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La captivité des Hébreux en Egypte et leur fuite, une légende biblique sans fondement historique ?

dimanche 3 mai 2020, par Robert Paris

La carte de l’exode des Hébreux hors d’Egypte

La captivité des Hébreux en Egypte et leur fuite, une légende biblique sans fondement historique ?

L’Histoire de l’Antiquité confirme-t-elle la possibilité d’un exode des Hébreux au XIIIe siècle avant notre ère (mythe de Moïse) ?

Selon les archéologues Finkelstein et Silberman (Le premier est directeur du département d’archéologie à l’université de Tel-Aviv et le second est l’ancien directeur historique du centre d’expertise Ename pour l’archéologie et l’héritage public de Belgique.), la Bible n’est pas une chronique historique, mais un instrument de propagande. Écrite entre le VIIIe et le IIe siècle avant Jésus-Christ, elle a pleinement servi les intérêts du roi Josias (VIIe siècle avant Jésus-Christ). Celui-ci avait entrepris de fonder une monarchie unifiée pour réunir le royaume de Juda (au sud) et les territoires de l’ancien royaume du nord (Israël). C’est pour cela que la Bible pare de toutes les vertus le Roi David, mettant en exergue de supposées grandes victoires militaires, et met Jérusalem au centre du culte de Yahvé, leur dieu. "À l’instar du récit des Patriarches, des sagas de l’Exode et de la conquête, l’épopée de la glorieuse monarchie unifiée était une brillante composition, tissée à partir de légendes, de chansons de geste des temps anciens, en vue de présenter un ensemble prophétique cohérent, propre à convaincre le peuple d’Israël du VIIe siècle avant Jésus-Christ", conclut "La Bible dévoilée".

Ahmosis fut-il le "pharaon de l’Exode" ? Bien que l’historien grec Manéthon, au IIIe siècle avant Jésus-Christ, ait cité Moïse comme contemporain du pharaon Ahmosis Ier, l’Exode n’a pas pu avoir lieu à cette époque. "Si on prend la Bible à la lettre, on aurait à peu près 2 millions de personnes qui seraient parties d’Egypte en une seule fois, mais à cette époque, l’Egypte n’a même pas 2 millions d’habitants !", explique Thomas Römer.

La Bible de Juda (Jérusalem) ne connaissait pas directement l’Egypte des Pharaons de l’époque attribuée à l’esclavage et à la fuite des Hébreux

Comme chacun sait, l’Ancien Testament fait d’amples références aux époques où les Hébreux subissaient la dictature du Pharaon d’Egypte et l’ont quittée. On se souvient que ces mémoires d’oppression et de « fuite d’Egypte » ont marqué l’histoire du peuple juif, du moins telle qu’elle est rapportée par la Bible et par tous les Juifs depuis. On aurait tendance à penser que ce sont des récits présentés à la sauce de la religion juive mais qui se fondent sur des fiats historiques. Mais rien n’est moins sûr pourtant…

S’il est exact que les Juifs de Palestine étaient d’anciens pasteurs nomades, ils ne venaient probablement pas d’Egypte mais d’Arabie (dite plus tard saoudite !) via la Mésopotamie.

En tout cas, ils n’étaient probablement pas des paysans du Nil. D’ailleurs, l’Ancien Testament ne décrit nullement la vie des Juifs sous les Pharaons, ni la vie des autres Egyptiens ou d’autres peuples « en captivité » en Egypte, puisque le texte prétend que les Hébreux étaient en captivité sous la férule de Pharaon.

Quelqu’un qui aurait eu de vrais témoignages d’une vie sous Pharaon aurait su un certain nombre de choses que les auteurs de l’Ancien Testament (au fait, il ne semble pas que les historiens doivent retenir la thèse selon laquelle le texte a été transmis par dieu et d’autant moins que même la première partie est faite d’au moins deux parties distinctes et divergentes accolées l’une à l’autre sans grand effort d’unité.

Quels détails manquent pour accréditer la thèse des Hébreux soumis à Pharaons et « en captivité » ? Eh bien, d’abord il manque les faits historiques en question. Où ils étaient, quels travaux ils faisaient, pourquoi spécialement les Hébreux, quand ils avaient été capturés, à quelle occasion, etc. Dans quelles villes ils avaient vécu, quels étaient les événements historiques qui se passaient alors en Egypte et on en passe. Par exemple, quel était le nom du Pharaon en question. Il n’est jamais cité et pour cause…

Ce qui est certain, c’est que les auteurs qui ont finalisé le texte n’étaient déjà plus à Jérusalem et eux-mêmes en captivité à Babylone et théorisaient donc la captivité des Juifs en dénonçant non le souverain de Mésopotamie mais celui d’Egypte.

Un autre point, c’est que ces auteurs rabbiniques avaient sans doute connaissance des chutes de Pharaons qui avaient suivi une multiplication de catastrophes frappant le pays. Parce que tout le monde méditerranéen avait bruit de ces chutes du plus impressionnant des grands régimes et des grandes civilisations antiques. Ce qui allait être présenté comme « les plaies d’Egypte » n’était rien d’autre que la chute du régime des Pharaons du fait de la révolution sociale, succédant une période sans crue du Nil et sans nourriture.

