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Pourquoi le monde capitaliste court à sa perte

mardi 2 avril 2019, par Robert Paris

Pourquoi le monde capitaliste court à sa perte, à sa chute économique, sociale et politique, à son autodestruction, et même à l’extinction de sa civilisation ?

Contrairement à ce que nous allons développer ici, bien des gens répondent en disant que cette situation proviendrait :

- du déréglement climatique dû à l’excès de gaz carbonique, causé par l’accroissement trop important de l’activité humaine, indépendamment disent-ils parfois, du système social dominant tant que celui-ci serait productiviste,

- de l’excès de population provenant d’une population humaine en croissance exagérée par rapport aux capacités de la Terre et dela surexploitation de la nature et du vivant,

- de la destruction écologique de la planète qui finit par frapper, apr ses conséquences en retour, l’humanité elle-même, par le manque d’eau, de nourriture, par l’accroissement de la misère, par les migrations forcées, par la réaction violente à ces dernières, par le caractère de moins en moins démocratique du pouvoir qui en résulte,

- du choc des civilisations, la civilisation capitaliste occidentale étant de plus en plus remise en cause par les peuple les plus pauvres et opprimés qui ne verraient plus l’intérêt d’accepter cette domination, avec comme conséquence la montée des terrorismes, des guerres civiles,

- de la concurrence violente s’exacerbant à l’échelle internationale et menant de plus en plus à la confrontation à grande échelle, et même à une troisième guerre mondiale thermonucléaire.

- de la montée de nouvelles puissances capitalistes et impérialistes, notamment en Asie, puissances qui ne peuvent que viser à remettre en question la domination du monde,

Sans parler de ceux qui y voient une chute morale et idéologique des classes possédantes qui dominaient, celles du monde occidental.

Le plus grand défaut des explications et interprétations précédentes de la crise profonde et historique qui frappe la civilisation capitaliste dominante est qu’elles font l’impasse sur les classes sociales, sur leurs affrontements, sur leurs buts opposés, sur les capacités de celles-ci à offrir un avenir à la société et font comme si nous vivions dans « une société d’hommes, d’individus », fonctionnant pour ces hommes, suivant leurs opinions, mise en place suivant leurs désidérata, et qui changerait parce qu’ils prendraient conscience que leurs aspirations ne sont plus moralement acceptables, et nuisibles à la Terre entière !

Ce point de vue moraliste est celui de la petite bourgeoisie et de la jeunesse, mais il est mis en avant aussi par une fraction de la grande bourgeoisie capitaliste elle-même et de ses représentants politiques, de ses organisations, de ses institutions. Il sert ainsi à détourner les exploités de la lutte des classes et à prétendre qu’il est plus vital de « sauver la planète » que de libérer les exploités et les opprimés.

Tous ceux qui affirment que la crise de la société mondiale serait une crise climatique, une crise écologique, une crise morale et idéologique, comme une crise de la civilisation occidentale, cherchent d’abord à cacher que c’est un effondrement économique du mode de production capitaliste, fondé sur la domination d’une classe sociale exploiteuse sur une classe sociale exploitée, qui est à la racine de tous les dysfonctionnements actuels. Et ils cherchent à faire croire que le système actuel serait le produit du manque de conscience et de l’égoïsme « des hommes », « des citoyens », des opinions publiques qui privilégieraient leur bien-être matériel immédiat face à l’avenir de la planète…

Ainsi, les révoltes des classes sociales les plus pauvres pourraient être et rangées au rayon des égoïsmes humains, rejetées comme sans avenir et mises dans le même sac que la gourmandise des plus riches. La pollution des pauvres rejoindrait ainsi la pollution des riches, et les revendications des uns celles des autres, les deux étant censées être battues par une prise de conscience planétaire de l’humanité renonçant à surexploiter la planète… On vient de voir par exemple comment la révolte des plus démunis en gilets jaunes s’est vue opposer aux rassemblements écologistes pour le climat. L’austérité contre les plus pauvres est ainsi légitimée par la nécessité de sauver la planète !

