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Gilets jaunes face au pouvoir des milliardaires : Qui sont les bandits ? Qui sont les voyous ? Qui sont les casseurs ? Qui détruit toute la société et pourquoi ?

jeudi 21 novembre 2019, par Robert Paris

Simone Weil dans « La vie et la grève des ouvrières métallos », La Révolution prolétarienne, 10 juin 1936 :

« Tous ceux qui sont étrangers à cette vie d’esclaves sont incapables de comprendre ce qui a été décisif dans cette affaire. Dans ce mouvement, il s’agit de bien autre chose que telle ou telle revendication particulière, si importante soit-elle… Il s’agit, après avoir toujours plié, tout subi, tout encaissé en silence pendant des mois et des années, d’oser se redresser, se tenir debout. Prendre la parole à son tour. »

Gilets jaunes face au pouvoir des milliardaires :

Qui sont les bandits ? Qui sont les voyous ? Qui sont les casseurs ? Qui détruit toute la société et pourquoi ?

« Hier, ce qu’on a vu, c’était effectivement peu de manifestants, mais des brutes et des voyous qui étaient venus pour en découdre avec les forces de l’ordre », a estimé Christophe Castaner, ministre de l’intérieur.

Emmanuel Macron avait déclaré en mars dernier "refuser" le terme de "violences policières" concernant les manifestations de Gilets jaunes. Il a réduit l’usage de la force par les policiers et gendarmes à une réaction contre les casseurs, avant de finalement reconnaître quelques "bêtises" des forces de l’ordre.

"Ne parlez pas de « répression » ou de « violences policières », ces mots sont inacceptables dans un état de droit". Telle a été la réponse d’Emmanuel Macron a une sympathisante des Gilets jaunes, lors d’une réunion du grand débat national à Gréoux-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence).

Le Président de la République a d’abord tenté d’expliquer que le recours à la force ne visait que les casseurs et non les manifestants. "Il y a des gens (...) qui expriment leurs convictions et des gens qui ont décidé de s’infiltrer et de dénaturer cela. Ils ont détruit, ils ont menacé, ils ont frappé les forces de l’ordre. (...) La police répond à des lois qui ont été décidées par le législateur sous le contrôle du juge. Partout où il y a de la violences, j’assume totalement que les forces de l’ordre soient en situation d’une part de se protéger, d’autre part de maintenir l’ordre public".

Mais face à l’évocation des milliers de blessés graves, il a fini par concédé "malheureusement il y en a eu, du fait d’autres bêtises" sous-entendu celles de la police. Un termes déjà utilisé par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. Il a conclu en édulcorant quelque peu son propos en affirmant qu’il n’y avait pas de "répression policière" du mouvement.

Les gouvernants, les hommes politiques, les média, tous prétendent traiter les démunis qui se révoltent comme des bandits et ramener l’immense mouvement de masse des gilets jaunes, qui a concerné toutes les régions du pays, qui a regroupé des salariés, des précaires, des chômeurs, hommes et femmes, jeunes et vieux, pendant une année entière, qui a permis des chaque jour des milliers de rassemblements, de manifestations, d’assemblées libres, de réunions, à quelques images passées en boucle d’un petit groupe de casseurs dont personne ne peut dire si ce sont des provocateurs professionnels, des policiers camouflés ou de réels blacks blocs, des gilets jaunes ou des encore de faux manifestants, payés pour casser et que, bien entendu, la police n’arrêtera jamais… Les policiers reconnaissent eux-mêmes avoir des spécialistes du camouflage qui se font passer pour des gilets jaunes comme d’autres se font passer pour des revendeurs de drogue, d’autres encore des terroristes, d’autres enfin des bandits. Difficile de distinguer, chez les casseurs, les revendeurs de drogue, les casseurs, les vrais des faux, les policiers qui prétendent s’infiltrer des provocateurs !

En tous cas, l’essentiel du mouvement des gilets jaunes, qui comprend parfaitement tous les révoltés, n’a rien à voir avec ces casseurs là, des provocateurs policiers, et c’est le pouvoir qui les manipule pour justifier sa répression violente et pour dresser l’opinion publique contre la révolte…

Car, les gouvernants tirent profit de ces violences marginales pour réprimer violemment les manifestants eux-mêmes ! Non seulement, ils ont pu ainsi faire passer un recul considérable des droits des manifestants au travers de la loi « anti-casseurs » qui vise tous les manifestants, casseurs comme non casseurs, mais cela justifie toutes les arrestations qui ne sont nullement seulement des casseurs, cela justifie toute la répression toujours aussi violente, matraquage, gazage, charges, tirs de LBD, violences de toutes sortes.

