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Staline ne supportait pas la contradiction, pas même… la contradiction dialectique !!!

mardi 20 novembre 2018, par Robert Paris

Staline ne supportait pas la contradiction, pas même… la contradiction dialectique !!!

Chacun sait que le régime de Staline a été une dictature féroce, y compris pour ses proches, pour les potentats du régime, menacés à tout moment de passer à la casserole et qui y sont passés les uns après les autres. Contredire Staline n’était pas un jeu à mener dans ces conditions, vue la tendance du dictateur en chef à la parano permanente et générale, voyant partout des traîtres et des ennemis en puissance.

Staline a confié des tâches à ses subalternes et parmi ces tâches, il y avait celle de créer le mythe d’un chef omniprésent , omniscient, à la fois guerrier, peintre, politique et aussi philosophe, sauf que c’était complètement bidon ! Il n’était rien de tout cela à part parano et manipulateur.

Et, dans le domaine de la philosophie, il a donc inventé sa propre version de la dialectique marxiste, soi-disant démarquée de celle de Hegel, et même de celle d’Engels !!!

Et ce n’est pas brillant : la « dialectique » de Staline élimine… la contradiction dialectique !!!!

Staline (ou un pisse-copie aux ordres) écrit dans « L’histoire du parti bolchevik de l’U.R.S.S. (Chapitre IV – 2) :

« Le matérialisme dialectique est la théorie générale du parti marxiste-léniniste. Le matérialisme dialectique est ainsi nommé parce que la façon de considérer les phénomènes de la nature, sa méthode d’investigation et de connaissance est dialectique, et son interprétation, sa conception des phénomènes de la nature, sa théorie est matérialiste. »

« Matérialisme dialectique et matérialisme historique », ouvrage théorique de philosophie n’est présenté que comme un paragraphe de l’histoire du parti stalinien de Russie !!!

La dialectique, simple théorie d’une organisation d’un seul pays, en fait de la bureaucratie de l’Etat, Marx n’aurait pas aimé ! Méthode dialectique, théorie matérialiste, la division n’est pas marxiste…

Et la dialectique, c’est quoi pour Staline ?

Dans le même ouvrage, on peut lire : « La méthode dialectique considère qu’aucun phénomène de la nature ne peut être compris si on l’envisage isolément, en dehors des phénomènes environnants ; car n’importe quel phénomène dans n’importe quel domaine de la nature peut être converti en un non-sens si on le considère en dehors des conditions environnantes, si on le détache des ces conditions ; au contraire, n’importe quel phénomène peut être compris et justifié, si on le considère sous l’angle de sa liaison indissoluble avec les phénomènes environnants, si on le considère tel qu’il est conditionné par les phénomènes qui l’environnent.

Contrairement à la métaphysique, la dialectique regarde la nature, non comme un état de repos et d’immobilité, de stagnation et d’immuabilité, mais comme un état de mouvement et de changement perpétuels, de renouvellement et de développement incessants, où toujours quelque chose naît et se développe, quelque chose se désagrège et disparaît.

C’est pourquoi la méthode dialectique veut que les phénomènes soient considérés non seulement du point de vue de leurs relations et de leur conditionnement réciproques, mais aussi du point de vue de leur mouvement, de leur changement, de leur développement, du point de vue de leur apparition et de leur disparition.

Pour la méthode dialectique, ce qui importe avant tout, ce n’est pas ce qui à un moment donné paraît stable, mais commence déjà à dépérir ; ce qui importe avant tout, c’est ce qui naît et se développe, si même la chose semble à un moment donné instable, car pour la méthode dialectique, il n’y a d’invincible que ce qui naît et se développe. »

On remarquera que la lutte des contraires a disparu ! Finie la contradiction hégélienne !!! Elle est remplacée par « apparaissent et disparaissent » mais comment et pourquoi apparaissent-ils et disparaissent-ils, mystère !!!