Le plus faux dans tout ce discours n’a rien à voir avec la compréhension du fonctionnement du climat, de l’écologie, du Vivant, et des nécessités de la production en général mais dans la compréhension de la société de classes sociales et de leur lutte.

La crise générale de l’ancien système qui a longtemps dominé le monde provient du fait qu’il a atteint ses limites, mais celles-ci ne sont pas celles qu’impose la nature, le vivant, le climat, l’énergie, l’eau, la démographie, mais ce sont les limites de l’accroissement… du capital obtenue en réinvestissant les capitaux dans la production, dans la création d’une plus value tirée du travail humain !

Le capitalisme n’est devenu incapable de s’en sortir ni par défaut idéologique, moral, humain, ou sinon, ce défaut existait depuis toujours et on ne voit pas pourquoi c’est seulement aujourd’hui qu’il se manifesterait.

Cette chute ne s’est manifestée que du fait de la chute massive des investissements productifs depuis le début des années 2000 menant à l’effondrement économique de 2007-2008 et ce n’était ni un effondrement d’origine morale, humaine, énergétique, démographique ou causée par des… migrants, ni même à des peuples, mais à des causes économiques qui faisaient que le capitalisme était menacé par… lui-même !

En 2007-2008, il n’y a eu ni crise causé par un excès climatique, par un réchauffement, pas du gaz carbonique, pas des migrants, par la pollution, par la guerre, par les affrontements économiques ou guerriers entre grandes puissances. Ce sont toutes les puissances capitalistes, anciennes comme nouvelles, qui ont été frappées en même temps, qui ont réagi ensemble et exactement de la même manière et qui se sont unies pour essayer de s’en sortir, étant menacées de la mort à court terme de l’ensemble du système ! C’est cela qu’elles essaient de faire oublier en prétendant que préconiser l’austérité, ce serait sauver la planète ! C’est aussi ce qu’elles essaient de faire oublier en affirmant aux peuples qu’ils ne seraient menacés que de la crise énergétique, de la crise climatique ou de la crise du terrorisme ou des migrants…

Non, les systèmes sociaux ne meurent pas parce qu’ils sont en crise morale, idéologique, démographique, écologique, environnementale, en relation avec l’« équilibre naturel », par l’épuisement des ressources provoquée par une simple surexploitation de la nature. Aucune civilisation n’a chuté pour de telles raisons, même s’il est de mode de le prétendre. Une société de classes ne disparaît, son mode de production étant complètement abandonné, que si elle est déstabilisée dans ses bases, dans ses rapports de production, ce qui est synonyme d’une lutte de classes exacerbée, d’une révolution sociale…

Oui, les systèmes sociaux ne chutent définitivement et pas conjonctuellement, que quand ils ont épuisé non des possibilités naturelles mais des potentialités en tant que mode de production, ce qui est complètement différent, quand ils ont atteint un seuil de développement et qu’ils ne peuvent se développer plus avant. Leur limite est économique et sociale, et pas seulement une limite d’exploitation de la nature.

Des accidents historiques peuvent faire chuter une dynastie, un régime politique, un empereur, un empire même, mais le système social qui dominait la région ne chute définitivement que s’il a atteint ses limites historiques. Les classes possédantes ne chutent que devant des problèmes qu’ils sont incapables de résoudre. C’est une incapacité qui n’est pas technique, qui n’est pas morale, qui n’est pas idéologique, mais qui est sociale.

Un système qui est fondé sur la division en classes sociales, en exploiteurs et exploités, ne peut disparaître que si le mode de production et les rapports de production sont incapables de continuer à fonctionner, non seulement du point de vue des exploités mais même de celui des exploiteurs, le système lui-même tendant à sa chute.

