bancaires selon un mouvement assurant la reconstitution quasi automatique des bases d’une reprise de la croissance à formes institutionnelles globalement inchangées. A l’opposé, une crise structurelle, ou grande crise, désigne un épisode au cours duquel la dynamique de la reproduction économique entre en contradictions avec les formes sociales et institutionnelles sur la base desquelles elle opère. »

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