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La défense du révolutionnaire communiste Babeuf lors de son procès de Vendôme, février-mai 1797

vendredi 10 juin 2022, par Robert Paris

Source :

https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/b...

La défense du révolutionnaire communiste Babeuf lors de son procès de Vendôme, février-mai 1797

.. Après le 13 vendémiaire, j’ai constaté que la majorité du peuple, las d’une Révolution dont tous les fluctuations et tous les mouvements n’avaient apporté que la mort, avait été - on ne peut que dire - royalisé. J’ai vu qu’à Paris la multitude simple et illettrée avait été effectivement entraînée par les ennemis du peuple dans une mésestime aimable pour la République. Cette multitude, qui n’est capable de juger des choses que par ses sensations, s’était facilement laissée persuader de faire une comparaison qui ressemble à ceci : qu’étions-nous sous la domination royale, que sommes-nous sous la République ? La réponse a été entièrement au détriment de cette dernière. Il était alors assez simple de conclure que la République était quelque chose de détestable et que la monarchie était meilleure.Et je n’ai rien pu voir dans la nouvelle structure constitutionnelle ou dans les attitudes des hommes dont la tâche était de diriger l’appareil gouvernemental qui amènerait les gens à aimer cette République plus qu’eux. Je me disais : la République est perdue, à moins d’un coup de génie qui puisse la sauver ; assurément le monarchisme n’hésitera pas à nous reprendre. J’ai regardé autour de moi et j’ai vu beaucoup de gens qui ont été vaincus, même parmi ces patriotes, autrefois si fervents et courageux, qui avaient fait tant d’efforts fructueux pour renforcer la Liberté. Le spectacle du découragement universel, du – si je peux aller jusqu’à dire cela – le muselage absolu tout autour ; puis le spectacle du désarmement, le dépouillement complet de toutes les garanties qu’on avait jadis données au peuple contre les entreprises injustifiées de ceux qui le gouvernent ;l’empreinte récente des fers que presque tous les hommes énergiques portaient sur leur chair ; et ce qui me parut la conviction presque complète de beaucoup de gens qui n’étaient pas en mesure de donner de très bonnes raisons de leur attitude, que la République pouvait bien, après tout, être autre chose qu’une bénédiction ; ces diverses causes avaient bien failli mettre tous les esprits dans un état de résignation totale, et tout le monde semblait prêt à plier sous le joug. Je n’ai vu personne qui pût être disposé à raviver l’humeur courageuse d’autrefois. Et pourtant, me disais-je, le même ferment de zèle et d’amour pour tous les hommes existe toujours. Il y a peut-être encore des moyens d’éviter que cette République ne se perde. Que chacun s’efforce de reprendre ses forces ; que chacun fasse ce qu’il peut. Pour ma part, je vais faire tout ce que je pense être en mon pouvoir.

J’ai mis des mots sur ces sentiments dans ma Tribune du Peuple. J’ai dit à tout le monde : écoutez : ceux d’entre vous qui semblent en venir à sentir, à la suite d’une longue série de calamités publiques, que la République ne vaut rien et que la monarchie pourrait être préférable - vous avez raison, je le jure. Je l’ai épelé en majuscules : NOUS ÉTAIT MIEUX SOUS LES ROIS QUE NOUS SOMMES SOUS LA RÉPUBLIQUE. Mais vous devez comprendre de quelle République j’entends par là. Une République comme celle que nous voyons est totalement sans valeur, sans aucun doute. Mais ceci, mes amis, est Dot la vraie République. La vraie République est quelque chose que vous ne connaissez même pas encore.

Bon alors, si tu veux, j’essaierai de t’en dire quelque chose, et je suis presque certain que tu vas l’idolâtrer.

La République n’est pas un mot – pas même plusieurs mots – vide de sens. Les mots Liberté et Égalité, qui n’ont cessé de résonner à vos oreilles, vous ont envoûté au début de la Révolution parce que vous pensiez qu’ils signifieraient quelque chose de bien pour le Peuple. Or elles ne vous disent rien du tout, parce que vous voyez qu’elles ne sont que de vaines articulations et des ornements de formules trompeuses. Il faut vous faire apprendre que malgré tout cela, ils peuvent et doivent signifier un bien précieux pour le plus grand nombre.

La Révolution, ai-je continué dans mon discours au peuple, n’a pas besoin d’être un acte totalement sans résultat. Tant de torrents de sang n’ont pas été versés simplement pour rendre le sort du peuple pire qu’il ne l’avait été auparavant. Quand un peuple fait une révolution, c’est parce que le jeu des institutions vicieuses a poussé les meilleures énergies d’une société à un tel point que la plupart de ses membres utiles ne peuvent plus continuer comme avant. Il se sent mal à l’aise dans la situation qui prévaut, sent le besoin de la changer et s’efforce de le faire. Et la société a raison de le faire, car la seule raison pour laquelle elle a été instituée en premier lieu était de rendre tous ses membres aussi heureux que possible : le but de la société est le bien-être commun.

C’est cette formule, contenue dans l’article premier de l’alliance de l’an 1 de la République, que j’ai toujours tenue pour mienne, et je continuerai de la faire.

Le but de la révolution est aussi le bien-être du plus grand nombre ; donc, si ce but n’a pas été atteint, si le peuple n’a pas trouvé la vie meilleure qu’il cherchait, alors la révolution n’est pas terminée, même si ceux qui veulent seulement substituer leur propre règle à celle de quelqu’un d’autre disent que c’est fini, comme vous vous en doutez. Si la révolution est vraiment terminée, cela n’a été qu’un grand crime.

Je m’efforçai donc de faire comprendre quelle pouvait être la nature du bien commun, qui est le but de la société, ou du bien du plus grand nombre, qui est le but de la Révolution. Je me suis renseigné sur les raisons pour lesquelles à certaines époques données le plus grand nombre n’étaient pas plus heureux. Cette enquête m’a conduit à la conclusion suivante, que j’ai osé imprimer dans un de mes premiers numéros après le 13 vendémiaire :

« Il y a des périodes où l’effet ultime de l’ordre social cruel est que la totalité de la richesse de la société est concentrée entre les mains de quelques-uns. La paix, l’état naturel des choses quand tous les hommes sont heureux, est nécessairement menacée dans un moment comme celui-ci. Les masses ne peuvent plus exister ; ils sont complètement dépossédés et ne rencontrent que des cœurs impitoyables dans la caste qui amasse tout. De tels effets déterminent quelles seront les époques de ces grandes révolutions prédites dans les livres, dans lesquelles un bouleversement général du système de propriété est inévitable, et dans lesquelles la révolte des pauvres contre les riches est motivée par une telle nécessité que rien ne peut le vaincre.

J’avais remarqué que les principaux acteurs de la révolution avant moi concluaient aussi que leur but devait être celui de rectifier les maux de nos vieilles institutions vicieuses, et d’apporter le bien-être de la société.

J’avais même, à ce sujet, soigneusement recueilli les observations d’un de nos législateurs-philosophes, mort dans la fleur de l’âge. Des efforts ont également été déployés pour faire de ce simple recueil une preuve contre moi, même s’il était évident qu’il avait été fidèlement copié à partir de textes connus... . Puisqu’il est utilisé contre moi dans son intégralité, il me sera sûrement permis d’en extraire une partie afin de me justifier :

« Le bien-être des hommes est une idée nouvelle en Europe... . Vous ne pouvez pas supporter l’existence d’un malheureux ou d’un pauvre dans l’État... . Que l’Europe se rende compte que vous ne souhaitez plus avoir ni malheureux ni oppresseurs sur le territoire de la France... . Les malheureux sont les puissances de la terre ; ils ont le droit de parler en maîtres aux gouvernements qui les négligent... . Le besoin rend les gens qui travaillent dépendants de leurs ennemis. Pouvez-vous concevoir l’existence d’un empire dont les rapports sociaux sont contraires dans leurs tendances à la forme du gouvernement ? ... »

J’ai reproduit ces idées dans les numéros de mon journal. Je voulais faire comprendre au peuple ce que devait être le résultat de la révolution, ce que devait être la république. J’ai senti que je pouvais percevoir la réponse des gens tout à fait distinctement ; ils étaient prêts à aimer une telle république. J’osais même me flatter de penser que c’étaient mes écrits qui avaient fait naître l’espoir d’instaurer la nouvelle république, et qui avaient tant fait pour déroyaliser l’actuelle.

Aux yeux de qui n’est-ce pas, jusqu’à présent, une bonne œuvre ?

Tu as poussé tes maximes trop loin, quelqu’un pourrait me dire.

C’est ce que nous devons décider.

Les plaignants ont décrit à la page 78 du supplément de leur Expose, un document qui a pour titre : Analyse de la Doctrine de Babeuf. Il y a un grand nombre de questions à son sujet dans diverses parties du dossier du procès, et il a été considéré comme l’extrême parmi toutes les idées de bouleversement social. Il sera donc utile d’examiner ce travail en détail.

Lors de mon contre-interrogatoire au cours du procès, j’ai déclaré que ce document n’avait pas été rédigé par moi, mais, reconnaissant qu’il s’agissait d’une juste analyse des principes que j’avais proclamés, je l’ai approuvé, et j’ai consenti à ce qu’il soit imprimé et publié. C’était en effet un résumé fidèle de la doctrine que j’avais éparpillée dans les différents numéros de mon journal.

