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Qui était Alfred Rosmer, par Albert Camus

mardi 23 septembre 2008, par Robert Paris

Préface d’Albert Camus à "Moscou sous Lénine" d’Alfred Rosmer

C’est un des paradoxes de ce temps sans mémoire qu’il me faille aujourd’hui présenter Alfred Rosmer alors que le contraire serait plus décent. À cet égard, il suffira peut-être de dire que Rosmer, avec quelques autres qui refusèrent en 1914 la palinodie de la 2e Internationale, est un des rares militants qui, en quarante années de lutte, aient conservé le respect et l’amitié de tous ceux qui savent combien rapidement s’effondrent les convictions les plus fermes sous la pression des événements. Syndicaliste avant la première guerre mondiale, révolté en 1914 par le reniement des chefs ouvriers de l’Occident, rallié à la révolution de 17, puis opposant à la réaction stalinienne et dévoué désormais à la longue et difficile renaissance du syndicalisme, Rosmer, dans des temps tortueux, a suivi une voie droite, à égale distance du désespoir qui finit par vouloir sa propre servitude et du découragement qui tolère la servitude d’autrui. C’est ainsi qu’il n’a rien renié de ce qu’il a toujours cru. On s’en apercevra en lisant A MOSCOU, AU TEMPS DE LENINE.

“ Je dirai simplement : j’étais là, c’était ainsi ”. Voilà le ton de ce témoignage qui risque de décevoir les amateurs de feuilletons historiques. Où était Rosmer ? En Russie, et principalement à Moscou et à Léningrad, après la révolution d’octobre et avant la mort de Lénine. Temps superbes où le monde semblait recommencer, l’histoire commencer enfin sur les ruines d’un empire ! Même des hommes qui, à un autre bout du monde, souffraient toujours d’oppression, se crurent alors libérés et pensèrent toucher à ce que Liebnecht appelait les portes du ciel. Mais Rosmer témoigne de ce temps à sa manière, au jour le jour, sans aucun romantisme. Les révolutions se font aussi à coups de réunions, dans l’ingrat labeur des comités et des congrès. Rosmer assistait à quelques-uns de ces congrès historiques dont il parle ici comme s’il s’agissait de ces tranquilles assises où les techniciens d’une profession mettent en commun leurs connaissances. Une brochure paraît qui fait du bruit, pendant qu’il est à Moscou, et il la résume en indiquant seulement qu’il s’agit de la “ Maladie infantile du communisme ” et que cette brochure de Lénine contient les germes d’une autre maladie qui, sous le nom de tactique, ou de manœuvre, fera ses ravages chez les militants moins armés que Lénine. De même les assises dont il rend compte comme d’un événement quotidien sont celles du 3e congrès de l’Internationale où Lénine, annonçant la N.E.P., déclare que le capitalisme d’Etat est l’antichambre du socialisme, et renverse peut-être par là le cours de l’histoire révolutionnaire, et de notre histoire. La guerre civile, la lutte de la révolution russe contre sa propre solitude, Cronstadt, le procès des socialistes-révolutionnaires, la mort de Lénine, et les testaments accusateurs qu’il laisse derrière lui, sont les prodigieux événements que Rosmer relate ici sur le ton du rapport avant de conclure par une condamnation, mesurée de ton mais définitive, de la dictature stalinienne. Pas une seule fois, le témoin n’élève la voix. Mais, peut-être, si ses convictions ont survécu à tant de déceptions, c’est qu’elles avaient cette tranquille constance qui n’a pas besoin de cris pour affirmer sa force. L’homme qui adhéra sans réserves à la grande expérience dont il parle dans ce livre, qui sut aussi reconnaître sa perversion, n’a jamais pris prétexte de l’échec pour condamner l’entreprise elle-même.

