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Apparition et disparition de la civilisation du Mont Bégo (vallées des Merveilles et de Fontanalbe)

mercredi 25 septembre 2019, par Robert Paris

Des traces d’une civilisation d’agriculteurs

de 3300 avant J.-C. à - 1800 avant J.-C. !!!!

Le Bégo

La vallée des merveilles

Le mont des merveilles

Le pic des merveilles

Flancs du mont Bego

La vallée de Fontanalbe

Tende possède un patrimoine unique en France : le site à gravures rupestres du Mont Bego. Dans les vallées qui entourent ce haut sommet des Alpes méridionales culminant à 2872 m et dont la plus connue porte le nom évocateur de Vallée des Merveilles, quelque 40 000 gravures du début de l’âge des métaux sont recensées sur près de 16 km².

Une des plus importantes réserves mondiales de gravures rupestres se situe dans le sud-est de la France, à 80 kilomètres au nord de Nice. Il s’agit du Val des Merveilles.

A quelques heures de marche de Saint-Dalmas de Tende, un petit chemin conduit vers le Val Béonia, dans un paysage de rochers abrupts et de charmants petits cirques. De très nombreux lacs, de dimensions restreintes, donnent à toute cette région une touche de gaieté pittoresque dans un décor de terreur sacrée. La toponymie des lieux nous parle et nous le confirme :Mille fourches, Cime du Diable, Testa del Inferno, Lac Forcat, lac du term ou du Tremblement, Valmasque, la masqua c’est la sorcière, puis Val Della Meraveglie, que l’on a tendance à traduire un peu vite par Val des Merveilles, et qui le serait mieux par Val des Choses Étranges.

Là, du haut de ses 2.873 mètres, le Mont Bégo domine les cimes alentour, dépassant l’Authion de 800 mètres et s’implantant dans le paysage comme le Seigneur des lieux.

Points à proximité :

Mont-Bégo, Sommet (altitude : 2872m) situé(e) à 1,01km

Refuge des Merveilles, Refuge gardé (altitude : 2130m) situé(e) à 1,27km

Baisse de Valmasque, Col (altitude : 2549m) situé(e) à 1,57km

Pas du Diable, Col (altitude : 2430m) situé(e) à 2,34km

Cime du Diable, Sommet (altitude : 2685m) situé(e) à 2,79km

Lac du Basto, Lac (altitude : 2380m) situé(e) à 2,86km

Baisse du Basto, Col (altitude : 2693m) situé(e) à 3,52km

Vallon de Chamineye, Bivouac (altitude : 2379m) situé(e) à 4,15km

Caf la valmasque, Refuge gardé (altitude : 2233m) situé(e) à 4,67km

Ce Bégo, les Anciens l’avaient bien reconnu, nous dit Noël Fulconis dans (Drailles du Bégo— chez l’auteur à Turini) : bosselé, cornu là, axé vers le pôle, il figurait pour eux le taureau zodiacal, vénéré des milliers d’années avant le Bélier symbolique de Moïse. C’est dans ce cadre magique , qui comprend le val des Merveilles, le val Fontanalba et Valmosca, dans un rayon de 5 kilomètres, entre 2.000 et 2.750 mètres d’altitude, que l’on a retrouvé de magnifiques gravures rupestres.40.000 furent dénombrées dans ce périmètre restreint. Quelle civilisation énigmatique s’est-elle installée, il y a quatre mille ou cinq mille ans, sur les pentes du mont Bégo et dans la vallée des Merveilles ? Quels peuvent être les raisons impératives justifiant un tel arrêt définitif d’une migration hésitante ? La perte d’un chef, d’un shaman, un événement phénoménal ?... et si oui, lequel ? Il ne reste rien de vraiment concret en la matière.

On pense qu’une tribu fut attirée là par le caractère très particulier de cette région permettant de trouver facilement la sécurité, l’oubli peut-être, un havre ponctuel ou encore un inviolable sanctuaire. Un sol métallifère au tellurisme mystérieux, un cadre grandiose et désolé à la fois, des eaux qu’on dit dotées de curieuses vertus... et sans doute d’autres raisons aujourd’hui oubliées, pour des humains ployant sous le poids des terreurs superstitieuses. Pour ces derniers, c’est sans doute toutes ces raisons qui les poussèrent à consteller les parois rocheuses de dizaines de milliers de graphismes Quatre grandes familles de thèmes forment le vocabulaire caractéristique du Mont Bego :

1. figurations corniformes,

2. gravures géométriques réticulées ( divisées en cases ),

3. armes et

4. anthropomorphes.

Cet ensemble de 4000 roches portant ces signes forme un immense musée à ciel ouvert… Toutefois, leurs altitudes entre 2000 et 2700 mètres font que ces roches gravées soient inaccessibles huit mois de l’année, car elles sont enneigées. C’est une des raison qui a conduit le Conseil Général des Alpes-Maritimes et l’équipe scientifique de Henry de Lumley en charge de l’étude du site à créer à Tende un musée hors site, pour que les visiteurs aient accès toute l’année aux gravures du Mont Bego et à leur interprétation. Il fut inauguré en juin 1996, à Tende dans les Alpes-Maritimes, à la frontière de trois grandes régions d’Europe : la Provence française, et la Ligurie et le Piémont italiens.

