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L’importun ou l’opportun coronavirus ?

samedi 30 mai 2020, par Khider Mesloub

L’importun ou l’opportun coronavirus ?

Aujourd’hui, depuis des mois, des centaines de millions de personnes sont toujours condamnées au confinement pénitentiaire, soumises au contrôle social et électronique, à la délation du voisinage, à la répression policière. Sous couvert de la protection de la population décrétée au nom de la santé, celle-là même qui a été massacrée par tous les Etats responsables de la destruction des hôpitaux et de la décimation des effectifs soignants, des dizaines de pays, dans le sillage des mesures de quarantaine initiées par la dictature stalinienne chinoise, se sont alignés sur la même politique de confinement. Comment expliquer cet alignement quasi pavlovien de la majorité des pays « démocratiques » sur la Chine ? La réponse se niche dans le contexte économique de crise mondiale contemporaine. Nul n’ignore la gravité de la dégradation de la situation économique enclenchée depuis 2008. L’année 2020 s’annonçait catastrophique. Tous les signaux économiques étaient au rouge. L’économie réelle était en proie à une surproduction inégalée, tandis que le commerce international s’était rétracté depuis 2018. Pour sa part, la sphère spéculative financière menaçait d’éclatement. Le front social était, quant à lui, en pleine agitation subversive, marqué par des soulèvements populaires dans de nombreux pays. Les classes dirigeantes, victimes de désaffection politique et de perte de confiance, étaient, ces dernières années, disqualifiées, discréditées, sur le point de perdre la mainmise du pouvoir contesté par la rue.

C’est dans ce contexte de déstabilisation économique et de contestation politique et sociale généralisée qu’apparaît opportunément le coronavirus.

Paradoxalement, dès les premières alertes relatives au coronavirus, profitant de la psychose alimentée par les médias inféodés, parfois sans présence de cas avérés sur leur territoire, des pays ont promptement décidé d’imposer le confinement à leur population. Quitte à mettre en danger leur économie nationale, déjà malmenée, par l’arrêt de la production, pénalisant ainsi les profits, précipitant des millions de travailleurs dans le chômage et la précarité. Or, devant de telles mesures irrationnelles préjudiciables à l’économie, nous n’avons assisté à aucune protestation de la part des milliardaires, des banquiers ou des hommes d’affaires. Tout se passe comme si ce coup d’Etat sanitaire (salutaire ?), impulsé à la faveur de la pandémie du Covid-19, arrangeait les affaires du grand capital, impatient de procéder à une dévalorisation du capital, autrement dit à une destruction des infrastructures économiques les moins performantes, pour tenter une régénération salvatrice. En effet, les principaux bénéficiaires de la crise sanitaire et économique sont les grands patrons. Sans déclenchement de guerre armée généralisée, le grand capital tente de se refaire une cure de jouvence économique, de redessiner un nouvel ordre mondial, avec le soutien appuyé des Etats pourvoyeurs de subventions financières publiques.

Ainsi, sous prétexte de la crise sanitaire du Covid-19, l’ensemble des pays du monde se sont empressés de mettre en quarantaine leur population. Sous couvert de lutte contre la propagation du coronavirus, ces Etats ont instauré le confinement. Or, le confinement, méthode moyenâgeuse, s’il garantit la possibilité de ralentir la propagation du virus et de la mortalité, en revanche, il ne permet nullement de sauver la vie des malades fragiles et des personnes âgées, proies favorables du virus. La seule efficacité du confinement est de permettre de ralentir la propagation du virus, autrement dit d’étaler la mortalité par l’évitement de l’engorgement des hôpitaux, insuffisamment préparés ou totalement défaillants. Quelle que soit la mesure sanitaire instituée, le virus poursuit toujours sa mission, à grande vitesse ou au ralenti. Mais ce n’est certainement pas le confinement qui stoppera sa dissémination, sa progression létale.

Aussi, pourquoi les gouvernements, qui ne se soucient aucunement, d’ordinaire, de la santé de leur population comme ils l’ont prouvé ces dernières décennies par leur politique de destruction du système de santé, perpétrée au nom de la rigueur budgétaire, ont-ils décidé précipitamment de décréter le confinement, en dépit de ses retombées financières préjudiciables et des risques d’effondrement de l’économie ? Les gouvernants et les puissants sont-ils devenus inconscients et suicidaires au point de mettre en péril leur pouvoir ? Au point de provoquer des tensions sociales susceptibles de déboucher sur des insurrections ? Absolument pas. Le véritable enjeu de tous ces puissants à la domination vacillante, engagés dans une ultime guerre de classes menée contre leurs populations laborieuses menaçantes, est la pérennisation de la société capitaliste mondialisée, depuis plusieurs années contestée par les peuples en révolte. Le confinement, ou plutôt le coronavirus (comme naguère le terrorisme), est l’arme opportune idéale pour impulser la militarisation de la société dans un contexte pourtant de « paix ». Comment ? Au moyen du bombardement médiatique anxiogène, autrement dit par la création d’un climat d’insécurité apocalyptique digne d’une guerre nucléaire, plongeant les populations dans une peur-panique. Le contexte de sidération ainsi créé paralyse les populations, les acculant à réclamer la protection de leur gouvernement, la veille encore honni et contesté.