Bien des gens n’ont aucunement conscience de ce dernier point, de cette impossibilité du système de fonctionner du point de vue des exploiteurs eux-mêmes, qu’il s’agisse de la société capitaliste ou de toutes celles qui l’ont précédée. L’Ancien Régime, avant la révolution française, crevait de cette incapacité de la noblesse. Les vieilles sociétés antiques sont mortes de la même manière. C’est le cas de tous les changements brutaux, de toutes les chutes de civilisations et d’empires, sur tous les continents. Aucun changement brutal ne pourrait avoir lieu dans le mode de production et les rapports de production s’il était uniquement dû au mécontentement des exploités et pas à l’incapacité des exploiteurs.

Ceux qui cherchent les causes des chutes de civilisations aux quatre coins du monde et s’en tiennent au mécontentement des masses populaires sont décontenancés et ils le sont au point de parler du « mystère » de la disparition des sociétés et des Etats antiques. Certains en arrivent à faire allusion à des extraterrestres, à des aliens, à des invasions d’êtres inconnus, mais ce qui est inconnu d’eux c’est la logique tout à fait terrestre selon laquelle un processus se change en son contraire, de mode de construction d’une société, il se transforme en mode de destruction. C’est là le seul « mystère » des changements brutaux et radicaux dans tous les domaines, dans celui des sociétés humaines et de l’histoire, comme dans celui de la matière en physique et en chimie…

Aussi bien l’empire romain que la civilisation de l’Indus ou que les civilisations andines ou l’Ancien Régime en France, les sociétés ont connu des développements qui les amenaient à se transformer fondamentalement au point que leur propre fonctionnement est devenu la source même de leur chute. Il n’y a là aucune magie, aucun extraterrestre, aucune sorcellerie, aucune manipulation, mais seulement un mécanisme universel du changement radical et brutal, des révolutions.

N’ayant aucune notion sur un tel mécanisme universel de renversement (transformation dialectique en son contraire) du fonctionnement des systèmes, la plupart des auteurs et des gens sont aveugles en ce qui concerne le passé mais aussi le présent, sur la chute que nous vivons actuellement, celle de la civilisation capitaliste. Ce n’est pas parce que nous la vivons que son mécanisme nous crève les yeux, bien au contraire. Pas plus que le malade n’a plus conscience des causes de sa maladie que celui qui l’étudie et ne la vit pas de l’intérieur. De l’intérieur du système capitaliste – nous sommes nés dedans -, nous n’avons pas davantage conscience de ce qui grippe que le malade n’a conscience de sa maladie…

Nous avons toujours tendance à penser que ce qui détruit un système devrait être une attaque de l’extérieur puisque le système a vécu durant de longues années et parfois bien plus des siècles ou des millénaires. On se dit : il a dû attraper une maladie de l’extérieur, il a été envahi (guerriers, migrants, microbes, virus, etc…). On n’imagine pas que la maladie est venue d’abord de l’intérieur et encore moins qu’elle provient non du mal mais du bien, du fait que le système a tellement bien réussi qu’il a atteint ses limites, qu’il ne peut plus se développer et que, dès lors, ses mécanismes d’accroissement, de développement, de progression se tournent en leur contraire, en mécanismes d’effondrement, de chute, de régression…