Le texte se poursuit ainsi :

« Contrairement à la métaphysique, la dialectique considère le processus du développement non comme un simple processus de croissance où les changements quantitatifs n’aboutissent pas à des changements qualitatifs, mais comme un développement qui passe des changements quantitatifs insignifiants et latents à des changements apparents et radicaux, à des changements qualitatifs ; où les changements qualitatifs sont, non pas graduels, mais rapides, soudains, et s’opèrent par bonds, d’un état à un autre ; ces changements ne sont pas contingents, mais nécessaires ; ils sont le résultat de l’accumulation de changements quantitatifs insensibles et graduels.

C’est pourquoi la méthode dialectique considère que le processus du développement doit être compris non comme un mouvement circulaire, non comme une simple répétition du chemin parcouru, mais comme un mouvement progressif, ascendant, comme le passage de l’état qualitatif ancien à un nouvel état qualitatif, comme un développement qui va du simple au complexe, de l’inférieur au supérieur. »

Les seules contradictions qu’admet Staline sont celles du bien et du mal, du côté positif et du côté négatif. Pas question de négation de la négation !

Voici sa prose :

« Contrairement à la métaphysique, la dialectique part du point de vue que les objets et les phénomènes de la nature impliquent des contradictions internes, car ils ont tous un côté négatif et un côté positif, un passé et un avenir, tous ont des éléments qui disparaissent ou qui se développent ; la lutte de ces contraires, la lutte entre l’ancien et le nouveau, entre ce qui meurt et ce qui naît, entre ce qui dépérit et ce qui se développe est le contenu interne du processus de développement, de la conversion des changements quantitatifs en changements qualitatifs. »

Tout au plus, Staline admet que le capitalisme s’empêtre dans ses contradictions, ce n’est pas l’univers qui avance grâce à elles mais seulement les difficultés du capitalisme qui se dévoilent…

« Le Matérialisme dialectique et le matérialisme historique » est un texte de 1938 : au lendemain des procès de Moscou, de l’élimination politique avant l’élimination physique massive des militants révolutionnaires bolcheviks dans le parti, à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Staline a « vaincu » la contradiction. Il n’a pas eu à en débattre, il l’a assassinée !!! Pour Staline, l’ennemi doit être éliminé physiquement : pas d’unité dialectique des contraires !

Rappelons la « version » d’origine de la dialectique hégélienne puis marxiste :

« La contradiction, cependant, est la source de tout mouvement et de toute vie ; seulement dans la mesure où quelque chose contient une contradiction peut-elle avoir un mouvement, un pouvoir et un effet. » (Hegel). « En bref », expose Lénine, « la dialectique peut être définie comme la théorie de l’unité des opposés. Cela incarne l’essence de la dialectique… » « Le négatif est en même temps en soi-même positivité », affirme Hegel. La pensée dialectique « comprend l’antithèse dans son unité ». En fait, Hegel va encore plus loin : « La contradiction est la racine de tout mouvement et de toute vitalité ; c’est seulement dans la mesure où quelque chose a en soi une contradiction qu’il se meut, qu’il a pulsion et activité… Quelque chose se meut non pas seulement en ce qu’il est ici dans ce « maintenant » et là-bas dans un autre « maintenant » ; mais bien en ce qu’il est ici et non ici dans un seul et même « maintenant », en étant et n’étant pas en même temps dans cet « ici ». On doit nécessairement accorder aux dialecticiens antiques les contradictions qu’ils dévoilaient dans le mouvement ; mais il ne s’ensuit pas que pour autant le mouvement n’est pas, mais bien plutôt que le mouvement est la contradiction existante elle-même. » « L’appropriation capitaliste, conforme au mode de production capitaliste, constitue la première négation de cette propriété privée qui n’est que le corollaire du travail indépendant et individuel. Mais la production capitaliste engendre elle-même sa propre négation avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature. C’est la négation de la négation, » fait remarquer Marx dans le premier volume du Capital.

