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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 2eme chapitre : Révolutions de l’Antiquité > Quand la « Civilisation grecque » n’était pas… grecque !

Quand la « Civilisation grecque » n’était pas… grecque !

mercredi 13 mai 2020, par Robert Paris

- Socrate, es-tu un homme supérieur ?

- « Je suis le produit de sept tromperies : la prétendue supériorité de l’homme sur l’animal, de l’homme sur la femme, de l’homme libre sur l’esclave, de l’homme oisif sur l’homme qui travaille, du penseur sur l’homme de la rue, de l’Athénien sur l’homme de l’Hellade et, enfin, de l’Hellène sur le reste des humains. Croyez bien que je n’en tire aucune fierté, car je suis un animal, une femme, un ignorant, un esclave et un homme de peine. Je n’appartiens à aucune cité et suis un citoyen du monde… Quant à ceux qui chantent la noblesse et disent qu’un homme est bien né parce qu’il peut prouver qu’il a sept aïeux riches, je pense qu’un tel éloge vient de gens qui ont la vue basse et courte, parce que, faute d’éducation, ils ne peuvent jamais fixer leurs yeux sur le genre humain tout entier, ni se rendre compte que chacun de nous a d’innombrables myriades d’aïeux et d’ancêtres, parmi lesquels des riches et des gueux, des rois et des esclaves, des barbares et des Grecs se sont succédé par milliers dans toutes les familles. Qu’on se glorifie d’une série de vingt-cinq ancêtres et qu’on fasse remonter son origine à Héraclès, fils d’Amphitryon, je ne vois là qu’une étrange petitesse d’esprit. Le vingt-cinquième ancêtre d’Amphitryon, et le cinquantième ancêtre de ce vingt-cinquième furent ce que le hasard les fit, et le sage se moque de ceux qui ne peuvent faire ce calcul ni débarrasser leur esprit de cette sotte vanité. »

Le théâtre minoen (aucune origine grecque) a largement précédé le théâtre grec

Théâtre de Phaistos (Crète)

Théâtre de Cnossos (Crète)

La génétique révèle que les minoens et les premiers mycéniens descendent des égéens du néolithique contrairement aux peuples grecs (Ioniens, Achéens, Thraces, Thessaliens, Doriens)...

Les Grecs n’ont pas inventé l’astronomie

Oeuvre des astronomes du roi Minos (Crète)

Agriculture, irrigation, navigation, art, artisanat, culture, commerce, urbanisation, cités libres, écriture, développement économique et intellectuel, libertés, luxe, art de vivre, prospérité, civilisation ont largement préexisté à l’arrivée des peuples grecs dans la région

Au-dessus la Grèce au IIIe millénaire avant J.-C. Les trois grandes civilisations du bronze ancien de mer Egée (cycladique, minoenne et mycénienne avant les Grecs) ainsi que celle de Troie (Hissarlik) et des dizaines d’autres plus petites (Dimini, Sésklo, Lemnos, Képhala, etc.) ont été balayées par les invasions et les révolutions

Palais de la civilisation de Dimini (Thessalie) Palais de Cnossos (Crète) au minoen

Malia (Crète)

artisanat minoen

Chronologie

La Crète minoenne Décorations des palais minoens La civilisation minoenne, une des civilisations avant les invasions indo-européennes dites "grecques" Akrotiri, ville à la fois minoenne et cycladique Les Cyclades, une autre des civilisations avant les invasions "grecques" La civilisation de Dimini Mycènes avant les Grecs

Mycènes, cité de Grèce avant les envahisseurs "Grecs" qui ont tout emprunté à la civilisation mycénienne qui les avait précédés

Troie, violemment écrasée par les Grecs

Les déesses des civilisations matriarcales néolithiques et bronze ancien de la mer Egée s’opposent au patriarcat des guerriers envahisseurs grecs Les envahisseurs indo-européens en mer Egée sont dits "Grecs" parce qu’ils ont occupé la Grèce

Quand la « Civilisation grecque » n’était pas… grecque !

Avertissement : malgré les apparences, ce texte n’est en rien contre « les Grecs » ni contre « les Indo-européens », ni pour glorifier tel ou tel autre peuple, ethnie ou nation opposées aux Grecs, n’a donc ni visée raciste, ni hostilité contre une ethnie quelconque, mais vise au contraire à combattre l’ethnisme et le nationalisme dans les récits mensongers de l’Antiquité dont ceux du « miracle grec » font partie. Ce récit mythique qui glorifie les Grecs prétend que la civilisation grecque serait née comme un miracle, comme une fleur apparaissant au milieu d’un désert civilisationnel, culturel, artistique et qu’elle aurait dés le début diffusé tous ses progrès, tous ses bienfaits, toutes ses innovations merveilleuses. Et c’est complètement faux. "Les Grecs" n’étaient pas une vague de civilisation mais d’invasions barbares contre une ancienne ou d’anciennes civilisations préexistantes dans la région. De nombreuses démagogies pro-occidentales et même racistes ont cherché des arguments dans la prétendue supériorité de la civilisation grecque :

Hitler dans « Mein Kampf » :

« Ce qui rend immortel l’idéal de beauté conçu par les Grecs, c’est la merveilleuse alliance de la plus splendide beauté physique avec l’éclat de l’esprit et la noblesse de l’âme… Rendre les corps robustes n’est donc pas, dans un Etat raciste, l’affaire des individus ; ce n’est pas non plus une question qui regarde en premier lieu les parents, et en deuxième ou troisième lieu seulement l’ensemble des citoyens : c’est une nécessité de la conservation du peuple que représente et protège l’Etat… Nous devons conserver aussi dans toute sa beauté l’idéal grec de civilisation. Les différences entre chaque peuple ne doivent pas nous empêcher de voir la communauté de race qui les unit, et dont l’importance est beaucoup plus grande. La lutte qui fait rage actuellement a de grands objectifs : une civilisation lutte pour son existence et cette civilisation a duré des milliers d’années, elle embrasse l’hellénisme et le germanisme… Si l’on répartissait l’humanité en trois espèces : celle qui a créé la civilisation, celle qui en a conservé le dépôt et celle qui l’a détruit, il n’y aurait que l’Aryen qu’on pût citer comme représentant de la première. Il a établi les fondations et le gros œuvre de toutes les créations humaines et, seuls, leur aspect et leur coloration ont dépendu des caractères particuliers des différents peuples. Il fournit les puissantes pierres de taille et le plan de tous les édifices du progrès humain et, seule, l’exécution répond à l’esprit propre ’a chaque race… Une civilisation dont la base fondamentale sera aussi bien l’esprit grec et la technique allemande. »

La démagogie fasciste a souvent fondé ses prétendues analyses historiques sur la fausse supériorité de "la civilisation grecque" et sur la fausse "invention de la civilisation par les Grecs".

La naissance des premières civilisations de Grèce fondées sur l’agriculture, l’artisanat, l’urbanisation, l’art, les sciences, le commerce, les cités, les palais n’était pas… grecque, ni fondée sur des peuples grecs (indo-européens), ni par des influences d’autres civilisations indo-européennes !! Les futurs peuples « grecs » n’avaient pas encore mis le pied sur ce territoire que des multiples civilisations, non grecques et nullement pré-grecques, y fleurissaient déjà que l’invasion grecque a pillé, détruit et aussi imité.

Pas plus qu’il n’est facile de parler de l’Egypte avant les Pharaons et avant les rois, ou de la Chine avant l’Etat central, ou encore de la Mésopotamie avant les Etats, notre connaissance de la Grèce avant les Grecs n’est pas facilitée par le refus des cultures dites occidentales d’y faire référence… On parle de « préhelléniques » ou « préhelladiques » pour ces civilisations de Grèce qui ne sont pas grecques comme on parle d’Amériques précolombiennes ou d’Afrique postcoloniale comme si le propre des colonisations violentes était de laisser des traces indélébiles dans l’Histoire et d’effacer les autres traces. Comme si ces civilisations n’avaient eu pour vocation fatale que de porter, longtemps après leur écrasement, la grande « civilisation grecque » encore appelée « le miracle grec » comme si elle n’était sortie de rien, produite seulement par elle-même en plein désert civilisationnel !!!

Non seulement on a effacé ainsi les civilisations qui ont précédé en Grèce « les Grecs » mais on a attribué aux « peuples grecs » toutes les inventions imaginables, de la philosophie à l’astronomie, de la démocratie à la géographie, des mathématiques à la physique, du théâtre à la peinture et de l’art du discours à la sculpture, de l’olympisme à la médecine, etc. Bien entendu, ces inventions « grecques » sont en grande partie exagérées. La civilisation grecque a emprunté bien des éléments à des civilisations précédentes qu’elle a d’abord écrasées, démolies, absorbées, pillées…

Ainsi, la « démocratie grecque » tant vantée est celle qui a soutenu les pires des dictatures, celle des hommes sur les femmes, des autochtones sur les étrangers, des hommes libres sur les esclaves, des démagogues sur le peuple. C’est à sa naissance la démocratie grecque qui a condamné à mort Socrate.

Quant aux sciences grecques, elles héritent des savoirs sumérien, akkadien, mésopotamien babylonien, égyptien, etc.

L’astronomie grecque, par exemple, est héritière des astronomies sumérienne, chaldéenne, mésopotamienne, égyptienne et hébraïque.

Il est vrai que le théâtre est né en Grèce mais pas des indo-européens grecs, des Minoens non indo-européens ! C’est à Cnossos, dans le palais, et à Phaistos, toujours en Crète minoenne, que l’on trouve des peintures des premières représentations théâtrales.

La culture égéenne a développé cinq écritures (trois crétoises et deux chypriotes) avant l’arrivée des occupants grecs dans la région. Les Grecs n’ont fait que reprendre la troisième des écritures crétoises (linéaire B).

L’écriture de la civilisation grecque (dite linéaire B) a été développée par la civilisation minoenne de Crète, et est issue successivement de deux écritures hiéroglyphiques puis d’une autre écriture syllabique (le linéaire A), clairement héritières les unes des autres et toutes inventées par les Minoens. Jusqu’à nos jours les trois première écritures des Minoens n’ont pas pu être déchiffrées.

La culture crétoise, qui est à l’origine de la culture mycénienne puis grecque mais n’est pas indo-européenne, a été développée dans un échange avec des multiples civilisations avec lesquels la Crète commerçait, à commencer par Chypre, la Syrie sumérienne, l’Egypte, la Mésopotamie, l’Asie Mineure, etc. C’est dire qu’elle n’est nullement limitée à l’Europe mais très ouverte sur le monde. On ne peut absolument pas parler de « civilisation européenne » comme l’ont fait nombre d’auteurs, affirmant que, culturellement, « la Grèce est l’invention de l’Europe. »

Les premières cités commerçantes et libres de Grèce ne sont pas grecques mais crétoises.

La civilisation minoenne, la première en Europe, est la plus importante civilisation de l’âge du bronze dans toute la région. Rien qu’elle nécessiterait de rappeler que la civilisation de Grèce n’est pas née comme produit des peuples dits « Grecs ». Et elle est loin d’être la seule. En fait, il faudrait parler de plusieurs civilisations minoennes de Crète et de Grèce car une partie de la Grèce et du monde égen ont été sous influence crétoise. La civilisation minoenne dite du Bronze moyen a été particulièrement florissante et puissante. Dans cette période, la Crète des premiers palais connaît un essor commercial exceptionnel, qui se traduit par une prépondérance de la Crète en Égée, de sorte que Milo, Délos ou Théra ne sont plus que des succursales de l’île. Cette prépondérance gagne même Égine, l’Argolide, la Grèce centrale ou Chypre. Cette expansion commerciale des Minoens est marquée par l’abondance des poteries minoennes retrouvées hors de Crète, et ce jusqu’en Messénie ou en Laconie. Dans les îles de Kéa et de Samothrace, ont été également retrouvés, des sceaux minoens en forme de disques en terre cuite. Des sources historiques écrites décrivent les relations de la Crète avec les autres pays, comme les textes retrouvés à Mari et datant du XVIIIe siècle av. J.-C. qui mentionnent que la Crète importe des matières premières (bronze, étain, ivoire) et exporte comme objets de luxe, les produits des ateliers des palais : armes, étoffes et chaussures.

La Crète est alors sujette à une concentration du pouvoir d’Etat qui accroît l’exploitation de l’homme et finira par deux révoltes générales (en 2000 et 1700 avant J.-C.) et la destruction des palais minoens. C’est seulement bien après le renversement du pouvoir de Cnossos que les indo-européens pourront prendre possession de la Crète. Une petite partie de la culture minoenne sera reprise par les Mycéniens puis les Grecs.

La religion minoenne a eu une influence considérable sur la religion grecque qui ne peut donc pas être considérée comme appartenant en propre au monde indo-européen.

La civilisation grecque n’était pas… grecque !

Il convient de distinguer la Grèce comme région du monde (proche de l’Europe d’un côté et de l’Asie mineure de l’autre) et « les Grecs » comme peuple indo-européen, et distinguer, du coup, les civilisations de Grèce et les civilisations grecques. Ainsi, on distingue dans cette région une civilisation minoenne et une civilisation mycénienne. La première (dont le nom vient du roi Minos de la ville de Cnossos, ce dernier nom n’étant pas indo-européen pas plus que le nom du roi) est matriarcale, peu guerrière et relativement pacifique. La seconde (dont le nom vient de la ville de Mycènes) est patriarcale et extrêmement guerrière et violente. En fait, Mycènes a d’abord connu plusieurs civilisations non indo-européenne avant que l’occupation indo-européenne la porte en tête d’une grande zone de domination des guerriers envahisseurs. La civilisation minoenne (comme la première civilisation de Mycènes) n’est certainement pas indo-européenne. Ses noms ne le sont pas. Ses langues ne le sont pas. Ses mœurs ne le sont pas. On pourrait se dire : sans doute que la première est plus arriérée, moins civilisée, un peu barbare et le progrès est arrivé, certes porté par la violence, mais amenant la société vers un progrès important de la production, des échanges, et, du coup, de la prospérité et des mœurs. Ce n’est pas complètement faux dans sa conclusion, mais pas du tout linéaire. Par contre, ce qui est faux, c’est de prétendre que la civilisation a été apportée par les conquérants indo-européens mycéniens (comme des Thraces, des Cimmériens, des Illyriens, des Vénètes, des Phrygiens, des Hittites, etc.) car, au contraire, il a fallu à ces cavaliers nomades guerriers scythes s’accommoder à la civilisation agraire, sédentaire, urbaine et pacifique, la comprendre, se l’assimiler, s’en emparer et ils l’ont prise aux premiers occupants qui avaient bâti des civilisations dans cette région.

En tout cas, une chose est claire et généralement reconnue des historiens : la prospérité, la finesse, l’intelligence, l’art et la douceur de vivre, ce ne sont pas les indo-européens qui l’ont apportée en Grèce antique !!! Ceux qui sont civilisés, raffinés, portés sur l’art, sur la vie tranquille, sur un artisanat très développé et un goût du bien-être, ce sont les anciennes civilisations de la région « grecque » qui ne sont justement pas « des Grecs », c’est-à-dire les premiers envahisseurs indo-européens qui, eux, ne connaissent que violences et rapines, viols et massacres et qui détruisent les maisons et palais partout où ils passent !!! C’est beaucoup, beaucoup plus tard que ces « Grecs » là fonderont une civilisation prospère et riche, artisanale, artistique et philosophe, celle des villes commerçantes libres, fondées sur la cité démocratique, du moins pour sa partie autochtone et libre. Cette démocratie directe des citoyens des villes grecques ne concernait pas les étrangers, ni les femmes, ni les jeunes, ni les esclaves, ce qui avait amené la phrase satirique de Socrate : « Je ne suis pas Athénien, pas Grec, mais citoyen du monde ».