Dans un premier temps, le gouvernement prétendait ne lutter que contre les casseurs, pas contre les manifestants, puis il a prétendu que les manifestants acceptaient d’être assimilés aux casseurs puisqu’ils les acceptaient… Le discours de Castaner, affirmant qu’il y avait très peu de manifestants mais surtout des bandits et des voyous lors de l’anniversaire des gilets jaunes, a bien exposé la thèse du gouvernement : tous les gilets jaunes ne sont que des gens à enfermer, à frapper, à blesser et à tuer !

Faute d’avoir été capable, à coups de répression sanglante, à coups d’agressions, à coups de calomnies, à coups d’arrestations, d’arrêter le mouvement, Macron entend continuer à empêcher la plupart de ceux qui voudraient manifester de le faire, de crainte d’être eux-mêmes grièvement blessés. Mais cela démontre surtout que le grand public ne pense nullement que ce sont seulement des casseurs que la police charge, frappe et blesse gravement : ce sont des manifestants et même des passants ou des personnes travaillant sur place.

Un an après, malgré les mensonges, malgré les média, malgré les attaques, malgré les tromperies des partis et syndicats, le mouvement des gilets jaunes a le soutien de deux personnes sur trois et c’est ce qui en dit le plus long. Les tromperies n’ont convaincu que des minorités de nantis. Les autres savent pouvoir demain faire partie des licenciés, des chômeurs, des pauvres, des démunis qui manifestent ! Le gouvernement, lui, craint toujours que les gilets jaunes regroupent dans la rue de telles masses de gens que le mouvement prenne un tour dangereux pour la pérennité du pouvoir. Cela ne l’empêche pas de continuer d’attaquer les aides sociales, les chômeurs, les fonctionnaires, la santé, les étudiants, les femmes et toute la population la plus démunie, quitte à risquer de faire descendre tout le monde ensemble dans la rue et dans la révolte.

Le journal français « Le Monde » du 16 novembre, peu suspect de sympathie pour les gilets jaunes est bien obligé de reconnaître que « les gilets jaunes ont laissé des traces « , que « la France de novembre 2019 n’est plus celle de novembre 2018 », que « le mouvement a imposé des reculs sans précédents au pouvoir », que « ce bilan est d’autant plus inattendu qu’en matière de revendications sociales, une certaine résignation avait gagné les esprits ces dernières années », que « les gilets jaunes ont obtenu bien plus que ceux qui les ont précédés », que « c’est la première fois que l’on a une mobilisation sociale dans laquelle ne se greffent pas les syndicats ». Le journal remarque : « On est passés de la question « va-t-il y avoir une syndicalisation progressive des gilets jaunes » à « assiste-t-on à une giletjaunisation dans des territoires d’action syndicale ? » Il remarque : « Ces derniers mois, des mouvements spontanés, venus de la base, ont émergé dans des secteurs où les syndicats sont pourtant encore bien implantés, le Collectif inter-urgences à l’hôpital, les « stylos rouges » dans l’éducation nationale, ou plus récemment les arrêts de travail dans le technicentre de Châtillon » parmi les cheminots… Ce journal bourgeois relève que le mouvement des gilets jaunes « a réveillé la lutte des classes » !!!

Faute d’être capable d’éteindre le mouvement, le gouvernement tente de monter l’opinion bourgeoise et petite bourgeoise de manière violente contre les révoltés, contre les pauvres, contre les travailleurs, contre les manifestants, contre les grévistes et bien entendu donc contre les gilets jaunes qui représentent toujours une menace de faire converger toutes les luttes.

Les média et le gouvernement continuent de faire semblant que ce seraient les syndicats qui représenteraient une telle menace de « convergence des luttes » mais c’est complètement faux. S’il y a des gens dont les classes dirigeantes n’ont pas peur, c’est bien des syndicats et des autres appareils réformistes, de gauche ou pas. Certes, les syndicats ont fait semblant ces derniers temps de converger avec les gilets jaunes, d’organiser la riposte contre la réforme des retraites, contre la réforme de la SNCF, contre la réforme de l’hôpital public, etc. Mais cela est complètement faux : ils se sont bien gardés de faire converger quoique ce soit, comme l’ont fait dès le début les gilets jaunes. Ils se sont bien gardés de décréter les lutte permanente, illimitée, comme l’ont fait dès le début les gilets jaunes. Ils se sont bien gardés de se mettre sous la direction des gens en lutte eux-mêmes, organisés en assemblées souveraines et comités, comme l’ont fait dès le début et pendant toute une année, les gilets jaunes. Alors, où est la « convergence » ? Elle est dans la tromperie des appareils bureaucratiques qui étaient mis à l’écart et tentent de se remettre dans le flot pour mieux le détourner, pour mieux le dégoûter et le trahir ensuite.