Le but est de montrer le rôle de la gravure rupestre au service du religieux, rôle attribué par des peuples agro-pastoraux voici 5000 ans. C’est un système codifié de signes des messages adressés aux divinités de leur panthéon, utilisé sur ces mêmes roches par les voyageurs, érudits, militaires, religieux et surtout les bergers qui fréquentèrent chaque été ces hauts alpages. Découvertes à la fin du XIXe siècle, les gravures se trouvent sur des affleurements rocheux (roches moutonnées) ou bien sur des blocs erratiques (pélite et grès essentiellement).

Elles sont de deux sortes :

• des sillons en V correspondant à des inscriptions ou des tracés schématiques attribués aux périodes récentes ;

• des dépressions ou cupules larges à fond plat, réalisées par percussion sont attribuées à l’âge du bronze.

Les éléments de ce groupe comportent des figures à cornes (bovins), des armes (poignards, hallebardes, haches, etc.), des anthropomorphes et des figures géométriques (spirales, réticulés, etc.). L’interprétation est délicate mais fait généralement référence à des préoccupations religieuses.

Les recherches récentes dirigées par Henry de Lumley offrent un premier résultat concernant la compréhension et la mécanique de l’organisation sociale et culturelle des peuples anciens de l’âge du bronze méditerranéen.

Étudié depuis plus de trente ans par l’équipe de Henry de Lumley, le site accueille encore de nos jours des étudiants en histoire de l’art, archéologie, géologie du Quaternaire et géomorphologie du monde entier sous la responsabilité d’archéologues spécialisés.

Plus de 30 000 gravures (dont 20 000 figuratives) ont été enregistrées depuis le relevé systématique entrepris à partir de 1967 par un collectif issu d’une collaboration entre universités, musées et instituts scientifiques, financée par le ministère de la culture et le conseil général des Alpes maritimes.

Relevées et identifiées depuis la fin du XVIIe siècle, les gravures ne furent systématiquement étudiées qu’à partir de 1897 par le Britannique Clarence Bicknell, puis le sculpteur Carlo Conti de 1927 à 1942. Le rattachement de la région à la France en 1947 a permis une intensification des recherches, notamment par l’équipe d’Henry de Lumley (Muséum national d’histoire naturelle) qui répertorie depuis près de 40 ans l’ensemble des gravures sur un territoire de 1400 ha (soit 14 km2).

La plupart de ces gravures sont disposées autour du Mont Bégo, ce qui a laissé supposer à certains scientifiques que ce mont était sacré. La répartition est d’environ 50 % dans la vallée des Merveilles, et 50 % dans la Vallée de Fontanalbe (ou Fontanalba), vallées situées respectivement à l’ouest et au nord du Mont Bégo.

Cependant, certains secteurs, situées plus au nord du Mont Bégo, contiennent également des séries de gravures, même si celles-ci sont très résiduelles (au mieux quelques dizaines de gravures par secteur). On peut donc établir la répartition suivante, par ordre décroissant d’importance, avec en tête les deux principaux secteurs :

• vallée des Merveilles

• vallée de Fontanalbe

Et les secteurs résiduels :

• secteur de Valaurette

• secteur du col du Sabion (à cheval entre la France et l’Italie)

• secteur du lac de Sainte Marie

• secteur de Valmasque

• secteur du lac du Vei Del Bouc (en Italie)

L’ensemble étant inégalement réparti dans un rectangle de 40 km2. Les gravures témoignent des croyances des populations d’agriculteurs des âges du Cuivre et du Bronze. Pour certains chercheurs le mont Bego aurait été divinisé et aurait été une puissance à la fois tutélaire en raison des eaux qui en descendent et redoutable par ses orages fréquents et violents. Le thème le plus représenté est celui du taureau. La présence d’araires attelées aux animaux atteste la pratique de l’agriculture ; des dessins réticulés évoquent des enclos ou des parcelles de champs. Par ailleurs on trouve des représentations d’armes (poignards, haches et hallebardes, arme formée d’un long manche où vient se fixer perpendiculairement une lame de poignard) gravées en nombre. Peu nombreuses, les figures anthropomorphes ont été affublés de surnoms plus ou moins traditionnels, pour les plus connues : le Sorcier, le Christ, le Chef de tribu, la Danseuse... D’autres, plus énigmatiques, autorisent toutes les interprétations, tel l’Arbre de vie à Fontanalbe.

Le secteur des Merveilles est situé au cœur du massif cristallin externe alpin de l’Argentera-Mercantour.

Sur un socle constitué de gneiss, migmatites et granites d’anatexie, repose une série fluvio-lacustre détritique d’âge permien.

Trois formations sont distinguées au sein de cette série permienne.

• À la base, la « formation de l’Inferno », transgressive sur le socle cristallophyllien, est essentiellement gréso-conglomératique avec quelques niveaux de décrue silteux.

• Succédant à la formation de l’Inferno, la « formation des Merveilles » comprend pour l’essentiel des siltites verdâtres sur lesquelles a été gravée la plupart des représentations protohistoriques de la vallée des Merveilles datées de l’âge du bronze. Cette sédimentation homogène en domaine lacustre connaît ensuite des épisodes d’émersion marqués par le développement de structures stromatiformes et des bioturbations.

