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Le programme de paix de la révolution prolétarienne au pouvoir

mardi 7 juin 2022, par Robert Paris

Proposition d’armistice

Lénine - Trotsky

PROPOSITION D’ARMISTICE ET DE PAIX IMMÉDIATE

du gouvernement Russe.

Par radiogramme du 18 novembre 1917, 5 heures 20 du matin, le gouvernement russe a adressé l’appel suivant aux peuples belligérants :

Aux peuples des pays belligérants !

Notre proposition de conclure un armistice immédiat sur tous les fronts, dans le but d’aboutir à une paix démocratique sans annexions ni contributions, garantissant le droit des nations de disposer d’elles-mêmes, a reçu l’assentiment du commandant en chef allemand, en vue de négocier la paix.

Le commandant en chef des armées de la République, le lieutenant de réserve Krylenko, proposa de remettre de 5 jours, c’est-à-dire jusqu’au 2 décembre, le début des négociations d’armistice, afin de donner encore une fois aux gouvernements alliés l’occasion de préciser leur point de vue relatif aux pourparlers de paix.

Il a été décidé par accord réciproque de cesser les hostilités sur le front russe. Il va sans dire que, pendant ces 5 jours, aucun déplacement de troupes ne devra avoir lieu ni d’un côté ni de l’autre.

Le pas décisif est fait. La Révolution victorieuse des ouvriers et des paysans de Russie demande que la question de la paix soit résolue sans retard. La période des hésitations, des atermoiements, des conventions de chancelleries est passée. A présent tous les gouvernements, toutes les classes, tous les partis de tous les pays belligérants sont appelés à répondre catégoriquement à cette question : Êtes-vous prêts comme nous à entamer le 2 décembre, les négociations visant un armistice immédiat et une paix générale ? Oui ou non ?

De la réponse faite à cette question dépend cette autre question : Les travailleurs de la terre et des usines échapperont-ils aux souffrances et aux horreurs d’une nouvelle campagne d’hiver, ou bien l’Europe devra-t-elle continuer à verser son sang ?

Nous, le Conseil des Commissaires du Peuple, adressons cette question aux gouvernements de nos Alliés : La France, l’Angleterre, l’Italie, les États-Unis, la Belgique. la Serbie. la Roumanie, le Japon, la Chine. Nous leur demandons ouvertement devant leurs propres peuples, en face du monde entier : Voulez-vous entamer le 2 décembre, en même temps que nous, les négociations de paix ?

Nous, le Conseil des Commissaires du Peuple, nous adressons aux peuples alliés et particulièrement à leurs masses ouvrières, leur demandant : Voulez-vous encore prolonger cette guerre, sans but ni sens, et pousser aveuglément à la ruine la civilisation européenne ? Nous exigeons que les partis ouvriers des pays alliés répondent sans retard à notre question : Voulez-vous ouvrir les négociations de paix le 2 décembre ? Oui ou non ?

Soldats, prolétaires, ouvriers, paysans, voulez-vous faire avec nous le pas décisif vers la paix des peuples ? Le Conseil des Commissaires du Peuple s’adresse aux travailleurs de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie, de la Turquie et de la Bulgarie : La paix que nous proposons doit être une paix des peuples ; elle doit être basée sur une entente loyale, assurant à chaque peuple son libre développement économique et intellectuel.

Pareille paix ne peut être fondée que sur la base d’une lutte ouverte et virile des masses révolutionnaires contre tous les plans de conquêtes et les projets impérialistes. La Révolution des Ouvriers et des Paysans a déjà publié son programme de paix. Nous avons publié les traités secrets du Tsar et de la bourgeoisie avec nos alliés et déclaré que le peuple russe ne se sent pas lié par ces traités.

Les représentants officiels et officieux des classes dirigeantes des pays alliés ont répondu à notre proposition, en refusant de reconnaître le gouvernement des Conseils (des Ouvriers, Paysans et Soldats) et d’entamer, en commun avec lui, les négociations de Paix.