Le difficile en effet est d’assister aux égarements d’une révolution sans perdre sa foi dans la nécessité de celle-ci. Ce problème est justement le nôtre ; c’est par là que le livre de Rosmer est actuel. Il traite directement d’un phénomène historique, la naissance et la dégénérescence des révolutions, qui est au centre de nos réflexions. Ne sommes-nous pas en même temps fils d’une révolution décrépite et témoins d’une révolution sclérosée en dictature militaire et policière ? Mais, justement, pour bien réfléchir à ce problème, il ne faut pas être de ceux qui insultent la révolution elle-même et qui se hâtent de voir dans toute naissance un avortement. Pour tirer de la décadence des révolutions les leçons nécessaires, il faut en souffrir, non s’en réjouir. Rosmer parle ici de la naissance d’une révolution et l’amour actif qu’il parvient à nous faire partager, trente-six ans après l’événement, donne la mesure exacte du déchirement que supposent les dernières pages de son livre. Comment pourrait-il se réjouir de cet avortement ? S’il le dénonce, c’est moins pour ce qu’il est que pour ce qu’il empêche. On ne comprendra rien à ce qu’on appelle pompeusement le drame de la gauche européenne tant qu’on n’apercevra pas clairement qu’une certaine classe d’hommes ne s’oppose pas au régime stalinien parce qu’il hérite d’une révolution où la propriété bourgeoise a été détruite, mais au contraire parce qu’il renforce, par ses folies, la société bourgeoise. Le jour où la libération du travailleur s’accompagne de beaux procès au cours desquels une femme présente à la barre ses enfants pour accabler leur père et appeler sur lui le châtiment suprême, ce jour-là, l’égoïsme et la lâcheté des classes marchandes risquent d’être oubliés et la société de l’argent ne se maintient plus par ses vertus disparues, mais par les vices spectaculaires de la société révolutionnaire.

Et pourtant, c’est ici, malgré l’ampleur de la déception, que se trouve un principe de renaissance. À mon sens, ce n’est ni Kravchenko, bénéficiaire du régime stalinien, ni les ministres français, responsables d’une politique qui ensanglante la Tunisie, qui peuvent critiquer la dictature de Staline, mais Rosmer et ceux-là seulement qui lui ressemblent. La seule question qu’on puisse poser à la révolution, la révolte seule est fondée à la poser, comme la révolution est seule fondée à interroger la révolte. L’une est la limite de l’autre. Il était juste que Lénine donnât des leçons de réalisme aux terroristes solitaires. Mais il est indispensable que l’exemple des révoltés de 1905 soit sans cesse offert, par ceux qui leur restent fidèles, à la révolution du 20e siècle et à son terrorisme d’Etat, non pour la nier mais pour la rendre à nouveau, et contre elle-même, révolutionnaire. C’est ainsi que la plus grande déception de ce temps a chance, pour être douloureuse, de n’être pas stérile.

On le voit assez par l’exemple de Rosmer et de son livre. Des hommes comme lui ont su résister à l’effondrement de leur espoir et y résister deux fois, d’abord en refusant de s’abandonner, comme tant de révolutionnaires, au confort de la servitude dite provisoire, ensuite en refusant de désespérer de la force de révolte et de libération qui est à l’œuvre en chacun de nous. Mais on voit, en somme, que s’ils n’ont cédé à aucun de ces entraînements, c’est que pour eux, formés dans la lutte prolétarienne, toujours au contact de la misère ouvrière, la révolution n’a jamais été ce qu’elle est pour tant de nihilistes, c’est-à-dire un but qui justifie tout et lui-même. Elle n’a été qu’un moyen, un chemin probablement nécessaire vers cette terre où vivre et mourir ne seront pas une double humiliation. Seuls ceux qui voient la Révolution comme un bien pur, mythique, un absolu de revanche, la transfiguration de leur maux et le sommeil de leurs scrupules, sont rejetés par l’échec dans un désespoir qui mène à tous les reniements. Ceux-là, découragés par Thermidor, acclament Bonaparte couronné ou rejettent l’héritage de 89 et, dans les deux cas, enterrent la liberté. Mais ceux pour qui la révolution n’est qu’un moyen savent qu’elle n’est pas ce bien pur qui ne peut être ni trahi ni jugé. Elle peut être trahie, et il faut le savoir, car elle tient aux hommes par ce qu’ils ont de plus grand et de plus bas. Elle peut être jugée, car elle n’est pas la valeur la plus haute et si elle en vient à humilier ce qui dans l’homme est au-dessus d’elle, elle doit être condamnée dans le temps où elle humilie. C’est le double mouvement, exemplaire à mon sens, qu’on trouvera dans ce livre où, du malheur de ce siècle, Rosmer a tiré la double décision d’exalter ce qui est apparemment mort, et de dénoncer ce qui survit.