Cette doctrine semble jouer le rôle essentiel et fondamental dans une conspiration. Il figure dans l’accusation sous le titre « Pillage des biens » ; c’est ce qui effraie les plaignants en le reproduisant sous toutes les formes odieuses. Ils l’appellent successivement « loi agraire », « brigandage », « dévastation », « désorganisation », « système épouvantable », « affreux bouleversement », « subversion de l’ordre social », « projet atroce », seul résultat de ce qui serait nécessairement « la destruction de l’espèce humaine ; le retour à l’état sauvage, une vie d’errance dans les bois, tous ceux qui ont survécu... l’abandon total de toute culture, de toute industrie... la nature laissée à elle-même... la forte instauration de leur supériorité sur les faibles comme seule source de droits ; les hommes devenant, si cette doctrine est acceptée, plus féroces que les bêtes brutes,se battent furieusement pour chaque morceau de nourriture qu’ils rencontrent.

C’est très certainement le nœud de l’accusation. Les autres points ne sont que des accessoires ou des appendices de celui-ci. La fin justifie les moyens. Pour atteindre un certain but, il faut vaincre tout ce qui se dresse sur son chemin. Or, quant à l’hypothèse du changement social en question, qu’on choisisse de la qualifier, à la manière des plaignants, de subversive de tout l’ordre social, ou de la caractériser, en chœur avec les philosophes et les grands législateurs, comme sublime régénération, il est indubitable que ce changement n’a pu s’opérer que par le renversement du gouvernement établi et la suppression de tout ce qui s’y oppose. Ces actes de bouleversement et de suppression ne seraient donc que l’accessoire, le moyen nécessaire pour atteindre le but principal, qui est l’établissement de ce que nous et les philosophes appelonsle bien-être général ou commun, et ce que nos accusateurs appellent dévastation et pillage. Il est donc prouvé, comme si mathématiquement, que la partie de l’accusation fondée sur ma prétendue résolution de fonder un système qui a été apprécié de manières si variées, est la partie principale et presque la seule de l’accusation, puisque les autres ne sont que branches qui en émanent.

Il s’ensuit, me semble-t-il, qu’il faut nécessairement se poser les questions suivantes : ai-je vraiment prêché un tel système ? Si oui, dans quel esprit l’ai-je prêché – sous forme de pure spéculation, ou dans l’espoir de conspirer pour le réaliser par la force et malgré le peuple ? Ce système s’est-il vraiment avéré mauvais et destructeur ? N’a-t-il jamais été prêché par quelqu’un d’autre que moi ? N’a-t-il pas été prêché avant moi, et est-ce que quelqu’un avant cela, y compris les rois eux-mêmes, a-t-il jamais aspiré à punir ses principaux apôtres ?

Plusieurs de ces questions seront bientôt résolues. Le premier en deux mots. J’ai vraiment prêché le système du bien commun ; – J’entends par ces mots, le bien-être de tous, le bien-être général. J’ai dit que le code social qui établissait dans sa première ligne que le bien-être des hommes était le seul but de la société, consacré dans cette ligne l’étendard inattaquable de toute vérité et de toute justice. Il résume entièrement la loi de Moïse et des prophètes. Je défie qui que ce soit de me soutenir que les hommes, lorsqu’ils s’associent, peuvent avoir tout autre but, tout autre désir que le bonheur de tous. Je défie quiconque de prétendre qu’ils auraient consenti à cette union si on leur avait dit qu’elle serait composée d’institutions qui imposeraient bientôt le fardeau du labeur au plus grand nombre, les obligeraient à suer du sang et à mourir de faim, en afin qu’une poignée de citoyens privilégiés pût être maintenue dans le luxe et l’oisiveté. Mais entre-temps, tout cela s’est produit, comme si les lois éternelles ne l’avaient en aucune façon proscrit, et j’ai donc le droit, en tant qu’homme, de réitérer ma demande que nous exécutions le pacte originel, qui, bien que tacitement conçu, j’en conviens, était néanmoins inscrit en lettres ineffaçables dans la fibre de chaque cœur humain. Oui, c’est une voix qui crie à tous : le but de la société est le bien-être commun. C’est le contrat primitif ; il n’a pas besoin d’autres termes pour clarifier son sens ; il couvre tout, parce que toutes les institutions doivent être amenées à couler de cette source, et rien ne peut être autorisé à dégénérer de sa norme.

Quant à la seconde question, je n’ai prêché le système du bien-être de tous que comme une simple spéculation philanthropique, comme une simple proposition au peuple, dépendant entièrement de la condition de son acquiescement. On voit alors à quel point j’étais loin de pouvoir réaliser un tel projet ; car nul ne peut, sans s’illusionner à outrance, se flatter que cet acquiescement serait facile à obtenir, et je puis vous assurer qu’il est bien plus facile de calculer tous les obstacles qui s’y opposent, l’opposition sans fin qui rencontrer, et de juger à l’avance tout cela insurmontable.

Au cours de mon récit je prouverai que je n’ai rien fait pour établir ce système par la force et malgré le peuple.

Afin de voir si ce système est vraiment aussi mauvais, destructeur et répréhensible que les plaignants le prétendent, citoyens jurés, vous devez peser contre leurs opinions certaines des raisons que j’ai avancées pour le justifier au cours de mon travail de propagande. En plus de l’Analyse déjà présentée, que, comme je l’ai signalé, je n’ai pas composé, mais que j’ai néanmoins approuvée et adoptée, j’ai moi-même offert dans un de mes écrits un résuméjustifiant cette doctrine. Je vous la présenterai fidèlement, citoyens Jurés. Ce que je m’apprête à vous faire, c’est ma confession franche et sincère. Compte tenu de la notion de « s’entendre » avec les autres dans laquelle tout le monde est aujourd’hui imprégné, il y aura peut-être plusieurs choses dans ce que je m’apprête à vous dire qui vous paraîtront choquantes. Mais, je vous en prie, ne vous alarmez pas avant de m’avoir entraîné jusqu’au bout. C’est mon âme et mes intentions que vous devez juger ; c’est sur le fond de mon cœur et sur le sens final de mes aveux que j’espère que vous voudrez fixer votre attention. J’espère vous faire comprendre que mes réflexions sur les principes fondamentaux de la société ont toujours été fondées sur la pure philanthropie. Voici donc, présentée avec la plus grande confiance, la déclaration que je crois devoir vous faire, exprimé exactement comme il l’était dans mes écrits, concernant les buts et les motifs des hommes lorsqu’ils se forment en ordre civil.

« Le sort de l’individu » (je disais dans ma Tribune du Peuple, n° 35, page 102), « n’a pas eu à s’aggraver lorsqu’il est passé de l’état naturel à l’état social.

« Par ses origines, la terre n’appartient à personne, et ses fruits sont pour tous.

« L’institution de la propriété privée est une surprise qui s’est imposée à la masse des âmes simples et honnêtes. Les lois de cette institution doivent nécessairement faire exister des heureux et des malheureux, des maîtres et des esclaves.

« La loi de l’hérédité est suprêmement abusive. Elle produit des hommes pauvres à partir de la deuxième génération. Les deux enfants d’un homme suffisamment riche se partagent également sa fortune. L’un d’eux n’a qu’un enfant, l’autre une douzaine. Chacun de ces derniers enfants n’a alors qu’un douzième de la fortune du premier frère et un vingt-quatrième de celle du grand-père. Cette portion n’est pas suffisante pour subvenir à ses besoins. Certains d’entre eux sont obligés de travailler pour leur riche cousin germain ; ainsi émergent maîtres et serviteurs parmi les petits-enfants d’un même homme.

« La loi de l’aliénation n’est pas moins injuste. Cet homme qui est déjà le maître des autres descendants du même grand-père paie arbitrairement le travail qu’ils sont obligés de faire pour lui. Ce salaire n’est toujours pas suffisant pour leur permettre de subsister ; ils sont obligés de vendre leur maigre part de l’héritage à celui dont ils dépendent maintenant. Ainsi ils ont été expropriés ; s’ils laissent des enfants, ces pauvres enfants abandonnés n’auront que leur intelligence sur laquelle compter.

« Une troisième cause hâte l’émergence des maîtres et des serviteurs, des trop fortunés et des extrêmement malheureux : ce sont les différences de salaire et d’estime que la simple opinion attache aux différentes formes de production et d’industrie. Une opinion fantastique de ce genre conduit à attribuer à la journée de travail de celui qui fait une montre vingt fois la valeur de celle de celui qui laboure un champ et fait pousser du blé. Il en résulte que l’horloger est mis en situation d’acquérir le patrimoine de vingt laboureurs ; il l’a donc exproprié.

« Ces trois racines du malheur public, tous les descendants de propriété hérédité, l’aliénation et la diversité de valeur arbitraire avis, comme seul maître, est en mesure d’attribuer aux différents types de production et la main - d’œuvre - donnent lieu à tous les vices de société. Ils isolent tous les membres de la société ; ils font de chaque maison une petite république consacrée à une inégalité meurtrière, qui ne peut que conspirer contre la grande république.

Lorsque j’arrivai à ces conclusions, citoyens jurés, et que je trouvai que je devais les considérer comme des vérités irréfutables, je fus bientôt conduit à en tirer les conséquences suivantes :

« Si la terre n’appartient à personne ; si ses fruits sont pour tous ; si la possession par un petit nombre d’hommes n’est le résultat que de quelques institutions qui abusent et violent la loi fondamentale, il s’ensuit que cette possession par quelques-uns est une usurpation. Il s’ensuit que, à tout moment, tout ce qu’un individu possède de la terre et de ses fruits au-delà de ce dont il a besoin pour sa propre nourriture a été volé à la société.

Et puis, allant de conséquence en conséquence, croyant fermement à l’importance de ne pas cacher la vérité aux hommes, je suis arrivé aux conclusions suivantes et les ai publiées :

« Tout ce qui manque à un membre du corps social de ce qui suffirait à ses divers besoins un jour donné, lui a été enlevé. Il a été spolié de sa propriété individuelle naturelle par les accapareurs des biens de la communauté.