Une fois ce point acquis, les barbares envahisseurs et destructeurs, ce sont les indo-européens, on peut aller plus loin et comprendre qu’il n’y a pas eu seulement deux civilisations dans la Grèce antique, celles de deux peuples, les minoens et les mycéniens indo-européens, mais une multitude de civilisations, à la fois celles de peuples qui ont envahi la région et de peuples qui ont précédé l’invasion indo-européenne (des vagues successives d’attaques et de conquêtes entre 2000 avant J.-C. et 1100 avant J.-C.), notamment les peuples cycladiques, minoens, sumériens (de nombreuses traces et analogies entre civilisations de la Grèce montrent que les sumériens noirs, fondateurs des civilisations de Mésopotamie et de l’Indus, étaient aussi implantés en Grèce et ont laissé leur influence culturelle dans la région), anatoliens, pélasgiques, égéens, assyriens (ou pré-assyriens) dans certaines régions proches de l’Asie mineure, béotiens préhelléniques, phocidiens préhelléniques, anciens de la région de Thrace préhelléniques, anciens argolides préhelléniques, sémites, anciens corinthiens préhelléniques, etc. La liste des peuples de Grèce préhellénique n’est sans doute même pas exhaustive.

Ce n’est pas une ou deux civilisations qui ont précédé la conquête indo-européenne ou plus exactement les multiples conquêtes de ceux-ci, mais une grande quantité de civilisations très diverses qui, après l’invasion, n’ont laissé que de faibles traces, parfois que des noms, quelques ruines ou des restes difficiles à décrypter, les écritures quand elles existent étant dans une langue qui n’était connue par les indo-européens et toujours pas décryptée depuis.

Les Minoens sont le peuple fondateur de la civilisation minoenne ancienne, une société centrée sur la Crête, à Minos et Cnossos, avant la conquête de la Crète par les Mycéniens. Les Mycéniens réfèrent à une société centrée sur Mycènes, sur le continent grec. Mais ce ne sont nullement les deux seules civilisations de Grèce. Il y a eu un passé civilisé non indo-européen, et une autre phase, suite aux invasions indo-européennes qui a plus ou moins balayé l’ancien peuple, l’ancienne civilisation, au point que la dernière civilisation indo-européenne ne connaît plus la première indo-européenne que comme un mythe et ne connaît rien des sociétés précédentes ! Mais l’archéologie moderne vient et elle redonne naissance aux anciennes civilisations… On découvre alors que les civilisations originelles de Grèce ne sont pas grecques mais autres et même qu’il y a eu une série de civilisations heureuses, pacifiques, prospères, culturellement riches, (et c’est Homère qui le dit !), bien avant que les peuples dits « Grecs » n’aient mis le pied dans cette région ! Et qu’on peut dater toutes ces époques diverses et ces bouleversements. On apprend ainsi que dans la région, l’apparition des Grecs, loin d’être celle de l’arrivée de la civilisation, est celle de sa destruction massive !!! Les Grecs arrivent comme des guerriers sanglants qui détruisent tout sur leur passage et n’apportent qu’une société bien plus barbare que la précédente !!! Ce sont notamment les fameux mycéniens… Ils imposent notamment le remplacement des cités de plaisirs et loisirs par des châteaux de guerre fortifiés, les massacres là où régnait la paix, le cannibalisme là où il n’existait absolument pas, la domination des guerriers là où dominaient paysans, artisans et commerçants et la domination de l’homme sur la femme, là où les femmes étaient des déesses… Les premiers indo-européens de Grèce ne peuvent nullement se targuer d’ « avoir amené la civilisation aux peuples barbares » et d’autant moins qu’ils ont assez rapidement éliminé complètement ces peuples, leurs villes et villages, leurs palais, leurs constructions diverses, leurs apports cultuels et culturels.

Pourquoi cette question du rôle des peuples grecs dans la civilisation antique dite « grecque » peut-elle poser problème ? Eh bien, il nous faut reconnaître que les sociétés occidentales ont érigé le mythe de leurs origines et que, dans ce mythe, la Grèce antique joue un rôle clef. L’essentiel des auteurs occidentaux du XVIIIe siècle affirment que « la civilisation occidentale est née en Grèce », avec son art raffiné, avec sa sculpture, avec son peinture, avec ses palais, avec ses goûts culinaires, avec ses mœurs, avec son théâtre, avec sa musique, avec ses mathématiques, avec son astronomie, avec ses sciences, avec son grand commerce, avec ses libertés démocratiques, et d’abord et avant tout avec sa philosophie, le peuple grec tout entier étant devenu théâtreux et philosophe… Enfin, le peuple tout entier qui n’est pas ni esclave, ni femme, ni obligé de travailler durement… Mais cela n’est partiellement vrai que pour la dernière époque prospère de la Grèce mais nullement pour la première phase grecque de la Grèce, l’époque mycénienne !!! Les nobles guerriers, dictateurs sanglants mycéniens n’ont aucune notion de liberté, de philosophie ni de théâtre mais de pillage, de carnage, de beuverie, de viol et de massacre !!!

Ce n’est pas la barbarie que l’invasion indo-européenne a brisé mais l’ensemble des civilisations du Bronze, qu’elles soient minoenne (de Crète) ou autres. Il y en a eu d’autres suivant les régions, la Crète et la région de Crète seulement étant minoennes.

La Grèce civilisée avant les Grecs, ce n’est pas seulement la Crète, en plusieurs royaumes ou unifiée sous le roi de Cnossos, de Phaistos, de Zagros, de La Canée ou de Malia, mais c’est aussi d’autres civilisations dites égéennes comme dans les Cyclades, en Grèce continentale et en Grèce d’Asie mineure…

Il y a eu des époques diverses avant l’époque minoenne, celle de l’influence crétoise non grecque, celle de l’ « Archipel de l’Egée », celle des influences hittite, du royaume de Mitanni, celle de Troie et des civilisations de l’Asie mineure et même de l’Egypte pharaonique.

De très nombreux sites et monuments sont attribués à des civilisations qui ont existé dans la région avant l’invasion indo-européenne, à commencer par les sites crétois anciens, dits minoens, mais aussi de Lerne, des Cyclades, de Tyrinthe, Syros, Amargos, Naxos, Mélos, Paros, Céos, Mycènes ancienne, Troie ancienne, etc. Dans toute la région, tout le bronze ancien et même moyen peut être considéré comme une époque non pas préhellénique mais sans indo-européens donc a-hellénique (le « a » soulignant l’absence) !

Que pensait la civilisation grecque des civilisations précédentes ? Ses mythes en témoignent : les plus affreux et monstrueux d’entre eux sont réservés aux anciennes civilisations « pré-helléniques » (mythe du Minotaure vaincu par les Grecs, contre la civilisation crétoise minoenne, mythe de l’Hydre vaincu par les Grecs, contre la civilisation de Lerne, mythe de la guerre de Troie vaincue par les Grecs, contre la civilisation troyenne, etc.)

L’ « Atlas historique (de l’apparition de l’homme sur la Terre à l’ère atomique) » de Kinder et Hingelmann :

« La Grèce préhellénique est datée de 2500 à 1600 avant J.-C.

« Entre 2500 avant J.-C. et 1850 avant J.-C., c’est l’époque primitive préhellénique. Formation des différentes civilisations dans la mer Egée. En Grèce, civilisation paysanne en Thrace, Phocide, Béotie, Attique, Argolide et à Corinthe (caractérisées par la poterie vernissée). On retrouve dans certains noms les traces du langage de ces peuples : les terminaisons en –nthos et –ssos ne sont pas indo-européennes.

Entre 1850 avant J.-C. et 1600 avant J.-C., c’est la deuxième période préhellénique. Les invasions indo-européennes ont commencé : protogrecs (ioniens, éoliens : achéens). Ce sont des groupes limités et pas de grandes armées. C’est d’abord une période de pénétration lente avec une coexistence à peu près pacifique coupée de conflits qui prépare la période suivante, mycénienne, où les anciennes sociétés et anciens peuples sont balayés.

Entre 1600 avant J.-C. et 1150 avant J.-C., c’est l’époque mycénienne. La société est dirigée par des nobles (aristo) qui combattent sur des chars. Ils construisent des palais monumentaux, avec le mégaron au milieu (murs cyclopéens). Construire ces palais nécessite un grand nombre d’esclaves. Les nobles se font la guerre entre eux. La vie aristocratique se déroule en guerres, chasses et festivités. Au XVe siècle avant J.-C., l’extension de la puissance de Mycènes s’étend en Asie mineure (Milet), à Milo et en Crète (expéditions de rapine). Les Mycéniens adoptent la céramique minoenne qu’ils ont apprise des Crétois et le tombeau à coupole pour le culte des ancêtres des membres de la classe supérieure. Ils détruisent les derniers palais crétois. Ils s’installent en Crète, à Rhodes et à Chypre.

De 1400 avant J.-C. à 1150 avant J.-C., c’est la dernière époque mycénienne avec la construction de fortifications gigantesques (Mycènes, Thirynthe, Pylos, Athènes).

Au XIIIe siècle avant J.-C., ils construisent des agrandissements monumentaux des palais pour se protéger contre les tribus venues des Balkans.

Vers 1150 avant J.-C., les palais mycéniens sont détruits.

1100 avant J.-C., invasion d’armées de cavaliers indo-européens, notamment les Doriens.

La société grecque se met en place. Elle a emprunté son écriture aux Phéniciens, les arts aux Crétois et anciens mycéniens non indo-européens notamment, les mythes notamment aux Sumériens. »

On peut citer ainsi « Une histoire du monde antique » de Claude Mossé :

« Le monde égéen

« Dès le IIIe millénaire avant notre ère, des civilisations s’épanouissent autour de la mer Egée, en Crète, dans les Cyclades, en Grèce continentale et en Asie Mineure. La Crète fut d’abord peuplée par des occupants dont on ne sait s’ils étaient les successeurs des populations qui habitaient la Méditerranée orientale à la fin du néolithique (note M et R : l’auteur estime à tort selon nous que cela peut aussi être des peuples indo-européens)… Elle voit s’affirmer une civilisation originale dite « minoenne », dont le réel développement est situé vers 2000 av. J.-C., époque où sont construits les palais attribués au légendaire roi Minos de Cnossos, de Phaistos, de Zakros, de La Canée, ou de Malia.

Durant la première période minoenne, dit minoen ancien (2700-2000 av. J.-C.), la Crète est divisée en plusieurs petits royaumes vivant en paix les uns avec les autres. Cette situation se prolongera durant tout le minoen moyen (2000-1750 av. J.-C.), comme l’attestent les premiers palais construits sans fortifications. Ces royaumes développent la métallurgie du bronze, la céramique et l’orfèvrerie, ainsi que le commerce maritime avec les Cyclades, Rhodes, Chypre et l’Orient…

Vers 1750-1700, les premiers palais disparaissent sans que l’on puisse dire si ce fut à cause d’invasions extérieures, d’une révolution contre des maîtres devenus trop exigeants ou encore d’un tremblement de terre (note M et R : cette deuxième hypothèse est favorisée par le fait qu’on n’a pas trouvé trace d’une guerre). Des tablettes d’argile rédigées dans une écriture (le linéaire A) que nous ne comprenons pas y ont été retrouvées, solidifiées par les incendies. (note M et R : ce n’est pas une langue indo-européenne) On connaît trois écritures crétoises qui se succèdent : une écriture pictographique, les « hiéroglyphes crétois », et deux système syllabiques dénommés conventionnellement « linéaire A » et « linéaire B » ; seul le dernier système, plus tardif, est déchiffré à ce jour. (Note M et R : seul le troisième système d’écriture est indo-européen)

Entre 1700 et 1400 av. J.-C., au minoen récent, la Crète voit s’élever une seconde génération de palais, édifiés sur les mêmes sites. (Note M et R : la première génération n’était pas indo-européenne et a été détruite par les indo-européens)

Commence alors une période qui voit notamment l’apogée de Cnossos. En Crète, le palais est, avant tout, un foyer de vie économique et religieuse où sont stockés les denrées et les surplus de la production agricole, les impôts en nature. C’est également un lieu où travaillent les artisans. Peuplé de « fonctionnaires », comme en témoignent les tablettes d’argile ou les sceaux qui servaient à la comptabilité, il est un centre à partir duquel est gouverné l’arrière-pays et n’est donc pas uniquement une résidence princière…

A l’époque du roi Minos (Note M et R : longue époque précédant l’invasion indo-européenne), le maître de Cnossos semble avoir dominé ses voisins de Malia et de Phaistos. La Crète n’est cependant pas un Etat unifié : peut-être s’agit-il d’une prééminence religieuse drainant offrandes et richesses, comme il en sera de même plus tard à Delphes et à Olympie. Le rayonnement de la Crète, à son apogée, va atteindre le sud de la Grèce et le Péloponnèse en particulier.

Depuis le IIe millénaire, cette région est attaquée et soumise par des bandes d’envahisseurs indo-européens, premiers fonds du peuplement grec qui, à partir du XVIe siècle av. J.-C., fondent des établissements importants à Mycènes et Tyrinthe.

Ces premiers Grecs, les Achéens, dont parle « L’Iliade », s’imprègnent de la culture minoenne ; des liens de dépendance s’établissent peut-être, dont les traditions autour du roi Minos gardent le souvenir. Mais, à partir de 1450 av. J.-C., les palais sont détruits pour la seconde fois…

Les fouilles de Santorin ont révélé sur le site d’Akrotiri un important établissement minoen, et ont permis de constater que des tremblements de terre y avaient sûrement précédé une explosion volcanique. Sous une épaisse couverture de cendres et de poussières, des maisons à l’architecture raffinée, aux pièces décorées d’admirables peintures murales ont été conservées, et l’on peut parler d’une autre Pompéi, ayant précédé d’un millénaire et demi la destruction de la cité vésuvienne.

Les vestiges de l’art minoen parvenus jusqu’à nous donnent une impression de douceur de vivre, d’harmonie et de luxe, impression partagée par les Anciens. Homère, au VIIIe siècle av. J.-C., parlait de la Crète comme d’une île « belle, grasse, bien arrosée, aux hommes nombreux à l’infini et aux quatre-vingt-dix villes »…

Les arbres fruitiers, la vigne, l’olivier ainsi que les ruches produisent des surplus qui sont stockés. Les Crétois vivent aussi des produits de la mer… Les potiers fabriquent des céramiques très fines, ce qui prouve l’existence de tours à rotation rapide, travaillent le bronze, connaissent la soudure et pratiquent l’orfèvrerie et l’incrustation. Le ravitaillement en métaux (qui sont importés) de cette industrie et l’exportation des surplus agricoles s’appuient sur une flotte importante qui domine les courants commerciaux en mer Egée. Ces échanges permettent à cette civilisation d’être déjà très urbaine et très raffinée. Sir Evans estimait à plusieurs dizaines de milliers le nombre d’habitants de Cnossos.