Ce n’est pas un autre mécanisme qui tue le système. Non, c’est justement le mécanisme qui le faisait vivre et qui se retourne à un certain stade de son développement… Contrairement à nos idéologies dichotomiques, à nos conceptions dualistes, le monde est un et les contraires sont imbriqués. Le retournement dialectique du fonctionnement d’un système est complètement ignoré des auteurs et du grand public. Ce n’est pas que de l’ignorance : les classes possédantes ne veulent pas d’une telle conception dialectique qui annonce par avance leur chute ! Elle explique en effet qu’une dynamique de construction deviendra une force destructrice et que le système s’autodémolit ! En effet, si les classes possédantes ont retenu que le système pouvait être menacé par des contradictions, elles n’ont jamais voulu comprendre qu’il était fondé sur ces mêmes contradictions et que c’étaient elles qui lui donnaient son dynamisme !!! Les sociétés ne disparaissent pas du fait d’attaques externes, de guerres, d’attaques de maladies, d’invasions, d’attaques idéologiques, de crises venues des voisins, mais d’abord et avant tout du fait qu’elles se sont détruites d’elles mêmes à un certain moment et c’était justement au moment où elles avaient atteint le plus haut niveau de leur succès, de leur développement, de leur domination. Les attaques sociales, celles des exploités, ne sont pas à séparer des crises des classes exploiteuses. L’Ancien Régime, c’est aussi bien la société où les plus démunis se révoltent que celle où les nobles ne parviennent plus à vivre selon l’ancien mode de fonctionnement social. Et ce n’est nullement une exception. Le monde est plein de ruines de toutes les vieilles civilisations dans lesquelles les classes possédantes n’ont pas pu continuer à dominer, à diriger, à exploiter et d’abord parce qu’elles mêmes n’y parvenaient plus, parce qu’en faisant la même chose que leurs ancêtres, au lieu de développer leur société, ils ne faisaient plus qu’à la saper à la base.

Même les attaques externes n’ont été possibles que parce qu’édifice était vermoulu, sapé de l’intérieur. Une société développée, puissante, dominante a pu durer des siècles, écrasant aisément toutes ses voisines et, d’un seul coup, devenir un véritable château de cartes, pulvérisable par une société de niveau d’organisation inférieur. On cherche alors ce qui a bien pu la miner. On cherche des trahisons. On cherche un affaiblissement idéologique et moral. On cherche des adversaires extérieurs. Mais on n’imagine pas que la principale source de déstabilisation soit… le succès ! Car le succès, à un certain seuil, cela signifie atteindre des limites de développement, cela signifie aussi voir apparaître des formes nouvelles, des classes nouvelles ou des rapports sociaux nouveaux.

Toutes les sociétés sont fondées sur des mécanismes contradictoires : de développement et de conservatisme. Aucune société ne peut simplement stagner et, du coup, quels que soient ses mécanismes de conservation, toutes les sociétés qui se développent atteignent un beau jour un seuil où les mécanismes de transformation qui la développaient la détruisent.

On se souvient combien les historiens sont étonnés de remarquer à quel point c’est la royauté féodale qui a aidé la grande bourgeoisie à se développer avant d’être renversée par elle ! Ce type de contradiction est justement ce qui leur échappe du mode de fonctionnement contradictoire des sociétés humaines. La plupart des gens ignorent même que tous les fondements du système capitaliste sont eux-mêmes dialectiquement contradictoires !!!

Du coup, comprendre la chute du système, c’est forcément une énigme ou un mystère. Il faut chercher ailleurs que dans le fonctionnement du système pour comprendre sa chute ! On va chercher dans les intégrismes terroristes, dans le réchauffement climatique, dans l’invasion des migrants, dans la religion musulmane, dans les manipulations des groupuscules, dans la destruction de l’environnement naturel, dans l’épuisement des ressources énergétiques ou en eau, dans l’explosion démographique et on en passe. On ne cherche pas tout simplement dans le mécanisme fondamental de fonctionnement : dans l’accumulation du grand capital, dans le réinvestissement de la plus-value dans la production de nouvelles plus-values. Si on cherchait là, on trouverait que l’effondrement du système date exactement de la chute de l’accumulation du capital productif !!!