« L’hérédité et l’aliénation sont des institutions homicides.

« La supériorité des talents et des efforts n’est qu’une chimère et un piège spécieux, qui a toujours indûment servi les desseins des conjurés contre l’égalité et le bien-être des hommes.

« Il est à la fois absurde et injuste de prétendre qu’une plus grande récompense est due à quelqu’un dont la tâche exige un plus haut degré d’intelligence, une plus grande quantité d’application et de tension mentale ; rien de tout cela n’augmente la capacité de son estomac.

« Aucun motif ne peut justifier la prétention à une récompense au-delà de ce qui est suffisant pour les besoins individuels.

« Une telle prétention n’est qu’une affaire d’opinion, nullement validée par la raison, et peut-être – cela reste à voir – même pas valable selon un principe de force, du moins d’une force purement naturelle et de nature physique.

Il n’y a que ceux qui sont intelligents qui ont mis un prix si élevé sur les conceptions de leur cerveau, et si les physiquement forts avaient pu les suivre dans la régulation de l’ordre des choses, ils auraient sans doute établi le mérite de le bras était aussi grand que celui de la tête, et la fatigue de tout le corps eût été offerte comme une compensation suffisante à la fatigue de la petite partie de celui-ci qui rumine.

« Si ce principe d’égalisation n’est pas posé, alors les plus intelligents et les plus industrieux reçoivent un mandat de thésaurisation, un titre pour spolier en toute impunité tous ceux qui sont moins doués.

« Ainsi l’équilibre du bien-être dans l’état social est détruit, renversé, puisque rien n’a été mieux prouvé que cette maxime : qu’on ne réussit à avoir trop qu’en faisant en sorte que les autres n’en aient pas assez.

« Toutes nos institutions civiles, nos transactions réciproques, ne sont que des actes de brigandage perpétuel, autorisés par des lois barbares, sous la domination desquelles nous ne sommes occupés qu’à nous déchirer.

« Notre société d’escrocs amène toutes sortes de vices, de crimes et de malheurs dans le sillage de ses conventions primordiales atroces, contre lesquelles les hommes de bien s’allient dans une vaine tentative de leur faire la guerre. En cela ils ne peuvent être victorieux parce qu’ils n’attaquent pas le mal à ses racines, parce que leurs mesures ne sont que des palliatifs puisés dans le réservoir d’idées fausses créé par notre dépravation organique.

« Il est donc clair, d’après tout ce qui a été dit, que tout ce qui appartient à ceux qui ont plus que leur dû individuel des biens de la société, est vol et usurpation.

« C’est donc juste pour le leur reprendre.

« Même quelqu’un qui pourrait prouver qu’il est capable, par l’exercice individuel de sa propre force naturelle, de faire le travail de quatre hommes, et prétendre ainsi à la récompense de quatre, ne serait pas moins un conspirateur contre la société, parce qu’il ce serait bouleverser l’équilibre des choses par cela seul, et détruire ainsi le précieux principe d’égalité.

« La sagesse exige impérieusement de tous les membres de l’association qu’ils suppriment un tel homme, qu’ils le poursuivent comme un fléau de la société, qu’ils le réduisent au moins à un état où il peut faire le travail d’un seul homme, de sorte que il ne pourra exiger la récompense que d’un seul homme.

« C’est seulement notre espèce qui a introduit cette folie meurtrière de faire des distinctions de mérite et de valeur, et c’est seule notre espèce qui connaît le malheur et la privation.

« Il ne doit exister d’autre forme de privation que celle que la nature impose à chacun à la suite d’un accident inévitable, auquel cas ces privations doivent être supportées par chacun et réparties également entre eux.

« Les produits de l’industrie et du génie deviennent aussi la propriété de tous, le domaine de toute l’association, du moment même que les ouvriers et les inventeurs les ont créés, car ils ne sont que la compensation des découvertes antérieures faites par le génie et l’industrie, dont les nouveaux inventeurs et ouvriers ont profité dans le cadre de la vie sociale, et qui les ont aidés à faire leurs découvertes.

« Les connaissances acquises étant le domaine de tous, elles doivent donc être également réparties entre tous.

« Une vérité qui a été contestée avec impertinence par la mauvaise foi, par les préjugés, par la légèreté, est le fait que cette distribution égale des connaissances entre tous rendrait tous les hommes à peu près égaux en capacité et même en talent.

« L’éducation est une monstruosité quand elle est inégale, quand elle est le patrimoine exclusif d’une partie de l’association : car alors elle devient, dans les bandes de cette partie, une accumulation de machines, un arsenal d’armes de toutes sortes qui aide cette partie de la société à faire la guerre à l’autre, qui n’est pas armée, et à réussir par là à l’étrangler, à la tromper, à la mettre à nu et à l’entraver jusqu’à la plus honteuse servitude.

« Il n’y a pas de vérités plus importantes que celles qu’un philosophe a proclamées en ces termes : « Déclamez autant que vous voudrez au sujet de la meilleure forme de gouvernement, vous n’aurez encore rien fait tant que vous n’aurez pas détruit les graines de la cupidité et de l’ambition.

« Il est donc nécessaire que les institutions sociales soient telles qu’elles éradiquent chez chaque individu l’espoir qu’il puisse jamais devenir plus riche, plus puissant ou plus distingué en raison de ses talents, que n’importe lequel de ses égaux.

« Pour être plus précis, il faut lier le sort de chacun ; rendre le sort de chaque membre de l’association indépendant du hasard et des circonstances heureuses ou défavorables ; assurer à chaque homme et à sa postérité, si nombreuse qu’elle soit, autant qu’ils en ont besoin, mais pas plus qu’ils n’en ont besoin ; et de fermer à tous toutes les voies possibles par lesquelles ils pourraient obtenir une partie des produits de la nature et du travail qui soit plus que leur dû individuel.

« Le seul moyen d’y parvenir est d’établir une administration commune ; supprimer la propriété privée ; placer tout homme de talent dans la ligne de travail qu’il connaît le mieux ; l’obliger à déposer le fruit de son travail dans le magasin commun, à établir une simple administration des besoins, qui, tenant un registre de tous les individus et de toutes les choses qui sont à leur disposition, distribuera ces biens disponibles avec le plus de scrupules l’égalité et veillera à ce qu’ils pénètrent dans la maison de chaque citoyen.

« Cette forme de gouvernement, prouvée par l’expérience comme praticable, puisqu’elle est la forme appliquée aux 1 200 000 hommes de nos douze armées (ce qui est possible à petite échelle est possible à grande échelle aussi), est la seule qui pourrait aboutir à un bien-être universel sans réserve et inaltérable : le bien-être commun, le but de la société.

« Cette forme de gouvernement, continuai-je, entraînera la disparition de toutes les lignes de démarcation, clôtures, murs, serrures aux portes, procès, vols et assassinats ; de tous les crimes, tribunaux, prisons, gibets et châtiments ; du désespoir qui cause toutes les calamités ; et de la cupidité, de la jalousie, de l’insatiabilité, de l’orgueil, de la tromperie et de la duplicité - en bref, de tous les vices. De plus (et le point est certainement essentiel), elle mettra fin au ver rongeur de l’inquiétude perpétuelle, que ce soit dans l’ensemble de la société, ou en privé en chacun de nous, sur ce que demain apportera, ou du moins ce que l’année prochaine apporter, pour notre vieillesse, pour nos enfants et pour leurs enfants.

Voilà, citoyens jurés, l’interprétation du code de la nature dont mon esprit était occupé. Je croyais pouvoir voir tout ce qui était écrit sur les pages immortelles de ce code. J’ai mis ces pages en lumière et je les ai publiées. Certes, c’était parce que j’aimais mon prochain, et parce que j’étais persuadé que le système social que je concevais était le seul qui pût faire son bonheur, que je voulais tant le voir disposé à l’adopter. Mais je n’imaginais pas – c’eût été une présomption des plus illusoires – que je pouvais le convertir à cette idée : il n’aurait fallu qu’un instant pour contempler le flot des passions qui nous subjugue maintenant dans cette ère de corruption que nous ont rencontré, pour devenir convaincu que les chances contre la possibilité de réaliser un tel projet sont plus de cent à un.Même le plus intrépide partisan de mon système doit en être convaincu.

Tout cela donc, citoyens jurés, était avant tout une consolation que mon âme cherchait. Tel est le penchant naturel et palpable qu’éprouve tout homme qui aime ses semblables, qui songe aux calamités dont ils sont les victimes, qui songe qu’ils sont eux-mêmes souvent la cause de ces afflictions, à examiner dans son imagination toutes les mesures curatives qui pourraient être prises. S’il croit avoir trouvé ces remèdes, alors, dans son impuissance à les réaliser, il s’afflige pour ceux qu’il est forcé de laisser à leur souffrance, et se contente de la faible compensation d’en tracer les contours du plan qui, selon lui, pourrait mettre fin à leurs malheurs pour toujours. C’est ce qu’ont fait tous nos philosophes-législateurs, et je ne suis au mieux que leur disciple et émule, quand je fais autre chose que simplement les répéter, les faire écho ou les interpréter. Rousseau disait : Je comprends bien qu’il ne faut pas entreprendre le projet chimérique d’essayer de former une société d’honnêtes hommes, mais je croyais néanmoins que j’étais obligé de dire toute la vérité ouvertement. Quand vous me condamnez, citoyens jurés, pour toutes les maximes que je viens d’admettre d’énoncer, ce sont ces grands hommes que vous mettez en jugement. Ils étaient mes maîtres, mes sources d’inspiration – ma doctrine n’est que la leur. De leurs leçons j’ai tiré ces maximes de « pillage », ces principes qu’on a appelés « destructeurs ». Vous accusez aussi la monarchie de n’avoir pas été aussi inquisitrice que le gouvernement de notre république actuelle ; vous les accusez de n’avoir pas empêché les livres corrupteurs d’un Mably, d’un Helvétius, d’un Diderot,ou d’un jean Jacques Rousseau, de tomber dans mes bandes. Tous ceux qui gouvernent doivent être considérés comme responsables des maux qu’ils n’empêchent pas. Philanthropes d’aujourd’hui ! C’est avant tout à vous que je m’adresse. C’est à cause de ces poisons philosophiques que je suis perdu. Sans eux, j’aurais peut-être nui à votre moralité, à vos vertus. Comme vous, j’aurais détesté par dessus tout le brigandage et le renversement des institutions sociales existantes ; J’aurais eu la plus tendre sollicitude pour le petit nombre d’hommes puissants de ce monde ; J’aurais été sans pitié envers la multitude souffrante. Mais non, je ne me repentirai pas d’avoir été élevé à l’école des hommes célèbres que je viens de nommer. Je ne blasphémerai pas contre eux, ni ne deviendrai apostat contre leurs dogmes. Si la hache doit tomber sur mon cou,le licteur me trouvera prêt. Il est bon de périr pour la vertu.