La Crète minoenne se distingue donc des autres grands Etats du IIe millénaire par une vie largement ouverte au commerce maritime. Grâce à sa position géographique tournée vers Chypre et les côtes asiatiques, la partie orientale de l’île est la plus peuplée. A Zakros, des défenses d’éléphants venus de Syrie ont été retrouvées, ainsi que des lingots de cuivre de Chypre à Phaistos.

Les fresques qui couvrent les murs des palais permettent une approche de la religion et des mœurs minoennes. Elles montrent, notamment, que la femme tient une place importante dans la société crétoise et qu’elle jouit d’une relative liberté alors que, dans d’autres civilisations de la même période, elle est tout entière soumise à l’homme. Les prêtresses ont un rôle prépondérant, et les représentations des femmes participant à des activités publiques, telles que le théâtre ou l’arène, sont nombreuses. La religion minoenne voue un culte particulier à la fécondité et à la fertilité, que les déesses aux larges hanches et aux seins arrondis rapprochent d’un culte lié au sol nourricier. Cette grande déesse, la « potnia », descendant des cultes du néolithique, est une déesse de la nature, à laquelle sont associés divers animaux ou objets : serpent – animal souterrain par excellence dans la figuration religieuse -, oiseau, taureau, corne, double hache. Ces animaux et ces objets préfigurent peut-être aussi la présence de divinités masculines, mais peu de représentations nous permettent de définir leur place et leur rôle.

Les dieux solaires ou célestes que seront les dieux grecs, comme Ouranos ou Zeus, sont en revanche absents. Dans le panthéon grec, où ils triompheront plus tard, la Crète est un lieu infernal : Perséphone, fille de Déméter, est enlevée vers les Enfers par Hadès, et Minos et son frère Rhadamanthe sont les gardiens de ces mêmes Enfers. Par ailleurs, des êtres composites à corps d’homme ou de femme et à tête d’animal, tels les sphinx ailés ou le Minotaure, traduisent également une influence orientale. (…) C’est pour enfermer le monstre que le roi Minos fit concevoir par Dédale, architecte et sculpteur, le Labyrinthe, « palais de la double hache », mais palais-prison, aux salles et aux couloirs si enchevêtrés qu’on ne pouvait en sortir. Tous les neuf ans, Athènes, vassale de Minos, devait livrer sept jeunes gens et sept jeunes filles que le monstre dévorait…

L’idéal athlétique, que partagera la Grèce archaïque et classique, plus tard, est aussi un trait de la culture minoenne : des combats de boxe, des luttes et surtout des courses de taureaux sont représentés, donnant lieu à d’acrobatiques exploits auxquels participent hommes et femmes.

La civilisation des Cyclades

L’épanouissement d’une civilisation dans l’archipel des Cyclades correspond à la fin du néolithique, au moment où, vers le début du IIIe millénaire, la métallurgie orientale, qui maîtrise le bronze, se répand en mer Egée. Des villages importants, déjà de petites villes, apparaissent dans les îles : Thermi à Lesbos, Haghios Andréas à Siphnos, Khalandrian à Syros ou encore Poliochni à Lemnos.

La vie des ces bourgades, généralement situées non loin de la mer, est surtout agricole. Le blé et l’orge, les vesces, les pois et les lentilles entrent dans l’alimentation ; la vigne pousse sur les pentes et pour la première fois l’existence de l’olivier est attestée de façon certaine. Moutons et chèvres forment la majeure partie du cheptel.

Une classe d’artisans semble cependant émerger de cette civilisation agraire. Les tombes à ciste, fréquentes dans les Cyclades, ont livré de nombreux objets de parure, des vases, mais surtout des statuettes de pierre, plus généralement en marbre, qui révèlent une forme supérieure de sensibilité et d’expression, l’œuvre de véritables artistes. »

Dans la région dite grecque, la civilisation est née de l’agriculture mais celle-ci n’est pas du tout née dans la région et elle y a été apportée avec un grand retard. Les Grecs ont-il été les premiers à développer l’agriculture, l’artisanat, la langue, l’écriture, les arts, les palais, les royaumes, la culture, la philosophie, le théâtre, la vie sociale, les cités ?

A toutes ces questions, la réponse est clairement NON !

On peut citer à ce propos « La naissance de la Grèce » de Pierre Lévêque :

« A la différence de l’Orient, la Grèce ne connaît que tardivement l’agriculture céréalière et la domestication des animaux. Elle s’adapte cependant sans difficulté à ces techniques néolithiques apportées par des migrations en provenance d’Asie Mineure vers 6000 avant notre ère. Les établissements de la riche plaine de Thessalie donnent l’image de communautés puissantes et organisées. Ainsi, sur l’acropole de Dimini, fortifiée de remparts concentriques, s’élève un véritable palais, qui annonce les palais mycéniens et laisse supposer l’ébauche d’institutions monarchiques.

Vers 2600, la Grèce (sans encore de Grecs – note M et R) apprend, encore avec un certain retard, à travailler le bronze, s’ouvrant ainsi sur la Méditerranée orientale : elle n’a pas de minerai d’étain dans son sol et très peu de cuivre, et est contrainte d’importer ces deux métaux constitutifs du bronze. L’essor de la métallurgie, et donc des instruments aratoires et des armes, s’accompagne d’un remarquable développement de l’agriculture et des activités guerrières.

Au premier âge du bronze (2600-2000 av. J.-C.), les communautés se structurent. A Lerne, sur le golfe d’Argolide, dans une zone où les échanges s’intensifient et où le mythe placera la redoutable Hydre aux cent têtes vaincue par Héraclès, on a exhumé les vestiges d’une ville de cette période : si les maisons conservent encore la forme préhistorique dite en épingle à cheveux, un rempart atteste la ferme volonté communautaire de se protéger des voisins, même au prix du travail considérable qu’impose la construction d’une enceinte. Au centre se dresse un palais, dit « maison des tuiles », où règne un roi puissant, dominant toute la structure.

Mais il n’y a encore rien de grec dans cette Grèce du Bronze ancien. C’est seulement vers 2000 avant JC, au tournant du Bronze moyen qu’apparaissent les premiers Grecs, qu’on appellera Ioniens. La conquête de la Grèce par les Ioniens sème partout le trouble et la destruction.

(le passage est souligné par nous – note M et R)

Les palais, symboles d’un pouvoir organisateur fort, sont anéantis, les tombes ne renferment plus ce riche mobilier funéraire des périodes précédentes. La nouvelle religion indo-européenne (ionienne en l’occurrence) se soucie plus de réglementer les rapports des hommes avec les dieux et des hommes entre eux que d’assurer le salut des membres de la communauté. Il va falloir des siècles pour que la Grèce sorte de la barbarie où l’a jeté cette migration qui, dans un premier temps, épargne la Crète. Dans une Crète qui n’a pas connu les invasions ioniennes, les palais surgissent vers 2000 : leur apparition est liée à celle des monarchies despotiques dans un contexte très favorable à l’essor démographique et à l’intensification de la production.

Dans la grande plaine thessalienne qui produit les plus belles maisons, les installations humaines sont importantes depuis le début du néolithique. A Dimini notamment, on a retrouvé un palais puissamment défendu par un dispositif sophistiqué et des nécropoles. Le palais de Dimini a une acropole fortifiée de remparts concentriques, palais qui annonce les palais mycéniens et laisse supposer l’ébauche d’institutions monarchiques. »

Les écritures syllabiques des palais à l’âge du bronze

« Les Minoens ont développé trois systèmes scripturales successifs, les deux premiers hiéroglyphiques, le dernier linéaire (linéaire A). Aucun d’eux n’est déchiffré, bien que le linéaire commence à livrer quelques uns de ses secrets et l’on ne sait même pas quelle langue il connotait…

C’est à partir du linéaire A que s’est constitué – très tôt, depuis le XVIe siècle peut-être – le linéaire B qui est l’écriture des palais mycéniens, y compris ceux de Crète après que l’île ait été conquise par les Achéens du continent… »

Comme contrepoint, on peut lire « Les premiers temps de la Grèce » de Moses Finley, qui tente de combattre l’idée de grandes migrations et même d’invasions indo-européennes ayant détruit les anciennes civilisations au profit d’une thèse sur des progrès techniques et culturels se propageant plutôt que des peuples envahissant violemment des régions entières :

« En Grèce, l’âge de bronze commença aux environs de 3000 av. J.-C., ou à peu près : il s’ouvrit par l’adoption de techniques qui n’étaient pas des inventions propres, mais qui s’étaient développées plus à l’est. (Remarque M et R : Finley ne parle pas d’inventions venues de plus au nord, des Indo-européens) A-t-il impliqué des immigrations en Grèce ? C’est une question incertaine et largement débattue. Il est clair toutefois que si une telle supposition n’est nullement nécessaire pour expliquer l’arrivée des métaux, semblables mouvements étaient, à ne pas douter, possibles : la mer Egée était une grande route de circulation des hommes et des idées, déjà au début du néolithique (et peut-être plus tôt encore), et c’est ainsi que les céréales et les animaux domestiques qui marquent l’ouverture du néolithique furent importés de l’est, probablement d’Asie Mineure. (M et R : on notera que les Indo-européens ne sont pas venus en Grèce par l’Asie Mineure !)

On ne peut déterminer la façon dont ils voyagèrent, mais on voit qu’à la même époque (c’est-à-dire vers 6000 avant J.-C. au plus tard) l’obsidienne (pierre d’origine volcanique, noire et ayant l’aspect du verre) était utilisée pour la fabrication d’outils dans une zone s’étendant du sud de la Macédoine à la Crète : or elle venait en totalité de l’île de Mélos (comme l’a prouvé l’analyse spectroscopique des morceaux découverts – voir G. Renfrew - 1965).

Toutefois, à Melos même, on n’a pas trouvé jusqu’à présent des traces d’une population locale aussi ancienne. Il semble donc qu’on doive en conclure ceci : que les hommes du continent (et bien évidemment les Crétois) étaient suffisamment à l’aise sur la mer pour se permettre de visiter régulièrement Mélos en vue de s’approvisionner en obsidienne. Dans ces conditions, les premières plantes cultivées ainsi que le bétail pourraient bien être arrivées de la même façon, en traversant la mer Egée, plutôt qu’en voyageant par terre, et il est vraisemblable qu’ils étaient effectivement accompagnés d’immigrants originaires de ces régions. Si bien que, trois mille ans plus tard, l’art de la métallurgie pourrait avoir emprunté le même chemin.

En bref, la péninsule grecque ne formait pas une unité isolée, et il est vrai qu’elle ne l’a jamais été, à quelque égard que ce fût, jusqu’à une date récente. Au contraire, aussi bien dans sa préhistoire que dans son histoire, la Grèce fit partie d’un complexe plus vaste, que l’on pourrait appeler égéen, englobant la Grèce continentale, les îles (y compris la Crète et Chypre) et la côte ouest de l’Asie mineure… De plus, par sa situation, le monde égéen sert de pont entre l’Egypte et le Proche-Orient d’un côté, entre l’Europe orientale et l’Europe centrale de l’autre…

Il est possible de faire la preuve, pour de nombreux sites égéens, du développement rapide d’industries métallurgiques locales, grâce parfois à la présence de dépôts de scories ou d’autres traces matérielles indiquant l’existence de véritables ateliers, mais, plus souvent encore, en se fondant sur des différences dans le style et dans la technique de fabrication des produits finis. L’extension du commerce à l’intérieur même du monde égéen est archéologiquement bien attestée ; le contraste est net par rapport aux siècles précédents. Les villages et les hameaux ont désormais une allure « urbaine » plus marquée ; ils sont parfois entourés de fortifications en pierre, et situés de préférence sur des petites collines ou des buttes, à proximité de la mer ou de lacs intérieurs…

A une date que la céramique nous permet de situer entre 2200 et 2100 avant J.-C. environ, un certain nombre de sites importants de l’Argolide sont plus ou moins complètement détruits par « l’arrivée des Grecs », tels Lerne, Tirynthe, Asinè, Zigouriès et probablement Corinthe ; l’Attique, ainsi que les Cyclades, semblent avoir été atteintes elles aussi. Mais on n’a pas encore déterminé quelle fut l’extension exacte en Grèce de ces dévastations… Au cours des derniers siècles du troisième millénaire, on retrouve les mêmes destructions que dans tout le monde égéen, à Troie II, et plus au sud à Beycesultan (sur le cours supérieur du Méandre), dans de nombreux autres sites, et même en Palestine…

Normalement l’archéologie ne peut mettre un nom aux peuples ou donner un contenu aux catastrophes, mais n’est-il pas légitime, quand il s’agit de cette combinaison bien particulière de désastres, de se demander s’ils ne témoignent pas de l’arrivée, sur une des rives de la mer Egée, d’immigrants parlant une forme ancienne de grec, et simultanément, sur la rive orientale, de peuples parlant d’autres langues de la « famille » indo-européenne, comme le hittite, le louvite ou le palaïte ? (Note M et R : on admirera les manières subtiles, indirectes, polies de l’auteur pour nous dire de façon diplomatique que « nos ancêtres » les Grecs ont d’abord été des destructeurs féroces d’anciennes civilisations développées et prospères)

Il existe une répugnance bien compréhensible à poser la question si brutalement… Des érudits sérieux ont aujourd’hui abandonné la conception romantique (sinon pire) d’une « race indo-européenne », avec son tempérament, ses mœurs et ses institutions propres, et qui, en se répandant, aurait remplacé les cultures qu’elle trouvait par celle qu’elle aurait amenée avec elle à partir de quelque hypothétique lieu d’origine. Pas plus en Grèce qu’en Asie Mineure, il n’existe de preuve permettant de justifier une telle conception…

Cela dit, il n’en subsiste pas moins un noyau de réalité dont il faut rendre compte. Car un moment allait venir, bien avant la fin du deuxième millénaire av. J.-C., où, dans une grande partie de l’Europe et dans de larges zones de l’Asie occidentale et méridionale, l’une ou l’autre des langues indo-européennes allait se trouver parlée. Mais, ces langues n’étant nullement indigènes, n’étant pas en usage dans toute cette vaste aire géographique depuis des temps immémoriaux, il y a de bonnes raisons de croire qu’à l’intérieur même de leur propre sphère d’influence elles eurent de rivales tout au long de l’âge du bronze. On ne peut finalement échapper à la conclusion que quelque mouvement de population y est impliqué (Note M et R : le lecteur appréciera toute la douceur du propos de l’auteur faute de douceur des conquérants et envahisseurs qu’on les appelle ou pas « les Grecs » ou les indo-européens)

Nous avons, semble-t-il, le reflet d’un de ces mouvements dans les grandes destructions qui, à la fin du troisième millénaire av. J.-C., touchant la Grèce, Troie et d’autres sites d’Anatolie…

Quoiqu’il en soit, quelqu’un dut bien introduire le dialecte dorien dans la Grèce méridionale, où il supplanta le « grec mycénien », tous comme nous sommes certains que les Huns dévastèrent l’Europe. (Note M et R : le parallèle est clair cependant, les Doriens se comportèrent comme les autre envahisseurs grecs et comme… les Huns !!!)