Et qu’est-ce qui peut bien provoquer une telle chute ? Eh bien, tout simplement le fait que les possesseurs de capitaux, du grand capital privé, se détournent massivement, dans tous les pays, dans toutes les régions, de l’investissement productif. Pourquoi le font-ils ? Pourquoi brisent-ils ainsi la branche sur laquelle ils sont assis ? Est-ce de l’aveuglement idéologique ? Est-ce qu’ils sont manipulés ou mal informés ? Est-ce un complot ? Est-ce qu’on les a trompés ? Non, rien de et tout cela ! C’est simplement parce qu’ils recherchent aujourd’hui ce qu’ils recherchaient hier : investir dans ce qui profite le plus… Et quel que soit cet investissement.

Mais alors pourquoi ce mécanisme, qui a poussé le capitalisme à produire des milliers de fois plus que toutes les sociétés précédentes, se met-il à détruire des milliers de fois plus que toutes les sociétés précédentes, simplement en faisant fonctionner le même mécanisme qui a permis son développement ?!!! Eh bien, l’explication est simple : un système se retourne en son contraire dès qu’il a réussi, dès qu’il a atteint son plus haut niveau. On l’a vu dans les empires qui, dès leur plus grand succès d’extension, de richesse, de domination, s’effondrent.

Ce n’est pas les difficultés, ce n’est pas la pauvreté, ce n’est pas les attaques, ce n’est pas les ennemis qui font mourir ces sociétés ayant atteint leur plus haut niveau de succès, c’est justement leur réussite ! On se souvient que les dinosaures avaient dominé les autres espèces avant de disparaître ! On se souvient aussi de la société des Pharaons qui était le plus grand Etat de l’Histoire avant de chuter et de ne plus pouvoir dominer pendant des centaines d’années.

Oui, les systèmes qui atteignent une limite de développement vont vers une espèce de suicide qui est provoqué par le retournement dialectique de leur fonctionnement lui-même.

Ce qui étonne le monde justement, c’est de constater que le capitalisme est en phase autodestructrice, comme les gens de l’époque s’étonnaient de voir, à l’Ancien Régime en France ou lors de la Guerre des deux roses en Agleterre, royauté et féodalité s’autodétruire eux-mêmes. Et il en allait de même de l’Egypte des Pharaons ou de l’empire romain. Les uns comme les autres avaient atteint leur plus haut niveau de succès et de richesse avant de chuter, comme le capitalisme en 1929 et 2017.

Ces phases autodestructrices étonnent les historiens et les archéologues, qu’il s’agisse de la chute du féodalisme, de celle des sociétés indiennes des Andes ou de celles d’Orient ou encore du capitalisme actuel. Cela étonne tellement que les auteurs, loin de s’en satisfaire, cherchent ailleurs, dans de prétendues crises morales, idéologiques, dans des phénomènes surnaturels aussi.

Qu’y a-t-il d’étonnant qu’un système ait des limites de développement, seuils auxquels ses mécanismes de vie se transforment en mécanisme de mort. Au sein du Vivant, l’apoptose nous donne l’exemple de tels mécanismes. Au sein du vide quantique, les apparitions et disparitions de particules en donnent un exemple au sein du monde dit « inerte ». Les systèmes humains, économiques et sociaux, sont pleins d’exemples de ce type de mécanisme. Il n’y a rien de miraculeux, de magique, d’étrange, d’incompréhensible qu’un fonctionnement contienne en son sein sa propre destruction, son suicide. C’est le cas de tous les systèmes fondés sur des rétroactions en cascade.

Bien sûr, une société qui s’effondre sur le plan économique le fait également sur le plan social, politique, moral et idéologique, mais il ne faut pas inverser les rôles.

Comment reconnaître qu’un tel phénomène est en cours ? Il y a un phénomène caractéristique de cela : le système réagit en se figeant, en se durcissant, en devenant plus rigide, peu avant de chuter définitivement. Il cesse de laisser les contradictions se développer et il empêche toute évolution, il se bloque, se fige, indiquant ainsi qu’il ne peut plus évoluer qu’en s’effondrant parce qu’il a atteint son plus haut niveau.