Je n’étais pas fantaisiste, citoyens jurés, en disant que ce procès serait le procès de tous ces philosophes dont les restes ont été déposés au Panthéon, tant que vous nous condamnerez pour nos opinions populaires et démocratiques, dont le chef d’accusation dans l’accusation a été forgé sous le titre « projet de pillage de tous les biens ». Ces philosophes aussi, ont formulé et publié de tels projets. Divers fragments de leurs projets se trouvent dans les volumes mis en preuve contre nous. Et pour cette raison, je crois que j’ai le droit de soupçonner assez fortement que le tribunal prétend les juger avec nous. Quel pourrait être autrement le sens de ces fragments de l’accusation que je vais citer, qui sont l’œuvre de l’auteur du Contrat social ?... Laissez-moi lire d’eux :

« Avant que ces mots terribles, les miens et les tiens ne fussent inventés ; avant l’existence de cette espèce cruelle et brutale d’hommes appelés maîtres, et de cette autre espèce de fripons et de menteurs appelés esclaves ; avant il y avait des hommes si abominables qu’ils osaient en avoir trop tandis que d’autres mouraient de faim ; avant que la dépendance mutuelle ne les oblige tous à devenir des traîtres rusés et jaloux... . J’aimerais que quelqu’un me dise en quoi ses vices et ses crimes auraient pu alors consister... . On me dit que les gens ont longtemps été désabusés de la chimère d’un âge d’or. Il faut ajouter que les hommes sont depuis longtemps désabusés de la chimère de la vertu !

Il est dit dans le volume imprimé par le tribunal que le brouillon de cette déclaration est écrit de la main de Babeuf. Je vous dis que ce n’est qu’une copie. La preuve que je vais vous en donner suffira peut-être pour remettre en cause d’autres attributions de ce genre. L’original est de la main de jean Jacques Rousseau. Je ne crains pas de compromettre ce nouveau conspirateur en le mentionnant ici, puisqu’il ne peut être ni lésé ni entaché par le jugement de ce tribunal. Je n’hésite donc pas à dire que c’est lui qui a présidé la Société des Démocrates de Floréal ; il fut l’un de leurs principaux instigateurs. Mais quelle est la date de cette déclaration de lui que j’ai citée ? 1758. C’est une réponse faite par le philosophe à M. Bordes, académicien de Lyon, à propos du discours sur les sciences et les arts.Ces propos sont donc quelque peu antérieurs au complot qui est maintenant examiné. Oh ! Qu’importe ? D’ailleurs, cette conspiration date ses origines d’une époque beaucoup plus ancienne. Pauvre Jean-Jacques ! ...

Source :

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Herbert Marcuse 1969 –

La défense de Gracchus Babeuf devant le tribunal de grande instance de Vendôme –

Réflexions sur la défense de Gracchus Babeuf

La défense de Babeuf devant le tribunal de grande instance de Vendôme tente de réaliser l’impossible : la reconnaissance, par l’autorité établie, de la désobéissance civile extrême comme protestation légitime contre l’autorité établie. Contradiction insoluble : les représentants et protecteurs de l’ordre public sont censés donner leur approbation officielle et gouvernementale à la tentative de subversion soit en acquittant les accusés, soit en les punissant légèrement. Les faits étaient incontestables : Babeuf s’était livré à la subversion en paroles et en actes ; il avait ouvertement préconisé le renversement du système établi ; il avait conspiré pour organiser l’insurrection armée. Ses actions pouvaient difficilement être justifiées par son argument selon lequel la Constitution de 1795 qui devait être la base légale et démocratique du gouvernement n’avait été adoptée que par environ 900 000 voix [1]et dans des « circonstances douteuses » , alors que la Constitution Montagnard de 1793 avait reçu environ 4.800.000 voix « jeté librement. » [2] Pour dans le cadre parlementaire, les élections , même truquées, sinon contesté avec succès, des élections-expressions de la souveraineté populaire et donc constitutionnel. Babeuf savait tout cela, et il en tira la conclusion : il dut admettre la réalité du complot tout en insistant sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un véritable complot. Et il le fit en faisant appel des règles de la démocratie représentative (parlementaire) au pouvoir de la démocratie directe (populaire), de la souveraineté (apparente) du peuple au véritable intérêt du peuple.

Cette stratégie, qui, sous une forme ou une autre, est devenue un élément essentiel de toutes les théories de la dictature révolutionnaire, repose, dans la Défense de Babeuf, sur l’idée que le peuple qui vote pour sa constitution et ses représentants ne sont pas nécessairement le peuple souverain , que leur volonté exprimée n’est pas nécessairement leur volonté autonome, que leur libre choix n’est pas nécessairement la liberté. Selon les mots de Babeuf : le peuple pourrait être induit en erreur ; ils auraient pu, « avec une apparente liberté, adopter une Constitution radicalement vicieuse » (p. 14). [3] Et : « le manque d’informations appropriées les aurait peut-être empêchés de le reconnaître » (ibid.).Dans ce cas, le peuple aurait agi contre ses "vrais intérêts" - contre lui-même. La faiblesse et l’ignorance du peuple le soumettraient au pouvoir en place et la souveraineté populaire serait ainsi susceptible d’administration. circonstances, même un vote libre pourrait être un vote pour la servitude, et la démocratie pourrait devenir un système de domination et d’exploitation par consentement.Pour Babeuf, le consentement obtenu de cette manière est annulé, n’est pas un consentement, et le gouvernement par le peuple doit la lutte contre le peuple qui a consenti à la servitude.En outre, l’instauration de la démocratie signifierait la subversion de la démocratie établie - tout comme elle signifiait la subversion de l’Ancien Régime établi.

Ici, bien sûr, la question se pose immédiatement : selon quels critères ou normes l’expression de la volonté populaire peut-elle être déterminée comme induite en erreur, trompée, fausse ?

Le problème est déjà déformé et obscurci s’il est formulé en termes personnels ; si l’on demande : qui détermine la distinction entre les vrais et les faux intérêts ? Car le problème n’est pas un problème de personnes (ou de groupes de personnes) mais de critères objectifs et démontrables ; une fois définis, la situation historique respective déterminera quels groupes sociaux pourraient adopter ces critères et agir en conséquence. L’argument selon lequel de tels critères, s’ils existent, sont déjà invalidés parce qu’ils seraient ceux d’une « élite », une minorité, soulève la question puisqu’il suppose que la majorité est eo ipsodroit. En tout cas, pour Babeuf et ses amis, les véritables intérêts du peuple s’étaient définis à deux niveaux : en théorie par la philosophie des Lumières qui avait préparé le terrain intellectuel de la démocratisation de la société ; et en pratique par la situation des pauvres après le thermidor. En théorie, les critères pour l’harmonie d’un ordre social établi avec les véritables intérêts du peuple étaient la réalisation des droits inaliénables de l’homme tels qu’énoncés dans le « livre sans âge de la nature ». Et le plus fondamental de ces droits est l’effort de chaque homme pour améliorer son sort, pour satisfaire ses besoins, pour avoir une part égale dans la richesse sociale. La société humaine a été fondée dans ce but ; le bien-être de tous ses membres est la seule raison du contrat social.Si un état de choses a vu le jour où les masses sont contraintes « à une vie de labeur et de faim, et obligées, dans le sang et les larmes, de maintenir une poignée d’êtres privilégiés dans l’oisiveté et la débauche », alors le contrat social est abrogé. , et le peuple peut exiger sa restauration (p. 26). La légitimité ne réside alors que dans la tentative de restaurer le contrat rompu contre ceux qui l’ont rompu : là où il n’y a pas de société, il ne peut y avoir de subversion de la société. L’insurrection de Babeuf était censée apporter l’ordre, non le désordre, et si sa conspiration visait à rétablir l’ordre, ce n’était pas un crime mais « le comble de la vertu » (p. 13).et le peuple peut exiger sa restauration (p. 26). La légitimité ne réside alors que dans la tentative de restaurer le contrat rompu contre ceux qui l’ont rompu : là où il n’y a pas de société, il ne peut y avoir de subversion de la société. L’insurrection de Babeuf était censée apporter l’ordre, non le désordre, et si sa conspiration visait à rétablir l’ordre, ce n’était pas un crime mais « le comble de la vertu » (p. 13).et le peuple peut exiger sa restauration (p. 26). La légitimité ne réside alors que dans la tentative de restaurer le contrat rompu contre ceux qui l’ont rompu : là où il n’y a pas de société, il ne peut y avoir de subversion de la société. L’insurrection de Babeuf était censée apporter l’ordre, non le désordre, et si sa conspiration visait à rétablir l’ordre, ce n’était pas un crime mais « le comble de la vertu » (p. 13).