Marx écrit :

« Dans la conception positive des choses existantes, la dialectique inclut du même coup l’intelligence de leur négation fatale, de leur destruction nécessaire, parce que, saisissant le mouvement même dont toute forme faite n’est qu’une configuration transitoire, rien ne saurait lui en imposer ; parce qu’elle est essentiellement critique et révolutionnaire. »

Cette vision dialectique n’a rien à voir avec celle de Staline. Ce dernier ne voit aucune unité des contraires, pas de négation de la négation qui serait affirmation, etc…

Trotsky écrit en août 1930 dans « Une biographie politique de Staline » :

« Dans son rapport au 7° plenum du C.E.I.C. en 1926, Staline caractérisait le passé du parti de cette façon : "L’histoire de notre parti, si on la prend depuis le moment de sa naissance sous la forme d’un groupe bolchevique en 1903, et retracée dans ses différentes étapes jusqu’à nos jours, peut être, sans exagération, tenue pour une histoire de lutte entre contradictions à l’intérieur du parti - il n’y a et ne peut y avoir de ligne médiane dans les questions de principe". Ces paroles impressionnantes sont dirigées contre le "conciliationnisme" idéologique, en rapport avec ceux contre qui Staline menait la lutte. Mais ces formules absolues d’irréconciliabilité idéologique sont en contradiction totale avec la physionomie politique et le passé politique de Staline lui-même. Il a été, en tant qu’empiriste, un conciliateur organique, mais surtout, en tant qu’empiriste, il n’a pas donné d’expression principielle de son conciliationnisme. »

Isaac Deutscher en donne un exemple : la politique à l’égard des paysans, des koulaks, des nepman, de l’industrialisation et la caractérise par l’empirisme sans l’ombre de principes.

La politique économique de la Russie est un exemple dans lequel Staline et ses sbires de la plume ont tout théorisé dans un sens, contre l’opposition trotskiste puis unifiée, théorisé le socialisme du koulak et du nepman, théorisé contre l’industrialisation et la planification, notamment, avant de faire et de théoriser tout le contraire, avec d’autant plus de violence qu’ils avaient tardé jusqu’à atteindre le gouffre de l’effondrement économique et social. Non seulement cela témoigne d’empirisme mais aussi d’une hypocrisie invraisemblable, camouflée par le fait que chaque tournant à 180° était suivi de l’élimination de ceux qui l’avaient accompagné, élimination politique puis physique.

Isaac Deutscher rapporte dans son « Staline » :

« L’argumentation de Staline représentait une révision radicale de l’attitude du Parti. Mais cette révision était entreprise d’une façon qui paraissait nier le fait même de la révision : elle se présentait comme un prolongement direct de la ligne de pensée orthodoxe… Qu’il suffise de dire que Staline fit de son mieux pour greffer sa formule du « socialisme dans un seul pays » sur le corps de doctrine qu’il avait hérité de… Lénine…

Le « socialisme dans un seul pays » débarrassa les nouveaux gouvernants d’une façon décisive du sentiment qu’ils dépendaient des événements de ces cinq sixièmes du monde sur lequel ils n’avaient aucune influence. Il leur donnait la conviction théorique réconfortante que, à part la guerre, rien ne pourrait ébranler leur emprise sur la Russie : la paysannerie attachée à la terre, la faiblesse industrielle de la nation, sa basse productivité et son standard de vie plus bas encore, rien de cela n’impliquait un danger de restauration de l’Ancien Régime. Quiconque, comme Trotsky et plus tard Zinoviev et Kamenev, s’étendait sur les dangers inhérents pour la révolution à toutes ces circonstances, offensait le sentiment de satisfaction qu’avait le Parti…

Il était exaspérant de penser – ce qui était inséparable de la « révolution permanente » de Trotsky – qu’en dépit de tout, le sort du communisme russe devait dépendre de la victoire ou de la défaite du communisme à l’étranger. Il y avait quelque chose de blessant pour l’amour-propre national dans cette idée généralement répandue que la Russie était « arriérée » et l’Europe « avancée »…

Staline dit à peu près ceci au Parti : « Naturellement, nous espérons une révolution internationale… Mais – et c’est là un « mais » puissant et suggestif – ne vous préoccupez pas tant de toute cette révolution internationale. Même si elle devait être retardée indéfiniment, même si elle ne devait pas se produire, nous sommes capables, dans ce pays, d’évoluer vers une société sans classe, en pleine possession de ses moyens. Concentrons-nous sur cette grande tâche constructive. Ceux qui nous disent que c’est une utopie, que je prêche « l’étroitesse d’esprit » nationale, sont eux-mêmes ou des aventuriers ou des sociaux-démocrates pusillanimes. Nous, avec nos moujiks si méprisés, avons fait pour le socialisme plus que le prolétariat de tous les autres pays réunis ; et si on nous laisse seuls avec nos moujiks nous ferons encore le reste du travail. »

Débarrassée de ses prétentions terminologiques et de sa profondeur pseudo-dialectique, la théorie de Staline se réduisait à une maxime simple et « pleine de bon sens ».