Aucun mécanisme, ni matériel, ni vivant, ni humain, ni social n’est illimité et, dès lors que la dynamique a atteint ses limites de développement, ses méthodes constructives deviennent destructrices.

Pour des penseurs non dialecticiens, ce retournement d’un processus est parfaitement inconcevable. Pour eux, c’est ou l’un ou l’autre, ou la construction ou la destruction, ou le développement ou la chute, mais pas les deux issus d’un même fonctionnement.

Qui peut croire en effet, avec le bon sens par lequel les gens pensent d’ordinaire, que le même mécanisme ayant permis de multiplier la production, de conquérir la planète, de défaire tous les anciens modes d’organisation sociale, que ce même mode de fonctionnement mène à la destruction du système ?

Un tel retournement n’est décidé par personne, provoqué par personne, voulu par personne, pas même les classes dirigeantes réputées être capables de prendre toutes les décisions concernant le système, et encore moins les exploités qui n’ont pas encore pu se convaincre qu’un tel processus de destruction générale du système puisse avoir lieu et encore moins qu’il soit en cours actuellement.

Personne ne l’a voulu, ni choisi, ni décidé, ni programmé. C’est la dynamique qui s’est retournée par elle-même.

Il ne s’agit pas du même mécanisme que celui des cycles récession-reprise, des crises dites « classiques » qui, loin de mener à la destruction, permet au contraire le développement dynamique du capitalisme, en se débarrassant des « canards boiteux », des entreprises qui plombent l’économie. Plus exactement, dans les crises économiques, on assiste au mode de fonctionnement dynamique du système, à son mode de nettoyage et de régulation par des faillites.

Par contre, depuis 2007, ce mode de fonctionnement est bloqué : cela fait plus de onze ans qu’il est interdit de laisser une seule grande entreprise, trust, banque, établissement financier, assurance de chuter, de faire faillite. Le système s’est donc figé, il a s’est mis dans un état protectif bloqué qui indique qu’il est en train d’aller vers sa chute.

En 2008, en intervenant massivement, dans tous les pays, les puissances publiques, les banques centrales, les Etats ont décidé qu’il n’y aurait plus une seule grande entreprise qui ferait faillite car le système ne pouvait plus se le permettre, toutes les grandes entreprises menaçant de chuter si on en laissait chuter une seule, comme on l’avait prévu pour la banque Lehman Brothers aux USA.

Depuis plus de dix ans, la société est figée dans la crainte d’un krach général qui serait encore plus général et massif qu’en 2008, parce que l’échelle des dettes publiques et privées serait beaucoup plus grand, mais aussi parce que les années de blocage des crises ont coûté très cher, affaiblissant mortellement les banques centrales.

Pour figer le système capitaliste, qui avait toujours été dynamique jusque là, les grands trusts, les grandes banques, les bourses, ont été décrétés interdites de chuter : « to big to fail ». Le système a dû s’engager à les sauver toutes, a dû annoncer que si l’une d’elle faisait faillite, tous les Etats et toutes les banques centrales devraient se porter à son secours, quel qu’en soit le coût.

La phase dynamique du capitalisme est achevée et ne reviendra plus. Même si le capitalisme a toujours reçu plus ou moins de soutien de la puissance publique, les Etats et les banques centrales n’avaient jamais interdit les faillites au cours des dizaines de crises économiques. C’est la première fois que le mode de régulation du capitalisme est débranché artificiellement. C’est la meilleure démonstration que le système est entré dans sa phase autodestructrice.

Il y a bien d’autres manifestations montrant qu’il est entré dans une phase nécrophile. Bien des gens s’étonnent de voir les responsables des Etats, des trusts, de banques, de toutes les institutions de la société, tous les possesseurs du grand capital se comporter de manière apparemment complètement irrresponsable et destructrice par rapport aux intérêts qu’ils défendent. Les exemples ne manquent pas, depuis le Brexit anglais, aux affrontements entre l’Etat central espagnol et la Catalogne, en passant par les comportements des reponsables de l’Etat italien. L’Europe est loin d’être seule concernée, pensons seulement aux politiques de l’Etat américain, brésilien, vénézuélien, nicaraguayen ou argentin. Ou encore aux responsables de l’Etat algérien.