Peut-être est-ce pour cela, et je finirai sur ce point, que j’ai mauvaise conscience les rares fois où je ne suis pas d’accord avec Rosmer - quand, par exemple, à force d’adhérer à l’époque dont il parle, il en justifie tout, et Cronstadt même. Mon premier mouvement est de trouver alors qu’il sous-estime le retentissement énorme qu’eut la dissolution, par les bolcheviks, de l’Assemblée Constituante. Quelles que furent les justifications de cette mesure, elle a été le signe visible que l’arbitraire, légitimé jusque là parce qu’il s’exerçait contre les anciens oppresseurs, pouvait se retourner aussi contre les révolutionnaires. Mais mon deuxième mouvement, lisant Rosmer qui insiste sur les dangers courus par la jeune révolution, est d’hésiter. Quand on lit de pareils témoignages, quand on voit de quelles luttes et de quels sacrifices certaines vies furent remplies, on peut se demander au nom de quoi ceux qui, comme nous, n’ont pas eu la chance, et la douleur, de vivre au temps de l’espoir, prétendraient sur ce point à autre chose qu’à écouter et comprendre. L’expérience historique qui fut la nôtre est peut-être trop étrange, trop particulière, pour être généralisée. La guerre, et la résistance, ne nous ont rien appris que sur elles-mêmes, et peut-être sur nous. Elles ont suffi certainement à nous faire mesurer que l’abjection totalitaire était le pire des maux, et à nous donner la décision irréductible de la combattre partout où elle se trouve. Mais pour tout le reste, nous marchons dans les ténèbres. Il faut marcher sans doute et trouver nos raisons nous-mêmes, chaque fois que nous ne pouvons faire autrement. Qui niera cependant que nous devions sans cesse confronter ces raisons à l’expérience des autres et qu’à cet égard nous ayons besoin de guides et de témoins que nous ne puissions récuser ? Pour ma part, et c’est le sens de cette préface, parmi tant de guides qui s’offrent généreusement, je préfère choisir ceux qui, comme Rosmer justement, ne songent pas à s’offrir, qui ne volent pas au secours du succès, et qui, refusant à la fois le déshonneur et la désertion, ont préservé pendant des années, dans la lutte de tous les jours, la chance fragile d’une renaissance. Oui, nos camarades de combat, nos aînés sont ceux-là dont on se rit parce qu’ils n’ont pas la force et sont apparemment seuls. Mais ils ne le sont pas. La servitude seule est solitaire, même lorsqu’elle se couvre de mille bouches pour applaudir la force. Ce que ceux-là au contraire ont maintenu, nous en vivons encore aujourd’hui. S’ils ne l’avaient pas maintenu, nous ne vivrions de rien.

Albert Camus.

1 Message

  • Qui était Alfred Rosmer, par Albert Camus 28 janvier 2011 01:16, par RP

    Destin politique d’un syndicaliste-révolutionnaire

    Parmi ces rares syndicalistes français qui, sous le choc de la Révolution russe, rallièrent le bolchevisme, Rosmer fut l’un des plus résolus et des plus enthousiastes. Toute son activité d’opposant à la guerre impérialiste est là pour témoigner que cette adhésion représentait la transmission au communisme international de tout ce que la tradition et la praxis révolutionnaire du prolétariat français avait conservé de sain et d’intact. Ce n’est pas le fait du hasard si l’évolution de Rosmer commence avec la lutte clandestine menée par la minorité syndicaliste contre la politique d’union sacrée des social-traîtres. Une seule poignée de militants avait livré le combat à toute la force répressive de l’État dans le pays le plus chauvin d’Europe et face à la section la plus infime de la social-démocratie internationale. Sans aucun lyrisme, on peut dire qu’elle a sauvé l’honneur du prolétariat français abandonné par tous ses chefs socialistes. Qu’il en soit donc donné acte à Rosmer : il nous a laissé, non seulement un riche témoignage de cette lutte, mais encore la preuve de sa participation active, un exemple sans tache qui, dans le pays des Cachin et des Thorez ultra-patriotes, est resté sans lendemain.