• Au-dessus de ces niveaux, une sédimentation fluvio-lacustre se poursuit avec le dépôt d’un ensemble gréso-conglomératique entrecoupé de niveaux plus fins silto-gréseux. Cet ensemble est dénommé « formation du Bego » et constitue le dernier terme de cette série sédimentaire permienne.

Les séries mésozoïques carbonatées ont été complètement érodées dans la zone et il faut redescendre vers la vallée de la Roya pour les retrouver.

Un modelé glaciaire mis en place il y a environ 10 000 ans confère sa morphologie particulière à la zone avec une série de polis glaciaires, moraines et blocs erratiques.

Considérant la parenté des alignements de pierres trouvés aux abords du Bégo, avec les lointaines civilisations mégalithiques, nous avons recherché les vestiges similaires de cet âge dans les Alpes Maritimes.

Nous les retrouvons à l’ouest du fleuve Var, sur les bases des probables tribus transhumant l’été vers la Vallée des Merveilles, de Saint Raphaël à Saint Cézaire (au nord–ouest de Grasse) et vers Vence où près de 33 dolmens ont été répertoriés et fouillés. Notons que seulement trois dolmens ont été recensés à l’est du Var, précisément sur la route des transhumances : à La Trinité-Victor, Peillon et Peïra-Cava.

Ces vestiges, datés de 2500 avant J.C., furent dressés par les peuplades dites du Chasséen, caractérisées comme les premiers agriculteurs constructeurs de villages. Or d’autres découvertes attestent de leur présence sur la Côte.

Ils seraient à l’origine des peuplades adoratrices du Bégo. Venu de l’est, ils parviennent dans les Alpes par la plaine du Piémont, le couloir rhodanien et la Provence.

Il existe d’ailleurs une parenté évidente entre les signes gravés de la Vallée des Merveilles et ceux retrouvés tout au long de l’arc alpin, de l’Autriche à la Suisse, du Val d’Aoste au Piémont. Cette ressemblance prouve une origine commune venue de l’est.

Parmi ceux-ci les plus célèbres sont situées dans le Val Camonica, à cent kilomètres au nord de Milan. Leurs thèmes sont voisins de ceux développés aux Merveilles mais avec plus de réalisme. La technique est la même, un piquetage de la roche.

En Autriche, en Italie auprès du lac de Garde, dans le Valais suisse, au Val d’Aoste, ainsi que dans les Alpes piémontaises (Germanasca, Lanzo, au nord de Pinerol ), on trouve des roches gravées depuis le Néolithique.

A Contes, au-dessus de Nice, à Puget-Rostang, ainsi qu’à Eze, des gravures de signes cornus rappellent la diffusion du culte des Merveilles, florissant au II ème millénaire avant notre ère. Mais, la pierre de Hesse (Luxembourg) reproduit aussi ce même signe (?). Des formes de poignards de l’âge du bronze gravés autour du Bégo témoignent d’un cousinage avec la civilisation de la Polada (Plaine du Pô), de même les hallebardes du type de l’Unitice renvoient à une filiation venue d’Europe centrale.

Enfin, certains poignards figurés aux Merveilles ne se trouvent curieusement qu’en Bretagne.

Lorsque arrive la fin de l’âge du Bronze, un centre de production régional de ce métal existe dans les Alpes Maritimes. Sa présence est attestée par les découvertes de bracelets de même type dans divers points du Pays Niçois (Cimiez, Clans, Mont Gros) et de la proche Ligurie (Borniga).

De 1200 à 750 avant J.C., les guerriers des Champs d’Urnes, caractérisés par des tombes à incinération, envahissent l’Europe. Leur vagues se diluent en Provence. Avec eux, s’éteint la civilisation de la Vallée des Merveilles.

Au VI ème siècle avant J.C., les Ligures, repoussés par les Celtes armés d’épées de fer, acceptent leur venue dans la région. Ils se mêleront à eux au IV ème siècle avant J.C..

Déjà les premiers Grecs de Phocée relâchent sur la côte, fondant les comptoirs d’Antibes, Nice et Monaco. Les Romains ne vont pas tarder, ils s’installeront après une guerre de deux siècles conduite contre les Ligures, descendants des peuples graveurs du Bégo.

Quelle est la signification du mythe développé au Bégo ?

Placé au départ sous le signe du taureau, ce point de convergence tellurique et géologique, ce château d’eau dispensateur de fertilité couronné d’orages, va accueillir les vagues de pèlerins. Leurs ex-voto, gravés sur place, se composent à 60% de corniformes.

Le taureau associé à la déesse mère traverse la mythologie. Le principe mâle du taureau et celui femelle de la terre forment un couple venu d’orient à travers la Méditerranée par la Crête, les Cyclades, la Sicile et la Sardaigne.

Zeus brandit la foudre, il prendra l’aspect d’un taureau blanc pour séduire Europe et l’emporter des rives d’Asie en Crête où naîtra Minos. Culte méditerranéen persistant dans la tauromachie, il se répandra pendant deux millénaires vers le Danemark, la Hollande et l’Irlande.

C’est aux Merveilles que son culte se manifeste avec le plus de vigueur. Ce Parnasse européen sanctifiera le taureau, trésor fertilisateur de la nature.

La légende de la Maledia rapporte que ces lieux retirés accueillirent un culte célébré aux déesses mères, sans doute antérieur à celui du dieu taureau. Des pastourelles, jeunes vierges, sorte de prêtresses, gardaient ces montagnes inhospitalières avant d’en être chassées par des guerriers venus du nord.