Si on admet l’apparition dans le monde égéen, avant 2000 ans av. J.-C., de gens parlant indo-européen, il est nécessaire de définir plus précisément ce que cette suggestion implique et ce qu’elle n’implique pas. Avant tout, il faut rejeter fermement toutes les implications raciales : il est absurde d’imaginer qu’ils étaient déjà « grecs », et qu’ils avaient quelque mystérieuse affinité avec ceux qui, sept ou huit cents ans plus tard, seraient les rois de Mycènes, sans même parler de Sappho, de Périclès ou de Platon. Il n’est pas non plus nécessaire de penser qu’au moment de leur arrivée ils parlaient une langue que l’on pourrait facilement identifier comme étant du grec ; mais plus probablement le grec que nous connaissons se forma-t-il définitivement en Grèce même, l’idiome des nouveaux arrivants se trouvant influencé par celui de l’ancienne population de la péninsule. Il apparut au plus tard à l’époque mycénienne (comme le montre le linéaire B), au moment où deux, voire trois dialectes très proches les uns des autres se sont, semble-t-il, trouvés diffusés dans tout le pays, exception faite des régions montagneuses isolées du Nord-Ouest, où le dorien se développa…

En tout cas, deux innovations datant de l’helladique moyen (Note M et R : civilisation certainement pas indo-européenne pas plus que les autres premières civilisations égéennes et crétoises) méritent d’être examinées de plus près.

La première est ce qu’on appelle la poterie minyenne céramique présentant une texture « savonneuse » très caractéristique. On la trouve largement répandue en Grèce, dans les îles et des régions de l’Anatolie occidentale, à partir des années 1900 av. J.-C., c’est-à-dire à partir du début de l’helladique moyen I. Si bien que de nombreux savants l’ont considérée comme étant le signe marquant de l’apparition d’une nouvelle culture, apportée par des immigrants que certains d’entre eux ont identifiés aux « Grecs ». Mais on a maintenant découvert à Lerne, et d’autres sites de l’helladique ancien III, une céramique faite au tour qui n’est pas profondément différente du minyen, si ce n’est qu’elle en est une variété antérieure et plus primitive. Rien n’oblige donc à relier la grande vogue de la céramique minyenne, à partir de 1900 environ, à une immigration. D’autant que l’ensemble des témoignages archéologiques plaide maintenant pour la date la plus ancienne, celle de 2200 ou 2100 av. J.-C.

La seconde innovation est l’apparition en plusieurs endroits, au début de l’helladique moyen, d’une nouvelle pratique funéraire. Il s’agit des tombes qu’on appelle « à ciste » ; creusées à faible profondeur, avec des parois parfois doublées de pierres et le fond garni de cailloux, chacune ne contenait qu’un seul corps et était couverte d’une dalle… La nouveauté réside dans le fait que les tombes à ciste des enfants, et parfois aussi celles des adultes, sont creusées à l’intérieur même de la maison, sous le plancher… En fait, dans toute l’aire égéenne, il existe une déroutante diversité de rites funéraires, aussi bien dans le temps que dans l’espace, et souvent, à l’intérieur de la même communauté, des pratiques différentes coexistèrent pendant de longues périodes…

Si, comme il semble bien, l’Argolide fut le point central des destructions commises vers 2200 av. J.-C. par des intrus venus en force, il faut bien voir aussi que ce fut à partir de cette région bien irriguée et fertile que finalement grandit et se répandit la culture de l’helladique ancien III et de l’helladique moyen, d’où, à son tour, sortit ensuite la civilisation de l’helladique récent – ou mycénienne.

C’est là un tableau bien différent de la vision romantique de la conquête, où des envahisseurs s’abattent, d’un seul coup, sur la majeure partie, sinon la totalité, de la Grèce. (Note M et R : cela fait plusieurs fois que cet auteur appelle romantique la thèse des envahisseurs indo-européens mais le caractère romantique des massacres, viols, destructions et éliminations de peuples entiers nous échappe un peu et le romantisme de ceux qui l’ont porté au pinacle comme Hitler est aussi difficile à concevoir !)

Autrement dit, « l’arrivée des Grecs » signifia la venue d’un nouvel élément qui se combina aux précédents pour créer lentement une civilisation nouvelle, la développer et la diffuser.

La destruction des anciens centres du pouvoir, comme Lerne par exemple, si puissamment fortifiée, ne signifie pas que ses habitants furent tous massacrés, ni que l’arrière-pays subit les mêmes dommages. (Note M et R : quelle propagande de défense politique des envahisseurs ! La suite du texte commence par décrier les réalisations des civilisations antérieures aux Mycéniens grecs)

(…)

Sur un petit espace, limité par l’Alphée, le mont Taygète, le golfe de Messénie et la mer Ionienne, on ne compte pas moins de deux cents sites datant de l’helladique récent, et environ une centaine, au moins, à l’heure actuelle, datant de l’helladique moyen. La plupart n’étaient que des hameaux et beaucoup furent désertés pour toujours à la fin de l’âge du bronze. (MacDonald et Simpson, 1969) (…)

Au total, chacun a d’une manière ou d’une autre, apporté sa contribution, y compris les peuples vivant hors de la péninsule grecque, en Crète, dans les Cyclades et en Anatolie. (Note M et R : les peuples et civilisations écrasées ont l’honneur d’avoir « apporté leur contribution » à la civilisation qui va sortir longtemps après de ce premier écrasement massif, c’est grand et généreux le colonialisme !)

(…)

Les hameaux (car même Lerne n’est guère plus qu’un hameau) présentent un aspect généralement uniforme : ils sont ordinairement situés sur des tertres ou des buttes peu élevés, et dépourvus de fortifications ; il n’y a pas de tracé régulier et les constructions s’entassent pêle-mêle ; on ne trouve ni palais ni édifices véritablement importants. Les outils et les armes étaient pitoyables, et ces dernières rares et trop précieuses pour être dispersées dans les tombes. Même si des découvertes de céramique suggèrent quelques contacts entre l’Argolide et les îles occidentales, comme Ithaque et Leucade, et peut-être même les îles Lipari, au nord de la Sicile, l’impression dominante, pour qui considère l’ensemble de l’hellanique moyen, est celle d’une grisaille uniforme et de l’isolement. Seule l’apparition, pratiquement dès le début, d’objets crétois et d’influences crétoises apporte une note différente… La signification de ces rapports avec la Crète est difficile à déterminer. Il n’y a aucune raison de croire une quelconque autorité des Crétois sur la Grèce au XVIIIe et au XIXe siècle…

Il apparaît que les premiers établissements des Cyclades furent peu nombreux et isolés, et qu’il s’est produit un brutal épanouissement après 3000 av. J.-C. au moment du bronze ancien. Chose qui n’est pas pour nous surprendre, des influences venues tant de Grèce que d’Asie Mineure (Note M et R : notez que ce n’est pas d’Europe du nord contrairement aux envahisseurs indo-européens !) sont visibles, mais la culture cycladique du bronze ancien a des traits bien à elle sur lesquels on ne peut guère se tromper. Il serait d’ailleurs plus correct de parler de cultures cycladiques… On voit se développer des spécialités à Syros, à Amargos, à Naxos et peut-être ailleurs.

La culture centrée autour de Syros, et contemporaine de l’helladique ancien II et du minoen ancien II, en marqua, autour de 2500, l’apogée. Les techniques métallurgiques influencèrent celles de la Crète et se firent sentir en Grèce propre, jusqu’en Epire. Il se peut que des métaux aient été exportés ; des objets fabriqués, en argile ou en marbre, furent largement diffusés. Cependant, il n’existait à peu près aucun établissement important avec une forte concentration humaine : même Phylacopi de Mélos, la communauté cycladique du bronze ancien la plus considérable que l’on connaisse jusqu’à maintenant, était dépourvue de fortifications….

Au bronze moyen, il y eut à Céos une construction qui semble être un temple, à une époque où de tels édifices étaient inconnus ailleurs dans le monde égéen. Dans les ruines, on a retrouvé des centaines de fragments de statues : ce sont des statues de sexe féminin, grandeur nature, faites en argile creux ; on a là les débris d’au moins dix-neuf personnages différents, et peut-être de plus de vingt-quatre. S’il s’agit de déesses, elles n’avaient pas de prédécesseurs dans le monde égéen, et elles n’eurent pas non plus de successeurs pendant près de mille ans. (Note de M et R : ici aussi Finley, par ailleurs très prudent dès qu’il s’agit des indo-européens et des datations, ne l’est nullement !)

Au bronze moyen, les Cyclades avaient vu diminuer leur importance. Rien n’indique toutefois des troubles graves. Les vestiges révèlent au contraire une continuité tout au long de la période préhistorique, et il en va de même au cours de la période historique. Mais, dès lors, leur petitesse a réduit ces îles à peu de chose : on n’en parle qu’à l’occasion, soit parce que l’une ou l’autre possède des avantages naturels, soit encore en liaison avec telle puissance, plus étendue et plus grande.

Par exemple, le marbre de Naxos et de Paros conserva sa prééminence pendant des siècles. Théra, qui subit au cours de l’helladique récent une importante éruption volcanique, n’en devint pas moins à l’époque archaïque un centre dorien (Note M et R : donc indo-européen et reconnu par Finley !) suffisamment important pour être responsable du premier établissement grec à Cyrène (en Libye)… Si l’histoire des Cyclades fait donc à tous égards intégralement partie de l’histoire de la Grèce, il y eut un court moment, au début de l’âge du bronze, où elles occupèrent une place éminente.

A la différence des Cyclades, Chypre ne fut intégré à la sphère grecque que pendant certaines périodes, et encore ne le fut-elle jamais complètement… Par sa situation, elle avait plus de liens avec l’Anatolie, ou davantage encore avec la Syrie qu’avec la Grèce… Un commerce actif entre la Grèce et le Levant bénéficiait normalement à Chypre, qui était une étape sur la route, mais inversement des guerres pour la possession de la Syrie, ou des conflits pour assurer la suprématie navale pouvaient avoir des conséquences ruineuses… La demande extérieure sur son minerai de cuivre est l’autre clef du développement et de la prospérité de Chypre à l’âge du bronze. Il ne faudrait toutefois pas oublier qu’exception faite de l’étroite chaîne montagneuse au nord, et des vastes montagnes de l’ouest et du sud-ouest, Chypre possède beaucoup de terre cultivable, et qu’elle jouit de plus de bonnes communications intérieures : phénomène rare dans le monde égéen. Pendant des milliers d’années, l’agriculture fut la base de la vie chypriote ; les villes côtières d’importance n’apparurent que lorsque l’exportation du cuivre prit de grandes proportions…

Le roi d’Alasiya (Chypre) était un personnage considérable qui pouvait regarder en face les monarques les plus grands et les mieux connus du Proche-Orient. Il s’adressait au pharaon en lui disant « mon frère ». Le roi d’Ougarit (Syrie) l’appelait « mon père ». Il était un obstacle pour les souverains de l’empire hittite… Plus tard, les Assyriens semblent l’avoir appelée Yadnana, et finalement ce fut le nom de Chypre qui remplaça tous les autres… Ni Alasiya, ni Yadnan, ni même, autant que nous puissions en juger, Chypre, ne sont des noms indo-européens…

Comme l’écriture (ou peut-être les écritures) présente des ressemblances avec le linéaire A, on lui a donné le nom de cypro-minoen…

La Crète est sortie de son long isolement pour entrer dans le complexe égéen de l’âge du bronze, en recevant des influences venues de Grèce, de Macédoine, des Cyclades, d’Asie Mineure (de façon non négligeable), de Syrie, et même d’Egypte… (Note M et R – traduisez ce que dit Finley par : la civilisation grecque n’est née sous aucune influence indo-européenne et pas aucun peuplement indo-européen.) Elle n’est pas la pure et simple imitation d’autre chose ; elle n’est pas l’histoire d’une grande immigration (M et R : traduisez que ce ne sont pas les « migrants » ou envahisseurs indo-européens qui l’ont fondée ou influencée.), mais celle d’une société qui, absorbant de nouveaux éléments, les a fondus en un tout cohérent ayant ses propres lois de développement.

Les signes d’un esprit d’invention original sont nombreux et sans ambiguïté. Les vases et autres petits objets étaient régulièrement redessinés et repensés, et non pas seulement recopiés… Les techniques métallurgiques de base furent presque certainement apprises dans les Cyclades (M et R – alors une civilisation non encore helladique), y compris dans la fabrication du cuivre, l’emploi de l’arsenic comme composant d’alliage renforçant la résistance, en l’absence d’étain. Mais, pour ne prendre qu’un seul exemple, les poignards de cuivre, qui sont les plus caractéristiques des objets métalliques du minoen ancien, étaient typiquement crétois.

Au cours du minoen ancien apparut, de façon encore embryonnaire, l’architecture crétoise, avec son style unique : la structure en alvéoles ; elle allait atteindre son apogée quelques siècles plus tard dans le palais de Cnossos, qui, avec ses cours, s’étend sur près de deux hectares…

A la fin du minoen ancien, les techniques crétoises étaient allées presque aussi loin qu’il était possible à l’âge du bronze (ou aussi loin que partout ailleurs dans le monde égéen ou dans le Proche-Orient). La période qui suivit, celle du minoen moyen, fut, entre 2000 et 1600 ou 1550 av. J.-C., l’âge d’or de la Crète, qui prit une avance considérable dans d’autres domaines.

Ce furent les siècles ou s’acheva la « révolution urbaine », où les complexes palatiaux furent édifiés, et décorés avec des fresques étonnantes, où les arts mineurs (céramique, joaillerie, sceaux de pierre) connurent leur période la plus brillante, avec un style, un esprit, une légèreté, un sens du mouvement si délicat, qu’ils sont immédiatement reconnus comme étant minoens et ne pouvant être rien d’autre (M et R : pas même indo-européens ou « grecs »), où une société se révéla elle-même à travers ses arts visuels comme une société qui, au moins au sommet, avait une psychologie et un style de vie tout à fait différents de ceux de n’importe quelle autre société contemporaine, de n’importe quelle société d’autre époque de l’Antiquité.

(Note M et R : on voit, même si Finley se garde de le formuler ainsi, que, bien avant le prétendu « miracle grec », il y eut ce que l’on aurait pu appeler un « miracle crétois » !!! En tout cas, on peut dire ouf ! on ne pourra pas prétendre, comme pour les Grecs, que nous ne sommes pas tous des héritiers des Crétois !!!)

L’originalité de la Crète se manifesta peut-être de la façon la plus remarquable dans le domaine de l’écriture. Quand on considère combien peu de systèmes d’écriture ont jamais été inventés, en quelque lieu et à quelque moment que ce soit de l’histoire mondiale, la contribution crétoise, à l’intérieur d’une période relativement courte, semble dépasser l’entendement. On y vit d’abord une écriture utilisant des sortes d’idéogrammes… puis, dans les premiers siècles du minoen moyen, apparut une écriture… appelée linéaire A, dans laquelle la plupart des signes représentaient des syllabes. Le linéaire A était largement répandu sur l’île… A Cnossos, il permit finalement de passer au linéaire B, qui est un prolongement du linéaire A…

Un autre problème se pose encore à nous : le caractère ouvert du palais crétois. En effet, aucun d’entre eux ne se présente comme une citadelle au sens propre du terme. Ils constituent au contraire des ensembles « civils » dépourvus de toute fortification. Le contraste avec des forteresses continentales comme Mycènes ou Tirynthe frappe tout visiteur…

Sans doute cette société centrée sur le palais, consignant avec obsession sur ses registres les moindres détails, n’est pas sans rappeler Ougarit en Syrie ou Mari sur l’Euphrate. Mais, comme on l’a déjà dit, la psychologie et les valeurs étaient, au sommet de l’échelle sociale, radicalement différentes à bien des égards, quelle qu’ait pu être par ailleurs la condition des masses, dont nous ne savons rien...