Mais la présentation des fameuses « plaies d’Egypte » dans la Bible témoignent elles-mêmes d’une trop grande ignorance pour avoir été la transmission par des Hébreux ayant vécu les faits. Par exemple, il est dit que la sécheresse qui frappait alors le pays était due à un manque de pluies, ce qui est complètement absurde. Les périodes où l’agriculture ne pouvait plus fonctionner correctement dans la région du Nil provenaient essentiellement de périodes d’ensablement et ensuite de période de basses crues et pas de manque de pluie en Egypte puisque les fleuves qui se jetaient dans le Nil et qui étaient en basses eaux venaient de montagnes très très loin de l’Egypte !! D’ailleurs les égyptiens antiques ne savaient pas eux-mêmes d’où venaient ces eaux et pourquoi elles baissaient car ils n’avaient jamais été aussi loin. Mais ils savaient que ce n’était pas des changements de pluviosité en Egypte qui produisaient ces périodes sans crues du Nil… Les auteurs de la Bible ne le savaient par contre pas…

La Bible se garde de donner des noms et des dates aux périodes qui auraient correspondu à « la captivité des Hébreux en Egypte », aux « plaies d’Egypte frappant Pharaon », à quel pharaon avait été renversé, par qui et comment, et à la « sortie d’Egypte », ou au « franchissement par l’ouverture des eaux », quelles eaux et où, etc…

Quelle activité était celle des Hébreux en Egypte : paysans, pasteurs, artisans, commerçants, etc. On nous dit qu’ils étaient en esclavage mais c’est fort peu probable étant donné que les seuls vrais esclaves dans l’Egypte antique n’étaient pas des peuples mis en captivité mais des serviteurs des temples. Les paysans étaient serfs, attachés à la terre. Ils n’étaient vendus ni vendables. L’esclavage était extrêmement marginal dans l’Egypte antique et concernait essentiellement ceux qui travaillaient pour nourrir la caste des religieux. Donc l’expression biblique « esclaves du Pharaon » est peu crédible.

Quand et comment les Hébreux seraient-ils venus en Egypte ? Auraient-ils quitté la Mésopotamie du fait d’une sécheresse ? Auraient-ils été emmenés par l’armée du Pharaon guerroyant en Palestine ou en Mésopotamie ? S’y seraient-ils rendus de leur plein gré avant d’être mis en esclavage ? Etaient-ils séparés dans leur exploitation en tant qu’Hébreux ? Ou y avait-il à leurs côtés d’autres peuples mis comme eux en esclavage ? Pas un mot là-dessus ni sur les noms des peuples qui résidaient en Egypte, ni sur leur sort et sur les convergences et les divergences avec le sort des Hébreux sous le Pharaon. Pour quelle raison, les Hébreux opprimés ne s’étaient-ils pas solidarisés avec les autres peuples opprimés, motus et bouche cousue.

Vous n’y êtes pas, me direz-vous, il ne s’agit pas de tout cela, il s’agit bien au contraire de montrer que les Hébreux sont traités par dieu comme un peuple à part, choisi par dieu.

Et choisi justement parce qu’il a subi une oppression particulière, et que son oppresseur, le Pharaon X (nom et dates inconnus), a été puni par dieu pour avoir opprimé les Hébreux !

Et la punition de Pharaon, ce n’est pas seulement d’être tombé malade, ni d’être mort, ni de voir sa femme aimée mourir sous ses yeux, non c’est que le peuple égyptien tout entier soit frappé. Curieuse punition d’un dictateur que de punir le peuple entier, qu’il opprime !!! Mais passons…

Donc dieu a voulu montrer au peuple hébreux qu’il était le peuple élu en le sauvant, en l’emmenant derrière Moïse, traversant le désert, traversant les eaux « séparées par dieu », affrontant la faim et la soif, pour arriver dans le « jardin de Canaan ».

Cela prouve qu’il n’y a pas de puissance humaine, aussi grande soit-elle, aucun pouvoir terrestre aussi puissant soit-il qui le soit plus que le courroux divin. Et c’est aussi censé prouver que dieu a démontré dans le passé qu’il avait spécifié le peuple juif, parmi tous les peuples de la terre. Au fait, pour quelle raison ? On ne sait pas vraiment parce que la Bible ne dit pas que les Hébreux étaient plus humains, plus généreux, plus croyants, plus respectueux de commandements moraux, plus respectueux de croyances précises que les autres peuples. Pas du tout ! Ils étaient aussi attirés par les richesses, par les crimes, par les vols, par les violations, par les croyances en de multiples dieux…

Les Hébreux étaient-ils en grand nombre en Egypte ou tous en Egypte ou étaient-ils encore partiellement en pays de Canaan ou en Mésopotamie ou ailleurs, la Bible ne le dit pas.

Bien sûr, on peut se dire que toute cette recherche de ce qui s’est passé historiquement n’est pas le problème du texte biblique dont le contenu est religieux, donc symbolique, poétique, évocateur, moral, abstrait et non pas historique au sens d’une suite d’événements précis, datés, avérés… Ce n’est pas faux mais il reste une question : le passage de la Bible qui parle des Hébreux d’Egypte a-t-il la moindre base réelle. Eh bien, il semble que non ! C’est effectivement complètement symbolique. De la même manière, par exemple, que les Hébreux écrasant, avec l’aide du dieu des Hébreux, le peuple de Canaan, notamment en faisant le tour de la forteresse de Jéricho pour en faire chuter les murailles !!!

Certes, il est vrai que le peuple Hébreux avait eu de grands ennemis dans les royaumes voisin et que ces derniers avaient parfois écrasé, envahi, battu militairement et enlevé la classe dominante des Hébreux. Cela est un fait historique et on en a toutes les preuves. Par contre, la preuve que le Pharaon avait enlevé les Hébreux et les avait transformés en esclaves, il n’y en a aucune preuve !!! De même que leur fuite n’est nullement documentée dans les textes historiques de Pharaon ou des civilisations voisines. Cela semble une parfaite invention à but symbolique, pour démontre le choix divin du « peuple élu ».

Symbolique aussi le fait que ce dieu choisisse l’ethnisme : pas question que ce peuple s’appuie sur dieu pour libérer les autres peuples opprimés d’Egypte en renversant Pharaon et en installant la liberté dans ce pays. Non, il fallait qu’il aille conquérir un autre pays, la Palestine en virant le peuple qui y vivait !!!! Et d’abord en fuyant peureusement dans le désert alors qu’il disposait paraît-il du soutien divin !

Mais la thèse de la Bible n’est pas seulement celle d’un Dieu défendant sans cesse le peuple élu, non pas du tout. C’est même l’inverse : c’est un dieu démontrant sans cesse à ce peuple élu qu’il doit se rendre compte qu’il a été choisi et que, s’il ne le comprend pas, est puni par des dictateurs envoyés par dieu dans le simple but de leur démontrer qu’ils doivent respecter la religion juive !!!