Plus tard, un culte solaire d’essence celtique va s’installer aux Merveilles, à base de gravures de rouelles et de cercles de pierres laissés sur place.

Lorsque les Etrusques développent leur civilisation (au IV ème siècle avant J.C.) entre Rome et la Ligurie, on retrouve dans leur panthéon Bégoé, nymphe qui aurait enseigné aux hommes : le maniement de la foudre et l’art d’interpréter ses manifestations, ainsi que la limitation des champs (enclos). Ne faut-il pas y voir comme un lointain écho du culte du Bégo ?

Les Romains en célébrant le culte de Mythra et en pratiquant le taurobole (sacrifice expiatoire) reprennent à leur compte le culte du taureau.

La venue du christianisme dans les Alpes Maritimes sera tardive, les anciennes religions païennes restant vivaces jusqu’au départ des Sarrasins vers 973.

Les légendes de Saint Dalmas vers 250 et de Saint Erige vers 600 attestent de l’hostilité des tribus montagnardes attachées à leurs croyances.

La Vallée des Merveilles deviendra ensuite le haut-lieu de la sorcellerie où le Diable régnera en maître sur un monde à part.

Vallée aride, rochers ruiniformes, dalles d’un rouge sang couvertes de signes étranges : le décor est déjà propice à l’angoisse et à l’épouvante.

Comment ne pas voir dans les multiples corniformes gravés dans ces lieux hostiles, des représentations complaisantes de diables cornus et fourchus ? Ces terres maudites, aux orages impressionnants, ne peuvent être hantées que par le Diable et ses actives servantes les sorcières. Les alentours du Bégo deviendront la banlieue de l’Enfer, un territoire damné chargé de maléfices sataniques qu’il vaudra mieux éviter. L’Eglise ignorera cet outre-monde où se retrouveront les mages, les astrologues et les disciples des Cathares et Vaudois brûlés en place de Sospel.

Des inscriptions datées, attestent de l’engouement médiéval porté à ces lieux ensorcelées, refuges des puissances occultes.

Signes kabbalistiques, scènes d’accouplement et de bacchanales associent leurs tracés magiques et revendicatifs dans la célébration des anciennes certitudes agraires.

La venue du monothéisme imposera le respect de la Loi qui va étouffer l’expression des désirs, entretenue jusque là par les cultes des divinités païennes.

ROLE SYMBOLIQUE DU POIGNARD ET DES INSTRUMENTS TRANCHANTS : DECOUPAGE DU TEMPS ET DE L’ESPACE.

Dans la Vallée des Merveilles, nous avons mis en évidence l’utilisation de la pointe des poignards comme indicateur de direction de la lumière solaire L’orientation d’un poignard se mesure facilement en prenant l’axe de celui-ci. Dans son ouvrage " Apollon le couteau à la main ", Marcel Detienne, en 1998 a remis en scène le soleil et son couteau, vus par les différents auteurs de l’antiquité grecque. Dès l’avènement du métal, cette vision symbolique du soleil est tout à fait classique. Tout autant que celle beaucoup plus ancienne de la flèche pour la lune. Personnellement, nous choisissons celle d’Homère qui chante la divine Artémis car en une phrase il nous montre la lune et ses flèches, puis le soleil et son glaive :

" Je chante la bruyante Artémis aux flèches d’or, la vierge vénérée, l’Archère qui des traits frappe les cerfs, la propre sœur d’Apollon au glaive d’or, celle qui, par les montagnes ombreuses et les pics battus par les vents, bande son arc d’or pur, toute à la joie de la chasse, et lance des flèches qui font gémir… "

D’ailleurs, dans le guide des Vallées des Merveilles et de Fontanalba, on voit le dieu soleil (Samash) sortant de la montagne son couteau à la main : (Professeur H. de Lumley et collaborateurs. Le Mont Bego. Guides archéologiques de la France. p. 95.)..

Si une éclipse a été visible de la Vallée des Merveilles un matin d’automne au moment du lever du soleil à 90° d’azimut de relèvement, alors elle ne peut avoir été vue qu’ en altitude, en un lieu où la vue est dégagée à l’est. Il faut donc que l’observateur, présent avant le lever normal du soleil, soit tourné vers l’est pour observer ce phénomène.

Avec notre connaissance visuelle, soit des éclipses observées réellement, soit des représentations figurées par les différents journaux qui ont traité ce sujet, faisons un croquis rapide du spectacle tel que nous pouvons l’imaginer. Et aussi, tel que nous pourrions le faire avec un morceau de quartz et sur un support rocheux ! .Dans le bas d’une feuille de papier traçons une ligne qui représente de façon virtuelle, le niveau de la mer. Ce que nous allons observer se passera donc au-dessus de cette ligne.

Très importante sur le site par la richesse de son iconographie, parmi les plus hautes en altitude (2470 mètres), cette roche gravée est remarquable par la spécificité de ses mesures en relation avec les axes des points cardinaux.