    Il ne fait pas de doute que son évolution dut beaucoup à l’influence de Trotsky. Cela n’a guère d’importance sinon pour expliquer les positions ultérieures de Rosmer. Quoiqu’il en soit, ce dernier fut en France l’un des plus actifs partisans de la III° Internationale. Au sein de ce noyau qui devait former plus tard le premier embryon du Parti Communiste français, la droiture et l’intelligence de Rosmer étaient indiscutées. Elles apparaissent rétrospectivement rehaussées si on les compare à la médiocrité des sociaux-démocrates que le P.C. hérita à la scission de Tours et dont le révolutionnarisme fut de si courte durée que les falsificateurs actuels de l’histoire de ce parti peuvent presqu’intégralement le passer sous silence. Participant activement aux travaux de Moscou où il œuvra à la constitution de l’Internationale syndicale rouge, il fut apprécié par Lénine, qui, nous dit-on, savait reconnaître ses solides qualités.

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    Tous ces mérites né nous autorisent pourtant pas à passer sous silence un fait capital concernant son adhésion au communisme. Cette adhésion, malgré sa spontanéité, reposait sur une grave équivoque. Comme la plupart des militants de son époque, Rosmer ignorait que le marxisme fût une doctrine révolutionnaire visant à la destruction de l’État. Cette ignorance, ingénument avouée, il la devait, comme tous ses contemporains, à l’ignoble falsification des théories de Marx perpétrée par les tout-puissants chefs opportunistes de la Seconde Internationale. Les positions de Lénine sur la question de l’État et sa projection dans la réalité révolutionnaire russe, firent à Rosmer l’effet d’une véritable révélation. Il s’aperçut que l’insurrection, la grève générale, « l’expropriation des expropriateurs » figuraient bel et bien dans le marxisme authentique et que, chez les bolcheviks, elles cessaient d’être des phrases pour devenir la réalité.

    Mais, en contre-partie, la révolution d’octobre lui apparut comme une sorte de conjonction historique entre deux écoles politiques en saine et loyale concurrence - le syndicalisme et le marxisme - comme une synthèse de ce que l’une et l’autre comportaient de valable. C’était là une conception fondamentalement anti-déterministe, empirique pour tout dire, et selon laquelle la doctrine, la théorie et le programme du mouvement prolétarien ne sont que des approximations entre lesquelles, selon les situations, l’histoire fait son choix. Dans ce cas, le seul critère permettant de les juger les unes et les autres est la pureté d’intention de ceux qui les professent, leur attachement à un idéal révolutionnaire. Le processus historique, tel que le marxisme, en tant que science de l’histoire, nous le décrit est totalement différent : c’est, une fois pour toutes, dans ses premières manifestations sur le plan politique qu’une classe révèle sa véritable mission historique. En ce qui concerne le prolétariat, doctrine, théorie, programme surgissent d’un bloc, tout formés des premières luttes de la classe ouvrière et l’on peut dire que, dès 1848, avec le « Manifeste Communiste », l’essentiel de se tâche historique est énoncé. Quant à la floraison de tendances, théories. et conceptions qui prolifèrent à la suite dans le mouvement prolétarien, elles n’expriment (syndicalisme révolutionnaire compris) qu’autant de déviations de la théorie initiale ; elles ne représentent que le produit des échecs de la lutte révolutionnaire, les résultats sociaux des délais que ces échecs ont accordé au capitalisme et au perfectionnement de ses méthodes de corruption économique et idéologique de la classe exploitée. C’est seulement la résistance, jusqu’ici victorieuse, de la domination bourgeoise au coups de butoir du prolétariat, qui a développé cette superstructure d’idées dont la complexité est telle qu’une réaction à une déviation peut constituer à son tour une autre déviation. Tel est le cas du syndicalisme révolutionnaire qui, luttant contre l’opportunisme parlementariste de la social-démocratie, n’en abandonnait pas moins l’essentiel des conquêtes théoriques acquises au prix des luttes antérieures, notamment ce que Marx considérait être son seul apport personnel au mouvement socialiste : la nécessité de la dictature du prolétariat. Tout en restant à l’usage de la violence sociale, le syndicalisme (révolutionnaire ou non) condamnait cette notion de dictature du prolétariat, niait ou sous-estimait le rôle du parti de classe, lui substituait, tant pour l’organisation socialiste de la société que pour l’assaut au pouvoir bourgeois, le seul syndicat. (...)