Les rois de Babylone, d’Egypte, les rois hittites aussi, couvraient leurs pays de témoignages monumentaux de leur pouvoir et du pouvoir de leurs dieux. Les rois crétois ne firent rien de tel, pas plus dans leurs palais que dans leurs tombes. La salle du trône de Cnossos n’apparaît en rien comme majestueuse, ou comme quelque chose de central : que l’on considère sa taille ou sa décoration murale. Le trône lui-même n’a rien de particulièrement royal. Il n’existe pas une seule peinture représentant un événement historique, révélant une activité administrative ou juridique, ou tout autre manifestation du pouvoir politique…

Parallèlement à l’absence de représentations monumentales, on peut noter l’absence de toute manifestation extérieure de la guerre. Tout cela s’accordant aux caractères spécifiques et au ton général des œuvres d’art crétoises… Les grandes fresques elles-mêmes ne sont pas à proprement parler monumentales. Elles offrent une légèreté et une mobilité tout à fait originales et rares, pour ne pas dire uniques, à l’âge de bronze en quelque endroit qu’on le considère. Ces qualités, liées à une très grande habileté technique, se retrouvent sur les vases, les gemmes et les petits bronzes…

Vint ensuite un temps où, d’une manière ou d’une autre des gens venus du continent grec (Note M et R : une manière contournée pour Finley de dire « une invasion d’une manière très violente et de destruction générale d’une Crète pacifique par des guerriers Grecs ») s’emparèrent de Cnossos et, à travers de Cnossos, de la plus grande partie de la Crète centrale et orientale…

L’événement prit place au début du minoen récent II (environ un siècle après le début de l’helladique récent sur le continent), au moment où, entre autres choses, se produisit un changement qualitatif dans les tombes : elles suivent les modèles continentaux et, pour la première fois en Crète, on trouve de véritables tombes de guerriers. A peu près en même temps, des centres comme Phaestos et Mallia cessèrent d’être des résidences royales et le grand palais de Kato Zakro situé sur la côte est de l’île, le quatrième des palais crétois pour l’importance, fut complètement abandonné à la suite d’une catastrophe naturelle. Ces faits semblent indiquer que les nouveaux maîtres de Cnossos acquirent une sorte de suzeraineté sur une importante partie de l’île…. Nulle catastrophe naturelle à Kato Zakro ne pouvait interdire aux hommes de revenir quelque temps après et de s’installer à nouveau : les dépôts volcaniques n’ont-ils pas souvent pour effet d’augmenter la fertilité du sol ? Il faut donc qu’il y ait eu une cause sociale ou politique à l’abandon de Kato Zakro. ( Note de M et R : comme souvent dans son texte, Finley touche du doigt l’existence de révolutions sociales mais, comme il en reste à la thèse du seul progrès culturel et technique comme moteur de l’histoire, il va rarement jusqu’à les reconnaitre)

Le minoen récent II vit Cnossos au sommet de sa puissance. On place la fin de cette période vers 1400 av. J.-C. (Note M et R : traduisez « cette période » d’occupation militaire grecque !) : ce fut donc une ère assez brève ; elle se termina par une catastrophe qui toucha l’ensemble de l’île. Un tremblement de terre a pu être un des facteurs, mais il n’est pas à lui seul une explication suffisante, car cette fois-ci, contrairement aux précédentes, il n’y eut pas de rétablissement. La vie continua en Crète, mais l’âge de la puissance et des palais était passé à jamais… Peut-être une catastrophe naturelle (si c’est réellement ce qui s’est produit) fut-elle suivie par l’expulsion des maîtres grecs, sous le coup de quelque insurrection populaire qui balaya du même coup les vestiges d’une puissance insulaire déjà sérieusement affaiblie par les envahisseurs grecs un siècle auparavant. (Note M et R : enfin une phrase qui parle clair. Mais la suite dément immédiatement l’assertion précédente !) Mais ce ne sont là des spéculations ne reposant sur rien de solide…

A une date qui se situe à l’intérieur de la grande période des palais crétois, c’est-à-dire peu avant la fin du minoen moyen III, vers 1600 av. J.-C., il se produisit sur le continent grec quelque chose qui donna un tour radicalement nouveau à l’histoire grecque et à l’histoire du monde égéen en général… Mycènes devint brusquement un centre riche et puissant, le centre d’une civilisation guerrière, sans égale dans cette région. Bientôt apparurent en Grèce centrale et méridionale d’autres centres d’importance, et des influences (Note M et R : traduisez des conquêtes militaires de Mycènes) se firent alors sentir dans les îles de la mer Egée, sur les côtes d’Asie et de Syrie, et vers l’ouest, en Sicile et en Italie du sud… Une regrettable convention s’est introduite, conduisant à qualifier de « mycénienne » l’ensemble de cette civilisation (bien que le terme n’ait jamais été employé dans l’Antiquité)…. Deux cercles de tombes de cette époque sont celles d’hommes et de femmes au sommet d’une structure du pouvoir qui, à l’intérieur de la communauté, était différente de tout ce que la Grèce avait connu auparavant. Il est tentant de relier l’apparition de ces personnages à l’arrivée du char de guerre et de l’épée longue… Nous devons reconnaître que, pour le moment, nous ignorons les causes de cette montée soudaine d’un pouvoir et de cet accroissement des richesses.

Les tombes à fosse (tombes à tholos) ainsi que leur contenu révèlent une progression continue de l’habileté technique (M et R : cette « progression continue et technique » est le dada permanent de Finley) et artistique et une concentration croissante du pouvoir (M et R : l’auteur n’en relève pas la frappante discontinuité !) (…) Dorénavant, l’accent mis sur les fortifications et les choses guerrières ne peut avoir été seulement une question de goût. (M et R : on appréciera la remarque car c’est un changement radical de société qui ne peut pas être attribué par l’auteur à un progrès technique et artistique !)

Quelque chose dans la situation sociale devait l’exiger, quelque chose qui, en Crète, n’était sans doute pas nécessaire, ou du moins pas à cette échelle là… (Note M et R : Finley touche du doigt un changement radical lié à une révolution sociale mais retire le doigt vite fait)

Si l’on excepte quelques scènes de bataille, l’art des palais mycéniens ne donne pas une image de cette société guerrière. En vérité, mis à part la céramique, cet art est, de façon très étonnante, dérivé de son prototype crétois. On y trouve le même goût de l’abstrait et des décorations florales, les mêmes compositions, le même conventionnel et les mêmes qualités statiques… » Note M et R : on arrête ici les citations de Finley pour noter l’importance de cet aveu car il signifie, de la part de l’auteur le moins porté à ce type de position, que la première civilisation réellement grecque de la Grèce ne fait qu’imiter, au plan artistique, une civilisation qui ne l’était absolument pas et qu’elle a démolie, la principale civilisation de la Grèce, celle du minoen en Crète et sur le continent.

On connaît le fameux adage mensonger du monde occidental selon lequel la civilisation grecque aurait tout inventé…

Jean-Pierre Vernant :

« Je crois en effet que les Grecs nous ont, en grande partie, inventés. Notamment en définissant un type de vie collective, un type d’attitude religieuse et aussi une forme de pensée, d’intelligence, des techniques intellectuelles, dont nous leur sommes en grande partie redevables. L’histoire de l’Occident commence avec eux. Cela va même au-delà : ils ont transmis leurs méthodes et leur contenu de pensée, à l’époque hellénistique, jusque dans le Proche-Orient et l’Inde. C’est d’ailleurs, au Moyen Age, à travers la culture arabe que la Grèce s’est survécue à elle-même, avant d’être retrouvée par l’Europe. Comme vous voyez, le grand fleuve de l’hellénisme a suivi toutes sortes de méandres, mais a resurgi, périodiquement. »

Wikipedia :

« La civilisation grecque a réalisé de nombreuses innovations politiques et culturelles qui ont influencé durablement la société occidentale. »

« Que “notre histoire commence avec les Grecs”, voilà, écrivait Lavisse dans ses Instructions, ce qu’il faut apprendre aux élèves des écoles secondaires, et sans qu’ils s’en aperçoivent. Notre histoire commence avec les Grecs qui ont inventé la liberté et la démocratie, qui nous ont apporté le Beau et le goût de l’Universel. Nous sommes les héritiers de la seule civilisation qui ait offert au monde “l’expression parfaite et comme idéale de la liberté”. Voilà pourquoi notre histoire doit commencer avec les Grecs. A cette première croyance est venue s’en ajouter une autre, aussi forte que la première : “Les Grecs ne sont pas comme les autres.” Comment d’ailleurs le pourraient-ils alors qu’ils sont au commencement de notre Histoire ? Deux propositions essentielles pour une mythologie nationale qui fait le plein des humanistes traditionnels et des historiens férus de nation. »

Ernest Renan :

« Depuis longtemps je ne croyais plus au miracle, dans le sens propre du mot, cependant la destinée unique du peuple juif, aboutissant à Jésus et au christianisme, m’apparaissait comme quelque chose de tout à fait à part. Or voici qu’à côté du miracle juif venait se placer pour moi le miracle grec, une chose qui n’a existé qu’une fois, qui ne s’était jamais vue, qui ne se reverra plus, mais dont l’effet durera éternellement, je veux dire un type de beauté éternelle, sans nulle tache locale ou nationale. »

Paul Valéry :

« Toute race et toute terre qui a été successivement romanisée, christianisée et soumise, quant à l’esprit, à la discipline des Grecs, est absolument européenne. »

Goethe :

« Ce sont les Grecs qui ont rêvé le plus beau rêve de la vie. »

Louis Pasteur :

« Ce sont les Grecs qui nous ont légué le plus beau mot : « enthousiasme ». »

Montesquieu :

« Les politiques grecs ne reconnaissent d’autre force que celle de la vertu. »

Nietzsche :

« Ah ! ces Grecs, ils s’entendaient à vivre ! »

Pierre de Coubertin :

« L’Hellénisme n’est pas un ensemble de faits : c’est une atmosphère, un état d’âme, une formule de civilisation. Au moment où il pénétra — ou il sembla pénétrer plutôt — dans le cadre de l’histoire, il s’affirma par deux chefs d’œuvre d’une si surprenante venue que la critique moderne, acerbe et jalouse, a usé ses forces pour tâcher d’en prouver le caractère apocryphe. Elle y a complètement échoué. C’est que l’Iliade et l’Odyssée ne sont une aurore que littérairement pour nous autres qui ne possédons rien d’antérieur : mais la société dont les mœurs y sont dépeintes était parvenue au soir de sa carrière ; elle avait derrière elle un long développement. La certitude s’en impose à nous, moins par les raffinements matériels à la description desquels le poète s’attarde parfois que par la notion partout répandue d’une politique et d’une morale avancées. Compréhension élevée du patriotisme, pratique intelligente des instructions, dignité et tenue des assemblées gouvernementales, force de la famille, respect de la femme, sens de la pitié et de la solidarité, ce sont là des qualités auxquelles un peuple ne parvient que par la triple coopération du temps, du bien-être et de la culture mentale. »

Adolf Hitler :

« A l’époque où nos ancêtres fabriquaient des auges en pierre et des cruches en argile, autour desquelles nos archéologues font tant de bruit, on construisait une acropole en Grèce. [...] Les véritables représentants de la civilisation dans les derniers millénaires avant notre ère et dans le premier après, furent les Méditerranéens. »

Alfred de Musset :

« Grèce, ô mère des arts, terre d’idolâtrie, De mes voeux insensés éternelle patrie… »

François Chamoux :

« La dette du monde moderne à l’égard du peuple grec est immense. Les catégories de pensée qui sont encore les nôtres ont été pour la première fois définies par lui. Nous lui devons tout l’essentiel de nos outils intellectuels, mais aussi les principes de notre morale. […] Dans l’héritage commun que nos penseurs et nos artistes ont fait fructifier depuis quinze siècles avec des fortunes diverses, nul ne conteste que la part de l’hellénisme soit primordiale. »

Werner Jaeger :

« Aussi haut que nous puissions placer notre estime pour les réalisations artistiques, religieuses et politiques des nations plus anciennes, l’histoire de ce que nous pouvons vraiment appeler civilisation — c’est-à-dire la poursuite consciente d’un idéal — cette histoire ne commence pas avant la Grèce. »

Jacqueline de Romilly :

« La Grèce inaugure, […], une culture écrite. Mais cette culture conserve encore quelque chose des forces irrationnelles auxquelles elle s’arrache, et quelque chose aussi de l’intensité secrète des débuts. Elle laisse entrevoir mystères et sacrifices. Elle demeure la patrie des cosmogonies et devient vite celle du tragique. Bien plus, elle tire une part de son attrait du rayonnement de ses dieux et de la présence du sacré, souvent inséparable de l’humain. »

Claude Roy :

« L’intérêt de la Grèce et son importance, c’est que ce petit rectangle de collines, de bois, de plaines et de montagnes entouré d’îles et strié de cigales bavardes, n’a pas cessé, depuis deux mille ans, d’être l’auberge espagnole de la culture : on trouve en Grèce ce qu’on y apporte, et un peu davantage. Le moine de Cluny, le poète louis-quatorzien, le romantique allemand, le militant révolutionnaire contemporain ont pu tous faire le voyage de Grèce (au propre ou au figuré) et en revenir enrichis. Chacun s’est fait de la Grèce une image partiale, partielle et exacte, chacun d’eux lui a posé des questions différentes, et aucun n’a été éconduit. La Grèce est inépuisable. Le passé se définit et s’éclaire par l’image que nous choisissons de lui donner. On croit que la fouille de l’archéologue ou les recherches du philologue enrichissent ou transforment l’idée que nous nous faisons, par exemple, de l’antiquité grecque. Ce n’est vrai qu’à demi. […] Il y a moins de hasard et de chance qu’on ne le croit dans les découvertes. On découvre essentiellement ce qu’on cherchait. […] On a la Grèce qu’on mérite, celle qu’on choisit. »

Source

Ceux qui ont redressé le mythe :

Diderot :

« Aussi quelque audace qu’ayent eu les Grecs pour s’attribuer les premiers commencemens des sciences & des beaux arts, elle n’a cependant jamais été assez grande pour qu’ils se soient donné l’honneur d’avoir jetté les fondemens de l’Astronomie. Il est vrai qu’on apprend par un passage de Diodore de Sicile, que les Rhodiens prétendoient avoir porté cette science en Egypte : mais ce récit est mêlé de tant de fables, qu’il se détruit de lui-même ; & tout ce qu’on en peut tirer de vraissemblable, c’est que comme les Rhodiens étoient de grands navigateurs, ils pouvoient avoir surpassé les autres Grecs par rapport aux observations astronomiques qui regardent la Marine ; tout le reste doit être regardé comme fabuleux. Quelques auteurs, il est vrai, ont donné les premieres observations célestes à Orphée, (comme Diogene Laerce sur l’autorité d’Eudemus, dans son Histoire Astrologique, qui a été suivie par Théon & par Lucien) à Palamede, à Atrée, & à quelques-autres, ce qu’Achilles Tatius tâche de prouver par des passages d’Eschyle & de Sophocle, dans son commentaire sur les phénomenes d’Aratus ; mais il est certain que le plus grand nombre des auteurs Grecs & Latins est d’un avis contraire : presque tous les attribuant aux Chaldéens ou Babyloniens. »

Moses Finley :

« L’équation démocratie = régime comportant des élections est si profondément enracinée dans notre culture qu’il faut un effort délibéré pour s’en débarrasser complètement quand on étudie la politique antique. "Régime à élections", c’est une étiquette tout à fait fausse pour la Grèce, et impropre pour Rome. (…) La démocratie athénienne était directe, et non représentative, et cela en un double sens ; chaque citoyen était libre d’assister à l’assemblée souveraine, et il n’y avait ni bureaucratie ni fonctionnaires, excepté quelques commis, qui conservaient les comptes rendus indispensables. Le gouvernement était ainsi, au sens le plus strict, un gouvernement "par le peuple". (…) Le mot iségoria, le droit pour tous de parler à l’assemblée, était quelquefois employé par les écrivains grecs comme un synonyme de "démocratie". Et la décision était prise par un vote à la majorité simple des présents. (…)Avec le système de gouvernement que j’ai brièvement décrit, Athènes réussit pendant près de deux cents ans à être l’État le plus prospère, le plus puissant, le plus stable, le plus paisible intérieurement, et de loin le plus riche de tout le monde grec au point de vue culturel. Le système fonctionnait. »

Rien à voir en effet avec la « démocratie capitaliste » !!!