Le gouvernement de la Révolution victorieuse n’a pas besoin d’être reconnu par la diplomatie professionnelle du capitalisme. Mais nous demandons aux peuples : La diplomatie réactionnaire exprime-t-elle vos aspirations et vos vues ? Les peuples sont-ils décidés de permettre à cette diplomatie de laisser passer celte bonne occasion de conclure la paix, que seule offre la Révolution russe ? Il faut que la réponse à ces questions soit donnée promptement ; non point en paroles mais en actes !

L’armée et le peuple russe ne veulent plus attendre davantage. Le 2 décembre nous entamerons les négociations de paix. Si les peuples alliés n’envoient pas leurs négociateurs, nous négocierons avec les Allemands seuls. Nous voulons la paix générale. Mais si la bourgeoisie des pays alliés nous oblige à conclure une paix séparée, la responsabilité pleine et entière en retombera sur elle.

Soldats, Ouvriers et Paysans de France, d’Angleterre, d’Italie, des États-Unis, de Belgique, de Serbie ! Les négociations de paix commenceront le 2 décembre. Nous attendons vos représentants. Agissez sans perdre un instant !

A bas la campagne d’hiver ! A bas la guerre. Vive la paix et la fraternité des Peuples !

signé :

Le commissaire chargé des Affaires étrangères : Trotzky.

Le Président du Conseil des Commissaires du Peuple : Uljanoff Lénine.

Le programme de paix de la Révolution - Trotsky - (novembre 1917)

LE PROGRAMME DE PAIX DE LA REVOLUTION

Dans ce bâtiment, le 5 novembre, j’ai pris la parole lors d’une réunion populaire au cours de laquelle la question d’un congrès panrusse était discutée, et toutes les voix s’élevaient en faveur du pouvoir soviétique. La question qui a été le plus intensément posée au peuple pendant les huit mois de la Révolution est la question de la guerre et de la paix, et nous avons soutenu que seul un pouvoir fondant son autorité directement sur le peuple pouvait mettre fin au massacre. Nous soutenâmes que les traités secrets devaient être publiés, et déclarâmes que le peuple russe, n’ayant pas fait ces traités, ne pouvait être tenu d’accomplir les conquêtes qui y étaient convenues. Nos ennemis ont répondu que c’était de la démagogie. Vous n’oseriez jamais faire cela si vous étiez au pouvoir, disaient-ils, car alors les Alliés s’opposeraient à nous. Mais nous maintenions que le salut de la Russie était dans la paix.Nous avons fait remarquer que le caractère prolongé de la guerre détruisait la Révolution, épuisait et détruisait le pays et que plus nous lutterions longtemps, plus la position servile que nous occuperions alors serait complète, de sorte qu’enfin il nous resterait simplement le choix de choisir un maître.

Nous désirons vivre et nous développer comme une nation libre : mais, pour la conclusion de la paix, nous avons dû renverser le pouvoir de la bourgeoisie et de Kerensky. Ils nous ont dit que nous serions laissés sans aucun partisan. Mais le 7 novembre, le soviet local de Petrograd prit l’initiative sur lui-même, ainsi que la responsabilité et avec l’aide de la garnison et des ouvriers accomplirent le coup d’Etat, se présenta devant le Congrès des soviets alors en session et dit : "L’ancien pouvoir dans le pays est brisé, il n’y a aucune autorité, nulle part et nous sommes obligés de le prendre en main." Nous avons dit que la première obligation incombant au nouveau pouvoir est d’offrir des pourparlers de paix sur tous les fronts pour la conclusion d’une paix sans annexions ni indemnités sur la base de l’autodétermination des peuples, c’est-à-dire de chaque peuple par des élections populaires,doit prononcer pour lui-même le mot décisif : souhaitent-ils entrer dans une confédération avec leur État souverain actuel, jouissant d’une pleine autonomie sous lui ou souhaitent-ils s’en séparer et avoir une pleine indépendance ?