A chaque fois que des catastrophes frappent les Hébreux, la Bible affirme que c’est dieu qui a voulu les punir pour n’avoir pas reconnu que Dieu était le seul pouvoir divin à devoir être respecté. Dieu châtie ainsi les Hébreux pour leur manque de discernement religieux, pas pour leur manque de comportement moral. L’essentiel est de reconnaître le dieu comme étant unique et le seul à devoir être prié et révéré.

Les interventions armées écrasant les Hébreux, celles des Assyriens ou celles des Mésopotamiens, comme celle des Egyptiens, sont toutes commanditées par dieu pour rappeler à l’ordre les Hébreux. C’est du moins là la thèse de la Bible. Une thèse qui n’a pas à être validée ou non par des faits historiques tant elle est purement religieuse, si tant qu’on peut parler de pureté à son propos.

Punitions divines frappant le peuple du fait de sa propre faute, voilà donc ce que seraient toutes les catastrophes, appelées « holocaustes » qui ont frappé le peuple hébreux, ce ne sont pas antisémites qui le disent mais les religieux hébreux eux-mêmes !

Et de citer en premier quatre grandes catastrophes qui ne sont que des punitions divines pour rappeler au peuple hébreux ce qui arrive quand il cesse de prier son dieu unique et vengeur : l’oppression du peuple Hébreux par Pharaon, le harcèlement des Hébreux par les guerriers nomades Araméens de Syrie, l’écrasement de l’Etat d’Israël (royaume des Hébreux de Palestine du Nord) par le régime Assyrien en 720 avant J.-C, enfin l’écrasement de l’Etat de Juda (royaume des Hébreux de Palestine du Sud) par le régime babylonien en 586 avant J.-C.

Cette critique peut sembler partiale puisque certains vestiges égyptiens ont été attribués à un combat de Pharaon d’Egypte contre le peuple d’Israël. Une stèle érigée par le pharaon Merneptah en 1207 avant J.-C. ferait état d’une grande victoire remportée l’Egypte contre un peuple ennemi nommé Israël. Plus tardivement, le pharaon nommé Shishaq dans l’Ancien Testament, identifié comme étant Shéshonq 1er de la XXIIe dynastie ayant régné de 945 à 924 avant J.-C, aurait marché sur Jérusalem pour exiger le paiement d’un tribut et le compte-rendu de sa campagne militaire ornerait les murs du temple d’Amon, à Karnak, en haute Egypte.

D’autres recherches archéologiques prouvent des guerres menées contre le peuple Hébreux en dehors de celles des Pharaons, comme la stèle triomphale du roi moabite Mésha, en Transjordanie, proclame le triomphe de ce roi dans une guerre contre les armées d’Israël. Une stèle découverte sur le site de Tel Dan, au nord d’Israël actuel, fait semble-t-il référence à la victoire remportée par le roi araméen Hazaël contre la coalition du roi d’Israël et du roi de « la maison de David » au IXe siècle avant J.-C.

Et nul ne conteste que des guerres aient eu lieu entre les divers pouvoirs locaux, dont ceux des Hébreux, y compris des guerres entre les deux pouvoirs des Hébreux, les royaumes du nord et du sud, Israël et Juda. Mais est-ce que cela légitime vraiment la « servitude des Hébreux sous Pharaon » ?

Lorsqu’un dictateur laisse le peuple juif reconstituer ses communautés, reconstruire ses temples, développer sa société, c’est le dieu des Juifs qui est encore une fois intervenu. C’est ainsi que le Temple de Jérusalem a pu être reconstruit et devenir le centre politique et social de ce peuple. Il ne faut pas chercher dans ce acte des calculs d’un chef d’Etat d’un pays voisin mais la seule main divine.

Le cas de Pharaon est donc typique de la logique de la Bible et non de celle de l’Histoire réelle des peuples et des Etats.

Revenons donc aux récits bibliques sur le séjour des Hébreux en Egypte. Il faut parler ici du récit de la vie de Joseph…

Il ne s’agit plus là de récits d’esclaves mais de Joseph un haut serviteur du palais du Pharaon. C’est un personnage qui parle directement au dieu des Hébreux qui lui met en tête des présages et des prédictions, rêves et récits prémonitoires qui vont lui permettre de développer son ascendant sur Pharaon !!!

Joseph devient le grand vizir du Pharaon parce qu’il a su prédire que sept années d’abondance suivront sept années de disette. La Bible reprend ici les récits sur les problèmes de stockage des greniers pendant les périodes d’abondance. Il est le vizir qui conseille de stocker. Les enfants d’Israël n’arrivent pas en Egypte parce qu’ils ont été enlevés par la guerre de l’Egypte mais parce que Joseph a su stocker en Egypte alors que le pays de Canaan n’a pas su stocker ! L’Egypte est alors capable de nourrir sa population contrairement à la Palestine…

Le grand Vizir hébreux Joseph est-il un personnage historique ? Les noms des grands vizirs chargés des greniers de Pharaon sont restés dans l’histoire. Pas de trace d’un vizir hébreu nommé Joseph qui aurait sauvé l’Egypte de la famine et qui aurait ainsi attiré involontairement les Hébreux de Palestine, la famille de Joseph en fait, en Egypte !

Le livre biblique « l’exode » indique que les Israélites auraient subi 430 années de servitude en Egypte avant de quitter le pays. Les calculs des spécialistes de la Bible indiquent que le début du séjour forcé des Israélites en Egypte et le temps de l’exode se situeraient entre 1700 avant J.-C. et 1300 avant J.-C. Cela laisse une sacrée marge ! Et pourtant, toutes les analyses archéologiques sont formelles : quasi pas une trace de présence des Hébreux dans ces périodes à moins d’appeler Hébreux les Hiksos ou les « peuples de la mer » !!!