L’autodestruction concerne tous les niveaux de direction de la société. Elle concerne même l’idéologie du pouvoir…

Les dirigeants des Etats, des banques, des trusts en sont de nombreux exemples, avec Ghosn pour Renault-Nissan, Trump pour l’Etat US, avec Air France-KLM, avec les trusts du nucléaire, avec la plupart des dirigeants de grandes banques, etc. La plupart présentent des attitudes tout à fait suicidaires ou irresponsables, comme s’ils n’imaginaient pas le capitalisme devoir durer bien longtemps… Tous les grands banquiers et financiers sont engagés dans des cascades spéculatives à la Madoff !!! Toutes les grandes banques centrales se sont engagées au-delà des sommes qu’elles peuvent réellement assurées !!! Tous les grands trusts sont allés si loin qu’ils sont au bord du gouffre !!! Peu importe, se disent-ils, puisque de toutes façons, tout va s’effondrer, tirons notre épingle du jeu dans l’immédiat, accumulons un maximum, tant pis pour les risques !!!

Mais le plus frappant, c’est que l’ensemble du grand capital est de plus en plus attiré par des investissements complètement fous : ceux consistant à miser des sommes colossales sur la chute de la société, sur les pertes, sur les effondrements, à spéculer sur la chute d’ensemble du capitalisme ! Et ce n’est même pas par pessimisme ou par nécrophilie, ou encore par folie, non c’est seulement par recherche du secteur le plus rentable pour des investissements !!!

Il ne s’agit nullement de mauvais analystes ou de comploteurs qui viseraient, par de fausses informations, à faire des profits sur des bases criminelles ou mafieuses, et encore moins d’apprentis sorciers du grand capital qui essaieraient de jouer à la chute final par amusement ou du fait de tendances maladives. Encore moins de l’influence de mauvais analystes, de mauvais hommes politiques, de financiers incapables. Ce ne sont pas les docteurs folamour de l’économie, pas plus que ceux de la politique ou des armées qui mènent le monde capitaliste dans le mur, ce sont des gens parfaitement normaux, visant des buts parfaitement classiques : la recherche de l’investissement le plus rentable avec le minimum de risques.

Si le capitalisme est en pleine phase d’autodestruction, ce n’est pas causé une dérive idéologique, culturelle ou morale, ce n’est parce que le capital serait le mal ou qu’il serait par nature mafieux et criminel car tout cela était déjà vrai avant les années 2000 de la chute historique, c’est parce le mécanisme dynamique du système se retournant contre le système lui-même de manière destructive, le système a été contraint de décider d’interrompre son fonctionnement dynamique, c’est-à-dire sa régulation par des crises.

Et c’est d’autant plus impossible à soigner que le mal qui ronge le capitalisme, c’est son propre succès : le fait qu’il a atteint son plus haut niveau de capitalisation, d’investissement productif. Dès lors, ne pouvant plus réinvestir ses profits dans des secteurs producteurs de plus-value et pas seulement des secteurs la répartissant, le grand capital devient sangsue de son propre système, prédateur et poison de son propre fonctionnement, démolisseur de toute sa construction passée, non seulement briseur de la vie des pauvres, des exploités et des peuples mais aussi casseur de toute la société, des entreprises, des services public, du consensus social, y compris d’une grande partie des classes moyennes.