Distante de 37,5 km (s) de l’observatoire de Nice, elle a une latitude nord de 44°04’01.7" et une longitude est de 7° 26’ .02.1". La partie que l’on dit anthropomorphisée mesure 540 mm sur 295 mm. Son azimut est de 90°/nord précisément, (donc à l’est parfait) ainsi que les poignards verticaux qui se trouvent près de la tête et en dessous du réticulé qu’il surmonte. Deux poignards, à lame assez courte par rapport au manche, sont placés en parallèle l’un l’autre, et perpendiculaire au corps de l’anthropomorphe à hauteur de sa tête. Ils ont exactement 180° d’azimut. La flèche pointe le 0°, soit le nord. Diverses autres gravures entourent celles que nous venons de décrire. Le pendage de la roche est de 24° ouest.

Sur le site, l’iconographie de la roche nous permet donc de pressentir l’hypothèse de la représentation graphique d’une éclipse. Les mesures azimutales des gravures de cette roche sont en correspondance avec un tel phénomène ayant eu lieu un matin d’automne, et visible en ce lieu.

Encore faut-il, que cet événement extrêmement rare ait existé au cours de la période de l’âge du Bronze, datée par les archéologues. ! La fourchette de temps d’occupation du site (-2400 à –1700), pour trouver un tel événement qui est extrêmement rare le jour de l’automne, est quasi impossible à combler si on le considère placé au levant du ciel des Merveilles, c’est-à-dire au lever du soleil sur le site. Nous avons trouvé correspondant parfaitement à la date de départ du site donnée par les archéologues le premier matin qui a suivi l’équinoxe d’automne -1718 (jour julien : 1094205,7049).

LES GRAVEURS DU MONT BEGO ET LEUR PEUPLE

(Source : Laboratoire Départemental de Préhistoire du Lazaret)

Les hautes vallées autour du mont Bego ont été conquises, depuis le retrait du grand glacier quaternaire il y a 10000 ans, par les Alpins du Sud encore chasseurs tout d’abord, puis devenus agriculteurs et bergers vers 6000 ans avant J.-C. La région était le domaine des alpages mais surtout de l’eau pérenne, si recherchée par les agriculteurs éleveurs du Chalcolithique et de l’âge du Bronze ancien des Alpes du Sud, dont les troupeaux augmentaient peu à peu. L’irrigation devint nécessaire pour nourrir les prés et bénéficier du regain. On peut supposer que les lacs, les torrents et les orages terrifiants ont incité les premiers agriculteurs pasteurs des Alpes méridionales à considérer le mont Bego comme le dispensateur de l’eau fertilisante et à l’identifier à la divinité du ciel qui ensemence la terre. Les signes du mont Bego constituent un langage symbolique exprimant la pensée des Alpins du Chalcolithique et de l’âge du Bronze ancien. Les graveurs avaient appris et transmettaient les signes conventionnels utilisés par leur peuple et savaient les associer entre eux pour exprimer leurs vœux, leurs traditions agricoles et pastorales et peut-être aussi leurs traditions religieuses.


Le cadre général dans la région

Entre 10.000 et 4000 ans av.J.C. les Méditerranéens occidentaux seront occupés à faire fructifier leurs espaces alpins et autres, maintenant accaparés définitivement. Nous connaissons ces hommes grâce aux écrits laissés par les premiers explorateurs et géographes de l’Antiquité, principalement des Grecs, donc très tardivement. Néanmoins sans trop de risques, nous pouvons les rapporter rétroactivement aux Méridionaux du Mésolithique. En premier lieu il est question d’appellations :

- le qualificatif d’Ibères, d’abord restreint aux seuls habitants du bassin de l’Ebre, s’est peu à peu étendu, non seulement à tous les peuples de la péninsule ibérique mais aussi à ceux des Pyrénées, d’une partie du bassin d’Aquitaine au Sud de la Garonne et enfin, du Languedoc jusqu’au Rhône.

- le qualificatif de Ligures aussi général, prend le relais vers l’Est, pour désigner tous les occupants des reliefs provençaux à partir du Rhône, des Préalpes, des Alpes et des Apennins (ligure et toscan). L’étymologie du terme est toujours en discussion. Certains l’appliquent aux seuls montagnards « regardant la Méditerranée » (évidemment les premiers à avoir été en contact avec les marins explorateurs). Mais il est certain que ce sont les mêmes hommes qui peuplaient notamment, les espaces montagneux de l’arc alpin, du Rhône à la plaine du Pô, de la mer au lac Léman. Quoi qu’il en soit, il peut y avoir deux sens : stricto ou lato. Le destin des seuls Ligures nous intéressera dans un premier temps.

Le milieu végétal sera à prendre en considération avant tout autre, car c’est pour l’homme la toile de fond de son propre milieu. Après une phase d’aridité (steppes), les sols vont être recouverts par d’épaisses forêts jusqu’aux altitudes limites. Il s’agit essentiellement de conifères sur les hauteurs : pins sylvestres jusqu’à 1500m, pins à crochets au-dessus. Dans les zones basses de plaines et vallées, c’est le domaine quasi exclusif des chênes pubescents. Puis avec le temps, vers 6000 av. J.C., les évolutions climatiques et écologiques naturelles font que le sapin apparaît et va proliférer en altitude au-delà de 1000m, associé au mélèze et au dépend des pins. Au-dessous, le hêtre commence à se mêler aux chênes.