Blaise Dufal :

« Quels que soient les pluriels ajoutés ou les qualificatifs apportés au terme de civilisation, celui-ci renvoie toujours à un modèle qui fonctionne comme mètre étalon pour évaluer et classer les différentes civilisations, car la civilisation sert à hiérarchiser les cultures. Ce référent permanent et structurant, qui représente « LA » civilisation par excellence, la « vraie » civilisation, par essence et intrinsèquement, la civilisation dans sa pureté originelle, c’est la civilisation antique grecque. Cette civilisation grecque antique, conçue comme un tout homogène et cohérent, serait le lieu fondateur du monde contemporain et de l’Europe moderne, dont l’identité serait faite de l’héritage de la raison grecque et de son génie artistique et politique, qui constitueraient le miracle donnant naissance au monde occidental. Miracle et génie sont pourtant des notions bien éloignées de l’analyse scientifique, mais qui reviennent sans cesse dès qu’il s’agit de l’histoire de la Grèce antique, soulignant la dimension fantasmée de cette projection des enjeux identitaires modernes sur une période d’un passé lointain.

La centralité de la Grèce classique dans la construction d’un modèle civilisationnel dans l’historiographie occidentale perdure dans les milieux académiques, malgré les fortes inflexions apportées par des savoirs scientifiques qui s’attachent depuis plusieurs décennies à montrer la complexité des phénomènes culturels. Pour mieux cerner cette obsession pour la Grèce antique et en comprendre les enjeux intellectuels et idéologiques, les manuels d’enseignement et les ouvrages de vulgarisation peuvent se révéler précieux pour cerner des conceptions historiographiques, diffuses ou inconscientes dans les ouvrages scientifiques proprement dits. Ainsi, ces livres qui ont un grand impact sur les représentations collectives, témoignent aussi des représentations des individus liés au monde académique qui les produisent, et qui parfois s’y laissent aller. La notion de civilisation caractérise une forme de vulgarisation et de savoir scientifique au cours de la seconde partie du XXe siècle, révélant ainsi l’idéologie qui sous-tend un certain nombre d’ouvrages savants sur la Grèce antique et la culture européenne. (…)

La civilisation donne corps aux grands récits de l’histoire de l’humanité, même si c’est au prix de simplifications intellectuellement et politiquement problématiques. Dans ces manuels scolaires, jusqu’au début des années 1980, la Grèce antique joue un rôle de modèle pour la définition de la notion de civilisation, un rôle d’exemple à imiter pour les histoires nationales qui doivent se trouver d’une manière ou d’une autre dans un rapport de filiation avec ce modèle. La civilisation grecque antique est alors associée à une dimension morale de l’enseignement de l’histoire, où les Grecs les plus fameux deviennent les héros mythiques mais néanmoins bien réels de cette civilisation, dont sont vantés la vertu, le courage et l’intelligence. La Grèce antique est au cœur d’une manière d’écrire et d’enseigner l’histoire qui transmet et assène un certain nombre de valeurs, qui seraient propres au monde occidental. »

En fait, la philosophie n’est pas née en Grèce

La civilisation n’est pas née en Grèce

Avant la Grèce des « Grecs », il y a eu notamment la Grèce des Crétois jusqu’en 1650 qui n’était pas indo-européenne

Il n’y a pas eu que Cnossos, mais aussi la Troie qui n’était pas « grecque »

La préhistoire de l’Hellade, la Grèce avant les Grecs

Les origines de la Grèce

Chronologie sommaire de la région avant les grandes invasions achéennes, éoliennes et ioniennes

Avertissement : l’histoire de la Grèce antique commence avant l’invention de l’écriture (d’abord hiéroglyphique dans les Cyclades et en Crète) et le premier système d’écriture qui y est employé, le linéaire A, est non déchiffré ; de plus bien que le linéaire B soit déchiffré, les tablettes d’argile écrites avec ce système ne donnent pas de datation. Les méthodes utilisées par la communauté scientifique reposent sur l’archéologie et, lorsque c’est possible, sur des textes d’époque1. De plus le mode de décompte du temps n’est pas unifié dans les différentes cités grecques1. La datation de certains événements ne fait pas consensus chez les spécialistes. Un point reste inconstestable : dans toute la région toutes les premières civilisations ont été non indo-européennes et toutes les premières influences extérieures culturelles non indo-européennes !

Du VIe au IVe millénaires : révolution néolithique en Grèce.

Les traces de présence humaine les plus anciennes remontent à 700 000 av. J.-C. dans la péninsule chalcidique, où un crâne de pré-néandertalien a été découvert à Petralona (Πετράλωνα). Par ailleurs, des traces plus récentes, datant de 40 000 av. J.-C. ont été retrouvées. Trois grottes de la vallée du Louros furent occupées durant le Paléolithique. Un crâne d’homme de Néandertal fut découvert dans les environs de Thessalonique. Dès le VIIe millénaire av. J.-C., des sites, annonçant une « révolution néolithique » déjà bien engagée en Orient, révèlent l’apparition de bergers et d’agriculteurs cultivant notamment la vigne et l’olivier.

fin du XIXe siècle avant J.-C., les Cyclades auraient été englobées avec de nombreuses îles égéennes dans une unité culturelle au IIIe millénaire av. J. C. : la civilisation cycladique, remontant à l’âge du bronze. Elle est célèbre pour ses idoles de marbre, retrouvées jusqu’au Portugal et à l’embouchure du Danube, ce qui prouve son dynamisme.

Elle est un peu plus ancienne que la civilisation minoenne de Crète. Les débuts de la civilisation minoenne furent influencés par la civilisation cycladique : des statuettes cycladiques furent importées en Crète et les artisans locaux imitèrent les techniques cycladiques, les sites d’Aghia Photia et d’Archanes en ont apporté les preuves archéologiques. De même, le cimetière d’Aghios Kosmas en Attique a révélé des tombes de type cycladique contenant des objets cycladiques pouvant indiquer soit la présence d’une colonie cycladique, soit une forte proportion de la population d’origine cycladique, en tout cas une influence cycladique certaine. On distingue traditionnellement trois grandes périodes (équivalentes à celles qui divisent l’Helladique sur le continent et le Minoen en Crète) :

• le Cycladique ancien I (CA I) (3200 - 2800) dit aussi Culture Grotta-Pelos ;

• le Cycladique ancien II (CA II) (2800 - 2300) dit aussi Culture Kéros-Syros, souvent considérée comme l’apogée de la civilisation cycladique ;

• le Cycladique ancien III (CA III) (2300 - 2000) dit aussi Culture Phylakopi.

La civilisation minoenne se développe en Crète de 2700 à 1200 av. J.-C. Tirant son nom du nom du roi légendaire Minos, elle a été révélée par l’archéologue anglais Arthur John Evans au début du XXe siècle.

La civilisation mycénienne est une des dernières civilisations nonhelléniques de l’Helladique récent (fin de l’Âge du bronze). Elle tire son nom de la ville de Mycènes, située dans le Péloponnèse. Cette civilisation avait pour écriture le linéaire B.

Au XVIe siècle av. J.-C. se développe la civilisation mycénienne, caractérisée par des fortifications de grande taille entourant des cités situées en hauteur telles Mycènes ou Tirynthe et dont il reste encore aujourd’hui de nombreux vestiges. Selon la tradition (cf. guerre de Troie), ces guerriers seraient responsables de la destruction de Troie. Cette puissance maritime, que l’on retrouve de la Sicile à la Colchide, fonde des colonies, les achaies. Vers 1200 av. J.-C., la splendeur mycénienne prend fin. S’ouvre alors une période que l’historiographie a longtemps appelé les « siècles obscurs », dont il reste assez peu de traces, hormis quelques passages des récits d’Homère ou d’Hésiode.

À partir du IXe siècle av. J.-C., les hommes se regroupent en cités, qui préfigurent les cités-États (voir synœcisme). En 776 sont organisés les premiers Jeux olympiques, en l’honneur de Zeus, le roi des dieux dans la mythologie grecque. Outre les épreuves sportives, dont la tradition se perpétue aujourd’hui encore, les compétitions portent alors également sur la littérature et la musique. C’est à cette époque que la civilisation grecque recommence à rayonner au-delà des rives de la mer Égée.

A l’époque de l’empire sumérien de 4000 avant J.-C., les régions qui allaient être dites « grecques » longtemps après, étaient influencées par des civilisations néolithiques venues d’Asie mineure, soit d’aucun peuple indo-européen !!! L’invasion des starceviens venue des Balkans s’est arrêtée aux limites de la Bosnie et de la Serbie… Lire ici Cette région va être considérablement influencée par la civilisation sumérienne puis akkadienne et mésopotamienne. Ce n’est pas seulement la civilisation sumérienne d’Uruk, de Lagash, d’Eridou, etc., qui diffuse dans la région mais également les civilisations élamites de Suse et de Sialk (Iran) qui ne sont ni sémites ni indo-européennes !!!

3500 avant J.-C. première grande époque de la civilisation minoenne en Crète (époque dite prépalatiale) avec un développement urbain, artisanal, commercial et artistique

Bronze ancien (époque qui n’a pas encore connu d’invasion indo-européenne) :

1°) (3200 – 1950 avant JC) : apogée de la civilisation cycladique. On distingue couramment 2 phases – BA I et BA II – représentées par 2 cultures – Grotta-Pélos et Kéros-Syros. 2°) (2000 – 1700 avant JC) : apogée et grande prospérité de l’époque des palais crétois (civilisation minoenne)

3°) 2700 avant JC à 1900 avant JC : civilisation Helladique ancienne et minoenne ancienne qui ne sont pas indo-européennes (Mycènes est conquise d’abord par la Crète, bien avant d’être envahie par les indo-européens)

2120 ans av J.-C : fin de la civilisation des Cyclades 2080 ans av J.-C : début de la civilisation des Palais crétois

Bronze moyen ( 1950 à 1550 avant JC) nouvelle civilisation crétoise (ou minoenne) qui prend le relais.

– le roi légendaire Égée aurait vécu aux environs de 2600 av. J.-C.,

– le roi légendaire Minos aurait vécu en Crète vers 2000 av. J.-C.,

1700 av J.-C : fin de la civilisation des Palais et pillage des palais crétois

– 1600 av. J.-C. : apogée de la richesse, de la puissance, de la concentration du pouvoir et du succès des Minoens

– la guerre de Troie, magnifiée par le récit de l’Iliade, s’est déroulée vers 1230 av. J.-C., époque à laquelle auraient aussi vécu Agamemnon, roi de Mycènes, et Ménélas, roi de Sparte.

1450 av J.-C : incendie des villes crétoises

1200 ans av J.-C : ruine des derniers palais crétois

1150 ans av J.-C : Thèbes (pas celle d’Egypte mais celle de Grèce) cesse d’être une capitale et devient une pauvre bourgade

Tout cela n’empêche pas la légende de la civilisation occidentale issue d’un miracle grec de continuer à prospérer…

WIkipedia démarre la Grèce antique de la chute des Mycéniens et, du coup, ignore superbement toute civilisation avant les Mycéniens qui étaient pourtant déjà un peuple grec et une civilisation… Lire ici son article « Grèce antique » Il y affirme en introduction : « Dans le bassin méditerranéen, la culture grecque a joué un rôle décisif, notamment du fait de l’influence qu’elle eut à Rome, où le grec devint la langue du savoir utilisée par les élites, et de l’influence qu’elle exerça dans le monde arabo-musulman, qui traduisit en arabe de nombreux traités grecs. C’est ainsi que certaines productions politiques et culturelles du monde grec ont eu un rôle majeur dans le développement de la civilisation occidentale. Les chercheurs estiment souvent que les Grecs sont à l’origine d’une nouvelle manière d’appréhender le monde, affranchissant la pensée des dogmes religieux1. Contrairement aux grandes religions monothéistes, la religion grecque est avant tout basée sur l’orthopraxie - il est en ce sens impossible de parler de dogme - et met l’homme au cœur de ses réflexions. On considère les Grecs comme les fondateurs de la philosophie (les présocratiques, Socrate, Platon, Aristote, etc.). Inventeurs de la logique, ils peuvent être considérés comme des précurseurs de l’investigation scientifique (physique, mathématiques, astronomie). La littérature grecque eut sans doute longtemps moins d’influence que celle de ses imitateurs romains. L’art grec reste considéré comme un modèle de l’équilibre classique. »

Les peuples et les civilisations précédentes n’ont pas droit de cité dans cet article…

Dans un autre article intitulé « Histoire de la Grèce antique », on peut lire :

« On appelle « Grèce antique » la période de l’histoire de la Grèce jusqu’à la bataille d’Actium. De nombreux historiens considèrent qu’elle est la culture fondatrice de la civilisation occidentale. La civilisation grecque eut en effet une influence considérable sur l’Empire romain, qui en exporta les éléments constitutifs dans de nombreuses parties de l’Europe. Par ailleurs, elle influença la langue, la science politique, l’éducation, la philosophie, la science et les arts, sa redécouverte fut à l’origine de la Renaissance en Europe occidentale et elle fut de nouveau à l’honneur dans les courants néoclassiques des XVIIIe et XIXe siècles en Europe et aux Amériques. Le traitement, apparemment de plus en plus « naturaliste » du corps humain — sujet dominant des représentations figurées — se manifeste par de nombreuses séries de variations du nu dans la Grèce antique. C’est dans le prolongement de ces variations sur le motif du corps plus ou moins nu que l’art grec fit école. Le terme « Grèce antique » désigne le monde parlant grec ancien durant l’Antiquité. Il comprend non seulement la péninsule de la Grèce actuelle mais aussi les endroits de culture hellénique où les anciens Grecs s’établirent : Chypre, les îles de la mer Égée, la côte égéenne de l’Anatolie (appelée par la suite Ionie), la Grande-Grèce (Sicile et sud de l’Italie), ainsi que les colonies grecques éparpillées sur les côtes d’Illyrie, de Thrace, d’Égypte, de Cyrénaïque, du sud de la Gaule, de l’est et du nord-est de la péninsule Ibérique, de la Colchide (ou Ibérie du Caucase) et de la Tauride. »

Même caractéristique ici que dans l’article précédent : les peuples qui ont précédé les Grecs n’ont pas droit de cité…

Examinons ce que dit la presse… et comment on fabrique l’opinion publique sur « nos racines antiques grecques »…

Libération écrit : « Grèce, berceau de la « civilisation occidentale »…

Lire ici

Le journal catholique La Croix insiste sur ce que nous, occidentaux, devons aux Grecs :Lire ici

Ou encore Claude Mossé : "N’oublions pas que les Grecs nous ont tout appris" dans Le Point : lire ici

La Grèce « a inventé le débat démocratique et la citoyenneté, le droit écrit et l’art du discours, les maths pures et les sciences humaines, la tragédie et la comédie de moeurs, le nu et l’amour platonique, le sport professionnel et l’éthique médicale... » nous dit L’Express » : Lire ici

Non ! Le monde grec n’a pas tout inventé !!!