Il est impossible en fait de dater quoique ce soit à partir de la Bible pas plus qu’il n’est possible de trouver une précision historique d’un fait quelconque en Egypte : pas un nom de Pharaon (sont indiqués trois pharaons aux noms suivants : « Pharaon de l’installation des Hébreux », « Pharaon de l’oppression » et « Pharaon de l’exode »), pas un nom de vizir réel, pas un nom de ville, pas un nom de temple, pas un fait historique, pas un personnage important de l’époque. C’est un récit purement mythique qui a été considéré comme historique pendant des siècles simplement parce que les religions monothéistes principales du monde (judaïsme, catholicisme, protestantisme et islam) se revendiquaient toutes de l’Ancien Testament ! Pas question pour les sociétés liées à ces religions de remettre en cause la Bible !!!

Pendant le Pharaon de l’installation, non seulement Joseph est grand intendant ou grand vizir et gouverne en lieu et place du Pharaon mais Jacob, qui va enfanter le peuple juif, occupe un rang important dans la hiérarchie égyptienne. Il n’est alors pas question de peuple emmené en servitude. Du coup, la thèse de la stèle d’Aménophis III écrasant le peuple juif et l’emmenant en servitude ou le supprimant physiquement ne correspond toujours pas à la Bible qui, elle, explique que c’est l’arrivée d’un nouveau Pharaon (le Pharaon de l’oppression) qui a tout changé au sort des Juifs en Egypte ! C’est le nouveau pharaon qui aurait réduit ces hommes libres et féconds en esclavage. C’est alors qu’on a quelques détails : les Hébreux sont chargés de « la préparation de l’argile, du moulage des briques et de divers travaux des champs ». (Exode 1.14) Le texte explique que la grande force des Hébreux est dans leur multiplication, la progéniture nombreuse leur donnant une grande force. Le Pharaon aurait alors commandé de noyer les enfants mâles juifs dans le Nil pour réduire cette croissance exponentielle ! Pour un dictateur et exploiteur d’esclave, craindre d’avoir de la chair à travail en nombre est fort peu crédible ! C’est ainsi que Moïse aurait failli mourir noyé et a survécu. Le mythe de Moïse commence. Comme pour Joseph ou pour Jacob en Egypte, aucun fait historique ne peut étayer cette légende, celle d’un conducteur du peuple qui parvient à se dire envoyé de dieu et recevant directement ses ordres de Yahvé.

Moïse aurait été sauvé puis serait retourné en Egypte sauver ses frères en esclavage en démontrant au Pharaon la force de son dieu ! Les miracles de Yahvé auraient convaincu Pharaon de libérer le peuple juif, belle légende enfantine ! C’est la fameuse histoire des « plaies d’Egypte » suivie de l’exode qui aurait selon la Bible concerné « six cent mille hommes à pied sans compter leur famille » (Exode 12.37). Pharaon aurait cédé à la dixième plaie : la mort des premiers-nés égyptiens, y compris son propre fils !

Loin d’aller directement en Palestine, « dieu fit faire au peuple un détour par la route du désert de la mer des Roseaux ». (Exode 13.17-18)

Ce désert n’existe pas en Egypte mais on trouve de tels récits, par contre, en Mésopotamie antique. Tous les mythes de la Bible, de l’exode à l’histoire de Moïse en passant par le jardin d’Eden ont été trouvés dans des textes sumériens bien plus anciens que les plus antiques dates attribuées au texte biblique.

Celui qui deviendra le grand roi mésopotamien Sargon 1er qui fonda le royaume d’Akkad a été retrouvé à sa naissance abandonné dans un panier flottant sur l’Euphrate et sera élevé par le jardinier Akkis puis sera l’échanson du roi Kis. Cette histoire sera reprise dans l’Ancien Testament pour Moïse. Les rédacteurs ont recopié la légende du roi Sargon en détail en précisant que le berceau était calfaté par du bitume pour le rendre étanche. Le bitume (pétrole brut) est un matériau très courant en Mésopotamie dans le pays du roi Sargon. Il est totalement inconnu en Egypte La Torah (ou Ancien Testament), prétendument dictée à Moïse par Dieu sur le mont Sinaï, commence à être écrite par les responsables religieux détenus à Babylone au VIIe siècle avant J.-C., alors que la tradition juive annonce qu’elle daterait de 5000 avant J.-C. ! L’exode [2:10] Moïse retrouvé dans un panier flottant : encore une fable tirée du récit du roi mésopotamien Sargon 1er qui fonda le royaume d’Akkadé qui est retrouvé à sa naissance abandonné dans un panier flottant et sera élevé par le jardinier. On sait aujourd’hui que Moise, Isaac et Abraham n’ont pas existé. "Sargon d’Akkad : Abandonné par sa mère dans une corbeille de roseaux qui est confiée au fleuve, le nouveau-né est recueilli et adopté par un jardinier. La faveur de la déesses Ishtar fait plus de lui un échanson à la cour de Kish puis un prince." L’exode [7:17] Le thème du "fléau du sang" et de l’ombrage protecteur est tiré directement du mythe sumérien "Inanna et Shukallituda ou le péché mortel du jardinier". Une femme de la tribu de Lévi cacha alors le sien pendant trois mois. Puis : « ne pouvant le cacher plus longtemps, elle lui trouva une corbeille en papyrus, l’enduisit de bitume et de poix, y mit l’enfant et le déposa dans les joncs sur le bord du Fleuve ». On connaît la suite, la fille du pharaon trouve l’enfant, lui donne sa mère pour nourrice et l’élève au palais. Une histoire semblable est décrite dans les tablettes sumériennes. Selon ces textes, Sargon 1er, le conquérant des cités sumériennes, aurait été abandonné bébé aux eaux de l’Euphrate par sa mère « dans un couffin d’osier scellé par du bitume ». Des textes du VIIe siècle av. J.-C. découverts à Ninive — donc postérieurs de seize siècles à Sargon, mais contemporains de la date probable de rédaction des plus anciens livres qui formeront la Bible par la suite — relatent ainsi son accession au pouvoir : « Ma mère était grande prêtresse. Mon père, je ne le connais pas. Les frères de mon père campent dans la montagne. Ma ville natale est Azupiranu « ville du safran », sur les bords de l’Euphrate. Ma mère, la grande prêtresse, me conçut et m’enfanta en secret. Elle me déposa dans une corbeille de roseaux, dont elle scella l’ouverture avec du bitume. Elle me lança sur le fleuve sans que je puisse m’échapper. Le fleuve me porta ; il m’emporta jusque chez Aqqi, le puiseur d’eau. Aqqi le puiseur d’eau me retira du fleuve en plongeant son seau. Aqqi le puiseur d’eau m’adopta comme son fils et m’éleva. Aqqi le puiseur d’eau m’enseigna son métier de jardinier. Alors que j’étais jardinier la déesse Ištar se prit d’amour pour moi et ainsi j’ai exercé la royauté pendant cinquante-six ans. » Ce récit ressemble beaucoup à celui de la naissance de Moïse, rédigé par des prêtres judéens qui étaient précisément, au VIIe siècle av. J.-C., en exil à Babylone lorsque cette histoire surprenante était raconté des rives du Tigre, en Irak, à celles du Tibre, en Italie. La motivation est différente, sa génitrice, une grande prêtresse, avait voulu dissimuler le fruit d’une liaison illicite avec un inconnu. On peut comprendre que les exilés se servent des histoires et des cultes appris chez les babyloniens et les égyptiens pour se créer une religion et une terre promise qui leur donnent un droit de retour légal sur leur terre de Canaan.