A la lumière de cette théorie, Babeuf réinterroge les concepts de souveraineté populaire et de complot, creusant sous leur obscurcissement idéologique. C’est la partie centrale de sa Défense, et sa signification historique transcende de loin les circonstances spécifiques dans lesquelles son procès s’est déroulé. Il distingue trois définitions du complot : (1) intention de renverser les gouvernements établis, (2) intention de renverser une Constitution librement adoptée par le peuple, (3) intention de renverser l’autorité légitime. La première s’avère vite erronée : elle signifierait que le peuple devrait toujours rester sous la forme dominante de gouvernement, « aussi vil et ignoble qu’elle soit » - une violation flagrante du principe de souveraineté populaire et de les droits inaliénables de l’homme.Babeuf a également déjà réfuté la deuxième définition de la conspiration par son argument selon lequel, dans des conditions d’oppression, le peuple pourrait librement adopter une constitution qui va à l’encontre de ses propres intérêts. Reste la troisième définition, la seule qu’accepte Babeuf : seul un gouvernement qui reconnaît les droits inaliénables de l’homme et gouverne selon les principes de la souveraineté populaire peut se prétendre autorité légitime. Une conspiration contre un tel gouvernement « constituerait en effet un acte véritablement subversif » (p. 15). Et Babeuf peut maintenant facilement soutenir que le gouvernement contre lequel il a conspiré n’est pas une autorité aussi légitime. Car la Constitution de 1795 supprima le suffrage universel et la souveraineté populaire dans la législation, rétablit la distinction entre citoyens actifs et passifs, abolit les droits civiques sanctionnés par la Constitution démocratique de 1793 et investit l’exécutif de pouvoirs soustraits au contrôle populaire (p. 17). Dans ces circonstances, la légitimité n’était pas avec les défenseurs de ce gouvernement, mais avec les conspirateurs contre lui.

Ce raisonnement et la conception des droits inaliénables fondés sur le droit naturel ont été maintes fois contestés, principalement au motif que l’existence d’un tel droit naturel n’est pas démontrable, qu’il est donc ambigu et soumis à des définitions arbitraires, de sorte qu’il peut servir de une justification de tout pouvoir, réactionnaire comme révolutionnaire. Mais cet argument ne semble pas avoir dérangé Babeuf. Il y a un moment où la démonstration autre que « voir » devient impossible, non pas parce que les choses à voir sont trop lointaines, trop obscures, trop nébuleuses, douteuses, mais au contraire : parce qu’elles sont tout à fait claires, directes, proches de soi. -évident. Le droit de satisfaire des besoins vitaux, d’améliorer son sort est en ce sens une évidence, le reste relève de la sémantique académique. La vraie difficulté, les doutes commencent lorsque le domaine des nécessités de la vie, la satisfaction des besoins vitaux est transcendé. Peut-on légiférer, légitimement et au nom du bien commun, dans le domaine du « luxe » et de la culture intellectuelle ? Pour Babeuf, cette question ne se posait pas : il s’agissait simplement des nécessités, de leur égale répartition, et de la mise en place d’un gouvernement désireux et capable d’entreprendre une telle répartition, c’est-à-dire pour Babeuf, construire une société communiste.et l’établissement d’un gouvernement désireux et capable d’entreprendre une telle distribution, c’est-à-dire, pour Babeuf, construire une société communiste.et l’établissement d’un gouvernement désireux et capable d’entreprendre une telle distribution, c’est-à-dire, pour Babeuf, construire une société communiste.

Le communisme occupe une place importante dans la Défense de Babeuf ; il la présente comme la seule société « naturelle » organisée pour le bien commun. Il cite comme témoins des porte-parole du gouvernement révolutionnaire de 1793-1794 ; il cite Morelly (attribuant le Code de la Nature à Diderot), Mably, Rousseau. Le communisme de Babeuf est une forme d’égalitarisme primitif, voire répressif - nul besoin de discuter de ses mérites ni de ses chances de trouver un soutien populaire. Dans le manifeste des Égaux appelant à l’insurrection, il n’est fait aucune mention du communisme. Mathiez a attiré l’attention sur ce fait [4]et à celui, plus surprenant encore, que les abonnés au journal révolutionnaire de Babeuf (qui prônait le communisme) venaient en grande partie de la classe des banquiers, financiers, industriels, hauts fonctionnaires, fonctionnaires, professionnels. Associé à des degrés divers à la dictature jacobine. , ces sympathisants ont soutenu l’opposition de gauche contre le Directoire en raison de la menace de nouvelles vagues de Terreur blanche contre les Jacobins. On se demande ce qu’il serait advenu du communisme de Babeuf si sa conspiration avait eu au moins un premier succès : ces forces de droite (qui avaient suivi la Tribune du Peuple non parce que mais malgré son communisme) auraient-elles pris le relais et peut-être accéléré le développement de la société bourgeoise en France, « sautant » la coûteuse étape napoléonienne ?

Babeuf n’avait en effet aucun soutien effectif de la gauche. Dans sa Défense, il parle de manière récurrente du manque de soutien des masses (p. 11) ; la « paralysie de l’initiative populaire » (p. 19) ; et il résume : « En fait, j’étais très loin de bénéficier d’un quelconque soutien populaire » (p. 27). La détérioration catastrophique de l’économie, l’inégalité croissante et la corruption flagrante avaient tourné le sentiment populaire contre la République. La réaction royaliste avait pris de l’ampleur, et c’est en effet sous la direction royaliste qu’avait eu lieu le dernier grand soulèvement populaire (13 vendémiaire 1795). Le peuple semblait « résigné et prêt à passer une nouvelle fois sous le joug du despote », il était « las d’une Révolution dont les péripéties ne lui avaient apporté que de la peine », il était « revenu au royalisme » (p. 19, 20) . Situation historique familière :le tribun du peuple doit enseigner au peuple que la République qu’il a et qu’il déteste n’est « pas la vraie République », que la « Révolution n’est pas finie » et que, si elle est « terminée à mi-chemin, il sera jugé par l’histoire comme un peu plus qu’un catalogue de crimes sanglants » (p. 21 ). Ainsi les « crimes sanglants » doivent être rachetés en poursuivant la révolution jusqu’au bout.

Pour Babeuf, le début de la fin est la promulgation de la Constitution démocratique de 1793 ; la fin, c’est la société communiste ; le moyen, dans les circonstances données : l’insurrection armée. Et parce que les gens pour qui la révolution doit être faite sont trompés, hostiles ou apathiques, ce sera une révolution par une minorité, c’est-à-dire qu’elle impliquera la Terreur contre les ennemis de la révolution, qui comprendraient vraisemblablement les trompé et égaré les gens dans l’intérêt desquels la révolution doit être menée.

Voici l’article 12 de l’Acte d’insurrection :

Toute opposition sera vaincue sur-le-champs par la force. Les opposants seront exterminés. Seront egalement mis a mort :

Ceux qui battront ou vont battre Ia generale ;

Les etrangers de quelque nation qu’ils soient, qui seront trouvt !s dans les rues ;

Tous les présidents, secrétaires et commandants de Ia conspiration royale de vendémiaire qui oseraient aussi se mettre en évidence. [6]

Mais Babeuf distingue la Terreur légitime de la Terreur illégitime. La première se caractérise par le fait qu’elle n’est pas aveugle, qu’elle respecte les droits accordés aux accusés par une législation révolutionnaire, et qu’elle ne s’exerce que pour protéger la révolution et le bien-être du peuple. Cette distinction peut expliquer l’attitude apparemment contradictoire de Babeuf envers la Terreur. Dans ses jours pré-conspirateurs, il s’était joint aux thermidoriens pour dénoncer Robespierre à qui il attribuait un sinistre système de dépeuplement de la France afin de faire face à la menace d’une famine massive. Il avait aussi attaqué, dans les termes les plus intransigeants, les horribles activités terroristes de Carrier à Nantes. Et pourtant, dans le même pamphlet, il écrivait qu’il n’hésiterait pas à « frapper de la peine capitale » tous les ennemis du peuple soit qu’ils le ruinent dans sa fortune, qu’ils l’affament par de sordides spéculations, qu’ils l’ussassinent par Ia trahison ou par le fer, et surtout s’ils meconnaissent sa souverainete, s’ils attentent a sa liberté. [7]

Et il a approuvé l’acquittement des coaccusés terroristes de Carrier, en déclarant :

je n’ai vu en eux, excepte le régulateur suprême de leurs actes et de leurs volontaires, que des amans passiones de la liberté, déplorant leurs fureurs. [8]

La Terreur légitime doit être pratiquée sans vengeance ni cruauté, uniquement pour protéger le peuple contre ses ennemis. Là encore, la notion insaisissable de « bien-être du peuple » semble être le seul critère de légitimité de la Terreur. Cependant, nous pouvons maintenant définir cette notion plus clairement. Pour Babeuf, « le peuple » n’est pas le peuple en général, la « population » de la République, pas même tous ses citoyens, mais seulement les pauvres, les opprimés, les affamés. Et leur bien-être peut être défini clairement : c’est l’atténuation de leur pauvreté, l’abolition de leur exploitation, la satisfaction de leur faim. Et dans les conditions qui prévalaient à l’époque, ce but ne pouvait être atteint qu’en supprimant les pouvoirs et les institutions qui s’opposaient à une redistribution radicale du pouvoir et des richesses. « L’homme qui veut une fin veut aussi les moyens d’atteindre cette fin » (p.25). De plus, cette Terreur légitime est la démocratie en action car les pauvres au nom desquels elle s’exerce sont la majorité du peuple. S’ils ne le font pas spontanémentagir en majorité parce qu’ils sont « induits en erreur » ou maintenus dans l’ignorance ou privés des moyens d’agir efficacement, la révolution - leur révolution - doit devenir l’affaire de la direction : elle doit devenir une dictature pour mais pas par la majorité.