Quand la Mésopotamie démontre que la philosophie antique n’est pas née en Grèce…

La civilisation n’est pas d’origine grecque

« Nous sommes tous des Grecs », le moment philhellène de l’Occident romantique

Religion minoenne

Histoire du Théâtre grec antique

Mais le théâtre nait en Crète à Phaistos...

... et à Cnossos et est donc minoen et pas grec !!!

Ecritures crétoises et égéennes

Les écritures crétoises et le bassin méditerranéen

L’écriture dite linéaire A

Les écritures syllabiques égéennes et leur diffusion en Egypte au premier millénaire avant notre ère

Matriarcat minoen

Les Minoens sont issus d’Anatolie, d’Iran et d’Orient et ne sont pas indo-européens contrairement aux Mycéniens qui le sont partiellement et ont des origines du Nord (Europe de l’Est et Sibérie)

Les Minoens et l’Orient

Civilisation minoenne

L’Égypte et le monde égéen préhellénique

The Minoans Ancient Greece and the Ancient Egypt, by the Archaeologist Manfred Bietak

Les premiers envahisseurs « grecs » sont les Eoliens, les Ioniens, les Thraces et les Achéens. Mais la civilisation dans cette région date de bien avant…

Avant les indo-européens, il y a eu en « Grèce » de nombreux peuples et civilisations : les Sumériens, les Cycladiques, les Minoens, les Anatoliens, les Pélasges, les Egéens, les Lélèges, les Cariens, les Dardaniens, les Zéléens, les pré-Thraces, les Cicones, les Péoniens, les Paphlagoniens, les Alizoniens, les Mysiens, les Phrygiens, les Méoniens, les Lyciens, les Béotiens archaïques et bien d’autres encore…

Les civilisations de la région aujourd’hui dite « grecque » étaient en contact avec l’Egypte (de nombreux documents égyptiens antiques font mention de la Crète nommée Keftiou ce qui signifie Crétois), avec la Mésopotamie, avec l’Iran, avec l’Anatolie. C’étaient, bien avant les invasions indo-européennes dans la région, de grandes civilisations connues et reconnues comme telles. C’est plutôt à l’époque de la domination des Grecs qu’elles cont cessé de l’être. Et pour cause : une élimination systématique violente des peuples et un effacement des traces de ces civilisations par les envahisseurs.

Les peuples indo-européens dits « grecs » ont créé des sales réputations aux peuples autochtones de la région grecque : « les Crétois sont tous menteurs », « les béotiens sont bêtes et d’humeur sauvage », « les Troyens sont des barbares » (« barbare » signifie en grec « qui ne parle pas le grec, mais une langue incompréhensible »), etc… des jugements toujours extrêmement sévères justifiant le fait que les Grecs ne vont rechercher aucune alliance mais de prime abord l’écrasement, le pillage et l’élimination… Selon Denys d’Halicarnasse un « Hellène » (ce qui signifie ici un Grec indo-européen) diffère d’un « barbare » de quatre façons : un langage raffiné, l’éducation, la religion, et le respect de lois. »

Les Pélasges

Les Minoens

Les Cycladiques

Les Egéens

Les Lélèges

Les Cariens

Les Dardaniens

Le Bronze ancien en Grèce

La culture de Lerne

Lambayanna

La culture des Cyclades (sites de Kampos, Naxos, Syros, Sifnos, Paros, Amorgos, Antiparos et Despotikó au Sud d’Antiparos)

Site d’Archanes

Le rôle des Cyclades dans le monde égéen

Les civilisations pré-helléniques

Les Zéléens

Les Cicones

Mycènes préhellénique

Religion minoenne

Langage Préhellénique A

Elevage des équidés au Bronze ancien

Art égéen

L’art avant les Grecs

Minoens et Mycéniens

Mycènes antique préhellénique

Les envahisseurs barbares indo-européens

La Grèce a connu des nombreuses civilisations : Pélages, Cariens, Cadméens, Lélèges, Sémites, Abantes, Crétois anatoliens, Troyens, Mycéniens préhellènes, puis seulement les peuples grecs : Achéens, Eoliens, Ioniens, Doriens, Minoens, Minyens, Mycéniens grecs.

L’invention des "Indo-Européens", nos glorieux ancêtres

Les Ioniens

Les Thraces

Les Achéens

Les Eoliens

Les Mycéniens

Les Doriens

Migration ionienne

Ioniens et Achéens

Le « catalogue » des envahisseurs achéens

La Grèce avant les grecs, Louis Benlœw

Avant l’invasion ionienne

Pélasges, Lélèges, Sémites… puis Ioniens…

Lire encore :

La Grèce avant les Grecs

La « civilisation » n’est pas un long fleuve tranquille…

Révolutions de la Grèce antique

Le procès des assassins de Socrate

9 Messages de forum

  • Homère a décrié les peuples barbares c’est-à-dire non-grecs (en fait ceux parlant d’autres langues que le grec, Homère écrivant « les Cariens au parler barbare ») :

    « De là nous poursuivîmes notre navigation, le cœur triste,

    et nous arrivâmes sur la terre des Cyclopes, arrogants et sans foi ni loi (ἀθεμίστων)

    qui, confiant dans les dieux immortels,

    ne sèment pas de graines avec leurs mains ni ne labourent…

    Ils n’ont pas d’agora pour débattre (ἀγοραὶ βουληφόροι) et pas de code de loi (θέμιστες),

    mais vivent sur les sommets des hautes montagnes,

    dans des profondes cavernes, chacun a le pouvoir de diriger (θεμιστεύει)

    ses enfants et femmes, et ne tient aucun compte des autres. »

    Odyssée 9.105-15

    « Les Cyclopes n’ont pas acquis de bateaux aux bords d’un rouge vermillon,

    Ils n’ont pas parmi eux de charpentiers qui pourraient travailler

    à la construction de bateaux, qui pourraient accomplir,

    en atteignant chaque cité humaine, toutes sortes de choses

    pour lesquelles les hommes traversent les mers en bateaux les uns vers les autres. »

    Odyssée 9.125-9

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  • Quels que soient les pluriels ajoutés ou les qualificatifs apportés au terme de civilisation, celui-ci renvoie toujours à un modèle qui fonctionne comme mètre étalon pour évaluer et classer les différentes civilisations, car la civilisation sert à hiérarchiser les cultures. Ce référent permanent et structurant, qui représente « LA » civilisation par excellence, la « vraie » civilisation, par essence et intrinsèquement, la civilisation dans sa pureté originelle, c’est la civilisation antique grecque. Cette civilisation grecque antique, conçue comme un tout homogène et cohérent, serait le lieu fondateur du monde contemporain et de l’Europe moderne, dont l’identité serait faite de l’héritage de la raison grecque et de son génie artistique et politique, qui constitueraient le miracle donnant naissance au monde occidental. Miracle et génie sont pourtant des notions bien éloignées de l’analyse scientifique, mais qui reviennent sans cesse dès qu’il s’agit de l’histoire de la Grèce antique, soulignant la dimension fantasmée de cette projection des enjeux identitaires modernes sur une période d’un passé lointain.

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  • Nietzsche est l’un de ceux qui a le plus développé le mythe grec de la civilisation occidentale :

    « La plus haute revendication de la pensée allemande consiste à avoir renoué le lien qui semblait déchiré avec les Grecs, c’est-à-dire avec le plus haut type d’homme jusqu’ici apparu. »

    Il expose même « l’opposition entre le dionysiaque et l’apollinien à l’intérieur de l’âme grecque » et l’appelle « une des grandes énigmes dont j’ai ressenti la séduction en présence de l’être grec », diffusant le mythe grec d’un dieu dionysos produit de la civilisation grecque, ignorant que le dieu dionysiaque n’a aucune origine grecque et est entièrement dû aux civilisations « barbares » qui ont précédé les peuples Grecs.

