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Moments d’angoisse chez les riches de Kurt Tucholsky

jeudi 4 mars 2021, par Robert Paris

Bonsoir révolution allemande ! de Kurt Tucholsky :

"Et sur le volcan, la danse séculaire.

Tu ne tueras point, a dit un jour quelqu’un...

L’humanité l’entend et l’humanité geint.

A quand la fin, la fin de cette misère ?

Guerre à la guerre.

Et la paix sur la terre"

« Les soldats sont des assassins. »

Kurt Tucholsky

« Ce que c’est, je n’en sais rien… mais je sens confusément que quelque chose approche à pas feutrés, qui menace de tous nous anéantir. Nous, c’est notre vie ancienne, ce sont les îles verdoyantes que, malgré tout, nous avions réussi à édifier au milieu du courant de ce ridicule tapage – nous, c’est notre vieux monde auquel, malgré tout, nous tenions tant. Où allons-nous ? […] Que savons-nous du temps ? Nous sommes à ses pieds comme le voyageur au pied de la falaise rouge, beaucoup trop près pour en voir la structure, et encore moins la beauté. Que savons-nous de notre temps ? Nous sommes ses instruments, et je crois que le meilleur d’entre eux est encore celui qui ne cherche pas à lui faire obstacle. »

"L’homme ne passe rien à son espèce, c’est pourquoi il a inventé les lois. Je n’ai pas le droit, alors les autres non plus."

« Le tac tac de la machine à écrire n’a pas autant de valeur que celui de la mitrailleuse. »

Tucholsky dans "Apprendre à rire sans pleurer"

Kurt Tucholsky, né le 9 janvier 1890 à Berlin, mort le 21 décembre 1935 à Göteborg était un journaliste et écrivain allemand. Il a été un journaliste engagé de l’époque de la République de Weimar et coéditeur de l’hebdomadaire Die Weltbühne, et aussi satiriste, auteur de cabaret, poète, parolier, romancier, critique littéraire, critique de cinéma, et critique musical.

Le début de sa carrière journalistique est interrompu par la première Guerre mondiale. Entre août 1914 et octobre 1916 ne paraît qu’un seul article de Tucholsky. À l’opposé de nombreux autres écrivains et poètes, il ne partage pas l’enthousiasme patriotique du début de la guerre.

« J’ai essayé pendant trois ans et demi d’échapper à la guerre, autant que je le pouvais (…) j’employais tous les moyens, sauf les moyens extrêmes, pour ne pas être fusillé ni me servir d’un fusil. Mais j’aurais aussi employé tous les moyens, sans exception, si j’y avais été contraint. Je n’aurais pas reculé à utiliser la corruption ou tout autre acte répréhensible. Beaucoup en firent autant. »

« Un jour, lors d’une marche, on me remit un vieux fusil très lourd. Un fusil ? En temps de guerre ? Jamais de la vie. Et je le déposai contre une hutte et m’en allai. On s’en aperçut dans notre groupe. Je ne sais plus comment l’affaire s’arrangea, mais cela finit bien et sans fusil. »

Onze ans avant que la première démocratie allemande ne rende son dernier souffle, Tucholsky a déjà désigné ses fossoyeurs. Il ne se contente pas de son activité journalistique mais intervient directement dans l’action politique. Il participe entre autres en octobre 1919 à la création du Friedensbund der Kriegsteilnehmer (Ligue des Anciens Combattants pour la paix) et s’engage au côté du USPD (scission de gauche du parti socialiste) auquel il a adhéré en 1920.

Au sujet de Friedrich Ebert, il écrit en 1922 dans Le procès Harden :

« Par-dessus tout trône ce président qui rejeta ses convictions au moment même où il était en situation de les réaliser. »

L’appartenance à un parti n’empêche pas Tucholsky de critiquer certains de ses membres. C’est ainsi qu’il critique le travail de Rudolf Hilferding, rédacteur en chef du journal USPD ’Freiheit :

« Monsieur le Docteur Hilferding fut envoyé par les partisans du Reich à la rédaction de Freiheit pour lutter contre la social-démocratie. Il réussit en deux ans à ruiner de telle sorte cette feuille qu’on ne peut plus parler de sa dangerosité, ni même de sa survie. » (3 mars 1925)

Il attaque violemment le Parti social-démocrate et sa direction, en lui reprochant la trahison de ses membres pendant la révolution de novembre.

Politiquement, il se définissait lui-même comme social-démocrate de gauche (USPD) mais critique vis-à-vis de sa direction, socialiste, pacifiste et antimilitariste. Son œuvre évoque les tendances antidémocratiques dans les domaines politique, militaire et juridique de l’Allemagne de son époque, et la menace du National-socialisme.

Membre de la bourgeoisie juive libérale, Tucholsky a parfaitement senti venir le coup mais il n’a pas souhaité que son engagement aille plus loin ni que sa prose devienne carrément révolutionnaire.

Il se tourne brièvement vers le communisme en 1927. Tucholsky se rapproche du KPD (Parti communiste d’Allemagne) et publie un poème de propagande en faveur de la lutte des classes dans un journal, l’A.I.Z., apparenté au parti. Le poème "Asile pour sans-abri" se termine par un vers percutant :

“Toutes les bonnes œuvres, camarade, ne sont que de la fumée. Conquiers tes droits par la lutte des classes !”

En 1930, il écrit déjà de l’Allemagne : « Ils se préparent pour le voyage dans le troisième Reich. »

Ses chroniques se distinguent par leur lucidité et un ton pugnace et mordant. Ses réflexions les plus claires se trouvent presque entre les lignes : « Mais je sens confusément que quelque chose approche à pas feutrés, qui menace tous de nous anéantir. » Quand il quitte l’Allemagne, il écrit qu’il va tenter d’ « arrêter la catastrophe avec une machine à écrire »…

Il aura été lucide sur tout, sur l trahison social-démocrate de la révolution en 1919, sur la bourgeoisie allemande et le nazisme et sur le parti stalinien en 1933 qui a refusé le combat et l’alliane avec l’ouvrier social-démocrate pour les intérêts de la bureaucratie du Kremlin :

“Le parti communiste allemand s’est conduit du début à la fin d’une façon stupide, il n’a pas compris ses militants dans la rue, il n’a pas eu les masses derrière lui. Et comment Moscou a-t-elle réagi quand les choses ont tourné mal ?… Les Russes n’ont même pas eu le courage de tirer la leçon de leur défaite, car c’est bien de leur défaite qu’il s’agit ! Un jour, après d’amères expériences, ils devront bien se rendre compte de la vanité de la main mise totalitaire du pouvoir de l’État, du matérialisme borné et vulgaire, de l’insolente audace, de mettre tout le monde dans un même sac qui pourtant ne convient même pas à Moscou.”

Après l’avènement du nazisme, profondément blessé, il n’écrit plus...

Tucholsky se qualifie d’ « allemand et poète ayant cessé d’exister ». Il écrit à Hasenclever, le 11 avril 1933 :

“Je n’ai pas besoin de vous apprendre que notre monde n’existe plus en Allemagne. Et donc : Je vais maintenant la fermer. On n’engueule pas un océan.”

Il se suicide en 1935 en laissant sur son carnet de notes :

“Si je devais mourir à l’instant, je dirais : c’est tout ? Et aussi : je n’ai pas bien compris. Et aussi : ça faisait trop de bruit.”

Cet ouvrage est édité en Suisse par Editions Héros-Limite

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