Babeuf a-t-il jamais cru pouvoir convaincre ses juges de la force de son argumentation selon laquelle la légitimité était du côté de sa conspiration plutôt que des autorités qui l’avaient poursuivi ? La teneur de son discours, et en particulier ses remarques finales, suggèrent une réponse négative. Ses derniers mots et les scènes horribles qui suivent le prononcé de la condamnation à mort sont l’acte d’accusation le plus révélateur d’une révolution trahie et d’un peuple contraint à l’apathie et à la soumission. À la lumière de cet enfer d’impuissance et de futilité, la longue invocation par Babeuf de l’idéologie radicale de l’époque prend une importance accrue. Les idées de Raison et de Liberté, l’analyse de l’origine de l’inégalité et de l’exploitation, l’insistance sur les droits inaliénables de l’homme, telles étaient des idées louées dans tout le pays et au-delà de ses frontières,inscrit dans le grand mausolée de la culture et du progrès. Mais en même temps, la tentative de relier les mots aux actes, de définir le sens de ces idées en termes d’action qui traduiraient l’idéologie en réalité était, à des degrés divers, soumise à la discrimination, à la persécution, à la suppression. Ainsi seule l’idéologie restait intacte : elle pouvait être transmise aux générations futures et servir de guide dans la préparation des luttes futures.elle pourra être transmise aux générations futures et servir de guide dans la préparation des luttes futures.elle pourra être transmise aux générations futures et servir de guide dans la préparation des luttes futures.

Le message de la stratégie de Babeuf n’était pas perdu. Le fondement théorique de sa conspiration était l’identification du « peuple » avec les pauvres, et l’identification des pauvres avec la majorité du peuple - la majorité qui, précisément en raison de la condition dans laquelle elle était maintenue, n’était pas capable d’agir par lui-même et pour lui-même - en tant que majorité. Sous diverses formes, cette conception a été à l’œuvre dans tous les mouvements révolutionnaires continentaux, des Jacobins aux bolcheviks. Mais avec la démocratisation croissante de la société industrielle, il devient de plus en plus difficile de maintenir cette identification. Le nombre des « pauvres » au sens de Babeuf tend à diminuer jusqu’à devenir, dans les sociétés les plus avancées, une minorité de la population. Et "le peuple" en vient à signifier "tout le peuple,« égale « devant la loi » quels que soient le statut social et la profession. Ensuite, le « bien-être » ou « l’intérêt » du peuple ne peut plus être défini sans contradictions internes, car l’intérêt d’une classe n’est pas celui d’une autre, et chaque classe a un droit égal à être comptée. De plus, le concept de bien-être général et d’intérêt « véritable » cesse d’être un objectif à atteindre uniquement par des changements révolutionnaires ; le bien commun et le véritable intérêt du peuple sont censés s’affirmer dans le fonctionnement normal du processus démocratique. Mais si cette évolution peut rendre obsolète le concept traditionnel de révolution, elle ne fait que mettre en relief l’argument de Babeuf selon lequel toute invocation de la démocratie, de la volonté du peuple, de la souveraineté populaire, devient discutable, voire invalide, si le peuple,la majorité des gens sont « induits en erreur », ou endoctrinés, ou ne connaissent pas les faits essentiels. Là où de telles conditions prévalent, la démocratie est encore fallacieuse, selon les mots de Babeuf : la République n’est pas encore la « vraie République », et sa mise en place impliquerait d’agir (et d’écrire) contre le peuple, contre la majorité. Car la démocratisation de la société, même là où elle a atteint le stade du suffrage universel et de l’égalité devant la loi, et des choix libres dans le domaine de la consommation, n’exclut pas la domination, l’endoctrinement et la manipulation - et encore moins là où les la concentration du pouvoir conduit à un monopole ou un oligopole de fait dans les moyens de communication de masse. Alors la condition à laquelle Babeuf faisait face :la « falsification » de la souveraineté populaire au nom de la souveraineté populaire prévaudrait toujours, mais obscurcie et élargie au-delà des limites de toute conspiration « de la gauche ». Et une théorie et une stratégie qui étaient tout à fait irréalistes mais pas utopiques en 1796 apparaissent comme tout à fait utopiques aujourd’hui.

Remarques

1. Le chiffre donné par Albert Mathiez, La Réaction Thermidorienne (Paris, Colin, 1929), p. 300, soit 1 057•390 voix.

2. Chiffre de Mathiez : t,8ot,918.

3. Les numéros de page entre parenthèses renvoient au texte de la Défense.

4. Le Directoire (Paris, Colin, 1934), p. 207.

5. Ibid., p. 192 s.

6. « Toute opposition sera écrasée d’un coup par la force ; les éléments hostiles seront exécutés. Ceux qui sonneront l’appel aux armes, ou le feront sonner, seront également mis à mort ; de même les étrangers, quelle que soit leur nationalité, qui se trouvent dans les rues, et tous les dirigeants de la conspiration royale de Vendémiaire qui se montrent en public. Buonarotti, Conspiration pour l’Égaliét ! dit de Babeuf (Paris, Editions Sociales, 1957), II, t68.

7. « ... qui pillent ses richesses, la poussent dans le dénuement par des opérations spéculatives, la détruisent par la trahison ou par l’épée ; et, surtout, qui crachent sur sa souveraineté et cherchent à saper sa liberté. Babeuf, Du Système de dépopulation... (Paris, .795), p. 187.

8. « J’ai déploré leur fureur ; mais, laissant de côté le déterminant central de leur comportement, je ne voyais en eux que des hommes passionnément dévoués à la cause de la liberté. J’enchéris., pp. 193 s.

Source :

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La dernière lettre de Babeuf à sa famille avant son exécution

A ma femme et mes enfants :

Bonsoir mes amis. Je suis prêt à m’envelopper dans la nuit éternelle. Je m’exprime mieux à l’ami à qui j’ai adressé les deux lettres que vous avez vues ; Je ferais mieux de lui exprimer ma situation en ce qui vous concerne qu’à vous-mêmes. Il semble que ressentir trop, je ne ressens rien. Je remets ton destin entre ses mains. Hélas, je ne sais pas si vous le trouverez en mesure de faire ce que je lui demande : je ne sais pas comment vous pouvez le joindre. Ton amour pour moi t’a conduit ici à travers tous les obstacles de la pauvreté. Vos sentiments fidèles vous ont conduit à suivre à chaque instant ce long et cruel procédé que vous avez, comme moi, bu jusqu’à la lie ; mais je ne sais pas comment vous reviendrez à l’endroit d’où vous êtes parti ; Je ne sais pas comment ma mémoire sera appréciée, quoique je crois m’être tenue d’une manière irréprochable ; finalement,Je ne sais pas ce qu’il adviendra des républicains, de leurs familles, et même des bébés encore au sein de leurs mères, au milieu de la fureur royaliste qu’apportera la contre-révolution. O mes amis ! Que ces pensées sont déchirantes dans mes derniers instants !... Mourir pour la patrie, laisser une famille, des enfants, une épouse bien-aimée, tout serait supportable si à la fin de cela je ne voyais pas la liberté perdue et tout cela appartient aux républicains sincères enveloppés d’une horrible proscription. Ah, mes tendres enfants ! Que vas-tu devenir ? Je ne puis me défendre contre le plus fort des sentiments... Ne croyez pas que je regrette de m’être sacrifié pour la plus belle des causes ; même si tout ce que j’ai fait pour cela était inutile, j’ai rempli ma tâche...au milieu de la fureur royaliste qu’apportera la contre-révolution. O mes amis ! Que ces pensées sont déchirantes dans mes derniers instants !... Mourir pour la patrie, laisser une famille, des enfants, une épouse bien-aimée, tout serait supportable si à la fin de cela je ne voyais pas la liberté perdue et tout cela appartient aux républicains sincères enveloppés d’une horrible proscription. Ah, mes tendres enfants ! Que vas-tu devenir ? Je ne puis me défendre contre le plus fort des sentiments... Ne croyez pas que je regrette de m’être sacrifié pour la plus belle des causes ; même si tout ce que j’ai fait pour cela était inutile, j’ai rempli ma tâche...au milieu de la fureur royaliste qu’apportera la contre-révolution. O mes amis ! Que ces pensées sont déchirantes dans mes derniers instants !... Mourir pour la patrie, laisser une famille, des enfants, une épouse bien-aimée, tout serait supportable si à la fin de cela je ne voyais pas la liberté perdue et tout cela appartient aux républicains sincères enveloppés d’une horrible proscription. Ah, mes tendres enfants ! Que vas-tu devenir ? Je ne puis me défendre contre le plus fort des sentiments... Ne croyez pas que je regrette de m’être sacrifié pour la plus belle des causes ; même si tout ce que j’ai fait pour cela était inutile, j’ai rempli ma tâche...tout serait supportable si au bout de cela je ne voyais la liberté perdue et tout ce qui appartient aux républicains sincères enveloppés d’une horrible proscription. Ah, mes tendres enfants ! Que vas-tu devenir ? Je ne puis me défendre contre le plus fort des sentiments... Ne croyez pas que je regrette de m’être sacrifié pour la plus belle des causes ; même si tout ce que j’ai fait pour cela était inutile, j’ai rempli ma tâche...tout serait supportable si au bout de cela je ne voyais la liberté perdue et tout ce qui appartient aux républicains sincères enveloppés d’une horrible proscription. Ah, mes tendres enfants ! Que vas-tu devenir ? Je ne puis me défendre contre le plus fort des sentiments... Ne croyez pas que je regrette de m’être sacrifié pour la plus belle des causes ; même si tout ce que j’ai fait pour cela était inutile, j’ai rempli ma tâche...