Quant au chasseur ligure, il traque maintenant les cervidés et les bouquetins ; l’adoucissement du climat ayant éliminé le renne sous nos latitudes. Son outillage et ses armes de silex atteignent le plus haut degré de perfection. La densité des populations s’accroît et conduit à essarter les forêts pour libérer des espaces habitables de plus en plus larges et nombreux. Les vallées méridionales, la Durance notamment, les corniches et plates-formes, sont systématiquement déboisées. Un paysage de garrigues (sur sols calcaires) se dessine sur fond de romarin, thym, lavande, épineux et chêne Kermès ; ou bien de maquis (sur sols siliceux) avec les cistes et chênes lièges. Or parallèlement, la situation des Ligures va insensiblement se modifier en se dégradant. Des tribus de plus en plus denses et nombreuses, le morcellement des territoires de chasse et la nécrose délibérée de l’espace sylvestre, vont concourir à l’amenuisement du gros gibier. L’homme commence à éprouver quelques difficultés pour se nourrir et doit souvent se rabattre sur le petit gibier (lapins, volatiles,...) en perfectionnant ses techniques de piégeage. Mais abandonnons pour un moment ces ancêtres à leurs problèmes pour rendre visite à leurs contemporains orientaux.

Finies les grandes randonnées à la poursuite de cerfs ou de mouflons devenus de plus en plus rares et difficiles à approcher. Mais il y avait plus déprimant ! Partout où le chasseur se rendait, il se heurtait à d’autres traqueurs qui le refoulaient. Chaque tribu avait délimité un « plan d’occupation des sols » pour son usage et il était risqué d’empiéter sur le territoire d’autrui. Des conflits de voisinage commencent à apparaître. L’homme est donc en train d’amorcer un virage difficile. Il est contraint de se rabattre sur le moindre petit animal pour se nourrir, jusqu’aux insectes même, larves, sauterelles, ... Les escargots cuits sous la cendre deviennent un mets des plus appréciés ! Un autre milieu va lui offrir de nouvelles ressources ou à ne plus négliger ; celui de la végétation spontanée. Il en récolte les fruits, tubercules, glands, graines de légumineuses alors sauvages (lentilles, pois, pois chiches, ...) et découvre qu’il peut survivre en devenant omnivore ! Quant aux Ligures du littoral, ils sont à peine mieux lotis. Bien qu’implantés très en retrait de la mer (cf. supra), ils écument les rivages et les hauts-fonds pour tirer de la pêche et de la cueillette, une part notable de vivres (conserves fumées) et en faisant une grande consommation de coquillages et crustacés. Mais c’est toujours devant la difficulté que le génie de l’homme se révèle. Aiguillonné par les problèmes, il va devoir trouver d’autres solutions car jusqu’ici, les substituts adoptés pour pallier la carence du gros gibier se sont avérés insuffisants. Elles ne tarderont pas à apparaître.... avec l’aide précieuse de la Nature et son environnement animal autant que végétal.

L’homme carnivore n’est pas le seul être à souffrir. Ses rivaux prédateurs comme les canidés, sont dans la même galère. Poussées par la famine, des hordes de loups assaillent les campements pour disputer aux humains les reliefs de leurs maigres repas. Ce n’est donc pas entièrement le fait du hasard si, après la capture de quelques chiots, louveteaux ou renardeaux, ces petits quadrupèdes ou espèces héritées, figureront parmi les premiers animaux domesticables et bientôt, les plus « fidèles amis de l’homme ». Mais surtout, les rigoureux hivers alpins avec leurs épais manteaux de neige, vont ramener à proximité des habitations, des colonnes de cerfs et de chèvres sauvages. Craintives mais affamées, elles lorgnent sur ces tas d’herbe sèche et de paille que l’homme réservait pour son usage (litières, toiture de « chaume »,... ). Parmi elles, une espèce particulière de bouquetin originaire d’Orient, laquelle avant de disparaître, constituera la souche du mouton ! Il est alors concevable que sans grande difficulté, l’homme put capturer quelques agneaux et cabris. Emprisonnés dans un enclos, il assista à leur croissance et émerveillé, aux possibilités de reproduction d’espèces en captivité. La découverte fondamentale des ressources offerte par l’élevage devenait une réalité concrète qui fut rapidement étendue à d’autres genres ou espèces du règne animal (asinés, équidés, bovins,...). Le sanglier sauvage apportera lui aussi sa contribution, à l’origine de l’élevage porcin. De plus et comme une cerise sur ce « gâteau » de la Nature, il découvrait les ressources de la production lactée et liée (fromages, ....). En conséquence, l’homme avait résolu son problème de nourriture carnée et trouvé un véritable substitut à la chasse du gros gibier, largement au-delà de toute espérance.

Parallèlement à ce renouveau, un autre événement non moins fondamental quant aux conséquences, allait se produire ; toujours à la même époque que l’on peut situer vers 6000 à 7000 ans av.J.C. Ces fameuses graines de légumineuses que l’homme avait dû apprécier « faute de mieux » pour calmer sa faim, probablement mal entreposées dans un lieu humide, s’étaient mises à germer ! La surprise passée, on voulut reproduire artificiellement le phénomène en ensemençant un coin de terre. Le premier champ de « pois chiches » voyait le jour en même temps que le principe de la mise en culture des sols. Il n’est pas nécessaire d’épiloguer sur son importance et son avenir mais que produire ? A ce stade de l’évolution, une remarque générale s’impose.