Par l’emploi de la technique de dramatisation anxiogène, les gouvernants apprêtent ainsi la population à approuver les mesures sécuritaires totalitaires en préparation par tous les Etats du monde. C’est le début du processus de contrôle social, de l’instauration de mesures de restriction des libertés, de l’institution de lois répressives, d’assujettissement totalitaire de la population, dictées prétendument au nom de la crise sanitaire. Nous sommes rentrés dans l’ère de la dictature light, de la tyrannie douce. Elle est exercée au nom de la santé de la population consentante.

Ainsi, sous couvert de la crise sanitaire jetée en pâture, comme un appât idéologique viral, aux populations apeurées et tétanisées par la médiatisation anxiogène du Covid-19, l’enjeu capital pour les puissants est de raffermir le pouvoir des Etats fragilisé ces dernières années par les multiples contestations et soulèvements populaires. Comment ? Par le recours à la « théorie du chaos » (qui derrière un apparent désordre, en vrai maîtrisé, la théorie du chaos prépare un ordre totalitaire ordonné).

En effet, l’objectif principal, dans ce contexte d’effondrement économique délibérément provoqué, de chômage massif volontairement suscité, de chaos généralisé, marqué par la détresse et la misère inévitable imminentes, est double. D’une part, fragiliser, sur les plans social et psychologique, les populations afin de les acculer à accepter la main secourable de leurs « bienveillants et généreux » gouvernants, rétablissant ainsi leur confiance dans l’appareil bureaucratique d’Etat, ces dernières années rudement contesté par la rue. D’autre part, corrélativement, assurer par le haut la pérennité de l’ordre capitaliste dominant. Autrement dit, il faut que le gouvernement des riches préserve l’ordre économique dominant par le rétablissement du rôle proéminent de l’Etat fragilisé par les contestations populaires, avec la complicité des élites de la société civile, ces gardes chiourmes du système, et la participation du lumpenprolétariat enrôlé pour mater toute rébellion du peuple laborieux actuellement agité.

Pour les classes dirigeantes, l’ennemi n’est pas le Covid-19, cet opportun allié, mais le peuple, cet importun ennemi intérieur depuis quelques années très menaçant, tenté par l’insurrection, ce virus social plus dangereux que le coronavirus.

M. K.

1 Message

  • La fin du capitalisme n’est pas asymptomatique

    Dans « How Will Capitalism End ? Essays on a Failing System », Wolfgang Streeck expliquait que le capitalisme mondial finira par imploser, non pas à cause des révoltes venant d’en bas mais plutôt à cause de son propre dysfonctionnement. Autrement dit, le capitalisme est son propre bourreau. Mais le post-capitalisme ne signifie pas un système « socialiste » meilleur comme l’espèrent les marxistes.

    Pour Streeck, c’est un préjugé marxiste de penser que « le capitalisme en tant qu’époque historique se terminera seulement lorsqu’une société nouvelle ou meilleure émergera et qu’un sujet révolutionnaire sera prêt à la mettre en place pour le progrès de l’humanité. »

    Au contraire de cette meilleure société attendue, le capitalisme est injuste, corrompu et incapable de répondre aux besoins du peuple. Mais parce qu’il n’existe aucune force positive dans la société pour remplacer le capital, le capitalisme « restera pour le moment dans les limbes, mort ou sur le point de mourir de sa propre overdose. »

    Streeck ne s’arrête pas là. Pour lui, il est peu probable que le socialisme suive le capitalisme car il n’y a pas de force consciente ni de grande lutte qui y soit favorable. « Il n’y a pas de mouvement socialiste global », affirme Streeck, « en tout cas rien de comparable aux socialismes du 19e et du début du 20e siècle qui ont si bien combattu le capitalisme dans des luttes de pouvoir nationales. »
    Au lieu de cela, il prévoit une nouvelle étape de barbarie après la chute du capitalisme, semblable à ce qu’a vécu l’Empire romain après sa chute au 5e siècle. Une économie d’esclavage sophistiquée a cédé la place aux États tribaux, les villes sont devenues des villages, les grands domaines fonciers ont été morcelés et les avancées technologiques ont pris fin.

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