    Nietzsche prône, pour l’Allemagne, le retour à l’ère héroïque de la Grèce antique :
    « Depuis la résurrection de l’Antiquité alexandrino-romaine, au quinzième siècle, après un long entracte malaisément descriptible, nous nous sommes rapporchés de cet état d’esprit de la manière la plus extravagante… Il semble à peine possible de greffer un mythe étranger avec un succès durable sans qu’il en résulte un irrémédiable dommage pour l’arbre inoculé. Celui-ci est quelque fois peut-être assez vigoureux et sain pour expulser cet élément étranger au prix de terribles efforts, mais il lui faut le plus souvent dépérir étiolé misérablement ou épuisé par une croissance morbide. Notre confiance est assez haute dans la pure et forte essence intime de l’âme allemande pour oser attendre d’elle cette expulsion d’éléments étrangers implantés par la violence, et admettre que l’esprit allemand puisse reprendre conscience de soi-même. Quelques-uns seront peut-être d’avis que cet esprit doive entreprendre la lutte en éliminant tout d’abord l’élément latin ; à cette fin, il pourrait reconnaître dans la bravoure victorieuse et la gloire sanglante de la dernière guerre une exhortation et un stimulant extérieur, mais aussi la nécessité intérieure dans la pensée émulatrice de rester toujours dignes des nobles précurseurs dans cette voie, de Luther aussi bien que de nos grands artistes et poètes. Pourtant, qu’il ne croie jamais pouvoir livrer de tels combats sans les dieux du foyer, Sans la patrie mythique, sans une « restitution » de toutes choses allemandes ! L’Allemand hésitant devrait chercher autour de soi un guide, (un führer, note de M et R) pour le ramener dans sa patrie depuis longtemps perdue, et dont il ne connaît plus qu’à peine les chemins et les sentiers… »
    Plus loin, il prolonge son idée :
    « Que nul ne croie que l’esprit allemand ait jamais perdu sa patrie mythique, s’il comprend si clairement encore le chant des oiseaux qui parle de cette patrie. Un jour, il se trouvera éveillé dans la fraîche vigueur du matin d’un sommeil inouï ; alors il tuera des dragons, anénantira les gnomes perfides, et réveillera Brunehilde – et la lance de Wotan lui-même ne pourra lui barrer le chemin ! … Mais la pire souffrance est, pour nous tous, - le long avilissement dans lequel le génie allemand, arraché à son foyer et à sa patrie, vécut domestiqué par des gnomes perfides. Vous comprendrez aussi mes espérances. »
    « De même les Grecs ont représenté sous la figure de leur Apollon ce désir joyeux du rêve : Apollon, en tant que dieu de toutes les facultés créatrices de formes, est en même temps le dieu divinateur. Lui qui, d’après son origine, est « l’apparence » rayonnante, la divinité de la lumière, il règne aussi sur l’apparence pleine de beauté du monde intérieur de l’imagination. La vérité plus haute, la perfection de ce monde, opposées à la réalité imparfaitement intelligible de tous les jours, enfin la conscience profonde de la réparatrice et salutaire nature du sommeil et du rêve, sont symboliquement l’analogue, à la fois, de l’aptitude à la divination, et des arts en général, par lesquels la vie est rendue possible et digne d’être vécue. Mais elle ne doit pas manquer à l’image d’Apollon, cette ligne délicate que la vision perçue dans le rêve ne saurait franchir sans que son effet ne devienne pathologique, et qu’alors l’apparence ne nous donne l’illusion d’une grossière réalité ; je veux dire cette pondération, cette libre aisance dans les émotions les plus violentes, cette sereine sagesse du dieu de la forme. Conformément à son origine, son regard doit être « rayonnant comme le soleil » ; même alors qu’il exprime le souci ou la colère, le reflet sacré de la vision de beauté n’en doit pas disparaître. Et l’on pourrait ainsi appliquer à Apollon, dans un sens excentrique, les paroles de Schopenhauer sur l’homme enveloppé du voile de Maïa (Monde comme Volonté et comme Représentation, I, 416) : « Comme un pêcheur dans un esquif, tranquille et plein de confiance en sa frêle embarcation, au milieu d’une mer démontée qui, sans bornes et sans obstacles, soulève et abat en mugissant des montagnes de flots écumants, l’homme individuel, au milieu d’un monde de douleurs, demeure impassible et serein, appuyé avec confiance sur le principium individuationis ». Oui, on pourrait dire que l’inébranlable confiance en ce principe et la calme sécurité de celui qui en est pénétré ont trouvé dans Apollon leur expression la plus sublime, et on pourrait même reconnaître en Apollon l’image divine et splendide du principe d’individuation, par les gestes et les regards de laquelle nous parlent toute la joie et la sagesse de « l’apparence », en même temps que sa beauté. (…)
    Si nous considérons l’extase transportée qui, devant cet effondrement du principe d’individuation, s’élève du plus profond de l’homme, du plus profond de la nature elle-même, alors nous commençons à entrevoir en quoi consiste l’état dionysiaque, que nous comprendrons mieux encore par l’analogie de l’ivresse. C’est par la puissance du breuvage narcotique que tous les hommes et tous les peuples primitifs ont chanté dans leurs hymnes, ou bien par la force despotique du renouveau printanier pénétrant joyeusement la nature entière, que s’éveille cette exaltation dionysienne qui entraîne dans son essor l’individu subjectif jusqu’à l’anéantir en un complet oubli de soi-même. Encore pendant le moyen âge allemand, des multitudes toujours plus nombreuses tournoyèrent sous le souffle de cette même puissance dionysiaque, chantant et dansant, de place en place : dans ces danseurs de la Saint-Jean et de la Saint-Guy nous reconnaissons les chœurs bachiques des Grecs, dont l’origine se perd, à travers l’Asie Mineure, jusqu’à Babylone et jusqu’aux orgies sacéennes. Il est des gens qui, par ignorance ou étroitesse d’esprit, se détournent de semblables phénomènes, comme ils s’écarteraient de « maladies contagieuses », et, dans la sûre conscience de leur propre santé, les raillent ou les prennent en pitié. Les malheureux ne se doutent pas de la pâleur cadavérique et de l’air de spectre de leur « santé », lorsque passe devant eux l’ouragan de vie ardente des rêveurs dionysiens.
    Ce n’est pas seulement l’alliance de l’homme avec l’homme qui est scellée de nouveau sous le charme de l’enchantement dionysien : la nature aliénée, ennemie ou asservie, célèbre elle aussi sa réconciliation avec son enfant prodigue, l’homme. Spontanément, la terre offre ses dons, et les fauves des rochers et du désert s’approchent pacifiques. Le char de Dionysos disparaît sous les fleurs et les couronnes : des panthères et des tigres s’avancent sous son joug. Que l’on métamorphose en tableau l’hymne à la « joie » de Beethoven, et, donnant carrière à son imagination, que l’on contemple les millions d’êtres prosternés frémissants dans la poussière : à ce moment l’ivresse dionysienne sera proche. Alors l’esclave est libre, alors se brisent toutes les barrières rigides et hostiles que la misère, l’arbitraire ou la « mode insolente » ont établies entre les hommes. Maintenant, par l’évangile de l’harmonie universelle, chacun se sent, avec son prochain, non seulement réuni, réconcilié, fondu, mais encore identique en soi, comme si s’était déchiré le voile de Maïa, et comme s’il n’en flottait plus que des lambeaux devant le mystérieux Un-primordial. Chantant et dansant, l’homme se manifeste comme membre d’une communauté supérieure : il a désappris de marcher et de parler, et est sur le point de s’envoler à travers les airs, en dansant. Ses gestes décèlent une enchanteresse béatitude. De même que maintenant les animaux parlent, et que la terre produit du lait et du miel, la voix de l’homme, elle aussi, résonne comme quelque chose de surnaturel : il se sent Dieu ; maintenant son allure est aussi noble et pleine d’extase que celle des dieux qu’il a vus dans ses rêves. L’homme n’est plus artiste, il est devenu œuvre d’art : la puissance esthétique de la nature entière, pour la plus haute béatitude et la plus noble satisfaction de l’Un-primordial, se révèle ici sous le frémissement de l’ivresse. La plus noble argile, le marbre le plus précieux, l’homme, est ici pétri et façonné ; et, aux coups du ciseau de l’artiste des mondes dionysiens, répond le cri des Mystères d’Éleusis : « Vous tombez prosternés à genoux, millions d’êtres ? Monde, pressens-tu le Créateur ? » (…)
    Mais Apollon nous apparaît, de rechef, comme l’image divinisée du principe d’individuation dans lequel seul s’accomplissent les fins éternelles de l’Un-primordial, sa libération par la vision, par l’apparence : avec des gestes sublimes, il nous montre combien tout le monde de la souffrance est nécessaire, pour que par lui l’individu soit poussé à la création de la vision libératrice et qu’alors, abîmé dans la contemplation de cette vision, il demeure calme et plein de sérénité, dans sa fragile embarcation ballottée par les vagues de la pleine mer.
    Cette divinisation de l’individuation, si l’on se la représente surtout comme impérative et régulatrice, ne connaît qu’une seule loi, l’individu, c’est-à-dire le maintien des limites de la personnalité, la mesure, au sens hellénique. Apollon, comme divinité éthique, exige des siens la mesure, et, pour la pouvoir conserver, la connaissance de soi-même. Et, ainsi, à l’exigence esthétique de la beauté nécessaire, vient s’ajouter la discipline de ces préceptes : « Connais-toi toi-même ! » et : « Ne vas pas trop loin ! » tandis que l’outrecuidance et l’exagération sont les démons hostiles de la sphère non-apollinienne, et, en cette qualité, appartiennent en propre à l’époque anté-apollinienne, à l’ère des Titans et au monde extra-apollinien, c’est-à-dire au monde barbare. À cause de son titanesque amour de l’humanité, Prométhée dut être déchiré par le vautour ; pour sa trop grande sagesse qui lui fit deviner l’énigme du Sphinx, Œdipe fut entraîné dans un tourbillon inextricable de monstrueux forfaits : c’est ainsi que le dieu de Delphes interprétait le passé grec.
    De même, au Grec apollinien, paraissait « titanesque » et « barbare » l’émotion provoquée par l’état dionysiaque : et cela sans qu’il pût pourtant se dissimuler l’affinité profonde qui le rattachait à ces Titans vaincus et à ces héros. Il dut même ressentir quelque chose de plus : son existence entière, avec toute sa beauté et sa mesure, reposait sur l’abîme caché du mal et de la connaissance, et l’esprit dionysien lui montrait de nouveau le fond du gouffre. Et cependant, Apollon ne put vivre sans Dionysos ! Le « titanique », le « barbare » fut, en dernier ressort, une aussi impérieuse nécessité que l’apollinien. Imaginons maintenant comme dut résonner, à travers ce monde artificiellement endigué de l’apparence et de la mesure, l’ivresse extatique des fêtes de Dionysos en mélodies enchantées et séductrices ; comme, en ces chants, éclata, semblable à un cri déchirant, tout l’excès démesuré de la nature, en joie, douleur et connaissance ; représentons-nous ce que pouvait valoir, au regard de ce chœur démoniaque des voix du peuple, la psalmodie de l’artiste apollinien, scandée par les sons étouffés des harpes ! Les muses des arts de l’ « apparence » pâlirent devant un art qui proclamait la vérité dans son ivresse ; à la sérénité olympienne la sagesse de Silène cria : « Malheur ! Malheur ! » L’individu, avec toute sa pondération et sa mesure, s’écroula dans l’oubli de soi-même de l’état dionysien et oublia les préceptes apolliniens. Le démesuré se révéla vérité, le conflit sentimental, l’extase née de la douleur, jaillit spontanément du cœur de la nature. Et c’est ainsi que, partout où pénétra l’esprit dionysien, l’influence apollienne fut brisée et anéantie. Mais il est aussi incontestablement certain qu’à la place où fut soutenu le premier assaut, l’allure et la majesté du dieu de Delphes se manifestèrent plus impassibles et plus menaçantes que partout ailleurs. En effet, l’État et l’art des Doriens ne me semblent explicables que comme une forteresse avancée de l’esprit apollinien : c’est seulement au prix d’une lutte incessante contre la nature titanique et barbare de l’esprit dionysien que put vivre et durer un art aussi hautainement dur, aussi massivement fortifié, une éducation aussi guerrière et aussi rude, un principe de gouvernement aussi cruel et aussi brutal.
    J’ai développé dans ce qui précède ce que j’avais avancé au commencement de cette étude : j’ai montré comment l’esprit dionysien et l’esprit apollinien, par des manifestations successives, par des créations toujours nouvelles et se renforçant mutuellement, ont dominé l’âme hellène : comment de l’âge d’ « airain », avec ses combats de Titans et l’amertume de sa philosophie populaire, naît et grandit peu à peu le monde homérique, sous l’influence tutélaire de l’instinct de beauté apollinien ; comment cette splendeur « naïve » fut engloutie de nouveau par le torrent dionysien envahisseur, et comment, en face de ces puissances nouvelles, se dresse l’esprit apollinien dans la raideur majestueuse de l’art dorique et de la conception dorienne du monde. Si, en ce qui concerne la lutte de ces deux principes ennemis, l’histoire des premiers hellènes se divise ainsi en quatre grandes périodes artistiques, nous sommes maintenant amenés à nous demander vers quel ultime objet tendaient ces transformations et ces efforts, au cas que nous ne voudrions pas considérer leur dernière manifestation, l’art dorique, comme le terme et le but suprême de ces instincts esthétiques : et alors s’offre à nos regards l’œuvre d’art sublime et glorieuse de la tragédie attique et du dithyrambe dramatique, comme l’aboutissement de ces deux instincts, dont l’union mystérieuse, après un long antagonisme, se manifesta dans la splendeur d’un tel rejeton, — qui est à la fois et Antigone et Cassandre. (…)
    De même, au Grec apollinien, paraissait « titanesque » et « barbare » l’émotion provoquée par l’état dionysiaque : et cela sans qu’il pût pourtant se dissimuler l’affinité profonde qui le rattachait à ces Titans vaincus et à ces héros. Il dut même ressentir quelque chose de plus : son existence entière, avec toute sa beauté et sa mesure, reposait sur l’abîme caché du mal et de la connaissance, et l’esprit dionysien lui montrait de nouveau le fond du gouffre. Et cependant, Apollon ne put vivre sans Dionysos ! Le « titanique », le « barbare » fut, en dernier ressort, une aussi impérieuse nécessité que l’apollinien. Imaginons maintenant comme dut résonner, à travers ce monde artificiellement endigué de l’apparence et de la mesure, l’ivresse extatique des fêtes de Dionysos en mélodies enchantées et séductrices ; comme, en ces chants, éclata, semblable à un cri déchirant, tout l’excès démesuré de la nature, en joie, douleur et connaissance ; représentons-nous ce que pouvait valoir, au regard de ce chœur démoniaque des voix du peuple, la psalmodie de l’artiste apollinien, scandée par les sons étouffés des harpes ! Les muses des arts de l’ « apparence » pâlirent devant un art qui proclamait la vérité dans son ivresse ; à la sérénité olympienne la sagesse de Silène cria : « Malheur ! Malheur ! » L’individu, avec toute sa pondération et sa mesure, s’écroula dans l’oubli de soi-même de l’état dionysien et oublia les préceptes apolliniens. Le démesuré se révéla vérité, le conflit sentimental, l’extase née de la douleur, jaillit spontanément du cœur de la nature. Et c’est ainsi que, partout où pénétra l’esprit dionysien, l’influence apollienne fut brisée et anéantie. Mais il est aussi incontestablement certain qu’à la place où fut soutenu le premier assaut, l’allure et la majesté du dieu de Delphes se manifestèrent plus impassibles et plus menaçantes que partout ailleurs. En effet, l’État et l’art des Doriens ne me semblent explicables que comme une forteresse avancée de l’esprit apollinien : c’est seulement au prix d’une lutte incessante contre la nature titanique et barbare de l’esprit dionysien que put vivre et durer un art aussi hautainement dur, aussi massivement fortifié, une éducation aussi guerrière et aussi rude, un principe de gouvernement aussi cruel et aussi brutal. (…)
    Avant de nous précipiter au milieu de ces combats, couvrons-nous de l’armure des connaissances que nous venons de conquérir. À l’encontre de ceux qui s’appliquent à faire dériver les arts d’un principe unique, comme la source de vie nécessaire de toute œuvre d’art, je contemple ces deux divinités artistiques des Grecs, Apollon et Dionysos, et je reconnais en eux les représentants vivants et évidents de deux mondes d’art qui diffèrent essentiellement dans leur nature et leurs fins respectives. Apollon se dresse devant moi, comme le génie du principe d’individuation, qui seul peut réellement susciter la félicité libératrice dans l’apparence transfigurée ; tandis qu’au cri d’allégresse mystique de Dionysos, le joug de l’individuation est brisé, et la route est ouverte vers les causes génératrices de l’Être, vers le fond le plus secret des choses. Ce contraste inouï, qui sépare comme un abîme l’art plastique, en tant qu’apollinien, et la musique, en tant qu’art dionysien, n’a été discerné que d’un seul parmi les grands penseurs, et cela si nettement que, sans le secours de la symbolique divine des Hellènes, il accorda à la musique le privilège d’une origine et d’un caractère particuliers la distinguant de tous les autres arts, pour la raison qu’elle ne serait pas, comme tous ceux-ci, une reproduction de l’apparence, mais bien une image immédiate de la Volonté elle-même, et représenterait ainsi, en face de l’élément physique, l’élément métaphysique du monde, à côté de toute apparence, la chose en soi. »

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  • L’origine non-grecque de Dionysos ?

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  • Dans « Les Bacchantes » (406 av. J.-C.), Euripide fait parler Dionysos comme un étranger qui revient d’Asie : « J’ai quitté la Lydie, ses guérets si riches en or, et la Phrygie ; j’ai parcouru les plaines de la Perse frappées par le soleil, les remparts de la Bactriane, la terre des Mèdes aux terribles frimas, l’Arabie heureuse, toute l’Asie, qui repose au bord de la mer salée ; les Grecs s’y mêlent aux Barbares en des villes populeuses munies de belles tours. C’est ici la première des cités grecques où je sois venu. Là-bas j’ai déjà institué des chœurs et instauré mes rites pour manifester ma divinité aux mortels. Thèbes est la première ville de cette terre grecque qui se soit levée à mes appels, où j’aie attaché sur le corps des Bacchantes la nébride et mis en leur main le thyrse, cette lance entourée de lierre. Car les sœurs de ma mère —Hélas ! Pourquoi elles ? — déclaraient que Dionysos n’est pas le fils de Zeus, que Sémélé avait été séduite par un mortel quelconque et rejetait sur Zeus sa faute d’amour, par une ingénieuse invention de Cadmos »

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  • Les Minoens ne sont pas grecs ni pré-grecs ?

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  • Les données qui existent semblent indiquer que les Minoens sont arrivés à la grande île de Crète il y a plus de 5000 ans. Ils y trouvent un sol fertile et un climat favorable. La population augmentant au point où les ressources de la terre ne peuvent plus répondre à ses besoins, beaucoup de personnes migrent vers des îles avoisinantes. Celles qui restent mettent de plus en plus l’accent sur le commerce pour améliorer leur situation économique.

    La société Minoenne s’est enrichie grâce à un commerce florissant et de grande ampleur, et les fouilles archéologiques indiquent que cette richesse était partagée par tous les membres de la communauté. Les nombreux documents écrits qui existent et ont été déchiffrés montrent que la circulation des marchandises dans les entrepôts de l’État était strictement gérée. Le niveau de vie était haut. Dans les palais, il y avait une plomberie sophistiquée, de merveilleuses fresques, des reliefs en plâtre et des cours découvertes.

    Les Minoens avaient du temps libre et en consacraient une bonne partie aux sports, à la religion et aux arts. On ne peut que faire des suppositions sur leurs croyances religieuses, mais les vestiges des œuvres d’art indiquent un polythéisme comportant plusieurs déesses, y compris une déesse mère. La prêtrise était réservée aux femmes, mais le roi avait peut-être des fonctions religieuses aussi. En fait, le rôle des femmes — en tant que chefs religieuses, entrepreneuses, marchandes, artisanes et athlètes — était de loin plus important dans la société minoenne que dans d’autres sociétés, y compris celle de la Grèce.
    Le système de gouvernement était une monarchie appuyée par une bureaucratie bien organisée.

    Vers 1450 av. J.-C., la civilisation minoenne, qui semble avoir été pacifique et prospère, disparaît abruptement et probablement violemment. On a trouvé des indices d’un incendie ravageur, et on suppose depuis longtemps qu’il y a eu à Théra une explosion volcanique (peut-être suivie d’un tsunami) si dévastatrice que la première grande civilisation du monde égéen n’a pu y résister.

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  • Nietzsche :

    « Nous, allemands, devenons de jour en jour plus grecs, d’abord bien sûr dans les concepts et les évaluations, comme si nous étions des revenants héllénisants, mais aussi, espérons-le, dans notre chair ! C’est là qu’a toujours été mon espoir pour l’être allemand. »

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  • Extraordinaire ! Les premières représentations théâtrales ont eu lieu plus de 1000 ans avant Jésus-Christ sur l’île de Crète, chez le peuple minoen qui n’était pas grec. Alors que le théâtre grec date du Ve siècle avant J.-C. ! Et cela n’empêche pas l’essentiel des commentateurs de déclarer : les Grecs ont inventé le théâtre !!! D’après les résultats de leurs travaux publiés en août 2017 dans la revue Nature, les Minoens étaient des agriculteurs du début du néolithique, ayant « probablement migré d’Anatolie des milliers d’années avant l’âge du bronze ». Ce n’était donc absolument pas des Indo-européens ni des peuples proches...

    Problème : rien dans l’iconographie minoenne ne représente un roi, un prince, ni aucune noblesse !!!

    L’expression "minoenne" est donc factice puisqu’elle prétend que le roi Minos avait fondé son palais à Cnossos mais il n’existe aucun trône dans ce palais !!!

    Nous aurions là une des plus vieilles civilisations du monde AVANT la naissance de l’Etat !!!

    Rappelons que les classes possédantes sont apparues bien avant l’Etat !!!

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