En fait, le mouvement des gilets jaunes a réussi à pénétrer les entreprises, mais ce n’est pas au travers des syndicats, ce n’est pas au travers des gauches, des gauches de la gauche, des extrêmes gauches opportunistes. Ce sont les personnels des urgences, ce sont les cheminots, qui, passant par-dessus, les appareils syndicaux, et qui ont généralisé leurs grèves, les ont organisés eux-mêmes, se passant de tous les appareils réformistes ! C’est la base des travailleurs qui a pris la responsabilité d’entrer en grève, de la propager, de l’organiser, de décider des revendications et des perspectives. Là, oui, ils ont convergé avec les gilets jaunes ! Et le pouvoir les a traités comme des bandits, comme il traite les gilets jaunes !

Car ce qui cause la haine du pouvoir, ce qui justifie la violence de la répression, un niveau de force qu’on n’a pas connu dans les pays riches depuis longtemps, ce ne sont pas les casseurs, ce n’est pas les quelques boutiques détruites, c’est la crainte que le soulèvement des exploités ne prenne un tour massif irrépressible !!! C’est contre ce risque que les appareils syndicaux, dès le début du mouvement, se sont mobilisés, affirmant que les gilets jaunes étaient manipulés par l’extrême droite, étaient mobilisés contre les migrants, contre les juifs, étaient des petits-bourgeois macronistes déçus et autres calomnies. Depuis un an, malgré ces calomnies, quelques syndicalistes honnêtes ont réellement participé au mouvement des gilets jaunes mais leurs dirigeants n’ont fait que semblant de changer d’attitude, de même que les dirigeants politiques « de gauche », toutes tendances confondues, qui sont tous liés aux appareils syndicaux.

Ce que les classes dirigeantes et les possédants, ce un pourcent de milliardaires qui détient toutes les richesses et tous les pouvoirs, estiment être une violence totalement inacceptable, c’est que les démunis, les exploités et les opprimés n’acceptent plus de subir, ne se résignent plus à se taire, à être ceux qui n’ont aucune voix au chapitre, qui ne décident de rien, qui ne possèdent rien, qui peuvent chaque jour tomber dans le dénuement, qui sont sans cesse menacés, qui n’ont aucune influence sur les gouvernements, sur la justice, sur l’appareil d’Etat, sur le fonctionnement économique, social comme politique.

Que ces démunis prétendent désormais s’organiser et décider par eux-mêmes, affirment non seulement se gouverner eux-mêmes mais revendiquent de gouverner eux-mêmes la société, c’est cela que les profiteurs appellent une violence inadmissible de bandits et de voyous ! Qu’ils refusent de reconnaître toutes les institutions, qu’ils ne demandent pas des autorisations, qu’ils ne préviennent pas par avance de leurs actions, qu’ils mènent l’action directe, qu’ils ne suivent aucun appareil lié au pouvoir d’Etat, qu’ils mettent en cause les mille liens du pouvoir avec les profiteurs, tout cela apparaît totalement invraisemblable et violent aux plus riches, aux capitalistes et à leurs représentants politiques, au pouvoir comme dans les partis politiques et dans les média.

Ces derniers parlent de la violence des gilets jaunes mais pas de la violence sociale, celle qui amène les plus démunis et leurs familles dans la misère, dans la rue, dans le chômage, dans le dénuement, dans le désespoir.

La violence qui détruit toute la société est le fait d’un monde capitaliste ayant atteint ses limites et capable seulement de nous détruire maintenant qu’il ne peut plus que chuter, ne pouvant plus investir dans la production de richesses et la création d’emplois.

Et la situation est devenue catastrophique pour tous les travailleurs. On l’a vue pour les personnels de santé de l’hôpital public. On l’a vu avec le suicide d’un étudiant précaire. On le voit tous les jours pour les chômeurs, pour les pauvres qui touchaient des aides sociales, pour les travailleurs dont l’emploi est menacé, comme c’est le cas de multiples petites entreprises, mais aussi des trusts de l’Automobile notamment ou des banques !