Quant au périple dans le désert pendant quarante ans, indiqué dans la Bible, pour punir les juifs d’avoir adoré le veau d’or (polythéisme et superstitions diverses), il est carrément tout à fait improbable pour tout un peuple de six cent mille familles disposant tout juste de quelques vivres prises rapidement au départ d’Egypte !!! Encore un miracle divin, direz-vous ? Dans ce cas, pas besoin effectivement de la moindre réalité historique puisque dieu pourvoie à tout, y compris des vérités qu’il invente… Un miracle, cela ne nécessite pas de faits vérifiés ! On le verra bien ensuite avec la soi-disant guerre des Hébreux revenus d’Egypte pour renverser le pouvoir de Canaan en cassant les murailles des forteresses sans aucun moyen de guerre.

Cependant, il existe dans la Bible un nom de Pharaon, c’est celui de Ramsès et celui de sa ville, dans Exode 1,11, et ce nom est attribué à un pharaon de l’an 1440 avant J.-C. alors qu’il n’y aura aucun Pharaon Ramsès avant 1320 avant J.-C., c’est-à-dire plus d’un siècle avant la date suggérée par le texte biblique. La seule mention d’Israël dans un texte pharaonique ancien fut découverte en Egypte sur une stèle décrivant la campagne entreprise contre les Hyksos et Canaan par le fils de Ramsès II, qui régna de 1279 à 1213 avant J.-C., le pharaon Merneptah. Cette stèle est abondamment citée par les partisans du caractère historique de la thèse biblique, mais c’est à tort. Elle pourrait certes corroborer la thèse d’une guerre dont des israélites auraient été victimes en pays de Canaan mais pas nécessairement la présence de ces Israélites en Egypte puisque la même stèle ne dit nullement qu’ils ont été emmenés en esclavage ou en détention mais que leur semence a été détruite. D’autre part, la date ne ressemble en rien à celle de la Bible puisqu’il s’agit de la fin du XIIIe siècle. A part cette stèle, avant comme après, le nom d’Israël n’est nullement cité alors que les documents égyptiens font mention de tous les peuples conquis, battus, emmenés prisonniers, etc. Les Hyksos ont été expulsés d’Egypte en 1570 avant J.-C. mais pas les Hébreux et il se pourrait que la Bible ait pris référence sur des textes rapportant le sort des Hyksos. Si une grande masse d’Israélites avaient franchi les frontières égyptiennes on en trouverait une trace écrite, aussi bien dans les papyrus, dans les inscriptions, sur les murs des temples, etc. Quant à imaginer que l’armée superpuissante de Ramsès II aurait pu être bousculée par un grand groupe de fugitifs, c’est pure imagination ou un miracle divin. D’ailleurs, le récit de l’exode ne décrit nullement le passage des frontières de l’Egypte et tous les obstacles qu’il aurait fallu franchir comme les forteresses-étapes égyptiennes sur la route, les points de contrôle de l’armée, les patrouilles, les réserves d’eau gardées, etc. Quelques détails géographiques précis sur l’exode contribuent à assurer que les Hébreux ne sont jamais passés par là. Par exemple l’exode est censé avoir campé trente-huit ans à Cadès-Bernea. On n’y trouve aucune trace du passage de six cent mille familles !!! Pourtant, l’archéologie trouve nécessairement des traces de ce genre. Toutes les fouilles archéologiques de la région sont formelles : aux dates suspectées, il n’y a aucune trace de l’exode des Hébreux. Celui-ci n’a jamais existé ! Bien sûr, certains se mettront à dire que nous développons ici une nouvelle thèse négationniste qui couvre les crimes des Pharaons. Mais ils auraient tort, la Bible explique que c’est le dieu des Hébreux lui-même qui a poussé le bras de Pharaon quand celui-ci frappait les Israélites pour bien faire comprendre à ces derniers ce qui arrivait quand ils cessaient de prier le dieu unique ! Il est d’autant plus remarquable que le texte biblique de l’Exode ne donne aucun nom de Pharaon que la Bible cite généralement leurs noms comme, dans d’autres écrits, les pharaons Shésong 1er, Neko II, et Ramsès.

Plusieurs noms cités dans le récit de Joseph vont clairement référence à une époque bien plus récente que celle attribuée par la Bible pour l’installation des Hébreux en Egypte comme les noms de Cophnat-Panéah, Potiphar, Asnat qui ne sont usités qu’aux VIIe et Vie siècles avant J.-C. et pas à l’époque attribuée au récit de Joseph en Egypte.