Si contrairement à mes attentes vous parvenez à survivre à la terrible tempête qui s’abat sur la république et tout ce qui s’y rapporte, si vous parvenez à nouveau à vous retrouver dans une situation apaisée, et à trouver quelques amis qui peuvent vous aider à triompher de votre malheur, je vous propose de vivre ensemble. Je recommande à ma femme d’essayer de guider les enfants avec beaucoup de bienveillance, et je recommande à mes enfants de mériter les gentillesses de leur mère en la respectant et en obéissant toujours à ses souhaits. La famille d’un martyr de la liberté doit donner l’exemple de toutes les vertus pour s’attirer l’estime et l’attachement de toutes les bonnes personnes. Je voudrais que ma femme fasse tout son possible pour donner une éducation à ses enfants, en se faisant aider par tous ses amis à faire tout ce qui est possible pour eux dans ce but.J’invite Emile à accepter ce vœu d’un père qui se croit aimé, et qui a aimé à son tour ; Je l’invite à le faire sans perdre de temps, et le plus tôt possible.

Mes amis, j’espère que vous vous souviendrez de moi, et que vous parlerez souvent de moi. J’espère que tu croiras que je t’ai toujours aimé. Je ne pouvais concevoir d’autre moyen de vous rendre heureux que par le bonheur de tous. J’ai échoué ; je me suis sacrifié ; c’est aussi pour toi que je meurs.

Parlez souvent de moi avec Camille ; dis-lui des milliers et des milliers de fois que je l’ai eu avec tendresse dans mon cœur.

Dites la même chose à Caius, quand il pourra le comprendre.

Lebois a dit qu’il publierait notre défense à part : vous devez donner à la mienne la plus large publicité possible. Je recommande à ma femme, ma bonne amie, de ne jamais remettre à Baudoin, Lebois ou qui que ce soit une copie de ma défense sans en avoir une autre correcte en sa possession, afin d’être sûre que cette défense ne soit jamais perdue. Vous saurez, mon cher ami, que cette défense est précieuse, et qu’elle sera toujours chère aux cœurs vertueux des amis de leur pays. La seule propriété qui vous restera sera ma réputation. Et je suis sûr que vous et les enfants serez consolés d’en avoir la possession. Vous aimerez entendre tous les cœurs sensibles et droits dire, en parlant de votre époux : il était parfaitement vertueux.

Adieu. Je tiens la terre par un fil, qui demain se brisera. C’est certain, je le vois bien. Le sacrifice doit être fait. Les méchants sont les plus forts, et je m’abandonne à eux. Au moins il est doux de mourir avec une conscience aussi pure que la mienne ; la seule chose qui soit cruelle, qui déchire, c’est de m’arracher de vos bras, ô mes tendres amis ! tout ce qui m’est cher !!! je m’arrache ; la violence est faite... Adieu, adieu, dix millions de fois adieu...

... Encore un mot. Écrivez à ma mère et à mes sœurs. Envoyez-leur, par coach ou autrement, ma soutenance dès sa parution. Raconte-leur comment je suis mort, et essaie de faire comprendre à ces braves gens qu’une telle mort est glorieuse et loin d’être déshonorante...

Alors adieu encore, mes bien-aimés, mes tendres amis. Adieu pour toujours. Je m’enveloppe dans un sein d’un sommeil vertueux...

G. Babeuf

Source : https://translate.google.fr/transla...

Gracchus Babeuf accusant la Terreur en 1794 :

Ils veulent sauver Carrier ; Ils veulent faire juger le tribunal révolutionnaire. Méfiez-vous de ces gens !

Les crimes des représentants du peuple et ceux de leurs agents ne doivent jamais rester impunis. Nul n’a le droit de se revendiquer plus inviolable que les autres citoyens. Déclaration des droits de l’homme, art. 51

Le peuple de Paris, le peuple de toute la République, n’a poussé qu’un cri depuis l’ouverture du procès des complices du plus exécrable des dépeupleurs. Ce cri appelle la vengeance la plus terrible, la vengeance appelée à tomber non sur la tête, mais sur toutes les parties sensibles de l’être le plus monstrueux que la nature ait jamais produit. Jamais expressions d’indignation n’ont été si générales, si énergiquement exprimées contre un individu. Et jamais une telle accumulation d’atrocités n’a mieux justifié l’irritation du public.

Carrier : ce nom horrible frappe toutes les oreilles, sort de toutes les bouches. Rien que cela provoque un frisson d’horreur. Il n’est pas un seul Français pour qui ce mot ne suffise à raconter l’histoire de celui qu’il désigne. Il rappelle à tous ses contemporains le plus irascible des êtres carnivores. La postérité ne pourra trouver dans aucune tradition un exterminateur qui soit son égal. Les crimes de ce maître méchant sont reconnus et prouvés par tous, et pourtant il a des défenseurs officieux à la Convention nationale, et il semble même qu’il existe un parti fort qui veut le sauver. Plus encore, il y a des signes qui annoncent qu’il y a ceux qui veulent influencer, voire terrifier le tribunal juste qui, avec sa sagesse habituelle,enquête sur l’affaire de l’infâme noyeur qui a largement dépassé Néron et tous les autres grands bourreaux.

Ne sommes-nous pas scandalisés de lire dans tous les journaux ce qui s’est passé à la Convention pendant la séance du 12 brumaire, à l’apparition de cet assassin féroce, dont la présence au sénat est une injure continuelle au peuple représenté ? Passons en revue cette session et pesons ses circonstances étonnantes en ce qui concerne Carrier.

C’est un fait qu’un policier a été inculpé d’un ordre de garder Carrier en garde à vue, de l’empêcher de quitter Paris et, s’il tentait de le faire, de le conduire devant la Commission des Vingt et un. C’est un fait que le policier a été arrêté et emprisonné pour avoir conduit Carrier à cette commission.

Rien n’indique que l’officier chargé de l’ordre n’a pas arrêté Carrier parce qu’il estimait que Carrier cherchait à quitter Paris. Étant donné que l’ordre disait « s’il tentait » de quitter Paris, il en résultait que le flou du mot « tentait » laissait une grande latitude au gardien. Le moindre mouvement, la moindre initiative pouvaient lui apparaître comme une tentative de fuite ; il en était seul juge et sa responsabilité devait lui paraître si grande qu’elle ne lui permettait pas de courir de grands risques. Et est-il clair que l’arrestation n’aurait pas dû le rendre répréhensible, et le fait d’avoir procédé à cette arrestation supposait incontestablement qu’il y avait lieu de le faire, et l’on ne peut s’empêcher de voir dans le traitement du garde de Carrier une punition pour avoir s’est acquitté de son mandat.

Mais ce qui est plus digne d’observation, c’est la tendre sollicitude que plusieurs députés manifestent envers leur collègue Carrier. La commission des vingt et un manifesta une grande surprise de le voir accompagné d’un gendarme et d’un officier de police ; Guyomard y trouve une attaque terrible contre la représentation nationale et réclame sa punition.

Concernant la première circonstance je n’ai que cette pensée : que c’est la goutte d’eau que Guyomard veut maintenir le respect de la représentation nationale en ne faisant pas perdre le respect à ses membres les moins respectables.

Ensuite, il y a Legendre. Il trouve malveillants ceux qui révèlent à leurs groupes leurs craintes du projet de sauver Carrier. C’est donc un crime de s’alarmer de ce qui serait sans contredit un grand malheur ; c’est-à-dire voir l’incomparable criminel échapper à une vengeance exemplaire.

On n’est pas peu surpris d’entendre Legendre expliquer la faute impardonnable de l’officier qui l’a arrêté en disant qu’il a abusé de ses ordres en ne respectant pas la considération due à la représentation nationale en arrêtant Carrier d’une manière inappropriée à la dignité de sa position. C’est pourquoi le Comité de sûreté générale a libéré le représentant du peuple et arrêté celui qui s’était permis cet acte arbitraire contre un conventionnel.

Quand on entend Legendre parler ainsi, n’est-on pas tenté de dire que lui aussi est fini, que le retour à la campagne l’a ruiné ? Mais s’il s’agit pour ces gens de faire preuve de considération, c’est aux fléaux de ce monde qu’ils veulent que nous accordions de la considération. Qu’entend-on par la considération due à la représentation nationale en la personne de Carrier, par la dignité de la fonction de Carrier ? Je ne vois que Carrier dans Carrier ; Je ne vois aucune dignité inhérente à sa position. Et quant à la représentation nationale, je vois l’indignité de Carrier souiller le titre. Qu’est-ce que ce fanatisme des positions, qui appelle au respect de ce qui n’est plus respectable ? Allons-nous revenir aux temps superstitieux, où les prêtres menteurs parlaient aussi d’une position à respecter dans leur personne ? je ne connais que des hommes,et non des postes. Je les respecte quand ils méritent d’être respectés. Quand ils sont comme Carrier, je les déteste. On dira qu’il n’a pas encore été jugé. Mais il a été jugé par l’opinion publique, et cela suffit. C’est même trop.

Duhem vient de révéler son intention de soustraire le dévoreur de l’humanité à la justice nationale. Les journaux disent : « Il parle d’affiches qui ont pour objet de recueillir les opinions du peuple et des jurés du Tribunal révolutionnaire. Il s’étonne que le procureur de la République près ce tribunal n’ait pas été sommé de comparaître à la barre pour rendre compte de sa conduite à cet égard. Il accuse les dirigeants du tribunal d’être une faction qui veut poursuivre plusieurs conventionnels, notamment les députés, qui ont tout fait pour sauver la Patrie en Vendée ."