Bien sûr, parmi les exploités, nombre de gens affirment que le capitalisme s’en tirera toujours, se fondant sur l’idée qu’il s’en est toujours tiré… Mieux même, si l’on peut dire, les exploités restent convaincus que, si le grand capital augmente, si les riches deviennent plus riches en somme, c’est que le capitalisme se porte bien. Ce qui frappe, c’est que ce type de raisonnement ne convainc nullement le grand capital et ses défenseurs, qui, eux, serrent les fesses, s’attendent au « grand effondrement » cataclysmique, prennent des mesures dans cette perspective, mènent des politiques dévastatrices pour pallier aux effets à venir de l’effondrement économique à venir.

Font partie de ces politiques toutes les dérives d’extrême droite actuelles, la montée des guerres, le terrorisme et l’antiterrorisme, la dérive violente des répressions étatiques, mais aussi les mesures économiques visant à protéger le grand capital comme la saisie de la totalité des comptes des particuliers et des épargnes. Les gouvernants et les classes possédantes ne prennent donc pas à la légère la préparation de l’effondrement à venir.

Ils se gardent de l’expliquer aux populations mais toutes les propagandes actuelles servent à pallier aux dangers sociaux et politiques qui seront inéluctablement provoqués par la chute du système capitaliste et en particulier aux révolutions sociales.

C’est le but de la propagande anti-migrants, de la propagande sur le climat, de la propagande anti-musulmans, de la propagande anti-Roms, de la propagande anti-européenne, de la propagande en faveur des armées et des polices et on en passe.

C’est ainsi que, pour éviter l’effondrement, les classes possédantes organisent la destruction de l’ancien monde. Pour bâtir le nouveau, il n’y aura qu’une action consciente du monde du travail. Les mouvements prolétariens actuels en France, en Algérie, aux USA, en Asie montrent la voie…

L’humanité ne pourra plus vivre sur la base de l’ancien mode de production et elle va devoir en bâtir un nouveau. C’est toute la tâche de l’heure du mouvement prolétarien. Il ne consiste pas seulement à exprimer les revendications économiques des plus démunis mais à développer le programme politique des exploités et opprimés. C’est une tâche nouvelle dont les réformistes n’ont pas cessé de nous détourner mais qui conditionne que l’effondrement capitaliste ne mène pas seulement à un recul historique d’ampleur mais aussi à une grande avancée historique.

Il n’y a aucune fatalité ni au recul massif de l’humanité, ni à son avancée. Tout va dépendre des mois et années qui viennent. Et tout dépendra des prolétaires !

5 Messages de forum

  • Les universitaires Immanuel Wallerstein, Randall Collins et Craig Calhoun, dans "Le capitalisme a-t-il un avenir ?", considèrent que les limites de ce "système-monde" seront atteintes dans quelques décennies. Un déclin qui serait "accéléré et multidimensionnel".

    Immanuel Wallerstein : "Impossible d’imaginer que le capitalisme va poursuivre son chemin. J’annonce sa mort prochaine [...] dans une quarantaine d’années."

    "Le cycle d’essor passé, on se dirige vers la régression."

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  • « Placements : les Français désertent leurs actions et jugent qu’une « grave crise » est imminente », annonce le journal bourgeois Le Figaro : lire ici

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  • Le FMI alerte sur un risque de chute brutale...

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  • Wall Street est dans le rouge alors que la FED éloigne l’idée d’une baisse des taux d’intérêts !!!

    Le capitalisme, ou du moins son mode de sauvegarde "par échec" issu de la crise en 2008, est bel et bien dans l’impasse...

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  • L’analyste financier Bo Polny prédit pour 2019 « le plus gros krach de toute l’histoire, une réplique de la grande crise financière de 1929 » tandis que, pour l’analyste suisse Egon von Greyerz, « l’inévitable crise financière mondiale approche à grands pas ». Jean-Claude Trichet, ex-président de la BCE, estime « la situation aussi dangereuse qu’en 2007 » tandis que Nouriel Roubini, qui avait prédit le krach de 2008, et Georges Ugeux, ancien numéro 2 de la bourse de New York, voient venir un « tsunami sans précédent » en 2020.

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