Le récit biblique de l’exode a visiblement été construit à l’époque de la XXVIe dynastie, au cours de la seconde moitié du VIIe siècle et de la première moitié du Vie siècle avant J.-C.

Certes, les récits bibliques font allusion aussi à des événements réels qui se sont produits en Egypte, même si des Hébreux ne les avaient pas vécus, des chutes de Pharaons suite à des crises économiques, sociales et politiques graves, des révoltes, des invasions, etc.

Bien plus tard, des affrontements entre l’Egypte des Pharaons et les rois hébreux sont des faits réels historiques qui ont pu inspirer les auteurs. C’est le cas notamment à l’époque du roi Josias de Juda qui se heurte à l’Egypte de la XXVIe dynastie pharaonique. Israël profite alors de la chute du régime assyrien pour tenter d’occuper la région et est en concurrence pour cela avec l’Egypte.

Un autre point frappant, c’est l’absence totale, dans le texte biblique, de mentions de présence de l’Egypte des Pharaons en pays de Canaan entre 1500 et 1100 avant J.-C., alors que cette présence est attestée par les recherches archéologiques. Les cités-Etats de Canaan étaient vassales de l’Egypte avec laquelle elles échangeaient de multiples messages et marchandises dont on a gardé de nombreuses traces. Il y avait de nombreuses garnisons égyptiennes dans toute la région. Aucune trace de tout cela dans la Bible qui ne connaît visiblement pas la situation réelle du pays de Canaan pendant toutes les époques les plus anciennes. On retrouve tous les détails en question notamment dans les nombreuses lettres de Tell el-Amarna, des tablettes envoyées par l’Egypte aux chefs d’Etat de toute la région. La Bible prétend faire le récit de la conquête du pays de Canaan par les Hébreux au XIIIe siècle avant J.-C. mais l’ignorance complète de l’histoire réelle du pays de Canaan ne crédite nullement cette thèse. La plupart des historiens reconnaissent que Canaan est strictement soumis au pouvoir égyptien au XIIIe siècle avant J.-C. ce qui ne crédite pas la thèse des Hébreux conquérant Canaan en revenant de l’exode.

La réalité historique n’est pas celle d’un conquête par les Hébreux mais d’un effondrement dans toute la région qui se déroule au Bronze récent et qui détruit de multiples civilisations méditerranéennes, destruction généralement attribuées aux « invasions des peuples de la mer » et pas aux conquêtes des Hébreux. La plupart des civilisations qui ont alors chuté ont été d’abord victimes de troubles sociaux et politiques. Les nomades Hébreux sont arrivés dans une région du pays de Canaan dont les villes avaient déjà été détruites, les régimes politiques battus et écrasés, la civilisation démolie.