Mais en tant qu’auteur de cette « théorie », Staline s’imposait de lui-même comme idéologue. Il n’était plus seulement le Secrétaire Général, le magicien administratif du Parti : il était aussi l’auteur d’un nouveau dogme.

Pour les « Vieux Bolcheviks » instruits, c’était la surprise de leur vie. Quand, lors d’une réunion du Parti qui eut lieu à cette époque, Staline se lança dans une argumentation théorique, il fut interrompu par une remarque mi-amusée, mi-indignée d’un vieux savant marxiste Ryazanov : « Arrête, Koba, ne te rends pas ridicule. Tout le monde sait que la théorie n’est pas exactement ton domaine. » (…)

Jusqu’ici, le bolchevisme considérait la Russie comme à la périphérie de la civilisation moderne. La révolution avait commencé à cette périphérie ; le socialisme y avait trouvé ses vrais pionniers. De là partait l’impulsion d ‘une transformation révolutionnaire à l’Ouest et à l’Est. On considérait le rôle de la Russie come celui de l’initiateur puissant de tout le mouvement. Mais l’Europe occidentale restait encore le centre réel de la civilisation moderne ; et, selon le vieux point de vue bolchevique, c’était là, au centre et non à la périphérie, que devraient arriver à se forger les formes d’une nouvelle vie sociale. Le processus comprendrait un double choc : celui de la Russie sur l’Ouest, puis celui de l’Ouest socialiste sur la Russie.

Dans la doctrine de Staline, la Russie n’était plus une simple périphérie du monde civilisé. C’était à l’intérieur de ses frontières que l’on devait trouver et réaliser les formes d’une nouvelle civilisation, supérieure à tous égards à la civilisation capitaliste qui se défend si énergiquement en Europe occidentale….

La principale question, sur laquelle se centra la nouvelle controverse entre l’opposition et Staline, fut l’interprétation pratique que l’on devait donner à la politique de la NEP. Sous la NEP, le pays avait une économie mixte. L’industrie nationalisée en formait le « secteur socialiste ». Dans le commerce et la petite industrie, c’est l’entreprise privée qui prévalait. La propriété privée régnait en maître dans l’agriculture… L’industrie socialiste ne pouvait fonctionner sans acheter des produits alimentaires et des matières premières aux agriculteurs indépendants et sans leur vendre une partie de ses produits… Le problème général se réduisit à deux questions plus précises : l’allure de l’industrialisation et l’attitude du gouvernement vis-à-vis de l’agriculture privée. Les Bolcheviks de gauche voyaient le danger principal pour le socialisme dans la lenteur du relèvement de l’industrie et insistaient pour une industrialisation rapide. L’aile droite pensait que la position du socialisme était sûre, même si l’industrialisation ne devait avancer que lentement, « à pas de tortue », comme le disait Boukharine…

Pendant ce temps, les paysans demandaient l’extension des concessions qui leur avaient été faites sous la NEP… Dans l’été de 1924, une révolte de paysans éclata en Géorgie. C’était en partie une réaction tardive du sentiment national géorgien, offensé par l’invasion de 1921. C’était aussi une révolte provoquée par des griefs économiques…

Boukharine, Rykov et Tomsky en arrivèrent à énoncer une politique nettement pro-moujik. Ils voulaient que le gouvernement stimulât le développement des fermes prospères, puisque les paysans pauvres et même moyens ne produisaient juste que de quoi se nourrir… Boukharine croyait que le koulak lui-même serait plus ou moins péniblement absorbé dans l’économie socialiste… Boukharine demandait ouvertement aux paysans de « s’enrichir »…