    L’épreuve de la contre-révolution

    La « bolchevisation » de 1924, qui élimina tous les dirigeants révolutionnaires des P.C., ne pouvait d’autant moins épargner Rosmer, qu’il était ami personnel de Trotsky. A la différence des autres syndicalistes également bannis du parti par Moscou et qui retournèrent à leur mouvement d’origine, Rosmer resta fidèle à l’organisateur de l’armée rouge et participa à la fondation de la IV° Internationale. Il ne se trouva pas très à l’aise, nous dit-on, dans ces noyaux de ternes manœuvriers auxquels Trotsky imposa les stratégies les plus saugrenues, et c’est pourquoi il se consacra finalement à son œuvre sur « l’Histoire du mouvement ouvrier pendant la guerre », ouvrage qui restera une des sources les plus sérieuses et documentées pour l’étude de cette époque.

    Mais, dès lors, Rosmer, en dépit de sa collaboration régulière aux journaux syndicalistes, n’a plus été qu’un témoin des années cruciales qu’il avait vécues ; un témoin sincère et passionné sans doute, mais dont l’œuvre représente bien plus une chronologie précise du passé qu’un enseignement pour les luttes de l’avenir. La contre-révolution est la pierre d’achoppement, non seulement de la valeur individuelle et du courage des révolutionnaires, mais plus encore, de la solidité de la doctrine qu’ils professent.

    A la lueur de 40 années de reflux prolétarien, il ne nous est plus difficile de justifier notre réticence passée à l’égard de Rosmer, syndicaliste puis trotskyste. Cette réticence répondait à une intuition de ce qui allait se passer et dont la reprise prolétarienne de l’avenir ne manquera pas de tenir compte. Nous disions en 1920 que la III° Internationale ne devait compter dans ses rangs que d’authentiques marxistes acceptant intégralement tout le programme communiste, que les syndicalistes révolutionnaires ne devaient y être accueillis qu’avec circonspection. Contre l’opportunisme du centre de l’I.C., nous ne voulions pas lutter à leur côté dans la confusion, car nous estimions leur « conception de l’émancipation prolétarienne » dangereuse, aussi dangereuse que la position des réformistes. Eh bien, non seulement la fidélité de Rosmer à la cause révolutionnaire constitue, parmi les syndicalistes du parti une rare exception (peut-être la seule), mais encore toutes les formules et solutions qui, à ses yeux de syndicaliste, représentaient la fin des fins pour la libération du prolétariat, sont désormais devenues des armes de la conservation sociale bourgeoise.

    Le syndicalisme révolutionnaire est bel et bien mort en 1914, mais non pas toutes les conceptions qu’il a inspirées et qui nient la dictature du prolétariat en prônant les « conseils d’usine », la « gestion ouvrière » et autres formules semblables. Cette déviation « au second degré » a infesté tout le mouvement communiste recrutant ses représentants aussi bien chez les communistes dégénérés en syndicalistes que chez les anciens syndicalistes déguisés en communistes, mais toujours sous l’égide de la servilité à l’égard de la contre-révolution stalinienne et de son continuateur Khrouchtchev. Pour un Rosmer demeuré fidèle à son idéal subversif, combien de Frachon et de Monmousseau, parmi les transfuges du syndicalisme révolutionnaire, sont-ils passés du côté du bourreau de Moscou ? D’autre part, existe-t-il un seul mot d’ordre dans tout l’arsenal théorique du. syndicalisme qui ne soit devenu une arme du capitalisme, soit pour convaincre les ouvriers que, grâce à ces mots d’ordre leur révolution est déjà faite, soit pour les persuader que, devenant leur propre patron grâce à la gestion de l’entreprise, cette révolution est devenue inutile ? Dans un cas comme dans l’autre, cela n’est dit que pour les détourner de la lutte politique pour la prise du pouvoir et l’établissement de leur dictature de classe..

    extraits de Programme communiste

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