Comme le précisent Finkelstein et Silberman, « l’émergence d’Israël fut le résultat, non la cause, de l’effondrement de la civilisation cananéenne. » Ils écrivent ainsi dans « La Bible dévoilée » : « L’émergence d’Israël fut le résultat, non la cause, de l’effondrement de la culture cananéenne. » Ils expliquent que les Israélites étaient des bergers cananéens et qu’ils n’ont bâti leur propre domination sociale que lorsque les révolutions ont balayé la société cananéenne. La mise en place de la société des hébreux n’est pas le résultat d’une guerre ou d’une invasion d’une armée des Juifs ou d’un peuple venu d’une région étrangère comme l’Egypte (mythe de la sortie d’Egypte) : « Depuis 1967, le cœur de l’habitat israélite – les territoires traditionnels des tribus de Juda, de Benjamin, d’Ephraïm et de Manassé – a fait l’objet d’explorations intensives. (…) Cette mission d’exploration a révolutionné l’étude de l’ancien Israël. La découverte des vestiges d’un réseau très dense de villages de montagne – établis apparemment en l’espace de quelques générations – indique qu’aux alentours de 1200 av. J.C., une transformation sociale radicale a eu lieu dans la région montagneuse du centre de Canaan. On n’y trouve pas la moindre trace d’invasion violente, ni même d’infiltration d’un groupe ethnique clairement défini. Cela ressemblerait plutôt à une révolution dans le mode de vie. Dans les hautes terres auparavant dépeuplées, depuis les monts de Judée au sud jusqu’aux montagnes de Samarie au nord, loin des cités cananéennes, menacées par l’effondrement et la désintégration, environ deux cent cinquante communautés ont soudain occupé les zones élevées. Ce furent les premiers Israélites. (…) Contrastant avec la culture des cités cananéennes et des villages des plaines, les villages des hautes terres ne possédaient aucun bâtiment administratif, palais, entrepôt ou temple. Les traces d’activité scripturale – comme la préservation d’archives, sceaux ou impressions de sceaux – sont quasiment absentes. On n’y trouve pratiquement aucun produit de luxe, comme de la poterie importée ou des bijoux.. les maisons villageoises auraient toutes à peu près la même dimension, preuve d’une répartition assez équitable des richesses entre les familles. (…) L’agriculture céréalière représentant l’essentiel de l’activité du village. Cependant, l’élevage restait important (…) Les villages ne possédaient pas d’autel ni de sanctuaire (…) Il faut également noter – ce qui contraste avec le récit de la Bible, qui fait état d’une guerre perpétuelle entre les Israélites et leurs voisins – que les villages n’étaient pas fortifiés. Soit les habitants se sentaient en sécurité dans leurs habitats isolés, au point de n’éprouver aucune nécessité de posséder des systèmes de protection, soit ils ne possédaient ni les moyens ni l’organisation nécessaire pour entreprendre des travaux de cette nature. Aucune arme, du type épée ou lance, ne fut découverte – alors que ce genre de trouvailles est typique des villages des plaines. On ne trouve non plus aucune trace d’incendie ou de destruction témoignant d’une attaque." Ces Israélites ne se sont pas battus contre les villes cananéennes, bien plus puissantes et armées. Ils n’ont commencé leur développement qu’après la chute de la société cananéenne, due à des causes internes. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman rapportent cette « série chaotique de révoltes, dues à des facteurs variés et perpétrées par différents groupes » dans « La Bible dévoilée » : « En vérité, on ignore les rasions précises qui ont présidé à l’effondrement des civilisations du Bronze ancien dans cette partie du monde antique. Et pourtant, les preuves archéologiques du résultat abondent. La plus évidente nous vient de la partie méridionale d’Israêl – L’ancienne terre des Philistins (…) Les fouilles entreprises sur les sites des deux centres les plus importants du pays philistin – Ashdod et Eprôn – ont mis au jour des témoignages de ces années mouvementées. Au 13ème siècle av. J.C., la ville cananéenne d’Ashdod (…) fut détruite par le feu. (…) Ailleurs dans le pays, l’ordre qui dominait au Bronze récent fut déstabilisé par une violence généralisée dont on ne sait pas à qui attribuer la cause. (...) L’un après l’autre, les anciens centres cananéens ont disparu, soit en raison de désastres soudains, soit au cours d’un graduel déclin. Au nord, le feu détruisit Haçor ; les statues des dieux du palais royal furent décapitées et brisées. Sur la plaine littorale, Aphek fut ravagée par un terrible incendie. (…) Plus au sud, l’imposante cité cananéenne de Lakish fut incendiée et abandonnée. Dans l’opulente vallée de Jezréel, Megiddo fut réduite en cendres et son palais se retrouva enfoui sous deux mètres de débris de briques calcinées. (…) Les raisons possibles incluent l’invasion, des troubles sociaux, ou la guerre civile. Quoiqu’il en soit, on ne peut attribuer leur destruction à une seule armée, opérant au cours d’une unique campagne militaire. » Mais le pays de Canaan ne fut pas un cas unique. la révolution résonnait partout dans la région : "Si l’on veut comprendre l’ampleur des événements qui survinrent au Bronze ancien, il faut envelopper toute la partie orientale de la Méditerranée. Les fouilles entreprises en Grèce, en Turquie, en Syrie et en Egypte ont révélé une histoire étonnante d’insurrections, de guerres et de bouleversements sociaux de très vaste amplitude. Au cours des dernières années du 13ème siècle et du début du 12ème siècle av. J.C., l’ensemble du vieux monde connut une période de transformations radicales. Une crise dévastatrice balaya les royaumes de l’âge du Bronze et un nouveau monde commença à émerger. Ce fut l’une des périodes les plus dramatiques et les plus chaotiques de l’histoire. Les anciens empires furent engloutis ; de nouveaux pouvoirs émergèrent pour les remplacer. Auparavant – jusqu’à la moitié du 13ème siècle av. J.C., -, deux empires se partageaient la région. Au sud, l’Egypte, qui était à son apogée. Sous Ramsès II, elle contrôlait tout Canaan, y compris les territoires du Liban moderne et le sud-ouest de la Syrie. L’empire égyptien entreprenait de monumentales constructions et contribuait au commerce lucratif qui faisait la richesse du pourtour oriental de la Méditerranée (…) L’autre grand empire de la région était situé en Anatolie. Il s’agissait du puissant Etat des Hittites, gouverné à partir de la capitale, Hattousa, à l’est de la moderne Ankara. Les Hittites contrôlaient toute l’Asie Mineure et le nord de la Syrie. Leurs œuvres en matière d’architecture, de littérature et de stratégie, étaient remarquables (…) Les territoires des deux empires – égyptien et hittite – se rejoignaient en Syrie. L’affrontement, inévitable, eut lieu au début du 13ème siècle. Le choc, formidable, entre les deux armées se déroula à Qadesh, sur le fleuve Oronte, en Syrie occidentale. L’issue de la bataille resta incertaine et les deux pouvoirs durent arriver à un compromis. (…) La situation créée par l’impasse entre les Egyptiens et les Hittites laissait le champ libre à l’émergence d’un troisième pouvoir, à l’occident, dont la puissance n’était pas militaire, mais maritime : les Mycéniens, bâtisseurs des fameuses citadelles de Mycènes et Tirynthe et des fastueux palais de Pylos et Thèbes. (…) Pouvoir, richesse et commerce caractérisent le Bronze récent. (…) Aussi paisible et harmonieux que dût sembler le paysage vu des terrasses des palais de Canaan, des menaces se préparaient à l’horizon, qui n’allaient pas tarder à jeter à bas toutes les structures sociales dominantes