Si les personnels de l’hôpital public, organisés en InterUrgences puis en InterHôpitaux, auto-organisés, si les cheminots auto-organisés ont cherché à étendre leurs luttes, les appareils syndicaux n’ont jamais fait que séparer les luttes, les découper en journées d’action, les découper secteur par secteur quand ce n’est pas site par site, corporation par corporation, région par région, quand ce n’est pas ville par ville.

Et surtout, les gilets jaunes, contrairement aux appareils syndicaux et autres réformistes, remettent en question tout l’ordre social, politique et économique, pas une seule réforme, pas telle ou telle mesure, pas tel ou tel gouvernement, mais tout l’édifice, tout le système, tout l’ordre social et politique, et ils agissent ouvertement sur le terrain politique, alors tous les efforts des appareils syndicaux consistent à empêcher les travailleurs d’intervenir directement sur le terrain politique par l’action directe, affirmant que la politique ne concernerait que les partis politiques et les élections organisées par la bourgeoisie !

Oui, la question sociale a maintenant une intervention directe sur le terrain politique et c’est là que les classes dirigeantes voient une violence inacceptable : elles s’étaient clairement réservé ce terrain et y tenaient car elles ont ainsi la totalité du pouvoir d’Etat !!! C’est cela qui les amène à sortir leurs armes et même à menacer de faire intervenir l’armée, de casser toutes les libertés démocratiques, de gouverner par état de siège et même, si nécessaire, de mettre en place une dictature militaire…

Tant que les exploités ne veulent pas faire de politique, on leur accorde les droits démocratiques consistant à voter pour échanger entre des partis politiciens tous au service des classes possédantes, mais, dès que les exploités prétendre mener leur propre politique, le moins de un pourcent de possesseurs des capitaux ne veut plus de la démocratie, n’aspire plus qu’à la dictature policière et militaire, remet même en question le droit de grève, le droit de manifester, le droit de se rassembler, le droit de se réunir !!!

Si quelques révoltés et blacks blocs pensent radicaliser la lutte en cassant des vitrines ou des monuments, ils se trompent même si leurs « violences » sont très limitées, car la radicalité de la lutte, dont nous nous revendiquons, consiste d’abord et avant tout à vouloir en finir avec la misère, en finir avec la mainmise des milliardaires sur toutes les richesses et tout le pouvoir, avec l’Etat au service du grand capital. La radicalité réelle, c’est de diriger nous-mêmes notre lutte au grand jour, démocratiquement, dans nos assemblées et comités. Les vrais casseurs, ce sont les capitalistes qui licencient, qui suppriment des aides sociales, qui expulsent, qui font des guerres, qui financent des massacres au quatre coins du monde qui en sont les responsables.

La véritable radicalité, c’est que les plus démunis soient ceux qui décident de tout ! C’est cela l’avenir du mouvement social comme l’avenir de toute la société humaine. Et cet avenir se prépare dans les révolutions, en France comme en Irak, en Bolivie comme en Haïti, en Algérie comme au Soudan, au Chili comme au Pakistan. C’est la même lutte sociale des exploités du monde et cette explosion de liberté est perçue une violence incroyable par le pouvoir des exploiteurs !!!

A bas le système capitaliste, le véritable casseur antisocial du monde !

Simone Weil : « Il faut d’abord noter un fait bien compréhensible, mais très grave. Les ouvriers font la grève, mais laissent aux militants le soin d’étudier le détail des revendications…. ce n’est pas au moment où pour quelques jours on s’est évadé de l’esclavage qu’on peut trouver en soi le courage d’étudier les conditions de la contrainte sous laquelle on a plié jour après jour, sous laquelle on pliera encore… Il y a des limites aux forces humaines". J’aimerais qu’on s’en rappelle avant d’agir au nom des opprimés , avant de considérer que les absents, les muets, les timorés ont toujours tort. Qu’on prenne garde à ne pas les cantonner dans des rôles de suiveurs, de petits soldats dociles, sous prétexte de leur incapacité a prendre l’initiative. Qu’on relativise également la parole des beaux parleurs à qui la libération ou l’absence de contrainte a permis le recul nécessaire à l’analyse mais a aussi fait oublier que dans tout mouvement la dignité retrouvée est le bien le plus précieux, et qu’il est important de ne pas froisser cette dignité à peine retrouvée. »

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