Nous devons mettre un terme à une condition dans laquelle le fort peut, par la force des armes, contraindre le faible à assumer quelles conditions de vie le fort peut désirer : chaque peuple, grand ou petit, doit être maître de son propre destin. . Or, c’est le programme non d’un parti, non d’un soviet, mais de tout le peuple, à l’exception du parti prédateur qui ose s’appeler Parti de la liberté populaire mais qui en réalité est un ennemi de la liberté populaire, luttant contre la paix avec tous sa puissance. A l’exception de ce parti, l’ensemble du peuple russe a déclaré qu’il ne tolérerait pas l’usage de la force. Et c’est dans cet esprit que nous promulguons notre décret de paix.

Le jour où nous avons adopté ce décret, les cosaques de Krasnov se sont rebellés et le danger a menacé l’existence même du pouvoir soviétique. Pourtant, à peine vaincus et le pouvoir soviétique renforcé, notre premier acte fut-il de nous tourner vers les puissances alliées et allemandes, simultanément, avec une proposition de pourparlers de paix sur tous les fronts. Nos ennemis, les cadets et leurs appendices, disaient que l’Allemagne nous ignorerait – mais il en est autrement, « et nous avons déjà l’assentiment de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie à la tenue de pourparlers de paix et de paix préliminaire sur la formule soviétique. Et même avant cela, dès que nous avons obtenu les clés de l’affaire des correspondances diplomatiques secrètes, nous avons publié les traités secrets, remplissant ainsi une obligation que nous avions assumée envers le peuple lorsque nous étions encore un parti d’opposition insignifiant.Nous disions alors et nous disons maintenant qu’un peuple ne peut pas verser son sang et celui de ses frères pour des traités qu’il n’a pas lui-même conclus, qu’il n’a jamais lus ni même vus. A mes paroles, les partisans de la coalition répondirent : Ne nous parlez pas dans cette langue ; ce n’est pas le cirque moderne.[1] Et je leur ai répondu que je n’ai qu’une seule langue, la langue d’un socialiste, et je parlerai dans cette langue au pays et à vous, aux Alliés et aux Allemands.

Aux adhérents de la coalition, ayant des âmes de lièvres, il semblait que publier les traités secrets équivalait à forcer l’Angleterre et la France à nous déclarer la guerre. Mais ils n’ont pas compris que leurs cercles dirigeants, pendant toute la durée de la guerre, avaient fait croire au peuple que l’ennemi traître et cruel était l’Allemagne et que la Russie était une terre noble et qu’il était impossible en vingt-quatre heures de leur apprendre la contraire. En publiant les traités secrets, nous nous sommes attirés l’inimitié des classes dirigeantes de ces pays, mais nous avons gagné leur soutien auprès de leurs peuples. Nous ne ferons pas de paix diplomatique ; ce sera la paix du peuple, la paix des soldats, une paix réelle. Et le résultat de notre politique d’ouverture était clair : Judson est apparu à l’Institut Smolny et a déclaré, au nom de l’Amérique,que la protestation à l’état-major de Dukhonine contre le nouveau pouvoir était un malentendu et que l’Amérique n’avait aucun désir de s’immiscer dans les affaires intérieures de la Russie et, par conséquent, la question américaine est réglée.

Mais il y a un autre conflit qui n’est pas encore réglé. Je dois vous en parler. En raison de leur combat pour la paix, le gouvernement anglais a arrêté et détient maintenant dans le camp de concentration George Chicherin [2], qui avait consacré ses richesses et ses connaissances aux peuples de Russie, d’Angleterre, d’Allemagne et de France, et le courageux agitateur des ouvriers anglais, l’émigré Petrov. J’ai communiqué par écrit avec l’ambassade d’Angleterre, disant que la Russie autorisait désormais la présence à l’intérieur de ses frontières de nombreux Anglais fortunés qui se livrent à des complots contre-révolutionnaires avec la bourgeoisie russe et que nous étions donc d’autant moins enclins à permettre aux citoyens russes être jeté dans les prisons anglaises ; que par conséquent tous ceux contre lesquels il n’y avait pas de charges pénales devaient être libérés immédiatement. Le non-respect de cette demande signifiera que nous refuserons les passeports aux sujets anglais désireux de quitter la Russie. Le pouvoir soviétique populaire est responsable du bien-être de tout le peuple ;où que soient ses citoyens, ils jouiront de sa protection. Si Kerensky parlait aux Alliés comme un boutiquier à son patron, nous sommes prêts à montrer que nous ne vivrons avec eux qu’à égalité. NOUS avons dit plus d’une fois que quiconque compte sur le soutien et l’amitié du peuple russe libre et indépendant doit l’aborder avec respect pour lui et pour sa dignité humaine.