du Bronze récent. Dès 1190 av. J.C., nous découvrons un monde radicalement changé. Il diffère tellement du précédent qu’un habitant de Mycènes, de No Amon (ancienne capitale de l’Egypte appelée aujourd’hui Louxor) ou d’Hattousa de l’an 1230 ne s’y retrouverait pas. En 1130, l’Egypte, qui n’était plus que l’ombre de sa gloire passée, avait perdu la plupart de ses colonies. Hattousa gisait en ruine. Le monde mycénien, avec ses anciens palais détruits, n’était plus qu’un vague souvenir. Chypre était complètement transformée : le commerce du cuivre et d’autres articles avait cessé. Un grand nombre de ports cananéens sur la côte méditerranéenne, dont le grand comptoir maritime d’Ougarit au nord, avaient été réduits en cendres. D’impressionnantes cités de l’intérieur, comme Megiddo ou Haçor, n’étaient plus que champs de ruines désertés. Que s’était-il passé ? Comment expliquer la disparition brutale de l’ancien monde ? Les savants qui se sont penchés sur la question sont convaincus que la raison majeure doit être attribuée à des peuplades violentes et mystérieuses qu’on appelle les « Peuples de la Mer ». (…) Des théories plus récentes proposent des explications sensiblement différentes. Certains savants évoquent de soudains bouleversements climatiques qui auraient ravagé l’agriculture et provoqué des famines sur une large échelle. D’autres avancent l’hypothèse d’un effondrement subit de l’ensemble des sociétés du pourtour oriental de la Méditerranée, devenues trop spécialisées pour supporter les changements économiques ou les tensions sociales. Dans ces deux scénarios, la migration soudaine des peuples de la Mer est devenue l’effet et non plus la cause de l’effondrement.. Autrement dit, la dégradation de l’économie de palais du bronze récent aurait jeté sur les routes des hordes de gens déracinés qui auraient envahi les rivages de la Méditerranée orientale pour y fonder de nouveaux foyers et y trouver de nouveaux moyens d’existence. » En tout cas, la civilisation cananéenne était complètement morte depuis longtemps quand les Israélites descendirent des montagnes pour fonder leurs villes à côtés des ruines des anciennes cités cananéennes. « Les fouilles de Haçor révèlent que la splendide cité cananéenne, à l’image de tant d’autres villes du pays, connut une fin brutale au 13ème siècle avant J.C. Soudain, sans le moindre signe annonciateur d’un déclin, Haçor fut attaquée, dévastée, incendiée. Les murs en briques crues du palais, soudain cuites par la chaleur terrifiante, sont encore préservées aujourd’hui sur une hauteur de près de deux mètres. Après une période d’abandon, un modeste habitat occupa une partie des vastes ruines. Les poteries ressemblent à celles des premiers habitants israélites établis dans les montagnes centrales du sud. (...) Les savants ont identifié le site d’A’et celui de Khhirbet et-Tell. Le mot arabe Telle signifie ruine et le mot hébreux aï signifie à peu près la même chose." C’est donc à côté de ruines très anciennes, dont les nouveaux habitants ignoraient jusqu’à l’origine, que se sont établies progressivement des villes israélites beaucoup plus modestes. "Les habitants (israélites) de Béthel à l’âge du Fer avaient dû remarquer le gigantesque amas de ruines du Bronze ancien à l’est de leur cité. Le champ de ruines était presque plus étendu que leur propre ville et les vestiges des fortifications étaient encore impressionnants. » Guerres ou révolutions sociales, l’essentiel des anciens centres cananéens étaient depuis bien longtemps détruits au point que la Bible était contrainte de broder pour imaginer comment ces cités avaient été détruites. Mais ce n’est pas seulement la disparition des centres de pouvoir de la civilisation cananéenne qui explique l’apparition de celle des Israélites. L’existence d’une civilisation israélite n’était possible que si les pasteurs hébreux nomades étaient amenés à se sédentariser. C’est également un mécanisme économique et social : tant que la société cananéenne s’est maintenue les éleveurs sont restés nomades et ont dépendu pour leurs céréales de la production agricole des sédentaires. Dès que la société cananéenne s’est effondrée, les éleveurs, les Israélites, se sont sédentarisés : « Les deux composantes de la société du Moyen-Orient – fermiers et pasteurs nomades – ont toujours maintenu une relation économique d’interdépendance (…) Les nomades ont besoin du marché des villages sédentaires pour se procurer des céréales et d’autres produits agricoles ; quant aux fermiers, ils dépendent des nomades pour leur approvisionnement régulier en viande, produits laitiers et peaux. (…) Aussi longtemps qu’ils sont en mesure de commercer avec des villageois, les nomades peuvent se consacrer essentiellement à l’élevage. Mais dès qu’ils ne peuvent plus obtenir de céréales en échange de leur propre production, les nomades sont contraints de les faire pousser eux-mêmes. (…) L’émergence d’Israël fut le résultat, non la cause, de l’effondrement de la culture cananéenne. » Ces archéologues écrivent : "Le processus que nous décrivons ici est à l’opposé de celui que décrit la Bible (...) Le récit des Juges met en scène des conflits qui opposent les Israélites aux Philistins, aux Moabites, aux Médianites et aux Ammonites (...) Il illustre en permanence un thème unique : celui de la relation houleuse entre Dieu et son peuple. YMVH est dépeint comme un dieu amer et colérique : en effet, après avoir délivré les Israélites de l’esclavage égyptien et leur avoir donné la Terre promise en héritage, YMVH découvre qu’il a affaire à un peuple d’impies et d’ingrats. Les Israélites ne cessent de le trahir en courant après les dieux étrangers. Pour les châtier, YMVH les livre aux coups de leurs ennemis." Les auteurs montrent que le livre des Juges a été écrit pour justifier la situation politique du royaume juif du sud, le royaume de Juda, alors que le royaume du nord, le royaume d’Israël a disparu. La Bible présente les Juifs du nord comme des mécréants qui ont été punies par dieu parce qu’elles n’ont écrasé les villes cananéennes alors que le royaume du nord a été écrasé par l’empire Hittite. La chute d’Israël a permis à l’Etat de Juda de se faire passer pour le seul véritable représentant du judaïsme et faire du temple de Jérusalem le seul centre de l’israélisme, dit alors "judaïsme". Finkelstein et Silberman expliquent que "Jusqu’au 7ème siècle avant J.C., Juda était un royaume plutôt isolé, à la population clairsemée. En étendue, en prospérité et en puissance militaire, il ne souffrait pas la comparaison avec Israël, le royaume du Nord. L’alphabétisation y était peu répandue et sa capitale, Jérusalem, n’était qu’une modeste bourgade de montagne. Mais, à la suite de l’anéantissement du royaume d’Israël par l’Empire assyrien, en 720 av. J.C., la population de Juda crût considérablement : le royaume se dota d’une administration élaborée et finit par émerger comme l’un des pouvoirs dominants de la région. Dirigée par une très ancienne dynastie, la capitale se targuait de posséder le Temple le plus important consacré au dieu d’Israël. (...) C’est la raison pour laquelle le récit patriarcal de la Bible (écrit depuis Juda) dépeint une ascendance commune à tout le peuple israélite, en la faisant remonter au plus judéen des patriarches : Abraham. Il est d’ailleurs présenté dans la Bible comme ayant présidé à la formation de centres cultuels dans le royaume isréalité du nord, étant donné que les sites cultuels du nord étaient en réalité beaucoup plus importants que le Temple de Jérusalem.

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