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Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 4- Ce qu’est le socialisme et ce qu’il n’est pas > Les Mémoires de Louise Michel

Les Mémoires de Louise Michel

mercredi 11 décembre 2019, par Robert Paris

« L’idée ne venait pas à Montmartre qu’on pût attendre… Oh si ces hommes dévoués (les membres du Comité central de la garde nationale) eussent eu, eux aussi, un moins grand respect de la légalité, comme elle eût été bien nommée la Commune, révolutionnairement, sur le chemin de Versailles ! » Louise Michel dans « La Commune »

Versailles, décembre 1871, le Président du 6ème Conseil de Guerre interroge :

Le Président : Accusée Louise Michel, avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ?

Louise Michel  : Ce que je réclame de vous, qui êtes des militaires et qui jugez à la face de tous, c’est le champ (d’exécution) de Satory où sont déjà tombés nos frères ! Il faut me retrancher de la société. On vous dit de le faire. Eh bien, le Commissaire de la République a raison. Puisqu’il semble que tout cœur qui bat pour la liberté n’a droit qu’à un peu de plomb, j’en réclame une part, moi ! Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance ...

Le Président : Je ne puis vous laisser la parole si vous continuez sur ce ton !

Louise Michel  : J’ai fini ! Si vous n’êtes pas des lâches, tuez-moi !”

L’institutrice Louise Michel (1830-1905) fut de tous les combats de la Commune. Elle la sert comme propagandiste, comme ambulancière, comme soldat. Elle combat à Montmartre sur les dernières barricades. Arrêtée elle est condamnée à la déportation en Nouvelle Calédonie. Rentrée en France après l’amnistie de 1880, elle milite inlassablement pour la cause libertaire ce qui lui vaudra d’être à nouveau emprisonnée à 3 reprises. Louise Michel est devenue, par ses écrits, son militantisme anarchiste post-communard, l’une des femmes qui ont symbolisé la Commune.

Lire ici l’autobiographie de Louise Michel

La Commune de Louise Michel

Lire sur la Commune de Paris - 1871

A mes frères

Pise de possession

L’ère nouvelle

Lire encore sur Louise Michel

« Il faut bien qu’il meure ce vieux monde, puisque nul n’y est plus en sûreté, puisque l’instinct de conservation de la race s’éveille, et que chacun, pris d’inquiétude et ne respirant plus dans la ruine pestilentielle, jette un regard désespéré vers l’ horizon.On a brûlé les étapes ; hier encore, beaucoup croyaient tout cela solide ; aujourd’hui, personne d’autre que des dupes ou des fripons ne nie l’évidence des faits. — La Révolution s’impose. L’intérêt de tous exige la fin du parasitisme. »

(Louise Michel, La Commune Histoire et Souvenirs, 1898)

Ballade en l’honneur de Louise Michel

Madame et Pauline Roland, Charlotte.

Théroigne, Lucoile.
Presque Jeanne d’Arc, étoilant
Le front de la foule imbécile,
Nom des cieux, coeur divin qu’exile :
Cette espèce de moins que rien
France bourgeoise au dos facile
Louise Michel est très bien.

Elle aime le Pauvre âpre et, franc
Ou timide, elle est ta faucille
Dans Ie blé mûr pour le pain blanc
Du Pauvre, et la sainte Cécile,
Et la Muse rauque et gracile
Du Pauvre et son ange gardien
A ce simple ; à cet imbécile.
Louise Michel est très bien.

Gouvernements et maltalent,
Mégathérium ou bacille,
Soldat brut, robin insolent,
Ou quelque compromis fragile.
Tout cela son courroux chrétien
L’écrase d’un mépris agile.
Louise Michel est très bien.

Envoi

Citoyenne ! Votre évangile
On meurt pour ! c’est l’Honneur ! et bien
Loin des Taxil et des Bazile.
Louise Michel est très bien.

A.VERLAINE
1888

VIRO MAJOR (Plus virile qu’un homme) (1)

Ayant vu le massacre immense, le combat,

Le peuple sur sa croix, Paris sur son grabat,

La pitié formidable était dans tes paroles ;

Tu faisais ce que font les grandes âmes folles,

Et lasse de lutter, de rêver, de souffrir,

Tu disais : j’ai tué ! car tu voulais mourir.

Tu mentais contre toi, terrible et surhumaine.

Judith la sombre juive, Aria, la Romaine,

Eussent battu des mains pendant que tu parlais.

Tu disais aux greniers : j’ai brulé les palais !

Tu glorifiais ceux qu’on écrase et qu’on foule ;

Tu criais : J’ai tué ! Qu’on me tue ! Et la foule

Ecoutait cette femme altière s’accuser.

Tu semblais envoyer au sépulcre un baiser ;

Ton œil fixe pesait sur les juges livides,

Et tu songeais, pareille aux graves Euménides.

La pâle mort était debout derrière toi.

Toute la vaste salle était pleine d’effroi,

Car le peuple saignant hait la guerre civile.

Dehors on entendait la rumeur de la ville.

Cette femme écoutait la vie aux bruits confus,

D’en haut, dans l’attitude austère du refus.

Elle n’avait pas l’air de comprendre autre chose

Qu’un pilori dressé pour une apothéose,

Et, trouvant l’affront noble et le supplice beau,

Sinistre, elle hâtait le pas vers le tombeau.

Les juges murmuraient : qu’elle meure. C’est juste.

Elle est infâme. -A moins qu’elle ne soit auguste,

Disait leur conscience ; et les juges, pensifs,

Devant oui, devant non, comme entre deux récifs,

Hésitaient, regardant la sévère coupable.

Et ceux qui, comme moi, te savent incapable

De tout ce qui n’est pas héroïsme et vertu,

Qui savent que si Dieu te disait : D’où viens-tu ?

Tu répondais : Je viens de la nuit où l’on souffre ;

Dieu, je sors du devoir dont vous faites un gouffre !

Ceux qui savent tes vers mystérieux et doux,

Tes jours, tes nuits, tes soins, tes pleurs, donnés à tous,

Ton oubli de toi-même à secourir les autres,

Ta parole semblable aux flammes des apôtres ;

Ceux qui savent le toit sans feu, sans air, sans pain,

Le lit de sangle avec la table de sapin,

Ta bonté, ta fierté de femme populaire,

L’âpre attendrissement qui dort sous ta colère,

Ton long regard de haine à tous les inhumains,

Et les pieds des enfants réchauffés dans tes mains ;

Ceux-là, femme, devant ta majesté farouche,

Méditaient, et , malgré l’amer pli de ta bouche,

Malgré le maudisseur qui, s’acharnant sur toi,

Te jetait tous les cris indignés de la loi,

Malgré ta voix fatale et haute qui t’accuse,

Voyaient resplendir l’ange à travers la méduse.

Tu fus haute et semblas étrange en ces débats ;

Car, chétifs comme sont les vivants d’ici-bas,

Rien ne les trouble plus que deux âmes mêlées,

Que le divin chaos des choses étoilées

Aperçu tout au fond d’un grand cœur inclément,

Et qu’un rayonnement vu dans un flamboiement.

VICTOR HUGO

Décembre 1871

Toute la Lyre, livre I

(1) Poème écrit hommage à Louise Michel à la suite du procès de cette dernière après la chute de la Commune.

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