La découverte est parfois le résultat d’une génération spontanée d’idées, ayant pu germer presque en même temps en de nombreux lieux, comme une poussée de champignons ; soit pour répondre à un problème généralisé ou bien comme un fait découlant « automatiquement » de l’expérience (à force de pratiquer on trouve !). Au niveau des grands principes surtout, la découverte peut donc avoir un caractère universel. L’élevage et l’agriculture à leur naissance et d’autres exemples à suivre, illustrent bien ce premier point. Mais l’invention peut aussi être un acquis très localisé ; le fruit d’un heureux hasard à mettre sur le compte d’un individu particulièrement inspiré. Ce second aspect va surtout concerner l’exploitation des découvertes ou les techniques de mise en œuvre. Dès lors un problème de communication va se poser. Comment un processus nouveau et révolutionnaire éclos en un lieu donné pourra-t-il être divulgué ? Probablement de proche en proche et de « bouche à oreille » mais le parcours peut s’avérer long et plein d’embûches, par exemple : une rétention d’information pour conserver un secret de fabrication, de procédure, et assurer ainsi le bénéfice d’un monopole le plus longtemps possible. Pour illustrer ces propos, trois événements importants vont marquer l’évolution des connaissances, à l’orée des 4000 ans av.J.C. en Occident :

1 - découverte des céréales : dans le Sud de la Sicile, de hautes herbes poussant à l’état naturel et pourvues de lourds épis, ont été remarquées. Leurs graines broyées entre deux pierres, donnaient une farine utilisable pour fabriquer des galettes nutritives. Il y en avait de plusieurs espèces, correspondant au blé tendre, au blé dur (amidonnier) et à l’orge. La découverte de ces graminées allait se révéler bien entendu, des plus fondamentales et l’on imagine volontiers des colporteurs troquant à prix d’or, des sachets de cuir contenant quelques poignées de ces graines miraculeuses ! 2 - découverte de la céramique et de la chaux : à l’origine, il y a la pratique courante d’avoir à maintenir actifs, plusieurs feux à l’intérieur d’un campement. En effet, disposer en permanence de braises pour rallumer les foyers domestiques, est une précaution des plus judicieuses car l’amorçage d’un feu n’était pas chose facile à l’époque ! Or lesdits foyers étaient protégés contre le vent, par des murets de pierres ; du « tout-venant » parfois consolidé par un liant d’argile pétrie. Dans ces conditions, se rendre compte que ces joints argileux « cuisaient » pour devenir aussi durs que la pierre, fut certainement un constat rapide à établir. Les conséquences sont évidentes et le principe de la céramique découvert.

Non moins fortuitement, toujours en rapport avec cette pratique de feux permanents et après une plus longue exposition à la chaleur vive, on observa aussi que les pierres calcaires des parois se désagrégeaient peu à peu, devenant pulvérulentes. De plus, sous l’action de l’eau (la pluie par exemple), cette poudre formait une pâte puis se solidifiait ! La chaux et son principe de fabrication étaient découverts. Dans un premier temps, ce mortier ne fut pas utilisé comme liant de pierres de construction mais en enduit pour revêtir les parois internes de silos servant à entreposer des vivres, viandes ou grains.

En somme, les Ligures furent très occupés de 4000 à 2000 ans av.J.C. pour mettre en œuvre et développer ces « trouvailles », toutes essentielles pour leur survie. Les sols à peu près plans sont systématiquement défrichés pour l’ensemencement des céréales et une technique de labour est mise au point. Elle consiste à utiliser une paire de « cornus » (vaches ou bœufs), pour tracter un araire fait d’un simple pieu de bois dur fiché dans la terre. Ainsi, de grandes quantités de grains pouvaient être récoltées mais au début, il y eut quelques ratés dans les conditions de stockage ; des lots notamment d’orge, ont fermenté. L’homme venait de découvrir, encore accidentellement, le principe de fabrication de la bière ; sa première boisson de « fantaisie » ! Mais il est incontestable que l’activité principale dans nos régions alpine et provençale est à rechercher dans l’élevage et principalement celui des moutons.

Les Ligures vont bientôt obtenir de l’élevage ovin, l’essentiel de leurs ressources. Par abattage ou par le feu, ils diminuent de façon draconienne l’espace forestier pour dégager des « prairies naturelles » permettant le pacage de troupeaux de plus en plus grands. L’effet pervers de cette pratique sera long à se dessiner ; le temps qu’il faut aux intempéries pour lessiver les sols de leur chair de terre. Peu à peu l’ossature rocailleuse du paysage provençal ou préalpin tel que nous le connaissons, apparaît ; fait de violents contrastes, d’ubacs et d’adrets, de garrigues et de pinèdes. Mais son charme ne devait probablement pas trop préoccuper les indigènes de l’époque ! Plus soucieux d’assurer des pâturages adaptés aux saisons, ils jettent les bases d’une transhumance. Les troupeaux de Provence occidentale sont conduits l’été vers le Gapençais ; ceux de Provence centre-orientale sont plutôt dirigés vers le Mercantour et ses abords méridionaux. Ainsi sont largement satisfaits les besoins des populations pour leur nourriture carnée, au point de fournir des excédents ! Mais il y a aussi surproduction de produits annexes : les peaux et surtout la laine. Les Ligures apprennent à la filer puis à la tisser. Les premiers métiers à tisser apparaissent. Dans la mesure où les autochtones n’ont pas eux-mêmes inventé les procédés de fabrication, qui a pu les leur insuffler ? Une analyse fine de l’évolution technologique et du diachronisme afférent a révélé que les éléments de progrès provenaient à cette époque, de leurs congénères ligures des Apennins ; lesquels les détenaient de communautés italiques encore plus méridionales. Ces transferts d’idées et recettes paraissent devoir nous ramener vers l’Orient ! Mais avant d’y retourner, nous devons ouvrir une parenthèse importante.