Pour l’opposition de gauche communiste, le gouvernement aurait dû diminuer les impôts pour les paysans pauvres et moyens, mais les augmenter pour les riches… Il n’était pas question, du point de vue bolchevique de gauche, d’obliger les paysans à entrer de force dans les fermes collectives. La transformation de l’exploitation agricole privée en exploitation collective devait se faire progressivement, avec le consentement des paysans… De plus, il fallait apprendre aux moujiks à se servir des machines… Les Bolcheviks de la gauche refusaient également le point de vue de Staline et de Boukharine sur la stabilisation du capitalisme…

En octobre 1925, les chefs de la gauche soumirent au Comité Central un mémorandum dans lequel ils réclamaient l’ouverture d’un libre débat sur toutes les questions litigieuses. Ce mémorandum, qui ressemblait aux interventions précédentes de Trotsky, était signé par Zinoviev, Kaménev Kroupskaïa et Sokolnikov, commissaire aux Finances.

La controverse réelle se déroulait entre les deux ailes extrêmes. Staline ne fournit pas une seule idée de son cru. Il considérait avec méfiance les plans hardis d’industrialisation et de collectivisation, et qualifiait la gauche de partisans de la « super-industrialisation »…

Les paysans commencèrent par refuser de livrer quelques millions de tonnes de blé aux villes…

Si le gouvernement avait commencé plus tôt à brider les gros cultivateurs et à encourager une collectivisation progressive, comme l’avaient conseillé Trotsky et Zinoviev, il n’aurait peut-être pas eu besoin d’avoir recours à des mesures d’urgence radicales pour obtenir du pain.

Au point où en étaient les choses, Staline agit sous la pression irrésistible des événements….

Quelques mois plus tard la collectivisation « générale » battait son plein ; et l’exploitation agricole individuelle était condamnée… Staline déclarait : « Nous devons écraser les koulaks, les éliminer en tant que classe »…

Staline était un adversaire déclaré de l’industrialisation poussée : quand ses adversaires présentèrent le projet de Dnieproprostoy, la grande centrale hydroélectrique sur le Dniepr, il le mit de côté, prétendant que pour la Russie, construire le Dnieprostoy serait comme pour un moujik acheter un gramophone au lieu d’une vache…

En juin 1930, le XVIe Congrès resta muet de surprise lorsque Staline fit cette déclaration triomphante :

« Nous sommes à la veille de la transformation de notre nation qui, de pays agricole, deviendra un pays industriel. »

(…) Il dit au Congrès que, au cours de l’année, l’industrie avait reçu l’ordre d’augmenter sa production de près de cinquante pour cent…

Nous avons vu comment Staline avait été poussé à la collectivisation par le danger aigu de famine qui menaçait en 1928 et 1929… Si Staline avait limité la réforme à une mise en commun des plus pauvres biens et à une redistribution modérée de la richesse entre les couches les plus prospères et les couches les plus misérables des paysans, la collectivisation n’aurait guère pu devenir le cataclysme sanglant en quoi elle allait finir par se transformer. Si, de plus, les fermes collectives avaient été dotées d’outils et de machines, aidées par des crédits gouvernementaux et des conseils techniques, si elle avaient réussi à améliorer visiblement le standard de vie de leurs membres, elles auraient probablement attiré un bon nombre des paysans dits « moyens » qui menaient, en fait, une vie pauvre voisine de la misère…

Staline commença à pousser la collectivisation au-delà des limites primitivement fixées. Il dépêcha des milliers et des milliers d’agents dans les campagnes en leur ordonnant de « liquider les koulaks en tant que classe » et d’obliger les nombreux paysans récalcitrants à entrer dans les fermes collectives...

L’escorte de Staline était naturellement le Bureau Politique ? Elle était sienne à tous points de vue, car les hommes qu’il avait choisis pour la composer correspondaient à l’idée qu’ils se faisaient d’un chef.