Dès que les Soviétiques se sont retrouvés au pouvoir, nous avons proposé des pourparlers de paix au nom du peuple russe. Nous avions le droit de parler au nom du peuple, car tout ce que nous proposions, ainsi que tout le programme des commissaires du peuple, consiste en doctrines et propositions votées et passées dans des centaines et des milliers de soviets, usines et usines, c’est-à-dire par le peuple tout entier. Notre délégation parlera un langage ouvert et courageux : êtes-vous d’accord pour la tenue d’une conférence de paix immédiate sur tous les fronts ? Et s’ils disent oui, nous leur demanderons d’inviter leurs gouvernements et alliés à envoyer leurs délégués. Notre deuxième question sera : entendez-vous conclure la paix sur des bases démocratiques ? Si nous sommes obligés de faire la paix seuls,nous déclarerons à l’Allemagne qu’il est inadmissible de retirer ses troupes du front russe sur un autre front, puisque nous faisons une paix honorable et que nous ne pouvons permettre que l’Angleterre et la France en soient écrasées.

La diplomatie secrète ne sera pas tolérée un seul instant pendant les négociations. Nos flyers et notre service radio tiendront toutes les nations informées de chaque proposition que nous ferons et des réponses qu’elles obtiendront de l’Allemagne. Nous serons en quelque sorte assis dans une serre et les soldats allemands, par des milliers de journaux en allemand que nous leur distribuerons, seront informés de chaque pas que nous ferons et de chaque réponse allemande.

Nous disons que la Lituanie et la Courlande doivent décider elles-mêmes de la question, avec qui elles s’associeront et que l’Allemagne ne doit pas seulement en paroles mais en actes tenir compte de la libre expression de la volonté des peuples. Et si, après ces déclarations franches et honorables, le Kaiser refuse de faire la paix, si les banques et les bourses qui profitent de la guerre détruisent notre paix, les nations verront de quel côté est le droit et nous en sortirons les plus forts, les Kaiser et les financiers les plus faibles. Nous ne nous sentirons pas les vaincus mais les vainqueurs de la paix dont les victoires ne sont pas moins renommées que la guerre. Pour une nation qui a pris le pouvoir après avoir chassé ses ennemis, une telle nation est victorieuse. Nous ne connaissons pas d’autres intérêts que ceux du peuple, mais ces intérêts sont identiques aux intérêts des peuples de toutes les nations.

Nous déclarons guerre sur guerre. Les tsars craignent la conclusion de la paix, craignent que le peuple ne demande des comptes sur tous les grands sacrifices qu’il a faits et tout le sang qu’il a versé. L’Allemagne, en acceptant des négociations de paix, tient compte de la volonté de son peuple. Elle sait qu’ils veulent qu’elle réponde et que si elle ne répond pas, la Révolution russe deviendra l’alliée du peuple allemand. La France et l’Angleterre devraient venir à la discussion sur la conclusion de la paix, mais s’ils ne le font pas, leurs propres peuples, qui connaîtront le cours des transactions, les chasseront à coups de verges. Les représentants russes à la table de la paix se transformeront en plaignants ; les peuples siégeaient pour juger leurs chefs.Notre expérience de la manière dont les dirigeants ont traité leurs peuples au cours des quarante mois de guerre n’a pas été perdue. « En votre nom », dirons-nous à nos frères, « comprenez qu’au moment où vous tournerez votre force révolutionnaire contre votre bourgeoisie, pas un soldat russe ne tirera ! Cette promesse sera faite en votre nom et nous la tiendrons.

novembre 1917

Notes

1. Une grande salle pour les réunions de masse à Petrograd où cette adresse particulière de Trotsky a également été prononcée. – LCF

2. Qui a été libéré et est devenu par la suite commissaire des affaires étrangères du gouvernement soviétique. – LCF

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