C’est le plan du complice de l’exterminateur des peuples. Ils intimideront, ils feront taire le tribunal, ils essaieront même de le juger. Et ils justifieront le tueur de masse de l’Occident avec l’excuse que le terrorisme dont il a donné l’exemple à la terre était nécessaire pour le salut de la Patrie.

Système exterminable ! Il fallait pour le salut de la France effacer toute la population de ses parties occidentales ! Il fallait pour le salut de la Patrie faire de sa plus belle campagne un horrible désert, en faire l’antre des animaux voraces tant terrestres qu’aquatiques en couvrant les eaux, les champs et les bois de cadavres ! Féroce Duhem, vous sanctionnez ces effroyables dévastations, vous absous les meurtriers d’un quart de la France : votre âme non moins barbare eût fait comme eux. Où les républicains ont-ils trouvé des législateurs comme vous ? Quel mauvais génie les a conduits vers les bourreaux au lieu de les guider parmi les sages ? Pour sauver la Patrie cette dernière aurait trouvé d’autres moyens que de dépeupler les plus belles régions.Phélipeaux et Dubois-Crancé disaient que la Vendée aurait pu être convertie par des moyens moins atroces. Il aurait fallu y envoyer des bataillons de missionnaires, d’apôtres de la liberté qui, capables de présenter leur doctrine avec tous ses charmes, auraient facilement, sans effusion de sang, fait venir un peuple maltraité par une horde d’imposteurs. Hommes de sang et de mort, croyez-vous atténuer l’horreur générale de vos effroyables exploits inspirés par le charlatanisme d’une phrase froidement abominable : « Ils n’ont fait que tout ce qu’il était possible de faire pour sauver la Patrie. Ces mots sinistres et insidieux ne fonctionneront pas. Faites tout ce que vous voudrez pour étouffer l’indignation, nous ferons de notre côté tout ce qui est en notre pouvoir pour la maintenir vivante, pour éviter que la pire scélératesse possible n’échappe à la vengeance que tous les Français exigent et attendent.Si nous devons retracer chaque jour les horreurs les plus révoltantes de nos cannibales, alors nous le ferons ; nous ne permettrons pas au peuple d’oublier. Commençons cette tâche. Soyez tranquille, beaucoup de crinières ; le peuple ne se refroidira pas à la satisfaction qui vous est due. Tu seras vengé.

Pour sauver la Patrie , fallait-il les 23 noyades de Nantes, l’une des 600 enfants ? Des « mariages républicains » étaient-ils nécessaires, où de jeunes garçons et filles attachés nus étaient assommés à coups de sabre puis jetés dans la Loire ? (Déposition de Philippe Tronjoli et Bourier) Fallait-il (autre déposition du 25 vendémiaire) faire mourir dans les geôles de Nantes de faim, d’infection et de misère, 10 000 citoyens, 30 000 si l’on compte les exécutions et les noyades ? Les sabrades étaient- ellesnécessaire (dépôt de Laéné) sur la place départementale, qui occupa 300 hommes pendant six semaines remplissant les charniers de ceux qui périrent de ce supplice ? Fallait-il que Carrier (dépôt de Tronjoli du 27) couche avec trois belles femmes puis les noie ? Fallait-il exécuter (dépôt de Renaudot) les détachements d’infanterie et de cavalerie de l’armée rebelle qui s’étaient volontairement rendus ? Fallait-il noyer ou exécuter (dépôt de Thomas) 500 enfants, dont l’aîné n’avait pas quatorze ans et que Carrier appelait des vipères qu’il fallait supprimer ? Fallait-il (même déposition) noyer 30 à 40 femmes enceintes de huit mois et huit mois et demi et offrir aux yeux horrifiés les cadavres encore palpitants des bébés jetés dans un baquet rempli d’excréments ? Fallait-il (dépôt d’Abraham et de la bonne épouse Puchotte) tuer en une nuit par suffocation (causée par infection et manque d’air) 50 à 60 prisonniers dans un galion dont les panneaux latéraux étaient fermés expressément pour provoquer l’étouffement ? Fallait-il, après l’exécution d’un groupe de femmes par un peloton d’exécution (déposition de Delamarie) faire un tas de leurs cadavres et plaisanter de mauvais goût, en la qualifiant de Montagne ? Fallait-il (dépôt de Coron) arracher leurs fruits aux femmes sur le point d’accoucher,les porter à bout de baïonnette et les jeter ensuite dans la rivière ? Fallait-il répandre parmi les soldats de la compagnie Marat l’horrible doctrine que chacun d’eux devait être capable de boire une coupe de sang ? Fallait-il (dépôt de Forget) faire du directeur de la prison le seul juge de ses détenus ? Fallait-il laisser les généraux se proclamer ouvertement les bouchers de la Convention ? Fallait-il (dépôt de Jeanne Laillet) que Carrier lui-même donne l’ordre spécial de guillotiner les six jeunes sœurs Lamettries ; que les cris douloureux de ces infortunés qui ne demandaient que des juges faisaient impression sur le bourreau, qui est mort trois jours plus tard de chagrin parce qu’il a procédé à cette exécution ? Fallait-il (dépôt de Lavigne) que Carrier professe ouvertement son exécrable jurisprudence par ces paroles terribles : « Bah, vous juges, il vous faut cent preuves, cent témoins pour guillotiner un homme. Jetez-les tous dans la rivière ; c’est ce que tu aurais dû faire. Fallait-il (dépôt de Tabouret) pour les malheureux qu’on emmenait par bateau dans unnoyade qui passait ses armes par les ouvertures des panneaux latéraux pour implorer grâce, se faire frapper les bras au sabre en demandant pitié à ses bourreaux ? Fallait-il (déposition de Moutier) que Carrier dise publiquement à Nantes qu’il fallait jouer à la pétanque avec la tête de tous les Nantais ?

Ah, Carrier, ah, Duhem, et vous tous les défenseurs officieux de ces deux là.

Si c’est seulement ainsi que vous savez comment sauver la Patrie, alors la Patrie assassinée se dresse contre vos mains ensanglantées et portera le coup mortel avant que vos cœurs atrocement insatiables n’aient réalisé leur vœu évident : enterrer tout l’humanité dans les abîmes de la destruction et de régner sur les cadavres et les déserts. Pour quoi prenez-vous le peuple français en pensant qu’il laissera le cannibalisme perfectionné sortir triomphant des horreurs qui étonneront les siècles et les nations. Non. Comptez que le jugement de l’opinion publique, qui ne s’est jamais prononcé aussi unanimement contre un coupable, ne s’inclinera pas devant les appels insensés de quelques vociférateurs qui partageaient et partagent ses dogmes populicides. La nature ne le permettra pas, n’a jamais permis aux assassins de cette terre de récolter impunément les fruits de leur barbarie. Le sang des hommes a toujours éclaboussé ceux qui l’ont fait couler. La mort de Carrier est vivement réclamée. C’est le but d’un vœu universel ; elle est nécessaire au repos de la République, dont aucune des régions ne sera à l’abri des fureurs inouïes d’un tel bourreau si un exemple effrayant n’est imposé à qui serait tenté de l’imiter. Loin d’écouter les appels à la pitié provoqués en faveur du monstre vomi par le Cantal, il n’est peut-être ni impolitique ni antiphilosophique de solliciter pour cet être extraordinaire, pour cet ennemi de la nature, un châtiment particulier. Néron, son mentor, a souhaité que l’humanité n’ait qu’une tête pour l’anéantir d’un seul coup.L’humanité ne devrait-elle pas alors souhaiter que Néron et Carrier aient mille têtes pour subir mille morts ? Non, un coup de guillotine ne suffit pas pour des êtres aussi exécrables. Les ombres des victimes des départements de l’Ouest ne se contenteront pas d’un si petit sacrifice. Que se passerait-il si une cabale caligulaite se trouvait assez forte pour faire voter des remerciements pour le féroce noyeur et dépeupleur et ranger ce mangeur d’hommes parmi les sauveurs de la Patrie ? Ces ombres larmoyantes joindront leurs cris de désespoir aux cris des vivants, et ces derniers ne voudront atteindre que les rivages funestes avant l’époque où les hordes de Carrier impuni se répandirent aux quatre coins de la France pour en faire un vaste cimetière.un coup de guillotine ne suffit pas à des êtres aussi exécrables. Les ombres des victimes des départements de l’Ouest ne se contenteront pas d’un si petit sacrifice

Mais non, le Tribunal révolutionnaire, dont la bonne conduite console et donne confiance à tous les bons citoyens, saura tenir ferme contre toutes les suggestions de la ruse, du crime et même du pouvoir. Il se rendra digne du poste honorable auquel il a été élevé. Il n’oubliera pas que les yeux de toute la France sont fixés sur lui, que le sort du peuple français dépend en grande partie de l’appui de la marche qu’il a menée dans l’importante affaire dont il tient les premiers fils entre ses mains. Et le plus grand de tous les auteurs de massacres verra bientôt sa dernière heure, malgré les efforts généreux du docteur Duhem et de sa bande.

GRACCHUS BABEUF, rédacteur en chef du « Journal de la Liberté de la Presse » puis du « Tribune du Peuple ».

Remarque : je signe ouvertement ceci. Je ne suis pas de ces timides qui écrivent anonymement en tremblant. On me verra bientôt se dresser plus fier que jamais et faire rougir Merlin de Thionville de ses infâmes calomnies contre moi et que les journaux asservis embellissent et répandent.

Je viens d’apprendre une production scientifique (une gifle à l’imposture) ; Je vais répondre à cela aussi.

Source :

https://translate.google.fr/transla...

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