« Le type nouveau de dirigeant, écrivait-il dès 1935, ne serait pas un homme de lettres ; il ne serait pas entravé par le poids mort des habitudes sociales démocratiques ; il serait craint autant que respecté. »

Molotov, Kaganovitch, Vorochilov, Kouybytchev, Kossior, Roudzoutak, Mikoyan, Andreyev – presque tous étaient des administrateurs pratiques, dévoués à leur tâche. Aucun ne connaissait l’étranger, tous avaient été, comme Staline, des Bolcheviks formés en Russie. Presque tous étaient de petites gens qui s’étaient élevés grâce à Staline…

Non satisfait de dicter sa volonté dans toutes les questions politiques, Staline voulut aussi être le seul chef spirituel de sa génération. Il le désirait en partie parce que son orgueil avait été blessé par le fait que l’élite intellectuelle russe ne lui avait guère prêté attention avant qu’il l’ait soumise à sa domination ; et que même alors elle avait accueilli avec quelque ironie ses jugements sur les sciences, la philosophie et les arts… Chaque fois que Staline donnait une nouvelle directive économique et politique, les historiens, les philosophes et les écrivains devaient vérifier minutieusement leurs derniers ouvrages pour voir s’ils n’étaient pas en contradiction avec les dernières sentences du Chef…

Au fur et à mesure que la lutte empirait, il s’avérait que les versions de l’histoire dictées par le Secrétariat Général… il fallait élaborer versions sur versions. Comme, pour des raisons d’opportunité, l’attitude officielle envers le passé plus lointain changeait aussi, il fallait aussi réécrire l’histoire de la Russie…

Staline convoqua les professeurs et conférenciers de philosophie et fulmina contre leur « libéralisme pourri ». Le doyen des philosophes, le professeur Deborine et beaucoup de ses élèves furent exclus des universités et des périodiques. On pourrait multiplier à volonté les exemples de cette suprématie de la matraque sur la plume. En fin de compte, les historiens et les philosophes firent du « chef aimé » le plus grand critique littéraire, le plus grand historien et le plus grand savant de leur époque et de toutes les époques…

Ce fut l’époque des procès… De ces procès sans fin, publics et secrets, quatre furent de la plus grande importance : le procès de seize (Zinoviev, Kamenev, Smirnov, Matchkovsky et autres), en août 1936 ; le procès des « dix-sept » (Piatakov, Radek, Sokolnikov, Mouralov, Serebriakov et autres), en janvier 1937 ; le procès secret du maréchal Toukhatchevsky et d’un groupe de généraux de l’Armée Rouge, en juin 1937, et le procès des « vingt et un » (Rykov, Boukharine, Krestinsky, Rakovsky, Yagoda et autres), en mars 1938. Parmi les hommes qui se trouvaient au banc des accusés lors de ces procès, il y avait tous les membres du Bureau Politique de Lénine, excepté Staline lui-même… »

Le matérialisme dialectique, c’est quoi ? De la fausse pensée stalinienne ?

Qu’est-ce que le matérialisme dialectique

1 Message

  • « Staline représente un phénomène absolument exceptionnel. Il n’est ni penseur ni écrivain, ni orateur. Il s’empara du pouvoir avant que les masses aient appris à distinguer son visage parmi les autres quand elles défilaient devant les chefs de la Révolution dans les processions traditionnelles de la place Rouge. Il prit possession du pouvoir, non grâce à des qualités personnelles, mais en se servant d’une machine impersonnelle. Et ce n’était pas lui qui avait créé la machine, mais la machine qui l’avait créé ; avec sa puissance et son autorité, elle était le produit de la lutte, longue et héroïque, du Parti bolchevik, qui était lui-même le produit d’idées, elle était le porteur de l’idée avant de devenir une fin en soi. Staline la dirigea du jour où il eut coupé le cordon ombilical qui la rattachait à l’idée et devint une chose, par elle-même. Lénine l’avait créée en une association constante avec les masses, sinon par la parole, du moins par l’écrit, sinon directement, mais avec l’aide de ses disciples. Staline se borna à s’en emparer. Pour cela, des qualités spéciales et exceptionnelles étaient nécessaires. Mais ce n’étaient pas celles du penseur, ni de l’écrivain, ni de l’orateur. Tandis que l’appareil du Parti s’était développé sur des idées, la première qualification de Staline, c’est une attitude méprisante à l’égard des idées. L’idée avait ... »

    La phrase s’arrête brutalement le 20 août 1940 car con auteur, Trotsky, vient d’être frappé d’un coup mortel, assené à l’arrière du crâne au moyen d’un piolet par l’assassin envoyé par Staline et que ce dernier fera décorer pour cet acte criminel !!!

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