D - EVOLUTION DES CROYANCES CHEZ LES LIGURES.

Pour nombre d’auteurs, le troisième millénaire avant J.C. se singulariserait par un brusque développement de la religiosité des peuples. En réalité, il s’agit d’une prolifération de nouveaux rites car la croyance mythique de l’individu demeure constante dans son intensité. Nous avions laissé les premiers indigènes ligures avec leur mental de chasseurs très polarisé sur la capture du gros gibier et les gravures ou peintures rupestres traduisaient cette seule préoccupation. Ainsi, l’homme dessinait ou plutôt, faisait dessiner par son chamane-artiste, les contours des animaux qu’il souhaitait abattre, afin que le Destin lui soit favorable. De même, au retour d’une expédition fructueuse il va rendre hommage aux Forces surnaturelles pour les remercier de leur assistance, en faisant encore graver des profils d’animaux mais maintenant transpercés par le jet qui leur fut fatal. C’est aussi pour provoquer la réussite qu’il laisse de nombreuses empreintes de ses mains sur les parois ; il espère ainsi pouvoir manipuler ses armes avec plus de force et d’adresse. Mais avec la grande diversité des activités nouvellement apparues, la piété ne peut plus revêtir un aspect monolithique et va se diversifier. Il est certain que les besoins en matière de religion, ne sont pas les mêmes pour un cultivateur et un éleveur par exemple. Ils solliciteront des recours adaptés aux épreuves particulières qu’ils auront à franchir. Cependant, la crainte également ressentie face à la menace de catastrophes ou calamités toujours « inexpliquées », contribue à maintenir un certain sentiment de solidarité et d’appartenance à une même communauté religieuse, tels que : les violents orages ponctués par le tonnerre, la foudre, la grêle ; les incendies, sécheresses, inondations, épidémies, ... qui ravagent les cultures et déciment les troupeaux.

La plupart des lecteurs connaissent ou sont suffisamment informés sur le site de la « vallée des Merveilles » près de Tende. Pendant trois millénaires et à partir de 3500 ans av.J.C. environ, les Ligures de la région sont inlassablement venus y déposer leur message destiné aux Forces célestes. L’endroit n’a pas été choisi au hasard. Dans ce paysage impressionnant, minéral à souhait et « électrisé », les orages les plus spectaculaires et imprévisibles, sévissent toute l’année. Le mont Bégo son point culminant à près de 3000m, paraît jouer le rôle d’une « électrode » captant la foudre et contribuant ainsi à faire de ce « toit du Monde », un lieu privilégié de communication avec « l’Au-delà ». Des chamanes-devins seuls habilités, ont gravé plus de 50.000 figures très expressives, sur la patine de schistes polis par les glaciers et où se mêlent vraisemblablement, souhaits et remerciements comme autant d’« ex-voto ». Les plus anciennes représentent des motifs agraires : attelage de bêtes à cornes à un araire et laboureur, grille « cadastrale » évoquant la parcellisation des sols, attributs féminins symbolisant la terre devenue « mère nourricière »,... ; puis, plus tardifs, apparaissent des motifs masculins et guerriers : haches, poignards, arcs tendus et flèches,... « tête de chef », etc... Les mutations sont évidentes. Le sanctuaire est maintenant sorti des grottes et devient de « plein air ». Il s’identifie aussi et pour la première fois, à un lieu de pèlerinage. Des répliques à ce site ont été trouvées dans toutes les Alpes : au val Camonica, à la Valteline, au val d’Aoste, dans le Valais,.... Mais pour les pratiques cultuelles au quotidien, il fallait que l’indigène ait à sa disposition des objets sacrés « de proximité », plus attachés à son lieu de résidence. Il va donc mettre son territoire sous la protection des Dieux et des bons Esprits, en y érigeant des stèles votives, marquant ainsi sa soumission à un rite encore tout empreint de superstition. Ces objets de culte sont de type uniforme mais peuvent varier dans leur présentation ; depuis la simple et grosse pierre brute fichée verticalement dans le sol, le menhir, jusqu’à la dalle à face ornée de dessins géométriques et stylisés, évoquant parfois une tête ou forme humaine pour les plus élaborées. De telles « bornes » feront en quelque sorte office de premiers oratoires.

NB : à Sallagriffon, le lieu dit « Peïra Plantada » pourrait bien être un témoignage de ce temps.

Ainsi peuvent être esquissées les conditions générales de vie des Ligures, entre autres méridionaux, à l’aube de la Protohistoire (âge des Métaux) vers 2500/2000 ans av.J.C. Elles correspondent à des activités pour l’instant, surtout axées sur la production agricole au sens le plus large et aussi, déjà très pénétrées de rituels aux caractères nettement religieux. Peut-on à ce stade envisager un peuplement pour le val de Chanan ? Une première hypothèse se dessine, mais avec réserve et seulement comme période d’extrême ancienneté.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Première étude

Deuxième étude

Troisième étude

Quatrième étude

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